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REMARQUES sur l’APOCALYPSE
William Kelly
Ces « Remarques » ont d’abord paru en anglais dans le périodique « Bible Treasury » vol. 2, de janvier 1858 à décembre 1859. Une traduction française a été publiée en 1865 (librairies Grassart et Meyruis à Genève et Vevey). Un texte revu et complété a ensuite paru sous forme de livre en 1871, avec le titre « Lectures on Revelation », dont la traduction est donnée ci-après, sans toutefois reprendre la longue « Introduction » et diverses notes de controverses (par rapport à d’autres opinions ou sur des questions de traduction du texte biblique).
Comme d’habitude, W. Kelly a fait sa propre traduction du texte biblique de l’Apocalypse. La présente traduction a utilisé la version française J.N. Darby et dans quelques cas la traduction tirée du texte de W. Kelly.
Les subdivisions des chapitres ont été ajoutées par Bibliquest
Table des matières abrégée :
Table des matières détaillée :
1.1 Retour en arrière sur les desseins de Dieu
1.2 Ch. 11:19 — Le temple et l’arche
1.3 Ch. 12:1 — La femme revêtue du soleil
1.4 Ch. 12:2, 5 — L’enfantement du fils mâle
1.8.3 Comment le chrétien peut jouir de sa part céleste
1.8.4 Hébreux 9:23. Purification des cieux
1.11.1 Le témoignage de Jésus. Ce que le résidu juif connaitra
1.12 Autres interprétations de ces chapitres d’Apocalypse
1.13 Récapitulé sur ce chapitre
2.1 Rappel général sur le ch. 12
2.1.1 La femme et le fils mâle
2.1.4 Le lien entre la chute de Satan et le ch. 13
2.5.2 La renaissance de la bête et les pieds de la statue de Daniel 2 en argile et en fer
2.5.3 Ch. 13:4 — L’hommage rendu au dragon et à la bête
2.5.4 Un frein temporaire à l’iniquité — 2 Thes. 2:6-7
2.6.1 Ch. 13:5a en comparaison avec Daniel 7
2.6.2 Ch. 13:6. Problème de la soumission aux autorités
2.6.3 Ch. 13:5b en comparaison avec Daniel 7
2.6.4 Ch. 13:6b. Les objets de la haine de Satan
2.7.1 Ceux qui habitent sur la terre
2.7.2 Ch. 13:8 — Un problème de traduction
2.8.1 La généralité de ce principe
2.8.2 Agir selon notre position céleste ou terrestre
2.8.3 Compter vraiment sur Dieu
2.9.4 L’antichrist en 1 Jean 2
2.9.5 L’antichrist en 1 Jean 4
2.9.6 L’antichrist et 2 Jean 7 à 10
2.9.7 L’antichrist en Daniel 11
2.9.8 L’antichrist, ou « le roi » en Daniel 11 et Ésaïe 30 et 57
2.9.9 L’antichrist en 2 Thessaloniciens 2
2.9.10 L’antichrist en Apocalypse 19
2.13.2 Ch. 13:18. Le nombre 666
2.14 Tirer parti de ces prophéties pour le temps présent
2.14.2 L’utilité majeure de la prophétie
3.1 Place du ch. 14 dans son contexte
3.2 Ch. 14:1 — Les 144000 sur la montagne de Sion
3.2.1 La montagne de Sion en 2 Samuel 5
3.2.2 La montagne de Sion en Hébreux 12
3.2.3 Ce que représentent ceux sur « la montagne de Sion »
3.2.4 Caractères particuliers des 144000
3.3 Ch. 14:2-4. Autres caractères de ce résidu
3.3.1 Séparés de l’idolâtrie ambiante
3.3.2 Détails du v. 5. Irréprochables
3.4 Ch. 14:6-7 — L’ange avec l’évangile éternel
3.4.3 Le message de l’ange — l’évangile éternel
3.5 Ch. 14:8 — Chute de Babylone
3.6 Ch. 14:9-12 — Contre ceux qui rendent hommage à la bête
3.7 Ch. 14:13 – Ceux qui meurent dans le Seigneur
3.8 Ch. 14:14-20 — La moisson et la vendange
3.9 Résumé-conclusion sur le ch. 14
3.9.2 Intérêt de ce chapitre pour nous chrétiens
4.1 Rappel sur les ch. 12 à 14
4.2.1 Le temps de la colère de Dieu
4.2.2 Un peu de chronologie. Situation de la chute de Babylone
4.3.2 Debout sur la mer de verre
4.3.3 Détails de traduction de 15:2 et 13:17
4.4.3 Roi des nations, et non pas Roi des saints (en général)
4.4.4 Roi des nations, et non pas Roi des Juifs (ici)
5.2.1 Variantes par rapport aux trompettes
5.2.2 Interprétation symbolique
5.10.3 Ch. 16:20-21 — Encore l’interprétation historique
5.10.4 Enseignement pour les chrétiens du temps actuel
7.1 Les ch. 17 et 18 : deux aspects d’un même jugement
7.2 Babylone : l’ennemi constant de Dieu
7.3 Babylone, une image appropriée pour représenter la chrétienté corrompue
7.4 Le croyant par rapport au monde
7.5 Babylone aujourd’hui (Rome)
7.6 Motifs de se séparer de Babylone (18:4) — l’esprit de Babylone
8.1 Importance morale de la chute de Babylone
Sous la septième trompette, les anciens anticipaient ce qui résulterait de l’établissement effectif du trône sur la terre. Mais voilà maintenant le temple qui apparaît de nouveau, de sorte que, de fait, nous revenons en arrière, car ce qui nous est présenté ce sont les desseins de Dieu en rapport avec le Seigneur Jésus dès le commencement — car c’est Christ Lui-même qui est évidemment, je pense, le fils mâle qui doit paître toutes les nations avec une verge de fer. Dieu revient à Son propos en Christ, né en tant qu’héritier du monde, (et non pas en relation avec l’appel de l’Église, mais) comme l’Homme puissant destiné à tout gouverner d’une main puissante. Il me semble que ceci rend compte d’un autre trait remarquable de la vision. Il n’y est fait allusion ni à la mort ni à la résurrection de Christ, mais seuls Sa naissance et Son enlèvement (non pas Sa mort) y sont sommairement mentionnés. La femme nous est présentée en grand tourment pour enfanter ; puis le fils mâle naît ; et alors nous Le voyons enlevé vers le trône de Dieu en haut. Bien entendu, ceci n’est pas présenté comme s’il s’agissait d’un récit historique. Il y a longtemps que le Seigneur Jésus est né et qu’il est mort ; et s’il se fût agi d’histoire, Sa mort et l’importance de celle-ci n’auraient pas été passées sous silence, et n’auraient pu l’être.
Il est clair qu’ici, le Saint Esprit rattache la naissance de Christ et son enlèvement vers le trône de Dieu dans le ciel, à Israël et aux desseins de Dieu à l’égard de ce peuple. La naissance de Christ est d’une importance spéciale pour Israël. C’est pourquoi Sa généalogie est donnée avec soin en Matt. 1 ; et en Matt. 2, nous voyons tout Jérusalem troublée au sujet de Sa naissance. C’était là l’œuvre du dragon. Hérode était en quelque sorte l’expression de la puissance du dragon, qui aurait volontiers dévoré l’enfant dès Sa naissance, par le moyen de ce méchant roi comme instrument. L’enfant fut délivré ; mais, historiquement, au lieu d’être élevé sur le trône de Dieu, il fut emporté en Égypte.
Notre chapitre ne saurait donc être regardé comme historique, au moins au début ; et même quand il est fait allusion à des faits historiques, ils ne sont pas du tout arrangés historiquement, mais simplement liés aux pensées de Dieu à l’égard d’Israël. L’Église, comme telle, est passée sous silence. Elle peut être incluse mystiquement dans la personne et la destinée du fils mâle, mais il n’y a pas de manifestation progressive des pensées de Dieu touchant Son dessein d’avoir une épouse céleste pour Son Fils. Il n’est rien dit au sujet d’une épouse pour le fils mâle. Ce que nous trouvons ici, c’est la mère, mais non pas la femme de l’Agneau. Israël fut la mère de Christ, car c’est d’Israël selon la chair que le Christ est né. C’est là la grande question sur laquelle l’apôtre Paul insiste en Rom. 9, parce que les Juifs pensaient qu’il faisait peu cas de leurs privilèges, et qu’il y était même contraire vu la force avec laquelle il faisait ressortir la grâce de Dieu envers les Gentils. Mais il n’en était nullement ainsi. Il démontre qu’en fait, c’était eux qui méconnaissaient leur privilège le plus élevé. C’est à eux qu’avaient été donnés l’adoption et la gloire et les alliances, et la loi et le service divin et les promesses. Ils avaient aussi les pères, et en dernier lieu il leur fut donné un Fils, l’enfant mâle, qu’ils ne connurent pas — le Christ ; car c’est d’eux selon la chair que descendait Celui qui est Dieu sur toutes choses béni éternellement. Loin de minimiser la juste gloire d’Israël, l’apôtre l’exaltait beaucoup plus que les Juifs eux-mêmes ne le faisaient.
Déjà en Rom. 9 Paul ne s’étend pas sur le sujet de la mort et de la résurrection du Seigneur Jésus : il en est de même ici, ces deux pensées sont liées l’une à l’autre en Apoc. 12. Le fils mâle est enfanté, mais Il quitte la scène où le dragon s’opposait à Lui, et Il prend sa place sur le trône de Dieu, ce à quoi personne, sinon une personne divine, n’avait droit. Il siégera bientôt sur Son propre trône, mais ce sera quand Il gouvernera la terre d’une manière directe et publique ; car Dieu ne se dessaisira jamais du droit et du titre que le Seigneur Jésus possède quant à la terre, et pareillement quant aux cieux. Outre Son droit essentiel comme Créateur, Il a acquis un nouveau droit comme Rédempteur. Mais comme tel, Il veut faire beaucoup mieux que paître les nations avec une verge de fer, ou même bénir Son peuple terrestre : Il veut ouvrir son propre cœur. Il faut que Son amour ait libre cours, et ait un objet qui en soit digne. Christ veut faire participer à Sa gloire en haut, ceux qui ne méritaient rien d’autre que le jugement.
Il n’est fait aucune allusion ici à ce qui est fait par Christ et pour Christ pendant qu’Il est sur le trône de Dieu. C’est d’Israël qu’il est question. Ces quelques pensées aideront peut-être à saisir la place et la portée propres de cette nouvelle vision.
Le temple de Dieu est donc ouvert dans le ciel (*), et on y voit l’arche de Son alliance, gage de Sa fidélité envers Son peuple. En effet, comme nous l’avons vu au dernier chapitre, il y avait un résidu qu’il avait fallu mesurer, et qui s’approchait de Dieu pour rendre culte ; c’est à ces témoins qu’était confié un témoignage à rendre aux droits du Seigneur sur la terre, puisque le royaume était enfin annoncé. Maintenant nous sommes en présence d’un autre ordre d’idées. En Apoc. 4, il y avait le trône et un arc-en-ciel à l’entour. Ici nous avons le temple, et l’arche de l’alliance de Dieu qui apparaît au-dedans. Cela prépare à faire la différence entre les deux sujets. Au ch. 4 il s’agissait de la puissance de Dieu sur la création. Des jugements providentiels allaient tomber sur la terre, et l’arc-en-ciel était destiné à montrer, avant qu’aucun jugement ne s’exerce, que Dieu n’oublierait pas d’user de miséricorde. L’arc-en-ciel soit autour du trône au ch. 4, soit autour de la tête de l’ange puissant au ch. 10 avant le son de la dernière trompette, était la garantie que Dieu travaillait non pas pour la destruction, mais pour la délivrance de la terre. Maintenant nous touchons un autre point ; car aussi béni que soit le trône, il ne nous fait pas entrer dans les profondeurs du caractère de Dieu autant que le temple accompagné de l’arche. Nos cœurs sont moins disposés à l’adoration devant des manifestations de la puissance divine que quand nous nous approchons de la demeure ou de l’habitation de Dieu Lui-même ; car bien que rien ne doive nous faire autant honte que la manière pauvre et inadéquate dont nous répondons à Sa sainteté, cependant c’est justement dans cet état que Dieu nous a rencontrés dans Sa grâce.
(*) La véritable leçon est probablement o en to ourano, c’est-à-dire : qui est dans le ciel. Il en est ainsi du moins selon bon nombre de manuscrits.
Maintenant Dieu va nous montrer non seulement des jugements frappant la création et le genre humain, mais le lien entre Satan et l’apostasie finale de ce siècle. Il y a eu une allusion, sous forme de figure, à son influence au ch. 9:2, où l’on a vu la fumée montant du puits de l’abîme ; puis au ch. 11:7, la bête monte de cet abîme ; mais ici (ch. 12), la source du mal est entièrement dévoilée. N’est-il pas précieux de voir qu’avant que Dieu dévoile le flot du mal à son comble, et qu’Il nous en montre non seulement le développement et les instruments parmi les hommes, mais la grande source cachée, et le personnage de celui qui se met à sa tête, et qui doit encore susciter cette terrible conspiration contre Dieu — n’est-il pas précieux, dis-je, de voir avant tout cela que le temple de Dieu est ouvert dans le ciel, et qu’on y voit dedans l’arche de l’alliance de Dieu ? car, en de telles circonstances, le cœur n’aspire pas simplement à la manifestation de la puissance de Dieu, mais il a besoin de savoir que la sainteté de Dieu est garantie et qu’en vertu de cela son peuple est maintenu. Aussi voyons-nous que quand le temple est ouvert en haut, ce n’est pas un arc-en-ciel qui apparaît, mais c’est la relation de Dieu avec Son peuple qui est présentée dans la figure de l’arche.
Car l’arche a toujours été tout près de Dieu, et elle a donc été ce à quoi la foi s’est le plus attachée. Israël se montrait mort à tout sentiment juste et pieux, quand ils voulurent exposer l’arche dans l’espoir d’être délivrés des Philistins. La douleur qui fit mourir Éli, et les transports de joie de David attestent pareillement de ce qu’était l’arche aux yeux de ceux qui avaient un cœur vrai. Ici, il s’agit de l’arche de l’alliance de Dieu dans le ciel, et non pas simplement de l’arche d’Israël qu’on pouvait emporter. Le roi particulièrement doué de sagesse [Salomon] n’a pas eu une saine appréciation de la valeur de l’arche, ce qui montre la supériorité de David, car la foi est toujours, si l’on peut dire, plus sage que la sagesse. Nous aurions beau être doués de l’intelligence humaine la plus vaste, et de la sagesse naturelle la plus élevée que Dieu puisse conférer, nous n’arriverions pourtant jamais à la hauteur de la simple foi. Salomon paraît devant le grand autel. C’était un spectacle magnifique. Et ce roi auguste apportait des offrandes convenables. Mais David montre sa foi en ce qu’il n’attachait pas seulement de la valeur à l’autel, mais par-dessus tout à l’arche. L’arche était une chose cachée ; même le souverain sacrificateur ne pouvait la voir, car elle était enveloppée d’un nuage d’encens. Il fallait marcher par la foi et non par la vue pour apprécier l’arche de Dieu. C’est pourquoi David ne pouvait avoir du repos tant que l’arche de Dieu n’avait pas sa place stable en Israël (Ps. 132) ; et il n’éprouva jamais de joie plus profonde que quand l’arche fut ramenée à Jérusalem. Il est vrai que l’arche attirait le jugement sur tous ceux qui la méprisaient ; et le cœur de David lui-même eut peur pendant quelque temps, et l’arche resta dans la maison d’Obed-Édom le Guitthien. Mais David retrouva la source de sa confiance en Dieu, qui marqua si généralement sa carrière, car nous le voyons ensuite se réjouir lors de l’accueil de l’arche à son retour, et il se réjouit plus qu’en toutes ses victoires réunies.
Ici (11:19), il ne s’agit pas du tout de l’arche de l’alliance de l’homme, mais de l’alliance de Dieu ; le temple de Dieu est ouvert dans le ciel, mais non pas encore sur la terre (c’est-à-dire qu’on a seulement le dessein de Dieu à son égard) ; et en liaison avec ceci, l’arche de l’alliance de Dieu apparaît, gage certain de miséricorde et signe de fidélité envers Son peuple. Mais les circonstances restent telles qu’elles nécessitaient le jugement ; et c’est pourquoi « il y eut des éclairs et des voix, et des tonnerres, et un tremblement de terre et une grosse grêle » (*), choses qui étaient toutes des signes de jugement de la part de Dieu. Le jour de paix et de gloire est encore à venir. Ainsi donc, on a la réunion de ces deux choses : d’abord le gage de l’intérêt que Dieu prend à Son peuple, et de Son triomphe pour Son peuple, puis les signes de Son jugement sur le mal qui doit être mis de côté avant qu’arrive le temps de la pleine bénédiction.
(*) Il est étonnant que le vrai rapport de ce verset avec le contexte ait échappé à l’attention de tant de chrétiens intelligents ; c’est peut-être dû simplement au rattachement malheureux du verset 19 avec la fin du ch. 11, au lieu qu’il soit mis en tête de la nouvelle vision au début du ch. 12.
« Et un grand signe parut dans le ciel, une femme revêtue du soleil, et ayant la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles » (12:1).
Il s’agit probablement ici, me semble-t-il, d’une allusion au songe bien connu de Joseph (Gen. 37) où celui-ci vit le soleil, la lune et les étoiles, et l’interpréta en l’appliquant à ses parents et à ses frères. Ici, les symboles ont un caractère plus général, et ils se rapportent naturellement : le soleil, à la gloire suprême ; la lune, à la gloire qui dérive de celle-là ; et les étoiles, à une autorité inférieure et subordonnée. Tout cela est vu en rapport avec Israël ; car Dieu veut, en ce qui concerne le monde, que toute puissance et toute gloire aient leur centre en Israël. Quant à l’Église, elle aura tout en perfection avec Christ et en Christ ; mais pour ce qui concerne la terre, c’est Israël qui sera le centre. La femme est le symbole du dessein de Dieu comme se rattachant à Israël.
Au verset suivant, nous avons autre chose : c’est l’homme qui procède de la femme. Nous lisons : « étant enceinte, elle crie étant en travail d’enfant et en grand tourment pour enfanter » (12:2), et un peu plus loin (12:5) « elle enfanta un fils mâle, qui doit paître toutes les nations », etc. Ainsi nous voyons que ce qui a tant d’importance n’est pas la femme pour ce qu’elle est en elle-même, même revêtue de tous ces symboles de puissance glorieuse, mais l’importance de la femme vient de ce que c’est d’elle que naît le fils mâle. Nous allons voir que cette pensée n’est nullement étrangère à l’Écriture.
Prenez, par exemple, les Psaumes, où on retrouve la même chose sous forme d’allusion de manière mystique. Ainsi, au Psaume 87 où l’Éternel est célébré, il est dit : « La fondation qu’il a posée est dans les montagnes de sainteté ». Il appelle le monde à comparer ce qu’il a de mieux avec ce que Lui peut produire. « L’Éternel aime les portes de Sion, etc ». Il a choisi Sion parmi toutes les villes d’Israël, parce que le choix souverain de Dieu doit être mené à bonne fin, au milieu même de son peuple. « Je ferai mention de Rahab et de Babylone à ceux qui me connaissent ». Rahab était un nom figuratif pour l’Égypte, et l’Égypte et Babylone étaient les nations les plus renommées au temps du Psalmiste. La Philistie, avec Tyr et l’Éthiopie étaient sans doute des pays d’ordre inférieur, mais très renommés pour leur trafic, leur commerce, leur habileté, etc. On disait d’eux : « celui-ci était né là ». Et de Sion, il sera dit : « Celui-ci et celui-là sont nés en elle ; et le Très-haut, Lui, l’établira. Quand l’Éternel enregistrera, etc ». Je crois que ce passage renferme une allusion voilée à la naissance de Christ, où Dieu et Son peuple se glorifient pour ainsi dire de ce que celui-ci est né là, quels que soient les personnages célèbres qui aient pu exister ailleurs. L’allusion est, je pense, principalement, sinon exclusivement, au Seigneur Jésus. Que les autres se vantent de leurs grands hommes, mais l’Éternel comptera, quand Il enregistrera les peuples, que CELUI-CI est né là. Lorsqu’il enregistre tel peuple, à quoi pense-t-Il ? Voyons ! c’est à Christ, à Celui qui est né de femme, né d’Israël, et est maintenant enlevé au ciel. Quand le regard cherche Christ, on trouve des passages de l’Écriture le concernant plus ou moins nettement tout au long de l’Écriture ; car Celui qui a écrit la Parole avait toujours Christ en vue. Ce n’est pas la mort de Christ dont parle ce psaume 87, car ce sujet aurait spécialement mis le péché des Juifs sous leurs yeux ; mais c’est Sa naissance qui a été ou aurait dû être un sujet de joie sans mélange. C’est pourquoi, lorsque Jésus naquit, les armées célestes éclatèrent en louanges : « Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts ; et sur la terre paix et bon plaisir dans les hommes ». Il n’y avait nul trouble parmi ces multitudes célestes, quels que fussent les sentiments d’Hérode et de tout Jérusalem. Leur grande joie provenait de ce que Christ serait pour Dieu et pour les hommes, et spécialement pour la cité de David : autrement dit, c’était justement les sentiments qui convenaient à ces multitudes célestes ; n’étant pas occupées d’elles-mêmes, il leur était permis de discerner les conseils de Dieu quant à Son peuple.
Il y a un ou deux autres passages dont je voudrais faire brièvement mention ici, parce qu’ils peuvent nous aider à saisir la signification de cette femme et de son enfant, non seulement quant à au fait de la naissance elle-même, mais dans sa relation avec la prophétie. Michée 5 contient un passage qui à la fois s’éclaire à la lumière d’Apoc. 12 et éclaire Apoc. 12. « Maintenant attroupe-toi, fille de troupes ; il a mis le siège contre nous, ils frappent le Juge d’Israël avec une verge sur la joue ». Ces derniers mots font ressortir ce que nous n’avons pas en Apocalypse : le rejet de Christ et l’opprobre dont il est couvert par Son propre peuple. Alors le Saint Esprit interrompt le cours du chapitre par une parenthèse, car tel est bien le verset 2 en entier : « Mais toi, Bethléhem Éphrata, bien que tu sois petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit dominer en Israël, et duquel les origines ont été d’ancienneté, dès les jours d’éternité ». C’est le Christ, selon la chair, qui est Dieu sur toutes choses, béni éternellement (Rom. 9:5). Vous avez là les deux aspects de la gloire de Christ : Sa gloire comme homme, comme Messie, et avec elle Sa gloire comme Celui dont les origines ont été d’ancienneté, dès les jours d’éternité. Ayant montré ensuite qui est celui-ci (l’homme qui doit être frappé, mais qui est une personne divine, ce qui rendait impardonnable l’acte de le frapper, s’il n’y avait eu l’intervention de la miséricorde infinie), le Saint Esprit reprend : « Ils frappent le juge d’Israël avec une verge sur la joue… C’est pourquoi il les livrera jusqu’au temps où celle qui enfante aura enfanté ; et le reste de ses frères retournera vers les fils d’Israël ». Remarquez qu’ils sont livrés par Dieu « jusqu’au temps où celle qui enfante aura enfanté ». Cela montre que nous ne devons pas prendre la naissance du fils mâle pour une allusion purement littérale à la naissance de Christ dans le monde, mais plutôt comme se rattachant à l’accomplissement des conseils de Dieu à l’égard d’Israël. Christ est né (Michée 5:2) ; ensuite vient Sa réjection, puis l’appel de l’Église, comme si c’était la mesure de la durée de Sa rejection sur la terre et de Son exaltation dans le ciel.
Mais ici la prophétie passe par-dessus tout ce qui se rapporte à l’Église, et traite la naissance de Christ d’une manière figurée, la rattachant à la manifestation du conseil divin, qui lui-même est symbolisé par une naissance. Le Juge d’Israël est frappé avec une verge sur la joue, et en conséquence, Israël est abandonné jusqu’au temps où, en se servant du langage de Jérémie (30:7), le temps de la détresse de Jacob viendra, et qu’il en sera délivré. Dans le passage de Michée, il s’agit, dans un sens figuré, du travail de Sion jusqu’à l’enfantement du grand dessein de Dieu concernant Israël. « Et le reste de ses frères retournera vers les fils d’Israël ». Durant tout le temps de l’appel de l’Église, le résidu des Juifs (« ceux qui doivent être sauvés ») est pris et sorti d’Israël, et cesse de s’occuper de ses espérances juives, et est absorbé dans l’Église. Mais quand le propos de Dieu quant à la terre commencera à recevoir exécution au dernier jour, le résidu de ce jour-là fera partie d’Israël, et reprendra l’ancienne position juive. Les branches naturelles seront greffées sur leur propre olivier.
Un autre passage traite de l’enfantement de Sion, mais dans un sens bien différent. Au dernier chapitre d’Ésaïe, il est parlé d’une naissance, — une naissance qui doit avoir lieu en un jour.
« Une voix de tumulte vient de la ville, une voix du temple, une voix de l’Éternel qui rend la récompense à ses ennemis. Avant qu’elle ait été en travail, elle a enfanté ; avant que les douleurs lui soient venues, elle a donné le jour à un enfant mâle. Qui a entendu une chose pareille ? qui a vu de telles choses ? Fera-t-on qu’un pays enfante en un seul jour ? Une nation naîtrait-elle en une fois ? Car aussitôt que Sion a été en travail, elle a enfanté ses fils. Amènerais-je jusqu’au moment de l’enfantement, et je ne ferais pas enfanter ? dit l’Éternel. Moi qui fait enfanter, je fermerais la matrice ? dit ton Dieu. Réjouissez-vous avec Jérusalem et égayez-vous à cause d’elle, vous tous qui l’aimez, etc. » (És 66:6-10). Ici, il ne s’agit évidemment pas du temps dont parle Apoc. 12. Il est donc clair qu’il y a trois grandes phases critiques se rattachant à l’histoire d’Israël. Il y a d’abord la naissance du Messie ; en second lieu le passage de Michée, ou le progrès des conseils de Dieu à l’égard d’Israël vers leur maturité, et l’effet qu’ils ont, — ce passage se reliant à Apoc. 12, où Dieu déploie Son dessein envers Israël, avant que la bête et l’Antichrist soient pleinement révélés ; et en troisième lieu, il y a ce passage d’Ésaïe 66 qui fait en quelque sorte contraste par rapport aux autres, les circonstances mentionnées étant exactement l’inverse de ce qui a lieu lors d’un enfantement naturel, et l’inverse de la figure employée en Apoc. 12. Les trois passages peuvent être ainsi rapprochés : — Premièrement, Michée 5 nous montre la naissance de Christ, et Israël abandonné jusqu’à ce que soit bientôt manifesté le résultat des desseins de Dieu à leur égard ; en second lieu, Apoc. 12 déploie le temps d’épreuve (*) qui doit juste précéder la dernière tribulation, quand Satan, perdant ses anciens domaines, essaiera de nouveaux plans pour faire échouer le dessein de Dieu de bénir et de magnifier Israël ; et, en dernier lieu, Ésaïe 66 est le temps où toute peine est finie, où Sion enfante avant d’être en travail — la pleine et soudaine bénédiction d’Israël après l’apparition du Seigneur. Toute la souffrance antérieure a passé en raison de la joie qui remplit la cité de Sion ; elle n’est rappelée que pour rehausser cette joie.
(*) Quelques-uns n’admettent pas qu’il soit fait ici allusion à la naissance de Christ, parce que cette hypothèse ne s’accorde pas avec la portée exclusivement future de l’Apocalypse, et penchent vers l’idée que l’enfantement de la femme signifie, symboliquement, la formation de Christ dans les cœurs d’Israël ou au moins d’une certaine partie, avant la crise finale. Comparez Gal. 4:19.
Mais revenons à notre chapitre. Nous voyons qu’outre la femme et le fils mâle, il y a un autre signe ; un grand adversaire de Dieu apparaît ; ce n’est pas la bête, mais une puissance beaucoup plus dangereuse, « un grand dragon roux ». Il y a ceci de remarquable, que la description appliquée à la bête, est la même que celle appliquée au dragon (voir 12:3 et 13:1). D’où cela vient-il ? Que Satan soit le grand dragon roux, cela ne fait pas de doute ; le chapitre même nous le dit au verset 9 ; et pourtant il est décrit sous les mêmes traits (*) qui caractérisent l’empire romain (13:1), « ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses sept têtes, sept diadèmes ». La raison en est, je crois, que Satan est vu en rapport avec la puissance terrestre. Tout comme la femme a été vue investie des symboles d’une puissance d’en-haut que Dieu lui a donnée, de même ici Satan est revêtu de la plénitude d’autorité terrestre. Il a sept têtes, symbole du pouvoir qui délibère, guide et gouverne, — et dix cornes représentant des rois ou des dignités royales. Il est le prince du monde et s’entoure de toute la puissance qui se rattache à la terre. L’empire romain est le grand représentant de la puissance de Satan. Mais quand on considère cet empire au ch. 13, il y a cette différence : les diadèmes sont sur les têtes du dragon, alors qu’ils sont sur les cornes de la bête. La signification de cette différence est la suivante : l’empire romain présente l’exercice de la puissance comme une question de fait, tandis qu’en ce qui concerne Satan, nous avons l’exercice de la puissance seulement comme principe, à sa racine. Satan, quoique invisible, est la grande force motrice. C’est de source et de caractère qu’il est question, non pas d’histoire.
(*) note Bibliquest : il y a sept diadèmes pour le dragon et dix pour la bête
Nous avons donc eu en premier lieu la pensée et le plan de Dieu à l’égard d’Israël et de Christ. Il est clair qu’il s’agit de la destinée du fils mâle, et non pas encore de l’exercice de Sa domination sur toutes les nations ; car s’il s’agissait de ce dernier point, la femme n’aurait pas à s’enfuir au désert, et il ne serait pas permis à Satan de lui faire la guerre, à elle et au résidu de sa semence. Faire de ceci une application historique, c’est manquer entièrement l’enseignement de Dieu, qui fait voir ici Son dessein et rien de plus pour le moment. Ensuite apparaît le dragon, celui que Dieu considère comme le gouverneur de ce monde, le chef de l’autorité de l’air, revêtu des mêmes symboles de puissance terrestre que ceux que nous voyons plus loin dans l’empire romain, sauf que dans ce dernier, les diadèmes sont sur les cornes de la bête, sur ceux qui ont effectivement le pouvoir en main (Apoc. 13).
« Et sa queue entraîne le tiers des étoiles du ciel » (12:4). Ceci semble être sa puissance de méchanceté sous forme de doctrine et de prophétie. En Ésaïe 9, il nous est dit que « le prophète qui enseigne le mensonge, lui est la queue ». La queue du dragon ne représente pas son pouvoir terrestre, mais son influence pour égarer les âmes par de la fausse doctrine, spécialement pour égarer ceux qui gouvernent et occupent une position d’autorité — « les étoiles du ciel ».
« Et le dragon se tenait devant la femme qui allait enfanter, afin que lorsqu’elle aurait enfanté, il dévorât son enfant ».
Quelle harmonie merveilleuse entre les diverses parties de l’Écriture ! car si vous commencez au tout début de l’Écriture, celle-ci parle du serpent, et l’on y voit justement la femme et cet adversaire rusé face à face ; et plus encore, Dieu apparaît sur la scène où Satan a en apparence remporté un grand triomphe, et c’est là qu’Il fait cette révélation bénie que « la semence de la femme écrasera la tête du serpent ». Ici, à la fin de l’Écriture, les mêmes parties réapparaissent, mais avec des différences notables. Au jardin d’Eden, le serpent avait la victoire, mais ici le triomphe certain est du côté de Dieu ; en Eden on avait la tromperie du diable, mais ici c’est la puissance de Dieu, longtemps déployée en patience, mais toute glorieuse à la fin. Dieu permet que le dragon se tienne devant la femme, prêt à dévorer son enfant dès sa naissance. Le dragon montre sa haine et sa méchanceté au plus haut degré, et ses plans au chapitre suivant. Dieu change la souffrance même en bénédiction encore plus grande pour les fidèles. La certitude même qu’Il peut écraser le dragon, Lui donne la patience pour attendre, et Il désire que Son peuple ait la même attitude.
Je voudrais remarquer qu’il ne nous faut pas envisager le chapitre comme s’il était tout selon l’ordre chronologique. En effet le verset 7 commence une nouvelle division, et la preuve que tout ne se suit pas dans l’ordre est celle-ci : Satan précipité du ciel sur la terre précède la fuite de la femme au désert, et est même la cause de cette fuite (12:13), bien que ce ne soit constaté qu’après. Le fait est que les six premiers versets nous fournissent le tableau complet. Dans le conseil divin, nous voyons la femme revêtue des astres célestes : elle représente la puissance que Dieu seul peut conférer. Mais l’autre côté du tableau est que lorsque le fils mâle est enfanté, on voit la mère dans la faiblesse, obligée de fuir au désert pour sauver sa vie en un lieu préparé par Dieu. Dieu se préoccupe tellement du temps qu’elle y passe, qu’Il ne l’appelle pas « un temps, des temps et une moitié de temps » ; mais il compte, pour ainsi dire, chacun des jours qu’elle y passe : « afin qu’on la nourrisse là, 1260 jours ».
Puis vient une nouvelle scène au verset 7. Il ne s’agit plus de ce qui se passe sur la terre, mais de ce qui a lieu au ciel, — une chose nouvelle et alarmante pour beaucoup. Un combat est signalé en haut. Comment cela ? Un combat dans le ciel ! Il est facile d’imaginer l’ennemi des âmes sur la terre, et une guerre avec lui ici-bas. Mais le combat commence ailleurs. « Et il y eut un combat dans le ciel : Michel et ses anges combattaient contre le dragon. Et le dragon combattait, et ses anges ; et il ne fut pas le plus fort, et leur place ne fut plus trouvée dans le ciel ».
Si on croit la Bible, elle indique nettement que Satan a le pouvoir de s’approcher et d’accuser les saints devant Dieu. On peut en être ébranlé, et dire que ce n’est pas possible, mais il vaut mieux se laisser guider par la parole de Dieu que par les idées des hommes. Le livre de Job le montre ; 1 Rois 22 aussi, et peut-être Zach. 3. Vous pouvez dire que, dans ces passages, il s’agit de visions ; mais dans l’épître aux Éphésiens, Paul nous dit que notre lutte n’est pas comme celle d’Israël combattant contre les Cananéens. « Car notre lutte n’est pas contre le sang et la chair, mais contre les principautés, contre les autorités, contre les dominateurs de ces ténèbres, contre la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes » (Éph. 6:12). Certains se servent de ce verset pour justifier les chrétiens qui résistent aux pouvoirs de ce monde, en contradiction évidente avec Rom. 13 et d’autres passages. Mais les principautés et puissances dans les lieux célestes en Éph. 6:12 ne représentent pas du tout des hommes. Ce sont des esprits de méchanceté, en contraste avec les hommes. La lutte d’Israël était contre des hommes vivants sur la terre, tandis que celle des chrétiens a lieu contre des esprits de méchanceté dans les lieux célestes. Bien sûr Satan ne peut pas s’approcher de la présence immédiate de Dieu, dans la lumière où Dieu habite, de laquelle nul ne peut s’approcher ; mais il peut s’approcher assez pour accuser le peuple de Dieu devant Dieu Lui-même (*). Le terme « les lieux célestes » signifie ici les cieux en général, et non pas simplement ce qu’on appelle le troisième ciel ou ciel supérieur. Satan a accès aussi loin que s’étendent les cieux inférieurs ; on ne saurait mettre en doute qu’il soit le chef de l’autorité de l’air.
(*) Note Bibliquest : ne pas oublier Rom. 8:33
Les Israélites devaient combattre pour acquérir la possession de leur héritage. La terre leur fut donnée en droit, et avant que la vie fut ôtée à Moïse, le Seigneur lui-même le prit au sommet de la montagne, et lui fit voir tout le pays, depuis Galaad jusqu’à Dan, nommant les régions selon les noms des douze tribus d’Israël, comme si elles y étaient déjà. Mais pour jouir de leurs possessions, Israël devait combattre, et il en est de même pour nous maintenant. Il n’est pas possible de jouir de la part céleste de l’Église sans entrer en conflit avec l’ennemi, et c’est la raison pour laquelle un si grand nombre de chrétiens n’en jouissent pas. Si le chrétien n’entre pas, dès ici-bas, dans la plénitude de sa part céleste, c’est parce qu’il est occupé soit de lui-même, soit du monde, ou bien de quelque autre idole de l’ennemi, et alors il ne peut pas en jouir. Le grand but de Satan, c’est de nous empêcher de goûter à nos bénédictions célestes en Christ, d’en jouir et d’y vivre. Dans la mesure où le monde et la chair sont tolérés, et où la porte est ainsi laissée ouverte à Satan pour aveugler nos yeux, nous ne pouvons pas voir le bon pays. Il faut avoir eu la victoire sur Satan avant d’y entrer. L’adversaire n’exerce pas seulement sa puissance au moyen des convoitises des hommes ici-bas, mais spécialement en rapport avec les lieux célestes — cette puissance a pour but d’empêcher les chrétiens d’apprécier la portion qu’ils y possèdent. Or il va y avoir un terme à cet état de choses, mais non pas sans lutte. Dieu fera cesser tous les moyens d’accès de Satan au ciel.
Il y a un texte considéré comme obscur par certains, et que je ne peux omettre en rapport avec ce sujet. En Hébreux 9, où il est parlé des diverses applications de la mort de Christ, on trouve l’allusion suivante aux lieux célestes : « Il était donc nécessaire que les images des choses qui sont dans les cieux fussent purifiées par de telles choses ; mais que les choses célestes elles-mêmes, le soient par de meilleurs sacrifices que ceux-là ». Une des raisons de ce besoin de purification, je pense, est que Satan y a eu si longtemps accès comme accusateur. Si ce n’eût été en raison de la mort de Christ, Dieu aurait depuis longtemps manifesté Son propre jugement sur la souillure apportée là par Satan. Mais comme Il supporte la rébellion de ce monde, Il en fait de même à l’égard d’une autre rébellion, l’audace de Satan qui ose s’introduire lui-même jusque dans Sa propre présence, pour apporter devant Lui des accusations contre Son peuple. Mais n’oublions pas que s’il en est un qui se plait à accuser, il y en a Un autre qui intercède, l’Avocat qui ne sommeille ni ne dort jamais. Le diable peut être là contre les saints, mais Christ se tient pour eux, Lui qui est toujours vivant pour intercéder. Bientôt Dieu ne permettra plus à Satan de souiller davantage l’air du ciel. Il en sera chassé par force, et il ne lui restera plus que la puissance d’agir sur l’espèce humaine par les moyens terrestres. « Malheur à la terre et à la mer, car le diable est descendu vers vous » etc. (12:12) ; toutes les nations sont concernées, tant celles qui sont dans une condition de stabilité, que celles qui sont dans un état d’instabilité. Satan sera désormais entièrement empêché d’usurper sa place la plus élevée, comme chef de l’autorité de l’air. Les cieux seront à jamais débarrassés de lui et de ses anges, et ils ne retrouveront plus jamais leur place en haut. Satan pourra de nouveau sortir sur la terre pour un peu de temps après avoir été lié ; mais il ne réapparaîtra jamais plus dans le ciel comme l’accusateur des frères devant Dieu. La différence majeure dans les voies de Dieu à l’égard des Siens est bien marquée ici. Pendant toute la durée du temps actuel, il y a l’accusateur dans le ciel, mais à l’époque prédite, il est chassé, et il n’y retrouve plus jamais place.
Remarquez que ceci implique naturellement, voire nécessairement, l’enlèvement de l’Église au ciel avant que ce changement ait lieu ; la raison en est que, si nous supposons l’Église encore sur la terre lorsque le diable et ses anges sont précipités du ciel, il ne serait plus vrai que nous avons notre lutte avec les esprits de méchanceté dans les lieux célestes. Les saints pendant le millénium, ou ceux dans la grande tribulation qui le précède, n’ont pas ce combat avec les esprits de méchanceté dans les lieux célestes.
Trois ans et demi s’écoulent après que Satan est précipité sur la terre ; pendant ce temps la femme et sa semence (c’est-à-dire Israël) sont les objets de sa persécution. « Et le grand dragon fut précipité, le serpent ancien, celui qui est appelé diable et Satan, celui qui séduit la terre habitée toute entière — il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui. Et j’ouïs une grande voix dans le ciel, disant : Maintenant est venu le salut et la puissance et le royaume de notre Dieu et le pouvoir de son Christ, car l’accusateur de nos frères, qui les accusait devant notre Dieu jour et nuit, a été précipité ; et eux l’ont vaincu à cause du sang de l’Agneau et à cause de la parole de leur témoignage ; et ils n’ont pas aimé leur vie, même jusqu’à la mort » (12:9-11). « Le sang de l’Agneau », voilà ce qui leur maintient une bonne conscience, et leur donne confiance devant Dieu. Leur conscience est purifiée par le sang de Christ, et à côté de cela, ils ont leur témoignage pour Dieu ; Dieu leur donne à la fois le sang de l’Agneau et la parole de leur témoignage, et ils sont vainqueurs par les deux : le sang de l’Agneau les purifie devant Dieu, et avec la parole de leur témoignage, ils tiennent devant les hommes.
« C’est pourquoi, réjouissez-vous, cieux, et vous qui y habitez ». Il y a à ce moment-là des habitants du ciel, et ils ont à se réjouir, parce que Satan en est chassé. L’Église est au ciel au temps dont parle le passage ; les saints sont déjà enlevés de la terre.
« Or, quand le dragon vit qu’il avait été précipité sur la terre, il persécuta la femme qui avait enfanté le fils mâle. Et les deux ailes du grand aigle furent données à la femme, afin qu’elle s’envolât dans le désert, en son lieu, où elle est nourrie un temps, des temps, et la moitié d’un temps, loin de la face du serpent » (12:13-14).
Il est clair que ceci nous ramène au verset 6. Il fallait les versets 7 à 13 pour faire le lien entre les deux, et ensuite on a l’ordre chronologique. Nous sommes ramenés à la persécution de la femme et de son enfant par le dragon, et à la fuite de la femme au désert (12:6). L’Esprit de Dieu a dû revenir en arrière pour nous montrer les raisons plus profondes et l’origine supérieure de tout : Satan est obligé de quitter sa place dans le ciel, et désormais en fureur, « sachant qu’il a peu de temps », il descend sur la terre pour commettre le pire. Il hait la femme, sachant bien que la semence de celle-ci doit l’écraser ; de sorte que son inimitié longtemps entretenue, se concentre sur la femme et sur sa semence. C’est ce qui conduit la femme à s’enfuir au désert. L’inimitié de Satan n’est pas simplement due à ce qu’elle a enfanté un enfant qui doit paître les nations avec une verge de fer, mais elle est due à ce que Satan est précipité sur la terre. Satan fut autrefois innocent, mais il est sorti de sa place de créature, s’admirant lui-même, et s’élevant contre Dieu. Maintenant, lorsque Satan est précipité du ciel, il manifeste tous ses sentiments de méchanceté contre Dieu en persécutant la femme et sa semence.
« Et les deux ailes du grand aigle furent données à la femme ». Remarquez ici la différence (analogue à Apoc. 11) : « où elle est nourrie un temps, des temps et la moitié d’un temps ». Dans un verset précédent, le temps est, pour ainsi dire, aussi allongé que possible, parce que, c’est du moins ce que je comprends, les soins de Dieu envers elle sont le grand point mis en relief. Il y avait un lieu préparé pour elle de la part de Dieu, et quand il est question de Ses soins et de ce qu’Il a préparé, il allonge le temps le plus possible ; mais quand il est question de la puissance du diable, Il le raccourcit. C’est, je crois, la même période, mais présentée d’une manière différente.
Le serpent, ainsi appelé à cause de son inimitié subtile, adopte maintenant un nouvel expédient. Il « lança de sa bouche de l’eau, comme un fleuve, après la femme, afin de la faire emporter par le fleuve ; et la terre vint en aide à la femme », etc. (12:15-16). Ceci représente des moyens providentiels contre les instruments de l’ennemi, et Dieu s’en sert pour délivrer Son peuple terrestre et préserver Son dessein quant à la terre ; tout est secoué par une grande commotion. Les instruments de l’ennemi sont représentés par les eaux qui sortent comme un fleuve de la bouche du dragon (des peuples sous l’influence directe du diable), tandis que la terre qui aide la femme désigne ces parties plus stables du monde employées par la Providence de Dieu pour résister aux efforts de Satan pour écraser les Juifs. Dans le cours de ce livre, l’expression « la terre », peut impliquer un caractère moralement mauvais ; mais Dieu peut produire une diversion quand Il le trouve convenable, et réduire ainsi à néant les calculs faits pour écraser Son peuple.
« Et le dragon fut irrité contre la femme, et s’en alla faire la guerre contre le résidu de la semence de la femme, ceux qui gardent les commandements de Dieu, et qui ont le témoignage de Jésus » (12:17).
Certains pourraient éprouver de la difficulté à comprendre comment un résidu Juif pourrait avoir le témoignage de Jésus. Mais si vous m’avez suivi dans les chapitres précédents, la difficulté n’est pas insurmontable : dans le livre de l’Apocalypse, « le témoignage de Jésus » est toujours celui de Jésus revenant comme l’Héritier du monde, et non le témoignage de Ses relations en grâce parfaite et céleste, comme nous le connaissons maintenant. Le résidu Juif ne jouira pas de la même communion avec le Seigneur Jésus Christ que celle que l’Église possède à présent ; mais ils se tiendront debout par la foi, et ils auront le témoignage que Jésus rend dans l’Apocalypse.
Au ch. 1, nous lisons : « Révélation de Jésus Christ, que Dieu lui a donnée pour montrer à ses esclaves les choses qui doivent arriver bientôt » etc. C’est, comme nous l’avons vu souvent, une certaine révélation que Dieu donne à Jésus, en rapport avec des événements qui vont bientôt arriver. C’est ce qui est appelé au verset suivant « la parole de Dieu et le témoignage de Jésus Christ ».
De même, en Apoc. 19:10 : « Le témoignage de Jésus est l’esprit de prophétie » — ce qui montre clairement qu’il s’agit d’une connaissance prophétique de Jésus. Ainsi le témoignage rendu dans ce livre, quoique également divin, diffère de la manière bénie dont Dieu manifeste Christ maintenant à l’Église qui est Son corps.
Le résidu aura une connaissance semblable à celle que possédaient les saints des temps de l’Ancien Testament — probablement plus grande en quantité, mais de nature semblable, me semble-t-il. Ils attendront l’apparition de Jésus. Ils diront avec des cœurs repentants : « Béni soit celui qui vient au nom de l’Éternel ». Ils crieront : « Jusques à quand, ô Souverain, saint et véritable, ne juges-tu pas et ne venges-tu pas notre sang ? » Je ne nie pas qu’ils puissent avoir le Nouveau Testament devant les yeux : mais il n’y aura aucune puissance pour appliquer les faits du Nouveau Testament à leurs propres âmes, au moins en ce qui concerne la paix et la communion qui sont nôtres actuellement.
Quelle preuve qu’il ne faut pas seulement la Parole, mais aussi le Saint Esprit pour nous l’ouvrir, pour le repos et la joie de l’âme ! Même comme chrétiens, certains d’entre nous manquent de lumière quant à certaines vérités, jusqu’à ce que, dans Sa grâce, il plaise à Dieu d’ôter le voile de nos yeux. Dieu le fait d’habitude par des moyens spéciaux, car Sa manière d’agir n’est pas de donner aux gens la capacité de prendre la Bible, et de la comprendre indépendamment des ressources qu’Il a données pour le perfectionnement des saints (Éph 4:10-13). Dieu enseigne Ses enfants, mais en général Il le fait par le moyen de ceux qu’Il a donnés pour le bien de l’Église ; quoiqu’Il ne s’assujettisse jamais à cet ordre, Il ne met pas de côté le sage et miséricordieux arrangement qu’Il a formé [les dons de grâce selon Éph. 4] et qu’Il fera demeurer aussi longtemps que durera l’Église.
Il y a des jointures et des liens (Éph. 4:16) pour fournir la nourriture au corps, et c’est ainsi que, bien uni ensemble, tout le corps croît d’un accroissement de Dieu. Dieu ne donne ni ne sanctionne jamais quelque chose qui nous permettrait de nous passer les uns des autres.
Supposons une personne jetée dans une île déserte ; elle sera bénie de Dieu en lisant toute seule la Parole avec prière ; mais là où il y a d’autres moyens et d’autres occasions, comme le rassemblement de nous-mêmes pour l’édification, pour la lecture des Écritures, pour la prédication en public, pour l’exhortation, etc., négliger ou mépriser ces moyens ou ces occasions, c’est la volonté de l’homme, et non pas la direction de l’Esprit de Dieu.
Ces saints, comme ceux d’autrefois, craindront l’Éternel, et obéiront à la voix de Son serviteur, mais en même temps ils marcheront dans les ténèbres, et n’auront pas de clarté jusqu’à ce que le Seigneur revienne en gloire (És. 50:10). Notre position est identique à celle de Christ Lui-même, ressuscité et glorifié. Comparez Ésaïe 50:8-9 avec Rom. 8:33-34 pour les chrétiens, et Ésaïe 50:10-11 pour le résidu juif. Les chrétiens peuvent ne pas toujours agir selon la lumière, mais ils marchent dans la lumière, comme Lui est dans la lumière. « Celui qui me suit », dit notre Seigneur, « ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie ». Le résidu de ce jour-là se confiera dans le nom de l’Éternel, et s’appuiera sur son Dieu ; mais ce sera d’une autre manière. Thomas, en Jean 20, comparé aux autres disciples, peut illustrer cette position.
Je ne m’arrêterai pas à discuter l’application que font de ce chapitre les partisans de l’interprétation historique. Ils voient dans le symbole de la femme revêtue du soleil, etc., l’Église chrétienne élevée au ciel politique avec l’éclat du soleil projeté sur elle par Constantin, par le plus élevé des trois dignitaires de l’empire romain, et par les principaux évêques, ceux-ci étant la couronne d’étoiles. Dans le grand dragon rouge, ils voient le vieux paganisme romain concentré pour un temps dans l’énergie de réaction païenne déployée par Maximin, interdisant