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RÉFLEXIONS PRATIQUES sur les PSAUMES

 

 

Livre 1 : Psaumes 1 à 41Livre 2 : Psaumes 42 à 72 — Livre 3 : Psaumes 73 à 89 — Livre 4 : Psaumes 90 à 106Livre 5 : Psaumes 107 à 150

 

 

par J.-N. Darby

 

Tables des matières :

1     PRÉFACE

2     LIVRE 3 — Psaumes 73-89

2.1      Psaume 73

2.2      Psaume 74

2.3      Psaume 75

2.4      Psaume 76

2.5      Psaume 77

2.6      Psaume 78

2.7      Psaume 79

2.8      Psaume 80

2.9      Psaume 81

2.10    Psaumes 82-83

2.11    Psaume 84

2.12    Psaume 85

2.13    Psaume 86

2.14    Psaume 87

2.15    Psaume 88

2.16    Psaume 89

 

 

 

1                    PRÉFACE

Le livre des Psaumes est une des portions de l’Écriture dont l’application et l’interprétation ont été généralement peu comprises ; et néanmoins, il a servi de tout temps à la consolation des saints, en prêtant une voix à l’exercice de leurs âmes devant Dieu.

Depuis quelques années, avec l’intelligence de l’appel et des espérances de l’Église, une connaissance plus approfondie des espérances d’Israël s’est aussi réveillée parmi les chrétiens. Ils ont mieux compris la portée des plaintes touchantes sorties de la plume et du coeur du Roi-Berger d’Israël et d’autres écrivains inspirés des Psaumes.

«David et toute son affliction» a plus de prise sur les affections de nos coeurs que «Salomon et toute sa gloire». Un plus grand que David était en esprit dans toutes les circonstances du roi-prophète, et donnait des accents à ces chants précieux et divins. L’écrivain inspiré de l’épître aux Hébreux ne dit pas, en citant le Psaume 8 à propos des gloires du Fils de l’homme : «David a rendu ce témoignage »; mais : «Quelqu’un a rendu ce témoignage quelque part». L’apôtre savait qu’il y avait là quelqu’un de plus grand que David.

Nous lisons au chapitre 63 d’Ésaïe : «Dans toutes leurs détresses, Il a été en détresse», et nous connaissons l’approche rapide de «cette journée» qui sera «le temps de la détresse pour Jacob» (Jérém. 30:7), mais dont «il sera pourtant sauvé», en contraste avec ses autres afflictions. Israël devra traverser les angoisses de la grande tribulation sous le gouvernement de Dieu en la terre, et les divins gémissements des Psaumes trouveront un écho dans son coeur, lorsqu’il passera par la fournaise. Mais les fidèles apprendront que Celui qui dans toute leur angoisse avait été en angoisse, les avait devancés dans ce chemin. Le résidu d’Israël apprendra ainsi à connaître moralement le coeur et les affections de Jéhovah-Messie, avant que leurs yeux le voient et qu’ils regardent vers Celui qu’ils auront percé et mènent deuil comme quand on mène deuil d’un fils unique. Alors ils lui diront : Quelles sont ces blessures à tes mains ? Et il répondra : Ce sont celles dont j’ai été blessé dans la maison de mes amis (Zach. 12:13).

L’auteur des pages qu’on va lire a déjà traité ce grand sujet du côté de l’interprétation prophétique (*) ; il va le considérer dans ses rapports avec l’enseignement et le bien moral de l’âme des fidèles.

(*) Études sur la Parole, par J.N. Darby, Les Psaumes

Il est bon toutefois de faire remarquer que les Psaumes ne contiennent pas proprement la vraie expérience des chrétiens, ceux-ci étant introduits dans une relation, dont le Saint Esprit envoyé du ciel leur donne la connaissance et la puissance. Ce livre ne présente cette expérience que dans la mesure de notre participation aux souffrances de Christ. Les chrétiens possèdent quatre choses que l’on ne rencontre jamais dans les Psaumes : une conscience purifiée par le moyen de l’oeuvre accomplie à la croix ; l’habitation du Saint Esprit en eux ; la connaissance du Père, par l’Esprit du Fils ; enfin la justice de Dieu, manifestée par l’Évangile comme leur position, en contraste avec «le support des péchés précédents dans la patience de Dieu», qui caractérisait devant Dieu les saints de l’Ancien Testament (Rom. 3:25, 26).

Lorsque le coeur a trouvé dans les Épîtres le déploiement de l’oeuvre de Christ, et tout ce qui est nécessaire pour lui faire connaître le repos et la paix avec Dieu ; il remonte en arrière et considère les Évangiles pour y apprendre les voies, les pensées, les actes de Celui qui nous a aimés et qui s’est livré Lui-même pour nous. Puis, remontant encore le courant des Saintes Écritures, s’il a quelque intelligence de la vraie signification des Psaumes, il y fait connaissance avec le coeur de Christ ; il l’y trouve, entrant en sympathie dans les exercices du coeur de son peuple et lui donnant Sa voix pour les exprimer devant Dieu. Le Seigneur a «appris» toutes ces choses, lorsque, en grâce divine, surtout vers la fin de son ministère, il entra dans cette catégorie de souffrances, afin de pouvoir assaisonner la Parole à celui qui est accablé de maux. — Enfin c’est là, dans les Psaumes, que nous trouvons la plainte de son propre coeur, alors que nul coeur humain ne pouvait sonder la profondeur des flots de l’angoisse qui passaient sur son âme sainte.

Puissiez-vous, cher lecteur, si vous avez trouvé la paix avec Dieu, discerner, par son Esprit de grâce, «les choses excellentes» ; puissiez-vous apprendre de chaque ligne des Écritures ces leçons qui élargissent le coeur dans la connaissance de Jésus. S’il est nécessaire pour vous de faire l’application vraie et directe des Psaumes selon l’intention de Dieu, vous y trouverez aussi une nourriture savoureuse pour votre âme, des encouragements et des consolations pour toutes les épreuves du pèlerinage. Vous y apprendrez en outre ce que sont les voies et le gouvernement immuables de Dieu, applicables à tous les temps, mais manifestés d’une manière éclatante dans l’histoire de son ancien peuple d’Israël. Cette nation, rejetée pour un temps, sera restaurée plus tard et deviendra le centre du gouvernement manifeste et public de Dieu sur la terre.

L’Éditeur

 

2                    LIVRE 3 — Psaumes 73-89

2.1   Psaume 73

Ce Psaume, qui forme le début du troisième livre, traite du jugement temporel de Dieu en Israël, jugement qui répond aux anxiétés dont le coeur des fidèles est agité. Toutefois, comme ces anxiétés sont de tous les temps, nous trouverons ici le sujet de quelques remarques.

Les méchants réussissent ; Dieu semble avoir oublié, et le coeur du fidèle porte envie aux arrogants. Qu’est-ce que cela prouve ? — Que trop souvent notre coeur désire avoir sa part ici-bas, ou, tout au moins, qu’il voudrait pouvoir concilier sa part à venir avec une portion actuelle sur la terre. Il est juste que l’on éprouve de l’affliction en présence du mal qui domine dans le monde, mais cette affliction se mêle souvent, dans nos coeurs, avec le désir de faire notre propre volonté et d’en finir avec le mal par le jugement. Lorsque notre volonté va de pair avec le sentiment de la domination du mal, nous éprouvons soit de l’irritation, soit du découragement, et, par conséquent, nous cessons de persévérer à bien faire. Les méchants prospèrent dans le monde. Quelle énigme ! Où donc est le gouvernement de Dieu ? Quelle est donc l’utilité du bien ? Sans aucun doute, cette épreuve était particulièrement sensible alors que les bénédictions temporelles avaient été données comme un signe de la faveur divine. Mais les chrétiens sont rarement assez séparés de ce monde pour ne pas ressentir le succès de la méchanceté et éprouver le désir d’en tirer vengeance. D’autre part, l’indifférence à l’égard du mal est absolument condamnable. On voit par là que notre chemin est étroit. Pour nous y conduire, il faut que la grâce agisse dans nos coeurs, car nous avons à sentir le mal en lui-même, et combien il déshonore Dieu, en même temps que nous devons attendre le moment convenable où Dieu interviendra. Dans ses souffrances, Christ a réalisé cela en perfection.

Il y a un seul lieu où l’on puisse apprendre, c’est dans les sanctuaires de Dieu. La volonté y est soumise ; Dieu y est connu ; l’oeil n’y est pas obscurci par les passions du monde et par l’incertitude ignorante qui se demande comment faire ce que Dieu seul peut faire : tenir compte du bien, où qu’il se trouve, avoir une patience parfaite vis-à-vis du mal, en sorte que le jugement n’atteigne que le mal, et qu’il soit le jugement véritable d’un mal sans excuse. Notre impatience ne pourrait jamais réaliser ces choses, lors même que nous jugeons justement le mal comme tel. Mais, dans le sanctuaire, la volonté est muette et Dieu est écouté. Ses voies sont justes et nous considérons les choses avec ses propres yeux. Le mal nous apparaît plus haïssable ; nous comprenons combien la compassion est de saison, combien la patience est adorable, mais aussi combien le jugement est assuré. Ainsi le sentiment de la justice reste entier dans le coeur, mais dépouillé de tout désir de vengeance : la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu. Le jugement est juste parce que la patience est parfaite ; il est d’autant plus terrible qu’il est libre de toute passion ; il appartient à Dieu. Le moi est en jeu, lorsque les disciples désirent que le feu descende du ciel. Ils ne savaient pas de quel esprit ils étaient animés ; et cependant les Samaritains, en un certain sens, méritaient réellement ce jugement. Mais lorsque Dieu se réveille au moment voulu, les méchants sont comme un songe ; leur orgueil, leurs prétentions sont comme une image évanouie (v. 20). La foi accepte cela et ne cherche pas à rien hâter.

Une autre vérité précieuse ressort de ce passage. Il avait été «stupide, sans connaissance, comme une brute avec Dieu» ; cependant il y avait en lui de l’intégrité et de la conscience. S’il avait donné vent à ses pensées, lorsqu’il était sur le point de dire que la piété était inutile, il eût été infidèle à la génération des fils de Dieu. Voilà ce qui l’arrête. Qu’il est beau de voir, au milieu des résistances de la volonté de l’homme, le coeur repris et restauré par les saintes affections, par la conscience qui craint de mettre une pierre d’achoppement sur le chemin du plus humble des enfants de Dieu ! Cette occasion montre qu’Il est réellement l’objet des affections ; elle manifeste aussi la crainte de Dieu qui prouve qu’on le connaît et qu’on l’aime, que l’on possède la nature nouvelle. Reconnaître Dieu est une marque importante qu’il y a du bien ; mais ce que le coeur sait de lui-même, c’est qu’il était comme une brute dans ses raisonnements. Toutefois, remarquez ceci : tout en avouant sa folie, il arrive à reconnaître qu’en dépit de tout cela il était continuellement avec Dieu. Oh ! combien la connaissance parfaite de nous-mêmes, lorsque nous connaîtrons comme nous avons été connus, mettra en lumière la grâce patiente, invariable de Dieu qui veille sur nous tout le long du chemin, selon son amour adorable et selon l’intérêt qu’il nous porte ! Au milieu de toute sa folie il était toujours avec Dieu, et Dieu l’avait tenu par la main droite. Précieuse grâce ! Dieu nous aime, a soin de nous, veille sur nous, s’intéresse à nous ; en raison de son amour souverain, nous lui sommes nécessaires pour qu’Il soit satisfait. «Il ne retire pas ses yeux de dessus le juste». C’est une magnifique expression de la grâce invariable. Or il est Dieu et non pas un homme ; c’est pourquoi, ici, le coeur compte sur Lui.

Jusqu’ici le juste avait pu dire à travers toutes les défaillances de sa foi : «Tu m’as tenu par la main droite» ; maintenant, étant en communion, il ajoute : «Tu me conduiras par ton conseil». Il ne s’agit plus seulement d’être soutenu sans en avoir conscience, mais d’être guidé dans la communion par la pensée et la volonté de Dieu. Le fidèle voit cela dès qu’il s’est jugé et qu’il jouit de la communion. Cela ne signifie pas que Dieu ne nous guide pas et ne nous force à marcher selon ses propres conseils ; employant le mors et la bride lorsque nous ne sommes pas en communion avec lui. Il ne peut manquer de le faire ; mais alors l’âme ne le comprend pas, et, partant, ne peut en parler, comme elle le fait ici, dans la conscience qu’Il la conduit par son conseil.

Nous rencontrons ici, en nous tenant à la force du passage, la distinction bien claire de la position juive : «Après la gloire, tu me recevras». Ce passage a été altéré pour l’adapter aux idées chrétiennes, et on en a perdu le véritable sens (comp. Zach. 2:8). Après la gloire, c’est-à-dire lorsqu’elle aura été établie, Israël sera reçu ; mais nous reviendrons dans cette gloire avec Christ (Col. 3:4).

Le coeur est maintenant restauré par cette visite au sanctuaire : «Qui ai-je dans les cieux» sinon le Seigneur ? — Notre pensée, à nous, peut être élargie par la connaissance du Père et du Fils ; toutefois c’est la même vérité, seulement mieux connue. Quel autre avons-nous dans le ciel que Dieu, le centre, la source, l’ensemble tout entier de la bénédiction ? Sur la terre, il n’y a pour le croyant aucune source de bonheur en dehors de Dieu ; il est, lui, la seule source ; tandis que, si nos regards ne sont pas simplement fixés sur Lui, il y aura une quantité de désirs de distraction. Ici l’oeil est tout à fait simple. Étant dans le monde, cela nous donne le sentiment que nous sommes seuls, mais seuls avec Dieu. Il en fut de même de notre bien-aimé Sauveur : «Vous serez tous scandalisés en moi cette nuit»... «et vous me laisserez seul ; et je ne suis pas seul, car le Père est avec moi». Dans un sens, le coeur accepte la prépondérance du mal, et il est séparé, d’une manière très bénie, de toutes choses pour Dieu. Voyez la bénédiction qui ressort de ce mal apparent : Si tout était paisible, bon et prospère dans l’état de choses présent et imparfait, le coeur s’abaisserait à cet état d’imperfection et deviendrait réellement mondain ; mais la prépondérance du mal, tout en pesant sur l’âme, lui fait chercher un refuge dans le sanctuaire, tandis que la volonté est tenue en bride par le sentiment qu’on ne peut pas se séparer du peuple de Dieu. Le coeur est sevré du monde, et, dans un monde où le mal domine, il regarde à Dieu, le possède comme sa part unique dans le ciel, et n’a ainsi rien que Lui seul au monde. Dieu occupe la seule place souveraine dans le coeur. Rien ne peut rivaliser avec Lui, et, comme il est dit dans le Nouveau Testament : «Christ est tout».

À ceci se rattache une autre bénédiction, une bénédiction durable, tandis que la chair et le coeur sont consumés : Dieu est le rocher du coeur. Il le soutient avec une bonté et une puissance divines ; il n’est pas seulement un soutien actuel, mais il est le partage du coeur à jamais. Ceci conduit à une sérieuse et douce conclusion : «Pour moi, m’approcher de Dieu est mon bien». Là nous apprenons la vérité ; là nous trouvons l’encouragement. Il a mis sa confiance dans le Seigneur Éternel, en Celui qui est souverain en force, ferme et fidèle en ses promesses. Celui qui se confie en Lui aura sûrement à raconter toutes ses oeuvres merveilleuses. Il se trouvera là où on peut les voir et en faire l’expérience ; son coeur sera préparé à y prendre garde et à les comprendre ; il aura la joie de témoigner de la fidélité de Celui en qui il s’est confié. Au v. 20 nous avons seulement la puissance souveraine, au dernier verset nous trouvons aussi la fidélité de Dieu à son alliance.

 

2.2   Psaume 74

Nous trouvons ici la confiance en la fidélité de Dieu, fondée sur la confiance en Dieu Lui-même, lorsque la puissance de l’ennemi semble, quant aux circonstances extérieures, avoir enlevé tout espoir. Mais nous trouvons en même temps ce qu’Il est pour son peuple. La rédemption a prouvé son profond intérêt pour les siens. Ils sont à Lui en propre. Tout en les acquérant par sa grâce souveraine et divine, il s’est associé avec eux (en grâce aussi, sans doute), d’une manière indissoluble ; et le coeur s’écrie (v. 22) : «Lève-toi, ô Dieu ! plaide ta cause». Quelle bénédiction ! Moïse de même, dit continuellement : «Tu les as fait sortir». Si donc le peuple se trouve au dernier degré de l’abaissement, si le tumulte des ennemis va grandissant toujours, c’est un motif de plus pour avoir confiance ; car il s’agit de grâce, de grâce fidèle, et la puissance sur toutes choses est par devers Lui. Le coeur, loin d’être effrayé, supplie Dieu qu’il se souvienne des attaques et des insultes de l’ennemi, car les insultes s’adressent à son nom. Il est de fait que l’inimitié du monde contre son peuple se trouve être réellement contre le Seigneur. S’ils n’étaient pas son peuple, le monde ne s’occuperait pas tant d’eux. Il faut que le peuple de Dieu s’en souvienne, et n’oublie pas, au milieu de sa propre faiblesse, que c’est Dieu qui est en cause.

 

2.3   Psaume 75

Le Psaume 75 proclame l’avènement certain et le juste gouvernement du royaume de Christ ; remarquez seulement que la foi rend grâces avant que ce royaume soit établi, et qu’elle avertit les pécheurs orgueilleux, car Dieu est le juge. Les prétentions humaines ne servent de rien contre Lui. Remarquez encore ceci : Lorsque Christ prend le royaume, tout est confusion ; la terre et ses piliers se fondent. Même alors, nos coeurs doivent pouvoir dire : Le nom de Dieu (pour nous le Père) est près, c’est-à-dire que tout ce en quoi Dieu se révèle est près de nous ; en sorte que nous pouvons toujours avoir confiance, et être sans crainte. Les voies et les actes de Dieu sont d’accord avec son nom. Nous croyons en son nom de Tout-Puissant, de Très-Haut, nous croyons qu’il vengera l’Église persécutée, en jugeant Babylone et sa puissance ; toutefois, comme je l’ai déjà dit, il ne s’agit pas pour nous directement du nom de Dieu, mais de celui du Père. Dans ce sens, il n’est question de gouvernement que par rapport à ses enfants. Christ a été ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père. Toute la puissance contenue dans ce nom qui est ainsi manifesté, toute la grâce et la fidélité qui s’y trouvent pour ceux qui sont ressuscités avec Christ, qui sont aimés comme il est aimé, voilà ce qui est toujours près de nous ; et cette oeuvre merveilleuse de la résurrection de Christ le déclare, dût la mort elle-même être sur nous.

 

2.4   Psaume 76

Le sujet général de ce Psaume est encore le jugement exécuté en rapport avec Israël. Mais nous pouvons noter ici un principe général : c’est que le siège de la bénédiction de Dieu et de son trône, ou plutôt, que leur manifestation sur la terre, alors même que cette manifestation serait tombée au plus bas, est bien plus excellente que toute la puissance et la violence de l’homme. Lorsque Dieu les tance, les hommes tombent sans force. Lorsque Dieu se lève, que peuvent-ils faire ? Mais l’exécution du jugement de Dieu sur la terre a son effet et son but immédiats : la délivrance des débonnaires. Il sauve tous les débonnaires de la terre. Son amour et sa fidèle bonté sont en exercice, même dans le jugement.

Un second principe, que la foi applique en tout temps, principe encourageant et consolant, c’est que Dieu fait tourner la colère de l’homme à sa louange (v. 10). Il fait tout servir à sa propre gloire, à ses desseins, et il arrête tout le reste. Lorsque la foi est exercée, elle compte sur Dieu, à travers tout, bien certaine que Dieu aura le dernier mot, le mot final en toute chose.

 

2.5   Psaume 77

Le Psaume 77 nous présente quelques points instructifs à noter. La plainte va plus loin, peut-être, que ne devrait aller celle d’aucun chrétien. Le 7° verset, dans notre bouche, serait tout simplement de l’incrédulité, tandis que, pour le Juif, dont le peuple est rejeté dans tout ce qui touche à ses privilèges, la question surgit naturellement, comme en Rom. 11 : «Je dis donc : Dieu a-t-il rejeté son peuple ?» Mais, abstraction faite de cela, nous trouvons dans ce Psaume beaucoup d’instruction pour un temps de profonde affliction, lorsque le poids de circonstances très difficiles, ou même notre propre faute, ont peut-être plongé notre âme dans une grande détresse, quant à ses circonstances extérieures. Le sujet de ce Psaume, c’est que le fidèle cherche actuellement et activement le Seigneur. C’est un appel direct du coeur, et non pas un simple désir, ni seulement de la soumission. Sa voix s’adresse à Dieu. Ceci est plus important que nous ne sommes disposés à l’admettre.

Je ne crois pas qu’il soit entièrement juste de dire que «la prière est le sincère désir de l’âme proféré ou non exprimé». Loin de moi la pensée qu’il ne puisse y avoir ni soupir, ni gémissement lorsque l’Esprit saint intercède, ou bien que le coeur qui s’élève à Dieu trouve jamais auprès de Lui refus ou froideur. J’admets tout cela ; mais il y a dans la prière la présentation actuelle à Dieu d’une difficulté connue, l’expression d’un besoin dans lequel nous nous trouvons. Le coeur s’exprime par une invocation positive. Ainsi il se présente lui-même devant Dieu, et la chose est très importante dans notre relation avec Lui. Il y a la vérité dans l’homme intérieur, et une vraie dépendance accompagnée de confiance ; tandis qu’auparavant il n’y avait que soucis rongeants, un coeur qui se repliait sur ses difficultés, une âme qui refusait d’être consolée. La volonté agissait et ne pouvait obtenir ce qui lui manquait. L’âme pensait à Dieu, mais sans trouver aucune consolation ; elle n’avait que ses propres pensées sur Dieu ; elle gémissait, mais ne priait pas, et l’Esprit était sans force (v. 3). Éveillé, le fidèle ne pouvait naturellement pas s’occuper de choses ordinaires ; son trouble l’empêchait de parler. C’est le tableau saisissant d’une âme en profonde détresse, mais cette peinture ne se trouve entièrement réalisée que lorsqu’une âme, sous la main de Dieu qui la châtie, a perdu le sentiment de la faveur divine ou bien ne connaît pas encore la paix. Toutefois cet état peut se rencontrer chez tous ceux qui, à un certain degré, ne regardent pas à Lui. Mais l’âme se tourne vers Dieu ; elle se souvient d’avoir joui de sa miséricorde, d’avoir chanté des cantiques pendant la nuit. Le Seigneur a-t-il rejeté pour toujours ? Il n’y a pas lieu, pour le chrétien, à une pareille question, mais bien à un châtiment terrible et douloureux, lorsqu’il a laissé tomber le bouclier de la foi, et que les dards enflammés du méchant ont atteint son coeur. Cette question peut lorsqu’une âme, sans manquer toutefois de sincérité, a reçu légèrement l’Évangile de la grâce, tandis que le travail de conscience n’a lieu que plus tard. Mais lorsque, au lieu de s’entretenir avec lui-même et de raisonner avec sa propre misère, le coeur regarde à Dieu, il voit alors que toute cette misère est en lui-même et non pas en Dieu, et les choses prennent un tout autre aspect.

Le chrétien, lui, n’a pas besoin d’en revenir aux miséricordes passées (tandis que le Juif aura raison de le faire), parce que toute la faveur de Dieu repose actuellement sur lui, même si Satan a eu pour un temps prise sur son esprit, et qu’il se retrouve dans la lumière de cette faveur, aussitôt que le nuage qui s’était élevé de son propre coeur est dissipé. Les Juifs avaient autrefois des bénédictions dispensées par la grâce souveraine, et ils font bien de s’en souvenir au temps de leur réjection, bien qu’ils ne soient pas rejetés pour toujours. Le chrétien n’est jamais rejeté ; aussi n’est-il pas question pour lui de se souvenir, mais de rentrer dans la jouissance de la faveur divine, qui n’a jamais discontinué.

Dans le reste du Psaume, le chrétien apprend que la voie de Dieu est dans le lieu saint. Si sa faveur est invariable, sa voie est néanmoins toujours d’accord avec sa sainteté, bien que, pour la même raison, elle soit aussi d’accord avec son fidèle amour. Du moment qu’Israël se convertit, c’est pour revenir à la souveraine grâce et à la rédemption. La voie de Dieu est dans la mer (v. 19) ; on ne peut en suivre les traces ; elle est en puissance. Tous les mouvements, toute la force de ce qui semble indomptable, infranchissable, sont dans sa main.

En somme, ce Psaume présente le contraste entre le travail et l’agitation inquiète d’une âme qui s’abandonne à ses propres pensées, et l’état de cette âme qui se tourne vers Dieu et crie à Dieu lorsqu’elle se souvient de Lui. Le chrétien qui conclurait de tout cela à une interruption de la faveur divine se tromperait étrangement. Mais il peut apprendre ici qu’au milieu de souffrances accablantes, lorsque la propre volonté est à l’oeuvre, il n’y a aucun repos jusqu’à ce que son âme se souvienne de Dieu et qu’elle crie à Lui.

 

2.6   Psaume 78

Ce Psaume récapitule évidemment l’histoire d’Israël, pour les convaincre de désobéissance et d’incrédulité, et leur montrer l’inutilité, pour leurs coeurs, de toutes les voies de Dieu envers eux ; il décrit ensuite avec magnificence comment Dieu recourt à sa grâce souveraine pour bénir ; mais on trouve en outre ici quelques-uns des signes de l’incrédulité et les avertissements à cet égard. Il peut être utile d’examiner ce sujet. Le grand principe que je viens de signaler est lui-même du plus haut intérêt. La grâce souveraine est l’unique ressource de Dieu, s’il veut bénir l’homme. Quelque miséricordieuses que soient ses voies, elles manquent leur but. Il aime son peuple, mais il n’a d’autre ressource pour le bénir que sa propre grâce. S’il agissait suivant le résultat de ses voies, il serait obligé d’abandonner son peuple, car «ils tournèrent comme un arc trompeur». Il en a toujours été ainsi. Mais lorsque le mal est à son comble, Dieu se réveille dans son amour envers eux, à cause de leur misère, et de l’amour qu’il leur porte. Alors il accomplit à sa manière le propos de sa grâce. «Il choisit la tribu de Juda... la montagne de Sion, qu’il aima... il choisit David, son serviteur» (v. 68 et 70).

Tel est l’enseignement général de ce Psaume. Parlons maintenant des caractères de l’incrédulité, car ils sont instructifs. La miséricorde et la fidélité passées de Dieu ne donnent aucun courage contre la difficulté présente ; Dieu doit être connu par une foi du moment. Nous ne pouvons nous fonder sur les miséricordes passées pour nous donner confiance. «Dieu pourrait-il dresser une table dans le désert ? Voici, il a frappé le rocher... pourrait-il aussi donner du pain ?» (v. 19, 20). L’expérience de la bonté et de la puissance n’aura pas pour résultat que l’homme se confie en elle, lorsque survient un nouveau besoin ou que la convoitise est en jeu. Les choses n’en allèrent pas mieux, lorsqu’«il eut commandé aux nuées d’en haut et qu’il eut ouvert les portes des cieux et qu’il eut fait pleuvoir sur eux la manne». Le châtiment de leur convoitise, à l’occasion des cailles que Dieu leur avait envoyées, ne mit pas non plus un frein à leur volonté incrédule. Tant qu’il se trouve sous la main de Dieu, l’homme se souvient de Lui. Un peu de relâche... aussitôt apparaissent l’oubli et la propre volonté. Mais Dieu fut plein de compassion ; il arrêta sa main étendue en jugement. «Ils tentèrent Dieu et affligèrent le Saint d’Israël» ; — ils se méfièrent de cette puissance de Dieu, qui était capable d’accomplir tous ses desseins de grâce envers eux, de faire ce qu’il fallait, pour son peuple, en chaque circonstance. Je limite Dieu, du moment que je suppose qu’une chose quelconque puisse ne pas être pour la bénédiction. Ceci est un grand péché, et, si nous songeons à tout ce que Dieu a fait pour nous, nous sommes doublement coupables. Le Saint Esprit prend invariablement pour point de départ la révélation de l’amour infini de Dieu, afin d’en déduire toutes les conséquences. Il a réconcilié ; certainement il sauvera jusqu’au bout. Il n’a pas épargné son Fils ; comment ne donnera-t-il pas toutes choses ? C’est la bonté infinie ; mais, douter de sa puissance, c’est douter qu’il soit Dieu. Ce doute nous empêche de placer notre espérance en Lui. L’expérience devrait fortifier la foi ; mais il faut une foi présente pour mettre l’expérience à profit. Que le Seigneur de grâce nous garde de limiter Dieu dans sa puissance, et par conséquent dans sa puissance pour nous bénir. Au lieu d’être portés à ne nous souvenir de Dieu que lorsque sa main s’appesantit sur nous, puissions-nous, au milieu même de bénédictions présentes, ne penser à Lui que pour Lui-même, et parce que nos coeurs Lui sont attachés ! Alors, au milieu des épreuves, nous serons capables de compter sur sa bonté et nous ne serons pas enclins à limiter sa puissance.

 

2.7   Psaume 79

Le Psaume 79 appelle le jugement sur les nations ; mais ce sujet ne nous arrêtera pas. Le seul point que je désire mentionner, c’est la manière dont le coeur se tourne vers Dieu, lorsqu’il est très abattu. Il ne cherche pas même à se venger, mais, étant à l’extrémité sous l’oppression du mal, il se tourne vers Dieu, et se souvient ainsi de ses propres péchés. Il n’a pas d’autre refuge que le nom de Dieu. «Ne te souviens pas contre nous des iniquités anciennes ; que tes compassions viennent en hâte au-devant de nous... Aide-nous, ô Dieu de notre salut ! à cause de la gloire de ton nom ; et délivre-nous, et pardonne nos péchés à cause de ton nom» (v. 8-9). Tel est l’effet du châtiment, à supposer que nous connaissions Dieu : il produit l’humilité du coeur, la véritable confession, la conscience qui sait n’avoir aucun droit à la délivrance, mais qui compte sur la bonté de Dieu et sur son nom, en un mot, sur ce qu’il est. L’âme se repose sur le fait qu’il y a compassion, que Dieu écoute le gémissement de ses prisonniers, et qu’il agira selon la grandeur de sa puissance pour garantir ceux qui sont voués à la mort, malgré la force apparente du bras qui les retient.

L’ennemi avait outragé le Seigneur en injuriant son peuple. «Où est leur Dieu ?» où est leur confiance ? Alors le Seigneur se manifeste : voilà ce que son peuple attendait, aussi célèbre-t-il l’Éternel.

Ce Psaume met en lumière une autre vérité que nous rencontrons souvent dans l’Écriture. Dieu n’est pas seulement un Dieu glorieux qui doit maintenir sa gloire, mais, ayant acquis un peuple sur la terre, il a identifié sa gloire avec ce peuple. La foi sent profondément cette vérité qui la pénètre de reconnaissance, et elle compte sur la délivrance et sur la grâce. Dieu délivre tout en garantissant sa propre gloire. Mais, pour la même raison, Dieu ne permet aucun mal, parce que son nom est lié à son peuple, comme Israël nous en fournit l’exemple : «Je vous ai connus, vous seuls, de toutes les familles de la terre ; c’est pourquoi je visiterai sur vous toutes vos iniquités» (Amos 3:2). Ici, le châtiment est sur son peuple et le nom de Dieu est outragé. Aussi, tout en s’humiliant et en recherchant la miséricorde et la purification, attendent-ils la délivrance car le peuple de Dieu est devenu fort chétif.

 

2.8   Psaume 80

Le Psaume 80 est hardi dans ses invocations. Il passe de la délivrance d’Égypte à la connaissance, non pas de Christ, mais du Fils de l’homme ; et encore le considère-t-il plutôt comme le provin [Bibliquest : branche de vigne qui prend racine] que Dieu s’est fortifié pour Lui-même. On ne trouve pas ici les mots qui rendent si clair le début du chap. 15 de Jean : «Je suis le vrai cep, vous, les sarments». Cependant notre Psaume va jusqu’à reconnaître l’homme de la droite de Dieu, le Fils de l’homme, qu’il a fortifié pour soi. Mais si, dans cette confiance en Dieu, et regardant au Fils de l’homme, ce Psaume parle hardiment, s’il attribue tout à la grâce, il porte néanmoins un caractère absolument juif : il fait allusion à l’ordre des tribus dans le désert (v. 2) ; il connaît Dieu comme Celui qui est assis entre les chérubins (v. 1) ; il considère Israël comme le cep de Dieu, et le Messie, dans son caractère juif le plus élevé, comme le Fils de l’homme ; enfin, toute son espérance, c’est que Dieu ramènera son peuple. Nous allons examiner cette dernière expression, car elle caractérise l’invocation de ce Psaume. On la trouve aux v. 3, 7 et 19 ; nous la rencontrons dans la même acception en Jér. 31:18, 19 et au chap. 5, v. 21 des Lamentations. Elle offre donc un intérêt particulier.

La discipline seule, en elle-même, peut bien briser la volonté, humilier, lorsque Dieu agit, et faire ainsi une oeuvre préparatoire, mais elle ne ramène pas à Dieu. C’est ainsi que les fidèles sont amenés à dire ici, comme dans les désolations d’Éphraïm et de Juda, lorsqu’ils sont au plus bas, et qu’ils n’attendent plus aucun autre secours : «Ramène-moi», «ramène-nous». Ce n’est pas simplement une tristesse selon Dieu et la conscience de péché, ce qui n’est pas même, à proprement parler, la pensée de ce Psaume ; mais il y a le sentiment qu’ils appartiennent à Dieu, qu’ils sont le peuple de Dieu, et en même temps l’objet de sa réprobation : — «ils périssent parce que tu les tances». Il est question ici des voies de Dieu envers son peuple, et ce Psaume peut s’appliquer aussi à un saint dans le temps actuel, lorsque Dieu agit ici-bas à son égard selon le témoignage qu’il a rendu. Il y a, je le répète, le sentiment de Lui appartenir, mais le coeur qui repasse l’oeuvre de Dieu et les bénédictions qu’elle a produites autrefois, voit maintenant cette oeuvre détruite, témoignant ainsi de la puissance de l’ennemi. Cependant ce n’est pas cette puissance qui préoccupe la foi, mais c’est le courroux de Dieu. La foi se tourne vers Lui, comme à la source première de la bénédiction et de la puissance qui a opéré cette bénédiction, comme à Celui dont c’est l’oeuvre, et qui est toujours occupé en faveur de son peuple. La foi s’arrête à la beauté de l’oeuvre de Dieu, aux délices qu’il prend à cette vigne qu’il avait plantée pour Lui-même, mais qui maintenant est arrachée ; et la foi en conclut que Dieu interviendra en grâce. Mais cette intervention doit consister d’abord en ce que Dieu ramène à Lui son peuple.

L’état dans lequel ils se trouvent est en rapport avec la ruine générale, mais ce n’est pas ici la pensée principale : ils ne peuvent séparer leur propre état d’avec l’intervention divine. Il leur faut cette intervention, mais son premier acte doit être de les restaurer, de les ramener. Ils désirent la bénédiction, mais ils la veulent selon le caractère de Dieu, qui commencera d’abord par eux et les ramènera ; et alors la face de Dieu luira sur eux et ils seront délivrés. Quelle bénédiction, lorsque nous nous étions détournés de Dieu, de pouvoir l’invoquer, lui demandant qu’il nous ramène, et que sa face luise sur nous de telle manière qu’elle apporte la bénédiction et une délivrance actuelle à son peuple. Le fidèle demande à Dieu de retourner et de visiter le cep ; toutefois il ne s’attend pas à la restauration de l’état de choses primitif (ce n’est pas la manière de faire de Dieu), mais à l’établissement du provin que Dieu a fortifié pour Lui-même. Il en est ainsi de nous maintenant : Nous attendons que Christ soit exalté, même dans les plus petites choses. Si nous avons failli, il ne nous sied pas d’attendre que Dieu rétablisse les choses sur le même pied qu’auparavant, comme si rien ne s’était passé — ceci ne pourrait pas être à sa gloire — mais nous pouvons nous attendre à ce qu’il intervienne pour montrer sa bonté dans ce qui manifeste sa grâce, et à ce qu’il écoute le cri de son peuple : «Que ta main», s’écrie la foi d’Israël, «soit sur l’homme de ta droite». C’est là qu’ils trouvent leur force et leur sûreté, et qu’ils sont gardés debout. — «Et nous ne nous retirerons pas de toi». Il en sera pleinement ainsi d’Israël aux derniers jours, et il en est ainsi de nous en pratique. Sa présence est ce qui nous garde.

Mais la foi cherche encore une autre chose. L’éloignement de Dieu, la recherche de la propre volonté, ont pour résultat l’engourdissement et la mort ; aussi, quand ils sont ramenés, ont-ils besoin d’être vivifiés ; il faut que cette puissance qui ranime et qui donne la vie, rappelle leur coeur vers Dieu. Alors ils l’invoqueront avec un redoublement de sérieux et une confiance nouvelle : «Fais-nous revivre, et nous invoquerons ton nom». Pour Israël ce sera réellement la vie d’entre les morts. C’est plus que la prière qui crie à Dieu dans l’épreuve ; c’est le coeur qui, plein de confiance, en appelle à Dieu, après avoir été ramené à Lui. Cette scène prophétique montre évidemment la restauration d’Israël. Dieu ne cache pas maintenant sa face aux siens, mais il l’a cachée à Israël ; toutefois les chrétiens peuvent reconnaître ses voies en gouvernement dans leur oeuvre, dans leur service, et dans leur état comme corps.

En rapport avec notre sujet, je voudrais ajouter quelques mots sur le retour personnel à Dieu et la repentance, tels que nous les trouvons dans les passages de Jérémie cités plus haut. Ainsi, au chap. 31:18, il est dit : «Convertis-moi» ou : ramène moi «et je serai converti». Nous avons donc en premier lieu l’action de Dieu en grâce, ramenant le pécheur, le convertissant. Ce dernier ne regardait pas à Dieu, il lui avait tourné le dos ; et maintenant, de coeur et de volonté, il se retourne vers Lui. La repentance vient après : «Car, après que j’ai été converti, je me suis repenti». — Mon coeur, ayant été tourné vers Dieu et amené dans la lumière, je me mis à l’oeuvre ; je jugeai tout, aussi bien l’état de mon coeur que mes voies pendant mon éloignement de Lui. Alors, introduit dans la vraie bénédiction, possédant la pensée de Dieu quant au bien, on reste confondu d’avoir pu désirer et poursuivre des choses si vaines et si mauvaises.

L’épître aux Corinthiens nous présente une autre pensée. La conversion que Dieu opère produit la tristesse (2 Cor. 7). La première lettre de l’apôtre avait pénétré, par la puissance de l’Esprit, dans leurs âmes. Ce n’était pas encore le jugement complet de leur état dans la lumière, mais, leur propre volonté étant retenue par l’action divine, il y avait chez eux de l’affliction dans le sentiment qu’ils s’étaient écartés du droit chemin. Alors la conscience commença à agir et non plus la volonté ; peut-être le moi y avait-il encore part en quelque mesure. Néanmoins c’était une tristesse selon Dieu, une volonté brisée, un coeur contrit ; il y avait le sentiment que l’on avait suivi sa propre volonté et oublié Dieu. Les illusions d’une volonté perverse s’en sont allées, et dès lors commence l’action de la nature divine en nous, résultat du fait que nous avons affaire à Dieu. Cette action n’est pas accompagnée de frayeur lorsqu’elle est bien sentie ; il n’y a nulle idée que Dieu veuille nous imputer le péché, ou nous condamner, mais bien la tristesse et l’affliction du coeur à la pensée que l’on a suivi la perversité et les tromperies de sa propre volonté. Cette tristesse produit un jugement du mal bien plus actif et plus décidé, et ce jugement est appelé ici la repentance. «La tristesse qui est selon Dieu, opère une repentance à salut dont on n’a pas de regret». Par cette conversion dont nous venons de parler, l’âme ayant été amenée, par l’opération de la grâce de Dieu, à s’affliger pour avoir écouté sa propre volonté, rentre maintenant (ou plutôt entre pour la première fois) sous l’influence naturelle et sous l’action du nouvel homme non contristé. Elle juge, par l’énergie spirituelle, tout le mal, comme Dieu le juge en principe. Le sentiment de la culpabilité n’a point disparu, mais, ce qui caractérise cet état c’est le jugement de la faute — le jugement du moi en tant que celui-ci y est impliqué. Le coeur est pur du mal, lorsqu’il le juge comme Dieu le fait et s’en sépare comme d’une chose qui lui est extérieure, à laquelle il est étranger. Or ceci est la sainteté, laquelle gagne souvent en profondeur à mesure que l’on connaît mieux le moi.

Nous voyons un exemple dans le discours de Pierre au chap. 2 des Actes. L’apôtre venait de mettre devant leurs yeux le péché du peuple. «Alors ils eurent le coeur saisi de componction et ils dirent à Pierre : Que ferons-nous ?» Il n’était plus question de leur volonté qui leur avait dicté ce cri furieux : «Crucifie-le, crucifie-le !» Le péché a accompli son acte et ne peut plus se changer. La folie d’un tel acte se présente à eux, apportant l’angoisse à leurs coeurs. «Que ferons-nous ?» Ils sont convertis ; ils en sont arrivés à l’affliction et à la tristesse selon Dieu. Que leur dit Pierre ? «Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ, en rémission des péchés». Ils étaient convertis, saisis de componction en songeant à la folie de leur péché ; ils avaient encore à se repentir. Il y a une chose plus grande, plus profonde, plus complète qu’une âme amenée à la lumière ; c’est lorsque le nouvel homme exerce son jugement sur ce que le moi avait été. Il ne s’agit plus d’une âme convaincue de la part de Dieu et se soumettant, dans le sentiment de sa culpabilité, à l’effet de sa grâce et de sa présence, mais il s’agit d’une âme qui rejette spirituellement, en communion avec Dieu, le mal comme tel, du terrain où le nouvel homme se tient avec Dieu. La contrition et l’humilité de coeur accompagnent cet acte, mais l’âme est rentrée dans sa liberté devant Dieu. Il y a une vraie repentance, du moment que le moi est mis de côté et que la nouvelle nature, s’étant emparée du jugement et de la volonté, juge librement, comme une chose rejetée, tout ce qui avait séduit la chair et ce en quoi elle prenait plaisir.

 

2.9   Psaume 81

Ce Psaume nous fournit l’occasion de noter quelques principes du gouvernement de Dieu. C’est lorsqu’on a été rétabli dans la bénédiction, que l’on peut considérer les voies merveilleuses de Dieu. Si le peuple avait été fidèle, loin d’être affligé, il aurait joui non seulement de la paix, mais d’une bénédiction actuelle et abondante. Loin de là, il ferma son oreille à Dieu ; aussi Dieu les abandonna aux convoitises de leur coeur ; ils marchèrent selon leurs propres conseils et tombèrent bientôt au pouvoir de leurs ennemis, toujours plus forts que le peuple de Dieu, lorsque celui-ci descend sur leur terrain. Dieu nous a délivrés. Nous avons été délivrés de l’esclavage et du fardeau du péché. La puissance divine (une puissance qui, tout en se manifestant par ses effets, a néanmoins sa source dans le secret des conseils divins) nous a répondu, lorsque, sous le péché, nous étions dans l’angoisse et dans la détresse ; et, dès lors, tout en ayant part, en vertu de notre position, à la plénitude de la bénédiction, nous sommes sous la responsabilité quant aux bénédictions présentes que nous avons reçues. «Oh ! si tu voulais m’écouter !» Ce que Dieu veut, c’est la vérité du coeur envers Lui, c’est que non seulement on évite le mal quand il se rencontre, mais qu’il n’ait point d’idole dans le coeur. Ce qui révèle l’état du coeur, c’est la vérité dans l’homme intérieur vis-à-vis de Dieu. Mais Dieu nous appelle à cela comme étant déjà notre Dieu (nous disons maintenant : Père), qui nous a délivrés et sauvés et qui nous dit (sans doute lorsque nous sommes dans le sentier de l’obéissance) : «Ouvre ta bouche toute grande et je la remplirai». Nous sommes appelés à élargir nos coeurs pour recevoir la bénédiction. Dieu a de riches, d’abondantes provisions pour nous, et nous engage à ouvrir notre bouche toute grande. Tout son désir est de la remplir de ses propres richesses, des richesses de bénédictions de la grâce données par sa propre main. Les richesses insondables de Christ nous appartiennent et sont communiquées à nos âmes. Mais hélas ! souvent nous ressemblons à Israël : «Mon peuple n’a pas écouté ma voix».

Alors, pour les châtier, Dieu laisse les siens se nourrir du fruit de leurs propres voies : jugement terrible par lequel on est parfois humilié et amené à sentir l’amertume de la puissance de l’ennemi, et d’autres fois, ce qui est pire, porté à se croire finalement abandonné ! Ce cas ne peut guère se présenter, lorsque l’âme a été réellement vidée du «moi» et de la propre justice si subtile dans sa nature. Toutefois les dards enflammés du malin sont terribles pour l’âme. Ce ne sont nullement ici les doutes d’une âme exercée sous la loi, l’incertitude de savoir si Dieu sera pour elle, si elle pourra échapper ; mais c’est la frayeur que l’âme éprouve vis-à-vis d’un Dieu qui est contre elle. Tandis que, dans le premier cas, il s’agit du doute légal, dans le second, c’est le doute du désespoir produit par Satan. Si le saint marche fidèlement, il aura sûrement des ennemis, Satan et ses machinations, à combattre, mais c’est de fait le Seigneur qui remporte la victoire sur eux. Ce combat est, après la patience de la foi, la preuve encourageante que le Seigneur est avec nous pendant la course. Nos adversaires sont ceux du Seigneur ; avoir conscience de cela est une immense force. Ceux qui s’opposent à nous lorsque nous marchons dans le sentier du Seigneur, sont en tout cas, sous ce rapport, au nombre de ceux qui haïssent le Seigneur. Ils sont trouvés menteurs et vains dans leurs prétentions, tandis que le saint marche en paix par la puissance du Seigneur dans un chemin uni. «Celui qui fait la volonté de Dieu demeure à toujours» ; il est nourri de la moelle du froment, de la connaissance la plus précieuse de Christ ; tandis que la douceur de la grâce divine rafraîchit et satisfait le désir de l’Esprit.

 

2.10                   Psaumes 82-83

Ces deux Psaumes ne demandent pas de commentaire particulier en rapport avec l’objet de ces méditations. Au Psaume 82, le lecteur remarquera que Dieu juge au milieu des juges, spécialement ceux qui, en Israël, avaient la loi divine pour les guider. Ils tombent ainsi de la position qu’ils occupaient comme exerçant l’autorité de Dieu sur la terre, dans celle de l’homme responsable, et Dieu se lève pour juger la terre. Dans ce Psaume, Dieu s’occupe de l’iniquité de l’homme envers son semblable et de la différence entre le jugement confié à l’homme et la justice. Le Psaume 83 envisage l’homme coupable d’inimitié active contre Dieu, usant, dans sa haine envers le peuple de Dieu, de ruses, de conspirations, de violence, afin que même leur souvenir soit ôté de la terre (v. 4). Mais ces efforts de l’homme ont pour résultat final que «l’Éternel seul (le Dieu d’Israël) est le Très-Haut sur toute la terre». L’oppression exercée de haut en bas par ceux qui représentent Dieu sur la terre, la rébellion dirigée de bas en haut contre Dieu et se manifestant par la haine envers son peuple terrestre : tels sont les caractères de l’homme et l’objet du jugement de Dieu sur la terre.

 

2.11                   Psaume 84

Bien que Dieu soit nécessairement le centre de tous les désirs du nouvel homme, il n’est cependant point parlé ici, comme au Psaume 63, du désir qui a Dieu comme tel pour objet. L’Éternel est reconnu comme le Dieu vivant, mais comme un Dieu manifesté, en relation avec son peuple. Il n’est pas dit ici : «Mon âme a soif de Dieu», mais : «Combien sont aimables tes demeures, ô Éternel des armées !» Elles ne seraient pas aimables si l’Éternel n’y était pas et si elles n’étaient pas les siennes. Il s’agit donc ici du bonheur que l’on trouve dans la jouissance d’une relation publique avec Celui qui demeure au milieu de son peuple, et non pas d’un bonheur abstrait que l’on trouverait en Dieu même. Les demeures de Dieu sont un lieu de repos pour le coeur ; c’est comme l’hirondelle qui a, de la part de Dieu, un nid où elle a mis ses petits. Et ceci est juste. Le désir de l’âme après Dieu Lui-même est la racine et l’essence de la piété personnelle. Le secret de Dieu se trouve là, et l’âme est gardée dans la sainteté de sa présence, et exercée dans cette sainteté devant Lui. Mais le vrai refuge de l’âme pieuse est là où Dieu manifeste sa gloire, où il est adoré. «Dans son temple, tout dit : Gloire !» (Ps. 29:9). C’est là que la louange est produite continuellement.

Il ne s’agit pas ici des exercices de l’âme, mais d’un coeur pieux débordant (et la chose ne peut avoir lieu que dans le nouvel homme) en actions de grâces et en adoration avec ceux qui sont d’un même sentiment, là où tous adorent, là où il n’y a rien d’autre que la louange ; car l’autel de Dieu est le centre des désirs et des épanchements du coeur. Là Dieu se manifeste, là le coeur est à l’aise loin des exercices et des épreuves ; aussi comprend-il bien que dans ce lieu on louera Dieu sans cesse. Ceux qui y demeurent n’ont rien d’autre à faire. Telle sera la bénédiction dans son parfait accomplissement.

Mais il est encore une autre chose (v. 5 et suiv.) dans laquelle on éprouve la bénédiction : je veux parler du chemin, chemin qui conduit au sanctuaire en traversant le monde qui est la vallée des pleurs. Celui qui, d’un coeur tranquille, marche en pèlerin vers le repos et la demeure de Dieu, a sa force dans le Seigneur. Aussi est-il appelé bienheureux. Si la demeure de Dieu, le lieu où sa gloire est manifestée et que cette gloire remplit, est l’objet vers lequel tendent tous les désirs du coeur, le chemin qui y conduit sera aussi dans le coeur. Ce chemin peut être rude, il peut conduire par la vallée des pleurs, vallée où l’on trouve la croix, mais c’est le chemin qui mène au but et le coeur y est attaché. D’ailleurs, le coeur se confie en Dieu ; l’amour de Dieu est pour lui la clef de tout ; c’est pourquoi il est dit : «Seigneur, par ces choses on vit, et en toutes ces choses est la vie de mon esprit» (És. 38:16). Elles changent la vallée des pleurs en une fontaine et font trouver dans l’affliction les rafraîchissements de la grâce. Car il faut que la volonté soit brisée, que les mouvements de la volonté dans les désirs du coeur soient jugés, pour que la grâce, pour que Dieu Lui-même (cette source de joie et de bénédiction) puisse avoir toute sa place. C’est ce que produisent les exercices et les épreuves du désert. La vallée n’est pas appelée la vallée de l’épreuve, mais celle des pleurs ; car, ce qui produit la fontaine rafraîchissante, ce ne sont pas simplement des faits extérieurs, mais ce sont les exercices du coeur qui découlent de ces faits. Sans aucun doute la cause en est les difficultés du chemin dans la vallée. Christ, l’homme parfait dans ses voies, était aussi un homme de douleurs, et il manifestait et exerçait son amour au milieu des souffrances. Nous, nous avons besoin d’être humiliés et brisés afin de parvenir à cet état, mais c’est précisément ce qui change pour nous la vallée en fontaine. «Par ces choses on vit et en toutes ces choses est la vie de mon esprit». Dans la douleur de sa réjection, auprès du puits de Sichar, le Seigneur avait une viande à manger que ses disciples ne connaissaient pas.

Mais ce n’est pas tout : il y a des provisions de grâce qui sont directement fournies d’en haut ; Dieu envoie en grâce la pluie sur son héritage, pour le rafraîchir lorsqu’il est altéré. La pluie couvre de bénédictions la vallée. Les communications de l’Esprit de Dieu, la révélation de Christ à l’âme, l’amour du Père, tout cela rafraîchit et réjouit le coeur et le détourne du monde pour le remplir de ce qui lui fait voir le néant du monde. Le nouvel homme goûte ces joies, et traverse joyeusement la vallée en pensant à ces choses. Il marche de force en force. Ce ne sont pas des forces accumulées, et cependant la force est augmentée ; mais cet accroissement de force, bien loin d’affaiblir la dépendance de Dieu, en augmente, au contraire, le sentiment. On se connaît mieux et l’on se défie beaucoup plus de soi-même ; on est plus simple et l’on a un sentiment plus net que la force appartient à Dieu. Pierre nous en est un exemple. Le Seigneur lui dit : «Quand une fois tu seras revenu, fortifie tes frères». C’était un cas extrême quant aux moyens employés pour le produire, mais qui nous montre combien le jugement de soi-même et l’école de la dépendance sont le moyen d’avoir la force, parce que la force est réellement en Christ. «Ma puissance s’accomplit dans l’infirmité». Ainsi la force que nous avons et que nous sentons, au point où nous sommes amenés à réaliser la grâce et la présence de Christ, nous pousse plus loin et nous fait avancer dans notre voyage à travers le désert ; nous en usons (je ne dis pas que nous la perdions) le long du voyage ; nous employons cette force en chemin, mais ce n’est pas la même chose qu’éprouver la jouissance de tirer toute bénédiction de Lui.

Cela nous conduit à nous rendre mieux compte du besoin que nous avons de Christ, et à une connaissance de nous-mêmes qui est augmentée par les choses que nous traversons. Cette découverte du «moi» n’est cependant pas toujours le résultat d’un jugement que nous formons sur nous-mêmes, mais elle provient du dépouillement du moi et du déclin de sa puissance trompeuse sur notre coeur, qui nous fait nous abandonner plus simplement à Christ. C’est ainsi que nous avançons graduellement en force ; Christ est davantage notre tout, et, si nous tombons en faute, le progrès se montrera en ce que le moi sera positivement jugé et l’âme restaurée. Le résultat sera notre apparition devant Dieu, où le moi n’existera plus, et dans le lieu où il a placé sa bénédiction, et où tous montent pour l’adorer et le glorifier. Même à présent il y a une réalisation partielle de cela, mais la chose ne sera accomplie certainement qu’en gloire, dans la Jérusalem céleste et dans la maison du Père. Mais tout cela produit la supplication, la supplication avec le sentiment de la Majesté divine, mais aussi avec la conscience d’une précieuse relation dans laquelle on se trouve. Il est Jéhovah, l’Éternel des armées, mais il est aussi le Dieu de Jacob.

Il y a plus encore. Jusqu’à ce que nous soyons introduits en réalité dans les parvis de Dieu, nous dépendons de cette Majesté et de cette fidélité à son alliance (pour nous, c’est le nom du Père en union avec Christ), mais nous dépendons aussi du fait que Dieu regarde à Christ. C’est notre sauvegarde pour le temps présent et, dans un sens, pour l’éternité. Nous avons de l’assurance, de la confiance, et nous prions parce que Dieu regarde la face de son Oint. Mais cette confiance que nous avons sur le chemin à travers la vallée de Baca se lie au désir d’être dans ses parvis. Regarde notre garant, ô Dieu, repose-toi en lui, «car un jour dans tes parvis vaut mieux que mille». Mieux vaut se tenir sur le seuil dans la maison de Dieu que jouir de tout ce que les tentes des méchants peuvent offrir, ou du droit d’y habiter. Dieu éclaire de sa glorieuse Majesté, et il protège. Il donnera, dans une grâce parfaite qui ne connaît pas d’entraves, tout ce dont nous avons besoin quand nous sommes dans l’épreuve en chemin, tout ce qu’il faut à notre faiblesse, qui possède le doux privilège de pouvoir compter sur son secours. Et enfin, lorsque nous serons introduits dans la maison avec la capacité d’en jouir, il nous donnera la gloire avec Lui-même. Nous pouvons compter sur Lui pour toutes choses. Il est bon ; il ne refuse aucun bien à ceux qui marchent devant Lui. Le Psaume se termine par cette affirmation bénie : «Bienheureux l’homme qui se confie en toi». Combien cela est vrai ! Rien n’est hors de sa portée, rien ne peut troubler sa puissance ; rien dont son amour ne veuille se charger à notre place ; rien dont sa sagesse ne puisse se servir pour notre bénédiction. Le coeur connaît son amour et peut y compter ; il sait que : «Bienheureux est l’homme qui se confie en lui».

 

2.12                   Psaume 85

Le Psaume 85 fait ressortir un principe d’une grande importance pratique ; c’est la différence entre le pardon de tout ce qui appartient à notre état précédent, et la bénédiction dans laquelle le croyant est introduit par la jouissance d’une relation avec Dieu. Il s’agit naturellement dans ce Psaume du rétablissement d’Israël dans la jouissance de la bénédiction, dans son pays, événement par lequel seront accomplies les promesses de l’Éternel ; mais je ne parlerai ici que de ce qui nous concerne.

Le pardon est reconnu comme étant le fruit de la bonté de l’Éternel, de sa bonté assurée envers son peuple ; aussi les fidèles comptent-ils sur une pleine et entière bénédiction ; mais cette bénédiction et le pardon sont deux choses distinctes. Il en est de même pour nous : le pardon s’applique à tout ce que nous avons fait, en tant que nous sommes considérés comme appartenant au vieil homme et à ses actions. Nous sommes ramenés, et tous les fruits du vieil homme sont mis de côté pour toujours par le sacrifice de Christ ; nous avons ainsi un pardon complet. Quant à notre état précédent, la colère est passée. Tous nos péchés sont couverts, mais, malgré cela, il reste encore l’éloignement de Dieu et il n’y a pas la jouissance de sa communion. La crainte du jugement et du Juge est passée, mais il n’y a pas la jouissance d’une bénédiction actuelle avec Dieu. Sa faveur qui repose sur ceux avec lesquels tout est réglé, et les communications de cette faveur dans une relation établie selon la nature et la justice divines, tout cela est encore inconnu. Il y a eu de la joie ; elle est grande encore, car on se sent pardonné ; mais ce pardon s’applique à ce que nous sommes dans la chair, et n’est pas la communion avec Dieu dans une nature qui, parce qu’elle vient de Lui, est capable de jouir de Lui et de nul autre. Quoiqu’on ait le pardon, cette distance de Dieu, cette impossibilité de jouir de Lui avec une nature nouvelle et divine, se fait sentir à l’âme comme étant proprement la colère. Dans cet état on ne peut parler. d’avoir été amené à Dieu, ni de repos, car on ne le trouve que dans la jouissance de sa faveur.

C’est aussi le désir exprimé dans ce Psaume. Les captifs de Jacob avaient été rétablis, mais il faut davantage à l’âme du fidèle : il désire être ramené à Dieu et qu’il n’y ait plus pour lui aucune indignation. Cette parole est d’une immense portée ; mais, sans elle, il est impossible de trouver le repos, lorsque nous connaissons, au moins en espérance, et l’amour et la communion. Peut-être avons-nous désiré de posséder le sentiment de sa faveur, mais nous ne pouvons l’obtenir ni par des progrès ni par des victoires : on ne l’obtient que par le pardon et par la délivrance, car nous avons découvert qu’il y a rédemption et pardon, alors ce n’est plus seulement le besoin de la conscience qui nous pousse à nous approcher, mais ce sont les désirs spirituels du nouvel homme. «Ne veux-tu pas nous faire vivre de nouveau, afin que ton peuple se réjouisse en toi ?» (v. 6). L’âme est vivifiée par la présence de l’Esprit de Dieu et se réjouit en Dieu Lui-même.

C’est ce que nous trouvons aussi en Rom. 5 : «Nous avons la paix avec Dieu ;... et non seulement cela, mais aussi nous nous glorifions en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, par lequel nous avons maintenant reçu la réconciliation». «Éternel ! fais-nous voir ta bonté» (car c’est la bonté, mais provenant d’un Dieu connu dans sa relation avec son peuple — comme pour nous c’est le Père connu en Christ), «et accorde-nous ton salut». L’âme a appris à connaître la grâce ; elle attend la réponse, parce qu’elle espère en la grâce. Ce n’est pas une angoisse légale, mais le désir de connaître Dieu dans sa faveur. «Il dira paix à son peuple et à ses saints... Son salut est près de ceux qui le craignent» (v. 8, 9).

Ceci est de toute importance pour l’âme ; elle ne doit pas s’arrêter au pardon qui est sa première et urgente nécessité, mais elle doit comprendre qu’elle est appelée à jouir de Dieu, dans la communion sans nuage d’une nature nouvelle. Cette nature qui est moralement la nature divine trouve nécessairement toutes ses délices en Dieu ; seulement, dans notre cas, cette joie dépend de Lui et va en augmentant — nous nous glorifions en Dieu. Sans doute, ce sentiment doit être fondé sur la justice, et, comme nous allons le voir, sur la justice divine. S’il en était autrement ce ne serait pas Dieu ; mais l’idée présentée ici n’est pas celle d’un règlement de comptes avec un Dieu qui met notre justice en question : il s’agit de jouir de la présence de Dieu, d’être en communion avec Lui, selon la perfection dans laquelle nous avons été placés devant Lui, de trouver en Lui nos délices, dans la nature divine dont nous sommes participants. Voici comment la chose nous est présentée par rapport à Israël : «La bonté et la vérité se sont rencontrées ; la justice et la paix se sont entre-baisées».

C’est la bonté, car elle est accordée à des pécheurs en pure et souveraine grâce ; mais c’est aussi la vérité, car elle accomplit toutes les promesses de Dieu faites à Israël. Pour nous, c’est bien plus que la promesse, car au fond il n’y pas de promesse à l’Église. Toutefois la réalisation de ces vérités est plus frappante dans le cas de l’Église, puisque la position de cette dernière en Christ correspond à la position de Christ Lui-même. L’Église est, devant Dieu, dans la même faveur dans laquelle Christ se trouve comme ressuscité d’entre les morts. La justice semblait être contre le pécheur : elle l’était en effet ; mais, en vertu de la justice divine, elle s’allie à la paix pour le pécheur. «La justice et la paix se sont entre-baisées». La paix correspond à la bonté et la justice à la vérité. Ils ont — nous avons — la paix par grâce ; mais la justice par la foi en Jésus Christ nous introduit dans la pleine jouissance de la position dans laquelle il se trouve, sinon ce ne serait pas la justice. «La vérité germera de la terre» : en effet, c’est là que toutes les promesses seront accomplies pour Israël. Il n’est pas question de cela pour nous, mais d’être assis dans les lieux célestes dans le Christ Jésus. Il ne nous est pas dit non plus : «La gloire demeurera dans notre pays» (v. 9) ; non, mais nous sommes par droit et par position dans la gloire de Dieu, en haut ; mais dans tous les cas «la justice regarde des cieux (*)» (v. 11). Il ne s’agit ni pour Israël ni pour nous d’une justice qui regarde de la terre pour réclamer la bénédiction du ciel. Dieu a établi la justice dans les cieux mêmes, car Christ s’y trouve. Il y est en vertu de la justice de Dieu. La justice était une justice divine et céleste. Christ ayant glorifié Dieu, est glorifié auprès de Dieu et en Lui : c’est la justice divine. Nos bénédictions célestes aussi bien que les bénédictions terrestres d’Israël en découlent. Au v. 12, nous trouvons en outre des bénédictions conférées d’en haut : tout cela est donc le produit de cette contrée céleste dont les joies et les privilèges nous sont octroyés pour en jouir.

(*) Notez comment ceci met de côté la justice légale qui regarde de la terre vers le ciel.

Le dernier verset a trait proprement à la terre, mais je désire faire ressortir une vérité qui s’y rattache. Le gouvernement actuel de Dieu ne s’applique ni au pardon, ni à la paix, mais à une marche dans la jouissance divine. Nous jouissons de cette précieuse communion en demeurant en Dieu et Dieu en nous, par l’Esprit Saint qui nous a été donné. Si nous le contristons, nous sommes affligés, humiliés, peut-être châtiés. Notre position reste la même, mais la réalisation et la jouissance de cette position dépendent des révélations et de l’action du Saint Esprit en nous, qui dépendent elles-mêmes de notre marche, de notre état, de notre obéissance.

C’est ainsi qu’en Jean 14 et 15, la jouissance des bénédictions et de la faveur divines dépend de la marche du fidèle. Cela doit être, du moment que cette jouissance est le résultat de l’habitation en nous du Saint Esprit : en effet, comment pourrions-nous jouir de la communion en amour, au milieu des pensées vaines ou mauvaises ? La présence du Saint Esprit dépend de la justice, autrement dit, de la présence de Christ dans le ciel ; et c’est par ce don du Saint Esprit que l’amour de Dieu est répandu dans nos coeurs. Nous demeurons en Lui et Lui en nous. Mais, lorsqu’il y a du mal, la chair est à l’oeuvre, le Saint Esprit est contristé, la communion est interrompue. Il n’est nullement question de notre relation (elle est établie par la séance de Christ dans le ciel), mais il est question de la jouissance des bénédictions dans lesquelles nous avons été introduits ; il s’agit d’avoir communion avec Dieu. Ici, toute notre marche avec Dieu entre en ligne de compte, quoique je ne puisse bien marcher que par grâce. Le point sur lequel j’insiste ici, c’est qu’il est de toute importance de saisir clairement la différence qui existe entre le pardon (c’est-à-dire la grâce appliquée par l’oeuvre de Christ au péché et à tous les fruits du vieil homme) et notre introduction en Lui, en justice, dans la présence et dans la communion de Dieu, la où n’entrent jamais aucun nuage, ni aucune question de péché. Nous pouvons sortir de cette présence, perdre non pas le droit d’y avoir part, mais la jouissance de cette bénédiction dans notre âme, et voir, non pas la paix avec Dieu, mais la communion détruite ; nous pouvons, dis-je, sortir de cette présence, mais jamais aucun nuage de péché ne peut y entrer. Nous sommes aimés comme Christ est aimé. Tout dépend de son oeuvre. Mais le pardon des choses hors desquelles nous avons été retirés, c’est-à-dire l’application de l’oeuvre de Christ à notre responsabilité comme enfants d’Adam selon la chair est une vérité ; tandis qu’une autre vérité est que nous ne sommes pas dans la chair, mais en Christ, dans la jouissance des choses dans lesquelles il est entré, Lui, notre vie à jamais.

 

2.13                   Psaume 86

Le Psaume 86, bien simple dans ce qu’il exprime, est néanmoins rempli d’importantes vérités pratiques ; car les richesses de la gloire et de la puissance de Dieu suppléent à la faiblesse d’une âme qui a été amenée à Lui. L’âme trouve son centre, non pas en étant capable, dans son état de faiblesse, d’embrasser d’abord l’étendue de la gloire, mais en faisant de Dieu son centre ; et ainsi elle célèbre Dieu, comptant sur sa puissance et sur la délivrance finale qui l’introduira dans la gloire.

L’âme a quatre titres à l’attention de l’Éternel : le croyant est affligé et misérable ; il n’est pas d’entre les orgueilleux de la terre ; il est saint, réellement mis à part pour Dieu ; enfin, comme serviteur de l’Éternel, (il s’agit pour nous, comme nous l’avons souvent fait remarquer, du nom du Père et de Christ comme Seigneur) il se confie en Lui et crie journellement à Lui. Tel est l’état de l’âme du fidèle : il est affligé et saint, c’est-à-dire mis à part pour le Seigneur ; il est serviteur ; il se confie en Dieu et sa confiance n’est pas inactive, car il crie dans le sentiment de son besoin et de sa dépendance. Se confiant en la bonté de Dieu, l’âme demeure dans cette assurance ainsi que dans la conscience de la majesté du Seigneur, élevé au-dessus de tous ceux qui prétendent à la force. Lui seul est Dieu, Lui seul est grand et fait des choses merveilleuses (v. 10). Alors l’âme désire être instruite de la voie de Dieu — elle n’a aucune envie de suivre son propre chemin. La vérité, la parole de Dieu est son guide.

Ici se présente un nouveau besoin : le coeur a la tendance d’être distrait par mille objets, par mille pensées fugitives, aussi demande-t-il au Seigneur de lui donner un seul but : «Unis mon coeur à la crainte de ton nom» (v. 11). Combien nous avons besoin d’avoir un coeur concentré tout entier sur Christ ! Là se trouve la puissance ; là aussi cette réalisation des choses divines qui transporte nos coeurs dans la scène céleste, qui les met en rapport direct avec les sources divines de la force. Lorsque d’autres pensées nous occupent, nous sommes en dehors, dans un autre monde dont il nous faut être délivrés ; nous ne sommes plus dans le monde divin et céleste dont nous avons à être des témoins.

La majesté et la gloire du nom de Dieu avaient été vues au v. 9 ; mais cela n’introduit pas l’âme dans la gloire comme dans sa demeure habituelle. En un sens c’est une chose trop élevée pour nous, et nous le sentons. Que nous sommes petits, et comme nous ne connaissons qu’en partie ! mais cela nous engage, quelque pauvres et faibles que nous soyons, à concentrer de plus en plus toutes nos affections sur Dieu. Voilà ce qu’il faut, ce qui satisfait l’âme, ce qui répond à ses besoins. Pleine d’affection, d’adoration reconnaissante, elle est placée par grâce au centre de toute cette gloire. Aussi peut-elle dire : «Je te célébrerai de tout mon coeur, Seigneur, mon Dieu !» Selon le désir qu’il avait exprimé, le coeur «uni» désormais peut louer Dieu comme il est appelé à le faire, et comme il le fera bientôt en perfection. Nous sommes appelés à comprendre avec tous les saints quelle est la largeur et la longueur, et la profondeur et la hauteur ; mais il nous faut auparavant avoir été amenés au centre : il faut que Christ habite dans nos coeurs par la foi et que nous soyons enracinés et fondés dans l’amour. Dès lors, le connaissant, nous glorifions son nom à toujours. Notre petitesse a trouvé dans sa grandeur notre place et notre force. Nous sommes placés, comme je l’ai dit, au centre de la gloire.

De là se déroule devant nos yeux la grande délivrance que Dieu a accomplie. Nous comprenons que la grâce suprême en est la seule source. Il ne s’agit pas simplement de reconnaître sa grâce dans l’ordre naturel des choses lorsque tout est en règle, mais il s’agit de la grâce, de la souveraine grâce, de l’amour divin dans son activité, descendu ici-bas pour nous délivrer des profondeurs du shéol. Ceci donne un caractère tout spécial à notre connaissance de Dieu. Nous dépendons entièrement de sa bonté, et cependant notre amour pour lui a un caractère très intime, parce que, par notre misère même, nous apprenons que nous sommes les objets de son amour dont la grandeur infinie nous est ainsi connue. L’âme, se confiant ainsi en Dieu et occupée avant tout de Lui pour elle-même, voit s’élever contre elle l’inimitié des gens orgueilleux qui ne craignent point l’Éternel. Elle compte sur l’intervention de Dieu, et c’est une grande preuve de foi ; mais sa confiance dans l’amour qui s’est intéressé à elle lui fait demander davantage. Elle se réjouit dans l’attente que Dieu manifestera qu’Il est pour elle ; or le fait qu’il est pour nous, c’est non seulement la délivrance, mais la satisfaction du coeur. L’âme ne demande pas autre chose ; elle désire que Dieu montre par un signe qu’Il est pour elle. Cette part assurée de tous ceux qui se confient en Dieu et qui marchent avec Lui, le Seigneur, comme nous le voyons au Psaume 22, l’a désirée et ne l’a pas obtenue, lorsqu’il prit la dernière place et s’anéantit pour l’amour de nous ; mais en cela même, parfait en amour, il glorifiait le Père, et était ainsi au-dessus de tous. Voilà pourquoi le Père l’aimait, pourquoi comme homme il a été glorifié d’une manière bien plus grande encore. Au moment suprême il ne fut ni soutenu, ni consolé dans l’épreuve ; mais il était le seul qui dût faire cette expérience. Nous nous confions en Dieu et il nous délivre ; Christ, parfait d’une manière absolue, a été seul dans cette perfection. Du moins, que le Seigneur nous donne des coeurs unis sans distraction à la crainte de son nom et dans l’amour du Père. Là est notre centre ; là nous n’avons rien à craindre des ennemis (Phil. 1:27-28).

 

2.14                   Psaume 87

La fondation de Dieu, voilà ce qui rend toutes choses sûres et certaines. Ce qui provoque l’intérêt, ce qui affermit le coeur du croyant, ce n’est pas le fait que la cité de Dieu soit fondée sur les montagnes de sainteté, mais qu’elle repose sur le fondement de Dieu même. Il en est ainsi de nous : «Le solide fondement de Dieu demeure». L’apôtre prononce ces mots lorsque l’état de l’Église était si mauvais, que le fidèle était appelé à le juger et à se purifier de beaucoup d’entre ceux qui en faisaient partie. Néanmoins le fondement de Dieu demeure ferme, ainsi que son appel et son héritage dans les saints.

Ce Psaume nous présente une autre considération qui semble bien dure à l’activité selon la chair : la foi attache plus d’importance à la cité de Dieu qu’à tout ce que l’homme a construit. Le point de vue de ce Psaume est essentiellement juif. Lorsque l’Éternel enregistre les peuples, les saints et le Messie Lui-même sont comptés comme faisant partie de Sion. Voilà pourquoi des choses glorieuses sont dites de Sion, car il s’agit de la manière dont Dieu considère la cité. Pour nous, cette vérité se présente sous une autre forme, celle de l’Église : Christ en fait partie comme étant sa Tête, et non pas comme y étant né. Là sont les sources rafraîchissantes de Dieu. Mais, en pratique, lorsque l’Église de Dieu est méprisée, lorsqu’elle est formée de gens qui ne comptent pour rien dans ce monde, nous en vantons-nous parce qu’ils sont riches en foi et précieux aux yeux de Dieu ? ou bien les grandeurs de cette Égypte, de cette Babylone, que Dieu jugera, éclipsent-elles à nos yeux la ville de Dieu ? Jugeons-nous selon la pensée de Dieu, ou selon la pensée de l’homme ? Les vaines apparences de ce monde ont-elles quelque poids pour nous ; ou bien la foi au Seigneur de gloire nous porte-t-elle à estimer hautement les choses que Dieu estime glorieuses ? Il a un peuple qu’il enregistre. Est-ce l’esprit du monde, est-ce l’Esprit de Dieu qui nous donne la mesure de ce qui est vil ou précieux ? Pesons le langage de l’épître de Jacques. Que nos âmes soient pénétrées de la valeur des choses que Dieu estimera excellentes dans les demeures célestes.

 

2.15                   Psaume 88

Au commencement de ce Psaume, Dieu est connu et invoqué, selon son nom révélé, comme l’unique Sauveur (v. 1), et c’est précisément à ce point-là que les exercices dont ce Psaume nous parle amènent l’âme du fidèle : tout ce qui, du dehors, pèse sur elle, contribue à lui faire comprendre que ces choses viennent de la main, et, plus encore, du jugement de Dieu, en sorte que la délivrance ne peut être de sa part qu’un pur acte de souveraineté. «Éternel, Dieu de mon salut »; telle est la pensée dominante du Psaume.

La condition qui y est décrite est celle d’une affliction présente, au milieu de laquelle la nature ne peut trouver son compte ; et l’éloignement de tous les amis et connaissances. Mais ceci n’est que la partie extérieure et négative de la souffrance. Ce qui pèse particulièrement sur l’esprit du fidèle c’est la mort, la mort comme témoignage de la colère de Dieu ; et le coeur est amené à reconnaître ce fait, par conviction que le Dieu révélé de la promesse est l’unique Sauveur. La vie du psalmiste «touchait au shéol» (v. 3). La fureur de Dieu pesait sur lui (v. 7). Cependant c’est Dieu qu’il invoque. Il s’agissait de la nature dépourvue de ses ressources, de la nature, avec le poids de la mort pesant sur elle, c’est-à-dire avec sa destruction et sa fin. Or l’introduction de Dieu et de la foi en Lui, d’une foi suffisante pour reconnaître que tout dépend de Lui, ne font que rendre plus sensible le poids de sa colère. Et, de fait, telle est la mort considérée dans sa vraie portée. Christ la vit ainsi en Gethsémané, quoiqu’il ne pût tenir en tout point le langage de ce Psaume. Une âme convaincue la considère ainsi, lorsque dans son état naturel, comme enfant d’Adam, elle a les yeux ouverts pour reconnaître Dieu.

Toutefois ce Psaume ne va pas au-delà de cette vie et de sa terminaison selon la nature, en rapport avec le judaïsme. Mais la foi en la révélation de Dieu, qui a fait sentir si profondément à l’âme ce qu’est la mort, en tant que colère de Dieu, porte le coeur à invoquer comme un Sauveur Celui qui a infligé cette colère. Telle est la valeur d’une pareille expérience. Elle nous montre notre véritable état, notre vraie relation selon Dieu avec la nature. Il n’y a aucun moyen d’échapper, car c’est notre état devant Dieu, en raison de son jugement. Cela fait que nous en avons fini avec le moi, du moment que nous sommes délivrés ; que nous connaissons la délivrance comme une grâce souveraine, comme la délivrance de Dieu ; et l’âme trouve son repos dans cette révélation. Jusqu’au moment de la délivrance l’âme crie à Dieu ; mais, lorsque la délivrance est obtenue, la chair, avec tout ce qu’elle est, demeure sous la colère, comme une chose jugée. Désormais elle ne pourra plus nous tromper et faire en sorte que nous mettions réellement notre confiance en elle ; bien que nous puissions oublier pour un moment combien elle est mauvaise et que nous ayons même à veiller et à combattre contre elle. Mais, aux yeux de Dieu, l’état de la chair est toujours tenu comme une chose condamnée et mauvaise. Ce Psaume nous décrit de quelle manière l’âme arrive à reconnaître cela ; parfois elle ne l’atteint qu’à son lit de mort. Il ne devrait pas en être ainsi, mais cela explique ce qui a lieu de surprendre souvent chez des personnes pieuses. Il faut que l’âme, pour être affranchie, ait réellement passé par là. Elle est alors sur le terrain du salut de Dieu : dans l’Esprit et non dans la chair.

C’est pour n’avoir pas vu cela que plusieurs ont été conduits à vivre d’expériences et non de Christ. Ils parlent d’un travail du Saint Esprit, ils disent connaître la méchanceté de la chair, la puissance de la loi pour faire mourir, ce qui signifie simplement qu’ils ne les ont pas apprises ; autrement ils y seraient morts. Ils vivent dans ce Psaume, mais ils n’ont pas encore appris le salut et l’évangile ; ils ne savent pas qu’ils sont morts et ressuscités avec Christ. Ils sentent que la mort pèse sur eux, telle que ce Psaume la décrit, comme étant la colère de Dieu, et cela est bon ; mais ils n’ont pas reçu en eux-mêmes la sentence de mort, en vertu du fait que Christ est mort en grâce pour eux, de manière à pouvoir se tenir eux-mêmes pour morts et crucifiés avec Christ, néanmoins vivants, toutefois non pas eux, mais Christ vivant en eux, Christ qui a été mort et a entièrement ôté tout ce qui pesait sur eux. Ils se trouvent sous le poids de la colère à cause de ce qu’ils sont par nature, ce qui est parfaitement vrai à sa place ; mais ils n’ont pas «appris le Christ» et, par Lui, qu’ils ne sont pas dans la chair, mais en Christ qui a tout porté, tout traversé pour eux, en sorte que, maintenant, par Lui, ils sont libres dans le nouvel homme en tant que ressuscités en Lui.

 

2.16                   Psaume 89

Ce Psaume offre un trait remarquable qu’il est utile de signaler : la confiance en la fidélité de Dieu, selon la Parole de sa promesse originelle, quand, extérieurement, tout semble la démentir.

L’attente de l’accomplissement de cette promesse est fondée sur la grâce et, de fait, sur Christ, en qui toutes les grâces promises se concentrent. «J’ai dit : La bonté sera édifiée pour toujours ; dans les cieux mêmes tu établiras ta fidélité» (v. 2). L’accomplissement des promesses de Dieu sur la terre sera une source de louanges pour les habitants du ciel. Cependant la fin du Psaume nous parle comme si Dieu avait fait tous les hommes en vain. Triste pensée ! — la puissance du mal domine, les hommes en sont les instruments volontaires, et le bien n’a d’autre place que l’opprobre et l’affliction. Malgré cela Dieu est invoqué : Qu’il se rappelle la faiblesse de ses saints et leur opprobre. Néanmoins il y a de la confiance, et, quel que puisse être l’état des choses, il a accompli la rédemption, brisé la puissance de l’ennemi ; et ne l’a-t-il pas fait d’une manière bien meilleure que pour Israël ? À Lui est le bras de la puissance ; sa droite est haut élevée, quel que soit leur état. Les cieux et la terre sont à Lui, bien que, jusqu’à la venue de Christ, nous ne puissions dire encore : «Possesseur du ciel et de la terre». La justice et le jugement sont les attributs inséparables de son trône. La bonté et la vérité l’annoncent lorsqu’il s’avance. Cette expression est magnifique. Dieu a un trône, un trône avec le caractère duquel toutes choses doivent être mises d’accord.

Mais lorsqu’il sort pour agir, la tendre miséricorde et la bonté marchent devant Lui ; et la vérité fidèle annoncera à son peuple sa présence, lorsqu’il s’avancera. Il agit en grâce et en fidélité, parce que sa volonté est à l’oeuvre et que sa nature est amour. Cependant son trône maintient toujours la justice et le jugement. Combien la chose n’a-t-elle pas été visiblement réalisée en Christ ! En Israël elle le sera aux derniers jours, mais cela d’une manière signalée en Christ, et même alors elle ne pourra l’être qu’à cause de Lui. Cette connaissance de Dieu donne le sentiment de la bénédiction au milieu de l’affliction : «Bienheureux le peuple qui connaît le cri de joie ! Ils marchent, ô Éternel ! à la lumière de ta face. Ils s’égaient en ton nom tout le jour, et sont haut élevés par ta justice. Car tu es la gloire de leur force ; et dans ton bon plaisir notre corne sera haut élevée». Tout cela est réalisé dans le coeur au milieu des afflictions, en sorte que le fidèle peut être «comme attristé, mais toujours joyeux» ; et recevoir ainsi une douce bénédiction. Les tribulations et les difficultés ne font qu’accroître cette bénédiction pour le fidèle, car elles lui font sentir le prix de la fidélité et de la faveur de Dieu, et comprendre que rien ne peut le séparer de l’amour de Dieu, qui est dans le Christ Jésus, notre Seigneur. La révélation de la faveur divine à l’âme remplit de douceur le sentier de l’affliction. Ainsi Christ Lui-même fut un homme de douleurs, et cependant il pouvait dire : «Afin qu’ils aient ma joie accomplie en eux-mêmes».

Le Psaume insiste ensuite sur la sûreté des promesses en Christ. Les fondements de cette sûreté sont : la grâce, la fidélité, le caractère du trône divin et des agissements divins, l’accomplissement passé de la rédemption, enfin le titre de Dieu et la puissance par laquelle il a brisé le pouvoir hostile du mal ; — tout cela nous est donné à connaître par l’Esprit, comme étant l’amour du Père, par le Fils, et nous amène, au milieu de toutes les épreuves, à goûter véritablement de coeur, par la foi, la lumière de la présence de Dieu selon toute la faveur qu’il nous montre en Christ. Dans ce Psaume ces choses sont naturellement exprimées selon le point de vue juif ; mais Christ se manifeste à nous comme il ne le fait pas au monde. Le Père et le Fils viennent faire leur demeure chez nous. La joie est déjà notre part ; nous comptons sur une entière et finale délivrance.