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RÉFLEXIONS PRATIQUES sur les PSAUMES

 

 

Livre 1 : Psaumes 1 à 41 — Livre 2 : Psaumes 42 à 72Livre 3 : Psaumes 73 à 89Livre 4 : Psaumes 90 à 106Livre 5 : Psaumes 107 à 150

 

 

par J.-N. Darby

 

Tables des matières :

1     PRÉFACE

2     LIVRE 1 — Psaumes 1-41

2.1      Psaume 1

2.2      Psaume 2

2.3      Psaume 3

2.4      Psaume 4

2.5      Psaume 5

2.6      Psaume 6

2.7      Psaume 7

2.8      Psaume 8

2.9      Psaumes 9 et 10

2.10    Psaume 11

2.11    Psaume 12

2.12    Psaume 13

2.13    Psaume 14

2.14    Psaume 15

2.15    Psaume 16

2.16    Psaume 17

2.17    Psaume 18

2.18    Psaume 19

2.19    Psaumes 20-21

2.20    Psaume 22

2.21    Psaume 23

2.22    Psaume 24

2.23    Psaume 25

2.24    Psaume 26

2.25    Psaume 27

2.26    Psaume 28

2.27    Psaume 29

2.28    Psaume 30

2.29    Psaume 31

2.30    Psaume 32

2.31    Psaume 33

2.32    Psaume 34

2.33    Psaume 35

2.34    Psaume 36

2.35    Psaume 37

2.36    Psaume 38

2.37    Psaume 39

2.38    Psaume 40

2.39    Psaume 41

 

 

1                    PRÉFACE

Le livre des Psaumes est une des portions de l’Écriture dont l’application et l’interprétation ont été généralement peu comprises ; et néanmoins, il a servi de tout temps à la consolation des saints, en prêtant une voix à l’exercice de leurs âmes devant Dieu.

Depuis quelques années, avec l’intelligence de l’appel et des espérances de l’Église, une connaissance plus approfondie des espérances d’Israël s’est aussi réveillée parmi les chrétiens. Ils ont mieux compris la portée des plaintes touchantes sorties de la plume et du coeur du Roi-Berger d’Israël et d’autres écrivains inspirés des Psaumes.

«David et toute son affliction» a plus de prise sur les affections de nos coeurs que «Salomon et toute sa gloire». Un plus grand que David était en esprit dans toutes les circonstances du roi-prophète, et donnait des accents à ces chants précieux et divins. L’écrivain inspiré de l’épître aux Hébreux ne dit pas, en citant le Psaume 8 à propos des gloires du Fils de l’homme : «David a rendu ce témoignage »; mais : «Quelqu’un a rendu ce témoignage quelque part». L’apôtre savait qu’il y avait là quelqu’un de plus grand que David.

Nous lisons au chapitre 63 d’Ésaïe : «Dans toutes leurs détresses, Il a été en détresse», et nous connaissons l’approche rapide de «cette journée» qui sera «le temps de la détresse pour Jacob» (Jérém. 30:7), mais dont «il sera pourtant sauvé», en contraste avec ses autres afflictions. Israël devra traverser les angoisses de la grande tribulation sous le gouvernement de Dieu en la terre, et les divins gémissements des Psaumes trouveront un écho dans son coeur, lorsqu’il passera par la fournaise. Mais les fidèles apprendront que Celui qui dans toute leur angoisse avait été en angoisse, les avait devancés dans ce chemin. Le résidu d’Israël apprendra ainsi à connaître moralement le coeur et les affections de Jéhovah-Messie, avant que leurs yeux le voient et qu’ils regardent vers Celui qu’ils auront percé et mènent deuil comme quand on mène deuil d’un fils unique. Alors ils lui diront : Quelles sont ces blessures à tes mains ? Et il répondra : Ce sont celles dont j’ai été blessé dans la maison de mes amis (Zach. 12:13).

L’auteur des pages qu’on va lire a déjà traité ce grand sujet du côté de l’interprétation prophétique (*) ; il va le considérer dans ses rapports avec l’enseignement et le bien moral de l’âme des fidèles.

(*) Études sur la Parole, par J.N. Darby, Les Psaumes

Il est bon toutefois de faire remarquer que les Psaumes ne contiennent pas proprement la vraie expérience des chrétiens, ceux-ci étant introduits dans une relation, dont le Saint Esprit envoyé du ciel leur donne la connaissance et la puissance. Ce livre ne présente cette expérience que dans la mesure de notre participation aux souffrances de Christ. Les chrétiens possèdent quatre choses que l’on ne rencontre jamais dans les Psaumes : une conscience purifiée par le moyen de l’oeuvre accomplie à la croix ; l’habitation du Saint Esprit en eux ; la connaissance du Père, par l’Esprit du Fils ; enfin la justice de Dieu, manifestée par l’Évangile comme leur position, en contraste avec «le support des péchés précédents dans la patience de Dieu», qui caractérisait devant Dieu les saints de l’Ancien Testament (Rom. 3:25, 26).

Lorsque le coeur a trouvé dans les Épîtres le déploiement de l’oeuvre de Christ, et tout ce qui est nécessaire pour lui faire connaître le repos et la paix avec Dieu ; il remonte en arrière et considère les Évangiles pour y apprendre les voies, les pensées, les actes de Celui qui nous a aimés et qui s’est livré Lui-même pour nous. Puis, remontant encore le courant des Saintes Écritures, s’il a quelque intelligence de la vraie signification des Psaumes, il y fait connaissance avec le coeur de Christ ; il l’y trouve, entrant en sympathie dans les exercices du coeur de son peuple et lui donnant Sa voix pour les exprimer devant Dieu. Le Seigneur a «appris» toutes ces choses, lorsque, en grâce divine, surtout vers la fin de son ministère, il entra dans cette catégorie de souffrances, afin de pouvoir assaisonner la Parole à celui qui est accablé de maux. — Enfin c’est là, dans les Psaumes, que nous trouvons la plainte de son propre coeur, alors que nul coeur humain ne pouvait sonder la profondeur des flots de l’angoisse qui passaient sur son âme sainte.

Puissiez-vous, cher lecteur, si vous avez trouvé la paix avec Dieu, discerner, par son Esprit de grâce, «les choses excellentes» ; puissiez-vous apprendre de chaque ligne des Écritures ces leçons qui élargissent le coeur dans la connaissance de Jésus. S’il est nécessaire pour vous de faire l’application vraie et directe des Psaumes selon l’intention de Dieu, vous y trouverez aussi une nourriture savoureuse pour votre âme, des encouragements et des consolations pour toutes les épreuves du pèlerinage. Vous y apprendrez en outre ce que sont les voies et le gouvernement immuables de Dieu, applicables à tous les temps, mais manifestés d’une manière éclatante dans l’histoire de son ancien peuple d’Israël. Cette nation, rejetée pour un temps, sera restaurée plus tard et deviendra le centre du gouvernement manifeste et public de Dieu sur la terre.

L’Éditeur

 

2                    LIVRE 1 — Psaumes 1-41

Mon but dans les pages qu’on va lire, n’est pas d’interpréter les Psaumes, ce qui a été essayé autre part, mais d’en tirer quelque instruction spirituelle et quelque édification pour nos âmes. Les Psaumes jettent une lumière toute particulière sur le gouvernement de Dieu et sur les sympathies de l’Esprit de Christ pour son peuple. Ces deux choses ont en premier lieu les Juifs pour objet et pour centre de leur action ; mais tout en admettant la grande différence qui existe entre l’état des Juifs et le nôtre, entre la relation d’un peuple avec l’Éternel, et celle d’enfants avec leur Père, il n’en est pas moins vrai que les voies de Dieu en gouvernement s’appliquent aussi à nous chrétiens. Comme point de vue pour envisager le chrétien, le gouvernement de Dieu, quoique au second plan (l’autre point de vue, plus élevé, est céleste) n’en est pas moins d’une importance immense et d’un haut intérêt. C’est sur ce terrain qu’on découvre tous les soins de la tendresse divine de Celui qui a même compté les cheveux de notre tête ; c’est ici que l’on apprend à connaître avec quel sérieux et quelle vigilance il faut marcher devant Dieu qui jamais ne se départ de ses saintes voies, dont on ne se moque point impunément, qui ne retire pas ses yeux de dessus le juste, quoique sa grâce agisse en toutes ces choses pour nous rendre parfaits devant Lui selon ses voies. Le gouvernement de Dieu appliqué à la marche du chrétien, est surtout exposé dans les épîtres de Pierre (voir 1 Pierre 1:17 ; 3:10-15, ainsi que l’esprit et la teneur de toute l’épître). Dans la seconde épître, le gouvernement de Dieu se poursuit jusqu’à la consommation de toutes choses. La première épître présente surtout le gouvernement des justes ; la seconde, le jugement des méchants, quoique ce jugement soit aussi mentionné dans la première comme mettant fin à la puissance du mal et introduisant la délivrance finale des justes. Pierre était l’apôtre de la circoncision ; c’est pourquoi le gouvernement de Dieu s’offre à lui d’une manière spéciale quand il enseigne.

 

2.1   Psaume 1

Ce gouvernement sur la terre est clairement indiqué dans le Psaume 1, ainsi que le caractère de ceux qui jouissent de la bénédiction de ce gouvernement.

Il y est question de celui qui se tient loin du chemin des méchants, qui a son plaisir en la loi de l’Éternel et y médite. La soumission au Christ, dans les conseils de Dieu dépositaire du gouvernement au terme de cette époque d’épreuve, tel est le sujet du Psaume 2. Quelques mots seulement sur le premier de ces deux Psaumes, qui forment la base de tous les autres : nulle participation au conseil des méchants, au chemin des pécheurs, ni au siège des moqueurs ; quoiqu’ici, en connexion avec la responsabilité humaine dans la marche, on est toutefois préservé du mal. Les iniques forment des plans, suivent leur propre volonté, voient les choses à leur façon et ont leurs moyens à eux pour arriver à leurs fins ; ce n’est point là qu’on trouve le juste. Le pécheur va son propre chemin et s’y complaît ; le juste ne marche point avec lui. Les moqueurs sont à leur aise et méprisent Dieu ; le juste ne s’assied pas avec eux. Mais le jugement arrivera, et les pécheurs ne pourront subsister dans l’assemblée des justes, introduits alors dans le repos par la gloire de Dieu.

 

2.2   Psaume 2

Le Psaume 2 annonce l’établissement du triomphe terrestre de Christ et de sa royauté en Sion, lorsque les gentils lui seront donnés pour héritage. Ces événements ne sont pas encore accomplis. Le gouvernement de Dieu ne met pas les fidèles à l’abri de la souffrance, ainsi que cela aura lieu alors ; mais il fait tourner la souffrance en bénédiction spirituelle et retient encore sa colère. Glorieuse récompense de nos légères afflictions ! Pour nous, le nom de Père est révélé dans ces afflictions mêmes. Nous invoquons comme Père celui qui, sans acception de personnes, juge selon l’oeuvre de chacun, et nous nous conduisons avec crainte pendant le temps de notre séjour ici-bas, sachant que nous avons été rachetés. Dans ce Psaume, les rois sont exhortés à se soumettre avant que le jugement n’arrive sur la terre. Mais ce jugement n’est pas encore exécuté, et nous avons à apprendre notre propre leçon dans la patience ; c’est ce que les Psaumes vont nous enseigner.

 

2.3   Psaume 3

Examinons les enseignements des premiers Psaumes qui suivent. Les ennemis sont multipliés ; mais la première pensée de la foi est : l’Éternel ; l’âme est en sûreté là ; elle regarde de là ceux qui la pressent. L’Éternel devient ainsi l’objet de la confiance. Si l’Éternel entre dans mon coeur avant ceux qui me pressent, tout va bien. Mon esprit est en paix, parce qu’il voit le Seigneur intéressé à ce qui se passe. Lui est ma gloire, mon bouclier et Celui qui élève ma tête. Remarquons encore qu’il ne s’agit point d’une vue indolente et insensible, du bien et du mal, ni d’une confiance indifférente. Le désir et la dépendance sont actifs, ce sont les liens entre l’âme et l’Éternel. Je crierai et il me répondra ; point de doute à ce sujet ; c’est la confiance que, si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute ; et que s’il écoute, nous avons les choses que nous avons demandées. Si nous sommes sincères, nous ne désirons pas recevoir quelque chose qui ne soit pas selon sa volonté ; mais, au milieu de l’épreuve et des difficultés, quelle chose immense que la certitude de pouvoir compter sur l’oreille et sur le bras de Dieu, dans ce qui est selon sa volonté ! Source de repos et de paix. «Je me suis couché, et je m’endormirai : je me réveillerai, car l’Éternel me soutient». Que c’est grand et simple à la fois ! Cher lecteur, pouvez vous dire cela ? L’épreuve trouve-t-elle votre coeur confiant en Dieu, comme en un père ; et quand elle redouble d’intensité, votre esprit est-il tranquille, votre sommeil est-il doux ? Votre coucher, votre dormir, votre réveil, portent-ils le caractère de la paix qui vous entoure, parce que vous savez que Dieu est, et qu’il dispose de toutes choses ? Dieu se trouve-t-il ainsi placé entre vous d’une part et vos troubles et ceux qui vous pressent d’autre part ? Alors que peut-il vous arriver ? Les «myriades du peuple» font-elles une différence, si Dieu est là ? L’Assyrien s’est enfui avant de pouvoir même se lever pour exécuter une seule de ses menaces ; ces menaces mêmes trahissent la conscience qu’il a de sa peur. Insensés que nous sommes, de mesurer toujours les difficultés et les épreuves d’après nos propres forces et non d’après celles de Dieu, Lui qui est pour nous, si nous sommes à Lui ! Qu’importe que les villes de Canaan soient murées jusqu’aux cieux, si les murailles s’écroulent au son d’une trompette ? Pierre eût-il marché plus facilement sur une mer calme que sur une mer tourmentée ?

Notre sagesse est de savoir que nous sommes incapables de rien faire sans Jésus et qu’avec Lui, nous pouvons tout ce qui est conforme à sa volonté. Le secret de la paix consiste à être occupé de Jésus pour l’amour de Lui ; et alors nous trouverons la paix en Lui et par Lui, et quand l’affliction surviendra, quoique ne devant pas y être insensibles, nous y trouverons Jésus et ses tendres soins, et nous serons plus que vainqueurs.

 

2.4   Psaume 4

Ce Psaume nous présente un autre principe, non moins important : l’effet d’une bonne conscience lorsque nous crions à Dieu dans notre détresse. Il ne s’agit point d’une bonne conscience en tant que justifiés du péché, mais d’une bonne conscience en pratique, qui donne de l’assurance envers Dieu. Si notre coeur ne nous condamne pas, dit l’apôtre, alors nous avons de l’assurance envers Dieu. «Quand je crie, réponds-moi, Dieu de ma justice». Il n’est pas dit : Justifie-moi, Dieu de ma justice, mais : Réponds-moi. L’âme est dans l’angoisse, mais précédemment elle avait été «mise au large», elle avait fait l’expérience de la bonté et de la fidélité de Dieu. Il est, Lui seul, la source de sa gloire et de son honneur. Combien c’était vrai de Christ ! L’homme a diffamé sa gloire et est allé après la vanité. Mais il n’en reste pas moins vrai que selon le gouvernement de l’Éternel qui ne peut se renier Lui-même, Il s’est choisi l’homme pieux. «Ils sont à toi», a dit Christ. Nous sommes un peuple qui Lui appartient en propre. Cette vérité demeure, quoi qu’il en soit ; mais, en marchant dans la piété, elle nous devient présente, et nous donne confiance ; nous voyons la clarté de la face de Dieu et nous sommes certains qu’il nous exaucera. Nous n’avons pas perdu le sentiment de ce qu’il est actuellement pour nous ; notre âme n’est pas obscurcie. Or, rien ne s’obscurcit plus facilement que la dépendance de Dieu et la confiance en Lui. L’intégrité avec le sentiment de la dépendance donne courage. Certainement Dieu nous écoute lorsque, pleins de repentance, nous crions à Lui ; mais ici, nous avons autre chose : l’intégrité du coeur donne assurance au jour de l’affliction, parce que notre esprit voit Dieu ; nos regards sont alors fixés sur Lui pendant tout le temps de la détresse. C’est ce que nous trouvons ici : «Méditez dans vos coeurs... et soyez tranquilles», adorez Dieu dans l’intégrité, sans crainte, et confiez-vous en Lui.

En voyant ce qui nous entoure, beaucoup pourraient dire : «Qui nous fera voir du bien ?» Ils pourraient se décourager et désespérer d’en trouver. Mais dans toutes les circonstances et au travers de tout, la lumière de Sa face est le seul bien solide et invariable. La faveur de Dieu est meilleure que la vie, en outre elle fait immanquablement voir le bien. Que peut la puissance du mal devant la puissance de Dieu ? Lui-même dispose du mal, l’éloigne, le change en bénédiction, l’annule, comme bon lui semble. La foi trouve cela dans la lumière de sa face, et l’âme s’élève au-dessus du mal pour se réjouir en Dieu. Il y a là plus de joie que dans les bénédictions temporelles. Ces dernières sont incertaines ; de plus, elles ne sont pas Dieu Lui-même ; et la lumière de sa face dans la détresse, c’est Lui-même ; elle donne à notre âme le secret du fait que Dieu est pour nous. Aussi «je me coucherai, et aussi je dormirai en paix» ; mon repos n’est point troublé par l’insomnie qui craint l’atteinte du mal, car après tout c’est Dieu seul qui me protège dans la joie et dans la détresse.

 

2.5   Psaume 5

Ce Psaume me fournit l’occasion de dire maintenant, pour n’y plus revenir, quelques mots sur l’appel au jugement qu’on trouve souvent dans ce livre. Toutes les fois qu’il est en présence de ses ennemis, l’opprimé ne cesse de crier à l’Éternel. C’est à Lui qu’il regarde ; mais il se fonde sur la justice du caractère et du gouvernement de Dieu qui ne saurait avoir de complaisance pour le mal. L’Éternel fera périr l’homme fourbe et violent ; rien n’est plus juste. Le chrétien sent que Dieu ne doit pas laisser durer à jamais le triomphe du mal ; lorsqu’il réfléchit au gouvernement de Dieu, il se réjouit d’avance de l’extirpation du mal par le jugement ; non pas en pensant au méchant, mais à la justice (*) et à son résultat. La vengeance appartient bien à Dieu, mais ce n’est point là l’élément dans lequel Il vit. La part du Juif étant sur la terre («car les débonnaires posséderont le pays, et feront leurs délices d’une abondance de paix»), il désire, pour son propre repos, la destruction de l’homme fourbe et violent. Différente est la part du chrétien : il laisse l’homme violent ici-bas et s’en va au ciel ; il vit et marche personnellement dans une époque de grâce qu’il quittera pour entrer dans la gloire. Même au temps du millénium, pendant lequel Dieu exercera son gouvernement et retranchera le méchant, la grâce encore sera la place distinctive du chrétien : le fleuve d’eau vive a sa source dans la cité ; les feuilles de l’arbre de la vie duquel il savoure les fruits mûrs, sont pour la guérison des nations. Pour le moment, la place du chrétien n’est que grâce et patience. Il fait le bien, souffre pour la justice, endure patiemment, et sait que cela est agréable à Dieu. Il voudrait surmonter le mal par le bien ; il voit le mal, il sait que ce mal sera jugé, que le jugement dévorera les adversaires et, en les considérant comme tels, il peut se réjouir de ce qu’ils sont retranchés pour ne plus empêcher le bien, — juste jugement dont son âme reconnaît la nécessité ; mais, placé sur le terrain plus élevé de la grâce, le chrétien ne cherche point dans le jugement son gain et sa délivrance. Telle a été la position de Christ. C’est Lui qui exécutera le jugement auquel son Esprit fait appel dans ces Psaumes. Mais au temps de sa marche sur la terre, pendant laquelle il a été notre modèle, Christ n’a point appelé le jugement sur ses ennemis ; «Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font», telle fut sa prière quand leur violence était dirigée contre Lui ; et, dans le jugement, il n’a point ouvert sa bouche.

(*) Le mot justice correspond aux deux mots anglais justice et righteousness ; il s’agit ici du second qui signifie le contraire de l’iniquité ou du péché, comme dans Hébr. 5:13 ; 1 Jean 3:7.

Le Psaume 5 nous présente donc l’appel au jugement selon le gouvernement de Dieu sur la terre, jugement basé sur le caractère immuable de l’Éternel, et il attend le bonheur et la joie du peuple de Dieu, qui en découleront. Cette attente ne sera point vaine. Mais notre bonheur à nous est dans les cieux, où il n’est plus besoin de pareilles délivrances. Nous quittons cette terre.

Ainsi, tout en désirant faire ressortir la vérité et la justesse de ce Psaume, je ne le présente en aucune façon comme l’expérience d’un chrétien, sauf que notre cri dans la détresse et dans l’épreuve s’adresse aussi, activement et sans partage, au Seigneur — nous pouvons dire : à notre Père.

 

2.6   Psaume 6

Les Psaumes 6 et 7 ont le même caractère que le précédent, en ce qu’ils appellent aussi le jugement. Mais le 6° se place sur un tout autre terrain que le 7°, et, à certains égards, il peut présenter au chrétien de la lumière en matière d’expérience. Quand le croyant se trouve dans l’épreuve, le mouvement naturel de la foi est de recourir à Dieu comme à la ressource et à l’espérance de l’âme. La grâce immense que Dieu déploie en étant pour nous, le sentiment que rien n’égale son amour, la confiance qui accompagne la soumission du coeur : toutes ces choses attirent le coeur vers Lui. Aussi n’est-il pas, pour l’âme qui se confie en Lui, de temps plus doux que celui de l’épreuve. Cela suppose une volonté brisée, un coeur soumis et la connaissance de l’amour de Dieu. Dans le cas contraire, l’épreuve, par le moyen de la grâce, opère la soumission, puis elle est retirée ; si elle continue, l’âme trouve son bonheur dans la sainte et parfaite volonté de Dieu et dans le fruit qu’elle y recueille. Mais il est un cas où l’épreuve, quoique tout aussi salutaire et pleine de grâce, offre un autre élément, dans lequel l’amour qui se confie en Dieu devient plus difficile à réaliser. C’est lorsque nous sommes éprouvés à cause de notre conduite. Il est difficile de voir l’amour de Dieu dans l’épreuve que nous subissons par suite d’un péché ; il est difficile de ne pas gémir en sentant que cette épreuve, fruit du péché, est une juste punition et qu’ainsi nous n’avons pas le droit d’y chercher l’amour. Néanmoins, à qui nous adresser, si ce n’est à Lui ? Mais comment chercher secours auprès de Celui que nous avons offensé ? Telle est l’angoissante difficulté d’une âme qui, sachant qu’elle s’est elle-même attiré l’épreuve, sent qu’elle n’a pas le droit d’en réclamer la délivrance. Elle serait presque tentée de désespérer et de succomber sous la conscience de cet état. C’est en une occasion semblable que le Seigneur intercéda pour Pierre, afin que la foi de celui-ci ne défaillît pas, et que sa confiance en Christ et en son amour et son espérance en sa faveur divine ne vinssent pas à se perdre ; car alors le désespoir et le remords auraient pu le faire tomber entre les mains de Satan. Pierre, il est vrai, ne subissait ni épreuve, ni châtiment, mais le danger était le même. La foi empêche le désespoir, mais elle n’ôte point le sentiment du péché et de la justice de la répréhension ; elle se confie en Dieu, en son amour, en sa bonté, qui prennent maintenant le caractère de miséricorde dans l’esprit de celui qui souffre. Le sentiment du péché devient plus profond, la peur des conséquences diminue, et le coeur, humilié, se confie en Dieu malgré tout ; néanmoins il sent que le châtiment est mérité, et même, jusqu’à un certain degré, l’âme en souffre peut-être encore.

Voilà l’état dont le Psaume 6 nous fournit un exemple. Nous y trouvons le cri de détresse au fort de l’épreuve, le recours à la grâce, la prière à Dieu de ne pas reprendre dans sa colère, et la confiance même devant la pensée que la répréhension de sa colère serait une juste conséquence de notre péché. Tout en reconnaissant que la colère est méritée, la foi s’appuie sur la grâce et dit : «Jusques à quand ?» Il est impossible que Dieu rejette pour toujours ceux qui se confient en Lui ; la lumière se fera. Il y a une relation avec Dieu, et là foi compte sur cette relation ; le coeur peut donc exposer sa détresse à un Dieu dont les compassions sont connues. Cette confiance est pleinement exprimée dans les trois derniers versets. On remarquera aussi, à propos de ce Psaume, que, dans le gouvernement de Dieu appliqué à cette terre, la mort est envisagée comme un retranchement ; c’était tout à fait le cas pour les Juifs, ainsi qu’on peut le voir dans l’histoire d’Ézéchias et même dans celle de Job ; mais, dans une certaine mesure, c’est aussi le cas pour le chrétien ; il y a des péchés à la mort, et la mort peut être employée comme moyen de discipline (1 Cor. 11:30) ; elle peut aussi être différée (voir les épîtres de Jacques et de Jean). Quant à notre Psaume, il n’entrevoit rien au-delà de la mort, si ce n’est les ténèbres ; le gouvernement de Dieu fait de même. Lorsque le croyant a la paix, il considère la discipline, même justement sévère, comme un signe certain de la faveur divine. Son horreur du péché est, par suite, d’un caractère beaucoup plus dur, parce qu’il a en abomination le péché même, non point ses conséquences. Peut-être les dards enflammés du méchant l’atteindront-ils, ou tout au moins la terreur le menacera ; mais, au travers de toutes ces choses, il s’attend à la miséricorde et à la fidélité de Dieu ; Christ intercédant pour lui, sa foi ne défaut pas. C’est là cependant un terrible état ; mais le coeur s’attache à Dieu et peut dire : «Jusques à quand» ?

 

2.7   Psaume 7

Le Psaume 7 est un appel circonstancié à la justice et à la vengeance, uni à la foi dans le jugement de Dieu. Ainsi l’assemblée des peuplades de la terre reconnaîtra l’Éternel et l’environnera.

L’affligé s’attend à la colère de Dieu sur les iniques, tout en priant qu’elle se détourne de lui-même ; et il l’attend avec la certitude de la foi. C’est ce que nous faisons aussi, en reconnaissant la justice parfaite et l’excellence de ces choses ; mais il est impossible de voir dans ce Psaume l’expérience d’un chrétien, sauf en ce qui concerne le sentiment de l’intégrité devant Dieu et la confiance en Lui. Le Psaume 7 est donc l’expression des sentiments de ceux qui, dans la détresse causée par la haine des méchants, cherchent la délivrance, et non point de ceux qui souffrent comme Christ et avec Lui, afin d’être aussi glorifiés avec Lui.

 

2.8   Psaume 8

Le Psaume 8 célèbre le gouvernement millénaire de l’Éternel et la gloire du Fils de l’homme, en rapport avec le peuple juif et par sa bouche. Mais ce Psaume nous présente une vue des plus intéressantes de la gloire de Christ et, autant que cela est possible dans l’Ancien Testament, une vue de notre association avec Lui. L’homme est vu ici, établi comme l’image du Dieu invisible, dominateur sur toute la création. Comme révélation directe, le Psaume ne va pas plus loin et ne pouvait aller plus loin que la position d’homme dans ce monde, car le mystère n’était pas révélé dans l’Ancien Testament ; mais Adam était l’image de Celui qui devait venir. L’Éternel est le Seigneur d’Israël. «Qu’est-ce que l’homme» ? La réponse, c’est Christ. Mais Christ est l’Éternel, et sa majesté est établie au-dessus des cieux ; la terre est mise sous ses pieds. Même aux jours de son humiliation, l’ennemi, le vengeur, a été réduit au silence par la louange que publient de Lui les petits enfants et ceux qui tettent ; car le Père a eu soin de pourvoir à ce que, si pour Lui le Seigneur a été méprisé et délaissé des hommes, ce témoignage fût rendu à la gloire de son Fils ; et ce témoignage a été rendu à sa gloire comme Fils de Dieu, comme Fils de David (c’est en rapport avec ce nom que ces paroles sont citées dans Matthieu 21:16), et comme Fils de l’homme (comparez Jean 11:12). Mais en ce jour-là son nom sera magnifique par toute la terre. En attendant il est couronné de gloire et d’honneur avant même que toutes choses soient mises sous ses pieds. Comme simple créature, l’homme est petit et faible ; mais l’homme du conseil de Dieu, le dernier Adam domine sur toutes choses. Au chap. 8 des Proverbes on voit Christ avant la création, présenté comme la sagesse de Dieu, les délices de l’Éternel, dont les délices étaient dans les fils des hommes. C’est pourquoi, à sa naissance, les anges célèbrent le bon plaisir de Dieu dans les hommes (non pas sa bonne volonté à leur égard). Qu’est-ce que l’homme ? demande Job irrité. Pourquoi Dieu ne pouvait-il pas se retirer de lui ? (Job 7:17). Il est encore dit au Psaume 144 : Qu’est-ce que l’homme ? La pensée est ici : pourquoi Dieu épargnerait-il si patiemment les méchants ? Mais au Psaume 8 c’est l’homme selon les conseils de Dieu, le dernier Adam, le second homme, Christ, la gloire de l’Éternel, établi comme homme au-dessus des cieux, la terre et même toutes choses étant mises sous ses pieds, ce que nous ne voyons pas encore ; mais nous voyons déjà la gloire de Dieu dans la face de Jésus Christ qui, après avoir été fait un peu moindre que les anges à cause de la passion de sa mort, est couronné de gloire et d’honneur.

 

2.9   Psaumes 9 et 10

Je passe sur les Psaumes 9 et 10, dont le premier célèbre le jugement des ennemis d’Israël, et le second raconte la méchanceté de leurs oppresseurs. Ces deux Psaumes expriment l’assurance, pendant l’oppression, que Dieu la voit et n’oublie pas les affligés ; puis, lors de la délivrance, ils célèbrent la fidélité de l’Éternel. Le monde est jugé avec justice et l’Éternel se fait connaître par le jugement qu’il exécute. Il suffit d’attirer l’attention sérieuse du lecteur sur le jugement du monde, mentionné dans ces Psaumes, et sur la scène principale de ce jugement dans le pays d’Israël. En toute occasion cependant, l’âme humble peut traverser l’oppression et l’épreuve dans la tranquille certitude que Dieu la voit et que sa cause est entre les mains de Dieu. Et même, ce qui est plus difficile, subît-elle une épreuve par sa propre faute, si elle s’humilie véritablement elle peut encore compter sur Dieu.

 

2.10                   Psaume 11

Passons maintenant au Psaume 11 et examinons quels sont les sentiments de ceux qui, souffrant sous l’épreuve qui précède la délivrance, ont encore à posséder leurs âmes par leur patience. Une chose, en premier lieu, ressort distinctement de ce Psaume (chose toujours vraie, mais non manifestée publiquement comme elle le sera alors), c’est l’impossibilité de compter sur l’homme et d’en espérer le moindre secours, l’instabilité de tout ce qui est terrestre, la ruine complète amenée par le mal. Puisque les fondements sont détruits, que fera le juste ? Pour la foi, tout cela est vrai depuis que Christ a été rejeté ; mais jusqu’à présent, tant que sa patience trouve à s’exercer, et qu’il y a encore des âmes à amener à la communion avec Christ, la main de Dieu refrène le pouvoir du mal. Les choses auxquelles ce Psaume fait allusion, ne seront pleinement manifestées qu’au temps où le méchant dominera sur la terre avant que Dieu se lève pour le jugement et pour délivrer tous les débonnaires de la terre.

Des cas particuliers d’épreuve nous placent souvent, dans notre sphère restreinte, au milieu de circonstances analogues. Seulement, n’oublions pas que nous avons affaire à un Père que nous connaissons comme tel et qui nous discipline pour notre bien, pour notre profit céleste et éternel, avec le même amour par lequel il n’a point épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous.

La question posée dans ce Psaume est celle-ci : «Si les fondements sont détruits, que fera le juste ?» À quoi aura-t-il recours comme assez divinement stable pour s’y appuyer ? car le bien n’existe pas et les méchants n’étant arrêtés par aucun scrupule de conscience, usent de fraude pour détruire les justes. Il y a un moment où le Seigneur avertit de fuir, où il est tout à fait inutile, soit d’agir, soit d’attendre avec patience. Mais tel n’est pas le cas ici ; et cela n’arrivera que lorsque Dieu aura tout abandonné, pour un temps, entre les mains des méchants. La peur et l’incrédulité pousseraient à fuir, comme l’oiseau, loin du mal, en un lieu de refuge et d’humaine sécurité. La foi regarde plus haut : «Je me suis confié en l’Éternel». Se réfugier en Dieu qui est au-dessus de tout, qui connaît tout, auquel rien n’échappe, dont la fidélité est immuable, sans lequel pas un passereau ne tombe, qui enfin dispose de tout, quoi que l’homme propose : se réfugier en Dieu qui est notre Père, c’est la ressource et la paix du juste. Le propre de cela est de rendre notre marche parfaite et de nous tranquilliser en tout temps ; car les circonstances ne gouvernent plus nos sentiments, et l’âme n’a pas d’autre motif de conduite que la volonté de Dieu ; elle l’accomplit avec hardiesse, quand elle y est invitée, en vertu de sa confiance en Lui. De plus, nous sommes tranquilles, sachant que le résultat est entre les mains de Dieu, auquel nous nous confions.

Toutefois, là ne se borne pas l’enseignement du Psaume 11. Sur la terre tout est bouleversement, confusion ; point de sécurité pour le juste. Mais l’Éternel est dans le palais de sa sainteté ; il a son trône dans les cieux ; ses yeux voient, ses paupières sondent les fils des hommes ; Il ne dort ni ne sommeille ; aussi le juste peut-il Lui remettre sa cause. Nous trouvons en outre ici une exposition des voies de Dieu au temps de l’affliction. L’Éternel sonde le juste. Lorsque les paupières de Celui qui voit toutes choses au point de vue de sa propre pureté, sondent les fils des hommes, il a un but spécial quant aux justes. Il les éprouve et il les crible. C’est pour nous une vérité de toute importance que l’activité de Dieu dans ses voies envers les justes, afin d’accomplir tout ce que sa grâce s’est proposé à leur égard, de manifester son caractère, de juger et de les faire juger tout ce qui ne s’accorde pas avec ce caractère divin, de leur donner ainsi l’intelligence de ce qu’Il est Lui-même et de les y conformer moralement ; à la fois soumettant leur volonté et mettant en activité leurs affections par le sentiment de sa fidélité et de son amour. Briser la volonté est un moyen puissant d’ouvrir l’intelligence.

Son temple et son trône gouvernent tout cela. Dans son palais, chacun annonce sa gloire. C’est là que l’homme s’approche de Lui ; là que sont révélés son caractère et sa nature, afin que, conformément à ce caractère et à cette nature, l’homme puisse être associé avec Lui. Son trône dispose toutes choses afin de nous rendre dignes d’être associés au temple. La chair ne se plie naturellement pas volontiers à ces exigences ; mais cette action de Dieu est précisément ce qui est nécessaire et profitable. Il sonde les fils des hommes, aucune de leurs actions ne lui échappe ; toutes choses sont découvertes aux yeux de Celui auquel nous avons affaire, et il en juge. Mais il sonde plus particulièrement les justes, et cela en contraste avec sa haine des méchants sur lesquels il enverra le jugement. Lorsque Dieu sonde les justes, il s’agit avant tout de sa nature et de sa gloire, qu’il n’abandonne pas. Quoique sa face regarde les justes, et quelque plaisir que son amour prenne en eux, il ne saurait se renier Lui-même ; c’est à ce qu’il est Lui-même qu’il veut les rendre conformes, tout en maintenant son caractère en gouvernement. Dieu s’est servi d’Israël pour faire connaître à toute la terre qu’Il ne veut pas souffrir le mal ; et plus ce peuple était près de Lui, moins il pouvait tolérer en lui l’injustice : «Je vous ai connus vous seuls de toutes les familles de la terre ; c’est pourquoi je visiterai sur vous toutes vos iniquités». Aujourd’hui encore, malgré toute Sa grâce, on ne se moque pas de Dieu. L’homme moissonnera ce qu’il aura semé. Une foule de passages démontrent ce principe dans son application à Israël, et ce principe est soigneusement maintenu (Rom. 2:6, etc.). Ce sont, nous l’avons dit, surtout les épîtres de Pierre qui révèlent ce juste gouvernement de Dieu, la première, pour les justes, la seconde, contre les méchants. En sondant et en éprouvant les justes, Dieu revendique et maintient son caractère au milieu de ceux qui sont près de Lui.

Mais il les sonde aussi pour leur profit, et leur prouve ainsi, d’une manière précieuse, tout le soin qu’il prend d’eux. «Il ne retire pas ses yeux de dessus le juste», dit Élihu. Il est possible que nous soyons affligés par diverses tentations ou épreuves, si cela est nécessaire, et nous devons l’estimer comme une parfaite joie (Jacq. 1:2), sachant que l’épreuve produit la patience. Or, en voici le résultat : «Que la patience ait son oeuvre parfaite, afin que vous soyez parfaits et accomplis» dans toute la volonté de Dieu.

Nous devons nous glorifier dans les tribulations (Rom. 5) ; elles produisent la patience, et notre espérance n’en devient que plus brillante, l’amour de Dieu étant répandu dans nos coeurs — cette vraie clef de tout ce qui arrive.

L’amour de Dieu agissant en discipline, nous fait conclure deux choses exprimées en Hébr. 12. La première, c’est qu’il ne faut pas mépriser la discipline qui a sa raison en nous, puisque c’est l’amour de Dieu qui l’applique ; la seconde, c’est qu’il ne faut pas perdre courage, puisque c’est à l’amour que nous avons affaire.

Le livre de Job nous apprend que Dieu a deux buts différents lorsqu’il éprouve les saints. L’un, est de faire connaître les transgressions, les fautes positives dans lesquelles l’homme a abondé ; l’autre, de détourner l’homme de ce qu’il fait et de lui cacher l’orgueil (Job 33:16, 17 ; 36:7-9). Ce livre nous fournit une instruction toute divine des voies de Dieu quand il sonde les justes. Il nous enseigne aussi cette autre vérité, importante pour les âmes exercées qui, trop souvent, s’arrêtent à des causes secondaires, savoir : que toute cette discipline provient de Dieu, que c’est lui qui l’exerce. L’origine de toutes les épreuves de Job n’était point l’accusation de Satan, mais bien cette parole de Dieu : «As-tu considéré mon serviteur Job ?» Dieu l’avait considéré et avait vu que l’épreuve était nécessaire. Il est vrai que les instruments de cette épreuve étaient des méchants, ou des désastres causés par Satan ; mais Dieu avait considéré son serviteur ; il avait sondé le juste, mais mesuré exactement l’étendue de l’affliction. Aussi est-ce Lui qui arrête son vent fort au jour de son vent d’orient, qui châtie par mesure ; et lorsqu’il eut achevé son oeuvre (oeuvre que Satan n’aurait jamais pu accomplir) et qu’il eut amené Job à se connaître lui-même, alors il le bénit abondamment.

Dieu nous humilie et nous éprouve pour nous faire connaître ce qui est dans nos coeurs. Il nous nourrit du pain de la foi, mais c’est pour nous faire du bien à la fin.

Quand nous abordons l’épreuve avec la vérité et la puissance de la vie spirituelle, elle développe et fait ressortir en nous la douceur et la maturité de la grâce ; elle détache notre esprit du monde pour le rapprocher de Dieu, et rendre notre âme plus intime avec Lui. Quand l’épreuve est abordée par la chair ou qu’elle la rencontre, celle-ci se révolte et décèle sa propre volonté ; cet état est rendu sensible à la conscience devant Dieu et, en définitive, la propre volonté est détruite par la discipline même, fût-ce d’une manière insensible.

Assurément ce n’est pas l’épreuve en elle-même qui peut conférer la grâce ; mais dirigée par la main de Dieu, l’épreuve peut briser la volonté et mettre au jour des maux cachés et que l’on ne soupçonnait même pas ; la vie nouvelle peut alors se développer d’une manière plus large et plus complète. Dieu prend une plus large place dans le coeur, il y a plus d’intelligence de ses voies, la dépendance et l’humilité augmentent, la vanité de ce monde devient plus évidente et sensible ; on se méfie davantage de la chair et de soi-même. Le saint se vide ainsi de lui-même, pour être rempli du Seigneur ; les choses éternelles et véritables parce qu’elles sont divines, ont une beaucoup plus large place dans l’âme ; et tout ce qui est faux est mis au jour et rejeté. Nos relations avec Dieu prennent plus de maturité, nous vivons plus constamment au milieu des scènes éternelles dans lesquelles il a introduit nos âmes. Regardant alors en arrière, nous découvrons l’amour qui nous a conduits à travers tout, nous sentons notre dépendance et, pleins de reconnaissance, nous bénissons Dieu pour chaque épreuve. Il n’y a que l’épreuve pour nettoyer de toute scorie, pour nous affermir dans une espérance plus glorieuse, plus complète et plus pure, et pour accroître notre intelligence de Dieu, étant dans la même mesure dépouillés de nous-mêmes.

 

2.11                   Psaume 12

Évidemment le Psaume 12 a été écrit sous le poids de l’extrême injustice et de la violence et sous le sentiment de l’isolement ; la puissance humaine, ainsi que tous ceux qui s’y confient, font la guerre à l’âme du fidèle. Un cas pareil est rare assurément, mais il n’est pas impossible qu’on ait l’occasion de passer par les souffrances que décrit ce Psaume, et des chrétiens individuellement peuvent être isolés et abattus. Le verset 5 annonce les jugements de l’Éternel qui mettront fin à l’oppression. Ces jugements ont souvent lieu encore aujourd’hui, comme conséquence du gouvernement de Dieu ; mais ils ne constituent pas l’espérance directe et particulière du chrétien qui sait, au contraire, que sa place est de faire le bien, de souffrir en faisant ainsi, de supporter patiemment le mal, et que cela est agréable à Dieu. Son repos est autre part, là où Dieu est pleinement glorifié. Il en fut ainsi de Christ ; il en est donc de même de nous. Lui assurément fit le bien, endura ici-bas l’affliction qui en était la conséquence et ne fut pas délivré ; inutile d’ajouter combien cela était agréable à Dieu. Il convenait que Christ souffrît et c’est notre profit, de sorte que nous pouvons aussi nous glorifier dans les tribulations à cause de leur fruit, bien autrement précieux que le repos de cette terre, et qui mûrit pour nous dans le ciel, parce qu’ainsi nous sommes rendus capables de jouir de Dieu plus intimement. Si donc nous souffrons pour la justice et si nous souffrons pour l’amour de Christ, nous sommes bienheureux : l’Esprit de gloire et de Dieu repose sur nous. Du reste, si nous attendons patiemment, Dieu nous délivre même aujourd’hui en mainte circonstance particulière. Dans tous les cas, et c’est l’idée principale de ce Psaume, les paroles de l’Éternel sont des paroles pures ; elles jugent tout ce qui est en l’homme, mais on peut se confier entièrement en leur réalité. Tout ce que sa bouche a proféré, l’Éternel le maintiendra en sainteté, mais il l’exécutera en puissance. Notre sagesse est de nous en tenir à la parole de Dieu envers et contre tout. Les épreuves extérieures ne sont que des moyens pour purifier et pour éprouver le coeur quant à la foi ; la Parole est la pierre de touche à l’aide de laquelle l’âme éprouve toutes choses, la mesure intérieure de son état devant Dieu et le fondement infaillible sur lequel repose sa confiance. Lorsque le coeur est éprouvé par la parole ou par les circonstances, c’est afin de le dégager de chacune des choses qui l’empêcheraient de se reposer sur toute parole qui sort de la bouche de Dieu et de se l’approprier. Certainement nous vivrons par elles.

 

2.12                   Psaume 13

Le Psaume 13 continue à exprimer le travail d’une âme sous le poids des épreuves mentionnées au Psaume 10. Ces épreuves, à proprement parler, nous concernent peu ; toutefois le chrétien peut se trouver angoissé par le triomphe apparent et momentané de la puissance du mal ; et alors il peut demander à Dieu d’être délivré, de ne pas être délaissé comme s’Il ne prenait aucun soin de lui. Dans ce Psaume, nous voyons la différence entre la position de Christ et celle du résidu juif : extérieurement, Christ a été abandonné entre les mains des méchants, tandis que le résidu juif en général sera épargné et délivré ; quelques-uns des sages, il est vrai, tomberont en ce jour-là par la main de l’ennemi, afin d’obtenir une meilleure résurrection. Mais, en parlant de ce Psaume, j’ai surtout en vue l’enseignement moral qu’il renferme. Au milieu d’ennemis sans coeur et sans conscience, même en apparence oubliée de Dieu, l’âme se confie en sa miséricorde, compte sur Lui, sur sa bonté, sur sa fidélité miséricordieuse, et se réjouit de la délivrance avant d’être délivrée par la puissance de Dieu. Ainsi, en priant Dieu, nous le remercions avant d’être exaucés, sachant, dans nos coeurs, par la foi, qu’il nous a entendus et qu’il nous a répondu ; nous le bénissons, quoique sa réponse ne soit pas encore manifeste, et c’est la vraie preuve de la foi. Cette assurance procure une paix indicible au milieu de l’affliction. Nous ignorons comment Dieu nous délivrera, mais nous sommes certains que nous serons délivrés, et cela de la manière dont il est nécessaire que nous le soyons ; il dispose de tous les moyens. C’est en Dieu Lui-même que nous avons confiance et, en regardant à Lui, le coeur reçoit une réponse réelle sur laquelle il peut compter. Les circonstances et la Parole éprouvent le coeur ; la confiance et la délivrance divine réjouissent l’esprit. Nous savons, même avant d’être secourus, que Dieu est pour nous. Il est bien naturel de prendre conseil de soi-même, quoique rien ne fatigue et n’angoisse davantage, mais ce n’est pas la foi. La tristesse tend à produire la mort. L’âme, même en se soumettant, se dévore elle-même, mais elle est illuminée quand elle se tourne vers le Seigneur. La conscience que c’est l’ennemi qui travaille contre nous, dispose notre âme à la confiance. C’est une pensée solennelle, et, pour l’homme, ce serait une pensée terrible ; mais, avec Dieu, c’est un motif pour être assuré de la délivrance.

 

2.13                   Psaume 14

Le Psaume 14 est un exemple frappant d’un principe fréquemment appliqué dans la Parole : des Psaumes et d’autres passages de l’Écriture qui s’appliquent clairement et d’une manière littérale aux juifs dans les derniers jours et aux événements de cette époque, sont cités comme représentant de grands principes qui prononcent moralement sur des vérités importantes en tout temps, vérités qui seront publiquement manifestées aux derniers jours par le jugement de Dieu. L’apôtre cite ce Psaume comme l’expression du jugement divin sur l’état des Juifs, déclaré par leurs propres écritures, et prouvant ainsi la nécessité d’une justice qui ne fût pas d’eux. Je n’ai que peu de choses à ajouter. Nous pouvons nous attendre à des difficultés provenant de l’absence de toute crainte de Dieu en ceux auxquels nous avons affaire ; il semble presque impossible à celui qui craint Dieu, qu’un pareil état puisse exister, qu’il n’y ait dans le coeur aucune componction, aucune chose qui l’arrête dans sa méchanceté, et tout au moins dans une méchanceté délibérée ; cependant cela arrive quelquefois quand on s’y attendait le moins. Mais le Seigneur voit tout cela, et c’est notre confiance.

Il attendra peut-être, il patientera avec le mal, du moins avec ceux qui le font ; il nous exercera de cette manière ; mais il voit tout cela. Puis Dieu Lui-même est au milieu de la génération juste. Il y a une influence produite par la présence de Dieu au milieu des justes, que les ennemis du Seigneur ressentent et qui, dans les justes, n’est connue que par la foi : nous en trouvons un exemple dans ce que Rahab apercevait parmi les Cananéens (Jos. 2:9), et l’apôtre fait allusion au même sentiment dans Phil. 1:28. Ce sentiment de frayeur qu’éprouvent ceux qui s’opposent à la vérité, peut être accompagné de vanterie et de violence ; mais à coup sûr, la foi qui se confie en Dieu produit toujours un sentiment de frayeur chez les méchants, même lorsqu’ils réussissent. Les Juifs, après avoir crucifié Christ, craignaient qu’après tout sa disparition du tombeau n’aggravât encore la situation. Mais pour être ainsi soutenu dans l’épreuve, il faut que le fidèle ait le sentiment de la présence de Dieu.

 

2.14                   Psaume 15

Le Psaume 15 est une preuve évidente que ces Psaumes s’appliquent directement aux Juifs dans les derniers jours. Toutefois, les saints ne doivent pas perdre de vue l’existence actuelle du gouvernement de Dieu. Ce gouvernement est exposé dans les épîtres de Pierre : dans la première en faveur des justes, dans la seconde en jugement contre les impies (1 Pierre 3:10-15 applique aux chrétiens les principes selon lesquels Dieu agissait envers les Juifs, comme peuple, principes selon lesquels dans les derniers jours il agira d’une manière encore plus absolue, mais qui s’appliquent au temps de notre séjour ici-bas). Ainsi le Psaume 15, quoique d’un caractère essentiellement juif, nous enseigne des principes à suivre ; le verset 4, par exemple, parle de ce qui, en principe, est en tout temps agréable à Dieu.

 

2.15                   Psaume 16

Ayant fait ces remarques, je passe au Psaume 16 qui s’applique directement à Christ, mais qui contient, en même temps, de précieuses instructions pour nous-mêmes. C’est essentiellement Christ prenant la place d’homme, et indiquant le chemin de la vie qui l’amènerait en la présence de l’Éternel où il y a un rassasiement de joie ; ce chemin le conduisait à travers la mort puisqu’Il venait pour nous, mais il se confiait en l’Éternel. Il ne faut pas perdre de vue le caractère directement prophétique de ce Psaume ; néanmoins le sentier de Christ est un exemple pour nous ; le bon Berger est allé devant ses brebis. Le Psaume 16 établit un principe essentiel : la confiance en Dieu même dans la mort — l’entière dépendance dans l’obéissance ; et ceci joint au fait que Dieu Lui-même était la seule portion de l’homme, excluait tout ce qui était en désaccord avec cette vérité. Ajoutons à cela le fait que Dieu n’était pas perdu de vue un seul instant. Tels sont les grands principes de la vie divine, de cette vie divine entrant sur la scène du péché et de la mort. Sans doute nous devrions parler de communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ dans ce sentier de la vie ; mais ce sont les grands principes moraux, l’état subjectif de l’âme, qui nous sont présentés ici, et cela dans la personne même de Christ : c’est, remarquez-le, sa perfection comme homme, et devant Dieu, et envers Dieu. Il ne s’agit pas de la perfection divine, de Dieu manifesté à l’homme, mais de ce qu’Il était comme homme dépendant de Dieu ; il ne s’agit pas même de l’offrande de Lui-même, dans laquelle nous avons aussi à le suivre (1 Jean 3:16), mais de sa place d’homme dans la perfection. Il s’agit de sa perfection devant Dieu, du principe qui le gouvernait. Par conséquent, même cette parole de Christ : «Ma bonté ne s’élève pas jusqu’à toi», s’applique aussi à nous. Affirmer qu’actuellement notre bonté ne va pas jusqu’à Dieu, paraît absurde ; mais ces mots appliqués à Christ homme, à Lui qui était absolument parfait, nous aident à comprendre un peu la nature de cette bonté, principe que nous pouvons nous appliquer, et qui nous met à notre place. C’est la perfection de l’homme envers Dieu, ce chemin nouveau dont Christ est la perfection et l’exemple sur la terre. Mais cette précieuse pensée met en évidence la place infiniment bénie que nous occupons en tant que chrétiens, quoique au milieu non seulement de la faiblesse, mais aussi de luttes intérieures inconnues à Christ en qui il n’y avait pas de péché. Toutefois, la place de Christ est l’expression absolue de la nôtre devant Dieu ; cela est pleinement révélé à la fin de l’Évangile de Jean, surtout dans le chapitre 17.

L’Épître de Jean aussi, qui d’abord présente Christ comme la manifestation sur la terre de la vie éternelle qui était auprès du Père, sa manifestation dans un homme que leurs mains avaient touché, enseigne que cela est vrai dans les chrétiens, de même qu’en Christ (1 Jean 2:8), montre que la justice et l’amour sont le caractère de cette vie, et ajoute que, par la présence du Saint Esprit, nous demeurons en Dieu et Dieu en nous. Nous possédons cette vie éternelle descendue du ciel, mais dont il est dit qu’elle est dans le Fils seul ; toutefois celui qui a le Fils a aussi la vie. Voilà, en effet, ce qui donne à cette vie toute sa valeur. Les Psaumes assurément, ne peuvent pas la présenter comme l’Épître de Jean, qui en développe toute l’étendue et l’importance, et cependant nous voyons ici Christ prenant sa place parmi les excellents de la terre. L’apôtre Jean, tout en donnant à entendre que le croyant possède la vie éternelle, ne va pas jusqu’à la présentation de cette vie en gloire devant Dieu ; il fait voir seulement que nous serons avec Christ dans le ciel. C’est Paul qui expose ce que Jean sous-entend ; aussi bien n’avait-il vu Christ que dans la gloire. Jean présente la vie en elle-même et manifestée sur la terre ; la vie est la lumière des hommes.

J’ai déjà touché plus haut ce fait que le Psaume 16 présente un développement restreint de la vie de Christ sur la terre ; mais cette restriction même éclaire et met à sa place propre, d’une manière directe et bénie, cette partie de la vie de Christ qui fait le sujet de notre Psaume. Christ, traversant ce monde, était la manifestation de Dieu Lui-même (des traits divins de son caractère, non point de son titre et de sa nature divine) : amour parfait, justice et sainteté parfaites. Il était la vérité dans la révélation de tout ce que Dieu est. Quelle bénédiction ! Et en cela nous avons à l’imiter (voir Éphés. 4:32 ; 5:1-2 ; Col. 3:10). Mais le Psaume 16 n’envisage pas Christ de cette manière ; il le présente comme l’homme dépendant et soumis ; il le présente aussi comme prenant sa place parmi le résidu d’Israël en contraste avec l’idolâtrie de ce peuple. Laissant de côté ce dernier point, je désire fixer nos pensées sur le caractère de la vie de Christ.

Cette expression : «Ma bonté ne s’élève pas jusqu’à toi», ne pourrait convenir à la divine manifestation de la bonté sur cette terre. Mais, prenant en tout point la place d’homme ici-bas, le Seigneur nous montre la position véritable de l’homme vivant pour Dieu, non pas dans son innocence, moins encore certes dans le péché — tout au contraire — mais parfait en justice et en vraie sainteté au milieu d’un monde de péché, connaissant le bien et le mal, tenté, mais séparé du péché et des pécheurs ; non pas élevé plus haut que les cieux, mais propre à l’être par les désirs de sa nature et par sa marche vers ce but ; dépendant, obéissant, ne prenant pas sa place avec Dieu, mais devant Lui, en tant que responsable comme homme sur la terre, et fixant les yeux sur la place de la bénédiction parfaite comme homme avec Dieu, quand il serait dans sa présence et qu’il y aurait pour lui un rassasiement de joie. Cette place, nous pouvons la partager avec Christ, quand nous avons sa nature. Christ, envisagé ainsi, c’est l’homme confiant en Dieu, trouvant son plaisir et sa joie en Dieu, vivant de foi, et dans ce sens séparé de Lui ; non pas Dieu manifesté en chair, quoique cela fût également vrai de notre précieux Sauveur. Telle est notre place sur la terre, en tant que sanctifiés par la vérité, place bien au-dessus de celle du Résidu juif ; en outre, nous avons la conscience de notre union avec Christ par le moyen du Saint Esprit.

Cette place dont je parle, le Seigneur la prend lorsqu’il dit au jeune homme : «Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon, sinon un seul, Dieu». Quant aux pratiques extérieures, le jeune homme avait peu de chose à se reprocher ; mais là où il y avait la vie divine, il fallait plus que cela, pour caractériser cette vie dans sa marche vers le lieu du rassasiement de joie, au milieu d’un monde de péché et de pécheurs ; il fallait ce qui s’était vu en Abraham et dans les saints de Dieu, en David et dans les prophètes : «L’Éternel est la portion de mon héritage». Jésus lui dit en quelque sorte : Aie le Seigneur Lui-même comme ce qui gouverne et dirige ton coeur ! «Va, vends ce que tu as et donne aux pauvres, et viens, suis-moi». Mais, au moins à ce moment, le Seigneur n’était point la portion de son héritage ; peut-être, par la grâce, l’est-il devenu plus tard.

L’état qui est décrit dans ce Psaume, c’est l’état de l’homme considéré comme séparé de Dieu (il ne s’agit naturellement pas ici d’une séparation morale ; je ne parle pas non plus de l’union de la nature divine et de la nature humaine en Christ). Toutefois, c’est l’homme participant de la nature divine (il n’en pouvait être autrement), mais ayant Dieu pour objet, pour assurance, comme ayant seul autorité sur lui ; c’est l’homme, dépendant de Dieu en toute chose, et parfait dans sa foi en Lui. Cet état ne pouvait se réaliser que dans un être qui participât personnellement de la nature divine — Dieu Lui-même en l’homme — tel que Christ, ou médiatement tel que ceux qui sont nés de Dieu. Mais, nous l’avons déjà remarqué, Christ n’est pas considéré ici sous ce point de vue et il ne s’agit pas non plus du croyant comme étant uni à Christ. La présence divine en Lui est considérée non point dans la manifestation de Dieu en Lui, mais plutôt dans son effet : la perfection absolue de Christ comme homme. Sa marche est celle d’un homme moralement en présence de Dieu. Christ dépend ici de l’Éternel quant à sa résurrection, et il dit : «Tu n’abandonneras pas mon âme au shéol», quoiqu’Il ait pu dire également : «Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai». Homme parfait, il pouvait, d’autre part, dire : «Père ! entre tes mains je remets mon esprit» ; ainsi Pierre disait aux Juifs : «Dieu a fait et Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié» ; tandis que Thomas avait dit à Jésus : «Mon Seigneur et mon Dieu». Pierre, en effet, considère toujours Christ comme l’homme rejeté, comme le Messie exalté par Dieu ; il n’annonce pas le Fils de Dieu comme Paul l’annonça aussitôt dans les synagogues, quoique, par une révélation divine, Pierre ait été le premier à le confesser comme tel.

Christ, tel que nous le voyons ici, est donc notre modèle parfait ; il nous montre ce qu’est l’homme parfait. Le premier grand principe, celui qui caractérise tout le Psaume 16, c’est l’entier abandon de Christ entre les mains de Dieu, sa confiance en Lui. Il ne se garantit pas Lui-même, ne compte point sur soi, mais s’en rapporte à Dieu : «Garde-moi, ô Dieu ! car je me confie en toi». Cela est d’une immense importance. Christ, comme Dieu, aurait pu se garantir lui-même ; mais il n’était pas venu dans ce but. Dans ce sens-là, il était impossible qu’il cherchât à se garantir lui-même. Christ était venu en amour pour souffrir, pour obéir, et ainsi pour sauver aussi par grâce, mais pour glorifier Dieu. Moralement parlant, il ne pouvait dévier de cela. Si l’on parle de sa puissance, nul doute que Christ aurait pu se délivrer lui-même ; et quant à son droit à la faveur de Dieu, comme Fils, s’il avait demandé douze légions d’anges, il les aurait eues. Mais alors, c’est Lui qui l’affirme, Christ n’aurait point accompli les conseils révélés de Dieu.

Cette soumission et cette dépendance étaient volontaires, mais parfaites, la seule chose convenable dans la position qu’Il avait prise. — C’était la foi parfaite. Il était le chef et le consommateur de la foi, de l’abandon de soi, de la dépendance, de la confiance ; ajoutons que la parole de Dieu était la révélation en vertu de laquelle il agissait, ce à quoi il obéissait, l’arme dont il se servait, comme il l’a prouvé lors de la tentation au désert. Christ étant la Parole et la vérité en personne, tout ce qu’il disait exprimait ce qu’il était (Jean 8:25) ; mais il n’en est pas moins vrai que Christ obéissait, comme homme, à l’autorité des Écritures, en faisait usage et agissait par elles ; mais ici il prend la position de dépendance et de confiance : c’est comme homme qu’il dit : «Garde-moi, ô Dieu ! car je me confie en toi».

Un second principe, nécessairement renfermé en partie dans ce qui précède, c’est l’entière subordination à la volonté de Dieu (dans ce Psaume, il s’agit de l’Éternel, Dieu révélé aux Juifs ; pour nous, il s’agit du Père et du Fils, — d’un seul Dieu, le Père, et d’un seul Seigneur, Jésus Christ). «Tu as dit à l’Éternel : Tu es le Seigneur». Remarquez ces mots : Tu as dit ; c’est Christ qui l’a dit. Christ était bien l’Éternel ; mais dans sa marche ici-bas, il n’a point pris cette place. Étant en forme de Dieu, et ne regardant pas comme un objet à ravir d’être égal à Dieu, il a pris la forme d’esclave et a été trouvé en figure comme un homme. Prise volontairement, gardée parfaitement dans la mort et à travers la mort, la place qu’il prit fut l’humiliation. Cet acte volontaire était divin et prouvait son titre divin ; les créatures doivent garder chacune sa place, bien que, lorsqu’elles n’étaient pas gardées par Dieu, aucune ne l’ait fait. La place qui a été donnée à Christ comme homme, mais qu’il a méritée, est la gloire (Jean 17) ; Il s’est abaissé Lui-même et Dieu l’a haut élevé. Il avait dit à l’Éternel : «Tu es le Seigneur», ce qui signifie : Je te suis subordonné. Sans cesser d’être Dieu, il avait pris en dehors de la Divinité une place dont la Divinité seule pouvait remplir les conditions ; dans cette place, Il devait satisfaire Dieu comme homme, glorifier Dieu dans un monde d’apostasie et de péché, ayant contre Lui tout ce qui était dans ce monde, et la puissance de Satan, et, vers la fin, même la colère de Dieu, afin d’accomplir la gloire de Dieu en justice.

C’est ainsi qu’il dit : «Ma bonté ne s’élève pas, jusqu’à toi» — aussi haut que Toi. Christ devait remplir la place de l’homme, dans la condition dans laquelle la gloire de Dieu s’y trouvait intéressée. Homme parfait, quand il se trouvait dans ce caractère, il était seul dans sa perfection : personne pour le secourir ou même pour compatir avec Lui. Sa confiance devait être en Dieu, dans la vie et à travers la mort, que dis-je ? même sous le poids de la colère divine ; mais ici c’était dans le chemin de la vie et, même ce chemin, Dieu le Lui ferait connaître (vers. 11).

Mais, de plus, il existait sur la terre des objets de la faveur divine, dont Christ ne se séparait pas. Il n’en parle pas ici comme ayant été choisis par Lui (c’est le cas dans l’évangile de Jean, lorsqu’il dit à ses disciples : «Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis», quoique là aussi pour un service), ni comme étant choisis par la grâce de Dieu, mais comme étant les objets du bon plaisir de Dieu dans le chemin qu’ils suivaient, manifestés moralement comme les saints qui sont sur la terre, les excellents qui étaient dans le sentier où Il devait entrer lui-même. Cela est plein d’intérêt ; il s’agit encore ici de la place morale de Christ homme, trouvant son plaisir dans ce en quoi Dieu trouvait le sien, comme il convenait à un être parfait avec Dieu, dont Moïse est le type remarquable en Hébreux 11:24-26. Christ prend ici sa place parmi les saints, parmi ceux qui étaient réellement mis à part pour Dieu. Il la prit de fait dans l’humiliation et l’obéissance la plus parfaite, lorsqu’il alla se faire baptiser du baptême de Jean avec ceux que l’Esprit de Dieu poussait à s’humilier. Lors du premier et du plus humble acte de la vie divine, l’acte d’un coeur qui s’abandonne à Dieu en confessant le péché, Celui qui n’a pas connu le péché se joignit à ceux qui venaient le reconnaître ; car cet aveu de leur part était la vie divine, et les consacrait à Dieu. Ils étaient véritablement les «excellents» de la terre. Quelle douceur, quelle consolation dans le désert, d’y voir Christ marchant dans ce chemin, victorieux de toutes les tentations qui s’y rencontrent, comme on le voit aussitôt après son baptême par Jean, liant l’homme fort au moyen de la vie qu’Il possédait et qui était victorieuse de toute la puissance de l’ennemi ! Évidemment, quoique nous trouvions dans ce Psaume la vie divine, le fruit de la grâce, il ne s’agit point ici de Dieu se manifestant lui-même, d’une bonté qui aille, dans son caractère propre, jusqu’à Dieu, puisqu’elle confessait le péché, tout en étant la grâce divine en Christ pour faire cela. Ajoutons qu’il n’appartenait pas proprement à Dieu, comme tel, de mourir, quoique seul l’amour parfait, seul un être qui fût Dieu, ait pu mourir comme Christ mourut, ait pu se livrer lui-même, laisser sa vie, et ainsi donner à son Père un motif de l’aimer pour ce qu’il a fait. Christ homme, agissait à la place de l’homme, devant Dieu et envers Dieu, comme les hommes auraient dû le faire ; mais il agissait d’une manière absolue, parfaite et libre dans son amour pour le Père, ce qu’il n’aurait pu faire sans être Lui-même divin. Qu’une personne divine ait agi de cette manière, cela est d’une valeur au-delà de toute expression. Voilà, outre beaucoup d’autres choses, ce que le Sauveur a fait pour nous, Lui, homme à notre place, étant dans la perfection de cette place les délices de Dieu, et l’occupant suivant ce qu’elle devait être au milieu d’un monde pécheur, en quoi précisément il glorifiait Dieu.

Il est très important pour l’instruction et pour l’assurance de nos âmes de voir ainsi Christ, objet adorable de délices. Ce sentier de Christ, l’oeil du vautour ne l’a pas aperçu ; aucune pensée de l’homme ne l’aurait découvert, si Lui, l’homme parfait, n’y avait marché. Ce sentier de la vie, nous l’avons vivant, dans une personne (car ce n’aurait pu être autrement), dans un être vivant qui doit être l’objet de notre amour. Assurément, la parole écrite nous fournit dans tous leurs détails les éléments de cette vie, mais en même temps, quelque nombreux et précieux que soient les préceptes qui dirigent notre marche, elle nous fait beaucoup connaître de cette vie, dans celle de Christ Lui-même ; en sorte que nous comprenons cette vie, selon le degré de spiritualité avec lequel nous saisissons, dans ses motifs, ou plutôt dans son motif et sa nature, la vie de Christ présentée dans les Évangiles ou d’autres portions de l’Écriture.

Même quand il s’agit de préceptes, nous sommes exhortés à marcher d’une manière digne du Seigneur pour lui plaire à tous égards ; or pour cela, il faut évidemment avoir la vraie connaissance de ce qu’Il est.

Telle que je l’ai décrite, la vie divine, parfaite en soi, mais manifestée dans la connaissance du bien et du mal, et démontrée au milieu du mal — démontrée en nous, qui sommes renouvelés en connaissance selon l’image de Celui qui nous a créés — se présente ici dans la séparation complète d’avec le mal et surtout dans la confession de l’Éternel comme mobile et source de la vie. Il repousse (v. 4) tout ce qui peut être appelé un autre Dieu ; il n’a aucune part à cela et le rejette absolument. Il s’attache à l’Éternel. La fidélité envers l’Éternel caractérise la vie de Christ marchant sur la terre ; la fidélité envers Christ caractérise la nôtre ; Christ est tout et en tous. L’Éternel est non seulement le Seigneur auquel il obéit, mais aussi la portion de son héritage. Christ n’a pas cherché autre chose : plus encore que les sacrificateurs d’autrefois, car son coeur et ses affections étaient engagés, Christ possédait en l’Éternel son héritage et la portion de sa coupe, la coupe qu’il devait boire ici-bas, c’est-à-dire sa jouissance en espérance, sa provision pour la route.

Voici, je le suppose, la différence entre l’héritage et la coupe : l’héritage est la portion permanente de l’âme, tandis que la coupe est l’image de ce qui occupe les sentiments et de ce qui se présente à l’esprit de l’homme pour l’occuper le long du chemin. Dieu donne à boire la coupe de la colère aux méchants ; le Seigneur eut à boire la coupe de la colère sur la croix. «Ma coupe est comble» — la bénédiction dont elle est pleine déborde ; nous avons aussi coutume de dire : C’est une coupe amère. Il s’agit non seulement des circonstances que nous traversons, à moins que nos âmes ne leur soient asservies, mais de ce que nous ressentons, de ce que nos esprits éprouvent, de ce qui les oppresse dans ces circonstances. Au Psaume 23, par exemple, les circonstances sont toutes affligeantes, mais au travers de toutes, l’Éternel est le berger, et la coupe déborde de joie et de bénédiction. Ainsi pour Christ : L’Éternel est la portion permanente de son âme et, en même temps, tout le long de sa marche ici-bas, Celui sur lequel son coeur se repose ; l’Éternel forme et caractérise ses sentiments bien plus que toute l’affliction qu’Il endure, sauf à la croix. Ma viande, dit-il, est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son oeuvre. Jamais l’homme n’a pu entrer dans les pensées de Christ, pas même ses disciples. Une seule, qui jadis se tint assise à ses pieds, a été mue dans son affection pour Lui par un sentiment auquel Christ a donné une voix, mais de manière à faire ressortir le mal profond qui dominait chez tous les autres ; mais il avait une viande à manger qu’ils ne connaissaient pas. L’Éternel, la portion de sa coupe, était plus près de Lui que toutes les circonstances de la vie, auxquelles, comme homme, Il était pleinement sensible et qui auraient pu l’oppresser. Nous en exceptons la croix, mais non : Il est sa portion là plus que partout ailleurs, car c’était la colère de l’Éternel Lui-même qui s’appesantissait sur son âme dans la coupe qu’il but alors.

À part cela, l’Éternel était si véritablement la grande circonstance et la substance de sa vie en toutes choses et à travers toutes choses, qu’il pouvait seulement désirer que sa joie fût accomplie dans ses disciples. Cette joie de Christ venait de Dieu seul, voilà sa perfection. Le monde, pour lui, n’était absolument qu’un désert altéré et sans eau, mais la faveur de l’Éternel était meilleure que la vie ; elle était sa vie en pratique au milieu d’un monde où il était sensible à tout, mais avec l’Éternel réalisé. Entre lui et toutes ces choses se plaçait l’Éternel et sa faveur, la vie de son âme. Tel aussi le chrétien, quoique peut-être abandonné et emprisonné : «Réjouissez-vous dans le Seigneur ; encore une fois, je vous le dirai : réjouissez-vous». La nature a des circonstances entre elle et Dieu ; la foi a Dieu entre le coeur et les circonstances. Quelle différence !

Il n’y a point de paix semblable à celle qu’on éprouve, caché dans la tente à l’abri des insultes des hommes. Mais cela, c’est la vie divine au travers du monde ; c’est avoir l’Éternel pour héritage (pour nous, c’est le Père et le Fils, une révélation plus complète par le Fils lui-même), l’Éternel comme portion permanente de l’âme ; l’Éternel comme la joie actuelle du coeur, comme la force qui le remplit et qui donne sa saveur à la vie (comp. Psaumes 64, 23).

Vient en troisième lieu cette précieuse confiance, que l’Éternel maintient notre lot ; alors nous n’avons confiance ni en nous-mêmes, ni en des circonstances favorables, ni en «une montagne à laquelle l’Éternel Lui-même a donné la stabilité et la force», mais uniquement en Lui. «Fais tes délices de l’Éternel ; et il te donnera les demandes de ton coeur». La foi s’appuie sur l’Éternel, sur l’amour du Père et de Jésus. Pour nous procurer un bonheur et une paix infaillibles, nous n’avons point à regarder aux circonstances, sauf pour les traverser avec Dieu. Christ a réalisé cela d’une manière parfaite ; il n’avait que l’Éternel, ne comptait sur rien d’autre. L’apôtre Paul en est aussi un exemple frappant, et c’est, en principe, le sentier de chaque chrétien dans lequel, une fois ou l’autre, sa foi sera exercée. La vie de la foi se résume ainsi : Dieu Lui-même est la portion de notre héritage et de notre coupe, il maintient notre lot. Pour nous chrétiens, cette vérité trouve un précieux développement dans la connaissance du Père et du Fils ; mais le principe essentiel reste le même : c’est la vie de Christ ; on en jouit à l’exclusion de toutes les autres choses qui pourraient devenir l’objet de la confiance ou la portion du coeur, et en contraste avec elles. Ce principe, exprimé dans le Psaume 16, selon les relations d’un Juif, est essentiellement vrai en tous temps.

Je désire faire remarquer un trait caractéristique du Psaume 16 et qui ressort surtout de la comparaison avec le Psaume suivant. Les circonstances extérieures, quoique ici sous-entendues, ne sont pas mentionnées une seule fois ; c’est une vie divine avec Dieu, qui ne connaît que Lui et ne vit dans l’intimité journalière que de Lui seul ; on trouve, il est vrai, la mort, le shéol, le sépulcre ; mais ils ne sont mentionnés que comme une occasion pour l’exercice de la puissance et de la fidélité de l’Éternel. Ce Psaume nous dépeint l’homme vivant dans ce monde par l’Éternel, avec l’Éternel, en vue de Lui, et jouissant de Lui pour toujours en dépit de la mort. Les circonstances ne sont que des circonstances, elles ne sont point le sujet du Psaume ; la vie divine ne passe jamais. «Nos regards», dit l’apôtre, «n’étant pas fixés sur les choses qui se voient, mais sur celles qui ne se voient pas ; car les choses qui se voient sont pour un temps, mais celles qui ne se voient pas sont éternelles» ; telle est l’expression chrétienne de cette vérité. La première partie de la phrase, dont j’ai omis la citation, nous dit l’effet de cette vérité quant aux circonstances ; on la comparera mieux avec le Psaume suivant. L’apôtre exprime admirablement la vie elle-même en un seul mot : «Car pour moi, vivre, c’est Christ, et mourir», peut-on s’en étonner, était «un gain». Il est important de se rappeler qu’il y a une vie divine intérieure qui habite et se réjouit en Dieu, n’ayant pas affaire aux circonstances, quoiqu’elle nous rende capables de les traverser, mais fortifiée en nous par les circonstances, parce qu’elles détruisent la chair et la propre volonté, et qu’ainsi nous vivons plus complètement de la vie intérieure avec Dieu.

La conséquence en est, pour l’âme, un sentiment profond de bénédiction : «Les cordeaux sont tombés pour moi en des lieux agréables». Christ n’aurait pas pu dire cela de cette manière, s’il avait eu le royaume pendant sa vie ici-bas ; nous ne pourrions pas le dire non plus, même dans le paradis terrestre, ou si nous avions le monde entier à notre disposition. Cette relation vivante avec Dieu jette une telle clarté, une telle auréole sur toutes choses, elle allume dans l’âme un sentiment si direct de la bénédiction divine, que rien ne peut lui être comparé, sauf l’entière réalisation de cette bénédiction en la présence de Dieu. Un homme avec Dieu, jouissant de Lui dans une nature capable de le faire avec la conscience du résultat final et nécessaire, lorsque cette jouissance sera pleinement accomplie sans aucun nuage ; — un homme, tel que Christ a été dans ce monde avec Dieu, voilà la joie la plus parfaite qui puisse exister, sauf l’accomplissement éternel de tout ce qu’elle a fait connaître et goûter à l’âme. Il ne s’agit point ici de la portion du Messie, mais de cette joie touchant laquelle Christ disait : «afin qu’ils aient ma joie accomplie en eux-mêmes». Il va sans dire qu’Il héritera toutes choses, mais je ne pense pas qu’il s’agisse de cela en cet endroit ; ce n’était point là la joie qui était devant lui, pour laquelle il a enduré la croix, ayant méprisé la honte. Il y a «un héritage incorruptible, sans souillure, immarcescible, conservé dans les cieux pour nous» ; on en a la conscience lorsqu’on se réjouit en Dieu. La vie trouve là ses délices ; en la présence de Dieu il y a un rassasiement de joie.

«Les cordeaux tombés en des lieux agréables» représentent, ce me semble, la joie de Christ homme, en Dieu et dans ce qui était devant Dieu (comp. Col. 3:1-3). Ce qui suit est l’expression de cette vie dans son activité envers Dieu : «Je bénirai l’Éternel qui me donne conseil». Dans la vie divine, nous avons besoin de conseil, de l’instruction positive de la sagesse (la sagesse est une direction, un guide divin dans la confusion du mal au milieu de ce monde), pour être sages quant au bien ; non pas comme étant dépourvus de sagesse, mais comme étant sages ; saisissant l’occasion, non point comme étant sans intelligence, mais comprenant quelle est la volonté du Seigneur. L’Éternel donne conseil ; de sorte que si quelqu’un manque de sagesse, qu’il demande à Dieu qui donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches. Voilà l’immense avantage d’être conduit directement par Dieu : Dieu est intéressé à conduire le juste dans le vrai sentier qui lui convient à Lui-même, à travers le désert où il n’y a point de chemin. L’innocence, jouissant des bénédictions de Dieu, n’avait pas besoin de chemin. En un monde séparé de Dieu, quel chemin trouver ? Retourner en arrière ? Impossible : aucun pécheur n’est jamais revenu à l’innocence ; le chemin de l’arbre de la vie est fermé de ce côté. Comment donc un chemin à travers un monde sans Dieu ? Mais Dieu peut faire un chemin, s’il donne une vie nouvelle et à cette vie un objet nouveau — Lui-même connu dans le ciel, — s’il y a une nouvelle création, et si nous sommes créés de nouveau. Or, Christ est une vie nouvelle ; en accord avec cette vie et comme homme dépendant de Dieu, il traverse le monde et arrive à une nouvelle place donnée à l’homme. C’est Dieu qui a préparé le chemin pour l’homme revêtu de cette vie ; il l’a préparé pour Christ qui était cette vie et par conséquent la lumière des hommes. Dieu a même préparé les oeuvres qui conviennent, «les bonnes oeuvres qu’il a préparées d’avance, afin que nous marchions en elles». Cette dernière pensée dépasse un peu, il est vrai, la portée du Psaume 16 ; il contient cependant l’idée de l’activité de la nature divine en l’homme, et ne se borne pas à la marche juste et sainte de l’homme qui a cette vie devant Dieu, chose, en son lieu, aussi importante que l’autre. Ainsi Moïse ne dit pas : «Fais-moi connaître un chemin à travers le désert», mais : «Fais-moi connaître ton chemin, et je te connaîtrai, afin que je trouve grâce à tes yeux». Ce que Moïse cherchait, l’Éternel le donne : le conseil et les directions de son amour. Voilà la marche de Christ, voilà comme il conduit ses brebis, allant devant elles ; et maintenant nous sommes conduits par l’Esprit de Dieu, étant nous-mêmes fils de Dieu. C’est là le sentier divin de la sagesse, que l’oeil du vautour n’a point aperçu, le sentier de l’homme, mais de l’homme possédant la vie de Dieu, marchant au devant de la présence de Dieu, vers l’héritage incorruptible, par un chemin non corrompu, le sentier de Dieu à travers ce monde. Mais, dans ce chemin, Dieu donne conseil, et pour cela il faut être dépendant de Dieu, et Christ y a marché. «Tu me conduiras par ton conseil», dit même le résidu d’Israël, et nous lisons au Psaume 32 : Je te conseillerai, ayant mon oeil sur toi». Je le répète, l’Éternel est intéressé à conduire l’homme de Dieu et notre âme l’en bénit ; c’est dans ce sentier que Christ marcha. La parole écrite est le moyen principal d’y marcher ; toutefois, il y a aussi l’action directe de Dieu en nous par son Esprit.

Mais il y a de plus l’intelligence divine : «Durant les nuits mes reins m’enseignent». La vie divine est une vie intelligente ; je ne sépare point cela de la grâce divine en nous, cependant c’est autre chose qu’un conseil donné par Dieu ; nous pouvons être remplis de la connaissance de sa volonté en toute sagesse et intelligence spirituelle (Col. 1:9-10). «Et pourquoi aussi», disait Jésus aux Pharisiens, «ne jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste» ? Ainsi, dégagés des influences extérieures, les pensées secrètes et les mouvements intimes du coeur enseignent ce qui est conforme au sentier de Dieu dans ce monde. Un homme doué d’intelligence spirituelle, discerne toutes choses. Il s’agit de l’opération intérieure de la vie (en nous c’est par la grâce) touchant les choses divines, et se manifestant par la connaissance du sentier divin, de ce qui est agréable à Dieu. En Christ cela existait d’une manière parfaite ; en nous, cela existe selon la mesure de notre spiritualité ; or, voici à quoi le chrétien doit être particulièrement attentif, c’est de ne point négliger ce qu’une vie divinement instruite lui suggère et lui fait conclure lorsqu’elle est dégagée de l’influence des circonstances environnantes. Cela peut paraître insensé, mais si l’on agit ainsi dans une humble dépendance de Dieu, il sera démontré, en fin de compte, que c’était sa sagesse. Du reste, l’intelligence divine se distinguera toujours d’une imagination exaltée.

D’abord, l’état de l’âme duquel je parle est tout l’opposé d’une imagination exaltée, car la prétention à une direction spirituelle spéciale n’est jamais humble ; puis le contrôle que la parole de Dieu exerce et qui gouverne la vie divine tout entière est là pour juger toute fausse prétention. La vie divine est toujours absolument assujettie à la Parole : Christ, qui était cette vie même, la Parole et la Sagesse, et précisément parce qu’il l’était, a toujours pleinement honoré la Parole écrite comme étant les directions et l’autorité de Dieu pour l’homme.

Cependant, en pratique, l’exercice de la vie divine ne se résume pas tout entier dans le fait qu’on est dirigé par Dieu ; elle ne regarde absolument qu’à Lui : «Je me suis toujours proposé l’Éternel devant moi», dit Christ comme homme ici-bas ; aussi ne détournait-il jamais ses yeux de Lui. Nos coeurs doivent l’avouer ; pour eux c’est souvent le contraire. Quelle séparation de tout ce qui est mal, quelle puissance morale au milieu du monde, si nous étions constamment tels ! Rien de comparable ici-bas à la dignité d’un homme qui marche continuellement avec Dieu, et cependant rien n’est plus éloigné d’une chute, parce que cette marche est dans l’humilité ; l’humilité parfaite s’y trouve ; en la présence et dans la jouissance de Dieu on ne pourrait s’exalter soi-même ni même désirer de s’exalter : mais quelle absence du moi, quel renoncement de toute volonté, quel oeil simple et, dans l’intention, quelle activité remarquable et sérieuse, quand le Seigneur est l’unique objet, le but unique ! Je dis : «le Seigneur», parce qu’il est le seul objet qui puisse dominer et sanctifier le coeur ; tout cède lorsqu’il s’agit de lui obéir ; quand le devoir et l’intention du coeur vont ensemble, et sont une seule et même chose, il remplit, à Lui seul, tout le coeur de lumière. Voilà ce que Jacques appelle «la loi parfaite de la liberté», parfaite obéissance, et néanmoins parfait propos arrêté du coeur, comme dit Jésus : «afin que le monde connaisse que j’aime le Père, et selon que le Père m’a commandé, ainsi je fais». Nous disons comme chrétiens : Christ est tout, et celui qui l’aime garde ses commandements.

De même Jésus se proposait toujours l’Éternel devant Lui. C’est là la perfection de l’homme comme tel ; la constance et la pureté avec lesquelles nous agissons ainsi, sont la mesure de notre degré de spiritualité. Mais si Jésus s’est constamment proposé l’Éternel devant lui, assurément l’Éternel ne pouvait lui faire défaut, et il ne nous fera pas défaut non plus. Ayant marché de cette manière, Christ maintient les saints dans le même sentier que lui. «Je me suis toujours proposé l’Éternel devant moi ; parce qu’il est à ma droite, je ne serai pas ébranlé». C’est par la foi que l’on connaît cela. Dieu peut permettre que nous souffrions pour la justice : Christ a ainsi souffert ; que nous soyons mis à mort : Christ l’a été ; mais il ne peut laisser tomber à terre un seul cheveu de notre tête, il ne peut manquer de nous introduire dans la vie suivant le sentier dans lequel nous marchons ; néanmoins il est ici question de la confiance en l’Éternel Lui-même, de la foi, non point de la justice en l’Éternel, sujet du Psaume suivant. En marchant dans le sentier de l’homme suivant la volonté de Dieu et en ayant Dieu seul devant elle comme le but et l’objet qui sanctifie, — la foi sait que Dieu est à sa droite. L’Éternel protégera ; comment et par quoi n’entre pas en question ; ce sera la protection de l’Éternel. Quelle force cela donne en traversant un monde où tout nous est hostile, et quelle puissance de sanctification nous y trouvons ! Il n’y a pas d’autre motif que l’Éternel, pas d’autre ressource que Lui ; hors de Lui aucune chose qui puisse répondre aux désirs du coeur, et en laquelle ce dernier veuille chercher son assurance.

Aussi, quoi qu’il arrivât, Christ s’attendait patiemment à l’Éternel, sans chercher d’autre délivrance ; nous devons agir de même et voilà précisément ce qui rend la marche parfaite ; nous ne dévions ni d’un côté ni de l’autre pour nous faire le chemin plus facile. Cette pensée devient celle de notre Psaume : la mort était devant Christ. Comme Abraham, appelé à sacrifier son fils dans lequel les promesses devaient s’accomplir, Christ, vivant sur la terre, devait renoncer à toutes les promesses qui lui appartenaient à juste titre, et avec elles, il devait renoncer à la vie.

Son affliction à cet égard, car il ressentait toutes choses d’une manière parfaite, est décrite dans le Psaume 102 ; mais, dans ce Psaume-ci, comme Abraham qui se confia en l’Éternel et reçut, en figure, Isaac d’entre les morts, le Seigneur aussi, le chef et le consommateur de la foi, se confie parfaitement en l’Éternel, en vue de sa propre mort. Il se proposait constamment l’Éternel devant lui ; l’Éternel était à sa droite, c’est pourquoi son coeur se réjouissait et sa gloire tressaillait de joie ; sa chair habitait en assurance ; car l’Éternel dans lequel il se confiait, n’abandonnerait pas son âme au shéol et ne permettrait pas que son bien-aimé, ou son Saint, vît la corruption. «Ton Saint» n’a pas ici le même sens que «les saints de la terre» ; les saints sont ceux qui sont mis à part, consacrés à Dieu ; «Ton Saint» est celui qui marche pieusement, qui est agréable à Dieu, c’est Christ connu dans ce caractère ; le même nom lui est donné au Psaume 89:19 : «de ton Saint». Remarquons qu’il est dit : Ton Saint, celui qui appartient moralement à Dieu par la perfection de son caractère. Les chrétiens sont tels, mais pleins d’imperfections ; ils sont saints, mis à part pour Dieu, mais ils sont aussi les «élus de Dieu, saints et bien-aimés», et doivent marcher comme tels, revêtant le caractère de grâce selon lequel Christ marcha ici-bas. La première partie de Colossiens 3 montre cette vie pleinement manifestée en nous ; Éphésiens 1:4, la montre en résultat dans sa perfection. Cette confiance de l’âme pieuse en la fidélité de l’Éternel, la conclusion de la foi que d’après cette nature il ne peut en être autrement, et la conscience d’être en relation avec Dieu comme objet de ses délices, tout cela est fort beau dans ce Psaume. Il n’est pas dit : «Tu me ressusciteras» ; mais, dans la pensée de Celui en qui habite la puissance de la vie, il est impossible que l’Éternel laisse au shéol, loin de Lui dans la mort, l’âme qui possède cette vie, et qu’Il abandonne à la corruption l’objet de ses délices.

Cette confiance et cette conclusion morales sont de toute beauté : «il n’était pas possible, dit Pierre, qu’il fût retenu par elle» ; cela peut aussi comprendre sa personne, mais sa puissance ne saurait être séparée de cette grâce. La même confiance, découlant de la vie, se manifeste en ce qu’il est certain que l’Éternel lui fera connaître le chemin de la vie. C’est ici la perfection de la foi par rapport à la vie, mais cette foi est en l’Éternel. «Tu me feras connaître le chemin de la vie», peut-être à travers la mort, car si Christ devait être parfait avec Dieu, c’est là que conduisait ce sentier, mais non point pour y rester, sans quoi ce sentier n’eût pas été celui de la vie. L’Éternel ne pouvait pas lui en indiquer d’autre. L’homme, en dépit des avertissements, avait pris le sentier de la mort, le sentier de sa propre volonté et de sa désobéissance ; mais Christ est survenu, l’homme obéissant. Il n’y avait pas de chemin pour l’homme dans le paradis, pas de chemin naturel de vie dans le désert du péché. L’homme n’avait pas la vie en lui-même ; quel chemin de la vie nouvelle et divine en l’homme pouvait-il donc y avoir pour l’homme, dans un monde de péché au milieu d’hommes déjà séparés de Dieu ? La loi, il est vrai, en avait proposé un, mais ce chemin-là n’avait servi qu’à manifester la corruption de la nature humaine, qu’à donner la connaissance du péché et le rendre excessivement pécheur. Christ qui avait la vie, aurait, sans aucun doute, pu garder ce chemin, et même il le garda parce qu’en Lui il n’y avait pas de péché ; en cela, toutefois, il était le seul dans ce chemin et complètement séparé de nous qui sommes pécheurs. Mais dans un sentier de foi, il pouvait s’associer à ceux qui étaient vivifiés par la Parole, — confessant le péché, et non pas observateurs de la loi, — jugeant tout mal, séparés des pécheurs par la grâce qui les vivifiait et, tout en n’étant pas du monde, suivant le sentier de la foi à travers le monde vers le résultat définitif de la vie divine, qui n’était pas sur la terre et ne pouvait être atteint qu’en passant par la mort de la chair. Christ n’avait en soi rien à juger, rien à confesser, rien à quoi ou pour quoi il eût dû mourir ; mais il pouvait marcher dans le sentier saint de la foi à travers le monde, sentier dans lequel eux-mêmes, étant renouvelés, devaient marcher ; toutefois, pour l’amour d’eux, ce chemin de sainteté était nécessairement la mort, car leur vie précédente avait été une vie de péché. Christ aurait pu demeurer seul, il aurait pu avoir douze légions d’anges et monter au ciel ; mais, je le dis avec révérence, quoique la chose eût été juste en ce qui le concerne, devenir homme dans ce but n’aurait pas eu de sens.

Non seulement Christ meurt pour nous (car la vie, non pas l’expiation, est le sujet de ce Psaume), mais s’étant proposé de nous accompagner, même de nous précéder, il parcourt ce sentier à travers la mort, afin d’en détruire pour nous le pouvoir, et il le parcourt seul. Comme il avait vaincu auparavant la puissance de Satan dans ce monde, de même il la détruisit dans la mort ; mais ce sentier, il le parcourut seul ; les disciples ne pouvaient pas l’y suivre, avant qu’il eût anéanti la puissance de Satan dans la mort : «Tu ne peux pas me suivre maintenant, mais tu me suivras plus tard» ; ni la force de la volonté humaine, ni l’affection n’étaient suffisantes. Mais une fois mort au péché et fortifié par la force de Christ, Pierre, comme Jésus, put se laisser ceindre et conduire par un autre là où la nature ne voulait pas aller. À partir du baptême de Jean, Christ se joignit à ces «saints qui sont sur la terre», marcha dans ce chemin, parfaitement séparé du péché, et, seulement avec Dieu, faisant sa volonté, il fut l’exemple de ce chemin de la vie dans l’homme ; puis, étant mort au péché, Christ vit pour Dieu, là où cette vie a son plein couronnement, où n’existe aucun mal. Christ agit ainsi par la foi tout le temps de son séjour terrestre, mais comme homme, en un monde séparé de Dieu et prenant la Parole pour son guide, vivant de toute parole qui sort de la bouche de Dieu, comme aussi nous devons le faire. La résurrection a démontré la perfection d’une vie qui était constamment selon l’Esprit de sainteté. Mais maintenant Christ vit de cette vie, dans le lieu où elle a sa place propre, et c’est cela qu’il anticipe, quoiqu’à travers la mort, dans une vie qui n’a jamais discontinué : «Ta face est un rassasiement de joie». Cette face, toujours l’objet de ses délices, est maintenant sa joie parfaite : «Il y a des plaisirs à ta droite pour toujours». La puissance divine l’a élevé à cette place de puissance et de faveur en témoignage du fait qu’il est parfaitement agréable à Dieu.

Voilà la vie telle qu’elle est avec Dieu, la vie manifestée comme homme dans ce monde, s’associant aux saints de la terre et marchant dans le même sentier qu’eux (ce n’est pas Christ les unissant à Lui-même), la vie devant Dieu et regardant toujours à Lui, une vie que ni l’homme innocent, quoique sans péché, ni l’homme pécheur ne pouvaient connaître, une vie dont, en réalité, on ne devait pas vivre dans le Paradis et dont on ne pouvait pas vivre comme appartenant au monde, mais dont il vivait à Dieu à travers le monde, se proposant toujours l’Éternel devant soi comme son objet. Telle est la vie que nous devons vivre. «Je suis crucifié avec Christ ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ; et ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi». Christ, ce Psaume le montre, vécut de la vie de la foi et ne vécut jamais que de foi ; et ce fut là sa perfection. Dans ce monde, il n’y en a pas d’autre pour l’homme. C’est une vie qui n’a pour objet que le Seigneur Lui-même.

Chose merveilleuse — n’avoir pas un objet quelconque dans ce monde ; car autrement ce n’est pas la foi, mais la vue ou la convoitise. L’homme innocent n’avait pas d’objet, il jouissait en paix de la bonté de Dieu ; l’homme séparé de Dieu a beaucoup d’objets, mais tous ils détournent son coeur de Dieu et aboutissent à la mort. Moralement séparé de Dieu, il peut trouver la famine dans le pays ; mais Dieu n’est aucunement l’objet de son coeur. D’autre part, la vie nouvelle qui descend d’auprès du Père, regarde avec désir vers sa source et devient, en l’homme, cette nature qui tend vers Dieu ; qui a le Fils de Dieu pour objet, comme le dit Paul : «afin que je gagne Christ». Cette vie n’a aucune part dans ce monde, et comme vie en l’homme, elle regarde à Dieu, s’appuie sur Dieu, sans chercher d’autre ressource ou soutien, obéit à Dieu et ne peut vivre que de foi. Mais c’est une vie d’homme, elle ne va pas jusqu’à Dieu. Dieu comme tel, est saint, juste, il est amour, mais ne peut évidemment vivre de foi, lui qui est l’objet de la foi. Cette vie n’est pas non plus précisément la vie des anges, quoiqu’ils soient saints, obéissants et pleins d’amour ; c’est la vie de l’homme vivant entièrement pour Dieu et en vue de Dieu dans un monde qui s’est détourné de Lui ; vivant ainsi en vue de Lui et par la foi ; car il ne s’agit pas seulement d’un service dans ce monde, que les anges aussi peuvent rendre ; mais, moralement, nous ne sommes pas du monde, puisque la vie est descendue du ciel : «Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde», dit Christ. Toutefois, quant à notre place d’hommes nous sommes du monde, par conséquent nous devons vivre de manière à ne pas en être moralement. Objectivement nous sommes entièrement hors du monde ; nous avons affaire avec Dieu, sans quoi ce serait de l’idolâtrie.

Ainsi, tandis que cette vie est une vie d’homme et comme telle, rien de plus, cependant elle doit être absolument pour Dieu selon la nature de Dieu ; et ce en quoi elle vit, elle le vit à Dieu. Le Père qui est vivant avait envoyé Christ, et Christ vécut (dia ton Patera) à cause du Père ; ainsi il dit : «Celui qui me mangera, celui-là aussi vivra à cause de moi». Dieu est la mesure de la perfection de motif et, par conséquent, pour l’avenir, celle de la perfection de jouissance, et le coeur se moule entièrement sur Lui. Cette vie d’homme, Christ la vécut et l’acheva tout entière. C’est hors de cette vie que Satan cherchait à le faire sortir dans le désert, pour avoir une volonté à Lui en changeant les pierres en pain ; pour se défier de Dieu, en éprouvant si Dieu accomplirait ou non sa promesse ; et enfin pour avoir un objet : les royaumes du monde. Cette dernière chose aurait détruit la nature même de la vie, et Satan pleinement découvert est aussitôt chassé. Christ ne voulait pas quitter sa place d’homme dans la dépendance, l’obéissance et la confiance illimitée en l’Éternel. Son sentier ici-bas était avec les excellents de la terre, parfait dans la vie qui était descendue du ciel, mais dont il vivait sur la terre en regardant au ciel.

Quels que soient les privilèges de notre union avec Christ, il est de toute importance que le chrétien vive dans la crainte de Dieu et dans la foi en Lui, selon la vie de Christ. Il ne s’agit pas de notre responsabilité humaine sans loi ou sous une loi comme fils d’Adam ; c’en est fait de nous sur ce terrain-là ; mais de la responsabilité de la vie nouvelle de la foi, étrangère et voyageuse ici-bas — d’une vie descendue du ciel. «Dieu nous a donné la vie éternelle et cette vie est dans son Fils ; celui qui a le Fils a la vie» ; c’est une vie dont l’homme vit en traversant ce monde, mais qui est en dehors du monde quant à son objet — une vie de foi, qui trouve dans la face de Dieu un rassasiement de joie. Une vie d’homme, quoique parfaite pour Dieu et dans sa joie en Lui, ne va pas jusqu’à Dieu. Voilà ce que fut Christ, et bien plus que cela ; voilà aussi ce que nous sommes en tant que chrétiens ; seulement n’oublions pas que le développement de cette vie en nous n’est pas, comme dans ce Psaume, en rapport avec le nom de l’Éternel, mais avec la pleine révélation du Père et du Fils. L’être béni qui vécut ainsi comme homme sur la terre, est maintenant assis comme homme à la droite de Dieu, où il y a des plaisirs pour toujours ; il est avec Celui dont la face est un rassasiement de joie. Sa chair n’a pas vu la corruption et son âme n’a pas été abandonnée au shéol. En vue de la joie qui lui était proposée, il a méprisé la honte et enduré la croix, lui le chef et le consommateur de la foi.

Le Psaume 16 nous a montré la vie spirituelle intérieure de Christ, par conséquent aussi la nôtre, aboutissant à la joie ineffable de la présence de Dieu.

 

2.16                   Psaume 17

Le Psaume 17 considère cette vie au point de vue pratique ici-bas et en rapport avec les difficultés qu’elle rencontre au milieu des hommes opposés à ce qui est juste. L’état de l’âme est toujours caractérisé, comme au Psaume précédant, par une entière dépendance de Dieu, mais quant à son intégrité envers Lui, et en opposition à l’homme, elle peut faire appel à la justice. Toutefois, elle ne se venge point elle-même, mais s’en remet entièrement à Dieu, et elle recueille ainsi les fruits de ses voies en justice. Ne pas se venger soi-même, montrer la patience de la vie nouvelle au milieu du mal, regarder à Dieu et tout lui remettre — voilà le grand secret de la sagesse pratique. Cela suppose une marche intègre dans le sentier de la vie divine et ainsi la possibilité d’en appeler au jugement nécessaire de Dieu quant à cette marche, dans la connaissance de ce qu’il est et la confiance en Lui ; mais même alors on demande la délivrance, non point la vengeance ; on demande seulement que les plans des iniques soient déjoués. Si nous n’avons pas marché d’une manière intègre, la confiance en Dieu est encore notre vraie place ; il épargne et restaure en grâce, car il est abondant en miséricorde. Mais ce point-là, quoique d’autres Psaumes s’en occupent, n’est pas le sujet de celui-ci. Ici la chose dont il est question, c’est la vie intègre à laquelle Dieu a égard et qu’il défend contre les hommes de ce monde ; car il s’agit de Christ et des chrétiens, pour autant qu’ils vivent de la vie de Christ, quoique l’application directe de ce Psaume soit, comme toujours, à Christ et au Résidu. L’Éternel écoute les justes et prête l’oreille à la requête qui ne s’élève pas de lèvres trompeuses.

Remarquons que, dans ce Psaume, la vie de Christ est présentée comme devant rencontrer et rencontrant dans le monde, l’opposition et l’hostilité des hommes du monde. Nous avons vu comment cette vie, associée aux excellents de la terre, était séparée de la terre, la traversant comme étrangère, quoique y habitant humainement ; mais, — et cela prouve que le coeur n’a toujours que l’Éternel seul pour objet, — la foi sait que les hommes de ce monde servent à éprouver le coeur et, pour ce qui nous concerne, à nous garder étrangers dans ce monde, auquel nous sommes sans cesse en danger de nous mêler. Toutefois Dieu délivre de ces hommes-là. Pour des raisons infiniment précieuses, Christ ne fut pas délivré, aussi se livrait-il volontairement. Le coeur a ici le sentiment de son intégrité et compte par conséquent sur la délivrance ; mais il n’y a aucun esprit de vengeance. C’est l’Esprit de Christ Lui-même, plus élevé par conséquent que l’esprit du Résidu, et bien plutôt l’esprit chrétien. Il y a la conscience de la justice et de l’intégrité, mais une entière dépendance du Seigneur à ce sujet, non pas pour ce qui concerne la justification, — il ne s’agit pas de cela ici, — mais pour ce qui concerne la confiance. «Je n’ai rien sur ma conscience», dit Paul, «mais pour cela je ne suis pas justifié» ; «si notre coeur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance envers Dieu». Jésus dit : «Le Père ne m’a pas laissé seul, parce que moi je fais toujours les choses qui lui plaisent». Il y a conscience de justice et confiance en Dieu ; le coeur en appelle à Lui à cause de la justice. Tout cela est juste, c’est une juste appréciation de Dieu, que d’avoir la confiance qu’il ne veut et ne peut pas être inconséquent avec Lui-même. Mêler à cette pensée un désir de vengeance, c’est en déchoir.

Voici d’autres traits qui caractérisent cette vie consciente : Non seulement c’est une marche intègre, mais aussi un coeur éprouvé, dont les mouvements secrets sont seuls avec Dieu. Lorsque les reins enseignent, Dieu sonde, mais il ne trouve rien. Absolument vrai de Christ, cela est aussi vrai du chrétien quant au propos arrêté de son coeur et pour autant qu’il ne garde rien, qu’il ne cache rien à Dieu ; cela peut arriver même après une chute, mais alors dans une entière et profonde humiliation : «Tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime». Même chose en Job, qui tenait ferme la conscience de son intégrité et non pas celle de ne pas avoir failli. Les errements de la nature humaine devaient être réprimés et jugés, et il ne put le faire qu’après s’être humilié en la présence de Dieu. Dieu rend témoignage à Job qu’il s’était pendant longtemps maintenu intègre sous tous les rapports ; il agissait comme devant Dieu en toute occasion, sans toutefois se connaître lui-même comme il le fallait. Christ a toujours marché de cette manière, et son coeur étant mis à l’épreuve, il ne s’y trouva jamais autre chose que de l’intégrité envers Dieu. De plus il avait un dessein arrêté, sa pensée n’allait pas au-delà de sa parole. Il était un homme parfait, comme le dit Jacques. Ensuite, à l’égard des actions des hommes, — car il marcha comme un homme dans ce monde, — la parole de Dieu était sa règle absolue ; c’est par elle qu’il s’est gardé des voies de l’homme violent. Or il n’y a point d’orgueil, mais une entière dépendance de l’Éternel dans le droit sentier : «Quand tu soutiens mes pas dans tes sentiers, mes pieds ne chancellent point». Telle fut la vie pratique de Christ dans ce monde ; c’étaient là sa vie et sa marche en elles-mêmes.

Dans ce qui suit, à partir du verset 6, cette vie intègre est présentée comme s’attendant à Dieu, en face de l’opposition et de l’hostilité qu’elle rencontre de la part des méchants. La bonté et l’amour de l’Éternel sont pour le fidèle l’unique appui en présence de l’ennemi ; c’est encore la perfection. Le sentier de Christ était avec Dieu : point de concession pour être épargné, en plaisant aux hommes ; aucune plainte de ne pas avoir sa portion ici-bas ; il voit sans envie le succès et la prospérité des hommes de ce monde. La foi pleinement mise à l’épreuve reste la foi. Si nous avons confiance en Dieu et qu’il soit notre portion, nous avons courage pour marcher dans son sentier et ne pas trouver de satisfaction pour la nature ; mais c’est de la foi. Autrement on désirera, en quelque manière, ce qui pourrait satisfaire le coeur naturel, et on risquera de céder, afin d’obtenir ce que la nature demande et que le monde donne — pas autre chose, après tout, que des gousses périssables. Toutefois le coeur de l’homme a besoin de quelque chose : s’il a le Seigneur, cela suffit, mais cela le met à l’épreuve. Nous trouvons dans ce Psaume la perfection quant au coeur et quant au sentier dans ce monde. Le grand secret c’est d’avoir le coeur rempli de Christ et d’être ainsi dans le chemin de la volonté de Dieu. Alors il n’y a plus de place pour une volonté et des actes qui font la guerre à l’âme, et desquels le moi est toujours le centre, comme Christ est le centre du coeur qui marche par la foi ; alors l’âme a devant elle comme résultat béni «sa face en justice». Remarquez ces mots : en justice ; ce n’est point la joie absolue en Dieu dont parle le Psaume 16, mais la justice qui procure la joie en la présence de Dieu à ceux qui ont souffert pour elle et à cause d’elle ici-bas, dans les sentiers de Dieu, au milieu d’un monde hostile, en renonçant à eux-mêmes. «Dieu n’est pas injuste pour oublier». — «C’est une chose juste devant Dieu qu’il vous donne du repos avec nous». Le coeur aussi est satisfait, non pas ici précisément de ce que Dieu est, mais de ce que nous sommes. «Quand je serai réveillé, je serai rassasié de ton image». Ainsi, «nous lui serons semblables, car nous le verrons comme il est». «Nous sommes prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, pour qu’il soit premier-né entre plusieurs frères». Prendre de saintes délices en Dieu, se proposer toujours Dieu devant soi, conduit à des délices parfaites et à une parfaite joie en Lui, lors de leur plein accomplissement en sa présence. La fidélité à Dieu, intérieure et extérieure, au milieu d’un monde qui nous est hostile et peut-être nous persécute, aboutit à une juste récompense de gloire et à la présence de Dieu en justice. Ces deux choses sont parfaites en Christ, et par Christ elles sont la portion des saints.

Les versets 7 et 11 contiennent une application générale à ceux qui sont associés à Christ ; mais, quoique applicable au résidu, ce Psaume montre la propre perfection de Christ, et ainsi celle du chrétien : le Psaume 17 s’occupe de la délivrance attendue, tandis qu’au 16 il s’agissait du passage parfait de la vie avec Dieu à travers la mort, jusqu’à la plénitude de joie en Lui dans sa présence. Ici, au contraire, il est fait appel à une juste délivrance d’entre les mains des hommes ; et c’est ce qu’il est aussi permis aux chrétiens de désirer, quoiqu’ils puissent être honorés du martyre selon le modèle des souffrances de Christ : «le Seigneur me délivrera de toute mauvaise oeuvre et me conservera pour son royaume céleste», dit l’apôtre. Comme marchant dans le sentier de la justice, et comme opposée à toutes les machinations des méchants, l’âme peut entièrement compter sur Dieu. Celui qui marche ainsi, Dieu le délivre par sa droite. S’il a failli, il peut avoir la confiance d’être restauré. Mais il y a un sentier de justice tracé par Christ ici-bas en un monde de péché ; il nous a laissé les traces bénies de ses pas et le témoignage des mouvements de son coeur, afin que nous y marchions et que nous en vivions.

 

2.17                   Psaume 18

Le Psaume 18 est du plus profond intérêt, car il présente les souffrances de Christ, comme centre de toutes les délivrances d’Israël. Son cri du milieu de la souffrance a appelé sur ce peuple toute la faveur de Dieu en puissance. Aussi, pour cette raison même, ai-je peu de chose à dire touchant l’application de ce Psaume aux chrétiens. Le grand et précieux principe. qu’il développe, c’est le cri au Dieu dans lequel on se confie au milieu de la détresse, cri qu’Il a sûrement entendu. Ici, comme en d’autres cas, Christ nous apparaît comme exemple : «Cet affligé a crié, et l’Éternel l’a entendu». Seulement il ne s’agit pas, comme au Psaume 34, de la tendre commisération de Dieu envers l’affligé souffrant, mais de l’intérêt que l’Éternel prend à un Christ souffrant qui a marché dans une parfaite obéissance à la loi. Ce Psaume est un chant de louange à cause de l’exaucement, l’Éternel s’étant fait connaître comme un «rocher» et «Celui qui délivre» ; mais, comme je l’ai fait souvent remarquer, ces premiers versets expriment le résultat ; puis nous trouvons le détail de ce qui conduit à ce résultat.

«Je crierai à l’Éternel» (v. 3), car c’est son nom, son nom seul, à Lui, le Dieu de son peuple, qui inspire la confiance. C’est son nom qui est célébré ; mais le motif de toutes ces louanges, c’est la réponse de Dieu au cri dirigé vers Lui dans la détresse au milieu des ennemis et dans les angoisses de la mort. Dans cette détresse, «de son temple» l’Éternel a entendu ; ainsi le temple de l’Éternel se trouve associé avec la terre, avec la délivrance et le triomphe terrestres. Une autre chose encore, et du plus haut intérêt, établit ce rapport : l’obéissance à la loi, comme motif pour être exaucé au jour de la détresse (v. 20-26).

L’obéissance parfaite du Messie, ici-bas, et sa dépendance de l’Éternel, quand dans la détresse il criait à Lui, furent cause de sa délivrance et de son triomphe terrestres. Les deux Psaumes précédents anticipent la bénédiction céleste, quoique le 17 s’occupe aussi de la confusion qui en résultera pour les ennemis de Christ ; l’espérance proposée est céleste ; la justice n’est pas une justice légale. Le premier de ces deux Psaumes montre un coeur qui se repose en l’Éternel ; le second, un coeur en règle avec Dieu, dans ce monde, et attendant la justice.

Le Psaume 18 parle de l’obéissance aux statuts de l’Éternel, du cri dans la détresse, jusqu’aux douleurs de la mort ; puis de la délivrance et du triomphe terrestres, comme résultat de la justice légale de Christ, lorsqu’Il est dans la détresse, entouré des flots «de son puissant ennemi et des torrents de Bélial».

Remarquons bien qu’il s’agit ici de la puissance des hommes et de la mort ; du cri que, dans ces circonstances, il jette devant Dieu, et non point de la main de Dieu, appesantie sur Christ souffrant pour le péché. La justice légale du Messie et sa détresse ont pour résultat le triomphe terrestre et la suprématie de David et de sa postérité. C’est le gouvernement de Dieu, ayant égard à la justice sur la terre, qui en Christ était parfaite (v. 25, 26). Mais cela, pleinement accompli lorsque les ennemis de Christ seront mis sous ses pieds, ne l’est pas encore maintenant, parce que Dieu prépare ses saints pour une demeure et une joie célestes, et que, pendant toute la durée de l’épreuve du premier Adam, Il leur montre, par diverses afflictions, que leur repos n’est pas ici-bas.

Néanmoins ce Psaume contient aussi des enseignements précieux pour toute âme. En souffrant à cause de la justice, on peut sûrement compter sur Dieu. De plus, nous voyons ici, d’une manière bien douce, son intérêt et sa sympathie, éveillant en nous les plus précieuses affections. Le Seigneur entend notre cri dans la détresse ; au fort même de l’angoisse, nous pouvons avoir confiance, et les choses qui sembleraient devoir exclure cette confiance, en sont précisément l’occasion.

Ce Psaume nous enseigne à invoquer le Seigneur dans l’affliction, quelle qu’en soit la cause ; ainsi, non seulement nous savons que nous serons délivrés, mais nous apprenons aussi à connaître le Seigneur, dans sa sympathie, sa tendresse, son intérêt pour nous. J’aime l’Éternel, dit-il ; ou plutôt son coeur s’adresse à Dieu Lui-même ; puis il pense à tout ce que Dieu est pour nous : «Éternel, mon rocher, et mon lieu fort, et celui qui me délivre ! Mon Dieu, mon rocher, en qui je me confie, mon bouclier et la corne de mon salut, ma haute retraite !» Le coeur s’élargit, en pensant à ce que Dieu a été pour nous. Tel il est, en vérité ! Quoique nos délivrances puissent ne pas être exactement de celles qui sont racontées dans ce Psaume, toutefois nous nous trouvons souvent au milieu de difficultés et d’afflictions ; alors, en criant au Seigneur, la délivrance arrive.

Remarquons, en outre, que les voies du Seigneur envers nous, aussi bien que son salut éternel, éveillent en nos coeurs de saintes affections, des affections confiantes, de la piété ; non seulement des louanges, parce qu’Il nous a rachetés pour toujours, mais encore la connaissance journalière de sa sympathie et de sa tendre compassion. Il ne peut supporter de nous voir souffrir, à moins que cela ne soit nécessaire, et il y a telle épreuve qui suscite de l’amour pour Lui : «Éphraïm m’est-il un fils précieux ? Car depuis que j’ai parlé contre lui, je me souviens de lui encore constamment». Alors, il est vrai, Dieu se souvenait d’Éphraïm, quand il était sous le châtiment, tandis qu’ici nous avons la souffrance au milieu d’une marche intègre ; mais, au fond, il y a de l’intégrité dans le chrétien, aussi bien qu’en Christ ; par conséquent, il peut crier à Dieu dans cette détresse. Toutefois, au Psaume 18, c’est le cri d’un coeur saint et calme, se confiant en Dieu et trouvant dans sa fidélité de riches résultats ; le coeur est attiré vers Dieu Lui-même.

 

2.18                   Psaume 19

Dans les Psaumes 16, 17, 18, nous avons trouvé Christ lui-même ; sa position personnelle, la joie qui Lui est proposée dans le ciel, et son triomphe final sur la terre, comme y ayant souffert, Lui, le juste sous la loi. Les trois Psaumes suivants nous montrent le résidu pieux contemplant les divers témoignages présentés à la responsabilité de l’homme. Je ferai quelques remarques sur chacun de ces Psaumes.

Nous avons, en premier lieu (Ps. 19), le témoignage de la création ; particulièrement celui des cieux, car la terre, donnée à l’homme, a été corrompue. Remarquons qu’il est parlé ici non pas de l’Éternel, mais de Dieu, de l’espérance en Dieu comme tel. C’est pourquoi l’homme pieux voit que le témoignage s’étend par toute la terre et que les Gentils sont l’objet du témoignage de Dieu. C’est un point fort important, que les Juifs auraient dû comprendre. Paul, qui le comprenait par le Saint Esprit, leur citait le Psaume 19 dans ce but, n’insistant pas sur ce qu’était ce témoignage, mais sur le fait qu’il parvenait en tous pays, jusqu’au bout du monde. L’homme pieux peut se réjouir de ce témoignage rendu à la gloire de son Dieu ; mais il en voit aussi l’étendue ; il en comprend le caractère universel ; il sait que c’est à Dieu que ce témoignage est rendu. Telle sera aussi la pensée du résidu dans les derniers jours (Ps. 148).

Toutefois, l’homme pieux connaît aussi, par expérience, l’excellence de la loi divine ; et quoique, pour Israël, cette loi fût, il va sans dire, celle que Moïse lui avait donnée, nous devons l’entendre ici comme le témoignage de la Parole de Dieu à la conscience. Je dis «à la conscience», parce que nous n’avons pas ici la révélation des richesses de la grâce, ou la manifestation de la personne de Christ et des voies de Dieu en Lui, mais bien le témoignage de la Parole de Dieu concernant l’homme, et pour la conscience de l’homme, même quand il est pris dans un sens tout à fait général. Il n’est pas dit en cet endroit : la loi de Dieu, mais : «la loi de l’Éternel» : d’un Dieu connu selon sa relation d’alliance. Sa loi est donnée à son peuple, à ses serviteurs ; elle est parfaite ; elle exprime exactement la pensée de Dieu, touchant ce que l’homme devrait être devant Dieu, selon sa volonté, maintenant que le mal est connu. Or, telle n’est point la pensée de l’homme, même lorsqu’il prend plaisir en la loi de Dieu ; c’est pourquoi l’âme est restaurée par elle. On a la conscience de cet effet ; car l’âme qui possède la vie, apprécie la loi de Dieu lorsque celle-ci est révélée (quoiqu’elle puisse l’avoir perdue de vue) ; l’âme est sensible, d’une manière vivante, à la vérité de cette loi. Comme parole de Dieu, elle a une puissance vivante pour celui qui vit ; lorsqu’on ne la perd pas de vue, elle éclaire et dirige. Elle est pure et fait que les yeux voient ; elle nous fait voir clair, quand nos coeurs et notre vie spirituelle sont obscurcis. Notre Psaume met cela en connexion avec l’état du coeur. Le fidèle s’en rapporte non seulement à la loi, mais au Seigneur Lui-même ; on trouve, dans sa conscience, l’effet du sentiment de la présence de Dieu, la crainte du Seigneur. Dieu est introduit dans chaque circonstance ; le coeur s’en rapporte à Lui et à son jugement sur toute chose. Ces choses sont pures, aucune tache ne saurait y rester ; c’est là un principe éternel, parce qu’il dépend de la nature même de Dieu. De plus, les actes et les voies de Dieu en tant qu’exprimés (car le mot «jugements» comprend aussi bien son appréciation que ses jugements exécutés, quand il montre son jugement par ses châtiments), puis en outre et généralement parlant, tous les jugements qu’il porte, de quelque manière qu’Il les manifeste, ne sont que vérité et se trouvent parfaitement justes. Non seulement cela, ils sont, pour les fidèles, plus désirables que l’or et plus doux que le miel ; car, chose infiniment douce et précieuse pour les saints, ils sont l’expression de la pensée de Dieu.

En outre, le coeur se trouve au milieu de dangers et de tendances humaines qui l’éloignent du Seigneur ; alors les jugements qu’Il porte sur toute conduite humaine, nous servent d’avertissement ; car la joie de la parole et, pour le chrétien, la joie du ciel, ne sont point suffisantes : nous avons besoin de la sagesse et de la prudence, capables d’indiquer, dans la confusion du mal, un sentier divin qui nous guide hors de l’atteinte du mal qui est dans ce monde. Ici même, la parole de Dieu nous atteint. Dans l’observation de ses jugements, il y a une grande récompense, une bénédiction réelle ici-bas, et la paix du coeur ; l’âme est heureuse avec Dieu, elle traverse le monde en paix ; le coeur du chrétien est ainsi entièrement libre pour servir les autres.

Remarquez qu’il ne s’agit pas seulement de ce que la loi est, mais de ce que le coeur sait qu’elle est : le serviteur de l’Éternel est éclairé (ou averti) par elle. On y trouve ses délices, selon la nouvelle nature, et la conscience d’une relation avec Dieu (car nous sommes serviteurs de Dieu, bien que nous ayons avec Lui d’autres relations plus élevées, plus intimes et plus glorieuses). Cependant cette confiance et cette proximité ont pour résultat de faire éprouver le besoin de se connaître soi-même complètement, et de se défier de soi. «Qui est-ce qui comprend ses erreurs ? Purifie-moi de mes fautes cachées». Quoique trouvant mes délices en la Parole et l’appréciant, lorsque j’y pense, il se peut qu’en bien des choses je n’aie pas jugé mon propre coeur, ou que je ne sois pas moralement capable de le sonder, de manière à le juger selon la perfection de la Parole. Il y a effectivement des progrès dans le jugement spirituel. Mais, avec de l’intégrité et de la confiance en Dieu, on Lui demande d’être purifié des fautes cachées et d’être gardé des actions commises avec fierté, de celles qu’on commet en le méprisant ouvertement. Alors on sera pur, gardé près de Dieu, et l’on ne se détournera pas vers les idoles et la vanité. Des péchés peu apparents qu’on néglige, de la confiance en soi qu’on n’a pas jugée, conduisent à l’oubli de Dieu et au reniement de sa vérité. Je ne parle pas ici de notre sécurité, par la grâce, mais du chemin où conduisent ces fautes-là.

Enfin, le désir vrai du coeur est indiqué au verset 14 : «Que les paroles de ma bouche et la méditation de mon coeur soient agréables devant toi, ô l’Éternel !» La preuve véritable d’une vie pieuse, c’est la recherche du bien, intérieurement, quand on est en la présence de Dieu seul ; la recherche du bien avec Dieu, non pas devant les hommes, ou pour qu’ils en aient connaissance ; sans même parler de l’hypocrisie, j’entends ici une marche avec Dieu. Finalement, nous voyons que la vraie intégrité reconnaît Dieu pour son rocher et son Rédempteur, car il est impossible qu’on soit avec Lui, dans l’intelligence que nous donne une vie nouvelle, sans avoir le sentiment qu’on a besoin de Lui sous ces deux aspects.

 

2.19                   Psaumes 20-21

Dans les Psaumes 20 et 21, comme nous l’avons déjà dit, nous trouvons le troisième témoignage présenté à la responsabilité humaine ; ce témoignage, c’est Christ. Mais il y a ici encore un autre sujet, digne de notre attention ; le Psaume 20 nous montre le profond intérêt que le coeur trouve à considérer le Témoin fidèle, au milieu de ses afflictions. Cette idée est présentée sous une forme juive, sans doute ; mais, comme ailleurs, la substance en est vraie pour nous aussi. C’est encore la confiance en l’Éternel, qui caractérise le sentiment de celui qui parle, car le Dieu de Jacob occupe sa pensée ; la foi en Lui se base sur cette relation. Cependant le Messie est contemplé au milieu des épreuves et des difficultés de sa vie terrestre, ne marchant que dans la piété envers l’Éternel et dans sa dépendance. Rien ne saurait mieux que cela caractériser Christ comme homme. L’Oint de l’Éternel est délivré et exaucé ; le coeur du fidèle est plongé, tout entier, dans cette pensée. Toutefois le résidu voit plus loin que cela (Israël aurait dû le voir aussi). Il voit (Psaume 21) l’Oint de l’Éternel qui avait demandé la vie, recevant en réponse à sa demande un glorieux prolongement de jours à perpétuité ; une vie, dans la lumière immédiate de la face de Dieu, qui le remplit de joie. Puis, après cela, sa main trouvant tous ses ennemis, et les faisant périr. Cependant, ici encore (comme dans Jean 17, où nous voyons en même temps, qu’il est un avec le Père), le Messie reçoit toutes choses de l’Éternel, comme homme, et c’est ainsi qu’Il est envisagé par les fidèles. Pierre le présente de la même manière. Son privilège, c’est la faveur de l’Éternel ; sa piété, la confiance en l’Éternel. Ce lien entre Lui et l’Éternel, occupe le coeur des fidèles qui sont ainsi profondément attachés au Messie ; or c’est là, effectivement, ce qui caractérisait Christ, qui ne cherchait, en rien, sa propre gloire, mais uniquement celle de son Père. Aussi l’Éternel s’associe entièrement à Lui (Psaume 21:9) ; et, de son côté, le fidèle en fait de même. Comme le Messie est exalté par l’Éternel, en dépit de ses ennemis, de même aussi l’Éternel, en faisant cela, est exalté dans sa gloire. De là vient que le Résidu, ayant les mêmes intérêts, chante et célèbre le pouvoir de l’Éternel (v. 13).

Cet enchaînement des intérêts des fidèles, ce lien profond de leur coeur au Messie, Messie et l’Éternel, caractérise leur piété ; il est plein de beauté et d’intérêt. Toutefois, pendant sa vie, Christ n’a jamais pris ce titre vis-à-vis de ses disciples, parce qu’Il voulait leur enseigner plus que cela. Il était le Fils de l’homme et parlait de Son Père, comme étant Lui-même le Fils de Dieu : «Mon Père, disait-il aux Juifs, duquel vous dites qu’il est votre Dieu». Il possédait toutes les qualités morales de Messie, Fils de Dieu ; mais il voulait détacher ses disciples des relations terrestres, pour les faire participer à des relations plus élevées et célestes. C’est la différence qu’il ne faut jamais oublier de faire, toutes les fois que nous nous occupons des Psaumes. Nous contemplons, avec un profond intérêt, les afflictions et les souffrances de Christ, mais d’un point de vue plus élevé. Ce qui nous occupe, ce n’est pas le contraste entre la place officielle de Christ et son humiliation, mais l’amour divin et parfait, par lequel il s’est anéanti Lui-même, pour descendre sur la terre, prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes, et traversant dans un but d’amour toutes les épreuves et les douleurs d’un monde de douleurs. Dans tout cela, nous voyons sa gloire. La vérité est enseignée d’une manière bien plus profonde, dans le Nouveau Testament. Toutefois la manière dont Christ nous est présenté, dans les Psaumes, comme le vrai homme dépendant de Dieu, et sa piété, dans cette dépendance, sont très instructives pour nous qui pouvons y ajouter cette vérité plus profonde, en suite de la révélation du Fils de Dieu. On voit, en elle, la parole de vie.

 

2.20                   Psaume 22

En commentant le Psaume 22, nous n’avons pas à développer ici la doctrine précieuse qu’il contient : l’introduction, sur une base toute nouvelle, c’est-à-dire la rédemption et la mort de Christ, de la grâce qui, s’élevant au-dessus de la responsabilité humaine, a mis fin, pour toujours, à celle-ci. Nous continuerons à nous occuper des sentiments et des pensées de Christ, car la piété, décrite dans cette partie des Psaumes, est la piété de Christ Lui-même. Rien, au reste, de plus instructif, de plus sanctifiant et qui soit plus propre à donner de la profondeur à notre piété !

Tel sera donc maintenant notre sujet. Que le Seigneur nous donne de fouler ce terrain avec toute révérence !

Nous trouvons ici ce qui donna occasion au cri suprême du Sauveur, cri qui ne pouvait être exaucé, avant qu’Il eût bu, jusqu’à la lie, le calice de douleur. Il décrit toutes ses angoisses ; elles grandissent, elles sont à leur comble. La violence, une violence furieuse et sans frein l’entoure ; ce sont des taureaux de Basan, des lions déchirants et rugissants : mais ce n’était pas la résistance hautaine de l’homme qu’il leur opposait ; il faut qu’il subisse, qu’il sente tout cela dans l’humble soumission de sa nature ; qu’il connaisse la faiblesse — mais jamais le péché, de la nature humaine, sauf en le portant pour l’ôter. Il est répandu comme de l’eau, tous ses os se déjoignent ; son coeur est comme de la cire, s’étant fondu au dedans de ses entrailles ; sa vigueur est desséchée comme un têt, sa langue est attachée à son palais. Toutefois, il ne s’arrête pas ici à des causes secondes, et aussi ne le pourrait-il pas. Il est dans la poussière de la mort ; mais c’est l’Éternel qui l’y a mis. Il s’agit ici de son état, de la poussière de la mort ; mais il regarde à la vraie source de tout, aux pensées et aux conseils de l’Éternel. Agir ainsi, percevoir moralement avec une sensibilité parfaite le caractère des ennemis qui sont les instruments de nos souffrances ; mais regarder à travers tout à la sagesse, à la volonté et aux voies de Dieu, regarder à Dieu Lui-même, fidèle dans ses relations avec nous et source réelle de toutes choses, voilà, à cet égard, la perfection. Mais outre la violence, qui, comme instrument, avait mis dans la poussière de la mort le Sauveur débonnaire, n’offrant aucune résistance, muet comme un agneau devant celui qui le tond ; outre les moqueries et les mauvais traitements que cette violence accumulait sur Celui dont la seule présence fit reculer et tomber par terre tous ses ennemis ; il y avait encore la manifestation du caractère des hommes, au pouvoir desquels il se trouvait, après s’être livré Lui-même. «Des chiens l’environnaient», des créatures sans coeur et sans conscience, sans honte et sans entrailles, dont le plaisir consistait dans la honte d’un autre, insultant celui qui ne leur résistait pas, outrageant le juste. Ils étaient aussi pervers que violents ; ils le contemplaient, ils le regardaient. Dépouillé de ses vêtements, exposé aux regards endurcis de ceux qui jouissaient de leur iniquité et de sa honte, combien le Sauveur n’a-t-il pas dû sentir l’ignominie et la lâcheté de leurs insultes ! Ils s’amusent à partager entre eux ses vêtements ; ils jettent le sort sur la robe de l’innocent. Pas un regard de pitié ; personne pour secourir ! Quelle détresse ! Il regarde à l’Éternel, il le supplie de ne pas s’éloigner de lui ; et si lui n’a pas de force, il supplie l’Éternel, sa force, de venir à son aide.

Ici, nous touchons au moment suprême de cette heure solennelle. Quand, du côté des hommes, il est à l’extrémité, et qu’il ne rencontre pas un regard de compassion, pas une main tendue pour le secourir, Christ regarde à l’Éternel, le Dieu de l’alliance, pour la foi d’Israël et pour celle du Messie ; mais, ô mystère des mystères ! ici même, point de délivrance ; il ne reste que l’infinie perfection de l’Être béni (Il fallait que cette perfection fût alors infinie).

Là encore, Christ se trouve associé, dans ce Psaume, avec Israël, quelle que soit, du reste, l’efficace de son oeuvre, en ce moment décisif et central de l’histoire divine, où la question du bien et du mal a été définie, résolue, et décidée pour l’éternité. Il fallait que le Dieu d’Israël abandonnât Christ, abolît l’inimitié et déchirât le voile qui cachait Dieu, en Israël ; il fallait cela pour que, dans le plein résultat de l’amour divin en justice, la grâce pût régner par la justice en vie éternelle, par Jésus Christ notre Seigneur, pour tout croyant, tant Juif que Gentil, et pour l’entière gloire de Dieu, dans le ciel et sur la terre.

Remarquez toutefois que Christ est nécessairement présenté d’une façon différente, dans les Évangiles et dans les Psaumes. Là, c’est comme Fils qu’Il parle (sauf lorsqu’Il est abandonné) : «Père, pardonne-leur», et plus tard : «Père ! entre tes mains je remets mon esprit». Ici, au contraire, il dit : «Éternel, ne te tiens pas loin de moi !» Il a recours, pour Lui-même, au Dieu d’Israël, son Dieu, et le résultat y correspond : le résidu est rassemblé, puis tout Israël, puis les nations millénaires et «le peuple qui naîtra» ; tous ceux enfin qui, par appel, sont le fruit béni de l’oeuvre de Christ ; mais il n’est point parlé du ciel.

Ayant signalé cette différence, importante pour l’application des Psaumes, même lorsqu’ils parlent de la croix, je désire ajouter quelques mots sur le caractère de la foi et de la piété de Christ dans ce Psaume, et sur sa confiance en l’Éternel, comme étant venu Lui-même au milieu du peuple d’Israël ; «car c’est d’Israël, selon la chair, qu’est issu le Christ, qui est sur toutes choses Dieu, béni éternellement».

Nous trouvons ici un sentiment profond de son état extérieur d’abjection et d’isolement qui contraste, d’une manière accablante, avec celui des fidèles, circonstance éminemment propre à produire, dans le coeur humain, l’irritation et le découragement, à faire oublier ce que Dieu était, si cela eût été possible pour Jésus : «Moi, je suis un ver et non point un homme, l’opprobre des hommes et le méprisé du peuple». Ce n’était pas tout. Le Sauveur bien aimé, «remis à l’Éternel dès la matrice, dont la confiance avait été en l’Éternel, lorsqu’il était sur les mamelles de sa mère», qui avait recherché sa volonté et glorifié son nom, devait déclarer publiquement, en face des insultes et des railleries de ses ennemis, que Dieu l’avait abandonné. La profondeur morale d’une pareille épreuve, personne ne saurait l’exprimer que Celui-là seul qui l’a subie ; elle était en proportion de l’amour dont il jouissait, dans lequel il vivait, et de sa fidélité dans cet amour. Je parle ici d’épreuve et de piété, non pas d’expiation.

Au milieu de toutes ces angoisses, le Seigneur est parfait à l’égard de l’Éternel. En premier lieu, sa confiance est parfaite ; il ne dit pas : Éternel ; car il n’y avait pas alors d’exercice de relation, comme avec son Père, en Gethsémané ; mais il dit : «Mon Dieu, mon Dieu». Quelque terrible que soit cet abandon, la foi parfaite en Dieu, son dévouement à Lui, comme étant le seul qu’il reconnaisse, demeurent absolus et inébranlables. Christ subjectivement, comme homme, est parfait ; absolument parfait.

En second lieu, un autre fait nous démontre cette même vérité. Quelles que fussent ses souffrances, et quoiqu’il ne se trouvât, dans sa marche, aucune cause pour être abandonné, le témoignage que Christ rend à Dieu, le sentiment qu’il a de la perfection de la nature et des voies de Dieu, reste le même et dans une élévation plus grande encore : «Et toi, tu es saint, toi qui habites au milieu des louanges d’Israël». Que Dieu abandonne le juste, lui, le Juste, ne doute pas un instant de sa perfection en agissant ainsi. Rien ne saurait exprimer d’une manière plus complète la perfection de Christ, homme, sa position comme tel, et comment il avait pris la place désignée par ces mots : «Ma bonté ne s’élève pas jusqu’à toi». Nous ne voyons pas ici Christ contemplant les conseils de Dieu et comprenant leur accomplissement qu’il avait lui-même entrepris ; nous le voyons homme dépendant, sensible à l’épreuve qui l’atteint comme homme, mais parfait et fidèle, lorsqu’au milieu de ses angoisses, — dans lesquelles il comptait sur une réponse, la seule sur laquelle il pût compter — Dieu Lui-même le laisse sans réponse.

Nous, nous pouvons répondre à cette question : «Pourquoi m’as-tu abandonné ?» Nous y répondrons dans une éternelle adoration, nous qui croyons en Lui. Mais il nous importe infiniment de savoir, non seulement que Christ a fait, par Lui-même, la purification de nos péchés, en buvant la coupe de la colère, mais encore de connaître Christ comme Celui qui a souffert personnellement sous l’abandon de Dieu ; qui est entré, comme homme, quant à Lui-même, dans tout le sentiment de cet abandon, dans la douleur personnelle qui s’y rattache ; parce que, quoiqu’il en ait souffert tout seul, nous sommes ainsi conduits à la joie que Christ éprouva, en entrant de nouveau et plus que jamais, dans la lumière sans nuage de la face de son Père. Il y est entré en conséquence de la rédemption, selon la valeur de cette dernière, selon le bon plaisir de Dieu, qui reposait nécessairement sur Lui, selon son acceptation, lorsqu’il eut parfaitement glorifié Dieu là où le péché avait introduit la confusion en toutes choses. Ainsi, tout ce que Dieu était, mis en évidence par le péché (car le péché avait mis en évidence l’amour souverain, la justice, la vérité, et revendiqué la majesté de Dieu), se trouvait parfaitement révélé et glorifié. Les souffrances personnelles de Christ nous mènent, dis-je, à cette joie dans laquelle il entra, comme homme, auprès de son Dieu et Père, et qu’il nous communique en nous introduisant dans la pleine bénédiction, dans laquelle il est entré, comme homme, puisque cette joie était la conséquence d’une oeuvre accomplie pour nos péchés. Dans cette oeuvre, il fut seul ; mais il y était pour nous, en même temps que pour la gloire divine ; et il nous introduit dans la bénédiction dont il jouit en conséquence de son oeuvre.

Ces remarques concernent la seconde partie du Psaume 22, et je désire seulement porter notre attention sur les sentiments de Christ qui s’y trouvent exprimés. L’Éternel lui a répondu d’entre les cornes des buffles lorsqu’il était transpercé par la puissance de la mort ; le jugement de Dieu, sur le péché, a été exécuté ; il est passé.

J’ai fait remarquer ailleurs un fait très instructif que voici : Dans les évangiles, Christ, pendant sa carrière ici-bas, ne parle jamais de Dieu, comme de son Dieu, mais toujours comme du Père ; c’est là l’impression de sa propre relation personnelle ; c’est là aussi le nom qu’il révèle à ses disciples. Jamais, dans l’histoire des évangiles, il ne se nomme directement «le Christ» ; non qu’il n’ait été présenté comme tel à Israël, car il l’était ; mais ce n’est pas là le nom et la position qu’il prend lui-même, vis-à-vis de Dieu et de son Père ; c’est dans cette dernière relation que nous avons à le connaître. Lorsque les Juifs Lui disent : «Si tu es le Christ, dis-le nous ouvertement», il répond : «Je vous l’ai déjà dit». Mais, en tant que révélé à nous, il est Emmanuel, le prophète qui devait venir, le Fils de l’homme, le Fils de Dieu. En parlant avec Dieu et de Dieu, il dit toujours : «Père» et «mon Père». En parlant avec ses disciples, il se nomme «le Fils de l’homme». Dans le Psaume que nous étudions, Christ dit : «Mon Dieu, mon Dieu». Il est l’homme dont Dieu s’occupe en jugement, mais, quoique abandonné, il est l’homme parfait dans sa propre relation avec Dieu, par la foi, et il dit : «Mon Dieu».

Alors, il déclare le nom de Dieu à ses frères et emploie ces deux titres, lui cet homme, qui est allé jusqu’aux limites de l’épreuve avec Dieu, revendiquant tout ce que Dieu est en justice, en vérité, en majesté et en amour. «Mon Dieu», dit-il. Tout ce que Dieu est, dans sa propre perfection, sa majesté, et dans ce qu’il exige, il l’est nécessairement pour nous et d’une manière obligatoire, quoique selon les délices de son amour envers nous, parce que nous sommes en Christ ; sans doute selon ses propres conseils, mais il l’est d’une manière juste, par conséquent nécessaire et inaltérable pour nous. Ce qu’il est comme Dieu, il l’est comme notre Dieu ; car il est pour nous, par le moyen de Christ éprouvé sur la croix ; le péché ayant été aboli par le sacrifice de Lui-même. La perfection de Dieu, sans nuage, luit sur nous dans toute la bénédiction qui lui est propre, comme elle luit sur Christ, en vertu de ce qu’il a glorifié Dieu dans la perfection selon laquelle Dieu est ainsi manifesté.

Ce nom de Dieu, c’est-à-dire la réalité de cette relation, nous est déclaré. La nature et le nom de Dieu, pleins de grâce, ont été déclarés, sur la terre, par Christ, qui était le Fils unique dans le sein du Père. Or, l’homme pécheur, en inimitié contre Dieu, ne pouvait avoir aucune part à cela. «La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas comprise». L’homme a vu Christ, et l’a haï, ainsi que Son Père. Mais Christ fut fait péché pour nous, se tint comme homme responsable devant Dieu, avec Dieu, dans tous les attributs selon lesquels Dieu s’occupa du péché ; en tout cela Il fut trouvé parfait, afin que l’amour pût s’exercer librement sans faillir à la justice. C’est pourquoi Christ dit : «J’ai à être baptisé d’un baptême, et combien suis-je à l’étroit jusqu’à ce qu’il soit accompli !» Car Il était cet amour — Dieu, en Christ, réconciliant le monde avec Lui-même, jusqu’à ce que cet amour pût se répandre, selon la perfection de Dieu, en justice ; or cet amour ne pouvait se répandre librement, là où il y avait le péché ; cela n’eut lieu que par le moyen de la croix, par le moyen de la perfection de Christ, lorsqu’il fut fait péché pour nous. Alors, en cela et par cela même, l’amour fut exalté et le caractère de Dieu pleinement déployé ; son nom, le nom de Dieu qui devait être révélé, fut pleinement manifesté. Aussi Christ pouvait-il dire : «C’est pour cela que le Père m’aime».

Mais ensuite, Christ entra dans une mesure plus grande encore dans la joie de l’amour de son Père, et tout cela comme homme. Il le fit lorsqu’il fut exaucé, mais la résurrection en fut la manifestation publique et évidente. Il fut ressuscité par la gloire du Père ; alors il déclara ce nom à ses frères. Car maintenant, le péché étant, hors de Christ, la seule place de l’homme vis-à-vis de Dieu, celui qui croit, a, en Christ, la place de Christ ressuscité d’entre les morts, dans la même relation que celle de Christ avec le Père. La mort étant intervenue, il ne peut pas avoir d’autre place. «Va vers mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu». Maintenant, Christ emploie les deux titres de Dieu et de Père, et les applique tous deux à nous, parce que tout ce que Dieu est, il l’est, en justice, pour Lui, l’homme dans la gloire, et que Christ est rentré dans la joie de la communion de son Père, nous plaçant, en vertu de son oeuvre accomplie pour nous, dans la position où il est Lui-même. Il nous y place, comme ses frères, participants, par grâce, de sa faveur et de son héritage.

Je me suis étendu, plus que je ne le voulais, quoique d’une manière pratique, sur la doctrine qui est en rapport avec le Psaume 22 ; car mon but est ici de montrer les sentiments et les affections de Christ. La première pensée de Christ, lorsqu’il lui a été répondu d’entre les cornes des buffles, est, remarquons-le, de déclarer, à ses frères, le nom de Dieu et de son Père ; quoique glorifié, il n’a pas honte de nous appeler ses frères. Parfait en amour, attaché à ces excellents de la terre, une fois entré dans sa position de joie et de bénédiction, par une oeuvre qui leur fournit le droit d’y entrer aussi, il s’occupe de leur révéler ce qui les a placés dans la même position, avec Lui. Il les rassemble ; puis, après avoir mis dans leur bouche la même louange que celle qu’il va prononcer, il donne le ton, comme homme, et fait entendre la louange au milieu de l’Assemblée. Comme nous devrions l’accompagner avec des voix joyeuses et des coeurs qui débordent ! Quant à celui qui n’est pas au clair sur son acceptation, et sur le bonheur d’être un enfant de Dieu, en vertu de la rédemption, il ne peut pas chanter avec Christ. Christ loue au milieu de l’Assemblée. Qui est-ce qui chante avec Lui ? Celui qui a appris le cantique ; celui qui peut le chanter, comme ayant échappé au jugement pour entrer dans la pleine lumière et la joie de l’acceptation. Le chap. 1 de l’épître aux Éphésiens (versets 3, 4) nous montre cette position que nous occupons. Ici, nous voyons les saints entonnant, conduits par Jésus, un cantique de louange, en rapport avec la joie même dont Il jouit. La grâce de cette position est parfaite.

Je ne parlerai pas ici des résultats ultérieurs de l’oeuvre de Christ. Remarquons seulement que tout est grâce ; qu’il n’est pas question du jugement (la grâce est fondée sur le jugement), et qu’ici rien ne dépasse les limites de la terre.

 

2.21                   Psaume 23

Le Psaume 23 a été dicté par l’Esprit, de manière à s’appliquer soit à Christ mourant, soit au saint qui suit ses traces, soit au résidu qui a été mis à part. Les souffrances de Christ de la part de Dieu ou de l’homme, ne sont pas considérées ici, non plus que celles des fidèles, si ce n’est comme de simples faits, qui fournissent l’occasion de montrer les soins de l’Éternel. «L’Éternel est mon berger», — sa sollicitude constante et invariable, voilà le sujet du Psaume. C’est une vie passée, quoi qu’il en soit, sous son oeil et sous sa garde, avec l’expérience que cette vie procure et avec l’assurance que l’amour de l’Éternel donne jusqu’à la fin et pour toujours. Cette assurance que le coeur éprouve, ne provient pas des choses qu’il donne, mais de Lui-même. «L’Éternel est mon berger, je ne manquerai de rien». La puissance, la grâce, la bonté, l’intérêt du seul Fidèle : toutes ces choses donnent de l’assurance à travers toutes les circonstances, pour toujours, et pour chaque instant : Puisque c’est Lui qui a entrepris et s’est chargé Lui-même d’avoir soin de ses fidèles, comment ceux-ci manqueraient-ils de rien ? Ni les événements qui peuvent survenir, ni les moyens qu’il emploiera, ne doivent nous préoccuper. Les soins du berger — voilà notre assurance. Le fruit naturel de sa sollicitude, c’est la sécurité des pâturages verts et frais, la jouissance paisible des rafraîchissements assurés de sa bonté.

En fait, l’homme, le Résidu en particulier, Christ Lui-même, sont au milieu d’épreuves angoissantes, de la mort, d’ennemis puissants. L’âme est-elle troublée et affaissée ? — Il la restaure. Marche-t-on par la vallée de l’ombre de la mort ? la mort étend-elle son voile obscur sur celui qui va descendre dans son ombre ? Il est là, plus grand que la mort, pour conduire et pour soutenir. Des ennemis puissants, inexorables, sont-ils là pour menacer et effrayer ? Devant Lui, ils sont sans force. Il dresse devant ses bien-aimés, la table où ceux-ci s’asseyent à l’abri et en sûreté. L’onction divine est le sceau de la puissance, lorsque tout est contre nous. Faiblesse humaine, mort, puissance spirituelle de méchanceté, tout cela n’est que l’occasion de manifester clairement que l’Éternel, le Berger, est la sauvegarde infaillible de son peuple.

Assurément, Christ n’était pas une brebis ; mais il fraya le sentier que les brebis doivent suivre ; il se confia en l’Éternel. Il est le «l’Éternel-Berger» de ceux qui sont à Lui. Il nous aime, comme l’Éternel l’aima et eut soin de Lui. C’est donc la sollicitude infaillible de l’Éternel, à travers toutes les choses qui assaillent la nature humaine, pendant qu’elle traverse le monde. Le fruit naturel et propre de cette sollicitude c’est de verts pâturages dans une paisible sécurité ; dans l’état de ruine où est l’homme, et pendant sa marche au milieu des puissances du mal, c’est une puissance infaillible qui soutient.

C’est pourquoi le coeur se confiant en l’Éternel, l’Immuable, compte sur l’avenir : car l’avenir est aussi certain que le passé : «La bonté et la gratuité me suivront tous les jours de ma vie, et mon habitation sera dans la maison de l’Éternel pour de longs jours». La confiance repose sur l’Éternel Lui-même ; c’est pourquoi toutes les circonstances, toute la puissance du mal, toutes les difficultés de l’homme mortel qui s’y rattachent, ne sont que des occasions de manifester la puissance de l’Éternel comme intéressé, dans sa fidélité immuable, à soutenir le fidèle au travers de ces choses.

Il est intéressant d’observer cette sollicitude de la puissance divine, gardant dans les pensées du Christ souffrant sa place infaillible et certaine, au-dessus de toutes les souffrances particulières, de l’épreuve et de la mort du Seigneur. Telle est la bénédiction de l’homme fidèle, pendant que la terre n’appartient pas au Seigneur et que la puissance du mal, la mort, et des adversaires puissants sont en vue. L’Éternel est la sûre demeure de la foi.

 

2.22                   Psaume 24

Lorsque la terre appartiendra au Seigneur (Psaume 24), «qui est-ce qui montera en la montagne de l’Éternel ; et qui se tiendra dans le lieu de sa sainteté» ? Ici, remarquons-le, la porte a été ouverte à tous ; seulement Jacob possède une position d’acceptation, et la proximité de l’Éternel. Toutefois la bénédiction et l’acceptation en grâce, de la part de Dieu, qui est leur salut, sont la portion de tous ceux qui se sont purifiés pour rechercher Dieu, lequel a placé sa bénédiction en Jacob. Leur caractère est décrit ; mais tous les Gentils qui le possèdent, ont accès à la sainte montagne de l’Éternel. Christ Lui-même y entre, en triomphe, comme l’Éternel.

Le Psaume 24 clôt toute la série de Psaumes qui parle de l’association de Christ avec les excellents, avec les saints qui sont sur la terre. Nous y avons vu Christ dans le chemin de la vie avec les saints ; Christ dans le chemin de la justice, au milieu d’un monde méchant ; Christ souffrant, centre de toute l’histoire d’Israël, objet de l’intérêt de l’Éternel quand il est identifié avec Israël ; Christ, souffrant comme témoin de la vérité, l’objet des pensées et des affections du résidu ; Christ, souffrant comme abandonné de Dieu ; Christ, entrant en personne, dans le sentier que les brebis doivent suivre, et leur manifestant ainsi les soins de l’Éternel, quoiqu’il soit Lui-même le vrai Berger (Jean 10) ; enfin Christ, entrant dans le temple, en sa qualité de l’Éternel triomphant, d’Éternel des armées, lorsque tous reconnaissent Jacob et le Dieu de Jacob.

Quoique le Seigneur soit un modèle pour nous, sous plusieurs des aspects qui nous sont ici présentés, toutefois l’action réelle et efficace, sur la piété du coeur, est produite en le voyant véritablement homme, frayant le chemin devant nos yeux, et engageant toutes les affections de l’âme dans la contemplation de sa marche.

Dans les Psaumes suivants, nous trouvons de nouveau les pensées et les sentiments du Résidu, au milieu de ses afflictions, en rapport avec cette même position de Christ ; mais nous y puiserons une grande instruction pour nos coeurs, dans un chemin qui est toujours celui de l’affliction et qui reste essentiellement tel, aussi longtemps que le mal règne ici-bas. En jetant un dernier coup d’oeil sur les Psaumes qui précèdent, nous pouvons signaler un développement progressif dans leur caractère. Ainsi, les Psaumes 3 à 7 renferment des principes et un état généraux, indiquant que la justice ne règne pas encore par le jugement. Ceci est fondé sur les grands principes des deux premiers Psaumes. L’homme juste au milieu des méchants ; le jugement encore à venir ; et les conseils de Dieu, concernant le Messie, annoncés, mais non encore accomplis au Psaume 8. Les Psaumes 9 et 10 renferment les événements concernant le peuple Juif et son pays, dans les derniers jours ; puis dans les Psaumes 11 à 15, nous trouvons les relations, le jugement et les principes du Résidu, qui regarde à l’Éternel, dans cet état de choses. Enfin les Psaumes 16 à 24, ayant donné à connaître toute la position de Christ, par rapport à Israël, l’introduisant au milieu de ce peuple et indiquant le résultat de cette introduction, nous trouverons dans les Psaumes suivants, beaucoup plus de détails touchant les expériences et les exercices des saints aux derniers jours. Ces exercices sont nécessairement fondés sur l’intervention et le sacrifice de Christ. Je n’entends point dire, pour cela, que les saints d’alors aient une idée claire du sacrifice de Christ, et que les expressions des Psaumes supposent cela, ni qu’elles conviennent à une âme affranchie. Mais de tels exercices ne peuvent avoir lieu sans l’intervention et le sacrifice de Christ ; le Saint Esprit, dans le Résidu comme en toute âme, opère en vertu de ces deux choses, et afin de les faire reconnaître d’une manière complète.

 

2.23                   Psaume 25

Dans le Psaume 25, nous trouvons, bien définie, pour la première fois, la confession du péché. Cette confession, jointe à la déclaration et à la conscience de l’intégrité du coeur, que contient le Psaume 26, forme la base subjective de toutes les expériences des fidèles : les Psaumes 27 et 28 en forment la base objective. Nous y trouvons l’Éternel, lumière et délivrance ; puis, en outre, une détresse actuelle, sous l’oppression des méchants, et, en même temps, la confiance du coeur en l’Éternel. Mais plus on étudiera les Psaumes, plus on découvrira qu’ils s’appliquent proprement aux Juifs, et cela, d’une manière presque universelle ; qu’ils ont trait à l’homme pieux et juste du Résidu, dont les pensées sont en accord avec sa position et lui sont fournies par l’Esprit de Christ, parlant par la bouche du prophète. Plusieurs parties des Psaumes peuvent être appliquées à Christ lui-même ; il n’en est pas ainsi pour toutes. Cela nous montre deux choses que j’ai déjà fait remarquer : d’abord, que la possibilité d’appliquer ces passages à Christ n’implique pas qu’ils soient des prophéties qui le concernent exclusivement, ni que le Psaume tout entier s’applique à lui : J’ai encore fait remarquer le danger réel qu’il y aurait à envisager les Psaumes comme étant l’expression de la piété chrétienne. Ils ne le sont pas. Sans doute, ils fournissent souvent une instruction précieuse, relativement à la confiance en Dieu ; mais celui qui emprunterait la forme de sa piété aux Psaumes dans leur ensemble, celui-là fausserait le christianisme. Passons maintenant aux détails.

Dans les difficultés qui l’entourent, l’âme s’élève vers l’Éternel ; c’est là le vrai moyen de surmonter les difficultés et d’avoir la paix au milieu d’elles. Un coeur vrai n’a pas d’autre refuge ; tout autre le détournerait de celui-là. Au milieu de l’épreuve, il dit : «Mon Dieu» ; il peut, par Christ, le dire maintenant et se confier en Dieu : «Que je ne sois pas confus ; que mes ennemis ne triomphent pas de moi !» Tel est, dans les difficultés, le premier désir de la foi. Mais la foi, quand elle est réelle, ne peut se borner à soi ; elle est associée par grâce, à la bonté de Dieu, sentie dans ce désir même, et associée, par conséquent, avec tous ceux qui s’attendent à l’Éternel. Elle souhaite que les méchants (ceux qui agissent perfidement sans cause, — ceux qui aiment l’iniquité ; non pas ceux qui tombent dans le péché) soient confus. Comme principe général, ce désir n’est pas contraire au christianisme. Le chrétien ne peut pas souhaiter que ses ennemis individuels soient jugés ; mais il désire que le mal soit ôté et que les ennemis du bien soient confus. Il aime et désire la justice ; il souhaite que l’oppresseur de la justice, des petits, des humbles et des justes, soit renversé et confus. Dans ses circonstances personnelles, le chrétien peut désirer cela comme résultat, sans toutefois souhaiter du mal à l’individu. Sa confiance en l’Éternel l’empêche de faire la moindre démarche au détriment de son ennemi ; mais il remet sa cause au Seigneur et la laisse entre ses mains, attendant d’être délivré par Lui.

Il y a encore un autre trait distinctif du saint, dont le coeur se tourne repentant vers le Seigneur. Il cherche les voies de l’Éternel, ses sentiers, afin d’être conduit dans sa vérité et enseigné. Remarquons ce caractère très défini du bien, dans une âme sincère ; elle ne cherche pas simplement un bon chemin, mais c’est le chemin du Seigneur qu’elle cherche. L’esprit du saint s’est retourné vers le Seigneur ; il pense à lui, il estime son caractère ; il a la conscience qu’il lui doit fidélité et service ; qu’il lui appartient, et que tout lui appartient ; il prend plaisir en son chemin et n’en cherche aucun autre. Toutefois, ce Psaume nous présente quelqu’un (le Juif) qui se retourne vers Dieu ; non pas une personne nouvellement convertie. Israël (et le saint aussi) se souvient de ses fautes et les rappelle ; mais il dit à l’Éternel : «Ne te souviens pas des péchés de ma jeunesse ; selon ta gratuité souviens-toi de moi». Il le prie de se souvenir de lui seulement de cette manière ; car il sait que l’Éternel est plein de compassion, et c’est pour la gloire de son nom qu’il peut ainsi faire appel à sa miséricorde.

Cette demande ne montre pas la connaissance du pardon, mais la confiance dans la grâce. Ce n’est pas ici une conscience purifiée, quoique cela découle de la réponse de Dieu ; mais c’est une manière de s’approcher de Dieu qui lui est agréable. Nous en trouvons un exemple dans l’Évangile : la femme pécheresse s’approcha ainsi de Jésus, et elle s’en alla en paix.

Il y a une fidélité du Seigneur à sa propre bonté, à son caractère propre qui est au-dessus du mal ; caractère qui le fait agir (une rançon ayant été trouvée, grâce à laquelle la justice est maintenue) pour la vraie bénédiction du pécheur qui s’approche ainsi de Lui. Il est dit même de Joseph : «C’était un homme juste et qui ne voulait pas faire d’elle un exemple». Quant à l’homme, il a sans doute encore d’autres motifs ; mais pour autant qu’il doit agir comme Dieu agit, le principe dont je parle trouve son application. L’Éternel est bon et droit. Il est bon envers nous ; il aime la droiture et il aime à la voir ; aussi veut-il l’enseigner, dans sa grâce, à ceux qui s’en sont écartés. C’est une grande douceur pour celui qui s’est égaré que de pouvoir compter là-dessus. Remarquez qu’au v. 8, il n’est pas dit son chemin ou sa voie, mais le chemin ; au v. 4, tes voies exprimait l’état de coeur du saint, tandis que les mots du v. 8 expriment la connaissance (ou plutôt la confiance) du saint quant à ce qui se trouve dans le coeur de l’Éternel. Il ne s’agit pas proprement de ce qu’est ce chemin ; il va sans dire qu’il est bon ; mais le Seigneur le lui enseignera. Son amour actif s’occupera de lui pour son bien. Toutefois, lorsque le vrai caractère du saint restauré est décrit, le caractère du chemin n’est pas non plus oublié : «Il fera marcher dans le droit chemin les débonnaires» ; dans le chemin qui exprime la pensée de Dieu : «Il enseignera sa voie aux débonnaires» (v. 9).

Mais, à un autre point de vue, on peut signaler, dans ce Psaume, une marche progressive. Il se divise en trois parties : v. 1-7 ; 8-14 ; et 15-22. Dans la première, l’âme persécutée et éprouvée, jugeant ses péchés précédents, mais confiante en Dieu et regardant à Lui, s’adresse à lui touchant ses besoins et ses difficultés, en face de la puissance du mal. Dans la seconde partie, cet appel à Dieu amène l’âme à parler de Lui en déclarant ce qu’il est dans ses voies. Dans la troisième, l’âme regarde personnellement à Dieu, comme étant assurée de son intérêt pour elle ; et invoque le regard de Dieu sur elle, sur ses ennemis, sur ses circonstances, comptant, en cela, sur son pardon, mais confiante en sa propre intégrité, dont elle a conscience. Enfin, elle étend sa requête à tout Israël.

On peut encore remarquer une marche progressive dans les détails, quant à l’état de l’âme qui parle de Dieu. D’abord sa bonté et sa droiture font qu’il enseigne aux pécheurs la droiture de coeur. Ils s’étaient égarés dans leurs propres voies. Combien leur oubli des voies de Dieu était terrible ! Mais le Seigneur, dans sa bonté et sa miséricorde, ne veut pas les laisser sans direction ; leur état attire sa compassion. Le Seigneur aime le droit chemin et ne peut bénir ailleurs : aussi enseigne-t-il le chemin aux pécheurs. Or, reconnaître son péché, et connaître en même temps la bonté du Seigneur, a pour effet l’humilité, la soumission d’esprit, la petitesse, l’absence de fierté, du moi, de ce que les païens considéraient comme la source de la vertu. Dans cet état, Dieu conduit dans le discernement et enseigne sa voie. Non seulement la voie est enseignée à celui qui s’en était écarté ; mais dès qu’il y a de l’humilité et de la soumission à Dieu, il conduit dans l’intelligence, dans l’esprit et dans la pensée de ses voies. Il forme, par ses instructions, ceux qui le craignent à discerner ce qu’est la voie de Dieu Lui-même. C’est là une conformité intérieure et morale avec Dieu, qui s’applique à discerner et à juger les circonstances. Cette conformité morale et ce discernement sont fort précieux.

Le vers. 12 va plus loin ; il nous montre quelqu’un craignant Dieu, marchant dans la conscience de sa présence, de sa propre responsabilité vis-à-vis de Dieu et, de coeur, s’en référant à Lui dans une entière dépendance de lui. Il y a ici plus que le discernement moral, il y a la connaissance de la voie choisie de Dieu. L’homme qui est guidé dans le droit chemin (ou jugement) saura ce qui est juste ; il le fera et évitera le mal. Mais l’homme d’Issacar avait la connaissance des temps (1 Chron. 12:32). Il y avait une voie choisie par Dieu, au milieu du mal qui régnait ; et celui qui craignait l’Éternel sera enseigné dans cette voie-là ; il trouvera le sentier qui mène à une entière bénédiction. C’est là un grand privilège, duquel ni les ténèbres, ni la confusion qui nous entourent ne sauraient nous priver. Il s’agit de la voie choisie, par l’Éternel, au milieu de cette confusion ; d’un sentier particulier d’alliance pour ceux qui le craignent.

Il existe certainement, aussi pour le chrétien, un tel sentier au milieu de la confusion où se trouve actuellement l’Église de Dieu : Les paroles qui suivent (v. 14) nous le montrent avec un surcroît d’évidence. «Le secret de l’Éternel», car il a un secret pour les oreilles de ceux qui l’écoutent, «est pour ceux qui le craignent», ses amis, auxquels il donne à connaître sa pensée. Faut-il s’étonner que Marie connût mieux cette pensée que Marthe ? Elle oignit d’avance le Seigneur pour sa sépulture : elle avait la pensée du Seigneur quant à la scène qui se préparait. La Parole est toujours un préservatif contre de fausses prétentions à posséder la pensée du Seigneur ; il n’en est pas moins vrai que le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent. Quoique toutes choses semblent s’opposer à l’accomplissement de sa promesse assurée, ceux qui le craignent en prévoient cependant le résultat ; par la foi, ils comprennent qu’elle avance vers son accomplissement, et ils en verront enfin la pleine réalisation lorsque les voies de Dieu seront accomplies. C’est là une grande bénédiction ; cela donne, tout le long du chemin, une tranquillité et une paix qu’aucune autre chose ne pourrait procurer, parce qu’on possède la pensée du Seigneur. Ici se termine la seconde partie du Psaume.

En traversant le mal, l’âme ne se confie qu’en Dieu et en son amour fidèle : «Mes yeux sont continuellement sur l’Éternel, car c’est lui qui fera sortir mes pieds du filet». — Sur l’Éternel ! voilà le secret de tout. On regarde hors du mal et l’on se confie en Dieu, qui est au-dessus de tout mal. La connaissance du secret de l’Éternel n’est ni de l’insensibilité au mal présent, même lorsque ce mal nous affecte nous-mêmes, ni de la froideur à l’égard de l’intérêt que Dieu prend à nous (non seulement à la justice, quoiqu’il soit toujours juste, mais à nous-mêmes). Le secret de l’Éternel, communiqué à ceux qui le craignent, fait naître l’intimité et la confiance : «Tourne-toi vers moi, et use de grâce envers moi ; car je suis seul et affligé». Le coeur est vrai avec Dieu ; mais cela suppose l’intégrité, comme dans ce Psaume. Or, cette intégrité est en Christ, pour ceux qui sont vrais de coeur, quoiqu’ils confessent être, en eux-mêmes, les premiers des pécheurs, et que, dans leur chair, il n’habite aucun bien.

Le coeur peut raconter à Dieu toute l’hostilité de ses ennemis et laisser cela entre ses mains. Ayant mis sa confiance en Dieu, il s’attend à ne pas être confus. Christ seul a dû, pour nous, éprouver le contraire ; mais une âme droite ne sera jamais confuse. Toutefois, le coeur du fidèle, malgré cette intimité avec Dieu et cette confiance en Lui, n’oublie pas son peuple (ici Israël ; pour nous, l’Église) (v. 22) ; il Lui est attaché, car c’est une conséquence nécessaire de cette intimité.

Je suis entré dans quelques détails sur les sentiments moraux dépeints dans ce Psaume ; mais il ne faut pas oublier que tous ces sentiments se fondent sur le fait que le coeur a la conscience intime de ce que l’Éternel est pour lui ; ce qui prédomine, c’est la pensée de l’Éternel ; elle est la source de toutes ces expériences.

 

2.24                   Psaume 26

Dans le Psaume 26 nous trouvons, comme je l’ai déjà dit, la conscience de l’intégrité plutôt que la confession des péchés ; mais, comme dans le Psaume précédent, tout se rapporte à l’Éternel, à ce qu’il est et à l’attachement de l’âme à Lui. Le fidèle en tire le principe de séparation d’avec les méchants ; puis la joie finale dans son assemblée, lorsqu’il y aura délivrance complète des hommes de sang. L’esprit du Psaume 26 est cette intégrité qui a gardé l’âme séparée des pécheurs par ses propres affections, par son attachement à l’Éternel et par sa confiance en Lui, vis-à-vis de la puissance du mal. Or, pour le moment, et par rapport aux saints, les méchants sont toujours les plus puissants, parce qu’ils peuvent agir selon leur propre volonté, sans conscience et sans frein. La conscience, en présence de l’Éternel, Lui demande de ne point assembler le juste avec les pécheurs, lorsqu’il interviendra en puissance. Elle compte là-dessus, par la foi. Telle est l’expression du chemin et des désirs d’une conscience intègre, en présence du mal.

 

2.25                   Psaume 27

Le Psaume 27 nous montre un coeur confiant en l’Éternel, mais toutefois exercé devant Lui, en présence des manifestations extérieures du mal. Qu’y a-t-il de plus capable de produire la frayeur que l’angoisse d’esprit ? La confiance en songeant aux ennemis, et l’exercice du coeur en regardant à Dieu, réunies dans ce Psaume, me semblent très instructives, quoique étranges au premier abord. La confiance n’est pas de l’indifférence ni de l’insensibilité ; elle produit de réels exercices du coeur avec Dieu ; même des exercices accompagnés de crainte, s’affirment par la confiance et la hardiesse en face de l’action hostile du mal. L’homme s’attendrait à de la crainte en présence de l’ennemi, et à de la confiance quand on est devant Dieu ; tandis que la grâce, lorsqu’elle agit dans de vrais exercices du coeur avec Dieu, inspire de la hardiesse en face de l’ennemi. Il existe une puissance réelle du mal. Le coeur bien enseigné la sent (d’une manière plus ou moins spirituelle) dans ses sources intérieures et sa réalité ; mais il la sent avec Dieu : il est alors en paix quant au résultat du conflit, et au milieu même de ce conflit. Ainsi Christ, dans l’exercice de son âme devant Dieu, suait comme des grumeaux de sang ; mais il était parfaitement calme en présence de ses ennemis ; bien plus, la seule mention de son nom les fit reculer et tomber par terre. Cela est plein d’instruction par rapport aux difficultés et aux peines de la vie chrétienne. Lorsque le coeur est exercé avec Dieu et devant Dieu, à l’égard de la puissance du mal, dont il a conscience, le mal même, quelle qu’en soit la puissance, est impuissant lorsqu’il apparaît, si nous admettons que l’exercice du coeur a été complet. «C’est ici votre heure», dit Christ, «et le pouvoir des ténèbres». Mais il avait senti tout cela avec Dieu, et, quant au fait même, il reçut la coupe de la main du Père, et non point de celle de l’ennemi qui, quant à Christ, n’avait nullement ce pouvoir.

Le Psaume 27 nous montre ces mêmes choses opérées, selon l’esprit de Christ, dans de simples hommes. L’Éternel est, par la foi, la lumière du saint : Il éclaire tout ce qui l’entoure. Quoique les ténèbres et leur pouvoir soient là, il n’existe pas, pour l’esprit, de pouvoir des ténèbres ; elles dominent les ennemis, mais, de la part de Dieu, la lumière est dans le coeur du fidèle, et ainsi il marche dans la lumière. C’est une grande consolation ! Mais le Seigneur est plus que cela. Il est une délivrance actuelle. À la vérité, Dieu ne pouvait être cela pour Christ, avant qu’il eût bu la coupe ; mais Il est connu comme délivrance actuelle pour l’âme rachetée, au milieu de l’épreuve. La même révélation de l’Éternel qui donne la lumière, nous donne, dans cette lumière, l’assurance d’être délivrés ; je ne dis pas qu’elle nous fasse voir nécessairement la délivrance, car le moyen en peut être obscurci, mais elle nous en assure. Puisque l’Éternel est là, en lumière, il délivrera. Pour nous, c’est le Père, et quand il s’agit de gouvernement, le Seigneur ; mais dès que c’est Dieu Lui-même, évidemment il n’y a rien à craindre. Voilà ce qui est proclamé ici : que l’on pense à ces méchants, sans conscience qui les réprime ; ou bien à la guerre, cette scène de violence terrible, où la volonté de l’homme est déchaînée. Que le Seigneur soit là, il sera pourvu à tout.

N’oublions pas toutefois qu’il y a un principe ou un état d’âme important, lié à cette confiance et qui en est la base : c’est d’avoir un oeil simple et de ne désirer qu’une chose ; de regarder à l’Éternel, en n’ayant qu’un but : celui d’être avec Lui, en sa présence, là où il se trouve, et où on peut l’adorer, voir sa beauté et apprendre sa volonté et sa pensée. Mais cela est lié d’autre part à la confiance en sa bonté. L’âme, sans défense en elle-même, sait que le Seigneur la mettra à couvert, au mauvais jour, dans sa loge. Là, qui pourrait lui nuire ou la troubler ? Quel amour nous trouvons en Dieu ! Quel intérêt il porte à ceux qu’il aime ! L’âme habite avec Lui, et elle habite en sûreté. Il ne s’agit pas ici d’une délivrance apparente, mais du secret de sa tente. Il est merveilleux de voir comment le Seigneur agit quand le mal est dans toute sa fureur et qu’en apparence il n’y a aucune ressource. L’âme n’en cherche pas ; elle se confie doucement et tranquillement en Dieu, et trouve toute sécurité en Lui. Le verset 6 compte sur la plénitude de la délivrance et des louanges dans la tente de l’Éternel, qui n’est plus un lieu secret, un asile caché, mais le lieu béni des louanges publiques.

Dans les versets suivants, nous trouvons les exercices de l’âme avec Dieu, tandis qu’elle s’attend à Lui pour être secourue. Le Seigneur avait dit : «Cherchez ma face», et il ne pouvait pas la cacher. L’âme reconnaît la possibilité de la colère ; elle prie Dieu de la détourner et compte sur la grâce. Cela est bien important pour l’âme, car on s’attendrait à ce qu’elle ne se confiât en Dieu, qu’à condition qu’Il n’eût rien contre elle. Il n’en est pas ainsi : le coeur peut reconnaître qu’il devrait s’attendre à la colère, et néanmoins se confier en la grâce. Il a connu un Seigneur secourable et s’attend à n’être pas abandonné d’un Dieu sauveur. Cette confiance est complète, plus complète encore que celle qui se fonde sur les liens les plus étroits selon la nature. Telle est, en effet, la confiance de celui qui connaît le Seigneur. Il a affaire avec Dieu seul, il Lui demande de lui enseigner sa voie et de le conduire dans le sentier uni, parce que ses ennemis épient le moment où il s’écarterait du chemin. La pression des ennemis était grande ; telle elle sera aussi pour les saints. Il y a une volonté de mal, de faux témoins, puis de la cruauté.

La bonté de l’Éternel, à l’exclusion de tout moyen humain, la bonté de l’Éternel dans son gouvernement, telle est la ressource du coeur. En voici le résultat : «Attends-toi à l’Éternel», c’est Lui qui fortifie le coeur, «oui, attends-toi à l’Éternel». Voilà le secret de la force, au temps de l’adversité ; alors il n’y a rien à craindre. Nous, chrétiens, nous avons pu connaître l’amour d’un Père dans notre chemin comme ses enfants et les soins de Christ, le bon Berger ; mais le principe de notre confiance dans le Seigneur est le même. Il est remarquable combien toute idée d’une autre ressource ou d’une autre aide que celle de l’Éternel est absente de ce Psaume. C’est là ce qui maintient l’intégrité, car l’Éternel ne peut secourir autrement qu’en maintenant la droiture de coeur. Au milieu de la ruse de ses adversaires, l’âme ne connaît rien, ni les ressources, ni la force, ni la sagesse, ni les plans de l’homme ; rien, si ce n’est de chercher la face de l’Éternel. Avec Lui, tout est réglé ; et ainsi, quant à l’homme intérieur, tout est vérité et intégrité. Désormais, c’est l’Éternel que les ennemis concernent ; tel est le secret de notre sécurité et de notre tranquillité dans l’épreuve. Sa grâce étant là, nous pouvons compter sur le Seigneur en tout temps. Si nous nous sommes égarés, avouons-le-Lui ; c’est un exercice vrai de l’âme en sa présence. Dans les rapports entre elle et Lui, il agit selon la vérité ; mais la grâce, et le secret de sa tente, et la délivrance qui en découle, sont la place de l’âme.

 

2.26                   Psaume 28

Quoique l’Éternel soit le sujet principal du Psaume 28, comme de tous ceux dont nous nous occupons, nous trouvons cependant ici un point spécial en ce qui concerne le juste : son cri à l’Éternel, ses supplications. En criant à Lui, le coeur entre en liaison avec le Seigneur. Le cri implique l’intérêt que le Seigneur nous porte ; cet intérêt nous l’avons pour point de départ ; il indique aussi que nous reconnaissons notre dépendance de Lui. Ainsi, le cri et la prière à Dieu sont importants ; ils indiquent l’état de l’âme. Nous pouvons désirer quelque chose du Seigneur, avoir foi en sa bonté qui aime à donner ; mais crier à Lui nous identifie avec Lui d’une manière avouée, même devant autrui. Dans ce Psaume, l’âme est au comble de la détresse, le puits du shéol est béant devant elle ; mais le principe est toujours vrai, même lorsque nous intercédons pour d’autres. Ici la foi se montre dans le cri, lorsque, à vue humaine, tout espoir est impossible. Cette liaison avec le Seigneur est clairement indiquée ici, car nous y trouvons la raison pour ne pas être entraîné dans le jugement avec les iniques.

Au Psaume 26, c’était l’intégrité du saint dans ses voies ; ici, c’est la liaison avec le Seigneur (constatée par le cri de l’âme vers Lui), qui est la sauvegarde du croyant en présence du jugement. Et, quoique ce soit sur la méchanceté des ouvriers d’iniquité que se fonde l’attente de leur jugement, toutefois il est déclaré que c’est leur mépris de l’Éternel qui est la cause de leur destruction. Le juste s’est confié en Lui et a été secouru. Mais dans la délivrance que Dieu nous accorde, il y a plus, bien plus que le seul fait d’être délivré. C’est Lui qui nous a délivrés. Le coeur était attaché à Lui, regardait à Lui, l’adorait, croyait en Lui, et il ne nous a pas fait défaut. Que cela est vrai, et combien cela attache, tout de nouveau, le coeur à Lui : «En lui mon coeur a eu sa confiance, et j’ai été secouru ; et mon coeur s’est réjoui, et je le célébrerai par mon cantique». S’attendre ainsi au Seigneur, avec confiance, c’est entrer réellement dans son caractère et s’y conformer ; c’est l’estimer, l’honorer et y trouver ses délices, dans l’assurance que ce caractère ne peut changer ; c’est apprécier le Seigneur ; or, quiconque apprécie une chose moralement excellente, y est conforme, toutefois d’une manière dépendante.

J’ai un ami, d’un caractère noble, fidèle et dévoué ; je me trouve dans des circonstances où tout s’oppose à la probabilité, ou même à la possibilité qu’il me vienne en aide ; cependant, je suis certain qu’il me secourra ; je compte avec affection sur ce qu’il est. Évidemment mon appréciation n’a pas changé. Je le considère comme supérieur à toutes les circonstances, et gouverné par sa propre perfection. C’est là-dessus que je compte, c’est cela que j’apprécie. Quelles que soient les circonstances, mon coeur est avec le sien, appréciant sa conduite, quoique dans le chemin de la dépendance ; et son coeur est avec le mien. Lorsqu’il a agi, je me réjouis en lui, je me réjouis de la juste appréciation que j’avais faite de mon ami ; je le connaissais bien, je connaissais ce qu’il est ; je me réjouis en sa perfection, à laquelle je m’attendais comme à une chose certaine, supérieure à toutes les circonstances. Son intervention m’a prouvé qu’il s’intéressait à moi. De même, lorsque Dieu délivre le chrétien, comme lorsqu’il délivrera le Résidu dont parle ce Psaume, ils peuvent dire : «Voici, c’est ici notre Dieu, nous l’avons attendu» [És. 25:9].

C’est bien la même pensée que nous voyons chez Job, à travers sa coupable irritation. Il compte sur Dieu, il sait ce que Dieu serait et ferait pour lui, s’il pouvait le trouver. Le Psaume 28 nous montre donc un homme dont le coeur s’est confié en celui de Dieu, a trouvé ce coeur et se réjouit en lui, qui a réellement honoré Dieu, quoique seulement en s’attendant à Lui dans une confiance inébranlable. Il trouve la satisfaction dans ce qu’est son puissant ami, et dans son amour. Il se réjouit de la délivrance, car il a souffert, il a été opprimé dans sa faiblesse ; mais il se réjouit, en trouvant les délices de son coeur dans son libérateur. Il possède un ami qui lui a formé le coeur d’après sa propre excellence, qui l’a formé pour se confier en elle.

Tout cela se trouve aussi dans le chrétien, mais d’une manière plus calme, parce qu’il est mieux instruit dans les choses célestes, qu’il connaît Dieu d’une manière plus parfaite, qu’il a moins d’anxiété touchant les choses d’ici-bas et qu’il ne regarde pas aux choses visibles. Mais le principe est le même.

 

2.27                   Psaume 29

Le Psaume 29, envisagé au point de vue suivant lequel nous étudions maintenant les Psaumes, ne donne pas lieu à beaucoup de remarques. Il engage les puissants de la terre à reconnaître l’Éternel et à Lui donner gloire, à Lui rendre l’honneur dû à son nom. Je désire seulement faire remarquer la liaison qui existe entre cela et le culte ; il s’agit de rendre honneur à l’Éternel dans son temple, là où il a placé son nom. Son nom a été révélé ; la gloire est due à son nom, c’est-à-dire à Lui-même comme ayant été révélé ; son nom est à la fois la révélation de Lui-même, et de sa relation avec son peuple. C’est dans son temple qu’il a placé son nom, de manière à former un centre d’association et un lieu révélé de culte. Ainsi, tandis que sa voix proclame la majesté de ce nom, ceux qui le connaissent sont rassemblés, par ce nom même, comme centre d’une commune adoration. La gloire du nom de l’Éternel est révélée et prouvée par le contenu des derniers versets. «L’Éternel s’assied sur les flots» ; il domine et dirige, en vue de ses propres desseins, les mouvements tumultueux de la masse des peuples. Il siège aussi comme roi éternellement. Comme il est au-dessus des soulèvements des hommes, ainsi il préside à jamais dans un gouvernement sûr et inébranlable.

Mais, outre cela, l’Éternel est en rapport avec son peuple ; il lui donne la force, il le bénit en paix. Le vers. 10 exprime la possession de la puissance sur toutes choses et en Lui-même ; le vers. 11 annonce ce qu’il est pour le peuple. C’est, d’une part, l’invitation adressée aux fils des forts de la terre de connaître l’Éternel, d’autre part la bénédiction assurée d’Israël.

2.28                   Psaume 30

La grande vérité contenue dans le Psaume 30 est d’un profond intérêt pratique : c’est que la joie qui découle de la délivrance accordée par le Seigneur (ici par l’Éternel), est plus grande, plus profonde, que les bénédictions de la prospérité, alors même que cette prospérité est reconnue comme venant de Dieu. Il se peut que la délivrance s’applique à des afflictions produites par nos fautes ; ce sera certainement le cas du résidu juif, mais elle n’en est pas moins pleine et entière, et lorsque le péché, ou le mal, sont pleinement reconnus, la restauration et la bénédiction sont absolues dans la communion avec Dieu. Le pardon, ou la pensée du pardon dans une âme qui n’est pas guérie, peuvent être accompagnés de regrets. Quand l’âme est guérie, elle apprend assurément à juger le mal, à être pleine d’humilité, s’il a dû y avoir jugement ; à avoir toujours plus de tendresse délicate et de grâce pour les autres ; mais, la guérison étant complète, l’âme entièrement éprouvée n’aura pas de regrets, parce qu’elle sera exclusivement remplie de ce que Dieu comme tel est pour elle. Elle aura la chair en horreur ainsi que les principes qui l’ont conduite au mal ; mais, si le mal est réellement haï, on sera délivré de l’horreur que le moi inspire et la paix régnera dans l’âme. Il est vrai que le Psaume 30 ne poursuit pas ces pensées aussi loin ; il s’occupe des circonstances extérieures, de la main de Dieu qui s’appesantit sur l’âme à cause du péché, plutôt que du péché qui y a donné lieu ; mais il les présente comme étant des effets de la colère de Dieu, et par suite comme exprimant la colère ou la faveur de Dieu ; et c’est à cela que l’âme s’arrête. Elle avait été dans la prospérité, et l’avait attribuée à Dieu, mais elle fondait sur les circonstances l’assurance de son bonheur, quoiqu’elle les considérât comme lui ayant été accordées par Dieu.

En agissant ainsi et tout en reconnaissant Dieu comme Celui qui donne et qui assure la bénédiction, l’âme se reposait sur la bénédiction et sur une bénédiction qui, au lieu de délivrer du moi, s’adressait à lui.

«Je ne serai jamais ébranlé. Éternel ! par ta faveur tu as donné la stabilité et la force à ma montagne». Quoiqu’il puisse, dans ce cas, y avoir de la piété, cela pourrait facilement dégénérer en : «C’est ici le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel» (Jér. 7:4). Ce Psaume suppose, du reste, une piété vraie. Seulement il est dit : La faveur de l’Éternel avait donné une force stable à ma montagne, au lieu que cette faveur elle-même fût considérée comme la bénédiction.

L’Éternel cache sa face, et tout aussitôt l’âme sent ce qu’est la dépendance directe de Dieu ; elle cherche Sa bénédiction immédiate. Les châtiments et les épreuves qu’entraînent les fautes, surviennent, et alors l’âme éprouve que la faveur divine elle-même est la bénédiction dont elle a besoin ; ce que l’Éternel est Lui-même devient la source de la joie. Le fait que sa colère est sur le peuple est senti ; non pas seulement les circonstances dans lesquelles cette colère s’exprime, mais le fait même que l’Éternel cache sa face à cause du péché. L’âme est amenée, quoique par l’angoisse et la détresse, dans une relation immédiate avec Dieu. Elle est amenée à considérer le «moi», non point comme un objet digne d’être cultivé, centre de sa propre bénédiction, mais comme étant pécheur, et elle a besoin de la faveur de Dieu. Ainsi est produite, par grâce, une oeuvre douloureuse, mais extrêmement utile et importante, lorsque ce jugement de soi-même est opéré au-dedans de l’âme, de manière à produire l’intégrité spirituelle. La faveur de l’Éternel luit sur elle, on en jouit. Dès lors cette faveur elle-même est devenue la bénédiction, et la délivrance l’accompagne, au temps qui convient à Dieu. On entre ainsi, avec une sainte adoration, dans la vraie nature de Dieu ; on ne le considère plus seulement comme un Dieu qui est utile à l’homme en le bénissant. Dans cet état, l’ennemi ne se réjouit plus à propos de nous et l’âme elle-même est guérie. Nous voyons que si Dieu montre ainsi sa colère, ce n’est qu’afin d’instruire et de discipliner les saints pour un moment ; et alors étant purifiés, ils jouissent ainsi plus pleinement de Lui. Littéralement ce Psaume s’applique au résidu juif, délivré au moment où il est arrivé jusqu’au bord du sépulcre ; mais, pour eux aussi, le vrai travail d’âme est avec Dieu.

Je dirai encore quelques mots sur différents états d’âme, dans lesquels les saints peuvent se trouver actuellement et dont ce Psaume fournit l’occasion de parler. Il y a d’abord ce qu’on peut appeler comparativement l’innocence ; c’est l’état d’une âme convertie qui ne connaît pas la corruption et n’a pas de grands combats intérieurs. Dans ce cas-ci, on jouit de la grâce du pardon et l’âme est heureuse dans la connaissance de la bonté et de l’amour de Dieu, son Sauveur. Une telle âme en marchant tout près de Dieu, peut arriver à se juger véritablement et acquérir une profonde connaissance de Dieu. Autrement l’âme est superficielle, on a peu de connaissance de son propre moi, comme homme en la chair ; la séparation de la sphère charnelle, du monde, sous son aspect aimable, est peu mise en pratique.

Vient ensuite l’état d’une âme qui, ayant péché, a passé par des exercices plus profonds, et se trouve amenée ainsi, d’une manière humiliante, à la connaissance du moi. C’est plutôt ce dernier cas que nous voyons dans le Psaume 30. Alors le pardon peut être connu et c’est un repos. Mais s’il y a eu de la légèreté ou de la bassesse vis-à-vis de Dieu, on a une certaine honte du péché, et l’on manque de cette libre confiance vis-à-vis de Dieu qui se montre naturellement quand on jouit de Lui. Cette confiance est alors plus difficile à trouver. Mais dans ce cas, le moi n’est certainement pas mis de côté.

Un troisième état d’âme, c’est lorsque la racine qui a produit le mal est réellement jugée, c’est-à-dire non seulement le mal lui-même, mais son point de départ, et que le moi est ainsi mis de côté en pratique. Alors la faveur divine est tout. Le coeur est intègre devant Dieu, et, quoique humble, plein de hardiesse vis-à-vis des hommes. Il a la conscience d’un lien entre lui et Dieu : la faveur divine ; il connaît Dieu comme étant moralement à l’unisson avec lui, comme son soutien véritable et sa force. Le présent, non point le passé, est alors la place du coeur avec Dieu.

 

2.29                   Psaume 31

Le Psaume 31 exprime une confiance absolue en l’Éternel — Dieu connu dans notre relation avec Lui, — quand on traverse les phases les plus terribles de l’épreuve et de l’angoisse, et quand c’est le péché qui en a été la cause ; toutefois, lorsque la foi est à l’oeuvre, on compte sur le nom connu de Dieu et, par conséquent, sur sa justice en le faisant valoir comme tel. Ce n’est pas que l’on compte avec orgueil sur Dieu ; mais que l’on se confie en l’Éternel à cause de ce qu’il est Lui-même — à cause de son nom (vers. 3) — mais en confessant pleinement qu’on a failli et que c’est le péché qui a amené l’angoisse sur celui qui crie à l’Éternel. C’est moins la confession de l’iniquité elle-même, que la reconnaissance du fait que l’épreuve, du milieu de laquelle on crie à Dieu, est due à l’iniquité. Mais, étant à l’extrémité, l’âme est poussée à s’adresser en confiance à Dieu, selon la révélation qu’il a faite de Lui-même.

Le caractère particulier de ce Psaume est la confiance et l’abandon de sa cause entre les mains de l’Éternel, parce qu’on le connaît personnellement. Une telle connaissance du Seigneur, une telle foi en ce qu’il est Lui-même, que l’âme peut se confier en Lui, et tout Lui remettre, quand la détresse et l’hostilité des hommes sont à leur comble, c’est là un principe profond de la vraie piété ; et, de plus, c’est un principe de parfaite justice, parce que l’âme ne peut regarder ainsi à Dieu que dans un état de justice. L’Éternel est connu comme ayant considéré la détresse de l’affligé ; il a connu son âme au milieu de l’adversité. Les souffrances ne signifiaient pas que Dieu abandonnât celui qui souffrait ; au contraire, Dieu connaissait et suivait l’âme de l’affligé ; son coeur l’approuvait, il pensait à elle au milieu des circonstances difficiles ; et, quoique coupable, l’affligé regarde à l’Éternel à travers la souffrance, comme étant approuvé par Lui. Il accepte la punition de son iniquité, mais dans ce sentiment de justice se confie en l’Éternel ; et dans cet esprit, dans ce qui est parfait en principe, il s’en remet entièrement à l’Éternel ; il sait que tout est dans sa main ; il est content qu’il en soit ainsi (v. 15). Aussi dit-il : «Fais luire ta face sur ton serviteur» ; et il compte, puisque Dieu se montre favorable pour lui, ne pas être confus, non plus que ceux qui se confient en l’Éternel. Il a mis en réserve sa bonté pour ceux qui le craignent, et qui se confient en Lui devant les fils des hommes. Sa présence est un sanctuaire sûr et infaillible qui rend impuissantes toutes les entreprises de la malice des hommes. L’affligé admet que, sous l’extrême pression de l’angoisse, il avait dit un moment qu’il était retranché de devant Dieu ; néanmoins la foi s’était montrée dans l’appel qu’il faisait à l’Éternel et il avait été exaucé. L’Éternel garde les fidèles, de sorte que les saints peuvent l’aimer et avoir bon courage en toute circonstance.

Il n’est pas dit que chacun ait à traverser des afflictions, semblables à celles que décrit notre Psaume ; mais lorsqu’elles sont la part du croyant, elles lui donnent beaucoup d’intimité et de confiance. Ce qu’est un Dieu connu, et le cri résultant de la foi en ce qu’il est, voilà le fond de ce Psaume. Je ne dirais pas que ce soit l’exercice le plus brillant de la foi ; on le trouvera plutôt dans l’épître aux Philippiens, heureuse expression de l’expérience normale du chrétien ; ce n’est pas non plus l’exercice le plus fréquent ; mais Dieu, dans sa riche miséricorde, a, dans sa Parole, prévu chaque besoin et pourvu à chaque position. L’état d’âme, décrit dans ce Psaume, est une intime et profonde confiance en Dieu, très exercée, mais apprise seulement à travers une détresse qui était nécessaire.

 

2.30                   Psaume 32

Mais, au milieu de tous les exercices de coeur qui appartiennent à une âme renouvelée dans ses difficultés ici-bas, il est un point qui est le centre de tout, un besoin pour lequel à la fois le coeur et la conscience désirent ardemment une réponse ; c’est la relation de l’âme avec Dieu, lorsqu’elle pense à son péché devant Lui. Elle a besoin de confiance pour l’épreuve, de délivrance, et de secours. Elle est soutenue par des promesses, et le coeur et la volonté sont soumis aux voies de Dieu. Mais au-dessus de tout, l’âme a besoin de réconciliation avec Lui, de la lumière sans nuage de sa présence ; quant à son propre état, elle a besoin de pardon et d’absence de culpabilité. L’entière abolition de toute culpabilité devant Dieu et son pardon complet sont liés ici, d’une manière admirable, avec la purification du coeur et de l’homme intérieur, toute fraude étant ôtée par la confession des péchés actuels. Mais l’âme commence, ainsi qu’elle le doit, avec Dieu, et trouve sa satisfaction dans les pensées de Dieu à son égard. Cela est juste. C’est seulement ainsi que le coeur peut être réellement purifié, que le péché est envisagé sous son vrai jour, et que Dieu a sa vraie place, choses sans lesquelles rien n’est en ordre. Cependant c’est la conscience d’être pardonné qui agit d’abord sur l’âme, après que la conviction et l’affliction à cause du péché ont été opérées, et que l’âme a été amenée à le confesser : «Bienheureux celui dont la transgression est pardonnée». Il a péché contre Dieu, il a transgressé ; tout cela est parfaitement pardonné. Mais c’était le péché devant Dieu et le mal, une chose haïssable aux yeux de Dieu, et qui l’est maintenant pour l’âme elle-même. Ce péché est expié, couvert ; la propitiation a été faite. Ensuite l’état actuel de l’âme est présenté d’une manière absolue : L’Éternel n’impute point l’iniquité, et maintenant le coeur tout entier est ouvert devant Dieu ; il ne s’y trouve point de fraude ; comment y en aurait-il quand tout est mis à nu devant Dieu, que tout est mis en règle, et que le péché est entièrement ôté de devant ses yeux ? Quelle bénédiction que d’avoir la lumière parfaite de Dieu brillant sur une âme sans souillure ! Je ne dis pas : «sur une âme innocente», ce qui serait une bénédiction bien inférieure. En effet, la lumière parfaite n’est pas appropriée à l’état d’une âme innocente, tandis qu’il est infiniment précieux, quand on connaît le bien et le mal, et quand on sait ce qu’est la lumière, en contraste avec les ténèbres, d’en être illuminé, étant soi-même aussi blanc que la neige. Je ne nie pas qu’il ne s’agisse plutôt ici d’une relation personnelle avec Dieu, relation dont je vais m’occuper ; mais, pour le chrétien, cette relation est la conséquence du pardon connu, du fait que le péché est couvert et qu’il n’est point imputé. Maintenant cette relation existe assurément sur le pied de la foi, mais la chose n’en est pas moins réelle pour cela. Ce Psaume détaille aussi les voies de Dieu pour amener l’âme à l’état dont nous venons de parler, et ses voies après qu’elle y a été amenée. La volonté orgueilleuse qui se refuse à confesser les fautes ne trouve aucun repos (quelle grâce, que l’âme soit ainsi poursuivie !) mais l’âme réconciliée et en communion est guidée par Lui de la manière la plus intime et entourée de ses soins au milieu de l’épreuve.

Ce Psaume est donc l’expression de la bénédiction dont l’âme a la conscience dans le sentiment qu’elle est pardonnée. Quelle douceur d’être dans la pleine lumière de la faveur de Dieu, dans le sentiment que son amour a été en activité à notre égard ! Le fait que cette faveur est imméritée n’est pas le plus vif sujet de notre joie, mais lui donne une grande profondeur, parce que c’est Dieu Lui-même qui pardonne. Ensuite il y a la conscience que le péché a été ôté de devant Dieu ; c’est une immense bénédiction. Qu’elle est douce la pensée qu’aucun péché n’apparaît plus devant la face de Dieu ! Mais il y a de plus cette conscience bien nette, non pas qu’il n’y avait pas de péché, mais que Dieu n’en impute aucun ; que c’est de sa part, une décision déterminée, arrêtée : Il ne l’impute pas. On est bien loin de nier le péché ; ce serait de la fraude. Dans ce verset 2, ce sont moins les sentiments qui sont en jeu, que la certitude judiciaire de cette non-imputation du péché ; chose nécessaire pour produire la vérité dans l’homme intérieur. Ceci se rattache à la confession.

Le verset qui nous occupe parle de la droiture non seulement en paroles et de confession, mais d’esprit. Il y a la vérité dans l’homme intérieur : l’âme n’a aucun désir de pallier ou de se cacher à elle-même le mal ; elle se place elle-même devant le pardon, devant la non-imputation, c’est-à-dire, qu’elle reconnaît son péché, au lieu de chercher à l’atténuer. On voit le péché selon la vérité et, à cause de cela, le péché n’est pas imputé. Or, la phrase est absolue et générale : «auquel l’Éternel ne compte pas l’iniquité». C’est ici la condition absolue de l’individu ; ce n’est pas seulement que son iniquité, sa faute particulière lui est pardonnée, quoique cela aussi soit vrai, mais c’est la non-imputation absolue de toute iniquité quelconque. Au jugement de Dieu, cet homme existe devant Lui comme n’ayant aucun péché. Alors mon coeur est ouvert et libre devant Dieu. J’ai la conscience de cela et je regarde vers Lui comme acquitté de tout péché, ayant la certitude qu’il n’en voit aucun sur moi. Par conséquent, il n’y a aucun nuage, rien à cacher. Toutefois ceci n’a lieu que si la confession a été faite. La non-imputation absolue, c’est le jugement actuel que Dieu porte sur moi, c’est la manière dont il me considère. Il ne voit point de péché, il n’en existe aucun entre moi et Lui. Mais, pour arriver à la conscience de cette précieuse vérité, il a fallu la confession. Jusque là, Dieu appesantissait sa main sur l’âme, afin de l’obliger à confesser son péché. Quelle grâce de Dieu, de veiller ainsi sur une âme, et aussi sur une âme égarée, pour l’amener à Lui ! Celui qui parle dans ce Psaume a été amené, par grâce, à reconnaître le péché devant Dieu, sans chercher à l’excuser ; en lui donnant son vrai caractère, avec un esprit réellement sans fraude, quelque humiliant que cela puisse être.

Tout cela est important moralement. Mais il y a plus : «Je confesserai mes transgressions» (v. 5). Ses actes eux-mêmes lui reviennent en mémoire ; il prend la résolution de confesser ses transgressions, et tout est en règle : L’Éternel «a pardonné l’iniquité». 1 Jean 1 applique cela au chrétien, car nous aussi, nous ne pouvons dire que nous n’avons pas de péché, et nous confessons nos péchés.

Il est très instructif de voir ici le rapport entre l’absence de tout péché sur la conscience, et l’absence de fraude dans le coeur, parce que celui-ci a été entièrement mis au large en vertu de la non-imputation dont il a connaissance. Le coeur ne peut être mis au large autrement ; mais il y est amené selon la vérité par la confession, et à la confession par la confiance. C’est seulement ainsi que le coeur est ouvert à Dieu, par le moyen de la grâce, c’est ainsi qu’il y a vérité dans l’homme intérieur (bien que nous soyons contraints de nous humilier quant à notre propre volonté), par le pardon manifesté dans cette promesse : «Il y a pardon par devers toi, afin que tu sois craint».

Cette révélation de Dieu éveille chez tous ceux qui sont droits de coeur et chez les débonnaires la pensée et le désir de regarder à Lui au temps où il se révèle Lui-même comme le Dieu qui pardonne : tandis qu’on le trouve. Ainsi, pour Christ lui-même, il est parlé en Ésaïe 49:8, du temps agréé. Quand il eut été trouvé parfait, c’est-à-dire parfaitement éprouvé devant Dieu, Christ fut exaucé, car il avait été fait péché. L’apôtre commente ainsi ce passage : «Voici c’est maintenant le temps agréable ; voici c’est maintenant le jour du salut». La révélation du pardon et la joie d’une pareille relation avec Dieu, font que l’âme des saints le désire et se réjouit en un tel Dieu ; aussi le chercheront-ils. En supposant qu’ils n’aient pas le sentiment de péchés actuels, ils savent toutefois qu’ils sont des pécheurs ; et Dieu est ainsi révélé sous un caractère qui fait leurs délices ; et leur âme s’attache à Lui. Ils le cherchent, non pas simplement pour trouver le pardon ; car ils sont présentés ici dans leur caractère de débonnaires, de gens pieux ; mais c’est Dieu Lui-même qui attire leur coeur, un Dieu qui pardonne, qui a ce caractère-là et ces voies-là. Et, remarquez-le, Dieu agissant ainsi, Dieu étant ainsi révélé, c’est le temps où on le trouve. Cette relation entre la piété du coeur, la bienveillance de Dieu et la puissance d’attraction qu’elle exerce, est fort belle, et l’effet en est profond dans une âme pieuse. Il faut qu’il y ait le sentiment du besoin, de la dépendance, et celui du besoin de la grâce, comme telle, dans le caractère tout entier de notre relation avec Dieu. Mais il y a, en même temps, une profonde réalisation de la grâce parfaite et divine, de l’amour, comme aussi de la bonté souveraine des voies de Dieu en tout cela ; cette réalisation est proportionnée à la piété, quand la conscience n’est pas mauvaise. Heureux dans cette bonté, nous sentons que cette grâce nous sied et sied à Dieu ; sommes-nous pieux, elle nous attire à Dieu. Aussi nous trouvons là un abri certain, quoi qu’il advienne.

En l’appliquant au Résidu, ce principe est très clair. Israël, les Juifs ont été profondément coupables sous tous les rapports. Dieu offre le pardon, comme on le voit dans ce Psaume, ainsi que partout dans Moïse et les prophètes. La chose est sentie ; c’est ainsi que Dieu se révèle ; le Résidu pieux est touché de cette grâce ; les péchés sont confessés, sans doute, mais les coeurs des fidèles sont attirés vers Dieu et le cherchent. Quand le débordement des jugements survient, ils sont mis à l’abri (vers 6). Dans tous les cas, l’âme qui connaît ainsi la bonté, peut compter sur Dieu. Dieu Lui-même ainsi connu, est son asile. À la fin, les chants de délivrance seront sa portion (v. 7).

Ensuite viennent des promesses. Nous avons à traverser un désert où il n’y a point de chemin ; mais au milieu des pièges de toute espèce, et du danger de faire fausse route, Dieu nous guide et nous enseigne. L’oeil du Seigneur est sur nous et nous dirige. Il ne se contente pas de nous tracer le chemin, puis de nous y laisser seuls ; non, Lui-même nous surveille et nous conduit dans le chemin qui Lui agrée, et qui est le fruit de sa sagesse, un chemin divin pour nous. C’est Dieu Lui-même qui nous est présenté ici : la bonté de Dieu, la direction de Dieu, l’intérêt que Dieu prend à nous pour nous pardonner au besoin, pour nous guider avec l’oeil toujours vigilant de l’amour. Mais cela suppose que nos coeurs sont attentifs à l’oeil de Dieu. Le chemin consiste à faire attention à Lui et à suivre son regard avec intelligence. Ainsi l’âme est enseignée intérieurement dans ce qui est agréable au Seigneur et formée d’après Lui en connaissance. Ce principe est largement développé dans le Nouveau Testament (Phil. 1:9-11 ; Col. 1:9-10 ; 3:10 ; Éph. 4:24) ; même Moïse dit : «Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, fais-moi connaître ton chemin, et je te connaîtrai afin que je trouve grâce à tes yeux» (Ex. 33:13).

C’est la connaissance spirituelle de la voie de Dieu, acquise sous sa conduite, et la communion avec Lui, fondée sur sa faveur. Aussi sont-ils avertis, de ne pas être comme des animaux sans intelligence qui ont besoin d’être conduits par des moyens extérieurs. Il se peut que Dieu doive nous conduire ainsi, et il le fait quelquefois en grâce, par sa providence ; mais dans ce chemin, il n’y a point d’intelligence spirituelle, pas d’assimilation morale à sa nature, pas d’accroissement de la jouissance de notre nouvelle nature en Lui, ni d’accroissement de capacité pour connaître Dieu. Le résultat de ce qui précède est indiqué aux deux derniers versets dans les voies judiciaires de Dieu. Seulement il faut bien remarquer que c’est en l’Éternel Lui-même, que l’âme est appelée à se réjouir, non pas dans les conséquences, quoique la bonté environne ceux qui se confient en l’Éternel. Dieu, Lui-même, connu par le pardon, connu par sa bonté toujours accessible, comme un sûr asile de l’âme, comme celui qui la guide de ses soins et de son oeil, c’est ce Dieu en qui l’âme, ainsi enseignée, est invitée à se réjouir. Paul dit, de même : «Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je vous le dis encore, réjouissez-vous». Nous nous glorifions en Dieu, par notre Seigneur Jésus Christ, par lequel nous avons obtenu la réconciliation. Il remplit l’âme et Il est au-dessus de tout.

 

2.31                   Psaume 33

Je n’ai que quelques principes à indiquer en parlant du Psaume 33. Tous les Psaumes, jusqu’à la fin du 39, décrivent l’état moral du résidu juif aux derniers jours. Je dis : son état moral, plutôt que sa condition sous l’oppression de l’ennemi ; l’idée du pardon donne en général à ces Psaumes une couleur plus brillante, quoique le sentiment de la condition du Résidu s’y trouve aussi comme ailleurs. Le Psaume 33 fait suite au dernier verset du 32°. La pensée du pardon ayant mis un nouveau cantique dans la bouche de celui qui parle, il peut, avec une confiance plus éclairée et en regardant à la parole et aux oeuvres de Dieu, rechercher les principes d’après lesquels les hommes devraient agir. La terre est considérée comme étant sous le regard et la direction de Dieu : Son gouvernement s’exerce sur elle. Cette vérité qui sera pleinement manifestée à la fin, s’applique aussi au côté inférieur de la vie chrétienne (comparez Psaume 34:12-16 ; 1 Pierre 3:10).

Nous trouvons ici quelques principes généraux : «L’oeuvre de l’Éternel est avec vérité». Je puis, avec toute assurance, compter qu’Il agira d’après les principes connus de sa sainte volonté ; par conséquent sa parole, qui est essentiellement juste, peut me juger maintenant ; c’est là toujours un principe important. Sans le faire publiquement et d’une manière visible, le Seigneur gouverne toutes choses ; ainsi je puis agir d’après sa parole et être sûr des conséquences. Je puis, sans doute, souffrir pour Christ ; c’est une bénédiction encore meilleure ; mais, agir selon la parole de Dieu, aura la bénédiction pour résultat.

Depuis le verset 6, la puissance de la Parole est montrée dans la création. La terre devrait craindre l’Éternel : «car il a parlé et la chose a été» ; et encore : «Il dissipe les conseils des hommes, mais son conseil subsiste à toujours». Puis vient un autre principe : la bénédiction d’être le peuple choisi de Dieu, d’être son héritage. Il s’agit d’Israël ; cependant la foi doit marcher maintenant selon la puissance de ce principe. «Revêtez-vous donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés» [Col.3:12]. Nous ne sommes pas l’héritage de Dieu, mais ses héritiers ; toutefois la hauteur de notre position, plus élevée que celle d’Israël, ne détruit pas le principe en lui-même, quoiqu’elle lui donne une application plus profonde. Nous avons à traverser le monde comme les élus de Dieu, et c’est là une position extrêmement précieuse. Nous sommes élus selon la préconnaissance de Dieu, le Père ; mais nous marchons dans la conscience d’être les élus de Dieu. Il dirige et forme tous les coeurs (v. 15). Quelle chose à savoir quand j’ai affaire avec les hommes ! Il fait que toutes choses ensemble concourent à mon bien. Ainsi, tandis que toute force humaine n’est que néant, je puis m’attendre au Seigneur avec une pleine confiance. Son oeil aussi ne se retire jamais de dessus moi (voir Job 36:7).

 

2.32                   Psaume 34

Le Psaume 34 va plus loin. Il traite, de la manière la plus admirable, le sujet de l’affliction et de l’épreuve. L’Éternel Lui-même, comme toujours, est le refrain béni de ce Psaume [note Bibliquest : on l’y trouve dans tous les versets, sauf 5, 12, 13, 14, 20]. Dans les quatre premiers versets, c’est spécialement l’esprit de Christ qui parle, mais comme donnant une expression au coeur de tous ceux qui sont éprouvés de cette manière, et afin que chacun de ceux qui possèdent la foi, en trouve ici l’expression. La force du Psaume est dans ces mots : «en tout temps» (v. 1). Il est aisé de louer l’Éternel, quand il permet que tout aille à notre souhait ; mais, dans ce cas, l’Éternel n’est pas réellement loué pour ce qu’Il est. Nous voyons ici, dans l’épreuve, l’âme humble et soumise. Elle a cherché l’Éternel et a trouvé en Lui un ami prêt à le secourir. Voilà ce qui a rendu l’Éternel intime et précieux pour elle. Le coeur du saint était éprouvé, exercé, accablé par la détresse et l’injustice, mais sa volonté ne s’est point élevée avec fierté ou colère ; au contraire, il expose avec confiance son affaire à l’Éternel, s’appuyant sur sa bonté, et l’Éternel s’intéresse à lui. Ce n’est pas ici la haute et souveraine providence extérieure (ce qui doit sans doute exciter aussi notre reconnaissance), mais c’est l’intérêt affectueux du Seigneur pour un coeur qui est dans l’épreuve. La chose est bien plus intime, l’intérêt plus profond, le lien formé plus doux et plus puissant. Nous ne trouvons pas ici l’orgueil de la volonté dans l’épreuve ou dans le succès, mais un coeur angoissé et humble, trouvant l’oreille et le coeur de l’Éternel qui lui sont ouverts. Consolé ainsi lui-même, il est capable de consoler les autres par la consolation dont il est lui-même consolé de Dieu. «L’Éternel m’a délivré de toutes mes frayeurs». Oh ! combien souvent nous pouvons dire cela, même au sujet d’un malheur auquel nous avions lieu de nous attendre, et que Dieu a écarté ! Cette connaissance du Seigneur conduit à l’exercice de l’amour, pour encourager les autres, tandis que le coeur en fait l’expérience et en est rempli. Cela est appliqué, par l’Esprit, au Résidu (vers. 5) : «Leurs faces ne sont pas confuses» ; et le Résidu rappelle le cas de Christ au verset 6. Le verset 7 énonce la même vérité d’une manière générale. Les versets 8-10 nous montrent comment celui qui s’est confié dans le Seigneur est rendu capable, par sa propre expérience bénie, de donner aux autres la certitude qu’ils trouveront le même secours.

L’expérience de la bonté de l’Éternel est bien précieuse. Non seulement on en est assuré pour toutes les épreuves, mais le Seigneur Lui-même est connu. On le bénit, on le loue. Le coeur demeure en Lui, il trouve sa joie et son repos en Lui et dans la bonté de ce Seigneur qui est seul dans ce qu’il est, et auquel nul ne ressemble. Cette bénédiction est infinie et divine dans sa nature comme Celui qui en est la source ; elle n’en est pas moins, pour notre coeur, plus intime qu’aucun être humain ne pourrait l’être, car ce dernier existe toujours en dehors de nous, tandis que nous demeurons dans le Seigneur qui est notre soutien et le repos de notre coeur. Rien de comparable à cela. Nul autre ne peut être aussi près de nos coeurs que Dieu, car Il est en nous. Quelle intimité que celle-là !

Il y a ici encore un autre principe : ce Psaume nous présente la marche dans laquelle on jouit de cette bénédiction (v. 7-10) : craindre l’Éternel, se confier en l’Éternel et chercher l’Éternel. Le caractère de cette crainte de Dieu est indiqué aux versets 11-16, passage cité en partie dans l’épître de Pierre. La fin du vers. 16 y est omise comme non applicable maintenant, quoique pour le chrétien le fait général du gouvernement de Dieu soit applicable dans la dispensation actuelle. Il importe de ne pas oublier cela. Il est parfaitement vrai, non seulement qu’on ne se moque pas de Dieu, que l’homme moissonnera ce qu’il aura semé, que selon le gouvernement de Dieu, certaines conséquences sont attachées à une certaine conduite ; mais encore qu’il surveille et gouverne directement ses enfants ; il peut les rendre malades, les faire mourir, ou les délivrer de la maladie et de la mort en suite de la confession ou de l’intercession. «Les yeux de l’Éternel regardent vers les justes, et ses oreilles sont ouvertes à leur cri» (v. 15), et de plus, «l’Éternel est près de ceux qui ont le coeur brisé et il sauve ceux qui ont l’esprit abattu» (v. 18). Puis (v. 14) il y a un sentier désigné par Dieu comme celui de la paix dans ce monde ; non seulement comme étant en lui-même le sentier de la puissance spirituelle, mais comme étant celui de la paix et de la tranquillité ici-bas, par lequel on traverse paisiblement ce monde sous le regard de Dieu. C’est bien précieux pour nous. La grâce est un moyen de marcher ainsi, car le coeur n’est pas entraîné à la paresse et à la satisfaction des passions. Les pieds sont chaussés de la préparation de l’Évangile de paix. Autant qu’il dépend de nous, nous vivons en paix avec tous les hommes. Ce principe est vrai, même pour les hommes inconvertis. Ceux qui marchent dans cette voie, en général, ont des jours heureux, parce que telle est la conséquence du gouvernement public de Dieu. Il sied au chrétien de marcher de cette manière, mais d’autres le peuvent aussi. Ce gouvernement de Dieu est toujours vrai, comme nous le voyons en Job ; seulement chaque fidèle devrait le comprendre.

Il reste encore un mot à dire. Ce gouvernement n’est point tel maintenant que les justes n’aient pas à souffrir, et bien plus encore, quand il s’agit du nom de Christ (voir 1 Pierre 3:14-17). Mais l’Éternel veille sur eux ; pas un seul passereau ne tombe en terre sans notre Père. Il nous semble étrange de lire : «On fera mourir quelques-uns d’entre vous... et pas un cheveu de votre tête ne périra» [Luc 21:16, 18].

Le gouvernement de Dieu n’est pas actuellement le gouvernement public, dont le but sera de supprimer tout mal, mais il s’exerce en vue des justes, sous la puissance du mal et au travers de cette puissance. Quand Christ apparaîtra, alors le mal sera entièrement supprimé. En général, ceux qui vivent paisiblement vivront en paix ; toutefois, en un monde où se trouve la puissance de Satan, les justes ont à souffrir, à supporter maintes afflictions, mais aucune n’est soustraite aux regards vigilants du Seigneur ; et la délivrance arrivera d’une manière ou de l’autre.

Qui eût dit que ce Psaume serait littéralement accompli en Christ, lorsque Juifs et Gentils, prêtres et gouverneurs, unissaient contre Lui leur fureur qui semblait n’avoir aucun frein, et que tout semblait aller à leur gré ? Pas un cheveu de notre tête qui ne soit compté.

Je doute que le verset 20 de ce Psaume soit exactement une prophétie, quoiqu’il ait été accompli à la lettre en Christ. Je supposerais plutôt que le passage de l’Évangile de Jean se rapporte à Exode 12:46. Au reste, en admettant que ce verset ne soit pas cité, Christ est évidemment un exemple parfait de la déclaration faite dans ce Psaume, comme grand principe général. Les soins de Dieu ne font jamais défaut ; ils se montrent dans les plus petites circonstances et en dépit de toutes les pensées humaines, quoique Dieu puisse permettre que beaucoup d’afflictions arrivent à ceux qui se confient en Lui. Ces afflictions mêmes seront sûrement une bénédiction. L’âme, apprenant ainsi les voies du Seigneur et se confiant en Lui, peut le bénir en tout temps. Sous ce rapport, à la vérité, le christianisme nous fournit, à l’égard de la vie spirituelle, des expériences plus profondes. Mais il est précieux de connaître le Seigneur comme Celui qui veille ainsi sur nous, en amour ; de connaître les soins d’un Père tendre, dans lesquels nous pouvons nous confier, et sous lesquels nous pouvons marcher paisiblement dans ce monde, cherchant le bien de ceux qui nous entourent.

 

2.33                   Psaume 35

Le Psaume 35 contient un appel direct au jugement des adversaires, appel fait par l’Esprit de Christ dans le Résidu ; j’ai donc peu de remarques à faire sur ce sujet. Christ fut le premier à souffrir les choses qui doivent être l’objet du jugement ; mais, comme nous l’avons vu, jamais Christ n’a personnellement fait appel au jugement. Ce Psaume, toutefois, nous montre l’esprit dans lequel le jugement est requis. C’est après un temps de patience et de grâce infatigable, d’une grâce restée sans résultat, alors que, au lieu de se venger lui-même, le Résidu s’en remettait à Dieu ; c’est alors seulement qu’il s’adresse à Dieu pour obtenir la délivrance. Ceci est important à remarquer quant à l’appel fait au jugement (v. 12-14). Ce n’est qu’au moment d’être englouti, qu’il supplie le Seigneur d’intervenir Lui-même et, certes, la chose aura lieu. Le pauvre ne sera pas toujours dans l’oubli ; il ne convient pas que la méchanceté sans coeur, injuste et cruelle, ait toujours le dessus. Mais il convient que les saints soient patients et endurent tout, jusqu’à ce que le Seigneur Lui-même intervienne. Tel est, en effet, l’esprit de ce Psaume ; alors ils se réjouissent dans le salut de l’Éternel. Le sentiment de la justice divine qui inflige le châtiment à l’iniquité cruelle est fort à sa place. En outre, nous trouvons ici le caractère et la voie du méchant, et ce qui l’avait précédée, la voie pleine de grâce de Celui qui avait trouvé le méchant «plus fort que lui».

Les versets 26 et 27 s’appliquent spécialement à Christ, mais le Psaume entier peut être dans la bouche de tout croyant zélé et fidèle qui par sa fidélité a attiré sur lui le flot de la méchanceté. Je veux encore citer quelques passages, afin de montrer l’opération de cet esprit dont j’ai parlé plus haut et jusqu’à quel point le Seigneur l’applique au résidu. Quant à Lui, il n’a jamais demandé ce jugement, mais il l’a prophétisé. 1 Samuel 24:25, 26, nous montre l’esprit dans lequel David était gardé, quoique faible. David était, même alors, l’instrument particulièrement qualifié par la grâce, pour adapter la pensée de Christ, en ces Psaumes, aux circonstances dans lesquelles le Résidu, rejeté comme Lui, se trouvera une fois. Il a même pu s’élever, quand Dieu l’a voulu, jusqu’à la déclaration prophétique des circonstances que Christ devait traverser, et a pu fournir, (honneur immense !) dans une foule de Psaumes, les paroles par lesquelles Christ Lui-même pourrait s’exprimer (voir surtout le chap. 24:11-13 et la fin du chap. 26). C’est ainsi qu’Abigaïl le maintient dans cet esprit, par la miséricorde ; mais il n’y a point de propre vengeance ; il s’en remet complètement à Dieu.

Les directions que le Seigneur donne à ses disciples, en Matthieu 10, indiquent aussi l’esprit dans lequel le résidu doit rendre témoignage à la commission qu’il a reçue de Lui, et qui va jusqu’à son retour (v. 13-15 ; comp. Ps. 35:13). Il importe que le chrétien comprenne que s’il doit agir selon l’esprit de Christ pendant sa marche au milieu de ce monde, esprit qui était bien différent du désir du jugement exprimé dans les Psaumes, toutefois ce désir est juste et légitime à sa place. En effet, ce désir du jugement n’est point celui de la vengeance personnelle, mais un appel adressé au Dieu juste et libérateur, après une patience parfaite sous l’oppression injuste des méchants ; le coeur s’étant soumis à la volonté divine et ayant appris la leçon que Dieu voulait lui enseigner (voir Psaume 92:12, etc). Néanmoins le chrétien est sur un terrain tout différent.

Au point de vue que je viens d’indiquer, le Psaume 35 est important. Nous y voyons l’esprit du Résidu exercé devant Dieu par l’épreuve, et intérieurement soumis ; n’attendant que de Dieu la délivrance telle qu’elle était promise à Israël et au Résidu lui-même, sous le gouvernement divin révélé dans la loi et les prophètes.

 

2.34                   Psaume 36

Le Psaume 36, quoique prononcé à l’occasion d’une très grande épreuve, est néanmoins et, dirai-je, pour cette raison même, rempli d’une consolation profonde. L’épreuve consiste en ce que les voies des méchants prouvent au coeur du serviteur de Dieu qu’il n’y a en eux, ni conscience pour les refréner, ni crainte de Dieu pour réprimer leur malice, ni aucune chose sur laquelle on puisse compter. Se flattant en soi-même, il machine les moyens de nuire et n’a point en horreur le mal. Combien souvent, hélas ! le fidèle rencontre ces choses, lorsqu’il se trouve en conflit avec la puissance de l’ennemi. On a de la peine à croire à une pareille absence totale de conscience, à une telle malice préméditée et réfléchie ; et cependant elles existent ; notre coeur le sait bien, et la Parole les désigne comme des traits caractéristiques du méchant. Mais la consolation n’en est que plus profonde et plus bénie, parce que la grandeur même du mal fait que l’âme s’abandonne entièrement à un Dieu fidèle et plein de miséricorde qui est au-dessus de tous les complots des hommes ; de telle sorte que nous pouvons demeurer dans une paix parfaite. «Ô Éternel ! ta bonté est dans les cieux». Que pourrait faire le méchant ? Ses desseins ne sauraient atteindre aux cieux, ni déjouer les plans et le gouvernement qui sont établis là-haut, ni se placer entre leur réalisation et l’âme du fidèle. La miséricorde est hors de l’atteinte des stratagèmes ennemis.

Il existe encore en Dieu une autre qualité : il est fidèle. La gratuité est la source de tous ses actes, et elle les dirige. C’est notre consolation, mais je puis aussi compter sur la fidélité de Dieu ; elle s’élève bien au-dessus de toutes les machinations des iniques. Le principe immuable du gouvernement de Dieu en amour fidèle, la justice de sa manière d’agir, sont aussi fermes, aussi dominants en force que les montagnes ; ses voies en jugement et ses actes sont aussi profonds, aussi puissants que l’immense abîme. Impossible à nous de sonder à l’avance son comment et son pourquoi. Il opère au-dessus de la puissance du mal ; mais aussi hors de l’atteinte de l’homme chétif ; de sorte qu’il peut se servir de la malice des hommes pour accomplir ses conseils de bénédiction : «Éternel, tu sauves l’homme et la bête». Du moment que nous introduisons dans nos circonstances le Seigneur connu ainsi, toute la malice des hommes, qui ne rencontre pas un frein dans la crainte de Dieu, n’a d’autre effet que de reporter notre confiance sur Dieu, non sur l’homme. C’est une épreuve réelle, mais c’est la paix parfaite. C’est une rupture complète entre le fidèle et l’homme éloigné de Dieu, mais c’est un lien étroit, formé entre le coeur et Dieu, dans une confiance qui ne s’attache qu’à Lui.

L’effet moral en est immense ; il nous est retracé aux versets 7-8 : «Combien est précieuse ta bonté, ô Dieu !» Désormais, on ne trouve plus seulement un abri contre la méchanceté sans conscience de l’homme ; mais on trouve la source même de la bonté, en Celui dans lequel on trouve cet abri. «Les fils des hommes se réfugient sous l’ombre de tes ailes», parce que sa bonté est précieuse. Telle est la condition vraie et convenable de la créature ; condition qui suppose le mal et le besoin de la grâce ; mais qui trouve sa ressource dans cette grâce.

Versets 7-9. Il y a plus encore : Cette bonté qui l’a protégé et abrité devient la portion du fidèle. Tel est le résultat béni du fait que Dieu est devenu notre unique ressource, et que tout rapport avec l’homme est rompu : Sous l’ombre des ailes de l’Éternel, on est «abondamment rassasié de la graisse de Sa maison, et tu les abreuveras au fleuve de tes délices». Il y a des joies et des plaisirs qui appartiennent à la maison de Dieu ; et plus encore, à Dieu Lui-même. C’est là ce qui caractérise la joie des saints ; ceci ne peut être notre partage que lorsque nous avons été rendus participants de la nature divine, puisque celle-ci trouve nécessairement sa joie là où Dieu trouve la sienne. Telle est la bénédiction spéciale des saints ; Dieu nous l’accorde dans sa plénitude. Il nous donne sa propre présence, Il nous donne Christ.

Quelle bénédiction incomparable que celle de recevoir une nature capable de jouir des joies divines ; de joies qui n’ont pour motifs que la plénitude des objets divins, dont nous sommes appelés à jouir sous tous les rapports ! Regardant en haut, notre vocation est d’être saints et irréprochables devant Lui en amour ; de jouir de Dieu et d’être ses délices, selon la nature divine qui nous est communiquée ; notre relation avec Lui est d’être ses fils, adoptés pour Lui-même ; le lieu de notre héritage c’est la maison de Dieu, notre propre demeure ; puis, en tant qu’héritiers de Dieu et co-héritiers de Christ, nous possédons tout ce qui Lui est assujetti. Cette dernière portion est, sans doute, inférieure à l’autre ; la joie n’en est pas moins divine, puisque cette possession acquise sera rachetée et rendue parfaitement heureuse sous le gouvernement de Christ. Nous l’avons, en outre, en communion les uns avec les autres. Le chrétien jouit de tout cela de la manière la plus élevée, parce que Christ est devenu sa vie, et qu’Il l’a introduit dans la relation la plus élevée et la plus intime avec le Père. C’est ainsi que, par la puissance du Saint Esprit, nous avons communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Notre joie est accomplie. Tout cela, quoique j’en aie parlé par rapport aux chrétiens, est établi en principe dans ce Psaume ; or, en principe, cela est vrai de tous les saints ; mais non pas au même degré que pour les chrétiens, «Dieu ayant en vue quelque chose de meilleur pour nous, afin qu’ils ne parvinssent pas à la perfection sans nous».

Notre Psaume continue ainsi (vers. 9) : «Car par devers toi est la source de la vie, en ta lumière nous verrons la lumière». Jusqu’ici il a plutôt mentionné ce que Dieu est pour nous, considéré comme notre protection, notre asile, notre consolation ; en un mot, comme notre ressource. Ensuite, ce Psaume nous ayant amenés à la graisse de la maison de Dieu et au fleuve de ses délices, il indique ce que Dieu est en bénédiction : celle-ci étant considérée davantage en Lui-même ou d’une manière intrinsèque. C’est plutôt ce qu’il est pour nous que en nous ; cette dernière portion étant, par le Saint Esprit, le privilège des chrétiens. Ce qui est en nous, est vu ici en Dieu, comme sa source. Le Psaume dit : «Par devers toi est», tandis que le Seigneur dit en parlant du chrétien : «elle sera en lui» (Jean 4). Cependant, Dieu reste tel ; et c’est ainsi qu’il est révélé et connu dans ce Psaume. Par devers Lui est la source de la vie. La grande portée de cette parole n’a jamais été pleinement révélée avant la venue de Christ. En Lui était la vie. Il y avait un arbre de vie duquel l’homme n’a jamais mangé, ordonné pour être l’instrument de la vie de l’homme. Au temps des patriarches, la question de la vie n’était pas soulevée, mais il s’agit de ce que le Tout-Puissant est pour ceux qu’il aime et bénit. La loi rattache la vie, en tant que promesse, à l’oeuvre de l’homme et à l’arbre de la connaissance du bien et du mal. La vie était une chose à atteindre. La vie est une connexion vivante avec la source de la bénédiction ; ou, du moins, une jouissance vivante de la faveur de Dieu ; elle n’est pas nécessairement le ciel. Aucune loi au monde n’était la vie ni ne pouvait la donner. Dieu la promettait à celui qui accomplirait la loi. Lui-même en est la source ; mais la loi donnée à un pécheur, sur la base de sa propre responsabilité, loin d’être un moyen de vie, ne pouvait être qu’un ministère de mort et de condamnation [2 Cor. 3:7, 9]. Elle parlait de la vie et la désignait comme une promesse faite à l’obéissance, mais, de fait, la loi fut trouvée être pour la mort [Rom.7:10].

Les Psaumes, quoiqu’ils parlent aussi de choses célestes, mettent en évidence la liaison du coeur du Résidu avec Dieu ; ils nous font connaître chaque palpitation, chaque battement de ce coeur dans la nécessité ; ils nous font sentir tout ce que Dieu est pour lui. Tout cela a lieu selon l’opération de l’Esprit de Christ, quoique la délivrance temporelle soit toujours ici le désir principal. La vie et la résurrection, comme espérance de la foi, ont aussi nécessairement leur place dans les sentiments du Résidu ; mais on ne découvre cette espérance que dans les profondeurs de leurs plus intimes pensées. Cette espérance répond au besoin de ceux qui peuvent avoir à passer par la mort. Nous ne trouvons point, dans les Psaumes, la vie et l’incorruptibilité mises en lumière par l’Évangile ; la vie dans un homme, le Fils de Dieu, comme Esprit vivifiant ; la vie en nous, parce qu’il devient notre vie. Toutefois, comme l’Esprit de Christ parle dans les Psaumes, Lui qui avait la vie en Lui-même, était sûr du sentier de la vie en ce monde. Or, ce sentier conduisant par la mort, selon le conseil pour l’accomplissement duquel Il était venu dans le monde, Christ était sûr aussi de la résurrection ; c’est-à-dire que son âme ne serait pas laissée en hadès et que sa chair ne verrait pas la corruption. Toutefois ces choses étaient réalisées par Christ dans la dépendance de Dieu, comme homme.

Les remarques que nous venons de faire, trouvent leur confirmation dans notre Psaume. Le coeur du fidèle est séparé de l’homme qui, lui-même, est entièrement séparé de toute crainte de Dieu ; alors, il cherche non seulement la protection et la bonté de Dieu, mais il voit que c’est chez Dieu qu’est la source de la vie. Nous savons que la mort est vaincue, que son pouvoir est annulé. Nous savons que la vie éternelle qui était auprès du Père est descendue du ciel. Nous savons qu’elle nous est communiquée, que Christ est notre vie, que celui qui a le Fils, a la vie ; que nous sommes vivifiés selon l’excellente grandeur de sa puissance, selon l’opération de la puissance de sa force, dans laquelle il a ressuscité le Christ d’entre les morts et l’a fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes ; de sorte que la vie pour nous et en nous (car Christ est notre vie), est le triomphe final sur la mort et pénètre dans les lieux célestes. Voilà ce qui a été mis en lumière par l’Évangile. Jean annonce la vie descendue sur la terre, manifestée en Christ, puis communiquée à nous. Paul montre plutôt la vie dans la plénitude de son résultat céleste, suivant les conseils de Dieu en gloire. Évidemment notre Psaume ne parle pas de tout cela ; il ne pouvait en être question avant la résurrection de Christ ; et même il n’aurait pas pu y avoir de justice en cela. Qui est-ce qui avait droit aux lieux célestes avant que Christ y fût entré ? En qui la vie pouvait-elle être manifestée en gloire avant que la Tête y fût entrée en résurrection ? Toutefois, le principe, le fondement, la source de la vie sont vus et révélés dans ce Psaume.

Les Psaumes ne sont pas la loi, quoique la loi y soit encore reconnue. Mais ils présentent l’opération de l’Esprit de Christ et de vie en ceux qui sont sous la loi et en Christ Lui-même ; en ceux aussi qui ont à confesser qu’ils sont pécheurs sous la loi, et qui, par conséquent, ne peuvent espérer d’obtenir la vie par le moyen de la loi ; mais dont les yeux sont ouverts pour considérer la miséricorde, le pardon et la grâce, sinon le ciel ; et encore, ce dernier, en tant que le sentiment de la joie de la présence de Dieu l’exprime, nous le trouvons atteint au Psaume 16 qui nous donne l’expression de la vie dans toute sa plénitude.

Ainsi, — pensée précieuse, — ce Psaume considère la source de la vie en Dieu, lorsque, sous la Loi, tout est mort et condamnation. Les fidèles des Psaumes ne peuvent pas dire : «la vie a été manifestée et nous l’avons vue» ; encore moins : «notre vie est cachée avec Christ en Dieu» ; mais ils ont appris, ils savent et peuvent dire : «Par devers toi est la source de la vie» (v. 9). Aussi s’abreuvent-ils au fleuve de ses délices. Où cette vie serait-elle satisfaite ailleurs ? les besoins d’un coeur, même à son insu animé par elle, où pourraient-ils être contentés, sinon à ce fleuve, au fleuve dont les ruisseaux réjouissent la ville de Dieu ? Nous qui sommes venus à Christ ; nous qui avons bu de l’eau qu’il donne, nous avons en nous-mêmes une fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle ; et même, par l’Esprit, des fleuves sortent de nous ; ils découlent de ce qu’il y a de plus intime dans la conscience de la bénédiction.

Or tout ceci, c’est la puissance de vie dans l’Esprit ; cependant il est également précieux de savoir que la nature de cette vie est divine. J’ai fait remarquer ailleurs que ce qui, dans l’épître aux Colossiens, est présenté comme la vie et la nature, est appliqué au Saint Esprit dans l’épître aux Éphésiens. Ici, dans ce Psaume, nous trouvons Dieu comme source de la vie. Quelle bénédiction de savoir que la source, c’est Dieu lui-même ! Le Père a la vie en Lui-même ; cela est vrai de Christ comme homme ; puis nous qui avons le Fils, nous avons la vie. La vie est considérée ici comme une source qui coule. C’est à Dieu comme étant la source de la vie que nos coeurs doivent s’attacher, afin que nous puissions sentir et connaître ce qu’est la vie ; savoir que c’est une joie divine de posséder une vie, divine dans sa nature et capable de se réjouir. La nature d’une telle vie est de se réjouir en ce qui est divin. En effet, elle ne peut jouir d’autre chose, sauf de la bonté ou de la vérité en tant qu’elles sont l’expression de ce qui est divin. Cette vie trouve sa joie dans les fleuves qui découlent intarissables de l’amour divin ; fleuves dans lesquels nous nous abreuvons de la bénédiction qui est en la nature de Dieu. Nous possédons une nature qui, étant spirituellement la même que celle de Dieu, doit et peut jouir de Lui selon la perfection de cette nature elle-même. Nous nous réjouissons en Dieu.

Il y a autre chose encore : «En ta lumière nous verrons la lumière». Dieu n’est pas seulement une source de vie, mais une lumière qui éclaire. Il a la vie en Lui-même, mais il en est la source. De même aussi il est la lumière ; il éclaire ; il communique la lumière. Il en est de même de Christ : en Lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. Enfin, quant à nous, Christ est notre vie et nous sommes lumière dans le Seigneur.

Dans notre Psaume, on cherche la lumière plutôt comme consolation au milieu des ténèbres de l’épreuve, lorsque l’homme, sous la puissance de Satan, est manifesté comme étant réellement les ténèbres mêmes. Cela conduit à la découverte de ce que Dieu est. En principe et d’une manière abstraite, aucun autre Psaume ne nous fait autant approcher de ce qui a été accompli en Christ. Seulement ici ces choses sont vues en l’Éternel comme leur source et comme Celui en qui elles se manifestent. C’est ce qui leur donne leur perfection divine : «Par devers toi est la source de la vie, en ta lumière nous verrons la lumière». Au milieu des ténèbres et de l’épreuve, c’est la confiance que l’Éternel en grâce est une source de vie, et que dans sa lumière ils verront la lumière. En Christ nous trouvons, de toute manière, des vérités plus profondes ; car, lorsque la vie était la lumière des hommes, non pas simplement pour une délivrance extérieure, mais lorsqu’elle brillait dans l’obscurité morale de ce monde, les ténèbres restèrent ténèbres et ne comprirent pas la lumière. Aussi longtemps qu’il fut dans le monde, Christ était la lumière du monde. Les hommes préférèrent les ténèbres à la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises.

La fin du Psaume revient à l’espérance actuelle de la délivrance par le gouvernement de Dieu et à l’assurance de son accomplissement. La connaissance de l’Éternel et la droiture de coeur caractérisent ici les justes, tandis que les ennemis se distinguent par leur orgueil et leur malice. La foi du juste les voit d’avance tombés et incapables de se relever (vers. 12).

 

2.35                   Psaume 37

Le Psaume 37 est en rapport très évident avec la manifestation du gouvernement direct de Dieu dans ce monde, telle qu’elle aura lieu quand les débonnaires hériteront la terre et que les méchants seront retranchés. Nous avons déjà vu que les épîtres de Pierre contiennent tout particulièrement le rapport de ce gouvernement de Dieu avec la condition chrétienne, dans la mesure selon laquelle il s’y applique. Nous trouvons aussi, au commencement de Matthieu 5, mais avec un caractère beaucoup plus évangélique, quoique sans aller au-delà du royaume des cieux, l’application de ce gouvernement en forme de promesses, relatives à l’état moral qui plaît à Dieu.

Ce Psaume contient en outre des exhortations intéressantes et fort instructives quant à l’esprit dans lequel le croyant doit marcher et quant au caractère de sa confiance en Dieu, au milieu du mal qui l’entoure. Le temps de la manifestation directe du gouvernement de Dieu n’est, il est vrai, pas encore arrivé, et, sans aucun doute, à la veille d’être détruite, la puissance oppressive du mal grandira plus que jamais ; toutefois, maintenant déjà, le mal est à l’oeuvre et c’est le temps de la patience. Jusqu’à la venue de Christ nous sommes, en principe, dans le mauvais jour ; la patience et le royaume de Jésus Christ trouvent place ensemble dans nos coeurs ; mais non pas son propre royaume et sa gloire. Toutes ces exhortations sont fondées sur la certitude qu’après tout l’Éternel est au-dessus de tout mal, qu’il aime la droiture, qu’il n’oublie pas les justes et ceux qui se confient en Lui, et qu’en fin de compte, c’est la voie de l’Éternel qui aura le dessus. En attendant, la foi est exercée ; on juge tout ce qui dans le coeur pourrait nuire au caractère spirituel et empêcher la confiance dans le Seigneur qui convient au saint.

La première exhortation est relative à la tranquillité d’esprit. «Ne t’irrite pas». Elle est générale et s’applique à la disposition d’esprit. Lorsque la propre volonté et le désir de se trouver à l’aise se mêlent à l’amour de la justice, lorsqu’on désire la justice, (et on le fait parfois en partie à cause de la crainte qu’inspire la puissance du mal) tout en aimant la paix qui satisfait des intérêts égoïstes, on est enclin à s’irriter lorsqu’on voit les méchants réussir. C’est là, au fond, le même esprit d’incrédulité que celui des méchants ; quoiqu’avec d’autres désirs, c’est de l’incrédulité et de la propre volonté. La colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu. Nous ne devons pas nous irriter, c’est de la méfiance ; ni être jaloux, ce qui est plus mauvais encore, car c’est de l’égoïsme. Voici maintenant l’instruction positive touchant l’esprit dans lequel nous devons marcher, la ressource contre la puissance du mal : «Confie-toi en l’Éternel et pratique le bien». Selon la promesse tu en recueilleras le fruit.

Ensuite (vers. 4) : «Fais tes délices de l’Éternel : et il te donnera les demandes de ton coeur». De saints désirs qui ont Dieu pour objet seront satisfaits ; on rencontrera l’opposition, la honte, peut-être la calomnie : «Remets ta voie sur l’Éternel». Combien cela est vrai ! C’est Lui qui a toujours, comme on dit, le dernier mot, pourvu que nous ayons la foi d’attendre. Il accomplira ce que le coeur du juste désire, et rendra évidente la justice de ce dernier.

Au verset 7, nous trouvons le caractère le plus évident de la confiance : il consiste en ce que le coeur et les désirs s’attendent patiemment à l’Éternel. Que les circonstances tumultueuses, la violence et les efforts de l’ennemi, se pressent autour d’elle, l’âme attend patiemment qu’il plaise à l’Éternel d’intervenir quand il Lui plaira. Que les méchants prospèrent, l’Éternel a son heure déterminée qui vient toujours à propos et met tout en ordre. Il peut vouloir nous châtier pour notre avantage, amener ses desseins à maturité, patienter avec les méchants, faire ressortir sa gloire, ce qui est notre joie éternelle. Ainsi, ni dépit, ni colère, ni agitation, ni inquiétude ; car, en laissant agir dans ces choses notre propre volonté pour combattre le mal, nous ne ferions qu’y tomber nous-mêmes ; telle n’est point la patience et la foi des saints. «Ceux qui font le mal seront fauchés» ; les saints ne doivent pas être de ce nombre. «Ceux qui s’attendent à l’Éternel, ceux-là posséderont le pays», de même aussi les débonnaires (v. 11) et les bénis de l’Éternel (v. 22). Tout cela, sans doute, concerne les Juifs ; mais, nous l’avons vu, le gouvernement de Dieu s’exerce toujours, quoiqu’il ne soit pas encore manifesté publiquement ; et quand l’âme s’est attendue à Lui patiemment, elle trouve sa bénédiction même ici-bas. La dernière partie du Psaume expose avec soin que la manifestation publique de ce gouvernement de la terre sera en rapport avec les Juifs ; et quoiqu’il agisse plus secrètement pendant le temps de la grâce céleste, son existence n’en est pas moins réelle.

Il y a encore, sur la bénédiction, quelques passages que je voudrais faire remarquer : «Par l’Éternel, les pas de l’homme sont affermis». C’est une grande et précieuse bénédiction de penser qu’en ce désert, où il n’y a point de chemin au milieu de la confusion et de l’iniquité, notre Père affermit nos pas. Un jeune chrétien, plein de confiance en son zèle, pourra bien ne pas apprécier la valeur d’une telle assurance ; mais combien d’expériences ne lui faudra-t-il pas traverser ? Pour qui a vu le monde, pour qui en connaît les pièges, et a fait l’expérience que c’est un désert d’iniquité, sans chemin pour vous conduire, il est infiniment précieux de savoir que le Seigneur affermit nos pas. Le jeune chrétien, lui aussi, lorsqu’il est humble, est affermi par la grâce s’il s’attend au Seigneur, quoiqu’il n’en comprenne que plus tard le privilège immense et ne saisisse point encore la sagesse et la miséricorde de Dieu. Mais ce n’est pas tout. Lorsqu’on est ainsi affermi, le chemin est bon, il est divin ; il n’y en a pas d’autre et le coeur y marche d’un pas assuré ; car le chrétien est conduit par l’Esprit de Dieu ; son coeur est dans Ses sentiers, comme dit Moïse : «Fais-moi connaître ton chemin (non pas un chemin), et je te connaîtrai». Si je connais les voies d’une personne, je connais aussi la personne. Dieu conduit par son Esprit qui agit sur l’homme intérieur et en lui, et la Parole sanctifie. Alors Il prend son plaisir à la voie du saint ; Il trouve ses délices à voir un chemin divin suivi par un homme au milieu de ce monde d’iniquité. Christ a suivi ce sentier d’une manière parfaite, et Dieu y a pris ses délices. En tant que nous suivons Christ, notre voie fait aussi les délices de Dieu ; elle est selon son coeur.

Remarquons bien qu’il n’y a pas d’autre chemin que Christ. Adam n’avait pas besoin d’un chemin ; il devait rester où il était, et y jouir de la bonté de Dieu. Dans un monde de péché, il n’y a point de chemin ; tout y est péché, confusion. Mais Christ Lui-même manifesta, selon Dieu, en ce monde, la vie divine et le sentier de cette vie à travers le monde auquel elle n’appartenait pas. C’est une chose toute nouvelle, manifestée en partie dans chaque saint pendant sa marche de foi ici-bas ; mais ayant son existence propre et manifestée en Christ d’une manière parfaite. Tel est notre sentier. Nous avons à suivre les pas de Christ, il est le chemin qui mène au Père et c’est vers Lui que nous allons. C’est un privilège immense, de savoir que nos pas sont conduits par le Seigneur pour nous garder du mal et qu’ensuite il prend plaisir à notre voie. Quel chemin au milieu de ce monde pervers ! Comme nous devons soigneusement nous y tenir, sans nous en laisser dévier ni distraire ! Nous trouvons ici, comme en Colossiens 3 et Éphésiens 4:5, les préceptes bénis qui s’y rapportent.

Remarquons encore une autre grâce. Dieu veille sur le saint ; s’il tombe (c’est-à-dire dans l’épreuve, non pas d’une manière charnelle), il n’est pas entièrement abattu (cf. 2 Cor. 4:9, etc)., car l’Éternel lui soutient la main. Il peut entrer dans les vues de Dieu, dans le gouvernement de Dieu à son égard, que le saint soit abaissé, qu’il soit mis de côté ; mais la main du Seigneur est en cela, elle ne l’a pas abandonné, elle le soutient. Le vase peut être brisé ou déshonoré par les hommes, la puissance est de Dieu.

Il y a une raison morale pour les voies de Dieu. Il aime la droiture (vers. 28) ; outre cela, nous avons l’assurance de son amour souverain, il aime ses saints, ils sont gardés à jamais. Puis, en rapport avec les voies de cette justice, nous trouvons ici quelques-uns des traits qui distinguent le juste : «Sa bouche profère la sagesse», c’est-à-dire la pensée de Dieu, «et sa langue parle la droiture», c’est-à-dire la droiture des voies divines, au point de vue de Dieu ; la manière dont Dieu juge du bien ou du mal. «La loi de Dieu est dans son coeur» ; son coeur est dans le chemin de la volonté révélée de Dieu. «Ses pas ne chancelleront pas». Nous devons donc nous attendre au Seigneur et garder sa voie. La fin de l’homme intègre et de l’homme droit, c’est la paix. En pratique, il en est de même du chrétien. Il se peut qu’il soit châtié pour des fautes particulières, car les voies de Dieu sont, à travers la grâce, justes et immuables ; mais s’il marche ici-bas d’un coeur intègre, durant les jours de sa vie, elle se terminera, pas encore en gloire peut-être, mais en paix. Craindre Dieu et marcher en sa présence c’est un grand moyen d’avoir la paix. Je ne parle pas de la paix, acquise pour la conscience d’un pécheur par le sang précieux de Christ, mais de la paix de Dieu qui remplit le coeur lorsqu’on expose toutes choses devant Lui.

Enfin, le Seigneur est la force des justes au temps de la détresse (v. 39). Il leur aide et les délivre ; il les délivrera de leurs ennemis, parce qu’ils se confient en Lui. Cela est toujours vrai.

 

2.36                   Psaume 38

Le Psaume 38 nous présente un état d’âme particulier. La relation du coeur avec Dieu est connue et appréciée, même avec confiance, tandis que l’âme continue à exprimer ses sentiments : «Je m’attends à toi, Éternel ! Toi, tu me répondras, Seigneur mon Dieu !» Toutefois l’âme est au comble de l’affliction et de la détresse, qu’elle envisage comme le châtiment du Seigneur. Elle est sous le châtiment, mais elle prie pour en être délivrée. Du milieu de la détresse la plus profonde, affligée par une maladie répugnante, abandonnée de ses amis, entourée d’ennemis actifs, dans un état qui a quelque similitude avec celui de Job, l’âme regarde à l’Éternel. Le coeur attribue au péché toutes ces souffrances, mais tout d’abord il regarde à l’Éternel et voit sa main. Voilà ce qui montre de la foi et un esprit droit.

L’ordre des pensées qui se suivent ici est remarquable ; d’abord le jugement de l’Éternel, ensuite le péché qui en est la cause, puis la misère personnelle, l’abandon des amis, l’activité et le mauvais vouloir des adversaires ; puis la conscience de tout cela, et, comme résultat, la confiance du coeur en Celui qui a frappé et son recours à Lui seul. Enfin ce qui était au fond du coeur se découvre : c’est l’espoir en l’Éternel, la conscience de Lui appartenir si intimement que le triomphe des adversaires de la foi est impossible ; mais le sentiment de la nécessité de son intervention, parce que la pauvre âme pécheresse n’a aucune force en elle-même.

Tout cela conduit à l’expression d’une vraie intégrité de coeur. Non seulement le péché est reconnu comme étant la cause du jugement, mais il est aussi confessé ; de plus, on se juge soi-même devant un Dieu en qui l’on se confie et ainsi l’on peut Lui demander librement son secours. Désormais l’âme qui, par la grâce, a été rendue capable, en se jugeant, de se séparer du péché, est aussi capable de distinguer entre ses ennemis et les jugements que l’Éternel fait tomber sur elle par leur moyen. Dès lors, elle n’envisage les ennemis que dans leur propre malice, dans leur hostilité contre le serviteur de l’Éternel, dans leur haine de ce qui est juste, et elle peut réclamer le secours de l’Éternel contre eux. En effet, le croyant, quoique dans le passé il ait gravement péché et doive subir la juste humiliation qui en est la conséquence, poursuit en réalité le bien dans sa marche ici-bas ; et s’il est vrai que l’Éternel se sert de la malice des méchants comme d’une verge, ce n’est certes pas le mal que les méchants haïssent dans les saints, mais bien au contraire les rapports de ces derniers avec celui qu’ils reconnaissent pour leur Seigneur. Néanmoins le jugement était juste. Telle sera l’histoire véritable du Résidu lorsque, sous les coups terribles du châtiment de l’Éternel, il se sera décidément tourné vers la justice. Mais aussi quelle instruction pour nous-mêmes, lorsque nous subissons un châtiment pour avoir mal fait !

Ce Psaume paraît se rapporter au châtiment compliqué d’un cas particulièrement grave ; mais, lorsque nous sommes sous la discipline, comme il nous enseigne où nous devons regarder, par quoi il nous faut commencer ! Il peut y avoir le sentiment que la main de Dieu nous châtie à cause du péché ; que sa colère est méritée ; mais si le coeur regarde à l’amour fidèle du Seigneur dans ses relations avec nous, nous crierons à Lui, pour qu’il détourne l’ardeur de sa juste colère et de sa fureur. Il y a un gouvernement de Dieu en rapport avec sa nature ; et quoique ses châtiments ne détruisent ni notre foi ni la connaissance de notre relation avec Lui (avec le Père), ni la certitude qu’il ne saurait y avoir de péché imputé au croyant, toutefois l’âme qui se sent sous le poids du gouvernement de Dieu, ne se tranquillise pas avec ces pensées. Elles sont, à coup sûr, d’une immense importance ; elles forment la base de notre confiance ; elles soutiennent et dirigent l’âme d’une manière très réelle ; mais elles ne sont pas, dans le cas particulier, l’objet que nous avons directement en vue. L’âme a plutôt devant elle la sainte nature du Dieu avec lequel nous avons communion, et ce qu’il est nécessairement par rapport au péché. Le gouvernement de Dieu est selon cette nature, qui a été, il est vrai, glorifiée par l’oeuvre de la rédemption, quant à l’imputation du péché ; mais quoique l’âme ne mette pas en doute la rédemption, elle a néanmoins, pour le moment et avec raison, le sentiment que Dieu, suivant sa propre nature et comme Seigneur dans son gouvernement, doit voir le péché avec colère ; l’âme ne raisonne pas sur ces choses. C’est parce que nous avons une nature qui connaît Dieu et une conscience réveillée, que nous sentons cela à l’égard de nous-mêmes ; et la connaissance de la bonté de Dieu rend encore plus terrible le jugement que nous portons sur nous-mêmes. Ce n’est ni le désespoir, ni le doute quant à la justification ; mais l’âme ne se cache pas derrière la connaissance de sa justification, pour échapper au sentiment de l’estimation que Dieu fait du péché. C’est parce qu’elle connaît le Seigneur, que l’âme le supplie d’arrêter la colère et la fureur que mérite son péché ; c’est parce qu’elle le connaît, qu’elle s’attend à Celui dont elle a mérité le déplaisir. Dans l’épreuve, on regarde à la main et aux pensées de Celui qui l’inflige ; on interprète les voies de Dieu, parce que tout vient de sa main, et l’on recherche quelle est sa pensée. Dès lors, la relation avec Dieu étant présente à la conscience, le coeur saisit la valeur et la puissance de l’épreuve comme moyen de purification plutôt que comme exercice de la colère divine. Il peut dire : «Seigneur ! tout mon désir est devant toi, et mon gémissement ne t’est point caché».

Cette manière d’introduire le Seigneur dans les châtiments qu’il inflige ; de l’introduire selon la plénitude de son amour et selon sa relation avec nous, est de toute beauté. Dieu devient ainsi, pour le coeur, la clef de ses propres voies. Le coeur retrouve son équilibre et, comme nous le voyons à la fin du Psaume, il a la conscience que Dieu est pour lui, sa ressource contre l’épreuve qui l’accablait auparavant, épreuve à l’égard de laquelle, dans le sentiment du péché qui en avait été la cause, il suppliait Dieu de détourner sa colère et sa fureur. Tel est le résultat, lorsqu’on regarde directement à Dieu et que l’on confesse simplement, du fond de l’âme, le mal qu’on a commis envers Lui. Les rapports entre l’âme et Dieu sont réglés, et, dès lors, on règle avec Dieu les difficultés que le coeur éprouve de la part des adversaires. Le secret de tout consiste à regarder directement à Dieu Lui-même, tel qu’Il est dans sa relation avec nous, en confessant sincèrement le péché tout en remettant toutes choses entre ses mains. La confiance en l’Éternel est le mobile de toutes les pensées contenues dans ces Psaumes.

La relation de Père, que Dieu prend vis-à-vis de nous, chrétiens, et qui est réalisée par la foi, modifie en un sens la nature de nos sentiments. Nous avons, quand nous regardons à Lui, une impression plus profonde de sa tendresse pour nous et de sa grâce, de sa compassion et de son amour ; mais, en principe, notre sentiment est le même que celui qui est exprimé dans ce Psaume ; s’il est vrai que nous nous confions en son amour, Dieu n’en reste pas moins devant notre âme et notre conscience comme un Dieu qui exerce le gouvernement d’une manière conforme à la sainteté de sa propre nature. On remarquera que l’âme, tout en exprimant à Dieu son désir, est entièrement soumise et se tait sur les injustices de ses ennemis, parce qu’elle espère et se confie en Dieu, et qu’elle s’en remet à Lui, après avoir, dans un esprit de confession, rejeté tout son fardeau sur Lui et considéré l’épreuve comme venant de sa main. Autrement l’âme n’aurait pas mis le Seigneur entre elle et ses ennemis (vers. 13 et suivants).

 

2.37                   Psaume 39

Le Psaume 39 exprime le néant de l’homme en présence d’un mal qui se présente avec des prétentions à la puissance, tandis que le saint s’en remet à l’Éternel. En présence des méchants il est resté muet, de peur qu’il ne parlât follement ou qu’il ne s’élevât contre eux, comme si lui aussi avait de la force, tandis que tout, dans l’homme, n’est que vanité. Ensuite, dans l’épreuve qu’il a à traverser, le saint voit la main de Dieu, il a recours à Lui afin d’être délivré et aussitôt, pour ainsi dire, toutes les prétentions des méchants s’évanouissent. L’Éternel le châtiait à cause de son iniquité. Le croyant est étranger en ce monde ; il y séjourne avec Dieu, qui seul connaît la durée de ce pèlerinage. Il ne dépend pas de l’arrogance ni du succès des méchants ; il ne doit pas non plus s’inquiéter de leurs bruyantes prétentions ; autrement il agirait comme étant de ce monde dont il n’a rien à réclamer. Vivons-nous toujours ainsi ? Au verset 12, le saint prend cette place d’Abraham, de David et de tous ceux qui ont marché par la foi, mais sa requête comme juif croyant, ne va pas au-delà d’une délivrance terrestre ; seulement il rapporte à Dieu le châtiment et la délivrance. C’est aussi ce que nous pouvons faire, lorsque nous nous trouvons sous la discipline du Seigneur (v. 9, 10). En ce qui concerne le gouvernement et les voies de Dieu, ce désir est dans l’esprit du Nouveau Testament.

 

2.38                   Psaume 40

Dans tous ces Psaumes, nous avons vu le saint en chute (le Résidu), regardant à un Dieu qu’il connaît selon sa relation personnelle et sa grâce immuable, malgré cet état de chute. Au Psaume 40, nous trouvons Christ prenant une position de patience, mais sans chute, et fournissant ainsi un motif de confiance, même pour ceux qui sont tombés, puisqu’il prend sa place avec eux dans leurs afflictions et dans le sentier de l’intégrité sur la terre ; car ils sont après tout les saints, les excellents de la terre. Aussi Christ ne manque-t-il pas de se placer Lui-même sous le fardeau du mal et des péchés sous lequel Israël s’est mis par sa propre faute. Quoique ceci soit vrai sous tous les rapports, quant à la rédemption d’Israël, nous connaissons cependant cette vérité d’une manière plus profonde, car Christ a glorifié Dieu de manière à nous donner une place dans le ciel.

Telle n’est pas la pensée de ce Psaume ; mais la manière dont Christ s’identifie ici avec Israël, selon l’intégrité du Résidu fidèle, est profondément instructive et nous fait entrer d’une façon admirable dans l’intelligence de l’un des côtés particuliers de ses souffrances. Christ n’est pas envisagé ici comme mourant pour faire l’expiation ou porter la colère, mais comme mourant au milieu des souffrances, des douleurs et de l’angoisse. Et elles sont bien telles, quoique, en même temps, il subisse les souffrances expiatoires, en buvant la coupe de la colère ; et à ce point de vue il ne souffre pas avec son peuple, mais pour son peuple. Ici, au contraire, Dieu est envisagé comme secourant Christ lorsque, dans son affliction, il s’attend à l’Éternel. Cette affliction pèse sur le Résidu, comme conséquence de l’opposition d’Israël, de ses fautes, de son abandon de Dieu. Christ qui a été fidèle à Dieu en toutes choses, comme il le dit dans ce Psaume, participe à cette affliction et y entre en grâce divine.

Il ne s’agit nullement ici de ses relations personnelles avec Dieu, mais de sa participation aux relations du Résidu avec Dieu, comme faisant partie d’Israël. Les siennes ont été parfaites ; les leurs, quoique fondées d’une part sur la fidélité de l’Éternel, sont, d’autre part, actuellement le fruit du péché. Christ est ici à la fin de sa vie, terminée moralement déjà quant à son service. Pendant cette vie, il avait accompli la volonté de Dieu, dans le corps qui Lui avait été préparé ; il avait déclaré fidèlement la justice de Dieu dans la grande congrégation (vers. 9), c’est-à-dire, publiquement au milieu d’Israël. Maintenant, à cause de ce témoignage fidèle envers les hommes, des maux sans nombre tombent sur lui. La même chose arrivera au Résidu ; leurs épreuves, de la part des orgueilleux, seront la conséquence de leur fidélité et de leur témoignage, mais avec cette différence qu’ils les auront méritées comme impliqués eux-mêmes dans les péchés du peuple.

Nous savons que ce qui est dit ici de Christ, a eu lieu en réalité quand son heure fut venue, l’heure de ses ennemis et de la puissance des ténèbres.

Dans ce Psaume, puisqu’il n’est pas question de ses souffrances en propitiation, mais de son association avec (et non pour, comme je l’ai dit) le Résidu, nous ne trouvons pas les paroles : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» comme au Psaume 22, qui contient le fondement de la grâce en justice. Ici, au contraire, il s’agit de la vie parfaite de Christ et de ses souffrances au moment de la quitter, souffrances au milieu desquelles il s’en remet à la fidélité et à la bonté de l’Éternel, instruisant ainsi son peuple à s’y confier à son tour, et lui fournissant dans l’épreuve l’exemple de sa propre perfection : «J’ai attendu patiemment l’Éternel !» La patience avait là son oeuvre parfaite, leçon importante pour nous ! La chair peut attendre longtemps, mais jamais elle n’attend jusqu’à ce que le Seigneur intervienne, jamais avec une entière soumission ; jamais elle ne se confie en sa puissance et sa fidélité seules, selon la perfection dans l’obéissance à sa volonté. Saül attendit près de sept jours, mais ce en quoi était sa confiance charnelle, son armée, diminuait ; les Philistins, ses orgueilleux ennemis, étaient là ; il n’attendit pas jusqu’à ce que Dieu intervînt par le moyen de Samuel. Eût-il obéi, eût-il senti qu’il ne pouvait rien par lui-même et n’avait qu’à obéir et à attendre, alors il eût dit : «Je ne puis ni ne dois rien faire jusqu’à ce que l’Éternel m’envoie Samuel». Mais la chair s’appuyait sur sa propre sagesse et se confiait en sa force, malgré les formes de la piété, et tout fut perdu. Épreuve et défaite de la chair ! Christ éprouvé s’attendit patiemment à l’Éternel. Il fut parfait et accompli dans toute la volonté de Dieu. Tel est aussi notre sentier en vertu de la grâce.

Voilà l’importante instruction personnelle contenue dans ce Psaume, sauf que la propre perfection de Christ est toujours la plus grande de toutes les instructions. Ici il se présente Lui-même comme modèle : «J’ai attendu patiemment l’Éternel». C’est-à-dire, j’ai attendu jusqu’à ce que l’Éternel en personne intervînt. Quoique mis à l’épreuve jusqu’au bout, il n’y eut chez lui aucun mouvement de propre volonté ; de là sa perfection.

Son coeur était parfaitement droit : il ne voulait d’autre délivrance que celle de l’Éternel. C’est là un point de toute importance quant à l’état du coeur. Il sait qu’il n’y en a pas d’autre, et que l’Éternel est parfaitement juste, lorsque sa volonté morale a été parfaitement accomplie et que sa justice a été revendiquée quand il le fallait. Il y a la perfection connue de la volonté de Dieu, le seul titre de Christ ; puis la perfection de sa soumission et son désir qui ne tend que vers Lui.

Comme il s’agit ici d’un modèle pour les saints, l’épreuve est considérée comme telle, la mort n’est mentionnée qu’en tant qu’elle peut être une épreuve ; le puits de la destruction, le bourbier fangeux sont des images de détresse, de terreur et, humainement parlant, de danger. La ressource, c’est de crier à l’Éternel, et il est exaucé à cause de sa crainte. Ici Christ parle en personne, mais au verset 3, la délivrance le rend capable de s’adresser au Résidu : «Il a mis dans ma bouche un cantique nouveau, la louange de notre Dieu» ; ils peuvent chanter même la délivrance des maux venus sur eux en conséquence de leurs péchés. «Plusieurs le verront, et craindront, et se confieront en l’Éternel» ; ceci ouvre la porte aux Gentils.

Dieu est intervenu pour délivrer des effets du mal : et il a mis, dit l’affligé, mes pieds sur un roc, au-dessus du mal et de tous ses effets. Cette fidélité de la grâce, cette délivrance divine manifestée chez Celui qui avait été plongé jusqu’au fond de l’épreuve, devient un lieu de repos pour la foi d’autres fidèles, d’autant plus que Christ avait subi l’épreuve comme conséquence de l’état du peuple devant Dieu. Aussi la fidélité de Dieu et sa délivrance sont-elles appliquées à l’état du Résidu, bien qu’applicables aussi à tout fidèle éprouvé par la méchanceté d’autrui et la puissance du mal, qu’il a peut-être attirée sur lui-même. «Bienheureux l’homme qui a mis en l’Éternel sa confiance, et ne s’est pas tourné vers les orgueilleux», vers les prétentions élevées de l’homme et le succès apparent de sa méchanceté, «ni vers ceux qui se détournent vers le mensonge», qui abandonnent Dieu, pour chercher des refuges trompeurs et les déceptions de l’incrédulité.

Ensuite, comme homme, Christ commence à réciter les merveilles de la fidélité de Dieu envers son peuple : «Tu as multiplié tes oeuvres merveilleuses et tes pensées envers nous». Il s’associe au peuple.

Le verset 6 introduit sur la scène, à part de tous, l’Être glorieux, Celui qui, dans l’éternité, pouvait s’entretenir avec l’Éternel, le Fils, la Parole qui était auprès de Dieu, qui était Dieu, qui était dès le commencement auprès de Dieu. Selon ce qui était écrit de lui dans le rouleau du livre, il trouve préparée pour Lui la place de l’obéissance (tu m’as creusé des oreilles, formé un corps) ; et selon les conseils divins et par amour pour nous, il entre librement et volontairement dans cette place d’obéissance. Une fois qu’il l’a prise en devenant homme, et qu’il a revêtu la forme d’esclave, ses délices sont de faire la volonté de Dieu ; la loi de Dieu est au-dedans de ses entrailles. Tel est Christ comme homme obéissant ; se présentant dans sa libre volonté, prenant le corps qui Lui a été préparé, entrant comme esclave parfait dans la place de l’obéissance volontaire et joyeuse.

Le verset 6 nous présente la pensée et les conseils de Dieu ; le verset 7, Christ se présentant librement pour faire la volonté de Dieu selon ces conseils. Mais n’oublions pas qu’il parle après s’être fait homme et que les versets 6 et 7 sont une révélation de ce qui s’est passé dans le monde éternel (pensée merveilleuse !) nous disant comment Christ est devenu homme. Au verset 8, de même qu’au verset 5, Christ parle comme occupant sa place sur la terre. «Mon Dieu, j’ai pris plaisir à faire ta volonté et ta loi est au-dedans de mes entrailles». Telle est sa perfection comme homme.

Aux versets 9, 10, nous trouvons la perfection de son service ; il a annoncé la justice devant tout le peuple d’Israël, il ne l’a pas retenue ni cachée au-dedans de son coeur ; c’est une leçon pour chacun de nous, mais il faut s’en servir sous la direction divine. Il a annoncé la justice de Dieu, ses voies, sa nature, ses jugements, le jugement du mal et ce que Dieu était dans ce jugement, puis sa fidélité et sa délivrance (il y avait cela en l’Éternel pour Israël), sa bonté et sa vérité. Il a annoncé la justice à l’homme et cela d’une manière parfaite ; il a pleinement déclaré ce que l’Éternel était envers Israël dans toute la perfection de sa nature et de son caractère. Tout cela il l’a fait, mais il en demande le plein accomplissement. Mais alors Celui qui avait librement entrepris ce service pour la gloire de Dieu envers Israël, se trouve dans une position nouvelle (v. 11, etc). ; son dévouement Lui attire la haine du peuple, l’opposition de tous ceux qui prennent plaisir à son malheur.

Ce grand débat et la nécessité de la délivrance des saints font surgir la question de savoir quel est, aux yeux de Dieu, l’état de ceux qui ont besoin d’être délivrés. Or, quoique ce Psaume ne parle pas de l’expiation, nous voyons ici que l’expression gouvernementale de la pensée de Dieu à l’égard du péché d’Israël pèse sur l’âme de Christ, comme elle pèsera en effet plus tard sur le Résidu ; car celui-ci, impliqué dans le péché d’Israël, comme faisant partie de ce peuple, sentira s’appesantir sur lui les conséquences des iniquités d’Israël et moissonnera ce qu’Israël a semé. Ainsi le Résidu sera sous le poids, non pas de la condamnation (car ce fardeau, Christ l’a porté pour eux dans l’expiation), mais des épreuves et de la détresse qui seront pour eux l’expression du déplaisir de Dieu. Mais au milieu de tout cela, la foi vraie s’attendra à la bonté et à la vérité de l’Éternel qui avaient été proclamées, tandis que la déclaration de la justice leur fera sentir qu’elle témoigne contre le péché, par l’angoisse qui en sera la conséquence : position analogue à celles des frères de Joseph devant lui.

 

2.39                   Psaume 41

Le Psaume 40 nous a parlé du Seigneur venant prendre la place de l’obéissance dans le corps qui lui avait été préparé, descendant ici-bas pour être affligé et pauvre, et s’attendant patiemment à l’Éternel.

Le Psaume 41 parle de la bénédiction de ceux qui étaient capables de discerner cette place de l’affligé. Le Seigneur y était avant tous et l’a comprise mieux que personne ; mais nous savons, d’après les béatitudes de l’Évangile de Matthieu, comment il déclare bienheureux ceux qui, en vertu de la grâce, sont comme Lui pauvres en esprit. En réalité ces béatitudes sont, presque en entier, la description exacte de ce que Christ était, bien qu’elles soient présentées comme le caractère auquel est attaché la bénédiction : pauvre en esprit, débonnaire, pur de coeur, n’est-ce pas le portrait de Celui qui nous apportait la paix ? Dans l’Évangile de Luc, il s’adresse plus directement à ses disciples : «Bienheureux vous pauvres», leur dit-il, mais il entre dans leurs épreuves et dans leur position, et quand il a mis dehors ses propres brebis, il va devant elles.

Ce Psaume, tout en faisant le tableau d’un caractère général, a trouvé son accomplissement spécial en Christ, qui a cité le verset 9 comme accompli en Lui-même ; et n’est-ce pas l’identification de ce dernier avec le Résidu qui donne aux Psaumes un si profond intérêt ? «Cet affligé a crié» (Ps. 34), et nous trouvons ici l’intelligence de cette position : «Bienheureux celui qui comprend le pauvre» (v. 1). Nous trouvons d’autre part la confiance assurée que l’Éternel le maintiendra dans son intégrité et l’établira devant Lui pour toujours (v. 12). Lorsque l’affligé s’attend à l’Éternel, humble et soumis au milieu de l’épreuve, heureux celui qui entre dans sa position, y prend intérêt et en a l’intelligence spirituelle ! Ce misérable, que poursuit la méchanceté des hommes, regarde à l’Éternel et s’attend à sa miséricorde en intégrité de coeur.