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Notes sur l’épître aux ÉPHÉSIENS

Seconde moitié : Chapitres 4 à 6

 

William Kelly

 

 

1° publication dans Bible Treasury, vol. 4 et 5, 1863 ; 1° traduction français : 1871.

La présente traduction a été entièrement refaite.

Les titres et sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest.

Les variantes que WK met dans la traduction de la Bible par rapport à la version de J. N. Darby ont été quelquefois conservées.

 

 

Table des matières (chapitres seulement) :

1     Chapitre 4

2     Chapitre 5

3     Chapitre 6

 

 

Table des matières (complète) :

1     Chapitre 4

1.1      Introduction au ch. 4

1.1.1       L’unité de l’Église et le caractère individuel des dons et du ministère

1.2      Ch. 4:1

1.2.1       L’appel des saints qui forment un seul corps en Christ : quelque chose d’unique

1.2.2       La croix efface la distinction entre Juifs et Gentils

1.2.3       La bénédiction réunissant Juifs et Gentils n’est l’accomplissement ni de la loi ni des prophètes

1.2.4       Le seul corps fruit de la grâce, alors que la croix aurait dû aboutir au jugement

1.2.5       Le prisonnier dans le Seigneur

1.3      Ch. 4:2

1.3.1       Ch. 4:2a — Humilité et douceur

1.3.2       Ch. 4:2b — Longanimité et support

1.4      Ch. 4:3-4 — La première unité

1.4.1       Ch. 4:3a — Garder l’unité de l’Esprit

1.4.2       Ch. 4:3b — dans le lien de la paix

1.4.3       Ch. 4:4 — un seul Esprit

1.5      Ch. 4:4-5 — Seconde unité au v. 5

1.6      Ch. 4:6 — Troisième unité

1.7      Ch. 4:7

1.7.1       Christ le Donateur

1.7.2       Différence de présentations des dons entre Corinthiens et Éphésiens

1.7.3       Ne pas en rester aux vues traditionnelles sur le ministère et les dons

1.7.4       Différences entre le ministère et la sacrificature

1.7.5       Le ministère et ses rapports avec le culte

1.8      Ch. 4:8 — Fondement et origine du ministère

1.8.1       Expiation et glorification de christ

1.8.2       Les dons émanent de Christ, Tête du corps

1.9      Ch. 4:8-9 — Satan vaincu

1.10     Ch. 4:9-10

1.11     Ch. 4:11a — apôtres et prophètes

1.12     Ch. 4:11b — évangélistes, pasteurs et docteurs

1.12.1      Il n’y a plus d’autorité pour nommer

1.12.2      Christ est le donateur des dons et ministères

1.12.3      Reconnaître les ministères où qu’ils soient, sans qu’ils aient d’autorité pour commander

1.12.4      L’apôtre avait une autorité en gouvernement

1.12.5      Rom. 16:26 — Écrits prophétiques

1.12.6      1 Cor. 14:29 — Prophètes et communications nouvelles

1.12.7      Le don et la capacité naturelle

1.12.8      Les dons sont des personnes

1.12.9      Des dons universels

1.12.10        Les dons ne sont pas un titre de valeur dans le monde

1.13     Ch. 4:11-13

1.13.1      Les dons subsistent jusqu’à la fin

1.13.2      Reconnaître les dons

1.13.3      Comment agir contre l’hérésie

1.13.4      Le vrai ordre, c’est l’obéissance à la Parole de Dieu, avec la liberté de l’Esprit

1.13.5      Ch. 4:12 — le but du ministère : le perfectionnement des saints

1.13.6      Ch. 4:13a — Le dessein de Dieu s’accomplit malgré tout

1.13.7      Ch. 4:13b-14 — La connaissance du Fils de Dieu ; l’état d’homme fait

1.14     Ch. 4:15

1.14.1      Être vrai dans l’amour : l’exemple de Christ

1.14.2      Dieu veut que nous soyons semblables à Christ maintenant

1.14.3      Les dons servent à bénir les âmes

1.14.4      Le vrai amour selon Dieu va de pair avec la sainteté — désirer les deux

1.14.5      La vraie base de rassemblement, celle que Dieu peut approuver

1.14.6      La ruine de la chrétienté ne change rien — obéir à la Parole

1.14.7      Comment avoir de la certitude dans la confusion régnante — discipline publique et jugement uni

1.14.8      Rassemblements restreints à deux ou trois

1.14.9      Enchaînement des pensées de 4:12 à 4:15 — Christ seul rempart contre le mal

1.14.10        Pas de ministère unique

1.15     Ch. 4:15b-16

1.16     Ch. 4:17-22

1.16.1      Ch. 4:17 — ne pas marcher comme le reste des nations

1.16.2      Agir en grâce sans abandonner ses propres principes

1.16.3      La marche des nations et les vaines pensées viennent de l’état du cœur

1.16.4      Ch. 4:19 — Les Gentils

1.16.5      Ch. 4:20-21 — Apprendre et entendre Christ, selon la vérité en Jésus

1.16.5.1       Vous n’avez pas ainsi appris le Christ

1.16.5.2       Selon que la vérité est en Jésus — Différence entre Christ et Jésus

1.16.5.3       Différence entre « Jésus est la vérité » et « le Saint Esprit est la vérité »

1.16.5.4       Jésus, et la vérité au sujet de l’homme

1.16.5.5       On ne trouve pas la vérité au sujet de Dieu dans la création

1.16.5.6       On ne trouve pas la vérité au sujet de Dieu dans la loi

1.16.5.7       Dieu n’est vraiment connu qu’en Jésus

1.16.5.8       Tout est à voir par rapport à Jésus

1.16.6      Ch. 4:22

1.17     Ch. 4:23-29

1.17.1      Ch. 4:23-24

1.17.2      Ch. 4:25

1.17.3      Ch. 4:26-27 — La colère

1.17.4      Ch. 4:28 — Le vol : les motifs supérieurs du chrétien qui travaille pour pouvoir donner

1.17.4.1       Ch. 4:28a : Une exhortation appropriée

1.17.4.2       Une exhortation qui n’est pas une application de la loi

1.17.4.3       Ch. 4:28b : Un but positif : donner

1.17.5      Ch. 4:29

1.18     Ch. 4:30

1.19     Ch. 4:31

1.20     Ch. 4:32

1.20.1      Une activité pour le bien

1.20.2      Problème de traduction du v. 32 — KJV — Ce qu’est la réconciliation

2     Chapitre 5

2.1      Ch. 5:1-2

2.1.1       Ch. 5:1

2.1.2       Ch. 5:2a

2.1.3       Ch. 5:2b

2.2      Ch. 5:3-7

2.2.1       Ch. 5:3

2.2.2       Ch. 5:4

2.2.3       Ch. 5:5

2.2.4       Ch. 5:6-7

2.3      Ch. 5:8

2.4      Ch. 5:9-10

2.5      Ch. 5:11-13

2.6      Ch. 5:14-17

2.7      Ch. 5:18-21

2.8      Ch. 5:22

2.9      Ch. 5:23

2.10     Ch. 5:24

2.11     Ch. 5:25

2.12     Ch. 5:26

2.12.1      Sanctification et purification

2.13     Ch. 5:27

2.14     Ch. 5:28-30

2.15     Ch. 5:31-33

3     Chapitre 6

3.1      Ch. 6:1-9 — Relations diverses

3.1.1       Ch. 6:1a

3.1.2       Ch. 6:1b-3

3.1.3       Ch. 6:4

3.1.4       Ch. 6:5-8

3.1.5       Ch. 6:9

3.2      Ch. 6:10

3.3      Ch. 6:11-12

3.4      Ch. 6:13-17

3.4.1       Ch. 6:13

3.4.2       Ch. 6:14-15

3.4.3       Ch. 6:16

3.4.4       Ch. 6:17

3.5      Ch. 6:18-24

3.5.1       Ch. 6:18a

3.5.2       Ch. 6:18b-20

3.5.3       Ch. 6:21-24

 

 

 

1         Chapitre 4

1.1   Introduction au ch. 4

1.1.1        L’unité de l’Église et le caractère individuel des dons et du ministère

Avant d’entrer dans le sujet des dons pour le ministère, qui nous est présenté plus loin dans ce chapitre, le Saint Esprit s’arrête un peu sur l’unité qui appartient maintenant aux saints de Dieu en Christ. Il était nécessaire que cette unité fût posée comme une grande plate-forme sur laquelle, et en rapport avec laquelle, le ministère s’exerce. Car le ministère met en avant des membres individuels de Christ, plutôt que le corps dans son ensemble. En effet, bien qu’on affirme couramment que l’Église enseigne, c’est en réalité entièrement dénué de fondement. C’est même cette notion qui conduit à la prétention à l’infaillibilité, dont l’expression se trouve ouvertement dans le Romanisme. La vérité est que l’Église n’enseigne jamais, mais qu’au contraire, elle est le corps qui est enseigné. Un corps qui enseigne, cela n’existe pas. Sans doute, l’Église renferme en son sein les ouvriers que le Seigneur emploie ; mais elle est elle-même le labourage de Dieu (1 Cor. 3:9), la scène où Dieu travaille afin de produire du fruit pour Lui-même. C’est une vérité importante en pratique, parce qu’elle détruit toute prétention qu’aurait l’Église à créer, ou même à définir des doctrines. L’Église est appelée à être la colonne et le soutien de la vérité (1 Tim. 3:15) ; elle est tenue de veiller, par le moyen d’une sainte discipline, à ce que rien de contraire à la vérité ne soit toléré en son sein : l’assemblée de Dieu ne peut pas se soustraire à cette responsabilité. Ceci concerne l’ensemble de la communauté chrétienne, qui devrait être le corps qui présente sur terre la vérité devant les hommes, et au sein de laquelle il faut venir si, après avoir cru à la vérité, on veut agir en s’y conformant, — mais d’un autre côté, le moyen dont Dieu s’est plu à se servir pour répandre Sa vérité et atteindre par elle les consciences, ce sont des membres individuels de son Église, qui ont la qualification appropriée. La puissance pour enseigner dépend du don conféré par la grâce souveraine. Il ne s’agit nullement d’un droit abstrait selon lequel tout homme pourrait enseigner ou prêcher, s’il en a envie. Il n’y a pas de telle licence dans l’Église de Dieu. Le Seigneur Jésus a le droit d’appeler et de communiquer la puissance dans le Saint Esprit, comme Il lui plait. L’Église n’est pas une société d’hommes ayant des vues particulières sur tel ou tel sujet ; encore moins est-elle le rassemblement du monde pour former un seul tout. C’est l’assemblée de Dieu, composée de ceux qu’Il appelle, et dans laquelle Il habite. Ceci est vrai à l’égard de l’ensemble, et il est vrai également qu’il appartient à Dieu, que c’est Dieu qui le forme et le protège, et qui y maintient Sa sainteté et Sa gloire ; — pareillement, tout ceci est vrai par rapport au ministère, qui est une fonction très importante maintenue dans des membres particuliers de l’Église. Autrement dit, il y a d’une part l’unité que les croyants possèdent maintenant dans le Christ Jésus, en vertu de laquelle l’assemblée de Dieu existe — l’unité commune de bénédictions dans laquelle tous les croyants sont placés maintenant, et qui forme, si je puis dire, l’assise de tout. Mais d’autre part, en relation avec cette unité, vous avez le ministère à l’œuvre, ministère qui appartient à des membres en particulier, plutôt qu’à l’Église comme ensemble. Les dons sont dans quelques-uns, et appartiennent à quelques-uns, pour le bien de tous.

 

1.2   Ch. 4:1

1.2.1        L’appel des saints qui forment un seul corps en Christ : quelque chose d’unique

Cela divise la première partie du chapitre en deux sous-parties. Dans les premiers versets, jusqu’à la fin du verset 6, nous trouvons plutôt l’unité de l’Esprit ; à partir du verset 7, la diversité des membres de Christ. Remarquez bien, tout d’abord, que le Saint Esprit est passé maintenant sur le terrain des exhortations. Après avoir eu de la doctrine dans les trois premiers chapitres, nous arrivons maintenant à la pratique. « Je vous exhorte donc, moi le prisonnier dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de l’appel dont vous avez été appelés ». Cet appel comprend plus particulièrement deux parties. D’abord, les saints, — tous ceux qui connaissent le Seigneur Jésus maintenant, — forment un seul corps en Lui. En second lieu, ceux-ci sont l’habitation de Dieu par l’Esprit. Ainsi donc, bien que l’assemblée de Dieu soit un corps sur la terre, elle est pourtant fondée sur des privilèges célestes, — le corps de Christ nous montre plutôt notre état de bénédiction collectif, tandis que l’habitation de Dieu par l’Esprit place plutôt devant nous la responsabilité d’avoir Dieu habitant au milieu de nous. Il est évident que les vrais enfants de Dieu eux-mêmes n’entrent que très faiblement dans ces deux choses. Quand ils entendent parler du corps de Christ, leur idée ne dépasse guère le fait d’être pardonnés, d’être enfants de Dieu, et d’aller au ciel. Or tout cela n’est qu’une bien faible partie de tout ce que le corps de Christ implique ! Beaucoup de vrais croyants pensent que cette notion de corps signifie un assemblage de ceux qui sont réconciliés avec Dieu — les objets de Sa faveur, ceux qui ne sont pas laissés pour mourir dans leurs péchés. Or on pourrait avoir tous ces privilèges, sans posséder aucun des traits caractéristiques du corps de Christ, ni de l’habitation de Dieu par l’Esprit. Il aurait été tout à fait possible, s’il avait plu à Dieu d’arranger les choses ainsi, que les chrétiens soient des enfants de Dieu, conscients de leur rédemption, connaissant leur relation de fils, attendant d’être glorifiés avec Christ dans le ciel, sans jamais être pourtant unis ensemble en un seul corps en Christ, et sans avoir Dieu habitant au milieu d’eux par la présence spéciale du Saint Esprit envoyé du ciel. C’est un privilège rajouté en plus et au-dessus de la rédemption par le sang de Christ. Cela est si vrai, que dans tout l’Ancien Testament, on ne trouve jamais mention des saints de Dieu comme étant membres du corps de Christ, une habitation de Dieu par l’Esprit.

 

1.2.2        La croix efface la distinction entre Juifs et Gentils

Mais il y a plus. Les prophètes sont remplis de la scène glorieuse qui se déroulera sur la terre quand le Seigneur renversera la puissance de Satan. Le temps vient où le mal ne sera plus laissé impuni, et le bien ne souffrira plus ici-bas. Quand ce jour sera là, il est clair selon l’Écriture que Dieu aura bien un peuple à Lui sur la terre, mais qu’ils ne seront pas unis ensemble en un seul corps, ni ne formeront Son habitation par l’Esprit. Il est parlé de l’appel spécial dont nous sommes appelés entre les deux venues de Christ, entre la grâce déjà apparue et la gloire qui va apparaître (Tite 2:11-13). Considérons en effet ce qu’est le corps de Christ — je ne veux pas dire, bien sûr, Son corps comme celui dont il est dit qu’il est à Lui personnellement, mais Son corps, comme composé de ceux qui croient en Christ maintenant, et comme une expression qui s’applique à eux — cette personne morale ou corps spirituel dont font partie tous les vrais saints de Dieu qui se trouvent maintenant sur la terre, ou qui s’y sont trouvés depuis la Pentecôte. Quelles sont les bénédictions qui constituent ce corps ? Qu’est-ce que le Saint Esprit veut dire par le fait d’être membre de ce corps ? Je réponds : La croix étant le témoin et l’expression de la culpabilité des Juifs plus particulièrement (la culpabilité est celle de tous les hommes en général sans doute, mais tout spécialement celle des Juifs), la croix, dis-je, a fourni à Dieu l’occasion de faire disparaître entièrement, pour le temps présent, la position spéciale de faveur que le peuple Juif avait possédée jusque là. Dieu a effacé Lui-même la frontière séparant Israël des Gentils ; et au lieu de faire d’Israël le canal unique de Ses promesses, l’ère de bénédiction s’est au contraire tournée franchement et visiblement vers les Gentils. Il rassemble d’entre les Juifs et les Gentils un peuple pour Son nom (Actes 15:14), et unit ensemble les élus d’entre eux tous, ceux qui croient en Christ, pour les mettre en possession de privilèges nouveaux qui n’avaient jamais été goûtés auparavant d’une manière semblable, ni à un pareil degré.

 

1.2.3        La bénédiction réunissant Juifs et Gentils n’est l’accomplissement ni de la loi ni des prophètes

Un trait bien remarquable de la bénédiction, c’est que la distinction entre Juif et Gentil est finie. À la croix, ils se sont unis dans la méchanceté devant Dieu ; mais à quoi Dieu s’en sert-Il ? C’est comme s’Il disait : Je vais justement prendre cette croix dont l’homme a fait la scène de sa rébellion outrageante contre Moi — cette croix qui a prouvé que mon ancien peuple est devenu violent dans son hostilité contre Moi dans la personne de Mon Fils ; et Je vais faire de cette croix le pivot d’une bénédiction plus riche et plus complète que tout ce que des croyants ont jamais pu espérer dans ce monde auparavant. Ainsi, comme la croix a été le point de ralliement de Satan pour rassembler les hommes dans une union impie contre Dieu et contre Son Fils, ainsi aussi Dieu fait de la croix le centre précieux où Il rassemble les Juifs et les Gentils qui croient en Son Fils, pour les former en un corps nouveau, où toutes les distinctions de ce genre sont effacées à jamais. Or si Dieu s’est plu à appeler un peuple pour le faire sortir dans le but de donner un témoignage pratique à cette nouvelle manifestation de Son amour, qui s’y opposera ? La loi est juste, et ce serait faire outrage à Dieu que de jeter la moindre flétrissure sur les dix commandements, mais s’il demeure vrai que le commandement est saint, juste et bon (Rom. 7:12), la grâce introduit quelque chose de meilleur et de plus élevé. Il est juste, bien sûr, si j’agis bien, que j’en sois récompensé ; mais n’est-ce pas plus béni si, en faisant bien, je souffre, et je l’endure avec patience (1 Pier. 2:20) ? C’est là la grâce, une chose digne de louange devant Dieu, et le principe pratique sur lequel Il appelle maintenant Ses enfants à agir. Ce n’était pas là la règle publique de gouvernement au temps de l’Ancien Testament, mais juste le contraire. Dieu se contredit-Il donc ? Loin de là. Dieu peut agir d’une certaine manière avec le peuple Juif, et Il peut ensuite établir un autre principe d’action avec les chrétiens. Qui peut en effet nier qu’Il l’ait fait ? Le Juif aurait été coupable d’un grave péché, s’il n’avait pas été circoncis ; et je crois que, pour ce qui concerne la terre, dans le jour de gloire à venir, les Juifs auront leur terre, leur ville, leur sacrificateur, et leur temple, etc. La volonté de Dieu à l’égard des Juifs restera inchangée en substance. Je trouve dans les prophéties un état de choses non encore accompli, alors que toutes ces ordonnances extérieures de Dieu seront, elles, accomplies. Faut-il ne pas croire Dieu tant que ces prophéties ne sont pas réalisées ? Ce n’est pas ainsi qu’on traite la parole d’un homme de bien. Mais si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand (1 Jean 5:9). Si quelqu’un reçoit les livres de Samuel et des Rois, et ne croit pas Ézéchiel ou Osée, c’est qu’il traite Dieu comme vous ne traiteriez pas un homme ordinaire. Mais si je crois tout ce que Dieu a dit, il existe des principes divins spéciaux pour les Juifs, qui restent encore à accomplir par le Messie dans Son règne en puissance, lorsque le diable sera lié. Dieu accomplira tout ce dont Il a parlé dans les prophètes aux jours où les cieux domineront sur la terre. Or, en attendant, le Messie promis pour introduire cette gloire, est venu et a été rejeté. Au lieu d’avoir un trône, il a eu la croix ; et bien loin de prendre la terre pour héritage, il en a été chassé et est monté au ciel. Comme conséquence, un nouvel état de choses a débuté, totalement différent de celui envisagé en général dans les prophéties, et dont le Nouveau Testament donne la révélation. Dans cette révélation du Nouveau Testament, on trouve ce qui correspond à quelques maigres indications ça et là dans l’Ancien Testament, mais en même temps elle introduit, comme un tout, une scène qui fait un tout, une scène sans égal ni avant ni après, où Dieu dévoile des privilèges jamais goûtés auparavant, et en rapport avec laquelle Il attend des fidèles une marche d’une manière qu’Il n’avait même jamais demandée aux saints d’autrefois.

 

1.2.4        Le seul corps fruit de la grâce, alors que la croix aurait dû aboutir au jugement

Il y a sans doute certains principes clairs et bien établis, qui restent toujours obligatoires. Dieu n’approuvera jamais le mensonge, ni la convoitise, ni la méchanceté : aucune dispensation ne peut neutraliser ou affaiblir les grandes distinctions morales entre le bien et le mal. Mais le Dieu qui a opéré en puissance sur la terre pour protéger Son peuple, et qui l’aurait protégé s’il avait été fidèle sous la loi, c’est Lui maintenant qui, au contraire, appelle Son peuple à souffrir en grâce. Le même Dieu, qui mettait Israël à l’abri et les fit traverser la mer Rouge, et qui a empêché qu’aucune puissance du monde n’obtienne la suprématie universelle sur la terre avant qu’Israël se soit montré infidèle, c’est Lui qui, plus tard, quand Israël s’est montré entièrement indigne, a permis qu’ils soient renversés par Babylone, la pire des puissances des Gentils. Les empires se succédèrent ensuite les uns aux autres, jusqu’à ce que finalement, au temps des Romains, les Juifs et les Gentils se réunirent pour crucifier le Seigneur de gloire. Le sort du monde a été alors scellé, et le glas de son jugement se faisait entendre de la croix de Jésus. Si Dieu avait agi alors d’après des principes de justice, on se serait attendu à ce que l’univers de Dieu soit aussitôt bouleversé, et qu’au moins Jérusalem et Rome soient détruites dans l’ardeur de Son indignation. Or les choses se sont passées tout autrement. Le ciel s’est ouvert, mais pour recevoir Jésus le crucifié, non pas pour juger Ses meurtriers ; le ciel s’est encore ouvert pour envoyer d’en haut le Saint Esprit sur la terre, afin de former, par grâce, ce corps nouveau, l’Église de Dieu, c’est à dire pour introduire ces vils meurtriers de Jésus, — si seulement ils Le reçoivent, — dans une position de bénédiction dont personne n’avait jamais goûté ni connu auparavant ni la largeur, ni la longueur, ni la profondeur ni la hauteur. C’est cela la grâce. « La loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité vinrent par Jésus-Christ » (Jean 1:17). L’évangile de la grâce de Dieu est annoncé, mais il ne se borne pas à sauver des âmes — il les rassemble, il les unit à Christ, il en fait les membres de Christ et les membres l’un de l’autre. L’ancienne position privilégiée des Juifs a disparu ; les privilèges lévitiques sont complètement éclipsés en ce qui concerne l’Église. Les Gentils étaient enfoncés dans l’idolâtrie, et les Juifs étaient satisfait d’eux-mêmes sous une loi divine qu’ils ne gardaient pas. Mais, par la foi en Christ, Juifs et Gentils sont introduits par le moyen de l’Esprit dans ce seul corps, et ils adorent Dieu sur le même terrain commun, celui de la grâce. Ils sont « édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit » (2:22). C’est là « l’appel dont nous avons été appelés » (4:1).

 

1.2.5        Le prisonnier dans le Seigneur

« Je vous exhorte donc, moi le prisonnier dans le Seigneur » etc. Il attire de nouveau l’attention sur cette cicatrice honorable due à l’inimitié du monde, parce qu’il est en train de faire ressortir d’une manière pratique ce qui résulte dans ce monde de cette inimitié, même pour le plus grand serviteur de Dieu qui ait jamais vécu (le plus grand après Christ). Après tout, il était le prisonnier du Seigneur. N’est-ce pas un honneur merveilleux ? Il n’y avait point de chariots de feu pour l’entourer, comme avec Élie ; pas de puissance mise en avant pour le préserver. Il souffrait de la part du même empire qui avait crucifié le Seigneur de gloire ; et depuis sa prison, il encourageait les saints à marcher d’une manière digne du même appel ! Même maintenant le monde a affaire à plus fort que lui : que sera-ce à la venue de Christ ?

 

1.3   Ch. 4:2

1.3.1        Ch. 4:2a — Humilité et douceur

Néanmoins il est ajouté : « Avec toute humilité et douceur, avec longanimité, vous supportant l’un l’autre dans l’amour ». Il y avait le danger du contraire : les saints peuvent faire mauvais usage des privilèges spirituels pour s’enfler d’orgueil. Il traite donc ce point, et leur montre le seul genre qui convient à un chrétien : « avec toute humilité et douceur ». C’est une bénédiction de trouver du zèle, mais comment racheter une marche qui manque d’humilité et de douceur ? Il y a un temps pour être ferme, et un temps pour céder ; mais aucun don ni aucune position ne peuvent justifier ceux qui semblent penser que l’exhortation à la douceur et à l’humilité n’a pas lieu d’être dans leur cas. D’un autre côté, il faut prendre garde à ce que la douceur ne soit pas que dans la manière d’être, et que l’humilité ne soit pas qu’en paroles, car Dieu recherche la réalité en nous. Trop souvent l’humilité en paroles ne fait que couvrir l’orgueil le plus profond, et on parle beaucoup d’amour et d’esprit de Christ là où il y en a le moins. Gardons-nous des vaines apparences.

 

1.3.2        Ch. 4:2b — Longanimité et support

Supposons qu’il y ait chez d’autres des choses que vous ne pouvez pas laisser passer, comme étant contraires à la pensée de Dieu, — comment agir ? Sans doute, si c’est nécessaire, il faut la parole de répréhension exprimée comme il convient. Mais il faut aussi la « longanimité » ; et s’il y a un cas qui requiert spécialement la longanimité, c’est bien lorsque le mal nous touche nous-mêmes. Il ne faut pas tolérer le mal contre le Seigneur ; mais quand c’est à nous qu’il est fait tort, la longanimité est le mot d’ordre, « vous supportant l’un l’autre dans l’amour, vous appliquant à garder l’unité de l’Esprit dans (*) le lien de la paix ». Le chrétien n’a pas seulement à nourrir des sentiments de grâce et patience humbles, mais aussi la diligence spirituelle avec laquelle il est appelé à tenir ferme ce qu’il y a de plus précieux et divin ici-bas.

 

(*) note Bibliquest : a) J.N. Darby traduit « par le lien de la paix », mais il met en note la traduction alternative « dans le lien de la paix ». Nous avons partout laissé la traduction choisie par W. Kelly sur ce point. b) En ce qui concerne « vous appliquant à garder », WK traduit plusieurs fois « étant diligent pour » au lieu de « vous appliquant à », — et « maintenir » au lieu de « garder ». Ces variantes n’ont guère été retenues, car elles n’ont pas paru significatives.

 

1.4   Ch. 4:3-4 — La première unité

1.4.1        Ch. 4:3a — Garder l’unité de l’Esprit

« Vous appliquant à garder l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix ». Combien l’Écriture est parfaite ! Elle ne dit pas : « l’unité du corps », bien qu’elle y soit inclue. S’il avait été dit : « l’unité du corps », les hommes auraient pu construire (comme ils l’ont fait en réalité) une institution extérieure, et faire que ne pas s’en séparer soit une question de vie ou de mort. Or ce que le Saint Esprit demande à ceux qui appartiennent à Christ, c’est de s’appliquer (avec tout le sérieux nécessaire), non pas à faire, mais « à garder l’unité de l’Esprit ». Il s’agit de quelque chose déjà formé par l’Esprit, que nous avons à maintenir, et à nous y conformer. Ce n’est pas simplement qu’il faille avoir des sentiments d’amour envers les autres chrétiens. On peut trouver cela dans mille associations ou corps les plus divers, mais même en faisant très attention à cela, ce ne serait pas garder « l’unité de l’Esprit ». Qu’est-ce que cela veut donc dire ? L’unité du Saint Esprit, qui est déjà formée, embrasse tous les membres de Christ. Où va-t-on trouver les membres de Christ ? En un sens partout, Dieu merci ; dans un autre sens, hélas ! n’importe où. Partout où Christ est prêché et où des âmes L’ont reçu, là il y a Ses membres. Qu’avons-nous alors à faire ? À nous appliquer à maintenir l’unité qui embrasse tous ceux qui appartiennent à Christ — « dans le lien de la paix ». La paix dont il est parlé ici n’est pas tant celle de nos âmes avec Dieu, mais plutôt la jouissance et la contribution à l’avancement de l’union pratique parmi les saints de Dieu. La chair est inquiète et remuante ; un esprit paisible est le fruit du Saint Esprit, et contribue puissamment à lier les cœurs ensemble dans la pratique. L’Esprit de Dieu ne s’occupe pas simplement de donner des opinions justes sur tel ou tel point : Il a des desseins plus profonds. Il incline les âmes vers Christ, et Il L’exalte à leurs yeux. Mais c’est assurément précieux d’amener ne serait-ce qu’une seule âme des ténèbres à la lumière (Actes 26:18), ou de la pénombre à la pleine clarté : c’est à cela que Dieu Lui-même travaille maintenant. Nous ferons bien de tenir ferme notre liberté pour Christ, et de ne pas permettre les barrières introduites par les hommes, mais de les traiter comme nulles et non avenues.

Mais alors, dit-on souvent, tout homme a droit à son jugement particulier. Je le nie totalement. Personne n’a droit à une opinion dans les choses divines ; Dieu seul, et de manière absolue, a le droit de communiquer Ses pensées. Ce qu’on a à faire, c’est de cesser de se mettre en travers, pour que la lumière de Dieu puisse illuminer le cœur de Ses enfants. Les hommes, avec l’importance qu’ils se donnent, se font recouvrir de leur ombre obscure, eux-mêmes et les uns les autres ; ils empêchent ainsi la communication de la vérité divine, au lieu de l’aider. À l’inverse, quand un serviteur de Christ a le désir que Dieu conduise et fortifie Ses enfants, est-ce en vain ? Jamais. Dès l’instant où vous commencez à rassembler des gens autour d’une personne, d’un point de vue ou d’un système particuliers, vous ne faites que former une secte. Car c’est un parti, même si l’on englobe beaucoup de membres de Christ ; en effet ce qui forme la base de l’union n’est pas Christ, mais des points de différence, qui deviennent un signe d’identification spécial et un moyen de séparer les enfants de Dieu les uns des autres. L’Église apostolique n’a jamais récusé la foi d’un nouveau converti par rapport à un système national ou une dissidence — elle n’a jamais demandé : Croyez-vous à l’épiscopat, au volontarisme (*), ou même à l’Église de Dieu ? La vraie question — celle qui glorifie Dieu, a toujours été et demeure : Croyez-vous au Christ de Dieu ? Il est vrai que dans les temps primitifs, si quelqu’un confessait Christ, il était rejeté des Juifs et des Gentils, et devenait un objet d’inimitié pour tout le monde ; ceci contribuait beaucoup à dissuader les gens de confesser Christ, à moins de croire réellement en Lui. Si quelqu’un avait reçu le Saint Esprit sur le principe de l’ouïe de la foi (Gal. 3:2), il était immédiatement membre du seul corps, et reconnu comme tel.

 

(*) note Bibliquest : ce mot désigne ici le principe de rassemblement des dissidents — ceux qui refusaient l’Église nationale — ce principe étant la séparation de l’Église et de l’État et le soutien de l’Église par des contributions volontaires.

 

Pourquoi cela ne ferait-il pas autorité maintenant ? La sagesse de Dieu ne me suffit-elle pas ? Voudrais-je un supplément à la Parole de Dieu, ou agir sans elle ou contre elle ? Il n’y a pas secte, si vous agissez selon les pensées de Dieu ; mais il y a secte si vous vous en écartez. La question est donc : Quelle est l’intention de Dieu au sujet de Son Église ? Comment veut-Il que nous nous réunissions ! Est-ce que je veux recevoir tous les vrais chrétiens — ceux que tous croient être convertis ? Sans doute il y a la nécessité de les mettre dehors, s’ils montrent qu’ils ne le sont pas ; car il ne peut exister de cas de mal en dehors de ceux auxquels la Parole de Dieu s’applique, en sorte qu’il n’y a pas le moindre besoin d’une quelconque règle ou règlement des hommes. À moins d’être spirituels, les hommes ne gardent pas longtemps l’unité de l’Esprit ; ils trouvent bientôt d’abondantes raisons pour censurer. Mais ceux qui tiennent solidement et fermement à Christ, en tant que centre de l’unité de l’Esprit, ne sont pas une secte, et ne peuvent jamais en devenir une, quels que soient les schismes, divisions ou hérésies de leurs adversaires. C’est très douloureux que des âmes s’en aillent dans un chemin qui les condamne elles-mêmes, mais c’est d’autant plus béni pour ceux qui, malgré tout, ont la foi, la patience et la grâce pour rester. L’apôtre dit, en écrivant aux Corinthiens : « Il faut aussi qu’il y ait des sectes parmi vous, afin que ceux qui sont approuvés soient manifestes parmi vous » (1 Cor. 11:19). C’étaient dans ce temps là, les hommes qui demeuraient attachés au Seigneur de tout leur cœur. Que cela puisse être aussi vrai de nous maintenant ! Je nie que la Parole de Dieu ne s’applique plus, ou que je sois en quelque manière obligé de pécher maintenant plus qu’alors. L’unité de l’Esprit que les Éphésiens devaient garder, c’est l’unité que Dieu met sur tous Ses enfants. Si la Parole a régénéré mon âme par le moyen du Saint Esprit ; si par elle je connais mon Sauveur et mon Père ; si je suis redevable à cette Parole d’avoir en elle le moyen que Dieu emploie pour purifier mon âme jour après jour, — puis-je dire que, dans l’assemblée de Dieu, où Dieu habite par l’Esprit, il n’est pas nécessaire que je me conforme à cette Parole en tant que membre du corps de Christ ? Si mon âme reconnaît l’autorité divine de cette Parole, je suis assuré de mon malheur si je ne cherche pas à la suivre en tout. Dieu nous appelle à nous appliquer à garder « l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix ». Ce n’est pas l’unité de nos esprits, mais l’unité de L’Esprit.

Quand nous pensons que cette unité est formée par le Saint Esprit, n’est-ce pas une pensée solennelle ? Ne devrions-nous pas être en garde contre tout ce qui L’attristerait ? Notre Seigneur attachait une importance spéciale à ce qui touchait au Saint Esprit ; c’est ce que nous ferons, si nous sommes sages. Si le Saint Esprit est ici dans ce but sur la terre, Il devient un test divin pour les âmes, qui détermine si elles sont prêtes à L’honorer ou non. Mais certains vont vous dire : Si vous recevez tous les chrétiens, sans exiger d’eux de gage pour l’avenir, vous allez tacitement ou même ouvertement, accepter des Sociniens, ou des Ariens. Or je ne reconnais pas du tout ces gens comme des chrétiens ; et vous ? Quel est le fondement de l’Église ? « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » (Matt. 16:15) disait notre Seigneur dans le chapitre même où pour la première fois Il annonçait qu’Il allait bâtir son Église. « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », dit un des disciples. Que lui répond notre Seigneur ? « Tu es Pierre, et sur ce roc je bâtirai mon assemblée ». C’est pourquoi, on doit être tout à fait fermes et stricts quand on s’occupe des âmes, pour s’assurer qu’en action et en vérité (1 Jean 3:18) elles croient et confessent la gloire divine du Seigneur Jésus Christ. Si l’âme fait le moindre compromis sur ce sujet, il y a lieu d’être dans le doute à son égard. Vous n’avez aucune base pour recevoir comme chrétien quelqu’un qui touche à la pureté, à la gloire, ou à l’intégrité de la personne de Christ. L’Église est fondée sur Christ, le Fils de Dieu : si ce roc est ébranlé, tout s’en va. « Si les fondements sont détruits, que fera le juste ? » (Ps. 11:3). Toucher à Christ, c’est toucher à la base même sur laquelle l’Église de Dieu repose.

Par contre, quand une âme confesse Christ en réalité et en vérité, qu’elle Le confesse d’une manière qui se recommande à votre conscience comme étant une manière divine, recevez-la ; car Dieu l’a reçue. Ce peut être un Baptiste ou un Pédobaptiste : n’importe, recevez-la. Si cette personne vit dans le péché, ai-je besoin de dire que Christ et l’ivrognerie, etc., ne peuvent aller ensemble ? La foi au Fils de Dieu est incompatible avec une marche dans les ténèbres. Peu importe la manière dont une personne parle de Christ ; si sa confession se joint à l’indifférence pour la gloire morale de Dieu, elle prouve par là qu’elle n’est pas née de Dieu. Simon le magicien pensait que le don de Dieu pouvait s’acheter avec de l’argent. Certains diront qu’il a fait une erreur. Oui, mais cette erreur était vitale, et prouvait qu’il ne pouvait avoir la vie de Dieu ; c’est pourquoi, bien qu’il fût baptisé, il ne fut pas reçu comme membre du corps de Christ. Nous n’avons aucune raison de penser qu’il ait jamais pris part à la fraction du pain. Au vu de ce qui s’était passé, le baptême n’était pas une raison pour que l’assemblée reçût celui qu’ils ne croyaient pas être un saint.

Ceci montre dans une mesure, le caractère et les limites de l’unité de l’Esprit. Car, si le Saint Esprit appelle les âmes et leur donne la force de confesser Christ, Il ne les laisse jamais marcher dans le bourbier de leur propre méchanceté. Si un croyant tombe dans un péché ayant certain caractère, il doit être mis dehors. Ce qui est purement personnel, doit être traité en privé ; il serait monstrueux de mettre tous les manquements au même niveau. Quand on défend l’honneur de Dieu, le premier sentiment de notre âme, un sentiment profond, devrait être de redresser la personne. L’Église est un témoin de la grâce divine, et elle doit chercher la bénédiction des inconvertis, et la restauration des chrétiens égarés. Nous efforçons-nous de garder l’unité de l’Esprit ? Comment se fait-il que les chrétiens sont constitués en associations diverses ? Si la Parole de Dieu est ce qu’ils cherchent à tout prix à pratiquer, quel besoin y a-t-il de règles humaines et d’inventions modernes ? Si Dieu donne une règle, je n’ai pas besoin d’en avoir une autre. Je désire avoir la Sienne, dans toute sa force, de manière à manifester la vérité à la conscience de l’homme, et à dire : C’est là la volonté de Dieu. Est-il bon ou sage de céder sur ce point ? Dieu a écrit une Parole qui a trait à tout ce qui est moral, en vue que Ses enfants marchent d’après elle : le faisons-nous ? Certains demanderont : êtes-vous donc parfaits ? Je réponds : Nous nous appliquons à tenir ferme et dans la paix l’unité de l’Esprit, nous cherchons honnêtement à être soumis à la volonté de Dieu : faites-vous de même ? C’est la question principale pour tout enfant de Dieu : Est-ce que je m’applique à garder l’unité de l’Esprit ? Et si je le fais, est-ce à la manière de Dieu, ou selon mes propres idées ? Ai-je renoncé à moi-même pour faire Sa volonté ? Notre affaire c’est de Lui être soumis. Nous avons reçu des ordres, et notre responsabilité est de les exécuter, dans la soumission à Celui à qui nous appartenons et que nous sommes tenus de servir.

 

1.4.2        Ch. 4:3b — dans le lien de la paix

Mais encore, cette unité doit être gardée dans le lien de la paix. Dieu forme maintenant son Église de tous ceux qui Lui appartiennent. Il ne s’agit pas de personnes chrétiennes ayant des vues spéciales sur ceci ou cela, mais c’est l’Esprit tenant à Sa propre unité, et à ce que Christ est pour ces personnes, non pas aux points sur lesquels elles diffèrent les unes des autres. Si je désire garder l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix, il faut que mon âme soit bien établie sur le point suivant : le Saint Esprit est occupé à glorifier Christ, et Christ seulement. La meilleure façon de plaire au Père est d’exalter le Fils, et la pire atteinte contre le Père est de faire peu cas de Son Fils. Tout est assuré quand on maintient ce qui en est de Christ. Cela ramène la question à quelque chose de tout simple. Est-ce notre affaire de forcer les gens à abandonner leurs vues pour adopter les nôtres, si correctes soient-elles ? La parole de Dieu fournit un terrain, dans le nom de Christ, sur lequel vous pouvez embrasser tous les saints, quels que soient leur faiblesse et leurs préjugés. Gardons-nous de mieux veiller à notre réputation et à nos aises qu’à Sa volonté. Ne soyons pas vaniteux à cause de notre petite connaissance, ou du stade pratique que nous avons atteint. Regardons en haut, vers le Seigneur, afin d’avoir la foi et la patience pour reconnaître tout vrai membre de Christ, et tout vrai serviteur de Christ, où qu’il se trouve. Demeurons attachés à l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix, et appliquons-nous à la garder, quelles que soient les difficultés, et certes, elles sont grandes. La foi ne voit pas plusieurs corps et un seul Esprit — elle ne connaît qu’un seul corps. Supportons ceux qui ne voient qu’obscurément dans ce domaine, ou qui voient double, mais soyons inflexibles pour tenir ferme le nom de Christ, et quant à nous-mêmes, veillons à ne rien accréditer de contraire à ce nom.

 

1.4.3        Ch. 4:4 — un seul Esprit

« Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés pour une seule espérance de votre appel ». C’est là notre bénédiction en Christ la plus essentielle et vitale, « car nous sommes membres de son corps, de sa chair, et de ses os » (5:30). Il est ajouté immédiatement : « un seul Esprit », parce que c’est le Saint Esprit qui rend cela effectif ; et ce que nous sommes maintenant, par la puissance du Saint Esprit, nous espérons en jouir bientôt avec Christ. Nous l’aurons pleinement et parfaitement dans la présence de Dieu au ciel. C’est là la première unité.

 

1.5   Ch. 4:4-5 — Seconde unité au v. 5

Il y a une différence entre cela et les versets suivants. Le verset 4 présente un caractère d’unité, le verset 5 en présente un autre, et le verset 6 un troisième. Ce sont des unités concentriques qui vont respectivement en s’élargissant. « Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi avez vous été appelés pour une seule espérance de votre appel » (4:4). Nul n’entre là, s’il n’est né et baptisé du Saint Esprit. Ce seul corps est sur terre, sans aucun doute, mais c’est une chose réelle maintenant, et qui est de Dieu, quelle que soit la gloire qui lui appartiendra en propre, plus tard. Mais au verset 5, on a une unité plus extérieure, un domaine de profession [de christianisme] — plus vaste que celui de la puissance spirituelle réelle. Ici, c’est le « Seigneur » qui est mis en avant ; or il y en aura beaucoup qui diront en ce jour-là : « Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en ton nom ? » (Matt. 7:22).

Il nous est ensuite parlé d’« une seule foi », ce qui signifie la foi chrétienne. Si je parle de la foi au sens du moyen par lequel nous saisissons Christ et nous sommes sauvés dans la grâce de Dieu, elle n’est jamais appelée une seule foi. La phrase se rapporte à la foi commune que tous les chrétiens professent, par opposition à la religion ou loi des Juifs, et à l’idolâtrie des Gentils. Selon ce verset, « un seul Seigneur, une seule foi » est suivi par « un seul baptême », car quiconque faisait profession de croire en Christ était baptisé d’eau. Simon le magicien avait reçu Christ de nom, et fut baptisé, quoiqu’il fût bientôt démontré n’être pas chrétien. Ainsi, le verset 5 nous donne, non pas l’unité qui est réelle, sainte et durable, mais celle de la profession du christianisme.

 

1.6   Ch. 4:6 — Troisième unité

En dernier lieu, nous avons : « Un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tout, et qui est partout et en vous tous » (4:6).

Il est évident que nous sommes là devant une étendue encore plus vaste. Une immense partie du genre humain ne fait pas du tout profession de christianisme. La masse des hommes a continué à vivre avec ses idoles, malgré la loi et l’évangile. N’y a-t-il là rien à revendiquer ? Nous reconnaissons « un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tout, et qui est partout et en vous tous ». Autrement dit, c’est un Dieu personnel, non pas du tout l’idée que tout est Dieu, ce qui est l’incrédulité dans sa pire forme, le Panthéisme.

Nous reconnaissons « un seul Dieu », non pas une pluralité de divinités, comme les Gentils, mais « un seul Dieu et Père de tous ». Le Juif ne croyait pas que Dieu était le Père de tous, ni même, à proprement parler, un Père pour la nation élue, mais Il était plutôt leur Gouverneur, l’Éternel. La révélation chrétienne fait connaître Dieu sous un caractère infiniment plus vaste, en même temps que plus intime pour nous — plus vaste en ce qu’il embrasse tout l’ensemble des créatures — « un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tout, et partout » (Sa suprématie et Sa providence, mais il y a plus que cela) ; « et en vous tous ». Il y a Sa relation intime avec quelques-uns, non pas avec tous. Car il n’est pas dit « en tous », mais « en vous tous ». Le Saint Esprit parle ici de la relation particulière du Père avec les chrétiens. Il n’y a donc rien de plus complet, de plus beau, de plus ordonné que ces déploiements de l’unité en Christ notre Seigneur, et autour de Lui.

 

1.7   Ch. 4:7

Nous avons ainsi terminé les déclarations de l’apôtre sur l’unité de l’Esprit, la position commune qui concerne tous les enfants de Dieu qui ont appelés par Sa grâce par le Saint Esprit envoyé du ciel. Nous arrivons maintenant aux manières particulières par lesquelles le Seigneur appelle les divers membres de Son corps à Le servir — non pas tant la position commune que doivent avoir tous ceux qui Lui appartiennent, mais les privilèges particuliers et les responsabilités de chacun des membres de Christ individuellement. C’est ainsi que le v. 7 commence : « Mais à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ ». C’est la base. Christ, selon Son bon plaisir, comme Tête et Seigneur, donne certains dons. Il est important de remarquer que c’est sous ce point de vue que l’Esprit Saint présente le ministère dans les Éphésiens. Inutile de dire que personne n’est mis aussi manifestement en évidence que Christ. Dans les Corinthiens, au contraire, c’est l’Esprit Saint qui plus en vue que Christ. Ces deux aspects sont nécessaires à la gloire de Dieu, et également parfaits à leur place ; mais il y a une distinction à faire. Dans chaque épître, la sagesse de Dieu s’adapte à l’objet spécial que Dieu Lui-même a en vue.

 

1.7.1        Christ le Donateur

Pour une âme spirituelle, il n’est pas possible de regarder l’Épître aux Éphésiens sans apercevoir que la grande vérité qu’elle présente est la plénitude de bénédiction qui appartient à l’Église en vertu de son union avec Christ. Cela met Christ en relief de manière correspondante. D’un autre côté, nous ne pouvons pas étudier l’épître aux Corinthiens, spécialement la partie traitant des manifestations spirituelles, sans voir qu’il ne s’agit pas tant de Christ exalté à la droite de Dieu, mais plutôt de l’Esprit Saint envoyé ici-bas. La conséquence en est que, dans les Corinthiens, nous avons plutôt l’assemblée sur la terre et la personne divine se plaisant à y habiter et y opérer. C’est pourquoi c’est l’Esprit Saint qui y est en vue ; tandis que dans les Éphésiens, c’est Christ comme la Tête (ou chef) de l’Église, qui est vu comme le donateur de ces dons. En fait l’Esprit Saint n’est présenté nulle part dans l’Écriture comme étant proprement le donateur ; et je doute beaucoup, avec un autre frère, que l’expression « les dons de l’Esprit » soit correcte. Vous pourrez trouver dans Héb. 2:4 un texte qui semble l’impliquer, mais l’expression exacte est les « distributions de l’Esprit Saint ». Partout où il est parlé précisément et simplement de donner, c’est Christ qui est vu comme le donateur. C’est ainsi que, quant à ce qui est à la source de tout, le Seigneur Lui-même dit : « l’eau que je lui donnerai sera en lui une fontaine d’eau », etc. L’eau ici représente l’Esprit Saint. L’Esprit est donc envisagé dans ce passage comme le don, et Christ comme le donateur. Et comme ceci est vrai en rapport avec cette grande vérité fondamentale, savoir la présence de l’Esprit Saint Lui-même, c’est aussi vrai de tous les détails. Christ, la Tête de l’Église, agit dans les membres individuellement selon Ses propres affections en grâce ; c’est là le côté béni de la vérité présenté ici. « À chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ ». L’apôtre parle de don pour le ministère ; mais c’est appelé ici une grâce, parce que ce que ce n’est pas tant envisagé comme une position d’autorité (même si certains de ces dons l’impliquent), que comme provenant de Celui qui aime Son Église et a soin de chacun de ses membres ; or Il ne peut manquer de fournir tout ce qui est convenable, et digne de Lui-même et de Son amour. « À chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ ».

 

1.7.2        Différence de présentations des dons entre Corinthiens et Éphésiens

Ceci conduit à une autre remarque d’ordre général. L’épître aux Corinthiens donne un champ plus vaste d’activité où l’Esprit Saint opère ; on y a des miracles, des langues, des guérisons, — les manières remarquables par lesquelles l’Esprit Saint agit en puissance extérieure. Tout cela est omis dans les Éphésiens. À quel principe faut-il l’attribuer ? Car Dieu ne fait rien arbitrairement, mais toujours avec un amour et une sagesse dignes de Lui, et assurément en vue de notre profit. Ce qu’Il n’a pas révélé, il ne nous convient pas de le sonder ; mais ce qu’Il a fait connaître dans Sa Parole, nous sommes non seulement libres, mais tenus de chercher à l’apprendre simplement et avec reconnaissance. Pourquoi donc les opérations plus éternelles de l’Esprit sont-elles dans les Corinthiens ? Pourquoi, en écrivant aux Éphésiens, les manifestations extérieures sont-elles omises, et on n’y trouve que celles concernant la croissance de l’âme, le fondement de l’Église et son fonctionnement, le maintien de la sainteté, de la croissance et de la communion, et de l’ordre divin parmi les enfants de Dieu ? Les déclarations du ch. 4 ne s’appliquent en effet qu’à cela. Je crois que la clef se trouve dans ce que nous avons déjà indiqué. Dans les Corinthiens, la pensée dominante, c’est l’Esprit Saint présent dans l’Église, et tout ce qu’Il fait est mis devant nous. Comme l’Esprit Saint peut opérer d’une manière extraordinaire, et qu’Il est la puissance de ce qui est visiblement surnaturel tout comme de ce qui répond aux besoins de l’âme, — il en résulte que tout nous y est présenté. Mais dans les Éphésiens, où Christ est vu dans une relation directe avec Son Église, et où il s’agit de Son amour, et du soin pour les membres de Son corps découlant de cet amour, — il est clair que ce qui se borne à s’occuper du monde et à être un témoignage aux non-croyants, est non pas nécessaire, mais superflu : seul ce qui a trait aux membres de Christ est là à sa place au bon moment. Oh ! si seulement nous avions plus de patience et de confiance en Dieu et en Sa parole ! Nous trouverions en son temps la réponse à toutes les difficultés. Dieu reconnaît la confiance que le cœur met en Lui. En examinant une portion particulière d’un livre à la lumière de l’ensemble où elle se trouve, combien il nous arrive souvent de discerner la vrai clef de sa signification.

 

1.7.3        Ne pas en rester aux vues traditionnelles sur le ministère et les dons

Avant de considérer les dons eux-mêmes, je désire d’abord attirer l’attention sur ce qui est d’une importance et d’un intérêt encore plus profonds, la base dont dépend l’attribution de ces dons par Christ. Nous avons tous souffert immensément des vues purement traditionnelles sur le ministère : il y est vu en général comme une profession honorable parmi les hommes, ou comme une position à laquelle se rattache un certain rang social. Cela fausse entièrement la nature du ministère, et il en résulte que la pleine bénédiction et le sens de la Parole sont perdus pour l’âme. Qu’on me comprenne bien. Je ne nie pas que Dieu agisse là où il y a beaucoup de choses anti-scripturaires. Il a toujours raison, et les défaillances de l’Église ou de nous-mêmes comme individus, ne peuvent pas porter atteinte à la bonté souveraine de Celui qui veille constamment sur chacun des membres de Christ, et sur l’ensemble, en vue de les bénir. Mais Il permet que des manquements se manifestent, et que nous en souffrions les conséquences afin de nous humilier et de nous faire sentir que tout le bien vient de Lui, et que tout le mal est de notre côté. Tout au long de l’histoire de la chrétienté, ces deux choses apparaissent : l’homme qui corrompt sa voie sur la terre, et Dieu qui se manifeste au-dessus du mal que Sa lumière juge. Cela est vrai à propos du ministère comme de toute le reste.

 

1.7.4        Différences entre le ministère et la sacrificature

Si nous nous tournons vers l’Écriture pour voir la base sur laquelle repose le ministère, nous découvrons qu’il n’y a rien de plus glorieux ; — mais aussi, hélas ! rien de plus contraire à la forme ordinaire du ministère parmi les hommes. Car sa base n’est rien moins que la rédemption que Christ a accomplie par Son sang, et Son ascension au ciel. Le ministère chrétien découle de Christ à la droite de Dieu ; il n’existait pas auparavant. Je ne nie pas que Dieu avait Ses manières d’agir en Israël, mais ce qu’Il faisait relevait plus du caractère de sacrificature, qui diffère totalement du caractère du ministère.

La sacrificature terrestre était une caste d’hommes agissant en rapport avec Dieu de la part de ceux pour lesquels ils étaient sacrificateurs : autrement dit, ils étaient chargés des affaires spirituelles de gens qui, pour une raison ou une autre, étaient incapables de les traiter en direct avec Dieu, et dépendaient par voie de conséquence de ces médiateurs entre Dieu et eux. Le sacrificateur allait là où le peuple ne pouvait pas aller ; il entrait dans le lieu saint, il présentait le sang, il faisait fumer l’encens ; en bref, il avait à faire à Dieu pour tous les besoins spirituels de ceux qu’il représentait.

Le ministère part d’une base tout à fait différente : il agit par le moyen de l’homme, de la part de Dieu envers des hommes, et non pas de la part de l’homme envers Dieu. Le contraste est donc complet entre la sacrificature et le ministère. Si le serviteur de Dieu est vraiment quelqu’un suscité par Dieu, ayant un message de Sa part et une œuvre à faire pour Lui, ce message et cette œuvre émanent de l’autorité de Dieu pour la bénédiction des hommes.

Prenons le cas d’un évangéliste. C’est quelqu’un qui a été lui-même enseigné de Dieu pour les besoins de sa propre âme, qui non seulement connaît le chemin du salut, mais a une puissance qu’il n’avait pas auparavant et donnée par Christ pour agir sur les âmes des autres. Tout chrétien devrait être capable de confesser la vérité, de confesser Christ ; mais cela ne suffit pas pour en faire un évangéliste ; car il s’agit de proclamer l’évangile de manière à agir puissamment sur les âmes, spécialement sur celle des inconvertis, pour réveiller, éclairer, et établir dans la grâce de Dieu. L’action spirituelle est par l’Esprit Saint ; mais elle vient de Dieu et de Son Fils bien-aimé, Christ notre Seigneur, et elle s’adresse à l’homme. Ainsi le don, sous la main du Seigneur, est exercé dans l’amour des âmes pour chercher leur bien, et il implique une puissance venant d’en haut pour agir sur elles, ou plutôt il est cette puissance.

Prenons maintenant le don d’enseigner. C’est une autre forme de la puissance de Dieu. Beaucoup comprennent la vérité et en jouissent dans leur âme, sans pour autant être en mesure d’aider les autres : ils sont incapables de présenter la vérité devant les croyants de manière suffisamment convaincante, ou d’agir suffisamment sur les affections, pour faire pénétrer la vérité avec énergie dans l’âme. Lorsque cela se trouve, c’est qu’il y a le don d’enseigner. J’y fait référence seulement pour souligner le contraste entre la nature de la sacrificature et celle du ministère, et pour montrer que la confusion des deux est une conséquence lamentable de l’état de l’Église. Quand les gens vont écouter un sermon, ils disent qu’ils vont au culte. Les gens sont tellement habitués à confondre l’enseignement et le culte, qu’ils ont l’habitude d’admettre que l’un implique l’autre.

J’admets l’existence d’une sacrificature chrétienne, mais le ministère est quelque chose de tout autre. Tous les chrétiens, sans exception — hommes, femmes et enfants — sont sacrificateurs ; car le sacrificateur est quelqu’un qui a un appel et une qualification émanant de Dieu, et qui lui ouvrent l’accès à la présence de Dieu. La sacrificature, en un mot, donne à l’âme le droit de s’approcher de Dieu. C’est toujours ce qui la distingue. D’un autre côté, le ministère de la parole est un service varié ; mais c’est seulement par des membres particuliers de Son corps que Christ agit ainsi pour le bien de tous. La sacrificature est universelle, et nul ne peut être chrétien sans être sacrificateur, tandis que seuls quelques-uns parmi l’ensemble sont ce que l’Écriture appelle des ministres de la parole, ou des serviteurs publics de Christ. Je ne parle pas ici du sens vague selon lequel tous doivent servir Christ tous les jours de leur vie ; mais la question ici est celle du ministère de la parole proprement dit. Il est clair que tous n’ont pas la puissance de prêcher la parole de Dieu de manière profitable aux âmes. La grande masse des enfants de Dieu a besoin qu’on lui montre le chemin tracé par Dieu, et qu’on en enlève les difficultés. Exercer correctement ces fonctions, dépend du ministère, ou plutôt le constitue, sous une forme ou sous une autre.

 

1.7.5        Le ministère et ses rapports avec le culte

Le ministère donc, comme déjà vu, s’adresse à l’homme de la part de Dieu, tandis que la sacrificature s’adresse à Dieu de la part de l’homme. Quand nous sommes réunis pour rendre culte à Dieu, il s’agit de l’exercice de la sacrificature, non pas du ministère. L’un ou l’autre de ceux qui prennent part au culte peuvent être ministres, mais à ce moment-là ils n’exercent pas leur ministère, ils rendent culte. Le culte est l’exercice de la sacrificature chrétienne, l’offrande de louange et d’actions de grâces. Il s’adresse à Dieu de la part de l’homme — c’est la direction de la sacrificature. Quand donc la louange et l’action de grâces s’épanchent, vous avez le caractère le plus élevé de la sacrificature. L’intercession et la prière en sont une forme inférieure, même si l’intercession est vraiment bénie, parce qu’elle se charge des besoins d’autrui. Au sens strict, le culte consiste plutôt en louanges et actions de grâces. C’est pour cela que la Cène du Seigneur, l’Eucharistie, forme une partie si centrale du culte chrétien. C’est elle qui appelle nos âmes avec tant de puissance et de joie solennelle à se souvenir de Jésus, et à rendre grâces à Dieu. De là vient aussi, bien sûr, que la participation au pain et au vin n’a pas en soi un caractère de culte, mais elle est néanmoins ce qui agit sur l’âme et attire le cœur, par l’Esprit Saint, dans le culte rendu à Dieu. Là où la Cène du Seigneur est vue comme un moyen de grâce, les personnes y ont recours pour leur consolation, ou du moins dans l’espoir d’en trouver. Elle n’est jamais présentée ainsi dans la parole de Dieu. Au contraire, elle montre que si les communiants n’entrent pas dans la pensée de Dieu quant à la Cène (c’est-à-dire qu’ils ne distinguent pas le corps du Seigneur), elle devient un instrument de jugement contre eux. « Celui qui mange et qui boit indignement, mange et boit un jugement contre lui-même, ne distinguant pas le corps du Seigneur » (1 Cor. 11:29). Il ne s’agit pas là de faux chrétiens, mais de chrétiens bien réels, qui prennent la Cène du Seigneur avec légèreté et sans jugement de soi-même. Quand donc une âme marche dans un péché connu, et vient à la table du Seigneur, il en résulte que la main du Seigneur s’étend d’une manière ou d’une autre, et il est impossible d’échapper quand on badine ainsi avec Dieu. Et si quelqu’un se met lui-même dehors pour éviter ce résultat, il proclame son propre péché, et s’excommunie lui-même pratiquement. Ainsi l’âme n’a rien d’autre à faire que d’aller tout droit à Dieu, et de regarder à Lui pour avoir la grâce d’être vigilante contre le péché, contre ses moindres résurgences, et de s’appuyer, dans le jugement de soi-même, sur le Seigneur qui seul peut nous fortifier pour marcher d’une manière digne de Lui. À une telle âme s’adresse cette parole : « et qu’ainsi il mange » (1 Cor. 11:28). Ce n’est pas : Qu’il s’abstienne ; mais : qu’il se juge soi-même et qu’il vienne.

Ces deux choses, le culte et le ministère, ne devraient donc jamais être confondues. Quelques paroles peuvent être prononcées à la table du Seigneur, pour aider à la communion ; mais on ne peut guère appeler cela l’exercice ordinaire du ministère. Un discours régulier y serait, selon moi, bien contraire aux règles : il détournerait de l’objet principal que le Seigneur a en vue. On peut déployer les affections de Christ dans une mesure ; il peut y avoir plus encore dans certaines circonstances, comme un visiteur de passage pour un temps limité, à l’exemple de Paul qui prolongea son discours jusqu’à minuit. Il est clair que l’exercice formel du ministère trouve sa place, à proprement parler, ailleurs qu’à la table du Seigneur, car la Cène du Seigneur n’est pas liée au ministère, mais plutôt au souvenir du Seigneur rappelé par les membres de Christ, et à leur culte quand ils se réunissent pour Le louer. Il est bien approprié et opportun d’avoir quelques paroles pour réveiller les affections des âmes et les concentrer sur Christ dont nous nous souvenons, pour autant que cela soit donné du Seigneur. Mais il est important de voir la place, l’ordre et le but de ces deux choses d’après l’Écriture.

 

1.8   Ch. 4:8 — Fondement et origine du ministère

1.8.1        Expiation et glorification de christ

Dans le ministère, le Seigneur fournit les ressources spirituelles correspondant aux besoins de Son peuple. Sur quoi est-ce fondé ? Sur le fait que Christ est monté en haut comme la Tête, ayant préalablement ôté le péché et glorifié Dieu sur la terre ; de là où Il est assis présentement dans la gloire céleste, Il communique les dons nécessaires. À quel titre Christ a-t-Il pris cette place ? Il ne l’a prise pas en tant que Dieu, mais pas non plus simplement comme homme. Christ n’est pas non plus entré en la présence de Dieu, parce que Satan n’avait pas pu L’atteindre, lorsqu’Il était tenté de toutes manières. Il s’était passé une scène encore plus solennelle — cette heure capitale pour laquelle Il était venu,— quand Il a porté le péché — la croix où Il s’est laissé imputer toutes les fautes, mes péchés et vos péchés. Voilà ce qu’Il a fait. Christ n’a pris Sa place à la droite de Dieu que sur le fondement de ce qu’Il avait ôté le péché par le sacrifice de Lui-même. C’est sur cette base que le ministère est fondé. Le juste jugement de Dieu a été porté et satisfait ; le péché et Satan sont complètement vaincus pour nous par Christ. Le témoignage de la grâce divine, et même la plénitude de la grâce, peuvent être maintenant la portion du croyant sans empêchement. La victoire pour Dieu en faveur des pécheurs les plus coupables est acquise. Christ a pris Sa place au plus haut des cieux comme l’homme victorieux. C’est comme tel qu’Il a porté l’humanité jusqu’au trône de Dieu, et qu’Il est là, comme homme, assis bien au-dessus de tous les anges, des principautés, et des puissances. C’est de là qu’Il donne ces dons.

Ainsi donc, la véritable origine du ministère chrétien réside dans la pleine rémission des péchés de la part de Dieu et la glorification céleste de l’homme dans la personne de Christ. Ce sont les fruits et les témoins d’une victoire complète. Néanmoins tout cela n’est connu que de la foi, sauf dans la mesure où les miracles autrefois étaient un signe aux incrédules. Quelle en est la conséquence ? L’homme continue dans le péché. Satan rôde encore autour de nous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer (1 Pier. 5:8). Le jugement de Dieu est suspendu sur le monde. Quelle est donc la valeur de la mort de Christ et de Sa victoire ? Elle est immense, mais immense seulement pour ceux qui croient en Christ ; c’est pourquoi, au milieu de ce monde en ruine, tandis que le péché et Satan sont encore là, et que le jugement de Dieu est imminent, il y a ce lien merveilleux entre Celui qui est assis à la droite de Dieu et ceux qui étaient autrefois de pauvres pécheurs, perdus aux yeux de Dieu. Il envoie les dons ici-bas ; Il appelle celui-ci et celui-là, et en fait les témoins de Sa puissance, Lui qui a gagné tout cela et plus encore, et qui, en un mot, n’a rien laissé d’inachevé dans ce qui était nécessaire pour la gloire de Dieu et la bénédiction de l’homme. Le monde en entend le son (Jean 3:8), mais seulement pour méconnaître la bonne nouvelle, et même l’enfant de Dieu ne le voit qu’obscurément s’il raisonne à son sujet ; mais si je crois ce que Dieu me dit sur ce que Son Fils bien-aimé a fait, je dois savoir que sont ôtées toutes les choses qui s’interposaient entre mon âme et Dieu, et le savoir avec une certitude aussi simple que si elles n’avaient jamais existé du tout. Je devrais être aussi sûr que le péché a été effacé, que si je n’avais été coupable de rien — que Satan est aussi complètement jugé que s’il était déjà dans l’étang de feu — que le juste jugement de Dieu est complètement arrêté, et qu’il ne reste pour moi plus rien que Sa grâce. Cela est vrai pour tous Ses enfants. C’est la seule chose qui convienne au chrétien, parce que c’est ce dont Dieu l’assure. Dieu ne reconnaît pas les chrétiens qui sont dans le trouble et l’hésitation pour savoir si tout est achevé pour eux. Douter que tout ce dont Christ s’est chargé soit réglé en leur faveur, c’est nier pratiquement la rédemption ; mais si tout ceci est fait et accepté, que vouloir de plus ? Christ ne savait-Il pas mieux que moi-même ce qu’il fallait ? Dieu n’éprouvait-Il pas mieux que vous et moi ce qui était dû à Sa sainteté ? Et encore, c’est Christ qui était et est Dieu, qui a dit : « c’est accompli ». Qui suis-je ou que suis-je pour en douter ? C’est donc à Christ que je dois de rendre ce témoignage.

 

1.8.2        Les dons émanent de Christ, Tête du corps

Le ministère est fondé sur l’œuvre et l’exaltation de Christ. Sans doute les douze et les soixante-dix furent envoyés avant que Christ monte à la droite de Dieu, mais leur mission durant les jours de la chair de Christ ne relève pas d’Éph. 4. Bien sûr les apôtres sont mentionnés, mais non pas en vertu de leur appel pendant qu’Il était le Messie sur terre. Au contraire, « étant monté en haut, Il a emmené captive la captivité, et a donné des dons aux hommes » (4:8). Cela ne veut pas dire que ceux qui avaient été établis apôtres quand Christ était ici-bas, ne furent pas introduits dans cette nouvelle position, sauf Judas ; mais le fait d’être apôtres de l’Église est fondé sur le fait d’avoir ce don de Christ après qu’Il fut monté en haut. C’est pourquoi il est dit ici : « Et Lui, a donné les uns comme apôtres » (4:11). Pourquoi y en avait-il eu douze [avant l’ascension] ? C’était en rapport avec les douze tribus d’Israël ; c’est pourquoi, lorsque notre Seigneur les envoya, Il leur défendit d’entrer dans aucune ville des Gentils (Matt. 10:3). Mais les apôtres de l’Église, furent-ils envoyés seulement vers les Juifs ? Tout le monde sait bien que non. Après la crucifixion de Christ, les liens avec Israël furent rompus. Le Fils de l’homme, après avoir été rejeté et avoir souffert, est monté au ciel, et depuis Sa gloire céleste, Il a envoyé ici-bas l’Esprit Saint, et Il appelle des âmes hors du monde dans Sa grâce souveraine, et les constitue membres de Son corps, et les revêt de puissance pour Le servir en toute manière qui Lui semble bonne.

Il s’ensuit que ce qu’on appelle succession, est complètement éliminé. Dans la sacrificature juive il y avait un ordre de succession, et tout ministère terrestre se forme sur ce modèle. Mais le ministère chrétien ne provient pas d’une nomination humaine, mais divine au sens le plus complet du terme. C’est pourquoi toute la source des pensées de l’homme sur le sujet est manifestement et totalement erronée. Faut-il abandonner la parole de Dieu qui est claire, au profit des opinions fugaces des hommes ? S’il en est ainsi, je n’aurai jamais aucune certitude. Le dissident dira que l’église locale doit appeler un homme pour qu’il soit son ministre. Celui-ci peut avoir un don de ministère de la part de Christ, et en être un ; mais ce qui fait de cet homme leur ministre, c’est l’appel de la congrégation. Ainsi le fondement du choix réside dans l’église particulière de la personne à qui il plait de l’avoir comme ministre. Celui-ci est leur choix, et est donc leur ministre. Que se passe-t-il alors s’il n’y a rien de tout cela dans l’Écriture ? Que se passe-t-il si une telle idée est étrangère à la parole de Dieu ? Or on n’en trouve même pas trace dans l’Écriture. On trouve une nomination de personnes pour s’occuper de fonds d’argent et des pauvres, l’assemblée y donnant son accord. Personne ne devrait se charger d’un tel travail sans le vrai sentiment que toute l’assemblée chrétienne en est satisfaite. L’Église donne ce qu’elle peut, et c’est pourquoi Dieu lui donne le droit de désigner qui s’occupera de ce qu’elle leur confie, — c’est-à-dire qui administra les affaires extérieures de l’Église. Mais en matière de dons spirituels, d’enseignement, de prédication, d’exhortation, de gouvernement, l’Église peut-elle donner ? Évidemment non. La parole de Dieu ne contient nulle part la notion de choix ou de nomination par l’Église, sauf à l’égard de dons tels que l’Église puisse en donner. L’Église donne de l’argent, et peut nommer des personnes pour l’administrer. L’Église ne donne pas de dons de ministère, et n’a pas le droit de s’en mêler et elle n’est pas le lieu pour le faire. Qui a ce droit ? C’est Christ seul qui donne, comme nous lisons ici : « Selon la mesure du don de Christ » (4:7). « Étant monté en haut, Il… a donné des dons aux hommes… les uns comme apôtres, les autres comme prophètes » (4:8, 11). Cela exclut toute prétention à pouvoir nommer de la part de la vraie Église de Dieu. Si on examine l’histoire selon l’Écriture, on verra combien elle s’accorde avec ce principe et le confirme. Qui choisit Matthias, sinon le Seigneur (Actes 1) ? Qui nomma Pierre et les autres ? Qui s’est adressé à la multitude au jour de la Pentecôte ? Ce ne pouvait être l’Église, car l’Église ne fut formée que ce jour-là. Pierre a prêché, et l’Église fut assemblée par sa prédication. Ce fut le Seigneur qui amena ainsi ceux qui devaient être sauvés ; de sorte que le ministère précède l’Église, comme l’expiation et l’ascension de Christ précèdent le ministère. Le Seigneur appelle d’en haut des vases de Sa grâce, leur communique de la puissance, les mène en avant par la direction de son Esprit, agissant par toutes les circonstances et les contrôlant de manière que Ses serviteurs fassent Son œuvre — plus ou moins fidèlement. Le résultat en est que des âmes sont rassemblées et l’Église est formée. Ainsi le ministère de la Parole ne découle jamais de l’Église, mais de Christ, et c’est l’Église qui en est le résultat. Le ministère précède donc l’Église, au lieu d’être fondé sur son autorité. C’est ce qui met entièrement de côté non seulement le principe dissident de l’élection populaire, mais tout autre arrangement humain. Ce ne sont pas les apôtres qui ont donné les dons, mais Christ. A-t-Il cessé de les donner ? Est-Il encore à la droite de Dieu ? Y est-Il, je le demande, comme la Tête de l’Église ? Ne demeure-t-Il pas maintenant la Tête de l’Église, aussi parfaitement et efficacement qu’au jour de la Pentecôte ? Il était déjà là, à la droite de Dieu, en train d’amener l’Église à l’existence ; et Il y est encore maintenant pour perpétuer l’Église et fournir le nécessaire pour ses besoins. Il est donc tout autant impossible que le ministère manque, que Christ quitte la droite de Dieu avant que le corps soit complet. Il est là comme le donateur de tous les dons nécessaires ; et l’exercice de ces dons est ce que nous appelons ministère.

 

1.9   Ch. 4:8-9 — Satan vaincu

On trouve un peu plus loin une parenthèse magnifique de l’apôtre sur ce sujet. « C’est pourquoi il dit : Étant monté en haut, Il a emmené captive la captivité, et a donné des dons aux hommes » (4:8). Autrement dit, Il a emmené captifs ceux qui avaient emmené l’Église captive. Nous étions emmenés captifs par le diable, et en montant en haut, Christ a passé triomphalement au-dessus de la puissance de Satan. Les esprits déchus ont eu une défaite complète, et c’est Christ comme homme qui l’a fait. L’homme, dans la personne de Christ, a vaincu Satan, et nous pouvons regarder en haut comme ceux qui sont un avec Celui qui a opéré la défaite Satan. Nous ne devrions jamais traiter avec Satan comme s’il avait quelque pouvoir contre nous. Satan étant détecté, nous avons toujours le droit de lui commander de s’éloigner de nous. Nous pouvons et devons toujours lui résister : si nous le faisons, il nous est dit qu’il s’enfuira de nous (Jacq. 4:7), non pas parce que nous sommes forts, mais parce que Celui à qui nous appartenons s’est acquis pour Lui-même la victoire par la mort et nous l’a donnée. « Or qu’il soit monté, qu’est-ce, sinon qu’Il est aussi descendu dans les parties inférieures de la terre ? » (4:9). Cela suppose la gloire de Sa personne. Celui qui est monté est Celui qui est premièrement descendu.

 

1.10                      Ch. 4:9-10

C’est en effet un principe constant de Dieu ; Il est toujours le premier à descendre. Nous avons besoin d’être élevés, et il n’y a rien d’où nous puissions descendre. Christ, étant Dieu, était le seul homme qui avait une gloire qui Lui était propre, au-dessus de toute la création. Il est premièrement descendu dans les parties inférieures de la terre. Son humiliation même est la preuve de Sa dignité personnelle. C’est de sa suprématie naturelle, pour ainsi dire, qu’Il est d’abord descendu pour faire Son œuvre ici-bas. « Celui qui est descendu est le même que Celui qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin qu’Il remplit toutes choses » (4:10). Voilà un aperçu magnifique de notre Sauveur. En deux courts versets, l’Esprit Saint nous donne, l’immensité de la gloire et du triomphe de Celui qui a condescendu à devenir un homme et un serviteur. Celui qui est maintenant monté, est le même que Celui qui est d’abord descendu, et Il n’a voulu remonter dans la gloire qu’après avoir entièrement ôté ce qui nous aurait inévitablement tenus pour toujours éloignés de Lui. Il est descendu pour l’ôter, et n’a pas voulu remonter en haut avant d’avoir achever de le faire. Il nous a tant aimés, d’un amour selon les conseils glorieux de Dieu, que nos péchés, tout grossiers et funestes qu’ils étaient, n’ont fait que Lui donner l’occasion de montrer ce que Dieu est, et ce qu’Il est pour nous, dans sa propre Personne. Maintenant il s’agit de la justice de Dieu, non seulement envers Lui, mais envers nous, à cause de Lui. Quelle différence ! Il pouvait descendre en amour, mais en soi, ce fait ne nous aurait pas donné de place dans la présence de Dieu. Mais Il est monté en justice ; et c’est la raison pour laquelle notre Seigneur dit, que quand l’Esprit serait venu, Il convaincrait le monde de justice, « parce que je m’en vais à mon Père » (Jean 16:10). La pleine manifestation de la justice se trouve maintenant en Christ assis à la droite de Dieu. De la justice envers Lui dans ce monde, il n’y a en a eu nulle part, rien d’autre que des torts infâmes et l’indignité. Où me faut-il chercher cette justice ? À la droite de Dieu ; j’y vois Celui envers qui Dieu est redevable, — disons-le en toute révérence, — pour le déploiement et la défense de Sa gloire morale, et pour la seule expression adéquate de tout ce qui manifestait et maintenait Son caractère devant les hommes — tout cela dans l’homme Christ Jésus. Le caractère de Dieu n’avait jamais été complètement réhabilité depuis que le péché était entré dans le monde, jusqu’au moment où Christ est mort sur la croix. Quand Son sang a été versé pour la gloire de Dieu et la délivrance de l’homme, Dieu a été manifesté sous un nouveau jour devant ce monde. Dieu n’était plus regardé comme le maître dur de la représentation mensongère de Satan. Le voile a été déchiré. Il n’a plus été possible de cacher la vérité que toutes les preuves d’amour que la créature aurait jamais pu demander à Dieu, Dieu les a surpassées en son Fils, mort, ressuscité, et glorifié dans le ciel. Jusqu’à la mort de Christ, la justice de Dieu aurait dû détruire toute créature ayant sur elle ne serait-ce qu’un péché. C’est maintenant au contraire la justice de Dieu, de me justifier, moi croyant, même si j’ai été un vil pécheur. C’est pour cette raison que, quoique mes seuls péchés personnels, pesés sur une balance, auraient dû en faire plonger le plateau jusqu’en enfer, toutefois Christ et Son sang, mis dans l’autre plateau, pèsent beaucoup plus lourd, et m’élèvent jusqu’au ciel. Quelle en est la conséquence ? Mes péchés ont complètement disparu devant ce sang précieux, et le plateau de la balance divine où est Christ s’avère être le seul à conserver son poids devant Dieu. C’est de ceci que dépend la justice même de Dieu. Il n’est plus question de justice légale ; mais maintenant Dieu a Christ, et c’est ce dont Dieu est redevable à l’obéissance de Christ jusqu’à la mort, et à la mort même de la croix. C’est en vertu de cette obéissance jusqu’à la mort que Dieu justifie le coupable, ce qu’Il ne pourrait faire en aucune manière s’il agissait à son égard selon la loi. « De tout ce dont vous n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse, quiconque croit, est justifié par Lui » (Actes 13:39). Ce qui était connu de Dieu dans la création ne renfermait aucun remède pour le péché ; ce qui était connu de Lui sous la loi, n’aurait fait qu’anéantir le plus faible espoir du pécheur. Tandis que maintenant, au contraire, plus je vois ce que Dieu est dans la croix de Christ, plus j’ai de confiance et de paix. « C’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et Celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jean 15:3).

Nous voyons donc dans ces versets la source céleste du ministère. Ce n’est pas une position qui, dans la pensée de Dieu, donne de l’importance dans le monde : Nous savons tous que l’ouvrier est digne de son salaire ; or ne voyez-vous pas que l’apôtre Paul ne voulait point user du droit que l’évangile lui donnait à être soutenu dans ses besoins (1 Cor. 9:12, 15) ? Il ne voulait pas voir anéantir ce qu’il appelle son assurance avec laquelle il s’était glorifié (2 Cor. 9:4) ; car quoiqu’il eût de la puissance, il préférait travailler de ses propres mains, plutôt que d’être à charge à quelqu’un. C’est là la merveilleuse liberté de la grâce : sous la grâce il n’y a rien que nous ne puissions faire, sauf le péché. Mais quoique toutes choses soient permises, elles ne sont pas toutes avantageuses (1 Cor. 6:12 ; 10:23), et ce fut certainement selon la sagesse de Dieu que le grand apôtre fît ce que bien des serviteurs de Christ auraient honte de faire. Quel terrible déclin tant par rapport à l’esprit du christianisme, que vis-à-vis de la lettre ! Quel changement complet par rapport au caractère de l’évangile, que les hommes — protestants ou catholiques, nationaux ou dissidents, presbytériens ou méthodistes — considèrent tous pareillement comme une tache, ou un motif de censure, ce qui faisait la gloire de l’apôtre ! Sa conduite impliquait un principe important. Il reçut un don des Philippiens ; des secours lui furent envoyés en prison et en dehors de la prison. Il recherchait du fruit qui abonde pour le compte des saints (Phil. 4:17). Si l’apôtre n’avait rien reçu d’eux en aucune occasion, c’eût été une perte pour leurs âmes. Le christianisme, ce n’est pas employer pour soi ce dont on est redevable à Dieu, ni ce que la grâce aime à faire pour tout un chacun. Mais l’apôtre n’agissait jamais de manière que l’on pût dire, soit qu’il se servait lui-même par le moyen de l’évangile, soit qu’il était indifférent à l’égard des saints. Dieu avait soin qu’il en fût ainsi dans le cas de Paul. Il y aurait eu le danger de mépriser les dons moindres. Or l’apôtre s’efforçait, dans un esprit de grâce, de maintenir les dons qui étaient moindres. Les dons plus importants avaient moins besoin de sa grande protection. Mais quand d’autres s’étaient voués au service de l’évangile, l’apôtre prend le plus grand soin d’affirmer leur droit de vivre de l’évangile. Que ceux qui vivent ainsi aient soin de servir le Seigneur Christ à cet égard ! (Rom. 16:18).

 

1.11                      Ch. 4:11a — apôtres et prophètes

« Et Lui, a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes ». Je comprend que les apôtres et prophètes sont manifestement ce qu’on peut appeler les dons de fondation, tels que ceux dont Dieu s’est servi pour poser l’assise large et profonde sur laquelle l’Église devait être bâtie. Cette fondation a été faite par ceux que Dieu avait spécialement revêtus de puissance. Ces deux classes des apôtres et prophètes ont été les tout premiers instruments utilisés pour l’appel de l’Église de Dieu. Les évangélistes furent à l’œuvre dès les premiers jours, et les pasteurs peu après. Mais les deux premières catégories, les apôtres et les prophètes, ont spécialement servi dans toute leur force pour l’établissement de l’Église de Dieu au commencement. Il n’y a pas de raison de supposer qu’au sens strict, les apôtres et prophètes dussent continuer, ni qu’ils aient continué en fait, bien que quelque chose d’analogue à un apôtre puisse être suscité en des temps appropriés. Prenez Luther, par exemple. Les saints de Dieu ont pu en partie être ramenés à la vérité fondamentale en général, alors que celle-ci avait été perdue de vue depuis longtemps. Cette œuvre correspond, dans une petite mesure, au travail d’un apôtre. Un prophète, quant à lui, était quelqu’un qui ne se bornait pas à exposer les Écritures, mais qui ouvrait les yeux sur la vérité d’une manière à rattacher l’âme directement à Dieu.

Au tout début sont apparus des hommes de Dieu qui n’étaient pas apôtres, et qui ne communiquaient pas nécessairement la vérité de manière inspirée comme l’ont fait Marc et Luc, mais il y a eu des prophètes comme Judas et Silas (Actes 15:32). L’Écriture n’était pas écrite dans son entier au commencement de l’Église, et il n’y avait pas partout des apôtres. C’est pourquoi Dieu a suscité des prophètes qui, au moins dans certains cas, ont été des moyens de révélation. Pourquoi n’avons-nous pas de tels canaux aujourd’hui ? Parce que la révélation est complète : nous avons la Parole de Dieu, et n’avons pas besoin d’un mot de plus. Supposer aujourd’hui quelque autre révélation serait porter atteinte à celle que nous avons ; de sorte que le besoin de tels prophètes, au sens le plus élevé du terme, a pris fin avec l’achèvement du canon des Écritures. Dans un sens secondaire, ce qui correspondrait à l’œuvre prophétique, serait le renouveau de la vérité et de l’action puissante sur les saints en général, en les ramenant à ce qui a été déjà révélé, mais a complètement disparu. Prenez, par exemple, la vérité capitale de la venue du Seigneur comme espérance de l’Église. Cette vérité a souffert d’une longue éclipse, presque totale. De nos jours elle a brillé de nouveau avec une certaine mesure de puissance de la part de Dieu. Dans quel écrit, depuis les jours des apôtres, trouvez-vous exposés la nature et l’appel de l’Église ? où a-t-on le déploiement de l’espérance de l’Église, à savoir la venue du Seigneur pour recevoir l’Église et lui donner une place céleste ? Ces vérités avaient disparu des pensées des hommes, pour n’être retrouvées que dans ces dernières trente ou quarante années (*). La justification par la foi avait été partiellement connue par Augustin et Bernard. Les Vaudois possédaient une grande fidélité, mais aucune doctrine claire. La nature de l’Église comme le corps de Christ, et le caractère de l’espérance du chrétien, ont été, pour autant que je sache, complètement perdus de vue. Ces vérités avaient disparu de l’Église. Il me semble que leur redécouverte est assez analogue, sur ce plan, à l’œuvre prophétique, bien qu’on puisse hésiter à appeler apôtre ou prophète aucun de ceux qui ont été employés à ce travail.

 

(*) note du traducteur : écrit en novembre 1863

 

1.12                      Ch. 4:11b — évangélistes, pasteurs et docteurs

1.12.1    Il n’y a plus d’autorité pour nommer

Nous en venons aux classes suivantes de dons : « évangélistes, pasteurs et docteurs ». Il est évident qu’ils sont encore à l’œuvre dans une certaine mesure dans l’état disloqué actuel ; et ils ne sont pas restreints à tels ou tels croyants, mais ils sont distribués partout, comme il plaît au Seigneur. On confond le ministère avec les charges locales. Peut-être dira-t-on que j’escamote une partie de l’Écriture — l’imposition des mains des apôtres sur les anciens, etc. Sans rien oublier de cela, qu’on me permette de dire que les anciens ne sont pas la même chose que les ministres. Le ministère est l’exercice d’un don de Christ ; les anciens étaient établis par des hommes, mais jamais par d’autres que des apôtres ou des délégués d’apôtres, comme Tite. Où en sommes-nous de cette question maintenant ? Où sont les hommes dûment autorisés à nommer des anciens aujourd’hui ? Savez-vous mieux que moi où on les trouve ? Certes, il y a des gens qui prétendent avoir ce pouvoir de nommer, mais la prétention ne suffit pas à rendre valides leurs nominations. En matière civile, si quelqu’un s’avisait de nommer un magistrat sans en avoir le plein pouvoir, il risquerait d’être puni sévèrement. Serait-il moins important dans les choses de Dieu d’empiéter sur l’autorité du Seigneur ? Ce n’est pas que certaines branches de l’Église ont des apôtres, alors que d’autres n’en ont pas, car aucune n’en a plus que les autres. Je ne vois pas ce que l’on gagne à prétendre faire l’œuvre d’un apôtre quand ce n’est qu’une prétention. N’est-il pas plus humble de s’abstenir de prétendre faire l’œuvre apostolique, si l’on n’est pas apôtre ? Nous ne pouvons pas ordonner légitimement des anciens parce que l’autorité apostolique nous fait défaut pour le faire. N’est-ce pas bien en harmonie avec l’humilité qui nous convient de rester dans les limites de nos pouvoirs ? Je n’admets pas que quiconque vivant actuellement ait le droit de nommer des anciens, ou rien de semblable, parce qu’il n’y a ni apôtre ni délégué apostolique ayant reçu mission du Seigneur pour le faire. Si quelqu’un prétend faire des ordinations, qu’il prouve son droit à le faire.

 

1.12.2    Christ est le donateur des dons et ministères

Le ministère et la charge d’ancien ne sont pas la même chose ; on les confond presque toujours, mais ce sont des choses totalement différentes. On trouve les deux dans l’Écriture : des charges locales, dûment établies par des apôtres ou leurs délégués ; et des dons de ministère qui n’ont jamais eu besoin d’authentification humaine. Dans l’Écriture, personne n’a jamais été choisi pour être apôtre, ni appelé à être prophète ou évangéliste, si ce n’est par Christ. Il en était précisément de même pour les pasteurs et les docteurs (*), comme on le voit dans notre chapitre. Pourquoi n’en serait-il pas encore de même ? Christ n’a pas déserté Son poste, et Il a pour fonction d’appeler et de donner des pasteurs, des évangélistes, des docteurs, etc. Mais il y a un autre principe tout à fait distinct de celui qui est impliqué dans ces dons, savoir que Christ donnait le droit aux apôtres d’agir par voie d’autorité. C’est en vertu de cela qu’ils nommaient des gens pour être anciens ou diacres, selon le cas. Nous ne pouvons faire ce que les apôtres faisaient à moins d’être revêtus de la même autorité. Mais Christ demeure toujours le donateur direct des dons de ministère : c’est toujours vrai. Le ministère ne dépend pas et n’a jamais dépendu des apôtres ni de l’Église, mais seulement de Christ ; et c’est pourquoi il ne saurait cesser. Par contre, comme la nomination d’anciens, selon l’Écriture, dépendait des apôtres, et qu’il n’y a pas d’apôtre aujourd’hui, le pouvoir légitime pour nommer des anciens a nécessairement et évidemment pris fin. L’Écriture laisse entendre la continuation de l’existence des dons, mais non pas de l’autorité de nommer. Il y a abondance d’anciens dans tous les corps religieux, ou plutôt de personnes officielles ; mais que vaut leur nomination (je ne dis pas leurs dons) ? Que ceux qui connaissent la Bible disent si je traite correctement cet important sujet selon la Parole de Dieu.

 

(*) note du traducteur : nous utilisons le terme « docteur » pour suivre la version JND de la Bible, mais le terme utilisé partout par W. Kelly dans le présent ouvrage est « enseignant » ou « maître » [qui enseigne].

La question pour nous est donc de savoir si nous faisons la volonté de Dieu. Plusieurs ont l’idée qu’un rite humain d’ordination a une valeur spéciale pour faire d’un homme un ministre. Or aux jours des apôtres eux-mêmes, personne n’a jamais eu l’idée qu’on puisse être nommé pour prêcher l’évangile. Si quelqu’un pouvait prêcher, il était tenu de le faire ; s’il ne le faisait pas, il était comme le serviteur paresseux qui cachait son talent. Si quelqu’un prend la position d’avoir un droit de prêcher ou de parler dans l’assemblée, vous pouvez en toute sûreté lui dénier ce droit. Nul autre que Dieu n’a le droit de proclamer au monde la bonne nouvelle, ou de parler à Son assemblée par qui bon Lui semble. C’est donc Lui qui peut appeler des hommes et les mettre en avant, l’un pour faire telle œuvre, l’autre pour faire telle autre. Ici se pose alors la question qui interpelle : Faut-il reconnaître le Seigneur honnêtement et entièrement comme le Chef (*) sur Son Église à Lui ? Dans le ministère proprement dit, il n’est pas question d’hommes nommant des hommes, mais de savoir s’il est permis à Christ d’être le Chef de Son Église à Lui. Dès lors, ne reconnaissez pas que l’affaire de l’Église soit d’établir des ministres de la parole. Mon Seigneur, ce n’est pas l’Église, mais c’est Christ ; il ne faut jamais mettre l’Église à la place de Christ. C’est là l’une des sources principales, et des plus pernicieuses, de la papauté.

 

(*) note du traducteur : Chef et Tête sont le même mot en anglais

 

1.12.3    Reconnaître les ministères où qu’ils soient, sans qu’ils aient d’autorité pour commander

Il s’ensuit que nous devons reconnaître tous ceux que le Seigneur nomme. Si quelqu’un prêche la vérité dans tel ou tel groupement, je ne dois pas l’ignorer, mais je dois reconnaître les serviteurs de Christ où qu’ils soient. Peut-être ne présentent-ils pas la vérité complètement, mais en tous cas, c’est Christ qui donne les dons, et non pas les frères. S’ensuit-il que je doive aller à la messe, en supposant que le prêtre Romain prêche une certaine mesure de vérité ? Il faut que j’examine si celui qui peut être un réel serviteur de Christ fait la volonté de Dieu dans ce domaine. Nous ne sommes pas appelés à suivre celui-ci ou celui-là, sinon dans la mesure où ils suivent Christ. Nous sommes appelés à faire la volonté de Dieu ; et « celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (1 Jean 2:17). Rien n’est donc plus simple que le chemin du chrétien. Qu’il apprécie les serviteurs de Christ à leur place, mais non pas nécessairement tout ce qu’ils font, à moins que ce ne soit conforme à la volonté de Dieu. N’est-il pas dit que nous devons obéir à ceux qui ont autorité sur nous ? Oui, certainement, et c’est aussi vrai maintenant que jamais. Mais en supposant que vous êtes converti à Dieu, et qu’un prêtre de Rome vous dise que vous devez obéir à ceux qui ont autorité sur vous, et que ce sont eux qui ont cette autorité, ne dois-je pas poser de question sur ce qu’il veut dire par là, et sur quel texte il se base ? Est-ce pour m’entraîner à désobéir à Dieu ? Si c’est le cas, ne dois-je pas dire que je dois « obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » ? (Actes 5:29). Ainsi, il y a toujours un chemin pour le saint de Dieu qui désire faire Sa volonté, et ce chemin est simplement l’obéissance. Il est possible que cela prenne parfois la forme de ce que des gens dans l’erreur, ou conduits par leur propre volonté, appellent désobéissance ; mais ce sera certainement obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Rien ne peut nous dispenser du devoir positif et immuable d’obéir à Dieu.

On voit donc que, quelle que soit la valeur du ministère, il n’a jamais été prévu pour contraindre les enfants de Dieu à simple acquiescer aveuglément. Le vrai ministère manifeste ce qu’est la volonté de Dieu partout où il y a la simplicité de cœur. Il présente la vérité de manière suffisamment convainquante pour placer les consciences dans la lumière, et leur faire sentir la responsabilité de suivre cette lumière. Si vous faites quelque chose simplement parce qu’un ministre de Dieu le dit, c’est une influence qui est à l’œuvre, non pas la puissance de l’Esprit de Dieu. L’obéissance chrétienne, ce n’est pas un aveugle qui conduit un aveugle, ni un voyant qui conduit un aveugle, mais c’est un voyant qui conduit un voyant. Tout croyant a la puissance de l’Esprit pour voir la pensée de Dieu pour lui-même ; et celui qui est appelé de Dieu à guider les autres sera, en général, rendu capable d’appliquer la pensée de Dieu d’une manière si complète à la conscience que celui qui est simple de cœur ne manquera pas de la voir. Souvenons-nous qu’il est toujours grave de connaître la vérité et de ne pas la suivre. « Pour celui donc qui sait faire le bien et qui ne le fait pas, pour lui c’est pécher » (Jacques 4:17).

 

1.12.4    L’apôtre avait une autorité en gouvernement

J’ai déjà expliqué que les deux premières classes de dons présentées au verset 11 avaient pour but de donner naissance à une œuvre et un témoignage nouveaux. Elles étaient destinées — et c’est bien ainsi qu’elles furent employées — à poser le fondement de cet édifice inconnu auparavant, l’assemblée réunie en un d’entre les Juifs et les Gentils pour confesser Jésus, le Fils de Dieu. Les apôtres n’ont pas simplement servis comme des prophètes, c’est-à-dire des gens inspirés communiquant la pensée de Dieu qui n’avait pas été révélée jusque-là, mais ils ont aussi agi comme investis d’autorité au nom du Seigneur. Il y avait donc à la fois un pouvoir de gouvernement compétent, et un moyen sûr de communication de la part de Dieu vers l’homme. Les prophètes comme tels n’avaient rien à faire avec le gouvernement proprement dit. Ils ne visitaient pas les assemblées en tant qu’agents revêtus d’autorité (1 Cor. 4 ; 11 ; 2 Cor. 12 ; 13), et n’instituaient rien nulle part pour diriger l’Église comme l’ont fait les apôtres (voir 1 Cor. 7:17).

 

1.12.5    Rom. 16:26 — Écrits prophétiques

Toutefois le prophète était employé à quelque chose d’extrêmement important, savoir apporter directement et immédiatement de la part de Dieu des vérités encore inconnues ou jamais révélées. Ils se rattachaient donc tout spécialement à la révélation de la vérité, que ce soit oralement ou par écrit ; tel est le sens de Rom. 16:26. Quiconque est capable d’examiner le langage utilisé par le Saint Esprit verra que la portée de l’expression n’est pas « les écrits des prophètes » [selon la version autorisée du Roi Jacques], mais bien « des écrits prophétiques », ce qui se rapporte exclusivement aux Écritures du Nouveau Testament, lesquelles n’ont pas toutes été écrites par des apôtres. Deux des Évangiles n’émanent pas d’apôtres, mais sont tout autant inspirés que s’ils l’étaient. Ceci est aussi vrai quant à l’enseignement oral donné aux jours des apôtres. Car l’Église commença avant que rien ne fût encore écrit du Nouveau Testament. Ce fait est d’ailleurs appliqué à tort comme un argument favori par ceux qui soutiennent une sorte d’inspiration dans l’Église. Ils insistent pour dire que les Écritures ne sont pas aussi essentielles que nous le prétendons. Mais je réponds que, si l’Église avait au commencement la présence d’hommes inspirés, l’Église a eu ensuite le saint dépôt des apôtres et des prophètes, consigné par écrit, sous la garde parfaite de l’Esprit de Dieu. C’est donc là ce qui constitue l’unique norme de la vérité divine : l’Ancien Testament, la révélation originelle de Dieu telle que donnée à Israël, — et le Nouveau Testament, le supplément de Sa vérité nécessaire à l’Église. Mais avant que le canon de l’Écriture fût clos ou même commencé, il est évident qu’il y avait besoin d’une classe d’hommes pour faire connaître la pensée de Dieu au travers des difficultés qui surgissaient dans l’Église. Il y fut pourvu par le moyen des apôtres et des prophètes. On voit que parmi les saints à Corinthe, il y en avait de tels qui étaient prophètes.

 

1.12.6    1 Cor. 14:29 — Prophètes et communications nouvelles

De là vient une parole remarquable de 1 Cor. 14 dont je voudrais vous entretenir un moment. Le Saint Esprit posait la règle du v. 29, qu’au cas où quelqu’un parlait dans l’assemblée de manière ordinaire, si une révélation était donnée à un autre, le second avait le droit d’arrêter le premier pour apporter sa révélation. Si on objecte qu’aujourd’hui une chose pareille produirait de la confusion, je réponds plutôt que Dieu n’accorde plus de nouvelles révélations aujourd’hui. Tant que subsistait l’état de choses où le plein déploiement de la pensée de Dieu n’avait pas encore été donné, et tant qu’il y avait ces personnes inspirées sur la terre, Dieu maintenait Son droit d’interrompre quelqu’un par la communication de quelque vérité nouvelle de Sa part. Mais si quelqu’un aujourd’hui soutenait avoir une nouvelle révélation de la part de Dieu, il ne ferait que prouver qu’il se berce d’illusions, voire même qu’il est un imposteur. Maintenant que ces personnes inspirées ont disparu, nous possédons la pleine communication et la pleine mesure de la pensée de Dieu. Aussi le critère de la pensée de Dieu auquel s’en remet l’Église n’est plus des apôtres ou des prophètes, mais la parole écrite de Dieu. Bien sûr il y a les moyens plus ordinaires dont l’Esprit de Dieu se servait alors, et se sert encore — les dons, aussi réels que les apôtres et les prophètes, mais sans avoir le même caractère d’autorité active que les apôtres, ni le droit à communiquer des vérités nouvelles comme les prophètes. Aujourd’hui tout est d’ordre inférieur par comparaison à ces dons-là. Toute éventuelle mesure d’autorité dans le temps présent, doit prouver qu’elle est de Dieu dans son caractère et dans sa fin ; elle ne doit pas prétendre à être quelque révélation nouvelle de la pensée divine, mais elle doit utiliser et appliquer correctement ce qui a déjà été donné.

 

1.12.7    Le don et la capacité naturelle

D’un autre côté, les dons que le Saint Esprit suscite encore pour le bien de l’Église sont appelés ici évangélistes, pasteurs et docteurs. Ce ne sont pas là les seuls dons qui demeurent, car l’Écriture n’en donne nulle part une liste complète, comme les hommes voudraient. Il faut rechercher dans toute l’Écriture. Il est salutaire et béni de ne jamais trouver quelque chose de complet dans la parole de Dieu au simple examen d’une seule portion particulière de celle-ci. Dieu a rendu nécessaire la recherche approfondie dans toute Sa Parole, pour arriver à avoir Sa pensée complète au moins dans une mesure. S’il n’en était pas ainsi, nous serions disposés à nous en tenir à des passages favoris en laissant le reste de côté. C’est ce que font beaucoup de chrétiens qui négligent pratiquement une grande partie de la Parole de Dieu, comme si elle n’était plus applicable.

Ce sujet du ministère est précisément un sujet sur lequel il y a actuellement beaucoup d’ignorance et d’incrédulité. L’idée courante est simplement que l’intelligence a été sanctifiée. J’admets bien que Dieu donne et forme la puissance intellectuelle : c’est ce qui est appelé dans l’Écriture « la capacité ». Mais examinez la parabole où notre Seigneur fait justement allusion à cela, et vous verrez qu’Il distingue entre « le don » et « la capacité ». — « Il donna à chacun selon sa propre capacité » (Matt. 25:15). Quand Il appelle des hommes à Le servir, Dieu façonne le vase selon Son dessein avant même leur conversion. Sa providence choisit une personne dès sa naissance, et Il dispose toutes les circonstances de sa vie ultérieure. Cette personne peut avoir été éduquée pour être prêtre, ou juriste. Paul connaissait ainsi tellement à fond toutes les ressources de la propre justice qu’il put recourir à la grâce en jugeant ce que la justice de l’homme aime, ce dans quoi elle vit, et où elle mène. Sa propre expérience était la preuve que même cultivée au plus haut degré, elle aboutit à l’antagonisme direct avec le Seigneur de gloire. Il y avait aussi chez Paul un caractère naturel très remarquable, et une éducation et des connaissances acquises peu ordinaires. Tout cela avait été agencé providentiellement chez Saul de Tarse. Mais à côté de cela, quand il fut appelé par la grâce de Dieu, il lui fut confié un don qu’il ne possédait pas auparavant, une capacité par le Saint Esprit de se saisir de la vérité et de l’inculquer aux âmes. Dieu s’est servi de son caractère naturel, de sa manière de parler, de son style d’écrire particulier ; mais tout était dans cette nouvelle puissance du Saint Esprit communiquée à son âme, même si cela coulait par le canal de sa capacité naturelle. Il y a donc ces deux choses, la capacité qui est le vase du don, et le don lui-même qui, dépendant du Seigneur, est l’énergie directrice de la capacité. Un don n’a pas d’existence à part du vase dans lequel il agit.

 

1.12.8    Les dons sont des personnes

Encore une autre remarque maintenant. Dans cette épître les dons ne sont pas vus simplement comme des puissances spirituelles. C’est ainsi qu’ils sont considérés dans les Romains et les Corinthiens, mais dans les Éphésiens ce sont toujours des personnes. Il a donné des apôtres — non pas simplement des dons apostoliques. Je trouve le don d’enseignement dans les Romains, et le don de docteur [enseignant] dans les Éphésiens. Les deux vérités s’accordent parfaitement. Il y a une raison divine à cette différence, qui me semble être la suivante : dans les Éphésiens l’amour de Christ pour l’Église est l’idée dominante de toute l’épître — c’est la plénitude de bénédiction qui appartient au corps de Christ, l’Église, en vertu de son union avec la Tête. Ce qui agit sur les affections de l’Église n’est pas une simple puissance. Vous pouvez aimer une personne, mais non pas une puissance ; et une personne par laquelle le don s’épanche, agit évidemment sur les affections de ceux pour le bien desquels le don est employé. Tout le long de l’épître, c’est de Christ qu’il s’agit, non pas de l’Esprit, sauf exception. Dans les Corinthiens, c’est au contraire le Saint Esprit qui est mis en avant. Ici c’est Christ, à quoi correspondent ces personnes qui agissent de la part de Christ pour le bien de Son corps. C’est là un bel exemple de l’harmonie qui règne dans la vérité de Dieu. L’amour actif de Christ est représenté dans cette épître comme la source de toute la bénédiction de l’Église ; il en est de même des dons personnels de Christ, qu’Il aime Lui-même et dont Il se sert pour entretenir Son amour chez d’autres.

 

1.12.9    Des dons universels

La différence entre les évangélistes, les pasteurs et les docteurs est évidente. L’évangéliste est le moyen ordinaire de rassembler les âmes vers Christ. On peut dire qu’il est par nature un don itinérant, non pas confiné en un lieu, mais appelé à être ici ou là, partout où le Seigneur peut le conduire par l’Esprit pour répondre au besoin des âmes. Timothée qui, par un tour de passe-passe clérical a été métamorphosé en archevêque, est appelé dans l’Écriture un « évangéliste ». Il avait été signalé par prophétie pour une œuvre particulière, et un certain don lui avait été accordé par le moyen de l’apôtre accompagné des anciens. Au commandement de l’apôtre, il va quelque part, et y prend connaissance de l’état des choses. Mais ni lui ni Tite n’ont été sédentaires, comme dans les diocèses modernes. Encore bien moins y a-t-il eu des dispositions prises pour des successeurs. Timothée devait confier ce qu’il avait appris de l’apôtre à des hommes fidèles qui fussent capables d’enseigner aussi les autres ; autrement dit, la charge concernait la transmission de la vérité, et non pas la transmission d’une autorité ou d’ordres saints, comme on le dit perversement.

C’est un fait que dans chaque église où un certain nombre de saints se trouvaient rassemblés, plusieurs évêques [= surveillants] étaient établis, au moins après mise à l’épreuve et expérience faite pendant un certain temps. Ils étaient choisis là par un apôtre, ou un délégué d’apôtres. Quand des individus doués d’un don remplissent les fonctions de l’Église, c’est une usurpation, et c’en est une tout autant quand l’Église assume les fonctions des dons individuels. Bien sûr s’il y a de l’immoralité dans la conduite d’un serviteur de Christ, il est autant responsable qu’un autre, et même davantage. Les enfants de Dieu, lui y compris, sont tenus de veiller avec une sainte jalousie, parce que son péché amènerait plus de honte et de scandale sur le nom de Christ que le péché d’un membre du corps moins en évidence. Mais en dehors des affaires de nature morale, nul ne doit intervenir le moins du monde, dans l’exercice de son ministère, entre lui et le Maître qui l’a appelé à Le servir. À cet égard les dissidents sont complètement et radicalement dans le faux, parce qu’ils considèrent que l’Église nomme les ministres et a bien sûr le pouvoir de les démettre si elle veut. Cela fait du ministre le ministre de leur église. Or l’Écriture ne parle jamais, comme tous le font aujourd’hui, du ministre d’une église particulière ; on n’y trouve jamais rien qui ressemble à ces expressions « notre » ministre, ou « votre » ministre. Ce que l’Écriture nous montre, c’est que tous les dons sont des dons dans l’unité du corps de Christ. Si quelqu’un est réellement pasteur ou docteur, il est établi comme pasteur ou docteur dans l’Église tout entière. Cela va jusqu’au point que le lieu où il se trouve n’a pas d’importance ; où qu’il aille, et pour autant qu’il marche selon l’Écriture, il est appelé par Christ, et non pas par une congrégation, à exercer son ministère sans crainte, humblement bien sûr, et sans prétendre à plus qu’il n’a reçu. Si quelqu’un s’élève au-dessus de ce qu’il a reçu, il arrive en général qu’il se discrédite même pour ce qu’il a reçu. La tendance générale chez les enfants de Dieu n’est pas de déconsidérer le ministère, mais de lui donner une place qu’il ne mérite pas. Satan travaille toujours à disloquer les ressources destinées à faire fonctionner le corps, et pour ce faire il pousse les saints soit à donner de l’importance là où ils ne devraient pas, soit à être pointilleux et à discréditer là où ils devraient être reconnaissants. Toutes ces choses ont besoin d’être réglées par la Parole.

 

1.12.10Les dons ne sont pas un titre de valeur dans le monde

Les gens fondent en général leurs idées sur l’Ancien Testament et non sur le Nouveau : d’où l’idée de considérer le ministère comme une sorte de profession honorable, ou un titre reconnu par le monde. Or si nous examinons notre chapitre ou tout le reste des épîtres, on verra bien que les titres d’apôtres, etc., ne sont jamais quelque chose de reconnu dans le monde. Le monde les a méprisés. Pierre, en son temps, n’a pas été plus honoré dans le monde après être devenu apôtre qu’avant. Le monde pouvait reconnaître qu’il opérait des miracles, ce qui est tout autre chose. Beaucoup d’hommes charnels ont opéré de grands miracles. Les Corinthiens n’étaient que de petits enfants dans leur compréhension des choses, à cause de leur enthousiasme pour les miracles et les manifestations de dons extérieurs. Ils aimaient aussi s’écouter parler ; et l’apôtre leur montre que prononcer seulement quelques paroles pour le bien de l’Église, c’était beaucoup plus élevé et bien meilleur que tous les signes et prodiges qu’ils opéraient. Il pouvait faire plus de miracles qu’eux tous, et pourtant il déclare qu’il préfère prononcer cinq paroles avec son intelligence (afin que j’instruise aussi les autres), que dix mille paroles en langue inconnue (1 Cor. 14:19). Si donc l’Église est dépouillée des pouvoirs miraculeux qui frappent les yeux des incrédules, il lui reste toutefois le plus important, sauf les dons fondamentaux qui n’avaient pas besoin d’être continués.

 

1.13                      Ch. 4:11-13

Le fondement a été si parfaitement posé que les apôtres et les prophètes ne sont plus nécessaires. C’est ce qui est laissé entendre ici. L’Esprit de Dieu ne prépare pas les saints en vue d’une longue continuation des choses dans ce monde. Christ a donné « les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs ; en vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du service (*), pour l’édification du corps de Christ ; jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude du Christ » (4:11-13).

 

(*) note du traducteur : JND traduit ce mot par « service », alors que W. Kelly le traduit par « ministère ». Nous avons maintenu le terme « service » ici.

 

1.13.1    Les dons subsistent jusqu’à la fin

Les croyants de ces jours-là pensaient forcément que l’ensemble de l’œuvre de l’Église allait s’achever dans leur génération : notre passage n’enseigne nullement l’idée d’une succession, même si nous pouvons maintenant le voir de manière implicite. Le ministère est l’exercice d’un don spirituel ; et ces dons dépendent de ce que Christ demeure toujours la Tête [le Chef] de l’Église, et que Son office ne prend jamais fin comme celui des souverains sacrificateurs qui, à leur mort, passait à leurs successeurs. Christ a été dans le ciel après Sa résurrection, et ces apôtres sont ce qu’Il a donné après être monté en haut. Nous sommes aujourd’hui sur le même terrain qu’eux au jour de la Pentecôte. Christ a alors quitté le monde, et c’est de là qu’Il a donné les dons énumérés ici. Le Saint Esprit demeure dans l’Église, et par le Saint Esprit Christ donne de la puissance à des hommes sur la terre pour tout ce dont l’Église peut avoir besoin. Nous avons les évangélistes, les grands agents recruteurs du Seigneur pour son armée spirituelle. Nous avons ensuite les pasteurs et les docteurs que le Seigneur suscite et donne pour conduire, guider et gouverner ces saints de Dieu introduits par le travail des évangélistes. Tous ces dons demeurent à toujours. Je ne parle pas de mesure de la puissance, car il y bien de la faiblesse effectivement ; mais ces dons demeurent nécessairement, parce qu’ils dépendent de Christ en haut et du Saint Esprit ici-bas, et que Christ ne peut jamais cesser d’être la Tête là-haut et le Saint Esprit ne peut pas quitter l’Église ici-bas. Aussi est-il ajouté, « jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi » (4:13). Il n’y a pas de garantie divine d’une continuation des miracles, mais c’est implicite pour que les dons d’édification continuent en vue du bien des âmes.

Notre Seigneur a donc donné ces dons « jusqu’à ce que nous parvenions tous » (4:13). Il n’est pas dit qu’Il les donnera, parce que l’Église primitive était mise en position d’attendre le retour du Seigneur. Paul et les autres apôtres appelaient les saints à toujours guetter la venue de Christ. Il n’y avait pas d’indication que Christ viendrait, mais qu’on L’attende constamment. C’est pourquoi il n’y a aucune préparation à une longue suite de siècles en rapport avec le ministère, mais on trouve simplement Christ à la droite de Dieu, fournissant ce qui est nécessaire. « Il a donné les uns … jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi ». Si Christ était venu aux jours de la génération des apôtres, cette affirmation aurait été vraie. Christ a différé, et cela demeure exact, « jusqu’à ce que nous parvenions tous ». De sorte que, hormis les exceptions déjà mentionnées, nous sommes assurés de pouvoir s’attendre à la continuation d’un ministère de même caractère et issu de la même source que celui qu’avait l’Église apostolique. Tout ce qui est nécessaire pour amener et rassembler les âmes, et pour prendre soin d’elles une fois rassemblées, demeure jusqu’à ce que Christ vienne et achève tout.

 

1.13.2    Reconnaître les dons

Quelle bénédiction de savoir que nous pouvons accepter de la part de Dieu ce ministère qui a été si orgueilleux et /ou si servile dans les mains de l’homme, — que nous pouvons l’attendre de Lui et le reconnaître comme une chose divine — que nous n’en sommes pas réduits à l’idée que nous n’avons plus maintenant qu’un ministère humain, au lieu d’un ministère divin comme autrefois — que nous avons la certitude que ces dons découlent de Christ qui ne saurait faillir à Sa parole et à Son œuvre ! Mais comment reconnaître un ministre, un évangéliste, un pasteur, un docteur ? Je répondrai par une question : Comment reconnaissez-vous un chrétien ? Tout chrétien qui fréquente des chrétiens, en a une idée générale. Je ne dis pas qu’on le discernera infailliblement. Même si personne ne peut se prononcer d’une manière infaillible, et que nous dépendons nécessairement dans notre mesure du secours actuel de Dieu, toutefois nous savons qu’en règle générale il y a dans un chrétien quelque chose qui se recommande à la généralité de ses frères. Il y a dans sa confession de Christ quelque chose qui est plus ou moins en harmonie avec la Parole de Dieu. Ensuite, l’esprit, le ton, la vie et la marche en général, après qu’ils se soient un peu frotté aux épreuves du chemin, vont fortifier ou affaiblir la conviction initiale.

C’est exactement pareil quand il s’agit de juger du ministère. Nous sommes tenus d’éprouver toutes choses (1 Thes. 5:21). Quelqu’un est employé par Dieu pour remuer les âmes avec puissance et bénédiction, pour les rassembler et les amener à Christ : c’est manifestement un évangéliste. D’un autre côté vous en voyez un autre dont le cœur n’est pas aussi fervent à présenter l’évangile aux âmes, mais qui jouit de la vérité de Dieu, et aime amener les autres à de pareils sentiments : n’est-ce pas un docteur ? D’autres connaissent aussi bien, peut-être, la vérité de Dieu, mais n’arrivent pas à l’exposer de manière à agir pareillement sur les autres. Mais voilà une troisième personne qui entreprend de s’occuper pratiquement des âmes, et fait régulièrement de graves erreurs : puis-je dire que c’est un pasteur ? Dès qu’il se présente des difficultés, il est à bout d’idées, ne sachant que faire ni que conseiller. Il se peut qu’il soit capable d’expliquer la Bible, mais dès qu’il s’agit de l’appliquer à la vie pratique des chrétiens, voilà des bévues sans fin. Être pasteur suppose non seulement la connaissance de la vérité, mais la puissance pour la faire valoir chaque jour auprès des individus : cela implique d’agir sur la conscience et les affections d’une manière qui n’est pas forcément celle d’un docteur. Un homme peut être docteur sans être pasteur (et vice versa), ou il peut être les deux. Un apôtre pouvait être aussi docteur, évangéliste et pasteur. Vous trouverez un don particulier chez un homme, et chez un autre un don d’une toute autre sorte.

Encore un autre cas : voilà quelqu’un incapable d’exposer la vérité avec puissance, mais capable d’exhorter ; il peut agir sur la conscience. C’est là un don de valeur inestimable, qu’on trouve en Rom. 12, mais qui est absent en Éph. 4. Ici nous avons les dons les plus saillants pour bien mettre les saints à leur place dans l’ordre et les fonctions qui leur conviennent. Or tout en étant persuadé que l’Esprit de Dieu habitant en nous est la seule puissance permettant de discerner, selon le degré de certitude qu’il plaira à Dieu, si un homme est chrétien ou s’il ne l’est pas, s’il a un don ou s’il n’en a pas, il n’en reste pas moins que le degré de discernement dépend de ce que nos cœurs sont, ou non, au-dessus de la chair et de son activité. Cela requiert de la spiritualité, et suppose du jugement de soi-même. L’Église tout entière est responsable de juger. Un évangéliste peut se tromper sur une personne, en pensant qu’elle est vraiment convertie, et il peut en arriver à la baptiser. Mais voilà quelque chose de mis en évidence, et l’église refuse cette personne. Supposons une personne qui confesse le nom de Christ, et est baptisée, et elle recherche la communion : l’assemblée de Dieu de la localité est tenue de l’examiner. Personne n’a le droit de s’approcher : qui a des droits aujourd’hui, sauf Dieu seul ? Il nous faut être soumis plutôt de parler de droits. L’Église examine donc, — et s’il y a communion d’une manière générale ou une mesure de satisfaction suffisante pour amener à dire « nous croyons que la personne en question a reçu Christ, nous n’avons pas de motif justifiant de refuser sa profession selon laquelle elle est un membre de Christ », la personne est alors reçue dans l’assemblée, puis vient l’épreuve — la dépendance de Dieu après que quelqu’un est reçu. Christ est absolument nécessaire pour une marche droite. Ceux même qui sont nés de Dieu ne seront pas gardés à moins de marcher dans une réelle humilité et en regardant à Dieu.

L’Esprit de Dieu opère dans l’assemblée. L’un manifeste une aptitude pour prêcher, l’autre pour enseigner ; certains servent le Seigneur en privé, d’autres en public. Quelle est la puissance pour en juger ? Le même Esprit de Dieu. Après tout, c’est une question plus simple que beaucoup ne l’imaginent. C’est juste comme l’être humain qui connaît la nourriture qui lui est bonne, qu’il soit un petit enfant ou un homme fait : de même pour les saints, il leur est inhérent de connaître en gros ce qui est pour leur bénédiction spirituelle. Si l’on est en bas état, ou charnel, on sera séduit par des riens pompeux ; mais on trouve en général un jugement sain et droit depuis le chrétien au jugement spirituel le plus mûr jusqu’au simple petit enfant. Bien que tous ne soient pas capables de détecter le point critique, tous ceux qui sont guidés par Dieu en quelque mesure sont en état d’apprécier la valeur de ce qui leur est présenté dans le ministère.

 

1.13.3    Comment agir contre l’hérésie

Que se passe-t-il en cas d’hérésie ? Comment l’assemblée peut-elle juger de la fausse doctrine ? Christ est la mesure de référence. Tout ce qui, en accord avec l’Écriture, exalte Christ est vrai ; tout ce qui rabaisse Christ est faux, et est du diable. Christ est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu (1 Cor. 1:24). Mais Dieu opère par des instruments, et s’il y a un faux docteur qui introduit ce qui est mauvais, il y a de vrais docteurs capables de le discerner. Si le faux docteur cherche à enrober son enseignement sous des formes attrayantes, le Saint Esprit qui demeure dans l’Église travaille contre Satan, et par des membres divers, Il dévoile et manifeste le véritable caractère du mal devant l’assemblée de Dieu ; et une fois que celui-ci est mis à découvert, tous ceux qui marchent avec Dieu sont en état de prononcer un jugement divin à son égard. S’il nous fallait construire un chemin de fer, nous ne saurions pas comment commencer le travail ; mais quand le chemin de fer est achevé, nous pouvons parfaitement bien dire son usage et sa valeur, et nous pouvons bien juger en pratique s’il est bon ou non. Il en est de même de l’Église de Dieu. Tous ne sont pas également capables de discerner et de signaler le mal, mais Dieu suscite certains qui le peuvent, et tous portent ensuite aisément un jugement à son égard.

Ces dons sont indispensables à l’Église dans son ensemble, sans pour autant affirmer que partout où il y a une assemblée de Dieu, il soit absolument nécessaire pour la marche des saints en commun que telle ou telle sorte de personnes soit suscitée parmi eux. Nous pouvons bénir Dieu de cette ressource pour les besoins de Son Église aussi longtemps qu’Il a une Église ici-bas. L’existence de l’Église et celle du ministère reposent sur la même base ; ils découlent tous les deux de l’amour de Christ, et tant que nous avons l’un, nous aurons aussi l’autre : c’est le même amour de Christ qui voit Son corps et qui fournit à certains membres la puissance spirituelle requise pour le bien-être de ce corps. Tous les hommes de Dieu, où qu’ils soient, reconnaissent que Dieu doit avoir à faire avec le ministère, et par conséquent, quand les dissidents mettent leur vote dans l’urne, ils ne nient pas que le Saint Esprit doive donner la capacité d’être ministre. Si la personne était ministre avant, naturellement elle l’est aussi après ; mais ils disent désirer faire de lui leur ministre. Ne vaudrait-il pas mieux abandonner cette forme non scripturaire, et le reconnaître toujours comme ministre de Christ ? De cette manière vous le laissez sur son propre et véritable terrain comme quelqu’un tenu de servir Dieu à tout prix et de toutes manières.

 

1.13.4    Le vrai ordre, c’est l’obéissance à la Parole de Dieu, avec la liberté de l’Esprit

J’admets que la Parole de Dieu parle d’évêques et de diacres, mais il n’en est pas parlé ici en Éph. 4. Il n’est pas dit que Christ a donné les uns comme évêques et diacres. Mais je maintiens que selon l’Écriture ces évêques et ces diacres devaient être nommés par l’autorité apostolique ou quasi-apostolique. Ne nous convient-il pas aujourd’hui de dire que, n’étant pas apôtres, nous ne prétendons pas en exercer les fonctions en faisant des ordinations, bien que nous reconnaissions de tout cœur ceux qui possèdent les qualifications requises pour ces charges locales, partout où on les trouve ?

Or le système qui prévaut actuellement non seulement assume une autorité qu’on ne possède pas en réalité, mais il introduit le plus grand désordre et la confusion la plus coupable, si nous en jugeons par l’Écriture, ou même par ses résultats pratiques. Il en est ainsi dans toutes les associations humaines, qu’elles soient de type épiscopal, presbytérien ou congrégationaliste. Qu’y a-t-il en effet de plus fatal à la bénédiction ou à la gloire du Seigneur que de voir un évangéliste plein d’ardeur enchaîné à une sphère limitée d’activité et essayant en vain de répondre aux besoins d’un corps de chrétiens qui ont justement besoin d’être édifiés en Christ ? ou de savoir que, dans le voisinage, un docteur accompli est forcé d’abandonner son don particulier parce que sa congrégation ne se compose guère que d’inconvertis ? Y a-t-il un arrangement plus douloureusement conçu pour entraver l’Esprit de Dieu que ce tissu de canons et cérémonial ecclésiastiques, etc. qui dégrade le ministère au rang de servitude de l’homme, et dispose des âmes comme si elles étaient les serfs du sol sur lequel ils vivent.

Inversement, quand on se place sur le terrain de l’Écriture par conscience envers Dieu, il peut y avoir de la faiblesse, mais il y a place pour le Saint Esprit pour entrer et opérer par qui Il veut. Sans doute, l’ennemi a ses ruses spéciales pour détourner, et si possible pervertir ceux qui se tiennent sur ce terrain ; personne plus que ceux-ci, n’a autant besoin de veiller et prier, pour ne pas dire de s’humilier. Mais grâce à Dieu, ce terrain est le champ d’activité de la foi ; il honore la Parole de Dieu ; il donne à l’Esprit la place qui Lui appartient ; il reconnaît la seigneurie de Christ, accueillant chaque membre du corps là où la Tête l’a placé. C’est pourquoi si on allègue qu’il faut y mettre de l’ordre, je demande quelle sorte d’ordre ? Ce que vous voulez, est-ce un ordre selon votre conception, ou selon celle de Dieu ? Si nous sommes soumis à l’Écriture, nous ne laisserons sous aucun prétexte, aussi spécieux soit-il, mettre de côté le seul ordre que Dieu approuve pour Ses enfants maintenant sur la terre, c’est-à-dire Son assemblée, guidée par le Saint Esprit, présent au milieu d’elle pour maintenir la gloire de Christ et opérer souverainement par qui Il veut, quoique, bien sûr, seulement pour l’édification et avec la bienséance qui convient à la présence de Dieu. Il peut y avoir du désordre par manque de spiritualité, tant de la part de ceux qui ont des dons que de ceux qui n’en ont pas. Mais assurément, l’Écriture est une règle plus sûre et plus efficace pour corriger tous les désordres, que les plus sages règlements des hommes ; cependant tout sera vain si l’on ne dépend pas présentement du Saint Esprit.

Cependant l’apôtre Paul, tout en faisant face aux abus charnels, suppose la plus grande liberté pour l’exercice de tous les dons du Seigneur dans l’assemblée chrétienne, sous réserve seulement de Ses propres restrictions formulées expressément (voir 1 Cor. 14). Si c’était là l’ordre de Dieu à l’époque, quand a-t-il cessé ? L’Église de Dieu n’a-t-elle plus de points de repère divins pour ses services publics ? Je ne porte aucune envie à ceux qui abandonnent le système de Dieu au profit d’un de leur choix ou de leur invention, et qui malgré cela, n’ont aucun scrupule à citer des bribes çà et là, comme les versets 33 et 40 de 1 Cor. 14, pour appuyer des arrangements humains directement contraires tant à la lettre qu’à l’esprit de la Parole inspirée dont on les tire tout à coup. Ce que Dieu a établi pour le culte et le service de l’Église est et doit être aussi obligatoire pour la conscience que ce qu’Il a écrit pour notre marche et notre activité individuelles. En un sens, il me semble même que la désobéissance publique de l’Église collectivement est plus insultante pour Dieu qu’aucune faute individuelle, aussi grave soit-elle. Or quel est l’état actuel de la chrétienté ? Le peuple de Dieu, mêlé au monde, s’est écarté de la parole de Dieu. Je ne parle pas d’eux en tant que personnes, ni en rapport avec les devoirs moraux ; mais on ne laisse pas à l’Esprit de Dieu Sa place dans l’assemblée, ni même dans ses membres individuels. Sa puissance n’est pas reconnue comme une personne divine descendue du ciel, non pas simplement pour convertir des pécheurs, mais pour être le guide de l’assemblée chrétienne. Qu’en est-il du déroulement des réunions de l’Église ? (se réunit-elle même jamais comme telle ?) — la question se pose partout. Qu’en est-il de l’exercice des dons de Christ dans l’assemblée de Dieu, à part du monde ? Lorsque les chrétiens se réunissent ensemble, n’a-t-on pas établi une méthode qui n’a rien de scripturaire, en ceci ou en cela, au lieu de laisser l’assemblée de Dieu être saintement soumise au Saint Esprit, et se confier en Lui pour qu’Il opère librement, pleinement, et avec puissance, par les membres qu’Il veut, pour le bien de l’ensemble ? La Parole révélée de Dieu concernant Son assemblée, n’est-elle pas, comme toute autre vérité, éternelle pour la conduite de l’Église ici-bas ? Je maintiens qu’elle l’est ; et je crois que ceux qui contestent la permanence de son autorité et leur responsabilité actuelle auront bien du mal à répondre devant le tribunal de Christ ; tandis que ceux qui s’en tiennent à la volonté de Dieu exprimée dans Sa parole, auront sûrement Sa bénédiction maintenant, et Son approbation en ce jour solennel.

Or ce n’est pas tout de sortir de ce qui est manifestement mauvais. La séparation d’avec nos associations doit nous être douloureuse, et il ne faut jamais le faire sans croire que c’est clairement la volonté de Dieu. Certes, on ne doit pas refuser les plus faibles chrétiens qui viennent d’ailleurs, mais je ne pense pourtant pas que quelqu’un doive être prompt à recevoir ce qui est nouveau pour lui, à moins d’être convaincu que c’est assurément de Dieu. Si des gens viennent seulement à cause de certaines circonstances heureuses, cela ne tiendra pas : s’ils disent « il y a là tellement d’amour, de vérité, d’union, de simplicité, etc., parmi ces chrétiens, qu’il nous faut les rejoindre », il surviendra bientôt quelque épreuve, et ils seront prêts à dire, « il n’y a point du tout d’amour parmi eux — comme ils sont tous changés ! ». Ces effets spirituels peuvent agir sur les affections et retenir l’attention, mais ils ne suffisent pas comme travail de fond pour le chrétien en présence de la volonté révélée de Dieu. Supposons même que vous arriviez à réunir une assemblée de croyants heureux, tous de la même pensée quant à l’Esprit, à l’Église et à la venue du Seigneur, outre les vérités fondamentales, — je ne voudrais pas en faire partie si on mettait pour condition d’adhérer à leur sentiment. Cela manque de fondement divin, ou le méconnaît. Que ce soit ma part de toujours m’attacher seulement au nom du Seigneur Jésus, le seul centre, parfaitement suffisant, de rassemblement pour toute l’Église de Dieu ! — et faire cela quoi qu’il en coûte, et aussi peu nombreux et faibles que soient ceux qui se rassemblent de la sorte. Il est possible que mon plus cher ami s’égare ; cela peut aussi m’arriver. Bien sûr c’est douloureux et humiliant d’être jugé par les autres parce qu’on a manqué à se juger soi-même. Mais je n’ose pas rester loin du bon chemin, parce que je sais que la volonté de Dieu s’y oppose. Nous ne sommes pas libre de faire de l’Église de Dieu un club religieux à notre convenance. C’est à Dieu à choisir et à appeler comme Il Lui plait pour la gloire de Son Fils ; c’est à nous à obéir de tout notre cœur. Dans la condition de dislocation actuelle de la chrétienté, nous avons appris que les principes de Dieu obligent toujours la conscience, et nous nous sommes réunis pour être là où on est libre de mettre en pratique Sa Parole par le Saint Esprit. Si quelqu’un parmi nous tombe dans le péché, nos adversaires s’écrient aussitôt : Voyez ! ils ne sont pas plus parfaits que leurs voisins. Mais qui a jamais parlé de supériorité personnelle ? Nous ne prétendons à rien pour nous-mêmes, désirant seulement être conduits de Dieu pour marcher individuellement et collectivement comme Il le veut.

Voulez-vous ressembler à ceux qui s’assemblèrent autour de David dans la caverne d’Adullam ? La détresse et la misère où ils étaient en arrivant ne dura pas. Celui qui les attirait à lui était le centre des conseils de Dieu, et Dieu opéra en eux, forma leurs cœurs, et les honora, jusqu’au jour où ces méprisés devinrent les héros et les champions de la cause du Seigneur, alors que tout était en ruine en Israël. Que notre part soit de Le servir fidèlement ! Je crois que, sur le plan ecclésiastique, nous sommes là où nous devons être — là où le Saint Esprit est libre de déployer, manier et appliquer cette vérité qui a pour but de nous séparer du monde, de cœur et en pratique, pour être pour Dieu et pour les objets de Son cœur. C’est maintenant notre faute à nous seuls si nous ne faisons pas de progrès. Si tout ce qui nous entravait autrefois (lorsque nous étions lié à ce qui était un déshonneur systématique au Saint Esprit) est ôté, puissions-nous sentir profondément nos manquements personnels ! Notre principe de rassemblement n’est plus un motif humain, mais bien un motif divin, car ce n’est ni plus ni moins que la mise en pratique, par la foi, de la Parole de Dieu concernant Son Église, selon la lumière et la puissance qu’Il accorde. Si d’autres pouvaient nous montrer en quoi nous pourrions faire Sa volonté plus parfaitement, nous leur en serions très reconnaissants, et nous bénirions Dieu pour cette aide. Puissions-nous tenir ferme la vérité dans la soumission à Son Esprit, désirant le bien de tous les croyants, où qu’ils se trouvent, sans nous préoccuper de les faire sortir ou entrer un instant plus tôt que celui où Dieu leur donnera de connaître Sa pensée ! Je ne reconnais à aucune société humaine, grande ou petite, d’avoir le moindre droit sur un seul enfant de Dieu. C’est seulement de Sa volonté qu’il s’agit. Obéir à Sa Parole, insister là-dessus auprès des autres, ce n’est ni de l’arrogance ni du manque de charité, mais de la foi en Dieu. Puissions-nous y abonder avec actions de grâces.

 

1.13.5    Ch. 4:12 — le but du ministère : le perfectionnement des saints

Nous nous sommes déjà arrêtés sur les formes les plus remarquables du déploiement de la grâce de Christ par le moyen des dons — apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs et docteurs — mais nous n’avons pas encore abordé le but que notre Seigneur avait en vue, le but général du ministère. Le verset 12 nous apprend que les dons sont accordés « en vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du service, pour l’édification du corps du Christ ». Remarquez dès la première de ces expressions de l’Esprit de Dieu, ce qui corrige l’une des erreurs les plus répandues dans la chrétienté aujourd’hui — non pas simplement dans les formes les plus ténébreuses de la chrétienté (car je ne parle pas tant des églises Latines et Grecques), mais là où il y a la lumière orthodoxe du protestantisme, et même des sentiments évangéliques forts. Tous ceux qui sont au courant de la manière de voir si générale aujourd’hui, n’ont aucun doute que, même parmi les chrétiens, la notion principale qu’on a sur le ministère, c’est qu’il consiste simplement à appeler les âmes pour les amener à la connaissance de leur salut personnel en Christ.

Or ce n’est pas le but ultime du ministère pour le Seigneur. Gagner des pécheurs au Sauveur n’est qu’une partie de la bénédiction, même si c’en est une partie nécessaire. Les évangélistes, comme les autres, sont donnés « en vue du perfectionnement des saints », ce qui va beaucoup plus loin. Il est évident qu’il faut d’abord devenir des saints ; mais ce que le Saint Esprit signale comme le véritable objectif du ministère, c’est de former les saints selon Christ ; de les ajuster ensemble conformément à l’appel du Seigneur et à Sa volonté souveraine à leur égard ; de les mettre en état correctement, justement et librement, pour les amener à agir à leur place vis-à-vis de Dieu et les uns envers les autres. Voilà ce qui semble impliqué dans l’expression « le perfectionnement des saints ». Ce qui suit présente plutôt les formes intermédiaires que ce but suppose, « pour l’œuvre du service, pour l’édification du corps de Christ ».

Pour Dieu, Ses saints considérés individuellement sont toujours de première importance, y compris leur bonne condition devant Lui, et leur façonnement complet d’après Sa norme. Ce qui tient à leur rassemblement et à leur fonctionnement comme assemblée, aussi important soit-il, ne vient qu’après. Ainsi le sujet du corps, l’Église, n’apparaît pas avant la fin du chapitre 1. Qu’est-ce qui remplit la première partie de ce chapitre 1 ? ce qui est nécessaire pour le perfectionnement des saints. Dieu Lui-même révèle Sa vérité précisément dans le même ordre, et en vue du même but premier. Ici au ch. 4 on trouve de même les dons de Christ juste après le schéma de ce qu’Il opère. Le perfectionnement de Ses saints est l’objet le plus près de Son cœur ; puis viennent les moyens employés pour introduire dans la connaissance des privilèges qui nous sont communs, et le travail de l’Esprit dans l’assemblée, ce qui est lié avec Sa gloire sur la terre. Ainsi donc, quelle que soit la condition de l’Église, quelles que soient les précieuses voies de Dieu pour s’occuper de l’Église, quelles que soient les affections de Christ pour Son corps, après tout ce qui compte le plus directement pour Dieu, ce sont Ses saints ; leur perfectionnement est Son objectif premier et principal, et Il y tient toujours. Quelles que soient les fluctuations de l’œuvre, et quel que soit le caractère de Son témoignage à un moment donné sur la terre, le perfectionnement des saints est l’objet qui ne cesse d’être devant Lui.

Il y a dans cette pensée quelque chose d’extrêmement doux. Quoi qu’il arrive, Dieu accomplira le perfectionnement de Ses saints, et changera les choses douloureuses et affligeantes en moyens de bénédiction pour eux, la plupart du temps, sinon toujours, à leur honneur. Quand nous avons besoin d’être humiliés, c’est évident que nous ne sommes pas humbles ; si nous ne sommes pas petits à nos propres yeux, il faut que Dieu nous rende tels. Le processus selon lequel Dieu opère n’est pas de nature à nous donner de l’importance, mais Dieu garde toujours en vue la fin bénie qu’Il se propose, et ne manque jamais de l’accomplir. Il en résulte que nous avons toujours lieu de L’adorer pour Sa bonté ; même si dans tout cela il y a de la détresse dans le temps présent, toutefois Dieu ne fait jamais défaut. Il est résolu à perfectionner les saints. Il est fidèle et Il le fera. Il signale cette œuvre à Ses saints comme étant l’objectif pratique de Christ. C’est là que nous avons le ministère sous ces diverses formes selon ce qu’Il dispose souverainement.

 

1.13.6    Ch. 4:13a — Le dessein de Dieu s’accomplit malgré tout

Le Seigneur a à faire au ministère directement et sans intermédiaire, sans intervention de l’assemblée. Un ministère qui émane de l’Église, cela n’existe pas dans l’Écriture, bien que le ministère s’adresse à l’Église. Paul parle de lui-même comme d’un ministre de l’Église, non pas qu’il en dérive, mais dans le sens que son ministère était à son service : car l’Église est formée par le ministère, et ce n’est pas le ministère qui découle de l’Église. Les dons ont pour but le perfectionnement des saints. Le ministère peut faillir, mais le Seigneur ne manque jamais d’arriver à Ses fins. Ce sera peut-être d’une manière plus lente, éventuellement dans une extrême faiblesse, voire même dans l’affliction, mais Il accomplira Ses desseins. Il accorde ces dons « en vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du service, pour l’édification du corps de Christ ». Ces deux derniers membres de phrase sont subordonnés au premier. Il est très précieux de voir les saints agir ensemble ; mais même si l’œuvre du service vient à faillir ou à se gâter entre les mains de l’homme, le grand but que le Seigneur S’est assigné, et pour lequel Il a donné ces dons, est exécuté malgré tout. Et de plus cela est vrai « jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi, et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude du Christ » (4:13). L’expression « l’état d’homme fait » ne se rapporte pas à la résurrection, mais à notre croissance achevée dans la connaissance de Christ.

 

1.13.7    Ch. 4:13b-14 — La connaissance du Fils de Dieu ; l’état d’homme fait

On peut observer cela chez l’apôtre Paul. Bien que son grand travail ait été d’exposer la rédemption de Christ et les conseils de gloire de Dieu fondés sur la rédemption, il ne peut pourtant pas s’empêcher d’insister sur cette pleine croissance des saints liée à l’approfondissement de la connaissance du Fils de Dieu. C’est la personne de Christ qui se dresse devant l’âme, ce qui est vraiment un test de spiritualité, beaucoup plus que n’importe quelle connaissance de Son œuvre. C’est avec Christ comme Personne divine que la vérité appliquée par Dieu à nos âmes par le ministère, nous rend de plus en plus intimes. C’est ceci qui est mis devant nous « jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait ». La connaissance des voies de Dieu dans le passé ne produirait pas cela. Les saints de l’Ancien Testament regardaient au Messie comme une espérance ; mais la forme sous laquelle l’Esprit de Dieu nous présente le but aujourd’hui, c’est la connaissance de Sa personne, comme le Fils pleinement révélé pour notre joie, notre louange et notre culte. Ainsi, ce que nous avons ici, c’est le grand but chrétien, la grande forme de connaissance que Dieu a en vue pour tous Ses saints maintenant. Si l’on compare avec le verset 14, on voit la force de l’expression « à l’état d’homme fait » ; c’est en contraste avec l’état d’enfance, et le verset se continue ainsi : « à la mesure de la stature de la plénitude du Christ ; afin que nous ne soyons plus des petits enfants, ballottés et emportés çà et là par tout vent de doctrine ». Ce que Dieu a en vue pour nous, c’est que nous soyons au stade de pleine croissance, et cela « dans l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude du Christ ». Le contraste signalé est par rapport à cette condition de faiblesse où l’on est exposé à toutes les ruses des hommes, à leurs variations, et à leurs plans de propagation de l’erreur.

 

1.14                      Ch. 4:15

À l’opposé de cela, on arrive à la manière pratique selon laquelle notre accroissement a lieu. « Mais que, étant vrais dans l’amour, nous croissions en toutes choses jusqu’à Lui qui est le chef, le Christ » (4:15). L’expression est bien « étant vrai dans l’amour », ce qui est beaucoup plus profond que « parlant la vérité dans l’amour » selon le texte de la version autorisée du roi Jacques. Certes, « parler la vérité dans l’amour » est une partie très importante de « être vrai dans l’amour », mais ce n’est pas tout. Nous savons tous qu’il est très possible de ne pas être vrai en pensée et en sentiment, tout en tenant des propos tout à fait correct. « Être vrai dans l’amour » implique la vérité dans les parties intérieures de l’être.

 

1.14.1    Être vrai dans l’amour : l’exemple de Christ

Nous trouvons ici les deux traits essentiels de la piété qui se trouvaient en Christ en perfection infinie. Il était la lumière. En tout ce qu’Il disait, Il reflétait exactement la pleine vérité venant de Dieu Lui-même ; bien plus, il était Lui-même cette vérité. Il y a une expression remarquable en Jean 8:25, quand notre Seigneur discutait avec les Juifs et se présentait comme la lumière du monde. Ils lui demandèrent ce qu’Il était et Il répond : « Absolument ce qu’aussi je vous dis » (traduction exacte de l’original ; la version autorisée du roi Jacques traduit à tort « Cela même que je vous ai dit au commencement » ; or il n’y a pas « au commencement », mais « absolument » ; il n’y a pas non plus « ce que j’ai dis », mais « ce que je dis »). Si vous pesez ces mots, vous en verrez la force. Notre Seigneur est exactement et absolument ce qu’Il exprime ; Ses paroles communiquent ce qu’Il est avec une certitude infaillible. Lui était certainement vrai en amour. Les paroles de notre Seigneur faisaient ressortir si complètement l’homme intérieur, Il était si parfaitement transparent, que rien en Lui ne déviait de la vérité ; rien n’avait même l’apparence d’être autre chose que ce qu’Il était exactement. Il en était ainsi parce qu’il n’y avait pas de péché en Lui (1 Jean 3:5), et qu’il n’y avait pas de fraude en sa bouche (És. 53:9). Il n’avait pas d’autre objet que Dieu devant Son âme, comme Il dit Lui-même : « Je fais toujours les choses qui Lui plaisent » (Jean 8:29). On peut être certain que ce qui seul nous donne la puissance de la vérité, c’est d’avoir Christ devant nous comme l’objet de nos âmes pratiquement et en tout. Dès l’instant où nous avons quelque chose de nous-mêmes comme objet, nous nous écartons d’autant, et il en sort ce qui n’est pas la pleine vérité, car Christ seul est la vérité, et Lui seul nous donne la vérité dans l’amour parfait. Nous ne marchons nous-mêmes dans la vérité que dans la mesure où nous sommes remplis de Lui, et que nous L’avons Lui à l’exclusion de tout notre propre mal. Dès que nos cœurs se fixent sur une chose ou une personne quelconque en dehors de Christ, voilà le mal qui se montre — c’est bon pour nous de le savoir et de le reconnaître. Il n’en a jamais été ainsi avec notre Seigneur. Il pouvait dire : « Je me suis toujours proposé l’Éternel devant moi » (Ps. 16:8). Il s’est donné Lui-même à nous comme objet à avoir toujours devant nous.

 

1.14.2    Dieu veut que nous soyons semblables à Christ maintenant

La viande de notre Seigneur et son breuvage étaient de faire la volonté de son Père (Jean 4:34) ; toutefois bien sûr, Il devait rencontrer Dieu au sujet de nos péchés d’une manière à laquelle nul autre n’est appelé. Notre point de départ à nous, c’est une rédemption accomplie par Christ, qui nous a amenés dans la présence de Dieu, et nous appelle à marcher selon la grâce qui nous y a amenés et nous y garde. Même si nous ne le réalisons pas tous, nous en avons fini avec nous-mêmes en vertu de l’œuvre de Christ ; nous sommes approchés de Dieu, amenés à avoir notre chez nous avec Lui, et c’est de là que nous sommes appelés à entreprendre tout ce qui est convenable pour nous ici-bas ; nous avons ici à juger ce qu’est la volonté de Dieu, car nous sommes la faiblesse même si nous ne faisons pas clairement Sa volonté. Dieu ne veut pas seulement que nous soyons bientôt semblables à Christ, mais c’est maintenant qu’Il a cela en vue pour nous. C’est là les délices de Dieu avec Ses enfants, envers et contre tout, partout où le cœur est vrai et où Christ est devant l’âme, bien qu’il puisse y avoir des différences immenses. L’enfant ne reste pas toujours un enfant, mais il devient adulte : il devrait en être de même dans la famille de Dieu. Il veut que tous nous croissions.

 

1.14.3    Les dons servent à bénir les âmes

Or c’est là le but des dons de Christ. Il s’applique à bénir les âmes déjà maintenant dans ce monde : tel est l’objet de tout ministère. Ce n’est pas laissé à nos pensées ou à nos arrangements, mais c’est tout entre les mains du Seigneur. C’est Lui qui aime Ses saints, qui veut les bénir, et qui met en relation directe avec Lui-même Ses serviteurs particuliers qui doivent avoir à faire aux saints, et qui met devant les yeux de ces serviteurs ces objets auxquels Il tient, avec le devoir de s’acquitter de leur charge, — comme un devoir envers Lui et non envers eux. En effet, dès que l’Église devient le principal objet de l’âme, la bénédiction prend directement un caractère très inférieur, sur tous les plans spirituels.

 

1.14.4    Le vrai amour selon Dieu va de pair avec la sainteté — désirer les deux

On peut éprouver des sentiments justes les uns envers les autres, mais il y a quelque chose de beaucoup plus élevé que l’amour de ses frères, aussi divin soit-il. Si vous ne connaissez rien au-dessus de l’amour fraternel comme l’objet personnel auquel vous tenez, vous n’arriverez pas à marcher dans l’amour. Dieu est plus élevé que l’amour, et c’est justement ce qui fait toute la différence, si nécessaire dans le temps présent. L’une des choses principales contre lesquelles nous avons à être en garde, c’est l’effort que fait Satan pour persuader les gens que, parce que Dieu est amour, en conséquence l’amour est Dieu. Or il n’en est pas ainsi. Quand je dis que Dieu est amour, j’exprime ce qu’Il est dans l’énergie active de Sa nature sainte. Mais ce n’est pas tout ce que Dieu est. Il est lumière autant qu’Il est amour ; je dois reconnaître Son amour sans renier Sa lumière. Ce qui prévaut chez beaucoup aujourd’hui, c’est qu’on déifie l’amour pour dépouiller Dieu de Sa lumière. Or quand nous avons clairement devant nous, non pas que l’amour « est Dieu », mais que « Dieu est amour », alors l’amour n’en sera pas moindre, mais au contraire plus vrai et plus pur. L’amour sera alors la source active de nos cœurs, et ne sera pas en conflit avec le caractère de Dieu, mais il laissera place à Dieu pour Se manifester selon tout ce qu’Il est. Dieu est vrai dans l’amour.

Considérez, par exemple, comment Il a agi envers mon âme à la conversion. La foi est-elle la seule chose produite par le Saint Esprit ? Quel est le premier effet de Son entrée chez un pécheur ? C’est de l’amener à n’être rien. N’est-ce pas de l’amour ? Si, mais c’est l’amour de Dieu agissant avec moi dans la vérité de ce qu’Il est, et de ce qu’est la terrible condition du pécheur. L’effet produit sur le cœur de celui qui est renouvelé n’est donc pas simplement la foi en Christ, mais la repentance envers Dieu ; c’est le jugement de toute sa condition morale comme Dieu la voit. Ces deux effets se trouvent donc ensemble dès le commencement quand Dieu opère dans une âme, et dans la réponse morale produite dans l’âme du saint, et on continue à les trouver tout le temps ensemble. Quand un saint agit de manière saine en la présence de Dieu, il y aura place tout autant pour l’amour divin, que pour le maintien de la sainteté et de la majesté de Dieu. Nous ne devrions pas désirer que la peine nous soit épargnée pour échapper à cela aux dépens de Dieu. Aucune épreuve du cœur n’a jamais été passée avec Dieu, sans en avoir reçu de la bénédiction. On pourrait avoir de la bénédiction encore plus richement, sans autant de manquement ou de manifestation de ce que nous sommes. Mais si nous ne saisissons pas Christ de manière à être élevés au-dessus de nous-mêmes, alors il faut apprendre avec douleur ce que nous sommes. Mais Dieu fait tourner tout cela pour la bénédiction. C’est là la pensée capitale de ce chapitre. Dieu nous a amenés dans une position de bénédiction. Tout d’abord nous sommes en Christ devant Dieu, et, ensuite, Dieu demeure en nous : la première de ces choses est notre grand privilège, l’autre est notre responsabilité solennelle, qui découle de ce que Dieu a fait de nous le lieu de Son habitation.

 

1.14.5    La vraie base de rassemblement, celle que Dieu peut approuver

Cette vérité de l’habitation de Dieu exclut immédiatement toutes notions ecclésiastiques rétrécies. Si nous nous réunissons simplement comme une église, une telle relation avec Dieu disparaît. Même si je ne me réunis qu’avec deux ou trois, il faut que ce soit sur la base de L’Église, faute de quoi il n’a pas en lui de vérité devant Dieu ; si deux ou trois chrétiens se réunissent sur cette base, ils font la volonté de Dieu, et ont Dieu demeurant chez eux. C’est là que Christ est, et c’est là que Dieu demeure d’une manière spéciale. Dieu peut bénir dans un rassemblement qui n’a pas Son approbation ; Il peut bénir même dans le papisme. La grâce de Dieu est si riche et donnée si librement, et elle est tellement au-dessus des voies mauvaises des hommes, qu’Il peut se servir du nom de Christ dans les circonstances les plus fâcheuses. Mais que le sceau de Dieu soit mis sur ce que nous faisons, c’est tout autre chose. Pour qu’Il puisse s’y associer, il faut que nous soyons dans la vérité des choses, et que nous agissions selon la pensée divine. Depuis le temps où les apôtres ont été suscités, Paul spécialement, je crois que ce n’est que de nos jours que cette grande vérité a été mise en lumière par le Saint Esprit de manière à agir sur les âmes selon Dieu.

 

1.14.6    La ruine de la chrétienté ne change rien — obéir à la Parole

Depuis la ruine de la chrétienté, je ne connais pas de témoignage adéquat qui ait été rendu à cette grande vérité. Il y a eu abondance d’efforts humains pour améliorer le présent et imiter le passé, mais tout cela est bien différent de ce que Dieu a préparé dans la Parole pour les saints dans une condition déchue. Quand vous voyez un homme s’efforcer simplement et avec toujours plus de sérieux de s’améliorer, vous avez raison de dire qu’il est sous la loi et ne comprend pas l’Évangile. De la même manière, quand un ensemble de chrétiens essaient d’améliorer la chrétienté par de nouveaux plans et de nouveaux efforts, je dois dire que, s’ils comprenaient la nature de l’Église de Dieu et la relation du Saint Esprit avec elle, ils sentiraient combien l’union est un misérable substitut à l’unité ; ils s’humilieraient devant Dieu à cause de l’état de l’Église, et reviendraient à la Parole de Dieu pour voir s’il n’y a pas une réelle direction, humble mais divine, pour l’état de choses actuel dans la chrétienté. Dieu veuille délivrer Ses saints de l’idée aussi profane qu’incrédule, mais si généralisée, que, vu les circonstances présentes, nous sommes obligés de continuer çà pécher ! Pour ceux qui ont du discernement spirituel, cette pensée revient à faire de Dieu quelqu’un comme nous. Si je fais l’abandon de Sa sainteté sur un point, comment puis-je la maintenir ou me confier en Lui sur un autre ? Maintenons au contraire qu’il n’y a pas de situation d’urgence telle que Dieu puisse abaisser Sa sainteté, ou approuver que nous en manquions. Si Sa volonté est parfaite dans d’autres domaines, l’est-elle moins dans ce qui concerne si profondément et de si près la gloire et le nom de Christ, à savoir l’Église ? On raisonne à partir du fait que les choses ne sont plus aujourd’hui dans l’ordre et dans la beauté du commencement ; on va même jusqu’à nier la responsabilité des saints, comme si les chrétiens n’avaient rien à voir, d’une manière ou de l’autre, avec ces écarts publics d’avec Dieu. Va-t-on soutenir qu’il faut adopter ces écarts parce qu’on a été élevé au milieu de cela, tant soi que ses pères ? La question qui se pose pour nous est certainement la suivante : Désirons-nous apprendre et faire la volonté de Dieu ? Est-ce là le grand objectif qui nous dirige ? ou nous contentons-nous de savoir où trouver assez de bien-être et de bénédiction pour surnager ? Je suis pleinement assuré que c’est en faisant la volonté de Dieu, que vous aurez le plus de bénédictions, et les meilleures ; cependant là n’est pas le vrai motif chrétien, et c’est même un guide incertain. On peut aller ici et y trouver un peu de bénédiction, et puis aller là avec l’espoir d’en trouver un peu plus. Mais, comme le dit notre passage, la croissance a lieu « afin que nous ne soyons plus de petits enfants, ballottés et emportés çà et là par tout vent de doctrine » (4:14). Dieu veut que nous soyons gardés de toute la tromperie des hommes et de leur habileté à user de voies détournées pour égarer (4:14).

 

1.14.7    Comment avoir de la certitude dans la confusion régnante — discipline publique et jugement uni

N’y a-t-il donc aucun moyen d’avoir de la certitude au milieu de la confusion régnante ? Assurément il y en a. Quand l’âme est suffisamment brisée pour sentir ce qui est dû à Dieu, Il rendra tout clair. Nous ne devrions jamais, ni en privé ni en public, nous joindre à quoi que ce soit que nous savons être mauvais. Bien sûr on trouve partout des choses dites ou faites qu’on ne saurait approuver ; mais de tels manquements individuels sont quelque chose de bien différent de la participation à des actes publics de culte suivant un ordre qu’on sait d’avance être systématiquement non scripturaire : Là, je m’identifie avec l’offense de ce qui est commis en contradiction avec la Parole de Dieu et établi par une autorité humaine. Ceci montre l’importance de ne rien faire dans l’assemblée sans qu’il s’y rattache tout le poids de l’assemblée.

Il est donc évidemment désirable de laisser hors de l’assemblée tous les questions de controverses. Nous pouvons en parler à un serviteur de Dieu, ou à un frère sage. Mais même si je jouis personnellement de quelque chose, cela ne m’autorise pas à en occuper l’assemblée de Dieu, à moins que je ne croie que Dieu veuille que j’en parle, — il en est ainsi spécialement si cela peut jeter du doute dans les pensées du croyant le plus simple de cette assemblée. Les affaires mineures de discipline ne devraient jamais être présentées à l’assemblée. En présence de ce qui paraît être une fausse doctrine fondamentale ou avoir un caractère d’immoralité grossière, quoi que ce puisse être, on doit évidemment supposer que tous les saints auront le même jugement sur de pareils points. Tous sentiront qu’on ne peut avoir aucune communion avec le blasphème ou l’ivrognerie, ni avec toute autre manifestation fatale du mal de telle ou telle nature. Ce sont des cas qui réclament le jugement uni de toute l’assemblée. Si un saint est ce qu’on appelle un membre de l’Église nationale, ou un dissident, peu versé dans ce qu’enseigne l’Écriture quant à l’idée et l’action ecclésiastiques, — malgré cela, s’il est réellement né de Dieu, il peut ne pas y avoir de différence de fond sur le jugement à porter dans de tels cas. La puissance de l’Esprit est grande, le Seigneur sait comment opérer, et les instincts spirituels communs à tous les enfants de Dieu, guidés par Sa parole sur de tels sujets, trouvent leur expression dans le rejet et le jugement de toutes ces choses mauvaises. La discipline publique dans l’Église est une affaire si sérieuse, qu’on ne devrait jamais y recourir tant que le mal n’a pas atteint un degré tel que tous les croyants dépourvus de préjugés soient unis à son égard. Il y a une tendance chez ceux qui ont un esprit juste et actif, à faire de tout sujet sur lequel on diffère une question que l’Église doit traiter et trancher. C’est une grave erreur, source de malheurs pour tous ceux qui sont concernés, et il faut y résister avec tout le sérieux possible. Les saints sont eux aussi exposés à avoir des préjugés ou des préventions en ce qui les concerne l’un l’autre, spécialement dans les petites choses qui prêtent tant à l’esprit de parti. Pour bien des âmes, ce serait en outre une vraie torture, si toutes les questions privées étaient susceptibles d’être produites en public. Dieu soit béni ! Il a établi Ses propres jalons pour nous guider, et Il nous a montré clairement qu’on ne devrait jamais rien amener sur la place publique de la discipline de l’Église avant d’avoir tout fait pour l’empêcher. Le désir de nos cœurs devrait être la gloire du Seigneur dans la bénédiction réciproque de nos âmes ; or nous savons tous qu’une publicité inutile ne fait que rajouter de la honte, de la souffrance et des difficultés. Quand c’est nécessaire, qu’on le fasse, et d’une manière qui soit pour le Seigneur, en toute gravité et amour véritable. Quand on détruit la vraie idée de l’Église et de son action, on tend à la rabaisser au niveau d’un simple club, quelquefois plus bas que le monde, même s’il y a des prétentions plus hautes.

 

1.14.8    Rassemblements restreints à deux ou trois

Quand nous avons saisi la vérité que le Seigneur a sur terre ce à quoi Il lie Son nom, même si deux ou trois seulement sont rassemblés à ce nom, renonçant à leur relation avec ce qui est du monde et de l’homme ; — quand nous en sommes arrivés à apprendre de Dieu que Celui qui a sauvé nos âmes est Le seul compétent pour former, garder et diriger l’Église — si nous savons qu’Il nous a faits membres de Sa propre Église, tout ce qu’il nous reste à faire est d’agir sur la base de l’Église que Dieu a faite. Si nous appartenons réellement à Dieu, nous appartenons à Son assemblée et nous sommes appelés à la réaliser d’une manière pratique. Si j’en connais bien peu qui agissent selon ce qui s’applique à ce sujet dans la parole de Dieu, j’ai la liberté, bien plus, je suis tenu dans la liberté de Christ de me réunir avec eux. Ce serait, naturellement, un sujet d’actions de grâces si des centaines de milliers se réunissaient de la sorte, bien que ceci puisse occasionner d’autres souffrances et épreuves sur d’autres plans ; mais l’épreuve n’est pas simplement du trouble pour la chair ; si nous marchons avec Dieu, elle sera une occasion pour l’exercice de la grâce et de la patience ; elle fera appel au vrai amour pour Christ qui cherche le bien des autres, et qui se traduit toujours en intercession sous la pression du mal de tous côtés.

Si donc deux ou trois en arrivent à ne plus pouvoir reconnaître d’église humaine, ni de salut humain, faut-il qu’ils continuent à rester, au déshonneur de Dieu et pour la ruine de leur conscience, en persistant dans un mal connu ? Ne doivent-ils pas plutôt, par la foi, se réunir au nom du Seigneur ? Qu’ils fassent tout pour se réunir, en suivant la Parole et en faisant confiance à l’Esprit de Dieu. Ils rencontreront des épreuves, mais ils auront la vraie liberté et le Saint Esprit opérant au milieu d’eux. Cet Esprit a été donné pour demeurer avec eux éternellement (Jean 14:16) ; qu’ils le croient et qu’ils ne manquent pas de compter là-dessus. Peut-être sont-ils très faibles, mais le Saint Esprit n’est pas faible. Quand ils se réuniront, peut-être que personne ne leur parlera longuement, avec profit ; mais l’assemblée de Dieu ne se réunit pas pour des sermons. Qu’il y ait beaucoup ou peu de paroles, leur but est de faire la volonté de Dieu, de se souvenir de Christ, d’agir selon l’Écriture en ayant foi au but et à la gloire de Dieu dans Son Église. S’il y a vingt-mille chrétiens dans les environs, mais qui se réunissent sur des principes humains, quel croyant pourra soutenir que ces deux ou trois ne jouissent pas de la présence spéciale de Dieu parmi eux d’une manière impossible aux vingt-mille ? Plus nous avons le sens de la ruine de l’Église, plus aussi nous avons pleine confiance que les principes de Dieu demeurent toujours intacts et aussi obligatoires aujourd’hui qu’au jour de la Pentecôte. Plus l’âme est heureuse dans le Seigneur, plus elle sera amenée à s’épancher en amour pour tous les saints. Que ce soit notre part par grâce « de croître en toutes choses jusqu’à Lui qui est le Chef, le Christ ! » (4:15). Cela ne dépend pas du nombre des communiants, ni de la forme et des moyens de la puissance dans le ministère, mais bien davantage de l’état de nos propres âmes avec Dieu, et de ce qu’on fait Sa volonté, non seulement dans le service et la vie individuels, mais aussi comme Son assemblée, qui devrait se réunir selon Sa parole.

 

1.14.9    Enchaînement des pensées de 4:12 à 4:15 — Christ seul rempart contre le mal

Il y a donc ces trois choses : d’abord et par-dessus tout, le perfectionnement des saints individuellement ; ensuite, de manière subordonnée, l’œuvre du service [ou : ministère], où d’autres personnes agissent sur moi ; et, enfin, l’édification du corps de Christ. Le but profond et le résultat désiré de tout cela est la croissance jusqu’à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude de Christ ; « afin que nous ne soyons plus des enfants ballottés et emportés çà et là par tout vent de doctrine dans la tromperie des hommes, dans leur habileté à user de voies détournées pour égarer ; mais que, étant vrais dans l’amour, nous croissions en toutes choses, jusqu’à Lui qui est le chef, Christ ». Permettez-moi d’en montrer une preuve pratique. Vous savez que très tôt, toutes sortes de fausses doctrines et d’hérésies ont surgi. Quelle fut la ressource des hommes pieux de ce temps-là ? On inventa des credo et des confessions servant à mettre à l’épreuve les personnes suspectes. Or où était l’autorité pour agir ainsi ? Ces remparts ont-ils maintenus le mal dehors ? Nullement, jamais et nulle part. Il n’y a qu’une seule puissance capable de maintenir la vérité et l’amour — c’est Christ. Là où Christ est réellement retenu et où on Lui demeure attaché, sans instruments humains, on peut commencer dans la faiblesse et l’ignorance, mais la force de Christ finira par être rendue parfaite dans leur faiblesse. La puissance de Christ reposera sur ceux qui, sentant leur propre faiblesse, s’attachent à Lui seul. Imposer des credo fait souvent trébucher les consciences faibles des fidèles, mais parvient rarement, voire jamais, à exclure les hommes mauvais ; et les chrétiens spirituels non plus n’estiment pas juste de les reconnaître, car ils sont sensibles à l’honneur dû à la parole de Dieu, et ils ont été amenés à voir que ces credo sont sans garantie, aussi corrects soient-ils. Il en résulte que vous brouillez les faibles parmi les enfants de Dieu, et vous excluez les forts. Vous avez une foule de gens qui y souscrivent de manière irréfléchie ou bigote ; quant aux hommes dangereux, quel est le voleur ou le brigand qui va se laisser arrêter par un credo ? Les barrières humaines sont capables d’entraver ou de déshonorer l’œuvre de Dieu, mais non pas d’empêcher le mal de l’homme ou de Satan. Ce que vous trouvez dans l’Écriture, ce sont les saints conduits en avant, et le corps bien uni ensemble par les divers jointures et liens, et ainsi alimenté (Col. 2:19). Tel est l’exercice et le fruit du ministère exercé dans toute son étendue ; car le Saint Esprit peut donner là une parole par quelqu’un qui n’a pas de don permanent, bien qu’habituellement Dieu opère dans un homme pour en faire un évangéliste ou un docteur. Ainsi l’existence d’un ministère régulier est une vérité divine, même si la vérité va bien au-delà.

 

1.14.10Pas de ministère unique

Un ministère exclusif, c’est, j’ose le dire, interférer avec les droits de Christ et l’action du Saint Esprit. Dieu a fait en sorte que, dans ces derniers jours, la ruine de l’Église soit plus ressentie qu’elle ne l’a été à aucune autre époque que je sache de son histoire passée ; mais Il a aussi fait apprendre et ressentir aux âmes qu’aucune ruine de l’Église ne détruit un principe divin. Ce qui était la vérité pour l’Église est la vérité pour celui qui croit. Le principe originel du ministère demeure toujours le seul principe que Dieu approuve et que nous devons suivre. La pratique moderne n’existait nullement aux temps apostoliques, c’est une chose humaine propre à nos jours : pourquoi un saint devrait-il alors s’y tenir ou la justifier ? L’Église doit absolument au Seigneur de ne pas interférer avec ceux qui font l’œuvre du Seigneur selon l’Écriture (*). Tous doivent aussi laisser au Seigneur la place pour susciter d’autres ministères comme il Lui plait. Nul ouvrier, si habile et si béni soit-il, ne réunit tous les dons dans sa personne. Tel membre de Christ dans une congrégation peut être qualifié de Dieu pour édifier occasionnellement par une parole de sagesse, ou pour prêcher l’Évangile, ou pour exhorter, ou pour agir comme ministre de telle ou telle manière ou à tel degré, selon la Parole de Dieu. La porte est gardée ouverte dans l’Écriture en principe et en pratique pour tout ce que Dieu donne. Ce n’est certes pas là déprécier le ministère ; au contraire, c’est l’affirmer, et affirmer les droits du Seigneur dans le ministère. Mais le principe sur lequel s’exerce le ministère aujourd’hui, est si entièrement, certainement et manifestement humain, qu’il en résulte inévitablement que bon nombre de personnes même pas chrétiennes sont accréditées comme ministres, et que sont discrédités tous les vrais ministres qui, à cause du Seigneur, rejettent les formes non scripturaires, nouvelles ou anciennes. C’est là un mal qu’aucun homme pieux, s’il a le désir d’être obéissant, ne doit tolérer ni même considérer à la légère, ne serait-ce qu’un instant. Voilà une bonne raison, me semble-t-il, pourquoi c’est un tort de devenir ministre d’une dénomination quelconque qui suit ces traditions sans fondement, — ce qu’elles font toutes. Si vous êtes ministre en aucune manière, vous êtes ministre de Christ et de personne d’autre. C’est clair comme le jour selon la Parole de Dieu. L’action de l’assemblée, en tant que telle, est quelque chose d’entièrement distinct. S’il veut agir correctement, le ministre doit agir de la part de Christ, et de Christ seul, tout en faisant, bien sûr, partie de l’assemblée ou qu’il en soit membre. Il peut s’efforcer d’édifier les croyants par des discours, des exhortations ; il peut chercher sérieusement la conversion des non croyants ; mais avec ou sans ministère (naturellement dans ce dernier cas, il y a une perte), l’assemblée continue, et elle reste compétente pour remplir ses fonctions propres dans la soumission au Seigneur, étant tenue de le faire. Répétons que ce qui constitue la puissance de l’assemblée, ce n’est pas le ministère, mais la présence et l’opération de l’Esprit. Il est aussi important pour l’assemblée de garder cela à l’esprit, que pour les serviteurs de se rappeler qu’ils ont directement à faire avec Christ comme leur Seigneur. Bien entendu, l’abus du ministère, comme tout autre péché, amène nécessairement le coupable sous le jugement de l’assemblée. Nul n’est hors du champ de jugement de l’Église, s’il y donne occasion par quelque mal dans sa conduite. Mais on ne doit jamais voir l’Église interférer, sauf en cas de mal connu, en doctrine ou pratique.

 

(*) Si l’on suppose avoir des droits à interférer parce qu’on honore ceux qui travaillent, ou qu’on contribue à les soutenir, eux et leurs familles, selon ce qui est nécessaire, cette pensée provient d’une source mondaine et mauvaise qui est manifeste. Achèterait-on le don de Dieu avec de l’argent, ou réduirait-on un serviteur de Christ au rang de mercenaire des hommes ? D’un autre côté, prenons garde à l’esprit humain d’indépendance, qui n’est pas autre chose que de l’orgueil, dans un domaine où il est des plus inconvenants et des plus nuisibles.

 

1.15                      Ch. 4:15b-16

Voici quelque chose susceptible d’aider à faire voir la portée pratique du passage. Ce que Dieu fait et ce que Christ donne, les services réciproques des divers membres du corps, les jointures et les liens, — tout a pour but que nous « croissions en toutes choses jusqu’à Christ ; duquel tout le corps, bien ajusté et lié ensemble par chaque jointure du fournissement, produit, selon l’opération de chaque partie dans sa mesure, l’accroissement du corps pour l’édification de lui-même, en amour » (4:16).

Nous avons là la théorie de l’Église, parce que Dieu, en posant ces principes bénis, n’introduit pas les simples accidents du mal. Il n’y a pas la moindre idée qu’ici ou là une vis puisse être mal vissée, ou quelque chose d’autre soit de travers. Tout est supposé se mouvoir harmonieusement en vue du grand but final pour lequel le Seigneur l’a établi. C’est ailleurs qu’il faut chercher (et qu’on trouve) l’action en discipline et les ressources quand le mal domine.

On allègue souvent la difficulté qu’on ne saurait avoir d’Église parfaite sur terre. Qu’entend-on par là ? Ce n’est qu’une évidence banale, si l’on entend par là une condition où aucune âme ne dit ni ne fait jamais rien qui ne soit entièrement selon Dieu, — la proposition contraire n’étant que de la folie. Mais l’on insinue qu’il n’est pas possible d’avoir sur terre aucun groupe de saints selon la volonté de Dieu, je nie cela formellement, et je crois que vous pouvez trouver aisément le chemin de Sa volonté, et que tout croyant devrait le trouver. Si vous êtes membre de l’Église de Dieu, vous avez la responsabilité d’apprendre la volonté de Dieu concernant cette Église, et de ne rien faire d’autre. Si je connais quelque part deux ou trois chrétiens cherchant à marcher selon les Écritures, c’est là ma part. L’un peut être naturellement une personne d’avant-garde, l’autre un original dans ses idées et sa marche. Il peut y avoir des fautes chez tout individu. Mais rien de tout cela ne va me faire hésiter un instant, parce que je reconnais en eux cette partie de l’Église qui, là où ils sont, agit selon Dieu, — et que je le reconnaisse, ne dépend pas d’une idéal sans tache sur tel ou tel point. La question qui se pose est celle-ci : font-ils la volonté de Dieu selon Sa Parole ? La volonté de Dieu est parfaite, et celui qui la fait demeure éternellement (1 Jean 2:17). Sa volonté touchant son Église n’est-elle pas aussi absolue qu’à l’égard de toute autre chose ? Si j’admets cela, je dis qu’il y a là le principe pour agir. Ne nous faut-il pas être aux affaires de notre Père (Luc 2:49) à cet égard ? Il s’ensuit que, pour tous ceux qui veulent plaire à Dieu, il n’y a qu’un question à se poser : quelle est Sa volonté ? Il ne s’agit sûrement pas de se rassembler en tant que troupeau de M. Untel (car où trouvons-nous quelque chose de pareil dans l’Écriture ?), mais bien de se rassembler comme des chrétiens qui s’attachent simplement à Christ, et qui comptent sur le Saint Esprit pour leur enseigner toute la volonté de Dieu. N’est-ce pas là la seule vraie base sur laquelle les chrétiens devraient agir collectivement ? Où vais-je donc trouver des chrétiens rassemblés de cette manière ? Y en a-t-il qui ont eu la foi pour sortir de ce qui est simplement humain, pour se tenir sur le fondement posé dans la Parole de Dieu ? La même Écriture qui me dit comment je dois être sauvé, me dit aussi comment marcher dans Sa maison, l’Église de Dieu. Ni l’assemblée, ni le ministère ne sont laissés à l’intelligence humaine ou aux caprices des hommes. Pour tous les deux, il nous faut chercher dans la Parole de Dieu, et nous y soumettre. Le système de Dieu (car Il en a un, révélé dans l’Écriture), voilà ce que nous avons à apprendre, et d’après quoi nous avons à agir. Nous pouvons rencontrer de grandes épreuves et de grandes difficultés, et nous trouver nous-mêmes dans les mêmes détresses que les saints d’autrefois, toutefois cela même nous confirme la vérité. Nous aurons certainement de la joie et de la force si nous sommes simplement dépendants du Seigneur, et si nous lui obéissons. Les épreuves mêmes deviendront une source de nouvelles bénédictions ; et nous ferons l’expérience combien Dieu peut vraiment nous donner bien des choses de Sa Parole pour l’employer à Sa propre gloire — des choses qui nous étaient jusque-là pratiquement inutiles, et que nous supposions ne se rapporter qu’aux temps apostoliques. Nous commençons alors à trouver une application présente à la Parole de Dieu en rapport avec notre position collective, comme à l’égard de la satisfaction des besoins journaliers de nos âmes. S’il en est ainsi, puissions-nous avoir le bonheur non seulement de savoir ces choses, mais de les faire (Jean 13:17), en persévérant jusqu’à la fin (Marc 13:13 ; Apoc. 2:26).

 

1.16                      Ch. 4:17-22

Nous en arrivons maintenant à la marche des chrétiens en général, celle qui est en harmonie avec la doctrine de notre épître et qui s’y rattache. Au début du ch. 4, il y avait déjà eu une exhortation à marcher d’une manière digne de l’appel dont nous sommes appelés, mais ici l’apôtre rentre dans les détails.

 

1.16.1    Ch. 4:17 — ne pas marcher comme le reste des nations

Cela commence par une solennelle injonction faite aux saints de ne plus marcher dorénavant comme le reste des nations, dans la vanité de leurs pensées. L’Esprit de Dieu nous met en garde contre ce que nous estimerions peut-être inutile — la marche de ceux qui nous entourent — la marche qui était la nôtre avant d’avoir été amenés à Christ. Pourtant, si on y réfléchit tant soit peu, la sagesse d’une telle exhortation est manifeste, car les chrétiens sont d’habitude exposés à être très influencés par l’atmosphère de pensées et de sentiments qui les entoure dans le monde. La passion dominante qui emporte le monde d’aujourd’hui risque toujours d’être en piège au moins à ceux qui se dérobent devant la croix chaque jour, d’autant plus qu’ils ne se défient pas d’eux-mêmes. Quelle que soit la forme prise par ce qui occupe les énergies du monde, spécialement si c’est la philanthropie, le progrès moral ou la religion, nous sommes toujours en danger d’être pris au dépourvu. En outre, et c’est ce dont il s’agit ici directement, les vieilles habitudes sont tenaces, en sorte que l’apôtre n’hésite pas à avertir ces saints qui se distinguaient, non seulement par la fraîcheur de la joie de la foi, mais aussi par leur position extérieure, bien séparée du monde (la ligne de démarcation était nettement définie à l’époque). Malgré cela, dans cette première parole d’exhortation, le Saint Esprit met en garde très solennellement les saints contre le danger d’être entraînés dans les voies et les pratiques des Gentils. C’est souvent un danger pour les chrétiens, parce qu’ils n’aiment pas être singularisés. Il peut y avoir des originaux parmi les enfants de Dieu, sans que l’apôtre ne nous parle, bien sûr, d’individus excentriques, pour lesquels ce n’est pas une difficulté mais un plaisir de ne pas être comme les autres : Ils affectent l’originalité en paroles et en actes, et leurs efforts dans ce sens les rendent bizarres à tous égards. Mais l’apôtre les met en garde contre le danger moral ordinaire, quand la foi a perdu quelque chose de sa simplicité et de sa fraîcheur.

 

1.16.2    Agir en grâce sans abandonner ses propres principes

D’un autre côté, l’apôtre a montré ailleurs — efforçons-nous toujours de nous en rappeler —qu’il est sage et important d’agir envers les âmes en grâce autant que possible, et de ne pas imposer aux autres ce qu’ils n’ont pas la force de porter. En écrivant aux Corinthiens, l’apôtre avait insisté sur ce point, et son ministère en donnait l’exemple. Il était devenu comme Juif pour les Juifs, afin de gagner les Juifs (1 Cor. 9:20). Il était devenu toutes choses pour tous, afin que de toute manière il en sauvât quelques-uns (1 Cor. 9:22). On ne trouvait là aucune sorte d’insistance sur des points particuliers. Le désir de son cœur était le bien des âmes ; et nous pouvons l’avoir sans pour autant insister sur nos pensées et sentiments particuliers, aussi justes soient-ils. Voilà la souplesse du chrétien s’il est établi dans la grâce. Quand il s’agit de nos propres âmes, nous ne saurions guère tirer trop fort sur la corde, ni veiller et prier trop rigoureusement pour éviter de glisser ça et là. Mais il en va tout autrement quand on a à faire aux autres. Nous devons supporter leurs infirmités, même si nous restons forts quant à la vérité. C’est pour leur bien que le Seigneur les met sur nos cœurs. Même vis-à-vis de Ses propres disciples, nous voyons que le Seigneur n’allait pas au-delà de ce qu’ils étaient en état de supporter à ce moment-là. Or le désir même d’aller à la rencontre des âmes, et de ne pas soulever des questions susceptibles d’engendrer des disputes, pourrait exposer le chrétien animé d’un esprit de grâce, à prendre la couleur de son entourage, et d’abandonner ses propres principes. Il nous faut veiller de tous côtés.

 

1.16.3    La marche des nations et les vaines pensées viennent de l’état du cœur

Quant au support dans lequel nous sommes appelés marcher les uns avec les autres, il n’y a pas de doute à ce sujet. Néanmoins il nous faut veiller à ne pas tourner la grâce en légèreté ou en dissolution. « Voici donc ce que je dis et témoigne dans le Seigneur, c’est que vous ne marchiez plus comme le reste des nations aussi marche, dans la vanité de leurs pensées, ayant leur entendement obscurci, étant étrangers à la vie de Dieu à cause de l’ignorance qui est en eux, à cause de l’endurcissement de leur cœur » (4:17-18). L’apôtre commence ici par l’intérieur. Vous remarquerez que nous avons tendance à nous occuper et occuper les autres de ce qui est extérieur. Mais l’apôtre va à la racine de la marche mauvaise des Gentils. Leurs pensées étaient vaines et creuses, ce qui est inévitable pour des gens qui n’ont pas nettement, positivement et d’une manière intelligente, Dieu devant eux, quel que soit le sujet qui les occupe. Ces Gentils n’avaient Dieu devant eux en rien. Ils étaient « sans Dieu dans le monde » (2:12). En conséquence, il n’y avait chez eux que les pensées et la bouche de l’homme, creuses et nébuleuses, imaginant une chose et en exprimant une autre. Quel en était le résultat ? Leur entendement était obscurci. « Ils étaient étrangers à la vie de Dieu à cause de l’ignorance qui est en eux, à cause de l’endurcissement de leur cœur » (4:18). On a là des descriptions variées, non pas de la marche extérieure, mais de la racine de tout le mauvais fruit qu’ils portaient. Dieu n’était dans aucune de leurs pensées. Ils étaient « étrangers à la vie de Dieu ». Comment aurait-il pu en être autrement ? La vie de Dieu ne se trouve que dans Son Fils (1 Jean 5:11) ; or n’ayant pas le Fils, ils n’avaient pas non plus la vie (1 Jean 5:12). Bien loin d’avoir de l’attrait pour le bien, ou un juste sens d’en avoir besoin, ils étaient étrangers au bien ; la raison en était l’aveuglement, ou endurcissement, de leur cœur. C’est là qu’il faut remonter pour trouver la source de la mauvaise conduite de ces Gentils. En bref et dans le fond, elle provenait de leur ignorance, et leur ignorance venait de l’endurcissement de leurs cœurs, non pas de la lourdeur de leurs esprits. Quelle vérité solennelle et pratique, pour toute âme d’homme, convertie ou non ! Notre conduite découle de notre manière de juger, et notre manière de juger découle de nos affections. C’est pourquoi l’état de nos cœurs est ce qu’il y a de plus important en pratique. Nous apprenons ici que tout l’homme extérieur a sa source dans l’homme intérieur, et que l’homme intérieur est formé par ce qui gouverne le cœur.

De là l’immense importance d’avoir Christ comme l’objet de nos cœurs, et même comme l’objet exclusif. Il n’y a rien de plus commun que des affections partagées. C’est même le grand point sur lequel nous avons tous à veiller. Si nous avions davantage l’œil simple et un cœur plus entièrement consacré à Christ, se jugeant mieux lui-même, quelle en serait la conséquence ? Comme c’est le cœur qui donne toujours au jugement sa direction, son caractère et son énergie, il n’y aurait jamais d’hésitation pour la marche individuelle, et la marche ensemble serait tout à fait paisible et dans la lumière de Dieu, sans faux pas ni trébuchement d’aucune sorte. C’est bien là la théorie du chrétien (comp. Phil. 1 et Col. 1). En pratique les difficultés ne manquent pas. Qui de nous n’a pas eu à confesser de tristes chutes et du péché ? Qui n’a pas dû dire : je ne connais pas la pensée de Dieu à l’égard de ceci ou de cela ? En un mot, l’entendement a été trop souvent obscurci, et la marche ne ressemblant pas à celle de Celui à qui nous appartenons. Certes ils ne sont pas tels que ceux décrits dans notre passage. Mais n’est-ce pas solennel que le chrétien ait à veiller contre les mêmes choses mauvaises que celles qui, dans des âmes qui ne connaissent pas Dieu, nient et outragent Son caractère et Sa volonté ? Pourtant c’est ce que nous avons tous à sentir et à confesser quant à nous-mêmes. Nous avons si souvent manqué de lumière divine ! Cela ne devrait jamais être le cas chez un saint. Il n’en a jamais été ainsi avec Christ. Il était la lumière ; de sorte que ce ne serait pas du tout à la hauteur de Sa gloire que de dire qu’Il marchait toujours non seulement dans la lumière, mais selon la lumière. Il n’a jamais connu ce que c’est que d’avoir l’ombre d’un doute. S’Il attendait, ce ne fut jamais pour cause de doute, mais par simple dépendance de la volonté de Son Père, comme en Jean 11. Notre chemin peut être d’attendre ; c’est bien de le faire quand nous n’avons pas une assurance comme la Sienne.

 

1.16.4    Ch. 4:19 — Les Gentils

Le développement qui suit est une description de la terrible dépravation des Gentils, « qui, ayant perdu tout sentiment moral, se sont livrés à la débauche, pour pratiquer avidement toute impureté » (4:19). Sans aucun doute, c’est le plus bas niveau de dégradation morale dont soit capable la vie de l’homme. Mais ce qu’il est salutaire de voir, pour nous, et de nous appliquer pour y trouver une aide, un guide et une protection de nos propres âmes, — c’est que tous les excès de ce mal extérieur proviennent de ce que les cœurs sont obscurcis, et qu’ils le sont par manque de la vie de Dieu. Chez ces Gentils, il n’y avait rien d’autre que ce que Satan tirait du propre esprit de l’homme, d’où il résulte que ses jugements et ses sentiments sont faussés. Les hommes deviennent par suite la proie de toute sorte de maux. Ils s’étaient livrés à la débauche pour pratiquer avidement toute impureté.

 

1.16.5    Ch. 4:20-21 — Apprendre et entendre Christ, selon la vérité en Jésus

1.16.5.1        Vous n’avez pas ainsi appris le Christ

Voici maintenant le chrétien, par contraste : « Vous n’avez pas ainsi appris le Christ », dit l’apôtre (bien que tout ce qui avait atteint les Gentils soit un danger pour nous, et que Dieu se serve du sentiment même du danger pour nous empêcher d’y tomber). Comme tout le mal pratique des Gentils provenait de leur ignorance de Dieu, en suite de quoi le cœur, les pensées, la marche, tout était de travers, — un mal qui s’aggravait sans cesse, — ainsi aussi maintenant, la délivrance de la part de Dieu de tout mal, racine, branche et fruit, c’est Christ. Quelle délivrance bénie, simple, sainte et à la gloire de Dieu ! Cependant l’apôtre n’entre dans aucun des divers processus dont Dieu se sert pour amener ce résultat. En outre, Christ est le chemin aussi bien que la vérité (Jean 14:6). L’unique grand moyen qui s’applique à tous les cas, et qui donne la délivrance la plus sûre, c’est Christ Lui-même. « Vous n’avez pas ainsi appris le Christ ». C’est intentionnellement qu’il présente Christ comme la personne qui a à faire directement avec l’âme. C’est une manière remarquable, quoique habituelle dans Jean, de nous rattacher à notre Seigneur. « Mes brebis écoutent ma voix » (Jean 10:27). Nous nous rapprochons ici de l’enseignement de l’Ancien (2 Jean 1 ; 3 Jean 1), bien que le point sur lequel il est insisté ici ne soit pas la vie, mais l’union des membres avec la Tête. C’est comme si nous avions entendu Christ nous-mêmes. « Si du moins vous l’avez entendu » (4:21a) — il est bien dit « vous L’avez entendu » et non pas « vous avez entendu à son sujet ».

 

1.16.5.2        Selon que la vérité est en Jésus — Différence entre Christ et Jésus

Ils étaient aussi « instruits en Lui selon que la vérité est en Jésus » (4:21b). N’y a-t-il pas une grande emphase dans cette expression ? Ce n’est pas « selon que la vérité est en Christ ». Nous savons bien que Jésus est Christ, et que Christ est Jésus, mais l’emploi d’un mot par Dieu n’est jamais gratuit, et je pense que la différence est d’autant plus grande qu’il est fait usage des deux noms. En tout premier lieu, Il emploie le mot Christ : « vous n’avez pas ainsi appris le Christ » — parce qu’Il place là devant l’âme toute l’étendue de mon privilège. Christ est le nom spécialement utilisé quand je regarde à Lui comme l’Homme ressuscité, exalté. C’est en Lui que j’ai reçu ma bénédiction. Ce terme apporte à mon esprit la pensée de Celui en qui tout est concentré, comme étant mort, crucifié, mais maintenant dans le ciel. Jésus est le nom personnel qu’Il porte sur la terre. L’Esprit a révélé au cours des chapitres précédents le grand nom placé devant nous en Christ. Mais lorsqu’il va parler de connaissance pratique s’appliquant aux devoirs de leur marche ici-bas, Il dit : « si du moins vous l’avez entendu et avez été instruits en lui, selon que la vérité est en Jésus ». Selon ce que je comprends, l’Esprit parle plutôt ici de Lui comme de cette personne qui, aux yeux des hommes comme aux yeux de Dieu, a été dans Ses voies ici-bas l’exemple béni de toute lumière et de toute pureté. Toute personne spirituelle saisira bien vite quelle manière bénie il y a de placer ceci devant nos âmes. Il place devant nous le tableau vivant de tout ce que nous avons en Christ, mais nous le voyons dans les voies de cet Homme béni, Jésus, ici-bas. Par « la vérité qui est en Jésus » n’entend-il pas la vérité que nous voyons, entendons et savons contenue dans toute parole qu’Il a prononcée, dans toutes Ses voies, Son obéissance, Son service, dans toutes les sortes de souffrances qu’Il a traversées sur la terre, dans Sa patience, Sa ferveur, Son zèle pour la gloire de Dieu, Sa compassion pour les pécheurs qui périssent ? Et pourtant, regardez où vous voudrez, et voyez qu’Il ne tolérait rien de contraire à Dieu. Toutes ces choses, et infiniment plus encore, nous les trouvons en Jésus, et nulle part ailleurs, en perfection.

 

1.16.5.3        Différence entre « Jésus est la vérité » et « le Saint Esprit est la vérité »

Ce n’est que dans la personne de Jésus que nous avons toute la vérité pleinement manifestée. Je puis apprendre la vérité par le Saint Esprit, qui est la seule puissance par laquelle je connais la vérité, et je crois que c’est la raison pour laquelle Il est appelé « la vérité » en 1 Jean 5:6. Ni Dieu, comme tel, ni le Père, ne sont jamais appelés la vérité, ni ne pourraient l’être : quand vous parlez de la vérité, vous n’entendez pas simplement la nature divine dans sa perfection, ni Sa personne « de qui descend tout don parfait » (Jacq. 1:17). Pourquoi est-ce Jésus qui est par excellence la vérité ? Jésus est Celui qui m’a présenté objectivement ce qui me fait voir la portée et la relation de toute chose avec Dieu aussi bien qu’avec l’homme. Si je veux tester une chose quelconque, je ne puis jamais parvenir à son vrai caractère avant de la voir en relation avec la personne de Christ. Le Saint Esprit est la vérité subjectivement, parce que nul ne peut contempler Jésus ni trouver la vérité en Jésus sans le Saint Esprit. Le Saint Esprit est le révélateur de Jésus ; notre propre esprit ne peut pas Le voir. Même le nouvel homme ne peut pas par lui-même comprendre Jésus, ni entrer dans les choses de Dieu. Remarquez la manière frappante dont cela fut montré quand les disciples eux mêmes, déjà nés de Dieu, eurent à attendre que le Seigneur leur ouvre l’intelligence pour comprendre les Écritures (Luc 24:45), et recevoir ensuite la puissance pour agir d’après elles. Après avoir été convertis, ils avaient besoin de la puissance de l’Esprit pour être capables de comprendre les Écritures. Il leur fallut ensuite à nouveau attendre la puissance pour rendre témoignage de la vérité d’après les Écritures à d’autres. Ils eurent besoin d’avoir la puissance de l’Esprit, chose distincte de la nouvelle nature, afin d’entrer dans les choses de Dieu. La simple nature humaine ne comprend jamais les choses de Dieu, mais le nouvel homme les comprend ; toutefois, pour qu’il les comprenne, la conduite de l’Esprit est indispensable. Le nouvel homme est caractérisé par la dépendance. Le Saint Esprit agit dans Sa propre puissance. Pour entrer dans la vérité, nous n’avons donc pas seulement besoin de dépendance de Dieu, mais de puissance de Sa part. Je ne parle pas ici simplement à propos de la conversion, mais de l’entrée pratique dans les pensées de Christ, et dans les voies de Dieu telles que manifestées dans les voies de Jésus.

 

1.16.5.4        Jésus, et la vérité au sujet de l’homme

Permettez-moi d’illustrer la valeur de la vérité telle qu’elle est en Jésus. Prenez n’importe quelle vérité, l’homme, par exemple. Où vais-je apprendre la vérité à son sujet ? La trouverai-je en Adam — un homme qui a écouté sa femme après qu’elle ait écouté le diable — un homme qui, quand Dieu est descendu, est parti se cacher, et a même osé L’insulter en rejetant le blâme sur Lui ? Vais-je regarder à ses fils — à Caïn le premier-né, ou à Abel tué par Caïn ? La merveilleuse grâce qui se voit en Abel provenait de Dieu, non pas de lui-même. Si vous poursuivez l’histoire de l’homme comme tel, vous ne trouverez que du mal, de l’orgueil, une présomption toujours croissante, jusqu’à ce que vous laissiez toute cette histoire de côté, par honte et par dégoût. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle aurait fini s’il n’y avait pas eu le Second Adam. Et là je trouve à chacun de Ses pas, dans chacune de Ses paroles, dans tout ce qui a découlé de Son cœur et qui s’est reflété dans Ses voies, Celui qui n’a jamais fait Sa propre volonté. Alors j’apprends la beauté et la merveille d’un homme soumis à Dieu sur la terre — Le seul qui ait jamais marché dans une dignité morale parfaite, quoique méprisé de tous, et par dessus tout haï des chefs religieux du monde de l’époque. Comment Dieu n’aurait-Il pas pris son plaisir en Lui ? Nous trouvons donc ici l’humiliante vérité. L’homme s’est entièrement manifesté : Jésus, la croix, nous en disent toute l’histoire.

 

1.16.5.5        On ne trouve pas la vérité au sujet de Dieu dans la création

Prenons un autre cas. Si je regarde en haut et que je pense à Dieu, où vais-je Le trouver avec certitude ? Dans la création ? Elle est toute ruinée. De plus, se borner à lire quelque chose au sujet de Dieu dans le livre de la nature, c’est n’avoir que des coups d’œil sur Sa puissance et Sa libéralité. Or au milieu de ces caractères immenses et éclatants de la majesté, de la sagesse et de la bonté divines qu’on rencontre de toute part dans tout ce que Dieu a fait sur la terre, je rencontre aussi d’autres caractéristiques, comme la faiblesse, la déchéance, la souffrance, la mort, etc. La question se pose : d’où cela vient-il ? Autant là tout est tordu, autant les premiers caractères n’étaient que droiture. Les derniers caractères débordent de misère alors que les premiers portent l’empreinte de la sagesse et de la puissance. Le résultat de tout cela est que, pour celui qui se borne à raisonner dans la vanité des pensées de l’homme, l’intelligence s’obscurcit ; et tout ce qui peut être appris, même en considérant ce qui sort de la main de Dieu, ne réussit aucunement à donner une connaissance de Lui. J’y vois les effets d’une main autre que celle de Dieu, — la main d’un menteur et destructeur. Au lieu de vous élever de la nature vers le Dieu de la nature, comme les poètes le chantent en vain, vous risquez de sombrer de la nature jusqu’au diable qui l’a toute ruinée. En vous efforçant de trouver Dieu par vos propre forces, vous tombez dans les pièges de l’ennemi. C’est un autre chemin qu’il me faut pour apprendre ce que Dieu est. Recueillir des preuves de Son existence est une chose ; Le connaître Lui en est une autre. Je peux me réjouir dans tout ce qu’Il a fait, mais que sont Ses pensées, Ses sentiments, Ses voies, spécialement envers le pécheur ? Si vous parlez de la Providence, ne voit-on pas Abel souffrir et Caïn prospérer ? Il se fit de grandes œuvres dans la famille de l’orgueilleux meurtrier ; tandis que ceux qui ont alors brillé d’une manière ou d’une autre de la lumière de Dieu, ont été détestés et méprisés par le monde ; ils étaient souvent faibles à leurs propres yeux, mais souffrants et rejetés partout où leur foi les rendait odieux à ceux qui n’en avaient pas. C’est une énigme impénétrable pour l’homme. En présence de tels faits, comment l’homme peut-il discerner le contrôle puissant d’un Dieu selon que la conscience lui en parle ? Il surgit constamment des difficultés, et la raison en est très claire : je ne peux pas trouver la vérité dans les circonstances qui nous entourent, pas plus que dans mes propres pensées. Cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas des traces et des indications dans la providence comme dans la création, mais j’ai besoin de la vérité et je ne puis la trouver ni dans l’une ni dans l’autre.

 

1.16.5.6        On ne trouve pas la vérité au sujet de Dieu dans la loi

Passons maintenant à la loi. Me donne-t-elle la vérité ? Pas du tout. Ce n’est pas que la loi ne soit pas bonne et sainte, mais elle n’est jamais appelée la vérité, et elle ne pourrait pas l’être en soi. Elle était plutôt destinée à faire connaître l’homme que Dieu. Son effet a été de permettre à l’homme d’apprendre par elle ce qu’il est lui-même. Quand c’est l’Esprit qui s’en sert, elle fonctionne comme une charrue dans le cœur, ouvrant beaucoup de sillons et manifestant ce que l’homme n’avait jamais pensé s’y trouver auparavant. Mais rien de tout cela ne montre ce que Dieu est envers l’homme en grâce. La loi elle-même ne peut pas donner la vérité sur ce point. Je ne peux absolument rien apprendre d’elle sur ce qu’est un Dieu-Sauveur, et je ne peux pas non plus apprendre pleinement ce qu’est l’homme. Tout au plus fait-elle voir ce qu’un homme doit être et doit faire ; mais cela n’est point la vérité. Ce que je dois être n’est pas la vérité de Dieu, mais c’est mon devoir. Elle était la norme pour l’homme dans la chair, et c’est pourquoi elle n’a pas été donnée avant que l’homme devienne pécheur. La loi a été donnée par Moïse (Jean 1:17), et non pas à Adam ni par Adam. Le commandement imposé à Adam n’est jamais appelé la loi, bien que, naturellement, il fût une loi.

 

1.16.5.7        Dieu n’est vraiment connu qu’en Jésus

Et encore : vous ne trouverez jamais la vérité, même dans la Bible, si vous la séparez de Jésus. Mais du moment que le même Être béni, qui m’a montré dans Sa propre vie et dans Sa mort ce qu’est l’homme, m’a là aussi montré ce qu’est Dieu, alors tous les nuages se dissipent et les difficultés disparaissent. Désormais je connais Dieu, Le contemplant en Jésus. De nouvelles pensées concernant Dieu se font jour dans l’âme, et me soumettant à Lui, je suis rendu parfaitement heureux ; peut-être pas tout d’un coup, mais aussi sûrement que mon âme a reçu Jésus, et a appris en Jésus ce qu’est le vrai Dieu, je possède la vie éternelle, et je trouve une paix inébranlable. Ce n’est qu’en Lui que je reçois tout ce dont j’ai besoin, tout ce que Dieu a en vue pour mon âme, parce que la vérité est en Jésus. Ainsi donc, comme croyant, je connais Dieu ; je connais ce que les païens n’ont jamais atteint, ni pu atteindre. Leur entendement était obscurci. N’ayant aucune connaissance de Jésus, ils n’avaient pas les moyens de connaître Dieu, ni des moyens complets ni des moyens procurant le salut. Or c’est justement ce que l’évangile apporte à toute âme misérable et dans le besoin qui l’entend aujourd’hui.

Qu’est-ce que j’apprends alors de Dieu quand je regarde à la vérité telle qu’elle est en Jésus ? J’apprends d’abord ceci — un Dieu qui descend vers moi, un Dieu qui cherche mon âme pour me faire du bien, un Dieu qui peut me suivre avec amour, tout égoïste que je sois, et avoir pitié de mon ignorance ; et non seulement cela, mais Quelqu’un qui peut m’instruire, et veut le faire, en dépit de mon obstination et de ma stupidité ; en bref, un Dieu plein de grâce et de fidélité qui se fait connaître en Jésus. Je trouve Quelqu’un qui, après avoir employé d’autres moyens, s’est dépensé en amour sur moi afin que je Le connaisse ; Quelqu’un qui a pris sur Lui de porter le jugement de mes péchés. Car Jésus est venu et a pris sur Lui tous les péchés de toute âme qui croit en Lui. J’apprends maintenant qu’Il a été jusqu’à souffrir pour ce moi haïssable qui L’a rejeté et dédaigné, et qu’Il en a complètement fini avec lui. Ce moi a été jugé à la croix de Christ. Si mon âme croit que Dieu est assez bon pour faire tout cela pour moi, pour souffrir tout cela pour moi, pour en prendre et porter toutes les conséquences sur Lui-même dans la personne de Son Fils bien-aimé ; si je vois cela et que je m’incline devant, et que je le reçois de la part de Dieu, qu’est-ce qui pourrait encore ébranler ou tourmenter mon âme ? Mes péchés ? — Certes, si quelque chose doit troubler mon âme, ce sont eux par-dessus tout. — Or à quoi sert la croix ? Qu’est-ce que Dieu y a fait ? Que m’a-t-Il dit dans l’évangile ? S’Il me dit que Dieu se révèle Lui-même dans Son Fils bien-aimé, et que Jésus le Fils de Dieu a été fait péché sur la croix, pourquoi aurais-je le moindre doute ou la moindre inquiétude à ce sujet ? Tout dépend de ceci : Me suis-je incliné devant ce que Dieu a opéré et m’a donné dans la croix de Christ ? Si je me désespère par rapport au péché, cela revient à rendre la croix de Christ sans effet, et à faire de l’œuvre de Christ une chose vaine. Christ a parfaitement accompli Sa tâche, et j’ai le droit de me reposer sur celle-ci, en sorte que je sais que mes péchés ne peuvent plus jamais s’élever contre moi. Ne devrais-je pas être heureux et me reposer dans la paix la plus parfaite en raison de ce que Jésus a fait et souffert ? Ici, la foi peut se reposer. La mort de Christ a une telle valeur dans les pensées de Dieu, qu’Il aime donner cette paix comme conséquence de cette mort. Voilà la vérité telle qu’elle est en Jésus. Vue de cette manière, quelle profondeur et quelle étendue merveilleuses de vérité ! Combien mon expérience personnelle est quelque chose de pauvre par comparaison avec la vérité telle qu’elle est en Jésus ! La puissance spirituelle est bien mieux démontrée en discernant Jésus chez les autres, qu’en mesurant ou comparant ce que les gens sont en eux-mêmes, ce qui est certes bien loin de la sagesse. Que de déceptions si on ne voit Jésus que selon la réflexion que d’autres en donnent ! Il me faut regarder à la vérité telle qu’elle est en Jésus : dans ce qu’Il a été ici-bas, comme Celui qui, tout au long de Sa vie et jusqu’à Sa mort, m’a montré ce que Dieu est et ce qu’est l’homme, Lui l’homme-modèle.

 

1.16.5.8        Tout est à voir par rapport à Jésus

C’est dans la même personne de Jésus seul que je vois la pleine vérité à l’égard de tout. On pourra constater combien cela est vrai non seulement dans les grandes leçons de ce qu’est Dieu et de ce qu’est l’homme, mais aussi dans toutes les épreuves ou difficultés particulières auxquelles nous avons à faire : quel est alors le seul test pour voir ce qui est bon ou mauvais ? La vérité selon qu’elle est en Jésus. Telle est la puissance qu’il y a à se servir de Jésus pour résoudre cette difficulté, et à voir l’effet de Son nom en rapport avec elle. Il a exprimé Sa volonté à cet égard, — où je dois demeurer tranquille, où je dois agir, comment je dois marcher, et comment je dois supporter : Il m’a donné un exemple afin que je suive Ses pas. Le secret de la puissance qu’il y a à imiter Jésus dépend de la mesure de spiritualité que nous avons pour appliquer Son nom. Ce que je dis implique de la droiture dans le but qu’on se propose, et un désir de marcher devant les autres comme l’on marche soi-même dans la vérité devant Dieu. Il en est d’autant plus ainsi que nous nous tournons vers Jésus, et que nous usons de Lui, et que nous envisageons les choses en Lui : c’est là la règle et la source d’une vraie puissance spirituelle. C’est cela qui constitue la force et la maturité en Christ, et non pas le degré de zèle, ni les victoires sur le monde, ni une connaissance approfondie de ceci ou cela, mais c’est de Le connaître Lui-même. « Je vous écris, pères, parce que vous connaissez celui qui est dès le commencement » (1 Jean 2:13). De qui s’agit-il ? De Jésus. La connaissance de Jésus est la puissance, la force et la sagesse pratiques du chrétien. C’est en cela que consiste le progrès dans les choses de Dieu, et c’est ce qui le démontre. En vérité, c’est ce que tous ont à apprendre, à des degrés divers. Mais avoir cette connaissance en profondeur, de manière à l’appliquer et à le manifester, c’était ce qui caractérisait spécialement les pères. — Chacun parle dans sa propre langue. L’esprit le plus lourd est capable d’employer intelligiblement les mots de sa langue maternelle. Mais il y a entre les diverses personnes une différence immense de capacité à manier leur propre langue : tous ne sont pas capables de parler selon ce que requiert le sujet. Celui qui maîtrise sa langue le prouve en l’appliquant d’une manière appropriée aux sujets les plus divers. De la même manière, tous les saints ont saisi plus ou moins la vérité en Jésus, mais la puissance de bien la connaître, de s’en servir correctement, et de bien la faire ressortir selon les besoins du moment et de la faire tourner à notre profit et à celui des autres, — voilà le vrai secret de nos progrès dans les choses de Dieu, et ce qui tend à la bénédiction âmes et à l’avancement de la cause de Dieu. On ne saurait trop insister sur l’importance d’une telle croissance dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur Jésus (1 Pier. 3:18).

 

1.16.6    Ch. 4:22

Le but pratique de tout cela nous est ensuite déclaré : « pour que vous dépouilliez selon la première manière de vivre du vieil homme, qui est corrompu selon les convoitises trompeuses » (4:22). (*) (**)

 

(*) note Bibliquest : ce texte biblique est celui de la version autorisée du roi Jacques, le mot anglais « conversation » étant rendu en français par « manière de vivre ». La version J.N. Darby donne : « c’est-à-dire, en ce qui concerne votre première manière de vivre, d’avoir dépouillé le vieil homme qui se corrompt selon les convoitises trompeuses »

(**) note de W. Kelly : Certains supposent que la vérité en Jésus est « que vous avez dépouillé votre première manière d’agir, le vieil homme … et que vous avez revêtu le nouvel homme, etc. » (v. 22-24). Ainsi font le Dr. Eadie et Mr. Peile, dont la traduction me semble tout à fait cohérente avec le contexte, malgré la note défavorable d’Alford et Elliott. Mr. Darby considère que la vérité en Jésus n’est pas exactement « que vous devriez dépouiller… », ni « pour que vous dépouilliez », mais « que vous avez dépouillé ». Pour ma part, je n’ai pas changé la traduction, ni le commentaire que j’ai laissé comme auparavant. Le lecteur pourra juger de lui-même.

 

Il ne s’agit pas d’amélioration. Il n’y a pas d’amélioration du vieil homme. Le cœur peut être purifié par la foi (Actes 15:9), mais en lui-même il est « trompeur par-dessus tout, et incurable » (Jér. 17:9). La foi peut opérer la vie nouvelle, et l’Esprit aussi le peut ; mais la chair ne peut jamais être changée ni renouvelée. Nous trouvons ici ce qu’il faut faire de notre vieille nature : « Que vous dépouilliez, etc ». C’est à des chrétiens que l’apôtre parle. Ils ont le vieil homme, et ont besoin de le dépouiller pratiquement. Il faut se méfier, nous souvenant que nous avons encore cette chose incurablement mauvaise, et qu’avant notre conversion nous avons été habitués à laisser le champ libre à ses mauvaises voies, et qu’elle tend encore à nous entraîner dans le mal, si nous ne veillons pas.

 

1.17                      Ch. 4:23-29

1.17.1    Ch. 4:23-24

Maintenant commence la partie positive. Il y a eu d’abord le dépouillement du vieil homme, le jugement moral porté sur lui, sur la base du jugement de Dieu à la croix de Christ, qui en a définitivement fini avec lui. Vient ensuite le renouvellement de l’esprit de l’entendement, impossible à avoir sans jugement du vieil homme. Le renouvellement est présenté comme un processus actuel et progressif, à mesure que l’esprit de l’entendement s’imprègne de Christ. Le dépouillement et le revêtement ne sont pas vus comme s’opérant actuellement, mais comme des actes opérés une fois pour toute. « … et d’être renouvelés dans l’esprit de votre entendement, et d’avoir revêtu le nouvel homme, créé selon Dieu, en justice et sainteté de la vérité » (4:23-24). Ils avaient le nouvel homme, bien sûr, mais il s’agit du revêtement pratique du nouvel homme, de la manifestation extérieure de l’homme nouveau qui était déjà en eux. Il est bon de garder à l’esprit que ceci est « la justice et la sainteté de la vérité ». C’est de nouveau quelque chose de produit par la vérité. Tel est le sens réel et profond de l’expression.

Voici la différence entre la justice et la sainteté. La justice est la vraie perception de nos devoirs relatifs en tant qu’hommes de Dieu, et, bien sûr, la marche selon ces devoirs ; la sainteté consiste plutôt dans le rejet dans le cœur et dans la pratique, selon la nature de Dieu, de ce qui Lui est contraire. La sainteté est donc une chose beaucoup plus absolue que la justice, qui concerne nos obligations envers Dieu et envers l’homme. Elle est en contraste avec le premier homme. Adam était bon en tant que créature, mais il n’y avait pas chez lui de juste perception de Dieu Lui-même, ni de ce qu’était le mal selon Dieu. Il ne connaissait pas alors le péché ; il n’y avait pas de péché à connaître. Si on avait parlé de convoitise à Adam dans le jardin d’Eden, je crois qu’il aurait avoué son ignorance de ce que cela voulait dire. S’il avait été donné à Adam la loi « tu ne convoiteras point », il n’en aurait pas compris le sens, n’ayant fait qu’ultérieurement l’expérience du péché. Nous avons des cœurs qui réclament ce qu’ils n’ont pas, mais ce n’était pas le cas d’Adam. Il était simplement un échantillon humain du caractère bon de la création. Il n’était pas créé selon Dieu en justice et sainteté de la vérité (4:24). Dieu a fait l’homme droit ; mais la droiture est une chose différente d’être créé dans la sainteté. L’homme a été créé droit et innocent, mais le nouvel homme est beaucoup plus que cela ; il connaît très bien par l’enseignement de l’Esprit, ce qu’est le mal et ce qu’est le bien. Adam n’a appris ce que sont le bien et le mal qu’à sa chute, jamais avant. Il devint alors conscient du bien qu’il avait perdu, et qu’il n’était pas, et du mal où il était tombé, que Dieu haïssait et devait juger. Quand un homme est amené à la vérité selon qu’elle est en Jésus, il connaît désormais le bien et le mal avec une conscience bonne et purifiée, alors qu’auparavant il ne les connaissait qu’avec une conscience mauvaise. Rien ne peut rendre une conscience nette que le sacrifice de Jésus. Si quelqu’un de nous était capable de vivre sans iniquité jusqu’à la fin de ses jours, cela lui donnerait-il une bonne conscience ? Pas du tout. Il continuerait d’avoir mauvaise conscience à cause de la conscience de son péché passé, qui n’a été ni ôté ni pardonné. Aucun processus humain, ni le fait de nous donner une nouvelle nature, ne peut nous débarrasser du mal que nous avons fait. Mais le sacrifice de Christ l’a fait parfaitement. Là mon mal est jugé selon Dieu. C’est dans la mort de Christ qu’est traité devant Dieu le mal du vieil homme. Christ est ressuscité d’entre les morts et me communique Sa vie, qui est le nouvel homme. Christ en résurrection est la source même de l’homme nouveau dans mon âme. S’il en est ainsi, nous devons nous occuper du vieil homme. C’est une chose réglée pour la foi. Jésus m’a montré que le vieil homme est une chose jugée à Sa croix, et je dois le juger, ne pas tolérer mon orgueil, ma vanité et ma folie d’autrefois. Je les ai tous encore au dedans de moi, mais je dois les traiter comme mort : autrement j’attristerai le Seigneur et ferai peser Sa main sur moi. Nous avons tous à veiller soigneusement contre notre première manière de vivre ; mais il arrive facilement qu’on se laisse séduire par un mal où on n’était jamais tombé avant, parce qu’on s’est imaginé qu’il était impossible d’y tomber. Rien n’expose tant à chuter que l’idée qu’on ne peut s’écarter de cette manière. La confiance en soi détourne de la dépendance de Dieu, et a été souvent la ruine du chrétien, au moins par rapport à la gloire de Dieu.

Ainsi, il est parlé du nouvel homme de manière à faire ressortir le contraste avec ce qu’était l’homme auparavant, même dans son meilleur état. Oui, même quand Adam sortait des mains de Dieu, on ne pouvait le décrire avec les expressions de bénédiction qui sont vraies aujourd’hui de tout croyant. L’idée d’une restauration de l’état adamique n’existe pas. Une fois convertie, l’âme a la place du second Homme ; or comme Lui, le Seigneur, ne peut tomber, de même le chrétien a une vie à laquelle il ne peut être porté atteinte. Il est impossible qu’un chrétien soit perdu, tout autant qu’il est impossible que Christ perde sa place à la droite de Dieu : car Christ est la vie du chrétien. Si vous dites qu’on peut déchoir de la grâce, rien n’est plus certain. Mais si en disant cela, vous voulez dire que la vie du chrétien peut périr, vous contredisez directement la Parole de Dieu. Il s’agit donc de comprendre les Écritures. Christ Lui-même est la vie du chrétien : peut-Il tomber ? C’est en principe renier Christ Lui-même, que d’admettre le moindre doute à cet égard. Toutes ces exhortations aux Éphésiens sont basées sur ceci, qu’ils avaient appris Christ et connaissaient la vérité selon qu’elle est en Jésus. Ils étaient déjà dans une relation vivante avec Lui, et c’est sur cette base que viennent s’appuyer toutes les exhortations chrétiennes. Est-ce raisonnable de parler de fruit tant que la plante n’a pas bien pris racine ? Inutile de parler à un bébé des devoirs de l’homme. Il faut d’abord qu’il y ait l’homme comme tel avant de pouvoir s’attendre à voir s’acquitter des devoirs de l’homme. De même pour le chrétien, avant qu’il soit permis d’insister sur les devoirs du chrétien. Mais maintenant qu’est connue la vérité selon qu’elle est en Jésus, vous ne devez pas tolérer le vieil homme. L’apôtre parle de fruit et de marche pratiques, parce qu’on est déjà en Christ et qu’on connaît la vérité en Lui. Ceci doit toujours être un grand encouragement pour l’âme. Même si Dieu m’exhorte à me juger moi-même, c’est toujours en supposant que j’ai été béni au préalable comme possesseur de la vie éternelle. C’est sur cette base que Dieu s’adresse, pour ainsi dire, à nous de cette manière : Est-il possible, qu’après que J’aie tant fait pour toi, que tu sois si insouciant de Ma volonté ? C’est toucher la source de la grâce dans l’âme, afin que nous poursuivions notre marche avec Lui et que nous fassions Sa volonté.

 

1.17.2    Ch. 4:25

Il insiste ensuite auprès d’eux, sur quelques-uns des résultats. « C’est pourquoi dépouillant le mensonge, parlez la vérité chacun à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres » (4:25). Ayant appris la vérité en Jésus, la honte du mensonge est d’autant plus manifeste. Quel est le principe que nous avons ici ? Nous sommes trop enclins à considérer le mensonge plutôt sous l’angle humain d’une question d’honneur. Bien des gens ne voudraient pas mentir pour des raisons morales, ou par fierté ; et celui qui a un peu le sens de la crainte de Dieu, ne voudrait pas mentir parce que c’est renier Dieu pratiquement ; cela reviendrait à dire que Dieu n’entend pas. De sorte qu’en regardant simplement à l’homme dans son orgueil naturel, ou à l’homme religieux, comme un juif, vous trouvez les principes d’après lesquel beaucoup agissent. Or c’est insuffisant pour le chrétien. Il est très important pour nos âmes, non seulement de marcher bien et justement, mais que le motif, le caractère et l’étendue de notre marche soient aussi selon Dieu. Non seulement cette exhortation est nécessaire, mais il s’y joint ce à quoi nous pensons rarement dans nos rapports réciproques : nous sommes exhortés à parler la vérité chacun à son prochain, « car nous sommes membres les uns des autres ». Ceci ne concerne que les chrétiens, car il n’y a qu’eux qui sont membres, c’est évident. Il veut rattacher à Christ les devoirs les plus ordinaires, alors que nous sommes en danger de les reléguer sur une base de niveau inférieur. Voici le principe qu’il pose : Il est autant absurde qu’inconvenant pour un chrétien de ne pas dire simplement la pure vérité à un frère chrétien, que pour un homme de se tromper soi-même. Les frères chrétiens font partie de nous-même. « Nous sommes membres les uns des autres ». Le réalisons-nous ? Si oui, quels en sont les effets ? Assurément, l’un des effets est une parfaite clarté quand on s’occupe de ce qui est mal ; un autre effet est d’avoir un réel désir du cœur de redresser ceux qui agissent mal. Il est évident que nous ne pouvons pas désirer nous nuire à nous-mêmes. Si je regarde les autres comme une partie de moi-même, je dois agir envers eux en conséquence. De la même manière aussi, nous devons sentir ce qui est contraire à Dieu dans un autre. Et comme lorsqu’on est réveillé au sentiment de son propre péché, on a le grand désir d’aller à Dieu pour régler cette question pour nos âmes, ainsi devrait-il en être dans nos rapports les uns avec les autres. Réaliser plus profondément cette vérité aurait pour effet de produire un plus profond désir du bien de nos frères. Et du fait que ce doit être selon la gloire de Dieu, nous ne devrions pas simplement juger ce qui est mal, mais nous devrions chercher à obtenir ce qui est juste et selon Dieu. Par exemple, quand des personnes ont été mises hors de communion, nous sommes enclins à ne voir que le fait de s’être débarrassé du mal ; mais est-ce là ce qu’on trouve quand on sent et reconnaît dans la présence de Dieu le fait d’être membres les uns des autres ? Même quand on en arrive à cette mesure extrême avec quelqu’un qu’on a cru être un membre du corps de Christ, la finalité de toute discipline est d’ôter le mal, afin que ce qui est de Christ puisse briller.

 

1.17.3    Ch. 4:26-27 — La colère

« Mettez-vous en colère et ne péchez pas ; que le soleil ne se couche pas sur votre irritation ». Je considère ceci comme une recommandation sainte et très importante pour nos âmes. On a souvent l’idée que c’est mal pour un chrétien d’être mécontent ou en colère. Ce passage et d’autres font voir que cela peut être juste. Mais il faut faire attention à ce qui est la source de la colère, et quel en est le caractère. Si la colère est simplement liée à ce qui affecte le moi, et qu’elle prenne alors la forme de rancune, c’est bien sûr et sans aucun doute, contraire à tout ce qui est de Christ. Le Seigneur Lui-même (Marc 3) a regardé tout à l’entour des gens avec colère, et Il a fait voir clairement qu’Il avait le sentiment le plus profond de ce qui était contraire à Dieu. Il ne se bornait pas à dénoncer la chose, mais aussi les personnes qui en étaient coupables. On trouve la même analogie dans les épîtres. Il ne nous est pas seulement dit de tenir ferme au bien, mais aussi d’avoir le mal en horreur. La pensée naturelle de l’homme est que ce n’est pas au chrétien de juger et d’être en colère contre ce qui est mal. La Parole de Dieu nous enseigne que nous devrions juger certaines choses, et d’autres pas. Je ne dois pas juger ce qui est caché ; je dois juger le mal positif, connu. La ligne de démarcation est tracée clairement et nettement par Dieu. On entend souvent dire que si l’on parle avec force contre le mal de ceci ou de cela, c’est manquer de charité. Il n’en est pas ainsi ; la vraie charité dénonce le mal, elle ne le laisse pas passer. Le véritable amour consiste à avoir toujours les sentiments de Dieu sur ce qui est devant nous. C’est la seule question. Ce avec quoi Dieu a communion, c’est aussi ce avec quoi, nous, nous pouvons avoir communion ; et ce que Dieu hait, nous ne devons ni l’aimer ni le tolérer. Mais nous devons prendre soin d’être dans l’intelligence de la pensée de Dieu. « Mettez-vous en colère et ne péchez pas ». Si on se met en colère, on a le plus grand risque de pécher ; c’est pourquoi ceci est ajouté. Le simple mouvement de colère envers quelqu’un qui a péché peut et devrait être un sentiment saint, pourvu qu’il en reste là. C’est ainsi que la colère est ressentie dans la présence de Dieu. Mais comment savoir que je ne pèche pas dans ma colère ? « Que le soleil ne se couche pas sur votre irritation ». Si l’esprit conserve de l’irritation, et que cela se trahisse par de l’impatience, de l’aversion, ou du mépris, chacun voit bien que ce n’est pas de Dieu. Quand le soleil se couche, c’est un moment pour avoir une communion paisible avec Dieu, et pour faire disparaître toute ressentiment qu’on a laissé germer. Aussi est-il ajouté : « Et ne donnez pas occasion au diable ». Si la colère est entretenue, et qu’on garde des griefs dans ses pensées, Satan entre facilement, et il est malaisé de le déloger.

Dans ces exhortations, comme dans la doctrine de l’épître, il n’est pas question d’améliorer la nature humaine. On voit que le chrétien possède une nouvelle nature : Christ est sa vie. L’objectif pratique est que cette vie soit exercée et manifestée.

Il y a néanmoins un sérieux obstacle, car le vieil homme subsiste, et la chair est encore dans le chrétien. La nouvelle créature n’est aucunement le résultat de l’amélioration de l’ancienne, pas plus que celle-ci ne saurait être absorbée par la nouvelle ou amenée à sa hauteur. Elles sont opposées sans réconciliation possible. « Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit » (Jean 3:6). La seule marche, la seule consolation, le seul devoir du fidèle est de refuser la chair, et de la mortifier, de telle sorte que le nouvel homme ait toute liberté pour accomplir la volonté de Dieu.

 

1.17.4    Ch. 4:28 — Le vol : les motifs supérieurs du chrétien qui travaille pour pouvoir donner

1.17.4.1        Ch. 4:28a : Une exhortation appropriée

Nous avons vu plus haut le danger de céder à la colère ; elle dégénère aisément en haine, et cela fournit au diable une occasion d’entrer. Nous trouvons ensuite une autre exhortation qui semble guère devoir être adressée à des chrétiens « Que celui qui dérobait ne dérobe plus ». Le sens du terme n’est pas exactement « celui qui dérobait », mais « le dérobeur ». « Voleur » serait un terme trop fort ; « celui qui dérobait » est trop faible. L’apôtre a été conduit à choisir un terme assez large pour englober toutes les nuances de ce type de malhonnêteté. Estimez-vous cette prudence inutile ? Faites attention de ne pas vous faire piéger par la confiance que vous avez en vous-même ni par le peu de cas que vous faites de toute parole écrite par Dieu. Il est hors de doute que l’Esprit qui a inspiré l’épître, a aussi jugé nécessaire d’avertir tous les saints, pas seulement ceux d’Éphèse. Pourtant nous ne trouvons nulle part une assemblée aussi heureuse, florissante et bénie de Dieu que celle d’Éphèse. Or même pour eux, vivifiés et ressuscités avec Christ, et assis en Lui dans les lieux célestes, le Saint Esprit a estimé cet avertissement approprié. Dieu nous connaît mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes, et un saint a beau être le plus instruit, le plus dévoué et le plus zélé, aucune de ces vertus, hormis la jouissance de la communion présente et la dépendance effective de Dieu, ne constitue une sauvegarde suffisante. En outre, si par manque de vigilance, une âme s’est écartée et a glissé dans ce qui est si dégradant même aux yeux des hommes, nous pouvons concevoir aisément la force d’une telle parole pour un cœur brisé et couvert de honte, en danger de succomber à une douleur excessive. Combien le cœur sent peu les dangers qu’il court, et combien il connaît peu sa faiblesse et la puissance de Satan ! Une fois restauré, et rendu capable de se juger selon Dieu, il reconnaît la valeur de paroles comme celles-ci, alors qu’auparavant il les aurait jugées presque inutiles pour les saints. Désormais, il ressent aussi combien cet appel du Saint Esprit est extrêmement vaste, embrassant aussi bien les formes plus grossières de malhonnêteté, que toute espèce de coutumes mondaines, professionnelles ou commerciales, qui sont frauduleuses quelle qu’en soit la respectabilité. Dieu fait l’éducation de l’homme nouveau selon Sa sagesse et Sa grâce.

 

1.17.4.2        Une exhortation qui n’est pas une application de la loi

Un tel précepte montre aussi de manière frappante que le chrétien est sur un terrain plus vaste, plus élevé et plus ferme que celui sur lequel se tenait Israël selon la chair, ou plutôt dans lequel il est tombé. Vous n’entendez jamais la loi dire : « Que celui qui dérobait, ne dérobe plus ». Elle dit plutôt : « Qu’il meure ». La loi est bonne si on en use légitimement (1 Tim. 1:8) ; mais cet usage légitime n’est formellement pas pour régler, guider et diriger la marche des justes, mais pour s’occuper des iniques et des désobéissants, des impies et des pécheurs, des gens sans piété et des profanes, en bref, tout ce qui est contraire à la saine doctrine. Romains 6 déclare que le péché ne dominera pas sur les chrétiens, « parce que vous n’êtes pas sous la loi, mais sous la grâce », et ceci se trouve dans un chapitre qui traite de la sainteté de la marche du saint, non pas de sa justification. Pourtant en présence de cette déclaration, qui n’est autre que l’enseignement clair et constant du Nouveau Testament, la tendance générale ordinaire dans la chrétienté est de retourner à la loi, spécialement là où il y a peu de séparation du monde. Cela se comprend facilement. Le monde ne reçoit pas la grâce de Dieu, ni ne la comprend, tandis qu’il peut apprécier dans sa lettre la justice de la loi de Dieu. Quand donc le monde et les saints sont mélangés, la volonté de l`homme ne tarde pas à prendre le dessus ; et comme le saint ne peut élever le monde au niveau de sa position, il est obligé de s’abaisser à ce qu’il a de commun avec le monde ; tous deux se rencontrent ainsi une fois de plus sur le terrain juif, comme si la croix de Christ n’avait jamais existé, et que le Saint Esprit n’avait pas été envoyé du ciel pour retirer les croyants de cette condition de mélange et les rassembler dans l’assemblée de Dieu, à part du monde. La perte est incalculable, aussi bien pour le chrétien pris individuellement, que pour l’Église, et par-dessus tout pour la vérité, la grâce et la gloire de Dieu. La marche ordinaire est réduite à une série d’interdits, en dehors des actes publics de philanthropie, d’activité religieuse et d’observation de rites que le chrétien partage avec quiconque veut se joindre à lui. Ce n’est pas là s’occuper du bien selon la volonté de Dieu, et encore moins souffrir pour Christ ou pour la justice de la part d’un monde qui ne connaît ni l’Un ni l’autre. Ce n’est pas là le christianisme, bien que ce soit l’état et le système de la plupart des chrétiens. Christ a-t-il jamais obéi par crainte du jugement ? Sa vie n’a-t-elle pas été l’abandon de soi-même à la sainte volonté et au bon plaisir de Son Père ? C’est de cette manière que nos âmes doivent être occupées de la grâce de Dieu en Christ, si nous voulons trouver la force de Lui être agréables. Se borner à éviter le mal, à ne pas faire ceci ou cela, c’est en dessous de notre appel. Désirons-nous vraiment connaître et faire Sa volonté comme Ses enfants ? Sommes-nous zélés pour apprendre à bien faire, aussi bien qu’à cesser soigneusement de mal faire en tout ? (És. 1:16). Sinon le jour viendra où nous recommencerons à mal faire, et où notre conscience aura d’autant plus perdu sa sensibilité, que nous aurons appris la vérité sans la mettre en pratique (Jacq. 1:22).

 

1.17.4.3        Ch. 4:28b : Un but positif : donner

Le côté positif de l’exhortation de l’apôtre est fort belle : « Mais plutôt qu’il travaille [l’oisiveté n’est ni bonne ni saine] en faisant de ses propres mains ce qui est bon, afin qu’il ait de quoi donner à celui qui est dans le besoin » (4:28). C’est ainsi que l’Esprit encourage et dirige l’homme dont les mains étaient autrefois employées de manière indigne. Il ouvre ainsi un chemin heureux où la grâce peut faire valoir sa puissance, en dépit d’un naturel et d’habitudes malhonnêtes. Celui qui dérobait avant de connaître le nom du Sauveur, peut avoir maintenant communion avec l’esprit et la pratique du grand Apôtre (Actes 20:33-35), et du Maître Lui-même, se souvenant de Ses paroles qu’ils a dites, qu’Il est plus heureux de donner que de recevoir. Vivre, c’est le but que l’homme du monde se propose en travaillant ; donner est le motif du chrétien. Il ne s’agit pas simplement de superflu fortuit, mais c’est un but formel, spécialement pour celui qui a le sentiment de la miséricorde qui l’a délivré du péché de convoitise, de sa honte et de son jugement. Seulement on ne doit travailler qu’à ce qui est bon et honnête. Il ne sert à rien de plaider qu’on utilise le gain mal acquis à des fins de bienfaisance ou religieuses. Aucune activité contraire à la volonté de Dieu n’est bonne pour le chrétien, mais elle doit être abandonnée immédiatement.

Jamais l’alliance de Sinaï n’a évoqué pareil motif pour travailler. Parler des dix commandements comme la règle pour la marche du chrétien maintenant, c’est reculer du soleil qui domine le jour (Gen. 1:16) pour revenir à la lune qui domine la nuit ; c est éclipser Christ par Moïse sous le prétexte illusoire de servir Dieu. En général, ce que la loi exigeait, sur le principe du droit, de ceux qui lui étaient assujettis, le chrétien est tenu, sur le principe de la grâce, d’en faire beaucoup plus de toutes les manières possibles. L’étendue de l’obéissance est considérablement accrue ; les motifs intérieurs sont fouillés et mis à nu ; toute tendance à la violence, à la corruption, à la fausseté est jugée dans sa racine, et souffrir injustement, tout en aimant, remplace la justice terrestre pour les disciples. Tel est l’enseignement incontestable de notre Seigneur et de Ses Apôtres. Cet enseignement est obscurci, sapé et nié par ceux qui poussent à judaïser l’Église en donnant la loi au chrétien pour règle de vie. En vérité, ils « ne comprennent ni ce qu’ils disent ni ce sur quoi ils insistent » (1 Tim. 1:7).

 

1.17.5    Ch. 4:29

Ensuite, nous n’avons pas seulement à veiller sur nos actions, mais sur nos paroles : « Qu’aucune parole déshonnête ne sorte de votre bouche, mais celle-là qui est bonne, propre à l’édification, afin qu’elle communique la grâce à ceux qui l’entendent » (4:29). Il faut éviter un langage indigne comme on rejette un fruit bon à rien. Si une parole sans profit arrive sur la langue, qu’elle n’aille pas plus loin. Au chapitre suivant nous verrons les allusion impures spécifiquement interdites. Ici le domaine visé est plus vaste. Bien des gens qui ne tiendraient ni n’écouteraient une conversation impure, ont souvent à déplorer d’avoir prononcé ou approuvé un discours équivoque. Il vaut mieux se taire si l’on n’a rien à dire (telle est la force du passage) qui soit propre à l’édification. Le besoin donne la mesure du service, et l’amour édifie au lieu d’enfler comme le fait la connaissance (1 Cor. 8:1). Il est également vrai que « dans la multitude des paroles la transgression ne manque pas » (Prov. 10:19), et que « les lèvres du juste en repaissent plusieurs » (Prov. 10:21) et qu’elles « savent ce qui est agréable » (Prov. 10:32), et ceux qui les entendent en sont rafraîchis et bénis.

 

1.18                      Ch. 4:30

Jusqu’ici nous avons eu des bases pour agir dans la sainteté, ainsi que des mises en garde contre le péché, issues des caractères du nouvel homme. Mais tout cela ne nous présente pas le caractère complet et la pleine puissance du chrétien. Le Saint Esprit de Dieu habite en lui. Il est insisté maintenant sur la portée pratique de cette vérité solennelle et bénie. Il est dit (2:22) que nous sommes édifiés ensemble pour être une habitation de Dieu par l’Esprit, en conséquence de quoi l’apôtre nous exhorte au chap. 4 à marcher d’une manière digne de l’appel dont nous avons été appelés. Mais il y a une habitation individuelle de l’Esprit, outre Sa relation avec la maison de Dieu. Nous avons été scellés par l’Esprit, devenant par là la propriété de Dieu sur la base d’une rédemption accomplie. Le sang précieux de Christ a effacé nos péchés ; en Lui nous avons la rédemption par Son sang, le pardon des fautes selon les richesses de la grâce de Dieu (1:7). Ainsi, Son sacrifice a effacé tout notre mal devant Dieu et pour la foi, et nous possédons une nouvelle nature en Christ, en sorte que le Saint Esprit peut venir et habiter en nous, et nous sceller pour le jour de la rédemption (4:30), où notre corps sera transformé à la ressemblance de la gloire de Christ (Phil. 3:21), aussi sûrement que nos âmes sont maintenant vivifiées dans Sa vie.

En présence de ce privilège infini actuel, et de cette assurance d’une gloire éternelle, l’apôtre ajoute : « Et n’attristez point le Saint Esprit de Dieu, par lequel vous avez été scellés pour le jour de la rédemption » (4:30). L’Esprit est la source de l’énergie pour fortifier le saint pour qu’il fasse tout ce qui est agréable à Dieu. Mais ceci suppose qu’il y a du jugement de soi-même et de la dépendance de Dieu. Sinon, nous L’attristons, et Il nous est fait sentir non pas Sa puissance, mais notre propre misérable infidélité.

Il semble étrange qu’un chrétien soit assez inintelligent pour confondre la parole qui nous occupe [n’attristez pas le Saint Esprit] avec « n’éteignez pas l’Esprit » de 1 Thes. 5:19. Le contexte (1 Thes. 5:20) montre clairement que c’est un avertissement à ne pas empêcher la moindre manifestation réelle de l’Esprit Saint dans un saint, aussi faible soit-il. L’histoire de la chrétienté jusqu’à aujourd’hui prouve combien ce précepte était nécessaire, et combien peu on a prêté attention à cette injonction de l’apôtre. Mais le passage d’Éph. 4 concerne personnellement chaque saint et sa manière de vivre journalière.

Notons aussi la différence de langage du Psaume 51 (v. 11) : « Ne m’ôte point l’esprit de ta sainteté » (*). Même quand l’apôtre insiste pour qu’on n’attriste pas le Saint Esprit, il ne suggère jamais qu’Il puisse être ôté. Au contraire, dans la même exhortation, l’apôtre nous assure que nous avons été scellés par Lui pour le jour de la rédemption. Où trouver une déclaration plus complète de notre sécurité personnelle que dans une telle phrase ? À quoi devons-nous alors attribuer la différence ? Il ne faut pas l’attribuer, je n’ai guère besoin de le dire, à un degré d’inspiration plus élevé chez l’apôtre Paul que chez le roi David ; mais cela provient de la modification des relations de l’Esprit avec le saint depuis que Jésus est mort, ressuscité et monté au ciel, — modification nécessaire et révélée dans la Parole. Jusque-là il n’y avait rien de pareil au don du Saint Esprit et à Sa demeure pour toujours avec le croyant. Il bénissait les âmes, Il agissait en elles et par elles, Il les remplissait de bonne heure de joie et de force ; mais avant la glorification de Jésus, il n’y avait pas, et ne pouvait pas y avoir, d’habitation du Saint Esprit comme le chrétien la possède et la connaît présentement, à cause du péché ôté par Son sang. C’est pourquoi il nous est dit de ne pas attrister l’Esprit, mais depuis qu’Il a été donné, nous ne sommes jamais supposés prier pour que Son départ n’ait pas lieu. Il est incontestable que ceci aggrave le péché du chrétien, et confère dans ce cas un caractère poignant et amers aux remords ; mais Dieu se sert de cela même pour donner un avertissement d’autant plus sérieux à Son enfant. Ce verset prouve donc clairement d’un côté le danger de pécher et, par là, d’attrister l’Esprit ; de l’autre, la sécurité du saint même dans des circonstances aussi tristes, et en dépit d’elles. Il est amené à Dieu, réconcilié, lavé, sanctifié, justifié ; il a la vie éternelle et ne périra jamais ; il est scellé de l’Esprit, et qui pourrait briser ce sceau ? S’il tombe dans le péché, assurément Dieu le verra et châtiera, éventuellement jusqu’à la mort. Car Dieu ne passera pas à la légère sur le mal chez le croyant, ni ne le condamnera avec le monde (1 Cor. 11:32). Aussi Pierre exhorte-t-il les fidèles à marcher dans une sainte obéissance (1 Pier. 1:2), et s’ils invoquaient comme Père celui qui, sans acception de personnes, juge selon l’œuvre de chacun, ils avaient à se conduire avec crainte pendant le temps de leur séjour ici-bas (1 Pier. 1:17). En même temps, loin d’affaiblir leur confiance, l’apôtre continue son exhortation « sachant qu’ils avaient été rachetés, non par des choses corruptibles, de l’argent ou de l’or, mais par le sang précieux de Christ » (1 Pier. 1:18-19). Ainsi la vérité de Dieu a pour effet d’attirer et de fortifier les affections, même quand elle nous jette le front dans la poussière. Au contraire l’erreur humaine affaiblit la pleine grâce de Dieu, et échoue complètement à humilier l’âme. Mais quelle vérité pour le croyant, qu’il a au-dedans de lui la présence constante d’une personne divine, le Saint Esprit, témoin de tout ce qui s’y passe ! Combien nous devrions prendre soin de ne pas l’attrister ! Ce n’est pas une vérité seulement pour la conscience, mais c’est une vérité si riche en consolation ; car Il habite en nous éternellement, non que nous soyons dignes d’un tel hôte céleste, mais c’est en vertu de la valeur de Jésus et de la perfection avec laquelle Son œuvre nous a purifiés de nos péchés aux yeux de Dieu ; et Il habite en nous pour notre joie, notre force, et notre bénédiction éternelle, par Christ et en Christ le Seigneur. Puissions-nous être rendus capables d’être toujours pleins de confiance, priant sans cesse, sans faiblir !

 

(*) note Bibliquest : le texte conservé par W. Kelly est celui de la version autorisée du roi Jacques qui lit « ton Saint Esprit » au lieu de « l’esprit de ta sainteté » (JND).

 

On a déjà vu plus haut la doctrine de la présence du Saint Esprit dans le croyant individuellement, et de ce qu’il est scellé pour le jour de la rédemption ; cette doctrine paraît liée de la manière la plus étroite à la sainteté pratique, en constituant un motif et un moyen de préserver cette sainteté, tout autant que la puissance de cette sainteté. Qu’y a-t-il, en effet, de plus solennel et touchant que le rappel de l’habitation permanente d’un tel hôte dans le corps du croyant ? Quoi de plus certain que le fait qu’Il est, non un Esprit de crainte, mais de puissance, d’amour et de sobre bon sens ? (2 Tim. 1:7). Nous pouvons être extrêmement faibles, avec un cœur naturel trompeur par-dessus tout et incurable. Mais ce n’est pas la seule vérité. Le chrétien est caractérisé par l’habitation du Saint Esprit en lui. Est-Il faible, Lui ? Ou, s’Il est tout puissant, est-Il dans le croyant le témoin passif et inactif de toute ses fautes et ses infirmités ? N’est-Il pas au contraire en lui pour attacher ses affections à Christ, pour glorifier Christ, prenant de ce qui est à Christ pour le lui communiquer ? (Jean 16:14). Sans doute, Il peut être attristé, et Il l’est, par les folies que l’on se permet, par la négligence, par le mal, — ce contre quoi nous venons d’être sérieusement mis en garde. Ce serait bien que ceux qui parlent sans cesse de la chair bonne à rien (ce qui est clair et certain) gardent présent à l’esprit que le croyant, le chrétien, n’est plus dans la chair mais dans l’Esprit, vu que l’Esprit de Dieu habite en lui. Il convient par conséquent, que le péché, absolument tout péché, soit confessé et jugé ; mais ce n’est ni de la vraie humilité, ni la foi des élus de Dieu (Tite 1:1) d’ignorer ce fait béni et encourageant, et en même temps sérieux, que l’Esprit de Dieu est en nous pour nous communiquer toute force en révélant Christ à nos âmes (3:16-17). Il est incontestablement salutaire d’apprendre la douloureuse leçon de Romains 7:7 et les versets suivants ; mais en rester là démontre que cette leçon a été mal apprise. Car la vraie place du chrétien, à cet égard, est la fin du chapitre qui l’introduit dans les exercices encore plus profonds et les souffrances plus désintéressées du ch. 8, avec la liberté, la puissance, l’espoir et la sécurité qui sont notre part par grâce, selon ce que montre si abondamment ce chapitre 8. La rédemption de notre corps et de la création extérieure n’est pas encore opérée, mais Celui qui en est les arrhes est au-dedans de nous.

 

1.19                      Ch. 4:31

Ceci étant, « que toute amertume, et tout courroux, et toute colère, et toute crierie, et toute injure, soient ôtées du milieu de vous, de même que toute malice » (4:31). La proximité étroite dans laquelle la famille de Dieu est amenée peut devenir un piège à moins d’être vigilants et de regarder simplement à Christ. Le Saint Esprit ne laisse le champ libre à aucun sentiment mauvais quelconque. Ce sont là les infractions à notre proximité ; au chapitre suivant (v. 3 et suiv.) nous trouverons les abus de cette proximité.

Venons-en aux détails. « Toute amertume », désigne, je pense, toute espèce d’humeur acerbe, impitoyable, qui repousse les âmes au lieu de les gagner, et amplifie à l’extrême les fautes réelles ou imaginaires d’autrui. « Le courroux et la colère » qui viennent ensuite, se rapportent à l’éclat de la passion, et au ressentiment rancunier bien établi, lequel se développe quand on laisse le champ libre à l’aigreur ; « la crierie et les injures » en sont respectivement la contre-partie en paroles : tous ces sentiments proviennent de la source souterraine de « toute malice », condamnée à la fin du v. 31. Ainsi, de même que nous avons été mis en garde contre la malhonnêteté en parole et en acte avant l’allusion au sceau du Saint Esprit, de même maintenant après cette allusion, l’apôtre dénonce la haine sous ses diverses formes et manifestations. C’est, hélas ! naturel au premier homme Adam — c’est la même corruption et la même violence qui ont amené le déluge sur l’ancien monde, et qui, malgré le jugement de Dieu, se sont renouvelées et se renouvelleront encore, jusqu’à ce que Christ s’occupe Lui-même, en personne, de l’homme et de Satan.

 

1.20                      Ch. 4:32

1.20.1    Une activité pour le bien

Comme on l’a déjà observé dans les versets précédents, il ne suffit pas de s’abstenir des pensées et des œuvres de la chair. Il y a l’activité pour le bien en Christ, le Second Homme, et c’est ce que le Saint Esprit produit dans le chrétien, et en même temps réclame de lui. C’est pourquoi il est ajouté : « Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant les uns aux autres comme Dieu aussi, en Christ, vous a pardonné». Ce dont il s’agit clairement, c’est de manifester la grâce, et le modèle de tout cela, c’est Dieu en Christ, non pas dans la loi, aussi saint, juste et bon que soit le commandement (Rom. 7:12). Mais si bonne que fût et que soit la loi, Christ est bien mieux que tout, étant la véritable et seule expression parfaite et complète de ce que Dieu est. Laissant à la loi le soin de s’occuper des méchants selon son usage légitime que l’apôtre déclare expressément (1 Tim. 1:8-9), nous qui sommes morts avec Christ nous ne sommes plus sous la loi, mais sous la grâce, laquelle, par la puissance de l’Esprit, nous fortifie selon son propre caractère et nous donne communion avec Celui qui en est la source.

 

1.20.2    Problème de traduction du v. 32 — KJV — Ce qu’est la réconciliation

Le lecteur notera que la traduction retenue ci-dessus pour le v. 32 se démarque de la version autorisée du roi Jacques (*). C’est à bon escient. Il est difficile de dire pourquoi les traducteurs du roi Jacques ont délaissé le grec, suivis par Wycliffe, Coverdale, et même la version de Reims (1582), d’autant plus que Bèze, qui les a souvent influencés, est correct ici. La traduction erronée obscurcit la vraie grâce de Dieu qui est placée devant nous comme notre source et notre modèle, et elle tend à appuyer l’erreur selon laquelle Christ est la cause qui a produit l’amour de Dieu, au lieu d’être le canal béni et infini nous communiquant cet amour, le seul moyen possible par lequel Son amour pouvait nous profiter en sainteté et en justice. Cela fait partie de la même erreur de penser à Dieu comme « notre Père réconcilié », ou de dire que Christ « est mort pour Le réconcilier avec nous ». L’expiation était nécessaire sans aucun doute, l’expiation de nos péchés par le sang de Christ. « Il a été blessé pour nos transgressions, il a été meurtri pour nos iniquités » (És. 53:5). Mais Dieu était en Christ, réconciliant … (2 Cor. 5:19). C’est nous (non pas Lui) « qui avons maintenant reçu la réconciliation » (Rom. 5:11). « Et vous qui étiez autrefois étrangers, et ennemis, quant à votre entendement, dans les mauvaises œuvres, il vous a toutefois maintenant réconciliés » (Col. 1:21). Telle est la doctrine constante de l’Écriture. Combien tout est béni quand on le met et le garde à sa place ! L’expiation est cet aspect de l’œuvre de Christ envers Dieu, pour ôter le péché en subissant dans Sa propre personne le jugement divin du péché ; à l’inverse, la réconciliation, est envers nous, pour nous ramener en Christ vers Dieu. Les deux choses sont parfaitement vraies. Les confondre, c’est perdre beaucoup, et tout affaiblir, et, plus grave encore, c’est donner une représentation plus ou moins erronée du caractère de Dieu, comme si, de juge courroucé qu’Il était, Il était changé en Père plein d’amour par le moyen de Christ. Dieu est amour, aussi véritablement qu’Il est lumière. Il est ce qu’Il est, non pas ce qu’Il est fait.

 

(*) la version autorisée du roi Jacques traduit le verset 32 de la manière suivante : « Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant les uns aux autres, même comme Dieu vous a pardonné à cause de Christ».

 

 

2         Chapitre 5

2.1   Ch. 5:1-2

2.1.1        Ch. 5:1

Quel principe puissant s’ouvre ici pour les saints ! « Soyez imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants ! » (5:1). Quelle limite peut-il y avoir quand on est exhorté à imiter Dieu Lui-même ! Ce n’est plus comme avec la loi, l’affirmation d’une exigence de la part de l’homme placé sur le pied de sa responsabilité devant Dieu, en tant que créature. Dieu s’est révélé Lui-même en grâce, et en outre, Il est Dieu, il n’y en a pas d’autre (És. 45:22) ; et comme Il nous a communiqué Sa propre nature, il ne peut pas y avoir de norme moindre ni inférieure. Ce serait Le déshonorer, Lui et la grâce qu’il nous a montrée et qu’Il ne montre nulle part plus pleinement qu’au début de cette épître. Ce serait aussi la plus fâcheuse perte pour Ses bien-aimés enfants qu’Il désire éduquer et bénir de plus en plus dans cette scène même de mal et de douleur, transformant les circonstances les plus adverses en occasion de nous enseigner ce qu’Il est dans les profondeurs de Sa grâce, et nous remplissant du sentiment de cette grâce de manière à former nos cœurs et à façonner nos voies, — tandis que nous nous oublions nous-mêmes et que nous vivons dans la vérité de Christ, au-dessus de nos habitudes et des conventions humaines.

Ni la loi, ni même la promesse n’avaient jamais ouvert un pareil domaine. Le seul fait d’être appelés à imiter Dieu, suppose la grâce parfaite dans laquelle nous sommes : sinon, un tel appel serait insupportable. Sans doute il est très humiliant de penser combien peu nous avons répondu à cet appel de Dieu ; mais le sentiment même de nos insuffisances antérieures, s’il est profond, et si nous ne perdons pas de vue Sa grâce, est mis précieusement à profit, et ainsi nous croissons et poursuivons avec Dieu sans même guère y penser. La loi exigeait ce que l’homme devait rendre à Dieu : aimer Dieu et notre prochain n’est rien de plus que le devoir auquel nous sommes clairement tenus. La promesse présentait l’espérance de la Semence qui amènerait la bénédiction, non pas pour Israël seulement, mais pour toutes les familles de la terre. Mais maintenant que la promesse a été méprisée et la loi violée, Dieu s’est révélé Lui-même en Christ ; et en même temps qu’Il accomplit tout en Christ, Il a manifesté des conseils plus élevés en grâce infinie envers nous, de telle sorte que Son propre caractère, ainsi déployé, devient le Seul modèle convenable d’après lequel Il veut former Ses enfants déjà ici-bas. « Soyez donc imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants ; et marchez dans l’amour, comme aussi le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous, en offrande et sacrifice à Dieu en parfum de bonne odeur » (5:1, 2).

 

2.1.2        Ch. 5:2a

Se pardonner les uns aux autres, comme Dieu aussi nous a pardonné en Christ (4:32), est quelque chose de béni, mais c’est insuffisant, même que ce soit selon Son cœur et Ses propres voies. Un tel pardon est assurément divin dans sa source, et pour la chair il est impossible dans tout son caractère et toute son étendue ; mais il est en vue de l’homme, des manquements de l’homme et des éclats de la nature mauvaise. Dieu aimerait voir en nous un pardon de cette qualité. C’est le fruit de Sa grâce, tellement nécessaire dans un monde tel que le nôtre, et tellement salutaire pour Ses saints dans leurs rapports et leurs relations mutuels. Mais c’est encore loin d’être l’expression de tout ce qu’Il est et de tout ce dont Il voudrait que nous jouissions et que nous reflétions. Il y a l’activité du bien vers l’extérieur selon Son cœur, sans qu’il soit question de mal à pardonner, car le pardon, aussi réel et doux qu’il soit, reste en un sens purement négatif. Ici tout est positif et coule comme tout à nouveau, au-dessus de la pensée humaine. Aussi est-il dit : « Marchez dans l’amour, comme aussi le Christ nous a aimés et s’est livré Lui-même pour nous », etc. Être pardonné était notre besoin urgent et pitoyable, si nous voulions avoir la moindre consolation de la part de Dieu, et le moindre espoir d’être délivrés de la colère et d’être bénis ensuite ; c’était par grâce, bien sûr, la grâce de Dieu, mais la grâce répondant au besoin de l’homme, voire même délimitée par lui. Mais maintenant nous sommes sur le terrain nouveau de l’excellence de Christ et de l’exercice de ce qui est propre à Dieu dans l’activité de Sa propre nature. Aussi il n’est pas fait allusion ici au sacrifice pour le péché, ni simplement au sang et aux souffrances de notre précieux Seigneur, mais à ce qu’Il s’est livré Lui-même pour nous, dans un amour incomparable, « comme offrande et sacrifice à Dieu en parfum de bonne odeur ».

 

2.1.3        Ch. 5:2b

Il ne faudrait pas se méprendre sur un tel sujet, ni affaiblir un instant la certitude que dans les souffrances du Seigneur sur la croix, il y a des profondeurs qu’on ne trouve que là ; mais ces souffrances ne nous sont pas données en modèle, ni ne pouvaient l’être, car elles appartiennent exclusivement à Celui qui a porté nos péchés en Son corps et qui a été fait péché pour nous, en subissant ce jugement de Dieu que ni homme, ni ange, ni créature renouvelée ou non, ne pouvait partager avec Lui, — même si cela nous comble de bénédiction, et nous remplit de reconnaissance, d’adoration et de délices en Celui qui a été ainsi seul, non seulement pour nous, mais pour la gloire de Dieu, étant l’objet de la colère que Dieu ressentait et devait exécuter contre le péché. Mais ici il est question de ce qui fait ressortir l’amour admirable de Christ dans tout son parfum positif et toute sa beauté, en vue d’appeler et susciter, dans l’énergie du Saint Esprit, une marche pratique de la nouvelle nature dans les saints qui réponde à cet appel ; car en effet Christ est notre vie, et y a-t-il des limites à la puissance de l’Esprit qui habite en nous ? L’amour conduit à servir dans le renoncement à soi-même, soit en Christ d’une manière parfaite, soit en nous selon notre mesure ; mais assurément c’est cet amour qui donne et forme l’esprit de service, comme nous le voyons en notre précieux Seigneur (Phil. 2).

 

2.2   Ch. 5:3-7

2.2.1        Ch. 5:3

Toutefois plus l’amour est doux et béni, plus il est exposé au mal, à moins d’être maintenu dans la puissance divine et le jugement de soi-même. Il rapproche les uns des autres, il éveille les affections spirituelles ; mais ce qui est commencé par l’Esprit peut finir dans la corruption de la chair, comme on le voit à Corinthe, ou bien dans la recherche de la perfection charnelle d’une forme religieuse, comme en Galatie. C’est pourquoi l’apôtre poursuit en avertissant les saints d’Éphèse des dangers auxquels exposent des relations libres et familières sans le soutien du Saint Esprit. « Mais que ni la fornication, ni aucune impureté ou cupidité ne soient même nommées parmi vous, comme il convient à des saints » (5:3). Il ne suffisait pas de ne pas tolérer ces convoitises de la chair, il ne fallait même pas les nommer. Ceux à qui Paul s’adressait étaient des saints, des saints de Dieu ; et ce qui était en cause était ce qui convient à des saints, non pas simplement à des hommes.

 

2.2.2        Ch. 5:4

L’apôtre ne limite pas son avertissement au dévergondage sans frein ou aux convoitises qui satisfont l’homme, mais il l’étend au langage profane, soit ouvertement honteux soit recouvert d’un voile de raffinement : « ni aucune chose honteuse, ni parole folle ou plaisanterie, lesquelles ne sont pas bienséantes, mais plutôt des actions de grâces » (5:4). Ici encore, nous n’avons pas simplement l’abstention de ce qui est malséant pour le chrétien, mais il est présenté le côté positif, avec le cœur qui pense à la bonté de Dieu et éclate en actions de grâces.

 

2.2.3        Ch. 5:5

« Cela en effet vous le savez, connaissant qu’aucun fornicateur, ou impur, ou cupide (qui est un idolâtre), n’a d’héritage dans le royaume du Christ et de Dieu » (5:5). Il est important de se rappeler que, même si la grâce souveraine fait ce qu’elle veut, même si elle se tourne vers le plus vil, même si elle purifie le plus souillé, les voies morales de Dieu demeurent inflexibles. Sa nature ne change pas. Il hait l’iniquité et ne peut jamais la tolérer. Son amour peut trouver, et a trouvé, une solution glorieuse à cette difficulté dans la croix de Christ ; mais Dieu et le péché ne peuvent jamais marcher ensemble ni cohabiter.

Des dangers opposés à ceux-ci guettent les enfants de Dieu, aussi ont-ils besoin de veiller sur leurs sentiments. Ils peuvent être prompts à s’écrier, dans certains cas flagrants, qu’il ne peut pas y avoir la vie, ou bien ils peuvent accorder trop facilement leur confiance à ce qui a une belle apparence dans la chair. Quelques-uns des retours au monde les plus solennels sont ceux dont presque personne ne se doutait ; d’un autre côté, qui n’a eu la consolation de voir se dissiper des apparences pénibles et repoussantes, pour laisser briller de plus en plus la grâce de Christ, et de voir la chair jugée par la vérité en la présence de Dieu ? Ainsi certains dont l’aspect extérieur défavorable faisait germer le doute chez la plupart, ont fini par gagner la confiance de tous. Quelquefois il a fallu que Dieu s’en occupe sérieusement : une maladie grave, des revers de fortune, des chagrins domestiques, avant que l’âme soit remise d’aplomb ; cela est arrivé quand même, quoique tardivement. L’un et l’autre de ces extrêmes nous enseignent la nécessité de s’attendre à Dieu pour juger justement, au lieu de faire confiance à ses impressions personnelles. Le cœur naturel peut tirer profit de la grâce, mais il ne faudra pas attendre longtemps pour que se manifeste le mal qui subsiste. Des hommes pervers peuvent se lever, des loups s’introduire, et des brebis être induites en erreur pour un temps. Mais Dieu demeure, ainsi que la parole de Sa grâce (Actes 20:32) : pourquoi être inquiets ? Ayons foi en Dieu, imitons Le comme de bien-aimés enfants, et marchons dans l’amour, non seulement parce que Christ nous a aimés, mais comme Il nous a aimés ; et quoi qu’il en résulte, nous aurons la consolation de plaire à Dieu, tout en étant préservés entre temps de se jeter dans une voie ou dans l’autre. Épier le mal est fort éloigné des « actions de grâce », et c’est même incompatible. N’abaissons jamais le niveau de la marche que Dieu attend de Ses enfants. Si aucun corrompu n’a d’héritage dans Son royaume, ne traitons pourtant jamais le péché à la légère maintenant.

 

2.2.4        Ch. 5:6-7

« Que personne ne vous séduise par de vaines paroles ; car, à cause de ces choses, la colère de Dieu vient sur les fils de la désobéissance. N’ayez donc pas de participation avec eux » (5:6-7). Être associé en quelque mesure avec de telles personnes est grave pour un saint. Tenons-en compte.

 

2.3   Ch. 5:8

Le v. 8 de notre chapitre donne un autre motif d’appel. Cette exhortation à la marche n’est ni à cause de l’appel dont nous avons été appelés (4:1), ni en contraste spécial avec les autres Gentils, étrangers à la vie de Dieu (4:17, 18), ni dans l’amour seulement (5:2), mais « comme des enfants de lumière ». « Car vous étiez autrefois ténèbres, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur » (5:8). Soyez donc conséquents avec ce que vous êtes, non pas simplement avec ce que vous devriez être. Nous sommes lumière, et même lumière dans le Seigneur — il y a là à la fois la base, le caractère, et la mesure de ce qui convient à notre marche comme chrétiens : marchons en conséquence. Combien il est encourageant de voir la grâce appeler à marcher saintement ! La grande solennité de cet appel nous rappelle notre bénédiction et sa certitude, même si cet appel nous est adressé avec une insistance si pressante. Quelle sainteté dans notre position en Christ, pour que Dieu lui-même puisse dire de nous : « Vous êtes lumière dans le Seigneur » ! S’Il le déclare, ne devons-nous pas le dire de nous-mêmes, tant sur le plan du privilège que de la responsabilité ? Regardons à Lui, afin que, placés ainsi en dehors de toute souillure (car rien n’est plus pur que la lumière), nous puissions avancer en montrant cette lumière que nous sommes maintenant dans le Seigneur. C’est dans la lumière que nous marchons, et par elle nous devons tout juger, car nous sommes lumière. Dieu rejette toute norme inférieure ou toute atmosphère moins pure. Il est lumière, et en Lui il n’y a pas de ténèbres ; si nous sommes Ses enfants, nous sommes enfants de lumière. Il n’est jamais dit que nous soyons amour (c’est la nature et la prérogative de Dieu), bien que nous soyons évidemment appelés à aimer comme étant nés de Dieu et connaissant Dieu en Christ. Combien la loi disparaît complètement comme motif ou moule de notre marche !

 

2.4   Ch. 5:9-10

« Car le fruit de la lumière consiste en toute bonté, et justice et vérité ». Ce sont là sans doute les caractéristiques de l’opération en grâce de l’Esprit, et c’est ce qui a peut-être conduit le Texte Reçu à remplacer « fruit de la lumière » par « fruit de l’Esprit ». Mais on ne saurait raisonnablement douter que la vraie pensée et le mot correct du v. 9 ne soit « la lumière », ce qui est autant supporté par les preuves externes que par la portée du contexte. En Galates 5, le fruit est celui de l’Esprit, non pas de la lumière, parce que ce qui est souligné est le contraste avec les œuvres de la chair — l’impureté, la violence contre Dieu et contre l’homme, qui joue avec les tromperies de l’ennemi et s’y fait prendre ; tandis que le fruit de l’Esprit est l’amour, la paix, la longanimité, la bienveillance, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance — choses contre lesquelles il n’y a pas de loi, déclare emphatiquement l’apôtre à ceux qui affectaient de se placer sous la loi. Dans notre passage d’Éph. 5, il est question d’un contraste, non pas avec le penchant vers le légalisme et les œuvres de la chair, ce que la loi provoque tout en le condamnant, mais avec les ténèbres de notre état lorsque nous étions sans Dieu. Mais maintenant nous sommes appelés à marcher comme des enfants de lumière, laquelle est notre nature même dans le Seigneur, et il nous est rappelé que le fruit de cette lumière consiste en toute bonté, justice et vérité. Les immenses richesses de la grâce de Dieu n’affaiblissent pas, mais plutôt confirment le déploiement de Ses principes moraux, et en produit la réalisation en nous qui sommes Ses enfants, quoi que nous ayons pu être ou que nous soyons naturellement. La vie nouvelle qu’Il nous a donnée en Christ répond à Sa bonté, à Sa justice et à Sa vérité. Il ne peut ni ne devrait en être autrement, et le cœur renouvelé ne voudrait pas consentir de sang-froid à ce que Dieu soit déshonoré ou même représenté de manière défectueuse dans les objets de Sa faveur. Il implante en nous le désir de Lui plaire, et Il veille sur nous pour que ce désir ne soit ni vague ni stérile, mais qu’il porte du fruit — le fruit de la lumière — « éprouvant », comme il est ajouté, « ce qui est agréable au Seigneur » (5:10).

 

2.5   Ch. 5:11-13

Répétons qu’il ne suffit pas à nos âmes de refuser d’être associées aux fils de désobéissance, comme aux versets 6 et 7. Nous ne devons pas avoir de communion avec les œuvres infructueuses des ténèbres, mais plutôt les reprendre (5:11). Tout cela fait partie de notre position merveilleuse comme enfants de lumière et de la responsabilité qui en découle. Ce n’est pas la loi qui se borne à condamner par application d’une règle extérieure, mais c’est une capacité divine intérieure, profondément scrutatrice, qui, malgré l’amour qui en est la source et le but, épargne beaucoup moins le mal, mais introduit au contraire le bien par le Saint Esprit en Christ.

« Car les choses qu’ils font en secret, il est honteux même de les dire. Mais toutes choses, étant reprises par la lumière, sont manifestées ; car ce qui manifeste tout, c’est la lumière » (5:12, 13). C’est une propriété spéciale de la lumière de se manifester elle même et de tout manifester, ce qui est vrai tant dans le domaine spirituel que dans la nature.

 

2.6   Ch. 5:14-17

Mais la pensée du Seigneur à notre égard va plus loin. Il voudrait que, non contents de posséder la bénédiction, nous en jouissions pleinement. Il y a autour de nous des morts — choses ou personnes — et si leur influence est tolérée, elle est des plus nuisibles. « C’est pourquoi il dit : «Réveille-toi, toi qui dors, et relève-toi d’entre les morts, et le Christ luira sur toi» (5:14). Il ne s’agit pas ici de nous donner la vie comme si nous étions morts, ni la lumière comme si nous n’étions pas déjà lumière ; mais il s’agit du resplendissement de la lumière sur nous qui sommes lumière en Lui, et qui pourtant nous assoupissons avec insouciance au milieu de ce qui est mort et fait mourir. Quelle vigilance dans Son amour qui pense ainsi à nous, pour que notre coupe de bénédiction déborde et que nos âmes soient délivrées de ce qui est dégradant pour Lui et pour nous-mêmes qui sommes en Lui, — de telle sorte que nous soyons remplis de ce que nous sommes en tant que Lui appartenant ! Combien chacune de Ses paroles, chacune de nos circonstances, nous appellent à revoir si nous marchons soigneusement (5:15), non pas comme étant dépourvus de sagesse, mais comme étant sages, rachetant l’occasion parce que les jours sont mauvais ! Nous avons toutes les ressources, mais il nous faut néanmoins constamment veiller et être dépendants. Il faut rechercher et saisir le moment opportun, quel qu’en soit le prix, si, dans ces jours mauvais, nous voulons ne pas être dépourvus de sens, mais comprendre quelle est la volonté du Seigneur (5:16, 17). Évitons l’excitation du monde, les incitations à agir selon l’homme naturel, qui embellissent les aspirations de l’homme, en quoi il y a de l’excès. Nous pouvons et devrions être remplis d’une puissance au-dessus de la nature, qui exclut non seulement le mal, mais aussi la puissance d’influence des choses présentes.

 

2.7   Ch. 5:18-21

« Soyez remplis de l’Esprit, vous entretenant par des psaumes et des hymnes et des cantiques spirituels, chantant et psalmodiant de votre cœur au Seigneur ; rendant toujours grâces pour toutes choses, au nom de notre seigneur Jésus Christ, à Dieu le Père ; étant soumis les uns aux autres dans la crainte de Christ » (5:18-21).

« Vous entretenant » pourrait être traduit par « vous entretenant les uns les autres » comme au ch. 4:32, et je crois que c’est le sens ; il s’agit de se parler les uns aux autres sous toute forme exprimant la joie de l’Église. Je comprends qu’il s’agit de toutes les compositions poétiques sacrées des chrétiens, qui font jaillir l’adoration et la louange et les sentiments de sainteté, le terme « spirituel » étant ajouté à la dernière classe de ces expressions, la moins élevée, pour marquer que même là, il y a la consécration au Seigneur. C’est la joie sainte et vraie. Puissions-nous la cultiver en simplicité ! Nous avons vraiment une heureuse part ! Y a-t-il quelque chose dont nous ne pourrions pas rendre grâces à notre Dieu et Père, au nom de notre Seigneur Jésus ? Y a-t-il rien d’autre qui soit susceptible de nous faire soumettre les uns aux autres dans Sa crainte ?

 

2.8   Ch. 5:22

Nous arrivons maintenant au sujet des relations terrestres spéciales. Nous avons eu jusqu’ici les exhortations générales concernant les saints de Dieu comme tels — les enfants de Dieu et les membres du corps de Christ. Mais maintenant le Saint Esprit montre qu’Il n’est pas indifférent aux relations que ces saints peuvent avoir, soit l’un envers l’autre, soit en rapport avec les autres sur la terre. Il peut y avoir, par exemple, des maris et des femmes tous deux chrétiens, ou bien seul l’un d’eux peut être converti, l’autre étant encore juif ou païen ; et pareillement pour les relations de père et d’enfants, de maître et de serviteur. Pour commencer nous avons à faire seulement à ce qui a rapport au lien terrestre le plus intime, celui de mari et femme. Nous allons voir que l’Esprit Saint pourvoit abondamment aux besoins des enfants de Dieu ainsi liés, en sorte que, quelles que soient leurs difficultés, ils peuvent trouver des instructions de grâce et de sérieuses exhortations, non pas simplement des commandements touchant leurs circonstances par rapport à Dieu — car les directions présentées ici aux chrétiens ne revêtent pas tellement cette forme de commandements. Bien sûr il y a des préceptes et des commandements dans tout le Nouveau Testament. Et c’est bien l’écrivain inspiré qui met le plus l’accent sur l’amour, qui insiste aussi le plus sur les commandements ; car c’est l’évangile et les épîtres de Jean qui insistent le plus sur de telles injonctions ; pourtant chacun sait qu’aucune autre portion de l’Écriture ne fait autant ressortir l’amour de Dieu de manière frappante et constante. C’est donc une immense erreur de supposer que l’amour de Dieu n’est pas compatible avec des injonctions très strictes adressées à Ses enfants et revêtues de Son autorité.

Rajoutons qu’il est incontestable que le caractère général des instructions données aux chrétiens ne prend pas la forme de commandements de forme légale, en sorte que, comme chrétiens, nous ne sommes pas placés sous les commandements de Moïse pour former nos pensées, nos sentiments et régler nos voies. Bien plus, nous n’avons rien qui ressemble à la loi, mais selon l’Écriture, nous avons ce qui lui est en contraste complet et très marqué, car « la grâce et la vérité vinrent par Jésus-Christ ». Nous avons bien des commandements, mais ils supposent que nous avons la vie, et ils la dirigent avec le but d’amener l’obéissance de Christ (1 Pierre 1:2) : rien n’est plus beau pour l’âme, et rien ne glorifie Dieu davantage. La manière ordinaire du Nouveau Testament pour présenter l’instruction est la suivante : une relation est formée, et nous avons à glorifier Dieu selon le caractère de cette relation, qui est amplement développé et appliqué dans la Parole. Ceci est vrai dans les choses naturelles, et l’Esprit de Dieu saisit l’occasion de cette relation journalière pour faire ressortir la relation spirituelle qui y correspond. Nos cœurs étant alors occupés de la grâce extraordinaire qui a formé ce lien nouveau et éternel, nous trouvons ainsi non seulement un motif, mais le modèle et la puissance pour glorifier Dieu tant dans la relation naturelle que dans la relation spirituelle.

Nulle part cette vérité n’est démontrée d’une manière plus frappante que dans la première de ces relations sur laquelle le Saint Esprit s’étend particulièrement : « Femmes, soyez soumises à vos propres maris, comme au Seigneur ». La première comparaison qu’Il emploie, avant d’entrer dans la relation spirituelle présentée sous la figure du mariage, — la toute première pensée est de présenter la position de l’homme comme étant à la tête, et il la présente comme ayant une force particulière dans la vie matrimoniale. Nous savons tous (1 Cor. 11) que, même sans qu’il soit question de mariage, l’homme est le chef [= tête] de la femme. Autrement dit, même si le mariage n’existait pas, l’homme a une place que la femme n’a pas, — une position entièrement indépendante du caractère. Tel homme peut être imbécile et telle femme avoir beaucoup de fermeté et de sagesse ; cela ne change pas pour autant l’ordre de Dieu. Tel enfant peut faire preuve d’une grande prudence, alors que ses parents manquent de sagesse et sont faibles. Il n’en reste pas moins que la relation est entièrement distincte du caractère particulier, de l’état et de la condition des personnes, aussi bien de celle qui a la position supérieure, que de celle en position subordonnée. Il est très important que ce soit une question réglée dans nos âmes, afin que jamais aucune circonstance ne serve de prétexte pour renverser l’ordre selon Dieu. Certaines circonstances éprouvantes rendent la difficulté immense dans l’une ou l’autre relation. Mais il est lourd de conséquences de bien se souvenir que les droits de l’ordre selon Dieu subsistent toujours, et que rien ne justifie de désobéir à Sa volonté.

Il peut y avoir des cas où l’obéissance dans l’ordre naturel selon Dieu serait un péché ; il n’y en a pas où la désobéissance soit un devoir. Il n’est pas de circonstance où l’on soit tenu de désobéir, mais il y a des crises où il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Actes 5:29). C’est une bien grande grâce, en vérité, que les cas soient rares où l’obéissance à Dieu implique une infraction apparente à l’ordre naturel et au devoir moral, mais cela peut arriver. Ainsi au début des Actes par exemple, les autorités qui gouvernaient en Israël à l’époque, commandèrent à Pierre et à Jean de ne pas enseigner au nom de Jésus. Que pouvaient-ils faire, sinon de se rejeter sur l’autorité de Dieu ? Ils purent déclarer à ces gouverneurs eux-mêmes que leurs consciences étaient tenues envers Dieu avant de l’être par les hommes. Ainsi donc, l’obéissance est toujours la part du chrétien : c’est le premier grand principe qui demeure et reste parfaitement clair, avant d’entrer dans les détails.

C’est comme suite à l’exhortation générale à la soumission les uns aux autres dans la crainte de Christ (car Christ est Celui qui nous est continuellement présenté à l’honneur dans cette épître), que l’Esprit aborde ce premier point de la place appropriée de la femme chrétienne, et Il pose le principe suivant : « Femmes, soyez soumises à vos propres maris, comme au Seigneur ». Ce langage peut paraître extraordinairement fort quand nous pensons à ce que sont ou peuvent être les maris, mais c’est important d’être toujours sûr que Dieu ne se trompe pas. Pour la prudence humaine, cela peut paraître imprudent. Peut-être avez-vous même affaire à un mari inconverti ! Mais introduisez seulement le Seigneur et vous verrez tout de suite la puissance qui rend la soumission facile, et vous apprendrez jusqu’à quelle mesure la soumission doit être supportée. De plus, vous avez ce qui préserve contre l’abus du principe : « Femmes, soyez soumises à vos propres maris, comme au Seigneur ». Le Seigneur est introduit, et cela met tout à sa juste place. S’il s’agit d’épreuve ou de souffrance, la parole est encore la même. Le Seigneur peut faire passer par de grandes difficultés et de grands dangers. Quelle est la place qui convient au chrétien en de telles circonstances ? Une soumission sans réserve. Car je dois être assuré que, quels que soient les brisements d’esprit que de telles épreuves peuvent occasionner, néanmoins tout ce que le Seigneur fait est le mieux et le plus heureux, et, en fin de compte, le plus propre à fortifier mon âme — le Seigneur étant incapable de quoi que ce soit pour moi qui ne soit pas en vue d’un bien durable à la louange de Son nom.

Cette épître ne fait pas simplement ressortir que Dieu contrôle tout, mais elle met en évidence une relation spéciale. Ici c’est le Seigneur aimant les Siens, de cet amour qui a tout sacrifié pour eux. Comment douter de la bénédiction et de la valeur de me soumettre au Seigneur ? La femme chrétienne a peut-être un mari, et il peut être dur et pénible de supporter tout. Peut-être vous traite-t-il comme rien et demande-t-il souvent ce qui est déraisonnable. Qu’est-ce qui peut alors alléger le fardeau, tout en continuant à le sentir ? « Soyez soumises à vos propres maris, comme au Seigneur ». Je dois me soumettre à mon mari comme au Seigneur : que je voie seulement le Seigneur dans l’affaire, au lieu du manque de considération et de la mauvais humeur du mari, et le chemin devient évident. Il faut en faire une affaire non pas de simple devoir, mais de confiance dans le Seigneur comme étant au-dessus de tout dans Son amour, dans Ses soins et dans Son gouvernement. C’est là le point de départ du Saint Esprit, et ce dont Il fait la base des instructions variées qui vont suivre. Il commence par cette grande vérité que la femme chrétienne a qualité pour se soumettre à son mari comme au Seigneur. Ce n’est donc pas une simple question d’affection, ce qui serait humain : l’affection est tout à fait nécessaire comme un élément naturel, mais ce serait aussi vrai si la personne n’était pas du tout chrétienne. Il n’est pas non plus question de ce à quoi le mari s’attend, ni de ce que j’estime juste. Tout cela relève du domaine des sentiments convenables et de la moralité. Mais l’important est que Dieu ne peut pas être avec une femme chrétienne qui marche dans la méconnaissance habituelle du fondement qu’Il a établi pour elle dans sa relation comme épouse. Il ne laisse pas le chrétien marcher simplement selon des principes moraux ou conventionnels. Ceux-ci peuvent être justes à leur place, mais si je suis chrétien, j’ai un appel plus élevé ; et alors — quelle que soit la difficulté, lors même que celui à qui je dois la soumission n’est pas chrétien — il arrive cette direction bénie : « Soyez soumises à vos propres maris, comme au Seigneur ». Il me donne le droit de Le voir Lui, le Seigneur, derrière la personne du mari ; et c’est Lui que j’ai à suivre et à Lui que je dois me soumettre. Il y a dans cette pensée une grande consolation pour la femme chrétienne qui est toujours si éprouvée. Mais alors arrive la limite de l’épreuve — car il y a un terme à tout chemin — et le voici : Dieu ne me met jamais dans des circonstances où je suis libre de pécher. C’est pourquoi, au cas où le mari commanderait ce qui serait un péché positif, de cela j’apprends sur le champ que je ne suis pas tenue d’obéir, parce qu’il m’est dit de me soumettre à mon mari comme au Seigneur. Le Seigneur n’approuve jamais le péché. Il peut me passer au crible, et je peux ne pas comprendre tout d’abord en quoi cela est bon et nécessaire ; mais la foi trouve toujours sa force et sa direction dans la sagesse du Seigneur — se confiant en Lui, et non pas dans ma sagesse lorsqu’elle Le comprend. Vous constaterez que nous croissons en sagesse lorsque nous nous contentons de prendre la place de celui qui n’a pas de sagesse. Si ma confiance est dans la sagesse du Seigneur, j’acquerrai de la sagesse et j’y ferai des progrès. Notre Seigneur a été parfaitement homme, et bien que toujours parfait dans toutes les conditions de la vie, la grande marque de Sa perfection a été d’être toujours Celui qui était dépendant et regardait à Dieu, et qui pouvait dire : « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père ? » (Luc 2:49). Voilà bien pour l’homme la place la plus basse, mais en vérité, la plus élevée. Il comprenait le secret de Sa relation avec Dieu le Père. Bien que tout ceci fut vrai de Christ comme de nul autre, néanmoins cela est sûrement vrai de tout croyant dans une mesure.

 

2.9   Ch. 5:23

Nous avons à veiller très soigneusement sur nous-mêmes dans ce domaine. Là où il y a la moindre tendance à s’écarter du sentier de la soumission, il nous faut chercher à voir si nous sommes sages selon Dieu. La nature n’aime jamais être assujettie. Partout où il y a danger de se prévaloir de la vérité de Dieu pour agir d’une manière qui paraît manquer de soumission à l’autorité d’autrui, j’ai besoin, là plus qu’ailleurs, de veiller sur moi-même avec une jalousie toute spéciale. Quand nous sommes dans un sentier où la soumission est requise, laissons de la place pour y introduire le Seigneur. Pour ajouter la puissance et la foi à notre obéissance, et pour qu’elle ait le caractère de sainteté, il faut réaliser que c’est au Seigneur que j’obéis, même quand c’est à une autorité terrestre que je suis soumis. La vérité bénie que le Seigneur va introduire, commence à s’ouvrir devant nous : « parce que le mari est le chef de la femme, comme aussi le Christ est le chef de l’assemblée, lui le Sauveur du corps » (5:23). Ces paroles font allusion à la relation étroite, qui est censée nous montrer comment nous avons à marcher l’un envers l’autre à cet égard. Bien que Christ, et Christ seul, soit le Sauveur, la position de soumission du saint ou de l’Église n’est pas éliminée, bien au contraire.

 

2.10                      Ch. 5:24

« Mais comme l’assemblée est soumise au Christ, ainsi que les femmes le soient aussi à leurs propres maris en toutes choses ». Tel est le principe général. Mais notez bien que dans toute parole de ce genre dans l’Écriture, il est toujours donné une mesure et une sauvegarde. Il n’est pas dit simplement : « Que les femmes soient soumises en toutes choses à leurs propres maris », mais « comme l’assemblée est soumise au Christ, ainsi que les femmes etc. ». Je trouve ici que la manière bénie dont Christ prend soin de l’assemblée et dont Il s’occupe d’elle dans sa soumission envers le Seigneur, est mise comme modèle pour les femmes en rapport avec leurs maris. C’est quand on arrive à la plus élevée des deux relations que le Saint Esprit en fait ressortir plus clairement le caractère. « Maris, aimez vos propres femmes ». Nous voyons ici ce qui peut être un piège du côté du mari. D’abord la femme doit veiller à son humeur pour discipliner son esprit dans une entière soumission à son mari. À elle, il ne lui est pas dit d’aimer son mari, mais de lui être soumise. Or Satan pourrait en prendre avantage, et, dans l’exercice de la relation mutuelle, le mari pourrait manquer d’égards, d’affection et de tendresse. D’un côté il y a ce qui gouverne et guide la femme, mais l’exhortation adressée ici au mari porte sur ce dont il a tant besoin dans ses circonstances propres et qui serait si bénéfique pour son âme et si consolant pour sa femme. C’est pourquoi nous lisons : « Maris, aimez vos propres femmes, comme aussi le Christ a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle ». Quel saint modèle ! Quel exemple d’abnégation, de prévenance, de pureté, de caractère céleste ! et cet exemple est mis devant nous pour que cette relation, qui se dégrade facilement, soit tenue et maintenue au niveau élevé qui lui est dû, et que même les saints les plus pauvres de la terre, unis ensemble par ce lien, puissent jouir de la lumière et de l’amour du ciel brillant sur eux.

 

2.11                      Ch. 5:25

« Maris, aimez vos propres femmes, comme aussi le Christ a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle, afin qu’il la sanctifiât, en la purifiant par le lavage d’eau par la parole ; afin que lui se présentât l’assemblée à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais afin qu’elle fût sainte et irréprochable » (5:25-27). Ainsi l’amour de Christ pour l’Église est posé comme le modèle selon lequel le mari chrétien doit chercher à conformer son propre amour pour sa femme. Voyez-en la source et le caractère : « Comme aussi le Christ a aimé l’assemblée ». Tout découle de ceci. Ai-je besoin de dire que, même du point de vue humain, comme l’amour doit précéder le mariage, ainsi dans la nature, il est aussi le secret qui rend le mariage heureux une fois qu’il est formé. L’amour de Christ, dont il est parlé ici, nous est présenté comme un tout indivisible, du commencement à la fin. Il est bon de se le rappeler dans la vie de mariés : l’amour qui était vrai avant la formation du lien, est l’amour qui demeure après que le lien est formé et qui doit croître jusqu’à la fin.

Bien sûr, il en a été ainsi parfaitement pour notre Seigneur. Il a aimé l’assemblée. Il est question ici de la part de Christ d’une affection très spéciale. Ce n’est pas la vérité générale de l’amour de Dieu, qui a même aimé le monde ; car aucune relation avec le monde n’a été formée. L’important à voir ici, c’est que, bien que ce soit un amour existant avant la relation, c’est dans cette relation qu’il s’exerce vraiment et qu’il garde toujours sa force réelle et sa joie. Si maintenant nous passons de ce qui est terrestre à ce que cela représente, combien la grâce est grande et combien la bénédiction est riche ! Ce fut autrefois une grande joie pour nos cœurs de réaliser que Dieu pouvait aimer des pécheurs, et de les aimer au point de livrer Son Fils pour nous, pécheurs, tels que nous étions. Mais il y a une autre sorte d’amour que nous connaissons maintenant. Dieu a pris vis-à-vis de nous la relation de Père, et en tout cas Il nous a introduits, par Jésus-Christ, dans celle d’enfants vis-à-vis de Lui. Nous sommes « enfants de Dieu par la foi en Jésus-Christ ». Par conséquent le Père nous aime d’un cœur de père ; ce n’est pas seulement qu’Il aime la créature en tant que Dieu, mais Il nous aime comme un père — bien plus, Il nous aime comme le Père de notre Seigneur Jésus L’a aimé, non pas seulement dans la mesure de l’affection humaine de parents pour leurs enfants. Dans un tel cercle, il peut y avoir de la satisfaction et des délices ; et en pensant à ce que nous sommes et qui nous étions, il est vraiment merveilleux de penser que quelqu’un comme Dieu le Père puisse trouver Son délice en nous maintenant dans ce monde ! qu’Il nous aime infiniment plus qu’un père terrestre aime l’enfant qu’il aime le plus, et que cet amour s’étend aux plus faibles et aux plus nécessiteux de Sa famille ! Il y a aussi un amour conditionnel en faveur de ceux qui marchent fidèlement, ce que Jean expose aux ch. 14 et 15 de son évangile. Mais je parle maintenant de cet amour qui ne fait jamais défaut, cet amour personnel qui existe dans la relation où Dieu se trouve comme Père vis-à-vis de Ses enfants en tant que tels ; cet amour qui ne se borne pas à de la compassion, mais qui pose Son regard avec plaisir sur ces enfants, et trouve Son délice en eux maintenant, malgré tout ce qui tend à détourner ou affaiblir cet amour. Étant en Christ, ne dois-je pas être assuré d’un tel amour autant que je le suis de mon existence comme homme ? Bien plus, ne dois-je pas avoir plus de connaissance et plus de certitude de ce qu’est Son amour envers moi, que de tout ce qui me touche comme personne vivant sur la terre ? Ce qui est en moi ne me garantit pas des tromperies du monde extérieur ; mais dans les choses de Dieu, là où la foi est vivante, il n’en est pas ainsi : il y a, et il doit y avoir, une certitude divine.

Quand Dieu se révèle clairement, l’âme doit recevoir cette révélation avec humilité d’esprit ; et plus il y a d’humilité, plus il y a de certitude, parce que le fondement de cette assurance est que Dieu s’est révélé à nous : il s’agit de Lui-même, et pas du tout de nous. S’il en est ainsi, quelle merveilleuse position que d’être en Christ ! Il est bien vrai que Christ m’a aimé, mais ici il est question de l’Église — « l’assemblée » ; — et Christ a pour Son assemblée un amour spécial que j’ai le droit de m’approprier et sur lequel j’ai le droit de compter. Voilà ce qui rend si précieux le rassemblement des enfants de Dieu comme assemblée, et qui montre l’importance extrême de ne pas le réduire à une association volontaire, petite ou grande. Dès l’instant où vous introduisez la volonté de l’homme, vous détruisez sur le champ en principe le fondement divin que l’Écriture tient comme établi. Si au contraire vous comprenez que Dieu a formé un certain lien dans le Saint Esprit pour la gloire de Son Fils parmi ceux qui Lui appartiennent maintenant sur la terre, et que Christ regarde d’un amour parfait et tout particulier ceux qui sont liés par ce lien, alors il ne saurait y avoir de plus grande joie pour nos âmes que d’entrer dans Son amour, puis de chercher à agir par Sa Parole sur d’autres membres du corps de Christ pour les amener à croire et à jouir de cet amour. C’est l’assemblée qu’Il a aimée, non pas une partie seulement de celle-ci. Je me sers à dessein du terme « assemblée », parce que les gens ont souvent une notion très vague de ce qu’est l’Église. De nos jours, le terme « église » est la plupart du temps appliqué complètement à tort. On le dit d’un édifice, d’un groupe particulier, de l’ensemble dominant quelque part. Mais substituez le terme d’ « assemblée » à celui d’ « église », et comprenez par là le corps entier de ceux que Dieu appelle hors du monde par le Saint Esprit descendu du ciel ; et alors vous apprenez là l’amour spécial que Dieu a révélé en Christ, non pas simplement à l’âme individuelle, mais à l’assemblée qui est Son corps sur la terre.

Bien sûr, la mort de Christ était essentielle pour que l’Évangile soit maintenant prêché au monde. Cette mort est également le fondement sur la base duquel les cieux et la terre seront purifiés de tout ce qui aujourd’hui corrompt et souille. Tout ce qui a servi à la justification de Dieu dans le passé et qui servira dans le futur à l’épanchement de Son amour, est fondé sur la mort de Christ. De là la valeur immense de Sa rédemption, pour la terre et pour le ciel, pour les Juifs, les Gentils et l’Église de Dieu, pour le temps et pour l’éternité. Mais en outre, quelle grande force dans cette expression : « Il s’est livré Lui-même pour elle ». Il n’y a rien eu en Christ qu’il n’ait pas donné. Ce n’est pas ce qu’Il a fait, ni seulement ce qu’Il a souffert, mais Il s’est donné Lui-même. Bien sûr, ceci implique tout ce qui était en Lui et de Lui, mais cela va beaucoup plus loin parce que c’est le renoncement absolu de Lui-même en amour en vue de l’objet qu’Il aimait, c’est le modèle parfait de la vraie plénitude d’amour, et cela dépasse infiniment toute relation humaine qui voudrait l’imiter. En s’adressant au mari chrétien, l’Esprit, nous montre justement que Christ a la prééminence en toutes choses : « Il s’est livré Lui-même pour nous ». Quelle en est la conséquence ? que l’Église est sans péché devant Dieu — que les péchés sont effacés pour toujours — que la rédemption est accomplie — que Satan est vaincu — que la colère et le jugement divin ont été portés — que les ordonnances, qui étaient contraires à ceux qui y étaient assujettis, sont clouées à la croix — que l’inimitié est détruite — que le nouvel homme est formé. Tout cela, et beaucoup plus encore, est fondé sur Christ se livrant Lui-même. L’effet pour nous en est que nous avons ici Christ dans Son amour, dans une lumière sans nuage, sans qu’aucun doute ni question ne se soulèvent, et Christ est là l’objet dans lequel nos âmes trouvent leur délice, et auquel elles se soumettent et qu’elles servent et adorent toujours plus.

J’ai autant le droit de croire que Christ s’est livré Lui-même pour moi, que j’en ai de croire que mes iniquités sont entièrement ôtées par Son sang précieux. Si je crois l’une de ces choses, je dois à Dieu de croire aussi l’autre ; et le fondement de ma foi est le témoignage rendu par Dieu à la perfection de ce que Christ a fait selon la gloire de Sa Personne. Dieu attache une telle valeur à l’œuvre de souffrance de Son Fils sur la croix, qu’Il peut m’aimer parfaitement. Nous sommes libres. Nous avons la rédemption par Son sang. Mais c’est en Lui, non pas seulement par Son sang, mais en Lui, comme il est dit au chap. 1 : « en qui nous avons la rédemption par Son sang, la rémission des fautes selon les richesses de Sa grâce » (1:7). Il est donc très important que, tout en tenant ferme à la rédemption, nous n’y tenions pas en dehors de Christ, mais seulement en Lui, si l’on peut s’exprimer ainsi. C’est Sa Personne qui me rendra capable d’estimer et de tenir ferme la valeur de cette œuvre. Il faut nous rappeler non seulement ce qui a été fait, mais qui est Celui qui l’a fait. Si en vous jugeant vous-mêmes, vous vous attachez à Lui et à ces deux vérités bénies en Lui, jamais un seul nuage ne viendra envelopper votre âme quant à la parfaite délivrance vis-à-vis de toute accusation devant Dieu.

 

2.12                      Ch. 5:26

2.12.1    Sanctification et purification

Une autre pensée se présente maintenant. Si Christ a achevé cette œuvre, si c’est une chose passée qui n’a pas besoin d’être retouchée, nous entrons dans la seconde preuve de Son amour : « afin qu’il la sanctifiât, en la purifiant par le lavage d’eau par la parole ». Je comprends que cette sanctification de l’Église dont il est parlé ici, est une chose distincte du lavage d’eau par la parole, bien qu’elle s’y rattache étroitement. Il y a là deux opérations, et il y a une différence importante entre sanctifier l’Église et la purifier. Cette sanctification ne se rapporte pas simplement à notre croissance dans la grâce, elle se rattache à Christ. Ce n’est pas simplement le travail de l’Esprit de Dieu dans le croyant. On parle souvent de justifier comme étant l’affaire du Fils, et sanctifier, l’affaire de l’Esprit. Or nous sommes lavés, nous sommes sanctifiés, nous sommes justifiés au nom du Seigneur Jésus et par l’Esprit de notre Dieu. Tout ce en vertu de quoi nous sommes lavés, et sanctifiés et justifiés, c’est Christ ; et c’est par l’Esprit de notre Dieu. L’Esprit de Dieu est l’agent actif dans la justification tout autant que dans la sanctification, mais Il agit toujours en se servant de Christ. C’est pourquoi il y a un grand danger à déconnecter Christ de la sanctification. Christ s’est livré lui-même pour l’Église, « afin qu’il la sanctifiât et la purifiât ». Dans le fait que Christ s’est livré Lui-même, Son sang est impliqué, mais il y a plus que cela.

En fait, tout ce que comporte la rédemption proprement dite, et tout ce qui en découle, est impliqué dans le verset 25 : « Il a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle ». C’est là une chose passée, mais suivie par ce qui continue pendant tout le temps de l’existence de l’Église sur la terre. Comme fruit de Son amour, il y a la mort de Christ pour nous — Christ se livrant Lui-même pour l’Église. Et maintenant, sur le fondement de la croix, on a la sanctification et la purification qui se poursuivent continuellement. Mais comment s’opèrent-elles ? C’est par le lavage d’eau par la Parole dans les deux cas. Cela nous montre l’immense importance de la Parole de Dieu. Combien il est essentiel pour tout enfant de Dieu d’apprécier cette Parole et de chercher, par elle, à croître dans la connaissance de Dieu ! Appartenir à l’Église ou plutôt à Christ, bien loin d’être la somme ou la substance de ce que nous avons à apprendre, ce n’en est que la base ; c’est seulement après que nous avons acquis cette connaissance fondamentale que viennent toute la sanctification et la purification qui s’opèrent par le lavage d’eau par la parole. Ainsi, il est clair qu’il y a trois fruits de l’amour de Christ bien distincts : Le premier, c’est qu’Il s’est livré Lui-même (c’est-à-dire, jusqu’à la mort) ; le second, c’est le travail présent de Sa vie. Depuis la croix, Il s’occupe Lui-même de l’Église, dans le ciel ; Il prend soin de Ses membres, opérant par le Saint Esprit, et appliquant la Parole de Dieu. Tout est lié à Lui-même, parce que tout le point de départ est l’amour de Christ pour l’Église. Il sanctifie et purifie maintenant par le lavage d’eau par la Parole ; mais nous savons que nos péchés ont été ôtés par Son sang.

Avant de passer au troisième effet de Son amour, permettez-moi de dire ici que l’idée d’un renouvellement de l’application du sang de Christ est étrangère au christianisme. Sans doute, il y a des chrétiens qui vous disent qu’il faut avoir à nouveau recours au sang ; mais leur opinion ne se fonde sur rien dans l’Écriture. Au contraire, une pareille idée ne fait qu’affaiblir la vérité fondamentale de l’efficacité du sacrifice de Christ, — alors qu’on cherche à appuyer et à exalter ce sacrifice de manière humaine. C’est là ce qui résulte de se faire sa propre idée sur l’usage à faire de la vérité, au lieu de s’incliner simplement devant la Parole de Dieu. Dès l’instant où nous détachons une vérité de la relation que Christ a pour nous, c’est comme si l’on déracinait ce qui croît à sa place dans le jardin de Dieu et y produit son fruit abondant et précieux, mais qui dépérit quand l’homme le prend dans ses mains. Répéter l’œuvre dans ce domaine prouve son imperfection. Selon l’épître aux Hébreux, le fondement a été posé si complètement qu’il n’est plus jamais besoin de le re-poser à nouveau. Une nouvelle aspersion du sang de Christ est aussi impossible que de recommencer Sa mort pour verser Son sang. Lorsqu’une âme L’a trouvé, Lui, et a été lavée du péché dans Son sang, elle demeure dans cette position pour toujours. Voilà ce qui rend si grave le péché du chrétien. Si vous pouviez recommencer l’aspersion, quel en serait le résultat ? À peu près le même que celui de la confession devant le prêtre pour les catholiques romains. Les gens apprennent bientôt à jouer avec le péché, et à s’endurcir par sa tromperie. Bien que ce soit différent quand on regarde à Christ, pourtant l’effet moral n’en diffère guère en ce qui concerne la légèreté vis-à-vis du péché. Si l’on peut toujours repartir à zéro comme s’il ne s’était passé qu’une bagatelle, puis recommencer toujours de nouveau à chaque nouvelle chute, le péché n’est presque plus jamais senti aussi profondément. D’un côté, nous sommes tenus de ne pas laisser souiller ce qui a été lavé dans le sang de Christ, mais de l’autre, nous avons la conscience de manquements continuels.

N’y a-t-il donc pas de ressource ? L’accès à la croix ne peut-il pas être renouvelé ? Ce serait terrible s’il n’était pas pourvu contre nos manquements et nos chutes, s’il n’y avait pas de moyens de traiter ces écarts ; mais il y a une ressource, et elle est donnée ici : « Afin qu’il la sanctifiât, en la purifiant par le lavage d’eau par la parole ». Jean 13 expose la même vérité, mais dans son application individuelle ; elle se trouve fondée, là, sur ce que les disciples étaient à Jésus, qu’Il les aimait, et que ceux qu’Il aimait, Il les aimerait jusqu’à la fin ; nous voyons ensuite que, du fait qu’ils étaient exposés à se souiller dans le monde, le Seigneur voulait les mettre en garde contre deux choses : premièrement contre l’inquiétude à l’idée qu’Il pourrait cesser de les aimer à cause de leur infidélité ; secondement contre le danger de se servir de Sa fidélité pour traiter le péché à la légère. Christ ne cessera jamais d’aimer, et ne traitera jamais le péché à la légère, ni ne nous permettra de le faire. Il nous fait toujours reposer sur Son sang. Mais alors, si quelqu’un est coupable de péché après avoir reçu la rémission des péchés, que faut-il faire ? Il faut aller l’exposer devant Dieu. Le voile n’est pas rétabli parce que nous avons agi follement au dehors. Nous avons le droit de nous approcher et de confesser notre défaillance devant Dieu — de venir à Lui sur la même base que celle par laquelle nous sommes lavés dans le sang de Christ. Quel en est le résultat ? et de quoi cela résulte-t-il ? Cela est dû à ce que Christ sanctifie et purifie, et poursuit le lavage d’eau par la Parole. Ce lavage a un aspect collectif, comme ici (5:25), et un aspect individuel (Jean 13) : les deux sont vrais. C’est vrai pour chaque âme, comme pour l’Église en général. Christ agit continuellement, dans la présence de Dieu, en faveur de l’Église ; la conséquence nécessaire en est la répréhension et le châtiment. On est amené à sentir ce que l’on a fait. Quelque portion de la Parole de Dieu, soit lors de sa méditation personnelle, soit reçue par le moyen d’autrui, éclaire l’âme d’un coup. On est alors convaincu de folie ; la volonté propre cesse d’agir ; la parole de Dieu ouvre les yeux avec puissance par le Saint Esprit, et en s’y soumettant, on s’incline devant le Seigneur.

Tel est le lavage d’eau par la Parole. Il est l’effet de la sacrificature de Christ à la droite de Dieu. L’application de la Parole de Dieu à l’âme est l’effet de l’intercession de Christ pour ôter les manquements où qu’ils soient. Le travail qu’Il exerce à la droite de Dieu a un caractère d’intercession. Une grande partie de ce travail qui se poursuit dans l’âme n’est pas tant de remédier aux manquements, que de prémunir. Dieu ne compte pas sur le péché, Il n’attend pas de Son enfant qu’il pèche. Il y a, au contraire, une exhortation solennelle à ne pas pécher : « Mes enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez pas » (1 Jean 2:1). L’apôtre venait de leur dire que si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous (1 Jean 1:8). Or il y avait le danger que cette déclaration ait pour effet sur le cœur corrompu de l’homme, qu’on en déduise qu’après tout, le péché n’est pas si grave que ça. Aussi précise-t-il : « Mes petits enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez pas ». Jamais nous n’avons la liberté de pécher ; nous sommes toujours inexcusables quand nous péchons. Il ajoute alors : « Si quelqu’un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus Christ, le juste » (1 Jean 2:2).

C’est la vérité qui correspond à notre passage d’Éph. 5 ; non pas que dans les deux passages la position de Christ soit la même, mais l’effet vis-à-vis de l’âme est similaire. Christ poursuit Son précieux travail d’amour, et il en résulte qu’il y a dans la Parole telle portion qui, par la grâce de Dieu, s’applique à nos fautes — de sorte que la sanctification dont il est parlé ici est la mise à part pratique, selon notre appel comme assemblée de Dieu — l’accomplissement de cette sanctification dans nos âmes par la Parole de Dieu. Cela s’opère par la révélation de Christ, et de Christ tel qu’Il est maintenant dans la présence de Dieu. C’est à cela qu’il est fait allusion en 2 Cor. 3:18 où nous lisons : « Nous tous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur en Esprit ». Nous voyons que le Saint Esprit révèle Christ tel qu’Il est glorifié maintenant devant Dieu, et Il nous sépare du monde qui ne connaît rien de Sa gloire, mais est préoccupé de sa propre gloire qui se rapporte aux choses présentes. Dieu nous révèle Christ en haut, ce qui a pour effet de nous sevrer du faux éclat du présent siècle mauvais.

 

2.13                      Ch. 5:27

Comme nous avons ici l’exposé complet de ce que Christ fait, il y a la purification aussi bien que la sanctification de l’Église. Il faut ôter toute souillure, et dans les deux cas, Dieu se sert du lavage d’eau par la Parole. Mais il y a un troisième fruit encore futur de Son amour : « afin que lui se présentât l’assemblée à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable ». Il est clair que nous avons ici la bénédiction complète de l’Église, quand il ne sera plus question de la purifier ; quand l’amour de Christ aura son résultat parfait, et que l’Église sera glorieuse à Sa ressemblance : « afin que lui se présentât l’assemblée à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable ; mais afin quelle fût sainte et irréprochable ». Tel est l’exposé complet et divin de l’amour de Christ. Remarquez qu’il n’est pas présenté sous forme simplement doctrinale, mais d’une manière très pratique, en vue d’illustrer la position du mari chrétien vis-à-vis de sa femme. Le mari ne peut agir correctement à l’égard de sa femme que si la relation est considérée à un niveau plus élevé que le niveau naturel. Le chrétien doit agir sur des principes célestes, pour se comporter comme il faut dans une relation naturelle. Un mari peut être attaché à sa femme, et la femme tout autant attachée à son mari ; mais si toute la base de leur vie matrimoniale se limite à cet attachement réciproque, il n’y aura jamais ni la puissance de Dieu, ni Sa bénédiction ni Son honneur. Ces sentiments sont tout à fait justes, mais il y a besoin de plus que cela, et le plus qui est nécessaire, c’est que nos âmes se rappellent constamment les sentiments de Christ envers l’Église, et comment Il se conduit à son égard. Il y a toujours de la bénédiction et de la puissance à croire la Parole de Dieu. Si nous ne nous servons pas de la Parole, nous n’aurons pas la force de Dieu dans les relations naturelles de la vie ; or il faudrait bien l’avoir. Si cette force manque, n’est-ce pas que nous avons agi jusqu’ici sans ce qui donne la puissance, et que Dieu voudrait reconnaître et honorer ?

 

2.14                      Ch. 5:28-30

L’Esprit l’applique ainsi : « De même aussi, les maris doivent aimer leurs propres femmes comme leurs propres corps ; celui qui aime sa propre femme s’aime lui-même » (5:28). Il part de l’instinct commun selon lequel les hommes cherchent naturellement à éviter la peine et prennent soin d’eux-mêmes. L’apôtre parle seulement des faits, et il raisonne ainsi : Considérez votre femme comme étant une partie de vous-même ; or tout ce qui lui fait tort, c’est autant de tort causé à votre propre corps. Cela devrait vous apprendre à avoir des soins affectueux, « car personne n’a jamais haï sa propre chair, mais il la nourrit et la chérit, comme aussi le Christ l’assemblée » (5:29). C’est un beau complément, bien doux, ajouté à la vérité déjà présentée. Dans ce qui précède, nous avons vu la rédemption, la purification pratique présente, la glorification future de l’Église. Mais maintenant l’apôtre ajoute que Christ « la nourrit et la chérit ». Ces expressions entrent spécialement dans la pensée de Christ, et Son intérêt plein d’égards pour ceux qui Lui appartiennent. C’est une grande consolation de savoir que cela demeure vrai dans l’état actuel de l’Église, malgré toute la ruine qui nous entoure. Christ va-t-il jamais cesser de nourrir ce qui Lui appartient ? C’est impossible. Malgré toute la ruine, il a la même sollicitude pour les Siens. Nous ne prierons jamais trop pour l’Église ; mais cela n’est pas du tout être troublé dans nos pensées comme si le Seigneur l’oubliait et ne prenait pas soin correctement des saints selon leurs besoins et leurs douleurs. Le Seigneur n’a jamais failli ; et ce qu’Il nous dit ici de faire dans notre relation terrestre n’est rien d’autre que ce qu’Il fait Lui-même en perfection à l’égard de l’Église. Il aime l’Église ; Il la nourrit et la chérit, et Il le fait parce que « nous sommes membres de son corps, de sa chair et de ses os » (5:30). Tout comme Ève était partie d’Adam, ainsi l’Église est partie de Christ. Le Seigneur prit un côte d’Adam pour en former sa femme. C’est dans cette même proximité de relation que nous sommes vis-à-vis de Christ.

On applique quelquefois ce verset à l’incarnation de Christ ; mais c’est l’inverse. Il ne veut pas dire que Christ a pris notre chair et nos os, mais que nous avons été faits membres de Son corps, de Sa chair et de Ses os. Il s’agit de notre relation avec Christ ressuscité d’entre les morts, et non pas de la relation de Christ avec nous, comme étant Lui un homme sur la terre. Je mentionne cela seulement pour prévenir les âmes contre une fausse interprétation. Il n’y a là aucune allusion à notre Seigneur prenant la chair et le sang : nous savons bien qu’Il l’a fait, mais l’enseignement sur ce sujet se trouve dans l’épître aux Hébreux, non pas ici. Nous sommes membres de Son corps, de Sa chair et de Ses os. Nous faisons réellement partie de Lui-même, étant unis à Lui tel qu’Il est maintenant dans la présence de Dieu. Dans notre passage, il s’agit de notre union avec Lui, non pas de Son incarnation.

 

2.15                      Ch. 5:31-33

Le cas d’Adam et d’Ève est ensuite cité en reprenant le langage de Genèse 2 : « C’est pour cela que l’homme laissera son père et sa mère et sera joint à sa femme ; et les deux seront une seule chair. Ce mystère est grand ; mais moi je parle relativement à Christ et à l’assemblée. Toutefois, que chacun de vous aussi en particulier aime sa propre femme comme lui-même ; et quant à la femme, qu’elle craigne son mari » (5:31-33).

Le sujet se trouve ainsi résumé dans cette parole toute pratique. Inutile de dire que ce verset exclut tout ce qui serait contraire à la confiance la plus absolue dans cette relation. Si le mari agit dans l’esprit de cette parole, il n’aura pas de secret pour celle qui est une partie de lui-même ; quant à la femme, qu’elle s’assure de bien craindre son mari. Ce n’est pas là la simple familiarité de l’amour, ce qui serait une faute au point de vue céleste. Quelle que soit la confiance d’une femme en son mari, c’est assurément convenable pour elle de le craindre. Qu’on ne pense pas que la crainte soit en quelque mesure incompatible avec l’amour : Il nous est dit de retenir [tenir ferme] la grâce, en vue de quoi ? pour servir Dieu, d’une manière qui Lui soit agréable, avec révérence et avec crainte (Héb. 12:28). Sans doute, il y a une immense différence entre Dieu et l’homme, mais cela peut servir d’exemple.

Dans notre passage, il s’agit de cette crainte qui redoute d’offenser et recherche activement l’honneur du mari. Ceci reste vrai dans tous les cas. Prenez le cas d’un mari sot avec une femme intelligente ; si tous les jours il montre ce qu’il est, sa femme devra d’autant plus se garder dans son esprit, afin de mettre ses capacités au profit du mari sans que cela paraisse. Il est très important, dans ces circonstances, qu’elle honore Dieu et son mari, au lieu de laisser échapper des paroles blessantes ou inconsidérées, que ce soit lui ou d’autres qui les entendent. C’est dans de telles circonstances que doivent briller la sagesse et le sens spirituel de la femme pieuse, et briller sans brillant : car la bénédiction du couple suppose que l’homme paraisse, non pas la femme. Quand le cœur regarde simplement au Seigneur, ce résultat est atteint : bien qu’il semble incongru qu’un tel couple soit uni ensemble, et que cette attitude ne fasse que rendre leur chemin plus difficile, pourtant rien n’est impossible à Dieu. Si la femme chrétienne cherche la pensée de Dieu, et cherche à L’honorer dans ces circonstances, Dieu se servira d’elle d’une manière heureuse et bénie pour aider son mari et pour couvrir ce qui serait mortifiant pour lui. Le principe demeure toujours. Rien ne justifie le mari de ne pas aimer sa femme, et pareillement rien ne justifie la femme de ne pas craindre son mari. Que le Seigneur nous accorde de garder à l’esprit Son avertissement saint et plein de grâce.

 

3         Chapitre 6

3.1   Ch. 6:1-9 — Relations diverses

3.1.1        Ch. 6:1a

Considérons brièvement les relations entre enfants et pères, et entre serviteurs et maîtres. L’obéissance est ici le grand point sur lequel il est insisté dans tous les cas auprès de ceux qui occupent la position inférieure. Comme tous les saints sont appelés à se soumettre les uns aux autres dans la crainte de Christ, et particulièrement les femmes à leurs maris en toutes choses, ainsi les enfants doivent obéir à leurs parents dans le Seigneur (6:1). Le Saint Esprit a bien aussi pour leurs pères une parole appropriée et sérieuse ; mais en général combien le fonctionnement d’une maison chrétienne est aisé quand les jeunes obéissent, surtout s’ils obéissent « dans le Seigneur ». L’affection naturelle est douce, et son absence est un signe des temps fâcheux de la fin ; mais elle ne suffit pas. Et la conscience, si importante soit-elle à sa place, est aussi une sauvegarde insuffisante, et elle ne peut pas être une source de puissance ; seul le Seigneur est cette source. Combien il est béni quand le devoir est revêtu de Christ, et absorbé par Lui ! C’est là-dessus, et rien moins que cela, que le Saint Esprit insiste.

Le Seigneur Lui-même l’a réalisé quand Il était ici-bas, Il a su ce que c’est d’être dans la position d’enfant. « Et l’enfant croissait et se fortifiait en esprit, étant rempli de sagesse ; et la faveur de Dieu était sur lui » (Luc 2:40). Nous ne sommes pas laissés sur une déclaration vague et générale, mais nous avons le tableau vivant de Ses voies : « Et quand il eut douze ans, comme ils étaient montés à Jérusalem, selon la coutume de la fête, et qu’ils avaient accompli les jours de la fête, comme ils s’en retournaient, l’enfant Jésus demeura dans Jérusalem ; et ses parents ne le savaient pas. Mais croyant qu’il était dans la troupe des voyageurs, ils marchèrent le chemin d’un jour et le cherchèrent parmi leurs parents et leurs connaissances ; et ne le trouvant pas, ils s’en retournèrent à Jérusalem à sa recherche. Et il arriva qu’après trois jours ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Et tous ceux qui l’entendaient s’étonnaient de son intelligence et de ses réponses. Et quand ils le virent, ils furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait ainsi ? Voici, ton père et moi nous te cherchions, étant en grande peine. Et il leur dit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père ? » (Luc 2:42-49). Ainsi, même comme enfant de douze ans, il avait la conscience de Sa relation personnelle. L’humanité qu’il avait prise comme né de femme, loin d’affaiblir le sentiment qu’il avait de l’amour et des affaires de Son Père, lui donnait plutôt une occasion d’en manifester la réalité. En même temps nous voyons ce qui est si beau — combien Son œil, absolument simple, percevait ce qui Lui convenait du point de vue terrestre, en contraste frappant avec Joseph et même sa mère, qui « ne comprirent pas la parole qu’il leur disait » (Luc 2:50). Aussi lisons-nous immédiatement après : « Et il descendit avec eux, et vint à Nazareth, et leur était soumis » (Luc 2:51). Tel fut Jésus, le Seigneur de tout, pendant la plus grande partie de Sa carrière terrestre.

Le même principe est vrai de l’enfant chrétien, à cette différence près que la relation de Christ avec le Père tenait à l’essence même de Sa personne, tandis que notre relation avec Christ et avec Son Père est bien sûr un pur don de la grâce. Mais néanmoins nous sommes nous aussi des enfants, ce titre nous étant conféré et assuré dans et par notre Seigneur Jésus-Christ. « Voyez de quel amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu… Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu » (1 Jean 3:1-2). Et ceci, par l’opération du Saint Esprit, est le secret d’une obéissance heureuse dans la relation terrestre. Conscients de ce que nous sommes vis-à-vis du Seigneur, nous pouvons obéir en Lui. « Dans le Seigneur » est tout à la fois le motif d’encouragement, la sauvegarde et la limite. Que les parents soient Juifs ou païens, ou qu’ils portent indignement le nom de Christ, les enfants chrétiens (tout en reconnaissant pleinement leur relation avec leurs parents, quoi qu’il en soit de ceux-ci) ont néanmoins le doux privilège d’obéir « dans le Seigneur ». Combien cela simplifie des questions autrement si embarrassantes ! Combien aussi cela détermine le chemin à suivre et le point jusqu’où il faut aller ! Car puisque c’est « dans le Seigneur » que les enfants sont appelés à obéir, un tel appel n’est ni une raison ni une excuse pour pécher.

 

3.1.2        Ch. 6:1b-3

Dans l’épître aux Colossiens, où les saints étaient en danger de faire mauvais usage des ordonnances légales, le motif donné aux enfants pour obéir à leurs parents en toutes choses est que « cela est agréable au Seigneur » (Col. 3:20). Ici dans les Éphésiens, les fidèles étaient dégagés de ce piège, et le Saint Esprit pouvait se servir librement d’un principe incorporé dans la loi ; c’est pourquoi il ajoute : « car cela est juste ». Il peut même poursuivre par une citation du décalogue, légèrement modifiée, et attirer ainsi l’attention, dans une parenthèse, sur la place spéciale qu’elle y occupe. « Honore ton père et ta mère», (c’est le premier commandement avec promesse,) «afin que tu prospères et que tu vives longtemps sur la terre » (6:2-3). Si Dieu estimait ainsi la piété filiale sous la loi, l’estime-t-Il moins maintenant qu’Il révèle Sa nature comme le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ et qu’Il nous appelle à la relation de fils avec Lui ? Si le respect porté à cette parole d’autrefois était approuvé et récompensé dans le juste gouvernement de Dieu, si Dieu veillait alors sur ceux qui honoraient leurs parents, et les faisaient prospérer, la révélation de Lui-même en grâce était-elle susceptible d’affaiblir l’obligation sous laquelle se trouvent Ses enfants, ou de rendre maintenant moins précieux à Ses yeux l’amour qui inspirait et soutenait l’honneur ainsi rendu ? Aucun chrétien intelligent ne niera qu’il s agit bien ici d’un précepte de la loi, mais appliqué, si je ne me trompe, de manière à suggérer au croyant du Nouveau Testament une sorte de conclusion à fortiori. Il est certain que depuis la croix de Christ, la portion spéciale des saints ne leur est habituellement pas présentée sous forme de prospérité ou d’une prolongation de jours sur la terre.

 

3.1.3        Ch. 6:4

Aux pères est adressé un avertissement (peut-être plus nécessaire à eux qu’aux mères, bien que les deux soient concernés) : « Ne provoquez pas vos enfants à la colère, mais élevez-les dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur » (6:4). Quelle connaissance du cœur tant des vieux que des jeunes ! Combien la Parole, après avoir insisté sur l’obéissance, ajoute des considérations de tendresse, de peur qu’un exercice trop rigoureux et capricieux de l’autorité parentale n’exaspère. D’un autre côté, élever les enfants et les nourrir doit se faire sous la discipline et les avertissements du Seigneur. Comme le chrétien connaît les voies du Seigneur qu’il a vues s’exercer envers lui et envers les autres, ainsi doit-il former ses enfants pour le Seigneur : c’est un principe de toute importance pour le cœur et la conscience des parents. Désirons-nous pour nos enfants le Seigneur seulement, ou aussi le monde ?

 

3.1.4        Ch. 6:5-8

Ensuite les esclaves chrétiens sont exhortés à obéir à leurs maîtres selon la chair (tels qu’ils étaient, convertis ou non), et à leur obéir avec crainte et tremblement, en simplicité de cœur comme à Christ ; ne servant pas sous leurs yeux seulement, comme voulant plaire aux hommes, mais comme esclaves de Christ, faisant de cœur la volonté de Dieu, servant joyeusement le Seigneur et non pas les hommes, sachant que chacun, soit esclave, soit homme libre, quelque bien qu’il fasse, le recevra du Seigneur (6:5-8). Ne convient-il pas de bien noter l’étendue et la profondeur de la liberté en Christ ? Il n’y a rien de violent ni de révolutionnaire, et pourtant le changement est complet, absolu, final dans son principe et dans son caractère, bien qu’il y ait des progrès à faire dans l’appréciation et la manifestation de ce changement. De tels progrès sont moralement importants, parce qu’ils forment une partie essentielle du christianisme pratique, où la moindre des bénédictions accordée par la grâce de Dieu en Christ ne se saisit que par la foi, et ne peut être réalisée du commencement à la fin que dans la puissance de l’Esprit et dans le jugement de soi-même, et ne sera notre possession effective, ouvertement manifestée, que quand ce qui est parfait sera venu (1 Cor. 13:10) en gloire de résurrection. Néanmoins, combien il est précieux de savoir que si, en un sens, nous n’avons encore rien, dans un autre sens, tout aussi juste et réel, nous possédons toutes choses (2 Cor. 6:10). C’est à cette vérité que la foi doit tenir et d’après laquelle elle doit agir ; et entre autres, quel privilège pour l’esclave chrétien ! Quel puissant motif pour ceux qui, déjà conscients de leur liberté en Christ — une liberté absolument supérieure aux circonstances, — ont justement pour cette raison une telle perspective de triomphe de leurs chaînes et du service de Christ dans l’obéissance aux pires maîtres, si c’est la volonté du Seigneur de les éprouver ainsi. Sans doute, le maître, lui aussi, a ses devoirs ; mais s’il y manque, qu’arrive-t-il ? L’esclave est-il déchargé de sa responsabilité ? En quoi cela soulève-t-il une difficulté, si l’on obéit en simplicité, comme à Christ. Christ fait-il jamais défaut ? Combien cela délivre de toute tendance à la déloyauté ! — « ne servant pas seulement sous leurs yeux comme voulant plaire aux hommes, mais comme esclaves de Christ [quel titre d’honneur partagé avec un apôtre !] faisant de l’âme la volonté de Dieu » (6:6 ; car tel est le vrai sens ici). Mais il y a plus : il y a non seulement un appel à servir de bon cœur, comme pour le Seigneur et non pour les hommes, mais il était rappelé aux esclaves que le jour approchait où chacun, soit esclave, soit homme libre, quelque bien qu’il fasse, le recevra du Seigneur (6:8). Qu’ils soient donc assurés d’une large rémunération, car Lui, au moins, n’est pas injuste.

 

3.1.5        Ch. 6:9

Ensuite, les maîtres (6:9) sont exhortés à leur tour à être justes et impartiaux, à faire ce qu’ils aimeraient qu’on leur fit, et à s’abstenir des menaces si habituelles envers les pauvres esclaves. Ils devaient savoir que le Seigneur des maîtres et des esclaves est dans les cieux, et qu’avec Lui, il n’y a point d’acception de personnes : ce sont deux considérations de poids pour un maître, et qui, avec à propos et délicatesse, sont placées devant lui plutôt que devant l’esclave.

 

3.2   Ch. 6:10

Nous arrivons aux exhortations finales de l’épître, qui laissent les différentes relations des saints dans leurs circonstances terrestres, et cessant de regarder à des catégories distinctes, s’adressent à tous. « Au reste, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans la puissance de sa force » (6:10). Ainsi s’ouvre le sujet solennel du combat chrétien proprement dit ; dans les Éphésiens, il est naturellement vu comme un combat mené à la hauteur de nos privilèges en Christ. En 1 Pierre (5:8), la scène du combat se trouve pour ainsi dire au désert, et c’est bien à propos qu’il est commandé d’être sobres et vigilants à ceux qui sont pèlerins et voyageurs en route vers l’héritage incorruptible, — parce que leur adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour d’eux cherchant qui il pourra dévorer. En Éphésiens, l’ennemi est envisagé comme dans les lieux célestes : c’est là que les saints sont bénis de toute bénédiction spirituelle, — que leur chef est exalté, — qu’ils sont assis en Lui, — que les principautés et les puissances apprennent par leur moyen la sagesse si diverse de Dieu ; — et c’est donc aussi là que se tient le réel combat contre le chef de l’autorité de l’air (2:2) et ses armées.

Mais si, d’un côté, il n’y a pas d’arrêt à ce formidable combat dans lequel les croyants sont inévitablement engagés, de l’autre côté leurs mains ne sont pas affaiblies. Au contraire, la trompette de convocation à la bataille rend ici des sons certains du bon courage, sans présomption, qu’il y a chez les saints, et des abondantes ressources pour la victoire qu’il y a auprès du Seigneur, — c’est Lui qui les a appelés à la guerre à Ses propres dépens (1 Cor. 9:7). Quelle était, par la foi en Son nom, la valeur de Son nom pour celui qui était boiteux dès le ventre de sa mère et qu’on portait chaque jour à la porte du temple pour demander l’aumône ? (Actes 3:2 ; 4:10). Ce nom est-il moins capable de répondre à notre besoin ? Loin de nous une telle pensée ! Tout ce qu’il nous faut, c’est la foi en Lui ; et la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend, par la Parole de Dieu (Rom. 10:17). Or, qu’y a-t-il de plus propre à ranimer notre esprit que ces mots « Fortifiez-vous dans le Seigneur et dans la puissance de sa force ? » (6:10).

 

3.3   Ch. 6:11-12

Néanmoins, celle lutte gigantesque avec les puissances des ténèbres ne supporte aucune négligence de notre part. Nous ne pouvons nous permettre de ne pas être sur nos gardes, où que ce soit. Nous avons à tenir ferme, non pas tellement contre la force du diable (Christ l’a fait), mais plutôt contre ses ruses. En vérité, pour nous, c’est un ennemi vaincu à la croix, et nous avons toujours le droit de le traiter comme tel. C’est pourquoi Jacques dit (4:7) : « Résistez au diable et il s’enfuira de vous ». Ce sont ses artifices qui sont surtout et toujours à redouter, et pour y résister il nous faut revêtir l’armure de Dieu, ainsi qu’il est ajouté « Revêtez-vous de l’armure complète de Dieu, afin que vous puissiez tenir ferme contre les artifices du diable : car notre lutte n’est pas contre le sang et la chair, mais contre les principautés, contre les autorités, contre les dominateurs de ces ténèbres, contre la puissance spirituelle de méchanceté dans les lieux célestes » (6:11-12).

Nous pourrions bien trembler si nous étions livrés à nos propres ressources en présence d’une pareille armée. Mais il n’en est pas ainsi. La bataille est celle du Seigneur et le danger que nous courons ne fait qu’attirer vers nous Sa main puissante et Sa sagesse sans défaut. Néanmoins, il nous faut combattre. Il ne sert à rien d’alléguer notre faiblesse ou Sa force pour nous soustraire à notre responsabilité. Il ne suffit pas de regarder l’armure de Dieu comme étant la nôtre, ni d’en désigner les éléments ; il faut s’en revêtir selon Son commandement.

Il y a un autre point à garder à l’esprit : il ne s’agit pas ici de nos besoins devant Dieu. Il n’est pas, Lui, en conflit avec nous ; mais ayant délivré nos âmes, Il nous appelle à combattre pour l’emporter sur les armées invisibles de Son ennemi. Lorsque nous étions nus dans notre état de perdition autrefois, nous avions besoin d’être revêtus (2 Cor. 5), ce que Sa grâce a fait au moyen de la plus belle robe (Luc 15), Christ Lui-même. C’est ce dont nous sommes revêtus aux yeux de Dieu : rien moins que cela, rien d’autre ne conviendrait à Ses hôtes en Sa présence. Mais la question ici est de combattre l’ennemi après avoir été revêtus de Christ ; nous avons donc besoin d’une armure de trempe divine pour tenir debout d’une manière assurée. Nous allons voir les détails de cette armure ; pour le moment, je ne fais qu’insister sur la vérité générale.

Il est bien remarquable de voir le souvenir de Josué rappelé au v. 10, et celui des ennemis d’Israël rappelé au v. 12 ! La parole adressée à Josué disait : « Lève-toi, passe ce Jourdain, toi et tout ce peuple, pour entrer dans le pays que je leur donne à eux, les fils d’Israël. Tout lieu que foulera la plante de votre pied, je vous l’ai donné, comme j’ai dit à Moïse…  Personne ne tiendra devant toi, tous les jours de ta vie ; comme j’ai été avec Moïse, ainsi je serai avec toi : je ne te laisserai point et je ne t’abandonnerai point. Fortifie-toi et sois ferme, car toi, tu feras hériter à ce peuple le pays que j’ai juré à leurs pères de leur donner. Seulement, fortifie-toi et sois très ferme ». (Josué 1:2-3, 5-7 ; voir aussi les v. 9 et 18). Il est clair que si les Cananéens n’étaient que des ennemis de chair et de sang, ils étaient des types des ennemis encore plus mortels que nous avons à combattre — ces ennemis qui s’efforcent d’empêcher les chrétiens de prendre possession de leur héritage céleste, comme une jouissance présente.

Il ne s’agit pas ici, notez bien, de traverser la mer Rouge, suivie du désert, où il faut apprendre ce qu’est Dieu et être mis à l’épreuve nous-mêmes. Le désert est la grande scène de tentation. Sans doute il s’y trouve des combats occasionnels, comme avec Amalek et Madian, mais toutefois c’est le lieu où nous avons à marcher ou à faire halte au commandement de Dieu, avec le besoin journalier de ressources envoyées du ciel, où rien d’autre ne peut soutenir, tandis qu’on marche toujours en avant, avec la patrie céleste devant soi. Mais, le combat, dans les Éphésiens comme dans le livre de Josué, implique le passage du Jourdain et l’entrée en Canaan, et c’est le début du jour du combat, plutôt que celui de la tentation au désert.

L’école évangélique est-elle dans le vrai en appliquant le type du Jourdain à la mort du chrétien, à la fin de sa carrière, quand il déloge pour être avec Christ ? Assurément non ; car dans ce cas, à quoi correspondraient les guerres de Canaan ? Non ! si excellent qu’ait été Bunyan, il s’est trompé sur ce point, suivant en cela les erreurs de certains prédécesseurs, et les ayant perpétuées très largement jusqu’à aujourd’hui. En vérité, c’est l’un des tests montrant où en est l’âme et dans quelle mesure elle s’est émancipée de la théologie traditionnelle, laquelle restreint ses disciples à un niveau minimum de vérité. Dans d’autres domaines comme celui de la Pâque ou de la mer Rouge, leurs applications sont défectueuses, mais sur le sujet des guerres de Canaan, leur application est absolument nulle, ou erronée. Je dis ceci en proclamant l’auteur du « Voyage du pèlerin » comme un échantillon noble et très avancé des vues populaires. Les meilleurs auteurs du monde religieux n’ont fait que le commenter, quelques-uns même de façon littérale. N’est-ce pas la meilleure preuve de l’ignorance de la véritable portée de cette épître ? En vérité, dans la mer Rouge nous avons Christ mort et ressuscité pour nous, alors que dans le Jourdain nous avons notre mort et notre résurrection avec Lui ; dans le premier de ces types nous sommes introduits dans le monde comme le lieu aride de notre pèlerinage, et dans le second nous sommes en vue de nos bénédiction célestes, que nous avons à nous approprier par la victoire sur Satan. La distinction entre ces deux vérités est tout à fait claire et très importante, quoique l’une et l’autre soient la part actuelle du chrétien. Au jour glorieux où l’héritage sera à nous, de fait et non par la puissance de la foi qui défait pratiquement l’ennemi et nous assure le pays que Dieu nous a donné, alors nous n’aurons plus à lutter contre ces principautés et ces puissances dans les lieux célestes : le combat sera fini pour nous pour toujours. L’expulsion du dragon, « le serpent ancien », n’est pas notre affaire, mais celle de Michel et ses anges. Il nous appartient, à nous, de le vaincre, mais non pas de le chasser de force du ciel. Pendant tout le temps de l’Église ici-bas, notre lutte se poursuit contre ces puissances spirituelles de méchanceté dans les lieux célestes ; quand elles seront effectivement chassées par la puissance providentielle de Dieu, nous ne serons pas ici, mais en haut.

Après la Pâque et la mer Rouge, Israël n’est pas retourné sous l’esclavage du Pharaon ; leurs oppresseurs étaient vaincus et anéantis : « il n’en resta pas même un seul » (Ex. 14:28) ; « l’Éternel délivra en ce jour-là Israël de la main des Égyptiens ; et Israël vit les Égyptiens morts sur le rivage de la mer » (Ex. 14:30). Mais la circoncision n’était pas la caractéristique des rachetés dans le désert. Dès que les fils d’Israël furent sur le bord cananéen du Jourdain, ils roulèrent de dessus eux l’opprobre de l’Égypte à Guilgal (Jos. 5:9). Le couteau de la circoncision leur fut appliqué avant qu’ils tirent l’épée contre ces habitants de Canaan sur lesquels la sentence était prononcée. Israël était maintenant en Canaan et n’avait plus rien à faire pour y parvenir : il ne lui restait qu’à s’approprier le pays.

N’est-ce pas instructif pour nous ? Avons-nous consciemment saisi notre union avec Christ en haut ? Savons-nous que notre place est là, en Lui, et que c’est là que nous avons à nous tenir ? La nature — racines et branches — est-elle jugée en nous ? Rendons-nous un témoignage céleste, — non pas seulement juste et saint, mais céleste ? Avançons-nous effectivement contre l’ennemi, en faisant valoir, par une victoire présente, notre droit à jouir des bénédictions infinies d’en haut que nous avons en Christ ? Ou bien sommes-nous encore, quant à la réalisation, des rachetés dans le désert, n’ayant pas traversé le Jourdain ni goûté au vieux blé du pays ? Veillons-nous simplement à nous garder des manifestations extérieures de la chair, et de l’envahissement par les tentations mondaines sur tel ou tel point ? S’il en est ainsi, il ne faut pas s’étonner si le verset 12 parait mystérieux, ni si l’on demande ce que veut dire le combat contre les ennemis dans les lieux célestes. C’est probablement pour avoir mal compris, ou pas compris du tout, la vérité révélée ici, que nos traducteurs anglais ont changé dans ce passage (6:12) l’expression « lieux célestes » en « hauts lieux », sans avoir de base pour le faire — ils ne l’ont fait qu’ici. Il nous incombe cependant de considérer si nos âmes ont fait, et font encore l’épreuve de l’armure de Dieu dans ce combat, où, plus que partout ailleurs, il est clair que « la chair ne profite de rien » (Jean 6:63).

 

3.4   Ch. 6:13-17

Dans ces versets, après un résumé servant de préface, nous en venons aux détails de l’armure du chrétien. « C’est pourquoi prenez l’armure complète de Dieu, afin que, au mauvais jour, vous puissiez résister, et après avoir tout surmonté, tenir ferme. Tenez donc ferme, ayant vos reins ceints de la vérité » etc. (6:13-17).

 

3.4.1        Ch. 6:13

La première chose à remarquer, c’est que le Saint Esprit nous appelle à revêtir l’armure de Dieu. Ni la force, ni la sagesse de l’homme n’ont d’efficacité dans cette bataille. Pour avoir à faire aux armées de Satan, c’est de « l’armure complète de Dieu » que nous avons besoin. Nos habitudes et notre caractère naturel n’ont pas d’importance, quand l’Esprit de Dieu travaille pour sauver nos âmes dans Sa grâce, mais ils en ont au contraire une immense en présence d’un ennemi qui sait comment mettre à profit la moindre absence de protection. Même aux Corinthiens, tout charnels qu’ils étaient et seulement capables de supporter la nourriture des petits enfants (non pas la nourriture solide offerte aux Éphésiens), il leur avait montré qu’en marchant dans la chair, nous ne combattons pas selon la chair (2 Cor. 10:3). Car les armes de notre guerre ne sont pas charnelles, mais puissantes par Dieu pour la destruction des forteresses, détruisant les raisonnements et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et amenant toute pensée captive à l’obéissance du Christ (2 Cor. 10:4-5). Ce n’est pas la chair, mais l’Esprit qui a de la puissance contre Satan.

Ici aussi, le caractère du temps pendant lequel le combat se déroule, est désigné sous le nom de « mauvais jour ». C’est bien toute la période depuis la crucifixion de Christ qui est mauvaise, depuis aussi que l’ennemi a acquis le titre de « prince de ce monde » [ou chef de ce monde]. C’est pourquoi, au chap. 5, nous sommes exhortés à marcher soigneusement, non point comme étant dépourvus de sagesse, mais comme étant sages, saisissant la bonne occasion « parce que les jours sont mauvais » (5:15-16). Ici il y a quelque chose de plus précis : « afin que, au mauvais jour, vous puissiez résister » (6:13). En certaines occasions, il est permis à la puissance du mal de nous serrer de plus près, et le danger est alors grand pour l’âme insouciante. C’est là spécialement « le mauvais jour », et il est bon que le chrétien prennent ses mesures à l’avance ; car quand ce moment arrive, il ne s’agit pas de revêtir l’armure, mais l’ayant déjà prise, c’est le moment de « résister ». Quand « le mauvais jour » arrive, il faut être déjà complètement armés si nous voulons résister de manière efficace. Mais cela ne suffit pas. Car bien souvent la victoire de la foi est trop grande pour la foi qui l’a remportée, et un saint qui a vaincu l’ennemi pendant longtemps et à plusieurs reprises, peut se lasser du combat et se tourner vers un sentier plus aisé en apparence, ce qui prouve sa folie et le danger très grand qu’il court, même s’il est finalement délivré par la pure miséricorde de Dieu. Il ne suffit donc pas de résister, mais « après avoir tout surmonté », après s’être entièrement acquitté de tout ce qui est requis, il faut encore « tenir ferme ». Le ou les combats peuvent avoir été ardents, la victoire peut avoir été complète par la bonté et la puissance du Seigneur ; pourtant la guerre n’est pas finie : nous avons encore à tenir ferme notre terrain.

 

3.4.2        Ch. 6:14-15

« Tenez donc ferme, ayant ceints vos reins de la vérité, et ayant revêtu la cuirasse de la justice, et ayant chaussé vos pieds de la préparation de l’évangile de paix ». Le vrai sens de ces paroles diffère un peu de la version autorisée du roi Jacques, et il n’implique pas seulement une position établie, mais une activité de l’âme selon les sommations du Saint Esprit. Il y a eu bien des erreurs sur ce passage parce qu’on l’a considéré comme traitant de la position chrétienne, alors qu’en réalité c’est tout différent. Il s’agit de s’armer et de combat dans le sens pratique, tout cela étant basé sur la position la plus précieuse jamais révélée dans le Nouveau Testament : c’est une fin admirable pour cette épître qui nous la révèle.

Connaître la vérité et être affranchi par elle est une chose ; avoir les reins ceints de la vérité en est une autre. Il s’agit de la vérité opérant de manière intime dans l’âme, de sorte qu’il n’y ait ni laxisme du cœur ni tolérance de la volonté propre, mais au contraire les affections et le jugement personnel ancré sur Christ et les choses de Christ. Dans ces conditions, le croyant s’attache au Seigneur de propos délibéré du cœur ; le moi étant sondé et jugé par la vérité, il y a de la vigueur communiquée par la révélation de Ses pensées et de Sa grâce, qui sont maintenant goûtées mieux que jamais. C’est la puissance de la vérité gardant l’âme, celle-ci étant délivrée par la riche miséricorde de Dieu, et profondément reconnaissante de se trouver placée sous une autorité si vaste, si pénétrante et si absolue que rien, même le plus intime, n’est laissé hors du cadre de la volonté de Dieu et de l’obéissance du saint. Toutefois, assumer cela et en jouir implique que le cœur soit établi dans la grâce ; c’est alors qu’il peut accueillir la vérité dans toute l’énergie de ses exigences et de son autorité.

Ensuite c’est « la cuirasse de la justice » qui est revêtue, — vérité tout à fait distincte de la justice de Dieu, que nous sommes faits en Christ (1 Cor. 1:30). Nous avons besoin de la justice de Dieu pour nous tenir devant Dieu, et de la cuirasse de la justice pour combattre avec succès notre adversaire, le diable. Avec la ceinture de la vérité autour des reins, l’Esprit nous enseigne que la première pièce de l’armure est l’application profonde de la Parole à nous-mêmes, en jugement de soi-même et avec énergie morale ; quant à la seconde pièce requise pour l’armure, elle consiste à revêtir la justice pratique comme une cuirasse. Rien ne met les saints plus à découvert pendant le combat qu’une mauvaise conscience dans leurs voies : — je ne veux pas dire une conscience non purifiée, mais la situation où après avoir connu la rédemption, on a toléré le mal, et la communion s’en est trouvée interrompue.

Lié à cela, on a « les pieds chaussés de la préparation de l’évangile de paix ». C’est évidemment de nouveau une affaire de puissance et de jouissance pratiques, découlant du maintien d’une bonne conscience, cette dernière ne pouvant exister que là où tout est soutenu et préservé par la vérité. Alors, l’âme chemine en paix. Comme dit un autre apôtre, « le fruit de la justice, dans la paix, se sème pour ceux qui procurent la paix » (Jacq. 3:18). S’il y a du relâchement, la conscience devient mauvaise ; il en résulte du trouble, et du trouble qui se propage. Si la vérité gouverne, la conscience se maintient pure, et étant soi-même heureux, on répand le bonheur autour de soi.

 

3.4.3        Ch. 6:16

Le verset 16 apporte une autre pièce de l’armure divine, tout aussi nécessaire ; mais c’est à juste titre qu’elle vient après ce que nous avons déjà vu. « Par-dessus tout, prenant le bouclier de la foi, par lequel vous pourrez éteindre tous les dards enflammés du méchant ». Il s’agit de cette confiance en Dieu Lui-même, que l’âme a droit de chérir et qu’elle est encouragée de chérir. Je dis en Dieu Lui-même, parce que, bien qu’elle soit inséparable de l’état de justice et de piété qu’impliquent les premières pièces de l’armure, cependant cette confiance découle seulement de ce qu’on connaît de Dieu dans Sa nature et dans Son caractère. Tous les efforts empoisonnés du méchant sont vains quand Dieu est ainsi connu dans la puissance du Saint Esprit non contristé au-dedans de nous. Non seulement les dards ne réussissent pas à produire le désespoir et la méfiance, mais ils sont éteints par le bouclier de la foi.

 

3.4.4        Ch. 6:17

Mais il y a plus : « Prenez aussi le casque du salut et l’épée de l’Esprit, qui est la Parole de Dieu (6:17). Le bouclier de la foi représente une confiance à caractère plus général ; le casque du salut est plutôt la conscience hardie et joyeuse de la pleine délivrance opérée par Dieu pour nous en Christ. Ce casque couronne les différentes pièces de l’armure déjà examinées, et il n’est pas suivi par un nouveau moyen de défense (la liste en est complète), mais par l’instrument de l’énergie offensive contre l’adversaire : « l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu ». La sagesse de placer cette arme en dernier apparaîtra de manière évidente à toute âme instruite des pensées de Dieu ! En effet, si cet ordre n’est pas connu dans la pratique, la Parole n’est qu’un jouet, ou un fouet pour le moi, au lieu d’avoir ce caractère d’épée de l’Esprit ; on s’en sert à tort et elle n’a pas de puissance. Si elle est maniée par l’Esprit, quelle délivrance elle opère ! Combien elle rend impuissants les adversaires et combien elle manifeste Satan ! Elle sert au combat.

 

3.5   Ch. 6:18-24

3.5.1        Ch. 6:18a

Nous avons vu les détails de l’armure de Dieu, une énergie active qui suit ce qui a trait à l’état de l’âme, à sa sécurité pratique et à sa confiance. Mais il y a une source cachée de puissance sans laquelle on ne peut rien — qui est l’expression de la faiblesse, c’est étrange à dire, mais de la faiblesse dans la dépendance de Dieu. Aussi lisons-nous : « priant par toutes sortes de prières » — priant en tout temps. Il n’est rien que l’Ennemi redoute davantage, rien que la chair cherche plus à empêcher, ou au moins à aiguiller à tort lorsqu’il y en a la forme. Mais nous avons d’autant plus besoin de nous souvenir cet appel à une dépendance complète et habituelle.

Il y a en outre l’exercice de désirs spirituels, non pas de la dépendance seulement ; comme le dit notre Seigneur ailleurs : « Quoi que vous demandiez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous demandez quelque chose en mon nom, moi, je le ferai » (Jean 14:13-14). « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez, et il vous sera fait » (Jean 15:7). En bref, c’est un encouragement et une exhortation à toutes sortes de prières et en toutes occasions, tandis qu’il existe aussi un caractère particulier de requête qui est soutenue par la puissance du Saint Esprit, des supplications par l’Esprit (6:18), ce que ne sont pas toutes les prières des saints.

 

3.5.2        Ch. 6:18b-20

Une autre parole de poids est l’appel à « veiller à cela » ; cela suppose l’activité de cet amour qui est prompt à discerner, dans la crainte du Seigneur et par les entrailles de Christ, ce qui d’une part pourrait ternir Sa gloire, et inversement, ce qui contribue à exalter Son nom dans ses saints et dans Son témoignage. Combien tout cela délivre, non seulement de la volonté propre, mais aussi de l’inquiétude et de l’importance de soi ! Quel champ d’exercice pour les affections de la grâce qui font tourner tout ce qui est bon ou mauvais en occasions d’entretiens avec le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, pour tout tourner en canaux de bénédiction éternelle, — alors que sans cela ce ne serait que des circonstances passagères ou un aliment de bavardages ! Combien sont sages et bonnes toutes les paroles de notre Dieu ! Que cela puisse être précieux à nos yeux, aussi bien la chose elle-même, que Sa Parole à ce sujet ! Quand il en est ainsi, on veille à avoir l’habitude de prier, « avec toute persévérance et des supplications pour tous les saints ». Quand on réalise ainsi la présence de Dieu, il n’y a pas d’étroitesse dans les affections, mais l’amour s’épanche avec énergie vers Lui et en communion avec Lui au sujet de tous les saints. C’est le service de l’amour devant Celui qui est amour. Si l’on a à cœur les intérêts de Christ, on se souviendra d’une manière particulière de ceux qui se rassemblent autour de Christ. C’est ainsi que l’apôtre parle ici de leurs supplications en sa faveur ; et il semble qu’il le fasse en vertu d’un lien ayant plus d’énergie que celle qui suscite ordinairement des désirs pour les saints devant le Seigneur — « et pour moi (pas seulement peri, mais uper emou comme indiquant quelque chose de particulier parmi les objets généraux de l’action) — « afin qu’il me soit donné de parler à bouche ouverte pour donner à connaître avec hardiesse le mystère de l’évangile, pour lequel je suis un ambassadeur lié de chaînes, afin qu’en le faisant j’use de hardiesse en lui, comme je dois parler ».

Il est précieux de rencontrer une preuve si pratique du sens qu’avait l’apôtre de la valeur de l’intercession, de l’intercession des saints, pour son ministère. La conscience qu’il avait de la dignité de ce ministère augmentait, plus qu’elle ne diminuait en lui le désir qu’on s’en souvînt ainsi.

 

3.5.3        Ch. 6:21-24

Il comptait de plus, que leur amour les porte non seulement à prier pour lui, mais aussi à désirer connaître ce qui le concernait, comment il allait. Il leur dit donc : « Tychique, le bien-aimé frère et fidèle serviteur dans le Seigneur, vous fera tout savoir : je l’ai envoyé vers vous tout exprès, afin que vous connaissiez l’état de nos affaires, et qu’il console vos cœurs ». Quel contraste entre l’esprit des hommes et cet exercice, puissant et plein de grâce, de l’amour divin dans le cœur, qui compte sur la tendre sollicitude des saints envers lui, qui les servait et les aimait dans le Seigneur ! L’homme, comme tel, ou bien serait dur et indifférent, ou bien craindrait d’être accusé de vanité, comme si ses affaires pouvaient intéresser les autres. Mais Christ change tout dans les cœurs de ceux qui L’ont reçu.

« Paix aux frères, et amour, avec la foi, de la part de Dieu le Père, et du Seigneur Jésus Christ ! Que la grâce soit avec tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus Christ en pureté ! »