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Méditations sur

 

 

la première épître aux THESSALONICIENS

 

William KELLY

 

Table des matières

0       Avant-propos

1       Chapitre 1

2       Chapitre 2

3       Chapitre 3

4       Chapitre 4

5       Chapitre 5

 

 

0    Avant-propos

Nous publions un nouveau volume de William Kelly, traduit de l’anglais, avec ces Méditations sur les épîtres aux Thessaloniciens, qui traitent principalement de la Venue du Seigneur et du Jour du Seigneur.

Comme on le verra, l’auteur approfondit souvent les questions de texte, surtout dans la seconde épître. Nous n’avons toutefois pas jugé bon d’en retrancher quoi que ce soit — sauf dans certains cas (marqués en général par des points de suspension) où W. Kelly s’attarde dans la discussion des opinions de commentateurs. Que le lecteur qui s’attache moins à l’étude du texte ne se décourage donc pas devant certains passages difficiles concernant la traduction ou l’interprétation, mais qu’il continue sa lecture. Il ne manquera pas de rencontrer des pages magnifiques et rafraîchissantes, nous présentant la Personne du Seigneur et notre bienheureuse espérance.

 

1    Chapitre 1

La venue du Seigneur caractérise les deux épîtres aux Thessaloniciens qui présentent, plus que toute autre, cette grande vérité. Elles sont les tout premiers écrits de l’apôtre que nous possédions et elles témoignent de la simplicité, de la fraîcheur et de l’énergie trouvées chez les saints auxquels elles s’adressent. Elles répondent avec chaleur aux besoins de leurs coeurs, d’une façon à la fois intime et propre à les guider et à les affermir. D’où un style sans emphase, et le rattachement continuel, non pas d’une manière théorique mais pratique, de cette espérance bénie à chaque sujet, à chaque devoir, à toutes les sources ou tous les motifs de joie ou de peine, afin d’en pénétrer l’homme intérieur ainsi que les voies extérieures de tous les saints, jour après jour.

Il ressort d’Actes 17:6, 7, que les croyants de Thessalonique avaient été, dès le début, fortement marqués par la prédication du royaume. Ils avaient toutefois besoin d’être instruits sur ce sujet à la fois vaste et riche qui, comme toute autre vérité révélée, donne occasion non seulement à des méprises dues à un manque de connaissance, mais aussi à des erreurs funestes. Les deux dangers se sont manifestés, chacun en leur temps, parmi ces saints ; et tandis que la première épître répondait à ce qui était le fruit de la simple ignorance, la seconde corrigeait ce qui était manifestement faux et pernicieux. Dans les deux épîtres, la présence, ou venue du Seigneur, est soigneusement distinguée du jour du Seigneur ; les vrais caractères de l’une et de l’autre sont clairement établis et leur relation réciproque bien définie. Le besoin s’en fait sentir aujourd’hui autant qu’alors ; car s’il est vrai que l’erreur était alors à la fois récente et active, elle trouvait un terrain dans des coeurs préparés à la recevoir, et l’on rencontre aujourd’hui la même propension à s’égarer pareillement, et la même difficulté à s’approprier la révélation de Dieu.

Les commentateurs anciens et modernes ont de la peine à saisir les différents côtés de la vérité tels que l’Esprit les a donnés ; et quoique de nos jours la principale erreur de traduction (2 Thess. 2:2) ait été redressée, la vérité au lieu d’en être rendue plus claire, semble partout aussi peu comprise que jamais. L’état de choses dans la chrétienté, comme celui du monde ancien qui l’avait précédé, détourne l’esprit de ceux qui sont attachés aux choses d’ici-bas de recevoir l’enseignement qui est donné ici. La venue du Seigneur, comme espérance vivante et constante, détache le coeur de tout objet terrestre : car Il vient, nous ne savons pas quand, mais nous savons qu’Il vient bientôt, pour nous prendre auprès de Lui en haut. Tel est le Céleste, tels aussi sont les célestes ; et l’espérance correspond exactement à ce caractère respectif de Christ et du chrétien. Elle est indépendante des événements terrestres et n’est pas une question de temps ou de saisons. À un moment qui n’est pas révélé à dessein, afin que ceux qui appartiennent à Christ l’attendent réellement, en vérité et avec constance, il viendra les chercher pour qu’ils soient avec Lui dans la maison de son Père.

Le jour du Seigneur, lui, se rapporte d’une manière solennelle à des associations terrestres. La prophétie tant de l’Ancien que du Nouveau Testament en parle ; et il a aussi sa place appropriée dans ces épîtres. Cette vérité est éminemment propre à agir sur la conscience ; c’est là son objet ; car ce jour aura affaire avec l’orgueil de l’homme et la puissance du monde, avec la religion terrestre et avec l’iniquité sous toutes ses formes. En outre c’est, dans un sens, une pierre de touche pour les affections : aimons-nous vraiment Son apparition qui anéantira le mal et rétablira tout dans un ordre selon Dieu ?

Mais considérons les paroles de l’apôtre dans leur ordre et en détail.

«Paul, et Silvain, et Timothée, à l’assemblée des Thessaloniciens, en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus Christ : Grâce et paix à vous !» (v. 1).

Telle est la salutation avec ses particularités propres et parfaitement adaptées. D’une part, il y a l’absence de toute mention d’une place de relation ou d’une position officielle quelconque dans l’adresse de l’apôtre, ou dans la manière dont il s’associe ses compagnons, qui comme lui, sont introduits d’une façon spontanée, et sans cérémonie. D’autre part, l’assemblée à Thessalonique est dite, ici de même que dans la salutation de la seconde épître, «en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus Christ», ce que nous ne trouvons dit d’aucune autre assemblée. Qu’est-ce qui pourrait mieux s’harmoniser avec des saints nouveau-nés venant d’être délivrés des «beaucoup de dieux et beaucoup de seigneurs» du paganisme et amenés dans la relation consciente de petits enfants qui connaissent le Père ? Pour nous chrétiens, «il y a un seul Dieu, le Père, duquel sont toutes choses, et nous pour lui, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par lequel sont toutes choses, et nous par lui» (1 Cor. 8:6). Mais quelle expression de tendresse et d’intime relation dans cette façon de parler de l’assemblée à Thessalonique comme étant en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus Christ ! Combien il était doux pour eux de s’entendre ainsi placés, et comme ensemble, dans une telle communion d’amour et de lumière ! Mais tel est le principe dans la manifestation des voies divines de la grâce. C’est ainsi que même dans les paroles de réconfort du prophète Ésaïe, nous trouvons : «Comme un berger il paîtra son troupeau ; par son bras il rassemblera les agneaux et les portera dans son sein ; il conduira doucement celles qui allaitent». Ceux dont les besoins sont les plus pressants reçoivent des consolations et des soins spéciaux.

Pour la jeune assemblée caractérisée d’une telle manière, il suffisait d’ajouter ces paroles brèves mais riches : «Grâce et paix à vous». Une formule plus complète convenait pour d’autres ; ici il n’en était pas besoin vu ce qu’ils étaient précédemment.

Versets 2-10. La joie du coeur du serviteur éclate en actions de grâces constantes à Dieu pour eux tous, et non pas d’une manière vague, mais avec une mention spéciale dans ses prières. Elle répondait à la joie de ceux qui avaient été si récemment amenés des ténèbres à la merveilleuse lumière de Dieu ; mais cette joie avait un caractère profond : elle s’élevait de la bénédiction au Dispensateur de celle-ci, la bénédiction elle-même ayant le parfum de la communion avec sa source. Ainsi Paul avait travaillé avec Dieu à Thessalonique, non pas simplement envers quelques-uns des Juifs qui avaient été persuadés et qui s’étaient joints à lui et à Silas (ou Silvain), mais particulièrement envers une grande multitude de Grecs qui servaient Dieu. Une oeuvre puissante et durable avait été faite en peu de temps. Éprouvons-nous envers Dieu une telle reconnaissance ? Faisons-nous, en des occasions semblables, des mentions personnelles pareilles à celle-ci ? Nous souvenons-nous sans cesse du fruit de la bénédiction de l’Esprit dans les saints ? Nous savons ce que c’est que prier pour les saints dans la peine, l’opprobre, le danger, le besoin ; mais nous épanchons-nous dans la joie devant Dieu pour l’opération de sa grâce en ceux qu’il a sauvés et rassemblés au nom de Jésus ? Nos coeurs n’ont-ils pas été rétrécis par les circonstances tristes et humiliantes de division et de dispersion des saints autrefois unis ? Nous sommes prompts à rejeter, retrancher, ôter, éviter, et à repousser de toutes manières ; mais lents et sans force dans la bienveillance qui voit la grâce en d’autres et s’en réjouit, qui gagne, aide, accueille et restaure. Il n’en était pas ainsi pour l’apôtre et ses compagnons. Sans doute, une grande grâce est-elle nécessaire pour apprécier une petite grâce. C’est l’esprit de Christ.

Certainement il y avait parmi ces Thessaloniciens, surtout lorsque la première épître a été écrite, d’autant plus de puissance de vie qu’il y avait la simplicité, accompagnée il est vrai d’un manque de connaissance. Les trois grandes vertus spirituelles dont nous entendons souvent parler dans le Nouveau Testament et notamment dans les écrits de l’apôtre, étaient manifestes, dans la fervente énergie du Saint Esprit ; non seulement la foi, mais l’«oeuvre de foi» ; non pas l’amour simplement, mais le «travail d’amour» ; et l’espérance de notre Seigneur Jésus Christ dans sa patience (ou sa constance endurante). Et de même que Christ est l’objet de la foi qui exerce le coeur et le fixe sur les choses qui ne se voient pas, ainsi sa grâce appelle l’amour, et l’espérance réjouit dans le chemin, et cela d’autant plus lorsque tout est dans la lumière de Dieu, «devant notre Dieu et Père». Il est notre Père et si nous sommes de petits enfants, nous le connaissons comme tel (1 Jean 2:13) ; mais il est Dieu, et dans notre vie, dans notre marche, nous sommes devant Lui, et nous désirons le servir d’une façon qui lui soit agréable avec révérence et une sainte crainte. Lui, devant qui la nouvelle vie en Christ est ainsi exercée par des motifs qui ont leur source et leur puissance en Christ, est le Dieu qui a choisi les Thessaloniciens dans sa grâce pour être ses enfants bien-aimés, comme il en est rendu témoignage à la conscience et aux affections de ceux qui le servent : «sachant, frères aimés de Dieu, votre élection».

Quelle preuve pratique de notre élection peut-il y avoir pour d’autres, sinon dans la manifestation de la puissance de vie que nous avons en Christ, maintenue, comme elle peut seulement l’être, en cherchant à avoir en toutes choses une conscience sans reproche devant Dieu et envers les hommes ? Tirer de cela une preuve pour nous-mêmes n’est que de la propre justice, aussi bien que de l’incrédulité qui méprise le témoignage rendu par Dieu à Christ et à son oeuvre. Et c’est bien là la théologie stérile de la chrétienté, faisant venir sur elle un prompt jugement.

Mais Dieu a toujours opéré la bénédiction par la révélation de lui-même. Aussi est-ce sur le principe de la foi, afin que ce soit selon la grâce, vu que la loi produit la colère ; car là où il n’y a pas de loi, il n’y a pas non plus de transgression. Mais la bonne nouvelle, telle qu’elle était prêchée par Paul et ses compagnons, «notre évangile», est le plein témoignage de ce qui est en Christ pour ceux qui sont perdus. Il avait été présenté aux Thessaloniciens dans l’énergie du Saint Esprit. «Car notre évangile n’est pas venu à vous en parole seulement, mais aussi en puissance, et dans l’Esprit Saint, et dans une grande plénitude d’assurance, ainsi que vous savez quels nous avons été parmi vous pour l’amour de vous» (v. 5). Cette assemblée, jeune mais consacrée, persécutée mais heureuse, était un témoignage vivant à Dieu et à Son Christ. L’évangile était venu non en parole seulement, mais en puissance, et dans l’Esprit Saint, non pas en manifestation charnelle ; il l’était aussi dans une grande plénitude d’assurance. La parole était proclamée avec toute hardiesse et certitude par des hommes dont la marche en était le reflet brillant et pur, dans l’amour. Il en résultait des effets correspondants en ceux qui la recevaient. Car Paul et ses compagnons n’étaient pas de ceux qui semblent incapables d’apprécier la gloire de Christ tant dans l’évangile que dans l’assemblée ; qui ne se lassent jamais d’exalter une partie de la vérité au détriment d’une autre, comme si toutes n’avaient pas leur centre dans notre Seigneur : des âmes mal intentionnées, ne voyant pas loin, qui négligent les éléments les plus simples de la vérité pour s’admirer eux-mêmes, et pour imposer à autrui la valeur de ce qu’ils ont à offrir. Si tous étaient docteurs, où seraient les évangélistes ? S’il n’y avait personne pour éveiller les âmes, où seraient les brebis à nourrir et à soigner ?

Les Thessaloniciens aussi portaient l’empreinte de la puissance qui opérait dans leurs coeurs et leurs consciences. «Et vous êtes devenus nos imitateurs et ceux du Seigneur, ayant reçu la parole, accompagnée de grandes tribulations, avec la joie de l’Esprit Saint ; de sorte que vous êtes devenus des modèles pour tous ceux qui croient dans la Macédoine et dans l’Achaïe» (v. 6, 7). Ils souffraient cruellement pour la vérité qui remplissait leurs coeurs de joie ; ainsi PauI qui, pendant sa vie, mourait chaque jour ; ainsi le Seigneur qui mourut d’une mort sans pareille, mais a vécu comme le parfait Modèle et dans la plénitude de la joie en Dieu son Père, alors qu’il était totalement rejeté ici-bas.

Combien ces croyants de Thessalonique différaient de leurs frères à Corinthe, qui un peu plus tard allaient faire peu de cas des sujets importants de la grâce pratique pour se glorifier dans le déploiement ostensible des dons-signes et de la puissance extérieure. Et quelle différence dans le témoignage moral ! Jamais nous n’entendons parler des Corinthiens comme de modèles pour ceux qui croyaient dans la Macédoine et l’Achaïe. Pourtant le coeur de l’apôtre brûlait pour ses autres enfants dans la foi, quelque insoumis et désordonnés qu’ils fussent, afin que le don inexprimable de grâce de Dieu produisît en eux aussi le fruit acceptable, même s’il devait être tardif.

Ce n’était pas tout : le monde était rempli de nouvelles étranges, et au-delà même de la Grèce tout entière où les croyants étaient impressionnés par le zèle et la puissance morale de l’assemblée à Thessalonique. «Car la parole du Seigneur a retenti de chez vous, non seulement dans la Macédoine et dans l’Achaïe, mais, en tous lieux, votre foi envers Dieu s’est répandue, de sorte que nous n’avons pas besoin d’en rien dire (v. 8). Partout on parlait du changement et du fait singuliers survenus dans cette ville de Thessalonique, un important centre commercial qui se trouvait sur la route directe entre l’Orient et l’Occident. Ce fait que tout un groupe de personnes ait abandonné ses faux dieux pour être rempli de la connaissance du seul vrai Dieu, avec une joie telle qu’aucune souffrance n’était en mesure de la refroidir (un groupe aussi distinct des Juifs que des païens, et cependant caractérisé davantage encore par une vie de foi, d’amour et d’espérance, absorbant tout, et inconnu jusqu’alors) ne pouvait que frapper des esprits vifs, spéculatifs et communicatifs comme l’étaient les Grecs. Le bruit s’en répandait, tel le son d’une trompette, dans toutes les directions, et non à propos de miracles ou de langues, mais pour leur foi envers Dieu. Certes un témoignage pur, admirable, plein de grâce, avait été rendu parmi les idolâtres. Car c’était en contraste absolu tant avec le légalisme dur et fier des Juifs qu’avec la corruption des Gentils. En fait, le résultat était tel que l’apôtre déclare : «Nous n’avons pas besoin d’en rien dire». Pourquoi prêcher ce que le monde même, dans un certain sens, prêchait ? La prédication a pour but de faire connaître le Dieu inconnu et son Fils, de réveiller ceux qui dorment, de gagner l’oreille de ceux qui sont insouciants à la bonne nouvelle de Dieu. Ici, cette chose vraiment nouvelle à Thessalonique était sur toutes les lèvres, et de ce centre commercial actif, se répandait partout la nouvelle d’une assemblée macédonienne qui avait renoncé à Zeus, Héra, Artémis, Apollon, et tous les autres dieux, sans adopter la circoncision ou les institutions de Moïse.

Il n’y avait là rien de vague non plus, ni de prétentieux, mais la sobriété de la grâce et de la vérité. «Car eux-mêmes racontent de nous quelle entrée nous avons eue auprès de vous, et comment vous vous êtes tournés des idoles vers Dieu, pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour attendre des cieux son Fils qu’il a ressuscité d’entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient» (v. 9, 10). Un des grands buts de Satan est de mélanger le monde et Dieu, de tolérer la chair tout en se réclamant de l’Esprit, et ainsi de tomber en fait sous ses propres tromperies tout en professant Christ. C’est l’inverse de toute cette confusion babylonienne qu’on voit dans le genre d’entrée que l’apôtre avait eu parmi les Thessaloniciens : leurs âmes avaient complètement rompu avec tout ce qui est opposé à Dieu, dans la lumière et l’amour. Ils s’étaient tournés de leurs idoles vers Dieu alors qu’ils auraient pu soit vouloir associer Dieu à celles-ci, soit se moquer de Lui ; ils servaient non pas des formes, ni des doctrines ou des institutions, mais un Dieu vivant et vrai ; et ils attendaient des cieux son Fils, non pas comme un Juge terrible et redouté, mais comme Celui qui les délivre de la colère qui vient, Celui que Dieu a ressuscité d’entre les morts, le Garant de leur justification et le Modèle de la vie nouvelle dont ils vivaient pour Dieu dans la foi en Lui.

2    Chapitre 2

Tel était l’effet vivant et puissant de la visite de l’apôtre à Thessalonique. La conversion et la marche des saints avaient produit une impression évidente et profonde sur ceux de l’extérieur, dans les alentours et partout. La foi des Thessaloniciens s’était répandue comme une proclamation vivante de la vérité ; «de sorte que nous n’avons pas besoin d’en rien dire». Quelle chose heureuse lorsque l’oeuvre connaît une puissance et une fraîcheur telles qu’elle libère l’ouvrier pour d’autres champs déjà blancs pour la moisson ! Quelle gloire pour le Seigneur lorsque les païens eux-mêmes, éveillés et émerveillés par le résultat déployé en puissance devant eux, ne peuvent que parler du vrai Dieu et de son Fils !

L’apôtre fait maintenant une belle évocation de son «entrée» auprès d’eux, en relation avec le caractère de cette entrée et avec sa portée pour les saints eux-mêmes, un tableau du développement interne, comme précédemment nous en avons vu les effets extérieurs.

Versets 1-12. L’apôtre pouvait faire appel avec confiance à ce dont ces frères avaient eux-mêmes profondément conscience. L’entrée que Paul et Silas avaient eue au milieu des saints à Thessalonique n’avait pas été vaine. Un propos divin de grâce, de la réalité dans la présentation de la vérité devant leurs consciences et l’énergie du Saint Esprit avaient caractérisé leur service et produit des résultats correspondants. Et ce n’était pas surprenant ; car c’était l’amour de Christ qui les poussait à aimer des âmes qui périssaient, ne connaissant pas Dieu, ni la puissance de la résurrection de Celui qui avait goûté la mort précisément pour elles. De plus, le motif de leur visite n’était certes ni de se faire valoir, ni leur propre plaisir, mais une mission si importante à leurs yeux qu’aucun obstacle, en chemin ou sur place, ne les avait arrêtés. «Mais, après avoir auparavant souffert et avoir été outragés à Philippes, comme vous le savez, nous avons eu toute hardiesse en notre Dieu pour vous annoncer l’évangile de Dieu avec beaucoup de combats» (v. 2).

Les mauvais traitements qu’ils avaient subis de la part des Gentils à Philippes n’avaient pas plus effrayé leur foi et leur amour indomptables que les persécutions qui suivirent, suscitées par la haine et par la jalousie des Juifs à Thessalonique. Ce n’est pas le souvenir de souffrances qui peut arrêter ceux qui sont résolus à endurer toutes choses tant pour l’amour de Christ que pour celui des élus, afin qu’eux aussi obtiennent le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle. D’où leur confiance : «Nous avons eu toute hardiesse en notre Dieu pour vous annoncer l’évangile de Dieu avec beaucoup de combats». Ayant l’assurance que l’évangile était de Dieu, ils avaient toute hardiesse en Lui pour parler, quelle que fût l’opposition ou la violence qui les environnait. Si donc maintenant l’apôtre devait exhorter les saints à Thessalonique afin que personne ne fût ébranlé par la tribulation qui leur survenait, ce n’était pas comme un théologien dilettante, plaçant sur les épaules des autres un fardeau qu’il ne voudrait pas remuer de son doigt. Dès le début, il avait été appelé à souffrir pour le nom de Christ, comme aussi à porter ce nom devant les nations et les rois, et les fils d’Israël, «pour ouvrir leurs yeux, pour qu’ils se tournent des ténèbres à la lumière, et du pouvoir de Satan à Dieu ; pour qu’ils reçoivent la rémission des péchés et une part avec ceux qui sont sanctifiés», par la foi en Christ. Et il y travaillait avec une ardeur dévorante ; c’est à cela que se réfèrent les mots «beaucoup de combats», plutôt qu’à de simples difficultés extérieures d’une part ou à ce combat pour les saints contre les ruses du diable, dont il est parlé en Col. 2:1, d’autre part. Il marchait et servait dans la vérité qu’il enseignait.

«Car notre exhortation n’a eu pour principe ni séduction, ni impureté, et nous n’y avons pas usé de ruse ; mais comme nous avons été approuvés de Dieu pour que l’évangile nous fût confié, nous parlons ainsi, non comme plaisant aux hommes, mais à Dieu qui éprouve nos coeurs» (v. 3, 4). Il y avait chez lui aussi bien bonne conscience que hardiesse et persévérance. Il réalisait l’intégrité du coeur (l’opposé même du désir de jouer un rôle), au lieu de devenir la victime de la séduction, et ainsi d’en égarer d’autres. L’exhortation était aussi exempte d’erreur que d’impureté ; et il n’y avait pas la moindre intention de tromper, ce que traduit le mot «ruse» ; mais la vérité était présentée avec insistance, en toute sainteté et sincérité.

Ainsi parlaient ces serviteurs bénis, comme il convenait à des hommes qui se savaient approuvés de Dieu pour que l’évangile leur fût confié. La grâce forme la responsabilité, de même que la grâce goûtée dans l’âme maintient sa force d’une manière vivante. Ils avaient Dieu devant eux, Dieu qui éprouve les coeurs, et c’est à Lui qu’ils voulaient plaire, non à l’homme, dont la respiration est dans ses narines : car quel cas doit-on faire de l’homme ?

C’est là un principe sérieux et permanent, aussi vrai et important aujourd’hui que lorsque Paul parlait ainsi de lui-même et de ses compagnons dans le service de Christ. On ne peut pas servir deux maîtres. Les protecteurs et les congrégations ne sont pas les seuls pièges. Le désir d’avoir de l’influence, la crainte d’être mal vu, les partis, les clergés, peuvent nuire à la fidélité au Seigneur ; la justice, dans ce cas, en souffrira toujours, et la vérité elle-même peut-être aussi. Satan travaille ainsi dans la chrétienté, au déshonneur de Christ. Essayer de servir deux maîtres est fatal ; car ou l’on haïra l’un et aimera l’autre, ou l’on s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Si un ouvrier dans la foi se considère comme approuvé de Dieu pour que l’évangile lui soit confié, il prendra d’autant plus garde à lui-même afin que le ministère ne soit pas blâmé, mais qu’en toutes choses il se recommande comme serviteur de Dieu. Seulement il cherchera à maintenir tant sa liberté que sa responsabilité dans l’Esprit, avec la Parole écrite comme seule règle. Un apôtre avait la même responsabilité directe envers le Seigneur que le moindre ouvrier dans l’évangile et, comme nous le voyons ici, il le reconnaissait pour lui-même aussi bien qu’il y insistait pour les autres. Ce n’est pas une question de droit, mais de ce qui revient à Christ ; de notre côté, ce n’est qu’une question de responsabilité. Sa gloire et notre obéissance sont ainsi sauvegardées. Pour nous il y a un seul Seigneur, et il n’y en a qu’un seul, Jésus Christ, par lequel sont toutes choses, et nous par lui ; de même qu’il y a un seul Dieu, le Père, duquel sont toutes choses, et nous pour lui. Soyons des imitateurs de l’apôtre, comme lui l’était de Christ.

Mais il y a le piège de Mammon, aussi bien que celui d’un maître rival de Christ ; et nous ne pouvons servir Dieu et Mammon. Ici aussi l’apôtre pouvait faire appel à l’expérience des saints de Thessalonique. «Car aussi nous n’avons jamais usé de parole de flatterie, comme vous le savez, ni de prétexte de cupidité, Dieu en est témoin ; et nous n’avons pas cherché de gloire qui vient des hommes, ni de votre part, ni de la part des autres, quand nous aurions pu vous être à charge comme apôtres de Christ» (v. 5, 6). Ceux auxquels Paul et ses compagnons avaient affaire pouvaient témoigner si son langage était celui de la flatterie ou si c’étaient des paroles de vérité et de sobriété. Dieu était témoin qu’il n’y avait en lui nulle convoitise cachée sous un prétexte quelconque. Mais il y a d’autres moyens par lesquels la corruption de notre nature a tendance à se satisfaire et à se trahir. Ainsi plus d’un homme qui ne s’abaisserait pas à la flatterie et ne serait pas cupide, est vaniteux ou ambitieux. Comment Paul et ses compagnons s’étaient-ils comportés à cet égard ? «Nous n’avons pas cherché la gloire qui vient des hommes, ni de votre part, ni de la part des autres, quand nous aurions pu vous être à charge comme apôtres de Christ». Il cherchait leur bénédiction dans le témoignage de Christ, non leurs biens, mais eux-mêmes pour la gloire de Dieu ; et au lieu de réclamer une juste rémunération dans les choses charnelles en tant qu’envoyés du Seigneur pour leur service spirituel, il y avait un renoncement total à eux-mêmes dans leur consécration à Christ.

Il passe maintenant au côté positif de leur marche et de leur oeuvre. «Mais nous avons été doux au milieu de vous. Comme une nourrice chérit ses propres enfants» (v. 7). La comparaison avec un proche parent, fût-il une mère, n’est pas suffisante pour rendre les tendres soins d’un amour qui a sa source en Dieu lui-même. Les petits enfants ont besoin d’une nourrice, ce que toutes les mères ne sont pas ; mais une nourrice chérissant ses propres enfants est la figure appropriée, employée ici, non celle d’une personne engagée pour nourrir les enfants d’une autre. «Ainsi, vous étant tendrement affectionnés, nous aurions été tout disposés à vous communiquer non seulement l’évangile de Dieu, mais aussi nos propres vies, parce que vous nous étiez devenus fort chers» (v. 8). Où trouver ailleurs quelque chose de comparable à cela, en amour désintéressé, sinon dans la fidélité persévérante de la grâce qui veille sur les mêmes objets dans leur croissance, leurs difficultés et leurs dangers par la suite ? «Car vous vous souvenez, frères, de notre peine et de notre labeur ; c’est en travaillant nuit et jour pour n’être à charge à aucun de vous, que nous vous avons prêché l’évangile de Dieu» (v. 9).

Paul avait travaillé de ses propres mains à Thessalonique, comme il le faisait à Corinthe d’où il leur écrivait, afin de n’être à charge à personne. Pourtant si quelqu’un était en droit de dire, comme Néhémie : «Je fais un grand travail et je ne puis descendre», c’était l’apôtre, qui est bien descendu, dans un autre sens, et n’en a que mieux accompli son grand travail, quoiqu’il n’y eût jamais un esprit plus élevé que le sien, lui qui a travaillé ainsi de ses mains, nuit et jour, durant son bref séjour parmi les Thessaloniciens. «Vous-mêmes, vous êtes témoins, et Dieu aussi, combien nous nous sommes conduits saintement, et justement, et irréprochablement envers vous qui croyez». Il répète son appel aux croyants et à Dieu lui-même, comme seul pouvait le faire quelqu’un qui s’exerçait à avoir toujours une conscience sans reproche devant Dieu et les hommes. «Ainsi que vous savez comment nous avons exhorté chacun de vous, comme un père ses propres enfants, vous exhortant, et vous consolant, et rendant témoignage, pour que vous marchiez d’une manière digne de Dieu qui vous appelle à son propre royaume et à sa propre gloire» (v. 11, 12).

L’amour s’adapte aux besoins de ceux qui en sont les objets. C’est ce que fit l’apôtre lorsque les saints eurent besoin d’une nourriture plus solide que celle des petits enfants. Et quel père terrestre n’a jamais répondu à la responsabilité découlant de sa relation avec ses propres enfants aussi bien que Paul à l’égard de ses bien-aimés Thessaloniciens ? Chacun en particulier et tous ensemble, ils étaient les objets d’une vigilance incessante et pleine d’égards. L’exhortation, la consolation, ainsi que le témoignage rendu ne faisaient jamais défaut, pour stimuler, pour encourager et pour diriger dans un chemin qui convienne au Dieu qui appelle à son propre royaume et à sa propre gloire. C’est là qu’Il aura, bientôt et pour toujours, les siens avec Christ ; et il aimerait les voir marcher maintenant dans cette espérance et d’une manière digne d’elle. Tel est le but d’un véritable ouvrier de Christ ; et l’on ne saurait trouver nulle part un tableau plus beau que celui qui apparaît dans la simple esquisse tracée ici par l’apôtre.

Voilà pour ce qui en est du ministère de Paul et de ses compagnons. Il passe maintenant aux moyens que Dieu avait employés pour la bénédiction des saints par ce ministère.

Versets 13-16. L’homme tel qu’il est par nature vit sans Dieu, mû par les choses qu’il voit autour de lui, en proie aux volontés de la chair et des pensées. Pour avoir un lien spirituel avec Dieu, il a besoin d’une révélation de Sa part ; et Dieu la donne maintenant dans l’évangile touchant son Fils, afin que les hommes croient et soient sauvés. L’âme vient ainsi à la connaissance de Dieu et de Jésus Christ qu’il a envoyé, et c’est là la vie éternelle. Par la foi, l’homme commence à ressentir et à penser selon Dieu ; et la foi est la réception d’un témoignage divin. Par là il scelle que Dieu est vrai. La parole de Dieu, mêlée à la foi, met en relation directe avec Dieu.

Dans les jours apostoliques, PauI était, comme nous le trouvons ici, un instrument pour communiquer la parole de Dieu par sa prédication ; et cela, par la puissance divine, sans mélange d’erreur. Il en est ainsi des Saintes Écritures qui, étant inspirées de Dieu, sont exemptes de toute erreur. Aussi tout en étant du plus grand prix comme moyen de communiquer la vérité, elles ont une fonction spéciale et vraiment unique, en ce qu’elles sont le modèle donné de Dieu pour éprouver toute parole et toute oeuvre.

Ainsi, non seulement l’apôtre avait travaillé dans la puissance du Saint Esprit et d’une manière appropriée aux premiers pas et à la croissance de ceux qui étaient les objets de son ministère, mais cela n’avait pas été vain. Il récoltait des fruits doux et évidents, par la grâce de Dieu. «Et c’est pourquoi aussi nous, nous rendons sans cesse grâces à Dieu de ce que, ayant reçu de nous la parole de la prédication qui est de Dieu, vous avez accepté, non la parole des hommes, mais (ainsi qu’elle l’est véritablement) la parole de Dieu, laquelle aussi opère en vous qui croyez». C’est toujours un effet véritable de la puissance miséricordieuse de Dieu lorsque, dans un monde hostile, des âmes reçoivent Son témoignage, la Parole répondant parfaitement aux besoins du coeur et présentant le sang de Christ pour purifier la conscience des oeuvres mortes afin de servir le Dieu vivant. Il y a un filet tendu en permanence devant les hommes pour les maintenir sous la domination de Satan ; et la vérité, étant la parole de Dieu, juge les pensées et les intentions du coeur. C’était une épreuve encore plus grande alors, quand la vérité était pour ainsi dire toute neuve et s’opposait à la volonté et aux raisonnements humains. Lorsque beaucoup la professent, l’opprobre disparaît dans une grande mesure, bien que Dieu ne manque pas de s’opposer aux ruses de Satan qui voudrait ainsi en détruire la puissance, en la vulgarisant. Pour les Thessaloniciens, comme d’ailleurs pour tout Gentil alors, la parole prêchée était une chose nouvelle. Mais elle était «de Dieu», et ils ont prouvé que telle elle était. «Vous avez accepté, non la parole des hommes, mais (ainsi qu’elle l’est véritablement) la parole de Dieu». Le coeur s’inclinait devant Dieu, et la Parole opérait aussi, par l’Esprit de Dieu, ses propres effets divins en ceux qui se soumettaient à elle par la foi.

La femme juive de Luc 11:27 était fidèle aux instincts humains et aux traditions de sa race quand elle s’écria, en voyant le Messie chasser des démons et en l’entendant mettre en garde contre une puissance plus grande de l’ennemi ceux qui cherchaient encore un signe du ciel : «Bienheureux est le ventre qui t’a porté (et les mamelles que tu as tétées». Mais l’évangile établit d’une manière claire et certaine qu’il n’est pas question d’une relation selon la chair, mais de l’autorité et de la bénédiction de la parole divine, et que, par conséquent, cela est ouvert tant aux Gentils qu’aux Juifs. Le croire, c’est l’obéissance de la foi. C’est être dans une association vivante avec Dieu, laquelle ne peut avoir lieu d’une autre manière.

La Parole, maniée par l’Esprit et reçue comme étant de Dieu, sépare ainsi pour Lui ; elle est en fait exactement ce qui est appelé la «sainteté de l’Esprit» en 1 Pierre 1:2 : non pas dans le sens pratique (celui-ci suit dans les versets 15, 16, et on le trouve aussi ailleurs), mais cette mise à part pour Dieu, en principe et d’une façon absolue, dès le commencement, qui fait quelqu’un un saint (voir 1 Cor. 6:11). Elle précède ainsi la connaissance du pardon ou la possession de la paix avec Dieu ; comme Pierre dit, en (ou par) sainteté de l’Esprit, pour l’obéissance et l’aspersion du sang de Jésus Christ. Ici rien, sinon les préjugés, n’aurait empêché les croyants de voir que l’obéissance n’est pas seulement l’obéissance de la foi, mais l’obéissance pratique. Or, la sainteté, dans le sens ordinaire, ne peut être dite «pour l’obéissance», vu qu’elle est faite, pour une très large part, d’obéissance et ne peut exister sans cette obéissance ; mais la sainteté de l’Esprit telle qu’il en est parlé ici est pour (eiV) l’obéissance, et telle que celle de Jésus Christ, en contraste avec celle d’un simple Israélite. Elle est aussi pour «l’aspersion du sang de Jésus Christ», car la vie nouvelle ou la nature divine dans le saint désire obéir à Dieu, avant même qu’il ne connaisse l’efficacité de ce sang pour purifier la conscience ; il y a donc un ordre parfait dans la phrase de 1 Pierre 1:2.

Le fait de ne pas voir cela a grandement embarrassé les commentateurs et a même conduit à une falsification positive, comme dans la version latine de Théodore de Bèze et la version anglaise de Genève, qui rendent la phrase pour (en) la sainteté de l’Esprit, par (eiV) l’obéissance et l’aspersion du sang de Jésus Christ ! C’est sacrifier non seulement la grammaire, mais la parole de Dieu à un système de théologie défectueux, qui ne reconnaît que la sainteté résultant de la justification et qui ignore la mise à part première pour Dieu par l’Esprit, laquelle est vraie de tout saint dès sa conversion, quand bien même il n’aurait pas encore trouvé le repos par la foi dans le sang de Christ... Peu de commentateurs se sont rendu compte que sainteté ici ne signifie pas la sainteté inhérente, graduelle ou pratique, mais cette oeuvre de l’Esprit qui, du commencement à la fin, sépare de la nature et du monde pour Dieu (comp. 2 Thess. 2:13).

La même cause spirituelle a produit des effets similaires. Tous ne sont pas Israélites, ni Crétois ; et la chair en chacun, si elle n’est pas jugée, offre une occasion toute prête à l’Ennemi qui présente des pièges adaptés pour séduire chacun. Mais le Saint Esprit forme le croyant par l’image de Christ présentée dans la parole de Dieu, laquelle a le pouvoir non seulement d’engendrer des âmes pour Dieu, mais de purifier, de corriger, d’instruire, de reprendre et de discipliner de toute manière, comme aussi d’encourager le croyant. C’est ce que l’apôtre rappelle aux Thessaloniciens. «Car vous, frères, vous êtes devenus les imitateurs des assemblées de Dieu qui sont dans la Judée dans le Christ Jésus». Les différences de race, les contrastes dus aux coutumes religieuses antérieures, ne peuvent entraver la puissance de la grâce et de la vérité. Les Thessaloniciens marchaient dans le même chemin de souffrance et d’endurance que les assemblées juives dans le Christ Jésus. En Judée, la flamme de la persécution brûlait avec force contre les rassemblements qui portaient le nom de Celui qu’ils avaient crucifié. Il n’en allait pas autrement pour les saints de Thessalonique de la part de leurs propres compatriotes.

Il n’y a point de haine semblable à celle qui est nourrie par des différences de religion, et surtout quand on se réclame d’un titre exclusif et divin. L’évangile y donnait tout spécialement occasion, car il devait d’abord se frayer son chemin là où Dieu avait réellement donné des privilèges particuliers, qu’il était tout à fait juste de maintenir dans toute leur valeur, aussi longtemps que Dieu reconnaissait le peuple auquel il les avait donnés. Mais le peuple juif les a méprisés et abandonnés, tuant les prophètes qui plaçaient sur leur conscience leur infidélité et leur apostasie, pour mettre enfin le comble à leur culpabilité alors que les formes extérieures semblaient en ordre, mais que l’incrédulité et l’inimitié profondes contre Dieu étaient mises à nu par le rejet et la mort ignominieux de leur propre Messie. Cependant le mal est insatiable ; et même la croix ne faisait qu’exciter leur rancoeur contre les témoins de la grâce divine. Ils «nous ont chassés par la persécution», dit Paul, parlant des Juifs de Thessalonique.

La prédication de la grâce provoque en effet chez ceux qui possèdent la loi, la fureur, jusqu’à en perdre le sens, car elle fait peu de cas des privilèges terrestres, quels qu’ils soient et insiste sur la ruine tant du Juif que du Gentil. D’où la haine vivace du Juif contre l’évangile. Il était suffisamment dur d’entendre un témoignage qui laissait la loi à une distance aussi grande que Christ l’est de Moïse, soit en élévation, soit en profondeur ; et la différence est en fait impossible à mesurer. Mais proclamer que les bénédictions incomparables qui sont en Christ effacent toute distinction, et amènent le croyant, Juif ou Gentil pareillement, dans une place nouvelle de relation céleste et de faveur éternelle, leur est intolérable ! Et de plus c’était nécessairement l’action finale de Dieu, pour tout ce qui concerne la responsabilité d’Israël. Toute espérance pour la nation sur la terre a été ensevelie dans le sépulcre de Christ. Ils ont eu un dernier appel du Saint Esprit dans l’évangile, rendant témoignage à un Christ exalté dans le ciel ; mais ils refusèrent le message autant, si ce n’est plus, que la Personne, surtout lorsqu’ils en virent d’autres — à savoir des Gentils — entrant dans la part qu’ils avaient repoussée pour eux-mêmes avec mépris.

Ainsi ils «ne plaisent pas à Dieu, et... sont opposés à tous les hommes — nous empêchant de parler aux nations afin qu’elles soient sauvées, pour combler toujours la mesure de leurs péchés ; mais la colère est venue sur eux au dernier terme». Elle pouvait n’être pas encore exécutée, mais elle était imminente, et ils en connurent une partie importante après la disparition de l’apôtre. Toutefois cette colère demeure sur les Juifs, mais elle n’est pas encore entièrement déversée. Si même les Juifs retournent dans leur pays, rebâtissent la ville et le sanctuaire et prennent possession de leur ancien héritage dans la plus grande mesure possible, ce ne sera qu’une illusion mortelle et un piège satanique, amenant sur eux d’abord l’Antichrist, puis la tribulation de la part de l’Assyrien, et finalement le Seigneur lui-même intervenant pour exercer une vengeance inexorable, bien que, à la fin, la miséricorde puisse se glorifier vis-à-vis du jugement. Toutefois puisque l’apôtre ne lève pas (comme en Rom. 11) le voile de l’avenir de devant leurs yeux, mais revient aux relations nouvelles de grâce, à la joie qu’il partage avec les saints de Thessalonique, nous suivrons nous aussi le courant du Saint Esprit.

Versets 17-20. Il ne fait pas de doute que, si le christianisme donne la plus grande importance à l’individu en relation avec Dieu, l’assemblée offre le plus vaste champ aux affections des membres de Christ qui forment son corps, un seul corps. Et Satan empêche de toutes les manières possibles l’heureux échange de ce qui est si doux et saint, de l’esprit et de l’amour du ciel goûtés parmi les saints sur la terre. La présence personnelle des uns avec les autres, et surtout celle d’un homme comme Paul, quelle différence cela fait ! Toutefois, l’apôtre avait présenté ce qui devait corriger toute importance excessive donnée à la présence personnelle. Ne venait-il pas de montrer l’immense valeur de la parole de Dieu et combien elle est puissante entre les mains du Dieu de grâce ? L’absence, par conséquent, n’est nullement fatale à la joie et à la bénédiction des saints. L’attente ne fait qu’exercer la foi et accroître l’ardent désir du revoir, désir qui, somme toute, était plus fort encore chez Paul que chez ses enfants à Thessalonique, et combien plus en Celui dont l’attente patiente est aussi parfaite que son amour pour nous ! L’apôtre lie ainsi leurs coeurs au sien (et puisse cela être vrai pour nous aussi !) dans la joie de la présence de Christ à sa venue. Ce sera alors le vrai repos du travail ; ce sera la jouissance des fruits, sans mélange ni danger. Puissions-nous, nous aussi, porter habituellement nos regards au-delà des obstacles du présent et les fixer vers cette scène bénie et éternelle !

3    Chapitre 3

La grâce opère par les jointures et les liens dans le corps, qui est ainsi constitué par notre Seigneur Jésus pour l’édification de lui-même en amour. Si Paul ne pouvait pas visiter les Thessaloniciens, il envoyait Timothée. L’amour ne recherche pas son propre intérêt et peut trouver des ressources selon Christ, quels que soient les obstacles que Satan place dans le chemin.

Versets 1-13. Pour l’apôtre en visite à Athènes, ce n’était pas une petite épreuve que de renoncer à la compagnie de son véritable et bien-aimé enfant dans la foi. Mais son intérêt et son affection pour les Thessaloniciens ne pouvaient être satisfaits autrement. Il savait qu’ils n’étaient spirituellement que de petits enfants et qu’ils étaient exposés à des ennemis, Juifs et Gentils, aussi subtils que déterminés et sans scrupules. Il était lui-même sur le point d’affronter Satan dans l’une des forteresses de son influence religieuse et de la spéculation philosophique, où le nom de Jésus n’avait encore jamais été proclamé ; de ce fait il n’avait pas lui-même la communion de frères en Christ avec qui prier et prendre conseil. Une tempête de furie populaire, soulevée parmi la foule des Gentils à l’instigation des Juifs, avait éclaté contre Jason (l’hôte de PauI) et d’autres frères à Thessalonique, entraînant le départ précipité de Paul et de Silas la nuit même, après un séjour de quelques semaines seulement. La même influence juive avait excité les foules à Bérée, où ils avaient trouvé à la fois un refuge et une meilleure réception de la Parole, avec un souci remarquable de soumettre à l’épreuve des Écritures ce qui était prêché.

Silas et Timothée étaient demeurés là, tandis que Paul, une fois de plus, était emmené en hâte par des frères vers Athènes. Mais le coeur de l’apôtre ne pouvait trouver de repos quant aux Thessaloniciens, si jeunes dans la foi et exposés aux dangers, aux souffrances et à des pièges. «Et nous avons envoyé Timothée, notre frère et compagnon d’oeuvre sous Dieu dans l’évangile du Christ, pour vous affermir et vous encourager touchant votre foi, afin que nul ne soit ébranlé dans ces tribulations ; car vous savez vous-mêmes que nous sommes destinés à cela. Car aussi, quand nous étions auprès de vous, nous vous avons dit d’avance que nous aurions à subir des tribulations, comme cela est aussi arrivé, et comme vous le savez». Le Saint Esprit par l’apôtre, comme le Seigneur Jésus précédemment, avait clairement averti des difficultés spéciales et constantes qui attendent le saint traversant le monde — une paix intérieure dépassant toute pensée humaine, la paix en Christ, mais de la tribulation dans le monde. Seule la foi peut goûter l’une et supporter l’autre. Voilà ce que doit être l’expérience, l’unique expectative, des chrétiens en attendant Christ. Même les plus jeunes doivent l’apprendre, car l’inimité réelle du monde et de son prince n’épargne personne ; et ainsi l’apôtre préparait les convertis à Thessalonique à s’attendre à des afflictions. Et il n’était nullement trop tôt. Ils avaient déjà les raisons les plus sérieuses de connaître la vérité et la sagesse de ses avertissements, mais ils avaient le témoignage de son amour par la visite de Timothée pour les affermir et les encourager touchant leur foi. Seule la grâce pouvait faire entrer dans un tel chemin ; seule la grâce peut y soutenir ; mais la grâce ne fait jamais défaut. Toutefois le Seigneur travaille par divers moyens, tel l’envoi, de la part de Paul, de Timothée allant encourager les saints, et leur joie dans la consolation quel que pût être le poids de l’affliction. La chair se serait lassée, aurait murmuré, aurait douté et se serait détournée de la vérité qui entraînait de telles peines. La foi voit Christ, rend grâces à Dieu, persévère à tout prix et croît par l’exercice, tandis que les liens de l’amour sont renforcés de tous côtés.

«C’est pourquoi moi aussi, n’y tenant plus, j’ai envoyé afin de connaître ce qui en était de votre foi, de peur que le tentateur ne vous eût tentés, et que notre travail ne fût rendu vain. Mais Timothée venant d’arriver de chez vous auprès de nous, et nous ayant apporté les bonnes nouvelles de votre foi et de votre amour, et nous ayant dit que vous gardez toujours un bon souvenir de nous, désirant ardemment de nous voir, comme nous aussi nous désirons vous voir ; — c’est pourquoi, frères, nous avons été consolés à votre sujet par votre foi, dans toute notre nécessité et dans notre tribulation ; car maintenant nous vivons, si vous tenez ferme dans le Seigneur». La seconde épître montrera clairement que l’apôtre avait bien lieu de craindre que le tentateur ne profite des circonstances pour que le Seigneur soit déshonoré en ceux qui portaient son nom à Thessalonique. Pour le présent, cependant, l’oeuvre se maintenait dans la vigueur et la fraîcheur de son commencement. Timothée avait de si bonnes nouvelles à rapporter qu’elles réconfortaient le coeur fervent et plein d’amour de l’apôtre qui l’avait envoyé, et elles changeaient ses anxiétés en actions de grâces qui s’élevaient au-dessus de toutes ses propres détresses et afflictions. Leur foi brillait, leur amour brûlait ; ils gardaient toujours un bon souvenir de l’étranger auquel ils devaient d’avoir entendu parler du Dieu vivant et vrai et de son Fils, le Sauveur ressuscité d’entre les morts qui vient des cieux. Ils languissaient de revoir le «messager» qui leur avait apporté la parole de Dieu en pureté, comme ils le reconnaissaient eux-mêmes, et cela malgré la tempête d’épreuves variées qu’elle avait attirées sur eux de la part des hommes, les épreuves elles-mêmes prouvant leur sincérité et leur vérité ; car n’avaient-ils pas été prévenus à l’avance qu’il devait en être ainsi ? C’était pour le serviteur de Dieu une source de force aussi bien que de joie, comme il l’exprime avec vigueur : «Car maintenant nous vivons, si vous tenez fermes dans le Seigneur».

La joie de l’apôtre, procédant de l’amour divin, était par conséquent sainte : pas de vain zèle prosélytique, mais la joie dans la présence de Dieu au sujet de ce qui était le fruit de Sa grâce à la louange de Jésus ; joie au sujet de cette foi et de cet amour maintenus brillants et fermes, malgré la féroce hostilité des Juifs et des Grecs, chez de jeunes témoins de Christ laissés seuls. «Car comment pourrions-nous rendre à Dieu assez d’actions de grâces pour vous, pour toute la joie avec laquelle nous nous réjouissons à cause de vous devant notre Dieu, priant nuit et jour très instamment, pour que nous voyions votre visage et que nous suppléions à ce qui manque à votre foi !» Si leur amour était celui de Jonathan, le sien était certainement supérieur à l’amour de David. C’est l’amour de la nature divine dans la puissance de l’Esprit, qui trouve une joie toujours croissante dans la bénédiction des autres, et particulièrement de ceux qui sont déjà au bénéfice de la bénédiction, afin qu’il soit suppléé, par le ministère personnel, à ce qui manque. «Or que notre Dieu et Père lui-même, et notre Seigneur Jésus, nous fraye le chemin auprès de vous ; et quant à vous, que le Seigneur vous fasse abonder et surabonder en amour les uns envers les autres et envers tous, comme nous aussi envers vous, pour affermir vos coeurs sans reproche en sainteté devant notre Dieu et Père en la venue de notre Seigneur Jésus avec tous ses saints».

Telle était la prière dictée par les affections de l’apôtre alors que le Saint Esprit plaçait leurs besoins devant lui dans la présence de Dieu. Et le chemin de l’apôtre le conduisait vers les Thessaloniciens, mais auparavant une seconde épître devait leur être adressée et des années de labeur dans d’autres régions devaient s’écouler. En attendant, ce qu’il cherche pour eux n’est pas moins important pour nous et pour tous les saints : l’abondance et la surabondance de l’amour en nous, les uns envers les autres et envers tous, afin que nos coeurs soient affermis sans reproche en sainteté. Ce sont là les voies de Dieu, aussi sûrement que ce ne sont pas celles de l’homme ; car celui-ci insiste sur la sainteté en vue d’aimer, tandis qu’en vérité l’amour doit opérer pour la sainteté. C’est un principe de vérité, découlant de l’évangile et tout au long du chemin, car c’est l’amour de Dieu qui nous a rencontrés et nous a bénis en grâce souveraine par la mort de Christ pour nous, alors que nous étions des ennemis, sans force et impies ; et cela a été le motif le plus puissant qui ait opéré en nous pour la sainteté. Ainsi en est-il parmi les saints, qui sont exhortés à s’aimer mutuellement comme aussi à manifester de l’amour envers tous, afin que leurs coeurs soient affermis sans reproche en sainteté ; de même que Christ, dans son amour pour l’assemblée, s’est d’abord donné Lui-même, et ensuite, il la purifie par la Parole, afin qu’il se la présente à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable.

Mais il y a une autre considération de grand poids et de grand intérêt dans cette brève prière. Non seulement l’apôtre lie dans une unité très frappante notre Dieu et Père lui-même avec notre Seigneur Jésus dans son ardente prière pour la bénédiction des saints par le moyen d’une nouvelle visite, mais il désire que le Seigneur affermisse leurs coeurs sans reproche en sainteté «devant notre Dieu et Père en la venue de notre Seigneur Jésus avec tous ses saints» — non pas simplement maintenant devant Dieu, si effectif que ce soit, mais en la venue du Seigneur avec tous ceux qui Lui appartiennent, sans s’arrêter dans sa pensée jusqu’à ce jour où les manquements ou la fidélité de chacun apparaîtront sans contestation possible. S’agissant d’une question de responsabilité, il n’est pas simplement fait mention ici de sa venue, mais de sa venue avec tous ses saints, c’est-à-dire son jour, lorsqu’ils apparaîtront avec Lui en gloire et qu’il viendra pour être glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui auront cru. Combien cela jette la lumière de ce jour sur l’heure actuelle ! Si même, par amour pour le Seigneur, l’on ne peut pas marcher maintenant avec tous les saints, ce n’est pas que le coeur soit éloigné, mais il anticipe cette scène glorieuse au cours de laquelle ils paraîtront avec Lui, objets de notre amour parce que tous ils le sont du sien.

 

4    Chapitre 4

La connaissance de Christ est inséparable de la foi ; mais elle est avant tout une vie de sainteté et d’amour, et non pas un simple credo, comme l’esprit humain tend à l’y réduire. Nous avons vu comment elle s’est manifestée dans la manière d’agir de ceux qui, les premiers, avaient annoncé l’évangile aux Thessaloniciens, manière d’agir caractérisée par une bonté sans égoïsme et par le fait qu’ils ne reculaient pas devant la souffrance (chap. 1 et 2), comme aussi plus tard par une sollicitude profonde à l’égard des jeunes convertis, appelés si rapidement à porter le poids de l’affliction. L’apôtre a prié le Seigneur pour qu’ils abondent en amour en vue de la sainteté (chap 3). Maintenant il s’adresse directement à eux.

Versets 3-8. C’est un changement immense pour des hommes qui autrefois ne pensaient qu’aux choses de la terre. Ils étaient, par le péché, séparés de Dieu et, en esprit, les uns des autres, sauf lorsqu’il s’agissait du déploiement de la volonté ou de la gloire humaines. Maintenant ils marchaient comme enfants de Dieu, unis dans un même désir de coeur de marcher de manière à plaire à Dieu. Tel est pourtant le christianisme vu dans sa pratique ; et il est sans valeur s’il n’est pas pratique. Certes il y a, dans la lumière et la vérité que Christ a révélées par le Saint Esprit, les éléments les plus riches et le champ le plus large pour l’esprit et le coeur renouvelés. Mais il n’y a rien dans «le mystère», sa largeur, sa longueur, sa hauteur et sa profondeur qui n’ait son influence sur l’état des affections ou sur le caractère de la marche et du travail ; et il n’y a pas d’erreur qui déshonore Dieu davantage ni n’est plus préjudiciable à l’homme que le désaccord entre la théorie et la pratique. L’Écriture les lie l’une à l’autre indissolublement, nous mettant sérieusement en garde contre ceux qui voudraient les séparer, lesquels sont des méchants, les ennemis assurés de Dieu et de l’homme. Non, la vérité n’est pas là seulement pour informer, mais pour sanctifier. Et ce que nous ont enseigné ceux qui ont été divinement donnés pour la communiquer, c’est la manière dont il faut que nous marchions et plaisions à Dieu. C’est dans ce sentier que le croyant le plus jeune, qu’il soit esclave ou libre, Grec ou Scythe, instruit ou ignorant, marche dès le début ; et nul ne peut s’en écarter sans tomber dans le péché et la honte. Ce n’est cependant pas une simple direction bien précise, comme par une loi et des ordonnances. Il s’agit d’une vie, la vie de Christ, aussi y a-t-il exercice et croissance par la connaissance de Dieu. De l’état de l’âme dépend le discernement de la volonté de Dieu dans sa Parole ; elle est perdue de vue lorsque la condition intérieure est marquée par la légèreté, ou que la volonté est active et non jugée. «Si donc ton oeil est simple, ton corps tout entier sera plein de lumière». Alors seulement le pied sera spirituellement sûr ; et une appréciation plus profonde de la Parole dans l’intelligence aboutit à une obéissance plus complète. L’on connaît mieux la pensée de Dieu et le coeur est appliqué à lui plaire. On y abonde de plus en plus.

Ce n’était pas un sujet de sollicitude nouveau de la part de l’apôtre. Ils savaient quels commandements il leur avait donnés par le Seigneur Jésus. Est-ce que Sa volonté, Son honneur ne sont pas intéressés à une marche qui plaît à Dieu ? Lorsqu’il était sur la terre, le Seigneur pouvait dire : «Je fais toujours les choses qui lui plaisent» ; maintenant, dans le ciel, il s’occupe de ceux qui suivent ici-bas le même chemin. Nous pouvons broncher ; mais est-ce là notre but ? Il ne manque pas de nous aider par sa Parole, comme il veut le faire aussi par sa grâce si nous regardons à lui et si nous nous appuyons sur lui. Écoutons-nous sa voix ?

L’apôtre insistait avant tout sur une chose, la pureté personnelle de ceux qui portaient le nom de Jésus ; et cela d’autant plus que les Grecs manquaient totalement à cet égard. Leurs coutumes et leur littérature, leurs hommes d’état et leurs philosophes, tout contribuait au mal ; leur religion même tendait à aggraver la souillure en consacrant les penchants de leur nature dégradée. On se fait généralement une faible idée des horreurs morales du monde païen ou de l’insensibilité des hommes dans leur ensemble à l’égard de souillures aussi éhontées. Christ a tout changé pour ceux qui croient en Lui, leur laissant un modèle afin qu’ils suivent ses traces. «Car c’est ici la volonté de Dieu, votre sainteté, que vous vous absteniez de la fornication, que chacun de vous sache posséder son propre vase en sainteté et en honneur, non dans la passion de la convoitise comme font les nations aussi qui ne connaissent pas Dieu ; que personne ne circonvienne son frère ni ne lui fasse tort dans l’affaire, parce que le Seigneur est le vengeur de toutes ces choses, comme aussi nous vous l’avons dit précédemment et affirmé». La sainteté naturellement va bien plus loin que s’abstenir de la sensualité. Encore que, se tenir à l’écart de ce qui était partout admis dans la vie ordinaire ne fût pas peu de chose. Mais le devoir négatif d’abstinence ne suffit pas à l’apôtre : «que chacun de vous, dit-il, sache posséder son propre vase en sainteté et en honneur», au lieu de le laisser glisser faute d’y prendre garde dans le péché et dans la honte, «dans la passion de la convoitise comme font les nations aussi qui ne connaissent pas Dieu». Actes 15 est une preuve du témoignage rendu positivement alors par l’Écriture — témoignage tristement confirmé par les découvertes de Pompéi et d’Herculanum — de la dégradation morale qui pervertissait même la partie la plus civilisée du monde païen. Lorsque Dieu est déshonoré, l’homme est réprouvé ; et Dieu, en pardonnant et en délivrant de la colère qui vient par la mort et la résurrection de Christ, donne aussi une vie nouvelle en Christ, sur laquelle le Saint Esprit agit par la parole, de manière à produire les fruits de la justice par Lui à la gloire de Dieu.

D’où l’exhortation qui suit : «Que personne ne circonvienne son frère ni ne lui fasse tort dans l’affaire, parce que le Seigneur est le vengeur de toutes ces choses, comme aussi nous vous l’avons dit précédemment et affirmé». Il n’y a pas de motif réel d’introduire ici un nouveau sujet, comme ont voulu le faire certains commentateurs. Avec sa manière pleine de délicatesse, l’apôtre parle de la même impureté, spécialement dans la condition du mariage, lorsqu’il était porté atteinte aux droits d’un frère. Ce sujet demandait et il reçoit une mention spéciale. En effet, comme les liens fraternels entre les chrétiens les placent dans des relations d’intimité heureuses et libres, il y aurait, dans ces circonstances mêmes, le danger particulier que Satan ne les tente, là où la chair n’est pas tenue par la foi à sa place, qui est la mort, de sorte que l’amour agisse seulement d’une manière sainte, avec Christ devant les yeux. Il n’est peut-être pas de danger sur lequel il soit plus solennellement insisté. Ce sont là les agissements qui amènent la colère sur les fils de la désobéissance ; et toutes paroles qui font peu de cas du mal sont vaines ; le Seigneur est le vengeur de toutes ces choses, et Dieu jugera le coupable. Ce n’est pas la manière de la vraie grâce de Dieu d’épargner les avertissements réitérés les plus forts ; «car Dieu ne nous a pas appelés à l’impureté, mais dans la sainteté». Il est clair qu’il n’est pas fait allusion ici aux activités commerciales ou à la malhonnêteté dans les affaires de la vie courante. L’impureté dans les relations sociales des saints, tel est le mal toujours en vue ; et la conclusion est : «C’est pourquoi celui qui méprise, ne méprise pas l’homme, mais Dieu, qui vous a aussi donné son Esprit Saint». Ainsi la grâce, en faisant appel à un devoir moral, s’élève entièrement au-dessus de la simple prise en considération des motifs propres à agir sur les hommes. Ce n’est pas qu’il ne soit pas tenu compte de ce qui concerne l’homme : l’apôtre commence par le manque d’égards envers l’homme «dans l’affaire», mais immédiatement il introduit le privilège à la fois immense et solennel du chrétien, le don par Dieu du Saint Esprit. Comment l’impureté affecterait-elle Celui qui habite dans les saints et fait, de leur corps, le temple de Dieu ?

Suit un appel à abonder dans l’amour fraternel ; et l’apôtre passe de là à un sujet voisin, touchant ce qui convient au travail quotidien, animé par l’intérêt porté aux autres. «Or, quant à l’amour fraternel, vous n’avez pas besoin que je vous en écrive ; car vous-mêmes, vous êtes enseignés de Dieu à vous aimer l’un l’autre ; car aussi c’est ce que vous faites à l’égard de tous les frères qui sont dans toute la Macédoine ; mais nous vous exhortons, frères, à y abonder de plus en plus, et à vous appliquer à vivre paisiblement, à faire vos propres affaires et à travailler de vos propres mains, ainsi que nous vous l’avons ordonné, afin que vous marchiez honorablement envers ceux de dehors et que vous n’ayez besoin de personne» (v. 9-12). Posséder Christ unit merveilleusement les coeurs les uns aux autres, et l’affection de l’un envers l’autre étant un instinct spirituel, tout ce qui est appris de Christ l’approfondit d’une manière intelligente. Les relations peuvent parfois mettre à l’épreuve sa réalité ; mais d’une façon générale, elles le développent de façon active, et d’autant plus que l’on partage la même hostilité de la part du monde. Ici aussi l’apôtre souhaite que cet amour abonde de plus en plus et que, parallèlement ils s’efforcent avec diligence de vivre paisiblement et de faire leurs propres affaires, ce que l’amour fraternel doit certainement produire : exactement l’inverse de cette disposition à se mêler de tout, qui découle d’une prétention à être supérieur en connaissance, ou en spiritualité, ou en fidélité. De plus, il les exhorte à travailler de leurs propres mains, «ainsi que nous vous l’avons ordonné» (et qui pouvait le faire dans un tel esprit de grâce ?), afin qu’ils marchent honorablement envers ceux de dehors et qu’ils n’aient besoin de personne (ou de rien). Il n’y a pas la moindre pensée d’encourager ceux qui sont dans le besoin à tirer profit de la générosité des autres. Que ce soit l’ambition de ceux qui aiment et qui veulent garder aussi l’amour des autres, de ne s’épargner en rien et d’éviter qu’il ne soit abusé de l’aide de qui que ce soit, afin de couper court à toute suspicion de la part de ceux de dehors. L’amour fraternel serait mis en doute si l’on ne veillait pas à ce qui convient ; au contraire il prospère et abonde là où il y a également le renoncement à soi-même.

Après avoir ainsi exhorté les saints à la pureté personnelle, et lié l’amour divin à l’accomplissement paisible des devoirs quotidiens, si souvent exposés à être négligés sous le prétexte même d’aspirations plus élevées et dans la vaine prétention d’accomplir de plus hauts devoirs, l’apôtre en vient à leur tristesse et leur consternation devant la mort de quelques-uns parmi eux. Ils étaient tellement remplis de l’attente de la venue du Seigneur, qu’ils n’avaient pas envisagé la possibilité que des saints partent ainsi. Ils n’attendaient que la venue du Seigneur et en tiraient des conclusions qui, n’étant pas de Lui, les mettaient en danger comme le font tous les raisonnements humains. Il fallait donc maintenir la vérité, tout en les mettant en garde contre une telle erreur ; mais la grâce a donné ainsi une lumière nouvelle et plus complète pour eux et pour nous.

Versets 13-18. Les saints à Thessalonique connaissaient, avec une pleine certitude, la venue et le royaume du Seigneur. Ils l’attendaient des cieux, Lui le Fils de Dieu, comme une espérance constante, l’espérance la plus chère de leurs coeurs. Ils n’avaient jamais supposé qu’Il pourrait tarder, par suite de la volonté de Dieu, d’amener de nouvelles âmes à la communion de son amour, tout en laissant le monde mûrir dans le désordre et l’iniquité, soit d’une incrédulité orgueilleuse, soit d’une profession vide, jusqu’à ce que l’apostasie arrive et que l’homme de péché soit révélé. Ils manquaient d’instruction quant à tout cela, n’ayant joui que pendant une brève période de l’enseignement de l’apôtre et aucune épître n’ayant encore été écrite. Celle-ci est la première épître de l’apôtre Paul, et tout en encourageant la joie et la croissance de la foi, il n’était rien de plus nécessaire que de suppléer à une lacune qui, si elle n’était pas comblée par une révélation divine, aurait laissé des esprits actifs exposés à l’ennemi par les spéculations qu’il ne manquerait pas de suggérer rapidement, afin de saper la vérité déjà connue, ou la confiance de leurs âmes en Dieu.

Leur affliction était extrême, comme celle des autres, Juifs ou plutôt païens, qui n’avaient pas d’espérance. Pourquoi une telle tristesse, bien étrange au sujet de ceux qui, du moment qu’ils avaient été appelés d’ici-bas, connaissaient l’amour de Dieu et le salut dans le Seigneur Jésus ? La vie éternelle est-elle une chose vaine ? Et la rémission des péchés, ou la possession du Saint Esprit ? Ce ne pouvait être qu’ignorance de leur part ; il ne se peut pas qu’un croyant, appelé par Dieu à son propre royaume et à sa propre gloire (pour ne pas parler de l’Église, corps de Christ) pût être, comme ils l’imaginaient, frustré par la mort, de la bénédiction que le Seigneur Jésus apportera à sa venue. C’était donc par défaut d’une connaissance plus complète qu’ils avaient cédé à des pensées propres à les plonger dans une affliction déshonorante pour Christ.

Toutefois, même ici, il est remarquable que l’apôtre ne dévoile pas l’état des esprits séparés du corps, comme nous le trouvons en Luc 23:43 ; Actes 7:59 ; 2 Cor. 5:8 et Phil. 1:23. Il répond pleinement à l’erreur selon laquelle la mort, d’une manière ou d’une autre, détruit ou contredit l’espérance bénie du chrétien. Il ne voulait pas que les saints ignorent plus longtemps ce qui concerne ceux dont on peut dire en toute vérité qu’ils «sont endormis» : s’il en est bien ainsi, il n’est que plus évident qu’ils auront part à Celui qui mourut et est ressuscité, comme certes nous le croyons ; car ils ressusciteront s’ils meurent entre-temps. Une telle résurrection est-elle une perte ? «De même aussi, avec lui, Dieu amènera ceux qui se sont endormis par Jésus», comme cela est magnifiquement décrit ici. Ils ont été endormis par Jésus ; et loin d’oublier ou même de différer leur joie et leur félicité, Dieu les amènera avec Jésus en ce jour-là.

Mais comment, puisqu’ils dorment dans la mort et que lui vient du ciel en puissance et en gloire ? Suit une communication nouvelle, des plus édifiantes, «par la parole du Seigneur», qui règle la difficulté en dévoilant l’ordre des événements, et ainsi la manière par laquelle les saints endormis doivent venir avec Jésus. Les croyants de Thessalonique s’étaient imaginé que les défunts manqueraient la bienheureuse réunion, ou du moins viendraient après les vivants qui demeurent. Mais il n’en est pas ainsi. «Car nous vous disons ceci par la parole du Seigneur : que nous, les vivants, qui demeurons jusqu’à la venue du Seigneur, nous ne devancerons aucunement ceux qui se sont endormis. Car le Seigneur lui-même, avec un cri de commandement, avec une voix d’archange, et avec la trompette de Dieu, descendra du ciel ; et les morts en Christ ressusciteront premièrement ; puis nous, les vivants qui demeurons, nous serons ravis ensemble avec eux dans les nuées à la rencontre du Seigneur, en l’air ; et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. Consolez-vous donc l’un l’autre par ces paroles». Telle est la révélation merveilleuse de l’épisode remarquable qui fait l’objet de cette parenthèse des versets 15 à 18. Elle nous ramène aux paroles d’introduction qui leur avaient assuré que le Seigneur viendrait avec ses saints, y compris ceux qui s’étaient endormis. Nous apprenons ici comment cela peut se faire : d’abord, il descend pour eux, et ensuite il les amène avec Lui.

Mais des détails sont donnés. Il descendra Lui-même du ciel avec «un cri de commandement». Comme le mot employé est particulier, dans tout le Nouveau Testament, à ce seul passage, il ne peut qu’avoir une force spéciale. En dehors des Écritures, il est employé pour l’appel d’un général à ses soldats, d’un amiral à ses marins, ou parfois, d’une manière plus étendue, comme un cri pour exciter ou encourager. Il semble très indiqué pour donner une parole de commandement à ceux qui sont en relation directe avec celui qui l’émet. Il n’est pas fait la moindre allusion à un cri que le monde, les hommes en général, entendraient. Ici, il est pour les siens, pour qu’ils aillent à sa rencontre en l’air. «Avec une voix d’archange» introduit la gloire de la plus élevée des créatures célestes pour servir le Seigneur en cette occasion suprême. Si maintenant, les anges sont des esprits administrateurs qui servent en faveur des saints, comme ils l’ont fait en Sa faveur aussi, combien est à propos cette «voix d’archange», lorsqu’ils seront ainsi rassemblés autour de Lui ! «La trompette de Dieu» ne reste pas non plus silencieuse en un tel moment, lorsque tout ce qui est de l’homme mortel dans les siens sera absorbé par la vie à la venue de Christ.

Par conséquent «les morts en Christ ressusciteront premièrement». Il ne s’agit pas du premier homme mais du second ; et tous ceux qui appartiennent à cette famille et qui se sont endormis «ressusciteront premièrement». Combien peu était fondée l’affliction désespérée des Thessaloniciens. Leurs morts précèdent les saints vivants, étant les premiers à expérimenter la puissance de vie dans le Fils de Dieu. Mais en vérité, la différence de temps est à peine perceptible, car «puis nous, les vivants qui demeurons, nous serons ravis ensemble avec eux dans les nuées à la rencontre du Seigneur, en l’air». L’enlèvement de tous les saints transmués est simultané. L’affliction de ceux qui doutaient de la pleine félicité des leurs qui entre-temps s’étaient endormis était vraiment de l’ignorance et de l’incrédulité ; car si même ils ne pouvaient pas connaître par avance la révélation nouvelle du Seigneur, ils auraient dû, de par la connaissance que Dieu leur avait donnée de son amour et de sa rédemption, compter sur sa grâce envers les saints morts autant qu’envers les vivants. Ils auraient pu chercher la lumière nécessaire quant aux détails auprès de ceux qui étaient suscités et donnés par le Seigneur pour la communiquer. Nous pouvons néanmoins facilement concevoir comment la hâte a opéré à leur détriment, comme elle le fait pour nous aussi. Mais quelle miséricorde ineffable que la grâce ait répondu à cette erreur et l’ait corrigée alors, nous en préservant maintenant. Tel est d’habitude le cas dans les épîtres spécialement, mais aussi dans toute l’Écriture.

Il est important de relever que «la résurrection générale» est aussi étrangère à cette partie de la parole de Dieu qu’à toute autre. Il n’est parlé ici que des croyants morts et des croyants vivants. Non qu’il n’y ait pas une résurrection des injustes aussi bien que des justes. Mais il n’y a rien dans l’Écriture qui puisse laisser croire à une résurrection de tous les hommes ensemble. Il n’est rien qui opère une séparation aussi distincte que la résurrection. Jusque-là il peut y avoir, plus ou moins, un mélange du mal avec le bien, quoique ce soit un déshonneur pour le Seigneur et un préjudice pour les siens. Mais les apparences trompent, et une séparation absolue n’existe pas. Dieu se sert de cette mise à l’épreuve pour la bénédiction de ceux dont l’oeil est simple. Mais à sa venue, la séparation sera totale ; et à son apparition, elle sera manifestée. Aussi la résurrection des saints endormis est-elle appelée une résurrection d’entre les morts ou hors des morts ; ce qui ne pourrait être dit de la résurrection des méchants, car ils n’en laissent plus derrière eux pour être encore ressuscités. Ainsi les deux classes sont ressuscitées séparément, et l’idée traditionnelle d’une résurrection générale des morts est fausse. Daniel 12 parle d’une résurrection d’Israël ; Matthieu 25, du jugement des nations par le Seigneur ; aucun des deux passages ne se réfère littéralement à des morts.

Mais autant la vérité sanctifie, autant la conséquence morale de l’erreur est positivement mauvaise. Car le fait d’une résurrection générale se lie à un jugement général ; et ainsi le vague est introduit dans l’esprit du croyant, qui perd la vérité du salut comme une chose présente et la conscience de posséder la vie éternelle en Christ, en contraste avec la comparution en jugement. Comparer Hébreux 9:27, 28 et Jean 5:24. L’un des principaux efforts de l’ennemi est d’annuler cette différence solennelle : s’il le pouvait, il ébranlerait la jouissance qu’a le croyant de la grâce de Dieu en Christ ; il bercerait dans un calme fatal l’incrédule, indifférent tant à ses péchés qu’au Sauveur. La première résurrection des saints, séparée par au moins mille ans (Apoc. 20) de celle du reste des morts, les méchants qui ressuscitent pour le jugement et l’étang de feu, est la réfutation la plus forte possible de la confusion qui règne ; elle est un appel extrêmement sérieux à la conscience de l’incrédule, mais une consolation des plus encourageantes pour ceux qui, en attendant, sont contents de souffrir avec Christ.

Il est indéniable, en outre, que l’espérance du croyant n’est en aucune manière la mort, mais bien la venue de Christ, lorsque tout l’effort de la mort et toute trace de celle-ci seront effacés des saints endormis, comme aussi des chrétiens vivants, dans les corps desquels la mort opère comme en tout homme. Ce qui est mortel sera alors absorbé par la vie, car Celui qui est la résurrection et la vie viendra pour les prendre auprès de lui. Ainsi celui qui croit en lui, encore qu’il soit mort, vivra ; et celui qui vit et croit en lui ne mourra point à jamais. La mort n’est pas l’Époux, mais seulement une servante (car toutes choses sont à nous) pour nous introduire, absents du corps, dans la présence du Seigneur pour être avec Lui. Mais ici il ne s’agit pas seulement d’aller individuellement auprès de Lui après la mort, mais il s’agit de Sa venue à Lui, le Vainqueur de la mort, pour nous tous, que nous dormions ou que nous veillions, afin que nous soyons transformés à Sa glorieuse image même quant à notre corps.

Mais il y a un autre privilège, beaucoup plus précieux en lui-même, qui est signalé ici : «Ainsi nous serons toujours avec le Seigneur». Ce dernier point est la joie la plus profonde de l’état d’un saint recueilli pour être dès lors avec Christ. Tel a été le cas du brigand mourant mais croyant : Christ lui assura qu’il serait le jour même avec Lui dans le paradis. Seulement un tel état n’était qu’intermédiaire et imparfait, quelque béni qu’il fût. Ce n’était pas le corps glorifié ; ni tous les saints rassemblés. À sa venue tout sera complet et parfait pour la famille céleste ; «et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur». Qu’est-ce qui manque ou qu’y a-t-il à ajouter à de telles paroles de joie infinie et éternelle ? «Consolez-vous donc l’un l’autre par ces paroles». Le Saint Esprit ne dit rien de plus sur ce sujet. Ce qui est parfait sera alors réalisé.

 

5    Chapitre 5

Après avoir considéré l’aspect spécial de la venue du Seigneur consommant sa grâce envers ceux qui l’attendent en les enlevant à sa rencontre en l’air, l’apôtre aborde un fait plus général : le «Jour», où le Seigneur s’occupera du monde, selon le témoignage concordant de l’Ancien et du Nouveau Testament. Le rassemblement des saints vers Lui, qu’ils soient endormis ou vivants et changés à l’image de sa gloire, est une révélation nouvelle, introduite ici comme telle. Il n’en est pas de même de l’apparition ou du jour du Seigneur, qui avait formé le thème de nombreuses prophéties et, je crois pouvoir dire, de tous les prophètes depuis le commencement. Car c’est une date, et en fait une période, qui certes ne le cède à aucune en importance, qui concerne toutes les créatures dans le ciel et sur la terre et où se déploiera le changement immense que Dieu opérera alors, à la gloire de son Fils, selon sa Parole dès le commencement.

Versets 1-11. Il est à remarquer qu’il n’est pas question «des temps et des saisons» à propos de la venue du Seigneur pour rassembler les siens auprès de Lui dans le ciel. En effet cette venue, notre espérance, est absolument à part des périodes définies dont traite la prophétie. Ici, où il s’agit du «jour du Seigneur», les temps et les saisons sont expressément introduits ; car ce jour est le plus important des événements qu’ils embrassent. Il n’est pas exclu, d’après 2 Thess. 2:5, que l’apôtre eût déjà enseigné verbalement les Thessaloniciens à ce sujet, comme il l’avait fait certainement au sujet de faits antérieurs. Mais on peut supposer qu’il ne leur avait pas enseigné tout ce qui pouvait en être connu, et qu’il n’était pas entré oralement dans le détail de ce jour du Seigneur. Cela n’était en fait pas nécessaire, car l’Ancien Testament ne traite aucun sujet d’une manière plus complète et plus approfondie. C’était par conséquent déjà un sujet connu et familier parmi les saints. Pourtant l’exactitude de leur connaissance est ici simplement rattachée à la venue certaine, soudaine et redoutée du jour du Seigneur. Il n’y avait pas lieu de leur écrire maintenant à ce sujet, car ils savaient eux-mêmes parfaitement que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit. L’apôtre pouvait ne pas être entré dans les détails ; mais cette vérité importante et solennelle faisait partie de leur assurance et de leur connaissance consciente, intérieure (v. 1, 2). Ils savaient parfaitement, non pas comme quelques-uns, étrangement, le disent, que le moment de ce jour est incertain, mais que sa venue est certaine, et non moins terrible qu’inattendue.

En contraste avec cette certitude, le verset 3 souligne la sécurité fatale et trompeuse des hommes du monde qui les entouraient. «Quand ils diront : paix et sûreté, alors une subite destruction viendra sur eux, comme les douleurs sur celle qui est enceinte, et ils n’échapperont point» (v. 3). En 2 Pierre 3, c’est plutôt l’incrédulité moqueuse telle qu’on la trouve parmi les philosophes qui allèguent la stabilité foncière de toutes les choses visibles au milieu de changements et de développements superficiels. Ici c’est davantage la tranquillité intérieure et l’inconscience de tout danger extérieur par suite de la confiance en l’état social et politique de l’humanité, non toutefois sans des alarmes pénibles qui trahissent le trouble réel et les craintes sous-jacentes de ceux qui ne connaissent pas Dieu ni son Christ. Ainsi en était-il pour les hommes lorsque le déluge vint et emporta tous ceux qui avaient méprisé les avertissements de Dieu par Noé ; de même aux jours de Lot, après des avertissements plus faibles et encore plus brefs, un juste jugement s’abattit sur les villes souillées de la plaine ; ainsi en sera-t-il au jour où le Fils de l’homme sera révélé. Une destruction subite menace en fait ceux qui se confient en eux-mêmes et en leurs propres pensées, rejetant le témoignage de Dieu. C’est là le jugement des vivants ; et on remarquera qu’il n’est accompagné d’aucune trace d’un jugement des morts, ni non plus d’un embrasement de la terre, bien que tant l’un que l’autre doivent immanquablement suivre en leur temps propre. C’est la fin du siècle, mais non pas du monde matériellement. Ce jugement viendra comme un filet sur tous ceux qui habitent sur la face de toute la terre. Et ils n’y échapperont aucunement, pas plus que la femme enceinte lorsque son heure est venue et qu’elle est prise par les douleurs de l’enfantement. C’est de l’ignorance, un manque de spiritualité, pour ne pas dire une folie, que d’appliquer cela à la destruction de Jérusalem ou à la mort, comme certains l’ont fait et le font encore. C’est le jour du Seigneur qui va fondre sur le monde.

L’apôtre déclare toutefois immédiatement et avec soin combien la part des fidèles est différente. «Mais vous, frères, vous n’êtes pas dans les ténèbres, en sorte que le jour vous surprenne comme un voleur ; car vous êtes tous des fils de la lumière et des fils du jour ; nous ne sommes pas de la nuit ni des ténèbres» (v. 4, 5). Il ne craint pas que le fait de savoir comment la grâce les avait séparés du reste de l’humanité ne puisse nuire à ces jeunes croyants de Thessalonique ou à d’autres ; son but même, ici comme ailleurs, est d’imprimer cette distinction sur eux d’une manière indélébile. Il dit premièrement qu’ils n’étaient pas dans les ténèbres, en sorte que le jour les surprenne comme un voleur ; secondement, qu’ils étaient tous des fils de la lumière et des fils du jour. Non seulement ils n’étaient pas, comme le monde, dans les ténèbres et objets du jugement du Seigneur, mais ils étaient d’une manière positive participants de la nature et de la félicité divines. Telle est, en fait, la part spéciale des enfants de Dieu en général, ainsi que l’ajoute l’apôtre : «nous ne sommes pas de la nuit ni des ténèbres». Nous sommes de Dieu, qui est lumière et en qui il n’y a aucunes ténèbres.

Mais un privilège connu et goûté par le croyant est le pivot même et le stimulant de sa responsabilité ; aussi l’apôtre continue-t-il par l’exhortation : «Ainsi donc ne dormons pas comme les autres, mais veillons et soyons sobres» (v. 6). Si nous sommes enfants de Dieu, c’est une source profonde de joie en Christ et de reconnaissance envers notre Père ; mais combien l’appel à marcher en accord avec une telle relation est pressant et inséparable de cette relation ! Si donc ici nous sommes des fils de la lumière et du jour, le sommeil — l’indifférence à la volonté du Seigneur — ne nous sied pas, mais bien la vigilance et la sobriété ; elles conviennent à ceux qui tirent leur vie de Celui qui est la seule vraie lumière et qui introduira le jour, étant libérés aussi bien de l’agitation que d’un repos insouciant. Les justes resplendiront alors comme le soleil dans le royaume de leur Père.

Suit un tableau bref mais vivant du monde endormi et du chrétien vigilant. «Car ceux qui dorment, dorment la nuit, et ceux qui s’enivrent, s’enivrent la nuit ; mais nous qui sommes du jour, soyons sobres, revêtant la cuirasse de la foi et de l’amour, et, pour casque, l’espérance du salut» (v. 7, 8). Le sommeil convient pour la nuit, et les excès aussi : les hommes font naturellement dans les ténèbres ce qu’ils ne voudraient pas faire à la lumière. C’est leur pratique courante et indéniable qui est ainsi placée devant nous. À quoi le chrétien est-il exhorté ?... «Nous qui sommes du jour, soyons sobres, revêtant la cuirasse de la foi et de l’amour, et, pour casque, l’espérance du salut». Ainsi le croyant est appelé à la fois à être armé et à être vigilant et sobre. Mais les armes ici, du fait que l’exhortation ne s’adressait directement qu’à de jeunes chrétiens, ne sont pas offensives, mais seulement défensives : ce sont les trois caractéristiques de leur vie ici-bas, la foi, l’amour et l’espérance. Nous avons vu quel usage en était fait au chapitre 1 de cette épître ; elles réapparaissent ici dans le dernier chapitre. En fait, elles ne peuvent pas manquer si nous parlons des principes moteurs de Christ, que ce soit en vérité ou en pratique ; et ainsi elles sont plus ou moins présentes dans tous les écrits apostoliques.

Il faut comprendre le mot «salut» ici dans le sens final ou complet, lorsque le corps sera mis au bénéfice de cette puissance pleine de grâce qui a déjà opéré dans l’âme. Le croyant a déjà la vie éternelle et la rédemption dans le Fils de Dieu, et il reçoit ainsi la fin de sa foi, le salut de l’âme ; il attend encore le salut de son corps (Phil. 3:21) à la venue de Christ comme Sauveur, qui transformera le corps de notre abaissement en la conformité du corps de sa gloire, selon l’opération de ce pouvoir qu’il a de s’assujettir même toutes choses. «Car Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à l’acquisition du salut par notre Seigneur Jésus Christ, qui est mort pour nous, afin que, soit que nous veillions, soit que nous dormions, nous vivions ensemble avec lui». Ce sont des paroles claires, qui font remonter jusqu’à Dieu la grâce souveraine, laquelle distingue les saints du monde, du commencement à la fin. Dieu fait de Christ et de sa mort le point de départ de toute bénédiction pour ceux qui s’attendent à Lui, tandis que sa colère demeure sur ceux qui ne se soumettent pas à son Fils. Mais de même que les hommes de loi sont habiles pour trouver dans la loi, plus que quiconque, des difficultés, des contradictions et des lacunes, les théologiens agissent de même avec la parole écrite, au déshonneur de Dieu et au détriment de tous ceux qui leur font confiance. Comment se laisser aller à la pensée soutenue par quelques-uns que nous avons affaire ici à la vigilance ou au sommeil physiques ?... Mais ce n’est même pas là l’erreur la plus grave, car certains ont voulu faire enseigner par l’apôtre que les termes ont la même force morale au verset 10 que dans les versets 6 et 7 ! Ce qui entraîne nécessairement la conclusion que notre état spirituel importe peu : que nous soyons vigilants ou que nous dormions, nous jouirons, disent-ils, de la même part de félicité éternelle avec Christ. Cela n’a-t-il pas une résonance d’indifférence morale ?

... En réalité ce verset est la conclusion de la réponse que l’apôtre donne aux Thessaloniciens troublés au sujet de leurs morts. Et le Saint Esprit semble avoir utilisé exprès les mêmes mots dans ces versets, dans une portée morale aux versets 6 et 7, et métaphoriquement ici, avec la conviction que l’Esprit de Christ dans les saints ne pouvait pas confondre ses buts différents d’un cas à l’autre. Christ est mort pour nous, afin que, soit que nous soyons en vie, soit que nous soyons morts, nous vivions ensemble avec Lui. C’est vivre avec Lui là où il est et tel qu’il est, glorifié en haut. Et de même que l’apôtre exhortait les saints au chapitre 4:18 à se consoler ou à s’encourager l’un l’autre par ces paroles, il le répète ici au verset 11, avec l’exhortation supplémentaire de s’édifier l’un l’autre ; car la connaissance du jugement solennel qui est prêt à tomber sur le monde au jour du Seigneur devrait contribuer à consoler les croyants et les amener à se réjouir dans leur propre espérance à sa venue.

L’apôtre aborde ensuite un besoin rarement et peut-être jamais hors de saison parmi les fidèles, même là où le courant de la foi et de l’amour est encore frais et puissant : la juste estime due à ceux qui travaillent et qui sont à la tête parmi leurs frères.

Versets 12, 13. On pense communément que les personnes que Paul mentionnait comme travaillant, avertissant ou étant à la tête, étaient des évêques ou anciens. Mais c’est perdre l’enseignement spécial de l’exhortation et sa valeur ; c’est aussi méconnaître les instructions données par les apôtres dans les Écritures : comment des surveillants auraient-ils été établis dans l’assemblée à Thessalonique, au cours d’un séjour aussi bref que le fut la première visite de l’apôtre, parmi des convertis tous encore nécessairement novices dans les choses de Dieu, quelque brillants, fervents et prometteurs qu’ils fussent ? Pour le lecteur attentif d’Actes 13 et 14, il n’est pas besoin d’argument pour prouver que ce n’était qu’au cours d’une seconde visite, sauf si la première se prolongeait pour une longue durée, que les apôtres nommaient ou choisissaient pour les disciples des anciens dans chaque assemblée. La sagesse, sinon la nécessité d’une telle manière d’agir, sera évidente pour tout esprit sobre, capable de réfléchir, même si nous n’avions pas l’interdiction positive faite à Timothée de choisir des personnes nouvellement converties pour cette fonction (1 Tim. 3:6). Car certes, quoi que les papes puissent faire, il serait difficile de supposer que l’apôtre, lorsqu’il choisissait lui-même des surveillants (évêques), négligeât le principe qu’il place avec tant de gravité devant Timothée, son vrai fils dans la foi.

Sans doute, les anciens ou les surveillants (évêques) devaient être honorés, spécialement ceux qui travaillaient dans la parole et dans l’enseignement (1 Tim. 5:17). Mais la sérieuse leçon donnée dans les versets que nous considérons est que, avant même qu’une telle relation officielle ne soit instituée, ceux qui travaillaient parmi les saints, qui étaient à la tête parmi eux dans le Seigneur, et qui les avertissaient, étaient considérés par l’apôtre comme en droit non seulement de voir leur travail reconnu, mais d’être estimés très haut en amour à cause de leur oeuvre. Ils étaient très probablement des personnes qualifiées, comme celles qu’un apôtre ou un délégué apostolique comme Tite auraient désignées en tant qu’anciens. Mais en attendant, et indépendamment de cela, un principe de toute importance était établi, aussi utile pour les saints eux-mêmes que pour ceux qui n’avaient encore aucun titre extérieur : il suffisait d’un don spirituel exercé dans la foi et dans l’amour, avec le désir venant du coeur de glorifier le Seigneur dans l’état bon, heureux et saint de leurs frères.

Une situation telle que celle qui existait chez les Thessaloniciens n’est du reste, nullement exceptionnelle. Dans d’autres endroits nous pouvons voir quelque chose d’analogue. Ainsi, parmi les saints à Rome où, pour autant que l’Écriture l’enseigne, aucun apôtre n’avait encore séjourné, nous trouvons des dons qu’ils sont encouragés dans l’épître à exercer : enseignement, exhortation, être à la tête ou conduire, etc. Aucune désignation apostolique n’avait encore eu lieu ; et par conséquent, il n’est pas parlé de charges officielles, telles que des surveillants ou des serviteurs. Mais c’est une erreur d’en déduire qu’il n’y avait ou ne pouvait y avoir personne d’autre pour «être à la tête», car Rom. 12 exhorte explicitement de telles personnes à exercer leur don, même si elles n’avaient point été désignées officiellement.

De même, dans les épîtres à l’assemblée à Corinthe, nous ne trouvons pas trace d’anciens, mais plutôt la preuve qu’il n’en existait pas encore, là. Car s’il y en avait eu, n’aurait-il pas été étrange qu’il ne soit pas question d’eux dans l’absence d’une discipline selon Dieu comme nous le voyons en 1 Cor. 5 ; 6, et en présence d’un désordre tel que du déshonneur était jeté sur la Cène du Seigneur (1 Cor. 11), pour ne pas parler de la confusion dans l’assemblée (1 Cor. 14) et de la fausse doctrine qui naissait parmi eux (1 Cor. 15) ? S’il n’y avait pas d’anciens, on pouvait comprendre que ces maux soient placés directement devant l’assemblée, sans allusion à aucun individu nommé pour conduire. Leur absence s’explique aisément : l’assemblée à Corinthe était encore jeune, quoique pleine de vigueur. Il était habituel de désigner, lors d’une visite ultérieure, ceux des frères en qui le Seigneur donnait aux apôtres de discerner les qualités requises pour la charge de surveillant. Néanmoins, en attendant, ils n’étaient pas dépourvus d’hommes qui se vouaient eux-mêmes au service des saints, comme la maison de Stéphanas (1 Cor. 16:15, 16) ; et l’apôtre enjoint de se soumettre à chacun de ceux-ci et à quiconque coopère à l’oeuvre et travaille.

À Éphèse, il y avait, comme nous le savons par Actes 20, des anciens ou surveillants ; mais cela n’empêchait pas la libre action de ceux qui étaient des dons de la part du Seigneur, pasteurs ou autres (Éph. 4), qui n’avaient peut-être pas la charge locale d’anciens. La même remarque s’applique à l’assemblée à Philippes, où les surveillants et serviteurs sont expressément mentionnés ; mais, comme il pouvait y avoir — et sans doute il y avait eu — l’exercice de dons dans l’enseignement et la conduite, avant que de telles personnes soient nommées officiellement, leur présence n’entravait nullement la liberté de l’Esprit dans l’Assemblée. Comparer aussi Col. 2:19 avec 4:17 ; Héb. 13:7, 17, 24.1 Pierre 4:11 illustre et confirme le même principe : une règle d’or pour nous maintenant qui ne pouvons avoir de visites d’apôtres, ni la désignation de frères à des charges locales comme ils étaient en droit d’y procéder. Mais nous pouvons et devons reconnaître avec d’autant plus d’empressement tout ce que le Seigneur donne pour l’ordre et pour l’édification de l’assemblée, comme nous entendons d’ailleurs les apôtres exhorter les saints à le faire dans tant d’endroits où il n’y avait pas d’anciens et même là où il y en avait.

S’il n’y avait pas encore eu de nomination officielle de frères principaux à Thessalonique, on pourrait demander comment les saints étaient à même de savoir qui il convenait de reconnaître, d’honorer et d’aimer comme tels ? La réponse est que l’Esprit de Dieu le manifesterait, même en l’absence d’un apôtre ayant l’intelligence et l’autorité pour le faire, d’une manière tout à fait suffisante pour guider les saints dans toutes les questions d’ordre pratique. C’est pourquoi, dit ici l’apôtre, «nous vous prions, frères, de connaître ceux qui travaillent parmi vous», etc. Voilà la garantie de la Parole ; le Saint Esprit ferait le reste, à moins que la volonté propre, l’orgueil ou l’envie ne l’en empêche. Un tel service de dévouement dans le travail, d’humilité dans la conduite et de fidélité dans les avertissements, s’imposerait à la conscience et plus facilement encore au coeur, si les saints marchaient avec Dieu. Cependant il en est si peu ainsi parmi les chrétiens que même des commentateurs pieux éprouvent une très grande difficulté à saisir la signification du mot connaître, (eidenai) alors que la force du verbe est ici simplement son usage courant. Si les saints peuvent «connaître» un frère et l’aimer, ils peuvent aussi connaître ceux dont Dieu se sert pour leur bénédiction et leur direction, et si eux-mêmes sont droits devant Lui, ils les respecteront d’autant plus en les voyant ne pas passer légèrement sur le mal, quelque peine qu’ils en éprouvent sur le moment. «Si donc ton oeil est simple, ton corps tout entier sera plein de lumière». Vous ne pouvez pas aimer ces frères, comme vous y êtes exhortés ici, à moins de les connaître ; de même qu’il est impossible de manifester de l’amour fraternel, si nous ne pouvons pas dire qui sont nos frères.

Être en paix entre nous est d’une grande importance pour une telle connaissance, de même que cette connaissance conduit à la paix. C’est pourquoi l’apôtre dit : «Soyez en paix entre vous».

Mais rien ne vient justifier la pensée dépourvue d’amour et de sollicitude, que ceux qui travaillent ont à assumer toute la charge des saints, particulièrement ce qui exige du courage moral et de la patience. Cela est enjoint, non pas (comme Chrysostome le dit à ce sujet) à ceux qui sont à la tête, mais aussi aux frères en général. «Or nous vous exhortons, frères : avertissez les déréglés, consolez ceux qui sont découragés, venez en aide aux faibles, usez de patience envers tous» (v. 14). L’amour seul peut agir ainsi, considérant les saints comme ils sont aux yeux de Dieu, et étant affligé des ravages que Satan voudrait faire dans ce saint jardin du Seigneur pour la volonté et la gloire de qui l’amour est jaloux. Telles doivent être nos voies envers nos frères.

Ensuite, et presque jusqu’à la fin, nous avons une série d’exhortations courtes et pressantes, traitant avant tout de notre esprit ou de notre état personnel ; puis de notre marche au milieu de nos semblables.

Versets 15-22. La grâce est ce qui caractérise l’évangile ; et de même qu’elle est le ressort qui agit en Dieu lui-même, comme cela a été manifesté en Christ, de même il voudrait la voir dans ses enfants. Il ne s’agit pas de la justice humaine, d’être pour le juste contre l’injuste, mais d’un amour désintéressé, rendant le bien pour le mal et supportant le mal de la part d’autrui. Dieu voudrait ainsi que nous ne soyons pas surmontés par le mal, mais que nous surmontions le mal par le bien. Voilà le christianisme en pratique, à la fois au-dessus du paganisme et du judaïsme. Voilà ce qu’il est entre nous et à l’égard de tous ; et Pierre le dit aussi bien que Paul : «Si, en faisant le bien, vous souffrez, et que vous l’enduriez, cela est digne de louange devant Dieu».

Le chrétien ne devrait pas non plus donner une mauvaise impression de son Dieu et Père ou de la portion qu’il possède maintenant déjà dans Sa grâce, pas plus que de ses espérances. Avec quelle joie les disciples s’en retournèrent même après que leur Maître fut parti pour le ciel ! Et au temps voulu, le Saint Esprit est venu rendre cette joie indéfectible (Jean 4:14). Qu’y a-t-il eu dès lors pour en assécher la source ? «Réjouissez-vous toujours».

Mais nous sommes encore dans le corps et dans le monde, comme eux l’étaient. D’où les paroles : «Priez sans cesse» ; de même nous voyons les disciples s’en retourner du Mont des Oliviers avec une grande joie, et persévérer d’un commun accord dans la prière, avec Marie, la mère de Jésus — non pas encore l’abomination de la prière adressée à elle ou aux frères du Seigneur. Mais la prière, cette expression si appropriée de dépendance croissante de Dieu, devrait toujours être accompagnée d’actions de grâces. De même qu’en tout ce qui, autrement, pourrait nous rendre anxieux, nous avons à exposer nos requêtes à Dieu par des prières et des supplications (Phil. 4:6), nous avons ici l’exhortation : «En toutes choses rendez grâces». Et comme un esprit constant de reconnaissance est l’opposé même de la tendance naturelle à se plaindre de nombreuses peines et déceptions, l’apôtre renforce cette exhortation en y ajoutant pour motif : «Car telle est la volonté de Dieu dans le Christ Jésus à votre égard». Sinon cela aurait bientôt été considéré, vu le déclin du christianisme, comme de la légèreté et de la présomption. Combien justement l’apôtre dit dans sa seconde épître : «La foi n’est pas de tous».

Nous avons ensuite une exhortation sobre et complète se rapportant davantage à notre comportement extérieur. Ce n’est pas ici l’injonction personnelle d’Éph. 4 : «n’attristez pas le Saint Esprit», mais : «n’éteignez pas l’Esprit», suivi par «ne méprisez pas les prophéties», qui aide à en fixer le vrai sens. Toutes les deux supposent la libre action du Saint Esprit dans l’assemblée, où Il ne doit pas être entravé dans son opération générale, même s’Il se sert du plus petit membre de Christ, ni non plus méprisé dans la forme la plus élevée de Son action envers les âmes, la «prophétie». D’autre part, les saints ne doivent pas se laisser abuser par des prétentions élevées ou exclusives dont des hommes vraiment spirituels n’ont jamais besoin et qui leur feraient horreur. Ils avaient à éprouver toutes choses, retenir ce qui est bon, s’abstenir de toute forme de mal.

Cette exhortation brève mais complète est suivie d’une prière merveilleusement appropriée : «Or le Dieu de paix lui-même vous sanctifie entièrement ; et que votre esprit, et votre âme, et votre corps tout entiers, soient conservés sans reproche en la venue de notre Seigneur Jésus Christ. Celui qui vous appelle est fidèle, qui aussi le fera» (v. 23, 24). L’apôtre recommande ainsi ses bien-aimés enfants dans la foi au Dieu de paix lui-même, après avoir insisté avec tant de compréhension sur leur propre responsabilité ; et cela tant en général que dans le détail. Voilà pourquoi il distingue l’esprit, l’âme et le corps, l’homme tout entier, intérieur et extérieur, et même l’homme intérieur divisé en esprit et âme, afin qu’ils regardent à Dieu pour être sanctifiés entièrement et pour être tout entiers conservés sans reproche en la venue de Christ.

Il peut être utile d’ajouter que «l’âme» est le siège de la personnalité, «l’esprit» étant plutôt l’expression de la capacité. Ainsi l’âme, avec ses affections, est le «moi» responsable ; tandis que l’esprit est cette faculté supérieure qui rend l’homme capable de connaître Dieu, mais aussi de connaître l’indicible malheur s’il le rejette. Le Dieu de paix lui-même veut nous avoir et nous sanctifier entièrement. Nous devrions prier à cet égard, comme le fait l’apôtre pour les saints à Thessalonique afin qu’ils soient conservés tout entiers sans reproche, et en toutes choses, en la venue de notre Seigneur. Pour notre encouragement, il ajoute : «Celui qui vous appelle est fidèle», qui aussi accomplira son propos. La paix avec Dieu, la paix de Dieu, le Dieu de paix, tel est l’ordre dans lequel l’âme entre dans la bénédiction par notre Seigneur Jésus, et l’expérience qu’elle en fait ; comme aussi le Saint Esprit est la Personne qui effectue ce propos merveilleux de notre Père, que ce soit maintenant en partie, ou d’une manière absolue et parfaite à la venue de Christ, espérance qui n’est jamais séparée, dans l’Écriture, de quelque partie que ce soit de la vie chrétienne.

Mais il y a un autre trait de cette vie auquel l’apôtre invite les saints. «Frères, priez pour nous» (v. 25). Quelle grâce ! Nous comprenons facilement qu’un Abraham prie pour un Abimélec, et peut-être aussi qu’un Abraham plus coupable intercède pour un prince du monde coupable d’un péché dont il n’était pas pleinement conscient. Mais quelle chose bénie que les saints aient le privilège de prier pour le plus honoré des serviteurs du Seigneur, et que celui-ci recherche et apprécie leurs prières ! Puis vient une chaleureuse expression de salutation, pleine d’affection adressée aux frères, à tous les frères. «Saluez tous les frères par un saint baiser» (v. 26).

Mais une autre parole de grande importance est introduite avec une solennité particulière : «Je vous adjure par le Seigneur que la lettre soit lue à tous les saints (*) frères». Nous pouvons concevoir combien c’était à propos et nécessaire au moment où l’apôtre envoyait sa première épître. C’était une communication sous forme de lettre, si caractéristique du christianisme dans son intimité pleine d’affection et dans sa simplicité. Il y a, dans la nature du christianisme, des profondeurs de grâce et de vérité, quelle que soit la forme dans laquelle il peut être présenté, oralement ou par écrit. Mais du fait que c’était une lettre et la première de celles que l’apôtre a envoyées, il veut que les choses qu’il écrit soient reconnues comme les commandements du Seigneur, et lues à tous comme les concernant tous dans le Seigneur. Car bien qu’il ne mette pas en avant son titre d’apôtre, ne pouvant que se réjouir quand cela était inutile, il écrit dans la pleine conscience de sa position (1 Thess. 2:6) et il sous-entend ici toute son autorité. Mais avec tout cela, il se mettait en contact immédiat avec le moindre des membres du corps de Christ, vu qu’il souhaite finalement que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec eux (v. 28). Ce n’était pas qu’il suspectât l’intégrité de ceux qui étaient au-dessus d’eux dans le Seigneur, mais il voulait placer devant tous les saints la solennité d’une communication nouvellement inspirée. Et en fait, plus nous pensons à l’intérêt plein de grâce de Dieu qui nous ouvre ainsi le coeur de l’apôtre, conduit et rempli par la vérité appropriée à ses enfants, plus nous estimerons la valeur de telles paroles, paroles infaillibles de l’amour divin.

(*) Pour certains, «saints» est une adjonction. Quant à moi, je suis enclin à penser que ce terme est aussi approprié ici qu’en Héb. 3:1 et je comprends aisément que son absence, en général, de devant «frères» ait pu inciter les scribes des premiers jours et de plus tard à omettre le mot. C’était la première épître adressée à des saints d’entre les Gentils ; de même, l’épître aux Hébreux met une emphase spéciale sur le fait que ceux de cette nation qui confessaient Christ, étaient maintenant des «frères saints» et non simplement la semence d’Abraham selon la chair.