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Babylone et la Bête — Apocalypse 17

 

 

La prophétie, l’occident et l’empire Romain

 

William Kelly

 

Méditation publique publiée en 1875 dans Occasional Lectures de W. Kelly, Ed. W. H. Broom, London. Republié partiellement en juillet 1915 dans Bible Treasury, N10, p. 301.

Il faut tenir compte de cette date de 1875 pour apprécier correctement certains commentaires de l’auteur en rapport avec les événements du temps.

Les divisions et sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest

 

Table des matières :

1     Les deux formes de mal selon ce ch. 17. Leur interprétation

1.1      La prophétie est-elle obscure ? L’accomplissement est-il nécessaire à la compréhension ?

1.2      Sources d’incompréhension. Christ est la clef de la prophétie

2     Ch. 17:1-3a — Identification spirituelle de la femme

2.1      Parallèles et contrastes des ch. 17 et 21

2.2      La femme du ch. 17 est l’anti-église

2.3      Ch. 17:2-3a — Babylone stérile pour Dieu

3     Ch. 17:3b — Identification de la bête

3.1      Ce qu’est une « bête » dans l’Écriture

3.2      Les quatre bêtes historiques. La responsabilité vis-à-vis de la mort de Jésus

3.3      Responsabilités relatives de la femme et de la bête

3.4      La femme assise sur la bête

3.5      Pourquoi la bête est-elle l’empire Romain ?

4     Ch. 17:4 — La vraie église manifeste Christ

5     Ch. 17:5-6

5.1      Ch. 17:5

5.1.1             La Rome chrétienne

5.1.2             Grandeur de Babylone, sainteté de la nouvelle Jérusalem

5.1.3             Idolâtrie dans le christianisme. Esprit chrétien de soumission

5.1.4             Mère de toutes les corruptions religieuses

5.2      Ch. 17:6 — enivrée de sang

6     Ch. 17:7-8

6.1      Renaissance de l’empire Romain

6.2      Caractère diabolique

6.3      Traduction de la fin du v. 8

6.4      Un étonnement universel

6.5      Rapports entre les événements du temps présent et la prophétie

7     Ch. 17:9, 18 — Identifications géographique et politique de la femme

7.1      Identification politique de la femme. Ch. 17:18

7.2      Les catholique romains reconnaissent que Rome est visée

7.3      Conclusion sur l’identification de la femme

7.4      Distinction entre la femme et la prostituée

8     Ch. 17:10 — Les têtes de la bête

8.1      Les sept têtes

8.2      Rôle de l’histoire dans l’interprétation de la prophétie

8.3      La huitième tête

8.4      Encore la compréhension de la prophétie et le rôle de l’histoire

8.5      Ne pas forcer les textes — La papauté n’est pas la bête

9     Ch. 17:12-14, 17

9.1      La bête avec les dix rois ne se retrouvent pas dans le passé

9.2      La bête finale et l’organisation de l’Europe unie. L’objectif : combattre contre l’Agneau

9.3      La place des saints ou fidèles ; celle des anges

10     Ch. 17:15-16

10.1      La domination religieuse universelle

10.2      Les rois contre Babylone : un signe du temps présent

10.3      Traduction du v. 16. La bête distincte des 10 rois

10.4      Babylone dépouillée par les rois

11     Importance de la Parole de Dieu et de la prophétie

12     Appendice : Aveux catholiques à propos de Babylone

12.1      Le prêtre espagnol

12.2      Avis de W. Kelly sur l’opinion de Lacunza

12.3      Le prêtre français

 

 

1         Les deux formes de mal selon ce ch. 17. Leur interprétation

Il y a deux formes de mal et de rébellion contre Dieu que le Saint Esprit nous présente dans ce chapitre, deux figures plus saillantes que le reste, des instruments d’iniquité dans le monde depuis la Rédemption, dont l’ennemi s’est servi et se sert encore contre Dieu et contre Son Christ. La première, comme nous le voyons clairement, est la « grande prostituée qui est assise sur plusieurs eaux » ; la seconde est ce qui est appelé « la bête ». Or il n’y a pas de raison d’avoir aucune incertitude ni sur l’une ni sur l’autre dans l’esprit d’un croyant vrai de cœur. Dieu s’est plu à nous donner des marques précises par lesquelles nous pouvons discerner Ses pensées et en être sûr.

 

1.1   La prophétie est-elle obscure ? L’accomplissement est-il nécessaire à la compréhension ?

Il n’y a pas lieu d’admettre que ce qu’indique la prophétie reste équivoque tant que ce n’est pas accompli. Inversement, il y a des prophéties accomplies incontestablement et qui sont encore loin d’êtres claires. La difficulté dépend donc de conditions autres que celles de savoir si les prophéties sont accomplies ou non. Prenons par exemple les 70 semaines de Daniel. Il est incontesté, pour tout esprit intelligent, qu’en tout cas 69 d’entre elles sont déjà accomplies. Il est évident qu’il y a eu et qu’il y a encore beaucoup de débats à propos de la 70 ème semaine, mais il n’y a pas moins de difficultés sur les 69 premières que sur la dernière. En fait, on pourrait même facilement prouver que l’obscurité rattachée à la dernière semaine est bien moindre que celle qui subsiste pour beaucoup de chrétiens sur ce qui précède cette courte prophétie, si saisissante, et en particulier sur le point de départ de toutes ces semaines.

 

1.2   Sources d’incompréhension. Christ est la clef de la prophétie

Il est certain qu’il est assez courant de voir les gens se créer eux-mêmes des difficultés sur la Parole de Dieu. Systématiquement aussi, ce qui est considéré comme le moyen idéal majeur, voire unique, d’éclairer les esprits, s’il s’y trouve une erreur, cela ne fait que compliquer toute l’affaire, et cela obscurcit le sujet au lieu d’en assurer la clarté. La vraie clef de toute la prophétie est exactement la même qui s’applique à toute la Bible ; c’est Christ Lui-même. S’il y avait plus de simplicité de l’œil pour introduire le Seigneur Jésus dans l’Écriture prophétique dans Sa relation réelle à chaque cas, je suis persuadé qu’il y aurait incomparablement plus d’intelligence spirituelle et de communion, plus de cette conviction heureuse et unie qui est le fruit de la foi et de l’enseignement de l’Esprit, que ce qui existe actuellement. Il est cependant clair que ceci n’est qu’un cas particulier d’entrave à la compréhension qu’on retrouve partout. La tentation pour les étudiants de la Bible est de laisser Christ de côté au profit des règles d’exégèse, ou de je ne sais quoi d’autre ; le triomphe de la foi, c’est d’introduire Christ. C’est bien ce qu’on va trouver dans ce cas particulier, ici.

Dans le cas présent, la femme est un symbole entièrement différent de la bête, mais tant la femme que la bête ne peuvent être compris qu’en les comparant à l’homme Christ Jésus. Lui aussi apparaît dans l’Écriture, et quelquefois de façon symbolique. Par exemple, dans ce même livre de l’Apocalypse, le Seigneur Jésus apparaît dans certaines parties prophétiques. Prenez par exemple le ch. 12 où Il est vu comme le mâle de puissance, ou l’enfant d’homme selon la version autorisée du roi Jacques [le fils mâle selon la version JND]. Pour l’homme, la vraie gloire morale est la dépendance de Dieu et l’obéissance, les qualités même de l’esprit et de la marche de Jésus quand Il était ici-bas. Il était venu faire la volonté de Dieu, vivant à cause du Père comme Il le dit en Jean 6:57, homme parfait, bien qu’Il fût infiniment plus qu’un homme, — en contraste complet avec celui qui, n’étant qu’un homme, a cherché à être comme Dieu dans l’indépendance de volonté, et a sombré dans l’esclavage de Satan. C’est donc clairement en relation avec le Seigneur Jésus que nous avons là un autre sujet, décrit comme la femme dont Il est né, laquelle ne peut donc être autre chose qu’Israël (Rom. 9:5). Elle n’est pas dans une relation d’épouse avec Lui comme l’église, mais dans une relation de mère. Peu importe tous les gens qui disent le contraire, la Parole de Dieu est claire et tranchée sur cette différence importante. Les gens sont d’autant plus enclins à confondre les deux que, dans la chrétienté, il y a une tendance constante à mélanger les relations des Juifs et des chrétiens, quant à la position, la marche, la doctrine et l’espérance.

 

2         Ch. 17:1-3a — Identification spirituelle de la femme

2.1   Parallèles et contrastes des ch. 17 et 21

Cependant dans le cas de ce ch. 17, la vision porte sur une femme corrompue, tandis qu’au ch. 21, c’est sur l’épouse, la femme de l’Agneau. J’en parle d’autant plus librement qu’il y a des signes extérieurs qui les mettent en contraste, et qui nous amènent d’eux-mêmes à comparer les deux femmes. L’un des signes extérieurs auxquels je me réfère est que l’Esprit de Dieu introduit les deux visions avec une similarité remarquable. « Et l’un des sept anges qui avaient les sept coupes, vint et me parla, disant : Viens ici ; je te montrerai la sentence de la grande prostituée qui est assise sur plusieurs eaux » (17:1). Puis au ch. 21:9 nous lisons : « Et l’un des sept anges qui avaient eu les sept coupes pleines des sept dernières plaies, vint et me parla, disant : Viens ici, je te montrerai l’épouse, la femme de l’Agneau ». Qui niera que ces deux versets ont plus d’analogie que tous les autres de ce livre ? Vous ne trouvez rien qui se corresponde à ce point (il est vrai, par voie de contraste), car les ch. 17 et 21 se suggèrent l’un l’autre à cet égard. Nous ne voyons nulle part ailleurs l’un des sept anges venant montrer un autre objet, ni un autre objet introduit par l’expression « viens ici, je te montrerai » ceci ou cela. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce qu’il est évident que la femme du ch. 17 est la contrepartie terrestre de l’épouse du ch. 21.

 

2.2   La femme du ch. 17 est l’anti-église

Si la sainte cité, la nouvelle Jérusalem du ch. 21 est l’épouse, la femme de l’Agneau, ou l’église glorifiée, cela montre tout naturellement que la grande cité du ch. 17 est l’anti-église, ce corps mauvais et corrompu qui professe être l’église, qui se met en avant avec des prétentions suprêmes, et s’installe au rang le plus élevé au nom du Seigneur. Mais elle porte une flétrissure fatale : Babylone cherche la terre ; sa communion n’est pas avec Christ. Elle courtise les rois de la terre et leur prodigue ses faveurs coupables. Elle n’est le canal ni de la bénédiction ni de la gloire pour les habitants de la terre, mais elle ne fait que les enivrer du vin de sa fornication. Peut-on imaginer des traits qui décrivent mieux celle qui revendique d’être le représentant de Christ, non pas en grâce et souffrant, mais pour son propre orgueil et son propre intérêt sur la terre ? Nous verrons d’autres aspects, moins évidents, mais tout aussi caractéristiques. Ce que j’affirme maintenant apparaît à première vue dans l’Écriture ; et quiconque lit l’Écriture comme on est censé la lire — non pas un verset ici ou là, à un moment ou à un autre — ne sera pas déçu. Il faut regarder de près les liaisons que fait l’Écriture, comme nous étant données pour être lues comme un tout, avec foi et diligence, comptant sur la bonté et la sagesse de Dieu, dont l’Esprit nous conduit dans toute la vérité.

Ainsi on ne peut s’y tromper, la femme du ch. 17 fait le contraste sur la terre avec l’épouse céleste ; c’est un système religieux, mais une contrefaçon, ayant la prétention d’être l’épouse de Christ, alors qu’elle n’est que vile et corrompue à Ses yeux, et que l’Esprit, par la révélation qu’Il en fait, la signale expressément pour préserver Son peuple d’être entraîné en aucune manière par ses séductions, et d’être surpris excessivement par ses persécutions. Le prophète est donc mis en présence de ce système religieux dans sa vision.

 

2.3   Ch. 17:2-3a — Babylone stérile pour Dieu

Jusque là, seul le mystère d’iniquité avait été à l’œuvre. Bien que le temps ne fût pas encore venu pour sa manifestation de fait, l’apôtre a pu voir Babylone dans la vision. « Viens ici ; je te montrerai la sentence de la grande prostituée ». Dieu nous donne ensuite la marque écrite sur elle, et plus même, l’exécution de la sentence qui interviendra en son temps. Car elle est celle « avec qui les rois de la terre ont commis fornication ; et ceux qui habitent sur la terre ont été enivrés du vin de sa fornication » (17:2). Des intellectuels, même ceux qui paraissent lui être opposés, ont souvent considéré ce système religieux corrompu avec beaucoup de satisfaction. Ils ont admiré la manière dont elle a adouci les barbares dans le passé, et raboté les aspérités des tribus sauvages, soit les païens des temps anciens, ou les hommes du moyen-âge. Mais quand l’Esprit de Dieu amène le prophète au lieu convenable pour regarder la femme, nous ne trouvons qu’un désert. Il voit Babylone là où tout est stérile pour ce qui concerne le plaisir divin. Il ne s’y trouve aucune source d’eau vive. « Il m’emporta en esprit dans un désert ». Quels qu’aient été les effets de civilisation du monde opérés par Babylone, l’Esprit de Dieu ne voit en elle qu’un objet du jugement divin. C’est ainsi qu’elle est signalée au prophète.

 

3         Ch. 17:3b — Identification de la bête

« Et je vis une femme assise sur une bête écarlate, pleine de noms de blasphème, ayant sept têtes et dix cornes » (17:3). Ici, nous avons l’autre symbole. Il ne s’agit pas de celle qui prétend être l’épouse du Seigneur tandis qu’elle n’est en réalité que la plus basse des prostituées. Le terme « bête » dans l’Écriture sert à désigner un pouvoir impérial, disposant bien de force, mais sans intelligence ni conscience, en contraste net avec Celui qui est appelé l’ « Agneau », le Seigneur Jésus vu comme Celui qui a souffert et qui est saint ; le même, Lui aussi, qui, en contraste avec les bêtes, introduira le royaume comme le glorieux Fils de l’homme. Jésus détiendra le royaume et l’administrera ouvertement à la gloire de Dieu. Son but, pour ce qui Le concerne, c’est que « que tout genoux se ploie, et que toute langue confesse, que Jésus est Seigneur à la gloire de Dieu le Père » (Phil. 2).

 

3.1   Ce qu’est une « bête » dans l’Écriture

Il n’en est pas ainsi avec les bêtes. Quelles que soient les puissances si caractéristiques apparaissant au cours de l’histoire de l’homme, quels que soit leur domaine ou leur dignité, quel que soit leur développement dans les arts et les sciences, quelle que soit la vérité professée (au moins de nom) et tirée soit des Juifs autrefois, soit de la chrétienté actuellement — Dieu les représente comme des « bêtes ». La raison est évidente. La différence essentielle entre une bête et un homme est que la bête ne comprend rien au sujet de Dieu, et en est incapable, ne cherchant qu’à satisfaire ses désirs ou ses instincts naturels : mais il n’y a pas de lien de relation avec Dieu dans la conscience. Il n’en est pas ainsi avec l’homme. Il peut être infidèle, et tant pis pour lui. Il peut rejeter la connaissance du vrai Dieu. Il peut être spirituellement ce que Nebucadnetsar est devenu physiquement, c’est-à-dire qu’un cœur de bête peut lui être donné. Bien sûr c’était un jugement miraculeux exécuté sur le chaldéen arrogant, mais cela s’applique moralement à tout homme qui abandonne le témoignage de Dieu, et se livre aux simples plaisirs passagers du moment.

 

3.2   Les quatre bêtes historiques. La responsabilité vis-à-vis de la mort de Jésus

En bref, la bête représente un pouvoir terrestre qui ne reconnaît pas Dieu, et dont les pensées ne dépassent pas son plaisir, sa volonté et ses passions. C’est ce qui a marqué les bêtes depuis le commencement. Elles étaient les puissances que Dieu a suscitées dans Sa souveraineté quand Israël est devenu infidèle. Dieu a alors permis aux plus cruels ennemis d’Israël de devenir des royaumes universels [empires]. Il y a eu Babylone en premier ; puis les Mèdes et les Perses en deuxième ; puis la Grèce, ou la Macédoine en troisième ; et en dernier, il y a eu l’empire Romain. La Rome impériale a une place toute spéciale, tout comme la Babylone antique. Car les Babyloniens, comme première puissance que Dieu a reconnue, sont devenus un type de la dernière puissance sous le jugement. En fait et historiquement, le dernier empire a pourtant une place très frappante dans la providence de Dieu. C’est cette puissance qui, dans ses serviteurs ou ses responsables officiels, a été coupable du rejet et de la crucifixion du Seigneur de gloire. C’est pourquoi l’empire Romain a une très grave responsabilité, même si elle est fort peu ressentie ; or il faut se rappeler que, dans le gouvernement de Dieu, rien n’est oublié. Qui prouvera le contraire quand il se tiendra devant le tribunal de Christ ? Rien ne peut être caché là. Vous rendrez compte de tout. Cela n’a pas à produire la moindre frayeur chez l’enfant de Dieu, mais une réflexion solennelle. « Nous serons tous manifestés devant le tribunal de Christ » (2 Cor. 5:10). À cet égard, il importe peu que nous soyons croyant ou non-croyant : tout ce qui aura été fait dans le corps sera manifesté.

Sur le même principe, rien n’est oublié devant Dieu dans le gouvernement du monde, et surtout pas le fait qu’un pouvoir impérial de ce monde, établi en vue d’exercer un gouvernement juste, se soit levé dans sa folie coupable et aveugle, et ait permis sous n’importe quelles raisons ou excuses d’approuver la mort du Seigneur Jésus. C’est ce que l’empire Romain a fait, bien que son représentant en Judée savait très bien combien il avait tort de laisser faire. Il l’a fait sous la pression du peuple excité par les prêtres, peut-être à cause de l’ordre public ; certainement par opportunisme, en tant qu’ami de César, ou pour éviter des risques de troubles. Il en est souvent ainsi, sinon toujours, qu’on ferme les yeux sur les plus grands crimes dans ce monde, quand les autorités gouvernementales sont concernées.

 

3.3   Responsabilités relatives de la femme et de la bête

Mais l’état de choses à Babylone est autre. Car il y a une grande différence entre la femme et l’homme, dans le monde de la nature, maintenant corrompu, et qui n’a pas seulement un cœur de bête sans conscience devant Dieu, mais qui est même vu comme une bête. Les empires auraient dû servir Dieu comme le Fils de l’homme, mais en fait, symboliquement, ils ne furent que des bêtes dans l’orgueil de la force et de la volonté sans Dieu. La femme (qui fait profession d’être mariée à Christ, mais qui en réalité s’est établie maîtresse de tout avant le mariage, au grand déshonneur du futur marié encore absent) a une position et une responsabilité toutes autres. En conséquence elle est vue dans la vision comme « assise sur une bête écarlate, pleine de noms de blasphème ». Elle prétend guider la bête ou l’empire. C’est la manière dont l’Esprit fait son portrait ici.

 

3.4   La femme assise sur la bête

Il est clair qu’à l’époque de Jean, le temps n’était pas encore venu historiquement pour tout cela. Quand la vision a été donnée, les croyants étaient encore persécutés par l’empire, lui-même en étant l’exemple. Jean était « dans l’île appelée Patmos pour la Parole de Dieu et le témoignage de Jésus » (1:9). Il était là sans aucun doute comme quelqu’un qui souffrait, ou, comme il dit, « qui a part avec vous à la tribulation et au royaume et à la patience en Jésus » (1:9). Il est donc clair que la puissance du monde était à l’époque un persécuteur, plutôt qu’une femme. La vile prostituée ne se faisait pas encore voir dans l’ampleur de sa débauche ou sa splendeur de courtisane. L’empire Romain non plus, dans l’état où il était en ces jours-là, n’était pas encore développé selon la forme présentée dans la vision ; car certainement, toutes les têtes n’avaient pas encore été réalisées, et la division en dix royaumes, quel que soit le sens qu’on lui attribue, était encore bien loin d’avoir commencée. Mais tout est positionné d’avance dans la puissance de l’Esprit, du début à la fin : ce qui a pris la place d’épouse de Christ allait s’appuyer sur l’empire Romain et chercher à en être le guide, le dirigeant sans aucun doute mal, égoïstement, et dans le péché, selon sa corruption ; mais le dessin en est déjà fait comme celui d’une « femme assise sur une bête écarlate, pleine de noms de blasphème, ayant sept têtes et dix cornes ». Quelle profanation du nom de Christ, professé faussement ! quel abus il en est fait pour le réduire à servir l’ambition et la convoitise du cœur de l’homme dans les ténèbres !

 

3.5   Pourquoi la bête est-elle l’empire Romain ?

Arrêtons-nous ici un moment, parce qu’on peut soulever la question de savoir pourquoi la bête doit être considérée comme étant l’empire Romain. Ma réponse est que, dans toutes les visions des pouvoirs impériaux, dans toutes les prophéties de l’Ancien ou du Nouveau Testament, vous ne trouvez nulle part plus que la quatrième bête ou empire Romain avant l’introduction par le Seigneur Jésus du royaume nouveau et éternel, avant l’introduction par Lui-même de Son propre règne sur toutes nations, tribus et langues du monde. Nous allons voir dans notre chapitre même comment est résolue la difficulté de sa disparition présente du monde. L’empire Romain a traversé des phases diverses, et subi des changements extraordinaires. Son cours n’est pas encore épuisé. Toute la prophétie qui traite de sa fin parle de son existence juste avant d’être anéanti par le Seigneur apparaissant en gloire. Notre chapitre 17 lui-même montre non pas simplement que tout était ouvert et visible pour Dieu du commencement à la fin, mais qu’Il nous a fait connaître à l’avance dans Sa Parole ces révolutions singulières destinées à devenir des faits ultérieurement. Certains d’entre eux ont déjà été réalisés, d’autres restent à se concrétiser bientôt. Mais que ce soit l’empire Romain est clair sur la base du fait que c’est toujours ainsi que le quatrième royaume [empire] est décrit. Une bête avec sept têtes (*) et dix cornes, le dernier empire avant que le Fils de l’homme prenne le royaume en puissance et en gloire, c’est la manière dont Daniel 7 le décrit symboliquement la première fois qu’il est introduit devant qui que ce soit. Terminant là la succession des puissances impériales, Rome apparaît, et y est décrite là encore plus minutieusement qu’ici.

 

(*) Note Bibliquest : on ne voit qu’une tête en Daniel 7

 

D’un autre côté, on est d’accord sur ce qu’il y a des aspects introduits dans la description de l’apôtre Jean qu’on ne retrouve pas dans la prophétie de Daniel. Dieu n’introduit pas le sujet sans une bonne et nouvelle raison et sans apporter une lumière nouvelle ; mais à mon sens, quelqu’un de soumis à la Parole écrite ne peut pas douter que ce soit la même puissance impériale, avec adjonction de certaines relations, spécialement avec la prostituée. La preuve la plus simple et la plus sure de toutes réside dans le fait clair que, du commencement à la fin, nous avons quatre empires du monde, et seulement quatre, et que le dernier d’entre eux est détruit par le jugement divin et suivi immédiatement par la manifestation du royaume de Dieu quand Christ apparaît en puissance et en gloire. Il doit être tout à fait évident, sauf pour les catholiques romains, ou d’autres aussi ignorants ou visionnaires, que le royaume ainsi décrit n’est pas encore établi dans ce monde. Je dis « dans le monde », car il n’est pas question du ciel. La gloire en haut nous est aussi révélée en Christ chef de l’église : le Nouveau Testament nous en parle de la manière la plus claire possible. Mais il est clair que ces puissances du monde ont la terre pour scène, et que ce qui élimine la dernière d’entre elles est un royaume que Dieu établira par l’exécution de Son jugement sur les vivants dans ce monde. C’est un très grand encouragement de regarder en avant vers la certitude que Dieu n’a pas abandonné la terre pour toujours aux mains de l’adversaire — la certitude que les plans de Satan seront renversés au moment même où ils paraîtront être tout à fait mûrs — la certitude que, quand le mal deviendra intolérable, Dieu interviendra, et qu’Il le fera par cet Homme qu’Il a établi juge des vivants et des morts, le Seigneur Jésus. Ces vérités sont enseignées à la fois dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Pour le moment, Daniel 2 et 7 suffiront ici à prouver ce qui vient d’être affirmé. Je n’y fait référence qu’en passant pour serrer de près la question de la preuve de ce que signifie la bête ici.

Je ne dis rien de plus sur la bête sinon que c’est l’empire Romain sans le moindre doute : à quel stade de son existence, et à quelle époque particulière, c’est ce que nous allons voir en poursuivant le chapitre.

 

4         Ch. 17:4 — La vraie église manifeste Christ

Ensuite la femme est décrite comme « vêtue de pourpre et d’écarlate, et parée d’or et de pierres précieuses et de perles » (17:4). Ce n’est pas l’épouse vêtue de fin lin, éclatant et pur ; c’est la splendeur voyante du monde pour attirer la chair, sous des couleurs très nettement royales, et même impériales, de manière à établir une revendication originelle de suprématie pour ses prétentions ecclésiastiques. C’est la fausse gloire, bien naturelle dans le monde tel qu’il est, et adaptée à ses convoitises, mais entièrement contraire à ce qui était l’objet formel du Seigneur Jésus d’avoir Son épouse dans ce monde. L’épouse de Christ était censée être Sa lettre (2 Cor. 3:3), et elle est appelée par la foi à Le manifester ici-bas parmi les hommes, témoin constant de Sa gloire, de Son caractère, de Ses voies, et de Sa position céleste. C’est pourquoi elle doit s’attendre, dans le temps présent, à partager Son rejet et Ses souffrances dans ce monde. Mais cette femme qui usurpe le nom ne cherche rien d’autre que les plaisirs charnels et l’importance mondaine, tout ce qui est naturellement convoité et prisé sur la terre. Et pire encore, elle le fait partager à d’autres, car elle a « dans sa main une coupe d’or pleine d’abominations, et les impuretés de sa fornication ». Combien c’est terrible quand la religion, avec les plus hautes prétentions à la sainteté, ne fait qu’approuver l’homme et ses penchants les plus bas et les plus coupables, ceux de la nature déchue de Dieu et assujettie à Satan !

 

5         Ch. 17:5-6

En outre il nous est dit que, sur son front, un nom est écrit, dont le premier mot est tout à fait significatif : « Mystère ». « Mystère, Babylone la grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre » (17:5).

 

5.1   Ch. 17:5

5.1.1        La Rome chrétienne

Une pareille proclamation sur son front de la part de l’Esprit nous enseigne qu’il n’est aucunement question ici d’une cité païenne ayant quelque influence politique. Son réel paganisme, ou plutôt son antagonisme impie vis-à-vis du peuple de Dieu maintenant déchu, peut fort bien se tapir sous « Babylone la grande », car telle était la Babylone d’autrefois vis-à-vis du peuple d’Israël. Mais « Mystère » va plus profond, et montre le besoin de discernement spirituel selon la révélation divine qui nous est accordée, pour pouvoir détecter le vrai caractère de cette imposture gigantesque, et pourtant subtile. Car ni la Rome païenne, ni le commerce moderne, ni une ville future dressée au bord de l’Euphrate ne peuvent correspondre à une pareille désignation. Par contre, elle convient très bien à la Rome chrétienne de nom. C’est pourquoi sa chute suscite un intérêt et une joie au ciel qu’on ne voit jamais à l’occasion d’aucun autre jugement.

 

5.1.2        Grandeur de Babylone, sainteté de la nouvelle Jérusalem

Je voudrais juste observer au passage que l’expression « la grande ville », en rapport avec l’épouse de l’Agneau [en Apoc. 21:10 selon la version autorisée du roi Jacques], est rejetée par toutes les personnes qui estiment fournir le meilleur texte original selon les plus anciennes autorités pour la Parole de Dieu. Or ceci est très intéressant pour nous, car il ne s’agit pas simplement d’une question de ce que préfèrent ceux qui étudient la prophétie. Ils peuvent être influencés par des pensées issues de préjugés, mais des critiques que je pourrais parfaitement nommer si c’était le lieu pour le faire, qui n’avaient pas la moindre prévention en matière de prophétie, sont arrivés à la conclusion qui vient d’être affirmée, sur la seule base de preuves externes claires et complètes. En bref, la manière dont ils lisent Apoc. 21:10 est « il me montra la sainte cité, Jérusalem », et non pas « il me montra la grande ville, la sainte Jérusalem ». Il n’est pas question de grandeur pour elle, même une fois glorifiée, mais de sainteté ; tandis que ce que Babylone affectionne et gagne, c’est la grandeur terrestre présente, et elle le fait non pas simplement en se vendant elle-même, mais même au prix de la vérité, de la grâce et de Christ Lui-même. « La grande prostituée » elle-même, est la « mère des prostituées », comme il nous est dit, « et des abominations de la terre ». Ainsi, elle n’est pas seulement un système corrompu, mais elle est mère des corruptions ecclésiastiques qui lui sont extérieures, mais qui lui ressemblent.

 

5.1.3        Idolâtrie dans le christianisme. Esprit chrétien de soumission

En outre, elle est la protectrice devant Dieu de ce qui est si offensant pour Dieu, l’idolâtrie sous toutes ses formes. Il est vain de dire qu’il n’y a jamais eu d’idolâtrie sous le christianisme ; il est vain de plaider que ce qu’on adore ne sont que des images pour aider la mémoire, non pas des idoles. Les philosophes païens d’autrefois avaient l’habitude d’alléguer la même excuse. Ils cherchaient à excuser leurs superstitions en affirmant que personne n’avait la pensée que les idoles étaient des dieux, mais seulement des éléments tangibles leur rappelant des êtres au-dessus d’eux et derrière eux. L’apologie des idolâtres dans la chrétienté est tout à fait similaire à celle des païens. En vérité, avoir de tels signes ou marques visibles est la négation de la foi, la destruction du principe et de la puissance dans lesquels le chrétien est appelé à marcher. Il est appelé à « marcher, par la foi, et non par la vue » (2 Cor. 5:7). C’est pourquoi tous les efforts pour rendre les gens religieux par des symboles palpables de la sorte, sont faux et pernicieux en principe ; ce n’est que du paganisme baptisé chrétien. Tout chrétien est tenu de s’y opposer en face. Sans aucun doute, tout cela a pénétré lentement et par degrés, sous couvert de raisons pieuses : il n’en a jamais manqué pour les choses mauvaises ! La vérité est que nous ne sommes pas compétents pour juger des choses divines, et c’est pourquoi Dieu nous a révélé Sa volonté pour que nous nous y soumettions comme Ses enfants. Quand nous L’honorons par soumission d’esprit, nous découvrons ensuite l’excellence de la volonté de Dieu en Christ. Nous apprenons qu’elle n’a rien d’arbitraire, mais qu’elle est bonne, et que c’est même le meilleur de tout ce que le Seigneur place devant nous. Bien que nous l’acceptions parce qu’Il l’a dit, et non parce que nous la comprenons (et c’est pourquoi nous l’acceptons avec joie et simplicité de cœur comme étant Son autorité sur nos âmes), cependant, l’ayant fait, nous apprenons que notre Dieu et Père est infiniment sage en tout ce qu’Il dit, et autant bon que sage.

 

5.1.4        Mère de toutes les corruptions religieuses

Ensuite, la femme extraordinaire non seulement se corrompt elle-même et les autres, mais elle est mère de toutes les corruptions religieuses ici-bas. Car il n’y a pas seulement un système de mal ecclésiastique largement répandu, mais il y a un système prédominant, avec d’autres entraînés et formés selon son modèle, sans pour autant avoir le même succès mondial. En outre elle introduit et donne son approbation à l’idolâtrie avec une fécondité extrême, et ses idolâtries font partie, selon Dieu, de cette catégorie particulièrement maligne qui induit à s’écarter de la vérité connue pour aller vers les mensonges qu’on préfère. Je suppose que chacun sait que le terme « abomination » est utilisé au sens d’idoles, selon le langage familier à tout lecteur de l’Ancien Testament. On retrouve le même style en Matthieu qui cite les prophètes, et dans l’Apocalypse, qui adopte habituellement la phraséologie hébreue.

 

5.2   Ch. 17:6 — enivrée de sang

Et quand le prophète vit la femme enivrée du sang des saints et du sang des martyrs [témoins] de Jésus, il fut saisi d’un grand étonnement — il n’était pas étonné bien sûr que quelque chose de païen s’oppose à Jésus, ou attaque les serviteurs du Seigneur : il n’y aurait eu là rien de surprenant. La persécution païenne devenait une vieille histoire, tout comme les incitations des Juifs animés de la haine de l’évangile. Jean lui-même, à l’époque, faisait l’expérience de l’opposition païenne, et ne pouvait guère s’étonner si cela s’accentuait. Mais ce qui le remplissait de stupéfaction au-delà de toute mesure, c’était que ce qui portait le nom de Jésus, bien que ce soit faussement, que ce qui s’arrogeait la position et le titre d’église de Dieu, — qu’un tel corps devienne le plus grand moteur de persécution et de tyrannie que le monde ait jamais vu, tournant la puissance de l’empire surtout contre les saints et les témoins de Jésus.

Je suis bien conscient des arguments que plaident habituellement les théologiens catholiques romains. Mais « on ne se moque pas de Dieu » (Gal. 6:7). La défense constante de cette église est qu’elle ne persécute jamais, mais que c’est le pouvoir civil qui punit les délinquants. Or Dieu regarde à ceux qui sont réellement coupables — non pas simplement à la main qui a fait l’acte, mais à l’esprit et à la volonté qui y ont contraint moralement et sous peine de damnation. Que le pouvoir civil ait pendu, poignardé ou brûlé, l’instrument n’a guère d’importance : l’œil de Dieu est sur le vrai coupable, d’autant plus s’il couvre son appétit insatiable du sang des hérétiques d’un manteau de sainteté feinte, et pervertit le nom du Sauveur, débonnaire et crucifié, en une approbation de cruautés sans nom, quelquefois à l’encontre de gens ignorants de la vérité et rendus fous, mais plus fréquemment contre des saints desquels le monde n’était pas digne (Héb. 11:38), les plus précieux enfants de Dieu ici-bas. C’est donc bien la femme ici, et non la bête, sur qui pèse l’accusation d’être « enivrée du sang des saints, et du sang des témoins de Jésus ».

 

6         Ch. 17:7-8

C’est maintenant l’explication de l’ange, et nous allons y trouver des indications supplémentaires très importantes. Il en est toujours ainsi dans l’interprétation de l’Écriture. Les hommes se bornent à donner des explications sur ce qu’il faut expliquer ; mais Dieu aime nous donner plus de Sa plénitude, et même des choses d’importance croissante. C’est ce qu’on a ici où il nous est donné « le mystère de la femme et de la bête qui la porte, qui a les sept têtes et les dix cornes ».

 

6.1   Renaissance de l’empire Romain

« La bête que tu as vue était, et n’est pas » — c’est un fait frappant et singulier. L’empire Romain, contrairement à toutes les autres bêtes précédentes, doit cesser d’exister, puis renaître. Elle était, et elle n’est pas, « et va monter de l’abîme ». Elle doit réapparaître avec un caractère diabolique aux yeux de Dieu pour ce qui concerne sa dernière phase. Ainsi, la dernière des puissances impériales doit avoir une histoire entièrement différente de ses prédécesseurs. Après avoir prospéré, puis avoir sombré dans la ruine et la mort, elle doit revivre avant sa destruction finale et sans exemple, à l’apparition du Seigneur Jésus. S’il y a une maxime établie parmi les hommes, c’est bien que les puissances du monde sont comme les hommes : elle naissent, grandissent jusqu’à atteindre leur hauteur, puis elle déclinent jusqu’à disparaître. Mais vous pouvez compter sans vous tromper que les maximes des hommes ne sont pas fiables quand elles touchent aux choses divines. Il n’est pas au pouvoir de l’homme de découvrir et d’énoncer la vérité. Notre cas en est l’illustration (ce qui illustre et ce qui est illustré). Un homme qui a vécu et est mort doit ressusciter — non pas simplement son esprit, mais un homme concret, esprit, âme et corps réapparaissant. Il doit en être ainsi de l’empire Romain. Je ne parle pas ici d’autres nations, même si c’est loin d’être limité à l’une d’entre elles. ; mais l’empire Romain est ici singularisé pour la raison déjà signalée, qu’il a un caractère particulier aux yeux de Dieu à cause du rejet et du meurtre judiciaire du Fils de Dieu.

 

6.2   Caractère diabolique

L’empire Romain n’est pas une chose finie. Il peut être mort et disparu, en parlant symboliquement maintenant. La bête peut avoir trouvé sa fin depuis longtemps. Mais l’Écriture déclare que la bête qui était et n’est pas « montera » — et c’est terrible à dire, elle montera « de l’abîme ». Même quand elle s’est dressé autrefois contre le Fils de Dieu, il n’avait pas été dit qu’elle montait de l’abîme. Dans sa réapparition finale, l’empire sera revêtu d’un caractère plus spécialement diabolique qu’il n’a jamais eu autrefois.

Elle « montera de l’abîme et ira à la perdition ; et ceux qui habitent sur la terre, dont les noms ne sont pas écrits dès la fondation du monde au livre de vie, s’étonneront, en voyant la bête, — qu’elle était, et qu’elle n’est pas, et qu’elle sera présente ».

 

6.3   Traduction de la fin du v. 8

Notez le changement dans ces derniers mots (*). Il est tout à fait garanti. Aucun érudit n’osera contester la meilleure leçon ou sa traduction. Je ne cherche pas à mettre en avant une vue particulière, mais seulement la meilleure transcription de la parole non douteuse du Saint Esprit dans ce passage. Toutes les catégories, catholiques ou protestants, luthériens ou réformés, église anglicane ou non-conformistes, si tant est qu’ils soient au courant des autorités en faveur de la Parole de Dieu ici, admettront que ce qui est donné ici est correct sans le moindre doute. Il est impossible, pour des hommes intelligents, de stigmatiser cette correction de texte comme représentant la vue particulière d’une école quelconque. C’est une question de fait, sure en elle-même et confessée par tous les hommes compétents, beaucoup d’entre eux ne s’étant même jamais arrêtés à la différence de sens résultant de cette correction requise par les excellentes autorités de tout genre, en conséquence de quoi il n’y a pas de témoins contraires, car ils n’avaient ni ne pouvaient avoir de but particulier pour ce qu’ils ont introduit. Dans l’état du texte de la version autorisée du roi Jacques tel qu’il est, la phrase a une allure d’énigme. Quel est en effet le sens de la proposition selon laquelle la bête était, et n’est pas, et est cependant ? Par contre, avec le texte correct, toute obscurité disparaît sur-le-champ. Peut-on hésiter devant ce qu’il faut regarder comme étant la voix du Saint Esprit ? Les preuves internes sont aussi concluantes en faveur de cette correction de texte que les témoignages externes. Le sens qu’on déduit de και παρεσται est simple et très important ; la seule traduction possible du texte vulgairement reçu καιπερ εστιν ne fournit aucun sens valable, sauf une certaine mystification que personne ne voudrait défendre, sinon des hommes ayant des préjugés, et qui confondent brouillard et mystère, sans voir grand chose dans la Bible avec certitude et clarté.

 

(*) note Bibliquest : la version autorisée du roi Jacques donne en 17:8b « est cependant » au lieu de « sera présente ».

 

6.4   Un étonnement universel

Il n’y a pas d’énigme dans ce que le Saint Esprit a réellement écrit. Il nous dit expressément qu’un étonnement universel sera excité parmi les hommes quand ils reverront la bête qui a été et a ensuite cessé d’exister. Quand elle réapparaîtra, ils seront remplis d’étonnement. Tout comme Jean s’étonnait grandement de la persécution menée par celle qui portait le nom du Seigneur de manière si vile, ainsi le monde sera surpris quand l’empire Romain, disparu depuis si longtemps, relèvera la tête une fois de plus.

 

6.5   Rapports entre les événements du temps présent et la prophétie

Le jour où nous vivons [publié en 1875] a vu paraître de sérieuses étapes vers cet accomplissement, ou tout au moins la voie qui le prépare. Je ne veux pas dire du tout que rien de ce qui se passe actuellement indique que la bête soit déjà montée de l’abîme, ni qu’elle le puisse avant que les saints vivants maintenant sur la terre (et ceux qui sont morts auparavant) auront été pris et transmués à la ressemblance glorieuse de Christ. Au contraire, je voudrais plutôt mettre en garde tous les enfant de Dieu de ne pas se laisser entraîner par une clameur publique sur telle personne ou tel royaume. Certes nous avons déjà vu des événements dans l’histoire providentielle du monde qui sont d’une amplitude et d’un caractère extraordinaires. Mais on n’a encore rien vu qui corresponde à ce royaume montant de l’abîme selon le langage de la prophétie. Je suis loin de dire qu’on puisse valablement interpréter ainsi les progrès des royaumes de Sardaigne et du Piedmont, qui renversent leurs ennemis du Sud, absorbent les plus petits duchés et prennent possession des domaines du pape. Mais il est impossible de ne pas voir que ces changements profonds et étendus qui élèvent l’Italie au rang d’un grand royaume uni sont à la fois fatals à la souveraineté temporelle du pape, et à la fois ils balaient le terrain pour un réveil de l’empire avec Rome pour capitale. En bref, l’état de choses introduit si rapidement en Italie, et même à Rome, me semble une sérieuse étape vers une reprise plus profonde et plus grave que Dieu ne permettra pas avant ce jour qui n’est pas encore arrivé. Ne nous laissons donc pas aller au rêve que nous sommes déjà en présence de la si solennelle réapparition de l’empire Romain ; mais on ne peut pas non plus fermer les yeux sur le fait que certains étapes ou avancées, nécessairement préalables à cette réapparition selon la sagesse de Dieu, ont été prises récemment, et que bien des choses concourent vers ce qui reste à accomplir.

On peut montrer néanmoins que le tournant critique n’est encore nullement entré dans les faits. Il n’y a encore rien à aucun degré qui permette d’appuyer quelqu'un qui voudrait montrer que ce qui est maintenant en formation, correspondrait à la bête effectivement déjà formée. Les conditions principales préalables n’existent pas encore.

 

7         Ch. 17:9, 18 — Identifications géographique et politique de la femme

« Ici est l’entendement, qui a de la sagesse : Les sept têtes sont sept montagnes où la femme est assise ; ce sont aussi sept rois ». Dans cette déclaration, l’Esprit de Dieu daigne donner une marque d’un nouveau genre pour identifier la femme. Nous avons déjà considéré ce qui peut être défini comme le caractère spirituel en contraste avec l’épouse de l’Agneau. Ici nous sommes en présence de ce qui peut être appelé l’aspect géographique. Car il est dit que la femme est assise sur sept montagnes. Qui au monde pourrait douter de la localisation de la ville aux sept collines ? Et c’était encore moins douteux à l’époque de l’apôtre Jean. Il n’y avait alors qu’une ville pareille, et c’est celle qui venait à l’esprit instinctivement pour tout le monde. C’était Rome et nulle autre.

 

7.1   Identification politique de la femme. Ch. 17:18

Il y a ensuite ce qu’on peut appeler la marque politique ajoutée à la fin du chapitre. « La femme que tu as vue est la grande ville qui a la royauté [ou : qui règne] sur les rois de la terre » (17:18). Il n’y avait qu’une ville qui régnait sur des rois. C’est pourquoi il est entièrement hors de doute que Rome est exclusivement la ville visée par l’Esprit de Dieu.

 

7.2   Les catholique romains reconnaissent que Rome est visée

Il est si vrai que Rome est exclusivement la ville visée par l’Esprit de Dieu, que beaucoup d’érudits de la communion catholique Romaine ont reconnu le fait, et même quelques uns de leurs plus célèbres spécialistes de controverse. Plusieurs ici ont probablement entendu parler du fameux évêque de Meaux, J. B. Bossuet, et des cardinaux Baronius et Bellarmin. Ces personnages officiels, hautement distingués dans le système Romain, ont reconnu que Rome est visée. Ils ont leur propre manière de tenter de concilier cette admission de fait, avec leur soutien tenace à Rome comme étant le saint siège. Ce dernier point ne nous concerne pas. Ce que nous avons à considérer, ce n’est pas leur manière de réconcilier leurs consciences, mais la partie de vérité de notre chapitre qu’ils reconnaissent. Ce n’est pas à nous à les juger, et ne pouvons que les laisser entre les mains de Dieu. Il suffit pour moi de me servir de ce qu’ils concèdent, qui est important à sa place, surtout venant de gens qui y ont opposé l’intérêt le plus vigoureux possible quand l’allusion était exploitée complètement. Gardons-nous de leur imputer de mauvais motifs — amour du pouvoir, soif de l’argent, orgueil de la position dans le monde, ou autres. Ces questions, je le répète, c’est à Dieu à les juger. Je me borne maintenant à affirmer que tous les préjugés ardents des célèbres ecclésiastiques romains, doivent assurément s’opposer à la reconnaissance de Rome comme étant la cité visée ici ; et pourtant, malgré tout, ils ont été obligés de reconnaître le fait, même s’ils ont cherché à évacuer la difficulté par des explications restreignant Rome à sa phase d’ancienne Rome païenne.

 

7.3   Conclusion sur l’identification de la femme

Si l’on tient compte du contraste spirituel avec l’épouse, de la situation géographique sur sept montagnes, et de la relation spéciale — c’est-à-dire suprême — avec les rois de la terre, il est dès lors certain que c’est Rome, et aucune autre cité, qui est visée par la femme Babylone en Apoc. 17.

 

7.4   Distinction entre la femme et la prostituée

Mais il faut distinguer maintenant « la femme » d’avec « la prostituée ». La femme est la cité dont il est dit qu’elle a la royauté sur les rois de la terre. La raison en est manifeste. Rome n’a pas attendu de devenir un système ecclésiastique pour exercer une puissance de gouvernement. Nous voyons comment la vérité se tient parfaitement. Il n’est pas dit « la prostituée qui a la royauté sur les rois de la terre », mais c’est « la femme » qui a cette royauté. En dehors de toute controverse, son autorité suprême était quelque chose de tout différent de s’arroger un caractère ecclésiastique. Ce dernier caractère a été une évolution très postérieure. En vertu de son caractère religieux, hélas ! faux ou corrompu, elle est appelée une prostituée (*) ; mais « la femme » est plutôt en relation avec sa place comme un certain système de pouvoir ou d’autorité sur la terre, tout comme Tyr et Jérusalem sont souvent comparées à une femme dans les prophéties de l’Ancien Testament, — cela nous est familier.

 

(*) L’évêque de Meaux [Bossuet] revient à de multiples reprises sur l’argument selon lequel le terme « prostituée » serait une preuve décisive que Babylone n’est pas un corps ecclésiastique, mais simplement une ville profane du monde. Il insiste sur le fait que, s’il s’agissait d’un corps ecclésiastique, sa culpabilité aurait dû alors être désignée plutôt par le terme « femme adultère » que par le terme « prostituée » (Œuvres de Messire Jacques-Bénigne Bossuet, etc., tome second, p. 60-63, 310-312, Paris 1743). Ceci n’est pas démontré correctement par l’allégation que, dans l’Apocalypse comme ailleurs, le Saint Esprit utilise alternativement les termes « fornication » et « adultère », — ce qui est vrai en soi. Bossuet argumente ici que l’usage est trop constant pour ne pas être intentionnel. Or le fait est qu’Israël dans l’Ancien Testament était en relation de femme mariée à l’Éternel, ce qui n’est pas le cas de l’église dans le Nouveau Testament. Dans le Nouveau Testament, l’église est représentée dans un certain sens comme l’épouse, mais en vérité fiancée [2 Cor. 11:2] à Christ comme une vierge chaste, et non pas comme une épouse déjà mariée. Ceci est nécessairement et incontestablement l’image dans cette prophétie d’Apocalypse, où les noces de l’Agneau prennent évidemment place après la destruction de Babylone, quand les noces bénies de l’église sont célébrées dans le ciel. Il est tout à fait correct que la consommation du mariage n’intervienne que quand tous ceux qui constitueront l’église sont au complet. Cela n’a lieu qu’après que le Seigneur a transporté au ciel tous ceux qui ont été baptisés du Saint Esprit pour être un seul corps, les uns étant endormis, les autres étant vivants et restant jusqu’à ce qu’Il vienne transmuer les deux classes en la ressemblance de Sa gloire. Ainsi le raisonnement du rusé prélat repose sur des prémisses qui sont directement l’inverse de la vérité, et tout ce qui est correct dans son raisonnement parle puissamment contre ce qu’il cherche à démontrer. Car à partir du moment où l’on voit que l’église, tant qu’elle est sur la terre, est supposée être fiancée et non pas encore mariée, sa contrepartie corrompue doit être présentée comme une prostituée, et non pas comme une adultère, si l’on veut être exact dans les termes. C’est pourquoi la référence à la grande prostituée vise précisément une église contrefaite, et on ne peut l’attribuer qu’à Rome, non pas la Rome païenne, mais la Rome ecclésiastique, la Rome qui professe être chrétienne.

 

8         Ch. 17:10 — Les têtes de la bête

8.1   Les sept têtes

Mais il y a encore beaucoup plus. « Il y a sept rois » dit l’Esprit de Dieu : « cinq sont tombés ; l’un est ; l’autre n’est pas encore venu ». On ne peut guère douter que ces têtes ou rois, placés devant nous, ne se réfèrent à des formes variées de pouvoir qui se sont succédées les unes aux autres à Rome. Des autres bêtes, il était simplement dit qu’elles avaient une tête. La bête Macédonienne a pu avoir quatre têtes (Dan. 7:6), mais elles furent simultanées, non pas successives. Mais à Rome, il nous est parlé de sept têtes qui, selon le langage de l’ange qui interprète, sont successives, et non pas simultanées. La figure se réfère à une gamme complète de pouvoirs politiques qui devait caractériser cet empire. « Cinq sont tombés » est-il dit. Ce sont les formes précédentes de pouvoir à Rome. « L’un est » : la sixième tête était la forme de pouvoir exerçant alors le gouvernement. Ces cinq têtes tombées visent les rois, les consuls, les decemvirs, les tribuns militaires, les dictateurs ou équivalents, qui avaient été à Rome auparavant, et qui avaient alors cédé la place à l’empereur. Bien que l’ombre des consuls fût encore maintenue en place, comme on le sait bien, cependant il était déjà universellement connu que la tête [chef] impériale exerçait le pouvoir. C’est celui dont il est dit « l’un est ». Mais il est ajouté qu’un autre va venir. « L’autre n’est pas encore venu ; et, quand il sera venu, il faut qu’il demeure un peu de temps ».

 

8.2   Rôle de l’histoire dans l’interprétation de la prophétie

Je m’arrête ici à quelque chose que je considère important quand on considère la prophétie, bien que ce soit un principe négatif : pour la comprendre, vous n’avez pas besoin de l’histoire. En général en effet, ceux qui étudient l’histoire appliquée à l’interprétation des prophètes sont ceux qui comprennent le moins la prophétie. Après tout, les opinions faites de suppositions quant à la signification de ces têtes n’ont pas beaucoup d’importance, et elles n’aident pas non plus réellement à l’interprétation du chapitre. Admettons que le simple chrétien croit que les cinq formes de pouvoir sont tombées avant l’existence de la forme impériale, l’histoire peut-elle rajouter quelque chose d’important à cela ? Ce chrétien n’est pas capable d’expliquer les détails, il ne connaît pas les formes de pouvoir successives : quelle perte cela lui cause-t-il ? Supposons qu’il puisse les nommer correctement, qu’y gagne-t-il ? Il est assuré, par la Parole de Dieu, qu’il y a eu cinq formes de pouvoir, même s’il ne sait pas leur histoire ni leurs caractères. Par contre il sait ce qui avait une grande importance — que la sixième forme existait, la lignée impériale des Césars, comme on les appelle, et comme chacun le savait à l’époque de Jean. Il sait en outre qu’il doit y en avoir une septième forme. Ce que la septième tête sera n’est pas décrit ici, sauf que, quand elle sera, elle doit demeurer pour peu de temps. Qu’en concluons-nous ? Que des détails supplémentaires n’ont pas d’importance pour le croyant.

Ce qui a vraiment de la valeur, et est pour Sa gloire, Dieu l’explique. Tout ce qui ne compte pas sous ce point de vue, Dieu passe par-dessus avec une courte mention, voire sans le mentionner du tout. C’est ce qui a lieu pour les différentes têtes au pouvoir. Aucune d’elles n’est expliquée. Nous avons quelques mots à propos du septième : rien d’autre ne porte à conséquence, et c’est pourquoi le Seigneur donne ce fait tout seul dans ce cas.

 

8.3   La huitième tête

« Et la bête qui était et qui n’est pas, est, elle aussi, un huitième, et elle est d’entre les sept » (17:11). Il devait y avoir un caractère composite de la huitième tête tout à fait curieux. D’un côté elle fait partie des sept, de l’autre, elle constitue une huitième. À mon avis, cela paraît expliqué par ce qu’on trouve dans une autre partie de ce livre : la tête blessée de la bête doit revivre (13:3). Le pouvoir impérial a été comme frappé à mort, et doit réapparaître. Quand il revivra, il sera une huitième forme de pouvoir ; mais il fait partie des sept car il y a déjà eu une telle forme de pouvoir à Rome autrefois.

 

8.4   Encore la compréhension de la prophétie et le rôle de l’histoire

C’est pourquoi je n’admets pas qu’en général il soit si difficile de comprendre ces symboles. L’information donnée est suffisamment claire si nous nous contentons de la Parole de Dieu. C’est quand nous abandonnons la simplicité de l’Écriture, que nous tombons dans les sentiers détournés de la spéculation. Car en effet nous sommes dans un monde qui est un désert, et nous ne savons vers quoi nous tourner. Mais Dieu a Son chemin, même si l’œil du vautour ne l’a pas vu ; et dans Sa Parole, Il s’est plu à le révéler, et Christ aussi. Notre sagesse est de tenir ferme au chemin que la grâce nous a donné. N’avons-nous pas besoin d’un chemin si nous traversons le désert ? Ce chemin, Dieu seul peut nous le faire connaître, et nous y garder. Mais le chemin pour nous en Christ, Il nous l’a pleinement révélé.

Ceci est partout d’une immense importance, et soyez assurés qu’il en est de même dans l’étude de la prophétie, exactement comme partout ailleurs. Aller de l’Écriture à l’histoire pour trouver l’explication de la prophétie est invariablement une erreur. Il n’en résulte pas toujours les pires effets, parce que celui qui fait des détours dans l’histoire dans ce but, peut par ailleurs tenir ferme la Parole de Dieu par la foi, et dans cette mesure, il sera préservé du mal. Mais la tendance à regarder dans ce que les hommes relatent des affaires du monde en vue d’y trouver l’explication des pensées de Dieu dans la prophétie, c’est abandonner la lumière au profit des ténèbres.

Laissez-moi poser une question. Comment l’histoire peut-elle expliquer la prophétie ? Il est évident qu’avant de pouvoir appliquer l’histoire à élucider la prophétie, il faut comprendre ce que la prophétie signifie ; et quand vous savez ce qu’elle signifie, pourquoi voulez-vous encore l’histoire ? Est-ce pour vous assurer que Dieu connaissait et a dit la vérité ? Vous avez déjà ce que Dieu a donné comme étant la vérité, et, si vous êtes un croyant, vous ne devriez pas prendre le terrain d’un incrédule. Sans aucun doute ce que vous découvrez dans l’histoire, pour autant que ce soit vrai, doit concorder exactement avec la prophétie, ce qui peut être intéressant, mais sans plus. Mais il doit être évident pour quiconque réfléchit, que si nous voulons être gardés de tâtonner dans l’obscurité, il nous faut comprendre une prophétie avant de la rapprocher d’un événement quelconque que nous estimons être son accomplissement.

Prenez par exemple la bête qui est devant nous. Supposez que je m’interroge pour savoir à qui ou à quoi l’appliquer : comment l’histoire peut-elle décider de la question ? Vais-je commencer par fouiller toutes les annales de tous les temps et de toutes les nations ? Ou ne vaut-il pas mieux que je pèse la prophétie avec prière pour connaître ce dont Dieu parle ? Les uns vont peut-être dire que c’est le pape, d’autres Napoléon Bonaparte ou son neveu Napoléon III. Comment vais-je décider ? Il faut d’abord que je cherche à comprendre les Écritures au sujet de la bête, avec leur contexte, et quand je l’aurai fait par la grâce de Dieu et selon ma mesure, c’est ce que Dieu veut me donner sans que j’aille plus loin ou probablement plus mal.

 

8.5   Ne pas forcer les textes — La papauté n’est pas la bête

En vérité, quand les pensées de Dieu sont saisies dans l’Écriture, on les trouve incomparablement plus vastes que les questions de papisme ou de politique. Dieu s’occupe de la gloire de Christ dans le ciel ; si c’est sur la terre, c’est avec Israël pour centre quand le royaume sera établi par les jugements sur les Gentils, auxquels il est accordé exceptionnellement de gouverner tant que les Juifs sont dans l’état de Lo-ammi (Osée 1:9). C’est pourquoi ce qui est décrit ici ne peut pas être réconcilié avec les pensées des hommes. Prenons une fois de plus l’exemple du pape. La papauté peut présenter une certaine analogie avec la bête, mais elle n’est pas la bête dans le plein sens du terme. Ce n’est pas à moi de défendre le pouvoir du pape : personne ne peut valablement insinuer que je sympathise en aucune manière avec cette monstrueuse imposture. Mais la Parole de Dieu doit m’être plus chère que tous les sujets de controverses, et bien que certains soient de fervents protestants, rien ne justifie de s’écarter de la Parole de Dieu, et aucune fin ne peut justifier l’erreur.

S’efforcer de découvrir les choses les plus difficiles qu’on puisse trouver dans la Bible, et les appliquer aveuglément à un objet qu’on veut justement censurer, c’est une faute morale grave. Malgré tout ce qui ne va pas dans la papauté, la bête apocalyptique qui monte de la mer est réellement un mal tout à fait différent, car c’est la puissance impériale de l’occident dans sa dernière phase. Il n’est guère contestable que le pape n’est plus qu’une puissance extrêmement réduite maintenant : est-ce honnêtement le sort de la petite corne de Daniel 7 ? À en juger au point de vue impérial, il n’y a guère de ressemblance entre les deux, et à mon avis il n’y en a jamais eu. La papauté n’a jamais été qu’une puissance peu considérable politiquement, au moins territorialement, tandis que la bête décrite ici est vue comme un empire qui commande sur la terre, et c’est bien sûr l’empire Romain. Or il est clair que, lorsque l’empire Romain a sombré dans le néant, affaibli par le déchirement de l’orient et par sa propre corruption, puis anéanti par les hordes barbares, c’est alors que la papauté s’est dressée comme une autorité temporelle en même temps que détentrice de l’épiscopat universel. La papauté est si loin de correspondre réellement à la bête, qu’elle ne s’est levée que durant la non-existence de la bête. Car la bête qui était n’est pas, selon l’apôtre Jean. Tel est la vraie place et l’époque de ce cauchemar extraordinaire. En effet la papauté est beaucoup plus proche de la prostituée que de la bête, quoi que je ne nie pas non plus une sorte d’anticipation partielle également. Je ne suis pas disposé à penser autrement que les grands hommes excellents qui ont attaché la description solennelle de Babylone au siège papal de Rome vers la fin du moyen-âge, et au temps de la Réformation. À mon avis, Luther et d’autres qui ont fait cette application, avaient raison pour l’essentiel. Ils avaient raison d’attribuer la condamnation divine de Babylone à Rome, et ceci, non pas simplement comme « la femme », mais comme « la prostituée », ce qui implique d’autres aspects de culpabilité déjà signalés.

La bête est le pouvoir impérial de Rome, et ceci dans son apostasie et sa rébellion ouvertes et finales contre Dieu. Les autres puissances ont disparues comme empires. La bête est la seule à réapparaître sous la forme impériale avant le jugement final, après avoir transité par ces différents états. « Et la bête qui était et qui n’est pas, est, elle aussi, un huitième, et elle est d’entre les sept, et elle s’en va à la perdition » (17:11). Le dernier détenteur de ce pouvoir, la dernière tête, manifestera, je présume, la résurrection de l’empire sans Dieu et contre Dieu par l’énergie satanique, et dans cette condition, elle est destinée à périr pour toujours sous le jugement de Dieu.

 

9         Ch. 17:12-14, 17

9.1   La bête avec les dix rois ne se retrouvent pas dans le passé

« Et les dix cornes que tu as vues sont dix rois ». C’est un autre point tout à fait concret pour comprendre le chapitre. « Et les dix cornes que tu as vues sont dix rois qui n’ont pas encore reçu de royaume, mais reçoivent pouvoir comme rois, une heure, avec la bête ». Si nous regardons en arrière à l’histoire ancienne et médiévale de l’Europe, que trouvons-nous ? Tout d’abord la bête romaine non fragmentée, sans aucune division en royaumes séparés. Il y a eu une brèche qui s’est élargie progressivement après l’établissement de Constantinople, et qui a été manifestement occasionnée par cette métropole rivale. Il y a eu des souverains qui ont partagé entre eux l’empire Romain pour un temps, comme nous le savons, tandis que l’empire commençait son déclin. Mais aux jours où il était relativement solide, au temps de sa grandeur mondiale (comme vous êtes au courant, en tout cas durant la période dont l’Écriture parle à propos de l’empire Romain), c’était un pouvoir uni exercé par un seul empereur. Au jours des Césars, il en a toujours été ainsi. Il a pu y avoir une différence, comme l’histoire le montre, entre les Augustes et les Césars, mais je parle maintenant de l’empereur, et je dis qu’il n’y avait qu’un empereur au temps des Césars. Tel était la condition initiale. Passant par-dessus les changements ou modifications intervenus jusqu’au moment où les barbares ont brisé l’empire Romain, nous trouvons tout changé une fois l’empire disparu. « La bête qui était » a cessé d’être, et la nouvelle condition est brièvement décrite par ces mots « et n’est pas ».

Qu’est-ce qu’on a alors trouvé ? Les divers fragments de l’empire Romain se sont progressivement établis en royaumes séparés. Je veux bien faire plaisir autant que possible à nos amis historiens et ne pas soulever de problèmes au sujet des « dix » en soutenant qu’il y en avait neuf ou onze. Supposons qu’il y en avait juste dix, un nombre rond. Si c’est dix, cela fait dix cornes ou rois pendant le moyen-âge ; mais on ne trouve rien ressemblant à l’empire ou à la bête ; autrement dit, il n’existait aucun lien reliant ces dix rois en une unité — il n’y avait pas une puissance unique détenant la suzeraineté sur eux tous, pour diriger leurs forces unies, et faire d’elles des parties du grand empire Romain. Un tel état de choses n’avait pas commencé d’exister. Mais notez bien qu’à l’époque visée par le prophète, c’est ce qui aura lieu exactement. « La bête qui était, et n’est pas, sera présente », autrement dit, l’ancien lien d’organisation commune avec un empereur contrôlant et conduisant tout ce qui formait autrefois la bête, ou proprement la partie romaine de l’empire, en bref l’occident ou les puissances occidentales. L’orient n’apparaît pas dans la bête, telle qu’elle est vue ici, pour des raisons dans lesquelles il n’y a pas lieu d’entrer maintenant. C’est strictement la partie romaine de l’empire. Ce dont il est parlé ici, ce n’est pas l’or, ni l’argent, ni l’airain, mais le fer et l’argile, pour reprendre la terminologie de la vision de Nebucadnetsar (Dan. 2).

 

9.2   La bête finale et l’organisation de l’Europe unie. L’objectif : combattre contre l’Agneau

Il y a alors ici un nouvel état de choses — dix cornes outre la bête ; non pas la bête seule comme aux jours d’autrefois, ni les dix cornes seules comme au moyen-âge, mais la bête et les dix cornes. Vous qui désirez vous en tenir à l’histoire comme moyen d’interpréter la prophétie, n’écoutez-vous pas l’histoire ? Peut-on intelligemment dire qu’un tel état de choses a jamais existé ? C’est l’état qui sera, je n’ai aucune hésitation à l’affirmer. L’apôtre Jean nous montre tout à fait clairement ce que nous avons à attendre dans le futur de notre ère, et plus particulièrement en occident. Naturellement cela a un intérêt d’autant plus solennel pour nous que notre pays [Angleterre] en fait partie. Les puissances continentales avec l’Angleterre, les puissances occidentales, constituent la substance des futures dix cornes ou royaumes. Les pays d’Europe qui se vantent d’être la fleur de la civilisation actuelle, sont destinés à être redistribués en dix royaumes quand la bête montera de l’abîme, c’est-à-dire quand il sera permis à une puissance impériale, ayant Rome pour centre, de devenir le leader satanique de l’occident. Tel sera la bête, un empereur Romain avec des rois satellites. Quand ce futur empire sera rétabli, la puissance d’absorption ne sera pas telle qu’elle effacera les nationalités. Il y aura une combinaison d’autorité impériale, et de reconnaissance de chaque puissance comme un état quasi indépendant. J’accepte que ces rois subordonnés puissent n’être que quelque chose de factice : il n’a déjà jamais manqué de brouillard sur la terre, et le futur dont nous parlons sera un temps dominé par l’imposture. Le point clef sera toutefois que le chef qui gouvernera tout, le fera aussi fermement qu’une main de fer, tout comme si les royaumes individuels lui appartenaient en propre exclusivement. Tel est l’état de chose décrit ici.

Ce n’est pas le fruit de l’imagination : la Parole de Dieu est parfaitement claire sur tout. « Ceux-ci ont une seule et même pensée, et ils donnent leur puissance et leur pouvoir à la bête » (17:13). Et ils « reçoivent pouvoir comme rois, une heure, avec la bête » (17:12). Leur autorité royale est concomitante avec celle de la bête, pour un seul et même temps ; ni avant ni après la bête, mais en même temps et en association avec elle. Comment cela va-t-il arriver ? C’est expliqué un peu après. « Dieu a mis dans leurs cœurs d’exécuter sa pensée [ou : volonté] » (17:17). Ce n’est pas leur volonté. L’indépendance nationale pousserait à refuser une telle servilité. Y a-t-il quelque chose de plus honteux pour un royaume que de n’être qu’un simple vassal d’une puissance opprimante active. Or ici ils ne sont absolument que des subordonnés : c’est la destinée commune à toutes les puissances occidentales que, pour la première fois en Europe, elles exécuteront les ordres d’un gouverneur unique. Qui prétendra qu’un tel état de choses a jamais existé en occident ? Sous les Césars, certainement pas, puisqu’il n’y avait pas de royaumes divisés. Depuis que les barbares Germains ont brisé l’empire, depuis que les Goths etc. ont établi des nationalités séparées dans tout l’occident, l’indépendance a été la règle de tous ces petits royaumes. Ils avaient chacun leur volonté, et tous étaient bien déterminés à se battre pour agir à leur guise. Ils attribuaient la plus grande valeur à avoir droit de gouverner comme ils l’entendaient.

Un changement radical balaiera l’occident. Quand la redistribution viendra (à la suite d’une révolution, comme d’habitude ; il faut être aveugle pour ne pas voir les prémices de l’orage qui couve, non pas seulement en Angleterre, mais dans tous les pays où la liberté de pensée et de discussion ont frayé le chemin) ; quand tout respect pour ce qui est ancien et a été en honneur aura disparu ; quand les hommes seront saisis par la passion de détruire tout ce qui avait jusqu’alors exercé une influence et constitué un frein ; quand le démon de la révolution aura pris toute sa force dans tout l’occident, et brisé tout ce qui survit encore, — voici la forme que doit prendre ce changement. Il y aura une nouvelle séparation en dix royaumes séparés, non pas de grande taille ; mais ce qui leur donnera de l’importance, c’est qu’ils seront sous un pouvoir central appelé ici « la bête ». Bien sûr, ce n’est pas un simple pouvoir royal, appelé « corne » dans le langage prophétique. La bête est le lien organisationnel dominateur sous lequel ces cornes se rangeront elles-mêmes comme éléments constituants et nerfs de sa force. En conséquence il y aura une nouvelle unité sans pareil en Europe ou ailleurs.

« Ceux-ci ont une seule et même pensée, et ils donnent leur puissance et leur pouvoir à la bête » (17:13). Quel usage en fera la bête ? Vers quel but la bête conduit-elle les cornes ? « Ceux-ci combattront contre l’Agneau ; et l’Agneau les vaincra, car il est Seigneur des seigneurs et Roi des rois, et ceux qui sont avec lui, appelés, et élus, et fidèles » (17:14).

 

9.3   La place des saints ou fidèles ; celle des anges

Au milieu d’un avenir si terrible, quel réconfort de savoir que nous serons alors avec Lui ! Si vous aimez le Seigneur, vous serez avec Lui. Qui que vous soyez, si vous êtes de Christ, vous viendrez avec Christ en ce jour-là. Il apparaîtra du ciel, et vous aussi en gloire. Il ne sera pas alors question de rassembler Son peuple autour de Lui. On ne trouve pas trace d’un tel mouvement dans ce contexte. Les fidèles sont déjà avec Lui. Ils auront été enlevés auprès de Lui auparavant. Comment cela peut se faire, ce sont d’autres parties de l’Écriture qui nous l’enseignent, mais je n’y entre pas maintenant. Je m’en tiens au passage qui est devant moi, et je dis qu’il est tout à fait clair que les appelés, élus et fidèles seront alors avec Christ. En outre, ce ne sont pas des anges, mais des saints. Il n’est jamais dit des anges qu’ils sont « appelés » ni qu’ils sont « fidèles ». Il n’est pas question des opérations de la grâce en rapport avec les anges. Les anges qui sont gardés par Dieu sont sans doute saints, et s’ils sont saints, ils sont choisis, ou « élus ». Tel est le langage de l’Écriture à leur égard. Mais un ange ne peut jamais, ni ne pourrait jamais, être dit « appelé » ou « fidèle ». Que veut dire « appelé » ? Quand l’homme est tombé et s’est écarté de Dieu, « l’appel » a été le moyen dont la grâce s’est servie pour l’amener à Dieu par la foi au Sauveur du monde. Ce n’est pas ni ne peut jamais être l’histoire d’un ange ; ce n’est offert qu’à l’homme. Car lui seul, de tous les être tombés, est appelé par grâce — l’homme qui invoque le nom du Seigneur Jésus — l’homme visité par la miséricorde infinie de Dieu, quand Sa grâce a brillé sur lui d’en haut, et l’a amené à Lui par Jésus Christ notre Seigneur.

Ces saints, appelés et fidèles, seront avec l’Agneau quand la bête provoquera le conflit qui se terminera non seulement par sa perdition, mais par la ruine des rois et de leurs armées dans ces même pays. « L’Agneau les vaincra, car il est Seigneur des seigneurs et Roi des rois » (17:14). Il ne sera pas question de ressources humaines en ce jour-là : le Seigneur sera exalté et nous régnerons avec Lui.

 

10    Ch. 17:15-16

10.1                      La domination religieuse universelle

Remarquez un autre point. « Et il me dit : Les eaux que tu as vues, où la prostituée est assise, sont des peuples et des foules et des nations et des langues » (17:15). Cela distingue incontestablement la prostituée de tous les autres systèmes religieux ; car où trouvez-vous quelque chose de correspondant à ceci sinon avec « la prostituée » ? Sans doute, il y a beaucoup de systèmes religieux fort mauvais. Je suis loin de dire que le catholicisme Romain est la seule corruption du christianisme. Mais n’y a-t-il pas une différence bien tangible ? D’autres ont eu une mauvaise influence dans leur pays ; mais le terrible foyer d’infection de Rome est d’être corruptrice de tous les pays, du fait qu’elle revendique d’être mère et maîtresse universelle. Sa prétention à avoir la domination universelle est ce qui la signale comme cité de confusion [Babel], ce qui correspond aux avertissements du Saint Esprit dans notre chapitre. C’est justement cette vanterie d’être universelle, jointe à la corruption et à l’idolâtrie, qui détermine ipso facto qui elle est. Babylone est la prostituée des rois de l’occident, l’influence religieusement la plus corruptrice du monde entier. D’où l’expression « les eaux où la prostituée est assise, sont des peuples et des foules et des nations et des langues ». Il peut y avoir ailleurs, je le répète, de tristes déviations d’avec Christ ; mais cela reste un simple parti, ou au pire une erreur nationale en matière de religion ; mais en ce qui concerne Babylone, elle est, selon l’Écriture, le fléau commun à toutes les nations, tribus et langues. Le résultat en sera que tous ses amants se retourneront contre elle. Les dix cornes — ceux qu’elle a par-dessus tout cherché à gagner et à garder — la haïront à la fin.

 

10.2                      Les rois contre Babylone : un signe du temps présent

Permettez-moi de mentionner sur ce point un fait qui en est l’illustration, et qu’il est bon de citer car tous ne l’ont peut-être pas remarqué. Un changement remarquable a déjà pris place parmi les nations de la terre. Elles ne s’améliorent pas, mais la forme de leur mal évolue. Le dernier concile œcuménique tenu à Rome [1870 ; Vatican I] est le seul auquel aucune tête couronnée n’a envoyé de représentants, ni n’avait été invitée à le faire. Le temps n’est pas encore venu pour les dix cornes pour recevoir pouvoir comme rois pour une heure avec la bête, mais il n’y a pratiquement plus de puissances catholiques obéissant au doigt et à l’œil à Babylone. Elles ne sont plus ses vassaux, quand bien même elles ne sont pas encore les chéris de la bête — ce qui est un degré de plus, et plus grave. À ce concile, le pape n’a pu compter sur aucun soutien civil, sauf peut-être quelques-uns insignifiants dont la présence ne faisait que rendre d’autant plus visible l’absence des grandes puissances. Les invitations ont été envoyées exclusivement à des ecclésiastiques Romains. Il n’y avait aucun représentant de l’Autriche, ni de la Bavière, ni de la Belgique, ni de la France ni de l’Italie, etc. Même l’Espagne et le Portugal n’ont pas envoyé de plénipotentiaire pour déclarer leur soutien au pape : ceux qui s’étaient toujours montrés les plus soumis ont été laissés de côté pour une raison ou pour une autre. De l’aveu même de Babylone, il n’était plus possible de se fier aux puissances occidentales, même celles appelées catholiques. Pour la première fois depuis qu’elles font partie de la chrétienté, elles n’ont pas été invitées à participer à un concile œcuménique, hormis les ecclésiastiques. Ce n’est pas encore le temps pour les cornes de prendre place avec la bête pour dévorer Babylone ; mais il y a certainement quelque préparation à cela dans le signe frappant de sa défiance actuelle vis-à-vis de ses anciens amants.

 

10.3                      Traduction du v. 16. La bête distincte des 10 rois

« Et les dix cornes que tu as vues ET la bête, etc. » (17:16). Ce n’est pas « sur la bête » comme dans la version autorisée du roi Jacques — une leçon incontestablement supérieure, qu’aucun critique ne penserait à défendre. Le vrai texte donne bien « les dix cornes… et la bête », ce qui est important. On regrette ici que la force des préjugés simplement protestants pousse des gens à fausser l’Écriture. N’est-ce pas laid pour quiconque, catholique ou protestant, de maintenir une erreur dans ce qu’il professe être la Parole de Dieu ? Pourquoi le chrétien aurait-il un intérêt autre que la vérité ? Si nous acceptons les meilleures autorités, il faut rejeter « sur la bête » comme étant incontestablement erroné ; si nous ne sommes pas influencés à tort par le plus petit témoignage possible, nous ne pouvons échapper à l’évidence prépondérante que la vraie leçon est « les dix cornes… et la bête ». Pourquoi penseriez-vous que quelqu’un soit si soucieux de maintenir l’erreur de « les dix cornes… sur la bête » ? Parce que le texte correct est fatal à l’ancienne illusion selon laquelle la bête est le pape — une erreur entièrement réfutée par « les dix cornes… et la bête » à moins d’attribuer au pape la destruction de sa propre ville. C’est trop difficile, même pour cette école fantaisiste, d’admettre que le pape puisse se tourner en un ennemi aussi acharné de sa propre capitale. Pourtant les mots sont certains « les dix cornes… et la bête, — celles-ci haïront la prostituée » (17:16).

 

10.4                      Babylone dépouillée par les rois

À l’inverse, on ne peut nier qu’il soit parfaitement compréhensible que l’empire Romain avec les dix royaumes subordonnés, ait une colère implacable contre la Rome ecclésiastique, et veuille brûler ce qui était leur ancien objet de dévotion si profonde, superstitieuse et passionnée ; et c’est bien ce qu’ils feront, comme je crois. Nous voyons que le pouvoir qui s’est emparé des possessions temporelles du pape n’est naturellement aucunement agréable au pape ; et comme il n’a montré guère de scrupules à lui prendre ses biens, nous ne pouvons nous attendre à de l’amour ou du respect entre les deux parties. Nous savons que le royaume d’Italie qui est en train de se développer s’est considérablement enrichi en dépouillant ce qu’on appelle « l’église ». Le jour viendra pour la bête et les dix cornes, de dépouiller complètement Babylone. La bête commencera par s’enrichir, elle et ceux qui la suivent, puis elle détruira Babylone. Tout ce qu’a la Rome ecclésiastique — pouvoir terrestre, richesse, grandeur, rang élevé — tout paraîtra n’être qu’un butin légitime pour eux.

On voit donc dans ce v. 16 combien sont importantes les différentes variantes de texte, et en disant « différentes variantes », nous n’entendons pas qu’il y ait aucune incertitude. Il y a souvent des variantes de textes dépourvues de toute valeur réelle, mais personne ne doit adopter une variante à la légère ou par fantaisie. Je suis très favorable à ceux qui détestent les changements, mais certaines variantes sont si largement supportées et certaines en elles-mêmes, que les rejeter serait de la haute trahison à l’égard de la Parole de Dieu. L’autorité pour « et la bête » est tellement prépondérante que seul l’entêtement peut amener quelqu’un à la rejeter, à moins d’être très ignorant.

Il n’y a donc pas le moindre doute que « les dix cornes… et la bête » s’uniront contre Babylone. Ceci rend le sens du chapitre clair dans le fond. Après avoir été lié par le lien religieux le plus étroit, nous voyons le courant se renverser à la fin. C’est le jour où la bête ne permettra plus à Rome en aucune manière de diriger les puissances temporelles ; quand le pouvoir civil, devenu fier de son impérialisme, se retournera pour déchirer la prostituée qui était autrefois l’objet des affections et des honneurs les plus avilissants. C’est avec d’autant plus de haine que la bête se retournera bientôt contre Rome, que le faux amour montré à cette dernière dans le passé a été grand ; et en se retournant ainsi, la bête détruira ce qu’elle a en son temps aimé et honoré de manière si extravagante. « Celles-ci haïront la prostituée et la rendront déserte et nue, et mangeront sa chair et la brûleront au feu » (17:16). Elles exécuteront le jugement destructeur providentiel de Dieu. C’est là l’explication : « car Dieu a mis dans leurs cœurs d’exécuter sa pensée [ou : volonté] » (17:17).

 

 

11    Importance de la Parole de Dieu et de la prophétie

Il n’y a rien besoin d’ajouter ce soir, car il est tard. Mais le sujet vous est recommandé pour que vous y soyez attentifs avec prière ; car le Seigneur voudrait que vous étudiez non seulement Sa volonté révélée, mais Sa Parole, afin que vous puissiez juger justement de ce qui est à l’œuvre aujourd’hui, en voyant la fin qui nous est montrée avec une clarté et une certitudes divines. Vous ferez ainsi l’expérience que la parole prophétique est tout à fait pratique « à laquelle vous faites bien d’être attentifs, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur » (2 Pier. 2). Au lieu d’y renoncer comme quelque chose de douteux et incompréhensible, vous apprendrez de plus en plus combien chaque parole est précise, intéressante et importante pour tout enfant de Dieu. Que l’occasion d’aujourd’hui puisse vous stimuler à lire avec confiance dans Sa grâce, honorant la Parole de Celui qui veut vous fortifier et vous rafraîchir par elle pour Son service !

 

 

12    Appendice : Aveux catholiques à propos de Babylone

 

Il peut être intéressant pour le lecteur de lui présenter des extraits copieux de deux auteurs remarquablement intelligents de la communion Romaine, prêtres tous les deux, l’un espagnol et l’autre français, qui ont rendu hommage à la vérité de notre chapitre bien au-delà des admissions partielles de ceux mentionnés dans la méditation publique.

 

12.1                      Le prêtre espagnol

Le premier en remontant dans le temps est le fameux Venida del Mesias en gloria y magestad de Juan Jos. Ben-Ezra, pseudonyme pour Emanuel Lacunza, son nom réel.

 

« Il y a deux choses à établir : d’abord qui est la femme assise sur la bête, et secondement, quelle est l’époque dont parle cette prophétie.

Quant au premier point, tous les docteurs sont d’accord que la femme dont il est parlé ici est la ville de Rome, autrefois la capitale du plus grand empire du monde, et maintenant la capitale et le centre d’unité de la vraie église chrétienne. Le premier point n’est pas disputé, et il n’y a pas besoin de s’y attarder. À l’égard du second point, nous ne trouvons que deux opinions. La première soutient que la prophétie a été entièrement accomplie dans les temps passés de la Rome idolâtre et païenne. La seconde confesse que jusqu’à ce jour la prophétie n’a pas été pleinement accomplie, et elle affirme qu’elle le sera au temps de l’Antichrist, dans une autre Rome, encore future, beaucoup changée d’avec la Rome actuelle.

Si nous considérons attentivement ces deux opinions, et la manière obscure et embarrassée dont leurs auteurs s’expliquent, il n’est pas très difficile d’en dégager le but pieux qu’ils se proposent, ni la cause réelle de leur embarras. Le point est le plus délicat et le plus critique qu’on puisse imaginer. D’un côté la prophétie est terrible dans toutes ses circonstances : à la fois les crimes de la femme, qui sont clairement relatés, et le châtiment prononcé contre eux, sont innombrables. D’un autre côté, le respect, l’amour, la tendresse, la bonne opinion et l’estime dans lesquelles cette même femme a été toujours été tenue depuis qu’elle a aboli son idolâtrie, rendent incroyable et improbable qu’il soit parlé d’elle, ou que ce soit en elle que de tels crimes et un tel châtiment soient jamais constatés. Dans une situation si critique, quel côté allons-nous prendre ? La vérité de la prophétie doit être sacrée, car personne ne doute de son authenticité. Mais il semble pareillement nécessaire de sauver l’honneur de la grande reine, et de calmer toutes ses craintes. Comme elle n’ignore pas ce qui est exprimé dans les Écritures de vérité, et qui pourrait ou devrait susciter chez elle de grandes appréhensions, il a paru convenable à ses fidèles sujets de la délivrer entièrement de son inquiétude.

C’est pourquoi certains lui ont dit qu’elle n’avait rien à craindre, que la prophétie avait été accomplie fort longtemps auparavant sur la Rome païenne et idolâtre, contre laquelle la prophétie parle — d’autres qui n’ont pas pu partager une idée si contraire au texte, lui ont dit qu’elle ne devait pas s’effrayer, car la prophétie vise à l’évidence d’autres temps encore à venir, et elle ne sera pas confirmée sur la Rome actuelle, la Rome chrétienne, la Rome tête de l’église de Christ, mais sur une Rome infiniment différente, composée alors d’idolâtres qui en seront devenus les maîtres, et qui auront éliminé le Pontife, et avec lui, sa cour et tous les chrétiens. Dans cette Rome ainsi considérée, seront constatés les crimes et châtiments annoncés dans cette prophétie.

Examinons brièvement ces deux opinions, ou ces deux consolations, en les comparant ave le texte de la prophétie…

Le plus grand crime dont la femme soit accusée est la fornication, et, pour fermer la porte à toute équivoque, les partenaires de cette fornication métaphorique sont nommés, à savoir les rois de la terre ; et comme les rois avec la prostituée, ainsi elle a vécu avec eux dans les délices.

Nous demandons comment ce crime peut être vrai de la Rome antique, qui, selon tous les récits de l’histoire, était si loin de cette infamie, qu’elle regardait même au contraire tous les rois de la terre avec un souverain mépris, et il n’y en a eu aucun dans le monde connu qu’elle n’a pas humilié et jeté sous ses pieds. On les a souvent vus entrer par la porte des triomphes, chargés de chaînes, et sortir ailleurs pour être décapités ou emprisonnés. Peut-on dès lors, avec quelque justesse d’expression ou quelque apparence de vérité, accuser la Rome antique de cette fornication métaphorique avec les rois de la terre ?…

La seconde difficulté de cette opinion émane du châtiment annoncé sur la prostituée, qui, si on y fait attention, ne peut certainement pas apparaître comme déjà accompli. Les expressions dont St Jean se sert sont très tranchées, et parlent d’une extermination totale et éternelle : considérons-les. Apoc. 18:21-23 : « Et un ange puissant leva une pierre, comme une grande meule, et la jeta dans la mer, disant : Ainsi sera jetée avec violence Babylone la grande ville, et elle ne sera plus trouvée. Et la voix des joueurs de harpe, et des musiciens, et des joueurs de hautbois, et de ceux qui sonnent de la trompette, ne sera plus ouïe en toi ; et aucun ouvrier, d’aucun métier, ne sera plus trouvé en toi ; et le bruit de la meule ne sera plus ouï en toi. Et la lumière de la lampe ne luira plus en toi ; et la voix de l’époux et de l’épouse ne sera plus ouïe en toi ; car tes marchands étaient les grands de la terre ; car, par ta magie, toutes les nations ont été égarées ». Ou bien il n’y a là qu’exagération, manque d’à propos, et fausseté, ou bien ce n’est pas encore accompli et cela ne le sera qu’en son temps, exactement comme il est écrit. À côté de cela, il faut considérer tout le contexte de la prophétie depuis le ch. 16, où après avoir parlé de la dernière plaie des sept coupes versées par les sept anges sur la terre et pleines de la colère de Dieu, l’apôtre Jean passe immédiatement à ceci : « et la grande Babylone vint en mémoire devant Dieu, pour lui donner la coupe du vin de la fureur de sa colère » (16:19).

À tout ceci il faut ajouter un autre point de réflexion très important. Si, comme le soutient l’auteur de cette opinion, la prophétie vise entièrement la Rome antique, idolâtre et inique, et si elle était menacée du terrible châtiment dont il est tant parlé, à quel moment ce châtiment a-t-il été accompli ? Ils répondent que ce châtiment a été accompli lors de la prise de Rome par Alaric avec sa terrible armée, et qu’il en a fait le sac, et l’a brûlée et l’a détruite presque entièrement. Mais il est d’abord certains que les maux infligés à Rome par l’armée d’Alaric n’étaient pas aussi grands que ceux infligés par les anciens Gaulois, ni que ceux dont elle a souffert dans les guerres civiles, ou au temps de Néron, comme nous en sommes assurés par les auteurs contemporains, et comme nous le déclarent Fleury, Miller, etc. Par-dessus tout, ces maux n’étaient pas aussi grands que ceux annoncés ici clairement dans la prophétie qui parle d’une ruine totale et d’une extermination éternelle. Deuxièmement, au temps d’Alaric (c’est-à-dire au 5° siècle de l’ère chrétienne) quelle est la Rome dont ce prince barbare a fait le sac ? quelle Rome a-t-il presque entièrement brûlée et détruite ? Était-ce la Rome idolâtre, la Rome inique, la Rome adultère et prostituée par son idolâtrie ? Certainement pas, car à cette époque Rome n’était pas telle. La seule Rome qui existait alors et qui a continué d’exister jusqu’à ce jour était entièrement chrétienne, et avait déjà rejeté toutes les idoles d’au milieu d’elle (*), et ne méritait donc plus les qualificatifs d’adultère et prostituée ; elle adorait déjà le vrai Dieu et Son Fils unique Jésus Christ ; elle était déjà pleine d’églises dans lesquelles étaient célébrés les saints offices ; car l’histoire nous dit qu’Alaric commanda à ses soldats de ne pas toucher aux édifices publics ni aux temples. C’était déjà la Rome pénitente, chrétienne et sainte. Ceci étant, estimez-vous croyable que sur cette femme maintenant chrétienne, pénitente et sainte, soient accomplis le terrible châtiment prononcé contre la méchante femme adultère ?…

 

(*) [note de W. Kelly : Ceci nous paraît excessif, car nous savons que le parti païen à Rome était assez fort lors du siège d’Alaric pour alarmer les hommes par la prétention que ces troubles étaient dus à la négligence de l’ancienne religion, au point que des sacrifices furent offerts aux dieux dans la capitale et ailleurs, le pape Innocent lui-même y consentant ! Voir Zosim. H. R. v. 14.]

 

Considérant les graves difficultés sous-jacentes à la première opinion, presque tous les docteurs ont jugé qu’il n’était pas parlé de la Rome antique dans la prophétie, mais d’une autre Rome, future, dans laquelle serait constatés tous les crimes aussi bien que le terrible châtiment prononcé ici contre elle.

Quand est-ce que tout ceci aura lieu ? Ils disent, et avec de bonnes raisons, que ce sera aux jours de l’antichrist. Mais pour réconcilier cet aveu ingénieux avec l’honneur et la consolation de la cité sacerdotale (qu’il faut sauver, ce qui est le but des deux opinions), ils font certaines suppositions sur lesquelles reposent tout leur édifice. Ce sont les suivantes : Premièrement l’empire Romain doit durer jusqu’à la fin du monde. Deuxièmement, cet empire qui, maintenant et depuis tant d’années, est tellement démembré qu’on en trouve à peine une relique, recouvrera vers le temps de la fin son ancienne grandeur, sa magnificence et sa splendeur. Troisièmement les chefs [têtes] de cet empire des derniers temps deviendront, non seulement infidèles et iniques, mais ouvertement idolâtres. Quatrièmement ils se rendront maître de Rome sans grande difficulté, et rétabliront en elle la cour de l’empire Romain ; et là-dessus Rome reprendra sa grandeur, sa richesse, son abondance, sa majesté et sa gloire, tels que déployés dans les âges passés, notamment au temps d’Auguste. Cinquièmement cette race impie arrachera de Rome la sacrificature chrétienne, et tout fidèle ne renonçant pas à sa foi ; par quoi Rome, étant libérée de cette grande entrave, rétablira l’adoration des idoles, et redeviendra aussi idolâtre qu’autrefois.

Ces positions étant toutes admises, et comme telles n’exigeant pas de preuves, il est vraiment facile de conclure tout ce que vous affirmez, et d’affirmer tout ce qu’il vous plait. Il est facile de conclure que, bien que la prophétie parle certainement contre une Rome future, elle ne parle pourtant nullement d’une Rome chrétienne, celle-ci étant incapable de ces crimes et n’étant donc pas exposée à ces menaces et à ce châtiment. Par cette ingéniosité, la vérité de la prophétie est sauve, l’honneur de la grande reine est sauf, et elle reste soulagée, tranquille et en sécurité, sans rien qui trouble sa paix ou n’interfère avec son repos, parce que la grande vigueur de l’indignation de l’époux ne s’applique pas à elle ni ne peut s’y appliquer, mais seulement à ses ennemis. Ces ennemis, ou cette nouvelle Rome ainsi considérée (selon la suite de l’explication) commettront sans aucun doute des crimes nouveaux et plus grands que ceux de l’ancienne Rome ; ils redeviendront orgueilleux, hautains, injustes et cruels ; ils verseront à nouveau le sang des chrétiens, et s’en enivreront ; et ces crimes attireront sur la cité, maintenant infidèle, tout le poids de la colère et de l’indignation du Dieu Tout-Puissant…

Cette manière de traiter le sujet, suivie par la plupart des docteurs, y compris les plus prudents de cet autre point de vue, a-t-elle pour but de ne pas peiner notre mère souveraine et commune avant le temps ? Mais c’est justement la raison pour laquelle on devrait parler la pure vérité en toute humilité et révérence. C’est justement pour cette raison que ses vrais fils et fidèles sujets devraient chercher à l’affliger, et devraient se réjouir à la voir affligée, non pas parce que cela lui fait de la peine, mais parce qu’elle est affligée à repentance… Si le danger est présenté à l’avance, on peut chercher un refuge et échapper à la perdition. Mais si en épargnant la peine, on donne l’impression que le danger n’est pas si grand, alors la ruine est inévitable, et d’autant plus grande qu’elle a été moins perçue.

Il est très facile de remarquer la manière étrange et singulière de traiter le sujet ; j’entends : d’un côté une attitude très libérale pour admettre comme certaines des choses qui n’apparaissent pas dans l’Apocalypse, et d’un autre côté une attitude très restrictive par laquelle on omet des choses sur lesquelles l’Apocalypse est tout à fait explicite. Personne ne nous dit, par exemple, ce que signifie la femme assise sur une bête écarlate, pleine de noms de blasphème, ayant sept têtes et dix cornes. Bien que le mystère soit si grand, nouveau et étrange que St Jean lui-même confesse son extrême surprise à la vue de la femme dans cet état, cependant ils supposent que cela ne signifie rien de plus qu’une figure de l’alliance entre la Rome idolâtre et l’antichrist. On devrait penser que qu’une telle chose ne devrait pas surprendre le disciple bien-aimé. Quelle merveille qu’une ville idolâtre et inique aille jusqu’à favoriser et aider l’antichrist !

Nous n’ignorons pas que beaucoup d’hommes injustes, sans haine pour l’église Romaine, ont utilisé à tort ce passage de l’Écriture d’une manière monstrueuse et impudente. Mais y a-t-il rien de vrai et de saint dont ils ne puissent abuser ? Des enfants méchants ont prononcé des injures, des invectives et des calomnies dans ce qu’ils ont dit de Rome sous couvert de cette prophétie, et ils ont mélangé telle ou telle vérité avec des fables interminables. Mais qu’est-ce que cela a à faire, ou peut avoir à faire, avec le présent sujet ? Si quelques-uns ont obscurci certaines vérités en les mélangeant avec des erreurs ou des fables, est-ce là une raison pour ne pas nous appliquer avec zèle à faire ressortir ces même vérités avec clarté et pureté ? Devons-nous les nier entièrement, et passer entièrement à l’autre extrême ? Sommes-nous pour cela empêchés de prendre une voie moyenne, aussi éloignée de l’erreur fatale que de la flatterie malveillante ? Ce que nous disons des crimes de cette femme, nous le disons aussi de son châtiment. Rome, non pas la Rome idolâtre, mais la Rome chrétienne, non pas la tête de l’empire, mais la tête de la chrétienté, et Rome centre de l’unité de la vraie église du Dieu vivant, peut tout à fait à un moment ou à un autre (sans cesser d’avoir ces dignités), encourir cette culpabilité, et être tenue coupable devant Dieu de fornication avec les rois de la terre, et susceptible d’en subir toutes les conséquences. Il n’y a pas d’inconséquence à dire cela, même si cela fait secouer la tête bien fort aux défenseurs de Rome. Et cette même Rome, dans ce même état, peut recevoir sur elle l’horrible châtiment dont parle la prophétie ; il n’est pas nécessaire pour cela qu’elle ait été préalablement prise par des infidèles, ni qu’elle retourne à être la cour de l’empire Romain infidèle sorti du tombeau avec une grandeur nouvelle et accrue, ni que les nouveaux empereurs en ait arraché la religion chrétienne et aient rétabli l’idolâtrie » (Tomo i. par. ii. Fen. iii. § 14. Londres, 1826).

 

12.2                      Avis de W. Kelly sur l’opinion de Lacunza

Je ne cite pas ceci comme étant entièrement d’accord avec les impressions de Lacunza, et je ne suis bien sûr pas du tout d’accord avec son insensibilité à cette idolâtrie si réelle et si affligeante qui a caractérisé Rome pendant tant de siècles, avec l’adoration de la Vierge, des saints, des anges, et de l’hostie. C’est clairement cela sa caractéristique pour la foi, comme le blasphème est la caractéristique de la bête. Mais Babylone est la mère des prostituées et des abominations de la terre, au lieu de préserver sa pureté comme l’église, une vierge chaste fiancée à un seul homme, Christ. Elle qui s’est enivrée du sang des saints, a courtisé coupablement et à fond les rois de la terre, et avec cela, elle a enivré ceux qui habitent sur la terre (non pas ceux qui sont célestes dans leurs pensées) avec le vin de sa fornication, car sa coupe d’or est pleine d’abominations, c’est-à-dire d’idoles. Lacunza se trompe donc en omettant beaucoup du passé et du présent de Rome, et il me semble, même s’il est moralement juste pour le principal, qu’il est moins droit prophétiquement que les docteurs qui voient un futur apostat pour Rome, et un jugement, d’abord providentiel, puis final et directement divin. Or la description de Babylone dans son ensemble est essentiellement idolâtre, et se distingue ainsi de la bête blasphématrice, avec laquelle, c’est étrange à dire, les papistes les plus zélés tout comme les protestants, la confondent.

 

12.3                      Le prêtre français

Le second prêtre auquel je fais appel est le père Lambert, dont l’Exposition de Prédictions et des Promesses faites à l’Église, a paru à Paris en 1806. Mais il n’est pas nécessaire que je cite ses propres paroles, car elles ne font qu’exprimer la plupart des arguments déjà donnés par Lacunza (mais avec moins de force), sauf peut-être que Lambert situe dans un futur plus lointain le mal qui justifierait la prophétie comme décrivant Rome. Sur le fond, son ch. 18 (tome ii, p. 327-347) coïncide avec le grand travail espagnol, et est même plus complet pour combattre les raisonnements de Bossuet. Les deux insistent sur le fait que la terrible destruction du ch. 17 attend la Rome chrétienne. « Je demande maintenant » (dit Lambert, près de la fin de son chapitre, et après avoir cité la fin d’Apoc. 18 et le début d’Apoc. 19), « si il y a quelqu’un d’assez hardi pour déclarer, à l’encontre des plus indiscutables monuments de l’histoire, que les maux prédits par Jean pour la grande Babylone sont tombés sur la Rome païenne ? ou si ce n’est pas plutôt une vérité constante et généralement reconnue comme telle, que Rome n’a rien expérimenté de la sorte, ni du temps où elle adorait les idoles, ni depuis qu’elle a embrassé le christianisme ? Alaric l’a prise et a emporté ses richesses au début du 5° siècle ; Genseric a fait la même chose vers le milieu du même siècle. Elle a expérimenté des pertes similaires sous Charles Quint, ce roi pervers et sans foi, et en d’autres occasions aussi. Mais à côté de cela, elle a été chrétienne depuis, et pour longtemps ; elle n’a jamais été détruite ni réduite en cendres… Il n’y a donc pas de milieu : ou on attribue hardiment le mensonge à l’oracle apocalyptique sur la terrible catastrophe réservée à Rome, ou on accepte de bonne foi que ses menaces visent la Rome chrétienne, et que son exécution appartient à un futur que ns attendons »