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Exposé des épîtres de l’apôtre Jean
William Kelly
Publié en anglais en 1905 et réimprimé en 1970 par Bible Truth Publishers
Les sous-titres et sous-divisions du texte ont été ajoutés par Bibliquest.
Table des matières abrégée :
1 Dixième méditation publique — 1 Jean 3:11-17
2 Onzième méditation publique — 1 Jean 3:18-24
3 Douzième méditation publique — 1 Jean 4:1-6
4 Treizième méditation publique — 1 Jean 4:7-10
5 Quatorzième méditation publique — 1 Jean 4:11-16
6 Quinzième méditation publique — 1 Jean 4:17-21
7 Seizième méditation publique — 1 Jean 5:1-5
8 Dix-septième méditation publique — 1 Jean 5:6-12
9 Dix-huitième méditation publique — 1 Jean 5:13-21
Table des matières complète :
1 Dixième méditation publique — 1 Jean 3:11-17
2 Onzième méditation publique — 1 Jean 3:18-24
2.1.1 L’expression « chers enfants »
2.1.3 N’aimons pas de parole ni de langue
2.6.2 S’aimer l’un l’autre selon Son commandement
3 Douzième méditation publique — 1 Jean 4:1-6
3.1 Deux tests importants pour mettre en garde
3.3 1 Jean 4:2-3a — Confesser Jésus
3.3.1 Confession de la personne. Ce qu’est cette personne
3.3.2 Lui est la vérité objectivement sur tout. En Lui est toute la vérité
3.3.4 Ceux qui contestent l’incarnation. L’incrédulité en attendant l’apostasie finale
3.3.5 « Venu en chair », une expression qui ne s’applique qu’à une personne divine
3.3.6 Importance de Celui qui est venu
3.7.1 Nous signifie les apôtres et prophètes selon le Nouveau Testament
3.7.2 Problème dû à ce que le Nouveau Testament n’était pas complet
3.7.3 Ce verset 6 ne s’applique pas à tout prédicateur chrétien
3.7.4 Le Nouveau Testament est la norme aujourd’hui
3.7.5 Inspiration verbale, 1 Cor. 2:13
3.7.6 Inspiration verbale, 2 Tim. 3:10-17
3.7.7 Inspiration verbale et inerrance de l’Écriture
3.7.8 Même autorité pour l’Ancien Testament et pour le Nouveau Testament
3.7.9 La Parole a sa propre autorité, Héb. 4:12-13
3.7.10 Pas d’intermédiaire entre la Parole et le croyant
3.7.11 L’autorité de l’église introduire par « saint » Augustin
3.7.12 Parole écrite plus importante que la Parole orale
3.7.14 Résumé et portée de 1 Jean 4:1-6
3.7.15 Avertissements d’Apoc. 2 et 3
3.7.16 Rôle de l’église ou assemblée par rapport à la Parole
4 Treizième méditation publique — 1 Jean 4:7-10
4.1.1 Aimons-nous l’un l’autre
4.1.3 Quiconque aime est né de Dieu
4.1.4 Faux enseignements subversifs
4.1.5 Aimer est inséparable d’être né de Dieu
4.1.6 Obstacles à la manifestation de l’amour
4.1.8 Autorité divine de l’Écriture
4.1.9 Vie, paix, obéissance, amour
4.3.1 L’amour de Dieu manifesté en nous
4.3.3 … Son Fils unique … afin que nous vivions
4.3.4 La vie éternelle, la vie dans le Fils
4.3.5 L’origine et la racine du mal
4.3.6 Quand la vie commence chez l’homme
4.4 L’amour de Dieu manifesté quand nous étions encore pécheurs (4:9 et 4:10)
4.4.1 Un évangile qui répond au besoin du pécheur
4.4.2 Une énigme de l’Ancien Testament
4.4.3 La souffrance de Celui qui expiait le péché. Psaume 22, l’abandon de Dieu
4.4.4 Expiation : les deux boucs de Lév. 16
4.5.1 L’amour divin, un amour complet pour le pécheur
4.5.3 Repos en Christ. Jouissance et épanchement de l’amour dont la source n’est qu’en Dieu
5 Quatorzième méditation publique — 1 Jean 4:11-16
6 Quinzième méditation publique — 1 Jean 4:17-21
7 Seizième méditation publique — 1 Jean 5:1-5
8 Dix-septième méditation publique — 1 Jean 5:6-12
9 Dix-huitième méditation publique — 1 Jean 5:13-21
La Première Épître de Jean
Traduction à venir
Nous arrivons maintenant à un nouveau sujet qui n’avait pas encore été abordé, mais qui se rattache à celui de l’amour mutuel des enfants de Dieu que nous avons déjà considéré. L’apôtre fait premièrement appel à eux en leur qualité de chers enfants, entendant par là, comme d’habitude, l’ensemble de la famille. Il n’est pas besoin de dire « Mes enfants » (*) ; ce « mes » n’est pas donné par l’Esprit de Dieu et est donc illégitime. « Chers enfants » est son expression générale de tendresse, et c’est la raison pour laquelle il ne les appelle pas simplement « enfants », mais « chers enfants ». Cette expression regroupe les pères, les jeunes gens et les petits enfants.
(*) Note Bibliquest : la traduction autorisée anglaise (KJV) dit : « Mes petits enfants ». JND dit : « Enfants ».
L’apôtre nous invite ici à aimer non pas de parole ni de langue, mais en action et en vérité. Il entre ainsi dans le nouveau sujet. Il ajoute : « Et par ceci nous saurons ». Ce n’est pas « nous savons », mais « nous saurons ». Ceci a son importance, parce que cela ne se réfère pas à ce qu’ils étaient déjà en Christ. Par exemple la connaissance de la vie éternelle que nous possédons maintenant en Lui est quelque chose de bien établi ; mais ici l’apôtre regarde en avant à la pleine liberté et à la confiance de cœur données par une marche pratique journalière dans la droiture devant Dieu, et spécialement dans l’amour. Car c’est un devoir à l’égard duquel beaucoup se trompent eux-mêmes. Rien n’est plus facile que de réclamer l’amour, et de se plaindre que les autres en manquent ; mais ceux qui se plaignent le plus fort sont parfois ceux qui en manquent le plus. Ils désirent être de ceux qu’on aime, ou s’estiment désireux de l’être ; mais le vrai chemin est d’aimer si l’on veut être aimé. L’épanchement du cœur en bonté sans but égoïste provoque la ferveur d’autres cœurs, tandis que la langue apprend trop facilement à parler d’amour, et à s’en tenir là. L’épître choisit donc soigneusement les expressions qui font la liaison entre ce qui précède et ce qui suit.
« Chers enfants, n’aimons pas de parole ni de langue ». Quel que soit son état, un chrétien sait, bien sûr, que ceci est détestable ; mais s’il n’est pas dans un bon état pratique avec Dieu, son amour est vain et sans force. C’est pourquoi il est dit ici « non pas de parole ni de langue », ou plus exactement « non pas avec parole ou avec la langue ». Il y a une légère différence si l’on omet ces deux « avec » et l’article avant « langue ». Nous avons à aimer, « mais en action et en vérité ». L’homme naturel dans la chrétienté parle d’amour à sa manière. Christ a prouvé l’amour dans toute son authenticité, et nous qui Le confessons avons à marcher dans la même simplicité et la même réalité.
Tout ceci découle évidemment de la vie éternelle que nous avons si nous croyons en Lui. C’est ce qui est évoqué dans l’expression inhabituelle « la vie de Dieu » en Éph. 4:18, et « Christ notre vie » en Col. 3:3,4 et quelque chose d’équivalent en Gal. 2:20 (« Christ vit en moi »). À cet égard Jean mêle si remarquablement Dieu et Christ qu’il n’est guère possible de dire Lequel des deux il a en vue précisément. Mais il le fait volontairement pour une bonne et excellente raison : le Fils est autant vraiment Dieu que le Père — il n’est pas permis de l’oublier. Cette manière d’écrire n’est nullement de la négligence. L’apôtre Jean savait très bien ce qu’il faisait et ce qu’il voulait dire en écrivant. Seuls des insensés ayant grande confiance en eux-mêmes oseraient penser autrement d’un homme inspiré. C’est parce que le Père et le Fils sont Dieu. Bien que Christ soit devenu homme, Il demeure Dieu aussi véritablement que les autres personnes de la Déité. Dans Son humiliation pour revendiquer les droits de Dieu et bénir l’homme, Il n’a jamais perdu un instant Sa gloire divine. Il était le vrai Dieu quand Il a daigné naître de femme. Vous savez cependant ce qu’est un nouveau-né, à quel point il est entièrement dépendant de sa mère ou de l’infirmière. Y a-t-il au monde aucune créature qui soit autant redevable aux soins d’amour qu’un bébé humain ? Mais Christ, même dans cette condition, était le vrai Dieu autant que quand Il ressuscitait Lazare, ou d’autres, d’entre les morts. Il ne pouvait pas cesser d’être le vrai Dieu ; ceci n’a été ni touché ni aucunement affecté par le fait de mourir. Même dans un homme, l’âme et l’esprit ne sont pas affectés par la mort, qui n’est que la rupture du lien entre le corps et l’homme intérieur. C’est ainsi qu’il en a été pour le Seigneur Jésus, Il était toujours le Fils. Jésus Christ était sans doute Son nom une fois devenu homme, mais Il est sur toutes choses Dieu béni éternellement, Amen (Rom. 9:5) ; Il l’est réellement tout comme le Père et le Saint Esprit qui ne se sont jamais incarnés.
Or l’amour est ce qui caractérise l’énergie de Dieu : combien cela est béni en soi et pour nous ! Le jugement n’est pas Sa nature, et il n’a pas été exercé sur l’homme avant l’apparition du péché ; il n’a pas été question de quelque chose de pareil sinon à cause du péché. Mais Dieu a toujours été amour. Et quand le moment convenable est venu pour Lui de mettre Son amour en action, spécialement dans l’incarnation de Christ et dans l’œuvre de Christ, tout s’est manifesté dans des voies sans pareilles. Ses bienfaits envers la créature furent dépassés, et de loin ; Ses dispositions sages et bonnes envers les plus grands comme les plus petits des animaux furent éclipsées, si merveilleuses qu’elles aient été ; et cela a été encore plus manifeste au vu de la bonté de Ses dispositions en faveur de l’homme.
Il est bon de considérer ce qui nous entoure. Le Seigneur nous fait voir quelque fois des objets extérieurs avec une application a fortiori pour nous. On a des exemples de cela avec les importantes leçons adressées aux disciples et tirées de ce qui se voyait des oiseaux du ciel, ou des lis des champs. En effet, ils ne montrent pas seulement la puissance divine, mais la sagesse, la bienveillance, la vigilance qui pense à eux jusque dans les moindres détails, la bonté qui pénètre et demeure en présence du péché et de la méchanceté de l’homme. Car quand l’homme est tombé, Dieu aurait pu changer la verdure des champs en un rouge très voyant, en signe d’avertissement du jugement à venir ; mais il n’y a pas eu de pareil changement. Le verdure des champs est restée verte, et les fleurs sont restées belles et douces. Nous ne disons pas qu’elles sont toutes identiques à ce qu’elles étaient dans le paradis, car certaines choses ici-bas ont été profondément affectées par la chute ; mais elles sont incontestablement restées comme un idéal dépassant tout ce que l’homme peut atteindre. Salomon dans toute sa gloire n’était pas vêtu comme les fleurs des champs sans qu’elles aient subi aucune culture par l’homme.
Il est important de voir que l’amour divin est une affection entièrement en dehors de la création, et au-dessus de la simple nature humaine dans son essence. Il est autant surnaturel que la vie qui est la nouvelle nature sur laquelle l’Esprit de Dieu agit. Il faut une nature qui soit capable de porter du fruit agréable à Dieu. En effet, vous ne pouvez avoir aucun fruit sans une source vivante. D’où vient la source de ces nouveaux sentiments et de ces nouvelles actions permettant de surpasser entièrement, dans les exercices d’âme, tout ce dont l’homme est capable ? Quelle est la source dans le croyant de tout ce qui est amour envers Dieu et envers l’homme ? C’est la vie éternelle. Sans elle, il n’y a pas de nature pouvant porter du fruit bon. Ne sommes-nous pas nous-mêmes d’amples témoins de cette vérité ? Nous étions autrefois des hommes ayant les qualités surprenantes conférées par Dieu à l’homme ; car elles sont très grandes, en dehors même de la nouvelle création et de ses privilèges spéciaux. Quant à ces derniers, nous n’en avions aucun auparavant, et nous ne pouvions pas comprendre ce qui a été exprimé en grâce. Ceci aurait paru extravagant et dépourvu de sens à l’homme naturel, comme c’est toujours le cas, quoique l’homme naturel puisse avoir assez de sens pour tenir sa langue et ne pas le dire. Mais les hommes sentent qu’ils n’entrent pas dans les pensées de Dieu, et ne le peuvent pas. Même l’esprit de l’homme, la meilleure partie de l’homme, peut s’en rendre compte. Son esprit s’élève bien au-dessus de la nature inférieure de l’homme, mais la partie la plus élevée de la nature humaine ne peut pas entrer dans les choses de Dieu (Jean 3:3-6).
L’esprit de l’homme ne peut pas s’élever au-dessus des choses de l’homme (1 Cor. 2:9-11), pas plus qu’un chien, par exemple, ne peut comprendre le fonctionnement d’une montre. Car le chien n’a que la nature d’un chien, non pas la nature de l’homme qui a une intelligence très supérieure, s’améliorant elle-même, profitant des autres, travaillant dans un but nouveau et précis, et guidé par des raisons et une puissance mécanique s’il fait une montre. Au cours du temps, cela peut devenir assez mécanique, mais le premier qui a fait une montre a dû avoir un fort exercice de pensée et une grande habileté. Peut-être qu’au début, elle était grosse et grossière et a eu souvent besoin d’être modifiée. Néanmoins le premier à faire une montre a eu besoin d’un bien plus grand effort intellectuel que le dernier qui a fait la meilleure montre du pays. Car le dernier fabricant a bénéficié de tous les innombrables perfectionnements faits au cours du temps, depuis tel petit détail jusqu’au chronomètre. Et outre toute cette activité des pensées, il y a chez l’homme une conscience de responsabilité devant Dieu, et un sens moral beaucoup plus élevé que celui de l’intelligence, et qui n’appartient qu’à l’homme sur la terre.
Le fond de tout cela est que les choses de Dieu dépassent autant le meilleur homme selon la chair, et la partie la plus élevée de cet homme, que la montre ou tout autre travail de cette nature est au-dessus de la nature du chien et de ses instincts. Oublier cela est une grande source de dégradation morale. C’est sûrement une différence de toute importance, et chez ceux qui la ressentent, elle ne peut que produire des actions de grâce, tandis qu’elle justifie et manifeste les profondeurs de la grâce de Dieu. Car à nous qui croyons, Il nous a donné une vie capable d’entrer dans Ses pensées et Ses affections et Ses conseils, nous rendant capables par Son Esprit de sonder toutes choses, même les choses profondes de Dieu (1 Cor. 2:10).
On admet que, pour cela, nous avons besoin de l’Esprit de Dieu. Il ne suffit pas d’être né de l’Esprit. Les saints de l’Ancien Testament étaient eux aussi nés de l’Esprit, mais ils ne pouvaient pas encore recevoir d’en haut l’Esprit habitant en eux. Aucun saint ne L’a reçu avant la rédemption. Et seules les âmes converties qui se reposent sur la rédemption reçoivent maintenant le Saint Esprit. L’absence de cette réception est la raison pour laquelle on voit des personnes converties si obtuses spirituellement. Elles n’arrivent pas à aller au-delà des choses élémentaires de la vérité divine parce que, bien qu’ayant la nouvelle nature, elles n’ont pas encore la puissance de l’Esprit ; et si on y regardait de près, on verrait qu’elles n’ont pas encore une paix établie. Le fait réel est qu’elles ne se reposent pas réellement sur la rédemption de Christ, et ainsi elles n’ont pas le fruit de la rédemption. Elles attendent ce qui leur manque. Elles s’efforcent sérieusement, comme elles disent, d’obtenir ce qu’elles n’ont pas. Il leur faut apprendre qu’on ne peut avoir la liberté en Christ qu’en s’abandonnant entièrement soi-même, et en abandonnant ses efforts, pour ne se reposer que sur Christ et sur Son œuvre de rédemption, et pour s’y reposer entièrement. L’œuvre d’expiation est faite.
Cette insuffisance ou superficialité de la foi a tout inondé et submergé après le départ des apôtres. Dans les premiers jours de l’église, personne ne s’y joignait s’il n’était pas scellé du Saint Esprit. Mais quand l’église a commencé à s’établir dans le monde et que la persécution n’a plus éclaté qu’occasionnellement, — quand beaucoup de gens sages et riches sont entrés, des puissants et des nobles, on se mit à avoir pour objectif d’avoir de bonnes relations avec des personnages avec lesquels, grâce à l’amour chrétien, on pouvait devenir beaucoup plus intime qu’on ne le serait jamais devenu dans le monde. Beaucoup furent incités à les suivre ; certains ont récemment vécu les mêmes causes et les mêmes effets dans leur petite histoire. Dans de telles circonstances, l’amour tombe bientôt en décadence. Il est dès lors facile de comprendre la nécessité de ces paroles : « N’aimons pas de paroles ni de langue, mais en action et en vérité ».
« Et par ceci nous saurons que nous sommes de la vérité », c’est-à-dire si nous marchons dans l’amour. C’est un réconfort immense pour le croyant ; mais quelle faute de placer cette parole devant une âme inconvertie comme chemin pour obtenir le pardon ! Quelqu’un qui connaît l’évangile pourrait-il demander à des inconvertis de montrer ces fruits de l’amour ? Par contre c’est ce que les saints devraient ressentir dans ce qui est justement appelé le gouvernement moral de Dieu. Car quand nous sommes amenés à Dieu, nous devenons les objets journaliers du jugement de Dieu comme Père (1 Pierre 1:17). Le Seigneur l’a présenté figurativement en Jean 15, où Il déclarait être Lui-même le vrai Cep (= plant de vigne), dont Ses disciples étaient les sarments. Ce n’est pas la figure d’être né de nouveau (qui se trouve en Jean 3:3-6), et cela n’a rien à faire, non plus, avec l’union, comme beaucoup l’imaginent à tort. En aucun de ces deux cas, on ne trouve la perte de la vie éternelle ou le retranchement de membres du Christ. Cette différence suffit à invalider ce genre de mauvaises applications. Le Cep enseigne la nécessité de la communion pratique avec Christ. Demeurer en Lui et Lui en nous, c’est la puissance pour porter du fruit. Car qu’est-ce qui rend les disciples capables de porter du fruit ? N’est-ce pas la dépendance de Christ, Ses paroles demeurant en nous, ainsi que la prière ? (Jean 15:7). C’est Christ qui est la source de tout le fruit, et les sarments en portent dans la mesure où ils Lui sont rattachés. Séparés de Lui, ils ne peuvent rien faire. C’est le Père qui émonde les sarments afin qu’ils portent plus de fruit. Mais c’est le Cep qui fournit toute la sève aux sarments qui Lui sont attachés.
Notre Seigneur a fait beaucoup plus ; mais pour porter du fruit, c’est ce qu’Il fait. Si vous détachez le sarment du cep, qu’arrive-t-il ? portera-t-il de nouveau du fruit ? peut-il y avoir encore du fruit ? pas du tout. Il y en avait qui avaient suivi Christ un temps (Jean 6:60-66) et qui ne marchaient plus avec Lui. Ils se retranchaient eux-mêmes. Ils ne faisaient plus partie des sarments du Cep. On ne nie pas qu’ici ou là, l’un ou l’autre puisse se repentir et chercher la restauration. Loin de nous de renier ou de décourager une âme. Mais ceux qui abandonnent Christ deviennent en général durs et opposants au plus haut degré. En fait il est relativement rare que ceux qui ont tourné le dos au Seigneur retournent à Lui de nouveau. Si une réelle repentance s’opère, qui va être prompt à les recevoir ? Il n’y a pas de limite à Son amour. Mais ceux qu’on envisage ici, au lieu de se juger eux-mêmes, ont des pensées dures à l’égard de Christ, et abandonnent toute révérence, rabaissant Sa personne, et badinant sur Son œuvre, montrant ainsi qu’ils n’avaient que des notions de christianisme, et non pas la vie éternelle.
C’est pourquoi il est très important de se souvenir que le gouvernement moral de Dieu s’occupent maintenant des âmes sous un double aspect. D’un côté Dieu veille sur chacun des saints, et juge toutes les fautes, mais Il le fait dans Son amour fidèle. D’un autre côté, il y a ceux qui, se méfiant de Lui, ne peuvent supporter Ses actions. Ils résistent ou méprisent les épreuves dont Dieu se sert comme moyen de relèvement. Car Il châtie, et aucun châtiment n’est un sujet de joie pour le temps présent. La joie serait tout à fait la négation de Son caractère ; mais la discipline est pour notre profit, et ensuite elle porte le fruit paisible de la justice à ceux qui sont exercés par elle (Héb. 12). C’est Dieu comme Père qui juge maintenant selon l’œuvre de chacun ; en bref, c’est Son gouvernement moral. Il agit ainsi avec ceux qui sont Ses enfants, ou qui au moins professent l’être. Car Dieu agit ainsi selon la profession des hommes ; Il agit tout à fait différemment avec ceux qui n’ont jamais porté le nom du Seigneur.
Il incombe donc à quiconque prononce le nom du Seigneur de se retirer de l’iniquité, et ainsi de se réveiller du piège du diable de peur qu’il ne prévale sur son âme de manière durable, jusqu’à prendre un avantage écrasant. Plus on attend, plus la situation s’aggrave. Elle est déjà suffisamment mauvaise pour ceux qui croient rester une unité à eux tout seuls ; et il est à craindre que beaucoup se satisfassent de l’isolement, comme si c’était un moyen d’échapper à leur responsabilité dans le désordre présent croissant ici-bas. Ils regardent aux fautes des autres chrétiens pour justifier leur isolement, et ils se dérobent aux épreuves de la marche ensemble en tant que frères, dont ils sont très prompts à discerner les carences, sans miséricorde. Mais il n’y a pas de réelle conscience en rapport avec la gloire de Dieu dans leur propre état. Quelle méchanceté de se justifier par les fautes des autres ! Leur marche est-elle réellement meilleure que celle de ceux qui n’ont jamais fait profession de Christ ? N’est-ce pas là, tristement, marcher à la lumière de son propre feu et des étincelles qu’on a allumé soi-même ? Veillons de peur de coucher dans la douleur (És. 50:10-11). Leur course n’est ni celle de la justice ni celle de l’amour ; or le christianisme unit les deux selon la vérité de Christ.
Or dans la marche par laquelle nous sommes amenés à Dieu, le secret de la puissance est la dépendance de Christ. Le cep de vigne ne nous enseigne-t-il pas cette leçon plus que toute autre figure ? On ne trouve guère, dans tout le règne végétal, d’arbre qui souligne mieux que la vigne le besoin qu’ont les sarments de garder leur place dans le cep afin de porter du fruit. Or il est tout à fait certain que le même principe s’applique en rapport avec Christ et le chrétien. C’est ce qu’on a ici. Si l’amour est simplement en parole et en langue, s’il n’est pas en action et en vérité, peut-il faire autre chose que déplaire à Dieu ? N’est-il pas une insulte à l’Esprit de Dieu ? Si nous marchons comme enfants de lumière, nous manifestons aussi le principe divin de l’amour, c’est-à-dire que nous recherchons le bien l’un de l’autre sans but égoïste. Tel est l’amour que nous connaissons en Dieu ; et Christ est devenu homme pour le montrer d’une manière que même Dieu comme tel ne le pouvait pas. Qui peut s’étonner de ce que Dieu ressente tellement la moindre absence de déférence à l’égard du nom de Son Fils, Jésus notre Seigneur ? L’amour en action et en vérité, c’était l’humiliation de Christ devenant un homme, et portant les souffrances que Son sacrifice de Lui-même entraînaient jusqu’à endurer le jugement de Dieu contre le péché appliqué à Lui-même. Cela ne pouvait pas avoir lieu en Dieu comme Dieu ; mais c’est exactement ce que nous avons de la part de Dieu dans la propitiation de Christ pour nos péchés. C’est là que toute la lumière et l’amour et la vérité de Dieu ont brillé d’une manière dépassant les pensées de l’homme ; c’est cela le christianisme.
Mais une partie nécessaire du christianisme pratique n’est pas simplement la justice, comme nous l’avons vu, ou l’obéissance. C’est l’amour ; seulement il faut qu’il soit réel, dit l’apôtre ; et s’il l’est, « nous saurons ». En ceci, il se met dans la même classe que les autres, ce qui contribue à la beauté de ses paroles. « Par ceci nous saurons que nous » (vous et moi, l’apôtre et les saints) « sommes de la vérité ». Or quand il y a mauvaise conscience, l’exercice de l’amour et de tout ce qui découle de la vie divine dépérit. On ne se réfère pas en ceci à ceux qui ne sont pas des enfants de Dieu, mais seulement à ceux qui en sont. C’est eux que la mauvaise conscience paralyse ; c’est eux qui souffrent de ce qu’ils ont perdu ; et il y a toujours une suspension de la jouissance quand la communion avec Lui est ainsi interrompue. Certains peuvent trouver extraordinaire que, tandis que la vie que Dieu donne en Christ est éternelle, la communion dont nous jouissons par elle est très sensible à tout mal de notre part ; elle cesse immédiatement par tolérance d’un tout petit peu de folie. Pourquoi en est-il ainsi ? La communion signifie que la bénédiction est partagée en commun. Comment Dieu pourrait-Il partager un peu de folie avec nous ? Il ne peut avoir communion avec aucun péché, et s’il y en a, nous ne pouvons pas marcher en Christ. La jouissance de la communion est brisée instantanément. Loin de Lui de dire qu’elle est perdue au point de ne pas pouvoir être retrouvée, ou regagnée. Mais nous pouvons Le louer de ce qu’on ne regagne pas la vie éternelle, parce qu’elle est éternelle ; cependant il est nécessaire que nous soyons restauré à la communion quand celle-ci a été interrompue par du mal de n’importe quel sorte. Ce peut être seulement une mauvaise pensée ou un mauvais sentiment ; mais la communion est brisée jusqu’à ce que ce mal soit jugé. Si ce mal est toléré, il entrave, tout comme n’importe quel mal franc et manifeste.
Aussi dit-il : « Par ceci nous saurons que nous sommes de la vérité, et nous assurerons nos cœurs devant Lui ». Être « de la vérité » est la base de la fidélité pratique ; perdre ou négliger la vérité est bientôt suivi de voies mensongères qui exposent à aimer en parole et en langue, au lieu de en action et en vérité. Ce n’est pas revenir en arrière pour constater qu’ils étaient convertis, et encore moins qu’ils étaient baptisés. Dieu n’envisage ni l’un ni l’autre pour nous réconforter quand Il est ainsi déshonoré dans de telles circonstances, mais Il veut plutôt pour nous faire honte. N’est-ce pas lamentable que moi, qui ai été amené à Dieu et en a bien plus qu’une simple marque extérieure, j’aille jusqu’à me comporter si mal ? Si au contraire nous restons vigilants et sérieux devant Dieu, aimant et en même temps humble, « nous saurons que nous sommes de la vérité ». Ceci inspire la pleine liberté et la confiance devant Dieu. C’est bien cela le sens réel ici. La force du passage ne se rapporte pas à la position, ni à l’assurance de la foi ; mais à la pleine liberté de cœur devant Dieu dans une marche qui est celle d’un amour sincère et actif.
« Par ceci nous saurons que nous sommes de la vérité, et » non pas exactement « nous assurerons », mais plutôt « nous persuaderons nos cœurs devant Lui ». C’est le sens simple et littéral, qu’il me semble préférable de prendre tel qu’il est, en cherchant à comprendre ce que l’Esprit veut dire par là. Si le sens voulu ici avait été celui d’« assurance », une forme différente de ce mot, ou d’autres mots (il en existe) auraient été utilisés ; mais « nous persuaderons nos cœurs devant Lui » semble bien adapté pour agir puissamment sur nos âmes, et pour exprimer la pleine liberté inspirée par la sincérité d’un cœur simple dans une marche chrétienne vivante.
Dans ces expressions, il y a bien de quoi encourager et fortifier un méthodiste pieux. Leur point faible est de ne pas percevoir la vie éternelle en Christ, et d’attribuer trop de poids à leurs émotions. La grâce de Dieu dans l’évangile fait largement place aux affections chaudes et profondes. Les sentiments spirituels y ont tout à fait leur place, mais il y en a bien plus pour la grâce et la vérité par Christ qui en sont la source et le stimulant ; cependant tous les saints devraient être en bon état selon la Parole et selon l’Esprit de Dieu. On ne devrait pas non plus être comme un calviniste rigide qui pense que l’essentiel est d’arriver à la conclusion que nous sommes élus, et d’en tirer de là toute consolation. Il noie ainsi le gouvernement moral de Dieu dont parle notre passage en l’absorbant dans l’élection. Or l’élection est une vérité admirable pour laquelle nous louons notre Dieu ; mais ce n’est pas son rôle de servir de garantie contre la certitude malheureuse d’avoir déshonoré Dieu. Pourquoi voudrions-nous être réconfortés en présence du fait que nous Lui avons causé du déplaisir ? Il désire que nous soyons humbles à cet égard, et c’est ce qui est présenté immédiatement après.
« Car si notre cœur nous condamne » ; c’est juste ce que notre cœur fait quand nous marchons mal, et qu’il y a de quoi attrister l’Esprit de Dieu, et que nous ne nous sommes pas jugés devant Dieu comme nous le devions. Si nous savons que notre cœur nous condamne, nous en déduisons à juste titre que Dieu sait qu’il y a encore bien plus à blâmer. « Dieu est plus grand que notre cœur, et il sait toutes choses ». Certains calvinistes tourne ce passage de la manière suivante : si notre cœur nous condamne, Dieu dans Sa grâce ne le fait pas. Combien il est triste de perdre le profit de Sa Parole en s’écartant systématiquement de son sens direct ! Sa pensée est que si je me condamne moi-même, Dieu est plus grand que moi, Il sait tout là où nous ne connaissons qu’en partie.
Ils craignent d’ébranler notre position par ce passage. Or il n’a rien à voir avec notre position en Christ, mais plutôt avec notre état de chaque jour. C’est une question de perte de communion ; et nous sommes appelés à nous juger nous-mêmes sous Son regard, au lieu de nous rejeter sur l’élection ou sur la position. L’élection aussi bien que la position demeurent ; c’est une erreur pour le croyant de douter soit de l’un soit de l’autre. Mais si son cœur le condamne, nous pouvons être sûr que Dieu en sait beaucoup plus : il devrait être dans la poussière devant Lui, et avoir ainsi le secours divin pour tout sonder à fond et haïr sa négligence, du fait même qu’il est l’objet d’une telle grâce. Nous avons à juger notre bas état tout en tenant ferme la position en Christ que Dieu nous a donnée. Ceci demeure solidement ; mais notre état a été mauvais, et Dieu voudrait ni que nous le cachions ni que nous l’excusions, mais que nous le condamnions impitoyablement.
Quel dommage de tomber dans ces systèmes des hommes, comme on peut qualifier les particularités des calvinistes et des arminiens ! Car on ne blâme que leurs particularités, non pas la vérité qu’ils détiennent en tant que chrétiens. Il y a de chers saints de Dieu parmi les uns et les autres, mais ils ont bien de quoi souffrir, — chez les arminiens de ce qu’ils ne rendent pas suffisamment gloire à la grâce de Dieu dans la vie éternelle, et chez les calvinistes de ce qu’ils n’attribuent pas suffisamment de valeur à la communion, ce qui a souvent pour résultat de l’incertitude quant à leur propre élection. Comme l’un d’eux disait : « si vous ne doutez pas de vous-même, je doute de vous ». Leur tendance est soit d’escamoter leurs péchés, soit d’établir une école du doute. C’était un homme pieux qui parlait ainsi, et qui a écrit beaucoup de cantiques ; je ne peux qu’espérer que ses cantiques sont meilleurs que sa doctrine. Car douter pareillement est abominable, indigne non seulement du chrétien, mais encore plus de Christ. C’est la négation pratique de l’évangile qui proclame le salut par la grâce de Dieu, et nous appelle à en jouir paisiblement. C’est pourquoi en fait, les calvinistes sont en général faibles quant à l’évangile, malgré de brillantes exceptions. Ils sont occupés de l’élection plutôt que de l’amour de Dieu pour le monde, sans parler des ressources de grâce pour leur propre âme. L’élection a une place trop absorbante dans leur credo, qui en fait une sorte de bonne-à-tout-faire. Tout ceci est misérablement en dessous de la grâce et de la vérité de Dieu. En Christ il y place pour tout ce qui est vrai à la fois chez les calvinistes et chez les arminiens, et il y place pour beaucoup plus que ce que tiennent soit les uns soit les autres. Il est dommage que des saints de Dieu ne laissent pas tomber ces schémas doctrinaux partiels, pour ne coller qu’à la révélation de Dieu, l’acceptant entièrement et renonçant à tout ce qui en est un substitut. Le christianisme fait largement place aux sentiments les plus larges et au jugement le plus sain, en bref pour tout ce que la foi est tenue de recevoir de Dieu, et que l’amour est libre d’accomplir pour Sa gloire.
La condamnation du cœur dont parle ce v. 20, provient le la conscience d’avoir manqué dans nos voies, et de la conviction que Dieu en connaît encore bien plus dans Son gouvernement moral de nos âmes. C’est aussi ce qui est impliqué dans le « Remets-nous [= pardonne-nous] comme nous aussi nous remettons [= pardonnons] à nos débiteurs » (Matt. 6:12). Il n’est pas question, là, du pardon complet par la foi dans l’évangile, mais de la surveillance vigilante et constante de Dieu vis-à-vis des voies de Ses enfants. Ceci n’a absolument rien à faire avec le besoin du pauvre pécheur, car il est clair que l’évangile n’offre nullement le pardon des péchés sous condition d’un esprit de pardon en faveur des autres. La grâce donne la rémission des péchés sur la base de la foi au Seigneur Jésus. Le passage ici n’a rien à voir avec cela ; mais si vous, un chrétien, manquez à marcher dans un esprit de pardon envers les autres, Dieu a du déplaisir à votre égard. Il en résulte que vous ne jouissez plus de la communion avec Lui, et qu’Il ne la restaurera pas tant que vous ne vous serez pas vraiment jugés vous-même pour ce qui a été commis. Ce manque de communion est ce qui produit le fait que le saint se condamne lui-même, et il est l’indication d’un blâme de la part de Dieu.
Il est évidemment très important de distinguer entre le fondement de grâce sur lequel nous nous tenons pour la vie éternelle et la rédemption, d’avec l’application que Dieu fait en agissant moralement avec nous chaque jour lorsqu’Il doit juger nos voies fautives, et qu’Il nous châtie afin que nous participions à Sa sainteté (Héb. 12:10). Ceci nous conduit vraiment à condamner nos inconséquences et à conformer notre pratique aux pensées de Dieu dans Sa haine du péché, et dans l’avancement de ce qui relève de l’amour, de la justice et de la vérité.
L’apôtre dit : « Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance [litt. : « de la hardiesse »] envers Dieu ». Son cœur répond à ceux qui marchent normalement devant Lui. Il ne s’adresse plus simplement aux « chers enfants ». Il se réjouit en voyant l’amour réalisé, et Il encourage l’activité de l’amour en prière là où ainsi les choses vont bien. Là où l’Esprit de Dieu doit nous occuper de nos manquements, nous ne sommes pas libres de Lui demander de nouvelles faveurs. Nous devons nous soumettre à la pensée humiliante que, si nous nous condamnons nous-mêmes au sujet de nos voies, Dieu nous condamne encore plus. Là où, par Sa puissance, il y a une jouissance paisible de la communion, nos cœurs peuvent avec ferveur demander davantage de grâce. « Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance envers Dieu ; et quoi que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous pratiquons les choses qui sont agréables devant lui » (1 Jean 3:21-22). Dans ce cas, il n’y a rien pour arrêter l’activité de l’amour. La grâce ne rencontre pas d’obstacle sur son chemin dans le bien, parce que nous marchons heureusement dans la lumière de Dieu, de sorte que notre cœur ne se met à nous condamner. Nous pouvons librement en avoir fini avec nous-mêmes pour jouir de Christ.
Tel est clairement le bon état où tout chrétien a à marcher jour après jour. Ce devrait être notre objectif, mais hélas ! nous ne l’atteignons peut-être pas ; mais assurément, c’est ce à quoi nous sommes appelés par grâce. On ne peut être dans un état paisible, confiant et avec l’œil simple, sans marcher devant Dieu conformément à notre vie en Christ. Nous consoler quand nous manquons par le fait d’avoir la vie éternelle, ce n’est pas la réponse correcte à ce qui est dû à Dieu, pas plus qu’à notre propre état. Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi par l’Esprit. Il n’y a pas seulement la foi, mais la réalité expérimentale dans le fait, pour l’âme, de suivre ce que l’apôtre nous dit de ce qui a été opéré en lui. « Je suis crucifié avec Christ ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ; mais ce que je vis maintenant dans [la] chair, je le vis par la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » (Galates 2:20 ; WK). La tradition est vaine, les ordonnances échouent. Il fait sentir la puissance de la croix de Christ. Quant à son ancienne vie, l’apôtre était identifié avec Celui qui avait effectivement souffert la croix ; et maintenant il vit en Celui qui est vivant pour toujours ; et c’est une vie de foi dans Son amour. Cette individualisation n’est pas une étape très courante dans l’Écriture. Généralement c’est aux chrétiens collectivement qu’il est parlé de l’amour qui a été celui de Christ, et de Christ qui s’est livré Lui-même, comme en Éph. 5:1,2. Mais il est très précieux d’avoir cela personnellement, bien que ce soit effectivement maigre de ne l’avoir pas plus que personnellement, car alors on n’a pas l’occasion d’apprécier notre communion avec le Père et avec le Fils dans l’état de bénédiction goûté par toute la famille de Dieu.
La paix avec Dieu, la paix de la conscience, sont certes indispensables, mais ce n’est pas toute la bénédiction dont Sa grâce voudrait que nous jouissions ; et encore moins est-ce l’assurance d’être pardonné de toutes nos fautes. Cette assurance est ce que nous avons en croyant la bonne nouvelle de Dieu ; mais ce n’est pas ce dont il est parlé dans les versets 19 à 22. C’est une grande grâce, fort nécessaire pour toute âme lorsqu’elle débute. Une fois qu’une âme est dans la foi, c’est une erreur de remettre en question le fait qu’elle croit réellement ou non. L’Écriture ne connaît pas ce genre de doute chez quelqu’un qui croit en Christ ; celui qui croit n’est nulle part rejeté sur ce qu’il trouve à l’intérieur de lui. C’est parce qu’on est perdu que Dieu attire les regards sur Son Fils comme Sauveur, vis-à-vis duquel aucune question de manquement ne peut être soulevée. Ce dont notre passage traite ici, c’est pour les chrétiens dans leur marche de tous les jours ; et la question soulevée est celle de la confiance pratique dans le cœur. Nous sommes dans une telle proximité par grâce que tout ce qui ne convient pas en nous vis-à-vis de Dieu et du Père est intolérable, et les ressources à l’encontre sont soigneusement données.
Beaucoup d’entre nous savent au travers de leur propre famille ce que c’est que d’avoir un enfant quelquefois méchant. Cela ne fait-il pas une différence si l’enfant a réellement de l’affection ? Même si le père et la mère ne savent pas pourquoi, voilà l’enfant mal à l’aise. Au lieu d’avoir à faire heureusement avec ses parents comme d’habitude, quelque chose va de travers ; et plus l’enfant est droit, plus il le ressent. Il en est exactement ainsi avec notre Dieu et Père, sauf qu’Il ne manque jamais, et que tout Lui est connu. D’où l’immense importance du jugement de soi-même, dont nous avons besoin à cause de ce que nous sommes. Quand il est appliqué à nos manquements, l’âme revient à la jouissance de la communion, que nous avons douloureusement perdue. Le bon état, c’est la pleine liberté avec Dieu. Ce n’est pas la position que le chrétien a de manière permanente ; mais l’état du cœur responsable vis-à-vis de l’interruption par négligence. Tant que nous marchons par [ou : dans] l’Esprit, cette pleine liberté avec Dieu est notre état heureux, et c’est le seul état convenable pour un chrétien. Qu’il est triste de s’installer habituellement dans le manque de liberté ! Sûrement, il devrait y avoir un cri fervent montant vers Dieu pour détecter ce qui l’a ôté du cœur ; s’il en est ainsi, on n’aura pas à crier longtemps. Il découle de l’amour du Père la volonté que nous goûtions la consolation de cet amour, et que nous en ressentions la privation par une faute quelconque non jugée. Mais en Jésus comme avocat auprès du Père, nous avons la ressource qui nous est fournie, au lieu d’avoir à chercher un directeur [de conscience] terrestre qui supplante le Seigneur et qui est forcément insuffisant pour une fonction aussi délicate et aussi difficile. C’est notre privilège de réparer la situation facilement et sur-le-champ par Christ au trône de la grâce, ou plutôt auprès de l’amour du Père, étant assurés qu’il n’y a pas là de défaillance.
C’est pourquoi il est beau qu’il soit ajouté ici : « quoi que nous demandions, nous le recevons de lui » (3:22). C’est un nouvel exemple de la manière absolue dont Jean aime à parler. Il ne parle pas de changement selon les circonstances qui arrivent, ni d’obstacles spéciaux qui interviendraient. Il ne fait pas allusion à un éventuel état inconséquent. Il admet ici que le cœur ne condamne pas, qu’on a une pleine liberté avec Dieu, qu’on jouit de la communion avec Lui. Or quel est l’effet de cette communion ? elle exclut les demandes faites à tort. Nous ne cherchons alors, rien d’étranger à la volonté de Dieu. Nous demandons ce qui est selon Sa volonté ; et Il ne lésine pas sur ce qui est bon. Il a Son plaisir dans notre jouissance de tout ce qui est pour Sa gloire, et de tout ce que nous avons trouvé en Christ, car Christ est le lien qui attire et soutient toujours. C’est Christ qui choisit tout pour nous. Il n’y a ni lumière ni source dans nos cœurs sans une telle dépendance de Christ. Ce que Dieu nous a donné est juste en accord avec cela. Quoi que ce soit que nous demandions, nous le recevons ; car dans cet état nous ne demanderons jamais quelque chose mal à propos. L’apôtre en donne ici la raison : « parce que nous gardons Ses commandements ». Ceux qui omettent de voir que c’est une question de gouvernement moral de Dieu vis-à-vis de l’état du chrétien, tombent dans l’erreur de le confondre avec le fondement de notre salut, et de rendre ce dernier conditionnel. Mais ceci annule la souveraine grâce de Dieu qui sauve les pécheurs. Il ne s’agit pas ici de grâce, mais de gouvernement. Or le gouvernement est nécessairement conditionnel. Mais la grâce de Dieu qui sauve nos âmes et efface nos péchés est absolue, gratuite et souveraine. La seule condition dans ce cas, si on peut appeler cela une condition, c’est de renoncer à nous-mêmes comme impies, et de recevoir ce que Son amour nous donne gratuitement en Christ.
C’est ici un tout autre sujet ; le mélanger à la grâce est le vice ordinaire de ce qui s’appelle la « théologie ». Qui peut dès lors s’étonner de ce que des chrétiens simples, sains et intelligents n’aient aucune confiance dans un guide aussi peu fiable, et le désavouent. Ils ont de bonnes raisons de se tenir sur leur garde car habituellement la théologie obscurcit et rend perplexes beaucoup de croyants, qui ne sont pas mûrs dans la vérité, bien que quant à eux-mêmes ils s’en tiennent à une ligne juste en l’écoutant. Mais la théologie systématique est comme un jardin sec, c’est-à-dire comme des fleurs et des feuilles, ou le reste, cueillies sur les plantes et séchées, en sorte qu’il ne reste pas un brin de fraîcheur ou de vie en aucune d’elles.
Telle est la théologie, tandis que l’Écriture est « esprit et vie ». Et c’est ainsi qu’est le Seigneur Jésus, Le vivant, qui a été mort, mais qui a repris vie pour toujours ; et encore le Saint Esprit, qui est l’Esprit de vérité qui vivifie, Celui qui est donné non seulement pour avoir la vie, mais pour garder toute vérité fraîche et puissante ; et c’est aussi ainsi qu’il en est de l’amour de Dieu le Père qui ne cesse de s’épancher. L’homme fait et s’efforce de faire de la révélation une science. Y a-t-il plus différent que ces deux choses ? Qui a jamais trouvé la vie et la paix dans la théologie systématique ? Elle consiste toujours à garder ceci et à garder cela avec des armes humaines, et à disposer ses doctrines incertaines et défectueuses dans des forteresses imaginaires de la foi, — ce qui devrait être l’opération de Christ en nous par la Parole et par l’Esprit de Dieu. Ce n’est que dans la Bible que nous avons la vérité, toute la vérité et rien que la vérité ; et nous avons le Saint Esprit qui l’a écrite toute entière pour nous guider dans toute la vérité. C’est pourquoi nous avons confiance en Dieu et en la Parole de Sa grâce (Actes 20).
L’Écriture est la norme, et le Saint Esprit est la puissance envoyée d’en haut pour demeurer en nous et avec nous pour toujours (Jean 14:16,17). Quels immenses privilèges, sans parler des dons de grâce de Christ dans les ministères, depuis le plus élevé jusqu’au plus petit ! C’est ce à quoi nous sommes confiés, et Dieu voudrait que nous jugions tout ce qui est un obstacle ; et c’est ce qui occupe l’apôtre dans ces versets. Et si nous en faisons notre profit dans la foi et dans l’amour, il dit : « quoi que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements, et que nous pratiquons les choses qui sont agréables devant lui ». Imaginez d’appliquer cela à l’évangile ! La dernière phrase est exactement ce que notre précieux Seigneur dit avoir toujours fait (Jean 7:29). Il est la perfection de tout ce qu’Il a entrepris. « Je fais toujours les choses qui lui plaisent ». Mais c’est là où nous manquons. Nous ne faisons ni ne disons toujours les choses qui Lui plaisent. Comme Dieu voit et entend tout, Il fait spécialement attention à Ses enfants, non pas contre nous, mais pour nous ; et si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? (Rom. 8). C’est pourquoi, comme Il n’escamote aucune faute, nous n’avons pas à nous cacher derrière Jean 17 ou Rom. 8 comme derrière un paravent, mais nous faisons bien de nous humilier nous-mêmes pour tout ce qui a attristé le Saint Esprit de Dieu par lequel nous avons été scellé pour le jour de notre rédemption (Éph. 4:30). Nos cœurs reviennent ainsi à la jouissance de la pleine liberté devant Dieu. Ceci donne de la hardiesse et incite à la prière, du fait qu’il est dit ici : « quoi que ce soit que nous demandions ». Sûrement, si nous demandons de la dépendance de Christ, Dieu nous écoutera, cherchant plus de persévérance dans la prière, plus de profit tiré de Sa Parole : ces choses sont selon la volonté de Dieu, aussi bien que les moyens de vivre pratiquement la vie éternelle et d’en jouir. Car cette vie est le fond de toute cette épître.
« Et c’est ici son commandement, que nous croyions le nom de son Fils ». Certains [JND] traduisent ici « … que nous croyions au nom », mais il n’y a pas ici de « au » en grec. Il peut être plus difficile de comprendre ce verset selon ce que l’Esprit de Dieu a écrit de manière qui ne laisse aucun doute ; mais si nous ne comprenons la phrase, n’avons-nous pas à la recevoir implicitement comme elle est écrite ? Nous n’avons pas à forcer un sens, mais à être satisfaits d’accepter ce qui est Sa parole sans la comprendre, et à attendre jusqu’à ce que nous la comprenions. Or elle est adressée à la famille de Dieu, malgré que ce soit une phrase inhabituelle. Dans l’Écriture, il est question normalement de « croire Dieu », et de croire Dieu au sujet de Son Fils ; et quand Christ est introduit, il s’agit de « croire en Christ, ou à Christ ». Tel est le langage général de l’Écriture. Ici la forme utilisée est « croire le nom ». Quand il est parlé de croire Dieu au sujet de Christ, c’est croire ce que Dieu rapporte de Christ, c’est croire ce que Dieu me dit de Christ. Quand il est parlé de « croire le nom de Son Fils », cela ne signifie-t-il pas croire la portée de ce Nom ? Le Nom est la révélation de Dieu sur le Seigneur, c’est-à-dire sur ce qu’Il est et sur ce qu’Il a fait, et c’est une belle expression. Inutile de dire que ce n’est pas seulement que, en tant qu’homme, Son nom était Jésus ; et ce n’est pas seulement son titre de Seigneur, ou aucune de Ses fonctions. Ici il s’agit de croire le Nom, la révélation divine, ou le témoignage de Dieu rendu à Son Fils Jésus Christ. Car Il est par excellence l’objet de la foi ; et c’est ici et maintenant que nous avons à croire Son nom, comme si Son nom Le personnifiait. Il ne s’agit pas seulement de ce par quoi nous avons commencé quand nous avons cru initialement. Nous avons cru le Seigneur alors ; mais l’apôtre aime à parler de la personne et de tout ce qui vient en Lui et par Lui quand on le croit. C’est pourquoi il emploie cette expression singulière « croire le nom de Son Fils Jésus Christ ». Il y a la dépendance de Christ, mais ici c’est croire le Nom de Son Fils Jésus Christ, ce que ce nom béni communique comme révélé par Dieu dans Sa Parole. Nous croyons Son Nom.
Il y a une différence d’expression très minime qui vaut la peine d’être notée. La forme du mot « croire » dans le texte ordinaire appuyé de hautes autorités implique la persévérance dans la foi ; dans d’autres manuscrits de grand poids, il est question de croire une fois pour toutes, c’est le fait résumé dans la conclusion. Mais quand on en arrive à « aimer », il s’agit de l’amour effectif de chaque jour. C’est net et certain. Les deux choses s’entremêlent dans un seul commandement. C’est le grand commandement du christianisme, en contraste avec le commandement de la loi. Dans la loi, il s’agissait d’aimer Dieu et son prochain. Maintenant il s’agit de croire le nom de Son Fils Jésus Christ et de s’aimer l’un l’autre, spécialement les enfants de Dieu. Combien est déplorable la bévue de confondre les enfants de Dieu et le prochain ! Ce n’est pas le sens, mais ceux qui doivent être aimés sont ceux que le monde ne connaît pas, comme ils n’ont pas connu Celui dont le nom est cru. Tout ceci est bien éloigné des pensées de l’homme. Que penseriez-vous de quelqu’un qui vous dirait d’aimer tous les enfants de Londres de la même manière que vous aimez vos propres enfants ? Vous penseriez que cette personne est insensée. Cela peut aider à montrer combien est beaucoup plus grand « Son commandement » ici. Comme on l’a déjà dit, les enfants de Dieu et les enfants du diable sont aussi différents qu’il est possible de l’être. Un homme peut être mon voisin de la porte à côté, et être le plus grand ennemi de Christ. Le commandement d’aimer que nous avons ici ne s’applique pas à une telle personne. On doit avoir l’amour de compassion pour lui, désirer et rechercher de la part de Dieu qu’il puisse recevoir la Parole de vérité, l’évangile du salut. Son opposition endurcie, sa méfiance même à l’égard de Dieu, ne peuvent que stimuler davantage nos supplications pour qu’il puisse devenir un monument de la grâce. Et Dieu écoute la prière dans un tel cas, et honore le cri persévérant qui supplie, dans la foi et l’humilité, pour une âme coupable. Cela nécessite passablement de courage d’être capable de chercher et de travailler pour un voisin de la porte à côté qui aurait un caractère pareil. Cependant même ce voisin ne tombe pas du tout sous le coup du commandement que nous avons ici de « s’aimer l’un l’autre comme Il nous en a donné le commandement ». Il s’agit strictement et uniquement de l’amour chrétien mutuel.
C’est ici un nouvel exemple de la manière dont Jean mêle Dieu et Christ. Au commencement du verset, la personne dont il vient d’être parlé est Dieu ; nous avions à demander et à recevoir de Lui, et à pratiquer les choses qui sont agréables devant Lui (3:22). « Et c’est ici Son commandement que nous croyions le nom de Son Fils Jésus Christ, et que nous nous aimions l’un l’autre, selon qu’Il nous en a donné le commandement ». Or nous savons très bien que c’est Christ qui nous a donné le commandement. Cependant c’est apparemment le même « Il » tout le long du passage (v. 22 et 23). Une pareille manière d’écrire n’aurait jamais été possible si Christ n’était vraiment Dieu comme le Père. C’est le secret de cette particularité. L’écrit de Jean a spécialement pour but d’honorer le Fils comme le Père, il ne s’agit pas d’un lapsus de négligence. Rien n’est fait par inadvertance dans l’Écriture, comme on en trouve chez les auteurs classiques les plus célèbres. Le propos divin et la sagesse parfaite règnent dans la Parole écrite.
« Et celui qui garde Ses commandements demeure en lui ». L’un des inconvénients de la belle version autorisée anglaise est que les traducteurs ne continuent pas à utiliser le même mot sans changement dans un même contexte, tellement ils aimaient changer de sonorité pour un même mot [pour les deux mots « demeure » du v. 24, la version autorisée anglais utilise la première fois le mot « demeure » et la deuxième fois le mot « habite]. La plupart des lecteurs supposent qu’il y a une nuance de sens entre « demeurer » et « habiter ». Mais il n’y a qu’un même mot en grec. Il est d’autant plus regrettable de changer de mot, que le mot pour « demeurer » est un mot spécial qui a ses propres particularités d’application. Il est bien meilleur pour le lecteur d’utiliser un même mot « demeure » les deux fois au v. 24. Retenons simplement que « demeurer » et « habiter » de la version anglaise signifient la même chose. En Jean 5 il est beaucoup plus lourd de conséquences de maintenir le mot « jugement » tout le long du chapitre, et de ne pas le changer ici ou là en « condamnation » ou « damnation » comme le fait la version autorisée anglaise.
Nous avons ici la transition vers le nouveau sujet de demeurer en Dieu et Dieu en nous. Il n’y a rien de vague à cet égard. Sans obéissance, ce merveilleux privilège ne peut pas exister. « Et celui qui garde ses commandements demeure en lui, et lui en cet homme [litt.: lui en lui] ». Du point de vue de l’exégèse, il demeure en Dieu, et Dieu en lui. Or cela est aussi applicable à Christ, et c’est effectivement utilisé ainsi ailleurs. C’est pourquoi il est parfaitement vrai en soi de dire ou bien « demeure en lui » ou bien « habite en lui ». Quand vous demeurez en Christ, vous demeurez en Dieu ; et quand vous demeurez en Dieu, vous ne demeurez pas moins en Christ. Mais selon le contexte, il peut être plus approprié d’utiliser « demeurer » ou « habiter » en vue d’une interprétation stricte. C’est souvent important à voir, et c’est quand même simple. Mais il est utile d’éviter les erreurs quant à l’Écriture, et d’éviter de voir des distinctions quand il n’y a pas de différence.
« Et par ceci nous savons qu’il demeure en nous, [savoir] par l’Esprit qu’il nous a donné ». Là le don de l’Esprit est la puissance et la preuve de la demeure de Dieu dans le chrétien. C’est de cette manière que Dieu demeure en lui. Il lui a donné l’Esprit. Mais demeurer en Dieu est une affaire de dépendance spirituelle de Lui en pratique ; et cela ne peut avoir lieu à moins que l’Esprit demeurant dans le saint opère de manière à le maintenir le regard fixé sur Christ sans trouble, et puisant en Lui. Si j’ai attristé le Seigneur à un moment, je ne demeure plus en Lui ; je me suis détourné de Sa présence en glissant, et je poursuis, peut-être pour un temps, mes propres pensées, mes propres voies et ma propre volonté. Mais que l’écart soit passager ou plus durable, je ne jouis plus de Sa présence, et je ne demeure plus en Lui.
On peut pourtant noter que dans la dernière moitié du verset, il n’est plus parlé des deux vérités comme dans la première moitié du verset, mais seulement de Dieu demeurant en nous, ce qui a lieu simplement par l’Esprit qui nous a été donné. C’est de cela seul que dépend le fait que Dieu demeure en nous ; il est basé sur la rédemption, et il dure autant que la rédemption. Mais savoir si nous nous demeurons en Lui, c’est une question d’état spirituel ; et cela ne donne lieu à une explication complète que dans la dernière partie du ch. 4. Les versets 1 à 6 du ch. 4 sont une parenthèse de la plus grande importance comme base tant pour l’un que pour l’autre de ces deux « demeurer ».
C’est dans les versets 23 et 24 du ch. 3 que l’apôtre aborde l’exposé de la place caractéristique du chrétien et qui est pleinement la sienne ; il le fait en se référant le moins possible au côté négatif, tellement mis en avant dans la discussion précédente. Ici le côté positivement béni de nos privilèges est placé devant les saints avec la même simplicité, mais aussi la même profondeur qui caractérise l’épître d’un bout à l’autre. Au v. 23 il s’agit de l’aspect du chrétien clair et facile à reconnaître ; au v. 24, c’est l’exercice intérieur moins visible, mais non moins réel, de la vie par la puissance de l’Esprit de Dieu demeurant dans le chrétien, cet Esprit opérant sur, ou plutôt dans cette vie. Et il est souligné, comme nous l’avons vu, l’influence néfaste d’une marche négligée sur la jouissance de la pleine liberté devant Dieu, qui devrait être notre part habituelle.
Avant d’aborder le sujet de Dieu demeurant en nous, connu par l’Esprit qui nous a été donné (3:24), l’apôtre se détourne vers le sujet grave placé devant nous. Il veut par là nous préserver des attaques de l’ennemi contre les fondements de la foi, par la vérité de la personne de Christ, et par la révélation divine de Christ revêtue de l’autorité de Dieu et donnée par le moyen des apôtres et prophètes inspirés suscités par le Seigneur monté au ciel, et concrétisée dans les Écritures du Nouveau Testament.
Il ne s’agit pas comme dans les enseignements précédents, de tests pour distinguer le chrétien vrai d’avec le chrétien factice ou qui se trompe lui-même. L’introduction du Saint Esprit conduit l’apôtre à une digression, à sa manière, d’une extrême valeur sur ce qui est le plus fondamental, à savoir les tests donnés de Dieu sur la vérité elle-même. Il y a deux tests : d’abord [1] la personne de Celui qui a été manifesté en chair, et ensuite [2] la révélation de Celui-ci au moyen de témoins choisis pour que, comme Il était réellement divin et parfaitement humain, nous puissions avoir une communication tout à fait divine de ce qui est une bénédiction si transcendante, marquée de l’autorité divine à travers des hommes inspirés pour la communiquer. Il est Celui de la réception duquel dépendent la vie éternelle et tous les privilèges du chrétien et de l’église, dont l’apôtre Paul était ministre plus que tous les autres ; Il est Celui dont le rejet fait que la colère de Dieu demeure sur tous ceux qui en sont coupables (Jean 3:35-36). Comme Il est descendu du ciel, Lui la vérité en grâce souveraine, ainsi Dieu a pris soin de nous donner la révélation en pleine certitude, par l’homme et pour l’homme, qu’il écoute ou qu’il refuse, — une révélation adaptée à la conscience et au cœur de l’homme, mais gardée et guidée par le Dieu qui ne peut se tromper.
S’il a plu à Dieu, en vertu de la rédemption de donner le Saint Esprit au chrétien, dans une mesure et d’une manière qui n’avaient pas eu lieu et ne pouvaient avoir lieu avant la mort, la résurrection et l’ascension de Christ, Satan s’est mis à contrefaire le don divin, et à contrecarrer le Père et le Fils et le Saint Esprit. Il agit au moyen d’apostats, les nombreux faux prophètes qui non seulement égarent les autres vers la perdition, mais attirent sur eux une vengeance plus sévère que les Juifs coupables et les Gentils enténébrés. D’où le soin mis à présenter le double critère de vérité de manière très simple et très directe pour venir en aide à tout chrétien qui en a besoin.
« Bien-aimés, ne croyez pas tout esprit, mais éprouvez les esprits [pour voir] s’ils sont de Dieu » (4:1a). Il s’agit là, non pas de discerner les chrétiens, mais le caractère réel de ceux qui prétendent parler par l’Esprit. C’est ce que l’ennemi contrefait ; et il a toujours eu une grande puissance de persuasion subtile depuis la première tentation de l’homme au paradis. « Lui a été meurtrier dès le commencement, et il n’a pas persévéré dans la vérité, car il n’y a pas de vérité en lui. Quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, car il est menteur, et le père du mensonge » (Jean 8:44). Les esprits mauvais étaient plus que jamais à l’œuvre pour s’opposer à l’Esprit de vérité, alors que beaucoup d’esprits immondes étaient chassés des démoniaques par le Saint de Dieu quand Il était ici-bas. Dans l’évangile du divin Serviteur de Dieu et de l’homme, c’est le premier miracle rapporté ; la Parole de Christ avait la puissance de bénir l’homme, et de chasser le démon. Et maintenant que l’apôtre de l’incirconcision, courageux et ferme, n’était plus là, son avertissement aux anciens de l’assemblée d’Éphèse s’était rapidement confirmé : « Moi je sais qu’après mon départ il entrera parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau ; et il se lèvera d’entre vous-mêmes des hommes qui annonceront des [doctrines] perverses pour attirer les disciples après eux » (Actes 20:29-30).
Cette explosion du mal s’était aggravée sous les yeux du dernier apôtre. Il fait appel à tous les saints sur la base de leur foi en Christ et en la Parole de Dieu ; et il dépouille le cœur du problème de tout l’enrobage de raisonnements et de sentiments par lesquels l’ennemi obscurcit l’enjeu. Il s’agissait réellement de l’abandon de Dieu et de Sa parole sous prétexte de vérités nouvelles et plus élevées. Certains antichrists niaient la réalité de l’humanité de Christ, d’autres, celle de Sa déité, et d’autres de leur union en une seule personne. Dans tous ces cas, on abandonnait la vérité de Sa personne, et donc de Son œuvre, et on cherchait à les renverser. Ils connaissaient le Père et Celui qu’Il avait envoyé, Jésus Christ ; et ils avaient l’Esprit pour les assister. Ainsi, en tant qu’enfants de Dieu, ils étaient non seulement responsables de tester quelle sorte d’esprits était à l’œuvre dans ces lumières nouvelles, mais par grâce ils étaient en état de le faire. Ils étaient tenus de passer au crible leurs nouveautés pour l’amour de Lui et de leurs propres âmes, « parce que beaucoup de faux prophètes sont sortis dans le monde » (4:1b). Ces hommes en faisaient-ils partie ? Christ leur avait donné de vrais « apôtres et prophètes » (Éph. 2:5 ; 3:20 ; 4:11) qui avaient ensemble posé le fondement dogmatique de l’église. Or voilà que Marc et Luc, sans parler des auteurs d’épîtres, n’étaient pas apôtres mais prophètes. Satan a imité cela, et s’est servi de ces incroyants pour sortir dans le monde pour égarer et détruire. Il y avait « beaucoup de faux prophètes ».
Le premier test est relatif à l’Esprit. « Par ceci vous connaissez l’Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu en chair est de Dieu » (4:2). La traduction de la version autorisée anglais [« tout esprit qui confesse que Jésus Christ est venu en chair »] ne donne pas la force réelle de ce verset ; car l’introduction de « qui » et « est » n’est pas du tout nécessaire, et elle rend la confession purement factuelle, alors que la parole apostolique vise une confession de Sa personne. Est-il vrai qu’un mauvais esprit nierait le fait historique que Jésus Christ est venu en chair ? Les musulmans n’admettent-ils pas ce fait sans hésiter, sinon les Juifs ? Et certains sceptiques des plus extrêmes et des plus pernicieux acceptent assurément le fait, et font l’éloge du Seigneur à leur manière comme le meilleur des hommes.
Mais il n’y a pas de véritable confession de la personne du Seigneur selon la formule de l’apôtre si ce n’est par l’Esprit de Dieu. Car ce qui est dit est bref, mais va au cœur du sujet. Beaucoup d’hommes ont été appelés Jésus, depuis Josué fils de Nun jusqu’à Jésus le fils de la vierge Marie. Le premier, pour ce qu’en dit l’Écriture, était un type du Jésus/Josué incomparablement plus grand que lui, mais il n’en était qu’un type. D’autres ont pu être ainsi nommés, mais sans en être dignes, notamment celui que les Juifs préférèrent au Seigneur de gloire, si on attribue quelque valeur à la vingtaine de manuscrits qui l’affirment. Il était surnommé Barabbas (fils du père) comme contrepartie diabolique du vrai Fils du Père.
L’Esprit en Matthieu 1 nous donne Son interprétation du nom : « Tu appelleras Son nom Jésus, car Lui sauvera Son peuple de leurs péchés ». Josué conduisit Israël en Canaan en face d’ennemis qui pullulaient ; mais seul l’Antitype pouvait sauver Son peuple de leurs péchés. Il était Jah, Jehovah, l’Éternel dans l’absolu, l’Éternel relativement et historiquement ; et comme ils étaient Son peuple, c’était Lui qui devait les sauver de leurs péchés, car nul autre ne le pouvait que Lui qui était Emmanuel, Dieu avec nous. Et qui d’autre que Lui pouvait revendiquer ce titre ? Si Son peuple Le rejette à leurs dépens pour un temps, Sa grâce se tourne vers les nations dégradées, au moins vers ceux d’entre eux qui écoutent Sa voix. Ce salut était envoyé entre temps aux Gentils dont nous étions ; mais les Gentils, enflés d’orgueil et d’incrédulité doivent être retranchés, comme les Juifs l’ont été en partie pour nous laisser entrer. À la fin, ils se tourneront vers leur Messie crucifié, Celui qui a été ensuite exalté et placé très haut, et ils seront débarrassés de tous leurs sujets de crainte intérieurs et extérieurs. « Et lors tout Israël sera sauvé » (Rom. 11:26). Son amour aura attendu longtemps, sans se lasser et fidèlement jusqu’à ce qu’ils arrivent au fond de leur mal et de leurs souffrances ; Sa miséricorde demeure à toujours et Ses dons et Son appel sont sans repentir (Rom. 11:29).
Voilà le « Jésus Christ » que confesse tout esprit qui est de Dieu. Seulement Il est maintenant connu dans le christianisme bien plus profondément et plus intimement que dans sa présentation à Israël qui Le connaîtra dans les gloires visibles du royaume à venir. Lui qui est venu en chair était à la fois Jah le Sauveur, et l’Oint de Dieu, ou Christ. C’est Lui que l’Esprit de vérité honore, et que l’esprit d’erreur hait. Car il y a un côté sombre au tableau : « Tout esprit qui ne confesse pas Jésus (*) n’est pas de Dieu » (4:3a). Ce qui confirme la variante brève ici [« qui ne confesse pas Jésus venu en chair », la variante longue étant « qui ne confesse pas que Jésus est venu en chair »], c’est l’article devant « Jésus » en 4:3a. C’est une manière ordinaire de s’exprimer quand on fait référence à quelque chose, et est difficile à reproduire en français. L’explication est claire et sure : « Tout esprit qui ne confesse pas (le) Jésus (déjà décrit) ». Cela suppose qu’il n’y a pas répétition des mots [« venu en chair »], qui sont donc omis, et pourtant cela implique la véracité de leur affirmation.
(*) JND traduit « Jésus Christ » en 4:3a aussi bien qu’en 4:2 ; en 4:3a, WK met seulement « Jésus ».
Le nom de Jésus est l’expression de tout ce qu’Il est selon la révélation de Dieu ; et selon que nous en avons besoin, nous l’avons tout pour notre joie éternelle. Et ce n’est pas seulement profitable en rapport avec l’excellence suprême de tout ce qui est en Lui et par Lui : Lui et Lui seul nous donne la vérité de tout un chacun et de toute chose selon la réalité ; et ainsi Il prouve qu’Il est Lui-même la vérité objectivement, du fait que l’Esprit est la vérité en puissance intérieure pour nous donner de réaliser et de jouir de ce qui est en Christ et par Christ (5:6). Lui seul conduit dans une connaissance adéquate quelconque de Dieu. Il nous montre le Père. Il nous fait connaître le Saint Esprit, comme Il ne le fait pas pour le monde. Il révèle la Trinité. En Christ, et nulle part ailleurs, nous connaissons la lumière et la vie et l’amour, comme étant de Dieu. En Lui nous connaissons l’obéissance, la justice, la sainteté, la révérence, la dépendance, la fidélité, l’humilité, la débonnaireté, absolument et en toute perfection. En Lui est manifesté l’homme comme l’objet digne des délices de Dieu ; et aussi l’homme sous la puissance de Satan, dans son inimitié contre Dieu, la vérité de l’homme comme il est naturellement. Par Lui, nous connaissons ainsi ce qu’est Satan en haine et en tromperie. Sans Christ, nous n’avons que l’ombre de la rédemption et de la propitiation, du sacrifice et de l’offrande, du sacrificateur et du sanctuaire. Lui seul est la substance et la plénitude, plaçant toutes choses dans son vrai caractère et dans sa vraie relation avec Dieu, Lui-même le centre de tout. Avez-vous des doutes quant à la vérité de quelque chose ? Introduisez Christ dans la difficulté, appliquez-Le au sujet, et vous trouverez la vérité dans tous les cas. N’est-Il pas manifestement et justement le critère de la vérité ?
Ainsi, tandis que l’âme qui raisonne se perd dans le labyrinthe des spéculations en quête de la vérité qui échappe à l’esprit naturel le plus fort, la grâce fournit la vérité en Christ au plus simple des croyants qui regarde à Lui comme Son tout. Car là est la solution ; Christ est la vérité objectivement, comme l’Esprit l’est en puissance pour l’esprit du croyant. Les « faux prophètes » qui se cherchent eux-mêmes et se glorifient eux-mêmes peuvent dire aux « petits enfants » qu’ils ne peuvent pas se passer d’eux, et qu’eux seuls ont « l’esprit », et que lui « le petit enfant » n’a rien de plus que « la lettre ». Le croyant sait qu’il a Christ, le Fils manifesté en chair, et il refuse de laisser tomber ce qui « a été entendu dès le commencement » (2:24 ; 3:11) et qui est maintenant dans la Parole de Dieu écrite. Il ne prétend pas avoir tout réalisé ; mais il sait qu’en ayant Christ la vérité, il l’a toute parfaitement en Lui, et il compte sur l’onction de l’Esprit pour l’appliquer s’il est besoin. Il ressent donc la toute importance que ce qui a été entendu dès le commencement demeure en lui, afin que lui aussi demeure dans le Fils et dans le Père (2:24). Si Christ ainsi révélé est abandonné, il ne reste rien du christianisme. Et quand l’ennemi est en train de saper Christ sous prétexte de vérité supérieure, l’Esprit de Dieu ramène à Celui qui était et qui est la vérité. Il n’admet donc aucun développement : un développement n’est rien d’autre que le mensonge de Satan, et n’a pas de vérité, mais il se trahit soi-même en niant la vie éternelle connue comme Son don présent. Le mensonge n’offre que des « idées ».
La grâce fournit alors un critère sûr pour distinguer quand c’est l’Esprit de Dieu en train d’enseigner la vérité, et quand c’est un esprit mauvais en train d’insinuer le grand mensonge. Le Saint Esprit glorifie Jésus ; l’esprit mauvais vante le monde, étant l’instrument du diable pour tromper autant qu’il peut. S’il ne peut pas tromper les élus, il les accuse et les fait paraître étroits, fanatiques et avec l’air chagrin, parce qu’ils ne sont pas égarés par le coloriage raffiné dont Satan habille ses actions mauvaises. Ils croient Dieu au sujet de Son Fils. C’est tout à fait différent de la crédulité confondue avec la foi, la crédulité ne consistant qu’à croire l’homme. Mais aucun lien avec Dieu n’est formé si ce n’est en croyant Dieu ; et on Le croit par Sa parole, et par Sa Parole écrite depuis que les apôtres ne sont plus là. Le Saint Esprit rend témoignage au Seigneur comme au Fils incarné de Dieu. En accord avec cela, on croit au Seigneur Jésus Christ d’après la Parole de Dieu pour la vie éternelle. Reconnaître un fait concernant le Seigneur Jésus, même s’il est vrai et important, ce n’est pas croire au Seigneur Jésus ni Le confesser. La Vie est dans Son Fils. Et Il est venu en chair ; voici ce qui était essentiellement « Jésus », la merveille de la grâce divine, le test de la vérité divine. Le confesser signifie qu’on reconnaît la vérité de Sa personne ainsi venue en chair. La différence n’est pas seulement importante, elle est vitale. Ce qui est à confesser n’est pas le fait de Sa naissance, mais Sa personne née ainsi.
Beaucoup pensent qu’ici il ne s’agit de confesser que le fait de Son incarnation. Certes il est insisté sur l’incarnation, parce que c’est une vérité majeure du christianisme, un acte de grâce riche ; et certains le niaient, et d’autres le réduisaient à une simple ressemblance. Un petit livre fort ancien a été découvert récemment, qui s’appelle l’évangile de Pierre, non seulement apocryphe, mais entièrement hétérodoxe, mettant en relief les erreurs mortelles des premiers temps de l’église ; il est désolant qu’un pareil document ait jamais été écrit. Car il est à la fois intrinsèquement faux, et c’est une vile imposture, qui n’émane pas plus de Pierre que d’aucun chrétien. Pierre était un favori en pointe à cause de sa ferveur ; beaucoup qui étaient incapables d’assimiler l’enseignement de Paul jouissaient à l’extrême des prédications de Pierre. Le méchant faussaire prit avantage de la réputation de l’apôtre (probablement après sa mort) pour mieux faire passer sa légende gnostique. Car son but est de soutenir que Christ n’est pas venu en chair pour mourir sur la croix, qu’Il a simplement pris la chair comme on habite dans une maison, que la chair ne faisait pas réellement partie de Sa personne ; qu’après avoir vécu dans un corps pour un temps, Il le quitta en allant à la croix, et monta au ciel.
Cela ressemble à la doctrine des musulmans qui imaginent qu’au moment critique, Dieu, exerçant Sa puissance et Sa justice rétributive, a substitué Judas Iscariote au Seigneur Jésus, et L’a pris au ciel. En bref, cette sorte de gnostiques et les musulmans soutiennent que le Seigneur n’est pas mort sur la croix. En effet les musulmans croient que le Seigneur reviendra pour juger le monde, et qu’alors Il trouvera le monde entier dans un état apostat. Partout dans la chrétienté il y a des ignorants qui prêchent pire que cela, et qui s’attendent à un état de perfection croissante pour l’homme sur la terre sans Christ. N’est-il pas humiliant que beaucoup ont en tête, aussi bien dans les églises nationales que chez les dissidents, l’idée d’un royaume sans le Roi. Certains sans doute attendent une nouvelle et plus grande effusion de l’Esprit pour le mettre en place. Or cette nouvelle effusion de l’Esprit aura lieu en l’honneur du règne de Christ sur la terre. Les musulmans, malgré leur aveuglement, reconnaissent que dans la crise à venir, ils auront eux-mêmes abandonné leur Coran (le nom qu’ils donnent à leur livre sacré), et que les Juifs auront abandonné l’Ancien Testament, et que les chrétiens auront abandonnés le Nouveau Testament. L’Écriture montre effectivement que la chrétienté coure en hâte vers une telle apostasie ; et ce qui l’y pousse très fort se trouve dans les théories incrédules qui nient la vraie inspiration, et qui prévalent tellement aujourd’hui dans la chrétienté.
Mais voici le test, la pierre de touche de la vérité. « Tout esprit qui confesse Jésus Christ venu en chair est de Dieu » (4:2). C’est la manière simple et correcte de traduire. L’esprit vrai confesse la personne de Christ. Il est de toute importance de comprendre ceci, parce qu’à force d’insister sur le « venu en chair », on peut perdre de vue Celui qui est ainsi venu. Sans doute le fait qu’Il soit venu en chair est très important, mais Celui qui est ainsi venu est encore bien plus important. Qui est Celui qui est venu en chair ? Aucune personne de bon sens ne soutiendrait que vous ou moi sommes venus en chair. Prenez les plus puissants monarques qui ont fondé les empires mondiaux — Nebucadnetsar, Cyrus, Alexandre, César : prenez les plus grands noms des lettres, de la philosophie, de l’éloquence, de la science et de je ne sais quoi d’autre ; on ne peut dire d’aucun d’entre eux, de manière appropriée, qu’ils sont venus en chair. La raison est qu’ils ne pouvaient pas du tout apparaître autrement qu’en chair. La merveille, la vérité, la grâce infinie, c’est que Lui est venu en chair. Il était une personne divine, le Fils de Dieu, le Créateur. Qu’Il soit venu en chair, est une chose des plus glorieuses moralement pour Dieu et pour l’homme. Rien dans l’éternité passée ne peut se comparer avec cela, sinon Sa mort sur la croix ; rien dans l’éternité future.
Évidemment le grand point n’est pas simplement qu’Il est venu, mais c’est Celui qui est ainsi venu. Il aurait pu évidemment venir autrement. Il aurait pu venir dans Sa propre gloire, Il aurait pu venir dans une gloire angélique (Il l’avait déjà f