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SIMON PIERRE

 

SA VIE ET SES ÉPITRES

 

W. T. P. Wolston

D’après l’anglais (19ème siècle). Traduction française publiée par
Éditions de Bibles et Traités Chrétiens, Vevey, 1950

 

Table des matières abrégée :

1     Conversion — Jean 1:19-42

2     Consécration — Luc 5:1-11

3     En compagnie de Christ — Marc 1:28-37 ; 3:13-19

4     Marchant sur les eaux — Matthieu 14

5     Un modèle de prière — Matthieu 15:1-20

6     La double confession — Jean 6:23-71 ; Matthieu 16:13-28

7     La transfiguration et le tribut — Matthieu 17

8     Le lavage des pieds — Jean 13

9     Les questions de Pierre — Luc 12 ; Matthieu 18, 19, etc.

10      Criblé comme le blé — Luc 22:31-34, 54-62

11      Restauration et un nouveau mandat — Jean 20:21

12      La Pentecôte et sa première prédication — Actes 1:2

13      Le boiteux — Actes 3 ; 4:1-22

14      L’Esprit du Seigneur tenté — Actes 4:23-37 ; 5:1-16

15      Signes et miracles — Actes 5:12-8

16      Quinze jours avec Paul — Actes 9 ; Galates 1

17      Corneille et sa maison — Actes 10-11:1-18

18      Il sort de prison — Actes 12

19      Résistance à Antioche — Actes 15 ; Galates 2

20      Épitres : 1 Pierre 1 — Notre appel céleste

21      Épitres : 1 Pierre 2 — Notre sacrificature sainte et royale

22      Épitres : 1 Pierre 3 — Notre chemin de souffrance

23      Épitres : 1 Pierre 4 — Notre administration

24      Épitres : 1 Pierre 5 — Exhortations

25      Épitres : 2 Pierre 1 — Participants de la nature divine

26      Épitres : 2 Pierre 2 — Reniant le Maître qui les a achetés

27      Épitres : 2 Pierre 3 — Où est la promesse de sa venue ?

 

Table des matières détaillée :

1     Conversion — Jean 1:19-42

2     Consécration — Luc 5:1-11

3     En compagnie de Christ — Marc 1:28-37 ; 3:13-19

4     Marchant sur les eaux — Matthieu 14

5     Un modèle de prière — Matthieu 15:1-20

6     La double confession — Jean 6:23-71 ; Matthieu 16:13-28

7     La transfiguration et le tribut — Matthieu 17

8     Le lavage des pieds — Jean 13

9     Les questions de Pierre — Luc 12 ; Matthieu 18, 19, etc.

9.1      Question 1 — Responsabilité et récompense

9.2      Question 2 — Comment pardonner

9.3      Question 3 — Dévouement et récompense

9.4      Question 4 — Prière et pardon

9.5      Question 5 — Veille et travail

9.6      Question 6 — Intimité et ses résultats

9.7      Question 7 — Confiance en soi et son issue

10      Criblé comme le blé — Luc 22:31-34, 54-62

10.1    Premier reniement

10.2    Deuxième reniement

10.3    Troisième reniement

11      Restauration et un nouveau mandat — Jean 20:21

12      La Pentecôte et sa première prédication — Actes 1:2

13      Le boiteux — Actes 3 ; 4:1-22

14      L’Esprit du Seigneur tenté — Actes 4:23-37 ; 5:1-16

15      Signes et miracles — Actes 5:12-8

16      Quinze jours avec Paul — Actes 9 ; Galates 1

17      Corneille et sa maison — Actes 10-11:1-18

18      Il sort de prison — Actes 12

19      Résistance à Antioche — Actes 15 ; Galates 2

20      Épitres : 1 Pierre 1 — Notre appel céleste

20.1    1 Pierre 1:1

20.2    1 Pierre 1:2

20.3    1 Pierre 1:3, 4

20.4    1 Pierre 1:5

20.5    1 Pierre 1:6

20.6    1 Pierre 1:7

20.7    1 Pierre 1:8

20.8    1 Pierre 1:9

20.9    1 Pierre 1:10-12

20.10     1 Pierre 1:13

20.11     1 Pierre 1:14-16

20.12     1 Pierre 1:17

20.13     1 Pierre 1:18-19

20.14     1 Pierre 1:20

20.15     1 Pierre 1:21

20.16     1 Pierre 1:21

20.17     1 Pierre 1:23

20.18     1 Pierre 1:24-25

20.19     1 Pierre 2:1-3

21      Épitres : 1 Pierre 2 — Notre sacrificature sainte et royale

21.1    1 Pierre 2:4, 5

21.2    1 Pierre 2:9

21.3    1 Pierre 2:7-8

21.4    1 Pierre 2:10

21.5    1 Pierre 2:11

21.6    1 Pierre 2:12-15

21.7    1 Pierre 2:16

21.8    1 Pierre 2:17

21.9    1 Pierre 2:18

21.10     1 Pierre 2:19-22

21.11     1 Pierre 2:23

21.12     1 Pierre 2:24-25

22      Épitres : 1 Pierre 3 — Notre chemin de souffrance

22.1    1 Pierre 3:1, 2

22.2    1 Pierre 3:3, 4

22.3    1 Pierre 3:7

22.4    1 Pierre 3:8

22.5    1 Pierre 3:9

22.6    1 Pierre 3:10, 11, 12

22.7    1 Pierre 3:13, 14

22.8    1 Pierre 3:15

22.9    1 Pierre 3:16

22.10     1 Pierre 3:17

22.11     1 Pierre 3:18

22.12     1 Pierre 3:19-22

23      Épitres : 1 Pierre 4 — Notre administration

23.1    1 Pierre 4:1-3

23.2    1 Pierre 4:4, 5

23.3    1 Pierre 4:6

23.4    1 Pierre 4:7

23.5    1 Pierre 4:8

23.6    1 Pierre 4:9

23.7    1 Pierre 4:10

23.8    1 Pierre 4:11

23.9    1 Pierre 4:12-14

23.10     1 Pierre 4:15

23.11     1 Pierre 4:17

23.12     1 Pierre 4:18

23.13     1 Pierre 4:19

24      Épitres : 1 Pierre 5 — Exhortations

24.1    1 Pierre 5:1

24.2    1 Pierre 5:2

24.3    1 Pierre 5:3

24.4    1 Pierre 5:5

24.5    1 Pierre 5:6

24.6    1 Pierre 5:7

24.7    1 Pierre 5:8, 9

24.8    1 Pierre 5:10, 11

24.9    1 Pierre 5:12

24.10     1 Pierre 5:13

24.11     1 Pierre 5:14

25      Épitres : 2 Pierre 1 — Participants de la nature divine

25.1    2 Pierre 1:1

25.2    2 Pierre 1:2

25.3    2 Pierre 1:3, 4

25.4    2 Pierre 1:4

25.5    2 Pierre 1:5-7

25.6    2 Pierre 1:8

25.7    2 Pierre 1:9

25.8    2 Pierre 1:10

25.9    2 Pierre 1:11

25.10     2 Pierre 1:12-14

25.11     2 Pierre 1:15

25.12     2 Pierre 1:16-18

25.13     2 Pierre 1:19

25.14     2 Pierre 1:20, 21

26      Épitres : 2 Pierre 2 — Reniant le Maître qui les a achetés

26.1    2 Pierre 2:1

26.2    2 Pierre 2:2

26.3    2 Pierre 2:3

26.4    2 Pierre 2:4-9

26.5    2 Pierre 2:10, 11

26.6    2 Pierre 2:12-19

26.7    2 Pierre 2:20

26.8    2 Pierre 2:21

26.9    2 Pierre 2:22

27      Épitres : 2 Pierre 3 — Où est la promesse de sa venue ?

27.1    2 Pierre 3:1-4

27.2    2 Pierre 3:5, 6

27.3    2 Pierre 3:7, 8

27.4    2 Pierre 3:10

27.5    2 Pierre 3:11

27.6    2 Pierre 3:12, 13

27.7    2 Pierre 3:15, 16

27.8    2 Pierre 3:17

27.9    2 Pierre 3:18

 

 

1                    Conversion — Jean 1:19-42

Ce passage du quatrième Évangile nous présente sans doute le moment où Simon Pierre, le pêcheur de Bethsaïda, vit le Seigneur Jésus pour la première fois et apprit à le connaître. Aucun événement dans la vie d’un homme n’offre une plus grande importance — le moment où il entre en contact personnel avec son Sauveur. Aussi chacun de nos cœurs devrait-il se poser cette question et y répondre devant Dieu : ai-je à faire avec ce Sauveur vivant ? Quelle joie dut éprouver André, ce jour-là, en amenant son frère à Jésus, en lui faisant rencontrer son Sauveur !

Voyons maintenant comment cet homme au cœur si chaud — Simon, le fils de Jonas — connut le Seigneur, car les anneaux de la chaîne qui conduisent à la conversion, que ce soient les siens, les vôtres ou les miens, sont toujours très intéressants.

À cette époque, Dieu avait envoyé un serviteur à Israël, afin de réveiller le peuple dans le pays tout entier. Ce n’était pas un prophète au doux langage que Jean-Baptiste : il dévoilait à ses auditeurs leurs péchés et leur misère ; et pourtant des multitudes se rassemblaient autour de lui (voir Matt. 3:1-12) jusqu’à ce qu’il pût les abandonner au Sauveur. Jean prêchait la repentance : « Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché », paroles incisives, propres à atteindre les consciences. Ainsi éveillés à la perspective du jugement à venir, ils interrogent : « Que faut-il que nous fassions ? » (voir Luc 3:1-14), et la réponse leur parvient énergique, sans ambages.

Aux publicains, Jean Baptiste recommandait : « Ne percevez rien au-delà de ce qui vous est ordonné » ; aux soldats, il disait : « Ne commettez pas d’extorsions, ni n’accusez faussement personne, et contentez-vous de vos gages » ; et encore : « Déjà même la cognée est mise à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit est coupé et jeté au feu ». Dans un sens, Jean prédisait ainsi la ruine de la nation. Si la cognée était mise à la racine de l’arbre, elle dévoilerait l’état intérieur, et peut-être même la pourriture du cœur de l’arbre. Si la cognée de la Parole de Dieu ouvre — ainsi qu’elle le fait — le cœur de l’homme, elle prouve qu’il est corrompu jusqu’à la moelle (voir Marc 7:20, 23).

Jean usait d’un langage sévère quand les multitudes s’assemblaient autour de lui. « Race de vipères, qui vous a avertis de fuir la colère qui vient ? » Cette admonestation ne tombait pas seulement dans les oreilles de gens simples, mais aussi dans celles de « plusieurs des pharisiens et des sadducéens qui venaient à son baptême », qui cherchaient avidement à échapper à la condamnation de l’enfer.

Jean ne pouvait pas donner le pardon à ses auditeurs, ni leur parler de la grâce, mais il les engageait à se repentir sincèrement, et à être baptisés dans les eaux du Jourdain, tout en confessant leurs péchés. Pendant qu’il baptisait, vint à lui un homme, que Jean connaissait pour être celui qui n’avait pas de péché. Le seul homme pur de tout péché qui fût jamais en ce monde demanda à Jean de le baptiser ; bien que sans souillure, il prit sa place avec le résidu qui se confiait en Dieu. Au moment où il sortait de l’eau, l’Esprit de Dieu descendit sur lui comme une colombe, et une voix venant des cieux, proclama : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir » (Matt. 3:17).

Peu après, Jean vit Jésus venir un jour à lui, et il lui rendit ce merveilleux témoignage : « Voilà l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde ! C’est de celui-ci que moi, je disais : Après moi vient un homme qui prend place avant moi, car il était avant moi… Et Jean rendit témoignage, disant : J’ai vu l’Esprit descendant du ciel comme une colombe, et il demeura sur lui. Et pour moi, je ne le connaissais pas ; mais celui qui m’a envoyé baptiser d’eau, celui-là me dit : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre, et demeurer sur lui, c’est celui-là qui baptise de l’Esprit Saint. Et moi, j’ai vu et j’ai rendu témoignage que celui-ci est le Fils de Dieu » (Jean 1:29-34). Jean avait compris : celui-là seul pouvait bénir l’homme. Acceptons d’abord l’œuvre expiatoire de l’Agneau de Dieu, et nous recevrons ensuite celui qui baptise de l’Esprit Saint ; Jésus est celui qui peut ôter nos péchés, il est aussi celui qui donne le Saint Esprit et qui bénit. Il enlève le péché de deux façons : pour les siens, il annule leurs péchés en mourant sur la croix ; quant à ceux qui, hélas ! le refusent, il les baptise du feu, c’est-à-dire, le jugement viendra sur eux.

Le premier témoignage de Jean à l’égard de Jésus semble avoir produit peu d’effet — personne ne suivit le Seigneur — c’est pourquoi de nouveau sa voix s’élève, le lendemain, et il répète : « Voilà l’agneau de Dieu ! » Jean ne prêche pas ici ; il aimait son Maître et considérait sa beauté morale ; en prononçant ces mots : « Voilà l’agneau de Dieu », il devient le moyen de présenter à l’Époux le germe de l’Épouse future, symbolisée par le fait que deux de ses propres disciples le quittèrent pour suivre Jésus. L’Église ne sera formée que plus tard. L’un des deux qui entendirent parler Jean était André, et l’autre, peut-être l’auteur de cet évangile, celui qui se nomme seulement sous le nom de : « le disciple que Jésus aimait », Jean, le fils de Zébédée.

Jean Baptiste parlait avec tendresse pendant que ses yeux se reposaient sur l’Homme incomparable qu’il connaissait pour être l’Éternel, celui qui venait prendre sur lui toute la question du péché. À l’ouïe de ces mots : « Voilà l’agneau de Dieu », les deux disciples quittèrent Jean pour suivre Jésus ; désormais Jean disparaît et Jésus occupe toute la scène.

Jésus se retourne, voit les deux disciples qui le suivent, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Pouvons-nous répondre comme eux : « Maître, où demeures-tu ? » C’est-à-dire, nous te désirons, toi, nous désirons savoir où nous pouvons être sûrs de toujours te trouver. « Ils allèrent donc, et virent où il demeurait ». Capernaüm, appelée « sa propre ville » (Matt. 9:1), est la localité où il accomplit ses œuvres les plus puissantes, mais c’est aussi celle dont il dut dire à la fin : « Et toi, Capernaüm, qui as été élevée jusqu’au ciel, tu seras abaissée jusque dans le hadès ; car si les miracles qui ont été faits au milieu de toi eussent été faits dans Sodome, elle serait demeurée jusqu’à aujourd’hui. Mais je vous dis que le sort du pays de Sodome sera plus supportable au jour du jugement que le tien » (Matt. 11:23-24). Plus le privilège est élevé, plus sera terrible le jugement pour ceux qui n’y auront pas répondu.

« Ils allèrent donc, et virent où il demeurait ; et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là : c’était environ la dixième heure », autrement dit, il restait encore deux heures de la journée. Oh ! deux heures avec Jésus ! Avons-nous essayé de passer deux heures avec Jésus ? Si tel est le cas, nous ferons comme les disciples : ils cherchent à partager leur joie, et rendent témoignage aussitôt. André, cet homme tranquille, dont nous ne savons plus rien, sinon qu’il accompagna le Seigneur jusqu’à la fin, devient le moyen de conversion d’un des hommes les plus éminents parmi les douze, un homme dont la vie et le ministère occupent une si large place dans les Écritures, et qui fut, lui-même, à la Pentecôte, le moyen de la conversion de trois mille personnes en un jour.

Quel témoignage magnifique que celui d’André : il commence par sa famille : « Celui-ci trouve d’abord son propre frère Simon » ; il débute au centre pour continuer dans son entourage. Non seulement, il « trouve » Simon, mais « il le mena à Jésus ». Heureux service ! Il me semble entendre ce courageux pêcheur dire à son frère : « Nous avons trouvé le Messie (ce qui signifie Christ) ; viens à lui, Simon », et il vient.

Point n’était besoin d’avoir beaucoup d’intelligence, il s’agissait de connaître une Personne, à qui André amène son frère. « Jésus, l’ayant regardé, dit : Tu es Simon, le fils de Jonas ; tu seras appelé Céphas (qui est interprété Pierre) ». Moment solennel dans l’histoire de Pierre ; il arrive dans la présence du Seigneur, et qu’apprend-il ? Il apprend que celui qu’il n’avait jamais vu encore, et qui ne l’avait jamais vu lui non plus, n’ignorait rien de tout ce qui le concernait. Jésus savait ce qu’était Pierre, un pécheur. Mais pourquoi le Seigneur, en s’adressant au nouveau venu, change-t-il son nom ? Dans l’Ancien Testament, les changements de nom sont fréquents ; Dieu changea le nom d’Abram, de Saraï, de Jacob ; Pharaon celui de Joseph, Nébucadnetsar celui de Daniel, et le roi d’Égypte celui du dernier roi de Juda. Le changement de nom suppose que l’on devient le vassal, la propriété de celui qui le fait. Le Seigneur semble dire par là à Simon : « Tu es mien, esprit, corps et âme, et je ferai de toi ce que je veux ». « L’heure vient, et elle est maintenant, que les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront » ; ces paroles s’accomplirent dans l’histoire du pêcheur galiléen. Simon entendit la voix du Fils de Dieu ; peut-être bien qu’au moment même, il ne comprit pas toute la portée de ces mots, mais, plus tard, dans sa première épître, il put écrire : « Duquel vous approchant comme d’une pierre vivante… vous-mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle ». Qu’est-ce qu’une pierre ? Une parcelle de rocher. Qu’est un chrétien ? Une parcelle de Christ, car il est membre du corps de Christ.

Les croyants dans le Seigneur Jésus Christ sont liés, unis à lui. Pierre apprit cette vérité, peu à peu, il est vrai, mais, plus tard, il en réalisa toute la nécessité et toute la bénédiction. Dans ce passage, il veut dire que Christ nous communique cette vie qui est la sienne, nous faisons ainsi partie intégrante de cette maison que Dieu construit. Être une pierre vivante, n’est-ce pas une chose très différente que d’être un pécheur mort ? Comment obtenir cette vie ? En demeurant en contact personnel avec Jésus. André amena Pierre à Jésus, et Jésus lui dit : « Tu es Céphas, c’est-à-dire Pierre ». Tu es une pierre vivante, et, depuis cet instant, tu m’appartiens.

Toute la question du péché a été résolue par la mort de Christ, car, par sa mort, il a annulé le péché et détruit celui qui avait le pouvoir de la mort. Et maintenant, assis à la droite de Dieu, il nous dit : « Regardez à moi, venez à moi ». Si nous allons à lui, non seulement il nous donnera la vie éternelle, mais encore il fera de nous des pierres vivantes. Pierre, ce jour-là, reçut la vie que lui communiqua le Fils de Dieu. Il « passa de la mort la vie » pendant qu’il se tenait devant le Fils de Dieu ; et dès cet instant, son âme fut pour toujours liée au Seigneur. Il ne nous est pas dit qu’il suivit le Seigneur sitôt converti ; mais il fut animé le la vie même de Jésus et devint une « pierre vivante ». Tel est le récit de sa conversion.

 

2                    Consécration — Luc 5:1-11

Les événements, rapportés dans notre premier chapitre, précédaient évidemment d’un certain temps ce qui nous est relaté ici. Bien que converti, l’homme ne commence pas toujours par suivre le Seigneur. Tel fut, semble-t-il, le cas de Simon. Nous ne savons pas s’il accompagna le Seigneur dans ses pérégrinations entre Jean 1 et Luc 5 ; en tout cas, même s’il le fit, il dut reprendre ses anciennes habitudes et la vie de pêcheur qu’il menait avant sa rencontre avec le Seigneur.

Puis, nous n’entendons plus parler de Pierre, jusqu’à ce jour mémorable de son histoire, où nous le voyons s’apprêter à suivre Jésus et à tout abandonner dans ce but ; c’est ce que nous appellerons sa consécration. Le pêcheur est en plein travail quand survient le Seigneur ; poursuivant son œuvre de grâce et de miséricorde, il utilise la nacelle de Simon pour enseigner les foules avec plus d’aisance. Qu’on se représente cette scène bénie, telle que nous la décrit le Saint Esprit : « Il arriva, comme la foule se jetait sur lui pour entendre la parole de Dieu, qu’il se tenait sur le bord du lac de Génésareth ». Une foule, à cet endroit, peut facilement s’expliquer, car c’était une des régions les plus populeuses de la Palestine. En regardant à droite depuis le lac, on voyait au loin Capernaüm, « sa propre ville », tandis que Chorazin, Bethsaïda, Magdala et Tiberias, proches les unes des autres, se succédaient sur la rive ouest du lac bleu, dont les eaux profondes étincelaient sous les rayons du soleil du matin. La flotille rentrait à Bethsaïda (mot qui signifie : la maison du poisson), son port d’attache (?). Pierre, avec l’aide de Jacques et de Jean, et probablement aussi de son frère André, travaillait dans une entreprise importante, puisque des « gens à gages » restaient au service de Zébédée, après que ces quatre furent appelés à suivre le Seigneur (voir Marc 1:16-20). Tout est trouble et agitation en ce qui concerne la vie humaine quand le Seigneur apparaît.

Le récit de Luc se rapporte-t-il aux mêmes faits que celui mentionné par Matthieu 13:2 : « Et de grandes foules étaient rassemblées auprès de lui, de sorte que, montant dans une nacelle, il s’assit ; et toute la foule se tenait sur le rivage » ? Quoi qu’il en soit, l’action du Seigneur est significative, lorsque « montant dans l’une des nacelles qui était à Simon, il le pria de s’éloigner un peu de terre ; et, s’étant assis, il enseignait les foules de dessus la nacelle » (Luc 5:3). Le but du Seigneur, dans ce geste, est clair : il désirait que ceux auxquels il s’adressait pussent l’entendre facilement. Pour chaque petit détail, nous pouvons prendre modèle sur lui.

Luc ne nous rend pas compte du sujet traité par le Seigneur dans son discours ; mais, en supposant que Matt. 13 se rapporte aux mêmes événements, nous puiserons dans cet Évangile nos renseignements complémentaires. Les paroles entendues ce matin-là — Pierre avait lâché le raccommodage de ses filets pour écouter le Seigneur — durent certainement exercer sur lui une grande influence pour la suite de sa vie. Le Fils de Dieu, tel le semeur, répandait libéralement la semence : « La semence est la parole de Dieu ». Le cœur de l’homme est le terrain. Ainsi, la graine tomba, ce jour-là, dans le cœur du disciple et produisit du fruit au centuple. Les effets de la Parole de Dieu sont toujours à longue portée, quoique le fruit soit parfois lent à paraître.

Son discours terminé, le Seigneur se tourne vers Simon avec l’intention de le bénir abondamment. En Jean 1, il avait cherché à lui donner une leçon, en lui faisant comprendre ceci : « Pierre, tu m’appartiens », mais le pêcheur ne dut pas l’avoir entièrement saisie. Aujourd’hui, il reçoit un autre enseignement : « Pierre, toi et tout ce que tu possèdes, vous m’appartenez ». Jésus était monté dans la nacelle de Pierre, sans rien demander, parce qu’elle lui appartenait ; maintenant, il commande : « Mène en pleine eau, et lâchez vos filets pour la pêche » ; à quoi Pierre répond : « Maître, nous avons travaillé toute la nuit, et nous n’avons rien pris ; mais sur ta parole, je lâcherai le filet ». Simon obéit, il connaît un peu celui qui lui parle, et découvre pour finir que, jamais encore, il n’avait fait une pêche aussi fructueuse.

Sa réponse révèle en même temps sa faiblesse et sa foi : faiblesse en ce qui concerne ses propres efforts, et sa foi en celui qui l’invite à lâcher les filets. On n’attrape pas de poisson à la lumière du jour, c’est pourquoi les pêcheurs tendent leurs filets la nuit. La raison aurait jugé que, n’ayant rien trouvé la nuit précédente, on ne prendrait certainement rien en plein jour. Mais la raison ne joue aucun rôle devant Dieu ; la foi seule le comprend ; et « l’obéissance de la foi », aussi bien que sa confiance, se manifeste par ces mots : « Sur ta parole je lâcherai le filet ».

Tout de suite, il se remplit à se rompre, et Simon doit avoir recours à ses compagnons pour le tirer, si bien que « les deux nacelles enfonçaient ». Surpris et effrayé par ce miracle, persuadé en même temps de son état de péché, Pierre « se jeta aux genoux de Jésus, disant : Seigneur, retire-toi de moi, car je suis un homme pécheur ». Il ne voyait pas, en cet instant, deux nacelles pleines de poissons, mais il distinguait la gloire de Dieu dans le Fils de l’homme, le Messie, le Fils de Dieu ; l’obéissance des poissons au Seigneur devait lui rappeler les versets du Psaume 8:4-8. Il est convaincu de sa culpabilité, jamais encore son état de péché ne s’était présenté à lui dans toute sa vérité, et il réalisait enfin qui il était. En Jean 1, il avait compris quelque chose touchant la personne même de Jésus, ici il fait un pas de plus dans cette connaissance ; mais il devait encore apprendre que, par lui-même, il ne pouvait rien et n’était bon à rien. Sentant son incapacité totale, il s’approche de Jésus autant qu’il peut, et s’écrie : « Seigneur, retire-toi de moi, car je suis un homme pécheur ».

Cette expérience est des plus importantes pour chacun de nous. Jean 1 n’avait pas soulevé la question du péché chez Pierre ; là tout est grâce. Ici, le Seigneur permet que cette question soit formulée afin d’atteindre la conscience de Simon. En Jean 1, la grâce, se dégageant de la personne même du Seigneur, a attiré le cœur ; ici, c’est un rayon de la gloire divine qui en illumine les plus profonds recoins. L’effet est immédiat ; la vie de l’homme tombe dans l’ombre la plus profonde. « Pécheur », c’est ainsi qu’il se juge lui-même, d’autant plus parce qu’il n’a pas suivi le Seigneur depuis le jour où il lui parla pour la première fois.

Telle est l’œuvre de la grâce. Pierre est convaincu spirituellement, humilié moralement, amené ainsi au jugement de lui-même devant le Seigneur, comme Job quand il s’écriait : « Mon oreille avait entendu parler de toi, maintenant mon œil t’a vu : c’est pourquoi j’ai horreur de moi, et je me repens dans la poussière et dans la cendre » (Job 42:5-6) ; et comme Ésaïe : « Malheur à moi ! car je suis perdu ; car moi, je suis un homme aux lèvres impures, et je demeure au milieu d’un peuple aux lèvres impures ; car mes yeux ont vu le roi, l’Éternel des armées » (Ésaïe 6:5). L’intrépide pêcheur de Galilée rejoint le patriarche et le prophète dans le chemin de l’humilité et du jugement de soi-même ; d’un cœur brisé, il s’écrie : « Seigneur, retire-toi de moi, car je suis un homme pécheur ».

On ne saurait assez apprécier l’importance d’un tel travail dans une âme ; le défaut du jugement de nous-mêmes explique la faiblesse de notre témoignage. La graine ne peut pas pousser de racines dans un terrain non labouré. Plus sera profond le sillon formé par le sentiment de sa propre culpabilité, plus seront profondes les racines, et plus abondera le fruit produit dans les jours à venir. On voudrait discerner davantage ce travail, là où l’Évangile est annoncé. Si une repentance véritable et sincère se produit grâce au travail de l’Esprit Saint, seulement alors pourra-t-on récolter une moisson au centuple, telle celle que le Seigneur se réjouit d’amasser.

Pierre se sentait tout à fait indigne de rester près de Jésus, et pourtant il ne pouvait pas faire sans lui. Ses actions et ses paroles se contredisent étrangement. « Il se jeta aux genoux de Jésus » — c’est-à-dire qu’il vint aussi près de lui que possible — puis il dit : « Seigneur, retire-toi de moi ». Il ne supposait pas que le Seigneur s’éloignerait de lui, néanmoins il avait moralement raison. Il se savait profondément indigne de Jésus, mais ne pouvait pas vivre sans lui ; ainsi en est-il toujours pour celui qui prend conscience de la présence du Seigneur.

Jésus calme doucement ce cœur troublé en lui disant : « Ne crains pas ; dorénavant tu prendras des hommes ». Il apaise d’une façon bénie cette âme inquiète : « Ne crains pas » ; maintenant encore, il dit à tous ceux qui sont tourmentés : « Ne crains pas ».

« Et ayant mené les nacelles à terre, ils quittèrent tout et le suivirent ». Sans doute, pourrait-on juger Pierre extrêmement imprévoyant et même négligent d’abandonner une aussi riche pêche ; une seule chose compte pour lui, et il répond immédiatement à l’appel du Seigneur : « Venez après moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes » (Matt. 4:19 ; Marc 1:17), il laisse tout ce qu’il avait apprécié jusqu’alors. Son cœur désirait être avec le Seigneur, et avec le Seigneur seulement. Christ éclipse toute autre chose dans son âme ; il quitte tout pour être près de ce Sauveur, pour être son compagnon et son serviteur. Quel choix heureux, quelle soumission bénie de la foi et quelle réponse dictée par l’affection !

Nous ne sommes pas tous appelés, comme Pierre, à laisser une vocation terrestre pour suivre le Seigneur, mais le principe subsiste. La grâce une fois connue, la paix et la joie remplissent le cœur ; la parole divine se fait entendre à nos oreilles : « Ne crains pas », après une confession sincère ; alors suivre le Seigneur est le seul chemin sûr et droit pour l’âme née de nouveau. Nous devons briser tout lien avec le monde, si nous désirons jouir de la faveur du Seigneur. Se décider fermement pour Christ est de toute importance. Pierre tourna le dos au monde, au moment où le monde devenait le plus attrayant, et où lui-même aurait pu réussir mieux que jamais. C’est particulièrement remarquable. En général, les hommes s’adressent au Seigneur quand tout leur fait défaut, et quand leur vie devient, pour ainsi dire, une faillite. Pierre se consacre au Seigneur et à son service quand ses affaires sont le plus florissantes, et que tout paraît contribuer à le faire rester là où il avait trouvé sa joie jusqu’à maintenant. Une éclipse s’est produite ; il est introduit effectivement auprès du Seigneur de gloire, et, dès lors, toutes autres choses disparaissent à ses yeux, et deviennent insignifiantes, comparées à la bénédiction qu’il y a à s’approcher et à vivre dans la compagnie de celui qui a dit : « Suis-moi ».

 

3                    En compagnie de Christ — Marc 1:28-37 ; 3:13-19

L’Évangile poursuit l’histoire de Pierre, et nous conduit avec le Seigneur dans la maison même de Simon, lors d’une circonstance tout à fait opportune. Il sort de la synagogue où il vient de chasser un esprit immonde hors d’un homme, et aussitôt (un mot caractéristique de Marc) il entre chez Pierre ; « la belle-mère de Simon était là couchée, ayant la fièvre ; et aussitôt ils lui parlent d’elle ». Quoi de plus naturel que de parler au Seigneur d’une femme malade ? D’un mot il la guérit.

On entend souvent dire, et on enseigne qu’un homme ne doit pas se marier s’il veut suivre le Seigneur. En peu de mots, nous apprenons que Simon était marié, et qu’il était même un homme aux affections assez largement ouvertes pour prendre la mère de sa femme chez lui, dans sa propre maison. À notre époque où les belles-mères sont si souvent peu appréciées, Dieu nous présente ici un témoignage contraire, et ne nous le rappelle certainement pas pour rien.

Comme la femme de Pierre devait trembler ! Sa mère, ce qu’elle avait peut-être de plus cher à part son mari (car il ne nous est pas parlé d’enfants) était malade, avec une forte fièvre (Luc 4:38). Mais Jésus « s’approchant, il la fit lever en la prenant par la main ; et aussitôt la fièvre la quitta ; et elle les servit », au lieu d’être servie.

Est-ce par hasard que le Seigneur se rendit dans cette maison à ce moment-là ? Certainement pas. Quelques jours auparavant, Pierre avait tout quitté pour suivre le Seigneur. Voyant son mari abandonner son métier, sa femme pouvait — considération très plausible — éprouver de l’anxiété quant à leurs moyens d’existence. Même si elle ne disait rien, elle se demandait peut-être : « Comment allons-nous subvenir à nos besoins ? » Le Seigneur vient chez elle, dans sa maison ; il prend sa mère par la main et d’un mot la guérit. Ce geste dut suffire pour rassurer sa fille et lui montrer combien Pierre avait raison de suivre le Seigneur sans arrière-pensée.

Scène bien typique : le Seigneur se plaît à faire reposer ses serviteurs, mais il aime leur donner aussi la liberté de le suivre. Il est doux de penser que son regard s’abaisse sur la femme, souvent solitaire à la maison, avec ses charges et ses soucis, pendant que son mari, appelé à agir en public, se trouve nécessairement absent. Femmes d’évangélistes, et vous autres servantes du Seigneur, n’oubliez pas qu’il pense à vous.

Passant au chapitre 3 de Marc, examinons l’appel spécial que Pierre reçut du Seigneur. Après une nuit passée en prière (Luc 6:12), Jésus choisit ceux qui devaient être ses disciples. Nous lisons : « Il en établit douze pour être avec lui ».

Bien des gens estiment une chose merveilleuse que d’être sauvé, d’échapper à la condamnation de l’enfer, d’aller au ciel ; c’est incontestable. Mais dans l’Écriture, aller au ciel signifie toujours : être avec une personne. « Absents du corps, présents avec le Seigneur » — « Déloger et être avec Christ, cela est de beaucoup meilleur », tel est le langage des Écritures. Être avec lui, jouir de la présence du Seigneur Jésus Christ, voilà à quoi Dieu nous appelle ; les disciples, d’une façon toute spéciale, furent appelés à être avec lui.

Ici (Marc 3:16), comme dans tous les Évangiles, le nouveau nom de Simon vient en tête de liste, pour que notre attention se porte sur lui (voir Matt. 10:2 ; Luc 6:14 ; Jean 21:2). Non qu’il fût revêtu d’une autorité ou d’une sorte de primauté quelconque sur ses compagnons, mais son ardeur naturelle, son zèle impulsif et très dévoué le mettaient toujours au premier rang. Une question se pose-t-elle, Pierre généralement la formule ; s’il s’agit de rendre témoignage au Seigneur, Pierre est le porte-parole. Sa spontanéité le met bien souvent en danger, et finira même par lui faire renier son Seigneur ; néanmoins, l’histoire de Pierre est un magnifique exemple de dévouement au Seigneur ; s’il fait un faux pas, le Seigneur, dans sa fidélité et dans sa sagesse infinies, nous en parle, et le place devant nous comme un signal d’avertissement, de crainte que nous aussi nous n’échouions contre les mêmes écueils. Seul un cœur entièrement dévoué à la personne de Christ nous indiquera le chemin à suivre ; une simple foi ne suffit pas. S’il n’y a pas une véritable affection qui nous rapproche de lui, et qui nous ramène à lui rapidement, si nous nous éloignons, notre témoignage est sans valeur pour nous, et ne saurait lui plaire. Apprenons la même leçon que Pierre, c’est-à-dire : le Seigneur désire m’avoir avec lui, il désire ma compagnie.

Mais le Seigneur poursuit un autre but encore en réunissant les douze autour de lui. Luc nous le rapporte en ces termes : « Or il arriva, en ces jours-là, qu’il s’en alla sur une montagne pour prier. Et il passa toute la nuit à prier Dieu. Et quand le jour fut venu, il appela ses disciples. Et en ayant choisi douze d’entre eux, lesquels il nomma aussi apôtres : Simon, qu’il nomma aussi Pierre », etc. (6:12-14). Marc dit ceci : « Et il en établit douze pour être avec lui, et pour les envoyer prêcher, et pour avoir autorité de guérir les maladies et de chasser les démons ; et il surnomma Simon, Pierre » (3:14-16). Remarquons ce qui précède le choix. Lui, le Seigneur de tous, et qui connaissait toutes choses, « passa toute la nuit à prier Dieu », avant de choisir ses compagnons et de les nommer apôtres. Pour nous, quelle leçon de dépendance de Dieu ! Luc seul le mentionne, lui qui fait ressortir le chemin de l’homme parfaitement dépendant. Aussi, ne sommes-nous pas surpris de trouver le Seigneur sept fois en prière dans cet évangile (3:21 ; 5:16 ; 6:12 ; 9:18-29 ; 11:1 ; 22:41). Chaque occasion présente une leçon particulière pour nos cœurs.

Le nouveau nom de Simon (Pierre) est confirmé, et sa vocation apostolique s’affirme, en même temps que nous sommes renseignés sur la signification du terme « apôtre ». Jésus nomme ainsi les douze, nous dit Luc ; et Marc ajoute cette explication : « Pour les envoyer prêcher, et pour avoir autorité de guérir les maladies et de chasser les démons ». Le travail apostolique est parfaitement clair — annoncer Dieu, guérir l’homme et vaincre le diable. Rien d’étonnant à ce que Satan ait cherché à faire trébucher le plus marquant de tous et qu’il ait trouvé son plaisir à entrer dans le plus faible, un « voleur » et un « diable » ; l’un devenant ainsi un instrument pour déshonorer leur Maître, et l’autre l’agent de sa mort.

Matthieu 10 et Luc 9 situent le moment précis où le Seigneur reporta sur Pierre et les onze le pouvoir dont nous avons parlé, et les envoie accomplir leur mission ; de là revenons à Marc 6:30 où « les apôtres se rassemblent auprès de Jésus ; et ils lui racontèrent tout : et tout ce qu’ils avaient fait, et tout ce qu’ils avaient enseigné ». Combien le Seigneur apprécie, et combien il sympathise aux fatigues endurées pendant ce service, le verset suivant nous le prouve : « Venez à l’écart vous-mêmes dans un lieu désert, et reposez-vous un peu ». Le Maître donne à ses serviteurs tout le nécessaire pour accomplir leur tâche, il sait où les envoyer ; mais, à leur retour, il prend soin d’eux et les restaure, que ce soit, comme ici, dans la réussite de l’action, ou dans l’abattement des difficultés rencontrées.

Passons maintenant au chapitre 8 de Luc. Voici de nouveau Pierre au premier plan (Luc 8:40-56). Le Seigneur répond d’une façon merveilleuse à chaque appel et à chaque besoin, les récits de cet évangile semblent résoudre nos moindres difficultés. Jaïrus, premièrement, vient à la rencontre de Jésus pour lui parler de sa fille mourante ; il reçoit une réponse immédiate. Puis les foules l’entourent et le pressent ; une femme, qui avait dépensé tout son avoir en consultant des médecins, sans parvenir à se guérir, vient et touche le bord de son vêtement. Exactement comme aujourd’hui. Les gens passent leur vie à écouter toutes sortes de docteurs spirituels, au lieu de venir simplement à Christ. La religion ne peut pas leur assurer le salut, elle les condamnera plutôt, il faut avoir à faire à un Sauveur personnel pour être sauvé. La femme entend parler de Jésus et s’approche ; sitôt qu’elle l’a touché, elle en ressent du bien, alors elle peut s’avancer et rendre témoignage. Elle avait obtenu ce qu’elle désirait : elle avait été guérie aussitôt mise en contact avec le Sauveur. Jésus dit : « Qui est-ce qui m’a touché ? » Notre pauvre Pierre, étourdi, ne peut s’empêcher de s’écrier : « Maître, les foules te serrent et te pressent, et tu dis : Qui est-ce qui m’a touché ? Et Jésus dit : Quelqu’un m’a touché, car je sais qu’il est sorti de moi de la puissance ». Tel est le chemin ; si nous parvenons assez près de lui pour toucher le bord de son vêtement, il use de sa puissance pour nous soulager et nous donner tout ce dont nous avons besoin. Le Seigneur ne nous repousse jamais ; il nous encourage à venir à lui, car toujours il apaise l’âme qui s’approche de lui par la foi.

La femme confesse ce qu’elle a fait, et pourquoi elle l’a fait, et ce qu’il en est résulté. Elle a foi en sa bonté, en sa miséricorde ; écoutons la réponse du Seigneur : « Aie bon courage, ma fille ; ta foi t’a guérie ; va-t’en en paix ». Pierre apprit ce jour-là qu’une foule pouvait enserrer son Seigneur, sans que personne ne le touchât réellement, tandis que le moindre contact, par la foi, assure une pleine bénédiction.

Puis, dans la maison de Jaïrus, Pierre reçoit un autre enseignement, alors que le Seigneur annule le pouvoir de la mort. Il avait assisté à la guérison de sa belle-mère, il avait vu la foi agissante pour recevoir la bénédiction, et maintenant il reconnaît celui qui seul peut vaincre la mort, car la mort ne peut exister en sa présence. Jésus seul a pouvoir sur la mort, car il est Prince de la vie. Les brigands, crucifiés avec lui, ne purent mourir avant qu’il ne fût mort ; en mourant, il brisa les liens de la mort, et il sortit victorieux du tombeau.

Dans cette même maison le Seigneur déploie toute sa puissance et sa gloire morale, lorsque, après avoir chassé les moqueurs et les incrédules, il prend la jeune fille par la main en lui disant : « Jeune fille, lève-toi ». « Et il commanda qu’on lui donnât à manger ».

Cette scène symbolise les choses encore à venir. Le jour approche rapidement où le Seigneur, comme chez Jaïrus, aura vaincu la mort et pour toujours. « Le dernier ennemi qui sera aboli, c’est la mort » ; Apoc. 21:1-8 nous décrit cette réalisation. Heureux ceux qui seront les témoins du triomphe final de leur Sauveur ! Aucun de ceux qui l’ont méprisé ne le verra, car ceux-là seront tous jugés, et « jetés dehors » après le jugement du grand trône blanc (Apoc. 20). Pierre, avec tous les croyants, sera témoin de cette victoire finale sur la mort.

 

4                    Marchant sur les eaux — Matthieu 14

Dans ce chapitre, Pierre marche sur les eaux ; cherchons pourquoi. Hérode avait fait décapiter Jean Baptiste, « et ses disciples vinrent et enlevèrent le corps et l’ensevelirent ; et s’en allant, ils rapportèrent à Jésus ce qui était arrivé ». Il me semble voir là deux groupes de personnes ; l’un, les disciples de Jean, attristés d’avoir perdu leur maître ; l’autre les disciples de Jésus revenant de leur première mission, heureux de leur succès (voir Marc 6:30-31). Les deux groupes se rejoignent en la présence du Seigneur, qui les apaise par ces mots : « Venez à l’écart dans un lieu désert, et reposez-vous un peu ». Quelle grâce dans cet appel ! Il s’adresse aussi bien aux travailleurs satisfaits qu’aux disciples découragés ; tous en avaient besoin, mais le désert avec Jésus ne peut pas être un désert.

Voici ensuite la multiplication des pains. Nous assistons à la manière dont le Seigneur renvoie les foules, manière de faire très différente de celle des disciples. Eux avaient l’intention de congédier tout ce monde afin qu’ils achètent eux-mêmes leur pain — des milliers d’affamés qui, inévitablement, seraient devenus des témoins contre Christ ; Jésus les renvoie, heureux, satisfaits, tous témoins de la tendresse de son cœur et de la gloire divine de sa personne. Après quoi, le Seigneur contraint les douze à monter dans une nacelle et à passer sur l’autre rive.

Remarquons la sagesse merveilleuse du Seigneur : en éloignant ses disciples, il désirait les mettre à l’écart du mal, car Jean, au chapitre 6:14-15, nous avertit que les hommes désiraient le faire roi, et que même les apôtres auraient, semble-t-il, souhaité voir leur Maître établi sur un trône terrestre (voir Matt. 20:20-23 ; Actes 1:6). Le Seigneur ne pouvait accepter un royaume, pas plus qu’il ne pouvait régner tant que subsiste le péché. Les disciples envisageaient constamment le royaume terrestre, mais le Seigneur savait qu’il devait mourir pour expier nos péchés avant de l’établir. C’est pourquoi il juge bon d’éloigner ses disciples de la tentation.

Lui, pendant ce temps, monte sur la montagne pour prier. Pour nous, nous le trouvons encore là maintenant, intercédant pour nous, car l’Écriture dit : « Étant toujours vivant pour intercéder pour eux » (Héb. 7:25). Les apôtres, renvoyés dans la soirée, faisaient route vers Capernaüm ; mais « la nacelle était battue par les vagues », et eux « se tourmentaient à ramer », ainsi que nous informe Marc 6:48. Le Seigneur vient vers eux « à la quatrième veille de la nuit ». La distance qu’ils avaient à parcourir n’était guère plus de dix-sept kilomètres ; or, neuf heures s’étaient écoulées depuis leur départ, et ils ne s’étaient éloignés que de « vingt-cinq ou trente stades », c’est-à-dire, environ cinq kilomètres. Nous faisons bien peu de progrès si le Seigneur n’est pas avec nous.

Le lac de Tibériade est connu pour ses orages soudains et violents. La gravité de la situation et la difficulté pour les disciples d’avancer est très compréhensible, si nous nous représentons leur position et les environs. On constate fréquemment sur des lacs intérieurs des tempêtes soudaines et furieuses. Je me souviens d’avoir traversé le lac de Côme un après-midi d’été lumineux, la surface était plane comme du verre. En une heure un orage éclata ; les vagues furent soudainement si violentes qu’aucun petit bateau ne pouvait résister, si bien que nous dûmes attendre jusque tard dans la soirée pour regagner notre but par bateau à vapeur.

Les voyageurs en Palestine semblent avoir fait les mêmes observations ; le Dr Thomson, dans son ouvrage bien connu, donne un compte-rendu pittoresque de ses expériences sur le lac de Tibérias : « Le soleil venait à peine de se coucher quand le vent commença à souffler sur le lac ; il continua toute la nuit toujours plus violemment, si bien que, lorsque nous abordâmes le lendemain matin, la surface du lac était comme un immense chaudron en ébullition… Pour comprendre les causes de ces tempêtes soudaines et violentes, rappelons-nous que le lac est à basse altitude — deux cents mètres environ au-dessous de l’océan ; les vastes plateaux nus du Jaulan, très élevés, s’étendent à l’est jusqu’aux contrées solitaires du Hauran (*), et au nord jusqu’au neigeux Hermon ; les cours d’eau ont creusé des gorges profondes et sauvages, convergeant au bout du lac, et constituant ainsi comme de gigantesques entonnoirs où s’engouffrent les vents froids des montagnes. Lors de la circonstance dont nous venons de parler, nous dressâmes par la suite nos tentes sur le rivage, et restâmes trois jours et trois nuits exposés à ce vent furieux. Nous dûmes fixer la tente avec des doubles cordes, et nous y suspendre fréquemment de tout notre poids, pour empêcher qu’elle ne fût projetée en l’air. Rien d’étonnant à ce que les disciples se fatiguèrent à ramer péniblement toute la nuit » (The Land and the Book, p. 374).

 

(*) Hauran (Ézéch. 47:16-18), appelé dans la Bible, pays de Basan, grande plaine au nord-ouest de la Palestine, d’une fertilité extraordinaire, s’élève jusqu’aux montagnes du même nom qui la séparent du désert. Elle est coupée de ravines profondes où les vents s’engouffrent avec violence (Note du traducteur).

 

Mais quels que fussent leurs difficultés et leurs dangers, le Seigneur veillait sur les siens. Sur la montagne, il intercédait, et à la quatrième veille il vient à eux. Jamais il n’oublie les siens dans la peine. « Tenté en toutes choses comme nous », « il est à même de secourir » (Héb. 2:18), « il peut sympathiser » (Héb. 4:15), et « il peut sauver entièrement » (Héb. 7:25). Il opère ces trois choses dans cette scène. Capable de « secourir », il le prouve en « marchant sur la mer » grâce à sa divine puissance ; sa « sympathie », il la témoigne par ces mots : « Ayez bon courage ; c’est moi, n’ayez point de peur » ; tandis que son pouvoir de « sauver » se manifeste envers Pierre, lorsqu’il crie : « Seigneur, sauve-moi ! » Tel est Jésus, notre Jésus, assis maintenant à la droite de Dieu ; ces incidents terrestres nous permettent d’apercevoir quelques reflets bénis de ce qu’il est.

Dans la première partie de ce chapitre (Matt. 14), se manifeste la sympathie de son cœur, et, lors de la multiplication des pains, la puissance de sa main. Et maintenant, tandis que les apôtres se fatiguent et qu’ils sont misérablement ballottés par les vagues, une voix se fait entendre par-dessus la violence du vent et des vagues : « C’est moi, n’ayez point de peur ». À l’ouïe de ces paroles, Pierre, toujours actif, courageux et le cœur débordant d’affection, dit : « Seigneur, si c’est toi, commande-moi d’aller à toi sur les eaux ». Considérons l’énergie et l’amour de cet homme ; le Maître arrive sur la mer démontée, puis, en réponse au mot : « Viens », le disciple imite son Maître, et Pierre, soutenu par la puissance divine, « marcha sur les eaux pour aller à Jésus ». Seuls, l’amour et la foi agiront ainsi, et le Seigneur en est tout réjoui.

L’acte de Pierre, dans cette scène si touchante, a soulevé bien des questions. Au point de vue spirituel, seule existe l’appréciation du Seigneur, lorsqu’il quitte le bateau ; quels que soient les motifs qui l’aient fait agir, ils étaient tout à son crédit. Il désirait être près du Seigneur, il avait raison ; la prudence et le souci de sa propre personne l’auraient fait rester dans la nacelle ; l’affection et la foi le poussent à quitter tout ce sur quoi repose la nature. Quelqu’un, avec moins de zèle et moins d’énergie, se serait épargné semblable défaite, et aurait attendu que le Seigneur entrât dans la barque. Pierre ne doute pas une minute qu’il avait son Maître bien-aimé devant lui — car ce « si c’est toi » n’implique aucun doute — heureux de le voir marcher avec puissance sur les éléments déchaînés ; il compte également sur l’amour du Seigneur qui désire avoir son serviteur auprès de lui. Étourdi et emporté, Pierre, conséquent avec lui-même, car il n’est pas hypocrite, laisse échapper ces mots : « Seigneur, si c’est toi, commande-moi d’aller à toi sur les eaux ». À ce seul mot de réponse : « Viens », il obéit. Ne pas le faire aurait été désobéir. « Et Pierre, étant descendu de la nacelle, marcha sur les eaux pour aller à Jésus ». Il en avait reçu l’autorisation divine par le mot : « Viens » ; la puissance divine, il le savait, ne lui manquerait pas, puisque, maintenant, il était en la présence de celui qui devait être Dieu pour pouvoir ainsi marcher sur les eaux.

Il enfonça, direz-vous. Certainement, mais pourquoi ? parce qu’il quitta la nacelle ? Non, il est dit : « Il marcha sur les eaux pour aller à Jésus ». Pour un instant, il fut comme son Maître ; mais alors, que se passa-t-il ? Aussi longtemps qu’il tint les yeux sur le Seigneur, tout alla bien ; mais, au moment où « il vit que le vent était fort », il enfonça. Le vent était aussi violent, les vagues aussi houleuses que l’instant d’avant ; s’il quittait le bateau, il savait que Christ le soutiendrait, sinon il se noierait. S’il avait gardé les yeux fixés, comme au premier moment, sur la personne du Seigneur, tout serait bien allé ; mais sitôt que les circonstances extérieures interviennent entre lui et le Seigneur, il commence à enfoncer. Il en est toujours ainsi. Aussi longtemps que j’ai Dieu entre mes circonstances et moi, tout va bien ; mais du moment que je laisse intervenir mes circonstances entre Dieu et mon cœur, tout va mal, et « commencer à enfoncer » semble bien décrire la situation. La foi peut marcher sur les eaux les plus houleuses si nos regards demeurent fixés sur le Seigneur. « Fixant les yeux sur Jésus » devrait être notre devise, car nous devrions être à même de suivre ce sentier béni, qui nous permet de nous élever au-dessus de tous les événements de notre vie. La chute de Pierre comporte un enseignement pour nous aussi : le Seigneur estime très haut l’amour qui le poussa à agir ainsi ; ce que nous devons remarquer dans ce passage n’est pas tant sa chute, que son identité avec le Seigneur jusqu’à ce qu’il tombe. « Je puis toutes choses en celui qui me fortifie », dira un autre serviteur plus tard.

Mais « voyant que le vent était fort, il eut peur ; et comme il commençait à enfoncer, il s’écria, disant : Seigneur, sauve-moi ! » Pourquoi enfonçait-il ? L’eau était-elle plus instable que par temps calme ? Certainement pas. Nous ne pouvons pas marcher plus facilement sur l’eau tranquille d’un étang que sur la vague houleuse, sans l’aide de la puissance divine. La puissance de Christ nous soutient, les uns et les autres, au travers des circonstances les plus difficiles tout comme dans les plus faciles, la puissance et la grâce de Christ nous suffisent. Quand Pierre crie, le Seigneur « étendant la main, le prit et lui dit : Homme de petite foi, pourquoi as-tu douté ? » Pierre avait la foi, bien qu’elle fût petite.

La grâce de Christ, dans ce passage, est incomparable. Pierre n’atteignit pas le Seigneur, mais le Seigneur ne manqua jamais de le secourir, en plus d’une occasion. Une chute déjà l’avait amené aux pieds de son Sauveur, et au moment d’une profonde détresse, il se retrouve dans les bras de son Seigneur. Son cri : « Seigneur, sauve-moi » a été entendu, et il reçoit aussitôt la réponse.

Dès que le Seigneur fut entré dans la nacelle, le vent cessa, et Jean 6:21 ajoute : « Aussitôt la nacelle prit terre au lieu où ils allaient ». Quelle beauté, quel calme se dégagent sitôt que nous sommes en présence du Seigneur ! Alors ils « lui rendirent hommage disant : « Véritablement tu es le Fils de Dieu ! » En Jean 1, Pierre avait reconnu en lui le Messie ; en Luc 5, le Fils de l’homme et Seigneur sur les poissons de la mer ; et ici, en considérant les gloires morales de sa personne, il le reconnaît comme Fils de Dieu.

 

5                    Un modèle de prière — Matthieu 15:1-20

« Expose-nous cette parabole ! » C’est Pierre qui parle en entendant les discours du Seigneur qui dépassaient sa compréhension. Prenons cette courte phrase comme modèle de prière. Quelqu’un a dit : « Une prière est le désir sincère de toute âme, qu’il soit exprimé ou sous-entendu ». L’apôtre souhaitait sincèrement comprendre la parabole, et il en cherchait la signification dans le langage le plus simple. Cette demande si concise nous en rappelle une autre qui, comme celle-ci, va droit au but : « Éternel, je te prie, ouvre ses yeux, afin qu’il voie » (2 Rois 6:17). Élisée et Pierre, tous les deux, se rappellent à qui ils parlent, et n’usent pas de vaines paroles. Ils savent exactement ce qu’ils veulent, ils le disent au Seigneur, puis se taisent. Ainsi doit être toute vraie prière ; plus longue elle ne serait que verbiage, on ne pourrait que le déplorer. Quelle immense bénédiction ce serait, si tous ceux qui prient voulaient bien y prendre garde, que ce soit à la maison, dans l’assemblée ou dans une réunion de prières ! Les longues prières sont une erreur et un signe de faiblesse. En son particulier, là où personne ne voit ni n’entend, sinon Dieu seul, l’Écriture ne semble indiquer aucune restriction ; mais, en public, on devrait éviter les longues prières. Veillons à ce que dit Salomon : « Prends garde à ton pied, quand tu vas dans la maison de Dieu… Ne te presse point de ta bouche, et que ton cœur ne se hâte point de proférer une parole devant Dieu ; car Dieu est dans les cieux, et toi sur la terre : c’est pourquoi, que tes paroles soient peu nombreuses » (Eccl. 5:1-2). Pierre observait ce conseil en disant simplement au Seigneur : « Expose-nous cette parabole » ; aussi reçoit-il une réponse directe et immédiate.

Ce qui le poussa à formuler cette demande est instructif. Les pharisiens venaient d’accuser les disciples de manger avec des mains non lavées. Jésus répond que Dieu regarde au cœur, et non aux mainsà ce qui est intérieur et non à l’extérieur. Les Juifs, préoccupés des formes et des traditions — comme tous les hommes — employaient le nom de Dieu, et, sous le couvert de la piété, l’employaient en vain. Écoutons le Seigneur. « Dieu a commandé, disant : « Honore ton père et ta mère » ; et : « que celui qui médira de père ou de mère, meure de mort » ; mais vous, vous dites : Quiconque dira à son père ou à sa mère : Tout ce dont tu pourrais tirer profit de ma part est un don, — et il n’honorera point son père ou sa mère. Et vous avez annulé le commandement de Dieu à cause de votre tradition » (v. 4-6). Si un enfant négligeait ses parents, prétendant se dévouer à Dieu — par un sacrifice au profit du sacrificateur, je suppose — ou s’il négligeait ce qui leur était dû, on admettait qu’il avait raison. Il n’avait qu’à crier : « Corban », c’est-à-dire : « c’est un don », et les parents pouvaient être oubliés. Le Seigneur les appelle : « Hypocrites », et cite les paroles solennelles d’Ésaïe : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur cœur est fort éloigné de moi ».

Ensuite, le Seigneur appelle la foule et leur dit : « Écoutez et comprenez : ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de la bouche, c’est là ce qui souille l’homme ». Il en avait fini avec le judaïsme, et faisait entendre la vérité que l’homme est perdu.

Les pharisiens s’en montrent grandement offensés, mais le Seigneur ajoute : « Toute plante que mon Père céleste n’a pas plantée sera déracinée ». Il faut une vie nouvelle, donnée par Dieu, et ne pas chercher à améliorer l’ancienne ; ce jour est passé. « Laissez-les ; ce sont des aveugles, conducteurs d’aveugles : et si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans une fosse ». Tel était l’état des conducteurs d’Israël à cette époque. Entièrement aveugles, ils ne connaissaient pas Jésus, ni leurs propres besoins ; leur condition et leur fin sont nettement décrites : « Aveugles, conducteurs d’aveugles ». De nos jours, nous faisons les mêmes observations quand le catholicisme et le ritualisme, par leurs conducteurs aveugles, conduisent leurs adeptes dans une fosse, leurs moyens et leur formalisme n’étant qu’une copie de ceux du défunt judaïsme : celui dont le Seigneur sonna le glas dans ce chapitre, et que Dieu abattit définitivement lors de la mort de Christ à la croix.

Le christianisme est un système d’un tout autre ordre. Sa source est dans le dernier Adam, non dans le premier ; son centre et son tout, c’est Christ lui-même ; son amour, son œuvre, son sang, son sacrifice, sa personne même, tout ce qu’il possède sont son alpha et son oméga ; aussi ce n’est plus l’aveugle conduisant l’aveugle, ni même le voyant conduisant l’aveugle, mais c’est le clairvoyant conduisant le clairvoyant.

Cette lumière n’avait pas encore complètement brillé, c’est pourquoi nous entendons Pierre dire : « Expose-nous cette parabole ». Qu’il puisse nommer une vérité : « parabole », c’est-à-dire « parole obscure » paraît étrange ; mais pour lui, qui avait encore confiance dans le vieil homme, l’enseignement du Seigneur devait être extraordinaire, et même insaisissable. La réponse du Seigneur lui révèle son aveuglement : « Et vous aussi, êtes-vous encore sans intelligence ? » etc. Tout le problème réside dans ce que l’homme est en lui-même : la source, le cœur est désespérément corrompu, donc ce qui s’en échappe doit être du même ordre. « Du cœur viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les injures : ce sont ces choses qui souillent l’homme ; mais de manger avec des mains non lavées ne souille pas l’homme ». L’homme doit être né de nouveau de l’eau et de l’Esprit ; jusqu’à la nouvelle naissance, tout est vain.

Ce qui scandalisait le pharisien propre juste, et semblait inintelligible aux disciples, n’était que la vérité, la simple vérité, en ce qui concerne le cœur de l’homme, puisque Dieu connaît ce cœur dans lequel il lit.

C’est une chose immense que de connaître la vérité, donc le pire au sujet de soi-même ; rien de plus simple, ni de plus satisfaisant que la vérité, car elle nous place dans une relation exacte avec Dieu. Jésus est la vérité, il le prouve ici très solennellement, mais ne s’arrête pas là. Il est plein de grâce, et plus tard il mourra à cause de la ruine qu’il dévoile ici. L’époque des formes extérieures est passée, l’homme, irrémédiablement perdu, a besoin d’une vie nouvelle. Comment il la reçoit, nous est révélé ailleurs.

 

6                    La double confession — Jean 6:23-71 ; Matthieu 16:13-28

Ces deux passages nous apportent deux témoignages rendus par Pierre au Seigneur Jésus. Il est très important de confesser Christ courageusement, car le Saint Esprit a dit : « Si tu confesses de ta bouche Jésus comme Seigneur et que tu croies dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé ». Le récit de Jean 6 doit être antérieur à Matt. 16. Le Seigneur Jésus n’avait pas encore passé par la mort, et Pierre ne supposait même pas qu’il devrait mourir sur la croix. Ses confessions ardentes, impétueuses, nous prouvent qu’il n’avait pas seulement une connaissance intellectuelle de la personne de Jésus, mais elles témoignent de son attachement profond à Christ.

Lorsque Pierre marcha sur les eaux pour aller à Jésus, nous avons vu qu’il n’arriva pas jusqu’à Jésus, mais que Jésus lui-même s’approcha de lui : il n’avait qu’un désir, celui d’être près de Jésus. Avec le Seigneur dans la nacelle, les disciples atterrissent tout de suite au lieu où ils désiraient se rendre, et découvrent ainsi qu’ils avaient le Fils de Dieu avec eux. C’était la veille du récit rapporté à la fin de Jean 6 ; le Seigneur alors donne un message saisissant et merveilleux : « Je suis le pain de vie », et « Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’avez pas la vie en vous-mêmes ».

Que cette pensée soit claire pour nos cœurs : si nous ne mangeons la chair du Fils de l’homme, et si nous ne buvons son sang, nous n’avons pas la vie en nous ; il ne s’agit pas de la cène, mais nous avons ici un fait, une réalité ; la cène en est l’image, le symbole. On peut participer à la cène plusieurs fois, et passer l’éternité en enfer, mais personne ne pourrait manger la chair du Fils de l’homme, et ne pas avoir la vie éternelle. Quand le Seigneur disait ceci, il savait qu’il devrait mourir, mais aussi qu’il ressusciterait et s’assiérait à la droite de Dieu — il allait faire une œuvre par laquelle l’homme serait amené à Dieu, une œuvre qui rendrait le croyant capable d’aller là où il est, lui, maintenant. C’est pourquoi le Seigneur insiste sur la nécessité de le connaître, lui, de se nourrir de lui : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (v. 54). Et encore : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (v. 56). En un mot, il dit au croyant : « Nous sommes un ». C’est un grand bonheur que de prendre la cène avec les saints de Dieu, mais ce n’est là que le symbole ; le Seigneur veut dire ici que nous devons l’accepter dans sa mort, et nous nourrir de lui dans la mort ; alors seulement nous aurons la vie pour nos âmes.

À l’ouïe de ces paroles, les Juifs murmurent, et Jésus leur dit : « Ceci vous scandalise-t-il ? Si donc vous voyez le fils de l’homme monter où il était auparavant… ? » (v. 61-62). Il est remonté, circonstance infiniment plus bénie pour nous que s’il était sur cette terre. Car, du moment qu’il est dans la gloire, il nous a envoyé l’Esprit Saint pour habiter au milieu de nous et pour demeurer dans chaque croyant, ainsi nous avons le sentiment de la présence du Seigneur où que nous soyons.

« Dès lors plusieurs de ses disciples se retirèrent ; et ils ne marchaient plus avec lui » (Jean 6:66). Ils avaient espéré qu’il établirait un royaume dans la puissance et la gloire du Messie ; il ne leur plaît pas d’entendre parler de sa mort, et ils le quittent, assez nombreux. Jésus s’adresse alors aux douze : « Et vous, voulez-vous aussi vous en aller ? » (v. 67). Pierre répond ardemment : « Seigneur, auprès de qui nous en irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ». Magnifique témoignage quand la plupart l’abandonnent ; Pierre, pour ainsi dire, jette un cri désespéré : « Te quitter, Seigneur ? Jamais ! » « Nous croyons et nous savons que toi, tu es le Saint de Dieu ». Ce n’est pas : « j’espère » ou « je suppose », mais : « Nous croyons et nous savons ». Rien de la tiédeur de notre siècle qui ne comporte ni certitude, ni cette merveilleuse assurance que possédait Pierre quant à la personne de Christ et aux choses éternelles.

Pierre pouvait bien dire : « Auprès de qui nous en irions-nous ? » D’autres étaient partis, où, nous ne savons, ils disparaissent et il n’en est plus question ; peu importe. En posant cette question, le disciple se rendait compte combien il est misérable de se détourner de Christ au moment de la difficulté. Où, dans tout l’univers, trouver quelqu’un comme son Maître béni ? Il n’y en avait pas d’autre, il était unique ; Pierre le sentait et le savait, bien que certainement conscient de ne pas atteindre la hauteur de son enseignement. Autre chose était de le quitter. Lui seul pouvait remplir le cœur, donner la paix à la conscience, calmer l’âme et diriger l’homme ; le quitter ? jamais !

Remarquons deux expressions dans ce témoignage : « Tu as les paroles de la vie éternelle », et « Tu es le Saint de Dieu ». Pierre ressentait très profondément ce que le Seigneur était, et ce qu’il avait, lorsqu’il dit : « Tu es » et « Tu as ». Ce qu’il est constitue l’abri sûr et ferme qui nous permet de nous reposer sur lui et sur son œuvre ; ce qu’il a forme la nourriture continuelle de nos âmes pour tous leurs besoins. Il nous donne tout ce qui nous est nécessaire, et devient ainsi l’objet de nos affections pour toujours ; il nous donne la vie éternelle et une joie éternelle. Quelle immense erreur de laisser la moindre chose dérober Christ à la vue de nos âmes !

L’exclamation de l’apôtre fournit au Seigneur l’occasion de dévoiler une autre situation ; il dit : « N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous, les douze, et l’un d’entre vous est un diable ? » Judas jugea-t-il le moment venu aussi pour lui de partir ? Il continua néanmoins de suivre le Seigneur, et escomptait retirer quelque profit s’il mettait le Seigneur dans une position telle qu’il pût gagner quelque chose. Judas aimait l’argent, non pas Christ ; son Dieu était l’or ; son maître, Satan ; sa fin, l’enfer éternel.

Voyons maintenant Matt. 16. Le Seigneur se rend aux environs de Tyr et de Sidon, où il guérit la fille d’une femme syro-phénicienne ; puis il va en Galilée, dans la Décapolis, et enfin, plus au nord, à Césarée de Philippe. Il ne faut pas confondre cette ville avec la Césarée des bords de la mer Méditerranée, principal port romain de Palestine, où Pierre prêchera plus tard avec tant de succès (voir Actes 10). Césarée de Philippe — connue aujourd’hui sous le nom de Banias — était une ville en dehors des limites du pays d’Israël, au pied du mont Hermon, près de la source orientale du Jourdain.

Le Seigneur était donc allé jusque sur le territoire des nations ; là, il interroge ses disciples : « Qui disent les hommes que je suis, moi, le fils de l’homme ? » Il aime savoir ce que les hommes pensent de lui, savoir si les cœurs sont prêts à le recevoir et s’ils ont découvert qui il est. Ils lui répondent : « Les uns disent : Jean le Baptiseur ; les autres : Élie ; et d’autres : Jérémie ou l’un des prophètes ». Suprême indifférence pour le Fils de Dieu ! Les hommes auraient pu et auraient dû savoir. Dix-huit mois auparavant, Jean Baptiste les en avait informés, les foules étaient accourues ; maintenant après tant de mois — pendant lesquels il avait visité « les villes et les villages, prêchant et annonçant le royaume de Dieu » (Luc 8:1), rendant de multiples témoignages par des discours, par sa vie, par des miracles qui tous proclamaient Dieu, apportaient la bénédiction et avouaient la défaite de Satan — maintenant le courant avait tourné, et, au lieu de le recevoir comme le Messie, on ne savait pas, on ne cherchait pas même à savoir qui il était !

Presque toujours, dans les récits des Évangiles, le Seigneur parle de lui comme étant le Fils de l’homme ; il ne se nomme roi qu’une fois (Matt. 25:34). Il était roi, mais pas encore couronné, et sans trône. Méconnu par la nation, il demande à ses disciples : « Qui dites-vous que je suis ? » Pierre, de nouveau, se met en avant en face de cette totale indifférence. Dans l’élan de son cœur, aussi bien que par la foi et par son attachement réel à la personne du Seigneur, il répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Magnifique témoignage qui doit avoir été cher au cœur du Seigneur, et qui entraînait des conséquences bénies, les mêmes que pour nous aujourd’hui, car : « Si tu confesses de ta bouche Jésus comme Seigneur et que tu croies dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé ». Une bénédiction riche et complète découle d’une confession simple et vraie de Christ.

Que répond le Seigneur ? « Tu es bienheureux, Simon Barjonas, car la chair et le sang ne t’ont pas révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux ». L’âme qui connaît Jésus comme le Fils du Dieu vivant reçoit la bénédiction de la part du Père. Sans doute Pierre avait beaucoup appris du Seigneur en le suivant dans sa vie de dévouement et d’abnégation ; mais le Père s’était emparé de ce pêcheur galiléen, inculte et illettré, et lui avait enseigné que ce Jésus était le Fils du Dieu vivant. Le Père seul peut nous apprendre cette vérité, car il aime enseigner à l’âme qui recherche Christ les gloires morales de celui qui a été rejeté, de celui qui est en même temps son Fils, le Fils de l’homme et le Sauveur des pécheurs. Le fait que nous sommes incapables de pénétrer la gloire de sa personne est, pour la foi, une garantie de sa divinité ; son abnégation, quand il se fit homme, peut l’avoir cachée aux yeux des incrédules, mais il l’a prouvée, comme aussi le fait qu’il est le Fils du Dieu vivant, en ressuscitant d’entre les morts. La vie de Dieu ne peut pas être détruite, et le Fils du Dieu vivant ne peut pas être vaincu par la mort. C’est en ressuscitant d’entre les morts qu’il commence l’œuvre dont il parle ensuite : l’édification de son Église.

Ainsi donc, après avoir affirmé que le Père seul pouvait avoir révélé cette dernière vérité, le Seigneur continue : « Et moi aussi » — par ces deux mots, il insiste sur l’importance du nouveau sujet qu’il aborde — « Et moi aussi, je te dis que tu es Pierre ; et sur ce roc je bâtirai mon assemblée, et les portes du hadès ne prévaudront pas contre elle ». Que veut-il dire ? Il confirme Pierre dans son nouveau nom. Mais où cette pierre devait-elle être édifiée ? Sur le roc. « Sur ce roc je bâtirai mon assemblée ». Quel pauvre rocher aurait été Pierre ! Pierre était beaucoup trop semblable à vous et à moi, pour être le fondement que les hommes ont voulu voir en lui. Simon était une pierre, mais Christ était le roc, Christ, selon la confession de Pierre, le Fils du Dieu vivant.

Pierre aime beaucoup le mot « vivant ». Dans ses épîtres, nous trouvons : « une espérance vivante » (1 Pierre 1:3) ; « une pierre, vivante » (2:4), et « des pierres vivantes » (2:5). Quelle chose précieuse, dans un monde où tout meurt, d’être introduit au milieu de réalités vivantes !

Remarquons que le Seigneur dit : « Sur ce roc je bâtirai mon assemblée », il n’avait pas encore commencé à construire. Quand cela se fera-t-il ? L’Église, le corps de Christ, ne pouvait pas être construite avant que le rocher — donc le Seigneur lui-même — n’eût été posé comme fondement ; c’est-à-dire, qu’il ne fût entré dans la mort, qu’il ne l’eût annulée, n’en fût ressorti, et ne fût entré dans la gloire ; maintenant, assis à la droite de Dieu, il envoie le Saint Esprit pour unir les croyants qui forment son corps ici-bas, lui-même en étant le chef vivant. Ce n’est pas Pierre qui allait bâtir, mais le Seigneur lui-même : « je bâtirai », et non « j’ai bâti ». L’assemblée de Christ, son Église, commença à être formée le jour de la Pentecôte, lors de la descente du Saint Esprit, et elle demeurera jusqu’à la venue du Seigneur dans les airs pour chercher les siens (voir 1 Thess. 4:15-18). De toute éternité, l’Église resta la pensée spéciale de Dieu, mais la vérité à son sujet n’en fut entièrement révélée que par le moyen de l’apôtre Paul. La première allusion que nous en ayons dans toute l’Écriture se trouve dans le passage qui nous occupe, révélation du Seigneur à son cher serviteur Pierre.

Le Seigneur ajoute : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux ». Comment Pierre obtint-il ces clefs ? Sans doute par la souveraine grâce de Dieu, mais elles n’ont été confiées qu’à un homme qui progresse dans la connaissance du Seigneur. Pierre certainement ne resta pas stationnaire, et quiconque persévère, animé d’une affection sincère pour la personne de Christ, reçoit la lumière et la vérité. Pierre naturellement occupait une place très spéciale par la grâce du Seigneur, il était, dans ce sens, « un vase d’élection » ; ne perdons pourtant pas de vue le caractère de l’homme. Il reçoit les clefs du « royaume des cieux », et non pas les clefs du ciel. Ce royaume concerne la terre, tandis que l’Église appartient au ciel. Le royaume des cieux l’administration des choses du Seigneur ici-bas, tandis que lui, le roi — encore méconnu et renié — est au ciel.

Sur beaucoup de peintures, on voit Pierre avec les clefs pendant à sa ceinture, et les brebis rassemblées autour de lui. Mais on ne nourrit pas les brebis avec des clefs, pas plus qu’on ne construit avec des clefs. La clef sert à ouvrir une porte ; cela fait, elle n’a plus d’utilité. L’image a été mal interprétée. Le Seigneur, sur le point d’aller au ciel, désirait voir son œuvre continuée sur la terre, et il confie l’administration du « royaume des cieux » à Pierre. (Ce terme de « royaume des cieux » ne se trouve que dans l’évangile selon Matthieu, qui ajoute : « s’est approché », il n’est donc pas tout près). Pierre fit usage d’une de ces clefs, lorsqu’il parla aux Juifs dans le chapitre 2 des Actes ; d’une autre, quand il se rendit à la maison de Corneille au chapitre 10 du même livre. En Actes 2, dans son discours, il porte l’accent sur le mot : « Repentez-vous ! » Les Juifs devaient se juger eux-mêmes d’avoir crucifié leur Messie. Pour les Gentils, il use d’une clef, qui ouvrira la porte jusqu’alors hermétiquement close à toute bénédiction, et dont le mot d’ordre sera : « Croyez ». « Tous les prophètes lui rendent témoignage, que, par son nom, quiconque croit en lui reçoit la rémission des péchés ».

Puis le Seigneur continue : « Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux ; et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux ». C’est une question d’administration sur la terre et dans l’assemblée, sans rapport avec la manière dont on est sauvé. Pierre détient une place spéciale en ce qui concerne l’administration sur la terre, afin d’agir pour Christ dans l’assemblée, comme le firent plus tard les croyants (voir Jean 20:23). Si l’on désire aller au ciel, il faut aller au Sauveur, lui seul peut sauver, comme il le fit pour Pierre ; si l’on fait partie de son assemblée sur la terre, on doit prendre garde à marcher soigneusement, sinon on risquerait de faire une chute, ce qui déshonorerait le Seigneur, et l’on tombe alors sous la discipline de l’autorité conférée à l’assemblée, qui, en éloignant de son sein le coupable, lie le péché qui est sur lui (1 Cor. 5:13).

Dès ce moment le Seigneur change le caractère du témoignage le concernant : « Il enjoignit aux disciples de ne dire à personne qu’il fût le Christ ». Il leur défend d’annoncer qu’il est le Messie, pourquoi ? Il savait que la nation ne croirait pas, et il n’aime pas augmenter la lumière tant qu’elle est rejetée, car plus grande est la lumière, plus grand est le jugement. Puis nous lisons : « Dès lors Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il fallait qu’il allât à Jérusalem, et qu’il souffrît beaucoup de la part des anciens et des principaux sacrificateurs et des scribes, et qu’il fût mis à mort, et qu’il fût ressuscité le troisième jour ». Au lieu de revêtir la royauté, il annonce qu’il va mourir. Ceci, Pierre ne peut le comprendre, et « le prenant à part, se mit à le reprendre, disant : Seigneur, Dieu t’en préserve, cela ne t’arrivera point ! » Comment celui qui guérissait les malades, purifiait les lépreux, ouvrait les yeux des aveugles, faisait entendre les sourds, apaisait l’orage, et ressuscitait les morts, comment celui-là pouvait-il mourir ? Pierre ne le comprenait pas, c’est ce qui lui fait dire : « Cela ne t’arrivera point ».

Quel volume d’instruction dans la réponse du Seigneur ! « Lui, se retournant, dit à Pierre : Va arrière de moi, Satan, tu m’es en scandale ». Un instant avant, c’était : « Tu es bienheureux, Simon Barjonas » ; et maintenant ce même disciple, le Seigneur le traite de Satan, parce que, derrière les paroles de son cher serviteur, il voyait la tentation de Satan lui-même ; l’ennemi utilisait Pierre comme d’un vase. Satan essaie souvent d’employer l’enfant de Dieu à son sinistre travail. Mais Jésus ici discerne l’auteur de cette suggestion, et dit : « Va arrière de moi, Satan ». Si nous voulons suivre Christ, nous devons accepter son chemin d’affliction et d’opprobre ; si nous refusons la croix, nous n’aurons pas la couronne ; si nous refusons de suivre un Seigneur rejeté, nous goûterons peu la joie de sa compagnie. « Si quelqu’un veut venir après moi », ajoute-t-il, « qu’il se renonce soi-même, et qu’il prenne sa croix, et me suive ». Paroles pénétrantes, adressées à Pierre, mais aussi à nous.

Puis Jésus dit : « Quiconque voudra sauver sa vie la perdra ; et quiconque perdra sa vie pour l’amour de moi, la trouvera. Car que profitera-t-il à un homme s’il gagne le monde entier, et qu’il fasse la perte de son âme ; ou que donnera un homme en échange de son âme ? » Quel profit retirerez-vous si vous perdez votre âme ? que donnera un homme en échange de son âme ? Les choses contre lesquelles vous échangez votre âme, vous devez toutes les quitter, et perdre votre âme aussi. Le chrétien renonce aux plaisirs du péché, mais il échappe à des moments pénibles sur son lit de mort, comme il échappe au jugement de Dieu et aux peines éternelles.

Le Seigneur révèle ensuite les bénédictions futures promises à ceux qui sont siens : « Car le fils de l’homme viendra dans la gloire de son Père, avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon sa conduite », et « il y en a quelques-uns de ceux qui sont ici présents, qui ne goûteront point la mort jusqu’à ce qu’ils aient vu le fils de l’homme venant dans son royaume ».

Nous trouverons la signification de ces derniers mots au chapitre suivant.

 

7                    La transfiguration et le tribut — Matthieu 17

Dans notre dernier chapitre, le Seigneur entretenait ses disciples de l’opprobre et de la honte qui atteignent inévitablement ceux qui le suivent, et tout en dirigeant leurs regards vers l’avenir. Le verset 27 présentait comme un stimulant à leur piété : « Le fils de l’homme viendra dans la gloire de son Père, avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon sa conduite ». La récompense sera en proportion de ce que nous aurons été pour Christ ici-bas ; si nous n’avons pas été fidèles envers lui, il devra refuser le prix, et son cœur en sera attristé. Et le chapitre se termine ainsi : « Il y en a quelques-uns de ceux qui sont ici présents, qui ne goûteront point la mort jusqu’à ce qu’ils aient vu le fils de l’homme venant dans son royaume ». De nos jours, le Seigneur n’est pas encore venu dans son royaume, il n’est pas encore apparu dans sa gloire, et ceux qui l’entouraient à cette époque sont tous morts ; que voulait donc dire le Seigneur par « ils ne goûteront point la mort » ? Bien des gens ont de la peine à comprendre ce passage, mais le premier verset du chapitre 17 va nous aider à résoudre cette difficulté.

Trois des disciples virent en figure l’établissement du royaume ; le Seigneur n’avait pas dit : « Tous ceux qui sont ici présents », mais « quelques-uns ». Dans la seconde épître de Pierre, nous trouvons une preuve à l’appui de cette interprétation. « Ce n’est pas en suivant des fables ingénieusement imaginées, que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais comme ayant été témoins oculaires de sa majesté. Car il reçut de Dieu le Père honneur et gloire, lorsqu’une telle voix lui fut adressée par la gloire magnifique : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ». Et nous, nous entendîmes cette voix venue du ciel, étant avec lui sur la sainte montagne » (2 Pierre 1:16-18). Pierre donne l’explication de la vision, comme ayant été « témoins oculaires de sa majesté » ; en d’autres termes, les paroles du Seigneur étaient alors accomplies, puisque quelques-uns d’entre eux purent voir le Fils de l’homme venant dans son royaume : image et symbole du royaume à venir du Seigneur Jésus Christ. Le Seigneur, alors rejeté, reviendrait sur cette terre pour établir sa royauté ; il choisit ces trois disciples pour leur révéler cette perspective.

Le symbole était parfait : Moïse représentait ceux qui sont morts, puis ressuscités par le Seigneur ; Élie, ceux qui ne mourront pas, mais qui, transmués, seront enlevés pour rencontrer le Seigneur dans les airs, quand il viendra chercher ses saints ; enfin, Pierre, Jacques et Jean sont les images des saints vivants, sur la terre, pendant le millénium.

Le récit de la transfiguration est rapporté dans les trois évangiles synoptiques, Jean n’en parle pas. Son évangile présente la gloire morale du Seigneur, et non la gloire extérieure et visible que Matthieu, Marc et Luc décrivent. Luc dit : « Il arriva environ huit jours après ces paroles » (9:28), tandis que Matthieu et Marc, tous les deux : « Et six jours après ». Y aurait-il contradiction ? Pas le moins du monde. Matthieu écrit au point de vue des Juifs, pour qui le septième jour était un jour de gloire, et compte : « Après six jours » ; Luc envisage le point de vue de la résurrection, ce qu’indique le huitième jour. Ils ont raison tous les deux : Matthieu n’inclut pas les jours extrêmes, ce que fait Luc ; mais exactement six jours, six jours complets, interviennent entre la prophétie et son accomplissement. Il n’y a ni erreur, ni contradiction, pas plus que dans le reste de l’Écriture ; les erreurs qu’on croit trouver sont dans l’esprit de ceux qui lisent la Parole de Dieu, et non dans la Parole elle-même.

Quand le Seigneur emmène ses disciples, c’était le soir ; fatigués, ils durent s’endormir car, précise Luc : « quand ils furent réveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes qui étaient avec lui ». Evidemment, la gloire du Fils de l’homme se déployait déjà avant leur réveil. Jésus était « monté sur la montagne pour prier », il pria probablement jusque tard dans la nuit, et, pendant ce temps, ses trois disciples dormaient. Alors la gloire magnifique « reçue de Dieu le Père » brille autour du Fils de l’homme, non la gloire divine sur laquelle un voile avait été jeté durant tant d’années, mais la gloire qu’il reçoit du Père maintenant comme Fils de l’homme. Pierre, hélas ! si peu en communion avec le Père, parle inconsidérément lorsqu’il aperçoit Moïse et Élie.

Vision combien glorieuse ! « Jésus… fut transfiguré devant eux ; et son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière » (Matt. 17:2). « Ses vêtements devinrent brillants et d’une extrême blancheur, comme de la neige, tels qu’il n’y a point de foulon sur la terre qui puisse ainsi blanchir » (Marc 9:3). « Et comme il priait, l’apparence de son visage devint tout autre, et son vêtement devint blanc et resplendissant comme un éclair » (Luc 9:29). Les trois disciples voient leur Seigneur transfiguré et accompagné maintenant de Moïse et Élie. Pierre, à peine réveillé, se met à parler ; il le fait d’une façon si irréfléchie qu’il place le Seigneur sur le même niveau que les deux hommes, deux protagonistes de l’histoire juive : Moïse, le législateur, Élie, le justicier ; Moïse était mort, et avait été enterré par les soins de l’Éternel ; Élie ne mourut pas, mais fut enlevé dans un char de feu (2 Rois 2:11). Ce dernier s’était efforcé de ramener le peuple apostat à la loi qu’ils avaient abandonnée ; mais il faillit à sa mission en s’enfuyant en Horeb, où avait été donnée la loi, et « il demanda la mort pour son âme, et dit : C’est assez ! maintenant, Éternel, prends mon âme, car je ne suis pas meilleur que mes pères » (1 Rois 19:4). Ici, le législateur et le justicier réapparaissent ensemble avec le Messie, sur la montagne, et « parlaient de sa mort qu’il allait accomplir à Jérusalem » (Luc 9:31). Ils ne mentionnent pas sa gloire, ni son royaume, mais ils s’entretiennent de ce qui formait la préoccupation du moment présent, c’est-à-dire, la mort qu’il allait subir pour les siens. Il est précieux de constater comme le cœur apprend ce qui plaît au Seigneur quand il se trouve en sa présence.

Matt. 17 nous donne une petite image de ce que sera le royaume à venir du Seigneur : Moïse typifie l’homme qui est mort et sera ressuscité ; Élie, celui qui sera enlevé, sans passer par la mort, à la seconde venue du Seigneur ; tous deux représentent les saints célestes. Le côté terrestre est figuré par Pierre, Jacques et Jean ; les saints sur la terre, bien que n’occupant pas la position la plus élevée, se réjouiront de la gloire du Fils de l’homme, quand son royaume sera établi.

À la vue de cette scène de gloire, Pierre dit : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ; si tu le veux, faisons ici trois tentes : une pour toi, et une pour Moïse, et une pour Élie » (v. 4) ; Luc ajoute : « ne sachant ce qu’il disait » (9:33) ; et Marc : « il ne savait que dire ; car ils étaient épouvantés » (9:6). Ceci prouve combien il est dangereux de parler sans avoir la certitude de refléter la pensée du Seigneur. Moïse et Élie s’entretiennent donc avec le Seigneur de sa mort prochaine, et Pierre, « sans savoir ce qu’il dit », voudrait que s’établisse là le royaume. Mais Dieu ne peut pas supporter que l’on mette à niveau égal son Fils, le Sauveur, avec Moïse et Élie. Aussi, immédiatement, « une nuée lumineuse les couvrit ; et voici une voix de la nuée, disant : Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ; écoutez-le » (v. 5). Sans aucun doute, le disciple se réjouit extrêmement de voir ensemble le Messie, le législateur et le justicier, il aurait aimé faire durer cette rencontre bénie. Malheureusement, il semble retourner à son état d’esprit ancien, lorsque le Seigneur devait lui dire : « Va arrière de moi, Satan ». Lui qui était tombé aux pieds du Seigneur en l’adorant, lui qui l’avait confessé : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », il agit comme s’il avait oublié ces leçons, et place le Fils de Dieu sur le même rang que ses serviteurs. Le Père ne peut supporter pareille atteinte à son Fils bien-aimé, et « une nuée lumineuse les couvrit ». Qu’était cette nuée lumineuse ? Moïse et Élie furent enveloppés et cachés par cette nuée, pour nous la maison du Père ; ce que voyant, les disciples eurent peur. Être si près de Dieu dépassait leur foi et leur espérance. Ils avaient une leçon à apprendre : les jours de Moïse, aussi bien que ceux d’Élie, étaient passés ; il y en avait un maintenant, en qui le Père avait mis tout son plaisir ; sa voix se fait entendre avec insistance : « Écoutez-le ». Au moment de son baptême, le Père avait dit simplement : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé » ; il n’avait pas ajouté : « Écoutez-le », car on pouvait supposer que chacun l’écouterait ; mais ici, où l’on voudrait le mettre au même niveau que les hommes, le Père ajoute : « Écoutez-le ».

De nos jours, on ne réclame pas trois tentes, mais, hélas ! souvent, on en voudrait deux, car la loi est mise fréquemment sur le même pied que Christ. La vérité est entièrement révélée dans le Fils de Dieu. La loi était l’expression des droits de Dieu sur l’homme, mais l’époque de la loi est close. Elle a fait place à la pleine et parfaite révélation de ce que Dieu est, et des relations avec le Père et le Fils, qui découlent de la rédemption accomplie. Paul peut donc dire : « Vous n’êtes pas sous la loi, mais sous la grâce » (Rom. 6:14).

Pierre n’est certes pas brillant ici. Moïse était le législateur, mais la loi ne peut pas sauver l’homme ; Élie était le justicier, mais le jugement ne peut pas sauver l’homme ; seul Jésus, le Fils de Dieu, peut nous sauver, et il sauve quiconque vient à lui.

Quand Pierre et ses compagnons entendirent ces mots, ils furent épouvantés et tombèrent sur leur face ; mais Jésus les toucha et leur dit : « Levez-vous, et n’ayez point de peur. Et eux, levant leurs yeux, ne virent personne que Jésus seul » (v. 7, 8). De lui, nul ne s’effraye.

Avant d’écrire ses épîtres, Pierre avait appris la leçon ; il se réjouit dans le Seigneur, et rapporte seulement ces termes : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », il omet : « écoutez-le », car son cœur était alors en pleine communion avec Dieu. Le Fils est pour le cœur du Père un objet de joie et de délices, et les affections de Pierre y répondent entièrement.

Il nous semble étrange que les disciples « eurent peur comme ils (Moïse et Élie) entraient dans la nuée ». Ils n’auraient pas dû éprouver pareil sentiment, car plus nous serons conscients de ce que c’est que d’habiter dans la présence du Père, plus nos cœurs seront heureux. Ils devaient apprendre que, si les hommes disparaissent, Jésus demeure. « Et eux, levant leurs yeux, ne virent personne que Jésus seul ». Moïse peut disparaître, Élie peut disparaître, mais Jésus reste, et le cœur a tout ce qu’il désire.

« Et comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur enjoignit, disant : Ne dites à personne la vision, jusqu’à ce que le fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts » (v. 9). Marc ajoute qu’ils se demandèrent « ce que c’était que ressusciter d’entre les morts » (9:10). Ce n’est pas la résurrection des morts qui les préoccupe, car tous les Juifs le comprenaient, mais la résurrection d’entre les morts ; la résurrection du Seigneur d’entre les morts fut la marque de la faveur toute spéciale de Dieu, comme elle fut les prémices de ceux qui seront ainsi ressuscités.

La fin du chapitre 17 de Matthieu relate un incident à propos du tribut réclamé à Pierre. Capernaüm (v. 24) était probalement « la propre ville » (9:1) du Seigneur ; or, c’est dans sa propre ville que des impôts sont prélevés sur le contribuable. Le tribut, dont il s’agit ici, n’est pas l’impôt perçu par les Romains, mais le tribut du temple, c’est-à-dire, un didrachme, une pièce de monnaie valant à peu près fr. 1.40 (monnaie or) soit environ 6 euros, que chaque Juif devait payer pour l’entretien du temple ; ainsi donc, cette question : « Votre maître ne paye-t-il pas les didrachmes ? » (v. 24) signifiait en réalité : votre maître est-il un bon Juif ? Mon Maître, un bon Juif ? répond Pierre l’impulsif, mais naturellement, il l’est ! Ce petit dialogue se passait en dehors de la maison, en dehors de la présence du Seigneur. Quand Pierre entre, Jésus lui démontre qu’il demeure bien au-dessus de l’homme, qu’il est Dieu, en mettant à découvert ce qui était dans le cœur de son disciple, comme ses pensées les plus secrètes. Sans attendre de réponse, le Seigneur continue : « Que t’en semble, Simon ? Les rois de la terre, de qui reçoivent-ils des tributs ou des impôts, de leurs fils ou des étrangers ? Pierre lui dit : Des étrangers. Jésus lui dit : Les fils en sont donc exempts » (v. 25, 26). Jésus poursuit en montrant qui sont les fils. Qui était le grand roi ? Dieu. Et qui était le Fils du grand roi ? Lui-même. Mais il voulait encore prouver que lui et Pierre étaient tous deux fils du grand roi ; il s’unit à Pierre en disant : « Afin que nous ne les scandalisions pas » (v. 27). Jésus met en lumière un grand principe : si quelqu’un pense avoir des droits à maintenir, il devra les maintenir seul, le Seigneur ne lui viendra pas en aide ; il est Fils de Dieu, donc libre ; mais « Afin que nous ne les scandalisions pas, va-t’en à la mer, jette un hameçon, et prends le premier poisson qui montera ; et quand tu lui auras ouvert la bouche, tu y trouveras un statère ; prends-le, et donne-le-leur pour moi et pour toi » (v. 27). Va, dit-il, retourne à la mer, là où je t’ai appelé, tu trouveras un poisson qui t’apportera la pièce exacte de monnaie pour payer ton tribut et le mien.

Il est bon de remarquer que le statère, que Pierre trouve dans la bouche du poisson, valait exactement deux didrachmes. Jésus prouvait donc qu’il savait toutes choses, ce qui se passait dans le cœur de Pierre, comme ce qui s’était passé en dehors de la maison ; il prouve également qu’il peut toutes choses, en commandant au poisson de livrer le tribut nécessaire. « Les poissons de la mer, ce qui passe par les sentiers des mers », selon le Psaume 8, sont tous sous son contrôle et sous sa direction. Comme Fils de l’homme, il peut ordonner au poisson de la mer de donner le nécessaire au moment opportun.

Par cet incident, le Seigneur nous enseigne que nous sommes liés à lui, unis à lui ; aussi, tout le long du chemin, devrions-nous marcher avec lui, et nous laisser conduire par lui.

 

8                    Le lavage des pieds — Jean 13

Ce chapitre occupe une place toute particulière dans l’Évangile. L’histoire terrestre du Seigneur est comme terminée, pour ainsi dire, et il prévoit, ici et dans les quatre chapitres suivants, la croix et ses résultats, par laquelle il glorifia Dieu pleinement. Au moment de quitter cette terre, il associe ses disciples à la place nouvelle qu’il va occuper au ciel. Ils l’ont considéré comme le Messie, le roi, prêt à établir son royaume sur terre ; mais c’est une chose passée, et avant de les quitter, Jésus leur fait comprendre ce qu’il voudrait être pour eux, et ce que eux devraient être pour lui. Sur la terre, il les avait accompagnés ; désormais les mêmes rapports n’existeront plus : il va leur prouver qu’il peut les prendre là où il va, et les rendre capables d’y aller.

Jésus, dans ce passage, occupe la place du serviteur ; le serviteur parfait, le Seigneur de tous, ne cessera jamais d’être au service de son peuple. « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin » (v. 1). Pas de fin à l’amour de notre Seigneur ; les circonstances peuvent changer, mais son amour demeure invariable. En ceci, le Seigneur se montre le parfait antitype du serviteur hébreu, en Exode 21. Il pouvait sortir libre, mais devait laisser sa femme et ses enfants derrière lui. « Si le serviteur dit positivement : J’aime mon maître, ma femme et mes enfants, je ne veux pas sortir libre ; … son maître lui percera l’oreille avec un poinçon ; et il le servira à toujours » (Ex. 21:5-6). Il ne veut pas être séparé de ceux qu’il aime, telle est la vraie signification de Jean 13.

Un rapport existe entre la cène et le lavage des pieds, quant à ceux qui s’en occupèrent. Matthieu nous informe (26:17-19) que les disciples s’enquirent auprès du Seigneur où ils devaient lui préparer à manger, mais sans donner de nom ; Marc, à ce même sujet, dit (14:12-16) : « Il envoie deux de ses disciples » ; Luc seul les nomme : « Il envoya Pierre et Jean, disant : Allez, et apprêtez-nous la pâque, afin que nous la mangions » (22:8). Jean, associé à Pierre pour ce service, avec son habituelle réserve, ne fait aucune allusion aux préparatifs du souper, mais rapporte le récit du lavage des pieds, le seul évangéliste qui nous en fasse part. Le Seigneur, en s’abaissant, rendit ses disciples capables d’en jouir davantage ; Pierre lui-même en éprouva certainement une très grande joie, bien qu’il reculât devant la grâce du Seigneur, prêt à laver ses pieds fatigués.

Jésus savait qu’il allait mourir ; il « se lève du souper et met de côté ses vêtements ; et ayant pris un linge, il s’en ceignit (c’est-à-dire : il prend la place du serviteur). Puis il verse de l’eau dans le bassin, et se met à laver les pieds des disciples, et à les essuyer avec le linge dont il était ceint » (v. 4, 5). Ainsi le voulait la coutume du pays : lorsque quelqu’un recevait des hôtes, son premier soin consistait à apporter de l’eau pour laver leurs pieds. C’est ce que fit Abraham en Gen. 18:3-4 ; en Luc 7 le Seigneur reproche à Simon de l’avoir négligé. Jésus prend la place de l’hôte et fournit l’eau ; puis il prend la place de l’esclave, et lave les pieds. Le Seigneur de gloire s’abaisse à laver les pieds de ces douze hommes ; quelle grâce parfaite ! Celui qui était Dieu s’est abaissé, non seulement en devenant un homme, mais encore en consentant à un acte que peu de nous consentiraient à accomplir. Après les avoir rafraîchis et réconfortés, il désire leur faire partager la fête à laquelle il les a conviés.

Pierre, toujours le même, s’avance et parle, tel un être humain : « Seigneur, me laves-tu, toi, les pieds ? » Le Seigneur de gloire s’humiliant à ce point était, pour lui, une chose incompréhensible. Cette objection permet à Jésus de développer une autre vérité : « Jésus répondit et lui dit : Ce que je fais, tu ne le sais pas maintenant, mais tu le sauras dans la suite » (v. 7). Il fallait attendre la venue du Saint Esprit pour comprendre tout le sens de ce geste ; tant que le Seigneur fut ici-bas, ses paroles furent mal interprétées ; le Saint Esprit nous ouvre l’intelligence pour connaître les pensées et les voies de Dieu ; et c’est ce qui marque la différence entre les saints de maintenant et ceux des temps passés. Pierre, encore incapable de comprendre la portée spirituelle de cet acte, ajoute : « Tu ne me laveras jamais les pieds. Jésus lui répondit : Si je ne te lave, tu n’as pas de part avec moi » (v. 8). Christ ne peut pas avoir part avec l’homme dans sa convoitise de pécheur ; Soyez dépendants de moi, dit-il, afin de pouvoir occuper la place que je vous réserve.

Si je ne suis pas lavé dans le sang de Christ, et si je ne connais pas la puissance purificatrice de l’eau, je n’ai pas de part avec Christ. Il est mort pour me purifier, il vit pour me garder pur. Si, toute première chose, je ne suis pas lavé dans le sang de Christ, je n’ai aucun lien avec lui ; mais si, pour me maintenir dans cet état, je ne suis pas lavé dans l’eau, je n’ai pas de part avec lui. Pierre ajoute : « Seigneur, non pas mes pieds seulement, mais aussi mes mains et ma tête » (v. 9). Il est comme beaucoup de chrétiens : ils sont lavés dans le sang de leur Sauveur, et le savent ; ils ont le pardon de leurs péchés, et le savent ; mais s’ils déshonorent leur Seigneur, ils croient devoir revenir en arrière et être de nouveau lavés dans le sang ; cela réduirait la valeur du sang de Christ au rang du sang des taureaux et des boucs de l’Ancien Testament. Nous avons cette assurance : « Celui-ci, ayant offert un seul sacrifice pour les péchés, s’est assis à perpétuité à la droite de Dieu » (Héb. 10:12). L’efficacité de ce sang demeure à toujours devant Dieu ; dans l’Ancien Testament, l’imperfection des sacrifices exigeait nécessairement leur répétition, mais la perfection du sang de Christ rend sa répétition impossible. Nos chutes journalières, dont la purification se fait par l’eau, non par le sang, c’est-à-dire, par la Parole de Dieu, tel est le sujet ici. « Ayant purifié vos âmes par l’obéissance à la vérité » (1 Pierre 1:22), dit Pierre ; l’eau est la Parole de Dieu appliquée par l’Esprit, la Parole de Dieu qui me purifie et me juge entièrement. « Jésus lui dit : Celui qui a tout le corps lavé n’a besoin que de se laver les pieds ; mais il est tout net ; et vous, vous êtes nets, mais non pas tous. Car il savait qui le livrerait ; c’est pourquoi il dit : Vous n’êtes pas tous nets » (v. 10, 11).

Le Seigneur emploie deux mots différents pour « laver ». Le premier donne l’idée du grand bain romain, pris le matin, pour tout le corps ; pendant la journée, l’usage voulait qu’on se rafraîchisse les pieds, c’est le sens du second terme. L’eau représente la purification par la Parole, dans la puissance de l’Esprit. « Si quelqu’un n’est né d’eau et de l’Esprit » (3:5), le corps entier est lavé. Il y a une purification des pensées, aussi bien que des actions, par le moyen de celui qui forme et gouverne nos cœurs, et ceci nécessairement en rapport avec l’œuvre de Christ à la croix. Tous les croyants sont lavés dans le sang du Seigneur Jésus Christ, et sont devenus plus blancs que la neige. Christ peut dire : « tout net », mais tant que nous traversons ce monde : « Celui qui a tout le corps lavé n’a besoin que de se laver les pieds ». Les pieds, c’est la marche ; tant que nous vivons dans ce monde, nous nous souillons ; cela ne convient pas à la maison de Dieu ; il y remédie, par l’amour de notre Sauveur. Il lave nos pieds, et emploie de l’eau dans ce but. La conversion ne se fait pas deux fois ; quand la Parole a été appliquée une fois par le Saint Esprit, l’œuvre est accomplie et ne peut être annulée, pas plus que le sang versé ne peut l’être encore une fois. Je ne peux pas naître deux fois, ou laver mes péchés deux fois dans le sang de Christ. « Une fois » est le terme de l’Écriture à ce sujet ; mais je peux pécher et souiller mes pieds, et interrompre la communion avec Dieu. Alors agit l’amour de mon Sauveur ; bien que dans la gloire, il emploie le linge et le bassin. Comment ? direz-vous. Par la Parole de Dieu —donc l’eau. Comment nous atteint cette Parole, c’est une autre question. Cela peut être en particulier, quand personne ne nous voit, sinon Dieu seul, ou bien par une prédication. Quel que soit le moyen, la Parole est toujours celle du Seigneur, c’est le ministère actuel de Christ. Nous sommes très portés à considérer le vase qu’il utilise — si je puis dire ainsi, celui qui contient l’eau — mais, en réalité, c’est le Seigneur qui parle. Il a l’œil sur chacune de ses brebis, il connaît exactement ses besoins, et sait quelle parole lui adresser.

On peut à juste titre se demander si le lavage des pieds nous parle de Jésus comme sacrificateur ou comme avocat. La différence est importante, et Christ revêt ces deux caractères dans son intercession en notre faveur. Le sacrificateur travaille pour que nous ne péchions pas, l’avocat intercède pour les péchés commis, afin que la communion puisse être rétablie. Ici, c’est l’avocat qui entre en action, par le ministère de son amour parfait, qui ne peut se reposer jusqu’à ce qu’il ait les siens auprès de lui et qu’il ait éloigné tout ce qui pourrait les tenir à distance. L’amour aime servir, et l’amour qui sert, reçoit de la joie en retour, comme celui qui arrose est lui-même arrosé. Le sacrificateur maintient l’âme devant Dieu, et ne s’attarde pas aux fautes. Je suis gardé devant Dieu par toute la force de son épaule et l’affection de son cœur, par toute l’efficacité de l’œuvre qu’il accomplit avant d’être sacrificateur, car il ne le fut pas sur la terre.

1 Jean 2 nous présente ce qu’est l’avocat ; le même mot est traduit par « consolateur » en Jean 14, 15, 16. Le chrétien a deux consolateurs, l’un au ciel, l’autre sur la terre. Au ciel, l’avocat, le Seigneur Jésus, est devant le Père ; sur la terre, le consolateur, le Saint Esprit, habite dans le croyant ; le Seigneur ne cesse pas d’aimer, et le Saint Esprit ne quitte jamais le croyant. Si je considère le Seigneur en haut, ou l’Esprit sur la terre, tous les deux travaillent aux intérêts et à la bénédiction de ceux qu’ils servent. « Mes enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez pas ; et si quelqu’un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus Christ, le juste » (1 Jean 2:1) ; et « le sang de Jésus Christ son Fils nous purifie de tout péché » (1 Jean 1:7). Le sang nous rend continuellement purs, et nous maintient purs ; il nous conserve purs devant Dieu en parfaite justice ; l’eau garde notre conscience pure et nous maintient dans la communion. « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous » (1 Jean 1:8). Si nous disons que nous n’avons pas de péchés, nous avons raison, car Christ les a tous pris sur lui à la croix ; mais « si nous disons que nous n’avons pas péché », la vérité n’est pas en nous, car la nature humaine est pécheresse, et la chair vit encore en nous. Comment faire alors pour me débarrasser de ces péchés quotidiens ? « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1:9). Cela suppose donc la possibilité du péché qui interrompt la communion. Comment faire pour revenir et retrouver la communion ? Je ne suis pas un pécheur perdu, mais un enfant désobéissant ; aussi celui qui est droit devant Dieu confessera son péché et apprendra ce qu’est le pardon. Demander pardon, ou bien confesser ses péchés sont deux choses très différentes. La confession exige un travail de conscience sincère, et apporte la bénédiction. Demander pardon est plus superficiel. La confession doit être individuelle, car c’est moi seul qui ai péché, et je confesse mon péché à mon Père. Si nous disons que nous « n’avons pas péché », nous faisons Dieu « menteur » (1 Jean 1:10), car il affirme que « tous ont péché » (Rom. 3:23). Mais voici ensuite le secours pour celui qui a commis une faute : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité ». Celui qui, en toute sincérité, cherche ce secours peut dire : « Je confesserai mes transgressions à l’Éternel » ; et que trouve-t-il ? « Tu as pardonné l’iniquité de mon péché » (Ps. 32:5). Mais il y a encore quelque chose de plus : nous ne devrions pas pécher, car il n’y a pas de raison pour que nous péchions. Si nous laissons agir notre propre nature, nous avons mauvaise conscience. « Celui qui dit demeurer en lui, doit lui-même aussi marcher comme lui a marché » (1 Jean 2:6). Christ est la vie du chrétien ; le Saint Esprit, sa puissance, et Paul dit : « Je puis toutes choses en celui qui me fortifie » (Phil. 4:13). Si je pèche, l’Avocat divin intercède pour que je sois restauré, il agit en grâce, comme nous le verrons plus tard dans l’histoire de Pierre. Son intercession permet au Saint Esprit de placer mon péché sur ma conscience ; la communion est interrompue jusqu’à ce que je l’aie confessé à mon Père ; alors seulement ma conscience sera purifiée par l’effet de la Parole, et je retrouverai la communion avec Dieu.

Jésus pria avant que Pierre péchât ; et quand Pierre eut péché et renié son Maître, le Seigneur se retourna pour regarder Pierre. La prière du Seigneur amena la restauration de Pierre, mais le regard du Seigneur dans la cour de Pilate en fut le moyen.

Le lavage des pieds est donc un service dont Christ est occupé pour nous maintenant. Si nous sommes négligents et nous rendons indignes d’entrer dans la présence de Dieu, Christ nous purifie par sa Parole, afin que notre communion avec notre Dieu et Père soit rétablie.

Après avoir repris ses vêtements, le Seigneur presse ses disciples de suivre son exemple. « Si donc moi, le seigneur et le maître, j’ai lavé vos pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (v. 14), c’est-à-dire : aidez-vous mutuellement. Le lavage des pieds ne consiste pas à remarquer les fautes d’autrui ; si nous voulons laver les pieds de notre prochain, abaissons-nous d’abord nous-mêmes. « Si vous savez ces choses, vous êtes bienheureux si vous les faites » (v. 17). Si nous étions animés d’un esprit de douceur, et que nous sachions prendre la place de tout enfant de Dieu qui a manqué, nous comprendrions mieux ce que cela signifie ; pour le faire, nous devrions être humbles comme Christ.

Je suis frappé de voir comme l’histoire de Pierre remplit les évangiles, et combien d’enseignements nous lui devons. Ses questions, ses fautes, ses revendications, ses actes impulsifs sont tous des moyens pour le Seigneur de nous instruire. Quelques-unes de ses questions sont posées en Jean 13, mais d’autres, disséminées dans les récits des évangiles, nous les réservons pour le chapitre suivant.

 

9                    Les questions de Pierre — Luc 12 ; Matthieu 18, 19, etc.

Pierre posa au Seigneur un certain nombre de questions, dont le caractère dénote un homme excessivement simple, en même temps qu’un auditeur attentif aux discours de son Maître. Elles montrent combien son esprit réfléchissait au ministère divin qu’il entendait chaque jour. Ce ministère restait certainement très au-dessus de sa compréhension du moment ; pourtant, sa façon brusque de formuler certaines de ces questions prouve une intelligence active et réfléchie, peu en rapport avec son tempérament impulsif. Nous allons en étudier quelques-unes, pour autant que nous en puissions saisir la suite logique.

 

9.1   Question 1 — Responsabilité et récompense

« Pierre lui dit : Seigneur, dis-tu cette parabole pour nous, ou aussi pour tous ? » (Luc 12:41). Qu’est-ce qu’une parabole ? Dans l’Écriture, c’est « une figure qui a une signification détournée, mystérieuse ». Ainsi : « Je prêterai l’oreille au discours sentencieux, j’exposerai mon énigme sur la harpe » (Ps. 49:4) ; « J’ouvrirai ma bouche en paraboles, j’annoncerai les énigmes des jours d’autrefois » (Ps. 78:2), dit le doux psalmiste d’Israël ; d’où nous concluons qu’une « parabole » et une « énigme » sont synonymes. Pierre considérait donc les instructions contenues au chapitre 12 de Luc comme une parabole, bien que le Seigneur ne les présente pas sous cette forme ; mais les apôtres n’avaient pas encore reçu le Saint Esprit qui ouvre l’intelligence.

Luc groupe les événements au point de vue moral, sans s’inquiéter de l’exactitude historique ; Matthieu se préoccupe du caractère juif du Messie, et Marc recherche la suite chronologique. En Luc 11, Christ a été définitivement rejeté par la nation d’Israël ; le chapitre 12 suppose son absence de la terre, les disciples placés comme témoins dans la puissance du Saint Esprit (à venir, quand il aura été élevé au ciel), et le monde opposé à eux. Les pièges, les ressources trouvées en lui pendant son absence, l’attitude à prendre jusqu’à son retour, tels sont les sujets principaux de ce passage :

 

·       L’hypocrisie est évitée par la lumière de Dieu ; toutes choses seront révélées (v. 1-3).

·       La peur de l’homme est chassée par une crainte plus élevée — la crainte de Dieu, le cœur rempli du sentiment de sa protection — les cheveux de leur tête étant tous comptés (v. 4-7).

·       La fidélité à Christ sera reconnue (v. 8-11).

·       Le Saint Esprit leur viendra en aide pour quoi que ce soit qu’ils aient à dire devant les synagogues (v. 11-12).

 

Que d’encouragements sont donnés ! La lumière de Dieu, les soins de Dieu, la récompense de Christ et la puissance du Saint Esprit !

Rejeté, le Seigneur refuse d’être juge, mais invite les siens à se garder de toute avarice, et introduit ici la parabole de l’homme riche. Qu’advint-il de cette âme ? Le remède contre la maladie dont il était atteint — l’avarice — consistait à être « riche quant à Dieu » (v. 13-21) ; ce qui amène le Seigneur à développer les grands principes qui doivent animer les siens : ne pas se préoccuper du lendemain, mais se confier en Dieu. « Votre Père sait que vous avez besoin de ces choses ; mais recherchez son royaume, et ces choses vous seront données par-dessus » (v. 31). Ainsi la peur, l’avarice, les soucis, trois petits renards qui abîment les fruits de la vigne de Dieu, doivent être chassés : la peur de l’homme par la crainte de Dieu ; l’avarice par la richesse quant à Dieu ; les soucis par la confiance en Dieu. Dieu nous libère de ce monde pour nous faire entrer dans le ciel, et nous occuper de lui jusqu’au moment de son retour.

Mais il y a plus : « Ne crains pas, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le royaume » (v. 32). Notre cœur peut craindre de ne pas avoir le nécessaire pour le lendemain ; son cœur à lui se montre en nous donnant le royaume. La connaissance de ce but élève l’enfant de Dieu au rang de pèlerin et d’étranger ; il peut se séparer des choses d’ici-bas, car il a un trésor dans le ciel : « Là où est votre trésor, là sera aussi votre cœur » (v. 34). La devise du monde est : « Travaille et amasse ! » ; le commandement du Seigneur à ses enfants : « Ne garde rien, mais donne ! » Quelle différence ! Pour en être capable, le croyant doit posséder un trésor dans le ciel ; et pour le posséder, il doit comprendre que le Seigneur a aussi un trésor sur la terre, c’est-à-dire : les siens ; notre cœur alors l’aimera, car : « nous l’aimons parce que lui nous a aimés le premier ». La teigne, la rouille, les voleurs tôt ou tard, balayeront tout ce sur quoi reposent nos cœurs ici-bas.

Trois choses influencent le cœur ici : le Père qui donne le royaume, le trésor de prix dans les cieux, et l’attente du retour du Seigneur. « Que vos reins soient ceints, et vos lampes allumées ; et soyez vous-mêmes semblables à des hommes qui attendent leur maître, à quelque moment qu’il revienne des noces, afin que quand il viendra et qu’il heurtera, ils lui ouvrent aussitôt. Bienheureux sont ces esclaves, que le maître, quand il viendra, trouvera veillant. En vérité, je vous dis qu’il se ceindra et les fera mettre à table, et, s’avançant, il les servira. Vous donc aussi soyez prêts ; car, à l’heure que vous ne pensez pas, le fils de l’homme vient » (v. 35-40). Jusqu’à ce que le Seigneur vienne, nous devons attendre et veiller, nos lampes allumées et prêts ; la position exprime l’attente, tandis que le service occupe les heures de veille. Quand il reviendra, il nous prendra dans la maison du Père, se ceindra, nous fera asseoir et nous servira. Comprenons ceci comme une allusion à son humanité, car, dans son amour, il nous a toujours servis. L’amour le poussa à devenir homme, et même à mourir ; quand il aura les siens dans la gloire, il les servira encore, car il ne cessera jamais d’aimer, et l’amour aime servir.

L’enseignement de ce chapitre paraît clair, mais Pierre restait incertain quant à son application, ce qui le pousse à dire : « Seigneur, dis-tu cette parabole pour nous, ou aussi pour tous ? » La réponse du Seigneur n’offre pas de doute : « Qui donc est l’économe fidèle et prudent que le maître établira sur les domestiques de sa maison, pour leur donner au temps convenable leur ration de blé ? Bienheureux est cet esclave-là que son maître, lorsqu’il viendra, trouvera faisant ainsi. En vérité, je vous dis qu’il l’établira sur tous ses biens » (v. 42-44). Responsabilité liée à la profession, voilà ce que le Seigneur nous rappelle ; tous ceux qui font profession du nom du Seigneur sont compris ici, vrais ou faux, là n’est pas la question. Les disciples de Christ doivent revêtir deux caractères : 1) l’attendre et veiller ; 2) le servir jusqu’à son retour. « Occupés jusqu’à ce que je vienne », est la parole du Maître. Celui qui veille fidèlement et sincèrement l’attend, les reins ceints, et travaille avec patience jusqu’à son retour, recevant de lui joie et bonheur ; comme prix de sa fidélité, il sera établi sur tout ce qui appartient au Seigneur. Quant à ceux qui font faussement profession de son nom, les détails de leur fin sont donnés à Pierre (v. 45-48) de telle façon qu’il s’en souvint, et en reparle dans ses épîtres, spécialement dans la seconde. Nous tous, serviteurs de Christ, prenons garde à ces mots.

 

9.2   Question 2 — Comment pardonner

« Alors Pierre, s’approchant de lui, dit : Seigneur, combien de fois mon frère péchera-t-il contre moi, et lui pardonnerai-je ? Sera-ce jusqu’à sept fois ? Jésus lui dit : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Matt. 18:21-22). Cette question découle tout naturellement de ce qui précède, qui comporte des principes d’une immense importance pour l’enfant de Dieu. Matt. 18 suppose Christ absent, rejeté, ainsi que l’avait prédit le chapitre 16, car la gloire prévue au 17 n’est pas encore arrivée. Au chapitre 16, deux sujets étaient traités : l’Église qui allait être bâtie, et le royaume des cieux, dont les clefs sont données à Pierre. Le Seigneur ici reprend ces deux questions, à savoir : l’esprit qui devrait caractériser les siens, et qui serait digne de son royaume ; puis la place que l’Église allait occuper sur la terre, aussi bien en ce qui concerne la discipline que la prière.

La douceur d’un petit enfant, incapable d’affirmer ses droits dans un monde qui les ignore — l’esprit d’humilité et de dépendance — seul convient au royaume (v. 1-4). Le souci de ne pas blesser un de ces petits nous est enjoint, combiné avec la plus stricte sévérité envers soi-même. Être une occasion de chute pour un de ces petits qui croit en Christ, pourrait entraîner un jugement terrible. Tendre soin pour le plus faible, jugement sévère de soi-même, telle allait être la règle du royaume. Cela étant, aucune occasion de chute ne pourrait atteindre le plus faible (v. 5-9). Plus loin, le Père pense à ces petits, ils sont les objets de sa faveur ; il ne les méprise pas, au contraire, il les admet en sa présence, si bas soient-ils ; son Fils — le Fils de l’homme — « est venu pour sauver ce qui était perdu » (v. 10-14). En outre, si une offense surgit, si un frère pèche, un pardon plein de grâce serait obtenu : c’est l’esprit du royaume, un esprit de grâce. D’un côté, les disciples devaient être comme de petits enfants en dépendance et en humilité ; de l’autre, ils devaient imiter leur Père, pour être moralement comme lui, et être ainsi de véritables enfants du royaume.

Christ étant monté au ciel, l’Église doit le représenter et occuper sa place sur la terre. Qu’un frère pèche, le disciple doit le gagner ; l’orgueil humain attendrait qu’il s’humilie, l’amour divin va chercher l’offenseur. C’est ce que Dieu a fait : il envoya son Fils pour chercher le pécheur perdu ; ses enfants doivent agir de même. Si ton frère t’a fait du tort, va vers lui, et corrige-le ; l’amour actif cherche toujours le bien, même chez celui qui fait tort. « S’il t’écoute, tu as gagné ton frère » (v. 15). Ce n’est pas le coupable qui est placé devant l’esprit de celui qui marche sur les traces de Christ, mais c’est « ton frère ». S’il écoute, l’affaire sera enterrée dans le cœur de celui qui a été offensé ; s’il méprise cette grâce, deux ou trois témoins essayeront d’atteindre sa conscience ; si cela encore se révèle inutile, la chose sera placée devant l’assemblée ; et s’il refuse d’écouter l’assemblée, « qu’il te soit comme un homme des nations et comme un publicain » (v. 17). Le ciel ratifiera ce que l’assemblée a lié sur la terre ; si deux ou trois sont d’accord sur la terre pour demander quelque chose, le Père entendra et répondra ; « car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (v. 20). Que ce soit pour la discipline ou pour la prière, le Seigneur pose ici le principe que, si deux ou trois sont réunis en son nom, il est au milieu d’eux. Que ce soit pour une décision ou pour la prière, ils sont comme Christ sur la terre, car Christ lui-même est avec eux.

Pierre fut évidemment très pénétré de la grandeur de ces vérités ; aussi est-ce bien compréhensible qu’il désirât connaître l’étendue de la responsabilité, d’où sa question : « Seigneur, combien de fois mon frère péchera-t-il contre moi, et lui pardonnerai-je ? Sera-ce jusqu’à sept fois ? » L’idée que Pierre se faisait de la grâce allait jusqu’à sept fois ; au-delà de la loi — qui exigeait la justice et ignorait le pardon — et même au-delà de l’état de nos âmes, mais cela est encore insuffisant pour Christ. La pensée de Pierre était : « Supposons que mon frère pèche contre moi, et qu’il recommence sans cesse, combien de fois dois-je lui pardonner ? » Le Seigneur répond : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (v. 22). Sous la loi, le pardon était inconnu, mais : « Œil pour œil, et dent pour dent » ; dans le royaume des cieux, sous le règne d’un Christ rejeté mais divin, le pardon prend le même caractère : il est illimité. Le Seigneur insiste sur le fait que notre pardon n’a pas de limite, et doit agir constamment, car il est le reflet des voies de Dieu envers l’homme.

Rappelons-nous que c’est une question de péché envers nous et non envers le Seigneur. L’Église ne peut pardonner aucun péché envers le Seigneur jusqu’à ce qu’il l’ait pardonné, et lui pardonne seulement après la confession du péché. Comme croyants, nous devons nous pardonner l’un à l’autre sans compter : « jusqu’à soixante-dix fois sept fois ». C’est vraiment divin, car Dieu ne peut pas être surpassé en ce qui concerne le pardon, et tout chrétien est appelé à pardonner selon ce divin modèle. Bien rares sont ceux qui pardonnent jusqu’à sept fois, nous croyons toujours avoir bien agi en pardonnant une ou deux fois ; mais la question de Pierre développe une ligne de conduite toute différente.

 

9.3   Question 3Dévouement et récompense

« Alors Pierre, répondant, lui dit : Voici, nous avons tout quitté et nous t’avons suivi ; que nous adviendra-t-il donc ? » (Matt. 19:27). Pierre est bien humain ; sa question détruit la valeur de son dévouement, il en estime le prix, et n’a pas considéré toutes choses comme une perte pour Christ. Telle est la chair qui se montre sous une forme chez le jeune homme riche, et sous une autre chez Pierre. Le jeune homme s’était informé : « Quel bien ferai-je pour avoir la vie éternelle ? » (v. 16). Il n’avait pas compris qu’il était « perdu », et voudrait « agir » pour gagner la vie. Le Seigneur le reprend sur son propre terrain en lui répondant : « Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements. Il lui dit : Lesquels ? Et Jésus dit : « Tu ne tueras point ; tu ne commettras point adultère ; tu ne déroberas point ; tu ne diras point de faux témoignage ; honore ton père et ta mère ; et, tu aimeras ton prochain comme toi-même » (v. 17-19). Le Seigneur cite la loi. « Le jeune homme lui dit : J’ai gardé toutes ces choses ; que me manque-t-il encore ? » (v. 20). Quelle ignorance ! Il lui manquait l’essentiel, la seule chose qui vaille la peine d’être possédée, ses biens lui étaient une entrave pour recevoir la bénédiction de Dieu. « Jésus lui dit : Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as, et donne aux pauvres ; et tu auras un trésor dans le ciel ; et viens, suis-moi » (v. 21). Qu’appréciait-il le plus, la vie éternelle ou ses richesses ? « Le jeune homme, ayant entendu cette parole, s’en alla tout triste, car il avait de grands biens » (v. 22). Il les préférait à Jésus ; Jésus connaissait ce cœur et avait mis le doigt sur la cupidité qui, en réalité, s’était emparée de lui.

Les richesses forment un obstacle lorsqu’il s’agit du royaume de Dieu ; le Seigneur l’exprime clairement : « En vérité, je vous dis qu’un riche entrera difficilement dans le royaume des cieux ; et je vous le dis encore : Il est plus facile qu’un chameau entre par un trou d’aiguille, qu’un riche n’entre dans le royaume de Dieu » (v. 24) ; c’est hors nature qu’un chameau entre par le trou d’une aiguille, de même qu’un homme riche n’entre dans le royaume de Dieu. « Et les disciples, l’ayant entendu, s’étonnèrent fort, disant : Qui donc peut être sauvé ? Et Jésus, les regardant, leur dit : Pour les hommes, cela est impossible ; mais pour Dieu, toutes choses sont possibles » (v. 25, 26). Tant qu’il est question de l’homme, cela est impossible ; si l’homme devait faire quoi que ce soit pour entrer dans le royaume, les richesses seraient un empêchement, car il voudrait les prendre avec lui, tout ce qui est de l’homme est un obstacle pour atteindre le royaume ; tandis que, avec Dieu, toutes choses sont possibles, et c’est seulement par la puissance de sa grâce que l’homme atteint le royaume. Sa puissance n’a pas de limites, et quelles que soient les difficultés, il peut travailler et il le fait. C’est ainsi que nous voyons le riche Zachée béni, un riche Joseph réclamer le corps de Jésus ; ou encore dans son amour souverain, il appela quelques membres de la maison d’Hérode et en convertit dans le palais de César ; tandis que la grâce se manifeste tout entière dans le cas d’un Barnabas ou d’un Saul de Tarse.

Cette leçon quant aux richesses provoque la question de Pierre : « Voici, nous avons tout quitté et nous t’avons suivi ; que nous adviendra-t-il donc ? » Quelle sera la part de ceux qui ont renoncé à tout pour suivre le Seigneur ? Les riches ne seront sauvés que difficilement ; que doivent attendre ceux qui sont devenus pauvres pour suivre Jésus ? La réponse équivaut à ceci : Vous avez très bien fait en me suivant : « En vérité, je vous dis, que vous qui m’avez suivi, — dans la régénération, quand le fils de l’homme se sera assis sur le trône de sa gloire, vous aussi, vous serez assis sur douze trônes, jugeant les douze tribus d’Israël ; et quiconque aura quitté maisons, ou frères, ou sœurs, ou père, ou mère, ou femme, ou enfants, ou champs, pour l’amour de mon nom, en recevra cent fois autant, et héritera de la vie éternelle. Mais plusieurs qui sont les premiers seront les derniers, et des derniers seront les premiers » (v. 28-30).

Celui qui aura renoncé à quoi que ce soit pour l’amour de Jésus en recevra cent fois autant, il héritera de la vie éternelle, et chacun aura sa place dans le royaume. Les douze apôtres auront la première place dans l’administration du royaume terrestre, quand, sous le règne du Fils de l’homme, un état de choses tout nouveau sera établi. Chacun recevra sa récompense selon la fidélité de sa marche. Le sujet des récompenses est très clairement traité dans le Nouveau Testament, non comme un but, mais comme un encouragement pour ceux qui ont souffert pour le nom de Christ ; c’est Christ qui nous appelle à le suivre, c’est pourquoi toute âme trouvera en lui son modèle. Ne confondons pas la grâce avec la récompense. La grâce pardonne nos péchés et nous donne une place au ciel ; notre fidélité déterminera notre place, car Christ devrait être notre seul mobile dans notre marche journalière. Du Seigneur, nous recevrons la récompense pour ce que nous aurons fait, soit bien, soit mal (voir 2 Cor. 5:10). N’oublions pas cette parole : « Plusieurs qui sont les premiers seront les derniers, et des derniers seront les premiers ». Pierre avait besoin de se l’entendre dire afin de l’engager à marcher soigneusement, au moment où il choisissait de suivre le Seigneur.

 

9.4   Question 4 — Prière et pardon

« Et le lendemain, comme ils sortaient de Béthanie, il eut faim. Et, voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il s’en approcha pour voir si peut-être il y trouverait quelque chose ; mais y étant venu, il n’y trouva rien que des feuilles, car ce n’était pas la saison des figues. Et répondant, il lui dit : Que désormais personne ne mange jamais de fruit de toi. Et ses disciples l’entendirent… Et le matin, comme ils passaient, ils virent le figuier séché depuis les racines. Et Pierre, se ressouvenant de ce qui s’était passé, lui dit : Rabbi, voici, le figuier que tu as maudit est sec » (Marc 11:12-14 ; 20-21). Cette remarque de Pierre, même si elle n’est pas sous forme d’une question, donne au Seigneur l’occasion de développer le sujet.

« Et Jésus, répondant, leur dit : Ayez foi en Dieu. En vérité, je vous dis que quiconque dira à cette montagne : Ôte-toi, et jette-toi dans la mer, et qui ne doutera pas dans son cœur, mais croira que ce qu’il dit se fait, tout ce qu’il aura dit lui sera fait. C’est pourquoi je vous dis : Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous le recevez, et il vous sera fait. Et quand vous ferez votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez-lui, afin que votre Père aussi, qui est dans les cieux, vous pardonne vos fautes. Mais si vous ne pardonnez pas, votre Père qui est dans les cieux ne pardonnera pas non plus vos fautes » (v. 22-26). Le figuier représente Israël, comme nation ; Israël, le figuier de l’Éternel, couvert de feuilles, ne produit aucun fruit et encombre ; condamné par Dieu, il sèche, figure de la malédiction prononcée sur ce peuple. Possédant tous les avantages dont un homme peut jouir sur cette terre, cette nation malheureuse, malgré les soins divins, ne produit aucun fruit pour Dieu. Il est écrit au sujet d’Israël : « Mes frères… qui sont Israélites, auxquels sont l’adoption, et la gloire, et les alliances, et le don de la loi, et le service divin, et les promesses ; auxquels sont les pères, et desquels, selon la chair, est issu le Christ, qui est sur toutes choses Dieu béni éternellement. Amen ! » (Rom. 9:4-5). Malgré tous ces privilèges, il ne porte pas de fruit pour Dieu, quoique les feuilles — les formes extérieures de la religion — soient abondantes. La dernière preuve en fut le rejet de Jésus et, en le refusant, Israël a signé son propre arrêt de mort. L’histoire de l’homme, d’Israël, est finie.

On a pu trouver quelque difficulté à interpréter ce passage : « car ce n’était pas la saison des figues » ; comment le Seigneur pouvait-il s’attendre à en trouver ? Une particularité du figuier est de produire deux récoltes de fruits par an ; pendant que la première mûrit, la seconde se prépare. Ainsi l’arbre porte toujours des fruits, mûrs ou pas, c’est pourquoi le Seigneur prononce son jugement : l’arbre n’avait « que des feuilles ».

En outre, Jésus assure à ses disciples que, quoi qu’ils demandent par la foi, cela leur sera accordé, pourvu que leur marche soit empreinte d’un caractère de grâce. En priant, il faut aussi pardonner ; si nous ne recevons pas toujours de réponse à nos prières, c’est que nos cœurs ne sont pas droits devant Dieu à ce sujet ; on garde toujours quelque rancune. Pour jouir de la grâce et du privilège de la prière, nous devons constamment user de grâce envers notre prochain.

 

9.5   Question 5 — Veille et travail

« Et comme il sortait du temple, un de ses disciples lui dit : Maître, regarde, quelles pierres et quels bâtiments ! Et Jésus, répondant, lui dit : Tu vois ces grands bâtiments ? il ne sera point laissé pierre sur pierre qui ne soit jetée à bas ! Et comme il était assis sur la montagne des Oliviers, vis-à-vis du temple, Pierre, et Jacques, et Jean, et André l’interrogèrent en particulier : Dis-nous quand ces choses auront lieu, et quel sera le signe quand toutes ces choses devront s’accomplir ? » (Marc 13:1-4). Pierre n’est pas seul ; comme d’ordinaire, son nom est en tête, et il posa probablement lui-même la question. La réponse du Seigneur embrasse une vue générale de l’histoire du peuple juif, de la formation et du caractère de l’Église, et enfin de la bénédiction et du jugement des gentils ; Matt. 24-25 donnent davantage de détails, en même temps que l’évolution des voies de Dieu vis-à-vis du royaume. Marc, par contre, selon le caractère de son Évangile, s’occupe du service des apôtres suivant les circonstances qui les entourent, service qu’ils accomplissent au milieu des Juifs. Ils auraient à rendre témoignage contre les autorités qui les persécuteraient, et à prêcher l’Évangile parmi les nations ; ils auraient à prendre la place du Seigneur comme témoins au milieu d’Israël et parmi les nations avant son retour en gloire. Personne ne pouvait savoir le jour et l’heure de ce retour, d’où cette injonction donnée au verset 33 : « Prenez garde, veillez et priez, car vous ne savez pas quand ce temps sera ». Ce commandement est suivi d’instructions spéciales pour les esclaves, pour tous ceux qui aiment le Seigneur. « C’est comme un homme allant hors du pays, laissant sa maison, et donnant de l’autorité à ses esclaves, et à chacun son ouvrage… ; et il commanda au portier de veiller. Veillez donc ; car vous ne savez pas quand le maître de la maison viendra, le soir, ou à minuit, ou au chant du coq, ou au matin ; de peur qu’arrivant tout à coup, il ne vous trouve dormant. Or ce que je vous dis, à vous, je le dis à tous : Veillez » (v. 34-37).

Deux points saillants sont à observer. Veiller est l’attitude de l’esclave ; travailler, son caractère. Le Seigneur a donné à chacun son ouvrage, il y a place pour tous, du travail pour tous ceux qui l’aiment. Deux n’ont pas le même travail, pas plus que l’un ne peut remplacer l’autre. Soyons donc fidèles dans le travail qui nous est alloué à chacun.

 

9.6   Question 6 — Intimité et ses résultats

« Ayant dit ces choses, Jésus fut troublé dans son esprit, et rendit témoignage et dit : En vérité, en vérité, je vous dis, que l’un d’entre vous me livrera. Les disciples se regardaient donc les uns les autres, étant en perplexité, ne sachant de qui il parlait. Or l’un d’entre ses disciples, que Jésus aimait, était à table dans le sein de Jésus. Simon Pierre donc lui fait signe de demander lequel était celui dont il parlait. Et lui, s’étant penché sur la poitrine de Jésus, lui dit : Seigneur, lequel est-ce ? Jésus répond : C’est celui à qui moi je donnerai le morceau après l’avoir trempé. Et ayant trempé le morceau, il le donne à Judas Iscariote, fils de Simon » (Jean 13:21-26).

Le Seigneur touche à la fin de son ministère terrestre, quand, durant le dernier souper, avec tous les disciples, Pierre s’aperçoit de la peine de Jésus et s’en émeut. « L’un d’entre vous me livrera » ; les disciples, perplexes, se regardent l’un l’autre, et chacun d’eux demande : « Seigneur, est-ce moi ? » (Matt. 26:22-25). Le Seigneur ne répond pas tout de suite ; Pierre, toujours brûlant, fait signe à Jean de « demander lequel était celui dont il parlait ».

Nous pouvons à bon droit nous étonner de ce que Pierre n’ait pas posé la question lui-même. Jean était assis à côté du Seigneur, Pierre ne l’était pas ; il lui manquait la qualité que Jean possédait, la concentration d’esprit et un cœur constamment occupé de Jésus ; Jean ne s’approche pas de Jésus pour recevoir ce renseignement, mais il le reçoit parce que, selon son habitude, il se tient dans une proximité étroite du Seigneur, proximité nécessaire pour connaître ses secrets. Il parle toujours de lui-même comme « du disciple que Jésus aimait ». Comptant sur cet amour, il avait posé sa tête sur le sein de Jésus, au moment de sa tristesse. L’amour de Jésus forma le cœur de Jean et influença sa vie ; cela lui donna une magnifique fermeté dans son affection et une confiance enfantine dans la joie du Seigneur d’avoir près de lui le disciple qu’il aimait. D’autres auraient pu jouir de cette même place, mais n’en profitaient pas. Nous aussi nous pourrions occuper cette même place, proche de notre Sauveur, où le cœur jouit de l’amour de son Seigneur. Pour entendre les secrets qu’il désire nous communiquer, restons près de lui ; c’est la clef de tout progrès spirituel, car ainsi nous apprendrons à connaître Christ ; et plus nous goûterons son amour, plus nous serons heureux de vivre près de lui.

Pierre savait que le Seigneur l’aimait, et lui aussi aimait le Seigneur, c’est certain, mais il était encore trop occupé de lui-même pour jouir de cette intimité. Plus tard, quand il fut devenu un vase brisé et vidé de lui-même, Dieu put l’employer à son service ; mais pour connaître une liaison intime avec Jésus, on se tourne naturellement vers Jean, plutôt que vers Pierre.

 

9.7   Question 7 — Confiance en soi et son issue

« Lors donc qu’il fut sorti, Jésus dit : Maintenant le fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même ; et immédiatement il le glorifiera. Enfants, je suis encore pour un peu de temps avec vous : vous me chercherez ; et, comme j’ai dit aux Juifs : Là où moi je vais, vous, vous ne pouvez venir, je vous le dis aussi maintenant à vous… Simon Pierre lui dit : Seigneur, où vas-tu ? Jésus lui répondit : Là où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant ; mais tu me suivras plus tard. Pierre lui dit : Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant ? Je laisserai ma vie pour toi. Jésus répond : Tu laisseras ta vie pour moi ! En vérité, en vérité, je te dis : Le coq ne chantera point, que tu ne m’aies renié trois fois » (Jean 13:31-38).

Judas, démasqué, reçoit le morceau, et sa cupidité l’emporte ; Satan, l’employant à sa propre destruction, durcit son cœur contre tout sentiment purement humanitaire, il le pousse à commettre l’acte le plus vil qui se puisse concevoir : trahir un compagnon intime, tout en le couvrant de baisers ; finalement le diable l’abandonnera au désespoir dans la présence de Dieu.

Moralement, tout était fini quand Judas sortit, et le Seigneur garde présent à l’esprit la portée de ce moment solennel. « Maintenant le fils de l’homme est glorifié », déclare-t-il. Il envisage quelles devaient être les pensées de Dieu quant à l’issue de la perfidie de Judas ; car devant lui s’élevait la croix, sacrifice unique dans l’histoire de l’éternité, et de laquelle dépendaient les bénédictions que Dieu allait répandre sur l’homme. La sainteté et l’amour se sont rencontrés et réconciliés à la croix — la sainteté qui juge le péché, l’amour qui sauve le pécheur. Dieu ayant été glorifié par son Fils, le glorifie en le faisant asseoir à sa droite. Pierre ne peut pas saisir la portée de ces paroles : « Seigneur, où vas-tu ? », dit-il ; Jésus lui répond : « Là où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant ; mais tu me suivras plus tard ». Il prévoyait le martyre de l’apôtre, et cela aurait dû suffire ; mais non, Pierre, toujours plein d’ardeur et sûr de soi, continue à interroger : « Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant ? » et, sans attendre la réponse, il insiste : « Je laisserai ma vie pour toi ». Pierre semble-t-il, aurait pu se contenter des paroles du Seigneur, mais, trop occupé de lui-même, bien que très attaché au Seigneur, il est trahi par sa ferveur naturelle ; car dans son assertion, Jésus ne put lire que l’énergie de la chair, et non la puissance de l’Esprit. La vanterie est facile, mais toujours triste. Le Seigneur le réprimande en lui annonçant sa chute. Quelle leçon pour nous !

 

10               Criblé comme le blé — Luc 22:31-34, 54-62

Quel contraste dans l’histoire de Pierre entre Luc 22 et Matt. 17 ! En Matt. 17, l’apôtre se trouvait sur la montagne, dans la présence de la gloire du Fils de l’homme ; toujours impulsif, il désirait rendre à son Maître tout l’honneur qui lui était dû. En Luc 22, nous assistons à une scène solennelle, qui comporte tout un enseignement pour nous, car nous aussi, une fois ou l’autre, nous pourrions être tentés de renier le Seigneur. Oublieux de ce qu’il avait vu sur la montagne, plein de lui-même, Simon est démasqué par Satan qui le fait trébucher.

L’Écriture ne nous dépeint pas seulement les côtés lumineux de ceux qui servirent le Seigneur fidèlement, mais elle nous montre aussi leurs faiblesses, afin que la grâce de Dieu soit plus éclatante encore à nos yeux, cette grâce qui retire les siens hors de l’abîme, dans lequel ils se laissent trop facilement embourber. Cette chute brisa la propre volonté de Pierre, et lui apprit non seulement ce qu’il était, lui, mais surtout ce qu’était son Maître.

La Pâque approchait, Jésus savait qu’il allait mourir ; six jours auparavant, Judas avait vendu son Maître pour trente pièces d’argent, peu de chose, le prix du plus petit esclave. Prenons garde à ne pas nous laisser entraîner comme Judas, qui préféra l’argent à Christ ; tous, même un enfant de Dieu, en nous éloignant de Christ, nous nous mettons à la merci du diable. Jusqu’à maintenant, le Seigneur avait toujours pris soin et protégé ses disciples ; désormais, ils devront se suffire à eux-mêmes (v. 35-38) ; à ceux qui viennent le prendre dans le jardin, il dit : « C’est ici votre heure, et le pouvoir des ténèbres » (v. 53).

« Simon, Simon », dit le Seigneur, « voici Satan a demandé à vous avoir pour vous cribler comme le blé ; mais moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, quand une fois tu seras revenu, fortifie tes frères » (v. 31-32). Simon reçoit un avertissement ; s’il y avait pris garde, la suite eût été bien différente. S’il avait été « paille », et non pas « blé », Satan n’aurait pas désiré le cribler ; il ne cherche pas à tenter un inconverti, qu’il dirige et gouverne entièrement selon sa volonté, mais il s’attaque toujours aux enfants de Dieu. Cet épisode se retrouve dans la vie de tout croyant, il nous montre jusqu’où nous pouvons tomber si nous nous fions trop à nous-mêmes.

Jésus commence par avertir Simon ; puis il prie pour lui avant qu’il ne tombe, et ensuite il prend soin de lui. « Satan a demandé à vous avoir » est relié par la grâce à « j’ai prié pour toi ». Le Seigneur use de Satan pour briser la confiance en soi de Pierre, cause de sa chute, mais il ne l’autorise pas à aller plus loin. Le jour de la Pentecôte, Pierre, restauré et heureux dans l’amour de son Sauveur, put être le moyen de la conversion de trois mille personnes ; sans cette expérience amère, il n’aurait jamais été suffisamment brisé et humilié pour être employé au service du Seigneur.

À cet avertissement, Pierre répond : « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller et en prison et à la mort » (v. 33). Ces mots donnent le secret de sa chute : s’il n’avait pas été si sûr de lui-même, au lieu de dire : « Je suis prêt », il aurait prié : « Seigneur, garde-moi ; Seigneur, aide-moi, ne me laisse pas tomber sous le pouvoir de Satan ». S’il avait appris à ne pas se confier en lui-même, mais à s’appuyer sur son Maître, et à demeurer près de lui, il ne serait pas tombé.

Après le verset 34 se placent les chapitres 14, 15 et 16 de Jean, puis la merveilleuse prière du chapitre 17 ; Pierre dut certainement entendre ces paroles. Puis le Seigneur se rend au torrent du Cédron ; il prend avec lui ses trois disciples préférés, Pierre, Jacques et Jean, ceux qui avaient vu sa gloire sur la montagne, et assisté à la résurrection de la fille de Jaïrus ; et il se retire pour prier.

Quand il fut dans le jardin, nous lisons qu’« il commença à être attristé et fort angoissé. Alors il leur dit : Mon âme est saisie de tristesse jusqu’à la mort ; demeurez ici et veillez avec moi. Et s’en allant un peu plus avant, il tomba sur sa face, priant » (Matt. 26:38, 39). Il revient vers ses disciples et les trouve dormant : le Maître prie, les serviteurs dorment ! Le Maître agonise devant Dieu, montrant la perfection de sa dépendance, dans un moment de tristesse incomparable, ses serviteurs dorment. Pierre dormait dans la présence de la gloire du Seigneur, il dort maintenant en présence de son accablement. Aussi pouvons-nous comprendre le reproche qui lui est adressé : « Simon, tu dors ? Tu n’as pu veiller une heure ? Veillez et priez, afin que vous n’entriez pas en tentation ; l’esprit est prompt, mais la chair est faible » (Marc14:37, 38). Le Seigneur trouve ses disciples profondément endormis, au moment où il aurait pu espérer les voir veiller avec lui dans son angoisse, bien qu’ils ne pussent pas la partager ; il désirait avoir avec lui ceux qu’il aimait. Sur la croix sa plainte fut : « Tu as éloigné de moi amis et compagnons ; ceux de ma connaissance me sont des ténèbres » (Ps. 88:18). C’est bien tristement qu’il dit à Pierre : « Tu n’as pu veiller une heure », mais sa grâce ajoute : « La chair est faible ». Le Saint Esprit n’était pas encore venu sur eux pour les fortifier et les rendre capables de souffrir pour leur Maître dans n’importe quelle circonstance.

Le Seigneur s’éloigne et prie pour la troisième fois, quand apparaît Judas, le traître, avec un grand nombre d’hommes, porteurs de glaives et de bâtons. Pierre, de son épée, coupe l’oreille de Malchus, esclave du souverain sacrificateur ; le Seigneur opère là son dernier miracle en guérissant la blessure, au moment où cette foule l’entoure pour se saisir de lui. Ils lient Jésus et l’emmènent, et « tous les disciples le laissèrent et s’enfuirent » (Matt. 26:56), quand même ils avaient tous promis de ne pas le renier, et Pierre venait d’affirmer : « Avec toi, je suis prêt à aller et en prison et à la mort » (v. 33). Quand le Seigneur priait, Pierre dormait ; ensuite il luttait avec son épée, quand il aurait dû rester tranquille ; et maintenant il abandonne son Maître qui, plus que jamais, aurait dû être entouré par les siens.

Ici, le récit donné par les quatre évangélistes offre de très légères divergences, que l’on peut facilement concilier moyennant quelques explications. Commençons par décrire sommairement la maison romaine, celle du moins qui appartenait à un haut dignitaire ou à un propriétaire fortuné.

Elle n’avait pas d’étages ni d’autre ouverture sur la rue que la porte avec une loge pour le gardien. Un couloir conduisait dans une cour intérieure à ciel ouvert, des deux côtés de laquelle se trouvaient les appartements privés. Au fond une vaste pièce servait de salle de réception ou même d’audience, si le maître des lieux était un grand personnage civil ou ecclésiastique. Du haut de son siège il voyait quiconque entrait depuis dehors, ou bien stationnait dans la cour. Ceci nous permet de comprendre que Jésus, quand il comparut devant le souverain sacrificateur, put, en se tournant, voir Pierre, assis avec les esclaves devant le feu (22:61).

Pierre et Jean accompagnèrent leur Maître quand les soldats l’emmenèrent depuis le jardin de Gethsémané, mais « Pierre suivait de loin » (v. 54). Jean, qui connaissait le souverain sacrificateur, fut admis sans autre dans le palais, mais revint en arrière pour prier la portière de laisser passer son compagnon, puis, sans doute, il rejoignit Jésus. Quant à Pierre, arrivé dans la cour, il y vit un feu, allumé par les gardes, car il faisait froid, et s’assit parmi eux, côte à côte avec les ennemis du Christ. Pierre renia le Seigneur trois fois dans l’ordre suivant :

 

10.1                   Premier reniement

Lorsqu’il fut admis par la portière à pénétrer dans la cour ; Jean nous dit qu’elle fut la première à le défier (Jean 18:17) ; Matthieu (26:69-70) précise qu’elle vint à lui, lorsqu’il « était assis dehors, dans la cour » ; tandis que Marc (14:66-68) et Luc (22:54-57) situent le premier reniement au moment où il était assis devant le feu. J’explique la chose en admettant que la servante commença à parler à la porte, puis le suivit en parlant près du feu, où d’autres continuèrent.

 

10.2                   Deuxième reniement

La seconde fois, ce fut pendant que Pierre se tenait près du feu et se chauffait, plusieurs vinrent près de lui pour l’interroger : « Ils lui dirent donc » (Jean 18:25). Matthieu (26:71-72) pousse à croire que, après le premier reniement, Pierre s’était éloigné du feu et était allé dans le vestibule où « une autre servante le vit » et dit : « Celui-ci aussi était avec Jésus le Nazaréen ». Marc dit (14:68-70) : « Il sortit dehors dans le vestibule », et la servante le vit et dit : « Celui-ci est de ces gens-là ». Luc nous informe simplement par ces mots : « Un autre le voyant » (v. 58). L’apôtre fut donc assailli de questions par plusieurs personnes, mais les réponses ne varient guère que dans leur forme, bien que Matthieu ajoute qu’il « nia avec serment » (26:72).

 

10.3                   Troisième reniement

Quand au troisième reniement, Matthieu (26:73-75) indique que plusieurs, cette fois, s’acharnèrent sur le malheureux Simon, car son langage le faisait reconnaître. Marc (14:70) fait le même récit, et Luc (22:59-60) également, bien qu’il ne nomme qu’une personne. Jean (18:25-27) mentionne le grand nombre, mais ajoute que l’un des esclaves, parent de celui qui avait eu l’oreille coupée, reconnut Pierre.

 

Il semble donc bien que Pierre renia son Seigneur devant un certain nombre de témoins, dans deux cas au moins. Les esclaves, rassemblés dans la cour, le considéraient comme un sujet de raillerie, la plaisanterie était de leur goût. Ainsi, nous comprenons mieux la nature de la tentation qui fit tomber Pierre : rien de plus exaspérant que d’être bafoué par des esclaves qui, à leur grossièreté, mêlent le venin et la haine de leur propre maître contre Jésus. Le disciple avait à faire à forte partie, mais c’est surtout sa condition première qui occasionna sa chute.

En réalité, Simon, à cause de sa confiance en lui-même, était tombé avant d’être dans la cour du souverain sacrificateur. Le Saint Esprit nous a soigneusement rapporté ses paroles durant le dernier souper. Jésus avait averti ses disciples : « Vous serez tous scandalisés en moi » (Matt. 26:31) ; que répondit Pierre ? « Si tous étaient scandalisés en toi, moi, je ne serai jamais scandalisé en toi… Quand même il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai point » (Matt. 26:33-35) ; et « Avec toi, je suis prêt à aller et en prison et à la mort » (Luc 22:33) ; et encore : « Je laisserai ma vie pour toi » (Jean 13:37). Il croyait certainement ce qu’il disait, car il n’était pas hypocrite ; mais sa sûreté ne lui fit pas prendre garde, et il s’éloigna de Christ. « Que celui qui croit être debout, prenne garde qu’il ne tombe » ; il ne songea pas à ces mots, et bien qu’averti, il ne pria pas d’être gardé de la tentation ; il dormait quand il aurait dû rassembler ses forces, et fut une proie facile pour l’ennemi au moment où il aurait dû humblement et courageusement confesser son Seigneur.

Quand, pour la troisième fois, il renie son Maître, le coq chante. Il avait déjà chanté une fois, et le disciple aurait dû se souvenir des paroles du Seigneur, mais il n’y prêta pas attention, et continua à le renier, même avec serment. Pourtant il aimait son Maître ; cette dernière fois, lorsqu’il entend le coq, il se souvient ; au même moment, Jésus se tourne et regarde Pierre, un regard dans lequel on pouvait lire tout son amour pour son serviteur, amour immuable, inchangé, qui dut poursuivre Simon durant les trois jours suivants, jusqu’à ce que, après la résurrection, il pût rencontrer le Seigneur.

« Pierre, étant sorti dehors, pleura amèrement » (v. 62). Il se repent lorsqu’il comprend sa folie et son péché dans la lumière de l’amour de son Seigneur. La repentance provoque le jugement du péché dans la lumière de l’amour et de la grâce ; le remords envisage le péché dans ses résultats. La repentance entraîne l’espérance, le remords, le désespoir ; la repentance ramène l’âme à Dieu, le remords l’enfonce toujours plus profondément dans le péché, entre les mains de Satan. Tels sont les deux caractères de Pierre et de Judas. Judas, qui ignorait ce qu’était la grâce, et plein de remords devant sa lâcheté, va se pendre ; Pierre, qui connaissait la grâce, comprit, alors mieux que jamais, combien le Seigneur l’aimait ; il sortit et pleura amèrement. Le dernier acte de Pierre fut de renier son Seigneur ; immédiatement après, son Maître mourut pour lui ; si Jésus n’avait pas été cloué sur la croix pour lui, Pierre n’aurait pas pu être restauré ni sauvé.

Le disciple dut être horriblement malheureux ce jour-là ; il sut plus tard que ceux qui lui avaient tenu compagnie frappèrent Jésus, se moquèrent de lui, l’envoyèrent ligoté d’un prêtre à un autre, et finalement l’amenèrent à Pilate. Ils réclamèrent son sang ; et Pilate, craignant César, dut céder à contre-cœur et le livra pour être mis à mort. L’Écriture ne nous renseigne pas sur les sentiments qui agitèrent Pierre pendant ce temps. Nous sommes certains d’une chose : du regard du Seigneur, et des paroles du Seigneur : « J’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas ». Cela dut le réconforter, et l’empêcher de sombrer dans le désespoir, comme le fit Judas.

Conservons l’enseignement à tirer de ce récit ; marchons soigneusement avec prière, et demeurons bien près du Seigneur. Cela nous prouve une fois de plus que le trait de caractère qui distingue le disciple de Christ est propre à le faire tomber. Pierre était courageux et dévoué au Seigneur. Souvent la force réelle d’une chaîne se trouve dans le plus faible anneau ; ce que nous considérons comme notre véritable point fort est en réalité notre point faible, là où Satan nous attaquera. Moïse, l’homme le plus doux, se mit en colère pour une cause futile. Abraham, remarquable par sa foi, y manqua. Élie, un homme éminemment courageux, s’enfuit devant une femme. Job, connu pour sa patience, succomba. Jean, l’apôtre de l’amour, aurait voulu voir le feu du ciel tomber sur les Samaritains. Paul, l’apôtre du christianisme, retomba pour un temps dans le judaïsme. Un seul fut un parfait Serviteur, égal en toutes choses : dépendant, dévoué, saint, fidèle, tendre et tout amour.

Sans doute la place en vue qu’occupait Pierre au service du Seigneur présentait bien des dangers. L’ennemi l’avait remarqué, car il se plaît à provoquer et à faire trébucher les conducteurs parmi les serviteurs de Christ. La manière dont Satan attaqua le Seigneur lui-même doit nous rendre attentifs, mais assurés qu’il ne nous laissera jamais seuls. Le succès dans le travail pour le Seigneur n’est pas une sécurité, et si le Maître nous emploie à son service, le crible de Satan dépendra aussi de ce travail. Le seul chemin sûr est de se tenir aussi près que possible du Seigneur, et aussi loin que possible des faveurs du monde et de la chaleur du feu.

 

11               Restauration et un nouveau mandat — Jean 20:21

Aucune partie des Évangiles n’offre plus d’intérêt que les scènes de la résurrection. La mort du Seigneur Jésus constitue la base de toute bénédiction, mais sa résurrection prouve la victoire remportée sur la mort, sur Satan. Le témoignage de sa résurrection présente un cycle complet : on le vit pas moins de dix fois durant ces quelques jours qui précédèrent son enlèvement. Par une grâce toute spéciale, une des premières fois, il retrouve Pierre profondément repentant.

Ces premières rencontres nous font réaliser combien le Seigneur apprécie l’affection des siens, cette affection qui lui manqua durant sa carrière terrestre. Il le manifeste tout particulièrement dans le cas de Marie de Magdala, la première à laquelle il apparut ; puis ce fut le tour des femmes de Galilée, ses compagnes ; ensuite, Pierre, l’homme au cœur dévoué qui languissait de le voir, celui qui l’avait renié, mais que le Sauveur, dans sa grâce, cherchait toujours à restaurer.

Lui, le Seigneur de gloire, crucifié entre deux malfaiteurs, mourut en priant pour ses meurtriers, et expia leurs péchés. Des mains compatissantes l’ensevelirent dans un tombeau neuf, où il demeura toute la journée du sabbat. Le matin de la résurrection, Pierre et Jean, renseignés par Marie, coururent ensemble jusqu’au sépulcre ; Jean courut plus vite que son compagnon. On a allégué que Pierre était plus âgé, mais là n’est pas la raison : Simon avait renié son Sauveur ; une mauvaise conscience et un cœur malheureux influencent toujours la marche du chrétien et ralentissent ses pas.

Il semble que Marie de Magdala, en compagnie de ses amies, se soit rendue de très bonne heure au sépulcre. Le trouvant vide, elle courut à la ville afin d’annoncer cette nouvelle aux disciples, tandis que ses compagnes, moins brûlantes d’amour, restèrent sur place. Finalement elles pénétrèrent dans le tombeau ; elles y virent l’ange qui « leur dit : Ne vous épouvantez point ; vous cherchez Jésus le Nazarénien, le crucifié : il est ressuscité, il n’est pas ici ; voici le lieu où on l’avait mis. Mais allez, dites à ses disciples et à Pierre : Il s’en va devant vous en Galilée ; là vous le verrez, comme il vous l’a dit » (Marc 16:6-7). Obéissantes, elles partent, quand surviennent Pierre et Jean, suivis par Marie qui pleurait.

Le sépulcre était vide, l’ange avait roulé la pierre pour que nous regardions au dedans, car nous avons maintenant un Sauveur triomphant, victorieux de la mort. Jean, le premier, se contente de regarder, mais sans entrer ; Pierre — bien qu’un Juif considérât ce geste comme une souillure — pénètre à l’intérieur, tant était grand son désir de connaître la vérité. Tout avait été laissé parfaitement en ordre, aucune hâte ni précipitation : le suaire, qui entourait la tête de Jésus, était plié à part : « Il voit les linges là tout seuls ; et il s’en alla chez lui, s’étonnant de ce qui était arrivé » (Luc 24:12). Ni Pierre, ni Jean ne marquent le même attachement au Seigneur que Marie, qui avait été l’objet d’une délivrance toute spéciale : « De laquelle il avait chassé sept démons » (Marc 16:9) ; un amour très personnel la caractérisait. Les deux disciples, eux, « virent et crurent », puis « ils s’en retournèrent chez eux » (Jean 20:9, 10) ; ils constatent l’événement, mais leurs affections ne sont pas engagées ; simplement satisfaits de savoir Jésus ressuscité, ils s’en vont chez eux. Ils avaient une habitation où Jésus n’était pas ; Marie n’en possédait pas, sauf le lieu où elle avait vu son Sauveur pour la dernière fois. C’est pourquoi, quand les autres furent partis, « elle se tenait près du sépulcre, dehors, et pleurait » (v. 11). Elle ne pouvait pas se passer de son Sauveur ; c’est à elle qu’il se révèle en premier ; cette scène offre une beauté sans égale.

Pierre et Jean ont certainement cru à la résurrection, Marie reste aveuglée par son amour ; elle le croit mort encore, et l’aime d’autant plus qu’elle ne l’a pas, poussée par son affection plus que par son intelligence. Quand les anges l’abordent, elle leur tourne le dos et paraît totalement indifférente : Jésus seul occupait ses pensées. Lorsqu’il s’informe pourquoi elle pleure, elle s’imagine que c’est le jardinier et qu’il connaît l’objet de ses désirs ; elle lui dit : « Seigneur, si toi tu l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et moi je l’ôterai » (v. 15). Elle pense que chacun, comme elle, n’a d’autre préoccupation que le Seigneur, et elle parle de « lui » sans prononcer son nom. D’un mot : « Marie », Jésus se révèle ; la brebis, immédiatement, reconnaît la voix de son Maître, et répond : « Rabboni ! » (ce qui veut dire, maître) (v. 16). Le Seigneur jouissait de cet amour profond et sincère et l’appréciait.

Il vit probablement ensuite les compagnes de Marie, les femmes galiléennes, qui se rendaient à Jérusalem pour porter le message de l’ange aux disciples et à Pierre. Il se fait reconnaître par ces mots : « Je vous salue » ; elles « saisirent ses pieds et lui rendirent hommage. Alors Jésus leur dit : N’ayez point de peur ; allez annoncer à mes frères qu’ils aillent en Galilée, et là ils me verront (Matt. 28:9, 10).

Pierre fut probablement le troisième à rencontrer le Seigneur ce même jour. Autant était grande son ardeur à le voir, autant était profond son désir de mettre toutes choses en ordre après sa faute. Si quelque doute subsistait dans son esprit quant à la résurrection, il fut rapidement dissipé par le message du « jeune homme » aux femmes de Galilée. Seul le Seigneur qui connaissait le chagrin de son disciple pouvait avoir inspiré ces paroles : « Allez, dites à ses disciples et à Pierre : Il s’en va devant vous en Galilée ; là vous le verrez, comme il vous l’a dit » (Marc 16:7).

Luc 24 nous rapporte que deux d’entre eux se rendaient à Emmaüs, et « Jésus lui-même, s’étant approché, se mit à marcher avec eux » (v. 15). Arrivés à destination, ils le contraignirent d’entrer, et Jésus se fit connaître dans la fraction du pain. Le jour baissait, ils estimaient l’heure trop tardive pour que leur compagnon poursuivît son chemin ; mais maintenant, il n’était plus trop tard pour retourner tout de suite à Jérusalem annoncer aux autres disciples la nouvelle merveilleuse. « Ils trouvèrent assemblés les onze et ceux qui étaient avec eux » (v. 33) ; ils se réjouirent tous ensemble, car ils eurent confirmation de l’événement : « Le Seigneur est réellement ressuscité, et il est apparu à Simon ». Nous ignorons tout de cette entrevue entre le Seigneur et Simon ; Dieu a jeté un voile là-dessus ; mais nous pouvons être certains d’une chose, c’est que Pierre fut complètement restauré.

Nous en lisons le résultat en Jean 21 : les sept disciples étaient allés pêcher au lieu d’attendre simplement Jésus comme il le leur avait fait dire. La nuit se passe en essais infructueux, et le matin, Jésus se trouve là sur le rivage. Sitôt que Pierre le reconnaît, il se précipite, il ne peut pas même attendre que le bateau ait abordé, et se jette à l’eau pour arriver plus vite auprès du Seigneur ; s’il n’avait pas été pleinement restauré, il n’aurait pas éprouvé pareille hâte. Luc 24:34 mentionne ce qu’on peut appeler sa restauration privée, Jean 21, sa restauration publique ; pour obtenir une restauration publique, si privilégiée soit-elle, nous devons avoir auparavant une restauration privée. La communion et l’intimité avec le Seigneur sont de toute importance, rien ne peut les remplacer. L’intercession de Christ, disant à Pierre : « J’ai prié pour toi », obtient ici sa complète efficacité, une profonde contrition après la faute, puis la confession, suivie d’un plein pardon et de la restauration. L’intercession fut la cause de la restauration, comme le regard du Seigneur fut le moyen de produire l’état moral qui y conduisit. Le Seigneur a deux entrevues excessivement intéressantes avec ses disciples, Pierre y assiste, mais aucune mention n’est faite de ce qui se passa entre le Maître et son serviteur (Jean 20:19, 26). Les soins du Seigneur désirent donner, en présence de tous, l’assurance du pardon et de la confiance retrouvée, sans laisser tomber la faute dans l’oubli.

Comme nous l’avons remarqué, le Seigneur avait invité ses disciples à se rendre en Galilée avec l’assurance de le voir là. Ils vont donc à la mer de Tibériade ; Jésus les fait attendre, évidemment avec la pensée de les éprouver. Au souvenir de leurs intérêts d’autrefois, d’associations et d’occupations anciennes, peuvent-ils, pouvons-nous attendre uniquement et simplement la venue du Seigneur ? Pourtant, telle devrait être maintenant notre position comme alors, celle des disciples. La Galilée, l’endroit méprisé, représente pour nous le monde religieux. L’épreuve semble avoir été trop grande pour eux ; aussi, quand l’impulsif et toujours actif Simon Pierre leur dit : « Je vais pêcher », ils ne furent pas longs à répondre : « Nous allons avec toi » (v. 3). Quoi de plus naturel ! mais ce n’était pas le but pour lequel le Seigneur les avait envoyés. Comme il est facile, si nos cœurs ne sont pas occupés exclusivement de Christ, de renouer des relations mondaines, de ranimer des intérêts, de retomber dans des habitudes auxquelles nous sommes censés avoir échappé en venant à Jésus !

« Simon Pierre, et Thomas, appelé Didyme, et Nathanaël de Cana de Galilée, et les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples étaient ensemble. Simon Pierre leur dit : Je m’en vais pêcher. Ils lui disent : Nous allons aussi avec toi. Ils sortirent, et montèrent dans la nacelle : et cette nuit-là ils ne prirent rien » (v. 2, 3). Ils n’attrapaient rien, mais pas par une pure coïncidence : si nous sommes dans un faux chemin, nous ne réussirons pas. Notre Dieu et Père a l’œil sur nous, sa main puissante se fera sentir, même si nous ne nous en apercevons pas sur le moment. La sombre nuit passe ; au matin, quelqu’un se tient sur le rivage qui leur dit : « Enfants, avez-vous quelque chose à manger ? Ils lui répondirent : Non. Et il leur dit : Jetez le filet au côté droit de la nacelle, et vous trouverez. Ils le jetèrent donc, et ils ne pouvaient plus le tirer, à cause de la multitude des poissons » (v. 5, 6). Ces hommes avaient fait déjà au même endroit une expérience semblable : ils avaient travaillé toute la nuit, et n’avaient rien pris ; puis Jésus était venu à eux ; sur son commandement, ils avaient lâché le filet, et avaient pris une telle quantité de poissons que le filet se rompait. Ce souvenir fit dire à Jean : « C’est le Seigneur » ; l’effet produit est immédiat, et Pierre « ceignit sa robe de dessus… et se jeta dans la mer » (v. 7). Dans sa hâte de s’approcher du Seigneur aussi rapidement que possible, il nage jusqu’au rivage ; s’il n’avait pas été restauré, il serait venu avec les autres disciples « dans la petite nacelle traînant le filet ».

Sur le rivage, les disciples « voient là de la braise, et du poisson mis dessus, et du pain. Jésus leur dit : Apportez quelques-uns des poissons que vous venez de prendre. Simon Pierre monta, et tira le filet à terre, plein de cent cinquante-trois gros poissons ; et quoiqu’il y en eût tant, le filet n’avait pas été déchiré. Jésus leur dit : Venez, dînez. Et aucun des disciples n’osait lui demander : Qui es-tu ? sachant que c’était le Seigneur. Jésus vient et prend le pain, et le leur donne, et de même le poisson. Ce fut la troisième fois déjà que Jésus fut manifesté aux disciples, après qu’il fut ressuscité d’entre les morts » (v. 9-14).

Cette « troisième fois » se rapporte aux disciples formant un tout ; car, individuellement, c’était la septième fois que Jésus se manifestait. Pour Jean, c’était la troisième : la première fois, le jour de la résurrection ; la seconde, une semaine après, quand Thomas était présent. Ces deux occasions représentent en type, la première : l’Église ; la seconde, le résidu juif qui croit lorsqu’il voit le Seigneur. La scène de Jean 21 introduit les Gentils. Le fait de jeter le filet, de retirer une grosse quantité de poissons sans que le filet ne se rompe, est une faible image de ce que sera le règne millénaire. En Luc 5 le filet se rompait, et les nacelles enfonçaient ; mais ce n’est pas le cas ici, et l’Esprit Saint note bien la différence. L’œuvre millénaire de Christ est parfaite. Ici la scène se place après la résurrection — ce qui fait qu’elle ne repose pas sur la responsabilité de l’homme — et le filet ne se rompt pas ; la présence du Seigneur modifie entièrement la situation. Quand les disciples apportent quelques-uns des poissons qu’ils venaient de prendre, ils voient que le Seigneur en avait déjà. Ainsi en sera-t-il à la fin : avant de se manifester, Christ aura préparé un résidu pour lui-même sur la terre, et après son apparition, il rassemblera, d’entre les nations, une multitude que personne ne pourra dénombrer.

Suit la restauration publique de Pierre. « Venez, dînez », dit le Seigneur ; mais pas un mot à Pierre de la faute commise. Ses frères le regardaient peut-être d’un œil méfiant ; mais, pour le Seigneur, lorsqu’une volonté a été brisée, il a pleine confiance en son enfant ; il en donnera la preuve dans la suite de l’histoire de Pierre. Il ne reproche pas à Simon sa faute, ni son manque de fidélité, il juge la source du mal, la confiance en soi. Il sonde le cœur, si bien que le disciple est contraint de se replier sur l’omniscience du Seigneur : lui, qui prétendait avoir plus d’affection pour son Maître que ses compagnons, doit reconnaître que ce n’était pas le cas. La question du Seigneur répétée trois fois — chaque fois un peu différente — le met à l’épreuve. Ce n’est que la troisième fois que Pierre enfin répond : « Tu connais toutes choses, tu sais que je t’aime ». Jésus persévère jusqu’à ce que son cœur et sa conscience soient véritablement mis à découvert ; alors seulement les sources de la confiance en soi sont taries, et le cœur, prêt à se confier entièrement en celui qui n’attend que ce moment pour révéler sa grâce immuable.

Après le repas, Jésus dit : « Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu plus que ne font ceux-ci ? » (v. 15), indiquant par là les autres disciples, car Pierre avait dit : « Si tous étaient scandalisés en toi, je ne le serai point ». Le mot que le Seigneur emploie ici pour « aimer » implique l’amour en général. Pierre répond : « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime ». Le terme de Pierre signifie l’attachement spécial à une personne. Le Seigneur lui confie une charge : « Pais mes agneaux », et poursuit : « M’aimes-tu ? » (v. 16), sans autre comparaison. Pierre répond de nouveau : « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime », en usant du même terme que la première fois. Le Seigneur ajoute : « Pais mes brebis ». Enfin, quand, pour la troisième fois, le Seigneur demande : « M’aimes-tu ? » (v. 17), il emploie le même mot que Pierre, comme s’il disait : « As-tu une affection spéciale pour moi ? »

Pierre l’avait renié trois fois, et trois fois le Seigneur lui demande : « M’aimes-tu ? » Simon enfin brisé et humilié peut répondre : « Seigneur, tu connais toutes choses, tu sais que je t’aime » (v. 17), ce qui a l’air de vouloir dire : « Tu peux voir dans mon cœur ; tu sais si je t’aime ou pas ; même si tous en doutent, tu sais tout, tu sais que je t’aime ». Cette fois, c’est assez ; les sources de la confiance en soi et de sa propre estime ont été touchées ; le Seigneur peut maintenant le restaurer, et l’élever à une place de confiance. Par ces mots : « Pais mes brebis », le Seigneur semble exprimer : « J’ai confiance en toi, Pierre, je m’en vais, mais je remets à tes soins ceux que j’aime le mieux, mes agneaux et mes brebis, afin que tu prennes soin d’eux tous ». C’était la grâce parfaite ; avant que le disciple n’en sentît le besoin et qu’il ne commît une faute, cette grâce avait prié pour lui, maintenant elle brille en exprimant toute la confiance placée en Pierre. Bien des gens pourraient estimer le pardon la meilleure des choses, de même que le fait d’être admis de nouveau parmi les apôtres ; mais la grâce dissipe tout, elle confie aux soins du disciple ce qui a le plus de prix à son cœur. La grâce crée la confiance en proportion de la confiance dont elle use envers nous et en nous. Comment Pierre a satisfait cette charge, la suite de sa vie l’a prouvé ; un ami ne pouvait lui donner une plus grande preuve de confiance qu’en laissant à ses soins ceux que son cœur aime le mieux. Jésus était sur le point de s’en aller, ses brebis lui étaient particulièrement chères ; Pierre fut celui que, dans sa grâce, Christ choisit pour lui remettre son troupeau.

Il importe de saisir la nature de ce nouveau mandat. Les agneaux et les brebis semblent indiquer plus spécialement les croyants juifs. Les liens, qui existaient entre Christ et Pierre sur la terre, avaient préparé l’apôtre à cette charge. Il nourrit les agneaux lorsque, dans les Actes, il leur parle de Jésus, comme étant le Messie ; les brebis — donc les croyants plus avancés — il les guide dans le chemin de la vérité, et leur donne leur nourriture par le moyen de ses épîtres. Pierre est l’apôtre de la circoncision ; la terre présentait la scène de son ministère, les promesses son objet, tout en montrant à chacun individuellement le chemin du ciel. Ce témoignage devait être rejeté par la nation et se terminer à la mort de ce serviteur ; Jean, par son ministère et ses écrits, nous instruit des événements futurs, du retour du Seigneur.

La grâce de Jésus ne s’arrête pas là. Certes Simon ressentait encore la tristesse d’avoir manqué l’occasion de confesser son Maître à un moment critique, il l’avait renié croyant sauver sa vie. Aussi quel immense réconfort dut-il éprouver lorsque le Seigneur lui dit : « En vérité, en vérité, je te dis : Quand tu étais jeune, tu te ceignais, et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras devenu vieux, tu étendras les mains, et un autre te ceindra, et te conduira où tu ne veux pas. Or il dit cela pour indiquer de quelle mort il glorifierait Dieu. Et quand il eut dit cela, il lui dit : Suis-moi » (v. 18, 19). À cause de sa propre volonté, il était tombé, et n’avait pas su suivre le Seigneur, maintenant il sera admis à le faire par la volonté de Dieu. Cette grâce ne nous est pas toujours accordée, car ce que nous perdons par manque de foi ou de fidélité ne nous est pas toujours rendu. Aller en prison et à la mort pour l’amour de Christ, c’est ce qu’il avait offert en comptant sur sa propre force, et en quoi il manqua totalement ; maintenant il pourra le réaliser par la grâce et la volonté de Dieu. L’effet réel de la grâce est de nous apprendre que nous n’avons aucune force en nous. Pierre l’a compris ; il sent son insuffisance, il devient dépendant de la grâce de Christ, et pourra accomplir ce dont il se croyait capable quand Jésus lui disait le contraire. À ce moment-là sa force n’était que faiblesse devant le pouvoir de l’ennemi ; dans un temps à venir la grâce de Dieu le fortifiera pour souffrir et mourir pour le nom de Jésus. Même s’il s’agit de se soumettre à d’autres et que ce ne soit pas une question de sa propre volonté, la grâce de Dieu le soutiendra dans sa fidélité jusqu’à la mort. Quand nous n’avons ni force ni volonté, nous sommes dans l’état qui permet à Dieu de nous élever et de nous admettre à le suivre pour faire ce qui lui plaît.

Mais Pierre reste Pierre jusqu’à la fin ; nous le retrouvons tel que nous le connaissons : « Pierre, se retournant, voit suivre le disciple que Jésus aimait… Pierre, le voyant, dit à Jésus : Seigneur, et celui-ci, — que lui arrivera-t-il ? » (v. 20, 21). Jean, sans doute, est mentionné ici, il avait entendu l’appel adressé à Pierre et avait suivi Jésus. La réponse du Seigneur est énigmatique, mais instructive : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi ». Il suffit de connaître notre propre sentier, nous n’avons pas à nous informer de celui de notre prochain ; c’est comme si le Seigneur disait : « Laisse ton frère, Pierre, et suis-moi. Garde les yeux fixés sur moi, pas sur ton frère ». On a peine à concevoir comment Pierre pût poser pareille question ; il reste le même homme impulsif, qui se laisse gagner par son ardeur et son affection pour Jean.

Dans sa réponse : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne », Jésus ne voulait pas dire, ainsi qu’en ont conclu les disciples, que Jean ne mourrait pas ; mais que, dans son ministère, Jean aurait à prévoir des événements futurs, qui s’étendraient jusqu’à la fin, jusqu’au retour de Christ pour juger la terre.

L’assemblée, l’Église, est formellement reconnue dans les Actes, comme prenant la place de la maison de l’Éternel à Jérusalem. La destruction de Jérusalem a terminé l’histoire de l’assemblée comme centre sur la terre, et a mis fin aussi au système juif en rapport avec la loi et les promesses. C’est là que se clôt le ministère de Pierre ; ce qui reste, est l’assemblée dans les cieux, sujet que Paul développera, ainsi que les conseils de Dieu en Christ et son œuvre qui nous introduit dans la gloire. Jean traite dans son Évangile et dans ses épîtres de la personne du Fils de Dieu, de la vie éternelle descendue du ciel, et, dans l’Apocalypse, du gouvernement et du jugement de Dieu au moment où le Seigneur sera manifesté. Il vivra plus longtemps que Paul, et il a relié le jugement de l’Assemblée comme témoin responsable sur la terre (voir Apoc. 2:3) avec le jugement du monde, quand Dieu, dans son gouvernement, renouera ses relations avec le monde et y renverra son Fils, rejeté maintenant.

Le « jusqu’à ce que je vienne » n’est pas la venue du Seigneur pour chercher l’Église — l’enlèvement des saints — mais sa manifestation publique, son apparition sur la terre en gloire ; Jean, qui vécut jusqu’à la clôture de tout ce que le Seigneur jugea bon d’introduire en rapport avec Jérusalem, continue par son ministère jusqu’à la manifestation de Christ au monde. Il devint très vieux et servit le Seigneur ; son dernier écrit — l’Apocalypse — emporte notre esprit jusqu’au retour du Fils de l’homme en gloire. C’est dans ce sens qu’il accomplit les paroles du Seigneur.

Il n’en reste pas moins que les derniers mots du Seigneur à Pierre sont très nets : « Toi, suis-moi ». Que nos cœurs y prennent garde, et soient heureux de le servir entièrement, sans réticence, jusqu’à son retour !

 

12               La Pentecôte et sa première prédication — Actes 1:2

Nous avons laissé notre apôtre, à la fin de l’évangile selon Jean, sur les bords de la mer de Galilée, heureux d’être restauré et de pouvoir jouir de la présence de son Maître ; nous avons vu ce qui faisait de lui un serviteur. L’Esprit de Dieu, dans ces premiers chapitres des Actes, nous montre ce même serviteur accomplissant un travail merveilleux.

Pierre, dans la cour du souverain sacrificateur, et Pierre, le jour de la Pentecôte, sont deux hommes bien différents : dans le premier cas, il reniait son Sauveur parce qu’il était plein de lui-même ; dans le second, il est « rempli de l’Esprit de Dieu ».

Ceci nous enseigne que Dieu humilie l’homme plein de lui-même, tandis que l’homme, plein de l’Esprit Saint, peut être utilisé à la gloire de Dieu. Lorsqu’il l’avait appelé à le suivre, le Seigneur avait ajouté : « Désormais tu prendras des hommes ». Nous n’en entendons plus parler jusqu’au chapitre 2 des Actes, mais quelle prise ! trois mille hommes en un jour !

L’auteur des Actes des Apôtres est le même que celui de l’évangile selon Luc — « le médecin bien-aimé » ; en somme, les Actes sont comme un appendice à l’Évangile et adressés à la même personne, l’excellent Théophile. Au dernier chapitre de l’évangile selon Luc, les disciples étaient retournés à Jérusalem ; après sa résurrection, le Seigneur les entretient encore : « Ce sont ici les paroles que je vous disais quand j’étais encore avec vous, qu’il fallait que toutes les choses qui sont écrites de moi dans la loi de Moïse, et dans les prophètes, et dans les psaumes, fussent accomplies » (Luc 24:44) ; il s’agit donc de la révélation de Dieu dans toutes les Écritures de l’Ancien Testament. C’est comme si le Seigneur apposait son sceau sur l’Ancien Testament, du commencement à la fin ; si quelqu’un ne les accepte pas entièrement, il ne peut jouir de la compagnie de Christ. Puis nous lisons : « Il leur ouvrit l’intelligence pour entendre les écritures » (v. 45). Avant d’envoyer l’Esprit Saint, le Seigneur expliqua lui-même les Écritures ; cela contribua certainement à rendre Pierre capable de faire la même chose à la fin du chapitre 1 des Actes.

« Il est ainsi écrit ; et ainsi il fallait que le Christ souffrît » (v. 46). L’amour exigeait qu’il mourût, afin que l’homme pût se tenir en la présence de Dieu ; il n’existe qu’une porte pour entrer au ciel, la porte de la mort du Fils de Dieu. Comme conséquence de cette mort et de cette résurrection, il fallait que « la repentance et la rémission des péchés fussent prêchées en son nom à toutes les nations, en commençant par Jérusalem » (v. 47). Commencez, dit le Seigneur, par l’endroit le plus coupable, le lieu où ils ne m’ont pas voulu, où ils ont craché contre moi et où j’ai été mis à mort ; commencez par là, et ensuite allez vers toutes les nations. Il les conduit à Béthanie, et « levant ses mains en haut, il les bénit. Et il arriva qu’en les bénissant, il fut séparé d’eux, et fut élevé dans le ciel » (v. 50, 51). Ses mains levées pour bénir, il ne les a pas abaissées depuis lors. En Exode 17, où il est question d’un conflit entre Israël et Amalek, si Moïse élevait ses mains, Israël prévalait ; mais si Moïse les laissait tomber, Amalek triomphait, si bien que Aaron et Hur durent soutenir les mains de Moïse. Mais, pour le Seigneur, personne n’a besoin de soutenir ses mains ; elles sont toujours prêtes à bénir ; c’est sa joie et son bonheur.

Luc, au début de son évangile, commence par : « Très excellent Théophile », tandis que, dans les Actes, il dit simplement : « Ô Théophile ». Théophile attachait alors beaucoup moins d’importance à ses titres honorifiques qu’au moment où Luc écrivait son évangile. La connaissance d’un Sauveur rejeté change entièrement, pour le chrétien, la valeur des choses terrestres, si justes soient-elles.

À la fin de l’Évangile, nous voyons le Seigneur élevé au ciel ; Luc reprend ce même récit dans le chapitre 1 des Actes avec plus de détails. Après sa résurrection et avant son ascension, le Seigneur a été « vu par eux durant quarante jours, et parlant des choses qui regardent le royaume de Dieu » (Actes 1:3). Tout ce qu’il fait et dit pendant cette période, il le fait « par l’Esprit Saint ». Nous avons ici une image de ce que sera le croyant dans l’état éternel, rempli de l’Esprit Saint, et agissant entièrement par lui, tel que nous devrions être déjà maintenant : « morts au péché, mais… vivants à Dieu dans le Christ Jésus » (Rom. 6:11). Le Seigneur a été vu dix fois après la résurrection ; cinq fois le premier jour de la semaine, cinq fois après, et cela pendant quarante jours. Pourquoi quarante ? C’est le nombre complet de l’épreuve et du témoignage, c’est le parfait témoignage quant à la résurrection.

Puis « il leur commanda de ne pas partir de Jérusalem, mais d’attendre la promesse du Père, laquelle, dit-il, vous avez ouïe de moi » (voir Jean 14-16), et il ajoute : « Vous recevrez de la puissance, le Saint Esprit venant sur vous ; et vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout de la terre » (v. 4, 8). Il spécifie d’une façon admirable jusqu’où ses disciples devront aller. Le fait est que maintenant la croix a porté ses fruits, autant du côté de Dieu que du côté de l’homme ; toutes les barrières sont tombées ; le salut, comme un fleuve lumineux, peut se déverser jusqu’aux confins de la terre ; il débuta à l’endroit le plus coupable, s’étendit toujours plus, pour nous atteindre nous, les Gentils.

Du mont des Oliviers, les apôtres retournent à Jérusalem et se réunissent dans une chambre haute ; ils procèdent de nouveau au rappel de leurs noms, Pierre encore une fois en tête de liste. Que font-ils pendant qu’ils doivent attendre ? Ils prient. Pour obtenir une réelle bénédiction, que ce soit dans l’Église ou parmi les inconvertis, nous devons être dans une condition morale qui y conduit ; le cœur doit être continuellement occupé par la prière, si nos vies veulent témoigner pour Dieu.

Pierre se lève et dit : « Il fallait que fût accomplie cette écriture » (v. 16), et cite des passages des Psaumes 69 et 109. Il s’appuie sur ces versets pour expliquer qu’un autre doit remplacer Judas « afin qu’il reçoive en partage ce service et cet apostolat, duquel Judas est déchu pour s’en aller en son propre lieu » (v. 25). Il faut le choisir « d’entre les hommes qui se sont rassemblés avec nous pendant tout le temps que le Seigneur Jésus entrait et sortait au milieu de nous » (v. 21). Remarquons l’intimité de Jésus avec les siens : « il entrait et sortait au milieu de nous ». Deux hommes sont choisis ; ils prient pour savoir sur lequel des deux doit tomber le sort, selon la coutume juive, choix qui sera approuvé de Dieu, puisqu’il sera fait selon sa Parole.

Le chapitre 2 nous relate le récit de la Pentecôte, c’est-à-dire la venue du Saint Esprit sur la terre, qui vient habiter individuellement dans chaque croyant, mais aussi collectivement dans l’assemblée. C’est le noyau du christianisme. Par la mort du Seigneur Jésus, le chemin a été ouvert pour nous ramener à Dieu ; le péché mis de côté, le tombeau ouvert, la mort annulée, le Seigneur Jésus est maintenant élevé à la droite de Dieu. Comme homme, il reçut le Saint Esprit ; le chemin ainsi préparé, le Saint Esprit descendit sur la terre pour prendre la place de Jésus et produire la vie de Jésus dans ses disciples. « Il se fit tout à coup du ciel un son, comme d’un souffle violent et impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Et il leur apparut des langues divisées, comme de feu ; et elles se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis de l’Esprit Saint » (v. 2-4). « La maison fut remplie » et « ils furent tous remplis », l’Esprit Saint habite donc en chacun d’eux personnellement, mais aussi en eux tous collectivement, vérité de toute importance. « Les langues divisées » indiquent clairement que le témoignage n’est plus restreint aux Juifs seulement, mais comme devant aller jusqu’au bout de la terre. Les langues sont « comme de feu », car le témoignage doit juger et consumer tout ce qui s’oppose à Dieu (le feu est toujours le symbole du jugement), briser l’homme et son orgueil. Au début du chapitre, les langues de feu se posent sur ces hommes réunis ; à la fin, la même œuvre se produit dans les trois mille, atteints dans leur cœur, et qui se courbent devant le Seigneur en confessant leurs péchés.

« Ils furent tous remplis de l’Esprit Saint, et commencèrent à parler d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’énoncer » (v. 4). Le contraste avec Genèse 11 est manifeste ; Dieu autrefois amena la confusion parmi les langues des hommes à cause de leur orgueil. Ici, à cause de la parfaite obéissance à l’homme humble, Jésus, qui, en toutes circonstances, glorifia Dieu, nous avons le renversement de Babel. Les apôtres, dans la puissance de l’Esprit Saint, peuvent parler diverses sortes de langues qu’ils n’avaient jamais apprises, de sorte que les gens de plusieurs nations diférentes, venus de la ville, entendent parler de Jésus ; Dieu rassemblait les âmes par ce moyen pour qu’elles entendent parler de son Fils. Ceux qui écoutent s’étonnent, d’autres s’enquièrent : « Que veut dire ceci ? » d’autres se moquent. N’oublions pas que si quelqu’un se moque au jour de la grâce, Dieu agira de même envers lui au jour de la calamité (voir Prov. 1:20-33).

Pierre commence son discours : « Hommes juifs, et vous tous qui habitez Jérusalem, sachez ceci, et prêtez l’oreille à mes paroles » (v. 14). Il parle avec courage, dans le sentiment de l’amour de son Maître, de sa grâce et de son pardon, si bien qu’il peut maintenant se tenir debout, face au monde, pour son Maître bien-aimé. Il continue : « Ceux-ci ne sont pas ivres, comme vous pensez, car c’est la troisième heure du jour ; mais c’est ici ce qui a été dit par le prophète Joël » (v. 15, 16). Le diable invente n’importe quelle raison pour se débarrasser du témoignage de Dieu ; en cette occasion, il montre toute sa folie, car la coutume, parmi les Juifs, ne permettait pas de rompre le jeûne avant le sacrifice du matin ; ils n’avaient donc pas mangé et ne pouvaient pas être ivres. Pierre semble considérer cette circonstance comme un premier accomplissement de la prophétie ; il se réfère à Joël, plutôt qu’il ne le cite textuellement. Ce passage (Joël 2:28-32) se rapporte à un temps futur, quand les Juifs —peuple restauré — seront de retour en Palestine, avant la venue du Messie en jugement.

« Jésus le Nazaréen, homme approuvé de Dieu auprès de vous par les miracles et les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous, comme vous-mêmes vous le savez » (v. 22). L’apôtre appelle l’attention sur la vie merveilleuse de son Maître, sur ce qu’il a fait, sur les bénédictions qu’il a répandues sur tous ; puis il impute leur faute à ses auditeurs : « Lui, vous l’avez cloué à une croix et vous l’avez fait périr par la main d’hommes iniques » (v. 23). Ils sont coupables d’avoir mis à mort leur Messie et d’avoir refusé le Fils de Dieu ; sept semaines auparavant, ils avaient préféré Barabbas, un voleur et un meurtrier ; ils avaient crié : « Ôte ! ôte ! crucifie-le ! » quand même Pilate, le gouverneur romain, avait déclaré le Seigneur innocent. Mais l’homme que le monde repoussait, Dieu l’a ressuscité d’entre les morts et l’a fait asseoir à sa droite. Pierre peut leur rappeler qu’ils l’ont crucifié, qu’ils ont tiré au sort ses vêtements, qu’ils se sont détournés lorsqu’ils l’ont vu mort ; ils ont pu sceller sa tombe ; lorsqu’ils l’ont trouvée vide, ils ont acheté le silence des veilleurs, et laissé croire que les disciples avaient volé le corps pendant leur sommeil. Sept semaines durant, on a pu ajouter foi à ces mensonges ; maintenant Dieu envoie son apôtre pour proclamer que son Fils est vivant, que la mort ne pouvait pas le retenir, qu’il l’a annulée en sortant du tombeau.

Puis Pierre cite le Psaume 16, et montre que David ne pouvait pas parler de lui-même, lorsqu’il disait : « Tu ne laisseras pas mon âme en hadès, et tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption » (v. 27), car David a vu la corruption, mais pas le Seigneur. La mort n’avait aucun pouvoir sur lui, il l’a vaincue. Cet homme qui mourut pour nos péchés, Dieu l’a ressuscité, ce dont, dit Pierre, « nous sommes tous témoins » (v. 32).

« Ayant donc été exalté par la droite de Dieu, et ayant reçu de la part du Père l’Esprit Saint promis, il a répandu ce que vous voyez et entendez. Car David n’est pas monté dans les cieux ; mais lui-même dit : « Le Seigneur a dit à mon seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis pour marchepied de tes pieds ». « Que toute la maison d’Israël donc sache certainement que Dieu a fait et Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (v. 33-36). L’œuvre de la rédemption est accomplie, le pouvoir du diable est vaincu, l’Esprit Saint est descendu pour nous faire comprendre que le Seigneur est assis à la droite de Dieu jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour le marchepied de ses pieds ; en attendant il rassemble ses amis.

Un désaccord existe entre Dieu et la maison d’Israël. Ils ont mis le Seigneur dans le tombeau, Dieu l’a élevé sur un trône dans la gloire. En faisant cette révélation, Pierre ouvre la porte du royaume du ciel. Il avait reçu la mission d’ouvrir le battant de la porte aux Juifs, quel en fut le résultat ? « Ils eurent le cœur saisi de componction, et ils dirent à Pierre et aux autres apôtres : Que ferons-nous, frères ? » (v. 37). Leur cœur est touché, ils comprennent leur erreur, et Pierre peut leur répondre : « Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ, en rémission des péchés » (v. 38) ; c’est-à-dire : jugez-vous, confessez vos péchés, humiliez-vous et « vous recevrez le don du Saint Esprit ». Si vous possédez le même Seigneur que moi, vous recevrez tout ce que je reçois. « À vous est la promesse et à vos enfants, et à tous ceux qui sont loin, autant que le Seigneur notre Dieu en appellera à lui » (v. 39). Il fait mention des Gentils ; Dieu, souverain dans sa grâce, nous a tous appelés, nous « qui étions loin ».

« Sauvez-vous de cette génération perverse » (v. 40) : en venant à Jésus, le Sauveur, et en vous éloignant de ce monde qui est sous le jugement, vous serez sauvés.

Ce discours plein de feu et de courage, fut abondamment béni, puisque : « ceux donc qui reçurent sa parole, furent baptisés ; et en ce jour-là furent ajoutées environ trois mille âmes » (v. 41).

Le contraste entre le règne de la loi et celui de la grâce se présente à nous ici. Le jour où Moïse apporta la loi gravée sur les tables de pierre, trois mille hommes moururent par l’épée des fils de Lévi ; trois mille hommes, transgresseurs de la loi, furent brusquement jetés, maudits, dans l’éternité (Ex. 32:28). Le jour où le Saint Esprit fut envoyé pour rendre témoignage au Sauveur, trois mille personnes furent amenées à ce même Sauveur, bénies et sauvées par lui ; trois mille personnes se tournèrent courageusement vers le Seigneur, après s’être jugées, crurent à la vérité, reçurent le pardon de leurs péchés et l’Esprit Saint comme sceau de leur foi.

« Ils persévéraient dans la doctrine et la communion des apôtres, dans la fraction du pain et les prières » (v. 42). Au début du christianisme, la réunion de prière et la réunion pour la fraction du pain ne faisaient qu’une. Ils étaient si heureux dans l’amour du Seigneur qu’ils se réunissaient chaque jour ; aussi leur témoignage extérieur était-il magnifique, ils « louaient Dieu, ayant la faveur de tout le peuple » (v. 47).

Tel fut le résultat de l’usage que fit Pierre de « l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu » et « des clefs du royaume des cieux ».

 

13               Le boiteux — Actes 3 ; 4:1-22

Au chapitre 3, Dieu rassemble le peuple pour la seconde fois afin de rendre témoignage à son Fils ; au chapitre 2, il l’avait fait pour le don du Saint Esprit et le don miraculeux des langues.

Pierre et Jean, amis intimes, particulièrement unis tout au long des récits évangéliques, montent ensemble au temple, à la neuvième heure, pour aller prier. Autrefois, ils étaient compagnons de travail, ils avaient pêché ensemble dans la mer de Galilée, maintenant ils sont associés pour une œuvre nouvelle, pour prendre des hommes.

Les deux apôtres se complétaient : ce qui manquait à l’un, l’autre le possédait ; Jean était aussi calme que son compagnon était impulsif ; homme tranquille, paisible, méditatif, aux affections profondes, il faisait bien le pendant de Marie de Béthanie, tandis que Pierre était celui de Marthe. Il est vrai que Jésus avait surnommé Jean et son frère Jacques « Boanergès, ce qui est : fils de tonnerre » (Marc 3:17) ; nous connaissons Pierre avec son caractère emporté, qui l’entraînait sans arrêt et balayait tout devant lui. Jean représentait néanmoins la plus grande force morale, car la vraie force est toujours paisible. Les deux amis étaient très dévoués l’un à l’autre, aussi bien qu’à leur Maître, et jamais nous n’entendons parler de querelles entre eux ; leur amitié était fondée sur une base sainte et permanente. Il serait bon que nous en fassions de même pour toutes nos amitiés : pour accomplir un travail fécond pour le Seigneur, il importe d’avoir un compagnon bien choisi, sincère, comme Jean pour Pierre, Timothée ou Épaphrodite pour Paul (voir Phil. 2:22 ; 4:3).

Pierre et Jean s’en allaient donc ensemble pour prier. Remarquons combien souvent les premiers croyants sont en prière dans les Actes. Au chapitre 1, les disciples « persévéraient d’un commun accord dans la prière » ; puis ils prient pour le choix d’un nouveau compagnon de travail. Au chapitre 2, ils « persévéraient dans les prières ». Ici, Pierre et Jean se rendent ensemble au temple à l’heure de la prière ; au chapitre 4, ils prient « remplis du Saint Esprit » (v. 31). (Voir encore 6:4, 6 ; 7:60 ; 8:15, 22 ; 9:11, 40 ; 10:2, 9, 30, 31 ; 11:5 ; 12:5 ; 13:3 ; 14:23 ; 16:13, 25 ; 20:36 ; 22:17). Dans la prière réside le secret de leur puissance : ils dépendaient de Dieu, ils regardaient à lui pour leur travail et l’accomplissaient avec une grande bénédiction.

« On portait un homme qui était boiteux dès le ventre de sa mère, lequel on mettait tous les jours à la porte du temple, appelée la Belle, pour demander l’aumône à ceux qui entraient dans le temple : cet homme, voyant Pierre et Jean qui allaient entrer dans le temple, leur demanda l’aumône » (v. 2, 3). Au chapitre suivant, nous apprenons qu’il avait quarante ans ; quarante, dans l’Écriture, nous l’avons vu, est le nombre de l’épreuve parfaite. Ce n’était plus un enfant, et il était bien connu. Dieu prend soin que personne ne puisse contester la guérison et le miracle qui allait être opéré. Le voici donc en contact avec la puissance du nom de Jésus ; il est le type du pécheur qui ne possède rien tant qu’il n’a pas trouvé Christ. « Pierre, ayant, avec Jean, arrêté ses yeux sur lui, dit : Regarde-nous. Et il les regardait attentivement, s’attendant à recevoir quelque chose d’eux » (v. 4, 5), sans prévoir ce que cela serait, il escomptait évidemment de l’argent. Mais le Seigneur lui donne une autre réponse : « Pierre dit : Je n’ai ni argent ni or, mais ce que j’ai, je te le donne : Au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche » (v. 6). Le mendiant n’a pas le temps d’être déprimé quand l’apôtre avoue n’avoir aucun argent. « Et l’ayant pris par la main droite, il le leva ; et à l’instant les plantes et les chevilles de ses pieds devinrent fermes » (v. 7). Guéri par la puissance du nom de Jésus, il en est aussitôt pénétré. « Et faisant un saut, il se tint debout et marcha ; et il entra avec eux au temple, marchant, et sautant, et louant Dieu » (v. 8). Il est rempli de joie, comme un pécheur qui a accepté le pardon de ses péchés. « Et tout le peuple le vit marchant et louant Dieu ; et ils le reconnurent comme celui qui était assis, pour demander l’aumône, à la Belle porte du temple, et ils furent remplis d’étonnement et d’admiration de ce qui lui était arrivé » (v. 9, 10). Rien de plus puissant en faveur du témoignage de la grâce de Dieu que la vie joyeuse et fervente d’un chrétien dévoué.

Le boiteux tient par la main Pierre et Jean : il savait où trouver la force. Le lendemain, quand les deux apôtres sont faits prisonniers, cet homme se rendit courageusement devant le sanhédrin, et, bien que silencieux, restait là comme témoin de la puissance du nom de Jésus.

Dans les versets qui suivent, Pierre prononce un nouveau discours, et impute encore une fois à la nation la grande faute dont elle s’est rendue coupable ; il montre en même temps comme la grâce de Dieu efface l’immense péché qu’elle a commis. « Pourquoi vous étonnez-vous ? » (v. 12), dit Pierre. Une seule pensée l’occupait : ce dont Christ était digne, car il n’y a pas de limite à sa puissance. Si le peuple s’étonnait, c’était à cause de son manque de foi ; ils considéraient l’instrument, ils ne savaient pas que Dieu emploie souvent les choses simples de ce monde pour accomplir un acte divin. Les murs de Jéricho tombèrent au son des trompettes ; par le moyen des trois cents hommes qui lapèrent l’eau du torrent, Dieu sauva le pays des mains de Madian au temps de Gédéon. Ce qui nous manque, c’est ce que possédait Pierre : plein de l’Esprit Saint et rempli de Christ.

« Le Dieu d’Abraham et d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, que vous, vous avez livré » (v. 13). Pierre ne parle pas de Jésus comme Fils de Dieu, ce sera le sujet du ministère de Paul, mais de Jésus, serviteur de Dieu. Au moment de sa conversion, Paul « prêcha Jésus… le Fils de Dieu » (Actes 9:20).

Le sujet traité ici est clair : Jésus, auparavant sur la terre, est maintenant dans la gloire. « Jésus, que vous, vous avez livré, et que vous avez renié devant Pilate, lorsqu’il avait décidé de le relâcher » (v. 13). L’apôtre remet leur faute sur leur conscience, sans mentionner Judas, qui ne fut qu’un instrument. « Vous avez renié le saint et le juste » (v. 14), vous avez renié le Messie, celui que Dieu déclare être saint et juste. Ils auraient pu accuser Pierre de cette même faute, mais l’apôtre s’est amèrement repenti, et le Seigneur a pu la lui pardonner ; il a eu un entretien particulier avec son Sauveur, mort pour son péché, maintenant tout est effacé. Puisque tout est purifié, oublié quant à lui, il s’adresse sans crainte à ses auditeurs pour les accuser du péché dont lui-même s’était aussi rendu coupable. En reniant le Saint, ils ont contribué à sceller le jugement de Pilate et à crucifier leur propre Messie. Terrible accusation, mais aussi précieux témoignage de ce qu’était le Saint de Dieu.

« Vous avez mis à mort le prince de la vie » (v. 15) ; ils savaient que Pierre avait raison. « Dieu l’a ressuscité d’entre les morts » (v. 15) ; quel contraste entre les pensées de Dieu et celles du monde ! Vous l’avez tué, mais Dieu l’a ressuscité. Vous avez pris un chemin opposé à celui de Dieu : vous l’avez mis dans un tombeau, Dieu l’en a fait sortir, « ce dont nous, nous sommes témoins » (v. 15), Dieu l’a élevé dans la gloire. « Par la foi en son nom, son nom a raffermi cet homme que vous voyez et que vous connaissez ; et la foi qui est par lui a donné à celui-ci cette entière disposition de tous ses membres, en la présence de vous tous » (v. 16). La foi seule peut faire quelque chose en nous, la foi en son nom qui assure la bénédiction. Cet homme a marché au nom de Jésus de Nazareth, ce nom seul peut effacer notre péché et nous attirer à lui.

Puis Pierre introduit la grâce : « Frères, je sais que vous l’avez fait par ignorance, de même que vos chefs aussi » (v. 17). Sur la croix, Jésus avait prié : « Père, pardonne-leur » ; l’apôtre suit les traces du Seigneur et parle de pardon. Mais pour cela, ajoute-t-il : « Repentez-vous, donc et vous convertissez, pour que vos péchés soient effacés » (v. 19). Nos péchés ne peuvent l’être que dans le sang de Jésus ; seule la repentance, la foi au Seigneur Jésus apportent cette bénédiction. Qu’est-ce que la repentance ? c’est le jugement de soi-même. Qu’est-ce que la conversion ? c’est l’acte par lequel on se tourne vers Dieu. Nous en avons une illustration dans la parabole du fils prodigue. Il était convaincu lorsqu’il disait : « Combien de mercenaires de mon père ont du pain en abondance, et moi je péris ici de faim ! » (Luc 15:17). Il savait que le cœur de son père était tout de bonté, tandis que dans le sien, il n’y avait que méchanceté ; cette assurance le fit se tourner vers son père : « La bonté de Dieu te pousse à la repentance » (Rom. 2:4). C’est sa bonté qui pousse l’homme à la repentance, et non pas la repentance de l’homme qui produit la bonté de Dieu. Le fils se convertit quand il arrive vers son père et confesse ses péchés : « Père, dit-il, j’ai péché contre le ciel et devant toi » (Luc 15:21) ; sa repentance lui fait ajouter : « Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ». La repentance est le jugement de l’âme sur soi-même dans la présence de Dieu, mais elle ne conduit pas à la conversion. Elle prend le parti de Dieu contre moi-même, et juge que ce que Dieu dit de moi est vrai ; elle croit son témoignage. La foi reçoit le témoignage divin, la repentance en est le résultat.

« Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait prédit par la bouche de tous les prophètes, savoir que son Christ devait souffrir » (v. 18). Ceci ne doit pas servir d’excuse au péché de la nation. Dieu a envoyé Jésus comme Sauveur, dit Pierre, et vous avez prouvé votre culpabilité et le mauvais état de vos cœurs en le mettant à mort ; mais Dieu savait ce qui était nécessaire et ce qu’il avait préordonné. Christ devait souffrir, car, disent les Écritures, « il convenait pour lui de souffrir ». « Repentez-vous donc et vous convertissez, pour que vos péchés soient effacés : en sorte que viennent des temps de rafraîchissement de devant la présence du Seigneur, et qu’il envoie Jésus Christ, qui vous a été préordonné, lequel il faut que le ciel reçoive » (v. 19-21). Merveilleuse nouvelle pour tout pécheur repentant ! Le chapitre suivant mentionnera cinq mille personnes qui se convertiront et obtiendront le pardon de leurs péchés.

Nous ne devons pas oublier que les Juifs attendaient le royaume, le règne millénaire du Messie. Le millénium viendra certainement, dit Pierre, mais il viendra en relation avec ce Jésus que vous avez crucifié, « lequel il faut que le ciel reçoive, jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps » (v. 21). Si vous attendez le royaume, vous aurez le Roi de Dieu —le Seigneur Jésus.

Jésus était celui dont tous les prophètes ont rendu témoignage ; Moïse déjà avait dit : « Le Seigneur, votre Dieu, vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi ; vous l’écouterez dans tout ce qu’il pourra vous dire » (v. 22). Sur la montagne de la transfiguration, Dieu leur avait dit : « Écoutez-le », mais ils ne l’écoutèrent pas. Combien en sont graves les conséquences, puisque « il arrivera que toute âme qui n’écoutera pas ce prophète sera exterminée d’entre le peuple » (v. 23). Le prophète dont il est question ici est certainement Jésus, car Pierre continue : « Et même tous les prophètes, depuis Samuel et ceux qui l’ont suivi, tous ceux qui ont parlé, ont aussi annoncé ces jours » (v. 24). Tout dépend de la manière dont vous l’écoutez ; écouter Jésus signifie assurer son salut ; rester sourd, endurcir son cœur veut dire : apposer le sceau d’une damnation éternelle.

Enfin l’apôtre cite la merveilleuse promesse faite à Abraham : « En ta semence seront bénies toutes les familles de la terre » (v. 25), et il conclut avec beaucoup de bonté : « À vous premièrement, Dieu, ayant suscité son serviteur, l’a envoyé pour vous bénir, en détournant chacun de vous de vos méchancetés » (v. 20). Une grande foule accepta la foi au Fils de Dieu, mais ce ne fut pas le cas de leurs chefs.

Les sacrificateurs, le commandant du temple et les sadducéens s’unissent pour persécuter les apôtres. Deux groupes différents sont en présence : les sacrificateurs et les sadducéens. Ces derniers ne croyaient pas en la résurrection, aux anges, à l’esprit, à un état futur, ils ne croyaient à rien (voir Actes 23:8). Les apôtres annonçaient un Sauveur ressuscité, qui avait passé par la mort ; rien d’étonnant à ce qu’ils fussent en peine « de ce qu’ils enseignaient le peuple et annonçaient par Jésus la résurrection d’entre les morts » (4:2).

« Mais plusieurs de ceux qui avaient ouï la parole crurent ; et le nombre des hommes se monta à environ cinq mille » (v. 4). Il n’est pas parlé de femmes et d’enfants ; pourtant, si nous jugeons d’après ce que nous voyons de nos jours, les femmes sont généralement plus nombreuses pour écouter la Parole de Dieu. Les hommes aiment croire et dire que l’évangile est pour les femmes et les enfants ; mais, dans l’éternité, ceux qui auront méprisé l’évangile seront damnés éternellement.

Au chapitre 3, l’évangile était annoncé aux communs du peuple ; au chapitre 4, il sera présenté aux chefs. « Or il arriva que, le lendemain, leurs chefs et leurs anciens et leurs scribes, s’assemblèrent à Jérusalem, et Anne, le souverain sacrificateur, et Caïphe, et Jean, et Alexandre, et tous ceux qui étaient de la race souveraine sacerdotale. Et les ayant fait comparaître, ils leur demandaient : Par quelle puissance ou par quel nom avez-vous fait ceci ? Alors Pierre, étant rempli de l’Esprit Saint, leur dit : Chefs du peuple et anciens d’Israël, si aujourd’hui nous sommes interrogés au sujet de la bonne œuvre qui a été faite à un homme impotent, et qu’on veuille apprendre comment il a été guéri, sachez, vous tous, et tout le peuple d’Israël, que ç’a été par le nom de Jésus Christ le Nazaréen, que vous, vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité d’entre les morts ; c’est, dis-je, par ce nom que cet homme est ici devant vous plein de santé » (v. 5-10). Pierre puisait sa puissance dans le fait qu’il était rempli de l’Esprit Saint. Quelle folie de mettre quelqu’un en prison parce qu’il a guéri un impotent. Dieu permet que le mendiant vienne rendre témoignage par sa présence devant le sanhédrin, où, certainement, il n’avait pas été convié, c’était un témoin encombrant. Hier, il était impotent, aujourd’hui, c’est un homme en pleine santé grâce à la puissance du nom de Jésus qu’ils avaient crucifié ; là était leur crime, tandis que « Dieu l’a ressuscité d’entre les morts », c’était la justice de Dieu.

Celui-ci est la pierre méprisée par vous qui bâtissez, qui est devenue la pierre angulaire » (v. 11). Qu’était cette pierre ? Christ, bien sûr, Christ en gloire, comme tête de l’angle. Pierre se met en conflit avec ceux qui veulent construire sans Christ. Le Seigneur avait dit, en parlant de lui-même comme étant la pierre : « Celui qui tombera sur cette pierre sera brisé ; mais celui sur qui elle tombera, elle le broiera » (Matt. 21:44). La pierre du coin, prête à tomber, est Christ venant en gloire pour détruire les nations sans Dieu, au jour de sa colère. Ceux qui tombent sur la pierre et qui sont détruits, ce sont les Juifs tombant sur Jésus dans son humiliation.

« Il n’y a point d’autre nom Sous le ciel, qui soit donné parmi les hommes, par lequel il nous faille être sauvés » (v. 12). Pierre dut faire chanceler l’auguste sanhédrin devant lequel ils se tenaient, lui et son compagnon. Impressionnés par « la hardiesse de Pierre et de Jean », ils tiennent une conférence secrète ; « voyant là présent avec eux l’homme qui avait été guéri, ils n’avaient rien à opposer » (v. 14). La foi et les faits sont des témoins inflexibles, qui ne peuvent que témoigner la grâce de Dieu.

« Il est apparent pour tous les habitants de Jérusalem, qu’un miracle notoire a été fait par eux, et nous ne pouvons le nier » (v. 16). Ils admettent leur défaite, font appeler les apôtres et leur défendent « avec menaces, de parler davantage en ce nom à qui que ce soit » (v. 17). Que faire ? à qui obéir ? à Dieu ou aux hommes ? Les apôtres ne tolèrent aucune équivoque. « Pierre et Jean, répondant, leur dirent : Jugez s’il est juste devant Dieu de vous écouter plutôt que Dieu » (v. 19). La défense des hommes n’a aucune prise sur eux ; Dieu leur avait commandé de prêcher Christ et l’Évangile « car, pour nous, nous ne pouvons pas ne pas parler des choses que nous avons vues et entendues » (v. 20). Les chefs religieux d’Israël n’étaient pas alors les interprètes de la volonté de Dieu, ils s’y opposaient même, tandis que le chemin des apôtres était clair : ils devaient obéir à Dieu.

Ils n’étaient nullement en contradiction avec l’Écriture qui enjoint : « Que toute âme se soumette aux autorités qui sont au-dessus d’elle ; car il n’existe pas d’autorité, si ce n’est de par Dieu ; et celles qui existent sont ordonnées de Dieu ; de sorte que celui qui résiste à l’autorité résiste à l’ordonnance de Dieu » (Rom. 13:1-2). Pierre lui-même dira plus tard : « Soyez donc soumis à tout ordre humain pour l’amour du Seigneur, soit au roi comme étant au-dessus de tous, soit aux gouverneurs comme à ceux qui sont envoyés de sa part pour punir ceux qui font le mal et pour louer ceux qui font le bien » (1 Pierre 2:13-14). Dans notre chapitre, il ne s’agit pas de pouvoir civil — reconnu par le chrétien comme l’épée de Dieu mise dans la main de l’homme —mais d’ecclésiastiques qui n’ont aucun droit sur la conscience. L’enfant de Dieu ne peut pas désobéir à Dieu pour obéir à l’homme. Le pouvoir civil peut ordonner des lois qui priveront le chrétien de privilèges, dont il désirerait jouir, cependant le croyant ne doit jamais désobéir à Dieu, pas même pour se conformer aux lois. Il doit endurer la privation de ses privilèges, ce que Pierre fait clairement ressortir ici.

« Et ayant été relâchés, ils vinrent vers les leurs » (v. 23). Il existait donc un groupe séparé, dont les membres se connaissaient les uns les autres ; c’est vers eux que se rendent les apôtres. Libérés des soucis terrestres, savons-nous goûter la joie de cette compagnie jour après jour ? C’est ce que faisaient les compagnons de Pierre ; ils prièrent ensemble, et virent le beau résultat.

 

14               L’Esprit du Seigneur tenté — Actes 4:23-37 ; 5:1-16

La fin du chapitre 4 et le début du chapitre 5 sont en étroite relation ; les apôtres et « les leurs » sont réunis pour la prière. « Comme ils faisaient leur supplication, le lieu où ils étaient assemblés fut ébranlé, et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et annonçaient la parole de Dieu avec hardiesse » (4:31). Au début du christianisme, chacun possédait l’Esprit, qui était sur la terre comme personne divine. L’Église était formée : cinq mille hommes venaient d’être convertis. Ce n’est pourtant qu’au chapitre 5 que nous entendons parler de femmes introduites dans l’assemblée ; depuis ce moment, la Parole parlera « d’une multitude tant d’hommes que de femmes » faisant partie de l’Église. Ce devait être une époque particulièrement riche et bénie. L’Église demeurait entièrement dépendante de Christ ; l’assemblée était formée et se maintenait non sur un fondement rendu instable par la loi, mais sur l’œuvre en grâce de Christ ; chacun ne pensait pas à soi-même, mais à son prochain, manifestation spontanée de l’amour divin dans les croyants, ils découvraient en même temps la place de bénédiction et le privilège qu’ils possédaient en Christ. « Les apôtres rendaient avec une grande puissance le témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus ; et une grande grâce était sur eux tous » (v. 33). La grande puissance et la grande grâce vont toujours de pair.

« Il n’y avait parmi eux aucune personne nécessiteuse ; car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et apportaient le prix des choses vendues, et le mettaient aux pieds des apôtres ; et il était distribué à chacun, selon que l’un ou l’autre pouvait en avoir besoin » (v. 34, 35). Chaque croyant, au moment de sa conversion, perdait ce qu’il possédait, mais considérait comme une joie de souffrir pour le nom de Jésus. Personne ne manquait de rien, car l’amour des autres y suppléaient. Ceux qui possédaient quelque chose, le déposaient aux pieds des apôtres ; tout cela se faisait volontairement, sans que personne y fût obligé. Barnabas (v. 36, 37) nous en donne un magnifique exemple ; d’un bel élan, il abandonna ses biens. Si Christ n’est pas « tout en tous », il ne peut y avoir de sincérité.

Quelle beauté se dégage de cette scène ! Hélas ! le serpent Satan y fait son entrée et introduit le mal. L’Église est l’habitation de Dieu par l’Esprit, l’Esprit de Dieu habite en elle ; Satan ne peut pas supporter de voir une communion et un attachement indéfectibles à Christ.

Le chapitre 5 signale une imitation d’attachement à Christ, comme celui de Barnabas. Nous avons des cœurs tels, que même le désir de paraître dévoué peut être imité. Ananias et Sapphira voulaient acquérir la même réputation que Barnabas aux yeux des hommes ; ils oubliaient qu’ils avaient à faire avec le Seigneur ; on ne se moque pas de Dieu. Dirigé par Dieu, Pierre survient et met en lumière l’état réel des choses.

« Un homme, nommé Ananias, avec Sapphira sa femme, vendit une possession, et, de connivence avec sa femme, mit de côté une partie du prix, et, en apportant une partie, la mit aux pieds des apôtres. Mais Pierre dit : Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, que tu aies menti à l’Esprit Saint et que tu aies mis de côté une partie du prix de la terre ? » (5:1-3). Avait-il dit un mensonge ? Aucune parole n’a encore été prononcée ; Ananias a simplement posé son argent pour les besoins communs. Dieu était là, qui ne veut pas être trompé. Pierre continue : « Tu n’as pas menti aux hommes, mais à Dieu. Et Ananias, entendant ces paroles, tomba et expira » (v. 4, 5). Ananias désirait faire croire à un dévouement qui n’était pas sincère ; Dieu, au milieu de son assemblée, découvre la fausseté, la met au jour et la juge. Nous ne devons jamais oublier que Dieu est au milieu de son peuple, de son assemblée, et qu’il veut des cœurs vrais. « Je serai sanctifié en ceux qui s’approchent de moi, et devant tout le peuple je serai glorifié » (Lév. 10:3), disait l’Éternel, lorsqu’il jugeait l’impiété de Nadab et Abihu qui avaient offert du feu étranger ; ils moururent, comme, plus tard, Acan qui prit l’anathème.

Ananias meurt, car Dieu veut la vérité. Chez les deux sacrificateurs, il avait jugé l’impiété ; en Acan la cupidité, chez Ananias la fausseté. Il veut que nous pesions ces leçons dans sa présence, et que nous sentions combien il est solennel d’entrer dans son assemblée et de prononcer son nom. Plus nous demeurerons près de la vérité, plus sûrement nous serons découverts ; si nous conservons dans notre cœur un couvert de religiosité, ne nous approchons pas de la table du Seigneur.

Puis vient le tour de Sapphira. « Pierre lui répondit : Dis-moi, avez-vous donné le champ pour tant ? Et elle dit : Oui, pour tant » (v. 8). Elle est hardie et audacieuse dans son mensonge. « Et Pierre lui dit : Comment êtes-vous convenus entre vous de tenter l’Esprit du Seigneur ? » (v. 9). Dieu savait toutes choses, les deux époux avaient conclu un arrangement entre eux. Que veut dire Pierre par « tenter l’Esprit du Seigneur » ? Comment pouvaient-ils le faire ? Israël tenta Dieu dans le désert, lorsqu’il disait : « L’Éternel est-il au milieu de nous, ou n’y est-il pas ? » (Ex. 17:7). Ils n’étaient pas assurés de la présence de l’Éternel parmi eux, pas plus qu’Ananias et Sapphira n’étaient certains de la présence du Seigneur dans l’assemblée. Le livre des Actes nous enseigne la grande vérité, qu’une personne divine habite sur la terre, dans l’assemblée de Dieu ; le Seigneur le manifeste en dévoilant à Pierre le cœur du mari et de la femme, et ainsi juge le mal. Dieu ne tolère pas le mal dans l’assemblée ; il le juge parmi ses enfants, parce qu’il se tient au milieu d’eux. Il ne peut pas tolérer le mal là où il n’habite pas, combien moins là où il habite. Plus sa présence sera manifestée et réalisée, moins il tolérera ce qui ne lui convient pas. Dieu est saint, il veut la sainteté parmi les siens. Cette triste scène prouve la subtilité avec laquelle le diable pénètre pour corrompre l’Église ; Ananias et Sapphira prétendaient suivre l’impulsion de l’Esprit Saint dont ils dédaignaient la présence, et en doutaient même. Ils tombent morts en présence de celui que, dans leur aveuglement, ils avaient oublié et ne pouvaient tromper, même s’ils trompaient ses serviteurs. Aucun témoignage de la présence de Dieu dans l’assemblée n’est plus puissant, bien qu’il soit pénible dans ses effets. La présence de Dieu au milieu des siens est une vérité de toute importance.

Nous ignorons tout d’Ananias et de Sapphira : étaient-ils convertis ? Ce que nous savons, c’est que, extérieurement, ils étaient membres de l’assemblée de Dieu sur la terre, et occupaient donc une position fausse. La main du Seigneur s’abat sur eux en jugement ; il en résulta qu’ « une grande crainte s’empara de toute l’assemblée et de tous ceux qui entendaient parler de ces choses » (v. 11). L’assemblée, comme ceux du dehors, en furent grandement émus ; tous sentaient la présence de Dieu, et, en conséquence, « nul n’osait se joindre à eux » (v. 13). On ne se hâtait pas pour le faire, et ceux qui désiraient occuper une place en vue s’en abstenaient, car le manque de sincérité est toujours découvert.

« D’entre les autres, nul n’osait se joindre à eux, mais le peuple les louait hautement » (v. 13). « D’entre les autres » semble signifier ceux qui occupaient une place dans ce monde, religieux ou autre. Ils craignent d’offenser le monde qui leur a procuré une position en vue ; plus haute est la place que le monde nous donne, moins nous désirons manquer à son approbation. « Le peuple » — les gens du commun, sans doute — n’était pas autant touché par la faveur du monde ; il n’avait rien à perdre et tout à gagner en acceptant Christ. Gens simples, ils recevaient la vérité. Parmi eux on rencontre beaucoup d’âmes sincères : « une multitude tant d’hommes que de femmes » (v. 14).

La leçon à retirer, c’est que Dieu garde toujours les yeux sur nous. Il attend longuement, traite même quelquefois avec notre manque de loyauté ; mais si une âme reste simple et honnête, il aime lui dire comme le Psalmiste : « Éternel ! tu m’as sondé, et tu m’as connu » ; et : « Sonde-moi, ô Dieu ! et connais mon cœur ; éprouve-moi, et connais mes pensées. Et regarde s’il y a en moi quelque voie de chagrin, et conduis-moi dans la voie éternelle » (Ps. 139:1, 23, 24). L’âme simple et dépendante qui s’appuie sur l’Éternel est toujours bien gardée.

 

15               Signes et miracles — Actes 5:12-8

Quoique Dieu ne se répète jamais, il existe pourtant, au début d’une nouvelle dispensation, une similitude dans ses voies avec les actions qui la précèdent. On peut faire cette observation dans la partie de l’histoire de Pierre qui nous occupe, en rapport avec l’établissement et les progrès de la nouvelle œuvre de Dieu — le christianisme — dont l’essence est la présence, et la puissance du Saint Esprit.

Quand le Seigneur Jésus commença son ministère public, ses attributs divins aussi bien que messianiques furent mis en valeur. Nous lisons : « Et Jésus allait par toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, et prêchant l’évangile du royaume, et guérissant toute sorte de maladies et toute sorte de langueurs parmi le peuple. Et sa renommée se répandit par toute la Syrie ; et on lui amena tous ceux qui se portaient mal, qui étaient affligés de diverses maladies et de divers tourments, et des démoniaques, et des lunatiques, et des paralytiques, et il les guérit. Et de grandes foules le suivirent de la Galilée, et de Décapolis, et de Jérusalem, et de Judée, et de par delà le Jourdain » (Matt. 4:23-25). La plupart de ses miracles de guérison — tous de bonté, et non de jugement, comme quelquefois, dans les voies de Dieu, par le moyen de ses serviteurs — furent accomplis aux premiers temps de son ministère. Il voulait que l’on prît garde à sa présence et à sa mission : une personne divine, le Fils de Dieu, était sur la terre, sous une forme humaine. Nous faisons la même constatation dans les Actes avec la présence du Saint Esprit, descendu sur la terre, pour habiter dans l’assemblée et dans chaque croyant. On pouvait donc s’attendre à des signes et à des miracles — « le don de guérison », dont parle 1 Cor. 12 — une personne divine, la troisième de la Trinité, était là, bien qu’invisible aux yeux mortels, sous une forme nouvelle. Sa présence se manifestait, selon qu’il est écrit : « Et beaucoup de miracles et de prodiges se faisaient parmi le peuple, par les mains des apôtres ; … de sorte qu’on apportait les infirmes dehors dans les rues, et qu’on les mettait sur de petits lits et sur des couchettes, afin que, quand Pierre viendrait, au moins son ombre passât sur quelqu’un d’eux. Et la multitude aussi des villes d’alentour s’assemblait à Jérusalem, apportant les infirmes et ceux qui étaient tourmentés par des esprits immondes ; et ils étaient tous guéris » (Actes 5:12, 15, 16). En somme, on revivait le chapitre 4 de Matthieu : l’Esprit de Dieu remplaçait le Fils de Dieu, et usait des apôtres, de Pierre tout spécialement, comme des canaux de sa puissance.

Le témoignage de Dieu produisait double effet : les gens venaient de près et de loin pour en profiter, et Satan commençait à craindre pour son royaume ; ses esclaves étaient « remplis de jalousie » (v. 17). Pierre, messager du Seigneur, est employé à la guérison des hommes, aussi bien qu’à la bénédiction des âmes. D’amères oppositions s’élèvent, les apôtres sont jetés en prison ; mais le Seigneur ne veut pas voir son œuvre interrompue par Satan ; il veille et agit par le moyen des anges pour frustrer les plans de l’homme.

Il avait accompli des miracles par le moyen de ses serviteurs, maintenant il fait un miracle pour eux : l’ange du Seigneur ouvre les portes de la prison pendant la nuit, les fait sortir et leur dit : « Allez, et, vous tenant dans le temple, annoncez au peuple toutes les paroles de cette vie » (v. 20). « Toutes les paroles de cette vie », avons-nous bien saisi la signification de ces mots ? Nous aussi, nous avons ce message à porter : la parole de vérité, notre témoignage, c’est-à-dire, tout ce qui concerne Christ, le sujet de la rédemption, le pardon de nos péchés, la sanctification, la présence du Saint Esprit. Cette mission comporte une immense puissance : l’évangile est la puissance de Dieu ; lui seul peut subvenir aux besoins de l’homme. De nos jours, on attache une grande importance à l’éducation, au rang social, mais cela n’a aucune valeur aux yeux de Dieu ; l’homme pécheur, quel qu’il soit, doit, un jour ou l’autre, rencontrer Dieu ; seule la foi au Seigneur Jésus peut lui donner une vie nouvelle. « Morts dans nos fautes et dans nos péchés », telle est notre condition ; le seul remède réside dans « les paroles de cette vie » toutes-puissantes ; comme l’épée de Goliath, « il n’y en a point d’autre comme celle-là ». L’ordre du Seigneur est clair : « Prêche la parole, insiste en temps et hors de temps » (2 Tim. 4:2). Pierre et les apôtres obéissent et se rendent au temple.

Pendant ce temps, les chefs tiennent conseil et les envoient chercher par les huissiers. Ceux-ci reviennent en disant : « Nous avons trouvé la prison fermée avec toute sûreté, et les gardes se tenant aux portes ; mais, ayant ouvert, nous n’avons trouvé personne dedans » (v. 23). Leur perplexité est grande, ils avaient à faire à Dieu et n’y avaient pas pensé. Une autre personne survient et ajoute à leur confusion en annonçant : « Les hommes que vous avez mis en prison sont au temple et enseignent le peuple » (v. 25). Cette fois, on les arrête, mais sans violence, par crainte de la foule.

On les interroge à nouveau : « Nous vous avons expressément enjoint de ne pas enseigner en ce nom-là » (v. 28) ; nous devons tous proclamer « ce nom-là », profitons du jour de grâce. « Vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine, et vous voulez faire venir sur nous le sang de cet homme » (v. 28). Ces chefs avaient déjà condamné le Seigneur, ils avaient réclamé son sang, maintenant encore, ils cherchent à mettre à mort ses serviteurs. Remarquons le langage méprisant du souverain sacrificateur : « ce nom-là », sans nommer Jésus ; « votre doctrine », « cet homme ». Pierre, au nom des apôtres, témoigne dans sa réponse d’un but bien défini ; il ne cherche pas à faire des remontrances, ni à donner de la lumière, car il se voyait en face d’ennemis de Dieu.

« Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (v. 29). Il ne s’oppose pas au pouvoir temporel, le chrétien ne doit pas le faire ; mais le judaïsme reposait sur un principe ecclésiastique que Dieu avait jugé et mis de côté, et, de ce fait même, il s’opposait à Christ. « Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous avez fait mourir, le pendant au bois. C’est lui que Dieu a exalté par sa droite prince et sauveur, afin de donner la repentance à Israël et la rémission des péchés : et nous, nous lui sommes témoins de ces choses, ainsi que l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent » (v. 30-32). Il est un Sauveur dans la gloire aujourd’hui pour toute âme qui le cherche ; par lui, Dieu donne la repentance, le pardon des péchés, non seulement à Israël, mais à tout pécheur qui se courbe devant lui. Pierre se repentait quand il disait : « Seigneur, retire-toi de moi, car je suis un homme pécheur » (Luc 5:8 ; Job, également : « Mon oreille avait entendu parler de toi, maintenant mon œil t’a vu : c’est pourquoi j’ai horreur de moi ». Job 42:5, 6).

Le témoignage de Pierre émeut les chefs, mais ils ne se repentent pas ; ils veulent tout de même faire mourir ces hommes gênants pour eux. Gamaliel s’interpose et leur conseille : « Ne vous mêlez plus de ces hommes, et laissez-les ; car si ce dessein ou cette œuvre est des hommes, elle sera détruite ; mais si elle est de Dieu, vous ne pourrez les détruire ; — de peur que vous ne soyez même trouvés faire la guerre à Dieu » (v. 38, 39). Ils se rangent à cet avis ; mais, avant de les relâcher, ils font battre les apôtres et leur commandent de ne plus parler au nom de Jésus. « Eux donc… se réjouissent d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le nom » (v. 41) ; affaiblis, mais soutenus par Dieu, « ils ne cessaient tous les jours d’enseigner et d’annoncer Jésus comme le Christ, dans le temple et de maison en maison » (v. 42).

L’opposition du souverain sacrificateur envers les serviteurs de Christ n’est mise que momentanément en échec. Au chapitre 7, Étienne prêche au nom du Seigneur Jésus, il est martyrisé et une persécution générale commence (8:1-4), Satan croyait le moment propice pour lui. La Parole se répand : Philippe, l’un des sept laissés à Jérusalem pour s’occuper des pauvres (6:1-5), est interrompu dans son travail par la persécution ; aussi le voyons-nous quitter la ville et se rendre à Samarie (8:5) afin d’annoncer l’évangile ; et « il y eut une grande joie dans cette ville-là » (v. 8). Il avait fait si bon usage du don reçu que, plus tard (21:8), il sera nommé : « Philippe l’évangéliste ». Le croyant éprouve toujours une grande joie chaque fois que Christ est prêché. Trop souvent l’enfant de Dieu est sans joie parce que, trop occupé de lui-même et de ses soucis, il ne regarde pas assez à Christ ; il connaît trop de Christ pour jouir du monde, et trop du monde pour jouir de Christ.

Puis le diable essaie d’imiter l’œuvre de Dieu, et envoie le magicien Simon afin de jeter du discrédit sur les croyants. Simon ne porte pas préjudice aux chrétiens, car le diable est toujours battu ; même ainsi, un faux témoin de Christ rend témoignage en faveur de la vérité.

Simon le magicien était un faiseur de miracles et cherchait à influencer les foules. Philippe prêchait Christ, Simon se voit surpassé. « Simon crut aussi lui-même ; et après avoir été baptisé, il se tenait toujours, auprès de Philippe ; et voyant les prodiges et les grands miracles qui se faisaient, il était dans l’étonnement » (v. 13). La foi d’un homme qui assiste à des miracles et qui y croit, n’est pas nécessairement la foi. Simon confesse le Seigneur ; Philippe le baptise, croyant avoir fait une belle prise et l’amène à l’assemblée. Le Seigneur veillait, aussi bien sur l’assemblée, sur son serviteur que sur le pécheur ; et, par le moyen de Pierre, il fait paraître la condition réelle de l’homme.

Simon le magicien devait avoir gagné une quantité de Samaritains à sa cause avant l’arrivée de Philippe. Il « étonnait le peuple de la Samarie, se disant être quelque grand personnage ; auquel tous s’attachaient, depuis le petit jusqu’au grand, disant : Celui-ci est la puissance de Dieu appelée la grande » (v. 9-10). Philippe éloigna un grand nombre de gens de cette influence, ce que voyant, Simon dut estimer que le meilleur parti à prendre était de suivre la masse ; son intelligence consentit à se soumettre à l’autorité du Seigneur, mais sa conscience et son cœur n’étaient pas atteints ; son désir de briller subsistait. Il n’était donc pas capable de recevoir la lumière de Dieu, qui dirige les pensées du nouveau converti. Simon n’avait rien de cela ; Pierre sera l’instrument qui préserve l’assemblée de l’entrée d’un hypocrite dans son sein.

Pierre et Jean étaient descendus de Jérusalem à Samarie, où les croyants reçurent le Saint Esprit. « Simon, voyant que l’Esprit Saint était donné par l’imposition des mains des apôtres, leur offrit de l’argent, disant : Donnez-moi aussi ce pouvoir, afin que tous ceux à qui j’imposerai les mains reçoivent l’Esprit Saint. Mais Pierre lui dit : Que ton argent périsse avec toi, parce que tu as pensé acquérir avec de l’argent le don de Dieu. Tu n’as ni part ni portion dans cette affaire ; car ton cœur n’est pas droit devant Dieu » (v. 18-21). Le cœur de Simon n’était pas droit ; l’apôtre a vu clair et il ajoute : « Repens-toi donc de cette méchanceté, et supplie le Seigneur, afin que, si faire se peut, la pensée de ton cœur te soit pardonnée ; car je vois que tu es dans un fiel d’amertume et dans un lien d’iniquité » (v. 22, 23).

À l’ouïe de ces paroles solennelles, que peut faire le magicien ? « Vous, suppliez le Seigneur pour moi, dit-il, en sorte que rien ne vienne sur moi de ce dont vous avez parlé » (v. 24). Prie pour moi, semble-t-il dire à Pierre ; rien ne dit que l’apôtre l’ait fait, et nous n’entendons plus parler de lui.

Simon le magicien est comme une bouée fixée par Dieu à un roc profond, afin de préserver les bateaux de passer par là ; il sert d’avertissement à ceux qui font fausse profession du nom de Christ. Il était baptisé, il disait vouloir suivre le Seigneur, et il cherchait à entrer dans l’assemblée de Dieu. Il n’était pas sauvé, car seule la possession réelle de Christ peut nous assurer le salut.

Ananias et Sapphira, nous l’avons vu, furent découverts au sein de l’assemblée ; Simon le fut au dehors et n’en fit jamais partie. Si Christ est notre vie, notre but, notre gardien, n’oublions pas qu’il est aussi l’époux qui va venir et nous prendra auprès de lui.

 

16               Quinze jours avec Paul — Actes 9 ; Galates 1

Après l’incident, relaté dans le dernier chapitre, Pierre et Jean retournent à Jérusalem, en prêchant l’évangile dans plusieurs villages de Samarie (Actes 8:25). Leur présence était nécessaire pour encourager l’assemblée de cette ville en butte à de grandes persécutions ; Dieu allait susciter une œuvre et un serviteur d’un autre caractère.

Avant de poursuivre l’histoire de Pierre, les Actes nous parlent de la conversion de Saul, dont la date se situe apparemment peu après le retour de Pierre à Jérusalem. Saul, appelé plus tard Paul, était bien connu à Jérusalem, et l’événement qui va nous occuper, ne se passe pas dans la ville. Saul avait été témoin de la mort d’Étienne et y avait consenti : « Saul, respirant encore menace et meurtre contre les disciples du Seigneur, alla au souverain sacrificateur et lui demanda pour Damas des lettres adressées aux synagogues, en sorte que, s’il en trouvait quelques-uns qui fussent de la voie, il les amenât, hommes et femmes, liés à Jérusalem » (v. 1, 2). Il se fait ainsi l’apôtre de la haine des Juifs contre le Seigneur Jésus. Engagé dans sa triste mission, il approche de Damas, lorsqu’une lumière du ciel, plus lumineuse que le soleil, l’éblouit. Il tombe à terre, et entend une voix lui dire : « Saul ! Saul ! pourquoi me persécutes-tu ? » (v. 5). Cette gloire et cette voix mettent fin pour toujours à sa carrière de propre volonté ; subjugué et humilié, il répond : « Qui es-tu, Seigneur ? » (v. 5). Il était conscient que c’était la voix de Dieu, mais quelle dut être sa surprise en découvrant que c’était Jésus lui-même, qu’il était le Seigneur de gloire, et qu’il considérait ses serviteurs comme s’ils étaient lui, ces disciples que Saul avait l’intention d’emprisonner et de mettre à mort.

« Je suis Jésus, que tu persécutes » (v. 6) : ces mots réveillent sa conscience. Il s’imaginait faire l’œuvre de Dieu (Jean 16:2) et découvre que, tout au contraire, il est l’ennemi du Seigneur, le chef des pécheurs. Il apprend en outre que les saints ne font qu’un avec leur Seigneur en gloire : cette vérité dirigea sa vie dès ce moment. Complètement brisé, il comprend qu’il n’est ni Juif, ni Gentil, mais « un homme en Christ » ; sa vie et son ministère désormais découleront du sentiment qu’il éprouvera d’être uni à Christ en gloire.

Saul, se laissant conduire par le Seigneur, se rend à la ville. « Ses yeux étant ouverts, il ne voyait personne ; et, le conduisant par la main, ils l’emmenèrent à Damas ; et il fut trois jours sans voir, et il ne mangea ni ne but » (v. 8, 9). En vision, il voit Ananias qui vient et lui fera retrouver la vue ; « et, lui imposant les mains, il dit : Saul, frère, le Seigneur, Jésus qui t’est apparu dans le chemin par où tu venais, m’a envoyé pour que tu recouvres la vue, et que tu sois rempli de l’Esprit Saint » (v. 17). Quelle joie dut-il éprouver en s’entendant appeler : « Frère ! » Ananias ne s’était pas trompé, car Saul immédiatement confesse Jésus. Obligé de quitter Damas à cause des Juifs qui, dorénavant, chercheront à le faire mourir, Saul est descendu de nuit par la muraille ; à Jérusalem, il sera reçu dans l’assemblée, mais il dut avoir recours à l’appui de Barnabas : on le connaissait, et on se méfiait de lui. Ceci se passa probablement à une date postérieure au récit d’Actes 9 ; Galates 1 nous donne davantage de détails. « Quand il plut à Dieu, qui m’a mis à part dès le ventre de ma mère, et qui m’a appelé par sa grâce, de révéler son Fils en (et non pas à) moi, afin que je l’annonçasse parmi les nations, aussitôt, je ne pris pas conseil de la chair ni du sang, ni ne montai à Jérusalem vers ceux qui étaient apôtres avant moi, mais je m’en allai en Arabie, et je retournai de nouveau à Damas. Puis, trois ans après, je montai à Jérusalem pour faire la connaissance de Céphas, et je demeurai chez lui quinze jours ; et je ne vis aucun autre des apôtres, sinon Jacques le frère du Seigneur » (Gal. 1:15-19).

Dieu n’a pas jugé bon de nous faire savoir ce qui se passa durant ces quinze jours. Nous connaissons ces deux hommes, et nous pouvons être certains que Saul apprit beaucoup avec son frère en Christ, même si le laps de temps ne fut pas très long. Il est possible que Pierre se souvenait de la part prise par Saul à l’occasion de la mort d’Étienne ; est-ce peut-être la raison pour laquelle Paul attendit si longtemps avant de se rendre à Jérusalem ? L’assemblée le reçut aussi avec circonspection : « Étant arrivé à Jérusalem, il cherchait à se joindre aux disciples ; et tous le craignaient, ne croyant pas qu’il fût disciple » (v. 26). Il fallut toute l’aide et la recommandation de Barnabas pour le faire admettre par les croyants. La nature de Pierre n’était pas de celles qui entretiennent le soupçon ; Paul lui-même était si simple et droit que le cœur du vieil apôtre sera gagné ; plus tard, en effet, il parlera de « notre bien-aimé frère Paul » (2 Pierre 3:15).

Pierre devait désirer entretenir Paul de la vie terrestre du Seigneur, comme de tout ce qui s’était passé avant leur rencontre ; il dut également écouter avec intérêt le récit de la conversion de Saul, de la vision et du message spécial qu’il reçut quant aux Gentils. Leur entrevue offre un intérêt particulier, bien que ni eux, ni leur entourage ne comprissent la valeur qu’ils en retireraient pour leur ministère. Une chose est certaine : c’est que, de tous ceux qui vivaient à ce moment-là, ces deux apôtres sont les plus connus ; d’autres peuvent avoir eu une notoriété passagère, ou avoir joué un rôle dans l’histoire, mais ces deux serviteurs de Dieu gardent une place merveilleuse dans les pages de l’Écriture. Leurs paroles et leur témoignage furent le moyen de la conversion de milliers d’âmes, et leurs écrits demeurent pour l’Église un héritage d’un prix inestimable.

Ces quinze jours ne furent pas stériles, car : « il était avec eux à Jérusalem, allant et venant, et parlant ouvertement au nom du Seigneur. Et il parlait et disputait avec les Hellénistes ; mais ceux-ci tâchaient de le faire mourir » (v. 28, 29). Pour sauver sa vie, les frères l’envoient dans sa propre ville, à Tarse.

Cette conversion dut causer une grande joie, mais aussi un immense soulagement aux chrétiens ; que de remerciements durent monter vers Dieu, lorsqu’ils entendaient dire : « Celui qui nous persécutait autrefois, annonce maintenant la foi qu’il détruisait jadis » (Gal. 1:23).

À ce moment, sous la bonne main de Dieu, les persécutions commencèrent à se calmer, et les assemblées de Judée, de Samarie et de Galilée pouvaient être édifiées. Nous retrouvons Pierre, mais en dehors de Jérusalem, pendant qu’il parcourait tout le pays d’Israël (9:32). L’Esprit de Dieu nous en informe après la conversion de Paul et avant le récit de son travail, sans doute pour nous rendre attentifs à l’énergie spirituelle et apostolique de Pierre, au moment où une nouvelle lumière surgissait. L’œuvre de Pierre, comme celle de Paul, sont ainsi entremêlées pour garder l’unité de l’Église. Si Paul fut l’apôtre des Gentils, Pierre servit d’instrument pour les amener dans l’Église.

Tout d’abord, la place spéciale conférée à Pierre dans l’œuvre du Seigneur nous est présentée de façon frappante par la guérison d’Énée et la résurrection de Dorcas ; ces deux miracles sont faits parmi les saints, et non au dehors. C’est ici, pour la première fois, que nous trouvons ce terme de « saints » dans le Nouveau Testament, appliqué aux croyants. Bien des gens l’appliquent à des morts, et le limitent à quelques exemples particulièrement en vue, tels que : St-Jean, St-Pierre. Tous les morts sont nommés ainsi (voir Matt. 27:52), mais les Actes désignent ainsi des vivants par trois fois (9:13, 32, 41). Ce terme appartient à tous ceux qui sont nés de l’Esprit et lavés dans le sang du Sauveur, à tous ceux qui sont mis à part pour Dieu. Dans les épîtres ce mot désigne les enfants de Dieu. Pour pouvoir le porter, nous devons connaître ce que nous sommes devant Dieu et le réaliser dans la pratique.

À Lydde, bourgade entre Joppé et Jérusalem, Pierre trouve quelqu’un qui a été huit ans au lit, paralysé. « Énée ! Jésus, le Christ, te guérit ; lève-toi, et fais toi-même ton lit » (v. 34). Ces quelques mots suffisent pour guérir le malade, et tous ceux qui habitaient Lydde et Saron se tournent vers le Seigneur. Dieu use d’un miracle pour convertir toute une contrée, aussi facilement que par des prédications.

De Lydde, Pierre est appelé à Joppé, appelée actuellement Jaffa, port important, situé sur un promontoire, au sud de Césarée. L’occasion est offerte par la mort de Dorcas, femme remarquable, car « elle était pleine de bonnes œuvres et d’aumônes qu’elle faisait » (v. 36). « Toutes les veuves vinrent auprès de lui en pleurant, et en montrant les robes et les vêtements, toutes les choses que Dorcas avait faites pendant qu’elle était avec elles » (v. 39). Son nom signifie « gazelle » en grec, et se dit : « Tabitha » en syrochaldéen. Pierre écoute le témoignage laissé par cette femme, si profondément aimée. Il met tout le monde dehors, prie, et « se tournant vers le corps, il dit : Tabitha, lève-toi. Et elle ouvrit ses yeux, et voyant Pierre, elle se mit sur son séant ; — et lui ayant donné la main, il la leva ; et ayant appelé les saints et les veuves, il la leur présenta vivante » (v. 40, 41).

Par ce miracle, Dieu désirait fournir un témoignage à la puissance du nom de Jésus ; il donne en outre une place importante à l’apôtre, comme instrument entre les mains de Dieu, aux yeux des croyants et du monde. On constate également la grâce qui réconforte ceux qui pleurent, d’une façon inconnue jusqu’alors, sauf pendant que le Seigneur était ici-bas. « Cela fut connu dans tout Joppé ; et plusieurs crurent au Seigneur » (v. 42) ; un grand réveil se produit, si bien que Pierre « demeura plusieurs jours à Joppé, chez un certain Simon, corroyeur » (v. 43). Depuis là, il est appelé à une œuvre plus importante encore, ainsi que nous le verrons au chapitre suivant.

 

17               Corneille et sa maison — Actes 10-11:1-18

Un intérêt très particulier s’attache à cette partie du livre des Actes, car elle nous montre comment nous, les Gentils, pouvons être sauvés et la bénédiction qui nous atteint.

Dieu veillait sur cet homme, anxieux de recevoir la lumière et sur le serviteur qui la lui apporta. Remarquons que chacun d’eux était en prière au moment où la vision lui apparut (10:30 et 11:5). Corneille était probablement converti, mais ne possédait pas la paix ni le pardon, et désirait recevoir ce qui lui manquait. Son caractère moral nous le rend fort sympathique : un Gentil, de noble naissance peut-être, étant donné ses rapports avec la légion romaine, un homme pour lequel les Juifs devaient éprouver de l’estime. Il craignait Dieu « avec toute sa maison » (c’est-à-dire, avec ses enfants et ses domestiques) ; il faisait « beaucoup d’aumônes », donc il pensait aux autres et s’y intéressait ; et « il priait Dieu continuellement » : homme de prière, dans lequel l’Esprit de Dieu travaillait et provoquait des besoins spirituels ; homme pieux certes, mais qui ne connaissait pas la valeur du sang de Christ, car le pardon et l’évangile n’avaient pas encore été annoncés aux Gentils.

Dieu connaissait les désirs de son cœur, et envoie l’ange lui dire : « Corneille, ta prière est exaucée » (10:31), ainsi qu’il le raconte à Pierre. On commençait à entendre parler du christianisme, les Juifs affirmaient hautement obéir à la loi de Dieu, de sorte que toute personne pieuse pouvait à bon droit se demander où était la vérité. Philippe « évangélisait toutes les villes, jusqu’à ce qu’il fut arrivé à Césarée » (8:40) : la nouvelle de la mort et de la résurrection de Jésus se répandait, et Corneille avait sans doute demandé à Dieu de l’éclairer.

Ainsi cet homme né de l’Esprit (Dieu ne l’aurait pas accepté autrement, bien que l’ange lui eût dit : « Tes prières et tes aumônes sont montées pour mémorial devant Dieu »), touché, inquiet, exercé par l’Esprit de Dieu, mais ne connaissant pas la vérité, a une vision. Pendant qu’il priait « un homme se tint devant moi », narre-t-il, « dans un vêtement éclatant, et dit : Corneille, ta prière est exaucée, et tes aumônes ont été rappelées en mémoire devant Dieu. Envoie donc à Joppé, et fais venir Simon, qui est surnommé Pierre ; il loge dans la maison de Simon, corroyeur, au bord de la mer ; et lorsqu’il sera venu, il te parlera » (10:30-32). Pour être sauvé, il ne lui est pas dit de faire des œuvres, mais d’écouter. Quand Pierre raconte l’histoire à l’assemblée de Jérusalem, il ajoute : « Simon, qui est surnommé Pierre, … te dira des choses par lesquelles tu seras sauvé, toi et toute ta maison » (11:13, 14). En envoyant ce premier message aux Gentils, Dieu insiste sur le fait qu’il fallait écouter. Personne n’a jamais été sauvé par ses propres œuvres, et personne n’a été sauvé sans croire à la parole de Dieu.

« J’ai donc aussitôt envoyé vers toi » (v. 33), dit Corneille ; son obéissance immédiate et sans discussion prouve son sérieux et sa ferveur ; il n’attend pas, là où quelqu’un d’autre aurait peut-être voulu réfléchir, espérant recevoir des explications supplémentaires. Tôt après le départ de l’ange, il envoie trois domestiques à Joppé ; il ne perd pas un instant, pourtant les voyages n’étaient guère rapides, et les hommes durent s’arrêter quelque part pour la nuit (v. 9).

Quant à l’apôtre, Dieu le préparait également à rencontrer le Gentil. Il monte sur le toit de la maison pour prier, « vers la sixième heure » (midi environ), pas l’heure habituelle de la prière. Une fois déjà, Pierre avait été averti de veiller et de prier, et il ne l’avait pas fait, mais ici, il prie et le Seigneur lui apparaît en vision. « Il voit le ciel ouvert, et un vase descendant comme une grande toile liée par les quatre coins et dévalée en terre, dans laquelle il y avait tous les quadrupèdes et les reptiles de la terre, et les oiseaux du ciel. Et une voix lui fut adressée, disant : Lève-toi, Pierre, tue et mange. Mais Pierre dit : Non point, Seigneur ; car jamais je n’ai rien mangé qui soit impur ou immonde. Et une voix lui fut adressée encore, pour la seconde fois, disant : Ce que Dieu a purifié, toi, ne le tiens pas pour impur. Et cela eut lieu par trois fois, et le vase fut aussitôt élevé au ciel » (v. 11-16). On a cru qu’il s’agissait de l’Église ici ; mais Pierre n’est pas le vase employé par Dieu pour révéler la vérité concernant l’Église ; cette mission sera réservée à Paul. La vision avait pour but d’enseigner à Pierre que la croix a supprimé les barrières existantes entre Juifs et Gentils, que la grâce de Dieu est répandue sur chacun indifféremment, et que la même puissance apporte à tous la bénédiction. Incapable d’interpréter le sens de ces choses, il en cherche la signification, lorsque les hommes, envoyés par Corneille, arrivent à la porte. Dieu n’envoie pas un ange, mais un serviteur pour l’appeler ; « l’Esprit lui dit : Voilà, trois hommes te cherchent ; mais lève-toi, et descends, et va avec eux, sans hésiter, parce que c’est moi qui les ai envoyés » (v. 19, 20). L’apôtre commence à comprendre : jusqu’alors, comme tout bon Juif, il n’avait entretenu aucune relation avec ceux qui ne l’étaient pas ; mais la conception nouvelle veut que : « il n’y a pas Grec et Juif, circoncision et incirconcision, barbare, Scythe, esclave, homme libre mais où Christ est tout, et en tous » (Col. 3:11). Lui, Pierre, était le vase choisi pour l’appel des nations, bien que Paul fût distinctement l’apôtre des Gentils.

Sous la loi, Dieu avait défendu aux Juifs de se mêler aux autres peuples ; cette époque était révolue — ce que Dieu a purifié ne peut plus être considéré comme impur : l’apôtre met tout de suite cette vérité en pratique, il fait entrer les hommes et les loge (v. 23).

Nous avons remarqué quel homme impulsif, bouillant, étourdi était Pierre, mais, en ce cas, il se montre particulièrement prudent. Il prend avec lui six frères (10:23 ; 11:12), comme témoins de l’œuvre que Dieu allait accomplir.

En l’attendant, Corneille est anxieux de faire partager à d’autres la bénédiction et la lumière : « Corneille les attendait, ayant assemblé ses parents et ses intimes amis » (v. 24), toutes personnes que Dieu désirait bénir ; la maison est pleine : « Pierre trouva plusieurs personnes assemblées » (v. 27). « Et il leur dit : Vous savez, vous, que c’est une chose illicite pour un Juif que de se lier avec un étranger, ou d’aller à lui ; et Dieu m’a montré, à moi, à n’appeler aucun homme impur ou immonde. C’est pourquoi aussi, lorsque vous m’avez envoyé chercher, je suis venu sans faire de difficulté » (v. 28, 29). Il a saisi la clef de la difficulté à laquelle il réfléchissait ; en obéissant, il a nettement compris que la grâce de Dieu se répandrait désormais jusqu’aux confins de la terre.

Il éprouve Corneille, et cherche à connaître l’état réel de son âme. « Je vous demande donc pour quel sujet vous m’avez fait venir » (v. 29). Corneille reprend sa propre histoire avec un détail de plus : il jeûnait en même temps qu’il priait : « Il y a quatre jours que j’étais en jeûne jusqu’à cette heure-ci, et à la neuvième heure, je priais dans ma maison » (v. 30) ; et, après avoir mentionné la visite de l’ange, il ajoute : « Maintenant donc, nous sommes tous présents devant Dieu, pour entendre tout ce qui t’a été ordonné de Dieu » (v. 33). Pierre savait, avant de commencer à prêcher, que ces gens étaient tous ardemment désireux de connaître la vérité.

Il leur parle donc sans crainte : « En vérité, je comprends que Dieu ne fait pas acception de personnes, mais qu’en toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice, lui est agréable » (v. 34, 35). La grâce divine s’étend au monde entier, et, où que ce soit qu’il y ait une âme cherchant Dieu, cette âme sera bénie. « Vous connaissez la parole qu’il a envoyée aux fils d’Israël, annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ (lui est Seigneur de tous) » (v. 36). On savait déjà que Jésus était Seigneur des Juifs, mais personne n’aurait jamais pensé qu’il pût être Seigneur de tous.

En un court verset, Pierre résume toute la vérité contenue dans l’évangile selon Matthieu : « On appellera son nom Emmanuel, ce qui, interprété, est : Dieu avec nous » (Matt. 1:23) ; il reprend ces trois vérités : Dieu avec nous (v. 38) ; Dieu pour nous (v. 40-43), et « Dieu en nous » (v. 44-47). « Dieu avec nous », c’est toute la vie de Jésus qui « a passé de lieu en lieu, faisant du bien, et guérissant tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance ; car Dieu était avec lui ; (et nous, nous sommes témoins de toutes les choses qu’il a faites, au pays des Juifs et à Jérusalem) ; lequel aussi ils ont fait mourir, le pendant au bois » (v. 38, 39). Il n’incrimine pas ses auditeurs d’avoir eu part au crime, mais il leur en donne néanmoins tous les détails.

« Celui-ci, Dieu l’a ressuscité le troisième jour, et l’a donné pour être manifesté, non à tout le peuple, mais à des témoins qui avaient été auparavant choisis de Dieu, savoir à nous, qui avons mangé et bu avec lui après qu’il eut été ressuscité d’entre les morts » (v. 40, 41). Celui que l’homme a refusé, Dieu l’a ressuscité et l’a élevé dans la gloire, telle est la seconde vérité : « Dieu pour nous ». Aucun doute ne peut subsister quant à sa résurrection : l’apôtre lui-même l’a vu, il a même mangé et bu avec lui. Il se souvient du morceau de poisson cuit et du rayon de miel (Luc 24) que le Seigneur avait acceptés après sa résurrection ; de la braise et du poisson mis dessus, quand le Seigneur leur offrit à dîner, à lui et à ses six compagnons, au bord de la mer de Tibériade (Jean 21). Par sa mort, Jésus a fait une œuvre qui glorifie Dieu éternellement, et sa résurrection est la réponse de Dieu à cette œuvre. C’est pourquoi : « Il nous a commandé de prêcher au peuple, et d’attester que c’est lui qui est établi de Dieu juge des vivants et des morts » (v. 42). Sa victoire, comme homme, sur la mort, lui confère le titre de juge (voir Jean 5:21-27) ; mais avant le jour du jugement, vient le jour où il sauve. « Tous les prophètes lui rendent témoignage, que, par son nom, quiconque croit en lui reçoit la rémission des péchés » (v. 43). Avant de juger l’homme, Dieu lui fait connaître ces deux vérités : le pardon offert à quiconque croit à son Fils ; et le Saint Esprit qu’il envoie pour habiter dans chaque croyant.

« Comme Pierre prononçait encore ces mots, l’Esprit Saint tomba sur tous ceux qui entendaient la parole » (v. 44). Ils reçoivent le sceau de Dieu, c’est-à-dire, le Saint Esprit, celui qui éloigne toute crainte, en nous faisant comprendre que Christ est mort sur la croix pour nous sauver. La descente du Saint Esprit est en rapport intime avec cette révélation. Qu’est-ce qui apporta cette immense bénédiction dans ce chapitre 10 ? Ils crurent au Seigneur Jésus. Comme des âmes simples ils crurent la parole, et Dieu leur envoya le Saint Esprit ; ils ne le reçoivent pas comme une aide pour croire, mais comme sceau de leur simple foi au Seigneur Jésus. Le Saint Esprit est descendu pour me parler des pensées de Dieu au sujet de Jésus ; du moment que je crois, il vient habiter dans mon cœur, comme le Consolateur. Donc « Dieu en nous », c’est le don du Saint Esprit.

Nous ne pouvons pas ôter à ces gens leurs privilèges, poursuit Pierre : « Quelqu’un pourrait-il refuser l’eau, pour que ceux-ci ne soient pas baptisés, eux qui ont reçu l’Esprit Saint comme nous-mêmes ? » (v. 47). Non, dit-il, ils ont reçu le Saint Esprit, leurs péchés sont pardonnés, ils doivent être introduits dans la maison de Dieu sur la terre. Voici la seconde occasion pour Pierre d’user des clefs du royaume des cieux : il a ouvert la porte aux Gentils.

À son retour à Jérusalem, l’assemblée interroge l’apôtre sur les événements de Césarée. « Ceux de la circoncision disputaient avec lui, disant : Tu es entré chez des hommes incirconcis, et tu as mangé avec eux » (11:3). Pierre reprend le récit détaillé de sa visite et conclut : « Comme je commençais à parler, l’Esprit Saint tomba sur eux, comme aussi il est tombé sur nous au commencement. Et je me souvins de la parole du Seigneur, comment il a dit : Jean a baptisé avec de l’eau, mais vous, vous serez baptisés de l’Esprit Saint. Si donc Dieu leur a fait le même don qu’à nous qui avons cru au Seigneur Jésus Christ, qui étais-je, moi, pour pouvoir l’interdire à Dieu ? » (v. 15-17). Ses auditeurs ne surent que répondre à pareils arguments et « ils se turent, et glorifièrent Dieu, disant : Dieu a donc en effet donné aux nations la repentance pour la vie ! » (v. 18).

Il est important de saisir la portée de cet événement. L’Église de Dieu, l’assemblée, existait déjà, mais la doctrine de son unité, comme corps de Christ, n’avait pas encore été proclamée. La réception de Corneille et de ses amis par Pierre ne l’annonçait pas encore, Paul la révèlera ; mais cela prouvait que, en toute nation, quiconque craignait Dieu, lui était agréable, et qu’il n’était pas nécessaire d’être Juif pour obtenir le salut. Cela préparait le chemin aux révélations de Paul, le mystère de l’épître aux Éphésiens : « Les nations… cohéritières et d’un même corps et coparticipantes de sa promesse dans le Christ Jésus, par l’évangile » (Éph. 3:6). On ne résiste pas à Dieu ; aussi, après ces explications, il est beau de lire qu’« ils glorifièrent Dieu », c’est-à-dire, qu’ils le louèrent pour sa grâce envers les Gentils.

Pierre dut éprouver un grand soulagement, quand même lui et tous les croyants étaient fortement imprégnés de l’éducation juive qu’ils avaient reçue. Malheureusement l’apôtre attachait encore trop d’importance à l’opinion des hommes, et négligeait l’Écriture qui dit : « La crainte des hommes tend un piège » (Prov. 29:25). Ce que fut ce piège, nous allons le voir.

 

18               Il sort de prison — Actes 12

Environ une année après les événements relatés au chapitre précédent, les persécutions contre les chrétiens reprirent ; la famine régnait, et Barnabas et Saul furent envoyés à l’aide des pauvres de Judée.

« Le roi Hérode mit les mains sur quelques-uns de ceux de l’assemblée pour les maltraiter » (v. 1). Cet Hérode était le petit-fils de Hérode-le-Grand, qui ordonna le massacre de Bethléhem au moment de la naissance du Seigneur, et le père du roi Agrippa, devant lequel comparut Paul. Il est généralement connu dans l’histoire sous le nom de Hérode Agrippa I. Son but essentiel consistait à vivre en bons termes avec tout le monde, par n’importe quel moyen ; cette vanité se combinait à une attention pointilleuse aux rites de la religion juive, afin d’être bien vu de ses sujets ; c’est pour se concilier leurs faveurs qu’il persécuta à nouveau les chrétiens.

Sa première victime fut Jacques : « Il fit mourir par l’épée Jacques, le frère de Jean » (v. 2), l’un des trois apôtres présents à la résurrection de la fille de Jaïrus, à la transfiguration sur la montagne, et à l’angoisse du Seigneur au jardin de Gethsémané. Avec son frère, Jésus l’avait surnommé « Boanergès, ce qui est : fils de tonnerre » (Marc 3:17). Bien qu’il ne soit pas fait mention de sa vie dans l’Écriture, il doit avoir été un homme proéminent dans l’assemblée de Jérusalem. Quoi qu’il en soit, Hérode le fait mettre à mort. Sa mère, Salomé, avait prié une fois : « Que mes deux fils que voici, s’asseyent, l’un à ta droite et l’un à ta gauche, dans ton royaume ». À quoi Jésus avait répondu : « Pouvez-vous boire la coupe que moi, je vais boire ? Ils lui disent : Nous le pouvons » (Matt. 20:21, 22). Ce moment était venu pour l’un des deux frères, l’autre la boira plus tard. Jean fut probablement le dernier des apôtres à souffrir le martyre, mais Jacques avait été le premier ; sa carrière fut courte, car il meurt environ douze ou treize ans après la crucifixion. Aucun détail ne nous est donné, mais nous pouvons être certains d’une chose, c’est que la prière de sa mère ne resta pas sans réponse et que, au dernier moment, il fut soutenu par la grâce de Dieu. Voyant que la mort de Jacques plaisait aux Juifs, Hérode met la main sur Pierre aussi, avec l’intention de le mener à l’échafaud après la Pâque.

Il croyait avoir fait là une action d’éclat et se préparait à monter un grand spectacle public à cette occasion. Mais, comme Pierre, une fois déjà, était sorti de prison d’une façon extraordinaire (Actes 5), le roi « le livra à quatre bandes de quatre soldats chacune, pour le garder » (v. 4) ; deux soldats étaient attachés à lui, d’autres gardaient les portes. Que de précautions pour un seul homme ! Hérode comptait sans Dieu ; Pierre, confiant, s’endort paisiblement, sachant que le Seigneur pouvait le délivrer encore s’il le jugeait bon.

« Pierre donc était gardé dans la prison ; mais l’assemblée faisait d’instantes prières à Dieu pour lui » (v. 5). Il eût été vain de chercher à fléchir le roi ; leur seule ressource était de s’adresser à Dieu, car le cas semblait désespéré. Quand le Seigneur était sur la terre, il avait dit : « Je vous dis encore que si deux d’entre vous sont d’accord sur la terre pour une chose quelconque, quelle que soit la chose qu’ils demanderont, elle sera faite pour eux par mon Père qui est dans les cieux ; car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Matt. 18:19, 20). Les croyants mettaient ces paroles en pratique, et, à l’arrivée de Pierre, « ils étaient assemblés et priaient » (v. 12). Le jour approchait où l’apôtre allait être mené à l’échafaud ; mais Dieu donna une réponse à la foi de ces quelques-uns ; ainsi l’homme propose, et Dieu dispose.

La Parole ne nous donne aucun détail sur les sentiments et les pensées de Pierre pendant son emprisonnement. Nous savons que, la nuit précédant son exécution, il dormait ; il avait enlevé ses sandales et dégagé ses vêtements ; ce geste témoigne de son entière confiance dans le Seigneur, d’une conscience et d’un cœur parfaitement tranquilles. Dieu choisit son moment pour faire sa volonté. Il envoie un ange dans la cellule du dormeur et « une lumière resplendit dans la prison » (v. 7). Dieu apporte toujours la lumière. Les deux gardiens de Simon dormaient aussi, car ils ne virent pas la lumière et ils n’entendirent pas la voix. L’ange frappe le côté de Pierre pour le réveiller et lui ordonne : « Lève-toi promptement ». « Et les chaînes tombèrent de ses mains » (v. 7). Quand Dieu desserre les entraves de l’homme, le travail se fait rapidement et sans bruit, le cliquetis des chaînes qui tombaient n’a pas même réveillé les gardiens. « Ceins-toi, et chausse tes sandales » (v. 8) : aucune hâte, tout se fait avec précision et avec ordre, puis : « Jette ton vêtement sur toi, et suis-moi » (v. 8). « Il ne savait pas que ce qui se faisait par l’ange était réel, mais il croyait voir une vision » (v. 9) ; Pierre suit son guide, ils passent la première et la seconde garde sans être inquiétés et « ils vinrent à la porte de fer qui conduit à la ville, et elle s’ouvrit à eux d’elle-même ; et, étant sortis, ils allèrent jusqu’au bout d’une rue ; et aussitôt l’ange se retira d’avec lui » (v. 10), Pierre se trouvant dans un lieu connu.

Imaginons l’état d’hébétude dans lequel se trouvait l’apôtre : brusquement réveillé d’un profond sommeil, le voici dans la rue ; il s’était endormi croyant aller à la mort, le matin. ; il avait entendu un ange, s’était habillé, et tout d’un coup, se trouve en liberté, dans une rue bien connue. « Et Pierre, étant revenu à lui, dit : Je connais à présent certainement que le Seigneur a envoyé son ange, et m’a délivré de la main d’Hérode et de toute l’attente du peuple des Juifs » (v. 11). Il reconnaît que la main du Seigneur s’est étendue sur lui, et « s’étant reconnu, il se rendit à la maison de Marie, mère de Jean surnommé Marc, où plusieurs étaient assemblés et priaient » (v. 12). Au moment où les croyants adressaient des prières ferventes à Dieu pour l’apôtre, il arrive d’une façon intempestive et frappe à la porte. Rhode, la servante, vient s’informer quel est ce visiteur inattendu ; en reconnaissant la voix de Pierre, elle n’ouvre pas, mais, de joie, elle court porter l’heureuse nouvelle. « Tu es folle », disent-ils, au lieu de réaliser la grâce de Dieu ; ils ne songent pas non plus à vérifier ses dires, et, devant les affirmations réitérées de la jeune fille, ils ajoutent : « C’est son ange » ; incrédules, ils croyaient que Rhode avait une vision !

« Mais Pierre continuait à heurter » (v. 16), si bien qu’ils se décident à aller ouvrir et « ils le virent et furent hors d’eux » (v. 16). Notre foi est si faible que, lorsque Dieu exauce notre prière, nous nous étonnons ; si nous étions simples et vrais devant lui, nous serions surpris de ce que la réponse se fait attendre. Dieu aime répondre aux prières de ses enfants ; il aime que nous nous attendions à lui : « Sans la foi il est impossible de lui plaire » (Héb. 11:6).

L’apparition de l’apôtre produit un effet extraordinaire, mais « leur ayant fait signe de la main de se taire, il leur raconta comment le Seigneur l’avait fait sortir de prison ; et il dit : Rapportez ces choses à Jacques et aux frères » (v. 17). Bien que libre, Pierre comprend le danger qui le menace, mieux que ses amis, et il leur recommande de ne rien divulguer.

« Le jour étant venu, il y eut un grand trouble parmi les soldats, au sujet de ce que Pierre était devenu » (v. 18) ; il était entre les mains de Dieu, Hérode ne pouvait pas le trouver. Déçu dans ses plans sanguinaires, le roi déverse sa colère sur les gardes de la prison, puis se rend à Césarée où il meurt, sous le jugement de Dieu, d’une horrible maladie. L’Esprit de Dieu se hâte d’ajouter au verset suivant, en contraste avec ce caractère méchant : « Mais la parole de Dieu croissait et se multipliait » (v. 24).

Retenons de ceci le contraste marqué entre les plans humains et l’intervention divine, en même temps que l’efficacité et la puissance de la prière. Que cela nous encourage à compter sur Dieu et à persévérer dans la prière faite avec foi. Le cas semblait totalement désespéré, mais Dieu y pourvut largement. Nous manquons de foi et d’assiduité pour assiéger le trône de la grâce, nous pouvons bien lui dire : « Seigneur, enseigne-nous à prier » (Luc 11:1).

Le chapitre se termine par ces mots : « Barnabas et Saul, ayant accompli leur service, s’en retournèrent de Jérusalem, emmenant aussi avec eux Jean, qui était surnommé Marc » (v. 25). Paul se trouvait donc à Jérusalem quand Pierre fut jeté en prison ; quelle joie dut être la sienne en voyant Simon de nouveau en liberté, prêt à continuer le travail du Seigneur. Dès lors, Paul semble devenir l’instrument spécial de l’Esprit ; Pierre occupe le second plan et ne réapparaît que momentanément au chapitre 15.

 

19               Résistance à Antioche — Actes 15 ; Galates 2

Quand Pierre se retire pour échapper à la vigilance d’Hérode, Paul se met au travail. Les chapitres 13 et 14 nous rapportent le récit de l’expansion prise par l’Évangile parmi les Gentils en Asie Mineure grâce au ministère de Paul et Barnabas. Le lien, existant entre ces deux hommes au moment de la première visite de Paul à Jérusalem après sa conversion (9:27) se renforça dans la suite.

Paul s’était rendu à Tarse, sa propre ville (9:30). Peu après parvint à Jérusalem la nouvelle qu’une œuvre commençait à Antioche, dans la province de Séleucie, par le moyen de « ceux qui avaient été dispersés par la tribulation qui arriva à l’occasion d’Étienne » (11:19). Le Nouveau Testament parle de deux Antioche : celle dont il s’agit ici est plus importante que l’Antioche de Pisidie, visitée par Paul (voir Actes 13 ; 14). Cette Antioche, construite par Seleucus Nicator en 300 av. J. C. et qu’il nomma d’après son père, se trouve sur les bords de l’Oronte, à environ cinq cents kilomètres au nord de Jérusalem, et à cinquante de la Méditerranée. Elle était composée de quatre quartiers, chacun ceint par un mur, et tous les quatre, entourés d’une muraille commune. Métropole de la Syrie, résidence de leurs rois — les Séleucides — elle devint plus tard la capitale des provinces romaines d’Asie, la troisième ville de l’empire après Rome et Alexandrie. Elle comptait environ 200,000 habitants, et offrira toujours un intérêt particulier pour les chrétiens, car « ce fut à Antioche premièrement que les disciples furent nommés chrétiens » (11:26).

Quand on apprit à Jérusalem que, dans cette ville importante, « un grand nombre, ayant cru, se tournèrent vers le Seigneur », l’assemblée envoya Barnabas pour leur venir en aide dans leur travail, « lequel, y étant arrivé et ayant vu la grâce de Dieu, se réjouit ; et il les exhortait tous à demeurer attachés au Seigneur de tout leur cœur… et une grande foule fut ajoutée au Seigneur » (11:21-24). Barnabas, sentant l’importance de l’œuvre qui s’accomplissait, « s’en alla à Tarse, pour chercher Saul ; et, l’ayant trouvé, il le mena à Antioche. Et il leur arriva que, pendant un an tout entier, ils se réunirent dans l’assemblée et enseignèrent une grande foule » (11:25, 26). Barnabas et Saul furent dès lors compagnons de travail jusqu’aux événements rapportés en Actes 15, avec Antioche comme centre, pendant une période assez longue ; ils partirent de là pour une tournée d’évangélisation, spécialement recommandés aux prières de cette assemblée (Actes 13). « Et, étant arrivés, et ayant réuni l’assemblée, ils racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi. Et ils séjournèrent assez longtemps avec les disciples » (14:27, 28).

Ce voyage fut la première mission précise parmi les Gentils, dans laquelle des assemblées furent formées, et des « anciens » formellement désignés par les apôtres. La parole de Dieu se répandait parmi les nations, les convertissait et les rassemblait au nom du Seigneur Jésus, indépendamment de l’action exercée par les douze apôtres à Jérusalem, et sans l’obligation de se conformer à la loi de Moïse, qui faisait encore règle parmi les Juifs convertis. À Antioche, on souleva la question de savoir si cet état de choses pouvait encore durer ; elle venait, non des Juifs hostiles à l’Évangile, mais de ceux qui, l’ayant accepté, désiraient imposer le même joug aux Gentils. Le chapitre 15 nous présente le récit détaillé de cet important sujet, qui comporte la base même du christianisme.

« Et quelques-uns, étant descendus de Judée, enseignaient les frères, disant : Si vous n’avez pas été circoncis selon l’usage de Moïse, vous ne pouvez être sauvés » (v. 1). Ceux qui venaient de Jérusalem avaient l’approbation de l’assemblée et des douze apôtres, ce qui donnait beaucoup de poids à leur avis. Paul et Barnabas, pleinement conscients de la gravité de leur erreur, eurent avec eux « une contestation et une grande dispute » (v. 2) ; insister sur l’obéissance à la loi de Moïse, c’était annuler l’Évangile, détruire la doctrine de la grâce ; si cette doctrine était vraie, la justification par la foi n’était qu’une illusion ; aussi pouvons-nous comprendre l’hostilité de Paul à l’égard de ces « faux frères » (Gal. 2:4).

Mais c’était la volonté de Dieu que cette grave question fût réglée à Jérusalem et non à Antioche. L’assemblée juive de Jérusalem n’aurait pas reconnu la valeur d’une décision prise à Antioche, même si elle concernait toutes les assemblées, l’unité de l’Église aurait encouru du danger ; mais une conférence, tenue à Jérusalem, tranchait définitivement la question : elle maintenait intacte l’unité et conservait aux apôtres leur autorité pour proclamer cette vérité.

La mention que Paul fait de ce sujet dans l’épître aux Galates montre toute la gravité de la crise, puisque cela concernait la base même du christianisme. Si quelqu’un était circoncis, il était sous la loi, rejetait la grâce et s’éloignait de Christ (Gal. 5:2-4), pour Paul, c’était parfaitement clair, mais pas pour ses adversaires. « Ils résolurent que Paul et Barnabas et quelques autres d’entre eux monteraient à Jérusalem vers les apôtres et les anciens pour cette question » (v. 2) ; d’après ce verset, l’apôtre agit conformément aux désirs des frères d’Antioche, mais, en Gal. 2:2, il donne la véritable raison, la raison intime : « J’y montai selon une révélation », dit-il. Paul se laissa donc conduire par la volonté de Dieu et ne suivit pas son propre chemin. Plein de foi, d’énergie et de zèle, il fut obligé de se rendre à Jérusalem pour maintenir l’unité. Il prit Tite avec lui, Tite un incirconcis. Il fallait du courage pour emmener ce Grec, car la vérité était en jeu, et cela trancherait la décision entre lui et les chrétiens juifs. L’apôtre marchait dans la liberté de l’Esprit, et il gagna la partie.

« Et étant arrivés à Jérusalem, ils furent reçus par l’assemblée et les apôtres et les anciens ; et ils racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites avec eux. Et quelques-uns de la secte des pharisiens, qui avaient cru, s’élevèrent, disant qu’il faut les circoncire et leur enjoindre de garder la loi de Moïse » (v. 4, 5). « Les apôtres et les anciens s’assemblèrent pour examiner cette affaire » (v. 6). Une grande discussion s’ensuivit, libre, sans contrainte ; nous retrouvons Pierre, il rappelle ce que Dieu avait fait par son moyen parmi les Gentils : « Hommes frères, vous savez vous-mêmes que, dès les jours anciens, Dieu m’a choisi entre vous, afin que par ma bouche les nations ouïssent la parole de l’évangile et qu’elles crussent. Et Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage, leur ayant donné l’Esprit Saint comme à nous-mêmes ; et il n’a fait aucune différence entre nous et eux, ayant purifié leurs cœurs par la foi. Maintenant donc, pourquoi tentez-vous Dieu, en mettant sur le cou des disciples un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter ? Mais nous croyons être sauvés par la grâce du Seigneur Jésus, de la même manière qu’eux aussi » (v. 7-11). Il use de toute son influence en faveur de la liberté accordée aux Gentils ; il ne dit pas : « Ils seront sauvés comme nous », mais « nous serons sauvés comme eux » ; c’est-à-dire : nous Juifs serons sauvés au même prix qu’eux, qui n’ont jamais été sous la loi. Son discours, bien que court, est énergique et acéré, et porte un coup direct au judaïsme.

« Et toute la multitude se tut ; et ils écoutaient Barnabas et Paul qui racontaient quels miracles et quels prodiges Dieu avait faits par leur moyen parmi les nations » (v. 12). Jacques parle ensuite, et cite le prophète Amos pour prouver que Dieu s’était choisi un peuple parmi les Gentils. Entièrement d’accord avec Pierre, il ajoute : « Je suis d’avis de ne pas inquiéter ceux des nations qui se tournent vers Dieu » (v. 19). Le discours de Jacques produit bon effet, et l’assemblée rend un jugement net. « Alors il sembla bon aux apôtres et aux anciens, avec toute l’assemblée, de choisir parmi eux des hommes, et de les envoyer à Antioche avec Paul et Barnabas : savoir Judas, appelé Barsabbas, et Silas, hommes d’entre ceux qui tenaient la première place parmi les frères » (v. 22). Ils emportaient une lettre adressée aux frères des nations, qui mettait un terme à cette contestation. « Il a semblé bon au Saint Esprit et à nous de ne mettre sur vous aucun autre fardeau que ces choses-ci, qui sont nécessaires : qu’on s’abstienne des choses sacrifiées aux idoles, et du sang, et de ce qui est étouffé, et de la fornication. Si vous vous gardez de ces choses, vous ferez bien. Portez-vous bien » (v. 28, 29).

Ces choses rentraient dans les habitudes des Gentils. Il importe de remarquer que ce n’étaient pas des choses prohibées par la loi seulement, mais elles étaient contraires à l’ordre de Dieu comme Créateur ; les pratiquer n’avait rien à faire avec la loi de Moïse, mais c’était ignorer la connaissance de Dieu. Le mariage — c’est-à-dire la pureté — était l’institution de Dieu en Eden (Gen. 2:21-25). Après le déluge, quand Dieu autorisa Noé à manger de la viande, il lui défendit de manger le sang, car la vie appartient à Dieu (Gen. 9:3-5). Tout rapport avec les idoles constituait un outrage à l’autorité du Dieu vivant et vrai. Tout ceci, les Gentils l’avaient fait par ignorance et avaient besoin d’être instruits ; les apôtres s’adressaient donc à leur intelligence de chrétiens, tout en s’attachant aux véritables relations de l’homme avec Dieu dans les choses naturelles.

Cet arrêt n’est en aucun sens un compromis avec les préjugés juifs, ou une nouvelle loi imposée par le christianisme ; ce sont les principes que tout chrétien doit savoir : 1) un seul et vrai Dieu — donc la reconnaissance d’idoles, de n’importe quelle façon, provoque sa jalousie ; 2) la vie appartient à Dieu ; 3) l’ordre de Dieu, la pureté dans le mariage.

Pierre et Paul se trouvaient ainsi entièrement d’accord. Paul dut être réconforté par l’attitude courageuse de Pierre à soutenir cette vérité, que le croyant n’est en aucune manière placé sous la loi ; il éprouva certainement aussi un immense soulagement de ce que les apôtres et l’assemblée de Jérusalem non seulement écrivirent une lettre, mais encore envoyèrent avec eux des hommes importants à Antioche ; ce faisant, ils sanctionnaient dans leur ministère Paul et Barnabas, qui ne pourraient être accusés d’apporter leur seule opinion par ce message. Jérusalem avait décidé que la loi ne devait pas s’exercer sur les Gentils, et eux-mêmes purent se réjouir d’être libérés du joug qu’on voulait leur imposer.

Judas et Silas restent quelque temps ensemble à Antioche ; puis Silas demeure seul sur ce champ de travail, préférant travailler parmi les Gentils plutôt que de retourner à Jérusalem. « Et Paul et Barnabas séjournèrent à Antioche, enseignant et annonçant, avec plusieurs autres aussi, la parole du Seigneur » (v. 35). Cette phrase semble indiquer que l’assemblée y était devenue très importante, ce qui engagea plusieurs serviteurs de Dieu à y séjourner, même Pierre s’y rendit peu de temps après la rencontre de Jérusalem. À partir de ce moment il n’est plus fait mention de lui dans les Actes.

La date exacte de sa visite est incertaine ; il s’y comporta de telle façon que Paul fut obligé de lui résister en face, devant tous ; nous en trouvons un bref exposé dans le chapitre 2 de l’épître aux Galates.

Après avoir expliqué ce qui l’amena à Jérusalem, Paul raconte, ce que les Actes ne font pas, comment les apôtres le reçurent et l’effet produit par sa visite. Les frères convinrent que Paul avait reçu de Dieu un enseignement indépendant du leur ; son ministère et son apostolat, envoyés par Dieu, le faisaient travailler pour le Seigneur aussi bien qu’eux-mêmes. En outre il leur communiqua des vérités qu’il avait déjà enseignées aux Gentils ; mais eux ne purent rien lui apprendre. Paul reconnaît ensuite toute la grâce de Dieu envers Pierre : « Celui qui a opéré en Pierre pour l’apostolat de la circoncision a opéré en moi aussi envers les nations, et ayant reconnu la grâce qui m’a été donnée, Jacques, et Céphas, et Jean, qui étaient considérés comme étant des colonnes, me donnèrent, à moi et à Barnabas, la main d’association, afin que nous allassions vers les nations, et eux vers la circoncision, voulant seulement que nous nous souvinssions des pauvres » (v. 8-10).

Puis vient le récit de la visite de Pierre. « Mais quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il était condamné. Car, avant que quelques-uns fussent venus d’auprès de Jacques, il mangeait avec ceux des nations ; mais quand ceux-là furent venus, il se retira et se sépara lui-même, craignant ceux de la circoncision ; et les autres Juifs aussi usèrent de dissimulation avec lui, de sorte que Barnabas même fut entraîné avec eux par leur dissimulation. Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit, selon la vérité de l’évangile, je dis à Céphas devant tous : Si toi qui es Juif, tu vis comme les nations et non pas comme les Juifs, comment contrains-tu les nations à judaïser ? » (v. 11-14). L’histoire est bien simple : seul à Antioche, Pierre allait et venait parmi les Gentils, mangeait même avec eux ; à ce point de vue il jouissait de la même liberté que Paul. Mais d’autres frères arrivèrent de Jérusalem, centre de la religion de la chair, dont les coutumes subsistaient parmi les chrétiens. Pierre, particulièrement bien connu, se rendit compte que ses amis pourraient le désapprouver, eux qui, quoique chrétiens, restaient Juifs dans leurs pensées et leurs habitudes ; il craignit donc d’user de cette liberté et, par peur de leur opinion, « il se retira et se sépara des Gentils ».

Les frères juifs, à leur arrivée, soutinrent probablement plus d’une discussion avec Pierre pour lui représenter l’effet produit à Jérusalem par sa conduite ; ils avaient dû alléguer la perte d’estime et de confiance en lui, comme chef des croyants, et le risque de dissensions entre eux. L’apôtre écouta ces récriminations, aveugle quant aux résultats de cette marche rétrograde, et influencé par « la crainte des hommes qui tend un piège » (Prov. 29:25).

Nous avons toujours vu Pierre fervent, énergique et bouillant, mais trop attaché à l’opinion qu’on avait de lui, sentiment qui agira toujours sur nos cœurs, si celui de la présence de Dieu ne nous en libère pas. Nous nous sentons faibles en proportion de l’importance que nous croyons avoir devant les hommes. Si nous ne sommes rien à leurs yeux et aux nôtres, nous agissons indépendamment d’eux. C’est là que manqua Pierre, son action influença les autres Juifs : Barnabas — le dernier dont on aurait pu le croire — « fut entraîné avec eux par leur dissimulation ». Dans la mesure où l’opinion des autres croît d’importance sur nous, notre influence sur eux sera mauvaise, si nous désirons maintenir notre réputation selon leurs désirs, et contrairement à ce que nous savons être la vérité.

Mais pourquoi la conduite de Pierre et celle des autres Juifs est-elle qualifiée de « dissimulation » ? Pierre n’avait pas changé de convictions, il les avait courageusement exprimées en Actes 15 ; ici, pour plaire aux autres, il avait modifié sa conduite. Il ne voyait pas que refuser de manger avec les Gentils constituait en somme le refus de les considérer comme des frères en Christ ; il revenait à son ancien point de vue du pur et de l’impur, que la vision d’Actes 10 devait avoir écartée, en contradiction avec ses propres paroles à la rencontre de Jérusalem, et en violation des principes de la lettre qu’il aida à écrire à cette occasion. Sa conduite rappelle, dans une certaine mesure, celle qu’il eut dans la cour du souverain sacrificateur : le même courage impulsif, suivi d’une timidité tremblante à l’heure de l’épreuve. Nous ne savons pas si, comme autrefois, il « pleura amèrement », mais, le connaissant comme nous le connaissons, nous sommes portés à le croire.

Paul seul semble avoir été ferme dans cette crise. Pierre, malgré sa supériorité évidente, ne lui en imposait pas tant, qu’il fût obligé de se taire quand la vérité de Dieu était en jeu. Il lui « résista en face parce qu’il était condamné ». Paul, qui avait été converti par la révélation de la gloire divine et qui était rempli de l’Esprit Saint, sentait que tout ce qui exaltait la chair obscurcissait cette gloire. Moralement il vivait dans le ciel et dans la compagnie de Christ ; il avait un œil d’aigle pour découvrir tout ce qui pouvait ternir la gloire du Seigneur. Il vit que la conduite de Pierre était charnelle et non spirituelle ; lui-même occupé de Christ, il est hardi comme un lion pour défendre la vérité, et il n’épargne personne, pas même ceux qui occupaient une position élevée dans l’assemblée. Il ne se laisse pas arrêter par l’homme, et sa conduite en cela contraste avec celle de Pierre. « Les blessures faites par un ami sont fidèles, mais les baisers de celui qui hait sont fréquents » (Prov. 27:6). Judas avait fourni la preuve de la seconde partie de ce verset, Paul illustre la première dans sa manière d’agir avec Pierre. Il va franchement à lui, démontre en quoi il est coupable. Il savait que Pierre avait les mêmes convictions que lui, mais qu’il les avait trahies à la suite de la pression exercée par son entourage. Il était persuadé que Pierre aimait le Seigneur, les Gentils et lui-même ; cela explique la fidélité et la franchise avec laquelle il attaque.

« Si toi qui es Juif, tu vis comme les nations et non pas comme les Juifs, comment contrains-tu les nations à judaïser ? Nous qui, de nature, sommes Juifs et non point pécheurs d’entre les nations, sachant néanmoins que l’homme n’est pas justifié sur le principe des œuvres de loi, ni autrement que par la foi en Jésus Christ, nous aussi, nous avons cru au Christ Jésus, afin que nous fussions justifiés sur le principe de la foi en Christ et non pas sur le principe des œuvres de loi : parce que sur le principe des œuvres de loi nulle chair ne sera justifiée. Or si, en cherchant à être justifiés en Christ, nous-mêmes aussi nous avons été trouvés pécheurs, Christ donc est ministre de péché ? Qu’ainsi n’advienne ! Car si ces mêmes choses que j’ai renversées, je les réédifie, je me constitue transgresseur moi-même. Car moi, par la loi, je suis mort à la loi, afin que je vive à Dieu. Je suis crucifié avec Christ ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ; — et ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. Je n’annule pas la grâce de Dieu ; car si la justice est par la loi, Christ est donc mort pour rien » (v. 14-21).

Lui, un Juif, se sentait libre de vivre comme les Gentils ; pourquoi obliger les Gentils à vivre comme des Juifs, soi-disant pour jouir de la communion entre chrétiens ? S’il se sentait la liberté de négliger la loi de Moïse peu de temps auparavant, il serait absurde d’exiger des Gentils de se conformer à ses exigences. Cela affecte le fondement même de l’Évangile ; car eux-mêmes, Juifs de naissance, et non pécheurs d’entre les nations, ils ont complètement abandonné les œuvres de la loi, et sont venus à Christ pour leur salut et leur justification. Mais si, en le faisant, ils ont été trouvés pécheurs parce qu’ils ont négligé la loi comme moyen de salut, alors Christ les aurait incités à pécher et ils auraient fait un faux-pas. S’il faut reconstruire l’édifice de la loi pour obtenir la justice, pourquoi s’en être détournés ? Si Pierre avait tort de manger avec les Gentils, il le faisait selon le commandement reçu du Seigneur dans la vision de Actes 10, Christ alors l’avait enseigné à tort. Si, au contraire, il avait raison, il avait tort en cessant de le faire et devenait un transgresseur.

Quel pénible résultat de la faiblesse et de l’effort tenté pour plaire aux hommes ! Combien peu les chrétiens mesurent l’importance de cette scène entre les deux apôtres. Une quantité de gens s’arrêtent aux ordonnances ; s’appuyer sur les ordonnances, c’est s’appuyer sur la chair. Christ est tout pour l’âme croyante ; les ordonnances — le baptême, la cène — viennent à leur place. Il les a prescrites, non comme des moyens pour la grâce de s’appuyer sur elles, mais pour distinguer ses enfants du monde : d’un côté pour être morts avec lui par le baptême, de l’autre — la cène — pour être unis à lui dans l’unité du corps, sur le terrain de la rédemption.

Paul ressentait tout ceci très vivement, c’est ce qui lui fait dire : « Moi, par la loi, je suis mort à la loi, afin que je vive à Dieu ». Il avait appris que la chair n’est bonne à rien, et que la loi ne peut lui venir en aide. Dieu a condamné le péché dans la chair ; sa place est dans la mort et elle ne peut pas être améliorée. Être sous la loi, c’est en réalité se condamner soi-même à la mort. S’il est mort, il est mort à la loi dont le pouvoir ne va pas au-delà de la vie ; si la victime est morte, la loi n’a aucun pouvoir sur elle. Mais alors où trouver la vie ? Seulement en Christ ressuscité. Paul a été crucifié avec Christ, si bien que la condamnation de la loi a été annulée pour lui à la croix.

La loi l’avait atteint dans la personne du Fils de Dieu, qui l’aimait et s’est donné pour lui ; la vie du péché, dominée par la loi, s’est terminée à la croix. Néanmoins Paul vit, pas lui pourtant, c’est Christ qui vit en lui ; il est devenu une nouvelle créature, Christ est son but. « Ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi ». C’est la vie personnelle, la foi individuelle qui s’attache à Christ et fait de lui l’objet précieux de la foi et des affections. Mais si, selon les principes juifs, la justice est en rapport avec la loi, alors Christ est mort pour rien, car notre justice consisterait à garder la loi. Ainsi nous perdrions Christ, son amour, sa grâce et la justice de Dieu qui est par la foi.

Nous ne savons pas comment Pierre reçut l’admonestation de Paul. S’il n’a pas reconnu ses torts et n’a pas cherché à les réparer, il ne serait pas le Pierre que nous avons suivi avec tant d’intérêt jusqu’à maintenant. Il ne garda certainement pas rancune à Paul, car, plus tard, il parlera de « notre bien-aimé frère Paul » (2 Pierre 3:15).

Le Seigneur a beaucoup à nous enseigner par cette scène. De l’attitude de Paul, apprenons à tenir bon pour la vérité à n’importe quel prix ; même si nous devons résister à un frère, faisons-le en face et non derrière son dos. Souvent celui qui est jugé coupable ou fautif est le dernier à l’apprendre ; quand nous avons quelque chose à dire à un frère, allons directement à lui. Si cette règle était observée, combien de chagrins seraient épargnés à l’Église de Dieu ! « Le rapporteur divise les intimes amis » (Prov. 16:28), les rapporteurs reçoivent trop facilement des encouragements.

De la conduite de Pierre, apprenons qu’une chute, même suivie d’une complète restauration en grâce, ne peut guérir une disposition naturelle. L’anneau faible de sa chaîne existait encore, sinon il n’aurait pas été arrêté momentanément. Si lui, un apôtre, pouvait agir ainsi après toutes les expériences vécues, combien plus chacun de nous peut-il crier à Dieu : « Soutiens-moi, et je serai sauvé » (Ps. 119:117).

 

20               Épitres : 1 Pierre 1 — Notre appel céleste

Le grand sujet de la première épître de Pierre est le gouvernement de Dieu en relation avec son propre peuple — les justes, tandis que ce même gouvernement en rapport avec le monde est le sujet de la seconde.

Le chapitre 1 traite de la manière dont la grâce de Dieu agit envers nous pour nous maintenir dans le droit chemin malgré les tentations, et comment elle nous donne les encouragements nécessaires. Il parle spécialement des épreuves du chrétien, et le chapitre 2, de ses privilèges.

 

20.1                   1 Pierre 1:1

« Pierre, apôtre de Jésus Christ, à ceux de la dispersion, du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, de l’Asie et de la Bithynie ». Pierre écrit à des Juifs croyants, dispersés à cause des persécutions survenues après la mort d’Étienne. Il entreprend la tâche que le Seigneur lui a confiée, après sa restauration publique, en Jean 21 : « Pais mes brebis ». Auparavant, Pierre avait vu Jésus, seul à seul, ainsi que Luc 24:34 y fait allusion : « Le Seigneur est réellement ressuscité, et il est apparu à Simon ». Nous ne savons rien de cette entrevue ; ils durent certainement s’entretenir de la chute de Pierre, car, devant tous, le Seigneur confie à son disciple ses brebis, ceux qu’il aime le mieux, et lui donne ainsi la preuve de son entière confiance. Pierre avait nié trois fois connaître son Maître ; son Maître lui donne trois mandats concernant ceux qu’il aime. Le reniement de Pierre avait eu pour cause sa trop grande assurance en lui-même, maintenant le Seigneur peut avoir confiance en lui. Devant tous ses frères, Jésus avait rendu à l’apôtre sa place en lui remettant ses agneaux, ses brebis à soigner et à nourrir.

 

20.2                   1 Pierre 1:2

« Élus selon la préconnaissance de Dieu le Père, en sainteté de l’Esprit, pour l’obéissance et l’aspersion du sang de Jésus Christ ». Au moment où l’apôtre écrit ses épîtres, tout ce qui est juif se trouve sous la sentence du jugement ; il révèle à ceux qui ont quelque attache avec le judaïsme l’appel céleste du croyant, au lieu de l’appel terrestre, maintenant mis de côté. L’appel céleste est une chose plus générale que l’Église : Abraham, par exemple, quoique ne faisant pas partie de l’Église, a part à l’appel céleste, « car il attendait la cité qui a les fondements, de laquelle Dieu est l’architecte et le créateur » (Héb. 11:10).

L’Esprit de Dieu commence par assurer ces dispersés qu’ils sont « élus », situation dans laquelle la grâce de Dieu les a placés. Dans ce verset nous avons la Trinité ; bien rares sont les passages de la Parole qui la mentionne en une fois comme ici : l’élection du Père, la sainteté de l’Esprit et le sang du Fils. Le Père m’a choisi ; l’élection est individuelle et date d’avant la fondation du monde ; l’Église n’est jamais « élue » dans l’Écriture. Le verset 13 du chapitre 5 parle de « celle qui est élue », probablement une sœur en Christ à Babylone. L’Église n’est pas en vue avant la mort et la résurrection de Christ (sauf comme « le mystère caché dès les siècles en Dieu »), tandis que l’élection individuelle était déjà avant la fondation du monde. Ce sujet de l’élection peut paraître arbitraire à quelques-uns ; considérons-la comme une affaire de famille qui ne concerne pas le monde. Dans une maison règne la joie et le bonheur ; sur la porte, un écriteau porte ces mots : « Quiconque veut, peut entrer », c’est l’évangile. De l’autre côté de la porte, à l’intérieur, je lis : « Quiconque est entré ne sortira jamais » ; c’est ma sécurité, le fruit de l’élection. Rien ne peut troubler une âme qui est élue, au contraire, elle puise là toute sa consolation. Dieu nous a choisis, nous, croyants en Christ, avant la fondation du monde ; il réserve pour nous tout ce qui est au ciel, comme il nous garde en vue de cet héritage.

Ce verset 2 établit un contraste frappant avec le judaïsme : « Père » est un nom particulier au christianisme. El Shaddaï était le nom par lequel Dieu se révéla à Abraham, et Abraham marcha devant le Dieu Tout-puissant comme pèlerin, dépendant de lui (Gen. 17:1). Par son nom de l’Éternel, il se fit connaître à son peuple Israël, qui, pour être parfait, devait obéir à ses commandements (Deut. 18:13). Mais Père est le nom par lequel il se révéla à nous, afin que nous soyons comme notre Père : « Vous, soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matt. 5:48). Quelle chose merveilleuse que d’avoir Dieu pour Père et de savoir que, par l’œuvre de son Fils, nous sommes en relations avec le Père. Après la résurrection, Jésus a dit : « Je monte vers mon Père et votre Père ».

Nous avons ici mentionnée premièrement l’élection de Dieu le Père, puis la sainteté de l’Esprit. On aurait supposé que le sang de Jésus serait placé avant la sainteté de l’Esprit, mais ce n’est pas la pensée de Dieu, et pourquoi ? Parce que c’est une chose extrêmement belle de savoir que, à la conversion, nous sommes sous l’action directe de l’Esprit de Dieu. L’action de l’Esprit de Dieu sur l’homme et l’habitation de l’Esprit dans le croyant sont deux choses très différentes. Le Père choisit selon sa préconnaissance, de toute éternité il a les yeux sur nous. Au moment opportun, l’Esprit fit son œuvre en nous, et la première chose fut de nous mettre à part pour Dieu. Et voici le contraste avec le judaïsme : qu’est-ce qui mettait Israël à part pour Dieu ? Des ordonnances extérieures. Comment sommes-nous mis à part ? Par l’œuvre de l’Esprit de Dieu en nous, « pour l’obéissance et l’aspersion du sang de Jésus Christ ». Nous devons constater que les choses se passent généralement ainsi. Prenons Saul de Tarse, le modèle d’une conversion dans l’Écriture. Quand il appelait Jésus : « Seigneur », l’Esprit de Dieu travaillait en lui. Lorsqu’il ajoute : « Que dois-je faire ? », c’est l’obéissance ; il ne connaissait pas encore la purification faite par le sang, mais sa volonté était brisée. Ainsi il était préparé à faire la volonté de Dieu, il demeura cependant encore dans une grande misère pendant trois jours. Puis Ananias vint vers lui et lui dit : « Lève-toi et sois baptisé, et te lave de tes péchés, invoquant son nom » (Actes 22:16) ; Saul acquit alors la connaissance du pardon. Telle est la manière dont Dieu travaille ; l’âme, sous l’action de l’Esprit, désire obéir à sa parole, ensuite vient la connaissance de la rémission des péchés par la foi en son sang.

 

20.3                   1 Pierre 1:3, 4

« Une espérance vivante par la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour un héritage incorruptible, sans souillure, immarcescible ». Tout espoir juif se concentrait sur le Messie ; lui mort, toutes les espérances de ce peuple se sont évanouies. Ils ont abîmé l’héritage que Dieu leur réservait ; leurs péchés l’ont souillé et il disparut de devant leurs yeux lorsqu’ils furent emmenés en captivité. Mais, par contraste, notre héritage, à nous croyants, est gardé pour nous, et nous sommes gardés pour l’héritage.

 

20.4                   1 Pierre 1:5

« Gardés par la puissance de Dieu par la foi », c’est-à-dire par l’énergie de la foi, travail de l’Esprit de Dieu en nous. Dans les épîtres, Pierre fait quelquefois allusion à son propre passé. Il n’avait pas été gardé à cause de sa grande confiance en lui-même, mais, dit-il, Dieu le fera pour vous par sa puissance par la foi. Il devait se remémorer le moment où le Seigneur lui avait dit : « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas » — le moment où il croyait pouvoir se garder tout seul. Nous sommes gardés pour « un salut qui est prêt à être révélé au dernier temps ». Pierre fixait toujours les yeux sur la gloire à venir, et le salut, pour lui (sauf au v. 9), est toujours la délivrance du croyant de cette scène présente, esprit, âme et corps, pour être avec Christ dans la gloire, salut qui est « prêt à être révélé ».

 

20.5                   1 Pierre 1:6

« En quoi vous vous réjouissez, tout en étant affligés maintenant pour un peu de temps par diverses tentations, si cela est nécessaire ». Si vous pensez à la scène où est Christ, où vous serez avec lui, si vos cœurs s’appuient sur la pensée de l’héritage qu’il a en réserve pour vous et à la demeure que vous partagerez avec lui, où il y aura une joie éternelle, vous vous réjouirez. Puis l’apôtre ramène les pensées aux choses d’ici-bas en disant : « Tout en étant affligés par diverses tentations ». Ce n’est pas l’âme attristée par la perte de communion, c’est l’âme oppressée par des épreuves nombreuses, si le Seigneur en voit la nécessité. Le Seigneur sait ce qu’il fait. Nous n’aimons pas le joug, mais l’Écriture dit : « Il est bon à l’homme de porter le joug dans sa jeunesse » (Lam. 3:27) ; cela nous rend patients au fur et à mesure que nous avançons en âge. Le Seigneur ne commet pas d’erreurs. Quoi qu’il arrive, que nos cœurs s’en remettent au Père avec cette pensée : « Cela est nécessaire ». Ces épreuves ne sont pas toujours un châtiment, mais une discipline utile à ses enfants, pas seulement une instruction, mais aussi une éducation. Il désire développer, manifester le résultat de sa grâce dans nos âmes, le fruit de l’Esprit : « l’amour, la joie, la paix, la longanimité », etc., et il a ses propres voies pour produire ces fruits.

Voyons 2 Cor. 4:10-11 ; quelle différence merveilleuse entre ces deux versets ! Au verset 10, Paul désire que la vie de Jésus soit manifestée dans son corps ; au verset 11, c’est comme si Dieu disait : « Paul, je te place dans des circonstances telles que tu puisses réaliser ton désir et que tu ne puisses vivre rien d’autre que la vie de Jésus ». « Si cela est nécessaire », mais comme c’est seulement « pour un peu de temps », et que cela ne durera pas toujours, cela soutient le cœur. Cherchons toujours le côté lumineux de l’épreuve, et cherchons à avoir toujours des visages radieux et lumineux, même si nous sommes dans une grande tribulation. Pensons à Paul et Silas à Philippes. Quoi de plus sombre ? Jetés en prison, les pieds attachés au poteau, que font-ils ? « Ils priaient et chantaient les louanges de Dieu » (Actes 16:25) ; ils exerçaient leur sainte et royale sacrificature dans la prison. En chantant les louanges, ils étaient sacrificateurs ; en disant au geôlier terrifié : « Ne te fais point de mal ; car nous sommes tous ici » (Actes 16:28), ils étaient sacrificateurs du roi. La joie remplit leur cœur, le geôlier se convertit. La tribulation peut survenir de diverses manières, mais nous devons nous y préparer : « Sachant que la tribulation produit la patience, et la patience l’expérience, et l’expérience l’espérance, et l’espérance ne rend point honteux, parce que l’amour de Dieu est versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rom. 5:3-5).

 

20.6                   1 Pierre 1:7

« L’épreuve de votre foi, bien plus précieuse que celle de l’or qui périt et qui toutefois est éprouvé par le feu, soit trouvée tourner à louange, et à gloire, et à honneur, dans la révélation de Jésus Christ ». Le chemin de l’épreuve a une fin lumineuse. La sphère de la foi est sur la terre, et Dieu l’éprouve. Il ne donne jamais une foi qu’il ne puisse éprouver ; ceci amènera le fruit qui apparaîtra peu à peu, quand tout sera manifesté à la révélation de Jésus Christ. L’épreuve « par le feu », dont il est question ici, est une allusion aux trois serviteurs hébreux que Nébucadnetsar jeta dans la fournaise (Dan. 3:12-30). Le feu eut pour seul effet celui de brûler leurs liens et de les rendre libres ; le Seigneur agit de même envers nous ; le feu nous fait éprouver le sentiment de la présence du Seigneur ; comme pour Daniel et ses compagnons : « Quelqu’un de semblable à un fils de Dieu » se trouvait au milieu du feu avec eux.

 

20.7                   1 Pierre 1:8

« Lequel, quoique vous ne l’ayez pas vu, vous aimez ; et, croyant en lui, quoique maintenant vous ne le voyiez pas, vous vous réjouissez d’une joie ineffable et glorieuse ». Il ne peut y avoir un enfant de Dieu qui n’aime pas le Seigneur, seulement nous ne l’aimons pas comme il devrait être aimé. Une précieuse relation existe entre ce : « Quoique vous ne l’ayez pas vu » et Apoc. 22:4 : « Ils verront sa face ». Quelle joie pour nous de voir sa face, d’être dans sa présence, de voir ce visage qui fut « défait plus que celui d’aucun homme, et sa forme, plus que celle d’aucun fils d’homme » ! (És. 52:14).

« Croyant en lui, vous vous réjouissez ». Nos épreuves peuvent tourner à gloire et à honneur à la révélation de Jésus Christ, mais, en attendant, la foi doit être en exercice, et nous pouvons nous réjouir. Bien rares sont les enfants de Dieu qui, journellement, se réjouissent dans une personne « d’une joie ineffable et glorieuse », et non dans l’œuvre accomplie pour nous qui vient ensuite :

 

20.8                   1 Pierre 1:9

« Recevant la fin de votre foi, le salut des âmes ». En croyant en lui, nous avons reçu le salut de nos âmes, une chose que nous possédons maintenant. Nous n’avons pas encore vu le Seigneur, mais, du moment que nous nous reposons sur lui par la foi, nos âmes sont sauvées.

 

20.9                   1 Pierre 1:10-12

Dans les trois versets suivants (10-12), trois choses sont à relever : le témoignage des prophètes ; le témoignage du Saint Esprit ; et la venue du Seigneur — son apparition en gloire.

Dans leurs prophéties, les prophètes ont parlé des souffrances de Christ et des gloires qui suivraient, telles que Dieu les leur avait révélées : ils n’écrivaient pas pour eux, mais pour nous chrétiens.

« Dans lesquelles des anges désirent de regarder de près ». Nous sommes très négligents dans l’étude des Écritures, et nos cœurs sont, hélas ! bien peu désireux de pénétrer ces profondeurs cachées ; par contre les anges désirent les considérer. Les anges n’avaient jamais vu Dieu, avant d’avoir vu l’enfant Jésus à Bethléhem, car jusqu’alors il n’y avait pas eu de révélation de Dieu. À sa naissance il y eut un mouvement de l’armée céleste ; une multitude accompagna l’ange qui annonçait sa venue et chantait des louanges à Dieu. Le ciel entier s’occupait de ce qui se passait sur la terre, car le Fils de Dieu y était descendu. Les anges le servirent, quand il « eut faim » dans le désert, après que Satan l’eût quitté. Dans le jardin, pendant qu’il était dans l’angoisse, les anges vinrent le fortifier. Les anges se sont intéressés d’une façon merveilleuse à la naissance, à la vie, à la mort et à la résurrection du Seigneur Jésus, toutes choses dans lesquelles « ils désirent regarder de près », et pourtant il n’est pas descendu ici-bas pour les anges. Ils chantaient à sa naissance, mais pas à sa résurrection. Pourquoi ? Pour permettre aux rachetés, à ceux que cela concernait, à ceux pour lesquels Christ est mort, de célébrer la louange.

 

20.10               1 Pierre 1:13

« C’est pourquoi, ayant ceint les reins de votre entendement ». En Orient les hommes revêtent une robe flottante ; ainsi pour pouvoir travailler, il est nécessaire de porter une ceinture. Dans les reins gît le secret de la force. Ce verset nous engage donc à appliquer nos âmes à la recherche de ces choses : « Cherchez les choses qui sont en haut, où le Christ est assis » (Col. 3:1) ; car, dit Paul, je vous donne quelque chose non seulement pour satisfaire vos affections, mais encore votre esprit, à condition que ce soit dans le ciel.

« Espérez parfaitement dans la grâce », etc. Dans ce chapitre, nous avons trouvé la foi dans le Seigneur, l’amour envers lui, et maintenant, l’espérance. Dans le Nouveau Testament, nous rencontrons à dix reprises ces trois choses ensemble : foi dans une personne, amour pour une personne, espérance dans une personne ; tout est lié dans une personne : « la personne de Christ ».

« La grâce qui vous sera apportée à la révélation de Jésus Christ », la grâce d’être amenés directement dans sa présence, d’être avec lui et semblables à lui pour toujours. Jude dit : « Attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ pour la vie éternelle » (v. 21) ; quelle miséricorde pourrait être plus grande de la part du Seigneur que celle de nous enlever de cette scène de tristesse, d’épreuves et de mort, pour nous amener dans sa radieuse présence éternellement ? Ce que Jude appelle miséricorde, Pierre le nomme grâce.

 

20.11               1 Pierre 1:14-16

« Comme des enfants d’obéissance, ne vous conformant pas à vos convoitises d’autrefois pendant votre ignorance ; mais comme celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute votre conduite ; parce qu’il est écrit : « Soyez saints, car moi je suis saint ». L’apôtre nous ramène au temps présent et nous enseigne comment nous devons marcher : non comme nous voulons, mais comme le Père veut, car il s’attend à une sainteté pratique de notre part.

 

20.12               1 Pierre 1:17

« Et si vous invoquez comme père celui qui, sans acception de personnes, juge selon l’œuvre de chacun, conduisez-vous avec crainte pendant le temps de votre séjour ici-bas ». Il ne s’agit pas d’un Christ juge, mais du Père veillant chaque jour sur ses enfants ; nous moissonnerons comme nous aurons semé. L’enfant obéissant fait son possible pour que rien ne survienne dans son chemin qui puisse déplaire à son Père. Par grâce, celui-ci réprimande parfois, mais son jugement est bon et bienfaisant pour nos âmes.

C’est une grande erreur de supposer que les principes du gouvernement de Dieu ont changé, parce que le témoignage de Dieu, dans la lumière du christianisme, est différent de ce qu’il était pour le judaïsme. Le gouvernement moral de Dieu est exactement le même, bien que nous soyons sous la grâce ; c’est pourquoi Pierre ajoute : « Conduisez-vous avec crainte pendant le temps de votre séjour ici-bas ». Ce n’est pas la crainte qui engendre la servitude, ou la crainte quant à notre salut ; mais la connaissance de certaines vérités, telles que la rédemption et la jouissance de la place que Dieu nous accorde, doit rendre notre marche craintive ; si nous n’avons pas cette crainte, nous tombons ; aussi longtemps que nous vivons dans cette crainte, nous sommes préservés. C’est le jugement quotidien de Dieu sur ses enfants, non le jugement du grand trône blanc, ni le jugement de Christ sur les saints, mais le fait que le Père tient les yeux sur moi, et qu’il me traitera selon ce qu’il aura vu. « Le Père juge selon l’œuvre de chacun », c’est pourquoi je dois craindre, de peur de l’offenser ou de m’égarer. C’est la crainte de l’enfant envers son père.

 

20.13               1 Pierre 1:18-19

« Sachant que vous avez été rachetés de votre vaine conduite, qui vous avait été enseignée par vos pères, non par des choses corruptibles, de l’argent ou de l’or, mais par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache ». Deux choses nous sont rappelées : la rédemption par le sang, et le fait que nous sommes nés de nouveau. Vous avez été rachetés, dit Pierre, par le sang précieux de Christ, comment pouvez-vous continuer à marcher dans le chemin du vieil homme ? Si nous avons été touchés par l’amour merveilleux de Dieu, et avons été rachetés de l’esclavage de Satan, quel genre de conduite devrait être la nôtre ! Nous avons été rachetés, et pas seulement achetés : le rachat, c’est l’esclave libéré de sa condition d’esclave, et mis dans une entière liberté. L’achat le laisse dans sa condition d’esclave, et ne lui fait que changer de maître. Toute âme inconvertie appartient à Dieu ; dans sa seconde épître, Pierre parle du « maître qui les a achetés » ; il acheta le champ, c’est-à-dire le monde, et chaque habitant lui appartient. Même si les hommes le renient maintenant, le jour approche où ils devront le reconnaître comme Seigneur. Nous croyants, avons tous été rachetés et rendus libres pour le servir en toute liberté. Il ne reste aucun esclavage pour les enfants de Dieu, ils jouissent de ce que la grâce leur a donné.

L’apôtre, ne l’oublions pas, s’adressait à des gens, Juifs encore de pensées et d’esprit, et il emploie un langage beaucoup plus énergique. Le sang de l’agneau, qu’est-ce que cela disait à un Juif ? Cela lui remémorait la nuit d’Égypte, quand le sang de l’agneau égorgé était répandu sur les linteaux des portes, afin d’éloigner le jugement de Dieu ; cela lui parlait des sacrifices offerts dans le désert pour maintenir la place du peuple devant Dieu. Quand l’Esprit de Dieu disait par le moyen de Balaam : « Il n’a pas aperçu d’iniquité en Jacob, ni n’a vu d’injustice en Israël » (Nomb. 23:21), n’y en avait-il vraiment point ? Dieu n’en voyait pas. De même pour nous : il voit le sang qui nous a amenés dans sa présence ; aussi le thème de notre louange sera-t-il éternellement : l’Agneau mis à mort.

Remarquons cette expression : « le sang précieux de Christ ». L’Écriture use rarement de qualificatifs, et plus spécialement encore quand il s’agit du Seigneur lui-même ; mais ici, elle fait exception : « le sang précieux », c’est ainsi que Dieu l’estime.

 

20.14               1 Pierre 1:20

« Préconnu dès avant la fondation du monde, mais manifesté à la fin des temps pour vous ». Déjà avant la fondation du monde, Dieu avait décidé d’envoyer l’Agneau de Dieu, car la bénédiction des saints célestes — l’Église — avait été décidée de toute éternité (cf. Éph. 1:4 ; Tite 1:2 et 1 Pierre 1:20 avec Matt. 25, 34 ; Apoc. 13:8 et 17:8). Du moment que le monde est créé, dit Dieu, j’aurai un peuple dans le monde (les Israélites), mais l’Église n’appartient pas au monde ; elle est céleste, elle était prévue de toute éternité et appartient à l’éternité.

 

20.15               1 Pierre 1:21

« Vous, qui, par lui, croyez en Dieu, qui l’a ressuscité d’entre les morts et lui a donné la gloire, en sorte que votre foi et votre espérance fussent en Dieu ». L’homme n’a pas appris à connaître Dieu par les œuvres de la création, pas plus qu’on ne le trouve dans ses voies providentielles du temps de Moïse, ou dans ses révélations faites du haut du Sinaï. Dieu habitait alors dans la nuée, et personne n’osait approcher de la montagne, une bête même n’osait la toucher sans être lapidée ou transpercée d’un dard (Ex. 19:13). Celui qui descendit sous une forme humaine et mourut pour nos péchés, celui-là révéla le cœur de Dieu envers l’homme — l’Agneau de Dieu.

 

20.16               1 Pierre 1:21

« Ayant purifié vos âmes par l’obéissance à la vérité, pour que vous ayez une affection fraternelle sans hypocrisie, aimez-vous l’un l’autre ardemment, d’un cœur pur ». Nous sommes pratiquement purifiés de nos anciens désirs et pensées ; ayons maintenant une « affection fraternelle sans hypocrisie ». Nous avons peut-être erré à travers le monde, inquiets et malheureux jusqu’à ce que la grâce de Dieu entrât dans nos cœurs ; maintenant « aimez-vous l’un l’autre ardemment ». Il est facile d’aimer des gens aimables, mais ce n’est pas aimer « d’un cœur pur » ; cet amour-là n’aime pas parce que l’objet le mérite, mais quand le contraire se présente : c’est l’amour de Dieu qui nous aime quand il n’y a rien d’aimable en nous. En Rom. 5, l’apôtre dit : « À peine pour un juste quelqu’un mourra-t-il ». Un homme juste est celui qui paie chacun et qui compte que chacun le paie, mais il ne récolte pas beaucoup d’amour. « Pour l’homme de bien, peut-être, quelqu’un se résoudrait même à mourir » : pour un philanthrope dont la vie s’est passée à faire du bien aux autres, l’apôtre n’en est pas même sûr. Quand nous étions sans justice, dépouillés de bonté, Dieu choisit ce moment-là pour nous aimer : amour d’un cœur pur, amour dont Dieu voudrait nous voir animés. Qu’il est misérable d’entendre quelqu’un se plaindre de manque d’affection ! si nous manquons d’affection, c’est que nous n’aimons pas nos frères. Nous disons volontiers : « Il est impossible d’aimer certaines personnes ». Pierre dit le contraire : aimez-les parce qu’ils sont rachetés, et parce que vous avez reçu la faculté de les aimer puisque vous êtes nés de nouveau.

 

20.17               1 Pierre 1:23

« Vous qui êtes régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la vivante et permanente parole de Dieu », la parole de Dieu qui nous a renouvelés.

 

20.18               1 Pierre 1:24-25

« Toute chair est comme l’herbe, et toute sa gloire comme la fleur de l’herbe : l’herbe a séché et sa fleur est tombée, mais la parole du Seigneur demeure éternellement. Or c’est cette parole qui vous a été annoncée ». Cette citation d’Ésaïe 40 est très remarquable. Croyez-vous être meilleur que votre voisin, ou votre voisin meilleur que vous ? Dieu dit que toute chair est de l’herbe, et il le dit pour réconforter un peuple repentant ; Dieu sait que je suis indigne et il n’attend rien de bon de moi. Notre nature est comme l’herbe, mais la parole de Dieu demeure éternellement ; Dieu a mis dans nos âmes un principe de bénédiction immuable, éternel, qui vient de lui et qui est comme lui. Il a mis sa parole dans nos cœurs afin de nous rendre semblables à lui.

Comme il est facile à l’enfant de ressembler au Père s’il reçoit cette nouvelle vie. Pas d’effort dans l’amour, comme l’eau qui trouve son propre niveau ; nous jouissons de l’amour de Dieu, nous le répandons autour de nous. Quand nous étions tout à fait indignes, l’amour de Dieu mit en nous sa parole, qui rend l’enfant capable d’imiter son Père et d’aimer d’un cœur pur comme il aime. Nous avons été rachetés et renouvelés, et dans l’énergie de la nouvelle vie, nous désirerons suivre les traces de l’action du Père. Pour lui plaire, il faut agir comme lui ; si nous aimons le Père, nous aimerons les enfants.

 

20.19               1 Pierre 2:1-3

« Rejetant toute malice et toute fraude, et l’hypocrisie et l’envie, et toutes médisances, désirez ardemment, comme des enfants nouveau-nés, le pur lait intellectuel, afin que vous croissiez par lui à salut, si toutefois vous avez goûté que le Seigneur est bon ». Puisque nous possédons cette nouvelle vie, mettons de côté tout ce qui faisait partie de notre vie ancienne. La fraude n’aime pas être découverte. Comme était belle la parole du Seigneur au sujet de Nathanaël : « Voici un vrai Israélite, en qui il n’y a pas de fraude (Jean 1:48). Être sans fraude c’est être transparent ; le Seigneur était aussi pur que la lumière, car il était « la lumière ».

L’hypocrisie doit aussi être mise de côté, c’est-à-dire le défaut qui fait croire ce qu’on n’est pas, et cache ce qu’on est ; « et l’envie et toutes médisances ». L’Écriture nous met complètement à découvert et nous montre ce que sont nos propres cœurs ; aucun autre livre ne révèle Dieu, mais aucun autre livre ne révèle l’homme. Si nous nous soumettions à ce qui nous est enjoint dans ce second chapitre, les mauvaises herbes ne pousseraient pas dans le jardin du Seigneur. Il est très facile de découvrir les défauts des autres, mais ce n’est pas une façon de les aider.

(v. 2) « Désirez ardemment, comme des enfants nouveau-nés, le pur lait intellectuel, afin que vous croissiez par lui à salut ». Dans le premier chapitre nous étions nés par la parole, ici nous recevons la nourriture de la nouvelle vie. La Parole donne la vie, elle soutient et nourrit cette vie tout le long du chemin. Nous deviendrons des adultes seulement lorsque nous atteindrons le Seigneur dans la gloire, ici-bas nous porterons toujours le caractère d’enfants nouveau-nés. Nous croîtrons en proportion de la mesure dont nous nous nourrissons et jouissons de la Parole de Dieu. Que le Seigneur nous donne d’aimer sa Parole et d’en jouir de plus en plus, et de marcher dans l’obéissance jusqu’à ce que nous le voyions face à face. Trop facilement nous acceptons ce que les autres pensent de cette Parole, c’est-à-dire que nous la recevons déformée. Si nous voulons être heureux, nous devons la recevoir nous-mêmes. Si un arbre est dépourvu de sève, il ne peut pas porter de fruit. La Parole de Dieu est tout pour une âme. Saisissons-nous toutes les occasions qui s’offrent pour étudier cette Parole ? Peut-être ne pouvons-nous pas y consacrer des heures, mais utilisons-nous nos minutes ? Est-elle notre guide journalier pour le chemin de la vie ? Nous n’avons jamais été pris par Satan qui nous a fait trébucher, nous n’avons jamais commis une faute dans notre vie qui n’ait été la conséquence de notre négligence de la Parole de Dieu. Le Seigneur, au désert, déjoua Satan parce qu’il était nourri de la Parole de Dieu, et non parce que lui-même était Dieu. Chaque fois que nous avons été battus par Satan, c’est parce que nous n’avions pas la Parole de Dieu pour nous accompagner. Nous trouvons dans la Parole tout ce qui nous est nécessaire pour nous guider en n’importe quelle circonstance pourvu que nous y soyons soumis.

Soyons soigneux et étudions la Parole de Dieu avec prière afin de connaître sa volonté. En comparaison d’autres, la Bible est un petit livre ; comment se fait-il que nous la connaissions si peu ? La Bible est si profonde qu’elle doit être lue dans la dépendance de Dieu pour être comprise ; Satan fait tout ce qu’il peut pour nous empêcher de la cultiver dans nos cœurs parce qu’il connaît sa valeur. « Celui qui a mes commandements, et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime, sera aimé de mon Père ; et moi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui ». « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui » (Jean 14 ; 21:23). Dans la mesure où nos âmes observeront la Parole écrite, nous trouverons l’Esprit de Dieu qui nous rendra capables de jouir de celui qui est la Parole vivante.

Ne nous étonnons pas que Pierre recommande si sérieusement l’étude de la Parole de Dieu ; il fait allusion à sa propre histoire. S’il s’était souvenu de la parole du Seigneur, il n’aurait jamais renié son Maître dans la cour de Pilate.

 

21               Épitres : 1 Pierre 2 — Notre sacrificature sainte et royale

Après nous avoir montré dans le premier chapitre le chrétien racheté, renouvelé et rendu puissant par le Saint Esprit pour marcher en nouveauté de vie, Pierre expose quelles doivent être dorénavant nos nouvelles relations : les chrétiens unis entre eux forment une maison spirituelle et une sacrificature sainte et royale — sainte par rapport à Dieu, royale par rapport à l’homme ; mais tout vient de Christ.

 

21.1                   1 Pierre 2:4, 5

« Duquel vous approchant comme d’une pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse auprès de Dieu, vous-mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle, une sainte sacrificature, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ ». Pierre aime beaucoup le mot « vivant ». Souvenons-nous du témoignage qu’il rendit à Jésus en Matt. 16 : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », et ici : « Vous êtes venus à une pierre vivante » ; et il ajoute l’appréciation de Dieu à son sujet : « choisie et précieuse ».

« Duquel vous approchant » ; nous avons à faire à une Personne ; si nous avons à faire avec le Fils de Dieu, comme étant une personne vivante, nous serons aussi « comme des pierres vivantes, édifiés ». Qu’est-ce qu’un chrétien ? Une pierre vivante ; qu’est-ce qu’une pierre ? Une parcelle de rocher. Quelle sécurité ! nous en avons eu une première illustration dans le cas de Pierre : Jésus lui dit : « Tu seras appelé Céphas (qui est interprété Pierre) » (Jean 1:43) ; c’est-à-dire, il devient le Seigneur de Simon, son possesseur. Changer le nom de quelqu’un indique que cette personne devient votre vassal, votre propriété. Pour l’obtenir, le Seigneur a parlé à Pierre ; nous deviendrons des pierres vivantes en écoutant la voix du Fils de Dieu. « L’heure vient, et elle est maintenant, que les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront » (Jean 5:25). Lui est la pierre vivante ; le chrétien, venu à Christ, devient une pierre vivante. Nous avons donc la vie du rocher, la même que la sienne ; sa vie est nôtre maintenant, car « notre vie est cachée avec le Christ en Dieu » (Col. 3:3).

La maison spirituelle, dont Pierre parle ici, correspond à ce que Paul appelle « le corps ». Ce que Paul appelle « le corps », Pierre l’appelle « la maison », mais ce n’est pas du tout ce que Paul entend par maison. Quand il emploie cette expression, il veut désigner la profession dans son ensemble. Pour voir la maison spirituelle, en perfection, lisons Apoc. 21. Les pierres qui la composent sont exactement les mêmes que celles de notre chapitre ; elles brilleront alors d’un éclat merveilleux, car elles auront passé sur le tour du grand lapidaire, qui les aura nettoyées de toute impureté, de toute souillure, et rendues transparentes. Les pierres devraient briller pour Christ maintenant déjà. Que ce serait beau si le monde pouvait lire Christ en nous ! Peu à peu les nations marcheront dans la lumière de cette cité et verront Christ venant en gloire.

Les croyants composent non seulement la maison spirituelle, mais encore « une sainte sacrificature ». L’idée que l’homme se fait du prêtre est celle de quelqu’un qui s’interpose entre l’âme et Dieu, et fait le travail de l’âme avec Dieu, C’était exact pour l’époque de l’Ancien Testament, mais maintenant toute âme qui est sauvée devient un sacrificateur. « Est-ce que j’exerce ma sacrificature ? » est une question de toute importance pour chaque croyant. Nous ne sommes pas tous des ministres, car Dieu ne nous a pas donné à tous la puissance de répandre sa Parole, mais nous sommes tous sacrificateurs. Le ministère est l’exercice d’un don spirituel, le moyen divin de présenter la vérité de Dieu aux âmes. Si le ministère public est limité selon le don reçu, la sacrificature appartient au plus jeune aussi bien qu’au plus faible, aux femmes aussi bien qu’aux hommes.

L’adoration est le résultat du service de la sainte sacrificature, le ministère est l’exercice du don que le Seigneur donne. L’adoration va de l’âme à Dieu ; le ministère vient de Dieu à l’âme. Les saints sacrificateurs offrent des sacrifices spirituels : « Offrons donc, par lui, sans cesse à Dieu, un sacrifice de louanges, c’est-à-dire le fruit des lèvres qui confessent son nom » (Héb. 13:15). Des louanges devraient s’élever continuellement de nos cœurs à Dieu. Le Seigneur nous unit pour louer, remercier et bénir Dieu. Dieu doit occuper la première place ; à lui, premièrement, nous devons rendre ce qui est dû. Nous n’avons pas à annoncer l’évangile d’abord, c’est l’erreur générale : mettre le monde et le salut des âmes comme premier but, chaque chose a sa place ; apportons tout le zèle et le sérieux nécessaires au salut des âmes, mais répondons d’abord aux droits de Dieu sur nous, saints sacrificateurs. En quoi consiste la grande œuvre de Dieu depuis le jour de la Pentecôte ? Qu’a-t-il cherché ? Le Père cherche des adorateurs ; et parce que le Père cherche des adorateurs, le Fils cherche des pécheurs ; quand il les a trouvés, il en fait des adorateurs. Une fois que nous sommes adorateurs et saints sacrificateurs, il nous est facile de remplir nos fonctions de sacrificature royale. Regardant à Dieu, nous sommes de saints sacrificateurs, et, en traversant ce monde, nous devons être des sacrificateurs royaux. Que donne la royauté ? Elle donne le sentiment de la dignité ; quoi de plus digne que d’être ambassadeurs de Dieu dans un monde qui s’oppose à sa grâce !

 

21.2                   1 Pierre 2:9

« Mais vous, vous êtes une race élue, une sacrificature royale, une nation sainte, un peuple acquis, pour que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière ». Nous devons exercer notre sainte sacrificature, c’est un de nos privilèges, l’exerçons-nous ? Pierre dit que les sacrifices spirituels sont agréables à Dieu, qui les désire et y trouve son plaisir. La sacrificature de l’Ancien Testament nous présente une image de notre position ; qu’est-ce que Dieu met entre nos mains ? Christ. Il ne nous demande pas d’être occupés de nous, de notre position, de nos bénédictions, mais d’être occupés de Christ, de ce qu’il est, de la valeur qu’il a pour Dieu, c’est-à-dire : « précieux ». Dieu le voit tel, et la foi voit comme Dieu. Ce serait une aide immense si, dans nos réunions d’adoration, nous étions tous remplis de la pensée que nous nous trouvons ensemble comme étant tous sacrificateurs, afin d’offrir à Dieu ce en quoi il prend plaisir. Notre condition individuelle influe beaucoup sur l’assemblée de Dieu ; si la plupart des sacrificateurs sont mornes et inattentifs, toute l’assemblée s’en ressentira. Si nos âmes étaient illuminées par l’amour et la faveur de Dieu, nos réunions seraient remplies de Christ, et de Christ seulement.

Mais nous avons encore une sacrificature royale à exercer. Elle est de même nature que la sacrificature de Christ selon l’ordre de Melchisédec. Maintenant, le Seigneur exerce une sacrificature aaronique, mais selon l’ordre de Melchisédec. En regardant à son peuple, il ne rencontre que faiblesses et infirmités ; quand il reviendra comme sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec, il n’y aura plus de faiblesse, mais il n’y aura que des louanges et la bénédiction, conséquence de sa victoire. En attendant, le Seigneur nous demande de témoigner pour lui, de répandre sa grâce et son amour, et de pourvoir à n’importe quel besoin d’âme ou de corps parmi ceux qui nous entourent. Qu’est-ce que la sacrificature de Melchisédec ? Une sacrificature de parfaite bénédiction ; un chrétien est donc une personne qui est bénie et qui apporte la bénédiction. Christ nous laisse dans ce monde pour que notre cœur s’élève à Dieu continuellement en louanges et en reconnaissance, et pour apporter aux hommes de la bienveillance et de la bonté.

 

21.3                   1 Pierre 2:7-8

« C’est donc pour vous qui croyez, qu’elle a ce prix ; mais pour les désobéissants, la pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée, celle-là est devenue la maîtresse pierre du coin », « et une pierre d’achoppement et un rocher de chute », lesquels heurtent contre la parole, étant désobéissants, à quoi aussi ils ont été destinés ». Tel fut le chemin d’Israël comme nation. Pourquoi heurtent-ils contre la Parole ? Parce qu’ils ne veulent pas obéir à Dieu ; comme nation ils sont « destinés » à avoir cette pierre devant eux. Dieu leur donna le plus merveilleux privilège possible : il plaça Christ devant eux, mais ils ont trébuché contre lui, parce qu’il venait en grâce.

La « race élue », ce sont les croyants, le faible résidu d’Israël, qui se sont tournés vers Dieu, et qui peuvent ainsi jouir de toutes les bénédictions promises à la nation. Selon Exode 19, s’ils avaient été obéissants, ils auraient été pour Dieu « son trésor particulier » ; mais ils furent désobéissants, et ils ont tout perdu.

 

21.4                   1 Pierre 2:10

« Vous, qui autrefois n’étiez pas un peuple, mais qui maintenant êtes le peuple de Dieu ; vous, qui n’aviez pas obtenu miséricorde, mais qui maintenant avez obtenu miséricorde ». Pierre pensait au prophète Osée en écrivant ces mots. À cause de ses péchés, Dieu n’avait pas voulu faire miséricorde à Israël, et ne le reconnaissait plus comme son peuple. Néanmoins, peu à peu, Dieu les bénira au lieu même où ils auront été jugés (Osée 2:23), car la désobéissance ne peut pas frustrer les desseins de Dieu en grâce. Ces promesses s’accompliront dans la vallée d’Acor (Jos. 7:26 et Osée 2:15), l’endroit où le premier jugement fondit sur Israël. Mais, dit Pierre, vous croyants, vous recevrez cette miséricorde avant le moment où Dieu restaurera la nation.

Après avoir ainsi bien déterminé la place occupée par les croyants parmi les Juifs, l’apôtre commence ses exhortations ; dans la Parole de Dieu, les exhortations sont toujours basées sur la révélation des relations entre l’âme et Dieu. Elles arrivent ici simplement et naturellement. Au chapitre 1, Pierre a parlé de l’appel céleste ; les croyants, choisis par le Père, sont mis à part par l’œuvre de l’Esprit et protégés par le sang du Fils de Dieu ; un héritage est réservé dans les cieux pour eux, et eux sont gardés dans ce but ; malgré les épreuves, ils peuvent se réjouir en celui qu’ils aiment, bien qu’ils ne le voient pas. Ils sont donc enfants du Père, rachetés par le sang du Fils, renouvelés par l’Esprit et la Parole de Dieu. Le chapitre 2 les voit dans leur nouvelle position : ils composent une maison spirituelle dans laquelle Dieu habite, ils sont une sacrificature sainte et royale ; peuple de Dieu, ils ont obtenu miséricorde.

Telle est la situation du croyant pour Pierre : il est laissé ici-bas pour offrir à Dieu ce que lui, le Seigneur devrait recevoir des hommes, et pour montrer aux hommes ce que Dieu est dans sa grâce et son amour.

 

21.5                   1 Pierre 2:11

« Bien-aimés, je vous exhorte, comme forains et étrangers, à vous abstenir des convoitises charnelles, lesquelles font la guerre à l’âme ». Les chrétiens sont « forains et étrangers » parce qu’ils sont loin de la maison ; nous sommes pèlerins parce que nous allons vers un lieu que nous désirons atteindre ; nos espoirs, nos joies et celui que nous aimons sont au ciel, aussi nous considérons le ciel comme notre demeure. Nés du ciel, nous appartenons au ciel. Notre Père est au ciel, notre Sauveur est au ciel, toutes nos ressources sont au ciel ; nous sommes ici-bas comme des plantes exotiques, étrangères à ce climat.

« Vous abstenir des convoitises charnelles », ce sont ces mille et une petites choses qui viennent interrompre la communion avec Dieu, et qui empêchent la croissance et la connaissance de Christ. « Vous connaissez, dit l’apôtre, les pièges qui peuvent vous faire trébucher, et vous devez vous préparer à renoncer à ces choses qui font la guerre à l’âme ». Pour être puissants extérieurement, il faut avoir premièrement de la pureté intérieure ; pour être heureux, il faut avoir de la sainteté. La sainteté est l’action de se juger soi-même, de se considérer comme mort, car Dieu nous a mis dans une telle position par la croix de Christ.

 

21.6                   1 Pierre 2:12-15

« Ayant une conduite honnête parmi les nations, afin que, quant aux choses dans lesquelles ils médisent de vous comme de gens qui font le mal, ils glorifient Dieu au jour de la visitation, à cause de vos bonnes œuvres qu’ils observent. Soyez donc soumis à tout ordre humain pour l’amour du Seigneur, soit au roi comme étant au-dessus de tous, soit aux gouverneurs comme à ceux qui sont envoyés de sa part pour punir ceux qui font le mal et pour louer ceux qui font le bien ; car c’est ici la volonté de Dieu, qu’en faisant le bien vous fermiez la bouche à l’ignorance des hommes dépourvus de sens ». C’est notre témoignage extérieur. Si le cœur est purifié par le Seigneur, notre témoignage extérieur sera bon. Mais nous devons prendre garde à notre conduite parmi les Gentils, c’est-à-dire les incrédules, afin qu’ils n’aient rien à dire contre nous. Il faut qu’ils puissent confesser devant Dieu que nos œuvres sont dignes du Seigneur, et qu’ils sachent que Dieu travaille en nous et par nous. Tel est le sens de la « conduite honnête » que nous avons à observer.

Le verset 11 est la règle de la vie extérieure, le verset 12, celle de la vie intérieure, et le verset 13, la soumission aux autorités pour l’amour du Seigneur. Si les autorités instituaient des lois injustes, le devoir du chrétien serait de s’y soumettre. C’est sous le règne du plus méchant des rois, Néron, que Paul écrivait aux chrétiens romains de se soumettre aux autorités parce qu’elles sont « ordonnées de Dieu ». Le Seigneur Jésus lui-même est venu dans ce monde, n’ayant aucun droit, bafoué, souffleté, et finalement banni de ce monde ; le chrétien de même doit suivre Christ. À moins que la loi n’enfreigne la volonté de Dieu, nous devons nous y soumettre, et témoigner par là des vertus qui sont en Christ. Si un chrétien prend part à la lutte ou se met du côté du monde, il ne pourra porter aucun témoignage de patience et de tolérance.

 

21.7                   1 Pierre 2:16

« Comme libres, et non comme ayant la liberté pour voile de la méchanceté, mais comme esclaves de Dieu ». Le chrétien n’appartient pas au monde, mais au ciel ; il jouit d’une entière liberté, mais il doit en user comme serviteur de Dieu. Le but du serviteur est de suivre la volonté de son maître, et la volonté de Dieu est de nous voir soumis.

 

21.8                   1 Pierre 2:17

« Honorez tous les hommes ; aimez tous les frères ; craignez Dieu ; honorez le roi ». Pierre entame la question de nos relations avec notre prochain. Rendons l’honneur à qui l’honneur est dû, un certain orgueil nous retient parfois de le faire, mais rien n’est plus contraire à Dieu, car, devant Dieu, tous les hommes sont égaux et ne sont qu’un dans le Christ Jésus. Dieu a élevé son Fils, et avec lui, chaque croyant est placé dans sa présence ; en Christ il n’y a ni Juif, ni Gentil, ni esclave, ni homme libre. Dans ce seul verset, Pierre unit ces quatre choses : le monde, les frères, Dieu, le roi. Il est vain pour nous de dire que nous craignons Dieu si nous ne donnons pas à tous les hommes ce que Dieu désire, si nous ne cherchons pas à maintenir, devant lui, selon son désir, toutes les relations dans lesquelles il nous place.

 

21.9                   1 Pierre 2:18

« Vous, domestiques, soyez soumis en toute crainte à vos maîtres, non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais aussi à ceux qui sont fâcheux ». L’apôtre ne s’adresse pas à des esclaves, mais à des domestiques, et leur recommande d’être soumis « en toute crainte ». Il peut y avoir des maîtres très durs, de mauvais caractères, ce n’est pas une excuse. Reconnaissons nos faiblesses, ne les justifions pas. La crainte ici est celle d’être, dans une position subordonnée, de mauvais témoins pour Dieu ; les maîtres peuvent être incrédules, mais nous devons témoigner pour Dieu.

 

21.10               1 Pierre 2:19-22

« Car c’est une chose digne de louange, si quelqu’un, par conscience envers Dieu, supporte des afflictions, souffrant injustement. Car quelle gloire y a-t-il, si, souffletés pour avoir mal fait, vous l’endurez ? mais si, en faisant le bien, vous souffrez, et que vous l’enduriez, cela est digne de louange devant Dieu, car c’est à cela que vous avez été appelés ; car aussi Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle, afin que vous suiviez ses traces, « lui qui n’a pas commis de péché, et dans la bouche duquel il n’a pas été trouvé de fraude ». Si vous faites bien et que vous receviez des reproches, soyez patients. N’oublions pas que Christ a souffert ainsi pour nous. Pierre parle de souffrir à cause de la conscience, à cause de la justice, à cause de Christ. Nous pouvons souffrir à cause de la conscience parce que le maître peut donner un ordre contraire à Dieu, et il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. L’obéissance à Dieu est la toute première règle, le grand principe de la vie chrétienne. Si pour obéir à mon maître, je dois désobéir à Dieu, je suis condamné, selon ce que Pierre disait au chapitre 4 des Actes : « Jugez s’il est juste devant Dieu de vous écouter plutôt que Dieu ». Dans ce cas je souffre à cause de la conscience, et l’âme reçoit comme récompense la faveur et la bénédiction du Seigneur.

 

21.11               1 Pierre 2:23

« Qui, lorsqu’on l’outrageait, ne rendait pas d’outrage, quand il souffrait, ne menaçait pas, mais se remettait à celui qui juge justement ». Tel est l’exemple que nous donne Christ : il se remettait entièrement entre les mains de Dieu, et acceptait toutes choses comme venant de Dieu. Si nous agissons de même, il en résultera une richesse de bénédictions pour nous.

 

21.12               1 Pierre 2:24-25

« Qui lui-même a porté nos péchés en son corps sur le bois, afin qu’étant morts aux péchés, nous vivions à la justice ; « par la meurtrissure duquel vous avez été guéris ; car vous étiez errants comme des brebis, mais maintenant vous êtes retournés au berger et au surveillant de vos âmes ». La perfection de Christ dirige les pensées de l’apôtre vers la grandeur de ses souffrances, car nos péchés l’ont mené à la croix ; maintenant nous sommes morts au péché, mais vivants à Dieu.

Jésus fait toutes choses bien ; nous nous étions éloignés, mais il nous a ramenés afin que nous ayons à faire à lui, lui le surveillant, celui qui prend soin de nos âmes, le berger qui veille sur ses brebis.

Que le Seigneur nous donne de jouir de plus en plus de lui, de le suivre, d’apprendre de lui, d’avoir sa Parole comme joie quotidienne de nos âmes, et de produire du fruit par nos vies.

 

22               Épitres : 1 Pierre 3 — Notre chemin de souffrance

On est frappé de voir comme Pierre, dans ses épîtres, considère toujours les difficultés de la vie de l’enfant de Dieu ; il suggère comment avancer pour glorifier Dieu au milieu d’elles. Cette remarque s’applique spécialement à ce chapitre. Il commence avec les femmes et suppose que beaucoup d’entre elles ont des maris inconvertis. Le Seigneur a recommandé à la femme d’être soumise ; elle est cependant en droit de se demander si elle doit obéir à un mari incrédule ; que devrait-elle faire au cas où il exigerait quelque chose qui déshonorerait le Seigneur ? La réponse est claire, car le chrétien ne doit pas déshonorer Christ.

 

22.1                   1 Pierre 3:1, 2

« Pareillement, vous, femmes, soyez soumises à vos propres maris, afin que, si même il y en a qui n’obéissent pas à la parole, ils soient gagnés sans la parole par la conduite de leurs femmes, ayant observé la pureté de votre conduite dans la crainte ». La question de la table du Seigneur peut survenir entre eux et le mari empêcher sa femme de s’y rendre. La réunion à la table du Seigneur n’étant pas un ordre, mais un privilège accordé au croyant, le devoir de la femme est de se soumettre jusqu’à ce que Dieu lui montre le chemin, ce qu’il fera en son temps. Le principe de la soumission demeure et nous ne pouvons aller contre la Parole du Seigneur sans que le jugement suive tôt ou tard ; attendons-nous à lui pour écarter la difficulté. Le Seigneur espère que le mari sera gagné par la conduite de sa femme ; plus d’un mari a été converti par le témoignage tacite de sa femme qui cherchait à plaire à Dieu. « La conduite dans la crainte » est le danger de dépasser la parole du Seigneur, la crainte de mal témoigner pour lui.

 

22.2                   1 Pierre 3:3, 4

« Vous, dont la parure ne doit pas être une parure extérieure qui consiste à avoir les cheveux tressés, et à être paré d’or et habillé de beaux vêtements, mais l’homme caché du cœur, dans l’incorruptibilité d’un esprit doux et paisible qui est d’un grand prix devant Dieu ». Allusion à la mode, car rien de plus changeant que la mode ; mais soyons possesseurs de la seule chose qui a un prix devant Dieu : un esprit doux et paisible. Nos vêtements même doivent convenir à Dieu, car tout lui appartient : esprit, âme et corps sont à lui, nous devons vivre pour Dieu et marcher devant lui.

 

22.3                   1 Pierre 3:7

« Pareillement, vous, maris, demeurez avec elles selon la connaissance, comme avec un vase plus faible, c’est-à-dire féminin, leur portant honneur comme étant aussi ensemble héritiers de la grâce de la vie, pour que vos prières ne soient pas interrompues ». Si la femme doit se soumettre à son mari, le mari doit lui rendre l’honneur, il doit la chérir et prendre soin d’elle parce qu’elle lui a été donnée par Dieu. Les deux sont ensemble héritiers de la grâce, ils possèdent la vie qui vient de Christ ; qu’ils veillent donc à ce que rien ne vienne empêcher leurs prières. Le secret de la puissance ne dépend pas de la réunion de prière publique, mais du fait de cultiver l’esprit de prière quand nous sommes un ou deux ensemble. C’est un grand principe dans l’Écriture, et rien n’unit aussi bien que de s’agenouiller ensemble.

 

22.4                   1 Pierre 3:8

« Enfin, soyez tous d’un même sentiment, sympathiques, fraternels, compatissants, humbles ». Ces mots s’adressent à des personnes de sentiments et d’intérêts divers ; mais l’apôtre recommande que nous ayons de l’amour entre nous, de la sympathie les uns pour les autres et d’être humbles.

 

22.5                   1 Pierre 3:9

« Ne rendant pas mal pour mal, ou outrage pour outrage, mais au contraire bénissant, parce que vous avez été appelés à ceci, c’est que vous héritiez de la bénédiction ». Nous rencontrons le mal parce que nous traversons un monde mauvais, mais le privilège de l’enfant de Dieu est de rendre le bien pour le mal. Il est appelé à hériter la bénédiction, mais aussi à apporter la bénédiction aux autres.

 

22.6                   1 Pierre 3:10, 11, 12

« Car celui qui veut aimer la vie et voir d’heureux jours, qu’il garde sa langue de mal, et ses lèvres de proférer la fraude ; qu’il se détourne du mal, et qu’il fasse le bien ; qu’il recherche la paix et qu’il la poursuive ; car les yeux du Seigneur sont sur les justes, et ses oreilles sont tournées vers leurs supplications ; mais la face du Seigneur est contre ceux qui font le mal ». Cette citation du Ps. 34 nous prouve la manière dont Pierre, par l’Esprit de Dieu, s’appuyait sur les diverses parties de l’Écriture : au chapitre 1, il avait cité la loi ; au chap. 2 les prophètes, et ici, les Psaumes. Il les place devant nous pour nous présenter le gouvernement moral de Dieu sur son peuple dans ce monde.

(v. 10) Aucun chrétien ne doit se permettre de parler à tort et à travers ; s’il le fait, il ne peut pas être heureux, ni une lumière, au contraire, il vivra des jours sombres et tristes parce qu’il se permet une chose que le Seigneur n’autorise pas.

(v. 11) Cherchons la paix et poursuivons-la ; notre cœur doit s’appliquer à la rechercher en traversant ce monde, et si quelqu’un veut semer du trouble, soyons prêts à répondre : « Non, je cherche la paix ».

(v. 12) Si mon cœur est droit devant le Seigneur, je ne reculerai pas ; la présence de Dieu nous préserve de l’ennemi. La dépendance et la prière sont une nécessité, et si nous marchons dans un chemin droit, le Seigneur sera attentif à nos prières. Si nous marchons droit, les yeux du Seigneur sont sur nous et ses oreilles nous écoutent ; la présence du Seigneur est le résultat d’une marche qui convient à Dieu. Nous n’avons pas à craindre le pouvoir ou les ruses de Satan.

 

22.7                   1 Pierre 3:13, 14

« Et qui est-ce qui vous fera du mal, si vous êtes devenus les imitateurs de celui qui est bon ? Mais, si même vous souffrez pour la justice, vous êtes bienheureux ; « et ne craignez pas leurs craintes, et ne soyez pas troublés, mais sanctifiez le Seigneur le Christ dans vos cœurs ». Nous rencontrons le mal ou l’épreuve, mais si nous marchons avec le Seigneur, qui peut faire du mal ? On ne fait pas du tort à ceux qui font le bien, mais à ceux qui font le mal. Puis Pierre cherche à nous rassurer comme Paul réconfortait les Thessaloniciens, quand ils traversaient des épreuves. « Sanctifiez le Seigneur le Christ dans vos cœurs » (ce n’est pas le Seigneur Dieu), c’est-à-dire sanctifiez celui que Dieu a exalté comme Messie et qu’il a fait asseoir à sa droite.

 

22.8                   1 Pierre 3:15

« Soyez toujours prêts à répondre, mais avec douceur et crainte, à quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous ». Nous sommes capables de donner la raison de notre espérance ; l’espérance, dans l’Écriture, n’est jamais incertaine, mais c’est une attente sûre. Nous devrions pouvoir donner une raison précise, mais nous avons à répondre « avec douceur et crainte », d’une manière qui exclue toute légèreté et qui fasse apprécier l’immense faveur de Dieu envers nous pécheurs.

 

22.9                   1 Pierre 3:16

« Ayant une bonne conscience, afin que, quant aux choses dans lesquelles ils médisent de vous comme de gens qui font le mal, ceux qui calomnient votre bonne conduite en Christ soient confus ». Si je n’ai pas une bonne conscience, je suis absolument sans force, je ne peux pas rencontrer Satan, ni l’homme ; mais je peux rencontrer Dieu, lui confesser mon péché, parce que je trouverai sa miséricorde, et sa grâce me pardonnera. Paul dit : « Je m’exerce à avoir toujours une conscience sans reproche » (Actes 24:16). Conscience et communion ne travaillent pas ensemble. Si je suis en communion avec Dieu, je suis occupé de lui ; si j’ai une conscience exercée, je suis occupé de moi. La foi est la confiance en Dieu ; la cuirasse de la justice est la chose pratique, l’assurance que je n’ai pas fait une chose que Dieu ne puisse approuver.

 

22.10               1 Pierre 3:17

« Car il vaut mieux, si la volonté de Dieu le voulait, souffrir en faisant le bien, qu’en faisant le mal ». Cela paraît une chose très difficile, et pourtant c’est ce que Christ a fait.

 

22.11               1 Pierre 3:18

« Car aussi Christ a souffert une fois pour les péchés, le juste pour les injustes, afin qu’il nous amenât à Dieu, ayant été mis à mort en chair, mais vivifié par l’Esprit ». Le résultat glorieux de ses souffrances sur la croix pour mes péchés est de m’amener devant Dieu, non pas au ciel ou dans la gloire, mais à Dieu par Christ.

 

22.12               1 Pierre 3:19-22

« Par lequel aussi, étant allé, il a prêché aux esprits qui sont en prison, qui ont été autrefois désobéissants, quand la patience de Dieu attendait dans les jours de Noé, tandis que l’arche se construisait, dans laquelle un petit nombre, savoir huit personnes, furent sauvées à travers l’eau ; or cet antitype vous sauve aussi maintenant, c’est-à-dire le baptême, non le dépouillement de la saleté de la chair, mais la demande à Dieu d’une bonne conscience, par la résurrection de Jésus Christ, qui est à la droite de Dieu (étant allé au ciel), anges, et autorités, et puissances lui étant soumis ». Ces croyants Juifs, en petit nombre, étaient souvent injuriés à cause de leur foi en un Christ qui ne vivait pas sur la terre. Il n’était pas non plus présent, lorsqu’il envoya son Esprit prêcher aux jours de Noé. Huit personnes alors furent sauvées. Le petit troupeau de Noé était formé de justes ; le monde d’alors était mauvais, le jugement le surprit, comme il surprendra la masse de la nation juive.

L’Esprit de Christ, entre la crucifixion et la résurrection, n’alla pas en enfer « prêcher aux esprits en prison », ainsi qu’on interprète souvent ce passage. Ailleurs il est dit : « Tu n’abandonneras pas mon âme au shéol » (Ps. 16:10). Son âme alla certainement dans le hadès, le lieu invisible, qui est une condition, non un endroit ; c’est pourquoi il put dire au brigand crucifié avec lui : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » ; et au moment de mourir, il s’écria : « Père ! entre tes mains je remets mon esprit » (Luc 23:43-46). Le hadès ne fut pas pour lui « la prison », dans laquelle étaient enchaînés les incrédules du temps de Noé.

L’Esprit de Christ : expression déjà trouvée en 1:11, était ce même Esprit qui avait permis aux prophètes de l’Ancien Testament de prophétiser ; l’Esprit de Christ parlait aux incrédules par le moyen de Noé pour leur annoncer le salut. « Mon Esprit ne contestera pas à toujours avec l’homme » (Gen. 6:3), avait dit l’Éternel qui leur prêchait la justice et le jugement. Les esprits de ces hommes sont maintenant en prison parce qu’ils furent désobéissants à la parole de Dieu.

L’apôtre introduit ce sujet pour deux raisons. Les croyants juifs étaient si peu nombreux qu’ils étaient méprisés par le reste de la nation, et à cause du fait que Christ n’était pas corporellement avec eux. Pierre cherchait à les réconforter en leur montrant que, aux jours de Noé, huit personnes seulement étaient justes, et l’Esprit de Christ prêchait parmi eux, bien qu’il ne fût pas présent lui-même. Il fait ensuite allusion à notre condition présente, comme croyants, du fait que le Seigneur a été ressuscité d’entre les morts. L’eau, qui représente la mort du monde, sauva Noé ; ce n’est pas le baptême qui sauve, mais ce dont il est la figure.

Par la demande d’une bonne conscience, une âme désire savoir comment elle peut se tenir devant Dieu en justice. Ce n’est pas une purification du mal faite par nous-mêmes, mais Christ mourut pour nos péchés. Christ est mort et a ôté nos péchés, et le baptême est le signe de la mort ; comme Noé, le croyant est placé de l’autre côté de la mort et du jugement. En regardant en haut, nous voyons Christ ressuscité, dans le ciel, les anges même lui sont soumis. Le chrétien voit Christ assis dans la gloire, lui-même se trouve de l’autre côté de la mort et du jugement, assis en Christ à la droite de Dieu.

 

23               Épitres : 1 Pierre 4 — Notre administration

Les versets 19-22 du chapitre 3 forment une parenthèse qui avait pour but d’apporter quelque réconfort à ce petit groupe de chrétiens juifs méprisés ; on les accusait d’être dans l’erreur parce qu’ils étaient peu nombreux. Le verset 1 de notre chapitre se relie donc au verset 18.

 

23.1                   1 Pierre 4:1-3

« Christ donc ayant souffert pour nous dans la chair, vous aussi, armez-vous de cette même pensée que celui qui a souffert dans la chair s’est reposé du péché, pour ne plus vivre le reste de son temps dans la chair pour les convoitises des hommes, mais pour la volonté de Dieu. Car il nous suffit d’avoir accompli, dans le temps déjà écoulé, la volonté des nations, alors que nous marchions dans la débauche, les convoitises, l’ivrognerie, les excès dans le manger et le boire et les criminelles idolâtries ». Comme homme, Christ mourut sur la croix ; Pierre nous expose le côté pratique de la question et nous prouve que nous aussi, comme chrétiens, nous devons nous attendre à souffrir. Jésus a parfaitement accompli la volonté de Dieu et il a souffert dans la chair. Satan vint à lui dans le désert et lui offrit toutes choses, pourvu qu’il se courbât devant le diable ; au jardin de Gethsémané, l’ennemi encore chercha à le détourner. Christ ne répondit rien à ces tentations, il souffrit « étant tenté », mais préférait mourir plutôt que de ne pas faire la volonté de son Père. Maintenant, dit Pierre, armez-vous de cette même pensée.

Le mot « chair » n’a pas le sens de mal que Paul lui donne. Pour Paul, nous sommes dans la chair comme enfants d’Adam ; la chair est le principe du mal que porte en lui tout enfant d’Adam déchu, avec sa nature corrompue, loin de Dieu. Pour Pierre, la « chair » est notre vie ici-bas dans le corps. Christ souffrit ici-bas comme homme, et, si faire la volonté de Dieu produit la souffrance, nous possédons le privilège d’aller dans la gloire par le chemin de la souffrance.

(v. 1) Notre nature aime faire ce qui lui plaît ; mais, si nous faisons la volonté de Dieu, c’est toujours aux dépens de la nôtre, à condition de souffrir ici-bas.

(v. 2 et 3) Contraste entre les convoitises de l’homme et la volonté de Dieu : si je renonce aux convoitises humaines, je ne souffre pas, pas dans le sens où Christ souffrit. Faire la volonté de Dieu conduisit le Seigneur aux plus profondes souffrances, à la mort. Ainsi donc, si nous nous armons de cette même pensée, nous faisons la volonté de Dieu et ne péchons pas. Dieu nous a laissés ici-bas pour un peu de temps, et pour faire sa volonté. Il veut que nous passions par la souffrance ; celui qui ne souffre pas d’une manière ou d’une autre ne marche généralement pas selon Christ.

 

23.2                   1 Pierre 4:4, 5

« En quoi ils trouvent étrange que vous ne couriez pas avec eux dans le même bourbier de corruption, vous disant des injures ; et ils rendront compte à celui qui est prêt à juger les vivants et les morts ». Les Gentils disent que vous êtes étranges ; peu importe ; si vous marchiez avec eux, ils vous jugeraient inconstants. Nous ne marchons pas pour leur plaire, mais pour plaire au Seigneur. Souvenons-nous de ceci : Dieu jugera les vivants et les morts, tous auront à lui rendre compte. Le jugement des vivants, selon Matt. 25, se placera au début du royaume, celui des morts sera comme l’acte final du royaume, à la fin du millénium, au grand trône blanc.

Pierre emploie le mot « prêt » à trois reprises : au chap. 1, Dieu est « prêt » à nous enlever de ce monde ; au chap. 4, il est « prêt » à juger le monde ; entre ces deux moments, le chrétien doit toujours être « prêt » à répondre à quiconque lui demande raison de l’espérance qui est en lui.

 

23.3                   1 Pierre 4:6

« Car c’est pour cela qu’il a été évangélisé à ceux aussi qui sont morts, afin qu’ils fussent jugés, selon les hommes, quant à la chair ; et qu’ils vécussent, selon Dieu, quant à l’esprit ». C’est une allusion à ce qui a déjà été exprimé à la fin du chapitre 3, à ceux qui furent désobéissants au temps de Noé ; mais ces mots s’étendent à ceux qui sont morts avant la venue du Messie, auxquels des promesses avaient été faites. Dieu nous rend responsables non seulement de ce que nous avons reçu, mais aussi de nos privilèges, de ce que nous avons entendu. Le témoignage donné par Dieu, autrefois ou maintenant, veut que les hommes vivent par l’Esprit ; s’ils tournent le dos aux témoignages du Seigneur, ce témoignage se porte contre eux, et ils seront jugés selon ce qu’ils auront reçu.

 

23.4                   1 Pierre 4:7

« Mais la fin de toutes choses s’est approchée ; soyez donc sobres, et veillez pour prier ». L’apôtre envisageait sans doute l’accomplissement des paroles du Seigneur : les pierres du temple renversées, et un bouleversement général. Mais le verset a une plus longue portée ; l’enfant de Dieu devrait toujours se comporter comme s’il était sur le point de quitter ce monde, il devrait veiller et prier. Les chrétiens sont en danger de laisser s’écrouler le fondement de leur foi, et préparent ainsi le chemin à la croyance du mensonge. L’homme n’est pas né pour être incrédule ; le diable le sait, et cherche à éliminer les vérités du christianisme de façon que l’énergie d’erreur puisse se développer (voir Matt. 12:43-45 ; 2 Thess. 2:8-12). Les hommes ont besoin de croire en quelque chose ; s’ils se détournent de la vérité, ils accepteront les mensonges de l’Antichrist.

 

23.5                   1 Pierre 4:8

« Mais, avant toutes choses, ayant entre vous un amour fervent, car l’amour couvre une multitude de péchés ». À l’égard de ceux du dehors, nous devons être sobres et vigilants ; mais, entre nous, il faut beaucoup d’amour. L’amour est une chose en laquelle Dieu se réjouit : « L’amour couvre toutes les transgressions » (Prov. 10:12) ; l’amour ne rapproche pas seulement les âmes de Dieu, mais il nous rapproche les uns des autres. Personne ne trouve autant d’occasions de querelles que ceux qui cherchent à marcher dans la foi et dans la vérité en dehors des systèmes humains. À moins que la grâce ne travaille, nulle part on ne peut autant se blesser mutuellement. C’est pourquoi Pierre insiste sur la nécessité de cette charité pour vivre tous ensemble. Déployons cet amour à l’occasion de la méchanceté de notre prochain, cela nous sera le prétexte de la cacher. « L’amour couvre une multitude de péchés », non pas un ou deux, mais une multitude — un millier de petites choses que le diable voudrait voir publier, afin de décourager les chrétiens et de déshonorer le nom du Seigneur.

 

23.6                   1 Pierre 4:9

« Étant hospitaliers les uns envers les autres, sans murmures ». Les uns pourraient se plaindre, mais en Romains 12:13, nous lisons : « Subvenant aux nécessités des saints ; vous appliquant à l’hospitalité ». Regardons premièrement à ce que personne ne manque de rien, puis laissons notre porte largement ouverte. Que nos maisons servent à réunir nos frères, à les faire connaître, et que nous le fassions par amour et sans murmurer.

 

23.7                   1 Pierre 4:10

« Suivant que chacun de vous a reçu quelque don de grâce, employez-le les uns pour les autres, comme bons dispensateurs de la grâce variée de Dieu ». Quand l’apôtre parle d’un don, il ne s’agit pas seulement d’un homme capable de prêcher ou d’enseigner ; chacun de nous possède un don dont il est responsable. Quoi que nous ayons, cela ne nous appartient pas, nous n’en sommes que les dispensateurs. Tout appartient à Christ, il nous demandera compte de notre administration, nous devons donc nous en acquitter avec soin.

 

23.8                   1 Pierre 4:11

« Si quelqu’un parle, qu’il le fasse comme oracle de Dieu ; si quelqu’un sert, qu’il serve comme par la force que Dieu fournit, afin qu’en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus Christ, à qui est la gloire et la puissance, aux siècles des siècles ! Amen ». Si nous parlons, c’est que nous avons reçu un don pour l’édification ; si nous servons — peut-être par quelque don à un pauvre — faisons-le selon notre pouvoir ; employons les choses de cette vie pour la gloire de Dieu. Il y prend autant plaisir qu’à l’exercice de dons spirituels : la prédication pour la conversion des âmes, le ministère en vue de l’édification du corps de Christ.

Dans l’assemblée, nous n’avons la liberté que comme « oracles de Dieu », c’est une responsabilité. Si nous avons un don, nous sommes responsables de l’employer, bien qu’il n’y ait pas nécessité de l’employer toujours, et qu’il puisse y avoir bénéfice à écouter d’autres frères. Mais si quelqu’un se lève pour parler, il doit le faire comme porte-parole de Dieu et donner exactement la pensée que Dieu voudrait faire entendre.

 

23.9                   1 Pierre 4:12-14

« Bien-aimés, ne trouvez pas étrange le feu ardent qui est au milieu de vous, qui est venu sur vous pour votre épreuve, comme s’il vous arrivait quelque chose d’extraordinaire ; mais en tant que vous avez part aux souffrances de Christ, réjouissez-vous, afin qu’aussi, à la révélation de sa gloire, vous vous réjouissiez avec transport. Si vous êtes insultés pour le nom de Christ, vous êtes bienheureux, car l’Esprit de gloire et de Dieu repose sur vous : de leur part, il est blasphémé, mais quant à vous, glorifié ». Pierre revient aux circonstances et aux épreuves de ces croyants. Pour la première fois il émet la pensée d’être avec le Seigneur dans la gloire, comme réponse aux souffrances de Christ. La souffrance du v. 13 est différente de celle du v. 14 ; au v. 13, nous sommes participants des souffrances de Christ ; au v. 14, nous souffrons pour Christ.

Nous sommes tous participants des souffrances de Christ, c’est-à-dire des souffrances au travers desquelles il passa ici-bas, sauf celles de l’expiation. Chaque chrétien a part aux souffrances du v. 13, avec Christ. Souffrir avec Christ signifie souffrir en sympathie de ce qu’il ressentit ici-bas, comme homme parfait, en voyant toute la misère que le péché a introduite et combien Dieu est déshonoré.

Mais tous les chrétiens ne sont pas appelés à souffrir pour Christ, selon le v. 14. Si nous marchons dans le chemin du monde, il arrive que nous cherchions à nous sauver nous-mêmes, mais alors tout ce dont Pierre parle ici manquera. Si nous faisons selon ce que Moïse ne voulait pas faire, nous pouvons échapper à la souffrance. On peut nous insulter à cause du nom du Seigneur Jésus. Eh ! bien, dit Pierre, vous êtes bienheureux ; au lieu de vous laisser abattre, acceptez-le comme un privilège. Soyons donc animés du même esprit que les apôtres en. Actes 5:41 : « Eux donc se retiraient de devant le sanhédrin en se réjouissant d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le nom ».

 

23.10               1 Pierre 4:15

« Mais que nul de vous ne souffre comme meurtrier, ou voleur, ou comme faisant le mal, ou s’ingérant dans les affaires d’autrui ». Sitôt que nous touchons aux choses qui ne nous appartiennent pas, nous sommes certains de souffrir. Ne soyons pas honteux de souffrir comme chrétiens, et n’oublions pas que, si Dieu juge bon de nous faire passer par l’épreuve, il a un but béni.

 

23.11               1 Pierre 4:17

« Car le temps est venu de commencer le jugement par la maison de Dieu ; mais s’il commence premièrement par nous, quelle sera la fin de ceux qui n’obéissent pas à l’évangile de Dieu ? » Dieu commence le jugement par les siens ; quelle sera la fin de ceux qui auront rejeté l’évangile ? La question est très sérieuse : leur fin est la mort, le jugement et l’étang de feu.

 

23.12               1 Pierre 4:18

« Et si le juste est sauvé difficilement, où paraîtra l’impie et le pécheur ? » Pourquoi sauvé difficilement ? Parce que le diable est contre nous, il nous dresse des pièges et des embûches ; mais Dieu permet les tentations et les épreuves pour nous rapprocher de lui, afin de nous conduire jusque dans la gloire. Pour lui rien n’est trop difficile ; les difficultés sont toutes du côté de l’homme, il les surmontera par la foi au Fils de Dieu.

 

23.13               1 Pierre 4:19

« Que ceux donc aussi qui souffrent selon la volonté de Dieu, remettent leurs âmes en faisant le bien, à un fidèle créateur ». Nous avons fait notre volonté dans des jours passés, souffrons maintenant selon la volonté de Dieu. Faisons ce que fit Jésus et nous en remettons à notre Dieu, il est tout puissant et il est notre Père.

Que le Seigneur nous garde pour faire toujours sa volonté, afin que cela tourne à louange, à honneur et à gloire par le Christ Jésus.

 

24               Épitres : 1 Pierre 5 — Exhortations

À la fin du chapitre 4, l’apôtre avait révélé certaines vérités concernant le gouvernement de Dieu envers sa maison, il revient maintenant aux exhortations, aussi bien pour les plus âgés que pour les jeunes. Il ne s’adresse pas à ceux chargés d’une responsabilité dans l’assemblée, mais à des personnes d’âge mûr ; « les anciens » ayant ici le même sens que dans les Actes des Apôtres et celui que les Juifs conféraient à ce terme. Pour Paul, l’ancien est celui qui possède un don qu’il fait valoir dans l’assemblée locale. 1 Tim. 5:17 parle de ces anciens qui travaillent et qui enseignent dans leur propre localité, spécialement designés par les apôtres. Cette fonction ne se trouve plus de nos jours pour deux raisons : 1) — parce que le pouvoir compétent pour l’instituer n’existe plus, à moins que quelqu’un ne puisse prouver qu’il est un apôtre ; 2) — l’Église d’une localité ne se réunit plus ensemble. À supposer que quelqu’un ait reçu le pouvoir de nommer des anciens, il devrait commencer par réunir l’Église de Dieu, et la manifester comme formant un tout. Même Paul, s’il vivait encore, ne saurait où commencer, parce que l’Église est actuellement dispersée. Il existe des hommes qui remplissent la fonction d’anciens et n’en parlent pas ; ils servent Christ et recevront leur récompense. Autre chose n’est que prétention. Le Seigneur voyait venir le désordre dans sa maison, et, dans sa sagesse, il défendit de perpétuer un système qui aurait mis à part certaines personnes. Il savait ce qui arriverait, il laissa tomber certaines attributions officielles ; maintenant nous nous appuyons sur Dieu et sur la parole de sa grâce pour marcher simplement avec le Seigneur.

 

24.1                   1 Pierre 5:1

« J’exhorte les anciens qui sont parmi vous, moi qui suis ancien avec eux, et témoin des souffrances de Christ, qui aussi ai part à la gloire qui va être révélée ». Pierre s’attache aux deux extrémités de l’histoire de Christ : il a vu ses souffrances, et il va voir sa gloire ; entre deux, il trouve les enfants de Dieu dans ce monde et exhorte les anciens à prendre soin d’eux.

 

24.2                   1 Pierre 5:2

« Paissez le troupeau de Dieu qui est avec vous, le surveillant non point par contrainte, mais volontairement, ni pour un gain honteux, mais de bon gré ». En leur disant de paître le troupeau de Dieu, Pierre fait certainement allusion à ce que lui a dit le Seigneur : « Pais mes agneaux ; pais mes brebis » (Jean 21). L’Esprit de Dieu prévoyait que les fonctions de surveillant deviendraient une profession. Le laboureur est digne de son salaire ; mais l’apôtre Paul met au point ce principe que nous avons à pourvoir aux besoins de ceux qui veillent sur le troupeau et il ajoute : « Mais moi je n’ai usé d’aucune de ces choses, et je n’ai pas écrit ceci, afin qu’il en soit fait ainsi à mon égard » (1 Cor. 9:15). Le serviteur doit marcher par la foi, comptant sur le Seigneur qui prend soin de lui et pourvoit à tous ses besoins. On ne saurait trouver plus grande bénédiction que celle d’être désigné pour prendre soin du peuple de Christ.

 

24.3                   1 Pierre 5:3

« Ni comme dominant sur des héritages, mais en étant les modèles du troupeau ». Le ministère de la Parole de Dieu est devenu une affaire commerciale, l’Église de Dieu se partage en quantité de troupeaux humains ; en conséquence, des jalousies surviennent quand une brebis trouve sa place dans un des troupeaux. Paître les brebis est plus que les nourrir, cela implique qu’on va les chercher sous les haies, peut-être blessées par les ronces, les réconforter, les nourrir, les soigner de quelque manière que ce soit. Dieu a donné tous les dons nécessaires pour les soins de son Église, mais l’orgueil et la propre volonté de l’homme ont entravé le plein usage de sa grâce. Mais si l’on considère les croyants comme le troupeau de Dieu, quelle différence ! S’ils ont froid, vous essayez de les réchauffer ; s’ils ne vous aiment pas beaucoup, vous ne les aimez que davantage. Conduisez-les, soyez un exemple, un guide ; qu’on vous méprise ou vous insulte, peu importe ; continuez votre travail tranquillement, attendez l’apparition du Berger, et de lui vous recevrez la récompense.

Dans le chapitre 10 de l’évangile selon Jean, le Seigneur se nomme le bon Berger ; c’est ce qu’il fut dans sa mort quand il se livra lui-même pour nous. En Héb. 13, il est le « grand pasteur des brebis » ; c’est ce qu’il est par sa résurrection, quand il montra sa toute-puissance : « Personne ne peut les ravir de sa main ». Mais pour prendre soin du troupeau ici-bas, il désigne un grand nombre de surveillants. Il aime son troupeau et, bien qu’absent, il reste le « souverain pasteur », et met au cœur de quelques-uns de prendre soin des brebis. Il n’oubliera pas leur service et leur donnera la couronne inflétrissable de gloire.

Il y aura aussi une couronne de justice pour ceux qui aiment son apparition, c’est-à-dire pour toute âme née de Dieu, car il n’est pas possible d’être né de Dieu et de ne pas aimer son apparition (2 Tim. 4).

Jacques nous parle d’une couronne de vie, pour tous ceux qui l’aiment.

À l’assemblée de Smyrne, le Seigneur dit : « Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie » (Apoc. 2:10). Tu es éprouvée pour mon nom, dit-il, peut-être iras-tu même à la mort pour moi, mais moi j’ai passé par la mort pour toi. Tu te tiens d’un côté de la rivière, moi de l’autre, tu dois passer par les eaux pour venir jusqu’à moi ; je poserai une couronne sur ta tête au moment où tu émergeras des flots. Ton épreuve peut ne pas aller jusqu’à la mort, mais cette couronne de gloire est pour ceux qui aiment ce que le Seigneur aime, et pour ceux qui cherchent à lui témoigner leur amour en prenant soin des siens.

 

24.4                   1 Pierre 5:5

« Pareillement, vous, jeunes gens, soyez soumis aux anciens ; et tous, les uns à l’égard des autres, soyez revêtus d’humilité, car Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne la grâce aux humbles ». « Il fera marcher dans le droit chemin les débonnaires, et il enseignera sa voie aux débonnaires » (Ps. 25:9). Si nous ne sommes pas revêtus d’humilité, nous ne pouvons pas être soumis, seul l’homme humble est approuvé de Dieu. « Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi, car je suis débonnaire et humble de cœur » (Matt. 11:29), dit le Seigneur. Notre nature est telle que la moindre chose nous gonfle d’orgueil. Paul dit que la chair est si entièrement corrompue qu’il risquerait de s’enorgueillir d’avoir été ravi dans la gloire ; pour l’en empêcher, le Seigneur lui a envoyé une écharde dans la chair. Nous pourrions plutôt nous enorgueillir de sa miséricorde à notre égard, de ce qu’il nous a amenés dans cette sphère de lumière et de liberté.

Le Seigneur détruira tout ce qui se glorifiera d’avoir reçu la vérité, la lumière et une position juste. Une chose est d’avoir obtenu cette place, mais une autre est de s’y maintenir, car la puissance de l’ennemi se déploie avec d’autant plus de force sur ceux qui l’ont occupée, de façon à déshonorer davantage le nom du Seigneur. Dieu doit nous résister parce que nous laissons l’orgueil pénétrer dans notre cœur. « Ce n’est que de l’orgueil que vient la querelle » (Prov. 13:10) ; la querelle n’existerait pas entre enfants de Dieu s’il n’y avait pas d’orgueil. Nous soutenons nos droits, le Seigneur nous abaisse ; même si nous obtenons ce que nous désirons, le Seigneur étendra la main contre nous. Le chrétien devrait toujours céder, ne jamais résister, sauf au diable.

 

24.5                   1 Pierre 5:6

« Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu’il vous élève quand le temps sera venu ». Combien c’est chose bénie que de nous humilier sous sa puissante main et d’être élevés par lui, plutôt que de nous élever nous-mêmes et qu’il soit obligé de nous abaisser ! « Quiconque s’élèvera sera abaissé » (Matt. 23:12). Le premier homme cherche à se faire Dieu et à s’unir à Satan ; le second homme, qui était Dieu, s’est abaissé plus bas que nous, Dieu l’a élevé jusqu’à la gloire la plus haute.

Dieu nous humilie de deux manières : par la découverte de ce qui est dans nos cœurs, et par la découverte de ce qui est dans son cœur. Rien ne peut nous humilier autant ; mais, si humbles soyons-nous, nous ne descendrons jamais à notre niveau véritable, c’est-à-dire, le niveau où Dieu nous voit. Il y a une différence entre : être humble et être humilié. Nous sommes humbles dans la présence de Dieu, occupés de ce qu’il est ; nous sommes humiliés quand nous sommes contraints de regarder à nous-mêmes, chose toujours attristante.

 

24.6                   1 Pierre 5:7

« Rejetant sur lui tout votre souci, car il a soin de vous ». Quel repos pour l’âme de savoir que, dans toutes les vicissitudes de la vie, il prend soin de nous. Pourquoi nous inquiéter ? Vaut-il la peine que deux prennent soin de la même chose ? Si nous nous préoccupons, nous lui enlevons sa sollicitude. Si nous nous en remettons à lui, nous apprenons à connaître la perfection de ses soins pour nous, et nous sommes libres pour nous occuper de ce qui le concerne et de ses intérêts.

 

24.7                   1 Pierre 5:8, 9

« Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui il pourra dévorer. Résistez-lui, étant fermes dans la foi, sachant que les mêmes souffrances s’accomplissent dans vos frères qui sont dans le monde ». S’il prend soin de nous, ne demeurons pas inattentifs ; notre adversaire, le diable rôde et cherche qui il peut dévorer. Ici Satan vient comme un lion rugissant, parce que ces croyants hébreux allaient traverser la persécution. Chacun de nous croit que son lot est le pire ; non, dit Pierre, chacun a sa part de souffrances, mais il nous recommande au Dieu de toute grâce, dont nous avons besoin tout le long du chemin.

 

24.8                   1 Pierre 5:10, 11

« Mais le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés à sa gloire éternelle dans le Christ Jésus, lorsque vous aurez souffert un peu de temps, vous rendra lui-même accomplis, vous affermira, vous fortifiera, et vous établira sur un fondement inébranlable. À lui la gloire et la puissance, aux siècles des siècles ! Amen ». Il vous a appelés à la gloire par Jésus Christ ; maintenant que vous avez souffert, il vous rendra parfaits, il vous établira et vous fortifiera. « Un peu de temps », non pas seulement « un temps », qui indiquerait une durée plus longue. Vous avez besoin de patience, dit Paul, « encore très peu de temps » (Héb. 10:37), et Pierre dit : « Vous devez souffrir un peu de temps ».

« Affermis, fortifiés, établis », telle est la place que reçoit le croyant par l’appel de Dieu et par cette puissance qu’il fait connaître à ses enfants tout le long du chemin. Il nous rend parfaits, nous avons donc toutes choses en lui, tout pour encourager nos cœurs, pour les fortifier, les réconforter et les soutenir. Le but de Dieu, l’appel de Dieu, la grâce de Dieu nous conduisent pour finir dans sa gloire.

 

24.9                   1 Pierre 5:12

« Je vous ai écrit brièvement par Silvain, qui est un frère fidèle, comme je le pense, vous exhortant, et attestant que cette grâce dans laquelle vous êtes est la vraie grâce de Dieu ». Combien est belle la manière dont Pierre parle de la grâce dans cette épître ! Il termine ce chapitre par la grâce accordée aux humbles, parce que Dieu est un Dieu de toute grâce. Le Seigneur nous donne de comprendre mieux ce qu’est sa grâce en étudiant sa Parole, et de nous réjouir en lui.

 

24.10               1 Pierre 5:13

« Celle qui est élue avec vous à Babylone vous salue, et Marc, mon fils ». L’opinion très généralement reçue veut que l’apôtre parle ici d’une assemblée élue à Babylone ; d’autres ont voulu voir sa femme, désignée ici : « La Co-élue » ; d’autres pensent qu’il s’agit d’une dame occupant une certaine position. Ce sont pures conjectures. Marc aussi n’a pas été déterminé ; était-il un fils de Pierre, ou un fils spirituel, comme pouvait l’être Marc l’évangéliste ?

 

24.11               1 Pierre 5:14

« Saluez-vous les uns les autres par un baiser d’amour. Paix soit à vous tous qui êtes en Christ ».

En revoyant cette épître, que de beautés ! Au chapitre 1, c’est l’appel céleste ; au chapitre 2, notre sacrificature sainte et royale ; au chapitre 3, la marche dans la soumission et la souffrance ; au chapitre 4, l’Esprit de Dieu et de gloire reposant sur nous ; et au chapitre 5, Dieu nourrissant, soutenant, fortifiant les siens et ne les abandonnant jamais jusqu’à ce qu’il les ait placés dans sa gloire avec son Fils.

 

25               Épitres : 2 Pierre 1 — Participants de la nature divine

Le soin pris par l’apôtre pour écrire une seconde fois à ces croyants hébreux prouve qu’il n’envisageait pas la continuation de l’ordonnance apostolique ; il tenait à leur donner des instructions concernant la route à suivre et à les avertir de se garder du mal ; dans ce but, il leur prédira, au chapitre 2, les terribles événements à venir et le jugement de Dieu sur le monde. Cette seconde épître ressemble en certains points à celle de Jude. Toutes les deux traitent de l’apostasie finale : Pierre de la corruption dans le monde, Jude de la corruption dans l’Église, c’est-à-dire, dans ce qui porte le nom du Seigneur. Pour aider et guider ces croyants, Pierre cherche à leur montrer comment s’appuyer sur le Seigneur et sur sa Parole.

 

25.1                   2 Pierre 1:1

« Simon Pierre, esclave et apôtre de Jésus Christ, à ceux qui ont reçu en partage une foi de pareil prix avec nous, par la justice de notre Dieu et Sauveur Jésus Christ ». Remarquons que Pierre s’intitule « esclave et apôtre » ; il adresse cette seconde lettre aux chrétiens juifs, quoique sa pensée englobe tous ceux qui ont reçu une foi semblable.

L’apôtre a une prédilection pour le mot « précieux » : « précieux sang », « pierre précieuse », « foi précieuse », « précieuses promesses » ; ici : « une foi de pareil prix » ; vous avez, dit-il, la foi, le fait de croire, par la fidélité de celui qui était l’Éternel d’Israël, le même qui descendit, comme Sauveur, et marcha à travers ce monde. Dieu est juste et fidèle et, malgré le péché de la nation, vous possédez la foi dans le Fils de Dieu.

 

25.2                   2 Pierre 1:2

« Que la grâce et la paix vous soient multipliées dans la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur ! » salutation d’usage. La grâce est la faveur actuelle de Dieu ; la paix, la position dans laquelle peut se maintenir notre âme. Nous sommes en parfaite paix avec Dieu, reçus par Dieu dans sa faveur. La miséricorde, qui est une grâce individuelle, est omise ici. Même si, personnellement, je reçois la grâce et la paix, j’ai besoin de miséricorde jour après jour, car je vis dans un monde où tout est contre moi. Mais si l’Église est en cause, il n’est pas question de miséricorde, parce que l’Église est toujours considérée comme en relation avec Christ, et ayant déjà reçu miséricorde à cause de cela. Dans l’épître à Philémon, Paul écrit à lui et à « l’assemblée qui se réunit dans ta maison » et ne mentionne pas la miséricorde. Ce que l’on pourrait croire une exception ne l’est pas, mais prouve bien ce que nous venons d’avancer.

Comment cette grâce et cette paix seront-elles multipliées ? « Par la connaissance de Dieu », seulement si nous marchons avec Dieu, si nous nous tenons près de Dieu, nous recevrons une paix toujours renouvelée. Il nous est difficile de marcher dans la grâce : d’une part nous avons tendance à la négligence, de l’autre à la légalité. Ces croyants, ayant à traverser maintes difficultés, avaient besoin que la grâce et la paix leur fussent multipliées.

 

25.3                   2 Pierre 1:3, 4

« Comme sa divine puissance nous a donné tout ce qui regarde la vie et la piété, par la connaissance de celui qui nous a appelés par la gloire et par la vertu, par lesquelles il nous a donné les très grandes et précieuses promesses, afin que par elles vous participiez de la nature divine, ayant échappé à la corruption qui est dans le monde par la convoitise ». Au v. 3, nous avons la puissance divine, au v. 4, la nature divine : nous sommes les objets de la puissance divine, une œuvre divine se fait en nous et nous donne tout ce qui concerne la vie et la piété. La vie éternelle est une vie qui plaît à Dieu, qui convient à Dieu ; la piété est un caractère qui est comme Dieu dans toutes ses voies, moralement semblable à lui. La première est une vie qui émane de lui, qui n’est jamais occupée d’autre chose que de lui, ensuite vient la piété, la ressemblance avec Dieu.

« Par la connaissance de celui qui nous a appelés par la gloire et par la vertu » : une profonde connaissance de Dieu nous a procuré un appel distinct ; nous oublions trop facilement l’appel dont nous sommes les objets, tandis que nous n’oublions ni nos dons, ni nos bénédictions. Dieu nous a appelés à la gloire ; au premier chapitre de la première épître, nous sommes appelés au ciel ; ici, le Dieu de gloire nous a appelés. Contraste frappant entre le chrétien et Adam dans l’innocence. Adam, responsable d’obéir à Dieu, devait s’arrêter où il était ; tandis que notre responsabilité n’est pas de nous arrêter où nous étions, car le péché et la souillure constituaient notre nature, mais Dieu nous dit : « Je vous ai appelés hors de tout cela par la gloire et par la vertu ». Abraham fut appelé à être pèlerin ; Moïse à être un législateur ; Josué un conducteur ; pour nous, notre appel est la gloire, but du chemin ; ce qui doit caractériser notre témoignage en l’attendant, c’est la vertu, c’est-à-dire l’énergie spirituelle. Cela exige le renoncement à la chair, au monde : comme Moïse qui « refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon, choisissant plutôt d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu, que de jouir pour un temps des délices du péché » (Héb. 11:24, 25). Il refusa la terre et ses délices, il refusa la plus haute place en ce monde, et accepta une position de séparation avec les esclaves méprisés qui formaient le peuple de Dieu. Il refusa ce que la nature aurait choisi — le palais, le trône et la couronne d’Égypte — et préféra la compagnie d’esclaves, dont le travail consistait à faire des briques ; il comprit qu’ils étaient le peuple de Dieu, là gisait toute la différence.

Comme nous avons besoin de ce courage pour renoncer au monde sous toutes ses formes et pour marcher avec les quelques-uns qui aiment le Seigneur et sont unis à lui ! Rien de plus difficile que de briser avec nos anciennes habitudes, car les coutumes ont un grand pouvoir sur nous. Ces croyants juifs s’étaient séparés de leur religion, de leur temple, de leurs ordonnances, de leurs pratiques — de tout ce qui avait fait la tradition de la nature et de leurs ancêtres — ils étaient allés simplement à Jésus, hors du camp. Ils avaient besoin d’encouragements pour maintenir cette position de séparation, de mépris et de raillerie ; Pierre les leur dispense largement. Si nous ne cultivons pas dans nos âmes cette vertu, ce courage et cette énergie, nous glisserons dans les choses que nous avions l’intention d’abandonner.

 

25.4                   2 Pierre 1:4

Les promesses sont toutes en rapport avec cette vie ou avec la gloire à venir ; elles nous lient à Christ afin que, nés de nouveau, nous participions de la nature divine par la conversion. « Participant de la nature divine » signifie être amené dans l’atmosphère qui convient à Dieu et devenir ainsi spirituel. Une âme fait des progrès en goûtant ce que Dieu est. Nous recevrons d’abord la possibilité de jouir de la présence de Dieu, puis, en marchant avec lui, nous serons capables de savourer sa joie. Plus nous pénétrerons dans ces choses, plus nous deviendrons participants de cette nature divine, et nous échapperons par là même à la corruption qui est dans le monde par la convoitise. Qu’est-ce que la convoitise ? Autrefois, nous faisions notre propre volonté, nous en sommes délivrés maintenant, et respirons la sainte et pure atmosphère de la présence de Dieu où l’âme trouve sa joie à faire la volonté de Dieu. Dans la gloire, toute trace de péché aura disparu ; nous en pourrions goûter quelque chose déjà ici-bas puisque nous possédons la nouvelle nature qui plaît à Dieu. Paul exprime la même pensée : « Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi par l’Esprit » (Gal. 5:25) ; si nous vivons par l’Esprit, nous vivrons comme Christ, lui dont toutes les pensées étaient tournées vers Dieu.

 

25.5                   2 Pierre 1:5-7

« Pour cette même raison aussi, y apportant tout empressement, joignez à votre foi, la vertu ; et à la vertu, la connaissance ; et à la connaissance, la tempérance ; et à la tempérance, la patience ; et à la patience, la piété ; et à la piété, l’affection fraternelle ; et à l’affection fraternelle, l’amour ». Après leur avoir donné les réconforts nécessaires à leurs cœurs, l’apôtre revient à l’état pratique ; il sait comme nous devenons facilement paresseux, aussi sommes-nous exhortés à mettre toute notre assiduité pour cultiver ces qualités. La vertu est l’énergie et le courage de l’âme qui sait renoncer, aussi bien que choisir, comme Moïse qui « refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon, choisissant plutôt d’être dans l’affliction ». Nous avons la foi qui nous rapproche de Dieu, et nous croyons ce que nous ne voyons pas encore, mais nous devons y ajouter la vertu, le courage qui sait dire : « Non » aux milliers de choses qui surviennent journellement, et marcher sans dévier dans le chemin ouvert devant nous.

Il ne faut pas prendre ce mot « joignez » dans son sens ordinaire. Le verset 5 devrait se lire ainsi : « Dans votre foi ayez aussi la vertu, dans la vertu, la connaissance », etc., c’est-à-dire, vous avez toutes les qualités de la perfection, vous êtes parfaits quand vous ne manquez d’aucune de ces qualités. Nous disons facilement de quelqu’un : « C’est un bon chrétien, mais il manque de tempérance » ; le chrétien doit refléter la nature divine dans toutes ses qualités. Joindre signifie : unir les unes aux autres ces qualités de la vie, tandis que le sens véritable est : « Ne manquez d’aucune des qualités de cette vie divine — la vie de Christ ». Nous sommes laissés ici-bas pour manifester Christ, pour refléter ce qu’il est. Nous ne pouvons pas le faire si nous ne sommes pas participants de la nature divine. Nés de Dieu, nous recevons Christ ; puis nous devons montrer la vie de Christ, toutes les qualités de la nouvelle nature, être des lettres de Christ lues et connues de tous les hommes.

Nous pouvons être remplis d’énergie, mais être rudes dans nos manières ; ajoutez, dit Pierre, la connaissance de Dieu, l’esprit et le caractère de Dieu, ce qui convient à Dieu, car la simple connaissance enfle, mais la connaissance de Dieu maintient dans l’humilité. Celui qui connaît Dieu demeure près de lui, et celui qui vit avec Dieu acquiert de la douceur, même si l’énergie l’accompagne.

« Et à la connaissance, la tempérance » ; non pas une contrainte extérieure, mais le fait de nous dominer ; si nous ne pouvons pas nous maintenir nous-mêmes dans le devoir, nous ne pourrons pas diriger les autres. La tempérance est cette tranquille gravité de l’esprit, toujours égale en n’importe quelle circonstance, comme Christ, jamais déprimée par l’épreuve.

« Et à la tempérance, la patience » ; la tempérance nous garde de dire ou de faire une chose blessante ; la patience nous préserve d’être déprimés par quoi que ce soit qui nous peine. La tempérance est active, la patience passive. Si nous n’avons pas la connaissance, nous ne saurons pas comment atteindre l’esprit de Dieu ; sans la tempérance nous serions certains de faire quelque chose qui blesserait notre prochain ; sans la patience, nous ne serions pas capables de supporter les peines que d’autres pourraient nous faire.

« Et à la patience, la piété », c’est-à-dire ces rapports constants avec Dieu qui font que nous devrions lui ressembler. En marchant à travers ce monde, puisque nous possédons la nature divine, prenons garde à la refléter. Montrez-moi en quelle compagnie se tient un homme, et je vous montrerai quel genre d’homme il est. Vivons près de Dieu pour refléter sa nature divine, car nous devenons semblables aux personnes avec lesquelles nous vivons.

« Et à la piété, l’affection fraternelle et l’amour », deux qualités nullement identiques. L’affection fraternelle est chose purement humaine, qui peut dégénérer et même disparaître, car l’affection fraternelle peut aimer seulement les gens aimables, elle est partiale, tandis que l’amour est impartial et infaillible — il est divin. « L’amour ne périt jamais ». En 1 Cor. 13 il y a huit choses que l’amour ne fait pas, huit qu’il fait ; c’est ce dont nous avons le plus besoin dans ce monde où tout est contre nous. À supposer qu’une personne me repousse, et considère ma tentative de lui témoigner de l’amour mal à propos, l’affection fraternelle dira : « Je ne retournerai pas vers lui ». Mais l’amour, manifestation divine, dit : « Je pense à la bénédiction et au bien de mon prochain, pour la gloire de Dieu je retournerai et verrai si je puis être de quelque utilité ». L’amour ne cherche pas à découvrir le mal, mais le bien chez le prochain. 1 Jean 5:2 nous enseigne parfaitement ce qu’est l’amour : « Par ceci nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c’est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements ». Si nous aimons le Père, nous aimons ses enfants, nous cherchons la bénédiction des uns des autres, toujours prêts à agir comme ceux qui viennent de Dieu, dépendant de lui et lui obéissant ; par grâce nous chercherons à aider notre prochain. Que le Seigneur nous aide à tirer profit de sa Parole et à cultiver ces qualités morales dans notre foi.

Si nous ne veillons pas à les développer, nous sommes certains de reculer. « À quiconque a, il sera donné… mais à quiconque n’a pas, cela même qu’il a sera ôté » (Matt. 13:12). Si nous n’éprouvons pas le désir de nous appuyer sur le Seigneur, nous ne pourrons que retourner aux choses anciennes dont nous nous étions éloignés. Que le Seigneur nous donne d’être vigilants en ajoutant à notre foi et en progressant dans sa connaissance.

 

25.6                   2 Pierre 1:8

« Car, si ces choses sont en vous et y abondent, elles font que vous ne serez pas oisifs ni stériles pour ce qui regarde la connaissance de notre Seigneur Jésus Christ ». À voir l’importance que l’apôtre accorde aux huit choses mentionnées aux versets 5, 6 et 7, il est impossible d’en exagérer la valeur. Dieu veut nous faire toujours mieux apprécier la connaissance de Christ. Si un chrétien pratique les qualités de ces trois versets, il exprimera toute la valeur de la personne de Christ. Tout ce qui ne conduit pas à Christ n’est que pure perte. Plus nous nous approchons du Seigneur, mieux nous réalisons combien peu nous lui ressemblons. Plus d’un chrétien se croit bon pour le ciel, mais pas pour la terre, incapable qu’il est de faire face aux circonstances. Seule la connaissance de Christ nous rendra aptes à marcher comme il convient.

 

25.7                   2 Pierre 1:9

« Car celui en qui ces choses ne se trouvent pas est aveugle, et ne voit pas loin, ayant oublié la purification de ses péchés d’autrefois ». Ce n’est pas un transgresseur, car il est assuré de son salut éternel ; il est aveugle, car les choses qui concernent le Seigneur sont devant lui, et il ne les voit pas ; il a même oublié qu’il est purifié de ses péchés d’autrefois — ses habitudes, son genre de vie quand il n’était pas converti — il les a retrouvés parce qu’il est retourné dans le monde ; il a perdu le sens de ce qu’est un chrétien, de son appel céleste, et pourtant il est lui-même un être céleste. Il a perdu de vue les choses de Dieu, il est retombé aux choses de la terre, si bien que le Seigneur est obligé de le réveiller.

 

25.8                   2 Pierre 1:10

« C’est pourquoi, frères, étudiez-vous d’autant plus à affermir votre vocation et votre élection, car en faisant ces choses vous ne faillirez jamais ». Cette même exhortation : « Appliquez-vous » revient encore, et nous avons besoin de cette diligence pour garder nos cœurs attachés aux choses de Dieu. Pierre fait certainement allusion à sa terrible chute.

« Affermir notre vocation et notre élection », c’est être conscients que nous possédons la vie éternelle, et que nous pouvons nous en réjouir. Nous avons été appelés et choisis par notre Père, donc nous devons rendre manifeste aux yeux des hommes que nous sommes appelés par Dieu. Paul l’exprime ainsi : « Qu’ils saisissent la vie éternelle » (1 Tim. 6:19, en note).

 

25.9                   2 Pierre 1:11

« Car ainsi l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ vous sera richement donnée ». Ce n’est pas le pardon dont il est question ici, mais du gouvernement de Dieu. Si nous croissons dans les choses énumérées dans les versets précédents, nous serons préservés de tomber. Pierre envisageait la part et la récompense du chrétien dans le royaume à venir du Seigneur ; la grâce de Dieu nous donne une place dans la gloire céleste, mais il y en a une dans le royaume comme récompense des services rendus au Seigneur ici-bas.

La question des récompenses peut être comparée à deux vaisseaux se rendant ensemble au même port et essuyant les mêmes orages. L’un, mal équipé, mal commandé, atteint le port en piteux état, mâts et voiles arrachés et abîmés ; l’autre arrive parfaitement en ordre, pavillons flottants, la coque intacte.

 

25.10               2 Pierre 1:12-14

« C’est pourquoi je m’appliquerai à vous faire souvenir toujours de ces choses, quoique vous les connaissiez, et que vous soyez affermis dans la vérité présente. Mais j’estime qu’il est juste, tant que je suis dans cette tente, de vous réveiller en rappelant ces choses à votre mémoire, sachant que le moment de déposer ma tente s’approche rapidement, comme aussi notre Seigneur Jésus Christ me l’a montré ». Pierre veille attentivement sur ses brebis de peur qu’elles ne tombent et n’estime pas de trop de revenir toujours sur les mêmes sujets. Satan fait tout son possible pour empêcher nos âmes de nous approcher de Dieu ; et « si nous ne nous souvenons pas de ces choses », nous tomberons en chemin, et arrivera le moment où nous regretterons de n’avoir pas servi Christ de tout notre pouvoir.

 

25.11               2 Pierre 1:15

« Mais je m’étudierai à ce qu’après mon départ vous puissiez aussi en tout temps vous rappeler ces choses ». « Ces choses », ce terme revient cinq fois ; nous n’estimerons donc jamais assez « ces choses » des versets 5, 6 et 7. Pierre savait qu’il n’aurait pas de successeur, personne pour faire son travail après sa mort et semble vouloir laisser, dans ses épîtres, ce qui peut être en bénédiction à ces chrétiens et une aide pour leurs âmes. Ses épîtres nous atteignent nous aussi directement, et nous parlent de Christ d’une façon qui répond bien à nos besoins actuels. Nous y voyons Satan présenté comme un lion rugissant, mais nous y trouvons aussi ce qui peut lui être opposé et ce qui nous préserve de ses attaques.

 

25.12               2 Pierre 1:16-18

« Car ce n’est pas en suivant des fables ingénieusement imaginées, que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais comme ayant été témoins oculaires de sa majesté. Car il reçut de Dieu le Père honneur et gloire, lorsqu’une telle voix lui fut adressée par la gloire magnifique : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ». Et nous, nous entendîmes cette voix venue du ciel, étant avec lui sur la sainte montagne ». L’idée que se faisaient les Juifs du royaume consistait en la venue du Messie en gloire, en majesté et en puissance, après qu’il aurait chassé tous ses ennemis ; le Seigneur ne vint pas de cette façon, c’est pourquoi ils le rejetèrent ; ils le considéraient comme mort et enterré, et pas monté dans la gloire. Pourtant, leur dit Pierre, nous avons vu ce royaume et nous avons été « témoins oculaires de sa majesté ». Il reviendra certainement, mais dans une gloire triplée : sa gloire comme Fils de Dieu qu’il a de toute éternité ; sa gloire comme Messie, roi des Juifs, et sa gloire comme Fils de l’homme, selon le Ps. 8. Pour le moment il est rejeté ; le Seigneur en avait fait la révélation aux disciples avant qu’ils assistent à la transfiguration sur la montagne (Matt. 17 ; Marc 9 ; Luc 9). « Je vais souffrir et serai rejeté, leur avait-il dit, celui qui me suit doit s’attendre à subir le même sort » ; il ajouta : « Il y en a quelques-uns de ceux qui sont ici présents, qui ne goûteront point la mort jusqu’à ce qu’ils aient vu le fils de l’homme venant dans son royaume ». Les disciples avaient pu contempler ensuite l’image en petit du royaume. C’est ce dont Pierre parle ici ; il avait vu cette scène magnifique : le Messie, Moïse le législateur et Élie le justicier ; son cœur en était encore plein. Il aurait voulu perpétuer cette vision, mais cela aurait mis au même niveau le Messie, le législateur et le justicier, chose que Dieu ne pouvait tolérer ; alors vint la voix, comme le dit l’apôtre, « de la gloire magnifique : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai trouvé mon plaisir ». Dans les évangiles, Dieu ajoute : « Écoutez-le », parce que Pierre avait besoin de cette recommandation, puisqu’il abaissait son Maître en élevant Moïse et Élie. Depuis lors, il avait compris la leçon, et ici il omet ces mots ; il avait appris à n’écouter aucune autre voix que celle de Jésus. Nous avons donc à contempler la gloire du Fils ; en même temps, Moïse et Élie sont des figures de ceux que le Seigneur va venir chercher : Moïse, ceux qui sont déjà morts ; Élie, ceux qui ne passeront pas par la mort. Enfin Pierre, Jacques et Jean représentent les saints qui, bien que voyant la gloire de Christ, demeureront sur la terre pendant le millénium. Cette image du royaume doit servir à fortifier la foi des croyants juifs.

 

25.13               2 Pierre 1:19

« Et nous avons la parole prophétique, rendue plus ferme, à laquelle vous faites bien d’être attentifs, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour ait commencé à luire et que l’étoile du matin se soit levée dans vos cœurs ». La prophétie se rapporte toujours à la terre, aux voies futures de Dieu sur elle quand il balayera tout ce qui n’est pas divin et qu’il préparera le règne du Seigneur Jésus Christ. Mais l’Église est céleste, et n’appartient pas du tout à la terre ; Pierre recommande donc : « Prenez garde à la prophétie parce qu’elle vous renseignera sur les circonstances au travers desquelles doit passer le monde ; et grâce à cette lumière, vous le traverserez comme une scène condamnée sans vous en mêler ». La prophétie nous dit comment Dieu rendra cette terre digne du règne de Christ après l’avoir jugée ; mais avoir seulement la prophétie devant nos yeux serait une grave erreur, parce que la prophétie n’est pas Christ, et rien ne remplace Christ pour le cœur.

Les prophéties de l’Ancien Testament n’ont pas trait au même sujet que celles du Nouveau. En Malachie 4:2, nous lisons : « Pour vous… se lèvera le soleil de justice ; et la guérison sera dans ses ailes » ; il s’agit du jour du Seigneur, et non pas de l’évangile comme on l’a souvent interprété à tort, et ce jour n’est pas encore venu. Pierre, en parlant de « l’étoile du matin », annonce la venue du Seigneur, de Christ lui-même, objet principal de l’espérance chrétienne. Pour les Juifs, il est « la racine et la postérité de David » (Apoc. 22:16) ; pour nos cœurs, « l’étoile du matin » ; à Thyatire, le Seigneur promet : « À celui qui vaincra… je lui donnerai l’étoile du matin » (Apoc. 2:28), c’est-à-dire, le vainqueur aura une part certaine, une joie céleste avec Christ, avant que le royaume n’arrive. Telle est notre espérance ; nous savons que notre part est avec Christ, qu’il nous prendra avec lui pour toujours, puis qu’il jugera la terre.

 

25.14               2 Pierre 1:20, 21

« Sachant ceci premièrement, qu’aucune prophétie de l’écriture ne s’interprète elle-même. Car la prophétie n’est jamais venue par la volonté de l’homme, mais de saints hommes de Dieu ont parlé, étant poussés par l’Esprit Saint ». Ne limitons pas l’Écriture qui tire sa valeur du fait qu’elle nous parle de Christ. La prophétie n’aura atteint son but que le jour où Christ sera venu dans son royaume et dans sa gloire. Ceux qui prétendent voir l’accomplissement de la prophétie avant la venue de Christ pour nous perdent la joie de l’attendre. Ils voient quelque ressemblance entre un événement passé et la prophétie, mais ils ne savent pas ce que c’est que de veiller pour attendre la brillante étoile du matin.

Quelle chose bénie que de le connaître, de lui être fidèle maintenant qu’il est rejeté, sachant que le jour approche où il occupera de nouveau sa place légitime sur ce monde. La prophétie est bonne, mais Christ est une meilleure part, et c’est la nôtre. Qu’il nous donne de veiller et de l’attendre, lui, la brillante étoile du matin !

 

26               Épitres : 2 Pierre 2 — Reniant le Maître qui les a achetés

Dans ces deux derniers chapitres, l’apôtre attire l’attention — l’attention de tous les croyants — sur deux formes de mal qui caractérisent les derniers jours. Le chapitre 2 nous met en garde contre l’enseignement faux et mauvais des méchants ; le chapitre 3 indique la croissance rapide de l’incrédulité et de la moquerie que nous voyons se développer autour de nous déjà maintenant — l’incrédulité qui se base sur la stabilité de la création pour nier le retour du Seigneur. Si nous éprouvions un doute quelconque sur la vérité de l’Écriture, la lecture de cette seconde épître de Pierre l’enlèverait, car nous assistons maintenant au développement du mal contre lequel l’Esprit de Dieu nous met en garde dans ces pages.

 

26.1                   2 Pierre 2:1

« Or il y a eu aussi de faux prophètes parmi le peuple, comme aussi il y aura parmi vous de faux docteurs, qui introduiront furtivement des sectes de perdition, reniant aussi le maître qui les a achetés, faisant venir sur eux-mêmes une prompte destruction ». « Renier le maître qui les a achetés », c’est renier les droits de Christ sur eux. Il ne faut pas confondre rédemption et achat, deux choses très différentes. Tout enfant de Dieu est racheté, et tous les hommes sont achetés. Matt. 13 dit que le marchand acheta le champ à cause du trésor caché, puis il explique que le champ est le monde. Par sa mort Christ, comme homme, a reçu autorité sur toute créature, il est donc notre Maître à tous. Pierre, au chapitre 10 des Actes, dit : « Il est Seigneur de tous » ; et Paul, en 1 Cor. 11, ajoute : « Le chef de tout homme, c’est le Christ ». L’esclave, qu’un propriétaire achète sur le marché aux esclaves, ne fait que changer de maître, la rédemption secoue les liens de l’esclave et lui donne une entière liberté.

 

26.2                   2 Pierre 2:2

« Plusieurs suivront leurs excès ; et à cause d’eux la voie de la vérité sera blasphémée ». Nous savons que cela se réalise bien souvent dans la chrétienté. Les droits de Christ sont rejetés, même par ceux qui professent son nom, et ceux du dehors blasphèment la vérité.

 

26.3                   2 Pierre 2:3

« Par cupidité, ils feront trafic de vous avec des paroles artificieuses ; mais leur jugement, dès longtemps, ne demeure pas oisif, et leur destruction ne sommeille pas ». Ce sont les prétentions religieuses par lesquelles Babylone vend les âmes d’hommes (Apoc. 18:13). Par cupidité et avec des paroles hypocrites, ces faux docteurs feront trafic de chrétiens pour retirer un gain ; mais le jugement de Dieu les atteindra.

 

26.4                   2 Pierre 2:4-9

« Car, si Dieu n’a pas épargné les anges qui ont péché, mais, les ayant précipités dans l’abîme, les a livrés pour être gardés dans des chaînes d’obscurité pour le jugement ; — et s’il n’a pas épargné l’ancien monde, mais a préservé Noé, lui huitième, prédicateur de justice, faisant venir le déluge sur un monde d’impies ; — et si, réduisant en cendres les villes de Sodome et de Gomorrhe, il les a condamnées par une totale subversion, les établissant pour être un exemple à ceux qui vivraient dans l’impiété ; et s’il a délivré le juste Lot, accablé par la conduite débauchée de ces hommes pervers (car ce juste qui habitait parmi eux, les voyant et les entendant, tourmentait de jour en jour son âme juste à cause de leurs actions iniques), — le Seigneur sait délivrer de la tentation les hommes pieux, et réserver les injustes pour le jour du jugement, pour être punis ». Il s’agit des voies de Dieu dans les temps passés et de ce que fait Dieu actuellement encore. Le verset 4, qui attire notre attention sur les anges, peut être comparé avec Jude 6. Pierre parle des « anges qui ont péché », Jude des « anges qui n’ont pas gardé leur origine » ; Pierre s’occupe de propre volonté ; Jude de l’apostasie, de la corruption dans l’Église et de l’enfant de Dieu obligé de choisir sa voie hors d’elle.

L’apostasie est le fait d’abandonner sa première condition, celle dans laquelle Dieu nous a placés, ainsi que le fit Adam. Ce qui était apostasie en Adam fut perfection en Christ. Adam abandonna son origine première de sa volonté propre et par sa désobéissance ; Christ fut parfaitement obéissant et fit la volonté de son Père. Il s’abaissa lui-même, et Dieu l’a haut élevé : « Qu’il y ait en vous cette pensée qui a été aussi dans le Christ Jésus » (Phil. 2:5).

Pierre est tout à fait explicite quant au jugement qui doit fondre sur les méchants. La foi s’appuie tranquillement sur Dieu, prend ses ressources en lui, assurée que le jour viendra où il manifestera ses desseins ; en attendant il veille sur ses enfants, afin de les rendre capables de traverser le mal. Le Seigneur voudrait nous voir, comme Lot, garder une attitude pieuse en contraste avec le mal qui nous entoure : nos âmes justes irritées de la mauvaise conduite des méchants.

 

26.5                   2 Pierre 2:10, 11

« Mais spécialement ceux qui suivent la chair dans la convoitise de l’impureté et qui méprisent la domination. Gens audacieux, adonnés à leur sens, ils ne tremblent pas en injuriant les dignités, tandis que les anges, plus grands en force et en puissance, ne portent pas contre elles de jugement injurieux devant le Seigneur ». C’est à quoi nous assistons de nos jours : au développement de la propre volonté ; ces gens sont caractérisés par une liberté sans retenue dans leur conduite, ils rejettent d’abord l’autorité de Christ, puis toute autorité quelconque. Dieu a un gouvernement établi dans le monde et dans l’Église, mais ce monde le méprise. Dans la présence de Dieu, il n’y a pas place pour la volonté de la chair ; nous ne pouvons pas nous opposer à son gouvernement sans grave préjudice. L’Écriture nous recommande très sérieusement la soumission, ne l’oublions pas. De tous côtés ce mépris de l’autorité se fait jour : c’est le principe qui ruine les familles, les nations et l’Église, et qui dirigera « l’homme de péché ».

 

26.6                   2 Pierre 2:12-19

« Mais ceux-ci, comme des bêtes sans raison, purement animales, nées pour être prises et détruites, parlant injurieusement dans les choses qu’ils ignorent, périront aussi dans leur propre corruption, recevant la récompense de l’iniquité, estimant plaisir les voluptés d’un jour ; — des taches et des souillures, s’abandonnant aux délices de leurs propres tromperies tout en faisant des festins avec vous ; ayant les yeux pleins d’adultère, et ne cessant jamais de pécher ; amorçant les âmes mal affermies, ayant le cœur exercé à la cupidité, enfants de malédiction. Ayant laissé le droit chemin, ils se sont égarés, ayant suivi le chemin de Balaam, fils de Bosor, qui aima le salaire d’iniquité ; mais il fut repris de sa propre désobéissance : une bête de somme muette, parlant d’une voix d’homme, réprima la folie du prophète. Ce sont des fontaines sans eau et des nuages poussés par la tempête, des gens à qui l’obscurité des ténèbres est réservée pour toujours ; car, en prononçant d’orgueilleux discours de vanité, ils amorcent par les convoitises de la chair, par leurs impudicités, ceux qui avaient depuis peu échappé à ceux qui vivent dans l’erreur ; — leur promettant la liberté, eux qui sont esclaves de la corruption ; car on est esclave de celui par qui on est vaincu ». Terrible description qui nous fait voir ce même caractère parmi ceux qui enseignent. Ils prophétisent pour un gain comme Balaam. N’oublions pas que quelque chose dans notre nature répond à toute forme de tentation, à tout ce que Satan nous présente. Nous ne croirions pas que cela puisse arriver parmi les enfants de Dieu, si le Seigneur lui-même ne nous mettait en garde. Ceux dont il s’agit ici se disent chrétiens, et pourtant ils tolèrent leurs propres convoitises, méprisent l’autorité de telle manière que les anges même reculent. Ils prennent part aux fêtes des chrétiens, en quoi ils se trompent eux-mêmes et corrompent les autres. Ils cèdent au mal, et, en promettant aux autres la liberté, ils deviennent esclaves de leur corruption morale. Voilà ce que devient la chrétienté.

 

26.7                   2 Pierre 2:20

« Car, si, après avoir échappé aux souillures du monde par la connaissance du Seigneur et Sauveur Jésus Christ, étant de nouveau enlacés, ils sont vaincus par elles, leur dernière condition est pire que la première ». Momentanément, ils ont échappé à la souillure du monde, non par la conversion, mais par une connaissance extérieure du Seigneur Jésus Christ. Mais s’ils se laissent reprendre par le mal, c’est pire que s’ils n’avaient pas connu du tout la vérité. Ceux qui refusent et méprisent le christianisme oublient de dire ce que l’homme lui doit. Le monde a bénéficié moralement et socialement de la lumière que Dieu a donnée par sa Parole ; on ne l’oublie que trop facilement, et on le méprise en traitant de fable ce que Christ nous a apporté. L’effet du christianisme a été de délivrer les hommes de la corruption du monde. On a accepté la vérité, mais on ne l’a pas acceptée dans sa conscience, sinon elle s’y serait maintenue et aurait travaillé par la grâce dans les cœurs. En s’écartant de la vérité l’homme est devenu le pire ennemi de Christ ; c’est pourquoi veillons à ne pas nous écarter d’un fil de la vérité que Dieu nous a donnée. Il est bien pire d’avoir connu la vérité et de l’avoir abandonnée que de ne l’avoir jamais connue.

 

26.8                   2 Pierre 2:21

« Car il leur eût mieux valu n’avoir pas connu la voie de la justice, que de se détourner, après l’avoir connue, du saint commandement qui leur avait été donné ». C’est le saint commandement, en contraste avec ce que les faux docteurs du début du chapitre essayaient d’enseigner.

 

26.9                   2 Pierre 2:22

« Mais ce que dit le proverbe véritable leur est arrivé : Le chien est retourné à ce qu’il avait vomi lui-même, et la truie lavée, à se vautrer au bourbier ». Le chien reste un chien, une bête impure ; et on a beau laver la truie, elle reste ce qu’elle est et retourne au bourbier ; ainsi en est-il de l’incrédule ou de celui qui a fait une profession extérieure du nom de Christ. Il n’est pas « né de nouveau », mais n’est touché qu’extérieurement par la vérité chrétienne. L’homme reste l’homme, sitôt qu’il n’a plus de contrainte, il retourne aux choses qu’il aime. Si le chrétien s’éloigne de Christ, il se trouve mêlé à la souillure du monde et devient misérable. Le vrai croyant tombe souvent et pèche ; mais, comme Pierre, il ne sera pas heureux sans être retourné au Seigneur, lavé, restauré et jouissant de son pardon.

 

27               Épitres : 2 Pierre 3 — Où est la promesse de sa venue ?

L’homme livre des assauts contre la vérité de la révélation et prétend que la création a toujours existé telle qu’elle est maintenant, tel est le sujet de ce chapitre : matérialisme, confiance de l’homme en ce qu’il voit plutôt que de croire dans la parole de Dieu qui nous assure du retour du Seigneur Jésus.

 

27.1                   2 Pierre 3:1-4

« Je vous écris déjà, bien-aimés, cette seconde lettre ; et, dans l’une et dans l’autre, je réveille votre pure intelligence en rappelant ces choses à votre mémoire, afin que vous vous souveniez des paroles qui ont été dites à l’avance par les saints prophètes, et du commandement du Seigneur et Sauveur par vos apôtres, sachant tout d’abord ceci, qu’aux derniers jours des moqueurs viendront, marchant dans la moquerie selon leurs propres convoitises, et disant : Où est la promesse de sa venue ? car depuis que les pères se sont endormis, toutes choses demeurent au même état dès le commencement de la création ». Pour suivre sa convoitise on commence toujours par railler. Peut-être les convoitises ne sont-elles ni grossières ni extérieures, mais l’homme désire être indépendant, faire ce qu’il lui plaît ; il s’imagine alors être libéré de Dieu et de son autorité, et serait même heureux de se débarrasser de Dieu, l’exclure de ce monde s’il le pouvait.

Ces moqueurs croient que la seule chose durable est la création : elle remonte loin dans l’espace, disent-ils ; comment elle débuta, nous ne le savons pas exactement, mais elle continue comme elle a commencé ; ils jugent d’après les apparences, croyant voir la nature immuable, bien que la Parole de Dieu nous assure du contraire. Quant à la promesse du retour du Fils de Dieu, c’est pour eux chose absurde et incompréhensible. S’ils s’en moquent, ils sont obligés d’admettre la création, et s’il y a une création, où est le Créateur ? Là ils ne peuvent pas répondre.

 

27.2                   2 Pierre 3:5, 6

« Car ils ignorent volontairement ceci, que, par la parole de Dieu, des cieux subsistaient jadis, et une terre tirée des eaux et subsistant au milieu des eaux, par lesquelles le monde d’alors fut détruit, étant submergé par de l’eau ». Il se trouve des gens pour nous dire de ne pas croire au déluge, ils estiment une chose pareille impossible. Ah ! dit Pierre, si vous admettiez le déluge, vous devriez admettre le jugement de Dieu sur les méchants, et, si vous admettiez le jugement de Dieu une fois, vous seriez obligés d’admettre un nouveau jugement. Ainsi donc les hommes ne veulent pas accepter et restent volontairement ignorants du châtiment envoyé par Dieu sur les hommes. La terre émergea des eaux par la parole de Dieu ; puis ces mêmes eaux, sur son commandement, l’engloutirent avec tout ce qui l’habitait ; seuls ceux qui étaient dans l’arche furent sauvés.

 

27.3                   2 Pierre 3:7, 8

« Mais les cieux et la terre de maintenant sont réservés par sa parole pour le feu, gardés pour le jour du jugement et de la destruction des hommes impies. Mais n’ignorez pas cette chose, bien-aimés, c’est qu’un jour est devant le Seigneur comme mille ans, et mille ans comme un jour. Le Seigneur ne tarde pas pour ce qui concerne la promesse, comme quelques-uns estiment qu’il y a du retardement ; mais il est patient envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance ». La parole de Dieu appela ces cieux et cette terre à l’existence, tels qu’ils sont maintenant ; par cette même parole, ces cieux et cette terre sont réservés pour le jour du jugement et pour la destruction des hommes impies. Le Seigneur n’est pas lent en ce qui concerne son retour, mais il supporte longuement en grâce, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance. Il n’y a qu’une seule occasion pour laquelle Dieu est lent : c’est le jugement. Il ne juge jamais avant d’avoir averti et d’avoir donné le temps pour la repentance. Mais qu’il est prompt à sauver ! et qu’il apporte rapidement la paix à une conscience troublée, et quel support dans sa grâce !

 

27.4                   2 Pierre 3:10

« Or le jour du Seigneur viendra comme un voleur ; et, dans ce jour-là, les cieux passeront avec un bruit sifflant, et les éléments, embrasés, seront dissous, et la terre et les œuvres qui sont en elle seront brûlées entièrement ». Cela coïncidera avec le grand trône blanc ; les cieux et la terre s’enfuiront, comme le dit Apoc. 20:11. L’Apocalypse nous décrit les effets de cette puissante conflagration, Pierre nous en donne les causes. L’incrédule croit que tout est stable et ne changera jamais, le matérialisme est pour lui la seule doctrine valable. Au contraire, dit Pierre, ce n’est qu’illusion et tout doit être dissous ; tout ce qui forme un espoir pour la chair doit disparaître à toujours.

 

27.5                   2 Pierre 3:11

« Toutes ces choses devant donc se dissoudre, quelles gens devriez-vous être en sainte conduite et en piété ». Ce qui constitue l’erreur du moqueur devrait pousser l’enfant de Dieu à la sobriété et à une marche empreinte de piété ; la considération de ces perspectives devraient l’engager à occuper une place distincte et à se séparer complètement du mal.

Remarquons comme Pierre fait souvent allusion à notre conduite. Dans la première épître, « nous avons été rachetés de notre vaine conduite » (1:18), c’est-à-dire de l’impiété dont les sources sont dans la chair, et ses satisfactions dans les formes extérieures. Puis il recommande d’avoir « une conduite honnête parmi les nations » (2:12) ; notre comportement doit nous maintenir dans une attitude qui s’élève au-dessus des hommes du monde, quoique toujours correcte dans nos relations avec autrui. Ensuite l’apôtre engage les femmes à gagner leurs maris incrédules par la pureté de leur conduite » (3:2) ; il voudrait que « notre bonne conduite en Christ » (3:16) fasse honte à nos calomniateurs et les fasse taire. Dans la seconde épître, il donne Lot en exemple pour nous avertir de ne pas nous mêler au monde, dont « la conduite débauchée l’accablait » (2:7). Par contraste, il insiste sur ce que devrait être le témoignage de l’enfant de Dieu : « une sainte conduite ». Quelle immense miséricorde une âme trouve dans la connaissance de Christ ! Elle nous délivre d’une conduite « vaine et débauchée », et produit au contraire ce qui est « honnête », « pur », « bon » et « saint ».

Pierre n’est pas seul à attacher de l’importance à notre conduite, c’est-à-dire nos paroles, nos habitudes, notre manière d’être et de vivre. Jacques dit : « Qui est sage et intelligent parmi vous ? Que par une bonne conduite il montre ses œuvres avec la douceur de la sagesse » (Jacques 3:13). Paul décrit l’importance et le pouvoir secret de ce maintien par ces mots : « Notre bourgeoisie est dans les cieux, d’où aussi nous attendons le Seigneur Jésus Christ » (Phil. 3:20).

 

27.6                   2 Pierre 3:12, 13

« Attendant et hâtant la venue du jour de Dieu, à cause duquel les cieux en feu seront dissous et les éléments embrasés se fondront. Mais, selon sa promesse, nous attendons de nouveaux cieux et une nouvelle terre, dans lesquels la justice habite ». Le jour du Seigneur durera longtemps, cette conflagration se produira quand il prendra fin ; mais, pour nous, nous attendons l’état éternel.

Il n’y a que trois passages qui y font allusion : 2 Pierre 3, Apoc. 21 et 1 Cor. 15. Christ règne comme Fils de Dieu et comme Fils de l’homme tout tu long du millénium ; au bout des mille ans, ce sera la fin, la mort elle-même sera détruite. Il la détruira en ramenant les méchants à la vie et en les jetant dans l’étang de feu (Apoc. 20:14). Il aura alors tous ses ennemis à ses pieds et remettra le royaume à son Dieu. Les rois humains ont tous vu leurs royaumes enlevés par la mort ou par la violence ; Christ seul cède son royaume après avoir régné mille ans. La justice peut se trouver dans trois conditions : maintenant la justice souffre ; durant le millénium, la justice règne ; dans l’éternité, la justice habite. Elle pourra se reposer là où Dieu sera pour toujours.

On comprend Pierre qui dit : « Vous qui attendez toutes ces choses pour l’éternité, prenez garde à être sans tache et sans blâme jusqu’à ce qu’il vienne » (v. 14).

 

27.7                   2 Pierre 3:15, 16

« Estimez que la patience de notre Seigneur est salut, comme notre bien-aimé frère Paul aussi vous a écrit selon la sagesse qui lui a été donnée, ainsi qu’il le fait aussi dans toutes ses lettres, où il parle de ces choses, parmi lesquelles il y en a de difficiles à comprendre, que les ignorants et les mal affermis tordent, comme aussi les autres écritures, à leur propre destruction ». Magnifique témoignage quant aux écrits de Paul. Pierre a oublié que Paul lui a résisté à Antioche et s’est vu obligé de lui faire honte devant tous. Tel est le résultat de la grâce. Quelque trouble que cette scène ait occasionné, tout est maintenant dissipé dans le cœur de Pierre ; il garde son affection pour Paul et l’aime d’autant plus profondément à cause de sa fidélité.

Paul, dans ses écrits, mentionne Pierre trois fois, outre l’affaire d’Antioche, dans la première épître aux Corinthiens. À Corinthe, quelques-uns disaient : « Moi (je suis) de Céphas » (1:12), paroles sectaires que Pierre n’aurait sans doute pas approuvées. Quand les droits apostoliques étaient mis en question, Paul dit : « N’avons-nous pas le droit de mener avec nous une sœur comme femme, comme font aussi les autres apôtres, et les frères du Seigneur, et Céphas ? » (9:5), d’où nous pouvons conclure que la femme de Pierre l’accompagnait probablement dans ses voyages. La troisième mention désigne Pierre comme ayant été témoin de la résurrection du Seigneur : « Il a été vu de Céphas » (15:5).

 

27.8                   2 Pierre 3:17

« Vous donc, bien-aimés, sachant ces choses à l’avance, prenez garde, de peur qu’étant entraînés par l’erreur des pervers, vous ne veniez à déchoir de votre propre fermeté ». Nous sommes entourés de ces éléments, le doute, le scepticisme, l’incrédulité, alors : « Prenez garde de peur que vous ne tombiez ».

 

27.9                   2 Pierre 3:18

« Mais croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ ». Christ peut garder notre cœur et notre esprit ; mais prenons garde, car la révélation d’une vérité spéciale est toujours le point d’attaque de Satan.

Que le Seigneur fixe dans nos cœurs sa vérité et nous donne de veiller et de prier, de peur que nous ne nous écartions ; et que nous croissions dans sa connaissance jusqu’à son retour. « À lui la gloire, et maintenant et jusqu’au jour d’éternité ».