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Notes sur l’épître aux ÉPHÉSIENS

 

William Kelly

 

 

1° publication dans Bible Treasury, vol. 4 et 5, 1863 ; 1° traduction français : 1871.

La présente traduction a été entièrement refaite.

Les titres et sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest.

Les variantes que WK met dans la traduction de la Bible par rapport à la version de J. N. Darby ont été quelquefois conservées.

 

 

Table des matières (chapitres seulement) :

1     Chapitre 1

2     Chapitre 2

3     Chapitre 3

4     Chapitre 4

5     Chapitre 5

6     Chapitre 6

 

 

Table des matières (complète) :

1     Chapitre 1

1.1      Introduction

1.1.1       Comment Dieu se révèle dans Sa Parole

1.1.2       L’apôtre Paul et les Romains

1.1.3       Pas de préface

1.1.4       Dieu comme source de bénédiction : le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ

1.2      Ch. 1:1-3

1.2.1       Paul se présente comme apôtre

1.2.2       Paul s’adresse aux saints d’Éphèse

1.2.3       Une relation avec le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus Christ

1.2.4       Bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes

1.3      Ch. 1:4-5

1.3.1       Élus pour être saints et irréprochables en amour

1.3.2       Ch. 1:5 — Prédestinés pour nous adopter

1.4      Ch. 1:6 — À la louange de la gloire de Sa grâce … agréables dans le Bien-aimé

1.5      Ch. 1:7 — Les richesses de Sa grâce : Rachetés et pardonnés

1.6      Ch. 1:7 + 14 — Rédemption passée, rédemption future

1.7      Ch. 1:8-9 — En toute sagesse et intelligence … nous ayant fait connaître

1.8      Ch. 1:10 — Participer à la gloire comme associés avec Christ

1.8.1       La dispensation de la plénitude des temps

1.8.2       Ch. 1:12 — Nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ

1.8.3       Ch. 1:10 et Galates 4:4

1.8.4       Ch. 1:12, nous — Ch. 1:13, vous

1.9      Ch. 1:13-14 — Le Saint Esprit arrhes de l’héritage

1.9.1       Ne pas s’en tenir à la nouvelle naissance

1.9.2       Né d’eau et de l’Esprit, baptême — Jean 3

1.9.3       Le Saint Esprit source de communion et puissance de l’adoration — Jean 4

1.9.4       Le culte des enfants de Dieu — Jean 4:23-24

1.9.5       Le don du Saint Esprit — Différence entre né et scellé de l’Esprit — 1:13

1.9.6       Le don du Saint Esprit — Pas de nouvelle effusion de l’Esprit

1.9.7       La présence du Saint Esprit dans le croyant est un point essentiel

1.9.8       Ch. 1:14 — Les arrhes de l’héritage

1.10     Ch. 1:15-23 — La prière de l’apôtre

1.10.1      Les deux prières des ch. 1 et 3 — Prières et adoration à Dieu et au Père

1.10.2      Ch. 1:15 – Introduction de la prière de l’apôtre

1.10.2.1       La foi qui est en vous

1.10.2.2       L’amour que vous avez pour tous les saints : un amour sans préférences

1.10.2.3       Amour et jugement du mal

1.10.2.4       Détails sur la manifestation de l’amour pour tous les saints — Phil. 2:3

1.10.3      Ch. 1:16-17a — Prière au Père de gloire

1.10.4      Ch. 1:17b-19a — … dans Sa connaissance

1.10.5      Ch. 1:18b — L’espérance de Son appel et les richesses de la gloire de Son héritage

1.10.6      Ch. 1:18b — Son héritage dans les saints. Héritage et héritiers

1.10.7      Ch. 1:19-21 — L’excellente grandeur de Sa puissance

1.10.8      Ch. 1:19 — Sa puissance envers nous qui croyons

1.10.9      Ch. 1:17, 19, 20 — Une puissance connue en Christ

1.10.10        Ch. 1:22-23 — Chef sur toutes choses à l’assemblée

1.10.11        Ch. 1:23 — Son corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous

2     Chapitre 2

2.1      Introduction — L’état de l’homme, la nouvelle naissance, le baptême

2.1.1       Différence de genre entre ch. 1 et ch. 2

2.1.2       Rappel du ch. 1

2.1.3       La condition de mort morale

2.1.4       La nouvelle naissance

2.1.5       Le baptême et Jean 3 — « né d’eau »

2.1.6       Dans la chair

2.1.7       Le vieil homme — Ce qui est né de la chair

2.2      Ch. 2:1-10

2.2.1       Ch. 2:1-2a — Avoir affaire à Dieu au sujet de nos péchés ; la repentance

2.2.2       Ch. 2:2-3a — Les convoitises de notre chair ; enfants de colère par nature

2.2.3       Ch. 2:4-7 — Vivifiés avec Christ … la vie en abondance — Jean 10:10 ; 20:22, 23

2.2.4       Ch. 2:4 — Dieu intervient dans la situation désespérée de l’homme

2.2.5       Ch. 2:5a — La vie en Christ et avec Christ

2.2.6       Ch. 2:5b — Vivifiés ensemble, ressuscités ensemble, assis ensemble, sauvés par grâce

2.2.7       Sur le sens du mot salut en Éphésiens, Philippiens, Hébreux, Romains, Corinthiens

2.2.8       Ch. 2:6-7 — Encore le salut — Dieu montrant les immenses richesses de Sa grâce

2.2.9       Ch. 2:8 à 10 — Sauvés par la grâce et par la foi ; manifestation de la foi

2.3      Ch. 2:11-22

2.3.1       Rappel de ce qui précède et rapport avec 2:11-22

2.3.2       Ch. 2:11-12 — Succession de diverses dispensations — privilèges de l’Église par rapport à Israel

2.3.3       Ch. 2:13-14

2.3.3.1     Approchés par le sang de Christ

2.3.3.2     Christ notre paix

2.3.3.3     Comment Christ est notre justice

2.3.4       Ch. 2:15-16 — Ayant aboli dans sa chair l’inimitié, la loi des commandements — un seul homme nouveau

2.3.5       Ch. 2:17 — Christ source de l’évangile, et non pas la loi

2.3.6       Ch. 2:18 — Unis par l’Esprit — accès au Père par l’Esprit

2.3.7       Ch. 2:19-22 — La maison de Dieu

3     Chapitre 3

3.1      Généralités

3.1.1       Structure de l’épître en parenthèses

3.1.2       La part de l’Église était une grande nouveauté

3.1.3       Mystères

3.1.4       Le mystère de Christ et l’Église

3.1.5       Des idées courantes à l’encontre du mystère de Christ

3.2      Ch. 3:1-2

3.2.1       Ch. 3:1

3.2.2       Ch. 3:2

3.3      Ch. 3:3-5

3.3.1       Rom. 16:25-26

3.3.2       L’Église n’a commencé qu’à la Pentecôte

3.3.3       L’Église ne comprend pas les saints de l’Ancien Testament

3.3.4       Les promesses faites à Abraham et Israël ne sont pas l’espérance de l’Église

3.3.5       La croix de Christ à la base de l’Église — L’Église, une vérité mal comprise

3.4      Ch. 3:6-10

3.4.1       Dieu fait connaître Sa sagesse aux anges par le moyen de l’Église

3.4.2       Une leçon qui se poursuit malgré les faiblesses des croyants

3.4.3       Responsabilité d’être témoins

3.5      Ch. 3:11-13

3.5.1       Ch. 3:12 — Hardiesse et confiance

3.5.2       Ch. 3:13 — Ne pas perdre courage dans les afflictions

3.6      Ch. 3:14-15

3.6.1       Dans la même place que Christ, mais en toute révérence

3.6.2       Partager l’amour est plus précieux que la gloire

3.6.3       Aspects de l’amour du Père pour Son Fils et pour nous

3.6.4       Toute famille dans les cieux et sur la terre — Relations avec le Père de notre Seigneur Jésus Christ

3.7      Ch. 3:16-18

3.8      Ch. 3:19

3.8.1       Ch. 3:19a

3.8.2       Ch. 3:19b

3.9      Ch. 3:20-21

3.9.1       Ch. 3:20a

3.9.2       Ch. 3:20b

3.9.3       Ch. 3:21

4     Chapitre 4

4.1      Introduction au ch. 4

4.1.1       L’unité de l’Église et le caractère individuel des dons et du ministère

4.2      Ch. 4:1

4.2.1       L’appel des saints qui forment un seul corps en Christ : quelque chose d’unique

4.2.2       La croix efface la distinction entre Juifs et Gentils

4.2.3       La bénédiction réunissant Juifs et Gentils n’est l’accomplissement ni de la loi ni des prophètes

4.2.4       Le seul corps fruit de la grâce, alors que la croix aurait dû aboutir au jugement

4.2.5       Le prisonnier dans le Seigneur

4.3      Ch. 4:2

4.3.1       Ch. 4:2a — Humilité et douceur

4.3.2       Ch. 4:2b — Longanimité et support

4.4      Ch. 4:3-4 — La première unité

4.4.1       Ch. 4:3a — Garder l’unité de l’Esprit

4.4.2       Ch. 4:3b — dans le lien de la paix

4.4.3       Ch. 4:4 — un seul Esprit

4.5      Ch. 4:4-5 — Seconde unité au v. 5

4.6      Ch. 4:6 — Troisième unité

4.7      Ch. 4:7

4.7.1       Christ le Donateur

4.7.2       Différence de présentations des dons entre Corinthiens et Éphésiens

4.7.3       Ne pas en rester aux vues traditionnelles sur le ministère et les dons

4.7.4       Différences entre le ministère et la sacrificature

4.7.5       Le ministère et ses rapports avec le culte

4.8      Ch. 4:8 — Fondement et origine du ministère

4.8.1       Expiation et glorification de christ

4.8.2       Les dons émanent de Christ, Tête du corps

4.9      Ch. 4:8-9 — Satan vaincu

4.10     Ch. 4:9-10

4.11     Ch. 4:11a — apôtres et prophètes

4.12     Ch. 4:11b — évangélistes, pasteurs et docteurs

4.12.1      Il n’y a plus d’autorité pour nommer

4.12.2      Christ est le donateur des dons et ministères

4.12.3      Reconnaître les ministères où qu’ils soient, sans qu’ils aient d’autorité pour commander

4.12.4      L’apôtre avait une autorité en gouvernement

4.12.5      Rom. 16:26 — Écrits prophétiques

4.12.6      1 Cor. 14:29 — Prophètes et communications nouvelles

4.12.7      Le don et la capacité naturelle

4.12.8      Les dons sont des personnes

4.12.9      Des dons universels

4.12.10        Les dons ne sont pas un titre de valeur dans le monde

4.13     Ch. 4:11-13

4.13.1      Les dons subsistent jusqu’à la fin

4.13.2      Reconnaître les dons

4.13.3      Comment agir contre l’hérésie

4.13.4      Le vrai ordre, c’est l’obéissance à la Parole de Dieu, avec la liberté de l’Esprit

4.13.5      Ch. 4:12 — le but du ministère : le perfectionnement des saints

4.13.6      Ch. 4:13a — Le dessein de Dieu s’accomplit malgré tout

4.13.7      Ch. 4:13b-14 — La connaissance du Fils de Dieu ; l’état d’homme fait

4.14     Ch. 4:15

4.14.1      Être vrai dans l’amour : l’exemple de Christ

4.14.2      Dieu veut que nous soyons semblables à Christ maintenant

4.14.3      Les dons servent à bénir les âmes

4.14.4      Le vrai amour selon Dieu va de pair avec la sainteté — désirer les deux

4.14.5      La vraie base de rassemblement, celle que Dieu peut approuver

4.14.6      La ruine de la chrétienté ne change rien — obéir à la Parole

4.14.7      Comment avoir de la certitude dans la confusion régnante — discipline publique et jugement uni

4.14.8      Rassemblements restreints à deux ou trois

4.14.9      Enchaînement des pensées de 4:12 à 4:15 — Christ seul rempart contre le mal

4.14.10        Pas de ministère unique

4.15     Ch. 4:15b-16

4.16     Ch. 4:17-22

4.16.1      Ch. 4:17 — ne pas marcher comme le reste des nations

4.16.2      Agir en grâce sans abandonner ses propres principes

4.16.3      La marche des nations et les vaines pensées viennent de l’état du cœur

4.16.4      Ch. 4:19 — Les Gentils

4.16.5      Ch. 4:20-21 — Apprendre et entendre Christ, selon la vérité en Jésus

4.16.5.1       Vous n’avez pas ainsi appris le Christ

4.16.5.2       Selon que la vérité est en Jésus — Différence entre Christ et Jésus

4.16.5.3       Différence entre « Jésus est la vérité » et « le Saint Esprit est la vérité »

4.16.5.4       Jésus, et la vérité au sujet de l’homme

4.16.5.5       On ne trouve pas la vérité au sujet de Dieu dans la création

4.16.5.6       On ne trouve pas la vérité au sujet de Dieu dans la loi

4.16.5.7       Dieu n’est vraiment connu qu’en Jésus

4.16.5.8       Tout est à voir par rapport à Jésus

4.16.6      Ch. 4:22

4.17     Ch. 4:23-29

4.17.1      Ch. 4:23-24

4.17.2      Ch. 4:25

4.17.3      Ch. 4:26-27 — La colère

4.17.4      Ch. 4:28 — Le vol : les motifs supérieurs du chrétien qui travaille pour pouvoir donner

4.17.4.1       Ch. 4:28a : Une exhortation appropriée

4.17.4.2       Une exhortation qui n’est pas une application de la loi

4.17.4.3       Ch. 4:28b : Un but positif : donner

4.17.5      Ch. 4:29

4.18     Ch. 4:30

4.19     Ch. 4:31

4.20     Ch. 4:32

4.20.1      Une activité pour le bien

4.20.2      Problème de traduction du v. 32 — KJV — Ce qu’est la réconciliation

5     Chapitre 5

5.1      Ch. 5:1-2

5.1.1       Ch. 5:1

5.1.2       Ch. 5:2a

5.1.3       Ch. 5:2b

5.2      Ch. 5:3-7

5.2.1       Ch. 5:3

5.2.2       Ch. 5:4

5.2.3       Ch. 5:5

5.2.4       Ch. 5:6-7

5.3      Ch. 5:8

5.4      Ch. 5:9-10

5.5      Ch. 5:11-13

5.6      Ch. 5:14-17

5.7      Ch. 5:18-21

5.8      Ch. 5:22

5.9      Ch. 5:23

5.10     Ch. 5:24

5.11     Ch. 5:25

5.12     Ch. 5:26

5.12.1      Sanctification et purification

5.13     Ch. 5:27

5.14     Ch. 5:28-30

5.15     Ch. 5:31-33

6     Chapitre 6

6.1      Ch. 6:1-9 — Relations diverses

6.1.1       Ch. 6:1a

6.1.2       Ch. 6:1b-3

6.1.3       Ch. 6:4

6.1.4       Ch. 6:5-8

6.1.5       Ch. 6:9

6.2      Ch. 6:10

6.3      Ch. 6:11-12

6.4      Ch. 6:13-17

6.4.1       Ch. 6:13

6.4.2       Ch. 6:14-15

6.4.3       Ch. 6:16

6.4.4       Ch. 6:17

6.5      Ch. 6:18-24

6.5.1       Ch. 6:18a

6.5.2       Ch. 6:18b-20

6.5.3       Ch. 6:21-24

 

 

 

1         Chapitre 1

1.1   Introduction

1.1.1        Comment Dieu se révèle dans Sa Parole

Il doit être évident, même pour un lecteur tout à fait occasionnel de cette épître, que nous nous trouvons sur un terrain très élevé et saint. Que personne ne voie là des propos pouvant porter atteinte à d’autres portions des Écritures inspirées : qui pourrait nier que Dieu, en révélant Ses pensées, ait trouvé bon d’employer divers instruments à différents degrés ? Il aurait pu, s’Il avait voulu, faire tout écrire par une seule personne. Il aurait pu se révéler Lui-même au niveau maximum de sa propre gloire par chacun des instruments utilisés, et ne donner aucune autre révélation. Mais nous pouvons être certains que les voies de Dieu sont aussi admirables dans les formes où Il s’est révélé, que dans tout ce qu’Il a fait d’autre à Sa propre louange. Ces manières diverses de déployer Sa nature et Son caractère, Ses conseils et Ses voies, manifestent Sa gloire sous un jour infiniment plus béni que si l’éclat de la lumière avait été uniforme. La sagesse qui contribue le plus à Sa majesté et à Sa louange par la manière dont elle opère, est précisément la même que celle qui répond aux besoins de Ses enfants, et est efficace pour leur bénédiction. Est-il besoin de dire qu’une révélation qui vient de Dieu, est pour Son peuple ? Sans doute, elle Le glorifie ; mais quand Dieu parle, Il a un objet en vue, et Il pourvoit en grâce en faveur de ceux auxquels Il s’adresse. Ainsi donc, si d’un côté les révélations de Dieu découlent de Dieu et sont dignes de Lui, elles présupposent nécessairement la condition de l’homme, et y sont adaptées. Or tout ceci, loin d’amoindrir aucunement la gloire divine manifestée dans les diverses parties de la Parole de Dieu, la rehausse au contraire infiniment, et montre qu’elle est de Lui, surtout par la manière merveilleuse dont elle convient aux pauvres pécheurs, tirés de leur bas état pour être adoptés dans Sa famille par la foi en Jésus Christ, dans la richesse de Sa miséricorde.

 

1.1.2        L’apôtre Paul et les Romains

Or de toutes les épîtres de l’apôtre Paul, je n’en vois point de si élevée que celle aux Éphésiens. On ne saurait douter que la condition des saints de cette localité fût en harmonie avec la manière et la mesure des communications qui leur ont été faites par l’Esprit. La même chose se retrouve ailleurs. Lorsqu’il s’adresse aux saints à Rome, l’apôtre ne les qualifie pas d’église, car ils étaient encore dans un état infantile. Il y avait là des saints de Dieu, ils étaient bénis, mais l’assemblée ne fut pas fondée par un apôtre. Des années s’écoulèrent avant qu’aucun apôtre n’aille à Rome. Dieu voyait bien que cette cité de Rome allait s’arroger des prétentions exorbitantes à caractère spirituel. Il prit donc soin que des localités bien moindres, comme Corinthe et d’autres, aient un apôtre pour y fonder l’église et pour y travailler assez longtemps, tandis que le grand centre de la gloire du monde n’aurait pas la visite d’un apôtre avant que beaucoup de croyants ne s’y trouvent rassemblés, s’étant rendu là pour toutes sortes de raisons. Au vu des circonstances des saints de Rome, on peut comprendre combien il était approprié de leur adresser une épître ayant le caractère d’un exposé complet de la doctrine chrétienne en partant des éléments de base de la vérité. C’est pourquoi, après l’introduction, la première chose qu’on y trouve démontrée, c’est la ruine totale de l’homme, de l’homme envisagé sous tous les points de vue, — de l’homme examiné et pesé à la balance de Dieu, en commençant depuis le déluge. Après avoir possédé une connaissance extérieure de Dieu, les hommes « ayant connu Dieu, ne le glorifièrent point comme tel » (Rom. 1:21). De fait, on voit l’origine de l’idolâtrie, et aussi la période entre le déluge et l’arrivée de l’idolâtrie. Les versets de Rom. 1 auxquels j’ai fait allusion, portent sur la période où la race avait la connaissance de Dieu, en toute simplicité. Mais l’homme s’en éloigna, se corrompit; et nous trouvons le tableau terrible de la dépravation humaine, tracé dans le premier chapitre. Nous avons ensuite l’homme philosophe, puis l’homme sous la loi — l’homme sous tous les points de vue — avant que le sujet de la rédemption soit traité, et avant d’avoir quoi que ce soit sur la manière d’être justifié. Voici la raison : l’apôtre n’ayant jamais été à Rome, les saints de cette localité étaient relativement ignorants, et avaient besoin d’être instruits sur la nature de la chute et ses conséquences fatales. Il leur fallait apprendre ce qu’était l’histoire de l’homme, comme Dieu la voit, et selon les pensées de Dieu. L’homme est donc présenté comme ruiné sur tous les plans, sans qu’il n’y ait aucun secours pour lui, ni de la part de la créature, ni de la part de la loi, ni d’aucune part. Il en est résulté qu’« ils se sont tous détournés … il n’y a point de juste, non pas même un seul » (Rom. 3:12, 10). En un mot, toute bouche est fermée, et le monde entier est devenu coupable devant Dieu. Ce n’est qu’alors, et pas avant, qu’on a la ressource de Dieu préparée pour l’homme, en miséricorde et en justice, dans les ch. 3 et 4 ; à partir du ch. 5, des conséquences sont présentées, des difficultés sont résolues, et tout s’achève par la conclusion triomphante du ch. 8.

Quel sommaire important de doctrine chrétienne ! Il commence par la condition actuelle de l’homme, des Juifs comme des Gentils, et conduit jusqu’à la position assurée que Dieu a donnée en Christ, mort et ressuscité, à celui qui croit. Mais dans tout cela, quelle qu’en soit l’importance, vous n’avez que ce qui est individuel. Qu’il s’agisse de l’homme perdu ou sauvé, de toute manière il n’y a rien touchant l’Église. Il y a ce qui concerne les membres de l’Église, mais rien ne figure sur l’assemblée de Dieu, envisagée comme telle. La ruine de l’homme et la rédemption en sont le thème, ainsi que les effets de la rédemption, et l’ordre des dispensations, et les devoirs pratiques qui découlent de tout cela. Quand on passe aux Éphésiens, quelle différence ! Par rapport aux Romains, on peut dire que l’homme disparaît, et Dieu est envisagé comme agissant de Lui-même.

 

1.1.3        Pas de préface

C’est pourquoi il n’y a point de préface, ni de preuve de l’état de l’homme. Cela n’était pas nécessaire, et ce n’est pas le point de départ de l’enseignement de cette épître, contrairement aux Romains, où rien n’est plus simple. Mais dans les Éphésiens, au lieu de montrer que nous avons été retirés de l’abîme de corruption où l’homme reste enseveli, la première chose dont parle l’apôtre, c’est Dieu dans le ciel. C’est Dieu déversant la bénédiction sur l’homme, et non l’homme amené à Dieu. C’est Dieu montré dans les voies de Sa grâce et dans les pensées de Son cœur, avant même que le monde existe, en dehors de toute question de Juifs ou de Gentils. C’est Dieu, formant un plan de gloire et de bénédiction à Sa propre louange ; Dieu, trouvant Ses délices à manifester Sa bonté, dans le but de bénir, et de bénir de la bénédiction du caractère le plus élevé et le plus complet. C’est pourquoi on n’a pas simplement Dieu en tant que Dieu agissant à l’égard de l’homme, mais comme ayant Christ en vue, en conséquence de quoi la bénédiction est sans limite. Il voulait avoir quelque canal de grâce envers nous pour la pleine satisfaction de Son propre cœur. Or aucun objet ne pouvait produire et maintenir les délices de Dieu, aucun ne pouvait être en soi un objet propre à être contemplé avec satisfaction, — aucun sauf un : Christ. Quant aux anges, Il les charge de folie (Job 4:18), et pourtant ils sont saints. Et que peut-Il voir en dessous des anges, sinon un monde perdu dans le péché ? Ainsi il n’y a qu’un seul capable de satisfaire le cœur et les affections de Dieu — c’est Christ Lui-même.

 

1.1.4        Dieu comme source de bénédiction : le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ

Ayant donc cette grande vérité devant nous — Dieu bénissant, et Christ l’objet que Dieu a devant Lui, et par lequel Il va bénir, selon tout ce qui est dans Son cœur, — nous trouvons qu’en tant que source de bénédiction, Dieu est nommé de deux manières : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a bénis de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ». Ces deux titres sont réellement la clef de l’Épître. Qu’on me permette d’insister fortement sur l’importance de peser les mots de l’Écriture. Quand nous avons affaire aux hommes, ne rendons pas quelqu’un coupable pour un mot (És. 29:21). Mais pour Sa Parole, Dieu n’a pas besoin d’excuses. Si nous pouvons accepter que l’un ou l’autre fasse des erreurs, cela ne peut pas arriver avec l’Écriture. Quand nous nous approchons pour écouter Dieu, la seule attitude convenable est de s’incliner en adorant. C’est pourquoi, dans cette épître qui est une expression si pleine de Son amour, l’apôtre commence ainsi : « Béni soit le Dieu et le Père » etc. Il ne pouvait écrire aux Éphésiens sans éclater en louanges et en adoration envers Dieu. Ailleurs aussi, on le voit bénir Dieu, mais quand il le fait, comme en 2 Cor. 2:14, il y a des circonstances spéciales qui en sont la cause ; or ce n’est pas le cas ici. À Corinthe, il y avait une intervention bénie de la grâce de Dieu, brisant les cœurs orgueilleux des disciples rebelles, et les rendant honteux d’eux-mêmes. Mais dans l’épître aux Éphésiens, cette bénédiction adressée à Dieu est en dehors des circonstances passagères, sinon que l’apôtre les voyait dans une condition d’âme leur permettant de marcher avec Dieu et d’entrer dans Ses pensées et Ses conseils. « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ » : ce n’était pas à cause d’une grâce ou d’une consolation particulières, mais cela découle de ce que Dieu est toujours pour nous. Or c’est justement la raison pour laquelle bien des chrétiens ne peuvent entrer dans Ses pensées et Ses conseils. Certains sont particulièrement sensibles et touchés par des marques tangibles et quotidiennes des interventions divines, et de temps à autre par des interventions extraordinaires de Sa providence. Peut-être sont-ils dans une grande épreuve, et Dieu en tire aussi pour eux une nouvelle bénédiction. Mais ici les Éphésiens étaient si simples, et marchaient si volontiers avec Dieu, que l’apôtre, au lieu d’être retenu par leur état, ne pouvait que louer et rendre grâces. Combien cela est béni quand une communion si heureuse nous est donnée dans nos rapports l’un avec l’autre !

 

1.2   Ch. 1:1-3

1.2.1        Paul se présente comme apôtre

Avant d’entrer dans ce que je vais tâcher de développer, Paul se présente comme apôtre. Il ne dit pas ici « serviteur » ou « esclave », comme il le fait en écrivant aux Romains : « Paul, esclave de Jésus-Christ» ; il l’était vraiment. Pourquoi Paul leur écrivait-il ? Parce qu’il était Son esclave. N’appartenaient-ils pas à Jésus ? L’idée d’« indépendance » n’était pas approuvée à l’époque, et il n’y avait rien qui ressemblât à cette pratique d’avoir de petites régions ou assemblées réservées à un tel ou un tel. Mais l’Église, où qu’elle soit, était l’objet des affections des serviteurs du Seigneur. Le vrai serviteur, c’est celui qui est capable de réaliser qu’il est l’esclave de Jésus Christ ; et il servira d’autant mieux les âmes, qu’il réalisera davantage ce que c’est que servir le Seigneur. « Paul, esclave de Jésus-Christ, apôtre appelé » (Rom. 1:1). Il était apôtre par l’appel de Dieu. À l’époque il n’existait pas de congrégation faisant appel à un candidat. Paul était un apôtre appelé de Dieu, et eux étaient des saints appelés de Dieu, et ils le savaient. Il était très doux pour eux de penser qu’ils avaient été ainsi appelés. Selon leur mesure, ils marchaient dans le sentier de Christ, et l’apôtre était Son serviteur, et il était aussi apôtre. Son but était de mettre en relief son apostolat. Les Corinthiens étaient en danger de se mettre à douter à son égard, et à penser qu’il leur fallait regarder à Jérusalem. Il reconnaissait entièrement la simple position de frère ; mais si des gens comme les Corinthiens levaient trop haut la tête, il se disait simplement « apôtre » sans ajouter « esclave» (1 Cor. 1:1). Si on se mettait à contester ce point, il prouvait la réalité de son appel. Dans l’adresse de l’épître aux Galates, j’ai montré ailleurs la force particulière de la manière dont il se présente : « Paul, apôtre, non de la part des hommes, ni par l’homme » etc. (Gal. 1:1). La controverse commençait là d’emblée, mais avec un calme divin et une force divine. Il y avait de faux principes dans la Galatie ; c’est pourquoi il utilise un langage énergique et pressant lorsqu’il écrivait aux saints. Ils adoptaient des notions juives de succession terrestre. Alors l’apôtre se place sur le terrain le plus élevé, et montre que, même s’il reconnaissait pleinement les douze à leur place, il ne voulait pas céder par soumission, non pas même un moment, pour ce qui touchait à la vérité de l’Évangile (Gal. 2:5), en sorte que l’épître entière porte l’empreinte de cette ré-affirmation catégorique de l’appel de la grâce et de son caractère céleste, fondés sur la mort et la résurrection de Christ.

 

1.2.2        Paul s’adresse aux saints d’Éphèse

Dans l’épître aux Éphésiens, l’apôtre n’a en vue aucune controverse, ni même de poser les fondements de la vérité chrétienne, comme dans le cas des saints de Rome. Mais il met en avant sa fonction apostolique : « Paul, apôtre de Jésus Christ». Il montre pleinement quelle en était la source, la même « volonté de Dieu », de laquelle découlait leur propre bénédiction. Il va faire le suivi du fil de la bénédiction, d’abord individuelle, puis comme corps. C’est une erreur de supposer que la dernière est plus profonde que la première. Au contraire, nos bénédictions les plus élevées se rattachent à ce que nous avons comme individus. Tout en reconnaissant pleinement le caractère béni de ce qui se rapporte au corps, ce que nous avons individuellement est plus élevé encore ; et c’est la manière de l’Esprit de Dieu de commencer par là, avant d’entrer dans ce qui est commun à tous. C’est pour cela, je pense, qu’il s’adresse ici « aux saints qui sont à Éphèse et aux fidèles dans le Christ Jésus» en tant que tels. Ils étaient l’Église à Éphèse, non seulement sur un plan formel comme rassemblement, mais aussi dans l’intelligence de la chose. Ils avaient eu l’apôtre Paul à Éphèse ; il avait été l’instrument de Dieu dans l’œuvre. Douze hommes avaient cru là, avant que Paul y aille (Actes 19:7), mais jusqu’à sa visite, aucun d’eux n’avaient jamais reçu le Saint Esprit à la manière de la Pentecôte. C’est la présence personnelle du Saint Esprit, fondée sur notre foi en Christ mort et ressuscité, qui nous introduit dans ce caractère d’Église. Mais le Saint Esprit, outre qu’Il nous fait membres du corps de Christ, qui est l’Église, nous donne aussi la conscience de notre relation comme fils avec Son Dieu et Père. C’est lorsqu’il traite de questions d’ordre et de discipline que l’apôtre s’adresse « à l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe » comme telle. Ici il va envisager l’Église à un point de vue bien plus élevé ; néanmoins il commence par ce qui est individuel : « aux saints qui sont à Éphèse et fidèles dans le Christ Jésus. Grâce et paix vous soient de la part de Dieu notre Père, et du Seigneur Jésus Christ ! » Puis il introduit le double titre de Dieu auquel j’ai déjà fait allusion — le même annoncé par notre Seigneur après Sa résurrection d’entre les morts, quand Il envoya par Marie de Magdala le premier message à ses disciples : « Va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » — non pas vers « le Dieu Tout-Puissant », ni vers « l’Éternel».

 

1.2.3        Une relation avec le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus Christ

Notre Seigneur se trouvait dans une double relation avec Dieu : Il était Fils de Dieu, non seulement comme personne divine, mais comme homme dans le monde (Luc 1), outre Sa gloire personnelle si élevée qui brille partout dans l’évangile de Jean, et ailleurs. « La sainte chose qui naîtra de toi sera appelée Fils de Dieu» (Luc 1:31). Ce dernier titre se réfère à Christ, envisagé dans Son humanité dans ce monde ; c’est pourquoi il n’en est fait état que dans l’évangile de Luc, qui est par-dessus tout la biographie humaine de Christ, si on ose s’exprimer ainsi. On n’aurait pas su, si Dieu ne nous l’avait dit, que Christ garda cette même relation comme homme dans Sa résurrection. Il nous enseigne que la mort et la résurrection Lui donnèrent le droit, selon la justice de Dieu, de nous placer dans Sa position. Ainsi donc Il put dire pour la première fois, dans la plénitude du sens de ces paroles : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu» (Jean 20:17). Il n’est plus simplement « mon Père » et « mon Dieu », mais Il est maintenant « votre Père » et « votre Dieu ».

La mort de Christ a complètement effacé tout ce qui était contre les enfants de Dieu : la résurrection de Christ, faisant suite à l’œuvre de la rédemption, Le mit à même de leur donner Sa place devant Dieu en résurrection et dans la relation de fils. Quelle merveilleuse position ! Quand nous pensons que maintenant, alors même que nous sommes encore dans ce monde, notre Seigneur veut que nous sachions que nous sommes fils, en Lui et par Lui, devant notre Dieu, et que nous sommes dotés d’une vie de résurrection — « vivants à Dieu dans le Christ Jésus » (Rom. 6:11) ; que nous nous tenons devant Dieu sans accusation ni condamnation ; et qu’il en est ainsi parce qu’en grâce, sur la croix, Il s’est placé sous « le même jugement » (Luc 23:40) que les coupables ! Il était « la sainte chose » — nous étions profanes, entièrement perdus. Mais sur la croix Il a été fait péché pour nous, et Il est entré sous « le même jugement » — le prenant contre Lui-même sur la croix, en sorte que, maintenant, il n’y en a plus pour moi. Je suis introduit dans la même position qu’Il a prise comme homme ressuscité devant Dieu. Bien sûr, je ne parle pas maintenant de Sa gloire divine. L’idée que la créature, aussi bénie soit-elle, pourrait être dans une position autre que celle d’élever ses yeux vers Dieu et de L’adorer, ne saurait entrer dans un esprit renouvelé. Le Seigneur Jésus était Fils, dans sa nature divine, de toute éternité ; mais comme homme aussi, Il était Fils ; et aussi comme ressuscité d’entre les morts. Par Sa mort et Sa résurrection, Il nous a amené devant Dieu, et devant Son Père, dans la même position que Lui-même, — au point d’être fils, absolument sans péché dans notre nouvelle nature, et délivrés de toute condamnation devant Dieu, parce que la vieille nature est déjà jugée. La nouvelle nature n’a pas besoin que quelqu’un meure pour elle, contrairement à la vieille nature en avait besoin ; tout est accompli. En Christ crucifié, Dieu a condamné le péché dans la chair (Rom. 8:3), et, pour la foi, tout le mal a disparu. La bénédiction de Christ est maintenant devenue la nôtre, et nous pouvons regarder en haut et dire : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ» (1:3). On porte une grande atteinte à la puissance pratique du christianisme quand on diffère la bénédiction que le Saint Esprit nous attribue maintenant, pour la renvoyer au moment où nous quitterons ce monde pour aller au ciel.

 

1.2.4        Bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes

Supposez qu’il vous faille dire à la grande masse des enfants de Dieu sur la terre : vous êtes « bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ », ils le regarderaient comme de l’exaltation ou du mysticisme à l’état pur. Ils ne sont pas prêts à recevoir de telles vérités, et en général, ils ne cherchent même pas le sens de ce verset, ou bien le réduisent à un sentiment d’ordre simplement émotionnel. Ils n’ont aucune idée qu’il s’agit d’un fait actuel, vrai pour tous les chrétiens. Quoique nous ne soyons pas encore manifestés dans cet état de bénédiction, il ne s’agit pas d’une question de sentiment. Puissions-nous le croire ! Les sentiments peuvent me tromper, mais la foi ne le peut jamais. Si je vois une chose, c’est simplement mon œil qui la voit. Si je crois une vérité sur la Parole de Dieu, je la considère, pour ainsi dire et dans une mesure, avec les yeux de Dieu. Le monde a l’idée que la foi implique de ne faire confiance qu’à des choses incertaines. Or dans le domaine des choses de Dieu, « je crois » n’a pas ce sens. Ma propre vision n’a qu’une faible portée de vue, mais que dire de l’œil de Dieu ? Le croyant se tient sur le terrain le plus élevé ; il se repose sur la certitude de ce que Dieu dit. Aussi, c’est le bonheur qui en résulte ; car quand vous croyez, vous commencez bientôt à ressentir. Si vous croyez que Dieu a effacé vos péchés, vous ne tardez pas à en jouir, si même ce n’est pas sur-le-champ. Si je regarde à moi-même, je verrai toujours quelque chose qui ne va pas. Comment cela se fait-il ? Mes péchés sont tous ôtés, et pourtant, si je regarde à l’intérieur, je vois tellement de sujets de douleur, de dégoût, d’humiliation. Ôter le péché n’est pas quelque chose qui se passe dans mon cœur, mais une œuvre puissante qui a été opérée par Dieu à la croix de Son Fils bien-aimé, une œuvre sur laquelle Il m’appelle à me reposer, parce que Lui-même y trouve Son repos. Vais-je en chercher un signe ou une preuve en moi-même ? Si je le fais, je n’en aurai jamais l’assurance, — une assurance établie sur le vrai fondement. Si je pense que mes péchés doivent être pardonnés, parce que j’ai changé de caractère, humainement parlant, puis-je avoir une paix réelle, ne serait-ce que pour une heure ? Le résultat inévitable est que, plus on se juge soi-même, moins on est heureux. Voici ce que Dieu met devant Ses enfants : ils devraient être entièrement heureux, dans la certitude que leurs péchés sont ôtés, par le sang de Christ qui a été versé, et pourtant ils ne doivent rien épargner de ce qu’ils trouvent au-dedans d’eux-mêmes, se jugeant eux-mêmes chaque jour, parce que Christ a été jugé pour eux, et Dieu a effacé leurs péchés, et ils ne peuvent supporter de traiter légèrement ce qui a coûté le sang de Son Fils.

Ici pourtant, la première grande pensée, c’est que « le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ… nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ». Ce n’est pas la rédemption, quoique cela soit bien sûr basé sur elle. Je suis ici sur la terre, et pourtant je sais que je suis béni là où est Christ, à la droite de Dieu. Non seulement c’est là que j’ai des bénédictions, mais je suis béni de « toutes bénédictions spirituelles ». La bénédiction la plus élevée que Dieu puisse conférer, est celle qu’Il donne dans les lieux célestes en Christ à tous ceux qui sont Ses enfants. Ces quelques mots nous font contempler la hauteur du merveilleux conseil de Dieu à notre égard et de Son merveilleux amour envers nous. Il nous a ainsi bénis selon la plénitude de la valeur de Christ à ses yeux.

L’expression « les lieux célestes » est en contraste avec la portion des Juifs, dont les bénédictions étaient dans les lieux terrestres. Considérons Ézéchiel 36, qui fait ressortir le caractère particulier de nos bénédictions par opposition aux leurs. « Et Je répandrai sur vous de l’eau pure, et vous serez purs … Et vous habiterez dans le pays que J’ai donné à vos pères, et vous serez Mon peuple, et je serai votre Dieu » (Éz . 36:25, 28). Ainsi donc, leurs bénédictions sont mêlées avec des grâces spirituelles, mais elles seront dans le pays de leurs pères, que Dieu assurera à la génération à venir. Ce sont surtout des érudits, dépourvus de spiritualité, qui font de la confusion sur ces sujets. Si les lecteurs étaient seulement simples à l’égard de l’Écriture, ils ne tomberaient pas dans de telles erreurs. Le prophète dit : « Vous habiterez dans le pays que J’ai donné à vos pères ». Rien n’est plus clair. Il va bénir Israël sur la terre — et aussi dans leur âme sans doute ; mais la sphère de cette bénédiction, c’est la terre sainte. Il s’agit de Son peuple terrestre, et non de l’Église, comme nous le verrons plus loin. « Je multiplierai le fruit des arbres et le produit des champs, afin que vous ne portiez plus l’opprobre de la famine parmi les nations » (Éz. 36:30). Il s’agit évidemment d’une bénédiction dans les lieux terrestres. Je ne trouverai pas à redire à des hommes pieux qui tentent de donner à ces passages une tournure spirituelle pour s’en servir pour prêcher l’évangile, pourvu qu’ils n’en fassent pas disparaître les espérances prochaines d’Israël. Le peuple dont il y est question ici, c’est avant tout Israël, et ils doivent être bénis de cette manière-là. La terre de Palestine est maintenant désolée, telle un désert ; mais en ce jour-là « le désert se réjouira... et fleurira comme la rose » (És. 35:1). Certaines bénédictions s’appliquent au croyant maintenant, il est vrai. Notre Seigneur fait ainsi allusion en Jean 3 à « l’eau » et à « l’Esprit » en leur donnant, de manière merveilleuse, une portée plus vaste et plus profonde. Mais je ne suis pas d’accord de soutenir que Dieu a abandonné son peuple, et que cette prophétie touchant les lieux terrestres doit être identifiée avec nos droits célestes. C’est la terre et les bénédictions terrestres sur lesquelles l’Esprit de Dieu insiste ici. Pourquoi serions-nous jaloux, soit à l’égard des Juifs, soit à l’égard de la terre ? Dieu nous a montré une faveur tellement surabondante et sans égal, que nous pouvons bien nous réjouir et Lui rendre grâces de réserver la terre à Son ancien peuple.

Ayant considéré ces choses — les bénédictions prédites à Israël sur la terre — tournons maintenant nos regards vers nos propres bénédictions dans les Éphésiens : quelle différence radicale ! « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ » (1:3). C’est Dieu, se révélant de la manière la plus complète imaginable. Qui était celui qui, par excellence, connaissait Dieu ? Qui était l’objet de l’amour de Dieu comme nul autre auparavant ? Si jamais il y en eut un qui sondât la pleine signification de l’expression : « Mon Père », ce fut le Seigneur Jésus. Et quel autre que Lui mesura les profondeurs des mots : « Mon Dieu » ? Or maintenant, cet Être béni, par la rédemption et le don de l’Esprit, a rendu celui qui croit en Lui capable de jouir du même privilège que Lui-même. C’est dans la mesure où nous recevrons cette vérité avec simplicité, et que nous jugerons la vieille nature (elle ne peut jamais y entrer, et ne fait qu’obscurcir notre bénédiction comme un épais nuage), que nous entrerons dans la réalisation de nos bénédictions

L’espérance d’Israël n’est pas seulement tournée vers l’intérieur, mais aussi vers l’extérieur ; elle est dans les lieux terrestres, — l’espérance de devenir le peuple le plus exalté ici-bas. À l’opposé, la scène de nos bénédictions est dans les lieux célestes, et nous y sommes déjà maintenant bénis en Christ. En un mot, le chrétien est comme une personne de la famille d’un Souverain. Il peut y avoir des raisons d’état rendant désirable que l’héritier du Souverain traverse incognito un pays étranger. Il en est ainsi du chrétien. Il n’est ni de ce monde, ni de ce siècle. Son corps est de la terre, mais ce qui le fait être ce qu’il est, comme un fils de Dieu, n’a rien à faire avec la scène ou les circonstances présentes. Il appartient entièrement à un Christ glorifié. Quand Dieu recommencera à agir à l’égard d’Israël, il en ira tout autrement. L’attention du monde entier sera dirigée sur eux. Il fut un temps où, même au milieu de tout leur péché, le peuple d’Israël exerçait une influence énorme dans le monde, quoiqu’ils ne fussent qu’une petite nation, n’ayant pour habitation qu’une étroite bande de terre. Leurs sacrificateurs et leurs rois abandonnèrent le vrai Dieu, qui en retour fit d’eux la triste démonstration de Ses jugements. Mais le jour vient bientôt où ceux qui frappèrent Christ reconnaîtront leur Messie rejeté, et alors brillera toute la splendeur à laquelle Dieu destine Israël. Il les couronnera de toute sorte de bénédictions ici-bas. Toutes les nations de la terre se prosterneront devant Israël ; les rois seront ses nourriciers, et les reines ses nourrices (És. 49:23). La chrétienté, méprisée comme une machine politique orgueilleuse et usée, et dégénérant toujours plus dans l’apostasie, sera mise de côté comme Vasthi ; Dieu bénira Son peuple d’Israël, l’Esther du grand Roi, de toutes bénédictions extérieures dans les lieux terrestres, en se révélant non pas comme le Dieu et Père du Seigneur Jésus-Christ, mais comme le Seigneur Dieu, l’Éternel, le Très-Haut, enfin identifié avec l’humble Jésus de Nazareth.

Est-ce là la manière dont Éph. 1:3 parle ? Nullement. « Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ … nous a bénis de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ ». L’Ancien Testament ne donnait nulle part aux Juifs l’espérance d’être bénis dans leur Messie. Être cohéritiers avec Christ, non seulement bénis par Christ, mais en Christ, c’est une idée qui ne pouvait absolument pas entrer dans les pensées de l’Israélite le plus intelligent. En un mot, leur portion sera toujours d’être sous leur Messie, d’être gouvernés par Lui comme un peuple terrestre. Mais notre portion à nous qui croyons en Christ maintenant, sera d’avoir la même bénédiction que Dieu le Père confère à Christ ressuscité d’entre les morts. Qu’a-t-Il fait pour Christ ? Il L’a ressuscité, et a mis toutes choses sous ses pieds (Ps. 8:6). Cette gloire, Il ne la prendra pas seul. Il attend Son épouse — ceux qui sont appelés maintenant d’entre les Juifs et d’entre les Gentils pour être amenés à la connaissance du nom de Christ. Ainsi notre Seigneur, quoique personnellement exalté, possède Sa gloire comme en suspens, parce qu’Il attend que Ses compagnons la partagent avec Lui — héritiers par Sa grâce, non pas des pères simplement, mais de Dieu, et cohéritiers avec Christ.

Rien ne saurait être plus vaste ni plus élevé que les bénédictions dont il est parlé ici. Christ aura les Siens célestes en haut, et les Siens terrestres en bas ; chaque classe sera pleinement bénie, quoique dans des sphères différentes. Qu’il me soit permis de recommander aux enfants de Dieu d’étudier sérieusement la vérité présentée en Éph. 1. Si d’un côté il nous convient d’écouter la Parole de Dieu, de l’autre cette Parole requiert de nous une volonté fervente de la sonder, comme pour y trouver des trésors cachés. Ne nous attendons pas à être réellement et pleinement bénis par le moyen de la Parole, sans diligence de nos âmes à cet égard.

Nous avons déjà vu le double titre sous lequel Dieu bénit Ses saints aujourd’hui ; des deux côtés la bénédiction est sous une forme qui ne se trouve qu’en Christ. Si par exemple, Dieu s’était seulement révélé comme le Dieu d’Abraham ou d’Isaac, Il n’aurait pas assuré une bénédiction allant au-delà de celle promise aux pères. Mais Il le fait. Au lieu de n’avoir que la bénédiction juive devant Lui, c’est Christ qu’Il a en vue, Christ qu’Il a ressuscité d’entre les morts et fait asseoir à Sa droite (Héb. 1:13), ce qu’Il n’avait jamais fait ni pour David, ni pour aucun autre. C’est une place qui Lui appartient, en vertu de Sa gloire personnelle, et de Ses souffrances jusqu’à la mort. Nous pourrons être assis avec Christ Sur son trône, mais c’est là une chose bien différente de la position de Christ assis à la droite de Dieu. Or maintenant, c’est comme Dieu du Seigneur Jésus Christ qu’Il bénit — c’est la pleine bénédiction qui conviendrait à Christ Lui-même en tant qu’objet de la bénédiction. La grâce fait que nous sommes, avec Christ, les objets communs de la bénédiction de Dieu : c’est de cette manière et selon cette mesure qu’Il bénit. Mais ce n’est pas tout : Il est le Père du Seigneur Jésus, et comme tel aussi Il nous bénit. En sorte que ces deux caractères, les plus élevés sous lesquels on puisse envisager Dieu, sont ceux selon lesquels nous sommes bénis. Les caractères de Dieu, comme Dieu et comme Père, qui sont en rapport avec Christ, se traduisent dans une bénédiction qu’Il nous donne, et une bénédiction à leur mesure. C’est donc une bénédiction sans limites. Il nous a bénis « de toutes bénédictions spirituelles », et de plus, non pas sur la terre, comme nous l’avons vu, — comparativement, elle est la partie la plus basse de l’univers — mais dans la scène la plus élevée de la puissance de Dieu, « dans les lieux célestes » ; et pour couronner le tout, et le compléter, c’est « en Christ » ; tout est assuré dans sa Personne.

 

1.3   Ch. 1:4-5

1.3.1        Élus pour être saints et irréprochables en amour

Le verset 4 correspond particulièrement au premier de ces caractères dans lesquels Dieu s’est révélé, et le verset 5 plutôt au second. « Selon qu’Il nous a élus en Lui », c’est-à-dire en Christ, « avant la fondation du monde, pour que nous fussions saints et irréprochables devant Lui en amour ». C’est en tant que Dieu de Christ qu’Il nous bénit ainsi ; non pas en tant que Père, mais en tant que Dieu. Au verset 5, c’est en tant que Père, parce que nous lisons : « … nous ayant prédestinés pour nous adopter pour Lui par Jésus Christ ». Le genre et le caractère de cette bénédiction correspondent clairement au caractère du Père. Une relation spéciale avec Lui est introduite. « … Nous ayant prédestinés pour nous adopter » — il ne s’agit pas simplement d’un choix de Sa part, mais — « prédestinés pour nous adopter pour Lui par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté ». Ce langage n’est pas celui du verset 4. Il ne dit pas qu’Il nous a prédestinés pour être « saints et irréprochables devant Lui en amour ». Il ne dit pas non plus qu’Il nous a appelés à cette merveilleuse position « selon le bon plaisir de Sa volonté ». La raison est tout à fait évidente. Quand il nous est parlé du « bon plaisir de Sa volonté », c’est un langage qui convient à l’amour souverain, cet amour spécial qu’Il déploie afin de manifester Sa propre faveur. Mais quand il nous est parlé d’être « saints et irréprochables », c’est Dieu qui nous a élus pour cela : il ne pouvait pas en être autrement. Si Dieu voulait que des hommes soient amenés près de Lui, près au point d’être dans Sa présence dans le ciel, du moment qu’ils sont élus en Christ, il fallait d’une manière ou d’une autre qu’ils soient « saints et irréprochables » devant Lui en amour. Tout vient réellement de Sa grâce.

L’une des bénédictions vient du caractère qui est nécessairement celui de Dieu comme Dieu ; l’autre découle de la relation spéciale dans laquelle Il entre envers nous par notre Seigneur Jésus. Notre élection est un élément nécessaire, parce qu’il est évident que personne, hormis Dieu, ne peut élire. C’était avant la fondation du monde, lorsque Dieu seul existait. L’homme ne contribuait en rien à ce choix, ni n’avait droit à la parole. Dieu agissait purement de Lui-même. Il s’agissait du propre choix de Dieu, voulant que d’autres soient dans le ciel avec Lui. Mais s’il fallait qu’ils soient près de Lui et devant Lui, comment le pourraient-ils avec du péché sur eux ? Impossible. Comment Dieu pourrait-Il autoriser des âmes à être avec du péché sur elles, même si c’était au coin le plus reculé de Son royaume ? C’est encore plus impossible dans le ciel, où trône Sa majesté. Le jour vient où tout mal devra être banni et rejeté dans l’étang de feu. Comment pourrait-Il alors tolérer le péché chez ceux qui doivent être introduits dans le cercle le plus intime de Sa présence ? S’Il choisissait d’avoir des gens avec Lui dans le ciel, c’était une nécessité positive de Son caractère et de Sa nature, qu’ils y soient « saints et irréprochables devant Lui ». Mais c’est bien loin d’être tout : il fallait que ce soit « en amour », parce qu’il n’y aurait rien de plus misérable, que de tels êtres soient là sans être capables d’entrer dans Ses propres affections. Être simplement dans la place la plus bénie pour des créatures, et y être sans tache ni rien qui puisse souiller la présence de Dieu, cela ne suffisait pas. L’homme fut créé pour avoir un cœur et des affections, et il ne pouvait y avoir du bonheur chez des créatures qui savent ce qu’est l’affection, à moins qu’il n’y eut ce sur quoi l’affection peut se fixer. Si Dieu permettait que de tels êtres soient introduits en Sa présence, — nécessairement sans péché, sous quelque forme que ce soit, — il fallait que ce soit aussi en amour. Il voulait leur donner une nature qui soit non seulement capable de se tenir devant Lui sans reproche et sans crainte, mais qui réponde aussi à Son propre amour. « Nous l’aimons parce que Lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4:19). Cet amour n’est connu qu’en Christ ; mais l’apôtre Jean parle de Dieu et de Christ d’une manière telle qu’on ne peut guère trancher s’il parle de l’un ou de l’autre. Il utilise le pronom « Lui », non pas sans faire de distinction, mais en glissant ensuite de l’un à l’autre. Cela découle de leur unité : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10:30), ce que Jean est seul à rapporter.

Nous avons ici Dieu nous choisissant à titre personnel. Car il ne s’agissait pas simplement d’avoir un peuple, vu de manière vague, comme s’il y avait dans le ciel un certain nombre de niches à remplir par le nombre d’âmes correspondant. On ne trouve pas de notion pareille dans la Bible. Ce sont des personnes qu’Il choisit. Il ne peut y avoir un tel amour sans avoir une personne bien distincte devant lui. Même parmi les hommes, l’amour n’est pas un sentiment incertain — ce concept relève plutôt de l’imagination — à plus forte raison quand il s’agit de l’amour de Dieu. Il nous aime individuellement. C’est pourquoi Il nous a élus en Christ avant la fondation du monde, pour montrer que c’était un choix entièrement indépendant de notre caractère et de nos voies. Or s’il en est ainsi, il faut que Son amour trouve quelque chose en retour vers Dieu d’une manière qui soit selon Lui. Et c’est ce qui a lieu. S’il y a ce choix de Dieu en Christ avant la fondation du monde, Il veut avoir les saints devant Lui d’une manière qui n’est possible que pour Dieu. Il ne veut jamais avoir ce qui est indigne de Son amour et de Sa présence. C’est pourquoi il est dit alors : « afin que nous fussions saints et irréprochables devant Lui en amour » (1:4). Ce n’est pas seulement de la sainteté, ou de l’irréprochabilité, ou de l’amour, l’un ou l’autre ou chacune de ces choses en partie. C’est pourquoi il n’y a pas de mention de ce que nous avons été. Si nous examinons n’importe qui, nous pouvons lui trouver des défauts graves. Même comme chrétien, on est en effet bien loin d’être ce qui est dû à Dieu. On a honte de soi, étant peiné du peu de réponse du cœur à la faveur que Dieu a montrée à notre égard. Cela peut-il convenir à Sa présence ? Dieu va-t-Il se satisfaire de ce que même un chrétien trouve défectueux ? Impossible. Ce verset 4 envisage, non pas l’homme complexe, mais ce que Dieu fait de nous en Christ, Son Fils. Or dans les saints il y a effectivement ce qui est bien contraire à la sainteté, ce qui ne ressemble ni à Dieu ni à Son Fils Bien-aimé : l’orgueil, la vanité, la folie, toute sorte de mauvaises voies et de mauvaises pensées qui ne découlent jamais de Christ, ni ne Lui ressemblent aucunement. Malgré tout cela, ne sont-ils pas pourtant des saints ? À Dieu ne plaise qu’ils n’en soient pas ! Or c’est bien là la ferme pensée de Dieu. Il nous a élus en Christ, « afin que nous fussions saints et irréprochables devant Lui en amour ». Comment est-ce possible ? La réponse est que c’est possible, parce que Dieu nous envisage ici selon ce qu’Il nous donne en Christ, et rien moins. Dans ce verset, tout ce qui est en dehors de la nouvelle nature découlant de Sa grâce sur les objets de Son choix, est ignoré. Il nous a élus pour être tels, et Il veut nous avoir parfaitement tels, et rien d’autre, quand le moment viendra pour nous d’être en Sa présence. Mais même maintenant, cela est vrai quant à l’essence de la chose, dans la mesure où nous sommes en Christ et que nous avons Sa vie en nous. Puis-je trouver un défaut quelconque en Christ ? Si Christ est irréprochable en amour, dans la propre nature de Dieu Lui-même, Il est précisément la vie de tout chrétien, quel que soit le nom dont les hommes l’appellent.

 

1.3.2        Ch. 1:5 — Prédestinés pour nous adopter

Mais même là, ce n’est pas tout. Il ne suffit pas de répondre à la sainteté du caractère et de la nature de Dieu, aussi béni que cela soit — chacun des saints le fera bientôt dans la gloire, et le possède réellement déjà maintenant en Christ, comme étant une nouvelle créature. Nous pourrions être « saints et irréprochables devant Lui en amour », et n’être pourtant que des serviteurs. Sa majesté la Reine (*) peut s’entourer de serviteurs pour faire sa volonté ; elle peut introduire l’un ou l’autre en sa présence, et ils devraient s’estimer grandement honorés d’avoir été mis au rang des instruments de son bon plaisir, en l’absence de toute relation de famille avec elle : voilà qui sera encore bien plus vrai dans le domaine des choses célestes. Telle est la merveille de la grâce de Dieu. Juste dans le verset 5 suivant, nous trouvons ce fait, que non seulement Dieu agit de Son propre chef pour nous appeler et nous introduire en cette merveilleuse position, pour être une reproduction de Sa propre nature morale et de Son propre caractère. Dieu est saint et irréprochable, et Il est amour dans Sa propre nature. Cela caractérise notre vie maintenant, et sera entièrement notre part quand nous serons introduits au ciel, bientôt, par la puissance et la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ. Or nous ne serons pas là seulement comme des serviteurs, mais comme des fils, et des fils conscients de l’être. Nous ne nous tiendrons pas là comme des anges, comme des administrateurs de Son bon plaisir, mais comme ceux qui ont leur intérêt en tout ce en quoi Il a Lui-même intérêt. Ce que nous sentirons ne sera pas simplement pour Lui, mais avec Lui. Nous aurons nos intérêts communs avec Lui — et, si je puis reprendre l’image déjà utilisée, nous aurons le même genre de sentiments, que les membres de la famille royale ont en commun avec la couronne.

 

(*) Note Bibliquest : La reine Victoria d’Angleterre quand cela a été écrit

C’est ce que le Saint Esprit nous présente au verset 5. Le chrétien est planté en Christ devant Dieu, et il a une nature sainte et aimante. Mais en outre, une relation positive a été formée, dans laquelle nous sommes amenés au Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ : cette relation n’est rien moins que celle de fils selon le modèle du Fils de Dieu ressuscité. En tant que Fils éternel du Père, nul ne pourrait avoir une telle place avec Lui. C’est même une pensée répugnante pour une âme renouvelée. Or il a plu à Christ de nous appeler Ses frères après sa résurrection d’entre les morts, et non pas avant. C’est sur la terre, là où nous avons péché, où nous étions esclaves de Satan — c’est là que, par la foi de Christ, nous laissons derrière nous tout ce que nous étions, nous entrons dans cette relation bénie, glorieuse et si intime avec Dieu. « Nous ayant prédestinés pour nous adopter pour Lui ». Le mot « prédestinés » est un terme plus spécial que « élus », qui signifie que Dieu nous a choisis du monde. Il n’y a que l’incrédule pour s’imaginer que tous vont se trouver dans une telle place, ou que des hommes ayant vécu toute leur vie dans le blasphème contre Dieu vont être « saints et irréprochables » à leur mort. Dieu a fait un choix : à nous de Le bénir pour Son grand amour — non pas de juger ou blâmer Ses voies. « Qui es-tu, toi, qui contestes contre Dieu ? » (Rom. 9:20) : c’est la réponse de Dieu à toutes les vaines pensées et les vains raisonnements. Mais alors s’Il choisit selon Sa nature et Sa sainteté, Il nous a prédestinés pour nous adopter pour Lui par Jésus Christ. Ainsi donc, nous trouvons maintenant le privilège spécial et la relation glorieuse de fils devant Dieu, en Sa présence, par Jésus-Christ. Il aurait pu ne pas le faire, mais c’était « selon le bon plaisir de Sa volonté ».

 

1.4   Ch. 1:6 — À la louange de la gloire de Sa grâce … agréables dans le Bien-aimé

Non seulement Il voulait avoir des personnes, et par suite de cette volonté, Il les a choisies ; mais en outre, il y a eu une manifestation particulière de Son bon plaisir, et par suite de ce bon plaisir, Il a mis ces personnes choisies dans cette place bénie, « à la louange de la gloire de Sa grâce dans laquelle Il nous a rendus agréables dans le Bien-aimé ». Le verset 6 nous montre ce qui répond aux deux versets qui le précèdent. Le membre de phrase « à la louange de la gloire de sa grâce », etc., inclut à la fois le choix du verset 4, et la prédestination du verset 5 — le caractère du choix de Dieu, et la faveur spéciale de la prédestination du Père. « À la louange de la gloire de sa grâce dans laquelle Il nous a rendus agréables dans le Bien-aimé ». Acceptés serait un terme plutôt froid pour rendre le sens du verset. Ce n’est pas ce qu’on appelle, en langage doctrinal, l’acceptation, qui se rapproche de la réconciliation quant à sa nature. Mais il me semble qu’ici, il y a la plénitude de la faveur divine, ce qui va bien au-delà d’une simple acceptation. En bref, Dieu fait de nous des objets de Sa faveur selon tout ce qu’il y a dans Son cœur, et pour que cela ressorte plus pleinement, Il dit : « dans le Bien-aimé », non pas simplement « en Christ ». Il n’y avait qu’un objet dans lequel Dieu trouvait toute sa satisfaction, qui répondait à toutes Ses pensées et à tous les désirs de Son cœur : cet objet, c’était Christ bien sûr, le seul Bien-aimé, en un sens où nulle créature ne pourrait l’être en elle-même. Afin de nous bénir pleinement, Dieu nous a faits les objets de Sa faveur dans ce Bien-aimé, et tout est « à la louange de la gloire de sa grâce ». Ceci comprend toutes les hauteurs et toutes les profondeurs de la grâce ; or cette grâce, c’est le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ nous bénissant en Christ. De fait, Il ne pouvait pas aller au-delà. Pouvait-Il montrer à qui que ce soit autant de faveur qu’à Christ ? Or c’est précisément ainsi qu’Il nous aime et nous bénit. Il ne pouvait faire plus, et Il ne voulait pas faire moins. Il s’est élevé au caractère suprême de l’amour et de la bénédiction dans la grâce selon laquelle Il nous voit dans le Bien-aimé.

 

1.5   Ch. 1:7 — Les richesses de Sa grâce : Rachetés et pardonnés

Quel était donc notre état précédent ? Le verset 7 dit : « En qui nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés selon les richesses de sa grâce ». Ce n’est qu’une allusion en passant, mais cela suppose que nous étions de misérables esclaves de Satan. Or Celui en qui nous sommes devenus les objets d’une si grande faveur, c’est la même personne en qui nous avons la rédemption. Dieu n’oublie en aucune manière la condition où nous étions lorsqu’Il nous a ainsi bénis. Il sait bien qu’il fallait nous sortir de tout ce que nous étions, car en réalité nous n’avions rien hormis nos péchés. Si on s’en était tenu aux versets précédents, on aurait pu concevoir l’idée que de telles bénédictions et une telle gloire ne pouvaient aller avec des individus tels que nous étions. Mais il nous est dit que nous avons la rédemption en Christ. Et encore, l’apôtre n’a pas abordé la question de la rédemption ni de la rémission des péchés, avant de nous avoir introduits dans toute la hauteur et la profondeur des privilèges découlant de Dieu Lui-même : toute question quant à ce que l’homme est, est tellement mise de côté ici, que nous ne découvrons qu’incidemment, pour ainsi dire, la triste vérité de sa condition. Au vu des quelques premiers versets de l’épître, on aurait pu ignorer que des personnes aussi bénies aient jamais été coupables d’un seul péché. Mais nous trouvons ici qu’elles avaient besoin d’être rachetées, d’avoir leurs péchés pardonnés ; et c’est le même Christ, en qui et par le moyen duquel nous avons toutes les autres bénédictions, qui est Celui en qui nous avons aussi « la rédemption par Son sang, la rémission des péchés, selon les richesses de Sa grâce ».

Remarquons ici qu’il y a une différence entre « la gloire de Sa grâce » et « les richesses de Sa grâce ». La « gloire de sa grâce » comprend tous les privilèges dont il a été question dans les versets précédents. Au v. 7, le Saint Esprit a fait ressortir « les richesses de sa grâce » — les moyens et les ressources pour nous en tant que pauvres pécheurs. Mais ce n’était pas suffisant pour Dieu, dans la mesure où Il agit en vue de manifester la gloire de Sa grâce, non pas seulement en vue de manifester Ses riches ressources lorsqu’Il s’occupe des individus les plus misérables. Il voulait manifester Son propre caractère — ce que Lui est, et non pas se borner à remédier à ce que nous étions. La « louange de la gloire de Sa grâce » découle des sentiments de Dieu, et par conséquent de ce qu’Il fait, afin de Se manifester pour nous.

 

1.6   Ch. 1:7 + 14 — Rédemption passée, rédemption future

Remarquez encore, avant de quitter ce point, qu’on trouve plus loin une autre rédemption — celle « de la possession acquise » ; c’est quelque chose de tout différent. En rapport avec la rémission des péchés, nous avons la rédemption. Mais en rapport avec l’héritage, — ce qui dépend de la venue de Christ pour le prendre effectivement sous Son gouvernement, — nous attendons la rédemption. La possession acquise est en rapport avec l’héritage, non pas simplement en rapport avec ce qui touche nos âmes. En ce qui concerne l’âme, nous avons la rédemption dès maintenant, aussi complètement que nous ne pourrons jamais l’avoir ; il est bon de bien garder cela à l’esprit. Le croyant ne peut pas être plus pardonné qu’il ne l’est maintenant, et Dieu ne peut pas faire plus pour ôter le péché que ce qu’Il a déjà fait. Il a donné Son Fils, et le sang de Son Fils est déjà versé, et il est impossible que Dieu Lui-même fasse davantage pour effacer le péché de devant Sa face. Quelle consolation pour nos âmes ! Si nous pensons à nos péchés, nous pouvons avoir la consolante assurance que toute notre culpabilité est ôtée de devant Dieu. Nous pouvons tomber dans le péché, car il existe encore ; mais il y a encore place pour le jugement de soi-même, au lieu d’une attente terrible du jugement prochain.

Voilà justement la différence réelle. En ce qui concerne le jugement divin, le péché est ôté en Christ ; en ce qui concerne le jugement de soi-même, le péché doit toujours être confessé si nous y tombons. Or le jugement de soi-même n’est jamais complet tant que nous n’avons pas appris que le jugement de Dieu à l’égard du péché a eu sa fin pour nous à la croix. Sous l’Ancien Testament, il n’y avait pas, à cause du péché, un jugement de soi-même tel que celui qui doit avoir lieu sous le Nouveau Testament. C’est pourquoi, dans l’Ancien Testament, on trouve souvent le péché laissé de côté sans commentaire, quoique Dieu n’ait jamais traité aucun péché avec indifférence, ni ne pouvait le faire. Mais ce n’était pas agir avec légèreté : Dieu laisse l’affaire parler d’elle-même. Il exerce d’autant plus le cœur de Ses enfants. S’ils sont dans un état d’opiniâtreté, ils peuvent se servir du récit du péché pour traiter légèrement le mal de leurs propres voies ; sinon, l’exercice de conscience a lieu. Ce n’est qu’après la mise en évidence de la pleine condition de l’homme à la croix de Christ, qu’on voit ce qu’est le jugement de Dieu à l’égard du péché. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là qu’on commence à entendre parler de « la chair » au sens du Nouveau Testament. L’expression peut se trouver dans l’Ancien Testament, mais sans jamais revêtir le même caractère de méchanceté — fort, précis et complet, que dans le Nouveau. La chair n’avait pas encore démontré ce qu’elle était, et avant de prononcer Son jugement, Dieu attend toujours qu’une personne ou qu’une chose démontre son caractère réel. Nous devrions apprendre de Dieu à cet égard. La patience de Dieu en jugement est un des côtés les plus merveilleux de Ses voies ; nous devrions être à cet égard des imitateurs de Dieu. Il a attendu la croix de son Fils avant de montrer pleinement le vrai caractère de l’iniquité de l’homme. Dans l’Ancien Testament nous voyons du support à l’égard de certaines choses à cause de la dureté de cœur des hommes (Matt. 19:8) ; mais dans le Nouveau Testament, la mesure n’est plus la même, et aucun mal n’est plus toléré un instant. La pensée de Dieu à l’égard du mal est déclarée : les ténèbres s’en vont, et la vraie lumière luit déjà (1 Jean 2:8). Ni Dieu, ni l’homme ne sont plus cachés. Tout est mis à nu. L’homme est perdu. Dieu n’est pas simplement connu comme un législateur, mais comme un Dieu Sauveur ; et si je ne Le connais pas ainsi, je ne Le connais pas du tout. « Et c’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et Celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jean 17:3).

Tout ceci nous apprend que c’est maintenant seulement que le caractère final du mal a été manifesté. L’Ancien Testament commandait de ne pas faire le mal ; mais, comme nous le verrons au chapitre suivant, le résultat complet de l’épreuve est manifesté ici : quel est donc le verdict ? Que l’homme est mort — moralement et spirituellement — mort dans ses fautes et dans ses péchés. Dieu avait la parfaite compréhension du caractère de l’homme déjà auparavant, mais Il veut que nous le comprenions. Nous avons besoin de rédemption : nous l’avons — de pardon : nous l’avons. Mais nous attendons encore d’avoir « la rédemption de la possession acquise ». Ceci englobe toute la création de Dieu, y compris, peut-être, nos corps, comme faisant partie de la création de Dieu. Mais la rédemption du verset 7 est une chose plus intime, et nous sommes maintenant mis en position de pouvoir nous juger nous-mêmes entièrement, parce que nous savons que nous ne serons pas condamnés avec le monde (1 Cor. 11:32). Dieu nous place ainsi dans une position où nous avons un intérêt commun avec Lui ; Il nous met de Son côté, pour prendre Son parti contre nous-mêmes. Or c’est ce que signifie la repentance, et c’est pourquoi on l’appelle la « repentance envers Dieu » (Actes 20:21).

 

1.7   Ch. 1:8-9 — En toute sagesse et intelligence … nous ayant fait connaître

Le verset suivant (8) aborde un autre sujet : « laquelle Il a fait abonder envers nous en toute sagesse et intelligence ». Il n’est pas dit : « … Sa grâce : laquelle Il a fait abonder envers nous en nous pardonnant », parce que le plein pardon est un besoin positif. Mais quand nous entendons parler de « sagesse et intelligence », il est question des conseils de Dieu touchant son Fils, au-dessus de toute pensée de besoins, et indépendamment d’une telle pensée. C’est comme s’il disait : « Vous êtes maintenant capables d’entrer dans Mes pensées, et de les comprendre quand Je parle. Vous êtes délivrés de toute inquiétude quant à vos péchés, et vous êtes libres maintenant d’entrer dans Mon dessein ». « Nous ayant fait connaître le mystère de sa volonté selon Son bon plaisir, qu’Il s’est proposé en Lui-même » (1:9). Or le secret de Sa volonté est que « dans la dispensation (*) de la plénitude des temps, Il puisse réunir en un toutes choses dans le Christ, tant les choses qui sont dans les cieux, que celles qui sont sur la terre, en Lui : en qui nous aussi nous avons obtenu un héritage » (1:9-11). Dans ces versets centraux, il est clairement indiqué que (la question du péché étant réglée dans nos âmes) la capacité nous est donnée d’entendre ce que Dieu a à nous dire sur toutes les autres choses. Il n’a pas simplement à nous dire ce qu’Il va faire sur la terre, comme dans le cas d’Abraham. La relation est plus élevée que celle donnée à connaître aux patriarches. Au commencement, quand l’Éternel Dieu eut formé tous les animaux des champs et tous les oiseaux des cieux, Il les fit venir vers Adam, seigneur de la création, pour voir comment il les nommerait ; et tout nom que l’homme donnait à un être vivant fut son nom. « Et Adam donna des noms à tout le bétail, et aux oiseaux des cieux, et à toutes les bêtes des champs » (Gen. 2:19-20). C’était une sagesse qui lui avait été conférée dans le domaine de la nature. Mais maintenant c’est une sagesse beaucoup plus profonde et vaste ; car il s’agit de la suprématie du second Homme et du discernement qui suffit et qui convient par rapport aux hauteurs et profondeurs sans bornes de cette suprématie. C’est pourquoi Dieu a fait abonder Sa grâce envers nous en toute sorte de sagesse et d’intelligence. Tout ce qui manifeste Son caractère et la gloire de Christ, Il nous le fait connaître. Il nous traite, non comme des serviteurs, mais comme des amis. Il y a une chose qui Lui tient à cœur de plus près que toute autre chose, c’est ce qu’Il va faire pour Son Fils : Il nous communique les secrets les plus intimes de Son cœur.

 

(*) note Bibliquest : WK traduit « dispensation » le mot grec « oikonomia » que JND traduit « administration ». La pensée est la même. — Cette note vaut ici et plus loin, dans le texte — Voir prochaine note, de WK.

Si quelqu’un dit : Je ne désire pas comprendre les mystères, je réponds : Vous ne voulez pas connaître ce que Dieu désire vous enseigner. L’incrédulité montre toujours un caractère ayant une certaine hostilité contre Dieu. Dans Sa parfaite bonté, Il nous donne d’abord, Lui, la consolation du salut, puis Il nous découvre ces autres vérités. « Nous ayant fait connaître le mystère de Sa volonté ». Il ne s’agit pas de quelque chose d’incompréhensible, mais de ce qu’on ne pouvait pas savoir avant que Dieu nous en parle. Ne vous détournez pas en disant : Tout ce que je désire savoir c’est d’être sauvé. Il faut désirer apprendre tout ce que Dieu daigne nous enseigner. Le mot « mystère » désigne tout ce que Dieu s’est plu à garder secret — quelque chose qu’Il n’avait pas encore révélé, mais qui est tout à fait intelligible une fois dévoilé. Le mot « mystère », dans le sens populaire, est complètement différent de son emploi dans la Parole de Dieu. Il y a bien des choses tout à fait merveilleuses dans les prophéties, mais elles ne sont pas appelées des mystères. Ce qui est présenté maintenant pour la première fois, c’est le mystère de Sa volonté. Il y a bien des mystères expliqués dans le Nouveau Testament, comme ceux du royaume des cieux. Babylone aussi, est appelée un mystère. Le mystère ici, c’est que Dieu veut réunir toutes choses dans les cieux et sur la terre sous Christ comme Chef. Il ne s’agit pas seulement d’avoir les cieux entièrement séparés de la terre, comme maintenant, mais d’avoir un système unifié de gloire céleste et terrestre, tout étant sous notre Seigneur — c’est cela le mystère de Sa volonté.

 

1.8   Ch. 1:10 — Participer à la gloire comme associés avec Christ

1.8.1        La dispensation de la plénitude des temps

Mais il y a plus encore. Il veut que nous participions à la gloire comme associés avec Christ. Ainsi, il y a deux grandes parties dans le mystère de Sa volonté. La première, c’est Christ, et la seconde, c’est l’Église : c’est pourquoi il est dit dans cette même épître : « Ce mystère est grand ; mais moi je parle relativement à Christ et à l’Assemblée » (5:32). Ce n’est pas « l’Assemblée » sans doute, qui est le mystère, mais « Christ et l’Assemblée ». L’Église [ou : l’Assemblée], si bénie soit-elle, n’en est qu’une partie subordonnée. Qu’elle ait même ce privilège, cela vient uniquement de ce qu’elle appartient à Christ, le Chef céleste de toutes choses. Le dessein de Dieu est « pour la dispensation de la plénitude des temps ». Alors les heures de honte et de douleur qui s’écoulent maintenant, auront achevé leur cours — le temps de l’assujettissement de la créature à la vanité (Rom. 8:20), le temps de l’aveuglement judiciaire pour Israël, le temps pour les Gentils de gouverner comme si Dieu n’intervenait pas ni ne prenait connaissance de ce qui se passe, le temps où l’Église de Dieu est dans un état de faiblesse et de fractionnement, le temps où Satan a la liberté de séduire et de tourmenter les hommes. Ces choses persistent maintenant — l’homme, le chef, est assujetti à la maladie et à la mort, par le moyen du péché, et toute la création gémit. Mais Dieu Lui-même mettra fin à tout ce genre de choses. Il veut lier Satan et délivrer l’homme de sa séduction. Il veut avoir Israël béni et uni sous son Messie — les Gentils bénissant Dieu, et Dieu étant sanctifié parmi eux — la terre elle-même n’étant plus la scène pauvre, misérable et gémissante qu’elle est aujourd’hui, mais la malédiction sera ôtée, et le désert se réjouira et fleurira comme la rose (És. 35:1). Dieu accomplira un jour toutes ces choses ; et quand les temps convenables selon Dieu seront achevés (plhrt. k.) (*), Il changera tout, amènera Christ comme le Chef, le centre et le moyen de toute bénédiction. Christ est l’homme plus fort qui doit lier l’homme fort (Luc 11:22 ; Matt. 12:29), Celui qui brisera la tête du serpent (Gen. 3:15), le Seigneur du ciel et de la terre (Matt. 11:25) — le Messie d’Israël, et le Fils de l’homme ayant le gouvernement suprême sur toutes les nations. Toutes ces choses seront un jour accomplies de la manière la plus simple et la plus efficace, mais ce ne sera pas par la puissance de l’homme, ni même par la propagation de l’évangile. Christ administrera en personne, et maintiendra la gloire de Dieu dans l’univers.

 

(*) Comme ce verset renferme plusieurs mots et expressions qui, généralement, ne sont pas compris, il vaut la peine d’ajouter dans cette note que le mot « dispensation » (oikonomia) ne se réfère pas à une époque ou une ère particulière (ce qui dans le Nouveau Testament est exprimé par aiwn). Ce mot signifie « intendance » ou plutôt « administration », la forme particulière utilisée ici signifiant la réunion, ou le regroupement sous une autorité unique (anakefalaiwsiV), de toutes choses, les choses célestes et les choses terrestres, sous Christ. Cela aura lieu dans le siècle (ou : ère) à venir, quand Christ sera manifesté comme Chef sur toutes choses, et que les saints glorifiés régneront avec Lui. Il ne s’agit ni du présent siècle où Satan a encore la permission de régner comme dieu de ce monde (2 Cor. 4:4), comme prince de l’autorité de l’air (Éph. 2:2) ; il ne s’agit pas non plus de l’état éternel, où tout gouvernement sera du passé, et où Christ aura remis le royaume afin que Dieu soit tout et en tous » (1 Cor. 15:24, 28). C’est le millénium, l’époque située entre les deux périodes dont nous venons de parler. Ce sera la plénitude des temps, les époques précédentes en ayant été comme la préparation nécessaire. En attendant, la rédemption par le sang de Christ ayant été opérée, le Saint Esprit scelle le croyant, et est les arrhes de l’héritage.

 

1.8.2        Ch. 1:12 — Nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ

Si les hommes avaient un sens juste de l’état actuel de l’Église, ils se couvriraient de sac et de cendre, au lieu de sonner de la trompette. Ce que nous avons à faire, c’est de nous humilier devant Dieu, à cause de ce que nous sommes et de ce que nous voyons autour de nous, même chez les meilleurs. Il faut beaucoup de patience, non seulement pour supporter les autres, et pour que les autres nous supportent, mais pour poursuivre dans l’amour. Si nous avons réellement du cœur pour Dieu et pour Ses enfants, nous sentirons ces choses profondément, et nous chercherons la bénédiction de ceux qui sont détournés par cet état — nous le ferons vraiment en profondeur et de tout cœur — nous rappelant combien est proche le jour béni où Christ sera exalté comme le Chef de toutes choses, célestes et terrestres. Il reste convenable pour nous de nous humilier nous-mêmes, sans toutefois se décourager. Nous savons que notre espérance est une espérance qui ne rend pas honteux (Rom. 5:5). Elle n’est pas fondée sur ce que vont faire l’Église ou une quelconque association, car notre espérance c’est Christ. Nous savons que Dieu nous a fait connaître le secret de Sa volonté. Lorsque la conscience n’est pas exercée, cette vérité n’est pas réalisée ni appliquée, même si elle n’est pas rejetée. Le remède béni de Dieu au désordre de ce monde, c’est Christ sortant de Sa position cachée actuelle ; du moment qu’Il en sort, quel changement ! Toutes choses, dans les cieux et sur la terre, seront réunies en Christ ; et quand ce jour arrivera, nous entrerons visiblement dans notre héritage. Nous y avons déjà droit, mais nous n’en avons pas la possession publique. « En qui nous aussi nous avons obtenu un héritage, ayant été prédestinés selon le propos arrêté de Celui qui opère toutes choses selon le conseil de Sa volonté ; afin que nous soyons à la louange de Sa gloire, nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ » (1:10-12).

 

1.8.3        Ch. 1:10 et Galates 4:4

Nous avons d’abord (1:5) notre prédestination comme enfants. « Et si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers » (Rom. 8:17) — héritiers d’un glorieux héritage, Christ ayant été fait Chef de l’univers (1:10, 11). L’interprétation généralement reçue, c’est d’appliquer le verset 10 à la position actuelle de Christ. On s’imagine que « la plénitude des temps » ici, signifie la même chose qu’en Galates 4:4. Mais « la plénitude des temps » diffère grandement de « l’accomplissement [ou : plénitude] du temps » cette dernière expression désignant la période qui s’est terminée par l’incarnation de Christ, ou qui a été complétée par elle. La naissance de Christ est une chose bien différente de l’exaltation de Christ, comme le chef de tout. Mettre l’incarnation du Fils à la place de la rédemption, est une erreur mortelle, et qui fait son œuvre. On fait dépendre notre union avec Christ simplement de Son incarnation, et non du fait de Sa résurrection d’entre les morts, et de Son entrée dans la position de Chef. Mais si notre union avec Christ est confondue avec Son humanité, alors Il s’est uni avec la nature humaine, et il n’y a point d’union spéciale du chrétien avec Christ, parce que l’humanité appartient à la race entière, c’est-à-dire à l’homme dans le péché. L’étape suivante est naturellement l’hérésie selon laquelle Christ a pris l’humanité dans sa condition déchue.

 

1.8.4        Ch. 1:12, nous — Ch. 1:13, vous

Il est dit encore : « Afin que nous soyons à la louange de Sa gloire, nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ » (1:12) — autrement dit : avant que les Juifs (car c’est d’eux qu’il est spécialement parlé) contemplent Christ au temps et selon la manière déterminés. « Ils regarderont vers Moi, celui qu’ils auront percé » (Zach. 12:10). Or, dit-il, nous sommes ceux qui ont espéré à l’avance dans le Christ. Notre espérance s’est fondée sur Christ, avant que le reste de la nation Le voie et croie en Lui. Le nous dans le verset 12 ne va pas au-delà des Juifs croyants : « En qui vous aussi » de 1:13 est mis en opposition. Le « nous » et le « vous » se rapportent, le premier à Paul et à ceux d’Israël qui croyaient comme lui ; le second aux Gentils croyants, comme les Éphésiens. S’il en est ainsi, le sens est : « afin que nous [les Juifs chrétiens] soyons à la louange de Sa gloire, nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ ». La nation d’Israël ne sera pas des gens ayant espéré à l’avance « à la louange de Sa gloire ». Ils seront les sujets de cette gloire. « Lève-toi, resplendis, car ta lumière est venue, et la gloire de l’Éternel s’est levée sur toi » (És. 60:1). Sa gloire englobera leur salut ; mais ce qui sera « à la louange de Sa gloire », ce sera ceux qui, d’entre cette nation incrédule, auront reçu Christ avant de le voir, et qui, par conséquent, apparaîtront avec Lui en gloire. Heureux sont ceux qui reçoivent Christ quand ils Le voient ; mais encore plus heureux ceux qui ne L’ont point vu, et qui pourtant ont cru ! (Jean 20:29).

 

1.9   Ch. 1:13-14 — Le Saint Esprit arrhes de l’héritage

Nous avons donc vu, au verset 12, que l’apôtre présente les Juifs croyants comme introduits maintenant dans toutes les bénédictions dont ont parlé les versets précédents. Puis s’adressant aux saints d’entre les Gentils à Éphèse, il dit : « en qui vous aussi vous avez espéré, ayant entendu la parole de la vérité, l’évangile de votre salut, auquel aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de la promesse » (1:13).

 

1.9.1        Ne pas s’en tenir à la nouvelle naissance

Il peut être utile ici d’aller un peu plus loin dans le sujet de la présence et de l’action du Saint Esprit. Les hommes se sont écartés vite et loin de la vérité de Dieu. Nous savons qu’avant 1500, un nuage d’épaisses ténèbres couvrait la chrétienté. Mais même depuis que la lumière a brillé à la Réformation, les chrétiens ont continuellement lutté pour réaliser dans leurs propres âmes la vérité qu’ils étaient nés de Dieu et justifiés en Christ. On admet pleinement l’immense importance pour l’âme d’être totalement affermie. Mais la régénération et la justification devaient-elles être la somme et la substance de la recherche du chrétien, de ses efforts, et de ses désirs ? Au contraire, sont-elles plus que le seuil, ou au mieux, le fondement sur lequel le chrétien doit bâtir ? Dieu n’attend-Il pas de nous, qu’une fois nés de nouveau, nous fassions des progrès en Christ au lieu de nous occuper à chercher continuellement des marques et des signes pour prouver que nous sommes sauvés ? Être né de nouveau est la première œuvre essentielle de l’Esprit de Dieu, sans laquelle il n’y a pas de vie quant à Dieu, aucune possibilité d’avancer dans les choses de Dieu. C’est le besoin universel, la condition indispensable pour toute âme pour avoir part aux bénédictions de Dieu, dans tous les temps et toutes les dispensations.

 

1.9.2        Né d’eau et de l’Esprit, baptême — Jean 3

Quand Nicodème vint vers notre Seigneur (Jean 3) avec le désir d’être enseigné par Lui, c’est bien par la nouvelle naissance que notre Seigneur a aussitôt commencé. Ce rabbin reconnaissait que Jésus était un docteur venu de Dieu, par lequel il désirait être enseigné. Mais notre Seigneur l’arrêta d’une manière particulièrement solennelle : « Si quelqu’un n’est né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ». Nicodème, étonné, lui demanda comment une telle chose pouvait se faire. Devant sa question inintelligente, notre Seigneur répondit en renouvelant son affirmation, en termes encore plus forts : « Si quelqu’un n’est né d’eau et de l’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu ». C’est clairement une explication de ce qu’est être né de nouveau. C’est être né d’eau et de l’Esprit. Nicodème renouvelle sa surprise à cet égard ; qu’un Juif, un Juif moral et religieux, non pas un païen, un Juif qui avait la loi, et semblait avoir été spécialement honoré de Dieu, eût besoin d’être né une seconde fois ; que lui, docteur d’Israël au sens le plus noble, reçût en réponse ce qui était réellement une réprimande, insistant sur la nécessité d’un changement vital qu’il n’avait ni réalisé ni même pensé qu’il fût nécessaire ! C’était bien là un coup d’arrêt pour Nicodème dès le premier pas. Pourtant, notre Seigneur lui montre qu’il aurait dû savoir ces choses, d’après les prophètes bien sûr. Remarquez bien ce point, parce que cela suffit entièrement pour répondre à ceux qui voudraient rattacher l’expression « être né d’eau » au baptême. Quelqu’un qui a bien saisi les vues ainsi présentées, ne peut pas y voir, honnêtement, aucune dépréciation de cette institution de Christ. Car je maintiens que nul ne devrait être reconnu comme étant sur le terrain chrétien, tant qu’il n’a pas été baptisé d’eau. Je ne veux pas dire qu’il ne peut pas être un croyant ; mais s’il ne s’est pas soumis au baptême au nom du Seigneur, il n’est pas sorti ouvertement du terrain juif ou païen. Notre Seigneur insiste ailleurs sur la nécessité d’être baptisé, aussi bien que de croire (Marc 16).

Mais aussi important que soit le baptême, comme signe institué de la mort et de la résurrection en Christ, ce n’est pourtant pas à ce rite que notre Seigneur faisait directement allusion lorsqu’Il parlait à Nicodème. Il ne dit pas, en effet : « Tu es disciple de Christ… », mais : « Tu es le docteur d’Israël, et tu ne connais pas ces choses » ? Autrement dit, c’est bien comme Juif qu’il aurait dû connaître ces choses. Comment aurait-il pu connaître le baptême chrétien en tant que Juif ? Pour un tel homme, c’était une nouveauté, d’autant plus qu’il n’existait même pas à l’époque. Comment pouvait-on connaître ce qui n’avait pas encore débuté ? Il aurait dû savoir ce que signifiait être né d’eau et de l’Esprit, et en avoir senti la nécessité absolue. Quel était donc le sens de ces paroles ? Le voici : Indépendamment de toute question d’époque, de lieu ou de personne, pour voir ou entrer dans le royaume de Dieu, il faut être né d’eau et de l’Esprit, il faut que le Saint Esprit ait communiqué une vie nouvelle. Mais cette vie, comment est-elle produite ? Par un rite ? Non. Par une marche chrétienne ? Non. Par quel moyen donc ? Par la prière ? Pas non plus. Cette vie est produite par la réception de la Parole de Dieu révélant Christ. C’est pourquoi il est écrit que nous sommes nés de nouveau [ou : régénérés], « non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la vivante et permanente Parole de Dieu » (1 Pierre 1:23). À ce témoignage de Pierre s’ajoute celui de Jacques (1:18) : «De sa propre volonté, Il nous a engendrés par la parole de la vérité, pour que nous soyons une sorte de prémices de Ses créatures ». L’instrument employé pour nous engendrer de Dieu, c’est « la parole de la vérité ». Ainsi, dans ce passage de Jean 3, l’eau est clairement employée comme figure de la parole de Dieu appliquée par l’Esprit. Les deux sont mis ensemble, afin qu’on ne puisse pas supposer qu’il s’agit simplement d’un rite ou de la parole, mais qu’il s’agit bien de l’Esprit appliquant la parole de Dieu avec une puissance vivifiante pour l’âme. C’est pourquoi, quand il est parlé de croire, il est dit : « Comment croiront-ils en celui dont ils n’ont point entendu parler ? (Rom. 10:14). Il est nécessaire que la Parole soit prêchée. « Ainsi la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la Parole de Dieu ». Comparez aussi 1 Cor. 4:15. Peu importe le passage positif de l’Écriture que vous preniez ; tous enseignent la même chose. Notre Seigneur insiste sur ce que, quiconque entre dans le royaume, doit y entrer par cette porte. Qu’en a-t-il été alors d’Abraham, Isaac et Jacob ? Certains diront que la circoncision est l’équivalent de cette porte : ne croyez pas un seul instant un tel rêve ; si cela était vrai, qu’en serait-il des multitudes ayant existé avant la circoncision et le baptême, ou en dehors d’eux ? Toutes ces explications ne sont que des hypothèses maladroites sur l’Écriture. Quand même il n’y aurait aucune différence réelle entre le baptême et la circoncision, lorsque notre Seigneur pose le principe de la nouvelle naissance, Il ne fait allusion ni à l’un ni à l’autre. Il n’insiste pas sur un rite ayant de si nombreuses exceptions, mais sur une nécessité spirituelle, absolue et universelle. Il ne parle pas du rite relativement moderne du baptême — quelque chose entré tardivement dans le monde et destiné à ne pas y subsister à toujours. Car, que je sache, il n’y a pas de base pour supposer qu’on continuera à baptiser d’eau les personnes pendant le millénium. C’est un rite particulier à l’époque située, au moins, entre les deux venues du Seigneur, — le baptême pour la mort de Christ.

Jean 3 parle de ce que chacun doit traverser, sans distinction ni exception, s’il doit voir le royaume de Dieu et y entrer — et cela a été vrai autant du brigand sur la croix que de Saul de Tarse. Tous les enfants de Dieu, passés, présents ou à venir, sont nés de nouveau ; tous ont cette vie nouvelle, elle leur est donnée. La vie divine leur est communiquée ; et, dans le cas de ceux qui entendent la Parole, cette communication a clairement lieu par le moyen du Saint Esprit se servant de la Parole comme d’un moyen de vie. Il opère par-dessus tout en présentant Christ.

 

1.9.3        Le Saint Esprit source de communion et puissance de l’adoration — Jean 4

Dans Jean 4, nous trouvons une autre opération du Saint Esprit. « Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, tu Lui aurais demandé, et Il t’aurait donné de l’eau vive » (4:10). L’eau vive, c’est clairement le Saint Esprit, que Jésus donne : Ce n’est pas ici l’opération vivifiante de l’Esprit, indispensable en tout temps et toute circonstance pour qu’une âme appartienne à Dieu ; mais c’est un privilège spécial que Christ confère personnellement. Dans la suite du discours du Seigneur, qui se lie avec ce qu’Il avait dit à la femme Samaritaine, vous trouverez que le Saint Esprit est donné aux croyants maintenant comme le moyen pour adorer leur Dieu et Père en esprit et en vérité. Jean 4 présente donc une opération de l’Esprit totalement différente de celle sur laquelle le Seigneur insiste en Jean 3. Or, à qui notre Seigneur le révèle-t-Il ? À une pauvre femme, abandonnée et misérable ; pas même à une Juive, mais à une Samaritaine. Notre Seigneur montre par là la grâce qui s’adresse aux plus vils. Désormais, Dieu ne mettait plus en avant la loi comme auparavant. Il se révèle comme Celui qui donne. Sous la loi, Dieu était plutôt Celui qui recevait ; Il demandait, requérait, insistait, que la créature Lui rende l’honneur dû à Sa majesté. Dans l’évangile, Dieu est Celui qui donne Son propre Fils. Au lieu de chercher à obtenir quelque chose de l’homme coupable et perdu, Il donne le meilleur de ce qu’Il a à une personne qui au premier abord ne Lui demandait rien. « Si tu connaissais le don — l’acte de donner gratuitement — de Dieu (quels propos nouveaux pour la Samaritaine !) tu Lui aurais demandé, et Il t’aurait donné de l’eau vive ». C’est bien là ce qu’Il fait : Il donne l’Esprit, la puissance de la vie éternelle. La conséquence de cette révélation si précieuse de la vérité, est que nous savons que le Saint Esprit est en nous comme la source de la communion et la puissance de l’adoration. Il ne s’agit pas tellement de l’Esprit employant la Parole de Dieu pour agir envers nous dans notre souillure naturelle, pour nous communiquer une vie nouvelle qui s’attache à Dieu et hait le péché, — une vie nouvelle qui a de nouveaux sentiments, de nouveaux désirs, de nouveaux besoins, qui ne trouvent leur réponse qu’en Christ, — une vie nouvelle que toute âme régénérée a nécessairement, même si ce n’est qu’une pauvre religieuse ou un prêtre superstitieux disant la messe. Cependant si quelqu’un est né de Dieu, il est impossible qu’il ne soupire pas après ce qu’il n’a pas, et qu’à la longue il ne trouve Christ comme l’objet qui attire son âme — Christ en contraste avec tout ce qu’il trouvait sur la terre ou ailleurs — Christ le Seul qui lui convienne, et le Seul dont c’est la gloire de le bénir. Qu’est-ce que prouve un tel état ? Qu’un tel homme est né de Dieu. Car il n’existe aucune preuve qui ne puisse tourner en illusion, sauf celle-ci — savoir que mes besoins me tournent vers Christ, et me font trouver en Lui le Seul qui puisse satisfaire l’âme.

En Jean 4, on n’a pas affaire à un chef de Pharisiens, fier de l’être, amené à sentir le besoin d’être régénéré, mais à une femme dépravée, perdue de réputation, à qui personne ne se soucie de parler, sauf, et c’est merveilleux de le dire — sauf le Fils de Dieu ! C’est à elle que le Seigneur fait connaître cette grande vérité, le don de l’Esprit : non plus agissant seulement moralement sur l’âme, ou la vivifiant, mais l’Esprit lui-même habitant dans le cœur, le Saint Esprit comme la puissance de communion divine et d’adoration. Quelle joie : Le Saint Esprit habite dans les croyants, le Père en cherche de tels qui L’adorent ! Connaissez-vous ces choses ? Ou bien êtes-vous encore entravés par les choses qui sont maintenant du passé, celles qui avaient autrefois l’approbation divine ? par les règles d’une dispensation ancienne concernant un peuple terrestre ? par des rites qui n’ont plus aucune valeur aux yeux de Celui qui se révèle comme Père ? Le temps des formes et des cérémonies est entièrement fini. On prétend si souvent ne plus y attacher d’importance ; or maintenant, c’est en vérité une très mauvaise chose, contraire à l’ordre actuel établi par Dieu. Ce n’est pas seulement que de beaux spectacles ou de beaux sons ne devraient pas contribuer au culte, mais c’est un péché positif que de les rechercher ou de les admettre. Dans leur principe, c’est un retour à l’idolâtrie et à un monde condamné. C’est pourquoi, en Jean 4, notre Seigneur introduit cette vérité que « l’heure vient, et elle est maintenant, que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ». Ces mots énoncent la vérité quant au culte. La splendeur des cérémonies à Jérusalem avait atteint un sommet ; mais tout cela était maintenant fini, et tous ceux qui luttent en leur faveur maintenant sont involontairement en rébellion contre Christ. Notre Seigneur montre que ce n’est plus sur cette montagne [Garizim], ni à Jérusalem, que Dieu doit être adoré. L’aurore d’un nouvel état de choses allait poindre. Qu’est-ce qui a de la valeur aux yeux de Dieu maintenant ? Les vrais adorateurs adorant le Père en esprit et en vérité. Que sont-ils ? Ses enfants. « Le Père en cherche de tels qui l’adorent ». Il rassemble des enfants, les forme à Sa propre louange, met le Saint Esprit en eux pour leur donner conscience de leur relation avec Lui-même, et pour que, en ayant cette conscience, ils s’approchent de Lui comme de leur Dieu et Père.

 

1.9.4        Le culte des enfants de Dieu — Jean 4:23-24

Il est donc clair que l’idée actuelle d’avoir un culte mélangé de la part de personnes dont les unes sont converties et les autres non, est en contradiction directe avec le christianisme. Avant la croix, c’était inévitable. Dieu ne séparait pas Ses enfants d’avec ceux qui n’avaient pas cette relation avec Lui. C’eût été un péché pour un Israélite croyant de dire à un incrédule : Je ne puis adorer avec toi, parce que tu n’es pas né de Dieu. Mais maintenant c’est un péché de se joindre pour l’adoration de Dieu à ceux qui ne sont pas Ses enfants ; la raison en est simple : le Père cherche de vrais adorateurs pour L’adorer, et personne d’autre. Je ne veux pas dire que ce soit un péché pour des inconvertis de se trouver dans le lieu d’adoration des enfants de Dieu en tant que spectateurs ou auditeurs. Mais tenter de réunir les uns et les autres pour rendre culte à Dieu, c’est une illusion fatale, qui déshonore Dieu et détruit les âmes de ceux qui ne sont pas de vrais adorateurs. Les gens n’ont pas la foi pour se tenir séparés du monde. On aime avoir l’appui des hommes ; et certes, c’est éprouvant de devoir agir résolument. Dieu nous avertit que, si nous cherchons à plaire aux hommes, nous ne pouvons être des serviteurs de Christ. Il nous faut courir le risque de leur faire de la peine, mais les blessures faites par un ami sont fidèles (Prov. 27:6). Certains font la confusion entre le culte et entendre l’évangile, ou d’autres vérités. Or ce sont des choses entièrement différentes. Dans le culte, les chrétiens font monter en offrande à Dieu un service de louanges et d’actions de grâce. Le culte, c’est ce qui monte du croyant vers Dieu ; tandis que, dans l’évangile ou tout autre ministère, il y a un message qui descend de Dieu pour le bien des âmes, pour l’instruction des croyants, ou pour convaincre ceux qui ne croient pas et les amener au salut. Qu’on s’adresse aux uns ou aux autres, c’est toujours quelque chose qui descend de Dieu vers eux, et non pas quelque chose qui monte d’eux vers Dieu ; confondre ces deux choses est donc un mal grave. Ce qui attache beaucoup de gens aux vieilles murailles et à la routine, ce n’est pas les prières, mais l’espoir d’entendre quelque chose de bon dans le sermon.

Ils sortent ainsi entièrement de la condition d’adorateurs. Le culte est la vraie expression de la louange et des actions de grâce du cœur par le Saint Esprit, que ce soit par un homme illettré, ou non. Nous savons que les apôtres ne pouvaient pas parler correctement (Act. 4:13) ; or ils étaient, malgré tout, les vases choisis d’une telle puissance de Dieu, que jamais, ni avant ni depuis, aucune puissance pareille n’a visité cette terre dans des hommes sujets aux mêmes passions que nous. Je crois qu’il en est encore ainsi, et qu’il en sera toujours ainsi. Dieu choisit les choses faibles de ce monde pour couvrir de honte les choses fortes (1 Cor. 1:27). Quoiqu’un apôtre Paul puisse être introduit à l’occasion, cela reste une exception, et Dieu ne veut jamais que les exceptions deviennent la règle.

 

1.9.5        Le don du Saint Esprit — Différence entre né et scellé de l’Esprit — 1:13

Ainsi donc, outre la régénération, qui est la première opération de l’Esprit de Dieu, il y a en plus le don du Saint Esprit. « En qui vous aussi… ayant entendu la Parole de la vérité, l’évangile de votre salut » (1:13). Ils étaient nés d’eau et de l’Esprit. Ils avaient entendu la Parole de vérité, présentée dans cette même épître sous la figure de l’eau : « afin qu’Il la sanctifiât en la purifiant par le lavage d’eau par la Parole » (5:26). Ce n’est pas seulement que l’Église est lavée par la Parole, mais le pauvre pécheur est engendré par la Parole (Jacq. 1:18) quand il croit l’évangile — il est né d’eau et de l’Esprit. Mais étaient-ils simplement nés d’eau et de l’Esprit ? « Auquel aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de la promesse » (1:13). Beaucoup s’étonnent de trouver quelque chose comme le sceau du Saint Esprit, après être nés de l’Esprit. D’autres encore, voyant les deux faits, ont inventé la confirmation. Ils ont senti, d’après l’Écriture, qu’il y a quelque chose se rajoutant au fait d’être né d’eau, et situé au-dessus. C’est ainsi qu’une religion de formes a d’abord présenté le baptême pour régénérer tout le monde, puis la confirmation pour couronner le tout. Mais les formes ne valent pas mieux que l’idolâtrie : c’est mettre quelque chose à la place de Christ. Après le départ des apôtres, cette tendance s’amplifia rapidement. À la puissance du Saint Esprit agissant sur l’âme des hommes, on substitua des cérémonies exécutées par la main des hommes. Trouvant, d’après la Parole de Dieu, qu’il y avait deux choses, d’abord la régénération, puis le don subséquent du Saint Esprit, on adopta deux cérémonies différentes : en un sens c’était juste, si on voulait une religion de formes. Mais c’est une erreur complète quant à la nature même du christianisme.

Il n’en reste pas moins vrai qu’il y a deux opérations différentes du Saint Esprit. La première, c’est quand un homme est amené à la conscience du péché. Qu’est-ce qui fait qu’un homme s’abhorre lui-même ? Il est né de Dieu. Il peut ne pas être heureux du tout, avoir un sentiment réel de sa ruine ; et pourtant son cœur s’attache à Dieu. Cet homme est né de Dieu — vraiment converti, même s’il n’a peut-être encore aucune consolation dans son âme, quoique son cœur soit ouvert pour continuer à écouter la parole de la vérité, l’évangile du salut (1:13). Il croit cet évangile. Qu’en est-il alors ? Il est scellé du Saint Esprit, comme ayant cru non seulement à Christ, mais à l’évangile de notre salut, à l’œuvre accomplie par Christ. Car je ne crois pas qu’une âme puisse être scellée du Saint Esprit, à moins d’entrer dans ce qui concerne l’œuvre, aussi bien que la personne, de Christ. Cela explique le fait qu’il y a eu des personnes nées du Saint Esprit, mais qui n’ont jamais été scellées. Les saints de l’Ancien Testament, par exemple, croyaient en Christ, et portaient leurs regards vers Lui. Tous étaient nés de Dieu, mais aucun n’était scellé du Saint Esprit. Être né de l’Esprit, et être scellé de l’Esprit, sont deux choses bien différentes, qui peuvent, ou non, se trouver réunies chez la même personne. Pour entrer dans le royaume de Dieu, on doit tous être nés de l’Esprit, mais il n’est jamais dit qu’on doit tous être scellés de l’Esprit. Partout où le Saint Esprit parle d’être scellé de l’Esprit, c’est juste le contraire qu’on voit. Quelle est la première personne à avoir été scellée de l’Esprit ? Notre précieux Seigneur Lui-même. Le sceau Lui a été conféré d’une manière particulière. Quand a-t-Il été scellé ? Après la rédemption et l’ascension ? Non ; Il l’a été pendant qu’Il marchait sur la terre. « C’est Lui que le Père, Dieu, a scellé » (Jean 6:27). C’est comme Fils de l’homme qu’il a été scellé, et comme Fils de l’homme sur la terre avant la rédemption — sans effusion de sang, parce qu’Il n’avait pas connu le péché (2 Cor. 5:21), et que dans sa bouche, il n’a pas été trouvé de fraude (1 Pierre 2:22). Il était absolument sans péché : Le Saint Esprit pouvait demeurer sur Lui, indépendamment de toute application du sang, parce qu’Il était le Saint — le Sauveur. Il n’avait besoin d’aucune œuvre, ni de sang, ni de rédemption. Pourtant Il est mort, le sang a été versé, et la rédemption a été effectuée. Pourquoi cela ? Afin que nous puissions être scellés — afin que nous, qui n’avions aucun droit naturel à nous approcher de Dieu, nous en qui le Saint Esprit n’aurait jamais pu établir Sa demeure, nous puissions avoir en nous l’habitation du même Saint Esprit qui habitait en Lui.

 

1.9.6        Le don du Saint Esprit — Pas de nouvelle effusion de l’Esprit

C’est là ce que notre Seigneur montre progressivement. « Tu lui aurais demandé, et Il t’aurait donné de l’eau vive ». C’est pour cela que le Seigneur enseignait à ses disciples à demander le Saint Esprit, — alors qu’ils étaient déjà régénérés. Il leur dit pourtant bien de demander le Saint Esprit au Père (Luc 11). Est-ce pareil maintenant qu’Il a donné l’Esprit ? Dois-je demander le Saint Esprit quand je l’ai habitant en moi ? Cela aurait été l’incrédulité la plus flagrante de demander à Dieu d’envoyer Christ au moment où Christ se trouvait présent parmi Ses disciples. Et maintenant que le Saint Esprit a été envoyé du ciel, et qu’Il a été donné pour être en nous une fontaine d’eau jaillissante en vie éternelle (Jean 4:14), est-ce à nous de supplier pour que le Saint Esprit nous soit donné ? Est-ce aux chrétiens de prier pour une effusion du Saint Esprit ? Ce serait nier pratiquement que le Saint Esprit a été envoyé du ciel, et qu’Il habite en nous. Il est très juste de prier pour que nous ne L’attristions pas, et que nous ne L’éteignions pas. Prier que nous soyons fortifiés en puissance par Son Esprit quant à l’homme intérieur, c’est selon la Parole de Dieu (3:16), mais nous ne devrions absolument rien dire qui implique que le Saint Esprit n’est pas ici, alors qu’Il y est. Un nuage de ténèbres bien affligeant enveloppe l’esprit de beaucoup d’enfants de Dieu à ce sujet. Ils ne croient pas à leurs privilèges ; ils ne savent pas que le Saint Esprit habite en eux. Le Saint Esprit n’en est-Il pas attristé ? Si quelqu’un s’occupait de vous par des soins journaliers, et que vous ayez l’habitude de mettre en question votre relation avec lui, ou de douter de ses soins, cela montrerait que vous êtes dans un état maladif. Un brouillard couvre vos yeux, et vous demandez les grâces qui vous ont déjà été données. Ce n’est ni de la sagesse ni de la foi. Il est bien vrai qu’on peut demander à Dieu de bénir l’évangile pour les inconvertis, et de les régénérer. Mais prier pour une effusion de l’Esprit, c’est tout différent de la conversion ; l’effusion de l’Esprit n’est mentionnée qu’en rapport avec le don du Saint Esprit, d’abord aux Juifs, puis aux Samaritains, et en troisième lieu aux Gentils. Depuis ce jour-là jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas la moindre base pour demander à Dieu une effusion du Saint Esprit. C’est une prière sans intelligence, fondée sur l’incrédulité à l’égard de la vérité que le Saint Esprit a été envoyé ici-bas. Dieu Lui-même ne peut rien ajouter à la bénédiction d’un don qu’Il a déjà fait. Il y avait une grande différence entre les Juifs, les Gentils et les Samaritains ; c’est pour cela que le don du Saint Esprit est expressément mentionné en rapport avec chacune de ces classes de personnes. Le Saint Esprit ne sera jamais répandu à nouveau sur l’Église. C’est ignorer les voies de Dieu que de s’y attendre. Il a été répandu pour l’Église, aussi réellement qu’il était possible pour Dieu de le donner. Mais une fois que les saints célestes auront été enlevés pour être avec Christ à Sa venue, il y aura en son temps une effusion de Son Esprit sur un peuple nouveau, lorsque Juifs et Gentils, comme tels, seront amenés séparément à la connaissance de Jésus. Par contre, tant que l’Église est sur la terre, il n’y aura jamais — et il ne saurait jamais y avoir — une nouvelle effusion de l’Esprit. Elle ne peut pas plus être répétée qu’il ne peut y avoir de seconde mission du Seigneur Jésus pour répéter Son œuvre pour nous. Il ne s’agit pas de spéculer. Ces vérités se lient de la manière la plus intime à notre culte et même à notre paix.

 

1.9.7        La présence du Saint Esprit dans le croyant est un point essentiel

La foi en la présence de l’Esprit de Dieu, ou l’incrédulité à cet égard, c’est un test qui met les saints à l’épreuve aujourd’hui. Il nous convient de bien examiner si nous entrons réellement dans la pensée de Dieu à ce sujet. Comprenons bien que ce qui nous constitue chrétiens, ce n’est pas seulement le fait de croire en Christ, mais d’être maintenant scellés du Saint Esprit. Il régénère un inconverti par la foi en Christ, mais le sceau ne concerne que les croyants. C’était la preuve décisive pour savoir si un homme est chrétien. Pierre soutient ce fait de la manière suivante : « Quelqu’un pourrait-il refuser l’eau, pour que ceux-ci ne soient pas baptisés, eux qui ont reçu comme nous l’Esprit Saint » ? (Actes 10:47). Ils n’avaient pas simplement cru ; Dieu leur avait aussi donné le Saint Esprit : quelqu’un pouvait-il oser refuser des personnes en qui habitait cette Personne Divine, et à qui Dieu avait conféré une grâce aussi remarquable ? Cette présence du Saint Esprit est aussi le fondement de toute unité chrétienne. Il ne s’agit pas seulement de savoir si on a la vie, mais si on a cru que le Saint Esprit habite en nous. Le point qui change tout, ce n’est pas simplement la possession de la vie, mais la possession du Saint Esprit. Les Gentils n’ont été reconnus comme faisant partie intégrante de l’Église de Dieu qu’après avoir reçu le Saint Esprit (Actes 11). L’Église n’est pas seulement tenue de s’assurer qu’il y a la vie, et de croire qu’il y a la vie dans l’âme, mais, d’après la Parole de Dieu, elle est encore autorisée à attendre jusqu’à ce qu’il y en ait une manifestation telle qu’il soit clairement manifeste que l’homme a le Saint Esprit habitant en lui. Il n’y a jamais eu d’assemblée reconnue comme telle, avant qu’il soit pleinement reconnu qu’elle était sur le terrain commun à l’Église en général, par la réception du Saint Esprit.

 

1.9.8        Ch. 1:14 — Les arrhes de l’héritage

Tout cela rend bien évidente la vraie manière dont on doit agir avec les saints maintenant. L’Église a le droit de s’attendre à cette manifestation de la puissance de l’Esprit. Ce n’est pas un amour vrai si on ne s’en enquiert pas. « Auquel aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de la promesse, qui est les arrhes de notre héritage, jusqu’à la rédemption de la possession acquise, à la louange de Sa gloire » (1:14). Sans m’attarder sur ce dernier verset, je voudrais de nouveau établir la concordance des faits suivants : il ne pouvait y avoir de sceau de l’Esprit avant que l’œuvre de Christ fût accomplie (le Fils seul a été scellé sur la terre, Lui qui n’avait pas besoin de la rédemption, mais qui est venu, au contraire, pour nous racheter pour Dieu) ; mais maintenant que la rédemption est accomplie, sur la base de cette œuvre accomplie, nous recevons le Saint Esprit pour habiter en nous, et nous recevons ainsi les arrhes de l’héritage. Je crois que cette dernière vérité est tout autant particulière à l’Église de Dieu, depuis la Pentecôte, que le sceau de l’Esprit. Les disciples n’étaient pas scellés de l’Esprit, et n’avaient pas non plus les arrhes de l’héritage avant que le Saint Esprit fut envoyé du ciel. Ces arrhes, c’est la puissance du Saint Esprit donnant maintenant au croyant une joie actuelle, une anticipation actuelle de la gloire vers laquelle il marche. Certes cela peut bien être entaché chez beaucoup de croyants par manque de connaissance de la vérité, ou par l’activité de la chair, la mondanité, etc. Il n’en demeure pas moins vrai que, maintenant que le Saint Esprit est donné, un croyant devrait regarder en haut et demander à Dieu que soit détecté et ôté tout ce qui est un empêchement à l’entrée dans la joie de son héritage béni. Je suis certain que le fait de se contenter de savoir que l’on est né de Dieu, a fortement été au détriment des enfants de Dieu ; cela les a arrêtés très tôt, comme s’ils n’avaient pas d’autre but que d’apprendre qu’ils étaient enfants de Dieu, et rien de plus. Mais, après avoir cru, notre affaire est de poursuivre et d’apprendre d’autres vérités, et par-dessus tout, d’apprendre à connaître Christ Lui-même. Ainsi, la régénération d’une âme par le Saint Esprit, ne doit pas l’arrêter au fait qu’elle est régénérée ; mais, étant nés de Dieu, il nous faut aller de l’avant, et entrer dans les vérités bénies que Dieu nous donne, — vérités qui se rattachent à la fois à notre rédemption et à notre gloire future, et qui trouvent leur centre dans la personne et l’œuvre de Christ.

En tant que sceau, le Saint Esprit est le témoin de notre parfaite purification de nos péchés — elle résulte de l’œuvre de Christ. Cette opération de l’Esprit implique que l’œuvre est accomplie, et que nous sommes mis à part pour Dieu sur le fondement de la rédemption. Nous sommes scellés, parce que la rédemption est accomplie. Si je regarde à la gloire, elle n’est pas encore là. C’est pourquoi il y a un changement de figure quand l’apôtre parle de notre héritage. « Sceller » ne va pas avec l’héritage, parce que nous ne l’avons pas encore, en fait ; nous attendons d’être mis en possession de ce que nous allons avoir avec Christ. C’est pourquoi il est dit du Saint Esprit qu’Il est « les arrhes de notre héritage ». Le même Esprit qui nous scellé est les arrhes de notre futur brillant, « jusqu’à la rédemption de la possession acquise ». En tout premier lieu, nous avons les privilèges de la grâce divine qui nous a élus en Christ (1:4) ; qui nous a prédestinés à la position de fils (1:5) ; qui nous a introduits dans une pleine faveur « dans le Bien-aimé » (1:6), sans que plus rien ne soit mis en question ; qui nous a déjà donné la rédemption en Christ par son sang, et même la rémission des péchés (1:7). Mais à peine le Saint Esprit nous a établis dans la pleine connaissance de l’amour de Dieu pour nous, et dans son effet présent pour ôter nos péchés, voilà qu’Il place devant nous l’héritage. C’est la raison pour laquelle est introduite la relation du Saint Esprit avec ces deux choses. Et de même qu’il y a deux grandes parties dans notre élection par Dieu personnellement, ainsi le Saint Esprit prend une double relation. Il est le sceau de la grâce et de la bénédiction que nous avons en Christ, et il est les arrhes de la gloire que nous allons avoir avec Christ. Voilà les relations du Saint Esprit avec le croyant individuellement. Toutes les opérations collectives de l’Esprit ont une place secondaire, si on les compare avec Ses voies avec l’âme individuellement ; quant à ces dernières, bien qu’on pourrait les développer beaucoup plus complètement, je m’y suis arrêté assez longuement en rapport avec ce que je me proposais maintenant.

 

1.10                      Ch. 1:15-23 — La prière de l’apôtre

Le Saint Esprit conduit maintenant l’apôtre à une prière remarquable, qui découle, au moins partiellement, du sujet qui nous a occupés. On trouvera que tout est placé dans le meilleur ordre possible quant à ses relations avec le reste, même quand il s’agit de révélations nouvelles ; c’est un ordre que nous n’aurions jamais pu imaginer, si Dieu ne nous l’avait fait connaître, mais une fois communiqué, il s’impose immédiatement au jugement spirituel. Car la bénédiction que l’apôtre transporté a déversée dans les premiers versets, découle — nous l’avons vu — du double caractère de Dieu : « Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ ».

 

1.10.1    Les deux prières des ch. 1 et 3 — Prières et adoration à Dieu et au Père

Deux prières, dans cette épître, répondent à ce double titre. La première prière se trouve dans le passage qui nous occupe, et se rattache au titre de Dieu de notre Seigneur Jésus Christ ; au ch. 3 v. 14, nous avons la prière correspondante, qui répond au second titre de Père de notre Seigneur Jésus-Christ. Les deux ont clairement Christ comme fondement et comme centre, mais Christ y est considéré d’un point de vue totalement différent. Dans la première prière, Christ est vu comme un homme, quelqu’un qui appelle Dieu son Dieu. Dans la seconde prière, Christ est considéré dans Sa relation plus intime de Fils, et Il place donc le Père devant nous. Nous aussi, nous avons communion avec Dieu sous ces deux rapports ; nous avons affaire avec Lui comme Dieu et comme Père. Il est dit dans Jean 4 : « L’heure vient, et elle est maintenant, que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ». Puis notre Seigneur ajoute : « Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité ». La différence entre ces deux côtés est immense.

Comme Père, Il cherche des adorateurs, Il fait savoir la faveur inexprimable de les amener à la connaissance de son amour. Il forme leurs cœurs selon la manifestation qu’Il a faite de Lui-même en Christ ; Il fait déborder ces cœurs d’actions de grâces et de louanges, et les constitue ainsi adorateurs en esprit et en vérité. Mais il est alors ajouté que Dieu est esprit, etc. Quelle que soit la forme sous laquelle Il a pu se manifester dans le Judaïsme, pour des raisons spéciales, — quelles que soient les manifestations de Sa majesté en jugement, d’une manière tangible tout en restant Lui-même caché, Il est esprit, et par conséquent le culte qu’on Lui rend doit être de nature spirituelle. Il ne s’agit donc pas simplement de cet amour immense, qui cherche des adorateurs, les rend tels, les met à part et les rassemble, mais il s’agit du caractère indispensable du seul culte qu’Il admet maintenant. Du moment qu’Il se révèle pleinement, Il ne peut rien reconnaître d’autre qu’une adoration réelle dans l’Esprit. Le temps des formes, des rites et des cérémonies est totalement passé. Dès lors, non seulement Il n’en attend plus, mais Il les méprise ; Il les traite comme une injure faite à Sa nature, comme un manque d’égard envers son Fils, et comme un produit de substitution de Satan voulant remplacer la puissance du Saint Esprit. Il faut que ceux qui L’adorent, L’adorent en esprit et en vérité. Je crois qu’il est important de faire ressortir les relations qu’on trouve dans la précieuse Parole de Dieu, pour montrer que la distinction indiquée n’est pas un produit de l’imagination. Hélas ! les hommes sont séduits jusqu’à faire des inventions en présence des trésors ignorés de la Bible. Tout ce que nous avons à faire, c’est de nous incliner devant ce qui nous est donné là. Sans doute, nous avons à apprendre ; mais quand la vérité est connue, quelle grâce d’être entièrement délivré du vain désir de quelque invention, ou de besoin semblable ! Il est naturel pour l’homme insatisfait de chercher des nouveautés excitantes. Mais Dieu est infiniment au-dessus de l’homme, et sa Parole est riche au-delà de tout ce que nous pouvons penser ; tout ce que nous avons donc à faire, c’est de soumettre nos âmes à l’Écriture, étant bien assurés que la révélation de Dieu, aussi ancienne qu’elle soit, offre pratiquement ce qui est toujours nouveau pour le cœur.

 

1.10.2    Ch. 1:15 – Introduction de la prière de l’apôtre

1.10.2.1        La foi qui est en vous

Nous avons donc, dans notre épître, ces deux prières. En introduisant ici la première, l’apôtre dit : « c’est pourquoi moi aussi, ayant entendu parler de la foi que vous avez au Seigneur Jésus, et de l’amour que vous avez pour tous les saints ». Du fait que notre amour suggérerait la pensée de quelque chose de la part de l’homme qui nous donnerait de l’importance, l’apôtre introduit son sujet par « la foi », bien qu’il allait parler de l’amour pour les saints : cela nous renvoie à Son amour pour nous plutôt qu’à notre amour pour Lui.

 

1.10.2.2        L’amour que vous avez pour tous les saints : un amour sans préférences

« C’est pourquoi », dit-il, « moi aussi, ayant entendu parler de votre foi au Seigneur Jésus », puis il en tire la conséquence : « et de l’amour que vous avez pour tous les saints ». C’est là une parole bien importante pour juger de notre amour. Nous sommes tous enclins à former un cercle même parmi les enfants de Dieu — à avoir nos préférés, ceux qui nous conviennent le mieux, dont les pensées, les sentiments et les habitudes sont plus ou moins les mêmes que les nôtres, ou au moins, ceux qui ne sont pas une trop grande épreuve pour nous. Mais ce n’est pas là l’amour pour les saints. C’est plus de l’amour pour nous-mêmes que pour eux. La chair aime ce qui nous est agréable, — ce qui ne nous fait pas de peine, ce qui est peut-être une récompense des amabilités naturelles. Tout cela se rencontre facilement là où il n’y a aucun exercice réel de la nouvelle nature, aucune énergie puissante de l’Esprit de Dieu opérant dans nos cœurs. Nous avons toujours à éprouver nos âmes, et à nous demander où nous en sommes à cet égard. Le Seigneur Jésus est-Il le motif prédominant et l’objet principal de nos cœurs ? Est-ce avec Lui et pour Lui que nous pensons à tous les saints, et que nos sentiments à leur égard sont formés ?

 

1.10.2.3        Amour et jugement du mal

J’admets pleinement que l’amour pour les saints ne peut ni ne doit revêtir la même forme envers tous. Il faut qu’il s’exerce dans l’énergie et l’intelligence de l’Esprit, de manière variée selon la nature de l’appel fait à l’amour. Si d’un côté l’on doit aimer même une personne sous la discipline, d’un autre côté ce serait une très grave erreur de supposer que notre amour doit se montrer de la même manière que si elle n’était pas sous la discipline. Vous ne cessez pas de l’aimer : en absence d’amour, on n’est même jamais dans la position ou l’esprit convenable pour exercer la discipline avec le Seigneur, — joignant une juste haine du péché, voire de l’indignation, mais une réelle charité envers la personne. Si nous ne sommes pas dans cet état de cœur, il vaut mieux attendre en comptant sur Dieu, jusqu’au moment où nous pourrons nous occuper du cas dans un esprit de grâce divine. Il faut bien sûr agir avec justice, mais même en s’occupant de son enfant, on ne devrait pas châtier sous l’effet de la passion. Tout ce qui n’est que le résultat d’une impulsion soudaine, n’est pas un sentiment qui glorifie Dieu à l’égard du mal. C’est pourquoi, dans les cas de discipline, il devrait y avoir du jugement de soi-même, et aussi une grande patience, sauf si l’affaire est si grave qu’une hésitation à son sujet serait une faiblesse coupable, ou un manque de décision et de jalousie pour Dieu. Certains péchés sont en effet une telle offense contre Dieu et les hommes, que si l’on a le sentiment de Sa sainteté et de l’obéissance qui Lui est due, il faut agir à leur encontre avec une énergie solennelle, et pour ainsi dire sur-le-champ. Dieu veut que le champ d’activité du péché soit le lieu du jugement de ce péché, selon Sa volonté.

Supposons que quelque chose ait été fait dans l’assemblée publiquement, une fausse doctrine est annoncée au milieu du peuple de Dieu ; s’il y a la puissance de Dieu, et s’il y a du cœur pour Ses droits, ce peut être un devoir à l’égard de Sa Majesté de traiter le cas sans délai. Ceci est assez clair d’après la Parole de Dieu : en cas d’hypocrisie positive et de mensonge contre Dieu, nous y trouvons la promptitude d’action du Saint Esprit par le moyen de l’apôtre, en présence même de l’Église, pour juger sur-le-champ la fraude qui était tentée à l’égard de Celui qui a là Sa demeure (Actes 5). Je nie qu’il y ait eu du manque d’amour dans cette affaire : c’était plutôt ce qui devait nécessairement accompagner l’action de l’amour divin, par la puissance du Saint Esprit, dans l’assemblée, ou du moins par le moyen de Pierre, comme instrument spécial de Sa puissance au milieu d’elle. C’était sans doute un jugement sévère, mais il était le fruit d’un désir profond du bien des saints de Dieu, et d’un sentiment d’horreur à la pensée qu’un tel péché pût trouver un appui et un abri parmi eux ; ce sentiment d’horreur jaillissait aussi à la pensée que le Saint Esprit puisse être déshonoré d’une manière aussi abominable, et attristé, ainsi que l’Église entière, si ce péché était toléré.

Mais dans les cas ordinaires, ce même amour attend, et laisse du temps pour avouer la faute et s’en repentir. Dans neuf cas sur dix, on commet des fautes quand on agit précipitamment, parce que nous sommes enclins à être jaloux pour notre propre réputation. Oh ! combien peu nous réalisons que nous sommes crucifiés et morts avec Christ ! Nous ressentons le scandale, ou ce qui affecte les pensées de l’auditoire : mais ce n’est pas là la puissance du Saint Esprit ; ce n’est que de l’égoïsme opérant dans nos cœurs. Nous n’aimons pas perdre notre réputation, ni partager la douleur et la honte de Christ chez ceux qui portent Son nom. Sans doute on ne veut pas traiter à la légère ce qui est mal : une pareille attitude ne sera jamais convenable, tant dans les affaires graves que dans les affaires mineures. Nous ne devrions jamais justifier le moindre mal, ni en nous, ni chez les autres, mais il faut habituer nos âmes à avoir l’habitude de juger ce qui déshonore le nom du Seigneur, ne fût-ce qu’une parole dite avec précipitation. Si nous commençons par être insouciants au sujet de petites fautes, rien ne nous préservera de péchés graves, sinon la pure miséricorde de Dieu. Si l’amour envers tous les saints agissait dans nos cœurs, il y aurait moins de précipitation.

Il nous arrive de mal interpréter les choses, et de tâcher de donner autant que possible un tableau très sombre, alors que le mal n’est qu’apparent. Prenons garde de juger sur la première impression, alors que la réalité peut se révéler être toute autre : ce n’est pas là un jugement juste. Nous devrions chercher à juger les choses avec une meilleure mesure, et à la lumière de Dieu. Dans ces affaires sérieuses, nous sommes tenus à la certitude des choses, et à ne pas agir sur la base de simples soupçons. Tout jugement, s’il est selon Dieu, doit résulter de ce qui est connu et certain, non pas d’allégations — lesquelles sont trop souvent l’effet d’une prétention déplacée à avoir une spiritualité supérieure. L’importance de cela revient constamment ; si nos âmes étaient plus simples à cet égard, on commettrait moins de fautes.

Quand le cœur est vrai, Christ a la première place ; l’objet suivant de notre amour, ce sont « tous les saints ». Si deux personnes sont en faute, l’une étant un favori de premier ordre, et l’autre un mal-aimé, inutile de dire que ce dernier est en grand danger d’être éliminé. L’objet de mon aversion sera enveloppé d’un nuage obscurcissant la vérité, même si celle-ci est évidente pour quelqu’un qui garde son sang-froid. Au contraire, le favori trouvera de quoi contrebalancer les preuves de sa culpabilité dans la réticence de ses amis à dire quoi que ce soit de défavorable à son égard. Dans de telles circonstances, ces sentiments sont de part et d’autre, en complet désaccord avec la pensée de Dieu. Le favoritisme et les préjugés sont tous clairement condamnés par la précieuse Parole de Dieu. « La sagesse d’en haut est premièrement pure, ensuite paisible, modérée, traitable, pleine de miséricorde et de bons fruits, sans partialité, et sans hypocrisie » (Jacq. 3:17).

 

1.10.2.4        Détails sur la manifestation de l’amour pour tous les saints — Phil. 2:3

Il y a un devoir d’amour « pour tous les saints » parce que ce sont des saints. Les aimer, parce que Dieu les a mis à part et les a introduits dans une relation éternelle avec Lui, c’est là le seul vrai amour chrétien pour les saints. La grande difficulté est de toujours faire découler nos pensées, nos sentiments et nos actes de cette base-là. Comprenez-moi bien. Je ne veux pas dire qu’il y a du mal à avoir des amis. Notre Seigneur en avait. Il aimait Jean d’un autre amour que les autres ; mais sous un autre aspect, Il les aimait tous pareil ; c’étaient Ses saints, aussi étaient-ils incomparablement précieux à Ses yeux. Il pouvait apprécier la fidélité de certains de Ses serviteurs ; il Lui arrivait d’encourager, de reprendre ou de corriger Son entourage. Il faut laisser de la place pour toutes ces choses ; il reste la grande base de l’amour pour tous les saints. Mais il est évident que nous ne sommes pas tenus de dévoiler nos affaires personnelles à tous les saints au seul motif que ce sont des saints. Les saints, par exemple, ne sont pas toujours les hommes les plus sages. Même si nous n’avons pas à méconnaître leur position de saints, nous ne sommes pas tenus d’exposer nos difficultés à tous, ni non plus d’aller chercher conseil dans ce qui peut demander de la maturité et de la spiritualité de jugement, auprès de ceux qui peuvent n’être d’aucun secours dans l’affaire. L’amour doit être toujours présent. Ceci amène la valeur du principe divin : « que… l’un estime l’autre supérieur à lui-même » (Phil. 2:3). Je maintiens que cela est vrai de tous les saints. Il peut s’agir de quelqu’un n’ayant guère d’idées en tête, mais qui pourtant a Christ devant son âme. Peut-être est-il très ignorant et bien sot — peut-être trop prompt dans son esprit, marqué de forts préjugés, faible pour sympathiser, sans valeur comme conseiller ; mais s’il est, de manière évidente, une âme attachée à Christ, estimant Christ au-dessus de tout, ne puis-je pas, ne dois-je pas l’estimer supérieur à moi-même ? Est-ce que je ne vois pas en lui ce qui reprend mon âme, ce qui me rafraîchit, et m’édifie, — bien plus que s’il était simplement un ami des plus dévoués et un conseiller très sage ? Dans le moindre des saints de Dieu, il y a à la fois ce qui réjouit et ce qui humilie notre cœur. Je n’ai pas à estimer une personne pour des qualités qu’elle n’a pas : Dieu ne nous fait pas voir, ne peut pas nous faire voir, de l’imaginaire. Inversement, il est bon de se rappeler combien sont précieux tous les saints comme tels. Montrez-moi les plus faibles et les plus éprouvants d’entre eux … malgré cela on peut et on doit cultiver un respect réel et vrai envers eux, en tant qu’enfants de Dieu. L’important n’est pas seulement que Dieu est pour eux, mais ce qui est de Christ en eux ; cela suffit à les recommander, au-dessus de toute autre considération, à celui qui attache du prix à la communion avec le Père et le Fils.

Quand nous pensons à nous-mêmes, ne devrions-nous pas au contraire ressentir tout ce qui, en nous, n’est pas selon Christ ? Puissions-nous toujours ressentir ce en quoi nous manquons et attristons l’Esprit de Dieu ! Cela aurait pour effet de rabaisser, et même de jeter par terre, l’estime que nous avons de nous-mêmes. Pourrions-nous garder une très haute opinion de nous-mêmes si nous sentions comme nous le devrions, nos manquements si fréquents (hélas !) en présence de la riche et parfaite grâce de Dieu envers nos âmes ? Quant aux autres, si nous avions devant nous, non pas leurs manquements, mais l’amour de Christ pour eux, Sa vie en eux, et la gloire qui leur est réservée, quel en serait l’effet ? « L’amour... pour tous les saints ». Christ discerné dans les saints, voilà la puissance de l’amour qu’Il voudrait voir s’épancher vers eux. Il peut arriver des circonstances où vous avez eu confiance que Dieu manifesterait telle personne comme étant l’un de Ses saints, vous avez prié pour cette personne et cherché son bien d’une manière ou d’une autre, — et voilà qu’il arrive un moment et des circonstances où ce serait un péché que de s’associer à elle comme chrétien. Je parle d’un cas où la personne, par quelque souillure de chair ou d’esprit, a amené du déshonneur sur le nom du Seigneur. Quoique qu’on puisse, pour un temps, s’abstenir de toute expression de relations d’amour, néanmoins l’amour trouve toujours moyen de se montrer, même si ce n’est qu’en la présence de Dieu, hors de la vue des hommes. Ainsi donc, quant à la manière de montrer l’amour, il nous faut rechercher dans la Parole de Dieu. Mais le principe général ne peut être mis en question, savoir que Dieu veut placer tous les saints sur nos cœurs. Il les porte tous sur son propre cœur, et Il veut que nous cultivions cette largeur d’affection pour la famille.

 

1.10.3    Ch. 1:16-17a — Prière au Père de gloire

C’est en rapport avec ceci que Paul ajoute ce qui suit — lui qui entrait dans ces choses dans une mesure que même les saints auxquels il s’adressait ne connaissaient guère pratiquement. Il dit donc : « C’est pourquoi moi aussi … je ne cesse pas de rendre grâces pour vous, faisant mention de vous dans mes prières, afin que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, vous donne l’esprit de sagesse et de révélation, dans sa connaissance ». Nous retrouvons ici le titre si souvent évoqué : « le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ ». Il va parler de la manière que Dieu a d’agir avec l’homme, et même avec Christ comme homme ; car bien sûr, ce n’est que sous cet aspect qu’on peut parler ainsi. Or s’Il agit avec nous sur ce pied-là [comme Dieu de notre Seigneur Jésus Christ], exerçant Sa miséricorde par le moyen de l’homme ressuscité, et donnant de nouvelles bénédictions en accord avec ce caractère, Il est pourtant « le Père de gloire », en ce qu’il est la Tête et la grande Source de toute bénédiction céleste, Celui duquel tout découle pour la gloire de Son nom et pour Sa louange. Cela nous fait aussitôt entrer dans le secret de cette prière. La gloire est la pensée principale — un aspect majeur de cette prière, mais non pas le seul aspect. C’est pourquoi le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, se propose de nous donner certaines bénédictions, et agit par Lui pour le faire ; on trouvera que la base de la colonne brillante de bénédictions, c’est Christ ressuscité et glorifié à la droite de Dieu. Si vous regardez la prière du chapitre 3, il n’y a pas un mot sur Son élévation « au-dessus de toute principauté et autorité et puissance » ; car le sujet de cette prière n’est pas du tout la gloire, ni ce que Dieu a fait : ce n’est rien de ce qui a été conféré à Christ, mais le sujet est Christ Lui-même et Son amour, la somme et la substance de ma bénédiction ; comme il est dit là : « de sorte que le Christ habite dans vos cœurs par la foi ». La prière du chap. 1 est en contraste à tous égards avec celle du chapitre 3. Dans cette dernière, l’amour est l’idée-mère, non pas la gloire. Il est bon de toujours garder à l’esprit cette merveilleuse relation entre l’amour et la gloire ; parce que l’un ne va pas sans l’autre. Même si la gloire est l’effet et la manifestation brillante de l’amour, toutefois l’amour est encore plus profond et n’est jamais pleinement connu sinon dans la présence immédiate de notre Père. En ce qui nous concerne, le royaume n’est pas la preuve de l’amour de Dieu ; la preuve de cet amour, quant à nous, c’est que nous devons être avec le Fils dans la maison du Père, et que nous apparaîtrons avec Christ en gloire. Qui nous y amène ? Le monde ne connaît rien sur la maison du Père. C’est une scène en dehors de la terre, où aucun œil d’homme ici-bas ne peut pénétrer. Mais Il nous manifestera aussi devant le monde.

C’est pourquoi, vous verrez qu’en Jean 17:22, quant à la gloire que le Père donne au Fils et que le Fils nous donne à cause de Son amour infiniment parfait, — cette gloire est donnée afin que le monde connaisse que le Père a envoyé le Fils, et qu’Il nous a aimés comme Il a aimé le Fils. Pour prouver cet amour, la gloire, là comme ici, est mise en avant. Comme il y a la prière de la gloire en Éph. 1, et la prière de l’amour en Éph. 3, ainsi en Jean 17, la gloire qui est donnée a pour but de prouver ce qui sans cela n’aurait pas été si clairement donné à connaître au monde. Les hommes ici-bas peuvent voir la gloire, mais ils ne peuvent pénétrer l’amour. Le monde pourra conclure du fait que nous serons dans la gloire avec le Seigneur Jésus, que nous étions aimés du même amour dont le Seigneur Jésus a été aimé. La gloire s’exprime extérieurement, mais l’amour va plus profond et introduit dans la scène où le Père se révèle dans Son Fils bien-aimé. C’est ce que je peux appeler une scène d’intimité, une scène de famille hors du monde, le repos et la demeure célestes. Ce n’est pas simplement l’éclat, la gloire, la majesté ou la puissance. Toutes ces choses seront pleinement manifestées ; mais il y a quelque chose de plus profond que tout, et qui est à la racine de tout. C’est l’amour, qui, bien qu’il soit ce qu’on pénètre le moins, n’en est pas moins ce qui était réellement avant tout, et ce vers quoi tout tournera. C’est ce qu’il y a de plus élevé, et il est éternel. Le royaume peut avoir son terme, mais l’amour jamais. La manifestation devant le monde aura un commencement et une fin. De même que l’amour ne finira jamais, ainsi l’amour a toujours été dans le sein de Dieu le Père.

 

1.10.4    Ch. 1:17b-19a — … dans Sa connaissance

Cette prière demande « que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, vous donne l’esprit de sagesse et de révélation, dans Sa connaissance » ou plutôt dans la pleine connaissance de Lui. Il pourrait y avoir quelque difficulté, si c’était seulement « dans Sa connaissance ». La vraie signification du mot, c’est « la pleine connaissance de Lui ». Ils Le connaissaient déjà, mais Paul priait qu’ils Le connaissent encore plus. Il désirait qu’ils soient des pères en Christ, et ce qui caractérise un père, c’est une connaissance profonde et croissante de Christ Lui-même. Seul l’Esprit de Dieu pouvait leur donner d’y entrer ; mais c’était dans la pleine connaissance de Lui. « Les yeux de votre cœur étant éclairés, pour que vous sachiez quelle est l’espérance de Son appel, et quelles sont les richesses de la gloire de Son héritage dans les saints ; et quelle est l’excellente grandeur de sa puissance envers nous qui croyons ». Nous avons ici trois choses qui nous sont présentées, et qui demandent une considération spéciale.

 

1.10.5    Ch. 1:18b — L’espérance de Son appel et les richesses de la gloire de Son héritage

« L’espérance de Son appel » vient en premier. Je comprends qu’il se réfère dans une mesure, à ce que nous avons déjà trouvé dans la première partie du chapitre. « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ, selon qu’Il nous a élus en Lui, avant la fondation du monde, afin que nous fussions saints et irréprochables devant Lui en amour ». Je pense que l’apôtre pense ici au verset 4 dans une mesure. Le verset 5 présente Sa place comme Père. « L’espérance de Son appel » est fondée sur la plénitude de bénédiction qui nous appartient selon ce dessein de Dieu qui est déjà nôtre en Christ, et qui nous a été déjà donné à connaître et a été reçu dans nos cœurs — l’appel de Dieu pour que nous fussions saints et irréprochables devant Lui en amour (1:4). Mais alors, si ceci est l’espérance de Son appel (car il faut que tout découle de Dieu Lui-même), il ajoute : « et quelles sont les richesses de la gloire de son héritage dans les saints » (1:18). C’est ici une allusion claire à ce que nous avons trouvé dans le corps du chapitre : l’héritage, et non pas seulement l’appel. L’appel était l’œuvre efficace de la grâce de Dieu, et les richesses de l’héritage étaient plutôt la gloire convenant à un tel appel. Mais, à côté de ce caractère de gloire, il y a d’abord la portion cachée convenant au fait d’être élus pour être saints et irréprochables devant Lui en amour — appelés à être le reflet de Sa propre nature, sainte et pleine d’amour, que, bien sûr, nous possédons dans la vie de Christ, et que nous aurons, dans son plein développement, quand nous serons transformés à Son image, de gloire en gloire. Car Son appel a sa propre espérance de ce dont nous jouirons en Sa présence.

 

1.10.6    Ch. 1:18b — Son héritage dans les saints. Héritage et héritiers

En second lieu, il y a donc l’héritage. L’apôtre désirait qu’ils connaissent les richesses de la gloire de l’héritage, afin de mieux connaître l’héritage. Mais il emploie une expression remarquable : « les richesses de la gloire de son héritage dans les saints ». Il faut être bien en garde contre l’erreur assez générale sur ce sujet, selon laquelle les saints signifient l’héritage. Ce n’est nullement la force de l’expression, et même, je n’hésite pas à dire que ce serait falsifier la principale bénédiction de l’appel de l’Église. Dans l’Ancien Testament, nous trouvons qu’Israël était l’héritage de Dieu et le peuple de Dieu, et que Dieu, par le moyen d’Israël, prenait possession de la terre. Quand le jour viendra pour Dieu d’être roi, et plus que roi, quand Il prendra sous Son gouvernement l’univers entier, comment cela s’accomplira-t-il ? Sera-ce par le moyen d’Israël ? Non, mais par le moyen de Ses saints célestes — l’Église de Dieu. L’expression semble être de portée volontairement large. Incontestablement cela désigne les saints transmués ou ressuscités, pour être semblables à Christ, dans une condition entièrement céleste (1 Cor. 15:52 ; Phil. 3:21). Voilà la manière dont Dieu s’attribuera l’héritage et le prendra bientôt de Sa propre main. Quand Il prit Canaan, Il ne descendit pas pour en prendre possession par une puissance céleste, mais par le moyen de Son peuple. Alors, quand Dieu chassera les esprits méchants des lieux célestes et de toute liaison avec eux, quand Il renversera toutes les puissances sur la terre, tout ce qui Le contredit, et qu’Il amènera l’univers entier à être soumis au nom de Christ, — qui sont ceux qui sont destinés à le prendre en Son nom, comme Israël au pays de Canaan ? Les saints ressuscités. C’est de là que vient l’expression « les richesses de la gloire de Son héritage dans les saints ». L’idée commune que les saints constituent l’héritage n’est pas scripturaire. Car dans tout le Nouveau Testament, les saints sont toujours représentés avec le plus grand soin non pas comme l’héritage, mais comme les héritiers, « héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ » (Rom. 8:17). Ils ne sont traités nulle part comme étant l’héritage, mais au contraire, le sens de ce qui est révélé comme étant l’héritage signifie les choses dans les cieux et les choses sur la terre ; l’Église en est toujours soigneusement distinguée. Je considère que ce point ne peut pas être mis au rang des questions discutables ; le témoignage de la Parole est trop abondant et précis. Ce qui est clairement révélé dans l’Écriture ne devrait jamais être laissé comme sujet à débattre ou incertain : le doute a toujours un effet nuisible sur l’esprit, outre qu’il insulte Dieu et attriste Son Esprit. La certitude qu’un autre possède ne peut nous suffire, mais il ne faut pas hésiter à parler clairement quand nous n’avons aucun doute quant à la pensée de Dieu sur un sujet. En y regardant sous ce point de vue, cela s’accorde bien avec la structure du chapitre. Comme il y a « l’espérance de Son appel » dans le premier membre de phrase (1:18), correspondant à ce qui figurait dans les premiers versets, de même « la gloire de Son héritage » correspond aux versets du milieu du chapitre. Dieu se propose d’avoir tout l’univers béni et heureux sous Christ, et non pas seulement que la gloire Lui soit donnée au ciel, ou qu’un peuple Lui soit assujetti ici-bas. Nous avons ici une vue incomparablement plus vaste des intentions de Dieu. Christ aura la bénédiction et la gloire universelles, toutes choses dans le ciel et sur la terre Lui étant assujetties ; et c’est en Lui que nous avons obtenu cet héritage.

 

1.10.7    Ch. 1:19-21 — L’excellente grandeur de Sa puissance

Le point restant à voir est « l’excellente grandeur de Sa puissance envers nous qui croyons selon l’opération de la puissance de Sa force ; qu’Il a opérée dans le Christ, en le ressuscitant d’entre les morts, et Il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux célestes » (1:20). Pourquoi ne pas attirer l’attention sur la puissance déployée lors de la création du monde ? Lorsque Dieu s’adresse à Israël, Il parle de Lui-même comme l’Éternel-Dieu, qui fendit la mer Rouge et fit sortir Son peuple hors d’Égypte à main forte, et à bras étendu (Deut. 5:15 ; 26:8).

Qu’est-ce qui est pour nous la traversée de la mer Rouge ? La résurrection de Christ ; ce n’est ni l’incarnation, ni même la croix de Christ, bien que nous ne puissions nous passer ni de l’une ni de l’autre. Mais la croix, bien qu’absolument essentielle entre tout pour la gloire de Dieu et pour nos besoins, elle ne nous donne pas la puissance de Dieu. Elle nous montre ce que Dieu appelle Sa faiblesse (1 Cor. 1:25), et si je considère Christ à la croix, Il a été « crucifié en infirmité » (2 Cor. 13:4). C’était Celui qui s’est soumis à tout, qui s’est livré au pouvoir de Ses créatures ; qui est descendu sous le jugement de Dieu et s’est abaissé sous la main chétive de l’homme. Mais quand nous considérons la résurrection, toute trace de faiblesse a disparu pour toujours, et on ne voit rien d’autre que la puissance de Dieu la plus triomphante ; une puissance bien au-delà de tout ce qui est en rapport soit avec la loi, soit avec la création. Il s’agissait de la descente dans le tombeau, non pas simplement d’un homme, mais de cet homme-là qui a porté en Sa personne les péchés de toute âme qui croit en Lui. Et Dieu a été si complètement glorifié à l’égard de ces péchés qu’Il a relevé l’homme méprisé, rejeté, abandonné, de dessous ce fardeau inouï, et l’a placé à Sa droite dans les lieux célestes. Il y a là le contraste surprenant entre le tombeau où Christ gisait, et la gloire dans laquelle Il est maintenant haut élevé, toujours comme homme — l’homme glorifié — infiniment au-dessus de toute créature, même les plus élevées et les plus bénies : au-dessus de créatures [anges] qui, en un sens, étaient bien au-dessus de l’homme et n’avaient jamais connu ni corruption ni chute ; au-dessus de toute principauté, et autorité, et puissance, et domination (1:21), des puissances en haut et des ordres célestes, et au-dessus de tout nom qui se nomme, non seulement dans ce siècle, mais aussi dans celui qui est à venir (1:21). Quand le Fils de l’homme viendra dans Sa gloire, et tous les saints anges avec Lui, il y aura un déploiement des armées angéliques (Matt. 25:31). Mais Il est maintenant élevé au-dessus d’eux tous. Il n’y aurait rien de nouveau à ce qu’Il fût au-dessus d’eux comme Dieu ; Il l’est toujours. Mais Il a porté l’humanité au-dessus d’eux ; Il y est haut élevé en notre nature — ressuscité, sans doute, mais toujours dans la nature de l’homme. Il nous a donné d’être associé présentement avec le trône de Dieu. Car l’application de tout cela nous est donnée ici — « l’excellente grandeur de Sa puissance envers nous qui croyons selon l’opération de la puissance de Sa force, qu’Il a opérée dans le Christ, en Le ressuscitant d’entre les morts » (1:19-20). Ce n’est pas seulement l’excellente grandeur de Sa puissance envers Christ, mais envers nous en Christ. La puissance qui a opéré pour nous délivrer de Satan, qui nous a donné notre place, comme saints devant Dieu, est absolument la même puissance qui a ressuscité Christ d’entre les morts et L’a mis à la place la plus glorieuse dans le ciel. Y a-t-il quelque chose de trop difficile après ceci ? Si nous savions que nous avons à notre disposition la puissance qui a appelé le monde à l’existence, ne nous ririons-nous pas des impossibilités ?

 

1.10.8    Ch. 1:19 — Sa puissance envers nous qui croyons

Or nous avons une énergie plus grande que celle déployée lors de la création — rien moins que celle qui a ressuscité Christ d’entre les morts. La Parole de Dieu nous le dit positivement. Pourquoi donc sommes-nous si faibles ? Parce que nous le croyons si faiblement. La grande masse des enfants de Dieu n’en a jamais entendu un seul mot. Même ceux qui, par la miséricorde de Dieu, l’ont entendu, combien y entrent-ils peu ! C’est une chose de ne pas le nier doctrinalement, c’en est une autre de l’appliquer et de vivre dans cette vérité, non seulement quand il s’agit de grandes détresses ou d’épreuves lourdes, mais aussi en rapport avec le train ordinaire des devoirs journaliers, le train ordinaire de ce qui nous convient en tant que saints soumis à la volonté de Dieu. Si nous sommes dans des circonstances difficiles, au milieu d’ennemis, ayant affaire à des ennemis invisibles, nous oublions l’objet de la prière de l’apôtre pour nous : que nous sachions quelle est l’excellente grandeur de Sa puissance envers nous qui croyons, selon l’opération de la puissance de Sa force, qu’Il a opérée dans le Christ, en le ressuscitant d’entre les morts. Si la puissance du Saint Esprit opérait ainsi dans Paul, ce n’était que la réponse du serviteur au cœur du Maître, qui intercédait en haut, afin que nous connaissions la puissance qui est au-dessus de tous les obstacles. Nul saint ne pouvait le connaître avant que la résurrection soit accomplie. C’est « envers nous qui croyons » — strictement envers les saints du Nouveau Testament, ceux qui ont été appelés et introduits après la mort et la résurrection du Seigneur.

Hélas ! comment sont tombés les hommes forts ! (2 Sam. 1:19, 25, 27). Combien les croyants réalisent peu maintenant leurs privilèges ! Supposons qu’on attende un libérateur pour une chose quelconque ; il est parfaitement convenable d’implorer pour avoir ce libérateur, de sentir qu’il tarde à venir. Mais une fois qu’il est venu, pensez-vous qu’il est bon et convenable de le presser de venir ? C’est l’erreur que les gens font maintenant. Ils prennent le langage des Psaumes et l’appliquent à l’expérience chrétienne. Or on ne peut pas avoir dans les Psaumes la révélation de ce qu’on a ici. Sans doute, la miséricorde de Dieu existait avant la résurrection de Christ, mais non pas l’opération de cette puissance qui a ressuscité Christ d’entre les morts. Faire de l’Ancien Testament le langage de notre expérience, c’est une profonde erreur, mais c’est aussi le pervertir. Ce serait péché de ne pas se servir de l’Ancien Testament pour notre profit et pour notre bien ; mais ce dont nous parlons serait en abuser, non pas en user. C’est de l’incrédulité de confondre les choses d’autrefois avec la puissance céleste de la résurrection de Christ.

 

1.10.9    Ch. 1:17, 19, 20 — Une puissance connue en Christ

Voici donc la mesure de la puissance qui opère envers nous, la même puissance qui a opéré en Christ. Comment ces choses sont-elles connues selon Dieu ? « dans la pleine connaissance de Lui » [sens de l’expression « dans Sa connaissance », 1:17]. Vous n’apprendrez jamais aucune vérité correctement sinon dans la connaissance de plus en plus profonde de Christ. C’est le manque de cette connaissance qui est la cause de la faiblesse parmi nous : la doctrine à l’état pur n’est pas une relation avec Christ. Quand la fleur est séparée de ce qui est sa source, sa subsistance, et son soutien, elle est désormais condamnée à dépérir et à mourir. L’amour et la plénitude de bénédictions sont en Christ ; mais pour connaître ces choses elles-mêmes, pour en éprouver la vérité et en jouir toujours, il est nécessaire de les prendre comme liées à Christ. Si je regarde à Christ, je vois en Lui la vie même que Dieu m’a donnée, et aussi l’espérance de cette vie, y compris même l’héritage. Qui oserait dire que c’est de la présomption pour Christ de l’avoir ? Bien au contraire, c’est ce qui Lui est dû. L’amour de Dieu pour Lui et les délices de Dieu en Lui comme homme, sont tels que Dieu ne pourrait priver Christ d’une seule des choses qu’Il a faites pour Lui. Christ est l’héritier de tout ; quant à nous, étant cachés en Christ, nous pouvons entrer dans la plénitude de Son appel, et dans l’héritage, parce que nous sommes en union réelle avec Christ. Vous ne pouvez connaître l’appel et l’héritage que dans la pleine connaissance de Christ, et il en est aussi exactement de même pour « l’excellente grandeur de sa puissance ».

La grandeur de cette puissance, Dieu l’a déployée quand Il a ressuscité Christ « d’entre les morts, et l’a fait asseoir à Sa droite dans les lieux célestes », etc. Il lui a donné le siège suprême de gloire. Qu’on imagine tout ce qu’on veut pour l’ange le plus élevé ou l’archange : Christ a reçu une dignité plus élevée encore, avec cette position. Il le détient en association présente avec nous ici-bas. Non seulement Il nous reconnaît, et montre Sa bonté envers nous, et emploie la grandeur de Sa gloire pour notre bien, mais Il fait bien plus encore. Celui qui est à la tête d’un vaste empire peut faire servir le trône pour le bien de ses sujets et à la gloire de ceux qu’il désire honorer, mais sans association positive, immédiate et personnelle avec lui. Or c’est là ce que le chrétien a avec Christ. Ce que nous avons ici, ce n’est rien moins que d’être un avec Christ.

 

1.10.10Ch. 1:22-23 — Chef sur toutes choses à l’assemblée

C’est pourquoi il est ajouté que ce précieux Sauveur, sous les pieds duquel Dieu a assujetti toutes choses, a été aussi donné pour être chef sur toutes choses à l’Assemblée [ou : Église] ». Il n’est pas dit : « chef sur l’Église », mais « chef sur toutes choses à l’Église » (1:22). L’Église partage Sa place de Chef sur toutes choses ; mais comme elle est Son corps, elle est en union inséparable avec Lui. L’Homme glorifié a une élévation universelle au-dessus de toutes les créatures de Dieu ; or c’est ce qu’Il partage avec nous, et qu’Il manifestera bientôt comme étant notre portion avec Lui. Le chrétien est maintenant un membre du corps de Christ — maintenant : c’est pourquoi, par le Saint Esprit, il est dans l’association la plus intime avec Christ, non seulement comme ayant la vie en Lui, mais comme jouissant du privilège d’être un avec Celui qui est le Chef suprême, élevé au-dessus de tout. Il est un membre de Son corps ; or quoique Dieu n’ait pas donné la domination directement à Ève, elle y a eu part néanmoins, selon Sa volonté. La domination fut donnée à Adam, mais par association Ève la possédait avec Adam. C’est ainsi que l’Église la possède en tant que Ève — dépendante et associée — de l’Homme céleste, du dernier Adam. Cela nous donne immédiatement une vue lumineuse de ce qu’est notre appel, et de la raison pour laquelle Dieu attend de nous une séparation complète du monde. Au temps du Lord-Protecteur en Angleterre [qui avait pris le pouvoir à la place du roi], il aurait été malséant pour ceux qui restaient attachés à la famille royale de rechercher, ou même d’accepter un poste d’honneur. Il en est ainsi du chrétien aujourd’hui. Nous appartenons à Celui qui est caché loin de la terre — et est maintenant haut élevé dans cette place de suprématie universelle. Le monde visible n’est pas encore assujetti à Christ pratiquement, quoique pour la foi, toutes choses soient assujetties. Mais nous savons qu’Il est haut élevé, « le Chef sur toutes choses à l’Église ».

 

1.10.11Ch. 1:23 — Son corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous

Nous Lui appartenons, et Il voudrait que nos cœurs s’élèvent en haut, au-dessus de la scène présente. L’Église est « Son corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous » (1:23). Elle est le complément, ou ce qui complète Christ envisagé comme homme ressuscité d’entre les morts. Comme Fils de Dieu, sans doute, Il n’a besoin de rien pour compléter Sa gloire ; mais comme Homme, c’est nécessaire. Dans Sa gloire de résurrection, Il ne serait pas plus complet sans l’Église que ne l’était Adam sans Ève. Dieu l’a ainsi ordonné dans les conseils de Sa gloire. De toute éternité, Son intention était que, quand Son Fils deviendrait cet Homme béni et glorifié, toute la gloire qu’Il aurait comme homme ressuscité, Il la partagerait — pour Sa propre gloire et à Sa louange — avec ceux qui par nature étaient de pauvres pécheurs, entièrement morts, mais délivrés maintenant de leurs péchés, et faits un avec Christ en haut. Par l’Esprit qui leur a maintenant été donné, Il leur en communique la connaissance tandis qu’ils sont dans le monde, pour que, dans leur esprit et dans leurs voies, ils soient entièrement au-dessus du monde.

 

2         Chapitre 2

2.1   Introduction — L’état de l’homme, la nouvelle naissance, le baptême

2.1.1        Différence de genre entre ch. 1 et ch. 2

Nous entrons maintenant dans une nouvelle portion de notre épître ; elle n’est pas d’un ton aussi élevé que celle du chapitre 1, mais elle est aussi importante à sa place, et de la plus grande valeur pour nous. Gardons bien présent à l’esprit que ce qui a de l’intérêt pour nous n’est pas la bonne mesure de référence pour considérer la Parole de Dieu ou bien les voies de Dieu. Dieu n’agit jamais si ce n’est pour Sa propre gloire. Il s’ensuit que, même si nous trouvons bien des parties de la Parole de Dieu en rapport étroit avec notre condition, nos besoins, nos bénédictions et notre gloire, nous restons toujours en dessous de la vraie portée de la vérité de Dieu et de sa valeur comme modèle, si nous nous contentons de penser à ce qui s’applique à nous. Nous n’atteignons jamais la pleine étendue de la portée à notre égard d’une vérité quelconque, si nous ne prenons pas en compte la sphère infiniment plus élevée où elle révèle et déploie la gloire, le caractère et les desseins de Dieu. C’est pourquoi, même si nous trouvons dans l’Écriture la grâce déjà montrée envers nous, et la gloire à laquelle nous allons bientôt participer, néanmoins combien la bénédiction est infinie quand nous ne la regardons plus dans son seul rapport direct avec des créatures aussi limitées et faibles que nous ! Quand nous réalisons qu’il s’agit de la grâce et de la gloire de Dieu, combien tout est changé complètement ! Nous entendons alors et nous découvrons cette grande vérité — Il parle de nous et Il éprouve des sentiments à notre égard selon des manières, des formes, des profondeurs et des hauteurs qui sont dignes de Lui. Il entre dans tous nos petits besoins aussi bien que dans les plus grands. Même dans les moindres choses dont Il s’occupe en nous, la ressource répondant à ce besoin découle de Celui qui ne connaît pas de limites ; si la ressource est adaptée à notre capacité du moment présent, il n’en sera pas toujours ainsi. Dieu ne se reposera jamais dans Son amour, tant qu’Il n’aura pas accompli Son dessein, — et ce dessein est non seulement de nous donner par le Saint Esprit de goûter maintenant, dans une certaine mesure, la douceur du déploiement de Son propre caractère, mais c’est aussi de nous en rendre dignes de toute manière. Il nous a appelés à être ses enfants. Le jour vient où non seulement Son amour n’aura pas honte de nous appeler tels, mais où il n’y aura aucune raison d’avoir honte : au contraire, tout ce qui concerne la famille de Dieu manifestera alors autant la saveur de ce qu’Il est, que maintenant, hélas ! nos pauvres voies, misérables et mondaines, portent souvent la triste empreinte du moi, et non de Dieu.

 

2.1.2        Rappel du ch. 1

Dans ce chapitre donc, ce n’est pas le développement des conseils de Dieu et de Ses desseins magnifiques, tels qu’ils découlent de Ses pensées, — remontant par conséquent au commencement du temps, avant même que la création ait eu encore aucune place, et qu’il n’y avait rien d’autre que Dieu Lui-même dans l’éternité de Sa propre existence. Même alors, comme le ch. 1 nous l’a appris, avant que Sa main ait formé quoi que ce soit, il y avait cette pensée bénie dans Son cœur : Il voulait avoir un peuple, ou plutôt des fils, en dehors de la scène qui n’était pas encore créée, — des fils rassemblés par Sa propre grâce souveraine, tirés du péché, pour partager Son amour et Sa sainteté, avec Son Fils bien-aimé. C’était là Son conseil. Le ch. 1 nous l’a montré, non seulement ce qui était dans la pensée de Dieu depuis l’éternité, mais ce qui y répond dans le jour de gloire à venir. Deux grandes pensées nous y étaient présentées : d’abord l’appel de Dieu ; ensuite l’héritage qui reste encore à être manifesté dans le déploiement éclatant de la gloire, lorsque Christ prendra tout ce que Dieu a fait et en sera le Chef reconnu et glorifié (toutes choses dans les cieux et sur la terre Lui étant assujetties) et que, nous qui croyons en Lui, serons appelés à partager l’héritage avec Lui, notre Seigneur et notre Époux. En troisième lieu, nous avons vu un point supplémentaire majeur — savoir que la même puissance de Dieu qui a ressuscité Christ d’entre les morts opère maintenant envers les croyants. Ce n’est qu’une allusion en passant dans la prière de l’apôtre à la fin du ch. 1. Ce que nous avons ici en est, dans une mesure, une sorte de développement. Le chapitre 2 est principalement basé sur Sa puissance de résurrection, et plus encore, si l’on peut dire, sur la puissance d’ascension. L’énergie qui a ressuscité Christ et l’a fait asseoir à la droite de Dieu s’exerce maintenant dans et pour ceux qui croient en Lui. Nous en verrons les conséquences. Mais pesons un peu ce que le Saint Esprit présente ici. C’est l’application de la puissance de la force de Dieu au croyant. Ce n’est donc pas simplement Son dessein de grâce, ni l’exécution prochaine de Son dessein de gloire, mais c’est l’exercice de Sa puissance selon le modèle de Christ ressuscité et glorifié, et son application au croyant déjà maintenant.

 

2.1.3        La condition de mort morale

Il était donc nécessaire que nous soit d’abord présentée la condition de ceux en qui cette puissance s’exerce, ce qu’ils étaient quand elle a commencé à opérer en eux. Ce n’est donc qu’au chapitre 2 qu’on commence à trouver un développement de la condition précédente réelle de ceux qui sont liés à Dieu si étroitement. Le chapitre 1 est surtout occupé de ce que Dieu avait dans Ses pensées, et de ce qu’Il doit encore accomplir. La question est maintenant soulevée, et la réponse donnée, de savoir qui sont ces gens, et quel était leur état quand Dieu a pu ainsi agir à leur égard ? Il est bien merveilleux, quand on écoute Sa Parole, de ne trouver dans aucune autre épître rien qui nous donne un tableau si profond, si pénétrant, si humiliant de l’état désespéré et dégradé dans lequel étaient ceux que Dieu a destinés à être cohéritiers avec Christ. L’épître aux Romains met à nu la corruption morale, prouvant pleinement ce qu’est l’homme, s’il se met sur le terrain de ce qui se trouve en lui. Qu’il s’agisse du Juif sous la loi, si favorisé, ou du Gentil suivant sa conscience, tout y est discuté en détail, et toute prétention de l’homme est réduite en poussière. Mais dans l’épître aux Éphésiens, il n’est pas besoin de faire la preuve de sa culpabilité. L’homme y est envisagé comme étant mort si complètement que cela revient à l’enlèvement du linceul d’un cadavre. C’est pourquoi ce que dit l’apôtre au v. 1 revient à dire : « [Il vous a vivifiés,] vous qui étiez morts dans vos fautes et dans vos péchés » (2:1 + 5 — (*)). Ce n’est pas seulement : « comment un pécheur est-il pardonné et justifié ? », mais « [Il vous a vivifiés,] vous qui étiez morts dans vos fautes et dans vos péchés ». La pensée du v. 1 n’est complétée qu’au v. 4 et 5, mais il est clair que l’action vivifiante affecte aussi bien ceux qui sont appelés « vous » (2:1) que ceux qui sont appelés « nous » (2:5). J’espère montrer plus loin le sens de la distinction, mais je souligne ici que le lien se fait bien entre les v. 1 et 5. « [Il vous a vivifiés] » est implicite au v. 1 dans le langage du Saint Esprit, au moins quant au sens.

 

(*) Notre Bibliquest : Le texte anglais de W.K. suit ici le texte de la version autorisée du roi Jacques qui donne : Éph. 2:1 « Et Il vous a vivifiés, vous qui étiez morts dans les fautes et les péchés », Éph. 2:5 « même quand nous étions morts dans nos péchés, Il nous a vivifiés ensemble avec le Christ (vous êtes sauvés par la grâce) ». W. Kelly souligne que les mots « Il vous a vivifiés » dans le v. 1 ne sont pas dans le texte grec, mais ont été volontairement ajoutés pour faciliter la compréhension du lecteur anglais. La formulation de ce v. 1 en anglais correspond à combiner des v. 1 et 5 de la traduction française de JND ; WK le confirme quand il souligne le lien de la pensée entre les v. 1 et 5. Le texte du commentaire de WK sur les Éphésiens a été modifié ici pour tenir compte de cette variante de traduction du texte biblique du v. 1.

 

Il reste ce grand fait majeur que l’état moral de l’homme ne relève pas d’une simple question de maladie, mais les hommes sont « morts ». C’est le renversement de toutes les pensées de l’homme, de l’idée qu’il serait dans un stade de mise à l’épreuve, ou qu’il n’aurait qu’une maladie morale ; ou qu’il suffirait de le calmer, de le consoler et de l’éduquer : après tout, il n’est pas si mauvais que ça ! Certains croient qu’il y a une différence entre croyants et incroyants au niveau de leur état d’inconvertis : je suis convaincu du contraire. Quant à l’idée que des gens mériteraient plus la miséricorde que d’autres, elle est en opposition à tous les passages de la Parole de Dieu traitant du sujet. Le Saint Esprit insiste au contraire sur la réalité de la mort et de la ruine qui atteignent tous pareillement. Dans l’épître aux Romains, il est dit que nous étions « sans force », mais ici, que nous étions « morts ». La seule manière dont il soit parlé de la mort dans l’épître aux Romains, c’est comme d’un privilège, l’heureuse condition dans laquelle la foi nous amène quand nous sommes baptisés pour la mort de Christ. Nous sommes ainsi vus comme morts au péché, mais comme vivants à Dieu (Rom. 6:11).

Dans l’Épitre aux Éphésiens, au contraire, la mort était notre état de misère. C’est l’expression de la pensée de Dieu sur la ruine extrême où nous gisions. Les Juifs comme les Gentils (non pas seulement les uns ou les autres) — autrement dit, l’homme en tant que tel — sont morts moralement. Il reste donc à savoir ce que Dieu peut faire. Dieu en haut, et l’homme ici-bas, sont en présence l’un de l’autre ; et si l’homme est mort, grâces soient rendues à Dieu ! Il ressuscite les morts et vivifie les âmes (Il peut le faire). Or ce que l’Écriture appelle « vie » n’est pas simplement l’existence, mais une nature spirituelle bénie donnée à l’homme qui, naturellement, n’en avait pas, et qui n’éprouvait des sentiments et n’agissait que d’après une nature dominée par le péché. Telle est la condition de tout homme avant que l’Esprit de Dieu opère cette bonne œuvre dans l’âme.

 

2.1.4        La nouvelle naissance

Notre Seigneur reprochait à Nicodème de ne pas comprendre ces choses. Déjà comme simple Juif, il aurait dû les comprendre ; mais en tant que « docteur d’Israël », n’était-ce pas une honte de ne pas connaître ces choses ? Quand il entendit parler de la nécessité d’être « né de nouveau », ou né sur un principe entièrement nouveau, il s’imaginait que le Sauveur parlait d’une sorte de répétition de la naissance naturelle, ce qui, si tant est que ce fût possible, n’eut été qu’un recommencement de la vieille nature. Mais le mot « de nouveau » (anwqen) est extrêmement fort, tout comme cette découverte de la vérité. Écoutez bien ceci : « Ce qui est né de la chair, est chair, et ce qui est né de l’Esprit, est esprit ». La chair ne peut jamais devenir esprit. Spiritualiser, rénover ou sanctifier la vieille nature, cela n’existe pas. Ce dont l’âme non régénérée a besoin, c’est une nouvelle nature, ou, selon l’explication du Seigneur, elle a besoin d’être « née d’eau et de l’Esprit ». Le sens de ce passage, c’est la Parole de Dieu, présentée sous cette figure, et appliquée à l’âme par la puissance du Saint Esprit. Le baptême peut bien manifester ce dont parle ce passage, mais c’est la figure de la réalité. Notre Seigneur montre qu’il faut la communication d’une nouvelle vie, et comme il est dit ailleurs, « de Sa propre volonté, Il nous a engendrés par la parole de la vérité » (Jacq. 1:18). Or ceci est présenté non seulement par Jacques, mais aussi par Pierre qui déclare que nous sommes « régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible par la vivante et permanente parole de Dieu » (1 Pierre 1:23). L’apôtre Paul montre positivement que le lavage d’eau par la parole est l’explication de cette figure par Dieu Lui-même.

 

2.1.5        Le baptême et Jean 3 — « né d’eau »

Encore un point : Nicodème pouvait-il savoir quelque chose du baptême chrétien ? Il n’était pas encore institué, et le baptême des disciples n’était qu’une sorte de modification du rite de Jean le Baptiseur, c’est-à-dire la confession d’un Messie vivant, venant ou venu sur la terre. Mais le baptême chrétien proprement dit, est fondé sur la mort et la résurrection de notre Seigneur. « Ne savez-vous pas que nous tous qui avons été baptisés pour le Christ Jésus, nous avons été baptisés pour sa mort ? » (Rom. 6:3). Le baptême chrétien est la confession de la mort et de la résurrection de Christ, et a été institué par notre Seigneur après Sa résurrection d’entre les morts. C’est alors, et non pas avant, qu’Il leur a dit d’aller et de baptiser toutes les nations, ou Gentils, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Il établit la grande et pleine révélation de la Déité, et l’introduit dans la confession que le croyant est amené à faire par son baptême.

Dans les passages de l’Écriture auxquels il vient d’être fait allusion, nous voyons clairement que, lorsqu’un langage non figuré est employé, le moyen indiqué comme donnant la vie nouvelle est la Parole de Dieu appliquée par le Saint Esprit ; et lorsque des figures sont employées, l’eau est la figure choisie. Mais la somme et la substance de tout l’enseignement, c’est que le témoignage de Dieu est le moyen divin pour communiquer la vie à l’âme quand il est appliqué par le Saint Esprit, c’est-à-dire par la foi. Et si nous désirons savoir plus précisément ce qui, dans la vérité de Dieu, est employé spécialement pour vivifier ceux qui sont morts dans leurs péchés, c’est toujours, plus ou moins, la révélation de Christ. Croire que la créature a été créée par Dieu, ne vivifiera pas mon âme. Je peux croire n’importe quel fait de l’Ancien Testament, être certain de tous les miracles, tous les discours, et toutes les voies de Jésus dans le Nouveau Testament, et pourtant mon âme va rester sans être vivifiée. Mais croire en Christ lui-même, c’est une chose bien différente que de ne pas douter des choses qui Le concernent. Cela suppose que j’en ai plus ou moins fini avec moi-même ; que je me suis incliné devant la sentence humiliante de l’Écriture sur ma nature, et que je reconnais n’être qu’une pauvre créature perdue et morte aux yeux de Dieu.

 

2.1.6        Dans la chair

Tout cela est au-delà de la nature. Certains hommes sont fiers de ce que nous avons des affections qu’on retrouve chez les bêtes brutes, et d’autres vont plus loin en se déifiant à cause de la conscience ; mais la conscience elle-même fut acquise par le péché. Adam, avant la chute, n’aurait pas pu dire ce qu’était le bien ou le mal. Quand il ne mangeait pas du fruit défendu, ce n’était pas parce qu’il savait que c’était mal en soi ; et quand il a mangé du fruit de cet arbre, il n’y avait pas de mal moral dans la nature même de l’acte de manger de cet arbre. Mais le commandement de Dieu en fit un test — un test moral dont Adam n’aurait rien su, si Dieu ne lui avait dit : « Tu n’en mangeras point ». C’est ainsi que, dans le but d’exercer l’obéissance chez un enfant, on pourrait lui dire : tu ne sortiras pas de cette chambre ; alors qu’avant cette défense, il n’y avait pas de mal à le faire. Ce ne fut qu’après avoir mangé du fruit défendu, qu’Adam acquit la connaissance intuitive pour distinguer le bien du mal. Il ne connut donc le mal qu’en tombant sous sa puissance. Si on avait dit à Adam avant la chute : « Tu ne convoiteras point », il aurait pu dire : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Je ne comprends pas ». Mais dès l’instant où il écouta le diable et qu’il eut pris du fruit défendu par Dieu, un autre élément pénétra la nature d’Adam, qui ne s’y trouvait pas auparavant. Avant sa chute, Adam avait corps, âme et esprit ; après la chute, il acquit ce que l’Écriture appelle « la chair ». Ce n’est pas simplement « la chair et le sang » : notre Seigneur les avait (sinon il n’aurait pas été réellement un homme), mais il n’avait pas « la chair » qui est le principe de propre volonté, autrement dit le principe consistant à aimer ses propres voies, et non celles de Dieu. C’est là le péché, — ce que l’Écriture veut dire par le mot péché, — ce désir fort, fiévreux, ardent d’avoir ce qu’on veut, que ce soit ou non selon la volonté de Dieu. Satan aveugle l’âme quant à ce qu’est la volonté de Dieu, la pensée de Dieu. L’amour de sa propre volonté ne faisait pas partie de la nature primitive de l’homme. « La chair » a été acquise par la chute, et elle s’est montrée dans l’amour de notre propre volonté et l’indépendance à l’égard de Dieu. L’apôtre Paul insiste constamment sur ce sujet, et l’apôtre Jean (1 Jean 3:4) l’appelle « l’iniquité », littéralement « une marche sans loi », et non pas comme traduit la version autorisée du roi Jacques : « la transgression de la loi ». C’est le désir de suivre notre propre chemin, malgré la volonté de Dieu et Son chemin, qu’ils soient exprimés positivement ou implicites. C’est là l’essence du péché, le triste héritage des pécheurs, dont le croyant est délivré, grâces à Dieu. Quand donc un homme reçoit Christ, il a encore sa vieille nature, non seulement corps, âme et esprit, mais aussi « la chair » — car il l’a encore, et hélas ! elle peut être encore l’occasion de bien des écarts et des douleurs, s’il n’est pas vigilant. Outre tout cela, il y a pour le croyant une nouvelle nature qu’il n’avait pas auparavant.

 

2.1.7        Le vieil homme — Ce qui est né de la chair

Dieu nous a donné une vie nouvelle, et celle-ci est aussi distincte dans ses œuvres que la vie ancienne l’est dans les siennes. Mais Dieu nous a vivifiés, et nous a donné une vie nouvelle. Prenez un homme : qu’y a-t-il en lui ? De l’amour propre, un peu d’orgueil ici, un peu de vanité là, partout l’amour de sa propre volonté — ce qui caractérise le pécheur en toutes circonstances. Cherchez et voyez, et vous ne serez pas long avant de trouver ce qui trahit Adam, non pas Christ. Regardez l’histoire de l’homme, selon la Genèse, et voyez ce qu’il est. Il peut être attiré à cause de ses affections ; mais pourquoi permettre à ces affections d’opérer au point de l’entraîner à la désobéissance contre Dieu ? Dieu lui avait-Il dit d’écouter sa femme ? Il aurait dû agir en chef, et rappeler à sa femme ce que Dieu leur avait dit. On n’oublie jamais impunément un commandement divin. L’homme ayant donc laissé sa femme prendre la direction, en a vite récolté les conséquences amères. Mais en Christ, je trouve exactement le contraire. Y a-t-il un trait plus remarquable, moralement, que ceci : Quelqu’un qui est tout, et est content de n’être rien ; quelqu’un qui, tandis qu’Il était un homme ici-bas, n’a jamais agi selon un droit à Lui, un droit indépendant ; quelqu’un qui, en toute circonstance, petite ou grande, a toujours cherché la volonté de Son Père et s’y est soumis. « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père ? » dit-Il en Luc 2, alors qu’Il n’était encore qu’un enfant. Ce n’était pas seulement lorsqu’il s’est présenté en public ; mais il a toujours eu conscience des affaires du Père. Si je désire savoir ce qu’était notre Seigneur dans les années où Il grandit jusqu’à la maturité, je trouve encore la même chose. Partout où je Le contemple, en tout temps et en toute circonstance, ce trait se manifeste comme une couronne : Quelqu’un qui n’a jamais cherché ni fait Sa propre volonté.

Ne voyez-vous pas qu’il y a là un homme d’une toute autre sorte ? Il n’est pas étonnant que le Saint Esprit dise de Lui, et de Lui seul, « le Second homme » (1 Cor. 15:47). Tous les autres hommes n’étaient que des reproductions d’Adam, tous des fils à sa ressemblance à lui, d’après son image à lui. Étant des hommes, et vus simplement comme tels, ils portaient tous ce caractère commun et unique, celui d’Adam. Mais un autre homme est venu maintenant, et a été manifesté ; de ce tronc et dans ce tronc mort et ressuscité, nous devenons des créatures nouvelles, et Sa vie nous est communiquée par la foi en Lui. Par la naissance naturelle, nous avons la vie d’Adam, et tout ce qui découle naturellement d’un commencement si effrayant : la même volonté propre, la faiblesse, la vanterie, la frayeur de Dieu, le manque de droiture et l’insolence à Son égard, etc. Tel est l’homme : c’est justement ce que je trouve en moi-même. Si je lis la Bible correctement, Dieu me forcera de le reconnaître. Lorsqu’Il vivifie une âme, Il l’oblige toujours à assumer cette image et à dire : c’est moi-même, aussi noire soit-elle. Lorsqu’une personne est alors brisée sous la terrible découverte du péché au-dedans d’elle-même, et qu’elle le juge selon Dieu, c’est là ce que l’Écriture appelle la repentance. C’est reconnaître non seulement ce que nous avons fait, mais aussi ce que nous sommes. Comment y porter remède ? « Ce qui est né de la chair, est chair ; et ce qui est né de l’Esprit est esprit » (Jean 3:6). L’Esprit a donné une nouvelle vie, dans ce monde même, par le moyen de la connaissance de Christ. Ainsi donc, cette vie est par la Parole de Dieu (« la foi est de ce qu’on entend », etc., Rom. 10:17), et non par le baptême, ni par aucune autre institution du Seigneur, aussi précieuse soit-elle. Il nous faut être attentifs à mettre toute chose à sa vraie place. C’est la Parole, appliquée à l’âme par le Saint Esprit, qui produit la foi, non pas en améliorant le premier Adam, mais en révélant le dernier Adam. Dieu est descendu du ciel pour accomplir ce grand dessein : me donner la vie nouvelle, et me délivrer du péché et du moi ; comment cela se fait-il ? C’est le Saint Esprit qui l’opère par la Parole de Dieu, faisant connaître Christ à l’âme.

 

2.2   Ch. 2:1-10

2.2.1        Ch. 2:1-2a — Avoir affaire à Dieu au sujet de nos péchés ; la repentance

Mais ici l’Apôtre n’entre pas dans le détail de cette opération du Saint Esprit ; il ne fait qu’énoncer les grands faits : « Et vous, [il vous a vivifiés] lorsque vous étiez morts dans vos fautes et dans vos péchés [la pire de toutes les morts] ; dans lesquels vous avez marché autrefois, selon le train de ce monde, selon le prince de l’autorité de l’air, de l’esprit qui opère maintenant dans les fils de la désobéissance » (2:1-2). Cela ne montre-t-il pas combien cette sorte de mort était active en mal ? Ceux qui étaient ainsi morts, marchaient en même temps selon le train de ce monde, ce qui était bien la preuve de leur mort morale. Ils n’avaient aucun désir de conformer leur marche à la Parole de Dieu. Comme le dit Job (21:14) : « Ils disent à Dieu : Retire-toi de nous, nous ne prenons pas plaisir à la connaissance de tes voies ». N’était-ce pas là la condition de nos âmes ? N’avons-nous pas le souvenir du temps où c’était une chose pénible de devoir avoir affaire à Dieu au sujet de nos péchés ? Il faut que j’aie à faire à Dieu. Or voici en quoi c’est solennel : Si je n’ai pas affaire à Dieu maintenant au sujet du Sauveur, il faudra que j’aie affaire à Lui au sujet de mes péchés. Si je dédaigne de rencontrer le Sauveur au sujet de mes péchés, il faudra que je rencontre Dieu dans mes péchés, — pour être perdu pour toujours. Vous honorez en quelque sorte un ennemi en faisant attention à lui ; mais vous ne sauriez insulter plus profondément un ami qu’en ne tenant pas compte de lui ni ne faisant attention à lui. Il en est de même de l’indifférence vis-à-vis de Christ. Nous essayons peut-être de régler nos comptes avec Dieu une fois ou deux par jour — c’est un tort contre Dieu, et un tort contre mon âme ! Si des péchés pèsent sur moi — c’est notre condition naturelle à tous, dans le présent et dans le passé — qu’y a-t-il à faire ? Il est facile de dire ce que nous avons fait : nous avons marché « selon le train de ce monde ». Il ne s’agit pas ici seulement de choses grossièrement mauvaises. Supposons que tous les hommes soient aussi aimables et bienveillants que possible — qu’il n’y ait ni prisons, ni juges, ni condamnés — qu’on puisse raisonner les gens pour les dissuader d’être méchants, quelle serait encore la condition des hommes ? « Ce qui est né de la chair, est chair » (Jean 3:6). L’homme, comme tel, ne peut jamais voir le royaume de Dieu (Jean 3:3). Le seul moyen de pouvoir avoir accès à Son royaume, c’est d’être né de nouveau, et d’avoir cette nouvelle nature qui est de Christ, et non d’Adam. Le baptême en est le signe. Paul avait déjà cru au Seigneur, lorsqu’Ananias lui dit : « Lève-toi et sois baptisé, et te lave de tes péchés » (Actes 22:16). C’est la figure du lavage ; mais le seul moyen, ou instrument, efficace aux yeux de Dieu, c’est le sang de Christ. « À lui qui nous aime, et qui nous a lavés de nos péchés dans son sang » (Apoc. 1:5).

 

2.2.2        Ch. 2:2-3a — Les convoitises de notre chair ; enfants de colère par nature

La pensée de la vivification conduit alors l’apôtre à exposer la condition dont ils étaient délivrés. Ils marchaient selon le train de ce monde, et non seulement cela, mais ils imitaient l’ennemi en chef. Le titre « prince de l’autorité de l’air » a pour but de montrer son influence qui pénètre tout. Comme l’air environne et pénètre tout, ainsi fait le diable vis-à-vis du règne de la nature — « l’esprit qui opère maintenant dans les fils de la désobéissance ». C’était la manière dont ils montraient qu’ils étaient sous sa puissance, à savoir par leur désobéissance. « Parmi lesquels nous aussi avons tous conversé autrefois ». Pourquoi dit-il nous ? Pourquoi ce changement du vous au nous ? Quand il s’adresse aux Éphésiens qui étaient des Gentils, il se sert du mot vous, mais maintenant, dans la sentence morale de morts dans les fautes et dans les péchés, il inclut les Juifs aussi bien que les Gentils. Lorsque Dieu mesurait l’homme par rapport à Christ, c’était là leur état, pas un seul qui ne fût mort. Or il n’y a pas divers degrés dans la mort. Si un homme est mort, c’en est fini avec lui. Pourtant, si on considère les hommes moralement, on peut faire des distinctions, et dire : Voilà un homme qui s’enfonce plus bas et plus vite que d’autres ; mais si vous regardez plus à fond, ces distinctions disparaissent, et tous sont ruinés sans distinction, et même ils sont morts aux yeux de Dieu. Il dit donc, pour le prouver : « parmi lesquels nous aussi avons tous conversé autrefois dans les convoitises de notre chair, accomplissant les volontés de la chair et des pensées ». Il importe peu qui nous étions, ou ce que nous étions, il appelle tout cela « les convoitises de notre chair ». Certains d’entre eux pouvaient avoir été des philosophes, d’autres des hommes moraux et bienveillants, d’autres des gens grossiers vivant ouvertement dans la méchanceté la plus affreuse. Mais prenez les meilleurs d’entre eux, et jugez-les selon ce critère : faire la volonté de Dieu, était-ce leur respiration de vie et le motif qui les gouvernait ? Nullement. Il se peut qu’ils aient satisfait les désirs de leur nature aimable, mais Dieu n’était pas dans leurs pensées ; ou bien c’était une manière de soudoyer Dieu pour qu’Il les laisse tranquilles. Car dans le paganisme, un sacrifice est nécessaire par tradition, mais cette tradition est corrompue, affaiblie et pervertie de toutes sortes de manières.

Nous avons donc ici la condition commune dans laquelle tous, Juifs et Gentils, se trouvaient par nature. Il distingue pourtant les « volontés [ou : désirs] de la chair et des pensées », désignant par là les tendances plus grossières, et d’autre part l’activité intellectuelle plus raffinée. Supposons qu’un homme se consacre à la science, et qu’il en fasse son objet, est-ce là faire la volonté de Dieu ? Non, bien sûr ; c’est plutôt laisser libre cours aux désirs de l’esprit, ce qui est tout autant le moi que lorsque d’autres cèdent aux appétits plus grossiers de la nature. Le grand point, c’est que je n’ai aucun droit sur moi-même — j’appartiens à un autre. Est-ce que je fais Sa volonté ? Quand nous entrons dans les relations de la foi, nous ne sommes plus simplement des créatures de Dieu, responsables d’accomplir ce qu’Il commande comme un devoir naturel, mais nous sommes achetés par le sang de Christ, et en Lui, nous sommes faits vivants d’entre les morts (Rom. 6:13), afin que nous ne vivions plus désormais pour nous-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour nous (2 Cor. 5:15). Qu’il s’agisse des meilleurs hommes dont le monde puisse se vanter, voici leur état : « enfants de colère comme aussi les autres » (2:3). Quelle parole ! Même les Juifs avec la lumière de Dieu comme lumière extérieure, étaient « par nature » enfants de colère, autant que les Gentils, dégradés, idolâtres et adorateurs du bois et de la pierre. Ainsi donc, ce verset anéantit complètement tous les privilèges religieux de l’homme, ainsi que l’importance de la créature. Ce n’est pas seulement que les gens ont mal agi, mais ils sont par nature des enfants de colère. Dieu n’avait pas créé l’homme tel : c’est l’homme qui a choisi le sentier de la désobéissance, qui a abandonné Dieu au profit du diable. Sans doute, ce n’était pas son intention ; car Satan s’est présenté comme un ange de justice ; mais quels que soient ses agissements, nous sommes tous ramenés au seul et même résultat, sans exception : « par nature des enfants de colère ». Qu’est-ce que Dieu fait dans ces conditions ? — car il est absolument nécessaire qu’Il agisse pour apporter ne serait-ce qu’un rayon de lumière au milieu de cette scène de naufrage et de ruine irrémédiables. Or les hommes ne veulent pas croire qu’ils sont ruinés ; ils pensent qu’après tout, ce monde est bon, que c’est un état de choses donné par Dieu à l’homme pour le cultiver —  oubliant que Dieu « chassa l’homme », et que toutes les inventions de l’homme ne sont que des expédients pour couvrir sa nudité, et le conduire à oublier qu’il est exilé du Paradis. Nous pouvons sans doute faire usage de ces inventions, à condition de ne pas en abuser. Gardons bien à l’esprit que, comme chrétiens, notre vie et notre demeure ne sont point ici ; nous appartenons à un autre domaine, où Christ se trouve. Nous ne sommes pas du monde, nous sommes achetés à prix pour faire la volonté de Dieu (1 Cor. 6:19-20 ; Héb. 13:21), sanctifiés pour l’obéissance, la même sorte d’obéissance que celle de notre Seigneur (1 Pierre 1:2). Pesons-nous ces choses ? les appliquons-nous sérieusement, assidûment, consciencieusement, au sein de la famille de Dieu, ou en tout autre endroit où nous soyons placés ? En notre Seigneur était la vie, et Il était toujours heureux, dans la conscience de l’amour de Son Père. Le croyant aussi, a la vie en Lui, et est aimé comme Lui a été aimé. Dieu peut se servir des dix commandements pour écraser l’homme dans la chair ; mais le croyant chrétien est appelé à obéir comme Christ a obéi, à marcher comme Lui a marché (1 Jean 2:6) ; car Il nous a laissé un modèle, afin que nous suivions ses traces (1 Pierre 2:21).

 

2.2.3        Ch. 2:4-7 — Vivifiés avec Christ … la vie en abondance — Jean 10:10 ; 20:22, 23

Nous avons ensuite la puissante intervention de Dieu, qui, étant « riche en miséricorde, à cause de son grand amour dont il nous a aimés, alors même que nous étions morts dans nos fautes, nous a vivifiés avec le Christ (vous êtes sauvés par [la] grâce), et nous a ressuscités ensemble, et nous a fait, asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus, afin qu’il montrât dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans le Christ Jésus ». Nous ne sommes pas seulement vivifiés —ceci aurait été vrai de tous les saints ayant vécu sur la face de la terre à n’importe quelle époque ; mais peut-on dire que tous aient été ressuscités ensemble avec Christ ? qu’ils étaient assis dans les lieux célestes dans le Christ Jésus ? N’est-ce pas là une déclaration de la bénédiction plus complète qui appartient aux chrétiens maintenant ? — on n’aurait pas pu la faire à l’égard de quiconque avant la résurrection et l’ascension de Christ. Notre Seigneur dit « Moi, je suis venu afin qu’elles [les brebis] aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance » (Jean 10:10). Pourquoi fait-Il la distinction entre la vie, et la vie « en abondance » ?

Sur quel principe le Seigneur vivifie-t-Il donc ? Parce que le Fils, en Lui-même, est la vie (Jean 1:4), et cette vie devient la portion de ceux qui croient en Lui. « L’heure vient, et elle est maintenant, que les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront » (Jean 5:25). Il a toujours été la source de vie pour l’âme, en tout temps et en tout lieu, mais bien sûr, ce n’était qu’en vertu de la rédemption prévue que des hommes pécheurs pouvaient recevoir la vie. Toutefois, avant Sa mort et Sa résurrection, c’était simplement la vie. Or notre Seigneur ajoute qu’Il la donne « en abondance ». Les disciples qui l’entouraient avaient déjà la vie, parce qu’ils croyaient en Lui. Mais une fois ressuscité d’entre les morts, la première fois que notre Seigneur apparut parmi ses disciples, Il souffla en eux, et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint » (Jean 20:22). De quoi s’agissait-il ? C’était l’Esprit comme puissance de la vie en abondance (non pas encore comme don). Il leur avait donné la vie pendant qu’Il était ici-bas, et une fois ressuscité, Il la leur donna en abondance, la vie en résurrection.

Quelle différence cela fait-il pour nous, demandera-t-on ? Elle est immense. La différence qui compte, c’est celle qui est dans les pensées de Dieu, et sa portée en rapport avec Sa gloire. C’est pourquoi, que je comprenne ou non, je désire m’incliner et bénir Dieu, étant parfaitement assuré qu’il existe une bonne et sage raison pour tout ce qu’Il fait et dit. Nous allons bientôt être ressuscités d’entre les morts : nos corps ne sont pas encore transmués. Le corps du croyant se décompose et tombe en poussière comme celui de l’incrédule, et pourtant il possède la vie de résurrection de Christ, la vie « en abondance ». « Comme mon Père m’a envoyé, ainsi moi je vous envoie » (Jean 20:21) n’est pas une parole limitée aux douze. Sans doute ils ont eu une mission que nul parmi nous n’a reçue. Mais bien que cela soit vrai, et que nul aujourd’hui ne puisse être mis à leur niveau comme apôtres, toutefois je soutiens en même temps qu’ils avaient aussi des fonctions administratives, distinctes de leur caractère spécialement apostolique, et que dans ces fonctions ils ont des successeurs, — ils n’en ont pas eu dans ce caractère d’apôtre. Notre Seigneur, au jour de Sa résurrection, se présenta au milieu des « disciples », ce qui embrasse une pensée bien plus large. C’était la compagnie chrétienne de ce moment-là, tous ceux qui étaient là, hommes et femmes, dans la mesure où ils étaient disciples. Ce fut en eux qu’Il souffla. Il fallait qu’ils aient tous Sa vie « en abondance ». Cela a pour effet de tous les amener dans la liberté (comparez Rom. 8:1, 2).

Je n’entre pas davantage dans ce qui accompagne de manière si bénie cette vie nouvelle, mais je remarquerai seulement que, quant au fait d’être ressuscité et d’être assis ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus, tout cela est dit comme étant vrai pour le croyant maintenant. Il n’y a pas d’idée mystique là-dedans, comme celle de ne pas être sur terre ici-bas ou d’être décorporé. L’Écriture est en tout point tout à fait à l’opposé de l’extravagance. Le mysticisme est l’imitation par le diable des mystères de Dieu, et n’est que le brouillard des rêveries des hommes. Le mot « mystère » dans l’Écriture, ne signifie pas quelque chose de vague, mais une vérité que l’intelligence humaine ne découvrirait jamais, mais qui est parfaitement intelligible dès lors que le Saint Esprit la présente à la nouvelle nature. Il y a des choses de caractère plus profond que d’autres, et certaines peuvent dépasser toute connaissance, comme, par exemple, la nature du Fils de Dieu. « Personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ; ni personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils voudra le révéler » (Matt. 11:27). Pour le membre de phrase « si ce n’est le Père » qui concerne la connaissance du Fils, il n’est pas rajouté « et celui à qui le Père voudra le révéler » : Le Père maintient avec une sainte jalousie la gloire inscrutable de la personne de Son Fils. Mais à part ceci, les mystères de l’Écriture sont des vérités autrefois scellées, mais maintenant révélées et destinées à être connues, et qui, de fait, sont la portion et la joie du croyant.

 

2.2.4        Ch. 2:4 — Dieu intervient dans la situation désespérée de l’homme

Nous avons jeté un coup d’œil jusqu’ici sur le contraste si fort entre la condition de l’homme dans les trois premiers versets, et la puissante intervention de la grâce de Dieu qui suit. Nous avons vu le sombre portrait de la corruption morale abjecte des Gentils, et de leur idolâtrie stupide, le Saint Esprit mettant tout à nu en quelques traits puissants. Ils étaient « morts » dans leurs fautes et dans leurs péchés, entièrement assujettis au prince de ce monde. Ils ne faisaient que suivre le train de ce monde, fils de désobéissance, ne tenant aucun compte de Dieu dans leurs voies. Il n’y a pas la pensée de faire ressortir le détail des formes affreuses de l’impiété humaine, et de la dépravation et de la dégradation dans lesquelles l’homme est tombé à l’instigation de Satan. Néanmoins cela nous donne une vue de la condition mauvaise et sans espoir de l’homme bien plus profonde que si l’épître s’appesantissait sur tous les détails de l’impureté, de la superstition et de la rébellion. L’énergie réelle de la Parole de Dieu ne dépend guère de la force apparente du langage ! Nous trouvons cela également chez les hommes qui veulent exprimer quelque chose avec force. L’Écriture ne contient pas d’expressions violentes ou exagérées.

Nous avons là simplement Dieu Lui-même sondant la condition de l’homme (quel fait que celui-là !), et ne regardant plus à son cœur comme s’il s’agissait d’en refréner les désirs, — Il l’avait fait sous la loi. Mais maintenant il s’agit de l’état complet de mort de la nature humaine en présence de Dieu — la puissance de Satan substituée à la direction de Dieu — l’homme lui-même étant évidemment ruiné et sans espoir. C’est dans cette scène de ruine que Dieu entre — Dieu riche en miséricorde. Il n’est fait allusion à Son grand amour dont Il nous a aimés que comme la source de tout ce qu’Il a fait. « Dieu qui est riche en miséricorde, à cause de son grand amour dont il nous a aimés, alors même que nous étions morts dans nos fautes » — nous, soit Juifs, soit Gentils, quoique cela se rapporte ici plus particulièrement aux Juifs. Dans les versets 2 et 3, l’apôtre avait présenté le contraste entre les deux. Il se peut que dans le verset 5 il les introduise tous les deux ; mais s’il en est un auquel il soit fait particulièrement allusion, c’est le Juif, car il est autant mort que le Gentil — il n’y a point de différence sur ce point.

 

2.2.5        Ch. 2:5a — La vie en Christ et avec Christ

« Alors même que nous étions morts dans nos fautes, [Dieu] nous a vivifiés avec le Christ (vous êtes sauvés par grâce), et nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans [le] Christ Jésus ». Étant déjà entré dans le sujet général de la régénération, je désire seulement ajouter le point suivant : maintenant que le christianisme est proclamé, la régénération se poursuit au moins autant que jamais, mais le Saint Esprit imprime en fait un caractère plus profond à la régénération du temps présent. Car il n’y a pas seulement la vie donnée, et des âmes nées de nouveau, mais elles sont vivifiées ensemble avec Christ. Un tel langage n’aurait pas pu être employé avant la mort et la résurrection de Christ. Il ne faut pas hésiter à dire que toute la vie que les saints, quels qu’ils soient, ont jamais reçue depuis le commencement du monde, était de Christ et par Christ. « En lui était la vie » (Jean 1:4). Il est la vie éternelle qui était auprès du Père, et il n’y a pas d’autre vie pour le pécheur. Il y avait un arbre de vie avant la chute de l’homme ; non seulement l’« arbre de la connaissance du bien et du mal », mais un « arbre de vie ». Or ce n’était là qu’une vie de créature, qui aurait pu faire subsister jusqu’à la fin une créature innocente. Qu’advenait-il si la créature tombait ? Qu’arriva-t-il lorsqu’Adam devint un homme pécheur ? L’arbre de vie pouvait-il alors lui profiter ? Pas un instant. Dieu chassa l’homme (Gen. 3:24). Dieu ne voulait pas permettre que l’homme touchât le simple arbre naturel de la vie. À supposer qu’il en ait mangé après avoir péché, qu’en serait-il résulté ? Uniquement le maintien à perpétuité du mal dans une condition de péché misérable et sans remède — une existence éternelle dans une condition d’éloignement de Dieu, sans moyen de s’en soustraire. Ainsi donc, bien que la mort soit intervenue comme sentence sur l’homme coupable, en un certain sens il y a de la miséricorde là-dedans, maintenant que l’homme entre par sa naissance dans un monde pécheur, et où il est sujet à toutes sortes de misères qu’un ennemi a introduites, — elles font partie de la juste sentence de Dieu sur l’iniquité de l’homme, si on considère que la mort en fait partie. Mais Satan s’empare de tout cela, et le fait servir à ses desseins, à quoi se joint une mauvaise conscience sur laquelle Satan opère, en sorte que l’homme est rempli de terreur et d’horreur par rapport à Dieu. C’est de cela que Dieu délivre l’âme en présentant Christ. Ce n’est pas seulement que l’âme trouve une vie qui correspond à tous ses besoins ; ce n’est pas du tout une simple continuation perpétuelle d’une existence misérable ; mais la vie en Christ assure la délivrance du mal et de tous ses effets, et de la malédiction qui s’y rattache, — une délivrance qui découle de Dieu dans Sa grâce, et est fondée sur la sainteté ; et l’on trouve une sainte position de bénédiction en la présence de Dieu dans ce même Christ qui apporte cette vie. Il y a aussi ceci, que l’âme retrouve Dieu, aussi sûrement que Dieu retrouve l’âme pour Lui-même. L’homme, par le péché, ne perdait pas seulement sa vie naturelle, mais il perdait Dieu ; et ce que Christ me donne maintenant n’est pas seulement une vie nouvelle et meilleure que celle que l’arbre de vie pouvait donner, mais Il me donne Dieu ; Il m’amène à Dieu et me met dans la présence de Dieu. Il fait connaître Dieu à mon âme, et me donne d’être assuré de Son amour, de l’intérêt qu’Il prend à moi, de Sa profonde compassion et même de Sa satisfaction ; car Dieu ne se borne pas à aimer d’une manière naturelle, mais il aime d’un amour plein de satisfaction et de relation intime.

Voilà donc ce que nous trouvons en Christ ; et quoiqu’on puisse parler de vie en rapport avec tous les saints de l’Ancien Testament avant la mort et la résurrection de Christ, toutefois je doute fort que l’Esprit de Dieu puisse parler de cette vie qu’ils ont reçue comme étant la vie avec Christ. Ce ne pouvait être que la vie par Christ et en Christ, mais la vivification avec Christ va beaucoup plus loin. Or, c’est ce que nous avons maintenant. Car Dieu dirige nos regards vers Christ lorsqu’Il était sous le poids de nos péchés, sous toutes les conséquences de ce que méritait ma nature en raison de son éloignement de Dieu et de son inimitié contre Lui — son esprit de désobéissance et de volonté propre. Tout le mal Lui fut mis à charge, et Il fut traité comme s’Il eût été tout cela ; comme si Lui, souffrant pour nous sur la croix, avait en Sa propre personne toute la somme et la substance du mal de la nature humaine. Bien sûr, s’il y avait eu en Lui la moindre parcelle de ce mal, Il n’aurait pas pu faire l’expiation pour d’autres — le jugement de Dieu aurait dû frapper ce mal ; mais l’absence totale de ce mal en Sa propre personne indiquait qu’Il était parfaitement à même d’être la victime. Dans la personne de Christ sur la croix, Dieu s’est occupé de toute la hauteur, et la longueur, et la profondeur et la largeur du péché. Mais Dieu a ressuscité cette Personne bénie qui est ainsi descendue sous la colère de Dieu, et qui, après avoir goûté ce que c’était que d’être abandonné, et d’avoir Dieu cachant Sa face, n’a pas quitté cette vie, et ne pouvait pas la quitter, sans dire : « Père ! entre tes mains je remets mon esprit », montrant ainsi la parfaite confiance et les parfaites délices de Son cœur en Dieu. « Nos pères se sont confiés en toi… ils ont crié vers toi, et ils ont été sauvés » (Ps. 22:4-5). Mais Il ne pouvait être exaucé avant que l’épreuve complète fût achevée. Il ne fut exaucé que « d’entre les cornes des buffles » (Ps. 22:21). Il a dû traverser tout cela — quelle douleur et quelle angoisse inexprimables, que nul autre que Lui n’aurait pu endurer ; et même pour lui, n’était-ce pas intolérable ? — Il a dû traverser toute la colère de Dieu pour que la délivrance soit complète et selon Dieu. Or Il l’a fait ; et en quittant cette scène, il nous fait savoir que, quoi qu’Il ait souffert, cependant Son cœur s’est reposé en confiance en Dieu, et Il a confessé résolument, non seulement que Dieu restait toujours saint, mais que le Père était plein d’amour. « Père ! entre tes mains je remets mon esprit ».

 

2.2.6        Ch. 2:5b — Vivifiés ensemble, ressuscités ensemble, assis ensemble, sauvés par grâce

Mais il y a encore autre chose avec cela : Dieu est intervenu pour délivrer entièrement. L’apôtre ne pouvait pas dire que Dieu a vivifié Christ d’une manière absolue. L’expression est toujours modifiée d’une manière ou d’une autre, parce que Christ était Lui-même la vie. Il était la vie éternelle auprès du Père, manifesté au temps convenable sur la terre ; comment donc pourrait-on utiliser la moindre expression laissant supposer qu’Il dût Sa vie à un autre ? Il pouvait être dit que, comme homme mis à mort en chair, Il a été vivifié par l’Esprit (1 Pierre 3:18) ; mais Sa gloire intrinsèque et personnelle demeure, et c’est elle en effet qui a donné sa vraie valeur à toute l’immensité de Son humiliation et de Ses souffrances jusqu’à la mort. Le Père aussi lui avait donné, comme homme, d’avoir la vie en Lui-même (Jean 5:26). C’était là la perfection de Christ ici-bas : Il ne voulait pas prendre la vie comme y ayant droit Lui-même (Jean 10:18) ; Il ne voulait pas dire une parole ni faire une œuvre, qu’Il n’eût entendue de la part de Dieu et en Dieu (Jean 5:30 ; 12:49). Il était l’homme parfaitement dépendant. Le même Évangile qui insiste, comme aucun autre sur Sa gloire divine, nous montre aussi Son absolue dépendance de Dieu. D’un autre côté, qu’il est doux de voir dans les Écritures comment Dieu le Père veille sur la gloire de Christ ! Il ne voulait pas dire un seul mot qui pût en aucune manière porter atteinte à la dignité de Son Fils.

C’est pourquoi il est dit ici qu’Il nous a « vivifiés ensemble avec le Christ ». C’est nous qui avions besoin de la vie. Christ avait pu descendre jusque dans la mort, mais Dieu nous a vivifiés ensemble avec Lui. Christ était mort d’une manière infiniment plus solennelle qu’aucun homme ordinaire ne le peut. Il était par excellence Le Saint de Dieu, le seul homme saint, et malgré cela Il est mort. Bien sûr, aucun être qui n’eût pas été saint n’aurait pu mourir comme Lui. Il sut ce que c’était de goûter la mort dans toute son amertume, le jugement et la colère de Dieu, comme nul autre ne le pouvait ; et pourtant Il était Celui qui l’a ressenti d’autant plus qu’Il était essentiellement dans le sein du Père (Jean 1:18). Or cette personne bénie est descendue dans toutes les profondeurs de la mort, comme jugement de Dieu sur notre nature et sur nos péchés, et c’est après cela qu’est intervenue la puissance de la force de Dieu pour nous vivifier ensemble avec Christ. En un mot, cette vie est dans l’association la plus intime avec Christ, et nous sommes dans l’union avec Christ Lui-même, mis à mort en chair, mais maintenant vivifié par l’Esprit (1 Pierre 3:18). Quant à la vie qu’Il avait ici-bas, elle fut laissée et quittée ; et maintenant Il ressuscite dans une nouvelle condition de vie, en résurrection. C’est pourquoi il est ajouté immédiatement après, que non seulement Dieu nous a vivifiés ensemble avec Christ, mais nous a aussi ressuscités ensemble ; et plus encore, Il nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus. Ainsi la pleine valeur qui appartient à la vie, telle qu’elle est maintenant en Christ, nous est aussi donnée, en sorte qu’il peut être parlé de nous, même durant notre séjour dans ce monde, selon la position parfaite de bénédiction de vie telle qu’elle se voit maintenant en Christ à la droite de Dieu.

Considérons ce qu’implique une pensée si merveilleuse, ce avec quoi elle nous met en association. Nous savons ce que notre vieille nature aime, fait et est ; nous ne savons que trop bien dans quelle vie, ou plutôt dans quelle mort, Adam nous a entraînés. Qu’avons-nous reçu de notre premier père, qu’avons-nous mérité et produit nous-mêmes, sinon le péché, la douleur, la souffrance, la maladie, la mort, la mauvaise conscience et une attente terrible de jugement ? Toutes ces choses sont les œuvres et l’effet de cette existence, le triste héritage que nous a laissé le premier homme. Mais maintenant vient la source nouvelle et surnaturelle de vie dans le Second Homme ; où en connaîtrons-nous le mieux le caractère ? Levons les yeux vers Christ. Comment Dieu le Père Le voit-Il ? Trouve-t-Il Ses délices en Lui ? Il les a toujours trouvées, et jamais plus assurément, que lorsqu’Il contemplait les pas de Christ dans Sa marche comme Homme parmi les hommes. Or il restait la terrible question du péché, de notre péché. Cette question n’est-elle pas réglée maintenant ? Christ n’y a-t-Il pas répondu pour toujours à la croix ? Oui, et c’est justement ce qui a fourni à Dieu l’occasion de montrer Son amour comme rien d’autre ne le pouvait. Comment aurais-je pu savoir combien Dieu m’aime, si je ne m’étais trouvé, en tant qu’ennemi de Dieu, dans une telle profondeur de besoin, un abîme sans fond sinon pour Sa grâce en Christ, qui apporte le salut ? Je ne dis pas cela pour atténuer le péché de mon inimitié contre Dieu, ni pour laisser subsister l’idée qu’il y avait ou qu’il pouvait y avoir le moindre droit à la faveur de Dieu. Mais mon mal sans ressource devient la mesure de la profondeur de Son amour ; et il en est ainsi parce qu’il amène Christ sur la scène, Christ comme Rédempteur et Sauveur de la part de Dieu, Christ le don infini de la grâce de Dieu, Christ que rien ne pouvait détourner, Christ qui endura tout de la main de l’homme et de Satan et du juste jugement de Dieu, afin que nous fussions sauvés d’une manière divine ; et nous l’avons bien été en vérité. De quoi ne sommes-nous pas redevables au Sauveur et au Dieu qui L’a donné ? Reste-t-il quelque chose que Christ n’a pas porté ? Notre ruine et notre péché terribles ont précisément manifesté ce que Dieu est dans Son grand amour envers nous, et la valeur de Christ aux yeux de Dieu, et la puissance de la force de la vie dans laquelle Il est ressuscité et monté en haut, et s’est assis — et nous en Lui — dans les lieux célestes. Demandez-vous encore quel est le caractère de la vie que le chrétien possède maintenant ? Regardez Christ, et voyez combien Il est précieux pour Dieu, combien Sa personne bénie, qui est la pleine expression de cette vie, ne saurait être trop près de Dieu ! Dieu L’a ressuscité, et L’a fait asseoir à Sa droite dans les lieux célestes (1:20 ; 2:6). En Éph. 2, c’est simplement « Il nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus ». Il n’est pas ajouté ici « à sa droite » comme en Éph. 1:20. De telles paroles ne sont jamais, que je sache, utilisées à propos des enfants de Dieu, et je ne crois pas qu’elles pourraient l’être. Ne semblent-elles pas plutôt indiquer la place personnelle de Christ ? Il est dit : « dans les lieux célestes », parce que c’est à eux que nous appartenons, non pas à la terre. Israël, comme tel, appartenait à la terre dans ses meilleurs jours (nous, c’est dans nos plus mauvais jours que nous y appartenions, quand nous étions loin de Dieu) ; or maintenant, dans l’épître aux Éphésiens, nous avons beaucoup plus que nos « noms écrits dans les cieux » (Luc 10:20 ; Héb. 12:23), alors que cette expression montre déjà l’amour merveilleux de Dieu qui nous destine et nous enregistre pour être en haut, et nous lie avec le ciel pendant que nous sommes sur la terre. Dans l’épître aux Éphésiens, nous trouvons qu’en vertu de notre union avec Christ, nous sommes considérés non seulement comme ressuscités avec Lui, mais comme assis avec Lui dans les lieux célestes. En un mot, tout ce qui est dit de Christ Lui-même, est vrai de nous par grâce, à la seule exception de ce qui Lui est propre comme Dieu le Fils, ou de ce qui est exprimé à Son propos au suprême degré. Car après tout, il y a une distinction entre la tête et le corps, même comme tels ; quoique d’un autre côté, cette différence elle-même montre leur association extrêmement étroite : nous sommes Sa plénitude ou Son complément.

De ceci nous apprenons donc que nous possédons le même droit que Christ, pendant que nous sommes dans ce monde — et même plus que cela : la vie même de Christ est la nôtre, en vertu de ce que nous sommes vivifiés avec Lui, et même ressuscités, et assis dans les lieux célestes en Lui. Gardons bien à l’esprit que tout cela n’est jamais dit de quiconque en rapport avec le dessein de Dieu ni avec l’élection, mais seulement là où la foi existe. Cela ne nous est pas applicable avant que nous croyions : cela ne serait vrai de personne, avant qu’il y ait une association positive et vivante avec Christ. Ce qu’on appelle habituellement la théologie calviniste est totalement fausse sur ce point, quoiqu’elle renferme bien des vérités par ailleurs. Un de ses traits principaux réside dans son effort pour établir que l’amour de Dieu demeurant d’éternité en éternité, notre relation reste toujours exactement la même ; que Dieu nous regarde toujours comme ses enfants, parce qu’Il a le dessein de faire de nous Ses enfants ; que si un homme est un élu, et qu’il soit encore incrédule ou blasphémateur, il est tout autant un enfant de Dieu que quand le Saint Esprit le régénère et qu’il marche dans les voies de Dieu. Cette théologie soutient que Dieu l’aime exactement du même amour avant (au temps où il est, par exemple, un ivrogne ou un jureur) qu’après. Peut-on imaginer, parmi les croyants, une doctrine plus déshonorante pour Dieu et plus destructrice pour l’homme ? Il est évident que l’apôtre parle ici, non pas de personnes simplement élues, bien que naturellement elles le soient, mais de personnes vivifiées. Autrement dit, ce sont des personnes ayant effectivement la vie. Non seulement il y avait un dessein de Dieu à leur égard, mais elles étaient vivantes à Dieu en tant qu’ayant foi en Christ. Vous ne pouvez pas dire qu’un homme a la vie, avant qu’il ait la foi. C’est la réception de Christ par le Saint Esprit, qui d’un côté est appelée la foi, et de l’autre la vie. Vous ne pouvez pas mettre l’une avant l’autre sans commettre d’erreur. Vous ne pouvez guère dire que la foi existe avant la vie, et en tout cas pas que la vie existe avant la foi. Le premier exercice de la foi, est aussi le premier exercice de la vie. C’est la puissance de l’Esprit de Dieu présentant Christ à l’âme ; c’est pourquoi il est dit : L’heure vient, et elle est maintenant, que les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront » (Jean 5:25). Si tant est qu’il y ait une différence, le fait de vivre est ici le résultat de ce qu’on a entendu, plutôt que le fait d’entendre proviendrait de ce qu’on a la vie. C’est très important, parce que nul ne peut affirmer que des personnes sont vivifiées avec Christ avant d’être ici-bas pour être appelées ; et il est impossible de dire qu’elles ont la vie avant d’avoir entendu la voix du Fils de Dieu. La première preuve qu’un homme est une brebis, c’est qu’il entend la voix du bon Berger. Il n’est pas abandonné à l’observation de certains indices (ou plutôt à des indices incertains) de la vie au-dedans de lui-même, mais il a le grand critère objectif, la preuve que Dieu requiert : non pas simplement ce que je fais ou ne fais pas (c’était ce que la loi demandait), mais ai-je reçu le Fils de Dieu pour m’appuyer sur lui ? Suis-je arraché à tous les bruits du monde ? La voix du Fils de Dieu attire-t-elle mon âme ? S’il en est réellement ainsi, vous avez la vie. « Qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jean 3:36). « Celui qui a le Fils a la vie » (1 Jean 5:12). Je prouve que j’ai la vie par le fait bien simple, sûr et béni, que j’entends la voix du Fils de Dieu. Ce n’est qu’ainsi que j’ai la vie, et ce n’est qu’alors que je suis assuré d’être vivifié et ressuscité avec Christ. Remarquez-le bien : ce qui constitue le caractère chrétien d’être vivifié, c’est l’association avec Christ après qu’il soit entré dans la mort pour nos péchés. Il est dit aussi que nous sommes assis dans les lieux célestes, parce que nous avons la vie de Christ qui y est, et il est parlé de nous selon la place où est entré Celui qui est notre vie. Aussi, quand l’Écriture dit que Dieu nous a ressuscités et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, elle ne veut pas dire seulement que nous sommes tels dans le décret ou la pensée de Dieu. Elle ne se réfère pas à notre résurrection future, mais elle présente expressément l’association présente du croyant en vertu de son union avec Christ, qui est en la présence de Dieu. Et en faisant allusion à la première chose, le fait d’être vivifiés, l’apôtre dit : « Vous êtes sauvés par [la] grâce ». C’est la source de toute la bénédiction. C’est pourquoi l’expression est très forte. Ce qu’implique la forme de l’expression, c’est en effet que le salut est complet, et que les sauvés jouissent maintenant de son résultat actuel. Il n’est pas toujours parlé ainsi du salut dans l’Écriture : il y a des épîtres entières où le sujet n’est jamais traité de cette manière. Ainsi, particulièrement dans l’épître aux Philippiens, le salut est envisagé comme une chose future — comme n’étant pas complet jusqu’à ce que nous voyions Christ en gloire. Dans cette épître le salut est une chose solennelle (non pas un processus précaire) qui se poursuit maintenant, parce qu’il est clair que nous ne sommes pas avec Christ dans la gloire, mais dans nos corps naturels. En conséquence, dans cette épître aux Philippiens, Christ est vu comme Sauveur, non pas simplement parce qu’Il est mort et ressuscité, mais parce qu’Il va revenir pour ma pleine délivrance et pour ma parfaite joie. C’est ce qui explique le sens du texte qui rend bien des personnes si perplexes : « Travaillez à votre propre salut avec crainte et tremblement » (Phil. 2:12). Dans le sens que la Parole a en vue dans ce passage, nous ne posséderons le salut que lorsque nous serons dans la gloire avec Christ. En attendant, nous y travaillons avec crainte et tremblement, nous rappelant que Satan nous hait parce que nous allons être dans la gloire avec Christ. Nous sommes vus comme des personnes dans ce monde, qui savent sans le moindre doute qu’elles auront le prix, mais qui ont à combattre et à courir pour l’avoir, quoique nous devions retenir ferme l’assurance que nous l’aurons, quand nous verrons Christ venir d’en haut pour nous,

 

2.2.7        Sur le sens du mot salut en Éphésiens, Philippiens, Hébreux, Romains, Corinthiens

[note Bibliquest : Voir aussi le paragraphe précédent pour le salut dans les Philippiens]

Quand nous examinons le langage de l’épître aux Éphésiens, c’est tout différent. Là, le salut est regardé comme une chose absolument passée : « Vous êtes sauvés par [la] grâce » — ce n’est pas simplement que le salut se poursuit, et doit bientôt être achevé ; mais nous sommes sauvés et, en Christ, nous ne pouvons pas être plus sauvés que nous ne le sommes. Tandis que selon l’épître aux Philippiens, Paul lui-même ne possédait pas encore son salut : « Non que j’aie déjà reçu le prix, ou que je sois déjà parvenu à la perfection » (3:12). La perfection dont il est parlé là, se rapporte entièrement et uniquement au temps où nous serons transformés en la glorieuse ressemblance de Christ. C’est alors que nous serons sauvés, non pas avant. Si vous appliquez le même sens au mot salut dans les deux épîtres, vous rendez la doctrine contradictoire. Prenez encore l’épître aux Hébreux. Là aussi, le salut est toujours représenté comme une chose future. « C’est pourquoi Il peut sauver entièrement ceux qui s’approchent de Dieu par lui » (Héb. 7:25). Ceux dont il est dit qu’ils s’approchent de Dieu par Christ, c’est du peuple de Dieu qu’il s’agit, non pas des inconvertis. Pour qui est-Il sacrificateur ? Pour le croyant seulement. Ainsi donc, c’est le saint qui a besoin d’être sauvé dans l’épître aux Hébreux, parce que le salut dans cette épître s’applique à toutes les difficultés de notre voyage à travers le désert. Toute la doctrine est fondée sur ce type, que nous, maintenant, comme Israël autrefois, nous traversons le désert et ne sommes pas encore entrés en Canaan. À l’inverse, l’enseignement caractéristique de l’épître aux Éphésiens, c’est que Christ est entré en Canaan, et que nous y sommes en Lui. Quand on est occupé d’une portion de la Parole de Dieu et non de l’ensemble, parce qu’on s’attache fortement à une certaine vérité, au lieu de l’ensemble de la vérité, c’est ainsi qu’on se trouve entraîné dans des vues confuses et fautives, lesquelles à leur tour conduisent à des fautes dans la pratique.

La raison de ces différences est extrêmement intéressante. Vous avez dans chaque épître ce qui convient exactement à son caractère propre. Dans les Éphésiens, la révélation ne porte pas sur Christ comme celui qui intercède pour nous devant Dieu (Héb. 7:25) : c’est ce que nous avons dans les Hébreux. Pourquoi est-Il Sacrificateur ? Afin qu’Il ait « de l’indulgence pour les ignorants et les errants » (Héb. 5:2). C’est justement le danger auquel nous sommes exposés du fait de notre voyage ici-bas : nous sommes ignorants, et toujours exposés à la tentation de glisser de côté à cause de notre méchant cœur d’incrédulité (Héb. 3:12). Voilà pourquoi nous avons besoin de l’épître aux Hébreux. La doctrine de l’épître aux Éphésiens ne suffirait pas à elle seule pour répondre à ma faiblesse, à mes difficultés, à mes douleurs. Supposons que je me sois égaré, qu’y a-t-il dans les Éphésiens pour faire souvenir mon âme et la consoler ? J’y lis : « afin que nous fussions saints et irréprochables devant Lui en amour » (1:4). Étant égaré, ceci ne donne aucun soulagement à mon angoisse. Je peux essayer de fixer mon cœur sur l’élection de Dieu et sur Ses conseils si élevés, mais, si ma conscience est sensible, ce passage tout seul ne fait que me rendre plus misérable. Mon cœur raisonnera même pour dire : Si Dieu m’a réellement tant aimé, comment se fait-il que j’en arrive à le déshonorer pareillement ? Dans l’épître aux Hébreux, il n’y a pas un mot sur le fait que je suis assis dans les lieux célestes, mais par contre j’y trouve Christ à la droite de Dieu, plaidant pour moi après avoir fait par Lui-même la purification de mes péchés (Héb. 1:3 ; 7:25). Le premier chapitre commence même sur cette glorieuse vérité, que Christ ne s’est assis dans les hauts lieux que lorsqu’il a pu prendre cette place sur le fondement de cette œuvre par laquelle Il avait complètement effacé nos péchés, — et cela « par Lui-même » (Héb. 1:3), c’est-à-dire à l’exclusion de tout autre aide. C’était Son œuvre à Lui, et Il l’a accomplie, ne voulant même prendre aucun repos dans cette gloire qui Lui était familière, sinon sur ce fondement-là. C’est bien là le fondement le plus certain. Mais tout en ayant la purification de nos péchés par Christ, nous sommes dans un lieu de tentation, où nous sommes constamment en danger de nous écarter et de glisser, à cause de l’ignorance, de la faiblesse, et de mille autres causes qui peuvent survenir. Qu’allons-nous donc devenir ? Qu’est-ce qui va nous soutenir et nous porter jusqu’au bout ? Dieu révèle le précieux Sacrificateur qui prend soin de l’âme, — Celui qui possède la pleine confiance de Dieu le Père, — Celui qui Lui a donné la plus entière satisfaction — Celui qui est assis à la droite de Dieu, occupé sans cesse de nos besoins, sur le fondement que nous appartenons à Dieu, étant déjà rachetés, et n’ayant plus aucune conscience de péché. Il se peut que nous ne puissions comprendre comment il se fait que des personnes si bénies de Dieu, soient si faibles, si misérables, si peu semblables à Celui qui, à ses propres dépens, nous a acquis la bénédiction et l’a rendue assurée. La foi reçoit de Dieu et Lui demande ce qu’Il destine à être notre force et notre consolation au milieu de notre faiblesse et de nos dangers. Sa réponse est que Christ est là pour plaider notre cause, aussi certainement que l’Esprit est ici pour nous en donner la conscience. Et c’est par le moyen de l’intercession de Christ à la droite de Dieu, que nous sommes amenés à sentir nos besoins et nos manquements. Nous ne jugeons jamais ces manquements sans recevoir une bénédiction morale au moyen de ce jugement. Toute la puissance de Christ reposant sur nous est proportionnelle à la profondeur de l’appréciation morale produite dans notre âme par l’Esprit de Dieu en réponse à l’intercession de Christ ; cela fait partie de l’effet de l’intercession de Christ pour nous que nous soyons amenés à sentir quand nous nous sommes égarés dans nos pensées et dans nos actes. Dans l’épître aux Hébreux, il ne pouvait pas être parlé du salut comme d’une chose passée. Nous savons que nous serons pleinement sauvés, et que Christ va venir pour cela. Quoiqu’il soit réservé aux hommes de mourir, il n’en est pas nécessairement ainsi pour les saints. Nous savons qu’il peut se faire que certains ne s’endorment jamais, et que les saints ne viendront certainement pas en jugement, même si tout ce qu’ils ont fait doive assurément être manifesté devant le tribunal de Christ. Mais Il est passé par la mort pour eux, et par conséquent, il n’est pas nécessaire qu’ils meurent ; Il a enduré le jugement comme nul autre ne le pouvait, et nous avons Sa propre parole pour nous assurer qu’en aucun cas nous ne viendrons jamais en jugement. Celui qui croit au Fils de Dieu « a la vie éternelle et ne viendra pas en jugement » (Jean 5:24). La conséquence en est, que, tandis que nous attendons Sa venue, nous savons que quand Il apparaîtra une seconde fois, ce sera sans péché et à salut (Héb. 9:28). Il a si parfaitement ôté le péché par le sacrifice de Lui-même, que, quand Il sera ainsi vu une seconde fois par ceux qui L’attendent, ce sera « sans péché » (à part toute question de péché, du moins pour ce qui les concerne), et « à salut », non pas pour le jugement. Le salut et le jugement sont deux choses qui, par dessus tout, présentent le contraste le plus complet. Vous ne pouvez avoir le jugement et le salut appliqués au même individu. Ainsi donc dans l’épître aux Hébreux, vous avez le salut en relation avec l’apparition de notre Seigneur la seconde fois.

Dans l’épître aux Éphésiens, au contraire, nous sommes déjà sauvés, et il n’y est jamais fait allusion au retour de Christ pour recevoir Son peuple. Dans les épîtres où le salut est présenté comme devant être achevé bientôt, nous y trouvons la venue de Christ pour l’accomplir. Dans l’épître aux Philippiens, il est dit : « notre bourgeoisie est dans les cieux, d’où aussi nous attendons le Seigneur Jésus-Christ comme Sauveur, qui transformera le corps de notre abaissement en la conformité de Son corps de sa gloire, selon l’opération de ce pouvoir qu’Il a de s’assujettir même toutes choses » (Phil. 3:20-21). Nous avons donc là notre Seigneur transformant ce corps d’abaissement pour le rendre conforme au corps de Sa gloire, prouvant ainsi qu’Il est le Sauveur ; car ce n’est pas une délivrance partielle, mais un salut complet pour l’homme tout entier. Mais dans l’épître aux Éphésiens, où la venue de notre Seigneur n’apparaît jamais, ceci se lie au fait que le salut est vu comme un fait déjà accompli, et dont nous jouissons dès maintenant. Cette manière d’envisager le salut est rare dans l’Écriture : il est généralement envisagé comme quelque chose qui est encore devant nous. Les gens confondent le salut avec la justification ou la réconciliation avec Dieu ; or dans l’épître aux Romains la distinction est faite de manière évidente : « Si étant ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de Son Fils, beaucoup plutôt, ayant été réconciliés, serons-nous sauvés par Sa vie » (Rom. 5:10). Ainsi nous avons la réconciliation, mais non pas le salut au sens de ce passage. « Nous serons sauvés ». Il est vivant pour nous ; et en conséquence, nous allons être sauvés. Le salut se poursuit, et quand Christ reviendra en gloire, alors le salut sera complet. C’est pourquoi, en Rom. 13:11, cette doctrine est encore appliquée : « Maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru ». Nous ne l’avons pas encore, mais il est plus près, et nous l’aurons bientôt entièrement et parfaitement. Avant d’avoir cru, nous étions ennemis et perdus ; puis, ayant cru, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de Son Fils. Maintenant Il vit pour nous, et Il va bientôt revenir pour nous, et alors tout sera complet.

Prenez maintenant les épîtres aux Corinthiens, et vous y trouverez le même enseignement. Le salut n’y est pas envisagé comme complet. C’est pourquoi l’apôtre dit qu’il mortifie son corps et l’asservit (1 Cor. 9:27). Il ne veut pas permettre qu’une convoitise mauvaise ait de l’emprise sur lui. Il pouvait prêcher au monde entier, mais si le mal avait le dessus sur lui, comment pourrait-il lui-même être sauvé ? Il présente la chose de la manière la plus forte possible, en rapport avec son propre cas, et il montre que prêcher (ce qui, pour quelques-uns, était plus important que Christ), n’a rien à faire avec le fait d’être sauvé : c’est la vie en Christ qui se lie au fait d’être sauvé ; car la grâce de Christ se manifeste dans une sainte soumission à Dieu et dans le jugement de soi-même quant au mal. Ce sont là deux conséquences inséparables du fait d’avoir la vie de Christ par la puissance du Saint Esprit dans l’âme. « Je mortifie mon corps », dit-il, « et je l’asservis, de peur qu’après avoir prêché à d’autres, je ne sois moi-même réprouvé ». Je prends ce mot de « réprouvé » dans le sens le plus fort, ce qui est même le seul sens scripturaire. Ce mot, dans le langage du Nouveau Testament, ne signifie pas simplement qu’un homme va perdre quelque chose, mais qu’il va perdre et son âme et Christ. Il n’y a aucun cas où ce mot soit employé dans les épîtres avec un sens modifié — il signifie invariablement « perdu pour toujours » ; modifier la force de ce mot n’est ni de la foi ni de l’intelligence. Ce n’est pas que Paul eût aucune crainte d’être perdu, mais il s’applique ce cas à lui-même, pour le rendre plus percutant, en faisant la supposition qu’il en vînt à renoncer à Christ et à la sainteté. Quelle est la conséquence ? Il aurait pu être alors prédicateur, et pourtant être un réprouvé. Personne de régénéré ne peut devenir un réprouvé ; aussi ne dit-il pas : Bien que je sois né de Dieu, je pourrais être un réprouvé. On ne peut pas, ni ne doit supposer pareille chose. Mais il donne cet exemple si sérieux de ce qui n’est que trop banal, hélas ! qu’un homme puisse prêcher à d’autres et être un réprouvé. Nous savons que l’un des apôtres a prêché et fait des miracles ; mais le Seigneur ne l’a jamais connu (Matt. 7:22-23).

 

2.2.8        Ch. 2:6-7 — Encore le salut — Dieu montrant les immenses richesses de Sa grâce

Ceci montrera l’importance qu’il y a à laisser au salut la place que l’Écriture lui donne, selon toutes les manières dont elle l’envisage. Dans la plupart des passages de l’Écriture, il n’est pas envisagé de la même manière que dans l’épître aux Éphésiens, mais de la manière que je viens de décrire dans l’épître aux Romains, etc. On ne peut légitimement soulever la question de tomber loin, quand l’apôtre parle du salut dans ce sens, mais le fait est que nous n’avons pas encore comme notre portion actuelle tout le résultat de la bénédiction, ni toute la plénitude de délivrance. Qui pourrait dire que nous avons cette portion ? Ici, nous souffrons encore : alors nous serons entièrement en dehors de la scène de tentation. Dans l’épître aux Éphésiens, lorsque l’apôtre considère le caractère de notre vie, il dit qu’elle est entièrement hors de tout danger, de toute tentation, et de toute chose de ce genre. « Vous êtes sauvés par [la] grâce ». Il veut dire par là que nous avons été sauvés et que nous sommes sauvés ; c’est-à-dire que nous avons la jouissance présente de ce qui est déjà réalisé dans le passé et complet devant Dieu. C’est un fait accompli, parce que c’est en Christ, et dans les Éphésiens tout est considéré comme étant en Christ, notre paix entre autres. C’est pourquoi Christ lui-même est appelé plus loin « notre paix ». C’est pourquoi aussi, il est si vrai que le salut est envisagé comme étant en Christ, que, le Sauveur étant assis dans les lieux célestes, il est dit de nous que nous sommes complètement sauvés, non pas en voie de l’être, au point de ne plus avoir besoin de rien d’autre à cet égard. Et il est ajouté, en parfaite harmonie avec ce que nous venons de voir, que Dieu « nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans [le] Christ Jésus ; afin qu’il montrât dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans [le] Christ Jésus ». Qu’y a-t-il de plus clair que le caractère complet de ce salut ? Combien il est manifeste qu’il se caractérise par une association avec Christ qui est au-delà de toute conception humaine ! Il est facile de concevoir que nous aurons bientôt une telle position de bénédiction, mais ce qui est merveilleux, c’est que cela puisse être annoncé comme étant la portion présente de pauvres et faible chrétiens, maintenant dans ce monde. Si nous nous arrêtons beaucoup sur des choses humaines, elles deviennent banales et sans valeur, et nous cessons de nous émerveiller ; mais quand il s’agit de cette œuvre glorieuse de Dieu dans Son Fils Bien-Aimé, plus nous y pensons, plus nous demeurons frappés d’étonnement devant elle ! Remarquez que le but est justement « qu’Il montrât dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans [le] Christ Jésus ». Autrement dit, ce n’est pas seulement que Dieu nous a regardés et nous donne ce dont nous avons besoin, mais Dieu a agi pour satisfaire Ses propres affections, par le moyen de Son Fils. C’est comme si Dieu disait : Je désire montrer ce que Je suis, et non pas simplement pourvoir à vos besoins. Ainsi, c’est Dieu s’élevant à la hauteur de Sa propre bonté, et agissant d’après ce qu’Il est, d’une manière complètement indépendante de ce que nous sommes, sauf que nous devenons l’occasion pour Dieu de montrer Son amour sans pareil ; et cela, non pas simplement maintenant, mais « dans les siècles à venir », ou, comme je le pense, pour un temps illimité.

 

2.2.9        Ch. 2:8 à 10 — Sauvés par la grâce et par la foi ; manifestation de la foi

Mais ce n’est pas tout. L’apôtre nous met à nouveau en garde contre certaines conceptions erronées, en reprenant ou répétant l’expression : « Car vous êtes sauvés par [la] grâce » et y ajoutant « par la foi », ce qui confirme fortement ce qui a été déjà dit. Nous ne sommes pas sauvés par le dessein d’élection de Dieu, aussi vrai et béni soit-il, mais par le moyen de la foi dans nos cœurs, par le moyen de cette persuasion divine que le Saint Esprit opère dans le cœur de l’homme autrefois incrédule. « Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi » (2:8). Dieu n’introduit pas quelqu’un dans la relation d’enfant sans que son cœur et sa conscience n’aient été mis en action. Le Saint Esprit donne à un tel homme de sentir sa propre condition telle que Dieu la voit, et de connaître, malgré tout, ce que Dieu est pour lui en Christ. Il ne s’agit pas d’un simple acte notarial et froid, d’un salut mécanique, ni non plus d’un changement de la vieille nature pouvant servir de fondement à une espérance en Dieu. On ne peut pas plus se fier au sentiment humain, qu’à une simple acceptation des décrets de Dieu, fût-elle parfaitement orthodoxe. Quand Dieu parle dans Son Fils, et de son Fils, c’est une chose réelle, et d’une solennité dont celui qui écoute doit avoir la conscience plus ou moins profonde. Il n’a plus de mauvaise volonté ou d’indifférence quant à Christ. Il peut sentir le péché et se haïr lui-même comme jamais auparavant, justement parce qu’il est sous la main de Dieu et devant l’enseignement de Dieu. Ce que précisément vous alléguez pour prouver que vous n’êtes pas de ceux qui appartiennent à Dieu, est ainsi plutôt la preuve que vous en êtes. Si vous étiez mort quant à Dieu, sentiriez-vous ce qui L’attriste ? C’est quand Christ a commencé à reluire sur votre âme, que vous commencez à réaliser que vous gisiez dans tout ce qui est ténébreux et dégoûtant, quoiqu’une lueur d’espérance perce à travers les nuages. Vous avez sérieusement la conscience des choses mauvaises auxquelles vous étiez insensibles auparavant. C’est là un effet de la puissante opération de Dieu en grâce ; or la vie sans la foi ou la vie dans l’inconscience, cela n’existe pas. Il y aura toujours quelque chose qui éveille de nouvelles pensées et de nouveaux sentiments à l’égard de Dieu, une crainte et un désir à l’égard de Dieu, une horreur du péché, et une haine de soi-même. Toutes ces choses, et d’autres encore, traversent l’esprit de celui qui est né de Dieu ; et ce qui produit tous ces sentiments par l’Esprit de Dieu, c’est Christ — rien d’autre ne le fera. Autrement, il ne sert à rien de fréquenter une église ou une chapelle — de se joindre au meilleur ou au pire des témoignages : le principe sur lequel on y va, c’est de se croire obligé d’y assister, peut-être chaque jour — c’est de se croire obligé de rendre à Dieu un service religieux, et que, si on le fait diligemment, Dieu devrait se souvenir de nous sur le lit de mort et au jour du jugement. Voilà une partie des devoirs que l’homme accomplit dans l’espoir d’échapper à l’enfer. Or tout ceci se fonde sur une sorte d’obligation que l’homme ferait reposer sur Dieu. L’homme fait quelque chose, et il pense qu’à cause de cela Dieu doit user de grâce envers lui. Or ceci n’est rien moins que nier de manière flagrante à la fois le péché de l’homme et la grâce de Dieu. Car il est dit : « Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi » (2:8). L’expression « être sauvé par la grâce » veut dire qu’on est sauvé par ce que Dieu est pour moi dans Son Fils, en dehors de la moindre chose en moi qui le mériterait. Consentez-vous à vous confier en Dieu seul pour votre salut, — en son Fils Bien-Aimé ? C’est là la foi. « Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi ». Si j’y mêle un brin de ce qui vient de moi, ce n’est à proprement parler ni la grâce ni la foi ; car la foi renonce à soi-même pour Christ, et la grâce est la pure faveur de Dieu envers moi, pécheur, à la croix. Quand j’écoute Christ, alors la parole de Dieu commence à agir à l’égard de tout ce qui, en moi, est égoïste et opposé à Dieu ; il ne faut pas que j’essaie de modifier la Parole de Dieu, ni de l’accommoder à mes propres pensées, ménageant ainsi un moyen d’accorder un peu d’indulgence à la chair.

Je maintiens donc que le salut dont il est parlé dans l’épître aux Éphésiens est déjà complet pour celui qui croit — si absolu même, que nul ne peut rien y ajouter, parce que ce serait ajouter quelque chose à Christ, et à l’œuvre de Christ. Or ceci est impossible, vu que ce salut vient entièrement de la grâce gratuite de Dieu, imméritée et sans mélange. C’est là le grand point pour l’âme. Suis-je capable de me confier en Lui maintenant, en dehors de toute question de ce que je suis ou de ce que j’espère être, ou de ce que je devrais faire pour Dieu ? Puis-je me reposer sur Christ, quant à tout ce que j’ai été et tout ce que je suis, sans aucune promesse ni aucun gage de ma part — sans aucune espérance ni aucune pensée quant à ce que je puis faire, parce que Dieu pourrait m’enlever en un instant ? Puis-je me reposer en Lui entièrement et aveuglément ? Pensez au cas du brigand mourant, qui est un témoignage vivant et notoire du salut par grâce dans tous les âges. D’autres peuvent avoir une œuvre à accomplir ensuite, mais nous avons là un homme qui a été l’objet de la grâce dans les dernières heures de sa vie. Or il n’y a pas d’autre chemin. S’il avait même vécu mille ans de plus, il n’aurait pas été d’un millimètre plus en sécurité par grâce, qu’il ne l’était alors. Il est d’une grande importance de soumettre nos âmes à la pierre de touche de temps en temps, pour vérifier si nous nous reposons uniquement sur la grâce de Dieu envers nous, et non sur ce que les gens appellent la grâce en nous, c’est-à-dire notre fidélité envers Lui. Car c’est là l’idée de la grâce qui court partout. On veut parler d’un grand changement qui a eu lieu dans le cœur par rapport à Dieu. Ce que Dieu appelle la grâce, ce n’est pourtant pas ce changement, mais c’est ce qu’Il nous a donné gratuitement dans l’œuvre que Christ a accomplie pour le péché. « Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi » (2:8). L’Esprit exclut toute pensée selon laquelle l’homme contribuerait à la foi, ou se procurerait un crédit quelconque en venant à Christ, car Il dit immédiatement après : « Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » (2:8). Ceci se rapporte probablement non seulement au salut, mais aussi à la foi ; c’était tout le don de Dieu, et non le fruit de l’homme : « Non pas sur le principe des œuvres, afin que personne ne se glorifie » (2:9). Bien loin que ce soit une question de nos œuvres, c’est nous, qui sommes l’ouvrage de Dieu, la nouvelle création à Sa propre louange. « Car nous sommes Son ouvrage, ayant été créés dans [le] Christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées, afin que nous marchions en elles » (2:10). Vous avez là une preuve claire qu’aucune négligence n’est admissible dans la marche du croyant ; et le même verset enlève toute pensée que l’œuvre de l’homme puisse être le fondement ou le moyen de salut.

Nous voyons donc ici le croyant comme l’ouvrage de Dieu en Christ, et cela « pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées, afin que nous marchions en elles ». C’est une expression très remarquable, que nous ne saurions trop peser. Il ne s’agit pas des bonnes œuvres de la loi — ni de celles qui pourraient paraître telles au jugement de l’homme, mais d’un sacrifice [ou : offrande] d’un caractère nouveau, céleste et de grâce, qui était dans les pensées de Dieu et entièrement déterminé à notre égard avant qu’existât la scène où nous sommes maintenant. Le même Dieu qui, avant que le monde fût, avait le dessein de nous sauver et de nous bénir avec Christ, avait aussi devant Lui une certaine ligne de marche, un courant d’action spécial, dans lesquels Il avait la pensée que ceux qui auraient reçu une telle faveur, marcheraient. Ce n’est pas la pensée du bien que nous devrions faire en tant qu’hommes, comme moyen de montrer que nous désirons obéir à Dieu sous la loi. Ce n’est pas simplement aimer Dieu, et son prochain comme soi-même ; mais c’est un genre et une manifestation de l’amour tout différents. C’est un amour qui découle de nos nouvelles relations, et s’il doit s’exercer en aimant Dieu et en aimant ceux qui sont autour de nous, c’est selon l’amour si riche que Dieu nous a montré en Christ. Ce n’est pas un simple devoir, même dans la forme la plus élevée d’obligation. Si un homme marchait simplement de cette manière là, même tout le temps, il demeurerait en dessous de ce que le chrétien devrait être, et de toute façon, ce ne sont pas là « les bonnes œuvres que Dieu a préparées, afin que nous marchions en elles ». La loi a été introduite par suite de la présomption et de l’auto-suffisance d’Israël ; elle n’est pas quelque chose que Dieu avait préparé à l’avance pour que Son peuple y marche. C’est pourquoi il est dit en Romains que la loi est intervenue (pareishlqen). C’était quelque chose arrivé incidemment, comme une sorte de parenthèse introduite dans un but spécial, mais très important. Or la loi a achevé ce qu’elle avait à faire, et le croyant, même s’il avait été sous la loi, est amené hors de sa sphère, et est fait vivant pour Dieu. Il a un nouveau mari, et est mort vis-à-vis du premier (Rom. 7:1-6). Mais la vérité est présentée ici sous une forme très belle, en harmonie avec le caractère de toute l’épître. Comme l’appel de Dieu, et Son dessein, et toutes Ses pensées à notre égard, existaient avant que le monde fût, ainsi aussi le caractère même de la marche du croyant était préparé avant que nous venions dans le monde, et il est, dans sa nature même, entièrement au-dessus de ce monde. Il s’agit que nous manifestions Dieu correctement, selon qu’Il se manifeste Lui-même maintenant. « Soyez imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants » (5:1).

Quelle place merveilleuse que celle où nous sommes mis ! Nous avons été « créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées, afin que nous marchions en elles ». Nous avons un caractère de vie entièrement nouveau, jamais envisagé par la loi, et il y correspond un caractère de bonnes œuvres tout nouveau.

 

2.3   Ch. 2:11-22

2.3.1        Rappel de ce qui précède et rapport avec 2:11-22

Ici s’ouvre une section à part dans l’épître. Ce n’est pas le déploiement des pensées de grâce de Dieu, pensées qui, dès avant la fondation du monde, s’étendent jusqu’à l’héritage de gloire quand toutes choses seront assujetties à Christ — l’Église étant une avec Lui dans Sa suprématie sur tout (ch. 1). Ce n’est pas non plus le moyen par lequel Dieu relève des âmes qui, les unes autant que les autres, étaient mortes sous la puissance de Satan, et par nature enfants de colère, — les vivifiant avec Christ, et les ressuscitant, et les faisant asseoir ensemble en Lui dans les lieux célestes. Nous avons vu cela dans la première partie du chapitre 2. Mais, maintenant nous avons la mise à exécution actuelle des plans de Dieu dans le monde. Le ch. 1 nous a donné les conseils de Dieu à l’égard de ces âmes-là ; le ch. 2:1-10, présente la manière dont Il a opéré en elles ; et maintenant nous avons la manière dont Il a exécuté Ses plans sur la terre. Ceci fait ressortir d’une manière bien distincte la condition dans laquelle l’homme avait été auparavant. Il y avait déjà eu des voies de Dieu ici-bas. Après le déluge, quand le monde entier s’était éloigné de Dieu, et avait établi une forme de mal particulièrement pernicieuse — le culte de faux dieux, le vrai Dieu appela un homme pour le mettre à part des autres, et Il fit de lui le dépositaire de Ses promesses et de Son témoignage sur la terre. Ce fut Abraham et sa semence. À partir de cet appel d’Abraham, nous trouvons donc la scène des opérations de la puissance de Dieu, de Sa bonté et de Son gouvernement, quoique Son gouvernement en fût dissocié ensuite, puis remis aux Gentils, à cause du mal invétéré d’Israël. Mais la croix de Christ a mis fin à toutes ces épreuves. Dieu a bien tardé un bon nombre d’années après, dans Sa patience, comme nous le savons, mais le sort de la nation juive était scellé à la croix de Christ ; et dès ce moment-là, Dieu commença à manifester les desseins beaucoup plus profonds de Son amour. En ce qui concerne le peuple Juif, dans le meilleur des cas, en supposant qu’il eût été converti et qu’il eût reçu le Messie, il n’aurait pu être mieux ici-bas qu’un peuple terrestre. Ils auraient été régénérés, mais seraient restés terrestres. Les promesses qui leur étaient si pleinement et si richement accordées dans l’Ancien Testament se rapportaient à la terre. Je ne dis pas que la foi n’avait pas quelque chose de plus profond ; je ne dis pas qu’il n’y avait pas quelque chose hors de cette scène présente, dans la pensée cachée de Dieu. Mais, qu’il me soit permis de le répéter : ils étaient un peuple terrestre, et le don spécial de Dieu leur attribuait les « choses terrestres » du royaume ; et c’est par rapport à cette condition que Dieu déclare que Ses dons et son appel sont sans repentir (Rom. 11:29). Il avait donné des bénédictions terrestres aux Juifs, et les avait appelés à part pour jouir du pays. Ce sera réalisé dans une condition de gloire sous leur Messie. Dieu ne se repentira jamais de Ses desseins, et ne retirera pas Son don. Mais en attendant, toute l’histoire du rejet de Dieu par Israël est survenue, leur culte des idoles, et finalement la crucifixion de leur propre Messie ; pour le temps présent ils sont dépossédés de leur pays, et dispersés sur la face de la terre.

 

2.3.2        Ch. 2:11-12 — Succession de diverses dispensations — privilèges de l’Église par rapport à Israel

Pendant, et même avant le temps de la dispersion d’Israël, dès le moment où leur culpabilité a été consommée, ce dessein céleste de Dieu a été manifesté progressivement sur la terre. Il faut nous rappeler en effet que l’Église a aussi une existence sur la terre et qu’elle entre dans les voies de Dieu ici-bas, outre le fait qu’elle est l’objet des conseils éternels de Dieu, et qu’elle a une part glorieuse dans le ciel avec Christ (c’est cette portion que nous attendons). C’est là le point auquel nous sommes arrivés dans cette épître. Nous avons vu les pensées plus profondes de Dieu, mais comme l’épître touche aux voies de Dieu sur la terre, nous n’aurions pas eu une vue complète de la place de l’Église, si la succession des dispensations ici-bas ne nous avait pas été donnée. C’est pour cela que les éléments qui composent l’Église nous sont présentés : « C’est pourquoi souvenez-vous qu’autrefois vous, les nations dans la chair, qui étiez appelés incirconcision par ce qui est appelé la circoncision, faite de main, dans la chair » (2:11). Nous sommes ici sur un terrain totalement différent. Il ne s’agit plus d’« enfants de colère », de personnes par nature aussi mauvaises et aussi mortes les unes que les autres, mais ici ce sont des hommes distingués par rapport à d’autres sur la terre — la circoncision d’un côté, et l’incirconcision de l’autre. Nous sommes donc sur un terrain terrestre, le terrain des voies de Dieu selon les dispensations, où Dieu sépare une partie du genre humain d’avec une autre, de Sa propre volonté ; ce n’est pas parce que l’une était meilleure que l’autre, mais c’était en vue de la manifestation de Sa sagesse et de Son dessein. La grande masse des Juifs était tout aussi mauvaise que les Gentils aux yeux de Dieu ; et certains Gentils étaient convertis, comme Job, tandis que beaucoup de Juifs périrent dans leurs péchés. Malgré tout cela, Dieu établit une différence entre Juif et Gentil, et Il dit : « Souvenez-vous qu’autrefois vous, les nations dans la chair ». Vous étiez parmi le reste du genre humain, laissés hors de l’appel de Dieu ; vous n’aviez pas été placés dans une position à part, de témoignage pour Dieu, comme le fut Abraham ; vous êtes appelés incirconcision par ce qui est appelé la circoncision. « Vous étiez en ce temps-là sans Christ, sans droit de cité en Israël » (2:12). Ils n’avaient aucune part à l’ordre établi de Dieu en Israël ; et ils étaient « étrangers aux alliances de la promesse ». Dieu donna de glorieuses promesses en forme d’alliance, et s’engagea à les accomplir. Les Gentils n’y avaient ni part ni portion. Il y avait des promesses au sujet des Gentils, mais aucune faite aux Gentils. Israël était la partie concernée par les promesses, eux et eux seuls. Or il faut nous rappeler soigneusement ce que signifient ces promesses. Elles ne furent faites ni à Abel, ni à Énoch, encore moins à Adam et Ève, bien qu’il soit courant de parler de la promesse faite au jardin d’Eden. Mais là, l’Écriture ne parle jamais de promesse. Si vous examinez Gen. 3, vous verrez la sagesse de Dieu qu’il y a en cela ; car ce ne pouvait en aucun sens être une promesse. À qui promettre ? À qui cela fut-il prononcé ? Au serpent ancien. Aucun croyant ne va imaginer qu’il y ait des promesses pour lui. C’était une menace de l’extinction de sa puissance. Dieu jugeait le péché qui venait d’entrer dans le monde : est-ce le temps convenable pour faire des promesses ? Au sens strict, c’est une révélation de Dieu, nullement en forme de promesse, mais une déclaration faite sous forme de jugement accusant publiquement le serpent, et montrant que la Semence de la femme lui briserait la tête.

« Les promesses », donc, ne remontent pas avant Abraham : elles se rattachent aux dispensations de Dieu. On pourra demander : N’avons-nous pas des promesses ? Je réponds : Nous avons toutes les promesses de Dieu, mais où et comment ? Elles sont oui et amen dans le Christ Jésus (2 Cor. 1:20). Si nous avons Christ, nous sommes semence d’Abraham, et héritiers des promesses (Gal. 3:29), mais d’une manière totalement différente de celle dont les Juifs les ont eues autrefois, ou les auront bientôt. Nous entrons sur le terrain de la grâce pure, et comme entièrement en dehors de toute alliance. Il n’y a pas d’alliance avec l’Église, ni avec nous les Gentils. Je ne veux pas dire que nous ne recevons pas les bénédictions renfermées dans la nouvelle alliance : nous avons tout qui s’y trouve de béni, et mieux encore, mais nous ne l’avons pas comme Israël. Ils y ont part comme objets des promesses de Dieu, tandis que c’est la grâce souveraine qui nous a cherchés, trouvés, et bénis — nous n’avions droit à rien, et pourtant le meilleur nous est réservé. Nous entrons comme remplissant l’intervalle entre la réjection du Messie et Sa réception par Israël bientôt ; nous faisons partie de cette parenthèse, plutôt que des voies de Dieu ici-bas, et cela d’une manière fort intéressante, comme j’espère le montrer.

Ici donc, c’est la différence qui est présentée en premier. Dieu veut que nous sachions quelle était notre condition. Nous n’avons droit à rien ; nous n’avons pas le moindre titre à faire valoir auprès de Dieu ; aucune place ne nous était spécialement attribuée, comme pour Israël par les promesses. Ceux d’Israël avaient une certaine place, même comme hommes inconvertis dans le monde ; et le jour approche où, après avoir été convertis, ils auront dans le monde une position très en vue — une distinction et une gloire terrestres qui n’ont jamais été et ne seront jamais notre portion. N’allez pas supposer que nous n’aurons pas bien mieux ; mais nous n’aurons jamais ce genre de place sur la terre. Nous aurons une place avec Christ dominant sur toutes choses, mais ce ne sera pas au temps de notre vie naturelle ici-bas. Vis-à-vis du monde, c’est dans l’état de résurrection que la gloire de l’Église doit être manifestée, dans toute sa plénitude. Ainsi l’Apôtre rappelle ici aux saints d’Éphèse ce qu’avait été leur condition comme Gentils. « Vous étiez en ce temps-là sans Christ, sans droit de cité en Israël, et étrangers aux alliances de la promesse, n’ayant pas d’espérance, et sans Dieu dans le monde » (2:12). Ils n’avaient point d’espérance. Ils n’attendaient aucune intervention divine pour les délivrer sur la terre : ils pouvaient rêver à ce à quoi les gens rêvent encore, — un perfectionnement de l’homme sur la terre. Ils n’avaient aucune relation avec Dieu dans le monde, tandis que les Juifs avaient Dieu pour diriger tous leurs mouvements, leur manière de vivre et la manière d’établir leur héritage. Dieu entrait dans toutes leurs affaires domestiques aussi bien que dans leur culte : tout faisait l’objet d’ordonnances spéciales de Dieu. S’ils avaient ainsi Dieu dans ce monde, les Gentils ne connaissaient rien de semblable. En dehors de cette condition misérable, dans quoi sommes-nous introduits ? Est-ce dans la position d’Israël ? Cela est traité ailleurs. Le grand point de Rom. 11, est de montrer que les branches naturelles de l’olivier ont été arrachées, afin que nous, qui étions des branches sauvages, nous soyons greffés dessus. Le sujet ici n’est pas l’Église, mais simplement la possession des promesses, et la place de témoignage pour Dieu ici-bas. Ce sont des choses distinctes. Toute personne baptisée — c’est-à-dire toute personne qui professe Christ extérieurement — appartient à l’olivier. Tous ceux qui sont tels ont une responsabilité spéciale, n’étant pas des païens (ni des Juifs non plus), mais parce qu’ils sont en possession des oracles de Dieu, et qu’ils portent le nom de Christ extérieurement. Mais en Éph. 2, il y a une ligne de pensée bien plus profonde : l’apôtre parle du corps de Christ et de l’assemblée de Dieu. Rappelons-nous qu’au commencement du christianisme, ces deux choses étaient très proches : en d’autres termes, l’assemblée ne se composait guère que de membres du corps de Christ, de vrais croyants unis à Christ par le Saint Esprit. Assez tôt des individus s’y glissèrent, qui n’étaient pas nés de Dieu, et bien sûr pas non plus membres de Christ, et ils entrèrent pourtant dans l’assemblée de Dieu. Ainsi le terme « chrétien » aujourd’hui, désigne quelqu’un qui n’est ni païen, ni Juif. C’est pourquoi en Rom. 11, il est parlé de branches arrachées ; et c’est pourquoi les branches qui sont greffées dessus sont maintenues en place par la bonté de Dieu, et sont averties d’y persévérer, de peur d’être arrachées à leur tour. Il est question de la profession, de ses dangers, et du sort qui l’attend immanquablement si elle n’est pas fidèle. Mais en Éphésiens il n’est pas question d’être coupé, parce que le sujet principal, c’est la condition de membres du corps de Christ. Certains parlent maintenant de ne pas déchirer le corps de Christ ; mais on ne trouve pas cela dans l’Écriture ni dans la lettre ni dans l’idée. Vous trouverez des passages qui insistent beaucoup sur la position solide des vrais croyants, et d’autres qui avertissent les professants qu’ils vont être réduits à rien ou bien jugés par Dieu. L’idée de retrancher un membre du corps de Christ n’existe pas. Il y a des avertissements solennels pour les chrétiens pour les préserver du mal, mais rien qui ressemble à de l’insécurité.

 

2.3.3        Ch. 2:13-14

2.3.3.1            Approchés par le sang de Christ

En poursuivant le chapitre, le côté positif de la question apparaît. Les Gentils ne possédaient pas par nature les privilèges des Juifs. « Mais maintenant dans le Christ Jésus, vous qui étiez autrefois loin, vous avez été approchés par le sang du Christ. Car c’est lui qui est notre paix, qui des deux en a fait un », — les Juifs et les Gentils, — « ayant détruit le mur mitoyen de clôture » (2:13-14). C’est ici la déclaration bien claire que les institutions mêmes établies par Dieu dans Ses voies avec les Juifs sont renversées maintenant. Dieu lui-même a détruit le mur mitoyen de clôture. Lui seul avait le droit de le faire. C’eût été un péché pour tout autre d’essayer de le faire. D’un autre côté, vous trouverez des personnes ignorantes de l’Écriture, qui soutiendront que, parce que Dieu a commandé ces choses autrefois, Il doit toujours les approuver. Rien n’est moins fondé. C’est limiter Dieu à des bornes, et fermer les yeux sur les déclarations les plus claires de Sa Parole. Dans toute une partie importante du Nouveau Testament, Dieu met de côté les institutions juives, dans tous leurs éléments. Sans doute il y a des principes moraux qui étaient vrais avant la loi — des voies révélées de Dieu depuis le commencement, qui doivent toujours régler la conduite de l’homme en rapport avec Dieu ; mais ces choses n’ont pas nécessairement rapport avec la loi. Sous le système de la loi, elles pouvaient se trouver plus ou moins incorporées dans la loi et prendre la forme de commandements ; mais leur racine est bien plus profonde que la loi donnée à Moïse. Les idées dont je parle sont fondées sur la notion fausse que, si l’on parle de délivrance du chrétien de la loi, certains pensent que vous êtes en train de détruire toute moralité et de renverser la sainte mesure divine du bien et du mal. Mais il ne nous convient pas de juger ce qui est le plus à la gloire de Dieu. L’humilité se trouve dans l’obéissance, et se prouve par elle ; et l’obéissance dépend de la soumission à la parole de Dieu. Le même acte, selon les circonstances, peut être un devoir ou un crime : le seul test infaillible pour le croyant, c’est la Parole de Dieu. C’était un péché pour les Juifs de ne pas détruire tous les Cananéens : Dieu leur avait commandé de le faire — Il est seul compétent pour juger, et le seul à avoir le droit de commander par Sa volonté souveraine. Si un chrétien faisait maintenant la même chose, ce serait se tromper sur la pensée de Dieu. Le monde est tenu d’agir à l’égard des meurtriers aussi rigoureusement aujourd’hui que jamais : Dieu n’a nullement révoqué la parole prononcée sur le caractère sacré de la vie humaine. Dieu l’a établi longtemps avant la loi de Moïse, et longtemps avant qu’existe la distinction entre Juifs et Gentils, et elle n’est annulée ni par la loi donnée à Israël, ni par l’Évangile qui répand aujourd’hui la grâce dans le monde. Le gouvernement parmi les hommes repose sur son fondement propre, et était compris dans la délégation d’autorité donnée à Noé (Gen. 9:6) ; mais le chrétien est en dehors et au-dessus de tout cela. Il est appelé d’un appel nouveau, et c’est ce que nous avons ici. « Mais maintenant dans le Christ Jésus, vous qui étiez autrefois loin, vous avez été approchés par le sang du Christ » (2:13). Notre tâche n’est pas le maintien de l’ordre dans le monde ni le châtiment de ses désordres ; mais un nouvel édifice s’élève et croit, sur le fondement béni, saint et divin du sang de Christ, par lequel nous sommes approchés de Dieu. Il ne s’agit pas de ce que nous allons être bientôt, mais de ce que nous sommes maintenant. Nous avons « été approchés par le sang du Christ ».

 

2.3.3.2            Christ notre paix

Rien ne saurait être plus clair et positif, « car c’est Lui qui est notre paix » (2:14) — expression bien merveilleuse ! Notre paix n’est pas seulement quelque chose dont nous jouissons intérieurement, mais c’est Christ en dehors de nous. Si les âmes ne se reposaient que sur cela, y aurait-il de l’anxiété quant à la plénitude de la paix ? C’est entièrement ma faute si je ne me repose pas sur cela, et si je n’en jouis pas. Or ceci étant admis … dois-je douter que Christ soit ma paix ? Je le déshonore si je le fais. Si j’avais une personne se portant caution pour moi, et dont la richesse soit inépuisable, pourquoi douterais-je de ma situation et de mon crédit ? Ils ne dépendent ni de ma richesse, ni de ma pauvreté : tout dépend des ressources de celui qui s’est rendu responsable pour moi. Il en est ainsi avec Christ. C’est Lui qui est notre paix, et il est tout à fait impossible qu’Il vienne à manquer. Lorsque le cœur a confiance à cet égard, quel en est l’effet ? Nous pouvons alors trouver le repos et la jouissance. Comment jouir d’une bénédiction avant d’y croire ? Il faut commencer par croire avant de jouir des bénédictions ou privilèges. Dans Sa grâce, le Seigneur donne très tôt à Son peuple des transports de joie, mais la joie peut être fluctuante. La paix est, ou devrait être quelque chose de permanent : le chrétien y a toujours droit, pour la raison que Christ est notre paix. Il n’est pas appelé notre joie, et Dieu n’est pas appelé le Dieu de joie, mais de paix, parce qu’Il L’a accomplie lui-même : et elle repose entièrement sur Christ. « C’est lui qui est notre paix, qui de deux en a fait un, ayant détruit le mur mitoyen de clôture » (2:14).

 

2.3.3.3            Comment Christ est notre justice

Il y a une notion très répandue, mais inconnue dans la Bible, selon laquelle Christ a accompli notre justice quand Il était ici-bas. Or je ne mets pas en doute que la vie de Christ était nécessaire pour répondre à ce que demandaient Dieu lui-même et Sa loi sainte, aussi bien que pour Le manifester Lui-même et Son amour ; mais la justice que nous sommes devenus en Christ est une tout autre pensée — non pas la loi accomplie par Lui, mais la justice justifiante de Dieu, fondée sur la mort de Christ, manifestée dans Sa résurrection, et couronnée par Sa gloire dans le ciel. Ce n’est pas simplement Christ accomplissant notre devoir pour nous, mais Dieu pardonnant mes fautes, jugeant mon péché, et trouvant même une telle satisfaction dans le sang de Christ, que maintenant Il ne saurait trop faire pour nous ; cela devient, si je puis m’exprimer ainsi, une dette positive envers Christ, à cause de ce que Christ a souffert. On ne réalise pas que la loi est la puissance du péché (1 Cor. 15:56), et non pas de la justice. Si Christ n’avait fait que garder la loi, ni votre âme ni la mienne n’auraient pu être sauvées, encore moins bénies, comme nous le sommes. Quel que fût celui qui aurait gardé la loi, ce n’aurait été que la justice de la loi, et non pas la justice de Dieu, laquelle n’a aucun rapport avec l’obéissance rendue à la loi. Il n’en est jamais parlé ainsi dans la Parole de Dieu. Parce que Christ a obéi jusqu’à la mort, Dieu a introduit une nouvelle sorte de justice, — non pas la nôtre, mais la Sienne, à Lui, en notre faveur. Christ est devenu malédiction pour nous sur le bois (Gal. 3:13) ; Dieu L’a fait péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en Lui (2 Cor. 5:21). Si la doctrine courante sur ce sujet était vraie, nous pourrions nous attendre à ce qu’il fût dit : « Il a obéi à la loi pour nous, afin que la justice légale nous fût imputée ou transférée ». Or la vérité est en contraste à tous égards avec de telles idées. Assurément l’obéissance de Christ à la loi n’est pas la même chose que Dieu faisant Christ péché. Il en est de même du passage dont on se sert si souvent : « Par l’obéissance d’un seul, plusieurs seront constitués justes » (Rom. 5:19). Comment Son obéissance est-elle liée ici à la loi ? L’apôtre, il est vrai, introduit la loi dans le verset suivant, mais comme une chose nouvelle et additionnelle, introduite incidemment.

De plus, Adam ne connaissait pas le sens de l’expression « la loi » bien que sans aucun doute il fût sous une loi qu’il a enfreinte. Qu’est-ce que les mots « tu ne convoiteras point » auraient pu signifier pour Adam dans l’innocence ? Son expérience ne comportait aucun sentiment de ce genre. Nous voyons donc que ce ne fut qu’après la chute de l’homme que la loi fut donnée, au temps convenable, pour condamner la manifestation du péché. Or Christ est mort pour le péché et sous le péché — notre péché. Quelle en est la conséquence ? Tous les croyants maintenant, Juifs ou Gentils, dans le Christ Jésus, sont introduits dans une position entièrement nouvelle. Le Gentil est retiré de sa position d’éloignement de Dieu ; le Juif est retiré de la proximité où le mettait la dispensation judaïque ; les uns et les autres jouissent d’une bénédiction commune dans la présence de Dieu, qu’ils n’avaient jamais eue auparavant. L’ancienne séparation disparaît et fait place, par la grâce, à l’union dans le Christ Jésus. Quand cela a-t-il commencé ? Question importante, car c’est réellement la réponse à la question : — Qu’est-ce que l’Église, selon les Écritures ? Demandez à beaucoup d’enfants de Dieu. Ne vont-ils pas dire : L’ensemble de tous les croyants ? Mais est-ce là le corps de Christ qui nous est montré ici ? Il y avait des saints depuis le commencement, tous ceux qui étaient nés de Dieu ; mais furent-ils constitués en une assemblée unie sur la terre ? Y a-t-il jamais eu dans l’Ancien Testament quelque chose qui corresponde au « seul corps » ? Jusqu’au jour de la Pentecôte, on n’en avait jamais entendu parler, sinon comme une chose promise. Il fallait attendre la croix de Christ. C’est en elle que Dieu a aboli l’inimitié. Auparavant Dieu avait commandé aux Juifs de rester séparés des Gentils, et notre Seigneur a maintenu fortement cette séparation quand Il était sur la terre. Il enjoignit à ses disciples de n’entrer dans aucune ville des Gentils (Matt. 10:5). Il dit à la femme Syro-phénicienne qu’il n’était envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël (Matt. 15:24). Elle s’était placée sur le terrain des promesses, et Il lui montrait qu’elle n’avait ni part ni portion dans les promesses. Si elle s’était adressée à Lui comme Fils de Dieu, notre Seigneur l’aurait-Il fait attendre ? Elle faisait appel à Lui comme Fils de David ; or en cette qualité, Sa relation était avec Israël. Il fallait qu’elle apprenne l’erreur de se placer sur le terrain de promesses auxquelles elle n’avait pas droit. C’est souvent là la raison pour laquelle les gens ne jouissent pas de la paix. Ils plaident les promesses de Dieu ; mais à quoi servent-elles si elles ne sont pas pour moi ? Rien d’étonnant que la réponse tarde ! C’est aussi la raison pour laquelle il y a en général si peu de paix solide. Qu’il était bon pour la pauvre femme, qu’il est bon pour nous, de connaître et de confesser ce que nous sommes réellement. Elle reconnaît qu’elle n’était ni un enfant, ni une brebis. « Cependant les chiens mangent ! » Elle voit bien pourquoi elle ne pouvait obtenir ce qu’elle désirait sur le fondement erroné de privilèges qu’elle ne possédait pas. Elle est amenée à se reconnaître dénuée de toute promesse ; alors il n’y a pas de limite à la bénédiction dans la grâce de Christ. « Ô femme ! ta foi est grande ; qu’il te soit fait comme tu veux ».

Les deux cas où le Seigneur a admiré la foi de ceux qui venaient à lui sont des Gentils — le centurion et la Syrophénicienne. Notre Seigneur ne peut démentir Son amour, et ils le savaient. C’est pourquoi ils insistent sur ce qu’ils demandent. C’était au milieu d’une profonde ignorance, mais au fond, l’œil était simple, et l’objet sur lequel cet œil se reposait, c’était Celui qui pouvait bénir au-delà de tout ce qu’on pouvait imaginer. En conséquence la bénédiction ne pouvait être perdue, et même si elle était retardée, elle était infinie.

 

2.3.4        Ch. 2:15-16 — Ayant aboli dans sa chair l’inimitié, la loi des commandements — un seul homme nouveau

Ainsi dans cette épître nous avons les Gentils dans la condition la plus déplorable d’éloignement de Dieu et de séparation de tout ce que Dieu avait choisi sur la terre. Mais la croix de Christ a anéanti toutes les distinctions de ce genre. Elle a prouvé que les Juifs si favorisés étaient encore plus iniques que les pauvres Gentils, pour autant que cela soit possible. Ils avaient rejeté et crucifié leur propre Messie ; et ceux d’entre eux qui insistaient le plus pour Sa mort, c’était les prêtres : il en est toujours ainsi. Ce qui est le plus sans cœur, c’est la religion de ce monde ; s’il en était déjà ainsi à l’époque, c’est encore pire aujourd’hui. Qu’est-ce qui est pire sous le soleil que la contrefaçon du christianisme ? Elle peut employer un beau langage, et être mélangée à une bonne proportion de vérité ; mais la conscience n’y est pas purifiée, ni les affections divines ; le plus terrible sera sa fin. Nous avons besoin de prendre garde à ce que nous approuvons dans le temps présent, car le temps est court. Le Seigneur a mis en lumière ce qu’est Son Église. La volonté de l’homme a ramené du tombeau de Christ la loi des commandements, et cherche à la remettre en vigueur. On trouve cela partout dans la chrétienté. Pourtant devant un chapitre comme le notre, où nous trouvons que toutes les institutions spéciales de Dieu en rapport avec Son peuple terrestre, y compris les malédictions et tout le reste, sont mises de côté par l’autorité de Dieu, même pour les Juifs croyants, il est inimaginable, si on ne réalise pas la puissance de Satan, à quel point les chrétiens peuvent les relever et les récupérer. C’est une négation pratique du sang et de la croix de Christ. Quelle preuve solennelle de l’état de ruine de l’Église de Dieu ! La vérité est pourtant claire : « Ayant aboli dans sa chair l’inimitié, la loi des commandements, qui consiste en ordonnances ; afin qu’il créât les deux en lui-même pour être un seul homme nouveau, en faisant la paix ; et qu’il les réconciliât tous les deux en un corps à Dieu par la croix, ayant tué en elle l’inimitié » (2:15-16). C’est à cette figure d’un seul homme nouveau, que correspondent les chrétiens. Un tel état de choses n’a jamais été connu pendant tout le temps de l’Ancien Testament, et même pendant la vie de notre Seigneur sur la terre. Ce ne fut qu’après l’ascension que les Juifs et les Gentils ont été unis sur la terre, et ont adoré Dieu sur un pied d’égalité. C’est là l’Église. Ce n’est pas simplement qu’ils sont tous des croyants, mais ils sont membres de Christ et membres l’un de l’autre sur la terre (1 Cor. 12:27 ; Rom. 12:5). Sans doute, lorsque nous irons au ciel, ce sera encore l’Église ; mais elle commence ici-bas, avec Christ crucifié et monté au ciel. Une fois qu’Il y a ainsi pris Sa place, alors commence l’œuvre de formation du corps en union avec la Tête. Toutes les distinctions ont disparu dans la sphère de l’Église. La nature de l’Église ressort à l’évidence des paroles suivantes : Afin « qu’il les réconciliât tous les deux en un seul corps à Dieu sur la croix, ayant tué en elle l’inimitié » (2:16) — or cette inimitié était inhérente aux commandements de la loi, qui séparaient rigoureusement et totalement l’un de l’autre.

 

2.3.5        Ch. 2:17 — Christ source de l’évangile, et non pas la loi

Mais Christ « étant venu, il a annoncé la bonne nouvelle de la paix à vous qui étiez loin, et à ceux qui étaient près ». Tout est attribué à Christ, parce que tout est fondé sur la croix ; et c’est Christ, par le Saint Esprit, qui proclame maintenant cette paix céleste aux Gentils autrefois si éloignés, aussi bien qu’à Israël jusqu’alors si favorisé. Lorsque cette vérité est inconnue, on peut plus ou moins prêcher Christ, et discourir longuement en généralités sur les promesses de Dieu ; mais un Juif le ferait tout aussi bien ; et c’est spécialement à eux qu’il sera bientôt donné de chanter le cantique que « la bonté de l’Éternel demeure à toujours » — c’est le grand thème des Psaumes en rapport avec le millénium. La position pratiquement juive que prennent la plupart des chrétiens, les conduit à se servir des Psaumes de David comme la substance principale de la communion chrétienne, et comme l’expression de leur propre condition devant Dieu. Toute l’Écriture a bien sûr été donnée par Dieu pour le profit et la bénédiction du chrétien. Mais dois-je offrir un taureau et un bouc au motif que tel était le commandement autrefois ? Imiter le Lévitique est une chose, le comprendre en est une autre, bien différente. « Par la foi nous établissons la loi » (Rom. 3:31), mais nous ne sommes pas sous la loi. C’est ainsi qu’en parlant de ma marche comme chrétien, l’apôtre Paul dit que le péché ne dominera pas sur moi, parce que je ne suis pas sous la loi, mais sous la grâce (Rom. 6:14). Qu’il est triste de voir l’ensemble des Évangéliques prêcher le contraire avec zèle ! Ils peuvent prêcher une certaine mesure de vérité sur d’autres sujets, mais ils ne peuvent pas prêcher l’évangile, et ils nient l’Église de Dieu. Le chrétien n’est en rien du tout sous la loi, parce qu’il est sous Christ mort et ressuscité. Christ a été autrefois sous la loi, mais je n’avais alors aucun contact avec Lui. Il est sorti de cette position à la croix, et c’est là que mon association avec Christ a son point de départ. Je suis uni à Christ dans le ciel, non pas sur la terre. Christ dans le ciel a-t-Il affaire avec la loi ? C’est pourquoi il est dit que nous sommes sous la grâce et non pas sous la loi. De plus, cette doctrine est tout à fait pratique. Le niveau de la marche est incroyablement abaissé lorsqu’on se trompe sur ce sujet. Après qu’une âme a cru, Satan s’efforce de ramener la loi, s’il n’arrive pas à pervertir la loi pour l’empêcher de croire.

 

2.3.6        Ch. 2:18 — Unis par l’Esprit — accès au Père par l’Esprit

Ici c’est donc la paix qui est prêchée « à vous qui étiez loin, et à ceux qui étaient près ; car par lui nous avons, les uns et les autres, accès auprès du Père par un seul Esprit » (2:18). Au lieu de la loi qui établissait une distinction entre le Juif et le Gentil, le Saint Esprit les unit sur un terrain commun, et les place dans une relation commune comme fils ayant à faire au Père. C’est là notre position. Lorsque Dieu agissait comme gouverneur, Il choisit une nation ; Il avait Ses propres serviteurs. Maintenant qu’il a une famille, tout cet ordre de choses précédent disparaît. Il a Ses enfants, et veut les avoir près de Lui. C’est à la croix de Christ que prennent fin toutes les formes juives quant aux lieux saints, aux jours consacrés, à la sacrificature et aux sacrifices. Dieu a essayé jusqu’au bout, et abandonné, toute transformation des hommes par une religion visible, ou par la vue ou les sons qui frappent les sens. Le Saint Esprit envoyé du ciel conduit les enfants de Dieu pour les approcher du Père. Comment un chrétien peut-il reconnaître que c’est là ce que Dieu lui a donné pour le guider, et néanmoins prendre part, ne fût-ce que par sa présence, à ce qui est positivement juif ? Ce que Dieu a disposé pour les Juifs, et ce qu’Il enjoint au chrétien, sont des choses bien différentes. Nous ne sommes pas des Juifs, mais des chrétiens. Ce sur quoi Il insiste auprès des chrétiens, est bien plus tranchant à l’égard de la nature, et honore beaucoup plus Christ, que tout ce qu’Il a pu faire ou donner à Israël. Il nous a amenés à Lui comme Sa famille, et par Christ nous avons « accès auprès du Père par un seul Esprit » (2:18) — nous, c’est les Juifs et les Gentils. Jusqu’à quel point le réalisons-nous en pratique ? Allons-nous accepter l’incrédulité qui retourne aux faibles et misérables éléments du monde (Gal. 4:9) ? ou bien allons-nous rester attachés à Christ seul, rendant culte à Dieu dans l’Esprit ? Nous pourrons avoir à souffrir, si nous demeurons fidèles à la grâce et à la vérité ; mais bienheureux sommes-nous, s’il en est ainsi.

 

2.3.7        Ch. 2:19-22 — La maison de Dieu

Il ajoute encore : « Ainsi donc vous [les Gentils] n’êtes plus étrangers, ni forains, mais concitoyens des saints, et gens de la maison de Dieu » (2:19). Ils avaient été retirés de cette condition d’éloignement, et appartenaient désormais à la maison (*) de Dieu, « ayant été édifiés sur le fondement des apôtres et prophètes » (2:20) — non pas sur le fondement de la loi. Quels prophètes ? Ceux du Nouveau Testament uniquement. Dieu ne s’est pas servi d’un ancien fondement, mais en a posé un nouveau ; et Il a commencé ce nouveau fondement en Christ mort et ressuscité. C’est le fondement non pas des prophètes et des apôtres, mais « des apôtres et prophètes ». La phrase, en Grec, signifie que ces deux classes, les apôtres et prophètes, ont été unies dans ce travail commun. Ils étaient employés ensemble à poser cette base commune. Il est parlé au ch. 3:5 du mystère du Christ, « lequel, dans d’autres générations, n’a pas été donné à connaître aux fils des hommes comme il a été révélé maintenant à ses saints apôtres et prophètes par l’Esprit ». Ces paroles écartent toute controverse, car elles prouvent qu’il n’est question que du temps présent. De même au ch. 4:11 : « Et lui, a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes ». Certains écrivains du Nouveau Testament n’étaient pas apôtres, et ils étaient pourtant tout autant inspirés. Il est donc dit de nous, que nous sommes édifiés sur ce « fondement des apôtres et prophètes, Jésus Christ lui-même étant la maîtresse pierre du coin » (2:20). Ce n’est pas seulement la prophétie ou la promesse, mais « Jésus-Christ Lui-même » — Sa Personne. C’est ce que l’apôtre Pierre avait appris des lèvres de notre Seigneur : « Sur ce roc, je bâtirai mon assemblée », c’est-à-dire sur la confession de Christ comme le Fils du Dieu vivant. De même ici, vous avez Jésus Christ comme la maîtresse pierre du coin. Or ici, ce n’est pas Christ qui bâtit, comme en Matthieu ; mais ces apôtres et prophètes sont employés (d’une manière subordonnée bien sûr), parce qu’ils ont été les instruments pour révéler l’Église. Ainsi l’Écriture limite l’Église à ce qui a suivi la mort et la résurrection de Christ, et la fait dépendre du Saint Esprit envoyé du ciel pour les former en un seul corps sur la terre. « En qui tout l’édifice, bien ajusté ensemble, croit pour être un temple saint dans le Seigneur » (2:21). La chose n’est pas encore complète. « En qui aussi vous êtes édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit » (2:22). Dieu avait autrefois une habitation sur la terre, le temple ; Il y habitait, non par l’Esprit, mais de manière visible. Maintenant Dieu habite sur la terre d’une manière encore plus bénie, savoir par l’Esprit. Le Saint Esprit constitue les saints en habitation divine, et les unit comme un seul corps. Il habite dans l’Église, faisant d’elle le temple de Dieu. Ce n’est pas Son habitation dans les individus que nous avons ici. Cette dernière vérité est absolument vraie et importante ; mais en outre, Il habite dans l’Église : Il fait de l’Église l’habitation de Dieu. Quelle vérité ! Il est clair que ce que Dieu demande, c’est que nous marchions fidèlement dans la vérité, et selon Christ.

 

(*) note de Bibliquest : les versions anglaises (JND, WK, version autorisée du roi Jacques) traduisent « gens de la maison » par un seul mot : « household ». Le texte grec ne comprend pareillement qu’un seul mot pour cette expression.

 

3         Chapitre 3

3.1   Généralités

3.1.1        Structure de l’épître en parenthèses

Nous avons ici un exemple remarquable du style de l’épître marqué par des parenthèses : le chapitre 3 dans son entier en est une. Nous trouverons des parenthèses emboîtées à l’intérieur de parenthèses. Si on ne le voit pas, on augmente les sources d’incompréhension de l’épître ; mais une fois qu’on s’en rend compte, tout est facile. Notons à cette occasion combien il est approprié moralement de se servir de cette manière d’écrire par parenthèses pour décrire ce qui est justement en soi une sorte de parenthèse dans les voies de Dieu. Nous pouvons chercher, par la grâce de Dieu, à apprendre et à considérer la raison de ces digressions, en forme de tiroirs de longueur peu ordinaire. Tout le chapitre 3 s’intercale entre la doctrine de la fin du chapitre 2 et l’exhortation du début du chapitre 4, qui est fondée sur cette doctrine du ch. 2. Quel est le sens de cette diversion ? Le Saint Esprit s’arrête tout à coup au milieu du développement de la doctrine : où veut-Il nous conduire ? La réponse, je crois, est très claire. Il vient juste de commencer à parler de ce qui a dû paraître une grande pierre d’achoppement pour les Juifs, savoir la formation par Dieu d’un seul corps dans lequel il n’y a ni Juif ni Gentil. Je suis au regret de dire que bien des chrétiens aujourd’hui ne sentent même pas la difficulté, ni ne comprennent cette vérité. La raison en est qu’ils ont fort peu saisi la fidélité et les desseins de Dieu. Or c’est une épreuve réelle pour la foi d’un esprit pieux, lorsqu’une partie de la vérité de Dieu semble en contredire une autre. Il ne peut y avoir de désaccord réel ; tout est nécessairement d’une harmonie et d’un accord parfaits. Mais nous ne sommes pas toujours capables de comprendre comment les différentes parties de la vérité se lient ensemble. Quand nous sommes ainsi dans l’ignorance, nous devrions attendre avec foi, sans avoir ni doute ni indifférence.

 

3.1.2        La part de l’Église était une grande nouveauté

Cherchons un instant à nous mettre à la place des croyants juifs, avec tout leur héritage de pensées, de sentiments et de préjugés en tant que saints de l’Ancien Testament. Imaginez qu’on leur présente avec clarté et insistance des paroles du genre : un seul corps, — ni Juif ni Gentil, — l’inimitié tuée, — le mur mitoyen de clôture détruit. Quelles vérités pour un Juif ! N’était-il pas extraordinaire que Dieu détruise ce qu’Il avait édifié, et si longtemps approuvé ? N’était-il pas extraordinaire que Dieu, après avoir créé la distinction entre Juifs et Gentils, et avoir insisté dessus, sous peine même de mort pour ceux qui n’y avaient pas égard, — que Dieu Lui-même le réduise à néant et introduise quelque chose d’entièrement différent de l’ordre ancien, et incompatible avec lui ? Il n’est pas étonnant que ce soit une difficulté si on amalgame tout cela pour en faire la pensée de Dieu pour la même période de temps. Mais il y a une clef à toute cette énigme : c’est que Dieu ne les a pas instituées pour la même époque. Ainsi toute la difficulté se réduit à ceci, que Dieu, à une époque, a établit la distinction entre Israël et les Gentils, puis maintenant et pour un temps, Il trouve bon de l’abolir et d’introduire quelque chose d’entièrement nouveau.

La première partie du chapitre 3 est consacrée à l’explication de ce côté spécial du mystère de Christ, selon lequel les Gentils sont mis en avant et exactement au même niveau que les Juifs croyants qui reçoivent Christ maintenant, en sorte que dans ce monde ils ne forment qu’un seul et même corps. Or plus un homme s’attachait à la vérité de la loi et des prophètes, plus ce côté du mystère de Christ devenait insurmontable, parce que l’Ancien Testament ne parle jamais d’un tel état de choses. De fait, si l’on ne connaissait que les anciennes révélations hébreues, c’était un renversement sans précédent devant lequel on se retrouvait sans préparation. Il y avait même la difficulté apparente d’aller à l’encontre de la parole de Dieu exprimée clairement. C’est donc justement l’obstacle que le Saint Esprit enlève ici.

Remarquez tout d’abord la sagesse de Dieu qui pose un fondement admirable avant d’introduire la nouvelle doctrine. Nous avons ainsi vu (ch. 1) les conseils de Dieu, de toute éternité, centrés sur Christ, et embrassant la pensée glorieuse d’âmes tirées du monde et rassemblées pour partager le même amour et la même gloire, dans lesquels Christ se trouve maintenant en la présence de Dieu. Ensuite (ch. 2), nous avons les moyens employés pour répondre au besoin d’âmes dont la condition sur la terre est la ruine. Enfin, au ch 3, nous avons une digression dont le but est d’expliquer pleinement la nature de cette partie du mystère qui a trait plus particulièrement aux Gentils.

 

3.1.3        Mystères

Il faut se garder de la notion selon laquelle le « mystère », ou secret, signifie l’évangile. L’évangile en lui-même ne signifie pas, et ne peut jamais signifier un mystère. À sa base, l’évangile a toujours été devant les pensées du peuple de Dieu, sous forme de promesse, ou sous forme d’une révélation de grâce non encore accomplie. Mais nulle part, dans l’Écriture, l’évangile est appelé un mystère. Il peut être en relation avec un mystère, mais sans être le mystère lui-même. Ce n’était pas un mystère, qu’un Sauveur allait être donné : c’était même la première révélation de grâce, après que l’homme soit devenu pécheur. La Semence de la femme devait briser la tête du serpent. Un mystère est quelque chose qui n’était pas révélé autrefois, et qui ne pouvait être connu sans révélation. Dans les prophètes aussi, on a une pleine déclaration que la justice de Dieu allait bientôt venir, et l’affirmation aussi claire que possible que Dieu allait se manifester Lui-même comme Dieu-Sauveur. On y trouve aussi qu’Il allait en finir avec les péchés, et introduire la réconciliation et la justice éternelle (cf. Dan. 9:24). Toutes ces choses n’étaient, en aucun sens, « le mystère ». Le mystère signifie ce qui était gardé secret, — non pas ce qui ne pouvait être compris, ce qui n’est qu’une idée humaine du mystère. Le mystère est un secret qui n’avait point été révélé, — un secret que l’Ancien Testament n’avait pas encore dévoilé, mais que le Nouveau révèle pleinement.

 

3.1.4        Le mystère de Christ et l’Église

Qu’est-ce donc que ce mystère ? C’est d’abord que Christ, au lieu de prendre le royaume prédit par les prophètes, allait disparaître complètement de la scène de ce monde, et que Dieu Le ferait asseoir à Sa droite dans le ciel, comme Chef de toute gloire, céleste et terrestre, et qu’Il remettrait tout l’univers entre les mains de Christ pour administrer le royaume et y maintenir la gloire de Dieu le Père. C’est là la première partie du mystère, la partie la plus essentielle. La seconde partie, qui a trait à l’Église, n’en est que la conséquence. La suprématie universelle de Christ n’est pas un thème de l’Ancien Testament. On l’y voit comme Fils de David, Fils de l’homme, Fils de Dieu, le Roi ; mais on ne voit nulle part l’univers entier de Dieu Lui être assujetti (ce serait plutôt le royaume sous tous les cieux). Dans cette suprématie sur toutes choses, Christ partagera tout avec Son épouse. Christ veut avoir Son Église partageant Sa domination sans limite, quand le jour de gloire commencera à briller sur le monde.

Le mystère se compose donc de deux grandes parties, résumées ainsi en Éph. 5:32 : « Ce mystère est grand ; mais moi je parle relativement à Christ et à l’assemblée ». Ainsi le mystère ne signifie ni Christ seul, ni l’Église seule, mais Christ et l’Église unis dans une condition céleste de bénédiction et de domination sur tout ce que Dieu a fait. C’est pourquoi, comme nous l’avons vu au ch. 1, quand Christ a été ressuscité d’entre les morts, Dieu l’a fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes, bien au-dessus de toute principauté, et autorité, et puissance, et domination, et « Il a mis toutes choses sous ses pieds, et L’a donné pour être chef sur toutes choses à l’Assemblée » (1:20-22). Il n’est pas dit « sur l’Église », ce qui renverserait le mystère, au lieu de l’enseigner. Il sera chef sur Israël et sur les Gentils, mais il n’est jamais dit qu’Il règne sur l’Église. L’Église est Son corps. J’admets que c’est une figure, mais une figure qui donne l’idée d’une profonde intimité, pleine d’une très riche consolation, et de l’espérance la plus élevée. Les saints que Dieu appelle maintenant, partageront toutes choses avec Christ dans ce jour de gloire. Savoir ce qu’est la nature de l’Église devient donc un sujet du plus grand intérêt. Quand son appel a-t-il commencé ? quel est le caractère de cet appel ? et quelles sont les responsabilités qui en découlent ?

 

3.1.5        Des idées courantes à l’encontre du mystère de Christ

L’épître aux Éphésiens est l’assise principale de la doctrine de l’Église ; or si l’Esprit de Dieu s’écarte ici de l’exposé proprement dit de cette doctrine, c’est pour donner un aperçu d’une des difficultés majeures qui s’y rattache, savoir que les croyants Gentils étaient réunis aux croyants Juifs dans l’unité du corps de Christ. Un Juif n’aurait pas trouvé trop étrange l’idée que Dieu bénisse un Gentil, mais il aurait pensé que sa bénédiction devrait être inférieure à celle d’un Juif, réservant la place de rang supérieur à Israël, et la place inférieure aux Gentils. La doctrine développée maintenant renversait tout cela. Pour un esprit nourri de l’Ancien Testament, cela revenait à saper la parole de Dieu exprimée clairement. Comment surmonter une objection si naturelle et si forte ? C’était une chose nouvelle, en vue du ciel, pendant le temps du rejet d’Israël sur la terre.

En outre, c’est pour n’avoir pas compris ce qu’est « le mystère », ni ce qu’est réellement l’Église, qu’a surgi le système papiste ou anti-église. Mais ce n’est pas tout : les protestants se sont aussi écartés de la Parole de Dieu sur ce sujet par incrédulité vis-à-vis de notre relation céleste avec Christ, et par amour du monde — l’amour des honneurs présents et de la grandeur mondaine. Ils n’ont ni la foi ni la patience pour attendre le jour de Christ. Un chrétien est appelé à souffrir maintenant, à être rejeté comme mauvais (Luc 6:22), à attendre d’être glorifié avec Christ, — non pas seulement par Christ, mais avec Christ, — pour être avec Christ Lui-même là où Il est. Ceci suppose que notre place est « hors du camp », c’est-à-dire hors de toute forme de la religion mondaine (Héb. 13:13). Le monde ne se met-il pas maintenant à la place de l’Église de Dieu ? C’est la part de Babylone ; et même si l’expression la plus forte de Babylone — et son centre, si vous voulez — se trouvent dans le papisme, ce système de confusion n’est pas limité à Rome.

Nous ferions bien de regarder plus près de chez nous et d’examiner à quoi nous en sommes, de voir si nous ne sommes pas entraînés dans une grave incompréhension de ce pour quoi Dieu nous a sauvés. Les chrétiens en général réalisent-ils seulement qu’ils sont sauvés ? Sont-ils pénétrés simplement du bonheur de demeurer dans l’heureuse conscience d’avoir part au salut de Dieu ? Regardez les hymnes qu’on chante, pensez aux prières offertes. Ce sont les aspirations d’âmes inquiètes et troublées, qui se nomment pécheurs misérables, parce qu’elles n’ont pas la conscience de posséder la bénédiction, mais se bornent à la désirer. Est-il possible d’en arriver à ce que les âmes mettent au rang de l’humilité leurs doutes au sujet de Dieu ? qu’on vante comme faisant bien partie du culte de Dieu l’expression de la misère et de l’esclavage des âmes rachetées, au jour même qui proclame que leurs péchés sont effacés et que leur paix a été faite ? Où est, dans tout ceci, le simple repos du cœur dans la connaissance d’une rédemption accomplie, dans la connaissance que le chrétien en a entièrement fini avec ses péchés en ce qui concerne le jugement de Dieu ? Assurément il reste toujours pour nous la nécessité de reconnaître nos péchés, et de nous juger nous-mêmes ; mais c’est une toute autre sorte de jugement et de confession ; c’est la confession d’âmes qui se condamnent d’autant plus qu’elles n’ont aucun doute d’être fils de Dieu — de cœurs qui sont parfaitement en paix, et qui expriment leur bonheur dans des chants de louanges et des actions de grâces au Dieu qui les a sauvés pour toujours.

 

3.2   Ch. 3:1-2

3.2.1        Ch. 3:1

C’est sur la base d’un salut achevé que le Saint Esprit amène à comprendre l’Église. Si vous ne connaissez pas la rédemption de Christ comme une chose accomplie, et même comme une chose acceptée par Dieu en notre faveur, et si vous ne vous reposez pas sur cette rédemption, vous ne pouvez pas avoir la moindre idée vraie de l’Église. Ceci montre l’extrême sagesse de l’Esprit de Dieu qui introduit ici la doctrine de l’Église après avoir pleinement traité et réglé toute la question du salut. « C’est pour cela que moi, Paul, le prisonnier du Christ Jésus pour vous, les nations » (3:1). Il souffrait même jusqu’à être lié de chaînes à cause des Gentils. Partout où une personne prend vraiment sa place comme membre du corps du Christ, lui est-il encore possible de recevoir de l’honneur dans le monde, ou d’échapper à l’opprobre et à l’épreuve ? La vraie demeure de l’Église est dans le ciel, mais lui qui présentait cette vérité bénie sur la terre, était content d’être prisonnier.

 

3.2.2        Ch. 3:2

« Si du moins vous avez entendu parler de l’administration [ou : dispensation] de la grâce de Dieu qui m’a été donnée envers vous ». Ici le mot « dispensation » signifie « administration » ou « intendance » — ce dont il était responsable devant Dieu. L’apôtre Paul était l’instrument choisi de Dieu pour faire connaître la nature, l’appel, le caractère et les espérances de l’Église. Remarquez bien les voies de Dieu. Il ne voulait pas développer cela parmi les Juifs, ni le révéler par Pierre ou par Jacques. Cela leur fut révélé sans doute, mais ce ne l’a pas été par eux. L’apôtre Paul a été le seul des écrivains inspirés, par lequel Dieu l’a fait connaître.

C’est pourquoi, s’il y avait la moindre vérité dans la succession apostolique, Paul devrait être la racine et le canal de transmission de la succession, et non pas Pierre, dont il est dit expressément qu’il était l’apôtre de la circoncision. L’apostolat de Paul venait directement du Seigneur, et son domaine était l’incirconcision. C’est lui qui a été le grand témoin de cette vérité que tout vrai ministère doit provenir directement de Christ.

Le Seigneur peut se servir de moyens. Il peut appeler une personne à prêcher, et il peut y avoir des personnes dont le don soit développé par le moyen de l’enseignement. Le même apôtre qui avait reçu son don du Seigneur, et qui insistait là-dessus si fortement, avait l’habitude d’enseigner les autres. Il communiqua la vérité à Timothée, et lui donna l’ordre d’enseigner à son tour aux autres ce qu’il avait lui-même reçu (2 Tim. 2:2). Le Seigneur opère par ceux qui comprennent bien la vérité, pour la communiquer à ceux qui la comprennent moins. Mais le principe reste que tout don vient immédiatement de Christ, et ne dérive pas de l’homme.

Il y avait des charges attribuées, extérieures et locales, comme celles d’anciens et de diacres (serviteurs), mais c’était une tout autre chose. L’ancien pouvait enseigner ou non, éventuellement formellement et publiquement, s’il était docteur [maître qui enseigne] ; mais sa position d’ancien était simplement une certaine charge communiquée par l’autorité des apôtres, et distincte de la question du don. Je ne parle que du caractère direct du don proprement dit, que l’Esprit distribue dans l’Église. Il vient directement de Christ qui est en haut (Éph. 4), et non pas par un canal humain, sauf cas exceptionnel et miraculeux, comme lorsque l’apôtre imposa les mains à Timothée, et lui donna un carisma (*) selon la prophétie.

 

(*) note Bibliquest : carisma = « charisma » = don [de grâce]. Comparer le mot français « charisme ».

3.3   Ch. 3:3-5

L’apôtre Paul continue en disant : « Comment, par révélation, le mystère m’a été donné à connaître (ainsi que je l’ai déjà écrit en peu de mots ; d’après quoi, en le lisant, vous pouvez comprendre quelle est mon intelligence dans le mystère du Christ) » (3:3-4). Il avait déjà touché ce sujet au ch. 2, mais il y entre maintenant plus à fond. « Lequel, en d’autres générations, n’a pas été donné à connaître aux fils des hommes » (3:5). On a ici une déclaration positive que le secret n’avait pas été révélé dans d’autres époques — non pas qu’il fût indiqué obscurément, ou mal compris, mais il n’avait pas été révélé du tout.

 

3.3.1        Rom. 16:25-26

C’était un secret à l’égard duquel le silence avait été gardé, comme l’apôtre nous le fait savoir en Romains 16 : « Or, à celui qui est puissant pour vous affermir … et la prédication de Jésus-Christ, selon la révélation du mystère à l’égard duquel le silence a été gardé dès les temps éternels, mais qui a été manifesté maintenant » (Rom. 16:25-26). Il n’était dévoilé que maintenant. Ce n’était pas que les prophètes l’avaient prédit, et qu’il n’était saisi par la foi que maintenant. En vérité, c’est maintenant qu’il était manifesté, publié et enseigné, alors qu’il ne l’avait jamais été auparavant. « Mais qui a été manifesté maintenant, et qui, par des écrits prophétiques, a été donné à connaître à toutes les nations, selon le commandement du Dieu éternel pour l’obéissance de la foi » (Rom. 16:26). Il ne fait pas de doute que les « écrits prophétiques » mentionnés ici, sont les Écritures du Nouveau Testament. Si la version autorisée du Roi Jacques dit « par les écrits des prophètes », le sens est, à proprement parler, par « des écrits prophétiques » ce qui ne se réfère pas du tout aux prophètes de l’Ancien Testament. La raison est donnée : « maintenant [le mystère] a été manifesté, et par des écrits prophétiques… [il] a été donné à connaître à toutes les nations ». Si la signification avait été les prophètes de l’Ancien Testament, cette expression aurait été vraiment bien extraordinaire. L’apôtre aurait pu dire que le mystère avait été révélé aux prophètes, mais compris maintenant. Or il dit qu’il a été manifesté maintenant. « Lequel n’a pas été donné à connaître aux fils des hommes dans d’autres générations, comme il a été révélé maintenant par l’Esprit à ses saints apôtres et prophètes » (Éph. 3:5). Il y avait des hommes inspirés, hormis les apôtres, qui étaient prophètes. Cela était maintenant révélé à ces deux classes de personnes ; mais nous ne pouvons pas dire que les « écrits prophétiques » de Romains 16, s’étendent au-delà des écrits de Paul qui dévoilent ce précieux secret de Dieu.

 

3.3.2        L’Église n’a commencé qu’à la Pentecôte

Le développement de l’Église eut lieu lorsque le Saint Esprit fut donné d’une manière nouvelle. « L’Esprit Saint n’était pas encore, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié » (Jean 7:39). Le Saint Esprit avait opéré auparavant, mais il fallait qu’il soit répandu personnellement ; et cela s’identifie avec l’appel de l’Église. À la Pentecôte, pour la première fois, nous avons une assemblée qui est appelée l’Église de Dieu. « Le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés » (Actes 2:47). Nous trouvons là ce qui est appelé l’Église ou l’assemblée : un corps dans lequel Dieu s’est proposé d’avoir indistinctement Juifs et Gentils ; or un tel état de choses n’a jamais existé avant le jour de la Pentecôte. Juifs et Gentils sont donc introduits maintenant dans ce nouvel ordre de choses, — un ordre nouveau pour tous les deux et auquel les révélations de Dieu antérieures ne s’appliquaient plus comme une description directe de leurs privilèges.

 

3.3.3        L’Église ne comprend pas les saints de l’Ancien Testament

Je saisis l’occasion, si vous le permettez, de vous mettre en garde contre le fait de prendre tout ce que Dieu dit dans les Écritures, comme si c’était dit de vous, de moi, ou de l’Église. L’Église est une chose relativement nouvelle sur la terre ; c’est un sujet qu’on trouve exclusivement dans le Nouveau Testament. Si je disais que les saints sont une chose nouvelle, ce serait faux ; mais si vous dites que l’Église englobe les saints de l’Ancien Testament, vous négligez la Parole de Dieu et vous allez à son encontre, car elle limite l’Église de Dieu à ce qui a commencé avec Christ assis à la droite de Dieu, et avec le Saint Esprit envoyé du ciel, pour baptiser en ce seul corps tous ceux qui croient maintenant (1 Cor. 12:13). Que signifie « l’Église » ? C’est l’assemblée des âmes rassemblées par la connaissance de Christ mort et ressuscité, et unies à Christ par le Saint Esprit, — Christ en Sa qualité d’homme glorifié à la droite de Dieu. Un tel état de choses n’existait point avant la Pentecôte. Il n’y avait pas de rédemption accomplie avant la croix. Christ est seul à avoir été Fils de Dieu de toute éternité — une personne divine égale au Père. Mais Il devint homme afin de mourir pour les hommes sur la croix ; et une fois ressuscité d’entre les morts, Il prend Sa nouvelle place de Chef pour l’Église, qui est Son corps ; Il est l’Époux de l’Épouse. L’expiation a été faite, et le péché a été ôté par le sacrifice de Lui-même. Devenir membre du corps de Christ ne pouvait exister, jusqu’à ce que ceci soit accompli. L’Église est fondée sur la rémission des péchés par le sang de Christ déjà répandu, et elle se compose de ceux qui sont unis à Christ pour partager toute Sa gloire, sauf celle qui est Sienne essentiellement et éternellement, en sa qualité de Fils unique du Père.

 

3.3.4        Les promesses faites à Abraham et Israël ne sont pas l’espérance de l’Église

Alors vient cette partie spéciale du mystère — « que les nations seraient cohéritières, et d’un même corps, et coparticipantes de sa promesse dans le christ Jésus par l’évangile ». Les promesses de Dieu à Abraham, et cette promesse de Dieu dans le Christ, sont deux choses non seulement différentes, mais qui sont en contraste. Car si je considère la promesse à Abraham en Genèse 12 : « Je te ferai devenir une grande nation », est-ce l’attente de l’Église ? Quand les chrétiens deviennent grands sur la terre, c’est qu’ils ont glissé hors de leur place de bénédiction en communion avec Christ. Mais quand Israël sera fait une grande nation, dans le vrai sens du terme, ils seront alors bénis, et une bénédiction pour d’autres, comme jamais auparavant. La promesse a été donnée à Abraham, et va être bientôt accomplie dans sa semence sur la terre : « Je te ferai devenir une grande nation, … et en toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gen. 12:2-3). Ceci laisse place pour une bénédiction s’étendant aux Gentils ; mais notez bien, ceux-ci seront bénis d’abord en Abraham, et ensuite en sa semence [ou : postérité]. En Genèse 22, la promesse est renouvelée à Isaac, et c’est à cela que se réfère l’épître aux Hébreux. « J’ai juré par moi-même, dit l’Éternel… certainement je te bénirai, et je multiplierai abondamment ta semence comme les étoiles des cieux et comme le sable qui est sur le bord de la mer ; et ta semence possédera la porte de ses ennemis » (Gen. 12:16-17). Est-ce là ce que nous attendons ? Je ne crois pas. Nous désirons être au ciel avec Christ, et nous y serons par le moyen de Son amour et de la faveur de notre Dieu. Mais Israël doit posséder la porte de ses ennemis, et être élevé au-dessus de tous les peuples de la terre. On a dans les psaumes une sorte de commentaire sur cette attente des hommes pieux en Israël. Ainsi dans le psaume 67 nous avons la prière : « Que Dieu use de grâce envers nous, et nous bénisse, qu’Il fasse lever la lumière de sa face sur nous ! Sélah. Pour que ta voie soit connue sur la terre, ton salut parmi toutes les nations » (67:1-2). Le préliminaire à la bénédiction des autres nations, c’est la réponse au cri d’Israël : « Que Dieu use de grâce envers nous, et nous bénisse ». Toute espérance pour le monde, comme monde, dépend de la bénédiction des Juifs.

Il n’en est pas ainsi quant à l’Église, que Dieu appelle maintenant hors du monde. Sa bénédiction ne dépend pas des promesses ni de la bénédiction d’aucun peuple. C’est pourquoi ces psaumes ne s’appliquent pas à elle. Certains persistent pourtant à les détourner pour les appliquer aux circonstances présentes. Rien d’étonnant qu’ils s’égarent. La faute vient de ce qu’ils pervertissent la Parole de Dieu. « Que les peuples te célèbrent, ô Dieu ! que tous les peuples te célèbrent » (Ps. 67:3). La bénédiction s’étend maintenant à d’autres. « Que les peuplades se réjouissent, et chantent de joie ; car tu jugeras les peuples avec droiture, et tu conduiras les peuplades sur la terre » (Ps. 67:4). Quand ce jour-là poindra, au lieu que la terre soupire et soit en travail comme jusqu’à maintenant (Rom. 8:22), « la terre donnera son fruit ; Dieu, notre Dieu, nous bénira » (Ps. 67:6). C’est bien loin d’être le cas maintenant. C’est l’état millénaire qui est attendu dans ce psaume, quand la puissance de Dieu sera exercée triomphalement, et que Dieu reconnaîtra Son peuple Israël, et que les autres nations seront bénies en eux. Maintenant les nations sont « cohéritières et d’un même corps » (Éph. 3:6) — cohéritières avec qui ? Avec Christ, et avec tous ceux qui sont en Christ. Qu’ils soient Juifs ou Gentils, ils sont cohéritiers. La grâce les a mis sur le même terrain. Mais les Juifs ne sont pas élevés maintenant au sommet de la bénédiction terrestre. Au contraire, comme nation, ils sont dispersés, et Dieu les juge, sans montrer Sa miséricorde envers eux : leurs limites d’autrefois sont entièrement effacées. La raison en est que les Juifs ont été vraiment les meneurs de l’inimitié du monde contre Christ, et de la crucifixion de leur propre Messie.

 

3.3.5        La croix de Christ à la base de l’Église — L’Église, une vérité mal comprise

La croix de Christ a mis fin aux distinctions entre Juif et Gentils, et c’est sur le fondement de cette croix que Dieu édifie l’Église. Les pires des pécheurs sur la face de la terre, qu’ils soient Juifs ou Gentils, Dieu les relève ; et en les sortant de leur condition de péché, et d’éloignement de Dieu, Il les met au même niveau, — un niveau céleste comme membres du corps de Christ. C’est ce que Dieu fait maintenant, et il est très important de le comprendre, afin d’avoir communion avec les voies de Dieu. En outre, quand on le comprend, toute la Bible devient pratiquement un livre nouveau et encore plus précieux. La vérité n’admet pas de compromis, même si nous cherchons à juste titre à être patients. Du fait que Dieu révèle Sa pensée, cela exclut nécessairement l’idée qu’on puisse avoir son propre jugement particulier. Ni vous, ni moi, n’avons droit à avoir notre opinion en matières de foi. Dieu est seul à avoir le droit de parler sur ces choses ; et Il en a parlé si clairement, que c’est péché de ne pas l’écouter. Mais vous ne pouvez pas séparer la vérité d’avec les affections spirituelles. C’est pourquoi si l’on ne garde pas la vérité de l’Église sur le plan pratique, on la perd et on s’aigrit contre elle. La pensée de Dieu à l’égard de l’Église attire toujours l’inimitié du monde contre celui qui la connaît, et spécialement l’inimitié des chrétiens qui ne la comprennent pas. Il en a été ainsi par dessus tout avec Paul, et la même histoire s’est toujours répétée depuis, chaque fois que des âmes se sont emparé de son témoignage ; il ne peut en être autrement. La doctrine tenue par Paul, si elle est enseignée par l’Esprit de Dieu, ne peut jamais admettre l’existence de partis, parce qu’elle a pour centre Christ dans le ciel.

 

3.4   Ch. 3:6-10

L’apôtre poursuit ses déclarations. Voici la phase particulière du mystère qu’il dévoile ici : « Que les nations seraient cohéritières et d’un même corps, et coparticipantes de sa promesse dans le Christ par l’évangile ; duquel je suis devenu serviteur, selon le don de la grâce de Dieu, qui m’a été donné selon l’opération de sa puissance » (3:6-7). Quel est l’effet de cette vérité ? Il est le plus humiliant possible. « À moi qui suis moins que le moindre de tous les saints, cette grâce a été donnée d’annoncer parmi les nations les richesses insondables du Christ » (3:8). Cela fait ressortir la valeur de Christ, comme rien d’autre ne pourrait le faire. Il ajoute encore : « et de mettre en lumière devant tous quelle est l’administration [non pas la communion (*)] du mystère » (3:9). Il montre ainsi qu’outre l’aspect du mystère à l’égard des saints, il a aussi son application à tous les hommes, sans distinction — à ceux qui sont en dehors de l’Église. Les personnes qui prêchent l’évangile, prêchent nécessairement Christ, mais peu nombreuses sont celles qui comprennent le caractère de la grâce qui unit les âmes à Christ dans la relation de membres de Son corps, de Sa chair et de Ses os. Or c’était là une partie majeure du travail de Paul ; c’est pourquoi il ajoute : l’administration du mystère « qui était, caché dès les siècles en Dieu, qui a créé toutes choses » (3:9). Remarquez bien qu’il n’est pas dit « caché dans les Écritures », mais « caché en Dieu ». « Afin que la sagesse si diverse de Dieu soit maintenant donnée à connaître aux principautés et aux autorités dans les lieux célestes, par l’assemblée » (3:10).

 

(*) note Bibliquest : La version autorisée du Roi Jacques, comme le Texte Reçu traduisent « communion », avec seulement l’appui de quelques manuscrits postérieurs au 10° siècle

3.4.1        Dieu fait connaître Sa sagesse aux anges par le moyen de l’Église

Considérons quelle place merveilleuse est celle-ci : savoir, que Dieu fait maintenant connaître aux anges en haut, une nouvelle sorte de sagesse, par le moyen de Ses voies envers nous. Et quand je dis nous, j’entends tous les saints de Dieu maintenant sur la terre. Car quel que soit le nom qu’on lui donne, tout saint de Dieu est un membre du corps de Christ. Tous appartiennent véritablement et pareillement à l’Église de Dieu. On ne peut qu’être affligé que si peu de gens comprennent ce qu’est l’Église de Dieu, ni se soucient de le savoir ou d’agir en conséquence. Nous devrions connaître l’intention de Dieu se propose, et quelle est Sa pensée quant à la marche de l’Église. Tous possèdent Christ pareillement, mais tous ne comprennent pas pareillement quelle est la volonté de Dieu à l’égard de Son Église ; ni comment Il voudrait que nous l’adorions, et que nous agissions ensemble selon Sa Parole ; ni comment Il voudrait que nous nous aidions l’un l’autre à manifester pratiquement cette vérité glorieuse, savoir que Dieu donne maintenant à connaître Sa sagesse si diverse par le moyen de l’Église. Marchons-nous selon la volonté de Dieu pour Son Église, en sorte qu’Il puisse nous signaler aux anges de Dieu comme une leçon pour eux ? Telle est l’intention de Dieu, et rien moins que cela. Vous ne pouvez assurément pas échapper à la responsabilité qui y est attachée en refusant d’agir selon cette intention ! Ce n’est pas dans un avenir proche, ni quand nous arriverons au ciel, que Dieu fera connaître Sa sagesse si diverse aux multitudes célestes par le moyen de l’Église, mais c’est maintenant sur la terre, pendant que les membres de l’Église sont appelés.

 « Afin que la sagesse si diverse de Dieu soit maintenant donnée à connaître aux principautés et aux autorités dans les lieux célestes, par l’assemblée » (3:10). Cela ne nous fait-il pas réfléchir bien sérieusement ? Il n’est pas question de ce que les hommes pensent de nous, ni si on nous aime ou non, ici-bas. Je suis bien sûr que, si nous marchons selon Christ, nous ne pouvons qu’être haïs par le monde ; et si nous voulons qu’il en soit autrement, cela montre que nous aimons le monde. Il est douloureux de sentir que c’est inévitable, mais, si je crois Christ, il faut que je croie cela, et je dois me réjouir d’être estimé digne de souffrir même à un faible degré. En outre, l’Église est appelée à être comme un livre d’enseignement pour les anges de Dieu. Quand nous réfléchissons que Dieu a l’œil sur nous avec les anges qui L’entourent ; qu’Il s’occupe d’objets tels que nous ; qu’Il voit là les objets les plus chers de ses affections ; qu’Il leur a donné Christ pour être leur vie ; et qu’Il a envoyé le Saint Esprit, cette Personne bénie de la Trinité, pour faire Sa demeure en eux, et faire d’eux Son temple, pendant qu’ils sont dans ce monde, — quel appel que celui-là ! Si un ange veut savoir où est Son grand amour, il n’a qu’à regarder en bas, dans ce monde, et c’est ainsi qu’il le voit. Vous ne pouvez pas séparer Christ de l’Église.

 

3.4.2        Une leçon qui se poursuit malgré les faiblesses des croyants

Mais la chose merveilleuse, c’est que, devant les anges de Dieu, le conflit étonnant se poursuit — Satan et toutes ses armées s’efforçant d’égarer ces objets des affections de Dieu en les mettant sur une fausse base, en prêchant mille formes différentes de justice pour les détourner de la grâce et de la croix de Christ. D’un autre côté, Dieu opère par Sa Parole et Son Esprit pour amener les Siens à la conscience de leurs privilèges. Que les enfants de Dieu soient fidèles ou non, l’amour parfait repose sur eux et agit envers eux (éventuellement en discipline) ; Dieu s’occupe d’eux, en prend soin, gardant toujours devant Lui la pensée qu’il veut les avoir parfaitement semblables à Christ. Rien ne peut jeter un nuage là-dessus. La faiblesse peut pour un temps déshonorer le Seigneur, détruire notre propre consolation, et aider le monde à tromper. Tout cela est possible. Mais le dessein de Dieu reste immuable : ce que Dieu a dit doit s’accomplir. Notre faiblesse peut être manifestée, mais Dieu, dans la puissance de Son amour achèvera Son dessein. Or c’est par ce moyen qu’il enseigne une nouvelle sorte de sagesse aux principautés et aux autorités dans les lieux célestes, — une sagesse qu’on n’avait jamais vue auparavant dans le monde. On avait vu les voies de Dieu en création, au déluge, et en Israël. Mais voici quelque chose maintenant dont il n’y avait même pas trace dans les Écritures données de Dieu, une chose qui n’avait pas été promise à l’homme — une chose gardée entièrement secrète entre le Père et le Fils.

 

3.4.3        Responsabilité d’être témoins

Maintenant cela est dévoilé. Le Saint Esprit est Celui qui développe cette vérité glorieuse de l’Église de Dieu, et qui la réalise. Jusqu’à quel point nos âmes y sont-elles entrées ? Jusqu’à quel point nous contentons-nous de vagues suppositions sur ce sujet, l’estimant de peu d’importance ? Une ignorance volontaire de cette vérité provient d’un amour caché pour le monde. Chez celui qui laisse cette vérité de côté, il y a ce sentiment qu’on ne peut pas à la fois la saisir dans son cœur et marcher avec le monde. Il faut rompre entièrement avec tout ce que la chair estime sous le soleil. Vous avez une place au-dessus du soleil avec Christ, et la conséquence en est que vous êtes appelés à vous soumettre à la sentence de mort qui frappe tout ici-bas, à glorifier le nom de Christ, à vous réjouir en Lui, quelle que soit la volonté de Dieu à notre égard. Aucune circonstance ne peut nous soustraire à la responsabilité d’être les témoins d’une gloire qui est au-dessus de ce monde. Le monde devrait voir dans l’Église le reflet de Christ. Vous pouvez trouver un moine ou une religieuse agréables moralement, mais ce peut n’être que l’expression de la nature, sans être Christ. Je ne dis pas que Christ ne puisse pas s’y trouver également, dans des cas isolés, en dépit du système extrêmement mauvais. Cependant pour la foi, il s’agit de faire la volonté de Dieu et de glorifier Christ dans le lieu de l’opprobre sur la terre. Dieu attend de nous la confession du nom de Son Fils au prix de tout ce qui nous est cher. Même si le monde n’en tient pas compte, cette confession est-elle inutile vis-à-vis des principautés et des autorités dans les lieux célestes ?

 

3.5   Ch. 3:11-13

Quelques mots maintenant sur les versets 12 et 13. Après une allusion à Christ, comme Celui qui est exalté en haut, et en qui le propos éternel de Dieu a été maintenant révélé par l’Esprit (3:11), l’apôtre ajoute, que dans cette même personne « nous avons hardiesse et accès en confiance, par la foi en Lui. C’est pourquoi je vous prie de ne pas perdre courage à cause de mes afflictions pour vous, ce qui est votre gloire » (3:12-13).

 

3.5.1        Ch. 3:12 — Hardiesse et confiance

Il est très doux de trouver comment, même dans le sujet si vaste qui occupait le cœur de l’apôtre, et sur lequel il désirait insister auprès des saints, il peut faire un lien entre d’une part les conseils de Dieu les plus élevés et les plus profonds, et d’autre part les plus simples vérités fondamentales sur laquelle le croyant se repose. Cela est très instructif : en effet, d’un côté, nous avons déjà vu qu’il est tout à fait vain de chercher à entrer dans la nature de l’Église si l’on n’a pas une compréhension simple, claire et entière, de la paix que Christ a faite, et de ce qu’Il est pour nous dans la présence de Dieu ; d’un autre côté, quand nous saisissons en quelque mesure le caractère de l’Église, et que nous voyons les privilèges étonnants qui sont les nôtres, comme étant faits un avec Christ, nous regardons les premiers éléments avec une jouissance plus intense, et nous réalisons la stabilité stupéfiante des fondements sur lesquels nos âmes ont le privilège d’être établies. On voit ainsi que Dieu voulait prendre soin de ce que la paix de la conscience et la paix du cœur soient maintenues en pratique. Rien ne nous est donné simplement dans le but d’étonner notre esprit. Je ne dis pas qu’il n’y ait pas un sujet perpétuel d’admiration, ni qu’il n’y ait pas un infini à apprendre ; mais chaque pas que nous faisons, et même les plus grands progrès dans la connaissance des desseins de Dieu en Christ, sont intimement liés à la confiance de nos âmes dans Son amour. Ainsi donc, alors que nous ne pouvons pas saisir correctement la nature de l’Église avant de connaître la simple paix avec Dieu, une fois que nous y entrons, cette paix est illuminée de la lumière céleste des privilèges dans lesquels le Saint Esprit a conduit nos âmes. Nous revenons avec une intelligence renouvelée et une jouissance plus profonde de la grâce illimitée qui est à nous en Christ.

C’est pourquoi après avoir annoncé l’étendue merveilleuse de l’amour et des desseins de Dieu, l’apôtre jette un coup d’œil sur certaines conséquences pratiques en nous. « En qui », dit-il, « nous avons hardiesse et accès en confiance, par la foi en Lui » (3:12). Nous n’avons pas seulement la paix, mais « nous avons hardiesse », ce qui se rapporte plus particulièrement au langage avec lequel nous nous adressons à Dieu : nous pouvons en quelque sorte tout Lui dire, à cause de la confiance que nous avons en Son amour. Et il s’agit d’un accès « en confiance », qui n’est pas limité à ce que nous exprimons, mais nous nous approchons de Lui, même sans qu’il y ait d’expression positive du cœur sous forme de prière formelle ; mais il y a la jouissance de la proximité, l’« accès en confiance par la foi en Lui ».

 

3.5.2        Ch. 3:13 — Ne pas perdre courage dans les afflictions

« C’est pourquoi je vous prie de ne pas perdre courage à cause de mes afflictions pour vous, ce qui est votre gloire » (3:13). C’est là un autre fruit pratique de cette vérité bénie. Nous avons vu plus haut comment il introduit la révélation de l’Église en même temps que le fait d’être prisonnier de Jésus-Christ. Au moment même où il était sous la main de la puissance de ce monde, avec la peine de mort comme suite éventuelle, le Seigneur se plait à dévoiler par le moyen de l’apôtre, l’appel glorieux de l’Église. Il le leur rappelle encore une fois. Ils avaient pu être découragés par ses afflictions ; il dit, au contraire, vous ne devez pas perdre courage. La tribulation devrait plutôt être ce qui exerce et fortifie votre foi. En 2 Corinthiens 1, l’apôtre parle d’être « chargés excessivement, au-delà de notre force, de sorte que nous avons désespéré même de vivre ». Mais les Corinthiens avaient besoin de consolation, et alors lui la recevait de Dieu, et pouvait la leur communiquer. Maintenant c’était lui qui était sous la puissance du monde et en prison, et c’est là que Dieu révèle la gloire de l’Église. Ils seraient, sans doute, appelés aussi à souffrir, et ils auraient à apprendre ce qu’était la tribulation. Ainsi donc, dans la plénitude de sa propre jouissance de la vérité qui le rendait capable de se réjouir même dans ses afflictions, l’apôtre les exhorte à ne pas perdre courage. L’Esprit de Dieu a uni les saints si complètement ensemble, non seulement avec Christ, mais aussi l’un avec l’autre, que ce que Paul souffrait, était leur gloire, non pas la sienne seulement. Ils avaient un intérêt commun en tant que membres du même corps.

 

3.6   Ch. 3:14-15

3.6.1        Dans la même place que Christ, mais en toute révérence

« C’est pour cela que je fléchis mes genoux devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, duquel est nommée toute famille dans les cieux et sur la terre ; afin que, selon les richesses de Sa gloire, Il vous donne d’être fortifiés en puissance par Son Esprit, quant à l’homme intérieur » (3:14-16). Nous sommes ici sur un terrain notablement différent de celui du ch. 1, et je peux dire plus élevé. C’est l’une des deux grandes relations dans lesquelles Dieu est vis-à-vis de Christ, et par conséquent vis-à-vis de nous. Car Dieu agit maintenant envers Christ, non seulement au vu de Sa personne, mais aussi au vu de Son œuvre. La conséquence en est que l’œuvre nous met effectivement dans la même place devant Dieu que celle qui appartient à Christ comme homme, — oui, à Christ comme homme ressuscité d’entre les morts et dans le ciel. Je me garde soigneusement de dire que nous sommes tout ce que Christ est, car cela n’est pas vrai. Nous ne pourrons jamais partager ce qui Lui appartient comme le Fils du Père, de toute éternité. Ce serait impossible, et simplement en avoir l’idée, c’est déjà manquer de révérence. Aucune créature ne peut outrepasser les limites qui la séparent de Dieu, et une créature renouvelée ne le désirerait même pas. Car en vérité, c’est la joie de la créature la plus élevée de rendre l’hommage le plus humble à Celui qui est au-dessus d’elle. C’est pourquoi je ne doute guère que, parmi les anges de Dieu dans le ciel, le plus élevé est celui qui montre la révérence la plus profonde. De même, dans les choses terrestres, c’est le devoir évident de chacun de marquer son respect vis-à-vis du souverain ; mais celui qui a la place la plus proche du souverain, a beaucoup plus d’occasions et d’obligation de faire preuve de ce qu’est le souverain à ses yeux. Il en est ainsi de nous maintenant dans les choses spirituelles.

 

3.6.2        Partager l’amour est plus précieux que la gloire

Dans cette portion donc, nous avons le second des deux grands titres de Dieu en relation avec Christ et avec nous. Ce n’est pas ici, comme au ch. 1, le Dieu, mais le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. Le Dieu de Christ présente davantage Christ comme l’homme glorieux, ce qu’Il est, — l’homme glorifié dans la présence de Dieu, le centre de tous les conseils de la puissance de Dieu, qui est déjà maintenant élevé au trône le plus élevé dans le ciel, toutes choses étant mises sous ses pieds. Mais il est clair que Christ a ce qui est plus précieux pour Lui que tout ce qui est mis sous Sa domination — Il a l’amour et les délices de Son Père en Lui. Nos cœurs eux-mêmes sont capables de le comprendre, et d’en jouir dans le Saint Esprit. En effet dans l’histoire de la plupart des hommes, même quand le monde les a considérés comme les plus grands et les plus heureux, il arrive un moment où ils sont devant un vide que rien ne peut satisfaire. Mais dans le cas de Christ, la gloire ne sera pas comme une plante qui se flétrit par les manipulations de l’homme. Nous savons que dans Ses mains la gloire sera éclatante autant que sainte, parce que Dieu en sera entièrement l’objet ; et par conséquent tout tournera à Sa louange ; comme il est dit, « tout genou se ploiera et toute langue confessera que Jésus-Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père » (Phil. 2:10-11). Ni la possession de l’univers, ni l’expulsion du mal, ni le juste jugement, ni le gouvernement béni de toute la création pour la gloire de Dieu, rien de tout cela ne pourrait satisfaire le cœur. Certes il y aura en cela quelque chose du sel de l’alliance éternelle de Dieu : le maintien continuel de la volonté et de la gloire de Dieu sera senti. Mais il y a quelque chose de plus doux que toute la puissance, aussi glorieuse et bien administrée soit-elle, et c’est ce que nous avons ici : L’amour du Père, il est au-dessus de tout. L’effet de la première prière (ch. 1) est de vous faire regarder en bas vers la scène immense assujettie à Christ, et le faire est bien ce que Dieu veut. Mais l’effet de la seconde prière (ch. 3) est plutôt de faire regarder en haut dans la jouissance de l’amour qui est le secret de la gloire : la gloire est l’effet et le fruit de l’amour, et elle démontre ce que l’amour a dû être pour avoir donné une telle gloire. Même aussi bénie que soit la gloire, l’amour qui donne la gloire est encore meilleur et plus profond.

C’est pourquoi, quand notre Seigneur prie pour les saints en Jean 17, et qu’il dit : « La gloire que Tu m’as donnée, moi, je la leur ai donnée » (17:22), quel en est le but ? « Afin que le monde connaisse que Toi, tu m’as envoyé, et que Tu les as aimés comme Tu m’as aimé » (17:23). C’est là le but de la demande. Tous sont consommés [rendus parfaits] en un dans cette gloire (Jean 17:23), mais le résultat final de cette manifestation de gloire, c’est que le monde connaisse combien le Père les a aimés. Ainsi la gloire qui est vue, aussi bénie soit-elle, n’est pas la fin de tout. L’amour existait avant la gloire. Je ne dirai donc pas qu’il y a de l’amour après qu’il y ait de la gloire, mais je dis néanmoins que ce qui produit, donne, et maintient la gloire, est meilleur que la gloire elle-même. De plus, il n’y a rien dans les pensées de Dieu de plus merveilleux que ceci, que Dieu puisse aimer des êtres tels que nous du même amour dont Il aime Son Fils. C’est ainsi, en effet, qu’Il nous aime ; je le sais pour moi-même, et je déshonore Sa Parole si je ne le sais pas. S’Il le dit, n’est-ce pas pour que je le croie, que je le reçoive dans mon cœur, et que j’en jouisse maintenant dans ce monde ? — pour que je m’en serve constamment de bouclier contre tout ce que la chair, le monde et Satan peuvent insinuer contre moi ? Il nous aime comme Il L’a aimé. Ne dites pas que c’est là une pensée trop élevée. Je ne connais rien de si humiliant — rien qui nous convainque autant que nous ne sommes rien — que ce fait, qu’étant tellement aimés, nous le sentions si peu ; qu’étant tellement aimés, nous le rendions si peu ; qu’étant tellement aimés, nous cédions aux soucis, aux vanités, aux pensées, aux recherches, en bref à tout ce qui n’est pas selon un tel amour. C’est le délice, et si l’on peut dire, le désir de Dieu que les Siens entrent dans la grandeur de Son amour. Car ni la gloire, ni le sentiment de la gloire, ni la confiance en la gloire, ni l’attente de cette gloire, ne devraient suffire même pour des cœurs comme les nôtres. C’est une chose merveilleuse de penser que nous allons partager la gloire de Christ, mais c’est encore plus merveilleux que nous bénéficions du même amour. Le même Dieu qui nous donne la gloire de Christ, veut que nos âmes entrent déjà maintenant par le Saint Esprit, dans le partage en commun de ce même amour — telle est la grande pensée centrale de cette prière. « C’est pour cela que je fléchis mes genoux devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ ».

 

3.6.3        Aspects de l’amour du Père pour Son Fils et pour nous

L’expression le Père de Christ correspond à cette relation qui manifeste l’amour, tout comme le royaume de Christ est liée à Sa gloire, qu’elle soit conférée ou humaine. Comme Père de Christ, Il va manifester Son amour pour nous. Si nous considérons ce que Dieu fit pour Adam, ce qu’était Son dessein à l’égard de l’homme, que ne fera-t-Il pas pour le dernier Adam, savoir Christ ? Or tout ce qu’Il fait pour Lui, l’homme béni et glorieux, Il veut nous le faire partager. Mais il y a plus encore. L’amour que le Père de notre Seigneur Jésus Christ Lui porte, Il nous le porte aussi. Nous savons comment Il l’a exprimé lorsque Son Fils était ici-bas — dans quels moments frappants Il a manifesté Son amour — combien Il prenait soin que l’homme ne pût s’imaginer qu’Il était indifférent à l’égard de Son Fils bien-aimé. Qu’Il ait permis la souffrance ne prouve pas qu’Il ne l’aimait pas, bien au contraire : cela prouve non seulement combien Il compte sur notre amour, mais combien aussi Il voudrait que nous ayons confiance en Son amour, — ayant cette confiance en Lui, que, malgré toutes les apparences, Il nous aime comme Il aime Son Fils. Nous pouvons être exposés à tout ce que Satan peut disposer contre nous, mais ce n’est rien d’autre qu’être dans la même scène que celle que le Fils de Son amour a foulé de Ses pieds avant nous. Quand les hommes auraient pu déduire de ceci ou cela, que Jésus n’était rien de plus qu’un autre homme, voyez comment Dieu Le justifie. C’est ainsi qu’au baptême de Jésus par Jean le Baptiseur, il y a eu quelque chose de plus que la tentative de Jean d’empêcher le Seigneur Jésus d’être baptisé, comme s’Il avait eu besoin de confesser quelque chose, — car ce baptême était en lui-même une confession de péchés ; Jean a donc été surpris qu’il puisse y avoir même l’apparence d’une confession de la part de quelqu’un comme Jésus ; or Dieu avait des pensées plus profondes, et Il permit qu’il se produise ce que l’incrédulité pouvait dénaturer en une insinuation de mal, mais que la foi saisit, et qui nous fait adorer encore plus Dieu et l’Agneau ; ainsi donc, lorsque le Fils bien-aimé du Père sortit du Jourdain où tous les autres confessaient leurs injustices, et où Lui accomplissait toute justice — où Lui, qui n’avait aucune iniquité à confesser, ne voulait pas être séparé de ceux qui faisaient ce qui était convenable à l’égard de leurs injustices, et reconnaissaient le Dieu dont les droits avaient été oubliés — lorsque, sympathisant avec le sentiment de sainteté qui les y conduisait, ce Fils bien-aimé voulut se trouver là avec eux — alors le Père déclara : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir » (Matt. 3:17). C’était juste au moment convenable, et avec la sagesse la plus parfaite ; mais avec quel amour le Père prononça ces paroles ! Celui qui Le servait comme Il n’avait jamais été servi auparavant — Celui qui Le glorifiait comme jamais Dieu n’avait été glorifié sur cette terre — Celui qui acheva l’œuvre que Dieu Lui avait donnée à faire — Dieu allait-Il laisser paraître la moindre chose pouvant laisser supposer qu’Il détournait Son cœur de Lui ? Nous savons pourtant qu’au moment même où Il en a eu le plus besoin, quand tout était contre Lui, alors, pour couronner le tout, Dieu L’abandonna. Si le péché devait être jugé et ôté pour toujours, il fallait qu’il fût jugé dans toute sa réalité. Dans la colère de Dieu contre le péché, il ne fallait aucun ménagement ni atténuation. Tout le jugement de Dieu tomba sur Lui. L’œuvre était accomplie : le péché était ôté par le sacrifice de Lui-même.

 

3.6.4        Toute famille dans les cieux et sur la terre — Relations avec le Père de notre Seigneur Jésus Christ

Et maintenant, tout l’amour que le Père avait pour cette Personne bénie, peut découler vers nous sur la base de cette œuvre. C’est là que l’Apôtre nous met, étant introduits dans la position de fils avec le Père ; et il fléchit les genoux devant « le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, duquel est nommée toute famille dans les cieux et sur la terre ». L’expression « toute la famille » [de la version autorisée du Roi Jacques] est embrouillée avec des notions populaires sur l’Église, comme si on supposait qu’une partie était dans le ciel, et une partie sur la terre. Mais la vraie force du texte de Éph. 3:15 est « toute famille ». Ce n’est pas une allusion à l’unité de l’Église. Au contraire, l’apôtre veut dire que, quand nous regardons au Père de notre Seigneur Jésus Christ, nous nous élevons assez haut pour embrasser toutes les classes des créatures que Dieu a faites. Supposons que vous considériez Dieu comme Il se faisait connaître anciennement, c’est-à-dire comme l’Éternel en rapport avec Israël. Est-ce que « toute famille dans les cieux et sur la terre » était comprise sous ce titre ? Aucune famille dans les cieux, et une seule famille sur la terre ! Sous ce titre de l’Éternel, il y a une relation spéciale dans laquelle Dieu se révèle aux Juifs. Il était leur Dieu dans un sens où Il n’était le Dieu d’aucun autre peuple. Comme Créateur, Il est le Dieu de tous ; ainsi, dans certains passages de l’Écriture, c’est le terme « Dieu » qui est employé, et non pas « l’Éternel », parce qu’il est traité de certains affaires avec les Gentils. Mais quand il s’agit de l’ancien peuple de Dieu, il emploie le terme « l’Éternel ». Il y a plus : dans le second livre des Psaumes, quand le Saint Esprit contemple les Juifs pieux qui restent attachés à Dieu loin de Son temple, le mot saillant n’est plus « l’Éternel », mais « Dieu », car ils ne sont pas en mesure de jouir de ce qui est donné spécialement à Israël. Il ne cessera jamais d’être Dieu ; et ils trouvent leur bénédiction en ce que, quoiqu’il arrive, Dieu ne peut se renier Lui-même. Ils sont en dehors du lieu spécial où Il a promis de les bénir, mais Dieu est Dieu partout. De sorte que, s’ils étaient chassés de la Terre Sainte, et empêchés d’aller au temple pour adorer selon la loi, Dieu ne pourrait jamais cesser d’être Dieu. C’est le même principe de grâce, que Christ voulut apporter à la pauvre femme Syrophénicienne ; car il nous faut toujours en venir à notre vraie position ; c’est d’ailleurs ce qui, en substance, se vérifie dans toute vraie conversion. Il me faut toujours être abaissé jusqu’à la vérité de ce que je suis, aussi bien que recevoir la vérité de ce que Dieu est : alors il n’y a pas de limite à la bénédiction.

J’ai parlé de ce sujet seulement en passant, pour illustrer, par contraste, la phrase « toute famille dans les cieux et sur la terre ». Lorsque Dieu se révélait dans une relation spéciale avec Israël, c’était comme l’Éternel. En Daniel, nous n’entendons pas parler de l’Éternel, mais du Dieu des cieux, évidemment par opposition à Dieu se révélant sur la terre à un peuple particulier auquel Il avait donné une terre et des privilèges particuliers, qu’aucune autre nation ne partageait avec eux. Ils s’en vont après de faux dieux : Il prend Sa place dans les cieux, et recourt à ce qui ne pouvait jamais être nié ; comme « le Dieu des cieux », Il dit qu’Il choisirait désormais qui Il voudrait ; Je prendrai justement le pire peuple dans le monde entier, et je lui donnerai l’empire de la terre. C’est ainsi qu’Il choisit l’ennemi des Juifs — les Babyloniens. Si Dieu agit ainsi d’une manière souveraine, comme le Dieu des cieux, les plus vils peuvent posséder le pouvoir ici-bas. Mais « il y a un Dieu qui juge la terre » (Ps. 58:11) ; et lorsqu’arrive le jour de le constater, c’est au milieu de Son peuple qu’il agit comme l’Éternel. Vu de cette manière, Dieu n’a qu’une seule famille, qui soit en relation d’alliance avec Lui-même : « Je vous ai connus, vous seuls, d’entre toutes les familles de la terre » (Amos 3:2). Mais ici nous avons le contraste. Il n’est pas révélé simplement comme l’Éternel, qui a Israël comme peuple sur la terre, mais comme « le Père de notre Seigneur Jésus-Christ ». Du moment qu’Il parle selon une pareille relation, c’est expressément en association avec Celui qui a fait toutes choses, comme il est dit auparavant : « qui a créé toutes choses par Jésus-Christ » (*). C’est donc toutes les créatures qui sont considérées, et qui trouvent leur vraie place avec Lui comme le Père, parce que le Seigneur Jésus est Celui qui a créé toutes choses, et pour la gloire duquel tout a été créé. Ainsi « toute famille dans les cieux et sur la terre », qu’il s’agisse de principautés et d’autorités, d’anges, de Juifs ou de Gentils, aussi bien que de l’Église de Dieu, — toutes sont placées sous « le Père de notre Seigneur Jésus-Christ ». Le titre de l’Éternel est restreint à une race particulière ; celui de Père de notre Seigneur Jésus Christ est sans limite dans sa portée, et embrasse toutes les classes d’êtres que Dieu a faites.

 

(*) note Bibliquest : citation de Éph. 3:9, selon le Texte Reçu et la version autorisée du Roi Jacques.

Cela place l’Église dans une position bien remarquable, nous détachant de tout ce qui est local ou temporaire. Nous-mêmes pouvons avoir la place la plus spéciale dans ce déploiement de la gloire divine, tout en continuant à avoir à faire à un Dieu et Père qui est proclamé comme la source suprême de tout. Nous pouvons être, et nous sommes — si nous comprenons l’appel de l’Église — près de Lui, dans une place que nul autre ne peut partager, dans une proximité dont aucun des anges ne jouit. J’entends par « nous », tous les membres de l’Église de Dieu. Par grâce, nous avons une place d’association avec Christ devant Dieu dans laquelle n’entre personne d’autre. Mais comme Il se révèle en relation avec Christ comme le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, de même Il introduit d’autres classes d’êtres qu’Il a créés dans le dessein de leur donner des bénédictions selon la mesure qui leur convient. Il a manifesté l’Héritier et le Centre de tous Ses desseins, et il n’y a pas une seule classe d’êtres faits pour Sa louange, qui ne soit mise à sa place propre devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. C’est en contraste avec la spécificité des Juifs, seuls possesseurs des privilèges que Dieu leur avait donnés en tant qu’Éternel. Le Père est l’Éternel, et Jésus l’est aussi ; mais ce n’est pas ainsi que nous avons à faire à Lui, et utiliser ce nom n’est pas la manière intelligente de s’adresser à Lui. C’est devant le Père de notre Seigneur Jésus Christ que l’apôtre fléchit les genoux ici. Nous devrions avoir la conscience que nous nous approchons de Lui dans toute la proximité qu’un tel titre implique. De Son œil et de Son cœur, Il embrasse toute la création comme l’objet qu’Il veut bénir avec Christ. Mais il y a ceux qui ont rejeté Christ ; et souvenez-vous que ce même amour de Dieu pour Christ, qui se propose de bénir la création par Christ, maintiendra Sa gloire contre ceux qui Le méprisent. C’est une vérité solennelle. Il n’y a rien de plus intolérant vis-à-vis du mal que l’amour ; et en arrière-plan de l’évangile de Dieu, il y a la condamnation éternelle de toute âme qui méprise Jésus, le Fils de Dieu. Il doit en être ainsi. Le même disciple qui a reçu de Dieu le privilège spécial de présenter l’amour comme nul autre ne l’a fait, c’est lui qui présente la mort éternelle de ceux qui refusent Son amour. C’est pourquoi il y a la relation la plus étroite possible entre la révélation de la ruine sans fin de ceux qui méprisent Christ, avec l’amour qui présente la bénédiction éternelle de ceux qui s’attachent à Lui. Cette universalité est ainsi introduite : « Duquel toute famille dans les cieux et sur la terre est nommée ».

 

3.7   Ch. 3:16-18

Mais, par grâce, il y a ceux qui auront ce qui est le plus spécial, le plus proche de Son cœur, au milieu de cette scène d’amour et de gloire. Pour eux, la prière est « que selon les richesses de sa gloire, il vous donne d’être fortifiés en puissance par son Esprit quant à l’homme intérieur ; de sorte que le Christ habite, par la foi, dans vos cœurs, et que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour, afin que vous soyez capables de comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur et la longueur, et la profondeur et la hauteur ». La prière du ch. 1 demandait une compréhension profonde et vraie de leur position devant Dieu ; ici c’est plutôt en vue d’une puissance pratique intérieure par le Saint Esprit. Au ch. 1 c’était, pour qu’ils puissent mieux connaître leur place en Christ, quant à l’appel de la grâce et l’héritage de la gloire ; au ch. 3 c’est pour que Christ ait Sa place dans leurs cœurs par la foi. En un mot, il est ici question d’un état présent, et d’affections occupées de Christ au dedans, et d’être enracinés et fondés dans l’amour, pour être parfaitement capables (car c’est là le sens) de comprendre ce qui est en réalité sans mesure.

L’apôtre ne dit pas à quoi se rapportent la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur ; il vous laisse là sans terminer la phrase. Il vous amène dans l’infini. Je ne crois pas que cela veuille dire la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur de l’amour de Christ. Le passage est souvent cité de cette manière, et la plupart du temps c’est ainsi qu’on le comprend. Mais le « et » du verset suivant indique nettement un autre sens : — « et de connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance ». L’amour du Christ est évidemment une pensée additionnelle. Quel est alors le sens ? Si ce n’était pas trop hardi de compléter une esquisse que l’apôtre a laissée ainsi dans le vague, j’oserais penser que ce qu’il met ici devant nous, — avec des marques si particulières de grandeur indéfinie, — c’est le mystère dont il a parlé plus haut, et certainement pas l’amour de Christ, qu’il rajoute aussitôt après. Il avait montré comment toute famille dans les cieux et sur la terre est rangée sous Celui qui est le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. En relation avec cela, il prie qu’ils soient capables de comprendre avec tous les saints « quelle est la largeur et la longueur, et la profondeur et la hauteur ». C’est en relation avec le dessein céleste de Dieu le Père, autrefois un secret, mais maintenant dévoilé. Toutes choses ont été faites pour la gloire de Son Fils — toute la création, céleste et terrestre ; et les saints auront la place la plus élevée avec Lui, au-dessus de tout le reste.

 

3.8   Ch. 3:19

3.8.1        Ch. 3:19a

Mais il y avait encore quelque chose de plus profond que cela, et qui devait nécessairement être connu avec. C’est pourquoi il ajoute : « et de connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance ; afin que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu ». Aussi glorieuses que soient toutes ces perspectives, qu’y a-t-il de comparable à son amour ? Le meilleur vin est gardé pour la fin. « Connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance ». L’expression peut paraître paradoxale, mais c’est un paradoxe béni. L’apôtre ne veut pas dire que nous arriverons à connaître cet amour parfaitement ; mais il peut y avoir progrès dans la connaissance de ce qui surpasse toute connaissance. Il suppose que nous sommes lancés sur cette mer sans rivage : nous ne pouvons jamais atteindre l’extrémité de Son amour. Cependant il parle de connaître l’amour de Christ qui surpasse toute connaissance « afin que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu ». On ne peut pas plus arriver à la fin de l’amour, qu’à la fin de Dieu Lui-même.

 

3.8.2        Ch. 3:19b

Rien n’est plus merveilleux qu’un tel désir pour nous, faibles créatures que nous sommes, « afin que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu ». Or c’est bien pour les saints maintenant, que l’apôtre priait. Il ne priait pas que nous sachions que nous sommes le corps de Christ, la plénitude de celui qui remplit tout en tous, mais il priait pour un élargissement pratique de notre entrée par la puissance de l’Esprit dans la plénitude de Dieu. Ce qui est ici devant nous, c’est la condition du cœur, et une croissance réelle dans la communion avec Dieu. Combien cela est particulièrement approprié après l’exposé de la position, et avant les exhortations quant à la marche et à la conduite.

 

3.9   Ch. 3:20-21

3.9.1        Ch. 3:20a

C’est pourquoi il poursuit ainsi : « Or à Celui qui peut faire infiniment plus que tout ce que nous demandons ou pensons ». Il ne dit pas « infiniment plus que nous pouvons demander ou penser ». Le Saint Esprit prend bien soin de ne pas le dire. Il y a quelque différence entre ce que nous demandons ou pensons effectivement, et ce que nous pouvons demander et penser. Il n’y a pas de limite à ce que nous pouvons demander, sauf que Dieu est au-dessus de tout ce qui peut Lui être demandé ; cependant Il aime nous entendre demander toujours plus. Il voudrait nous exercer à demander plus abondamment.

 

3.9.2        Ch. 3:20b

Par ailleurs, il y a la dépendance de Dieu, « selon la puissance qui opère en nous ». De quelle puissance s’agit-il ? C’est celle de Dieu, qui demeure Lui-même en chaque chrétien. C’est Dieu Lui-même qui, de tout saint, de tout chrétien, fait maintenant Son temple. Aussi faible et pauvre que soit le croyant, envisagé comme il est, quel est l’état dans lequel Dieu ne puisse pourtant pas l’amener ? Il est le temple de Dieu. Dieu sera toujours au-dessus de lui, plus haut que tout ce que l’homme attend de Son amour ; mais ce que dit l’apôtre tient compte de ce qu’il y a une puissance qui opère en nous maintenant, aussi bien qu’une puissance qui a opéré pour nous, et à laquelle nous ne pouvons fixer aucune limite. Quant à la puissance qui a opéré pour nous, nous l’avons vu au ch. 1. C’est la puissance qui a ressuscité Christ d’entre les morts. Oui, c’est la même puissance qui a opéré envers nous, qui nous a ressuscités de notre état de mort, et qui a ressuscité Christ d’entre les morts. Mais maintenant Il va plus loin, et nous signale la puissance qui opère en nous, pour nous faire entrer dans Son amour et dans la plénitude de Dieu. Nous souvenons-nous que ceci est justement ce en quoi nous manquons le plus ? Car il y a bien des âmes qui prouvent constamment combien elles pensent peu à cette puissance — combien elles sont enclines à murmurer, et à être affligées par ce dont elles devraient justement bénir Dieu, si elles avaient seulement le sentiment de Son amour.

 

3.9.3        Ch. 3:21

« Or à Celui qui peut faire infiniment plus que tout ce que nous demandons et pensons, selon la puissance qui opère en nous, à Lui gloire dans l’assemblée, dans le christ Jésus, pour toutes les générations du siècle des siècles ! Amen ! » Quel point de vue spécial sur l’Église ici ! Il donne à entendre qu’il n’y aura jamais de temps où l’Église n’aura pas sa propre place particulière. Non seulement il est vrai que les saints doivent être merveilleusement introduits dans l’amour de Christ et la plénitude de Dieu, par Sa puissance qui opère en nous maintenant ; mais il apparaît aussi, que dans tous les âges à venir, il n’y aura jamais de période de temps sans un caractère de relation unique et béni entre l’Église comme telle, et Dieu Lui-même — « le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ ». Ceci est confirmé par la belle scène d’Apocalypse 21, où nous n’avons plus ni nations, ni rois, mais Dieu avec les hommes. Il n’y est pas simplement dit : « Voici, Dieu est venu demeurer avec les hommes », mais il est parlé de Son habitation [ou : Son tabernacle]. Ce n’est pas seulement que Dieu daignera alors demeurer avec les hommes, mais il est dit que « l’habitation  [le tabernacle] de Dieu est avec les hommes » (Apoc. 21:3). Il semble que c’est exactement la même chose qui est appelée ici l’Église. Dieu habitant dans l’Église, prendra Sa place avec les hommes ; de sorte que la demeure particulière de Dieu dans l’Église se poursuivra, même quand la scène sera devenue la scène éternelle. Quand les cieux et la terre s’en seront allés, après le grand trône blanc, et lorsque tous les saints auront leur corps de résurrection, alors non seulement Dieu sera en face des hommes, mais « l’habitation de Dieu » [ou : le tabernacle de Dieu] descendra pour être avec les hommes — Dieu demeurant avec eux dans Sa propre habitation [Son propre tabernacle], laquelle ne peut guère être autre chose que ce qui est ici appelé l’Église. De sorte que l’Église, même dans l’éternité, quand tous les ennemis et toutes choses seront assujettis, jouira du doux et merveilleux privilège d’être l’habitation ou la demeure de Dieu. Quelles gens devrions-nous donc être en sainte conduite et en piété ! (2 Pier. 3:11).

Ainsi il y a dépendance à l’égard de Dieu, mais il s’agit de Celui qui peut nous bénir sans limite, « selon la puissance qui opère en nous ».

 

4         Chapitre 4

4.1   Introduction au ch. 4

4.1.1        L’unité de l’Église et le caractère individuel des dons et du ministère

Avant d’entrer dans le sujet des dons pour le ministère, qui nous est présenté plus loin dans ce chapitre, le Saint Esprit s’arrête un peu sur l’unité qui appartient maintenant aux saints de Dieu en Christ. Il était nécessaire que cette unité fût posée comme une grande plate-forme sur laquelle, et en rapport avec laquelle, le ministère s’exerce. Car le ministère met en avant des membres individuels de Christ, plutôt que le corps dans son ensemble. En effet, bien qu’on affirme couramment que l’Église enseigne, c’est en réalité entièrement dénué de fondement. C’est même cette notion qui conduit à la prétention à l’infaillibilité, dont l’expression se trouve ouvertement dans le Romanisme. La vérité est que l’Église n’enseigne jamais, mais qu’au contraire, elle est le corps qui est enseigné. Un corps qui enseigne, cela n’existe pas. Sans doute, l’Église renferme en son sein les ouvriers que le Seigneur emploie ; mais elle est elle-même le labourage de Dieu (1 Cor. 3:9), la scène où Dieu travaille afin de produire du fruit pour Lui-même. C’est une vérité importante en pratique, parce qu’elle détruit toute prétention qu’aurait l’Église à créer, ou même à définir des doctrines. L’Église est appelée à être la colonne et le soutien de la vérité (1 Tim. 3:15) ; elle est tenue de veiller, par le moyen d’une sainte discipline, à ce que rien de contraire à la vérité ne soit toléré en son sein : l’assemblée de Dieu ne peut pas se soustraire à cette responsabilité. Ceci concerne l’ensemble de la communauté chrétienne, qui devrait être le corps qui présente sur terre la vérité devant les hommes, et au sein de laquelle il faut venir si, après avoir cru à la vérité, on veut agir en s’y conformant, — mais d’un autre côté, le moyen dont Dieu s’est plu à se servir pour répandre Sa vérité et atteindre par elle les consciences, ce sont des membres individuels de son Église, qui ont la qualification appropriée. La puissance pour enseigner dépend du don conféré par la grâce souveraine. Il ne s’agit nullement d’un droit abstrait selon lequel tout homme pourrait enseigner ou prêcher, s’il en a envie. Il n’y a pas de telle licence dans l’Église de Dieu. Le Seigneur Jésus a le droit d’appeler et de communiquer la puissance dans le Saint Esprit, comme Il lui plait. L’Église n’est pas une société d’hommes ayant des vues particulières sur tel ou tel sujet ; encore moins est-elle le rassemblement du monde pour former un seul tout. C’est l’assemblée de Dieu, composée de ceux qu’Il appelle, et dans laquelle Il habite. Ceci est vrai à l’égard de l’ensemble, et il est vrai également qu’il appartient à Dieu, que c’est Dieu qui le forme et le protège, et qui y maintient Sa sainteté et Sa gloire ; — pareillement, tout ceci est vrai par rapport au ministère, qui est une fonction très importante maintenue dans des membres particuliers de l’Église. Autrement dit, il y a d’une part l’unité que les croyants possèdent maintenant dans le Christ Jésus, en vertu de laquelle l’assemblée de Dieu existe — l’unité commune de bénédictions dans laquelle tous les croyants sont placés maintenant, et qui forme, si je puis dire, l’assise de tout. Mais d’autre part, en relation avec cette unité, vous avez le ministère à l’œuvre, ministère qui appartient à des membres en particulier, plutôt qu’à l’Église comme ensemble. Les dons sont dans quelques-uns, et appartiennent à quelques-uns, pour le bien de tous.

 

4.2   Ch. 4:1

4.2.1        L’appel des saints qui forment un seul corps en Christ : quelque chose d’unique

Cela divise la première partie du chapitre en deux sous-parties. Dans les premiers versets, jusqu’à la fin du verset 6, nous trouvons plutôt l’unité de l’Esprit ; à partir du verset 7, la diversité des membres de Christ. Remarquez bien, tout d’abord, que le Saint Esprit est passé maintenant sur le terrain des exhortations. Après avoir eu de la doctrine dans les trois premiers chapitres, nous arrivons maintenant à la pratique. « Je vous exhorte donc, moi le prisonnier dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de l’appel dont vous avez été appelés ». Cet appel comprend plus particulièrement deux parties. D’abord, les saints, — tous ceux qui connaissent le Seigneur Jésus maintenant, — forment un seul corps en Lui. En second lieu, ceux-ci sont l’habitation de Dieu par l’Esprit. Ainsi donc, bien que l’assemblée de Dieu soit un corps sur la terre, elle est pourtant fondée sur des privilèges célestes, — le corps de Christ nous montre plutôt notre état de bénédiction collectif, tandis que l’habitation de Dieu par l’Esprit place plutôt devant nous la responsabilité d’avoir Dieu habitant au milieu de nous. Il est évident que les vrais enfants de Dieu eux-mêmes n’entrent que très faiblement dans ces deux choses. Quand ils entendent parler du corps de Christ, leur idée ne dépasse guère le fait d’être pardonnés, d’être enfants de Dieu, et d’aller au ciel. Or tout cela n’est qu’une bien faible partie de tout ce que le corps de Christ implique ! Beaucoup de vrais croyants pensent que cette notion de corps signifie un assemblage de ceux qui sont réconciliés avec Dieu — les objets de Sa faveur, ceux qui ne sont pas laissés pour mourir dans leurs péchés. Or on pourrait avoir tous ces privilèges, sans posséder aucun des traits caractéristiques du corps de Christ, ni de l’habitation de Dieu par l’Esprit. Il aurait été tout à fait possible, s’il avait plu à Dieu d’arranger les choses ainsi, que les chrétiens soient des enfants de Dieu, conscients de leur rédemption, connaissant leur relation de fils, attendant d’être glorifiés avec Christ dans le ciel, sans jamais être pourtant unis ensemble en un seul corps en Christ, et sans avoir Dieu habitant au milieu d’eux par la présence spéciale du Saint Esprit envoyé du ciel. C’est un privilège rajouté en plus et au-dessus de la rédemption par le sang de Christ. Cela est si vrai, que dans tout l’Ancien Testament, on ne trouve jamais mention des saints de Dieu comme étant membres du corps de Christ, une habitation de Dieu par l’Esprit.

 

4.2.2        La croix efface la distinction entre Juifs et Gentils

Mais il y a plus. Les prophètes sont remplis de la scène glorieuse qui se déroulera sur la terre quand le Seigneur renversera la puissance de Satan. Le temps vient où le mal ne sera plus laissé impuni, et le bien ne souffrira plus ici-bas. Quand ce jour sera là, il est clair selon l’Écriture que Dieu aura bien un peuple à Lui sur la terre, mais qu’ils ne seront pas unis ensemble en un seul corps, ni ne formeront Son habitation par l’Esprit. Il est parlé de l’appel spécial dont nous sommes appelés entre les deux venues de Christ, entre la grâce déjà apparue et la gloire qui va apparaître (Tite 2:11-13). Considérons en effet ce qu’est le corps de Christ — je ne veux pas dire, bien sûr, Son corps comme celui dont il est dit qu’il est à Lui personnellement, mais Son corps, comme composé de ceux qui croient en Christ maintenant, et comme une expression qui s’applique à eux — cette personne morale ou corps spirituel dont font partie tous les vrais saints de Dieu qui se trouvent maintenant sur la terre, ou qui s’y sont trouvés depuis la Pentecôte. Quelles sont les bénédictions qui constituent ce corps ? Qu’est-ce que le Saint Esprit veut dire par le fait d’être membre de ce corps ? Je réponds : La croix étant le témoin et l’expression de la culpabilité des Juifs plus particulièrement (la culpabilité est celle de tous les hommes en général sans doute, mais tout spécialement celle des Juifs), la croix, dis-je, a fourni à Dieu l’occasion de faire disparaître entièrement, pour le temps présent, la position spéciale de faveur que le peuple Juif avait possédée jusque là. Dieu a effacé Lui-même la frontière séparant Israël des Gentils ; et au lieu de faire d’Israël le canal unique de Ses promesses, l’ère de bénédiction s’est au contraire tournée franchement et visiblement vers les Gentils. Il rassemble d’entre les Juifs et les Gentils un peuple pour Son nom (Actes 15:14), et unit ensemble les élus d’entre eux tous, ceux qui croient en Christ, pour les mettre en possession de privilèges nouveaux qui n’avaient jamais été goûtés auparavant d’une manière semblable, ni à un pareil degré.

 

4.2.3        La bénédiction réunissant Juifs et Gentils n’est l’accomplissement ni de la loi ni des prophètes

Un trait bien remarquable de la bénédiction, c’est que la distinction entre Juif et Gentil est finie. À la croix, ils se sont unis dans la méchanceté devant Dieu ; mais à quoi Dieu s’en sert-Il ? C’est comme s’Il disait : Je vais justement prendre cette croix dont l’homme a fait la scène de sa rébellion outrageante contre Moi — cette croix qui a prouvé que mon ancien peuple est devenu violent dans son hostilité contre Moi dans la personne de Mon Fils ; et Je vais faire de cette croix le pivot d’une bénédiction plus riche et plus complète que tout ce que des croyants ont jamais pu espérer dans ce monde auparavant. Ainsi, comme la croix a été le point de ralliement de Satan pour rassembler les hommes dans une union impie contre Dieu et contre Son Fils, ainsi aussi Dieu fait de la croix le centre précieux où Il rassemble les Juifs et les Gentils qui croient en Son Fils, pour les former en un corps nouveau, où toutes les distinctions de ce genre sont effacées à jamais. Or si Dieu s’est plu à appeler un peuple pour le faire sortir dans le but de donner un témoignage pratique à cette nouvelle manifestation de Son amour, qui s’y opposera ? La loi est juste, et ce serait faire outrage à Dieu que de jeter la moindre flétrissure sur les dix commandements, mais s’il demeure vrai que le commandement est saint, juste et bon (Rom. 7:12), la grâce introduit quelque chose de meilleur et de plus élevé. Il est juste, bien sûr, si j’agis bien, que j’en sois récompensé ; mais n’est-ce pas plus béni si, en faisant bien, je souffre, et je l’endure avec patience (1 Pier. 2:20) ? C’est là la grâce, une chose digne de louange devant Dieu, et le principe pratique sur lequel Il appelle maintenant Ses enfants à agir. Ce n’était pas là la règle publique de gouvernement au temps de l’Ancien Testament, mais juste le contraire. Dieu se contredit-Il donc ? Loin de là. Dieu peut agir d’une certaine manière avec le peuple Juif, et Il peut ensuite établir un autre principe d’action avec les chrétiens. Qui peut en effet nier qu’Il l’ait fait ? Le Juif aurait été coupable d’un grave péché, s’il n’avait pas été circoncis ; et je crois que, pour ce qui concerne la terre, dans le jour de gloire à venir, les Juifs auront leur terre, leur ville, leur sacrificateur, et leur temple, etc. La volonté de Dieu à l’égard des Juifs restera inchangée en substance. Je trouve dans les prophéties un état de choses non encore accompli, alors que toutes ces ordonnances extérieures de Dieu seront, elles, accomplies. Faut-il ne pas croire Dieu tant que ces prophéties ne sont pas réalisées ? Ce n’est pas ainsi qu’on traite la parole d’un homme de bien. Mais si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand (1 Jean 5:9). Si quelqu’un reçoit les livres de Samuel et des Rois, et ne croit pas Ézéchiel ou Osée, c’est qu’il traite Dieu comme vous ne traiteriez pas un homme ordinaire. Mais si je crois tout ce que Dieu a dit, il existe des principes divins spéciaux pour les Juifs, qui restent encore à accomplir par le Messie dans Son règne en puissance, lorsque le diable sera lié. Dieu accomplira tout ce dont Il a parlé dans les prophètes aux jours où les cieux domineront sur la terre. Or, en attendant, le Messie promis pour introduire cette gloire, est venu et a été rejeté. Au lieu d’avoir un trône, il a eu la croix ; et bien loin de prendre la terre pour héritage, il en a été chassé et est monté au ciel. Comme conséquence, un nouvel état de choses a débuté, totalement différent de celui envisagé en général dans les prophéties, et dont le Nouveau Testament donne la révélation. Dans cette révélation du Nouveau Testament, on trouve ce qui correspond à quelques maigres indications ça et là dans l’Ancien Testament, mais en même temps elle introduit, comme un tout, une scène qui fait un tout, une scène sans égal ni avant ni après, où Dieu dévoile des privilèges jamais goûtés auparavant, et en rapport avec laquelle Il attend des fidèles une marche d’une manière qu’Il n’avait même jamais demandée aux saints d’autrefois.

 

4.2.4        Le seul corps fruit de la grâce, alors que la croix aurait dû aboutir au jugement

Il y a sans doute certains principes clairs et bien établis, qui restent toujours obligatoires. Dieu n’approuvera jamais le mensonge, ni la convoitise, ni la méchanceté : aucune dispensation ne peut neutraliser ou affaiblir les grandes distinctions morales entre le bien et le mal. Mais le Dieu qui a opéré en puissance sur la terre pour protéger Son peuple, et qui l’aurait protégé s’il avait été fidèle sous la loi, c’est Lui maintenant qui, au contraire, appelle Son peuple à souffrir en grâce. Le même Dieu, qui mettait Israël à l’abri et les fit traverser la mer Rouge, et qui a empêché qu’aucune puissance du monde n’obtienne la suprématie universelle sur la terre avant qu’Israël se soit montré infidèle, c’est Lui qui, plus tard, quand Israël s’est montré entièrement indigne, a permis qu’ils soient renversés par Babylone, la pire des puissances des Gentils. Les empires se succédèrent ensuite les uns aux autres, jusqu’à ce que finalement, au temps des Romains, les Juifs et les Gentils se réunirent pour crucifier le Seigneur de gloire. Le sort du monde a été alors scellé, et le glas de son jugement se faisait entendre de la croix de Jésus. Si Dieu avait agi alors d’après des principes de justice, on se serait attendu à ce que l’univers de Dieu soit aussitôt bouleversé, et qu’au moins Jérusalem et Rome soient détruites dans l’ardeur de Son indignation. Or les choses se sont passées tout autrement. Le ciel s’est ouvert, mais pour recevoir Jésus le crucifié, non pas pour juger Ses meurtriers ; le ciel s’est encore ouvert pour envoyer d’en haut le Saint Esprit sur la terre, afin de former, par grâce, ce corps nouveau, l’Église de Dieu, c’est à dire pour introduire ces vils meurtriers de Jésus, — si seulement ils Le reçoivent, — dans une position de bénédiction dont personne n’avait jamais goûté ni connu auparavant ni la largeur, ni la longueur, ni la profondeur ni la hauteur. C’est cela la grâce. « La loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité vinrent par Jésus-Christ » (Jean 1:17). L’évangile de la grâce de Dieu est annoncé, mais il ne se borne pas à sauver des âmes — il les rassemble, il les unit à Christ, il en fait les membres de Christ et les membres l’un de l’autre. L’ancienne position privilégiée des Juifs a disparu ; les privilèges lévitiques sont complètement éclipsés en ce qui concerne l’Église. Les Gentils étaient enfoncés dans l’idolâtrie, et les Juifs étaient satisfait d’eux-mêmes sous une loi divine qu’ils ne gardaient pas. Mais, par la foi en Christ, Juifs et Gentils sont introduits par le moyen de l’Esprit dans ce seul corps, et ils adorent Dieu sur le même terrain commun, celui de la grâce. Ils sont « édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit » (2:22). C’est là « l’appel dont nous avons été appelés » (4:1).

 

4.2.5        Le prisonnier dans le Seigneur

« Je vous exhorte donc, moi le prisonnier dans le Seigneur » etc. Il attire de nouveau l’attention sur cette cicatrice honorable due à l’inimitié du monde, parce qu’il est en train de faire ressortir d’une manière pratique ce qui résulte dans ce monde de cette inimitié, même pour le plus grand serviteur de Dieu qui ait jamais vécu (le plus grand après Christ). Après tout, il était le prisonnier du Seigneur. N’est-ce pas un honneur merveilleux ? Il n’y avait point de chariots de feu pour l’entourer, comme avec Élie ; pas de puissance mise en avant pour le préserver. Il souffrait de la part du même empire qui avait crucifié le Seigneur de gloire ; et depuis sa prison, il encourageait les saints à marcher d’une manière digne du même appel ! Même maintenant le monde a affaire à plus fort que lui : que sera-ce à la venue de Christ ?

 

4.3   Ch. 4:2

4.3.1        Ch. 4:2a — Humilité et douceur

Néanmoins il est ajouté : « Avec toute humilité et douceur, avec longanimité, vous supportant l’un l’autre dans l’amour ». Il y avait le danger du contraire : les saints peuvent faire mauvais usage des privilèges spirituels pour s’enfler d’orgueil. Il traite donc ce point, et leur montre le seul genre qui convient à un chrétien : « avec toute humilité et douceur ». C’est une bénédiction de trouver du zèle, mais comment racheter une marche qui manque d’humilité et de douceur ? Il y a un temps pour être ferme, et un temps pour céder ; mais aucun don ni aucune position ne peuvent justifier ceux qui semblent penser que l’exhortation à la douceur et à l’humilité n’a pas lieu d’être dans leur cas. D’un autre côté, il faut prendre garde à ce que la douceur ne soit pas que dans la manière d’être, et que l’humilité ne soit pas qu’en paroles, car Dieu recherche la réalité en nous. Trop souvent l’humilité en paroles ne fait que couvrir l’orgueil le plus profond, et on parle beaucoup d’amour et d’esprit de Christ là où il y en a le moins. Gardons-nous des vaines apparences.

 

4.3.2        Ch. 4:2b — Longanimité et support

Supposons qu’il y ait chez d’autres des choses que vous ne pouvez pas laisser passer, comme étant contraires à la pensée de Dieu, — comment agir ? Sans doute, si c’est nécessaire, il faut la parole de répréhension exprimée comme il convient. Mais il faut aussi la « longanimité » ; et s’il y a un cas qui requiert spécialement la longanimité, c’est bien lorsque le mal nous touche nous-mêmes. Il ne faut pas tolérer le mal contre le Seigneur ; mais quand c’est à nous qu’il est fait tort, la longanimité est le mot d’ordre, « vous supportant l’un l’autre dans l’amour, vous appliquant à garder l’unité de l’Esprit dans (*) le lien de la paix ». Le chrétien n’a pas seulement à nourrir des sentiments de grâce et patience humbles, mais aussi la diligence spirituelle avec laquelle il est appelé à tenir ferme ce qu’il y a de plus précieux et divin ici-bas.

 

(*) note Bibliquest : a) J.N. Darby traduit « par le lien de la paix », mais il met en note la traduction alternative « dans le lien de la paix ». Nous avons partout laissé la traduction choisie par W. Kelly sur ce point. b) En ce qui concerne « vous appliquant à garder », WK traduit plusieurs fois « étant diligent pour » au lieu de « vous appliquant à », — et « maintenir » au lieu de « garder ». Ces variantes n’ont guère été retenues, car elles n’ont pas paru significatives.

 

4.4   Ch. 4:3-4 — La première unité

4.4.1        Ch. 4:3a — Garder l’unité de l’Esprit

« Vous appliquant à garder l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix ». Combien l’Écriture est parfaite ! Elle ne dit pas : « l’unité du corps », bien qu’elle y soit inclue. S’il avait été dit : « l’unité du corps », les hommes auraient pu construire (comme ils l’ont fait en réalité) une institution extérieure, et faire que ne pas s’en séparer soit une question de vie ou de mort. Or ce que le Saint Esprit demande à ceux qui appartiennent à Christ, c’est de s’appliquer (avec tout le sérieux nécessaire), non pas à faire, mais « à garder l’unité de l’Esprit ». Il s’agit de quelque chose déjà formé par l’Esprit, que nous avons à maintenir, et à nous y conformer. Ce n’est pas simplement qu’il faille avoir des sentiments d’amour envers les autres chrétiens. On peut trouver cela dans mille associations ou corps les plus divers, mais même en faisant très attention à cela, ce ne serait pas garder « l’unité de l’Esprit ». Qu’est-ce que cela veut donc dire ? L’unité du Saint Esprit, qui est déjà formée, embrasse tous les membres de Christ. Où va-t-on trouver les membres de Christ ? En un sens partout, Dieu merci ; dans un autre sens, hélas ! n’importe où. Partout où Christ est prêché et où des âmes L’ont reçu, là il y a Ses membres. Qu’avons-nous alors à faire ? À nous appliquer à maintenir l’unité qui embrasse tous ceux qui appartiennent à Christ — « dans le lien de la paix ». La paix dont il est parlé ici n’est pas tant celle de nos âmes avec Dieu, mais plutôt la jouissance et la contribution à l’avancement de l’union pratique parmi les saints de Dieu. La chair est inquiète et remuante ; un esprit paisible est le fruit du Saint Esprit, et contribue puissamment à lier les cœurs ensemble dans la pratique. L’Esprit de Dieu ne s’occupe pas simplement de donner des opinions justes sur tel ou tel point : Il a des desseins plus profonds. Il incline les âmes vers Christ, et Il L’exalte à leurs yeux. Mais c’est assurément précieux d’amener ne serait-ce qu’une seule âme des ténèbres à la lumière (Actes 26:18), ou de la pénombre à la pleine clarté : c’est à cela que Dieu Lui-même travaille maintenant. Nous ferons bien de tenir ferme notre liberté pour Christ, et de ne pas permettre les barrières introduites par les hommes, mais de les traiter comme nulles et non avenues.

Mais alors, dit-on souvent, tout homme a droit à son jugement particulier. Je le nie totalement. Personne n’a droit à une opinion dans les choses divines ; Dieu seul, et de manière absolue, a le droit de communiquer Ses pensées. Ce qu’on a à faire, c’est de cesser de se mettre en travers, pour que la lumière de Dieu puisse illuminer le cœur de Ses enfants. Les hommes, avec l’importance qu’ils se donnent, se font recouvrir de leur ombre obscure, eux-mêmes et les uns les autres ; ils empêchent ainsi la communication de la vérité divine, au lieu de l’aider. À l’inverse, quand un serviteur de Christ a le désir que Dieu conduise et fortifie Ses enfants, est-ce en vain ? Jamais. Dès l’instant où vous commencez à rassembler des gens autour d’une personne, d’un point de vue ou d’un système particuliers, vous ne faites que former une secte. Car c’est un parti, même si l’on englobe beaucoup de membres de Christ ; en effet ce qui forme la base de l’union n’est pas Christ, mais des points de différence, qui deviennent un signe d’identification spécial et un moyen de séparer les enfants de Dieu les uns des autres. L’Église apostolique n’a jamais récusé la foi d’un nouveau converti par rapport à un système national ou une dissidence — elle n’a jamais demandé : Croyez-vous à l’épiscopat, au volontarisme (*), ou même à l’Église de Dieu ? La vraie question — celle qui glorifie Dieu, a toujours été et demeure : Croyez-vous au Christ de Dieu ? Il est vrai que dans les temps primitifs, si quelqu’un confessait Christ, il était rejeté des Juifs et des Gentils, et devenait un objet d’inimitié pour tout le monde ; ceci contribuait beaucoup à dissuader les gens de confesser Christ, à moins de croire réellement en Lui. Si quelqu’un avait reçu le Saint Esprit sur le principe de l’ouïe de la foi (Gal. 3:2), il était immédiatement membre du seul corps, et reconnu comme tel.

 

(*) note Bibliquest : ce mot désigne ici le principe de rassemblement des dissidents — ceux qui refusaient l’Église nationale — ce principe étant la séparation de l’Église et de l’État et le soutien de l’Église par des contributions volontaires.

 

Pourquoi cela ne ferait-il pas autorité maintenant ? La sagesse de Dieu ne me suffit-elle pas ? Voudrais-je un supplément à la Parole de Dieu, ou agir sans elle ou contre elle ? Il n’y a pas secte, si vous agissez selon les pensées de Dieu ; mais il y a secte si vous vous en écartez. La question est donc : Quelle est l’intention de Dieu au sujet de Son Église ? Comment veut-Il que nous nous réunissions ! Est-ce que je veux recevoir tous les vrais chrétiens — ceux que tous croient être convertis ? Sans doute il y a la nécessité de les mettre dehors, s’ils montrent qu’ils ne le sont pas ; car il ne peut exister de cas de mal en dehors de ceux auxquels la Parole de Dieu s’applique, en sorte qu’il n’y a pas le moindre besoin d’une quelconque règle ou règlement des hommes. À moins d’être spirituels, les hommes ne gardent pas longtemps l’unité de l’Esprit ; ils trouvent bientôt d’abondantes raisons pour censurer. Mais ceux qui tiennent solidement et fermement à Christ, en tant que centre de l’unité de l’Esprit, ne sont pas une secte, et ne peuvent jamais en devenir une, quels que soient les schismes, divisions ou hérésies de leurs adversaires. C’est très douloureux que des âmes s’en aillent dans un chemin qui les condamne elles-mêmes, mais c’est d’autant plus béni pour ceux qui, malgré tout, ont la foi, la patience et la grâce pour rester. L’apôtre dit, en écrivant aux Corinthiens : « Il faut aussi qu’il y ait des sectes parmi vous, afin que ceux qui sont approuvés soient manifestes parmi vous » (1 Cor. 11:19). C’étaient dans ce temps là, les hommes qui demeuraient attachés au Seigneur de tout leur cœur. Que cela puisse être aussi vrai de nous maintenant ! Je nie que la Parole de Dieu ne s’applique plus, ou que je sois en quelque manière obligé de pécher maintenant plus qu’alors. L’unité de l’Esprit que les Éphésiens devaient garder, c’est l’unité que Dieu met sur tous Ses enfants. Si la Parole a régénéré mon âme par le moyen du Saint Esprit ; si par elle je connais mon Sauveur et mon Père ; si je suis redevable à cette Parole d’avoir en elle le moyen que Dieu emploie pour purifier mon âme jour après jour, — puis-je dire que, dans l’assemblée de Dieu, où Dieu habite par l’Esprit, il n’est pas nécessaire que je me conforme à cette Parole en tant que membre du corps de Christ ? Si mon âme reconnaît l’autorité divine de cette Parole, je suis assuré de mon malheur si je ne cherche pas à la suivre en tout. Dieu nous appelle à nous appliquer à garder « l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix ». Ce n’est pas l’unité de nos esprits, mais l’unité de L’Esprit.

Quand nous pensons que cette unité est formée par le Saint Esprit, n’est-ce pas une pensée solennelle ? Ne devrions-nous pas être en garde contre tout ce qui L’attristerait ? Notre Seigneur attachait une importance spéciale à ce qui touchait au Saint Esprit ; c’est ce que nous ferons, si nous sommes sages. Si le Saint Esprit est ici dans ce but sur la terre, Il devient un test divin pour les âmes, qui détermine si elles sont prêtes à L’honorer ou non. Mais certains vont vous dire : Si vous recevez tous les chrétiens, sans exiger d’eux de gage pour l’avenir, vous allez tacitement ou même ouvertement, accepter des Sociniens, ou des Ariens. Or je ne reconnais pas du tout ces gens comme des chrétiens ; et vous ? Quel est le fondement de l’Église ? « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » (Matt. 16:15) disait notre Seigneur dans le chapitre même où pour la première fois Il annonçait qu’Il allait bâtir son Église. « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », dit un des disciples. Que lui répond notre Seigneur ? « Tu es Pierre, et sur ce roc je bâtirai mon assemblée ». C’est pourquoi, on doit être tout à fait fermes et stricts quand on s’occupe des âmes, pour s’assurer qu’en action et en vérité (1 Jean 3:18) elles croient et confessent la gloire divine du Seigneur Jésus Christ. Si l’âme fait le moindre compromis sur ce sujet, il y a lieu d’être dans le doute à son égard. Vous n’avez aucune base pour recevoir comme chrétien quelqu’un qui touche à la pureté, à la gloire, ou à l’intégrité de la personne de Christ. L’Église est fondée sur Christ, le Fils de Dieu : si ce roc est ébranlé, tout s’en va. « Si les fondements sont détruits, que fera le juste ? » (Ps. 11:3). Toucher à Christ, c’est toucher à la base même sur laquelle l’Église de Dieu repose.

Par contre, quand une âme confesse Christ en réalité et en vérité, qu’elle Le confesse d’une manière qui se recommande à votre conscience comme étant une manière divine, recevez-la ; car Dieu l’a reçue. Ce peut être un Baptiste ou un Pédobaptiste : n’importe, recevez-la. Si cette personne vit dans le péché, ai-je besoin de dire que Christ et l’ivrognerie, etc., ne peuvent aller ensemble ? La foi au Fils de Dieu est incompatible avec une marche dans les ténèbres. Peu importe la manière dont une personne parle de Christ ; si sa confession se joint à l’indifférence pour la gloire morale de Dieu, elle prouve par là qu’elle n’est pas née de Dieu. Simon le magicien pensait que le don de Dieu pouvait s’acheter avec de l’argent. Certains diront qu’il a fait une erreur. Oui, mais cette erreur était vitale, et prouvait qu’il ne pouvait avoir la vie de Dieu ; c’est pourquoi, bien qu’il fût baptisé, il ne fut pas reçu comme membre du corps de Christ. Nous n’avons aucune raison de penser qu’il ait jamais pris part à la fraction du pain. Au vu de ce qui s’était passé, le baptême n’était pas une raison pour que l’assemblée reçût celui qu’ils ne croyaient pas être un saint.

Ceci montre dans une mesure, le caractère et les limites de l’unité de l’Esprit. Car, si le Saint Esprit appelle les âmes et leur donne la force de confesser Christ, Il ne les laisse jamais marcher dans le bourbier de leur propre méchanceté. Si un croyant tombe dans un péché ayant certain caractère, il doit être mis dehors. Ce qui est purement personnel, doit être traité en privé ; il serait monstrueux de mettre tous les manquements au même niveau. Quand on défend l’honneur de Dieu, le premier sentiment de notre âme, un sentiment profond, devrait être de redresser la personne. L’Église est un témoin de la grâce divine, et elle doit chercher la bénédiction des inconvertis, et la restauration des chrétiens égarés. Nous efforçons-nous de garder l’unité de l’Esprit ? Comment se fait-il que les chrétiens sont constitués en associations diverses ? Si la Parole de Dieu est ce qu’ils cherchent à tout prix à pratiquer, quel besoin y a-t-il de règles humaines et d’inventions modernes ? Si Dieu donne une règle, je n’ai pas besoin d’en avoir une autre. Je désire avoir la Sienne, dans toute sa force, de manière à manifester la vérité à la conscience de l’homme, et à dire : C’est là la volonté de Dieu. Est-il bon ou sage de céder sur ce point ? Dieu a écrit une Parole qui a trait à tout ce qui est moral, en vue que Ses enfants marchent d’après elle : le faisons-nous ? Certains demanderont : êtes-vous donc parfaits ? Je réponds : Nous nous appliquons à tenir ferme et dans la paix l’unité de l’Esprit, nous cherchons honnêtement à être soumis à la volonté de Dieu : faites-vous de même ? C’est la question principale pour tout enfant de Dieu : Est-ce que je m’applique à garder l’unité de l’Esprit ? Et si je le fais, est-ce à la manière de Dieu, ou selon mes propres idées ? Ai-je renoncé à moi-même pour faire Sa volonté ? Notre affaire c’est de Lui être soumis. Nous avons reçu des ordres, et notre responsabilité est de les exécuter, dans la soumission à Celui à qui nous appartenons et que nous sommes tenus de servir.

 

4.4.2        Ch. 4:3b — dans le lien de la paix

Mais encore, cette unité doit être gardée dans le lien de la paix. Dieu forme maintenant son Église de tous ceux qui Lui appartiennent. Il ne s’agit pas de personnes chrétiennes ayant des vues spéciales sur ceci ou cela, mais c’est l’Esprit tenant à Sa propre unité, et à ce que Christ est pour ces personnes, non pas aux points sur lesquels elles diffèrent les unes des autres. Si je désire garder l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix, il faut que mon âme soit bien établie sur le point suivant : le Saint Esprit est occupé à glorifier Christ, et Christ seulement. La meilleure façon de plaire au Père est d’exalter le Fils, et la pire atteinte contre le Père est de faire peu cas de Son Fils. Tout est assuré quand on maintient ce qui en est de Christ. Cela ramène la question à quelque chose de tout simple. Est-ce notre affaire de forcer les gens à abandonner leurs vues pour adopter les nôtres, si correctes soient-elles ? La parole de Dieu fournit un terrain, dans le nom de Christ, sur lequel vous pouvez embrasser tous les saints, quels que soient leur faiblesse et leurs préjugés. Gardons-nous de mieux veiller à notre réputation et à nos aises qu’à Sa volonté. Ne soyons pas vaniteux à cause de notre petite connaissance, ou du stade pratique que nous avons atteint. Regardons en haut, vers le Seigneur, afin d’avoir la foi et la patience pour reconnaître tout vrai membre de Christ, et tout vrai serviteur de Christ, où qu’il se trouve. Demeurons attachés à l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix, et appliquons-nous à la garder, quelles que soient les difficultés, et certes, elles sont grandes. La foi ne voit pas plusieurs corps et un seul Esprit — elle ne connaît qu’un seul corps. Supportons ceux qui ne voient qu’obscurément dans ce domaine, ou qui voient double, mais soyons inflexibles pour tenir ferme le nom de Christ, et quant à nous-mêmes, veillons à ne rien accréditer de contraire à ce nom.

 

4.4.3        Ch. 4:4 — un seul Esprit

« Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés pour une seule espérance de votre appel ». C’est là notre bénédiction en Christ la plus essentielle et vitale, « car nous sommes membres de son corps, de sa chair, et de ses os » (5:30). Il est ajouté immédiatement : « un seul Esprit », parce que c’est le Saint Esprit qui rend cela effectif ; et ce que nous sommes maintenant, par la puissance du Saint Esprit, nous espérons en jouir bientôt avec Christ. Nous l’aurons pleinement et parfaitement dans la présence de Dieu au ciel. C’est là la première unité.

 

4.5   Ch. 4:4-5 — Seconde unité au v. 5

Il y a une différence entre cela et les versets suivants. Le verset 4 présente un caractère d’unité, le verset 5 en présente un autre, et le verset 6 un troisième. Ce sont des unités concentriques qui vont respectivement en s’élargissant. « Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi avez vous été appelés pour une seule espérance de votre appel » (4:4). Nul n’entre là, s’il n’est né et baptisé du Saint Esprit. Ce seul corps est sur terre, sans aucun doute, mais c’est une chose réelle maintenant, et qui est de Dieu, quelle que soit la gloire qui lui appartiendra en propre, plus tard. Mais au verset 5, on a une unité plus extérieure, un domaine de profession [de christianisme] — plus vaste que celui de la puissance spirituelle réelle. Ici, c’est le « Seigneur » qui est mis en avant ; or il y en aura beaucoup qui diront en ce jour-là : « Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en ton nom ? » (Matt. 7:22).

Il nous est ensuite parlé d’« une seule foi », ce qui signifie la foi chrétienne. Si je parle de la foi au sens du moyen par lequel nous saisissons Christ et nous sommes sauvés dans la grâce de Dieu, elle n’est jamais appelée une seule foi. La phrase se rapporte à la foi commune que tous les chrétiens professent, par opposition à la religion ou loi des Juifs, et à l’idolâtrie des Gentils. Selon ce verset, « un seul Seigneur, une seule foi » est suivi par « un seul baptême », car quiconque faisait profession de croire en Christ était baptisé d’eau. Simon le magicien avait reçu Christ de nom, et fut baptisé, quoiqu’il fût bientôt démontré n’être pas chrétien. Ainsi, le verset 5 nous donne, non pas l’unité qui est réelle, sainte et durable, mais celle de la profession du christianisme.

 

4.6   Ch. 4:6 — Troisième unité

En dernier lieu, nous avons : « Un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tout, et qui est partout et en vous tous » (4:6).

Il est évident que nous sommes là devant une étendue encore plus vaste. Une immense partie du genre humain ne fait pas du tout profession de christianisme. La masse des hommes a continué à vivre avec ses idoles, malgré la loi et l’évangile. N’y a-t-il là rien à revendiquer ? Nous reconnaissons « un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tout, et qui est partout et en vous tous ». Autrement dit, c’est un Dieu personnel, non pas du tout l’idée que tout est Dieu, ce qui est l’incrédulité dans sa pire forme, le Panthéisme.

Nous reconnaissons « un seul Dieu », non pas une pluralité de divinités, comme les Gentils, mais « un seul Dieu et Père de tous ». Le Juif ne croyait pas que Dieu était le Père de tous, ni même, à proprement parler, un Père pour la nation élue, mais Il était plutôt leur Gouverneur, l’Éternel. La révélation chrétienne fait connaître Dieu sous un caractère infiniment plus vaste, en même temps que plus intime pour nous — plus vaste en ce qu’il embrasse tout l’ensemble des créatures — « un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tout, et partout » (Sa suprématie et Sa providence, mais il y a plus que cela) ; « et en vous tous ». Il y a Sa relation intime avec quelques-uns, non pas avec tous. Car il n’est pas dit « en tous », mais « en vous tous ». Le Saint Esprit parle ici de la relation particulière du Père avec les chrétiens. Il n’y a donc rien de plus complet, de plus beau, de plus ordonné que ces déploiements de l’unité en Christ notre Seigneur, et autour de Lui.

 

4.7   Ch. 4:7

Nous avons ainsi terminé les déclarations de l’apôtre sur l’unité de l’Esprit, la position commune qui concerne tous les enfants de Dieu qui ont appelés par Sa grâce par le Saint Esprit envoyé du ciel. Nous arrivons maintenant aux manières particulières par lesquelles le Seigneur appelle les divers membres de Son corps à Le servir — non pas tant la position commune que doivent avoir tous ceux qui Lui appartiennent, mais les privilèges particuliers et les responsabilités de chacun des membres de Christ individuellement. C’est ainsi que le v. 7 commence : « Mais à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ ». C’est la base. Christ, selon Son bon plaisir, comme Tête et Seigneur, donne certains dons. Il est important de remarquer que c’est sous ce point de vue que l’Esprit Saint présente le ministère dans les Éphésiens. Inutile de dire que personne n’est mis aussi manifestement en évidence que Christ. Dans les Corinthiens, au contraire, c’est l’Esprit Saint qui plus en vue que Christ. Ces deux aspects sont nécessaires à la gloire de Dieu, et également parfaits à leur place ; mais il y a une distinction à faire. Dans chaque épître, la sagesse de Dieu s’adapte à l’objet spécial que Dieu Lui-même a en vue.

 

4.7.1        Christ le Donateur

Pour une âme spirituelle, il n’est pas possible de regarder l’Épître aux Éphésiens sans apercevoir que la grande vérité qu’elle présente est la plénitude de bénédiction qui appartient à l’Église en vertu de son union avec Christ. Cela met Christ en relief de manière correspondante. D’un autre côté, nous ne pouvons pas étudier l’épître aux Corinthiens, spécialement la partie traitant des manifestations spirituelles, sans voir qu’il ne s’agit pas tant de Christ exalté à la droite de Dieu, mais plutôt de l’Esprit Saint envoyé ici-bas. La conséquence en est que, dans les Corinthiens, nous avons plutôt l’assemblée sur la terre et la personne divine se plaisant à y habiter et y opérer. C’est pourquoi c’est l’Esprit Saint qui y est en vue ; tandis que dans les Éphésiens, c’est Christ comme la Tête (ou chef) de l’Église, qui est vu comme le donateur de ces dons. En fait l’Esprit Saint n’est présenté nulle part dans l’Écriture comme étant proprement le donateur ; et je doute beaucoup, avec un autre frère, que l’expression « les dons de l’Esprit » soit correcte. Vous pourrez trouver dans Héb. 2:4 un texte qui semble l’impliquer, mais l’expression exacte est les « distributions de l’Esprit Saint ». Partout où il est parlé précisément et simplement de donner, c’est Christ qui est vu comme le donateur. C’est ainsi que, quant à ce qui est à la source de tout, le Seigneur Lui-même dit : « l’eau que je lui donnerai sera en lui une fontaine d’eau », etc. L’eau ici représente l’Esprit Saint. L’Esprit est donc envisagé dans ce passage comme le don, et Christ comme le donateur. Et comme ceci est vrai en rapport avec cette grande vérité fondamentale, savoir la présence de l’Esprit Saint Lui-même, c’est aussi vrai de tous les détails. Christ, la Tête de l’Église, agit dans les membres individuellement selon Ses propres affections en grâce ; c’est là le côté béni de la vérité présenté ici. « À chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ ». L’apôtre parle de don pour le ministère ; mais c’est appelé ici une grâce, parce que ce que ce n’est pas tant envisagé comme une position d’autorité (même si certains de ces dons l’impliquent), que comme provenant de Celui qui aime Son Église et a soin de chacun de ses membres ; or Il ne peut manquer de fournir tout ce qui est convenable, et digne de Lui-même et de Son amour. « À chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ ».

 

4.7.2        Différence de présentations des dons entre Corinthiens et Éphésiens

Ceci conduit à une autre remarque d’ordre général. L’épître aux Corinthiens donne un champ plus vaste d’activité où l’Esprit Saint opère ; on y a des miracles, des langues, des guérisons, — les manières remarquables par lesquelles l’Esprit Saint agit en puissance extérieure. Tout cela est omis dans les Éphésiens. À quel principe faut-il l’attribuer ? Car Dieu ne fait rien arbitrairement, mais toujours avec un amour et une sagesse dignes de Lui, et assurément en vue de notre profit. Ce qu’Il n’a pas révélé, il ne nous convient pas de le sonder ; mais ce qu’Il a fait connaître dans Sa Parole, nous sommes non seulement libres, mais tenus de chercher à l’apprendre simplement et avec reconnaissance. Pourquoi donc les opérations plus éternelles de l’Esprit sont-elles dans les Corinthiens ? Pourquoi, en écrivant aux Éphésiens, les manifestations extérieures sont-elles omises, et on n’y trouve que celles concernant la croissance de l’âme, le fondement de l’Église et son fonctionnement, le maintien de la sainteté, de la croissance et de la communion, et de l’ordre divin parmi les enfants de Dieu ? Les déclarations du ch. 4 ne s’appliquent en effet qu’à cela. Je crois que la clef se trouve dans ce que nous avons déjà indiqué. Dans les Corinthiens, la pensée dominante, c’est l’Esprit Saint présent dans l’Église, et tout ce qu’Il fait est mis devant nous. Comme l’Esprit Saint peut opérer d’une manière extraordinaire, et qu’Il est la puissance de ce qui est visiblement surnaturel tout comme de ce qui répond aux besoins de l’âme, — il en résulte que tout nous y est présenté. Mais dans les Éphésiens, où Christ est vu dans une relation directe avec Son Église, et où il s’agit de Son amour, et du soin pour les membres de Son corps découlant de cet amour, — il est clair que ce qui se borne à s’occuper du monde et à être un témoignage aux non-croyants, est non pas nécessaire, mais superflu : seul ce qui a trait aux membres de Christ est là à sa place au bon moment. Oh ! si seulement nous avions plus de patience et de confiance en Dieu et en Sa parole ! Nous trouverions en son temps la réponse à toutes les difficultés. Dieu reconnaît la confiance que le cœur met en Lui. En examinant une portion particulière d’un livre à la lumière de l’ensemble où elle se trouve, combien il nous arrive souvent de discerner la vrai clef de sa signification.

 

4.7.3        Ne pas en rester aux vues traditionnelles sur le ministère et les dons

Avant de considérer les dons eux-mêmes, je désire d’abord attirer l’attention sur ce qui est d’une importance et d’un intérêt encore plus profonds, la base dont dépend l’attribution de ces dons par Christ. Nous avons tous souffert immensément des vues purement traditionnelles sur le ministère : il y est vu en général comme une profession honorable parmi les hommes, ou comme une position à laquelle se rattache un certain rang social. Cela fausse entièrement la nature du ministère, et il en résulte que la pleine bénédiction et le sens de la Parole sont perdus pour l’âme. Qu’on me comprenne bien. Je ne nie pas que Dieu agisse là où il y a beaucoup de choses anti-scripturaires. Il a toujours raison, et les défaillances de l’Église ou de nous-mêmes comme individus, ne peuvent pas porter atteinte à la bonté souveraine de Celui qui veille constamment sur chacun des membres de Christ, et sur l’ensemble, en vue de les bénir. Mais Il permet que des manquements se manifestent, et que nous en souffrions les conséquences afin de nous humilier et de nous faire sentir que tout le bien vient de Lui, et que tout le mal est de notre côté. Tout au long de l’histoire de la chrétienté, ces deux choses apparaissent : l’homme qui corrompt sa voie sur la terre, et Dieu qui se manifeste au-dessus du mal que Sa lumière juge. Cela est vrai à propos du ministère comme de toute le reste.

 

4.7.4        Différences entre le ministère et la sacrificature

Si nous nous tournons vers l’Écriture pour voir la base sur laquelle repose le ministère, nous découvrons qu’il n’y a rien de plus glorieux ; — mais aussi, hélas ! rien de plus contraire à la forme ordinaire du ministère parmi les hommes. Car sa base n’est rien moins que la rédemption que Christ a accomplie par Son sang, et Son ascension au ciel. Le ministère chrétien découle de Christ à la droite de Dieu ; il n’existait pas auparavant. Je ne nie pas que Dieu avait Ses manières d’agir en Israël, mais ce qu’Il faisait relevait plus du caractère de sacrificature, qui diffère totalement du caractère du ministère.

La sacrificature terrestre était une caste d’hommes agissant en rapport avec Dieu de la part de ceux pour lesquels ils étaient sacrificateurs : autrement dit, ils étaient chargés des affaires spirituelles de gens qui, pour une raison ou une autre, étaient incapables de les traiter en direct avec Dieu, et dépendaient par voie de conséquence de ces médiateurs entre Dieu et eux. Le sacrificateur allait là où le peuple ne pouvait pas aller ; il entrait dans le lieu saint, il présentait le sang, il faisait fumer l’encens ; en bref, il avait à faire à Dieu pour tous les besoins spirituels de ceux qu’il représentait.

Le ministère part d’une base tout à fait différente : il agit par le moyen de l’homme, de la part de Dieu envers des hommes, et non pas de la part de l’homme envers Dieu. Le contraste est donc complet entre la sacrificature et le ministère. Si le serviteur de Dieu est vraiment quelqu’un suscité par Dieu, ayant un message de Sa part et une œuvre à faire pour Lui, ce message et cette œuvre émanent de l’autorité de Dieu pour la bénédiction des hommes.

Prenons le cas d’un évangéliste. C’est quelqu’un qui a été lui-même enseigné de Dieu pour les besoins de sa propre âme, qui non seulement connaît le chemin du salut, mais a une puissance qu’il n’avait pas auparavant et donnée par Christ pour agir sur les âmes des autres. Tout chrétien devrait être capable de confesser la vérité, de confesser Christ ; mais cela ne suffit pas pour en faire un évangéliste ; car il s’agit de proclamer l’évangile de manière à agir puissamment sur les âmes, spécialement sur celle des inconvertis, pour réveiller, éclairer, et établir dans la grâce de Dieu. L’action spirituelle est par l’Esprit Saint ; mais elle vient de Dieu et de Son Fils bien-aimé, Christ notre Seigneur, et elle s’adresse à l’homme. Ainsi le don, sous la main du Seigneur, est exercé dans l’amour des âmes pour chercher leur bien, et il implique une puissance venant d’en haut pour agir sur elles, ou plutôt il est cette puissance.

Prenons maintenant le don d’enseigner. C’est une autre forme de la puissance de Dieu. Beaucoup comprennent la vérité et en jouissent dans leur âme, sans pour autant être en mesure d’aider les autres : ils sont incapables de présenter la vérité devant les croyants de manière suffisamment convaincante, ou d’agir suffisamment sur les affections, pour faire pénétrer la vérité avec énergie dans l’âme. Lorsque cela se trouve, c’est qu’il y a le don d’enseigner. J’y fait référence seulement pour souligner le contraste entre la nature de la sacrificature et celle du ministère, et pour montrer que la confusion des deux est une conséquence lamentable de l’état de l’Église. Quand les gens vont écouter un sermon, ils disent qu’ils vont au culte. Les gens sont tellement habitués à confondre l’enseignement et le culte, qu’ils ont l’habitude d’admettre que l’un implique l’autre.

J’admets l’existence d’une sacrificature chrétienne, mais le ministère est quelque chose de tout autre. Tous les chrétiens, sans exception — hommes, femmes et enfants — sont sacrificateurs ; car le sacrificateur est quelqu’un qui a un appel et une qualification émanant de Dieu, et qui lui ouvrent l’accès à la présence de Dieu. La sacrificature, en un mot, donne à l’âme le droit de s’approcher de Dieu. C’est toujours ce qui la distingue. D’un autre côté, le ministère de la parole est un service varié ; mais c’est seulement par des membres particuliers de Son corps que Christ agit ainsi pour le bien de tous. La sacrificature est universelle, et nul ne peut être chrétien sans être sacrificateur, tandis que seuls quelques-uns parmi l’ensemble sont ce que l’Écriture appelle des ministres de la parole, ou des serviteurs publics de Christ. Je ne parle pas ici du sens vague selon lequel tous doivent servir Christ tous les jours de leur vie ; mais la question ici est celle du ministère de la parole proprement dit. Il est clair que tous n’ont pas la puissance de prêcher la parole de Dieu de manière profitable aux âmes. La grande masse des enfants de Dieu a besoin qu’on lui montre le chemin tracé par Dieu, et qu’on en enlève les difficultés. Exercer correctement ces fonctions, dépend du ministère, ou plutôt le constitue, sous une forme ou sous une autre.

 

4.7.5        Le ministère et ses rapports avec le culte

Le ministère donc, comme déjà vu, s’adresse à l’homme de la part de Dieu, tandis que la sacrificature s’adresse à Dieu de la part de l’homme. Quand nous sommes réunis pour rendre culte à Dieu, il s’agit de l’exercice de la sacrificature, non pas du ministère. L’un ou l’autre de ceux qui prennent part au culte peuvent être ministres, mais à ce moment-là ils n’exercent pas leur ministère, ils rendent culte. Le culte est l’exercice de la sacrificature chrétienne, l’offrande de louange et d’actions de grâces. Il s’adresse à Dieu de la part de l’homme — c’est la direction de la sacrificature. Quand donc la louange et l’action de grâces s’épanchent, vous avez le caractère le plus élevé de la sacrificature. L’intercession et la prière en sont une forme inférieure, même si l’intercession est vraiment bénie, parce qu’elle se charge des besoins d’autrui. Au sens strict, le culte consiste plutôt en louanges et actions de grâces. C’est pour cela que la Cène du Seigneur, l’Eucharistie, forme une partie si centrale du culte chrétien. C’est elle qui appelle nos âmes avec tant de puissance et de joie solennelle à se souvenir de Jésus, et à rendre grâces à Dieu. De là vient aussi, bien sûr, que la participation au pain et au vin n’a pas en soi un caractère de culte, mais elle est néanmoins ce qui agit sur l’âme et attire le cœur, par l’Esprit Saint, dans le culte rendu à Dieu. Là où la Cène du Seigneur est vue comme un moyen de grâce, les personnes y ont recours pour leur consolation, ou du moins dans l’espoir d’en trouver. Elle n’est jamais présentée ainsi dans la parole de Dieu. Au contraire, elle montre que si les communiants n’entrent pas dans la pensée de Dieu quant à la Cène (c’est-à-dire qu’ils ne distinguent pas le corps du Seigneur), elle devient un instrument de jugement contre eux. « Celui qui mange et qui boit indignement, mange et boit un jugement contre lui-même, ne distinguant pas le corps du Seigneur » (1 Cor. 11:29). Il ne s’agit pas là de faux chrétiens, mais de chrétiens bien réels, qui prennent la Cène du Seigneur avec légèreté et sans jugement de soi-même. Quand donc une âme marche dans un péché connu, et vient à la table du Seigneur, il en résulte que la main du Seigneur s’étend d’une manière ou d’une autre, et il est impossible d’échapper quand on badine ainsi avec Dieu. Et si quelqu’un se met lui-même dehors pour éviter ce résultat, il proclame son propre péché, et s’excommunie lui-même pratiquement. Ainsi l’âme n’a rien d’autre à faire que d’aller tout droit à Dieu, et de regarder à Lui pour avoir la grâce d’être vigilante contre le péché, contre ses moindres résurgences, et de s’appuyer, dans le jugement de soi-même, sur le Seigneur qui seul peut nous fortifier pour marcher d’une manière digne de Lui. À une telle âme s’adresse cette parole : « et qu’ainsi il mange » (1 Cor. 11:28). Ce n’est pas : Qu’il s’abstienne ; mais : qu’il se juge soi-même et qu’il vienne.

Ces deux choses, le culte et le ministère, ne devraient donc jamais être confondues. Quelques paroles peuvent être prononcées à la table du Seigneur, pour aider à la communion ; mais on ne peut guère appeler cela l’exercice ordinaire du ministère. Un discours régulier y serait, selon moi, bien contraire aux règles : il détournerait de l’objet principal que le Seigneur a en vue. On peut déployer les affections de Christ dans une mesure ; il peut y avoir plus encore dans certaines circonstances, comme un visiteur de passage pour un temps limité, à l’exemple de Paul qui prolongea son discours jusqu’à minuit. Il est clair que l’exercice formel du ministère trouve sa place, à proprement parler, ailleurs qu’à la table du Seigneur, car la Cène du Seigneur n’est pas liée au ministère, mais plutôt au souvenir du Seigneur rappelé par les membres de Christ, et à leur culte quand ils se réunissent pour Le louer. Il est bien approprié et opportun d’avoir quelques paroles pour réveiller les affections des âmes et les concentrer sur Christ dont nous nous souvenons, pour autant que cela soit donné du Seigneur. Mais il est important de voir la place, l’ordre et le but de ces deux choses d’après l’Écriture.

 

4.8   Ch. 4:8 — Fondement et origine du ministère

4.8.1        Expiation et glorification de christ

Dans le ministère, le Seigneur fournit les ressources spirituelles correspondant aux besoins de Son peuple. Sur quoi est-ce fondé ? Sur le fait que Christ est monté en haut comme la Tête, ayant préalablement ôté le péché et glorifié Dieu sur la terre ; de là où Il est assis présentement dans la gloire céleste, Il communique les dons nécessaires. À quel titre Christ a-t-Il pris cette place ? Il ne l’a prise pas en tant que Dieu, mais pas non plus simplement comme homme. Christ n’est pas non plus entré en la présence de Dieu, parce que Satan n’avait pas pu L’atteindre, lorsqu’Il était tenté de toutes manières. Il s’était passé une scène encore plus solennelle — cette heure capitale pour laquelle Il était venu,— quand Il a porté le péché — la croix où Il s’est laissé imputer toutes les fautes, mes péchés et vos péchés. Voilà ce qu’Il a fait. Christ n’a pris Sa place à la droite de Dieu que sur le fondement de ce qu’Il avait ôté le péché par le sacrifice de Lui-même. C’est sur cette base que le ministère est fondé. Le juste jugement de Dieu a été porté et satisfait ; le péché et Satan sont complètement vaincus pour nous par Christ. Le témoignage de la grâce divine, et même la plénitude de la grâce, peuvent être maintenant la portion du croyant sans empêchement. La victoire pour Dieu en faveur des pécheurs les plus coupables est acquise. Christ a pris Sa place au plus haut des cieux comme l’homme victorieux. C’est comme tel qu’Il a porté l’humanité jusqu’au trône de Dieu, et qu’Il est là, comme homme, assis bien au-dessus de tous les anges, des principautés, et des puissances. C’est de là qu’Il donne ces dons.

Ainsi donc, la véritable origine du ministère chrétien réside dans la pleine rémission des péchés de la part de Dieu et la glorification céleste de l’homme dans la personne de Christ. Ce sont les fruits et les témoins d’une victoire complète. Néanmoins tout cela n’est connu que de la foi, sauf dans la mesure où les miracles autrefois étaient un signe aux incrédules. Quelle en est la conséquence ? L’homme continue dans le péché. Satan rôde encore autour de nous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer (1 Pier. 5:8). Le jugement de Dieu est suspendu sur le monde. Quelle est donc la valeur de la mort de Christ et de Sa victoire ? Elle est immense, mais immense seulement pour ceux qui croient en Christ ; c’est pourquoi, au milieu de ce monde en ruine, tandis que le péché et Satan sont encore là, et que le jugement de Dieu est imminent, il y a ce lien merveilleux entre Celui qui est assis à la droite de Dieu et ceux qui étaient autrefois de pauvres pécheurs, perdus aux yeux de Dieu. Il envoie les dons ici-bas ; Il appelle celui-ci et celui-là, et en fait les témoins de Sa puissance, Lui qui a gagné tout cela et plus encore, et qui, en un mot, n’a rien laissé d’inachevé dans ce qui était nécessaire pour la gloire de Dieu et la bénédiction de l’homme. Le monde en entend le son (Jean 3:8), mais seulement pour méconnaître la bonne nouvelle, et même l’enfant de Dieu ne le voit qu’obscurément s’il raisonne à son sujet ; mais si je crois ce que Dieu me dit sur ce que Son Fils bien-aimé a fait, je dois savoir que sont ôtées toutes les choses qui s’interposaient entre mon âme et Dieu, et le savoir avec une certitude aussi simple que si elles n’avaient jamais existé du tout. Je devrais être aussi sûr que le péché a été effacé, que si je n’avais été coupable de rien — que Satan est aussi complètement jugé que s’il était déjà dans l’étang de feu — que le juste jugement de Dieu est complètement arrêté, et qu’il ne reste pour moi plus rien que Sa grâce. Cela est vrai pour tous Ses enfants. C’est la seule chose qui convienne au chrétien, parce que c’est ce dont Dieu l’assure. Dieu ne reconnaît pas les chrétiens qui sont dans le trouble et l’hésitation pour savoir si tout est achevé pour eux. Douter que tout ce dont Christ s’est chargé soit réglé en leur faveur, c’est nier pratiquement la rédemption ; mais si tout ceci est fait et accepté, que vouloir de plus ? Christ ne savait-Il pas mieux que moi-même ce qu’il fallait ? Dieu n’éprouvait-Il pas mieux que vous et moi ce qui était dû à Sa sainteté ? Et encore, c’est Christ qui était et est Dieu, qui a dit : « c’est accompli ». Qui suis-je ou que suis-je pour en douter ? C’est donc à Christ que je dois de rendre ce témoignage.

 

4.8.2        Les dons émanent de Christ, Tête du corps

Le ministère est fondé sur l’œuvre et l’exaltation de Christ. Sans doute les douze et les soixante-dix furent envoyés avant que Christ monte à la droite de Dieu, mais leur mission durant les jours de la chair de Christ ne relève pas d’Éph. 4. Bien sûr les apôtres sont mentionnés, mais non pas en vertu de leur appel pendant qu’Il était le Messie sur terre. Au contraire, « étant monté en haut, Il a emmené captive la captivité, et a donné des dons aux hommes » (4:8). Cela ne veut pas dire que ceux qui avaient été établis apôtres quand Christ était ici-bas, ne furent pas introduits dans cette nouvelle position, sauf Judas ; mais le fait d’être apôtres de l’Église est fondé sur le fait d’avoir ce don de Christ après qu’Il fut monté en haut. C’est pourquoi il est dit ici : « Et Lui, a donné les uns comme apôtres » (4:11). Pourquoi y en avait-il eu douze [avant l’ascension] ? C’était en rapport avec les douze tribus d’Israël ; c’est pourquoi, lorsque notre Seigneur les envoya, Il leur défendit d’entrer dans aucune ville des Gentils (Matt. 10:3). Mais les apôtres de l’Église, furent-ils envoyés seulement vers les Juifs ? Tout le monde sait bien que non. Après la crucifixion de Christ, les liens avec Israël furent rompus. Le Fils de l’homme, après avoir été rejeté et avoir souffert, est monté au ciel, et depuis Sa gloire céleste, Il a envoyé ici-bas l’Esprit Saint, et Il appelle des âmes hors du monde dans Sa grâce souveraine, et les constitue membres de Son corps, et les revêt de puissance pour Le servir en toute manière qui Lui semble bonne.

Il s’ensuit que ce qu’on appelle succession, est complètement éliminé. Dans la sacrificature juive il y avait un ordre de succession, et tout ministère terrestre se forme sur ce modèle. Mais le ministère chrétien ne provient pas d’une nomination humaine, mais divine au sens le plus complet du terme. C’est pourquoi toute la source des pensées de l’homme sur le sujet est manifestement et totalement erronée. Faut-il abandonner la parole de Dieu qui est claire, au profit des opinions fugaces des hommes ? S’il en est ainsi, je n’aurai jamais aucune certitude. Le dissident dira que l’église locale doit appeler un homme pour qu’il soit son ministre. Celui-ci peut avoir un don de ministère de la part de Christ, et en être un ; mais ce qui fait de cet homme leur ministre, c’est l’appel de la congrégation. Ainsi le fondement du choix réside dans l’église particulière de la personne à qui il plait de l’avoir comme ministre. Celui-ci est leur choix, et est donc leur ministre. Que se passe-t-il alors s’il n’y a rien de tout cela dans l’Écriture ? Que se passe-t-il si une telle idée est étrangère à la parole de Dieu ? Or on n’en trouve même pas trace dans l’Écriture. On trouve une nomination de personnes pour s’occuper de fonds d’argent et des pauvres, l’assemblée y donnant son accord. Personne ne devrait se charger d’un tel travail sans le vrai sentiment que toute l’assemblée chrétienne en est satisfaite. L’Église donne ce qu’elle peut, et c’est pourquoi Dieu lui donne le droit de désigner qui s’occupera de ce qu’elle leur confie, — c’est-à-dire qui administra les affaires extérieures de l’Église. Mais en matière de dons spirituels, d’enseignement, de prédication, d’exhortation, de gouvernement, l’Église peut-elle donner ? Évidemment non. La parole de Dieu ne contient nulle part la notion de choix ou de nomination par l’Église, sauf à l’égard de dons tels que l’Église puisse en donner. L’Église donne de l’argent, et peut nommer des personnes pour l’administrer. L’Église ne donne pas de dons de ministère, et n’a pas le droit de s’en mêler et elle n’est pas le lieu pour le faire. Qui a ce droit ? C’est Christ seul qui donne, comme nous lisons ici : « Selon la mesure du don de Christ » (4:7). « Étant monté en haut, Il… a donné des dons aux hommes… les uns comme apôtres, les autres comme prophètes » (4:8, 11). Cela exclut toute prétention à pouvoir nommer de la part de la vraie Église de Dieu. Si on examine l’histoire selon l’Écriture, on verra combien elle s’accorde avec ce principe et le confirme. Qui choisit Matthias, sinon le Seigneur (Actes 1) ? Qui nomma Pierre et les autres ? Qui s’est adressé à la multitude au jour de la Pentecôte ? Ce ne pouvait être l’Église, car l’Église ne fut formée que ce jour-là. Pierre a prêché, et l’Église fut assemblée par sa prédication. Ce fut le Seigneur qui amena ainsi ceux qui devaient être sauvés ; de sorte que le ministère précède l’Église, comme l’expiation et l’ascension de Christ précèdent le ministère. Le Seigneur appelle d’en haut des vases de Sa grâce, leur communique de la puissance, les mène en avant par la direction de son Esprit, agissant par toutes les circonstances et les contrôlant de manière que Ses serviteurs fassent Son œuvre — plus ou moins fidèlement. Le résultat en est que des âmes sont rassemblées et l’Église est formée. Ainsi le ministère de la Parole ne découle jamais de l’Église, mais de Christ, et c’est l’Église qui en est le résultat. Le ministère précède donc l’Église, au lieu d’être fondé sur son autorité. C’est ce qui met entièrement de côté non seulement le principe dissident de l’élection populaire, mais tout autre arrangement humain. Ce ne sont pas les apôtres qui ont donné les dons, mais Christ. A-t-Il cessé de les donner ? Est-Il encore à la droite de Dieu ? Y est-Il, je le demande, comme la Tête de l’Église ? Ne demeure-t-Il pas maintenant la Tête de l’Église, aussi parfaitement et efficacement qu’au jour de la Pentecôte ? Il était déjà là, à la droite de Dieu, en train d’amener l’Église à l’existence ; et Il y est encore maintenant pour perpétuer l’Église et fournir le nécessaire pour ses besoins. Il est donc tout autant impossible que le ministère manque, que Christ quitte la droite de Dieu avant que le corps soit complet. Il est là comme le donateur de tous les dons nécessaires ; et l’exercice de ces dons est ce que nous appelons ministère.

 

4.9   Ch. 4:8-9 — Satan vaincu

On trouve un peu plus loin une parenthèse magnifique de l’apôtre sur ce sujet. « C’est pourquoi il dit : Étant monté en haut, Il a emmené captive la captivité, et a donné des dons aux hommes » (4:8). Autrement dit, Il a emmené captifs ceux qui avaient emmené l’Église captive. Nous étions emmenés captifs par le diable, et en montant en haut, Christ a passé triomphalement au-dessus de la puissance de Satan. Les esprits déchus ont eu une défaite complète, et c’est Christ comme homme qui l’a fait. L’homme, dans la personne de Christ, a vaincu Satan, et nous pouvons regarder en haut comme ceux qui sont un avec Celui qui a opéré la défaite Satan. Nous ne devrions jamais traiter avec Satan comme s’il avait quelque pouvoir contre nous. Satan étant détecté, nous avons toujours le droit de lui commander de s’éloigner de nous. Nous pouvons et devons toujours lui résister : si nous le faisons, il nous est dit qu’il s’enfuira de nous (Jacq. 4:7), non pas parce que nous sommes forts, mais parce que Celui à qui nous appartenons s’est acquis pour Lui-même la victoire par la mort et nous l’a donnée. « Or qu’il soit monté, qu’est-ce, sinon qu’Il est aussi descendu dans les parties inférieures de la terre ? » (4:9). Cela suppose la gloire de Sa personne. Celui qui est monté est Celui qui est premièrement descendu.

 

4.10                      Ch. 4:9-10

C’est en effet un principe constant de Dieu ; Il est toujours le premier à descendre. Nous avons besoin d’être élevés, et il n’y a rien d’où nous puissions descendre. Christ, étant Dieu, était le seul homme qui avait une gloire qui Lui était propre, au-dessus de toute la création. Il est premièrement descendu dans les parties inférieures de la terre. Son humiliation même est la preuve de Sa dignité personnelle. C’est de sa suprématie naturelle, pour ainsi dire, qu’Il est d’abord descendu pour faire Son œuvre ici-bas. « Celui qui est descendu est le même que Celui qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin qu’Il remplit toutes choses » (4:10). Voilà un aperçu magnifique de notre Sauveur. En deux courts versets, l’Esprit Saint nous donne, l’immensité de la gloire et du triomphe de Celui qui a condescendu à devenir un homme et un serviteur. Celui qui est maintenant monté, est le même que Celui qui est d’abord descendu, et Il n’a voulu remonter dans la gloire qu’après avoir entièrement ôté ce qui nous aurait inévitablement tenus pour toujours éloignés de Lui. Il est descendu pour l’ôter, et n’a pas voulu remonter en haut avant d’avoir achever de le faire. Il nous a tant aimés, d’un amour selon les conseils glorieux de Dieu, que nos péchés, tout grossiers et funestes qu’ils étaient, n’ont fait que Lui donner l’occasion de montrer ce que Dieu est, et ce qu’Il est pour nous, dans sa propre Personne. Maintenant il s’agit de la justice de Dieu, non seulement envers Lui, mais envers nous, à cause de Lui. Quelle différence ! Il pouvait descendre en amour, mais en soi, ce fait ne nous aurait pas donné de place dans la présence de Dieu. Mais Il est monté en justice ; et c’est la raison pour laquelle notre Seigneur dit, que quand l’Esprit serait venu, Il convaincrait le monde de justice, « parce que je m’en vais à mon Père » (Jean 16:10). La pleine manifestation de la justice se trouve maintenant en Christ assis à la droite de Dieu. De la justice envers Lui dans ce monde, il n’y a en a eu nulle part, rien d’autre que des torts infâmes et l’indignité. Où me faut-il chercher cette justice ? À la droite de Dieu ; j’y vois Celui envers qui Dieu est redevable, — disons-le en toute révérence, — pour le déploiement et la défense de Sa gloire morale, et pour la seule expression adéquate de tout ce qui manifestait et maintenait Son caractère devant les hommes — tout cela dans l’homme Christ Jésus. Le caractère de Dieu n’avait jamais été complètement réhabilité depuis que le péché était entré dans le monde, jusqu’au moment où Christ est mort sur la croix. Quand Son sang a été versé pour la gloire de Dieu et la délivrance de l’homme, Dieu a été manifesté sous un nouveau jour devant ce monde. Dieu n’était plus regardé comme le maître dur de la représentation mensongère de Satan. Le voile a été déchiré. Il n’a plus été possible de cacher la vérité que toutes les preuves d’amour que la créature aurait jamais pu demander à Dieu, Dieu les a surpassées en son Fils, mort, ressuscité, et glorifié dans le ciel. Jusqu’à la mort de Christ, la justice de Dieu aurait dû détruire toute créature ayant sur elle ne serait-ce qu’un péché. C’est maintenant au contraire la justice de Dieu, de me justifier, moi croyant, même si j’ai été un vil pécheur. C’est pour cette raison que, quoique mes seuls péchés personnels, pesés sur une balance, auraient dû en faire plonger le plateau jusqu’en enfer, toutefois Christ et Son sang, mis dans l’autre plateau, pèsent beaucoup plus lourd, et m’élèvent jusqu’au ciel. Quelle en est la conséquence ? Mes péchés ont complètement disparu devant ce sang précieux, et le plateau de la balance divine où est Christ s’avère être le seul à conserver son poids devant Dieu. C’est de ceci que dépend la justice même de Dieu. Il n’est plus question de justice légale ; mais maintenant Dieu a Christ, et c’est ce dont Dieu est redevable à l’obéissance de Christ jusqu’à la mort, et à la mort même de la croix. C’est en vertu de cette obéissance jusqu’à la mort que Dieu justifie le coupable, ce qu’Il ne pourrait faire en aucune manière s’il agissait à son égard selon la loi. « De tout ce dont vous n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse, quiconque croit, est justifié par Lui » (Actes 13:39). Ce qui était connu de Dieu dans la création ne renfermait aucun remède pour le péché ; ce qui était connu de Lui sous la loi, n’aurait fait qu’anéantir le plus faible espoir du pécheur. Tandis que maintenant, au contraire, plus je vois ce que Dieu est dans la croix de Christ, plus j’ai de confiance et de paix. « C’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et Celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jean 15:3).

Nous voyons donc dans ces versets la source céleste du ministère. Ce n’est pas une position qui, dans la pensée de Dieu, donne de l’importance dans le monde : Nous savons tous que l’ouvrier est digne de son salaire ; or ne voyez-vous pas que l’apôtre Paul ne voulait point user du droit que l’évangile lui donnait à être soutenu dans ses besoins (1 Cor. 9:12, 15) ? Il ne voulait pas voir anéantir ce qu’il appelle son assurance avec laquelle il s’était glorifié (2 Cor. 9:4) ; car quoiqu’il eût de la puissance, il préférait travailler de ses propres mains, plutôt que d’être à charge à quelqu’un. C’est là la merveilleuse liberté de la grâce : sous la grâce il n’y a rien que nous ne puissions faire, sauf le péché. Mais quoique toutes choses soient permises, elles ne sont pas toutes avantageuses (1 Cor. 6:12 ; 10:23), et ce fut certainement selon la sagesse de Dieu que le grand apôtre fît ce que bien des serviteurs de Christ auraient honte de faire. Quel terrible déclin tant par rapport à l’esprit du christianisme, que vis-à-vis de la lettre ! Quel changement complet par rapport au caractère de l’évangile, que les hommes — protestants ou catholiques, nationaux ou dissidents, presbytériens ou méthodistes — considèrent tous pareillement comme une tache, ou un motif de censure, ce qui faisait la gloire de l’apôtre ! Sa conduite impliquait un principe important. Il reçut un don des Philippiens ; des secours lui furent envoyés en prison et en dehors de la prison. Il recherchait du fruit qui abonde pour le compte des saints (Phil. 4:17). Si l’apôtre n’avait rien reçu d’eux en aucune occasion, c’eût été une perte pour leurs âmes. Le christianisme, ce n’est pas employer pour soi ce dont on est redevable à Dieu, ni ce que la grâce aime à faire pour tout un chacun. Mais l’apôtre n’agissait jamais de manière que l’on pût dire, soit qu’il se servait lui-même par le moyen de l’évangile, soit qu’il était indifférent à l’égard des saints. Dieu avait soin qu’il en fût ainsi dans le cas de Paul. Il y aurait eu le danger de mépriser les dons moindres. Or l’apôtre s’efforçait, dans un esprit de grâce, de maintenir les dons qui étaient moindres. Les dons plus importants avaient moins besoin de sa grande protection. Mais quand d’autres s’étaient voués au service de l’évangile, l’apôtre prend le plus grand soin d’affirmer leur droit de vivre de l’évangile. Que ceux qui vivent ainsi aient soin de servir le Seigneur Christ à cet égard ! (Rom. 16:18).

 

4.11                      Ch. 4:11a — apôtres et prophètes

« Et Lui, a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes ». Je comprend que les apôtres et prophètes sont manifestement ce qu’on peut appeler les dons de fondation, tels que ceux dont Dieu s’est servi pour poser l’assise large et profonde sur laquelle l’Église devait être bâtie. Cette fondation a été faite par ceux que Dieu avait spécialement revêtus de puissance. Ces deux classes des apôtres et prophètes ont été les tout premiers instruments utilisés pour l’appel de l’Église de Dieu. Les évangélistes furent à l’œuvre dès les premiers jours, et les pasteurs peu après. Mais les deux premières catégories, les apôtres et les prophètes, ont spécialement servi dans toute leur force pour l’établissement de l’Église de Dieu au commencement. Il n’y a pas de raison de supposer qu’au sens strict, les apôtres et prophètes dussent continuer, ni qu’ils aient continué en fait, bien que quelque chose d’analogue à un apôtre puisse être suscité en des temps appropriés. Prenez Luther, par exemple. Les saints de Dieu ont pu en partie être ramenés à la vérité fondamentale en général, alors que celle-ci avait été perdue de vue depuis longtemps. Cette œuvre correspond, dans une petite mesure, au travail d’un apôtre. Un prophète, quant à lui, était quelqu’un qui ne se bornait pas à exposer les Écritures, mais qui ouvrait les yeux sur la vérité d’une manière à rattacher l’âme directement à Dieu.

Au tout début sont apparus des hommes de Dieu qui n’étaient pas apôtres, et qui ne communiquaient pas nécessairement la vérité de manière inspirée comme l’ont fait Marc et Luc, mais il y a eu des prophètes comme Judas et Silas (Actes 15:32). L’Écriture n’était pas écrite dans son entier au commencement de l’Église, et il n’y avait pas partout des apôtres. C’est pourquoi Dieu a suscité des prophètes qui, au moins dans certains cas, ont été des moyens de révélation. Pourquoi n’avons-nous pas de tels canaux aujourd’hui ? Parce que la révélation est complète : nous avons la Parole de Dieu, et n’avons pas besoin d’un mot de plus. Supposer aujourd’hui quelque autre révélation serait porter atteinte à celle que nous avons ; de sorte que le besoin de tels prophètes, au sens le plus élevé du terme, a pris fin avec l’achèvement du canon des Écritures. Dans un sens secondaire, ce qui correspondrait à l’œuvre prophétique, serait le renouveau de la vérité et de l’action puissante sur les saints en général, en les ramenant à ce qui a été déjà révélé, mais a complètement disparu. Prenez, par exemple, la vérité capitale de la venue du Seigneur comme espérance de l’Église. Cette vérité a souffert d’une longue éclipse, presque totale. De nos jours elle a brillé de nouveau avec une certaine mesure de puissance de la part de Dieu. Dans quel écrit, depuis les jours des apôtres, trouvez-vous exposés la nature et l’appel de l’Église ? où a-t-on le déploiement de l’espérance de l’Église, à savoir la venue du Seigneur pour recevoir l’Église et lui donner une place céleste ? Ces vérités avaient disparu des pensées des hommes, pour n’être retrouvées que dans ces dernières trente ou quarante années (*). La justification par la foi avait été partiellement connue par Augustin et Bernard. Les Vaudois possédaient une grande fidélité, mais aucune doctrine claire. La nature de l’Église comme le corps de Christ, et le caractère de l’espérance du chrétien, ont été, pour autant que je sache, complètement perdus de vue. Ces vérités avaient disparu de l’Église. Il me semble que leur redécouverte est assez analogue, sur ce plan, à l’œuvre prophétique, bien qu’on puisse hésiter à appeler apôtre ou prophète aucun de ceux qui ont été employés à ce travail.

 

(*) note du traducteur : écrit en novembre 1863

 

4.12                      Ch. 4:11b — évangélistes, pasteurs et docteurs

4.12.1    Il n’y a plus d’autorité pour nommer

Nous en venons aux classes suivantes de dons : « évangélistes, pasteurs et docteurs ». Il est évident qu’ils sont encore à l’œuvre dans une certaine mesure dans l’état disloqué actuel ; et ils ne sont pas restreints à tels ou tels croyants, mais ils sont distribués partout, comme il plaît au Seigneur. On confond le ministère avec les charges locales. Peut-être dira-t-on que j’escamote une partie de l’Écriture — l’imposition des mains des apôtres sur les anciens, etc. Sans rien oublier de cela, qu’on me permette de dire que les anciens ne sont pas la même chose que les ministres. Le ministère est l’exercice d’un don de Christ ; les anciens étaient établis par des hommes, mais jamais par d’autres que des apôtres ou des délégués d’apôtres, comme Tite. Où en sommes-nous de cette question maintenant ? Où sont les hommes dûment autorisés à nommer des anciens aujourd’hui ? Savez-vous mieux que moi où on les trouve ? Certes, il y a des gens qui prétendent avoir ce pouvoir de nommer, mais la prétention ne suffit pas à rendre valides leurs nominations. En matière civile, si quelqu’un s’avisait de nommer un magistrat sans en avoir le plein pouvoir, il risquerait d’être puni sévèrement. Serait-il moins important dans les choses de Dieu d’empiéter sur l’autorité du Seigneur ? Ce n’est pas que certaines branches de l’Église ont des apôtres, alors que d’autres n’en ont pas, car aucune n’en a plus que les autres. Je ne vois pas ce que l’on gagne à prétendre faire l’œuvre d’un apôtre quand ce n’est qu’une prétention. N’est-il pas plus humble de s’abstenir de prétendre faire l’œuvre apostolique, si l’on n’est pas apôtre ? Nous ne pouvons pas ordonner légitimement des anciens parce que l’autorité apostolique nous fait défaut pour le faire. N’est-ce pas bien en harmonie avec l’humilité qui nous convient de rester dans les limites de nos pouvoirs ? Je n’admets pas que quiconque vivant actuellement ait le droit de nommer des anciens, ou rien de semblable, parce qu’il n’y a ni apôtre ni délégué apostolique ayant reçu mission du Seigneur pour le faire. Si quelqu’un prétend faire des ordinations, qu’il prouve son droit à le faire.

 

4.12.2    Christ est le donateur des dons et ministères

Le ministère et la charge d’ancien ne sont pas la même chose ; on les confond presque toujours, mais ce sont des choses totalement différentes. On trouve les deux dans l’Écriture : des charges locales, dûment établies par des apôtres ou leurs délégués ; et des dons de ministère qui n’ont jamais eu besoin d’authentification humaine. Dans l’Écriture, personne n’a jamais été choisi pour être apôtre, ni appelé à être prophète ou évangéliste, si ce n’est par Christ. Il en était précisément de même pour les pasteurs et les docteurs (*), comme on le voit dans notre chapitre. Pourquoi n’en serait-il pas encore de même ? Christ n’a pas déserté Son poste, et Il a pour fonction d’appeler et de donner des pasteurs, des évangélistes, des docteurs, etc. Mais il y a un autre principe tout à fait distinct de celui qui est impliqué dans ces dons, savoir que Christ donnait le droit aux apôtres d’agir par voie d’autorité. C’est en vertu de cela qu’ils nommaient des gens pour être anciens ou diacres, selon le cas. Nous ne pouvons faire ce que les apôtres faisaient à moins d’être revêtus de la même autorité. Mais Christ demeure toujours le donateur direct des dons de ministère : c’est toujours vrai. Le ministère ne dépend pas et n’a jamais dépendu des apôtres ni de l’Église, mais seulement de Christ ; et c’est pourquoi il ne saurait cesser. Par contre, comme la nomination d’anciens, selon l’Écriture, dépendait des apôtres, et qu’il n’y a pas d’apôtre aujourd’hui, le pouvoir légitime pour nommer des anciens a nécessairement et évidemment pris fin. L’Écriture laisse entendre la continuation de l’existence des dons, mais non pas de l’autorité de nommer. Il y a abondance d’anciens dans tous les corps religieux, ou plutôt de personnes officielles ; mais que vaut leur nomination (je ne dis pas leurs dons) ? Que ceux qui connaissent la Bible disent si je traite correctement cet important sujet selon la Parole de Dieu.

 

(*) note du traducteur : nous utilisons le terme « docteur » pour suivre la version JND de la Bible, mais le terme utilisé partout par W. Kelly dans le présent ouvrage est « enseignant » ou « maître » [qui enseigne].

La question pour nous est donc de savoir si nous faisons la volonté de Dieu. Plusieurs ont l’idée qu’un rite humain d’ordination a une valeur spéciale pour faire d’un homme un ministre. Or aux jours des apôtres eux-mêmes, personne n’a jamais eu l’idée qu’on puisse être nommé pour prêcher l’évangile. Si quelqu’un pouvait prêcher, il était tenu de le faire ; s’il ne le faisait pas, il était comme le serviteur paresseux qui cachait son talent. Si quelqu’un prend la position d’avoir un droit de prêcher ou de parler dans l’assemblée, vous pouvez en toute sûreté lui dénier ce droit. Nul autre que Dieu n’a le droit de proclamer au monde la bonne nouvelle, ou de parler à Son assemblée par qui bon Lui semble. C’est donc Lui qui peut appeler des hommes et les mettre en avant, l’un pour faire telle œuvre, l’autre pour faire telle autre. Ici se pose alors la question qui interpelle : Faut-il reconnaître le Seigneur honnêtement et entièrement comme le Chef (*) sur Son Église à Lui ? Dans le ministère proprement dit, il n’est pas question d’hommes nommant des hommes, mais de savoir s’il est permis à Christ d’être le Chef de Son Église à Lui. Dès lors, ne reconnaissez pas que l’affaire de l’Église soit d’établir des ministres de la parole. Mon Seigneur, ce n’est pas l’Église, mais c’est Christ ; il ne faut jamais mettre l’Église à la place de Christ. C’est là l’une des sources principales, et des plus pernicieuses, de la papauté.

 

(*) note du traducteur : Chef et Tête sont le même mot en anglais

 

4.12.3    Reconnaître les ministères où qu’ils soient, sans qu’ils aient d’autorité pour commander

Il s’ensuit que nous devons reconnaître tous ceux que le Seigneur nomme. Si quelqu’un prêche la vérité dans tel ou tel groupement, je ne dois pas l’ignorer, mais je dois reconnaître les serviteurs de Christ où qu’ils soient. Peut-être ne présentent-ils pas la vérité complètement, mais en tous cas, c’est Christ qui donne les dons, et non pas les frères. S’ensuit-il que je doive aller à la messe, en supposant que le prêtre Romain prêche une certaine mesure de vérité ? Il faut que j’examine si celui qui peut être un réel serviteur de Christ fait la volonté de Dieu dans ce domaine. Nous ne sommes pas appelés à suivre celui-ci ou celui-là, sinon dans la mesure où ils suivent Christ. Nous sommes appelés à faire la volonté de Dieu ; et « celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (1 Jean 2:17). Rien n’est donc plus simple que le chemin du chrétien. Qu’il apprécie les serviteurs de Christ à leur place, mais non pas nécessairement tout ce qu’ils font, à moins que ce ne soit conforme à la volonté de Dieu. N’est-il pas dit que nous devons obéir à ceux qui ont autorité sur nous ? Oui, certainement, et c’est aussi vrai maintenant que jamais. Mais en supposant que vous êtes converti à Dieu, et qu’un prêtre de Rome vous dise que vous devez obéir à ceux qui ont autorité sur vous, et que ce sont eux qui ont cette autorité, ne dois-je pas poser de question sur ce qu’il veut dire par là, et sur quel texte il se base ? Est-ce pour m’entraîner à désobéir à Dieu ? Si c’est le cas, ne dois-je pas dire que je dois « obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » ? (Actes 5:29). Ainsi, il y a toujours un chemin pour le saint de Dieu qui désire faire Sa volonté, et ce chemin est simplement l’obéissance. Il est possible que cela prenne parfois la forme de ce que des gens dans l’erreur, ou conduits par leur propre volonté, appellent désobéissance ; mais ce sera certainement obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Rien ne peut nous dispenser du devoir positif et immuable d’obéir à Dieu.

On voit donc que, quelle que soit la valeur du ministère, il n’a jamais été prévu pour contraindre les enfants de Dieu à simple acquiescer aveuglément. Le vrai ministère manifeste ce qu’est la volonté de Dieu partout où il y a la simplicité de cœur. Il présente la vérité de manière suffisamment convainquante pour placer les consciences dans la lumière, et leur faire sentir la responsabilité de suivre cette lumière. Si vous faites quelque chose simplement parce qu’un ministre de Dieu le dit, c’est une influence qui est à l’œuvre, non pas la puissance de l’Esprit de Dieu. L’obéissance chrétienne, ce n’est pas un aveugle qui conduit un aveugle, ni un voyant qui conduit un aveugle, mais c’est un voyant qui conduit un voyant. Tout croyant a la puissance de l’Esprit pour voir la pensée de Dieu pour lui-même ; et celui qui est appelé de Dieu à guider les autres sera, en général, rendu capable d’appliquer la pensée de Dieu d’une manière si complète à la conscience que celui qui est simple de cœur ne manquera pas de la voir. Souvenons-nous qu’il est toujours grave de connaître la vérité et de ne pas la suivre. « Pour celui donc qui sait faire le bien et qui ne le fait pas, pour lui c’est pécher » (Jacques 4:17).

 

4.12.4    L’apôtre avait une autorité en gouvernement

J’ai déjà expliqué que les deux premières classes de dons présentées au verset 11 avaient pour but de donner naissance à une œuvre et un témoignage nouveaux. Elles étaient destinées — et c’est bien ainsi qu’elles furent employées — à poser le fondement de cet édifice inconnu auparavant, l’assemblée réunie en un d’entre les Juifs et les Gentils pour confesser Jésus, le Fils de Dieu. Les apôtres n’ont pas simplement servis comme des prophètes, c’est-à-dire des gens inspirés communiquant la pensée de Dieu qui n’avait pas été révélée jusque-là, mais ils ont aussi agi comme investis d’autorité au nom du Seigneur. Il y avait donc à la fois un pouvoir de gouvernement compétent, et un moyen sûr de communication de la part de Dieu vers l’homme. Les prophètes comme tels n’avaient rien à faire avec le gouvernement proprement dit. Ils ne visitaient pas les assemblées en tant qu’agents revêtus d’autorité (1 Cor. 4 ; 11 ; 2 Cor. 12 ; 13), et n’instituaient rien nulle part pour diriger l’Église comme l’ont fait les apôtres (voir 1 Cor. 7:17).

 

4.12.5    Rom. 16:26 — Écrits prophétiques

Toutefois le prophète était employé à quelque chose d’extrêmement important, savoir apporter directement et immédiatement de la part de Dieu des vérités encore inconnues ou jamais révélées. Ils se rattachaient donc tout spécialement à la révélation de la vérité, que ce soit oralement ou par écrit ; tel est le sens de Rom. 16:26. Quiconque est capable d’examiner le langage utilisé par le Saint Esprit verra que la portée de l’expression n’est pas « les écrits des prophètes » [selon la version autorisée du Roi Jacques], mais bien « des écrits prophétiques », ce qui se rapporte exclusivement aux Écritures du Nouveau Testament, lesquelles n’ont pas toutes été écrites par des apôtres. Deux des Évangiles n’émanent pas d’apôtres, mais sont tout autant inspirés que s’ils l’étaient. Ceci est aussi vrai quant à l’enseignement oral donné aux jours des apôtres. Car l’Église commença avant que rien ne fût encore écrit du Nouveau Testament. Ce fait est d’ailleurs appliqué à tort comme un argument favori par ceux qui soutiennent une sorte d’inspiration dans l’Église. Ils insistent pour dire que les Écritures ne sont pas aussi essentielles que nous le prétendons. Mais je réponds que, si l’Église avait au commencement la présence d’hommes inspirés, l’Église a eu ensuite le saint dépôt des apôtres et des prophètes, consigné par écrit, sous la garde parfaite de l’Esprit de Dieu. C’est donc là ce qui constitue l’unique norme de la vérité divine : l’Ancien Testament, la révélation originelle de Dieu telle que donnée à Israël, — et le Nouveau Testament, le supplément de Sa vérité nécessaire à l’Église. Mais avant que le canon de l’Écriture fût clos ou même commencé, il est évident qu’il y avait besoin d’une classe d’hommes pour faire connaître la pensée de Dieu au travers des difficultés qui surgissaient dans l’Église. Il y fut pourvu par le moyen des apôtres et des prophètes. On voit que parmi les saints à Corinthe, il y en avait de tels qui étaient prophètes.

 

4.12.6    1 Cor. 14:29 — Prophètes et communications nouvelles

De là vient une parole remarquable de 1 Cor. 14 dont je voudrais vous entretenir un moment. Le Saint Esprit posait la règle du v. 29, qu’au cas où quelqu’un parlait dans l’assemblée de manière ordinaire, si une révélation était donnée à un autre, le second avait le droit d’arrêter le premier pour apporter sa révélation. Si on objecte qu’aujourd’hui une chose pareille produirait de la confusion, je réponds plutôt que Dieu n’accorde plus de nouvelles révélations aujourd’hui. Tant que subsistait l’état de choses où le plein déploiement de la pensée de Dieu n’avait pas encore été donné, et tant qu’il y avait ces personnes inspirées sur la terre, Dieu maintenait Son droit d’interrompre quelqu’un par la communication de quelque vérité nouvelle de Sa part. Mais si quelqu’un aujourd’hui soutenait avoir une nouvelle révélation de la part de Dieu, il ne ferait que prouver qu’il se berce d’illusions, voire même qu’il est un imposteur. Maintenant que ces personnes inspirées ont disparu, nous possédons la pleine communication et la pleine mesure de la pensée de Dieu. Aussi le critère de la pensée de Dieu auquel s’en remet l’Église n’est plus des apôtres ou des prophètes, mais la parole écrite de Dieu. Bien sûr il y a les moyens plus ordinaires dont l’Esprit de Dieu se servait alors, et se sert encore — les dons, aussi réels que les apôtres et les prophètes, mais sans avoir le même caractère d’autorité active que les apôtres, ni le droit à communiquer des vérités nouvelles comme les prophètes. Aujourd’hui tout est d’ordre inférieur par comparaison à ces dons-là. Toute éventuelle mesure d’autorité dans le temps présent, doit prouver qu’elle est de Dieu dans son caractère et dans sa fin ; elle ne doit pas prétendre à être quelque révélation nouvelle de la pensée divine, mais elle doit utiliser et appliquer correctement ce qui a déjà été donné.

 

4.12.7    Le don et la capacité naturelle

D’un autre côté, les dons que le Saint Esprit suscite encore pour le bien de l’Église sont appelés ici évangélistes, pasteurs et docteurs. Ce ne sont pas là les seuls dons qui demeurent, car l’Écriture n’en donne nulle part une liste complète, comme les hommes voudraient. Il faut rechercher dans toute l’Écriture. Il est salutaire et béni de ne jamais trouver quelque chose de complet dans la parole de Dieu au simple examen d’une seule portion particulière de celle-ci. Dieu a rendu nécessaire la recherche approfondie dans toute Sa Parole, pour arriver à avoir Sa pensée complète au moins dans une mesure. S’il n’en était pas ainsi, nous serions disposés à nous en tenir à des passages favoris en laissant le reste de côté. C’est ce que font beaucoup de chrétiens qui négligent pratiquement une grande partie de la Parole de Dieu, comme si elle n’était plus applicable.

Ce sujet du ministère est précisément un sujet sur lequel il y a actuellement beaucoup d’ignorance et d’incrédulité. L’idée courante est simplement que l’intelligence a été sanctifiée. J’admets bien que Dieu donne et forme la puissance intellectuelle : c’est ce qui est appelé dans l’Écriture « la capacité ». Mais examinez la parabole où notre Seigneur fait justement allusion à cela, et vous verrez qu’Il distingue entre « le don » et « la capacité ». — « Il donna à chacun selon sa propre capacité » (Matt. 25:15). Quand Il appelle des hommes à Le servir, Dieu façonne le vase selon Son dessein avant même leur conversion. Sa providence choisit une personne dès sa naissance, et Il dispose toutes les circonstances de sa vie ultérieure. Cette personne peut avoir été éduquée pour être prêtre, ou juriste. Paul connaissait ainsi tellement à fond toutes les ressources de la propre justice qu’il put recourir à la grâce en jugeant ce que la justice de l’homme aime, ce dans quoi elle vit, et où elle mène. Sa propre expérience était la preuve que même cultivée au plus haut degré, elle aboutit à l’antagonisme direct avec le Seigneur de gloire. Il y avait aussi chez Paul un caractère naturel très remarquable, et une éducation et des connaissances acquises peu ordinaires. Tout cela avait été agencé providentiellement chez Saul de Tarse. Mais à côté de cela, quand il fut appelé par la grâce de Dieu, il lui fut confié un don qu’il ne possédait pas auparavant, une capacité par le Saint Esprit de se saisir de la vérité et de l’inculquer aux âmes. Dieu s’est servi de son caractère naturel, de sa manière de parler, de son style d’écrire particulier ; mais tout était dans cette nouvelle puissance du Saint Esprit communiquée à son âme, même si cela coulait par le canal de sa capacité naturelle. Il y a donc ces deux choses, la capacité qui est le vase du don, et le don lui-même qui, dépendant du Seigneur, est l’énergie directrice de la capacité. Un don n’a pas d’existence à part du vase dans lequel il agit.

 

4.12.8    Les dons sont des personnes

Encore une autre remarque maintenant. Dans cette épître les dons ne sont pas vus simplement comme des puissances spirituelles. C’est ainsi qu’ils sont considérés dans les Romains et les Corinthiens, mais dans les Éphésiens ce sont toujours des personnes. Il a donné des apôtres — non pas simplement des dons apostoliques. Je trouve le don d’enseignement dans les Romains, et le don de docteur [enseignant] dans les Éphésiens. Les deux vérités s’accordent parfaitement. Il y a une raison divine à cette différence, qui me semble être la suivante : dans les Éphésiens l’amour de Christ pour l’Église est l’idée dominante de toute l’épître — c’est la plénitude de bénédiction qui appartient au corps de Christ, l’Église, en vertu de son union avec la Tête. Ce qui agit sur les affections de l’Église n’est pas une simple puissance. Vous pouvez aimer une personne, mais non pas une puissance ; et une personne par laquelle le don s’épanche, agit évidemment sur les affections de ceux pour le bien desquels le don est employé. Tout le long de l’épître, c’est de Christ qu’il s’agit, non pas de l’Esprit, sauf exception. Dans les Corinthiens, c’est au contraire le Saint Esprit qui est mis en avant. Ici c’est Christ, à quoi correspondent ces personnes qui agissent de la part de Christ pour le bien de Son corps. C’est là un bel exemple de l’harmonie qui règne dans la vérité de Dieu. L’amour actif de Christ est représenté dans cette épître comme la source de toute la bénédiction de l’Église ; il en est de même des dons personnels de Christ, qu’Il aime Lui-même et dont Il se sert pour entretenir Son amour chez d’autres.

 

4.12.9    Des dons universels

La différence entre les évangélistes, les pasteurs et les docteurs est évidente. L’évangéliste est le moyen ordinaire de rassembler les âmes vers Christ. On peut dire qu’il est par nature un don itinérant, non pas confiné en un lieu, mais appelé à être ici ou là, partout où le Seigneur peut le conduire par l’Esprit pour répondre au besoin des âmes. Timothée qui, par un tour de passe-passe clérical a été métamorphosé en archevêque, est appelé dans l’Écriture un « évangéliste ». Il avait été signalé par prophétie pour une œuvre particulière, et un certain don lui avait été accordé par le moyen de l’apôtre accompagné des anciens. Au commandement de l’apôtre, il va quelque part, et y prend connaissance de l’état des choses. Mais ni lui ni Tite n’ont été sédentaires, comme dans les diocèses modernes. Encore bien moins y a-t-il eu des dispositions prises pour des successeurs. Timothée devait confier ce qu’il avait appris de l’apôtre à des hommes fidèles qui fussent capables d’enseigner aussi les autres ; autrement dit, la charge concernait la transmission de la vérité, et non pas la transmission d’une autorité ou d’ordres saints, comme on le dit perversement.

C’est un fait que dans chaque église où un certain nombre de saints se trouvaient rassemblés, plusieurs évêques [= surveillants] étaient établis, au moins après mise à l’épreuve et expérience faite pendant un certain temps. Ils étaient choisis là par un apôtre, ou un délégué d’apôtres. Quand des individus doués d’un don remplissent les fonctions de l’Église, c’est une usurpation, et c’en est une tout autant quand l’Église assume les fonctions des dons individuels. Bien sûr s’il y a de l’immoralité dans la conduite d’un serviteur de Christ, il est autant responsable qu’un autre, et même davantage. Les enfants de Dieu, lui y compris, sont tenus de veiller avec une sainte jalousie, parce que son péché amènerait plus de honte et de scandale sur le nom de Christ que le péché d’un membre du corps moins en évidence. Mais en dehors des affaires de nature morale, nul ne doit intervenir le moins du monde, dans l’exercice de son ministère, entre lui et le Maître qui l’a appelé à Le servir. À cet égard les dissidents sont complètement et radicalement dans le faux, parce qu’ils considèrent que l’Église nomme les ministres et a bien sûr le pouvoir de les démettre si elle veut. Cela fait du ministre le ministre de leur église. Or l’Écriture ne parle jamais, comme tous le font aujourd’hui, du ministre d’une église particulière ; on n’y trouve jamais rien qui ressemble à ces expressions « notre » ministre, ou « votre » ministre. Ce que l’Écriture nous montre, c’est que tous les dons sont des dons dans l’unité du corps de Christ. Si quelqu’un est réellement pasteur ou docteur, il est établi comme pasteur ou docteur dans l’Église tout entière. Cela va jusqu’au point que le lieu où il se trouve n’a pas d’importance ; où qu’il aille, et pour autant qu’il marche selon l’Écriture, il est appelé par Christ, et non pas par une congrégation, à exercer son ministère sans crainte, humblement bien sûr, et sans prétendre à plus qu’il n’a reçu. Si quelqu’un s’élève au-dessus de ce qu’il a reçu, il arrive en général qu’il se discrédite même pour ce qu’il a reçu. La tendance générale chez les enfants de Dieu n’est pas de déconsidérer le ministère, mais de lui donner une place qu’il ne mérite pas. Satan travaille toujours à disloquer les ressources destinées à faire fonctionner le corps, et pour ce faire il pousse les saints soit à donner de l’importance là où ils ne devraient pas, soit à être pointilleux et à discréditer là où ils devraient être reconnaissants. Toutes ces choses ont besoin d’être réglées par la Parole.

 

4.12.10Les dons ne sont pas un titre de valeur dans le monde

Les gens fondent en général leurs idées sur l’Ancien Testament et non sur le Nouveau : d’où l’idée de considérer le ministère comme une sorte de profession honorable, ou un titre reconnu par le monde. Or si nous examinons notre chapitre ou tout le reste des épîtres, on verra bien que les titres d’apôtres, etc., ne sont jamais quelque chose de reconnu dans le monde. Le monde les a méprisés. Pierre, en son temps, n’a pas été plus honoré dans le monde après être devenu apôtre qu’avant. Le monde pouvait reconnaître qu’il opérait des miracles, ce qui est tout autre chose. Beaucoup d’hommes charnels ont opéré de grands miracles. Les Corinthiens n’étaient que de petits enfants dans leur compréhension des choses, à cause de leur enthousiasme pour les miracles et les manifestations de dons extérieurs. Ils aimaient aussi s’écouter parler ; et l’apôtre leur montre que prononcer seulement quelques paroles pour le bien de l’Église, c’était beaucoup plus élevé et bien meilleur que tous les signes et prodiges qu’ils opéraient. Il pouvait faire plus de miracles qu’eux tous, et pourtant il déclare qu’il préfère prononcer cinq paroles avec son intelligence (afin que j’instruise aussi les autres), que dix mille paroles en langue inconnue (1 Cor. 14:19). Si donc l’Église est dépouillée des pouvoirs miraculeux qui frappent les yeux des incrédules, il lui reste toutefois le plus important, sauf les dons fondamentaux qui n’avaient pas besoin d’être continués.

 

4.13                      Ch. 4:11-13

Le fondement a été si parfaitement posé que les apôtres et les prophètes ne sont plus nécessaires. C’est ce qui est laissé entendre ici. L’Esprit de Dieu ne prépare pas les saints en vue d’une longue continuation des choses dans ce monde. Christ a donné « les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs ; en vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du service (*), pour l’édification du corps de Christ ; jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude du Christ » (4:11-13).

 

(*) note du traducteur : JND traduit ce mot par « service », alors que W. Kelly le traduit par « ministère ». Nous avons maintenu le terme « service » ici.

 

4.13.1    Les dons subsistent jusqu’à la fin

Les croyants de ces jours-là pensaient forcément que l’ensemble de l’œuvre de l’Église allait s’achever dans leur génération : notre passage n’enseigne nullement l’idée d’une succession, même si nous pouvons maintenant le voir de manière implicite. Le ministère est l’exercice d’un don spirituel ; et ces dons dépendent de ce que Christ demeure toujours la Tête [le Chef] de l’Église, et que Son office ne prend jamais fin comme celui des souverains sacrificateurs qui, à leur mort, passait à leurs successeurs. Christ a été dans le ciel après Sa résurrection, et ces apôtres sont ce qu’Il a donné après être monté en haut. Nous sommes aujourd’hui sur le même terrain qu’eux au jour de la Pentecôte. Christ a alors quitté le monde, et c’est de là qu’Il a donné les dons énumérés ici. Le Saint Esprit demeure dans l’Église, et par le Saint Esprit Christ donne de la puissance à des hommes sur la terre pour tout ce dont l’Église peut avoir besoin. Nous avons les évangélistes, les grands agents recruteurs du Seigneur pour son armée spirituelle. Nous avons ensuite les pasteurs et les docteurs que le Seigneur suscite et donne pour conduire, guider et gouverner ces saints de Dieu introduits par le travail des évangélistes. Tous ces dons demeurent à toujours. Je ne parle pas de mesure de la puissance, car il y bien de la faiblesse effectivement ; mais ces dons demeurent nécessairement, parce qu’ils dépendent de Christ en haut et du Saint Esprit ici-bas, et que Christ ne peut jamais cesser d’être la Tête là-haut et le Saint Esprit ne peut pas quitter l’Église ici-bas. Aussi est-il ajouté, « jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi » (4:13). Il n’y a pas de garantie divine d’une continuation des miracles, mais c’est implicite pour que les dons d’édification continuent en vue du bien des âmes.

Notre Seigneur a donc donné ces dons « jusqu’à ce que nous parvenions tous » (4:13). Il n’est pas dit qu’Il les donnera, parce que l’Église primitive était mise en position d’attendre le retour du Seigneur. Paul et les autres apôtres appelaient les saints à toujours guetter la venue de Christ. Il n’y avait pas d’indication que Christ viendrait, mais qu’on L’attende constamment. C’est pourquoi il n’y a aucune préparation à une longue suite de siècles en rapport avec le ministère, mais on trouve simplement Christ à la droite de Dieu, fournissant ce qui est nécessaire. « Il a donné les uns … jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi ». Si Christ était venu aux jours de la génération des apôtres, cette affirmation aurait été vraie. Christ a différé, et cela demeure exact, « jusqu’à ce que nous parvenions tous ». De sorte que, hormis les exceptions déjà mentionnées, nous sommes assurés de pouvoir s’attendre à la continuation d’un ministère de même caractère et issu de la même source que celui qu’avait l’Église apostolique. Tout ce qui est nécessaire pour amener et rassembler les âmes, et pour prendre soin d’elles une fois rassemblées, demeure jusqu’à ce que Christ vienne et achève tout.

 

4.13.2    Reconnaître les dons

Quelle bénédiction de savoir que nous pouvons accepter de la part de Dieu ce ministère qui a été si orgueilleux et /ou si servile dans les mains de l’homme, — que nous pouvons l’attendre de Lui et le reconnaître comme une chose divine — que nous n’en sommes pas réduits à l’idée que nous n’avons plus maintenant qu’un ministère humain, au lieu d’un ministère divin comme autrefois — que nous avons la certitude que ces dons découlent de Christ qui ne saurait faillir à Sa parole et à Son œuvre ! Mais comment reconnaître un ministre, un évangéliste, un pasteur, un docteur ? Je répondrai par une question : Comment reconnaissez-vous un chrétien ? Tout chrétien qui fréquente des chrétiens, en a une idée générale. Je ne dis pas qu’on le discernera infailliblement. Même si personne ne peut se prononcer d’une manière infaillible, et que nous dépendons nécessairement dans notre mesure du secours actuel de Dieu, toutefois nous savons qu’en règle générale il y a dans un chrétien quelque chose qui se recommande à la généralité de ses frères. Il y a dans sa confession de Christ quelque chose qui est plus ou moins en harmonie avec la Parole de Dieu. Ensuite, l’esprit, le ton, la vie et la marche en général, après qu’ils se soient un peu frotté aux épreuves du chemin, vont fortifier ou affaiblir la conviction initiale.

C’est exactement pareil quand il s’agit de juger du ministère. Nous sommes tenus d’éprouver toutes choses (1 Thes. 5:21). Quelqu’un est employé par Dieu pour remuer les âmes avec puissance et bénédiction, pour les rassembler et les amener à Christ : c’est manifestement un évangéliste. D’un autre côté vous en voyez un autre dont le cœur n’est pas aussi fervent à présenter l’évangile aux âmes, mais qui jouit de la vérité de Dieu, et aime amener les autres à de pareils sentiments : n’est-ce pas un docteur ? D’autres connaissent aussi bien, peut-être, la vérité de Dieu, mais n’arrivent pas à l’exposer de manière à agir pareillement sur les autres. Mais voilà une troisième personne qui entreprend de s’occuper pratiquement des âmes, et fait régulièrement de graves erreurs : puis-je dire que c’est un pasteur ? Dès qu’il se présente des difficultés, il est à bout d’idées, ne sachant que faire ni que conseiller. Il se peut qu’il soit capable d’expliquer la Bible, mais dès qu’il s’agit de l’appliquer à la vie pratique des chrétiens, voilà des bévues sans fin. Être pasteur suppose non seulement la connaissance de la vérité, mais la puissance pour la faire valoir chaque jour auprès des individus : cela implique d’agir sur la conscience et les affections d’une manière qui n’est pas forcément celle d’un docteur. Un homme peut être docteur sans être pasteur (et vice versa), ou il peut être les deux. Un apôtre pouvait être aussi docteur, évangéliste et pasteur. Vous trouverez un don particulier chez un homme, et chez un autre un don d’une toute autre sorte.

Encore un autre cas : voilà quelqu’un incapable d’exposer la vérité avec puissance, mais capable d’exhorter ; il peut agir sur la conscience. C’est là un don de valeur inestimable, qu’on trouve en Rom. 12, mais qui est absent en Éph. 4. Ici nous avons les dons les plus saillants pour bien mettre les saints à leur place dans l’ordre et les fonctions qui leur conviennent. Or tout en étant persuadé que l’Esprit de Dieu habitant en nous est la seule puissance permettant de discerner, selon le degré de certitude qu’il plaira à Dieu, si un homme est chrétien ou s’il ne l’est pas, s’il a un don ou s’il n’en a pas, il n’en reste pas moins que le degré de discernement dépend de ce que nos cœurs sont, ou non, au-dessus de la chair et de son activité. Cela requiert de la spiritualité, et suppose du jugement de soi-même. L’Église tout entière est responsable de juger. Un évangéliste peut se tromper sur une personne, en pensant qu’elle est vraiment convertie, et il peut en arriver à la baptiser. Mais voilà quelque chose de mis en évidence, et l’église refuse cette personne. Supposons une personne qui confesse le nom de Christ, et est baptisée, et elle recherche la communion : l’assemblée de Dieu de la localité est tenue de l’examiner. Personne n’a le droit de s’approcher : qui a des droits aujourd’hui, sauf Dieu seul ? Il nous faut être soumis plutôt de parler de droits. L’Église examine donc, — et s’il y a communion d’une manière générale ou une mesure de satisfaction suffisante pour amener à dire « nous croyons que la personne en question a reçu Christ, nous n’avons pas de motif justifiant de refuser sa profession selon laquelle elle est un membre de Christ », la personne est alors reçue dans l’assemblée, puis vient l’épreuve — la dépendance de Dieu après que quelqu’un est reçu. Christ est absolument nécessaire pour une marche droite. Ceux même qui sont nés de Dieu ne seront pas gardés à moins de marcher dans une réelle humilité et en regardant à Dieu.

L’Esprit de Dieu opère dans l’assemblée. L’un manifeste une aptitude pour prêcher, l’autre pour enseigner ; certains servent le Seigneur en privé, d’autres en public. Quelle est la puissance pour en juger ? Le même Esprit de Dieu. Après tout, c’est une question plus simple que beaucoup ne l’imaginent. C’est juste comme l’être humain qui connaît la nourriture qui lui est bonne, qu’il soit un petit enfant ou un homme fait : de même pour les saints, il leur est inhérent de connaître en gros ce qui est pour leur bénédiction spirituelle. Si l’on est en bas état, ou charnel, on sera séduit par des riens pompeux ; mais on trouve en général un jugement sain et droit depuis le chrétien au jugement spirituel le plus mûr jusqu’au simple petit enfant. Bien que tous ne soient pas capables de détecter le point critique, tous ceux qui sont guidés par Dieu en quelque mesure sont en état d’apprécier la valeur de ce qui leur est présenté dans le ministère.

 

4.13.3    Comment agir contre l’hérésie

Que se passe-t-il en cas d’hérésie ? Comment l’assemblée peut-elle juger de la fausse doctrine ? Christ est la mesure de référence. Tout ce qui, en accord avec l’Écriture, exalte Christ est vrai ; tout ce qui rabaisse Christ est faux, et est du diable. Christ est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu (1 Cor. 1:24). Mais Dieu opère par des instruments, et s’il y a un faux docteur qui introduit ce qui est mauvais, il y a de vrais docteurs capables de le discerner. Si le faux docteur cherche à enrober son enseignement sous des formes attrayantes, le Saint Esprit qui demeure dans l’Église travaille contre Satan, et par des membres divers, Il dévoile et manifeste le véritable caractère du mal devant l’assemblée de Dieu ; et une fois que celui-ci est mis à découvert, tous ceux qui marchent avec Dieu sont en état de prononcer un jugement divin à son égard. S’il nous fallait construire un chemin de fer, nous ne saurions pas comment commencer le travail ; mais quand le chemin de fer est achevé, nous pouvons parfaitement bien dire son usage et sa valeur, et nous pouvons bien juger en pratique s’il est bon ou non. Il en est de même de l’Église de Dieu. Tous ne sont pas également capables de discerner et de signaler le mal, mais Dieu suscite certains qui le peuvent, et tous portent ensuite aisément un jugement à son égard.

Ces dons sont indispensables à l’Église dans son ensemble, sans pour autant affirmer que partout où il y a une assemblée de Dieu, il soit absolument nécessaire pour la marche des saints en commun que telle ou telle sorte de personnes soit suscitée parmi eux. Nous pouvons bénir Dieu de cette ressource pour les besoins de Son Église aussi longtemps qu’Il a une Église ici-bas. L’existence de l’Église et celle du ministère reposent sur la même base ; ils découlent tous les deux de l’amour de Christ, et tant que nous avons l’un, nous aurons aussi l’autre : c’est le même amour de Christ qui voit Son corps et qui fournit à certains membres la puissance spirituelle requise pour le bien-être de ce corps. Tous les hommes de Dieu, où qu’ils soient, reconnaissent que Dieu doit avoir à faire avec le ministère, et par conséquent, quand les dissidents mettent leur vote dans l’urne, ils ne nient pas que le Saint Esprit doive donner la capacité d’être ministre. Si la personne était ministre avant, naturellement elle l’est aussi après ; mais ils disent désirer faire de lui leur ministre. Ne vaudrait-il pas mieux abandonner cette forme non scripturaire, et le reconnaître toujours comme ministre de Christ ? De cette manière vous le laissez sur son propre et véritable terrain comme quelqu’un tenu de servir Dieu à tout prix et de toutes manières.

 

4.13.4    Le vrai ordre, c’est l’obéissance à la Parole de Dieu, avec la liberté de l’Esprit

J’admets que la Parole de Dieu parle d’évêques et de diacres, mais il n’en est pas parlé ici en Éph. 4. Il n’est pas dit que Christ a donné les uns comme évêques et diacres. Mais je maintiens que selon l’Écriture ces évêques et ces diacres devaient être nommés par l’autorité apostolique ou quasi-apostolique. Ne nous convient-il pas aujourd’hui de dire que, n’étant pas apôtres, nous ne prétendons pas en exercer les fonctions en faisant des ordinations, bien que nous reconnaissions de tout cœur ceux qui possèdent les qualifications requises pour ces charges locales, partout où on les trouve ?

Or le système qui prévaut actuellement non seulement assume une autorité qu’on ne possède pas en réalité, mais il introduit le plus grand désordre et la confusion la plus coupable, si nous en jugeons par l’Écriture, ou même par ses résultats pratiques. Il en est ainsi dans toutes les associations humaines, qu’elles soient de type épiscopal, presbytérien ou congrégationaliste. Qu’y a-t-il en effet de plus fatal à la bénédiction ou à la gloire du Seigneur que de voir un évangéliste plein d’ardeur enchaîné à une sphère limitée d’activité et essayant en vain de répondre aux besoins d’un corps de chrétiens qui ont justement besoin d’être édifiés en Christ ? ou de savoir que, dans le voisinage, un docteur accompli est forcé d’abandonner son don particulier parce que sa congrégation ne se compose guère que d’inconvertis ? Y a-t-il un arrangement plus douloureusement conçu pour entraver l’Esprit de Dieu que ce tissu de canons et cérémonial ecclésiastiques, etc. qui dégrade le ministère au rang de servitude de l’homme, et dispose des âmes comme si elles étaient les serfs du sol sur lequel ils vivent.

Inversement, quand on se place sur le terrain de l’Écriture par conscience envers Dieu, il peut y avoir de la faiblesse, mais il y a place pour le Saint Esprit pour entrer et opérer par qui Il veut. Sans doute, l’ennemi a ses ruses spéciales pour détourner, et si possible pervertir ceux qui se tiennent sur ce terrain ; personne plus que ceux-ci, n’a autant besoin de veiller et prier, pour ne pas dire de s’humilier. Mais grâce à Dieu, ce terrain est le champ d’activité de la foi ; il honore la Parole de Dieu ; il donne à l’Esprit la place qui Lui appartient ; il reconnaît la seigneurie de Christ, accueillant chaque membre du corps là où la Tête l’a placé. C’est pourquoi si on allègue qu’il faut y mettre de l’ordre, je demande quelle sorte d’ordre ? Ce que vous voulez, est-ce un ordre selon votre conception, ou selon celle de Dieu ? Si nous sommes soumis à l’Écriture, nous ne laisserons sous aucun prétexte, aussi spécieux soit-il, mettre de côté le seul ordre que Dieu approuve pour Ses enfants maintenant sur la terre, c’est-à-dire Son assemblée, guidée par le Saint Esprit, présent au milieu d’elle pour maintenir la gloire de Christ et opérer souverainement par qui Il veut, quoique, bien sûr, seulement pour l’édification et avec la bienséance qui convient à la présence de Dieu. Il peut y avoir du désordre par manque de spiritualité, tant de la part de ceux qui ont des dons que de ceux qui n’en ont pas. Mais assurément, l’Écriture est une règle plus sûre et plus efficace pour corriger tous les désordres, que les plus sages règlements des hommes ; cependant tout sera vain si l’on ne dépend pas présentement du Saint Esprit.

Cependant l’apôtre Paul, tout en faisant face aux abus charnels, suppose la plus grande liberté pour l’exercice de tous les dons du Seigneur dans l’assemblée chrétienne, sous réserve seulement de Ses propres restrictions formulées expressément (voir 1 Cor. 14). Si c’était là l’ordre de Dieu à l’époque, quand a-t-il cessé ? L’Église de Dieu n’a-t-elle plus de points de repère divins pour ses services publics ? Je ne porte aucune envie à ceux qui abandonnent le système de Dieu au profit d’un de leur choix ou de leur invention, et qui malgré cela, n’ont aucun scrupule à citer des bribes çà et là, comme les versets 33 et 40 de 1 Cor. 14, pour appuyer des arrangements humains directement contraires tant à la lettre qu’à l’esprit de la Parole inspirée dont on les tire tout à coup. Ce que Dieu a établi pour le culte et le service de l’Église est et doit être aussi obligatoire pour la conscience que ce qu’Il a écrit pour notre marche et notre activité individuelles. En un sens, il me semble même que la désobéissance publique de l’Église collectivement est plus insultante pour Dieu qu’aucune faute individuelle, aussi grave soit-elle. Or quel est l’état actuel de la chrétienté ? Le peuple de Dieu, mêlé au monde, s’est écarté de la parole de Dieu. Je ne parle pas d’eux en tant que personnes, ni en rapport avec les devoirs moraux ; mais on ne laisse pas à l’Esprit de Dieu Sa place dans l’assemblée, ni même dans ses membres individuels. Sa puissance n’est pas reconnue comme une personne divine descendue du ciel, non pas simplement pour convertir des pécheurs, mais pour être le guide de l’assemblée chrétienne. Qu’en est-il du déroulement des réunions de l’Église ? (se réunit-elle même jamais comme telle ?) — la question se pose partout. Qu’en est-il de l’exercice des dons de Christ dans l’assemblée de Dieu, à part du monde ? Lorsque les chrétiens se réunissent ensemble, n’a-t-on pas établi une méthode qui n’a rien de scripturaire, en ceci ou en cela, au lieu de laisser l’assemblée de Dieu être saintement soumise au Saint Esprit, et se confier en Lui pour qu’Il opère librement, pleinement, et avec puissance, par les membres qu’Il veut, pour le bien de l’ensemble ? La Parole révélée de Dieu concernant Son assemblée, n’est-elle pas, comme toute autre vérité, éternelle pour la conduite de l’Église ici-bas ? Je maintiens qu’elle l’est ; et je crois que ceux qui contestent la permanence de son autorité et leur responsabilité actuelle auront bien du mal à répondre devant le tribunal de Christ ; tandis que ceux qui s’en tiennent à la volonté de Dieu exprimée dans Sa parole, auront sûrement Sa bénédiction maintenant, et Son approbation en ce jour solennel.

Or ce n’est pas tout de sortir de ce qui est manifestement mauvais. La séparation d’avec nos associations doit nous être douloureuse, et il ne faut jamais le faire sans croire que c’est clairement la volonté de Dieu. Certes, on ne doit pas refuser les plus faibles chrétiens qui viennent d’ailleurs, mais je ne pense pourtant pas que quelqu’un doive être prompt à recevoir ce qui est nouveau pour lui, à moins d’être convaincu que c’est assurément de Dieu. Si des gens viennent seulement à cause de certaines circonstances heureuses, cela ne tiendra pas : s’ils disent « il y a là tellement d’amour, de vérité, d’union, de simplicité, etc., parmi ces chrétiens, qu’il nous faut les rejoindre », il surviendra bientôt quelque épreuve, et ils seront prêts à dire, « il n’y a point du tout d’amour parmi eux — comme ils sont tous changés ! ». Ces effets spirituels peuvent agir sur les affections et retenir l’attention, mais ils ne suffisent pas comme travail de fond pour le chrétien en présence de la volonté révélée de Dieu. Supposons même que vous arriviez à réunir une assemblée de croyants heureux, tous de la même pensée quant à l’Esprit, à l’Église et à la venue du Seigneur, outre les vérités fondamentales, — je ne voudrais pas en faire partie si on mettait pour condition d’adhérer à leur sentiment. Cela manque de fondement divin, ou le méconnaît. Que ce soit ma part de toujours m’attacher seulement au nom du Seigneur Jésus, le seul centre, parfaitement suffisant, de rassemblement pour toute l’Église de Dieu ! — et faire cela quoi qu’il en coûte, et aussi peu nombreux et faibles que soient ceux qui se rassemblent de la sorte. Il est possible que mon plus cher ami s’égare ; cela peut aussi m’arriver. Bien sûr c’est douloureux et humiliant d’être jugé par les autres parce qu’on a manqué à se juger soi-même. Mais je n’ose pas rester loin du bon chemin, parce que je sais que la volonté de Dieu s’y oppose. Nous ne sommes pas libre de faire de l’Église de Dieu un club religieux à notre convenance. C’est à Dieu à choisir et à appeler comme Il Lui plait pour la gloire de Son Fils ; c’est à nous à obéir de tout notre cœur. Dans la condition de dislocation actuelle de la chrétienté, nous avons appris que les principes de Dieu obligent toujours la conscience, et nous nous sommes réunis pour être là où on est libre de mettre en pratique Sa Parole par le Saint Esprit. Si quelqu’un parmi nous tombe dans le péché, nos adversaires s’écrient aussitôt : Voyez ! ils ne sont pas plus parfaits que leurs voisins. Mais qui a jamais parlé de supériorité personnelle ? Nous ne prétendons à rien pour nous-mêmes, désirant seulement être conduits de Dieu pour marcher individuellement et collectivement comme Il le veut.

Voulez-vous ressembler à ceux qui s’assemblèrent autour de David dans la caverne d’Adullam ? La détresse et la misère où ils étaient en arrivant ne dura pas. Celui qui les attirait à lui était le centre des conseils de Dieu, et Dieu opéra en eux, forma leurs cœurs, et les honora, jusqu’au jour où ces méprisés devinrent les héros et les champions de la cause du Seigneur, alors que tout était en ruine en Israël. Que notre part soit de Le servir fidèlement ! Je crois que, sur le plan ecclésiastique, nous sommes là où nous devons être — là où le Saint Esprit est libre de déployer, manier et appliquer cette vérité qui a pour but de nous séparer du monde, de cœur et en pratique, pour être pour Dieu et pour les objets de Son cœur. C’est maintenant notre faute à nous seuls si nous ne faisons pas de progrès. Si tout ce qui nous entravait autrefois (lorsque nous étions lié à ce qui était un déshonneur systématique au Saint Esprit) est ôté, puissions-nous sentir profondément nos manquements personnels ! Notre principe de rassemblement n’est plus un motif humain, mais bien un motif divin, car ce n’est ni plus ni moins que la mise en pratique, par la foi, de la Parole de Dieu concernant Son Église, selon la lumière et la puissance qu’Il accorde. Si d’autres pouvaient nous montrer en quoi nous pourrions faire Sa volonté plus parfaitement, nous leur en serions très reconnaissants, et nous bénirions Dieu pour cette aide. Puissions-nous tenir ferme la vérité dans la soumission à Son Esprit, désirant le bien de tous les croyants, où qu’ils se trouvent, sans nous préoccuper de les faire sortir ou entrer un instant plus tôt que celui où Dieu leur donnera de connaître Sa pensée ! Je ne reconnais à aucune société humaine, grande ou petite, d’avoir le moindre droit sur un seul enfant de Dieu. C’est seulement de Sa volonté qu’il s’agit. Obéir à Sa Parole, insister là-dessus auprès des autres, ce n’est ni de l’arrogance ni du manque de charité, mais de la foi en Dieu. Puissions-nous y abonder avec actions de grâces.

 

4.13.5    Ch. 4:12 — le but du ministère : le perfectionnement des saints

Nous nous sommes déjà arrêtés sur les formes les plus remarquables du déploiement de la grâce de Christ par le moyen des dons — apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs et docteurs — mais nous n’avons pas encore abordé le but que notre Seigneur avait en vue, le but général du ministère. Le verset 12 nous apprend que les dons sont accordés « en vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du service, pour l’édification du corps du Christ ». Remarquez dès la première de ces expressions de l’Esprit de Dieu, ce qui corrige l’une des erreurs les plus répandues dans la chrétienté aujourd’hui — non pas simplement dans les formes les plus ténébreuses de la chrétienté (car je ne parle pas tant des églises Latines et Grecques), mais là où il y a la lumière orthodoxe du protestantisme, et même des sentiments évangéliques forts. Tous ceux qui sont au courant de la manière de voir si générale aujourd’hui, n’ont aucun doute que, même parmi les chrétiens, la notion principale qu’on a sur le ministère, c’est qu’il consiste simplement à appeler les âmes pour les amener à la connaissance de leur salut personnel en Christ.

Or ce n’est pas le but ultime du ministère pour le Seigneur. Gagner des pécheurs au Sauveur n’est qu’une partie de la bénédiction, même si c’en est une partie nécessaire. Les évangélistes, comme les autres, sont donnés « en vue du perfectionnement des saints », ce qui va beaucoup plus loin. Il est évident qu’il faut d’abord devenir des saints ; mais ce que le Saint Esprit signale comme le véritable objectif du ministère, c’est de former les saints selon Christ ; de les ajuster ensemble conformément à l’appel du Seigneur et à Sa volonté souveraine à leur égard ; de les mettre en état correctement, justement et librement, pour les amener à agir à leur place vis-à-vis de Dieu et les uns envers les autres. Voilà ce qui semble impliqué dans l’expression « le perfectionnement des saints ». Ce qui suit présente plutôt les formes intermédiaires que ce but suppose, « pour l’œuvre du service, pour l’édification du corps de Christ ».

Pour Dieu, Ses saints considérés individuellement sont toujours de première importance, y compris leur bonne condition devant Lui, et leur façonnement complet d’après Sa norme. Ce qui tient à leur rassemblement et à leur fonctionnement comme assemblée, aussi important soit-il, ne vient qu’après. Ainsi le sujet du corps, l’Église, n’apparaît pas avant la fin du chapitre 1. Qu’est-ce qui remplit la première partie de ce chapitre 1 ? ce qui est nécessaire pour le perfectionnement des saints. Dieu Lui-même révèle Sa vérité précisément dans le même ordre, et en vue du même but premier. Ici au ch. 4 on trouve de même les dons de Christ juste après le schéma de ce qu’Il opère. Le perfectionnement de Ses saints est l’objet le plus près de Son cœur ; puis viennent les moyens employés pour introduire dans la connaissance des privilèges qui nous sont communs, et le travail de l’Esprit dans l’assemblée, ce qui est lié avec Sa gloire sur la terre. Ainsi donc, quelle que soit la condition de l’Église, quelles que soient les précieuses voies de Dieu pour s’occuper de l’Église, quelles que soient les affections de Christ pour Son corps, après tout ce qui compte le plus directement pour Dieu, ce sont Ses saints ; leur perfectionnement est Son objectif premier et principal, et Il y tient toujours. Quelles que soient les fluctuations de l’œuvre, et quel que soit le caractère de Son témoignage à un moment donné sur la terre, le perfectionnement des saints est l’objet qui ne cesse d’être devant Lui.

Il y a dans cette pensée quelque chose d’extrêmement doux. Quoi qu’il arrive, Dieu accomplira le perfectionnement de Ses saints, et changera les choses douloureuses et affligeantes en moyens de bénédiction pour eux, la plupart du temps, sinon toujours, à leur honneur. Quand nous avons besoin d’être humiliés, c’est évident que nous ne sommes pas humbles ; si nous ne sommes pas petits à nos propres yeux, il faut que Dieu nous rende tels. Le processus selon lequel Dieu opère n’est pas de nature à nous donner de l’importance, mais Dieu garde toujours en vue la fin bénie qu’Il se propose, et ne manque jamais de l’accomplir. Il en résulte que nous avons toujours lieu de L’adorer pour Sa bonté ; même si dans tout cela il y a de la détresse dans le temps présent, toutefois Dieu ne fait jamais défaut. Il est résolu à perfectionner les saints. Il est fidèle et Il le fera. Il signale cette œuvre à Ses saints comme étant l’objectif pratique de Christ. C’est là que nous avons le ministère sous ces diverses formes selon ce qu’Il dispose souverainement.

 

4.13.6    Ch. 4:13a — Le dessein de Dieu s’accomplit malgré tout

Le Seigneur a à faire au ministère directement et sans intermédiaire, sans intervention de l’assemblée. Un ministère qui émane de l’Église, cela n’existe pas dans l’Écriture, bien que le ministère s’adresse à l’Église. Paul parle de lui-même comme d’un ministre de l’Église, non pas qu’il en dérive, mais dans le sens que son ministère était à son service : car l’Église est formée par le ministère, et ce n’est pas le ministère qui découle de l’Église. Les dons ont pour but le perfectionnement des saints. Le ministère peut faillir, mais le Seigneur ne manque jamais d’arriver à Ses fins. Ce sera peut-être d’une manière plus lente, éventuellement dans une extrême faiblesse, voire même dans l’affliction, mais Il accomplira Ses desseins. Il accorde ces dons « en vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du service, pour l’édification du corps de Christ ». Ces deux derniers membres de phrase sont subordonnés au premier. Il est très précieux de voir les saints agir ensemble ; mais même si l’œuvre du service vient à faillir ou à se gâter entre les mains de l’homme, le grand but que le Seigneur S’est assigné, et pour lequel Il a donné ces dons, est exécuté malgré tout. Et de plus cela est vrai « jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi, et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude du Christ » (4:13). L’expression « l’état d’homme fait » ne se rapporte pas à la résurrection, mais à notre croissance achevée dans la connaissance de Christ.

 

4.13.7    Ch. 4:13b-14 — La connaissance du Fils de Dieu ; l’état d’homme fait

On peut observer cela chez l’apôtre Paul. Bien que son grand travail ait été d’exposer la rédemption de Christ et les conseils de gloire de Dieu fondés sur la rédemption, il ne peut pourtant pas s’empêcher d’insister sur cette pleine croissance des saints liée à l’approfondissement de la connaissance du Fils de Dieu. C’est la personne de Christ qui se dresse devant l’âme, ce qui est vraiment un test de spiritualité, beaucoup plus que n’importe quelle connaissance de Son œuvre. C’est avec Christ comme Personne divine que la vérité appliquée par Dieu à nos âmes par le ministère, nous rend de plus en plus intimes. C’est ceci qui est mis devant nous « jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait ». La connaissance des voies de Dieu dans le passé ne produirait pas cela. Les saints de l’Ancien Testament regardaient au Messie comme une espérance ; mais la forme sous laquelle l’Esprit de Dieu nous présente le but aujourd’hui, c’est la connaissance de Sa personne, comme le Fils pleinement révélé pour notre joie, notre louange et notre culte. Ainsi, ce que nous avons ici, c’est le grand but chrétien, la grande forme de connaissance que Dieu a en vue pour tous Ses saints maintenant. Si l’on compare avec le verset 14, on voit la force de l’expression « à l’état d’homme fait » ; c’est en contraste avec l’état d’enfance, et le verset se continue ainsi : « à la mesure de la stature de la plénitude du Christ ; afin que nous ne soyons plus des petits enfants, ballottés et emportés çà et là par tout vent de doctrine ». Ce que Dieu a en vue pour nous, c’est que nous soyons au stade de pleine croissance, et cela « dans l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude du Christ ». Le contraste signalé est par rapport à cette condition de faiblesse où l’on est exposé à toutes les ruses des hommes, à leurs variations, et à leurs plans de propagation de l’erreur.

 

4.14                      Ch. 4:15

À l’opposé de cela, on arrive à la manière pratique selon laquelle notre accroissement a lieu. « Mais que, étant vrais dans l’amour, nous croissions en toutes choses jusqu’à Lui qui est le chef, le Christ » (4:15). L’expression est bien « étant vrai dans l’amour », ce qui est beaucoup plus profond que « parlant la vérité dans l’amour » selon le texte de la version autorisée du roi Jacques. Certes, « parler la vérité dans l’amour » est une partie très importante de « être vrai dans l’amour », mais ce n’est pas tout. Nous savons tous qu’il est très possible de ne pas être vrai en pensée et en sentiment, tout en tenant des propos tout à fait correct. « Être vrai dans l’amour » implique la vérité dans les parties intérieures de l’être.

 

4.14.1    Être vrai dans l’amour : l’exemple de Christ

Nous trouvons ici les deux traits essentiels de la piété qui se trouvaient en Christ en perfection infinie. Il était la lumière. En tout ce qu’Il disait, Il reflétait exactement la pleine vérité venant de Dieu Lui-même ; bien plus, il était Lui-même cette vérité. Il y a une expression remarquable en Jean 8:25, quand notre Seigneur discutait avec les Juifs et se présentait comme la lumière du monde. Ils lui demandèrent ce qu’Il était et Il répond : « Absolument ce qu’aussi je vous dis » (traduction exacte de l’original ; la version autorisée du roi Jacques traduit à tort « Cela même que je vous ai dit au commencement » ; or il n’y a pas « au commencement », mais « absolument » ; il n’y a pas non plus « ce que j’ai dis », mais « ce que je dis »). Si vous pesez ces mots, vous en verrez la force. Notre Seigneur est exactement et absolument ce qu’Il exprime ; Ses paroles communiquent ce qu’Il est avec une certitude infaillible. Lui était certainement vrai en amour. Les paroles de notre Seigneur faisaient ressortir si complètement l’homme intérieur, Il était si parfaitement transparent, que rien en Lui ne déviait de la vérité ; rien n’avait même l’apparence d’être autre chose que ce qu’Il était exactement. Il en était ainsi parce qu’il n’y avait pas de péché en Lui (1 Jean 3:5), et qu’il n’y avait pas de fraude en sa bouche (És. 53:9). Il n’avait pas d’autre objet que Dieu devant Son âme, comme Il dit Lui-même : « Je fais toujours les choses qui Lui plaisent » (Jean 8:29). On peut être certain que ce qui seul nous donne la puissance de la vérité, c’est d’avoir Christ devant nous comme l’objet de nos âmes pratiquement et en tout. Dès l’instant où nous avons quelque chose de nous-mêmes comme objet, nous nous écartons d’autant, et il en sort ce qui n’est pas la pleine vérité, car Christ seul est la vérité, et Lui seul nous donne la vérité dans l’amour parfait. Nous ne marchons nous-mêmes dans la vérité que dans la mesure où nous sommes remplis de Lui, et que nous L’avons Lui à l’exclusion de tout notre propre mal. Dès que nos cœurs se fixent sur une chose ou une personne quelconque en dehors de Christ, voilà le mal qui se montre — c’est bon pour nous de le savoir et de le reconnaître. Il n’en a jamais été ainsi avec notre Seigneur. Il pouvait dire : « Je me suis toujours proposé l’Éternel devant moi » (Ps. 16:8). Il s’est donné Lui-même à nous comme objet à avoir toujours devant nous.

 

4.14.2    Dieu veut que nous soyons semblables à Christ maintenant

La viande de notre Seigneur et son breuvage étaient de faire la volonté de son Père (Jean 4:34) ; toutefois bien sûr, Il devait rencontrer Dieu au sujet de nos péchés d’une manière à laquelle nul autre n’est appelé. Notre point de départ à nous, c’est une rédemption accomplie par Christ, qui nous a amenés dans la présence de Dieu, et nous appelle à marcher selon la grâce qui nous y a amenés et nous y garde. Même si nous ne le réalisons pas tous, nous en avons fini avec nous-mêmes en vertu de l’œuvre de Christ ; nous sommes approchés de Dieu, amenés à avoir notre chez nous avec Lui, et c’est de là que nous sommes appelés à entreprendre tout ce qui est convenable pour nous ici-bas ; nous avons ici à juger ce qu’est la volonté de Dieu, car nous sommes la faiblesse même si nous ne faisons pas clairement Sa volonté. Dieu ne veut pas seulement que nous soyons bientôt semblables à Christ, mais c’est maintenant qu’Il a cela en vue pour nous. C’est là les délices de Dieu avec Ses enfants, envers et contre tout, partout où le cœur est vrai et où Christ est devant l’âme, bien qu’il puisse y avoir des différences immenses. L’enfant ne reste pas toujours un enfant, mais il devient adulte : il devrait en être de même dans la famille de Dieu. Il veut que tous nous croissions.

 

4.14.3    Les dons servent à bénir les âmes

Or c’est là le but des dons de Christ. Il s’applique à bénir les âmes déjà maintenant dans ce monde : tel est l’objet de tout ministère. Ce n’est pas laissé à nos pensées ou à nos arrangements, mais c’est tout entre les mains du Seigneur. C’est Lui qui aime Ses saints, qui veut les bénir, et qui met en relation directe avec Lui-même Ses serviteurs particuliers qui doivent avoir à faire aux saints, et qui met devant les yeux de ces serviteurs ces objets auxquels Il tient, avec le devoir de s’acquitter de leur charge, — comme un devoir envers Lui et non envers eux. En effet, dès que l’Église devient le principal objet de l’âme, la bénédiction prend directement un caractère très inférieur, sur tous les plans spirituels.

 

4.14.4    Le vrai amour selon Dieu va de pair avec la sainteté — désirer les deux

On peut éprouver des sentiments justes les uns envers les autres, mais il y a quelque chose de beaucoup plus élevé que l’amour de ses frères, aussi divin soit-il. Si vous ne connaissez rien au-dessus de l’amour fraternel comme l’objet personnel auquel vous tenez, vous n’arriverez pas à marcher dans l’amour. Dieu est plus élevé que l’amour, et c’est justement ce qui fait toute la différence, si nécessaire dans le temps présent. L’une des choses principales contre lesquelles nous avons à être en garde, c’est l’effort que fait Satan pour persuader les gens que, parce que Dieu est amour, en conséquence l’amour est Dieu. Or il n’en est pas ainsi. Quand je dis que Dieu est amour, j’exprime ce qu’Il est dans l’énergie active de Sa nature sainte. Mais ce n’est pas tout ce que Dieu est. Il est lumière autant qu’Il est amour ; je dois reconnaître Son amour sans renier Sa lumière. Ce qui prévaut chez beaucoup aujourd’hui, c’est qu’on déifie l’amour pour dépouiller Dieu de Sa lumière. Or quand nous avons clairement devant nous, non pas que l’amour « est Dieu », mais que « Dieu est amour », alors l’amour n’en sera pas moindre, mais au contraire plus vrai et plus pur. L’amour sera alors la source active de nos cœurs, et ne sera pas en conflit avec le caractère de Dieu, mais il laissera place à Dieu pour Se manifester selon tout ce qu’Il est. Dieu est vrai dans l’amour.

Considérez, par exemple, comment Il a agi envers mon âme à la conversion. La foi est-elle la seule chose produite par le Saint Esprit ? Quel est le premier effet de Son entrée chez un pécheur ? C’est de l’amener à n’être rien. N’est-ce pas de l’amour ? Si, mais c’est l’amour de Dieu agissant avec moi dans la vérité de ce qu’Il est, et de ce qu’est la terrible condition du pécheur. L’effet produit sur le cœur de celui qui est renouvelé n’est donc pas simplement la foi en Christ, mais la repentance envers Dieu ; c’est le jugement de toute sa condition morale comme Dieu la voit. Ces deux effets se trouvent donc ensemble dès le commencement quand Dieu opère dans une âme, et dans la réponse morale produite dans l’âme du saint, et on continue à les trouver tout le temps ensemble. Quand un saint agit de manière saine en la présence de Dieu, il y aura place tout autant pour l’amour divin, que pour le maintien de la sainteté et de la majesté de Dieu. Nous ne devrions pas désirer que la peine nous soit épargnée pour échapper à cela aux dépens de Dieu. Aucune épreuve du cœur n’a jamais été passée avec Dieu, sans en avoir reçu de la bénédiction. On pourrait avoir de la bénédiction encore plus richement, sans autant de manquement ou de manifestation de ce que nous sommes. Mais si nous ne saisissons pas Christ de manière à être élevés au-dessus de nous-mêmes, alors il faut apprendre avec douleur ce que nous sommes. Mais Dieu fait tourner tout cela pour la bénédiction. C’est là la pensée capitale de ce chapitre. Dieu nous a amenés dans une position de bénédiction. Tout d’abord nous sommes en Christ devant Dieu, et, ensuite, Dieu demeure en nous : la première de ces choses est notre grand privilège, l’autre est notre responsabilité solennelle, qui découle de ce que Dieu a fait de nous le lieu de Son habitation.

 

4.14.5    La vraie base de rassemblement, celle que Dieu peut approuver

Cette vérité de l’habitation de Dieu exclut immédiatement toutes notions ecclésiastiques rétrécies. Si nous nous réunissons simplement comme une église, une telle relation avec Dieu disparaît. Même si je ne me réunis qu’avec deux ou trois, il faut que ce soit sur la base de L’Église, faute de quoi il n’a pas en lui de vérité devant Dieu ; si deux ou trois chrétiens se réunissent sur cette base, ils font la volonté de Dieu, et ont Dieu demeurant chez eux. C’est là que Christ est, et c’est là que Dieu demeure d’une manière spéciale. Dieu peut bénir dans un rassemblement qui n’a pas Son approbation ; Il peut bénir même dans le papisme. La grâce de Dieu est si riche et donnée si librement, et elle est tellement au-dessus des voies mauvaises des hommes, qu’Il peut se servir du nom de Christ dans les circonstances les plus fâcheuses. Mais que le sceau de Dieu soit mis sur ce que nous faisons, c’est tout autre chose. Pour qu’Il puisse s’y associer, il faut que nous soyons dans la vérité des choses, et que nous agissions selon la pensée divine. Depuis le temps où les apôtres ont été suscités, Paul spécialement, je crois que ce n’est que de nos jours que cette grande vérité a été mise en lumière par le Saint Esprit de manière à agir sur les âmes selon Dieu.

 

4.14.6    La ruine de la chrétienté ne change rien — obéir à la Parole

Depuis la ruine de la chrétienté, je ne connais pas de témoignage adéquat qui ait été rendu à cette grande vérité. Il y a eu abondance d’efforts humains pour améliorer le présent et imiter le passé, mais tout cela est bien différent de ce que Dieu a préparé dans la Parole pour les saints dans une condition déchue. Quand vous voyez un homme s’efforcer simplement et avec toujours plus de sérieux de s’améliorer, vous avez raison de dire qu’il est sous la loi et ne comprend pas l’Évangile. De la même manière, quand un ensemble de chrétiens essaient d’améliorer la chrétienté par de nouveaux plans et de nouveaux efforts, je dois dire que, s’ils comprenaient la nature de l’Église de Dieu et la relation du Saint Esprit avec elle, ils sentiraient combien l’union est un misérable substitut à l’unité ; ils s’humilieraient devant Dieu à cause de l’état de l’Église, et reviendraient à la Parole de Dieu pour voir s’il n’y a pas une réelle direction, humble mais divine, pour l’état de choses actuel dans la chrétienté. Dieu veuille délivrer Ses saints de l’idée aussi profane qu’incrédule, mais si généralisée, que, vu les circonstances présentes, nous sommes obligés de continuer çà pécher ! Pour ceux qui ont du discernement spirituel, cette pensée revient à faire de Dieu quelqu’un comme nous. Si je fais l’abandon de Sa sainteté sur un point, comment puis-je la maintenir ou me confier en Lui sur un autre ? Maintenons au contraire qu’il n’y a pas de situation d’urgence telle que Dieu puisse abaisser Sa sainteté, ou approuver que nous en manquions. Si Sa volonté est parfaite dans d’autres domaines, l’est-elle moins dans ce qui concerne si profondément et de si près la gloire et le nom de Christ, à savoir l’Église ? On raisonne à partir du fait que les choses ne sont plus aujourd’hui dans l’ordre et dans la beauté du commencement ; on va même jusqu’à nier la responsabilité des saints, comme si les chrétiens n’avaient rien à voir, d’une manière ou de l’autre, avec ces écarts publics d’avec Dieu. Va-t-on soutenir qu’il faut adopter ces écarts parce qu’on a été élevé au milieu de cela, tant soi que ses pères ? La question qui se pose pour nous est certainement la suivante : Désirons-nous apprendre et faire la volonté de Dieu ? Est-ce là le grand objectif qui nous dirige ? ou nous contentons-nous de savoir où trouver assez de bien-être et de bénédiction pour surnager ? Je suis pleinement assuré que c’est en faisant la volonté de Dieu, que vous aurez le plus de bénédictions, et les meilleures ; cependant là n’est pas le vrai motif chrétien, et c’est même un guide incertain. On peut aller ici et y trouver un peu de bénédiction, et puis aller là avec l’espoir d’en trouver un peu plus. Mais, comme le dit notre passage, la croissance a lieu « afin que nous ne soyons plus de petits enfants, ballottés et emportés çà et là par tout vent de doctrine » (4:14). Dieu veut que nous soyons gardés de toute la tromperie des hommes et de leur habileté à user de voies détournées pour égarer (4:14).

 

4.14.7    Comment avoir de la certitude dans la confusion régnante — discipline publique et jugement uni

N’y a-t-il donc aucun moyen d’avoir de la certitude au milieu de la confusion régnante ? Assurément il y en a. Quand l’âme est suffisamment brisée pour sentir ce qui est dû à Dieu, Il rendra tout clair. Nous ne devrions jamais, ni en privé ni en public, nous joindre à quoi que ce soit que nous savons être mauvais. Bien sûr on trouve partout des choses dites ou faites qu’on ne saurait approuver ; mais de tels manquements individuels sont quelque chose de bien différent de la participation à des actes publics de culte suivant un ordre qu’on sait d’avance être systématiquement non scripturaire : Là, je m’identifie avec l’offense de ce qui est commis en contradiction avec la Parole de Dieu et établi par une autorité humaine. Ceci montre l’importance de ne rien faire dans l’assemblée sans qu’il s’y rattache tout le poids de l’assemblée.

Il est donc évidemment désirable de laisser hors de l’assemblée tous les questions de controverses. Nous pouvons en parler à un serviteur de Dieu, ou à un frère sage. Mais même si je jouis personnellement de quelque chose, cela ne m’autorise pas à en occuper l’assemblée de Dieu, à moins que je ne croie que Dieu veuille que j’en parle, — il en est ainsi spécialement si cela peut jeter du doute dans les pensées du croyant le plus simple de cette assemblée. Les affaires mineures de discipline ne devraient jamais être présentées à l’assemblée. En présence de ce qui paraît être une fausse doctrine fondamentale ou avoir un caractère d’immoralité grossière, quoi que ce puisse être, on doit évidemment supposer que tous les saints auront le même jugement sur de pareils points. Tous sentiront qu’on ne peut avoir aucune communion avec le blasphème ou l’ivrognerie, ni avec toute autre manifestation fatale du mal de telle ou telle nature. Ce sont des cas qui réclament le jugement uni de toute l’assemblée. Si un saint est ce qu’on appelle un membre de l’Église nationale, ou un dissident, peu versé dans ce qu’enseigne l’Écriture quant à l’idée et l’action ecclésiastiques, — malgré cela, s’il est réellement né de Dieu, il peut ne pas y avoir de différence de fond sur le jugement à porter dans de tels cas. La puissance de l’Esprit est grande, le Seigneur sait comment opérer, et les instincts spirituels communs à tous les enfants de Dieu, guidés par Sa parole sur de tels sujets, trouvent leur expression dans le rejet et le jugement de toutes ces choses mauvaises. La discipline publique dans l’Église est une affaire si sérieuse, qu’on ne devrait jamais y recourir tant que le mal n’a pas atteint un degré tel que tous les croyants dépourvus de préjugés soient unis à son égard. Il y a une tendance chez ceux qui ont un esprit juste et actif, à faire de tout sujet sur lequel on diffère une question que l’Église doit traiter et trancher. C’est une grave erreur, source de malheurs pour tous ceux qui sont concernés, et il faut y résister avec tout le sérieux possible. Les saints sont eux aussi exposés à avoir des préjugés ou des préventions en ce qui les concerne l’un l’autre, spécialement dans les petites choses qui prêtent tant à l’esprit de parti. Pour bien des âmes, ce serait en outre une vraie torture, si toutes les questions privées étaient susceptibles d’être produites en public. Dieu soit béni ! Il a établi Ses propres jalons pour nous guider, et Il nous a montré clairement qu’on ne devrait jamais rien amener sur la place publique de la discipline de l’Église avant d’avoir tout fait pour l’empêcher. Le désir de nos cœurs devrait être la gloire du Seigneur dans la bénédiction réciproque de nos âmes ; or nous savons tous qu’une publicité inutile ne fait que rajouter de la honte, de la souffrance et des difficultés. Quand c’est nécessaire, qu’on le fasse, et d’une manière qui soit pour le Seigneur, en toute gravité et amour véritable. Quand on détruit la vraie idée de l’Église et de son action, on tend à la rabaisser au niveau d’un simple club, quelquefois plus bas que le monde, même s’il y a des prétentions plus hautes.

 

4.14.8    Rassemblements restreints à deux ou trois

Quand nous avons saisi la vérité que le Seigneur a sur terre ce à quoi Il lie Son nom, même si deux ou trois seulement sont rassemblés à ce nom, renonçant à leur relation avec ce qui est du monde et de l’homme ; — quand nous en sommes arrivés à apprendre de Dieu que Celui qui a sauvé nos âmes est Le seul compétent pour former, garder et diriger l’Église — si nous savons qu’Il nous a faits membres de Sa propre Église, tout ce qu’il nous reste à faire est d’agir sur la base de l’Église que Dieu a faite. Si nous appartenons réellement à Dieu, nous appartenons à Son assemblée et nous sommes appelés à la réaliser d’une manière pratique. Si j’en connais bien peu qui agissent selon ce qui s’applique à ce sujet dans la parole de Dieu, j’ai la liberté, bien plus, je suis tenu dans la liberté de Christ de me réunir avec eux. Ce serait, naturellement, un sujet d’actions de grâces si des centaines de milliers se réunissaient de la sorte, bien que ceci puisse occasionner d’autres souffrances et épreuves sur d’autres plans ; mais l’épreuve n’est pas simplement du trouble pour la chair ; si nous marchons avec Dieu, elle sera une occasion pour l’exercice de la grâce et de la patience ; elle fera appel au vrai amour pour Christ qui cherche le bien des autres, et qui se traduit toujours en intercession sous la pression du mal de tous côtés.

Si donc deux ou trois en arrivent à ne plus pouvoir reconnaître d’église humaine, ni de salut humain, faut-il qu’ils continuent à rester, au déshonneur de Dieu et pour la ruine de leur conscience, en persistant dans un mal connu ? Ne doivent-ils pas plutôt, par la foi, se réunir au nom du Seigneur ? Qu’ils fassent tout pour se réunir, en suivant la Parole et en faisant confiance à l’Esprit de Dieu. Ils rencontreront des épreuves, mais ils auront la vraie liberté et le Saint Esprit opérant au milieu d’eux. Cet Esprit a été donné pour demeurer avec eux éternellement (Jean 14:16) ; qu’ils le croient et qu’ils ne manquent pas de compter là-dessus. Peut-être sont-ils très faibles, mais le Saint Esprit n’est pas faible. Quand ils se réuniront, peut-être que personne ne leur parlera longuement, avec profit ; mais l’assemblée de Dieu ne se réunit pas pour des sermons. Qu’il y ait beaucoup ou peu de paroles, leur but est de faire la volonté de Dieu, de se souvenir de Christ, d’agir selon l’Écriture en ayant foi au but et à la gloire de Dieu dans Son Église. S’il y a vingt-mille chrétiens dans les environs, mais qui se réunissent sur des principes humains, quel croyant pourra soutenir que ces deux ou trois ne jouissent pas de la présence spéciale de Dieu parmi eux d’une manière impossible aux vingt-mille ? Plus nous avons le sens de la ruine de l’Église, plus aussi nous avons pleine confiance que les principes de Dieu demeurent toujours intacts et aussi obligatoires aujourd’hui qu’au jour de la Pentecôte. Plus l’âme est heureuse dans le Seigneur, plus elle sera amenée à s’épancher en amour pour tous les saints. Que ce soit notre part par grâce « de croître en toutes choses jusqu’à Lui qui est le Chef, le Christ ! » (4:15). Cela ne dépend pas du nombre des communiants, ni de la forme et des moyens de la puissance dans le ministère, mais bien davantage de l’état de nos propres âmes avec Dieu, et de ce qu’on fait Sa volonté, non seulement dans le service et la vie individuels, mais aussi comme Son assemblée, qui devrait se réunir selon Sa parole.

 

4.14.9    Enchaînement des pensées de 4:12 à 4:15 — Christ seul rempart contre le mal

Il y a donc ces trois choses : d’abord et par-dessus tout, le perfectionnement des saints individuellement ; ensuite, de manière subordonnée, l’œuvre du service [ou : ministère], où d’autres personnes agissent sur moi ; et, enfin, l’édification du corps de Christ. Le but profond et le résultat désiré de tout cela est la croissance jusqu’à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude de Christ ; « afin que nous ne soyons plus des enfants ballottés et emportés çà et là par tout vent de doctrine dans la tromperie des hommes, dans leur habileté à user de voies détournées pour égarer ; mais que, étant vrais dans l’amour, nous croissions en toutes choses, jusqu’à Lui qui est le chef, Christ ». Permettez-moi d’en montrer une preuve pratique. Vous savez que très tôt, toutes sortes de fausses doctrines et d’hérésies ont surgi. Quelle fut la ressource des hommes pieux de ce temps-là ? On inventa des credo et des confessions servant à mettre à l’épreuve les personnes suspectes. Or où était l’autorité pour agir ainsi ? Ces remparts ont-ils maintenus le mal dehors ? Nullement, jamais et nulle part. Il n’y a qu’une seule puissance capable de maintenir la vérité et l’amour — c’est Christ. Là où Christ est réellement retenu et où on Lui demeure attaché, sans instruments humains, on peut commencer dans la faiblesse et l’ignorance, mais la force de Christ finira par être rendue parfaite dans leur faiblesse. La puissance de Christ reposera sur ceux qui, sentant leur propre faiblesse, s’attachent à Lui seul. Imposer des credo fait souvent trébucher les consciences faibles des fidèles, mais parvient rarement, voire jamais, à exclure les hommes mauvais ; et les chrétiens spirituels non plus n’estiment pas juste de les reconnaître, car ils sont sensibles à l’honneur dû à la parole de Dieu, et ils ont été amenés à voir que ces credo sont sans garantie, aussi corrects soient-ils. Il en résulte que vous brouillez les faibles parmi les enfants de Dieu, et vous excluez les forts. Vous avez une foule de gens qui y souscrivent de manière irréfléchie ou bigote ; quant aux hommes dangereux, quel est le voleur ou le brigand qui va se laisser arrêter par un credo ? Les barrières humaines sont capables d’entraver ou de déshonorer l’œuvre de Dieu, mais non pas d’empêcher le mal de l’homme ou de Satan. Ce que vous trouvez dans l’Écriture, ce sont les saints conduits en avant, et le corps bien uni ensemble par les divers jointures et liens, et ainsi alimenté (Col. 2:19). Tel est l’exercice et le fruit du ministère exercé dans toute son étendue ; car le Saint Esprit peut donner là une parole par quelqu’un qui n’a pas de don permanent, bien qu’habituellement Dieu opère dans un homme pour en faire un évangéliste ou un docteur. Ainsi l’existence d’un ministère régulier est une vérité divine, même si la vérité va bien au-delà.

 

4.14.10Pas de ministère unique

Un ministère exclusif, c’est, j’ose le dire, interférer avec les droits de Christ et l’action du Saint Esprit. Dieu a fait en sorte que, dans ces derniers jours, la ruine de l’Église soit plus ressentie qu’elle ne l’a été à aucune autre époque que je sache de son histoire passée ; mais Il a aussi fait apprendre et ressentir aux âmes qu’aucune ruine de l’Église ne détruit un principe divin. Ce qui était la vérité pour l’Église est la vérité pour celui qui croit. Le principe originel du ministère demeure toujours le seul principe que Dieu approuve et que nous devons suivre. La pratique moderne n’existait nullement aux temps apostoliques, c’est une chose humaine propre à nos jours : pourquoi un saint devrait-il alors s’y tenir ou la justifier ? L’Église doit absolument au Seigneur de ne pas interférer avec ceux qui font l’œuvre du Seigneur selon l’Écriture (*). Tous doivent aussi laisser au Seigneur la place pour susciter d’autres ministères comme il Lui plait. Nul ouvrier, si habile et si béni soit-il, ne réunit tous les dons dans sa personne. Tel membre de Christ dans une congrégation peut être qualifié de Dieu pour édifier occasionnellement par une parole de sagesse, ou pour prêcher l’Évangile, ou pour exhorter, ou pour agir comme ministre de telle ou telle manière ou à tel degré, selon la Parole de Dieu. La porte est gardée ouverte dans l’Écriture en principe et en pratique pour tout ce que Dieu donne. Ce n’est certes pas là déprécier le ministère ; au contraire, c’est l’affirmer, et affirmer les droits du Seigneur dans le ministère. Mais le principe sur lequel s’exerce le ministère aujourd’hui, est si entièrement, certainement et manifestement humain, qu’il en résulte inévitablement que bon nombre de personnes même pas chrétiennes sont accréditées comme ministres, et que sont discrédités tous les vrais ministres qui, à cause du Seigneur, rejettent les formes non scripturaires, nouvelles ou anciennes. C’est là un mal qu’aucun homme pieux, s’il a le désir d’être obéissant, ne doit tolérer ni même considérer à la légère, ne serait-ce qu’un instant. Voilà une bonne raison, me semble-t-il, pourquoi c’est un tort de devenir ministre d’une dénomination quelconque qui suit ces traditions sans fondement, — ce qu’elles font toutes. Si vous êtes ministre en aucune manière, vous êtes ministre de Christ et de personne d’autre. C’est clair comme le jour selon la Parole de Dieu. L’action de l’assemblée, en tant que telle, est quelque chose d’entièrement distinct. S’il veut agir correctement, le ministre doit agir de la part de Christ, et de Christ seul, tout en faisant, bien sûr, partie de l’assemblée ou qu’il en soit membre. Il peut s’efforcer d’édifier les croyants par des discours, des exhortations ; il peut chercher sérieusement la conversion des non croyants ; mais avec ou sans ministère (naturellement dans ce dernier cas, il y a une perte), l’assemblée continue, et elle reste compétente pour remplir ses fonctions propres dans la soumission au Seigneur, étant tenue de le faire. Répétons que ce qui constitue la puissance de l’assemblée, ce n’est pas le ministère, mais la présence et l’opération de l’Esprit. Il est aussi important pour l’assemblée de garder cela à l’esprit, que pour les serviteurs de se rappeler qu’ils ont directement à faire avec Christ comme leur Seigneur. Bien entendu, l’abus du ministère, comme tout autre péché, amène nécessairement le coupable sous le jugement de l’assemblée. Nul n’est hors du champ de jugement de l’Église, s’il y donne occasion par quelque mal dans sa conduite. Mais on ne doit jamais voir l’Église interférer, sauf en cas de mal connu, en doctrine ou pratique.

 

(*) Si l’on suppose avoir des droits à interférer parce qu’on honore ceux qui travaillent, ou qu’on contribue à les soutenir, eux et leurs familles, selon ce qui est nécessaire, cette pensée provient d’une source mondaine et mauvaise qui est manifeste. Achèterait-on le don de Dieu avec de l’argent, ou réduirait-on un serviteur de Christ au rang de mercenaire des hommes ? D’un autre côté, prenons garde à l’esprit humain d’indépendance, qui n’est pas autre chose que de l’orgueil, dans un domaine où il est des plus inconvenants et des plus nuisibles.

 

4.15                      Ch. 4:15b-16

Voici quelque chose susceptible d’aider à faire voir la portée pratique du passage. Ce que Dieu fait et ce que Christ donne, les services réciproques des divers membres du corps, les jointures et les liens, — tout a pour but que nous « croissions en toutes choses jusqu’à Christ ; duquel tout le corps, bien ajusté et lié ensemble par chaque jointure du fournissement, produit, selon l’opération de chaque partie dans sa mesure, l’accroissement du corps pour l’édification de lui-même, en amour » (4:16).

Nous avons là la théorie de l’Église, parce que Dieu, en posant ces principes bénis, n’introduit pas les simples accidents du mal. Il n’y a pas la moindre idée qu’ici ou là une vis puisse être mal vissée, ou quelque chose d’autre soit de travers. Tout est supposé se mouvoir harmonieusement en vue du grand but final pour lequel le Seigneur l’a établi. C’est ailleurs qu’il faut chercher (et qu’on trouve) l’action en discipline et les ressources quand le mal domine.

On allègue souvent la difficulté qu’on ne saurait avoir d’Église parfaite sur terre. Qu’entend-on par là ? Ce n’est qu’une évidence banale, si l’on entend par là une condition où aucune âme ne dit ni ne fait jamais rien qui ne soit entièrement selon Dieu, — la proposition contraire n’étant que de la folie. Mais l’on insinue qu’il n’est pas possible d’avoir sur terre aucun groupe de saints selon la volonté de Dieu, je nie cela formellement, et je crois que vous pouvez trouver aisément le chemin de Sa volonté, et que tout croyant devrait le trouver. Si vous êtes membre de l’Église de Dieu, vous avez la responsabilité d’apprendre la volonté de Dieu concernant cette Église, et de ne rien faire d’autre. Si je connais quelque part deux ou trois chrétiens cherchant à marcher selon les Écritures, c’est là ma part. L’un peut être naturellement une personne d’avant-garde, l’autre un original dans ses idées et sa marche. Il peut y avoir des fautes chez tout individu. Mais rien de tout cela ne va me faire hésiter un instant, parce que je reconnais en eux cette partie de l’Église qui, là où ils sont, agit selon Dieu, — et que je le reconnaisse, ne dépend pas d’une idéal sans tache sur tel ou tel point. La question qui se pose est celle-ci : font-ils la volonté de Dieu selon Sa Parole ? La volonté de Dieu est parfaite, et celui qui la fait demeure éternellement (1 Jean 2:17). Sa volonté touchant son Église n’est-elle pas aussi absolue qu’à l’égard de toute autre chose ? Si j’admets cela, je dis qu’il y a là le principe pour agir. Ne nous faut-il pas être aux affaires de notre Père (Luc 2:49) à cet égard ? Il s’ensuit que, pour tous ceux qui veulent plaire à Dieu, il n’y a qu’un question à se poser : quelle est Sa volonté ? Il ne s’agit sûrement pas de se rassembler en tant que troupeau de M. Untel (car où trouvons-nous quelque chose de pareil dans l’Écriture ?), mais bien de se rassembler comme des chrétiens qui s’attachent simplement à Christ, et qui comptent sur le Saint Esprit pour leur enseigner toute la volonté de Dieu. N’est-ce pas là la seule vraie base sur laquelle les chrétiens devraient agir collectivement ? Où vais-je donc trouver des chrétiens rassemblés de cette manière ? Y en a-t-il qui ont eu la foi pour sortir de ce qui est simplement humain, pour se tenir sur le fondement posé dans la Parole de Dieu ? La même Écriture qui me dit comment je dois être sauvé, me dit aussi comment marcher dans Sa maison, l’Église de Dieu. Ni l’assemblée, ni le ministère ne sont laissés à l’intelligence humaine ou aux caprices des hommes. Pour tous les deux, il nous faut chercher dans la Parole de Dieu, et nous y soumettre. Le système de Dieu (car Il en a un, révélé dans l’Écriture), voilà ce que nous avons à apprendre, et d’après quoi nous avons à agir. Nous pouvons rencontrer de grandes épreuves et de grandes difficultés, et nous trouver nous-mêmes dans les mêmes détresses que les saints d’autrefois, toutefois cela même nous confirme la vérité. Nous aurons certainement de la joie et de la force si nous sommes simplement dépendants du Seigneur, et si nous lui obéissons. Les épreuves mêmes deviendront une source de nouvelles bénédictions ; et nous ferons l’expérience combien Dieu peut vraiment nous donner bien des choses de Sa Parole pour l’employer à Sa propre gloire — des choses qui nous étaient jusque-là pratiquement inutiles, et que nous supposions ne se rapporter qu’aux temps apostoliques. Nous commençons alors à trouver une application présente à la Parole de Dieu en rapport avec notre position collective, comme à l’égard de la satisfaction des besoins journaliers de nos âmes. S’il en est ainsi, puissions-nous avoir le bonheur non seulement de savoir ces choses, mais de les faire (Jean 13:17), en persévérant jusqu’à la fin (Marc 13:13 ; Apoc. 2:26).

 

4.16                      Ch. 4:17-22

Nous en arrivons maintenant à la marche des chrétiens en général, celle qui est en harmonie avec la doctrine de notre épître et qui s’y rattache. Au début du ch. 4, il y avait déjà eu une exhortation à marcher d’une manière digne de l’appel dont nous sommes appelés, mais ici l’apôtre rentre dans les détails.

 

4.16.1    Ch. 4:17 — ne pas marcher comme le reste des nations

Cela commence par une solennelle injonction faite aux saints de ne plus marcher dorénavant comme le reste des nations, dans la vanité de leurs pensées. L’Esprit de Dieu nous met en garde contre ce que nous estimerions peut-être inutile — la marche de ceux qui nous entourent — la marche qui était la nôtre avant d’avoir été amenés à Christ. Pourtant, si on y réfléchit tant soit peu, la sagesse d’une telle exhortation est manifeste, car les chrétiens sont d’habitude exposés à être très influencés par l’atmosphère de pensées et de sentiments qui les entoure dans le monde. La passion dominante qui emporte le monde d’aujourd’hui risque toujours d’être en piège au moins à ceux qui se dérobent devant la croix chaque jour, d’autant plus qu’ils ne se défient pas d’eux-mêmes. Quelle que soit la forme prise par ce qui occupe les énergies du monde, spécialement si c’est la philanthropie, le progrès moral ou la religion, nous sommes toujours en danger d’être pris au dépourvu. En outre, et c’est ce dont il s’agit ici directement, les vieilles habitudes sont tenaces, en sorte que l’apôtre n’hésite pas à avertir ces saints qui se distinguaient, non seulement par la fraîcheur de la joie de la foi, mais aussi par leur position extérieure, bien séparée du monde (la ligne de démarcation était nettement définie à l’époque). Malgré cela, dans cette première parole d’exhortation, le Saint Esprit met en garde très solennellement les saints contre le danger d’être entraînés dans les voies et les pratiques des Gentils. C’est souvent un danger pour les chrétiens, parce qu’ils n’aiment pas être singularisés. Il peut y avoir des originaux parmi les enfants de Dieu, sans que l’apôtre ne nous parle, bien sûr, d’individus excentriques, pour lesquels ce n’est pas une difficulté mais un plaisir de ne pas être comme les autres : Ils affectent l’originalité en paroles et en actes, et leurs efforts dans ce sens les rendent bizarres à tous égards. Mais l’apôtre les met en garde contre le danger moral ordinaire, quand la foi a perdu quelque chose de sa simplicité et de sa fraîcheur.

 

4.16.2    Agir en grâce sans abandonner ses propres principes

D’un autre côté, l’apôtre a montré ailleurs — efforçons-nous toujours de nous en rappeler —qu’il est sage et important d’agir envers les âmes en grâce autant que possible, et de ne pas imposer aux autres ce qu’ils n’ont pas la force de porter. En écrivant aux Corinthiens, l’apôtre avait insisté sur ce point, et son ministère en donnait l’exemple. Il était devenu comme Juif pour les Juifs, afin de gagner les Juifs (1 Cor. 9:20). Il était devenu toutes choses pour tous, afin que de toute manière il en sauvât quelques-uns (1 Cor. 9:22). On ne trouvait là aucune sorte d’insistance sur des points particuliers. Le désir de son cœur était le bien des âmes ; et nous pouvons l’avoir sans pour autant insister sur nos pensées et sentiments particuliers, aussi justes soient-ils. Voilà la souplesse du chrétien s’il est établi dans la grâce. Quand il s’agit de nos propres âmes, nous ne saurions guère tirer trop fort sur la corde, ni veiller et prier trop rigoureusement pour éviter de glisser ça et là. Mais il en va tout autrement quand on a à faire aux autres. Nous devons supporter leurs infirmités, même si nous restons forts quant à la vérité. C’est pour leur bien que le Seigneur les met sur nos cœurs. Même vis-à-vis de Ses propres disciples, nous voyons que le Seigneur n’allait pas au-delà de ce qu’ils étaient en état de supporter à ce moment-là. Or le désir même d’aller à la rencontre des âmes, et de ne pas soulever des questions susceptibles d’engendrer des disputes, pourrait exposer le chrétien animé d’un esprit de grâce, à prendre la couleur de son entourage, et d’abandonner ses propres principes. Il nous faut veiller de tous côtés.

 

4.16.3    La marche des nations et les vaines pensées viennent de l’état du cœur

Quant au support dans lequel nous sommes appelés marcher les uns avec les autres, il n’y a pas de doute à ce sujet. Néanmoins il nous faut veiller à ne pas tourner la grâce en légèreté ou en dissolution. « Voici donc ce que je dis et témoigne dans le Seigneur, c’est que vous ne marchiez plus comme le reste des nations aussi marche, dans la vanité de leurs pensées, ayant leur entendement obscurci, étant étrangers à la vie de Dieu à cause de l’ignorance qui est en eux, à cause de l’endurcissement de leur cœur » (4:17-18). L’apôtre commence ici par l’intérieur. Vous remarquerez que nous avons tendance à nous occuper et occuper les autres de ce qui est extérieur. Mais l’apôtre va à la racine de la marche mauvaise des Gentils. Leurs pensées étaient vaines et creuses, ce qui est inévitable pour des gens qui n’ont pas nettement, positivement et d’une manière intelligente, Dieu devant eux, quel que soit le sujet qui les occupe. Ces Gentils n’avaient Dieu devant eux en rien. Ils étaient « sans Dieu dans le monde » (2:12). En conséquence, il n’y avait chez eux que les pensées et la bouche de l’homme, creuses et nébuleuses, imaginant une chose et en exprimant une autre. Quel en était le résultat ? Leur entendement était obscurci. « Ils étaient étrangers à la vie de Dieu à cause de l’ignorance qui est en eux, à cause de l’endurcissement de leur cœur » (4:18). On a là des descriptions variées, non pas de la marche extérieure, mais de la racine de tout le mauvais fruit qu’ils portaient. Dieu n’était dans aucune de leurs pensées. Ils étaient « étrangers à la vie de Dieu ». Comment aurait-il pu en être autrement ? La vie de Dieu ne se trouve que dans Son Fils (1 Jean 5:11) ; or n’ayant pas le Fils, ils n’avaient pas non plus la vie (1 Jean 5:12). Bien loin d’avoir de l’attrait pour le bien, ou un juste sens d’en avoir besoin, ils étaient étrangers au bien ; la raison en était l’aveuglement, ou endurcissement, de leur cœur. C’est là qu’il faut remonter pour trouver la source de la mauvaise conduite de ces Gentils. En bref et dans le fond, elle provenait de leur ignorance, et leur ignorance venait de l’endurcissement de leurs cœurs, non pas de la lourdeur de leurs esprits. Quelle vérité solennelle et pratique, pour toute âme d’homme, convertie ou non ! Notre conduite découle de notre manière de juger, et notre manière de juger découle de nos affections. C’est pourquoi l’état de nos cœurs est ce qu’il y a de plus important en pratique. Nous apprenons ici que tout l’homme extérieur a sa source dans l’homme intérieur, et que l’homme intérieur est formé par ce qui gouverne le cœur.

De là l’immense importance d’avoir Christ comme l’objet de nos cœurs, et même comme l’objet exclusif. Il n’y a rien de plus commun que des affections partagées. C’est même le grand point sur lequel nous avons tous à veiller. Si nous avions davantage l’œil simple et un cœur plus entièrement consacré à Christ, se jugeant mieux lui-même, quelle en serait la conséquence ? Comme c’est le cœur qui donne toujours au jugement sa direction, son caractère et son énergie, il n’y aurait jamais d’hésitation pour la marche individuelle, et la marche ensemble serait tout à fait paisible et dans la lumière de Dieu, sans faux pas ni trébuchement d’aucune sorte. C’est bien là la théorie du chrétien (comp. Phil. 1 et Col. 1). En pratique les difficultés ne manquent pas. Qui de nous n’a pas eu à confesser de tristes chutes et du péché ? Qui n’a pas dû dire : je ne connais pas la pensée de Dieu à l’égard de ceci ou de cela ? En un mot, l’entendement a été trop souvent obscurci, et la marche ne ressemblant pas à celle de Celui à qui nous appartenons. Certes ils ne sont pas tels que ceux décrits dans notre passage. Mais n’est-ce pas solennel que le chrétien ait à veiller contre les mêmes choses mauvaises que celles qui, dans des âmes qui ne connaissent pas Dieu, nient et outragent Son caractère et Sa volonté ? Pourtant c’est ce que nous avons tous à sentir et à confesser quant à nous-mêmes. Nous avons si souvent manqué de lumière divine ! Cela ne devrait jamais être le cas chez un saint. Il n’en a jamais été ainsi avec Christ. Il était la lumière ; de sorte que ce ne serait pas du tout à la hauteur de Sa gloire que de dire qu’Il marchait toujours non seulement dans la lumière, mais selon la lumière. Il n’a jamais connu ce que c’est que d’avoir l’ombre d’un doute. S’Il attendait, ce ne fut jamais pour cause de doute, mais par simple dépendance de la volonté de Son Père, comme en Jean 11. Notre chemin peut être d’attendre ; c’est bien de le faire quand nous n’avons pas une assurance comme la Sienne.

 

4.16.4    Ch. 4:19 — Les Gentils

Le développement qui suit est une description de la terrible dépravation des Gentils, « qui, ayant perdu tout sentiment moral, se sont livrés à la débauche, pour pratiquer avidement toute impureté » (4:19). Sans aucun doute, c’est le plus bas niveau de dégradation morale dont soit capable la vie de l’homme. Mais ce qu’il est salutaire de voir, pour nous, et de nous appliquer pour y trouver une aide, un guide et une protection de nos propres âmes, — c’est que tous les excès de ce mal extérieur proviennent de ce que les cœurs sont obscurcis, et qu’ils le sont par manque de la vie de Dieu. Chez ces Gentils, il n’y avait rien d’autre que ce que Satan tirait du propre esprit de l’homme, d’où il résulte que ses jugements et ses sentiments sont faussés. Les hommes deviennent par suite la proie de toute sorte de maux. Ils s’étaient livrés à la débauche pour pratiquer avidement toute impureté.

 

4.16.5    Ch. 4:20-21 — Apprendre et entendre Christ, selon la vérité en Jésus

4.16.5.1        Vous n’avez pas ainsi appris le Christ

Voici maintenant le chrétien, par contraste : « Vous n’avez pas ainsi appris le Christ », dit l’apôtre (bien que tout ce qui avait atteint les Gentils soit un danger pour nous, et que Dieu se serve du sentiment même du danger pour nous empêcher d’y tomber). Comme tout le mal pratique des Gentils provenait de leur ignorance de Dieu, en suite de quoi le cœur, les pensées, la marche, tout était de travers, — un mal qui s’aggravait sans cesse, — ainsi aussi maintenant, la délivrance de la part de Dieu de tout mal, racine, branche et fruit, c’est Christ. Quelle délivrance bénie, simple, sainte et à la gloire de Dieu ! Cependant l’apôtre n’entre dans aucun des divers processus dont Dieu se sert pour amener ce résultat. En outre, Christ est le chemin aussi bien que la vérité (Jean 14:6). L’unique grand moyen qui s’applique à tous les cas, et qui donne la délivrance la plus sûre, c’est Christ Lui-même. « Vous n’avez pas ainsi appris le Christ ». C’est intentionnellement qu’il présente Christ comme la personne qui a à faire directement avec l’âme. C’est une manière remarquable, quoique habituelle dans Jean, de nous rattacher à notre Seigneur. « Mes brebis écoutent ma voix » (Jean 10:27). Nous nous rapprochons ici de l’enseignement de l’Ancien (2 Jean 1 ; 3 Jean 1), bien que le point sur lequel il est insisté ici ne soit pas la vie, mais l’union des membres avec la Tête. C’est comme si nous avions entendu Christ nous-mêmes. « Si du moins vous l’avez entendu » (4:21a) — il est bien dit « vous L’avez entendu » et non pas « vous avez entendu à son sujet ».

 

4.16.5.2        Selon que la vérité est en Jésus — Différence entre Christ et Jésus

Ils étaient aussi « instruits en Lui selon que la vérité est en Jésus » (4:21b). N’y a-t-il pas une grande emphase dans cette expression ? Ce n’est pas « selon que la vérité est en Christ ». Nous savons bien que Jésus est Christ, et que Christ est Jésus, mais l’emploi d’un mot par Dieu n’est jamais gratuit, et je pense que la différence est d’autant plus grande qu’il est fait usage des deux noms. En tout premier lieu, Il emploie le mot Christ : « vous n’avez pas ainsi appris le Christ » — parce qu’Il place là devant l’âme toute l’étendue de mon privilège. Christ est le nom spécialement utilisé quand je regarde à Lui comme l’Homme ressuscité, exalté. C’est en Lui que j’ai reçu ma bénédiction. Ce terme apporte à mon esprit la pensée de Celui en qui tout est concentré, comme étant mort, crucifié, mais maintenant dans le ciel. Jésus est le nom personnel qu’Il porte sur la terre. L’Esprit a révélé au cours des chapitres précédents le grand nom placé devant nous en Christ. Mais lorsqu’il va parler de connaissance pratique s’appliquant aux devoirs de leur marche ici-bas, Il dit : « si du moins vous l’avez entendu et avez été instruits en lui, selon que la vérité est en Jésus ». Selon ce que je comprends, l’Esprit parle plutôt ici de Lui comme de cette personne qui, aux yeux des hommes comme aux yeux de Dieu, a été dans Ses voies ici-bas l’exemple béni de toute lumière et de toute pureté. Toute personne spirituelle saisira bien vite quelle manière bénie il y a de placer ceci devant nos âmes. Il place devant nous le tableau vivant de tout ce que nous avons en Christ, mais nous le voyons dans les voies de cet Homme béni, Jésus, ici-bas. Par « la vérité qui est en Jésus » n’entend-il pas la vérité que nous voyons, entendons et savons contenue dans toute parole qu’Il a prononcée, dans toutes Ses voies, Son obéissance, Son service, dans toutes les sortes de souffrances qu’Il a traversées sur la terre, dans Sa patience, Sa ferveur, Son zèle pour la gloire de Dieu, Sa compassion pour les pécheurs qui périssent ? Et pourtant, regardez où vous voudrez, et voyez qu’Il ne tolérait rien de contraire à Dieu. Toutes ces choses, et infiniment plus encore, nous les trouvons en Jésus, et nulle part ailleurs, en perfection.

 

4.16.5.3        Différence entre « Jésus est la vérité » et « le Saint Esprit est la vérité »

Ce n’est que dans la personne de Jésus que nous avons toute la vérité pleinement manifestée. Je puis apprendre la vérité par le Saint Esprit, qui est la seule puissance par laquelle je connais la vérité, et je crois que c’est la raison pour laquelle Il est appelé « la vérité » en 1 Jean 5:6. Ni Dieu, comme tel, ni le Père, ne sont jamais appelés la vérité, ni ne pourraient l’être : quand vous parlez de la vérité, vous n’entendez pas simplement la nature divine dans sa perfection, ni Sa personne « de qui descend tout don parfait » (Jacq. 1:17). Pourquoi est-ce Jésus qui est par excellence la vérité ? Jésus est Celui qui m’a présenté objectivement ce qui me fait voir la portée et la relation de toute chose avec Dieu aussi bien qu’avec l’homme. Si je veux tester une chose quelconque, je ne puis jamais parvenir à son vrai caractère avant de la voir en relation avec la personne de Christ. Le Saint Esprit est la vérité subjectivement, parce que nul ne peut contempler Jésus ni trouver la vérité en Jésus sans le Saint Esprit. Le Saint Esprit est le révélateur de Jésus ; notre propre esprit ne peut pas Le voir. Même le nouvel homme ne peut pas par lui-même comprendre Jésus, ni entrer dans les choses de Dieu. Remarquez la manière frappante dont cela fut montré quand les disciples eux mêmes, déjà nés de Dieu, eurent à attendre que le Seigneur leur ouvre l’intelligence pour comprendre les Écritures (Luc 24:45), et recevoir ensuite la puissance pour agir d’après elles. Après avoir été convertis, ils avaient besoin de la puissance de l’Esprit pour être capables de comprendre les Écritures. Il leur fallut ensuite à nouveau attendre la puissance pour rendre témoignage de la vérité d’après les Écritures à d’autres. Ils eurent besoin d’avoir la puissance de l’Esprit, chose distincte de la nouvelle nature, afin d’entrer dans les choses de Dieu. La simple nature humaine ne comprend jamais les choses de Dieu, mais le nouvel homme les comprend ; toutefois, pour qu’il les comprenne, la conduite de l’Esprit est indispensable. Le nouvel homme est caractérisé par la dépendance. Le Saint Esprit agit dans Sa propre puissance. Pour entrer dans la vérité, nous n’avons donc pas seulement besoin de dépendance de Dieu, mais de puissance de Sa part. Je ne parle pas ici simplement à propos de la conversion, mais de l’entrée pratique dans les pensées de Christ, et dans les voies de Dieu telles que manifestées dans les voies de Jésus.

 

4.16.5.4        Jésus, et la vérité au sujet de l’homme

Permettez-moi d’illustrer la valeur de la vérité telle qu’elle est en Jésus. Prenez n’importe quelle vérité, l’homme, par exemple. Où vais-je apprendre la vérité à son sujet ? La trouverai-je en Adam — un homme qui a écouté sa femme après qu’elle ait écouté le diable — un homme qui, quand Dieu est descendu, est parti se cacher, et a même osé L’insulter en rejetant le blâme sur Lui ? Vais-je regarder à ses fils — à Caïn le premier-né, ou à Abel tué par Caïn ? La merveilleuse grâce qui se voit en Abel provenait de Dieu, non pas de lui-même. Si vous poursuivez l’histoire de l’homme comme tel, vous ne trouverez que du mal, de l’orgueil, une présomption toujours croissante, jusqu’à ce que vous laissiez toute cette histoire de côté, par honte et par dégoût. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle aurait fini s’il n’y avait pas eu le Second Adam. Et là je trouve à chacun de Ses pas, dans chacune de Ses paroles, dans tout ce qui a découlé de Son cœur et qui s’est reflété dans Ses voies, Celui qui n’a jamais fait Sa propre volonté. Alors j’apprends la beauté et la merveille d’un homme soumis à Dieu sur la terre — Le seul qui ait jamais marché dans une dignité morale parfaite, quoique méprisé de tous, et par dessus tout haï des chefs religieux du monde de l’époque. Comment Dieu n’aurait-Il pas pris son plaisir en Lui ? Nous trouvons donc ici l’humiliante vérité. L’homme s’est entièrement manifesté : Jésus, la croix, nous en disent toute l’histoire.

 

4.16.5.5        On ne trouve pas la vérité au sujet de Dieu dans la création

Prenons un autre cas. Si je regarde en haut et que je pense à Dieu, où vais-je Le trouver avec certitude ? Dans la création ? Elle est toute ruinée. De plus, se borner à lire quelque chose au sujet de Dieu dans le livre de la nature, c’est n’avoir que des coups d’œil sur Sa puissance et Sa libéralité. Or au milieu de ces caractères immenses et éclatants de la majesté, de la sagesse et de la bonté divines qu’on rencontre de toute part dans tout ce que Dieu a fait sur la terre, je rencontre aussi d’autres caractéristiques, comme la faiblesse, la déchéance, la souffrance, la mort, etc. La question se pose : d’où cela vient-il ? Autant là tout est tordu, autant les premiers caractères n’étaient que droiture. Les derniers caractères débordent de misère alors que les premiers portent l’empreinte de la sagesse et de la puissance. Le résultat de tout cela est que, pour celui qui se borne à raisonner dans la vanité des pensées de l’homme, l’intelligence s’obscurcit ; et tout ce qui peut être appris, même en considérant ce qui sort de la main de Dieu, ne réussit aucunement à donner une connaissance de Lui. J’y vois les effets d’une main autre que celle de Dieu, — la main d’un menteur et destructeur. Au lieu de vous élever de la nature vers le Dieu de la nature, comme les poètes le chantent en vain, vous risquez de sombrer de la nature jusqu’au diable qui l’a toute ruinée. En vous efforçant de trouver Dieu par vos propre forces, vous tombez dans les pièges de l’ennemi. C’est un autre chemin qu’il me faut pour apprendre ce que Dieu est. Recueillir des preuves de Son existence est une chose ; Le connaître Lui en est une autre. Je peux me réjouir dans tout ce qu’Il a fait, mais que sont Ses pensées, Ses sentiments, Ses voies, spécialement envers le pécheur ? Si vous parlez de la Providence, ne voit-on pas Abel souffrir et Caïn prospérer ? Il se fit de grandes œuvres dans la famille de l’orgueilleux meurtrier ; tandis que ceux qui ont alors brillé d’une manière ou d’une autre de la lumière de Dieu, ont été détestés et méprisés par le monde ; ils étaient souvent faibles à leurs propres yeux, mais souffrants et rejetés partout où leur foi les rendait odieux à ceux qui n’en avaient pas. C’est une énigme impénétrable pour l’homme. En présence de tels faits, comment l’homme peut-il discerner le contrôle puissant d’un Dieu selon que la conscience lui en parle ? Il surgit constamment des difficultés, et la raison en est très claire : je ne peux pas trouver la vérité dans les circonstances qui nous entourent, pas plus que dans mes propres pensées. Cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas des traces et des indications dans la providence comme dans la création, mais j’ai besoin de la vérité et je ne puis la trouver ni dans l’une ni dans l’autre.

 

4.16.5.6        On ne trouve pas la vérité au sujet de Dieu dans la loi

Passons maintenant à la loi. Me donne-t-elle la vérité ? Pas du tout. Ce n’est pas que la loi ne soit pas bonne et sainte, mais elle n’est jamais appelée la vérité, et elle ne pourrait pas l’être en soi. Elle était plutôt destinée à faire connaître l’homme que Dieu. Son effet a été de permettre à l’homme d’apprendre par elle ce qu’il est lui-même. Quand c’est l’Esprit qui s’en sert, elle fonctionne comme une charrue dans le cœur, ouvrant beaucoup de sillons et manifestant ce que l’homme n’avait jamais pensé s’y trouver auparavant. Mais rien de tout cela ne montre ce que Dieu est envers l’homme en grâce. La loi elle-même ne peut pas donner la vérité sur ce point. Je ne peux absolument rien apprendre d’elle sur ce qu’est un Dieu-Sauveur, et je ne peux pas non plus apprendre pleinement ce qu’est l’homme. Tout au plus fait-elle voir ce qu’un homme doit être et doit faire ; mais cela n’est point la vérité. Ce que je dois être n’est pas la vérité de Dieu, mais c’est mon devoir. Elle était la norme pour l’homme dans la chair, et c’est pourquoi elle n’a pas été donnée avant que l’homme devienne pécheur. La loi a été donnée par Moïse (Jean 1:17), et non pas à Adam ni par Adam. Le commandement imposé à Adam n’est jamais appelé la loi, bien que, naturellement, il fût une loi.

 

4.16.5.7        Dieu n’est vraiment connu qu’en Jésus

Et encore : vous ne trouverez jamais la vérité, même dans la Bible, si vous la séparez de Jésus. Mais du moment que le même Être béni, qui m’a montré dans Sa propre vie et dans Sa mort ce qu’est l’homme, m’a là aussi montré ce qu’est Dieu, alors tous les nuages se dissipent et les difficultés disparaissent. Désormais je connais Dieu, Le contemplant en Jésus. De nouvelles pensées concernant Dieu se font jour dans l’âme, et me soumettant à Lui, je suis rendu parfaitement heureux ; peut-être pas tout d’un coup, mais aussi sûrement que mon âme a reçu Jésus, et a appris en Jésus ce qu’est le vrai Dieu, je possède la vie éternelle, et je trouve une paix inébranlable. Ce n’est qu’en Lui que je reçois tout ce dont j’ai besoin, tout ce que Dieu a en vue pour mon âme, parce que la vérité est en Jésus. Ainsi donc, comme croyant, je connais Dieu ; je connais ce que les païens n’ont jamais atteint, ni pu atteindre. Leur entendement était obscurci. N’ayant aucune connaissance de Jésus, ils n’avaient pas les moyens de connaître Dieu, ni des moyens complets ni des moyens procurant le salut. Or c’est justement ce que l’évangile apporte à toute âme misérable et dans le besoin qui l’entend aujourd’hui.

Qu’est-ce que j’apprends alors de Dieu quand je regarde à la vérité telle qu’elle est en Jésus ? J’apprends d’abord ceci — un Dieu qui descend vers moi, un Dieu qui cherche mon âme pour me faire du bien, un Dieu qui peut me suivre avec amour, tout égoïste que je sois, et avoir pitié de mon ignorance ; et non seulement cela, mais Quelqu’un qui peut m’instruire, et veut le faire, en dépit de mon obstination et de ma stupidité ; en bref, un Dieu plein de grâce et de fidélité qui se fait connaître en Jésus. Je trouve Quelqu’un qui, après avoir employé d’autres moyens, s’est dépensé en amour sur moi afin que je Le connaisse ; Quelqu’un qui a pris sur Lui de porter le jugement de mes péchés. Car Jésus est venu et a pris sur Lui tous les péchés de toute âme qui croit en Lui. J’apprends maintenant qu’Il a été jusqu’à souffrir pour ce moi haïssable qui L’a rejeté et dédaigné, et qu’Il en a complètement fini avec lui. Ce moi a été jugé à la croix de Christ. Si mon âme croit que Dieu est assez bon pour faire tout cela pour moi, pour souffrir tout cela pour moi, pour en prendre et porter toutes les conséquences sur Lui-même dans la personne de Son Fils bien-aimé ; si je vois cela et que je m’incline devant, et que je le reçois de la part de Dieu, qu’est-ce qui pourrait encore ébranler ou tourmenter mon âme ? Mes péchés ? — Certes, si quelque chose doit troubler mon âme, ce sont eux par-dessus tout. — Or à quoi sert la croix ? Qu’est-ce que Dieu y a fait ? Que m’a-t-Il dit dans l’évangile ? S’Il me dit que Dieu se révèle Lui-même dans Son Fils bien-aimé, et que Jésus le Fils de Dieu a été fait péché sur la croix, pourquoi aurais-je le moindre doute ou la moindre inquiétude à ce sujet ? Tout dépend de ceci : Me suis-je incliné devant ce que Dieu a opéré et m’a donné dans la croix de Christ ? Si je me désespère par rapport au péché, cela revient à rendre la croix de Christ sans effet, et à faire de l’œuvre de Christ une chose vaine. Christ a parfaitement accompli Sa tâche, et j’ai le droit de me reposer sur celle-ci, en sorte que je sais que mes péchés ne peuvent plus jamais s’élever contre moi. Ne devrais-je pas être heureux et me reposer dans la paix la plus parfaite en raison de ce que Jésus a fait et souffert ? Ici, la foi peut se reposer. La mort de Christ a une telle valeur dans les pensées de Dieu, qu’Il aime donner cette paix comme conséquence de cette mort. Voilà la vérité telle qu’elle est en Jésus. Vue de cette manière, quelle profondeur et quelle étendue merveilleuses de vérité ! Combien mon expérience personnelle est quelque chose de pauvre par comparaison avec la vérité telle qu’elle est en Jésus ! La puissance spirituelle est bien mieux démontrée en discernant Jésus chez les autres, qu’en mesurant ou comparant ce que les gens sont en eux-mêmes, ce qui est certes bien loin de la sagesse. Que de déceptions si on ne voit Jésus que selon la réflexion que d’autres en donnent ! Il me faut regarder à la vérité telle qu’elle est en Jésus : dans ce qu’Il a été ici-bas, comme Celui qui, tout au long de Sa vie et jusqu’à Sa mort, m’a montré ce que Dieu est et ce qu’est l’homme, Lui l’homme-modèle.

 

4.16.5.8        Tout est à voir par rapport à Jésus

C’est dans la même personne de Jésus seul que je vois la pleine vérité à l’égard de tout. On pourra constater combien cela est vrai non seulement dans les grandes leçons de ce qu’est Dieu et de ce qu’est l’homme, mais aussi dans toutes les épreuves ou difficultés particulières auxquelles nous avons à faire : quel est alors le seul test pour voir ce qui est bon ou mauvais ? La vérité selon qu’elle est en Jésus. Telle est la puissance qu’il y a à se servir de Jésus pour résoudre cette difficulté, et à voir l’effet de Son nom en rapport avec elle. Il a exprimé Sa volonté à cet égard, — où je dois demeurer tranquille, où je dois agir, comment je dois marcher, et comment je dois supporter : Il m’a donné un exemple afin que je suive Ses pas. Le secret de la puissance qu’il y a à imiter Jésus dépend de la mesure de spiritualité que nous avons pour appliquer Son nom. Ce que je dis implique de la droiture dans le but qu’on se propose, et un désir de marcher devant les autres comme l’on marche soi-même dans la vérité devant Dieu. Il en est d’autant plus ainsi que nous nous tournons vers Jésus, et que nous usons de Lui, et que nous envisageons les choses en Lui : c’est là la règle et la source d’une vraie puissance spirituelle. C’est cela qui constitue la force et la maturité en Christ, et non pas le degré de zèle, ni les victoires sur le monde, ni une connaissance approfondie de ceci ou cela, mais c’est de Le connaître Lui-même. « Je vous écris, pères, parce que vous connaissez celui qui est dès le commencement » (1 Jean 2:13). De qui s’agit-il ? De Jésus. La connaissance de Jésus est la puissance, la force et la sagesse pratiques du chrétien. C’est en cela que consiste le progrès dans les choses de Dieu, et c’est ce qui le démontre. En vérité, c’est ce que tous ont à apprendre, à des degrés divers. Mais avoir cette connaissance en profondeur, de manière à l’appliquer et à le manifester, c’était ce qui caractérisait spécialement les pères. — Chacun parle dans sa propre langue. L’esprit le plus lourd est capable d’employer intelligiblement les mots de sa langue maternelle. Mais il y a entre les diverses personnes une différence immense de capacité à manier leur propre langue : tous ne sont pas capables de parler selon ce que requiert le sujet. Celui qui maîtrise sa langue le prouve en l’appliquant d’une manière appropriée aux sujets les plus divers. De la même manière, tous les saints ont saisi plus ou moins la vérité en Jésus, mais la puissance de bien la connaître, de s’en servir correctement, et de bien la faire ressortir selon les besoins du moment et de la faire tourner à notre profit et à celui des autres, — voilà le vrai secret de nos progrès dans les choses de Dieu, et ce qui tend à la bénédiction âmes et à l’avancement de la cause de Dieu. On ne saurait trop insister sur l’importance d’une telle croissance dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur Jésus (1 Pier. 3:18).

 

4.16.6    Ch. 4:22

Le but pratique de tout cela nous est ensuite déclaré : « pour que vous dépouilliez selon la première manière de vivre du vieil homme, qui est corrompu selon les convoitises trompeuses » (4:22). (*) (**)

 

(*) note Bibliquest : ce texte biblique est celui de la version autorisée du roi Jacques, le mot anglais « conversation » étant rendu en français par « manière de vivre ». La version J.N. Darby donne : « c’est-à-dire, en ce qui concerne votre première manière de vivre, d’avoir dépouillé le vieil homme qui se corrompt selon les convoitises trompeuses »

(**) note de W. Kelly : Certains supposent que la vérité en Jésus est « que vous avez dépouillé votre première manière d’agir, le vieil homme … et que vous avez revêtu le nouvel homme, etc. » (v. 22-24). Ainsi font le Dr. Eadie et Mr. Peile, dont la traduction me semble tout à fait cohérente avec le contexte, malgré la note défavorable d’Alford et Elliott. Mr. Darby considère que la vérité en Jésus n’est pas exactement « que vous devriez dépouiller… », ni « pour que vous dépouilliez », mais « que vous avez dépouillé ». Pour ma part, je n’ai pas changé la traduction, ni le commentaire que j’ai laissé comme auparavant. Le lecteur pourra juger de lui-même.

 

Il ne s’agit pas d’amélioration. Il n’y a pas d’amélioration du vieil homme. Le cœur peut être purifié par la foi (Actes 15:9), mais en lui-même il est « trompeur par-dessus tout, et incurable » (Jér. 17:9). La foi peut opérer la vie nouvelle, et l’Esprit aussi le peut ; mais la chair ne peut jamais être changée ni renouvelée. Nous trouvons ici ce qu’il faut faire de notre vieille nature : « Que vous dépouilliez, etc ». C’est à des chrétiens que l’apôtre parle. Ils ont le vieil homme, et ont besoin de le dépouiller pratiquement. Il faut se méfier, nous souvenant que nous avons encore cette chose incurablement mauvaise, et qu’avant notre conversion nous avons été habitués à laisser le champ libre à ses mauvaises voies, et qu’elle tend encore à nous entraîner dans le mal, si nous ne veillons pas.

 

4.17                      Ch. 4:23-29

4.17.1    Ch. 4:23-24

Maintenant commence la partie positive. Il y a eu d’abord le dépouillement du vieil homme, le jugement moral porté sur lui, sur la base du jugement de Dieu à la croix de Christ, qui en a définitivement fini avec lui. Vient ensuite le renouvellement de l’esprit de l’entendement, impossible à avoir sans jugement du vieil homme. Le renouvellement est présenté comme un processus actuel et progressif, à mesure que l’esprit de l’entendement s’imprègne de Christ. Le dépouillement et le revêtement ne sont pas vus comme s’opérant actuellement, mais comme des actes opérés une fois pour toute. « … et d’être renouvelés dans l’esprit de votre entendement, et d’avoir revêtu le nouvel homme, créé selon Dieu, en justice et sainteté de la vérité » (4:23-24). Ils avaient le nouvel homme, bien sûr, mais il s’agit du revêtement pratique du nouvel homme, de la manifestation extérieure de l’homme nouveau qui était déjà en eux. Il est bon de garder à l’esprit que ceci est « la justice et la sainteté de la vérité ». C’est de nouveau quelque chose de produit par la vérité. Tel est le sens réel et profond de l’expression.

Voici la différence entre la justice et la sainteté. La justice est la vraie perception de nos devoirs relatifs en tant qu’hommes de Dieu, et, bien sûr, la marche selon ces devoirs ; la sainteté consiste plutôt dans le rejet dans le cœur et dans la pratique, selon la nature de Dieu, de ce qui Lui est contraire. La sainteté est donc une chose beaucoup plus absolue que la justice, qui concerne nos obligations envers Dieu et envers l’homme. Elle est en contraste avec le premier homme. Adam était bon en tant que créature, mais il n’y avait pas chez lui de juste perception de Dieu Lui-même, ni de ce qu’était le mal selon Dieu. Il ne connaissait pas alors le péché ; il n’y avait pas de péché à connaître. Si on avait parlé de convoitise à Adam dans le jardin d’Eden, je crois qu’il aurait avoué son ignorance de ce que cela voulait dire. S’il avait été donné à Adam la loi « tu ne convoiteras point », il n’en aurait pas compris le sens, n’ayant fait qu’ultérieurement l’expérience du péché. Nous avons des cœurs qui réclament ce qu’ils n’ont pas, mais ce n’était pas le cas d’Adam. Il était simplement un échantillon humain du caractère bon de la création. Il n’était pas créé selon Dieu en justice et sainteté de la vérité (4:24). Dieu a fait l’homme droit ; mais la droiture est une chose différente d’être créé dans la sainteté. L’homme a été créé droit et innocent, mais le nouvel homme est beaucoup plus que cela ; il connaît très bien par l’enseignement de l’Esprit, ce qu’est le mal et ce qu’est le bien. Adam n’a appris ce que sont le bien et le mal qu’à sa chute, jamais avant. Il devint alors conscient du bien qu’il avait perdu, et qu’il n’était pas, et du mal où il était tombé, que Dieu haïssait et devait juger. Quand un homme est amené à la vérité selon qu’elle est en Jésus, il connaît désormais le bien et le mal avec une conscience bonne et purifiée, alors qu’auparavant il ne les connaissait qu’avec une conscience mauvaise. Rien ne peut rendre une conscience nette que le sacrifice de Jésus. Si quelqu’un de nous était capable de vivre sans iniquité jusqu’à la fin de ses jours, cela lui donnerait-il une bonne conscience ? Pas du tout. Il continuerait d’avoir mauvaise conscience à cause de la conscience de son péché passé, qui n’a été ni ôté ni pardonné. Aucun processus humain, ni le fait de nous donner une nouvelle nature, ne peut nous débarrasser du mal que nous avons fait. Mais le sacrifice de Christ l’a fait parfaitement. Là mon mal est jugé selon Dieu. C’est dans la mort de Christ qu’est traité devant Dieu le mal du vieil homme. Christ est ressuscité d’entre les morts et me communique Sa vie, qui est le nouvel homme. Christ en résurrection est la source même de l’homme nouveau dans mon âme. S’il en est ainsi, nous devons nous occuper du vieil homme. C’est une chose réglée pour la foi. Jésus m’a montré que le vieil homme est une chose jugée à Sa croix, et je dois le juger, ne pas tolérer mon orgueil, ma vanité et ma folie d’autrefois. Je les ai tous encore au dedans de moi, mais je dois les traiter comme mort : autrement j’attristerai le Seigneur et ferai peser Sa main sur moi. Nous avons tous à veiller soigneusement contre notre première manière de vivre ; mais il arrive facilement qu’on se laisse séduire par un mal où on n’était jamais tombé avant, parce qu’on s’est imaginé qu’il était impossible d’y tomber. Rien n’expose tant à chuter que l’idée qu’on ne peut s’écarter de cette manière. La confiance en soi détourne de la dépendance de Dieu, et a été souvent la ruine du chrétien, au moins par rapport à la gloire de Dieu.

Ainsi, il est parlé du nouvel homme de manière à faire ressortir le contraste avec ce qu’était l’homme auparavant, même dans son meilleur état. Oui, même quand Adam sortait des mains de Dieu, on ne pouvait le décrire avec les expressions de bénédiction qui sont vraies aujourd’hui de tout croyant. L’idée d’une restauration de l’état adamique n’existe pas. Une fois convertie, l’âme a la place du second Homme ; or comme Lui, le Seigneur, ne peut tomber, de même le chrétien a une vie à laquelle il ne peut être porté atteinte. Il est impossible qu’un chrétien soit perdu, tout autant qu’il est impossible que Christ perde sa place à la droite de Dieu : car Christ est la vie du chrétien. Si vous dites qu’on peut déchoir de la grâce, rien n’est plus certain. Mais si en disant cela, vous voulez dire que la vie du chrétien peut périr, vous contredisez directement la Parole de Dieu. Il s’agit donc de comprendre les Écritures. Christ Lui-même est la vie du chrétien : peut-Il tomber ? C’est en principe renier Christ Lui-même, que d’admettre le moindre doute à cet égard. Toutes ces exhortations aux Éphésiens sont basées sur ceci, qu’ils avaient appris Christ et connaissaient la vérité selon qu’elle est en Jésus. Ils étaient déjà dans une relation vivante avec Lui, et c’est sur cette base que viennent s’appuyer toutes les exhortations chrétiennes. Est-ce raisonnable de parler de fruit tant que la plante n’a pas bien pris racine ? Inutile de parler à un bébé des devoirs de l’homme. Il faut d’abord qu’il y ait l’homme comme tel avant de pouvoir s’attendre à voir s’acquitter des devoirs de l’homme. De même pour le chrétien, avant qu’il soit permis d’insister sur les devoirs du chrétien. Mais maintenant qu’est connue la vérité selon qu’elle est en Jésus, vous ne devez pas tolérer le vieil homme. L’apôtre parle de fruit et de marche pratiques, parce qu’on est déjà en Christ et qu’on connaît la vérité en Lui. Ceci doit toujours être un grand encouragement pour l’âme. Même si Dieu m’exhorte à me juger moi-même, c’est toujours en supposant que j’ai été béni au préalable comme possesseur de la vie éternelle. C’est sur cette base que Dieu s’adresse, pour ainsi dire, à nous de cette manière : Est-il possible, qu’après que J’aie tant fait pour toi, que tu sois si insouciant de Ma volonté ? C’est toucher la source de la grâce dans l’âme, afin que nous poursuivions notre marche avec Lui et que nous fassions Sa volonté.

 

4.17.2    Ch. 4:25

Il insiste ensuite auprès d’eux, sur quelques-uns des résultats. « C’est pourquoi dépouillant le mensonge, parlez la vérité chacun à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres » (4:25). Ayant appris la vérité en Jésus, la honte du mensonge est d’autant plus manifeste. Quel est le principe que nous avons ici ? Nous sommes trop enclins à considérer le mensonge plutôt sous l’angle humain d’une question d’honneur. Bien des gens ne voudraient pas mentir pour des raisons morales, ou par fierté ; et celui qui a un peu le sens de la crainte de Dieu, ne voudrait pas mentir parce que c’est renier Dieu pratiquement ; cela reviendrait à dire que Dieu n’entend pas. De sorte qu’en regardant simplement à l’homme dans son orgueil naturel, ou à l’homme religieux, comme un juif, vous trouvez les principes d’après lesquel beaucoup agissent. Or c’est insuffisant pour le chrétien. Il est très important pour nos âmes, non seulement de marcher bien et justement, mais que le motif, le caractère et l’étendue de notre marche soient aussi selon Dieu. Non seulement cette exhortation est nécessaire, mais il s’y joint ce à quoi nous pensons rarement dans nos rapports réciproques : nous sommes exhortés à parler la vérité chacun à son prochain, « car nous sommes membres les uns des autres ». Ceci ne concerne que les chrétiens, car il n’y a qu’eux qui sont membres, c’est évident. Il veut rattacher à Christ les devoirs les plus ordinaires, alors que nous sommes en danger de les reléguer sur une base de niveau inférieur. Voici le principe qu’il pose : Il est autant absurde qu’inconvenant pour un chrétien de ne pas dire simplement la pure vérité à un frère chrétien, que pour un homme de se tromper soi-même. Les frères chrétiens font partie de nous-même. « Nous sommes membres les uns des autres ». Le réalisons-nous ? Si oui, quels en sont les effets ? Assurément, l’un des effets est une parfaite clarté quand on s’occupe de ce qui est mal ; un autre effet est d’avoir un réel désir du cœur de redresser ceux qui agissent mal. Il est évident que nous ne pouvons pas désirer nous nuire à nous-mêmes. Si je regarde les autres comme une partie de moi-même, je dois agir envers eux en conséquence. De la même manière aussi, nous devons sentir ce qui est contraire à Dieu dans un autre. Et comme lorsqu’on est réveillé au sentiment de son propre péché, on a le grand désir d’aller à Dieu pour régler cette question pour nos âmes, ainsi devrait-il en être dans nos rapports les uns avec les autres. Réaliser plus profondément cette vérité aurait pour effet de produire un plus profond désir du bien de nos frères. Et du fait que ce doit être selon la gloire de Dieu, nous ne devrions pas simplement juger ce qui est mal, mais nous devrions chercher à obtenir ce qui est juste et selon Dieu. Par exemple, quand des personnes ont été mises hors de communion, nous sommes enclins à ne voir que le fait de s’être débarrassé du mal ; mais est-ce là ce qu’on trouve quand on sent et reconnaît dans la présence de Dieu le fait d’être membres les uns des autres ? Même quand on en arrive à cette mesure extrême avec quelqu’un qu’on a cru être un membre du corps de Christ, la finalité de toute discipline est d’ôter le mal, afin que ce qui est de Christ puisse briller.

 

4.17.3    Ch. 4:26-27 — La colère

« Mettez-vous en colère et ne péchez pas ; que le soleil ne se couche pas sur votre irritation ». Je considère ceci comme une recommandation sainte et très importante pour nos âmes. On a souvent l’idée que c’est mal pour un chrétien d’être mécontent ou en colère. Ce passage et d’autres font voir que cela peut être juste. Mais il faut faire attention à ce qui est la source de la colère, et quel en est le caractère. Si la colère est simplement liée à ce qui affecte le moi, et qu’elle prenne alors la forme de rancune, c’est bien sûr et sans aucun doute, contraire à tout ce qui est de Christ. Le Seigneur Lui-même (Marc 3) a regardé tout à l’entour des gens avec colère, et Il a fait voir clairement qu’Il avait le sentiment le plus profond de ce qui était contraire à Dieu. Il ne se bornait pas à dénoncer la chose, mais aussi les personnes qui en étaient coupables. On trouve la même analogie dans les épîtres. Il ne nous est pas seulement dit de tenir ferme au bien, mais aussi d’avoir le mal en horreur. La pensée naturelle de l’homme est que ce n’est pas au chrétien de juger et d’être en colère contre ce qui est mal. La Parole de Dieu nous enseigne que nous devrions juger certaines choses, et d’autres pas. Je ne dois pas juger ce qui est caché ; je dois juger le mal positif, connu. La ligne de démarcation est tracée clairement et nettement par Dieu. On entend souvent dire que si l’on parle avec force contre le mal de ceci ou de cela, c’est manquer de charité. Il n’en est pas ainsi ; la vraie charité dénonce le mal, elle ne le laisse pas passer. Le véritable amour consiste à avoir toujours les sentiments de Dieu sur ce qui est devant nous. C’est la seule question. Ce avec quoi Dieu a communion, c’est aussi ce avec quoi, nous, nous pouvons avoir communion ; et ce que Dieu hait, nous ne devons ni l’aimer ni le tolérer. Mais nous devons prendre soin d’être dans l’intelligence de la pensée de Dieu. « Mettez-vous en colère et ne péchez pas ». Si on se met en colère, on a le plus grand risque de pécher ; c’est pourquoi ceci est ajouté. Le simple mouvement de colère envers quelqu’un qui a péché peut et devrait être un sentiment saint, pourvu qu’il en reste là. C’est ainsi que la colère est ressentie dans la présence de Dieu. Mais comment savoir que je ne pèche pas dans ma colère ? « Que le soleil ne se couche pas sur votre irritation ». Si l’esprit conserve de l’irritation, et que cela se trahisse par de l’impatience, de l’aversion, ou du mépris, chacun voit bien que ce n’est pas de Dieu. Quand le soleil se couche, c’est un moment pour avoir une communion paisible avec Dieu, et pour faire disparaître toute ressentiment qu’on a laissé germer. Aussi est-il ajouté : « Et ne donnez pas occasion au diable ». Si la colère est entretenue, et qu’on garde des griefs dans ses pensées, Satan entre facilement, et il est malaisé de le déloger.

Dans ces exhortations, comme dans la doctrine de l’épître, il n’est pas question d’améliorer la nature humaine. On voit que le chrétien possède une nouvelle nature : Christ est sa vie. L’objectif pratique est que cette vie soit exercée et manifestée.

Il y a néanmoins un sérieux obstacle, car le vieil homme subsiste, et la chair est encore dans le chrétien. La nouvelle créature n’est aucunement le résultat de l’amélioration de l’ancienne, pas plus que celle-ci ne saurait être absorbée par la nouvelle ou amenée à sa hauteur. Elles sont opposées sans réconciliation possible. « Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit » (Jean 3:6). La seule marche, la seule consolation, le seul devoir du fidèle est de refuser la chair, et de la mortifier, de telle sorte que le nouvel homme ait toute liberté pour accomplir la volonté de Dieu.

 

4.17.4    Ch. 4:28 — Le vol : les motifs supérieurs du chrétien qui travaille pour pouvoir donner

4.17.4.1        Ch. 4:28a : Une exhortation appropriée

Nous avons vu plus haut le danger de céder à la colère ; elle dégénère aisément en haine, et cela fournit au diable une occasion d’entrer. Nous trouvons ensuite une autre exhortation qui semble guère devoir être adressée à des chrétiens « Que celui qui dérobait ne dérobe plus ». Le sens du terme n’est pas exactement « celui qui dérobait », mais « le dérobeur ». « Voleur » serait un terme trop fort ; « celui qui dérobait » est trop faible. L’apôtre a été conduit à choisir un terme assez large pour englober toutes les nuances de ce type de malhonnêteté. Estimez-vous cette prudence inutile ? Faites attention de ne pas vous faire piéger par la confiance que vous avez en vous-même ni par le peu de cas que vous faites de toute parole écrite par Dieu. Il est hors de doute que l’Esprit qui a inspiré l’épître, a aussi jugé nécessaire d’avertir tous les saints, pas seulement ceux d’Éphèse. Pourtant nous ne trouvons nulle part une assemblée aussi heureuse, florissante et bénie de Dieu que celle d’Éphèse. Or même pour eux, vivifiés et ressuscités avec Christ, et assis en Lui dans les lieux célestes, le Saint Esprit a estimé cet avertissement approprié. Dieu nous connaît mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes, et un saint a beau être le plus instruit, le plus dévoué et le plus zélé, aucune de ces vertus, hormis la jouissance de la communion présente et la dépendance effective de Dieu, ne constitue une sauvegarde suffisante. En outre, si par manque de vigilance, une âme s’est écartée et a glissé dans ce qui est si dégradant même aux yeux des hommes, nous pouvons concevoir aisément la force d’une telle parole pour un cœur brisé et couvert de honte, en danger de succomber à une douleur excessive. Combien le cœur sent peu les dangers qu’il court, et combien il connaît peu sa faiblesse et la puissance de Satan ! Une fois restauré, et rendu capable de se juger selon Dieu, il reconnaît la valeur de paroles comme celles-ci, alors qu’auparavant il les aurait jugées presque inutiles pour les saints. Désormais, il ressent aussi combien cet appel du Saint Esprit est extrêmement vaste, embrassant aussi bien les formes plus grossières de malhonnêteté, que toute espèce de coutumes mondaines, professionnelles ou commerciales, qui sont frauduleuses quelle qu’en soit la respectabilité. Dieu fait l’éducation de l’homme nouveau selon Sa sagesse et Sa grâce.

 

4.17.4.2        Une exhortation qui n’est pas une application de la loi

Un tel précepte montre aussi de manière frappante que le chrétien est sur un terrain plus vaste, plus élevé et plus ferme que celui sur lequel se tenait Israël selon la chair, ou plutôt dans lequel il est tombé. Vous n’entendez jamais la loi dire : « Que celui qui dérobait, ne dérobe plus ». Elle dit plutôt : « Qu’il meure ». La loi est bonne si on en use légitimement (1 Tim. 1:8) ; mais cet usage légitime n’est formellement pas pour régler, guider et diriger la marche des justes, mais pour s’occuper des iniques et des désobéissants, des impies et des pécheurs, des gens sans piété et des profanes, en bref, tout ce qui est contraire à la saine doctrine. Romains 6 déclare que le péché ne dominera pas sur les chrétiens, « parce que vous n’êtes pas sous la loi, mais sous la grâce », et ceci se trouve dans un chapitre qui traite de la sainteté de la marche du saint, non pas de sa justification. Pourtant en présence de cette déclaration, qui n’est autre que l’enseignement clair et constant du Nouveau Testament, la tendance générale ordinaire dans la chrétienté est de retourner à la loi, spécialement là où il y a peu de séparation du monde. Cela se comprend facilement. Le monde ne reçoit pas la grâce de Dieu, ni ne la comprend, tandis qu’il peut apprécier dans sa lettre la justice de la loi de Dieu. Quand donc le monde et les saints sont mélangés, la volonté de l`homme ne tarde pas à prendre le dessus ; et comme le saint ne peut élever le monde au niveau de sa position, il est obligé de s’abaisser à ce qu’il a de commun avec le monde ; tous deux se rencontrent ainsi une fois de plus sur le terrain juif, comme si la croix de Christ n’avait jamais existé, et que le Saint Esprit n’avait pas été envoyé du ciel pour retirer les croyants de cette condition de mélange et les rassembler dans l’assemblée de Dieu, à part du monde. La perte est incalculable, aussi bien pour le chrétien pris individuellement, que pour l’Église, et par-dessus tout pour la vérité, la grâce et la gloire de Dieu. La marche ordinaire est réduite à une série d’interdits, en dehors des actes publics de philanthropie, d’activité religieuse et d’observation de rites que le chrétien partage avec quiconque veut se joindre à lui. Ce n’est pas là s’occuper du bien selon la volonté de Dieu, et encore moins souffrir pour Christ ou pour la justice de la part d’un monde qui ne connaît ni l’Un ni l’autre. Ce n’est pas là le christianisme, bien que ce soit l’état et le système de la plupart des chrétiens. Christ a-t-il jamais obéi par crainte du jugement ? Sa vie n’a-t-elle pas été l’abandon de soi-même à la sainte volonté et au bon plaisir de Son Père ? C’est de cette manière que nos âmes doivent être occupées de la grâce de Dieu en Christ, si nous voulons trouver la force de Lui être agréables. Se borner à éviter le mal, à ne pas faire ceci ou cela, c’est en dessous de notre appel. Désirons-nous vraiment connaître et faire Sa volonté comme Ses enfants ? Sommes-nous zélés pour apprendre à bien faire, aussi bien qu’à cesser soigneusement de mal faire en tout ? (És. 1:16). Sinon le jour viendra où nous recommencerons à mal faire, et où notre conscience aura d’autant plus perdu sa sensibilité, que nous aurons appris la vérité sans la mettre en pratique (Jacq. 1:22).

 

4.17.4.3        Ch. 4:28b : Un but positif : donner

Le côté positif de l’exhortation de l’apôtre est fort belle : « Mais plutôt qu’il travaille [l’oisiveté n’est ni bonne ni saine] en faisant de ses propres mains ce qui est bon, afin qu’il ait de quoi donner à celui qui est dans le besoin » (4:28). C’est ainsi que l’Esprit encourage et dirige l’homme dont les mains étaient autrefois employées de manière indigne. Il ouvre ainsi un chemin heureux où la grâce peut faire valoir sa puissance, en dépit d’un naturel et d’habitudes malhonnêtes. Celui qui dérobait avant de connaître le nom du Sauveur, peut avoir maintenant communion avec l’esprit et la pratique du grand Apôtre (Actes 20:33-35), et du Maître Lui-même, se souvenant de Ses paroles qu’ils a dites, qu’Il est plus heureux de donner que de recevoir. Vivre, c’est le but que l’homme du monde se propose en travaillant ; donner est le motif du chrétien. Il ne s’agit pas simplement de superflu fortuit, mais c’est un but formel, spécialement pour celui qui a le sentiment de la miséricorde qui l’a délivré du péché de convoitise, de sa honte et de son jugement. Seulement on ne doit travailler qu’à ce qui est bon et honnête. Il ne sert à rien de plaider qu’on utilise le gain mal acquis à des fins de bienfaisance ou religieuses. Aucune activité contraire à la volonté de Dieu n’est bonne pour le chrétien, mais elle doit être abandonnée immédiatement.

Jamais l’alliance de Sinaï n’a évoqué pareil motif pour travailler. Parler des dix commandements comme la règle pour la marche du chrétien maintenant, c’est reculer du soleil qui domine le jour (Gen. 1:16) pour revenir à la lune qui domine la nuit ; c est éclipser Christ par Moïse sous le prétexte illusoire de servir Dieu. En général, ce que la loi exigeait, sur le principe du droit, de ceux qui lui étaient assujettis, le chrétien est tenu, sur le principe de la grâce, d’en faire beaucoup plus de toutes les manières possibles. L’étendue de l’obéissance est considérablement accrue ; les motifs intérieurs sont fouillés et mis à nu ; toute tendance à la violence, à la corruption, à la fausseté est jugée dans sa racine, et souffrir injustement, tout en aimant, remplace la justice terrestre pour les disciples. Tel est l’enseignement incontestable de notre Seigneur et de Ses Apôtres. Cet enseignement est obscurci, sapé et nié par ceux qui poussent à judaïser l’Église en donnant la loi au chrétien pour règle de vie. En vérité, ils « ne comprennent ni ce qu’ils disent ni ce sur quoi ils insistent » (1 Tim. 1:7).

 

4.17.5    Ch. 4:29

Ensuite, nous n’avons pas seulement à veiller sur nos actions, mais sur nos paroles : « Qu’aucune parole déshonnête ne sorte de votre bouche, mais celle-là qui est bonne, propre à l’édification, afin qu’elle communique la grâce à ceux qui l’entendent » (4:29). Il faut éviter un langage indigne comme on rejette un fruit bon à rien. Si une parole sans profit arrive sur la langue, qu’elle n’aille pas plus loin. Au chapitre suivant nous verrons les allusion impures spécifiquement interdites. Ici le domaine visé est plus vaste. Bien des gens qui ne tiendraient ni n’écouteraient une conversation impure, ont souvent à déplorer d’avoir prononcé ou approuvé un discours équivoque. Il vaut mieux se taire si l’on n’a rien à dire (telle est la force du passage) qui soit propre à l’édification. Le besoin donne la mesure du service, et l’amour édifie au lieu d’enfler comme le fait la connaissance (1 Cor. 8:1). Il est également vrai que « dans la multitude des paroles la transgression ne manque pas » (Prov. 10:19), et que « les lèvres du juste en repaissent plusieurs » (Prov. 10:21) et qu’elles « savent ce qui est agréable » (Prov. 10:32), et ceux qui les entendent en sont rafraîchis et bénis.

 

4.18                      Ch. 4:30

Jusqu’ici nous avons eu des bases pour agir dans la sainteté, ainsi que des mises en garde contre le péché, issues des caractères du nouvel homme. Mais tout cela ne nous présente pas le caractère complet et la pleine puissance du chrétien. Le Saint Esprit de Dieu habite en lui. Il est insisté maintenant sur la portée pratique de cette vérité solennelle et bénie. Il est dit (2:22) que nous sommes édifiés ensemble pour être une habitation de Dieu par l’Esprit, en conséquence de quoi l’apôtre nous exhorte au chap. 4 à marcher d’une manière digne de l’appel dont nous avons été appelés. Mais il y a une habitation individuelle de l’Esprit, outre Sa relation avec la maison de Dieu. Nous avons été scellés par l’Esprit, devenant par là la propriété de Dieu sur la base d’une rédemption accomplie. Le sang précieux de Christ a effacé nos péchés ; en Lui nous avons la rédemption par Son sang, le pardon des fautes selon les richesses de la grâce de Dieu (1:7). Ainsi, Son sacrifice a effacé tout notre mal devant Dieu et pour la foi, et nous possédons une nouvelle nature en Christ, en sorte que le Saint Esprit peut venir et habiter en nous, et nous sceller pour le jour de la rédemption (4:30), où notre corps sera transformé à la ressemblance de la gloire de Christ (Phil. 3:21), aussi sûrement que nos âmes sont maintenant vivifiées dans Sa vie.

En présence de ce privilège infini actuel, et de cette assurance d’une gloire éternelle, l’apôtre ajoute : « Et n’attristez point le Saint Esprit de Dieu, par lequel vous avez été scellés pour le jour de la rédemption » (4:30). L’Esprit est la source de l’énergie pour fortifier le saint pour qu’il fasse tout ce qui est agréable à Dieu. Mais ceci suppose qu’il y a du jugement de soi-même et de la dépendance de Dieu. Sinon, nous L’attristons, et Il nous est fait sentir non pas Sa puissance, mais notre propre misérable infidélité.

Il semble étrange qu’un chrétien soit assez inintelligent pour confondre la parole qui nous occupe [n’attristez pas le Saint Esprit] avec « n’éteignez pas l’Esprit » de 1 Thes. 5:19. Le contexte (1 Thes. 5:20) montre clairement que c’est un avertissement à ne pas empêcher la moindre manifestation réelle de l’Esprit Saint dans un saint, aussi faible soit-il. L’histoire de la chrétienté jusqu’à aujourd’hui prouve combien ce précepte était nécessaire, et combien peu on a prêté attention à cette injonction de l’apôtre. Mais le passage d’Éph. 4 concerne personnellement chaque saint et sa manière de vivre journalière.

Notons aussi la différence de langage du Psaume 51 (v. 11) : « Ne m’ôte point l’esprit de ta sainteté » (*). Même quand l’apôtre insiste pour qu’on n’attriste pas le Saint Esprit, il ne suggère jamais qu’Il puisse être ôté. Au contraire, dans la même exhortation, l’apôtre nous assure que nous avons été scellés par Lui pour le jour de la rédemption. Où trouver une déclaration plus complète de notre sécurité personnelle que dans une telle phrase ? À quoi devons-nous alors attribuer la différence ? Il ne faut pas l’attribuer, je n’ai guère besoin de le dire, à un degré d’inspiration plus élevé chez l’apôtre Paul que chez le roi David ; mais cela provient de la modification des relations de l’Esprit avec le saint depuis que Jésus est mort, ressuscité et monté au ciel, — modification nécessaire et révélée dans la Parole. Jusque-là il n’y avait rien de pareil au don du Saint Esprit et à Sa demeure pour toujours avec le croyant. Il bénissait les âmes, Il agissait en elles et par elles, Il les remplissait de bonne heure de joie et de force ; mais avant la glorification de Jésus, il n’y avait pas, et ne pouvait pas y avoir, d’habitation du Saint Esprit comme le chrétien la possède et la connaît présentement, à cause du péché ôté par Son sang. C’est pourquoi il nous est dit de ne pas attrister l’Esprit, mais depuis qu’Il a été donné, nous ne sommes jamais supposés prier pour que Son départ n’ait pas lieu. Il est incontestable que ceci aggrave le péché du chrétien, et confère dans ce cas un caractère poignant et amers aux remords ; mais Dieu se sert de cela même pour donner un avertissement d’autant plus sérieux à Son enfant. Ce verset prouve donc clairement d’un côté le danger de pécher et, par là, d’attrister l’Esprit ; de l’autre, la sécurité du saint même dans des circonstances aussi tristes, et en dépit d’elles. Il est amené à Dieu, réconcilié, lavé, sanctifié, justifié ; il a la vie éternelle et ne périra jamais ; il est scellé de l’Esprit, et qui pourrait briser ce sceau ? S’il tombe dans le péché, assurément Dieu le verra et châtiera, éventuellement jusqu’à la mort. Car Dieu ne passera pas à la légère sur le mal chez le croyant, ni ne le condamnera avec le monde (1 Cor. 11:32). Aussi Pierre exhorte-t-il les fidèles à marcher dans une sainte obéissance (1 Pier. 1:2), et s’ils invoquaient comme Père celui qui, sans acception de personnes, juge selon l’œuvre de chacun, ils avaient à se conduire avec crainte pendant le temps de leur séjour ici-bas (1 Pier. 1:17). En même temps, loin d’affaiblir leur confiance, l’apôtre continue son exhortation « sachant qu’ils avaient été rachetés, non par des choses corruptibles, de l’argent ou de l’or, mais par le sang précieux de Christ » (1 Pier. 1:18-19). Ainsi la vérité de Dieu a pour effet d’attirer et de fortifier les affections, même quand elle nous jette le front dans la poussière. Au contraire l’erreur humaine affaiblit la pleine grâce de Dieu, et échoue complètement à humilier l’âme. Mais quelle vérité pour le croyant, qu’il a au-dedans de lui la présence constante d’une personne divine, le Saint Esprit, témoin de tout ce qui s’y passe ! Combien nous devrions prendre soin de ne pas l’attrister ! Ce n’est pas une vérité seulement pour la conscience, mais c’est une vérité si riche en consolation ; car Il habite en nous éternellement, non que nous soyons dignes d’un tel hôte céleste, mais c’est en vertu de la valeur de Jésus et de la perfection avec laquelle Son œuvre nous a purifiés de nos péchés aux yeux de Dieu ; et Il habite en nous pour notre joie, notre force, et notre bénédiction éternelle, par Christ et en Christ le Seigneur. Puissions-nous être rendus capables d’être toujours pleins de confiance, priant sans cesse, sans faiblir !

 

(*) note Bibliquest : le texte conservé par W. Kelly est celui de la version autorisée du roi Jacques qui lit « ton Saint Esprit » au lieu de « l’esprit de ta sainteté » (JND).

 

On a déjà vu plus haut la doctrine de la présence du Saint Esprit dans le croyant individuellement, et de ce qu’il est scellé pour le jour de la rédemption ; cette doctrine paraît liée de la manière la plus étroite à la sainteté pratique, en constituant un motif et un moyen de préserver cette sainteté, tout autant que la puissance de cette sainteté. Qu’y a-t-il, en effet, de plus solennel et touchant que le rappel de l’habitation permanente d’un tel hôte dans le corps du croyant ? Quoi de plus certain que le fait qu’Il est, non un Esprit de crainte, mais de puissance, d’amour et de sobre bon sens ? (2 Tim. 1:7). Nous pouvons être extrêmement faibles, avec un cœur naturel trompeur par-dessus tout et incurable. Mais ce n’est pas la seule vérité. Le chrétien est caractérisé par l’habitation du Saint Esprit en lui. Est-Il faible, Lui ? Ou, s’Il est tout puissant, est-Il dans le croyant le témoin passif et inactif de toute ses fautes et ses infirmités ? N’est-Il pas au contraire en lui pour attacher ses affections à Christ, pour glorifier Christ, prenant de ce qui est à Christ pour le lui communiquer ? (Jean 16:14). Sans doute, Il peut être attristé, et Il l’est, par les folies que l’on se permet, par la négligence, par le mal, — ce contre quoi nous venons d’être sérieusement mis en garde. Ce serait bien que ceux qui parlent sans cesse de la chair bonne à rien (ce qui est clair et certain) gardent présent à l’esprit que le croyant, le chrétien, n’est plus dans la chair mais dans l’Esprit, vu que l’Esprit de Dieu habite en lui. Il convient par conséquent, que le péché, absolument tout péché, soit confessé et jugé ; mais ce n’est ni de la vraie humilité, ni la foi des élus de Dieu (Tite 1:1) d’ignorer ce fait béni et encourageant, et en même temps sérieux, que l’Esprit de Dieu est en nous pour nous communiquer toute force en révélant Christ à nos âmes (3:16-17). Il est incontestablement salutaire d’apprendre la douloureuse leçon de Romains 7:7 et les versets suivants ; mais en rester là démontre que cette leçon a été mal apprise. Car la vraie place du chrétien, à cet égard, est la fin du chapitre qui l’introduit dans les exercices encore plus profonds et les souffrances plus désintéressées du ch. 8, avec la liberté, la puissance, l’espoir et la sécurité qui sont notre part par grâce, selon ce que montre si abondamment ce chapitre 8. La rédemption de notre corps et de la création extérieure n’est pas encore opérée, mais Celui qui en est les arrhes est au-dedans de nous.

 

4.19                      Ch. 4:31

Ceci étant, « que toute amertume, et tout courroux, et toute colère, et toute crierie, et toute injure, soient ôtées du milieu de vous, de même que toute malice » (4:31). La proximité étroite dans laquelle la famille de Dieu est amenée peut devenir un piège à moins d’être vigilants et de regarder simplement à Christ. Le Saint Esprit ne laisse le champ libre à aucun sentiment mauvais quelconque. Ce sont là les infractions à notre proximité ; au chapitre suivant (v. 3 et suiv.) nous trouverons les abus de cette proximité.

Venons-en aux détails. « Toute amertume », désigne, je pense, toute espèce d’humeur acerbe, impitoyable, qui repousse les âmes au lieu de les gagner, et amplifie à l’extrême les fautes réelles ou imaginaires d’autrui. « Le courroux et la colère » qui viennent ensuite, se rapportent à l’éclat de la passion, et au ressentiment rancunier bien établi, lequel se développe quand on laisse le champ libre à l’aigreur ; « la crierie et les injures » en sont respectivement la contre-partie en paroles : tous ces sentiments proviennent de la source souterraine de « toute malice », condamnée à la fin du v. 31. Ainsi, de même que nous avons été mis en garde contre la malhonnêteté en parole et en acte avant l’allusion au sceau du Saint Esprit, de même maintenant après cette allusion, l’apôtre dénonce la haine sous ses diverses formes et manifestations. C’est, hélas ! naturel au premier homme Adam — c’est la même corruption et la même violence qui ont amené le déluge sur l’ancien monde, et qui, malgré le jugement de Dieu, se sont renouvelées et se renouvelleront encore, jusqu’à ce que Christ s’occupe Lui-même, en personne, de l’homme et de Satan.

 

4.20                      Ch. 4:32

4.20.1    Une activité pour le bien

Comme on l’a déjà observé dans les versets précédents, il ne suffit pas de s’abstenir des pensées et des œuvres de la chair. Il y a l’activité pour le bien en Christ, le Second Homme, et c’est ce que le Saint Esprit produit dans le chrétien, et en même temps réclame de lui. C’est pourquoi il est ajouté : « Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant les uns aux autres comme Dieu aussi, en Christ, vous a pardonné». Ce dont il s’agit clairement, c’est de manifester la grâce, et le modèle de tout cela, c’est Dieu en Christ, non pas dans la loi, aussi saint, juste et bon que soit le commandement (Rom. 7:12). Mais si bonne que fût et que soit la loi, Christ est bien mieux que tout, étant la véritable et seule expression parfaite et complète de ce que Dieu est. Laissant à la loi le soin de s’occuper des méchants selon son usage légitime que l’apôtre déclare expressément (1 Tim. 1:8-9), nous qui sommes morts avec Christ nous ne sommes plus sous la loi, mais sous la grâce, laquelle, par la puissance de l’Esprit, nous fortifie selon son propre caractère et nous donne communion avec Celui qui en est la source.

 

4.20.2    Problème de traduction du v. 32 — KJV — Ce qu’est la réconciliation

Le lecteur notera que la traduction retenue ci-dessus pour le v. 32 se démarque de la version autorisée du roi Jacques (*). C’est à bon escient. Il est difficile de dire pourquoi les traducteurs du roi Jacques ont délaissé le grec, suivis par Wycliffe, Coverdale, et même la version de Reims (1582), d’autant plus que Bèze, qui les a souvent influencés, est correct ici. La traduction erronée obscurcit la vraie grâce de Dieu qui est placée devant nous comme notre source et notre modèle, et elle tend à appuyer l’erreur selon laquelle Christ est la cause qui a produit l’amour de Dieu, au lieu d’être le canal béni et infini nous communiquant cet amour, le seul moyen possible par lequel Son amour pouvait nous profiter en sainteté et en justice. Cela fait partie de la même erreur de penser à Dieu comme « notre Père réconcilié », ou de dire que Christ « est mort pour Le réconcilier avec nous ». L’expiation était nécessaire sans aucun doute, l’expiation de nos péchés par le sang de Christ. « Il a été blessé pour nos transgressions, il a été meurtri pour nos iniquités » (És. 53:5). Mais Dieu était en Christ, réconciliant … (2 Cor. 5:19). C’est nous (non pas Lui) « qui avons maintenant reçu la réconciliation » (Rom. 5:11). « Et vous qui étiez autrefois étrangers, et ennemis, quant à votre entendement, dans les mauvaises œuvres, il vous a toutefois maintenant réconciliés » (Col. 1:21). Telle est la doctrine constante de l’Écriture. Combien tout est béni quand on le met et le garde à sa place ! L’expiation est cet aspect de l’œuvre de Christ envers Dieu, pour ôter le péché en subissant dans Sa propre personne le jugement divin du péché ; à l’inverse, la réconciliation, est envers nous, pour nous ramener en Christ vers Dieu. Les deux choses sont parfaitement vraies. Les confondre, c’est perdre beaucoup, et tout affaiblir, et, plus grave encore, c’est donner une représentation plus ou moins erronée du caractère de Dieu, comme si, de juge courroucé qu’Il était, Il était changé en Père plein d’amour par le moyen de Christ. Dieu est amour, aussi véritablement qu’Il est lumière. Il est ce qu’Il est, non pas ce qu’Il est fait.

 

(*) la version autorisée du roi Jacques traduit le verset 32 de la manière suivante : « Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant les uns aux autres, même comme Dieu vous a pardonné à cause de Christ».

 

 

5         Chapitre 5

5.1   Ch. 5:1-2

5.1.1        Ch. 5:1

Quel principe puissant s’ouvre ici pour les saints ! « Soyez imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants ! » (5:1). Quelle limite peut-il y avoir quand on est exhorté à imiter Dieu Lui-même ! Ce n’est plus comme avec la loi, l’affirmation d’une exigence de la part de l’homme placé sur le pied de sa responsabilité devant Dieu, en tant que créature. Dieu s’est révélé Lui-même en grâce, et en outre, Il est Dieu, il n’y en a pas d’autre (És. 45:22) ; et comme Il nous a communiqué Sa propre nature, il ne peut pas y avoir de norme moindre ni inférieure. Ce serait Le déshonorer, Lui et la grâce qu’il nous a montrée et qu’Il ne montre nulle part plus pleinement qu’au début de cette épître. Ce serait aussi la plus fâcheuse perte pour Ses bien-aimés enfants qu’Il désire éduquer et bénir de plus en plus dans cette scène même de mal et de douleur, transformant les circonstances les plus adverses en occasion de nous enseigner ce qu’Il est dans les profondeurs de Sa grâce, et nous remplissant du sentiment de cette grâce de manière à former nos cœurs et à façonner nos voies, — tandis que nous nous oublions nous-mêmes et que nous vivons dans la vérité de Christ, au-dessus de nos habitudes et des conventions humaines.

Ni la loi, ni même la promesse n’avaient jamais ouvert un pareil domaine. Le seul fait d’être appelés à imiter Dieu, suppose la grâce parfaite dans laquelle nous sommes : sinon, un tel appel serait insupportable. Sans doute il est très humiliant de penser combien peu nous avons répondu à cet appel de Dieu ; mais le sentiment même de nos insuffisances antérieures, s’il est profond, et si nous ne perdons pas de vue Sa grâce, est mis précieusement à profit, et ainsi nous croissons et poursuivons avec Dieu sans même guère y penser. La loi exigeait ce que l’homme devait rendre à Dieu : aimer Dieu et notre prochain n’est rien de plus que le devoir auquel nous sommes clairement tenus. La promesse présentait l’espérance de la Semence qui amènerait la bénédiction, non pas pour Israël seulement, mais pour toutes les familles de la terre. Mais maintenant que la promesse a été méprisée et la loi violée, Dieu s’est révélé Lui-même en Christ ; et en même temps qu’Il accomplit tout en Christ, Il a manifesté des conseils plus élevés en grâce infinie envers nous, de telle sorte que Son propre caractère, ainsi déployé, devient le Seul modèle convenable d’après lequel Il veut former Ses enfants déjà ici-bas. « Soyez donc imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants ; et marchez dans l’amour, comme aussi le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous, en offrande et sacrifice à Dieu en parfum de bonne odeur » (5:1, 2).

 

5.1.2        Ch. 5:2a

Se pardonner les uns aux autres, comme Dieu aussi nous a pardonné en Christ (4:32), est quelque chose de béni, mais c’est insuffisant, même que ce soit selon Son cœur et Ses propres voies. Un tel pardon est assurément divin dans sa source, et pour la chair il est impossible dans tout son caractère et toute son étendue ; mais il est en vue de l’homme, des manquements de l’homme et des éclats de la nature mauvaise. Dieu aimerait voir en nous un pardon de cette qualité. C’est le fruit de Sa grâce, tellement nécessaire dans un monde tel que le nôtre, et tellement salutaire pour Ses saints dans leurs rapports et leurs relations mutuels. Mais c’est encore loin d’être l’expression de tout ce qu’Il est et de tout ce dont Il voudrait que nous jouissions et que nous reflétions. Il y a l’activité du bien vers l’extérieur selon Son cœur, sans qu’il soit question de mal à pardonner, car le pardon, aussi réel et doux qu’il soit, reste en un sens purement négatif. Ici tout est positif et coule comme tout à nouveau, au-dessus de la pensée humaine. Aussi est-il dit : « Marchez dans l’amour, comme aussi le Christ nous a aimés et s’est livré Lui-même pour nous », etc. Être pardonné était notre besoin urgent et pitoyable, si nous voulions avoir la moindre consolation de la part de Dieu, et le moindre espoir d’être délivrés de la colère et d’être bénis ensuite ; c’était par grâce, bien sûr, la grâce de Dieu, mais la grâce répondant au besoin de l’homme, voire même délimitée par lui. Mais maintenant nous sommes sur le terrain nouveau de l’excellence de Christ et de l’exercice de ce qui est propre à Dieu dans l’activité de Sa propre nature. Aussi il n’est pas fait allusion ici au sacrifice pour le péché, ni simplement au sang et aux souffrances de notre précieux Seigneur, mais à ce qu’Il s’est livré Lui-même pour nous, dans un amour incomparable, « comme offrande et sacrifice à Dieu en parfum de bonne odeur ».

 

5.1.3        Ch. 5:2b

Il ne faudrait pas se méprendre sur un tel sujet, ni affaiblir un instant la certitude que dans les souffrances du Seigneur sur la croix, il y a des profondeurs qu’on ne trouve que là ; mais ces souffrances ne nous sont pas données en modèle, ni ne pouvaient l’être, car elles appartiennent exclusivement à Celui qui a porté nos péchés en Son corps et qui a été fait péché pour nous, en subissant ce jugement de Dieu que ni homme, ni ange, ni créature renouvelée ou non, ne pouvait partager avec Lui, — même si cela nous comble de bénédiction, et nous remplit de reconnaissance, d’adoration et de délices en Celui qui a été ainsi seul, non seulement pour nous, mais pour la gloire de Dieu, étant l’objet de la colère que Dieu ressentait et devait exécuter contre le péché. Mais ici il est question de ce qui fait ressortir l’amour admirable de Christ dans tout son parfum positif et toute sa beauté, en vue d’appeler et susciter, dans l’énergie du Saint Esprit, une marche pratique de la nouvelle nature dans les saints qui réponde à cet appel ; car en effet Christ est notre vie, et y a-t-il des limites à la puissance de l’Esprit qui habite en nous ? L’amour conduit à servir dans le renoncement à soi-même, soit en Christ d’une manière parfaite, soit en nous selon notre mesure ; mais assurément c’est cet amour qui donne et forme l’esprit de service, comme nous le voyons en notre précieux Seigneur (Phil. 2).

 

5.2   Ch. 5:3-7

5.2.1        Ch. 5:3

Toutefois plus l’amour est doux et béni, plus il est exposé au mal, à moins d’être maintenu dans la puissance divine et le jugement de soi-même. Il rapproche les uns des autres, il éveille les affections spirituelles ; mais ce qui est commencé par l’Esprit peut finir dans la corruption de la chair, comme on le voit à Corinthe, ou bien dans la recherche de la perfection charnelle d’une forme religieuse, comme en Galatie. C’est pourquoi l’apôtre poursuit en avertissant les saints d’Éphèse des dangers auxquels exposent des relations libres et familières sans le soutien du Saint Esprit. « Mais que ni la fornication, ni aucune impureté ou cupidité ne soient même nommées parmi vous, comme il convient à des saints » (5:3). Il ne suffisait pas de ne pas tolérer ces convoitises de la chair, il ne fallait même pas les nommer. Ceux à qui Paul s’adressait étaient des saints, des saints de Dieu ; et ce qui était en cause était ce qui convient à des saints, non pas simplement à des hommes.

 

5.2.2        Ch. 5:4

L’apôtre ne limite pas son avertissement au dévergondage sans frein ou aux convoitises qui satisfont l’homme, mais il l’étend au langage profane, soit ouvertement honteux soit recouvert d’un voile de raffinement : « ni aucune chose honteuse, ni parole folle ou plaisanterie, lesquelles ne sont pas bienséantes, mais plutôt des actions de grâces » (5:4). Ici encore, nous n’avons pas simplement l’abstention de ce qui est malséant pour le chrétien, mais il est présenté le côté positif, avec le cœur qui pense à la bonté de Dieu et éclate en actions de grâces.

 

5.2.3        Ch. 5:5

« Cela en effet vous le savez, connaissant qu’aucun fornicateur, ou impur, ou cupide (qui est un idolâtre), n’a d’héritage dans le royaume du Christ et de Dieu » (5:5). Il est important de se rappeler que, même si la grâce souveraine fait ce qu’elle veut, même si elle se tourne vers le plus vil, même si elle purifie le plus souillé, les voies morales de Dieu demeurent inflexibles. Sa nature ne change pas. Il hait l’iniquité et ne peut jamais la tolérer. Son amour peut trouver, et a trouvé, une solution glorieuse à cette difficulté dans la croix de Christ ; mais Dieu et le péché ne peuvent jamais marcher ensemble ni cohabiter.

Des dangers opposés à ceux-ci guettent les enfants de Dieu, aussi ont-ils besoin de veiller sur leurs sentiments. Ils peuvent être prompts à s’écrier, dans certains cas flagrants, qu’il ne peut pas y avoir la vie, ou bien ils peuvent accorder trop facilement leur confiance à ce qui a une belle apparence dans la chair. Quelques-uns des retours au monde les plus solennels sont ceux dont presque personne ne se doutait ; d’un autre côté, qui n’a eu la consolation de voir se dissiper des apparences pénibles et repoussantes, pour laisser briller de plus en plus la grâce de Christ, et de voir la chair jugée par la vérité en la présence de Dieu ? Ainsi certains dont l’aspect extérieur défavorable faisait germer le doute chez la plupart, ont fini par gagner la confiance de tous. Quelquefois il a fallu que Dieu s’en occupe sérieusement : une maladie grave, des revers de fortune, des chagrins domestiques, avant que l’âme soit remise d’aplomb ; cela est arrivé quand même, quoique tardivement. L’un et l’autre de ces extrêmes nous enseignent la nécessité de s’attendre à Dieu pour juger justement, au lieu de faire confiance à ses impressions personnelles. Le cœur naturel peut tirer profit de la grâce, mais il ne faudra pas attendre longtemps pour que se manifeste le mal qui subsiste. Des hommes pervers peuvent se lever, des loups s’introduire, et des brebis être induites en erreur pour un temps. Mais Dieu demeure, ainsi que la parole de Sa grâce (Actes 20:32) : pourquoi être inquiets ? Ayons foi en Dieu, imitons Le comme de bien-aimés enfants, et marchons dans l’amour, non seulement parce que Christ nous a aimés, mais comme Il nous a aimés ; et quoi qu’il en résulte, nous aurons la consolation de plaire à Dieu, tout en étant préservés entre temps de se jeter dans une voie ou dans l’autre. Épier le mal est fort éloigné des « actions de grâce », et c’est même incompatible. N’abaissons jamais le niveau de la marche que Dieu attend de Ses enfants. Si aucun corrompu n’a d’héritage dans Son royaume, ne traitons pourtant jamais le péché à la légère maintenant.

 

5.2.4        Ch. 5:6-7

« Que personne ne vous séduise par de vaines paroles ; car, à cause de ces choses, la colère de Dieu vient sur les fils de la désobéissance. N’ayez donc pas de participation avec eux » (5:6-7). Être associé en quelque mesure avec de telles personnes est grave pour un saint. Tenons-en compte.

 

5.3   Ch. 5:8

Le v. 8 de notre chapitre donne un autre motif d’appel. Cette exhortation à la marche n’est ni à cause de l’appel dont nous avons été appelés (4:1), ni en contraste spécial avec les autres Gentils, étrangers à la vie de Dieu (4:17, 18), ni dans l’amour seulement (5:2), mais « comme des enfants de lumière ». « Car vous étiez autrefois ténèbres, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur » (5:8). Soyez donc conséquents avec ce que vous êtes, non pas simplement avec ce que vous devriez être. Nous sommes lumière, et même lumière dans le Seigneur — il y a là à la fois la base, le caractère, et la mesure de ce qui convient à notre marche comme chrétiens : marchons en conséquence. Combien il est encourageant de voir la grâce appeler à marcher saintement ! La grande solennité de cet appel nous rappelle notre bénédiction et sa certitude, même si cet appel nous est adressé avec une insistance si pressante. Quelle sainteté dans notre position en Christ, pour que Dieu lui-même puisse dire de nous : « Vous êtes lumière dans le Seigneur » ! S’Il le déclare, ne devons-nous pas le dire de nous-mêmes, tant sur le plan du privilège que de la responsabilité ? Regardons à Lui, afin que, placés ainsi en dehors de toute souillure (car rien n’est plus pur que la lumière), nous puissions avancer en montrant cette lumière que nous sommes maintenant dans le Seigneur. C’est dans la lumière que nous marchons, et par elle nous devons tout juger, car nous sommes lumière. Dieu rejette toute norme inférieure ou toute atmosphère moins pure. Il est lumière, et en Lui il n’y a pas de ténèbres ; si nous sommes Ses enfants, nous sommes enfants de lumière. Il n’est jamais dit que nous soyons amour (c’est la nature et la prérogative de Dieu), bien que nous soyons évidemment appelés à aimer comme étant nés de Dieu et connaissant Dieu en Christ. Combien la loi disparaît complètement comme motif ou moule de notre marche !

 

5.4   Ch. 5:9-10

« Car le fruit de la lumière consiste en toute bonté, et justice et vérité ». Ce sont là sans doute les caractéristiques de l’opération en grâce de l’Esprit, et c’est ce qui a peut-être conduit le Texte Reçu à remplacer « fruit de la lumière » par « fruit de l’Esprit ». Mais on ne saurait raisonnablement douter que la vraie pensée et le mot correct du v. 9 ne soit « la lumière », ce qui est autant supporté par les preuves externes que par la portée du contexte. En Galates 5, le fruit est celui de l’Esprit, non pas de la lumière, parce que ce qui est souligné est le contraste avec les œuvres de la chair — l’impureté, la violence contre Dieu et contre l’homme, qui joue avec les tromperies de l’ennemi et s’y fait prendre ; tandis que le fruit de l’Esprit est l’amour, la paix, la longanimité, la bienveillance, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance — choses contre lesquelles il n’y a pas de loi, déclare emphatiquement l’apôtre à ceux qui affectaient de se placer sous la loi. Dans notre passage d’Éph. 5, il est question d’un contraste, non pas avec le penchant vers le légalisme et les œuvres de la chair, ce que la loi provoque tout en le condamnant, mais avec les ténèbres de notre état lorsque nous étions sans Dieu. Mais maintenant nous sommes appelés à marcher comme des enfants de lumière, laquelle est notre nature même dans le Seigneur, et il nous est rappelé que le fruit de cette lumière consiste en toute bonté, justice et vérité. Les immenses richesses de la grâce de Dieu n’affaiblissent pas, mais plutôt confirment le déploiement de Ses principes moraux, et en produit la réalisation en nous qui sommes Ses enfants, quoi que nous ayons pu être ou que nous soyons naturellement. La vie nouvelle qu’Il nous a donnée en Christ répond à Sa bonté, à Sa justice et à Sa vérité. Il ne peut ni ne devrait en être autrement, et le cœur renouvelé ne voudrait pas consentir de sang-froid à ce que Dieu soit déshonoré ou même représenté de manière défectueuse dans les objets de Sa faveur. Il implante en nous le désir de Lui plaire, et Il veille sur nous pour que ce désir ne soit ni vague ni stérile, mais qu’il porte du fruit — le fruit de la lumière — « éprouvant », comme il est ajouté, « ce qui est agréable au Seigneur » (5:10).

 

5.5   Ch. 5:11-13

Répétons qu’il ne suffit pas à nos âmes de refuser d’être associées aux fils de désobéissance, comme aux versets 6 et 7. Nous ne devons pas avoir de communion avec les œuvres infructueuses des ténèbres, mais plutôt les reprendre (5:11). Tout cela fait partie de notre position merveilleuse comme enfants de lumière et de la responsabilité qui en découle. Ce n’est pas la loi qui se borne à condamner par application d’une règle extérieure, mais c’est une capacité divine intérieure, profondément scrutatrice, qui, malgré l’amour qui en est la source et le but, épargne beaucoup moins le mal, mais introduit au contraire le bien par le Saint Esprit en Christ.

« Car les choses qu’ils font en secret, il est honteux même de les dire. Mais toutes choses, étant reprises par la lumière, sont manifestées ; car ce qui manifeste tout, c’est la lumière » (5:12, 13). C’est une propriété spéciale de la lumière de se manifester elle même et de tout manifester, ce qui est vrai tant dans le domaine spirituel que dans la nature.

 

5.6   Ch. 5:14-17

Mais la pensée du Seigneur à notre égard va plus loin. Il voudrait que, non contents de posséder la bénédiction, nous en jouissions pleinement. Il y a autour de nous des morts — choses ou personnes — et si leur influence est tolérée, elle est des plus nuisibles. « C’est pourquoi il dit : «Réveille-toi, toi qui dors, et relève-toi d’entre les morts, et le Christ luira sur toi» (5:14). Il ne s’agit pas ici de nous donner la vie comme si nous étions morts, ni la lumière comme si nous n’étions pas déjà lumière ; mais il s’agit du resplendissement de la lumière sur nous qui sommes lumière en Lui, et qui pourtant nous assoupissons avec insouciance au milieu de ce qui est mort et fait mourir. Quelle vigilance dans Son amour qui pense ainsi à nous, pour que notre coupe de bénédiction déborde et que nos âmes soient délivrées de ce qui est dégradant pour Lui et pour nous-mêmes qui sommes en Lui, — de telle sorte que nous soyons remplis de ce que nous sommes en tant que Lui appartenant ! Combien chacune de Ses paroles, chacune de nos circonstances, nous appellent à revoir si nous marchons soigneusement (5:15), non pas comme étant dépourvus de sagesse, mais comme étant sages, rachetant l’occasion parce que les jours sont mauvais ! Nous avons toutes les ressources, mais il nous faut néanmoins constamment veiller et être dépendants. Il faut rechercher et saisir le moment opportun, quel qu’en soit le prix, si, dans ces jours mauvais, nous voulons ne pas être dépourvus de sens, mais comprendre quelle est la volonté du Seigneur (5:16, 17). Évitons l’excitation du monde, les incitations à agir selon l’homme naturel, qui embellissent les aspirations de l’homme, en quoi il y a de l’excès. Nous pouvons et devrions être remplis d’une puissance au-dessus de la nature, qui exclut non seulement le mal, mais aussi la puissance d’influence des choses présentes.

 

5.7   Ch. 5:18-21

« Soyez remplis de l’Esprit, vous entretenant par des psaumes et des hymnes et des cantiques spirituels, chantant et psalmodiant de votre cœur au Seigneur ; rendant toujours grâces pour toutes choses, au nom de notre seigneur Jésus Christ, à Dieu le Père ; étant soumis les uns aux autres dans la crainte de Christ » (5:18-21).

« Vous entretenant » pourrait être traduit par « vous entretenant les uns les autres » comme au ch. 4:32, et je crois que c’est le sens ; il s’agit de se parler les uns aux autres sous toute forme exprimant la joie de l’Église. Je comprends qu’il s’agit de toutes les compositions poétiques sacrées des chrétiens, qui font jaillir l’adoration et la louange et les sentiments de sainteté, le terme « spirituel » étant ajouté à la dernière classe de ces expressions, la moins élevée, pour marquer que même là, il y a la consécration au Seigneur. C’est la joie sainte et vraie. Puissions-nous la cultiver en simplicité ! Nous avons vraiment une heureuse part ! Y a-t-il quelque chose dont nous ne pourrions pas rendre grâces à notre Dieu et Père, au nom de notre Seigneur Jésus ? Y a-t-il rien d’autre qui soit susceptible de nous faire soumettre les uns aux autres dans Sa crainte ?

 

5.8   Ch. 5:22

Nous arrivons maintenant au sujet des relations terrestres spéciales. Nous avons eu jusqu’ici les exhortations générales concernant les saints de Dieu comme tels — les enfants de Dieu et les membres du corps de Christ. Mais maintenant le Saint Esprit montre qu’Il n’est pas indifférent aux relations que ces saints peuvent avoir, soit l’un envers l’autre, soit en rapport avec les autres sur la terre. Il peut y avoir, par exemple, des maris et des femmes tous deux chrétiens, ou bien seul l’un d’eux peut être converti, l’autre étant encore juif ou païen ; et pareillement pour les relations de père et d’enfants, de maître et de serviteur. Pour commencer nous avons à faire seulement à ce qui a rapport au lien terrestre le plus intime, celui de mari et femme. Nous allons voir que l’Esprit Saint pourvoit abondamment aux besoins des enfants de Dieu ainsi liés, en sorte que, quelles que soient leurs difficultés, ils peuvent trouver des instructions de grâce et de sérieuses exhortations, non pas simplement des commandements touchant leurs circonstances par rapport à Dieu — car les directions présentées ici aux chrétiens ne revêtent pas tellement cette forme de commandements. Bien sûr il y a des préceptes et des commandements dans tout le Nouveau Testament. Et c’est bien l’écrivain inspiré qui met le plus l’accent sur l’amour, qui insiste aussi le plus sur les commandements ; car c’est l’évangile et les épîtres de Jean qui insistent le plus sur de telles injonctions ; pourtant chacun sait qu’aucune autre portion de l’Écriture ne fait autant ressortir l’amour de Dieu de manière frappante et constante. C’est donc une immense erreur de supposer que l’amour de Dieu n’est pas compatible avec des injonctions très strictes adressées à Ses enfants et revêtues de Son autorité.

Rajoutons qu’il est incontestable que le caractère général des instructions données aux chrétiens ne prend pas la forme de commandements de forme légale, en sorte que, comme chrétiens, nous ne sommes pas placés sous les commandements de Moïse pour former nos pensées, nos sentiments et régler nos voies. Bien plus, nous n’avons rien qui ressemble à la loi, mais selon l’Écriture, nous avons ce qui lui est en contraste complet et très marqué, car « la grâce et la vérité vinrent par Jésus-Christ ». Nous avons bien des commandements, mais ils supposent que nous avons la vie, et ils la dirigent avec le but d’amener l’obéissance de Christ (1 Pierre 1:2) : rien n’est plus beau pour l’âme, et rien ne glorifie Dieu davantage. La manière ordinaire du Nouveau Testament pour présenter l’instruction est la suivante : une relation est formée, et nous avons à glorifier Dieu selon le caractère de cette relation, qui est amplement développé et appliqué dans la Parole. Ceci est vrai dans les choses naturelles, et l’Esprit de Dieu saisit l’occasion de cette relation journalière pour faire ressortir la relation spirituelle qui y correspond. Nos cœurs étant alors occupés de la grâce extraordinaire qui a formé ce lien nouveau et éternel, nous trouvons ainsi non seulement un motif, mais le modèle et la puissance pour glorifier Dieu tant dans la relation naturelle que dans la relation spirituelle.

Nulle part cette vérité n’est démontrée d’une manière plus frappante que dans la première de ces relations sur laquelle le Saint Esprit s’étend particulièrement : « Femmes, soyez soumises à vos propres maris, comme au Seigneur ». La première comparaison qu’Il emploie, avant d’entrer dans la relation spirituelle présentée sous la figure du mariage, — la toute première pensée est de présenter la position de l’homme comme étant à la tête, et il la présente comme ayant une force particulière dans la vie matrimoniale. Nous savons tous (1 Cor. 11) que, même sans qu’il soit question de mariage, l’homme est le chef [= tête] de la femme. Autrement dit, même si le mariage n’existait pas, l’homme a une place que la femme n’a pas, — une position entièrement indépendante du caractère. Tel homme peut être imbécile et telle femme avoir beaucoup de fermeté et de sagesse ; cela ne change pas pour autant l’ordre de Dieu. Tel enfant peut faire preuve d’une grande prudence, alors que ses parents manquent de sagesse et sont faibles. Il n’en reste pas moins que la relation est entièrement distincte du caractère particulier, de l’état et de la condition des personnes, aussi bien de celle qui a la position supérieure, que de celle en position subordonnée. Il est très important que ce soit une question réglée dans nos âmes, afin que jamais aucune circonstance ne serve de prétexte pour renverser l’ordre selon Dieu. Certaines circonstances éprouvantes rendent la difficulté immense dans l’une ou l’autre relation. Mais il est lourd de conséquences de bien se souvenir que les droits de l’ordre selon Dieu subsistent toujours, et que rien ne justifie de désobéir à Sa volonté.

Il peut y avoir des cas où l’obéissance dans l’ordre naturel selon Dieu serait un péché ; il n’y en a pas où la désobéissance soit un devoir. Il n’est pas de circonstance où l’on soit tenu de désobéir, mais il y a des crises où il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Actes 5:29). C’est une bien grande grâce, en vérité, que les cas soient rares où l’obéissance à Dieu implique une infraction apparente à l’ordre naturel et au devoir moral, mais cela peut arriver. Ainsi au début des Actes par exemple, les autorités qui gouvernaient en Israël à l’époque, commandèrent à Pierre et à Jean de ne pas enseigner au nom de Jésus. Que pouvaient-ils faire, sinon de se rejeter sur l’autorité de Dieu ? Ils purent déclarer à ces gouverneurs eux-mêmes que leurs consciences étaient tenues envers Dieu avant de l’être par les hommes. Ainsi donc, l’obéissance est toujours la part du chrétien : c’est le premier grand principe qui demeure et reste parfaitement clair, avant d’entrer dans les détails.

C’est comme suite à l’exhortation générale à la soumission les uns aux autres dans la crainte de Christ (car Christ est Celui qui nous est continuellement présenté à l’honneur dans cette épître), que l’Esprit aborde ce premier point de la place appropriée de la femme chrétienne, et Il pose le principe suivant : « Femmes, soyez soumises à vos propres maris, comme au Seigneur ». Ce langage peut paraître extraordinairement fort quand nous pensons à ce que sont ou peuvent être les maris, mais c’est important d’être toujours sûr que Dieu ne se trompe pas. Pour la prudence humaine, cela peut paraître imprudent. Peut-être avez-vous même affaire à un mari inconverti ! Mais introduisez seulement le Seigneur et vous verrez tout de suite la puissance qui rend la soumission facile, et vous apprendrez jusqu’à quelle mesure la soumission doit être supportée. De plus, vous avez ce qui préserve contre l’abus du principe : « Femmes, soyez soumises à vos propres maris, comme au Seigneur ». Le Seigneur est introduit, et cela met tout à sa juste place. S’il s’agit d’épreuve ou de souffrance, la parole est encore la même. Le Seigneur peut faire passer par de grandes difficultés et de grands dangers. Quelle est la place qui convient au chrétien en de telles circonstances ? Une soumission sans réserve. Car je dois être assuré que, quels que soient les brisements d’esprit que de telles épreuves peuvent occasionner, néanmoins tout ce que le Seigneur fait est le mieux et le plus heureux, et, en fin de compte, le plus propre à fortifier mon âme — le Seigneur étant incapable de quoi que ce soit pour moi qui ne soit pas en vue d’un bien durable à la louange de Son nom.

Cette épître ne fait pas simplement ressortir que Dieu contrôle tout, mais elle met en évidence une relation spéciale. Ici c’est le Seigneur aimant les Siens, de cet amour qui a tout sacrifié pour eux. Comment douter de la bénédiction et de la valeur de me soumettre au Seigneur ? La femme chrétienne a peut-être un mari, et il peut être dur et pénible de supporter tout. Peut-être vous traite-t-il comme rien et demande-t-il souvent ce qui est déraisonnable. Qu’est-ce qui peut alors alléger le fardeau, tout en continuant à le sentir ? « Soyez soumises à vos propres maris, comme au Seigneur ». Je dois me soumettre à mon mari comme au Seigneur : que je voie seulement le Seigneur dans l’affaire, au lieu du manque de considération et de la mauvais humeur du mari, et le chemin devient évident. Il faut en faire une affaire non pas de simple devoir, mais de confiance dans le Seigneur comme étant au-dessus de tout dans Son amour, dans Ses soins et dans Son gouvernement. C’est là le point de départ du Saint Esprit, et ce dont Il fait la base des instructions variées qui vont suivre. Il commence par cette grande vérité que la femme chrétienne a qualité pour se soumettre à son mari comme au Seigneur. Ce n’est donc pas une simple question d’affection, ce qui serait humain : l’affection est tout à fait nécessaire comme un élément naturel, mais ce serait aussi vrai si la personne n’était pas du tout chrétienne. Il n’est pas non plus question de ce à quoi le mari s’attend, ni de ce que j’estime juste. Tout cela relève du domaine des sentiments convenables et de la moralité. Mais l’important est que Dieu ne peut pas être avec une femme chrétienne qui marche dans la méconnaissance habituelle du fondement qu’Il a établi pour elle dans sa relation comme épouse. Il ne laisse pas le chrétien marcher simplement selon des principes moraux ou conventionnels. Ceux-ci peuvent être justes à leur place, mais si je suis chrétien, j’ai un appel plus élevé ; et alors — quelle que soit la difficulté, lors même que celui à qui je dois la soumission n’est pas chrétien — il arrive cette direction bénie : « Soyez soumises à vos propres maris, comme au Seigneur ». Il me donne le droit de Le voir Lui, le Seigneur, derrière la personne du mari ; et c’est Lui que j’ai à suivre et à Lui que je dois me soumettre. Il y a dans cette pensée une grande consolation pour la femme chrétienne qui est toujours si éprouvée. Mais alors arrive la limite de l’épreuve — car il y a un terme à tout chemin — et le voici : Dieu ne me met jamais dans des circonstances où je suis libre de pécher. C’est pourquoi, au cas où le mari commanderait ce qui serait un péché positif, de cela j’apprends sur le champ que je ne suis pas tenue d’obéir, parce qu’il m’est dit de me soumettre à mon mari comme au Seigneur. Le Seigneur n’approuve jamais le péché. Il peut me passer au crible, et je peux ne pas comprendre tout d’abord en quoi cela est bon et nécessaire ; mais la foi trouve toujours sa force et sa direction dans la sagesse du Seigneur — se confiant en Lui, et non pas dans ma sagesse lorsqu’elle Le comprend. Vous constaterez que nous croissons en sagesse lorsque nous nous contentons de prendre la place de celui qui n’a pas de sagesse. Si ma confiance est dans la sagesse du Seigneur, j’acquerrai de la sagesse et j’y ferai des progrès. Notre Seigneur a été parfaitement homme, et bien que toujours parfait dans toutes les conditions de la vie, la grande marque de Sa perfection a été d’être toujours Celui qui était dépendant et regardait à Dieu, et qui pouvait dire : « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père ? » (Luc 2:49). Voilà bien pour l’homme la place la plus basse, mais en vérité, la plus élevée. Il comprenait le secret de Sa relation avec Dieu le Père. Bien que tout ceci fut vrai de Christ comme de nul autre, néanmoins cela est sûrement vrai de tout croyant dans une mesure.

 

5.9   Ch. 5:23

Nous avons à veiller très soigneusement sur nous-mêmes dans ce domaine. Là où il y a la moindre tendance à s’écarter du sentier de la soumission, il nous faut chercher à voir si nous sommes sages selon Dieu. La nature n’aime jamais être assujettie. Partout où il y a danger de se prévaloir de la vérité de Dieu pour agir d’une manière qui paraît manquer de soumission à l’autorité d’autrui, j’ai besoin, là plus qu’ailleurs, de veiller sur moi-même avec une jalousie toute spéciale. Quand nous sommes dans un sentier où la soumission est requise, laissons de la place pour y introduire le Seigneur. Pour ajouter la puissance et la foi à notre obéissance, et pour qu’elle ait le caractère de sainteté, il faut réaliser que c’est au Seigneur que j’obéis, même quand c’est à une autorité terrestre que je suis soumis. La vérité bénie que le Seigneur va introduire, commence à s’ouvrir devant nous : « parce que le mari est le chef de la femme, comme aussi le Christ est le chef de l’assemblée, lui le Sauveur du corps » (5:23). Ces paroles font allusion à la relation étroite, qui est censée nous montrer comment nous avons à marcher l’un envers l’autre à cet égard. Bien que Christ, et Christ seul, soit le Sauveur, la position de soumission du saint ou de l’Église n’est pas éliminée, bien au contraire.

 

5.10                      Ch. 5:24

« Mais comme l’assemblée est soumise au Christ, ainsi que les femmes le soient aussi à leurs propres maris en toutes choses ». Tel est le principe général. Mais notez bien que dans toute parole de ce genre dans l’Écriture, il est toujours donné une mesure et une sauvegarde. Il n’est pas dit simplement : « Que les femmes soient soumises en toutes choses à leurs propres maris », mais « comme l’assemblée est soumise au Christ, ainsi que les femmes etc. ». Je trouve ici que la manière bénie dont Christ prend soin de l’assemblée et dont Il s’occupe d’elle dans sa soumission envers le Seigneur, est mise comme modèle pour les femmes en rapport avec leurs maris. C’est quand on arrive à la plus élevée des deux relations que le Saint Esprit en fait ressortir plus clairement le caractère. « Maris, aimez vos propres femmes ». Nous voyons ici ce qui peut être un piège du côté du mari. D’abord la femme doit veiller à son humeur pour discipliner son esprit dans une entière soumission à son mari. À elle, il ne lui est pas dit d’aimer son mari, mais de lui être soumise. Or Satan pourrait en prendre avantage, et, dans l’exercice de la relation mutuelle, le mari pourrait manquer d’égards, d’affection et de tendresse. D’un côté il y a ce qui gouverne et guide la femme, mais l’exhortation adressée ici au mari porte sur ce dont il a tant besoin dans ses circonstances propres et qui serait si bénéfique pour son âme et si consolant pour sa femme. C’est pourquoi nous lisons : « Maris, aimez vos propres femmes, comme aussi le Christ a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle ». Quel saint modèle ! Quel exemple d’abnégation, de prévenance, de pureté, de caractère céleste ! et cet exemple est mis devant nous pour que cette relation, qui se dégrade facilement, soit tenue et maintenue au niveau élevé qui lui est dû, et que même les saints les plus pauvres de la terre, unis ensemble par ce lien, puissent jouir de la lumière et de l’amour du ciel brillant sur eux.

 

5.11                      Ch. 5:25

« Maris, aimez vos propres femmes, comme aussi le Christ a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle, afin qu’il la sanctifiât, en la purifiant par le lavage d’eau par la parole ; afin que lui se présentât l’assemblée à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais afin qu’elle fût sainte et irréprochable » (5:25-27). Ainsi l’amour de Christ pour l’Église est posé comme le modèle selon lequel le mari chrétien doit chercher à conformer son propre amour pour sa femme. Voyez-en la source et le caractère : « Comme aussi le Christ a aimé l’assemblée ». Tout découle de ceci. Ai-je besoin de dire que, même du point de vue humain, comme l’amour doit précéder le mariage, ainsi dans la nature, il est aussi le secret qui rend le mariage heureux une fois qu’il est formé. L’amour de Christ, dont il est parlé ici, nous est présenté comme un tout indivisible, du commencement à la fin. Il est bon de se le rappeler dans la vie de mariés : l’amour qui était vrai avant la formation du lien, est l’amour qui demeure après que le lien est formé et qui doit croître jusqu’à la fin.

Bien sûr, il en a été ainsi parfaitement pour notre Seigneur. Il a aimé l’assemblée. Il est question ici de la part de Christ d’une affection très spéciale. Ce n’est pas la vérité générale de l’amour de Dieu, qui a même aimé le monde ; car aucune relation avec le monde n’a été formée. L’important à voir ici, c’est que, bien que ce soit un amour existant avant la relation, c’est dans cette relation qu’il s’exerce vraiment et qu’il garde toujours sa force réelle et sa joie. Si maintenant nous passons de ce qui est terrestre à ce que cela représente, combien la grâce est grande et combien la bénédiction est riche ! Ce fut autrefois une grande joie pour nos cœurs de réaliser que Dieu pouvait aimer des pécheurs, et de les aimer au point de livrer Son Fils pour nous, pécheurs, tels que nous étions. Mais il y a une autre sorte d’amour que nous connaissons maintenant. Dieu a pris vis-à-vis de nous la relation de Père, et en tout cas Il nous a introduits, par Jésus-Christ, dans celle d’enfants vis-à-vis de Lui. Nous sommes « enfants de Dieu par la foi en Jésus-Christ ». Par conséquent le Père nous aime d’un cœur de père ; ce n’est pas seulement qu’Il aime la créature en tant que Dieu, mais Il nous aime comme un père — bien plus, Il nous aime comme le Père de notre Seigneur Jésus L’a aimé, non pas seulement dans la mesure de l’affection humaine de parents pour leurs enfants. Dans un tel cercle, il peut y avoir de la satisfaction et des délices ; et en pensant à ce que nous sommes et qui nous étions, il est vraiment merveilleux de penser que quelqu’un comme Dieu le Père puisse trouver Son délice en nous maintenant dans ce monde ! qu’Il nous aime infiniment plus qu’un père terrestre aime l’enfant qu’il aime le plus, et que cet amour s’étend aux plus faibles et aux plus nécessiteux de Sa famille ! Il y a aussi un amour conditionnel en faveur de ceux qui marchent fidèlement, ce que Jean expose aux ch. 14 et 15 de son évangile. Mais je parle maintenant de cet amour qui ne fait jamais défaut, cet amour personnel qui existe dans la relation où Dieu se trouve comme Père vis-à-vis de Ses enfants en tant que tels ; cet amour qui ne se borne pas à de la compassion, mais qui pose Son regard avec plaisir sur ces enfants, et trouve Son délice en eux maintenant, malgré tout ce qui tend à détourner ou affaiblir cet amour. Étant en Christ, ne dois-je pas être assuré d’un tel amour autant que je le suis de mon existence comme homme ? Bien plus, ne dois-je pas avoir plus de connaissance et plus de certitude de ce qu’est Son amour envers moi, que de tout ce qui me touche comme personne vivant sur la terre ? Ce qui est en moi ne me garantit pas des tromperies du monde extérieur ; mais dans les choses de Dieu, là où la foi est vivante, il n’en est pas ainsi : il y a, et il doit y avoir, une certitude divine.

Quand Dieu se révèle clairement, l’âme doit recevoir cette révélation avec humilité d’esprit ; et plus il y a d’humilité, plus il y a de certitude, parce que le fondement de cette assurance est que Dieu s’est révélé à nous : il s’agit de Lui-même, et pas du tout de nous. S’il en est ainsi, quelle merveilleuse position que d’être en Christ ! Il est bien vrai que Christ m’a aimé, mais ici il est question de l’Église — « l’assemblée » ; — et Christ a pour Son assemblée un amour spécial que j’ai le droit de m’approprier et sur lequel j’ai le droit de compter. Voilà ce qui rend si précieux le rassemblement des enfants de Dieu comme assemblée, et qui montre l’importance extrême de ne pas le réduire à une association volontaire, petite ou grande. Dès l’instant où vous introduisez la volonté de l’homme, vous détruisez sur le champ en principe le fondement divin que l’Écriture tient comme établi. Si au contraire vous comprenez que Dieu a formé un certain lien dans le Saint Esprit pour la gloire de Son Fils parmi ceux qui Lui appartiennent maintenant sur la terre, et que Christ regarde d’un amour parfait et tout particulier ceux qui sont liés par ce lien, alors il ne saurait y avoir de plus grande joie pour nos âmes que d’entrer dans Son amour, puis de chercher à agir par Sa Parole sur d’autres membres du corps de Christ pour les amener à croire et à jouir de cet amour. C’est l’assemblée qu’Il a aimée, non pas une partie seulement de celle-ci. Je me sers à dessein du terme « assemblée », parce que les gens ont souvent une notion très vague de ce qu’est l’Église. De nos jours, le terme « église » est la plupart du temps appliqué complètement à tort. On le dit d’un édifice, d’un groupe particulier, de l’ensemble dominant quelque part. Mais substituez le terme d’ « assemblée » à celui d’ « église », et comprenez par là le corps entier de ceux que Dieu appelle hors du monde par le Saint Esprit descendu du ciel ; et alors vous apprenez là l’amour spécial que Dieu a révélé en Christ, non pas simplement à l’âme individuelle, mais à l’assemblée qui est Son corps sur la terre.

Bien sûr, la mort de Christ était essentielle pour que l’Évangile soit maintenant prêché au monde. Cette mort est également le fondement sur la base duquel les cieux et la terre seront purifiés de tout ce qui aujourd’hui corrompt et souille. Tout ce qui a servi à la justification de Dieu dans le passé et qui servira dans le futur à l’épanchement de Son amour, est fondé sur la mort de Christ. De là la valeur immense de Sa rédemption, pour la terre et pour le ciel, pour les Juifs, les Gentils et l’Église de Dieu, pour le temps et pour l’éternité. Mais en outre, quelle grande force dans cette expression : « Il s’est livré Lui-même pour elle ». Il n’y a rien eu en Christ qu’il n’ait pas donné. Ce n’est pas ce qu’Il a fait, ni seulement ce qu’Il a souffert, mais Il s’est donné Lui-même. Bien sûr, ceci implique tout ce qui était en Lui et de Lui, mais cela va beaucoup plus loin parce que c’est le renoncement absolu de Lui-même en amour en vue de l’objet qu’Il aimait, c’est le modèle parfait de la vraie plénitude d’amour, et cela dépasse infiniment toute relation humaine qui voudrait l’imiter. En s’adressant au mari chrétien, l’Esprit, nous montre justement que Christ a la prééminence en toutes choses : « Il s’est livré Lui-même pour nous ». Quelle en est la conséquence ? que l’Église est sans péché devant Dieu — que les péchés sont effacés pour toujours — que la rédemption est accomplie — que Satan est vaincu — que la colère et le jugement divin ont été portés — que les ordonnances, qui étaient contraires à ceux qui y étaient assujettis, sont clouées à la croix — que l’inimitié est détruite — que le nouvel homme est formé. Tout cela, et beaucoup plus encore, est fondé sur Christ se livrant Lui-même. L’effet pour nous en est que nous avons ici Christ dans Son amour, dans une lumière sans nuage, sans qu’aucun doute ni question ne se soulèvent, et Christ est là l’objet dans lequel nos âmes trouvent leur délice, et auquel elles se soumettent et qu’elles servent et adorent toujours plus.

J’ai autant le droit de croire que Christ s’est livré Lui-même pour moi, que j’en ai de croire que mes iniquités sont entièrement ôtées par Son sang précieux. Si je crois l’une de ces choses, je dois à Dieu de croire aussi l’autre ; et le fondement de ma foi est le témoignage rendu par Dieu à la perfection de ce que Christ a fait selon la gloire de Sa Personne. Dieu attache une telle valeur à l’œuvre de souffrance de Son Fils sur la croix, qu’Il peut m’aimer parfaitement. Nous sommes libres. Nous avons la rédemption par Son sang. Mais c’est en Lui, non pas seulement par Son sang, mais en Lui, comme il est dit au chap. 1 : « en qui nous avons la rédemption par Son sang, la rémission des fautes selon les richesses de Sa grâce » (1:7). Il est donc très important que, tout en tenant ferme à la rédemption, nous n’y tenions pas en dehors de Christ, mais seulement en Lui, si l’on peut s’exprimer ainsi. C’est Sa Personne qui me rendra capable d’estimer et de tenir ferme la valeur de cette œuvre. Il faut nous rappeler non seulement ce qui a été fait, mais qui est Celui qui l’a fait. Si en vous jugeant vous-mêmes, vous vous attachez à Lui et à ces deux vérités bénies en Lui, jamais un seul nuage ne viendra envelopper votre âme quant à la parfaite délivrance vis-à-vis de toute accusation devant Dieu.

 

5.12                      Ch. 5:26

5.12.1    Sanctification et purification

Une autre pensée se présente maintenant. Si Christ a achevé cette œuvre, si c’est une chose passée qui n’a pas besoin d’être retouchée, nous entrons dans la seconde preuve de Son amour : « afin qu’il la sanctifiât, en la purifiant par le lavage d’eau par la parole ». Je comprends que cette sanctification de l’Église dont il est parlé ici, est une chose distincte du lavage d’eau par la parole, bien qu’elle s’y rattache étroitement. Il y a là deux opérations, et il y a une différence importante entre sanctifier l’Église et la purifier. Cette sanctification ne se rapporte pas simplement à notre croissance dans la grâce, elle se rattache à Christ. Ce n’est pas simplement le travail de l’Esprit de Dieu dans le croyant. On parle souvent de justifier comme étant l’affaire du Fils, et sanctifier, l’affaire de l’Esprit. Or nous sommes lavés, nous sommes sanctifiés, nous sommes justifiés au nom du Seigneur Jésus et par l’Esprit de notre Dieu. Tout ce en vertu de quoi nous sommes lavés, et sanctifiés et justifiés, c’est Christ ; et c’est par l’Esprit de notre Dieu. L’Esprit de Dieu est l’agent actif dans la justification tout autant que dans la sanctification, mais Il agit toujours en se servant de Christ. C’est pourquoi il y a un grand danger à déconnecter Christ de la sanctification. Christ s’est livré lui-même pour l’Église, « afin qu’il la sanctifiât et la purifiât ». Dans le fait que Christ s’est livré Lui-même, Son sang est impliqué, mais il y a plus que cela.

En fait, tout ce que comporte la rédemption proprement dite, et tout ce qui en découle, est impliqué dans le verset 25 : « Il a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle ». C’est là une chose passée, mais suivie par ce qui continue pendant tout le temps de l’existence de l’Église sur la terre. Comme fruit de Son amour, il y a la mort de Christ pour nous — Christ se livrant Lui-même pour l’Église. Et maintenant, sur le fondement de la croix, on a la sanctification et la purification qui se poursuivent continuellement. Mais comment s’opèrent-elles ? C’est par le lavage d’eau par la Parole dans les deux cas. Cela nous montre l’immense importance de la Parole de Dieu. Combien il est essentiel pour tout enfant de Dieu d’apprécier cette Parole et de chercher, par elle, à croître dans la connaissance de Dieu ! Appartenir à l’Église ou plutôt à Christ, bien loin d’être la somme ou la substance de ce que nous avons à apprendre, ce n’en est que la base ; c’est seulement après que nous avons acquis cette connaissance fondamentale que viennent toute la sanctification et la purification qui s’opèrent par le lavage d’eau par la parole. Ainsi, il est clair qu’il y a trois fruits de l’amour de Christ bien distincts : Le premier, c’est qu’Il s’est livré Lui-même (c’est-à-dire, jusqu’à la mort) ; le second, c’est le travail présent de Sa vie. Depuis la croix, Il s’occupe Lui-même de l’Église, dans le ciel ; Il prend soin de Ses membres, opérant par le Saint Esprit, et appliquant la Parole de Dieu. Tout est lié à Lui-même, parce que tout le point de départ est l’amour de Christ pour l’Église. Il sanctifie et purifie maintenant par le lavage d’eau par la Parole ; mais nous savons que nos péchés ont été ôtés par Son sang.

Avant de passer au troisième effet de Son amour, permettez-moi de dire ici que l’idée d’un renouvellement de l’application du sang de Christ est étrangère au christianisme. Sans doute, il y a des chrétiens qui vous disent qu’il faut avoir à nouveau recours au sang ; mais leur opinion ne se fonde sur rien dans l’Écriture. Au contraire, une pareille idée ne fait qu’affaiblir la vérité fondamentale de l’efficacité du sacrifice de Christ, — alors qu’on cherche à appuyer et à exalter ce sacrifice de manière humaine. C’est là ce qui résulte de se faire sa propre idée sur l’usage à faire de la vérité, au lieu de s’incliner simplement devant la Parole de Dieu. Dès l’instant où nous détachons une vérité de la relation que Christ a pour nous, c’est comme si l’on déracinait ce qui croît à sa place dans le jardin de Dieu et y produit son fruit abondant et précieux, mais qui dépérit quand l’homme le prend dans ses mains. Répéter l’œuvre dans ce domaine prouve son imperfection. Selon l’épître aux Hébreux, le fondement a été posé si complètement qu’il n’est plus jamais besoin de le re-poser à nouveau. Une nouvelle aspersion du sang de Christ est aussi impossible que de recommencer Sa mort pour verser Son sang. Lorsqu’une âme L’a trouvé, Lui, et a été lavée du péché dans Son sang, elle demeure dans cette position pour toujours. Voilà ce qui rend si grave le péché du chrétien. Si vous pouviez recommencer l’aspersion, quel en serait le résultat ? À peu près le même que celui de la confession devant le prêtre pour les catholiques romains. Les gens apprennent bientôt à jouer avec le péché, et à s’endurcir par sa tromperie. Bien que ce soit différent quand on regarde à Christ, pourtant l’effet moral n’en diffère guère en ce qui concerne la légèreté vis-à-vis du péché. Si l’on peut toujours repartir à zéro comme s’il ne s’était passé qu’une bagatelle, puis recommencer toujours de nouveau à chaque nouvelle chute, le péché n’est presque plus jamais senti aussi profondément. D’un côté, nous sommes tenus de ne pas laisser souiller ce qui a été lavé dans le sang de Christ, mais de l’autre, nous avons la conscience de manquements continuels.

N’y a-t-il donc pas de ressource ? L’accès à la croix ne peut-il pas être renouvelé ? Ce serait terrible s’il n’était pas pourvu contre nos manquements et nos chutes, s’il n’y avait pas de moyens de traiter ces écarts ; mais il y a une ressource, et elle est donnée ici : « Afin qu’il la sanctifiât, en la purifiant par le lavage d’eau par la parole ». Jean 13 expose la même vérité, mais dans son application individuelle ; elle se trouve fondée, là, sur ce que les disciples étaient à Jésus, qu’Il les aimait, et que ceux qu’Il aimait, Il les aimerait jusqu’à la fin ; nous voyons ensuite que, du fait qu’ils étaient exposés à se souiller dans le monde, le Seigneur voulait les mettre en garde contre deux choses : premièrement contre l’inquiétude à l’idée qu’Il pourrait cesser de les aimer à cause de leur infidélité ; secondement contre le danger de se servir de Sa fidélité pour traiter le péché à la légère. Christ ne cessera jamais d’aimer, et ne traitera jamais le péché à la légère, ni ne nous permettra de le faire. Il nous fait toujours reposer sur Son sang. Mais alors, si quelqu’un est coupable de péché après avoir reçu la rémission des péchés, que faut-il faire ? Il faut aller l’exposer devant Dieu. Le voile n’est pas rétabli parce que nous avons agi follement au dehors. Nous avons le droit de nous approcher et de confesser notre défaillance devant Dieu — de venir à Lui sur la même base que celle par laquelle nous sommes lavés dans le sang de Christ. Quel en est le résultat ? et de quoi cela résulte-t-il ? Cela est dû à ce que Christ sanctifie et purifie, et poursuit le lavage d’eau par la Parole. Ce lavage a un aspect collectif, comme ici (5:25), et un aspect individuel (Jean 13) : les deux sont vrais. C’est vrai pour chaque âme, comme pour l’Église en général. Christ agit continuellement, dans la présence de Dieu, en faveur de l’Église ; la conséquence nécessaire en est la répréhension et le châtiment. On est amené à sentir ce que l’on a fait. Quelque portion de la Parole de Dieu, soit lors de sa méditation personnelle, soit reçue par le moyen d’autrui, éclaire l’âme d’un coup. On est alors convaincu de folie ; la volonté propre cesse d’agir ; la parole de Dieu ouvre les yeux avec puissance par le Saint Esprit, et en s’y soumettant, on s’incline devant le Seigneur.

Tel est le lavage d’eau par la Parole. Il est l’effet de la sacrificature de Christ à la droite de Dieu. L’application de la Parole de Dieu à l’âme est l’effet de l’intercession de Christ pour ôter les manquements où qu’ils soient. Le travail qu’Il exerce à la droite de Dieu a un caractère d’intercession. Une grande partie de ce travail qui se poursuit dans l’âme n’est pas tant de remédier aux manquements, que de prémunir. Dieu ne compte pas sur le péché, Il n’attend pas de Son enfant qu’il pèche. Il y a, au contraire, une exhortation solennelle à ne pas pécher : « Mes enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez pas » (1 Jean 2:1). L’apôtre venait de leur dire que si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous (1 Jean 1:8). Or il y avait le danger que cette déclaration ait pour effet sur le cœur corrompu de l’homme, qu’on en déduise qu’après tout, le péché n’est pas si grave que ça. Aussi précise-t-il : « Mes petits enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez pas ». Jamais nous n’avons la liberté de pécher ; nous sommes toujours inexcusables quand nous péchons. Il ajoute alors : « Si quelqu’un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus Christ, le juste » (1 Jean 2:2).

C’est la vérité qui correspond à notre passage d’Éph. 5 ; non pas que dans les deux passages la position de Christ soit la même, mais l’effet vis-à-vis de l’âme est similaire. Christ poursuit Son précieux travail d’amour, et il en résulte qu’il y a dans la Parole telle portion qui, par la grâce de Dieu, s’applique à nos fautes — de sorte que la sanctification dont il est parlé ici est la mise à part pratique, selon notre appel comme assemblée de Dieu — l’accomplissement de cette sanctification dans nos âmes par la Parole de Dieu. Cela s’opère par la révélation de Christ, et de Christ tel qu’Il est maintenant dans la présence de Dieu. C’est à cela qu’il est fait allusion en 2 Cor. 3:18 où nous lisons : « Nous tous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur en Esprit ». Nous voyons que le Saint Esprit révèle Christ tel qu’Il est glorifié maintenant devant Dieu, et Il nous sépare du monde qui ne connaît rien de Sa gloire, mais est préoccupé de sa propre gloire qui se rapporte aux choses présentes. Dieu nous révèle Christ en haut, ce qui a pour effet de nous sevrer du faux éclat du présent siècle mauvais.

 

5.13                      Ch. 5:27

Comme nous avons ici l’exposé complet de ce que Christ fait, il y a la purification aussi bien que la sanctification de l’Église. Il faut ôter toute souillure, et dans les deux cas, Dieu se sert du lavage d’eau par la Parole. Mais il y a un troisième fruit encore futur de Son amour : « afin que lui se présentât l’assemblée à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable ». Il est clair que nous avons ici la bénédiction complète de l’Église, quand il ne sera plus question de la purifier ; quand l’amour de Christ aura son résultat parfait, et que l’Église sera glorieuse à Sa ressemblance : « afin que lui se présentât l’assemblée à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable ; mais afin quelle fût sainte et irréprochable ». Tel est l’exposé complet et divin de l’amour de Christ. Remarquez qu’il n’est pas présenté sous forme simplement doctrinale, mais d’une manière très pratique, en vue d’illustrer la position du mari chrétien vis-à-vis de sa femme. Le mari ne peut agir correctement à l’égard de sa femme que si la relation est considérée à un niveau plus élevé que le niveau naturel. Le chrétien doit agir sur des principes célestes, pour se comporter comme il faut dans une relation naturelle. Un mari peut être attaché à sa femme, et la femme tout autant attachée à son mari ; mais si toute la base de leur vie matrimoniale se limite à cet attachement réciproque, il n’y aura jamais ni la puissance de Dieu, ni Sa bénédiction ni Son honneur. Ces sentiments sont tout à fait justes, mais il y a besoin de plus que cela, et le plus qui est nécessaire, c’est que nos âmes se rappellent constamment les sentiments de Christ envers l’Église, et comment Il se conduit à son égard. Il y a toujours de la bénédiction et de la puissance à croire la Parole de Dieu. Si nous ne nous servons pas de la Parole, nous n’aurons pas la force de Dieu dans les relations naturelles de la vie ; or il faudrait bien l’avoir. Si cette force manque, n’est-ce pas que nous avons agi jusqu’ici sans ce qui donne la puissance, et que Dieu voudrait reconnaître et honorer ?

 

5.14                      Ch. 5:28-30

L’Esprit l’applique ainsi : « De même aussi, les maris doivent aimer leurs propres femmes comme leurs propres corps ; celui qui aime sa propre femme s’aime lui-même » (5:28). Il part de l’instinct commun selon lequel les hommes cherchent naturellement à éviter la peine et prennent soin d’eux-mêmes. L’apôtre parle seulement des faits, et il raisonne ainsi : Considérez votre femme comme étant une partie de vous-même ; or tout ce qui lui fait tort, c’est autant de tort causé à votre propre corps. Cela devrait vous apprendre à avoir des soins affectueux, « car personne n’a jamais haï sa propre chair, mais il la nourrit et la chérit, comme aussi le Christ l’assemblée » (5:29). C’est un beau complément, bien doux, ajouté à la vérité déjà présentée. Dans ce qui précède, nous avons vu la rédemption, la purification pratique présente, la glorification future de l’Église. Mais maintenant l’apôtre ajoute que Christ « la nourrit et la chérit ». Ces expressions entrent spécialement dans la pensée de Christ, et Son intérêt plein d’égards pour ceux qui Lui appartiennent. C’est une grande consolation de savoir que cela demeure vrai dans l’état actuel de l’Église, malgré toute la ruine qui nous entoure. Christ va-t-il jamais cesser de nourrir ce qui Lui appartient ? C’est impossible. Malgré toute la ruine, il a la même sollicitude pour les Siens. Nous ne prierons jamais trop pour l’Église ; mais cela n’est pas du tout être troublé dans nos pensées comme si le Seigneur l’oubliait et ne prenait pas soin correctement des saints selon leurs besoins et leurs douleurs. Le Seigneur n’a jamais failli ; et ce qu’Il nous dit ici de faire dans notre relation terrestre n’est rien d’autre que ce qu’Il fait Lui-même en perfection à l’égard de l’Église. Il aime l’Église ; Il la nourrit et la chérit, et Il le fait parce que « nous sommes membres de son corps, de sa chair et de ses os » (5:30). Tout comme Ève était partie d’Adam, ainsi l’Église est partie de Christ. Le Seigneur prit un côte d’Adam pour en former sa femme. C’est dans cette même proximité de relation que nous sommes vis-à-vis de Christ.

On applique quelquefois ce verset à l’incarnation de Christ ; mais c’est l’inverse. Il ne veut pas dire que Christ a pris notre chair et nos os, mais que nous avons été faits membres de Son corps, de Sa chair et de Ses os. Il s’agit de notre relation avec Christ ressuscité d’entre les morts, et non pas de la relation de Christ avec nous, comme étant Lui un homme sur la terre. Je mentionne cela seulement pour prévenir les âmes contre une fausse interprétation. Il n’y a là aucune allusion à notre Seigneur prenant la chair et le sang : nous savons bien qu’Il l’a fait, mais l’enseignement sur ce sujet se trouve dans l’épître aux Hébreux, non pas ici. Nous sommes membres de Son corps, de Sa chair et de Ses os. Nous faisons réellement partie de Lui-même, étant unis à Lui tel qu’Il est maintenant dans la présence de Dieu. Dans notre passage, il s’agit de notre union avec Lui, non pas de Son incarnation.

 

5.15                      Ch. 5:31-33

Le cas d’Adam et d’Ève est ensuite cité en reprenant le langage de Genèse 2 : « C’est pour cela que l’homme laissera son père et sa mère et sera joint à sa femme ; et les deux seront une seule chair. Ce mystère est grand ; mais moi je parle relativement à Christ et à l’assemblée. Toutefois, que chacun de vous aussi en particulier aime sa propre femme comme lui-même ; et quant à la femme, qu’elle craigne son mari » (5:31-33).

Le sujet se trouve ainsi résumé dans cette parole toute pratique. Inutile de dire que ce verset exclut tout ce qui serait contraire à la confiance la plus absolue dans cette relation. Si le mari agit dans l’esprit de cette parole, il n’aura pas de secret pour celle qui est une partie de lui-même ; quant à la femme, qu’elle s’assure de bien craindre son mari. Ce n’est pas là la simple familiarité de l’amour, ce qui serait une faute au point de vue céleste. Quelle que soit la confiance d’une femme en son mari, c’est assurément convenable pour elle de le craindre. Qu’on ne pense pas que la crainte soit en quelque mesure incompatible avec l’amour : Il nous est dit de retenir [tenir ferme] la grâce, en vue de quoi ? pour servir Dieu, d’une manière qui Lui soit agréable, avec révérence et avec crainte (Héb. 12:28). Sans doute, il y a une immense différence entre Dieu et l’homme, mais cela peut servir d’exemple.

Dans notre passage, il s’agit de cette crainte qui redoute d’offenser et recherche activement l’honneur du mari. Ceci reste vrai dans tous les cas. Prenez le cas d’un mari sot avec une femme intelligente ; si tous les jours il montre ce qu’il est, sa femme devra d’autant plus se garder dans son esprit, afin de mettre ses capacités au profit du mari sans que cela paraisse. Il est très important, dans ces circonstances, qu’elle honore Dieu et son mari, au lieu de laisser échapper des paroles blessantes ou inconsidérées, que ce soit lui ou d’autres qui les entendent. C’est dans de telles circonstances que doivent briller la sagesse et le sens spirituel de la femme pieuse, et briller sans brillant : car la bénédiction du couple suppose que l’homme paraisse, non pas la femme. Quand le cœur regarde simplement au Seigneur, ce résultat est atteint : bien qu’il semble incongru qu’un tel couple soit uni ensemble, et que cette attitude ne fasse que rendre leur chemin plus difficile, pourtant rien n’est impossible à Dieu. Si la femme chrétienne cherche la pensée de Dieu, et cherche à L’honorer dans ces circonstances, Dieu se servira d’elle d’une manière heureuse et bénie pour aider son mari et pour couvrir ce qui serait mortifiant pour lui. Le principe demeure toujours. Rien ne justifie le mari de ne pas aimer sa femme, et pareillement rien ne justifie la femme de ne pas craindre son mari. Que le Seigneur nous accorde de garder à l’esprit Son avertissement saint et plein de grâce.

 

6         Chapitre 6

6.1   Ch. 6:1-9 — Relations diverses

6.1.1        Ch. 6:1a

Considérons brièvement les relations entre enfants et pères, et entre serviteurs et maîtres. L’obéissance est ici le grand point sur lequel il est insisté dans tous les cas auprès de ceux qui occupent la position inférieure. Comme tous les saints sont appelés à se soumettre les uns aux autres dans la crainte de Christ, et particulièrement les femmes à leurs maris en toutes choses, ainsi les enfants doivent obéir à leurs parents dans le Seigneur (6:1). Le Saint Esprit a bien aussi pour leurs pères une parole appropriée et sérieuse ; mais en général combien le fonctionnement d’une maison chrétienne est aisé quand les jeunes obéissent, surtout s’ils obéissent « dans le Seigneur ». L’affection naturelle est douce, et son absence est un signe des temps fâcheux de la fin ; mais elle ne suffit pas. Et la conscience, si importante soit-elle à sa place, est aussi une sauvegarde insuffisante, et elle ne peut pas être une source de puissance ; seul le Seigneur est cette source. Combien il est béni quand le devoir est revêtu de Christ, et absorbé par Lui ! C’est là-dessus, et rien moins que cela, que le Saint Esprit insiste.

Le Seigneur Lui-même l’a réalisé quand Il était ici-bas, Il a su ce que c’est d’être dans la position d’enfant. « Et l’enfant croissait et se fortifiait en esprit, étant rempli de sagesse ; et la faveur de Dieu était sur lui » (Luc 2:40). Nous ne sommes pas laissés sur une déclaration vague et générale, mais nous avons le tableau vivant de Ses voies : « Et quand il eut douze ans, comme ils étaient montés à Jérusalem, selon la coutume de la fête, et qu’ils avaient accompli les jours de la fête, comme ils s’en retournaient, l’enfant Jésus demeura dans Jérusalem ; et ses parents ne le savaient pas. Mais croyant qu’il était dans la troupe des voyageurs, ils marchèrent le chemin d’un jour et le cherchèrent parmi leurs parents et leurs connaissances ; et ne le trouvant pas, ils s’en retournèrent à Jérusalem à sa recherche. Et il arriva qu’après trois jours ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Et tous ceux qui l’entendaient s’étonnaient de son intelligence et de ses réponses. Et quand ils le virent, ils furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait ainsi ? Voici, ton père et moi nous te cherchions, étant en grande peine. Et il leur dit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père ? » (Luc 2:42-49). Ainsi, même comme enfant de douze ans, il avait la conscience de Sa relation personnelle. L’humanité qu’il avait prise comme né de femme, loin d’affaiblir le sentiment qu’il avait de l’amour et des affaires de Son Père, lui donnait plutôt une occasion d’en manifester la réalité. En même temps nous voyons ce qui est si beau — combien Son œil, absolument simple, percevait ce qui Lui convenait du point de vue terrestre, en contraste frappant avec Joseph et même sa mère, qui « ne comprirent pas la parole qu’il leur disait » (Luc 2:50). Aussi lisons-nous immédiatement après : « Et il descendit avec eux, et vint à Nazareth, et leur était soumis » (Luc 2:51). Tel fut Jésus, le Seigneur de tout, pendant la plus grande partie de Sa carrière terrestre.

Le même principe est vrai de l’enfant chrétien, à cette différence près que la relation de Christ avec le Père tenait à l’essence même de Sa personne, tandis que notre relation avec Christ et avec Son Père est bien sûr un pur don de la grâce. Mais néanmoins nous sommes nous aussi des enfants, ce titre nous étant conféré et assuré dans et par notre Seigneur Jésus-Christ. « Voyez de quel amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu… Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu » (1 Jean 3:1-2). Et ceci, par l’opération du Saint Esprit, est le secret d’une obéissance heureuse dans la relation terrestre. Conscients de ce que nous sommes vis-à-vis du Seigneur, nous pouvons obéir en Lui. « Dans le Seigneur » est tout à la fois le motif d’encouragement, la sauvegarde et la limite. Que les parents soient Juifs ou païens, ou qu’ils portent indignement le nom de Christ, les enfants chrétiens (tout en reconnaissant pleinement leur relation avec leurs parents, quoi qu’il en soit de ceux-ci) ont néanmoins le doux privilège d’obéir « dans le Seigneur ». Combien cela simplifie des questions autrement si embarrassantes ! Combien aussi cela détermine le chemin à suivre et le point jusqu’où il faut aller ! Car puisque c’est « dans le Seigneur » que les enfants sont appelés à obéir, un tel appel n’est ni une raison ni une excuse pour pécher.

 

6.1.2        Ch. 6:1b-3

Dans l’épître aux Colossiens, où les saints étaient en danger de faire mauvais usage des ordonnances légales, le motif donné aux enfants pour obéir à leurs parents en toutes choses est que « cela est agréable au Seigneur » (Col. 3:20). Ici dans les Éphésiens, les fidèles étaient dégagés de ce piège, et le Saint Esprit pouvait se servir librement d’un principe incorporé dans la loi ; c’est pourquoi il ajoute : « car cela est juste ». Il peut même poursuivre par une citation du décalogue, légèrement modifiée, et attirer ainsi l’attention, dans une parenthèse, sur la place spéciale qu’elle y occupe. « Honore ton père et ta mère», (c’est le premier commandement avec promesse,) «afin que tu prospères et que tu vives longtemps sur la terre » (6:2-3). Si Dieu estimait ainsi la piété filiale sous la loi, l’estime-t-Il moins maintenant qu’Il révèle Sa nature comme le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ et qu’Il nous appelle à la relation de fils avec Lui ? Si le respect porté à cette parole d’autrefois était approuvé et récompensé dans le juste gouvernement de Dieu, si Dieu veillait alors sur ceux qui honoraient leurs parents, et les faisaient prospérer, la révélation de Lui-même en grâce était-elle susceptible d’affaiblir l’obligation sous laquelle se trouvent Ses enfants, ou de rendre maintenant moins précieux à Ses yeux l’amour qui inspirait et soutenait l’honneur ainsi rendu ? Aucun chrétien intelligent ne niera qu’il s agit bien ici d’un précepte de la loi, mais appliqué, si je ne me trompe, de manière à suggérer au croyant du Nouveau Testament une sorte de conclusion à fortiori. Il est certain que depuis la croix de Christ, la portion spéciale des saints ne leur est habituellement pas présentée sous forme de prospérité ou d’une prolongation de jours sur la terre.

 

6.1.3        Ch. 6:4

Aux pères est adressé un avertissement (peut-être plus nécessaire à eux qu’aux mères, bien que les deux soient concernés) : « Ne provoquez pas vos enfants à la colère, mais élevez-les dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur » (6:4). Quelle connaissance du cœur tant des vieux que des jeunes ! Combien la Parole, après avoir insisté sur l’obéissance, ajoute des considérations de tendresse, de peur qu’un exercice trop rigoureux et capricieux de l’autorité parentale n’exaspère. D’un autre côté, élever les enfants et les nourrir doit se faire sous la discipline et les avertissements du Seigneur. Comme le chrétien connaît les voies du Seigneur qu’il a vues s’exercer envers lui et envers les autres, ainsi doit-il former ses enfants pour le Seigneur : c’est un principe de toute importance pour le cœur et la conscience des parents. Désirons-nous pour nos enfants le Seigneur seulement, ou aussi le monde ?

 

6.1.4        Ch. 6:5-8

Ensuite les esclaves chrétiens sont exhortés à obéir à leurs maîtres selon la chair (tels qu’ils étaient, convertis ou non), et à leur obéir avec crainte et tremblement, en simplicité de cœur comme à Christ ; ne servant pas sous leurs yeux seulement, comme voulant plaire aux hommes, mais comme esclaves de Christ, faisant de cœur la volonté de Dieu, servant joyeusement le Seigneur et non pas les hommes, sachant que chacun, soit esclave, soit homme libre, quelque bien qu’il fasse, le recevra du Seigneur (6:5-8). Ne convient-il pas de bien noter l’étendue et la profondeur de la liberté en Christ ? Il n’y a rien de violent ni de révolutionnaire, et pourtant le changement est complet, absolu, final dans son principe et dans son caractère, bien qu’il y ait des progrès à faire dans l’appréciation et la manifestation de ce changement. De tels progrès sont moralement importants, parce qu’ils forment une partie essentielle du christianisme pratique, où la moindre des bénédictions accordée par la grâce de Dieu en Christ ne se saisit que par la foi, et ne peut être réalisée du commencement à la fin que dans la puissance de l’Esprit et dans le jugement de soi-même, et ne sera notre possession effective, ouvertement manifestée, que quand ce qui est parfait sera venu (1 Cor. 13:10) en gloire de résurrection. Néanmoins, combien il est précieux de savoir que si, en un sens, nous n’avons encore rien, dans un autre sens, tout aussi juste et réel, nous possédons toutes choses (2 Cor. 6:10). C’est à cette vérité que la foi doit tenir et d’après laquelle elle doit agir ; et entre autres, quel privilège pour l’esclave chrétien ! Quel puissant motif pour ceux qui, déjà conscients de leur liberté en Christ — une liberté absolument supérieure aux circonstances, — ont justement pour cette raison une telle perspective de triomphe de leurs chaînes et du service de Christ dans l’obéissance aux pires maîtres, si c’est la volonté du Seigneur de les éprouver ainsi. Sans doute, le maître, lui aussi, a ses devoirs ; mais s’il y manque, qu’arrive-t-il ? L’esclave est-il déchargé de sa responsabilité ? En quoi cela soulève-t-il une difficulté, si l’on obéit en simplicité, comme à Christ. Christ fait-il jamais défaut ? Combien cela délivre de toute tendance à la déloyauté ! — « ne servant pas seulement sous leurs yeux comme voulant plaire aux hommes, mais comme esclaves de Christ [quel titre d’honneur partagé avec un apôtre !] faisant de l’âme la volonté de Dieu » (6:6 ; car tel est le vrai sens ici). Mais il y a plus : il y a non seulement un appel à servir de bon cœur, comme pour le Seigneur et non pour les hommes, mais il était rappelé aux esclaves que le jour approchait où chacun, soit esclave, soit homme libre, quelque bien qu’il fasse, le recevra du Seigneur (6:8). Qu’ils soient donc assurés d’une large rémunération, car Lui, au moins, n’est pas injuste.

 

6.1.5        Ch. 6:9

Ensuite, les maîtres (6:9) sont exhortés à leur tour à être justes et impartiaux, à faire ce qu’ils aimeraient qu’on leur fit, et à s’abstenir des menaces si habituelles envers les pauvres esclaves. Ils devaient savoir que le Seigneur des maîtres et des esclaves est dans les cieux, et qu’avec Lui, il n’y a point d’acception de personnes : ce sont deux considérations de poids pour un maître, et qui, avec à propos et délicatesse, sont placées devant lui plutôt que devant l’esclave.

 

6.2   Ch. 6:10

Nous arrivons aux exhortations finales de l’épître, qui laissent les différentes relations des saints dans leurs circonstances terrestres, et cessant de regarder à des catégories distinctes, s’adressent à tous. « Au reste, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans la puissance de sa force » (6:10). Ainsi s’ouvre le sujet solennel du combat chrétien proprement dit ; dans les Éphésiens, il est naturellement vu comme un combat mené à la hauteur de nos privilèges en Christ. En 1 Pierre (5:8), la scène du combat se trouve pour ainsi dire au désert, et c’est bien à propos qu’il est commandé d’être sobres et vigilants à ceux qui sont pèlerins et voyageurs en route vers l’héritage incorruptible, — parce que leur adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour d’eux cherchant qui il pourra dévorer. En Éphésiens, l’ennemi est envisagé comme dans les lieux célestes : c’est là que les saints sont bénis de toute bénédiction spirituelle, — que leur chef est exalté, — qu’ils sont assis en Lui, — que les principautés et les puissances apprennent par leur moyen la sagesse si diverse de Dieu ; — et c’est donc aussi là que se tient le réel combat contre le chef de l’autorité de l’air (2:2) et ses armées.

Mais si, d’un côté, il n’y a pas d’arrêt à ce formidable combat dans lequel les croyants sont inévitablement engagés, de l’autre côté leurs mains ne sont pas affaiblies. Au contraire, la trompette de convocation à la bataille rend ici des sons certains du bon courage, sans présomption, qu’il y a chez les saints, et des abondantes ressources pour la victoire qu’il y a auprès du Seigneur, — c’est Lui qui les a appelés à la guerre à Ses propres dépens (1 Cor. 9:7). Quelle était, par la foi en Son nom, la valeur de Son nom pour celui qui était boiteux dès le ventre de sa mère et qu’on portait chaque jour à la porte du temple pour demander l’aumône ? (Actes 3:2 ; 4:10). Ce nom est-il moins capable de répondre à notre besoin ? Loin de nous une telle pensée ! Tout ce qu’il nous faut, c’est la foi en Lui ; et la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend, par la Parole de Dieu (Rom. 10:17). Or, qu’y a-t-il de plus propre à ranimer notre esprit que ces mots « Fortifiez-vous dans le Seigneur et dans la puissance de sa force ? » (6:10).

 

6.3   Ch. 6:11-12

Néanmoins, celle lutte gigantesque avec les puissances des ténèbres ne supporte aucune négligence de notre part. Nous ne pouvons nous permettre de ne pas être sur nos gardes, où que ce soit. Nous avons à tenir ferme, non pas tellement contre la force du diable (Christ l’a fait), mais plutôt contre ses ruses. En vérité, pour nous, c’est un ennemi vaincu à la croix, et nous avons toujours le droit de le traiter comme tel. C’est pourquoi Jacques dit (4:7) : « Résistez au diable et il s’enfuira de vous ». Ce sont ses artifices qui sont surtout et toujours à redouter, et pour y résister il nous faut revêtir l’armure de Dieu, ainsi qu’il est ajouté « Revêtez-vous de l’armure complète de Dieu, afin que vous puissiez tenir ferme contre les artifices du diable : car notre lutte n’est pas contre le sang et la chair, mais contre les principautés, contre les autorités, contre les dominateurs de ces ténèbres, contre la puissance spirituelle de méchanceté dans les lieux célestes » (6:11-12).

Nous pourrions bien trembler si nous étions livrés à nos propres ressources en présence d’une pareille armée. Mais il n’en est pas ainsi. La bataille est celle du Seigneur et le danger que nous courons ne fait qu’attirer vers nous Sa main puissante et Sa sagesse sans défaut. Néanmoins, il nous faut combattre. Il ne sert à rien d’alléguer notre faiblesse ou Sa force pour nous soustraire à notre responsabilité. Il ne suffit pas de regarder l’armure de Dieu comme étant la nôtre, ni d’en désigner les éléments ; il faut s’en revêtir selon Son commandement.

Il y a un autre point à garder à l’esprit : il ne s’agit pas ici de nos besoins devant Dieu. Il n’est pas, Lui, en conflit avec nous ; mais ayant délivré nos âmes, Il nous appelle à combattre pour l’emporter sur les armées invisibles de Son ennemi. Lorsque nous étions nus dans notre état de perdition autrefois, nous avions besoin d’être revêtus (2 Cor. 5), ce que Sa grâce a fait au moyen de la plus belle robe (Luc 15), Christ Lui-même. C’est ce dont nous sommes revêtus aux yeux de Dieu : rien moins que cela, rien d’autre ne conviendrait à Ses hôtes en Sa présence. Mais la question ici est de combattre l’ennemi après avoir été revêtus de Christ ; nous avons donc besoin d’une armure de trempe divine pour tenir debout d’une manière assurée. Nous allons voir les détails de cette armure ; pour le moment, je ne fais qu’insister sur la vérité générale.

Il est bien remarquable de voir le souvenir de Josué rappelé au v. 10, et celui des ennemis d’Israël rappelé au v. 12 ! La parole adressée à Josué disait : « Lève-toi, passe ce Jourdain, toi et tout ce peuple, pour entrer dans le pays que je leur donne à eux, les fils d’Israël. Tout lieu que foulera la plante de votre pied, je vous l’ai donné, comme j’ai dit à Moïse…  Personne ne tiendra devant toi, tous les jours de ta vie ; comme j’ai été avec Moïse, ainsi je serai avec toi : je ne te laisserai point et je ne t’abandonnerai point. Fortifie-toi et sois ferme, car toi, tu feras hériter à ce peuple le pays que j’ai juré à leurs pères de leur donner. Seulement, fortifie-toi et sois très ferme ». (Josué 1:2-3, 5-7 ; voir aussi les v. 9 et 18). Il est clair que si les Cananéens n’étaient que des ennemis de chair et de sang, ils étaient des types des ennemis encore plus mortels que nous avons à combattre — ces ennemis qui s’efforcent d’empêcher les chrétiens de prendre possession de leur héritage céleste, comme une jouissance présente.

Il ne s’agit pas ici, notez bien, de traverser la mer Rouge, suivie du désert, où il faut apprendre ce qu’est Dieu et être mis à l’épreuve nous-mêmes. Le désert est la grande scène de tentation. Sans doute il s’y trouve des combats occasionnels, comme avec Amalek et Madian, mais toutefois c’est le lieu où nous avons à marcher ou à faire halte au commandement de Dieu, avec le besoin journalier de ressources envoyées du ciel, où rien d’autre ne peut soutenir, tandis qu’on marche toujours en avant, avec la patrie céleste devant soi. Mais, le combat, dans les Éphésiens comme dans le livre de Josué, implique le passage du Jourdain et l’entrée en Canaan, et c’est le début du jour du combat, plutôt que celui de la tentation au désert.

L’école évangélique est-elle dans le vrai en appliquant le type du Jourdain à la mort du chrétien, à la fin de sa carrière, quand il déloge pour être avec Christ ? Assurément non ; car dans ce cas, à quoi correspondraient les guerres de Canaan ? Non ! si excellent qu’ait été Bunyan, il s’est trompé sur ce point, suivant en cela les erreurs de certains prédécesseurs, et les ayant perpétuées très largement jusqu’à aujourd’hui. En vérité, c’est l’un des tests montrant où en est l’âme et dans quelle mesure elle s’est émancipée de la théologie traditionnelle, laquelle restreint ses disciples à un niveau minimum de vérité. Dans d’autres domaines comme celui de la Pâque ou de la mer Rouge, leurs applications sont défectueuses, mais sur le sujet des guerres de Canaan, leur application est absolument nulle, ou erronée. Je dis ceci en proclamant l’auteur du « Voyage du pèlerin » comme un échantillon noble et très avancé des vues populaires. Les meilleurs auteurs du monde religieux n’ont fait que le commenter, quelques-uns même de façon littérale. N’est-ce pas la meilleure preuve de l’ignorance de la véritable portée de cette épître ? En vérité, dans la mer Rouge nous avons Christ mort et ressuscité pour nous, alors que dans le Jourdain nous avons notre mort et notre résurrection avec Lui ; dans le premier de ces types nous sommes introduits dans le monde comme le lieu aride de notre pèlerinage, et dans le second nous sommes en vue de nos bénédiction célestes, que nous avons à nous approprier par la victoire sur Satan. La distinction entre ces deux vérités est tout à fait claire et très importante, quoique l’une et l’autre soient la part actuelle du chrétien. Au jour glorieux où l’héritage sera à nous, de fait et non par la puissance de la foi qui défait pratiquement l’ennemi et nous assure le pays que Dieu nous a donné, alors nous n’aurons plus à lutter contre ces principautés et ces puissances dans les lieux célestes : le combat sera fini pour nous pour toujours. L’expulsion du dragon, « le serpent ancien », n’est pas notre affaire, mais celle de Michel et ses anges. Il nous appartient, à nous, de le vaincre, mais non pas de le chasser de force du ciel. Pendant tout le temps de l’Église ici-bas, notre lutte se poursuit contre ces puissances spirituelles de méchanceté dans les lieux célestes ; quand elles seront effectivement chassées par la puissance providentielle de Dieu, nous ne serons pas ici, mais en haut.

Après la Pâque et la mer Rouge, Israël n’est pas retourné sous l’esclavage du Pharaon ; leurs oppresseurs étaient vaincus et anéantis : « il n’en resta pas même un seul » (Ex. 14:28) ; « l’Éternel délivra en ce jour-là Israël de la main des Égyptiens ; et Israël vit les Égyptiens morts sur le rivage de la mer » (Ex. 14:30). Mais la circoncision n’était pas la caractéristique des rachetés dans le désert. Dès que les fils d’Israël furent sur le bord cananéen du Jourdain, ils roulèrent de dessus eux l’opprobre de l’Égypte à Guilgal (Jos. 5:9). Le couteau de la circoncision leur fut appliqué avant qu’ils tirent l’épée contre ces habitants de Canaan sur lesquels la sentence était prononcée. Israël était maintenant en Canaan et n’avait plus rien à faire pour y parvenir : il ne lui restait qu’à s’approprier le pays.

N’est-ce pas instructif pour nous ? Avons-nous consciemment saisi notre union avec Christ en haut ? Savons-nous que notre place est là, en Lui, et que c’est là que nous avons à nous tenir ? La nature — racines et branches — est-elle jugée en nous ? Rendons-nous un témoignage céleste, — non pas seulement juste et saint, mais céleste ? Avançons-nous effectivement contre l’ennemi, en faisant valoir, par une victoire présente, notre droit à jouir des bénédictions infinies d’en haut que nous avons en Christ ? Ou bien sommes-nous encore, quant à la réalisation, des rachetés dans le désert, n’ayant pas traversé le Jourdain ni goûté au vieux blé du pays ? Veillons-nous simplement à nous garder des manifestations extérieures de la chair, et de l’envahissement par les tentations mondaines sur tel ou tel point ? S’il en est ainsi, il ne faut pas s’étonner si le verset 12 parait mystérieux, ni si l’on demande ce que veut dire le combat contre les ennemis dans les lieux célestes. C’est probablement pour avoir mal compris, ou pas compris du tout, la vérité révélée ici, que nos traducteurs anglais ont changé dans ce passage (6:12) l’expression « lieux célestes » en « hauts lieux », sans avoir de base pour le faire — ils ne l’ont fait qu’ici. Il nous incombe cependant de considérer si nos âmes ont fait, et font encore l’épreuve de l’armure de Dieu dans ce combat, où, plus que partout ailleurs, il est clair que « la chair ne profite de rien » (Jean 6:63).

 

6.4   Ch. 6:13-17

Dans ces versets, après un résumé servant de préface, nous en venons aux détails de l’armure du chrétien. « C’est pourquoi prenez l’armure complète de Dieu, afin que, au mauvais jour, vous puissiez résister, et après avoir tout surmonté, tenir ferme. Tenez donc ferme, ayant vos reins ceints de la vérité » etc. (6:13-17).

 

6.4.1        Ch. 6:13

La première chose à remarquer, c’est que le Saint Esprit nous appelle à revêtir l’armure de Dieu. Ni la force, ni la sagesse de l’homme n’ont d’efficacité dans cette bataille. Pour avoir à faire aux armées de Satan, c’est de « l’armure complète de Dieu » que nous avons besoin. Nos habitudes et notre caractère naturel n’ont pas d’importance, quand l’Esprit de Dieu travaille pour sauver nos âmes dans Sa grâce, mais ils en ont au contraire une immense en présence d’un ennemi qui sait comment mettre à profit la moindre absence de protection. Même aux Corinthiens, tout charnels qu’ils étaient et seulement capables de supporter la nourriture des petits enfants (non pas la nourriture solide offerte aux Éphésiens), il leur avait montré qu’en marchant dans la chair, nous ne combattons pas selon la chair (2 Cor. 10:3). Car les armes de notre guerre ne sont pas charnelles, mais puissantes par Dieu pour la destruction des forteresses, détruisant les raisonnements et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et amenant toute pensée captive à l’obéissance du Christ (2 Cor. 10:4-5). Ce n’est pas la chair, mais l’Esprit qui a de la puissance contre Satan.

Ici aussi, le caractère du temps pendant lequel le combat se déroule, est désigné sous le nom de « mauvais jour ». C’est bien toute la période depuis la crucifixion de Christ qui est mauvaise, depuis aussi que l’ennemi a acquis le titre de « prince de ce monde » [ou chef de ce monde]. C’est pourquoi, au chap. 5, nous sommes exhortés à marcher soigneusement, non point comme étant dépourvus de sagesse, mais comme étant sages, saisissant la bonne occasion « parce que les jours sont mauvais » (5:15-16). Ici il y a quelque chose de plus précis : « afin que, au mauvais jour, vous puissiez résister » (6:13). En certaines occasions, il est permis à la puissance du mal de nous serrer de plus près, et le danger est alors grand pour l’âme insouciante. C’est là spécialement « le mauvais jour », et il est bon que le chrétien prennent ses mesures à l’avance ; car quand ce moment arrive, il ne s’agit pas de revêtir l’armure, mais l’ayant déjà prise, c’est le moment de « résister ». Quand « le mauvais jour » arrive, il faut être déjà complètement armés si nous voulons résister de manière efficace. Mais cela ne suffit pas. Car bien souvent la victoire de la foi est trop grande pour la foi qui l’a remportée, et un saint qui a vaincu l’ennemi pendant longtemps et à plusieurs reprises, peut se lasser du combat et se tourner vers un sentier plus aisé en apparence, ce qui prouve sa folie et le danger très grand qu’il court, même s’il est finalement délivré par la pure miséricorde de Dieu. Il ne suffit donc pas de résister, mais « après avoir tout surmonté », après s’être entièrement acquitté de tout ce qui est requis, il faut encore « tenir ferme ». Le ou les combats peuvent avoir été ardents, la victoire peut avoir été complète par la bonté et la puissance du Seigneur ; pourtant la guerre n’est pas finie : nous avons encore à tenir ferme notre terrain.

 

6.4.2        Ch. 6:14-15

« Tenez donc ferme, ayant ceints vos reins de la vérité, et ayant revêtu la cuirasse de la justice, et ayant chaussé vos pieds de la préparation de l’évangile de paix ». Le vrai sens de ces paroles diffère un peu de la version autorisée du roi Jacques, et il n’implique pas seulement une position établie, mais une activité de l’âme selon les sommations du Saint Esprit. Il y a eu bien des erreurs sur ce passage parce qu’on l’a considéré comme traitant de la position chrétienne, alors qu’en réalité c’est tout différent. Il s’agit de s’armer et de combat dans le sens pratique, tout cela étant basé sur la position la plus précieuse jamais révélée dans le Nouveau Testament : c’est une fin admirable pour cette épître qui nous la révèle.

Connaître la vérité et être affranchi par elle est une chose ; avoir les reins ceints de la vérité en est une autre. Il s’agit de la vérité opérant de manière intime dans l’âme, de sorte qu’il n’y ait ni laxisme du cœur ni tolérance de la volonté propre, mais au contraire les affections et le jugement personnel ancré sur Christ et les choses de Christ. Dans ces conditions, le croyant s’attache au Seigneur de propos délibéré du cœur ; le moi étant sondé et jugé par la vérité, il y a de la vigueur communiquée par la révélation de Ses pensées et de Sa grâce, qui sont maintenant goûtées mieux que jamais. C’est la puissance de la vérité gardant l’âme, celle-ci étant délivrée par la riche miséricorde de Dieu, et profondément reconnaissante de se trouver placée sous une autorité si vaste, si pénétrante et si absolue que rien, même le plus intime, n’est laissé hors du cadre de la volonté de Dieu et de l’obéissance du saint. Toutefois, assumer cela et en jouir implique que le cœur soit établi dans la grâce ; c’est alors qu’il peut accueillir la vérité dans toute l’énergie de ses exigences et de son autorité.

Ensuite c’est « la cuirasse de la justice » qui est revêtue, — vérité tout à fait distincte de la justice de Dieu, que nous sommes faits en Christ (1 Cor. 1:30). Nous avons besoin de la justice de Dieu pour nous tenir devant Dieu, et de la cuirasse de la justice pour combattre avec succès notre adversaire, le diable. Avec la ceinture de la vérité autour des reins, l’Esprit nous enseigne que la première pièce de l’armure est l’application profonde de la Parole à nous-mêmes, en jugement de soi-même et avec énergie morale ; quant à la seconde pièce requise pour l’armure, elle consiste à revêtir la justice pratique comme une cuirasse. Rien ne met les saints plus à découvert pendant le combat qu’une mauvaise conscience dans leurs voies : — je ne veux pas dire une conscience non purifiée, mais la situation où après avoir connu la rédemption, on a toléré le mal, et la communion s’en est trouvée interrompue.

Lié à cela, on a « les pieds chaussés de la préparation de l’évangile de paix ». C’est évidemment de nouveau une affaire de puissance et de jouissance pratiques, découlant du maintien d’une bonne conscience, cette dernière ne pouvant exister que là où tout est soutenu et préservé par la vérité. Alors, l’âme chemine en paix. Comme dit un autre apôtre, « le fruit de la justice, dans la paix, se sème pour ceux qui procurent la paix » (Jacq. 3:18). S’il y a du relâchement, la conscience devient mauvaise ; il en résulte du trouble, et du trouble qui se propage. Si la vérité gouverne, la conscience se maintient pure, et étant soi-même heureux, on répand le bonheur autour de soi.

 

6.4.3        Ch. 6:16

Le verset 16 apporte une autre pièce de l’armure divine, tout aussi nécessaire ; mais c’est à juste titre qu’elle vient après ce que nous avons déjà vu. « Par-dessus tout, prenant le bouclier de la foi, par lequel vous pourrez éteindre tous les dards enflammés du méchant ». Il s’agit de cette confiance en Dieu Lui-même, que l’âme a droit de chérir et qu’elle est encouragée de chérir. Je dis en Dieu Lui-même, parce que, bien qu’elle soit inséparable de l’état de justice et de piété qu’impliquent les premières pièces de l’armure, cependant cette confiance découle seulement de ce qu’on connaît de Dieu dans Sa nature et dans Son caractère. Tous les efforts empoisonnés du méchant sont vains quand Dieu est ainsi connu dans la puissance du Saint Esprit non contristé au-dedans de nous. Non seulement les dards ne réussissent pas à produire le désespoir et la méfiance, mais ils sont éteints par le bouclier de la foi.

 

6.4.4        Ch. 6:17

Mais il y a plus : « Prenez aussi le casque du salut et l’épée de l’Esprit, qui est la Parole de Dieu (6:17). Le bouclier de la foi représente une confiance à caractère plus général ; le casque du salut est plutôt la conscience hardie et joyeuse de la pleine délivrance opérée par Dieu pour nous en Christ. Ce casque couronne les différentes pièces de l’armure déjà examinées, et il n’est pas suivi par un nouveau moyen de défense (la liste en est complète), mais par l’instrument de l’énergie offensive contre l’adversaire : « l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu ». La sagesse de placer cette arme en dernier apparaîtra de manière évidente à toute âme instruite des pensées de Dieu ! En effet, si cet ordre n’est pas connu dans la pratique, la Parole n’est qu’un jouet, ou un fouet pour le moi, au lieu d’avoir ce caractère d’épée de l’Esprit ; on s’en sert à tort et elle n’a pas de puissance. Si elle est maniée par l’Esprit, quelle délivrance elle opère ! Combien elle rend impuissants les adversaires et combien elle manifeste Satan ! Elle sert au combat.

 

6.5   Ch. 6:18-24

6.5.1        Ch. 6:18a

Nous avons vu les détails de l’armure de Dieu, une énergie active qui suit ce qui a trait à l’état de l’âme, à sa sécurité pratique et à sa confiance. Mais il y a une source cachée de puissance sans laquelle on ne peut rien — qui est l’expression de la faiblesse, c’est étrange à dire, mais de la faiblesse dans la dépendance de Dieu. Aussi lisons-nous : « priant par toutes sortes de prières » — priant en tout temps. Il n’est rien que l’Ennemi redoute davantage, rien que la chair cherche plus à empêcher, ou au moins à aiguiller à tort lorsqu’il y en a la forme. Mais nous avons d’autant plus besoin de nous souvenir cet appel à une dépendance complète et habituelle.

Il y a en outre l’exercice de désirs spirituels, non pas de la dépendance seulement ; comme le dit notre Seigneur ailleurs : « Quoi que vous demandiez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous demandez quelque chose en mon nom, moi, je le ferai » (Jean 14:13-14). « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez, et il vous sera fait » (Jean 15:7). En bref, c’est un encouragement et une exhortation à toutes sortes de prières et en toutes occasions, tandis qu’il existe aussi un caractère particulier de requête qui est soutenue par la puissance du Saint Esprit, des supplications par l’Esprit (6:18), ce que ne sont pas toutes les prières des saints.

 

6.5.2        Ch. 6:18b-20

Une autre parole de poids est l’appel à « veiller à cela » ; cela suppose l’activité de cet amour qui est prompt à discerner, dans la crainte du Seigneur et par les entrailles de Christ, ce qui d’une part pourrait ternir Sa gloire, et inversement, ce qui contribue à exalter Son nom dans ses saints et dans Son témoignage. Combien tout cela délivre, non seulement de la volonté propre, mais aussi de l’inquiétude et de l’importance de soi ! Quel champ d’exercice pour les affections de la grâce qui font tourner tout ce qui est bon ou mauvais en occasions d’entretiens avec le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, pour tout tourner en canaux de bénédiction éternelle, — alors que sans cela ce ne serait que des circonstances passagères ou un aliment de bavardages ! Combien sont sages et bonnes toutes les paroles de notre Dieu ! Que cela puisse être précieux à nos yeux, aussi bien la chose elle-même, que Sa Parole à ce sujet ! Quand il en est ainsi, on veille à avoir l’habitude de prier, « avec toute persévérance et des supplications pour tous les saints ». Quand on réalise ainsi la présence de Dieu, il n’y a pas d’étroitesse dans les affections, mais l’amour s’épanche avec énergie vers Lui et en communion avec Lui au sujet de tous les saints. C’est le service de l’amour devant Celui qui est amour. Si l’on a à cœur les intérêts de Christ, on se souviendra d’une manière particulière de ceux qui se rassemblent autour de Christ. C’est ainsi que l’apôtre parle ici de leurs supplications en sa faveur ; et il semble qu’il le fasse en vertu d’un lien ayant plus d’énergie que celle qui suscite ordinairement des désirs pour les saints devant le Seigneur — « et pour moi (pas seulement peri, mais uper emou comme indiquant quelque chose de particulier parmi les objets généraux de l’action) — « afin qu’il me soit donné de parler à bouche ouverte pour donner à connaître avec hardiesse le mystère de l’évangile, pour lequel je suis un ambassadeur lié de chaînes, afin qu’en le faisant j’use de hardiesse en lui, comme je dois parler ».

Il est précieux de rencontrer une preuve si pratique du sens qu’avait l’apôtre de la valeur de l’intercession, de l’intercession des saints, pour son ministère. La conscience qu’il avait de la dignité de ce ministère augmentait, plus qu’elle ne diminuait en lui le désir qu’on s’en souvînt ainsi.

 

6.5.3        Ch. 6:21-24

Il comptait de plus, que leur amour les porte non seulement à prier pour lui, mais aussi à désirer connaître ce qui le concernait, comment il allait. Il leur dit donc : « Tychique, le bien-aimé frère et fidèle serviteur dans le Seigneur, vous fera tout savoir : je l’ai envoyé vers vous tout exprès, afin que vous connaissiez l’état de nos affaires, et qu’il console vos cœurs ». Quel contraste entre l’esprit des hommes et cet exercice, puissant et plein de grâce, de l’amour divin dans le cœur, qui compte sur la tendre sollicitude des saints envers lui, qui les servait et les aimait dans le Seigneur ! L’homme, comme tel, ou bien serait dur et indifférent, ou bien craindrait d’être accusé de vanité, comme si ses affaires pouvaient intéresser les autres. Mais Christ change tout dans les cœurs de ceux qui L’ont reçu.

« Paix aux frères, et amour, avec la foi, de la part de Dieu le Père, et du Seigneur Jésus Christ ! Que la grâce soit avec tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus Christ en pureté ! »