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Notes sur l’épître aux ÉPHÉSIENS
Seconde moitié : Chapitres 4 à 6
William Kelly
1° publication dans Bible Treasury, vol. 4 et 5, 1863 ; 1° traduction français : 1871.
La présente traduction a été entièrement refaite.
Les titres et sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest.
Les variantes que WK met dans la traduction de la Bible par rapport à la version de J. N. Darby ont été quelquefois conservées.
Table des matières (chapitres seulement) :
Table des matières (complète) :
1.1.1 L’unité de l’Église et le caractère individuel des dons et du ministère
1.2.1 L’appel des saints qui forment un seul corps en Christ : quelque chose d’unique
1.2.2 La croix efface la distinction entre Juifs et Gentils
1.2.4 Le seul corps fruit de la grâce, alors que la croix aurait dû aboutir au jugement
1.2.5 Le prisonnier dans le Seigneur
1.3.1 Ch. 4:2a — Humilité et douceur
1.3.2 Ch. 4:2b — Longanimité et support
1.4 Ch. 4:3-4 — La première unité
1.4.1 Ch. 4:3a — Garder l’unité de l’Esprit
1.4.2 Ch. 4:3b — dans le lien de la paix
1.4.3 Ch. 4:4 — un seul Esprit
1.5 Ch. 4:4-5 — Seconde unité au v. 5
1.7.2 Différence de présentations des dons entre Corinthiens et Éphésiens
1.7.3 Ne pas en rester aux vues traditionnelles sur le ministère et les dons
1.7.4 Différences entre le ministère et la sacrificature
1.7.5 Le ministère et ses rapports avec le culte
1.8 Ch. 4:8 — Fondement et origine du ministère
1.8.1 Expiation et glorification de christ
1.8.2 Les dons émanent de Christ, Tête du corps
1.11 Ch. 4:11a — apôtres et prophètes
1.12 Ch. 4:11b — évangélistes, pasteurs et docteurs
1.12.1 Il n’y a plus d’autorité pour nommer
1.12.2 Christ est le donateur des dons et ministères
1.12.3 Reconnaître les ministères où qu’ils soient, sans qu’ils aient d’autorité pour commander
1.12.4 L’apôtre avait une autorité en gouvernement
1.12.5 Rom. 16:26 — Écrits prophétiques
1.12.6 1 Cor. 14:29 — Prophètes et communications nouvelles
1.12.7 Le don et la capacité naturelle
1.12.8 Les dons sont des personnes
1.12.10 Les dons ne sont pas un titre de valeur dans le monde
1.13.1 Les dons subsistent jusqu’à la fin
1.13.3 Comment agir contre l’hérésie
1.13.4 Le vrai ordre, c’est l’obéissance à la Parole de Dieu, avec la liberté de l’Esprit
1.13.5 Ch. 4:12 — le but du ministère : le perfectionnement des saints
1.13.6 Ch. 4:13a — Le dessein de Dieu s’accomplit malgré tout
1.13.7 Ch. 4:13b-14 — La connaissance du Fils de Dieu ; l’état d’homme fait
1.14.1 Être vrai dans l’amour : l’exemple de Christ
1.14.2 Dieu veut que nous soyons semblables à Christ maintenant
1.14.3 Les dons servent à bénir les âmes
1.14.4 Le vrai amour selon Dieu va de pair avec la sainteté — désirer les deux
1.14.5 La vraie base de rassemblement, celle que Dieu peut approuver
1.14.6 La ruine de la chrétienté ne change rien — obéir à la Parole
1.14.8 Rassemblements restreints à deux ou trois
1.14.9 Enchaînement des pensées de 4:12 à 4:15 — Christ seul rempart contre le mal
1.14.10 Pas de ministère unique
1.16.1 Ch. 4:17 — ne pas marcher comme le reste des nations
1.16.2 Agir en grâce sans abandonner ses propres principes
1.16.3 La marche des nations et les vaines pensées viennent de l’état du cœur
1.16.5 Ch. 4:20-21 — Apprendre et entendre Christ, selon la vérité en Jésus
1.16.5.1 Vous n’avez pas ainsi appris le Christ
1.16.5.2 Selon que la vérité est en Jésus — Différence entre Christ et Jésus
1.16.5.3 Différence entre « Jésus est la vérité » et « le Saint Esprit est la vérité »
1.16.5.4 Jésus, et la vérité au sujet de l’homme
1.16.5.5 On ne trouve pas la vérité au sujet de Dieu dans la création
1.16.5.6 On ne trouve pas la vérité au sujet de Dieu dans la loi
1.16.5.7 Dieu n’est vraiment connu qu’en Jésus
1.16.5.8 Tout est à voir par rapport à Jésus
1.17.3 Ch. 4:26-27 — La colère
1.17.4 Ch. 4:28 — Le vol : les motifs supérieurs du chrétien qui travaille pour pouvoir donner
1.17.4.1 Ch. 4:28a : Une exhortation appropriée
1.17.4.2 Une exhortation qui n’est pas une application de la loi
1.17.4.3 Ch. 4:28b : Un but positif : donner
1.20.1 Une activité pour le bien
1.20.2 Problème de traduction du v. 32 — KJV — Ce qu’est la réconciliation
2.12.1 Sanctification et purification
3.1 Ch. 6:1-9 — Relations diverses
Avant d’entrer dans le sujet des dons pour le ministère, qui nous est présenté plus loin dans ce chapitre, le Saint Esprit s’arrête un peu sur l’unité qui appartient maintenant aux saints de Dieu en Christ. Il était nécessaire que cette unité fût posée comme une grande plate-forme sur laquelle, et en rapport avec laquelle, le ministère s’exerce. Car le ministère met en avant des membres individuels de Christ, plutôt que le corps dans son ensemble. En effet, bien qu’on affirme couramment que l’Église enseigne, c’est en réalité entièrement dénué de fondement. C’est même cette notion qui conduit à la prétention à l’infaillibilité, dont l’expression se trouve ouvertement dans le Romanisme. La vérité est que l’Église n’enseigne jamais, mais qu’au contraire, elle est le corps qui est enseigné. Un corps qui enseigne, cela n’existe pas. Sans doute, l’Église renferme en son sein les ouvriers que le Seigneur emploie ; mais elle est elle-même le labourage de Dieu (1 Cor. 3:9), la scène où Dieu travaille afin de produire du fruit pour Lui-même. C’est une vérité importante en pratique, parce qu’elle détruit toute prétention qu’aurait l’Église à créer, ou même à définir des doctrines. L’Église est appelée à être la colonne et le soutien de la vérité (1 Tim. 3:15) ; elle est tenue de veiller, par le moyen d’une sainte discipline, à ce que rien de contraire à la vérité ne soit toléré en son sein : l’assemblée de Dieu ne peut pas se soustraire à cette responsabilité. Ceci concerne l’ensemble de la communauté chrétienne, qui devrait être le corps qui présente sur terre la vérité devant les hommes, et au sein de laquelle il faut venir si, après avoir cru à la vérité, on veut agir en s’y conformant, — mais d’un autre côté, le moyen dont Dieu s’est plu à se servir pour répandre Sa vérité et atteindre par elle les consciences, ce sont des membres individuels de son Église, qui ont la qualification appropriée. La puissance pour enseigner dépend du don conféré par la grâce souveraine. Il ne s’agit nullement d’un droit abstrait selon lequel tout homme pourrait enseigner ou prêcher, s’il en a envie. Il n’y a pas de telle licence dans l’Église de Dieu. Le Seigneur Jésus a le droit d’appeler et de communiquer la puissance dans le Saint Esprit, comme Il lui plait. L’Église n’est pas une société d’hommes ayant des vues particulières sur tel ou tel sujet ; encore moins est-elle le rassemblement du monde pour former un seul tout. C’est l’assemblée de Dieu, composée de ceux qu’Il appelle, et dans laquelle Il habite. Ceci est vrai à l’égard de l’ensemble, et il est vrai également qu’il appartient à Dieu, que c’est Dieu qui le forme et le protège, et qui y maintient Sa sainteté et Sa gloire ; — pareillement, tout ceci est vrai par rapport au ministère, qui est une fonction très importante maintenue dans des membres particuliers de l’Église. Autrement dit, il y a d’une part l’unité que les croyants possèdent maintenant dans le Christ Jésus, en vertu de laquelle l’assemblée de Dieu existe — l’unité commune de bénédictions dans laquelle tous les croyants sont placés maintenant, et qui forme, si je puis dire, l’assise de tout. Mais d’autre part, en relation avec cette unité, vous avez le ministère à l’œuvre, ministère qui appartient à des membres en particulier, plutôt qu’à l’Église comme ensemble. Les dons sont dans quelques-uns, et appartiennent à quelques-uns, pour le bien de tous.
Cela divise la première partie du chapitre en deux sous-parties. Dans les premiers versets, jusqu’à la fin du verset 6, nous trouvons plutôt l’unité de l’Esprit ; à partir du verset 7, la diversité des membres de Christ. Remarquez bien, tout d’abord, que le Saint Esprit est passé maintenant sur le terrain des exhortations. Après avoir eu de la doctrine dans les trois premiers chapitres, nous arrivons maintenant à la pratique. « Je vous exhorte donc, moi le prisonnier dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de l’appel dont vous avez été appelés ». Cet appel comprend plus particulièrement deux parties. D’abord, les saints, — tous ceux qui connaissent le Seigneur Jésus maintenant, — forment un seul corps en Lui. En second lieu, ceux-ci sont l’habitation de Dieu par l’Esprit. Ainsi donc, bien que l’assemblée de Dieu soit un corps sur la terre, elle est pourtant fondée sur des privilèges célestes, — le corps de Christ nous montre plutôt notre état de bénédiction collectif, tandis que l’habitation de Dieu par l’Esprit place plutôt devant nous la responsabilité d’avoir Dieu habitant au milieu de nous. Il est évident que les vrais enfants de Dieu eux-mêmes n’entrent que très faiblement dans ces deux choses. Quand ils entendent parler du corps de Christ, leur idée ne dépasse guère le fait d’être pardonnés, d’être enfants de Dieu, et d’aller au ciel. Or tout cela n’est qu’une bien faible partie de tout ce que le corps de Christ implique ! Beaucoup de vrais croyants pensent que cette notion de corps signifie un assemblage de ceux qui sont réconciliés avec Dieu — les objets de Sa faveur, ceux qui ne sont pas laissés pour mourir dans leurs péchés. Or on pourrait avoir tous ces privilèges, sans posséder aucun des traits caractéristiques du corps de Christ, ni de l’habitation de Dieu par l’Esprit. Il aurait été tout à fait possible, s’il avait plu à Dieu d’arranger les choses ainsi, que les chrétiens soient des enfants de Dieu, conscients de leur rédemption, connaissant leur relation de fils, attendant d’être glorifiés avec Christ dans le ciel, sans jamais être pourtant unis ensemble en un seul corps en Christ, et sans avoir Dieu habitant au milieu d’eux par la présence spéciale du Saint Esprit envoyé du ciel. C’est un privilège rajouté en plus et au-dessus de la rédemption par le sang de Christ. Cela est si vrai, que dans tout l’Ancien Testament, on ne trouve jamais mention des saints de Dieu comme étant membres du corps de Christ, une habitation de Dieu par l’Esprit.
Mais il y a plus. Les prophètes sont remplis de la scène glorieuse qui se déroulera sur la terre quand le Seigneur renversera la puissance de Satan. Le temps vient où le mal ne sera plus laissé impuni, et le bien ne souffrira plus ici-bas. Quand ce jour sera là, il est clair selon l’Écriture que Dieu aura bien un peuple à Lui sur la terre, mais qu’ils ne seront pas unis ensemble en un seul corps, ni ne formeront Son habitation par l’Esprit. Il est parlé de l’appel spécial dont nous sommes appelés entre les deux venues de Christ, entre la grâce déjà apparue et la gloire qui va apparaître (Tite 2:11-13). Considérons en effet ce qu’est le corps de Christ — je ne veux pas dire, bien sûr, Son corps comme celui dont il est dit qu’il est à Lui personnellement, mais Son corps, comme composé de ceux qui croient en Christ maintenant, et comme une expression qui s’applique à eux — cette personne morale ou corps spirituel dont font partie tous les vrais saints de Dieu qui se trouvent maintenant sur la terre, ou qui s’y sont trouvés depuis la Pentecôte. Quelles sont les bénédictions qui constituent ce corps ? Qu’est-ce que le Saint Esprit veut dire par le fait d’être membre de ce corps ? Je réponds : La croix étant le témoin et l’expression de la culpabilité des Juifs plus particulièrement (la culpabilité est celle de tous les hommes en général sans doute, mais tout spécialement celle des Juifs), la croix, dis-je, a fourni à Dieu l’occasion de faire disparaître entièrement, pour le temps présent, la position spéciale de faveur que le peuple Juif avait possédée jusque là. Dieu a effacé Lui-même la frontière séparant Israël des Gentils ; et au lieu de faire d’Israël le canal unique de Ses promesses, l’ère de bénédiction s’est au contraire tournée franchement et visiblement vers les Gentils. Il rassemble d’entre les Juifs et les Gentils un peuple pour Son nom (Actes 15:14), et unit ensemble les élus d’entre eux tous, ceux qui croient en Christ, pour les mettre en possession de privilèges nouveaux qui n’avaient jamais été goûtés auparavant d’une manière semblable, ni à un pareil degré.
Un trait bien remarquable de la bénédiction, c’est que la distinction entre Juif et Gentil est finie. À la croix, ils se sont unis dans la méchanceté devant Dieu ; mais à quoi Dieu s’en sert-Il ? C’est comme s’Il disait : Je vais justement prendre cette croix dont l’homme a fait la scène de sa rébellion outrageante contre Moi — cette croix qui a prouvé que mon ancien peuple est devenu violent dans son hostilité contre Moi dans la personne de Mon Fils ; et Je vais faire de cette croix le pivot d’une bénédiction plus riche et plus complète que tout ce que des croyants ont jamais pu espérer dans ce monde auparavant. Ainsi, comme la croix a été le point de ralliement de Satan pour rassembler les hommes dans une union impie contre Dieu et contre Son Fils, ainsi aussi Dieu fait de la croix le centre précieux où Il rassemble les Juifs et les Gentils qui croient en Son Fils, pour les former en un corps nouveau, où toutes les distinctions de ce genre sont effacées à jamais. Or si Dieu s’est plu à appeler un peuple pour le faire sortir dans le but de donner un témoignage pratique à cette nouvelle manifestation de Son amour, qui s’y opposera ? La loi est juste, et ce serait faire outrage à Dieu que de jeter la moindre flétrissure sur les dix commandements, mais s’il demeure vrai que le commandement est saint, juste et bon (Rom. 7:12), la grâce introduit quelque chose de meilleur et de plus élevé. Il est juste, bien sûr, si j’agis bien, que j’en sois récompensé ; mais n’est-ce pas plus béni si, en faisant bien, je souffre, et je l’endure avec patience (1 Pier. 2:20) ? C’est là la grâce, une chose digne de louange devant Dieu, et le principe pratique sur lequel Il appelle maintenant Ses enfants à agir. Ce n’était pas là la règle publique de gouvernement au temps de l’Ancien Testament, mais juste le contraire. Dieu se contredit-Il donc ? Loin de là. Dieu peut agir d’une certaine manière avec le peuple Juif, et Il peut ensuite établir un autre principe d’action avec les chrétiens. Qui peut en effet nier qu’Il l’ait fait ? Le Juif aurait été coupable d’un grave péché, s’il n’avait pas été circoncis ; et je crois que, pour ce qui concerne la terre, dans le jour de gloire à venir, les Juifs auront leur terre, leur ville, leur sacrificateur, et leur temple, etc. La volonté de Dieu à l’égard des Juifs restera inchangée en substance. Je trouve dans les prophéties un état de choses non encore accompli, alors que toutes ces ordonnances extérieures de Dieu seront, elles, accomplies. Faut-il ne pas croire Dieu tant que ces prophéties ne sont pas réalisées ? Ce n’est pas ainsi qu’on traite la parole d’un homme de bien. Mais si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand (1 Jean 5:9). Si quelqu’un reçoit les livres de Samuel et des Rois, et ne croit pas Ézéchiel ou Osée, c’est qu’il traite Dieu comme vous ne traiteriez pas un homme ordinaire. Mais si je crois tout ce que Dieu a dit, il existe des principes divins spéciaux pour les Juifs, qui restent encore à accomplir par le Messie dans Son règne en puissance, lorsque le diable sera lié. Dieu accomplira tout ce dont Il a parlé dans les prophètes aux jours où les cieux domineront sur la terre. Or, en attendant, le Messie promis pour introduire cette gloire, est venu et a été rejeté. Au lieu d’avoir un trône, il a eu la croix ; et bien loin de prendre la terre pour héritage, il en a été chassé et est monté au ciel. Comme conséquence, un nouvel état de choses a débuté, totalement différent de celui envisagé en général dans les prophéties, et dont le Nouveau Testament donne la révélation. Dans cette révélation du Nouveau Testament, on trouve ce qui correspond à quelques maigres indications ça et là dans l’Ancien Testament, mais en même temps elle introduit, comme un tout, une scène qui fait un tout, une scène sans égal ni avant ni après, où Dieu dévoile des privilèges jamais goûtés auparavant, et en rapport avec laquelle Il attend des fidèles une marche d’une manière qu’Il n’avait même jamais demandée aux saints d’autrefois.
Il y a sans doute certains principes clairs et bien établis, qui restent toujours obligatoires. Dieu n’approuvera jamais le mensonge, ni la convoitise, ni la méchanceté : aucune dispensation ne peut neutraliser ou affaiblir les grandes distinctions morales entre le bien et le mal. Mais le Dieu qui a opéré en puissance sur la terre pour protéger Son peuple, et qui l’aurait protégé s’il avait été fidèle sous la loi, c’est Lui maintenant qui, au contraire, appelle Son peuple à souffrir en grâce. Le même Dieu, qui mettait Israël à l’abri et les fit traverser la mer Rouge, et qui a empêché qu’aucune puissance du monde n’obtienne la suprématie universelle sur la terre avant qu’Israël se soit montré infidèle, c’est Lui qui, plus tard, quand Israël s’est montré entièrement indigne, a permis qu’ils soient renversés par Babylone, la pire des puissances des Gentils. Les empires se succédèrent ensuite les uns aux autres, jusqu’à ce que finalement, au temps des Romains, les Juifs et les Gentils se réunirent pour crucifier le Seigneur de gloire. Le sort du monde a été alors scellé, et le glas de son jugement se faisait entendre de la croix de Jésus. Si Dieu avait agi alors d’après des principes de justice, on se serait attendu à ce que l’univers de Dieu soit aussitôt bouleversé, et qu’au moins Jérusalem et Rome soient détruites dans l’ardeur de Son indignation. Or les choses se sont passées tout autrement. Le ciel s’est ouvert, mais pour recevoir Jésus le crucifié, non pas pour juger Ses meurtriers ; le ciel s’est encore ouvert pour envoyer d’en haut le Saint Esprit sur la terre, afin de former, par grâce, ce corps nouveau, l’Église de Dieu, c’est à dire pour introduire ces vils meurtriers de Jésus, — si seulement ils Le reçoivent, — dans une position de bénédiction dont personne n’avait jamais goûté ni connu auparavant ni la largeur, ni la longueur, ni la profondeur ni la hauteur. C’est cela la grâce. « La loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité vinrent par Jésus-Christ » (Jean 1:17). L’évangile de la grâce de Dieu est annoncé, mais il ne se borne pas à sauver des âmes — il les rassemble, il les unit à Christ, il en fait les membres de Christ et les membres l’un de l’autre. L’ancienne position privilégiée des Juifs a disparu ; les privilèges lévitiques sont complètement éclipsés en ce qui concerne l’Église. Les Gentils étaient enfoncés dans l’idolâtrie, et les Juifs étaient satisfait d’eux-mêmes sous une loi divine qu’ils ne gardaient pas. Mais, par la foi en Christ, Juifs et Gentils sont introduits par le moyen de l’Esprit dans ce seul corps, et ils adorent Dieu sur le même terrain commun, celui de la grâce. Ils sont « édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit » (2:22). C’est là « l’appel dont nous avons été appelés » (4:1).
« Je vous exhorte donc, moi le prisonnier dans le Seigneur » etc. Il attire de nouveau l’attention sur cette cicatrice honorable due à l’inimitié du monde, parce qu’il est en train de faire ressortir d’une manière pratique ce qui résulte dans ce monde de cette inimitié, même pour le plus grand serviteur de Dieu qui ait jamais vécu (le plus grand après Christ). Après tout, il était le prisonnier du Seigneur. N’est-ce pas un honneur merveilleux ? Il n’y avait point de chariots de feu pour l’entourer, comme avec Élie ; pas de puissance mise en avant pour le préserver. Il souffrait de la part du même empire qui avait crucifié le Seigneur de gloire ; et depuis sa prison, il encourageait les saints à marcher d’une manière digne du même appel ! Même maintenant le monde a affaire à plus fort que lui : que sera-ce à la venue de Christ ?
Néanmoins il est ajouté : « Avec toute humilité et douceur, avec longanimité, vous supportant l’un l’autre dans l’amour ». Il y avait le danger du contraire : les saints peuvent faire mauvais usage des privilèges spirituels pour s’enfler d’orgueil. Il traite donc ce point, et leur montre le seul genre qui convient à un chrétien : « avec toute humilité et douceur ». C’est une bénédiction de trouver du zèle, mais comment racheter une marche qui manque d’humilité et de douceur ? Il y a un temps pour être ferme, et un temps pour céder ; mais aucun don ni aucune position ne peuvent justifier ceux qui semblent penser que l’exhortation à la douceur et à l’humilité n’a pas lieu d’être dans leur cas. D’un autre côté, il faut prendre garde à ce que la douceur ne soit pas que dans la manière d’être, et que l’humilité ne soit pas qu’en paroles, car Dieu recherche la réalité en nous. Trop souvent l’humilité en paroles ne fait que couvrir l’orgueil le plus profond, et on parle beaucoup d’amour et d’esprit de Christ là où il y en a le moins. Gardons-nous des vaines apparences.
Supposons qu’il y ait chez d’autres des choses que vous ne pouvez pas laisser passer, comme étant contraires à la pensée de Dieu, — comment agir ? Sans doute, si c’est nécessaire, il faut la parole de répréhension exprimée comme il convient. Mais il faut aussi la « longanimité » ; et s’il y a un cas qui requiert spécialement la longanimité, c’est bien lorsque le mal nous touche nous-mêmes. Il ne faut pas tolérer le mal contre le Seigneur ; mais quand c’est à nous qu’il est fait tort, la longanimité est le mot d’ordre, « vous supportant l’un l’autre dans l’amour, vous appliquant à garder l’unité de l’Esprit dans (*) le lien de la paix ». Le chrétien n’a pas seulement à nourrir des sentiments de grâce et patience humbles, mais aussi la diligence spirituelle avec laquelle il est appelé à tenir ferme ce qu’il y a de plus précieux et divin ici-bas.
(*) note Bibliquest : a) J.N. Darby traduit « par le lien de la paix », mais il met en note la traduction alternative « dans le lien de la paix ». Nous avons partout laissé la traduction choisie par W. Kelly sur ce point. b) En ce qui concerne « vous appliquant à garder », WK traduit plusieurs fois « étant diligent pour » au lieu de « vous appliquant à », — et « maintenir » au lieu de « garder ». Ces variantes n’ont guère été retenues, car elles n’ont pas paru significatives.
« Vous appliquant à garder l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix ». Combien l’Écriture est parfaite ! Elle ne dit pas : « l’unité du corps », bien qu’elle y soit inclue. S’il avait été dit : « l’unité du corps », les hommes auraient pu construire (comme ils l’ont fait en réalité) une institution extérieure, et faire que ne pas s’en séparer soit une question de vie ou de mort. Or ce que le Saint Esprit demande à ceux qui appartiennent à Christ, c’est de s’appliquer (avec tout le sérieux nécessaire), non pas à faire, mais « à garder l’unité de l’Esprit ». Il s’agit de quelque chose déjà formé par l’Esprit, que nous avons à maintenir, et à nous y conformer. Ce n’est pas simplement qu’il faille avoir des sentiments d’amour envers les autres chrétiens. On peut trouver cela dans mille associations ou corps les plus divers, mais même en faisant très attention à cela, ce ne serait pas garder « l’unité de l’Esprit ». Qu’est-ce que cela veut donc dire ? L’unité du Saint Esprit, qui est déjà formée, embrasse tous les membres de Christ. Où va-t-on trouver les membres de Christ ? En un sens partout, Dieu merci ; dans un autre sens, hélas ! n’importe où. Partout où Christ est prêché et où des âmes L’ont reçu, là il y a Ses membres. Qu’avons-nous alors à faire ? À nous appliquer à maintenir l’unité qui embrasse tous ceux qui appartiennent à Christ — « dans le lien de la paix ». La paix dont il est parlé ici n’est pas tant celle de nos âmes avec Dieu, mais plutôt la jouissance et la contribution à l’avancement de l’union pratique parmi les saints de Dieu. La chair est inquiète et remuante ; un esprit paisible est le fruit du Saint Esprit, et contribue puissamment à lier les cœurs ensemble dans la pratique. L’Esprit de Dieu ne s’occupe pas simplement de donner des opinions justes sur tel ou tel point : Il a des desseins plus profonds. Il incline les âmes vers Christ, et Il L’exalte à leurs yeux. Mais c’est assurément précieux d’amener ne serait-ce qu’une seule âme des ténèbres à la lumière (Actes 26:18), ou de la pénombre à la pleine clarté : c’est à cela que Dieu Lui-même travaille maintenant. Nous ferons bien de tenir ferme notre liberté pour Christ, et de ne pas permettre les barrières introduites par les hommes, mais de les traiter comme nulles et non avenues.
Mais alors, dit-on souvent, tout homme a droit à son jugement particulier. Je le nie totalement. Personne n’a droit à une opinion dans les choses divines ; Dieu seul, et de manière absolue, a le droit de communiquer Ses pensées. Ce qu’on a à faire, c’est de cesser de se mettre en travers, pour que la lumière de Dieu puisse illuminer le cœur de Ses enfants. Les hommes, avec l’importance qu’ils se donnent, se font recouvrir de leur ombre obscure, eux-mêmes et les uns les autres ; ils empêchent ainsi la communication de la vérité divine, au lieu de l’aider. À l’inverse, quand un serviteur de Christ a le désir que Dieu conduise et fortifie Ses enfants, est-ce en vain ? Jamais. Dès l’instant où vous commencez à rassembler des gens autour d’une personne, d’un point de vue ou d’un système particuliers, vous ne faites que former une secte. Car c’est un parti, même si l’on englobe beaucoup de membres de Christ ; en effet ce qui forme la base de l’union n’est pas Christ, mais des points de différence, qui deviennent un signe d’identification spécial et un moyen de séparer les enfants de Dieu les uns des autres. L’Église apostolique n’a jamais récusé la foi d’un nouveau converti par rapport à un système national ou une dissidence — elle n’a jamais demandé : Croyez-vous à l’épiscopat, au volontarisme (*), ou même à l’Église de Dieu ? La vraie question — celle qui glorifie Dieu, a toujours été et demeure : Croyez-vous au Christ de Dieu ? Il est vrai que dans les temps primitifs, si quelqu’un confessait Christ, il était rejeté des Juifs et des Gentils, et devenait un objet d’inimitié pour tout le monde ; ceci contribuait beaucoup à dissuader les gens de confesser Christ, à moins de croire réellement en Lui. Si quelqu’un avait reçu le Saint Esprit sur le principe de l’ouïe de la foi (Gal. 3:2), il était immédiatement membre du seul corps, et reconnu comme tel.
(*) note Bibliquest : ce mot désigne ici le principe de rassemblement des dissidents — ceux qui refusaient l’Église nationale — ce principe étant la séparation de l’Église et de l’État et le soutien de l’Église par des contributions volontaires.
Pourquoi cela ne ferait-il pas autorité maintenant ? La sagesse de Dieu ne me suffit-elle pas ? Voudrais-je un supplément à la Parole de Dieu, ou agir sans elle ou contre elle ? Il n’y a pas secte, si vous agissez selon les pensées de Dieu ; mais il y a secte si vous vous en écartez. La question est donc : Quelle est l’intention de Dieu au sujet de Son Église ? Comment veut-Il que nous nous réunissions ! Est-ce que je veux recevoir tous les vrais chrétiens — ceux que tous croient être convertis ? Sans doute il y a la nécessité de les mettre dehors, s’ils montrent qu’ils ne le sont pas ; car il ne peut exister de cas de mal en dehors de ceux auxquels la Parole de Dieu s’applique, en sorte qu’il n’y a pas le moindre besoin d’une quelconque règle ou règlement des hommes. À moins d’être spirituels, les hommes ne gardent pas longtemps l’unité de l’Esprit ; ils trouvent bientôt d’abondantes raisons pour censurer. Mais ceux qui tiennent solidement et fermement à Christ, en tant que centre de l’unité de l’Esprit, ne sont pas une secte, et ne peuvent jamais en devenir une, quels que soient les schismes, divisions ou hérésies de leurs adversaires. C’est très douloureux que des âmes s’en aillent dans un chemin qui les condamne elles-mêmes, mais c’est d’autant plus béni pour ceux qui, malgré tout, ont la foi, la patience et la grâce pour rester. L’apôtre dit, en écrivant aux Corinthiens : « Il faut aussi qu’il y ait des sectes parmi vous, afin que ceux qui sont approuvés soient manifestes parmi vous » (1 Cor. 11:19). C’étaient dans ce temps là, les hommes qui demeuraient attachés au Seigneur de tout leur cœur. Que cela puisse être aussi vrai de nous maintenant ! Je nie que la Parole de Dieu ne s’applique plus, ou que je sois en quelque manière obligé de pécher maintenant plus qu’alors. L’unité de l’Esprit que les Éphésiens devaient garder, c’est l’unité que Dieu met sur tous Ses enfants. Si la Parole a régénéré mon âme par le moyen du Saint Esprit ; si par elle je connais mon Sauveur et mon Père ; si je suis redevable à cette Parole d’avoir en elle le moyen que Dieu emploie pour purifier mon âme jour après jour, — puis-je dire que, dans l’assemblée de Dieu, où Dieu habite par l’Esprit, il n’est pas nécessaire que je me conforme à cette Parole en tant que membre du corps de Christ ? Si mon âme reconnaît l’autorité divine de cette Parole, je suis assuré de mon malheur si je ne cherche pas à la suivre en tout. Dieu nous appelle à nous appliquer à garder « l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix ». Ce n’est pas l’unité de nos esprits, mais l’unité de L’Esprit.
Quand nous pensons que cette unité est formée par le Saint Esprit, n’est-ce pas une pensée solennelle ? Ne devrions-nous pas être en garde contre tout ce qui L’attristerait ? Notre Seigneur attachait une importance spéciale à ce qui touchait au Saint Esprit ; c’est ce que nous ferons, si nous sommes sages. Si le Saint Esprit est ici dans ce but sur la terre, Il devient un test divin pour les âmes, qui détermine si elles sont prêtes à L’honorer ou non. Mais certains vont vous dire : Si vous recevez tous les chrétiens, sans exiger d’eux de gage pour l’avenir, vous allez tacitement ou même ouvertement, accepter des Sociniens, ou des Ariens. Or je ne reconnais pas du tout ces gens comme des chrétiens ; et vous ? Quel est le fondement de l’Église ? « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » (Matt. 16:15) disait notre Seigneur dans le chapitre même où pour la première fois Il annonçait qu’Il allait bâtir son Église. « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », dit un des disciples. Que lui répond notre Seigneur ? « Tu es Pierre, et sur ce roc je bâtirai mon assemblée ». C’est pourquoi, on doit être tout à fait fermes et stricts quand on s’occupe des âmes, pour s’assurer qu’en action et en vérité (1 Jean 3:18) elles croient et confessent la gloire divine du Seigneur Jésus Christ. Si l’âme fait le moindre compromis sur ce sujet, il y a lieu d’être dans le doute à son égard. Vous n’avez aucune base pour recevoir comme chrétien quelqu’un qui touche à la pureté, à la gloire, ou à l’intégrité de la personne de Christ. L’Église est fondée sur Christ, le Fils de Dieu : si ce roc est ébranlé, tout s’en va. « Si les fondements sont détruits, que fera le juste ? » (Ps. 11:3). Toucher à Christ, c’est toucher à la base même sur laquelle l’Église de Dieu repose.
Par contre, quand une âme confesse Christ en réalité et en vérité, qu’elle Le confesse d’une manière qui se recommande à votre conscience comme étant une manière divine, recevez-la ; car Dieu l’a reçue. Ce peut être un Baptiste ou un Pédobaptiste : n’importe, recevez-la. Si cette personne vit dans le péché, ai-je besoin de dire que Christ et l’ivrognerie, etc., ne peuvent aller ensemble ? La foi au Fils de Dieu est incompatible avec une marche dans les ténèbres. Peu importe la manière dont une personne parle de Christ ; si sa confession se joint à l’indifférence pour la gloire morale de Dieu, elle prouve par là qu’elle n’est pas née de Dieu. Simon le magicien pensait que le don de Dieu pouvait s’acheter avec de l’argent. Certains diront qu’il a fait une erreur. Oui, mais cette erreur était vitale, et prouvait qu’il ne pouvait avoir la vie de Dieu ; c’est pourquoi, bien qu’il fût baptisé, il ne fut pas reçu comme membre du corps de Christ. Nous n’avons aucune raison de penser qu’il ait jamais pris part à la fraction du pain. Au vu de ce qui s’était passé, le baptême n’était pas une raison pour que l’assemblée reçût celui qu’ils ne croyaient pas être un saint.
Ceci montre dans une mesure, le caractère et les limites de l’unité de l’Esprit. Car, si le Saint Esprit appelle les âmes et leur donne la force de confesser Christ, Il ne les laisse jamais marcher dans le bourbier de leur propre méchanceté. Si un croyant tombe dans un péché ayant certain caractère, il doit être mis dehors. Ce qui est purement personnel, doit être traité en privé ; il serait monstrueux de mettre tous les manquements au même niveau. Quand on défend l’honneur de Dieu, le premier sentiment de notre âme, un sentiment profond, devrait être de redresser la personne. L’Église est un témoin de la grâce divine, et elle doit chercher la bénédiction des inconvertis, et la restauration des chrétiens égarés. Nous efforçons-nous de garder l’unité de l’Esprit ? Comment se fait-il que les chrétiens sont constitués en associations diverses ? Si la Parole de Dieu est ce qu’ils cherchent à tout prix à pratiquer, quel besoin y a-t-il de règles humaines et d’inventions modernes ? Si Dieu donne une règle, je n’ai pas besoin d’en avoir une autre. Je désire avoir la Sienne, dans toute sa force, de manière à manifester la vérité à la conscience de l’homme, et à dire : C’est là la volonté de Dieu. Est-il bon ou sage de céder sur ce point ? Dieu a écrit une Parole qui a trait à tout ce qui est moral, en vue que Ses enfants marchent d’après elle : le faisons-nous ? Certains demanderont : êtes-vous donc parfaits ? Je réponds : Nous nous appliquons à tenir ferme et dans la paix l’unité de l’Esprit, nous cherchons honnêtement à être soumis à la volonté de Dieu : faites-vous de même ? C’est la question principale pour tout enfant de Dieu : Est-ce que je m’applique à garder l’unité de l’Esprit ? Et si je le fais, est-ce à la manière de Dieu, ou selon mes propres idées ? Ai-je renoncé à moi-même pour faire Sa volonté ? Notre affaire c’est de Lui être soumis. Nous avons reçu des ordres, et notre responsabilité est de les exécuter, dans la soumission à Celui à qui nous appartenons et que nous sommes tenus de servir.
Mais encore, cette unité doit être gardée dans le lien de la paix. Dieu forme maintenant son Église de tous ceux qui Lui appartiennent. Il ne s’agit pas de personnes chrétiennes ayant des vues spéciales sur ceci ou cela, mais c’est l’Esprit tenant à Sa propre unité, et à ce que Christ est pour ces personnes, non pas aux points sur lesquels elles diffèrent les unes des autres. Si je désire garder l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix, il faut que mon âme soit bien établie sur le point suivant : le Saint Esprit est occupé à glorifier Christ, et Christ seulement. La meilleure façon de plaire au Père est d’exalter le Fils, et la pire atteinte contre le Père est de faire peu cas de Son Fils. Tout est assuré quand on maintient ce qui en est de Christ. Cela ramène la question à quelque chose de tout simple. Est-ce notre affaire de forcer les gens à abandonner leurs vues pour adopter les nôtres, si correctes soient-elles ? La parole de Dieu fournit un terrain, dans le nom de Christ, sur lequel vous pouvez embrasser tous les saints, quels que soient leur faiblesse et leurs préjugés. Gardons-nous de mieux veiller à notre réputation et à nos aises qu’à Sa volonté. Ne soyons pas vaniteux à cause de notre petite connaissance, ou du stade pratique que nous avons atteint. Regardons en haut, vers le Seigneur, afin d’avoir la foi et la patience pour reconnaître tout vrai membre de Christ, et tout vrai serviteur de Christ, où qu’il se trouve. Demeurons attachés à l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix, et appliquons-nous à la garder, quelles que soient les difficultés, et certes, elles sont grandes. La foi ne voit pas plusieurs corps et un seul Esprit — elle ne connaît qu’un seul corps. Supportons ceux qui ne voient qu’obscurément dans ce domaine, ou qui voient double, mais soyons inflexibles pour tenir ferme le nom de Christ, et quant à nous-mêmes, veillons à ne rien accréditer de contraire à ce nom.
« Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés pour une seule espérance de votre appel ». C’est là notre bénédiction en Christ la plus essentielle et vitale, « car nous sommes membres de son corps, de sa chair, et de ses os » (5:30). Il est ajouté immédiatement : « un seul Esprit », parce que c’est le Saint Esprit qui rend cela effectif ; et ce que nous sommes maintenant, par la puissance du Saint Esprit, nous espérons en jouir bientôt avec Christ. Nous l’aurons pleinement et parfaitement dans la présence de Dieu au ciel. C’est là la première unité.
Il y a une différence entre cela et les versets suivants. Le verset 4 présente un caractère d’unité, le verset 5 en présente un autre, et le verset 6 un troisième. Ce sont des unités concentriques qui vont respectivement en s’élargissant. « Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi avez vous été appelés pour une seule espérance de votre appel » (4:4). Nul n’entre là, s’il n’est né et baptisé du Saint Esprit. Ce seul corps est sur terre, sans aucun doute, mais c’est une chose réelle maintenant, et qui est de Dieu, quelle que soit la gloire qui lui appartiendra en propre, plus tard. Mais au verset 5, on a une unité plus extérieure, un domaine de profession [de christianisme] — plus vaste que celui de la puissance spirituelle réelle. Ici, c’est le « Seigneur » qui est mis en avant ; or il y en aura beaucoup qui diront en ce jour-là : « Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en ton nom ? » (Matt. 7:22).
Il nous est ensuite parlé d’« une seule foi », ce qui signifie la foi chrétienne. Si je parle de la foi au sens du moyen par lequel nous saisissons Christ et nous sommes sauvés dans la grâce de Dieu, elle n’est jamais appelée une seule foi. La phrase se rapporte à la foi commune que tous les chrétiens professent, par opposition à la religion ou loi des Juifs, et à l’idolâtrie des Gentils. Selon ce verset, « un seul Seigneur, une seule foi » est suivi par « un seul baptême », car quiconque faisait profession de croire en Christ était baptisé d’eau. Simon le magicien avait reçu Christ de nom, et fut baptisé, quoiqu’il fût bientôt démontré n’être pas chrétien. Ainsi, le verset 5 nous donne, non pas l’unité qui est réelle, sainte et durable, mais celle de la profession du christianisme.
En dernier lieu, nous avons : « Un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tout, et qui est partout et en vous tous » (4:6).
Il est évident que nous sommes là devant une étendue encore plus vaste. Une immense partie du genre humain ne fait pas du tout profession de christianisme. La masse des hommes a continué à vivre avec ses idoles, malgré la loi et l’évangile. N’y a-t-il là rien à revendiquer ? Nous reconnaissons « un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tout, et qui est partout et en vous tous ». Autrement dit, c’est un Dieu personnel, non pas du tout l’idée que tout est Dieu, ce qui est l’incrédulité dans sa pire forme, le Panthéisme.
Nous reconnaissons « un seul Dieu », non pas une pluralité de divinités, comme les Gentils, mais « un seul Dieu et Père de tous ». Le Juif ne croyait pas que Dieu était le Père de tous, ni même, à proprement parler, un Père pour la nation élue, mais Il était plutôt leur Gouverneur, l’Éternel. La révélation chrétienne fait connaître Dieu sous un caractère infiniment plus vaste, en même temps que plus intime pour nous — plus vaste en ce qu’il embrasse tout l’ensemble des créatures — « un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tout, et partout » (Sa suprématie et Sa providence, mais il y a plus que cela) ; « et en vous tous ». Il y a Sa relation intime avec quelques-uns, non pas avec tous. Car il n’est pas dit « en tous », mais « en vous tous ». Le Saint Esprit parle ici de la relation particulière du Père avec les chrétiens. Il n’y a donc rien de plus complet, de plus beau, de plus ordonné que ces déploiements de l’unité en Christ notre Seigneur, et autour de Lui.
Nous avons ainsi terminé les déclarations de l’apôtre sur l’unité de l’Esprit, la position commune qui concerne tous les enfants de Dieu qui ont appelés par Sa grâce par le Saint Esprit envoyé du ciel. Nous arrivons maintenant aux manières particulières par lesquelles le Seigneur appelle les divers membres de Son corps à Le servir — non pas tant la position commune que doivent avoir tous ceux qui Lui appartiennent, mais les privilèges particuliers et les responsabilités de chacun des membres de Christ individuellement. C’est ainsi que le v. 7 commence : « Mais à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ ». C’est la base. Christ, selon Son bon plaisir, comme Tête et Seigneur, donne certains dons. Il est important de remarquer que c’est sous ce point de vue que l’Esprit Saint présente le ministère dans les Éphésiens. Inutile de dire que personne n’est mis aussi manifestement en évidence que Christ. Dans les Corinthiens, au contraire, c’est l’Esprit Saint qui plus en vue que Christ. Ces deux aspects sont nécessaires à la gloire de Dieu, et également parfaits à leur place ; mais il y a une distinction à faire. Dans chaque épître, la sagesse de Dieu s’adapte à l’objet spécial que Dieu Lui-même a en vue.
Pour une âme spirituelle, il n’est pas possible de regarder l’Épître aux Éphésiens sans apercevoir que la grande vérité qu’elle présente est la plénitude de bénédiction qui appartient à l’Église en vertu de son union avec Christ. Cela met Christ en relief de manière correspondante. D’un autre côté, nous ne pouvons pas étudier l’épître aux Corinthiens, spécialement la partie traitant des manifestations spirituelles, sans voir qu’il ne s’agit pas tant de Christ exalté à la droite de Dieu, mais plutôt de l’Esprit Saint envoyé ici-bas. La conséquence en est que, dans les Corinthiens, nous avons plutôt l’assemblée sur la terre et la personne divine se plaisant à y habiter et y opérer. C’est pourquoi c’est l’Esprit Saint qui y est en vue ; tandis que dans les Éphésiens, c’est Christ comme la Tête (ou chef) de l’Église, qui est vu comme le donateur de ces dons. En fait l’Esprit Saint n’est présenté nulle part dans l’Écriture comme étant proprement le donateur ; et je doute beaucoup, avec un autre frère, que l’expression « les dons de l’Esprit » soit correcte. Vous pourrez trouver dans Héb. 2:4 un texte qui semble l’impliquer, mais l’expression exacte est les « distributions de l’Esprit Saint ». Partout où il est parlé précisément et simplement de donner, c’est Christ qui est vu comme le donateur. C’est ainsi que, quant à ce qui est à la source de tout, le Seigneur Lui-même dit : « l’eau que je lui donnerai sera en lui une fontaine d’eau », etc. L’eau ici représente l’Esprit Saint. L’Esprit est donc envisagé dans ce passage comme le don, et Christ comme le donateur. Et comme ceci est vrai en rapport avec cette grande vérité fondamentale, savoir la présence de l’Esprit Saint Lui-même, c’est aussi vrai de tous les détails. Christ, la Tête de l’Église, agit dans les membres individuellement selon Ses propres affections en grâce ; c’est là le côté béni de la vérité présenté ici. « À chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ ». L’apôtre parle de don pour le ministère ; mais c’est appelé ici une grâce, parce que ce que ce n’est pas tant envisagé comme une position d’autorité (même si certains de ces dons l’impliquent), que comme provenant de Celui qui aime Son Église et a soin de chacun de ses membres ; or Il ne peut manquer de fournir tout ce qui est convenable, et digne de Lui-même et de Son amour. « À chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ ».
Ceci conduit à une autre remarque d’ordre général. L’épître aux Corinthiens donne un champ plus vaste d’activité où l’Esprit Saint opère ; on y a des miracles, des langues, des guérisons, — les manières remarquables par lesquelles l’Esprit Saint agit en puissance extérieure. Tout cela est omis dans les Éphésiens. À quel principe faut-il l’attribuer ? Car Dieu ne fait rien arbitrairement, mais toujours avec un amour et une sagesse dignes de Lui, et assurément en vue de notre profit. Ce qu’Il n’a pas révélé, il ne nous convient pas de le sonder ; mais ce qu’Il a fait connaître dans Sa Parole, nous sommes non seulement libres, mais tenus de chercher à l’apprendre simplement et avec reconnaissance. Pourquoi donc les opérations plus éternelles de l’Esprit sont-elles dans les Corinthiens ? Pourquoi, en écrivant aux Éphésiens, les manifestations extérieures sont-elles omises, et on n’y trouve que celles concernant la croissance de l’âme, le fondement de l’Église et son fonctionnement, le maintien de la sainteté, de la croissance et de la communion, et de l’ordre divin parmi les enfants de Dieu ? Les déclarations du ch. 4 ne s’appliquent en effet qu’à cela. Je crois que la clef se trouve dans ce que nous avons déjà indiqué. Dans les Corinthiens, la pensée dominante, c’est l’Esprit Saint présent dans l’Église, et tout ce qu’Il fait est mis devant nous. Comme l’Esprit Saint peut opérer d’une manière extraordinaire, et qu’Il est la puissance de ce qui est visiblement surnaturel tout comme de ce qui répond aux besoins de l’âme, — il en résulte que tout nous y est présenté. Mais dans les Éphésiens, où Christ est vu dans une relation directe avec Son Église, et où il s’agit de Son amour, et du soin pour les membres de Son corps découlant de cet amour, — il est clair que ce qui se borne à s’occuper du monde et à être un témoignage aux non-croyants, est non pas nécessaire, mais superflu : seul ce qui a trait aux membres de Christ est là à sa place au bon moment. Oh ! si seulement nous avions plus de patience et de confiance en Dieu et en Sa parole ! Nous trouverions en son temps la réponse à toutes les difficultés. Dieu reconnaît la confiance que le cœur met en Lui. En examinant une portion particulière d’un livre à la lumière de l’ensemble où elle se trouve, combien il nous arrive souvent de discerner la vrai clef de sa signification.
Avant de considérer les dons eux-mêmes, je désire d’abord attirer l’attention sur ce qui est d’une importance et d’un intérêt encore plus profonds, la base dont dépend l’attribution de ces dons par Christ. Nous avons tous souffert immensément des vues purement traditionnelles sur le ministère : il y est vu en général comme une profession honorable parmi les hommes, ou comme une position à laquelle se rattache un certain rang social. Cela fausse entièrement la nature du ministère, et il en résulte que la pleine bénédiction et le sens de la Parole sont perdus pour l’âme. Qu’on me comprenne bien. Je ne nie pas que Dieu agisse là où il y a beaucoup de choses anti-scripturaires. Il a toujours raison, et les défaillances de l’Église ou de nous-mêmes comme individus, ne peuvent pas porter atteinte à la bonté souveraine de Celui qui veille constamment sur chacun des membres de Christ, et sur l’ensemble, en vue de les bénir. Mais Il permet que des manquements se manifestent, et que nous en souffrions les conséquences afin de nous humilier et de nous faire sentir que tout le bien vient de Lui, et que tout le mal est de notre côté. Tout au long de l’histoire de la chrétienté, ces deux choses apparaissent : l’homme qui corrompt sa voie sur la terre, et Dieu qui se manifeste au-dessus du mal que Sa lumière juge. Cela est vrai à propos du ministère comme de toute le reste.
Si nous nous tournons vers l’Écriture pour voir la base sur laquelle repose le ministère, nous découvrons qu’il n’y a rien de plus glorieux ; — mais aussi, hélas ! rien de plus contraire à la forme ordinaire du ministère parmi les hommes. Car sa base n’est rien moins que la rédemption que Christ a accomplie par Son sang, et Son ascension au ciel. Le ministère chrétien découle de Christ à la droite de Dieu ; il n’existait pas auparavant. Je ne nie pas que Dieu avait Ses manières d’agir en Israël, mais ce qu’Il faisait relevait plus du caractère de sacrificature, qui diffère totalement du caractère du ministère.
La sacrificature terrestre était une caste d’hommes agissant en rapport avec Dieu de la part de ceux pour lesquels ils étaient sacrificateurs : autrement dit, ils étaient chargés des affaires spirituelles de gens qui, pour une raison ou une autre, étaient incapables de les traiter en direct avec Dieu, et dépendaient par voie de conséquence de ces médiateurs entre Dieu et eux. Le sacrificateur allait là où le peuple ne pouvait pas aller ; il entrait dans le lieu saint, il présentait le sang, il faisait fumer l’encens ; en bref, il avait à faire à Dieu pour tous les besoins spirituels de ceux qu’il représentait.
Le ministère part d’une base tout à fait différente : il agit par le moyen de l’homme, de la part de Dieu envers des hommes, et non pas de la part de l’homme envers Dieu. Le contraste est donc complet entre la sacrificature et le ministère. Si le serviteur de Dieu est vraiment quelqu’un suscité par Dieu, ayant un message de Sa part et une œuvre à faire pour Lui, ce message et cette œuvre émanent de l’autorité de Dieu pour la bénédiction des hommes.
Prenons le cas d’un évangéliste. C’est quelqu’un qui a été lui-même enseigné de Dieu pour les besoins de sa propre âme, qui non seulement connaît le chemin du salut, mais a une puissance qu’il n’avait pas auparavant et donnée par Christ pour agir sur les âmes des autres. Tout chrétien devrait être capable de confesser la vérité, de confesser Christ ; mais cela ne suffit pas pour en faire un évangéliste ; car il s’agit de proclamer l’évangile de manière à agir puissamment sur les âmes, spécialement sur celle des inconvertis, pour réveiller, éclairer, et établir dans la grâce de Dieu. L’action spirituelle est par l’Esprit Saint ; mais elle vient de Dieu et de Son Fils bien-aimé, Christ notre Seigneur, et elle s’adresse à l’homme. Ainsi le don, sous la main du Seigneur, est exercé dans l’amour des âmes pour chercher leur bien, et il implique une puissance venant d’en haut pour agir sur elles, ou plutôt il est cette puissance.
Prenons maintenant le don d’enseigner. C’est une autre forme de la puissance de Dieu. Beaucoup comprennent la vérité et en jouissent dans leur âme, sans pour autant être en mesure d’aider les autres : ils sont incapables de présenter la vérité devant les croyants de manière suffisamment convaincante, ou d’agir suffisamment sur les affections, pour faire pénétrer la vérité avec énergie dans l’âme. Lorsque cela se trouve, c’est qu’il y a le don d’enseigner. J’y fait référence seulement pour souligner le contraste entre la nature de la sacrificature et celle du ministère, et pour montrer que la confusion des deux est une conséquence lamentable de l’état de l’Église. Quand les gens vont écouter un sermon, ils disent qu’ils vont au culte. Les gens sont tellement habitués à confondre l’enseignement et le culte, qu’ils ont l’habitude d’admettre que l’un implique l’autre.
J’admets l’existence d’une sacrificature chrétienne, mais le ministère est quelque chose de tout autre. Tous les chrétiens, sans exception — hommes, femmes et enfants — sont sacrificateurs ; car le sacrificateur est quelqu’un qui a un appel et une qualification émanant de Dieu, et qui lui ouvrent l’accès à la présence de Dieu. La sacrificature, en un mot, donne à l’âme le droit de s’approcher de Dieu. C’est toujours ce qui la distingue. D’un autre côté, le ministère de la parole est un service varié ; mais c’est seulement par des membres particuliers de Son corps que Christ agit ainsi pour le bien de tous. La sacrificature est universelle, et nul ne peut être chrétien sans être sacrificateur, tandis que seuls quelques-uns parmi l’ensemble sont ce que l’Écriture appelle des ministres de la parole, ou des serviteurs publics de Christ. Je ne parle pas ici du sens vague selon lequel tous doivent servir Christ tous les jours de leur vie ; mais la question ici est celle du ministère de la parole proprement dit. Il est clair que tous n’ont pas la puissance de prêcher la parole de Dieu de manière profitable aux âmes. La grande masse des enfants de Dieu a besoin qu’on lui montre le chemin tracé par Dieu, et qu’on en enlève les difficultés. Exercer correctement ces fonctions, dépend du ministère, ou plutôt le constitue, sous une forme ou sous une autre.
Le ministère donc, comme déjà vu, s’adresse à l’homme de la part de Dieu, tandis que la sacrificature s’adresse à Dieu de la part de l’homme. Quand nous sommes réunis pour rendre culte à Dieu, il s’agit de l’exercice de la sacrificature, non pas du ministère. L’un ou l’autre de ceux qui prennent part au culte peuvent être ministres, mais à ce moment-là ils n’exercent pas leur ministère, ils rendent culte. Le culte est l’exercice de la sacrificature chrétienne, l’offrande de louange et d’actions de grâces. Il s’adresse à Dieu de la part de l’homme — c’est la direction de la sacrificature. Quand donc la louange et l’action de grâces s’épanchent, vous avez le caractère le plus élevé de la sacrificature. L’intercession et la prière en sont une forme inférieure, même si l’intercession est vraiment bénie, parce qu’elle se charge des besoins d’autrui. Au sens strict, le culte consiste plutôt en louanges et actions de grâces. C’est pour cela que la Cène du Seigneur, l’Eucharistie, forme une partie si centrale du culte chrétien. C’est elle qui appelle nos âmes avec tant de puissance et de joie solennelle à se souvenir de Jésus, et à rendre grâces à Dieu. De là vient aussi, bien sûr, que la participation au pain et au vin n’a pas en soi un caractère de culte, mais elle est néanmoins ce qui agit sur l’âme et attire le cœur, par l’Esprit Saint, dans le culte rendu à Dieu. Là où la Cène du Seigneur est vue comme un moyen de grâce, les personnes y ont recours pour leur consolation, ou du moins dans l’espoir d’en trouver. Elle n’est jamais présentée ainsi dans la parole de Dieu. Au contraire, elle montre que si les communiants n’entrent pas dans la pensée de Dieu quant à la Cène (c’est-à-dire qu’ils ne distinguent pas le corps du Seigneur), elle devient un instrument de jugement contre eux. « Celui qui mange et qui boit indignement, mange et boit un jugement contre lui-même, ne distinguant pas le corps du Seigneur » (1 Cor. 11:29). Il ne s’agit pas là de faux chrétiens, mais de chrétiens bien réels, qui prennent la Cène du Seigneur avec légèreté et sans jugement de soi-même. Quand donc une âme marche dans un péché connu, et vient à la table du Seigneur, il en résulte que la main du Seigneur s’étend d’une manière ou d’une autre, et il est impossible d’échapper quand on badine ainsi avec Dieu. Et si quelqu’un se met lui-même dehors pour éviter ce résultat, il proclame son propre péché, et s’excommunie lui-même pratiquement. Ainsi l’âme n’a rien d’autre à faire que d’aller tout droit à Dieu, et de regarder à Lui pour avoir la grâce d’être vigilante contre le péché, contre ses moindres résurgences, et de s’appuyer, dans le jugement de soi-même, sur le Seigneur qui seul peut nous fortifier pour marcher d’une manière digne de Lui. À une telle âme s’adresse cette parole : « et qu’ainsi il mange » (1 Cor. 11:28). Ce n’est pas : Qu’il s’abstienne ; mais : qu’il se juge soi-même et qu’il vienne.
Ces deux choses, le culte et le ministère, ne devraient donc jamais être confondues. Quelques paroles peuvent être prononcées à la table du Seigneur, pour aider à la communion ; mais on ne peut guère appeler cela l’exercice ordinaire du ministère. Un discours régulier y serait, selon moi, bien contraire aux règles : il détournerait de l’objet principal que le Seigneur a en vue. On peut déployer les affections de Christ dans une mesure ; il peut y avoir plus encore dans certaines circonstances, comme un visiteur de passage pour un temps limité, à l’exemple de Paul qui prolongea son discours jusqu’à minuit. Il est clair que l’exercice formel du ministère trouve sa place, à proprement parler, ailleurs qu’à la table du Seigneur, car la Cène du Seigneur n’est pas liée au ministère, mais plutôt au souvenir du Seigneur rappelé par les membres de Christ, et à leur culte quand ils se réunissent pour Le louer. Il est bien approprié et opportun d’avoir quelques paroles pour réveiller les affections des âmes et les concentrer sur Christ dont nous nous souvenons, pour autant que cela soit donné du Seigneur. Mais il est important de voir la place, l’ordre et le but de ces deux choses d’après l’Écriture.
Dans le ministère, le Seigneur fournit les ressources spirituelles correspondant aux besoins de Son peuple. Sur quoi est-ce fondé ? Sur le fait que Christ est monté en haut comme la Tête, ayant préalablement ôté le péché et glorifié Dieu sur la terre ; de là où Il est assis présentement dans la gloire céleste, Il communique les dons nécessaires. À quel titre Christ a-t-Il pris cette place ? Il ne l’a prise pas en tant que Dieu, mais pas non plus simplement comme homme. Christ n’est pas non plus entré en la présence de Dieu, parce que Satan n’avait pas pu L’atteindre, lorsqu’Il était tenté de toutes manières. Il s’était passé une scène encore plus solennelle — cette heure capitale pour laquelle Il était venu,— quand Il a porté le péché — la croix où Il s’est laissé imputer toutes les fautes, mes péchés et vos péchés. Voilà ce qu’Il a fait. Christ n’a pris Sa place à la droite de Dieu que sur le fondement de ce qu’Il avait ôté le péché par le sacrifice de Lui-même. C’est sur cette base que le ministère est fondé. Le juste jugement de Dieu a été porté et satisfait ; le péché et Satan sont complètement vaincus pour nous par Christ. Le témoignage de la grâce divine, et même la plénitude de la grâce, peuvent être maintenant la portion du croyant sans empêchement. La victoire pour Dieu en faveur des pécheurs les plus coupables est acquise. Christ a pris Sa place au plus haut des cieux comme l’homme victorieux. C’est comme tel qu’Il a porté l’humanité jusqu’au trône de Dieu, et qu’Il est là, comme homme, assis bien au-dessus de tous les anges, des principautés, et des puissances. C’est de là qu’Il donne ces dons.
Ainsi donc, la véritable origine du ministère chrétien réside dans la pleine rémission des péchés de la part de Dieu et la glorification céleste de l’homme dans la personne de Christ. Ce sont les fruits et les témoins d’une victoire complète. Néanmoins tout cela n’est connu que de la foi, sauf dans la mesure où les miracles autrefois étaient un signe aux incrédules. Quelle en est la conséquence ? L’homme continue dans le péché. Satan rôde encore autour de nous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer (1 Pier. 5:8). Le jugement de Dieu est suspendu sur le monde. Quelle est donc la valeur de la mort de Christ et de Sa victoire ? Elle est immense, mais immense seulement pour ceux qui croient en Christ ; c’est pourquoi, au milieu de ce monde en ruine, tandis que le péché et Satan sont encore là, et que le jugement de Dieu est imminent, il y a ce lien merveilleux entre Celui qui est assis à la droite de Dieu et ceux qui étaient autrefois de pauvres pécheurs, perdus aux yeux de Dieu. Il envoie les dons ici-bas ; Il appelle celui-ci et celui-là, et en fait les témoins de Sa puissance, Lui qui a gagné tout cela et plus encore, et qui, en un mot, n’a rien laissé d’inachevé dans ce qui était nécessaire pour la gloire de Dieu et la bénédiction de l’homme. Le monde en entend le son (Jean 3:8), mais seulement pour méconnaître la bonne nouvelle, et même l’enfant de Dieu ne le voit qu’obscurément s’il raisonne à son sujet ; mais si je crois ce que Dieu me dit sur ce que Son Fils bien-aimé a fait, je dois savoir que sont ôtées toutes les choses qui s’interposaient entre mon âme et Dieu, et le savoir avec une certitude aussi simple que si elles n’avaient jamais existé du tout. Je devrais être aussi sûr que le péché a été effacé, que si je n’avais été coupable de rien — que Satan est aussi complètement jugé que s’il était déjà dans l’étang de feu — que le juste jugement de Dieu est complètement arrêté, et qu’il ne reste pour moi plus rien que Sa grâce. Cela est vrai pour tous Ses enfants. C’est la seule chose qui convienne au chrétien, parce que c’est ce dont Dieu l’assure. Dieu ne reconnaît pas les chrétiens qui sont dans le trouble et l’hésitation pour savoir si tout est achevé pour eux. Douter que tout ce dont Christ s’est chargé soit réglé en leur faveur, c’est nier pratiquement la rédemption ; mais si tout ceci est fait et accepté, que vouloir de plus ? Christ ne savait-Il pas mieux que moi-même ce qu’il fallait ? Dieu n’éprouvait-Il pas mieux que vous et moi ce qui était dû à Sa sainteté ? Et encore, c’est Christ qui était et est Dieu, qui a dit : « c’est accompli ». Qui suis-je ou que suis-je pour en douter ? C’est donc à Christ que je dois de rendre ce témoignage.
Le ministère est fondé sur l’œuvre et l’exaltation de Christ. Sans doute les douze et les soixante-dix furent envoyés avant que Christ monte à la droite de Dieu, mais leur mission durant les jours de la chair de Christ ne relève pas d’Éph. 4. Bien sûr les apôtres sont mentionnés, mais non pas en vertu de leur appel pendant qu’Il était le Messie sur terre. Au contraire, « étant monté en haut, Il a emmené captive la captivité, et a donné des dons aux hommes » (4:8). Cela ne veut pas dire que ceux qui avaient été établis apôtres quand Christ était ici-bas, ne furent pas introduits dans cette nouvelle position, sauf Judas ; mais le fait d’être apôtres de l’Église est fondé sur le fait d’avoir ce don de Christ après qu’Il fut monté en haut. C’est pourquoi il est dit ici : « Et Lui, a donné les uns comme apôtres » (4:11). Pourquoi y en avait-il eu douze [avant l’ascension] ? C’était en rapport avec les douze tribus d’Israël ; c’est pourquoi, lorsque notre Seigneur les envoya, Il leur défendit d’entrer dans aucune ville des Gentils (Matt. 10:3). Mais les apôtres de l’Église, furent-ils envoyés seulement vers les Juifs ? Tout le monde sait bien que non. Après la crucifixion de Christ, les liens avec Israël furent rompus. Le Fils de l’homme, après avoir été rejeté et avoir souffert, est monté au ciel, et depuis Sa gloire céleste, Il a envoyé ici-bas l’Esprit Saint, et Il appelle des âmes hors du monde dans Sa grâce souveraine, et les constitue membres de Son corps, et les revêt de puissance pour Le servir en toute manière qui Lui semble bonne.
Il s’ensuit que ce qu’on appelle succession, est complètement éliminé. Dans la sacrificature juive il y avait un ordre de succession, et tout ministère terrestre se forme sur ce modèle. Mais le ministère chrétien ne provient pas d’une nomination humaine, mais divine au sens le plus complet du terme. C’est pourquoi toute la source des pensées de l’homme sur le sujet est manifestement et totalement erronée. Faut-il abandonner la parole de Dieu qui est claire, au profit des opinions fugaces des hommes ? S’il en est ainsi, je n’aurai jamais aucune certitude. Le dissident dira que l’église locale doit appeler un homme pour qu’il soit son ministre. Celui-ci peut avoir un don de ministère de la part de Christ, et en être un ; mais ce qui fait de cet homme leur ministre, c’est l’appel de la congrégation. Ainsi le fondement du choix réside dans l’église particulière de la personne à qui il plait de l’avoir comme ministre. Celui-ci est leur choix, et est donc leur ministre. Que se passe-t-il alors s’il n’y a rien de tout cela dans l’Écriture ? Que se passe-t-il si une telle idée est étrangère à la parole de Dieu ? Or on n’en trouve même pas trace dans l’Écriture. On trouve une nomination de personnes pour s’occuper de fonds d’argent et des pauvres, l’assemblée y donnant son accord. Personne ne devrait se charger d’un tel travail sans le vrai sentiment que toute l’assemblée chrétienne en est satisfaite. L’Église donne ce qu’elle peut, et c’est pourquoi Dieu lui donne le droit de désigner qui s’occupera de ce qu’elle leur confie, — c’est-à-dire qui administra les affaires extérieures de l’Église. Mais en matière de dons spirituels, d’enseignement, de prédication, d’exhortation, de gouvernement, l’Église peut-elle donner ? Évidemment non. La parole de Dieu ne contient nulle part la notion de choix ou de nomination par l’Église, sauf à l’égard de dons tels que l’Église puisse en donner. L’Église donne de l’argent, et peut nommer des personnes pour l’administrer. L’Église ne donne pas de dons de ministère, et n’a pas le droit de s’en mêler et elle n’est pas le lieu pour le faire. Qui a ce droit ? C’est Christ seul qui donne, comme nous lisons ici : « Selon la mesure du don de Christ » (4:7). « Étant monté en haut, Il… a donné des dons aux hommes… les uns comme apôtres, les autres comme prophètes » (4:8, 11). Cela exclut toute prétention à pouvoir nommer de la part de la vraie Église de Dieu. Si on examine l’histoire selon l’Écriture, on verra combien elle s’accorde avec ce principe et le confirme. Qui choisit Matthias, sinon le Seigneur (Actes 1) ? Qui nomma Pierre et les autres ? Qui s’est adressé à la multitude au jour de la Pentecôte ? Ce ne pouvait être l’Église, car l’Église ne fut formée que ce jour-là. Pierre a prêché, et l’Église fut assemblée par sa prédication. Ce fut le Seigneur qui amena ainsi ceux qui devaient être sauvés ; de sorte que le ministère précède l’Église, comme l’expiation et l’ascension de Christ précèdent le ministère. Le Seigneur appelle d’en haut des vases de Sa grâce, leur communique de la puissance, les mène en avant par la direction de son Esprit, agissant par toutes les circonstances et les contrôlant de manière que Ses serviteurs fassent Son œuvre — plus ou moins fidèlement. Le résultat en est que des âmes sont rassemblées et l’Église est formée. Ainsi le ministère de la Parole ne découle jamais de l’Église, mais de Christ, et c’est l’Église qui en est le résultat. Le ministère précède donc l’Église, au lieu d’être fondé sur son autorité. C’est ce qui met entièrement de côté non seulement le principe dissident de l’élection populaire, mais tout autre arrangement humain. Ce ne sont pas les apôtres qui ont donné les dons, mais Christ. A-t-Il cessé de les donner ? Est-Il encore à la droite de Dieu ? Y est-Il, je le demande, comme la Tête de l’Église ? Ne demeure-t-Il pas maintenant la Tête de l’Église, aussi parfaitement et efficacement qu’au jour de la Pentecôte ? Il était déjà là, à la droite de Dieu, en train d’amener l’Église à l’existence ; et Il y est encore maintenant pour perpétuer l’Église et fournir le nécessaire pour ses besoins. Il est donc tout autant impossible que le ministère manque, que Christ quitte la droite de Dieu avant que le corps soit complet. Il est là comme le donateur de tous les dons nécessaires ; et l’exercice de ces dons est ce que nous appelons ministère.
On trouve un peu plus loin une parenthèse magnifique de l’apôtre sur ce sujet. « C’est pourquoi il dit : Étant monté en haut, Il a emmené captive la captivité, et a donné des dons aux hommes » (4:8). Autrement dit, Il a emmené captifs ceux qui avaient emmené l’Église captive. Nous étions emmenés captifs par le diable, et en montant en haut, Christ a passé triomphalement au-dessus de la puissance de Satan. Les esprits déchus ont eu une défaite complète, et c’est Christ comme homme qui l’a fait. L’homme, dans la personne de Christ, a vaincu Satan, et nous pouvons regarder en haut comme ceux qui sont un avec Celui qui a opéré la défaite Satan. Nous ne devrions jamais traiter avec Satan comme s’il avait quelque pouvoir contre nous. Satan étant détecté, nous avons toujours le droit de lui commander de s’éloigner de nous. Nous pouvons et devons toujours lui résister : si nous le faisons, il nous est dit qu’il s’enfuira de nous (Jacq. 4:7), non pas parce que nous sommes forts, mais parce que Celui à qui nous appartenons s’est acquis pour Lui-même la victoire par la mort et nous l’a donnée. « Or qu’il soit monté, qu’est-ce, sinon qu’Il est aussi descendu dans les parties inférieures de la terre ? » (4:9). Cela suppose la gloire de Sa personne. Celui qui est monté est Celui qui est premièrement descendu.
C’est en effet un principe constant de Dieu ; Il est toujours le premier à descendre. Nous avons besoin d’être élevés, et il n’y a rien d’où nous puissions descendre. Christ, étant Dieu, était le seul homme qui avait une gloire qui Lui était propre, au-dessus de toute la création. Il est premièrement descendu dans les parties inférieures de la terre. Son humiliation même est la preuve de Sa dignité personnelle. C’est de sa suprématie naturelle, pour ainsi dire, qu’Il est d’abord descendu pour faire Son œuvre ici-bas. « Celui qui est descendu est le même que Celui qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin qu’Il remplit toutes choses » (4:10). Voilà un aperçu magnifique de notre Sauveur. En deux courts versets, l’Esprit Saint nous donne, l’immensité de la gloire et du triomphe de Celui qui a condescendu à devenir un homme et un serviteur. Celui qui est maintenant monté, est le même que Celui qui est d’abord descendu, et Il n’a voulu remonter dans la gloire qu’après avoir entièrement ôté ce qui nous aurait inévitablement tenus pour toujours éloignés de Lui. Il est descendu pour l’ôter, et n’a pas voulu remonter en haut avant d’avoir achever de le faire. Il nous a tant aimés, d’un amour selon les conseils glorieux de Dieu, que nos péchés, tout grossiers et funestes qu’ils étaient, n’ont fait que Lui donner l’occasion de montrer ce que Dieu est, et ce qu’Il est pour nous, dans sa propre Personne. Maintenant il s’agit de la justice de Dieu, non seulement envers Lui, mais envers nous, à cause de Lui. Quelle différence ! Il pouvait descendre en amour, mais en soi, ce fait ne nous aurait pas donné de place dans la présence de Dieu. Mais Il est monté en justice ; et c’est la raison pour laquelle notre Seigneur dit, que quand l’Esprit serait venu, Il convaincrait le monde de justice, « parce que je m’en vais à mon Père » (Jean 16:10). La pleine manifestation de la justice se trouve maintenant en Christ assis à la droite de Dieu. De la justice envers Lui dans ce monde, il n’y a en a eu nulle part, rien d’autre que des torts infâmes et l’indignité. Où me faut-il chercher cette justice ? À la droite de Dieu ; j’y vois Celui envers qui Dieu est redevable, — disons-le en toute révérence, — pour le déploiement et la défense de Sa gloire morale, et pour la seule expression adéquate de tout ce qui manifestait et maintenait Son caractère devant les hommes — tout cela dans l’homme Christ Jésus. Le caractère de Dieu n’avait jamais été complètement réhabilité depuis que le péché était entré dans le monde, jusqu’au moment où Christ est mort sur la croix. Quand Son sang a été versé pour la gloire de Dieu et la délivrance de l’homme, Dieu a été manifesté sous un nouveau jour devant ce monde. Dieu n’était plus regardé comme le maître dur de la représentation mensongère de Satan. Le voile a été déchiré. Il n’a plus été possible de cacher la vérité que toutes les preuves d’amour que la créature aurait jamais pu demander à Dieu, Dieu les a surpassées en son Fils, mort, ressuscité, et glorifié dans le ciel. Jusqu’à la mort de Christ, la justice de Dieu aurait dû détruire toute créature ayant sur elle ne serait-ce qu’un péché. C’est maintenant au contraire la justice de Dieu, de me justifier, moi croyant, même si j’ai été un vil pécheur. C’est pour cette raison que, quoique mes seuls péchés personnels, pesés sur une balance, auraient dû en faire plonger le plateau jusqu’en enfer, toutefois Christ et Son sang, mis dans l’autre plateau, pèsent beaucoup plus lourd, et m’élèvent jusqu’au ciel. Quelle en est la conséquence ? Mes péchés ont complètement disparu devant ce sang précieux, et le plateau de la balance divine où est Christ s’avère être le seul à conserver son poids devant Dieu. C’est de ceci que dépend la justice même de Dieu. Il n’est plus question de justice légale ; mais maintenant Dieu a Christ, et c’est ce dont Dieu est redevable à l’obéissance de Christ jusqu’à la mort, et à la mort même de la croix. C’est en vertu de cette obéissance jusqu’à la mort que Dieu justifie le coupable, ce qu’Il ne pourrait faire en aucune manière s’il agissait à son égard selon la loi. « De tout ce dont vous n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse, quiconque croit, est justifié par Lui » (Actes 13:39). Ce qui était connu de Dieu dans la création ne renfermait aucun remède pour le péché ; ce qui était connu de Lui sous la loi, n’aurait fait qu’anéantir le plus faible espoir du pécheur. Tandis que maintenant, au contraire, plus je vois ce que Dieu est dans la croix de Christ, plus j’ai de confiance et de paix. « C’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et Celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jean 15:3).
Nous voyons donc dans ces versets la source céleste du ministère. Ce n’est pas une position qui, dans la pensée de Dieu, donne de l’importance dans le monde : Nous savons tous que l’ouvrier est digne de son salaire ; or ne voyez-vous pas que l’apôtre Paul ne voulait point user du droit que l’évangile lui donnait à être soutenu dans ses besoins (1 Cor. 9:12, 15) ? Il ne voulait pas voir anéantir ce qu’il appelle son assurance avec laquelle il s’était glorifié (2 Cor. 9:4) ; car quoiqu’il eût de la puissance, il préférait travailler de ses propres mains, plutôt que d’être à charge à quelqu’un. C’est là la merveilleuse liberté de la grâce : sous la grâce il n’y a rien que nous ne puissions faire, sauf le péché. Mais quoique toutes choses soient permises, elles ne sont pas toutes avantageuses (1 Cor. 6:12 ; 10:23), et ce fut certainement selon la sagesse de Dieu que le grand apôtre fît ce que bien des serviteurs de Christ auraient honte de faire. Quel terrible déclin tant par rapport à l’esprit du christianisme, que vis-à-vis de la lettre ! Quel changement complet par rapport au caractère de l’évangile, que les hommes — protestants ou catholiques, nationaux ou dissidents, presbytériens ou méthodistes — considèrent tous pareillement comme une tache, ou un motif de censure, ce qui faisait la gloire de l’apôtre ! Sa conduite impliquait un principe important. Il reçut un don des Philippiens ; des secours lui furent envoyés en prison et en dehors de la prison. Il recherchait du fruit qui abonde pour le compte des saints (Phil. 4:17). Si l’apôtre n’avait rien reçu d’eux en aucune occasion, c’eût été une perte pour leurs âmes. Le christianisme, ce n’est pas employer pour soi ce dont on est redevable à Dieu, ni ce que la grâce aime à faire pour tout un chacun. Mais l’apôtre n’agissait jamais de manière que l’on pût dire, soit qu’il se servait lui-même par le moyen de l’évangile, soit qu’il était indifférent à l’égard des saints. Dieu avait soin qu’il en fût ainsi dans le cas de Paul. Il y aurait eu le danger de mépriser les dons moindres. Or l’apôtre s’efforçait, dans un esprit de grâce, de maintenir les dons qui étaient moindres. Les dons plus importants avaient moins besoin de sa grande protection. Mais quand d’autres s’étaient voués au service de l’évangile, l’apôtre prend le plus grand soin d’affirmer leur droit de vivre de l’évangile. Que ceux qui vivent ainsi aient soin de servir le Seigneur Christ à cet égard ! (Rom. 16:18).
« Et Lui, a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes ». Je comprend que les apôtres et prophètes sont manifestement ce qu’on peut appeler les dons de fondation, tels que ceux dont Dieu s’est servi pour poser l’assise large et profonde sur laquelle l’Église devait être bâtie. Cette fondation a été faite par ceux que Dieu avait spécialement revêtus de puissance. Ces deux classes des apôtres et prophètes ont été les tout premiers instruments utilisés pour l’appel de l’Église de Dieu. Les évangélist