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Notes sur l’épître aux ÉPHÉSIENS

 

William Kelly

 

 

1° publication dans Bible Treasury, vol. 4 et 5, 1863 ; 1° traduction français : 1871.

La présente traduction a été entièrement refaite.

Les titres et sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest.

Les variantes que WK met dans la traduction de la Bible par rapport à la version de J. N. Darby ont été quelquefois conservées.

 

 

Table des matières (chapitres seulement) :

1     Chapitre 1

2     Chapitre 2

3     Chapitre 3

4     Chapitre 4

5     Chapitre 5

6     Chapitre 6

 

 

Table des matières (complète) :

1     Chapitre 1

1.1      Introduction

1.1.1       Comment Dieu se révèle dans Sa Parole

1.1.2       L’apôtre Paul et les Romains

1.1.3       Pas de préface

1.1.4       Dieu comme source de bénédiction : le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ

1.2      Ch. 1:1-3

1.2.1       Paul se présente comme apôtre

1.2.2       Paul s’adresse aux saints d’Éphèse

1.2.3       Une relation avec le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus Christ

1.2.4       Bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes

1.3      Ch. 1:4-5

1.3.1       Élus pour être saints et irréprochables en amour

1.3.2       Ch. 1:5 — Prédestinés pour nous adopter

1.4      Ch. 1:6 — À la louange de la gloire de Sa grâce … agréables dans le Bien-aimé

1.5      Ch. 1:7 — Les richesses de Sa grâce : Rachetés et pardonnés

1.6      Ch. 1:7 + 14 — Rédemption passée, rédemption future

1.7      Ch. 1:8-9 — En toute sagesse et intelligence … nous ayant fait connaître

1.8      Ch. 1:10 — Participer à la gloire comme associés avec Christ

1.8.1       La dispensation de la plénitude des temps

1.8.2       Ch. 1:12 — Nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ

1.8.3       Ch. 1:10 et Galates 4:4

1.8.4       Ch. 1:12, nous — Ch. 1:13, vous

1.9      Ch. 1:13-14 — Le Saint Esprit arrhes de l’héritage

1.9.1       Ne pas s’en tenir à la nouvelle naissance

1.9.2       Né d’eau et de l’Esprit, baptême — Jean 3

1.9.3       Le Saint Esprit source de communion et puissance de l’adoration — Jean 4

1.9.4       Le culte des enfants de Dieu — Jean 4:23-24

1.9.5       Le don du Saint Esprit — Différence entre né et scellé de l’Esprit — 1:13

1.9.6       Le don du Saint Esprit — Pas de nouvelle effusion de l’Esprit

1.9.7       La présence du Saint Esprit dans le croyant est un point essentiel

1.9.8       Ch. 1:14 — Les arrhes de l’héritage

1.10     Ch. 1:15-23 — La prière de l’apôtre

1.10.1      Les deux prières des ch. 1 et 3 — Prières et adoration à Dieu et au Père

1.10.2      Ch. 1:15 – Introduction de la prière de l’apôtre

1.10.2.1       La foi qui est en vous

1.10.2.2       L’amour que vous avez pour tous les saints : un amour sans préférences

1.10.2.3       Amour et jugement du mal

1.10.2.4       Détails sur la manifestation de l’amour pour tous les saints — Phil. 2:3

1.10.3      Ch. 1:16-17a — Prière au Père de gloire

1.10.4      Ch. 1:17b-19a — … dans Sa connaissance

1.10.5      Ch. 1:18b — L’espérance de Son appel et les richesses de la gloire de Son héritage

1.10.6      Ch. 1:18b — Son héritage dans les saints. Héritage et héritiers

1.10.7      Ch. 1:19-21 — L’excellente grandeur de Sa puissance

1.10.8      Ch. 1:19 — Sa puissance envers nous qui croyons

1.10.9      Ch. 1:17, 19, 20 — Une puissance connue en Christ

1.10.10        Ch. 1:22-23 — Chef sur toutes choses à l’assemblée

1.10.11        Ch. 1:23 — Son corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous

2     Chapitre 2

2.1      Introduction — L’état de l’homme, la nouvelle naissance, le baptême

2.1.1       Différence de genre entre ch. 1 et ch. 2

2.1.2       Rappel du ch. 1

2.1.3       La condition de mort morale

2.1.4       La nouvelle naissance

2.1.5       Le baptême et Jean 3 — « né d’eau »

2.1.6       Dans la chair

2.1.7       Le vieil homme — Ce qui est né de la chair

2.2      Ch. 2:1-10

2.2.1       Ch. 2:1-2a — Avoir affaire à Dieu au sujet de nos péchés ; la repentance

2.2.2       Ch. 2:2-3a — Les convoitises de notre chair ; enfants de colère par nature

2.2.3       Ch. 2:4-7 — Vivifiés avec Christ … la vie en abondance — Jean 10:10 ; 20:22, 23

2.2.4       Ch. 2:4 — Dieu intervient dans la situation désespérée de l’homme

2.2.5       Ch. 2:5a — La vie en Christ et avec Christ

2.2.6       Ch. 2:5b — Vivifiés ensemble, ressuscités ensemble, assis ensemble, sauvés par grâce

2.2.7       Sur le sens du mot salut en Éphésiens, Philippiens et Hébreux

2.2.8       Ch. 2:6-7 — Encore le salut — Dieu montrant les immenses richesses de Sa grâce

2.2.9       Ch. 2:8 à 10 — Sauvés par la grâce et par la foi ; manifestation de la foi

2.3      Ch. 2:11-22

2.3.1       Rappel de ce qui précède et rapport avec 2:11-22

2.3.2       Ch. 2:11-12 — Succession de diverses dispensations — privilèges de l’Église par rapport à Israel

2.3.3       Ch. 2:13-14

2.3.3.1     Approchés par le sang de Christ

2.3.3.2     Christ notre paix

2.3.3.3     Comment Christ est notre justice

2.3.4       Ch. 2:15-16 — Ayant aboli dans sa chair l’inimitié, la loi des commandements — un seul homme nouveau

2.3.5       Ch. 2:17 — Christ source de l’évangile, et non pas la loi

2.3.6       Ch. 2:18 — Unis par l’Esprit — accès au Père par l’Esprit

2.3.7       Ch. 2:19-22 — La maison de Dieu

3     Chapitre 3

3.1      Généralités

3.1.1       Structure de l’épître en parenthèses

3.1.2       La part de l’Église était une grande nouveauté

3.1.3       Mystères

3.1.4       Le mystère de Christ et l’Église

3.1.5       Des idées courantes à l’encontre du mystère de Christ

3.2      Ch. 3:1-2

3.2.1       Ch. 3:1

3.2.2       Ch. 3:2

3.3      Ch. 3:3-5

3.3.1       Rom. 16:25-26

3.3.2       L’Église n’a commencé qu’à la Pentecôte

3.3.3       L’Église ne comprend pas les saints de l’Ancien Testament

3.3.4       Les promesses faites à Abraham et Israël ne sont pas l’espérance de l’Église

3.3.5       La croix de Christ à la base de l’Église — L’Église, une vérité mal comprise

3.4      Ch. 3:6-10

3.4.1       Dieu fait connaître Sa sagesse aux anges par le moyen de l’Église

3.4.2       Une leçon qui se poursuit malgré les faiblesses des croyants

3.4.3       Responsabilité d’être témoins

3.5      Ch. 3:11-13

3.5.1       Ch. 3:12 — Hardiesse et confiance

3.5.2       Ch. 3:13 — Ne pas perdre courage dans les afflictions

3.6      Ch. 3:14-15

3.6.1       Dans la même place que Christ, mais en toute révérence

3.6.2       Partager l’amour est plus précieux que la gloire

3.6.3       Aspects de l’amour du Père pour Son Fils et pour nous

3.6.4       Toute famille dans les cieux et sur la terre — Relations avec le Père de notre Seigneur Jésus Christ

3.7      Ch. 3:16-18

3.8      Ch. 3:19

3.8.1       Ch. 3:19a

3.8.2       Ch. 3:19b

3.9      Ch. 3:20-21

3.9.1       Ch. 3:20a

3.9.2       Ch. 3:20b

3.9.3       Ch. 3:21

4     Chapitre 4

4.1      Introduction au ch. 4

4.1.1       L’unité de l’Église et le caractère individuel des dons et du ministère

4.2      Ch. 4:1

4.2.1       L’appel des saints qui forment un seul corps en Christ : quelque chose d’unique

4.2.2       La croix efface la distinction entre Juifs et Gentils

4.2.3       La bénédiction réunissant Juifs et Gentils n’est l’accomplissement ni de la loi ni des prophètes

4.2.4       Le seul corps fruit de la grâce, alors que la croix aurait dû aboutir au jugement

4.2.5       Le prisonnier dans le Seigneur

4.3      Ch. 4:2

4.3.1       Ch. 4:2a — Humilité et douceur

4.3.2       Ch. 4:2b — Longanimité et support

4.4      Ch. 4:3-4 — La première unité

4.4.1       Ch. 4:3a — Garder l’unité de l’Esprit

4.4.2       Ch. 4:3b — dans le lien de la paix

4.4.3       Ch. 4:4 — un seul Esprit

4.5      Ch. 4:4-5 — Seconde unité au v. 5

4.6      Ch. 4:6 — Troisième unité

4.7      Ch. 4:7

4.7.1       Christ le Donateur

4.7.2       Différence de présentations des dons entre Corinthiens et Éphésiens

4.7.3       Ne pas en rester aux vues traditionnelles sur le ministère et les dons

4.7.4       Différences entre le ministère et la sacrificature

4.7.5       Le ministère et ses rapports avec le culte

4.8      Ch. 4:8 — Fondement et origine du ministère

4.8.1       Expiation et glorification de christ

4.8.2       Les dons émanent de Christ, Tête du corps

4.9      Ch. 4:8-9 — Satan vaincu

4.10     Ch. 4:9-10

4.11     Ch. 4:11a — apôtres et prophètes

4.12     Ch. 4:11b — évangélistes, pasteurs et docteurs

4.12.1      Il n’y a plus d’autorité pour nommer

4.12.2      Christ est le donateur des dons et ministères

4.12.3      Reconnaître les ministères où qu’ils soient, sans qu’ils aient d’autorité pour commander

4.12.4      L’apôtre avait une autorité en gouvernement

4.12.5      Rom. 16:26 — Écrits prophétiques

4.12.6      1 Cor. 14:29 — Prophètes et communications nouvelles

4.12.7      Le don et la capacité naturelle

4.12.8      Les dons sont des personnes

4.12.9      Des dons universels

4.12.10        Les dons ne sont pas un titre de valeur dans le monde

4.13     Ch. 4:11-13

4.13.1      Les dons subsistent jusqu’à la fin

4.13.2      Reconnaître les dons

4.13.3      Comment agir contre l’hérésie

4.13.4      Le vrai ordre, c’est l’obéissance à la Parole de Dieu, avec la liberté de l’Esprit

4.13.5      Ch. 4:12 — le but du ministère : le perfectionnement des saints

4.13.6      Ch. 4:13a — Le dessein de Dieu s’accomplit malgré tout

4.13.7      Ch. 4:13b-14 — La connaissance du Fils de Dieu ; l’état d’homme fait

4.14     Ch. 4:15

4.14.1      Être vrai dans l’amour : l’exemple de Christ

4.14.2      Dieu veut que nous soyons semblables à Christ maintenant

4.14.3      Les dons servent à bénir les âmes

4.14.4      Le vrai amour selon Dieu va de pair avec la sainteté — désirer les deux

4.14.5      La vraie base de rassemblement, celle que Dieu peut approuver

4.14.6      La ruine de la chrétienté ne change rien — obéir à la Parole

4.14.7      Comment avoir de la certitude dans la confusion régnante — discipline publique et jugement uni

4.14.8      Rassemblements restreints à deux ou trois

4.14.9      Enchaînement des pensées de 4:12 à 4:15 — Christ seul rempart contre le mal

4.14.10        Pas de ministère unique

4.15     Ch. 4:15b-16

4.16     Ch. 4:17-22

4.16.1      Ch. 4:17 — ne pas marcher comme le reste des nations

4.16.2      Agir en grâce sans abandonner ses propres principes

4.16.3      La marche des nations et les vaines pensées viennent de l’état du cœur

4.16.4      Ch. 4:19 — Les Gentils

4.16.5      Ch. 4:20-21 — Apprendre et entendre Christ, selon la vérité en Jésus

4.16.5.1       Vous n’avez pas ainsi appris le Christ

4.16.5.2       Selon que la vérité est en Jésus — Différence entre Christ et Jésus

4.16.5.3       Différence entre « Jésus est la vérité » et « le Saint Esprit est la vérité »

4.16.5.4       Jésus, et la vérité au sujet de l’homme

4.16.5.5       On ne trouve pas la vérité au sujet de Dieu dans la création

4.16.5.6       On ne trouve pas la vérité au sujet de Dieu dans la loi

4.16.5.7       Dieu n’est vraiment connu qu’en Jésus

4.16.5.8       Tout est à voir par rapport à Jésus

4.16.6      Ch. 4:22

4.17     Ch. 4:23-29

4.17.1      Ch. 4:23-24

4.17.2      Ch. 4:25

4.17.3      Ch. 4:26-27 — La colère

4.17.4      Ch. 4:28 — Le vol : les motifs supérieurs du chrétien qui travaille pour pouvoir donner

4.17.4.1       Ch. 4:28a : Une exhortation appropriée

4.17.4.2       Une exhortation qui n’est pas une application de la loi

4.17.4.3       Ch. 4:28b : Un but positif : donner

4.17.5      Ch. 4:29

4.18     Ch. 4:30

4.19     Ch. 4:31

4.20     Ch. 4:32

4.20.1      Une activité pour le bien

4.20.2      Problème de traduction du v. 32 — KJV — Ce qu’est la réconciliation

5     Chapitre 5

5.1      Ch. 5:1-2

5.1.1       Ch. 5:1

5.1.2       Ch. 5:2a

5.1.3       Ch. 5:2b

5.2      Ch. 5:3-7

5.2.1       Ch. 5:3

5.2.2       Ch. 5:4

5.2.3       Ch. 5:5

5.2.4       Ch. 5:6-7

5.3      Ch. 5:8

5.4      Ch. 5:9-10

5.5      Ch. 5:11-13

5.6      Ch. 5:14-17

5.7      Ch. 5:18-21

5.8      Ch. 5:22

5.9      Ch. 5:23

5.10     Ch. 5:24

5.11     Ch. 5:25

5.12     Ch. 5:26

5.12.1      Sanctification et purification

5.13     Ch. 5:27

5.14     Ch. 5:28-30

5.15     Ch. 5:31-33

6     Chapitre 6

6.1      Ch. 6:1-9 — Relations diverses

6.1.1       Ch. 6:1a

6.1.2       Ch. 6:1b-3

6.1.3       Ch. 6:4

6.1.4       Ch. 6:5-8

6.1.5       Ch. 6:9

6.2      Ch. 6:10

6.3      Ch. 6:11-12

6.4      Ch. 6:13-17

6.4.1       Ch. 6:13

6.4.2       Ch. 6:14-15

6.4.3       Ch. 6:16

6.4.4       Ch. 6:17

6.5      Ch. 6:18-24

6.5.1       Ch. 6:18a

6.5.2       Ch. 6:18b-20

6.5.3       Ch. 6:21-24

 

 

 

1         Chapitre 1

1.1   Introduction

1.1.1        Comment Dieu se révèle dans Sa Parole

Il doit être évident, même pour un lecteur tout à fait occasionnel de cette épître, que nous nous trouvons sur un terrain très élevé et saint. Que personne ne voie là des propos pouvant porter atteinte à d’autres portions des Écritures inspirées : qui pourrait nier que Dieu, en révélant Ses pensées, ait trouvé bon d’employer divers instruments à différents degrés ? Il aurait pu, s’Il avait voulu, faire tout écrire par une seule personne. Il aurait pu se révéler Lui-même au niveau maximum de sa propre gloire par chacun des instruments utilisés, et ne donner aucune autre révélation. Mais nous pouvons être certains que les voies de Dieu sont aussi admirables dans les formes où Il s’est révélé, que dans tout ce qu’Il a fait d’autre à Sa propre louange. Ces manières diverses de déployer Sa nature et Son caractère, Ses conseils et Ses voies, manifestent Sa gloire sous un jour infiniment plus béni que si l’éclat de la lumière avait été uniforme. La sagesse qui contribue le plus à Sa majesté et à Sa louange par la manière dont elle opère, est précisément la même que celle qui répond aux besoins de Ses enfants, et est efficace pour leur bénédiction. Est-il besoin de dire qu’une révélation qui vient de Dieu, est pour Son peuple ? Sans doute, elle Le glorifie ; mais quand Dieu parle, Il a un objet en vue, et Il pourvoit en grâce en faveur de ceux auxquels Il s’adresse. Ainsi donc, si d’un côté les révélations de Dieu découlent de Dieu et sont dignes de Lui, elles présupposent nécessairement la condition de l’homme, et y sont adaptées. Or tout ceci, loin d’amoindrir aucunement la gloire divine manifestée dans les diverses parties de la Parole de Dieu, la rehausse au contraire infiniment, et montre qu’elle est de Lui, surtout par la manière merveilleuse dont elle convient aux pauvres pécheurs, tirés de leur bas état pour être adoptés dans Sa famille par la foi en Jésus Christ, dans la richesse de Sa miséricorde.

 

1.1.2        L’apôtre Paul et les Romains

Or de toutes les épîtres de l’apôtre Paul, je n’en vois point de si élevée que celle aux Éphésiens. On ne saurait douter que la condition des saints de cette localité fût en harmonie avec la manière et la mesure des communications qui leur ont été faites par l’Esprit. La même chose se retrouve ailleurs. Lorsqu’il s’adresse aux saints à Rome, l’apôtre ne les qualifie pas d’église, car ils étaient encore dans un état infantile. Il y avait là des saints de Dieu, ils étaient bénis, mais l’assemblée ne fut pas fondée par un apôtre. Des années s’écoulèrent avant qu’aucun apôtre n’aille à Rome. Dieu voyait bien que cette cité de Rome allait s’arroger des prétentions exorbitantes à caractère spirituel. Il prit donc soin que des localités bien moindres, comme Corinthe et d’autres, aient un apôtre pour y fonder l’église et pour y travailler assez longtemps, tandis que le grand centre de la gloire du monde n’aurait pas la visite d’un apôtre avant que beaucoup de croyants ne s’y trouvent rassemblés, s’étant rendu là pour toutes sortes de raisons. Au vu des circonstances des saints de Rome, on peut comprendre combien il était approprié de leur adresser une épître ayant le caractère d’un exposé complet de la doctrine chrétienne en partant des éléments de base de la vérité. C’est pourquoi, après l’introduction, la première chose qu’on y trouve démontrée, c’est la ruine totale de l’homme, de l’homme envisagé sous tous les points de vue, — de l’homme examiné et pesé à la balance de Dieu, en commençant depuis le déluge. Après avoir possédé une connaissance extérieure de Dieu, les hommes « ayant connu Dieu, ne le glorifièrent point comme tel » (Rom. 1:21). De fait, on voit l’origine de l’idolâtrie, et aussi la période entre le déluge et l’arrivée de l’idolâtrie. Les versets de Rom. 1 auxquels j’ai fait allusion, portent sur la période où la race avait la connaissance de Dieu, en toute simplicité. Mais l’homme s’en éloigna, se corrompit; et nous trouvons le tableau terrible de la dépravation humaine, tracé dans le premier chapitre. Nous avons ensuite l’homme philosophe, puis l’homme sous la loi — l’homme sous tous les points de vue — avant que le sujet de la rédemption soit traité, et avant d’avoir quoi que ce soit sur la manière d’être justifié. Voici la raison : l’apôtre n’ayant jamais été à Rome, les saints de cette localité étaient relativement ignorants, et avaient besoin d’être instruits sur la nature de la chute et ses conséquences fatales. Il leur fallait apprendre ce qu’était l’histoire de l’homme, comme Dieu la voit, et selon les pensées de Dieu. L’homme est donc présenté comme ruiné sur tous les plans, sans qu’il n’y ait aucun secours pour lui, ni de la part de la créature, ni de la part de la loi, ni d’aucune part. Il en est résulté qu’« ils se sont tous détournés … il n’y a point de juste, non pas même un seul » (Rom. 3:12, 10). En un mot, toute bouche est fermée, et le monde entier est devenu coupable devant Dieu. Ce n’est qu’alors, et pas avant, qu’on a la ressource de Dieu préparée pour l’homme, en miséricorde et en justice, dans les ch. 3 et 4 ; à partir du ch. 5, des conséquences sont présentées, des difficultés sont résolues, et tout s’achève par la conclusion triomphante du ch. 8.

Quel sommaire important de doctrine chrétienne ! Il commence par la condition actuelle de l’homme, des Juifs comme des Gentils, et conduit jusqu’à la position assurée que Dieu a donnée en Christ, mort et ressuscité, à celui qui croit. Mais dans tout cela, quelle qu’en soit l’importance, vous n’avez que ce qui est individuel. Qu’il s’agisse de l’homme perdu ou sauvé, de toute manière il n’y a rien touchant l’Église. Il y a ce qui concerne les membres de l’Église, mais rien ne figure sur l’assemblée de Dieu, envisagée comme telle. La ruine de l’homme et la rédemption en sont le thème, ainsi que les effets de la rédemption, et l’ordre des dispensations, et les devoirs pratiques qui découlent de tout cela. Quand on passe aux Éphésiens, quelle différence ! Par rapport aux Romains, on peut dire que l’homme disparaît, et Dieu est envisagé comme agissant de Lui-même.

 

1.1.3        Pas de préface

C’est pourquoi il n’y a point de préface, ni de preuve de l’état de l’homme. Cela n’était pas nécessaire, et ce n’est pas le point de départ de l’enseignement de cette épître, contrairement aux Romains, où rien n’est plus simple. Mais dans les Éphésiens, au lieu de montrer que nous avons été retirés de l’abîme de corruption où l’homme reste enseveli, la première chose dont parle l’apôtre, c’est Dieu dans le ciel. C’est Dieu déversant la bénédiction sur l’homme, et non l’homme amené à Dieu. C’est Dieu montré dans les voies de Sa grâce et dans les pensées de Son cœur, avant même que le monde existe, en dehors de toute question de Juifs ou de Gentils. C’est Dieu, formant un plan de gloire et de bénédiction à Sa propre louange ; Dieu, trouvant Ses délices à manifester Sa bonté, dans le but de bénir, et de bénir de la bénédiction du caractère le plus élevé et le plus complet. C’est pourquoi on n’a pas simplement Dieu en tant que Dieu agissant à l’égard de l’homme, mais comme ayant Christ en vue, en conséquence de quoi la bénédiction est sans limite. Il voulait avoir quelque canal de grâce envers nous pour la pleine satisfaction de Son propre cœur. Or aucun objet ne pouvait produire et maintenir les délices de Dieu, aucun ne pouvait être en soi un objet propre à être contemplé avec satisfaction, — aucun sauf un : Christ. Quant aux anges, Il les charge de folie (Job 4:18), et pourtant ils sont saints. Et que peut-Il voir en dessous des anges, sinon un monde perdu dans le péché ? Ainsi il n’y a qu’un seul capable de satisfaire le cœur et les affections de Dieu — c’est Christ Lui-même.

 

1.1.4        Dieu comme source de bénédiction : le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ

Ayant donc cette grande vérité devant nous — Dieu bénissant, et Christ l’objet que Dieu a devant Lui, et par lequel Il va bénir, selon tout ce qui est dans Son cœur, — nous trouvons qu’en tant que source de bénédiction, Dieu est nommé de deux manières : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a bénis de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ». Ces deux titres sont réellement la clef de l’Épître. Qu’on me permette d’insister fortement sur l’importance de peser les mots de l’Écriture. Quand nous avons affaire aux hommes, ne rendons pas quelqu’un coupable pour un mot (És. 29:21). Mais pour Sa Parole, Dieu n’a pas besoin d’excuses. Si nous pouvons accepter que l’un ou l’autre fasse des erreurs, cela ne peut pas arriver avec l’Écriture. Quand nous nous approchons pour écouter Dieu, la seule attitude convenable est de s’incliner en adorant. C’est pourquoi, dans cette épître qui est une expression si pleine de Son amour, l’apôtre commence ainsi : « Béni soit le Dieu et le Père » etc. Il ne pouvait écrire aux Éphésiens sans éclater en louanges et en adoration envers Dieu. Ailleurs aussi, on le voit bénir Dieu, mais quand il le fait, comme en 2 Cor. 2:14, il y a des circonstances spéciales qui en sont la cause ; or ce n’est pas le cas ici. À Corinthe, il y avait une intervention bénie de la grâce de Dieu, brisant les cœurs orgueilleux des disciples rebelles, et les rendant honteux d’eux-mêmes. Mais dans l’épître aux Éphésiens, cette bénédiction adressée à Dieu est en dehors des circonstances passagères, sinon que l’apôtre les voyait dans une condition d’âme leur permettant de marcher avec Dieu et d’entrer dans Ses pensées et Ses conseils. « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ » : ce n’était pas à cause d’une grâce ou d’une consolation particulières, mais cela découle de ce que Dieu est toujours pour nous. Or c’est justement la raison pour laquelle bien des chrétiens ne peuvent entrer dans Ses pensées et Ses conseils. Certains sont particulièrement sensibles et touchés par des marques tangibles et quotidiennes des interventions divines, et de temps à autre par des interventions extraordinaires de Sa providence. Peut-être sont-ils dans une grande épreuve, et Dieu en tire aussi pour eux une nouvelle bénédiction. Mais ici les Éphésiens étaient si simples, et marchaient si volontiers avec Dieu, que l’apôtre, au lieu d’être retenu par leur état, ne pouvait que louer et rendre grâces. Combien cela est béni quand une communion si heureuse nous est donnée dans nos rapports l’un avec l’autre !

 

1.2   Ch. 1:1-3

1.2.1        Paul se présente comme apôtre

Avant d’entrer dans ce que je vais tâcher de développer, Paul se présente comme apôtre. Il ne dit pas ici « serviteur » ou « esclave », comme il le fait en écrivant aux Romains : « Paul, esclave de Jésus-Christ» ; il l’était vraiment. Pourquoi Paul leur écrivait-il ? Parce qu’il était Son esclave. N’appartenaient-ils pas à Jésus ? L’idée d’« indépendance » n’était pas approuvée à l’époque, et il n’y avait rien qui ressemblât à cette pratique d’avoir de petites régions ou assemblées réservées à un tel ou un tel. Mais l’Église, où qu’elle soit, était l’objet des affections des serviteurs du Seigneur. Le vrai serviteur, c’est celui qui est capable de réaliser qu’il est l’esclave de Jésus Christ ; et il servira d’autant mieux les âmes, qu’il réalisera davantage ce que c’est que servir le Seigneur. « Paul, esclave de Jésus-Christ, apôtre appelé » (Rom. 1:1). Il était apôtre par l’appel de Dieu. À l’époque il n’existait pas de congrégation faisant appel à un candidat. Paul était un apôtre appelé de Dieu, et eux étaient des saints appelés de Dieu, et ils le savaient. Il était très doux pour eux de penser qu’ils avaient été ainsi appelés. Selon leur mesure, ils marchaient dans le sentier de Christ, et l’apôtre était Son serviteur, et il était aussi apôtre. Son but était de mettre en relief son apostolat. Les Corinthiens étaient en danger de se mettre à douter à son égard, et à penser qu’il leur fallait regarder à Jérusalem. Il reconnaissait entièrement la simple position de frère ; mais si des gens comme les Corinthiens levaient trop haut la tête, il se disait simplement « apôtre » sans ajouter « esclave» (1 Cor. 1:1). Si on se mettait à contester ce point, il prouvait la réalité de son appel. Dans l’adresse de l’épître aux Galates, j’ai montré ailleurs la force particulière de la manière dont il se présente : « Paul, apôtre, non de la part des hommes, ni par l’homme » etc. (Gal. 1:1). La controverse commençait là d’emblée, mais avec un calme divin et une force divine. Il y avait de faux principes dans la Galatie ; c’est pourquoi il utilise un langage énergique et pressant lorsqu’il écrivait aux saints. Ils adoptaient des notions juives de succession terrestre. Alors l’apôtre se place sur le terrain le plus élevé, et montre que, même s’il reconnaissait pleinement les douze à leur place, il ne voulait pas céder par soumission, non pas même un moment, pour ce qui touchait à la vérité de l’Évangile (Gal. 2:5), en sorte que l’épître entière porte l’empreinte de cette ré-affirmation catégorique de l’appel de la grâce et de son caractère céleste, fondés sur la mort et la résurrection de Christ.

 

1.2.2        Paul s’adresse aux saints d’Éphèse

Dans l’épître aux Éphésiens, l’apôtre n’a en vue aucune controverse, ni même de poser les fondements de la vérité chrétienne, comme dans le cas des saints de Rome. Mais il met en avant sa fonction apostolique : « Paul, apôtre de Jésus Christ». Il montre pleinement quelle en était la source, la même « volonté de Dieu », de laquelle découlait leur propre bénédiction. Il va faire le suivi du fil de la bénédiction, d’abord individuelle, puis comme corps. C’est une erreur de supposer que la dernière est plus profonde que la première. Au contraire, nos bénédictions les plus élevées se rattachent à ce que nous avons comme individus. Tout en reconnaissant pleinement le caractère béni de ce qui se rapporte au corps, ce que nous avons individuellement est plus élevé encore ; et c’est la manière de l’Esprit de Dieu de commencer par là, avant d’entrer dans ce qui est commun à tous. C’est pour cela, je pense, qu’il s’adresse ici « aux saints qui sont à Éphèse et aux fidèles dans le Christ Jésus» en tant que tels. Ils étaient l’Église à Éphèse, non seulement sur un plan formel comme rassemblement, mais aussi dans l’intelligence de la chose. Ils avaient eu l’apôtre Paul à Éphèse ; il avait été l’instrument de Dieu dans l’œuvre. Douze hommes avaient cru là, avant que Paul y aille (Actes 19:7), mais jusqu’à sa visite, aucun d’eux n’avaient jamais reçu le Saint Esprit à la manière de la Pentecôte. C’est la présence personnelle du Saint Esprit, fondée sur notre foi en Christ mort et ressuscité, qui nous introduit dans ce caractère d’Église. Mais le Saint Esprit, outre qu’Il nous fait membres du corps de Christ, qui est l’Église, nous donne aussi la conscience de notre relation comme fils avec Son Dieu et Père. C’est lorsqu’il traite de questions d’ordre et de discipline que l’apôtre s’adresse « à l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe » comme telle. Ici il va envisager l’Église à un point de vue bien plus élevé ; néanmoins il commence par ce qui est individuel : « aux saints qui sont à Éphèse et fidèles dans le Christ Jésus. Grâce et paix vous soient de la part de Dieu notre Père, et du Seigneur Jésus Christ ! » Puis il introduit le double titre de Dieu auquel j’ai déjà fait allusion — le même annoncé par notre Seigneur après Sa résurrection d’entre les morts, quand Il envoya par Marie de Magdala le premier message à ses disciples : « Va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » — non pas vers « le Dieu Tout-Puissant », ni vers « l’Éternel».

 

1.2.3        Une relation avec le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus Christ

Notre Seigneur se trouvait dans une double relation avec Dieu : Il était Fils de Dieu, non seulement comme personne divine, mais comme homme dans le monde (Luc 1), outre Sa gloire personnelle si élevée qui brille partout dans l’évangile de Jean, et ailleurs. « La sainte chose qui naîtra de toi sera appelée Fils de Dieu» (Luc 1:31). Ce dernier titre se réfère à Christ, envisagé dans Son humanité dans ce monde ; c’est pourquoi il n’en est fait état que dans l’évangile de Luc, qui est par-dessus tout la biographie humaine de Christ, si on ose s’exprimer ainsi. On n’aurait pas su, si Dieu ne nous l’avait dit, que Christ garda cette même relation comme homme dans Sa résurrection. Il nous enseigne que la mort et la résurrection Lui donnèrent le droit, selon la justice de Dieu, de nous placer dans Sa position. Ainsi donc Il put dire pour la première fois, dans la plénitude du sens de ces paroles : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu» (Jean 20:17). Il n’est plus simplement « mon Père » et « mon Dieu », mais Il est maintenant « votre Père » et « votre Dieu ».

La mort de Christ a complètement effacé tout ce qui était contre les enfants de Dieu : la résurrection de Christ, faisant suite à l’œuvre de la rédemption, Le mit à même de leur donner Sa place devant Dieu en résurrection et dans la relation de fils. Quelle merveilleuse position ! Quand nous pensons que maintenant, alors même que nous sommes encore dans ce monde, notre Seigneur veut que nous sachions que nous sommes fils, en Lui et par Lui, devant notre Dieu, et que nous sommes dotés d’une vie de résurrection — « vivants à Dieu dans le Christ Jésus » (Rom. 6:11) ; que nous nous tenons devant Dieu sans accusation ni condamnation ; et qu’il en est ainsi parce qu’en grâce, sur la croix, Il s’est placé sous « le même jugement » (Luc 23:40) que les coupables ! Il était « la sainte chose » — nous étions profanes, entièrement perdus. Mais sur la croix Il a été fait péché pour nous, et Il est entré sous « le même jugement » — le prenant contre Lui-même sur la croix, en sorte que, maintenant, il n’y en a plus pour moi. Je suis introduit dans la même position qu’Il a prise comme homme ressuscité devant Dieu. Bien sûr, je ne parle pas maintenant de Sa gloire divine. L’idée que la créature, aussi bénie soit-elle, pourrait être dans une position autre que celle d’élever ses yeux vers Dieu et de L’adorer, ne saurait entrer dans un esprit renouvelé. Le Seigneur Jésus était Fils, dans sa nature divine, de toute éternité ; mais comme homme aussi, Il était Fils ; et aussi comme ressuscité d’entre les morts. Par Sa mort et Sa résurrection, Il nous a amené devant Dieu, et devant Son Père, dans la même position que Lui-même, — au point d’être fils, absolument sans péché dans notre nouvelle nature, et délivrés de toute condamnation devant Dieu, parce que la vieille nature est déjà jugée. La nouvelle nature n’a pas besoin que quelqu’un meure pour elle, contrairement à la vieille nature en avait besoin ; tout est accompli. En Christ crucifié, Dieu a condamné le péché dans la chair (Rom. 8:3), et, pour la foi, tout le mal a disparu. La bénédiction de Christ est maintenant devenue la nôtre, et nous pouvons regarder en haut et dire : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ» (1:3). On porte une grande atteinte à la puissance pratique du christianisme quand on diffère la bénédiction que le Saint Esprit nous attribue maintenant, pour la renvoyer au moment où nous quitterons ce monde pour aller au ciel.

 

1.2.4        Bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes

Supposez qu’il vous faille dire à la grande masse des enfants de Dieu sur la terre : vous êtes « bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ », ils le regarderaient comme de l’exaltation ou du mysticisme à l’état pur. Ils ne sont pas prêts à recevoir de telles vérités, et en général, ils ne cherchent même pas le sens de ce verset, ou bien le réduisent à un sentiment d’ordre simplement émotionnel. Ils n’ont aucune idée qu’il s’agit d’un fait actuel, vrai pour tous les chrétiens. Quoique nous ne soyons pas encore manifestés dans cet état de bénédiction, il ne s’agit pas d’une question de sentiment. Puissions-nous le croire ! Les sentiments peuvent me tromper, mais la foi ne le peut jamais. Si je vois une chose, c’est simplement mon œil qui la voit. Si je crois une vérité sur la Parole de Dieu, je la considère, pour ainsi dire et dans une mesure, avec les yeux de Dieu. Le monde a l’idée que la foi implique de ne faire confiance qu’à des choses incertaines. Or dans le domaine des choses de Dieu, « je crois » n’a pas ce sens. Ma propre vision n’a qu’une faible portée de vue, mais que dire de l’œil de Dieu ? Le croyant se tient sur le terrain le plus élevé ; il se repose sur la certitude de ce que Dieu dit. Aussi, c’est le bonheur qui en résulte ; car quand vous croyez, vous commencez bientôt à ressentir. Si vous croyez que Dieu a effacé vos péchés, vous ne tardez pas à en jouir, si même ce n’est pas sur-le-champ. Si je regarde à moi-même, je verrai toujours quelque chose qui ne va pas. Comment cela se fait-il ? Mes péchés sont tous ôtés, et pourtant, si je regarde à l’intérieur, je vois tellement de sujets de douleur, de dégoût, d’humiliation. Ôter le péché n’est pas quelque chose qui se passe dans mon cœur, mais une œuvre puissante qui a été opérée par Dieu à la croix de Son Fils bien-aimé, une œuvre sur laquelle Il m’appelle à me reposer, parce que Lui-même y trouve Son repos. Vais-je en chercher un signe ou une preuve en moi-même ? Si je le fais, je n’en aurai jamais l’assurance, — une assurance établie sur le vrai fondement. Si je pense que mes péchés doivent être pardonnés, parce que j’ai changé de caractère, humainement parlant, puis-je avoir une paix réelle, ne serait-ce que pour une heure ? Le résultat inévitable est que, plus on se juge soi-même, moins on est heureux. Voici ce que Dieu met devant Ses enfants : ils devraient être entièrement heureux, dans la certitude que leurs péchés sont ôtés, par le sang de Christ qui a été versé, et pourtant ils ne doivent rien épargner de ce qu’ils trouvent au-dedans d’eux-mêmes, se jugeant eux-mêmes chaque jour, parce que Christ a été jugé pour eux, et Dieu a effacé leurs péchés, et ils ne peuvent supporter de traiter légèrement ce qui a coûté le sang de Son Fils.

Ici pourtant, la première grande pensée, c’est que « le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ… nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ». Ce n’est pas la rédemption, quoique cela soit bien sûr basé sur elle. Je suis ici sur la terre, et pourtant je sais que je suis béni là où est Christ, à la droite de Dieu. Non seulement c’est là que j’ai des bénédictions, mais je suis béni de « toutes bénédictions spirituelles ». La bénédiction la plus élevée que Dieu puisse conférer, est celle qu’Il donne dans les lieux célestes en Christ à tous ceux qui sont Ses enfants. Ces quelques mots nous font contempler la hauteur du merveilleux conseil de Dieu à notre égard et de Son merveilleux amour envers nous. Il nous a ainsi bénis selon la plénitude de la valeur de Christ à ses yeux.

L’expression « les lieux célestes » est en contraste avec la portion des Juifs, dont les bénédictions étaient dans les lieux terrestres. Considérons Ézéchiel 36, qui fait ressortir le caractère particulier de nos bénédictions par opposition aux leurs. « Et Je répandrai sur vous de l’eau pure, et vous serez purs … Et vous habiterez dans le pays que J’ai donné à vos pères, et vous serez Mon peuple, et je serai votre Dieu » (Éz . 36:25, 28). Ainsi donc, leurs bénédictions sont mêlées avec des grâces spirituelles, mais elles seront dans le pays de leurs pères, que Dieu assurera à la génération à venir. Ce sont surtout des érudits, dépourvus de spiritualité, qui font de la confusion sur ces sujets. Si les lecteurs étaient seulement simples à l’égard de l’Écriture, ils ne tomberaient pas dans de telles erreurs. Le prophète dit : « Vous habiterez dans le pays que J’ai donné à vos pères ». Rien n’est plus clair. Il va bénir Israël sur la terre — et aussi dans leur âme sans doute ; mais la sphère de cette bénédiction, c’est la terre sainte. Il s’agit de Son peuple terrestre, et non de l’Église, comme nous le verrons plus loin. « Je multiplierai le fruit des arbres et le produit des champs, afin que vous ne portiez plus l’opprobre de la famine parmi les nations » (Éz. 36:30). Il s’agit évidemment d’une bénédiction dans les lieux terrestres. Je ne trouverai pas à redire à des hommes pieux qui tentent de donner à ces passages une tournure spirituelle pour s’en servir pour prêcher l’évangile, pourvu qu’ils n’en fassent pas disparaître les espérances prochaines d’Israël. Le peuple dont il y est question ici, c’est avant tout Israël, et ils doivent être bénis de cette manière-là. La terre de Palestine est maintenant désolée, telle un désert ; mais en ce jour-là « le désert se réjouira... et fleurira comme la rose » (És. 35:1). Certaines bénédictions s’appliquent au croyant maintenant, il est vrai. Notre Seigneur fait ainsi allusion en Jean 3 à « l’eau » et à « l’Esprit » en leur donnant, de manière merveilleuse, une portée plus vaste et plus profonde. Mais je ne suis pas d’accord de soutenir que Dieu a abandonné son peuple, et que cette prophétie touchant les lieux terrestres doit être identifiée avec nos droits célestes. C’est la terre et les bénédictions terrestres sur lesquelles l’Esprit de Dieu insiste ici. Pourquoi serions-nous jaloux, soit à l’égard des Juifs, soit à l’égard de la terre ? Dieu nous a montré une faveur tellement surabondante et sans égal, que nous pouvons bien nous réjouir et Lui rendre grâces de réserver la terre à Son ancien peuple.

Ayant considéré ces choses — les bénédictions prédites à Israël sur la terre — tournons maintenant nos regards vers nos propres bénédictions dans les Éphésiens : quelle différence radicale ! « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ » (1:3). C’est Dieu, se révélant de la manière la plus complète imaginable. Qui était celui qui, par excellence, connaissait Dieu ? Qui était l’objet de l’amour de Dieu comme nul autre auparavant ? Si jamais il y en eut un qui sondât la pleine signification de l’expression : « Mon Père », ce fut le Seigneur Jésus. Et quel autre que Lui mesura les profondeurs des mots : « Mon Dieu » ? Or maintenant, cet Être béni, par la rédemption et le don de l’Esprit, a rendu celui qui croit en Lui capable de jouir du même privilège que Lui-même. C’est dans la mesure où nous recevrons cette vérité avec simplicité, et que nous jugerons la vieille nature (elle ne peut jamais y entrer, et ne fait qu’obscurcir notre bénédiction comme un épais nuage), que nous entrerons dans la réalisation de nos bénédictions

L’espérance d’Israël n’est pas seulement tournée vers l’intérieur, mais aussi vers l’extérieur ; elle est dans les lieux terrestres, — l’espérance de devenir le peuple le plus exalté ici-bas. À l’opposé, la scène de nos bénédictions est dans les lieux célestes, et nous y sommes déjà maintenant bénis en Christ. En un mot, le chrétien est comme une personne de la famille d’un Souverain. Il peut y avoir des raisons d’état rendant désirable que l’héritier du Souverain traverse incognito un pays étranger. Il en est ainsi du chrétien. Il n’est ni de ce monde, ni de ce siècle. Son corps est de la terre, mais ce qui le fait être ce qu’il est, comme un fils de Dieu, n’a rien à faire avec la scène ou les circonstances présentes. Il appartient entièrement à un Christ glorifié. Quand Dieu recommencera à agir à l’égard d’Israël, il en ira tout autrement. L’attention du monde entier sera dirigée sur eux. Il fut un temps où, même au milieu de tout leur péché, le peuple d’Israël exerçait une influence énorme dans le monde, quoiqu’ils ne fussent qu’une petite nation, n’ayant pour habitation qu’une étroite bande de terre. Leurs sacrificateurs et leurs rois abandonnèrent le vrai Dieu, qui en retour fit d’eux la triste démonstration de Ses jugements. Mais le jour vient bientôt où ceux qui frappèrent Christ reconnaîtront leur Messie rejeté, et alors brillera toute la splendeur à laquelle Dieu destine Israël. Il les couronnera de toute sorte de bénédictions ici-bas. Toutes les nations de la terre se prosterneront devant Israël ; les rois seront ses nourriciers, et les reines ses nourrices (És. 49:23). La chrétienté, méprisée comme une machine politique orgueilleuse et usée, et dégénérant toujours plus dans l’apostasie, sera mise de côté comme Vasthi ; Dieu bénira Son peuple d’Israël, l’Esther du grand Roi, de toutes bénédictions extérieures dans les lieux terrestres, en se révélant non pas comme le Dieu et Père du Seigneur Jésus-Christ, mais comme le Seigneur Dieu, l’Éternel, le Très-Haut, enfin identifié avec l’humble Jésus de Nazareth.

Est-ce là la manière dont Éph. 1:3 parle ? Nullement. « Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ … nous a bénis de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ ». L’Ancien Testament ne donnait nulle part aux Juifs l’espérance d’être bénis dans leur Messie. Être cohéritiers avec Christ, non seulement bénis par Christ, mais en Christ, c’est une idée qui ne pouvait absolument pas entrer dans les pensées de l’Israélite le plus intelligent. En un mot, leur portion sera toujours d’être sous leur Messie, d’être gouvernés par Lui comme un peuple terrestre. Mais notre portion à nous qui croyons en Christ maintenant, sera d’avoir la même bénédiction que Dieu le Père confère à Christ ressuscité d’entre les morts. Qu’a-t-Il fait pour Christ ? Il L’a ressuscité, et a mis toutes choses sous ses pieds (Ps. 8:6). Cette gloire, Il ne la prendra pas seul. Il attend Son épouse — ceux qui sont appelés maintenant d’entre les Juifs et d’entre les Gentils pour être amenés à la connaissance du nom de Christ. Ainsi notre Seigneur, quoique personnellement exalté, possède Sa gloire comme en suspens, parce qu’Il attend que Ses compagnons la partagent avec Lui — héritiers par Sa grâce, non pas des pères simplement, mais de Dieu, et cohéritiers avec Christ.

Rien ne saurait être plus vaste ni plus élevé que les bénédictions dont il est parlé ici. Christ aura les Siens célestes en haut, et les Siens terrestres en bas ; chaque classe sera pleinement bénie, quoique dans des sphères différentes. Qu’il me soit permis de recommander aux enfants de Dieu d’étudier sérieusement la vérité présentée en Éph. 1. Si d’un côté il nous convient d’écouter la Parole de Dieu, de l’autre cette Parole requiert de nous une volonté fervente de la sonder, comme pour y trouver des trésors cachés. Ne nous attendons pas à être réellement et pleinement bénis par le moyen de la Parole, sans diligence de nos âmes à cet égard.

Nous avons déjà vu le double titre sous lequel Dieu bénit Ses saints aujourd’hui ; des deux côtés la bénédiction est sous une forme qui ne se trouve qu’en Christ. Si par exemple, Dieu s’était seulement révélé comme le Dieu d’Abraham ou d’Isaac, Il n’aurait pas assuré une bénédiction allant au-delà de celle promise aux pères. Mais Il le fait. Au lieu de n’avoir que la bénédiction juive devant Lui, c’est Christ qu’Il a en vue, Christ qu’Il a ressuscité d’entre les morts et fait asseoir à Sa droite (Héb. 1:13), ce qu’Il n’avait jamais fait ni pour David, ni pour aucun autre. C’est une place qui Lui appartient, en vertu de Sa gloire personnelle, et de Ses souffrances jusqu’à la mort. Nous pourrons être assis avec Christ Sur son trône, mais c’est là une chose bien différente de la position de Christ assis à la droite de Dieu. Or maintenant, c’est comme Dieu du Seigneur Jésus Christ qu’Il bénit — c’est la pleine bénédiction qui conviendrait à Christ Lui-même en tant qu’objet de la bénédiction. La grâce fait que nous sommes, avec Christ, les objets communs de la bénédiction de Dieu : c’est de cette manière et selon cette mesure qu’Il bénit. Mais ce n’est pas tout : Il est le Père du Seigneur Jésus, et comme tel aussi Il nous bénit. En sorte que ces deux caractères, les plus élevés sous lesquels on puisse envisager Dieu, sont ceux selon lesquels nous sommes bénis. Les caractères de Dieu, comme Dieu et comme Père, qui sont en rapport avec Christ, se traduisent dans une bénédiction qu’Il nous donne, et une bénédiction à leur mesure. C’est donc une bénédiction sans limites. Il nous a bénis « de toutes bénédictions spirituelles », et de plus, non pas sur la terre, comme nous l’avons vu, — comparativement, elle est la partie la plus basse de l’univers — mais dans la scène la plus élevée de la puissance de Dieu, « dans les lieux célestes » ; et pour couronner le tout, et le compléter, c’est « en Christ » ; tout est assuré dans sa Personne.

 

1.3   Ch. 1:4-5

1.3.1        Élus pour être saints et irréprochables en amour

Le verset 4 correspond particulièrement au premier de ces caractères dans lesquels Dieu s’est révélé, et le verset 5 plutôt au second. « Selon qu’Il nous a élus en Lui », c’est-à-dire en Christ, « avant la fondation du monde, pour que nous fussions saints et irréprochables devant Lui en amour ». C’est en tant que Dieu de Christ qu’Il nous bénit ainsi ; non pas en tant que Père, mais en tant que Dieu. Au verset 5, c’est en tant que Père, parce que nous lisons : « … nous ayant prédestinés pour nous adopter pour Lui par Jésus Christ ». Le genre et le caractère de cette bénédiction correspondent clairement au caractère du Père. Une relation spéciale avec Lui est introduite. « … Nous ayant prédestinés pour nous adopter » — il ne s’agit pas simplement d’un choix de Sa part, mais — « prédestinés pour nous adopter pour Lui par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté ». Ce langage n’est pas celui du verset 4. Il ne dit pas qu’Il nous a prédestinés pour être « saints et irréprochables devant Lui en amour ». Il ne dit pas non plus qu’Il nous a appelés à cette merveilleuse position « selon le bon plaisir de Sa volonté ». La raison est tout à fait évidente. Quand il nous est parlé du « bon plaisir de Sa volonté », c’est un langage qui convient à l’amour souverain, cet amour spécial qu’Il déploie afin de manifester Sa propre faveur. Mais quand il nous est parlé d’être « saints et irréprochables », c’est Dieu qui nous a élus pour cela : il ne pouvait pas en être autrement. Si Dieu voulait que des hommes soient amenés près de Lui, près au point d’être dans Sa présence dans le ciel, du moment qu’ils sont élus en Christ, il fallait d’une manière ou d’une autre qu’ils soient « saints et irréprochables » devant Lui en amour. Tout vient réellement de Sa grâce.

L’une des bénédictions vient du caractère qui est nécessairement celui de Dieu comme Dieu ; l’autre découle de la relation spéciale dans laquelle Il entre envers nous par notre Seigneur Jésus. Notre élection est un élément nécessaire, parce qu’il est évident que personne, hormis Dieu, ne peut élire. C’était avant la fondation du monde, lorsque Dieu seul existait. L’homme ne contribuait en rien à ce choix, ni n’avait droit à la parole. Dieu agissait purement de Lui-même. Il s’agissait du propre choix de Dieu, voulant que d’autres soient dans le ciel avec Lui. Mais s’il fallait qu’ils soient près de Lui et devant Lui, comment le pourraient-ils avec du péché sur eux ? Impossible. Comment Dieu pourrait-Il autoriser des âmes à être avec du péché sur elles, même si c’était au coin le plus reculé de Son royaume ? C’est encore plus impossible dans le ciel, où trône Sa majesté. Le jour vient où tout mal devra être banni et rejeté dans l’étang de feu. Comment pourrait-Il alors tolérer le péché chez ceux qui doivent être introduits dans le cercle le plus intime de Sa présence ? S’Il choisissait d’avoir des gens avec Lui dans le ciel, c’était une nécessité positive de Son caractère et de Sa nature, qu’ils y soient « saints et irréprochables devant Lui ». Mais c’est bien loin d’être tout : il fallait que ce soit « en amour », parce qu’il n’y aurait rien de plus misérable, que de tels êtres soient là sans être capables d’entrer dans Ses propres affections. Être simplement dans la place la plus bénie pour des créatures, et y être sans tache ni rien qui puisse souiller la présence de Dieu, cela ne suffisait pas. L’homme fut créé pour avoir un cœur et des affections, et il ne pouvait y avoir du bonheur chez des créatures qui savent ce qu’est l’affection, à moins qu’il n’y eut ce sur quoi l’affection peut se fixer. Si Dieu permettait que de tels êtres soient introduits en Sa présence, — nécessairement sans péché, sous quelque forme que ce soit, — il fallait que ce soit aussi en amour. Il voulait leur donner une nature qui soit non seulement capable de se tenir devant Lui sans reproche et sans crainte, mais qui réponde aussi à Son propre amour. « Nous l’aimons parce que Lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4:19). Cet amour n’est connu qu’en Christ ; mais l’apôtre Jean parle de Dieu et de Christ d’une manière telle qu’on ne peut guère trancher s’il parle de l’un ou de l’autre. Il utilise le pronom « Lui », non pas sans faire de distinction, mais en glissant ensuite de l’un à l’autre. Cela découle de leur unité : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10:30), ce que Jean est seul à rapporter.

Nous avons ici Dieu nous choisissant à titre personnel. Car il ne s’agissait pas simplement d’avoir un peuple, vu de manière vague, comme s’il y avait dans le ciel un certain nombre de niches à remplir par le nombre d’âmes correspondant. On ne trouve pas de notion pareille dans la Bible. Ce sont des personnes qu’Il choisit. Il ne peut y avoir un tel amour sans avoir une personne bien distincte devant lui. Même parmi les hommes, l’amour n’est pas un sentiment incertain — ce concept relève plutôt de l’imagination — à plus forte raison quand il s’agit de l’amour de Dieu. Il nous aime individuellement. C’est pourquoi Il nous a élus en Christ avant la fondation du monde, pour montrer que c’était un choix entièrement indépendant de notre cara