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Notes sur l’épître aux ÉPHÉSIENS
Première moitié : Chapitres 1 à 3
William Kelly
1° publication dans Bible Treasury, vol. 4 et 5, 1863 ; 1° traduction français : 1871.
La présente traduction a été entièrement refaite.
Les titres et sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest.
Les variantes que WK met dans la traduction de la Bible par rapport à la version de J. N. Darby ont été quelquefois conservées.
Table des matières (chapitres seulement) :
Table des matières (complète) :
1.1.1 Comment Dieu se révèle dans Sa Parole
1.1.2 L’apôtre Paul et les Romains
1.1.4 Dieu comme source de bénédiction : le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ
1.2.1 Paul se présente comme apôtre
1.2.2 Paul s’adresse aux saints d’Éphèse
1.2.3 Une relation avec le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus Christ
1.2.4 Bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes
1.3.1 Élus pour être saints et irréprochables en amour
1.3.2 Ch. 1:5 — Prédestinés pour nous adopter
1.4 Ch. 1:6 — À la louange de la gloire de Sa grâce … agréables dans le Bien-aimé
1.5 Ch. 1:7 — Les richesses de Sa grâce : Rachetés et pardonnés
1.6 Ch. 1:7 + 14 — Rédemption passée, rédemption future
1.7 Ch. 1:8-9 — En toute sagesse et intelligence … nous ayant fait connaître
1.8 Ch. 1:10 — Participer à la gloire comme associés avec Christ
1.8.1 La dispensation de la plénitude des temps
1.8.2 Ch. 1:12 — Nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ
1.8.4 Ch. 1:12, nous — Ch. 1:13, vous
1.9 Ch. 1:13-14 — Le Saint Esprit arrhes de l’héritage
1.9.1 Ne pas s’en tenir à la nouvelle naissance
1.9.2 Né d’eau et de l’Esprit, baptême — Jean 3
1.9.3 Le Saint Esprit source de communion et puissance de l’adoration — Jean 4
1.9.4 Le culte des enfants de Dieu — Jean 4:23-24
1.9.5 Le don du Saint Esprit — Différence entre né et scellé de l’Esprit — 1:13
1.9.6 Le don du Saint Esprit — Pas de nouvelle effusion de l’Esprit
1.9.7 La présence du Saint Esprit dans le croyant est un point essentiel
1.9.8 Ch. 1:14 — Les arrhes de l’héritage
1.10 Ch. 1:15-23 — La prière de l’apôtre
1.10.1 Les deux prières des ch. 1 et 3 — Prières et adoration à Dieu et au Père
1.10.2 Ch. 1:15 – Introduction de la prière de l’apôtre
1.10.2.1 La foi qui est en vous
1.10.2.2 L’amour que vous avez pour tous les saints : un amour sans préférences
1.10.2.3 Amour et jugement du mal
1.10.2.4 Détails sur la manifestation de l’amour pour tous les saints — Phil. 2:3
1.10.3 Ch. 1:16-17a — Prière au Père de gloire
1.10.4 Ch. 1:17b-19a — … dans Sa connaissance
1.10.5 Ch. 1:18b — L’espérance de Son appel et les richesses de la gloire de Son héritage
1.10.6 Ch. 1:18b — Son héritage dans les saints. Héritage et héritiers
1.10.7 Ch. 1:19-21 — L’excellente grandeur de Sa puissance
1.10.8 Ch. 1:19 — Sa puissance envers nous qui croyons
1.10.9 Ch. 1:17, 19, 20 — Une puissance connue en Christ
1.10.10 Ch. 1:22-23 — Chef sur toutes choses à l’assemblée
1.10.11 Ch. 1:23 — Son corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous
2.1 Introduction — L’état de l’homme, la nouvelle naissance, le baptême
2.1.1 Différence de genre entre ch. 1 et ch. 2
2.1.3 La condition de mort morale
2.1.5 Le baptême et Jean 3 — « né d’eau »
2.1.7 Le vieil homme — Ce qui est né de la chair
2.2.1 Ch. 2:1-2a — Avoir affaire à Dieu au sujet de nos péchés ; la repentance
2.2.2 Ch. 2:2-3a — Les convoitises de notre chair ; enfants de colère par nature
2.2.3 Ch. 2:4-7 — Vivifiés avec Christ … la vie en abondance — Jean 10:10 ; 20:22, 23
2.2.4 Ch. 2:4 — Dieu intervient dans la situation désespérée de l’homme
2.2.5 Ch. 2:5a — La vie en Christ et avec Christ
2.2.6 Ch. 2:5b — Vivifiés ensemble, ressuscités ensemble, assis ensemble, sauvés par grâce
2.2.7 Sur le sens du mot salut en Éphésiens, Philippiens et Hébreux
2.2.8 Ch. 2:6-7 — Encore le salut — Dieu montrant les immenses richesses de Sa grâce
2.2.9 Ch. 2:8 à 10 — Sauvés par la grâce et par la foi ; manifestation de la foi
2.3.1 Rappel de ce qui précède et rapport avec 2:11-22
2.3.3.1 Approchés par le sang de Christ
2.3.3.3 Comment Christ est notre justice
2.3.5 Ch. 2:17 — Christ source de l’évangile, et non pas la loi
2.3.6 Ch. 2:18 — Unis par l’Esprit — accès au Père par l’Esprit
2.3.7 Ch. 2:19-22 — La maison de Dieu
3.1.1 Structure de l’épître en parenthèses
3.1.2 La part de l’Église était une grande nouveauté
3.1.4 Le mystère de Christ et l’Église
3.1.5 Des idées courantes à l’encontre du mystère de Christ
3.3.2 L’Église n’a commencé qu’à la Pentecôte
3.3.3 L’Église ne comprend pas les saints de l’Ancien Testament
3.3.4 Les promesses faites à Abraham et Israël ne sont pas l’espérance de l’Église
3.3.5 La croix de Christ à la base de l’Église — L’Église, une vérité mal comprise
3.4.1 Dieu fait connaître Sa sagesse aux anges par le moyen de l’Église
3.4.2 Une leçon qui se poursuit malgré les faiblesses des croyants
3.4.3 Responsabilité d’être témoins
3.5.1 Ch. 3:12 — Hardiesse et confiance
3.5.2 Ch. 3:13 — Ne pas perdre courage dans les afflictions
3.6.1 Dans la même place que Christ, mais en toute révérence
3.6.2 Partager l’amour est plus précieux que la gloire
3.6.3 Aspects de l’amour du Père pour Son Fils et pour nous
Il doit être évident, même pour un lecteur tout à fait occasionnel de cette épître, que nous nous trouvons sur un terrain très élevé et saint. Que personne ne voie là des propos pouvant porter atteinte à d’autres portions des Écritures inspirées : qui pourrait nier que Dieu, en révélant Ses pensées, ait trouvé bon d’employer divers instruments à différents degrés ? Il aurait pu, s’Il avait voulu, faire tout écrire par une seule personne. Il aurait pu se révéler Lui-même au niveau maximum de sa propre gloire par chacun des instruments utilisés, et ne donner aucune autre révélation. Mais nous pouvons être certains que les voies de Dieu sont aussi admirables dans les formes où Il s’est révélé, que dans tout ce qu’Il a fait d’autre à Sa propre louange. Ces manières diverses de déployer Sa nature et Son caractère, Ses conseils et Ses voies, manifestent Sa gloire sous un jour infiniment plus béni que si l’éclat de la lumière avait été uniforme. La sagesse qui contribue le plus à Sa majesté et à Sa louange par la manière dont elle opère, est précisément la même que celle qui répond aux besoins de Ses enfants, et est efficace pour leur bénédiction. Est-il besoin de dire qu’une révélation qui vient de Dieu, est pour Son peuple ? Sans doute, elle Le glorifie ; mais quand Dieu parle, Il a un objet en vue, et Il pourvoit en grâce en faveur de ceux auxquels Il s’adresse. Ainsi donc, si d’un côté les révélations de Dieu découlent de Dieu et sont dignes de Lui, elles présupposent nécessairement la condition de l’homme, et y sont adaptées. Or tout ceci, loin d’amoindrir aucunement la gloire divine manifestée dans les diverses parties de la Parole de Dieu, la rehausse au contraire infiniment, et montre qu’elle est de Lui, surtout par la manière merveilleuse dont elle convient aux pauvres pécheurs, tirés de leur bas état pour être adoptés dans Sa famille par la foi en Jésus Christ, dans la richesse de Sa miséricorde.
Or de toutes les épîtres de l’apôtre Paul, je n’en vois point de si élevée que celle aux Éphésiens. On ne saurait douter que la condition des saints de cette localité fût en harmonie avec la manière et la mesure des communications qui leur ont été faites par l’Esprit. La même chose se retrouve ailleurs. Lorsqu’il s’adresse aux saints à Rome, l’apôtre ne les qualifie pas d’église, car ils étaient encore dans un état infantile. Il y avait là des saints de Dieu, ils étaient bénis, mais l’assemblée ne fut pas fondée par un apôtre. Des années s’écoulèrent avant qu’aucun apôtre n’aille à Rome. Dieu voyait bien que cette cité de Rome allait s’arroger des prétentions exorbitantes à caractère spirituel. Il prit donc soin que des localités bien moindres, comme Corinthe et d’autres, aient un apôtre pour y fonder l’église et pour y travailler assez longtemps, tandis que le grand centre de la gloire du monde n’aurait pas la visite d’un apôtre avant que beaucoup de croyants ne s’y trouvent rassemblés, s’étant rendu là pour toutes sortes de raisons. Au vu des circonstances des saints de Rome, on peut comprendre combien il était approprié de leur adresser une épître ayant le caractère d’un exposé complet de la doctrine chrétienne en partant des éléments de base de la vérité. C’est pourquoi, après l’introduction, la première chose qu’on y trouve démontrée, c’est la ruine totale de l’homme, de l’homme envisagé sous tous les points de vue, — de l’homme examiné et pesé à la balance de Dieu, en commençant depuis le déluge. Après avoir possédé une connaissance extérieure de Dieu, les hommes « ayant connu Dieu, ne le glorifièrent point comme tel » (Rom. 1:21). De fait, on voit l’origine de l’idolâtrie, et aussi la période entre le déluge et l’arrivée de l’idolâtrie. Les versets de Rom. 1 auxquels j’ai fait allusion, portent sur la période où la race avait la connaissance de Dieu, en toute simplicité. Mais l’homme s’en éloigna, se corrompit; et nous trouvons le tableau terrible de la dépravation humaine, tracé dans le premier chapitre. Nous avons ensuite l’homme philosophe, puis l’homme sous la loi — l’homme sous tous les points de vue — avant que le sujet de la rédemption soit traité, et avant d’avoir quoi que ce soit sur la manière d’être justifié. Voici la raison : l’apôtre n’ayant jamais été à Rome, les saints de cette localité étaient relativement ignorants, et avaient besoin d’être instruits sur la nature de la chute et ses conséquences fatales. Il leur fallait apprendre ce qu’était l’histoire de l’homme, comme Dieu la voit, et selon les pensées de Dieu. L’homme est donc présenté comme ruiné sur tous les plans, sans qu’il n’y ait aucun secours pour lui, ni de la part de la créature, ni de la part de la loi, ni d’aucune part. Il en est résulté qu’« ils se sont tous détournés … il n’y a point de juste, non pas même un seul » (Rom. 3:12, 10). En un mot, toute bouche est fermée, et le monde entier est devenu coupable devant Dieu. Ce n’est qu’alors, et pas avant, qu’on a la ressource de Dieu préparée pour l’homme, en miséricorde et en justice, dans les ch. 3 et 4 ; à partir du ch. 5, des conséquences sont présentées, des difficultés sont résolues, et tout s’achève par la conclusion triomphante du ch. 8.
Quel sommaire important de doctrine chrétienne ! Il commence par la condition actuelle de l’homme, des Juifs comme des Gentils, et conduit jusqu’à la position assurée que Dieu a donnée en Christ, mort et ressuscité, à celui qui croit. Mais dans tout cela, quelle qu’en soit l’importance, vous n’avez que ce qui est individuel. Qu’il s’agisse de l’homme perdu ou sauvé, de toute manière il n’y a rien touchant l’Église. Il y a ce qui concerne les membres de l’Église, mais rien ne figure sur l’assemblée de Dieu, envisagée comme telle. La ruine de l’homme et la rédemption en sont le thème, ainsi que les effets de la rédemption, et l’ordre des dispensations, et les devoirs pratiques qui découlent de tout cela. Quand on passe aux Éphésiens, quelle différence ! Par rapport aux Romains, on peut dire que l’homme disparaît, et Dieu est envisagé comme agissant de Lui-même.
C’est pourquoi il n’y a point de préface, ni de preuve de l’état de l’homme. Cela n’était pas nécessaire, et ce n’est pas le point de départ de l’enseignement de cette épître, contrairement aux Romains, où rien n’est plus simple. Mais dans les Éphésiens, au lieu de montrer que nous avons été retirés de l’abîme de corruption où l’homme reste enseveli, la première chose dont parle l’apôtre, c’est Dieu dans le ciel. C’est Dieu déversant la bénédiction sur l’homme, et non l’homme amené à Dieu. C’est Dieu montré dans les voies de Sa grâce et dans les pensées de Son cœur, avant même que le monde existe, en dehors de toute question de Juifs ou de Gentils. C’est Dieu, formant un plan de gloire et de bénédiction à Sa propre louange ; Dieu, trouvant Ses délices à manifester Sa bonté, dans le but de bénir, et de bénir de la bénédiction du caractère le plus élevé et le plus complet. C’est pourquoi on n’a pas simplement Dieu en tant que Dieu agissant à l’égard de l’homme, mais comme ayant Christ en vue, en conséquence de quoi la bénédiction est sans limite. Il voulait avoir quelque canal de grâce envers nous pour la pleine satisfaction de Son propre cœur. Or aucun objet ne pouvait produire et maintenir les délices de Dieu, aucun ne pouvait être en soi un objet propre à être contemplé avec satisfaction, — aucun sauf un : Christ. Quant aux anges, Il les charge de folie (Job 4:18), et pourtant ils sont saints. Et que peut-Il voir en dessous des anges, sinon un monde perdu dans le péché ? Ainsi il n’y a qu’un seul capable de satisfaire le cœur et les affections de Dieu — c’est Christ Lui-même.
Ayant donc cette grande vérité devant nous — Dieu bénissant, et Christ l’objet que Dieu a devant Lui, et par lequel Il va bénir, selon tout ce qui est dans Son cœur, — nous trouvons qu’en tant que source de bénédiction, Dieu est nommé de deux manières : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a bénis de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ». Ces deux titres sont réellement la clef de l’Épître. Qu’on me permette d’insister fortement sur l’importance de peser les mots de l’Écriture. Quand nous avons affaire aux hommes, ne rendons pas quelqu’un coupable pour un mot (És. 29:21). Mais pour Sa Parole, Dieu n’a pas besoin d’excuses. Si nous pouvons accepter que l’un ou l’autre fasse des erreurs, cela ne peut pas arriver avec l’Écriture. Quand nous nous approchons pour écouter Dieu, la seule attitude convenable est de s’incliner en adorant. C’est pourquoi, dans cette épître qui est une expression si pleine de Son amour, l’apôtre commence ainsi : « Béni soit le Dieu et le Père » etc. Il ne pouvait écrire aux Éphésiens sans éclater en louanges et en adoration envers Dieu. Ailleurs aussi, on le voit bénir Dieu, mais quand il le fait, comme en 2 Cor. 2:14, il y a des circonstances spéciales qui en sont la cause ; or ce n’est pas le cas ici. À Corinthe, il y avait une intervention bénie de la grâce de Dieu, brisant les cœurs orgueilleux des disciples rebelles, et les rendant honteux d’eux-mêmes. Mais dans l’épître aux Éphésiens, cette bénédiction adressée à Dieu est en dehors des circonstances passagères, sinon que l’apôtre les voyait dans une condition d’âme leur permettant de marcher avec Dieu et d’entrer dans Ses pensées et Ses conseils. « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ » : ce n’était pas à cause d’une grâce ou d’une consolation particulières, mais cela découle de ce que Dieu est toujours pour nous. Or c’est justement la raison pour laquelle bien des chrétiens ne peuvent entrer dans Ses pensées et Ses conseils. Certains sont particulièrement sensibles et touchés par des marques tangibles et quotidiennes des interventions divines, et de temps à autre par des interventions extraordinaires de Sa providence. Peut-être sont-ils dans une grande épreuve, et Dieu en tire aussi pour eux une nouvelle bénédiction. Mais ici les Éphésiens étaient si simples, et marchaient si volontiers avec Dieu, que l’apôtre, au lieu d’être retenu par leur état, ne pouvait que louer et rendre grâces. Combien cela est béni quand une communion si heureuse nous est donnée dans nos rapports l’un avec l’autre !
Avant d’entrer dans ce que je vais tâcher de développer, Paul se présente comme apôtre. Il ne dit pas ici « serviteur » ou « esclave », comme il le fait en écrivant aux Romains : « Paul, esclave de Jésus-Christ» ; il l’était vraiment. Pourquoi Paul leur écrivait-il ? Parce qu’il était Son esclave. N’appartenaient-ils pas à Jésus ? L’idée d’« indépendance » n’était pas approuvée à l’époque, et il n’y avait rien qui ressemblât à cette pratique d’avoir de petites régions ou assemblées réservées à un tel ou un tel. Mais l’Église, où qu’elle soit, était l’objet des affections des serviteurs du Seigneur. Le vrai serviteur, c’est celui qui est capable de réaliser qu’il est l’esclave de Jésus Christ ; et il servira d’autant mieux les âmes, qu’il réalisera davantage ce que c’est que servir le Seigneur. « Paul, esclave de Jésus-Christ, apôtre appelé » (Rom. 1:1). Il était apôtre par l’appel de Dieu. À l’époque il n’existait pas de congrégation faisant appel à un candidat. Paul était un apôtre appelé de Dieu, et eux étaient des saints appelés de Dieu, et ils le savaient. Il était très doux pour eux de penser qu’ils avaient été ainsi appelés. Selon leur mesure, ils marchaient dans le sentier de Christ, et l’apôtre était Son serviteur, et il était aussi apôtre. Son but était de mettre en relief son apostolat. Les Corinthiens étaient en danger de se mettre à douter à son égard, et à penser qu’il leur fallait regarder à Jérusalem. Il reconnaissait entièrement la simple position de frère ; mais si des gens comme les Corinthiens levaient trop haut la tête, il se disait simplement « apôtre » sans ajouter « esclave» (1 Cor. 1:1). Si on se mettait à contester ce point, il prouvait la réalité de son appel. Dans l’adresse de l’épître aux Galates, j’ai montré ailleurs la force particulière de la manière dont il se présente : « Paul, apôtre, non de la part des hommes, ni par l’homme » etc. (Gal. 1:1). La controverse commençait là d’emblée, mais avec un calme divin et une force divine. Il y avait de faux principes dans la Galatie ; c’est pourquoi il utilise un langage énergique et pressant lorsqu’il écrivait aux saints. Ils adoptaient des notions juives de succession terrestre. Alors l’apôtre se place sur le terrain le plus élevé, et montre que, même s’il reconnaissait pleinement les douze à leur place, il ne voulait pas céder par soumission, non pas même un moment, pour ce qui touchait à la vérité de l’Évangile (Gal. 2:5), en sorte que l’épître entière porte l’empreinte de cette ré-affirmation catégorique de l’appel de la grâce et de son caractère céleste, fondés sur la mort et la résurrection de Christ.
Dans l’épître aux Éphésiens, l’apôtre n’a en vue aucune controverse, ni même de poser les fondements de la vérité chrétienne, comme dans le cas des saints de Rome. Mais il met en avant sa fonction apostolique : « Paul, apôtre de Jésus Christ». Il montre pleinement quelle en était la source, la même « volonté de Dieu », de laquelle découlait leur propre bénédiction. Il va faire le suivi du fil de la bénédiction, d’abord individuelle, puis comme corps. C’est une erreur de supposer que la dernière est plus profonde que la première. Au contraire, nos bénédictions les plus élevées se rattachent à ce que nous avons comme individus. Tout en reconnaissant pleinement le caractère béni de ce qui se rapporte au corps, ce que nous avons individuellement est plus élevé encore ; et c’est la manière de l’Esprit de Dieu de commencer par là, avant d’entrer dans ce qui est commun à tous. C’est pour cela, je pense, qu’il s’adresse ici « aux saints qui sont à Éphèse et aux fidèles dans le Christ Jésus» en tant que tels. Ils étaient l’Église à Éphèse, non seulement sur un plan formel comme rassemblement, mais aussi dans l’intelligence de la chose. Ils avaient eu l’apôtre Paul à Éphèse ; il avait été l’instrument de Dieu dans l’œuvre. Douze hommes avaient cru là, avant que Paul y aille (Actes 19:7), mais jusqu’à sa visite, aucun d’eux n’avaient jamais reçu le Saint Esprit à la manière de la Pentecôte. C’est la présence personnelle du Saint Esprit, fondée sur notre foi en Christ mort et ressuscité, qui nous introduit dans ce caractère d’Église. Mais le Saint Esprit, outre qu’Il nous fait membres du corps de Christ, qui est l’Église, nous donne aussi la conscience de notre relation comme fils avec Son Dieu et Père. C’est lorsqu’il traite de questions d’ordre et de discipline que l’apôtre s’adresse « à l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe » comme telle. Ici il va envisager l’Église à un point de vue bien plus élevé ; néanmoins il commence par ce qui est individuel : « aux saints qui sont à Éphèse et fidèles dans le Christ Jésus. Grâce et paix vous soient de la part de Dieu notre Père, et du Seigneur Jésus Christ ! » Puis il introduit le double titre de Dieu auquel j’ai déjà fait allusion — le même annoncé par notre Seigneur après Sa résurrection d’entre les morts, quand Il envoya par Marie de Magdala le premier message à ses disciples : « Va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » — non pas vers « le Dieu Tout-Puissant », ni vers « l’Éternel».
Notre Seigneur se trouvait dans une double relation avec Dieu : Il était Fils de Dieu, non seulement comme personne divine, mais comme homme dans le monde (Luc 1), outre Sa gloire personnelle si élevée qui brille partout dans l’évangile de Jean, et ailleurs. « La sainte chose qui naîtra de toi sera appelée Fils de Dieu» (Luc 1:31). Ce dernier titre se réfère à Christ, envisagé dans Son humanité dans ce monde ; c’est pourquoi il n’en est fait état que dans l’évangile de Luc, qui est par-dessus tout la biographie humaine de Christ, si on ose s’exprimer ainsi. On n’aurait pas su, si Dieu ne nous l’avait dit, que Christ garda cette même relation comme homme dans Sa résurrection. Il nous enseigne que la mort et la résurrection Lui donnèrent le droit, selon la justice de Dieu, de nous placer dans Sa position. Ainsi donc Il put dire pour la première fois, dans la plénitude du sens de ces paroles : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu» (Jean 20:17). Il n’est plus simplement « mon Père » et « mon Dieu », mais Il est maintenant « votre Père » et « votre Dieu ».
La mort de Christ a complètement effacé tout ce qui était contre les enfants de Dieu : la résurrection de Christ, faisant suite à l’œuvre de la rédemption, Le mit à même de leur donner Sa place devant Dieu en résurrection et dans la relation de fils. Quelle merveilleuse position ! Quand nous pensons que maintenant, alors même que nous sommes encore dans ce monde, notre Seigneur veut que nous sachions que nous sommes fils, en Lui et par Lui, devant notre Dieu, et que nous sommes dotés d’une vie de résurrection — « vivants à Dieu dans le Christ Jésus » (Rom. 6:11) ; que nous nous tenons devant Dieu sans accusation ni condamnation ; et qu’il en est ainsi parce qu’en grâce, sur la croix, Il s’est placé sous « le même jugement » (Luc 23:40) que les coupables ! Il était « la sainte chose » — nous étions profanes, entièrement perdus. Mais sur la croix Il a été fait péché pour nous, et Il est entré sous « le même jugement » — le prenant contre Lui-même sur la croix, en sorte que, maintenant, il n’y en a plus pour moi. Je suis introduit dans la même position qu’Il a prise comme homme ressuscité devant Dieu. Bien sûr, je ne parle pas maintenant de Sa gloire divine. L’idée que la créature, aussi bénie soit-elle, pourrait être dans une position autre que celle d’élever ses yeux vers Dieu et de L’adorer, ne saurait entrer dans un esprit renouvelé. Le Seigneur Jésus était Fils, dans sa nature divine, de toute éternité ; mais comme homme aussi, Il était Fils ; et aussi comme ressuscité d’entre les morts. Par Sa mort et Sa résurrection, Il nous a amené devant Dieu, et devant Son Père, dans la même position que Lui-même, — au point d’être fils, absolument sans péché dans notre nouvelle nature, et délivrés de toute condamnation devant Dieu, parce que la vieille nature est déjà jugée. La nouvelle nature n’a pas besoin que quelqu’un meure pour elle, contrairement à la vieille nature en avait besoin ; tout est accompli. En Christ crucifié, Dieu a condamné le péché dans la chair (Rom. 8:3), et, pour la foi, tout le mal a disparu. La bénédiction de Christ est maintenant devenue la nôtre, et nous pouvons regarder en haut et dire : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ» (1:3). On porte une grande atteinte à la puissance pratique du christianisme quand on diffère la bénédiction que le Saint Esprit nous attribue maintenant, pour la renvoyer au moment où nous quitterons ce monde pour aller au ciel.
Supposez qu’il vous faille dire à la grande masse des enfants de Dieu sur la terre : vous êtes « bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ », ils le regarderaient comme de l’exaltation ou du mysticisme à l’état pur. Ils ne sont pas prêts à recevoir de telles vérités, et en général, ils ne cherchent même pas le sens de ce verset, ou bien le réduisent à un sentiment d’ordre simplement émotionnel. Ils n’ont aucune idée qu’il s’agit d’un fait actuel, vrai pour tous les chrétiens. Quoique nous ne soyons pas encore manifestés dans cet état de bénédiction, il ne s’agit pas d’une question de sentiment. Puissions-nous le croire ! Les sentiments peuvent me tromper, mais la foi ne le peut jamais. Si je vois une chose, c’est simplement mon œil qui la voit. Si je crois une vérité sur la Parole de Dieu, je la considère, pour ainsi dire et dans une mesure, avec les yeux de Dieu. Le monde a l’idée que la foi implique de ne faire confiance qu’à des choses incertaines. Or dans le domaine des choses de Dieu, « je crois » n’a pas ce sens. Ma propre vision n’a qu’une faible portée de vue, mais que dire de l’œil de Dieu ? Le croyant se tient sur le terrain le plus élevé ; il se repose sur la certitude de ce que Dieu dit. Aussi, c’est le bonheur qui en résulte ; car quand vous croyez, vous commencez bientôt à ressentir. Si vous croyez que Dieu a effacé vos péchés, vous ne tardez pas à en jouir, si même ce n’est pas sur-le-champ. Si je regarde à moi-même, je verrai toujours quelque chose qui ne va pas. Comment cela se fait-il ? Mes péchés sont tous ôtés, et pourtant, si je regarde à l’intérieur, je vois tellement de sujets de douleur, de dégoût, d’humiliation. Ôter le péché n’est pas quelque chose qui se passe dans mon cœur, mais une œuvre puissante qui a été opérée par Dieu à la croix de Son Fils bien-aimé, une œuvre sur laquelle Il m’appelle à me reposer, parce que Lui-même y trouve Son repos. Vais-je en chercher un signe ou une preuve en moi-même ? Si je le fais, je n’en aurai jamais l’assurance, — une assurance établie sur le vrai fondement. Si je pense que mes péchés doivent être pardonnés, parce que j’ai changé de caractère, humainement parlant, puis-je avoir une paix réelle, ne serait-ce que pour une heure ? Le résultat inévitable est que, plus on se juge soi-même, moins on est heureux. Voici ce que Dieu met devant Ses enfants : ils devraient être entièrement heureux, dans la certitude que leurs péchés sont ôtés, par le sang de Christ qui a été versé, et pourtant ils ne doivent rien épargner de ce qu’ils trouvent au-dedans d’eux-mêmes, se jugeant eux-mêmes chaque jour, parce que Christ a été jugé pour eux, et Dieu a effacé leurs péchés, et ils ne peuvent supporter de traiter légèrement ce qui a coûté le sang de Son Fils.
Ici pourtant, la première grande pensée, c’est que « le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ… nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ». Ce n’est pas la rédemption, quoique cela soit bien sûr basé sur elle. Je suis ici sur la terre, et pourtant je sais que je suis béni là où est Christ, à la droite de Dieu. Non seulement c’est là que j’ai des bénédictions, mais je suis béni de « toutes bénédictions spirituelles ». La bénédiction la plus élevée que Dieu puisse conférer, est celle qu’Il donne dans les lieux célestes en Christ à tous ceux qui sont Ses enfants. Ces quelques mots nous font contempler la hauteur du merveilleux conseil de Dieu à notre égard et de Son merveilleux amour envers nous. Il nous a ainsi bénis selon la plénitude de la valeur de Christ à ses yeux.
L’expression « les lieux célestes » est en contraste avec la portion des Juifs, dont les bénédictions étaient dans les lieux terrestres. Considérons Ézéchiel 36, qui fait ressortir le caractère particulier de nos bénédictions par opposition aux leurs. « Et Je répandrai sur vous de l’eau pure, et vous serez purs … Et vous habiterez dans le pays que J’ai donné à vos pères, et vous serez Mon peuple, et je serai votre Dieu » (Éz . 36:25, 28). Ainsi donc, leurs bénédictions sont mêlées avec des grâces spirituelles, mais elles seront dans le pays de leurs pères, que Dieu assurera à la génération à venir. Ce sont surtout des érudits, dépourvus de spiritualité, qui font de la confusion sur ces sujets. Si les lecteurs étaient seulement simples à l’égard de l’Écriture, ils ne tomberaient pas dans de telles erreurs. Le prophète dit : « Vous habiterez dans le pays que J’ai donné à vos pères ». Rien n’est plus clair. Il va bénir Israël sur la terre — et aussi dans leur âme sans doute ; mais la sphère de cette bénédiction, c’est la terre sainte. Il s’agit de Son peuple terrestre, et non de l’Église, comme nous le verrons plus loin. « Je multiplierai le fruit des arbres et le produit des champs, afin que vous ne portiez plus l’opprobre de la famine parmi les nations » (Éz. 36:30). Il s’agit évidemment d’une bénédiction dans les lieux terrestres. Je ne trouverai pas à redire à des hommes pieux qui tentent de donner à ces passages une tournure spirituelle pour s’en servir pour prêcher l’évangile, pourvu qu’ils n’en fassent pas disparaître les espérances prochaines d’Israël. Le peuple dont il y est question ici, c’est avant tout Israël, et ils doivent être bénis de cette manière-là. La terre de Palestine est maintenant désolée, telle un désert ; mais en ce jour-là « le désert se réjouira... et fleurira comme la rose » (És. 35:1). Certaines bénédictions s’appliquent au croyant maintenant, il est vrai. Notre Seigneur fait ainsi allusion en Jean 3 à « l’eau » et à « l’Esprit » en leur donnant, de manière merveilleuse, une portée plus vaste et plus profonde. Mais je ne suis pas d’accord de soutenir que Dieu a abandonné son peuple, et que cette prophétie touchant les lieux terrestres doit être identifiée avec nos droits célestes. C’est la terre et les bénédictions terrestres sur lesquelles l’Esprit de Dieu insiste ici. Pourquoi serions-nous jaloux, soit à l’égard des Juifs, soit à l’égard de la terre ? Dieu nous a montré une faveur tellement surabondante et sans égal, que nous pouvons bien nous réjouir et Lui rendre grâces de réserver la terre à Son ancien peuple.
Ayant considéré ces choses — les bénédictions prédites à Israël sur la terre — tournons maintenant nos regards vers nos propres bénédictions dans les Éphésiens : quelle différence radicale ! « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ » (1:3). C’est Dieu, se révélant de la manière la plus complète imaginable. Qui était celui qui, par excellence, connaissait Dieu ? Qui était l’objet de l’amour de Dieu comme nul autre auparavant ? Si jamais il y en eut un qui sondât la pleine signification de l’expression : « Mon Père », ce fut le Seigneur Jésus. Et quel autre que Lui mesura les profondeurs des mots : « Mon Dieu » ? Or maintenant, cet Être béni, par la rédemption et le don de l’Esprit, a rendu celui qui croit en Lui capable de jouir du même privilège que Lui-même. C’est dans la mesure où nous recevrons cette vérité avec simplicité, et que nous jugerons la vieille nature (elle ne peut jamais y entrer, et ne fait qu’obscurcir notre bénédiction comme un épais nuage), que nous entrerons dans la réalisation de nos bénédictions
L’espérance d’Israël n’est pas seulement tournée vers l’intérieur, mais aussi vers l’extérieur ; elle est dans les lieux terrestres, — l’espérance de devenir le peuple le plus exalté ici-bas. À l’opposé, la scène de nos bénédictions est dans les lieux célestes, et nous y sommes déjà maintenant bénis en Christ. En un mot, le chrétien est comme une personne de la famille d’un Souverain. Il peut y avoir des raisons d’état rendant désirable que l’héritier du Souverain traverse incognito un pays étranger. Il en est ainsi du chrétien. Il n’est ni de ce monde, ni de ce siècle. Son corps est de la terre, mais ce qui le fait être ce qu’il est, comme un fils de Dieu, n’a rien à faire avec la scène ou les circonstances présentes. Il appartient entièrement à un Christ glorifié. Quand Dieu recommencera à agir à l’égard d’Israël, il en ira tout autrement. L’attention du monde entier sera dirigée sur eux. Il fut un temps où, même au milieu de tout leur péché, le peuple d’Israël exerçait une influence énorme dans le monde, quoiqu’ils ne fussent qu’une petite nation, n’ayant pour habitation qu’une étroite bande de terre. Leurs sacrificateurs et leurs rois abandonnèrent le vrai Dieu, qui en retour fit d’eux la triste démonstration de Ses jugements. Mais le jour vient bientôt où ceux qui frappèrent Christ reconnaîtront leur Messie rejeté, et alors brillera toute la splendeur à laquelle Dieu destine Israël. Il les couronnera de toute sorte de bénédictions ici-bas. Toutes les nations de la terre se prosterneront devant Israël ; les rois seront ses nourriciers, et les reines ses nourrices (És. 49:23). La chrétienté, méprisée comme une machine politique orgueilleuse et usée, et dégénérant toujours plus dans l’apostasie, sera mise de côté comme Vasthi ; Dieu bénira Son peuple d’Israël, l’Esther du grand Roi, de toutes bénédictions extérieures dans les lieux terrestres, en se révélant non pas comme le Dieu et Père du Seigneur Jésus-Christ, mais comme le Seigneur Dieu, l’Éternel, le Très-Haut, enfin identifié avec l’humble Jésus de Nazareth.
Est-ce là la manière dont Éph. 1:3 parle ? Nullement. « Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ … nous a bénis de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ ». L’Ancien Testament ne donnait nulle part aux Juifs l’espérance d’être bénis dans leur Messie. Être cohéritiers avec Christ, non seulement bénis par Christ, mais en Christ, c’est une idée qui ne pouvait absolument pas entrer dans les pensées de l’Israélite le plus intelligent. En un mot, leur portion sera toujours d’être sous leur Messie, d’être gouvernés par Lui comme un peuple terrestre. Mais notre portion à nous qui croyons en Christ maintenant, sera d’avoir la même bénédiction que Dieu le Père confère à Christ ressuscité d’entre les morts. Qu’a-t-Il fait pour Christ ? Il L’a ressuscité, et a mis toutes choses sous ses pieds (Ps. 8:6). Cette gloire, Il ne la prendra pas seul. Il attend Son épouse — ceux qui sont appelés maintenant d’entre les Juifs et d’entre les Gentils pour être amenés à la connaissance du nom de Christ. Ainsi notre Seigneur, quoique personnellement exalté, possède Sa gloire comme en suspens, parce qu’Il attend que Ses compagnons la partagent avec Lui — héritiers par Sa grâce, non pas des pères simplement, mais de Dieu, et cohéritiers avec Christ.
Rien ne saurait être plus vaste ni plus élevé que les bénédictions dont il est parlé ici. Christ aura les Siens célestes en haut, et les Siens terrestres en bas ; chaque classe sera pleinement bénie, quoique dans des sphères différentes. Qu’il me soit permis de recommander aux enfants de Dieu d’étudier sérieusement la vérité présentée en Éph. 1. Si d’un côté il nous convient d’écouter la Parole de Dieu, de l’autre cette Parole requiert de nous une volonté fervente de la sonder, comme pour y trouver des trésors cachés. Ne nous attendons pas à être réellement et pleinement bénis par le moyen de la Parole, sans diligence de nos âmes à cet égard.
Nous avons déjà vu le double titre sous lequel Dieu bénit Ses saints aujourd’hui ; des deux côtés la bénédiction est sous une forme qui ne se trouve qu’en Christ. Si par exemple, Dieu s’était seulement révélé comme le Dieu d’Abraham ou d’Isaac, Il n’aurait pas assuré une bénédiction allant au-delà de celle promise aux pères. Mais Il le fait. Au lieu de n’avoir que la bénédiction juive devant Lui, c’est Christ qu’Il a en vue, Christ qu’Il a ressuscité d’entre les morts et fait asseoir à Sa droite (Héb. 1:13), ce qu’Il n’avait jamais fait ni pour David, ni pour aucun autre. C’est une place qui Lui appartient, en vertu de Sa gloire personnelle, et de Ses souffrances jusqu’à la mort. Nous pourrons être assis avec Christ Sur son trône, mais c’est là une chose bien différente de la position de Christ assis à la droite de Dieu. Or maintenant, c’est comme Dieu du Seigneur Jésus Christ qu’Il bénit — c’est la pleine bénédiction qui conviendrait à Christ Lui-même en tant qu’objet de la bénédiction. La grâce fait que nous sommes, avec Christ, les objets communs de la bénédiction de Dieu : c’est de cette manière et selon cette mesure qu’Il bénit. Mais ce n’est pas tout : Il est le Père du Seigneur Jésus, et comme tel aussi Il nous bénit. En sorte que ces deux caractères, les plus élevés sous lesquels on puisse envisager Dieu, sont ceux selon lesquels nous sommes bénis. Les caractères de Dieu, comme Dieu et comme Père, qui sont en rapport avec Christ, se traduisent dans une bénédiction qu’Il nous donne, et une bénédiction à leur mesure. C’est donc une bénédiction sans limites. Il nous a bénis « de toutes bénédictions spirituelles », et de plus, non pas sur la terre, comme nous l’avons vu, — comparativement, elle est la partie la plus basse de l’univers — mais dans la scène la plus élevée de la puissance de Dieu, « dans les lieux célestes » ; et pour couronner le tout, et le compléter, c’est « en Christ » ; tout est assuré dans sa Personne.
Le verset 4 correspond particulièrement au premier de ces caractères dans lesquels Dieu s’est révélé, et le verset 5 plutôt au second. « Selon qu’Il nous a élus en Lui », c’est-à-dire en Christ, « avant la fondation du monde, pour que nous fussions saints et irréprochables devant Lui en amour ». C’est en tant que Dieu de Christ qu’Il nous bénit ainsi ; non pas en tant que Père, mais en tant que Dieu. Au verset 5, c’est en tant que Père, parce que nous lisons : « … nous ayant prédestinés pour nous adopter pour Lui par Jésus Christ ». Le genre et le caractère de cette bénédiction correspondent clairement au caractère du Père. Une relation spéciale avec Lui est introduite. « … Nous ayant prédestinés pour nous adopter » — il ne s’agit pas simplement d’un choix de Sa part, mais — « prédestinés pour nous adopter pour Lui par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté ». Ce langage n’est pas celui du verset 4. Il ne dit pas qu’Il nous a prédestinés pour être « saints et irréprochables devant Lui en amour ». Il ne dit pas non plus qu’Il nous a appelés à cette merveilleuse position « selon le bon plaisir de Sa volonté ». La raison est tout à fait évidente. Quand il nous est parlé du « bon plaisir de Sa volonté », c’est un langage qui convient à l’amour souverain, cet amour spécial qu’Il déploie afin de manifester Sa propre faveur. Mais quand il nous est parlé d’être « saints et irréprochables », c’est Dieu qui nous a élus pour cela : il ne pouvait pas en être autrement. Si Dieu voulait que des hommes soient amenés près de Lui, près au point d’être dans Sa présence dans le ciel, du moment qu’ils sont élus en Christ, il fallait d’une manière ou d’une autre qu’ils soient « saints et irréprochables » devant Lui en amour. Tout vient réellement de Sa grâce.
L’une des bénédictions vient du caractère qui est nécessairement celui de Dieu comme Dieu ; l’autre découle de la relation spéciale dans laquelle Il entre envers nous par notre Seigneur Jésus. Notre élection est un élément nécessaire, parce qu’il est évident que personne, hormis Dieu, ne peut élire. C’était avant la fondation du monde, lorsque Dieu seul existait. L’homme ne contribuait en rien à ce choix, ni n’avait droit à la parole. Dieu agissait purement de Lui-même. Il s’agissait du propre choix de Dieu, voulant que d’autres soient dans le ciel avec Lui. Mais s’il fallait qu’ils soient près de Lui et devant Lui, comment le pourraient-ils avec du péché sur eux ? Impossible. Comment Dieu pourrait-Il autoriser des âmes à être avec du péché sur elles, même si c’était au coin le plus reculé de Son royaume ? C’est encore plus impossible dans le ciel, où trône Sa majesté. Le jour vient où tout mal devra être banni et rejeté dans l’étang de feu. Comment pourrait-Il alors tolérer le péché chez ceux qui doivent être introduits dans le cercle le plus intime de Sa présence ? S’Il choisissait d’avoir des gens avec Lui dans le ciel, c’était une nécessité positive de Son caractère et de Sa nature, qu’ils y soient « saints et irréprochables devant Lui ». Mais c’est bien loin d’être tout : il fallait que ce soit « en amour », parce qu’il n’y aurait rien de plus misérable, que de tels êtres soient là sans être capables d’entrer dans Ses propres affections. Être simplement dans la place la plus bénie pour des créatures, et y être sans tache ni rien qui puisse souiller la présence de Dieu, cela ne suffisait pas. L’homme fut créé pour avoir un cœur et des affections, et il ne pouvait y avoir du bonheur chez des créatures qui savent ce qu’est l’affection, à moins qu’il n’y eut ce sur quoi l’affection peut se fixer. Si Dieu permettait que de tels êtres soient introduits en Sa présence, — nécessairement sans péché, sous quelque forme que ce soit, — il fallait que ce soit aussi en amour. Il voulait leur donner une nature qui soit non seulement capable de se tenir devant Lui sans reproche et sans crainte, mais qui réponde aussi à Son propre amour. « Nous l’aimons parce que Lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4:19). Cet amour n’est connu qu’en Christ ; mais l’apôtre Jean parle de Dieu et de Christ d’une manière telle qu’on ne peut guère trancher s’il parle de l’un ou de l’autre. Il utilise le pronom « Lui », non pas sans faire de distinction, mais en glissant ensuite de l’un à l’autre. Cela découle de leur unité : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10:30), ce que Jean est seul à rapporter.
Nous avons ici Dieu nous choisissant à titre personnel. Car il ne s’agissait pas simplement d’avoir un peuple, vu de manière vague, comme s’il y avait dans le ciel un certain nombre de niches à remplir par le nombre d’âmes correspondant. On ne trouve pas de notion pareille dans la Bible. Ce sont des personnes qu’Il choisit. Il ne peut y avoir un tel amour sans avoir une personne bien distincte devant lui. Même parmi les hommes, l’amour n’est pas un sentiment incertain — ce concept relève plutôt de l’imagination — à plus forte raison quand il s’agit de l’amour de Dieu. Il nous aime individuellement. C’est pourquoi Il nous a élus en Christ avant la fondation du monde, pour montrer que c’était un choix entièrement indépendant de notre caractère et de nos voies. Or s’il en est ainsi, il faut que Son amour trouve quelque chose en retour vers Dieu d’une manière qui soit selon Lui. Et c’est ce qui a lieu. S’il y a ce choix de Dieu en Christ avant la fondation du monde, Il veut avoir les saints devant Lui d’une manière qui n’est possible que pour Dieu. Il ne veut jamais avoir ce qui est indigne de Son amour et de Sa présence. C’est pourquoi il est dit alors : « afin que nous fussions saints et irréprochables devant Lui en amour » (1:4). Ce n’est pas seulement de la sainteté, ou de l’irréprochabilité, ou de l’amour, l’un ou l’autre ou chacune de ces choses en partie. C’est pourquoi il n’y a pas de mention de ce que nous avons été. Si nous examinons n’importe qui, nous pouvons lui trouver des défauts graves. Même comme chrétien, on est en effet bien loin d’être ce qui est dû à Dieu. On a honte de soi, étant peiné du peu de réponse du cœur à la faveur que Dieu a montrée à notre égard. Cela peut-il convenir à Sa présence ? Dieu va-t-Il se satisfaire de ce que même un chrétien trouve défectueux ? Impossible. Ce verset 4 envisage, non pas l’homme complexe, mais ce que Dieu fait de nous en Christ, Son Fils. Or dans les saints il y a effectivement ce qui est bien contraire à la sainteté, ce qui ne ressemble ni à Dieu ni à Son Fils Bien-aimé : l’orgueil, la vanité, la folie, toute sorte de mauvaises voies et de mauvaises pensées qui ne découlent jamais de Christ, ni ne Lui ressemblent aucunement. Malgré tout cela, ne sont-ils pas pourtant des saints ? À Dieu ne plaise qu’ils n’en soient pas ! Or c’est bien là la ferme pensée de Dieu. Il nous a élus en Christ, « afin que nous fussions saints et irréprochables devant Lui en amour ». Comment est-ce possible ? La réponse est que c’est possible, parce que Dieu nous envisage ici selon ce qu’Il nous donne en Christ, et rien moins. Dans ce verset, tout ce qui est en dehors de la nouvelle nature découlant de Sa grâce sur les objets de Son choix, est ignoré. Il nous a élus pour être tels, et Il veut nous avoir parfaitement tels, et rien d’autre, quand le moment viendra pour nous d’être en Sa présence. Mais même maintenant, cela est vrai quant à l’essence de la chose, dans la mesure où nous sommes en Christ et que nous avons Sa vie en nous. Puis-je trouver un défaut quelconque en Christ ? Si Christ est irréprochable en amour, dans la propre nature de Dieu Lui-même, Il est précisément la vie de tout chrétien, quel que soit le nom dont les hommes l’appellent.
Mais même là, ce n’est pas tout. Il ne suffit pas de répondre à la sainteté du caractère et de la nature de Dieu, aussi béni que cela soit — chacun des saints le fera bientôt dans la gloire, et le possède réellement déjà maintenant en Christ, comme étant une nouvelle créature. Nous pourrions être « saints et irréprochables devant Lui en amour », et n’être pourtant que des serviteurs. Sa majesté la Reine (*) peut s’entourer de serviteurs pour faire sa volonté ; elle peut introduire l’un ou l’autre en sa présence, et ils devraient s’estimer grandement honorés d’avoir été mis au rang des instruments de son bon plaisir, en l’absence de toute relation de famille avec elle : voilà qui sera encore bien plus vrai dans le domaine des choses célestes. Telle est la merveille de la grâce de Dieu. Juste dans le verset 5 suivant, nous trouvons ce fait, que non seulement Dieu agit de Son propre chef pour nous appeler et nous introduire en cette merveilleuse position, pour être une reproduction de Sa propre nature morale et de Son propre caractère. Dieu est saint et irréprochable, et Il est amour dans Sa propre nature. Cela caractérise notre vie maintenant, et sera entièrement notre part quand nous serons introduits au ciel, bientôt, par la puissance et la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ. Or nous ne serons pas là seulement comme des serviteurs, mais comme des fils, et des fils conscients de l’être. Nous ne nous tiendrons pas là comme des anges, comme des administrateurs de Son bon plaisir, mais comme ceux qui ont leur intérêt en tout ce en quoi Il a Lui-même intérêt. Ce que nous sentirons ne sera pas simplement pour Lui, mais avec Lui. Nous aurons nos intérêts communs avec Lui — et, si je puis reprendre l’image déjà utilisée, nous aurons le même genre de sentiments, que les membres de la famille royale ont en commun avec la couronne.
(*) Note Bibliquest : La reine Victoria d’Angleterre quand cela a été écrit
C’est ce que le Saint Esprit nous présente au verset 5. Le chrétien est planté en Christ devant Dieu, et il a une nature sainte et aimante. Mais en outre, une relation positive a été formée, dans laquelle nous sommes amenés au Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ : cette relation n’est rien moins que celle de fils selon le modèle du Fils de Dieu ressuscité. En tant que Fils éternel du Père, nul ne pourrait avoir une telle place avec Lui. C’est même une pensée répugnante pour une âme renouvelée. Or il a plu à Christ de nous appeler Ses frères après sa résurrection d’entre les morts, et non pas avant. C’est sur la terre, là où nous avons péché, où nous étions esclaves de Satan — c’est là que, par la foi de Christ, nous laissons derrière nous tout ce que nous étions, nous entrons dans cette relation bénie, glorieuse et si intime avec Dieu. « Nous ayant prédestinés pour nous adopter pour Lui ». Le mot « prédestinés » est un terme plus spécial que « élus », qui signifie que Dieu nous a choisis du monde. Il n’y a que l’incrédule pour s’imaginer que tous vont se trouver dans une telle place, ou que des hommes ayant vécu toute leur vie dans le blasphème contre Dieu vont être « saints et irréprochables » à leur mort. Dieu a fait un choix : à nous de Le bénir pour Son grand amour — non pas de juger ou blâmer Ses voies. « Qui es-tu, toi, qui contestes contre Dieu ? » (Rom. 9:20) : c’est la réponse de Dieu à toutes les vaines pensées et les vains raisonnements. Mais alors s’Il choisit selon Sa nature et Sa sainteté, Il nous a prédestinés pour nous adopter pour Lui par Jésus Christ. Ainsi donc, nous trouvons maintenant le privilège spécial et la relation glorieuse de fils devant Dieu, en Sa présence, par Jésus-Christ. Il aurait pu ne pas le faire, mais c’était « selon le bon plaisir de Sa volonté ».
Non seulement Il voulait avoir des personnes, et par suite de cette volonté, Il les a choisies ; mais en outre, il y a eu une manifestation particulière de Son bon plaisir, et par suite de ce bon plaisir, Il a mis ces personnes choisies dans cette place bénie, « à la louange de la gloire de Sa grâce dans laquelle Il nous a rendus agréables dans le Bien-aimé ». Le verset 6 nous montre ce qui répond aux deux versets qui le précèdent. Le membre de phrase « à la louange de la gloire de sa grâce », etc., inclut à la fois le choix du verset 4, et la prédestination du verset 5 — le caractère du choix de Dieu, et la faveur spéciale de la prédestination du Père. « À la louange de la gloire de sa grâce dans laquelle Il nous a rendus agréables dans le Bien-aimé ». Acceptés serait un terme plutôt froid pour rendre le sens du verset. Ce n’est pas ce qu’on appelle, en langage doctrinal, l’acceptation, qui se rapproche de la réconciliation quant à sa nature. Mais il me semble qu’ici, il y a la plénitude de la faveur divine, ce qui va bien au-delà d’une simple acceptation. En bref, Dieu fait de nous des objets de Sa faveur selon tout ce qu’il y a dans Son cœur, et pour que cela ressorte plus pleinement, Il dit : « dans le Bien-aimé », non pas simplement « en Christ ». Il n’y avait qu’un objet dans lequel Dieu trouvait toute sa satisfaction, qui répondait à toutes Ses pensées et à tous les désirs de Son cœur : cet objet, c’était Christ bien sûr, le seul Bien-aimé, en un sens où nulle créature ne pourrait l’être en elle-même. Afin de nous bénir pleinement, Dieu nous a faits les objets de Sa faveur dans ce Bien-aimé, et tout est « à la louange de la gloire de sa grâce ». Ceci comprend toutes les hauteurs et toutes les profondeurs de la grâce ; or cette grâce, c’est le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ nous bénissant en Christ. De fait, Il ne pouvait pas aller au-delà. Pouvait-Il montrer à qui que ce soit autant de faveur qu’à Christ ? Or c’est précisément ainsi qu’Il nous aime et nous bénit. Il ne pouvait faire plus, et Il ne voulait pas faire moins. Il s’est élevé au caractère suprême de l’amour et de la bénédiction dans la grâce selon laquelle Il nous voit dans le Bien-aimé.
Quel était donc notre état précédent ? Le verset 7 dit : « En qui nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés selon les richesses de sa grâce ». Ce n’est qu’une allusion en passant, mais cela suppose que nous étions de misérables esclaves de Satan. Or Celui en qui nous sommes devenus les objets d’une si grande faveur, c’est la même personne en qui nous avons la rédemption. Dieu n’oublie en aucune manière la condition où nous étions lorsqu’Il nous a ainsi bénis. Il sait bien qu’il fallait nous sortir de tout ce que nous étions, car en réalité nous n’avions rien hormis nos péchés. Si on s’en était tenu aux versets précédents, on aurait pu concevoir l’idée que de telles bénédictions et une telle gloire ne pouvaient aller avec des individus tels que nous étions. Mais il nous est dit que nous avons la rédemption en Christ. Et encore, l’apôtre n’a pas abordé la question de la rédemption ni de la rémission des péchés, avant de nous avoir introduits dans toute la hauteur et la profondeur des privilèges découlant de Dieu Lui-même : toute question quant à ce que l’homme est, est tellement mise de côté ici, que nous ne découvrons qu’incidemment, pour ainsi dire, la triste vérité de sa condition. Au vu des quelques premiers versets de l’épître, on aurait pu ignorer que des personnes aussi bénies aient jamais été coupables d’un seul péché. Mais nous trouvons ici qu’elles avaient besoin d’être rachetées, d’avoir leurs péchés pardonnés ; et c’est le même Christ, en qui et par le moyen duquel nous avons toutes les autres bénédictions, qui est Celui en qui nous avons aussi « la rédemption par Son sang, la rémission des péchés, selon les richesses de Sa grâce ».
Remarquons ici qu’il y a une différence entre « la gloire de Sa grâce » et « les richesses de Sa grâce ». La « gloire de sa grâce » comprend tous les privilèges dont il a été question dans les versets précédents. Au v. 7, le Saint Esprit a fait ressortir « les richesses de sa grâce » — les moyens et les ressources pour nous en tant que pauvres pécheurs. Mais ce n’était pas suffisant pour Dieu, dans la mesure où Il agit en vue de manifester la gloire de Sa grâce, non pas seulement en vue de manifester Ses riches ressources lorsqu’Il s’occupe des individus les plus misérables. Il voulait manifester Son propre caractère — ce que Lui est, et non pas se borner à remédier à ce que nous étions. La « louange de la gloire de Sa grâce » découle des sentiments de Dieu, et par conséquent de ce qu’Il fait, afin de Se manifester pour nous.
Remarquez encore, avant de quitter ce point, qu’on trouve plus loin une autre rédemption — celle « de la possession acquise » ; c’est quelque chose de tout différent. En rapport avec la rémission des péchés, nous avons la rédemption. Mais en rapport avec l’héritage, — ce qui dépend de la venue de Christ pour le prendre effectivement sous Son gouvernement, — nous attendons la rédemption. La possession acquise est en rapport avec l’héritage, non pas simplement en rapport avec ce qui touche nos âmes. En ce qui concerne l’âme, nous avons la rédemption dès maintenant, aussi complètement que nous ne pourrons jamais l’avoir ; il est bon de bien garder cela à l’esprit. Le croyant ne peut pas être plus pardonné qu’il ne l’est maintenant, et Dieu ne peut pas faire plus pour ôter le péché que ce qu’Il a déjà fait. Il a donné Son Fils, et le sang de Son Fils est déjà versé, et il est impossible que Dieu Lui-même fasse davantage pour effacer le péché de devant Sa face. Quelle consolation pour nos âmes ! Si nous pensons à nos péchés, nous pouvons avoir la consolante assurance que toute notre culpabilité est ôtée de devant Dieu. Nous pouvons tomber dans le péché, car il existe encore ; mais il y a encore place pour le jugement de soi-même, au lieu d’une attente terrible du jugement prochain.
Voilà justement la différence réelle. En ce qui concerne le jugement divin, le péché est ôté en Christ ; en ce qui concerne le jugement de soi-même, le péché doit toujours être confessé si nous y tombons. Or le jugement de soi-même n’est jamais complet tant que nous n’avons pas appris que le jugement de Dieu à l’égard du péché a eu sa fin pour nous à la croix. Sous l’Ancien Testament, il n’y avait pas, à cause du péché, un jugement de soi-même tel que celui qui doit avoir lieu sous le Nouveau Testament. C’est pourquoi, dans l’Ancien Testament, on trouve souvent le péché laissé de côté sans commentaire, quoique Dieu n’ait jamais traité aucun péché avec indifférence, ni ne pouvait le faire. Mais ce n’était pas agir avec légèreté : Dieu laisse l’affaire parler d’elle-même. Il exerce d’autant plus le cœur de Ses enfants. S’ils sont dans un état d’opiniâtreté, ils peuvent se servir du récit du péché pour traiter légèrement le mal de leurs propres voies ; sinon, l’exercice de conscience a lieu. Ce n’est qu’après la mise en évidence de la pleine condition de l’homme à la croix de Christ, qu’on voit ce qu’est le jugement de Dieu à l’égard du péché. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là qu’on commence à entendre parler de « la chair » au sens du Nouveau Testament. L’expression peut se trouver dans l’Ancien Testament, mais sans jamais revêtir le même caractère de méchanceté — fort, précis et complet, que dans le Nouveau. La chair n’avait pas encore démontré ce qu’elle était, et avant de prononcer Son jugement, Dieu attend toujours qu’une personne ou qu’une chose démontre son caractère réel. Nous devrions apprendre de Dieu à cet égard. La patience de Dieu en jugement est un des côtés les plus merveilleux de Ses voies ; nous devrions être à cet égard des imitateurs de Dieu. Il a attendu la croix de son Fils avant de montrer pleinement le vrai caractère de l’iniquité de l’homme. Dans l’Ancien Testament nous voyons du support à l’égard de certaines choses à cause de la dureté de cœur des hommes (Matt. 19:8) ; mais dans le Nouveau Testament, la mesure n’est plus la même, et aucun mal n’est plus toléré un instant. La pensée de Dieu à l’égard du mal est déclarée : les ténèbres s’en vont, et la vraie lumière luit déjà (1 Jean 2:8). Ni Dieu, ni l’homme ne sont plus cachés. Tout est mis à nu. L’homme est perdu. Dieu n’est pas simplement connu comme un législateur, mais comme un Dieu Sauveur ; et si je ne Le connais pas ainsi, je ne Le connais pas du tout. « Et c’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et Celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jean 17:3).
Tout ceci nous apprend que c’est maintenant seulement que le caractère final du mal a été manifesté. L’Ancien Testament commandait de ne pas faire le mal ; mais, comme nous le verrons au chapitre suivant, le résultat complet de l’épreuve est manifesté ici : quel est donc le verdict ? Que l’homme est mort — moralement et spirituellement — mort dans ses fautes et dans ses péchés. Dieu avait la parfaite compréhension du caractère de l’homme déjà auparavant, mais Il veut que nous le comprenions. Nous avons besoin de rédemption : nous l’avons — de pardon : nous l’avons. Mais nous attendons encore d’avoir « la rédemption de la possession acquise ». Ceci englobe toute la création de Dieu, y compris, peut-être, nos corps, comme faisant partie de la création de Dieu. Mais la rédemption du verset 7 est une chose plus intime, et nous sommes maintenant mis en position de pouvoir nous juger nous-mêmes entièrement, parce que nous savons que nous ne serons pas condamnés avec le monde (1 Cor. 11:32). Dieu nous place ainsi dans une position où nous avons un intérêt commun avec Lui ; Il nous met de Son côté, pour prendre Son parti contre nous-mêmes. Or c’est ce que signifie la repentance, et c’est pourquoi on l’appelle la « repentance envers Dieu » (Actes 20:21).
Le verset suivant (8) aborde un autre sujet : « laquelle Il a fait abonder envers nous en toute sagesse et intelligence ». Il n’est pas dit : « … Sa grâce : laquelle Il a fait abonder envers nous en nous pardonnant », parce que le plein pardon est un besoin positif. Mais quand nous entendons parler de « sagesse et intelligence », il est question des conseils de Dieu touchant son Fils, au-dessus de toute pensée de besoins, et indépendamment d’une telle pensée. C’est comme s’il disait : « Vous êtes maintenant capables d’entrer dans Mes pensées, et de les comprendre quand Je parle. Vous êtes délivrés de toute inquiétude quant à vos péchés, et vous êtes libres maintenant d’entrer dans Mon dessein ». « Nous ayant fait connaître le mystère de sa volonté selon Son bon plaisir, qu’Il s’est proposé en Lui-même » (1:9). Or le secret de Sa volonté est que « dans la dispensation (*) de la plénitude des temps, Il puisse réunir en un toutes choses dans le Christ, tant les choses qui sont dans les cieux, que celles qui sont sur la terre, en Lui : en qui nous aussi nous avons obtenu un héritage » (1:9-11). Dans ces versets centraux, il est clairement indiqué que (la question du péché étant réglée dans nos âmes) la capacité nous est donnée d’entendre ce que Dieu a à nous dire sur toutes les autres choses. Il n’a pas simplement à nous dire ce qu’Il va faire sur la terre, comme dans le cas d’Abraham. La relation est plus élevée que celle donnée à connaître aux patriarches. Au commencement, quand l’Éternel Dieu eut formé tous les animaux des champs et tous les oiseaux des cieux, Il les fit venir vers Adam, seigneur de la création, pour voir comment il les nommerait ; et tout nom que l’homme donnait à un être vivant fut son nom. « Et Adam donna des noms à tout le bétail, et aux oiseaux des cieux, et à toutes les bêtes des champs » (Gen. 2:19-20). C’était une sagesse qui lui avait été conférée dans le domaine de la nature. Mais maintenant c’est une sagesse beaucoup plus profonde et vaste ; car il s’agit de la suprématie du second Homme et du discernement qui suffit et qui convient par rapport aux hauteurs et profondeurs sans bornes de cette suprématie. C’est pourquoi Dieu a fait abonder Sa grâce envers nous en toute sorte de sagesse et d’intelligence. Tout ce qui manifeste Son caractère et la gloire de Christ, Il nous le fait connaître. Il nous traite, non comme des serviteurs, mais comme des amis. Il y a une chose qui Lui tient à cœur de plus près que toute autre chose, c’est ce qu’Il va faire pour Son Fils : Il nous communique les secrets les plus intimes de Son cœur.
(*) note Bibliquest : WK traduit « dispensation » le mot grec « oikonomia » que JND traduit « administration ». La pensée est la même. — Cette note vaut ici et plus loin, dans le texte — Voir prochaine note, de WK.
Si quelqu’un dit : Je ne désire pas comprendre les mystères, je réponds : Vous ne voulez pas connaître ce que Dieu désire vous enseigner. L’incrédulité montre toujours un caractère ayant une certaine hostilité contre Dieu. Dans Sa parfaite bonté, Il nous donne d’abord, Lui, la consolation du salut, puis Il nous découvre ces autres vérités. « Nous ayant fait connaître le mystère de Sa volonté ». Il ne s’agit pas de quelque chose d’incompréhensible, mais de ce qu’on ne pouvait pas savoir avant que Dieu nous en parle. Ne vous détournez pas en disant : Tout ce que je désire savoir c’est d’être sauvé. Il faut désirer apprendre tout ce que Dieu daigne nous enseigner. Le mot « mystère » désigne tout ce que Dieu s’est plu à garder secret — quelque chose qu’Il n’avait pas encore révélé, mais qui est tout à fait intelligible une fois dévoilé. Le mot « mystère », dans le sens populaire, est complètement différent de son emploi dans la Parole de Dieu. Il y a bien des choses tout à fait merveilleuses dans les prophéties, mais elles ne sont pas appelées des mystères. Ce qui est présenté maintenant pour la première fois, c’est le mystère de Sa volonté. Il y a bien des mystères expliqués dans le Nouveau Testament, comme ceux du royaume des cieux. Babylone aussi, est appelée un mystère. Le mystère ici, c’est que Dieu veut réunir toutes choses dans les cieux et sur la terre sous Christ comme Chef. Il ne s’agit pas seulement d’avoir les cieux entièrement séparés de la terre, comme maintenant, mais d’avoir un système unifié de gloire céleste et terrestre, tout étant sous notre Seigneur — c’est cela le mystère de Sa volonté.
Mais il y a plus encore. Il veut que nous participions à la gloire comme associés avec Christ. Ainsi, il y a deux grandes parties dans le mystère de Sa volonté. La première, c’est Christ, et la seconde, c’est l’Église : c’est pourquoi il est dit dans cette même épître : « Ce mystère est grand ; mais moi je parle relativement à Christ et à l’Assemblée » (5:32). Ce n’est pas « l’Assemblée » sans doute, qui est le mystère, mais « Christ et l’Assemblée ». L’Église [ou : l’Assemblée], si bénie soit-elle, n’en est qu’une partie subordonnée. Qu’elle ait même ce privilège, cela vient uniquement de ce qu’elle appartient à Christ, le Chef céleste de toutes choses. Le dessein de Dieu est « pour la dispensation de la plénitude des temps ». Alors les heures de honte et de douleur qui s’écoulent maintenant, auront achevé leur cours — le temps de l’assujettissement de la créature à la vanité (Rom. 8:20), le temps de l’aveuglement judiciaire pour Israël, le temps pour les Gentils de gouverner comme si Dieu n’intervenait pas ni ne prenait connaissance de ce qui se passe, le temps où l’Église de Dieu est dans un état de faiblesse et de fractionnement, le temps où Satan a la liberté de séduire et de tourmenter les hommes. Ces choses persistent maintenant — l’homme, le chef, est assujetti à la maladie et à la mort, par le moyen du péché, et toute la création gémit. Mais Dieu Lui-même mettra fin à tout ce genre de choses. Il veut lier Satan et délivrer l’homme de sa séduction. Il veut avoir Israël béni et uni sous son Messie — les Gentils bénissant Dieu, et Dieu étant sanctifié parmi eux — la terre elle-même n’étant plus la scène pauvre, misérable et gémissante qu’elle est aujourd’hui, mais la malédiction sera ôtée, et le désert se réjouira et fleurira comme la rose (Gen. 35:1). Dieu accomplira un jour toutes ces choses ; et quand les temps convenables selon Dieu seront achevés (plhr t. k.) (*), Il changera tout, amènera Christ comme le Chef, le centre et le moyen de toute bénédiction. Christ est l’homme plus fort qui doit lier l’homme fort (Luc 11:22 ; Matt. 12:29), Celui qui brisera la tête du serpent (Gen. 3:15), le Seigneur du ciel et de la terre (Matt. 11:25) — le Messie d’Israël, et le Fils de l’homme ayant le gouvernement suprême sur toutes les nations. Toutes ces choses seront un jour accomplies de la manière la plus simple et la plus efficace, mais ce ne sera pas par la puissance de l’homme, ni même par la propagation de l’évangile. Christ administrera en personne, et maintiendra la gloire de Dieu dans l’univers.
(*) Comme ce verset renferme plusieurs mots et expressions qui, généralement, ne sont pas compris, il vaut la peine d’ajouter dans cette note que le mot « dispensation » (oikonomia) ne se réfère pas à une époque ou une ère particulière (ce qui dans le Nouveau Testament est exprimé par aiwn). Ce mot signifie « intendance » ou plutôt « administration », la forme particulière utilisée ici signifiant la réunion, ou le regroupement sous une autorité unique (anakefalaiwsiV), de toutes choses, les choses célestes et les choses terrestres, sous Christ. Cela aura lieu dans le siècle (ou : ère) à venir, quand Christ sera manifesté comme Chef sur toutes choses, et que les saints glorifiés régneront avec Lui. Il ne s’agit ni du présent siècle où Satan a encore la permission de régner comme dieu de ce monde (2 Cor. 4:4), comme prince de l’autorité de l’air (Éph. 2:2) ; il ne s’agit pas non plus de l’état éternel, où tout gouvernement sera du passé, et où Christ aura remis le royaume afin que Dieu soit tout et en tous » (1 Cor. 15:24, 28). C’est le millénium, l’époque située entre les deux périodes dont nous venons de parler. Ce sera la plénitude des temps, les époques précédentes en ayant été comme la préparation nécessaire. En attendant, la rédemption par le sang de Christ ayant été opérée, le Saint Esprit scelle le croyant, et est les arrhes de l’héritage.
Si les hommes avaient un sens juste de l’état actuel de l’Église, ils se couvriraient de sac et de cendre, au lieu de sonner de la trompette. Ce que nous avons à faire, c’est de nous humilier devant Dieu, à cause de ce que nous sommes et de ce que nous voyons autour de nous, même chez les meilleurs. Il faut beaucoup de patience, non seulement pour supporter les autres, et pour que les autres nous supportent, mais pour poursuivre dans l’amour. Si nous avons réellement du cœur pour Dieu et pour Ses enfants, nous sentirons ces choses profondément, et nous chercherons la bénédiction de ceux qui sont détournés par cet état — nous le ferons vraiment en profondeur et de tout cœur — nous rappelant combien est proche le jour béni où Christ sera exalté comme le Chef de toutes choses, célestes et terrestres. Il reste convenable pour nous de nous humilier nous-mêmes, sans toutefois se décourager. Nous savons que notre espérance est une espérance qui ne rend pas honteux (Rom. 5:5). Elle n’est pas fondée sur ce que vont faire l’Église ou une quelconque association, car notre espérance c’est Christ. Nous savons que Dieu nous a fait connaître le secret de Sa volonté. Lorsque la conscience n’est pas exercée, cette vérité n’est pas réalisée ni appliquée, même si elle n’est pas rejetée. Le remède béni de Dieu au désordre de ce monde, c’est Christ sortant de Sa position cachée actuelle ; du moment qu’Il en sort, quel changement ! Toutes choses, dans les cieux et sur la terre, seront réunies en Christ ; et quand ce jour arrivera, nous entrerons visiblement dans notre héritage. Nous y avons déjà droit, mais nous n’en avons pas la possession publique. « En qui nous aussi nous avons obtenu un héritage, ayant été prédestinés selon le propos arrêté de Celui qui opère toutes choses selon le conseil de Sa volonté ; afin que nous soyons à la louange de Sa gloire, nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ » (1:10-12).
Nous avons d’abord (1:5) notre prédestination comme enfants. « Et si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers » (Rom. 8:17) — héritiers d’un glorieux héritage, Christ ayant été fait Chef de l’univers (1:10, 11). L’interprétation généralement reçue, c’est d’appliquer le verset 10 à la position actuelle de Christ. On s’imagine que « la plénitude des temps » ici, signifie la même chose qu’en Galates 4:4. Mais « la plénitude des temps » diffère grandement de « l’accomplissement [ou : plénitude] du temps » cette dernière expression désignant la période qui s’est terminée par l’incarnation de Christ, ou qui a été complétée par elle. La naissance de Christ est une chose bien différente de l’exaltation de Christ, comme le chef de tout. Mettre l’incarnation du Fils à la place de la rédemption, est une erreur mortelle, et qui fait son œuvre. On fait dépendre notre union avec Christ simplement de Son incarnation, et non du fait de Sa résurrection d’entre les morts, et de Son entrée dans la position de Chef. Mais si notre union avec Christ est confondue avec Son humanité, alors Il s’est uni avec la nature humaine, et il n’y a point d’union spéciale du chrétien avec Christ, parce que l’humanité appartient à la race entière, c’est-à-dire à l’homme dans le péché. L’étape suivante est naturellement l’hérésie selon laquelle Christ a pris l’humanité dans sa condition déchue.
Il est dit encore : « Afin que nous soyons à la louange de Sa gloire, nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ » (1:12) — autrement dit : avant que les Juifs (car c’est d’eux qu’il est spécialement parlé) contemplent Christ au temps et selon la manière déterminés. « Ils regarderont vers Moi, celui qu’ils auront percé » (Zach. 12:10). Or, dit-il, nous sommes ceux qui ont espéré à l’avance dans le Christ. Notre espérance s’est fondée sur Christ, avant que le reste de la nation Le voie et croie en Lui. Le nous dans le verset 12 ne va pas au-delà des Juifs croyants : « En qui vous aussi » de 1:13 est mis en opposition. Le « nous » et le « vous » se rapportent, le premier à Paul et à ceux d’Israël qui croyaient comme lui ; le second aux Gentils croyants, comme les Éphésiens. S’il en est ainsi, le sens est : « afin que nous [les Juifs chrétiens] soyons à la louange de Sa gloire, nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ ». La nation d’Israël ne sera pas des gens ayant espéré à l’avance « à la louange de Sa gloire ». Ils seront les sujets de cette gloire. « Lève-toi, resplendis, car ta lumière est venue, et la gloire de l’Éternel s’est levée sur toi » (És. 60:1). Sa gloire englobera leur salut ; mais ce qui sera « à la louange de Sa gloire », ce sera ceux qui, d’entre cette nation incrédule, auront reçu Christ avant de le voir, et qui, par conséquent, apparaîtront avec Lui en gloire. Heureux sont ceux qui reçoivent Christ quand ils Le voient ; mais encore plus heureux ceux qui ne L’ont point vu, et qui pourtant ont cru ! (Jean 20:29).
Nous avons donc vu, au verset 12, que l’apôtre présente les Juifs croyants comme introduits maintenant dans toutes les bénédictions dont ont parlé les versets précédents. Puis s’adressant aux saints d’entre les Gentils à Éphèse, il dit : « en qui vous aussi vous avez espéré, ayant entendu la parole de la vérité, l’évangile de votre salut, auquel aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de la promesse » (1:13).
Il peut être utile ici d’aller un peu plus loin dans le sujet de la présence et de l’action du Saint Esprit. Les hommes se sont écartés vite et loin de la vérité de Dieu. Nous savons qu’avant 1500, un nuage d’épaisses ténèbres couvrait la chrétienté. Mais même depuis que la lumière a brillé à la Réformation, les chrétiens ont continuellement lutté pour réaliser dans leurs propres âmes la vérité qu’ils étaient nés de Dieu et justifiés en Christ. On admet pleinement l’immense importance pour l’âme d’être totalement affermie. Mais la régénération et la justification devaient-elles être la somme et la substance de la recherche du chrétien, de ses efforts, et de ses désirs ? Au contraire, sont-elles plus que le seuil, ou au mieux, le fondement sur lequel le chrétien doit bâtir ? Dieu n’attend-Il pas de nous, qu’une fois nés de nouveau, nous fassions des progrès en Christ au lieu de nous occuper à chercher continuellement des marques et des signes pour prouver que nous sommes sauvés ? Être né de nouveau est la première œuvre essentielle de l’Esprit de Dieu, sans laquelle il n’y a pas de vie quant à Dieu, aucune possibilité d’avancer dans les choses de Dieu. C’est le besoin universel, la condition indispensable pour toute âme pour avoir part aux bénédictions de Dieu, dans tous les temps et toutes les dispensations.
Quand Nicodème vint vers notre Seigneur (Jean 3) avec le désir d’être enseigné par Lui, c’est bien par la nouvelle naissance que notre Seigneur a aussitôt commencé. Ce rabbin reconnaissait que Jésus était un docteur venu de Dieu, par lequel il désirait être enseigné. Mais notre Seigneur l’arrêta d’une manière particulièrement solennelle : « Si quelqu’un n’est né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ». Nicodème, étonné, lui demanda comment une telle chose pouvait se faire. Devant sa question inintelligente, notre Seigneur répondit en renouvelant son affirmation, en termes encore plus forts : « Si quelqu’un n’est né d’eau et de l’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu ». C’est clairement une explication de ce qu’est être né de nouveau. C’est être né d’eau et de l’Esprit. Nicodème renouvelle sa surprise à cet égard ; qu’un Juif, un Juif moral et religieux, non pas un païen, un Juif qui avait la loi, et semblait avoir été spécialement honoré de Dieu, eût besoin d’être né une seconde fois ; que lui, docteur d’Israël au sens le plus noble, reçût en réponse ce qui était réellement une réprimande, insistant sur la nécessité d’un changement vital qu’il n’avait ni réalisé ni même pensé qu’il fût nécessaire ! C’était bien là un coup d’arrêt pour Nicodème dès le premier pas. Pourtant, notre Seigneur lui montre qu’il aurait dû savoir ces choses, d’après les prophètes bien sûr. Remarquez bien ce point, parce que cela suffit entièrement pour répondre à ceux qui voudraient rattacher l’expression « être né d’eau » au baptême. Quelqu’un qui a bien saisi les vues ainsi présentées, ne peut pas y voir, honnêtement, aucune dépréciation de cette institution de Christ. Car je maintiens que nul ne devrait être reconnu comme étant sur le terrain chrétien, tant qu’il n’a pas été baptisé d’eau. Je ne veux pas dire qu’il ne peut pas être un croyant ; mais s’il ne s’est pas soumis au baptême au nom du Seigneur, il n’est pas sorti ouvertement du terrain juif ou païen. Notre Seigneur insiste ailleurs sur la nécessité d’être baptisé, aussi bien que de croire (Marc 16).
Mais aussi important que soit le baptême, comme signe institué de la mort et de la résurrection en Christ, ce n’est pourtant pas à ce rite que notre Seigneur faisait directement allusion lorsqu’Il parlait à Nicodème. Il ne dit pas, en effet : « Tu es disciple de Christ… », mais : « Tu es le docteur d’Israël, et tu ne connais pas ces choses » ? Autrement dit, c’est bien comme Juif qu’il aurait dû connaître ces choses. Comment aurait-il pu connaître le baptême chrétien en tant que Juif ? Pour un tel homme, c’était une nouveauté, d’autant plus qu’il n’existait même pas à l’époque. Comment pouvait-on connaître ce qui n’avait pas encore débuté ? Il aurait dû savoir ce que signifiait être né d’eau et de l’Esprit, et en avoir senti la nécessité absolue. Quel était donc le sens de ces paroles ? Le voici : Indépendamment de toute question d’époque, de lieu ou de personne, pour voir ou entrer dans le royaume de Dieu, il faut être né d’eau et de l’Esprit, il faut que le Saint Esprit ait communiqué une vie nouvelle. Mais cette vie, comment est-elle produite ? Par un rite ? Non. Par une marche chrétienne ? Non. Par quel moyen donc ? Par la prière ? Pas non plus. Cette vie est produite par la réception de la Parole de Dieu révélant Christ. C’est pourquoi il est écrit que nous sommes nés de nouveau [ou : régénérés], « non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la vivante et permanente Parole de Dieu » (1 Pierre 1:23). À ce témoignage de Pierre s’ajoute celui de Jacques (1:18) : «De sa propre volonté, Il nous a engendrés par la parole de la vérité, pour que nous soyons une sorte de prémices de Ses créatures ». L’instrument employé pour nous engendrer de Dieu, c’est « la parole de la vérité ». Ainsi, dans ce passage de Jean 3, l’eau est clairement employée comme figure de la parole de Dieu appliquée par l’Esprit. Les deux sont mis ensemble, afin qu’on ne puisse pas supposer qu’il s’agit simplement d’un rite ou de la parole, mais qu’il s’agit bien de l’Esprit appliquant la parole de Dieu avec une puissance vivifiante pour l’âme. C’est pourquoi, quand il est parlé de croire, il est dit : « Comment croiront-ils en celui dont ils n’ont point entendu parler ? (Rom. 10:14). Il est nécessaire que la Parole soit prêchée. « Ainsi la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la Parole de Dieu ». Comparez aussi 1 Cor. 4:15. Peu importe le passage positif de l’Écriture que vous preniez ; tous enseignent la même chose. Notre Seigneur insiste sur ce que, quiconque entre dans le royaume, doit y entrer par cette porte. Qu’en a-t-il été alors d’Abraham, Isaac et Jacob ? Certains diront que la circoncision est l’équivalent de cette porte : ne croyez pas un seul instant un tel rêve ; si cela était vrai, qu’en serait-il des multitudes ayant existé avant la circoncision et le baptême, ou en dehors d’eux ? Toutes ces explications ne sont que des hypothèses maladroites sur l’Écriture. Quand même il n’y aurait aucune différence réelle entre le baptême et la circoncision, lorsque notre Seigneur pose le principe de la nouvelle naissance, Il ne fait allusion ni à l’un ni à l’autre. Il n’insiste pas sur un rite ayant de si nombreuses exceptions, mais sur une nécessité spirituelle, absolue et universelle. Il ne parle pas du rite relativement moderne du baptême — quelque chose entré tardivement dans le monde et destiné à ne pas y subsister à toujours. Car, que je sache, il n’y a pas de base pour supposer qu’on continuera à baptiser d’eau les personnes pendant le millénium. C’est un rite particulier à l’époque située, au moins, entre les deux venues du Seigneur, — le baptême pour la mort de Christ.
Jean 3 parle de ce que chacun doit traverser, sans distinction ni exception, s’il doit voir le royaume de Dieu et y entrer — et cela a été vrai autant du brigand sur la croix que de Saul de Tarse. Tous les enfants de Dieu, passés, présents ou à venir, sont nés de nouveau ; tous ont cette vie nouvelle, elle leur est donnée. La vie divine leur est communiquée ; et, dans le cas de ceux qui entendent la Parole, cette communication a claire