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REMARQUES SUR L’APOCALYPSE

 

William Kelly

 

Ces « Remarques » ont d’abord paru en anglais dans le périodique « Bible Treasury » vol. 2, de janvier 1858 à décembre 1859. Une traduction française a été publiée en 1865 (librairies Grassart et Meyruis à Paris, Émile Béroud à Genève et Paul Recordon à Vevey). Un texte revu et complété a ensuite paru sous forme de livre en 1871, avec le titre « Lectures on Revelation », dont la traduction est donnée ci-après, sans toutefois reprendre la longue « Introduction » et diverses notes de controverses (par rapport à d’autres opinions ou sur des questions de traduction du texte biblique).

Comme d’habitude, W. Kelly a fait sa propre traduction du texte biblique de l’Apocalypse. La présente traduction a utilisé la version française J.N. Darby et dans quelques cas la traduction tirée du texte de W. Kelly.

Les mots « assemblée » et « église » sont utilisés indifféremment, sans contenir de différence voulue de sens.

Les subdivisions des chapitres ont été ajoutées par Bibliquest

 

 

 

Table des matières abrégée :

1     Chapitre 4

2     Chapitre 5

3     Chapitre 6

4     Chapitre 7

5     Chapitre 8 — Septième sceau

6     Chapitre 9

7     Chapitre 10

8     Chapitre 11

 

 

Table des matières détaillée :

1     Chapitre 4

1.1      Ch. 4:1-2

1.2      Ch. 4:3

1.3      Ch. 4:4

1.3.1       Les anciens

1.3.2       Chérubins ou animaux

1.4      Ch. 4:5

1.5      Ch. 6:6

1.6      Ch. 4:7-8a

1.7      Ch. 4:8b-10

1.8      Ch. 4:11

2     Chapitre 5

2.1      Ch. 5:1

2.1.1       Ne pas dissocier l’assemblée de Christ

2.1.2       Interprétation de la prophétie

2.1.3       Place des ch. 4 et 5 dans l’Apocalypse

2.2      Ch. 5:2

2.3      Ch. 5:3, 4

2.4      Ch. 5:5

2.5      Ch. 5:6 — L’Agneau immolé

2.6      Ch. 5:7-8

2.7      Ch. 5:9-10

2.8      Ch. 5:11, 12

2.9      Ch. 5:13

3     Chapitre 6

3.1      Généralités

3.2      Premier sceau

3.2.1       Interprétations proposées par d’autres. Réfutations

3.2.2       Interprétation proposée par l’auteur

3.2.3       Ch. 6:2

3.3      Deuxième sceau — Ch. 6:3-4

3.4      Troisième sceau — Ch. 6:5-6

3.5      Quatrième sceau — Ch. 6:7-8

3.6      Cinquième sceau

3.6.1       Ch. 6:9-10

3.6.2       Ch. 9:11

3.7      Sixième sceau — Ch. 6:12-17

3.7.1       Personnes concernées

3.7.2       Les événements — Ch. 6:12-17

4     Chapitre 7

4.1      Les parenthèses de l’Apocalypse

4.2      Relation entre ch. 7, ch. 14:1-5, ch. 21:24-26 et Matth. 25:31-46

4.3      Ch. 7:1-3 — L’ange est-il Christ ?

4.4      Les 144000 scellés d’Israël

4.4.1       Signification de ces scellés

4.4.2       Sens littéral pour les tribus d’Israël ?

4.4.3       La liste des tribus

4.5      La foule des Gentils

4.5.1       Pas l’église

4.5.2       La grande tribulation

4.5.3       Qui sont les personnes sur la scène de la tribulation ?

4.5.4       2 Thes. 2:10-12, un endurcissement des Gentils et la grande foule d’Apoc. 7

4.5.5       Devant le trône, une position morale

4.5.6       Contraste avec l’Église

4.6      Ch. 7:15-17— Comparaison avec 21:22 (le temple)

5     Chapitre 8 — Septième sceau

5.1      Ch. 8:1

5.2      Différences entre trompettes et sceaux

5.3      Christ sous une forme angélique

5.4      Des symboles. Aspect extérieur des choses

5.5      Ch. 8:2

5.6      Ch. 8:3-4 — Les autels. Les prières

5.7      Ch. 8:5

5.8      Première trompette

5.8.1       Ch. 8:6

5.8.2       Ch. 8:7

5.9      Deuxième trompette — Ch. 8:8-9

5.10     Troisième trompette — Ch. 8:10-11

5.11     Quatrième trompette — Ch. 8:12

5.11.1      L’accomplissement

5.11.2      Retour sur les ch. 4 et 5

5.11.3      Encore la question de la place de l’enlèvement de l’église dans les événements

5.12     Annonce des trois malheurs — Ch. 8:13

6     Chapitre 9

6.1      Les sceaux ne se déroulent pas parallèlement aux trompettes

6.2      Cinquième trompette, premier malheur — Ch. 9:1-12

6.2.1       Ch. 9:1-4

6.2.2       Ch. 9:5-6

6.2.3       Ch. 9:7-11

6.3      Sixième trompette — Ch. 9:13-21

6.4      Ch. 9:20-21

6.5      Applications

7     Chapitre 10

7.1      Ch. 10:1

7.1.1       L’ange puissant

7.1.2       Revêtu d’une nuée

7.1.3       Autres signes distinctifs de l’Ange — Ch. 10:1-2

7.2      Ch. 10:2 — Le petit livre ouvert

7.2.1       Rappel sur le livre ouvert au ch. 5

7.2.2       Différences entre les livres des ch. 5 et 10

7.3      Ch. 10:3-7

7.3.1       Ch. 10:3-4

7.3.2       Ch. 10:5-7 — Plus de délai

7.3.3       Ch. 10:7 — Le mystère de Dieu

7.3.4       Le mystère de Sa volonté — Éph. 1:9

7.3.5       Le mystère de Dieu dans les Colossiens

7.4      Le mystère de Dieu au ch. 10:7 — Ch. 10:8-11

7.5      Accomplissement d’Apoc. 10

7.5.1       Des accomplissements passés ?

7.5.2       Des rapports avec Malachie 4

7.5.3       L’Église n’est pas en vue, mais Christ faisant valoir Ses droits sur la terre

7.5.4       Appréciation des opinons d’autres commentateurs

7.5.5       Conclusion sur l’application de l’Apocalypse

8     Chapitre 11

8.1      Ch. 11:1

8.2      Ch. 11:2

8.2.1       La période de 42 mois

8.2.2       Le « vrai » Antichrist

8.2.3       Antichrist selon Daniel 7

8.2.4       Les semaines de Daniel 9

8.2.5       Le mélange impossible des Juifs et des Gentils

8.2.6       Ésaïe 18 — le regain d’antisémitisme

8.2.7       Daniel 9:26-27

8.3      Ch. 11:3-4

8.4      Ch. 11:5-7

8.5      Ch. 11:8

8.6      Ch. 11:9-10

8.7      Ch. 11:11-13

8.8      Ch. 11:14-15

8.8.1       Le royaume du monde de notre Seigneur Jésus

8.8.2       Place du croyant dans le monde. Cas d’Abraham et David

8.8.3       Le « royaume du monde » et Jean 18:36

8.8.4       Il régnera aux siècles des siècles

8.8.5       Ceux qui suivaient David. Le temps de la patience

8.9      Ch. 11:16-18

8.9.1       Ch. 11:16-17a

8.9.2       Ch. 11:17b — Omission des mots « et qui vient »

8.9.3       Ch. 11:18

8.10     Vue générale du chapitre

8.11     Ch. 11:19

 

 

 

1                        Chapitre 4

Nous arrivons maintenant à la partie strictement prophétique du livre de l’Apocalypse. Les sept assemblées forment ensemble ce que le Saint Esprit nomme « les choses qui sont ». Et on a vu le Fils de l’homme jugeant la maison de Dieu sur la terre, représentée par les églises d’Asie. Elles existaient au temps de l’apôtre Jean, et d’une manière mystique au moins, elles ont une existence qui se poursuit d’une manière continue et, dans une mesure, successive, aussi longtemps qu’un témoignage est rendu par le corps professant sur la terre. Si l’application littérale de ces assemblées appartient au passé, leur portée comme représentant l’Église dans son existence prolongée continue encore.

Au chap.1:19, il nous est dit que, outre « les choses que tu as vues », et « les choses qui sont », il y a une troisième division : « les choses qui doivent arriver après celles-ci », comme signifiant ce qui doit suivre après que l’Église a pris fin sur la terre. Son histoire actuelle se clôt ici, bien qu’il lui soit réservé une meilleure existence dans le ciel, et qu’elle doive régner aussi sur la terre au jour de la gloire millénaire. Nous arrivons donc à cette partie purement prophétique. Les chapitres 4 et 5 sont une sorte de préface aux « choses qui doivent arriver après celles-ci » ; leur objet principal est de nous montrer, non les événements qui surviendront sur la terre, mais l’attitude ou l’aspect sous lequel Dieu apparaît, et la position de ceux qui Lui sont les plus proches tandis que surviennent les événements futurs, c’est-à-dire durant la crise du présent siècle. Il me faut m’arrêter un peu sur le premier de ces chapitres.

 

1.1   Ch. 4:1-2

« Après ces choses je vis, et voici une porte ouverte dans le ciel, et la première voix que j’avais ouïe, comme d’une trompette, parlant avec moi, etc. (4:1a). Ici, « la première voix » ne veut pas dire la première des voix qui allaient parler, ainsi que plusieurs l’ont étrangement pensé, mais il s’agit de la voix que Jean avait déjà entendue au chap. 1 — la voix de Celui qui était au milieu des sept chandeliers d’or. Elle lui parle encore comme la voix d’une trompette, non plus de la terre, mais du ciel. Il y avait là une porte, et c’est de cette porte que la voix parlait — en sorte que cette portion du livre suppose que pour le moment on en a fini avec la terre, et que la scène se déroule en haut. Il ne s’agit pas simplement de saints qui rendent témoignage sur la terre ; mais la voix parle du ciel, montrant les choses qui doivent faire suite à la condition de l’Église sur la terre, arrivée maintenant à son terme. « Monte ici et je te montrerai les choses qui doivent arriver après celles-ci » (4:1b). Puis il est rapporté que Jean fut sur-le-champ en Esprit (4:2a), c’est-à-dire qu’il fut transporté par la puissance du Saint Esprit, de manière à entrer dans les scènes nouvelles qu’il avait désormais à contempler.

Et voici un trône était placé dans le ciel, et sur le trône quelqu’un était assis. Et Celui qui était assis », etc. (4:2b). Dieu, comme tel, n’est pas nommé dans ce récit, sauf comme « Celui qui était assis sur le trône ». Jean va nous montrer l’aspect sous lequel apparaissait Celui qui était assis sur le trône, tandis qu’il y a en Dieu ce qu’« aucun homme n’a vu, ni ne peut voir ». C’est la représentation, d’une manière symbolique, de la gloire de Dieu. Il peut revêtir n’importe quelle forme qu’il Lui plaît ; mais pour autant qu’Il permet de la contempler ici-bas, c’est celle à laquelle répond la figure de ces pierres précieuses. Au chap. 21, l’épouse, la nouvelle Jérusalem, « descend du ciel d’auprès de Dieu, ayant la gloire de Dieu, et son luminaire était semblable à une pierre très précieuse, comme à une pierre de jaspe cristallin » (21:10, 11) etc. Il est de toute évidence que ceci ne saurait être la gloire essentielle de Dieu. Cela indique plutôt, je pense, qu’il s’agissait d’une gloire divine, et non pas humaine. Il y a en Dieu ce qu’Il peut conférer à la créature, et il y a ce qui est incommunicable. Ici la gloire divine est mise pour contraster avec la gloire de la créature, non pas celle qui dérogerait à la majesté de Dieu, mais celle qui en serait un reflet. Son luminaire était comme une pierre de jaspe (21:11) ; la muraille aussi était de jaspe (21:18), ainsi que le premier fondement (21:19) (*). L’aspect général de la cité était comme de jaspe. Ceci répond un peu, je pense, à ce qui nous est présenté au chap. 4 sur la vue dont il fut donné à Jean de jouir, de Celui qui était assis sur le trône. En Rom 5:2, il est dit que non seulement nous avons accès à la grâce de Dieu dans laquelle nous sommes, mais que nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu. La gloire de Celui qui était assis sur le trône, en tant qu’elle pouvait être contemplée par la créature, est présentée sous la figure du jaspe et du sardius (4:3). Et quand l’Église apparaîtra dans la gloire de Dieu, sa lumière sera comme de jaspe. C’est-à-dire que c’est la pensée de la gloire de Dieu, et non celle de l’homme, qui est présentée à l’esprit. Même au « jour éternel », on ne verra jamais que Dieu abandonne ou abaisse la dignité de sa propre Déité ; car il y aura toujours une distance infinie entre Dieu et les créatures les plus élevées. Cependant il y a de la ressemblance entre la gloire de Dieu, telle que l’homme la voit, et la gloire qui sera bientôt celle de l’église. Et ceci correspond exactement aux paroles de notre Seigneur dans l’évangile de Jean (17:22, 23) : « Et la gloire que tu m’as donnée, moi, je la leur ai donnée, afin qu’ils soient un comme nous, nous sommes un : moi en eux, et toi en moi ; afin qu’ils soient consommés en un, et que le monde connaisse que toi, tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé ».

 

(*) L’application du jaspe, dans la description de la cité céleste, semble mettre positivement de côté l’idée que la couleur de cette pierre devait représenter quelque chose à l’aspect à la fois fort terrible et glorieux. Il serait tout à fait hors de question d’attribuer un trait semblable à la nouvelle Jérusalem, dont la figure est employée encore plus emphatiquement. Je ne puis donc que penser qu’il nous faut chercher une signification en harmonie avec à la fois la pierre et la cité, et que l’idée de gloire et de splendeur est la plus satisfaisante. — Bien plus insoutenable encore est l’opinion que le jaspe désigne l’incarnation ; elle ne me parait répondre à aucun des cas où se rencontre la figure ; elle ôterait d’une manière désespérante la cohérence des chapitres 4 et chap. 5 entre eux, et entraînerait, je crains, un abandon sérieux de la saine doctrine si on l’appliquait au chap. 21.

 

Mais outre la manifestation de la gloire divine, il y avait un arc-en-ciel autour du trône. Ceci ramène évidemment nos pensées à l’alliance que Dieu a conclue, non avec Son peuple d’Israël, mais avec la terre en général. L’alliance avec Son peuple est mentionnée pour la première fois enApoc. 11, où l’on voit le ciel ouvert et l’arche de Son alliance dans Son temple. Ce n’est pas la nouvelle alliance elle-même ; car lorsqu’elle sera établie, il n’y aura ni tremblements de terre, ni éclairs ni tonnerres, etc. mais ce sera le jour de paix et de bénédiction pour Israël. Mais à l’époque à laquelle se rapporte la vision, Dieu fera voir qu’Il a égard à Son alliance. Ici (Apoc. 4) l’arc-en-ciel indique que Dieu se souvient de Son alliance avec la terre. L’arche dont il est parlé en Apoc. 11 indique que Dieu se souvient de Son alliance avec Son peuple. Dieu va déverser des jugements sur la terre et sur ceux qui avaient la responsabilité d’être Son peuple. Mais Il prend la peine de montrer, avant qu’un seul jugement tombe, qu’il y a de la miséricorde en réserve. Avant qu’Il touche à la création, il y a le signe de Son alliance avec la terre — tout comme on voit l’arche de Son alliance quand Il est forcé de déverser des plaies sur Son peuple d’Israël. L’arc-en-ciel témoignait que Dieu ne s’était pas dégagé de Son ancienne parole : Il ne pouvait pas l’oublier. L’arc-en-ciel est le signe de la miséricorde. Il va d’un bout du ciel à l’autre, et embrasse sur la terre et dans la mer, tout ce que Dieu a placé sous cette miséricordieuse garantie dont Il a perché le signe dans le ciel. Or ici nous trouvons l’arc-en-ciel non seulement sur le monde, mais encore autour du trône dans le ciel. Ce n’est pas sa place habituelle ; mais il était consolant pour Jean, au milieu de toute cette splendeur, de voir Dieu désireux de remplir les cœurs de confiance. Il n’avait pas simplement la vision de ce qui allait arriver sur la terre ; mais il voit l’arc-en-ciel dans la sphère de la manifestation et de la puissance divines, en haut. Dieu nous montre sa propre gloire, et en même temps l’arc-en-ciel nous déclare que Dieu est vrai — que c’est à dessein qu’Il amène l’homme à penser au gage donné après le grand jugement d’autrefois ; et qu’Il le fait d’autant plus, qu’en vue de rassurer nos cœurs, Il le met maintenant dans cette place particulière où jamais auparavant on n’avait vu d’arc-en-ciel. Mais quoique cette place soit particulière, qu’y a-t-il de plus significatif puisqu’il s’agit du trône de Dieu, le Tout-Puissant, le Créateur, le Maître Souverain de toutes choses.

Il est peut-être inutile de remarquer que rien de tout cela n’arrivera d’une manière littérale ; mais la vision était comme un panorama, plaçant tout devant les yeux du prophète : manière tellement vivante et admirable de transmettre ce que Dieu voulait enseigner ! Une fois qu’on est pleinement établi dans la grâce de Dieu, rien n’est plus important que l’étude de ce livre ; mais s’absorber dans l’Apocalypse peut être nuisible aux âmes qui ne sont pas fondées dans la grâce.

 

1.2   Ch. 4:3

Nous avons donc premièrement le trône de Celui qui est le centre et la source de toute l’action, la gloire et la majesté de Dieu étant présentées sous le symbole du jaspe et du sardius. Ensuite il y a l’arc-en-ciel, emblème familier de la fidélité de Dieu envers la création. L’arc-en-ciel était d’un genre particulier, « à le voir, semblable à une émeraude » (4:3). Il serait difficile d’avoir des couleurs plus opposées que celles qui représentent la majesté divine, et l’émeraude si agréable aux yeux. Le Saint Esprit produit sur nous une vive impression par ces symboles simples ; car ce livre n’a pas été écrit pour des savants, mais pour des saints dans l’affliction. Même des hommes du monde ont remarqué que l’Apocalypse était un livre spécialement recherché par les chrétiens persécutés ; et tandis qu’il est certain que ceux qui s’en servent pour faire de la recherche et des spéculations humaines, s’égarent ici comme partout ailleurs, il me semble que l’Apocalypse doit présenter une idée générale brillante à l’esprit d’un croyant illettré qui regarde à Dieu et désire la gloire de Son Fils.

La première pensée suggérée par ce chapitre est que le seul lieu valable pour considérer les choses qui doivent arriver après les Églises, c’est le ciel. Ce n’est pas sur la terre, ou de la terre, qu’on peut juger correctement ces événements. C’est d’en haut qu’il nous faut apprendre à regarder. Si nos pensées sont aux choses de la terre, nous n’aurons jamais l’intelligence pour les comprendre. Si je suis simplement au niveau de la scène où les jugements se passent, je m’efforcerai de tirer le meilleur parti des choses présentes et d’éviter les jugements ; je n’entrerai pas par la porte ouverte dans le ciel. Il faut prendre une position céleste comme fondement, et unique fondement sur lequel ces visions peuvent être appréciées correctement.

Le principal objet qui se voyait, c’est Dieu et Son trône — Sa puissance s’exerçant sous forme de la providence. Le trône n’est pas lui-même en relation avec la sacrificature, mais avec la puissance d’où procède le gouvernement divin. Dieu veut affermir les âmes dans la pensée que c’est Lui qui gouverne, même au milieu de toute la méchanceté qui doit se développer au temps des bêtes, ou de l’apostasie finale. La vision porte sur le trône de Celui qui n’avait pas besoin d’être nommé, mais qui laisse voir Sa gloire pour autant quelle puisse être vue par une créature. De Son trône dans les cieux, Il s’occupe du monde. Puis nous voyons Son trône environné du souvenir de Son alliance avec la création.

 

1.3   Ch. 4:4

Ensuite au verset 4, le prophète voit qu’autour du trône central de Dieu, il y a d’autres trônes. La raison pour laquelle il y a ici des trônes plutôt que des « sièges », c’est qu’une partie essentielle de la vision consiste à montrer que les personnes qui y sont assises possédaient une dignité royale. Le même mot signifie trône ou siège, le choix n’est déterminé que par le contexte. Nous ne dirions pas d’une personne d’une humble condition qu’elle est assise sur un trône, ni du souverain dans une séance royale qu’il est assis sur un siége. Nous en jugeons par la nature du sujet.

Autour du trône de Dieu, sur la scène d’une gloire telle que l’homme n’en avait peut-être jamais vue, il y a donc d’autres trônes avec des anciens assis dessus, — c’est-à-dire ceux qui sont doués de la sagesse d’en haut, et qui entrent dans les pensées et dans les conseils de Dieu. Ils sont vêtus de vêtements blancs qui répondent à leur dignité sacerdotale, comme leurs couronnes à leur dignité royale. Ce sont clairement des saints, qui sont chez eux dans le ciel, auprès de la gloire, autour du grand trône central avant que commence le jugement du monde. Leur nombre est de 24, correspondant aux 24 classes de sacrificateurs en Israël. Quand le précurseur du Seigneur allait naître, son père Zacharie était sacrificateur de la classe d’Abia. Ces divisions figurent en 1 Chron. 24 et l’on trouve que celle d’Abia était la huitième. La sacrificature était ainsi divisée afin que chacun s’acquittât à son tour de l’œuvre sacerdotale, chaque classe ayant son principal sacrificateur. Le souverain sacrificateur n’est pas nommé ici : nous savons tous qui Il est ; mais nous avons les 24 anciens correspondant à ces 24 classes de la sacrificature, ou plutôt aux chefs qui les représentaient (4:4.).

 

1.3.1        Les anciens

Il s’élève alors une question très intéressante. Si ces anciens avec des couronnes et des trônes représentent les saints célestes, comme peu le nieront, à quel temps et à quelle condition cette vision s’applique-t-elle ? Parle-t-elle (1) de ceux qui ont délogé pour être avec Christ ? Ou bien préfigure-t-elle (2) la manifestation du royaume de Christ et de Ses saints durant le millénium ? Or, je tiens pour certain qu’il doit être répondu négativement à ces deux questions, et que l’époque de ce chap. 4, et, par conséquent l’intervalle pendant lequel les anciens sont ainsi occupés en haut, sont postérieurs à l’état où les esprits sont séparés des corps (quant à ces anciens), et précèdent le règne millénaire.

Car (1) il est évident que le symbole des 24 anciens renferme tous les membres de la sacrificature céleste — non pas seulement une partie, si grande qu’elle soit, mais leur totalité. Il y avait exactement ce nombre de classes, et pas davantage. Dans la vision, elles sont au complet ; et dans la réalité, que la vision symbolise, il ne saurait en être ainsi tant que les saints sont absents du corps et présents avec le Seigneur. Durant cet état de choses, il y aura toujours des membres de l’Église sur la terre. Car « nous ne nous endormirons pas tous ». Et lorsqu’au retour du Seigneur les morts en Christ ressusciteront premièrement, « nous les vivants, qui demeurons, serons ravis ensemble, avec eux, dans les nuées à la rencontre du Seigneur en l’air, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur ». C’est-à-dire que le symbole, bien compris et bien interprété, exige le rassemblement de tous les membres de Christ, ensemble et dans la même condition ; et comme ceci ne sera jamais vrai des esprits séparés du corps, il s’ensuit nécessairement que la vision ne sera réalisée que lorsque « nous serons tous changés », et que nous serons avec le Seigneur.

Mais (2) il est clair que, quoi que puissent présenter par anticipation les cantiques des anciens ou de ceux qui se joignent à leurs accords, les actes des anciens aussi bien que l’ensemble de la scène céleste (dans laquelle ils jouent un rôle si considérable depuis le ch. 4 jusqu’au ch. 19) supposent que le règne sur la terre ne soit pas établi au sens littéral avant que Christ ait quitté le ciel avec Ses saints pour exercer le jugement sur Ses ennemis. Mais le nombre des anciens arrive au complet bien avant : personne ne peut nier qu’ils sont dans le ciel avant et pendant les sceaux, les trompettes et les coupes. La conséquence est claire : il faut que les saints qu’ils représentent soient tous dans le ciel, avant que ces jugements commencent à s’exécuter. Le millénium ne commence pas avant Apoc. 20 ; les anciens figurant les saints glorifiés sont longtemps auparavant avec le Seigneur dans leur corps transmués. Quand Il vient du ciel pour détruire la bête, ils Le suivent et règnent ensuite avec Lui mille ans. D’autres, je n’en doute pas, leur seront adjoints en ce règne-là : ceux-ci ne seront pas glorifiés dans leurs corps avant Apoc. 20, ayant souffert après l’enlèvement de l’Église, sous la bête, etc. Mais Apoc. 4. laisse entendre que cet enlèvement aura eu lieu précédemment, et que les saints enlevés sont vus comme une sacrificature royale, s’intéressant (par le fait qu’ils ont la pensée de Christ) aux épreuves, aux souffrances, aux témoignages et aux espérances de ceux qui leur auront succédé comme témoins de Dieu, durant l’heure de la tentation qui viendra sur tout le monde pour éprouver ceux qui habitent sur la terre. Pour les saints transportés en haut, ce n’est même pas encore le temps des noces de l’Agneau ; et pour cette raison ainsi que pour d’autres, ils ne sont pas regardés ici comme le corps ou l’épouse, mais comme rois et sacrificateurs rendant hommage, et comme attendant encore leur manifestation en gloire, lorsqu’ils jugeront le monde.

Il existe un rapport étroit et solennel entre ceci et la mention de 25 hommes faite en Ézéchiel 8:16. À mon avis, il s’agissait de l’ensemble des chefs de la sacrificature, 24 chefs de classe avec le souverain sacrificateur. Mais où étaient-ils maintenant ? Hélas ! ils étaient les promoteurs de l’idolâtrie et de l’iniquité qui se commettaient dans le temple de l’Éternel. Ils étaient là, non pas comme ceux dont le vêtement parlait du sang qui purifie, mais comme les corrupteurs du modèle de la sainteté de Dieu, et comme ceux qui souillaient le peuple d’Israël, le conduisant à l’apostasie ; de sorte que si le jugement devait s’exercer, il fallait qu’il commence par la maison de Dieu. Il y a un contraste tacite entre la scène décrite ici et celle d’Ézéchiel. Nous avons là en premier lieu les quatre animaux [ou : « être vivants », ou « créatures vivantes » ; ici et ailleurs ; non pas des « bêtes »] — symbole des jugements exécutés de la part de Dieu, de Son autorité judiciaire détruisant le mal. Le résultat terrestre de l’action de ces animaux, comme on le voit en Ézéchiel, pouvait être la destruction de Jérusalem ; mais ce n’était là que ce que l’homme voyait.

 

1.3.2        Chérubins ou animaux

Les chérubins et les animaux (zôa) sont substantiellement la même chose ; mais il faut les distinguer soigneusement des bêtes (theria) mentionnées plus loin. La première fois qu’il est parlé des chérubins, c’est au début du livre de la Genèse (3:24). Nous les voyons dès que le péché est entré dans le monde. C’était les êtres auxquels était confiée l’œuvre du jugement. « Il plaça à l’orient du jardin d’Eden les chérubins et la lame de l’épée flamboyante [ou : qui tournait ça et là], pour garder le chemin de l’arbre de vie ». L’emblème de leur puissance était cette épée flamboyante. Si nous passons ensuite au second livre de Moïse, les chérubins s’y trouvent d’une manière nouvelle et plus bénie. Où regardaient-ils ? Au-dedans. S’ils avaient regardé dehors, ils auraient vu des pécheurs ; s’ils avaient regardé dessous, c’est-à-dire dans l’arche, ils y auraient vu la loi ; mais ils regardaient au-dedans, sur le propitiatoire, là où il était fait aspersion du sang pour l’expiation. Là était le sang qui témoignait de la parfaite miséricorde de Dieu, qui avait rencontré le péché et en avait triomphé, et là était aussi la puissance de Dieu : l’un et l’autre s’unissaient pour préserver la gloire de Dieu, et travailler en faveur de l’homme au lieu d’agir contre lui.

Si nous considérons maintenant les chérubins au temps de Salomon, on remarquera une différence sensible. Leur position change complètement, car au lieu de regarder en dedans, ils regardent au-dehors, parce que les jours de Salomon typifient le temps de la gloire, lorsque gouvernera le véritable Homme et Prince de paix. Et pourquoi ne regarderaient-ils pas au-dehors au temps de Apoc. 4 ? C’est que le péché aura été jugé, et au lieu que la bonté du Seigneur se répande, pour ainsi dire, goutte par goutte ici et là, le Roi Lui-même va descendre comme la rosée sur l’herbe fauchée, comme la pluie qui arrose la terre, et toute la terre va être remplie de Sa gloire — réalisation fidèle de la gloire du fils de David. Quand la miséricorde aura son plein exercice, et que le jugement aura été exécuté, rien n’empêchera les chérubins de proclamer la bonté du Seigneur.

Mais en Ézéchiel une crise terrible survenait. Le propitiatoire avait été méprisé, et la gloire de Salomon était flétrie. Israël péchait à main levée, et le temple lui-même était le lieu où Dieu était déshonoré par-dessus tout, et là les chérubins semblent dire : « Est-il possible que Dieu n’ait rien à faire avec ce peuple méchant ? il faut que le jugement ait son cours ». En conséquence, ils quittent Israël, tout en apportant le jugement sur le pays. Nous ne les revoyons que comme donnant le signal du jugement, et le mettant en vigueur par la main de Nébucadnetsar.

Nous avons la même chose en Apocalypse, avec cette différence qu’en Ézéchiel les animaux sont davantage vus en rapport avec la terre ; c’est peut-être la raison pour laquelle ils sont décrits comme ayant des roues en plus des ailes. En Apocalypse, le peuple terrestre étant délaissé pour un temps, et un peuple céleste étant appelé, nous les voyons seulement avec des ailes, figure appropriée au ciel, et non avec des roues, figure appropriée à la terre. Il est précieux de voir par cette omission que même lorsque Dieu va parler de jugement, la forme que revêt l’exécuteur du jugement de Dieu nous indique qu’une interruption céleste est survenue, avant la reprise de l’histoire du monde. Il est d’une extrême importance, si nous voulons nous former une juste appréciation de ces choses, de se tenir d’un pied ferme sur le fondement, sur lequel reposait l’apôtre — d’entrer, pour ainsi dire, par la porte ouverte dans le ciel.

 

1.4   Ch. 4:5

Mais il y a encore ceci : « Et du trône sortent des éclairs, et des voix, et des tonnerres », etc. (4:5). Évidemment ce n’est point là le trône dont nous nous approchons ; car le nôtre est un trône de grâce, et celui-ci un trône de jugement. Son aspect, tel qu’il est ici décrit, n’a absolument rien à faire avec la grâce. Ce qui en sort n’est pas un fleuve pur comme du cristal, ainsi que c’est le cas du trône mentionné au chap. 22, mais « des éclairs, et des voix, et des tonnerres etc., expression du courroux de Dieu. La forme symbolique de l’Esprit de Dieu elle-même, employée ici, répond au tableau : « Il y avait sept lampes [ou : torches] de feu brûlant devant le trône, qui sont les sept Esprits de Dieu ». Le Saint Esprit ne revêt pas la figure de lampes de feu quand il est parlé de la grâce de Dieu envers l’assemblée. Au jour de la Pentecôte, il y avait certes, des langues de feu — magnifique emblème de ce que Dieu allait faire alors, car c’était un pouvoir divin qui donnait à ces hommes illettrés de parler dans toutes les langues. Il descendit sur le Seigneur Jésus sous la forme d’une colombe ; mais cela est tout à fait différent de ce que nous avons en Apocalypse. Ici, c’est la puissance qu’a l’Esprit de Dieu de consumer. Le feu est l’emblème bien connu de la sainteté de Dieu, sainteté qui scrute et sonde tout. Le Saint Esprit dans Sa pleine perfection comme lumière, et dans Son caractère de feu consumant, — voilà comment l’Esprit nous représente Sa relation avec cette époque-là. Il est clair que cela n’a pas trait au royaume millénaire, car alors il sortira du trône de Dieu un fleuve d’eau vive, éclatant comme du cristal ; et encore bien moins cela a-t-il trait à l’action de l’Esprit dans le corps de Christ durant le temps actuel. Le trône de Dieu n’est pas actuellement un trône dont sortent des éclairs et des tonnerres.

À quelle période est-il donc fait référence ? C’est un court espace entre le temps où Dieu aura fini Son œuvre en rapport avec l’Église, et celui où commencera la gloire millénaire. Le temps actuel est celui où Dieu rassemble Ses héritiers, co-héritiers de Christ, et où Il forme l’épouse ; et maintenant il y a un trône de grâce où nous pouvons recevoir miséricorde et trouver du secours au moment opportun. Ici, au contraire, les jugements de Dieu procèdent du trône, et le Saint Esprit est l’Esprit de jugement et de feu brûlant, tout comme le trône est un trône judiciaire et une source de terreurs pour la terre. Ainsi, ce n’est donc ni l’ère paisible de la gloire millénaire, ni le déploiement actuel d’une grâce illimitée, mais une époque intermédiaire. Il est inconcevable qu’on puisse avoir une intelligence claire de ce livre, si l’on ne voit pas que l’Apocalypse remplit l’intervalle succédant à l’enlèvement de l’Église par le Seigneur, et précédant Sa venue accompagné de l’Église (chap. 19). Je parle, bien entendu, des visions prophétiques qui remplissent le corps du livre, et non des trois chapitres introductifs, ni de ceux de la fin lorsque le Seigneur est près de paraître. Là, toute la scène est changée ; les cieux sont ouverts pour que le Seigneur Jésus vienne frapper le dernier coup du jugement sur l’iniquité de l’homme et sur la puissance de Satan ; puis nous avons l’immense flot de bénédictions s’étendant partout. Mais ici, nous avons l’intervalle qui précède cela — un intervalle du caractère le plus solennel pour le monde, alors que les saints célestes auront été enlevés.

 

1.5   Ch. 6:6

« Et devant le trône, comme une mer de verre » (6:6). Ce n’est pas une mer d’eau, où l’on pût se baigner, mais une mer de verre. Le Saint Esprit se sert du lavage d’eau par la Parole, maintenant, pour ôter la souillure. Il n’y avait plus besoin de cette purification pour ceux qui se trouvent devant le trône. Au chap. 15, on trouvera une autre classe d’individus se tenant sur une mer de verre, montrant qu’il n’est plus question alors de la puissance de l’Esprit agissant à l’égard de ce qui est contraire à Dieu, mais que la victoire est remportée. Il n’est plus question d’épreuve pour les saints célestes. Ainsi ici en Apoc. 4, la scène où ces saints célestes ont été éprouvés est désormais close, et les voilà assis autour du trône même de Dieu.

 

1.6   Ch. 4:7-8a

Là aussi sont les quatre animaux, pleins d’yeux devant et derrière, qui sont le symbole du discernement ; car bien que ce soit le jugement qu’ils aient à exécuter, ce n’est pourtant pas, bien sûr, un jugement aveugle. « Le premier animal était semblable à un lion ; le second animal, semblable à un veau ; le troisième animal avait la face comme d’un homme ; et le quatrième animal était semblable à un aigle volant » (4:7). Ces divers symboles sont empruntés aux chefs des principales classes de la création de Dieu ici-bas, et représentent différentes qualités de Ses jugements : le lion est à la tête des bêtes sauvages ; le bœuf ou veau à la tête du bétail ; l’homme, à la tête des êtres intelligents ; et l’aigle à la tête des oiseaux. Le lion donne l’idée de force et de puissance majestueuse, le bœuf l’idée d’endurance patiente, l’homme d’intelligence, et l’aigle l’idée de la rapidité. Dieu nous fait voir la force, la patience, l’intelligence et la rapidité avec lesquelles Ses jugements vont s’exécuter. Les quatre animaux ayant chacun six ailes, dénotent une rapidité surnaturelle, et les yeux au dedans, le discernement intérieur (4:8). Certains ont supposé que les animaux, plutôt que les anciens, devaient représenter l’Église, en se basant principalement sur leur proximité du trône suprême (*). Mais c’est là une opinion entièrement fausse. La raison pour laquelle, à mon avis, ces animaux sont ainsi rapprochés du trône, c’est qu’ils sont les agents de l’exécution des jugements, et que les jugements providentiels seront alors en train de s’accomplir. Ils caractérisent l’action du trône.

 

(*) Tout le monde admet que les chérubins sont invariablement les servants du trône de Dieu, et que c’est la raison pour laquelle, lorsqu’ils étaient dans le lieu très saint, ils étaient faits de la même pièce d’or que l’arche elle-même sur laquelle siégeait l’Éternel. Mais on argumente que, si dans tous les cas de l’Ancien Testament ils avaient un caractère angélique (et cela parce que la loi a été ordonnée par les anges ; Gal. 3:17), ils pourraient bien prendre une forme humaine dans l’Apocalypse, parce que le monde à venir doit être assujetti à l’homme (Héb. 2:5). Ainsi, les chérubins et les anciens représenteraient les saints sous un double aspect, actif et contemplatif. Et c’est bien certainement un fait remarquable, ainsi qu’on l’a observé, qu’avant que l’Agneau paraisse et prenne le livre, il n’est pas fait mention d’anges qui rendent hommage, et que les chérubins ou les animaux ne font qu’exprimer ou célébrer la sainteté de Dieu, sans être associés à un culte intelligent ; par contre, lorsque l’Agneau est en scène, les anciens et les chérubins sont joints en un culte intelligent, et les anges sont expressément distingués d’eux. Mais nous nous étendrons davantage sur ce sujet en traitant du chap. 5.

 

1.7   Ch. 4:8b-10

« Et ils ne cessent de dire, jour et nuit : Saint, saint, saint, Seigneur, Dieu, Tout-puissant, Celui qui était, et qui est, et qui vient ». C’est là une parole remarquable. Ce n’est pas le mal qui les occupe ; mais lorsque Dieu nous montre les moyens ou les instruments par lesquels Il exécute le jugement, nous les entendons s’écrier sans cesse à Son sujet : « Saint, saint, saint ! »

Pour nos âmes l’un des traits les plus importants de cette scène est celui-ci : les anciens symbolisent les saints célestes dans la gloire, les chefs de la sacrificature céleste vus dans leur précieuse activité là-haut. Mais remarquez que dès que nous les trouvons là, ils sont parfaitement familiarisés avec la scène ; il n’y a ni hâte ni anxiété. Ils sont paisiblement assis sur des trônes. Ils ne tremblent pas, même en la présence de Dieu. Que des tonnerres, des éclairs, des jugements sortent de Son trône, ils continuent à rester paisiblement assis sur leurs trônes : cela ne produit pas le moindre mouvement. Et qu’est-ce qui les fait s’animer ? La terreur ne les trouble absolument pas, le jugement ne les ébranle pas de leurs trônes ; mais lorsque les animaux rendent gloire et honneur et actions de grâces à Celui qui est assis sur le trône, les 24 anciens tombent sur leurs faces », etc. Dès que l’honneur est rendu par les exécuteurs du jugement à Celui qui est assis sur le trône, les anciens adorent. Quelle satisfaction en Dieu cela montre, quelle certitude d’en avoir fini désormais avec le péché ! Dieu peut être sur le point de juger, mais Il ne jugera pas ceux qui sont faits « justice de Dieu en Christ ».

 

1.8   Ch. 4:11

Ils sont en harmonie de pensées avec Lui, et quand les animaux s’adressent à Dieu et Lui attribuent gloire et honneur et actions de grâces, c’est alors que les anciens se lèvent de leurs trônes et qu’ils se prosternent devant Lui. Bien plus, en rendant hommage, ils jettent leurs couronnes devant le trône, disant : « Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire, et l’honneur et la puissance ; car c’est Toi qui as créé toutes choses, et c’est à cause de ta volonté qu’elles étaient, et quelles furent créées ». Ils entrent dans la pensée de Son excellence personnelle, comme ne font pas les animaux, et aussi avec beaucoup plus d’intelligence spirituelle. Ils sont anciens : ils comprennent la gloire de Dieu en création et en providence, tout comme au chap. 5 nous les voyons entrer dans la pensée de l’excellence et de l’œuvre de l’Agneau.

« Car tu as créé toutes choses » etc. Ils ne disent pas : « elles sont créées et furent créées » ; mais c’est à cause de Sa volonté ou de Son plaisir qu’elles furent en existence, et y furent maintenues telles qu’elles avaient été produites au commencement (4:10, 11). Ainsi leur louange embrasse les deux grandes pensées du chapitre — la gloire de Dieu en création, et Sa gloire en gouvernement. « Elles étaient » (c’est-à-dire : elles existaient maintenant par les soins et le gouvernement de Dieu), « et elles furent créées » (c’est-à-dire : c’est à Lui qu’elles doivent leur origine).

Ce n’est pas seulement ce que nous éprouverons alors, que Dieu nous révèle ici ; mais Il désire que nous entrions maintenant dans ce que nous aurons alors. Cette gloire nous est déjà donnée. Assurément nous n’aurons pas alors une telle position, si nous n’en avons pas acquis le droit sur la terre. Elle est nôtre maintenant par la foi, et alors nous la posséderons dans sa plénitude. Qu’est-ce qui rend les anciens capables d’être si calmes au milieu du jugement ? C’est ce que Dieu a fait pour eux par la croix de Jésus. Mais Dieu l’a déjà fait maintenant. En Christ fut opérée une œuvre aussi parfaite sur la terre qu’elle pouvait l’être dans le ciel. Il n’y accomplira aucune autre œuvre ni aucune œuvre plus excellente, même si nous pourrons en jouir davantage en haut. Dieu a révélé cette scène aux Siens pour qu’ils y entrent maintenant avec intelligence, et qu’ils soient adorateurs dans l’esprit de cette scène, même déjà sur la terre, en voyant la gloire qui sera la leur dans le ciel. Le culte est une chose plus sérieuse que beaucoup ne le supposent. Tout ce qui ne sied pas à la présence de Dieu dans le ciel, ne sied pas à la présence de Dieu sur la terre. Même dans les choses extérieures, Il veut que nos cœurs soient exercés. C’est un mauvais signe quand les enfants de Dieu se permettent quelque chose d’incompatible avec Sa présence. Nous avons la responsabilité que le culte de Dieu s’accomplisse d’une manière digne de Lui — solennellement, mais en liberté. Nous devrions prendre garde à ne pas distraire les autres, mais plutôt à nous aider les uns les autres à jouir davantage du Seigneur.

Que le Seigneur nous accorde de marcher dans une sainte liberté et de nous souvenir que ce n’est pas l’ordre selon la chair ou selon la forme qu’il nous faut garder, et que nous soyons préservés de penser que Son ordre est moins honorable que celui de l’homme ! Puisse-t-il nous accorder de rechercher ce qui convient à la présence de Celui qu’ensemble nous venons exalter ! Il nous a donné la position d’adorateurs : puissions-nous L’adorer en esprit et en vérité ! Dieu Lui-même ne pourrait pas nous donner une meilleure relation et une meilleure activité, même dans le ciel.

 

2                        Chapitre 5

Le chapitre précédent nous a fourni un tableau, parlant au plus haut point, et du plus grand intérêt : Dieu dévoilait, pour ainsi dire, l’intérieur du ciel, ce qu’on y pense et ce qu’on y fait, avant que nous voyons tomber sur la terre un seul coup du jugement. Mais ce tableau aurait été incomplet, si le Saint Esprit n’avait rajouté la scène révélée dans ce chapitre 5. Car s’il y avait une manifestation divine, et si les anciens entraient avec intelligence dans le culte rendu à Dieu, confessant Sa gloire en création et en gouvernement providentiel, cependant, il n’y avait point là de chant, et moins encore de chant du « cantique nouveau ». Or, le grand but du chapitre qui est devant nous, c’est de montrer cette autre manière, plus complète, dans laquelle on voit les anciens se prosterner devant l’Agneau et Lui rendre hommage. Le Saint Esprit prend un soin tout particulier à montrer que Dieu, à mesure qu’Il se dévoile Lui-même, doit être l’objet, la source et la base de toute l’adoration qui va suivre de la part de la créature. Ce n’est point une image conçue par l’esprit de l’homme : ce serait de l’idolâtrie. Il nous faut une révélation divine pour avoir une vérité divine et un culte susceptible d’être agréé. Les tableaux dépeints au chap. 4 ont laissé Dieu dans une sorte de grandeur et de majesté mystérieuses. En conséquence, le culte des anciens n’allait pas au-delà de la pensée que Dieu avait créé et soutenu toutes choses. C’était Sa gloire en création et en providence, et il leur convenait d’y répondre par une louange intelligente.

 

2.1   Ch. 5:1

Dans ce chap. 5, nous avons une scène plus précieuse. Et pourquoi ? Parce que nous avons l’Agneau. Quelle bénédiction n’apporte-t-Il pas ! Il a effacé le péché, Il a enlevé l’aiguillon de la mort, Il nous a approchés de Dieu, et a mis dans notre bouche un cantique approprié à Sa présence dans le ciel. Dans cette portion bénie de la Parole, nous avons, comme son sujet principal, la portée de la rédemption sur les occupations et le culte dans le ciel, et la relation entre la rédemption et les conseils et les voies de Dieu sur la terre. Tant qu’il s’agissait seulement de la gloire de Dieu en création, il n’y avait aucun livre. Mais maintenant le prophète regarde, et il voit dans la main droite de Celui qui était assis sur le trône, un livre, écrit au-dedans et sur le revers, scellé de sept sceaux (5:1). Dans les temps anciens, un livre était un rouleau manuscrit, écrit normalement seulement au-dedans. Mais ici il y a une plénitude de révélation. Elle déborde, pour ainsi dire, et est inscrite sur le revers aussi bien qu’au-dedans, et en même temps elle est protégée de sept sceaux.

Mais remarquez que si Dieu est vu ayant ce livre en Sa main, il n’y a que l’Agneau qui l’ouvre, et que le contenu du livre apparaît n’est qu’en rapport avec Lui. Combien il est évident qu’il ne peut jamais y avoir une manifestation de la pensée de Dieu concernant les choses à venir, sans la connaissance de Christ et de Sa gloire en rapport avec elles ! Tout chrétien sait qu’on ne peut pas être sauvé sans Christ ; mais beaucoup ne s’aperçoivent pas que sans Christ, il n’y a point de compréhension réelle de la prophétie, ni de connaissance vraie de ce qu’est l’Église.

 

2.1.1        Ne pas dissocier l’assemblée de Christ

C’est ainsi que les hommes forment des associations religieuses et les appellent églises. Mais je n’hésite pas à dire qu’il est plus aisé de faire le ciel et la terre que de faire l’Église de Dieu. Mais la présomption de l’homme s’est élevée si haut, que les choses les plus élevées et les plus saintes de Dieu deviennent l’œuvre (pour ne pas dire le passe-temps) de mains humaines, parce qu’ils ont comme divorcé l’Église d’avec Christ. Ils traitent le sujet de l’Église comme étant facultatif, et extérieur, au lieu de reconnaître qu’elle est le domaine particulier des opérations les plus pures et les plus profondes de l’Esprit, et l’objet le plus cher des affections de Christ, ainsi que le témoin de Ses principales gloires. L’ordre de l’Église et les voies de Dieu en elle, font ressortir toute la profondeur et toute la hauteur de la sagesse et de la grâce divines.

La grande difficulté, aujourd’hui comme de tout temps, vient de ce que ceux que le Saint Esprit rassemble autour du nom du Seigneur Jésus-Christ, traînent avec eux un tas d’opinions provenant des milieux d’où ils viennent — des idées et des habitudes longtemps caressées qu’il leur faut désapprendre. Ils ont aussi la même chair que les autres — la même vanité, la même hâte, la même suffisance, etc. Nous devons nous souvenir que ce que les autres ont fait, nous ne sommes pas nous-mêmes moins en danger de le faire. Si l’Église a si tôt failli après que Dieu eût déployé ici-bas Ses conseils de grâce céleste, nouveaux et précieux, il est beaucoup plus facile, maintenant que la chrétienté a abandonné et presque oublié ses meilleurs privilèges, de retomber dans la même erreur et la même infidélité. La grande racine du mal, c’est la tendance à regarder l’Église comme étant notre propriété, et non pas celle de Christ. Vous n’arrivez jamais en dehors de Christ à la pleine vérité à l’égard de quoi que ce soit qui concerne soit Dieu, soit nous-mêmes. Il demeure toujours vrai que « la loi a été donnée par Moïse » (et il a été un serviteur de Dieu parmi les plus honorés), mais que « la grâce et la vérité vinrent par Jésus-Christ ».

 

2.1.2        Interprétation de la prophétie

Il en est de même des interprétations de la prophétie. Si je fais rapporter la prophétie à moi-même ou à mon pays ou à mon époque, je puis trouver dans la septième coupe la dernière révolution Française, ou la maladie des pommes de terre, ou le choléra asiatique, ou la guerre de Crimée, ou les conflits plus récents entre pays d’Europe. Je puis prendre le pays « qui fait ombre avec ses ailes » pour la Grande-Bretagne et ses colonies, et les « vaisseaux de papyrus » pour des navires cuirassés (Ésaïe 18). Trouvez-vous cela trop absurde ? Eh bien, des chrétiens ont pensé ainsi, et ils l’ont fait parce qu’ils rattachent les choses à eux-mêmes, au lieu de les rattacher à Christ. D’un autre côté, du moment que les choses sont considérées en relation avec Christ, Il est la lumière, et nous sommes délivrés de toutes ces pensées d’homme. Car qu’est-ce que notre pays ou notre temps ? Ni l’un ni l’autre ne sont Christ. Si je recherche la communion avec Lui, je serai aussitôt débarrassé du désir de choisir pour centre de mon système quelque chose qui se rapporte à moi. Si l’on regarde du point de vue historique à la chute de l’empire romain, à l’émergence de la papauté, aux siècles de ténèbres, ou aux invasions barbares qui les ont précédés, on trouve tout cela très intéressant, et l’on en conclut qu’il est impossible que Dieu ait omis tout cela dans Son livre, — qu’Il doit donc avoir dit quelque chose au sujet d’une transition aussi importante. C’est ainsi qu’on s’est imaginé que l’invention de la poudre était prévue en Apoc. 9, la découverte de l’Amérique au chap. 10, et l’importance politique du Protestantisme au chap 11. En bref, il n’y a pas d’idée trop bizarre que des gens n’aient pas cru découvrir dans l’Apocalypse. Et même des gens pieux avancent de telles choses ! N’y a-t-il pas dans tout cela un avertissement pour nous ? Puissions-nous être préservés du même piège qui a fait dérailler des personnes naturellement aussi sobres (ou aussi faibles) que nous ! Dieu nous fait voir qu’il n’est pas de mesure de connaissance, de science, de sincérité, — non, et même pas de piété, — qui nous rende capables de comprendre Dieu ou sa Parole. Qu’est-ce donc qui nous donnera cette capacité ? Christ seul.

 

2.1.3        Place des ch. 4 et 5 dans l’Apocalypse

C’est l’Agneau qui est la clé des choses de Dieu (et non point nos propres pensées), et qui nous initie aux choses de Dieu. Il en est beaucoup qui pensent que l’Église étant l’objet particulier de l’amour de Dieu, toute la prophétie doit s’y rapporter. Voilà une idée des plus erronées ! C’est le contraire qui est la vérité. De fait, il serait plus vrai de dire que l’Église n’est jamais le sujet dont la prophétie s’occupe. Le domaine propre de la prophétie est de traiter des événements terrestres ; or l’Église a sa place dans la gloire céleste. Quand nous arrivons à la véritable intelligence de ce livre, nous découvrons que le jugement en est le sujet ; et que l’objet spécial de ces deux chapitres 4 et 5, est de nous montrer qu’avant qu’un seul jugement sorte du trône, l’Église est retirée de la scène, et est, pour ainsi dire, mise à l’abri dans la gloire céleste. Les co-héritiers étant alors avec Christ, Dieu prépare l’introduction dans le monde de l’Héritier Premier-né. Si on ne voit pas cela, l’Apocalypse ne saurait être comprise dans son ensemble. On peut bien tirer de l’encouragement d’une portion particulière, mais ce n’est pas là avoir l’intelligence du livre. Pour comprendre la portée de la prophétie, il faut avoir saisi que son objet est Christ, et non pas l’Église ; autrement je suis hors du point de vue auquel le Saint Esprit l’a écrite. Ce n’est pas l’Église, mais Christ, qui est le centre du royaume de Dieu. Les astronomes pensaient que la terre était le centre autour duquel gravitaient les corps célestes, car ils jugeaient superficiellement sur la base de ce qui se présentait à leurs sens. Christ est le vrai centre et le vrai soleil du système de Dieu.

 

2.2   Ch. 5:2

Dans notre chapitre, nous voyons donc Dieu sur le point de dévoiler ce qu’il était impossible à l’homme de découvrir. « Un ange puissant proclamant à haute voix » etc. (5:2). Les anges sont des êtres « puissants en force » (Ps. 103:20) non en intelligence. Nulle part nous ne voyons qu’ils disposent du même genre d’intelligence spirituelle que les membres du corps de Christ. Il n’est jamais dit des anges, et il ne peut pas l’être, qu’ils sont scellés du Saint Esprit, tandis que c’est Lui, le Saint Esprit, qui en rendant témoignage à Christ, est la puissance d’intelligence dans le plus faible enfant de Dieu. Si je veux connaître la vraie position de l’Église, le corps, je dois regarder à la position de Christ comme Tête ; et si je désire apprendre ce que Dieu va faire à l’égard de la terre, il me faut examiner ce que Dieu expose touchant Christ comme Fils de David et comme Fils de l’homme. Si je mets (involontairement, sans doute) l’Église à la place de Christ, je me tromperai complètement. C’est bien vrai que Dieu aime Ses saints, et qu’il est dans Son intention qu’ils partagent avec Christ le gouvernement sur toute la terre. L’homme en tire la conclusion que l’Église doit avancer et prospérer ici-bas ; mais quand on pèse plus complètement les révélations divines touchant Christ, on apprend une autre vérité, à savoir que Christ vient pour le jugement. Cela suppose naturellement que le corps professant n’a pas rempli sa mission, car s’il l’avait remplie, sur qui, dans la chrétienté, Dieu devrait-il faire fondre son jugement ? « Cet esclave qui a connu la volonté de son maître, et qui ne s’est pas préparé, et qui n’a point fait sa volonté, sera battu de plusieurs coups ».

 

2.3   Ch. 5:3, 4

Voyez la vérité que Dieu met devant nous ici. Il y a d’abord le livre, c’est-à-dire la révélation des conseils de Dieu quant à la terre. Aucune créature ne fut trouvée digne d’ouvrir le livre, ni de le regarder. À cause de cela le prophète pleure (5:3, 4). Il faut garder à l’esprit que, dans ce livre, l’apôtre Jean n’est pas présenté dans sa pleine position d’apôtre pour l’Église, mais plutôt comme un prophète. Il était, c’est vrai, un membre des plus honorés du corps de Christ ; mais le but de ce livre n’est pas de montrer notre proximité avec Dieu dans cette relation-là : Jean écrit comme prophète du jugement intermédiaire et de la gloire finale. Il n’est pas considéré comme ayant une parfaite communion avec ce qui se passait autour de lui. Mais ceci est tout à fait caractéristique de ce qui est décrit pour les prophètes de l’Ancien Testament, comme il est dit en 1 Pierre 1 : « Duquel salut les prophètes se sont enquis », etc. Il se peut aussi que le prophète Jean soit montré dans cette position, principalement parce que le livre de l’Apocalypse n’est pas simplement destiné à l’Église, qui va être enlevée au ciel, et qui y est déjà vue par voie de symboles ; mais que ce livre est aussi destiné à aider un corps de témoins présent sur la terre après le départ de l’Église, et qui passera par de terribles souffrances dans les derniers temps. Jean est plutôt comme un représentant, semble-t-il, de ceux qui jouiront de l’Esprit de prophétie ici-bas en Israël, après l’enlèvement de l’Église au ciel, et non pas tellement comme ceux qui, en tant que fils, ont droit par grâce à la communion avec le cœur de leur Père.

 

2.4   Ch. 5:5

Les anciens, nous montrent la vraie position qui appartient aux saints célestes ; et en conséquence, quand Jean pleurait beaucoup, un des anciens qui comprenait parfaitement ce qui se passait, lui dit : « Ne pleure pas : voici, le Lion qui est de la tribu de Juda, la racine de David, a vaincu pour ouvrir le livre et ses sept sceaux » (5:5) Voici le Seigneur Jésus introduit tout d’un coup. Sa Personne est manifestée, mais c’est en rapport avec les desseins terrestres de Dieu. Il est ici en relation avec David. Le fils de Jessé était celui que l’Éternel avait élu Roi d’Israël (Ps. 78). Il était par excellence David « le roi ». Ce titre est donc l’expression des conseils de Dieu à l’égard de Christ pour ce qui concerne la terre et Israël.

On sait que Juda était la tribu d’où était issu le Christ ou Messie. Cela explique dans quel style et sous quel caractère l’ancien annonce le Seul qui pût ouvrir ce livre : « le Lion qui est de la tribu de Juda ». L’image du lion (une métaphore) donne l’idée de majesté et de puissance parmi les bêtes sauvages de la terre. Jacob avait comparé Juda à un lion. C’est là une longue chaîne qui traverse toute l’Écriture. Le Saint Esprit qui parla par Jacob sur son lit de mort, parle maintenant au moyen de Jean, et révèle que, tout rejeté qu’il fût sur la terre, le Lion de la tribu de Juda est reconnu en haut comme Celui qui est au centre de tous les conseils de Dieu. Il est aussi « la racine de David » ; ce titre va plus loin que celui de fils de David. Il est Seigneur de David. Il pouvait faire partie de la lignée de David, mais Il était toutefois la racine de David, la cause réelle, quoique secrète, de tous les titres et de toutes les promesses qui lui avaient été faites ; tout comme Jean-Baptiste disait que Celui qui venait après lui était en réalité avant lui.

Mais il y a une autre déclaration remarquable. Il n’est pas dit seulement qu’Il était digne, mais qu’Il « a vaincu ». Le petit mot « vaincu » (ou : conquis, subjugué) est lié à tout le sujet du chapitre. C’est la victoire de Jésus par Son sang. Le Seigneur Jésus a été de tout temps digne de prendre le livre ; mais s’Il l’avait reçu et ouvert sur la base de Sa seule dignité personnelle, qu’est-ce que cela nous eût valu ? Tout aurait dû rester encore scellé pour nous. C’est pourquoi le Seigneur n’a pas seulement prouvé qu’Il était personnellement digne d’ouvrir le livre contenant les futurs conseils de Dieu, mais qu’Il avait vaincu ; et c’est en vertu de cette victoire que le droit nous est accordé d’écouter et de comprendre les pensées de Dieu quant au futur.

 

2.5   Ch. 5:6 — L’Agneau immolé

« Et je vis, au milieu du trône et des quatre animaux, et au milieu des anciens, un agneau qui se tenait là, comme immolé » etc. (5:6). Jean avait entendu parler d’un Lion, mais maintenant qu’il vient regarder, c’est un Agneau. Là où il s’attendait à trouver le symbole de la puissance, il y avait devant les regards de tous, le tableau de la souffrance et du rejet les plus saints. Tel était l’emblème de Christ, comme on le voyait sur le trône dans toute la gloire du ciel : celui qui avait été battu, en qui il n’y avait point de fraude et qui ne résistait pas — « un Agneau comme immolé ». Il est revêtu de la perfection de puissance : les sept cornes, sans nul doute, signifient bien cela. Les sept yeux sont le symbole d’une parfaite intelligence — la plénitude de l’Esprit, en rapport ici avec la terre et son gouvernement. Mais Celui qui est vu possédant toute cette puissance et toute cette sagesse, c’est L’Agneau. Je crois que la base de toute notre bénédiction, repose sur cette précieuse vérité. Le Seigneur de gloire est devenu un Agneau, et c’est ainsi qu’il faut le connaître si nous voulons tirer profit, par Lui, de cette bénédiction.

L’Agneau est la figure qui correspond à l’idée de rédemption, comme en Jean 1:29. Même chez les Juifs, quand l’agneau était offert matin et soir, Dieu leur montrait que si un pauvre pécheur avait quelque chose à faire avec Lui, et s’Il pouvait continuer d’aller avec eux, c’était à cause de l’agneau. Ceux qui comprenaient par la foi, regardaient en avant, même si c’était obscurément, dans l’attente d’un meilleur Agneau. Le Fils de Dieu devait devenir l’Agneau de Dieu. Et maintenant qu’Il a été chassé du monde, Il est le rejeté, et bien que glorifié dans le ciel, Il y porte encore les marques de ses souffrances. Il est vu au milieu du trône, pareil à un Agneau qui aurait été immolé.

Le sujet que présente ici le Saint Esprit n’est pas tellement le sacrifice de l’Agneau, mais plutôt que Christ comme le saint homme de douleur a été accepté en haut. Seul fondement pour le pécheur, il est aussi le modèle et la source des espérances des Siens — et pour cette raison que si nous souffrons nous régnerons aussi avec Lui. Ici donc, comme partout, nous voyons que le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs est Celui qui a le plus souffert. Dieu rapproche ces deux pensées au chap. 17 (cf 17:14) : l’Agneau souffrant et rejeté, et le Roi des rois. Pourquoi ? parce que Dieu veut nous montrer que toute gloire repose sur Christ, le Rejeté et le Méprisé de la terre. La croix elle-même qui semblait être le coup de mort à toutes les espérances d’Israël, a ouvert la voie aux pensées les meilleures, aux conseils de gloire les plus élevés qui aient jamais existé. Si nous considérions la croix en elle-même, il pourrait nous sembler que tout avait pris fin, et que l’espérance elle-même avait été mise au tombeau, car Celui qui aurait pu bénir Israël, vaincre Satan et mettre fin au péché et à la misère humaine, se trouvait là rejeté et crucifié! Tout semblait tué dans l’œuf, et terminé prématurément dans la mort de Christ ; et cependant tel fut le moyen même dont Dieu se servit, afin de pouvoir bénir tout de suite et éternellement selon Son propre cœur. Ce qui pour un temps, ressemblait à une victoire de Satan, était réellement le triomphe de Dieu sur lui et ses œuvres, à jamais.

Remarquez que c’est comme Agneau que le Seigneur Jésus prend Sa place dans le ciel. Quel en est l’effet pratique sur nos âmes ? Plus on entre là-dedans, moins on recherche une place d’honneur et d’estime dans le monde. Tant que Satan est le dieu de ce monde, et que Christ est caché en Dieu, on sait bien que la vérité doit être méprisée ici-bas ; et par suite on n’est pas surpris de voir l’iniquité prospérer. On sera préparé à tout cela, parce que c’est précisément l’histoire de Christ. L’Agneau immolé place devant nous toute l’histoire morale du monde. Mais permettez-moi de vous poser une autre question : est-ce que l’Agneau immolé place devant votre âme votre propre histoire ? Savez-vous ce que c’est que d’être rejeté à cause de Christ, — non pas parce que vous avez mérité de l’être (quoiqu’en un sens ce soit vrai), mais parce que vous désirez tenir ferme à tout prix pour le Seigneur Jésus ?

Mais il y a un autre côté : Christ maintenant est glorifié — pas encore toutefois aux yeux du monde. Mais le ciel est ouvert à notre regard, et nous voyons que Celui qui était ici-bas le plus méprisé, est exalté dans le ciel, et nous apprenons que là-haut, Dieu en a rassemblé d’autres autour de l’Agneau qui a été immolé pour les mettre en association avec Lui. Je demande : vous a-t-Il appelé, vous ? vous a-t-Il donné sur la terre la portion de l’Agneau immolé ? Si vous êtes chrétiens, vous ne devez pas être heureux sans connaître quelque chose de cela. Un chrétien doit être peiné s’il découvre qu’au lieu de réaliser ces choses, il ne sait pas même ce que signifie un pareil langage. Dieu désire que nous en ayons connaissance, non seulement en ce qui regarde Christ, mais encore comme étant notre portion ici-bas sur la terre.

En son temps David, quoique déjà oint de Dieu comme roi, a connu la douleur et la réjection, tandis qu’un autre roi était au pouvoir pour un temps. De même à présent, bien que le pouvoir de la bête ne soit pas encore pleinement développé, le monde se tient prêt pour sa venue et son gouvernement. David était rejeté, méprisé, insulté ; on le prenait (c’est au moins ce que Nabal insinuait), pour une espèce de vagabond s’enfuyant de devant son maître. Et certainement les apparences n’étaient guère prometteuses, environné comme il l’était dans la caverne d’Adullam, d’une bande des malheureux et des débiteurs insolvables d’Israël. Il y avait bon nombre de ceux qui le suivaient qui ne méritaient pas qu’on fasse grand cas d’eux, à ne considérer que leur caractère. Mais quel changement la grâce produit ! David était celui sur qui le cœur de Dieu se reposait spécialement, ils le savaient, et se groupaient autour de l’objet de l’amour de Dieu. Il résultait dès lors pour eux une certaine dignité de leur association avec David. Nous ne pouvons guère être plus faibles et misérables que nous sommes ; mais de même que c’était cet homme selon le cœur de Dieu qui donnait toute leur valeur à ces hôtes de la caverne d’Adullam, ainsi c’est de notre union avec Christ que découle toute notre bénédiction. Même les sacrificateurs de Dieu étaient attirés là par David. Mais maintenant un plus grand que David est venu, et Dieu a envoyé le Saint Esprit afin que nous connaissions que le Méprisé est actuellement dans la gloire. Le Seigneur veuille que nous ayons une connaissance plus pratique de Sa position de rejeté ici-bas, sans désirer nous y soustraire ou la renier ! Il n’est rien qui déplaise tant à la chair que d’être méprisé. Il est relativement facile de rassembler ses forces pour faire face à la persécution ou à une opposition déterminée ; mais c’est tout autre chose de se contenter de n’être rien du tout. Chez nous, pauvres vers que nous sommes, c’est ce qui affecte le plus la volonté ; pourtant c’est justement ce à quoi Jésus, le Seigneur de gloire, a condescendu ; l’inimitié qui L’a méprisé s’est élevée à son comble à la croix. Malgré toutes les prétendues lumières et le libéralisme du temps actuel, l’esprit du monde n’a pas changé au fond. Je ne me fierais pas un seul moment, à un état de choses provenant de l’indifférence pour Dieu ou de la glorification des droits de l’homme. Les hommes mettent la vérité et l’erreur au même niveau, ils n’ont pas de conscience vis-à-vis de Dieu, et ils prêchent le respect les uns pour les autres. L’esprit du siècle, qui maintenant a si belle apparence et tient un si beau langage, peut d’un moment à l’autre s’élever orgueilleusement contre Dieu, et alors il nous faudrait apprendre par expérience la vérité, que c’est un Agneau immolé que nous connaissons et adorons en haut. Nous en découvririons la réalité ainsi que la réalité de la communion avec Lui, et cela secouerait plus d’un enfant de Dieu de l’assoupissement où il se trouve, car les vierges sages elles-mêmes peuvent s’endormir. « Réveille-toi, toi qui dors ! » est-il dit aux chrétiens. Si vous avez dormi parmi les choses et les personnes mortes, le Seigneur veuille que vous ne restiez pas dans cette condition — que vous vous dégagiez d’elles, « et le Christ luira sur toi ! »

 

2.6   Ch. 5:7-8

C’est l’Agneau immolé qui est évidemment le grand centre du culte céleste. Maintenant que le péché est entré dans le monde, la gloire de Dieu en création ne suffit pas, pas plus que le gouvernement de Sa Providence. S’il doit être glorifié autrement qu’en pur jugement contre Ses adversaires, s’il doit y avoir des déploiements de bonté miséricordieuse dans un monde tel que celui-ci, s’il doit y avoir un cantique nouveau dans le ciel, — il faut qu’il y ait rédemption, et cela, non par puissance seulement, mais par de la souffrance et du sang. De là vient que comme le trône central au ch. 4 était occupé par le Seigneur Dieu, le Tout-Puissant, de même ici c’est l’Agneau qui est l’objet central dont dépend toute bénédiction pour la créature, et auquel l’hommage est offert, à égalité avec Celui qui est assis sur le trône : Le ciel entier l’honore comme le Père est honoré. Il est le Premier-né, l’Héritier non seulement par droit de création et par gloire personnelle intrinsèque, mais par la rédemption, « l’Héritier de toutes choses » par décret de Dieu. Dieu destine le vaste univers à Son sceptre. Mais comment et à quel titre Christ prendrait-il l’héritage ? Par puissance ? Assurément Il a toute puissance. Dans les jours de Son humiliation, les démons étaient assujettis par Son nom aux moindres de Ses serviteurs, de sorte qu’Il pouvait dire : « Je voyais Satan, tombant du ciel comme un éclair »,(l’énergie par laquelle les 70 chassaient alors les démons étant à Ses yeux, je pense, le signe et le gage d’une victoire complète le moment venu). « Voici, je vous donne l’autorité pour marcher sur les serpents et sur les scorpions, et sur toute la puissance de l’ennemi ». Pourquoi ne pas prendre l’héritage justement à ce moment-là ? Après la démonstration de pareils triomphes sur l’usurpateur, pourquoi s’abaisser jusqu’à la mort, et à la mort même de la croix ? « Parce que la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes » ; parce qu’il fallait que Dieu fût glorifié dans Sa majesté, Sa puissance, Son amour, Sa sagesse et Sa justice ; parce que Christ ne pouvait pas accepter un héritage souillé ; (comparez Col. 1:20 et Héb. 9:21-23) ; parce qu’Il ne voulait pas régner seul, et qu’en cela Lui et son Père avaient une même pensée. Dans Sa grâce Il voulait avoir des cohéritiers partageant Sa gloire. Une pareille réconciliation n’était possible qu’à travers la mort, lors même que l’offrande fût le corps de sa chair, tout exempte de tache quelle était. La paix ne pouvait être faite d’une manière stable et divine sinon par le sang de Sa croix ; c’est pourquoi Il est vu et célébré ici comme l’Agneau. Dieu entend assurément introduire Son Premier-né dans le monde habitable, et le livre qui est dans Sa droite décrit, je suppose, le processus par lequel l’héritage doit être remis en Ses mains ; mais l’achat par le sang, béni soit Son nom, est le fondement sur lequel tout est pris. Lorsqu’Il reçoit le livre, tout se met en mouvement. De même qu’au chap. 4, quand les animaux rendent honneur à Dieu les 24 anciens tombent sur leurs faces et adorent, de même ici, quand l’Agneau prend le livre de la main droite de Celui qui était assis sur le trône, les quatre animaux et les 24 anciens se prosternent devant Lui. Quoique le livre pût être ouvert en vue de frapper quelques coups, il n’y a aucune appréhension, aucun trouble, ni inquiétude pour eux-mêmes en particulier : ils tombent sur leurs faces devant l’Agneau. Il n’était pas simplement question de recevoir quelque chose de Dieu, mais ils voulaient L’exalter. Bien loin que ce soit ôter quelque chose à Dieu, au contraire, en présence même du trône et de Celui qui y était assis, l’Agneau est l’objet du culte, et la source de ses accents les plus purs et les plus profonds. Dieu n’est que mieux glorifié quand l’Agneau a sa part de louange.

Ils avaient « chacun des harpes, et des coupes d’or pleines de parfum, qui sont les prières des saints ». Dans le service du tabernacle au désert, les sacrificateurs se servaient de trompettes d’argent pour les saintes convocations. David fut le premier à introduire la harpe, mettant à part les fils d’Asaph, Héman et Jéduthun pour psalmodier dans la maison de l’Éternel avec des cymbales, des psaltérions et des harpes. Ceux-ci, comme les sacrificateurs, étaient divisés en 24 classes, de sorte que l’allusion n’est pas douteuse, avec la différence caractéristique de l’Apocalypse. Le service des sacrificateurs et celui des chantres sont ici parfaitement confondus. Ceci ne sert-il pas également à montrer que les anciens sont les seuls dont il est dit qu’ils ont des harpes et des coupes d’encens ? Au chap. 15 les quatre animaux donnent aux anges les sept coupes d’or pleines de la colère divine. Ainsi tout est en harmonie : les anciens sont les chefs de la sacrificature royale, comme les chérubins servent à l’exécution des jugements de Dieu ; mais les uns et les autres s’unissent (chap. 5) pour rendre l’hommage le plus complet à l’Agneau. Mais qui sont ces « saints » qui prient ? Les anciens, ou l’Église, sont dans le ciel, et forment un chœur de louange complet. De qui sont donc ces prières ? Elles viennent des saints qui passeront par la souffrance quand l’Église sera en haut. Les anciens sont ces saints célestes qui ont été préalablement enlevés, y compris, peut-être, les saints de l’Ancien Testament. Ils sont dans le lieu de l’adoration et de la louange, tandis que la prière implique le besoin. S’il est question pour eux de prières, ce sont les prières des autres, non les leurs propres.

 

2.7   Ch. 5:9-10

De plus, ils chantent un nouveau cantique, le cantique de rédemption de l’Agneau, disant : « Tu es digne, car tu as été immolé » etc.

Il y a un changement important dans ce verset, bien connu des personnes un peu familiarisées avec les écrits originaux. Ceux qui ont étudié les plus anciens manuscrits et d’autres témoins de ce livre, tous sont d’accord qu’il faut lire : « et tu les as faits rois (ou un royaume) et sacrificateurs pour notre Dieu » (5:10). Qui sont ceux qu’il faut entendre par « les », et qui ont été faits rois et sacrificateurs « pour notre Dieu » ? Ce n’est pas d’eux-mêmes qu’ils parlent.

Je suis effectivement disposé à aller plus loin et je suis tenu de déclarer mon sentiment ferme sur le fait qu’au verset 9, le mot « nous » a été introduit par des copistes qui ont supposé que les anciens célèbrent leur propre bénédiction. Mais les anciens sont dans un si parfait repos quant à ce qui les concerne, qu’ils peuvent bien s’occuper d’autres. Je crois donc que le sens véritable est le suivant : « Tu es digne de prendre le livre… car tu as été immolé, et tu as acheté pour Dieu par ton sang, de toute tribu, et langue, et peuple et nation ; et tu les as faits rois et sacrificateurs pour notre Dieu ; et ils régneront sur la terre ». Ils parlent des saints dont ils sont en train d’offrir les prières. Étant occupés de leurs prières, ils louent ici le Seigneur pour Sa bonté envers les saints encore sur la terre. Ils donnent à entendre qu’en retirant les saints célestes en haut, le Seigneur n’en a pas fini avec Sa riche miséricorde ; et que même au milieu de Ses jugements, Il voulait avoir un peuple acheté qui partagerait, comme sacrificature royale, la gloire du royaume au lieu d’être entraîné par les séductions de l’Antichrist.

Ces compagnons par anticipation sont probablement les mêmes qu’on voit sous l’autel au chap. 6, et desquels il est dit : « Les âmes de ceux qui avaient été égorgés pour la parole de Dieu etc. » et au chap. 14 : « Bienheureux les morts qui meurent dans le Seigneur, dorénavant », etc. ; et au chapitre 15 : « ceux qui avaient remporté la victoire sur la bête ». Il y a aussi, dans le corps du livre, d’autres allusions aux justes. Ce sont bien clairement des saints de Dieu sur la terre, dans la lutte ou la tribulation, après que les anciens (qui, comme nous l’avons vu, représentent l’Église ou les saints célestes) ont été enlevés au ciel. Pour ce qui est des saints qui ont remporté la victoire sur la bête, « ils chantent le cantique de Moïse, esclave de Dieu, et le cantique de l’Agneau ». Remarquez le caractère complexe de la scène. Il y a, il est vrai, le cantique de l’Agneau, mais il y a aussi le cantique de Moïse : la scène est en partie terrestre et en partie céleste. En outre, au chapitre 20:4, il est dit : « Et je vis des trônes, et ils étaient assis dessus ». Ceux-ci sont les anciens, déjà ressuscités ou changés, assis sur des trônes. « Et je vis les âmes de ceux qui avaient été décapités pour le témoignage de Jésus, et pour la parole de Dieu », (c’est-à-dire ceux dont on a vu les âmes au chap. 6) ; et encore, « ceux qui n’avaient pas rendu hommage à la bête, ni à son image, et qui n’avaient pas reçu la marque sur leur front et sur leur main ». Ces derniers sont ceux qui ont chanté le cantique de victoire au chap. 15. Ceux qui composent ces deux catégories ont souffert après l’enlèvement de l’Église, et sont finalement unis au reste dans la gloire, et tous règnent ensemble avec Christ.

On remarquera combien le tout s’accorde pleinement avec le cantique du chap. 5. Les anciens sont dans le ciel, jouissant de Dieu et de l’Agneau ; mais il y a sur la terre des saints qui prient, et les anciens en haut sont occupés de leurs prières, et célèbrent la dignité et l’œuvre de l’Agneau en faveur d’autres qui doivent régner sur la terre, aussi bien qu’eux-mêmes. Au lieu de nous faire éprouver la moindre perte, cela ajoute indirectement (ou même directement), à la position de gloire dans laquelle l’Église est vue dans le ciel. Ils sont si pleinement bénis qu’ils peuvent se réjouir de tout cœur du bien des autres. Il y en a qui sont portés à s’inquiéter si ce qu’ils entendent de l’évangile ne peut pas toujours s’appliquer à eux-mêmes — non pas qu’ils apprécient l’évangile plus que les autres, mais parce qu’ils ne sont pas entièrement établis dans la grâce. Quand nos cœurs sont pleinement satisfaits, nous n’avons pas besoin d’éplucher et de faire un choix dans les Écritures, mais nous désirons que le Seigneur choisisse pour nous ; et nous sommes reconnaissants, parce que ce peut être quelque chose à Sa louange que nous n’avons pas connu auparavant, ou bien une arme qui nous sera utile dans notre prochain combat avec l’ennemi. Tout ce qui exalte Christ et Le glorifie, est ce en quoi nous devrions trouver notre joie Tout ce qui décèle la tromperie de nos cœurs, nous est on ne peut plus salutaire. Lorsque les anciens sont vus rendant grâces à Dieu, ils prennent pour thème Sa bonté envers ceux qui souffrent sur la terre, et ils bénissent l’Agneau parce qu’Il a été immolé et qu’Il a aussi racheté ceux-ci pour leur Dieu. C’est leur délice de penser à cette œuvre si riche en résultats pour Dieu — de penser à d’autres venant de partout pour partager le royaume sur la terre.

 

2.8   Ch. 5:11, 12

Les anges prennent pour thème, non point des actions de grâces au sujet de la rédemption faite par l’Agneau, mais la dignité de l’Agneau pour recevoir puissance, et richesse, et sagesse, et force, et honneur, et gloire, et louange. Ils proclament bien haut le titre à la domination, de Celui que l’homme avait méprisé et mis à mort. « Digne est l’Agneau [non pas : digne es-tu] qui a été immolé » (5:11, 12). Ils ne chantent pas la rédemption, parce qu’ils ne sont pas des rachetés ; ils n’avaient rien à faire avec elle, bien que ce soit la puissance de Dieu qui les maintienne ; mais ceux qui ont connu leurs besoins comme de pauvres pécheurs, peuvent vraiment bien chanter le cantique nouveau. Les anges parlent de Sa dignité et de Sa mort, mais ils ne chantent pas la mélodie profonde et joyeuse de ceux qui ont été achetés par le sang. Si je regarde au don et à la Personne de Christ, je puis voir combien le caractère de Dieu ressort, et combien Son amour est manifesté. Si je regarde à la grande œuvre de Christ, et à ce que j’ai en Lui et avec Lui en haut, je puis voir combien l’amour de Dieu envers nous est rendu parfait.

Mais il n’y a rien dans la gloire du ciel qui brille autant que la croix de Christ. Nous pouvons suivre Jésus sur la terre, et voir la sainteté de Dieu ; nous pouvons regarder en haut, et voir à quel point il fait Ses délices de nous avoir heureux autour de Lui, nous pouvons revenir à Jésus pour Le suivre dans le sentier qu’Il a parcouru sur la terre cherchant les perdus, les misérables, imposant les mains aux petits enfants, et même touchant le lépreux. Mais que nous pensions à la sainteté ou à l’amour de Dieu, à Sa justice ou à Sa grâce, c’est dans la croix, et nulle part ailleurs, que l’on trouve tout, que tout se déploie devant la foi.

 

2.9   Ch. 5:13

« Et j’entendis toutes les créatures qui sont dans le ciel, et sur la terre, et au-dessous de la terre (*), et sur la mer, et toutes les choses qui y sont, disant : « À Celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau, la bénédiction,… aux siècles des siècles » (5:13). La corde a vibré, la note principale a retenti et a été entendue enfin dans le ciel. Si l’Agneau prend le livre, il n’y a pas une créature qui ne réponde joyeusement à l’oreille du voyant ; car maintenant toute la création inférieure gémit dans la souffrance à cause du péché d’Adam. Pourquoi ces créatures ne se réjouiraient-elles pas si Dieu et l’Agneau s’unissent pour délivrer ? Sans doute, ce n’est que l’ouverture du titre officiel appartenant à l’Agneau à agir ; il reste encore beaucoup à faire pour détruire les œuvres du diable, et les destructeurs de la terre. Cependant, c’est ici le signe assuré de cette destruction, et par contre-coup, toutes les créatures en expriment leur joie en présence de Dieu.

 

(*) Il faut soigneusement distinguer, quoiqu’en dise Bengel, l’expression toute créature « au-dessous de la terre » hupokatô tès gès d’avec Phil. 2:10, katachthoniôn, les « êtres infernaux ». La première signifie, je pense, les choses animées ou inanimées, sous la surface de la terre, lesquelles anticipent, dans la vision, leur affranchissement de la corruption et leur introduction dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Elles ne peuvent pas, naturellement, partager la liberté de la grâce dont nous jouissons ; mais quand nous serons dans la gloire, ce sera le gage que leur changement glorieux suivra rapidement. La deuxième expression en Philippiens, signifie les êtres infernaux qui devront se prosterner quand tout genou de partout fléchira au nom de Jésus.

 

Tous s’inclinent devant l’Agneau. Les myriades d’anges s’unissent en reconnaissance de Sa mort ; mais il appartient aux saints célestes d’entrer dans le sens de l’efficace de cette mort ; oui, et dans la profonde joie, la joie de Dieu, que cause la bénédiction des autres, et non pas la leur seulement. Les quatre animaux y apposent leur sceau, et disent : « Amen » ; mais les anciens tombent sur leurs faces et rendent hommage. Ils ne donnent pas seulement leur assentiment à tout ce qui se passe, mais leurs cœurs s’y joignent. Telle est toujours leur position.

Je sens qu’un pareil sujet nous laisse infiniment en arrière ; il nous faut le méditer beaucoup dans ses profondeurs pour en avoir un sentiment convenable, ou pour en donner une expression adéquate. Je m’estimerai heureux si je suis parvenu à diriger l’attention du côté de la bénédiction qu’il y a à connaître Christ comme l’Agneau immolé, et à démontrer que Dieu fait de Lui la clé pour comprendre Ses conseils, qui autrement demeurent cachés. Même pour comprendre les conseils de Dieu à l’égard de la terre, il faut que nous voyions l’Agneau. C’est seulement en communion avec Lui que nous pouvons y entrer. Pour apprécier ce qui suit, il faut que nous soyons assujettis aux pensées de Dieu envers Christ ; il faut que nous retournions à ce par quoi Dieu commence ; il faut que nous voyions et entendions l’Agneau. Le Seigneur veuille que telle soit notre meilleure portion ! Nous serons près de Celui qui est Le Béni, dans la personne et l’œuvre duquel brille tout ce qu’il y a de grâce et de bénédiction en Dieu, et de qui nous pouvons apprendre en paix Son jugement si solennel de la rébellion et de l’apostasie de l’homme.

 

 

 

3                        Chapitre 6

3.1   Généralités

Des deux chapitres précédents, il ressort avec clarté des enseignements qui sont, je n’en doute pas, à retenir :

1.      Dieu est assis sur le trône d’où sortent des éclairs, des voix et des tonnerres,

2.      toutes choses sont mises entre les mains de l’Agneau qui révèle tout,

3.      nous y voyons la parfaite sécurité et les occupations bénies des saints célestes, alors retirés de la scène d’épreuve, et cela longtemps avant le jour du Seigneur, dans lequel leur bénédiction sera pleinement manifestée au monde.

Du moment que l’âme et le corps, ou tous les deux (l’âme à présent, l’âme et le corps réunis, à la venue de Christ) quittent ce monde, il y a, je crois, une jouissance immédiate du Seigneur pour les saints. Est-elle scripturaire la pensée que nous trouvons exprimée dans une hymne que nous chantons quelquefois et qui parle « de prendre l’essor vers des mondes inconnus » ? L’Écriture suggère-t-elle jamais l’idée d’une âme partant en voyage de découvertes ? La vérité n’est-elle pas au contraire, qu’elle entre paisiblement et immédiatement en la présence du Seigneur ? Quand Dieu permet au ciel de s’ouvrir un instant aux regards des hommes sur la terre (comme, par exemple, à la naissance et à la transfiguration du Seigneur, et dans les cas d’Étienne, de Paul, etc.) il semble qu’il n’y a pas une si grande distance entre eux. Ce n’est pas, bien entendu, une question simplement d’espace physique. Mais il y a une puissance divine qui tout d’un coup transporte une personne de son état d’existence actuel dans la présence du Seigneur, avec la jouissance de cette présence. Ainsi, quand Il parlait Lui-même au pauvre brigand mourant, Il disait : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » — ce jour-là même. À mon avis, il n’existe rien qui corresponde au sentiment poétique de prendre son essor vers des mondes inconnus.

Mais tandis qu’il est vrai qu’en cas de mort, l’âme va immédiatement en la présence du Seigneur, et qu’à la venue de Christ, les saints seront ressuscités « en un instant, en un clin-d’œil » (*), cependant nous devons nous souvenir que leur manifestation sera une chose différente et ultérieure. D’autres passages prouvent ou impliquent qu’il y a un intervalle. Mais aucun passage ne marque plus clairement que la partie prophétique de l’Apocalypse, à quel point l’intervalle entre le rassemblement des saints auprès du Seigneur et leur manifestation au monde sera considérable. Dieu a un dessein très important à accomplir durant cet intervalle. Il faut qu’Il mette la terre en état de recevoir le Seigneur Jésus, Lequel, en tant que grand Héritier de toutes choses, doit être mis en possession de l’héritage. Mais de plus, Il veut amener les cohéritiers du ciel avec Jésus. En conséquence, cet intervalle est rempli par les préparatifs nécessaires pour ces divers desseins. Pour les accomplir, des jugements doivent tomber sur l’iniquité du monde ; mais parallèlement à ces jugements, nous avons des actes signalés de la miséricorde divine. Quand viendra la grande et terrible journée du Seigneur, il n’y aura plus de support à l’égard de ceux qui sont trouvés mauvais : « la porte est fermée ». Mais pendant tout ce temps intermédiaire, il y aura un témoignage et des gens qui le recevront, tant parmi les Juifs que parmi les Gentils ; mais le jugement sera d’autant plus certain pour ceux qui, ayant entendu l’évangile maintenant, l’auront rejeté. Je ne vois guère de raison de conclure qu’il y aura espoir de miséricorde pour ceux-ci. Il y aura un intervalle de quelques années pendant lequel Dieu agira en jugement et en miséricorde — les jugements augmentant de sévérité sur ces pays favorisés où l’évangile aura été prêché ; mais je doute qu’il y ait rien de pareil à la grâce qui a cours aujourd’hui. C’est l’inverse hélas ! qu’on verra. Dieu livrera à un endurcissement aveugle ceux qui maintenant refusent sa miséricorde. Il se retirera, pour ainsi dire, de ces pays là pour accomplir ailleurs Son œuvre de salut. Et si je comprends bien la prophétie, Dieu se détournera de ceux qui auront parlé avec tant de suffisance des lumières qui sont les leurs, pour se tourner alors vers ceux qui maintenant sont si éloignés de l’évangile.

C’est une chose bien solennelle de penser que là où il y a maintenant le plus la lumière du christianisme, régneront les ténèbres les plus épaisses de l’apostasie ; c’est clair selon l’Écriture (2 Thes. 2). Elle nous fait savoir que ce qui est actuellement la scène favorisée de la miséricorde de Dieu, là où Il est maintenant à l’œuvre, et où Sa parole a le plus circulé, — cette scène est destinée à retomber dans la plus effroyable et la plus funeste idolâtrie, dans l’union de l’incrédulité avec cette idolâtrie, enfin dans l’antichristianisme (Dan. 11:36 et suiv. ; Apoc. 13). On pourrait se dire qu’une pareille évolution n’est que le sombre rêve d’un cerveau malade. Mais cela vient de ce que les hommes préfèrent croire leurs propres pensées et leurs propres fantaisies, et ne prennent pas la peine de sonder la parole de Dieu pour voir ce qu’elle contient. Hélas ! beaucoup dans la chrétienté font de la prophétie un sujet de railleries. Croira-t-on que les hommes s’enorgueillissent de leur ignorance touchant une grande partie de l’Écriture ? Concevrait-on, si ce n’était un fait, que les sages et les prudents tiennent pour un axiome que la prophétie n’a pas été donnée pour nous montrer ce qui va arriver, mais seulement pour prouver, une fois les événements passés, que Dieu les avait préconnus ? Certes le chrétien n’a pas besoin que ceci lui soit prouvé. La prophétie est donnée afin que le croyant sache comment Dieu nous dévoile Ses secrets à l’égard de ce qu’Il va accomplir ici-bas. Nous avons la Parole et l’Esprit pour nous le faire comprendre. Mais si les chrétiens n’ont pas foi en la parole prophétique, elle ne saurait leur profiter ; car comme tout le reste de l’Écriture, celle-ci doit être mêlée avec la foi dans ceux qui l’entendent.

Il y a une chose importante, implicite dans tous ces chapitres, c’est donc l’enlèvement des saints célestes de dessus la terre. Dans les chap.4 et 5, et dans tout le corps du livre, on ne les y trouve plus. Ils sont glorifiés dans le ciel, et pourtant ce n’est qu’au ch. 19 qu’ils sont manifestés, lorsqu’ils sortent du ciel. Entre ces deux points, nous avons évidemment une longue série d’événements. Nous avons sept sceaux, sept trompettes, sept coupes, avec divers épisodes du plus grand intérêt et de grande importance. Ces trois séries de jugements ne sont pas exécutées par le Seigneur en personne. Il est manifeste qu’ils doivent avoir lieu après que le Seigneur soit venu recevoir Son Église, mais avant qu’Il exécute personnellement le grand jugement du chap. 19. Car, il est incontestable que, avant que les saints soient pris auprès du Seigneur et qu’ils puissent ainsi venir avec Lui, il faut qu’Il soit venu pour eux. De quelle manière ceux qui sont symbolisés par les 24 anciens glorifiés sont-ils parvenus au ciel ?

On dira peut-être qu’ils ont pu y être individuellement introduits par la mort, c’est-à-dire que leurs âmes ont été glorifiées là. Mais l’Écriture ne nous présente jamais l’idée que des âmes de saints puissent être assises sur des trônes ou avoir des couronnes sur la tête. Les âmes des saints ne forment pas non plus l’ensemble des chefs de la sacrificature céleste, tel que nous le montrent les 24 anciens en allusion aux 24 classes de la sacrificature établies par le roi David ; car nous savons par 1 Thes. 4 qu’une partie de cette compagnie céleste sera vivante sur la terre jusqu’à ce que la présence du Seigneur ressuscite les morts et change les croyants vivants. Ce caractère complet tel qu’indiqué par le symbole ne peut pas être atteint avant que le Seigneur ait enlevé les uns et les autres à Sa rencontre en l’air. Christ sera alors sur le point de prendre sa place de roi ; et de même qu’avant l’établissement du royaume de Salomon, David avait divisé la sacrificature en 24 classes, de même avant que le vrai Salomon, le Seigneur Jésus, paraisse dans toute sa gloire, nous avons de nouveau l’ensemble antitypique de ces classes. La céleste sacrificature se montre au complet.

On pourrait demander pourquoi l’on voit seulement les chefs [ou : têtes], et non le corps complet de la sacrificature ? Il semble probable, mais ce n’est qu’une suggestion, que ceux qui seront enlevés quand le Seigneur viendra, constituent les têtes [ou : chefs] de la sacrificature, et que ceux qui souffrent ensuite et les rejoignent peuvent en être le corps subordonné. 24 est nécessairement le nombre complet des classes, c’est-à-dire, des chefs. Or, les âmes dans le ciel ne peuvent jamais présenter cela d’une manière complète ; car jusqu’à ce que Christ vienne, il restera toujours sur la terre une partie de l’Église comme nous venons de le voir. Je conçois donc que par le nombre complet de sacrificateurs (24) autour du trône, Dieu veut montrer qu’il ne s’agit pas de cette portion qui se compose des âmes du paradis, car cela exige l’addition de nous les vivants qui demeurons, afin de compléter l’Église des premiers-nés, c’est-à-dire la somme entière des saints ressuscités et transmués. Les saints célestes, avant ce temps de la résurrection et de la transmutation ne peuvent pas figurer sur des trônes en haut.

Comment et quand ceci a-t-il eu lieu ? Il n’y a pas de difficulté réelle quant à l’enlèvement, parce que les saints ne peuvent pas être enlevés comme un corps complet ni changés, tant que le Seigneur Jésus n’est pas venu Lui-même, selon ce qu’Il a dit. « Si je m’en vais et que je vous prépare une place, je reviendrai, et je vous prendrai auprès de moi ». Évidemment cela ne consiste pas à envoyer des anges pour les prendre. Nous trouvons les anges envoyés pour assembler les Juifs élus, ou Israël, des quatre bouts du ciel (Matt. 24) ; mais pour rassembler Son Église Il vient Lui-même, et ceci s’accorde avec ce que nous avons dit ailleurs. Il est dit que les saints de Thessalonique attendaient des cieux le Fils de Dieu (1 Thess. 1) ; et quant à ceux qui « dormaient », ils ne devaient pas être affligés comme ceux qui n’ont point d’espérance. Car le Seigneur Lui-même — non pas une simple intervention des anges ou de la providence, mais le Seigneur Lui-même, — descendra du ciel avec un cri de commandement, avec la voix de l’archange, et avec la trompette de Dieu. Il se peut qu’il y aura des anges, mais pas un mot n’est dit ici à leur sujet. Quand le Seigneur sera révélé pour l’exécution de la vengeance, Il sera accompagné d’anges ; mais ici, lorsque le Seigneur Lui-même descendra, « les morts en Christ ressusciteront premièrement », formant une portion des saints célestes ; puis, « nous les vivants qui demeurons » serons ravis ensemble avec eux. C’est là et à ce moment-là, me semble-t-il, que nous trouvons les 24 anciens formant évidemment l’ensemble des chefs de la sacrificature. Les saints dont les corps sont dans le tombeau, sont ressuscités premièrement, puis les saints survivants sont changés par la présence du Seigneur. Il n’y a pas le plus petit intervalle de temps entre ces deux importants effets de la voix du Fils de Dieu, et ainsi nous serons ravis ensemble pour être toujours avec le Seigneur.

Cet événement solennel et béni doit donc avoir lieu entre les chap. 3 et 4 de ce livre. Il n’est pas décrit, parce que le but de l’Apocalypse n’est pas de présenter la venue du Seigneur en grâce, bien qu’il y soit fait allusion, bien sûr. Les visions prophétiques de l’Apocalypse passent entièrement sous silence la venue du Seigneur à la rencontre des saints célestes ; mais elles décrivent pleinement Sa venue avec eux au chapitre 19. Cette dernière est celle qui est appelée ailleurs l’apparition ou le jour du Seigneur, quand Il punira d’une destruction éternelle de devant sa présence et de devant la gloire de sa force (2 Thes. 1). Pendant tout cet intervalle les saints célestes sont avec le Seigneur en haut ; tous les membres de l’Église sont là, et dans leurs corps de gloire. La première mention d’eux, c’est au ch. 4, où nous trouvons, non pas des anges, mais des rachetés, — des personnes dont les vêtements blancs, les trônes, les couronnes d’or, tout est en rapport avec la rédemption — des personnes qui exercent évidemment leur sacrificature devant Dieu au chap. 5. Ce sont les anciens. Comment sont-ils arrivés là ? Il faut que le Seigneur soit venu, et les ait pris auprès de Lui en l’air, et ait ainsi accompli Sa promesse à leur égard : « Dans la maison de mon Père il y a plusieurs demeures » etc ; « je reviendrai, et je vous prendrai auprès de moi, afin que là où moi je suis, vous, vous soyez aussi ». Ainsi maintenant, cette scène future est arrivée, la place a été préparée, Il est venu pour eux et les a emmenés dans la maison du Père.

Il y a cependant un point remarquable qui montre le caractère de ce livre : bien que nous les voyions dans la présence de Dieu, ce n’est pas appelé la maison du Père. Au contraire, c’est un trône que l’on voit ; et c’est aussi pour cela que lorsque Celui qui est assis dessus est nommé, ce n’est pas comme le Père, mais comme le Seigneur Dieu Tout-Puissant. Lorsque nous parlons de Dieu comme du « Père », c’est pour exprimer la relation d’affection la plus intime dans laquelle Dieu nous a introduits ; et quand il nous est parlé de Dieu comme du « Seigneur Dieu Tout-puissant », c’est en relation avec le déploiement du pouvoir et du gouvernement divins. « Dieu », comme tel, est le nom le plus général et le plus abstrait, qui n’implique aucune relation avec d’autres êtres. Mais être appelé « le Père » implique nécessairement la relation d’amour la plus étroite, qu’il s’agisse, dans le sens intrinsèque et éternel le plus élevé du mot, de Jésus comme Fils du Père, ou qu’il soit question, dans un sens secondaire, de ceux qu’Il a adoptés comme fils, aimés du même amour (Jean 17 et 1 Jean 3).

Genèse 1 a pour sujet la création, et il y est parlé de Dieu comme de Celui qui est à l’origine de tout. En Genèse 2, Il est appelé « l’Éternel Dieu », parce que là, Il entre dans une relation spéciale avec Ses créatures, et Adam est placé dans une position de responsabilité vis-à-vis de Lui comme Éternel-Dieu, c’est-à-dire le Dieu de la création dans une relation morale. Combien est parfaite chaque parole de Dieu ! Les incrédules, au lieu de voir la perfection de la parole de Dieu, n’ont fait que raisonner à partir de leur propre ignorance et dans leur propre incapacité, et se sont efforcés de prouver que ces chapitres devaient avoir été écrits par deux personnes différentes, à cause des titres divers donnés à Dieu. Mais bien loin que ces distinctions soient le fait de variations du style de différents hommes, c’est la sagesse de Dieu qui se manifeste dans ces distinctions. Quand il y a une relation d’autorité, et que l’homme est mis sous l’épreuve de l’obéissance, l’expression « Éternel Dieu » est employée ; mais quand, dans le Nouveau Testament, Il entre en relation avec des fils, c’est celle de « Père ». Il n’a pas pleinement manifesté le nom de Père jusqu’à ce que vînt LE FILS, qui, pour ainsi dire, a ouvert l’écluse par laquelle toute la grâce de Dieu a pu couler à flots, et spécialement dans Sa résurrection en vertu de Sa mort. Mais entre les deux extrêmes séparant l’épreuve de la créature en Eden d’avec l’accomplissement de la rédemption, Dieu s’est fait connaître d’abord sous le nom de Tout-Puissant, puis sous celui d’Éternel. Abraham fut appelé à quitter son pays et sa parenté, à être pèlerin, n’ayant que Dieu sur qui il pût compter ; c’est ainsi que de manière tout à fait appropriée à cette position, Dieu s’est révélé à lui comme El-Shaddaï, Dieu le Tout-Puissant (Gen 17:1). Plus tard, Il s’est fait connaître à Israël sous Son nom d’Éternel, comme base de la relation nationale.

Ce sont toujours ces noms là que le Seigneur prend ici et non celui de Père, ou du moins pas celui de « notre Père ». Tout comme la scène ne présente pas la maison du Père, mais le trône, le titre que Dieu revêt n’est pas celui de Père. Le centre de cette scène céleste est le trône de Dieu, et il n’est pas fait allusion aux saints comme jouissant de demeures avec le Fils dans la maison du Père, mais ils sont vus sur des trônes. Dieu ne rassemble plus l’Église sur la terre ; Jésus sera venu pour elle, et sera reparti avec. Quand l’Église était l’objet des soins de Dieu sur la terre, les saints L’appelaient leur Père ici-bas même ; mais quand Il va exécuter le jugement sur la terre, ils sont déjà enlevés et au ciel, ils comprennent ce dont Il s’occupe, et s’adressent à Lui en conséquence.

Il faut donc que la venue du Seigneur pour recevoir l’Église, ait eu lieu avant les faits qui correspondent à la vision des 24 anciens sur des trônes. Certains n’arrivent pas à croire que la prophétie passerait sous silence un événement d’une telle importance. Mais ils oublient que, quel que soit l’endroit où l’époque où on le place, l’Apocalypse garde toujours un silence absolu sur l’enlèvement des saints. La seule question qui se pose est de savoir si, selon la meilleure lumière que nous puissions tirer de l’Écriture, il doit être sous-entendu ici. À mon avis, il faut le placer à un moment antérieur à celui où nous trouvons les saints célestes formant en haut un corps complet, ce qui arrive au chap. 4. Le Seigneur sera venu alors, aura reçu les saints glorifiés, et leur aura donné leur place dans la présence de Dieu, avant qu’aucun des jugements ne tombe sur le monde. Sa justice est sur le point de frapper de terribles coups, mais les saints demeurent à l’abri de toute atteinte. Les sceaux, les coupes, les trompettes, n’ont rien d’effrayant poux eux ; ils ne font pas trembler les saints glorifiés, mais suscitent seulement l’adoration. Bien plus, les ressuscités seront même occupés de leurs frères qui se trouveront encore dans l’épreuve ; car il y aura des saints après l’achèvement de l’œuvre de Dieu actuelle pour former l’Église, des frères qui souffriront sur la terre après que nous nous en serons allés. C’est la partie centrale de l’Apocalypse qui traite de ce qui se rapporte à ces saints (Apoc. 6 à 9, 11 à 16 etc.). Lorsque le Roi viendra s’asseoir sur le trône de Sa gloire, et que toutes les nations de la terre seront assemblées devant Lui, il y aura des hommes pieux vivants qu’Il appellera « Mes frères » ; selon la dernière partie de Matt. 25, les Gentils ou nations alors en vie sur la terre, seront traités selon la manière dont ils se seront comportés vis-à-vis des messagers du Roi. Les brebis auront montré qu’elles avaient foi dans le Roi, en ce qu’elles auront reçu Ses serviteurs. La conduite des boucs aura prouvé leur incrédulité. Lorsque tous les avertissements préliminaires donnés à ceux qui sont sur la terre auront été épuisés, lorsque tous les jugements qui procèdent du trône en se succédant avec rapidité, auront été démontrés vains, et que les cœurs rebelles des hommes n’auront fait que s’élever de plus en plus contre Dieu, le Seigneur dira en quelque sorte : « Je ne veux plus leur envoyer de châtiments, je ne veux plus attendre plus longtemps une repentance qui est refusée ; mais je viendrai moi-même et les balaierai du balai de la destruction ». Et c’est ainsi que nous avons le jugement sur les vivants au chap. 19. Et l’intervalle entre chap. 4 et 5 et le chap. 19 est rempli par de nouvelles opérations de Dieu en jugement providentiels, par de nouvelles manifestations de miséricorde envers les Juifs et les Gentils, et par des aperçus des saints célestes en la présence de Dieu.

Sans nul doute, les âmes des saints qui meurent dans l’intervalle vont à Dieu ; mais quelle que soit la bénédiction qui leur est réservée (Apoc. 14:13), les saints qui sont déjà changés demeurent dans cette présence pendant toute la durée de la période. Les saints célestes, comprenant ceux qui sont de vrais chrétiens aujourd’hui, ceux qui l’ont été auparavant, et les saints de l’Ancien Testament, peuvent être enlevés à tout moment pour être avec le Seigneur. Je ne connais pas de base scripturaire permettant au croyant de dire qu’Il ne viendra pas demain. Personne ne peut dire en s’appuyant sur une parole de Dieu, qu’il reste quelque chose à faire auparavant, et qu’il doit y avoir un délai supplémentaire. Sans doute, il est possible qu’un temps plus ou moins long intervienne ; mais l’Écriture ne place jamais aucun délai entre nous et la venue de Christ : elle en met seulement avant Son jour. Tel un serviteur ayant sa main sur la poignée de la porte, et se tenant sur le qui-vive pour l’arrivée de son maître, de manière à être capable de lui ouvrir immédiatement quand il arrive, tel doit être maintenant l’attitude du vrai enfant de Dieu. C’est ce que dit notre Seigneur Lui-même. Il voudrait que tout soit en ordre, Il attend que nous soyons réellement prêts à tout moment. Non pas que nous soyons capables le moins du monde de préparer. Béni soit Dieu, Il nous a rendus agréables par la grâce de Christ ; mais il peut y avoir, dans nos voies et dans notre marche, dans nos pensées et dans nos espoirs et nos objectifs, des choses qui ne supportent pas la lumière de Sa présence. Quoi que nous fassions, nous devons chercher à ne rien entreprendre de nature à rendre malvenue la pensée du retour du Seigneur.

Nous devons nous garder de spéculations et de plans qui supposent que nous avons encore beaucoup de temps devant nous. Le Seigneur désire que nous soyons comme des voyageurs traversant une terre étrangère et qui en même temps sortent à la rencontre de Celui qui vient promptement pour nous. Il se peut que le Seigneur tarde un peu plus que nous ne pensons ; toutefois Il vient, et Il vient à une heure à laquelle les hommes ne pensent pas. Sa venue aura un effet immédiat sur tous les saints célestes : résurrection des morts, changement des vivants, et enlèvement des uns et des autres auprès de Lui-même en haut. Puis suivent les scènes d’Apoc. 4 et 5 qui nous font voir l’intérêt que prennent les saints glorifiés vis-à-vis des justes qui souffrent sur la terre, après que les premiers s’en sont allés au ciel. Ces scènes ne sauraient recevoir de pleine application, ni pendant qu’une partie seulement de l’Église est en haut et dans l’état où l’âme est séparée du corps, ni quand le règne millénaire sera arrivé. Elles supposent un intervalle entre ces deux choses, après que le Seigneur sera venu et aura changé les saints en Sa ressemblance de ressuscité, et avant qu’ils L’accompagnent du ciel afin de juger et de régner (*).

 

(*) On remarquera que si ceci est bien fondé, cela tranche la question de l’application directe et vraie du reste du livre. Car quoi de plus important que de savoir si ce livre parle tout du long de ses visions centrales, du temps pendant lequel l’Église est encore sur la terre, ou des jours qui suivront — de la grande crise en laquelle l’Église ne sera plus ici-bas, mais sera ressuscitée, et où Dieu agira avec la terre sur un autre principe ? Dire qu’il nous est donné de connaître ces visions ne prouve rien. Toute l’Écriture nous est donnée et est bonne pour nous, mais il est certain qu’elle n’est pas toute à notre sujet. Nous en tirons le plus grand profit, non pas en nous imaginant que Dieu est toujours en train de penser à nous, mais en comprenant réellement son objet, sa portée et son but. Si Abraham s’était imaginé qu’il devait être mêlé à la catastrophe imminente de Sodome parce que le Seigneur dans Sa grâce la lui avait révélée avant quelle arrive, une telle illusion lui aurait fait du tort. Ce n’est pas à Lot qui y était, mais à Abraham qui n’y était pas, que fut faite la communication la plus complète. Et c’est ce qui arrivera encore, je n’en doute pas, dans le futur. Un résidu doit être sauvé, comme à travers le feu. Puisse notre place être au-dessus de tout cela, au-dessus du monde, en esprit maintenant, et puissions-nous regarder en bas à ses plans et à ses progrès, avec la conscience permanente du jugement qui se hâte, tandis que nous sommes destinés à être effectivement en haut quand ce jugement arrivera.

 

Nous en arrivons au cours terrestre des « choses qui doivent arriver après celles-ci ».

 

3.2   Premier sceau

3.2.1        Interprétations proposées par d’autres. Réfutations

Les sceaux ne sont pas des jugements exécutés par le Seigneur, mais des jugements d’une nature providentielle. Quelques-uns ont pensé, à cause du cheval blanc, que le premier sceau s’appliquait à Christ. On voit sur-le-champ combien une telle représentation du Seigneur serait étrange, alors qu’on vient de Le voir comme l’Agneau qui ouvre les sceaux successivement, et voilà que, lorsqu’il serait clairement fait allusion à Sa personne dans le contenu du sixième sceau, Il conserve encore le nom d’Agneau (6:1). Et combien il serait encore plus étrange de Le voir se mettre à faire des conquêtes, au moment même où, si vous le prenez dans le sens historique, toute l’Asie se détournait de Paul, et que Timothée avait devant lui la perspective triste et sûre des hommes méchants et des imposteurs allant de mal en pis, et que Jean lui-même avait écrit, ou était près d’écrire : « Petits enfants, c’est la dernière heure ; et comme vous avez entendu que l’antichrist vient, maintenant aussi il y a plusieurs antichrists, par quoi nous connaissons que c’est la dernière heure ». Néanmoins, la plupart des écrivains anciens, et beaucoup de modernes commencent leurs commentaires par ce faux point de départ.

Certains l’appliquant à la seconde venue, mais une telle interprétation renverse complètement l’ordre des sceaux fixé par le Saint Esprit, et même la structure du livre tout entier. Il est vrai qu’au chap. 19, où le Seigneur vient en personne et comme juge, Il est représenté comme monté sur un cheval blanc. Mais il y a toutes les différences possibles entre cette vision du cheval blanc et le début d’Apoc. 6. Ce cheval du chap. 6. ne sort pas du ciel comme celui du chap. 19. Ensuite on ne trouve pas un mot au sujet du cavalier, tendant à montrer qu’il s’agisse nécessairement de Christ, tandis qu’au chap. 19 Il est appelé Fidèle et Véritable, et est dit juger et combattre en justice. De qui ceci pourrait-il être dit, sinon d’Un seul ? Ses yeux étaient comme une flamme de feu. Nul ne connaissait que Lui seul le nom écrit qu’Il portait. La Parole de Dieu, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs sont des titres qui ne peuvent appartenir qu’à Jésus seul. Quant à la robe teinte dans le sang, à l’épée sortant de Sa bouche, à la verge de fer avec laquelle Il gouverne, et au fait de fouler la cuve du vin de la colère de Dieu, ce sont des descriptions au chap. 19 auxquelles rien ne correspond dans le cavalier du chap. 6. Ici, point d’armées vêtues de fin lin ne suivent, et bien qu’il soit dit qu’une couronne est donné à celui qui est monté sur le cheval, le mot est tout à fait différent de celui employé au chap. 19, et qui signifie un diadème royal, la couronne de royauté. Les Romains étaient grands amateurs de guirlande, qui ne présentait pas à leur esprit l’idée de l’autorité absolue, comme le diadème impérial ; or c’est cette couronne qui est mentionnée au chap. 6.

De plus, il y a deux figures ou symboles utilisés fréquemment dans l’Écriture pour exprimer la puissance : l’une est le trône, l’autre est le cheval. Ainsi nous avons déjà vu le trône suprême en haut, et maintenant nous avons le cheval avec le cavalier sur la terre. On voit la même chose aux chap. 19 et 20. Là, vous avez les symboles des chevaux dans un chapitre et des trônes dans l’autre. La différence entre ces symboles est la suivante : quand il s’agit de pouvoir pris en renversant un rival ou en s’opposant à une autorité existant sur la terre, « le cheval » est utilisé comme symbole, vu l’usage qu’on en fait dans la guerre : on s’en sert pour subjuguer. Mais quand la victoire est remportée, et qu’il n’est plus question de subjuguer, mais de gouverner et de juger, « le trône » est alors employé, comme l’emblème approprié du gouvernement sur ceux qui ont été ainsi subjugués ou assujettis. Lorsque Christ va renverser Ses ennemis, Il est vu dans la vision du chap. 19 sur un cheval, employé pour représenter l’exercice de Sa puissance pour subjuguer ; lorsqu’il s’agit de la domination qui s’ensuit au chap. 20, les trônes paraissent. Ce serait bien sûr tout à fait à tort que l’on confondrait cette forme symbolique avec un cheval ou un trône matériel. L’idée fournie par le cheval est celle d’un pouvoir qui subjugue, et celle fournie par le trône est celle de la domination après que la victoire a été gagnée. Le trône peut aussi être employé, comme il l’est ensuite pour le solennel et éternel jugement des morts, trône d’une sainteté sans tache [grand trône blanc]. Il s’agit là du jugement par Christ avant que le royaume soit remis à Dieu (1 Cor. 15 ; 2 Tim. 4).

Nous ne pouvons naturellement pas appliquer les quatre chevaux et leurs cavaliers aux grands empires dont trois ont disparu depuis longtemps. On ne peut pas non plus soutenir qu’il s’agit là de quatre religions successives, surtout quand on prétend sérieusement que l’incrédulité est la dernière étape, la première étant le christianisme, suivi du Mahométisme et du Papisme. De telles pensées sont aussi bien opposées au temps et au lieu, à la convenance et au contexte. De plus, on convient qu’il serait choquant à l’extrême, et à tout point de vue, d’appliquer le premier sceau à Christ ou à l’Église dans les premiers triomphes de l’évangile, et les trois suivants à l’empire romain où aux empereurs romains.

Mais il est important de remarquer ici que l’Apocalypse elle-même fournit une base positive pour rejeter la supposition que le cheval désigne l’empire romain. Je ne me réfère pas à des passages tels que 9:17 qui paraît viser une cavalerie au sens littéral, mais le chap. 19 nous fournit un exemple de son usage comme symbole : Le fait que le Seigneur est sur le cheval blanc indique-t-il qu’Il dirige l’empire romain ? ou bien, les chevaux blancs des armées vêtues de lin impliquent-t-ils les pouvoirs impériaux ?

 

3.2.2        Interprétation proposée par l’auteur

Assurément nous devons chercher une interprétation plus en harmonie avec l’usage qui est fait ailleurs de cette figure. Elle représente, selon moi, une opération militante agressive contre la terre, mais pouvant quand même venir du ciel. Elle peut donc, comme en Zach. 1, s’appliquer au Seigneur, ou aux diverses puissances impériales qui ont succédé à Babylone. Il en est de même des chars et des chevaux de diverses couleurs en Zach. 6. Mais comme ils sont distingués des cornes (1:19), le précédent symbole se rapporte plutôt aux instruments providentiels cachés derrière la scène et en rapport spécial avec ces empires, qu’aux chefs eux-mêmes ou à leurs royaumes. Il n’y a donc clairement aucune raison provenant de l’Apocalypse ou de Zacharie qui montrerait qu’appliquer simplement le symbole du cheval à l’empire romain serait une allusion évidente.

Il n’y en a pas davantage de base dans l’histoire profane, pour soutenir que le cheval est le signe particulier de ce peuple romain et de cette puissance romaine. Et ce n’est pas étonnant ; car la puissance militaire romaine était mieux caractérisée par l’infanterie que par la cavalerie. Sans doute la figure du cheval abonde sur leurs médailles, mais pas plus, comparativement, que chez d’autres nations guerrières — particulièrement en Orient — qui signalaient leurs victoires par de telles médailles. Cette figure avait été mise autrefois sur l’un des étendards de guerre romains ; mais deux siècles avant Domitien, toutes les variétés avaient été remplacées par l’aigle.

D’un point de vue abstrait, le cheval ne peut donc pas être considéré comme l’insigne national de Rome, ou l’emblème de l’empire romain. La question de savoir s’il y est fait allusion dépend de l’examen du contexte. Et il me semble ici que le quatrième sceau amène à conclure que non, les quatre sceaux étant des jugements providentiels, homogènes de caractère, mais différents dans la forme. Il se peut que le territoire romain en soit la sphère, mais ceci n’a rien à faire avec la portée symbolique du cheval dans notre passage.

 

3.2.3        Ch. 6:2

Sans prolonger la discussion, qu’on veuille bien me laisser établir ma manière de voir personnelle. Nous avons une série régulière de jugements providentiels. Le premier est le cheval blanc, symbole d’une puissance triomphante et prospère. « Celui qui était monté dessus avait un arc » (6:2). L’arc est le symbole d’une guerre à distance. Le cavalier a manifestement une suite ininterrompue de victoires. Dès qu’il paraît, il est vainqueur. La bataille est gagnée sans combat, et apparemment sans le carnage du second jugement dans lequel est utilisée l’épée, symbole d’un combat corps à corps. Mais ce premier conquérant est quelqu’un de puissant qui balaye la terre, et gagne victoire sur victoire par le prestige de son nom et de sa réputation. Rien ne suggère ici la pensée d’un grand massacre.

 

3.3   Deuxième sceau — Ch. 6:3-4

Le second jugement est d’un caractère bien plus effrayant. Il sortit un cheval qui était roux, et celui qui est monté dessus n’est pas le conquérant orgueilleux et prospère auquel les nations se soumettent sans résistance, mais quelqu’un qui, s’il remporte des victoires, fait flotter son étendard sur des monceaux de cadavres. En conséquence, il a un cheval roux, couleur de sang — le symbole de la puissance en rapport avec un affreux carnage. Le premier sceau, c’est-à-dire la carrière victorieuse de celui qui monte le cheval blanc, peut avoir eu pour résultat la paix et des changements sans que le sang soit versé. Mais sous le second sceau, tout est sanguinaire (6:4). Le cheval rouge-feu, la paix ôtée de la terre, le massacre réciproque, la grande épée, sont des signes trop évidents pour qu’on puisse se méprendre à leur égard.

 

3.4   Troisième sceau — Ch. 6:5-6

Le troisième cheval est noir, couleur de deuil. C’est une teinte choisie pour montrer qu’il doit survenir des douleurs particulièrement grandes, non plus causées par l’effusion du sang, mais par la disette, et peut-être pouvons-nous ajouter, à vue humaine, par une famine des plus extraordinaires. Ici nous avons la voix qui proclame : « Une mesure de froment pour un denier, et trois mesures d’orge pour un denier, et ne nuis pas à l’huile et au vin » (6:6). Dans ces lieux et dans ces temps-là, une mesure de froment pour un denier était chose fort coûteuse, car peu auparavant on pouvait se procurer sept ou huit mesures pour le même argent. On donnait un denier pour le salaire d’une journée, et c’était tout juste assez pour la nourriture quotidienne d’un homme ; car la mesure semble avoir été un minimum, ce que l’on accordait à un esclave. Mais tandis qu’il y aura cette disette des choses indispensables à la vie, il y avait ordre de ne pas toucher à ce qui tenait au luxe de la vie, l’huile et le vin. Ce que les classes les plus riches se procuraient ne devait pas être touché, mais seulement les premières nécessités de la vie. Dieu fait peser sa main sur le monde.

Il est encore possible que de tels événements surviennent en temps ordinaires. Il peut surgir n’importe quand un grand conquérant, et ceci peut être suivi par des conflits sanglants, puis encore après par de la famine, etc.

 

3.5   Quatrième sceau — Ch. 6:7-8

Dans le quatrième sceau, nous avons les quatre plaies mortelles envoyées par Dieu, l’épée, la famine, la mort, et les bêtes sauvages de la terre, mais limitées ici au quart de la terre. Ce ne sont encore que des châtiments préparatoires. « Et voici un cheval livide, et le nom de celui qui est monté dessus est la Mort, et le Hadès suivait avec lui » (6:8). En Ézéchiel 14, vous trouverez que ces quatre mêmes plaies (*) sont mentionnées ensemble en rapport avec Israël. Dans ces premiers jugements, Dieu n’a pas recours à des mesures très extraordinaires. Un conquérant n’est pas quelque chose de rare sur la terre ; une guerre sanglante, et peut-être civile, est également quelque chose d’assez commun. Ceux-ci pourraient être suivis d’une famine, et cette famine pourrait assez naturellement produire la peste, etc. L’homme voudrait expliquer ainsi ces choses, et les sages seraient pris dans leur propre ruse. Mais nous savons d’avance, par la parole de Dieu, qu’il vient un temps de conquête — puis de guerre sanglante — ensuite de disette — et enfin le temps de déversement des quatre plaies mortelles de Dieu. Les saints célestes sont destinés à être établis dans la paix et dans le repos — l’Église, à être abritée en sécurité, avant que commencent ces jugements.

 

(*) Note Bibliquest : toutefois la plaie nommée « mort » en Apocalypse est nommée « peste » en Ézéchiel

 

3.6   Cinquième sceau

3.6.1        Ch. 6:9-10

La scène suivante, sous le cinquième sceau, est bien remarquable. Les animaux cessent leur cri : « Viens » (*), qui était en rapport seulement avec des jugements extérieurs providentiels. Mais nous avons à présent une série d’événements quelque peu différents. Le cinquième sceau fait voir que Dieu a encore un peuple sur la terre. Qui sont ceux qui souffrent maintenant ? Le prophète voit leurs âmes sous l’autel, où elles sont offertes comme des holocaustes. Quoique morts, ils parlent encore. Ils avaient été égorgés à cause de la parole de Dieu et à cause de leur témoignage. Après cela l’homme ne peut plus rien faire. Ils font appel à la vengeance ; car après que le Seigneur aura pris à Lui les saints célestes, Il commencera à appeler les saints terrestres. Bien sûr, ils ne seront pas nés de nouveau par un autre Esprit ; mais ils seront appelée à suivre un autre chemin, et ne connaîtront pas Dieu dans la même plénitude et la même proximité avec lesquelles Il se révèle à nous maintenant, et dans lesquelles nous devons Le connaître. Ces saints auront « l’Esprit de prophétie ». Tel était le mode par lequel le Saint Esprit opérait dans les saints de l’Ancien Testament. L’effet de l’esprit de prophétie, c’est qu’ils attendaient la venue de Christ pour l’accomplissement de la promesse et de la prophétie ; et pareillement ces saints attendront la venue de Christ pour apparaître en gloire. Toutes leurs espérances reposent sur Lui, qui doit les délivrer des circonstances à la base d’une aussi profonde détresse.

 

(*) Il peut être bon de mentionner dans cette note mon opinion que voici : les mots « et vois », qui d’après le Texte Reçu et la version anglaise autorisée du Roi Jacques, suivent le mot « Viens » dans le cri des quatre animaux vivants, me paraissent être une interpolation. Dans le cas du second cri (6:3), il n’y a pas de différence de jugement parmi les critiques de quelque notoriété ; mais, chose étrange, Griesbach et Scholz retiennent le sens ordinaire dans les deux derniers cas, et, dans le premier, Knapp avec eux. Buttmann, Hahn, Lachmann, Tischendorf et Tregelles sont unanimes à supprimer ces mots, et, je pense, avec raison. La différence quant à l’interprétation serait celle-ci : D’après la leçon du Texte Reçu, c’est un appel fait par chaque animal à Jean : mais s’ils crient seulement, « viens », l’appel semblerait s’adresser directement à ceux qui sont montés sur les divers chevaux, et qui, en conséquence, sortent à leur commandement. Le rapport des animaux avec l’action des cavaliers est rendu plus clair et plus expressif par ce petit changement.

 

Ce n’est pas de cette manière que nous devons attendre Christ. Nous avons le repos en Lui maintenant. Bien que nous soyons dans l’attente de la venue de Christ, nous avons actuellement communion avec Lui dans la paix, et le droit, mis à mort ou non, de toujours nous réjouir en Lui. Il ne convient pas aux chrétiens persécutés de dire : « Jusqu’à quand, ô Souverain, saint et véritable, ne juges-tu pas, et ne venges-tu pas notre sang ? ». Ainsi Étienne « cria à haute voix : Seigneur ne leur impute pas ce péché ». C’est la seule prière correcte et convenable pour les saints qui ont une vocation céleste.

Mais ici, les saints dont il est question sont sur un terrain différent. Ils prennent la position et expriment les sentiments décrits dans les psaumes, lesquels font appel à la vengeance divine. Ceux qui pensent que les psaumes ont pour but de présenter notre position et les sentiments propres aux chrétiens, ne peuvent qu’éprouver une grande difficulté à comprendre le langage de vengeance et d’imprécation qui y est employé. C’est une erreur de leur appliquer les psaumes de cette manière ; car « ce que la loi dit, elle le dit à ceux qui sont sous la loi » ; tel est le commentaire de l’apôtre après avoir cité des psaumes (Rom. 3:19). Mais lorsque l’Église sera enlevée, Dieu déversera ces jugements apocalyptiques, depuis la place qu’Il occupe sur le trône ; c’est à ce moment là que ces psaumes s’appliqueront pleinement. Dieu agit en grâce maintenant : alors, ce sera le jugement de la terre. Lorsque ces visions s’accompliront réellement, Dieu ne déploiera pas, comme à présent, les immenses richesses de Sa grâce, mais les éclats terribles de Sa juste colère ; et ainsi, quand ce jour-là viendra et que les hommes continueront à ne pas en tenir compte, les saints vivants ou morts diront : « Jusques à quand, ô Souverain », etc.

 

3.6.2        Ch. 9:11

« Et il leur fut donné à chacun une longue robe blanche » (6:11). C’est-à-dire que la vengeance leur a été accordée, bien qu’ils ne prennent place sur des trônes qu’au chap. 20. Il n’est jamais dit des esprits dépouillés du corps qu’ils y soient assis. Il n’est pas parlé d’esprits glorifiés, mais de corps, quand ils entrent dans la bénédiction qui leur est destinée. Ils régneront avec Christ. Ainsi, une fois l’Église partie, il y aura des personnes qui rendront témoignage pour Dieu ici-bas, mais qui tiendront un langage totalement différent : ils réclameront la rétribution, et non pas des paroles de grâce et de longanimité. Autrefois, c’était une sainte obligation d’exterminer les Cananéens ; ce ne serait pas du tout le rôle d’un chrétien maintenant. Combien cela serait inconvenant pour nous, alors que Dieu montre de la miséricorde ! Mais lorsqu’Il introduira Son royaume par des jugements, cette conduite sera convenable et juste, alors qu’elle ne serait pas de saison maintenant. Si Dieu voit que la terre est dans un état tel que le moment est venu de la châtier et de la juger, ce sera une chose sainte d’avoir part à cette œuvre. Mais si le chrétien s’occupait maintenant de juger lui-même les méchants sur la terre, il ferait ce que le Seigneur ne fait pas, et même le contraire de ce qui L’occupe. Le Seigneur est occupé maintenant à déployer les merveilles de Sa grâce ; et tous ceux qui le comprennent, agiront dans le même esprit.

 

3.7   Sixième sceau — Ch. 6:12-17

3.7.1        Personnes concernées

Le terrible bouleversement du sixième sceau (6:12) vient apparemment en réponse à la prière des saints concernés par ces scènes. La fin du chapitre montre que les pouvoirs persécuteurs et leurs instruments, tant de haut niveau que de bas niveau, reçoivent un véritable acompte de leur jugement, tout comme les égorgés au temps du sceau précédent, ont été en partie reconnus avant d’hériter effectivement du royaume. Leur sang criait, pouvons-nous dire, au Seigneur Sabaoth. Ils ont vécu pour Dieu, et ils ressusciteront certainement ; mais il leur faut attendre. Une autre classe de martyrs reste à compléter. « Et il leur fut dit qu’ils se reposassent encore un peu de temps, jusqu’à ce que leurs compagnons de servitude, et leurs frères qui devaient être mis à mort comme eux fussent au complet » (6:11). Nous ne trouvons ici aucun récit sur la mort de ces saints ; il faut les chercher plus loin dans d’autres parties de ce livre. En attendant, ceux qui ont souffert les premiers jouissent des résultats de la justice, et sont reconnus de Dieu ; mais ils doivent attendre qu’une nouvelle classe différente de frères martyrisés qui doivent souffrir jusqu’à la fin, soit au complet. C’est alors que viendra la rétribution. Il faut que l’iniquité parvienne à son comble (son sommet et son pire degré) avant l’heure du plein jugement de Dieu. Une autre persécution finale doit éclater avant ce jugement. Mais remarquez-le aussi, il n’est laissé à absolument aucune personne la perspective d’être enlevé sans passer par la mort.

Nous avons établi que les saints célestes (c’est-à-dire les morts en Christ et nous qui demeurons jusqu’à la venue du Seigneur), ont déjà été enlevés de la terre, comme l’avait fait voir le ch. 4 — le cinquième chapitre ajoutant un élément complémentaire, à savoir que, tandis qu’ils sont en haut, il y a sur terre des justes aux prières desquels les saints ressuscités s’intéressent. Ce qui veut dire que ceux qui sont en haut sont en position d’intercession ; et il n’est rien de plus doux que cette position — rien en quoi nous soyons pratiquement plus rapprochés de Christ, sauf notre relation immédiate avec Lui-même. L’Église est destinée à avoir ce privilège en gloire, comme nous l’avons maintenant en grâce à l’égard de tous les hommes (1 Tim. 2) — le privilège de l’intercession pour d’autres qui sont encore dans l’épreuve sur la terre. L’Église prendra le plus profond intérêt à leurs douleurs, à leurs bénédictions et à leurs espérances.

Mais qui sont ceux qui souffrent sur la terre ? Au chap. 6:9, comme nous l’avons vu, il y a un effroyable massacre des saints. Ils crient à haute voix, et il nous est permis de l’entendre avec l’apôtre Jean, et par son moyen. Ils font appel à Dieu comme au Souverain et Médiateur de toute âme. « Jusques à quand, ô Souverain, saint et véritable, ne juges-tu pas, et ne venges-tu pas notre sang de ceux qui habitent sur la terre ? » Ceci n’est évidemment pas le cri d’un chrétien ; je ne dis pas que ce ne sera pas un cri de croyant, mais il sera approprié à leurs circonstances, et aux voies de Dieu de ce temps-là. On a des vues si bornées, qu’on s’imagine qu’il n’est pas possible d’être croyant sans être chrétien. Il est vrai, bien sûr, que maintenant un croyant est un chrétien. Même les petits enfants connaissent le Père. « Quiconque nie le Fils n’a pas non plus le Père ; celui qui confesse le Fils a aussi le Père ». Mais dans les choses divines, nous devons toujours tirer nos pensées et notre langage de l’Écriture, et non pas de notre propre imagination. Or, bien qu’Abraham et tous les saints de l’Ancien Testament fussent nés de l’Esprit, ils n’étaient cependant pas chrétiens au sens propre du Nouveau Testament. Car un chrétien est non seulement quelqu’un qui a la foi en Christ, mais quelqu’un à la foi duquel Christ mort et ressuscité a été présenté par Dieu, et qui a, par conséquent, le Saint Esprit pour l’unir à Christ dans le ciel. Mais cela n’était pas et ne pouvait pas être jusqu’à ce que Christ fût venu et eût achevé l’œuvre de la rédemption. Ils étaient nés de nouveau sans doute ; car être né de nouveau n’implique pas nécessairement que l’œuvre de l’expiation ait été préalablement accomplie ; mais cependant c’est dans une position différente que nous avons été introduits par l’œuvre accomplie, et par le résultat qu’elle a eu : la présence de l’Esprit durant l’absence de Christ.

Ce ne sont donc pas des accents chrétiens que font entendre les âmes qui sont sous l’autel ; elles nous rappellent plutôt la position et les sentiments révélés autrefois. Depuis que le Seigneur Jésus Christ est venu dans le monde et est monté au ciel, comme le Rejeté maintenant glorifié, les souffrances de Christ comme le juste témoin pour Dieu et à l’égard de l’homme, en grâce parfaite, sont, pour ainsi dire, reproduites dans les Siens. Le Saint Esprit les met en communion de sentiment avec Christ. Ce qui était auparavant vrai dans une certaine mesure, devenait maintenant la portion des saints. Nul autre que Christ ne pouvait souffrir de la part de Dieu pour porter le péché. Mais une partie des souffrances, même des souffrances de la croix, provenait du fait que Christ y était placé par la méchanceté des hommes ; une autre partie de ces souffrances, beaucoup plus profonde, résultait de ce qu’Il était placé là par la grâce de Dieu pour revendiquer les droits de Sa sainteté et pour délivrer le pécheur. Dans cette dernière catégorie, Il a souffert pour nous : dans la première catégorie, nous pouvons et devons souffrir avec Lui. C’est pourquoi l’apôtre Paul n’hésite pas à dire : « Pour le connaître, Lui... et la communion de ses souffrances, étant rendu conforme à sa mort ». Un chrétien peut partager les souffrances de Christ dans le sens d’être rejeté, même jusqu’à la mort. Maintes fois l’apôtre lui-même eut ainsi la mort devant lui dans ce chemin (voyez 2 Cor. 1 et 4). Il connaissait la communion des souffrances de Christ ; Étienne l’a connu aussi.

Tel n’est pas du tout l’esprit de ce cri. Ici, ceux qui souffrent sont sous le profond sentiment du tort qui leur a été fait, et ils ne font appel qu’au jugement de Dieu. Quelle différence quand, au lieu de fuir la prison et le jugement, on se retire en rendant grâces à Dieu, plein de joie pour avoir été estimé digne de souffrir l’opprobre pour le nom de Jésus ! Est-ce là ce que nous trouvons ici ? Sans doute le monde est aussi injuste que jamais ; mais il y a quelque chose de plus précieux que d’en appeler à Dieu pour qu’Il traite le monde comme le monde nous a traités. Cette dernière manière de faire était ce qui avait lieu lorsque les hommes étaient sous la loi ; et le principe de la juste rétribution réapparaîtra au jour millénaire, quand ils auront la loi écrite sur leurs cœurs. En ce qui concerne la portée morale de la loi, Dieu l’accomplit maintenant dans les Siens. Mais il y a un autre principe qui se manifeste maintenant sous toutes ses formes ; car la grâce de Dieu se répand auprès des perdus. La mort de Christ est la plus grande manifestation de cette grâce, et le Saint Esprit opère selon ce modèle dans le cœur des Siens. Mais le cri du cinquième sceau est que le péché soit mis à la charge des oppresseurs, et qu’en conséquence la vengeance ait son cours : c’est de la justice, mais non pas de la grâce. N’oublions pas cependant, que Dieu ne nous permet pas de faire entendre à notre gré un cri de justice ou un cri de grâce. Nous avons toujours tort si, toutes les fois que nous souffrons de la part du monde, chaque coup qu’il porte n’amène pas un appel à la grâce. Dans nos rapports entre chrétiens, nous sommes sans doute en droit d’attendre les uns des autres une conduite pieuse et juste : cela fait en effet partie du caractère d’un chrétien de sentir ce qui est mal et d’apprécier ce qui est bien (Rom. 12). Mais il devrait toujours y avoir de la puissance pour s’élever au-dessus du mal, et d’apporter Christ pour faire face au mal, que ce soit en discipline à l’égard de ceux de dedans, ou en intercession en faveur de ceux de dehors. Dieu agit en parfaite grâce, et nous devrions l’imiter dans nos rapports avec le monde.

Ici, dans l’Apocalypse, c’est tout autre chose : Dieu exerce des jugements préparatoires en faveur des Siens ; et il en résulte pour les Siens un autre genre de relation, différent de celui où Il nous a placés jusqu’à ce qu’Il nous prenne à Lui. En accord avec cela, nous y trouvons l’attente juive d’une délivrance, au moyen de la destruction par Dieu des adversaires, et non pas l’espérance chrétienne d’être retiré de la scène et transporté au ciel. Une juste vengeance est appelée sur les habitants de la terre. Cela n’implique pas chez les saints un caractère vindicatif, mais assurément ce n’est pas de la grâce pratique. Ils s’attendent donc à ce que Dieu juge, au lieu de soupirer comme nous après la venue de Christ pour nous prendre auprès de Lui. « L’Esprit et l’Épouse disent : Viens. Et que celui qui entend dise : Viens ! »

Remarquez l’emploi du mot « Souverain » ici. Ce n’est pas le mot « Seigneur », mais le même mot qui se rencontre en Luc 2:29 et Actes 4:34 et Jude 4. Il signifie « Maître souverain ». Il est aussi employé en 2 Pierre 2:1 : « Reniant aussi le Maître qui les a achetés ». Nous n’avons pas ici l’intimité dans laquelle nous Le connaissons comme « notre Seigneur » ; mais la relation générale d’autorité dans laquelle le Seigneur est le Maître du monde entier — de tous les hommes, soit bons soit mauvais. Il n’est jamais dit que ceux qui connaissent le Seigneur Jésus Christ, par le Saint Esprit, puissent renier le Seigneur qui les a achetés.

 

3.7.2        Les événements — Ch. 6:12-17

Quoi qu’il en soit, des douleurs de toute la nature répondent universellement à cet appel ; elles présentent sous une forme symbolique, aux yeux du prophète, ce qui allait arriver. « Et je vis, lorsqu’il ouvrit le sixième sceau, et il se fit un grand tremblement de terre, et le soleil devint noir comme un sac de poil, et la lune devint toute entière comme du sang ; et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre comme un figuier agité par un grand vent, jette loin ses figues tardives. Et le ciel se retira comme un livre qui s’enroule, et toute montagne et toute île furent transportées de leur place » (6:12-14). Les cieux sont bouleversés d’un bout à l’autre ; les étoiles tombent, etc., évidemment, à ce qu’il me semble, dans la vision seulement. « Et les rois de la terre, et les grands, et les chiliarques, et les riches, et les forts, et tout esclave et tout homme libre, se cachèrent dans les cavernes et dans les rochers des montagnes. Et ils disent aux montagnes et aux rochers : Tombez sur nous, et tenez-nous cachés de devant la face de celui qui est assis sur le trône, et de devant la colère de l’Agneau, car le grand jour de sa (*) colère est venue ; et qui peut subsister ? » (6:15-17). Ces jugements imminents jettent dans l’agitation les hommes de toutes les classes. Ce n’est pas réellement le grand jour de la colère de l’Agneau ; cependant les hommes le pensent ; ils craignent que le dernier jour ne soit déjà venu.

Beaucoup ont considéré que ce sceau représente l’épiphanie du Seigneur en jugement à la fin du siècle. C’est ce qui les a amenés à voir dans cette description un récit littéral des changements du ciel et de la terre qui accompagnent ce grand événement. Mais de semblables pensées ne reposent sur aucune base solide. En premier lieu, le septième sceau n’est pas encore ouvert, de sorte que ce ne peut être la fin, lors même qu’on adopterait le système d’après lequel les trompettes ne seraient que la répétition des sceaux, sous un autre point de vue. De plus, il n’y a pas un mot faisant allusion à la présence du Seigneur. Il y a un grand tremblement de terre ; mais l’apparition de Jésus est incomparablement plus grave que toute commotion possible dans le monde. La différence est manifeste, si nous comparons ces versets avec le chap. 19:11-21 de ce livre, et avec 1 Thess. 5 et 2 Thess. 1 et Luc 17:24-37, etc. Sans rien dire de la sixième trompette, il y a sous la septième coupe (qu’on doit sûrement reconnaître comme ne précédant pas le sixième sceau), un tremblement de terre dont le Saint Esprit parle en termes encore plus forts. Cependant nous savons que ceci précédera le jour du Seigneur ; car tous admettent que les coupes sont versées avant qu’Il vienne comme un voleur. Et a fortiori pourquoi pas le sixième sceau ? Si ces commotions avaient été envoyées sous le septième sceau, la raison aurait pu paraître plus valable : mais il n’y en a vraiment pas comme c’est sous le sixième sceau.

 

(*) La Vulgate, avec une forte autorité des manuscrits, lit « leur colère » (ipsorum, non pas ipsius).

 

Il y a aussi cette différence notable entre le sceau qui nous occupe et les passages de Matthieu 24, Marc 13, et Luc 21 auxquels quelques-uns voudraient le rattacher : Dans ces derniers il est expressément dit du Fils de l’homme qu’on Le voit venir dans les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire ; dans le passage sur le sceau, comme nous l’avons observé, on ne trouve pas trace de ce fait. Nous trouvons dans la description du sceau que, dans leur terreur, tous les hommes disent aux montagnes et aux rochers (ceci pourrait-il être littéral, après qu’ils aient été transportés de leur place ?) : « Tombez sur nous et cachez-nous de devant Celui qui est assis sur le trône, et de devant la colère de l’Agneau ; car le grand jour de sa colère est venu, et qui pourra subsister ? » C’est là une révélation, non pas de ce que Dieu déclare au sujet du temps et des circonstances, mais de l’effroi des hommes et de son effet sur leurs consciences. Prendre ce que Jean dit dans la vision pour autant de réalités physiques qui devraient alors se produire littéralement dans le soleil, la lune, les étoiles et le ciel, serait, je pense, adopter une opinion sans y avoir mûrement réfléchi. Aurait-on besoin et serait-il possible d’appeler une chute des montagnes et des rochers, si les étoiles tombaient réellement sur la terre ? Les hommes ou le globe lui-même pourraient-ils survivre à un tel choc ? En outre, il est clair que la description fait allusion à des passages de l’Ancien Testament tels que És. 13 ; 34 ; Éz. 32:7, 8 et Joël 2. Or, ce dernier passage affirme nettement que les signes qui y sont prédits ont lieu avant que vienne la grande et terrible journée du Seigneur, et le premier passage a reçu son accomplissement dans le passé, lors de la chute de Babylone, quoiqu’on puisse aussi voir en eux des types d’une catastrophe plus solennelle et plus universelle qui doit avoir lieu à la fin.

Tout ceci prouve d’une manière à mon avis décisive que le sixième sceau, d’après la place naturelle qu’il occupe dans la prophétie, ne désigne en aucune manière la grande journée du Seigneur, mais fait ressortir, d’abord en figures et puis en langage ordinaire, une terrible révolution qui renverse les institutions existantes et tout l’ordre gouvernemental. Toutes les autorités, suprêmes, dépendantes et subordonnées, s’effondrent. Le choc est universel. Les hommes pensent que la dernière heure est venue. Or ce n’est pas le Seigneur, mais leurs consciences mauvaises et effrayées qui qualifient ces événements de jour de Sa colère. Mais quand ce jour-là vient effectivement (chap. 19), ils sont hardis comme des lions. La fréquence même des jugements divins agit sur les cœurs endurcis des hommes, et il en est ainsi, alors que les trompettes n’ont pas encore sonné, et que les jugements deviennent de plus en plus intenses. Cependant, lorsque le Seigneur vient en personne, au lieu de crier aux montagnes de les couvrir, on les trouve combattant contre Lui. Quand leurs consciences étaient moins endurcies, ils s’alarmaient, mais lorsque le grand jour arrive, ils sont en rébellion ouverte contre Christ. Quelle chose que le cœur de l’homme ! et quelle grâce infinie que le Seigneur nous ait amenés, non pas à la pensée de sa colère — bien que je puisse désirer que le Seigneur veuille se servir de ce moyen pour réveiller les âmes — mais par Sa grâce, Il nous a amenés à jouir de la paix qu’Il a faite par le sang de Sa croix ! Il veut nous avoir dans la pleine jouissance de nos bénédictions célestes, même lorsque tous ces jugements passent au-dessous de nous ! Être dans la céleste présence de Celui qui exécutera alors finalement et directement tous les jugements nécessaires, voilà ce qui sera notre portion. Que le Seigneur nous accorde de marcher dans Sa grâce maintenant, de ne pas nous laisser entraîner dans l’esprit du monde et de ne pas nous prévaloir de nos droits ! Hélas ! Du moment que les hommes pécheurs commencent à parler de leurs droits, la seule chose à laquelle ils ont droit en la présence de Dieu, c’est d’être jugés et perdus. S’Il agissait envers nous sur ce pied-là, quand et comment pourrions-nous être sauvés ? Mais Il nous a pardonné toutes nos fautes, et nous a donné la joie de tenir ferme pour Ses droits. Le Seigneur nous accorde d’être vrais à l’égard de Lui-même et de Sa croix !

 

 

4                        Chapitre 7

4.1   Les parenthèses de l’Apocalypse

Le lecteur attentif de l’Apocalypse aura remarqué que ce chapitre ne fait pas partie à proprement parler du cours des événements ; c’est-à-dire qu’il ne nous présente ni l’un des sceaux, ni l’une des trompettes, ni l’une des coupes. Les sceaux ne sont pas encore épuisés. Nous en avons eu six au chapitre 6, et nous en trouvons un septième au chapitre 8. Quel est donc le sens du chap. 7 ? Il constitue un intervalle — une espèce de parenthèse dans la suite de ces événements — qui se situe entre le sixième et le septième sceau. Au sixième sceau, il survient une catastrophe effroyable parmi les rois et leurs sujets, les grands et les petits, qui appellent les montagnes et les rochers à leur tomber dessus et à les cacher de devant la colère de l’Agneau. Dans leurs pensées, Son jour est arrivé.

D’un autre côté, lorsqu’Il ouvre le septième sceau (ch. 8), il se fait dans le ciel un silence d’environ une demi-heure : de sorte que l’ensemble du chap. 7 ne constitue pas un chaînon dans le fil de l’histoire vue par avance. Cependant il y a autant d’ordre dans cette interruption apparente du fil de l’histoire que dans la série formellement comptée des jugements, parce que tout ce que Dieu fait est parfait : chaque détail est établi avec le plus grand soin et la plus grande précision. Une considération qui confirme cela, c’est que, lorsque nous arrivons aux sept trompettes, nous trouvons la sixième au chapitre 9, tandis que la septième n’apparaît qu’au chap. 11:15, de sorte que tout le chap. 10, et la plus grande partie du chap. 11, forment une grande parenthèse où des événements sont révélés, d’une manière tout à fait semblable à ce que nous avons ici au ch. 7. Pour moi, c’est même plus remarquable encore dans le cas des trompettes. Il est dit en effet au chap. 9:12 : « Le premier malheur est passé ; voici, il arrive encore deux malheurs » etc., et nous avons alors le sixième ange sonnant de la trompette et la description des cavaliers de l’Euphrate. Mais ce n’est qu’au chap. 11:14, que nous lisons « le second malheur est passé », paroles qui se rapportent évidemment aux cavaliers de l’Euphrate mentionnés auparavant dans le chap. 9. De sorte que toute la scène de l’ange puissant descendant du ciel, avec le petit livre que le voyant devait prendre et dévorer, du temple et des adorateurs qu’il devait mesurer, ainsi que du parvis et de la cité abandonnés pendant 42 mois, et des deux témoins, de leur témoignage, de leur mort, de leur résurrection et de leur ascension, etc. — tout cela fait partie de ce remarquable épisode. Par conséquent, de même qu’il y a une parenthèse entre le sixième et le septième sceau, il en existe une, correspondant exactement, entre la sixième et la septième trompette ; et non seulement cela, mais les coupes présentent quelque chose d’analogue. Si vous regardez la sixième coupe (16:12), vous verrez une interruption entre elle et la septième. Premièrement, l’eau du grand fleuve Euphrate tarit afin que la voie des rois qui viennent de l’orient soit préparée ; puis nous trouvons un sujet totalement différent. « Je vis sortir de la bouche du dragon… trois esprits immondes… ce sont des esprits de démons » ; et alors, quelque chose de distinct (16:13-15) : « voici, je viens comme un voleur. Bienheureux celui qui veille », etc. C’est là une courte mais remarquable parenthèse qui donne le récit à la fois du mal et de la venue du Seigneur pour juger celui-ci. Je ne fais cette allusion ici que pour montrer qu’il n’y a rien dans la parole de Dieu, et particulièrement dans ce livre-ci, qui ne s’y trouve à dessein et avec une précision étonnante.

Si on prend l’Apocalypse, à première vue elle paraît n’être qu’un labyrinthe embrouillé ; mais il n’en est rien en réalité, et une pareille impression ne provient que d’une précipitation ignorante, ou d’une incapacité de discernement. Les gens ajoutent à ce livre certains sentiments ou souhaits, au lieu d’attendre pour savoir quelles sont les pensées de Dieu et ce qu’Il leur dit dans ses pages. Prenons pour la parole de Dieu le terrain le plus élevé, et maintenons que le Saint Esprit est la seule puissance permettant de comprendre une partie quelconque de cette parole. Qu’il s’agisse de l’âme d’un homme, de son salut et de ses espérances, de sa marche pratique individuellement ou collectivement, de ses voies dans l’Église ou dans le monde, de son instruction touchant le culte et le service de Dieu, ou même touchant ses devoirs sur terre, — dans tous ces cas quels qu’ils soient, il existe une lumière divine pour chaque pas du chemin, et la seule raison par laquelle nous ne la voyons pas tous, c’est parce que nous n’avons pas l’œil simple que donne la foi. C’est la foi qui obtient la bénédiction, et je crois que, de même que cette parole reste toujours vraie : « qu’il te soit fait selon ta foi », il y a aussi aveuglement selon la mesure d’incrédulité. Le Seigneur accorde toujours ce sur quoi la foi compte de Sa part ; l’incrédulité trouve inévitablement la stérilité qu’elle mérite.

 

4.2   Relation entre ch. 7, ch. 14:1-5, ch. 21:24-26 et Matth. 25:31-46

Mais revenons à notre sujet. Longtemps j’avais été arrêté par la difficulté que présentaient le scellement d’un corps de Juifs élus et la vision d’une innombrable foule de Gentils sauvés, alors que leur bénédiction n’arrive que vers la fin du livre. Mais du moment que j’ai appris que tout cela était une parenthèse, et que le moment effectif où le résidu scellé d’Israël et les Gentils sauvés entrent réellement dans l’action publique et prennent leur place sur la scène, était une tout autre chose, cette difficulté a disparu. Pendant que les jugements continuent, Dieu permet pour notre consolation que le rideau soit levé un petit moment, et nous voyons qu’ils sont tous en sûreté sous Ses yeux et prêts à être manifestés au moment voulu. Mais pour ce qui est de savoir quand ils arrivent publiquement en vue, c’est une autre question. Le chap. 14 fait mention d’un corps de 144000 dont l’Agneau est le centre, et qui se tiennent avec Lui sur la montagne de Sion, ayant Son nom et le nom de Son Père écrits sur leurs fronts. Ce corps est évidemment analogue à celui que nous avons ici, quoiqu’il ne soit pas le même ; et peut-être pouvons-nous aussi comparer, mais non pas identifier, les « nations » dont il est parlé en Apoc. 21:24, 26, avec la foule innombrable de Gentils que nous présente notre chapitre. Leur ressemblance avec les brebis de Matth. 25 est plus frappante encore, parce que celles-ci ne sont pas simplement les Gentils bénis du jour millénaire, mais ils ont soutenu l’épreuve douloureuse durant l’intervalle qui l’a précédé. Et remarquez que dans ce passage, les brebis sont distinguées des frères du Roi dont la position est encore plus rapprochée de Lui-même — les saints Juifs auxquels, après l’enlèvement de l’Église au ciel, sera confié l’Évangile du royaume qui doit être prêché dans tout le monde comme un témoignage à toutes les nations avant que la fin arrive. Ainsi, en Matth 25:31-46, les frères Israélites du Roi, immédiatement avant la fin, sont un test pour les Gentils qui à Son apparition sont convoqués devant Son trône, et distingués les uns des autres comme bénis ou maudits, selon leur foi ou leur incrédulité démontrées par leur conduite envers les messagers qui annonçaient l’approche du royaume, au temps de leur douloureux témoignage. Dans les jours de paix du règne millénaire, il naîtra des millions de Gentils pour lesquels la mise en liberté de Satan à la fin de ce règne sera fatale, même si tous ceux qui sont nés de Dieu sont épargnés au début de ce règne.

Nous avons donc simplement dans ce chapitre deux scènes remarquables, rattachées l’une à l’autre par leur sens, sinon par l’époque où elles ont lieu, en dehors du déroulement normal des événements. L’Esprit de Dieu interrompt pour le moment la description des jugements divins dans leur ordre historique, et nous montre que Dieu a en réserve de la miséricorde, même dans le jour de détresse qui vient. Israël se trouvera dans des circonstances terribles : Jérusalem recevra de la main de l’Éternel le double pour tous ses péchés (És. 40:2). Comme elle a été ardente dans sa haine contre le Seigneur, ainsi entend-Il faire le compte de ce que Sa vengeance soit doublement répandue sur la ville coupable. Nous avons vu passer sous nos yeux les jugements qui ont d’abord commencé par des événements relativement ordinaires, tels que l’apparition d’un grand conquérant, un carnage, la disette, les plaies mortelles de Dieu (la mort ayant trait au corps et le hadès à l’âme) ; puis une persécution éclatant impitoyablement contre le peuple de Dieu ; ensuite un bouleversement effroyable et universel atteignant le ciel, la terre et la mer, et causant la pire panique et la plus grande confusion parmi les hommes qui pensent que le jour de la colère de l’Agneau est venu. Mais ce jour n’est pas encore arrivé à ce moment. Lorsqu’il sera arrivé, le Seigneur exécutera en personne le jugement sur les morts et sur les vivants. Mais ici c’est une terreur panique qui s’empare des hommes et leur fait redouter le jour du jugement. Et les rois de la terre, les grands, et les chiliarques et les riches, et les forts, et tout esclave et tout homme libre, sont dans une consternation extrême.

 

4.3   Ch. 7:1-3 — L’ange est-il Christ ?

Mais ici le Seigneur s’arrête, et nous prend à part pour un temps, afin de nous montrer ce que sa miséricorde va faire. « Et après ces choses je vis quatre anges... retenant les quatre vents de la terre ». Ils sont contenus pour le moment. « Et je vis un autre ange montant de l’orient, ayant le sceau du Dieu vivant ; et il cria à haute voix aux quatre anges, auxquels il avait été donné de nuire à la terre et à la mer, disant : Ne nuisez pas à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, jusqu’à ce que nous ayons scellé au front les esclaves de notre Dieu » (7:2, 3).

Quelques-uns se sont imaginés que l’ange qui a le sceau est Christ, notamment parce qu’on prétend que l’œuvre dont il s’agit consiste à communiquer le Saint Esprit, le sceau de la rédemption. Pour moi tout cela est plus que douteux. Le Seigneur ne prend jamais la forme et le titre d’un ange avant la série des trompettes. Que nous regardions aux sceaux, ou à la parenthèse entre les deux derniers sceaux, Il est invariablement mentionné sous le nom de l’Agneau, partout où il est question de Lui avec certitude. En outre, cet ange monte de l’orient. Il est facile d’appliquer un tel mouvement aux anges assujettis au Fils de l’homme, montant et descendant pour faire Son bon plaisir. Mais quand le Seigneur apparaît vêtu comme un ange, ou bien Il exerce Son service de Souverain sacrificateur avec l’encensoir d’or, ou bien Il descend avec les gages irrécusables et la proclamation de Sa domination et de Sa puissance.

Dans la scène décrite ici, il n’est rien dit qui révèle sans équivoque sa gloire propre. On a beaucoup insisté sur la phrase « jusqu’à ce que nous ayons scellé », comme si elle renfermait une allusion à la pluralité des personnes dans la Déité, comme en Gen. 1:26. Je suis surpris qu’on n’ait pas observé que le reste de la phrase était incompatible avec un sens pareil. Le Père, le Fils et le Saint Esprit (car tel serait alors le sens) diraient-ils : « jusqu’à ce que nous ayons scellé les esclaves de notre Dieu ». Cette idée me paraît sans aucun fondement. Et même si on attribuait un pareil langage au Seigneur exclusivement, cela ne semblerait pas en harmonie avec Sa dignité. Il enseigne Ses disciples à dire « notre Père », mais Il ne le dit pas avec eux ; et quand Il les associe avec Lui-même comme ressuscité des morts, l’expression dont Il se sert alors est : « Mon Père est votre Père ; mon Dieu est votre Dieu » ; — ce n’est jamais notre Dieu.

 

4.4   Les 144000 scellés d’Israël

4.4.1        Signification de ces scellés

Le sens est donc que, avant que les jugements divers se déversent sur la création, Dieu se sera approprié un certain peuple pour Lui-même. Ce sont des personnes scellées du sceau du Dieu vivant, c’est-à-dire qu’un caractère est mis sur elles en tant que mises à part pour Dieu. L’Éternel avait mis sur Caïn une marque très différente : elle avait pour but de le mettre à l’abri du jugement de l’homme. Ici aussi le sceau peut impliquer l’idée de protection. Dans tous les cas, ces personnes sont scellées sur leur front, ce qui bien sûr ne veut pas dire une marque physique, mais le fait que Dieu les met à part pour Lui-même, et je suppose d’une manière publique. Qui sont les scellés ? Un résidu déterminé de Son ancien peuple.

Ainsi, nous voyons les anges retenir les jugements qui vont tomber sur toute la création, et le sceau de Dieu est mis sur un certain nombre de personnes choisies du milieu d’Israël. Dieu aura des élus d’entre ce peuple, mais ce sera une élection personnelle et individuelle, et non pas simplement une élection nationale, comme autrefois. Lorsque David tenta de dénombrer le peuple, ce fut un péché de présomption ; mais ici c’est la grâce de Dieu qui s’approprie un certain nombre de personnes des tribus d’Israël. Le nombre 144000 est un nombre régulier et complet, quoiqu’il soit un nombre mystique ayant trait, je suppose, à l’usage que Dieu veut faire ici-bas de la nation privilégiée. Le nombre douze implique toujours l’idée de quelque chose de parfait en vue de l’accomplissement de l’œuvre de Dieu, en tant que confiée à l’administration de l’homme. On peut le voir dans les douze tribus d’Israël, les douze patriarches, les douze apôtres, et même dans les douze portes et les douze fondements de la nouvelle Jérusalem. C’est un nombre parfait dans les choses du ressort de l’administration de l’homme. De la vient que, lorsque la nation d’Israël doit être introduite de nouveau, nous trouvons employé par le Saint Esprit le multiple de douze, exprimé en milliers : c’est le plein résultat pour ce qui concerne Israël, de l’administration que Dieu confiera à l’homme.

 

4.4.2        Sens littéral pour les tribus d’Israël ?

Une question importante a été soulevée ici : il s’agit de savoir si les tribus d’Israël doivent être prises au sens littéral ou dans un sens mystique. En faveur du sens mystique, on fait valoir que la toute première vision, celle des chandeliers, image empruntée au sanctuaire juif, ainsi que les allusions renfermées dans les sept épîtres qui suivent, et plus particulièrement dans le chap. 3:12, comparé avec le chap. 21:12, conservent le sens chrétien tout le long du livre. Mais raisonner ainsi, n’est-ce pas méconnaître le fait qu’appliquer les symboles juifs aux églises, alors qu’elles sont expressément mentionnées comme étant encore ici-bas, et d’autres symboles à l’Église glorifiée en haut ou suivant Christ sortant du ciel, au jour du Seigneur, — une telle application est entièrement distincte de la question de savoir si certains symboles, pris d’Israël, ne peuvent pas s’appliquer aussi à une classe différente de témoins sur la terre entre ces deux termes ? La véritable question consiste à savoir quel est l’intervalle entre le moment où il n’est plus fait mention des églises et celui où l’Épouse apparaît en gloire avec l’Époux. Il suffit de bien poser la question pour montrer le manque complet de force de l’argument dans son application (non pas à Apoc. 2 et 3, ni à Apoc. 21:12, où en général nous sommes tous d’accord, mais) aux visions prophétiques à partir du chap. 6.

En outre, il est admis par le plus intelligent de l’école historique que, vers la fin du siècle, les Juifs se convertiront et seront en tête pour le chant de louange des saints terrestres de ce temps. Il se peut que cela soit placé trop tard dans le livre et appuyé sur la faible preuve de la présence du mot hébreu « Alleluia » en Apoc. 19:3. Le fait n’en est pas moins admis — celui d’une prophétie apocalyptique de ce qui doit arriver avant l’apparition du Seigneur. Et qui plus est, une portion considérable de la même école, représentée par un de ses ouvrages les plus populaires (Dissertation sur les prophéties, de l’évêque Newton, Œuvres, tome 1, pages 578, 579), prend les tribus d’Israël dans leur portée naturelle, historique, et applique la prophétie qui nous occupe à la vaste affluence de juifs convertis sous le règne de Constantin. De fait, le premier écrivain chrétien qui fasse allusion à ce chapitre, Irénée, le pieux évêque de Lyon, explique sans hésitation l’omission de Dan d’une manière qui prouve qu’il pensait que c’était bien les tribus effectives d’Israël qui sont visées. Victorien tient aussi le même langage dans un passage au moins du commentaire le plus ancien qui existe encore sur l’Apocalypse. D’autres commencèrent bientôt de se tourner vers la méthode allégorique jusqu’à ce qu’à ce que la théorie anti-judaïque finisse par prévaloir à la longue.

Mais il peut être bon de signaler rapidement les raisons alléguées par l’un des plus habiles défenseurs de l’école mystique, Vitringa. D’abord, il prétend que s’il faut prendre les noms au sens littéral, il doit en être de même des nombres. Or est-ce réellement une conséquence ? Mais si même il le fallait, où est l’obstacle ? Celui qui au jour d’Élie s’était réservé 7000 hommes peut bien en sceller 144000 d’Israël à une époque future. Mais je ne vois pas la nécessité de cela. Il n’y a pas de difficulté à prendre les personnes au sens littéral et leur nombre dans un sens symbolique, sauf pour un esprit fasciné par l’amour d’une simplification excessive. On ne nie pas que les symboles existent, ni qu’ils aient un sens déterminé, mais c’est contraire à tous les faits partout d’attendre une harmonie de couleurs dans toutes les parties. De plus, que faudrait-il entendre par un Ruben, un Gad, un Aser mystiques ? Personne, que je sache, ne prétend attribuer à ces noms une signification distincte, si ce n’est des gens livrés au plus haut degré des caprices de leur imagination. Ensuite, si c’est dans ce sens qu’il fallait les prendre, on peut s’attendre à ce que chacun de ces noms ait un sens ; or on cherche en vain un tel sens chez ceux qui plaident le plus ardemment en faveur de ce principe d’interprétation. On met encore en avant que par les scellés, il faut entendre les élus de Dieu, qui doivent être garantis d’une calamité universelle ; et qui peut assurer que ce ne sont que des Juifs ? Et qui affirme qu’il n’y a pas d’autres élus que ceux-là ? Nous allons voir que la portée de la prophétie et le contexte indiquent le contraire. Ce qu’il y a de faux, c’est donc, non pas de prétendre que les milliers scellés sont pris des vraies tribus d’Israël seulement, mais de prétendre qu’il n’y aura pas d’autres saints que ceux-là. En troisième lieu, l’omission de Dan semble présenter une difficulté au moins aussi grande dans l’hypothèse d’interprétation mystique que dans l’hypothèse d’interprétation littérale. Dans la bénédiction de Moïse (Deut. 33), Siméon est laissé de côté. Faut-il donc prendre cette liste de tribus d’une manière allégorique ? En quatrième lieu, le passage parallèle allégué (Apoc. 14:1) ne prouve en aucune manière qu’il ne s’agit pas des tribus d’Israël prises à la lettre. Les 144000 du chap. 14 sont des saints existant sur la terre peu avant la catastrophe finale, et qui font contraste avec ceux qui sont souillés par Babylone et asservis par la Bête. Mais qu’ils ne soient pas l’Église, mais plutôt un résidu de Juifs pieux associés dans la pensée de l’Esprit avec Christ souffrant, mais maintenant exalté, c’est ce que les écrivains de ce genre n’ont même jamais bien considéré, et ils n’ont jamais décidé entre l’une ou l’autre interprétation sur  de bonnes raisons.

D’un autre côté, je conçois que l’indication précise du nom des tribus n’est compatible avec aucun autre sens que le sens littéral. Puis encore la distinction entre les scellés d’Israël et la multitude innombrable de toutes nations et tribus et peuples et langues, est aussi claire et positive que des mots peuvent l’exprimer. De sorte que si on l’examine de près, la théorie mystique ne peut échapper au reproche d’absurdité ; car elle identifie les Israélites scellés avec les Gentils qui ont des palmes en leurs mains, malgré le contraste manifeste et formel qui ressort de ce chapitre. Cela vient de ce qu’on ne veut voir dans la multitude Gentille que la réunion de toutes les générations successives des élus d’entre les tribus. Pour ce qui concerne les scellés, on ne trouve pas le moindre indice suggérant une succession : l’ordre de suspendre l’action des quatre vents, jusqu’à ce que les élus fussent scellés, implique même le contraire. C’était une heure précise limitée, de même qu’il s’agissait d’une classe spéciale de personnes. Mais ce qui tranche la question, c’est que les Gentils porteurs de palmes (c’est-à-dire, selon quelques-uns, l’Église chrétienne dans sa plénitude céleste), sont tous décrits comme venant de la grande tribulation — tribulation que même ils considèrent comme ayant suivi les jours de Constantin. Ainsi, à mon avis, tout concourt à prouver avec force que les scellés de notre chapitre sont à la lettre Israélites ; et ils ne sont pas seulement d’Israël, mais ils sont Israël, l’Israël de Dieu ; et interpréter de manière mystique la première partie du chapitre, et littéralement le reste du chapitre, conduit les défenseurs de ce principe à des conséquences des plus grossières, là où on le suit systématiquement.

 

4.4.3        La liste des tribus

Quant aux tribus dont il est fait mention, il y a un point particulier sur lequel je ne puis dire que peu de chose. On y trouve les fils des diverses femmes de Jacob : d’abord les deux fils de Léa, Juda et Ruben ; puis ceux de Zilpa (la servante de Léa), Gad et Aser, ensuite Nephthali, le fils de la servante Bilha de Rachel, et à la place de Dan, son autre fils lui est substitué, Manassé, premier-né de Joseph. Viennent ensuite les quatre fils de Léa, Siméon, Levi, Issacar et Zabulon, et enfin les fils de Rachel, Joseph et Benjamin. Évidemment les fils sont placés d’après leurs différentes mères, les enfants des servantes étant entremêlés avec ceux des femmes libres. Dan, qui avait été le plus en évidence pour l’idolâtrie, est omis, et à la place d’Éphraïm, le plus jeune fils de Joseph, nous trouvons Joseph lui-même. Ce sont les scellés d’Israël que nous avons ici ; mais les tribus sont comptées et disposées dans un ordre particulier. Ce n’est plus l’ordre naturel, selon l’ordre de naissance, qui est suivi, mais Dieu semble indiquer qu’Il voulait faire d’eux un peuple spirituel, marqué de Son sceau. Ce seront de vrais Israélites, en qui il n’y a pas de fraude. Dan n’est pas déshérité à la fin (Ézéch. 48:1, 32).

 

4.5   La foule des Gentils

Mais ce n’est pas tout. Dieu va sauver aussi une multitude de Gentils, et ici il n’est pas indiqué de nombre. C’est une pensée bien délicieuse par son ampleur. Car quoique Dieu tire maintenant des Gentils un peuple pour Son nom, néanmoins quand nous pensons aux multitudes plongées dans les ténèbres, aux myriades de myriades qui vivent dans les contrées païennes, et au milieu de celles-ci, çà et là, à la poignée d’hommes ayant la connaissance de Dieu (quelquefois une personne toute seule), — quel sujet de réflexions affligeant et humiliant ! Mais combien il est remarquable qu’au moment où Dieu va nous montrer l’accroissement de la méchanceté tant du Juif que du Gentil, et quand Ses jugements sont sur le point d’éclater, nous trouvons qu’il y a cette multitude d’Israel comptée avec le plus grand soin, et que Dieu n’oublie pas les pauvres Gentils ! Il se peut qu’ils ne soient pas placés dans une position aussi élevée que les Juifs, mais néanmoins Dieu les bénira d’une manière merveilleuse. Or le prophète qui venait d’apprendre l’élection d’Israel scellé et en avait entendu le nombre, doit se tourner vers l’un des anciens pour savoir qui sont ceux de cette multitude innombrable. Ils étaient pour Jean une foule nouvelle, inconnue parmi les bienheureux. S’ils avaient été scellés sur leurs fronts, peut-on croire que, juste après, leur vue aurait paru aussi étrange ?

 

4.5.1        Pas l’église

La multitude dont il s’agit ici est distincte de l’Église, voire même en contraste avec elle ; voici comment nous savons cela clairement. Les anciens représentent les saints célestes comme chefs de la sacrificature. Certes Dieu pourrait bien employer deux symboles différents pour représenter le même corps, comme par exemple les vierges sages, et les serviteurs bons et fidèles de Matth. 25 qui représentent les uns après les autres les saints célestes. Mais notre passage donne la multitude Gentile et les anciens comme des groupes distincts dans la même scène. En outre, les anciens font une chose, et la multitude une autre. Et par-dessus tout, remarquez que la manière dont Dieu parle de cette multitude la distingue totalement, tant de l’Église de Dieu que des saints de l’Ancien Testament.

 

4.5.2        La grande tribulation

Voici, en effet, ce que nous lisons au verset 14 : « Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation ». On comprendrait bien sûr que l’ensemble de cette dispensation soit appelé, d’une manière figurée, un temps de tribulation, et même de grande tribulation ; mais ici il n’est pas dit simplement : « Ce sont ceux qui sont venus d’une grande tribulation », mais « de la grande tribulation ». Il n’est pas possible d’étendre « la grande tribulation » à tout la période de temps entre la première et la seconde venue du Seigneur. Même les interprètes protestants vagues, en font une période spécifique, mais ils l’appliquent, comme c’est naturel chez eux, aux terribles persécutions de la papauté — « la grande tribulation prédite, de l’apostasie qui vient, et de l’antichrist » selon une citation. La phrase biblique signifie un temps particulier de trouble, et nous apprenons d’ailleurs qu’il est encore à venir ; c’est précisément ce temps-là sur lequel porte la partie centrale de l’Apocalypse, et qu’elle couvre à titre principal. Il était dit dans l’épître à Thyatire : « Voici, je la jette sur un lit, et ceux qui commettent adultère avec elle, dans une grande tribulation, à moins qu’ils ne se repentent de ses œuvres » (2:22). Je soupçonne fort que le temps de cette grande tribulation est encore futur maintenant. Une fois la scène de l’Église close, la grande tribulation vient à grand pas, et ceux qui avaient fait profession de christianisme, mais qui sont retournés à l’idolâtrie, y seront jetés avec d’autres. Ce que Dieu nous fait voir ici, c’est donc une multitude de Gentils sauvés ; il ne s’agit pas de Juifs, car nous les avons eus juste avant ; ce ne sont pas non plus des chrétiens, car ceux-ci seront alors au Ciel. C’est un corps de Gentils appelés après l’enlèvement de l’Église ; ils doivent se trouver dans la grande tribulation, mais ils seront préservés en la traversant.

Il est parlé de la grande tribulation dans plusieurs passages de la parole de Dieu. Jérémie la nomme en rapport avec les Juifs (Jér. 30:6). « Hélas ! que cette journée-là est grande. Il n’y en a point de semblable ; et c’est le temps de la détresse pour Jacob, mais il en sera sauvé ». Il doit y avoir un temps d’angoisse extrême, qui se termine par le jour du Seigneur, et Jacob doit en être délivré, de sorte que dans ce passage de Jérémie, vous avez la détresse du Juif ainsi que sa délivrance. C’est encore plus explicite en Daniel (Dan. 12). L’ange parle du propre peuple de Daniel, les Juifs. « En ce temps-là..., et ce sera un temps de détresse tel qu’il n’y en a point eu depuis qu’il existe une nation jusqu’à ce temps-là. Et en ce temps-là, ton peuple sera délivré, quiconque sera trouvé écrit dans le livre ». C’est là « le temps de la détresse de Jacob, mais il en sera sauvé ». C’est évidemment la contre-partie manifeste des paroles de Jérémie. J’en conclus qu’il doit y avoir une période future de « détresse telle qu’il n’y en a jamais eu », ... et qui précédera immédiatement la délivrance du peuple de Jacob, comme il en est parlé dans ces prophéties.

En Matthieu 24, le Seigneur lui-même y fait allusion. « Car alors il y aura une grande tribulation, telle qu’il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant, et qu’il n’y en aura jamais ». Il s’agit de nouveau de la même période, le Seigneur citant le passage même de Daniel qui vient d’être cité. Il est tout à fait clair qu’Il ne parle que de Juifs, parce qu’ils sont supposés être en rapport avec le temple, et qu’il leur est dit de prier pour que leur fuite n’ait pas lieu en un jour de sabbat (auquel cas ils ne pourraient fuir plus loin que le chemin d’un sabbat), ni en hiver. Dans l’un et l’autre cas, ils seraient gênés dans leur fuite, soit de la part de Dieu, soit dans les circonstances de la saison. La même allusion se trouve en Marc, mais Luc semble parler d’une manière plus générale.

 

4.5.3        Qui sont les personnes sur la scène de la tribulation ?

Quelles sont donc les personnes qui doivent se trouver sur la scène de la tribulation ? D’abord il y aura des Juifs dont il est parlé dans les prophètes et les évangiles, objet des soins de Dieu qui agira avec amour à l’égard d’un résidu d’Israël et le délivrera de sa détresse. Puis Apoc. 7:9 nous apprend qu’il doit aussi y avoir une multitude de Gentils. Mais ni l’une ni l’autre de ces deux catégories ne sont l’Église.

Nous ne voyons jamais Dieu s’occuper ainsi de Juifs et de Gentils comme tels, et en même temps former l’Église, car alors il y aurait en même temps sur la terre, deux, si ce n’est trois objets — non seulement différents, mais opposés — de l’affection particulière de Dieu, et avec lesquels Il agirait sur des principes et dans des buts différents.

Supposez qu’il y eût deux personnes que le Seigneur s’occupât de rapprocher de Lui : s’Il s’occupait de Juifs, Dieu aurait reconnu un temple, une sacrificature et un culte terrestres. Quand Il était sur la terre, le Seigneur reconnaissait les Juifs comme tels, et Il fera de même dans le jour qui vient, et d’une manière encore plus bénie. Mais tant que le Seigneur s’occupe de former l’Église, l’ordre juif cesse d’avoir le moindre droit. À supposer donc que Dieu bénît les Juifs comme Juifs, et qu’en même temps Il fût occupé à former l’Église sur la terre, si deux personnes se convertissaient, l’une dirait : je dois encore avoir mon sacrificateur et aller au temple, tandis que l’autre s’écrierait : il n’y a pas d’autre sacrificateur que Christ, et c’est dans le ciel qu’est le temple. Voyez la confusion qui résulterait du fait que Dieu reconnaîtrait en même temps ici-bas un peuple terrestre et un peuple céleste.

En ce temps de tribulation, où le Seigneur reconnaîtra les Juifs (ou le résidu pieux) dans une mesure, l’Église ne sera plus sur la scène. Les objets de la délivrance seront des Juifs élus et des Gentils élus, parfaitement distincts les uns des autres, et qui ne seront pas l’Église de Dieu dans laquelle Juifs et Gentils sont unis, et où toutes ces distinctions disparaissent. Nous avons vu aux ch. 4 et 5, la preuve directe que l’enlèvement de l’Église a eu lieu. Ici nous en trouvons une démonstration indirecte dans le fait que nous avons des Juifs scellés et des Gentils sauvés, et que ces derniers sont expressément distingués des anciens et des saints célestes. Les Juifs scellés comprenaient des élus d’entre toutes les tribus d’Israël, sauf de là où il y avait une sorte spéciale de mal, comme dans le cas de Dan. Mais du moment que les Juifs reparaissent, Dieu regarde aussi aux nations, quoique séparément d’Israël ; en effet, ayant déjà visité les Gentils en grâce, Il ne leur retirera jamais cette grâce. C’est pourquoi, comme Il parle ici de miséricorde à une plénitude d’Israël, il y a aussi le salut pour une multitude de toutes nations, tribus, langues et peuples.

 

4.5.4        2 Thes. 2:10-12, un endurcissement des Gentils et la grande foule d’Apoc. 7

Nous avons vu en Thyatire que si les professants chrétiens coupables continuaient leur péché avec Jésabel, ils seraient abandonnés et auraient à passer par une grande tribulation. Ici la grande tribulation est arrivée, et non seulement les Israélites sont scellés, mais une multitude de Gentils en sont délivrés. L’Ancien Testament ne parle pas de délivrance de Gentils de la tribulation ; il ne parle sous ce rapport que des Juifs. Entre temps, Dieu a envoyé le salut aux Gentils. De là vient que dans la prophétie du Nouveau Testament, la délivrance des Gentils est autant en vue que la délivrance juive l’est dans l’Ancien Testament. Dieu fait voir que dans les derniers jours, Il va sauver une immense multitude de Gentils. Mais en sera-t-il de même dans ces contrées où la lumière de l’Évangile a brillé et a été méprisée ? « Ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. Et à cause de cela Dieu leur envoie une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice » (2 Thes. 2:10-12). Dieu visitera ceux qui n’ont pas joui de ce témoignage, les peuples en dehors de la chrétienté auxquels Christ n’a pas été présenté comme il faut. L’Église a entièrement manqué à ce que Dieu attend de nous. Il appelait l’Église à prendre la croix et à suivre Christ ; mais dans la pratique, l’Église a abandonné la croix et a suivi le monde. Tout cela a endurci les païens, qui ont trouvé que l’Église ne porte pas les fruits qui conviennent à la grâce et à la vérité que nous professons avoir trouvées en Christ. Mais Dieu, dans la plénitude de Sa miséricorde, ira vers ces peuples de dehors. Ma pensée est donc que les pays qui se seront donnés comme le centre d’où émane la lumière, ce seront précisément eux qui seront plongés alors dans l’idolâtrie de l’antichrist, tandis que ceux qui auront été dans les ténèbres viendront dans la lumière. Ce sera une répétition de l’histoire de la Galilée des nations, lorsque Jérusalem méprisa et perdit le Fils de Dieu, — hélas ! jusques à quand ?

 

4.5.5        Devant le trône, une position morale

Le résultat béni de cela nous apparaît ici dans cette multitude innombrable de toutes nations, tribus, peuples et langues, qui se tiennent devant le trône (*) et devant l’Agneau. Leurs robes sont des robes de justice (**), et leurs palmes sont des palmes de victoire ; mais ils ne chantent pas le cantique nouveau. Rien dans cette scène ne rappelle le ton élevé et triomphant du chap. 5 ; pas d’intercession pour d’autres, pas un mot du privilège d’êtres fait rois et sacrificateurs pour Dieu. Ils crient à haute voix : « Le salut est à notre Dieu qui est assis sur le trône, et à l’Agneau ». Ce sont des personnes sauvées ; mais dans ce qu’elles célèbrent, elles s’arrêtent au titre que Dieu prend sur le trône, et à l’Agneau, et ne vont pas au-delà. Or, Dieu n’est pas maintenant assis sur le trône dont parle ce passage, du moins ce n’est pas ainsi qu’Il se révèle pendant que l’Église est sur la terre. Il y prendra bientôt place, comme quelqu’un qui émet des jugements ; et le point essentiel présenté ici, semble être que, quoiqu’on soit dans un temps préparatoire de colère et d’action judiciaire, Dieu montre pourtant une miséricorde éclatante, même envers les Gentils.

 

(*) La vision de Jean n’implique pas que ceux qui sont devant le trône doivent se trouver dans le ciel plutôt que sur la terre quand le royaume s’établit. L’expression « devant le trône et devant l’Agneau » a une portée plutôt morale que locale (comparer Apoc. 12:1 et 14:3). Elle exprime simplement la place où le prophète les voit dans les pensées de Dieu. La description qui clôt le chapitre donne l’idée de gens délivrés de souffrances extrêmes, et qui sont désormais à l’abri pour toujours. Sans aucun doute, ce sera pour eux une consolation inexprimable ; mais rien de ce qu’ils disent ne s’élève à la hauteur de la joie et de l’intelligence qui se montrent chez les anciens, et il n’est absolument rien dit qui les mette sur un même terrain que ces anciens. On ne les voit jamais avec des couronnes, ni assis sur des trônes comme les 24 anciens. Ils sont en relation avec Dieu quand il n’est plus envisagé comme assis sur un trône de grâce, aspect sous lequel nous Le connaissons maintenant, mais comme assis sur un trône d’où procèdent des jugements. Tout cela est en harmonie avec l’intervalle de gouvernement à caractère introductif qui précède le millénium.

(**) On a cherché à établir un contraste entre ces Gentils d’Apoc. 7 et notre position propre en Apoc. 1:5, 6, en insistant sur la différence d’expression « ils ont lavé leurs robes » et « Il nous a lavés ». Mais de telles comparaisons mènent souvent à de graves erreurs, comme en effet cela a été le cas ici. Je désire donc déclarer de manière explicite ma propre conviction (à laquelle sans doute l’auteur à qui je fais allusion se joindrait cordialement), que le salut de tous les sauvés de tous les temps dépend de l’œuvre de Christ, et que l’Esprit est le seul qui l’applique efficacement à toute âme. La question réelle, c’est celle de la diversité des voies de Dieu et de Ses disposions souveraines parmi les sauvés. À mon avis, l’Écriture est parfaitement claire sur tout cela, si on voulait bien abandonner toute idée préconçue et s’attendre à Dieu pour la réponse.

 

Au verset 13, nous avons les anciens en train de considérer cette scène. Comment pourraient-ils se contempler eux-mêmes ? Tel cependant devrait être le cas si on suppose que les anciens et la multitude innombrable sont tous les deux des figures de l’Église. Or ce sont des catégories distinctes. Si les anciens sont l’Église, la multitude ne l’est pas ; et si la multitude l’est, alors les anciens ne peuvent pas l’être. Je puis bien comprendre qu’un homme se soit fait peindre avec un costume à une époque, et dans un costume différent à une autre époque. Mais il n’est pas possible d’avoir le portrait d’un homme pris au même moment avec deux costumes différents destinés à le montrer dans des caractères distincts, et remplissant des fonctions opposées.

 

4.5.6        Contraste avec l’Église

Dans l’Église de Dieu dont l’appel a cours actuellement, il n’y a ni Juif ni Gentil. Du moment que la distinction entre eux est maintenue, il ne peut plus s’agir de l’Église. Dès que vous séparez les Juifs des Gentils, vous êtes hors du terrain de l’Église. Avant la mort et la résurrection de Christ, Dieu n’était pas en train de former les Juifs et les Gentils en un seul corps. Même quand le Seigneur Jésus était sur la terre, Il a défendu à Ses disciples d’aller vers les Gentils, ou même d’entrer dans les villes samaritaines (Matt. 10). Mais quand le moment fut venu où il allait former l’Église, Lui, le commencement, le premier-né d’entre les morts, Il leur commanda d’aller partout et de prêcher l’évangile à toute créature, au lieu de ne chercher que ceux qui le méritaient en Israël. Ainsi un changement complet dans les voies de Dieu se manifestait, non pas qu’Il ne connaissait pas la fin dès le commencement, mais en vue de déploiements nouveaux de Sa gloire dans Son Fils. De la même manière, lorsque l’appel (céleste) actuel prendra fin, Sa miséricorde s’épanchera dans de nouveaux canaux, comme nous l’avons vu.

Je pense avoir montré clairement que le sujet de ce chapitre n’est pas l’Église, mais bien Israël et les Gentils bénis comme tels. En effet, il ne faut pas hésiter à dire que si quelqu’un supposait que Apoc. 7 traite de l’Église, cela prouverait qu’il n’a aucune idée juste de la nature et de la vocation de l’Église, — qu’il n’a pas l’idée de ce que le Saint Esprit attache au corps de Christ ici-bas (*). L’Église de Dieu est essentiellement un corps céleste qui exclut complètement toute distinction de Juifs et de Gentils. Il résulte de ce chapitre, si même il n’a pas pour but de le montrer, que ces distinctions réapparaissent au temps auquel il se rapporte. Il nous présente d’abord un ensemble déterminé d’Israélites, ensuite une foule innombrable provenant des Gentils. À côté de ces deux catégories, la classe des rachetés composée de Juifs et de Gentils, et qui nous est familière depuis longtemps dans ce livre, savoir les anciens couronnés, y est aussi présentée comme un corps entièrement distinct.

 

(*) L’extrait suivant de la Dissertation préliminaire du Commentaire sur les Hébreux du docteur John Owen est appuyé par une forte recommandation par un professeur de théologie vivant [1871], et cela peut servir de preuve des ténèbres qui règnent sur le sujet. « À la venue du Messie, il n’y eut pas d’église ôtée et remplacée par une autre ; mais la même église continua d’exister en ceux qui étaient les enfants d’Abraham selon la foi. L’église chrétienne n’est pas une église différente ; elle est exactement la même qui existait avant la venue de Christ, partageant la même foi, et intéressée à la même alliance. L’olivier est le même, seulement quelques branches ont été coupées, et d’autres y ont été greffées : les Juifs sont tombés et les Gentils sont venus à leur place. C’est là ce qui fait et doit faire la différence entre les Juifs et les chrétiens relativement aux promesses de l’Ancien Testament. Elles sont toutes faites à l’Église. Personne n’y a part, si ce n’est en qualité de membre de l’Église. Cette église est, et a toujours été, la même. Quels que soient ceux dans lesquels elle se poursuit, les promesses leur appartiennent, non pas par application ou analogie, mais directement et en propre. Elles appartiennent aussi immédiatement aujourd’hui, soit aux Juifs (?), soit aux chrétiens, qu’elles appartenaient jadis aux uns ou aux autres. Il s’agit de savoir quels sont ceux qui composent cette église qui est fondée sur la semence promise dans l’alliance ; car là où elle est, là se trouvent Sion, Jérusalem, Israël, le Temple de Dieu ». Il n’y a pas une phrase dans tout cela qui ne soit une erreur, car là même où il y a un certain fond de vérité, il en est fait un usage trompeur. Dans ce schéma, il y a une judaïsation complète de l’église. Le fait est que le Dr Owen confond l’appel de l’Église selon le mystère caché dès les siècles et les générations, avec l’ordre terrestre auquel appartient l’administration des promesses. Ainsi, la doctrine des épîtres aux Éphésiens, aux Colossiens, et d’autres portions semblables de l’Écriture, est laissée de côté et est inconnue : c’est-à-dire, la doctrine d’un corps uni à Christ, sa tête glorifiée, et manifesté sur la terre par le Saint Esprit envoyé du ciel. Un état de choses pareil n’existait pas avant la première venue de Christ, ni ne saurait exister après sa seconde venue. Quant à l’héritage des promesses, nous y avons part avec les saints d’autrefois, mais cela ne constitue pas notre lot particulier de bénédiction. L’Église, comme telle, est une chose toute différente, quoique ses membres soient, avec d’autres, héritiers par Christ. De même pour l’olivier. Sans doute les Gentils y sont greffés maintenant, mais est-ce possible qu’un homme spirituel confonde cela avec le corps de Christ ? Ces Juifs étaient des branches naturelles, l’olivier était leur propre olivier ; les branches incrédules elles-mêmes en faisaient partie, quoiqu’elles aient été coupées à la fin pour permettre aux Gentils d’entrer. Mais y a-t-il en tout cela un mot qui manifeste l’Église telle qu’elle nous apparaît en Éph. 1 et 2 ? N’est-ce pas tout au-dessus de la nature ? Dans ce seul corps, ce ne sont pas les Juifs qui font place aux Gentils, mais les croyants Juifs ou Gentils, retirés de leur ancienne condition précédente, sont réconciliés en un par la croix, et édifiés ensemble pour être une habitation de Dieu par l’Esprit. Tout cela est annulé par la théorie du Dr Owen. M. Elliot l’abandonne au moins pour ce qui regarde l’avenir. « L’Église des premiers-nés, l’épouse peut être complète, dit-il, mais il ne s’ensuit pas que personne ne peut être sauvé après. La déclaration que les rois de la terre marcheront à la lumière de la Jérusalem céleste, me semble impliquer une jouissance de la bénédiction par d’autres que ceux qui composent l’épouse de Christ, la nouvelle Jérusalem. Le fait même que Christ soit sacrificateur sur Son trône, (si cela s’applique, comme je le pense, à l’époque millénaire) implique que Christ exerce encore Ses fonctions d’intercesseur et autres fonctions sacerdotales. Et si la manière dont je comprends Jean 17:21, 23, est juste, c’était un point important de Sa toute première prière d’intercession, que c’est à la suite de la manifestation spécifique en gloire de l’église de Ses disciples de la dispensation actuelle, que le monde en général croirait en lui ; — manifestation qui, comme tous en conviennent, n’aura lieu qu’à sa seconde venue » (Horae Apoc. p. 187). Chacun doit reconnaître que dans le millénium l’olivier sera plus florissant que jamais, et que les promesses à Abraham seront accomplies à la lettre. Si donc l’Église, l’épouse de Christ, est distincte des saints de l’époque millénaire, quoique ces derniers héritent des promesses et soient des branches de l’olivier, le principe est évidemment abandonné. La même chose peut être vraie des saints de l’Ancien Testament. C’est une question de témoignage de l’Écriture. Or, celle-ci nous l’avons vu, déclare clairement que l’Église de Dieu, le corps de Christ, dépend du don et de la présence du Saint Esprit à la suite de la mort, de la résurrection et de la glorification du Sauveur (Matt. 16:18 ; Jean 7:39 ; 14 à 16 ; Actes 1 et 2 ; 1 Cor. 12, etc).

 

4.6   Ch. 7:15-17— Comparaison avec 21:22 (le temple)

Nous avons donc dans ce chapitre, « les Juifs, les Gentils et l’Église de Dieu », — des Juifs scellés et des Gentils sauvés, pour la terre, comme je le suppose, et l’Église avec les saints de l’Ancien Testament conservés pour la gloire céleste. Quoiqu’une grande miséricorde soit aussi manifestée aux élus des douze tribus, et aux Gentils aussi (on aurait pu croire que ceux-ci étaient alors oubliés, voir 7:14-17), ce n’est pas cependant le même privilège élevé dont nous jouissons. « Ils », c’est-à-dire, les Gentils épargnés, « le servent jour et nuit dans son temple » (7:15). Mais quand le Saint Esprit nous montre notre place particulière de bénédiction, le prophète dit : « je ne vis pas de temple en elle » (21:22). Au chap. 21 où il décrit l’épouse ou la Jérusalem céleste, il s’agit d’un état de choses entièrement différent de celui que nous avons ici. Quoique ce fût la cité où vous vous seriez le plus attendu à trouver un sanctuaire, il dit : « Je ne vis pas de temple en elle ». Pourquoi cela ? parce que cette cité est le symbole de l’Épouse, et que lorsque Dieu révèle la bénédiction et la gloire de l’Église, Il en parle comme l’attirant tout près de Lui, de telle sorte qu’il ne se trouve personne, sinon Christ, entre Lui et elle — si nous pouvons appeler cela « entre », quand Christ Lui-même est l’image du Dieu invisible, Celui qui nous révèle Dieu et qui est Dieu. Cela exclut l’idée d’un temple. Ici au contraire nous avons le temple. Un de leurs plus grands privilèges dont il soit parlé, c’est qu’ils servent Dieu dans son temple nuit et jour, et que « Celui qui est assis sur le trône dressera sa tente sur eux ». Le véritable sens de l’original est « aura Son Tabernacle au-dessus d’eux », et non pas parmi eux. Au chap. 21, nous trouvons Dieu habitant avec les hommes ; mais c’est une expression complètement différente (en grec) de celle de notre chapitre. Ici au ch. 7 l’idée est que la présence de Dieu couvre les Gentils de son ombre, les met à l’abri ; mais rien ne tend à faire penser que Dieu prenne place parmi eux. Ils sont bénis de Dieu, couverts de son ombre, et protégés, comme autrefois Israël, sous la nuée de Sa présence. Comme eux aussi, dans l’avenir (És. 49), « ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, et le soleil ne les frappera plus ni aucune chaleur » : expressions bénies, mais qui correspondent plutôt à une position terrestre qu’à une position céleste. Pour nous, nous avons l’Agneau Lui-même pour nous nourrir [paître] maintenant. Même ici, il nous donne d’avoir en nous des fontaines d’eau jaillissante jusqu’en vie éternelle, et de voir couler de nous des fleuves d’eau vive.

J’ai donc tâché d’établir que les desseins de Dieu ne se bornent pas à ce qu’Il fait maintenant. Tout en formant le corps céleste, l’Église, et lui conférant les plus hauts privilèges qu’Il puisse accorder, Dieu va bientôt visiter les Gentils. Ils seront remis en mémoire, et cela sera fait au milieu des jugements les plus terribles qui précèdent le grand jour. Dieu fait voir clairement notre position propre au milieu de tout cela, car nous voyons les anciens à part, et ayant la pensée de Christ. Ceci est la part de l’Église déjà sur la terre, tout comme Joseph fut, en son temps, le dépositaire de la sagesse de Dieu. Que ce soit en prison, ou en dehors de prison, il entrait dans les pensées de Dieu, et était capable de les exprimer aux autres. Telle est la position dans laquelle nous place la bonté de Dieu. Hélas ! Combien peu elle est appréciée, et combien peu on agit en conséquence. Entrer dans les pensées de Dieu est l’un des plus précieux privilèges de l’Église de Dieu, hormis la position que Dieu nous donne en tant qu’approchés de Lui en Christ. Il devrait y avoir la puissance d’annoncer les pensées de Dieu révélées par le Saint Esprit.

 

 

5                        Chapitre 8 — Septième sceau

5.1   Ch. 8:1

Il est évident pour moi que l’ouverture du septième sceau est suivie d’une pause courte mais solennelle qui introduit encore une nouvelle série de châtiments divins. « Et lorsqu’il ouvrit le septième sceau, il se fit un silence au ciel, d’environ une demi-heure. Et je vis les sept anges qui se tiennent devant Dieu, et il leur fut donné sept trompettes ». Les jugements qui arrivent devant nous avec les trompettes ont un caractère un peu différent de celui des sceaux. D’abord, les sceaux semblent avoir en général une étendue plus grande, mais les coups n’étaient pas aussi rudes. Il est vrai qu’en Apoc. 6:8, il y avait une certaine limitation du coup frappé quant à son étendue (le quart de la terre), mais on ne retrouve pas une telle restriction pour les autres sceaux, tandis que dans la plupart des trompettes, seul le tiers est frappé, hormis quelques légères exceptions. Il est donc possible que le domaine sur lequel portent les trompettes soit moins étendu que celui des sceaux, mais on verra bientôt qu’elles ont un caractère beaucoup plus judiciaire que les sceaux.

 

5.2   Différences entre trompettes et sceaux

En outre, le nom lui-même indique une différence. La trompette est l’expression d’un appel de Dieu éclatant et solennel. C’est Dieu adressant aux hommes une sommation ; car s’ils ont rejeté Sa grâce, il faut qu’ils entendent, lors même qu’ils les oublient, les rudes avertissements de l’approche de Son jugement. Les sceaux n’auraient pas pu être aussi aisément considérés comme des interventions divines, si Dieu ne nous eût déclaré d’avance qu’ils en étaient, quant à leur nature et à leur ordre. En eux-mêmes, et spécialement les quatre premiers, ils annonçaient des événements désastreux, mais non pas sans précédents. Mais lorsque nous arrivons aux trompettes, il n’est pas aussi nécessaire d’annoncer que ce sont des jugements dispensés d’en-haut. Leur retentissement, ou la sommation qu’elles adressent, sont tout à fait clairs et pressants : impossible aux du hommes de se méprendre sur cet appel.

 

5.3   Christ sous une forme angélique

Mais il y a une autre différence remarquable et de nature plus spirituelle. L’Agneau disparaît dans ces nouvelles scènes. Il n’est plus parlé du Seigneur Jésus dans ce caractère-là, tant que ces jugements de destruction ont leur cours. Cela implique et marque un changement considérable, et nous avons à rechercher ce que Dieu veut que nous apprenions par-là. Si parfois le Seigneur Jésus intervient, c’est sous une autre apparence, un autre aspect, et non pas comme l’Agneau. Ce n’est pas l’Agneau qui prend l’encensoir d’or, mais un ange. Je ne nie pas qu’il s’agisse de Christ, mais Christ envisagé dans ses rapports avec les anges, ou au moins sous une forme angélique. Il est présenté ici dans une position plus éloignée que celle dans laquelle l’Église ou le chrétien, comme tels, L’ont jamais connu ou Le connaisse. En Héb. 2, le Saint Esprit argumente à partir du fait que Christ a pris la place de l’homme. « Car certes il ne prend pas les anges » etc., c’est-à-dire qu’Il ne se charge pas des anges ; ils n’ont pas fait l’objet de l’appel de Dieu, ni de Sa rédemption. Jésus s’est chargé de la semence d’Abraham, il a pris son affaire en mains, et à cause de cela, « puisque les enfants ont part à la chair et au sang, lui aussi semblablement y a participé ». Il ne s’est pas chargé de la cause des anges. Il ne soutient pas de relation avec eux sur ce pied-là. Cependant il n’y a rien de contradictoire, à ce qu’il me semble, dans l’idée que le Seigneur Jésus soit présenté dans notre chap. 8, comme l’ange officiant à l’autel, car en effet Il est véritablement le Chef de toute chose, le Chef de toute principauté et puissance. Pourquoi donc ne pourrait-Il pas être envisagé ici dans une gloire élevée, une gloire angélique ? Le personnage dont il est parlé agit comme un ange-Sacrificateur. Sans doute ce n’est pas de cette manière que Christ a affaire avec les saints célestes, et qu’Il sert pour nous devant Dieu. Mais au moment où nous sommes arrivés dans la prophétie, le Seigneur en a complètement fini avec Ses divers ministères en faveur de ceux qui sont participants de l’appel céleste, au moins dans la mesure où il s’agit de pourvoir à ce qu’exigent leurs manquements ; mais nous apprenons qu’Il s’intéresse à une autre classe de saints, — à « tous les saints » naturellement — qui se trouveront sur la terre après que l’Église aura été enlevée au ciel.

Les saints de Dieu dans la souffrance n’apparaissent guère ici, en tout cas moins que partout ailleurs. Les jugements tombent presque exclusivement sur le monde, sur les hommes dans leurs circonstances et leurs personnes, et finalement sur les hommes dans leur responsabilité quant à leur relation avec Dieu. Il semblerait qu’extérieurement les saints sont mêlés avec eux, et cela explique l’absence de l’Agneau ; car, toutes les fois qu’Il apparaît comme tel dans le livre de l’Apocalypse, c’est dans Son caractère de Celui qui a souffert, étant saint et rejeté de la terre. En conséquence, l’Agneau est particulièrement mis en avant là où il est fait mention de saints dans la souffrance. Car cette parole-ci demeure toujours vraie : « Quand Il a mis ses propres brebis dehors, il va devant elles ». Jamais Il ne les met sur un sentier dont Il n’a pas goûté auparavant la douleur la plus amère. Ici, Il se retire en quelque sorte, et on ne le voit que dans une gloire relativement distante, angélique.

 

5.4   Des symboles. Aspect extérieur des choses

Remarquez aussi combien le chapitre est rempli de symboles, et combien, dès la première trompette, ils portent sur l’extérieur des choses. Partout domine le caractère mystérieux. Ce n’est point l’expression du bon plaisir du cœur de Dieu en ceux qu’Il aime que nous trouvons là. Lorsque ceci fait le sujet de Ses communications, Dieu parle face à face pour ainsi dire. Il est simple et explicite dans Son langage. Sans sortir de ce livre, prenez par exemple le chap. 14. Il va parler là de personnes qui étaient ou allaient être exposées à toutes sortes d’épreuves, à cause de leur association avec Jésus ; et la première chose que nous voyons sur la montagne de Sion, c’est l’Agneau ; vient ensuite la portion des méchants de manière bien distincte. De même encore au chap. 12, « ils l’ont vaincu (le dragon-accusateur) à cause du sang de l’Agneau et à cause de la parole de leur témoignage ; et ils n’ont pas aimé leur vie, même jusqu’à la mort ». Mais ici il s’agit des voies de Dieu avec le monde, et il n’y est presque pas question des Siens comme vus à part ; et comme le monde n’a pas de titre à faire valoir auprès de Dieu, quelle que soit Sa miséricorde à son égard, comme le monde n’a pas de lien avec Lui et n’a que mépris pour Son amour, Dieu ne parle que de Ses jugements terrestres sous des formes de plus en plus terribles. Il ne met pas en avant les personnes d’une manière aussi distincte que dans d’autres scènes ; et c’est pour cela, je suppose, que même la personne de Jésus ne ressort pas avec évidence. Car ici comme partout ailleurs, on voit régner dans l’Écriture la plus étonnante harmonie, une fois qu’on en possède la clef.

 

5.5   Ch. 8:2

Ce qui nous est présenté d’abord, ce sont les anges se tenant devant Dieu et qui prennent leurs trompettes, le septième sceau étant une sorte de préparation, ou un signal, pour une nouvelle série et une autre catégorie de jugements. Mais avant que cela commence, nous avons un ange-sacrificateur. Il y a ceux envers qui Dieu est fidèle, « car les yeux du Seigneur sont sur les justes, et ses oreilles sont tournées vers leurs supplications ; mais la face du Seigneur est contre ceux qui font le mal » (1 Pierre 3:12). Et quoiqu’il n’y ait là qu’un rapide aperçu sur les saints, Dieu ne veut pas cependant que nous oubliions que, même en ce temps-là, il y a des objets de Ses soins sur la terre.

 

5.6   Ch. 8:3-4 — Les autels. Les prières

« Et un autre ange vint et se tint debout devant l’autel, ayant un encensoir d’or ; et beaucoup de parfums lui furent donnés ». Toutes les fois que l’autel est mentionné sans autre qualification, il s’agit toujours, je crois, de l’autel d’airain, — le premier moyen de contact ou point de contact entre Dieu et les hommes sur la terre. C’est là qu’étaient brûlés l’holocauste et les autres sacrifices de bonne odeur ; on y prenait aussi le feu pour faire fumer l’encens sur l’autel du parfum dans le lieu saint. Et de même que cela résulte des autres parties de l’Écriture, ou s’accorde avec elles, c’est aussi en parfait accord avec son emploi dans l’Apocalypse (6:9 ; 11:1 ; 14:18 ; 16:7). Quand il est question de l’autel du parfum, il est désigné comme « l’autel d’or » devant le trône, ou devant Dieu (8:3 ; 9:13). Il est fait référence aux deux autels, ici. S’il avait été question du même autel au début et à la fin du v. 3, sa description complète aurait sûrement été donnée lors de sa première mention plutôt que lors de la seconde. Il n’y a pas plus de difficulté à voir le grand autel dans la vision céleste ici, que la mer ou la cuve d’airain au ch. 4, car selon le type juif, ils se trouvaient tous les deux dans le parvis. C’est donc devant cet autel qui rattachait le feu au sacrifice et à l’acceptation de Christ, que se tenait l’ange ayant l’encensoir qui se rapporte au lieu très saint. La phrase elle-même donne à entendre, à mon avis, que ce n’était pas sa place habituelle : il vint et se tint là.

« Et beaucoup de parfums lui furent donnés pour donner efficace [ou : puissance] aux prières de tous les saints » (8:3), et non pas « pour offrir avec les prières » comme dans la version anglaise autorisée. Il s’agit de la même forme d’expression qu’en 11:3 « Je donnerais [puissance] à mes deux témoins ».

« Et la fumée des parfums monta avec les prières des saints, de la main de l’ange devant Dieu » (8:4). Quel est l’effet des prières et du parfum ? Chacun sent bien que le Saint Esprit ne porte pas à prier pour des choses contraires aux pensées de Dieu, quoique, lorsqu’une prière erronée est offerte, Dieu l’écoute dans sa longanimité, et sait comment montrer à Ses enfants la folie de semblables requêtes. Mais personne ne peut dire que le Saint Esprit ait jamais suggéré ou appuyé une prière qui ne soit pas en accord avec le dessein de Dieu. Remarquez aussi que le parfum qui monte de la main de l’ange, accompagne ces prières des saints, et que ces prières sont offertes à Dieu.

 

5.7   Ch. 8:5

Le cinquième verset signale une action nouvelle. « Et l’ange prit l’encensoir et le remplit du feu de l’autel ». Certainement il s’agit ici de l’autel d’airain, où le feu (non pas l’encens) brûlait continuellement. Le résultat ici est non pas que l’efficace de l’œuvre de Christ monte devant Dieu en odeur de plus en plus agréable, (comme dans le cas des sacrifices offerts sur l’autel d’airain dans le Lévitique), mais que le feu est jeté sur la terre et qu’immédiatement suivent « des tonnerres, et des éclairs, et des voix, et un tremblement de terre ». De sorte que, si l’on compare à ce qui se passe pour nous maintenant, c’est évidemment une prière d’un caractère particulier et d’un effet différent, et le sacrificateur lui-même est vu sous un aspect tout autre. Pour nous, Jésus le Fils de Dieu a traversé les cieux, comme un Souverain Sacrificateur qui a été tenté en toutes choses comme nous, à part le péché. Il mourut pour nos péchés, Il peut sympathiser avec nos infirmités ayant souffert au plus haut point dans les tentations et dans l’expiation. Notre Dieu aussi est sur un trône de grâce d’où viennent la miséricorde et la grâce pour secourir au moment opportun (Héb. 4). D’un autre côté, notre attitude envers ceux de dehors est du même caractère, et en conséquence, des supplications, des prières, des intercessions et des actions de grâces sont et doivent être faites pour tous les hommes.

Ici il ne s’agit pas de miséricorde, mais de jugement ; car, quoiqu’il y ait le parfum et les prières des saints, l’effet immédiat est qu’on voit les symboles des jugements de Dieu avoir leur effet sur la terre. Toutes les scènes décrites ici concordent parfaitement. Quoiqu’il y ait un sacrificateur, les saints, un autel (et même les deux autels, à ce qu’il me semble), le parfum, l’encensoir, le feu, et que tout soit en ordre à sa place, néanmoins tout cela se retrouve en communion avec Dieu qui châtie la terre. De la, aussi, la position relativement distante que nous avons déjà remarquée. Si le Seigneur apparaît en quelque mesure, c’est comme un ange, et non dans Sa pleine dignité de Fils de Dieu consacré pour toujours. Bien sûr il est toujours le Fils de Dieu, mais Il possède en outre d’autres dignités, et la vision prophétique Le présente ici dans une gloire et sous un titre entièrement différents.

Il y a une conclusion qui paraît inintelligente, émanant des écoles d’interprétation soit historique soit futuriste, qui consiste à dire que l’expression « tous les saints » (8:3) implique nécessairement qu’il s’agisse de l’Église de Dieu. Cette question doit être décidée sur la base de nos convictions sur la portée de toute cette partie du livre, et j’ai abondamment fait voir que, partout depuis le début du ch. 4, l’Église est considérée comme déjà et entièrement glorifiée dans le ciel. En conséquence, il est hors de question qu’il s’agisse ici de l’Église, et les saints dont il s’agit sont tous ceux qui se trouveront sur la terre postérieurement à elle, et pour lesquels la délivrance est préparée. L’ange offre leurs prières, et la réponse est l’effusion du jugement sur la terre en vue de leur délivrance. L’explication qu’on donne ordinairement est donc à côté de la question. Les mots « tous les saints » désignent bien sûr des personnes qui sont au Seigneur, une catégorie de convertis, Juifs ou Gentils. Qu’ils désignent ceux que l’Écriture appelle chrétiens ou l’Église, c’est une tout autre question que nos contradicteurs feraient bien d’étudier.

 

5.8   Première trompette

5.8.1        Ch. 8:6

« Et les sept anges qui avaient les sept trompettes se préparèrent pour sonner de la trompette. Et le premier sonna de la trompette : et il y eut de la grêle et du feu, mêlés de sang » etc. La portée générale de tout ceci est manifeste. Il ne faut pas s’arrêter à la signification immédiate ou physique des termes. Supposant qu’il arrive littéralement qu’une montagne tombe dans la mer (8:8), changerait-elle jamais l’eau en sang ? Pas du tout. En fait, il s’agit de tableaux ayant passé devant les yeux du prophète. Quant à leur signification, nous avons à la saisir à partir de la teneur générale de la Parole, par l’enseignement de l’Esprit. Je présume que le prophète lui-même avait à l’apprendre à partir de l’Écriture. En effet Jean ne nous est pas présenté ici comme quelqu’un devant lequel tout était nu et découvert, et immédiatement compris, mais plutôt simplement comme un voyant. Il n’est pas nécessairement capable, bien sûr, d’entrer pleinement dans ce qui passait devant lui, mais il a besoin de remarquer, d’apprendre, et de digérer intérieurement. L’Apocalyse nous place sur le terrain de la prophétie, et c’est un domaine différent de celui où le Saint Esprit nous dévoile les choses de Christ dans la communion. En effet ce qui nous est dit du prophète Jean lui-même dans tout ce livre, prouve qu’il ne se rendait pas toujours nécessairement compte de ce qu’il contemplait en Esprit. En d’autres termes, il vit une sorte de panorama, et il enregistra les visions exactement comme elles lui apparaissaient ; et il nous faut faire usage de la Parole de Dieu par l’Esprit pour savoir ce que les symboles impliquent. Nous ne devons pas supposer que l’événement lui-même ne sera qu’une simple répétition formelle de ce qui l’avait préfiguré, mais une réalité répondant à l’ombre qu’on en a vue d’avance (*).

 

(*) Tout ce qu’il y a de fantastique et d’incertain dans les schémas d’interprétation des trompettes, particulièrement de ceux qui nient qu’elles sont postérieures aux sceaux et qui tâchent d’en déduire un cours d’événements parallèle à celui des sceaux, peut se voir par l’esquisse ci-dessous tracée par l’un des plus habiles d’entre eux. « Il suffira de choisir neuf ou dix commentateurs des plus éminents et des plus renommés, pour voir combien leurs vues diffèrent dans les détails ; tandis qu’il y a accord unanime quant à l’idée générale que ces trompettes indiquent les jugements politiques qui tombèrent dans les premiers siècles sur l’empire romain. Comparons Mède, Cressener, sir Isaac Newton, Whiston et Lowman ; et parmi les auteurs vivants M. Faber, M. Cuninghame, M. Frère et le Dr Keith ; c’est avec ce dernier que M. Elliot est à peu près d’accord dans l’arrangement de cette partie de la prophétie. La première trompette commence, selon Lowman, au temps de Constantin ; selon M. Cuninghame et M. Frère, à la mort de Valentinien, en l’an 376, et finit à la mort de Théodose, en l’an 395. Mais Mède, Newton, le Dr Keith, et M. Elliot la font commencer à la mort de Théodose et durer jusqu’à la mort d’Alaric, en l’an 410. Cressener et Whiston y comprennent les deux périodes. M. Faber s’accorde avec Mède et Newton quant à son commencement, mais la continue quarante ans après la mort d’Alaric, A. D. 395-450. La seconde, d’après Lowman, M. Cuninghame et M. Frère, s’étend depuis Théodose jusqu’à Alaric, précisément l’intervalle que Mède, Newton, Keith et M. Elliot assignent à la première. Mède la rapporte à la chute de la souveraineté romaine, A. D. 410-455 ; Cressener, aux invasions au-delà des Alpes, A. D. 410-448 ; sir Isaac Newton, aux Visigoths et aux Vandales, 407-427 ; Whiston, Faber et Keith aux Vandales seulement, mais dans des limites différentes, A. D. 406-450, 439-477, et 429-477 respectivement. La troisième trompette est appliquée par sir Isaac Newton aux Vandales, A. D. 427-430 : par Whiston, M. Cuninghame et Dr Keith, à Attila et ses Huns, A. D. 441-452 ; par Méde, Cressener et Lowman, aux troubles d’Italie ou à l’établissement du César occidental, A. D. 450-476 ; par M. Faber, aux mêmes événements dans des limites plus étroites, A. D. 462-476 ; et par M. Frère, à l’hérésie Nestorienne. Enfin, la quatrième est rapportée par M. Cuninghame à la chute de l’empire, A. D. 455-476 ; par Whiston, à son extinction elle-même, A. D. 476 ; par Mède, Cressener, Lowman et Keith, à l’éclipse subséquente de Rome, A. D. 476-540 ; par Newton, aux guerres de Bélisaire, A. D. 535-552 ; par M. Faber et M. Frère, au régne de Phocas et à l’invasion des Perses en Orient, A. D. 602-610. La remarque de M. Faber sur ces différences chez les premiers auteurs, est très naturelle et très juste : « Tandis qu’ils conviennent que la chute de la puissance romaine en Occident est au moins le trait le plus saillant de la prophétie, c’est à peine si deux d’entre eux s’accordent sur la division de ce sujet entre les diverses trompettes que l’on suppose s’y rapporter. Le résultat en général qu’ils font ressortir, c’est le renversement de l’empire d’Occident, mais on ne saurait imaginer plus de variété et de désaccord sur les étapes diverses et discordantes qui y mènent. Une situation aussi curieuse peut bien être considérée avec juste raison comme la honte de l’interprétation de l’Apocalypse, et peut bien sûr amener à soupçonner que la véritable clef pour l’application particulière de chacune des quatre premières trompettes n’a jamais été trouvée encore ou que, si elle l’a été, on ne s’en est jamais encore servi d’une manière satisfaisante ». La conséquence naturelle qui découle de cette étrange variété d’opinions parmi les meilleurs commentateurs, c’est que les divisions historiques qu’ils ont adoptées ou admises sont incertaines et vagues en comparaison de la netteté avec laquelle les quatre premières trompettes sont distinguées les unes des autres (BirksMystery of Providence, p. 103-104). Je dois ajouter cependant que peu de commentateurs ont dépassé M. B. dans la liberté qu’il s’est donnée dans la manière d’appliquer ce chapitre. Il appelle les versets 2 à 4 la saison de l’intercession, et les applique au temps qui va depuis Nerva jusqu’après Aurélien (A. D. 86-180) ; pourquoi à cette époque plutôt qu’une autre quelconque, c’est ce qu’on ne voit pas clairement. Puis les vers. 5-6 sont l’avertissement et la préparation (A.D. 181-248) ; ensuite v. 7, la première trompette (A.D. 250-268), avec une pause imaginaire dans le jugement (A.D. 270-365) ; vers. 8, 9, la seconde (A.D. 365-476) ; vers. 10-11, la troisième (431-565) ; vers. 12, la quatrième (540-622). On pourrait penser que le v. 13 dénote au moins autant que la pause invisible entre les v. 7 et 8, mais il passe par-dessus sans lui attribuer rien de chronologique. En effet il fait empiéter le premier malheur (A.D. 609-1063) sur la quatrième trompette (A.D. 1037-1453). Mais j’ai des raisons de croire que l’auteur a abandonné sa théorie pour se rallier pour l’essentiel à celle de Mr Elliott.

 

5.8.2        Ch. 8:7

Ainsi, quand la première sonnerie a retenti, il éclate une violente tempête de grêle et de feu mêlés de sang — le sang la distinguant de tous les précédents orages, comme n’étant pas une tempête naturelle. Celle-ci annonce ou introduit une explosion furieuse, sanglante et destructrice, qui bouleverse et ravage tout dans sa sphère. « Et le tiers (*) de la terre fut brûlé, et le tiers des arbres fut brûlé, et toute l’herbe verte fut brûlée » (8:7). Évidemment ceci ne se rapporte pas littéralement à la terre, aux arbres ou à l’herbage. Dans l’Écriture, l’herbe est le symbole employé pour désigner l’homme dans sa faiblesse, sa gloire même étant comme la fleur de l’herbe. La prospérité humaine serait alors représentée par l’herbe verte. C’est un jugement de Dieu sur cette prospérité que nous avons ici : elle est détruite tout entière, et non pas seulement en partie, même si l’on voulait que ce soit une grande partie. Les arbres représentent ceux qui sont haut et élevés parmi les hommes. C’est un symbole très commun dans la parole de Dieu pour désigner ceux qui ont de profondes racines, avec un port altier et une influence étendue ici-bas (voyez par exemple : Ézéch. 31:3 ; Dan. 4, etc.). Ainsi donc, un coup est frappé sur une partie déterminée de la scène des voies morales de Dieu, et tant les hommes d’humble condition universellement, que ceux des classes élevées, dans une large proportion, en éprouvent les effets ruineux.

 

(*) L’expression « le tiers » se rencontre souvent dans les quatre premières trompettes. Elle est relative, je pense, à la partie occidentale de l’empire romain. Nous la retrouvons au ch. 9 dans une connexion différente où sa signification doit être modifiée, car, à mon avis, il ne saurait y avoir de doute que les deux premières trompettes de malheur, (quoi qu’on puisse penser de la dernière), trouvent leur application locale en Orient. De fait, cela est si clair qu’un écrivain de nos jours voudrait décider du sens de l’expression dans le chap. 8, par son rapport incontestable avec l’Orient, (ou la Grèce, comme il voudrait peut-être dire), dans le chapitre suivant. Mais évidemment ce mode d’interprétation n’est pas légitime, et c’est une erreur de voir là une allusion ordinale au troisième emblème de Daniel. En soi, le « tiers » ne définit rien, sinon qu’il y a une division en trois. Cela peut s’appliquer pareillement à n’importe laquelle des trois parties : pour déterminer celle qui est particulièrement désignée, il nous faut tenir compte du contexte.

 

5.9   Deuxième trompette — Ch. 8:8-9

Le second coup suppose un grand changement. Il tombe sur la mer, et ainsi a trait, non pas à cette portion du monde qui est sous le régime d’un gouvernement spécial et fixe, mais à celle qui est, ou qui sera, dans un état de confusion et d’anarchie. Les nations qui sont dans cette condition-là ne restent pas indemnes. « Et le second ange sonna de la trompette : et comme une grande montagne toute en feu fut jetée dans la mer, et le tiers de la mer devint du sang. Et le tiers des créatures qui étaient dans la mer et qui avaient vie mourut, et le tiers des navires fut détruit » (8:8-9). Si on consulte Jérémie, on verra que l’explication que je donne de ces choses n’est pas arbitraire, ni le fruit de l’imagination. Comme il s’agit ici d’un jugement peu ordinaire, il semble que Dieu daigne nous donner un autre exemple ; car Dieu introduit de la lumière et de l’instruction précisément là où nous risquerions fort de commettre des erreurs. La « montagne toute en feu » représente un système de puissance, lui-même sous le jugement de Dieu et qui est une occasion de jugement pour d’autres. Nous lisons en Jérém. 51:25 : « Voici, j’en veux à toi, dit l’Éternel, montagne de destruction qui détruis toute la terre : j’étendrai ma main contre toi, et je te roulerai du haut des rochers, et je ferai de toi une montagne brûlante ». Nous avons là ce qui répond en quelque mesure à ce que nous avons ici. En Jérémie, Babylone devait être « une montagne brûlante » précipitée de sa haute position. Ici la montagne est présentée comme « toute en feu ». Babylone devait être elle-même comme une montagne consumée ou détruite. Ici la montagne est un moyen de destruction pour d’autres, comme il est dit dans le prophète juif : « Montagne de destruction, dit l’Éternel, qui détruis toute la terre ».

Une montagne est normalement le symbole d’un pouvoir établi et exalté. Mais ici elle est jetée dans la mer, parce que, tout en étant un objet de jugement elle-même, elle sert d’instrument de jugement pour d’autres. Le Seigneur Jésus se sert Lui-même d’une partie du symbole à l’égard d’Israël. Ayant vu un figuier qui n’avait rien que des feuilles, il déclara là-dessus que désormais aucun fruit ne naîtrait plus de lui, et que l’homme ne mangerait plus de son fruit dorénavant et à jamais. Il était venu, et n’y avait pas trouvé de fruit, mais seulement une abondance de feuilles. Et le figuier sécha sur-le-champ. Or, presque tous ceux qui ont lu avec soin la parole de Dieu, ont vu dans ce figuier le symbole d’Israël, responsable de porter du fruit pour Dieu, mais qui a complètement manqué à le faire. Le figuier était la figure de « cette génération », et c’est en rapport avec ceci que le Seigneur dit à ses disciples : « Non seulement vous ferez ceci… mais même si vous dites à cette montagne : Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer, cela sera fait ». Et il en fut ainsi : aussitôt que le témoignage des apôtres fut parvenu à la connaissance d’Israël, et aussitôt qu’Israël eut entièrement rejeté ce que le Saint Esprit lui faisait annoncer par eux, alors le jugement vint sur eux. Ce n’est pas seulement que le peuple ne porta pas de fruit, mais il fut l’objet d’un jugement positif, et déraciné de la position qu’il occupait. La montagne fut jetée dans la mer ; la place et la nation d’Israël disparurent complètement dans la masse des Gentils. C’était beaucoup plus que le fait de simplement cesser de produire du fruit. L’état politique des Juifs fut brisé et s’évanouit complètement, absolument comme il en arriverait d’une montagne qui serait arrachée de sa base et jetée dans la mer.

Ici de même une grande puissance qui paraissait être bien établie, est ôtée de sa place, et cette puissance n’est pas tant mise en pièce elle-même, mais plutôt elle devient un moyen de souffrance pour d’autres. Elle est toute en feu, et il en résulte la destruction du tiers des créatures qui avaient vie dans la mer et des navires, toute la scène étant une figure empruntée à l’effet que produirait un volcan jeté dans la mer. C’est ainsi que le Seigneur complète le tableau de destruction, par une grande puissance en feu elle-même qui tombe sur la masse confuse des peuples, avec un grand carnage d’hommes et l’anarchie politique pour résultat. Il se peut que tout cela ait une signification plus précise, mais je ne fais que présenter le peu que je vois dans les symboles, indépendamment de leur application à un temps, à un lieu ou à un peuple particuliers.

 

5.10                      Troisième trompette — Ch. 8:10-11

Le troisième jugement dans la série des trompettes est d’une autre sorte. « Le troisième ange sonna de la trompette, et il tomba du ciel une grande étoile, brûlant comme un flambeau ; et elle tomba sur le tiers des fleuves, et sur les fontaines des eaux. Et le nom de l’étoile est Absinthe : et le tiers des eaux devint absinthe, et beaucoup d’hommes moururent par les eaux, parce qu’elles avaient été rendues amères ». Or une étoile, comme nous l’avons vu dans un chapitre précédent, quoique dans un contexte différent (1:20) est le symbole de quelqu’un qui occupe une position d’autorité subordonnée — quelqu’un qui peut donner de la lumière à d’autres — étant assujetti lui-même à un autre, mais cependant exerçant une autorité. Ici c’est un chef dégradé, un dignitaire déchu de sa place d’autorité. Les eaux sont le symbole des peuples dans un état informe, les fontaines sont les sources de leur rafraîchissement, et un fleuve est ce qui caractérise leur course. Une partie est gâtée par la chute de cette étoile ou de ce chef, qui rend amer tout ce qu’il touche, et beaucoup meurent parce que les eaux ont été rendues amères. Ce jugement-ci ne semble pas tant d’un caractère politique comme le précédent ; c’est plutôt l’empoisonnement de tout ce qui devrait être pour l’homme un moyen de bénédiction et qui concerne sa vie ordinaire.

 

5.11                      Quatrième trompette — Ch. 8:12

Sous la quatrième trompette nous avons quelque chose de plus élevé. Auparavant les eaux étaient devenues poison ; mais maintenant les autorités les plus élevées sont atteintes. Ce n’est pas une étoile qui tombe du ciel, mais le tiers du soleil, et le tiers de la lune, et le tiers des étoiles sont frappées, « de sorte que le tiers en fut obscurcie et que le jour ne parut pas pour le tiers de sa durée, et de même pour la nuit ». Je comprends que cela est un jugement de Dieu sur les autorités de ce monde dans la sphère dont il s’agit, soit l’autorité suprême soit les autorités inférieures ; toutes sont éteintes dans une certaine étendue, ou au moins éclipsées.

 

5.11.1    L’accomplissement

Maintenant surgit une importante question : Quel est le véritable accomplissement des jugements de ces trompettes ? Il est évident, toutefois, que la réponse doit dépendre de la question plus vaste portant sur le temps et l’état de choses auxquels la vision prophétique s’applique en général. Car il ne s’agit pas ici de détails, mais d’un principe général, et ce n’est pas moi qui nierai les conséquences pratiques immenses qui découlent, d’un côté vers une application juste, et de l’autre vers des vues qui induisent en erreur. Convaincu que les sept épîtres avaient une application littérale directe aux assemblées d’Asie du temps de l’apôtre Jean, je ne puis douter, quant à moi, que les sceaux préfigurent le cours de l’empire romain à partir de cette époque : et qu’ainsi ils ont eu une application tout à fait concrète (en gros selon la manière d’insister des systèmes historiques ordinaires), allant jusqu’au renversement du paganisme et à la suprématie (de nom) du christianisme, avec comme résultat naturel l’accession d’une multitude d’âmes d’entre les Juifs, et encore bien plus des Gentils, à cette sphère et à cette époque. Conformément à cette idée, les premières trompettes me semblent se rapporter presque nécessairement : la première aux invasions des Goths sous Alaric, Radagaise, etc. ; deuxièmement, aux ravages de Genséric et ses Vandales ; troisièmement, au « fléau de Dieu », comme Attila le Hun aimait à s’appeler lui-même ; et en quatrième lieu, à l’ère mémorable signalée par l’extinction de l’empire romain d’Occident.

 

5.11.2    Retour sur les ch. 4 et 5

Mais tout en reconnaissant pleinement que ces évènements sont inclus dans la portée de ces visions, il est manifeste pour moi que les sept épîtres portent la marque de buts plus étendus, et comprennent, comme cela résulte de preuves internes fortes, les phases diverses par lesquelles la maison de Dieu devait passer dans toute la durée de son existence ici-bas, jusqu’au moment où le Seigneur enlèvera au ciel les fidèles, les gardant de l’heure de la tentation qui va atteindre ceux qui habitent sur la terre, et vomissant de sa bouche la masse de la chrétienté satisfaite d’elle-même. En accord avec cette manière continue et successive de voir les églises, qui, sous une forme ou sous une autre, s’est recommandée d’elle-même dans les âges divers à des gens pieux et intelligents qui ont creusé les Écritures, — l’interprétation la plus simple des chap. 4 et 5 est celle qui suppose que l’église des premiers-nés a déjà été enlevée et glorifiée, et qui ne voit le grand accomplissement des chap. 6 et suivants qu’après cet évènement. Il est facile à des esprits ingénieux de soulever des difficultés et d’opposer une ligne formidable d’objections : il n’est aucune partie de l’Écriture, aucune des vérités qu’elle révèle, qui ne soit exposée à des attaques exactement semblables. Mais on ne peut qu’affirmer, si on ne s’en tient qu’au texte sacré lui-même, que c’est la manière la plus naturelle de prendre les chap. 4 et 5, et que, dans la théorie ordinaire, ces passages admirables ne s’adaptent pas correctement aux circonstances d’alors, quand on considère soit la scène décrite comme un tout, soit les personnages particuliers qui y figurent. Leur apparition ici, dans l’interprétation ordinaire, constitue une difficulté énorme, inexpliquée, et peut-être, pouvons-nous ajouter, inexplicable ; tandis qu’avec la clef de l’enlèvement des saints comme un fait déjà accompli, ces chapitres 4 et 5 sont une préface magnifique et indispensable à tout ce qui suit.

 

5.11.3    Encore la question de la place de l’enlèvement de l’église dans les événements

Il y a plus. Le chap. 6 et ceux qui suivent soulèvent la question fondamentale de savoir s’il y a encore des églises ou des chrétiens, au sens propre des termes, impliqués dans les scènes dépeintes sur la terre, lorsque ces scènes recevront leur plein accomplissement, non pas simplement commenceront à se réaliser. Pourquoi ceux qui écrivent sur la prophétie l’affirment-ils sans le moindre élément raisonnable de preuve ? Pourquoi ne pas la prouver s’ils le peuvent ? Plus ce point-là est indispensable à la défense du système en vogue, et moins les personnes sans préventions se satisfont de ce que ses avocats gardent un silence si absolu, alors qu’il s’agit de le démontrer, et non pas simplement de réitérer des allégations ou de raisonner d’après ces allégations. Qui pourrait prétendre que c’est une proposition évidente par elle-même ? Qui ignore qu’il y a bon nombre de chrétiens occupés de l’étude intelligente de la parole prophétique, qui croient que les parties envisagées et concernées directement dans les conflits des derniers jours, ne sont pas l’Église, mais un résidu Juif pieux avec des Gentils convertis mais distincts ? N’est-ce pas un sujet digne d’être discuté ? Y a-t-il une question prophétique plus vitale, de plus grande portée ? Ce ne serait pas charitable d’attribuer ce singulier silence à un sentiment de mépris pour leurs frères, et ce ne serait pas bien non plus de l’interpréter comme un aveu tacite de l’impossibilité où se trouvent ceux qui le tiennent de donner un semblant de preuves tirées de l’Écriture à l’appui de leur sentiment.

Nous nions que ces prophéties, aussi profitables soient-elles pour nous, concernent pleinement, et bien moins encore exclusivement, l’Église : si quelqu’un prétend que c’est à l’Église qu’elles se rapportent, c’est à lui qu’incombe la preuve. Mais on se borne à l’admettre, sans le prouver. Ne vaudrait-il pas mieux que les défenseurs de ce système réunissent et présentent avec autant de force que possible toutes les preuves qui frappent leur propre esprit ? Nous en appelons aux passages mêmes de l’Écriture qui fournissent le sujet du débat ; ils fournissent avec clarté quelques-unes de ces preuves : les uns montrent que le corps chrétien est dans le ciel dans un état glorifié avant qu’aient lieu les évènements judiciaires terrestres ; d’autres passages montrent que les Juifs et les Gentils, distincts les uns des autres, et non réunis en un seul corps comme l’Église, sont vus sur la terre, et sont réellement les objets visés par la prophétie dans la crise de la fin. Si nous avons raison, une grande partie des différences entre ceux qui étudient le sujet seraient tranchées sans plus de contestation. Pourquoi donc perdre son temps dans les champs creux des champions aux tendances historico-allemandes, ou futuristes romanistes ? Pourquoi ne pas se saisir des preuves apportées par des chrétiens qui, par la grâce de Dieu, sont au moins autant éloignés de Babylone que peuvent le prétendre les protestants les plus zélés ? Si c’est là, comme j’en suis certain, la vraie interprétation satisfaisante, rien ne nous oblige à faire entrer le passé, bon gré mal gré, dans le cadre d’un accomplissement forcé, et nous n’avons pas non plus à donner une explication arbitraire des fréquents et manifestes indices de l’avenir. Toutes les exigences légitimes sont satisfaites par l’admission d’une ressemblance générale n’ayant rien de forcé entre les visions et l’histoire du passé, ressemblance qui suffit pour montrer positivement le doigt de Dieu, mais qui, loin d’épuiser la portée de la prédiction, laisse place plutôt à ce qu’elle reçoive une application finale et plus directe, lorsque les saints, corps et âme, seront dans le ciel.

 

5.12                      Annonce des trois malheurs — Ch. 8:13

« Et je vis et j’entendis un aigle qui volait par le milieu du ciel et qui disait à haute voix : malheur ! malheur ! malheur ! à ceux qui habitent sur la terre, à cause des autres voix de la trompette des trois anges qui vont sonner de la trompette » (8:13).

C’est un aigle, je crois, que Jean voit ici, un ange en Apoc. 14:6, auquel notre verset peut avoir été assimilé (les deux termes peuvent avoir été confondus par simple négligence). Le vol de l’aigle au milieu du ciel était le signe avant-coureur sombre et très approprié des malheurs qui approchaient. Le fait qu’il prononce des paroles à haute voix ne renferme aucune difficulté réelle, car l’autel lui-même est présenté comme parlant au chap. 16:7.

Les quatre premières trompettes ont introduit les jugements préliminaires. Ils concernaient dans une certaine mesure, la prospérité de l’homme de haute ou basse condition — d’abord dans la sphère d’un système d’ordre établi, et ensuite dans un état de confusion ; puis le coup a frappé les moyens des jouissances humaines qui ont été changées en amertume et en destruction ; et enfin tout le système de gouvernement politique, suprême et subordonné, subit une éclipse considérable. En tout cela les hommes étaient donc jugés dans leurs circonstances, plutôt que visités dans leurs personnes mêmes. Mais il nous est aussi annoncé une dernière série de châtiments plus profonds encore, et distingués de manière très nette de la série précédente : « Malheur, malheur, malheur à ceux qui habitent sur la terre », etc. Ceux qui n’étaient pas scellés du sceau de Dieu n’échappent pas au premier malheur, le tiers des hommes sont tués au second, et avec le dernier nous arrivons d’une manière générale, à la fin de tout.

Il est possible qu’une idée de lieu se rattache au sens de l’expression « ceux qui habitent sur la terre », particulièrement durant la grande crise finale. Mais il me semble que l’examen des divers cas où elle se rencontre permet de conclure sûrement que l’intention principale et manifeste du Saint Esprit est de donner une force morale à cette expression. Deux fois auparavant on l’a vue dans l’Apocalypse ; et à mesure que nous approchons de la fin sa signification acquiert une gravité nouvelle. D’abord, elle se trouve dans l’épître à l’ange de l’assemblée de Philadelphie, où le Seigneur promet à ceux qui gardent la parole de sa patience qu’ils seront gardés de l’heure de la tentation qui va arriver sur tout le monde habitable pour éprouver ceux qui habitent sur la terre (3:10). La raison pour laquelle, à mon avis, les hommes qui ont leurs pensées aux choses de la terre sont spécialement mis en avant là, c’est que l’état de l’église en question suppose qu’on a saisi Christ dans une mesure inhabituelle et d’une manière céleste (notamment en rapport avec une jouissance présente de Lui et en rapport avec l’espérance de Son retour). De là le contraste avec ceux dont le cœur est aux choses d’ici-bas. Ils mangeront le fruit amer de leur choix quand sera venue la grande tribulation, tout comme ceux dont les affections sont fixées sur les choses célestes seront alors effectivement là où ils habitent déjà maintenant en esprit. Puis, sous le cinquième sceau (6:10), les âmes des premiers martyrs de la période apocalyptique sont représentées comme appelant le Souverain à juger et à venger leur sang « de ceux qui habitent sur la terre ». Ces personnes-là se seront déchaînées alors en des persécutions impitoyables, meurtrières, contre les témoins que Dieu aura sur la terre durant l’accomplissement des sceaux. Et maintenant sous les trompettes de malheur, « ceux qui habitent sur la terre » sont l’objet spécial de ces jugements terribles. Nous ajournons d’autres détails jusqu’à ce que nous en venions aux chapitres qui en traitent plus particulièrement.

 

 

6                        Chapitre 9

6.1   Les sceaux ne se déroulent pas parallèlement aux trompettes

Une remarque préliminaire que je désire présenter, c’est que ce chapitre fournit une preuve complémentaire que les trompettes ne coïncident pas avec les sceaux. C’est dans la grande parenthèse de Apoc. 7 à la suite du sixième sceau, que nous avons vu sceller les serviteurs de Dieu, tandis qu’il est fait allusion à cet acte, non pas après, mais avant la sixième trompette. Il ne pourrait en être ainsi s’il y avait parallélisme entre les deux séries de jugements. La conséquence naturelle, et, je crois, véritable, qui en découle, c’est que les sceaux ont terminé leur cours avant que les trompettes commencent, de sorte que lorsque la cinquième trompette donne le signal du premier « malheur », les hommes de la terre en ressentent le tourment prédit ; et il est fait une allusion à ceux qui avaient été scellés comme étant dans cette scène, mais préservés du fléau. Comment pourrait-il y avoir ordre de ne nuire qu’aux hommes qui n’avaient pas le sceau de Dieu, si le sceau n’avait pas encore été empreint ? Et s’il l’avait été déjà, il ne saurait exister de parallélisme entre les sceaux et les trompettes, et ces deux séries de jugements ne peuvent pas non plus se rapporter à la même époque. Elles sont consécutives, et non concomitantes ; et comme nous l’avons vu, le dernier sceau n’est qu’un prélude de silence immédiatement avant la nouvelle série de plaies d’origine divine. Comment cela pourrait-il se faire, si sceaux et trompettes devaient s’accomplir simultanément, ou côte à côte pour ainsi dire. Car si les premiers sceaux se suivent incontestablement en ordre régulier, le septième doit être le dernier dans l’accomplissement, aussi bien que dans la vision ; mais ce septième sceau au lieu de figurer, comme les sceaux précédents, un pas nouveau dans l’action de Dieu en providence, il ne consiste qu’en une courte pause dans le ciel et il introduit une autre classe de jugements décrétés, d’une nature plus sévère. Nous en venons maintenant à la cinquième et à la sixième trompettes, c’est-à-dire aux deux premiers malheurs auxquels le chap. 9 est consacré.

 

6.2   Cinquième trompette, premier malheur — Ch. 9:1-12

6.2.1        Ch. 9:1-4

« Et le cinquième ange sonna de la trompette ; et je vis une étoile tombée du ciel sur la terre, et la clef du puits de l’abîme lui fut donnée, et elle ouvrit le puits de l’abîme, et une fumée monta du puits, comme la fumée d’une grande fournaise, et le soleil et l’air furent obscurcis par la fumée du puits. Et de la fumée il sortit des sauterelles sur la terre, et il leur fut donné un pouvoir semblable au pouvoir qu’ont les scorpions de la terre. Et il leur fut dit qu’elles ne nuisissent ni à l’herbe de la terre, ni à aucune verdure, ni à aucun arbre, mais aux hommes qui n’ont pas le sceau de Dieu sur leurs fronts » (9:1-4).

L’étoile tombée du ciel sur la terre est un dignitaire en état apostat ; car c’est bien un personnage réel qui est en vue, comme le montrent les paroles suivantes : « et la clef du puits de l’abîme lui fut donnée ». Cela paraît une allusion évidente à Ésaïe 14:12-15, où le roi de Babylone est l’objet de cette mordante apostrophe : « Comment es-tu tombé des cieux, astre brillant, fils de l’aurore ?… Toutefois on t’a fait descendre dans le shéol, au fond de la fosse ». Ici en Apoc. 9, ce n’est pas sa sentence comme en Ésaïe, mais l’autorité qu’il lui est permis d’exercer sur l’abîme, terme qui exprime la source du mal et de la misère sataniques. « Elle [l’étoile] ouvrit le puits de l’abîme, et une fumée monta du puits, comme la fumée d’une grande fournaise » (9:2), — symbole d’une énergie d’erreur qui obscurcit l’esprit de l’homme. « Le soleil et l’air furent obscurcis par la fumée du puits ». L’autorité suprême et toutes les influences sociales saines souffrent au plus haut degré de ses effets aveuglants. Et ses effets ne se bornent pas là. « De la fumée il sortit des sauterelles » figure d’instruments agressifs de désolation, et qui sont revêtus d’un singulier pouvoir de tourmenter, « semblable au pouvoir qu’ont les scorpions de la terre ». L’ordre qui leur est donné montre très clairement, à mon avis, l’erreur de ceux qui prennent ces sauterelles au sens littéral. Elles ne devaient pas nuire à l’herbe de la terre, etc., c’est-à-dire, à ce qui est leur nourriture naturelle, s’il s’agissait de sauterelles véritables. Les hommes devaient subir les effets de ces prédateurs symboliques — sauf ceux qui sont marqués du sceau de Dieu.

 

6.2.2        Ch. 9:5-6

Pourtant ces maraudeurs devaient non pas tuer, mais tourmenter les hommes durant cinq mois (9:5). « Et leur tourment est comme le tourment du scorpion quand il frappe l’homme. Et en ces jours-là les hommes chercheront la mort et ils ne la trouveront pas ; et ils désireront de mourir, et la mort s’enfuit d’eux » (9:6). Rien sur la terre ne peut surpasser l’angoisse de conscience infligée à leurs victimes. Le tableau de leur misère est encore plus fort que celui que Jérémie trace (Jér. 8:3) des Juifs désolés et dispersés, dans tous les lieux où le Seigneur les avait chassés dans son grand déplaisir.

 

6.2.3        Ch. 9:7-11

Mais il est ajouté une autre description. « Et la ressemblance des sauterelles était semblable à des chevaux préparés pour le combat ; et sur leurs têtes il y avait comme des couronnes semblables à de l’or, et leurs faces étaient comme des faces d’hommes. Et elles avaient des cheveux comme des cheveux de femmes, et leurs dents étaient comme des dents de lions ; et elles avaient des cuirasses comme des cuirasses de fer, et le bruit de leurs ailes était comme le bruit de chariots à plusieurs chevaux courant au combat ; et elles ont des queues semblables à des scorpions, et des aiguillons ; et leur pouvoir était dans leurs queues, pour nuire aux hommes cinq mois. Elles ont sur elles un roi, l’ange de l’abîme, dont le nom est en hébreu, Abaddon ; et en Grec il a nom : Apollyon » (9:7-11).

Ce n’était pas simplement des pillards, mais elles avaient une énergie guerrière, et elles réclamaient pour leur carrière victorieuse la juste approbation de Dieu, dont elles portaient extérieurement la ressemblance et la gloire, tandis qu’en réalité elles étaient complètement assujetties à l’homme et à Satan. La férocité les caractérise, et leurs cœurs sont cuirassés contre tout sentiment de pitié dans leur carrière rapide. Mais leur pire pouvoir était le venin de mensonge qui les suivait. C’était l’énergie d’une fausse doctrine, représentée par l’aiguillon de la queue d’un scorpion. Et comme nous le savons par un autre passage « le prophète qui enseigne le mensonge, lui est la queue ».

Enfin, leur roi est l’ange de l’abîme, le même peut-être, que l’étoile tombée qui avait la clef du puits. Dans ce cas, c’est un sombre destructeur satanique, voire Satan lui-même. C’est dans ce monde que le diable est ainsi exalté, qu’il en est le prince ; il est aussi le chef de l’autorité de l’air et le dieu de ce siècle. Dans l’abîme il sera lié comme un prisonnier de longue durée ; et dans l’enfer, il sera tourmenté à toujours, l’objet le plus misérable qui y sera ; il ne sera ni gouverneur ni roi ni dans l’abîme ni en enfer. Ce sont là des rêves de poètes ; mais l’Écriture ne parle pas ainsi.

 

6.3   Sixième trompette — Ch. 9:13-21

« Et le sixième ange sonna de la trompette : et j’entendis une voix sortant des quatre cornes de l’autel d’or qui était devant Dieu, disant au sixième ange qui avait la trompette : Délie les quatre anges qui sont liés sur le grand fleuve Euphrate. Et les quatre anges qui étaient préparés pour l’heure et le jour et le mois et l’année, furent déliés, afin de tuer le tiers des hommes. Et le nombre des armées de la cavalerie était de deux myriades de myriades : j’en entendis le nombre.

Et je vis aussi les chevaux dans la vision, et ceux qui étaient assis dessus, ayant des cuirasses de feu, et d’hyacinthe, et de soufre ; et les têtes des chevaux étaient comme des têtes de lions ; et de leur bouche sortaient du feu, de la fumée et du soufre. Par ces trois fléaux fut tué le tiers des hommes, par le feu et la fumée et le soufre qui sortent de leur bouche ; car le pouvoir des chevaux est dans leur bouche et dans leurs queues ; car leurs queues sont semblables à des serpents, ayant des têtes, et par elles ils nuisent. Et les autres hommes qui n’avaient pas été tués par ces plaies, ne se repentirent pas des œuvres de leurs mains, pour ne pas rendre hommage aux démons, et aux idoles d’or, et d’argent, et d’airain, et de pierre, et de bois, qui ne peuvent ni voir, ni entendre, ni marcher ; et ils ne se repentirent pas de leurs meurtres, ni de leur magie, ni de leur fornication, ni de leurs larcins » (9:13-21).

C’est la voix du Seigneur, sans aucun doute, qu’on entend d’entre les cornes de l’autel d’or. Mais quel son solennel, — par-dessus tout, par le lieu d’où il retentit ! car d’ordinaire cet autel est le témoin spécial de l’intercession toujours efficace de Christ. C’est de là que le parfum montait devant Dieu. Lorsqu’un individu avait péché, que ce fût un des principaux ou quelqu’un de commun parmi le peuple, le sang du sacrifice pour le péché était mis simplement sur les cornes de l’autel d’airain. Mais lorsque toute la congrégation était coupable, le sacrificateur devait mettre du sang de la victime sur les cornes de l’autel d’or ; car la communion du peuple vu comme un tout, était interrompue et avait besoin d’être rétablie. Combien est différent ce que nous trouvons ici ! Une voix sortant des quatre cornes de l’autel d’or, commande à l’ange de la sixième trompette de délier les quatre anges qui, jusqu’à ce moment, étaient liés à (ou : près de) l’Euphrate. Ils avaient été préparés là pour l’heure, le jour, le mois et l’année afin de tuer le tiers des hommes. Ils avaient été préparés, non pas durant ce temps, et encore moins après qu’il eût expiré, mais en vue de ce temps : lorsque cette heure, et ce jour, et ce mois, et cette année arrivèrent, ou plutôt, quand ils furent venus à leur terme, ces anges étaient prêts pour l’œuvre de carnage qui leur était assignée. Ils détruisent les hommes par l’apostasie.

Et cependant si c’est une chose terrible d’entendre un tel signal sortir de l’autel d’or, combien il est consolant de penser que tout dans le jugement, est ainsi minutieusement arrangé et préordonné par le Seigneur ! C’est Lui qui le premier donne l’ordre, et qui le donne à l’ange saint ; ensuite l’ange délie les quatre qui sont liés sur l’Euphrate. Les mauvais anges ne peuvent agir qu’au moment et dans la mesure où les bons le leur permettent, et les anges bons, aussi excellents en force soient-ils, ne font qu’exécuter les ordres du Seigneur, obéissant à la voix de Sa parole. C’est une idée étrange que celle qui voudrait identifier les quatre anges que nous avons ici avec ceux qui retenaient les vents au chap. 7, surtout si l’on voit qu’il s’agit d’un contraste, et non d’une ressemblance. Ici ils ne retiennent pas, mais sont retenus, ce qui n’est dit nulle part des saints anges. Au ch. 7 ils se tiennent aux quatre coins de la terre, aussi séparés les uns des autres que possible ; ici ils sont tous liés en un même lieu.

Quant à la nature même du second malheur, il ne s’agit pas d’un tourment comme le premier malheur, mais de destruction de la vie. Il y a toutefois encore ici des éléments de fausse prophétie comme dans le premier malheur, « car le pouvoir des chevaux », est-il dit, « est dans leur bouche et dans leurs queues ; et leurs queues sont semblables à des serpents, et elles avaient des têtes et par elles ils nuisent ». C’est-à-dire qu’elles propagent, et laissent derrière elles, l’erreur venimeuse, et cela d’après un plan plus méthodique que dans le malheur figuré par les sauterelles. Les sauterelles du premier malheur avaient des queues semblables à des scorpions et des aiguillons, tandis que les chevaux du second malheur ont des queues comme des serpents, ayant des têtes. Mais le pouvoir des chevaux est aussi dans leur bouche. « Et je vis les chevaux dans la vision, et ceux qui étaient assis dessus ayant des cuirasses de feu, et d’hyacinthe et de soufre ; et les têtes des chevaux étaient comme des têtes de lions : et de leur bouche sortent du feu, et de la fumée et du soufre » (9:17). C’est la puissance judiciaire de Satan, dans la mesure où Dieu la permet. En outre cela dépasse de beaucoup le premier malheur en termes d’énergie guerrière et d’activité destructrice. Celui-là était de nature spirituelle — dans le sens du mal, bien sûr ; celui-ci est plus destructeur, quoiqu’il suive dans son mouvement des ravages provenant des tromperies et des mensonges des ennemis. Il semble aussi plus varié quant aux meneurs, car le premier malheur n’avait qu’un agent angélique à la tête, et le second en a quatre.

 

6.4   Ch. 9:20-21

« Et les autres hommes qui n’avaient pas été tués par ces plaies ne se repentirent pas » etc. Leçon humiliante, dont il faut bien se souvenir ! Dieu a envoyé jugement sur jugement, d’abord sur les circonstances des hommes, et ensuite sur eux-mêmes, et dans ce dernier cas, le tourment, et finalement la mort elle-même. Mais c’est en vain. L’homme est tel qu’après tout cela, il ne se repent pas de son mal, qu’il soit religieux ou moral. Le dernier effort de Satan subsiste.

Le lecteur verra que je cherche simplement à présenter le trait principal de chaque malheur, selon que j’en suis capable, de manière à aider les âmes à comprendre en quelque mesure la prophétie. Ceci, qu’il s’en souvienne, est une chose très différente de l’application d’une prophétie. La question des personnes, des lieux, ou des temps auxquels il est fait allusion, peut être profondément intéressante, mais elle est subordonnée à l’intelligence du livre.

 

6.5   Applications

Pour ma part, je ne doute pas que l’application que l’on fait ordinairement des sauterelles aux Sarrasins, et l’application des cavaliers de l’Euphrate aux Turcs, soit bien fondée. Mais nous avons vu maintes fois que l’accomplissement de l’Apocalypse ne saurait proprement avoir lieu avant que les saints célestes soient enlevés au ciel, et que le peuple terrestre recommence à être l’objet des voies de Dieu sur la terre et dans son propre pays, sans exclure aucunement le témoignage divin et ses effets bénis parmi les Gentils. Dans ce dernier et final accomplissement, le second malheur serait accompli, je suppose, dans les premiers ravages des armées du Nord-Est (ou : Assyrien), comme le premier malheur le serait par l’action trompeuse de l’Antichrist en Palestine. Je pense que lorsque la prophétie sera réalisée dans toute sa précision, la scène sur laquelle ces mystérieuses sauterelles doivent exercer leur tourment aigu mais passager, sera le pays ou les Juifs seront largement rassemblés en ce temps-là, dans l’incrédulité pour la plupart. C’est naturellement eux, et très probablement leur pays, qui sont visés par la mention de ceux qui ne sont pas scellés. Car on remarquera que sous cette cinquième trompette, il n’est pas fait mention de « tiers » pour indiquer la cible du malheur, ni d’aucun indice sauf que les scellés en sont garantis. Le reste des Juifs sont encore dans l’aveuglement judiciaire, et sont les objets implicite de ce jugement. Si ce sont les mouvements préliminaires de ces deux pouvoirs que ce chapitre nous présente, chacun d’eux est aussi décidément opposé à l’autre qu’ils le sont tous deux au Seigneur Jésus : ils doivent être successivement jugés et détruits quand Il viendra en puissance et en gloire.

Il est intéressant d’observer que le ch. 14 d’Ésaïe auquel je me suis référé pour illustrer l’étoile tombée du ciel, (c’est-à-dire le personnage principal du premier malheur) — ce même ch. 14 traite aussi de l’ennemi Assyrien que je juge être le parfait accomplissement de ceux qui figurent dans le second malheur. « L’Éternel des armées a juré, disant : Pour certain, comme j’ai pensé, ainsi il arrivera, et comme j’ai pris conseil, la chose s’accomplira, de briser l’Assyrien dans mon pays ; et je le foulerai aux pieds sur mes montagnes ; et son joug sera ôté de dessus eux, et son fardeau sera ôté de dessus leurs épaules. C’est là le conseil qui est arrêté contre toute la terre, et c’est là la main qui est étendue sur toutes les nations. Car l’Éternel des armées a pris ce conseil ; et qui l’annulera ? Et sa main est étendue, et qui la lui fera retirer ? » (És. 14:24-27). La différence est qu’Ésaïe nous donne la fin de la carrière de cet ennemi pour la délivrance d’Israël, tandis que l’apôtre Jean nous en montre plutôt le commencement et le cours, comme un fouet sur le Judaïsme apostat et la chrétienté apostate. Ce serait une erreur de limiter Ésaïe à l’histoire passée, ou de prendre le passé pour plus qu’un type de l’avenir, quelque important qu’il ait été en son jour. En effet, dans l’histoire, l’Assyrien tomba le premier, et Babylone ne subit sa sentence que longtemps après. Dans la prophétie, au contraire, c’est le dernier représentant de Babylone (c’est-à-dire, la Bête de la crise) qui est détruit le premier, et puis celui qui répond à l’Assyrien, le grand chef des nations, viendra à sa fin, et personne ne lui donnera du secours. C’est ainsi qu’il est écrit en Ésaïe 10:12 : « Mais il arrivera que quand le Seigneur aura achevé toute son œuvre contre la montagne de Sion et contre Jérusalem, je visiterai le fruit de l’arrogance du cœur du roi d’Assyrie et la gloire de la fierté de ses yeux », etc. Notre chapitre d’Apoc. 9 nous donne un aperçu des commencements de la carrière politique de l’Assyrien, voire de l’Antichrist, ou de leurs entreprises respectives.

Dans le système de l’application de ces visions à l’histoire d’une manière plus vague et sur une période prolongée, — application que je conçois être inclus dans le plan divin de ces visions, — on peut se demander comment il faut comprendre ce chapitre. J’ai déjà fait voir brièvement comment les premières trompettes nous amenaient jusqu’à l’extinction de l’empire romain d’Occident. Poursuivant la même ligne de pensées, la cinquième trompette porte d’une manière distincte sur les malheurs dont les Sarrasins furent les instruments, et la sixième trompette est relative à l’attaque furieuse des Turcs. Par suite, on veut bien accepter que l’étoile tombée du ciel fasse référence d’une manière générale à Mahomet qui fut l’instrument de Satan pour ouvrir sur le monde la tromperie de l’abîme avec tous ses effets ténébreux. La description que fait l’apôtre Jean convient certainement à plusieurs de ses principaux traits, — non pas au développement et à l’extension graduels de la dépravation morale et doctrinale de la chrétienté, — mais à cette armée de pillards qui, embrassant avec ardeur la croyance du faux prophète arabe, inspirée de l’enfer, se lança dans une conquête ambitieuse et fanatique. Toutefois je ne puis accepter sans en retirer beaucoup, la signification que l’on a donnée, en fait de lieux et de nations, aux sauterelles et aux scorpions, aux lions et aux chevaux, aux faces d’hommes, aux cheveux de femmes, et aux cuirasses de fer. Il est évident, par exemple, que la nation dont l’incursion rapide et dévastatrice en Palestine est décrite en Joël 2 (prototype des sauterelles de l’Apocalypse) n’a rien à faire avec les Sarrasins ou l’Arabie, mais est plutôt l’armée du Nord, « l’Assyrien », dont les prophètes juifs parlent si souvent. Comparez aussi Nahum 3:17, qui confirme cette pensée. Un raisonnement parfaitement semblable s’applique à l’usage que font les Écritures du terme « scorpions », comme en Ézéch. 2:6, où il est employé dans le sens figuré, de même qu’ici, mais sans aucun rapport avec les voleurs du désert. Quant aux « chevaux », la vision des guerriers de l’Euphrate qui suit immédiatement, réfute l’idée qu’il faut y voir une allusion géographique ; car les Turcs appartiennent à une race tout à fait distincte et sont sortis d’une contrée différente ; et cependant les chevaux occupent ici une place aussi proéminente que dans la vision de leurs devanciers (*). Puis, dans l’une nous trouvons les têtes, dans l’autre les dents de « lions ». Aussi, tout cela réfute-t-il l’idée que ces symboles soient d’un usage exclusivement distinct, pour ne pas parler des applications différentes qu’indiquent d’autres passages. La vérité est, que le Saint Esprit trace un tableau symbolique, juste et complet, et ne s’astreint en aucune manière aux animaux, etc., particuliers au pays.

 

(*) L’Égypte est la première puissance renommée dans l’histoire pour ses chevaux (Ex. 6). Ainsi, elle en était le grand marché du temps de Salomon (1 Rois 10:28), comme Togarma le fut pour Tyr (Ézé. 27:14). Voyez. És. 31:1, 3. En Zacharie ils symbolisent les divers puissances impériales.

 

Selon moi c’est une intention morale, et non pas géographique, qu’il faut voir dans ces visions, et la manière dont tant d’écrivains les expliquent fait perdre à l’Écriture de sa force réelle en occupant l’esprit de choses qui, dans l’ordre naturel, peuvent être vraies en partie, mais qui ne sont pas, je crois, ce que le Saint Esprit a en vue. Aussi est-ce de la légèreté que de voir dans les faces d’hommes, les cheveux de femme, et les couronnes semblables à de l’or, une allusion à la barbe ou à la moustache, avec une chevelure littéralement flottante, surmontée d’un turban. Tandis que si l’on prend ces choses comme des emblèmes du caractère moral des personnes dont il s’agit, la dignité de la parole divine est maintenue et sentie. Les sauterelles désignent bien sûr des multitudes innombrables, exerçant leurs ravages dans des limites déterminées, mais plus remarquables encore par les tourments que cause l’aiguillon d’une fausse doctrine. Ceux qui n’ont pas le sceau de Dieu, les hommes de la terre, sont les victimes du fléau, mais il avait pour but une propagande conquérante, non pas l’extinction de la prospérité, mais plutôt son maintien aux dépens de la vérité, et cela pendant une période limitée. Leur ressemblance à des chevaux préparés pour le combat, exprime leur attitude agressive, et leurs couronnes semblables à de l’or semblent indiquer une confiance, dont on se vante, en une mission divine de justice et de victoire. Leurs faces d’hommes, mais avec des cheveux de femmes, peuvent signifier que, malgré toute leur prétention d’agir avec autorité au nom de Dieu, elles n’en étaient pas moins assujetties à une autorité purement humaine, et non pas à Dieu après tout. Dans leurs cuirasses de fer, leurs dents de lion, le bruit de leurs ailes, je vois des figures de l’inébranlable courage de leur fanatisme (leur forte cuirasse), et les dégâts féroces qui accompagnent leur guerre d’une rapidité merveilleuse. Le nom hébreu de leur roi confirme, à mon avis, la pensée qu’il s’agit là tout à fait d’une dévastation spéciale des Juifs, comme aussi son nom grec peut impliquer un rapport avec l’empire d’Orient.

J’ai fait ainsi ressortir la signification spirituelle des émissaires du premier malheur, en exposant surtout ce que l’on pouvait supposer préfigurer l’accomplissement qu’il a eu dans le passé, et selon lequel les cinq mois doivent bien sûr être pris comme des mois d’années. Mais je proteste contre l’arbitraire qu’il y a à interpréter une partie du récit au sens littéral, et l’autre au sens figuré. Si nous l’examinons attentivement, je le répète, tout ce que l’on peut admettre, c’est qu’il y a eu un commencement d’accomplissement partiel. Il est manifeste, en effet, que le prophète de La Mecque ressemblait davantage à un astre qui se lève, qu’à un dignitaire tombé ; Mède, avec les anciens auteurs en général, y voient Satan, comme d’autres le Pape, etc. De plus, l’ordre de ne pas tuer est très difficile à concilier avec la politique exterminatrice des expéditions des Sarrasins ; et quelques auteurs fort estimés ont doublé le terme de 150 ans, du fait qu’il est mentionné deux fois (mais comp. Apoc 20) en vue d’obtenir une solution plus plausible. Mais, ainsi que d’autres l’ont montré suffisamment, cette conséquence peu probable que l’on tire de la double mention des cinq mois a elle-même ses difficultés.

Pour ce qui concerne le second malheur, la première difficulté qui se présente dans le système de l’application de l’Apocalypse à une longue période, consiste dans le sens à donner aux quatre anges qui étaient liés sur l’Euphrate. La plupart des écrivains protestants l’appliquent à quatre puissances musulmanes successives ou contemporaines. Mais, dit M. Elliott (Horae Apoc. I, p. 488-490) « à l’examen, toutes ces interprétations sont toutes trouvées inadmissibles. Comme dans la vision, c’est par un seul et même acte que les quatre anges reçoivent leur mission et sont déliés, de même les agents dont ils sont les symboles doivent nécessairement avoir été déliés et chargés de mission dans un seul et même temps : cette considération à elle seule semble exclure toute succession dans les agents de destruction, comme dans l’explication suggérée par Vitringa, et Woodhouse après lui. Et pour ce qui est des dynasties turques contemporaines, qu’on se reporte à la liste donnée par Mède et par Newton après lui, ou à celle de Faber et de Keith, d’après Mills et Gibbon, il n’y a aucun groupe de quatre qui aient agi de concert dans la destruction de l’empire grec, — qui soient toutes établies sur l’Euphrate, — qui aient existé au temps qu’on dit être celui où la mission a été donnée aux quatre anges — ou qui aient continué d’exister jusqu’au temps où la mission donnée fut accomplie avec la destruction de l’empire grec. En bref, l’incompatibilité manifeste avec les faits de l’histoire de toutes les tentatives de solution, a été jusqu’ici, dans la pensée des interprètes de la prophétie les plus attentifs et les plus savants, comme une meule au cou de toute la théorie qui applique cette vision aux Turcs ». Voilà au moins, un aveu plein de candeur, surtout quand on considère qu’il s’agit d’une prophétie à l’égard de laquelle on s’est généralement accordé plus que pour aucune peut-être de l’Apocalypse.

Mais quelle est la vue que l’on suggère et qui doit laisser intacte l’application générale ? La ressource d’intelligences surhumaines angéliques dirigeant les énergies subordonnées des hommes, et cela sans rapport avec le nombre d’instruments terrestres employés. De fait, M. Elliott, identifie ces anges sur l’Euphrate avec les anges introduits dans la parenthèse après le sixième sceau (ch. 7), et raisonne d’après la supposition que les jugements des précédentes trompettes étaient les résultats probables de leur action. Mais cela, évidemment, n’est pas en harmonie avec le système qui ne veut pas voir un ange, mais Mahomet, dans l’étoile tombée du ciel au premier malheur. L’harmonie exigerait, semble-t-il, que si l’ange de l’abîme dans la trompette précédente représente un homme, ces quatre-ci doivent représenter des chefs semblables. Ces anges sont certainement en contraste avec les anges dont la tâche était plutôt de retenir les vents que d’exciter leur souffle dévastateur. Toutes les circonstances secondaires confirment l’idée qu’ils sont distincts les uns des autres. Puis, l’usage que l’on fait du feu, de la fumée, et du soufre qui sortaient de la bouche des chevaux, comme s’ils préfiguraient l’artillerie turque ; des cuirasses de feu, d’hyacinthe et de soufre, comme si c’était une allusion aux vêtements de guerre, de couleur écarlate, bleue et jaune, des Ottomans ; et des queues de chevaux semblables à des serpents ayant des têtes, comme emblème des pachas turcs, — tout cela me paraît aussi incompatible avec les autres parties de l’Apocalypse, que (le dirai-je ?) grotesque en soi.

Je ne nie pas l’application des cavaliers et des chevaux aux anciennes invasions des Turcs, en tant que distinctes de leurs prédécesseurs Sarrasins, se vouant à leur œuvre de destruction dans l’empire d’Orient, romain ou grec, d’une manière bien plus systématique, et avec des résultats bien plus durables. Dans leur course violente, ils respiraient fortement un esprit infernal de jugement, outre la vieille séduction diabolique ; et telles qu’étaient leurs armes, telle était leur armure. Le feu et le soufre représentent la forme extrême du jugement divin, car ce sont les mêmes symboles utilisés pour l’étang de feu à la fin de toutes choses, et dans lequel les méchants morts seront jetés après avoir été ressuscités et jugés. C’est sur cette puissance particulièrement satanique, non pas semblable au scorpion maintenant, mais semblable au serpent, que le Saint Esprit attire l’attention comme sur la grande source du mal causé. L’action morale de faux prophète est là, et elle est aussi revêtue d’autorité, car les queues ont des têtes, et par elles, elles nuisent. Dans toute la sphère où il leur fut permis d’agir, le résultat fut l’entière abolition de la profession chrétienne, tandis que le reste, hélas ! ne prit pas garde à l’avertissement. Mais tous ces traits embrassent, à mon avis, des éléments encore plus terribles que tout ce qui a été jamais vu sur la terre, de sorte que tout me confirme dans la conviction que nous devons attendre un autre et dernier accomplissement de ces scènes symboliques, dans le dernier fléau qui doit tomber sur la corruption et l’idolâtrie de l’Orient. Un tableau terrible est donné après que le jugement a eu son cours (9:20-21) : « Et les autres hommes qui n’avaient pas été tués par ces plaies, ne se repentirent pas des œuvres de leurs mains, pour ne pas rendre hommage aux démons, et aux idoles d’or, et d’argent, et d’airain, et de pierre, et de bois, qui ne peuvent ni voir, ni entendre, ni marcher ; et ils ne se repentirent pas de leurs meurtres, ni de leur magie, ni de leur fornication, ni de leurs larcins ». Ainsi même l’apostasie de ceux qui sont tombés sous le fléau de Dieu, n’a pas réussi à éveiller les consciences cautérisées des hommes, et cela est d’autant pire qu’ils ont vu la lumière de l’évangile, et l’ont négligée. Il ne reste plus qu’un état où l’on est livré à toute immoralité et toute superstition.

 

7                        Chapitre 10

7.1   Ch. 10:1

7.1.1        L’ange puissant

Certains se rappelleront une ressemblance déjà soulignée entre les séries des sceaux et des trompettes. Lorsque nous arrivons au sixième, dans l’une et l’autre série, il y a une interruption de nature très intéressante. Nous avons vu qu’après le sixième sceau, il y a eu un tel épisode, non de jugement, mais de grâce — Dieu intervenant en faveur de l’homme, après le bouleversement le plus extraordinaire parmi les hommes et les choses sur la terre ; et non-seulement cela, mais les puissances mêmes des cieux furent aussi ébranlées. Puis nous avons vu qu’au milieu du jugement, Dieu montre qu’Il n’oublie pas d’être miséricordieux ; car il y a le scellement d’un nombre complet d’entre les douze tribus d’Israël, auquel se rajoute la preuve claire et touchante que les pauvres Gentils ne sont pas oubliés. Ainsi, quand le prophète regarde, il voit une grande foule innombrable, de toutes nations, et tribus, et peuples et langues. Ils étaient évidemment délivrés par la grande bonté de Dieu, et sortaient de cette terrible tribulation qui est encore à venir. Puis au chap. 9, nous avons eu la sixième trompette, et, de manière correspondante à ce que nous avons vu pour les sceaux, il y a une interruption entre la sixième et la septième trompette qui n’est annoncée qu’au ch. 11:15. La vision décrite là (ch. 10) est d’un caractère bien marqué et bien extraordinaire, si l’on pense aux visions qui accompagnent toutes les trompettes. Un ange puissant qui paraît être le Seigneur Lui-même descend du ciel. C’est ainsi que nous avons vu dans un précédent chapitre l’ange-sacrificateur devant l’autel d’or, ajoutant le parfum aux prières des saints qu’Il offrait à Dieu. Personne ne s’imaginera, je suppose, que Dieu puisse confier ce service du sanctuaire céleste à une simple créature quelconque. Dans l’Ancien Testament, l’Éternel a occasionnellement revêtu une forme angélique ; et comme ce livre nous ramène en grande partie à ce qui est proche des Écritures juives, c’est peut-être une raison pour laquelle Christ prend ainsi une forme angélique. Comme avant que les trompettes sonnent, l’ange qui donnait le signal pour chacune a été vu sous un caractère sacerdotal, c’est ainsi qu’il apparaît ici revêtu de puissance et préparant la voie au royaume. En conséquence, il est entouré de tout ce qui est de nature à faire ressortir Sa majesté.

 

7.1.2        Revêtu d’une nuée

« Et je vis un autre ange puissant, descendant du ciel, revêtu d’une nuée ». La nuée, comme se le rappelle quiconque est familiarisé avec les idées et les termes de l’Écriture, était le signe bien connu de la présence de l’Éternel. Lorsque le sang de l’Agneau eut été répandu et qu’Israël fut conduit hors du pays de servitude, Dieu Lui-même marcha devant eux comme l’ange de l’alliance, et la nuée en était la forme visible, le gage (Exode 13:21 ; 23:20, 23 ; 40:36, 38 ; Nom. 9:15-23). L’ange que nous avons ici, présente bien des caractères qui semblent indiquer la présence même du Seigneur, revendiquant Son droit de possession du monde entier. On peut rappeler l’exemple remarquable dans le Nouveau Testament même, au temps où fut donnée une petite préfiguration du royaume à venir. Qu’est-ce donc qui rendait témoignage de la présence immédiate de Dieu ? et qu’est-ce qui fit trembler Pierre et Jean, bien qu’ils fussent habitués à la compagnie de Jésus et aux merveilleux effets de Sa puissance ? « Ils eurent peur comme ils entraient dans la nuée », parce que la nuée était le signe particulier et connu de la présence de l’Éternel.

Ici donc, je crois qu’il ne s’agit pas d’une simple créature, mais du Créateur Lui-même qui prenait la forme d’un ange. Cela peut aussi représenter le Seigneur se retirant, si l’on peut dire, de tout ce qui eût été de nature à le lier ouvertement et directement avec Son peuple, et cela pour une raison très solennelle. Son peuple, pendant la durée des trompettes, est supposé avoir perdu — mais pas entièrement toutefois — sa séparation distinctive, et avoir sombré dans le monde, — en sorte que, moralement, Dieu ne peut pas reconnaître d’une manière publique Sa relation avec eux. En Héb. 11, il est dit de certains croyants que Dieu n’a pas eu honte d’être appelé leur Dieu. Hélas ! il y a des saints dont Dieu aurait honte d’être appelé leur Dieu. Il n’en était pas ainsi des premiers patriarches, d’Abraham, d’Isaac et de Jacob : Dieu fut leur Dieu. Mais Il ne se nomme jamais le Dieu de Lot. Cela fait sérieusement réfléchir, et que nos cœurs soient en garde contre tout ce qui pourrait faire que Dieu ait honte d’être appelé notre Dieu. Il a déjà été fait allusion à ceci, quand nous avons remarqué que dans cette série, il n’est jamais parlé du Seigneur comme l’Agneau, tellement le peuple de Dieu se sera mélangé avec les incroyants. Lorsque ces jugements tomberont, les saints auront tristement fusionné avec le monde, en sorte qu’une grande partie des châtiments tombera sur tous les deux à la fois. Souvenons-nous aussi que le Seigneur nous fait connaître les écarts de son peuple afin que nous en soyons avertis. Qu’il est triste de se servir de la prophétie relative à l’infidélité dans le but de justifier celle-ci, et d’attribuer les effets de notre incrédulité à la providence de Dieu !

Au temps des trompettes il y a un silence sinistre quant au peuple de Dieu. Il y a tout juste (9:4) une allusion au fait qu’ils sont exemptés du tourment des apostats ; mais c’est là le seul trait spécifique jusqu’à la parenthèse des ch. 10 et 11. Si vous appliquez les sceaux et les trompettes à l’histoire passée du monde, la signification en est si claire que la plupart des chrétiens profonds sont d’accord pour l’essentiel. Constantin introduisit le christianisme par la force des armes. La conséquence en fut le grand effondrement du paganisme, avec des témoignages de miséricorde, soit dit en passant ; et le septième sceau fut suivi d’un silence d’environ une demi-heure dans le ciel. Il n’y eut pas là d’attente illusoire. Dieu savait qu’on était loin de ce que le monde devînt réellement meilleur par cet étonnant changement, et que tout se terminerait par les effroyables conséquences de l’abus, de la corruption et du mépris de la grâce. Le vaste corps qui avait échangé l’idolâtrie contre la profession du christianisme mûrirait pour le jugement. Ici, le résultat immédiat est l’apparition de ces trompettes. Et puis que voyons-nous ? Dieu a honte de la chrétienté ; le ciel est maintenant dans le silence et pourtant nous savons qu’il y a de la joie au ciel pour un seul pécheur qui se repent. La chrétienté est devenue, extérieurement au moins, un bourbier de formes. Et où est le Rocher du salut ? Hélas ! une fois de plus, il est estimé pour rien.

 

7.1.3        Autres signes distinctifs de l’AngeCh. 10:1-2

C’est en connexion avec cela, me semble-t-il, qu’il n’est plus parlé du Seigneur Jésus comme du Fils de l’homme, et bien moins encore comme de l’Agneau. S’il apparaît ici, c’est sous une forme angélique. Et comme précédemment (afin qu’Il soit bien distingué de tous les autres), Il s’occupait du parfum à l’autel d’or, ainsi que nous Le voyons ici « revêtu d’une nuée » — le signe de la gloire de l’Éternel, — « et l’arc-en-ciel sur sa tête », c’est-à-dire le gage de l’alliance immuable de Dieu avec la création. « Son visage était comme le soleil ». Le soleil est toujours le symbole de la gloire suprême en gouvernement, et le visage de cet ange est dit être semblable au soleil. Il en fut de même sur la sainte montagne (Matt. 17:2), et lorsque Jean vit de nouveau son Seigneur à Patmos (Apoc. 1:16). « Ses pieds comme des colonnes de feu » sembleraient indiquer que la solidité de la « colonne » s’unit au jugement complet et final, selon la figure constante du « feu ». Il pose son pied gauche sur la mer, qui représente les masses informes du monde extérieur, et son pied droit sur la terre, c’est-à-dire cette parti du monde qui est favorisée par un témoignage et un gouvernement divins. En d’autres termes, c’est le droit universel du Seigneur sur les hommes, sur le monde. C’est une déclaration publique de Son droit, non par rapport à l’Église, mais par rapport à la terre : ce n’est pas encore Son investiture effective comme Fils de l’homme, mais une action à caractère providentiel, qui implique une reprise d’un témoignage préparatoire à Sa prise en mains rapide de la domination universelle.

 

7.2   Ch. 10:2 — Le petit livre ouvert

7.2.1        Rappel sur le livre ouvert au ch. 5

Maintenant, il y a un pas de plus à faire. Ce n’est plus comme au chapitre 5, Dieu assis sur Son trône et tenant dans Sa droite le livre scellé, puis l’Agneau ouvrant le livre, comme Celui qui a vaincu pour le faire. Et comment a-t-il vaincu ? Par la mort. Ce n’est pas par une force de créature que l’homme de Dieu est vainqueur. Les victoires qui brilleront avec le plus d’éclat, sont celles qui auront été gagnées en la conformité de la mort du Seigneur Jésus. Dans le cas de l’homme si pauvre, si faible, il y a la vie d’abord, et la mort ensuite, parce que par nature nous sommes morts dans nos fautes et dans nos péchés ; mais dans le cas du Seigneur Jésus, la mort vient en premier, et ensuite la vie de résurrection : voilà le modèle que doit réaliser la foi du chrétien. Notre vie tout entière comme croyants, devrait se dérouler en conformité avec la croix même qui a opéré notre salut ; car la croix est pour nous la puissance de Dieu tout le long du chemin (Gal. 6). C’est Dieu qui nous a donné de souffrir, après quoi vient pratiquement la puissance ; mais celle-ci ne vient peut-être jamais qu’après avoir plus ou moins éprouvé la faiblesse et la souffrance (2 Cor. 12 ; 13:4). Un homme ne peut pas remporter de victoires chrétiennes, tant qu’il n’a pas pris place dans la nudité et l’abaissement devant Dieu. Il faut qu’il soit brisé d’une manière ou d’une autre. Et heureux sommes-nous, si nous sommes brisés dans la présence de Christ ; car si ce n’est là, il nous faudra être brisés en face de nous-mêmes, si l’on peut dire ainsi, et peut-être en face des autres. Toutefois, au chap. 5, Christ ouvre le livre qui était inintelligible à toute pensée d’homme, et Il nous montre, par le moyen des sceaux, certains jugements de Dieu si proches des événements providentiels ordinaires, que nous les aurions à peine tenus pour des jugements si Dieu ne nous avait ainsi dévoilé leur véritable caractère. Mais l’Agneau déploie tout, et nous voyons Dieu à l’œuvre pour introduire le royaume du Premier-né, et mettre l’Héritier en possession effective de l’héritage.

 

7.2.2        Différences entre les livres des ch. 5 et 10

Dans le chapitre que nous étudions, il y a une différence. Ce n’est pas un livre scellé que nous avons, mais un livre ouvert ; et il est aussi insisté sur le fait que c’est un petit livre. Il n’y rien là de mystérieux. Nous sommes arrivés ici à un grand changement dans l’Apocalypse. Au lieu d’avoir, comme jusqu’ici, des évènements qui sont les effets secrets de la main invisible de Dieu, désormais il y a une manifestation de Sa puissance et de Son propos à l’égard de Son peuple. Tout devient parfaitement clair. On n’a plus des sauterelles symboliques ayant un roi (cf. Prov. 30:27), ni des chevaux et des cavaliers étranges en eux-mêmes et par leur nombre. C’est maintenant Dieu agissant ouvertement, rapidement et de manière décisive. Voilà ce qui constitue, je crois, la différence entre les deux livres. Le premier était dans la main de Dieu, et scellé, de sorte que nul ne pouvait l’ouvrir, excepté l’Être béni qui a tout souffert pour la gloire de Dieu. Ici, il s’agit d’un livre ouvert, que le prophète prend de la main de l’ange, et immédiatement après nous n’avons plus les figures secrètes ou énigmatiques des visions précédentes, mais le temple, la sainte cité, les nations la foulant aux pieds — tout cela comme une manifestation évidente que Dieu agit sur les Juifs. Nous avons vu précédemment le sceau appliqué sur un certain nombre d’entre les tribus d’Israël, dispersés, je pense, dans le monde entier. Mais ici (ch. 11), nous arrivons à une plus petite échelle, où ce que Dieu fait est concentré sur Jérusalem, le sanctuaire, l’autel, les adorateurs, les deux témoins, etc., et où ce qu’Il fait est exposé si clairement qu’il n’y a pas à se tromper sur ce que Dieu entend par là. La Bête, comme telle, apparaît également ici, dans son opposition terrible et ouverte contre Dieu et contre Ses serviteurs. Évidemment le Seigneur Jésus montre que le temps approche où Il va prendre toutes choses en main. Ce livre-ci est donc un livre ouvert, parce que tout ce qu’il contient est parfaitement clair ; et c’est un très petit livre, parce qu’il ne s’applique qu’à une période brève et un espace restreint.

 

7.3   Ch. 10:3-7

7.3.1        Ch. 10:3-4

« Et il cria à haute voix comme un lion qui rugit ; et quand il cria, les sept tonnerres firent entendre leurs propres voix. Et quand les sept tonnerres eurent parlé, j’allais écrire, et j’entendis une voix venant du ciel, disant : Scelle les choses que les sept tonnerres ont prononcées, et ne les écris pas » (10:3, 4).

« Le lion rugira-t-il dans la forêt, s’il n’y a de proie ? Le lionceau fera-t-il entendre sa voix de son repaire, s’il n’a pris quelque chose ?... Sonnera-t-on de la trompette dans une ville et le peuple ne tremblera pas ? Y aura-t-il du mal dans une ville, et l’Éternel ne l’aura pas fait ? Or le Seigneur l’Éternel ne fera rien qu’Il ne révèle son secret à ses serviteurs les prophètes. Le lion a rugi : qui n’aura pas peur ? L’Éternel a parlé : qui ne prophétisera ? » (Amos 3). Je ne puis que considérer ce passage du prophète Juif comme illustrant divers éléments de la vision que nous examinons. Dans l’Ancien Testament, le tonnerre est toujours l’expression de l’autorité de Dieu en matière de jugement. Nous sommes appelés à écouter cette déclaration terrible des jugements de Dieu.

 

7.3.2        Ch. 10:5-7 — Plus de délai

Jean allait l’écrire, mais une voix du ciel le lui défend. Il ne devait pas communiquer les détails de ce que Dieu allait faire maintenant. Mais l’ange « leva sa main droite vers le ciel et jura par Celui qui vit aux siècles des siècles, lequel a créé le ciel... qu’il n’y aurait plus de délai, mais qu’aux jours de la voix du septième ange, quand il sera sur le point de sonner de la trompette, le mystère de Dieu sera aussi terminé, comme il en a annoncé la bonne nouvelle à ses esclaves les prophètes » (10:5-7).

On se fait souvent une idée vague, voire fausse, de ces mots « qu’il n’y aurait plus de délai ». Beaucoup s’imaginent que cela signifie que le temps sera alors tout près de finir, et l’éternité de commencer. Mais ce n’est pas du tout là le sens, et cet exemple montre l’importance de chercher la lumière auprès de Dieu. Le sens est que Dieu ne laisserait pas davantage le temps passer sans qu’Il intervienne dans le cours de ce monde. Ce n’est pas que l’éternité dût tout-à-coup commencer, mais qu’il n’y aurait plus de laps de temps avant la dernière sommation de Dieu au monde et l’introduction d’une dispensation nouvelle où Il agira de manière ouverte avec les hommes sur la terre. Depuis la réjection et l’ascension du Seigneur Jésus-Christ, les hommes — « ses concitoyens » — ont envoyé après lui une ambassade, disant, au moins dans leurs cœurs : « Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous ». Telle a été toujours la voix du monde depuis que Christ s’en est allé dans un pays éloigné. Le désir réel de l’homme est de se débarrasser de Christ, et, en général, l’homme croit qu’il en est débarrassé. Aussi n’est-ce pas étonnant qu’il n’aime pas entendre parler de son retour en puissance et en gloire ; car l’Écriture déclare expressément que Christ doit juger l’homme, et l’homme n’aime pas paraître devant son juge. De là vient qu’il éloigne autant que faire se peut, la pensée de la venue de Christ pour juger le péché et les pécheurs. Le Seigneur donne à entendre ici, que sous peu, un terme sera mis au délai actuel. Tout le temps que Christ est loin à la droite de Dieu, il y a suspension de Son jugement. Mais Dieu sympathise profondément avec Son peuple dans la souffrance qu’il endure pendant l’intervalle de la réjection de Christ, et maintenant Il ne permettra plus qu’un pareil état de choses continue davantage — de sorte qu’il y a des signes et des témoignages évidents que le Seigneur vient pour agir contre ses ennemis.

L’ange puissant jure qu’il n’y aurait plus de nouveau délai — non pas avant l’éternité, mais avant le jour du Seigneur. Le délai dont il est ici parlé, c’est le jour de l’homme, et quand celui-ci finit, le jour du Seigneur commence, — jour qui, dans l’Écriture, n’est jamais confondu avec l’éternité, parce qu’il a une fin, tandis que, bien sûr, l’éternité ne peut jamais finir. La force réelle de l’expression, considérée sous toutes ses faces, est bien « qu’il n’y aurait plus de délai ». Et remarquez les paroles du verset suivant : « Mais qu’aux jours de la voix du septième ange, quand il sera sur le point de sonner de la trompette, le mystère de Dieu sera aussi terminé » etc. Ceci contredit d’emblée la pensée que l’éternité doit suivre immédiatement après. Au contraire, après ceci, le millénium complet vient ; après le millénium, une courte période, et ensuite l’éternité. Quelquefois les âmes sont empêchées d’entrer dans la vérité de Dieu par un seul petit mot, et je crois que tel a été le cas pour ce passage. Souvent, lorsqu’une légère obscurité est éclaircie, des monceaux de difficultés disparaissent.

 

7.3.3        Ch. 10:7 — Le mystère de Dieu

Dieu mettra donc un terme au délai actuel : « le mystère de Dieu » sera alors terminé. Ceci me paraît désigner le secret par lequel Dieu a permis à Satan d’avoir son propre chemin, et à l’homme aussi ; c’est-à-dire, cette chose étonnante de voir le mal prospérer et le bien foulé aux pieds. Dieu, sans doute, réprime le mal dans une mesure, en partie par le moyen du gouvernement humain, et en partie par Ses propres actions providentielles. Et en vérité, c’est une immense grâce qu’il y ait de tels freins à la malice de ce monde ; car sans cela, qu’adviendrait-il quand, au milieu même des freins de la providence de Dieu, la méchanceté triomphe si souvent, et la piété est si souvent jetée à terre ? Toutefois il y a une influence du mal qu’aucun gouvernement ne peut déraciner, et le bien qui existe est démenti, en sorte qu’il a relativement peu d’influence. Voilà ce qui nous parait si mystérieux, lorsque nous connaissons Dieu et savons combien Il hait le mal. Mais cela va bientôt finir. Dieu est près de porter la main contre tout ce qui Lui est contraire, d’introduire tout ce qui a été promis dès le commencement, et de mettre le sceau de son approbation sur ce qui aura été fait selon Lui. Et cela, Il va le faire par Son Fils. Celui que l’homme a méprisé et rejeté, est Celui-là même que Dieu enverra pour mettre fin à la confusion actuelle et ranger toutes choses dans un ordre resplendissant de sainteté et d’harmonie.

 

7.3.4        Le mystère de Sa volonté — Éph. 1:9

Il ne faut pas confondre « le mystère de Dieu », avec le mystère de Sa volonté (Éph. 1:9). Ce dernier est ce qui a toujours été près de Son cœur, car il renferme non seulement la gloire de l’Église, mais celle de Christ. Il est « selon son bon plaisir, lequel il s’est proposé en Lui-même » ; il n’y a personne qui l’ait suggéré. C’est le fait de Sa propre volonté. Et quel est le mystère de Sa volonté ? « Qu’en l’administration de la plénitude des temps, il réunit en un toutes choses dans le Christ, tant les choses qui sont dans les cieux que celles qui sont sur la terre, en Lui ». Toutes ces choses que Satan a maintenant dispersées, seront réunies en un, sous Christ. Alors la bonté et la vérité se rencontreront, la justice et la paix s’entre-baiseront (Ps. 85:10). Ceci est vrai du croyant dès à présent, dans la mesure où il s’agit de sa propre réconciliation avec Dieu. Satan insinue bien ceci : Comment serait-ce vrai, en présence de tant de mal au-dedans ? C’est là une chose qui pénètre droit à la conscience de l’homme qui doute de Dieu, et même de celui qui croit Dieu, s’il regarde à lui-même. Quand je regarde à moi, de pareils doutes peuvent bien s’élever, mais jamais si je ne regarde qu’à Christ. Christ seul a le droit de me donner du repos devant Dieu. Christ seul peut dissiper les vagues et les vents. Satan a dressé l’homme contre Dieu de toute manière, même contre la bonté qui provient de Lui ; mais Dieu ne va pas permettre au mal de dépasser une certaine limite. Quoiqu’il soit permis à Satan, par son opposition, de se mettre en travers des plans de Dieu dans le temps actuel, cependant toutes les voies dans lesquelles Dieu a agi sur la terre depuis le commencement, sont destinées à triompher, et à triompher toutes ensembles à la fin (Osée 2:21-23). Ainsi l’homme a été établi en Adam, le gouvernement a été mis entre les mains de Noé, l’appel de Dieu a été donné à Abraham, il y a eu la longue et patiente épreuve de la loi, et finalement, il y a la mission de Son Fils et de Son Esprit. Toutes ces choses ont été, pour ainsi dire, des courants venant de Dieu et qui ont coulé à travers cette terre. Ils ont été corrompus ou repoussés par l’homme dès le commencement, et par la puissance de l’ennemi, les hommes abuseront de ces voies de Dieu, pour amener la conspiration la plus audacieuse et la plus fatale que le monde ait jamais vue — Satan et l’homme associés contre Dieu qui permettra à tout ce mal de venir au jour, et Dieu alors y mettra fin par le jugement. C’est là l’achèvement du mystère.

Mais ce qui est appelé « le mystère de sa volonté », n’est pas le sujet de la prophétie. Christ sera le chef de toute bénédiction, et Il rassemblera toutes choses dans une unité de bénédiction sous Sa propre primauté, — tout ce que Satan s’est efforcé de gâter. Tout ce que Dieu fit à l’origine était simplement dans une condition d’innocence ; mais ce que le Seigneur Jésus opérera à la fin, la réconciliation de toutes choses, sera hors d’atteinte de la puissance de Satan. Toutes choses seront réunies en un, en Christ le Chef. Laissez-moi encore établir un autre point. Dans ce mystère de la volonté de Dieu, nous n’allons pas seulement être bénis sous Christ, mais pour avoir le plein caractère de la bénédiction, nous sommes bénis avec Lui. C’est ce que nous avons dans l’épître aux Éphésiens : nous ne sommes pas une sorte d’héritage pour Christ, mais nous sommes cohéritiers avec Lui. Dans ce grand mystère de Dieu en Christ, il y a deux pensées — la primauté universelle de Christ, et l’union de l’Église à Christ. L’idée que nous devions être réunis en un sous la puissance de Christ, n’existe pas ; mais toutes les choses créées sont destinées à être réunies sous Sa primauté, et, pensée merveilleuse ! l’Église est appelée à partager toute cette gloire avec Lui. Il ne s’agit pas de ce qui appartient à Christ comme personne divine, mais de ce qui Lui revient comme récompense de la rédemption. Et cette œuvre même Lui donne le droit de conférer cette gloire à quiconque Dieu veut. L’Église est unie comme le corps, et l’épouse de Celui qui est Seigneur de tout. Elle est l’Ève du second Adam. En Éph. 5, l’apôtre Paul traite particulièrement la dernière partie de ce sujet. Christ doit se la présenter l’Assemblée à Lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable. Le grand mystère, ici dévoilé, c’est la proximité, l’amour, l’intimité de la relation d’époux à épouse entre Christ et l’Église.

 

7.3.5        Le mystère de Dieu dans les Colossiens

Dans l’épître aux Colossiens, vous avez la même chose rapportée (Col. 2:2) : « Pour la connaissance du mystère de Dieu ». Il est parlé en Colossiens 1:26 d’un certain grand mystère. Le terme mystère signifie un secret ; ce peut ne plus être un secret maintenant, mais ce mot indique que la chose en question en a été un. Quand il y a quelque chose que les gens ne comprennent pas, on est porté à dire : « c’est un mystère ». Mais dans l’Écriture ce terme désigne une vérité que Dieu a tenue cachée, mais qui ne l’est plus désormais ; quelque chose que les saints ne connaissent pas comme hommes, ou comme Juifs, mais que Christ devait leur apprendre comme chrétiens. Au verset suivant, il apparaît une autre déclaration (Col. 1:27) : « Auquel Dieu a voulu donner à connaître quelles sont les richesses de la gloire de ce mystère parmi les nations, c’est-à-dire Christ en vous, l’espérance de la gloire ».

Si nous prenons les prédictions faites au sujet de Christ dans l’Ancien Testament, c’est une erreur d’appeler cela un mystère, car elles étaient largement assez claires. Que proclamaient les prophètes Juifs ? La venue d’un Messie qui devait régner sur eux, et qui associerait le salut avec le fait d’être un « grand Roi ». Ce qu’ils ne comprenaient pas, quoique ce fût révélé, c’était Son humiliation et Sa mort. Il a été pour eux une pierre d’achoppement. Mais le mot « mystère » n’est jamais appliqué à la mort et à la résurrection de Christ. Ce n’était pas du tout un secret, mais c’était au contraire clairement prédit en Ésaïe 53 ; Ps. 16, 22, 69, 106 et en beaucoup d’autres passages.

Ce qui était un mystère, c’était que, pendant le rejet de Christ par son peuple et pendant le temps de Son exaltation dans le ciel, Dieu Le ferait devenir la tête d’un corps céleste, choisi par Sa grâce d’entre tous, Juifs et Gentils. Cela n’était pas traité dans l’Ancien Testament. Il y avait certaines choses que nous pouvons maintenant montrer comme en étant des types ; mais ces choses n’eussent jamais projeté la moindre lumière sur cette vérité, si le mystère n’avait pas été donné à connaître. Dans ce temps-là, il n’y avait rien, même comme prédiction, qui ressemblât à l’état de choses actuel de Juifs et Gentils, bénis ensemble en un seul corps ; et voila la raison pour laquelle c’est appelé « le mystère caché dès les siècles et dès les générations ». C’était un secret caché en Dieu, auquel les prophètes ne touchèrent pas. Lorsque les Juifs auront leur Messie, ce ne sera pas comme l’espérance de la gloire, mais comme étant Celui-là même qui introduit la gloire. Lorsque sera venu le temps de bénédiction qu’ils attendent, il n’y aura pas de doute là-dessus, car tout sera manifesté, tant pour les amis que pour les ennemis ; ce ne sera pas davantage une espérance, mais l’accomplissement effectif de la gloire au milieu d’eux. Mais maintenant Dieu opère parmi les Gentils une œuvre d’un caractère spécial, tandis que les Juifs sont rejetés. Les Gentils ont Christ actuellement, non pas comme apportant la gloire visible sur la terre, ainsi que ce sera le cas bientôt parmi les Juifs ; mais ils ont Christ en eux, l’espérance de la gloire toute prochaine, et cela dans le ciel.

 

7.4   Le mystère de Dieu au ch. 10:7 — Ch. 10:8-11

Il est possible que le terme « le mystère de Dieu » soit employé dans notre chapitre (10:7), parce que c’est spécialement pendant le temps de la non-intervention de Dieu à l’égard du monde, que Dieu a produit ce merveilleux secret concernant Christ et l’Église. Ici c’en est fini de ce temps-là. Toutefois ce mystère par lequel il est permis au mal de prospérer, — cette passivité de Dieu par laquelle il n’empêche pas que le mal ait la haute main, et que le bien soit foulé aux pieds, — se continue pour un certain temps. Ceci prendra fin bientôt, comme Il en a déclaré la bonne nouvelle à Ses esclaves les prophètes. La voix parle de nouveau et dit : « Va, prends le petit livre ouvert qui est dans la main de l’ange » etc. (10:8). En conséquence, Jean prend le livre, et après l’avoir dévoré, il le trouve dans sa bouche doux comme du miel, mais lorsqu’il en sonde le contenu et en digère les résultats, quelle amertume au-dedans ! Ainsi en est-il et en sera-t-il. Quand nous voyons comment Dieu accomplira tout, nous devons être peinés en pensant à ce qui est réservé à l’homme, comme nous devons l’être, en effet, quand nous savons sa persévérance à se rebeller contre Dieu, et à mépriser même la miséricorde dont il est l’objet.

Que le Seigneur nous accorde que soit imprimé sur nos cœurs ce dont Il s’est servi pour débarrasser notre état de tout principe terrestre et pour réveiller un juste sentiment de l’excellente dignité de la position qu’Il nous a donnée ! Personne n’est dans une position d’aussi grande responsabilité que ceux qui sont occupés des choses célestes. Et ne supposons pas qu’une position quelconque ou même la vérité, puissent d’elles-mêmes garder une âme : rien ne le peut, sinon l’Esprit de Dieu. Et jamais l’Esprit de Dieu ne gardera une âme, là où il n’y a pas de dépendance et où le moi n’est pas jugé. Il est venu pour glorifier Christ. Que le Seigneur nous accorde de veiller et de prier ! Car, tandis que la vérité a pour but de séparer du monde, cependant là où l’on en abuse, et qu’elle dégénère en connaissance qui enfle, on est préparé pour les pires résultats.

 

7.5   Accomplissement d’Apoc. 10

7.5.1        Des accomplissements passés ?

Il reste, comme à l’ordinaire, à ajouter quelques mots sur la mesure d’accomplissement que cette vision parenthétique a déjà reçue dans le passé. Je ne suis pas disposé à mettre en doute qu’elle ait trait, dans son application générale, à cette merveilleuse et divine intervention : la Réformation. L’empire d’Orient avait depuis quelque temps succombé à la furieuse attaque des Turcs. L’Occident n’était pas un brin moins impénitent et moins imprégné d’idolâtrie et d’imposture que lorsque cette lumière subite resplendit d’en-haut sur l’Europe étonnée. La grâce de Christ avait certes été profondément réalisée ou réfléchie dans la Réformation. Le témoignage de son principal conducteur, Luther, s’exprimait d’une manière qui ressemblait plus aux éclairs et aux tonnerres de Sinaï, et il tenait trop souvent de la terre plus que du ciel. De fait, c’est ce caractère relativement terrestre qui fait que les tenants de l’école historique trouvent tant de coïncidences apparentes entre cette grande œuvre et la vision qui est devant nous. C’est justement parce que Luther s’est si fortement rapproché, non de la ligne de ministère de Paul, mais du témoignage prophétique de Jésus, lequel doit être rendu par les témoins du dernier jour, qu’il y a tant de points communs entre le caractère de sa vie et la tendance de ses travaux, et les prédictions de ce que ces témoins doivent enseigner, faire et souffrir bientôt. L’idée de comparer cette vision avec la propagation de l’évangile et la formation de l’Église à la Pentecôte, est, je ne puis penser autrement, une erreur fort grossière.

 

7.5.2        Des rapports avec Malachie 4

De plus, est-il vrai qu’il n’y a dans la vision aucun détail auquel la Réformation ne réponde exactement ? Le resplendissement du Soleil de justice implique-t-il une nouvelle publication de Son évangile ? Je ne doute pas que la pleine signification de la vision ne renferme un témoignage public à l’arrivée du « jour » ; mais pour cette raison même, l’évangile de la grâce est exclu, ainsi que peut le voir toute personne spirituelle qui examine sans préjugé Malachie 4. Car l’essence de l’évangile est que par lui, Dieu justifie l’impie et sauve le perdu ; au lieu de lire en Mal. 4 : « Et pour vous qui craignez mon nom [c’est-à-dire : le résidu pieux d’entre les Juifs], se lèvera le soleil de justice ; et la guérison sera dans ses ailes ; vous sortirez et vous prospérerez comme des veaux à l’engrais. Et vous foulerez les méchants, car ils seront de la cendre sous la plante de vos pieds, au jour que je ferai, dit l’Éternel des armées. Souvenez-vous de la loi de Moïse, mon serviteur ». Il peut y avoir une certaine ressemblance entre ceci et les buts et la carrière (non pas l’issue toutefois) des Réformateurs les plus belliqueux ; mais dans la proportion même de cette ressemblance, c’est l’opposé de l’évangile, ou de la conduite pratique qui en découle, et qui lui est conforme.

 

7.5.3        L’Église n’est pas en vue, mais Christ faisant valoir Ses droits sur la terre

En outre, la nuée rappelle la délivrance d’Israël, comme l’arc-en-ciel rappelle l’alliance établie avec la terre, lorsque le gouvernement fut institué ; les colonnes de feu représentent la fermeté judiciaire ; et la voix forte comme celle d’un lion qui rugit, est la frappante et terrible affirmation des droits du Seigneur, précédée de l’acte significatif revendiquant le monde entier, et suivie de l’expression complète de la puissance de Dieu. Toutes ces choses, y compris le petit livre ouvert (lequel paraît signifier la prophétie connue relativement à la cité et au temple), sont des figures qui s’accordent pleinement avec la reprise prochaine des relations du Seigneur avec Jérusalem et les Juifs, et le monde en général ; mais aucune de ces figures, dans tout ce qu’elles impliquent, ne me parait ressembler à l’évangile de la grâce de Dieu. Le ciel et l’Église sont entièrement hors de la vision ; il est question d’un peuple terrestre, et partant, de rois et de nations ; c’est la reprise, non pas de l’évangélisation, bien moins encore de l’édification du corps de Christ, mais du témoignage prophétique ici-bas. Le décret est publié. Le roi oint de l’Éternel est sur le point de prendre Sion, la montagne de Sa sainteté, et même les nations pour Son héritage, et les bouts de la terre pour Sa possession. Il n’a plus à faire des demandes au Père concernant les fils célestes, mais concernant le monde lui-même — Il n’a plus à se sanctifier par la vérité pour associer avec Lui-même en haut (Jean 17), mais Il doit briser les peuples avec une verge de fer, et à les réduire en pièces comme les vases du potier. « Maintenant donc, ô rois, soyez intelligents ; juges de la terre, recevez instruction » (Ps. 2). Voilà évidemment à quoi se rapporte la scène qui nous occupe. Tel est l’ordre de faits auquel elle sert de prélude. Si les Réformateurs avaient compris la haute vocation des saints, et la nature, le caractère et les conséquences de notre union avec Christ dans les lieux célestes, il y aurait eu contraste et non analogie avec la vision. De fait, ce fut, je le répète, l’effet de leur manque d’intelligence spirituelle comme chrétiens, et leur ressemblance aux Juifs pieux, qui imprimèrent à leur œuvre la ressemblance qu’on y trouve avec la scène que nous examinons.

 

7.5.4        Appréciation des opinons d’autres commentateurs

Enfin, essayer d’établir une complète correspondance entre cette scène et la Réformation, c’est au moins en tordre le sens, et je pourrais presque dire, tomber dans l’absurde. Car dans son empressement à appliquer le principe des allusions, comme on l’a nommé, l’auteur des Horae Apoc. (Elliott), n’aperçoit pas même le lien des sept tonnerres avec Christ. Ce serait perdre une trop bonne occasion de faire allusion aux foudres du Vatican. Mais ici, chose étrange à dire, et en opposition, me paraît-il, avec le principe même invoqué, M. Elliott enlève ces tonnerres à Celui qui est le personnage principal de la vision et les applique exclusivement au Pape ! Le raisonnement sur lequel on appuie la proposition, si monstrueuse pour tout esprit qui n’est pas sous le préjugé écrasant d’un système, — ce raisonnement me paraît manquer absolument de base, tout en n’étant pas indigne de l’ingéniosité bien connue de M. Elliott.

1.                     La faculté possédée par les tonnerres de faire entendre leur voix, n’est pas dépourvue de précédent dans ce livre (6:1), et de plus, les trompettes sont dites avoir cette même faculté aussi (8:13). Comparez aussi 16:7, pour l’autel. Le parallèle supposé en Jean 12:28, n’est certainement pas en faveur des oracles papistes.

2.                     Le pronom réfléchi implique sans nul doute que les voix étaient bien proprement les leurs, les sons propres aux tonnerres dont il est parlé ; mais qu’elles fussent en opposition avec le cri de l’ange, semblable au cri d’un lion qui rugit, c’est une conclusion extravagante. Quoi que l’on pense de la théorie d’une allusion à Léon X, même dans ce cas, l’analogie par rapport à toutes les autres visions est en faveur de l’idée que cela indique directement la parfaite expression de la puissance divine, comme un sceau de Dieu sur l’affirmation que l’ange fait de son droit.

3.                     Il me paraît presque effrayant d’avancer que la proposition « ne les écris pas », implique que les voix n’étaient « pas les véritables paroles de Dieu, mais plutôt une fausseté et une imposture » (H. A. vol. 2, p. 105). La raison véritable est très simple. Ce que nous avons ici, c’est le fait général que « la voix de l’Éternel » fait écho aux droits que Christ fait valoir à la possession du monde ; les détails ne doivent pas être écrits. L’apôtre Paul fut ravi dans le Paradis pour entendre des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à l’homme d’exprimer. Le prophète Jean allait écrire ce que les tonnerres annonçaient, mais la voix du ciel commande que ces choses soient scellées, et ne soient pas écrites — ce qui est une manière de faire des plus extraordinaires, si les paroles des voix sont supposées être les faux décrets de Rome, mais bien en harmonie avec cette conclusion que d’autres choses seraient encore révélées, avant que la puissance de Dieu s’exerce et que les droits de Christ prévalent par le jugement.

4.                     De là vient que je rejette entièrement, comme un corollaire de l’erreur précédente, l’idée qu’il y ait ici une allusion aux sept collines de Rome. Jusqu’ici, l’emploi du nombre sept dans l’Apocalypse a été entièrement indépendant de ce signe local, qui n’apparaît qu’au ch. 17 où le contexte prouve que Rome est en question. Ici, pour la même raison du contexte, les collines romaines sont une intrusion, et l’idée de plénitude est le seul sens naturel.

5.                     Cette remarque explique aussi la présence de l’article comme dans le cas des sept anges (chap. 8) qui, je le présume, n’ont pas de rapport spécial avec cette ville. Quant à l’opinion que ce n’est qu’aux bulles papales que les sept tonnerres apocalyptiques aient jamais été appliqués, elle est naturelle à la région d’où elle vient ; mais quand l’écrivain ajoute : « ou puissent jamais l’être », il dépasse, pensé-je humblement, les limites de la sagesse et de la modestie. Nul de nous n’est la mesure de la connaissance divine, ni de celle que le Seigneur peut accorder. De plus, je confesse, moi tout le premier, mon incapacité à discerner, même aidé de l’argumentation particulière des Horae, la liaison spéciale du serment de l’ange, avec les convictions puissantes des pères de la Réforme ou de leurs enfants protestants. Savonarole et d’autres avant lui, paraissent avoir été plus occupés de la proximité du royaume de Christ, que ne l’ont été Luther et ses collaborateurs. Ce qu’attendait le grand réformateur allemand, était plutôt la destruction du royaume du Pape par la parole seulement, et cela fondé sur le sens qu’il donnait à Daniel, autant qu’à l’apôtre Paul, c’est-à-dire, me semble-t-il, en contraste avec le livre ouvert et l’annonce si solennelle de l’ange. Mélanchthon n’a pas fait mieux que Luther quand il a appliqué Daniel 7 au mahométisme, et Daniel 8 au papisme. Je ne puis davantage admettre que la prophétie, telle qu’adressée à Jean et prêchée par les deux témoins, ou par n’importe qui d’autre, soit simplement l’acte d’exposer les Écritures et d’exhorter par elles, ainsi que le fait tout fidèle ministre de l’Évangile. En outre, prétendre que dans cette expression : « Va, prends le petit livre », et dans cette autre : « Il faut que tu prophétises encore », nous devons voir (et cette fois, cela va sans dire, non plus par allusion, mais réellement) une sorte de préfiguration de l’ordination des diacres pour annoncer l’évangile ou exercer le ministère chrétien, et la prise en main du Nouveau Testament pour le traduire en langue vulgaire ; et plus encore, que l’apôtre Jean en tant que représentant les ministres fidèles de la Réforme à cette époque, implique que ceux-ci se trouveraient dans le fil de la succession apostolique — prétendre et soutenir de telles choses, me fait plutôt l’effet de jouer avec les sentiments que de s’occuper d’un exposé sérieux de ce chapitre.

 

7.5.5        Conclusion sur l’application de l’Apocalypse

Essayer d’appliquer les détails au passé, trahit que le système protestant exclusif n’est pas satisfaisant. Qu’il y ait un rapport de l’Apocalypse avec l’histoire passée, assez précis pour faire voir qu’une œuvre telle que la Réformation n’avait pas été méconnue de Dieu, je l’ai déjà admis dans une application de l’Apocalypse à une longue période. Mais l’entier accomplissement littéral de toutes les paroles du livre n’aura lieu qu’à la fin de notre ère.

 

8                        Chapitre 11

8.1   Ch. 11:1

Dès l’instant où Dieu commence à agir ouvertement à l’égard de la terre, Israël entre bien sûr en première ligne, puis viennent les Gentils en connexion avec Israël (Deut. 32:8, 9). Nous avons eu les douze tribus dans la dispersion, et un nombre déterminé d’entre elles, scellé ; mais ce sont la Judée et Jérusalem qui forment surtout le premier plan du tableau que nous voyons ici : « Lève-toi », est-il dit au prophète, « et mesure le temple de Dieu, et l’autel, et ceux qui y adorent ». Ici, l’autel correspond clairement, je pense, à l’autel d’airain ; car l’autel d’or était à l’intérieur du temple. « Ceux qui y adorent » sont des personnes caractérisées par leur proximité avec Dieu. L’autel est l’expression d’un accès véritable auprès de Dieu, et ces personnes ont été approchées de Lui. C’était le lieu de l’holocauste qui marquait l’acceptation de l’individu. Or, ceci nous montre que Dieu reconnaît ici un certain nombre d’entre le peuple sur la terre, comme capable de s’approcher de Lui. « Mesure le temple » etc. indique et détermine, je suppose, la portion que Dieu s’appropriait pour Lui-même (11:1).

 

8.2   Ch. 11:2

« Et le parvis qui est en dehors du temple, rejette-le, et ne le mesure point, car il a été donné aux nations, et elles fouleront aux pieds la sainte cité 42 mois » (11:2). Les Juifs sont reconnus de Dieu dans une mesure ; et par conséquent, il est parlé de leur ville comme étant la sainte cité, et des Gentils comme étant ceux qui la souillent en la foulant aux pieds.

 

8.2.1        La période de 42 mois

Mais avant d’aller plus loin, il est important de rechercher s’il est fait allusion ailleurs dans l’Écriture, à cette période dénommée ici période de « quarante-deux mois ». Il est évident que le livre de Daniel dans l’Ancien Testament, est celui qui correspond le plus à l’Apocalypse dans le Nouveau. Nous trouvons en Daniel la mention d’une période de trois ans et demi, appelée dans un langage mystique : « un temps, des temps et une moitié de temps ». Voyons Dan. 7. Nous y trouvons les puissances Gentiles représentées par des bêtes sauvages, qui ont partiellement quelques ressemblances dans la nature. Il y a un lion avec des ailes, et un ours ; un léopard portant quatre ailes est le témoin de la rapidité de conquêtes qu’on verrait dans la puissance représentée par cette bête. Chacun sait que dans l’antiquité, jamais on n’a vu un empire s’étendre par des conquêtes rapides comme l’empire Macédonien [grec] sous Alexandre ; et non seulement cela, mais il avait des racines profondes, de telle sorte que même à ce jour, on en voit des restes, et ceux-ci n’apparaissent pas comme des restes exhumés, pour ainsi dire, mais ils se montrent par des effets vivants. La quatrième bête était d’un caractère composé, différente de tout ce qu’on avait vu auparavant. Elle avait dix cornes sur sa tête ; et après ces dix cornes, et au milieu d’elles, le prophète vit une autre petite corne qui montait. Cette dernière prend la place de trois autres cornes, et devient le grand objet dont l’Esprit de Dieu est occupé, non pas, bien sûr parce que quelque bien s’y rattache, mais à cause de sa mortelle hostilité contre Dieu et contre les Siens. Daniel voit plus particulièrement cette corne sous son caractère politique, et l’Apocalypse la présente plutôt sous son caractère politico-religieux. C’est avec ce quatrième empire, la bête romaine, et en relation avec les Juifs, qu’est donnée la période de « un temps, des temps et la moitié d’un temps ».

 

8.2.2        Le « vrai » Antichrist

Il est complètement aberrant de séparer la Judée de ces passages, et de vouloir y introduire Rome. Mais la cause en est manifeste. Les hommes se sont tellement occupés des controverses entre le protestantisme et le papisme, qu’ils ont naturellement cherché à découvrir dans l’Écriture quelque chose touchant le pape ; et voyant quelqu’un de plus méchant que n’importe quel autre (l’Antichrist), ils en ont conclu que l’Antichrist et le pape étaient un seul et même individu. Or, il est vrai que l’un et l’autre font des choses semblables jusqu’à un certain point. Mais en examinant les Écritures, vous trouvez que l’Antichrist prend place en Judée et en relation avec le peuple Juif, d’une manière que le pape n’a jamais faite. Je ne dis pas que le pape ne puisse pas agir ainsi ; mais il est impossible d’appliquer pleinement et exclusivement au pape comme tel ce qui est dit de l’Antichrist. Il y a un système à venir d’iniquité, et à la tête de ce système un personnage à venir, qui s’élèvera contre Christ dans Sa gloire et Ses droits juifs, et qui unira le pouvoir politique à la prétention religieuse, et cela dans la ville du grand Roi. Il y a beaucoup d’antichrists, c’est vrai, et l’on peut avec raison regarder le pape comme l’un d’eux, mais non pas comme lAntichrist qui doit venir. Celui-ci est réservé pour le temps qui précèdera immédiatement l’apparition de Christ venant du ciel. Il essaiera personnellement de contrefaire le Seigneur Jésus et de s’opposer à Lui, et il sera personnellement renversé par Lui. On devrait être préparé à cet événement ; mais on s’imagine, au contraire, que la papauté est le dernier antichrist, et qu’elle devient si décrépie, qu’elle est bien près de descendre dans la tombe. Mais la Bible enseigne clairement que le développement le plus haïssable de l’iniquité est encore à venir, et que, lorsqu’il arrivera, il n’entraînera pas seulement les pays papistes, mais aussi les pays protestants, et les Juifs eux-mêmes dans ses tromperies fatales.

 

8.2.3        Antichrist selon Daniel 7

En Dan. 7, il est dit de la petite corne qu’elle proférait de grandes choses contre le Très-haut, et qu’elle consumerait les saints des lieux très-hauts, et qu’elle penserait changer les saisons et la loi, et que celles-ci seraient livrées en sa main jusqu’à un temps, des temps et une moitié de temps (Dan. 7:25). Or, il me paraît parfaitement clair que « les saisons et la loi » dont il est question ici, sont ceux avec lesquelles le prophète Daniel était familier. Les « saisons » ont trait aux fêtes d’Israël, et la « loi » avec l’ordre ou le rituel juif. Les saints des lieux très-hauts sont ceux que le prophète connaissait, et auxquels il s’intéressait ; cette expression vise, comme au ch. 12, « les fils de ton peuple » (c’est-à-dire du peuple auquel appartenait Daniel). Ceci montre qu’il y est parlé ici d’un ennemi spécial du peuple de Dieu en Judée, qui surgira en ce jour-là. Il se mêle aux Juifs au moment où ils commencent à être reconnus de Dieu dans une mesure. Ce pouvoir inique consume les saints des lieux très-hauts et pense changer les saisons et la loi ; celles-ci seront livrées en sa main. Ce ne sont pas les saints qui sont livrés entre ses mains, car Dieu ne les abandonne jamais à l’ennemi : Il peut permettre qu’ils soient tourmentés pour un temps, mais Il ne les abandonne jamais. Ce sont les saisons et la loi qui sont ainsi livrées pour un temps, parce que la nation n’est pas pleinement reconnue avant la venue du Messie. Les saisons et la loi lui sont donc livrées pour « un temps, et des temps et une moitié de temps ». Il s’agit de la même période que dans les 42 mois, qui donnent exactement le même laps de temps, si l’on admet qu’« un temps » signifie une année.

 

8.2.4        Les semaines de Daniel 9

En Daniel, chap. 9, vous avez une autre désignation de temps, les fameuses 70 semaines. « Et après ces 62 semaines, le Messie sera retranché et n’aura rien » (Dan. 9:26 ; notez le « ces » qui fait que les 62 semaines se rajoutent aux 7 précédentes) ; c’est-à-dire qu’après 69 des 70 semaines, le Messie est retranché et n’a rien. Alors, par suite de ce retranchement, une interruption a lieu. Toutes les semaines ne sont pas écoulées. Il en reste une, la dernière, à accomplir ; elle est gardée à part, comme un maillon arraché à la chaîne qui précède. Vous remarquerez qu’après la mort du Messie, le Prince, il est fait allusion à un autre prince encore à venir, lequel est évidemment un prince ennemi, un prince du peuple romain. La grande méprise dans laquelle beaucoup sont tombés, c’est que ce prince serait Titus, qui est venu et a pris la ville de Jérusalem ; mais il n’en est pas ainsi. Le verset 26 ne déclare pas que le prince détruirait, mais que « le peuple du prince qui viendra détruira la ville et le lieu saint », et c’est ce qu’ils ont fait. Les Romains vinrent sous ce général. Mais lorsqu’il est parlé du : « peuple du prince qui viendra », cela donne clairement à entendre, à mon avis, qu’un certain grand conducteur viendrait après, — un prince en rapport avec l’empire romain. Son peuple devait venir en premier, ce qui eut lieu sous Titus ; ensuite, le prince lui-même vient, ce que je crois être encore futur. Car remarquez bien que la destruction passée de la ville et du lieu saint, n’est pas du tout comprise dans le cours des 70 semaines. Elle a lieu après la 69ème et avant que la 70ème commence. Il y a eu, pour ainsi dire, une chaîne de 69 semaines d’années jusqu’à la mort de Christ ; elle fut alors rompue. Il restait un maillon important de la chaîne, la 70ème semaine. Que devient ce maillon ? Le dernier verset le reprend, et il en ressort assez clairement que cette 70ème semaine a affaire, non pas avec Christ, mais avec Son ennemi (l’Antichrist) qui sera manifestement en relation avec le peuple romain, et aussi avec les Juifs. Notez qu’au v. 26, après les 62 semaines ajoutées aux 7 qui les précèdent, c’est-à-dire après que le Messie est retranché, il n’est plus fait mention des semaines. Dans ce qui vient ensuite nous n’avons pas de date, jusqu’à ce que nous arrivions au vers. 27 ; c’est la preuve que ce qui survient entre deux n’est pas compté comme faisant partie de la suite continue des semaines. « Et la fin en sera avec débordement, et jusqu’à la fin il y aura guerre, un décret de désolations ». La ville et le lieu saint ont été depuis longtemps détruits ; mais les désolations durent « jusqu’à la fin », et elles se poursuivent encore.

 

8.2.5        Le mélange impossible des Juifs et des Gentils

Jusqu’à ces derniers temps (*), parmi tous les peuples de la terre, c’était les Juifs qui avaient le plus de mal à entrer dans le pays. J’admets qu’il y a un changement dans les dispositions des nations envers Israël. Certains parmi les Gentils semblent oublier que les Juifs sont sous un jugement spécial de Dieu. Sans doute ce n’est pas une excuse pour traiter ce peuple avec dureté, mais c’est une raison sérieuse pour laquelle les hommes ne devraient pas se mêler politiquement avec eux. Pour les Juifs, se mêler ainsi avec les Gentils est une sorte d’apostasie ; et pour les Gentils, c’est mépriser le jugement de Dieu et finalement l’attirer sur eux. On découvrira que Dieu ne peut pas être avec une telle union. Je crois que lorsque les Gentils auront entièrement perdu la pensée de l’élection divine des Juifs, c’est alors que la main de Dieu confondra leurs desseins, et qu’Il interviendra pour faire sortir Son peuple distinctement et séparément de tous les autres, d’abord pour le jugement et ensuite pour la bénédiction. Quand tout semblera tranquille et prospère, Dieu fera échec aux projets de l’homme, car Il n’a pas rejeté Israël à toujours. Les Juifs peuvent avoir abandonné Dieu et s’être amalgamés aux Gentils, mais Dieu n’oublie jamais qu’Il a choisi les pères et qu’Il a fait des promesses quant aux enfants. Il est vrai que les Juifs ont pris la responsabilité d’être Son peuple et ont misérablement manqué à remplir leurs obligations ; mais Dieu ne manque pas à l’accomplissement de Son dessein. Lorsque les marins Gentils mirent Jonas à bord de leur navire, Dieu résolut de l’en faire sortir, et s’ils ne l’eussent pas jeté dans la mer, Dieu aurait brisé leur navire pour en faire sortir Son prophète et l’avoir à Lui dans Son œuvre. Ainsi en sera-t-il au jour qui approche rapidement.

 

(*) Note Bibliquest : écrit en 1871

 

8.2.6        Ésaïe 18 — le regain d’antisémitisme

En Ésaïe 18, on trouve qu’il doit y avoir une restauration partielle d’Israël par la puissance Gentile, principalement au moyen d’une certaine puissance maritime « qui envoie des ambassadeurs sur la mer ». Ils pourront ramener une partie des Juifs dans leur terre, mais les Juifs seront encore en état de rébellion et d’incrédulité. Tout paraît florissant, mais soudain il survient un fléau de la part de Dieu. De façon tout à fait inattendue, Dieu permettra que l’ancienne inimitié des Gentils contre les Juifs se réveille, ainsi qu’il est écrit : « Les oiseaux de proie passeront l’été sur eux, et toutes les bêtes de la terre passeront l’hiver sur eux » (És. 18:6). Toute sorte de haine implacable leur sera montrée une fois de plus. Ils sont le corps mort, et là où est le corps mort, là s’assembleront les aigles. Les Gentils qui auront d’abord paru si bienveillants à leur égard prendront à nouveau leurs distances, et s’uniront une fois encore dans le but de les écraser. Et quelle sera la fin de tout cela ? Les Gentils étant retombés dans leur vieille haine contre Israël, Dieu épousera la cause de Son peuple. Dieu s’en abstient tant que l’homme s’en mêle ; mais lorsqu’une immense armée monte contre Israël, « en ce temps-là, un présent sera apporté à l’Éternel des armées, le présent d’un peuple répandu loin et ravagé, et de la part d’un peuple merveilleux dès ce temps-là et au-delà » (És. 18:7). Dieu, selon ce que je comprends du prophète, se fera présent à Lui-même de Son Israël si longtemps dispersé et persécuté.

 

8.2.7        Daniel 9:26-27

Ce qui précède fait voir combien il est naturel d’avoir en Apocalypse une réorganisation du régime politique et du culte juifs après l’enlèvement de l’Église au ciel et avant l’apparition de Christ. Nous y voyons un petit résidu, au milieu de la masse qui devait être livrée aux Gentils. Pendant 42 mois la cité sainte sera foulée aux pieds. Le Seigneur permet qu’une certaine période de temps continue à s’écouler pour la plupart, mais Il mesure pour Lui-même le temple et l’autel, et ceux qui y adorent. Il se peut que ce résidu soit égorgé, mais toutefois Il les apprécie. Dans un temps où une partie des Juifs est ainsi dans leur propre terre, mais où Israël comme ensemble n’est pas encore entièrement ramené par Dieu, à cette époque le prince Romain annoncé viendra, et il « confirmera une alliance (non pas l’alliance) avec les plusieurs [ou : « la multitude »] pour une semaine ». Je sais que quelques-uns appliquent ceci à Christ ; mais le Seigneur n’a jamais fait d’alliance pour une semaine ou sept ans. Il est impossible d’appliquer légitimement ces mots à une alliance que le Seigneur aurait jamais établie, bien moins encore à une alliance établie après Sa mort. « L’alliance éternelle » forme évidemment un contraste avec cette alliance établie pour une semaine, et elle n’en est pas l’accomplissement. Beaucoup interprètent le passage de Dan. 9:27 de cette manière, mais ceux qui le font, oublient qu’au verset précédent, Christ a été vu comme « retranché ».

« Au milieu de la semaine il fera cesser le sacrifice et l’offrande ; puis, à cause de la protection des abominations, il y aura un désolateur, etc ». Ici nous avons des événements subséquents, d’une nature tout à fait différente. On demandera : « Quand et comment devons-nous supposer qu’aura lieu cette cessation du sacrifice et de l’offrande ? Qui, et d’où est ce personnage qui les fait cesser ? « Le Messie, le prince », et le « prince du peuple qui viendra », sont-ils la même personne ou sont-ils deux personnes différentes ? Quant au Messie, l’histoire se clôt au v. 26. « Le peuple » de ce prince qui viendra, est ennemi d’Israël, sujet d’une puissance opposée, et non pas peuple du Messie. Au verset 27 le prince dont l’arrivée est annoncée au verset 26, est venu lui-même ; et c’est lui qui confirme une alliance avec « les plusieurs » [ou : « la multitude »], ou la masse des Juifs, pour une semaine ; mais au milieu de la semaine, il fera cesser le sacrifice et l’offrande, et à cause de la protection des abominations, etc. Le langage peut sembler quelque peu obscur, mais ce qui est au moins bien clair, c’est qu’il doit y avoir après la mort de Christ un certain prince (un Prince Romain) dont le peuple était d’abord venu causer une désolation depuis longtemps accomplie ; après quoi lui-même survient enfin. Au moment où il parait sur la scène, la dernière semaine de Daniel commence. Cette interruption entre la 69ème et la 70ème semaine semblera peut-être étrange, et l’on demandera peut-être : Comment se fait-il qu’il y ait un pareil intervalle ? Mais le fait n’est pas sans précédent. En principe, c’est la même chose qu’en Luc 4, lorsque le Seigneur lisait dans le prophète Ésaïe. La portion lue était la description de Son propre ministère en Ésaïe 61:1, 2. « L’Esprit du Seigneur, l’Éternel, est sur moi... Il m’a envoyé pour panser ceux qui ont le cœur brisé... pour publier l’an agréable du Seigneur… Et il ploya le livre ». Il n’acheva pas le passage. Pourquoi ? Parce que, si l’on peut ainsi répondre avec révérence, la prophétie se poursuivait par « le jour de la vengeance de notre Dieu ». Proclamer l’an agréable du Seigneur, est ce que Christ a fait à sa première venue ; mais ce temps-là n’était pas le jour de la vengeance du Seigneur ; — de telle sorte que le christianisme tout entier et l’appel de l’Église s’intercalent entre l’an agréable du Seigneur et le jour de la vengeance. Quand Christ est venu en humiliation et en amour, c’était l’an agréable du Seigneur : c’est pourquoi Il ferma le livre ; mais le jour de la vengeance est différé jusqu’à ce que le Seigneur revienne en gloire.

Il en est de même en Daniel : les 69 semaines courent jusqu’à ce que le Messie soit retranché, puis nous avons une interruption évidente. La destruction de Jérusalem n’est pas comprise dans le cours des 69 semaines, et ne prend évidemment pas place dans la 70ème semaine. Car, si vous entendez que la dernière semaine commence à la mort du Messie, vous n’auriez que sept ans, alors que Jérusalem n’a été prise que 40 ans après la mort de Christ (*). La 70ème semaine n’a rien à faire avec ce siège et, de fait, les guerres et les désolations ont lieu avant la 70ème semaine, qui n’est citée qu’au dernier verset.

 

(*) Si, selon Usher, on mettait la mort de Christ au milieu de la 70ème semaine, la confusion n’en est qu’aggravée. Car, en toute justice d’interprétation, la dernière semaine ne commence pas à s’accomplir avant que la ville et le lieu saint soient détruits par les Romains, pour ne rien dire d’un temps de désolation subséquent. Ainsi la manière de voir d’Usher sur le verset 27, place réellement la mort de Christ trois ans et demi, au moins, après la destruction de Jérusalem, si on considère bien le verset 26. La vérité est que la prophétie, si elle est bien comprise, laisse place pour, et permet de supposer, un intervalle de temps de durée indéterminée après que le Messie est retranché, et avant que commence la dernière semaine. Il est certain que l’invasion romaine et les désolations qui s’en suivirent pour les Juifs, hormis l’action du prince qui viendra, ne se rattachent pas plus aux 69 semaines qu’à la 70ème. Le texte lui-même prouve bien l’existence de ce long intervalle.

 

Dans le dernier verset (Dan. 9:27), une alliance est confirmée. Titus ou aucun autre prince romain ont-ils jamais conclu une alliance avec les Juifs pour une semaine ? Et de plus, il est dit : « À la moitié de la semaine il fera cesser le sacrifice et l’offrande ». Ceci montre qu’il y aura un renouveau de service religieux chez les Juifs à Jérusalem au dernier jour. Le sacrifice et l’offrande auront été rétablis, et ce prince, malgré l’alliance traitée avec eux, met fin à tout. Et puis, après ? Les abominations, c’est-à-dire l’idolâtrie, sont publiquement établies et protégées. Elles seront introduites jusque dans le sanctuaire même, ce qui n’était pas le cas lors de la destruction de Jérusalem. Il y eut alors beaucoup d’effroyable méchanceté, toute sorte d’autres crimes et d’excès, mais pas d’idolâtrie. Ici, au contraire, il est supposé que l’idolâtrie sera ouvertement admise dans le temple. Cela ne répond pas à la prise de la ville par Titus, ni à la mort du Seigneur Jésus-Christ ; car en ce temps-là l’esprit immonde de l’idolâtrie avait quitté la nation ; depuis l’époque de la captivité babylonienne, hormis la profanation d’Antiochus, la nation s’était gardée pure de telles abominations, et, en ce sens, se trouvait « vide, balayée et ornée ». Mais nous savons que l’esprit immonde doit revenir en plus grande force que jamais (Matt. 12:45). La chrétienté et le judaïsme contribueront, chacun de son côté, à produire la dernière forme du mal — l’antichristianisme. Vous vous rappelez que les Pharisiens accusaient le Seigneur, lorsqu’Il était sur la terre, de faire Ses miracles par la puissance de Satan, et la signification de la parabole qui leur est alors présentée, est réellement l’histoire d’Israël lui-même. Le vieil esprit immonde s’en était allé ; le peuple et ses conducteurs étaient remplis de zèle pour leurs ordonnances. Mais que dit le Seigneur ? que le vieil esprit immonde, parti depuis longtemps, reviendrait. Et quand il reviendra, il amènera avec lui sept autres esprits plus méchants que lui-même. Les Juifs tomberont dans l’idolâtrie, unie à l’antichristianisme, et leur dernier état sera pire que le premier. Voir aussi Ésa. 65 et 66.

 

8.3   Ch. 11:3-4

Mais revenons à l’Apocalypse. Nous avons constaté en Israël cet état de choses, savoir : la nation partiellement reconnue de la part de Dieu, et le culte qui s’exerce, et pourtant la profession extérieure est livrée à l’oppression des Gentils. Et remarquez que le Seigneur dit : « Et je donnerai puissance à mes deux témoins, et ils prophétiseront 1260 jours, revêtus de sacs » (11:3). Que le Seigneur fasse mention d’eux par le nombre de jours qu’ils passent ici-bas plutôt par un nombre de 42 mois, — semble indiquer la valeur qu’Il attache à leur témoignage : Il le grandit, pour ainsi dire, autant qu’Il peut. Il n’en donne pas la somme, comme lorsqu’Il parle de la bête (13:5). Avec une tendre sollicitude, Il parle du temps en nombre de jours, comme s’Il les comptait tous un par un. « Ils prophétiseront mille deux cent et soixante jours, revêtus de sacs », un témoignage rendu dans l’affliction. Ce n’est pas le christianisme, ni l’état de choses qui suivra l’apparition du Messie en gloire ; mais c’est un temps de transition entre l’enlèvement de l’Église et sa sortie du ciel avec le Seigneur Jésus-Christ — le temps où l’homme aura ramené Israël dans sa terre, au moins la masse du peuple complètement impropre à être en relation avec Dieu. Il y a un petit résidu croyant, il y a un culte, il y a en outre un témoignage prophétique, mais tout cela est évidemment juif dans son caractère. En Zacharie, bien qu’il soit fait mention de deux oliviers, il n’y a pourtant qu’un chandelier (Zach. 4:11) ; ici, il y a deux lampes / chandeliers parce qu’il y a deux témoins, qui prophétisent touchant la gloire terrestre à venir, sans toutefois l’introduire personnellement. Ceci signifie que ce n’est pas l’ordre régulier de Dieu, mais une preuve que Ses yeux sont en bien sur Son peuple, avant la venue de la plénitude de bénédiction.

 

8.4   Ch. 11:5-7

« Et si quelqu’un veut leur nuire, le feu sort de leur bouche et dévore leurs ennemis ; et si quelqu’un veut leur nuire il faut qu’il soit ainsi mis à mort » (11:5).

Voilà ce qui montre que ce n’est pas un témoignage proprement chrétien, ni les fruits qui y répondent pratiquement. C’était justement ce que le Fils ne voulut pas faire lorsqu’Il était sur la terre (sauf, bien sûr, au sens figuré de Luc 12:49) et au sujet de quoi Il censura fortement Jacques et Jean pour l’avoir désiré (Luc 9:54, 55). Ici, au contraire, le feu sort de la bouche des témoins, et dévore leurs ennemis — chose parfaitement juste quand Dieu est sur le point de prendre le caractère de Juge sur la terre. Mais le Seigneur ne prend pas cette position maintenant. Il sauve les pécheurs, et autrement déploie la plénitude de la grâce ; et aussi longtemps qu’Il agit ainsi, Il ne peut pas désirer que les Siens soient les dépositaires d’une puissance terrestre. C’est pourquoi les miracles de Ses serviteurs, durant ce temps de la manifestation de Sa grâce, n’ont pas un caractère destructif. Le Seigneur peut agir aujourd’hui dans le cas de certains péchés comme Il a agi envers les saints de Corinthe : je ne vois pas pourquoi Il ne devrait pas agir ainsi en tout temps. Mais ce serait une chose étrangère au christianisme et contraire à tout ce qu’il respire, si un saint, parce qu’il aurait subi de la part d’un autre une méchante opposition, désirât à celui-ci la mort ou quelque malheur. Le christianisme montre que la victoire que la grâce nous fait remporter, c’est de montrer de l’amour et de la bonté à son ennemi. Cela peut amasser des charbons de feu sur sa tête ; mais telle est la manière de faire du Seigneur : surmonter le mal par le bien.

Cependant, c’est le Seigneur qui approuve ici la puissance destructrice qui accompagne le témoignage de Ses témoins juifs, car Il dit : « Je donnerai puissance à mes deux témoins... Et si quelqu’un veut leur nuire, il faut qu’il soit ainsi mis à mort ». Voilà ce qu’Il entendait qu’ils fissent — et ce qui, évidemment, était fait selon la pensée de Dieu. Cela indique une condition différente de celle du chrétien, qui est appelé à souffrir sans résister. Il s’agit de la fin de l’ère, alors que le christianisme aura achevé son œuvre, et que le Seigneur recommencera d’agir envers les Juifs.

De plus, le ministère et les miracles de ces témoins ont le même caractère que ceux accomplis par Moïse et par Élie. C’est ainsi qu’ils ont « pouvoir sur les eaux pour les changer en sang et pour frapper la terre de toutes sortes de plaies », comme au temps de Moïse ; et qu’ils ont « pouvoir de fermer le ciel, afin qu’il ne tombe point de pluie durant les jours de leur prophétie » comme au temps d’Élie (11:6). Et effectivement, ce que l’on verra dans ces temps concorde passablement avec ce qu’on avait aux temps de Moïse et d’Élie. Il y avait alors de l’idolâtrie en Israël, et un témoignage remarquable de la part d’Élie contre elle. Dieu Lui-même châtiait Son peuple — les cieux au-dessus d’eux étaient comme de l’airain. Ainsi en arrivera-t-il de nouveau. Celui qui, dans ce temps-là, tiendra en main les destinées d’Israël sera un apostat qui admettra et imposera l’idolâtrie. En outre, Israël sera trouvé assujetti à l’autorité Gentile, comme aux jours de Moïse : — néanmoins, il y aura un petit résidu mis à part pour Dieu. Mais quoique ces deux témoins soient gardés pendant un certain temps par des miracles, toutefois dès que les jours sont achevés, il ne leur reste, pour ainsi dire, plus du tout de puissance. La bête qui monte de l’abîme leur fait la guerre, et ils sont tués comme d’autres hommes.

 

8.5   Ch. 11:8

« Et leur corps mort sera étendu sur la place de la grande ville, qui est appelée spirituellement Sodome et Égypte, où aussi leur Seigneur a été crucifié » (11:8). Il est parfaitement clair que cette ville est Jérusalem. Plusieurs pensent que c’est Rome, parce que, comme je l’ai dit ci-devant, les protestants sont absorbés et influencés par leur controverse avec le papisme. Lorsqu’il est question des droits de Dieu sur la terre, Il attache le plus grand intérêt possible à son peuple Israël.

Mais pourquoi l’Écriture est-elle si brève au sujet du papisme ? Parce que Dieu ne reconnaît jamais Son église comme un peuple terrestre. La politique, les aspirations et les intérêts de ce monde suffisent bien assez pour ceux qui n’ont qu’une portion terrestre, et qui ne veulent pas d’intrus dans leur domaine. Mais rivaliser avec les pots de terre est au-dessous de ceux qui sont nés du ciel.

Nous voici maintenant, dans ce chapitre, à Jérusalem, le centre de ce que Dieu fait et de Son témoignage, et le centre de l’opposition qui monte de l’abîme. Le grand adversaire de Dieu et de Son témoignage est clairement nommé ici pour la première fois dans l’Apocalypse, comme étant « la Bête », absolument comme si vous connaissiez déjà tout sur elle. C’est une puissance remarquable, qui ne monte pas simplement de la mer comme au chap. 13, mais qui, ici comme au chap. 17, est dite « monter de l’abîme ». Cet empire ne monte pas de la terre, symbole d’un gouvernement stable, comme la seconde bête du chap. 13:11 ; ni seulement de la mer, qui figure une condition révolutionnaire instable. Dans notre passage, il est ajouté ce trait caractéristique vraiment extraordinaire et effrayant, qu’elle monte de l’abîme. Satan a directement à faire avec son dernier état. Les hommes ont de temps à autre caressé le projet de former un vaste empire universel. Charlemagne en fit l’essai, mais il échoua. Il ne posséda jamais l’ancienne terre romaine. Et plusieurs se rappellent un autre personnage qui eut la même chose à cœur, mais qui, lui aussi, échoua et mourut dans un triste exil. Mais le moment vient bientôt où ce plan se réalisera. Dans les autres empires, il y a toujours eu un gouvernement de la providence de Dieu. Dieu était au-dessus d’eux, demandant à son peuple d’être soumis aux autorités existantes, quels qu’en soient les éléments constitutifs. Le chrétien ne doit pas se mêler avec eux, mais il doit les reconnaître et leur payer les impôts. Mais un empire va naître qui sera autant sous le pouvoir direct et complet de Satan, que les autres empires ont été sous la providence directe de Dieu ; et Dieu retirera les soins et le frein qu’Il a maintenus sur les royaumes du monde, et permettra que tout mûrisse pour un chef soumis à Satan. C’est donc bien à juste titre que cet empire est dit monter de l’abîme.

Cela s’accorde avec ce que nous avons en Daniel. Le personnage qui se mêlera des affaires des Juifs d’une manière particulière (Dan. 7:25 ; 9:27) est la Bête romaine, le conducteur de ce même empire qu’en son dernier état Dieu ne reconnaît plus. Lorsque Jésus naquit, le quatrième empire ou empire romain, existait, et Dieu prit avantage de ses décrets pour introduire l’héritier de David à Bethléem. C’est la « Bête » qui était là. En Apocalypse 17, il est écrit : « La Bête qui était et n’est pas, et va monter de l’abîme » (17:8). Faites attention à ce trait important que Daniel ne donne pas et que Jean fournit. Celui-ci expose trois conditions successives de l’empire romain. Cet empire existait au temps de Jean ; puis il devait cesser d’exister ; et en dernier lieu, il devait monter de l’abîme, une influence satanique toute particulière se rattachant à sa condition finale. La Bête qui « n’est pas » décrit exactement l’état actuel de non-existence de l’empire. Les Goths et les Vandales se sont jetés sur lui et le vieil empire romain est arrivé à sa ruine. Depuis lors, les hommes n’ont pas été capables de le réorganiser, parce que Dieu avait une autre pensée. Dieu a déclaré dans sa Parole qu’il serait réorganisé, non par l’homme, mais par la puissance de Satan. La source de son existence viendra d’en-bas. Combien tout ceci est remarquable ! Nous avons eu le déclin et la chute de l’empire romain ; mais il est une chose qu’aucun historien ne pouvait signaler, que la prophétie seule indique et pouvait indiquer, à savoir la restauration de l’empire romain. Puissions-nous voir cela, non pas comme étant sur la terre, mais comme le regardant du ciel.

Je crois que ceux qui rejettent l’Évangile aujourd’hui, seront entraînés, s’ils vivent encore, dans les terribles tromperies de ce jour-là. Ils recevront la marque de la Bête à leur front ou à leur main droite ; ils adoreront son image ; et il est écrit par Dieu que ceux qui le feront, seront tourmentés dans le feu éternel. Le monde peut s’imaginer, à cause de l’accroissement de grandeur, de prospérité et de luxe qui existera alors ou qui sera apparu préalablement, que le millénium est arrivé ; mais ce sera le millénium de Satan. Tel est le sort réservé à ces pays-ci ; car cela fait partie du juste jugement de Dieu que là où l’Évangile aura été prêché et où le monde en fait peu cas, jusqu’à permettre l’idolâtrie pour des raisons politiques, Dieu retire la lumière et y envoie une énergie d’erreur. Et c’est alors que Satan produira l’homme de péché. Tout cela est d’une importance pratique immense. On peut demander : « À quoi bon pour nous de savoir cela, si, comme chrétiens, nous devons être enlevés auparavant ? ». Parler ainsi, c’est dédaigner ce que Dieu s’est plu de nous révéler. Lorsque Dieu lui annonça d’avance la destruction de Sodome, Abraham ne dit pas : « En quoi cela me regarde-t-il ? » Dieu aime que nos cœurs débordent en louange et en gratitude à cause de Sa grâce et de Son amour pour nos âmes ; mais Il nous fait part aussi de la triste destinée qui attend le monde, et Il réveille l’esprit d’intercession, comme avec Abraham pour Lot, pour les saints infidèles qui peuvent s’y trouver mêlés.

 

8.6   Ch. 11:9-10

Je voudrais juste remarquer, quant aux deux témoins, qu’il n’est pas nécessaire de les considérer comme étant deux personnes : ce pourrait être deux cent. Ils sont présentés comme deux témoins (que ce soit littéralement ou non), parce que c’est un principe divin que « par la bouche de deux ou de trois témoins toute parole sera établie ». Dieu offre un témoignage suffisant. Ceux-ci maintiennent les droits de Christ sur la terre, et qu’Il est « le Seigneur de la terre », et c’est ce qui excite l’inimitié. La « bête » ne se serait peut-être pas autant souciée d’eux s’ils avaient parlé du « Seigneur du ciel », mais ils réclament la terre, non pour eux-mêmes, mais pour Lui, et c’est ce que les hommes ne supporteront pas.

L’incrédulité aime jouir maintenant, et tout ce qui y met obstacle et met la conscience mal à l’aise, est haï et mal venu. Aussi, lorsque le témoignage est achevé et que les témoins sont renversés, ce n’est pas seulement la bête, mais les deux grandes catégories de l’espèce humaine qui sont affectées de leur chute. « Et ceux des peuples et des tribus et des langues et des nations voient leur corps mort durant trois jours et demi, et ils ne permettent pas que leurs corps morts soient mis dans un sépulcre. Et ceux qui habitent sur la terre se réjouissent à leur sujet... et s’enverront » etc. (11:9, 10). Ce n’est pas la première ni la seule fois que nous trouvons cette distinction établie entre « les peuples, et tribus, et langues, et nations », et « ceux qui habitent sur la terre ». Cette dernière expression ne désigne pas simplement des hommes sur la terre ; elle a une portée morale et désigne ceux qui ont essentiellement leurs pensées aux choses de la terre, ceux qui par le cœur et par la vie, ne s’élèvent pas au-dessus de la terre. Les corps morts des témoins sont étendus sur la place de la grande ville, et ceux d’entre les peuples et tribus et nations les y voient trois jours et demi, et ne permettent pas qu’ils soient mis dans un sépulcre. Voilà qui était déjà mauvais, comme méchanceté de l’homme contre ceux qui ont rendu témoignage pour Dieu. Mais « ceux qui habitent sur la terre » vont beaucoup plus loin ; car chez eux, il y a des réjouissances positives, ils s’amusent et s’envoient des présents l’un à l’autre. Et pourquoi tout cela ? « Parce que ces deux prophètes », est-il écrit, « tourmentaient ceux qui habitent sur la terre ».

La distinction que j’établis ici n’est pas purement imaginaire, ou fondée sur un seul passage. Vous trouverez la même chose ailleurs. Ainsi, chap. 14:6, où l’on voit l’inverse de ce que nous avons ici, il est dit : « Et je vis un autre ange volant par le milieu du ciel, ayant l’évangile éternel, afin de l’annoncer à ceux qui sont établis sur la terre et à toute nation et tribu et langue et peuple ». Dans notre passage, nous avons premièrement la masse des peuples Gentils qui manifestent leur méchanceté envers les deux témoins en ne permettant pas que leurs corps morts soient ensevelis. Mais il y a une réjouissance spéciale de la part de ceux qui habitent sur la terre, ou qui ont leurs pensées aux choses de la terre. Au chapitre 14, au contraire, Dieu envoie un message solennel, l’évangile éternel. Et par qui commence-t-Il ? Par les plus mauvais, « ceux qui habitent sur la terre » « tous kathemenous » littéralement « qui sont assis », ce qui me semble plus fort que « tous katoikountas » — ; puis ensuite le message s’étend aux hommes en général. En poursuivant cet examen, vous trouverez la même distinction confirmée par d’autres passages. En d’autres termes, « habiter, ou être établi, sur la terre » n’est pas une simple description de la position extérieure des hommes, mais c’est l’expression d’une condition morale.

 

8.7   Ch. 11:11-13

Mais revenons à notre sujet — Dieu intervient. « Et après les trois jours et demi, l’esprit de vie venant de Dieu entra en eux ; et ils se tinrent sur leurs pieds et une grande crainte s’empara de ceux qui les contemplaient. Et ils (*) ouïrent une grande voix venant du ciel, leur disant : Montez ici. Et ils montèrent au ciel dans la nuée, et leurs ennemis les contemplèrent » (11:11-12). Ce n’est pas simplement « dans une nuée » selon le Texte Reçu, mais « dans la nuée ». Je pense qu’il s’agit de la nuée que l’on voit au début du ch. 10 enveloppant l’ange puissant. Ce fut la nuée — symbole spécial et connu de la présence de l’Éternel — qui reçut les témoins, et démontra ainsi que leur Seigneur, le Seigneur du ciel aussi bien que de la terre, était pour eux. Ils montèrent au ciel à la face même de leurs ennemis.

 

(*) Les deux plus anciens manuscrits en lettres onciales connus jusqu’ici, Aleph, A, C et P, avec un grand nombre de manuscrits à lettres cursives, confirment le Texte Reçu, ce qui me parait renforcé encore par le fait qu’ailleurs dans le livre, il y a : ékousa. Car sous de telles circonstances, l’idée d’assimilation, soit par accident soit à dessein, est bien plus vraisemblable que l’idée de différence. S’il en est ainsi, le sens est que les témoins ont reçu une justification publique et glorieuse en face et aux oreilles de leurs ennemis.

 

« Et à cette heure-là, il y eut un grand tremblement de terre, et la dixième partie de la ville tomba, et sept mille noms d’hommes furent tués dans le tremblement de terre, et les autres furent épouvantés et donnèrent gloire au Dieu du ciel » (11:13). Avant d’aller plus loin, je dirai un mot sur la distinction remarquable qui se rencontre en ce verset même. Les témoins rendaient témoignage au Seigneur de la terre ; mais ceux qui furent épouvantés en voyant de quelle manière la cause de Ses serviteurs martyrs était justifiée, donnèrent gloire au Dieu du ciel. Dans ce jour-là, il sera plus facile aux hommes de reconnaître Dieu en haut d’une manière vague, que de le reconnaître Seigneur de la terre, s’occupant Lui-même de ce que les hommes font ici-bas. En reconnaissant Dieu comme Dieu du ciel, on peut ne le voir que comme quelqu’un à distance ; quoique, dans ce sens plus élevé je puisse le connaître comme Celui qui est descendu ici-bas afin de me donner une part avec Lui en haut. Ainsi donc, Dieu dans le ciel est ou bien extrêmement proche des siens, ou bien à grande distance pour ceux qui ne sont travaillés que par cette terreur passagère. L’homme du monde peut bien supporter la pensée d’un Dieu éloigné de lui ; et c’est précisément ce que nous avons ici. Les hommes étaient alarmés par ce qui approchait. Mais le témoignage n’était pas reçu, il n’y avait pas de conversion. C’est devant le Seigneur de la terre que les hommes auraient dû se courber. Ils donnent gloire au Dieu du ciel. Mais c’est trop tard. Ils sont tués dans le tremblement de terre, « sept mille noms d’hommes », comme on doit le rendre littéralement.

Avant tout nous avons vu le résidu sacerdotal au milieu des Juifs au dernier jour, occupé à rendre culte à Dieu, — le résidu saint de Dieu. Après cela, nous avons les témoins qui sont loin d’apporter de la part de Dieu ce qu’Il manifeste aujourd’hui, mais qui soutiennent Ses droits par rapport à l’avenir, comme l’implique bien sûr la prophétie. Ici, je puis faire une autre remarque. Il y a dans l’Apocalypse une expression souvent mal comprise : « Le témoignage de Jésus est l’esprit de prophétie » (cf. 19:10). Cette expression ne veut pas dire que toute la prophétie se rapporte au Seigneur Jésus-Christ (ce qui peut être vrai dans un certain sens), mais que le témoignage de Jésus tel que ce livre le contient, — ce dont Jésus témoigne dans ce livre — est l’esprit de prophétie. C’est le Saint Esprit comme Il nous est montré tout le long du livre ; non pas amenant les âmes en communion actuelle avec le Seigneur Jésus dans le ciel, mais communiquant ce qu’Il doit faire bientôt. Eux, les témoins, soutenaient les droits de Christ par rapport à la terre. Quoi que les hommes en pussent dire, le Seigneur était Celui à qui la terre appartenait, et Il allait bientôt venir exercer ces droits.

 

8.8   Ch. 11:14-15

La fin du chapitre renferme une troisième chose. Outre une position sacerdotale, et puis un témoignage prophétique, il y a maintenant le royaume qui vient. La trompette sonne. Et maintenant il ne s’agit plus, comme dans le cas des témoins, d’une proclamation environnée de puissance miraculeuse ; cela avait pris fin : leur propre sang avait scellé leur œuvre. Mais s’il semble que la Bête a joué une partie facile dans leur mise à mort, Dieu dirige l’attention sur autre chose : « Le septième ange sonna de la trompette, et il y eut dans le ciel de grandes voix » (11:15) etc. Voilà la proclamation d’un royaume, qui toutefois n’est pas entendue sur la terre, mais dans le ciel ; et aussitôt que cette proclamation a eu lieu, ceux qui ont la pensée de Christ, « les 24 anciens qui étaient assis devant Dieu sur leurs trônes, tombèrent sur leurs faces et rendirent hommage à Dieu » (11:16).

 

8.8.1        Le royaume du monde de notre Seigneur Jésus

Je désire ajouter un mot sur ce verset 15. La manière dont on l’a rendu, l’a beaucoup affaibli dans sa forme. En voici la véritable force : « Le royaume du monde de notre Seigneur et de son Christ est venu ». À mon avis, cette forme donne au verset une signification bien différente et un poids bien plus grand. C’est le royaume du monde ; et pourquoi ? Parce que ce livre, dès le commencement, nous a fait voir qu’il y avait un royaume d’un ordre tout à fait différent. Au chap. 1, Jean parlait de lui comme d’un « frère qui a part avec vous à la tribulation, au règne et à la patience de Jésus-Christ ». Ainsi, le royaume (ou règne) de Christ existe maintenant, et pourtant il est caractérisé ou du moins accompagné de tribulation et de patience. Mais ici, l’ange proclame le royaume du Seigneur et de Son Christ, par rapport à ce monde. Précédemment, il s’agissait d’un royaume connu seulement de la foi et réclamant de la patience — une chose que, par conséquent, le monde ne voudrait pas croire. Parlez-lui d’un royaume dont les sujets souffrent, et où Christ permet qu’ils souffrent au lieu de faire valoir ses droits ! Et c’est là, exactement, ce par quoi les enfants de Dieu ont été appelés à passer depuis ce jour jusqu’à présent.

 

8.8.2        Place du croyant dans le monde. Cas d’Abraham et David

Mais permettez-moi de dire que ceci montre l’extrême erreur de beaucoup de braves gens qui pensent qu’il est tout à fait juste de se servir de la puissance terrestre pour chercher à établir la cause de Christ. Pour ne considérer que le Puritanisme, sans parler du Romanisme, ses partisans ont complètement oublié que le royaume de Christ est actuellement un royaume de patience, et non de puissance. Ils se sont figurés que parce que leur cause était juste, au moins à ce qu’ils croyaient, il ne leur convenait pas de souffrir ; au lieu que la chose même sur laquelle Dieu insiste, est que, parce que le monde a tort et que Ses enfants ont raison, il leur faut donc souffrir. C’est ainsi que Pierre rend ce témoignage : « Si en faisant bien vous souffrez, et que vous l’enduriez, cela est digne de louange devant Dieu ». Là vous avez évidemment la grande conséquence morale du royaume de Christ dans les choses pratiques : un chrétien fidèle n’est pas « souffleté » parce qu’il fait mal, mais parce qu’il fait bien. Et pourtant, même parmi le peuple de Dieu, on trouve le fait d’être souffleté pour avoir mal marché. Quelle fut l’épreuve de Lot ? Et quelle fut l’épreuve d’Abraham ? L’épreuve avait pour but de prouver qu’Abraham était fidèle ; mais pour Lot, elle provenait de ce qu’il était infidèle. Ce n’est pas qu’Abraham ait toujours été fidèle envers Dieu ; mais chez lui l’infidélité était l’exception, tandis que je crains bien qu’elle ne fût trop souvent la règle chez le pauvre Lot. Lot était sans doute plus heureux dans ses circonstances extérieures. Il était à la porte de la ville, nous est-il rapporté, siégeant là où il n’aurait pas dû, bien que ce soit là où la chair aime à se trouver. Nous ne devons pas supposer pourtant qu’il fut entraîné dans l’impiété du corps politique où il habitait. Sans nul doute Lot pouvait fort bien leur faire des reproches à l’égard du mal qu’ils commettaient, mais pour autant qu’il s’agisse de Dieu, il occupait une place de déshonneur, sans toutefois participer au péché commis ouvertement, si l’on ne pense qu’à sa conduite morale. Par la miséricorde de Dieu il fut délivré, mais il le fut ignominieusement. Ses gendres restèrent en arrière ; sa femme fut transformée en un monument durable de sa folie et de son péché.

Abraham connut un autre genre d’affliction, celle d’un homme qui connaissait Dieu et qui était sorti à Sa parole. Nous voyons des manquements chez Abraham, comme par exemple en Gen. 12 et 20. Mais malgré des faux pas, Abraham fut, si nous considérons l’esprit de sa marche dans son ensemble, un homme béni de Dieu au plus haut point, et un modèle de foi pour tous, comme Dieu le place devant nous en Héb. 11 et ailleurs. Il connut l’épreuve, parce qu’il était fidèle à Dieu et à son appel. Lot connut l’épreuve parce qu’il voulait saisir des jouissances présentes, une place dans le monde. Et quelle fut l’issue ? Un coup frappe le monde, et Lot en est emporté : tout ce sur quoi il avait placé ses affections est balayé, et ne lui est rendu que par l’intervention d’Abraham venu à temps à son secours, puis tout cela est définitivement tout reperdu lorsque le jugement vient fondre sur Sodome. Pour finir, une sombre tache de honte reste empreinte sur cet homme, et il lui faut apprendre amèrement que, pour le croyant, une voie mondaine est une voie où la peine et les déceptions sont fréquentes, — et quand on y persévère, c’est une voie qui assure l’affliction pour le présent, et qui laisse derrière elle la semence de la misère et les fruits de la honte. Si nous sommes véritablement des enfants de Dieu, il nous faut passer par l’un ou l’autre de ces genres de souffrances : ou par la souffrance qui vient sur le monde, si nous sommes infidèles à Dieu ; ou par les souffrances de Christ, si nous confessons son nom.

 

8.8.3        Le « royaume du monde » et Jean 18:36

Ainsi donc, le septième ange donne le signal que cette forme mystérieuse du royaume touche à sa fin. Les voix célestes proclament que le royaume de ce monde est devenu celui du Seigneur et de son Christ. Au lieu d’avoir un royaume ouvert seulement à la foi, et que nul n’apprécie sinon le croyant — un royaume dont la portion terrestre est la tribulation et l’attente du Seigneur, seule place que puisse maintenant prendre l’espérance — au lieu de cela, nous avons un changement complet. Dieu ne permettra pas que le monde soit plus longtemps le camp, la parade et le sport de Satan. Et lorsque sonne la septième trompette, il est annoncé que ce royaume du monde de notre Seigneur est venu. Si l’on objecte que le Seigneur Lui-même déclare, en Jean 18, que Son royaume n’est pas de ce monde, je répondrai que ceci est hors de propos. Ce monde n’est jamais la source du royaume de Christ, mais n’est-il pas destiné à en être la sphère ? Le monde n’était pas Son royaume à ce moment-là, mais cela ne prouve pas qu’il ne doive jamais l’être en quelque temps à venir, où Il combattra avec Ses serviteurs, quoi que d’une manière toute nouvelle. Ici, vous avez cette parole positive de Dieu, que le royaume du monde de notre Seigneur et de son Christ est venu. La souveraineté sur l’univers est transférée au Seigneur Jésus

 

8.8.4        Il régnera aux siècles des siècles

« Et il régnera aux siècles des siècles ». Sans doute il faut prendre l’expression « aux siècles des siècles » selon son contexte. Lorsqu’il est question de l’éternité, il faut la prendre dans son étendue pleine et illimitée ; mais ici elle ne peut que signifier « pour toujours », dans le sens de : « aussi longtemps que durera le monde ». Et je sens, bien que ce ne soit pas la pensée la plus brillante dont nos âmes puissent jouir en rapport avec l’avenir, que le fait que le Seigneur Jésus doive prendre possession du monde, communique un très grand repos au cœur au milieu de toute la confusion actuelle. Cela élève au-dessus de l’esprit du présent ; parce que si je sais que la place de l’Église n’est pas ici-bas, mais que je suis maintenant dans le règne et la patience de Jésus-Christ, je n’aurai pas besoin d’honneur ou de puissance dans ce monde. Nous devons avoir une place bien meilleure dans le ciel, et les saints, qui se trouveront sur la terre lorsque le Seigneur apparaîtra et que nous apparaîtrons avec Lui en gloire, seront dans une position de sujets. Mais quelle est la position de ceux qui sont dans le règne et la patience du Christ Jésus ? Nous ne serons pas simplement des sujets de Christ lorsqu’Il viendra ainsi, mais des rois régnant avec Lui. Dès maintenant même, ceux qui sont rejetés pour Christ, sont des rois rejetés. Ils ne chantent pas seulement : « À Celui qui nous aime », mais encore : « qui nous a faits rois et sacrificateurs pour son Dieu et Père ».

 

8.8.5        Ceux qui suivaient David. Le temps de la patience

Le Seigneur possédera un royaume approprié à la terre, mais les Juifs ne sont pas destinés à être rois. Ils occuperont sur la terre une place d’honneur ; mais même quand la nation sera convertie à Dieu, ils ne jouiront pas de cette proximité qui appartient à toute âme, Juive ou Gentile, qui croit en Christ maintenant. Notre portion peut paraître à l’incrédulité une portion éprouvante, et en effet elle est éprouvante pour le temps présent. Mais le Seigneur Jésus a marché dans ce sentier auparavant, et Il a connu la souffrance comme nul autre ne le pouvait. Il l’a traversée tout entière, et quand Il viendra prendre le royaume, Il assignera une place à chacun de ceux qui auront souffert pour Lui. Ils seront comme les compagnons intimes de David lorsqu’il parvint au trône. Il y a David dans la caverne d’Adullam, et David pourchassé dans les montagnes par Saül ; mais dans toutes ces circonstances, c’était la foi de David, comme moyen, qui avait allumé la flamme dans leurs cœurs. Ils avaient saisi le ton de l’âme de David. Bien qu’il leur fallût endurer la tribulation pour un temps, et qu’il se trouvât beaucoup de fous du genre de Nabal qui accusait David d’être un serviteur fuyard, voilà que, malgré sa susceptibilité et sa promptitude à ceindre l’épée à son côté, David accepte quand même la parole d’un vase plus faible [féminin] et se retire pour une place meilleure, celle de la grâce — la place où le bien se pratique, où l’on souffre pour le bien et où l’on endure avec patience (1 Sam. 25). Et bientôt après vient le trône. Et puis ensuite ? Les pauvres persécutés qui avaient connu le sentier de la souffrance, et qui avaient partagé les tribulations de David au jour de son rejet, les voilà partageant maintenant ses honneurs. Où était Jonathan en ce jour-là ? Il est vrai que son cœur s’était attaché à David, mais sa foi ne fut pas en état de supporter l’épreuve. Quelle en fut la conséquence ? Il tomba sur la montagne de Guilboa avec son misérable père ; et celui dont le cœur aurait volontiers donné la première place à David, et qui s’était déjà dépouillé pour l’amour de David, le voilà maintenant qui tombe avec le monde auquel il était resté extérieurement lié jusqu’à la fin. C’est ainsi que, quelle que soit notre affection pour Christ, si nous restons dans une fausse position mondaine, ce ne sera jamais à notre honneur au jour de Christ, où ceux qui auront souffert avec Lui, régneront avec Lui. Puissions-nous attendre ce royaume avec des cœurs exercés par la vérité !

On trouve bien des personnes qui n’aiment guère entendre parler du royaume de Christ, et qui prétendent toujours préférer quelque chose qui touche davantage aux besoins immédiats de l’âme. Mais Dieu ne saurait-il pas mieux ce dont nous avons besoin ? Ce dont nous avons le plus besoin, c’est de ne pas nous confier en nous-mêmes, mais dans le Dieu vivant. Tout en donnant toujours la première place et la place finale à la croix de Christ, puissions-nous ne pas oublier que son royaume vient ! Si la croix est le seul lieu de repos pour le pécheur, c’est le royaume qui réjouit et encourage le chrétien dans son sentier de foi et de patience. Ceux qui suivaient David dans ses souffrances, étaient séparés de tout le monde d’alentour, où qu’ils aillent. Ils étaient rassemblés, venant de toutes conditions et de partout ; mais entourer David, et participer aux pensées et aux desseins de Dieu à son égard, voilà ce qui les soutenait. Bien que Dieu ait oint le Seigneur Jésus-Christ pour cela même, Il n’a cependant pas encore pris possession du royaume dans le sens de ce « royaume du monde » dont j’ai parlé. Rejeté et crucifié, Il est monté en haut, et nous L’attendons tout en souffrant patiemment. Mais le jour approche rapidement, où ce ne sera plus la tribulation et la patience, mais la puissance et la gloire. Toutes choses seront assujetties à Christ, et Il régnera aux siècles des siècles.

 

8.9   Ch. 11:16-18

8.9.1        Ch. 11:16-17a

Lorsque cette nouvelle est annoncée dans le ciel, les 24 anciens se lèvent de leurs trônes (11:16). Quelle douceur dans cet acte ! Auparavant, lorsque la gloire était attribuée à Dieu, ou que l’Agneau paraissait sur la scène, ils se jetaient sur leurs faces devant Lui. Ils étaient prêts pour tout ce qui exaltait la Déité ! S’il s’agissait du Créateur (ch. 4), ils se prosternaient devant Celui qui est assis sur le trône ; s’il s’agissait de l’Agneau immolé sur le point de dévoiler les secrets de l’avenir (ch. 5), ils tombaient sur leur face devant Lui, et le proclamaient digne.

De même ici la dernière trompette sonne, « le royaume du monde de notre Seigneur et de son Christ » est annoncé, et immédiatement les 24 anciens tombent sur leurs faces, rendant grâces à Dieu de ce qu’Il a pris Sa grande puissance et est entré dans son règne. Mais ce fait, il est vrai, n’a pas lieu sans beaucoup de douleur pour les hommes coupables, car il faut que l’épée du jugement nettoie le chemin afin que le sceptre de la justice ait libre cours. « Les nations se sont irritées, et ta colère est venue » etc. (11:18). Mais ils savent bien que s’il faut que l’homme tombe avec fracas, il sera toutefois exalté de la seule manière qui soit vraie et durable dans le royaume de notre Seigneur et de son Oint. Et, en conséquence, ils rendent grâces au Seigneur Dieu Tout-Puissant « qui est, et qui était [et qui vient] » (11:17).

 

8.9.2        Ch. 11:17b — Omission des mots « et qui vient »

Je demande la permission d’omettre le membre de phrase entre crochets : [et qui vient] (*) — non pas d’après une conjecture (parce que conjecturer sur l’Écriture, c’est de la présomption), mais en vertu de ce que maintiennent les meilleurs manuscrits faisant autorité touchant la Parole de Dieu. Ce dernier membre de phrase [et qui viens] a été introduit dans le but de faire concorder la phrase avec d’autres passages où elle se trouve contenue.

 

(*) Note Bibliquest : Le Texte Reçu contient ces mots « et qui vient ». La traduction J.N. Darby française les omet.

 

Vous vous rappelez qu’au ch. 1, la salutation est ainsi conçue : « Grâce et paix vous soient de la part de Celui qui est, qui était, et qui vient ». Chacun de ces trois membres de phrase est de Dieu. Elles affirment qu’Il est l’Éternel, Celui qui est, qui était et qui vient ; en bref, ces trois titres sont presque la traduction en grec du nom de l’Éternel — nom qui signifie : Celui qui est toujours le même. La même chose est répétée chap. 1:8, mais il s’agit alors non pas de la salutation de Jean aux assemblées, mais de la parole directe de Dieu Lui-même : « Moi, je suis l’alpha et l’oméga, dit le Seigneur Dieu, qui est, et qui était et qui vient, le Tout-Puissant — paroles qui désignent l’invariable continuité de Son Être. Au ch. 4 se trouve une petite différence d’avec l’ordre donné dans les passages précédents, et cela tout à fait à propos. « Saint, saint, saint, Seigneur Dieu Tout-Puissant, qui étais, qui es et qui viens ». Ici ce n’est pas : « qui es et qui étais », mais « qui étais et qui es ». Ce changement peut paraître sans importance, mais il a bien sa signification. Au chap. 1, l’insistance repose sur les mots « qui est », parce que Dieu se présente comme Celui qui existe dans toute l’éternité. L’expression : « qui était » vient en premier au ch. 4, parce que les animaux (qui avaient été les instruments des jugements de Dieu dans les dispensations passées, comme ils le seront dans la dispensation future) regardent le passé, et par conséquent, n’insistent pas sur le « qui es », mais commencent par ce que Dieu a toujours été dans le passé. On les avait d’abord vu au jardin d’Eden sous forme de Chérubins (Gen. 3), ensuite ils forment une sorte de représentation de la puissance judiciaire de Dieu dans le tabernacle et dans le temple (Exode 25 et 1 Rois 6) ; puis, finalement, on les voit en action à l’époque où Jérusalem fut balayée et où le jugement de Dieu tombe sur Israël. En Apoc. 4 et Éz. 1 et 11, ces animaux, qui avaient été les témoins des voies de Dieu dans tout le passé, commencent par déclarer que Dieu « était », la perfection de son Être, telle, si l’on peut dire ainsi, qu’elle s’était déployée historiquement. Au chap. 11, les mots « et qui viens » sont omis, parce que la venue du royaume du monde de notre Seigneur est en train d’être célébrée, de sorte qu’il n’est pas besoin d’ajouter quelque chose. Avant qu’Il entrât dans Son règne, ces paroles étaient bien appropriées ; mais ici, elles conviendraient difficilement. Comme j’ai trouvé que les meilleures autorités rejettent ces mots, il est parfaitement légitime de montrer comment la meilleure version est en harmonie avec la vérité de Dieu dans le passage même.

 

8.9.3        Ch. 11:18

La signification générale du verset suivant (11:18) est claire. « Les nations se sont irritées, et ta colère est venue, et le temps des morts pour être jugés, etc. », — toutes choses qui doivent recevoir exécution après. C’est en quelque sorte une vue générale de ce qui allait avoir lieu à partir du commencement du royaume, une fois jugées les diverses sortes de corruption, et durant le millenium jusqu’à « la fin », où tout jugement se terminera.

 

8.10                      Vue générale du chapitre

Les trois grandes pensées de ce chapitre sont donc, ainsi que nous l’avons vu, le culte sacerdotal (11:1) ; puis un témoignage prophétique (11:3-14) ; et enfin, le royaume annoncé dans le ciel comme venu (11:15). Le Seigneur veuille que nos cœurs, amenés dans la jouissance de tels privilèges, soient avec Christ, non-seulement à cause de la bénédiction, mais pour l’amour de Lui-même. Christ vaut mieux que toutes les bénédictions qui viennent de Lui ; et nous ne jouirons jamais de ce qu’Il donne, que dans la proportion où nous jouirons de Lui-même.

 

8.11                      Ch. 11:19

Je crois que l’ouverture du temple dans le ciel marque une nouvelle partie du livre, et qu’en conséquence, elle est reliée non pas tant avec ce qui précède, mais plutôt avec ce qui suit ; car il est clair que les versets précédents (11:15-18) donnent la voix de la dernière trompette, et l’annonce des conséquences de ce que Dieu prend Sa grande puissance et entre dans Son règne — non pas la domination de l’homme seulement, mais la puissance de Dieu se manifestant d’une manière entièrement nouvelle. Il y avait eu des exemples de Sa puissance, mais non pas en rapport avec Christ, au temps où Il combattait avec Son peuple et renversait les Cananéens. Mais ensuite cette puissance dut s’exercer au milieu d’un Israël défaillant et coupable, et sans son Messie ; souvent Il lui fallut agir contre le peuple lui-même, et non contre ses ennemis seulement, parce que Dieu ne peut jamais traiter alliance avec le péché. Mais maintenant, au temps de la dernière trompette, le royaume de Dieu et de Son Christ est venu ; or, c’est ce que la terre attend, et aussi le Seigneur Lui-même, car Il attend « jusqu’à ce que ses ennemis soient mis comme marchepied de ses pieds ». Alors la scène tout entière sera changée ici-bas. Il viendra pour exécuter Sa colère, — une colère aussi terrible que sa patience aura été divine, et l’effet en sera que « lorsque tes jugements sont sur la terre, les habitants de la terre apprennent la justice » (És 26:9). Il y aura la présence du Seigneur Jésus et l’absence de Satan ; il y aura, non seulement l’exécution de la colère sur les vivants, mais aussi le jugement des morts à la fin. Et ces choses paraissent devoir être rangées sous la même trompette. Tout est anticipé, du commencement à la fin du royaume, toutes les grandes manifestations de la gloire divine en gouvernement tant des vivants que des morts. Et là se termine évidemment ce sujet ; car le temple de Dieu ouvert dans le ciel (11:19) introduit une autre vision, entièrement différente, qui n’a pas de rapport direct avec l’action de Dieu dans Son royaume : d’abord et avant tout, c’est un nouveau thème qui paraît devant nous.