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HUIT MÉDITATIONS sur la PROPHÉTIE
par William TROTTER et T. SMITH
Ce texte suit la 3° édition revue et corrigée de 1897
Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest
TABLE DES MATIÈRES.
1.2 Pour étudier la prophétie, il faut avoir l’assurance de son salut
1.4 Objections (non valables) contre l’étude de la prophétie
1.5 État d’esprit pour étudier la prophétie : Contrition de cœur, grâce et foi
1.6 La venue de Christ ; abrégé des événements prophétiques
2 2° méditation — Jean 14:1-3 — La seconde venue du Christ doit précéder le Millénium
2.1 Jean 14 : L’Église attend que le Seigneur vienne la chercher
2.2 Actes 1 : La venue du Seigneur est pré-millénaire
2.3 Actes 3 : La venue du Seigneur et le rétablissement de toutes choses au début du millénium
2.4 Matt. 13 — La parabole du semeur
2.5 Matt. 13 — La parabole de l’ivraie du champ
2.6 Matt. 13 — La parabole du grain de moutarde
2.7 Matt. 13 — La parabole du levain dans la farine
2.8 2 Thes. 1 et 2 — L’Antichrist doit venir et être détruit avant le millénium
2.9 Matt. 24 et Luc 21 — Apparition du Seigneur lors de la conversion d’Israël au début du millénium
2.10 Matt. 25 — La parabole des 10 vierges
2.11 Luc 17 — L’un pris, l’autre laissé… ce n’est pas l’enlèvement de l’Église
2.12 Luc 19:11-27 — Le Seigneur recevant le royaume de la main du Père
2.13 Luc 12:32-48 — Attendre la venue du Fils de l’homme, non pas la mort
2.14 L’espérance de l’Église distincte de la conversion du monde
2.15 Romains 8:18-23 — La création affranchie de la servitude de la corruption
2.16 1 Cor. 1:7 — Attente du retour du Seigneur, non pas de la bénédiction millénaire
2.17 Phil. 3:20-21 — Attente du retour du Seigneur, non pas de la bénédiction millénaire
2.18 1 Thes. 1:9-10 et ch. 4 — Attente de l’enlèvement de l’Église
2.19 Jacques 5:1-8 — Attente de la venue du Seigneur
2.20 1 Jean 3:1-3 — Attente de l’apparition du Seigneur
2.21 Jude — L’impiété prévaut avant la venue du Seigneur
4 3° méditation — Ésaïe 11 — Retour et Restauration des Juifs
4.1 Le témoignage confié aux Juifs
4.2 L’échec de ce témoignage jusqu’au rejet de Christ
4.3 Les promesses d’une restauration d’Israël ne sont pas accomplies
4.4 Les Écritures annonçant la restauration d’Israël
4.5 Ordre des événements amenant au rétablissement d’Israël
4.5.1 Un retour des Juifs dans leur pays, mais dans l’incrédulité
4.5.2 Alliance des Juifs avec l’Antichrist
4.5.4 La dernière tribulation des Juifs a lieu dans leur pays
4.5.5 Les derniers Israélites encore dispersés sont ramenés
5.1.1 Le jour du Seigneur est un temps de jugement
5.1.2 Le jour du Seigneur selon Zacharie 14
5.1.3 Le jour du Seigneur selon Ésaïe 2:1-5
5.1.4 Le jour du Seigneur et le Psaume 46
5.1.5 Le jour du Seigneur et Ésaïe 2:9-22
5.2 Le jour actuel est le jour du salut
5.2.1 Pas de gouvernement public de Dieu
5.2.2 Le monde n’est pas changé par la grâce
5.2.3 La soumission n’est pas amenée par la grâce, mais est produite par le jugement
5.3 Pendant le millénium, la justice règne
5.4 Autres passages sur la bénédiction universelle sous le règne de Christ
6.2 L’Église a une vocation céleste, Israël une vocation terrestre
6.3 Prééminence d’Israël pendant le millénium
6.4 Le grand but de Dieu est sa propre gloire manifestée en Christ
6.5 Christ régnant comme Fils de David
6.8 Christ Fils de Dieu — L’Assemblée son corps
6.9 L’Église aimée du Père comme le Fils
6.10 L’Église bâtie sur Christ et par Christ
6.11 L’Église bénie dans les lieux célestes
6.12 Abolition de la distinction Juif-Gentil — Église corps de Christ
6.13 L’Église rejetée comme Christ
6.14 L’Église sainte comme Christ
6.16 Présence du Saint Esprit dans l’Église
6.17 La gloire de l’Église est celle de Christ
7.1 L’apostasie dans l’Église — 2 Thes. et Apoc. 17
7.1.1 Apoc. 17:1 — La femme assise sur la bête
7.1.2 Symbolisme ville / femme
7.1.4 Le pouvoir ecclésiastique dominant le pouvoir civil
7.1.5 Contraste entre les deux femmes d’Apoc. 17 et 21
7.2 L’Assemblée dans le Nouveau Testament
7.2.1 Matthieu 16 et 18 ; Actes 1 à 4
7.2.2 L’assemblée selon Matthieu 13
7.2.3 Matthieu 25 ; Actes 5-6 ; Romains 11 ; 1 Corinthiens
7.2.6 Babylone — Apoc. 17 et 2 Thes. 2
8.2 Daniel 2 et les 4 royaumes
8.3 Daniel 5 et 6 — Le 2° royaume
8.5 La 4° bête ou empire romain
8.8 Les 4 royaumes et l’évolution de l’un à l’autre
8.9 La fin des temps des nations
9.2 L’espérance de l’Église : la venue du Seigneur et la transmutation des saints
9.3 Ésaïe 25:8 — La mort engloutie en victoire
9.4 La mort abolie — Apoc. 20:14
9.5 Romains 8:16-25 — Glorifiés avec Lui
9.6 Patience de Dieu dans le temps actuel
9.7 Délivrance de la création — Romains 8
9.8 Sauvés en espérance — Christ notre espérance
10 Appendice — L’Église enlevée avant les jugements apocalyptiques
10.1 Y a-t-il un événement à attendre avant la venue du Seigneur ?
10.2 Attente journalière de la venue du Seigneur
10.3 Des intervalles de temps insérés au milieu de versets de l’Écriture
10.4 Comparaison des Psaumes et de l’Évangile
10.5 Où est l’Église pendant l’Apocalypse ?
par William Trotter (York, mars / avril 1851)
Si nous nous étions proposés de traiter de l’importance de la Prophétie elle-même, nous aurions pu la considérer sous un double point de vue, savoir, dans ses rapports avec le monde, et dans ses rapports avec l’Église. La Prophétie est, en partie, le témoignage de Dieu relativement au monde : témoignage, il est vrai, d’avertissements et de terreurs, exactement représenté par le rouleau d’Ézéchiel, écrit en dedans et en dehors, et rempli de lamentations, de soupirs et de malédictions. Et, on peut le dire, une des plus déplorables conséquences de la négligence trop générale de la parole prophétique par les chrétiens, c’est que, au lieu de proclamer incessamment aux oreilles des mondains ce témoignage solennel et redoutable quant à ce qui attend ce monde, nous n’avons que trop fait chorus avec Satan qui ne cesse de répéter : paix, paix ! (Éz. 13:10 ; Jér. 6:14 ; 8:11) et qui, par ses chants assoupissants, berce et endort toujours plus profondément les pauvres pécheurs : cependant, hélas ! ils ne sommeillent point, les jugements de Dieu qui les surprendront infailliblement avant qu’il soit longtemps. Le monde rêve d’un prochain âge d’or, d’une période de paix et d’abondance, de liberté et de bon gouvernement, et il s’affaire comme, au reste, il le fait depuis tant de siècles, pour en hâter la venue. Les saints, de leur côté, comme des vierges imprudentes, ont sommeillé ou se sont endormis pendant la nuit de leur séjour temporaire, au lieu de veiller pour aller à la rencontre de l’Époux à sa venue. Nous aussi nous avons eu nos rêves et nous avons imaginé des progrès graduels qui amèneraient bientôt et paisiblement cette même période de bénédictions. Tandis que le monde cherchait à en accélérer l’apparition par tous les moyens que pouvaient lui fournir la philosophie, l’économie politique et une philanthropie basée sur ces sciences, combien de saints de Dieu n’y ont-ils pas ont ajouté l’Évangile, pensant ainsi perfectionner le grand moteur, au moyen duquel ce monde misérable et coupable devrait être ramené à la pureté et à la prospérité universelles ! Et même si l’on prétend, comme sans doute plusieurs le font que, dans ce vaste plan, le christianisme est placé en tête, et que toutes les autres choses ne sont considérées que comme des forces subsidiaires, qu’aurait-on gagné ? Le monde et l’Église n’en sont pas moins toujours réunis en une même armée, pour livrer la même bataille, animés par la même espérance de la victoire, de la paix qui en résultera, du repos, du contentement dans ce monde. Tous sont d’accord pour renvoyer le mauvais jour aussi loin que possible, ou pour nier l’approche d’un mauvais jour. On a cousu des coussins sous tous les bras (Éz. 13:18-20), — on a enduit les parois de mauvais mortier (Éz. 13:10), — les prophètes, soit dans le monde soit dans l’Église, s’accordent à prophétiser des choses agréables et à répéter : «Paix, paix !» quand il n’y a point de paix. Tout ce mal provient de ce qu’on prête l’oreille aux raisonnements et aux spéculations des hommes, au lieu de s’en tenir au témoignage de la sainte parole de Dieu.
Veux-je dire par là que jamais cette terre opprimée et gémissante ne doit voir se lever sur elle un jour de paix et de bénédiction générale ? À Dieu ne plaise ! Il est un millénium encore à venir ; une période de justice et de joie universelles, plus brillante que tout ce que peuvent imaginer les espérances de l’homme, — plus brillante que tout ce que les chrétiens eux-mêmes peuvent se représenter par anticipation. Ce sera une période dans laquelle, en effet, les hommes «de leurs épées, forgeront des socs, et de leurs lances des serpes ; où une nation ne lèvera pas l’épée contre une autre nation, et où l’on n’apprendra plus la guerre» ; mais où «la gloire de l’Éternel sera manifestée, et où toute chair ensemble la verra» ; où «l’on ne fera pas de tort, et on ne détruira pas dans toute la sainte montagne» de Dieu ; où «la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer». Mais quant aux moyens par lesquels cette période doit être amenée, nous affirmons (et, dans le cours de ces Méditations, nous espérons pouvoir vous le démontrer avec évidence par la parole de Dieu) que les imaginations et les spéculations de l’homme ont généralement été mises à la place des solennels enseignements de ce saint Livre. Nous vous prouverons, je l’espère, d’après la parole de Dieu, que ce n’est pas par les progrès de la civilisation, la marche de l’intelligence, ou le développement de la science ; que ce n’est pas par la propagation des opinions du jour, ni par l’établissement toujours plus général des institutions libérales ; que ce n’est pas par le moyen d’écoles et d’hôpitaux, et de Sociétés de la paix, et de Sociétés de tempérance ; ni même par le moyen d’écoles du Dimanche, et de Sociétés de traités religieux et de missions chez les païens, quelque bonnes et utiles qu’elles puissent être à leur place (et nous avons bien des motifs de rendre grâce à Dieu au sujet de ces institutions) : ce n’est pas par ces moyens que le royaume de Satan sera renversé, que le monde sera délivré de sa cruelle tyrannie, et que le règne universel de la justice et de la paix sera établi ; mais c’est par la venue de notre Seigneur Jésus Christ des cieux. C’est là le seul grand événement que place devant nous la parole plus ferme de la Prophétie. C’est un événement que les hommes se sont efforcés de renvoyer à une époque indéfiniment éloignée, mais qui, dans l’Écriture, est toujours représenté comme imminent, comme le seul événement imminent soit pour les saints, soit pour les pécheurs. Relativement à ces deux classes d’hommes, il a, je l’accorde, des aspects bien différents : aux uns, il est lumière, — aux autres, ténèbres ; aux uns, joie, — aux autres, immense douleur ; aux uns, délivrance, bénédiction et triomphe éternels, — aux autres, confusion et éternel désespoir. Mais, que nous le considérions par rapport aux uns, ou par rapport aux autres, c’est le seul grand événement annoncé dans la parole prophétique non accomplie ; c’est, pour ainsi dire, le centre de toutes les dispensations futures de Dieu envers l’humanité. Il aura lieu, non pas, comme on le suppose communément, à la fin, mais au commencement de cette période de justice universelle sur la terre. Il précède cette période ; il l’introduit ; et quoi qu’on puisse dire, il peut arriver pendant notre vie actuelle, pendant le court espace de notre existence ici-bas.
Je ne dirai rien de plus maintenant sur ce sujet, qui sera le thème spécial de notre seconde Méditation, dans laquelle, avec l’aide du Seigneur, nous espérons vous en présenter des preuves convaincantes. Tout ce que je voulais pour le moment, c’était de mentionner ce point essentiel, dès le début de nos recherches. Et cela, parce que, si la négligence de la Prophétie par les chrétiens a eu de déplorables conséquences, c’est avant tout la négligence des oracles de Dieu relatifs à la venue du Seigneur considérée par rapport au monde. Au lieu de rendre témoignage à ce grand et terrible fait qui s’approche avec rapidité, les chrétiens ont cru pouvoir agir plus efficacement sur les consciences des hommes légers et insouciants, en leur parlant de l’incertitude de leur vie et du jour final de rétribution à la fin des temps, ou lors de la dissolution de toutes choses. Je ne veux pas dire que l’Écriture garde le silence sur ces deux points. Nullement. Elle contient quelques passages qui s’y rapportent : «Il est réservé aux hommes de mourir une fois, — et après cela le jugement». Le jugement des morts devant le grand trône blanc est décrit de la manière la plus solennelle dans le chapitre 20 de l’Apocalypse. Néanmoins nous pouvons affirmer avec une entière assurance, que le grand sujet du témoignage prophétique n’est ni l’incertitude de notre vie, ni l’érection du grand trône blanc, à la consommation de toutes choses, mais bien la venue du Seigneur Jésus Christ lui-même sur les nuées du ciel, pour infliger de redoutables jugements aux habitants de la terre, — à ceux qui seront vivants et qui le verront quand il viendra : «Voici, il vient avec les nuées, et tout oeil le verra, et ceux qui l’ont percé, et toutes les tribus de la terre se lamenteront à cause de lui». La différence, quant aux effets sur la conscience, entre ces deux sortes de témoignage, est réellement immense. Il est vrai que la vie est incertaine ; personne ne peut prévoir le moment de la dissolution de son corps. Mais c’est là une idée si rabâchée, si banale, si familière à l’esprit des hommes, qu’elle produit peu ou point d’impression. La vue presque journalière de la mort ou de l’activité qui s’y rattache, n’a guère d’effet sur des coeurs naturellement légers. Un fossoyeur se familiarise tellement avec son lugubre métier, qu’il soulève de sa pelle des débris de corps humain avec la même indifférence que s’il retournait des mottes de terre. Il en est, au fond, de même des autres hommes. Les effets de l’habitude ont tant de force, et tout nous rappelle si habituellement l’approche de la mort et l’incertitude du moment de sa venue, que la perspective de cet événement n’agit plus sur la conscience. Aussi n’est-ce pas là le motif communément présenté dans l’Écriture (*). Mais que le témoignage de la parole de Dieu pénètre dans un coeur ; qu’un homme soit convaincu que ce qui est présenté au monde comme à venir, c’est la venue de Christ sur les nuées du ciel, non pas dans un millier d’années d’ici, mais avant la fin de sa propre vie, quoi qu’on puisse penser, dire ou avancer de contraire ; qu’un tel homme soit bien convaincu que, quoi qu’on ait pu lui apprendre d’autre, il pourra voir de ses propres yeux le ciel ouvert, et le Fils de l’homme revêtu de lumière et de majesté, descendre accompagné des myriades de ses saints, pour exécuter le jugement sur les impies ; que, s’il ne va pas au Sauveur, s’il ne croit pas à l’Évangile, il peut être un des vivants, objets de la colère, quand le Fils de l’homme viendra fouler «la grande cuve du courroux de Dieu» ; — qu’il soit, dis-je, réellement convaincu de ces vérités, n’y aura-t-il pas là quelque chose d’assez solennel et d’assez redoutable pour arrêter l’homme le plus insouciant et le plus léger dans sa carrière de folies ? Et c’est bien là, mes chers auditeurs, étrangers encore à la grâce, la perspective que la parole de Dieu place devant vous. Ne rêvez plus d’un certain intervalle de mille ans, qui devrait précéder cet événement, comme plusieurs le prétendent. On vous a peut-être dit aussi que cette arrivée de Christ est encore éloignée de mille ans au moins. Mais Jésus dit : «Or quant à ce jour-là ou à cette heure-là, personne n’en a connaissance, pas même les anges qui sont dans le ciel, mais le Père seul».
(*) On peut même affirmer que jamais, dans le Nouveau Testament, cette pensée de la mort n’est présentée aux enfants de Dieu comme motif à l’obéissance et à la sainteté (Trad.)
Avant d’aller plus loin, je voudrais adresser un sérieux avertissement aux inconvertis qui pourraient se trouver ici. Ne vous abusez pas ; ne songez pas à un millénium avant la venue du Fils de l’homme. Il n’y aura rien de semblable, comme nous vous le démontrerons une autre fois. C’est pourquoi, dès à présent, je vous invite et vous exhorte en présence de Dieu, devant lequel nous comparaîtrons tous, à ne point vous laisser égarer par les idées généralement répandues sur ce sujet. Personne ne peut vous certifier que le jour dont nous parlons soit encore fort éloigné. Quoi qu’il en soit de toutes les idées qui ont cours dans le monde religieux, vos yeux pourront, peut-être, en contempler les terreurs. Avant le terme de votre vie naturelle, les tonnerres de cette journée peuvent éclater à vos oreilles et son appareil redoutable, faire trembler vos coeurs. À moins que vous n’alliez au Sauveur qui vous est encore annoncé et qui vous appelle encore ; à moins que vos coeurs ne soient amenés à croire à la bonne nouvelle de sa grâce et à chercher un refuge entre ses bras, les épouvantements de ce jour de Christ peuvent tomber sur vous encore vivants ici-bas. Vous pouvez être au nombre de ceux qui seront foulés dans la cuve, lorsque reviendra des cieux Celui qui a été rejeté et méprisé sur la terre. Ne tardez donc pas à vous réfugier auprès de Jésus. Il est l’arche du salut, au-dessus et en dehors de la tempête qui s’approche. Oh ! puissiez-vous tous être conduits à chercher en lui votre refuge ! Ses bras sont toujours ouverts pour vous recevoir. Il n’est personne ici que Jésus soit réjoui d’accueillir dans son sein. Puisse ce précieux abri vous mettre tous à couvert et en sûreté !
On le voit donc, la Prophétie est d’une grande importance pour tous ; mais si nous en venons à parler de l’importance de l’étude de la Prophétie, et de l’esprit qu’on doit y apporter, il est bien clair que ce n’est qu’aux chrétiens que nous pourrons et devrons nous adresser. Ce n’est pas que nous soyons indifférents à l’état et au sort des mondains : mon coeur ne m’aurait pas permis de dire un seul mot aux chrétiens, avant d’avoir, tout premièrement, averti et conjuré les inconvertis qui sont ici, de fuir la colère à venir en allant à Christ. Mais, chers amis, le sujet que nous devons traiter aujourd’hui est évidemment un de ces sujets qui ne peuvent concerner et intéresser que des chrétiens. Eux seuls possèdent deux bénédictions indispensables pour étudier la Prophétie. L’une est l’assurance du salut ; l’autre, l’habitation du Saint Esprit en eux.
Sans l’assurance du salut, comment pourrions-nous contempler avec calme la description, tracée par les prophètes, des événements si solennels qui remplissent l’avenir ? Comment nous occuper sans angoisse des jugements qui doivent fondre sur ce monde coupable, s’il existe encore dans nos coeurs quelque crainte ou quelque doute sur la question de savoir si ces jugements peuvent aussi nous atteindre ? D’un autre côté, si nous considérons la gloire, dans laquelle tous les membres du corps de Christ seront révélés avec lui quand il viendra, — la gloire dont tous les croyants sont cohéritiers avec lui, — comment pourrions-nous avec quelque intérêt méditer sur ce sujet, dans le cas où nous ne serions pas encore sûrs d’être du nombre de ceux auxquels, par grâce, cette gloire appartient ? Non, l’étude de la Prophétie suppose la réception préalable de l’Évangile, et une réception telle qu’une parfaite paix en ait été la conséquence. Aussi, mes frères, c’est à vous qui savez, qu’«ayant été justifiés sur le principe de la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ», que je m’adresse, pour insister auprès de vous sur l’étude de la parole prophétique. À l’abri dans l’asile de sa grâce, assurés de la miséricorde du Sauveur et de l’amour du Père, vous pouvez de là promener vos regards sur tout ce que dépeint la plume de la Prophétie. Mais bien plus, vous pourriez être témoins de ces scènes mêmes, — vous pourriez, non seulement en lire la description, mais les voir, — voir l’ébranlement des cieux et la dissolution de la terre, — les gloires du jour où le ciel sera ouvert, et où celui qui monte le cheval blanc sortira en vainqueur et pour vaincre ; et sachant en qui vous avez cru, vos coeurs demeureraient calmes et inébranlables au milieu de toutes les terreurs de cette scène. Ai-je dit que vous pourriez en être les témoins ? Mes frères, je me suis mal exprimé ; nous serons tous témoins de ces événements ; nous y assisterons, non pas seulement comme spectateurs, mais comme acteurs. Toute la gloire des cieux ouverts, et des innombrables armées qui en sortent à la suite de Jésus, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs — cette gloire sera devenue notre partage et notre habitation avant ce jour-là. «Quand IL sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire». Le coeur a besoin d’être assuré de ces vérités et de connaître la paix et le repos qui résultent de cette assurance, pour pouvoir jeter d’avance un regard tranquille sur ces scènes émouvantes.
Ensuite, il n’y a que les chrétiens en qui le Saint Esprit habite ; c’est ce Consolateur promis qui devait nous «montrer les choses qui doivent arriver bientôt». Ce sont des choses qui arrivent, il est vrai, aux hommes sur la terre ; néanmoins ce sont les choses de Dieu, le développement de ses conseils et de ses voies. «Car qui des hommes connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? Ainsi, personne ne connaît les choses de Dieu non plus, si ce n’est l’Esprit de Dieu» (1 Cor. 2:11). Ce que lui seul connaît, lui seul peut l’enseigner. Aussi combien sont précieuses les paroles qui suivent immédiatement celles que nous venons de citer : «Mais nous, nous avons reçu, non l’esprit du monde, mais l’Esprit qui est de Dieu, afin que nous connaissions les choses qui nous ont été librement données par Dieu». Oui, mes bien-aimés frères, c’est à vous qui êtes passés de la mort à la vie, à vous qui avez goûté que le Seigneur est bon, à vous qui possédez cet inestimable don du Saint-Esprit, envoyé par le Père au nom de Jésus pour nous enseigner toutes choses, nous guider dans toute la vérité, — pour prendre de ce qui est à Christ et nous l’annoncer, — pour nous montrer les choses à venir, — c’est à vous que je voudrais adresser avec affection quelques pensées sur l’importance de cette étude si négligée, — l’étude des parties prophétiques de la sainte parole de Dieu.
Il est, tout d’abord, une considération qui ne peut manquer d’avoir du poids sur l’esprit de ceux qui apprécient réellement la parole de Dieu : je veux parler de la place considérable, occupée dans cette parole par des sujets prophétiques. D’Ésaïe à Malachie, tout est prophétie ; pour ne rien dire d’un grand nombre de fragments prophétiques dans les livres précédents, tels que l’oracle de Jacob dans la Genèse, — ceux de Moïse dans le Lévitique et le Deutéronome, ainsi que de nombreux passages dans les livres de Samuel, des Rois et des Chroniques. Une grande partie des Psaumes a aussi un caractère éminemment prophétique. Vous dites peut-être : «Mais c’est là presque tout l’Ancien Testament». Eh bien ! vous demanderai-je, quelle instruction trouvons-nous dans le Nouveau Testament quant à l’usage et à l’objet de ces prophéties de l’Ancien ? Je vous renvoie à ces paroles de l’apôtre Pierre, qui répondent pleinement à cette question : «Il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu’ils administraient ces choses, qui vous sont maintenant annoncées par ceux qui vous ont annoncé la bonne nouvelle par l’Esprit Saint envoyé du ciel» 1 Pie. 1:12. Est-ce que la prédication de l’Évangile par le Saint-Esprit envoyé du ciel a mis de côté les prophéties de l’Ancien Testament ? Nullement. Les choses annoncées par l’un sont les choses que l’autre atteste et certifie ; et ce témoignage a été rendu, non en faveur de ceux qui le rendaient, mais pour nous à qui le témoignage est parvenu : «Ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu’ils les administraient». Puis quant au Nouveau Testament lui-même, un livre entier, celui qui le termine, est prophétique. En outre, nous avons des prophéties dans les Épîtres de Jude, de Jacques et de Pierre. La remarquable prophétie de Paul, dans sa seconde Épître aux Thessaloniciens, est bien connue, ainsi que d’autres dans ses autres Épîtres et dans les Actes. Quant aux Évangiles, il n’en est point qui ne renferme des prophéties. Matt. 13, 24 et 25 ; Marc 13 ; Luc 21, et Jean 14-16, sont les principales prédictions du Grand prophète, notre Seigneur Jésus-Christ lui-même. Ferions-nous donc bien de laisser de côté tous ces livres ou chapitres, comme si c’étaient des écrits de peu ou point d’intérêt et d’importance pour nous ? Une telle conduite chez un enfant nous paraîtrait-elle convenable ? Supposez qu’il eût reçu une longue lettre de son père absent, lettre dont une grande partie serait consacrée à donner à l’enfant des instructions sur certains sujets ; que penserions-nous de lui, s’il se bornait à jeter un rapide regard sur cette partie, en la lisant à peine, — pour donner toute son attention à d’autres fragments de la lettre que, pour une raison quelconque, il préférerait ? En agissant ainsi, honorerait-il son père ? Et nous, honorons-nous notre Père qui, dans sa miséricorde, a fait écrire pour nous les Saintes Écritures, si nous en négligeons, comme, hélas ! les chrétiens le font si généralement, les pages consacrées à la Prophétie ?
Ensuite, il est un certain caractère, attaché aux parties prophétiques de l’Écriture, qui leur donne un droit absolu à notre attention. Je vous accorde volontiers, qu’une grande partie de la Prophétie s’occupe des destinées d’autres personnes que nous. Elle développe tout spécialement les voies de Dieu envers son peuple terrestre et envers les Gentils, relativement à l’établissement du règne du Fils de l’homme, règne dans lequel notre place n’est pas celle de sujets, mais celle de cohéritiers appelés à régner avec lui. Il est donc parfaitement vrai que la plupart des détails prophétiques ne nous concernent pas directement et personnellement. Mais serait-ce là une raison de négliger la Prophétie ? Quoi ! Dieu nous a amenés si près de lui, — il nous a admis à des relations si intimes avec lui, qu’il nous communique ses secrets, qu’il fait de nous ses confidents, ne pouvant, pour ainsi dire, rien nous cacher ! Et en retour de tant d’amour, nous n’éprouverions qu’une complète indifférence pour ce qu’il s’est plu de nous communiquer ! Pourquoi Dieu fit-il connaître à Abraham ce qu’il allait faire à Sodome ? Était-ce pour qu’Abraham pût s’enfuir de cette ville, échapper à son jugement ? Était ce que ce jugement concernât personnellement le patriarche ? En aucune manière. La fidélité d’Abraham envers Dieu l’avait gardé éloigné de Sodome ; ses affections célestes, et sa marche l’avaient tenu éloigné de la scène sur laquelle allaient fondre les jugements de Dieu. Quelle fut donc la raison pour laquelle Dieu lui donna communication de la sentence prononcée contre Sodome ? La voici : «Et l’Éternel dit : Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ?» (Gen. 18:17). Abraham était si aimé de Dieu ; il réalisait si bien sa position ou son caractère d’ami de Dieu, que Dieu ne pouvait point avoir de secrets pour son ami. Abraham eût bien mal reconnu un tel amour, s’il se fût permis de dire : «Je n’ai que faire de ces choses ; je n’ai point de relation avec Sodome, dont le jugement ne me regarde pas ; aussi ne puis-je y prendre aucune espèce d’intérêt». Et quand Jésus nous dit : «Je ne vous appelle plus esclaves, car l’esclave ne sait pas ce que son maître fait ; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai ouï de mon Père» (Jean 15:15), quelle est la seule réponse convenable de nos coeurs à de telles paroles ? N’est-ce pas une attention pleine de respect et d’adoration, lorsque Christ, dans l’amour qui nous a ainsi rendus ses amis, nous révèle ce qu’il a entendu de son Père ? Si un secrétaire d’État, ou quelque personnage occupant un emploi supérieur dans le gouvernement, était sur le point de vous confier quelque secret relatif à l’administration des affaires, avec quelle attention vous l’écouteriez ! Et s’il vous disait : «Vous êtes pour moi un ami si cher que je ne puis rien vous cacher», avec quel redoublement d’intérêt vous prêteriez une oreille attentive à des communications précédées de telles paroles ! Mais ici nous avons Dieu lui-même, le Tout-Puissant gouverneur de toutes choses, et le Seigneur Jésus-Christ, établi d’avance pour administrer le gouvernement de Dieu dans le siècle à venir, qui nous traitent comme des «amis», en nous annonçant ce qui doit arriver, non pas dans le gouvernement d’une province ou d’une nation, mais dans cet immense ébranlement, qui va ôter l’administration du pouvoir et de l’autorité aux mains infidèles de tous ceux auxquels elle avait été déléguée, et la remettre entre les mains de Celui qui s’est abaissé lui-même pour devenir le fidèle serviteur. C’est à lui qu’«a été donné un nom au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus se ploie tout genou, des êtres célestes, terrestres et infernaux, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père» (Phil. 2:10-11). Si Dieu nous a parlé de ces grandes choses, mes frères, s’il nous a dit par quels moyens il les accomplira, s’il nous a fait connaître les résultats bénis qui en découleront, soit pour ceux qui seront au ciel, soit pour ceux qui seront sur la terre, pourrions-nous bien écouter sans intérêt les communications que Dieu nous fait à cet égard ?
Si l’on disait : «Oui, mais les paroles de Jean 15:15, étaient adressées aux disciples de notre Seigneur et ne s’appliquent qu’à eux», eh bien ! Répondrions-nous, prenez Éph. 1:8-10, où, s’adressant à toute l’Église et après avoir parlé des richesses de la grâce de Dieu, l’apôtre dit : «Laquelle il a fait abonder envers nous en toute sagesse et intelligence, nous ayant fait connaître le mystère de sa volonté selon son bon plaisir, qu’il s’est proposé en lui-même pour l’administration de la plénitude des temps, savoir de réunir en un toutes choses dans le Christ, les choses qui sont dans les cieux, et les choses qui sont sur la terre». Ce ne sont donc pas seulement les douze apôtres, ou les disciples de Jésus pendant sa vie ici-bas, qui ont été admis à ce degré de confiance et d’intimité ; mais c’est sur l’Église tout entière que Dieu a fait abonder sa grâce en toute sagesse et intelligence, en lui faisant connaître le mystère de sa volonté. Pouvons-nous donc mépriser ce privilège et négliger les communications dont nous sommes honorés, en raison même de ce privilège ?
De plus, l’importance pratique et l’influence morale de l’étude de la Prophétie, convenablement faite, sont une puissante considération pour la recommander à nos âmes. Je sais que l’on objecte souvent à l’étude de la Prophétie, qu’elle est toute spéculative, et l’on ajoute que l’on préfère ce qui est pratique. Rien pourtant ne peut être plus pratique. Permettez-moi de vous demander ce qui produit la pratique chrétienne, la conduite chrétienne ? Certes, ce ne sont pas des ordonnances ni des préceptes. En effet, la loi disait : Tu feras ceci, et tu ne feras pas cela ; elle ne connaissait d’autre langage que celui de la sévère autorité qui exige. Mais nous savons tous que la loi, tout en étant par elle-même sainte, juste et bonne, était faible par la chair et qu’elle ne pouvait nullement obtenir de pécheurs tels que nous, l’observation de ses saints commandements. L’Évangile procède d’après un principe totalement différent. Il s’adresse à nous comme à des êtres perdus et nous révèle la plénitude de la grâce de Dieu ; puis il nous fait voir comment cette grâce a trouvé, dans la rédemption par le Christ Jésus, un canal dans lequel elle peut, saintement et justement, se répandre en flots d’une miséricorde qui pardonne, guérit, vivifie le plus vil et le plus méchant des pécheurs. Il nous fait considérer comment «Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, et ne leur imputant pas leurs fautes» (2 Cor. 5:19). Ceux qui écoutent et entendent l’Évangile avec des coeurs croyants, reçoivent la vie éternelle. Leurs chaînes tombent, l’esclavage du péché cesse pour eux. Le coeur est mis au large et en liberté par la connaissance de l’amour de Dieu ; et le Saint-Esprit, qui a appliqué l’Évangile à l’âme avec cette puissance vivifiante, vient habiter dans cette âme comme un Esprit d’adoption, criant : «Abba ! Père !» Voilà ce qui, de soi-même, dans une mesure considérable, produit une vraie pratique chrétienne. L’homme, qui est né de Dieu, qui connaît la grâce du Christ et l’amour du Père, par le témoignage de l’Esprit de Dieu habitant en lui, est sûr d’agir, à un haut degré, comme il convient à un chrétien. La paix qui est en lui, la joie qui remplit son coeur ; l’amour pour Dieu et l’affection pour le Sauveur que le Saint-Esprit a produits en lui, doivent nécessairement se manifester par des moeurs et une conduite qui y correspondent plus ou moins. Mais à mesure qu’il avance dans la carrière et la connaissance chrétiennes, il a besoin de quelque chose de plus. Un petit enfant peut avoir la vie, les rapports avec ses parents et les affections d’un enfant ; tout cela peut s’exprimer spontanément au dehors jusqu’à un certain point : mais à mesure qu’il croit vers l’état d’homme fait, il faut que son caractère se montre, que son intelligence se développe, que ses inclinations se forment et se soumettent, que ses affections se prononcent et soient bien réglées dans ses relations avec son père ; et cela s’opère par le moyen de toutes les instructions positives qu’il plaît au père de lui donner. Il a tout particulièrement besoin des enseignements de son père quant à l’avenir, et, de fait, l’enfant est instruit et élevé conformément aux intentions de son père et à ses propres espérances pour l’avenir. Il en est de même du chrétien. Chaque croyant est un enfant de Dieu. Chacun d’eux a la vie d’un enfant — les rapports d’un enfant avec son père — les affections d’un enfant. Cette vie, ces rapports, ces affections s’expriment spontanément au dehors, quoique plus ou moins chez chaque enfant de Dieu. Mais à mesure que nous avançons, nous avons toujours plus besoin de toute la lumière que le Père a manifestée dans sa Parole ; nous avons besoin que cette lumière soit répandue dans nos coeurs et dans nos consciences par le Saint-Esprit, ce divin Docteur, à la discipline duquel nous sommes confiés, pour former notre caractère et régler nos voies selon la volonté de notre Père.
N’oublions pas que c’est à une obéissance intelligente et à un service intelligent, que nous sommes appelés : «Ne soyez pas sans intelligence, mais comprenez quelle est la volonté du Seigneur» (Éph. 5:17). Un serviteur peut entendre son maître lui dire : Fais ceci, ou ne fais pas cela, — et n’avoir aucune connaissance des vrais motifs de son maître dans l’un ou dans l’autre cas. Mais l’enfant, quoique dix fois plus obligé à une obéissance implicite et absolue, obéit d’une tout autre manière. On a lieu d’attendre de lui que, vu la grande connaissance qu’il a du caractère et des habitudes de son père, vu aussi les communications qui lui ont été faites des desseins et des plans de ce père, il comprenne comme par intuition ce qui plaira à son père, ce qui le réjouira. Or comment pourrions-nous servir ainsi notre Père, si nous négligeons la plus grande partie de cette parole, dans laquelle il a daigné nous développer ses pensées, nous révéler ses plans, et nous faire connaître le moyen par lequel il veut se glorifier lui-même en Christ, en répandant ainsi sa propre lumière sur toute la scène qui nous entoure — scène qui constitue la sphère dans laquelle nous sommes appelés à marcher de manière à plaire à Dieu et à le glorifier ? Rien, non, rien ne peut être plus pratique que l’étude de la Prophétie.
Puis quel est, parmi les chrétiens, l’un des résultats de la négligence de la Prophétie, que nous ne pouvons que trop contempler autour de nous ? Ne sommes-nous pas souvent témoins de cas tels que celui-ci ? Au milieu de sa carrière de mondanité et d’oubli de Dieu, un homme est soudain arrêté par une puissante conviction de péché. Tant que dure la force de cette conviction, et qu’il vit dans la crainte journalière de la condamnation éternelle qu’il a méritée, ses craintes mêmes et ses anxiétés lui font plutôt redouter que rechercher la Parole, où il ne sait lire que menaces et sentences de mort. Mais bientôt, s’il persévère, nous le voyons consacrer à la prière et à la lecture de la Bible le temps et l’énergie qu’il consacrait naguère au monde et à ses vanités ; nous le voyons chercher, par tous les moyens qu’il peut imaginer, la paix pour sa conscience troublée. Peu à peu il est amené à comprendre et à croire l’Évangile, et maintenant il voit que tout ce qu’il s’est vainement efforcé de faire, Christ l’avait fait pour lui, il y a plus de dix-huit cents ans, quand il mourut sur la croix, faisant ainsi la paix par l’aspersion de son sang. L’effet produit sur l’âme de cet homme par cette découverte, nous le connaissons tous, mes frères. Ses angoisses et ses craintes prennent fin. Il est rempli «de toute joie et paix en croyant» (Rom. 15:13). Ce qui précédemment pesait sur sa conscience comme un fardeau insupportable, en lui donnant le dégoût de la Parole, est maintenant éloigné. Son âme est heureuse — son coeur est libre et au large. Eh bien ! qu’est-ce qui va suivre ? Hélas ! qu’il est souvent pénible d’avoir à compléter ce tableau ! En effet, combien n’arrive-t-il pas fréquemment que le coeur, ainsi mis au large par la grâce qui pardonne et par l’amour rédempteur, retourne bientôt aux habitudes mondaines, aux pensées et aux préoccupations terrestres, dont la conviction de péché l’avait pour un temps détourné : précisément comme si Christ l’avait affranchi pour la mondanité et le lucre ! Sans doute, il peut y avoir quelques légères différences entre la manière dont le monde et ses avantages sont recherchés maintenant, et la manière dont ils l’étaient autrefois avant que cette âme fût arrêtée dans sa course mondaine par une puissante conviction de péché. Il peut y avoir plus de conscience quant au choix et à l’emploi des moyens ; peut-être aussi la consécration à Dieu, du moins on le pense, d’une partie plus ou moins considérable des bénéfices ou de la fortune. Néanmoins, quant au train général de la vie, il est évidemment le même qu’avant la conversion, — le même que celui du monde si affairé qui l’entoure. Comment cela se peut-il ? D’où vient que ce cas soit si commun ? En voici l’explication : Plusieurs apprennent et savent de quoi ils sont sauvés, sans en venir jusqu’à apprendre et savoir pour quoi ils sont sauvés. Ils savent par qui ils sont sauvés, sans avoir compris que l’espérance et l’attente de son retour nous conviennent tout autant que la confiance en l’oeuvre qu’il a accomplie. Il faut que le coeur ait un objet d’attente ou d’espérance ; il est impossible à l’homme de ne pas agir en vue de l’avenir. Si nous n’avons pas devant les yeux l’objet que Dieu nous présente, nous en aurons nécessairement quelque autre. Si ce n’est pas la parole de Dieu qui nous guide dans l’intelligence de l’avenir ; si nous ne sommes pas conduits à agir en vue de cet avenir tel que cette parole nous le fait connaître, nous le remplirons des visions de nos propres imaginations ou de celles que nous fourniront les spéculations d’autrui. L’ordre et le train de notre vie seront toujours en rapport avec l’avenir que nous attendrons. Aussi de quelle immense importance est l’étude de la Prophétie, et comme elle est éminemment pratique !
Examinons maintenant quelques-unes des objections ordinaires, élevées par des chrétiens contre cette étude. On dit qu’elle n’est pas essentielle au salut. Mais est-ce assez pour nous de savoir que nous sommes sauvés ? Ne devons-nous rien à Celui qui nous a sauvés ? N’y a-t-il ni intérêt, ni importance pour nous à savoir comment il entend se glorifier en Jésus, et à apprendre par là même comment nous pouvons le glorifier pendant que nous sommes ici-bas ? Hélas ! il a bien sujet de douter de son salut, celui qui ne se soucie d’autre chose que de savoir qu’il est sauvé.
On dit que l’étude de la Prophétie est purement spéculative. Nous avons déjà répondu à cette assertion. Toutes les anticipations de l’avenir, puisées à une autre source, ne sont que de pures spéculations. Celles que l’on puise dans la parole prophétique de Dieu sont de sobres réalités, des faits certains. Quant à l’allégation que cette étude n’est pas pratique, nous l’avons aussi examinée déjà. Il n’est rien qui soit plus pratique. L’Évangile fournit les motifs de la conduite chrétienne. Le Saint-Esprit, engendrant en nous par l’Évangile une vie nouvelle, et habitant en nous pour l’affermir et la diriger, est la puissance nécessaire à la conduite chrétienne. La Prophétie révèle l’objet de la conduite chrétienne, et nous donne, de la façon la plus exacte, le jugement de Dieu sur le monde qui nous entoure, au milieu duquel cette conduite doit se manifester. Elle nous montre que, tout comme Christ ressuscita d’entre les morts, non pas pour monter immédiatement sur un trône terrestre et gouverner un peuple terrestre, mais (après être resté assez longtemps pour certifier à ses disciples le fait de sa résurrection) pour s’élever à la droite de Dieu ; de même nous, affranchis par sa mort de la coulpe et de la condamnation, ressuscités avec lui en tant que participants de sa vie, nous ne sommes pas laissés ici-bas pour rechercher les choses d’en bas et pour marcher selon le train de ce monde qui gît tout entier dans le méchant et qui va être frappé par les jugements de Dieu, au retour de ce Jésus, le méprisé et le rejeté du monde ; mais après avoir, pendant quelque temps, témoigné que Christ est réellement ressuscité, nous devons être enlevés à sa rencontre en l’air ; et en attendant, comme des étrangers et des voyageurs sur la terre, dans une sainte séparation d’avec le monde, nous avons à rechercher les choses qui sont en haut, où Christ, notre vie, est assis à la droite de Dieu. Et de peur que nos coeurs ne soient attirés par la beauté apparente et le faux éclat de la scène qui nous entoure, la Prophétie nous révèle le jugement de Dieu sur le caractère et la condition morale de cette scène ; elle nous expose le développement et la maturité finale de l’iniquité, vers lesquels ce monde tend ; elle nous prédit les jugements solennels dont il sera frappé, afin d’amener l’établissement du règne paisible de Jésus et de ses saints. Peut-il y avoir rien de plus pratique que tout cela ?
Il est pourtant deux objections, auxquelles il convient d’accorder un peu plus d’attention. L’une consiste à rappeler les extravagances, dans lesquelles, dit-on, plusieurs sont tombés en s’occupant trop de la prophétie non accomplie. On nous cite les Anabaptistes et les hommes de la Cinquième Monarchie dans le passé ; on nous parle de Southcote, d’Irving et des Mormons de nos jours. On allègue l’exemple des affreuses erreurs dans lesquelles sont tombés ces personnages, comme un avertissement à nous garder même de l’idée d’étudier la Prophétie. Mais examinons cette objection. Si elle prouve quelque chose, elle prouve trop. On prétend que nous ne devons pas étudier la Prophétie, parce que des hommes égarés et fanatiques en ont fait un mauvais usage. Mais si l’abus de quelque chose est un argument concluant contre son usage, ce n’est pas des écritures prophétiques seules que nous devrions nous abstenir, mais de la parole de Dieu tout entière. En effet, de quelle partie de cette parole pourrait-on affirmer, qu’elle n’a pas été tordue ou pervertie par des gens égarés ou par de hardis séducteurs, dans un mauvais but ? En outre, tous ou à peu près tous ceux dont le caractère est là pour nous avertir des soi-disants dangers de l’étude de la Prophétie, ont prétendu avoir reçu de nouvelles révélations. Ils se sont érigés eux-mêmes en prophètes. Ce qui caractérise ces docteurs fanatiques, ce n’est pas l’étude sobre, sérieuse, patiente, faite avec prières, de ce qui est déjà révélé dans la parole de Dieu ; mais bien plutôt la prétention d’avoir reçu eux-mêmes des révélations nouvelles. Mes frères, ce que je désire pour vous, ce n’est pas que vous soyez de semblables prophètes, ni que vous receviez un enseignement quelconque de la part de quelqu’un qui se donnerait comme prophète. Au contraire, c’est pour vous garantir de pareilles séductions que je vous invite à prêter l’attention la plus sérieuse aux enseignements des pages prophétiques de la sainte parole de Dieu. Le fait est que l’objection que nous examinons, non seulement prouve trop pour ceux qui la font, mais encore prouve précisément l’opposé de ce qu’elle est destinée à prouver. Au lieu de démontrer qu’il faut négliger la Prophétie, elle démontre qu’il faut l’étudier — avec calme, avec prière, dans une parfaite dépendance de l’Esprit de Dieu, sans doute, — mais enfin l’étudier. Qu’est-ce qui donne aux séducteurs, auxquels nous avons fait allusion, la redoutable influence qu’ils possèdent ? C’est l’ignorance — l’ignorance, trop générale parmi les chrétiens, des sujets amplifiés par ces séducteurs. Où est-ce qu’un homme est le plus exposé à se laisser égarer ? Est-ce dans un chemin qu’il parcourt tous les jours, dans un chemin qui, d’un bout à l’autre, lui est aussi familier que son cabinet ? Non, la nuit peut être fort obscure et le chemin très embarrassé ; il le connaît trop bien pour s’y fourvoyer. Mais ce sera dans quelque région inconnue, où tous les chemins et les sentiers sont nouveaux pour lui, et où, de plus, de profondes ténèbres enveloppent et recouvrent toute la contrée. C’est là qu’un feu follet peut conduire le voyageur dans une fondrière, ou qu’un guide menteur et traître peut l’amener, par une suite de détours, dans une caverne de voleurs. Il en est de même avec la parole de Dieu. Ce n’est pas au moyen des portions, de cette parole, qui nous sont le mieux connues, que Satan et ses émissaires parviennent à nous égarer. Mais s’il y reste quelque champ de vérité avec lequel les chrétiens soient peu familiers ; quelque partie considérable des Écritures vouée, comme les livres prophétiques le sont généralement, à la négligence et à l’oubli ; c’est de ce côté que le tentateur déploiera son adresse pour attaquer. En attirant l’attention sur quelque détail frappant de ces passages négligés, il fait sentir aux chrétiens combien ils ont été ignorants jusqu’alors ; ils discernent maintenant quelques vérités qu’ils n’avaient point aperçues précédemment. Mais hélas ! Satan ne s’en sert que comme d’une amorce pour dissimuler l’hameçon de quelque erreur funeste qu’il trouve moyen de cacher au milieu de ces vérités mêmes, longtemps laissées de côté et maintenant, en apparence, recouvrées. Mes frères, c’est la négligence de la parole de Dieu qui tient la porte grande ouverte à l’ennemi. C’est la négligence de la parole prophétique, qui fait que les croyants sont si aisément la proie de tout séducteur qui prétend avoir une lumière sur la Prophétie. Que le Seigneur nous fasse la grâce de recevoir instruction du passé à cet égard ! Ayant nos reins ceints de la vérité, et prenant l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu, puissions-nous être gardés de toutes les machinations du Diable ; puissions-nous être rendus capables de résister au mauvais jour et de tenir ferme, après avoir tout surmonté !
Mais il est une autre objection plus subtile et qui, sur une certaine classe de chrétiens, exerce peut-être plus d’influence que la précédente. La voici : On allègue que le principal sinon le seul usage de la Prophétie est, après l’événement, de démontrer la vérité de Dieu, et de faire voir sa fidélité en accomplissant sa parole. On dit : «Ah ! vous ne pouvez comprendre la Prophétie qu’autant que les événements qu’elle prédit sont arrivés. C’est là la seule clé qui puisse l’ouvrir à nos yeux, et ce n’est qu’ainsi que l’on voit comment Dieu a parlé et accompli sa parole. Mais il est inutile d’examiner la Prophétie avant cela». Telle est l’objection. Que la Prophétie accomplie ait ce résultat, personne, sans doute, ne pense à le nier. Oui, la Prophétie accomplie peut être employée de la manière alléguée ci-dessus. Mais affirmer, en parlant de la Prophétie non accomplie, que le principal profit ne peut en être retiré qu’après l’événement, c’est aller directement contre les déclarations les plus positives de la parole de Dieu. Voyez 2 Pier. 1:19 : «Nous avons la parole prophétique plus ferme à laquelle vous faites bien d’être attentifs». Quand ? — Est-ce quand les événements ont été accomplis, et qu’ainsi la lumière répandue sur la Prophétie démontre avec évidence que Dieu a dit la vérité ? Est-ce seulement alors qu’il faut s’attacher à la Prophétie ? — Non : «à laquelle vous faites bien d’être attentifs comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour ait commencé à luire, et que l’étoile du matin se soit levée dans vos coeurs». La Prophétie est donc comparée à une lampe, qui éclaire les pieds du voyageur dans un sombre et affreux sentier. Ce n’est pas une chandelle, que l’on élève vers le soleil, pour démontrer que le soleil brille au milieu du jour. Si la principale utilité de la Prophétie non accomplie ne se manifeste qu’après l’événement, cette utilité ne peut s’appliquer qu’aux justes ou aux méchants : or, ce ne peut être aux méchants ; il est trop tard pour eux de profiter de prédictions qui ont été accomplies par leur destruction. Le déluge prouva la vérité de la parole de Dieu annoncée par Noé ; mais il la prouva trop tard pour que cela pût, en rien, être utile au monde coupable qui périt, parce qu’il n’avait pas prêté l’oreille auparavant aux avertissements du prédicateur de la justice. Et quant aux justes, assurément ils n’ont pas besoin de l’accomplissement des prophéties, pour être convaincus que Dieu dit la vérité. Si nous ne croyons pas cela, nous ne sommes pas chrétiens. Non, mes frères, nous n’avons pas besoin de voir la Prophétie accomplie, pour être certains de la vérité de Dieu. Mais nous avons besoin de toute la lumière qu’elle répand sur notre route et sur le monde qui nous environne, pour arriver, à travers tant de labyrinthes, à cette ville habitable qu’elle nous révèle, comme la patrie où nos pauvres coeurs trouveront le repos, comme notre éternelle et bienheureuse demeure.
Quelques mots suffiront pour indiquer «l’esprit que l’on doit apporter à l’étude de la Prophétie». Le chapitre 6 d’Ésaïe nous présente, sur ce sujet, toute l’instruction dont nous avons besoin. Il renferme la préparation d’Ésaïe lui-même à la charge solennelle de prophète. La préparation nécessaire pour l’étude de la Prophétie est, sans doute et moralement, du même caractère : ce ne sont pas les facultés intellectuelles, une promptitude naturelle à comprendre les choses, ni la précision du jugement. Quand c’est Dieu qui enseigne, et que ce sont des pécheurs sauvés par grâce qui sont enseignés, l’oeuvre préparatoire est morale et spirituelle. La Prophétie n’est point destinée à fournir des aliments aux imaginations curieuses, ni un champ sur lequel puissent s’exercer les capacités intellectuelles. Elle s’adresse à la foi, pour être simplement reçue par elle comme la parole de Dieu, et pour s’identifier ainsi à la vie même de l’homme intérieur, en nous humiliant aux pieds de Dieu, en nous sevrant du monde, en nous mettant en état, tout à la fois, de mépriser ses attraits et de demeurer calmes et paisibles au milieu de ses bouleversements, parce que nous savons d’avance quelle sera la fin de sa carrière de vanterie et d’orgueil, et que nous connaissons, d’un autre côté, ce que Dieu a préparé pour la délivrance et la bénédiction des siens — les uns au-dessus et d’autres au milieu de l’ébranlement universel. Qu’est-ce qui peut nous rendre vraiment capables d’entreprendre et de poursuivre l’étude de pareils sujets, si ce n’est quelque chose d’analogue à ce qui se fit pour le prophète ? Arrêtons-nous un instant là-dessus.
«L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône haut et élevé, et les pans de sa robe remplissaient le temple». «Saint, saint, saint est l’Éternel des armées ; toute la terre est pleine de sa gloire !» tel est le cri qui sort des lèvres des séraphins, adorant humblement l’Éternel. Quel effet produit sur le prophète cette vision de la gloire ? Elle flétrit aussitôt tout orgueil et toute beauté de la chair. En présence de cette gloire, le prophète acquiert le plus profond discernement de son propre état de péché et d’abjection, et de celui de son peuple au milieu duquel il demeure. «Et je dis : Malheur à moi ! car je suis perdu ! car moi, je suis un homme aux lèvres impures, et je demeure au milieu d’un peuple aux lèvres impures ; car mes yeux ont vu le roi, l’Éternel des armées !» Voilà ce dont nous avons besoin aussi bien que le prophète. Il faut pour nous, comme pour lui, que la chair soit flétrie, avec toute confiance en nous-mêmes et tout sentiment de propre importance ; il faut que nous aussi nous comprenions ce que nous sommes en tant que pécheurs, en la présence d’un Dieu saint ; cela nous est indispensable pour parcourir impunément les scènes que la Prophétie déploie devant nous. Ce sont des scènes de jugement, de désolation, puis de splendeur et de gloire ; et nous ne pourrions pas les traverser par la pensée en les étudiant, sans être enflés par ce surcroît de science, si ce n’est pas en présence du resplendissement de la gloire de Dieu que nos coeurs se livrent à cette étude. Ce resplendissement, nous le discernons par la foi, il fut révélé au prophète par la vue. Oui, nous avons besoin de cette connaissance de nous-mêmes, de notre profonde corruption, au point de nous détester et de nous abhorrer nous-mêmes ; sinon nos coeurs vains et orgueilleux convertiraient l’intelligence même que nous aurions de la Prophétie, en moyen de nous élever au-dessus de nos frères. Ésaïe s’identifie avec sa nation. Il reconnaît, d’une part, qu’il est un homme aux lèvres impures et d’une autre, qu’il demeure au milieu d’un peuple aux lèvres impures. Que le Seigneur nous accorde, en présence de sa gloire, cette vraie contrition de coeur !
Mais le prophète n’est pas laissé là. La grâce lui est présentée, pour lui faire connaître que son iniquité est ôtée et que la propitiation est faite pour son péché. De même avec nous : quand à un coeur brisé se joint la connaissance de la grâce qui l’apaise ; quand non seulement nous contemplons «le Roi, l’Éternel des armées», mais que nous voyons de plus combien il s’est abaissé à la crèche, au jardin, à la croix ; quand nous le considérons sur cette croix, et que nous lisons un plein et parfait pardon dans son côté percé, que nous l’entendons dans le cri qu’il pousse en rendant l’esprit ; alors c’est avec un coeur affranchi et heureux dans l’amour de Dieu, et pourtant complètement brisé et humilié, que nous pouvons nous mettre à l’étude de la parole prophétique, et porter nos regards en avant sur ces scènes de jugement, qui nous disent ce que nous avions mérité, ce que nous aurions incontestablement dû subir, si la grâce n’était pas intervenue en notre faveur.
Vient ensuite une autre question : «Et j’entendis la voix du Seigneur qui disait : Qui enverrai-je, et qui ira pour nous ?» «Me voici envoie-moi», telle est aussitôt la réponse du prophète. L’humilité, le dégoût et la défiance de soi-même que rien ne peut produire, si ce n’est la contemplation (par la foi dans notre cas — par la vue dans celui du prophète) de la gloire du Seigneur ; l’assurance simple et bénie de la purification des iniquités et de la rémission des péchés, assurance que l’Évangile apporte et procure ; et la disposition à accepter promptement tout message, et à entreprendre tout service qu’il peut plaire à notre Seigneur et Sauveur de nous prescrire : ces trois traits caractérisent la grande préparation morale du coeur par l’Esprit de Dieu, pour l’étude de la Prophétie. Assurément, il y aura toujours une exacte proportion entre la mesure dont ces dispositions seront produites en nous et cultivées par nous, et celle dont nous recevrons, d’une manière profitable, la communication des pensées de Dieu sur l’avenir, telle qu’elle est contenue dans la parole prophétique.
Quant à l’esquisse générale du témoignage prophétique que nous avons annoncée, elle doit être extrêmement succincte. Dès le début, il est une vérité essentielle que l’on doit poser et admettre en plein : Dieu est son propre but ou son propre objet. C’est pour sa propre gloire, et non pour un but inférieur quelconque, qu’il agit. Quelle que soit la sphère de ses opérations, quelles qu’en soient les voies, ceci demeure constamment vrai : «De lui, et par lui, et POUR lui, sont toutes choses ! À lui soit la gloire éternellement» (Rom. 11:36). Puis, comme Christ est Dieu manifesté en chair, la Parole incarnée aussi bien qu’éternelle, par laquelle et pour laquelle toutes choses ont été faites, et toutes choses subsistent, Lui, Christ, est le seul être en qui toute gloire de Dieu est accomplie et déployée. Or c’est à Lui que le Saint-Esprit rend témoignage : «Celui-là me glorifiera», dit notre Seigneur. Christ est le centre et l’objet de tous les conseils, de toutes les voies et de tous les actes de Dieu. Aussi, pour en revenir à notre sujet, tout l’ensemble du témoignage prophétique est ainsi résumé par l’apôtre Pierre qui, parlant des prophètes de l’Ancien Testament, les représente comme «recherchant quel temps ou quelle sorte de temps, l’Esprit de Christ qui était en eux indiquait, rendant par avance témoignage des souffrances qui devaient être la part de Christ, et des gloires qui suivraient» (1 Pier. 1:11). Il est clair que les prophéties, qui se rapportaient aux souffrances du Christ, ont été accomplies ; et quant à sa gloire personnelle dans sa résurrection d’entre les morts et dans sa séance à la droite de Dieu, — les prédictions relatives à ces événements ont été accomplies aussi. Mais la ma