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HUIT MÉDITATIONS sur la PROPHÉTIE
par William TROTTER et T. SMITH
Ce texte suit la 3° édition revue et corrigée de 1897
Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest
TABLE DES MATIÈRES.
1.2 Pour étudier la prophétie, il faut avoir l’assurance de son salut
1.4 Objections (non valables) contre l’étude de la prophétie
1.5 État d’esprit pour étudier la prophétie : Contrition de cœur, grâce et foi
1.6 La venue de Christ ; abrégé des événements prophétiques
2 2° méditation — Jean 14:1-3 — La seconde venue du Christ doit précéder le Millénium
2.1 Jean 14 : L’Église attend que le Seigneur vienne la chercher
2.2 Actes 1 : La venue du Seigneur est pré-millénaire
2.3 Actes 3 : La venue du Seigneur et le rétablissement de toutes choses au début du millénium
2.4 Matt. 13 — La parabole du semeur
2.5 Matt. 13 — La parabole de l’ivraie du champ
2.6 Matt. 13 — La parabole du grain de moutarde
2.7 Matt. 13 — La parabole du levain dans la farine
2.8 2 Thes. 1 et 2 — L’Antichrist doit venir et être détruit avant le millénium
2.9 Matt. 24 et Luc 21 — Apparition du Seigneur lors de la conversion d’Israël au début du millénium
2.10 Matt. 25 — La parabole des 10 vierges
2.11 Luc 17 — L’un pris, l’autre laissé… ce n’est pas l’enlèvement de l’Église
2.12 Luc 19:11-27 — Le Seigneur recevant le royaume de la main du Père
2.13 Luc 12:32-48 — Attendre la venue du Fils de l’homme, non pas la mort
2.14 L’espérance de l’Église distincte de la conversion du monde
2.15 Romains 8:18-23 — La création affranchie de la servitude de la corruption
2.16 1 Cor. 1:7 — Attente du retour du Seigneur, non pas de la bénédiction millénaire
2.17 Phil. 3:20-21 — Attente du retour du Seigneur, non pas de la bénédiction millénaire
2.18 1 Thes. 1:9-10 et ch. 4 — Attente de l’enlèvement de l’Église
2.19 Jacques 5:1-8 — Attente de la venue du Seigneur
2.20 1 Jean 3:1-3 — Attente de l’apparition du Seigneur
2.21 Jude — L’impiété prévaut avant la venue du Seigneur
4 3° méditation — Ésaïe 11 — Retour et Restauration des Juifs
4.1 Le témoignage confié aux Juifs
4.2 L’échec de ce témoignage jusqu’au rejet de Christ
4.3 Les promesses d’une restauration d’Israël ne sont pas accomplies
4.4 Les Écritures annonçant la restauration d’Israël
4.5 Ordre des événements amenant au rétablissement d’Israël
4.5.1 Un retour des Juifs dans leur pays, mais dans l’incrédulité
4.5.2 Alliance des Juifs avec l’Antichrist
4.5.4 La dernière tribulation des Juifs a lieu dans leur pays
4.5.5 Les derniers Israélites encore dispersés sont ramenés
5.1.1 Le jour du Seigneur est un temps de jugement
5.1.2 Le jour du Seigneur selon Zacharie 14
5.1.3 Le jour du Seigneur selon Ésaïe 2:1-5
5.1.4 Le jour du Seigneur et le Psaume 46
5.1.5 Le jour du Seigneur et Ésaïe 2:9-22
5.2 Le jour actuel est le jour du salut
5.2.1 Pas de gouvernement public de Dieu
5.2.2 Le monde n’est pas changé par la grâce
5.2.3 La soumission n’est pas amenée par la grâce, mais est produite par le jugement
5.3 Pendant le millénium, la justice règne
5.4 Autres passages sur la bénédiction universelle sous le règne de Christ
6.2 L’Église a une vocation céleste, Israël une vocation terrestre
6.3 Prééminence d’Israël pendant le millénium
6.4 Le grand but de Dieu est sa propre gloire manifestée en Christ
6.5 Christ régnant comme Fils de David
6.8 Christ Fils de Dieu — L’Assemblée son corps
6.9 L’Église aimée du Père comme le Fils
6.10 L’Église bâtie sur Christ et par Christ
6.11 L’Église bénie dans les lieux célestes
6.12 Abolition de la distinction Juif-Gentil — Église corps de Christ
6.13 L’Église rejetée comme Christ
6.14 L’Église sainte comme Christ
6.16 Présence du Saint Esprit dans l’Église
6.17 La gloire de l’Église est celle de Christ
7.1 L’apostasie dans l’Église — 2 Thes. et Apoc. 17
7.1.1 Apoc. 17:1 — La femme assise sur la bête
7.1.2 Symbolisme ville / femme
7.1.4 Le pouvoir ecclésiastique dominant le pouvoir civil
7.1.5 Contraste entre les deux femmes d’Apoc. 17 et 21
7.2 L’Assemblée dans le Nouveau Testament
7.2.1 Matthieu 16 et 18 ; Actes 1 à 4
7.2.2 L’assemblée selon Matthieu 13
7.2.3 Matthieu 25 ; Actes 5-6 ; Romains 11 ; 1 Corinthiens
7.2.6 Babylone — Apoc. 17 et 2 Thes. 2
8.2 Daniel 2 et les 4 royaumes
8.3 Daniel 5 et 6 — Le 2° royaume
8.5 La 4° bête ou empire romain
8.8 Les 4 royaumes et l’évolution de l’un à l’autre
8.9 La fin des temps des nations
9.2 L’espérance de l’Église : la venue du Seigneur et la transmutation des saints
9.3 Ésaïe 25:8 — La mort engloutie en victoire
9.4 La mort abolie — Apoc. 20:14
9.5 Romains 8:16-25 — Glorifiés avec Lui
9.6 Patience de Dieu dans le temps actuel
9.7 Délivrance de la création — Romains 8
9.8 Sauvés en espérance — Christ notre espérance
10 Appendice — L’Église enlevée avant les jugements apocalyptiques
10.1 Y a-t-il un événement à attendre avant la venue du Seigneur ?
10.2 Attente journalière de la venue du Seigneur
10.3 Des intervalles de temps insérés au milieu de versets de l’Écriture
10.4 Comparaison des Psaumes et de l’Évangile
10.5 Où est l’Église pendant l’Apocalypse ?
par William Trotter (York, mars / avril 1851)
Si nous nous étions proposés de traiter de l’importance de la Prophétie elle-même, nous aurions pu la considérer sous un double point de vue, savoir, dans ses rapports avec le monde, et dans ses rapports avec l’Église. La Prophétie est, en partie, le témoignage de Dieu relativement au monde : témoignage, il est vrai, d’avertissements et de terreurs, exactement représenté par le rouleau d’Ézéchiel, écrit en dedans et en dehors, et rempli de lamentations, de soupirs et de malédictions. Et, on peut le dire, une des plus déplorables conséquences de la négligence trop générale de la parole prophétique par les chrétiens, c’est que, au lieu de proclamer incessamment aux oreilles des mondains ce témoignage solennel et redoutable quant à ce qui attend ce monde, nous n’avons que trop fait chorus avec Satan qui ne cesse de répéter : paix, paix ! (Éz. 13:10 ; Jér. 6:14 ; 8:11) et qui, par ses chants assoupissants, berce et endort toujours plus profondément les pauvres pécheurs : cependant, hélas ! ils ne sommeillent point, les jugements de Dieu qui les surprendront infailliblement avant qu’il soit longtemps. Le monde rêve d’un prochain âge d’or, d’une période de paix et d’abondance, de liberté et de bon gouvernement, et il s’affaire comme, au reste, il le fait depuis tant de siècles, pour en hâter la venue. Les saints, de leur côté, comme des vierges imprudentes, ont sommeillé ou se sont endormis pendant la nuit de leur séjour temporaire, au lieu de veiller pour aller à la rencontre de l’Époux à sa venue. Nous aussi nous avons eu nos rêves et nous avons imaginé des progrès graduels qui amèneraient bientôt et paisiblement cette même période de bénédictions. Tandis que le monde cherchait à en accélérer l’apparition par tous les moyens que pouvaient lui fournir la philosophie, l’économie politique et une philanthropie basée sur ces sciences, combien de saints de Dieu n’y ont-ils pas ont ajouté l’Évangile, pensant ainsi perfectionner le grand moteur, au moyen duquel ce monde misérable et coupable devrait être ramené à la pureté et à la prospérité universelles ! Et même si l’on prétend, comme sans doute plusieurs le font que, dans ce vaste plan, le christianisme est placé en tête, et que toutes les autres choses ne sont considérées que comme des forces subsidiaires, qu’aurait-on gagné ? Le monde et l’Église n’en sont pas moins toujours réunis en une même armée, pour livrer la même bataille, animés par la même espérance de la victoire, de la paix qui en résultera, du repos, du contentement dans ce monde. Tous sont d’accord pour renvoyer le mauvais jour aussi loin que possible, ou pour nier l’approche d’un mauvais jour. On a cousu des coussins sous tous les bras (Éz. 13:18-20), — on a enduit les parois de mauvais mortier (Éz. 13:10), — les prophètes, soit dans le monde soit dans l’Église, s’accordent à prophétiser des choses agréables et à répéter : «Paix, paix !» quand il n’y a point de paix. Tout ce mal provient de ce qu’on prête l’oreille aux raisonnements et aux spéculations des hommes, au lieu de s’en tenir au témoignage de la sainte parole de Dieu.
Veux-je dire par là que jamais cette terre opprimée et gémissante ne doit voir se lever sur elle un jour de paix et de bénédiction générale ? À Dieu ne plaise ! Il est un millénium encore à venir ; une période de justice et de joie universelles, plus brillante que tout ce que peuvent imaginer les espérances de l’homme, — plus brillante que tout ce que les chrétiens eux-mêmes peuvent se représenter par anticipation. Ce sera une période dans laquelle, en effet, les hommes «de leurs épées, forgeront des socs, et de leurs lances des serpes ; où une nation ne lèvera pas l’épée contre une autre nation, et où l’on n’apprendra plus la guerre» ; mais où «la gloire de l’Éternel sera manifestée, et où toute chair ensemble la verra» ; où «l’on ne fera pas de tort, et on ne détruira pas dans toute la sainte montagne» de Dieu ; où «la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer». Mais quant aux moyens par lesquels cette période doit être amenée, nous affirmons (et, dans le cours de ces Méditations, nous espérons pouvoir vous le démontrer avec évidence par la parole de Dieu) que les imaginations et les spéculations de l’homme ont généralement été mises à la place des solennels enseignements de ce saint Livre. Nous vous prouverons, je l’espère, d’après la parole de Dieu, que ce n’est pas par les progrès de la civilisation, la marche de l’intelligence, ou le développement de la science ; que ce n’est pas par la propagation des opinions du jour, ni par l’établissement toujours plus général des institutions libérales ; que ce n’est pas par le moyen d’écoles et d’hôpitaux, et de Sociétés de la paix, et de Sociétés de tempérance ; ni même par le moyen d’écoles du Dimanche, et de Sociétés de traités religieux et de missions chez les païens, quelque bonnes et utiles qu’elles puissent être à leur place (et nous avons bien des motifs de rendre grâce à Dieu au sujet de ces institutions) : ce n’est pas par ces moyens que le royaume de Satan sera renversé, que le monde sera délivré de sa cruelle tyrannie, et que le règne universel de la justice et de la paix sera établi ; mais c’est par la venue de notre Seigneur Jésus Christ des cieux. C’est là le seul grand événement que place devant nous la parole plus ferme de la Prophétie. C’est un événement que les hommes se sont efforcés de renvoyer à une époque indéfiniment éloignée, mais qui, dans l’Écriture, est toujours représenté comme imminent, comme le seul événement imminent soit pour les saints, soit pour les pécheurs. Relativement à ces deux classes d’hommes, il a, je l’accorde, des aspects bien différents : aux uns, il est lumière, — aux autres, ténèbres ; aux uns, joie, — aux autres, immense douleur ; aux uns, délivrance, bénédiction et triomphe éternels, — aux autres, confusion et éternel désespoir. Mais, que nous le considérions par rapport aux uns, ou par rapport aux autres, c’est le seul grand événement annoncé dans la parole prophétique non accomplie ; c’est, pour ainsi dire, le centre de toutes les dispensations futures de Dieu envers l’humanité. Il aura lieu, non pas, comme on le suppose communément, à la fin, mais au commencement de cette période de justice universelle sur la terre. Il précède cette période ; il l’introduit ; et quoi qu’on puisse dire, il peut arriver pendant notre vie actuelle, pendant le court espace de notre existence ici-bas.
Je ne dirai rien de plus maintenant sur ce sujet, qui sera le thème spécial de notre seconde Méditation, dans laquelle, avec l’aide du Seigneur, nous espérons vous en présenter des preuves convaincantes. Tout ce que je voulais pour le moment, c’était de mentionner ce point essentiel, dès le début de nos recherches. Et cela, parce que, si la négligence de la Prophétie par les chrétiens a eu de déplorables conséquences, c’est avant tout la négligence des oracles de Dieu relatifs à la venue du Seigneur considérée par rapport au monde. Au lieu de rendre témoignage à ce grand et terrible fait qui s’approche avec rapidité, les chrétiens ont cru pouvoir agir plus efficacement sur les consciences des hommes légers et insouciants, en leur parlant de l’incertitude de leur vie et du jour final de rétribution à la fin des temps, ou lors de la dissolution de toutes choses. Je ne veux pas dire que l’Écriture garde le silence sur ces deux points. Nullement. Elle contient quelques passages qui s’y rapportent : «Il est réservé aux hommes de mourir une fois, — et après cela le jugement». Le jugement des morts devant le grand trône blanc est décrit de la manière la plus solennelle dans le chapitre 20 de l’Apocalypse. Néanmoins nous pouvons affirmer avec une entière assurance, que le grand sujet du témoignage prophétique n’est ni l’incertitude de notre vie, ni l’érection du grand trône blanc, à la consommation de toutes choses, mais bien la venue du Seigneur Jésus Christ lui-même sur les nuées du ciel, pour infliger de redoutables jugements aux habitants de la terre, — à ceux qui seront vivants et qui le verront quand il viendra : «Voici, il vient avec les nuées, et tout oeil le verra, et ceux qui l’ont percé, et toutes les tribus de la terre se lamenteront à cause de lui». La différence, quant aux effets sur la conscience, entre ces deux sortes de témoignage, est réellement immense. Il est vrai que la vie est incertaine ; personne ne peut prévoir le moment de la dissolution de son corps. Mais c’est là une idée si rabâchée, si banale, si familière à l’esprit des hommes, qu’elle produit peu ou point d’impression. La vue presque journalière de la mort ou de l’activité qui s’y rattache, n’a guère d’effet sur des coeurs naturellement légers. Un fossoyeur se familiarise tellement avec son lugubre métier, qu’il soulève de sa pelle des débris de corps humain avec la même indifférence que s’il retournait des mottes de terre. Il en est, au fond, de même des autres hommes. Les effets de l’habitude ont tant de force, et tout nous rappelle si habituellement l’approche de la mort et l’incertitude du moment de sa venue, que la perspective de cet événement n’agit plus sur la conscience. Aussi n’est-ce pas là le motif communément présenté dans l’Écriture (*). Mais que le témoignage de la parole de Dieu pénètre dans un coeur ; qu’un homme soit convaincu que ce qui est présenté au monde comme à venir, c’est la venue de Christ sur les nuées du ciel, non pas dans un millier d’années d’ici, mais avant la fin de sa propre vie, quoi qu’on puisse penser, dire ou avancer de contraire ; qu’un tel homme soit bien convaincu que, quoi qu’on ait pu lui apprendre d’autre, il pourra voir de ses propres yeux le ciel ouvert, et le Fils de l’homme revêtu de lumière et de majesté, descendre accompagné des myriades de ses saints, pour exécuter le jugement sur les impies ; que, s’il ne va pas au Sauveur, s’il ne croit pas à l’Évangile, il peut être un des vivants, objets de la colère, quand le Fils de l’homme viendra fouler «la grande cuve du courroux de Dieu» ; — qu’il soit, dis-je, réellement convaincu de ces vérités, n’y aura-t-il pas là quelque chose d’assez solennel et d’assez redoutable pour arrêter l’homme le plus insouciant et le plus léger dans sa carrière de folies ? Et c’est bien là, mes chers auditeurs, étrangers encore à la grâce, la perspective que la parole de Dieu place devant vous. Ne rêvez plus d’un certain intervalle de mille ans, qui devrait précéder cet événement, comme plusieurs le prétendent. On vous a peut-être dit aussi que cette arrivée de Christ est encore éloignée de mille ans au moins. Mais Jésus dit : «Or quant à ce jour-là ou à cette heure-là, personne n’en a connaissance, pas même les anges qui sont dans le ciel, mais le Père seul».
(*) On peut même affirmer que jamais, dans le Nouveau Testament, cette pensée de la mort n’est présentée aux enfants de Dieu comme motif à l’obéissance et à la sainteté (Trad.)
Avant d’aller plus loin, je voudrais adresser un sérieux avertissement aux inconvertis qui pourraient se trouver ici. Ne vous abusez pas ; ne songez pas à un millénium avant la venue du Fils de l’homme. Il n’y aura rien de semblable, comme nous vous le démontrerons une autre fois. C’est pourquoi, dès à présent, je vous invite et vous exhorte en présence de Dieu, devant lequel nous comparaîtrons tous, à ne point vous laisser égarer par les idées généralement répandues sur ce sujet. Personne ne peut vous certifier que le jour dont nous parlons soit encore fort éloigné. Quoi qu’il en soit de toutes les idées qui ont cours dans le monde religieux, vos yeux pourront, peut-être, en contempler les terreurs. Avant le terme de votre vie naturelle, les tonnerres de cette journée peuvent éclater à vos oreilles et son appareil redoutable, faire trembler vos coeurs. À moins que vous n’alliez au Sauveur qui vous est encore annoncé et qui vous appelle encore ; à moins que vos coeurs ne soient amenés à croire à la bonne nouvelle de sa grâce et à chercher un refuge entre ses bras, les épouvantements de ce jour de Christ peuvent tomber sur vous encore vivants ici-bas. Vous pouvez être au nombre de ceux qui seront foulés dans la cuve, lorsque reviendra des cieux Celui qui a été rejeté et méprisé sur la terre. Ne tardez donc pas à vous réfugier auprès de Jésus. Il est l’arche du salut, au-dessus et en dehors de la tempête qui s’approche. Oh ! puissiez-vous tous être conduits à chercher en lui votre refuge ! Ses bras sont toujours ouverts pour vous recevoir. Il n’est personne ici que Jésus soit réjoui d’accueillir dans son sein. Puisse ce précieux abri vous mettre tous à couvert et en sûreté !
On le voit donc, la Prophétie est d’une grande importance pour tous ; mais si nous en venons à parler de l’importance de l’étude de la Prophétie, et de l’esprit qu’on doit y apporter, il est bien clair que ce n’est qu’aux chrétiens que nous pourrons et devrons nous adresser. Ce n’est pas que nous soyons indifférents à l’état et au sort des mondains : mon coeur ne m’aurait pas permis de dire un seul mot aux chrétiens, avant d’avoir, tout premièrement, averti et conjuré les inconvertis qui sont ici, de fuir la colère à venir en allant à Christ. Mais, chers amis, le sujet que nous devons traiter aujourd’hui est évidemment un de ces sujets qui ne peuvent concerner et intéresser que des chrétiens. Eux seuls possèdent deux bénédictions indispensables pour étudier la Prophétie. L’une est l’assurance du salut ; l’autre, l’habitation du Saint Esprit en eux.
Sans l’assurance du salut, comment pourrions-nous contempler avec calme la description, tracée par les prophètes, des événements si solennels qui remplissent l’avenir ? Comment nous occuper sans angoisse des jugements qui doivent fondre sur ce monde coupable, s’il existe encore dans nos coeurs quelque crainte ou quelque doute sur la question de savoir si ces jugements peuvent aussi nous atteindre ? D’un autre côté, si nous considérons la gloire, dans laquelle tous les membres du corps de Christ seront révélés avec lui quand il viendra, — la gloire dont tous les croyants sont cohéritiers avec lui, — comment pourrions-nous avec quelque intérêt méditer sur ce sujet, dans le cas où nous ne serions pas encore sûrs d’être du nombre de ceux auxquels, par grâce, cette gloire appartient ? Non, l’étude de la Prophétie suppose la réception préalable de l’Évangile, et une réception telle qu’une parfaite paix en ait été la conséquence. Aussi, mes frères, c’est à vous qui savez, qu’«ayant été justifiés sur le principe de la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ», que je m’adresse, pour insister auprès de vous sur l’étude de la parole prophétique. À l’abri dans l’asile de sa grâce, assurés de la miséricorde du Sauveur et de l’amour du Père, vous pouvez de là promener vos regards sur tout ce que dépeint la plume de la Prophétie. Mais bien plus, vous pourriez être témoins de ces scènes mêmes, — vous pourriez, non seulement en lire la description, mais les voir, — voir l’ébranlement des cieux et la dissolution de la terre, — les gloires du jour où le ciel sera ouvert, et où celui qui monte le cheval blanc sortira en vainqueur et pour vaincre ; et sachant en qui vous avez cru, vos coeurs demeureraient calmes et inébranlables au milieu de toutes les terreurs de cette scène. Ai-je dit que vous pourriez en être les témoins ? Mes frères, je me suis mal exprimé ; nous serons tous témoins de ces événements ; nous y assisterons, non pas seulement comme spectateurs, mais comme acteurs. Toute la gloire des cieux ouverts, et des innombrables armées qui en sortent à la suite de Jésus, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs — cette gloire sera devenue notre partage et notre habitation avant ce jour-là. «Quand IL sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire». Le coeur a besoin d’être assuré de ces vérités et de connaître la paix et le repos qui résultent de cette assurance, pour pouvoir jeter d’avance un regard tranquille sur ces scènes émouvantes.
Ensuite, il n’y a que les chrétiens en qui le Saint Esprit habite ; c’est ce Consolateur promis qui devait nous «montrer les choses qui doivent arriver bientôt». Ce sont des choses qui arrivent, il est vrai, aux hommes sur la terre ; néanmoins ce sont les choses de Dieu, le développement de ses conseils et de ses voies. «Car qui des hommes connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? Ainsi, personne ne connaît les choses de Dieu non plus, si ce n’est l’Esprit de Dieu» (1 Cor. 2:11). Ce que lui seul connaît, lui seul peut l’enseigner. Aussi combien sont précieuses les paroles qui suivent immédiatement celles que nous venons de citer : «Mais nous, nous avons reçu, non l’esprit du monde, mais l’Esprit qui est de Dieu, afin que nous connaissions les choses qui nous ont été librement données par Dieu». Oui, mes bien-aimés frères, c’est à vous qui êtes passés de la mort à la vie, à vous qui avez goûté que le Seigneur est bon, à vous qui possédez cet inestimable don du Saint-Esprit, envoyé par le Père au nom de Jésus pour nous enseigner toutes choses, nous guider dans toute la vérité, — pour prendre de ce qui est à Christ et nous l’annoncer, — pour nous montrer les choses à venir, — c’est à vous que je voudrais adresser avec affection quelques pensées sur l’importance de cette étude si négligée, — l’étude des parties prophétiques de la sainte parole de Dieu.
Il est, tout d’abord, une considération qui ne peut manquer d’avoir du poids sur l’esprit de ceux qui apprécient réellement la parole de Dieu : je veux parler de la place considérable, occupée dans cette parole par des sujets prophétiques. D’Ésaïe à Malachie, tout est prophétie ; pour ne rien dire d’un grand nombre de fragments prophétiques dans les livres précédents, tels que l’oracle de Jacob dans la Genèse, — ceux de Moïse dans le Lévitique et le Deutéronome, ainsi que de nombreux passages dans les livres de Samuel, des Rois et des Chroniques. Une grande partie des Psaumes a aussi un caractère éminemment prophétique. Vous dites peut-être : «Mais c’est là presque tout l’Ancien Testament». Eh bien ! vous demanderai-je, quelle instruction trouvons-nous dans le Nouveau Testament quant à l’usage et à l’objet de ces prophéties de l’Ancien ? Je vous renvoie à ces paroles de l’apôtre Pierre, qui répondent pleinement à cette question : «Il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu’ils administraient ces choses, qui vous sont maintenant annoncées par ceux qui vous ont annoncé la bonne nouvelle par l’Esprit Saint envoyé du ciel» 1 Pie. 1:12. Est-ce que la prédication de l’Évangile par le Saint-Esprit envoyé du ciel a mis de côté les prophéties de l’Ancien Testament ? Nullement. Les choses annoncées par l’un sont les choses que l’autre atteste et certifie ; et ce témoignage a été rendu, non en faveur de ceux qui le rendaient, mais pour nous à qui le témoignage est parvenu : «Ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu’ils les administraient». Puis quant au Nouveau Testament lui-même, un livre entier, celui qui le termine, est prophétique. En outre, nous avons des prophéties dans les Épîtres de Jude, de Jacques et de Pierre. La remarquable prophétie de Paul, dans sa seconde Épître aux Thessaloniciens, est bien connue, ainsi que d’autres dans ses autres Épîtres et dans les Actes. Quant aux Évangiles, il n’en est point qui ne renferme des prophéties. Matt. 13, 24 et 25 ; Marc 13 ; Luc 21, et Jean 14-16, sont les principales prédictions du Grand prophète, notre Seigneur Jésus-Christ lui-même. Ferions-nous donc bien de laisser de côté tous ces livres ou chapitres, comme si c’étaient des écrits de peu ou point d’intérêt et d’importance pour nous ? Une telle conduite chez un enfant nous paraîtrait-elle convenable ? Supposez qu’il eût reçu une longue lettre de son père absent, lettre dont une grande partie serait consacrée à donner à l’enfant des instructions sur certains sujets ; que penserions-nous de lui, s’il se bornait à jeter un rapide regard sur cette partie, en la lisant à peine, — pour donner toute son attention à d’autres fragments de la lettre que, pour une raison quelconque, il préférerait ? En agissant ainsi, honorerait-il son père ? Et nous, honorons-nous notre Père qui, dans sa miséricorde, a fait écrire pour nous les Saintes Écritures, si nous en négligeons, comme, hélas ! les chrétiens le font si généralement, les pages consacrées à la Prophétie ?
Ensuite, il est un certain caractère, attaché aux parties prophétiques de l’Écriture, qui leur donne un droit absolu à notre attention. Je vous accorde volontiers, qu’une grande partie de la Prophétie s’occupe des destinées d’autres personnes que nous. Elle développe tout spécialement les voies de Dieu envers son peuple terrestre et envers les Gentils, relativement à l’établissement du règne du Fils de l’homme, règne dans lequel notre place n’est pas celle de sujets, mais celle de cohéritiers appelés à régner avec lui. Il est donc parfaitement vrai que la plupart des détails prophétiques ne nous concernent pas directement et personnellement. Mais serait-ce là une raison de négliger la Prophétie ? Quoi ! Dieu nous a amenés si près de lui, — il nous a admis à des relations si intimes avec lui, qu’il nous communique ses secrets, qu’il fait de nous ses confidents, ne pouvant, pour ainsi dire, rien nous cacher ! Et en retour de tant d’amour, nous n’éprouverions qu’une complète indifférence pour ce qu’il s’est plu de nous communiquer ! Pourquoi Dieu fit-il connaître à Abraham ce qu’il allait faire à Sodome ? Était-ce pour qu’Abraham pût s’enfuir de cette ville, échapper à son jugement ? Était ce que ce jugement concernât personnellement le patriarche ? En aucune manière. La fidélité d’Abraham envers Dieu l’avait gardé éloigné de Sodome ; ses affections célestes, et sa marche l’avaient tenu éloigné de la scène sur laquelle allaient fondre les jugements de Dieu. Quelle fut donc la raison pour laquelle Dieu lui donna communication de la sentence prononcée contre Sodome ? La voici : «Et l’Éternel dit : Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ?» (Gen. 18:17). Abraham était si aimé de Dieu ; il réalisait si bien sa position ou son caractère d’ami de Dieu, que Dieu ne pouvait point avoir de secrets pour son ami. Abraham eût bien mal reconnu un tel amour, s’il se fût permis de dire : «Je n’ai que faire de ces choses ; je n’ai point de relation avec Sodome, dont le jugement ne me regarde pas ; aussi ne puis-je y prendre aucune espèce d’intérêt». Et quand Jésus nous dit : «Je ne vous appelle plus esclaves, car l’esclave ne sait pas ce que son maître fait ; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai ouï de mon Père» (Jean 15:15), quelle est la seule réponse convenable de nos coeurs à de telles paroles ? N’est-ce pas une attention pleine de respect et d’adoration, lorsque Christ, dans l’amour qui nous a ainsi rendus ses amis, nous révèle ce qu’il a entendu de son Père ? Si un secrétaire d’État, ou quelque personnage occupant un emploi supérieur dans le gouvernement, était sur le point de vous confier quelque secret relatif à l’administration des affaires, avec quelle attention vous l’écouteriez ! Et s’il vous disait : «Vous êtes pour moi un ami si cher que je ne puis rien vous cacher», avec quel redoublement d’intérêt vous prêteriez une oreille attentive à des communications précédées de telles paroles ! Mais ici nous avons Dieu lui-même, le Tout-Puissant gouverneur de toutes choses, et le Seigneur Jésus-Christ, établi d’avance pour administrer le gouvernement de Dieu dans le siècle à venir, qui nous traitent comme des «amis», en nous annonçant ce qui doit arriver, non pas dans le gouvernement d’une province ou d’une nation, mais dans cet immense ébranlement, qui va ôter l’administration du pouvoir et de l’autorité aux mains infidèles de tous ceux auxquels elle avait été déléguée, et la remettre entre les mains de Celui qui s’est abaissé lui-même pour devenir le fidèle serviteur. C’est à lui qu’«a été donné un nom au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus se ploie tout genou, des êtres célestes, terrestres et infernaux, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père» (Phil. 2:10-11). Si Dieu nous a parlé de ces grandes choses, mes frères, s’il nous a dit par quels moyens il les accomplira, s’il nous a fait connaître les résultats bénis qui en découleront, soit pour ceux qui seront au ciel, soit pour ceux qui seront sur la terre, pourrions-nous bien écouter sans intérêt les communications que Dieu nous fait à cet égard ?
Si l’on disait : «Oui, mais les paroles de Jean 15:15, étaient adressées aux disciples de notre Seigneur et ne s’appliquent qu’à eux», eh bien ! Répondrions-nous, prenez Éph. 1:8-10, où, s’adressant à toute l’Église et après avoir parlé des richesses de la grâce de Dieu, l’apôtre dit : «Laquelle il a fait abonder envers nous en toute sagesse et intelligence, nous ayant fait connaître le mystère de sa volonté selon son bon plaisir, qu’il s’est proposé en lui-même pour l’administration de la plénitude des temps, savoir de réunir en un toutes choses dans le Christ, les choses qui sont dans les cieux, et les choses qui sont sur la terre». Ce ne sont donc pas seulement les douze apôtres, ou les disciples de Jésus pendant sa vie ici-bas, qui ont été admis à ce degré de confiance et d’intimité ; mais c’est sur l’Église tout entière que Dieu a fait abonder sa grâce en toute sagesse et intelligence, en lui faisant connaître le mystère de sa volonté. Pouvons-nous donc mépriser ce privilège et négliger les communications dont nous sommes honorés, en raison même de ce privilège ?
De plus, l’importance pratique et l’influence morale de l’étude de la Prophétie, convenablement faite, sont une puissante considération pour la recommander à nos âmes. Je sais que l’on objecte souvent à l’étude de la Prophétie, qu’elle est toute spéculative, et l’on ajoute que l’on préfère ce qui est pratique. Rien pourtant ne peut être plus pratique. Permettez-moi de vous demander ce qui produit la pratique chrétienne, la conduite chrétienne ? Certes, ce ne sont pas des ordonnances ni des préceptes. En effet, la loi disait : Tu feras ceci, et tu ne feras pas cela ; elle ne connaissait d’autre langage que celui de la sévère autorité qui exige. Mais nous savons tous que la loi, tout en étant par elle-même sainte, juste et bonne, était faible par la chair et qu’elle ne pouvait nullement obtenir de pécheurs tels que nous, l’observation de ses saints commandements. L’Évangile procède d’après un principe totalement différent. Il s’adresse à nous comme à des êtres perdus et nous révèle la plénitude de la grâce de Dieu ; puis il nous fait voir comment cette grâce a trouvé, dans la rédemption par le Christ Jésus, un canal dans lequel elle peut, saintement et justement, se répandre en flots d’une miséricorde qui pardonne, guérit, vivifie le plus vil et le plus méchant des pécheurs. Il nous fait considérer comment «Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, et ne leur imputant pas leurs fautes» (2 Cor. 5:19). Ceux qui écoutent et entendent l’Évangile avec des coeurs croyants, reçoivent la vie éternelle. Leurs chaînes tombent, l’esclavage du péché cesse pour eux. Le coeur est mis au large et en liberté par la connaissance de l’amour de Dieu ; et le Saint-Esprit, qui a appliqué l’Évangile à l’âme avec cette puissance vivifiante, vient habiter dans cette âme comme un Esprit d’adoption, criant : «Abba ! Père !» Voilà ce qui, de soi-même, dans une mesure considérable, produit une vraie pratique chrétienne. L’homme, qui est né de Dieu, qui connaît la grâce du Christ et l’amour du Père, par le témoignage de l’Esprit de Dieu habitant en lui, est sûr d’agir, à un haut degré, comme il convient à un chrétien. La paix qui est en lui, la joie qui remplit son coeur ; l’amour pour Dieu et l’affection pour le Sauveur que le Saint-Esprit a produits en lui, doivent nécessairement se manifester par des moeurs et une conduite qui y correspondent plus ou moins. Mais à mesure qu’il avance dans la carrière et la connaissance chrétiennes, il a besoin de quelque chose de plus. Un petit enfant peut avoir la vie, les rapports avec ses parents et les affections d’un enfant ; tout cela peut s’exprimer spontanément au dehors jusqu’à un certain point : mais à mesure qu’il croit vers l’état d’homme fait, il faut que son caractère se montre, que son intelligence se développe, que ses inclinations se forment et se soumettent, que ses affections se prononcent et soient bien réglées dans ses relations avec son père ; et cela s’opère par le moyen de toutes les instructions positives qu’il plaît au père de lui donner. Il a tout particulièrement besoin des enseignements de son père quant à l’avenir, et, de fait, l’enfant est instruit et élevé conformément aux intentions de son père et à ses propres espérances pour l’avenir. Il en est de même du chrétien. Chaque croyant est un enfant de Dieu. Chacun d’eux a la vie d’un enfant — les rapports d’un enfant avec son père — les affections d’un enfant. Cette vie, ces rapports, ces affections s’expriment spontanément au dehors, quoique plus ou moins chez chaque enfant de Dieu. Mais à mesure que nous avançons, nous avons toujours plus besoin de toute la lumière que le Père a manifestée dans sa Parole ; nous avons besoin que cette lumière soit répandue dans nos coeurs et dans nos consciences par le Saint-Esprit, ce divin Docteur, à la discipline duquel nous sommes confiés, pour former notre caractère et régler nos voies selon la volonté de notre Père.
N’oublions pas que c’est à une obéissance intelligente et à un service intelligent, que nous sommes appelés : «Ne soyez pas sans intelligence, mais comprenez quelle est la volonté du Seigneur» (Éph. 5:17). Un serviteur peut entendre son maître lui dire : Fais ceci, ou ne fais pas cela, — et n’avoir aucune connaissance des vrais motifs de son maître dans l’un ou dans l’autre cas. Mais l’enfant, quoique dix fois plus obligé à une obéissance implicite et absolue, obéit d’une tout autre manière. On a lieu d’attendre de lui que, vu la grande connaissance qu’il a du caractère et des habitudes de son père, vu aussi les communications qui lui ont été faites des desseins et des plans de ce père, il comprenne comme par intuition ce qui plaira à son père, ce qui le réjouira. Or comment pourrions-nous servir ainsi notre Père, si nous négligeons la plus grande partie de cette parole, dans laquelle il a daigné nous développer ses pensées, nous révéler ses plans, et nous faire connaître le moyen par lequel il veut se glorifier lui-même en Christ, en répandant ainsi sa propre lumière sur toute la scène qui nous entoure — scène qui constitue la sphère dans laquelle nous sommes appelés à marcher de manière à plaire à Dieu et à le glorifier ? Rien, non, rien ne peut être plus pratique que l’étude de la Prophétie.
Puis quel est, parmi les chrétiens, l’un des résultats de la négligence de la Prophétie, que nous ne pouvons que trop contempler autour de nous ? Ne sommes-nous pas souvent témoins de cas tels que celui-ci ? Au milieu de sa carrière de mondanité et d’oubli de Dieu, un homme est soudain arrêté par une puissante conviction de péché. Tant que dure la force de cette conviction, et qu’il vit dans la crainte journalière de la condamnation éternelle qu’il a méritée, ses craintes mêmes et ses anxiétés lui font plutôt redouter que rechercher la Parole, où il ne sait lire que menaces et sentences de mort. Mais bientôt, s’il persévère, nous le voyons consacrer à la prière et à la lecture de la Bible le temps et l’énergie qu’il consacrait naguère au monde et à ses vanités ; nous le voyons chercher, par tous les moyens qu’il peut imaginer, la paix pour sa conscience troublée. Peu à peu il est amené à comprendre et à croire l’Évangile, et maintenant il voit que tout ce qu’il s’est vainement efforcé de faire, Christ l’avait fait pour lui, il y a plus de dix-huit cents ans, quand il mourut sur la croix, faisant ainsi la paix par l’aspersion de son sang. L’effet produit sur l’âme de cet homme par cette découverte, nous le connaissons tous, mes frères. Ses angoisses et ses craintes prennent fin. Il est rempli «de toute joie et paix en croyant» (Rom. 15:13). Ce qui précédemment pesait sur sa conscience comme un fardeau insupportable, en lui donnant le dégoût de la Parole, est maintenant éloigné. Son âme est heureuse — son coeur est libre et au large. Eh bien ! qu’est-ce qui va suivre ? Hélas ! qu’il est souvent pénible d’avoir à compléter ce tableau ! En effet, combien n’arrive-t-il pas fréquemment que le coeur, ainsi mis au large par la grâce qui pardonne et par l’amour rédempteur, retourne bientôt aux habitudes mondaines, aux pensées et aux préoccupations terrestres, dont la conviction de péché l’avait pour un temps détourné : précisément comme si Christ l’avait affranchi pour la mondanité et le lucre ! Sans doute, il peut y avoir quelques légères différences entre la manière dont le monde et ses avantages sont recherchés maintenant, et la manière dont ils l’étaient autrefois avant que cette âme fût arrêtée dans sa course mondaine par une puissante conviction de péché. Il peut y avoir plus de conscience quant au choix et à l’emploi des moyens ; peut-être aussi la consécration à Dieu, du moins on le pense, d’une partie plus ou moins considérable des bénéfices ou de la fortune. Néanmoins, quant au train général de la vie, il est évidemment le même qu’avant la conversion, — le même que celui du monde si affairé qui l’entoure. Comment cela se peut-il ? D’où vient que ce cas soit si commun ? En voici l’explication : Plusieurs apprennent et savent de quoi ils sont sauvés, sans en venir jusqu’à apprendre et savoir pour quoi ils sont sauvés. Ils savent par qui ils sont sauvés, sans avoir compris que l’espérance et l’attente de son retour nous conviennent tout autant que la confiance en l’oeuvre qu’il a accomplie. Il faut que le coeur ait un objet d’attente ou d’espérance ; il est impossible à l’homme de ne pas agir en vue de l’avenir. Si nous n’avons pas devant les yeux l’objet que Dieu nous présente, nous en aurons nécessairement quelque autre. Si ce n’est pas la parole de Dieu qui nous guide dans l’intelligence de l’avenir ; si nous ne sommes pas conduits à agir en vue de cet avenir tel que cette parole nous le fait connaître, nous le remplirons des visions de nos propres imaginations ou de celles que nous fourniront les spéculations d’autrui. L’ordre et le train de notre vie seront toujours en rapport avec l’avenir que nous attendrons. Aussi de quelle immense importance est l’étude de la Prophétie, et comme elle est éminemment pratique !
Examinons maintenant quelques-unes des objections ordinaires, élevées par des chrétiens contre cette étude. On dit qu’elle n’est pas essentielle au salut. Mais est-ce assez pour nous de savoir que nous sommes sauvés ? Ne devons-nous rien à Celui qui nous a sauvés ? N’y a-t-il ni intérêt, ni importance pour nous à savoir comment il entend se glorifier en Jésus, et à apprendre par là même comment nous pouvons le glorifier pendant que nous sommes ici-bas ? Hélas ! il a bien sujet de douter de son salut, celui qui ne se soucie d’autre chose que de savoir qu’il est sauvé.
On dit que l’étude de la Prophétie est purement spéculative. Nous avons déjà répondu à cette assertion. Toutes les anticipations de l’avenir, puisées à une autre source, ne sont que de pures spéculations. Celles que l’on puise dans la parole prophétique de Dieu sont de sobres réalités, des faits certains. Quant à l’allégation que cette étude n’est pas pratique, nous l’avons aussi examinée déjà. Il n’est rien qui soit plus pratique. L’Évangile fournit les motifs de la conduite chrétienne. Le Saint-Esprit, engendrant en nous par l’Évangile une vie nouvelle, et habitant en nous pour l’affermir et la diriger, est la puissance nécessaire à la conduite chrétienne. La Prophétie révèle l’objet de la conduite chrétienne, et nous donne, de la façon la plus exacte, le jugement de Dieu sur le monde qui nous entoure, au milieu duquel cette conduite doit se manifester. Elle nous montre que, tout comme Christ ressuscita d’entre les morts, non pas pour monter immédiatement sur un trône terrestre et gouverner un peuple terrestre, mais (après être resté assez longtemps pour certifier à ses disciples le fait de sa résurrection) pour s’élever à la droite de Dieu ; de même nous, affranchis par sa mort de la coulpe et de la condamnation, ressuscités avec lui en tant que participants de sa vie, nous ne sommes pas laissés ici-bas pour rechercher les choses d’en bas et pour marcher selon le train de ce monde qui gît tout entier dans le méchant et qui va être frappé par les jugements de Dieu, au retour de ce Jésus, le méprisé et le rejeté du monde ; mais après avoir, pendant quelque temps, témoigné que Christ est réellement ressuscité, nous devons être enlevés à sa rencontre en l’air ; et en attendant, comme des étrangers et des voyageurs sur la terre, dans une sainte séparation d’avec le monde, nous avons à rechercher les choses qui sont en haut, où Christ, notre vie, est assis à la droite de Dieu. Et de peur que nos coeurs ne soient attirés par la beauté apparente et le faux éclat de la scène qui nous entoure, la Prophétie nous révèle le jugement de Dieu sur le caractère et la condition morale de cette scène ; elle nous expose le développement et la maturité finale de l’iniquité, vers lesquels ce monde tend ; elle nous prédit les jugements solennels dont il sera frappé, afin d’amener l’établissement du règne paisible de Jésus et de ses saints. Peut-il y avoir rien de plus pratique que tout cela ?
Il est pourtant deux objections, auxquelles il convient d’accorder un peu plus d’attention. L’une consiste à rappeler les extravagances, dans lesquelles, dit-on, plusieurs sont tombés en s’occupant trop de la prophétie non accomplie. On nous cite les Anabaptistes et les hommes de la Cinquième Monarchie dans le passé ; on nous parle de Southcote, d’Irving et des Mormons de nos jours. On allègue l’exemple des affreuses erreurs dans lesquelles sont tombés ces personnages, comme un avertissement à nous garder même de l’idée d’étudier la Prophétie. Mais examinons cette objection. Si elle prouve quelque chose, elle prouve trop. On prétend que nous ne devons pas étudier la Prophétie, parce que des hommes égarés et fanatiques en ont fait un mauvais usage. Mais si l’abus de quelque chose est un argument concluant contre son usage, ce n’est pas des écritures prophétiques seules que nous devrions nous abstenir, mais de la parole de Dieu tout entière. En effet, de quelle partie de cette parole pourrait-on affirmer, qu’elle n’a pas été tordue ou pervertie par des gens égarés ou par de hardis séducteurs, dans un mauvais but ? En outre, tous ou à peu près tous ceux dont le caractère est là pour nous avertir des soi-disants dangers de l’étude de la Prophétie, ont prétendu avoir reçu de nouvelles révélations. Ils se sont érigés eux-mêmes en prophètes. Ce qui caractérise ces docteurs fanatiques, ce n’est pas l’étude sobre, sérieuse, patiente, faite avec prières, de ce qui est déjà révélé dans la parole de Dieu ; mais bien plutôt la prétention d’avoir reçu eux-mêmes des révélations nouvelles. Mes frères, ce que je désire pour vous, ce n’est pas que vous soyez de semblables prophètes, ni que vous receviez un enseignement quelconque de la part de quelqu’un qui se donnerait comme prophète. Au contraire, c’est pour vous garantir de pareilles séductions que je vous invite à prêter l’attention la plus sérieuse aux enseignements des pages prophétiques de la sainte parole de Dieu. Le fait est que l’objection que nous examinons, non seulement prouve trop pour ceux qui la font, mais encore prouve précisément l’opposé de ce qu’elle est destinée à prouver. Au lieu de démontrer qu’il faut négliger la Prophétie, elle démontre qu’il faut l’étudier — avec calme, avec prière, dans une parfaite dépendance de l’Esprit de Dieu, sans doute, — mais enfin l’étudier. Qu’est-ce qui donne aux séducteurs, auxquels nous avons fait allusion, la redoutable influence qu’ils possèdent ? C’est l’ignorance — l’ignorance, trop générale parmi les chrétiens, des sujets amplifiés par ces séducteurs. Où est-ce qu’un homme est le plus exposé à se laisser égarer ? Est-ce dans un chemin qu’il parcourt tous les jours, dans un chemin qui, d’un bout à l’autre, lui est aussi familier que son cabinet ? Non, la nuit peut être fort obscure et le chemin très embarrassé ; il le connaît trop bien pour s’y fourvoyer. Mais ce sera dans quelque région inconnue, où tous les chemins et les sentiers sont nouveaux pour lui, et où, de plus, de profondes ténèbres enveloppent et recouvrent toute la contrée. C’est là qu’un feu follet peut conduire le voyageur dans une fondrière, ou qu’un guide menteur et traître peut l’amener, par une suite de détours, dans une caverne de voleurs. Il en est de même avec la parole de Dieu. Ce n’est pas au moyen des portions, de cette parole, qui nous sont le mieux connues, que Satan et ses émissaires parviennent à nous égarer. Mais s’il y reste quelque champ de vérité avec lequel les chrétiens soient peu familiers ; quelque partie considérable des Écritures vouée, comme les livres prophétiques le sont généralement, à la négligence et à l’oubli ; c’est de ce côté que le tentateur déploiera son adresse pour attaquer. En attirant l’attention sur quelque détail frappant de ces passages négligés, il fait sentir aux chrétiens combien ils ont été ignorants jusqu’alors ; ils discernent maintenant quelques vérités qu’ils n’avaient point aperçues précédemment. Mais hélas ! Satan ne s’en sert que comme d’une amorce pour dissimuler l’hameçon de quelque erreur funeste qu’il trouve moyen de cacher au milieu de ces vérités mêmes, longtemps laissées de côté et maintenant, en apparence, recouvrées. Mes frères, c’est la négligence de la parole de Dieu qui tient la porte grande ouverte à l’ennemi. C’est la négligence de la parole prophétique, qui fait que les croyants sont si aisément la proie de tout séducteur qui prétend avoir une lumière sur la Prophétie. Que le Seigneur nous fasse la grâce de recevoir instruction du passé à cet égard ! Ayant nos reins ceints de la vérité, et prenant l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu, puissions-nous être gardés de toutes les machinations du Diable ; puissions-nous être rendus capables de résister au mauvais jour et de tenir ferme, après avoir tout surmonté !
Mais il est une autre objection plus subtile et qui, sur une certaine classe de chrétiens, exerce peut-être plus d’influence que la précédente. La voici : On allègue que le principal sinon le seul usage de la Prophétie est, après l’événement, de démontrer la vérité de Dieu, et de faire voir sa fidélité en accomplissant sa parole. On dit : «Ah ! vous ne pouvez comprendre la Prophétie qu’autant que les événements qu’elle prédit sont arrivés. C’est là la seule clé qui puisse l’ouvrir à nos yeux, et ce n’est qu’ainsi que l’on voit comment Dieu a parlé et accompli sa parole. Mais il est inutile d’examiner la Prophétie avant cela». Telle est l’objection. Que la Prophétie accomplie ait ce résultat, personne, sans doute, ne pense à le nier. Oui, la Prophétie accomplie peut être employée de la manière alléguée ci-dessus. Mais affirmer, en parlant de la Prophétie non accomplie, que le principal profit ne peut en être retiré qu’après l’événement, c’est aller directement contre les déclarations les plus positives de la parole de Dieu. Voyez 2 Pier. 1:19 : «Nous avons la parole prophétique plus ferme à laquelle vous faites bien d’être attentifs». Quand ? — Est-ce quand les événements ont été accomplis, et qu’ainsi la lumière répandue sur la Prophétie démontre avec évidence que Dieu a dit la vérité ? Est-ce seulement alors qu’il faut s’attacher à la Prophétie ? — Non : «à laquelle vous faites bien d’être attentifs comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour ait commencé à luire, et que l’étoile du matin se soit levée dans vos coeurs». La Prophétie est donc comparée à une lampe, qui éclaire les pieds du voyageur dans un sombre et affreux sentier. Ce n’est pas une chandelle, que l’on élève vers le soleil, pour démontrer que le soleil brille au milieu du jour. Si la principale utilité de la Prophétie non accomplie ne se manifeste qu’après l’événement, cette utilité ne peut s’appliquer qu’aux justes ou aux méchants : or, ce ne peut être aux méchants ; il est trop tard pour eux de profiter de prédictions qui ont été accomplies par leur destruction. Le déluge prouva la vérité de la parole de Dieu annoncée par Noé ; mais il la prouva trop tard pour que cela pût, en rien, être utile au monde coupable qui périt, parce qu’il n’avait pas prêté l’oreille auparavant aux avertissements du prédicateur de la justice. Et quant aux justes, assurément ils n’ont pas besoin de l’accomplissement des prophéties, pour être convaincus que Dieu dit la vérité. Si nous ne croyons pas cela, nous ne sommes pas chrétiens. Non, mes frères, nous n’avons pas besoin de voir la Prophétie accomplie, pour être certains de la vérité de Dieu. Mais nous avons besoin de toute la lumière qu’elle répand sur notre route et sur le monde qui nous environne, pour arriver, à travers tant de labyrinthes, à cette ville habitable qu’elle nous révèle, comme la patrie où nos pauvres coeurs trouveront le repos, comme notre éternelle et bienheureuse demeure.
Quelques mots suffiront pour indiquer «l’esprit que l’on doit apporter à l’étude de la Prophétie». Le chapitre 6 d’Ésaïe nous présente, sur ce sujet, toute l’instruction dont nous avons besoin. Il renferme la préparation d’Ésaïe lui-même à la charge solennelle de prophète. La préparation nécessaire pour l’étude de la Prophétie est, sans doute et moralement, du même caractère : ce ne sont pas les facultés intellectuelles, une promptitude naturelle à comprendre les choses, ni la précision du jugement. Quand c’est Dieu qui enseigne, et que ce sont des pécheurs sauvés par grâce qui sont enseignés, l’oeuvre préparatoire est morale et spirituelle. La Prophétie n’est point destinée à fournir des aliments aux imaginations curieuses, ni un champ sur lequel puissent s’exercer les capacités intellectuelles. Elle s’adresse à la foi, pour être simplement reçue par elle comme la parole de Dieu, et pour s’identifier ainsi à la vie même de l’homme intérieur, en nous humiliant aux pieds de Dieu, en nous sevrant du monde, en nous mettant en état, tout à la fois, de mépriser ses attraits et de demeurer calmes et paisibles au milieu de ses bouleversements, parce que nous savons d’avance quelle sera la fin de sa carrière de vanterie et d’orgueil, et que nous connaissons, d’un autre côté, ce que Dieu a préparé pour la délivrance et la bénédiction des siens — les uns au-dessus et d’autres au milieu de l’ébranlement universel. Qu’est-ce qui peut nous rendre vraiment capables d’entreprendre et de poursuivre l’étude de pareils sujets, si ce n’est quelque chose d’analogue à ce qui se fit pour le prophète ? Arrêtons-nous un instant là-dessus.
«L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône haut et élevé, et les pans de sa robe remplissaient le temple». «Saint, saint, saint est l’Éternel des armées ; toute la terre est pleine de sa gloire !» tel est le cri qui sort des lèvres des séraphins, adorant humblement l’Éternel. Quel effet produit sur le prophète cette vision de la gloire ? Elle flétrit aussitôt tout orgueil et toute beauté de la chair. En présence de cette gloire, le prophète acquiert le plus profond discernement de son propre état de péché et d’abjection, et de celui de son peuple au milieu duquel il demeure. «Et je dis : Malheur à moi ! car je suis perdu ! car moi, je suis un homme aux lèvres impures, et je demeure au milieu d’un peuple aux lèvres impures ; car mes yeux ont vu le roi, l’Éternel des armées !» Voilà ce dont nous avons besoin aussi bien que le prophète. Il faut pour nous, comme pour lui, que la chair soit flétrie, avec toute confiance en nous-mêmes et tout sentiment de propre importance ; il faut que nous aussi nous comprenions ce que nous sommes en tant que pécheurs, en la présence d’un Dieu saint ; cela nous est indispensable pour parcourir impunément les scènes que la Prophétie déploie devant nous. Ce sont des scènes de jugement, de désolation, puis de splendeur et de gloire ; et nous ne pourrions pas les traverser par la pensée en les étudiant, sans être enflés par ce surcroît de science, si ce n’est pas en présence du resplendissement de la gloire de Dieu que nos coeurs se livrent à cette étude. Ce resplendissement, nous le discernons par la foi, il fut révélé au prophète par la vue. Oui, nous avons besoin de cette connaissance de nous-mêmes, de notre profonde corruption, au point de nous détester et de nous abhorrer nous-mêmes ; sinon nos coeurs vains et orgueilleux convertiraient l’intelligence même que nous aurions de la Prophétie, en moyen de nous élever au-dessus de nos frères. Ésaïe s’identifie avec sa nation. Il reconnaît, d’une part, qu’il est un homme aux lèvres impures et d’une autre, qu’il demeure au milieu d’un peuple aux lèvres impures. Que le Seigneur nous accorde, en présence de sa gloire, cette vraie contrition de coeur !
Mais le prophète n’est pas laissé là. La grâce lui est présentée, pour lui faire connaître que son iniquité est ôtée et que la propitiation est faite pour son péché. De même avec nous : quand à un coeur brisé se joint la connaissance de la grâce qui l’apaise ; quand non seulement nous contemplons «le Roi, l’Éternel des armées», mais que nous voyons de plus combien il s’est abaissé à la crèche, au jardin, à la croix ; quand nous le considérons sur cette croix, et que nous lisons un plein et parfait pardon dans son côté percé, que nous l’entendons dans le cri qu’il pousse en rendant l’esprit ; alors c’est avec un coeur affranchi et heureux dans l’amour de Dieu, et pourtant complètement brisé et humilié, que nous pouvons nous mettre à l’étude de la parole prophétique, et porter nos regards en avant sur ces scènes de jugement, qui nous disent ce que nous avions mérité, ce que nous aurions incontestablement dû subir, si la grâce n’était pas intervenue en notre faveur.
Vient ensuite une autre question : «Et j’entendis la voix du Seigneur qui disait : Qui enverrai-je, et qui ira pour nous ?» «Me voici envoie-moi», telle est aussitôt la réponse du prophète. L’humilité, le dégoût et la défiance de soi-même que rien ne peut produire, si ce n’est la contemplation (par la foi dans notre cas — par la vue dans celui du prophète) de la gloire du Seigneur ; l’assurance simple et bénie de la purification des iniquités et de la rémission des péchés, assurance que l’Évangile apporte et procure ; et la disposition à accepter promptement tout message, et à entreprendre tout service qu’il peut plaire à notre Seigneur et Sauveur de nous prescrire : ces trois traits caractérisent la grande préparation morale du coeur par l’Esprit de Dieu, pour l’étude de la Prophétie. Assurément, il y aura toujours une exacte proportion entre la mesure dont ces dispositions seront produites en nous et cultivées par nous, et celle dont nous recevrons, d’une manière profitable, la communication des pensées de Dieu sur l’avenir, telle qu’elle est contenue dans la parole prophétique.
Quant à l’esquisse générale du témoignage prophétique que nous avons annoncée, elle doit être extrêmement succincte. Dès le début, il est une vérité essentielle que l’on doit poser et admettre en plein : Dieu est son propre but ou son propre objet. C’est pour sa propre gloire, et non pour un but inférieur quelconque, qu’il agit. Quelle que soit la sphère de ses opérations, quelles qu’en soient les voies, ceci demeure constamment vrai : «De lui, et par lui, et POUR lui, sont toutes choses ! À lui soit la gloire éternellement» (Rom. 11:36). Puis, comme Christ est Dieu manifesté en chair, la Parole incarnée aussi bien qu’éternelle, par laquelle et pour laquelle toutes choses ont été faites, et toutes choses subsistent, Lui, Christ, est le seul être en qui toute gloire de Dieu est accomplie et déployée. Or c’est à Lui que le Saint-Esprit rend témoignage : «Celui-là me glorifiera», dit notre Seigneur. Christ est le centre et l’objet de tous les conseils, de toutes les voies et de tous les actes de Dieu. Aussi, pour en revenir à notre sujet, tout l’ensemble du témoignage prophétique est ainsi résumé par l’apôtre Pierre qui, parlant des prophètes de l’Ancien Testament, les représente comme «recherchant quel temps ou quelle sorte de temps, l’Esprit de Christ qui était en eux indiquait, rendant par avance témoignage des souffrances qui devaient être la part de Christ, et des gloires qui suivraient» (1 Pier. 1:11). Il est clair que les prophéties, qui se rapportaient aux souffrances du Christ, ont été accomplies ; et quant à sa gloire personnelle dans sa résurrection d’entre les morts et dans sa séance à la droite de Dieu, — les prédictions relatives à ces événements ont été accomplies aussi. Mais la manifestation de ses gloires au monde est encore entièrement à venir. Le monde n’a plus revu le Sauveur depuis le moment où son corps fut descendu de la croix et placé dans le sépulcre d’un riche. Et quant à l’intérêt que le monde y prend, peu lui importerait que Jésus fût demeuré là. Mais il n’en est pas ainsi de ceux qui ont été séparés du monde par la bonne nouvelle de la mort et de la résurrection de Jésus, et du salut accompli par elles. Ce sont eux qui, maintenant, participent à la communion de ses souffrances, étant rendus conformes à sa mort. Sa parole nous assure que, «si nous souffrons avec lui, nous régnerons aussi avec lui», et encore que, «si nous souffrons avec lui, c’est afin que nous soyons aussi glorifiés avec lui», ce qui aura lieu quand il reviendra. Or ce retour du Seigneur peut arriver à chaque moment. Quand ce moment sera là, «le Seigneur Jésus lui-même, avec un cri de commandement, avec une voix d’archange, et avec la trompette de Dieu, descendra du ciel ; et les morts en Christ ressusciteront premièrement ; puis nous, les vivants qui demeurons, nous serons ravis ensemble avec eux dans les nuées, à la rencontre du Seigneur, en l’air ; et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur» (1 Thes. 4:16, 17). Notre prochaine Méditation présentera les preuves, tirées de l’Écriture, qui démontrent que cet enlèvement est antérieur au millénium, auquel il sert d’introduction. Je suis convaincu qu’il y a différentes étapes dans la venue du Christ. C’est un seul acte, mais dont l’accomplissement se compose de scènes distinctes et successives. Permettez-moi d’expliquer ma pensée par un exemple familier. Supposez que, lors de la venue des juges pour tenir les assises dans une ville, les autorités municipales de cette ville sortent pour aller au-devant d’eux ; s’ils s’arrêtaient ensemble à l’endroit où les deux compagnies se rencontrent, et même s’ils demeuraient là assez longtemps pour s’entretenir les uns avec les autres, et qu’après cela les juges se remissent en route, accompagnés maintenant par ceux qui sont sortis à leur rencontre, — il n’y aurait qu’une seule arrivée des juges, quoique répartie en deux stations distinctes. Eh bien ! je crois que c’est ainsi que l’Écriture nous présente la venue de notre Seigneur. Il descend dans l’air, et l’Église est glorifiée et enlevée à sa rencontre. Les noces de l’Agneau, nous est-il dit, ont lieu dans le ciel, Puis il vient, accompagné ou suivi par l’Église — par ses saints ressuscités et glorifiés — pour exécuter le jugement sur les méchants ici-bas. Mais entre ces deux stations du retour du Seigneur, il s’écoule un intervalle assez long, non seulement pour les noces de l’Agneau dans le ciel, mais aussi pour la préparation, sur la terre, des choses et des hommes qu’il devra juger. Aussitôt que l’Église a été ravie à la rencontre du Seigneur en l’air, Dieu commence à agir de nouveau au milieu de son peuple terrestre, les Juifs. Une partie d’entre eux rentrent dans leur pays et s’y établissent, mais dans un état d’incrédulité. Un résidu parmi eux a le coeur tourné vers le Seigneur ; il éprouve un profond repentir de toutes leurs iniquités, nationales et individuelles. Les nations ou les Gentils, livrés à l’erreur, au moins ceux qui se trouvent dans les limites du quatrième grand empire, celui de Rome, ayant la forme de la piété, mais en ayant renié la puissance, — maintenant que la vraie Église a été enlevée au ciel, — rejettent ouvertement le nom même de Christ, et reçoivent à sa place le grand ennemi qui, dans son orgueil, ose braver et défier Dieu, et qui, par «l’homme de péché», «l’antichrist», «le fils de perdition», contraint ou cherche à contraindre tous les hommes à l’adorer, et à prendre sa marque sur leurs fronts et sur leurs mains. Ceux qui lui résistent, il les tue ; — ceux qui l’adorent doivent boire du vin du courroux de Dieu, versé pur dans la coupe de sa colère. Il y aura des hommes, certainement plusieurs parmi les Juifs, et probablement aussi parmi les Gentils, dont Dieu aura touché le coeur, à tel point qu’ils refuseront, avec une fermeté inébranlable, d’adorer la Bête ou son image ; et un grand nombre de ces fidèles témoins seront mis à mort par l’antichrist. D’autres, étant rendus attentifs aux avertissements du Seigneur en Matt. 24:15, etc. s’enfuiront, quand ils verront le signe dont il est parlé dans ce passage, et ils échapperont. Ce sera un temps de tribulation, «telle qu’il n’y en a point eu depuis le commencement du monde, jusqu’à maintenant, et qu’il n’y en aura jamais» (Matt. 24:21). Quoi qu’il en soit, les Juifs étant foulés et opprimés à Jérusalem et en Judée, toutes les nations étant rassemblées en bataille contre Jérusalem — les premiers se trouvant dans la plus extrême détresse, n’ayant plus d’espérance, et se voyant sur le point d’être entièrement engloutis — soudain, «comme l’éclair», le Fils de l’homme paraîtra, accompagné de tous ses saints ; l’homme de péché sera détruit par la manifestation de la venue de Jésus ; les armées réunies autour de Jérusalem seront exterminées, et le pauvre résidu Juif opprimé sera délivré de la main de ses ennemis. Des jugements terribles seront infligés à toutes les nations d’alentour, et même à toutes les nations de la terre ; jugements différant de sévérité, selon le degré de lumière dont chacun aura abusé. Ceux des Juifs, qui n’étaient pas rentrés dans leur terre précédemment, y seront reconduits en triomphe. Les dix tribus, longtemps perdues, seront retrouvées et ramenées par la main de Dieu lui-même dans leur pays. Jérusalem restaurée deviendra le trône de l’Éternel sur la terre. Du lieu même, où les jugements de Dieu et la présence du Seigneur auront été particulièrement manifestés, des messagers seront dépêchés au loin à toutes les nations épargnées de la terre. Lorsque les jugements de Dieu sont en la terre, les habitants de la terre habitable apprennent la justice. Tous les méchants obstinés seront retranchés. Le reste des hommes sera converti, car la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel. Satan sera lié et jeté dans l’abîme pour mille ans, afin que, pendant tout ce temps, il n’égare plus les nations. Christ et ses saints glorifiés régneront, dans une pleine et entière bénédiction, sur toute la terre, leur demeure spéciale de félicité et de joie étant dans le ciel. La création elle-même sera délivrée de l’esclavage de la corruption, pour avoir part à la glorieuse liberté des enfants de Dieu. Le monde, affranchi du joug de Satan, et heureux sous le règne de Christ et de ses saints, moissonnera les fruits résultant de la réponse à cette prière, prononcée tant de milliers de fois par tant de milliers de lèvres : «Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel !» Et tout cela durera mille ans. Puis Satan sera délié pour un peu de temps, et il sortira une fois encore et séduira les nations. Le feu descendra du ciel de la part de Dieu, pour dévorer ceux que le Diable aura ainsi assemblés. Alors le grand trône blanc est placé. Les méchants morts, qui ne sont pas ressuscités au commencement du millénium, sont tirés hors de leurs tombeaux pour comparaître en jugement. Tous ceux qui ne sont pas trouvés écrits dans le livre de vie de l’Agneau, sont jetés dans l’étang de feu, qui est la seconde mort. La terre et le ciel s’enfuient. Christ remet le royaume au Père. Un ciel nouveau et une terre nouvelle, où il n’y a plus de mer, sont créés. Sur cette terre nouvelle descend la nouvelle Jérusalem, l’Église glorifiée ; alors Dieu sera tout en tous.
Telle est l’esquisse la plus abrégée possible de ce sujet de toute importance. Quant aux détails de ces divers points, et aux preuves scripturaires de ce que j’ai affirmé, je ne puis que vous renvoyer à la parole de Dieu, et, en particulier, aux passages de cette Parole que nous aurons occasion de mettre en avant dans les Méditations subséquentes. Le but de cette esquisse est simplement de vous donner une idée générale des sujets que nous nous proposons d’étudier et de démontrer. Que la bénédiction du Seigneur nous soit accordée. Amen.
T. Smith (York, mars / avril 1851)
La Méditation de ce soir est, comme nous l’avons annoncé, destinée à prouver que la seconde venue de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ doit précéder le millénium.
Avant de commencer à vous exposer les preuves de cette assertion, preuves, pour ainsi dire, innombrables dans l’Écriture, je désire vous exprimer une pensée qui pèse sérieusement sur mon coeur, en présence du solennel et bienheureux sujet que nous allons méditer. Quelle chose triste, étrange, affligeante, que l’on en soit venu, de nos jours, à considérer «la bienheureuse espérance, et l’apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ», comme une affaire peu intéressante, peu essentielle, peu pratique ; comme un événement qui n’a pour nous aucune importance actuelle et pressante ; qu’à tout prendre il vaut autant laisser de côté, ou dont il sera temps de s’occuper dans un millier d’années d’ici ! Oh ! mes amis, où donc en sont nos coeurs ? Où est notre amour pour Christ ? Si nous ne ressentons aucune impatience d’arriver en la présence de Celui, auprès duquel «il y a un rassasiement de joie, et des plaisirs à sa droite pour toujours», hélas ! quel est donc l’état de nos âmes ?
Mais vous me direz peut-être : «Eh bien ! nous allons vers lui quand nous mourons». Cela est vrai : toutefois, ce n’est pas là l’espérance que le Nouveau Testament nous présente. Nous allons voir que, d’un bout à l’autre du Nouveau Testament, les apôtres et les disciples sont exhortés à désirer, à contempler, à attendre, — non la mort, — mais le retour glorieux et personnel du Seigneur Jésus lui-même. Telle était l’attente des saints dans les premiers jours de l’Église. Les nuages ténébreux d’une fausse interprétation n’avaient pas encore obscurci ce grave sujet ; — les disciples ne songeaient pas alors à une période préalable de mille ans. L’idée que tous les chrétiens dussent certainement mourir, n’était pas davantage entrée dans l’esprit de ces disciples des premiers temps. Non, ils savaient que l’époque du retour du Seigneur était incertaine — que, par conséquent, il pouvait revenir pendant la «première veille» de la nuit — et que tous ceux qui seraient alors vivants, — et croyant au Seigneur — ne mourraient jamais, mais seraient «changés en un instant, en un clin d’oeil». Évidemment, la mort pouvait venir. Personne n’affirmait le contraire. Aucun disciple n’aurait pu dire qu’il ne mourrait pas, mais aussi aucun n’aurait assuré qu’il mourrait certainement. On n’entendait pas dire alors, comme de nos jours : «la seule chose qui soit sûre, c’est que nous devons tous mourir». Cette assertion téméraire était réservée aux siècles postérieurs. Paul avait dit expressément : «nous ne nous endormirons pas tous» (1 Cor. 15:51) et, quoique ailleurs, le même apôtre ait dit aussi : «Il est réservé aux hommes de mourir une fois» (Héb. 9:27), on ne cherchait pas alors à mettre en opposition, l’un avec l’autre, deux passages transcrits par la même plume apostolique. Ce dernier passage ne pouvait s’entendre de manière à impliquer une contradiction réelle avec la révélation donnée dans le premier, comme un «mystère» solennel et béni. Non, car Hébreux 9:27, ne dit pas : «Il est réservé à tous les hommes de mourir une fois» ; mais simplement : «Il est réservé aux hommes de mourir une fois», c’est-à-dire aux hommes en général, à l’exception de ceux dont il est parlé dans le verset suivant, qui seront trouvés vivants et attendant le Seigneur quand il viendra.
Mais abordons notre sujet. Le retour personnel du Seigneur Jésus précédera-t-il le millénium ? cet événement aura-t-il lieu avant, ou seulement après cette longue période ?
Les versets de la Parole que nous avons lus en commençant nous introduisent dans notre sujet de la manière la plus touchante et la plus bénie : «Que votre coeur ne soit pas troublé ; vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a plusieurs demeures ; s’il en était autrement, je vous l’aurais dit ; car je vais vous préparer une place. Et si je m’en vais, et que je vous prépare une place, je reviendrai, et je vous prendrai auprès de moi ; afin que là où moi je suis, vous, vous soyez aussi». Remarquez que le Seigneur ne dit pas à ses disciples : «Si je m’en vais et que je vous prépare une place, je vous enverrai chercher» ; quoique cela pût être vrai, dans le cours des fugitives années de leur pèlerinage terrestre, pour peu que le retour de Jésus éprouvât quelque délai, car jusqu’aujourd’hui même, le Seigneur a recueilli auprès de Lui dans son repos tantôt l’un, tantôt l’autre de ses rachetés. Mais ce n’est pas de cela que notre bien-aimé Sauveur a voulu parler à ses disciples. Son affirmation consolante est : «Je reviendrai, et je vous prendrai auprès de moi, afin que là où moi je suis, vous, vous soyez aussi». Telle est la perspective bienheureuse, placée devant nous. Notre Seigneur et Maître, notre céleste Époux est allé nous préparer une place. La maison du Père est disposée pour la réception de l’Église qui bientôt y sera introduite. Voilà notre espérance : là où Il est, nous y serons aussi.
Les paroles prononcées par les anges, immédiatement après le départ de notre glorieux Sauveur, étaient bien propres à consoler et à réjouir ses disciples. Voici le récit qui nous en est donné dans le chap. 1 des Actes des Apôtres : «Et ayant dit ces choses, il fut élevé de la terre, comme ils regardaient, et une nuée le reçut, et l’emporta de devant leurs yeux. Et comme ils regardaient fixement vers le ciel, tandis qu’il s’en allait, voici, deux hommes en vêtements blancs, se tinrent là à côté d’eux, qui aussi dirent : Hommes Galiléens, pourquoi vous tenez-vous ici, regardant vers le ciel ? Ce Jésus qui a été élevé d’avec vous dans le ciel, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en allant au ciel». Où donc est allé ce bien-aimé Sauveur ? Dans le ciel. Il y est allé, comme il l’a dit, préparer une place pour les siens, dans la maison de son Père. Que doit-il arriver ensuite ? «Il viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en allant au ciel». — Tel est l’événement présenté avant tout autre à notre attente. La demeure bénie de notre repos et de notre gloire à venir, est déjà préparée par Lui avec amour ; et il reviendra, de la même manière que ses disciples l’ont vu partir. C’est donc bien d’un retour personnel qu’il s’agit, car c’est en personne qu’ils l’ont vu se séparer d’eux. C’était Lui-même, dans sa propre humanité glorifiée, qui les quittait ; et c’est Lui aussi, dans cette même humanité personnelle et glorifiée, qui reviendra. Au fait, tous les chrétiens qui respectent l’autorité de la parole de Dieu, doivent admettre cette vérité. La question reste donc celle-ci : quand — à quelle période de l’histoire de ce monde — aura lieu ce retour personnel ? Sera-t-il prémillénaire, ou postmillénaire ? En d’autres termes, Jésus reviendra-t-il avant ou après les mille ans de bénédiction ? Les portions de l’Écriture que nous venons d’examiner, nous ont introduits dans cette investigation, et l’ont fait, je l’espère, de manière à intéresser, à la fois, nos esprits et nos coeurs.
À cette question, le témoignage de l’Écriture répond que le second avènement personnel de notre Seigneur et Sauveur doit être prémillénaire, c’est-à-dire, qu’il précédera le millénium. Il peut être utile d’ajouter ici, pour les personnes qui pourraient l’ignorer, que pré signifie avant ; et que millénaire est dérivé de deux mots latins : mille (mille) annus (année). Ainsi le mot millénium veut dire une période de mille ans, et millénaire signifie qui a rapport à cette période. Prémillénaire veut donc simplement dire : avant le millénium, et postmillénaire : après le millénium. Or, je répète que c’est évidemment avant les mille ans que l’on doit placer le second avènement de notre glorieux Seigneur. Je soutiens, qu’entre toutes les vérités révélées par la parole de Dieu, celle-là est une des plus claires et des plus positives. Les passages qui le prouvent, nous l’avons déjà dit, sont presque innombrables. Nous ne pouvons pas accumuler toutes ces preuves dans cette Méditation ; mais nous essaierons de vous présenter, aussi simplement et aussi brièvement que possible, toutes celles que nous pourrons examiner dans le peu de temps dont nous disposons. Puissions-nous conserver et rencontrer chez nos auditeurs un docile esprit de foi, une heureuse liberté de coeur, pendant que ces preuves solennelles passeront devant nos yeux.
Arrêtons d’abord notre attention sur un passage du chap. 3 des Actes des Apôtres, qui me semble suivre très naturellement ceux que nous avons déjà examinés — «Repentez-vous donc, et vous convertissez, pour que vos péchés soient effacés : en sorte que viennent des temps de rafraîchissement de devant la face du Seigneur, et qu’il envoie Jésus-Christ, qui vous a été préordonné, lequel il faut que le ciel reçoive jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps» (Actes 3:19-21). Je réclame pour ce passage une sérieuse attention. Je désire qu’il pénètre ce soir et demeure dans bien des âmes. Ces paroles se trouvent dans l’un des premiers discours prononcés par l’apôtre Pierre, après la Pentecôte. Pierre avait entendu son Maître bien-aimé parler de son départ pour la maison du Père, ainsi que de son retour subséquent, et son esprit était tout occupé de cette réjouissante vérité. Il en était de même du reste des apôtres. Ils vont, à travers le monde, publier non seulement les «souffrances du Christ», mais aussi «les gloires qui les suivraient» — «la gloire qui doit être révélée» à son retour des cieux. Cette doctrine occupe une place importante dans presque chacun de leurs discours. Dans celui que nous avons sous les yeux, Pierre dit à la multitude : — «Repentez-vous donc, et vous convertissez, … en sorte … qu’il envoie Jésus-Christ, qui vous a été préordonné, lequel il faut que le ciel reçoive, jusqu’à…» jusques à quand ? «jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses» — quels temps sont ici indiqués ? — «les temps du rétablissement de toutes les choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps». Soyez attentifs à cette déclaration, car elle est des plus importantes. Le ciel doit retenir le Seigneur «jusqu’à» ces temps-là. — Il n’est pas dit que le ciel doive recevoir ou retenir le Seigneur pendant la durée, ou jusqu’à la fin de ces temps bénis, mais simplement et positivement «jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses», ce qui signifie évidemment jusqu’à ce que ces temps arrivent. Quand ces temps arriveront, le Seigneur sera envoyé ; lorsqu’ils seront là, il reviendra.
Je ne prétends pas, chers amis, indiquer l’année, ni le jour, ni l’heure du retour du Seigneur. Que Dieu me préserve d’une telle présomption ! Nul homme ne sait ni le jour, ni l’heure, où le Fils de l’homme viendra. Ce que nous apprenons ici, c’est qu’il y a une période déterminée — une période, «dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps», et que le retour du Seigneur Jésus avec puissance et grande gloire aura lieu, non à la fin de cette période, comme une grave erreur l’a fait imaginer dans les derniers siècles, mais au commencement. C’est là ce que Pierre affirme bien clairement. Quelle est cette période, désignée par ces mots : «les temps du rétablissement de toutes choses», et dont il est dit : «que Dieu en a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps ?» Est-ce du jugement final, lors de la destruction de ce monde-ci, que Dieu a parlé par la bouche de tous ses saints prophètes ? Non. On peut même mettre en question, si, dans l’Ancien Testament, il est parlé quelque part de cet événement. En tous cas, il est bien certain que tous les prophètes de la précédente économie n’en ont pas fait mention. De quels temps, donc, tous ont-ils parlé ? Évidemment des temps du millénium, des temps où toutes les nations de la terre seront soumises à la domination du Messie. Voilà quels sont les temps «du rétablissement», au commencement desquels le Seigneur Jésus reviendra. Le mot traduit par «rétablissement», signifie : restauration d’une chose qui était dans un état de désordre, de ruine ou de confusion. Supposez que le bâtiment, dans lequel nous sommes réunis, fût démoli, que les matériaux en fussent dispersés, et qu’ensuite il fût reconstruit, cette restauration ou reconstruction serait exprimée en grec, par le mot rendu ici par «rétablissement». Il se rapporte à cette période, au commencement de laquelle toutes choses seront remises en ordre, restaurées et pacifiées, — au temps du millénium, en un mot. Comme nous l’avons déjà dit, quand ces temps viendront, ce sera le moment du retour du Seigneur.
Il est donc certain que de meilleurs temps approchent. L’attente générale d’une période de bénédiction universelle n’est pas une fable. La Bible entière atteste qu’il viendra, ce jour de paix, de repos, de gloire. Mais avant que ce jour arrive, une sombre et terrible page de l’histoire du monde doit s’accomplir ; cela, le monde ne le connaît pas, le monde n’y croit pas. Cela n’en arrivera pas moins infailliblement. La révélation du Seigneur, venant du ciel en flammes de feu et pendant un temps de tribulation, telle qu’il n’y en a jamais eu et qu’il n’y en aura jamais de semblable à l’avenir : voilà ce qui introduira les «temps meilleurs». Un «jour grand et terrible» s’approche ; — terrible, non pour les saints, mais pour les méchants, qui n’obéissent point à l’évangile (2 Thes. 1:8). Ceux qui connaissent Jésus, qui se confient en Lui, et dont les pieds reposent sur le rocher des siècles, n’ont aucun sujet de craindre. Quand même la terre embrasée se dissoudrait et que les montagnes ébranlées s’écrouleraient au fond de la mer, ils peuvent lever la tête et regarder en haut avec une ferme assurance, en tant qu’héritiers «d’un royaume inébranlable». Certainement pour eux tout sera bien.
Mais le temps nous presse, et nous en venons aux paraboles rapportées dans le chapitre 13 de Matthieu. Elles nous donnent les vues prophétiques ou les phases de ce qui fait profession d’être le royaume des cieux sur la terre. Nous y trouverons bien des choses en rapport avec le sujet qui nous occupe. La parabole d’un semeur se présente d’abord à nous. Relisez-la chez vous. Qu’y voyez-vous sur le résultat des semailles ? La semence répandue produit-elle à la fin une récolte générale et uniforme ? Les semailles continuent-elles jusqu’à ce que la terre ne soit qu’un seul et vaste champ de blé ? La parabole donne-t-elle à entendre cela, ou permet-elle une telle explication ? Non. «Quelques grains tombèrent le long du chemin, et les oiseaux vinrent et les dévorèrent. Et d’autres tombèrent sur les endroits rocailleux ; … et le soleil s’étant levé, ils furent brûlés. Et d’autres tombèrent entre les épines, et les épines montèrent et les étouffèrent. Et d’autres tombèrent sur une bonne terre et produisirent du fruit». Ce fruit, ce blé, étant venu à maturité, est séparé de l’ivraie, et recueilli dans le grenier, comme nous l’apprend la parabole suivante.
Cette seconde parabole, celle de l’ivraie et du blé, nous apprend bien explicitement qu’il n’y aura point de millénium avant la moisson. En voici l’explication donnée par le Seigneur lui-même : «Celui qui sème la bonne semence, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; la bonne semence, ce sont les fils du royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du méchant ; l’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ; la moisson, c’est la consommation du siècle ; les moissonneurs sont des anges. Comme donc l’ivraie est cueillie et brûlée au feu, il en sera de même à la consommation du siècle. Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils cueilleront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité, et ils les jetteront dans la fournaise de feu : là seront les pleurs et les grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende». Comme tout ceci est clair et décisif : jusqu’à la moisson, le monde doit être un champ mélangé, un champ d’ivraie et de blé. Jamais, avant la moisson, il ne peut être un champ de blé pur. Où donc peut-on placer un millénium avant la moisson ? Nulle part — jusque-là il n’y a point de place pour cette période bénie. Cette parabole et un prétendu millénium avant la moisson s’excluent réciproquement de la manière la plus positive et la plus absolue. Si l’on m’objecte que la moisson «représente la fin du monde», mon opinion n’en est pas ébranlée, car cela fût-il exact, la moisson fût-elle réellement la fin du monde, il n’en demeurerait pas moins vrai, d’après la parabole, que jusque-là, le monde sera un champ mélangé «de blé et d’ivraie». En conséquence, il ne peut point y avoir de millénium avant ce solennel événement.
Mais il est bon que je dise pour ceux de mes auditeurs qui ne sont pas lettrés, que la parabole ne nous enseigne pas du tout que la moisson soit la fin du monde, c’est-à-dire de la terre. Christ ne dit pas : «Le champ, c’est le monde, et la moisson, c’est la fin de ce même monde». Voici ce qu’il dit : «le champ, c’est le kosmos, et la moisson, c’est la fin, ou mieux, l’achèvement du aiôn». Vous voyez, chers amis, que ce sont deux mots différents. Le dernier, aiôn, signifie siècle ou dispensation ; tandis que le premier désigne proprement le monde ou la terre. Ces deux mots se rencontrent en Hébreux 9:26 : «Il aurait fallu qu’il souffrît plusieurs fois depuis la fondation du monde (kosmos) ; mais maintenant, en la consommation des siècles (aiôn), il a été manifesté une fois pour l’abolition du péché par son sacrifice». Dans ce dernier cas, le mot aiôn ne peut évidemment pas désigner le monde ou la terre ; car depuis la mort de notre glorieux Sauveur, il s’est écoulé plus de dix-huit siècles, et cependant ce monde-ci subsiste encore, et subsistera jusqu’à la fin d’un millénium encore à venir. Il est donc clair que la pensée de l’apôtre n’a pas pu être que Jésus mourut à la fin du monde, mais simplement : «à la fin du siècle ou de la dispensation mosaïque». Il en est de même du passage qui nous occupe : le champ représente, en effet, réellement le monde, mais la moisson a lieu, non à la fin du monde, mais à la consommation ou à l’achèvement du siècle ; à la fin de l’économie ou de la dispensation, pendant laquelle le Seigneur Jésus est absent et demeure à la droite de Dieu. Ce sens est confirmé par deux autres passages des Écritures, qui placent très explicitement la moisson au commencement du règne du Messie (voy. Joël 3:13-17 ; Apocalypse 14:14-20). C’est ainsi qu’une traduction exacte du mot aiôn met d’accord ces différents passages.
Cette parabole de l’ivraie et du blé nous offre donc une preuve certaine que le millénium ne sera pas établi avant la moisson, que la moisson représente la fin du siècle, et qu’à cette époque-là, le Seigneur apparaîtra en gloire. À mesure que nous avancerons, tout ceci sera démontré d’une manière plus convaincante encore.
La parabole que le même chapitre nous offre en troisième lieu, celle du grain de moutarde, aboutit à la même conclusion. Le grain qui avait été semé, était «la plus petite de toutes les semences», (Marc 4:31), mais quand il a crû, il est devenu un «grand arbre» sur la terre, et «les oiseaux du ciel viennent et demeurent dans ses branches». Le vautour, le cormoran, le hibou et la chauve-souris s’y sont logés. Des oiseaux impurs en ont pris possession. Pensez-vous peut-être, chers amis, que je donne une interprétation fausse et arbitraire de cette parabole ? Permettez-moi de vous dire que cette interprétation est basée, non pas sur mon opinion, ni sur l’opinion d’un homme quelconque, mais sur l’autorité divine. Car le Seigneur lui-même nous dit, en expliquant la première parabole, ce que c’est que «les oiseaux du ciel». «Comme le semeur semait, quelques grains tombèrent le long du chemin, et les oiseaux vinrent et les dévorèrent» ; ce qui est ainsi expliqué par le Seigneur : «Toutes les fois que quelqu’un entend la parole du royaume, et ne la comprend pas, le méchant vient et ravit ce qui avait été semé dans son coeur». Le Seigneur nous apprend donc que les oiseaux du ciel qui dévorent la semence représentent Satan et ses anges. C’est ainsi que le royaume des cieux, ou ce qui prétend l’être, le christianisme de nom ou de nations, devient un immense et monstrueux système mondain, ou, comme il est dit au chapitre 18 de l’Apocalypse, «le repaire de tout esprit immonde et de tout oiseau immonde et exécrable». Voilà donc, d’après cette parabole, ce qui doit arriver durant la dispensation actuelle, et non point la conversion du monde.
La quatrième parabole est celle de la farine et du levain : Lisez le verset 33 : «Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme prit, et qu’elle cacha parmi trois mesures de farine, jusqu’à ce que tout fût levé». Nous savons tous comment on explique généralement cette parabole, mais je ne puis admettre qu’une telle interprétation soit exacte. Le levain ne peut pas représenter l’Évangile, car partout, dans le langage de l’Esprit de Dieu, qui est toujours admirablement conséquent avec lui-même, le levain représente quelque chose de mauvais. Nous lisons et nous comprenons ce qui est dit du «levain des pharisiens, qui est l’hypocrisie» ; du «levain de la malice et de la méchanceté» ; du «vieux levain dont nous devons nous purifier», et du levain du légalisme dont l’apôtre Paul déclare (Gal. 5:9), «qu’un peu de levain fait lever la pâte toute entière». Dans vingt passages il est parlé du levain, et toujours pour désigner le mal. Dans les sacrifices de l’ancienne alliance, le levain est un type du péché ; c’est pourquoi le pain qui accompagnait l’agneau pascal, ce type du Christ, vrai pain de Dieu, ne pouvait pas être pétri avec du levain ; tandis qu’un «sacrifice d’action de grâces», offert par des adorateurs imparfaits, l’était avec du pain levé. Voyez Amos 4:5 : «Faites fumer du pain levé en sacrifice d’actions de grâces». L’Église devait être «une pâte nouvelle et sans levain». Voyez 1 Cor. 5:7. Il n’est pas dit : «Mettez en vous du nouveau levain», mais : «Ôtez le vieux levain, afin que vous soyez une nouvelle pâte, comme vous êtes sans levain». Paul fait entendre deux fois cette déclaration, en signalant un mal grave, introduit ou toléré dans des églises : «Un peu de levain fait lever la pâte toute entière (*)» (1 Cor. 5:6 et Gal. 5:9). Au temps de Paul déjà, le levain avait été introduit dans l’Église : «Le mystère d’iniquité, (écrit-il aux Thessaloniciens) opère déjà». Qu’est-ce donc, sinon le levain qui, déjà alors, était en activité ?
(*) Paroles tout à fait analogues à celles qui terminent la parabole du levain et qui devraient suffire pour déterminer le sens biblique ou le sens selon Dieu de ce mot. Il est encore parlé du levain des pharisiens et des sadducéens, qui est leur doctrine, (Matt. 16:6, 11, 12) et du levain des pharisiens et du levain d’Hérode (Marc 8:15), ce qui complète la liste des passages du Nouveau Testament où ce mot se rencontre (Trad.)
En écrivant aux Corinthiens, aussi bien qu’aux Galates, il parle expressément du levain qui travaillait parmi eux. Dès lors, un levain avait été introduit, non pas dans le monde, non pas dans la société en général, mais dans «les trois mesures de farine», c’est-à-dire dans ce qui devait constituer la nouvelle pâte, dans la pâte sans levain de l’Église. L’action de cacher le levain n’est-elle pas, à elle seule, significative ? Pourrait-elle désigner la prédication franche, ouverte et libre de l’Évangile ?
Toute la pâte, est-il dit, devait subir l’action du levain. Triste prophétie, hélas ! trop bien réalisée ! Regardons, autour de nous, ce qui porte le nom de «royaume des cieux…» Contemplons la chrétienté. Qu’y voyons-nous ? Trois mesures de farine sans levain ? une pâte nouvelle et non levée ? Non, nous avons peine, au contraire, à discerner autre chose que du levain, sur toute la surface des vastes contrées qu’elle occupe. Le royaume des cieux lui-même, ou ce qui l’était au commencement, est devenu «semblable à du levain» ; son apparence et son caractère ont totalement changé, et l’esprit de Babylone en est le trait principal. N’avons-nous pas tous nous-mêmes plus ou moins reçu du levain ? Y a-t-il ici un seul chrétien dans le coeur duquel, sous une forme ou sous une autre, le levain n’ait pas agi ? Que le Seigneur nous fasse la grâce de bien comprendre cette parabole, et de retirer un bon fruit de la méditation que nous en avons faite !
L’action du mystère d’iniquité ne sera définitivement arrêtée que par le retour personnel du Seigneur Jésus, venant sur les nuées du ciel, pour le jugement. S’il en est ainsi, il ne peut donc y avoir un millénium de justice universelle avant le retour du Seigneur. Cette preuve de notre thèse, tirée de 2 Thes. 1 et 2, est des plus claires et des plus concluantes. Revenons-y, signalons soigneusement ce passage. Le chapitre 1 parle aux saints de Thessalonique de la révélation du Seigneur Jésus, venant du ciel avec les anges de sa puissance, en flammes de feu. Lisez les versets 6 à 10. Assurément, chers amis, il s’agit là du retour personnel du Seigneur Jésus. «Le Seigneur Jésus sera «révélé du ciel avec les anges de sa puissance, en flammes de feu, exerçant la vengeance contre ceux qui ne connaissent pas Dieu, et contre ceux qui n’obéissent pas à l’évangile de notre Seigneur Jésus-Christ, lesquels subiront le châtiment d’une destruction éternelle de devant la présence du Seigneur et de devant la gloire de sa force, quand il viendra pour être, dans ce jour-là, glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui auront cru». Telle est la description du second avènement personnel du Seigneur Jésus. Puis l’apôtre va nous apprendre que le «mystère d’iniquité», alors déjà en train, ne se terminera que par l’apparition d’un méchant, de «l’homme de péché», lequel sera détruit lui-même par cette même apparition personnelle du Seigneur, décrite quelques versets plus haut, dans les termes que nous avons cités. Remarquez, je vous prie, la liaison intime de tout ce passage, depuis le verset 7 du chapitre 1 au verset 8 du chapitre 2, qui ne forme proprement qu’un seul paragraphe. Le mystère d’iniquité, déjà en oeuvre alors, c’est-à-dire aux jours des apôtres, aurait pour résultat la révélation de l’homme de péché. Le second avènement personnel du Seigneur trouvera cet «homme de péché», «ce méchant», dans la plénitude de sa puissance, et amènera, de fait, sa destruction totale. Peut-il donc, je vous le demande, exister un millénium d’universelle bénédiction et de soumission du monde à Christ, aussi longtemps que l’Antichrist n’est pas détruit ? Le souverain légitime peut-il régner, tandis que l’usurpateur de ses droits conserve son injuste domination ? Impossible ! Ainsi donc le règne millénaire de Christ ne peut précéder sa seconde venue, car ce n’est qu’alors qu’il «cueillera de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité». D’après ce passage de l’Écriture, le second avènement doit donc être prémillénaire.
Revenons maintenant à l’Évangile de Matthieu. Nous trouvons, au vingt-troisième chapitre, un récit de la conclusion du ministère public de notre Sauveur bien-aimé : «Malheur, malheur, malheur !» telles sont les paroles solennelles qui caractérisent surtout ce dernier discours. Son propre peuple avait refusé de le recevoir comme le Messie promis, et il termine, par les paroles suivantes, la série des plus redoutables jugements qu’il venait de leur annoncer (vers. 38, 39) : «Voici, votre maison vous est laissée déserte, car je vous dis : vous ne me verrez plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez : «Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !» Les paroles qui terminent ces versets : «Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur», c’est-à-dire de l’Éternel, sont précisément la salutation nationale, par laquelle, aux derniers jours, Israël repentant accueillera le Messie, comme l’annonce une prophétie bien connue. Voyez Psaume 118:26. Peu de temps auparavant, une multitude nombreuse avait salué Jésus par ces paroles (voir chap. 21:8-11). Mais Jérusalem repoussait son Roi et le Seigneur avait prononcé la sentence de ce peuple. Il quitta le temple immédiatement et n’y rentra plus. Il sortit et s’en alla au mont des Oliviers (24:1-3). Là, les disciples, remplis d’anxiété par les paroles qui venaient de sortir de ses lèvres, «vinrent à lui en particulier, disant : Dis-nous quand ces choses auront lieu, et quel sera le signe de ta venue et de la consommation du siècle ?» En disant : «de ta venue», les disciples font allusion à celle dont leur Maître venait précisément de parler, lorsqu’il avait annoncé que la nation juive le verrait encore une fois et dirait alors : «Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur !» Ici encore, quoi qu’en disent la plupart des traductions, la question des disciples n’a point rapport à la fin ou à la destruction du monde, comme on se l’imagine quelquefois bien à tort ; mais elle est relative à la fin ou à la consommation de l’aiôn ou siècle ; c’est-à-dire, de l’âge ou période, pendant laquelle Jérusalem serait «laissée déserte». Observez que c’est le même mot que celui qui est employé au chapitre 13 ; d’après les meilleures autorités, il a rapport au temps ou à la durée plutôt qu’aux objets matériels. De plus le terme de la période désignée ici, est présenté par le Seigneur lui-même comme l’époque de la conversion d’Israël, conversion qui doit avoir lieu au commencement et non à la fin du millénium. Remarquez maintenant, chers amis, ce qui suit dans ce même chapitre. Le Seigneur répond à l’autre question qui lui avait été adressée quant au «signe de sa venue». «Le soleil sera obscurci, et la lune ne donnera plus sa lumière ; et les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées ; et alors paraîtra le signe du fils de l’homme dans le ciel : et alors, toutes les tribus de la terre se lamenteront, et verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel, avec puissance et une grande gloire» (versets 29 et 30). Telle est la description que le Seigneur nous donne de son retour que lui-même déclare devoir coïncider avec la repentance de la nation juive ; et qui, par conséquent, doit arriver au commencement du millénium. Examinez attentivement la portée de ce passage et l’ensemble de la magnifique prophétie, dont il fait partie. Nous la trouvons, non seulement dans les chapitres 24 et 25 de Matthieu, mais aussi en Marc 13, et en Luc 21. Lisez-la tout entière avec attention. On a dit, je le sais, que la venue redoutable dont il est fait mention dans ces chapitres, était une allusion mystique à l’invasion des Romains qui devaient détruire Jérusalem. Mais qu’il me soit permis de demander à ceux qui pensent ainsi, ce que signifient, dans leur opinion, des paroles telles que celles-ci : «Aussitôt après la tribulation de ces jours-là, le soleil sera obscurci, etc… et alors ils verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel» ? Si vous pensez que la venue, dont il est ici parlé, est celle des Romains pour détruire Jérusalem, et que la grande tribulation soit le résultat du siège et de la prise de la ville, comment se peut-il, d’après ce passage, que cette arrivée ait lieu après la tribulation de ces jours-là ? Votre interprétation place cette arrivée avant la tribulation, mais le Seigneur dit qu’elle aura lieu «immédiatement après». Ne voyez-vous pas que, puisqu’elle doit survenir après la tribulation, il est impossible qu’elle désigne l’invasion des armées romaines ?
Assurément le retour personnel du Seigneur Jésus peut seul être décrit de cette manière : «Alors elles verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel, avec puissance et une grande gloire». Il vient pour détruire ses ennemis et pour établir son royaume. Ce n’est pas par des interprétations mystiques qu’il faut expliquer les déclarations claires et souvent répétées de l’Écriture. Si ces paroles n’indiquent pas un avènement personnel, quel passage, dans la Bible entière, pourrait l’annoncer plus positivement ?
De plus, si nous examinons le récit, donné par Luc, de cette remarquable prophétie, nous verrons qu’il place très explicitement l’avènement du Seigneur à la fin «des temps des nations», ou à la fin du temps pendant lequel Jérusalem doit être foulée par les nations. Lisez Luc 21:20 à 27. Remarquez particulièrement les versets 24 à 27. En empruntant quelques mots au récit, donné par Matthieu, des mêmes événements prophétiques, ces versets contiennent ce qui suit : «Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations, jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis ; et (aussitôt après la tribulation de ces jours-là) il y aura des signes dans le soleil, et la lune et les étoiles, et sur la terre une angoisse des nations, en perplexité devant le grand bruit de la mer et des flots, les hommes rendant l’âme de peur et à cause de l’attente des choses qui viennent sur la terre habitée ; car les puissances des cieux seront ébranlées. Et alors on verra le Fils de l’homme venant sur une nuée avec puissance et une grande gloire». Faites bien attention au résumé de ce témoignage. «Immédiatement après la tribulation», qui termine les temps des Gentils, le Fils de l’homme apparaîtra en personne. Nous savons que les temps des Gentils ont encore leur cours, et que Jérusalem n’a pas cessé d’être foulée aux pieds par eux. Mais il viendra un temps, où la sainte cité ne sera plus foulée ; alors le Seigneur viendra pour la délivrance d’Israël ; alors les Juifs sincèrement repentants verront de nouveau le Seigneur, et le recevant comme leur Messie, ils s’écrieront avec foi : «Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !» Ce sera la seconde venue personnelle du Christ. Jusqu’alors Israël sera aveuglé et dispersé ; cependant «cette génération ne passera point» (Matt. 24:34 ; Luc 21:32) ; la race, la semence naturelle d’Abraham sera miraculeusement gardée à part des autres peuples quoique au milieu d’eux, pendant tant d’arides siècles de tribulation ; et lors du retour de leur Seigneur, et non point mille ans auparavant, les Israélites seront convertis et remis en possession de leur pays. Puis suivra le millénium. Comme tout cela est simple et vient clairement à l’appui de notre thèse !
La parabole des dix vierges, quoique comprise dans le discours que nous examinons, peut être regardée comme une preuve de plus de cette assertion, qu’il n’y aura point de millénium avant le retour du Seigneur. Lisez au chap. 25:1 à 13. «Comme l’Époux tardait, elle s’assoupirent toutes et s’endormirent». Je vous le demande, quand est-ce que l’Église professante, représentée par l’ensemble des vierges sages et des vierges folles, tomba dans le sommeil ? Quand est-ce que l’Église de Dieu commença à dire : «Le Maître tarde à venir ?» N’est-ce pas bien peu de temps après que Jésus eut quitté la terre ? Il est de fait que l’Église s’était endormie avant que deux ou trois siècles se fussent écoulés. L’histoire nous offre des preuves nombreuses de cette triste vérité ; et dans les chapitres 2 et 3 de l’Apocalypse, nous voyons le fatal sommeil s’étendre graduellement sur les églises, auxquelles ces chapitres sont adressés. Et quand est-ce que l’Église doit être réveillée ? Pas avant que le cri de minuit se soit fait entendre. Après ce cri, «l’Époux vint ; et les vierges qui étaient prêtes entrèrent avec lui aux noces ; et la porte fut fermée». Évidemment, il est fait allusion ici au retour personnel de l’Époux ; personne ne peut raisonnablement le contester ; si quelqu’un essayait de le faire, nous lui demanderions seulement de remarquer la manière dont la parabole est amenée. Elle fait partie, nous l’avons dit, du discours dont nous nous sommes occupés, et elle commence par ces mots : «Alors le royaume des cieux sera fait semblable à dix vierges». Quand, alors ?… lisez ce qui précède. C’est précisément la description de l’apparition glorieuse et personnelle dont nous venons de parler. Remarquez surtout les versets 26 à 31: «Aussitôt après la tribulation de ces jours-là… ils verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel… Alors le royaume des cieux sera fait semblable à dix vierges». L’Église ne sera donc réveillée de son assoupissement que par le cri de minuit, suivi presque immédiatement par le retour personnel de l’Époux. Il découle encore de là, qu’il ne peut pas y avoir de millénium avant l’avènement du Seigneur, car il ne peut point exister de millénium, tant que l’Église professante demeure endormie dans le péché et la mondanité. Une telle église a besoin d’être convertie, une telle église ne peut certes pas convertir le monde. Or, tel sera l’état de l’Église jusqu’à la venue du Seigneur. Cette preuve aussi est donc des plus concluantes.
Prenons maintenant dans l’Évangile de Luc, au chap. 17:20 à 37. Les pharisiens avaient demandé quand viendrait le royaume de Dieu. Le Seigneur leur répond : «Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à attirer l’attention… car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous». Mais à l’instant même, le Seigneur se tourne vers ses disciples, et leur parle d’une venue que tout le monde remarquera et verra : «Car, comme l’éclair qui brille, luit de l’un des côtés de dessous le ciel jusqu’à l’autre côté de dessous le ciel, ainsi sera le Fils de l’homme en son jour». Ici, il est évidemment question de deux manières distinctes dont le royaume peut arriver : l’une, où il ne vient pas avec éclat ou avec apparence extérieure ; l’autre qui est, pour tous, resplendissante comme l’éclair. En s’adressant aux pharisiens, le Seigneur ne pouvait parler que de la première : «Voici, leur dit-il, le royaume de Dieu est au milieu de vous», le Roi lui-même est parmi vous déjà maintenant. Il est déjà venu ; mais vous ne voulez pas le recevoir. Le royaume n’était assurément pas au-dedans de ces pharisiens, car leur condamnation venait de ce qu’ils ne voulaient pas le recevoir. La nouvelle naissance pouvait seule leur en ouvrir l’entrée, mais ils ne voulaient pas se repentir ; aussi le Seigneur n’a rien de plus à leur dire sur le royaume. Quant aux disciples, une autre venue du royaume leur est annoncée ; une venue, avant laquelle le Fils de l’homme devait souffrir et être rejeté. Puis viendrait une période qui ressemblerait aux jours de Noé et aux jours de Lot. Jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche, et où le déluge vint, le monde marcha avec insouciance dans le péché. Jusqu’au jour où Lot sortit de Sodome, et où le feu et le soufre tombèrent du ciel, les habitants de cette cité maudite ne cessèrent de courir avec empressement dans les sentiers de l’iniquité. Et c’est précisément ainsi, dit le Sauveur, que ce monde agira «jusqu’au jour où le Fils de l’homme sera manifesté»… «Il en sera de même»… Est-il donc possible qu’il y ait une période intermédiaire de mille ans, pendant laquelle la justice régnerait sur la terre ? Non, cela ne se peut pas ! «Et comme il arriva aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il aux jours du Fils de l’homme aussi. On mangeait, on buvait, on se mariait, on donnait en mariage, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche, et le déluge vint, et les fit tous périr. De même aussi, comme il arriva aux jours de Lot : on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait ; mais, au jour où Lot sortit de Sodome, il plut du feu et du soufre du ciel, qui les fit tous périr ; il en sera de même au jour où le Fils de l’homme sera manifesté». Durant les sombres jours de l’absence de leur Maître, les disciples fidèles désireraient de voir le retour du Seigneur ; mais pendant quelque temps, leurs espérances seraient différées. Alors, si on leur disait : «Voici, il est ici ; ou, voilà, il est là», ils ne devraient pas prêter l’oreille à de tels imposteurs, car de faux Christs et de faux prophètes se lèveraient, de temps en temps, pendant la période de l’absence du Seigneur. Quelles que fussent les prétentions de ces imposteurs, quoiqu’ils dissent du Christ : «Voici, il est ici, ou voici, il est là ; il est dans la ville, ou il est dans le désert», les disciples sont avertis de ne pas sortir pour les suivre, L’avènement, lorsqu’il aura lieu, sera visible pour tous, visible comme le resplendissement vif et soudain de l’éclair. Il sera révélé à travers les nuées des cieux. En ce jour-là, toute tentative de fuite sera vaine ; car fût-on surpris dans le lit, ou au moulin, ou aux champs, les uns seront inévitablement pris, et les autres nécessairement laissés. Les jugements de cette redoutable journée emporteront tous les ouvriers d’iniquité, aussi sûrement que les eaux du déluge engloutirent tous les habitants du monde aux jours de Noé, à l’exception des huit personnes abritées dans l’arche, sur lesquelles les flots restèrent sans pouvoir. De même que le déluge ne laissa de reste que ces huit personnes, préservées dans l’arche et destinées à repeupler le monde, de même, comme un second déluge, les jugements qui accompagneront le retour de Jésus, emporteront tout, excepté un résidu qui formera le noyau de la population sur la terre dans le millénium. Quelques-uns seront «laissés» alors, et échapperont aux jugements du grand jour. — En conséquence le monde ne doit pas finir, lors du second avènement : il y a un peuple encore «laissé» pour le millénium qui suivra.
Mais quand le Seigneur eut fait à ses disciples cette communication solennelle, nous les entendons s’écrier : «Où, Seigneur ?» Où sera-ce que l’un sera pris et l’autre laissé ? où y en aura-t-il deux sur un même lit, dont l’un sera pris et l’autre laissé ? Où, deux femmes qui moudront ensemble, dont l’une sera prise et l’autre laissée ? Où, deux seront-ils aux champs, dont l’un sera pris et l’autre laissé ? La réponse fut : «Là où est le corps, là aussi s’assembleront les aigles». Comme si le Seigneur eût dit : Où ! quelle étrange question ! Quand les aigles cherchent leur proie, où vont-ils s’abattre, si ce n’est partout où ils trouvent un corps mort ? Où donc tomberont ces jugements, qui fondront avec la rapidité de l’aigle sur les hommes méchants ? Où… si ce n’est partout où se rencontrera un méchant ? Si l’un de ces méchants se trouve à côté d’un juste, soit dans un lit, soit dans un champ, soit au moulin ; là, le jugement sera attiré pour prendre l’un et laisser l’autre.
Je ne pense pas, chers amis, que les mots, «l’un sera pris», soient une allusion à l’enlèvement de l’Église dans la gloire. Nous nous occuperons plus tard de cet enlèvement ; mais ce n’est pas le sujet dont il s’agit ici. Les uns sont pris par le moyen d’un événement, qui vient tout à coup comme le déluge aux jours de Noé, comme le feu et le soufre aux jours de Lot. Cela indique bien clairement un jugement. Dans le premier cas, la famille de Noé ; dans le second, la famille de Lot furent épargnées — «furent laissées», d’où nous concluons que, par ceux qui sont «laissés», dans cette prophétie, il faut entendre le résidu juste des derniers jours. Nous en dirons davantage sur ce sujet dans une autre Méditation.
Plusieurs ont pensé que les aigles, dont parle le Seigneur, signifient les armées romaines, dont l’étendard, dit-on, était surmonté par une aigle. Mais cette interprétation ne peut pas soutenir un examen sérieux. Le Seigneur dit : «l’un sera pris, et l’autre laissé». Ce fait s’est accompli, assure-t-on, quand les chrétiens, avertis d’avance par Christ, s’enfuirent de Jérusalem à Pella, et que les Romains vinrent ensuite et tuèrent ou emmenèrent captifs tous ceux qui étaient restés. Mais est-ce bien là ce que veulent dire les mots : «l’un sera pris et l’autre laissé ?» Non, il aurait fallu qu’il fût dit : «quelques-uns s’enfuiront, et tous les autres seront pris». Les jugements, représentés par les aigles, devaient prendre les uns et laisser les autres ; mais les Romains, au contraire, prirent tous ceux qui ne s’étaient pas échappés auparavant. Voyez à quelles inconséquences on arrive, en partant d’une base fausse !
Au reste, dans tout le cours de cette prédiction, il n’y a pas la plus légère allusion à une période intermédiaire de mille ans, pendant laquelle la justice régnerait en tous lieux. Tout l’ensemble de cette prophétie s’élève contre cette idée. Jusqu’à la révélation du Fils de l’homme, le monde continue à suivre, son train d’insouciance et d’incrédulité. Jusqu’alors la méchanceté prévaut, comme aux jours de Noé, comme aux jours de Lot. Donc, point de millénium avant le retour du Seigneur.
J’appellerai maintenant votre attention sur une parabole qui se trouve au chapitre 19 de Luc. Lisez les versets 11 à 27. Il s’agit d’un homme noble, qui s’en va dans une contrée éloignée, pour y recevoir un royaume, mais qui doit revenir pour en prendre possession. «Et comme ils entendaient ces choses, Jésus ajouta et leur dit encore une parabole, parce qu’il était près de Jérusalem, et qu’ils pensaient que le royaume de Dieu allait immédiatement paraître». Le but de la parabole est de montrer aux disciples qu’ils se trompaient dans leur attente immédiate du royaume de Dieu, qui ne devait pas «immédiatement paraître». Le Seigneur leur dit donc : «Un homme noble s’en alla dans un pays éloigné, pour recevoir un royaume et revenir… Et à son retour, après qu’il eut reçu le royaume», il récompensa ses serviteurs, en donnant à chacun d’eux une part dans le gouvernement de ce royaume, tandis qu’il fit mettre à mort les ennemis qui n’avaient pas voulu qu’il régnât sur eux. Les choses étant ainsi disposées, le royaume de Dieu ne pouvait pas «immédiatement paraître». L’homme noble devait auparavant s’en aller dans un pays éloigné, puis revenir. Qui donc nous est représenté, dans la parabole, par l’homme noble, si ce n’est le Seigneur Jésus-Christ lui-même ? Où s’en est-il allé ? Dans le ciel, pays bien éloigné assurément. Dans quel but est-il remonté au ciel ? «Pour recevoir un royaume et revenir». Or comment, ou de quelle manière est-il parti ? Est-ce seulement d’une manière spirituelle ? Non, nous savons tous qu’il partit en personne ou corporellement : c’est donc ainsi qu’il apparaîtra, lorsqu’il reviendra pour prendre possession du royaume qu’il est allé recevoir dans le pays éloigné. C’est donc bien d’un retour personnel qu’il est ici question ; et ce retour est présenté comme une conséquence de la réception du royaume ; et non pas, ainsi qu’on le dit trop souvent de nos jours, comme une conséquence de l’acte par lequel il remettra ce royaume dans les mains de son Père, lorsque son règne sera terminé. Quand il a reçu le royaume, il revient ; puis il récompense ses serviteurs fidèles, en allouant à l’un dix villes, à l’autre cinq villes. Assurément cette distribution de récompenses ne peut être envisagée comme ayant lieu lorsque le royaume est arrivé à son terme et a été remis à Dieu. Nous ne saurions avec quelque ombre de raison en déduire cette idée. Ce passage, dans son ensemble, est donc une nouvelle preuve, que le retour personnel du Rédempteur doit être prémillénaire. Le royaume ne sera établi, les ennemis ne seront détruits, que lors du retour de l’homme noble.
Nous trouvons dans le chapitre 12 du même Évangile, un passage que nous ne devons pas passer sous silence. Il viendra fort à propos pour couronner le faisceau de preuves, que les évangiles, quelque brièvement que nous les ayons examinés, nous ont déjà offertes. Il contribuera à faire mieux apprécier l’état d’esprit et de coeur, recommandé plus tard par tout l’ensemble de l’enseignement et de la prédication des apôtres. Lisez Luc 12:32 à 48. Nous nous contenterons de citer la première partie de cette instruction ; il est peu de paroles, dans la Bible, plus touchantes et plus solennelles. Ceux-mêmes qui comprennent et appliquent mal les points essentiels de ce passage, en reconnaissent l’importance et l’utilité pratique. Ceux qui s’imaginent qu’il y est question de la mort, continuellement présentée à leur attente, trouvent là un avertissement sérieux, qui leur revient sans cesse à la pensée. Nous en citerons une partie : «Ne crains point, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le royaume. Vendez ce que vous avez et donnez l’aumône ; faites-vous des bourses qui ne vieillissent pas, un trésor qui ne défaille pas, dans les cieux, d’où le voleur n’approche pas, et où la teigne ne détruit pas ; car là où est votre trésor, là sera aussi votre coeur. Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées ; et soyez vous-mêmes semblables à des hommes qui attendent leur maître, à quelque moment qu’il revienne des noces, afin que, quand il viendra, et qu’il heurtera, ils lui ouvrent aussitôt. Bienheureux ces esclaves, que le maître, quand il viendra, trouvera veillant. En vérité, je vous dis qu’il se ceindra, et les fera mettre à table, et, s’avançant, il les servira. Et s’il vient à la seconde veille, et s’il vient à la troisième veille, et qu’il les trouve ainsi, bienheureux sont ces esclaves-là. Mais sachez ceci, que si le maître de la maison avait su à quelle heure le voleur devait venir, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer sa maison. Vous donc aussi, soyez prêts ; car, à l’heure que vous ne pensez pas, le Fils de l’homme vient».
Dans tout ce passage, il n’est pas dit un seul mot de la mort. — La mort peut venir, et malheur à celui qu’elle surprend sans qu’il y soit préparé ! mais il n’en est pas fait mention ici. Ce qui seul nous est présenté, c’est le retour du Seigneur en personne, pour accomplir le bon plaisir du Père à l’égard du petit troupeau. Pas la moindre allusion non plus à la conversion du monde avant ce retour. Tout le passage s’élève contre cette idée. Les fidèles sont appelés un «petit troupeau», auquel le royaume est donné. «Ne crains point, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le royaume». Le troupeau est petit, mais le royaume lui est donné ; c’est là le caractère distinctif du peuple de Christ jusqu’à son retour. Il n’est pas dit : «Ne crains pas, petit troupeau, car tous les peuples de la terre se tourneront bientôt vers toi». Il n’est pas dit : «Ne crains pas, petit troupeau, car tous les loups qui t’environnent seront bientôt changés en brebis». Non, la consolation donnée ici aux disciples du Christ, c’est que l’Époux reviendra bientôt, et prendra auprès de lui le «petit troupeau» dont il parle. C’est pourquoi tout trésor superflu doit être vendu, et placé ou amassé dans le ciel. Une carrière d’étranger et de pèlerin, telle est la seule position assignée aux disciples pendant la dispensation actuelle. La grande affaire pour eux, c’est d’être prêts, d’attendre et, par conséquent, de veiller : «Que vos reins soient ceints, et vos lampes allumées ; et soyez vous-mêmes semblables à des hommes qui attendent leur maître à quelque moment qu’il revienne des noces». Voilà la position qui doit être conservée, pendant tout le temps de l’absence de l’Époux. «Bienheureux sont ces esclaves que le maître, quand il viendra, trouvera veillant ! Et s’il vient à la seconde veille, et s’il vient à la troisième, et qu’il les trouve ainsi, bienheureux sont ces esclaves-là !» Le passage cité se termine par ces sérieuses paroles, : «vous donc aussi, soyez prêts ; car, à l’heure que vous ne pensez pas, le Fils de l’homme vient». Lisez et relisez cette exhortation solennelle, à laquelle tous les passages que nous avons examinés jusqu’ici, ont servi comme de préparation. Tous ceux qui nous restent encore à étudier nous montreront l’influence puissante, exercée par cette vérité sur les coeurs, sur l’enseignement, sur la vie entière des apôtres. Elle devrait produire sur nous un effet semblable ; en est-il ainsi, mes frères ?…
Tous ces enseignements de l’Écriture présentent un caractère bien différent de l’opinion présomptueuse qui, de nos jours, persiste à attendre la conversion du monde par le moyen de l’Église et pendant la dispensation actuelle. On dit que le petit troupeau est devenu un grand troupeau. Sans doute, nous accordons qu’une certaine association, qui dans l’origine n’était composée que des brebis du Christ, qui dans l’origine était «le petit troupeau», s’est dès lors considérablement agrandie. Mais cette association, ou plutôt cet assemblage d’associations (car c’est maintenant un ensemble brisé et divisé) n’est pas réellement le troupeau du Christ. Le peuple du Christ y est malheureusement mêlé, mais la multitude irrégénérée qu’on appelle l’Église, se rapproche bien plus de Babylone la grande, que du «petit troupeau». Le véritable troupeau du Christ demeure, en effet, toujours petit. Le Seigneur, en déclarant que «étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie», montre le caractère que doit conserver ce chemin de la vie pendant tout le cours de l’économie actuelle. Après le retour de Jésus, il viendra une économie, pendant laquelle le chemin sera une voie large, une voie royale, où marcheront toutes les nations de la terre. C’est ce que nous montrerons plus tard, si Dieu le permet, dans nos Méditations subséquentes, mais maintenant, et jusqu’à ce que le Sauveur revienne, «étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie», et hélas ! «peu nombreux sont ceux qui le trouvent. Ce passage offre à lui seul une preuve évidente de notre proposition, mais il devient plus convaincant encore, lorsqu’on le considère en rapport avec l’image d’un petit troupeau, qui attend, au milieu d’un monde hostile, le retour de son Seigneur du ciel. Or dans tout ceci, mes amis, vous devez avouer qu’il n’y a pas la plus légère allusion à un millénium avant l’avènement du Seigneur.
Quant à l’idée que cette expression : «la venue du Fils de l’homme», signifie ordinairement la mort, nous avons déjà dit qu’elle n’est pas juste. Il n’est pas prouvé que, dans un seul endroit du Nouveau Testament, cette expression soit employée dans ce sens ; et en tout cas, ce qui est parfaitement certain, c’est que ce n’est pas là sa signification habituelle. Les apôtres croyaient réellement que «demeurer jusqu’à ce que le Fils de l’homme vînt», c’était «ne pas mourir». C’est là ce qu’ils concluent immédiatement (voyez Jean 21:18-23). Lorsque le Seigneur eut prédit de quelle mort Pierre devait glorifier Dieu, Pierre demande, en montrant le disciple que Jésus aimait : «Seigneur, et celui-ci, que lui arrivera-t-il ?» Jésus lui dit : «Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ?» «Cette parole donc se répandit parmi les frères que ce disciple ne mourrait pas. Et Jésus ne lui avait pas dit qu’il ne mourrait pas, mais : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ?» La pensée qu’ils attachaient à ces paroles n’en ressort pas moins bien clairement ; selon eux, demeurer jusqu’à ce que Jésus vînt, c’était : ne pas mourir. Et combien cette notion n’est-elle pas différente des pensées admises de nos jours !
Nous passons maintenant des Évangiles aux Épîtres : l’examen que nous en ferons doit être rapide. Tous les enseignements du Seigneur à ses apôtres et, dans ce nombre, ceux que nous avons examinés, devaient, selon ce qui nous est dit dans l’Évangile de Jean, leur être remis en mémoire par le Saint-Esprit. Comment donc, après avoir reçu le Saint-Esprit, les voyons-nous envisager le retour promis de leur Maître ? Dans tout le reste du Nouveau Testament, vous trouverez l’avènement du Seigneur présenté comme un fait d’une importance actuelle, pressante et bénie. Deux grandes vérités résument, en effet, une grande partie de l’enseignement apostolique, et l’une d’elles est le retour du Seigneur. Les «souffrances du Christ», voilà la première de ces vérités ; les «gloires qui doivent les suivre» voilà la seconde. L’Église est placée entre ces deux événements : c’est donc là notre position. Nous contemplons derrière nous les souffrances, et devant nous la gloire. Le premier avènement de Jésus avait pour but les souffrances, son second avènement aura lieu pour apporter la gloire. L’Église occupe l’intervalle qui les sépare. Heureux lieu de repos, pour attendre et veiller jusqu’à ce que le Seigneur vienne !
Telle est, disons-nous, la position dans laquelle le Saint Esprit place l’Église. La préparation de l’Épouse pour l’Époux occupe l’espace de temps compris entre les deux avènements. Quant à la conversion du monde — à la soumission de ceux qui doivent être amenés sous le sceptre du Christ — il n’en est pas question dans les Épîtres. C’est dans l’Ancien Testament que nous devons chercher des lumières sur ce sujet. Là nous apprenons beaucoup de choses sur le Roi promis, qui doit régner en justice, non seulement sur son peuple d’Israël, mais, comme il est écrit, sur toutes les nations de la terre. C’est là, entre autres, ce que développent les prophètes de l’Ancien Testament, mais il ne leur avait pas été révélé que, du milieu des hommes déchus, serait pris un peuple qui serait associé et intimement uni à Christ, et qui partagerait avec Lui la dignité royale et la gloire céleste sur un monde heureux et renouvelé. Ce glorieux mystère ne fut pas donné à connaître avant les jours apostoliques. Retenons soigneusement dans nos coeurs cette révélation toute spéciale. Nous trouverons en elle une sorte de clef, qui s’applique à l’ensemble presque tout entier des écritures prophétiques. Nous reviendrons sur ce sujet, et d’autres Méditations seront consacrées à développer plus amplement ce «mystère». Jetons maintenant un rapide coup d’oeil sur les Épîtres.
Nous trouvons dans le chap. 8 de l’Épître aux Romains, vers. 18-23, un passage qui a directement trait à notre sujet. Lisez-le attentivement. Il parle de la gloire qui doit être révélée «lors de la révélation des fils de Dieu», c’est-à-dire au jour où les fils de Dieu apparaîtront, avec leur Seigneur glorifié, revêtus aussi d’une gloire manifeste et visible ; car c’est «quand il sera manifesté, que vous aussi, vous serez manifesté avec lui en gloire», Col. 3:4. Cette manifestation des enfants de Dieu est appelée, au verset 23, «l’adoption ou la délivrance de notre corps», c’est-à-dire l’époque de la résurrection des justes. Nos âmes ont reçu l’adoption et connaissent déjà le pouvoir de la délivrance ; mais nos corps doivent aussi obtenir l’une et l’autre. Remarquez ce qui est de plus enseigné ici : c’est que «toute la création ensemble soupire et est en travail jusqu’à maintenant». Or il est expressément déclaré que cet universel gémissement ne cessera qu’à l’époque dont il est question dans ce passage. Alors, mais pas avant, «la création elle-même aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour jouir de la liberté de la gloire des enfants de Dieu» ; et cette délivrance introduit le royaume millénaire. Comment, chers amis, le monde pourrait-il jouir d’une période de paix, de repos universel, d’affranchissement du mal, tant que «toute la création ensemble soupire et est en travail ?» Impossible ! La création actuelle nous présente toujours plus le spectacle du gémissement et du travail. Le monde entier soupire sous un poids toujours croissant de péché, de misère et de malheur. L’homme soupire, — son âme soupire, — son corps soupire. — L’animal soupire, — la terre elle-même soupire. La création entière est ici personnifiée et représentée comme faisant monter vers le ciel un immense gémissement d’agonie. Dieu entend ce gémissement. Un jour de délivrance approche ; il est clairement et expressément annoncé dans le passage que nous avons sous les yeux ; c’est ce jour qui amène la bénédiction du millénium, alors que les saints seront révélés avec Christ en gloire. Tous ces événements ont lieu ensemble. Ils dépendent tous du retour de Christ, le grand Libérateur. Son avènement doit donc être prémillénaire.
La 1° Épître aux Corinthiens nous offre plusieurs passages qui se rapportent à notre sujet. «Il ne manquait d’aucun don de grâce à ceux qui attendaient la révélation de notre Seigneur Jésus Christ». Voyez chap. 1, vers. 7. Telle était la position des disciples de Corinthe. Ils attendaient, mais c’était le retour du Seigneur qu’ils attendaient, et non pas le commencement d’une période intermédiaire de mille ans de bénédictions sans le Seigneur : le danger eût plutôt été pour eux, semble-t-il, dans l’erreur opposée, et quelques-uns y tombèrent, en effet, en s’imaginant qu’il n’y avait point «de résurrection des morts» ou que «la résurrection était déjà arrivée». Paul combat cette erreur et consacre une grande partie de sa lettre à donner aux Corinthiens des instructions, au sujet de la résurrection, envisagée comme l’objet de leur espérance. Il assigne à cette espérance un jour, dans lequel «tous ceux qui se sont endormis en Christ ressusciteront», et où tous les vivants dans le Christ seront changés. Et il leur dit expressément que cet événement aura lieu «à sa venue».
Paul dit aux Philippiens : «Notre bourgeoisie est dans les cieux, d’où aussi nous attendons le Seigneur Jésus-Christ comme Sauveur, qui transformera le corps de notre abaissement en la conformité du corps de sa gloire». Voyez chap. 3, vers. 20 et 21. Ce passage est encore un exemple frappant des espérances des premiers chrétiens. «Ils attendaient» le retour du Seigneur, comme l’ère de la résurrection en gloire et de la transformation de leurs corps. Le grand objet de leur espérance était l’avènement de Jésus, et non pas une période intermédiaire de mille ans de bénédictions.
Les deux Épîtres aux Thessaloniciens sont riches en passages qui parlent de la seconde venue du Seigneur. Tous les chapitres, dans l’une et dans l’autre, présentent ce retour comme un objet d’espérance actuelle, et non point d’un accomplissement éloigné. Les saints de Thessalonique s’étaient tournés des idoles vers Dieu «pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour attendre des cieux son Fils», voyez chap. 1:9, 10. Au chapitre 4, nous avons la révélation bénie de l’enlèvement dans les nuées de tous les morts en Christ, et de tous les vivants en Christ, «à la rencontre du Seigneur, en l’air ; et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur». Tout ceci recevra, si Dieu le permet, de plus amples développements, dans nos Méditations suivantes. Nous avons déjà vu (point 2.8 ci-avant) que «le mystère d’iniquité» agira, jusqu’à ce que «l’homme de péché» soit manifesté, et que cet «inique» ne sera détruit que par l’apparition du Seigneur Jésus-Christ qui sera révélé du ciel, en flammes de feu.
Pierre nous donne aussi des lumières sur ce fait, que jusqu’à l’avènement du Christ, le mal continuera d’exister, et que cet événement seul aura le pouvoir d’y mettre un terme ; mais nous devons passer à l’Épître de Jacques, chap. 5, vers. 1-8. Ce passage nous offre une confirmation très forte de la même vérité. Les riches, est-il dit, «ont amassé un trésor pour les derniers jours» ; le peuple de Dieu opprimé est exhorté à «user de patience jusqu’à la venue du Seigneur». Jusqu’alors la patience serait nécessaire, parce que jusqu’alors le mal et la douleur continueraient. Tout ceci encore exclut la possibilité d’une période intermédiaire, pendant laquelle le crime disparaîtrait en tout lieu et où le péché serait ôté.
Jean signale l’apparition de Jésus, comme l’espérance bienheureuse et sanctifiante de tous les enfants de Dieu (chap. 3:1-3). Pas la moindre allusion à un millénium préalable. «Quand il sera manifesté», telles sont ses paroles, «nous le verrons», et «nous lui serons semblables». Quelle perspective réjouissante, chers amis ! Quelle glorieuse espérance ! puissions-nous en connaître la sanctifiante efficace !
L’apôtre Jude, au lieu de dépeindre une période de justice universelle, décrit précisément l’opposé, comme ce qui doit prévaloir dans les derniers jours. La grâce de Dieu devait être changée en dissolution, l’impiété devait être générale et ne serait abolie que par la venue du Seigneur Jésus, venant au milieu de ses saintes myriades, pour ôter de son royaume tous les scandales et pour établir ce royaume en justice. Qu’elle est donc gratuite, chers amis, la notion d’un millénium de justice précédant la venue du Seigneur !
Le livre de l’Apocalypse clôt solennellement le témoignage des Écritures ; il est, du commencement à la fin, une immense preuve que l’avènement du Christ sera prémillénaire. Son grand refrain, c’est la déclaration des jugements qui précéderont et introduiront le règne millénaire du Christ. Le jugement final qui tombe sur l’homme à l’apogée de l’iniquité est exécuté par le Seigneur Jésus en personne. Parcourez ce livre étonnant. Il s’ouvre par cette parole : «Voici, il vient avec les nuées, et tout oeil le verra». C’est, en quelque sorte, le refrain du Livre. Dans les Épîtres aux sept Églises la venue du Christ est constamment rappelée comme un sujet béni d’exhortation et de joie. Dans les chapitres 6, 11, 14, 16 et 19, elle est spécialement décrite. Le chapitre onzième fournit des preuves qui, lors même que le livre de Dieu n’en contiendrait point d’autres, suffiraient amplement à démontrer notre thèse ; car là il nous est révélé que ce n’est qu’après le son de la septième trompette et la clôture des jugements que «le royaume du monde de notre Seigneur et de son Christ est venu». Quand les redoutables jugements annoncés dans ce livre ont eu leur cours, le règne millénaire de Christ commence. Le vingtième chapitre nous apprend, en termes aussi explicites que possible, cette glorieuse vérité : que lorsque Satan aura été lié, afin qu’il n’égare plus les nations, et que les justes morts auront été ressuscités, «ils régneront avec le Christ mille ans». Ce Livre, et de fait la Bible elle-même, se termine par ces douces paroles de consolation et d’encouragement pour les saints qui attendent le Seigneur : «Oui, je viens bientôt». Que nos coeurs à l’unisson avec le sien répondent : «Amen ! oui, viens, Seigneur Jésus !»
Je vous laisse, chers amis, cette masse de témoignages bibliques à l’appui de cette vérité des plus solennelles et des plus glorieuses, si grosse de conséquences pratiques pour notre marche chrétienne. Je les recommande à votre attention et à vos prières. Si c’est là la vérité de Dieu (et qui en douterait ?) nous ne pourrions impunément les négliger, ou les rejeter à notre gré. Nous sommes responsables envers Dieu de la réception de la vérité qu’il a jugé à propos de nous révéler pour nous instruire et pour nous diriger ici-bas ; et notre vraie position, il nous le dit en termes si simples qu’un petit enfant ne peut s’y tromper, est celle de serviteurs qui attendent leur Maître, ayant les reins ceints, et leurs lampes soigneusement préparées, allumées et brillantes. Nous ne savons ni le jour, ni l’heure où le Fils de l’homme viendra ; mais bienheureux, en vérité, sont ces esclaves que le Maître, quand il viendra, trouvera veillant !
par William Trotter (York, mars / avril 1851)
Il est un passage, trop négligé ou trop peu compris de nos jours, qui fait ressortir d’une manière frappante l’importance de tout ce qui se rattache à l’histoire et aux espérances d’Israël. C’est celui-ci : «Quand le Très-Haut partageait l’héritage aux nations, quand il séparait les fils d’Adam, il établit les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël. Car la portion de l’Éternel, c’est son peuple ; Jacob est le lot de son héritage» Deut. 32:8, 9. La répartition des hommes en corps de nations eut lieu plus de cent ans avant la naissance d’Abraham, et ce ne fut guère que cinq cents ans après cet événement qu’Israël exista comme nation ; néanmoins le passage que nous venons de transcrire nous apprend que, déjà alors, Israël était tellement présent à la pensée de Dieu, il occupait dans les conseils de Dieu une place si importante et si centrale que, lorsque Lui, le Très-Haut, séparait les fils d’Adam, en partageant aux nations leur héritage, il établit les limites des peuples — c’est-à-dire qu’il ordonna la situation et l’étendue de leurs divers empires — selon le nombre des enfants d’Israël. De la chute d’Israël est résulté un tout autre état de choses : un arrangement des nations qui n’a, semble-t-il, aucune relation quelconque avec les Israélites et leur pays. Mais cet état de choses n’est que pour un temps. Dieu n’a pas renoncé à son plan de faire d’Israël le centre des nations, et de leur cité bien aimée, la métropole de toute la terre. Les témoignages à l’appui de cette assertion, présentés par l’Écriture, sont le sujet des deux Méditations suivantes. Mon but, pour le moment, est de parcourir rapidement la suite des circonstances qui ont amené les Juifs à leur état actuel d’abjection et de dispersion. Leur histoire prophétique à venir est tellement liée à leurs annales dans le passé, que nous ne pouvons étudier convenablement le sujet de leur restauration future, sans jeter au moins un coup d’oeil rapide sur ce qui leur est arrivé dans les temps d’autrefois.
Lorsque les hommes abandonnèrent le culte du vrai Dieu et que Satan fut parvenu à les entraîner à l’idolâtrie, cela même donna occasion à l’Éternel d’appeler Abraham, le père de ce peuple, et de séparer ainsi pour Lui-même et Abraham et sa postérité à jamais. Nous voyons dans Rom. 1, comment les hommes, «ayant connu Dieu, ne le glorifièrent point comme Dieu, ni ne lui rendirent grâces ; mais ils devinrent vains dans leurs raisonnements, et leur coeur destitué d’intelligence fut rempli de ténèbres : se disant sages, ils sont devenus fous, et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible en la ressemblance de l’image d’un homme corruptible et d’oiseaux et de quadrupèdes et de reptiles». C’est pourquoi, ajoute l’apôtre, «Dieu les a aussi livrés à l’impureté» — à des passions infâmes — en un mot, à toutes les immenses horreurs du paganisme dans ses différentes formes. «Et comme ils n’ont pas eut de sens moral pour garder la connaissance de Dieu, Dieu les a livrés à un esprit réprouvé, pour pratiquer des choses qui ne conviennent pas». Ils ont abandonné Dieu pour des idoles et, en conséquence, Dieu les abandonna pour se déshonorer eux-mêmes. Mais tout en laissant ainsi les nations recueillir le fruit de leurs propres voies, Dieu n’a pas voulu rester sans témoignage rendu sur la terre à sa Divinité suprême et au bonheur de ceux qui, honorés de sa présence et de son gouvernement immédiats, obéissaient à ses lois. «Et Josué dit à tout le peuple : Ainsi dit l’Éternel, le Dieu d’Israël : Vos pères, Térakh, père d’Abraham et père de Nakhor, ont habité anciennement au-delà du fleuve, et ils ont servi d’autres dieux ; et je pris votre père Abraham d’au-delà du fleuve, et je le fis aller par tout le pays de Canaan, et je multipliai sa postérité, etc.» (Jos. 24:2-3). Par l’appel de Dieu, Abraham fut ainsi séparé de la masse coupable et idolâtre, pour devenir le dépositaire des promesses du Seigneur, et le témoin de ses droits et de sa dignité.
Les promesses faites à Abraham étaient absolues, sans condition. Elles impliquaient, sans doute, bien autre chose que la possession de la terre de Canaan ; mais il n’en est pas moins évident qu’elles comprenaient cette possession de la manière la plus explicite : «Et l’Éternel apparut à Abram, et dit : Je donnerai ce pays à ta semence» (Gen. 12:7). «Et l’Éternel dit à Abram, après que Lot se fut séparé de lui : Lève tes yeux, et regarde, du lieu où tu es, vers le nord, et vers le midi, et vers l’orient, et vers l’occident ; car tout le pays que tu vois, je te le donnerai, et à ta semence pour toujours… Lève-toi donc, et promène-toi dans le pays en long et en large, car je te le donnerai» (Gen. 13:14-17). De plus, Abraham apprit que cette possession du pays ne devait pas lui être accordée immédiatement : «Et l’Éternel dit à Abram : Sache certainement que ta semence séjournera dans un pays qui n’est pas le sien, et ils l’asserviront et l’opprimeront pendant quatre cents ans. Mais aussi je jugerai, moi, la nation qui les aura asservis ; et après cela ils sortiront avec de grands biens» (chap. 15:13, 14). Puis le pays est donné à Abraham par alliance, et les limites en sont exactement décrites : «En ce jour-là, l’Éternel fit une alliance avec Abram, disant : Je donne ce pays à ta semence, depuis le fleuve d’Égypte jusqu’au grand fleuve, le fleuve d’Euphrate : le Kénien, les Kénisien, et le Kadmonien, et le Héthien, et le Phérézien, et les Rephaïm, et l’Amoréen, et le Cananéen, et le Guirgasien, et le Jébusien» (vers. 18-21). La promesse relative au pays fut répétée à Isaac : chapitre 26:3 ; — et à Jacob : 28:13, 14.
Telles étaient les promesses faites aux patriarches. De quelle manière touchante, elles sont rappelées plus tard, pour la première fois en Exode 2:24. Ce que Dieu avait annoncé s’était accompli. Les enfants d’Israël étaient descendus en Égypte, et avaient été affligés dans un pays qui ne leur appartenait pas. Les quatre cents ans allaient expirer, et leur affliction était à son comble. «Et Dieu ouït leur gémissement, et Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, avec Isaac et avec Jacob». Eh bien ! il est parfaitement certain que Dieu se souviendra encore de la même alliance, en faveur du même peuple, au milieu des tribulations beaucoup plus grandes qui les attendent encore.
Ce fut par pure bonté, et d’après le principe de cette alliance inconditionnelle, faite avec leurs pères, que Dieu délivra les Israélites et les retira de l’Égypte. Ils étaient un peuple méchant, contredisant, et en même temps rempli de propre justice ; c’est là ce qu’ils montrèrent soit en Égypte, soit immédiatement après leur délivrance. Mais Dieu agissait pour l’amour de son nom. Il supporta toutes leurs rébellions ; chaque fois qu’ils murmuraient, il se montrait à eux toujours plus plein de grâce, et il en fut ainsi jusqu’à ce qu’ils arrivassent au pied du Sinaï. Là, d’après l’ordre de Dieu, Moïse leur fit la proposition d’être placés sous une loi, et de n’avoir plus droit aux bénédictions qui leur étaient promises, que sous condition d’obéissance. Il ne nous est pas dit ce qui serait arrivé, s’ils avaient humblement confessé leur incapacité à garder la loi de Dieu, et s’ils avaient supplié le Seigneur de continuer à leur accorder des bénédictions, en vertu de l’alliance sans condition, traitée longtemps auparavant avec leurs pères. S’ils eussent eu un coeur pour cela, ils n’auraient pas eu besoin d’être mis à l’épreuve de la loi donnée en Sinaï : Dieu connaissait bien l’orgueil et la présomption de leurs coeurs, quoique, hélas ! eux ne les connussent pas. Le fait est qu’ils entreprirent de garder la loi, en faisant librement et spontanément cette promesse : «Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons» Exode 19:8 ; 24:3 et 7. Ce fut ainsi de leur plein consentement qu’ils furent placés sous une alliance d’oeuvres.
Le résultat en est bien connu. Leurs paroles étaient encore sur leurs lèvres, qu’ils se prostituaient aux idoles au pied de cette montagne redoutable, à la vue de laquelle ils avaient récemment ressenti tant de tremblement et de terreur. Je n’entre pas dans les détails de ce qui arriva alors. Les relations de Dieu avec eux furent rétablies par la médiation de Moïse ; et ils furent de nouveau, avec certaines modifications, placés sous une alliance d’oeuvres. C’est sous une telle alliance qu’ils entrèrent dans le pays de Canaan. Le chapitre 28 du Deutéronome nous en donne très clairement les termes : En cas d’obéissance, la possession perpétuelle du pays, avec toute espèce de bénédictions temporelles, leur est assurée. Mais en cas de désobéissance et de rébellion persévérante, ils sont menacés de toute espèce de châtiments, qui deviendront toujours plus sévères et iront jusqu’à leur extirpation du pays. Avec quelle entière exactitude toutes ces prédictions se sont accomplies ! Après que toutes ces choses ont été exposées devant eux, dans ce chapitre et le suivant, nous lisons ces paroles : «Et lorsque toutes ces choses que j’ai mises devant toi, seront venues sur toi, la bénédiction et la malédiction, et lorsque tu les auras rappelées dans ton coeur, parmi toutes les nations où l’Éternel, ton Dieu, t’aura chassé ; et, que tu seras retourné à l’Éternel, ton Dieu, et que tu auras écouté sa voix selon tout ce que je te commande aujourd’hui, toi et tes fils, de tout ton coeur et de toute ton âme, il arrivera que l’Éternel, ton Dieu, rétablira tes captifs, et aura pitié de toi, et il te rassemblera de nouveau d’entre tous les peuples, où l’Éternel, ton Dieu, t’avait dispersé» (Deut. 30:1-3). Nous avons une promesse analogue en Lévitique 26:40-45.
Quant à l’histoire d’Israël en Canaan, chacun la connaît. Le livre des Juges nous les montre commençant bien promptement à s’éloigner du Seigneur qui, au moyen tantôt de tel ennemi, tantôt de tel autre, les punissait de leurs iniquités. Dans les jours de Samuel, leurs péchés, et spécialement ceux de la sacrificature, amenèrent une terrible crise, dans laquelle Dieu permit que son arche fût prise et emmenée par l’ennemi. Après l’avoir recouvrée, les Israélites désirèrent un roi, et Dieu acquiesça à leur demande. Il leur donna d’abord un roi selon leur coeur, lequel termina malheureusement ses jours sur la montagne de Guilboa. Puis Dieu mit au-dessus d’eux l’homme selon son coeur, David, duquel, selon la chair, est sorti le Christ, qui est Dieu au-dessus de toutes choses, béni éternellement. Avec David, Dieu traita une autre alliance, en partie conditionnelle et en partie sans condition : 2 Sam. 7:10-16. Quant à ses descendants qui lui succéderaient sur le trône, la conservation de ce trône et la bénédiction du peuple placé sous leur autorité dépendaient de leur obéissance à Dieu ; s’ils désobéissaient, ils devaient être châtiés. Mais l’alliance était inconditionnelle, en tant que la miséricorde de Dieu ne serait finalement jamais retirée de dessus la maison de David. Un fils, sorti de ses entrailles, serait suscité, qui devait infailliblement s’asseoir sur son trône, et en Lui s’accomplirait cette parole de vérité : «Et ta maison et ton royaume seront rendus stables à toujours devant toi, ton trône sera affermi pour toujours». Il n’est pas besoin qu’on nous dise qui est ce Fils de David, cet héritier béni du trône et du royaume de David.
Les temps de David et de Salomon constituent la période la plus brillante de l’histoire passée d’Israël. Chacun de ces deux règnes présente un type frappant du règne futur du Christ. Les conquêtes de David nous dépeignent les triomphes de Jésus, quand il viendra comme le Lion de la tribu de Juda ; tandis que le règne paisible de Salomon est peut-être l’emblème le plus vivant, qui soit dans l’Écriture, du règne millénaire du Christ. Mais cela dura bien peu de temps. Salomon se laissa corrompre par ses femmes et tomba dans l’idolâtrie. Sous son fils, dix tribus se révoltèrent et formèrent un royaume séparé, dont Jéroboam fut le premier roi, et plus tard Samarie, la capitale. L’histoire de ce royaume n’est que le récit d’iniquités ininterrompues et toujours croissantes jusqu’à la fin, où, dans les jours d’Osée, les dix tribus furent emmenées captives par les Assyriens ; elles n’ont jamais été rétablies dès lors.
La patience de Dieu supporta longtemps le royaume de Juda, jusqu’à ce que la méchanceté de la maison de David y mît forcément un terme. Jérusalem fut prise, le temple fut détruit, et les Juifs emmenés captifs à Babylone. Le trône de Dieu n’existant plus à Jérusalem, la puissance fut remise entre les mains des Gentils, et elle y est demeurée jusqu’à maintenant. Avec Nebucadnetsar, commencent, à la fois, les temps des Gentils, la captivité et la dispersion des Juifs. Un résidu, il est vrai, retourna en Judée du temps de Cyrus : de quelle manière, dans quel but, c’est ce que nous verrons tout à l’heure. Mais quant à la nation, en général, son lot a été la dispersion et la captivité, depuis les jours de Shalmanéser et de Nebucadnetsar jusqu’à maintenant.
par William Trotter (York, mars / avril 1851)
Avant tout, faisons remarquer que, en séparant Israël pour être son peuple particulier, Dieu avait en vue deux grands buts. D’abord il voulait qu’il y eût un témoignage rendu à l’unité de Dieu, lequel devait être le seul objet de culte. «Écoute, Israël : l’Éternel, notre Dieu, est un seul Éternel» (Deut. 6:4.) «Vous êtes mes témoins, dit l’Éternel, que je suis Dieu» (Ésa. 43:12). Ensuite, Dieu voulait, par la prospérité de ce peuple sous son gouvernement immédiat, manifester son propre caractère, à tel point que tous les hommes pussent comprendre que : «bienheureux est le peuple pour qui il en est ainsi ! Bienheureux le peuple qui a l’Éternel pour son Dieu» (Ps. 144:15). Je n’ai guère besoin d’ajouter que c’est dans le règne à venir du Christ que ce dessein de Dieu sera réalisé. Alors Israël sera un exemple, un spécimen, aux yeux de toutes les nations, du bonheur d’un peuple placé sous le gouvernement immédiat de Dieu.
Relativement au passé, ces deux objets que Dieu avait en vue en séparant Israël pour Lui-même, ont entièrement échoué. Je ne veux pas dire par là que Dieu ait fait défaut ; mais que Dieu ayant mis les Israélites sous une responsabilité envers lui, dans une position où, s’ils avaient été fidèles, ces deux grands buts eussent été atteints, l’accomplissement en a totalement manqué, à cause de l’infidélité de ce peuple. Les enfants d’Israël ne rendirent pas témoignage à l’unité de Dieu, car ils tombèrent dans l’idolâtrie comme les nations qui les entouraient. Dès lors ils ne purent plus être un exemple du bonheur découlant du gouvernement de Dieu ; car ce gouvernement ne peut jamais rendre heureux des rebelles et des idolâtres. Leur captivité et leur dispersion, telle fut à la fin l’expression du courroux de Dieu et de sa désapprobation de leurs voies. Il les désavoua, il les rejeta eux et leur terre, et les livra entre les mains de leurs ennemis, les rois d’Assyrie et de Babylone. Là, pour un temps se termina l’histoire de la responsabilité d’Israël dans son pays. Elle aboutit enfin à une totale apostasie, à une complète rébellion, de leur part ; à leur jugement, à leur dispersion et à leur captivité parmi les Gentils, de la part de Dieu.
Je ne perds pas de vue un fait, qui sans doute vous revient à l’esprit, savoir que, au bout de soixante-dix ans, Cyrus permit à un petit résidu de retourner dans son pays. Mais quoique autorisés par ce roi à rebâtir leur temple et leur ville, ils ne redevinrent jamais une nation indépendante dans leur propre patrie. Dès lors, dans leurs meilleures circonstances, ils furent toujours tributaires, d’abord des Perses, puis des Grecs, et finalement des Romains, dont le joug de fer pesait sur eux alors que naquit le Seigneur Jésus-Christ, leur Messie promis depuis si longtemps. Et l’on peut affirmer, comme fort probable, que c’est précisément pour que le Christ pût naître au milieu d’eux, que ce résidu fut rétabli, et afin que, selon les Écritures, Jésus pût leur être présenté comme leur Roi. C’est ce qui eut lieu, et vous en connaissez le résultat. Ils heurtèrent contre cette pierre d’achoppement. Ils demandèrent avec instance que Barabbas, un meurtrier, leur fût relâché par Pilate, de préférence à leur Roi — à Celui que même des Mages de l’orient avaient reconnu comme «le Roi des Juifs», lors de sa naissance. Les Juifs dirent : «Nous n’avons pas d’autre roi que César», et ils consommèrent leurs crimes nationaux en crucifiant leur Roi. Celui dont Dieu avait ainsi parlé : «Et moi, j’ai oint mon roi sur Sion, la montagne de ma sainteté», fut crucifié par son propre peuple. Oui, par son propre peuple, ou du moins, d’après le désir des Juifs et à leur sollicitation, quoiqu’ils fussent assujettis aux Gentils, au point de devoir obtenir le consentement du Gouverneur romain pour accomplir leurs intentions homicides. «C’est pourquoi, dit notre Seigneur à Pilate, celui qui m’a livré à toi a plus de péché». Oui, ils donnèrent la main à leurs oppresseurs gentils pour crucifier le Seigneur de gloire. Sur le Calvaire, entre deux brigands, il fut cloué à la croix, avec cette inscription au-dessus de Lui, en lettres grecques, romaines et hébraïques : Celui-ci est le Roi des Juifs. Cependant le long support de Dieu patienta encore avec ces malheureux. Ils avaient mis le comble à leurs iniquités, et pourtant Dieu voulait, encore un peu de temps, user de patience envers eux ; et quand il eut ressuscité d’entre les morts Celui qu’ils avaient crucifié, la grâce leur fut de nouveau proclamée en son nom. Comme nous l’avons vu précédemment (point 2.3 ci-dessus), Pierre, en Actes 3, prêchait la repentance et la rémission des péchés au nom du Seigneur Jésus, à Jérusalem et au peuple Juif ; il les exhortait à la conversion, en les assurant que, dans le cas où ils obéiraient, Dieu enverrait Jésus, que le ciel doit contenir jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses. Mais ils refusèrent d’écouter. Il n’y avait point de repentir dans leurs coeurs orgueilleux, endurcis, incrédules. Ils emprisonnèrent Pierre, ils tuèrent Jacques, ils lapidèrent Étienne. Leur réjection de Christ à tous égards — de Christ qui leur avait été annoncé par le Saint-Esprit envoyé du ciel, aussi bien que de Christ qui s’était présenté à eux dans l’humiliation sur la terre — cette rejection étant consommée, Dieu les abandonna : leur ville fut de nouveau détruite ; leur temple fut rasé jusqu’aux fondements ; des myriades d’entre eux périrent par l’épée, et le pauvre résidu qui échappa fut dispersé sur toute la terre. Soit eux, soit leur postérité, sont demeurés ainsi dispersés depuis ce moment jusqu’à nos jours. Et cependant, chers amis, quoique ce soit pour le péché qu’ils commirent en crucifiant Jésus qu’ils souffrent de cette manière, c’est ce fait même qui est la base, la seule base de leur restauration et de leur bénédiction futures. Lorsque Caïphe dit : «Vous ne savez rien, ni ne considérez qu’il nous est avantageux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que toute la nation ne périsse pas», il ne comprenait guère la signification de ses propres paroles. En effet, «il ne dit pas cela de lui-même ; mais étant souverain sacrificateur cette année-là, il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation». Oui, c’était pour cette nation que Jésus mourut. Sa mort, il est vrai, devait avoir d’autres résultats encore : Elle manifestait l’amour de Dieu pour le monde ; elle procurait le salut de l’Église ; elle nous révélait pleinement le caractère de Dieu ; elle maintenait sa gloire à tous égards. Néanmoins, avec tout cela, c’était «pour la nation» que Jésus mourait, pour la nation qui le crucifiait, qui triomphait de sa mort, qui s’écriait : «Que son sang soit sur nous et sur nos enfants !» c’est pour cette nation que son sang fut répandu en expiation. Et quand les yeux des Juifs seront ouverts pour voir cela ; quand leurs coeurs se tourneront vers le Seigneur ; quand, ne heurtant plus contre cette pierre d’achoppement, ils verront, dans le sang de l’aspersion, si longtemps méprisé, leur seul refuge et leur seule espérance, alors ils comprendront et éprouveront (ce qui dans les conseils de Dieu et dans l’efficace intrinsèque de l’oeuvre de Christ est déjà vrai) que le sang de Jésus est le seul et sûr fondement de toutes les joies, de la prospérité, de la gloire et de la bénédiction qui sont encore en réserve pour eux dans leur propre pays. Quelle chose merveilleuse que ce précieux sang ! Chers amis, nos consciences n’en ont-elles pas ressenti l’efficace ? Nous qui, par grâce, avons cru en Christ, n’avons-nous pas saisi et réalisé cette vérité, que son sang purifie de tout péché ? Il possède assez de puissance pour effacer le péché de ceux qui l’ont répandu. Et quand les enfants d’Israël regarderont vers celui qu’ils ont percé, qu’ils en mèneront deuil, comme quand on mène deuil d’un fils unique et qu’ils en seront en amertume, comme quand on est en amertume à cause d’un premier-né, alors son sang sera sur eux dans un tout autre sens que celui de leur affreuse imprécation. Il sera sur eux, non pas comme précédemment, pour leur jugement, leur dispersion et leur malédiction ; mais pour leur rétablissement, leur bénédiction, leur délivrance. Et pendant tout le millénium, à travers tous les âges, ils attribueront toutes leurs joies et tout leur bonheur à l’efficace de ce sang, dont leurs pères avaient dit : Qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! Ce sera certes bien alors surtout que l’on verra la grâce surabonder, là où le péché avait abondé.
Quant aux témoignages des Écritures relatifs au retour et à la restauration des Israélites — à leur retour dans leur pays et à leur restauration en bénédiction dans ce pays, il y a deux points de vue que je désire vous présenter sur ce sujet : En premier lieu, les preuves scripturaires de ce fait ; et en second lieu, la lumière que répand l’Écriture sur l’ordre qui présidera à l’accomplissement de cet événement.
Avant d’examiner les preuves bibliques du fait, il est deux objections que je voudrais prévenir. D’abord, on allègue que plusieurs des prophéties que nous mettrons en avant, ont déjà été accomplies par le retour des Juifs de Babylone au temps de Cyrus. Ensuite, quant aux prophéties qui ne peuvent décidément pas être interprétées de cette manière, on affirme qu’elles doivent être comprises dans un sens spirituel, et qu’elles annoncent, sous un langage figuré, la prospérité de l’église chrétienne. Quant à cette dernière objection, ce sera à vous de juger, avec le secours de Dieu, à mesure que les passages seront placés devant vous, s’ils peuvent être spiritualisés ainsi. Ce sera à vous de juger si, en effet, ils parlent de l’église chrétienne, ou s’il faut les entendre littéralement de la ville de Jérusalem, du pays de Palestine et de la nation juive.
Relativement à la première objection, qui consiste à affirmer que plusieurs de ces prophéties ont été accomplies par le retour de Babylone, divers caractères peuvent vous servir de pierre de touche pour éprouver la valeur de cette affirmation. Ainsi, par exemple :
1. Quand il s’agit, dans une prophétie, du rétablissement d’Israël aussi bien que de Juda — des dix tribus aussi bien que des deux — vous pouvez être assurés que cette prophétie ne parle pas du retour de Babylone. C’est à peine si d’autres que des Juifs proprement dits, c’est-à-dire des hommes ressortissant au royaume de Juda, revinrent alors ; encore ne revint-il qu’une bien petite partie de ces Juifs.
2. Quand il est prédit que la nation, sera convertie aussi bien que restaurée, ce doit nécessairement être d’une future restauration qu’il s’agit, car la nation ne fut pas convertie au retour de Babylone.
3. Quand il est annoncé que, après la restauration prédite, ils ne tomberont plus dans le péché, et ne connaîtront plus le trouble, ce doit être de même d’une restauration future qu’il est question. Leur plus grand péché et leurs plus rudes souffrances ont eu lieu depuis leur retour de Babylone. De nos jours encore, ils sont placés sous la coulpe de ce péché et sous la pression de ces souffrances.
4. Quand à leur restauration se rattache la complète et finale destruction de leurs ennemis — de ceux qui les ont foulés et persécutés — ce doit être un événement à venir que ces prophéties indiquent, car aucune destruction pareille n’accompagna ou ne suivit leur retour de Babylone.
5. Quand la venue du Seigneur est liée à leur délivrance et à leur restauration, il doit être question du second avènement de Christ. Nous savons que sa première venue ne les délivra pas nationalement. Et il devrait sauter aux yeux de tous que de tels passages ne se rapportent pas au retour de Babylone, attendu que ni le premier ni le second avènement du Christ n’arrivèrent à cette époque.
6. Quand les prophéties ont été écrites après le retour de Babylone, il est impossible de penser que ce soit de cet événement-là qu’elles parlent au futur.
Le premier passage que je citerai est tiré du chapitre que nous avons lu ; et il renferme une autre marque encore pour distinguer l’événement qu’il prédit, du rétablissement partiel des Juifs aux jours d’Esdras. Cette marque consiste en ceci, qu’il y est expressément déclaré que c’est ici une seconde restauration : «Et il arrivera en ce jour-là, que le Seigneur mettra sa main encore une seconde fois pour acquérir le résidu de son peuple, qui sera demeuré de reste de l’Assyrie, et de l’Égypte, et de Pathros, et de Cush, et d’Élam, et de Shinhar, et de Hamath, et des îles de la mer», Ésa. 11:11. Or, si vous considérez le retour de Babylone, aux jours d’Esdras et de Néhémie, comme la première restauration, ce ne peut évidemment pas être celle dont il est ici question, laquelle est appelée la seconde. Voyez, en outre, combien des caractères ci-dessus énumérés se retrouvent dans ce passage. Il embrasse toute la nation : «Et il élèvera un étendard devant les nations, et rassemblera les exilés d’Israël, et réunira les dispersés de Juda, des quatre coins de la terre» vers. 12. Ils sont convertis aussi bien que restaurés ; car c’est alors que «la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer» vers. 9. Leurs ennemis seront subjugués et détruits : «Les adversaires de Juda seront retranchés», vers. 13. «Ils voleront sur l’épaule des Philistins vers l’ouest ; ils pilleront ensemble les fils de l’orient : Édom et Moab seront la proie de leurs mains, et les fils d’Ammon leur obéiront», vers. 14. Y eut-il rien de semblable lors du retour de Babylone ? En outre, nous avons ici l’annonce prophétique d’événements miraculeux, tels que l’on n’en a point vu depuis la sortie d’Israël hors d’Égypte : «Et l’Éternel desséchera la langue de la mer d’Égypte, et il secouera sa main sur le fleuve dans l’impétuosité de son vent, et il frappera pour qu’il devienne sept ruisseaux, et y fera marcher avec des souliers. Et il y aura un chemin battu pour le résidu de son peuple, qui sera demeuré de reste de l’Assyrie, selon ce qui est arrivé à Israël au temps qu’il est monté du pays d’Égypte» vers. 15, 16. Qui pourrait éluder la conclusion : que c’est une restauration future d’Israël qui est prédite ici ? Quant à la question de savoir si ce passage peut être spiritualisé de manière à lui faire signifier l’église chrétienne, il suffit de la poser. C’est à peine s’il y a, dans ce chapitre, un seul verset ou un seul détail qui puisse se prêter à une semblable interprétation.
Le passage que je soumets ensuite à vos réflexions est Ésa. 14:1, 2 : «Car l’Éternel aura compassion de Jacob, et choisira encore Israël, et les établira en repos sur leur terre ; et l’étranger se joindra à eux, et sera ajouté à la maison de Jacob. Et les peuples les prendront, et les feront venir en leur lieu, et la maison d’Israël les possédera, sur la terre de l’Éternel, pour serviteurs et pour servantes : ils mèneront captifs ceux qui les tenaient captifs, et ils domineront sur leurs oppresseurs». Assurément cela ne fut pas accompli aux jours d’Esdras et de Néhémie, car voici ce que Néhémie pensait alors de l’état des Juifs : «Voici, nous sommes aujourd’hui serviteurs ; et quant au pays que tu donnas à nos pères pour qu’ils en mangent le fruit et les bons produits, voici, nous y sommes serviteurs. Et il rapporte beaucoup aux rois que tu as établis sur nous à cause de nos péchés ; et ils dominent à leur gré sur nos corps et sur notre bétail, et nous sommes dans une grande détresse» Néhémie 9:36, 37. Certes ce n’était pas là l’accomplissement de la prophétie que nous venons de citer : «Ils (les enfants d’Israël) mèneront captifs ceux qui les tenaient captifs, et ils domineront sur leurs oppresseurs», mais il s’agit ici d’une restauration à venir.
Ésaïe 66:8-11, prédit aussi une restauration de Jérusalem et d’Israël, incontestablement future : «Qui a entendu une chose pareille ? qui a vu de telles choses ? Fera-t-on qu’un pays enfante en un seul jour ? Une nation naîtra-t-elle en une fois ? Car aussitôt que Sion a été en travail d’enfant, elle a enfanté ses fils. Amènerais-je jusqu’au moment de l’enfantement, et je ne ferais point enfanter ? dit l’Éternel. Moi, qui fais enfanter, je fermerais la matrice ? dit ton Dieu. Réjouissez-vous avec Jérusalem, et égayez-vous à cause d’elle, vous tous qui l’aimez ; tressaillez de joie avec elle, vous tous qui menez deuil sur elle ; parce que vous tèterez et serez rassasiés du sein de ses consolations, parce que vous sucerez, et que vous vous délecterez de l’abondance de sa gloire». Je sais bien que ces paroles ont constamment été appliquées à l’église chrétienne, je sais que l’on a dit et que l’on répète encore que, quand elle est en travail pour enfanter des âmes, des multitudes naissent, c’est-à-dire sont converties. Mais ici, il est parlé de Jérusalem et non de l’Église. C’est la naissance d’une nation — la réapparition d’Israël comme tel — qui excite l’étonnement et la joie universels ; il n’est pas proprement question de la régénération des âmes. Et quand est-ce que cela arrive ? «Comme quelqu’un que sa mère console, ainsi moi, je vous consolerai ; et vous serez consolés dans Jérusalem. Et vous le verrez, et votre coeur se réjouira, et vos os fleuriront comme l’herbe verte, et la main de l’Éternel sera connue en ses serviteurs, et il versera sa colère contre ses ennemis. Car voici, l’Éternel viendra en feu, et ses chars comme un tourbillon, pour rendre sa colère avec fureur, et son tancement avec des flammes de feu. Car l’Éternel entrera en jugement avec toute chair, par le feu, et par son épée ; et les tués de l’Éternel seront en grand nombre» vers. 13-16.
N’est-il pas manifeste que la restauration d’Israël et de Jérusalem ici mentionnée, arrivera à l’époque de la seconde venue de notre Seigneur et qu’elle est en rapport avec le grand jour de sa juste colère ? Puis encore : «Et pour moi…, leurs actes et leurs pensées sont devant moi. Le temps est venu de rassembler toutes les nations et les langues ; et elles viendront et verront ma gloire. Car je mettrai au milieu d’eux un signe ; et j’enverrai les réchappés d’entre eux vers les nations : à Tarsis, à Pul, à Lud, qui bandent l’arc ; à Tubal, et à Javan, et aux îles lointaines qui n’ont pas entendu parler de moi, et qui n’ont pas vu ma gloire, et ils raconteront ma gloire parmi les nations. Et ils amèneront tous vos frères, d’entre toutes les nations en offrande à l’Éternel, sur des chevaux et sur des chars, et dans des voitures couvertes, sur des mulets, et sur des dromadaires, à ma montagne sainte, à Jérusalem, dit l’Éternel, comme les fils d’Israël apportent l’offrande dans un vase pur à la maison de l’Éternel» vers. 18-20. Qui pourrait appliquer de telles paroles au retour de Babylone au temps de Cyrus ? Ou par quel tour de force pourrait-on les spiritualiser de manière à les approprier à la prospérité de l’église chrétienne ? Le sujet peut-il en être autre chose que le futur rétablissement d’Israël dans sa terre, rétablissement auquel sont inséparablement liées la venue du Seigneur et l’introduction du millénium.
Passons à Jérémie 16:14-16, où nous lisons ceci : «C’est pourquoi, voici, des jours viennent, dit l’Éternel, où on ne dira plus : L’Éternel est vivant, qui a fait monter les fils d’Israël du pays d’Égypte ; mais : l’Éternel est vivant, qui a fait monter les fils d’Israël du pays du nord, et de tous les pays où il les avait chassés ; et je les ramènerai dans leur terre, que j’ai donné à leurs pères. Voici, je mande beaucoup de pêcheurs, dit l’Éternel, et ils les pêcheront ; et après cela, je manderai beaucoup de chasseurs, qui les prendront comme du gibier de dessus toutes les montagnes, et de dessus toutes les collines, et des trous des rochers». Ici, vous avez une restauration d’Israël, avec laquelle même la délivrance d’Égypte ne peut soutenir aucune comparaison ; une restauration tellement merveilleuse, que l’on ne parlera plus de cette première délivrance. Et qui sont, je vous le demande, ceux qui ont été dispersés et chassés dans tous les pays ? Qui sont ceux que Dieu fit remonter du pays d’Égypte ? Est-ce que l’expression, «fils d’Israël» au verset 15, signifierait autre chose que la même expression au vers. 14 ? Impossible ! Comment pourrait-il y avoir l’ombre d’un doute ? oui, il s’agit bien ici littéralement de la nation d’Israël.
Nous avons un passage analogue en Jérémie 23. Les versets 7 et 8 sont une répétition presque littérale du passage que nous venons de rappeler. Mais au verset 3, nous avons le même événement prédit en d’autres termes : «Et moi je rassemblerai le reste de mon troupeau de tous les pays où je les aurai chassés, et je les ferai retourner à leurs pâturages, et ils fructifieront et multiplieront». Et quels sont les événements contemporains, annoncés dans ce passage prophétique, au moyen desquels nous puissions déterminer l’époque de son accomplissement ? «Voici, les jours viennent, dit l’Éternel, que je susciterai à David un Germe juste ; et il régnera en roi, et prospérera, et exercera le jugement et la justice dans le pays. Dans ses jours, Juda sera sauvé, et Israël demeurera en sécurité ; et c’est ici le nom dont on l’appellera : L’Éternel notre justice», vers. 5, 6. Il est donc bien clair que la restauration ici prédite est liée à la conversion du peuple : Les Israélites reconnaîtront ce qu’ils avaient toujours refusé de reconnaître jusque-là — savoir, que, «en l’Éternel seul, ils ont justice et force». C’est contre cette vérité qu’ils se sont toujours achoppés jusqu’ici. «Ignorant la justice de Dieu, et cherchant à établir leur propre justice, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu». Mais ils s’y soumettront dans les jours à venir. Ils diront encore : «Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !» Alors il reviendra ce personnage béni. Et dans ses jours, comme nous venons de l’entendre, Juda sera sauvé, et Israël habitera en assurance. L’Éternel notre Justice, tel sera le nom sous lequel ils le connaîtront alors ; tel est le nom sous lequel nous le connaissons dès maintenant.
Jérémie 30, abonde en instructions sur notre sujet. On peut juger de l’importance que Dieu attache aux choses qu’il va communiquer au prophète, par ces paroles dont il les fait précéder : «Ainsi parle l’Éternel, le Dieu d’Israël, disant : Écris pour toi dans un livre toutes les paroles que je t’ai dites», vers. 2. Pourquoi devaient-elles ainsi être enregistrées d’une manière durable ? «Car voici, les jours viennent, dit l’Éternel, où je rétablirai les captifs de mon peuple d’Israël et Juda, dit l’Éternel ; et je les ferai retourner au pays que j’ai donné à leurs pères, et ils le posséderont», vers. 3. Puis il est parlé d’un temps de terrible et immense consternation : «Nous entendons la voix de la frayeur. Il y a la peur et point de paix. Demandez, je vous prie, et voyez si un mâle enfante. Pourquoi vois-je tout homme tenant ses mains sur ses reins comme une femme qui enfante, et pourquoi tous les visages sont-ils devenus pâles ?» vers. 5, 6. Quelle est la cause de ces alarmes, de ces angoisses si énergiquement décrites ? «Hélas ! que cette journée est grande ! Il n’y en a point de semblable ; et c’est le temps de la détresse pour Jacob, mais il en sera sauvé», vers. 7. Ainsi nous voyons que la délivrance et la restauration ici annoncées, ont lieu au moment de la plus extrême détresse d’Israël — en un jour tel qu’il n’y en a point eu de semblable. Assurément cela n’est pas encore arrivé. Le verset suivant démontre aussi le caractère futur de cet événement : «Et il arrivera en ce jour-là, dit l’Éternel des armées, que je briserai son joug de dessus ton cou, et que je romprai tes liens, et les étrangers ne se serviront plus de lui ; et ils serviront l’Éternel leur Dieu, et David leur roi (*), lequel je leur susciterai». Est-ce que jamais chose pareille a été accomplie ? Puis, pour juger si ces prophéties peuvent être entendues spirituellement du christianisme, examinons les versets 17 et 18 : «Car je t’appliquerai un appareil de pansement, et te guérirai de tes plaies, dit l’Éternel, car ils t’ont appelée la Chassée : C’est Sion que personne ne recherche !» Ne s’agit-il pas de Sion dans le sens littéral, de la ville actuelle de Jérusalem qui a si longtemps été méprisée ? «Ainsi dit l’Éternel : Voici, je rétablirai les captifs des tentes de Jacob, et j’aurai compassion de ses demeures ; et la ville sera bâtie sur le monceau de ses ruines, et le palais sera habité selon sa coutume». Il semble vraiment que Dieu ait prévu que l’on essaierait de tordre ces passages en enlevant ces promesses à Israël et en les appliquant à d’autres, et que, dans ce but, il ait ici placé un antidote contre un tel mode d’interprétation. C’est sur son propre «monceau» que la cité doit être rebâtie. Le «monceau» de ruines, provenant de la destruction de la ville précédente, telle est la place où la ville nouvelle doit s’élever dans ces glorieux temps à venir.
(*) Ces mots se rapportent, sans aucun doute, à Christ, en tant que héritier et représentant de David. C’est dans le même sens qu’il était dit à Roboam, fils de Salomon : «Maintenant, David, regarde à ta maison». 1 Rois 12:16.
Le même sujet continue au chapitre 31, dont le commencement se rattache à la fin du chapitre 30. Lisez les versets 23 et 24 de celui-ci et le verset 1 du suivant, et vous aurez une indication très précise de l’époque où cette restauration doit s’effectuer. C’est lors de la consommation des jugements, si fréquemment dénoncés aux méchants dans la Prophétie, jugements qui tomberont soit sur Israël soit sur les Gentils. «Voici, une tempête de l’Éternel, la fureur, est sortie ; une tempête continue fondra sur la tête des méchants. L’ardeur de la colère de l’Éternel ne se retournera pas jusqu’à ce qu’il ait exécuté et accompli les pensées de son coeur. À la fin des jours, vous le comprendrez. En ce temps-là, dit l’Éternel, je serai le Dieu de toutes les familles d’Israël, et ils seront mon peuple». Peut-il rien y avoir de plus explicite et de plus décisif ?
Prenons encore les versets 27 et 28 : «Voici, des jours viennent, dit l’Éternel, où j’ensemencerai la maison d’Israël et la maison de Juda de semence d’hommes et de semence de bêtes. Et il arrivera que, comme j’ai veillé sur eux pour arracher, et pour démolir, et pour renverser, et pour détruire, et pour faire du mal, ainsi je veillerai sur eux pour bâtir et pour planter, dit l’Éternel». Or qui sont ceux sur lesquels l’Éternel a veillé pour arracher et pour démolir, pour renverser et pour détruire ? Ne forment-ils pas le même peuple, auquel il promet ici de veiller sur eux pour bâtir et pour planter ? Pourrait-on seulement mettre en doute que c’est bien de l’Israël littéral que ces deux choses sont dites ? Puis encore qui sont-ils ceux avec les pères desquels le Seigneur traita une alliance, lorsqu’il les prit par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte ? Certes c’est le peuple même auquel il promet ici de traiter avec lui une nouvelle alliance : Voyez les versets 31 à 34. Cette nouvelle alliance sera traitée «avec la maison d’Israël, et avec la maison de Juda». «Non selon l’alliance, dit l’Éternel, que je fis avec leurs pères». Comment serait-il possible de supposer qu’il est ici question d’autres personnes que de la nation d’Israël ? Sans doute, il est précieux pour nos âmes de savoir que les bénédictions de la nouvelle alliance nous appartiennent ; que, quant à la jouissance des bénédictions spirituelles de cette alliance, nous avons prévenu les enfants d’Israël ; mais cela peut-il et doit-il anéantir l’accomplissement de la promesse envers ceux auxquels elle s’applique strictement, spécialement et avant tout ? Et voici une partie de cette promesse : «Et ils n’enseigneront plus chacun son prochain, et chacun son frère, disant : Connaissez l’Éternel ; car ils me connaîtront tous, depuis le plus petit d’entre eux jusqu’au grand, dit l’Éternel». Assurément, c’est bien là une prophétie non encore accomplie.
Les versets 36 et 37 sont des plus frappants : «Si jamais ces ordonnances [pour le soleil, la lune et les étoiles] s’en vont de devant moi, dit l’Éternel, la semence d’Israël cessera aussi d’être une nation devant moi pour toujours. Ainsi dit l’Éternel : Si on mesure les cieux en haut, et qu’on sonde les fondements de la terre en bas, alors aussi moi je rejetterai toute la race d’Israël, à cause de tout ce qu’ils ont fait, dit l’Éternel». Que le Seigneur nous accorde de recevoir instruction de ces paroles, pour apprendre à mieux connaître les hauteurs et les profondeurs de sa grâce : hauteurs plus inaccessibles à nos esprits que celles des cieux en haut ; profondeurs plus insondables pour nous que celles de l’océan en bas.
Le reste du chapitre démontrerait, s’il était besoin d’une démonstration ultérieure, que c’est bien littéralement à la ville de Jérusalem et au peuple d’Israël que la prophétie se rapporte. Comment spiritualiser «la tour d’Hananeël ?» Quel sens mystique pourrait-on donner à «la colline de Gareb», ou à la ville mesurée jusqu’à «Goath ?» Il est encore parlé «de la vallée des cadavres et des cendres, et de tous les champs jusqu’au torrent de Cédron, jusqu’au coin de la porte des chevaux vers le levant». Si cela ne s’entend pas de la Jérusalem littérale d’alors, quel est le langage qui pourrait mieux exprimer cette idée ? Et de ces lieux il est dit : «Ils seront saints, consacrés à l’Éternel : elle [la ville] ne sera plus arrachée ni renversée à jamais».
Au chapitre 32:37-44, nous avons un autre magnifique oracle, analogue au précédent. Je n’en citerai que les versets 40 et 41, ce dernier étant, à mon sentiment, l’un des plus émouvants passages de la parole de Dieu : «Et je ferai avec eux une alliance éternelle, savoir que je ne me retirerai point d’auprès d’eux, pour leur faire du bien ; et je mettrai ma crainte dans leur coeur, afin qu’ils ne se retirent pas de moi. Et je me réjouirai en eux pour leur faire du bien ; et je les planterai dans ce pays, en vérité, de tout mon coeur et de toute mon âme». On nous demande quelquefois comment et pourquoi nous donnons tant de temps à l’étude de pareils sujets. «Qu’avons-nous affaire avec les Juifs ou avec Jérusalem ?» nous dit-on. Mes frères, Dieu est-il notre Père ? Le connaissons-nous comme tel ? Et pouvons-nous l’entendre dire, en parlant de la restauration de son ancien peuple : «Je les planterai dans ce pays, en vérité, de tout mon coeur et de toute mon âme», et demeurer indifférents à ces choses ? S’il y prend, Lui, tant d’intérêt, que c’est, dit-il, de tout son coeur et de toute son âme, qu’il accomplira cette oeuvre, pourrait-elle n’avoir aucun intérêt pour nous ? Ah ! si nous le disions, ce ne serait qu’à notre honte. Avons-nous besoin d’un autre motif pour étudier ces précieux témoignages de la parole de Dieu ? Ne nous suffit-il pas pour le faire de voir toute l’importance que le Seigneur y attache, quand il dit que c’est de tout son coeur et de toute son âme qu’il fera ainsi un jour triompher sa miséricorde et sa grâce ?
Ézéchiel 37, est un chapitre bien connu, dont la première partie renferme la vision de la vallée des os secs. Le prophète est témoin de leur résurrection ; puis la vision lui est ainsi expliquée : «Fils d’homme, ces os sont toute la maison d’Israël. Voici, ils disent : Nos os sont desséchés, et notre attente à péri ; nous sommes retranchés ! C’est pourquoi prophétise, et dis-leur : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’ouvrirai vos sépulcres, et je vous ferai monter hors de vos sépulcres, mon peuple, et vous amènerai dans la terre d’Israël», vers 11, 12. Ici le langage est figuré ; c’est clair. Les os secs, d’après l’explication donnée par le Seigneur lui-même, sont le peuple, savoir toute la maison d’Israël, ceux qui disent : «Nos os sont desséchés etc.». Les sépulcres, hors desquels ces os secs sont tirés, représentent évidemment les lieux ou pays, d’où les Israélites sont rassemblés. Si les os secs figurent des Israélites morts comme nation, mais individuellement vivants — leurs sépulcres doivent certainement figurer les contrées dans lesquelles, quant à leur existence nationale, ils ont été comme ensevelis. Puis il nous est dit, dans les termes les plus clairs, que c’est dans leur pays qu’ils rentrent, lorsque, en tant que nation, ils ont été ainsi tirés hors de leurs tombeaux.
Vient ensuite, dans ce chapitre, la parabole ou l’emblème des deux morceaux de bois. Le prophète reçoit l’ordre de prendre deux pièces de bois, l’une pour Juda, et pour les enfants d’Israël, ses compagnons ; l’autre pour Joseph, et pour toute la maison d’Israël, ses compagnons. Puis il devait joindre ces deux bois l’un à l’autre pour ne former qu’un même bois dans sa main. L’explication de cet emblème est donnée aux versets 20 à 23 : «Et les bois sur lesquels tu auras écrit seront dans ta main, sous leurs yeux. Et dis-leur : Ainsi dit le Seigneur l’Éternel : Voici, je prendrai les fils d’Israël entre les nations où ils sont allés, et je les rassemblerai de toutes parts, et je les ferai rentrer dans leur terre ; et je les ferai être une seule nation dans le pays, sur les montagnes d’Israël : un seul roi sera leur roi à tous ; ils ne seront plus deux nations, et ils ne seront plus divisés en deux royaumes. Et ils ne se rendront plus impurs par leurs idoles, et par leurs choses exécrables, et par toutes leurs transgressions ; et je les délivrerai de toutes leurs habitations où ils ont péché, et je les purifierai ; et ils seront mon peuple, et moi, je serai leur Dieu». Dans ce passage nous sont annoncés à l’avance le rétablissement des deux royaumes de Juda et d’Israël, et leur fusion en un seul ; leur conversion est prédite ainsi que leur restauration ; le tout est en rapport avec le règne du Christ — un seul roi sera le roi d’eux tous, et étant ainsi convertis et restaurés, ils ne se souilleront plus et ne tomberont plus dans le péché. «Et ils habiteront dans le pays que j’ai donné à mon serviteur Jacob, où vos pères ont habité ; ils y habiteront, eux et leurs fils, et les fils de leurs fils, à toujours ; et David, mon serviteur, sera leur prince à jamais», vers. 25. Nous avons déjà expliqué (précédente note, ci-dessus) le sens de ces derniers mots.
Je n’emprunterai qu’un seul passage au livre de Daniel ; mais c’est un passage qui excite le plus profond intérêt, quand on le rapproche des paroles de notre Seigneur, en Matt. 24. «Or en ce temps-là se lèvera Micaël, le grand chef, qui tient pour les fils de ton peuple ; et ce sera un temps de détresse tel qu’il n’y en a pas eu depuis qu’il existe une nation jusqu’à ce temps-là. Et, en ce temps-là, ton peuple sera délivré : quiconque sera trouvé écrit dans le livre» (Dan. 12:1). Nous avons déjà vu, en Jérémie 30, que la restauration d’Israël est immédiatement précédée par le temps de leur plus grande détresse. «C’est le temps de la détresse pour Jacob, mais il en sera délivré». Ici aussi nous voyons qu’il doit y avoir un temps de trouble tel qu’il n’y en a point eu depuis l’existence d’un peuple ; et c’est alors même que les Juifs — les enfants du peuple de Daniel — doivent être délivrés. Prenons maintenant Matt. 24:15-21. Notre Seigneur rappelle l’abomination de la désolation dont le prophète Daniel a parlé, et montre par là que la prophétie de Daniel occupait ses pensées, quand il prononça ce discours. Il est bien clair que cette prophétie n’était pas alors accomplie, car notre Seigneur en présente l’accomplissement comme devant avoir lieu plus tard. En outre, le peuple de Daniel n’était pas délivré, et il ne l’est pas encore, en sorte que le temps d’un trouble sans pareil, dont parle Daniel, était à venir alors, et qu’il est toujours à venir. Notre Seigneur en parle ainsi : «Alors il y aura une grande tribulation, telle qu’il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant, et qu’il n’y en aura jamais». D’après Daniel, il n’y avait jamais eu un pareil temps d’angoisse, et il ne devait point y en avoir jusqu’au temps où les enfants de son peuple seraient délivrés. Selon notre Seigneur, il n’y en aura jamais de semblable dans la suite. Il ajoute ce détail à la prophétie de Daniel. Il est donc évident, qu’il ne peut y avoir qu’un seul temps pareil de tribulation sans exemple dans le passé, tout comme dans l’avenir. Cela ne peut pas se rapporter à la destruction de Jérusalem par Titus, comme quelques-uns le prétendent ; car alors le peuple de Daniel fut détruit et dispersé, et non pas délivré. Il s’agit là d’un temps encore à venir, temps si épouvantable que le Seigneur dit : «Si ces jours-là n’eussent été abrégés, aucune chair n’eût été sauvée ; mais, à cause des élus, ces jours-là seront abrégés». Et qu’est-ce que nous voyons rapproché de ce temps de trouble dans la prophétie de Jésus ? Daniel y rattache la délivrance de son peuple, les Juifs. Le Seigneur en montre la connexion avec son propre avènement : «Et aussitôt après la tribulation de ces jours-là, le soleil sera obscurci ; et la lune ne donnera pas sa lumière, et les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées ; et alors paraîtra le signe du Fils de l’homme dans le ciel : et alors toutes les tribus de la terre se lamenteront, et verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel, avec puissance et une grande gloire». Je ne saurais concevoir une preuve plus péremptoire du caractère futur de ces événements, et de leur coïncidence, que celle que donne une comparaison de ces passages. Ce temps de détresse, la délivrance des Juifs et la seconde venue du Christ, sont tous à venir et inséparablement liés entre eux. «Que celui qui lit comprenne» (Matt. 24:15b).
La prophétie de Zacharie fut écrite après le retour de Babylone ; en sorte que, dans les prédictions qu’elle renferme d’une restauration des Juifs, alors à venir, il ne peut pas être question de l’appliquer à une restauration déjà accomplie dans ce temps-là. Ce qui eût été accompli n’aurait pas pu être annoncé comme encore futur. Eh bien ! dans ce Livre, nous avons quelques prédictions de la restauration d’Israël, qui sont des plus circonstanciées, des plus bénies et des plus frappantes entre toutes celles que renferme l’Écriture. Par exemple : «Ainsi dit l’Éternel : Je suis revenu à Sion, et j’habiterai au milieu de Jérusalem ; et Jérusalem sera appelée ville de vérité, et la montagne de l’Éternel des armées, la Montagne sainte. Ainsi dit l’Éternel des armées : Il y aura encore des vieillards et des femmes âgées assis dans les rues de Jérusalem, chacun son bâton à sa main, à cause du nombre de leurs jours ; et les places de la ville seront pleines de jeunes garçons et de jeunes filles, jouant dans ses places» (Zac. 8:3-5). Je suppose que, quoi qu’il en soit du reste, il s’agit bien ici de la ville dans le sens littéral. Or quelle merveilleuse condescendance de la part de Dieu, de nous présenter un semblable tableau de ce qui attend encore cette cité privilégiée ! cette cité si longtemps désolée, et aujourd’hui sans autres habitants que des Gentils oppresseurs et un petit nombre de Juifs foulés aux pieds, qui sont là comme des témoins et des monuments de leur propre honte ! Ici, cette cité est offerte à nos regards comme habitée par son peuple — nous y voyons, d’une part, des vieillards courbés par l’âge et s’appuyant sur leurs bâtons — d’une autre, les places sont pleines de jeunes filles et de jeunes garçons, qui y jouent avec une simplicité et une allégresse enfantines ! «Oui», dira-t-on peut-être, «mais n’était-ce pas là tout simplement une description de ce qui se passait du temps de Zacharie, de ce qui devait se continuer dans les âges subséquents ?» Je réponds, d’abord, en demandant si, dans ce temps-là ou dans ceux qui suivirent, Jérusalem était «la ville de vérité — la montagne sainte». En second lieu, lisez un verset ou deux plus bas, et vous verrez que ce n’est pas de ce qui existait alors que parle le prophète, mais d’une restauration qui devait arriver dans la suite : «Ainsi dit l’Éternel des armées : Voici, je sauve mon peuple du pays du levant, et du pays du coucher de soleil, et je les amènerai, et ils demeureront au milieu de Jérusalem, et ils seront mon peuple, et moi je serai leur Dieu, en vérité et en justice», vers. 7, 8. Est-ce que jamais les Juifs, à Jérusalem, depuis Zacharie jusqu’à leur dispersion finale, ont présenté ce caractère ? Vous savez que c’est depuis lors qu’ils consommèrent leur crime national. En outre, la fin de ce chapitre met la chose hors de toute espèce de doute : «Ainsi dit l’Éternel des armées : Encore une fois il viendra des peuples et des habitants de beaucoup de villes ; et les habitants de l’une iront à l’autre, disant : Allons, allons implorer l’Éternel, et rechercher l’Éternel des armées ! Moi aussi, j’irai. Et beaucoup de peuples et de nations puissantes, iront pour rechercher l’Éternel des armées à Jérusalem, et pour implorer l’Éternel. Ainsi dit l’Éternel des armées : En ces jours-là, dix hommes de toutes les langues des nations saisiront, oui, saisiront le pan de la robe d’un homme Juif, disant : Nous irons avec vous ; car nous ouï dire que Dieu est avec vous», vers. 20-23. Il est certes bien évident que ces choses n’ont jamais été accomplies ; mais il est tout aussi certain qu’elles doivent l’être dans des temps encore à venir. Si quelqu’un demandait : Comment le savez-vous ? La bouche de l’Éternel l’a dit : telle serait la seule réponse à faire et elle suffirait pleinement. C’est ici tout simplement une affaire de foi à la parole de Dieu. Les hommes peuvent regarder cela comme improbable. Qu’importe ! Était-il probable, au jugement des hommes, qu’Israël serait délivré de l’Égypte aux jours du Pharaon ? Était-il probable que la Mer Rouge et le Jourdain s’ouvriraient devant eux pour les laisser passer à pied sec ? Il n’est pas question de probabilité au d’improbabilité, quand Dieu a parlé. Ce qu’il a dit, ne le fera-t-il pas ? Écoutez ce qu’il déclare dans ce même chapitre : «Si c’est une chose difficile aux yeux du reste de ce peuple, en ces jours-là, serait-ce difficile aussi à mes yeux ? dit l’Éternel des armées», vers. 6. Si cela vous paraît improbable ou impossible, s’ensuit-il qu’il doive être tel pour moi ? Non, chers amis, Dieu veut accomplir sa parole : et quand il a parlé aussi clairement qu’il l’a fait sur ce sujet, alléguer des probabilités ou des invraisemblances ne fait que trahir l’incrédulité du coeur. Les âges peuvent passer, un siècle après un autre siècle peut s’écouler, sans laisser apparaître aucun signe indiquant l’accomplissement de la parole de Dieu ; mais quand une fois l’heure déterminée dans ses conseils aura sonné, on verra que rien ne lui est impossible. Oh ! qu’il est donc précieux de penser à ce peuple, dont les annales sont signalées par tant d’actes de méchanceté, et dont la condition actuelle est accompagnée de tant de dégradation et de ruine ; de penser que ces malheureux Juifs seront rétablis ; qu’ils recouvreront la faveur de Dieu, la bénédiction dans leur pays et la suprématie parmi les nations ; et que la réalisation de toutes ces promesses leur est assurée par la parole de Dieu ! Ah ! cela ne fait-il pas du bien à nos coeurs de penser à ces choses ? Nous sommes vis-à-vis de Dieu dans une tout autre relation, comme ses enfants, son peuple céleste ; mais n’est-il pas rafraîchissant pour l’âme, de voir tout le caractère de Dieu, que nous connaissons comme notre Père, manifesté dans ses dispensations envers le peuple terrestre de son choix ?
Il nous reste à jeter un rapide coup d’oeil, en nous aidant encore de la lumière que nous fournit l’Écriture, sur l’ordre qui présidera au rétablissement d’Israël et aux événements qui y ont rapport. Avant de le faire, je voudrais vous rappeler ce que nous vous avons exposé auparavant, savoir, que ce que les chrétiens attendent, c’est la venue du Fils de Dieu des cieux. C’est là un événement indépendant de tous les détails dont nous allons nous occuper et qui, en dépit de toutes les objections et de toutes les assertions contraires, peut arriver avant la dissolution de cette assemblée. Il serait absurde d’affirmer qu’il arrivera dans ce moment, ou de fixer un temps quelconque pour cette venue. Mais, en revanche, tout ce qui se rattache au rétablissement d’Israël peut être signalé, et toutes les plus importantes circonstances en seront, je le crois, connues, après que le Seigneur Jésus sera descendu dans l’air et aura recueilli l’Église auprès de lui dans la gloire. Le mystère céleste de l’Église étant accompli, les yeux de Dieu se tourneront de nouveau sur son ancien peuple d’Israël, qui sera rappelé à sa mémoire et ramené.
D’abord, il est évident, d’après plusieurs passages, qu’un certain nombre de Juifs rentreront en Judée dans un état d’incrédulité. En Ésaïe 17:10, 11, nous les voyons dans leur pays, oubliant encore le Dieu de leur salut, et ne se souvenant point du Rocher de leur force, faisant des plantations agréables, et y semant des ceps étrangers. Mais le résultat de ces travaux est ainsi décrit : «Le jour même où tu planteras, tu feras croître, et le matin tu feras pousser ta semence ; mais au jour de l’entrée en possession, la moisson sera un monceau, et la douleur incurable». C’est évidemment là le temps de détresse que d’autres passages nous ont déjà fait connaître : le temps où les nations et la multitude de plusieurs peuples gronderont comme grondent les grosses eaux ; mais ce sera, tout à la fois, pour leur destruction et pour la délivrance d’Israël. «Mais Dieu les reprendra, et elles fuiront au loin, et elles seront chassées comme la balle des montagnes devant le vent, et comme le chaume devant le tourbillon», vers. 13. C’est là la dernière grande crise, la période abrégée d’une tribulation sans égale. Avec quelle soudaineté elle se termine ! «Au temps du soir, voici l’épouvante ; mais avant le matin, elles ne sont plus. Tel est le partage de ceux qui nous dépouillent, et le sort de ceux qui nous pillent» vers. 14.
Le chapitre suivant parle d’une contrée maritime qui, semble-t-il, prendra une part considérable à tous ces faits. Ses messagers doivent aller vers une «nation répandue loin et ravagée, vers un peuple merveilleux dès ce temps et au-delà, vers une nation qui attend, attend, et qui est foulée aux pieds, de laquelle les rivières ont ravagé le pays». Qui ne reconnaîtrait que c’est d’Israël qu’il est ici parlé ? L’attention de tous est réclamée au moment où ces choses commencent d’arriver ; voyez le verset 3. Ce n’est pas, pourtant, que Dieu agisse encore en personne, sauf, comme il agit toujours, par sa providence. Le verset 4 nous le montre restant tranquille et regardant de sa demeure. Ce verset est rendu différemment par les interprètes ; plusieurs le comprennent comme dépeignant cet effrayant intervalle de morne tranquillité et de chaleur accablante, qui précède le moment où éclate une épouvantable tempête, mêlée d’éclairs et de tonnerres. Pendant quelques instants, pas un rayon de soleil ne perce la lugubre obscurité ; pas un souffle ne se fait sentir ; pas une feuille ne remue ; pas un brin d’herbe n’est agité ; la nature semble engourdie, endormie et en suspens. Mais cela ne dure que quelques secondes, après lesquelles la tempête éclate sur la terre épouvantée. Telle semble être la figure employée pour décrire cette courte période, durant laquelle les Juifs, avec l’aide de quelque grande nation maritime, retournent dans leur pays et s’y rétablissent dans l’incrédulité.
Aux versets 5 et 6, ils sont représentés comme des raisins verts qui mûrissent, manifestant qu’ils sont moralement toujours les mêmes, depuis le jour où Dieu se plaignait de ce que sa vigne ne produisait que des grappes sauvages. Toutefois, il n’est pas permis à ces grappes de venir à maturité — les sarments en sont coupés avec des serpes, les sarments en sont retranchés. Ils sont abandonnés aux oiseaux de proie des montagnes qui passeront l’été sur eux, et aux bêtes de la terre qui passeront l’hiver sur eux. Quoique, comme toujours, ce soit là qu’aboutissent leurs efforts de propre justice, de volonté propre et de propre suffisance, ce sera pourtant la dernière fois qu’ils essaieront ainsi d’accomplir leur propre délivrance. Dieu prend leur cause en main ; et le dernier verset de ce chapitre nous montre ce même peuple, les Juifs, apporté comme un présent à l’Éternel des armées, «au lieu où est le nom de l’Éternel des armées, à la montagne de Sion».
D’après Ésaïe 28:14, 15, il semblerait que les conducteurs de ceux qui retournent à Jérusalem dans l’incrédulité feront une alliance avec le grand chef antichrétien des Gentils, dont le règne sera alors florissant. Ayant rejeté le fondement posé par le Seigneur en Sion, ils chercheront un abri sous les ailes du personnage auquel Satan aura donné sa puissance, et son trône, et un grand pouvoir (Apoc. 13:2). Mais «leur alliance avec la mort sera abolie ; et leur pacte avec le shéol ne subsistera point». C’est à cela que semble se rapporter Dan. 9:27, où il est dit en parlant de ce grand ennemi de Dieu : «Et il confirmera une alliance avec la multitude pour une semaine [d’années sans doute] ; et au milieu de la semaine il fera cesser le sacrifice et l’offrande ; et à cause de la protection des abominations, il y aura un désolateur, et jusqu’à ce que la consomption et ce qui est décrété soit versés sur la désolée». Cette protection des abominations est, à n’en pas douter, ce dont il est parlé en 12:1, ce que notre Seigneur appelle «l’abomination de la désolation», dont il a été parlé par Daniel le prophète, établie dans le lieu saint. Ainsi s’accomplira ce que le Seigneur dit de l’esprit immonde qui, ayant quitté sa maison pour parcourir des lieux secs, finit par retourner dans cette maison ; et la trouvant balayée et ornée, il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, et étant entrés ils y habitent : en sorte que la dernière condition de cet homme est pire que la première. «Ainsi en sera-t-il aussi de cette génération méchante», Matt. 12:45. L’esprit immonde de l’idolâtrie, qui avait abandonné les Juifs depuis la captivité de Babylone, revient et prend possession d’eux à la fin : un grand nombre d’entre eux seront soumis à l’antichrist, ligués avec celui dont il est dit en Apoc. 13:15 : «Et il lui fut donné de donner la respiration à l’image de la bête, afin que l’image de la bête parlât même, et qu’elle fit que tous ceux qui ne rendraient pas hommage à l’image de la bête fussent mis à mort». «Moi, je suis venu au nom de mon Père», avait déjà dit Jésus, «et vous ne me recevez pas ; si un autre vient en son propre nom, celui-là vous le recevrez» (Jean 5:43).
En second lieu, ce ne sera pas la totalité des Juifs, rentrés en leur pays dans l’incrédulité, qui sera enveloppée dans ces abominations et dans les jugements qui en seront la conséquence. Il y aura un résidu qui écoutera la voix de Dieu et qui tremblera à sa parole. Profondément humiliés et repentants de leurs propres péchés et des péchés de leur peuple, ceux qui forment ce résidu crieront au Seigneur dans leur détresse, et seront gardés des sentiers du destructeur. Instruits par la parole de notre Seigneur, quand ils verront l’abomination de la désolation, ils s’enfuiront aux montagnes ; ainsi, d’un côté, ils n’adorent pas la bête, et, d’un autre côté, ils ne périssent pas sous les coups de sa rage. Néanmoins, ils auront à souffrir d’extraordinaires tribulations, pendant que plusieurs autres, nous le savons, se laisseront égorger plutôt que d’adorer les idoles du dévastateur. C’est le cri de ce pieux résidu d’Israël, qui se fait entendre dans tant de Psaumes, et en Ésaïe 63 (la dernière partie) et 64. Le Seigneur leur répond au chapitre 65, rudement d’abord, parce qu’il les traite comme représentant toute la nation dans ses péchés ; mais aux versets 8 à 15, il distingue entre eux et la nation en général. Tous ne seront pas détruits. Le résidu élu sera préservé pour hériter du pays, vers. 8-10. À cause des élus, comme nous l’avons vu, ces jours d’angoisse seront abrégés. Aux versets 11, 12, Dieu s’adresse à la masse du peuple qui dresse une table pour Gad (c’est-à-dire la Fortune ou la planète Jupiter) et qui fournit l’aspersion à Meni (c’est-à-dire le Destin, ou la planète Vénus). Ils seront comptés pour l’épée, et se courberont tous dans le carnage. Ensuite nous avons, alternativement décrits, le partage du résidu et celui de la nation, 13-16 ; et les versets qui suivent exposent l’état de repos et de bonheur qui surviendra, quand «les détresses précédentes seront oubliées, et cachées de devant les yeux». Les cinq premiers versets du chapitre 66, présentent un contraste analogue entre le résidu et leurs frères incrédules (*).
(*) Pour une étude plus approfondie de ce sujet, l’auteur renvoie ici à un traité, qu’il a publié sous le titre de, «The Jewish remnant in the latter day», ou «Le résidu juif au dernier jour».
Mais Zacharie nous donne les enseignements les plus positifs quant au sort de ceux qui rentrent les premiers dans le pays. Du chap. 12:9 à 13:1, il annonce la conversion dans le pays, vers le temps de leur dernière tribulation, (voir verset 9), de la maison de David et des habitants de Jérusalem. Au chapitre 13:8, 9, nous lisons : «Et il arrivera dans tout le pays, dit l’Éternel, que deux parties y seront retranchées, et expireront, mais un tiers y demeurera de reste. Et le tiers, je l’amènerai dans le feu, et je l’affinerai, comme on affine l’argent, et je les éprouverai comme on éprouve l’or. Ils invoqueront mon nom, et moi, je leur répondrai ; je dirai : C’est ici mon peuple ; et lui dira : L’Éternel est mon Dieu». Au chap. 14:1, 2, nous voyons ce tiers épargné, qui a passé par le feu, réduit aux dernières extrémités de la détresse. Mais alors même le Seigneur intervient en leur faveur, vers. 3-5. Les saints — l’Église, — ayant, comme nous l’avons déjà fait observer, été précédemment enlevés à la rencontre du Seigneur en l’air, reviennent maintenant avec lui. «Alors l’Éternel, mon Dieu, viendra, et tous les saints avec toi». Le pauvre résidu des Juifs, opprimé et sur le point de périr, est délivré par la venue du Seigneur qui combat contre toutes les nations qui combattaient contre Jérusalem. Les Juifs, affranchis par sa venue, deviennent eux-mêmes des instruments pour la destruction de leurs ennemis. Voyez chap. 12:2, 3 et 6 ; 14:14. Le résultat béni de tous ces faits se trouve décrit aux versets 8-11 et 16-21 : c’est le règne du Christ sur toute la terre, avec Jérusalem pour centre de culte et de bénédiction.
Mais, en troisième lieu, la restauration des dix tribus se présente sous un tout autre aspect. Nous venons de voir comment les Juifs passent à travers la dernière tribulation dans leur pays, les méchants étant ainsi retranchés du milieu d’eux. Ils sont les descendants de ceux qui crucifièrent leur Messie, et ils subissent les conséquences de ce crime jusqu’à la fin même de cette dispensation. Les dix tribus, avant été emmenées en captivité longtemps avant la première venue du Christ, n’ont pas à expier le crime de l’avoir crucifié, et ainsi elles ne participent pas à ces tribulations finales dans le pays. Les méchants sont retranchés du milieu d’elles avant qu’elles reviennent dans leur terre. «Je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel, si je ne règne sur vous avec une main forte et un bras étendu, et avec effusion de colère ; et si je ne vous fais sortir d’entre les peuples, et ne vous rassemble hors des pays dans lesquels vous êtes dispersés, avec une main forte et un bras étendu, et avec effusion de fureur, et si je ne vous introduis dans le désert des peuples, et là n’entre en jugement avec vous face à face !… Et je vous ferai passer sous la verge, et vous introduirai dans le lien de l’alliance ; et je séparerai d’entre vous les rebelles et ceux qui se sont révoltés contre moi : je les ferai sortir du pays dans lequel ils séjournent, mais ils n’entreront point en la terre d’Israël ; et vous saurez que je suis l’Éternel» (Ézé. 20:33-38). Il semblerait que c’est à cette partie du peuple que se rapportent aussi Amos 9:9, 10 et Jér. 31:8, 9 ; et que le retour des dix tribus a surtout lieu au moment où les Juifs proprement dits sont, pour la dernière fois, criblés dans le pays : la rentrée des dix tribus arrivant peu après l’achèvement de ces actes épuratoires. En Ésaïe 49, nous avons leur arrivée prédite, et un tableau fort émouvant de l’effet qu’elle produit sur les pauvres coeurs brisés du résidu qui, à Jérusalem, survit à toutes les désolations. Les versets 9-13, nous dépeignent ce retour des dix tribus, guidées par le bras de Dieu étendu sur elles ; les cieux et la terre sont appelés à se réjouir à cause des miséricordes de l’Éternel envers Israël. Puis, au verset 14, nous sommes ramenés en arrière au moment où Sion disait : «L’Éternel m’a abandonnée, et le Seigneur m’a oubliée !» Dieu lui-même répond à Sion aux versets 15-17. Ensuite, comme s’il voulait attirer son attention sur quelque chose qu’il a déjà vu, mais que Sion n’a pas remarqué, il ajoute : «Lève autour de toi tes yeux, et regarde : ils se rassemblent tous, ils viennent vers toi etc.», vers, 18, 19. Rien n’est plus beau que les versets 20, 21 : «Les fils que tu as eus quand tu étais privée d’enfants, diront encore à tes oreilles : Le lieu est trop étroit pour moi ; fais-moi place afin que j’y habite. Et tu diras en ton coeur : Qui m’a enfanté ceux-ci ? Et moi, j’étais privée d’enfants et abandonnée, captive et chassée ; et ceux-ci, qui les a élevés ? Voici, moi, j’étais laissée seule, — ceux-ci, où étaient-ils ?»
Enfin, quelques passages semblent annoncer d’autres actes postérieurs de restauration. Nous avons rappelé le retour d’un certain nombre de Juifs dans l’incrédulité, sous le poids de leur péché et du jugement ; la préservation, au milieu d’eux, d’un résidu qui est délivré d’une extrême détresse, par la venue du Seigneur avec tous ses saints. Nous avons vu ce résidu réuni à la multitude des dix tribus, que la main de Dieu ramène, après avoir retranché tous les rebelles du milieu d’elles avant leur entrée dans le pays d’Israël. Outre tout cela, il semblerait que des messagers seront dépêchés, du lieu même où le Seigneur est apparu en gloire et a détruit les ennemis de son peuple, pour ramener tous les Israélites qui peuvent se trouver encore parmi les nations. «Et ils amèneront tous vos frères, d’entre toutes les nations, en offrande à l’Éternel, sur des chevaux, et sur des chars, et dans des voitures couvertes, et sur des mulets, et sur des dromadaires, à ma montagne sainte, à Jérusalem, dit l’Éternel» Ésa. 66:20. Il semble que c’est aux mêmes événements que se rapportent Ésaïe 60:4-9 ; 52:10-12 ; et 49:22, 23.
Il ne me reste, en terminant, qu’à vous prier de relire les passages qui ont été cités ou seulement indiqués. En les examinant avec soin, en les étudiant et en les comparant les uns aux autres, en demandant pour cela le secours et la direction du Seigneur, vous acquerrez par sa grâce, la connaissance de ses pensées. Puisse cette bénédiction vous être accordée ! Amen.
par William Trotter (York, mars / avril 1851)
Je m’appliquerai, en premier lieu, à l’examen d’une opinion populaire, liée à notre sujet ; j’espère réussir à vous montrer que cette opinion n’est, au fond, qu’une erreur populaire ; erreur qui contribue, cependant, à égarer plus d’une âme chrétienne sur tout l’ensemble des sujets que nous étudions. L’opinion que j’ai en vue se rapporte au sens des deux expressions suivantes : «le jour du jugement», et «le jour du Seigneur». Il est hors de doute qu’elles ont la même portée et désignent la même époque. Si l’on conservait quelque incertitude là-dessus, elle serait entièrement dissipée, en lisant 2 Pierre 3, où nous voyons l’apôtre, ou plutôt le Saint-Esprit, se servir de ces deux expressions comme tout à fait identiques dans leur signification. Après avoir parlé des cieux et de la terre antérieurs au déluge et de leur destruction par l’eau, il continue en disant, vers. 7 : «Mais les cieux et la terre de maintenant sont réservés par sa parole pour le feu, pour le jour du jugement et de la destruction des hommes impies». «Le jour du jugement» est donc l’époque où les cieux et la terre seront détruits par le feu. Jusqu’ici l’opinion populaire se trouve correcte. Regardez maintenant au vers. 10, et vous verrez que l’apôtre emploie l’expression : «jour du Seigneur», pour désigner la même période : «Or, le jour du Seigneur viendra comme un voleur ; et dans ce jour-là, les cieux passeront avec un bruit sifflant et les éléments, embrasés, seront dissous, et la terre et les oeuvres qui sont en elles seront brûlées entièrement». Il est clair que l’apôtre parle, dans ces deux versets, d’une seule et même période, qu’il appelle dans l’un : «le jour du jugement» et, dans l’autre : «le jour du Seigneur».
Or, quelle est l’idée que les chrétiens attachent généralement à ces expressions ? C’est, le plus souvent, l’idée d’un de nos jours dans le sens littéral, c’est-à-dire composé de douze ou de vingt-quatre heures. On place ce jour littéral à la fin du temps, à la dissolution finale de toutes choses, au terme du millénium, lorsque le Fils remettra le royaume entre les mains de son Père et que Dieu sera tout en tous. J’ose affirmer qu’un examen sérieux de l’Écriture vous montrera que cette opinion repose sur une méprise complète. «Le jour du Seigneur», et «le jour du jugement» expriment ou désignent, tous deux, une période prolongée, et non, comme on l’imagine généralement, un de nos jours de vingt-quatre heures.
Permettez-moi de vous rappeler que nous sommes tous accoutumés à employer le mot «jour», dans le sens que je viens de vous indiquer. Vous entendez souvent parler du «jour du despotisme», et du «jour de la liberté» ; du jour de la «barbarie ignorante», et du jour de «la lumière civilisatrice». Entend-on par là un jour littéral de vingt-quatre heures ? Cet emploi figuré du mot «jour» dans notre langage et dans celui de l’Écriture, est presque aussi habituel que son application à une période déterminée de douze ou de vingt-quatre heures. La Bible nous parle du jour de la tentation, du jour de la calamité, du jour du bien, du jour de l’adversité, du jour de la visitation, du jour de vengeance, du jour du salut. Nous pourrions citer bien d’autres exemples encore d’un emploi semblable du mot «jour», mais arrêtons-nous seulement au dernier : «le jour du salut», et demandons-nous depuis combien de temps il dure : tout au moins depuis plus de dix-huit siècles. Or, pourquoi donc le «jour du jugement» ne remplirait-il pas un espace de temps aussi long que le jour du salut l’a déjà fait ?
Le fait est que c’est une période prolongée, caractérisée par deux traits principaux : le jugement et la présence du Seigneur ; de là viennent les deux termes qui la désignent : «jour du jugement», et «jour du Seigneur». Je ne mets pas en doute que cette période ne soit appelée «le jour du jugement», en contraste avec «le jour du salut» ; «le jour du Seigneur», en contraste avec «le jour de l’homme», expression, que vous trouverez dans l’original de 1 Corinthiens 4:3 : «Mais, il m’importe fort peu, à moi, que je sois jugé par vous, ou de jugement d’homme», (littéralement : «de jour d’homme»). Puis l’apôtre ajoute : «Celui qui me juge, c’est le Seigneur. Ainsi ne jugez rien avant le temps, jusqu’à ce que le Seigneur vienne, qui aussi mettra en lumière les choses cachées des ténèbres, et qui manifestera les conseils des coeurs ; et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu». «Le jour de l’homme» est la longue et sombre période, pendant laquelle l’homme juge sur la vue de ses yeux et sur l’ouïe de ses oreilles. Déçu par Satan et par son propre coeur, il est arrivé, sur presque tous les sujets, à de fausses conclusions, et agissant d’après ces fausses conclusions, d’après ces jugements imparfaits et trompeurs, il a rempli la terre de violence, de misère et de crimes. «Le jour du Seigneur» est la période pendant laquelle il gouvernera, Lui, dont il est écrit, que «l’Esprit de l’Éternel reposera sur lui, l’Esprit de sagesse et d’intelligence, l’Esprit de conseil et de force, l’Esprit de connaissance et de crainte de l’Éternel. Et son plaisir sera la crainte de l’Éternel ; et il ne jugera pas d’après la vue de ses yeux, et ne reprendra pas selon l’ouïe de ses oreilles ; mais il jugera avec justice les misérables, et reprendra avec droiture les débonnaires de la terre» (Ésaïe 11:2-4). Le caractère de ses jugements et les effets de son règne nous sont décrits dans le beau psaume que nous avons indiqué en commençant.
Pour terminer ce que nous avons à dire sur ce point, je vous ferai remarquer que cette période solennelle et bienheureuse est introduite et terminée par des actes particuliers de jugement. C’est ce qu’il importe de comprendre pour l’intelligence de l’Écriture sur ces sujets. Elle est introduite par les jugements qui frapperont la terre, lors de la venue du Seigneur ; elle est terminée par le jugement devant le grand trône blanc, ou le jugement des morts qui n’auront pas été ressuscités au commencement des mille ans. Et c’est alors, à la fin, que les cieux et la terre s’enfuiront. Pierre dit : «Le jour du Seigneur viendra comme un voleur ; et, dans ce jour-là, les cieux passeront avec un bruit sifflant, et les éléments, embrasés, seront dissous, et la terre et les oeuvres qui sont en elle seront brûlées entièrement». Dans ce jour, dit l’apôtre, sans déterminer dans quelle partie du jour cela arrivera ; sans dire si ce sera à son aurore, ou à son déclin.
Mais l’indication qu’il ne nous donne pas, nous la trouvons dans Apocalypse 20, qui nous décrit le jour du Seigneur dans son entier, qui nous apprend qu’il durera mille ans, et que c’est vers le soir, à la fin du jour, que cette destruction des cieux et de la terre aura lieu. À l’aurore de ce grand jour, les justes ressusciteront d’entre les morts, pour vivre et régner avec le Christ pendant les mille ans ; tandis qu’au soir ou à la fin du jour, les méchants, «le reste des morts ne vécut pas jusqu’à ce que les mille ans fussent accomplis», seront relevés de leurs tombeaux, et jugés devant le grand trône blanc. Alors le ciel et la terre passeront, et un nouveau ciel et une nouvelle terre seront créés à leur place. C’est donc à bien juste titre que ce qui est appelé «le jour du jugement», nous est présenté en rapport avec le millénium, puisque ce dernier commence par les jugements qui accompagnent la venue du Seigneur ; qu’il est, d’un bout à l’autre, signalé par son gouvernement de justice aussi bien que de paix, et qu’il se termine par le jugement devant le grand trône blanc.
Prenons maintenant le chap. 14 de Zacharie : Nous y verrons que le «jour du Seigneur» n’est pas un jour littéral de vingt-quatre heures ; qu’il est identique avec le règne du Christ comme roi sur toute la terre, et inséparablement lié à la restauration des Juifs, dont nous nous sommes occupés dans notre dernière méditation. «Voici, un jour vient, le jour de l’Éternel, et tes dépouilles seront partagées au milieu de toi. Et j’assemblerai toutes les nations contre Jérusalem, pour le combat, et la ville sera prise, et les maisons seront pillées, et les femmes violées, et la moitié de la ville s’en ira en captivité ; et le reste du peuple ne sera pas retranché de la ville. Et l’Éternel sortira et combattra contre ces nations, comme au jour où il a combattu au jour de la bataille». Nous avons ici le commencement du jour, dans lequel le Seigneur, voyant Jérusalem réduite à l’extrémité de ses dernières angoisses, sortira pour combattre contre ses ennemis. Remarquez, dans ce chapitre, la fréquente répétition de l’expression : «ce jour-là». Nous avons déjà vu de quel jour il est ici question. «Et ses pieds se tiendront, en ce jour-là, sur la montagne des Oliviers, etc.». — «Et l’Éternel mon Dieu viendra, et tous les saints seront avec lui. Et il arrivera, en ce jour-là, qu’il n’y aura pas de lumière, les luminaires seront obscurcis ; mais ce sera un jour connu de l’Éternel ; — pas jour et pas nuit ; et au temps du soir, il y aura de la lumière». Il nous est donc expressément annoncé que ce jour ne sera pas un jour ordinaire, un jour naturel : «Au temps du soir il y aura de la lumière».
Mais continuons : «Et il arrivera, en ce jour-là, que des eaux vives sortiront de Jérusalem, la moitié vers la mer orientale, et la moitié vers la mer d’occident ; cela aura lieu été et hiver». Ainsi donc «le jour» se prolonge de manière à embrasser, en tout cas, l’été et l’hiver. Après cela que vient-il ? «Et l’Éternel sera roi sur toute la terre. En ce jour-là, il y aura un seul Éternel, et son nom sera un». Pourrait-on démontrer plus clairement que le «jour du Seigneur» comprend toute la période bienheureuse du règne de Jésus-Christ ? Son apparition commence et son règne continue ce jour.
Le même chapitre fait encore mention des changements physiques qui se passeront alors dans le pays. «Tout le pays… sera changé pour être comme l’Araba, etc. etc. » — «On y habitera, et il n’y aura plus d’anathème ; et Jérusalem habitera en sécurité». Puis en parlant des jugements qui fondront sur les nations assemblées contre Jérusalem, il est dit : «Et il arrivera, en ce jour-là, qu’il y aura, de la part de l’Éternel, un grand trouble parmi eux, etc.». — «Et il arrivera que tous ceux qui resteront de toutes les nations qui seront venues contre Jérusalem, monteront d’année en année pour se prosterner devant le roi, l’Éternel des armées, et pour célébrer la fête des tabernacles». — «En ce jour-là [le jour dont il est question dans tout le chapitre — le jour dont il peut être dit : «Cela aura lieu été et hiver» — «d’année en année» — le jour dans lequel «l’Éternel sera Roi sur toute la terre»], en ce jour-là, il y aura sur les clochettes des chevaux : Sainteté à l’Éternel ; et les chaudières dans la maison de l’Éternel seront comme les bassins devant l’autel. Et toute chaudière dans Jérusalem et en Juda sera une chose sainte, consacrée à l’Éternel des armées ; et tous ceux qui offriront des sacrifices viendront et en prendront, et y cuiront. Et il n’y aura plus de Cananéen dans la maison de l’Éternel des armées, en ce jour-là».
Mes frères, voulez-vous reprendre ce chapitre chez vous, et le lire attentivement et avec prières, devant le Seigneur ? Ainsi, vous vous convaincrez, je le crois, qu’il place tout ce sujet dans une lumière telle que, fût-il le seul dans la Bible qui s’en occupât, nous serions encore impardonnables de rester dans l’ignorance ou dans l’erreur à cet égard.
Passons maintenant à l’étude du chap. 2 d’Ésaïe : «La parole qu’Ésaïe, fils d’Amots, vit touchant Juda et Jérusalem. Et il arrivera, à la fin des jours, que la montagne de la maison de l’Éternel sera établie sur le sommet des montagnes, et sera élevée au-dessus des collines ; et toutes les nations y afflueront ; et beaucoup de peuples iront et diront : Venez, et montons à la montagne de l’Éternel, à la maison du Dieu de Jacob, et il nous instruira de ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers ; car de Sion sortira la loi, et de Jérusalem sortira la parole de l’Éternel» vers. 1-3. Nous avons certainement tous entendu citer ce passage, dans des réunions de missions et dans d’autres occasions de ce genre ; nous l’avons sans doute entendu rattacher à la propagation de l’Évangile. Mais quelle que soit l’importance des missions ou de la propagation de l’Évangile (et Dieu me garde de les déprécier un seul instant), elles ne font pas le sujet du passage que nous avons sous les yeux ; elles ne s’y rattachent même pas du tout.
Ce passage nous rapporte «la parole qu’Ésaïe, fils d’Amots, vit touchant Juda et Jérusalem». Juda et Jérusalem, tel est l’objet de la vision, et non pas l’Église et ses missions. «De Sion sortira la loi», et non pas de l’Église, «et de Jérusalem sortira la parole de l’Éternel», et non de la Grande Bretagne. Nous sommes devenus sages à nos propres yeux, mes frères, et nous avons supposé que la tâche d’introduire sur la terre les bénédictions de l’économie millénaire, nous était confiée, à nous et à nos efforts ; tandis que c’est une oeuvre qui découle de l’appel d’Israël et non du nôtre. Le nôtre est réellement un appel beaucoup plus élevé, un appel céleste ; un appel entièrement au-dessus de toutes les choses et de toutes les scènes terrestres. En oubliant cela et en cherchant une place sur la terre, nous avons voulu nous approprier celle que Dieu a assignée à Israël. Nous n’avons pas eu de foi pour occuper notre place dans les lieux célestes avec Christ et, étant redescendus ici-bas, nous avons aspiré à la place destinée, dans les conseils de Dieu, à Israël sur la terre. Nous ne pouvons pas, néanmoins, remplir la place d’Israël et, en l’essayant, nous renions entièrement notre vocation céleste, comme nous le verrons plus amplement, lorsque nous nous occuperons de l’appel particulier et de la gloire de l’Église. Rappelons-nous que «de Sion sortira la loi, et de Jérusalem sortira la parole de l’Éternel».
«Et il jugera au milieu des nations, et prononcera le droit à beaucoup de peuples». Est-ce là l’extension progressive et paisible de la vérité, au moyen d’instruments humains ? «Et de leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des serpes ; une nation ne lèvera pas l’épée contre une autre nation, et on n’apprendra plus la guerre» vers. 4. Le Psaume 46 est tout à fait en rapport avec la scène de paix universelle décrite ici, et nous nous arrêterons pour le considérer un instant.
On dit et l’on répète que cette perspective ne doit pas être réalisée uniquement par la propagation de l’Évangile, mais aussi au moyen de Sociétés de la paix, et d’autres associations destinées à répandre des principes de paix et à provoquer parmi les gouvernements de la terre des conseils et des mesures pacifiques. Mais est-ce bien là ce que la parole de Dieu annonce ? Voyez ce Psaume 46. Il nous peint un temps d’agitation terrible ; c’est l’époque dont nous nous sommes occupés précédemment ; le temps de la détresse de Jacob, de laquelle il va être délivré. Ce Psaume exprime la confiance du résidu juif fidèle, au milieu des horreurs de ce jour de tribulation sans pareille, et des jugements qui le terminent : «Dieu est notre refuge et notre force ; un secours dans les détresses, toujours facile à trouver. C’est pourquoi, nous ne craindrons point quand la terre serait transportée de sa place, et que les montagnes seraient remuées et jetées au coeur des mers. Quand ses eaux mugiraient et qu’elles écumeraient, et que les montagnes seraient ébranlées à cause de son emportement…» vers. 1-3. Ceci ne ressemble assurément pas à l’extension graduelle de la vérité, ni à la conversion de l’humanité entière à la sainteté et à la paix, par l’influence imperceptible de cette vérité. Les bouleversements décrits ici présentent, au contraire, les caractères les plus effrayants. «Les nations s’agitent tumultueusement, les royaumes sont ébranlés ; il a fait entendre sa voix : la terre s’est fondue» vers. 6. Malgré tant de désolations, le résidu fidèle déclare de nouveau sa confiance : «L’Éternel des armées est avec nous ; le Dieu de Jacob est pour nous une haute retraite !» vers. 7.
Enfin l’orage a passé. Dieu s’est levé pour faire son «oeuvre étrange», et ses jugements ayant accompli leur but, nous sommes invités à en contempler les résultats. «Venez, voyez les actes de l’Éternel, quelles dévastations il a faites sur la terre ! Il a fait cesser les guerres jusqu’au bout de la terre ; il brise les arcs et met en pièces les lances, il brûle les chariots par le feu». Ce n’est pas là non plus le progrès lent et graduel des principes de paix, mais c’est l’intervention solennelle de Dieu en jugement, qui, à la venue du Seigneur, met fin aux combats et aux guerres par lesquels la terre est désolée depuis tant de siècles, pour introduire une période de paix universelle.
Quel est enfin l’enseignement tiré de tout ceci par le Saint-Esprit ? Est-ce : «Employez toute votre énergie — travaillez de toutes vos forces à faire pénétrer dans la société des principes qui amèneront un âge d’or, une époque de concorde universelle, d’harmonie et de paix ?» Est-ce là, je vous le demande, la conclusion tirée par le Saint-Esprit de ce solennel coup d’oeil prophétique ? Non, mes frères ; cette conclusion, la voici : «Tenez-vous tranquilles», est-il dit, «et sachez que je suis Dieu : je serai exalté parmi les nations, je serai exalté sur la terre» vers. 10. C’est par sa force et non par l’énergie humaine ; pour sa gloire et non pour élever l’homme orgueilleux et vain, que ces faits merveilleux seront accomplis.
Revenons maintenant à Ésaïe 2 ; des paroles solennelles d’avertissement et d’exhortation suivent celles que nous avons déjà citées, et nous avons, depuis le verset 10, un admirable tableau du «jour du Seigneur», concordant exactement avec ce que nous avons vu en Zacharie 14, en y ajoutant plusieurs détails. Le verset 10 invite tous ceux qui ont des oreilles pour entendre, à entrer là où le résidu, dont nous avons écouté la voix au Ps. 46, se tient caché pendant les convulsions et les terreurs de ce jour : «Entre dans le rocher et cache-toi dans la poussière de devant la terreur de l’Éternel et de devant la magnificence de sa majesté. Les yeux hautains de l’homme seront abaissés, et la hauteur des hommes sera humiliée, et l’Éternel sera seul haut élevé en ce jour-là». Toutes les choses qui auront servi la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie ; toutes les choses dans lesquelles les hommes ont pris leur plaisir, de manière à exclure Dieu et Christ de leurs coeurs ; toutes les choses qui ont contribué à l’exaltation de lui-même qui a de tout temps caractérisé l’homme, qui le caractérise toujours plus, et même d’une manière effrayante au temps où nous vivons ; toutes ces choses seront jugées dans le jour du Seigneur. Pensez, mes frères, à tout ce que l’orgueil du coeur de l’homme opère à cette heure ; voyez comment il concentre toutes les richesses et toutes les forces des nations, pour étaler aux yeux du monde ce que peuvent effectuer sa science, son industrie et son énergie (*). Et cependant, le jour du Seigneur sera «contre tous les cèdres du Liban, hauts et élevés, et contre tous les chênes de Basan ; et contre toutes les hautes montagnes, et contre toutes les collines élevées ; et contre toute haute tour, et contre toute muraille forte ; et contre tous les navires de Tarsis, et contre tous les objets d’art agréables : la hauteur de l’homme sera humiliée, et l’élévation des hommes sera abaissée, et l’Éternel seul sera haut élevé en ce jour-là». Puissent ces paroles sérieuses pénétrer dans nos coeurs !
(*) Allusion à l’Exposition universelle de Londres de 1851, qui s’organisait au moment où ces méditations furent prononcées
«Et les idoles disparaîtront entièrement. Et on entrera dans les cavernes des rochers, et dans les trous de la terre, de devant la terreur de l’Éternel et de devant la magnificence de sa majesté». — Quand sera-ce, mes frères ? sera-ce quand l’Évangile aura été universellement répandu ? quand le christianisme et la civilisation auront pénétré partout ? quand la vérité aura obtenu un triomphe général et paisible ? Ah ! ce passage est souvent cité, en partie seulement, c’est-à-dire tronqué, comme si c’était bien là ce qu’il enseigne. Mais quand dit-il que l’idolâtrie cessera ? «LORSQU’IL SE LÈVERA POUR FRAPPER D’ÉPOUVANTE LA TERRE». Oui, «en ce jour-là l’homme jettera ses idoles d’argent et ses idoles d’or, qu’il s’était faites pour se prosterner devant elles, aux rats et aux chauves-souris, pour entrer dans les fentes des rochers et dans les creux des escarpements, de devant la terreur de l’Éternel et de devant la magnificence de sa majesté, QUAND IL SE LÈVERA POUR FRAPPER D’ÉPOUVANTE LA TERRE». L’application est ici la même qu’au Ps. 46 ; là, elle est négative ; ici, elle est positive : «Finissez-en avec l’homme, dont le souffle est dans ses narines, car quel cas doit-on faire de lui ?» Il peut compter beaucoup sur lui-même ; hélas ! il ne le fait que trop. Il peut exalter ses capacités qui lui paraissent si diverses et si étendues ; il peut les développer encore par toutes les inventions de l’art, et les étendre par mille combinaisons aussi loin qu’il lui plaît ; après tout, Dieu n’a qu’à se lever, toutes les gloires de l’homme se fanent et tombent comme une feuille. Dieu n’a qu’à intervenir, et tout ce dont l’homme s’est vanté et glorifié se flétrit en un moment. Que nos coeurs y soient attentifs. Cette vérité est applicable à tous les temps ; mais en nos jours de folles vanteries et d’orgueilleuses prétentions, il importe plus que jamais d’avoir toujours présentes à l’esprit des paroles telles que celles-ci : «Finissez-en avec l’homme». — «Tenez-vous tranquilles, et sachez que je suis Dieu».
Dans les vues prophétiques généralement admises aujourd’hui, on confond deux périodes aussi distinctes l’une de l’autre par leur caractère que par leur position respective, l’une ne commençant que lorsque l’autre est terminée. — Beaucoup de chrétiens pensent que le christianisme s’étendra graduellement, par la prédication de l’Évangile et par l’effusion croissante du Saint-Esprit, jusqu’à ce que toutes les nations de la terre soient peu à peu soumises à son influence et tous les hommes devenus chrétiens ; ils supposent que le monde ainsi christianisé restera dans cet état pendant un long espace de temps, et c’est cette période qu’ils appellent le millénium. Mais, non seulement cette opinion n’a pas de fondement dans l’Écriture ; non seulement elle est contraire à tous les passages positifs, par lesquels on vous a prouvé, dans la précédente Méditation, qu’il ne peut point y avoir de millénium avant le retour du Seigneur Jésus-Christ ; mais elle est basée sur une ignorance complète de ce qui constitue le caractère de ce siècle-ci et celui du siècle à venir ou du siècle millénaire, qui forment un contraste absolu l’un avec l’autre. Qu’est-ce, en effet, qui caractérise actuellement les voies de Dieu à l’égard de l’humanité ? C’est la grâce, la pure grâce. Nous traversons le temps de la longue patience de Dieu, nous sommes au jour du salut. Dieu n’agit pas maintenant ouvertement comme le juste Gouverneur du monde, en dispensant le bien ou le mal, suivant le caractère des voies de l’homme. Chacun voit qu’il n’en est pas ainsi, et les incrédules s’efforcent d’en conclure, ou qu’il n’y a point de Dieu, ou qu’il ne prend aucun intérêt aux affaires de ce monde. Si Dieu rend maintenant à chacun selon ses oeuvres ; en d’autres termes, si, à l’heure qu’il est, il gouverne manifestement le monde en justice, d’où viennent tant de tromperies, tant de rapines impunies ? tant de violences et tant de sang dont la vue afflige si souvent le coeur ?
Mais il vient un «jour de jugement», pendant lequel le gouvernement du monde, administré par le Fils de l’homme lui-même, sera propre à éclaircir, à expliquer tout ce qui est maintenant obscur, aussi bien qu’à manifester et à magnifier pleinement la gloire de Dieu. Dieu s’étant acquis un nom par toute la grâce manifestée pendant tout le cours de l’économie actuelle, et par les résultats jaillissant de cette grâce pendant toute l’éternité, il se manifestera dans la prochaine dispensation, dans le siècle millénaire, comme «l’Éternel juste, qui aime la justice». «Voici, un roi régnera en justice, et des princes domineront avec droiture» Ésaïe 32:1.
Voudrais-je dire par là, que, dans le temps actuel, Dieu ne dirige pas, efficacement quoique secrètement, toutes choses par sa providence ? À Dieu ne plaise ! Dans ce sens Satan même lui est soumis ; il accomplit ses desseins et fait sa volonté. Mais je parle du gouvernement public, connu, manifeste de ce monde. Ce dernier est-il régi par le principe d’une juste rétribution, ou ne l’est-il pas ? La réponse n’est pas douteuse. Il est vrai que la méchanceté de l’homme et de Satan est tenue en bride par l’intervention cachée de la providence de Dieu, ainsi que par les lois et les gouvernements humains, qu’il a établis et jusqu’à présent maintenus. S’il n’en était pas ainsi, les hommes se détruiraient les uns les autres, jusqu’à ce que la terre fût entièrement dépeuplée. Mais, cela étant admis, peut-on imaginer qu’il existe maintenant, ou qu’il ait jamais existé, depuis la chute, une rétribution de biens et de maux temporels, en accord avec le caractère et la conduite des hommes, de manière à mettre réellement en évidence la sainteté, la bonté, la sagesse de Dieu, son caractère de juste juge et de gouverneur du monde ? Quoi donc ! Le fait est que la bonté, la piété ont pu être opprimées et foulées aux pieds ; que le mal a pu s’élever et triompher — à tel point que lorsque le seul Être parfait et sans péché vint ici-bas, IL fut mis à mort ! Nous savons pourquoi cela fut permis ; mais nous vous demandons de méditer sur ce fait — cela même fut permis. Oui, Dieu regardait des cieux et contemplait le meurtre de son Fils unique et bien-aimé par les mains iniques des hommes !
Quel contraste entre cette scène et celle que le psalmiste décrit, lorsqu’il entrevoit d’avance le règne millénaire : «Car l’Éternel ne délaissera point son peuple et n’abandonnera point son héritage ; car le jugement retournera à la justice, et tous ceux qui sont droits de coeur le suivront» (Ps. 94:14, 15). Dès longtemps le jugement et la justice sont séparés sur la terre. Le jugement était dans les mains de Pilate, lorsqu’il s’assit sur son siège judiciaire. La justice, la justice parfaite, la justice humaine aussi bien que divine, était debout devant lui, dans la personne de la victime sans tache, de l’innocence de laquelle il se déclara convaincu, lorsqu’il lava ses mains, tout en livrant Jésus pour être crucifié ! Et Dieu contempla cette scène, et il supporte depuis dix-huit siècles le monde qu’elle a souillé ! Pouvons-nous attendre qu’il punisse de moindres iniquités, tandis que le plus grand de tous les crimes demeure sans vengeance ? Sans vengeance, ai-je dit ! Pourquoi parle-je seulement de supporter, en voyant la conduite de Dieu à l’égard du monde ? C’est rester bien en arrière de la vérité. Dieu prit occasion de l’acte qui couronnait la haine et la méchanceté de l’homme, pour déployer envers nous la plénitude et les profondeurs de son amour. Il envoya son Esprit pour rendre témoignage que le sang, versé par l’homme sur la terre, était accepté pour l’homme dans le ciel, et que ceux-là même qui l’avaient répandu y trouveraient un refuge assuré pour l’éternité, s’ils voulaient y mettre leur confiance. Dès lors Dieu n’a fait que proclamer au monde entier, aux Juifs comme aux Gentils, aux Gentils comme aux Juifs, que tous ceux qui croient en Jésus deviennent un avec Lui, héritiers avec lui de la gloire qui doit être révélée. Ce n’est assurément pas là le jugement, mais la miséricorde ; ce n’est pas le gouvernement en justice, mais la grâce infinie. Et quel effet a produit ce témoignage partout où il a été reçu ? Ceux qui y ont cru ont partagé le traitement infligé à leur Maître par la main des méchants. Et Dieu a-t-il vengé leur sang ? Non, le sang des martyrs du Christ, tout comme celui du Christ lui-même, demeure jusqu’ici sans vengeance. Dieu laisse le monde poursuivre son méchant train, amasser un trésor de colère pour le jour de la colère, tout en usant de patience et de longanimité, parce qu’il ne veut pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance.
Tel est le caractère de la dispensation actuelle, de ce jour, dont il est dit : «C’est maintenant le jour du salut». Mais que produit-il sur les âmes des hommes ? quel résultat amène-t-il ? Quelques-uns, il est vrai, sont glanés hors du monde par la grâce toute puissante ; ils sont amenés à croire en Jésus, à le confesser et à souffrir pour son nom. Chaque siècle, chaque génération successive, a vu de ces fidèles témoins. Mais quel est l’effet produit sur la masse ? La parole de Dieu nous l’apprend : «Parce que la sentence contre les mauvaises oeuvres ne s’exécute pas immédiatement, à cause de cela le coeur des hommes est au-dedans d’eux plein d’envie de faire le mal» (Ecclésiaste 8:11). Toute cette patience, tout ce long support et cette grâce de notre Dieu, n’ont abouti qu’à enhardir l’homme dans l’iniquité. Comment donc une dispensation dont la grâce parfaite est le trait caractéristique, pourrait-elle amener une bénédiction universelle ? C’est une impossibilité manifeste. Ésaïe, chap. 26:10, le témoigne égaiement : «Si l’on use de grâce envers le méchant, il n’apprend pas la justice ; dans le pays de la droiture, il fait le mal, et il ne voit pas la majesté de l’Éternel». Dieu pourrait donc prolonger sa patience et continuer d’agir en grâce avec le monde pendant un temps indéterminé, et il est évident que le résultat n’en serait jamais tel que les hommes l’imaginent. Le monde ne serait jamais converti ; le millénium ne serait jamais amené, car c’est par des jugements que Dieu l’établira : «Ô Éternel, ta main est élevée, mais ils ne voient point». C’est-à-dire, aussi longtemps qu’elle est élevée en miséricorde, ils ne la voient point. «Mais ils verront ta jalousie pour le peuple et seront honteux. Oui, le feu qui attend tes adversaires les dévorera» vers. 11. Il est dit de même au vers. 9 : «Lorsque tes jugements sont sur la terre, les habitants du monde apprennent la justice». Nous avons donc ici la déclaration expresse, que la grâce et la faveur de Dieu ne réussiront pas à soumettre les hommes ; ils abuseront de l’une et de l’autre pour s’endurcir dans l’iniquité, car leur coeur est plein au-dedans d’eux-mêmes d’envie de mal faire. Puis vient la déclaration tout aussi expresse, que c’est «lorsque les jugements de Dieu seront sur la terre que les hommes apprendront la justice». La grâce n’a pas amené leur soumission ; le jugement la produira.
Les témoignages rendus par l’Écriture à cette vérité sont uniformes et nombreux. Dès les jours anciens d’Éli et de Samuel, Anne, la prophétesse, chante : «Ceux qui contestent contre l’Éternel seront brisés ; il tonnera sur eux dans des cieux. L’Éternel jugera les bouts de la terre, et il donnera la force à son roi, et élèvera la corne de son oint» (1 Sam. 2:10). Les dernières paroles de David sont : «Le Dieu d’Israël a dit, le Rocher d’Israël m’a parlé : Celui qui domine parmi les hommes sera juste, dominant en la crainte de Dieu, et il sera comme la lumière du matin, quand le soleil se lève, un matin sans nuages : par sa clarté l’herbe tendre germe de la terre après la pluie». Le psalmiste confesse qu’il n’en est pas ainsi quant à sa propre maison devant Dieu, mais il se console par la pensée de l’alliance éternelle, bien ordonnée et assurée, et s’écrie : «Mais les fils de Bélial sont tous ensemble comme des épines qu’on jette loin, car on ne les prend pas avec la main. Et l’homme qui les touche se munit d’un fer ou d’un bois de lance ; et ils seront entièrement brûlés par le feu sur le lieu même» (2 Samuel 23:3-7). Le Psaume 2, est aussi très clair et très explicite sur ce sujet. Les rois confédérés et leurs peuples sont représentés comme disant de l’Éternel et de son Oint : «Rompons leurs liens et jetons loin de nous leurs cordes». Quel doit être le salaire de leur iniquité ? «Celui qui habite dans les cieux se rira d’eux, le Seigneur s’en moquera. Alors il leur parlera dans sa colère, et, dans sa fureur, il les épouvantera : Et moi, j’ai oint mon Roi sur Sion, la montagne de ma sainteté». À ce roi, établi en Sion malgré toutes les oppositions, l’Éternel dit ensuite : «Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage, et, pour ta possession les bouts de la terre». Vous avez sûrement entendu citer ce texte, pour prouver que toutes les nations doivent être converties par l’Évangile. Mais est-ce là sa vraie signification ? De quelle manière le Christ prend-il possession de l’héritage qui lui est ainsi assigné ? Écoutez le verset suivant : «Tu les briseras avec un sceptre de fer ; comme un vase de potier tu les mettras en pièces». Les nations ne sont pas données à Christ, comme on le suppose, par l’extension graduelle et douce des vérités de l’Évangile, qui exerceraient leur influence sur les coeurs et sur la conduite des hommes, jusqu’à ce que le monde fût devenu un monde saint et heureux. Non, à un certain moment déterminé, mais encore à venir, à un moment attendu par Christ (car «il attend que ses ennemis soient mis pour le marchepied de ses pieds»), les nations lui seront données pour son héritage, et les bouts de la terre pour sa possession. Il en prendra possession en brisant ses ennemis avec un sceptre de fer, et en les mettant en pièces, comme un vase de potier. C’est donc par le jugement, et non par la prolongation et les progrès d’une économie de grâce pure et parfaite, que la bénédiction millénaire sera amenée.
Il est un autre passage intimement lié à ceux que nous avons déjà examinés, sur lequel je voudrais attirer votre attention. C’est le Psaume 110 : «L’Éternel a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite» — jusqu’à quand ? — «jusqu’à ce que je mette tes ennemis pour le marchepieds de tes pieds». Et que vient-il après ? «L’Éternel enverra de Sion la verge de ta force : Domine au milieu de tes ennemis !» Pendant que ces ennemis seront ainsi brisés avec un sceptre de fer et par la verge de sa force, il y aura, d’autre part, comme nous l’avons vu précédemment, ceux qui seront prêts à l’accueillir quand il arrivera. Son peuple, au milieu duquel il vint, il y a dix-huit siècles, sera disposé par son Dieu à le recevoir enfin. «Il vint chez soi», mais dans l’humiliation, aussi «les siens ne l’ont pas reçu». Bien loin de le recevoir, ils le crucifièrent ; et il se soumit à un tel traitement, il le souffrit volontairement ; il «fut crucifié en infirmité». Mais lorsqu’il reviendra, ce sera en puissance et en gloire, et c’est à Lui que sont adressées ces paroles : «Ton peuple sera un peuple de franche volonté, au jour de ta puissance, en sainte magnificence. Du sein de l’aurore te viendra la rosée de ta jeunesse». Nous voyons ensuite comment il agira envers ceux qui s’assemblent contre Lui et contre son peuple. «Le Seigneur, à ta droite, brisera les rois au jour de sa colère. Il jugera parmi les nations, il remplira tout de corps morts ; il brisera le chef d’un grand pays». Oui, mes frères, c’est par des jugements, par des jugements terribles et destructeurs, que Christ retranchera les méchants au commencement de son règne. Nous voyons la même chose dans le Nouveau Testament : «Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils cueilleront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité, et ils les jetteront dans la fournaise de feu : là, seront les pleurs et les grincements de dents» (Matthieu 13:41, 42). Les survivants étant remplis de crainte par ces jugements ; le Saint-Esprit, en outre, étant répandu sur toute chair, le monde entier reconnaîtra la domination de Jésus et sera heureux sous son sceptre ; c’est ce que nous voyons dans ce Psaume 72 : «Il fera justice aux affligés du peuple, il sauvera les fils du pauvre, et il brisera l’oppresseur… Et il dominera d’une mer à l’autre mer, et depuis le fleuve jusqu’aux bouts de la terre. Les habitants du désert se courberont devant lui, et ses ennemis lécheront la poussière. Les rois de Tarsis et des îles lui apporteront des présents, les rois de Sheba et de Seba lui présenteront des dons. Oui, tous les rois se prosterneront devant lui, toutes les nations le serviront… Son nom sera pour toujours ; son nom se perpétuera devant le soleil, et on se bénira en lui : toutes les nations le diront bienheureux».
Abordons maintenant un autre point du sujet que nous étudions. Supposons que les temps que nous venons de décrire sont arrivés. Supposons que l’Église a été enlevée par son Époux dans la gloire, et qu’Israël, ramené dans sa terre, a traversé la dernière et terrible tribulation. Supposons que les Gentils, oppresseurs d’Israël, au moment où ils pensaient l’engloutir, ont été détruits par l’apparition du Seigneur, revenant dans la gloire avec tous ses saints ; supposons que les multitudes des méchants d’entre toutes les nations ont été anéanties, et qu’Israël, tout entier, est rétabli dans le pays de la promesse ; — supposons que tout ce peuple d’Israël est converti par l’effusion du Saint-Esprit sur toute chair. Supposons tout cela, dis-je, et voyons ce qui empêchera les habitants de la terre de se corrompre comme les hommes l’ont toujours fait. Voyons ce qui les préservera de retomber dans toute espèce de péché, et d’attirer de nouveau sur eux toutes les douleurs dont le monde d’alors aura été complètement délivré. L’homme fut une fois innocent et heureux, mais il tomba. Le monde fut une fois détruit par le jugement, et repeuplé par les huit personnes qui sortirent de l’arche ; mais avec quelle rapidité la corruption y fut introduite de nouveau ! Israël fut une fois délivré par Dieu, à main forte et à bras étendu ; mais quelle déplorable histoire de péchés et de rébellions suivit cette délivrance ! Le règne de David et celui de Salomon furent des jours glorieux pour les Israélites : le premier vainquit leurs ennemis ; le second régna sur eux en paix et bâtit le magnifique temple dans lequel Dieu était connu et adoré. Mais à ce temps heureux succéda la révolte sous Roboam, et la triste histoire des deux peuples, aboutissant à leur captivité. L’Église fut formée à la Pentecôte et, pendant la première saison, les fruits de l’Esprit demeurant en elle furent brillants et des plus aimables. Mais qu’elle fut courte, cette saison ! et qu’elle est lamentable, l’histoire de la corruption et de la dégénération qui la suivit ! D’où vient donc que le siècle millénaire ne nous présente pas, comme les économies précédentes, une chute immédiate et une apostasie continuelle ? Nous avons deux réponses à cette question. N’en eussions-nous aucune, sinon que Dieu l’a voulu ainsi, et a révélé que c’est là sa volonté, cette réponse eût suffi à la foi ; mais Dieu a bien voulu nous expliquer la cause de cette différence. En premier lieu, Satan, qui jusqu’ici a fait tout le mal, sera lié et ne pourra plus agir jusqu’à ce que les mille ans soient accomplis. Satan séduisit nos premiers parents en Éden. Satan corrompit le monde après le déluge. Satan, le grand ennemi des enfants d’Israël, s’opposa aux desseins de Dieu à leur égard, et les égara toutes les fois qu’il ne pouvait parvenir à contrarier ces desseins. Satan sema l’ivraie parmi le bon grain que le Fils de l’homme avait semé, et tout le mal qui souille et afflige l’Église n’est autre chose que le résultat de ces semailles. Mais pendant le millénium, Satan sera lié. Le chap. 20 de l’Apocalypse est très explicite là-dessus. Le langage y est figuré, je vous l’accorde. Mais que représentent une grande chaîne, une clé, et un ange puissant se servant de l’une et de l’autre, pour lier Satan pendant mille ans dans le puits sans fond de l’abîme ? Le langage n’a-t-il plus aucun sens parce qu’il est figuré ? Aucun terme ne pourrait, au contraire, mieux exprimer la répression efficace, sous laquelle Satan, le grand séducteur et le grand usurpateur, sera tenu pendant le règne millénaire. «Menteur, et le père du mensonge» — «meurtrier dès le commencement, et qui n’a pas persévéré dans la vérité» — tels sont les caractères qui lui sont attribués dans l’Écriture. Que pourrait-on attendre du règne d’un tel être pendant le cours de ces mille ans, sinon les terribles résultats qui sans cesse ont pesé sur l’humanité ? Mais il sera lié, en sorte qu’il ne pourra plus séduire les nations jusqu’à ce que les mille ans soient accomplis. En second lieu, la place occupée jusque-là par Satan et par ses anges, pour faire le mal, sera, pendant le millénium, occupée, en bénédiction, par Christ et par ses saints glorifiés ; et le règne du Christ sera un règne de justice. Il commence par des jugements de destruction, qui emporteront les méchants obstinés ; en même temps, l’Esprit de Dieu fléchira les coeurs de ceux qui auront survécu et les soumettra au joug du Christ ; du commencement à la fin, ce sera un règne de justice. Entendrions-nous par là qu’il n’y aura plus alors ni miséricorde, ni grâce ? Assurément non. Ce règne est, au contraire, plein de grâce et de miséricorde. Qu’est-ce, sinon la grâce, qui peut choisir, pour centre de la bénédiction de toute la terre, le peuple qui crucifia le Christ, la ville même où son sang fut versé ? Peut-on voir un plus beau triomphe de la grâce ? Assurément, c’est aussi la grâce qui inclinera les coeurs des Gentils, et qui, sous le règne de Jésus, accomplira en leur faveur la parole adressée à Abraham : «En toi seront bénies toutes les familles de la terre». Nous trouvons, cependant, une différence entre la grâce actuelle et la grâce à venir. La grâce introduit maintenant les croyants dans une bénédiction d’un ordre beaucoup plus élevé que celle des nations sauvées dans la terre millénaire. Mais, tout en le faisant, elle nous laisse, pour le temps présent, dans un monde où Satan règne, où les méchants prospèrent, et où le résultat actuel de la fidélité envers Dieu aboutit à des pertes, à des souffrances, à des privations de tout genre. Pendant le millénium, au contraire, non seulement Satan sera lié, et Christ régnera avec ses saints glorifiés, mais le mal sera immédiatement réprimé avec puissance, partout où il apparaîtra. La grâce, la grâce souveraine sera certainement manifestée, en amenant à la bénédiction, au commencement des mille ans, les résidus épargnés, et sauvés des Juifs et des Gentils ; mais le bonheur dans lequel ces peuples et leurs descendants auront été introduits, par grâce, sera sauvegardé et maintenu par le sceptre de la justice. On ne verra plus alors «un seul pécheur détruire beaucoup de bien» (Eccl. 9:18), ni l’ivraie et le blé croître ensemble jusqu’à la moisson. L’homme sera cependant toujours l’homme, et quoiqu’il n’y ait plus pour lui aucune tentation du dehors, quoique toutes les circonstances le conduisent à l’obéissance, au lieu d’y mettre obstacle comme maintenant, il n’en aura pas moins toujours besoin de naître de nouveau ; et ceux qui n’auront pas reçu cette nouvelle naissance et en qui le péché du coeur se manifestera par une rébellion ouverte, seront immédiatement retranchés par le jugement, au lieu d’être supportés et laissés sous leur responsabilité jusqu’à ce que le mal déborde, comme c’est le cas actuellement : «Celui qui calomnie en secret son prochain, je le détruirai ; celui qui a les yeux hautains et le coeur orgueilleux, je ne le supporterai pas» (Psaume 101:5). «Celui qui pratique la fraude n’habitera pas au-dedans de ma maison ; celui qui profère des mensonges ne subsistera pas devant mes yeux. Chaque matin je détruirai tous les méchants du pays, pour retrancher de la ville de l’Éternel tous les ouvriers d’iniquité» vers. 7, 8. Le Psaume 145 est aussi bien évidemment un cantique millénaire. Il célèbre les louanges de l’Éternel comme Roi : «Toutes tes oeuvres te célébreront, ô Éternel ! et tes saints te béniront. Ils parleront de la gloire de ton royaume et ils diront ta puissance, afin de faire connaître aux fils de l’homme ses actes puissants, et la magnificence glorieuse de son royaume. Ton royaume est un royaume de tous les siècles et ta domination est de toutes les générations» vers. 10-13. Puis nous voyons quel est le caractère de ce royaume : «L’Éternel garde tous ceux qui l’aiment et extermine tous les méchants» vers. 20. Le Psaume suivant exprime la même pensée : «L’Éternel aime les justes ; l’Éternel garde les étrangers ; il affermit l’orphelin et la veuve, et confond la voie des méchants. L’Éternel règnera à toujours — ton Dieu, ô Sion ! de génération en génération» (Ps. 146:8-10). Il en est encore de même du Psaume suivant, qui se rapporte évidemment à la même période, et raconte la restauration d’Israël : «L’Éternel bâtit Jérusalem ; il rassemble les exilés d’Israël» vers. 2. «Jérusalem, célèbre l’Éternel ! Sion, loue ton Dieu ! Car il rend fortes les barres de tes portes ; il bénit tes fils au milieu de toi» vers. 12, 13. Eh bien ! quel est le témoignage rendu par ce Psaume sur le sujet que nous étudions — le caractère du gouvernement millénaire du Christ ? «L’Éternel affermit les débonnaires ; il renverse les méchants jusqu’en terre» v. 6. Ce témoignage se retrouve le même dans diverses parties des Écritures : «Il jugera avec justice les misérables, et reprendra avec droiture les débonnaires de la terre. Et la justice sera la ceinture de ses reins, et la fidélité la ceinture de ses flancs» (Ésa. 11:4, 5). «Et la droiture demeurera dans le désert, et la justice habitera le champ fertile ; et l’oeuvre de la justice sera la paix, et le travail de la justice, le repos et la sécurité à toujours. Et mon peuple habitera dans une demeure de paix et des habitations sûres et des lieux de repos tranquilles» (Ésaïe 32:16-18). Ainsi protégés par Christ et sous le sceptre de sa justice, les sujets de son royaume jouiront, sans crainte de voir troubler leur bonheur, des fruits paisibles et bénis de ce royaume.
Le temps nous manque pour examiner d’autres passages de l’Écriture exprimant la même vérité ; et il n’en est presque pas besoin. Ceux que nous avons cités suffisent pour la mettre hors de question ; mais je voudrais encore arrêter, pour un instant, votre attention sur quelques versets ou chapitres particulièrement beaux et intéressants, qui rattachent (comme au reste nous l’avons déjà vu dans d’autres) la bénédiction universelle de la terre sous le règne du Christ, à la restauration d’Israël. Le Psaume 102 est une de ces parties de l’Écriture dont je veux parler. Nous y voyons le Messie au milieu des profondes souffrances qu’il endurait dans les jours de sa chair, consolé par l’assurance que, de ses souffrances mêmes sortiraient, dans les siècles à venir, des bénédictions soit pour Israël soit pour les nations : nous y lisons en effet : «Cela sera pour la génération à venir, et le peuple qui sera créé louera Jah» vers. 18. Et qu’est-ce qui doit être écrit ? «Tu te lèveras, tu auras compassion de Sion ; car c’est le temps d’user de grâce envers elle, car le temps assigné est venu. Car tes serviteurs prennent plaisir à ses pierres, et ont compassion de sa poussière. Alors les nations craindront le nom de l’Éternel, et tous les rois de la terre, ta gloire» vers. 13-15. Et quel est le fait qui amène cette période de soumission universelle au Christ, par le moyen d’Israël restauré ? Ah ! le fait mentionné ici est, comme partout ailleurs, la venue, l’apparition du Seigneur lui-même. «Quand l’Éternel bâtira Sion, il paraîtra dans sa gloire» vers. 16.
Ésaïe 27:6, est un beau passage, qui exprime la même pensée : «Dorénavant Jacob prendra racine, Israël fleurira et poussera, et remplira de fruits la face du monde».
Jérémie 33:9, dit de Jérusalem (et c’est bien littéralement de la ville qu’il est parlé ; voyez vers. 4) : «Et ce sera pour moi un nom d’allégresse, une louange et un ornement parmi toutes les nations de la terre, qui apprendront toute la bonté dont j’ai usé envers eux ; et ils craindront et trembleront, à cause de tout le bien et à cause de toute la prospérité dont je les ferai jouir».
Le chapitre 4 de Michée commence par une répétition presque littérale des paroles d’Ésaïe 2, que nous avons déjà citées. Lisez depuis le verset 4 ; après avoir parlé du temps où une nation ne lèvera plus l’épée contre une autre nation, et où elles n’apprendront plus la guerre, le prophète dit : «Et ils s’assiéront chacun sous sa vigne et sous son figuier, et il n’y aura personne qui les effraie : car la bouche de l’Éternel des armées a parlé… En ce jour-là, dit l’Éternel, je rassemblerai celle qui boitait, et je recueillerai celle qui était chassée et celle sur laquelle j’avais fait venir du mal. Et je ferai de celle qui boitait, un reste, et de celle qui avait été repoussée au loin une nation forte ; et l’Éternel régnera sur eux en la montagne de Sion, dès lors et à toujours. Et toi, tour du troupeau, colline élevée de la fille de Sion, à toi arrivera et viendra la domination première, le royaume, à la fille de Jérusalem». Nous voyons donc la terre entière se reposant sous le sceptre de paix de Jésus. Israël, son peuple bien-aimé, est béni entre tous. Sion est la demeure de son trône, et Jérusalem, la métropole de la terre millénaire.
Depuis le verset 11, nous avons un coup d’oeil jeté sur les événements qui doivent précéder ce règne paisible : «Et maintenant sont rassemblées contre toi beaucoup de nations, qui disent : Qu’elle soit profanée, et que notre oeil voie Sion ! Mais elles ne connaissent pas les pensées de l’Éternel et ne comprennent pas son conseil ; car il les a amassées comme la gerbe sur l’aire». Les nations espèrent accomplir leurs propres desseins de pillage et d’ambition, mais Dieu les rassemble comme des gerbes dans l’aire, pour être foulées par le jugement : «Lève-toi et foule, fille de Sion, car je ferai ta corne de fer, et je ferai tes sabots d’airain, et tu broieras beaucoup de peuples ; et je consacrerai leur butin à l’Éternel, et leurs biens au Seigneur de toute la terre». Dans le même passage, car ce chapitre et le suivant forment évidemment un ensemble, un même courant prophétique, nous avons d’abord la profonde humiliation de notre Sauveur : «Ils frappent le juge d’Israël avec une verge, sur la joue» chap. 5:1. Oui, c’est celui qui s’est ainsi abaissé lui-même, qui doit être plus tard si hautement exalté : «Et toi, Bethléhem Éphrata, bien que tu sois petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit dominer en Israël, duquel les origines ont été d’ancienneté, dès les jours d’éternité». C’est pourquoi (à cause de sa rejection, lorsqu’ils le frappèrent sur la joue), «c’est pourquoi il les livrera [et c’est ce qu’il a fait] jusqu’au temps où celle qui enfante aura enfanté». Ceci se rapporte probablement au passage, que nous avons examiné il y a quelques jours, d’Ésaïe 66:7-9. «Et le reste de ses frères retournera vers les fils d’Israël. Et il se tiendra, et paîtra son troupeau avec la force de l’Éternel, dans la majesté du nom de l’Éternel, son Dieu. Et ils habiteront en sûreté, car maintenant il sera grand jusqu’aux bouts de la terre» vers. 3, 4. La position d’Israël, comme moyen de bénédiction pour toutes les nations est signalée d’une manière bien belle, au verset 7 : «Et le résidu de Jacob sera, au milieu de beaucoup de peuples, comme une rosée de par l’Éternel, et comme des ondées sur l’herbe, qui n’attend pas l’homme, et ne dépend pas des fils des hommes».
Je ne citerai plus qu’un seul texte, tiré cette fois du Nouveau Testament. C’est une des paroles adressées par l’ange Gabriel à la vierge, mère de notre Seigneur, lorsqu’il lui annonça qu’elle mettrait au monde un fils, et qu’elle l’appellerait Jésus : «Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père. Et il régnera sur la maison de Jacob à toujours et il n’y aura pas de fin à son royaume» (Luc 1:32, 33). Nous savons tous que, lorsqu’il vint ici-bas, au lieu de régner, il souffrit et mourut. Mais quand il reviendra, ce sera pour régner, pour régner en réalité sur la maison de Jacob, comme nous l’avons vu annoncé dans tant de passages de l’Écriture ; mais encore et de plus, comme nous l’avons vu dans plusieurs autres, «pour dominer d’une mer à l’autre mer, et depuis le fleuve jusqu’aux bouts de la terre».
N’est-ce pas, je vous le demande, cette domination universelle, n’est-ce pas ce bon gouvernement, après lequel on a tant soupiré, que l’on a recherché avec tant de persévérance et d’avidité ? N’est-ce pas à la poursuite de ce but, que l’on a consacré tant de temps, d’intelligence, d’énergie, de trésors, de sang humain ? Néanmoins la réalisation en est aussi éloignée que jamais. Tous en sentent l’importance et le besoin ; mais après les nombreuses expériences de tant de siècles, ce grand problème demeure toujours non résolu. Le fait est qu’il manque une main pour tenir le sceptre, et jusqu’à ce que vienne Celui qui y a droit et à qui il est donné, le monde espérera en vain le gouvernement juste, patient et équitable, qu’il cherche depuis si longtemps. Mais alors il le trouvera — il le trouvera sous la domination paisible et bénie de Celui qui, pendant si longtemps, reçut ce message insultant : «Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous». Il veut d’abord nous avoir, nous, ses héritiers, autour de lui, dans la gloire. Ensuite Israël, son peuple terrestre, doit être préparé à l’accueillir, tout en étant délivré par son bras, lors de son retour. Puis ses ennemis doivent être détruits, et son royaume purifié de tous les ouvriers d’iniquité. Ceux qui seront épargnés par sa clémence pour survivre à ces jugements et former la population de la terre millénaire, s’inclineront joyeusement sous son sceptre et le reconnaîtront comme leur Seigneur. S’il s’en trouve un ou quelques-uns qui résistent, un jugement immédiat en délivrera la terre de nouveau, et la conservera dans l’état où l’auront placée la présence du Seigneur et l’effusion du Saint-Esprit, c’est-à-dire «pleine de la connaissance de la gloire de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer». Jérusalem sera le centre terrestre de ce glorieux royaume de justice et de paix universelles. La nation d’Israël, rétablie et rachetée, occupera, dans ce royaume, la première place parmi les hommes. Tandis que toutes les nations de la terre seront bénies et heureuses, la place la plus élevée sur la terre sera donnée à ce peuple qui, plus que tous les autres, a été opprimé et foulé aux pieds ; oui, à ceux qui ont ainsi subi le juste jugement de Dieu pour avoir rejeté leur Seigneur et leur Roi. Une place au-dessus de toutes celles de la terre sera le partage de ceux qui, dans l’intervalle actuel entre les souffrances du Christ et son retour en gloire, ont participé à la communion de ses souffrances dans l’espérance de son retour. C’est là la place de l’Église ; mais ce sera le sujet de notre prochaine Méditation.
par William Trotter (York, mars / avril 1851)
Rien, ce me semble, ne pourrait nous amener plus directement au sujet qui va nous occuper, que les versets que nous venons de lire. Nous voyons dans ces versets que l’appel de l’Église est distinct, non seulement de tout ce qui l’a précédée, mais même de tout ce qui avait été révélé aux prophètes de l’ancienne Alliance, quant à ce qui doit être encore manifesté de la gloire du Christ, en rapport avec Israël sur la terre pendant le millénium. Remarquez ce que dit l’apôtre, au chap. 3:4, 5 : «En lisant, vous pouvez comprendre quelle est mon intelligence dans le mystère du Christ, lequel, en d’autres générations, n’a pas été donné à connaître aux fils des hommes, comme il a été maintenant révélé à ses saints apôtres et prophètes par l’Esprit». L’apôtre nous dit clairement au vers. 3, comment il avait été amené à la connaissance de ce mystère : «Par révélation, le mystère m’a été donné à connaître, ainsi que je l’ai déjà écrit en peu de mots». Il y avait donc un mystère révélé à Paul, mystère qui n’avait pas été connu dans les âges précédents, comme il l’était aux jours de Paul, — mystère révélé par le Saint-Esprit aux saints apôtres et prophètes du Christ. Or, c’est sur ce mystère, l’appel distinct et la gloire spéciale de l’Église, que notre attention sera dirigée maintenant, et c’est dans les versets que nous avons lus que nous le trouvons particulièrement développé.
Il est important, dès le début, de définir exactement le principal mot employé dans l’exposition de notre sujet. Vous pensez peut-être que cette expression «l’Église» est si fréquemment employée, si généralement comprise, qu’il serait inutile de la définir. Le fait est, cependant, qu’il existe peu de termes, sur le sens desquels on ait communément des pensées plus vagues et plus incertaines. Quelques-uns appliquent ce mot au bâtiment dans lequel les chrétiens professants se réunissent pour leur culte ; et même parmi ceux dont l’intelligence repousse un tel abus de langage, la plupart sont loin d’avoir une idée juste de cette expression. En effet, ou bien on entend par ce mot «Église», telle ou telle association religieuse, à laquelle les hommes se rattachent par la naissance, par la conversion, ou par d’autres circonstances ; ou bien, l’on comprend sous cette dénomination la réunion de toutes ces associations dans le monde entier ; ou enfin, dans un sens plus étendu encore, on l’envisage comme embrassant tous les vrais croyants, depuis Abel jusqu’à la dernière personne qui sera sauvée. Or, il est utile de remarquer que c’est seulement dans le Nouveau Testament que nous rencontrons ce mot ; ce qui nous conduit naturellement à rechercher si ce que ce mot désigne n’est pas particulier aux temps du Nouveau Testament. Dans les âges précédents, tous les chrétiens l’admettent, il y eut des individus croyants, comme Abel, Énoch, Abraham, Moïse et tous ceux dont il est parlé en Héb. 11, soit que leurs noms y soient spécialement mentionnés, soit qu’ils fassent partie de ceux dont l’apôtre dit : «le temps me manquera si je discours d’eux». En outre, il y avait une nation, que Dieu avait extérieurement séparée pour lui, comme son peuple. La très grande majorité de cette nation demeura, cependant, inconvertie à toutes les époques de son histoire. Il y avait donc, d’un côté, des saints individuels qui n’étaient pas réunis en un corps ; et de l’autre, une nation, un corps de peuple extérieurement reconnu de Dieu, mais dont la masse, au lieu d’être le peuple de Dieu en vérité, se composa toujours d’adversaires de Dieu, de gens de col roide et de coeur endurci. L’Église de Dieu, au contraire, est l’assemblée de Dieu. Le mot rendu par «église», est dérivé d’un verbe qui signifie : appeler hors ; il désigne toute réunion de personnes appelées à sortir du milieu d’autres dans un but quelconque. Mais c’est l’emploi de ce terme dans le Nouveau Testament qui doit déterminer sa signification pour nous ; or, nous l’y voyons appliqué soit à l’assemblée de tous les croyants depuis la Pentecôte, jusqu’au retour du Christ dans les nuées, pour recueillir ses saints dans la gloire ; soit à l’assemblée de tous les croyants, vivant sur la terre, dans un temps donné entre ces deux époques ; — soit à l’assemblée de tous les croyants dans une localité donnée ; comme, par exemple, l’église de Jérusalem, d’Antioche, d’Éphèse, et même «l’assemblée qui se réunit dans ta maison». Ce mot n’est employé dans le Nouveau Testament que deux fois dans un sens ou dans une application différente de celles que nous venons d’indiquer. En Actes 7:38, il est appliqué à «l’assemblée» des Israélites dans le désert ; et en Actes 19:32 et 39, le même mot grec est traduit par «assemblée» (non pas par église), pour désigner une réunion tumultueuse d’Éphésiens idolâtres. Sauf ces exceptions qui ne peuvent guère être confondues avec le sujet de nos recherches, le mot «église» désigne donc dans le Nouveau Testament, comme nous venons de le dire : 1° tous les croyants, depuis la Pentecôte jusqu’à l’enlèvement des saints à la venue de Christ ; 2° tous les croyants dispersés sur la terre dans un temps donné entre ces deux époques ; 3° tous les croyants d’une localité donnée, ou se rassemblant comme tels dans un même lieu. Je ne m’arrêterai pas ici à prouver que tel est bien l’emploi de ce mot dans le Nouveau Testament. Plusieurs considérations à l’appui de cette assertion, se présenteront d’elles-mêmes dans le cours de l’examen scripturaire que nous allons faire de notre sujet : je voudrais seulement vous conjurer de faire plus tard et chez vous une sérieuse étude de ce sujet. Il est de toute importance qu’en nous occupant de l’appel distinct et de la gloire spéciale de l’Église, nous sachions bien qui sont ceux qui forment cette Église, à laquelle appartiennent un tel appel, une telle gloire. Dans nos recherches actuelles, il est bien clair que nous employons ce mot dans son acception la plus large, c’est-à-dire comme désignant tous les vrais croyants, depuis la Pentecôte jusqu’à l’enlèvement des saints. Les deux autres significations de ce terme sont comprises dans celle-là.
Lorsque nous parlons de l’appel (ou vocation) distinct et de la gloire spéciale de l’Église, cela donne lieu de penser qu’il doit exister quelque autre corps ou association, possédant une gloire et un appel différents de ceux de l’Église. Qu’est-ce donc qui a occupé notre attention dans les deux méditations précédentes ? C’est le témoignage prophétique de Dieu quant à Israël, et quant aux autres nations de la terre, pendant le millénium. Nous avons étudié les promesses pleines de grâce de notre Dieu, relatives à la restauration du peuple d’Israël et à la bénédiction de toutes les nations sous le règne du Christ. Mais lorsque nous parlons de la gloire et de l’appel particuliers de l’Église, nous entendons par là que l’Église est appelée à une gloire plus élevée que celle destinée à Israël ou aux nations. Ceux-ci seront, sans nul doute, parfaitement heureux sous le règne du Christ ; ce règne apportera de plus grandes et de plus hautes bénédictions à Israël qu’aux autres nations, qui lui seront réellement subordonnées ; mais «l’Église» sera manifestée comme l’épouse — l’épouse céleste de Jésus quand il régnera ; elle sera non pas bénie sous son sceptre, mais elle partagera avec Lui la domination et la gloire, — et elle les partagera comme son épouse.
Afin de discerner plus clairement la différence qui existe entre l’appel de l’Église et celui d’Israël, examinons attentivement ce que l’Écriture nous révèle sur ce dernier. C’est de cette manière seulement que nous pourrons apprécier le contraste qui les distingue. Nous trouvons en Deutéronome 28, les bénédictions promises à Israël, comme conséquences de son obéissance. Le peuple a entièrement failli quant à l’obéissance, nous le savons ; il a par conséquent perdu toute espèce de droit aux bénédictions promises. Mais, ainsi que nous l’avons vu à diverses reprises dans l’Écriture, les Israélites doivent recouvrer un jour ces bénédictions qu’ils ont perdues, sous lesquelles la grâce les replacera, et dont le juste gouvernement du Seigneur Jésus-Christ leur garantira la jouissance. Voyons maintenant quelles sont ces bénédictions : «Or il arrivera que si tu écoutes attentivement la voix de l’Éternel, ton Dieu, pour prendre garde à pratiquer tous ses commandements que je te commande aujourd’hui, l’Éternel, ton Dieu, te mettra très haut élevé au-dessus de toutes les nations de la terre». Vous voyez qu’il s’agit d’une nation placée à part de toutes les autres, et élevée au-dessus d’elles. «Et toutes ces bénédictions viendront sur toi et t’atteindront, si tu écoutes à la voix de l’Éternel, ton Dieu. Tu seras béni dans la ville, et tu seras béni dans les champs. Le fruit de ton ventre sera béni, et le fruit de ta terre, et le fruit de tes bêtes, les portées de ton gros bétail, et l’accroissement de ton menu bétail ; ta corbeille sera bénie, et ta huche… L’Éternel fera que tes ennemis qui s’élèveront contre toi, seront battus devant toi ; ils sortiront contre toi par un chemin, et par sept chemins ils fuiront devant toi. L’Éternel commandera à la bénédiction d’être avec toi, dans tes greniers, et dans tout ce à quoi tu mettras ta main ; et il te bénira dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne». Qu’avons-nous ici sinon une plénitude de bénédictions terrestres, par lesquelles cette seule nation devait être distinguée et placée au-dessus des autres ? Aussi le résultat de cette position bénie est clairement signalé : «Et tous les peuples de la terre verront que tu es appelé du nom de l’Éternel ; et ils auront peur de toi». Une prospérité abondante, continuelle, en toute espèce de choses temporelles et terrestres, pouvait seule être comprise par les nations ; et c’est ce qu’elles auraient vu en Israël, si Israël eût obéi, et à cela elles eussent reconnu que le nom de l’Éternel était réclamé sur Israël : «Et l’Éternel te fera surabonder en prospérité dans le fruit de ton ventre, et dans le fruit de ton bétail, et dans le fruit de ta terre, sur la terre que l’Éternel a juré à tes pères de te donner. L’Éternel t’ouvrira son bon trésor, les cieux, pour donner à ton pays la pluie en sa saison, et pour bénir tout l’ouvrage de ta main ; et tu prêteras à beaucoup de nations, et tu n’emprunteras pas. Et l’Éternel te mettra à la tête et non à la queue ; et tu ne seras qu’en haut, et tu ne seras pas en bas, si tu écoutes les commandements de l’Éternel, ton Dieu, que je te commande aujourd’hui, pour les garder et les pratiquer». Combien il est donc manifeste que la vocation d’Israël était une vocation à la prééminence, à la gloire, au pouvoir, à l’abondance, à la prospérité, sur la terre. Et quoique, par leur désobéissance, les Israélites aient entièrement perdu ces bénédictions promises ; quoique leur restauration (qui arrivera certainement) soit due uniquement à la grâce, cela ne change absolument rien au caractère de leur appel et de leurs bénédictions. Ils hériteront de bénédictions spirituelles, c’est évident — le pardon, la régénération, la connaissance du Christ à salut, — mais ils jouiront de ces bénédictions spirituelles, non pas dans les lieux célestes, mais sur la terre ; et la plénitude de la bénédiction terrestre sera toujours la marque distinctive de leur vocation. Toutes les prophéties qui annoncent leur restauration, le bonheur et la prospérité qui en seront la suite, viennent à l’appui de cette assertion. J’en citerai une seule, ajoutée à toutes celles que nous avons déjà rappelées dans de précédentes Méditations : «Voici, les jours viennent, dit l’Éternel, où celui qui laboure atteindra celui qui moissonne, et celui qui foule les raisins, celui qui répand la semence ; et les montagnes ruisselleront de moût, et toutes les collines se fondront. Et je rétablirai les captifs de mon peuple Israël, et ils rebâtiront les villes dévastées et y habiteront, ils planteront des vignes, et en boiront le vin, et ils feront des jardins, et en mangeront les fruits. Et je les planterai sur leur terre, et ils ne seront plus arrachés de dessus leur terre que je leur ai donnée, dit l’Éternel, ton Dieu» (Amos 9:13-15). Elles sont belles ces paroles, et cependant ce qu’elles promettent à Israël restauré, ce sont évidemment des bénédictions temporelles sur la terre. Ils en jouiront, il est vrai, comme peuple de Dieu, car ils seront alors devenus son peuple en vérité. Ils seront alors nés de nouveau ; car sans la nouvelle naissance, nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu, pas même dans sa partie terrestre. Mais dans ce royaume il y a un département terrestre, aussi bien qu’un département céleste, et la première place ainsi que les plus riches bénédictions, dans le département terrestre, sont assurées par les promesses de Dieu au peuple d’Israël repentant et rétabli.
Je dis la première place, car il est parfaitement clair que, pendant le règne millénaire, la distinction, entre Israël et les Gentils subsistera dans toute sa force, et qu’alors aussi la prééminence sur la terre appartiendra à Israël. Pourquoi «dix hommes de toutes les langues des nations saisiront-ils le pan de la robe d’un Juif, disant : Nous irons avec vous, car nous avons ouï dire que Dieu est avec vous» — sinon parce que Dieu sera alors avec les Juifs d’une manière tout particulièrement bénie ? (voyez Zacharie 8:22, 23). Les beaux passages, tirés d’Ésaïe 60, que nous allons citer, sont aussi très clairs là-dessus. À Sion, à Jérusalem, il est dit : «Et les nations marcheront à ta lumière, et les rois, à la splendeur de ton lever». «Car les îles s’attendront à moi, et les navires de Tarsis viennent les premiers, pour apporter tes fils de loin, leur argent et leur or avec eux, au nom de l’Éternel, ton Dieu, et au Saint d’Israël, car il t’a glorifiée». Dieu glorifiera alors Jérusalem, et sa gloire sera connue de tous : «Tes portes seront continuellement ouvertes, elles ne seront fermées ni de jour ni de nuit, pour que te soient apportées les richesses des nations et que leurs rois te soient amenés. Car la nation et le royaume qui ne te serviront pas périront, et ces nations seront entièrement désolées». Assurément il suffit de lire ces passages, pour être convaincu qu’ils ne peuvent se rapporter à la dispensation actuelle. Une des notions les plus connues, les plus familières parmi toutes celles qui se rattachent au christianisme, c’est, nous le savons tous, que toute distinction entre le Juif et le Gentil y est annulée ; qu’en Christ, «il n’y a pas Grec et Juif, circoncision et incirconcision, barbare, Scythe, esclave, homme libre ; mais que Christ y est tout et en tous» (Col. 3:11). Les prophéties que nous avons citées traitent, au contraire, d’une période, pendant laquelle la distinction entre le Juif et le Gentil, entre Israël et les autres nations de la terre, sera aussi pleinement reconnue que jamais ; et pendant laquelle Israël occupera la place à tous égards prééminente sur la terre : «Et ils bâtiront ce qui était ruiné dès longtemps ; ils relèveront les désolations anciennes, et ils renouvelleront les villes ruinées, et les lieux désolés de génération en génération. Et les étrangers se tiendront là, et paîtront vos troupeaux, et les fils de l’étranger seront vos laboureurs et vos vignerons. Mais vous, [Israël restauré, les habitants de Jérusalem, la ville du grand Roi] vous serez appelés les sacrificateurs de l’Éternel ; on dira de vous : les serviteurs de notre Dieu. Vous mangerez des richesses des nations, et vous vous revêtirez de leur gloire» (Ésaïe 61:4-6). Serait-il possible d’annoncer plus clairement la supériorité du Juif sur le Gentil, pendant la période millénaire ?
Il me revient à la mémoire, mes frères, une pensée bien juste d’un chrétien, c’est que «Christ est le grand but de Dieu». Pierre exprimait la même pensée, en d’autres mots, lorsqu’il disait que les prophètes recherchaient «quel temps, ou quelle sorte de temps, l’Esprit de Christ qui était en eux indiquait, rendant par avance témoignage des souffrances qui devaient être la part de Christ, et des gloires qui suivraient». Tout l’ensemble de la prophétie est résumé dans ces mots : Les souffrances de Christ, et les gloires qui doivent les suivre. Ce n’est qu’en partant de là, que vous pouvez examiner avec fruit les détails de la prophétie ; c’est de ce point de vue seulement, que ces détails peuvent être bien considérés. Si vous ne vous élevez pas au-dessus de la plaine, vous ne pouvez guère avoir une vue exacte du paysage ; vous êtes au contraire à peu près sûr de n’en avoir qu’une vue limitée. C’est en vous plaçant sur un terrain élevé, que vous serez rendu capable d’apprécier la longueur et la largeur de la perspective de la gloire ; et plus vous vous approcherez de l’observatoire moral, du haut duquel le Saint-Esprit dessina tout le tableau, dans le seul but de glorifier Christ, plus vous trouverez que votre vue a été détournée, aussi bien qu’obscurcie, par la position inférieure que vous occupiez. Le grand but de Dieu, c’est sa propre gloire manifestée en Christ ; c’est en pénétrant nos âmes de cette vérité, et en considérant toutes choses au travers d’elle, que nous acquerrons une connaissance intelligente et juste des desseins et des voies de Dieu.
La gloire est, en quelque sorte, la manifestation de la perfection. L’or est déjà précieux dans le minerai ; mais on ne discerne sa beauté que lorsqu’il a passé par le creuset, et qu’il s’y est dépouillé de tous les vils éléments dont il était mélangé. Le soleil est la source de la lumière et de la chaleur, pour tout le système dont il est le centre, même quand des nuages le voilent et obscurcissent son éclat ; mais si les nuages se dissipent, et qu’il brille dans sa majesté et dans sa force, alors nous voyons sa gloire. Quelles que soient, dans le millénium, les gloires manifestées du Christ, elles ne seront, au fond, que le déploiement extérieur de ce qu’il est et de ce que la foi connaît déjà de Lui. La foi seule nous fait dès maintenant discerner ces gloires ; mais on verra certainement alors que chacune des gloires qu’il revêtira ne sera que la manifestation d’une des perfections de sa personne bénie, ou d’un des offices qui lui appartiennent. Hélas ! le coeur demeure souvent en arrière, lorsqu’il s’agit d’entrer par la foi dans la contemplation des gloires merveilleuses et infinies du Christ ! Puissions-nous apprendre à les mieux connaître par l’enseignement du Consolateur, dont l’office est de glorifier le Christ, en prenant ce qui est à Lui et en nous le montrant !
Nous avons vu ce soir, et déjà précédemment, que «Christ régnera en la montagne de Sion et devant ses anciens, en gloire». En vertu duquel de ses caractères possédera-t-il la gloire, alors déployée sur toute la terre ? Il la possédera comme Fils de David. La foi le connaît maintenant comme Fils de David, comme celui dont l’Ange dit à la vierge qui fut sa mère : «Il sera grand, et sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; et il régnera sur la maison de Jacob à toujours, et il n’y aura pas de fin à son royaume» Luc 1:32, 33. Comment comprenons-nous ces paroles ? Que veut dire l’Écriture (car c’est là le langage de l’Écriture, et non le nôtre), en parlant du Christ, assis sur le trône de David ? Assurément, elle veut dire qu’il exercera l’autorité confiée autrefois à David ; qu’il gouvernera la nation dont David fut une fois le seigneur et le roi. Il est «de la semence de David selon la chair». Il est «né roi des Juifs», et lorsque Pierre, en parlant de la résurrection du Christ, cite les paroles de David, au Psaume 16, il les explique de la manière suivante : «Étant donc prophète, et sachant que Dieu lui avait juré avec serment qu’il ferait asseoir quelqu’un suscité du fruit de ses reins, sur son trône, il a dit de la résurrection du Christ, en la prévoyant, etc.» Actes 2:30, 31. Bien loin que la mort et la résurrection du Christ dussent anéantir son titre et ses droits de Fils de David, c’est au contraire dans sa résurrection que ce titre devait se trouver vérifié, et ces droits satisfaits.
Cependant le Christ possède des gloires plus élevées que celle de Fils et d’Héritier de David. Il est la semence d’Abraham, et parmi les promesses faites à Abraham, il y en avait de plus étendues que celles faites à David. Dieu promit à Abraham qu’il serait «héritier du monde» (Rom. 4:13). «Toutes les nations de la terre seront bénies en ta semence» (Genèse 22:18). Nous savons sûrement tous qui est cette semence ou cette postérité d’Abraham : «Or c’est à Abraham que les promesses ont été faites, et à sa semence. Il ne dit pas : «et aux semences», comme parlant de plusieurs ; mais comme parlant d’un seul, — «et à ta semence», qui est Christ» (Gal. 3:16). Comme Fils de David, il est héritier du sceptre royal de David ; mais comme semence d’Abraham, toutes les nations, toutes les familles de la terre seront bénies en lui.
Mais Christ a des gloires plus hautes encore. Il est le Fils de l’homme, le second Adam ; comme tel il doit hériter de toute l’autorité confiée au premier Adam, et perdue par son péché. «Et Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur le bétail, et sur toute la terre, et sur tout reptile qui rampe sur la terre» (Gen. 1:26). Telle était la domination sur toute la création terrestre, confiée au premier Adam. Nous savons comment son péché la lui fit perdre. Mais fut-elle perdue sans espoir d’être jamais recouvrée ? Non, confiée une fois à l’homme, elle sera exercée par l’homme dans la plénitude de la bénédiction et de la gloire. Un des Psaumes insiste sur ce point, comme vous vous en souviendrez, en partant du fait qu’il y a un «Fils de l’homme», auquel appartiennent l’autorité et le pouvoir universels : «Qu’est-ce que l’homme que tu te souviennes de lui ? et le Fils de l’homme que tu le visites ? Car tu l’as fait de peu inférieur aux anges, et tu l’as couronné de gloire et d’honneur ; tu l’as fait dominer sur les oeuvres de tes mains ; tu as mis toutes choses sous ses pieds : les brebis et les boeufs, tous ensemble, et aussi les bêtes des champs, l’oiseau des cieux, et les poissons de la mer, ce qui passe par les sentiers des mers». Puis, comme pour désigner la période dans laquelle cette prophétie aura son accomplissement, le Psaume finit comme il avait commencé : «Éternel, notre Seigneur ! que ton nom est magnifique par TOUTE LA TERRE !» (Ps. 8:4-9). Nous trouvons en Héb. 2, le même passage, cité par l’apôtre et appliqué à notre adorable Sauveur. «Car ce n’est pas aux anges, qu’il a assujetti le monde habité à venir dont nous parlons» vers. 5. Bien des personnes appliquent cette expression : «le monde habité à venir», aux âmes séparées du corps après la mort. Mais il n’y a évidemment rien de semblable dans ce passage. Il y a littéralement «la terre habitable à venir». Dans le siècle ou dans l’économie future, la terre ne sera pas soumise aux anges, mais à l’homme. «Quelqu’un a rendu ce témoignage quelque part, disant : Qu’est-ce que l’homme ? etc.». C’est le passage du Ps. 8 que nous venons de citer. «Mais maintenant, dit l’apôtre, nous ne voyons pas encore que toutes choses lui soient assujetties» vers. 8. Sans doute, Dieu veut que toutes choses le soient ; mais nous n’en voyons pas encore l’accomplissement. Voici ce que nous voyons actuellement : «Nous voyons Jésus, qui a été fait un peu moindre que les anges, à cause de la passion de la mort, couronné de gloire et d’honneur, en sorte que, par la grâce de Dieu, il goûtât la mort pour tout» vers. 9. Une partie du plan divin est accomplie. Jésus est personnellement couronné de gloire et d’honneur ; mais il attend à la droite de Dieu le moment où toutes choses seront soumises à son empire ; il lui reste à hériter, comme second Adam, de la gloire et de la domination, confiées au premier et perdues par sa chute.
Mais, si c’est comme Fils de l’homme qu’il doit hériter de cette gloire, souvenons-nous que c’est comme Fils de l’homme rejeté, comme celui qui a été mort et qui est ressuscité, qu’il la reçoit actuellement. Ceci résulte du passage que nous venons de citer, et qui va bien plus loin que le Psaume 8. Nous lisons, en effet, dans ce Psaume : «Tu as mis ta majesté au-dessus des cieux !» ; mais en Héb. 2, nous voyons le Fils de l’homme lui-même dans le ciel, couronné de gloire et d’honneur.
Il est aussi de plus profondes merveilles, attachées à sa personne adorable, qui nous sont découvertes ici. Christ a une gloire plus élevée que toutes celles que nous avons contemplées jusqu’à présent. Il est plus que le Fils de David, plus que le Fils d’Abraham, plus que le Fils de l’homme. Il est le Fils de Dieu, le resplendissement de la gloire du Père, et l’empreinte de sa substance. Nous allons voir que la première mention faite de «l’Église» dans l’Écriture, est en rapport avec la confession de cette gloire suprême, divine, essentielle, inhérente à la personne du Christ comme Fils de Dieu. Mais assurément nous avons besoin de nous rappeler ici que nous marchons sur une terre sainte. Prenez l’épître aux Philippiens 2:6-11, où nous lisons que «le Christ Jésus, étant en forme de Dieu, n’a pas regardé comme un objet à ravir d’être égal à Dieu». Qu’est-ce qui vient ensuite ? La déclaration qu’il «s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes ; et étant trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix». Comme Dieu, il s’est d’abord abaissé lui-même jusqu’à devenir homme. Puis, ayant revêtu l’humanité, il s’est abaissé encore plus, en devenant «obéissant jusqu’à la mort de la croix». Qu’en résulte-t-il ? «C’est pourquoi» — c’est-à-dire parce qu’il s’est ainsi humilié — «Dieu l’a haut élevé et lui a donné un nom au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus se ploie tout genou, des êtres célestes, terrestres et infernaux, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père». Or, c’est une gloire supérieure à toutes celles que nous avons vues, qui est ici conférée au Christ ; et c’est au Christ, dans cette position la plus élevée de la gloire à lui donnée, que l’Église est unie. Qu’on ne se méprenne pas sur ma pensée. Je ne veux pas dire que nous soyons associés à la gloire essentielle de sa Divinité. Une telle assertion serait un blasphème. — Dans ce sens, il ne peut partager sa gloire avec personne : «Il ne donne pas sa gloire à un autre». Je n’ai pas davantage l’idée d’affirmer que nous aurons part à l’adoration qu’il recevra, lorsque tout genou se ploiera au nom béni de JÉSUS. Non, mais c’est à lui, dans cette position de gloire suprême, mais de gloire reçue, de gloire conférée à lui, non pas comme Fils de David, non pas comme Fils d’Abraham, ni simplement comme Fils de l’homme, mais comme celui qui, étant Dieu, le Fils du Père, s’est abaissé lui-même jusqu’à devenir Fils de l’homme, et non seulement cela, mais a été obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix, — c’est à Lui que l’Église est unie, dans la position glorieuse qui lui est accordée en récompense de son abaissement inouï. Elle est associée à Lui en tant que chef, souverain, gouverneur de toutes choses. Prenez Éphésiens 1, où l’apôtre demande, pour les croyants d’Éphèse, au Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, au Père de la gloire, qu’ils sachent «quelle est l’espérance de son appel, et quelles sont les richesses de la gloire de son héritage dans les saints, et quelle est l’excellente grandeur de sa puissance envers nous qui croyons, selon l’opération de la puissance de sa force, qu’il a opérée dans le Christ, en le ressuscitant d’entre les morts ; — et il l’a fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes, au-dessus de toute principauté, et autorité, et puissance, et domination, et de tout nom qui se nomme, non seulement dans ce siècle, mais aussi dans celui qui est à venir ; et il a assujetti toutes choses sous ses pieds, et l’a donné pour être chef sur toutes choses, à L’ASSEMBLÉE QUI EST SON CORPS, la plénitude de celui qui remplit tout en tous». L’Église est le corps, le complément de Celui que Dieu a ainsi ressuscité d’entre les morts, élevé à sa droite dans les lieux célestes, au-dessus de toute puissance, et sous les pieds duquel il a mis toutes choses. Comme son corps, l’Église lui est associée dans cette position de gloire suprême et merveilleuse. Dieu «l’a donné pour être chef sur toutes choses, à l’assemblée qui est son corps». Celui qui, après être descendu du trône de Dieu pour devenir homme, s’abaissa jusque dans la poussière du sépulcre, afin d’y goûter la mort, Celui-là est le même que Dieu a ressuscité d’entre les morts, pour mettre toutes choses sous ses pieds, toutes choses dans les cieux, sur la terre, et sous la terre. Et Dieu l’a donné pour Chef «à l’assemblée», au-dessus de toutes choses. Ce n’est pas ici-bas qu’il est le Chef de l’assemblée ; cela est également vrai, béni soit Dieu ! Mais il nous est présenté ici, comme donné pour «Chef sur toutes choses, à l’assemblée qui est son corps». Son corps, l’Église, est ainsi associé à sa gloire, dans la domination sur toutes choses.
Examinons maintenant le chap. 17 de Jean. Vous remarquerez que, dans ce chapitre, le Seigneur s’adresse à son Père, comme celui qui, étant sorti du Père, pouvait parler de la gloire qu’il avait auprès du Père avant que le monde fût. Mais il avait voilé cette gloire sous la chair et le sang et, dans la nature humaine qu’il avait ainsi revêtue, il avait glorifié le Père sur la terre. Il est ici, en esprit, au-delà de la croix, car il a, dit-il, achevé l’oeuvre que le Père lui a donnée à faire. Il prie pour ses disciples, et non pas seulement pour eux, mais pour tous ceux qui croiraient en lui par leur parole. La prière de Jésus nous embrasse donc, mes frères, aussi bien que les disciples d’alors ; car c’est bien par leur parole que nous avons cru en Jésus. Eh bien ! voici ce que Jésus demande pour eux et pour nous : «Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi ; afin qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que toi, tu m’as envoyé». Maintenant remarquez les paroles qui suivent : «Et la gloire que tu m’as donnée, moi, je la leur ai donnée, afin qu’ils soient un, comme nous, nous sommes un, moi en eux, et toi en moi, afin qu’ils soient consommés en un, et que le monde connaisse que toi, tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé». Il y a donc une gloire que le Père a donnée à Jésus, et que Jésus a donnée à l’Église. C’est à la vue de cette gloire, partagée par Jésus avec l’Église, que le monde connaîtra, dans le siècle millénaire, que le Père a aimé l’Église comme il aime son propre Fils. Lorsque le monde verra l’Église dans la même gloire que Christ, il connaîtra qu’elle a été aimée du même amour. Et quand est-ce que le monde la verra dans la gloire de Jésus ? «Quand le Christ qui est notre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire» (Col. 3:4).
L’Église seule a le privilège de connaître et de confesser l’humiliation du Fils unique de Dieu, pendant que sa gloire demeure encore cachée au monde. Les saints, qui existèrent avant l’incarnation du Christ, ne pouvaient pas le connaître dans son humanité, puisqu’il n’avait pas encore revêtu la chair. Les saints, qui vivront après le retour du Christ, ne pourront pas non plus le connaître ainsi, car alors sa gloire sera manifestée ; elle ne sera plus ni voilée, comme pendant le temps qu’il passa sur la terre, — ni cachée, comme elle l’est maintenant, pendant qu’il est à la droite de Dieu. Ceux qui, au contraire, pendant le temps de son humiliation et de sa rejection, sont amenés à le reconnaître et à le confesser comme le Fils de Dieu, forment son corps, l’Église, corps qui lui est uni dans la gloire suprême qu’il possède dans les cieux et sur la terre, et qui lui est donnée parce qu’il est descendu de la gloire infinie jusque dans les profondeurs de la souffrance et de l’opprobre.
Je vous ai dit que la première mention de l’Église dans l’Écriture, se trouve unie à la confession du Christ comme Fils de Dieu. C’est ce que nous voyons en Matt. 16. Le Seigneur dit à ses disciples : «Qui disent les hommes que je suis, moi, le Fils de l’homme ? Et ils dirent : Les uns disent : Jean le Baptiseur, et d’autres : Élie ; et d’autres : Jérémie ou l’un des prophètes». Nul ne le connaissait. Même dans ses moindres gloires, comme Fils de David et semence d’Abraham, aucun homme naturel ne savait le distinguer et le reconnaître. «Et vous», ajoute le Seigneur, «qui dites-vous que je suis ?» Cette question amène cette confession de Pierre : «Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant». Il ne dit pas seulement : «Tu es le Christ», ce qui, pour un Juif, eût été une précieuse confession de Celui qui était le Messie promis à Israël. Mais il va plus loin : «Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant». Le Dieu vivant ! sa foi embrasse toute l’étendue, toute la plénitude glorieuse de la vérité, quant à la personne de Jésus. Il y a évidemment beaucoup de force dans le mot : «vivant» ; le Fils du Dieu vivant ! Et quelle est la réponse du Seigneur ? «Tu es bienheureux, Simon, Barjonas, car la chair et le sang ne t’ont pas révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi aussi (*), je te dis que tu es Pierre ; et sur ce roc je bâtirai mon assemblée, et les portes du hadès ne prévaudront pas contre elle». Les catholiques romains affirment que Pierre est le rocher, sur lequel le Christ déclare qu’il voulait édifier son Église ; mais le coeur, qui a été enseigné de Dieu à s’unir à la confession de Pierre, n’a pas besoin d’arguments pour savoir que cette pierre signifie non pas Simon Pierre, mais l’Être béni lui-même, dont Pierre venait de déclarer qu’il est «le Christ, le Fils du Dieu vivant». Lui, lui-même, connu et confessé, non pas simplement comme le Fils de David, ou comme le Fils d’Abraham, ou comme le Fils de l’homme, mais comme le Fils du Dieu vivant, Lui-même était le rocher, sur lequel l’Église devait être bâtie ; et les portes de l’enfer (ou du hadès) ne pourraient prévaloir contre elle. Les catholiques parlent de l’erreur comme d’une des portes de l’enfer, et posant d’abord en fait que leur église est la seule véritable, ils en concluent qu’aucune erreur fatale ne peut jamais lui être imputée, à cause de la sûre promesse que les portes de l’enfer (dont l’erreur est une, selon eux) ne prévaudront point contre l’Église du Christ. Tel est leur grand argument pour prouver l’infaillibilité de leur église. Malheureusement pour eux, le mot rendu par enfer n’est pas la géhenne, le lieu de tourments préparé aux méchants ; mais le hadès, lieu ou état d’attente pour les âmes séparées du corps ; ce mot est évidemment employé ici comme exprimant le pouvoir de la mort, en contraste avec la confession, faite par Pierre, du Fils du Dieu vivant. L’Église est fondée sur ce qui est hors des atteintes et du pouvoir de la mort, sur le Fils même du Dieu vivant. Avec un tel fondement, comment serait-il possible que les portes du hadès pussent prévaloir contre elle ?
(*) Le Père avait révélé à Simon qui était Jésus, et Jésus dit : «Moi aussi je dis», c’est-à-dire : «J’ai quelque chose de plus à te révéler». C’est bien là le sens littéral du texte grec.
Remarquez encore que le Seigneur dit : «Sur ce roc je bâtirai mon assemblée». Il ne dit pas : «sur ce roc, j’ai bâti» ou «sur ce roc, je bâtis», mais «sur ce roc je bâtirai mon assemblée». Cette oeuvre était encore à venir, quand le Seigneur en parlait ainsi. Il avait été présenté aux Juifs comme leur Messie, mais ils ne le connaissaient pas. La grâce avait, il est vrai, touché quelques coeurs, comme celui de Pierre, et ceux-là distinguaient en Lui une gloire plus élevée, «gloire comme d’un Fils unique de la part du Père, pleine de grâce et de vérité». C’est dans ce caractère, et en tant que reconnu comme tel, qu’il devait être le fondement de l’Église. Mais avant qu’il pût l’édifier, il devait passer par la mort, et c’est de quoi il parle immédiatement après le passage que nous méditons : «Dès lors Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il fallait qu’il allât à Jérusalem, et qu’il souffrît beaucoup de la part des anciens et des principaux sacrificateurs et des scribes, et qu’il fût mis à mort, et qu’il fût ressuscité le troisième jour», Pierre l’ayant confessé comme le Fils du Dieu vivant, il déclare que sur ce roc il bâtira son assemblée. Quand sera-ce ? c’est la question qui semble naturellement supposée. Il répond : «Je dois monter à Jérusalem, y souffrir beaucoup de choses, être mis à mort, et ressusciter le troisième jour». Tout cela doit être accompli avant que l’édification de l’Église puisse commencer. Nous trouvons en Jean 11 un passage du plus sérieux intérêt relativement à ce sujet. Caïphe avait dit : «Il nous est avantageux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que la nation entière ne périsse pas». Puis l’Esprit saint ajoute : «Or il ne dit pas cela de lui-même ; mais étant souverain sacrificateur cette année-là, il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation ; et non pas seulement pour la nation, mais aussi pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés». C’est pour la nation d’Israël qu’il mourut ; aussi toute la bénédiction de la terre découlera de l’efficacité de sa mort, lorsque Israël sera le centre du gouvernement et de la bénédiction dans le royaume millénaire. Mais il ne mourut pas seulement pour la nation ; il mourut aussi pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés. Il y avait des enfants de Dieu, mais ils étaient dispersés ; la mort de Christ eut pour but immédiat de les réunir en un. Qu’est-ce donc que cette réunion des enfants de Dieu en un, sinon la formation de l’Église ? C’était le rassemblement (pour les édifier sur le véritable fondement, sur le Fils du Dieu vivant) de ceux qui jusqu’alors n’avaient été que des pierres isolées et séparées les unes des autres. Mais pour réaliser ce but, il devait mourir. Le péché devait être ôté par son sacrifice, avant que des pécheurs sauvés pussent être édifiés ensemble, pour former une habitation de Dieu. Le fondement, il est vrai, est le Fils du Dieu vivant ; toutefois ce n’est pas seulement en tant que incarné, mais aussi comme ayant été mort et étant ressuscité, qu’il devait devenir dès lors le fondement de l’Église. Il devait être déclaré Fils de Dieu, et cela par sa résurrection : Il est «né de la semence de David selon la chair, et, a été déterminé Fils de Dieu, en puissance, selon l’Esprit de sainteté, par la résurrection des morts» (Rom. 1:3, 4). Ce n’est pas seulement sur le Christ, en tant que Fils du Dieu vivant, que l’Église est bâtie, comme sur un fondement assuré ; mais avant de devenir ce fondement, il a passé par la mort expiatoire ; dans sa résurrection, il a annulé la mort, il l’a abolie ou rendue impuissante (voyez 2 Tim. 1:10) ; puis étant monté au ciel, et le Saint-Esprit en étant descendu, en vertu de son oeuvre et en réponse à sa prière (voyez Jean 14:16), l’Église a été formée, par l’union, en un seul corps, avec Christ dans la gloire, de tous ceux qui ont cru en son nom. «Car nous aussi avons tous été baptisés d’un seul Esprit, pour être un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit hommes libres ; et nous avons tous été abreuvés pour l’unité d’un seul Esprit» (1 Cor. 12:13). Si donc nous sommes un avec le Fils du Dieu vivant, qui a passé par la mort et qui l’a anéantie, comment les portes du hadès pourraient-elles prévaloir contre l’Église ?
Revenons maintenant à l’Épître aux Éphésiens. Nous avons vu les Israélites appelés à des bénédictions temporelles dans des lieux terrestres, c’est-à-dire dans le pays promis à leurs pères. Quelles sont, au contraire, les bénédictions qui nous sont assurées dans cette Épître ? «Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis en toute bénédiction spirituelle, dans les lieux célestes, dans le Christ». Dans les lieux célestes, vous l’entendez ; et cela ne veut pas dire un état d’âme céleste, comme plusieurs l’interprètent. Cela serait assurément renfermé dans les bénédictions spirituelles ; mais nous apprenons ici quelle est la région, où nous sommes ainsi bénis de toute bénédiction spirituelle : c’est dans les lieux célestes. Permettez-moi de vous demander, mes frères, où est le Seigneur Jésus Christ ? Où est le Fils de l’homme ressuscité et glorifié ? N’est-il pas dans le ciel ? Littéralement et actuellement dans le ciel ? N’est-ce pas précisément dans ce même chapitre, qu’il nous est parlé de «l’excellente grandeur de la puissance de Dieu envers nous qui croyons, selon l’opération de la puissance de sa force, qu’il a opérée dans le Christ en le ressuscitant d’entre les morts ; et il l’a fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes ?» C’est exactement la même expression qu’au verset 3 : «bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes». Notre place est là où il est lui-même, à la droite de Dieu. Notre portion, notre trésor, notre héritage, notre vie, notre paix, notre joie ; en un mot, nos bénédictions sont toutes là : «bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ». Nous sommes le corps de Celui qui est actuellement assis là, et étant vitalement unis à lui par le Saint-Esprit, la foi estime, comme Dieu le dit, que sa place est la nôtre en lui.
Nous avons, au commencement d’Éphésiens 2, une esquisse de ce que nous sommes dans notre condition naturelle : «Morts dans nos fautes et dans nos péchés». Puis au verset 4 : «Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause de son grand amour dont il nous a aimés, alors même que nous étions morts dans nos fautes, il nous a vivifiés ensemble par le Christ» ; il nous a donné une même vie avec Celui qu’il a ressuscité des morts ; «(vous êtes sauvés par la grâce), et il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus». Dans quel but fit-il cette oeuvre étonnante ? Est-ce pour que toutes les nations de la terre voient combien l’on est heureux d’être placé sous le gouvernement du Prince de la paix ? Non, c’est là le résultat de la vocation d’Israël. Mais pourquoi donc sommes-nous ressuscités ensemble, et assis ensemble dans les lieux célestes en Jésus Christ ? C’est «afin qu’il montrât dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans le Christ Jésus». Ensuite, au chapitre 3:9, 10, nous voyons qu’il y a déjà actuellement un témoignage rendu à cette bonté, devant les habitants du ciel : «Dieu … a créé toutes choses ; afin que la sagesse si diverse de Dieu soit maintenant donnée à connaître aux principautés et aux autorités, dans les lieux célestes, PAR L’ASSEMBLÉE, selon le propos des siècles, lequel il a établi dans le Christ Jésus notre Seigneur». Le dessein éternel de Dieu était donc que sa sagesse infiniment variée, et la richesse surabondante de sa grâce fussent manifestées, par le moyen de l’Église, déjà maintenant, aux autorités et aux principautés dans les lieux célestes, et à tous dans les siècles à venir. Puissent nos coeurs pénétrer plus profondément, par la grâce, dans ce merveilleux dessein !
L’apôtre, dans le chap. 2 des Éphésiens, en vient ensuite à montrer que la distinction entre le Juif et le Gentil, bien loin d’être maintenue dans l’Église, est entièrement abolie. Ce n’est pas que les Gentils soient amenés à la bénédiction, comme cela aura lieu pendant le millénium, dans une position subordonnée à celle du Juif ; mais maintenant soit Juifs soit Gentils, sont retirés de leur état naturel, et amenés à une union vitale avec Christ dans la gloire. «C’est pourquoi souvenez-vous que vous, autrefois les nations dans la chair, qui étiez appelés incirconcision par ce qui est appelé la circoncision faite de main dans la chair, vous étiez en ce temps-là sans Christ», — le Christ était d’Israël selon la chair, mais les Gentils, comme tels, n’avaient aucune relation avec Lui — «sans droit de cité en Israël, et étrangers aux alliances de la promesse, n’ayant pas d’espérance, et étant sans Dieu dans le monde». Telle était notre condition comme Gentils. Dieu était le Dieu d’Israël, et les Juifs espéraient la venue de leur Messie, pour accomplir toutes les promesses faites à leurs pères. «Mais maintenant, dans le Christ Jésus, vous qui étiez autrefois loin, vous avez été approchés par le sang du Christ». Approchés — jusqu’à quel point ? Est-ce seulement de manière à être les serviteurs d’Israël ? ses laboureurs et ses vignerons, comme les Gentils le seront au temps du millénium ? Est-ce là notre place ? Sommes-nous les laboureurs et les vignerons favorisés d’Israël sur la terre, nation la plus favorisée, peuple choisi de Dieu ? Écoutez ce que répond l’apôtre : «Car c’est lui (Christ) qui est notre paix, qui des deux (les Juifs et les Gentils croyants) en a fait un, et a détruit le mur mitoyen de clôture, ayant aboli dans sa chair l’inimitié, la loi des commandements, qui consiste en ordonnances, afin qu’il créât les deux en lui-même, pour être un seul homme nouveau, en faisant la paix ; et qu’il les réconciliât tous les deux en un seul corps à Dieu par la croix, ayant tué par elle l’inimitié». Pourrions-nous recevoir un enseignement plus clair ? Nous ne sommes pas placés dans une position de soumission à Israël, qui appartiendra aux nations épargnées de la terre, pendant le millénium ; nous n’avons pas non plus la position qu’Israël occupera lui-même alors. Non, mais la position qui nous est accordée est incomparablement plus élevée et plus bénie que l’une ou l’autre de celles-là. Le Juif, avec tous ses privilèges, est par nature mort dans ses péchés. Le Gentil, rejeté et éloigné, est dans la même condition devant Dieu. Qu’a donc fait Dieu pour nous dans sa grâce ? Riche en miséricorde, il nous a, Juifs ou Gentils, vivifiés ensemble avec le Christ. Il a fait sortir le Juif de sa position naturelle de Juif, et le Gentil de sa position naturelle de Gentil, et les a amenés, l’un et l’autre, à la position entièrement nouvelle et merveilleuse, de constituer le corps de l’homme céleste et glorifié ; de Celui qui, étant en forme de Dieu, et ne regardant pas comme un objet à ravir d’être égal à Dieu, s’est abaissé lui-même jusqu’à la mort de la croix. Il a maintenant, en retour de son abaissement, un nom au-dessus de tout nom — le nom de JÉSUS — auquel l’Église elle-même ploie le genou en adorant ; mais il est aussi «le chef sur toutes choses», et nous sommes son corps. Il mourut, avons-nous vu, pour créer, en Lui-même, des deux, un homme nouveau. C’est de cet homme nouveau et mystique, que le Christ dans la gloire est la tête, et que sont membres tous ceux qui croient pendant la période de sa formation. C’est dans ce sens qu’il est dit de nous, que nous sommes «la plénitude de celui qui remplit tout en tous». Tous mes membres sont la plénitude, ou l’ensemble qui constitue mon corps. S’il manquait une seule jointure à l’un de mes doigts, je ne serais pas un homme complet. Ainsi en est-il de l’Église ; elle est la plénitude, le complément de l’homme nouveau et céleste. Christ, dans la gloire, est la tête, et en toutes choses il a la prééminence. Mais le plus faible des saints est essentiel à la perfection du corps. La tête (et nous savons qui elle est) ne peut pas dire aux pieds : je n’ai pas besoin de vous (voyez 1 Cor. 12:21). Aussi est-il dit, en Éphésiens 4, que les dons sont accordés «en vue du perfectionnement des saints, pour l’oeuvre du service, pour l’édification du corps de Christ ; jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude du Christ». Il n’est pas dit : «jusqu’à ce que nous soyons tous devenus des hommes parfaits» ; non, mais jusqu’à ce que nous parvenions à «l’état d’homme fait», c’est-à-dire jusqu’à ce que le corps, l’Épouse de Christ, soit complet. C’est aussi pour cela que le Christ mourut : «Maris, aimez vos propres femme, comme aussi le Christ a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle, afin qu’il la sanctifiât, en la purifiant par le lavage d’eau par la parole, afin que lui se présentât l’assemblée à lui-même, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais afin qu’elle fût sainte et irréprochable» (Éphésiens 5:25-27). Merveilleuse vérité ! «Celui qui aime sa propre femme, s’aime lui-même. Car personne n’a jamais haï sa propre chair, mais il la nourrit et la chérit, comme aussi le Christ l’assemblée : car nous sommes membres de son corps, — de sa chair et de ses os». «Ce mystère est grand, dit encore l’apôtre ; mais moi, je parle relativement à Christ et à l’assemblée».
Je voudrais vous faire remarquer un autre point. Pierre exhorte les saints, auxquels il écrit, à désirer, comme des enfants nouveau-nés, le lait pur de la parole : «Si toutefois vous avez goûté que le Seigneur est bon ; duquel vous approchant, comme d’une pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse auprès de Dieu, vous-mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle, une sainte sacrificature, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus-Christ» (1 Pierre 2:3-5). Quelle est cette pierre vivante dont on s’approche ? De qui Pierre parle-t-il ici ? Serait-ce de lui-même ? impossible. Il parle évidemment de Celui qu’il avait confessé comme le Fils du Dieu vivant. Mais observez les paroles qui suivent : «rejetée par les hommes». «Duquel vous approchant, comme d’une pierre vivante, rejetée par les hommes». L’Église est fondée sur le Christ, connu et confessé comme le Fils du Dieu vivant, mais cette pierre vivante est «rejetée par les hommes». C’est un Christ rejeté du monde, sur lequel repose l’Église. Nous avons là une pierre de touche solennelle et d’une facile application, pour juger toute association qui professe être l’Église, ou une partie de l’Église de Dieu. Si cette association est telle que les hommes puissent l’approuver, et le monde la reconnaître et l’orner de ses dons éclatants, ce n’est pas l’Église, rejetée, du Fils de Dieu réprouvé. Qu’on ne se méprenne pas, cependant, sur ma pensée. De vrais membres de l’Église de Dieu peuvent se trouver enveloppés dans un ensemble qui, comme corps, est allié au monde et imprégné de son esprit. Mais la parole placée devant nous, non seulement nous donne clairement le droit, mais encore nous met dans l’obligation de demander, quant à tout ce qui prétend être l’Église : Est-ce là une institution qui soit, oui ou non, rejetée des hommes ? Celui qui est le seul vrai fondement est réprouvé, et tout ce qui est réellement basé sur Lui doit partager sa rejection. Au contraire, ce qui est soutenu par la force du monde, orné de la gloire du monde, couronné des applaudissements du monde, ne peut pas être l’ensemble des pierres vivantes, édifiées comme une maison spirituelle, sur la pierre vivante, rejetée, il est vrai, par les hommes, mais choisie de Dieu et précieuse. Le Seigneur veuille réveiller nos consciences, et nous donner l’intelligence de ces choses !
Le temps nous manquerait pour traiter même la moitié de ce sujet intéressant. Il est cependant deux ou trois caractères essentiels de l’Église, corps de Christ, qui ne doivent pas être passés sous silence. C’est, en premier lieu, sa sainteté. Séparée pour Dieu, placée dans une proximité, dans une intimité de relations et de communion, qui n’appartiennent qu’à elle, comment ne serait-elle pas sainte ? Nous trouvons cette vérité enseignée d’une manière bien touchante, en Jean 17, lorsque notre Seigneur dit en priant pour ceux qui devaient composer la famille de Dieu : «Père saint, garde-les en ton nom que tu m’as donné, afin qu’ils soient un, comme nous» ; et plus loin : «Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde [soyez attentifs à cela, chers frères !) Je ne fais pas la demande que tu les ôtes du monde [c’est-à-dire de les enlever tout de suite au ciel], mais que tu les gardes du mal. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde». La sainteté de l’Église, une de vie et de caractère avec son Chef dans la gloire, pourrait-elle nous être présentée d’une manière plus expressive et plus solennelle ? Quel est le degré de sainteté et de séparation du monde, qui appartient proprement à l’Église ? Précisément celui qui appartient à son Chef dans la gloire. Puissions-nous garder ces choses dans nos coeurs !
Nous avons ensuite l’unité de l’Église. Je m’adresse à vos consciences, mes frères, et je vous demande : combien le Christ a-t-il d’Églises ? Nous savons tous que l’unité est la fausse gloire de Rome, et que d’autres arborent aussi la même prétention. Mais qu’est-ce que l’unité dont on se glorifie ainsi ? Ce n’est pas la sainte unité, pour laquelle Jésus prie dans le chap. 17 de Jean, c’est une fausse unité qui embrasse le monde entier dans une sphère donnée, où l’on prétend qu’elle existe. Rome (et nous voudrions qu’elle fût seule à le faire), Rome baptise des nations entières, elle les appelle : l’Église, et se vante ensuite de son unité et de sa catholicité. Mais une unité subversive de la sainteté, n’est pas l’unité du corps de Christ. Celui-ci n’a-t-il donc point d’unité du tout ? Christ peut-il avoir plusieurs corps ou plusieurs épouses ? Une telle idée est presque un blasphème. Son épouse, sa pure fiancée, est une. C’est une pensée bien sérieuse à méditer que celle-ci : «il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés pour une seule espérance de notre appel». Mes frères, cherchons-nous à être en pratique des témoins de cette vérité, qu’il n’y a qu’une seule Église, renfermant tous les membres vivants du Christ, tous ceux qui ont été vivifiés en union avec Lui par le Saint Esprit envoyé du ciel ?
En outre, un des caractères les plus essentiels de l’Église (nous pourrions même dire son caractère essentiel), c’est la présence en elle du Saint-Esprit, du Consolateur. La sainteté et l’unité de l’Église en découlent à la fois. Il y eut des saints, des disciples de Christ, des enfants de Dieu avant la descente du Saint-Esprit ; il y eut des individus réveillés par l’Esprit, nés de l’Esprit, comme tous les sauvés, sous toutes les dispensations ; mais il n’y eut pas d’Église. C’est la descente du Saint-Esprit, le jour de la Pentecôte, qui forma l’Église. Quoique le mystère de l’appel distinct et de la gloire spéciale de l’Église, ainsi formée, n’ait pas été révélé jusqu’à ce que Paul eût reçu du Seigneur la grâce et l’apostolat, cependant le corps lui-même était formé et existait depuis le jour de la Pentecôte. Lorsque le Saint-Esprit fut descendu du Chef dans la gloire, pour venir animer, gouverner, réunir les membres dispersés ici-bas — alors, mais seulement alors, on put dire : «IL Y À un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés pour une seule espérance de votre appel». Vérité bénie ! Puissent nos âmes la recevoir et la retenir !
Enfin il y a, dans les relations qui existent entre le Christ et l’Église, quelque chose de plus profond, de plus précieux encore que la gloire la plus élevée. La gloire, avons-nous vu en nous occupant de celle de Christ, c’est la perfection mise en évidence. Mais pour le coeur enseigné par le Saint-Esprit et rendu capable de jouir de Jésus, n’y a-t-il pas en Lui des délices et des beautés, qui ne peuvent être décrites. Oui, certainement, et si l’Église est réellement l’Épouse, la femme de l’Agneau, le comble de sa joie et de ses délices consistera-t-il seulement à partager la gloire qui manifeste la perfection de son Époux et Seigneur ? Assurément il y aura quelque chose de plus ; il y a des affections réciproques appartenant à cette relation qui ne peuvent être entièrement manifestées ; ce sont une communion d’esprit, une union de coeur, une joie mutuelle l’un dans l’autre, véritablement ineffables. Et c’est dans la réalisation de ces affections que nous sommes appelés à entrer dès maintenant par la foi, et par la puissance du Saint-Esprit. Mais si nous parlons de gloire, quelle est la gloire de l’Église ? Ce n’est pas moins que toute la gloire conférée à son Chef. Spécialement associée à Lui dans ce qui est la plus haute gloire qui lui soit donnée, comment ne partagerait-elle pas tout ce qui, en Lui, peut être communiqué ou partagé ? Demande-t-on quelle est la portion de l’Épouse ? Son titre seul ne déclare-t-il pas qu’elle participe à tout ce qui constitue l’héritage de l’Époux ? Nous voyons ici la gloire supérieure et spéciale de l’Église : il n’y a rien de semblable dans les cieux et sur la terre, sauf la gloire de Celui qui l’en fait l’héritière, et qui a la prééminence sur toutes choses. C’est notre union avec Lui qui nous donne cette position, et qui explique ce qui, sans cela, ne pourrait être compris. Supposez qu’un monarque, souverain de vastes contrées, passant par-dessus les divers rangs de la noblesse de son empire, choisisse pour son épouse et pour la compagne de son trône, une femme que sa naissance, sa famille et sa condition plaçaient infiniment au-dessous d’eux tous. En elle-même inférieure à tous, du moment où elle devient, par le choix de son souverain, l’Épouse du monarque, elle prend place à son côté, et tous se rangent au-dessous d’elle. Eh bien ! frères bien-aimés, que sommes-nous par nous-mêmes ? De pauvres, misérables pécheurs, morts dans nos fautes et dans nos péchés. Dans quelle position la grâce souveraine nous a-t-elle placés ? Dans celle d’une union vivante, comme son corps et son Épouse, avec Celui que Dieu a ressuscité d’entre les morts, et a fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes, au-dessus de toute principauté, et autorité, et puissance, et domination, et de tout nom qui se nomme, non seulement dans ce siècle, mais aussi dans celui qui est à venir ! Oui, Dieu a assujetti toutes choses sous ses pieds, et il l’a donné pour être Chef sur toutes choses, à l’assemblée qui est son corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous ! Et la plupart de ceux qui forment ce corps sont de pauvres pécheurs d’entre les Gentils ! Assurément, les miettes qui sont tombées pour nous, pauvres Gentils et petits chiens, se trouvent être une portion plus riche que le pain des enfants ! Ah ! si seulement nos coeurs se nourrissaient davantage de ces précieuses réalités ! Combien toutes les gloires terrestres deviennent pâles et sans attraits à la lumière de cette gloire excellente ; et comme, tout bien compté, l’on apprend avec l’apôtre, en s’en occupant, que les souffrances du temps présent ne sont pas dignes d’être comparées avec la gloire à venir qui doit nous être révélée !
Que Dieu nous donne de connaître et d’apprécier la position heureuse et bénie, dans laquelle il nous a placés, en union avec Jésus à sa droite !
T. Smith (York, mars / avril 1851)
Ceux d’entre vous qui assistaient à notre précédente méditation, n’auront pas oublié le magnifique sujet dont mon frère vous a entretenus. C’était «l’appel distinct, et la gloire spéciale de l’Église de Dieu». Les gloires variées de Celui qui est le Chef de l’Église furent mises sous nos yeux, et en même temps l’on nous parla de la gloire spéciale que Jésus communiquera et conférera à «l’assemblée qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous». Combien est différent le tableau que nous allons envisager ce soir ! En effet, nous nous proposons d’examiner «les Prophéties relatives à la corruption du christianisme et à ses conséquences finales» — l’histoire, le caractère et le jugement de «Mystère, Babylone la grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre». — C’est comme si l’on descendait du ciel dans la souillure même. Au lieu d’une scène de sainteté et de gloire, nous aurons à contempler une scène d’ivresse, d’impureté et de honte ; au lieu de la seule vraie Église, de l’Église céleste — corps vivant uni à son Chef ressuscité et glorifié, et qui, dès maintenant, est appelé à une conversation et à une marche célestes, et bientôt à la participation de la gloire et du trône de son Chef — au lieu de tout cela, nous devons porter nos regards sur le spectacle révoltant d’une femme impudique, ivre, assise sur une bête (*), et fournissant, sous une apparence religieuse, des aliments aux plus viles passions des rois, des gouvernements et des peuples de la terre. Cependant qui pourrait méconnaître qu’une telle étude ne puisse être aussi, en temps et lieu, si ce n’est notre privilège, tout au moins notre devoir. Un des hommes les plus sages de l’antiquité a dit : «Il y a un temps pour tout» (Eccl. 3:1). Assurément donc il y a un temps pour considérer le côté brillant des choses, il en est un autre, quelque pénible que cela puisse être, où il nous faut descendre de la contemplation de sujets réjouissants, tels que la vocation céleste et la gloire de l’Église, à celle du sujet tout différent de «Babylone la grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre». Dieu veuille nous garder de présomption et nous rendre dociles à l’instruction, tandis que ces tableaux lamentables et terribles passeront successivement sous nos yeux !
(*) Le mot grec traduit par «bête» en Apoc. 13 et 17, signifie littéralement «bête sauvage». Le terme employé en Apoc. 4 et 5, traduit en version JND par «animal», a pour sens propre «être vivant». Il importe de se rappeler cette différence quand on lit l’Apocalypse
Je voudrais faire observer, encore, combien il importe de ne pas faire des confusions, en cherchant à expliquer les images merveilleusement variées que nous présentent les écritures prophétiques. Ainsi, il a dès longtemps été d’usage chez les commentateurs, d’appliquer à la papauté presque tous les symboles prophétiques du mal. Rien de plus commun que d’entendre dire : «Cette bête représente la papauté. La femme qui est assise sur son dos signifie la papauté. La petite corne qui s’élève sur sa tête figure la papauté. Et même la bête à deux cornes du treizième chapitre de l’Apocalypse est encore la papauté». De telles assertions doivent certainement contenir quelque étrange confusion. Tous ces symboles variés, différents et parfois opposés, ne peuvent évidemment pas être appliqués à un seul et même objet. Certainement la femme doit désigner quelque chose d’autre que la bête qui la porte. Certainement la bête, la femme sur son dos, les cornes sur sa tête, et l’autre bête à deux cornes, ne peuvent pas figurer toutes une seule et même chose.
Abordons maintenant notre sujet. Le fragment de la 2° épître aux Thessaloniciens, que nous avons lu, prédit de la manière la plus énergique qu’il y aura «une apostasie» dans l’Église. Le mystère d’iniquité y «opérait» déjà du temps de l’apôtre, et il devait aboutir à la révélation de «l’homme de péché», de «l’inique», lequel ne sera anéanti que par l’apparition de la venue du Seigneur, venant du ciel en flammes de feu. Telles sont, en deux mots, les prédictions de l’Écriture quant à la corruption du christianisme et à ses derniers résultats.
Toutefois, dans le symbole de Babylone la grande, nous voyons le mystère d’iniquité en pleine maturité. «MYSTÈRE» tel est le nom qui est écrit sur le front de la femme mystique du dix-septième chapitre de l’Apocalypse. C’est, nous le croyons, le même mystère d’iniquité que celui dont Paul avait parlé dans sa seconde épître aux Thessaloniciens.
Je vous conjure, chers amis, de remarquer soigneusement la vision qui nous est ici présentée. Relisez surtout avec attention les six premiers versets de ce chapitre 17. Nous y voyons «une femme vêtue de pourpre et d’écarlate, et parée d’or et de pierres précieuses et de perles, ayant dans sa main une coupe d’or pleine d’abominations, et les impuretés de sa fornication. Cette femme est assise sur une bête, qui a sept têtes et dix cornes. Les dix cornes finissent par détruire la femme : «Celles-ci haïront la prostituée, et la rendront déserte et nue, et mangeront sa chair, et la brûleront au feu». Puis ces cornes elles-mêmes, de concert avec la bête, à laquelle elles donneront leur puissance et leur autorité, sont vaincues, dans un dernier combat, par le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois. Méditez soigneusement ces scènes mystiques. Ne dites pas qu’il vaut mieux laisser de côté de tels mystères. Ce sont des mystères révélés, et ils nous appartiennent parce qu’ils sont révélés (Deut. 29:29). Dieu ne nous les aurait pas donnés, s’il eût estimé que son peuple ferait mieux de les laisser de côté. Il est écrit du Livre même, lequel est tout rempli de descriptions mystérieuses semblables à celles-ci : «Bienheureux celui qui lit, et ceux qui entendent les paroles de la prophétie, et qui gardent les choses qui y sont écrites, car le temps est proche». Examinons donc avec soin la révélation qui est ici offerte à nos regards. Recueillons les instructions qui en découlent ; et que Dieu veuille, par le Saint-Esprit, la sceller sur nos coeurs !
Nous avons dit que le symbole de «Babylone la grande» nous montre la pleine maturité du «mystère d’iniquité», — de la défection ou de l’apostasie dans l’Église de Dieu. Cherchons à étudier et à déterminer plus explicitement cette affirmation.
La femme est vue assise sur une bête, et aussi sur plusieurs eaux. Cette bête désigne évidemment l’empire romain, — et, je le crois, l’empire romain considéré dans toute sa durée, sous sa forme païenne, aussi bien que sous sa forme papale, et sous sa future forme antichrétienne. La bête signifie, au fond, la même chose que les plusieurs eaux, savoir «des peuples, et des foules, et des nations, et des langues». C’est toujours Rome séculière — Rome civile et politique. Quelle que soit la religion que Rome professe, c’est toujours l’empire séculier de Rome qui est désigné par la bête. Que l’empire soit envisagé dans son état passé où il était un et non divisé, ou dans son état actuel où il est brisé et divisé, toujours est-il que ce symbole d’une bête à sept têtes le représente. Notre Méditation prochaine renfermera les preuves de cette assertion, — que, par la «bête» ici mentionnée, il faut entendre l’empire séculier de Rome. Or, si la bête signifie le pouvoir séculier et politique, quelle explication donnerons-nous de la femme que l’on voit assise sur elle ? Quel grand système est par là représenté comme soutenu par la puissance séculière de l’Europe ? N’est-ce pas tout simplement le pouvoir ecclésiastique ? N’est-ce pas l’Église alliée avec l’État et soutenue par l’État ? Encore une fois, nous pensons que ce symbole désigne le christianisme national corrompu et apostat.
Un des sept anges, déjà mentionnés précédemment, invite l’apôtre à venir et à voir «la sentence de la grande prostituée». Plus tard (voir chap. 21:1-9) un autre de ces anges l’invite à venir et à voir «l’épouse, la femme de l’Agneau». On voit donc tour à tour ce qui est vrai, et ce qui est faux ; ce qui est chaste, et ce qui est souillé ; ce qui est réel et pur, et ce qui n’est que fiction et imposture ; ce qui est fiancé à l’Agneau, et ce qui est uni à la bête et assis sur elle.
Il importe de remarquer que, dans chaque cas, il y a un double symbole : une femme et une ville. Chacune des femmes est représentée comme étant aussi une ville. Chaque ville est représentée comme étant aussi une femme. Dans un cas il est dit : «Viens ici ; je te montrerai l’épouse, la femme de l’Agneau. Et il m’emporta en esprit sur une grande et haute montagne ; et il me montra la sainte cité, Jérusalem», 21:9, 10. Dans l’autre cas, nous lisons : «La femme que tu as vue, est la grande ville, qui a la royauté sur les rois de la terre», 17:18. Ainsi la Jérusalem céleste apparaît comme l’épouse, la femme de l’Agneau ; et la grande cité, la Babylone mystique, apparaît comme «la grande prostituée, avec laquelle les rois de la terre ont commis fornication ; et ceux qui habitent sur la terre ont été enivrés du vin de sa fornication».
Ne pouvons-nous donc pas présumer que, par cette mystique Babylone, il faut entendre, en principe, cette corruption du christianisme, qui est le sujet dont nous devons nous occuper ce soir ? Ne pouvons-nous pas regarder tout ce qui est vraiment au Christ comme appartenant, en principe, à l’un des symboles ; et tout ce qui n’est au Christ que de nom et par conséquent faussement, comme appartenant, en principe, à l’autre symbole ? Ne pouvons-nous pas dire que, si tout vrai chrétien fait partie de l’Épouse de Christ, tout chrétien faussement ainsi nommé fait partie du système corrompu qui prétend être cette épouse ? — que, si tout homme vivifié est une pierre vivante de la cité céleste, tout homme qui n’a que «le nom de vivre» est une pierre de la cité terrestre et babylonienne ?
Mais n’apercevons-nous pas ici une organisation déterminée, existant actuellement d’une manière si frappante dans tout ce qu’on appelle la chrétienté, que l’application spéciale, à cette chrétienté, du symbole de la grande prostituée en est justifiée ? Quant à moi, je n’en doute pas. Dans ce même chapitre, en effet, nous avons, à la fois, une localité générale et une localité spéciale, assignées à la femme. Au verset 1, elle est dite «assise sur plusieurs eaux», et au verset 15, l’ange déclare que ces eaux signifient «des peuples, et des foules, et des nations, et des langues». D’un autre côté, au verset 9, nous lisons que «les sept têtes (de la bête) sont sept montagnes où la femme est assise» ; ce qui semble clairement désigner Rome — la cité si généralement connue, comme la ville aux sept collines — la ville qui, non seulement comme centre ecclésiastique, mais encore, dans les siècles passés, comme centre du pouvoir séculier, a régné sur les rois de la terre — ROME, disons-nous, siège spécial de cette grande prostituée écarlate. Oui, quoique dans un sens étendu, «des peuples et des foules et des nations et des langues» soient le siège de Babylone, néanmoins c’est à Rome qu’il faut chercher le centre et la localité spéciale de son autorité.
Il nous paraît donc certain que, si tout ce qui est chrétien seulement de profession et de nom appartient, dans un sens général, mais vrai et solennel, à Babylone la grande, cependant ce gigantesque système d’horrible corruption ecclésiastique, d’impure fornication spirituelle, dont Rome est la métropole, est ce que l’Esprit a voulu représenter ici spécialement, sous ses vraies et hideuses couleurs.
La puissance de la femme est autre chose que la puissance de la bête, c’est ce que nous apprenons encore quand nous voyons la bête au comble de sa puissance après que la femme a été détruite. Lisez les versets 12 à 14, 16, 17, et aussi les versets 19 et 20 du chapitre 19. Il y a dix cornes qui donnent leur autorité à la bête et qui détruisent la femme. La puissance de la bête aboutit finalement à la destruction de la femme. Comment donc les deux pourraient-elles n’être qu’une seule chose ? On dit que la bête est la papauté, et que la femme aussi est la papauté. Alors la papauté se détruit elle-même, et existe dans toute sa force après son propre suicide ! Évidemment une telle interprétation ne peut se soutenir : la femme et la bête ne peuvent pas être à la fois la papauté. Et pour la même raison, l’une et l’autre ne peuvent pas également symboliser le pouvoir séculier.
L’une est à cheval sur l’autre, jusqu’à ce que la bête poussée à bout par les extorsions et les prétentions arrogantes de la prostituée, ne pourra plus supporter cet odieux fardeau. Alors la femme est jetée par terre, foulée aux pieds et mise à mort. Quant à la bête, on la voit encore dans toute sa puissance.
Quel est donc ce pouvoir, qui a été assis de cette façon sur le pouvoir séculier ? — qui a même «la royauté sur les rois» et les gouvernements de la terre ? Quel est le grand système que l’on voit ainsi dominant sur les nations ? Que serait-ce, sinon le pouvoir ecclésiastique ? Que serait-ce, sinon les soi-disantes églises nationales de la chrétienté ? Ne sont-elles pas, en effet, soutenues par les autorités séculières, tout en aspirant constamment à les dominer ?
Or quel emblème eût été plus propre à caractériser un système religieux faux et corrompu, que celui d’une femme impudique, appelée «Mystère, Babylone la grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre ?» Cette dégoûtante chose ose se dire fiancée au Christ et son épouse, tout en étant complètement adonnée aux plaisirs des sens, à la richesse et au pouvoir de la terre. Quel emblème serait donc mieux approprié à sa description que celui qui est ici employé ? La puissance séculière avoue et arbore un caractère de sévérité — elle agit ouvertement d’après le principe de la force. Aussi est-elle fort exactement figurée par une bête sauvage. Mais l’autre système, tout en se tenant sur la bête, et en se réjouissant quand la bête rugit, disperse et dévore, agit toujours par ruse et avec perfidie, plutôt qu’en déployant ouvertement et directement la rigueur et la force. La femme présente à tous «une coupe d’or pleine d’abominations, et les impuretés de sa fornication». C’est avec le vin de cette coupe qu’elle enivre les rois et les peuples de la terre, et qu’elle les rend furieux. Qui a jamais fait ces choses autant que la papauté, et ce qui participe à sa nature et à ses principes ? Et qu’est-ce qui pourrait exprimer avec plus de force tant de principes que nous voyons, de nos jours, déployer leur efficace, que l’emblème qui nous occupe ? Qu’est-ce que la lutte qui, dans ce moment même, attire la plus sérieuse attention de toutes les classes dans notre pays tout entier (*) ? C’est une lutte entre un système ecclésiastique et le pouvoir civil. En d’autres termes, c’est une lutte entre la femme et la bête. La femme voudrait, si possible, non seulement être à cheval sur la bête, mais encore tenir les rênes. C’est une lutte relative aux conditions, d’après lesquelles la bête veut condescendre à porter — à soutenir la femme. Celle-ci tiendra-t-elle les rênes ? Telle est, au fond, l’objet des débats sérieux et animés qui ont lieu actuellement. Hélas ! pourquoi faut-il que l’on voie même une de ces dénominations appelées évangéliques rechercher un tel patronage, une telle protection !
(*) Allusion à l’agitation catholique en Angleterre. Pour comprendre ceci, ainsi qu’une autre allusion (voir note sous point 5.1.5 ci-dessus) à l’exposition universelle de Londres, il est bon de rappeler que ces Méditations ont été prêchées à York, en mars et avril 1851 (Trad.)
Ces pensées nous conduisent à un autre contraste important. La grande prostituée est montée sur la bête. Or, quel est, de l’autre côté, le soutien, l’appui, la force, la vie, l’espérance, la joie de «l’épouse, la femme de l’Agneau ?» Ailleurs nous la voyons (ou plutôt une autre épouse qui participe à la même vie et au même esprit qu’elle) représentée comme «montant du désert, s’appuyant sur son bien-aimé». Eh bien ! la vraie Église s’appuie aussi sur Jésus. On ne le voit pas maintenant, il est vrai ; mais la foi ne s’en repose pas moins sur Lui : «Croyant en lui, quoique maintenant vous ne le voyiez pas, vous vous réjouissez d’une joie ineffable et glorieuse» 1 Pierre 1:8. Voilà, pour l’Épouse, la source de l’énergie et de la consolation. Cela nous explique le mystère de sa course ici-bas sans que son pied se fatigue. Elle est soutenue du ciel, liée au ciel, car elle est née du ciel — «engendrée d’en haut». Christ est — ou devrait être — tout en tous pour elle. Elle est une avec Christ en réalité ; c’est de Lui qu’elle reçoit sa nourriture «par des jointures et des liens». Mais la femme hypocrite, quelles que soient ses prétentions et ses vanteries, ne connaît rien de la vie de la foi. Non, mais «la vue», c’est-à-dire le monde — son patronage et ses dotations — voilà tout ce qu’elle connaît. Elle connaît «la bête qui la porte», les «plusieurs eaux» (et remarquez, en passant, que ces «plusieurs eaux» sont précisément ce que le symbole de la bête représente) — elle connaît «les plusieurs eaux» sur lesquelles elle est assise.
Quel tableau, chers amis, que celui qui nous est ici offert du christianisme corrompu et apostat ! Ici, nous le voyons au comble de sa plus hideuse difformité. Il est bien pénible d’avoir à le considérer dans cet état ; et cependant c’est bien là ce qu’il est actuellement, d’après le tableau tracé par l’inspiration. Mais comment arrive-t-il à ce degré de méchanceté aussi révoltante que monstrueuse ? Pour répondre à cette question, étudions les détails prophétiques sur ce sujet ; puis voyons rapidement ce qui nous est révélé quant au jugement de cette Babylone la grande. Cherchons à découvrir l’origine et à suivre les progrès de cette apostasie.
La première mention, qui soit faite dans le Nouveau Testament de la divine institution, au sein de laquelle cette corruption s’est introduite pour aboutir à cette apostasie, la première mention, du moins, de son nom spécifique «l’assemblée» se trouve en Matthieu, chap. 16. La confession de Pierre qui y est rapportée, prouve qu’il avait bien discerné le vrai fondement de l’Église. Cependant, et nous l’avons déjà dit, il n’est pas parlé dans cet endroit de l’édification de l’Église, comme étant déjà commencée alors. Le Seigneur dit : «Sur ce roc je bâtirai (et non pas je bâtis) mon assemblée». L’édification de l’Église proprement dite sur ce fondement ne commença que le jour de la Pentecôte. Alors le fondement en avait été réellement posé par l’incarnation, par la mort et par la résurrection du Fils du Dieu vivant ; mais la structure des pierres vivantes, dans leur caractère de membres de l’Église, était une oeuvre qui n’avait pas encore commencé à cette époque. Il y avait bien, il est vrai, des pierres vivantes. Il y avait des «enfants de Dieu» ; mais ce n’est qu’alors et non pas avant la Pentecôte, qu’ils furent rassemblés en un et placés ensemble dans l’édifice de l’Église.
Dans le dix-huitième chapitre du même Évangile, nous avons une autre et plus importante instruction relativement à l’Église. Ce n’est que là, en effet, et dans le passage ci-dessus rappelé que, dans tout le cours des quatre Évangiles, il soit fait explicitement mention de l’Église. Or, dans ce chapitre, Matt. 18:15-20, en rapport avec une importante règle de discipline, nous trouvons le grand principe de la constitution de l’Église de Dieu : «Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux». C’est d’une telle assemblée que le Seigneur dit : «Dis-le à l’assemblée ; et s’il ne veut pas même écouter l’assemblée». Ce passage présente l’idée vraiment la plus simple de l’Église. «Là où deux ou trois sont assemblés au nom de Jésus», là est l’Église.
Nous passons au livre des Actes des Apôtres, où, dès les premiers chapitres, nous sont racontés les commencements de l’oeuvre divine de l’édification de l’Église de Dieu. Citons-en quelques passages ; — là nous voyons, pour un moment au moins, le beau et réjouissant spectacle d’une église pure et sans tache. Pour un moment, hélas ! car ce n’est que pendant un moment que l’Église exista de cette manière : «Et comme ils faisaient leur supplication, le lieu où ils étaient assemblés fut ébranlé, et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et annonçaient la parole de Dieu avec hardiesse. Or la multitude de ceux qui avaient cru était un coeur et une âme ; et nul ne disait d’aucune des choses qu’il possédait qu’elle fût à lui ; mais toutes choses étaient communes entre eux. Et les apôtres rendaient avec une grande puissance le témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus. Et une grande grâce était sur eux tous». Et ailleurs : «Et tous les jours ils persévéraient d’un commun accord dans le temple ; et, rompant le pain dans leurs maison, ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de coeur, louant Dieu, et ayant la faveur de tout le peuple. Et le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés». Telle était l’Église aux premiers jours de son établissement. Admirable spectacle ! Agréable et magnifique tableau ! Plût à Dieu que jamais d’autres sentiments et d’autres affections ne s’y fussent développés !
Mais un changement des plus désastreux avait été annoncé d’avance comme devant avoir lieu. Ici, je rappellerai les paraboles du treizième chapitre de Matthieu, que, dans un but différent, nous avons déjà examinées dans la seconde de nos Méditations.
Prenons d’abord la parabole du semeur. Quel est l’enseignement qui en ressort quant au point spécial qui nous occupe ? C’est celui-ci : Il y aurait une multitude de plantes qui pousseraient, sans porter aucun fruit à maturité. Une partie de la semence ne lèverait que pour être brûlée par le soleil, enlevée par les oiseaux, ou étouffée par les épines. C’est là déjà, pour nous, une indication d’une quantité de végétation bâtarde ou, du moins, sans fruit. Assurément cela ne présage rien de favorable pour l’Église.
Puis nous avons une seconde parabole — celle du froment et de l’ivraie — d’une portée bien plus décisive encore. Voici l’explication qu’en donne le Seigneur lui-même : «Celui qui sème la bonne semence, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; la bonne semence, ce sont les fils du royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du méchant ; et l’ennemi qui l’a semée, c’est le Diable ; et la moisson, c’est la consommation du siècle ; et les moissonneurs, ce sont des anges». Tout cela est d’une clarté des plus solennelles. Parmi le blé devait être semée de «l’ivraie», plante qui a une apparente mais fausse ressemblance avec le blé. L’ivraie désigne donc, non pas tous les enfants du méchant, mais ceux-là seulement qui sont semés parmi le blé, comme des plantes imitées et bâtardes. Ce sont des hypocrites et, en réalité, de faux professants de tout genre, soit qu’ils aient conscience de leur état ou non. Or ils devaient non seulement être semés, mais croître ensemble avec le blé jusqu’à la moisson. La corruption existera dans ce qui s’appelle l’Église jusqu’à la consommation du siècle. La moisson seule met fin à cet état mélangé de la chrétienté. Il est donc bien évident qu’il ne peut point y avoir de millénium avant la moisson. C’est ce que nous avons déjà vu, et je n’en parle ici qu’en passant. Nous en dirons davantage sur la moisson, quand nous traiterons des conséquences finales de l’apostasie.
Le Seigneur «leur proposa une autre parabole, disant : Le royaume des cieux est semblable à un grain de moutarde, qu’un homme prit et sema dans son champ : lequel est, il est vrai, plus petit que toutes les semences ; mais quand il a pris sa croissance, il est plus grand que les herbes, et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent et demeurent dans ses branches». Tels devaient être les progrès du christianisme et du grand établissement qui en résulterait. La semence de l’Évangile était, dans le principe, une très petite chose, mais la plante qui en sortit grandit à un point extraordinaire. Tant que cette oeuvre fut fort petite, le monde la méprisa. Quand elle crut et devint forte — forte de sa vraie force, d’une force céleste — le monde commença à la haïr et à s’y opposer ; mais, comme c’est le cas de certaines plantes, plus le monde la foulait aux pieds, et plus aussi elle grandissait et s’affermissait. Elle en vint enfin à se concilier à la fois les richesses et l’influence mondaine. Alors eut lieu une crise et un changement. Le monde voulut entrer en alliance avec elle. Le monde vint à elle — non pas en sincérité — mais seulement en apparence et en profession. Le monde sera tout ce qu’on voudra, ou professera tout ce qu’on voudra, ou acceptera tout ce qu’on voudra, pourvu qu’il y trouve son avantage temporel. Le monde ira partout où il y a quelque chose de terrestre à gagner. Quand l’arbre ecclésiastique fut devenu grand, et présenta un abri confortable, sans être scrupuleux au sujet de ceux qui venaient s’y abriter — alors le monde voulut y faire ses nids. Alors les oiseaux impurs — les harpies, les vautours, les cormorans, les hiboux et les chauves-souris arrivèrent en foule sous ses branches. Mais aussi voyez tout ce qu’ont d’attrayant les branches de cet arbre énorme ! — voyez ses revenus et ses dotations, ses terres et ses fondations, ses bénéfices et ses survivances, ses honoraires et ses fiefs, ses dîmes, ses droits épiscopaux et hiérarchiques, monastiques et seigneuriaux ! C’est véritablement un grand arbre ! Le monarque de Babylone — l’ancien empire de Babylone lui-même était figuré par cette même image d’un grand arbre. Nebucadnetsar, vous vous en souvenez, se vit lui-même en songe, représenté par un grand arbre, dont «la hauteur atteignait jusqu’aux cieux, et on le voyait jusqu’au bout de toute la terre. Son feuillage était beau et son fruit abondant, et en lui il y avait de la nourriture pour tous ; sous son ombre se tenaient les bêtes des champs et dans ses branches habitaient les oiseaux des cieux ; et de lui toute chair se nourrissait» (voyez Daniel 4:10-12, et 19-22). Telle était l’ancienne Babylone littérale. Combien est donc juste et convenable la parabole de ce grand arbre, provenant d’un grain de semence de moutarde, pour figurer la Babylone mystique des temps modernes ! Ah ! soyons-en sûrs, ce grand arbre si attrayant n’est autre chose, en effet, que «Babylone la grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre !»
Reprenons aussi la parabole du levain, caché par une certaine femme dans trois mesures de farine. Nous l’avons étudiée précédemment, comme démontrant que la seconde venue de Jésus sera prémillénaire ; nous y revenons maintenant, parce qu’elle nous fournit de remarquables enseignements, relativement à notre sujet actuel — la corruption du christianisme.
Nous avons vu, dans notre deuxième Méditation, que le levain signifie toujours quelque chose de mauvais — que jamais il ne représente l’Évangile. Nous avons vu que, quand il était employé typiquement dans les oblations lévitiques, il désignait le péché et l’imperfection ; que quand Christ — Christ seul — était figuré, il ne pouvait jamais y avoir de levain. Ainsi, par exemple, le pain de la Pâque devait être sans levain, parce que, en «notre Pâque, Christ», il n’y avait point de péché ; tandis que, dans certains sacrifices d’actions de grâce offerts par des adorateurs imparfaits, le levain devait être introduit. Nous avons vu le Seigneur parler du levain dans un mauvais sens, et jamais dans un bon sens. «Tenez-vous en garde contre le levain des pharisiens, qui est l’hypocrisie». Paul, de même, emploie ce mot comme n’indiquant que le mal. L’Église (voir 1 Cor. 5:6-8) devait être «une nouvelle pâte, des pains sans levain». Elle doit «ôter le vieux levain». Ce n’est pas un nouveau levain qui devait être introduit. Non, mais la nouvelle pâte doit être «sans levain». Point de «levain de malice et de méchanceté, mais des pains sans levain de sincérité et de vérité», voilà ce qu’il faut dans l’Église. Dans l’épître aux Galates aussi se trouve cet avertissement : «La persuasion ne vient pas de celui qui vous appelle. Un peu de levain fait lever la pâte toute entière». Ici, le levain était le légalisme — les Galates abandonnaient le pur évangile pour se replacer sous l’esclavage abrogé de la loi. Ce levain ferait lever toute la masse, si celle-ci n’en était pas fidèlement purifiée (voir ci-dessus point 2.7).
Hélas ! la parabole nous montre que la masse tout entière devait finalement être levée. Le «royaume des cieux», ce vaste système qui, dans l’origine, était en réalité le royaume des cieux, et qui prétend l’être encore, mais qui ne sera plus que de nom seulement le royaume des cieux, quand le levain l’aura pénétré tout entier, l’ensemble de ce vaste système doit, à la fin, être «semblable à du levain». On ne pourra plus y discerner facilement de la farine. Le levain seul prévaudra et sera en évidence partout et pour tous ; même les vrais chrétiens en seront infectés. Au commencement, l’Église était une pâte pure et sans levain. Dans ces «trois mesures de farine» — non pas dans le monde — mais dans la nouvelle pâte sans levain — dans l’Église pure de la Pentecôte — le levain fut adroitement et secrètement introduit. C’est une «femme» qui l’y cacha. L’action de ce levain n’était-elle pas l’action de ce «mystère d’iniquité», dont il nous est dit, en 2 Thes. 2:7, que, dès les jours apostoliques, «il opérait déjà ?» N’y a-t-il pas, je vous le demande, une évidente identité entre le levain de Matt. 13, le mystère d’iniquité de 2 Thes. 2, et la mystique Babylone la grande d’Apoc. 17 ?
Il y a aussi, dans ce chapitre, la parabole du filet qui ramasse des poissons bons et mauvais, dont la séparation n’a lieu qu’à l’achèvement du siècle. Le royaume des cieux — vulgairement mais à tort appelé «l’Église» — devait rassembler toute espèce de gens dans son sein. Ainsi tout ce que nous avons exposé sur ce sujet, est encore confirmé par cette similitude.
La parabole des «dix Vierges», en Matt. 25, nous parle de la même lamentable histoire. Toutes s’assoupissent et s’endorment. Si les unes dorment moins profondément que les autres, toujours est-il qu’aucune ne demeure bien éveillée. Ce n’est que le cri de minuit qui les réveille. Ainsi encore il apparaît que l’apostasie dure jusqu’à la venue du Seigneur.
Le triste accomplissement de ces nombreuses prédictions commença presque immédiatement après la naissance de l’Église. Preuve en soient Ananias et Sapphira. Puis les veuves hellénistes eurent bientôt à souffrir des effets de la partialité, si tant est qu’elles ne fussent pas elles-mêmes coupables de la supposer. Les Actes des Apôtres nous donnent encore d’autres exemples du mal qui commençait. Dans l’épître aux Romains, nous avons un avertissement solennel relativement à la chute et au retranchement des branches d’entre les Gentils, entées sur «l’olivier franc». À Corinthe, les choses étaient déjà dans un affreux état. Il y avait des partis en présence dans le sein de l’assemblée. Il y avait des querelles, et des jalousies, et des divisions. Il y avait de graves désordres à la table du Seigneur. On y tolérait même un individu publiquement incestueux, et l’on demeurait en communion avec lui. On y favorisait avec ostentation un système d’enseignement légal, anti-évangélique, judaïsant.
Les assemblées de Galatie étaient dans une condition pire encore. L’erreur fondamentale du papisme y avait été ouvertement introduite. Plusieurs demandent quand le papisme a commencé — à quelle époque ses hérésies ont pris naissance — si c’est il y a six cents, huit cents, mille, douze ou quatorze cents ans. Et les docteurs catholiques, de leur côté, demandent avec orgueil si leurs doctrines n’étaient pas admises même par l’Église primitive et apostolique. Voici la réponse à leur faire : Oui, plusieurs de ces doctrines étaient adoptées par quelques personnes dès les jours des apôtres inspirés. C’est ce qu’on peut démontrer de la manière la plus péremptoire : nous avons dans les épîtres apostoliques les plus sérieuses protestations contre plusieurs de ces doctrines — doctrines qui étaient alors enseignées et soutenues. L’épître aux Galates est une de ces protestations divinement inspirées. Luther ne fit que la reproduire aux jours de la Réformation ; car elle contenait toute la force, tous les grands traits, la moelle même de la controverse entre lui et Rome. Pourquoi donc voudrions-nous post-dater les erreurs papistes ? Non, accordons, au contraire, aux catholiques que, quoique plusieurs de leurs doctrines soient nouvelles et récentes, cependant il en est d’autres dont on peut dire en toute vérité, qu’elles sont aussi anciennes — à peu de chose près — que l’Église de Dieu elle-même. Leur doctrine de la justification par l’union et la confusion des mérites de Jésus-Christ et de ceux des oeuvres de l’homme, est, entre autres, fort ancienne. C’est pour s’élever contre cette doctrine que Paul écrivit sa lettre aux Galates. L’apostasie avait pénétré avec un terrible pouvoir d’ensorcellement dans toutes les assemblées de Galatie. L’apôtre Paul devait changer de langage, même en s’adressant à ses propres enfants dans le Seigneur. Il était «en perplexité à leur sujet». Était-il possible qu’il eût travaillé en vain ? Ils étaient évidemment déchus de leur position de liberté, et s’étaient placés de nouveau sous le joug de l’esclavage. L’apôtre a bien sujet de s’écrier : «La persuasion ne vient pas de celui qui vous appelle. Un peu de levain fait lever la pâte toute entière» (voyez chap. 5:8, 9). Ici encore nous retrouvons le levain. Dans ce cas c’était le levain du légalisme, en d’autres mots de la propre justice ; au fond duquel était l’orgueil : c’était le résultat d’un coeur non brisé, d’un manque d’intelligence soit de la méchanceté du coeur humain, soit de la rigueur, de l’immense étendue et de la spiritualité de la sainte loi de Dieu. Voilà ce qui, sans doute, était à la base de l’erreur, et l’enseignement des partisans du judaïsme lui donnait la forme qu’elle revêtait déjà ouvertement. Ce levain, nous pouvons bien le dire, fait lever la pâte toute entière. Mes chers amis, ici gît la racine de l’arbre pourri ; ici est le germe de l’apostasie. Toutes les autres corruptions en découlent naturellement. Le mouvement puseyite commença par le renouvellement de cette erreur quant à la justification. Preuve en soient les Discours populaires, par un des chefs de cette école. Là est l’origine du papisme ; c’est une plante indigène dans le sol corrompu du coeur irrégénéré. Nous avons tous, par nature, au-dedans de nous ces tendances papistes. Pour nous les donner, il n’est pas besoin de la régénération par le baptême, ni des rites du papisme. Mais nous avons besoin de naître de nouveau par l’Esprit de Dieu, comme du seul moyen possible d’en être délivrés. Il n’y a que cette seule voie pour échapper aux filets du redoutable oiseleur. Il nous faut être nés de nouveau ; il faut que nous apprenions que notre salut est entièrement par la grâce, par la rédemption qui est dans le Christ Jésus, et que nous ne sommes plus «sous la loi, mais sous la grâce». Alors seulement nous connaissons la liberté, par laquelle Christ nous a rendus libres. Alors seulement nous sommes affranchis du pouvoir et des prétentions sacerdotales. Alors nous sommes véritablement libres ! Le salut en Jésus, par grâce seulement, par le moyen de la foi — ce salut connu et réalisé dans une paix et dans une énergie bénies, met celui qui le possède entièrement au-dessus et en dehors de ce monde de superstition et de tromperies ; il l’élève au-dessus de la région d’une médiation de prêtres. Pour l’heureux racheté, le seul Souverain Sacrificateur d’en haut fait toute l’oeuvre proprement sacerdotale. Combien de liens sont brisés tout à coup, quand l’âme d’un pauvre pécheur trouve son parfait repos en Jésus-Christ ! Il n’est plus nécessaire de lui démontrer que des amendes et des pénitences ; que les feux du purgatoire, et les indulgences des prêtres et leurs absolutions ; que des pèlerinages, les grandes messes et les petits rosaires et les croix, ne sont que frivoles, inutiles et vaines inventions. Non ! le principe vital de toutes ces inventions a déjà été cloué à la vraie croix. Ce principe ne domine plus dans son coeur. Maintenant c’est la grâce qui y règne. Il se tient ferme à la liberté par laquelle Christ l’a affranchi, et il rejette toute intervention sacerdotale qui voudrait le replacer sous l’esclavage. Le vrai Prêtre, le Grand Souverain Sacrificateur, l’a rendu libre de toute servitude. Le filet est rompu, le captif est échappé.
C’est là, chers amis, le seul moyen de combattre le levain de Rome et de le bannir de nos coeurs. Je suis vivement affligé de voir que, dans les débats de nos jours, on tienne si peu de compte de cette doctrine vitale. Nous entendons souvent parler de discussions protestantes ; mais la justification, qui devrait toujours en être le nerf et l’essence, n’y occupe souvent, je le crois, que peu ou point de place. C’est là une très fâcheuse omission. Les docteurs catholiques raisonneront perpétuellement sur d’autres questions, si vous laissez de côté l’Évangile. Que leur opposant consente seulement à débattre avec eux d’autres points — qu’il leur accorde seulement ce qu’ils demandent toujours, savoir qu’il ne «prêchera» pas (telle est leur manière de s’exprimer) — que seulement il consente à se taire sur le salut par Christ seul — sur le glorieux Évangile de Dieu, qui annonce un parfait salut par Christ pour l’éternité, ils pourront supporter tout le reste. Mais cela, ils ne peuvent le supporter ! En leur faisant entendre pleinement et franchement l’Évangile, vous les entraînez peu à peu au-delà de leur profondeur, vous les submergez dans les profondes eaux. L’Évangile est accompagné d’une puissance mystérieuse qui, ils le sentent et le reconnaissent parfaitement, confond toute leur habileté et toutes leurs ruses, et élève tous ceux qui le reçoivent de coeur dans une autre sphère que celle de ce monde — dans une sphère de liberté ; — elle les transporte, en dehors du royaume des ténèbres et des illusions, dans le royaume céleste et glorieux du Fils bien-aimé de Dieu. Que Dieu nous accorde donc la grâce de nous rappeler où est pour nous la vraie force ! Puissions-nous connaître à la fois quelles sont nos meilleures armes et comment il faut en user !
Qu’on n’aille pas supposer qu’en parlant, comme je viens de le faire, des actes et des prétentions des prêtres, j’aie voulu faire la moindre allusion aux fidèles serviteurs de Dieu, qui se livrent sous sa dépendance, et en y étant appelés par Lui, à la charge pastorale ou à l’évangélisation. Paître le troupeau de Dieu et prêcher l’Évangile sont des ministères aussi conformes à l’Écriture, qu’ils sont importants. Mais la prêtrise, qui est la prérogative propre et intransmissible du Seigneur Jésus, la prêtrise ou le sacerdoce, si elle est prise par l’homme dans un autre sens que celui de la sacrificature spirituelle de tous les vrais croyants en commun — est, pendant l’économie actuelle, l’une des plus prétentions les plus fausses et les plus funestes.
Hâtons-nous de poursuivre. Nous avons vu l’apostasie agissant de bien bonne heure et avec puissance en Galatie. Les Éphésiens eux-mêmes sont mis en garde contre l’adresse des faux apôtres d’alors à engager artificieusement dans l’égarement. Les Philippiens aussi reçoivent un avertissement au sujet de certaines gens, dont Paul déclare qu’ils «sont ennemis de la croix du Christ, dont la fin est la perdition, dont le dieu est le ventre, et dont la gloire est dans leur honte, qui ont leurs pensées aux choses terrestres». Aux Colossiens, le même apôtre reprochait une tendance, déjà sensible parmi eux, au légalisme, et à la superstition qui en était la conséquence. Les Thessaloniciens n’étaient pas non plus entièrement irréprochables. Il y en avait quelques-uns parmi eux qui ne marchaient pas dans l’ordre, «ne travaillant pas du tout». Il leur est dit que le mystère d’iniquité avait déjà commencé. Une grande grâce, il est vrai, reposait sur plusieurs assemblées — et à Dieu ne plaise que nous refusions de le reconnaître, et de Lui en donner gloire de tout notre coeur — néanmoins il est manifeste que l’apostasie était déjà partout en train.
À Timothée, l’apôtre avait à annoncer — ce que sans doute Timothée connaissait déjà — ce fait étonnant qui démontrait l’inconstance et l’instabilité humaines : «Tu sais que tous ceux qui sont en Asie se sont détournés de moi». Avant de quitter cette vie, Paul eut donc la douleur de voir tous ceux qui étaient en Asie suivre des docteurs opposés à lui et schismatiques. L’Église catholique d’Asie avait déjà erré. Des gens insensés et ignorants nous disent de nos jours que ce qui est catholique doit être bon ; — que toute doctrine qui est universelle, ou qui est admise par une grande majorité, doit être vraie. C’est là une erreur grossière et manifeste. Il est, au contraire, très vraisemblable que ce qui est généralement reçu est erroné. Tous ceux qui étaient en Asie s’étaient détournés de Paul. Dès le premier siècle du christianisme si catholique, une tendance à l’apostasie s’était donc manifestée ; tant l’erreur était devenue catholique dès cette époque-là.
Dans la même Épître, nous avons une description des «derniers jours», que nous ne devons pas passer sous silence. C’est une liste des vices nombreux et graves, qui caractériseront ces temps difficiles. Dix-neuf traits variés de l’apostasie y sont expressément mentionnés : «Or sache ceci, que dans les derniers jours, il surviendra des temps fâcheux ; car les hommes seront égoïstes, avares, vantards, hautains, outrageux, désobéissants à leurs parents, ingrats, sans piété, sans affection naturelle, implacables, calomniateurs, incontinents, cruels, n’aimant pas le bien, traîtres, téméraires, enflés d’orgueil, amis des voluptés plutôt qu’amis de Dieu, ayant la forme de la piété mais en ayant renié la puissance. Or, détourne-toi de telles gens». Pour couronner le tout, les hommes méchants de ces temps fâcheux doivent être, remarquez-le bien, des professants de religion. Les apostats de ces derniers jours sont des gens qui conservent «la forme de la piété». Qu’il est sombre et lugubre, le tableau qui est ici offert à nos regards !
À Tite, l’apôtre signale beaucoup d’insubordonnés, vains discoureurs et séducteurs, qui renversaient des maisons entières, et cela pour un gain honteux, chap. 1:10, 11.
Les Hébreux, en général, sont prémunis contre l’apostasie et contre le danger d’être «séduits par des doctrines diverses et étrangères». Tout cela indique bien les dangers qui menaçaient l’Église.
L’apôtre Jacques, de même, donne de semblables avertissements dans son Épître. Au commencement du chap. 5, il parle ouvertement de fraudes, de tromperies, de débauches, auxquelles la venue seule du Seigneur mettrait un terme. Les jours qui s’écouleraient jusqu’alors seraient comme «un jour de sacrifice» [v. 5 ; ou de «tuerie» (*)], pendant lesquels la patience des justes serait mise à une rude épreuve.
(*) Le mot de l’original est traduit par «boucherie» dans Actes 8:32, et par «tuerie» en Rom. 8:36 (Trad.)
Les Épîtres de Pierre sont encore plus sérieuses sur ce sujet. D’un bout à l’autre elles respirent le pressentiment de l’approche de jours mauvais et désastreux, et ne contiennent pas la moindre allusion quelconque à la prévision de temps où l’on verrait généralement progresser la vérité et la justice. Tout y indique de la manière la plus grave les tendances à l’apostasie. La parole ferme de la prophétie est montrée comme la seule lumière qui puisse guider sûrement les âmes dans les sombres jours qui allaient survenir. Vers la fin de ces jours, est-il dit, il viendra des moqueurs, marchant selon leurs propres convoitises, et se raillant de la promesse de la venue du Seigneur. Mais «le jour du Seigneur», ajoute-t-il, «arrivera comme un voleur», et terminera la période d’angoisses. C’est ce jour seul — rien autre que le jour du Seigneur, qui la terminera.
Jean parle également, dans ses Épîtres, d’antichrists, ou d’hommes anti-chrétiens. Ceux auxquels il écrivait avaient entendu dire que l’antichrist devait venir ; mais même alors il y avait plusieurs antichrists. L’esprit de l’antichrist était déjà dans le monde, 1 Jean 4:1-3. Dans sa dernière Épître, Jean nous apprend qu’il a été chassé de l’assemblée par Diotrèphe. Hélas ! même alors dominaient la corruption et l’apostasie.
Jude, vous le savez, chers amis, signale d’une manière plus explicite encore, si possible, le mal, les hommes apostats, et les jours mauvais de l’apostasie. Il sentait le besoin de mettre beaucoup de diligence à écrire sur ce sujet. Déjà des hommes impies s’étaient glissés dans les assemblées. C’étaient des «nuées sans eau, emportées par les vents ; des arbres d’automne, sans fruit, deux fois morts, déracinés ; vagues impétueuses de la mer, jetant l’écume de leurs infamies ; étoiles errantes, à qui l’obscurité des ténèbres est réservée pour toujours». Énoch avait prophétisé d’eux : que le Seigneur viendrait avec des myriades de ses saints, pour exécuter le jugement qui leur est dénoncé. Ce n’est que par ce moyen que le mal sera dompté et anéanti. Relisez toute l’Épître.
Terminons par le livre de l’Apocalypse — par ces scènes solennelles de l’histoire de l’Église apostate. Les épîtres aux sept églises d’Asie annoncent surtout les commencements du mal. Il y est parlé du premier amour abandonné, des premières oeuvres négligées, de l’hérésie tolérée ou reçue, de vêtements souillés, et d’un état qui n’est ni froid ni bouillant. La mondanité la plus prononcée dominait, et même l’on s’en faisait gloire. Lisez les chapitres 2 et 3. Puis bientôt après, le mal pleinement développé éclate sous nos yeux : Babylone la grande nous est montrée dans toute sa beauté fardée, somptueuse et mensongère. Considérons maintenant le jugement de cette prostituée.
Le jugement de Babylone la grande aura donc lieu comme nous allons le voir. Remarquons-le bien. C’est la fin de la corruption ecclésiastique dont nous nous occupons ; corruption qui, certes, n’est pas restreinte à l’église de Rome. Il importe à chacun de nous d’examiner jusqu’à quel point il peut de quelque manière s’y trouver impliqué ou associé. «Et les dix cornes que tu as vues sont dix rois qui n’ont pas encore reçu le royaume, mais reçoivent pouvoir comme rois une heure, avec la bête. Ceux-ci ont une seule et même pensée ; et ils donnent leur puissance et leur pouvoir à la bête… Et les dix cornes que tu as vues sur la bête, — celles-ci haïront la prostituée, et la rendront déserte et nue, et mangeront sa chair, et la brûleront au feu ; car Dieu a mis dans leurs coeurs d’exécuter sa pensée, — et de donner leur royaume à la bête, jusqu’à ce que les paroles de Dieu soient accomplies» Apoc. 17:12, 13, 16, 17. Tel est le jugement de Babylone la grande d’après la prophétie ; tel est le destin de ce système. Les personnes, qui en auront été les agents zélés, survivront en général, je le crois, à la chute de leur système. Elles tomberont ensuite sous l’énergie d’erreur, judiciairement permise ou envoyée de Dieu, et elles périront au milieu des effroyables jugements qui accompagnent la venue du Seigneur. Ici, je le pense, il s’agit spécialement de la destruction — du soudain et total renversement du système, et du pouvoir de Babylone la grande, pouvoir organisé, doté et soutenu par le monde.
«Dix rois» s’élèvent, et l’autorité leur est donnée «une heure», dans le but exprès de détruire la femme. Cela semblerait indiquer une révolution des puissances séculières contre la puissance ecclésiastique. La bête est poussée à bout par la rapacité et par la perfidie de la femme. L’arrogance de cette femme amène à la fin sa destruction. Les dix rois se ligueront ensemble avec les masses des «peuples et des foules et des nations et des langues» ; et ils «haïront la prostituée, et la rendront déserte et nue, et mangeront sa chair, et la brûleront au feu». Ils dépouilleront le système de son opulence, de ses honneurs, et de tous les droits qu’il s’était arrogés. Ils dissoudront ses établissements et s’en approprieront les revenus. C’est là ce que feront, à la fin, les dix rois de concert avec les nations. Babylone la grande aura lassé leur patience. «Ses péchés» s’élèveront «jusqu’au ciel», et Dieu se souviendra «de ses iniquités». Il emploiera de redoutables exécuteurs de ses jugements, et il mettra «dans leurs coeurs d’exécuter sa pensée, et d’exécuter une seule et même pensée, et de donner leur royaume à la bête, jusqu’à ce que les paroles de Dieu», relativement à la destruction de Babylone, «soient accomplies». Sous cette direction providentielle, ainsi que nous l’avons vu, ils «haïront la prostituée, et la rendront déserte et nue, et mangeront sa chair, et la brûleront au feu». Voici ces paroles de Dieu : «Donnez-lui comme elle vous a donné, et doublez-lui le double, selon ses oeuvres ; dans la coupe qu’elle a mixtionné, versez-lui le double». Quelle éclatante rétribution ! Ainsi finit la suprématie de la fausse église ! Et quelle autre fin pourrait l’attendre selon toutes les probabilités ? Ne suit-elle pas aujourd’hui même la voie la plus propre de toutes à provoquer et à exaspérer les nations sur lesquelles elle est assise ! Sa voix, il est vrai, fait toujours entendre des paroles flatteuses et attrayantes ; mais dans son coeur règnent l’orgueil et l’ambition. «Venez, mes enfants, venez sur le sein paisible de votre sainte mère», dit-elle avec ruse et avec une feinte douceur. Mère, elle l’est en effet ! oui, au jugement de l’Esprit de Dieu, elle est la «mère des prostituées et des abominations de la terre». Mais ses jours sont comptés, et elle tombera. «Ciel, réjouis-toi sur elle, et vous les saints et les apôtres et les prophètes !», car Dieu a jugé votre cause en tirant vengeance d’elle».
Tel est donc le jugement prédit de Babylone la grande. Mais les résultats de l’apostasie se font encore sentir après sa chute. Quand Babylone aura disparu de la scène — quand on ne verra plus cette femme assise sur le dos de la bête — l’apostasie produira encore des conséquences plus inouïes et plus effrayantes.
Il en résultera cette «énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge», dont il est parlé en 2 Thes. 2. Les méfaits de Babylone auront pour résultat moral la rejection ouverte de l’autorité de Dieu et du nom même du Christ. Du «mystère d’iniquité» jaillira la «séduction d’injustice» de «l’homme de péché», — de «l’inique», — de «l’Antichrist» (relisez encore 2 Thes. 2:1-12). Sous le pouvoir de «une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge», les nations aveuglées se rassembleront, conduites par l’Antichrist, pour «le combat de ce grand jour de Dieu le Tout-Puissant». Je ne crois pas que «l’homme de péché» désigne le papisme. Nous avons vu le papisme spécialement représenté par le symbole de la femme mystique ou de Babylone, et détruit par les nations confédérées, et non pas, ainsi que l’homme de péché, par la venue personnelle du Seigneur. Je crois que l’homme de péché sera un individu, un homme, un «faux Christ», un guerrier mondain, un roi. C’est ce que démontre bien clairement, selon moi, Daniel 11, dont Paul cite quelques paroles presque littéralement dans 2 Thes. 2. Mais dans notre prochaine Méditation, nous nous occuperons plus spécialement de ce résultat de l’apostasie.
Résumons en peu, de mots cet imparfait exposé de ces déplorables effets, que nous ne pouvons compléter actuellement, parce que le résultat final de tout renfermera le jugement des nations assemblées, dans le grand jour de la révélation des cieux du Seigneur lui-même dans une flamme de feu ; d’ailleurs l’un des buts de notre prochain discours sera d’examiner de plus près les nombreuses prophéties relatives à ce rassemblement des nations.
Toutefois, voici ce que nous avons vu jusqu’ici. Le mauvais levain, secrètement introduit dans l’Église dès l’origine, se développe ouvertement à la fin, dans l’affreux système de Babylone la grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre. Nous avons aussi contemplé la fin de Babylone. Le pouvoir politique, qui a si longtemps été la source de sa force, finira par la détruire. Tout à coup, dans l’espace d’une heure, aura lieu cette révolution. Dix rois surgiront pour cette heure-là seulement — pour ce court espace de temps — et ils pousseront la bête à la destruction de la femme. Alors viendra la crise. Une «énergie d’erreur» tombera sur les nations qui constituent la bête ; il s’ensuivra un grand rassemblement de ces nations contre Dieu et contre le Christ ; ensuite la manifestation du Seigneur, venant du ciel, cloturera toute la scène. Tel sera le résultat final de la corruption du christianisme. Mais, comme nous l’avons dit, nous reviendrons là-dessus avec plus de détail, quand nous traiterons du «caractère et du jugement des grandes puissances d’entre les Gentils».
Quelle est la leçon morale que nous devons retirer de tout ce qui vient de nous occuper ? C’est une leçon d’avertissement. Ce devrait être une leçon de profonde humiliation, de sérieux examen, de purification de nous-mêmes, et de séparation du mal qui prévaut tout autour de nous. «Sortez du milieu d’elle, mon peuple, afin que vous ne participiez pas à ses péchés, et que vous ne receviez pas de ses plaies». Notre place, mes frères, est de nous tenir à part et d’attendre, en veillant, la venue de notre Seigneur. Nous n’avons pas à nous mêler des luttes et des discussions qui ont lieu autour de nous. Les querelles de la femme et de la bête ne sont pas nos querelles. Nous pouvons les considérer et les suivre, il est vrai, à la lumière que la parole de notre Dieu a jetée sur ces débats. Mais tout en les suivant avec douleur, ce n’est nullement notre affaire d’y prendre part. Notre oeuvre est plus élevée, plus heureuse. Nous devons manifester, par nos actes et par nos paroles, la vérité, l’amour, la grâce de Celui que nous attendons, après lequel nous soupirons. Nos armes ne sont pas charnelles. Les tessons peuvent contester avec les tessons d’ici-bas. La bête et son cavalier peuvent se faire la guerre ; ils peuvent conspirer et comploter l’un contre l’autre. Quant à nous, nous savons comment tout cela finira. Nous en avons été informés d’avance.
La crise se hâte. Les révolutions seront soudaines et importantes. Nous ne savons pas ce qu’un jour, ce qu’une heure peut amener. Nous ne savons pas non plus où placer l’enlèvement de l’Église à la rencontre du Seigneur. Ce peut être le premier épisode de la crise. Sommes-nous prêts pour cela ? Dieu veuille qu’il en soit réellement ainsi pour chacun de nous !
T. Smith (York, mars / avril 1851)
L’histoire des quatre grands empires gentils, qui nous sont ici présentés sous l’image de quatre grandes bêtes, constitue l’histoire des temps des Gentils [ = temps des nations ; Luc 21:24]. Les temps des Gentils commencent durant une interruption des temps des Juifs. Cette interruption eut lieu, d’abord, sous Nebucadnetsar, le premier monarque du royaume de Babylone, et elle se terminera avec le dernier monarque de l’empire de Rome. Les temps des Juifs finirent, ou plutôt furent interrompus, par la captivité de Babylone ; ils recommenceront quand Jérusalem cessera d’être foulée aux pieds par les Gentils, et quand les temps des Gentils seront accomplis. Ainsi l’expression «temps des Gentils» désigne les temps de la domination des Gentils sur les Juifs ; domination qui pèse plus ou moins sur eux durant toute la période de l’existence au pouvoir des grandes bêtes, que Daniel vit dans la vision racontée dans ce chapitre.
Cette vision nous présente une complète esquisse du sujet que nous devons traiter ce soir. Elle nous donne aussi le complément de notre précédente Méditation, savoir le résultat final de l’apostasie et de la corruption du christianisme. La quatrième de ces grandes bêtes se trouve être la «bête à dix cornes», sur laquelle, en Apoc. 17, nous avons vu assise la femme babylonienne. Le caractère et le jugement de cette femme nous occupèrent dans notre dernière réunion : nous vîmes que, comme puissance organisée, elle devait être renversée, détruite et disparaître de la scène. C’est la bête même qui la portait, qui doit à la fin la détruire. Mais, ce soir, nous assisterons au jugement de la bête elle-même. Nous suivrons les grands traits de la carrière tout entière de cette bête ; nous verrons que, quoiqu’elle existât avant qu’il y eût une femme qui osât monter sur son dos et s’y asseoir, et que quoiqu’elle doive exister encore après la destruction de son cavalier, oui, même après le terme des jours soi-disants éternels de celui-ci — cette carrière de la bête ne se terminera pas moins aussi en jugement et en «destruction éternelle de devant la présence du Seigneur et de devant la gloire de sa force» (2 Thes. 1:9). Le jugement de cette quatrième grande bête est, en effet, le résultat final de l’apostasie de la chrétienté. La bête ayant rejeté son hypocrite patronage et sa fausse profession du christianisme, se révoltera ouvertement contre l’autorité divine ; et en comblant ainsi la coupe de ses transgressions, elle attirera sa destruction finale et totale. C’est donc, au fond, une seule et même crise solennelle et décisive, qui met fin à l’apostasie ecclésiastique et à l’apostasie séculière. Le combat de la grande journée de Dieu le Tout-Puissant terminera l’une et l’autre — et consommera le tout.
Tel est donc le sujet de notre Méditation de ce soir. Nous avons devant nous un vaste champ de vérité prophétique ; tout ce que nous espérons pouvoir faire, c’est d’y jeter un coup d’oeil rapide.
Le chapitre 7 de Daniel qui a été lu contient, comme nous l’avons rappelé, une vision de quatre grandes bêtes : la première comme un lion ; la seconde, semblable à un ours ; la troisième, semblable à un léopard, et la quatrième, «effrayante et terrible et extraordinairement puissante ; … différente de toutes les bêtes qui étaient avant elle ; et elle avait dix cornes» (lisez les versets 3 à 7). De plus, entre les dix cornes de la quatrième bête montait «une autre corne petite, et trois des premières cornes furent arrachées par elle ; et voici, il y avait à cette corne des yeux comme des yeux d’homme, et une bouche qui proférait de grandes choses». Puis vient, dans la vision, une session solennelle de jugement, qui a pour effet la destruction soit de la petite corne, soit de la bête elle-même. Ensuite on voit le Fils de l’homme, venant sur les nuées des cieux, et la domination sur toute la terre est donnée à Lui et à ses saints. Le récit de la vision se termine en mots clairs et non figurés, dont la signification est des plus simples et des plus incontestables.
Mais qu’est-ce que signifient ces quatre «bêtes» symboliques ? La réponse nous est donnée au verset 17 : «Ces grandes bêtes qui sont quatre, sont quatre rois, qui surgiront de la terre». Par ce mot de «rois» ici employé, il faut entendre des royaumes, comme le montre le verset 23 : «La quatrième bête sera un quatrième royaume sur la terre, lequel sera différent de tous les royaumes». Au deuxième chapitre de ce prophète, nous voyons également qu’il devait y avoir quatre grands royaumes — évidemment les mêmes royaumes que ceux qui nous sont ici présentés. Là, comme vous le savez tous, l’objet de la vision était une grande statue avec une tête d’or, la poitrine et les bras d’argent, le ventre et les hanches d’airain, les jambes de fer, et les pieds en partie de fer et en partie d’argile. Daniel reçut de Dieu l’intelligence de toutes ces choses, qu’il explique au roi Nebucadnetsar. Il lui dit, (voir les vers. 38 à 40 de ce chapitre 2) : «Tu es la tête d’or. Et après toi, s’élèvera un autre royaume, inférieur à toi ; puis un troisième et autre royaume, d’airain, qui dominera sur toute la terre. Et le quatrième royaume sera fort comme le fer etc.». Or, dans ce cas, le quatrième royaume est représenté comme ayant dix orteils, tandis que, dans le chap. 7, la quatrième bête à dix cornes. En outre, dans ces deux chapitres également, une crise solennelle détruit le quatrième royaume, et en introduit un cinquième qui est céleste. Ici, une «pierre» mystique frappe la statue sur ses pieds et réduit toute cette grande figure en poussière (vers. 44, 45) ; là, le jugement se tient, et le Fils de l’homme vient sur les nuées des cieux. Dans les deux cas, le grand résultat est le millénium. Évidemment donc, les quatre grandes bêtes, dans la vision du septième chapitre, désignent les mêmes quatre grands royaumes, qui sont représentés dans la statue symbolique du deuxième. Dans l’un et l’autre de ces chapitres, ce qui nous est offert, c’est la naissance ou l’origine de quatre grandes monarchies universelles. Revenons à Daniel 7.
Pouvons-nous constater quelque chose de plus relativement à ces quatre empires ? Sans doute. Nous pouvons constater quels étaient les empires, figurés par ces quatre grandes bêtes. Nous désirons vous le faire voir en nous appuyant sur la seule autorité de l’Écriture. D’abord, nous avons la preuve, que la première bête comme un lion signifiait l’empire babylonien ou chaldéen. Nous avons vu que Daniel dit expressément à Nebucadnetsar : «Toi, tu es la tête d’or». Il lui dit encore : «Toi, ô roi ! tu es le roi des rois, auquel le Dieu des cieux a donné le royaume, la puissance, et la force et la gloire ; et partout où habitent les fils des hommes, les bêtes des champs et les oiseaux des cieux, il les a mis entre tes mains, et t’a fait dominer sur eux tous ; Toi, tu es cette tête d’or». Cette tête d’or était le premier des quatre royaumes. La souveraineté du royaume était concentrée dans la personne de Nebucadnetsar. Il était roi absolu de l’empire de Babylone ; voir ch. 1:1. Ainsi nous avons ici la preuve la plus évidente de la signification qu’il faut donner au lion, la première des quatre grandes bêtes de la vision.
C’est ici que commencent «les temps des Gentils». Au chapitre premier de ce livre prophétique, nous lisons que «Nebucadnetsar, roi de Babylone, vint à Jérusalem, et l’assiégea. Et le Seigneur livra en sa main Jehoïakim, roi de Juda». Dans les chapitres 24 et 25 du second livre des Rois, nous avons un récit circonstancié de trois expéditions successives de ce même roi Nebucadnetsar contre Jérusalem. La dernière fut des plus décisives. Dès lors Israël a toujours été assujetti au pouvoir des Gentils. Ses rois ne furent plus que des vassaux. La nation fut tributaire et dépendante des puissances successives d’entre les Gentils. Ces temps de la domination des Gentils, nous le répétons, sont «les temps des Gentils».
Mais quel est le royaume symbolisé par la seconde bête, semblable à un ours ? Le cinquième chapitre de ce livre nous l’apprend. Belshatsar succéda à Nebucadnetsar sur le trône de Babylone. Il fit un festin sacrilège et impie à mille de ses grands. Alors apparut une main mystérieuse, écrivant sur l’enduit de la muraille, ces mots redoutables : «Mené, Mené, Thékel, Upharsin». Eh bien ! le renseignement que nous cherchons se trouve contenu dans le dernier de ces mots, dont la signification est expliquée par Daniel, en ces termes : «PÉRÈS : ton royaume est divisé, et il a été donné aux Mèdes et aux Perses». L’empire Médo-Perse devait donc succéder à celui des Chaldéens. C’est ce que l’événement réalisa bientôt, car, aux versets 30 et 31, nous lisons que : «En cette nuit-là, Belshatsar, roi des Chaldéens, fut tué. Et Darius, le Mède, reçut le royaume». Voilà qui est très simple et très concluant. Nous ne sommes pas laissés à nos conjectures, nous n’avons pas même besoin de recourir au témoignage de l’histoire profane. Nous savons, par la Parole, que le second grand empire des Gentils fut celui des Mèdes et des Perses.
De cet empire aussi, Israël fut sujet et tributaire. Darius établit Daniel comme gouverneur sur le royaume. Le livre d’Esther nous apprend que, dans une occasion, le roi Assuérus fut incité à décréter la destruction de tout le peuple juif. Lui aussi était un monarque médo-perse, comme le fait voir clairement le dernier chapitre d’Esther et d’autres parties de ce livre. Dans Esdras, il est beaucoup parlé de «Cyrus roi de Perse», et «d’Artaxerxès, roi de Perse», et l’on y voit la nation juive demeurer entièrement soumise à la domination de ces rois et en recevoir soit du bien, soit du mal. «Les temps des Gentils» continuaient leur course lente et, pour les Juifs, toujours funeste.
Quel est le troisième royaume — figuré par une bête semblable à un léopard ? Le huitième chapitre de Daniel résout aussi cette question. Le prophète voit, dans une vision, un bélier à deux cornes, qui fut détruit par un bouc, ayant entre les yeux «une corne de grande apparence». «Alors le bouc devint très grand ; et lorsqu’il fut devenu fort, la grande corne fut brisée, et quatre cornes de grande apparence s’élevèrent à sa place, vers les quatre vents des cieux». Le sens de ces deux symboles est expliqué aux versets 20 et 21 : «Le bélier que tu as vu, qui avait deux cornes, ce sont les rois de Médie et de Perse. Et le bouc velu, c’est le roi de Javan (ou de la Grèce) ; et la grande corne qui était entre ses yeux, c’est le premier roi». C’était donc le bouc grec, qui détruisait la puissance du bélier médo-perse et s’en emparait. Le royaume grec est donc évidemment le troisième royaume qui ressemble au léopard. Voilà ce que nous pouvons aussi affirmer, sur le témoignage positif des Écritures.
Remarquons encore que cette troisième bête avait quatre têtes : «Et la bête avait quatre têtes, et la domination lui fut donnée», vers. 6. Au chapitre 8, nous avons vu que cette bête est la Grèce, représentée dans ce chapitre par un bouc, ayant d’abord une corne de grande apparence, et qui désignait le premier roi, et qu’ensuite «quatre cornes de grande apparence s’élevèrent à sa place, vers les quatre vents des cieux» ; ce qui, au verset 22, est expliqué comme suit : «Et qu’elle ait été brisée, et que quatre autres cornes se soient élevées à sa place, c’est que quatre royaumes s’élèveront de la nation, mais non avec sa puissance». L’accomplissement de cette prophétie est un fait historique bien connu. Le «premier roi» ici mentionné est évidemment Alexandre le Grand. Il fonda le puissant empire de la Grèce, qui fut de très courte durée. À sa mort, cet empire fut divisé en quatre royaumes, dont s’emparèrent ceux qui sont connus sous le nom des quatre successeurs d’Alexandre. Nous trouvons beaucoup de détails et de lumières là-dessus dans Dan. 11 ; nous avons, dans cette page prophétique, une histoire circonstanciée de ces temps des Grecs. Preuve frappante, pouvons-nous bien dire, de la divine inspiration de ce Livre.
Pendant la durée de cet empire, la nation juive continua d’être assujettie et tributaire. Les temps des Gentils poursuivaient leur cours. De temps en temps, il est vrai, des intervalles d’allégement de leurs souffrances étaient accordés au peuple de Dieu, mais les circonstances mêmes, relatives à ces soulagements passagers et partiels, démontrent l’état de servitude dans lequel les Juifs étaient réduits. Il s’ensuivait ordinairement de nouvelles et victorieuses attaques contre leur pays et leur capitale. En Dan. 11, il est fait mention de plus d’une de ces incursions dévastatrices. Au vers. 16, il est ainsi parlé de l’un des successeurs d’Alexandre : «Il se tiendra dans le pays de beauté, ayant la destruction dans sa main». Ce «pays de beauté» est sans doute la Palestine. Puis, aux versets 28 à 33, une autre invasion est clairement indiquée : «Des forces profaneront le sanctuaire de la forteresse, et ôteront le sacrifice continuel, et elles placeront l’abomination qui cause la désolation». Je ne chercherai pas à déterminer maintenant, si ces paroles se rapportent à Antiochus ou aux Romains. Je ferai seulement remarquer que le caractère des actes prédits ici est bien évident, et que soit Antiochus soit les Romains en commirent de semblables. Les livres apocryphes des Maccabées, que nous pouvons regarder comme une histoire authentique, racontent au long les souffrances des Juifs sous Antiochus. Quoique Alexandre le Grand ne fût plus, quoique son empire eût été divisé, les Juifs n’en étaient pas moins toujours un peuple dégradé et malheureux. À la fin, ils recherchèrent l’alliance des Romains, dans le but de se fortifier contre les attaques des successeurs d’Alexandre. Cette alliance fraya la voie à leur assujettissement au joug de Rome, sous lequel nous les trouvons quand notre bien-aimé Sauveur apparut. Ils tombèrent ainsi d’âge en âge sous la puissance des Gentils, accomplissant la parole prophétique : «J’en ferai une ruine, une ruine, une ruine ! Ceci aussi ne sera plus, jusqu’à ce que vienne Celui auquel appartient le juste jugement, et je le lui donnerai» (Ézé. 21:32).