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Notes sur la première épître aux Corinthiens

 

William Kelly

Traduit de l’anglais. Les titres et sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest.
Les citations de l’Écriture comportant une variante par rapport à la traduction J.N.Darby sont signalées par le texte en italique ou par un soulignement.

 

Table des matières abrégée :

1     1 Corinthiens 1

2     1 Corinthiens 2

3     1 Corinthiens 3

4     1 Corinthiens 4

5     1 Corinthiens 5

6     1 Corinthiens 6

7     1 Corinthiens 7

8     1 Corinthiens 8

 

Table des matières détaillée :

1     1 Corinthiens 1

1.1      1 Cor. 1:1-3

1.1.1       1 Cor. 1:1

1.1.2       1 Cor. 1:2a

1.1.3       1 Cor. 1:2b. Sanctifiés, sanctification

1.1.4       1 Cor. 1:2d. Tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom…

1.1.5       1 Cor. 1:3

1.2      1 Cor. 1:4-9

1.3      1 Cor. 1:10-16

1.3.1       1 Cor. 1:12

1.3.2       1 Cor. 1:13

1.3.3       1 Cor. 1:14-16 — baptêmes

1.4      La croix de Christ. Sagesse et folie, de Dieu et du monde

1.4.1       1 Cor. 1:17

1.4.2       1 Cor. 1:18

1.4.3       1 Cor. 1:19-20

1.4.4       1 Cor. 1:21-25

1.4.5       1 Cor. 1:21b

1.4.6       1 Cor. 1:23-25

1.5      1 Cor. 1:26-31

1.5.1       1 Cor. 1:26-29

1.5.2       1 Cor. 1:30a — vous êtes de lui dans le Christ Jésus

1.5.3       1 Cor. 1:30b — Christ notre sagesse

1.5.4       1 Cor. 1:30c — Christ notre justice

1.5.5       1 Cor. 1:30d — Christ notre sainteté

1.5.6       1 Cor. 1:30e — Christ notre rédemption

1.5.7       1 Cor. 1:31 — se glorifier en Christ

2     1 Corinthiens 2

2.1      1 Cor. 2:1-5

2.1.1       1 Cor. 2:1

2.1.2       1 Cor. 2:2

2.1.3       1 Cor. 2:3

2.1.4       1 Cor. 2:4-5

2.2      1 Cor. 2:6-10

2.2.1       1 Cor. 2:6

2.2.2       1 Cor. 2:7

2.2.3       1 Cor. 2:8

2.2.4       1 Cor. 2:9-10

2.3      1 Cor. 2:11-12

2.4      1 Cor. 2:13 — communiquant des choses spirituelles par des paroles spirituelles

2.5      1 Cor. 2:14-16

3     1 Corinthiens 3

3.1      Résumé de ce qui précède au ch. 2

3.2      1 Cor. 3:1-4

3.3      1 Cor. 3:5-8

3.4      1 Cor. 3:9-15

3.4.1       1 Cor. 3:9

3.4.2       1 Cor. 3:10-15

3.4.2.1     1 Cor. 3:10-13

3.4.2.2     1 Cor. 3:14-15

3.4.2.3     Un purgatoire ?

3.5      1 Cor. 3:16-23

3.5.1       1 Cor. 3:16-17

3.5.2       1 Cor. 3:18-23

4     1 Corinthiens 4

4.1      1 Cor. 4:1

4.2      1 Cor. 4:2-5

4.2.1       1 Cor. 4:2-3

4.2.2       1 Cor. 4:4-5

4.3      1 Cor. 4:6-8

4.3.1       1 Cor. 4:6-7

4.3.2       1 Cor. 4:8

4.4      1 Cor. 4:9-13

4.4.1       1 Cor. 4:9

4.4.2       1 Cor. 4:10

4.4.3       1 Cor. 4:11-13

4.5      1 Cor. 4:14-16

4.5.1       1 Cor. 4:14

4.5.2       1 Cor. 4:15

4.5.3       1 Cor. 4:16

4.6      1 Cor. 4:17

4.7      1 Cor. 4:18-21

5     1 Corinthiens 5

5.1      1 Cor. 5:1-2

5.2      1 Cor. 5:3-5

5.2.1       Compétence de l’apôtre

5.2.2       Manière d’agir

5.2.3       Différence d’avec l’excommunication

5.2.4       L’autorité provient de la présence du Seigneur au milieu de l’assemblée : Matt. 18

5.3      1 Cor. 5:6-8

5.3.1       Responsabilité d’ôter le levain

5.3.2       La contamination est immédiate, non pas future

5.3.3       1 Cor. 5:7a

5.3.4       1 Cor. 5:7b-8

5.4      1 Cor. 5:9-13

5.4.1       1 Cor. 5:9 – « La lettre » concerne bien la présente lettre

5.4.2       1 Cor. 5:9-11 — Enchaînement des idées

5.4.3       Résumé de 5:9-11

5.4.4       1 Cor. 5:12-13

6     1 Corinthiens 6

6.1      1 Cor. 6:1

6.2      1 Cor. 6:2-5

6.2.1       1 Cor. 6:2-3

6.2.2       1 Cor. 6:4-5

6.3      1 Cor. 6:6-8

6.4      1 Cor. 6:9-10

6.5      1 Cor. 6:11

6.6      1 Cor. 6:12-20

6.6.1       1 Cor. 6:12

6.6.2       1 Cor. 6:13a et 13b

6.6.3       1 Cor. 6:14-17

6.6.4       1 Cor. 6:18-20

7     1 Corinthiens 7

7.1      1 Cor. 7:1-5

7.1.1       1 Cor. 7:1

7.1.2       1 Cor. 7:2-5

7.2      1 Cor. 7:6-9

7.3      1 Cor. 7:10-11

7.4      1 Cor. 7:12-14

7.4.1       Mariages mixtes, enfants saints

7.4.2       1 Cor. 7:14 — Conjoint sanctifié : s’agit-il du baptême ?

7.5      1 Cor. 7:15-17

7.5.1       1 Cor. 7:15

7.5.2       1 Cor. 7:16

7.5.3       1 Cor. 7:17

7.6      1 Cor. 7:18-24

7.6.1       1 Cor. 7:18-19

7.6.2       1 Cor. 7:20-21 — Esclavage

7.6.3       1 Cor. 7:22 — L’esclavage (suite)

7.6.4       1 Cor. 7: 23

7.6.5       1 Cor. 7: 24

7.7      1 Cor. 7:25-28

7.8      1 Cor. 7:29-31

7.9      1 Cor. 7:32-35

7.10     1 Cor. 7:36-38

7.11     1 Cor. 7:39-40

8     1 Corinthiens 8

8.1      Le texte de 1 Cor. 8:1-13

8.1.1       Place des parenthèses — 8:1-4

8.1.2       La connaissance et l’amour — 8:2-3

8.1.3       Pas d’idole ? ou une idole n’est rien ? — 8:4

8.1.4       Paul tient-il compte des décrets des apôtres selon Actes 15:29 ? — 8:5-6

8.2      1 Cor. 8:7-13 — La conscience des frères

 

 

1                        1 Corinthiens 1

Cette première épître aux Corinthiens nous donne, plus que toute autre épître, une vue intérieure de l’église ou assemblée de Dieu. Elle ne pose pas, comme l’épître aux Romains, les fondements de la justice divine. Mais sa portée n’en est pas restreinte pour autant. Elle traite de la conduite pratique des chrétiens, ainsi que de la marche publique de l’assemblée. Elle maintient l’autorité du ministère de Paul comme apôtre. Elle dénonce l’esprit de parti. Elle dévoile la sagesse du monde. Elle insiste sur la puissance de l’Esprit. Elle insiste sur l’ordre divin dans l’institution de la cène du Seigneur et dans l’usage des dons ou des manifestations spirituelles. Elle ordonne la sainte discipline. Elle réprouve l’esprit porté aux litiges, spécialement devant le monde. Elle insiste sur la pureté personnelle ; elle conseille les saints quant aux difficultés sociales et familiales, quant à leurs relations avec les païens, quant à la bienséance, en privé ou en public, pour les hommes et pour les femmes. Finalement elle répond aux spéculations quant à l’état futur, et montre comment une erreur sur ce sujet met en danger la justesse de la foi à l’égard de Christ Lui-même, la sainteté dans la marche, et l’éclat et la force de l’espérance chrétienne. Elle ne retient pas non plus la lumière de Dieu sur un sujet apparemment aussi trivial que la manière de faire la collecte pour les saints pauvres, tandis qu’elle règle aussi les relations mutuelles de ceux qui travaillent localement et de ceux qui pourraient les visiter.

Cette esquisse, même courte, montre combien les sujets traités dans cette épître sont variés et importants ; et un examen détaillé montrera la sagesse sainte, le zèle brûlant, la délicatesse d’affection, la souplesse admirable avec laquelle l’apôtre fut rendu capable par l’Esprit qui l’inspirait de s’impliquer de tout cœur, esprit, âme et force, mais toujours au nom du Seigneur, dans leurs circonstances les plus critiques. Car il écrivait depuis Éphèse, vers la fin des trois ans passés dans cette ville, quand, pour tout autre homme que Paul, il aurait semblé que son travail d’un an et demi à Corinthe était fatalement compromis. Mais il n’en était pas ainsi : le Seigneur, qui l’avait encouragé peu après son arrivée à Corinthe, fortifiait sa foi maintenant si sévèrement éprouvée à Éphèse. « J’ai un grand peuple dans cette ville » : voilà les paroles qui avaient initialement servi à le stimuler, et qui maintenant servaient à soutenir sa foi en Dieu malgré beaucoup de craintes, et au milieu des exercices de cœur les plus profonds. L’épître porte l’empreinte de tout cela, et de bien d’autres choses encore, et tout transparaît ici ou là.

 

1.1   1 Cor. 1:1-3

1.1.1        1 Cor. 1:1

« Paul, apôtre appelé de Jésus Christ par la volonté de Dieu, et Sosthène, le frère, à l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe, aux sanctifiés dans le christ Jésus, saints appelés, avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur [Seigneur] et le nôtre : Grâce et paix à vous, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ ! » (1:1-3).

Quand il écrivit aux frères à Rome, Paul commença par se présenter comme « esclave de Jésus Christ ». Il omet cela pour les Corinthiens, et il leur parle d’emblée de lui comme « apôtre appelé de Jésus Christ ». La différence provient de la situation. À Rome, on n’avait pas sapé son ministère, et il y était personnellement étranger. À Corinthe par contre, les saints savaient bien à quel point il était vraiment un esclave de Jésus Christ. Ses mains mêmes n’en avaient-elles pas porté témoignage, en ce qu’il prenait soin spirituellement des saints nuit et jour en vue de la gloire du Seigneur, et qu’il travaillait également au dehors, évitant ainsi de leur être à charge ? Aux Corinthiens comme aux Romains, il leur écrit formellement en tant qu’« apôtre », ayant ce titre non par naissance ni par acquisition, ni par une élection humaine, mais en tant qu’« appelé », c’est-à-dire par l’appel de Dieu. Aux Corinthiens comme aux Romains, il leur rappelle qu’ils étaient des saints, également par appel. C’était la grâce qui les avait choisis comme saints, tandis que la grâce l’avait choisi lui non seulement comme saint, mais aussi comme apôtre. Tel est le principe du ministère chrétien, ainsi que du salut des âmes, et de notre christianisme lui-même. Et il ajoute qu’il est apôtre appelé de Jésus Christ « par la volonté de Dieu », c’est-à-dire qu’il ne l’est pas par sa propre capacité ni par son mérite, ni par un choix d’autres hommes. La bonté souveraine de Dieu est la source à tous égards. Que peut-il y avoir de plus béni ? Pesons-le bien, et chassons tout ce qui est incompatible avec cela. C’est donc Dieu, et c’est Sa grâce qui aussi bien appelle les saints, et appelle à Son service. Quelle différence d’avec la pensée et le style ecclésiastiques d’autrefois ! Ce que Paul était dans l’assemblée, il ne l’était pas « par providence divine » ni « par permission divine », ce qui peut être le cas s’il s’agit d’une personne étrangère aux pensées et à la volonté de Dieu, Dieu se bornant à diriger selon Ses desseins secrets. Il est incontestable que de tels cas peuvent arriver, dans le christianisme comme du temps de Balaam ; mais c’est une situation terrible que celle de tous ceux qui se mêlent de parler au nom du Seigneur sans que cela leur ait été commandé ! Nombreux sont ceux qui diront au Juge en ce jour-là : « Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en ton nom, et n’avons-nous pas chassé des démons en ton nom, et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles en ton nom ? » Mais il dira : «Je ne vous ai jamais connus ; retirez-vous de moi, vous qui pratiquez l’iniquité » (Matt. 7:22-23).

Il est indiscutable que c’est Dieu, et non pas l’homme, qui établit des fonctions dans l’église, comme 1 Cor. 12:28 le dit expressément ; ceci s’applique aux « docteurs » (= enseignants) aussi clairement qu’aux « apôtres ». Dans l’Écriture, ils ne sont jamais appelés par l’homme. L’église ne les choisissait jamais, contrairement à ce qu’elle faisait pour ceux qui étaient chargés des fonds pour les pauvres. Les apôtres et leurs envoyés n’ont jamais non plus choisi des docteurs ou des prédicateurs, comme ils l’ont fait pour les anciens ; la raison en était que ces derniers avaient une charge locale, tandis que les docteurs et prédicateurs sont des dons établis dans l’ensemble du corps de Christ. Tels sont les faits bibliques, et le principe sur lequel repose cette différence.

C’est une ignorance grossière de confondre le ministère et la sacrificature, et de citer à propos du ministère ce que l’épître aux Hébreux (5:4) dit de la sacrificature, en faisant l’application de Aaron à Christ. Mais même si cela s’appliquait, cela tendrait à prouver, non pas l’appel des hommes au ministère comme on dit, mais l’appel exclusif de Dieu ; car dans la sacrificature, Dieu seul choisit, bien qu’après Aaron (et l’on peut peut-être ajouter après Phinées) la succession se fît par la naissance, la consécration se faisant au vu de toute la congrégation. Dans le ministère comme dans l’église où le Saint Esprit demeure et agit, et du fait que Celui-ci est un esprit de puissance, d’amour et de sobre bon sens, nous sommes autorisés à rechercher de la réalité (*). Dans la chair ou dans le monde, on doit souvent se contenter du respect de simples formes ; on est tenu de rendre à chacun l’honneur qui lui est dû, même quand celui qui en est l’objet ne le mérite pas personnellement, comme cela est établi en Romains 13 et 1 Pierre 2. L’assemblée est, et est responsable d’être, la colonne et le soutien de la vérité, la lettre de Christ lue et connue de tous les hommes ; et en elle, en vertu du Saint Esprit qui y habite, il y a la puissance et l’obligation de juger selon la Parole de Dieu tout ce qui est incompatible avec ce qu’on professe, aussi bien collectivement qu’individuellement.

 

(*) Calvin le dit aussi (in loco, Comment. Halis Sax. 1831), ed. Tholuck, I. p. 213, 214. «Il est nécessaire de se manifester tel sur le fond même… Mais il ne suffit pas que quelqu’un prenne prétexte de sa vocation aussi bien que de sa fidélité dans l’exercice de sa fonction, sans en donner les preuves. En effet, il arrive souvent que des nuls s’enorgueillissent de leurs titres de manière plus dédaigneuse que ceux qui sont déchus de la vérité, de même qu’autrefois les faux prophètes se glorifiaient avec beaucoup d’arrogance d’être envoyés par le Seigneur. Et aujourd’hui, les Romanisants ne répètent-ils pas sans cesse la même chose, sur l’origine divine de l’ordination et de la sacro-sainte succession qui remonte d’eux-mêmes jusqu’aux apôtres ? mais ensuite apparaît le vide de ces choses par lesquelles ils deviennent arrogants. Ici donc, ce n’est pas la vantardise qui est recherchée, mais la vérité ». — Ceci est bon et juste. Mais c’est totalement gâté dans l’Instit. IV. iii, § 14, 15 où, non content d’affirmer que les anciens ou évêques étaient désignés par des hommes autorisés à les choisir, le républicanisme de Calvin le conduit à dire ouvertement qu’en Actes 13, Paul était soumis à la discipline d’un appel ecclésiastique, et qu’on voit la même chose dans le choix de Matthias. Qui ne voit pas au contraire que la décision sur Matthias fut faite par le sort (qui n’était pas un vote), et qu’Actes 13 n’était en aucun sens une ordination, et encore moins une élection par les hommes, mais c’était une mise à part de certains hommes (ayant déjà une très haute position) pour un travail particulier que l’Esprit leur confiait, bien que cette mise à part engageât pour eux la solennelle recommandation à la grâce de Dieu par leurs frères ? Comparez Actes 14:26.

 

Nous voyons ensuite que l’apôtre s’associe ici « Sosthène, le frère », comme Timothée dans la seconde épître. Si ce Sosthène est le chef de la synagogue qui semble avoir succédé à Crispus lors de sa conversion, et s’il s’était converti à son tour après son échec ignominieux de nuire à Paul devant Gallion, le proconsul d’Achaïe à Corinthe (Actes 18:17), nous voyons combien il était approprié que celui qui n’était plus l’adversaire juif, mais le frère en Christ, soit associé à l’apôtre dans cette épître adressée aux saints de Corinthe. Mais je n’affirme rien, car il n’y a pas de preuve directe, et le nom était assez courant. Il était certainement connu à Corinthe, et se trouvait alors avec l’apôtre à Éphèse.

 

1.1.2        1 Cor. 1:2a

Remarquez maintenant le caractère des croyants de Corinthe retenu par l’apôtre dans son adresse : « à l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe » (1:2a). C’est en relation très étroite avec la portée de l’épître, et bien sûr en accord avec les vrais besoins de l’endroit et du moment. Ce n’était pas à cause d’un petit groupe pieux au sein d’une vaste multitude impie : quelle ignorance de la pensée de Dieu cela aurait été ! L’Écriture sainte ne parle pas ainsi. Ils constituaient dans ce lieu l’habitation de Dieu par la présence de l’Esprit. C’est son élément constitutif caractéristique et son vrai caractère. Aucune multitude impie ne peut être l’église ou assemblée de Dieu ; quelques croyants pieux comme tels n’ont pas non plus une vertu faisant d’eux l’assemblée, ni aucune vertu faisant que d’autres soient l’assemblée grâce à leur seule présence parmi eux. Seul l’Esprit de Dieu descendu du ciel fait que ceux qu’Il rassemble, et parmi lesquels Il habite, soient l’assemblée de Dieu. L’état des Corinthiens était affreusement mauvais, dangereux pour tous, et de nature à susciter les craintes les plus graves pour certains. Mais il faut se rappeler qu’en leur commandant de traiter l’affaire la plus scandaleuse de toutes, l’apôtre s’est placé sur le terrain de l’esprit sauvé dans la journée du Seigneur Jésus (5:5), et que la seconde épître exhorte les saints à ratifier leur amour en réadmettant le coupable comme quelqu’un enfin réveillé à un profond jugement de lui-même, et qui était en danger d’être accablé par une tristesse excessive (2 Cor. 2:7). Non ; l’assemblée de Dieu est certes exposée à l’intrusion des maux les plus graves par ignorance et manque de vigilance, mais si elle est dûment constituée, elle ne perd pas son caractère tant qu’elle ne renonce pas à toute sainte discipline en refusant de juger selon la Parole le mal qui se manifeste devant elle. Car elle est responsable, si elle a laissé entrer du mal, de le mettre dehors au nom du Seigneur qu’elle porte. Et la seconde épître est de la plus grande valeur, entre autres en ce qu’elle prouve combien était justifiée la confiance qu’avait l’apôtre de faire se décharger pareillement la conscience, ce qui l’a conduit à attendre que l’œuvre défendant les droits du Seigneur se poursuive encore, et maintienne ainsi le caractère d’assemblée de Dieu que la grâce avait donné aux frères à Corinthe.

 

1.1.3        1 Cor. 1:2b. Sanctifiés, sanctification

Il est bon aussi d’observer que d’autres qualificatifs sont adjoints à ce caractère : « aux sanctifiés dans le christ Jésus, saints appelés » (1:2bc). La construction est particulière, mais les termes sont exacts. Le terme ηγιασμενοις (sanctifiés) est dans ce qu’on appelle un « accord rationnel » avec εκκλησια [assemblée]. Il ne serait pas correct de parler de l’assemblée comme ηγιασμενη [sanctifiée] pas plus que comme εκλεκτη [élue], bien que ceux qui la composent soient l’un et l’autre. Mais le fait qu’ils fussent sanctifiés, et que la forme du mot ne signifie pas simplement un processus qui se poursuit, mais leur caractère comme marqué par la séparation pour Dieu dans le Christ Jésus, et ainsi saints par appel, non pas simplement appelés à être saints, — ce fait était un appel à leurs cœurs et leurs consciences très impressionnant, spécialement au point crucial où les choses en étaient arrivées dans l’assemblée à Corinthe.

Il est incorrect de dire qu’ici comme ailleurs, ce qui est en vue est la justification plutôt que la sanctification. S’il est vrai que presque tous admettent que la sanctification au sens pratique est susceptible de croître, et qu’elle donne lieu ainsi à des degrés parmi les justifiés, il semble qu’on oublie que l’Écriture parle de tous ceux qui sont effectivement nés de Dieu comme étant sanctifiés dès le commencement de l’œuvre de grâce dans leurs âmes. Comparez 1 Cor. 6:11 et 1 Pierre 1:2. Il est donc tout à fait faux de dire que l’appel à la sainteté pratique est affaibli par cette sanctification initiale et absolue de tous les vrais chrétiens, et au contraire c’est cette mise à part pour Dieu qui est la base, le support puissant et le motif solennel pour être en harmonie avec le Christ Jésus dans lequel nous sommes ainsi sanctifiés. C’est en vertu de la volonté de Dieu que nous sommes qualifiés (en Héb. 10:10) de « sanctifiés, par l’offrande du corps de Christ [faite] une fois pour toutes », tandis qu’ailleurs l’Esprit est vu comme l’agent de cette sanctification. Ainsi toute la Déité participe à cette grande œuvre dès son début et tout du long. Ceci est confirmé par le résultat dès le commencement ; car ceux qui participent à cette sanctification sont saints, « saints appelés » (non pas simplement une « nation sainte » par naissance comme Israël), tandis qu’ils sont exhortés à poursuivre la sainteté autant que la paix.

 

1.1.4        1 Cor. 1:2d. Tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom…

Mais il y a un ajout qui réclame notre attention : « avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur [Seigneur] et le nôtre » (1:2d) (*). Cette expression est du plus profond intérêt et de très grande valeur, car elle rattache l’épître à tout le domaine de la profession chrétienne. Il n’est pas question de limiter l’adresse aux chrétiens de toute l’Achaïe comme le fait la deuxième épître (2 Cor. 1:1). Cette différence est d’autant plus frappante que Dieu prévoyait que les hommes chercheraient très tôt à altérer l’application de cette épître qui va au-delà de toutes les autres, et chercheraient à la limiter aux temps apostoliques, quand les dons (charismes de 1 Cor.12) étaient là dans toute leur force. Il est ainsi pourvu d’une manière d’autant plus frappante à l’incrédulité qui voudrait faire de l’assemblée de Corinthe une exception à l’ordre régnant ailleurs. Sur ce point, comparez 1 Cor. 4:17 — 7:17 — 10:16 — 14:36-37 — 16:1. De plus, la phrase me semble être une de celles qui, tout en s’appliquant alors à ceux qui portaient le nom du Seigneur en vérité, allait acquérir une signification plus spéciale au fur et à mesure que la masse professante allait s’éloigner de plus en plus du vrai caractère de l’assemblée de Dieu, et que le christianisme allait presque sombrer dans la chrétienté.

 

(*) Je rejette la notion de ceux qui rattachent « leur… et le nôtre » avec « en tout lieu ». La version autorisée [« …ceux qui en tous lieux invoquent le nom de Jésus Christ notre Seigneur, à la fois le leur et le nôtre ».] donne le vrai sens, qui ne rend pas superflu le premier ημων [de nous], mais indique ce sur quoi l’accent est mis. Il affirme la relation du Seigneur avec tous ceux qui L’invoquent où qu’ils soient.

 

1.1.5        1 Cor. 1:3

« Grâce et paix à vous, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ ! » (1:3). Tel est le souhait initial, ou la prière de l’apôtre ici comme en Romains 1:7, — de la part de Dieu dans Sa relation de Père avec nous, et de la part de Jésus Christ comme Seigneur (comp. 8:6) : une telle association serait impossible dans un écrit inspiré, et en tout cas irrespectueuse s’il ne s’agissait de personnes une dans l’unité de nature divine. La faveur vraie et souveraine est la source ; la grâce est le résultat qui doit manifester et magnifier cette source, jetant sa lumière sur ceux-mêmes qui seraient trop aveugles pour voir au-delà de son effet. Que notre part, en jouissant du don, soit d’adorer le Donateur !

 

1.2   1 Cor. 1:4-9

Après l’adresse et les salutations usuelles, l’apôtre commence par faire savoir qu’il rend toujours grâce à Dieu pour eux. Écrire de cette manière aux saints à Rome, Éphèse, Colosses et Thessalonique, n’est pas surprenant ; certains peuvent s’étonner davantage quand ils observent l’absence d’une telle action de grâces dans l’épître adressée aux assemblées de la Galatie. Cependant l’œil spirituel voit bien la sagesse et l’à propos de cette manière de faire. Les Corinthiens souffraient des conséquences de la sagesse charnelle et de la mondanité ; les Galates avaient laissé entrer la loi, et étaient donc déchus de la grâce, ce qui menait à la subversion de la vérité de l’évangile. D’où le ton plein de réserve de l’apôtre envers ces Galates — tandis que pour les Corinthiens (tombés de manière bien plus grossière), l’apôtre commence par reconnaître tout ce dont il peut rendre grâce à Dieu à leur égard. Sans une telle assurance, où trouver en effet une base pour leur lancer un appel ? D’après quelle norme se jugeraient-ils ? Cette action de grâces était d’autant plus nécessaire à cause de leur bas état de désordre, et à cause des reproches qui devaient s’en suivre.

D’un autre côté, c’est une idée fausse et grave de leur état et des paroles de l’apôtre, que d’y voir une allusion à des preuves de maturité et de richesses de vie spirituelle. Il prend soin de donner la prééminence à la source qui avait si généreusement pourvu l’assemblée à Corinthe ; mais aucune de ses paroles n’implique quoi que ce soit quant à leur état spirituel, et encore moins quant à une maturité, c’est-à-dire à quelque chose qui pourrait réconforter son cœur en pensant à eux. Il connaissait son Dieu suffisamment pour être sûr que rien n’avait manqué de Sa part.

« Je rends toujours grâces à mon Dieu pour vous, à cause de la grâce de Dieu qui vous a été donnée dans le Christ Jésus, de ce qu’en toutes choses vous avez été enrichis en Lui en toute parole et toute connaissance, selon que le témoignage du Christ a été confirmé au milieu de vous, de sorte que vous ne manquez d’aucun don de grâce pendant que vous attendez la révélation de notre Seigneur Jésus Christ, qui aussi vous affermira jusqu’à la fin [pour être] irréprochables dans la journée de notre Seigneur Jésus Christ. Dieu, par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils Jésus Christ, notre Seigneur, est fidèle » (1:4-9).

L’occasion pour l’apôtre de rendre grâces était la grâce de Dieu qui leur était accordée en vertu du Christ Jésus. Ceci est précisé juste après. Ils avaient été enrichis en toutes choses en Lui. Était-ce un enrichissement en discernement spirituel de Sa gloire et dans le sentiment de Sa grâce ? un enrichissement dans la jouissance de Christ et dans le dévouement à Son nom ? Hélas ! en tout cela ils étaient déficients, comme tout ce qui suit le montre. Par l’expression « enrichis en toutes choses », l’apôtre veut dire : en toute sorte d’expression de la vérité, et en toute connaissance, dans ce qui était prêché et enseigné, aussi bien que dans la compréhension de cela ; car Dieu avait amplement confirmé le témoignage de Christ rendu dans leur ville, spécialement par Paul, mais aussi par d’autres avec lui. De nombreux Corinthiens, comme Actes 18 nous le dit, avaient entendu, et cru, et avaient été baptisés. Mais il y avait davantage : la puissance de l’Esprit opérait largement et puissamment parmi eux. Or ceci était le signe caractéristique d’une assemblée de Dieu — autant alors que maintenant, mais de manière bien plus sensible en ce temps-là. Le résultat en était qu’ils ne manquaient d’aucun don, non pas dans ce qu’on appelle la grâce intérieure de vie spirituelle, mais dans la communication à d’autres et la manifestation de la puissance, comme en 1 Cor. 12.

Ceci est renforcé par la manière dont les saints à Corinthe sont ensuite caractérisés : « vous attendez la révélation de notre Seigneur Jésus Christ ». Il ne s’agit pas de cet aspect du retour de notre Seigneur qui développe et exprime Sa grâce aux Siens (*), mais c’est plutôt l’aspect qui agit sur la conscience maintenant, et qui manifestera bientôt la fidélité ou l’infidélité dans l’usage fait de toutes les charges confiées auparavant. Tous les saints qui, en attendant cet événement, marchent avec Dieu et jugent intelligemment les misères croissantes de la chrétienté — sans parler du monde en général, et de l’homme en particulier, — tous ceux-là aiment l’apparition du Seigneur, comme étant le temps où Il sera exalté et que nous règnerons avec Lui, la puissance de Satan étant publiquement et effectivement ôtée de la terre. Mais l’espérance qui nous est propre, est que Christ va venir nous chercher pour être dans la maison du Père ; et ainsi nous serons pour toujours avec le Seigneur. Au passage cela rappelle aux Corinthiens Celui qui jugera l’œuvre de chacun, quand chacun recevra sa récompense selon ce qu’il aura fait. Ils avaient besoin d’être exercés quant au jugement de soi-même, pour voir s’ils servaient le Seigneur dans les manifestations de l’Esprit distribuées à chacun. Et c’est la raison de la répétition frappante du nom de « notre Seigneur Jésus Christ » qui est placé ici devant eux.

 

(*) Ceci aurait été exprimé par le terme παρουσια [parousie], présence ou venue de Christ, que les traducteurs de la version autorisée ont confondu à tort dans leur version ici avec αποκαλυψις [apocalypsis = révélation], bien que la correction figure après-coup en marge. Ces mots ne sont pas synonymes, mais expriment des faits distincts qui concrétisent différents principes, — aussi différents que la grâce et le jugement.

 

Il n’y a pas un seul mot susceptible de jeter le doute sur Sa bonté ou Son amour envers eux. Jamais une âme n’a davantage besoin de tenir ferme la grâce que quand elle est testée et sondée par la parole de Dieu, qui détecte tout et n’épargne rien. C’est pourquoi l’apôtre n’hésite pas à dire que le Seigneur les affermira jusqu’au bout pour être irréprochables dans la journée de notre Seigneur Jésus-Christ. Qu’il est triste qu’un chrétien puisse être maintenant en opprobre à Christ ! Quand Christ qui est notre vie, apparaîtra, alors nous apparaîtrons aussi avec Lui en gloire. Mais pour l’apôtre ceci devient par l’Esprit simplement un motif puissant pour nous pousser à mortifier nos membres qui sont sur la terre. C’est le jour de notre Seigneur qui ici aussi met en jeu notre responsabilité. Et comme cela agit, et doit agir sur la conscience (c’en est justement le but), cela fait sentir au saint la nécessité et la valeur de ce que l’apôtre ajoute à la fin de son introduction : « Dieu, par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils Jésus Christ, notre Seigneur, est fidèle » (1:9). S’Il a appelé, n’accomplira-t-Il pas ? (Phil. 1:6 ; 1 Thess. 5:24). Or Son appel à la communion de Son Fils Jésus-Christ notre Seigneur est aussi certain dans Sa grâce, que sérieux dans Ses exigences présentes à notre égard, pour que nous ne jetions aucune ombre d’infidélité ni sur Sa grâce ni sur Ses exigences, souillant par là Son beau Nom invoqué sur nous (Jacq. 2:7) ; car le monde même fait la liaison entre nous et ce Nom, même s’il n’a qu’un sens vague de ce qui est dû à Celui qu’il ne connaît pas. Comment les Corinthiens ont-ils répondu alors à cet appel à la communion de Son Fils Jésus Christ ? Comment y répondons-nous maintenant ?

 

1.3   1 Cor. 1:10-16

L’apôtre aborde ensuite l’un des maux qui déshonoraient particulièrement le Seigneur, et causaient du tort aux saints à Corinthe. Leur esprit de parti était une affliction douloureuse pour son cœur. Il entravait non seulement la consolation mutuelle de l’amour au milieu d’eux, mais aussi le témoignage qu’ils devaient à Son nom devant le monde.

Comparé à ce qui a suivi depuis, ou même à ce que le Nouveau Testament révèle ailleurs, cela semblerait n’être qu’un petit commencement ; mais c’était le commencement d’un grand mal. Car permettre les préférences charnelles, et en conséquence la formation de partis, cela laisse libre cours aux activités des pensées et des sentiments naturels ; ensuite cela évolue en zèle ou en aversion passionnés, et c’est déjà bien si cela ne se termine pas dans une hérésie sans espoir et dans l’insoumission ouverte au Seigneur.

« Or je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus Christ, à parler tous un même langage, et à ce qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous, mais que vous soyez rendus parfaits [JND : parfaitement unis] dans un même sentiment et dans un même avis. Car, mes frères, il m’a été dit de vous, par ceux qui sont de chez Chloé, qu’il y a des dissensions parmi vous. Or voici ce que je dis, c’est que chacun de vous dit : Moi, je suis de Paul ; et moi, d’Apollos ; et moi, de Céphas ; et moi, de Christ. Le Christ est-il divisé ? Paul a-t-il été crucifié pour vous, ou avez-vous été baptisés pour le nom de Paul ? Je rends grâces à Dieu de ce que je n’ai baptisé aucun de vous, sinon Crispus et Gaïus, afin que personne ne dise que j’ai baptisé pour mon nom. J’ai bien baptisé aussi la maison de Stéphanas ; du reste je ne sais pas si j’ai baptisé quelqu’un d’autre » (1:10-16).

Bien qu’il fût apôtre, et qu’il fût celui qui, non seulement les avait instruits en Christ, mais les avait engendrés par l’évangile, il en appelle à eux par ce nom qui a affaire si intimement avec le croyant, et si solennellement même avec le professant, — ce nom qui est le centre de l’unité, tandis que le Saint Esprit en est le lien. S’il y avait un moyen quelconque que cette exhortation touche leurs âmes, ce devait être par ce nom. Il est jaloux de l’honneur de Lui, leur Seigneur, que leurs discordes compromettaient. Or ces hommes dans des écoles rivales avec des chefs fourvoyés, où était leur témoignage à la communion du Fils de Dieu ? Il les exhorte donc à « tous parler un même langage ». S’agissant des saints à Philippes (Phil. 2:2), il désirait ardemment qu’ils puissent « avoir une même pensée », et cela en pensant à une seule chose ; du fait qu’ils étaient plus expérimentés et dans un état plus spirituel, l’apôtre ne pouvait que s’attendre à mieux de leur part. Les saints à Rome sont aussi exhortés à avoir un même sentiment les uns envers les autres ? (Rom. 12:16).

L’apôtre se serait-il contenté de ce qu’ils aient une confession extérieurement uniforme ? Pas du tout. C’est ce point qu’il aborde en premier selon la sagesse de l’Esprit qui le dirigeait ; car il est certainement inconvenant, chez des réformateurs ou des hommes susceptibles de suivre facilement des réformateurs là où ils font erreur, de critiquer un écrivain inspiré, et de présumer qu’ils peuvent mieux différencier les choses que Paul, ou mieux découper la vérité que lui. Puis il ajoute « qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous », ce dont leurs cris partisans étaient l’expression. Et enfin il supplie qu’ils soient « rendus parfaits » (voir Éph. 4:12 « en vue du perfectionnement des saints » et 2 Cor. 13:9 « votre perfectionnement ») ou « entièrement unis », « dans un même sentiment et dans un même avis ». Ce n’est pas exactement la volonté qu’il veut désigner par ces termes, — en sorte qu’il aurait une division complète de l’âme, le même sentiment νους faisant référence à la foi, et le même avis [γνωμη ; ou : jugement] faisant référence à l’amour, aussi important que soit tout ceci à sa place ; car νους signifie l’esprit considéré comme la faculté intelligente, tandis que γνωμη [gnome] est l’avis ou le jugement qu’il forme. Il voulait qu’ils aient une justesse de pensée intelligente. Ils étaient déficients justement en ce dont ils étaient fiers et vaniteux, ce qui est le cas général parmi les hommes.

L’apôtre n’hésite pas à expliciter l’information qu’il avait reçue : elle était suffisamment nette et précise dans son caractère pour qu’il n’y ait pas de doute sur son exactitude ; il n’hésite pas non plus à indiquer sa source digne de confiance. Le foyer d’une femme pieuse peut être un moyen particulièrement propre à donner des certitudes en matière d’information ; et cela justifie d’y faire appel pour d’autres cas. Ce même apôtre, s’il réprouve les femmes sottes [JND : femmelettes ; 2 Tim. 3:6] chargées de convoitises, montre comment une Phoebé ou une Persis, une Prisca et une Marie, une Évodie et une Syntyche, devaient être appréciées et aidées. Il peut écrire ici avec pleine confiance en ce qu’il a appris de chez Chloé.

Les divisions étaient encore au sein de l’assemblée, non pas des scissions d’avec elle, mais c’est à quoi elles tendaient, comme nous le dit expressément 1 Cor. 11:18-19. Il serait sans fondement de conclure que la séparation en dénominations est légitime quand un mauvais esprit à l’intérieur est le péché ; car ce travail schismatique est mauvais par-dessus tout, parce qu’il conduit ceux qui sont emportés et insoumis à ce résultat le plus désastreux. Il est supposé ici que l’assemblée n’a pas compromis Christ par une tolérance profane de fausse doctrine ou par un mal quelconque obligeant à désavouer ceux qui voudraient conserver le titre malgré la perte du vrai caractère.

 

1.3.1        1 Cor. 1:12

Hélas ! À Corinthe, les saints semblent avoir été largement infectés par l’esprit de parti. « Or voici ce que je dis, c’est que chacun de vous dit : Moi, je suis de Paul ; et moi, d’Apollos ; et moi, de Céphas ; et moi, de Christ » (1:12) : ce dernier parti se comprend aussi bien que les autres à mon avis (*) ; car le mal n’était pas dans ceux qui sont nommés, mais en ceux qui mettaient leurs noms en avant par vanité et par amour de l’opposition. Et les pires de tous, je n’en doute pas, était ce parti qui se targuait de sa spiritualité supérieure ; ils en avaient fini avec les hommes (2*), et aspiraient à bien plus haut que Paul, Apollos et Céphas. Leur mot d’ordre était le Maître, non pas des serviteurs. Ils détestaient les exigences élevées, spécialement celles de Paul. Ils voulaient, quant à eux, s’en tenir au précepte du Seigneur Lui-même : Un seul est votre Maître, votre conducteur, et vous êtes tous frères. Il n’est pas rare que l’exaltation de soi parmi les chrétiens se déguise inconsciemment (inconsciemment, parce que l’état est mauvais, et le cœur trop éloigné du Seigneur en pratique). À l’inverse, celui qui aime vraiment le Seigneur et se courbe devant Lui, va évidemment honorer Ses serviteurs à cause de leur travail, et selon la place que le Seigneur leur a attribuée — et il le fait justement parce qu’il aime le Seigneur et se courbe devant Lui. On dit à juste titre que la corruption de ce qu’il y a de meilleur, est la pire des corruptions : c’est ce qu’on a ici, où l’argument spécieux d’avoir renoncé à tout sauf à Christ, pouvait sembler être la seule chose juste et spirituelle à Corinthe, vu l’état de division de l’assemblée. Combien il est important, maintenant comme alors, de juger justement, et non pas selon les apparences !

 

(*) « Mais nous voyons ce que l’apôtre requiert quant à l’unité chrétienne. Si quelqu’un désire faire des distinctions subtiles entre les éléments particuliers, il veut d’abord que les chrétiens soient cohérents en ayant un seul sentiment, ensuite en ayant un seul avis, et finalement il veut que leur accord se manifeste dans les paroles » — Calvini in Omnes Pauli Ap. Epp. Comm. i. 219, Halis Sax. 1831.

(2*) « Pour le mot ‘avis’, Paul utilise γνωμην, mais moi je l’interprète comme la volonté, afin que la division de l’âme soit entière, et d’abord, en tout cas, qu’un terme se rapporte à la foi, et un autre à l’amour ». Calvin, Ibid. 219, 220.

 

Il est à noter que le mal à Corinthe était l’inverse de ce que l’apôtre indiquait dans son discours aux anciens d’Éphèse (Actes 20:30 = conducteurs attirant des disciples après eux) : à Corinthe il s’agissait du péché des disciples, et à Éphèse de celui des conducteurs. Notre seule sécurité est dans cette soumission de cœur à Christ, qui apprécie partout ce qui est de Lui, et qui marche dans Sa dépendance, advienne que pourra. J’avais fait cette réflexion avant de remarquer que Calvin était justement tombé dans cette confusion (*). Peut-être que dans son propre système, du fait de son caractère démocratique, il est plus difficile de voir qu’il y a autant de pièges propres à la masse des disciples, que de ceux propres à ceux qui guident. Cela est en tout cas à la fois certain selon l’Écriture et évident par expérience. Rien ni personne n’échappe à la vigilance de l’ennemi. Heureux ceux qui sont tous sous l’œil de l’amour parfait de notre Seigneur : puissions-nous être guidés par lui !

 

(*) voir note précédente. Ibid. 220.

 

1.3.2        1 Cor. 1:13

« Le Christ est-il divisé ?», demande l’apôtre indigné. N’est-Il pas la Tête de ce seul corps, l’assemblée à laquelle ils appartenaient tous ? C’est un Christ tout entier à qui tous les Siens appartiennent et qui, Lui-même, appartient à tous. L’idée de Le diviser est aussi extravagante qu’absurde. Eux pouvaient se diviser, non pas Lui : quelle incohérence si Lui avait réellement de la valeur pour eux ! Mais voici une nouvelle question : « Paul a-t-il été crucifié pour vous ? ou avez-vous été baptisés pour le nom de Paul ? » Poser la question, c’était rendre certaine et nécessaire la bonne réponse pour le chrétien ; pourtant, combien nombreux sont ceux qui, depuis ce moment-là, ont négligé tant la question que la réponse ! Il n’y en a qu’Un qui est digne d’imprimer Son nom sur nous.

Là où le premier homme est autorisé à prendre la place du Second, son influence est tellement aveuglante. Des apôtres et d’autres sont morts, et ont été même crucifiés ; mais Christ seul est mort pour nous, et c’est pour Lui que nous avons été baptisés, non pas pour les douze, encore moins pour d’autres hommes.

 

1.3.3        1 Cor. 1:14-16 — baptêmes

La loyauté de l’apôtre pour Christ était toute différente. C’est la raison pour laquelle il n’hésite pas à exprimer sa gratitude à Dieu d’avoir personnellement baptisé si peu de personnes à Corinthe : il aurait été impossible que ce fût un sujet d’actions de grâces si le baptême était le moyen de la nouvelle naissance ; car dans ce cas, celui qui aimait Dieu et l’homme, aurait dû se réjouir d’autant plus qu’il baptisait davantage. D’un autre côté l’apôtre ne discrédite pas le baptême chrétien, notre ensevelissement avec Christ dans la mort, qui reste le signe extérieur choisi de la soumission à Celui qui, pour nous, est mort et est ressuscité.

L’importance solennelle du baptême dérive de la vérité objective dont il est le signe ; elle ne dérive pas de la position ni de la puissance de celui qui baptise, ni d’aucune qualité du baptisé, quelle que soit la volonté du Seigneur à l’égard de l’un ou l’autre. Mais l’apôtre reconnaît la bonne main du Seigneur en ce qu’Il a arrangé les choses pour qu’en fait, Paul n’ait baptisé qu’un très petit nombre parmi les nombreux Corinthiens qui, ayant entendu l’évangile, crurent et furent baptisés (Actes 18:8) : s’il avait effectivement baptisé la masse, cela aurait donné une excuse plus tangible à ceux qui se prévalaient de son nom à Corinthe. Il n’est guère douteux que ceux qu’il avait effectivement baptisés étaient parmi ceux qui étaient restés relativement fidèles au Seigneur à Corinthe.

On peut mentionner ici que le professeur Olshausen considère comme surprenant que l’apôtre n’ait pas raisonné sur l’importance du baptême lui-même pour étayer son argumentation, mais plutôt sur un historique providentiel des cas de baptême où il avait été impliqué. Le Doyen Alford insiste également sur l’importance de la deuxième partie du verset 16 à l’encontre de ceux qui soutiennent l’omniscience absolue des écrivains inspirés sur tous les sujets qu’ils traitent.

Ces deux théologiens ont-ils usé d’assez de révérence pour écrire ? Tous les deux oublient (si tant est qu’ils l’aient su), ce que c’est que croire que l’Esprit Saint a inspiré Paul. Ne savait-Il pas mieux que quiconque sur quel sujet il fallait plutôt insister à tel moment, et sur quel autre sujet à tel autre moment ? Et quant aux écrivains inspirés, je ne connais aucun croyant sérieux qui tienne à leur omniscience, mais à celle de Celui qui les a utilisés pour communiquer la vérité. Il est courant de parler de leur infaillibilité, mais c’est à tort ; il est évident que nul ne peut être considéré comme infaillible hormis Dieu.

La vraie définition de l’inspiration n’est pas que l’écrivain soit devenu omniscient ou infaillible, mais que l’Esprit Saint a dirigé ce qu’il écrivait de manière à transmettre la vérité sans mélange d’erreur et de manière parfaitement adaptée à Son propre dessein. C’est ainsi qu’Il a pu, avec une cohérence parfaite garder le souvenir absolu ici sur tel point particulier, ou ailleurs sur un commandement particulier du Seigneur en rapport avec tel autre sujet, comme au chapitre 7.

Tout cela laisse intacte l’autorité divine de ce que l’Esprit Saint transmet ou commande de la part du Seigneur. Ceux qui sont orthodoxes quant à l’inspiration, peuvent être dans l’erreur dans une phrase ou une nuance de pensée ; mais cela ne diminue en rien la gravité — en fait le péché — d’affaiblir l’inspiration, surtout en ces temps périlleux où la parole de Dieu est la grande ressource des fidèles. Car le fait simple, mais grave, qu’elle est Sa parole, n’est pas seulement une vérité en soi clairement révélée, mais elle est la base et le support de toutes les autres vérités. Affaiblissez l’inspiration, et vous mettez en danger tout le reste de ce qui concerne Dieu et l’homme, et vous pouvez finir sans avoir rien de mieux que des idées humaines.

 

1.4   La croix de Christ. Sagesse et folie, de Dieu et du monde

1.4.1        1 Cor. 1:17

L’apôtre Paul ne mésestimait pas le baptême : qui le pourrait s’il accepte que c’est une institution de Christ ? Impossible que l’apôtre ait pu s’exprimer d’une pareille manière si le baptême était le moyen de vie pour l’âme, comme tant de gens l’enseignent à tort. Pourtant, nous avons de la peine à imaginer l’un quelconque des douze s’exprimant comme il le fait ici : « Car Christ ne m’a pas envoyé baptiser, mais évangéliser, non point avec sagesse de parole, afin que la croix du Christ ne soit pas rendue vaine » (1:17). Le résidu a été expressément envoyé baptiser, ce qu’ils ont fait soit personnellement, soit par le moyen d’autrui. Paul aussi fut baptisé et a baptisé ; et aucun apôtre n’a développé l’observation de ce rite d’une manière si profonde que ce que nous trouvons en Romains 6, Galates 3, et Colossiens 2. Inversement, 1 Corinthiens 11 nous montre que la Cène du Seigneur a été révélée directement à l’apôtre ; il ne s’est pas borné à simplement l’accepter telle quelle comme dans le cas du baptême. Si on y réfléchit, on s’aperçoit que ce rite n’est pas le sceau de l’union avec Christ, mais la reconnaissance par l’individu de Celui qui est mort et ressuscité, l’appropriation de ce qu’on a été enseveli avec Christ dans la mort, — tandis que la Cène présente la communion de Son corps, pour laquelle il fallait Son ascension et l’envoi du Saint Esprit, auquel est liée toute la doctrine de l’église (ou : assemblée), dont Paul est devenu ministre (ou : serviteur) par excellence (Col. 1:25).

Or Paul est aussi devenu de manière éminente « ministre (ou : serviteur) de l’évangile » (Col. 1:23) ; et il a donc été envoyé par Christ pour le prêcher, comme il nous le dit ici : « non point avec sagesse de parole », comme ce que les Corinthiens aimaient entendre, « de peur que la croix du Christ ne fût rendue vaine ». Il semble qu’il dénonce ainsi fortement la spéculation philosophique, non pas seulement la rhétorique. La philosophie ne laisse aucune place ni à l’amour divin d’un côté, ni à la ruine complète de l’homme d’un autre côté : la croix de Christ maintient les deux au plus haut degré.

La croix du Christ signifie beaucoup plus que le moyen de pardon pour le pécheur. La traiter seulement comme le grand remède pour les besoins de l’homme, si vrai que ce soit, c’est la dépouiller d’une immense partie de son importance, et c’est obscurcir la vérité, et mettre dehors la gloire de Dieu. Car, dans ce fait le plus prodigieux de tous, qu’est-ce qui n’a pas été traité ? La sainte haine de Dieu pour le péché et Son jugement du péché ; Son amour stupéfiant pour le pécheur ; la grâce infinie, l’humiliation et les souffrances du Sauveur ; l’effronterie et les manœuvres habiles de Satan ; l’abominable méchanceté de l’homme placé dans les meilleures conditions possibles, malgré les plus grands bienfaits reçus, et sans n’avoir aucun motif valable pour se justifier ou s’excuser : c’est à tout cela qu’il a été répondu à la croix, comme nulle part ailleurs. On y trouve les prétentions de l’homme terrassées, le péché condamné et ôté ; Satan défait et vaincu ; le jugement porté ; et Dieu glorifié en Christ qui n’a pas connu le péché, mais qui a été fait péché pour nous afin que nous devinssions justice de Dieu en Lui (2 Cor. 5:21). C’est là seulement en effet, que les attributs divins et les voies divines ont été désormais conciliés pour toujours en faveur de ceux qui croient, alors que notre péché semblait les avoir mis de côté ou mis en désaccord ; c’est à la croix seulement qu’une base solide a été posée pour que la création ruinée soit faite nouvelle, pour que le peuple de Dieu soit fait un peuple nouveau, et pour que l’un et l’autre brillent durant l’éternité à la gloire de Dieu. Pourtant, tout cela risquait d’être rendu vain par cette sagesse de parole que certains dans l’assemblée de Corinthe affectaient par ignorance, blâmant Paul parce qu’il était étranger à cette sagesse.

 

1.4.2        1 Cor. 1:18

Mais les Corinthiens étaient en danger, eux qui reculaient devant les faits de l’évangile et qui désiraient entendre la philosophie de l’ordre chrétien. « Car la parole de la croix est folie pour ceux qui périssent, mais à nous qui obtenons le salut elle est la puissance de Dieu » (1:18). La croix s’adresse aux extrêmes les plus bas de la honte et de la souffrance humaines. C’était la peine la plus sévère pour un esclave. Que le Fils de Dieu s’abaissât non pas simplement jusqu’à la nature de l’homme, mais jusqu’à la mort de la croix, et cela à la fois en faisant expiation pour l’homme auprès de Dieu, et en subissant le rejet de Dieu par l’homme, — c’était le comble de la folie, pour ceux qui, ignorant leur propre état de péché et la sainteté de Dieu, vont forcément périr, vivant et mourant tels qu’ils sont. Qu’Il dût souffrir pour sauver, implique la ruine sans espoir de la race.

Or qu’Il veuille s’abaisser aussi bas, jusqu’à souffrir pour Ses ennemis, et que d’autre part Dieu Le livre pour faire, voilà qui est aussi irréconciliable avec tout sentiment du cœur naturel. Car la philosophie ne connaît réellement rien de l’amour de Dieu, ni rien de la ruine totale de l’homme : la croix proclame les deux ; elle proclame aussi que Celui qui était pendu là en grâce, souffrant pour nos péchés afin que Dieu nous délivrât en restant juste, était Lui-même Dieu sur toutes choses, aussi sûrement qu’Il était homme sans péché. Car l’évangile n’est pas un effort ou une construction de l’esprit humain. Oui, la parole de la croix est la plus grave offense, et la folie la plus absolue pour l’homme ; mais elle est la puissance de Dieu (non pas la sagesse seulement) pour les croyants, c’est-à-dire « pour nous qui obtenons le salut » — car ici, pour le faire mieux sentir, l’apôtre traite de cela comme s’agissant d’un fait personnel, au lieu de continuer des déclarations abstraites. Le salut ici, comme ailleurs dans cette épître, est considéré comme encore incomplet jusqu’à la venue du Seigneur ; il inclut tout le travail nécessaire pour nous amener à être conformes à Christ dans la gloire de la résurrection.

 

1.4.3        1 Cor. 1:19-20

En fait la recherche de pensées et de paroles agréables pour le monde démontre un esprit qui conteste contre Dieu, car Lui s’est pleinement prononcé sur le fait que la meilleure sagesse de ce monde est folie dans les choses divines. Il est bon de noter que l’apôtre cite comme preuve une sentence de Dieu sur Israël rapportée par le prophète Ésaïe (Ésaïe 29:14). Je ne peux pas être d’accord avec ceux qui n’arrivent pas à voir la pertinence de ce témoignage, car parmi les nombreux passages de l’Écriture qui déclarent l’insuffisance des ressources humaines, il serait impossible d’en trouver un qui soit mieux à propos pour le but que l’apôtre avait en vue, et donc qui serve mieux à avertir les saints de Corinthe. « Car il est écrit : «Je détruirai la sagesse des sages et j’annulerai la prudence des prudents» [fin de citation d’Ésaïe]. Où est le sage ? où est le scribe ? où est le disputeur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas fait de la sagesse du monde une folie ? » (1:19-20). Dans les derniers mots on ne voit pas plus qu’une allusion à Ésaïe 33 (v.18) servant d’illustration, où l’on a une explosion de surprise en face de la délivrance de la puissance méprisante de l’ennemi, comme ici un défi triomphant en face de la faillite de ses prétentions orgueilleuses contre Dieu.

Il est bon de se souvenir que la digression commencée ici mais poursuivie bien plus loin (dans laquelle il est montré que la sagesse du monde méconnaît la croix de Christ et s’y oppose, mais qu’elle sera jugée par elle) se rattache néanmoins tout à fait au sujet de l’esprit de parti et des divisions des saints à Corinthe que l’apôtre a dénoncés, et qu’il dénoncera encore davantage au ch. 3. En effet c’était leur appréciation de ce que le monde estime comme étant la sagesse qui les avait poussés à dénigrer Paul et à favoriser ceux qu’il désignera plus tard comme des « faux apôtres » (2 Cor. 11:13).

Les hommes avaient osé qualifier de folie la prédication de la croix de Christ. Mais qui étaient-ils, et qu’étaient-ils ? Ceux qui périssent ! Était-ce sage de les suivre ? Ils pouvaient se vanter de leur sagesse, mais celle-ci ne les sauverait pas de la perdition ; et les Juifs, au moins tous ceux qui craignaient Dieu et écoutaient Ses anciens oracles encore bien vivants, devaient se rappeler que c’est Sa manière de déconsidérer l’orgueil de la sagesse humaine, ainsi que la puissance de l’homme. Ainsi est-il écrit : Dieu l’avait déjà jugé dans Sa parole. Et ainsi l’expérience le confirme. Car quelle a été l’histoire morale de l’homme ?

 

1.4.4        1 Cor. 1:21-25

Le coup porté ici par l’apôtre à la sagesse du monde est terrible. La preuve que Dieu en a fait une folie est donnée dans quelques paroles qui suivent, lourdes de sens et irréfutables : « Car, puisque, dans la sagesse de Dieu, le monde, par la (*) sagesse, n’a pas connu Dieu, il a plu à Dieu, par la folie de la prédication, de sauver ceux qui croient ; puisque les Juifs demandent des signes [JND : miracles] et que les Grecs recherchent la sagesse ; mais nous, nous prêchons Christ crucifié, aux Juifs occasion de chute, aux nations folie, mais à ceux qui sont appelés, et Juifs et Grecs, Christ la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu ; parce que la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et que la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes » (1:21-25).

 

(*) « Sagesse » ici est précédé par l’article en grec, ce qui semble signifier sa sagesse, ce qu’il a comme un fait, et non pas simplement comme caractère.

 

Quand l’homme a chuté et a obtenu la connaissance du bien et du mal, cela a été la sagesse de Dieu de le laisser livré à lui-même, mais en lui laissant une révélation claire qui, dès le début, offrait au regard de la foi la Semence de la femme, qui, elle-même meurtrie, écraserait la tête du serpent. Mais cela ne convenait pas à l’enfant déchu d’Adam qui s’estimait compétent pour adorer et pour tout faire sans la grâce de Dieu et sans avoir le sentiment de sa propre ruine (sentiment qui lui aurait fait sentir la nécessité de cette grâce). Le monde a ensuite grandi jusqu’à ce que sa corruption et sa violence soient si insupportables qu’il devint impératif moralement de balayer la race coupable par le déluge. Malgré cette intervention solennelle de Dieu en jugement, le monde n’a ensuite fait que devenir mauvais de manière plus subtile. Il cessa de conserver Dieu dans sa connaissance ; il exalta les forces de la nature dans les cieux et sur la terre, les déifiant, et il s’avilit dans tout ce en quoi les démons, qui étaient derrière ces objets, ont pu entraîner leurs dévots. Ainsi le triomphe de Satan sur les nations païennes était désormais complet, puisque leur religion elle-même les corrompait par-dessus tout ; les symboles de leur religion étaient aussi identifiés à toutes les iniquités morales, et leur sagesse les liait rapidement dans cet esclavage avilissant, cherchant au mieux à comprendre et expliquer tout ce qui présentait faussement le vrai Dieu et Le supplantait.

Les Corinthiens, plus que tous les hommes, auraient dû connaître l’impuissance de la sagesse du monde à délivrer l’homme occupé à se plaire à lui-même de la manière la plus grossière et occupé de convoitises qui, tout en évitant la lumière, usurpaient le nom de dieu, et ne faisaient que prouver à quel point Dieu Lui-même était inconnu. Car le mal est trop grave et trop fatal pour être ignoré, et la créature voudrait bien s’en dégager pour le renvoyer sur Dieu, et elle est donc dans la nécessité d’en atténuer les conséquences morales et le conflit avec le Créateur. La conscience résiste à cet effort d’atténuation jusqu’à ce qu’elle soit complètement cautérisée, tandis qu’au contraire la philosophie y contribue en lui prêtant un flambeau pernicieux ; dès lors, comme l’homme n’est pas jugé, Dieu est perdu pour l’âme. Si on s’incline devant Sa nature sainte et Son juste jugement, l’homme est obligé de reconnaître son iniquité et de chercher humblement une porte de sortie par la miséricorde divine. Mais tel n’est pas la voie suivie par le monde. Rien n’est plus long à reconnaître pour l’homme que sa propre méchanceté ; et dans un tel état, la religion n’est qu’un masque pour l’âme, un sacrifice factice pour Dieu, la plus grande et la plus pernicieuse de toutes les vanités.

Il me semble que Calvin (*) n’a pas compris la force du raisonnement, et a pris la sagesse du monde comme signifiant l’ouvrage de l’univers, un échantillon illustre et une manifestation claire de Sa sagesse. Ce serait l’un des deux témoins invoqués pour Dieu pour la conscience païenne en Romains 1, l’autre étant cette connaissance de Dieu qu’ils possédaient jusqu’au déluge et après lui (2*), avant de tomber dans le culte de la créature. Il ne faut pas être surpris qu’un bon nombre aient adopté la traduction « par la révélation de la sagesse de Dieu », c’est-à-dire « dans Ses œuvres » (avec ou sans Sa loi). Je crois que le fait que la folie de l’homme idolâtre soit devenue manifeste, est dû simplement à un sage arrangement des choses par Dieu ; la conséquence en a été que le besoin de Son salut par la croix de Christ a été d’autant plus ressenti quand il était prêché. Par δια της σ., il faut entendre « par sagesse » dans l’abstrait, ou « par sa sagesse », l’un et l’autre exigeant l’article en grec. Je ne pense pas que Stanley et Alford aient raison de prendre cette proposition comme signifiant « à travers la sagesse [de Dieu]» qui est mentionnée juste avant (certes, l’article conviendrait là aussi, bien sûr). La dernière sagesse  me semble mise en contraste avec la première (celle de Dieu), l’une s’exaltant elle-même et étant destructrice, l’autre étant à la fois vraie et juste.

 

(*) I. Calvini in omnes Pauli Ap. Epp. loc. cit. ed. Tholuck, I, 228. Voir aussi l’Institution chrétienne, Institt. II. VI. 1.

(2*) note Bibliquest : connaissance de Dieu issue de la transmission orale de génération en génération.

 

1.4.5        1 Cor. 1:21b

Ainsi la sagesse du monde trouve sa fin dans la sagesse de Dieu : Dieu lui est inconnu, alors que la connaissance de Dieu en Christ est la vie éternelle. Or qu’est-ce que Dieu a fait en présence de cette sagesse prétentieuse qui était donc la folie la plus coupable ? « Il a plu à Dieu, par la folie de la prédication, de sauver ceux qui croient ». Le monde avait adopté les notions les plus dégradantes du polythéisme, ou bien il avait essayé d’échapper à la superstition par le vide désolant du panthéisme et même de l’athéisme. L’homme maintenant déchu n’a pas été empêché (au moins après le déluge) d’être présomptueux et de prouver son ignorance de Dieu de cette manière ; mais Dieu a montré Sa grâce aussi incomparable que Sa sagesse ; car quand la sagesse du monde s’est fatiguée et usée au milieu de ses inventions idolâtres et du gâchis du scepticisme que ces abominations ont provoqué, Dieu s’est plu, non pas à fermer par le jugement la scène révoltante de la rébellion de l’homme (qu’elle soit religieuse ou irréligieuse), mais Il s’est plu au contraire à sauver. Et pour qu’un salut soit accessible et efficace pour les pécheurs, il fallait qu’il soit par grâce, et ainsi il ne pouvait être que par la foi (comparez avec le raisonnement de Romains 4). C’était la seule façon que ce salut soit certain pour tous ceux qui croient ; car l’essence de la foi est que la valeur [qui l’anime] se trouve dans l’objet cru, et que son efficacité réside dans ce que Lui, le Sauveur, a opéré pour nous — non pas nous pour Lui, même si en tant que croyants nous cherchons en toute vérité à Lui plaire et à Le servir. Ainsi, Dieu est glorifié en ceci comme en toutes choses par Jésus-Christ, à qui soit la louange et la domination aux siècles des siècles.

Un lecteur attentif remarquera à cette occasion que ce dont l’apôtre parle ici exactement, n’est pas la prédication en tant que simple instrument, mais de son contenu, la chose prêchée. Telle est la force résultant de la forme du mot, que, avec d’autres, j’ai traduit par «la prédication». Les Juifs la tournaient en dérision, ainsi que les Grecs. C’était de la folie pour eux ; et il n’y a pas lieu de s’en étonner, puisqu’ils ne voyaient point la gloire de la personne de Christ livré pour mourir par l’amour de Dieu pour les pécheurs. Car qu’y avait-il de plus déraisonnable à l’esprit naturel qu’un homme crucifié soit l’unique Sauveur, sauvant des péchés et de la colère de Dieu ? Pourtant, c’est bien là la vérité prêchée, το κηρυγμα, et le salut est le fruit de ce qu’on y a cru. La grâce a non seulement donné ainsi le Fils de Dieu pour souffrir, mais elle prend soin d’en envoyer partout la proclamation, afin que les âmes entendent, croient et soient sauvées.

Les hommes méprisent naturellement la croix, et ils ne croient pas que leurs péchés méritent le jugement divin, ni qu’Il a porté en grâce ce jugement sur la croix. Ils ne sentent pas la profondeur de leur besoin, et ils s’occupent donc d’autres objets de moindre importance. Le monde a des pré-occupations, ou se tourne vers d’autres sujets d’intérêt : « puisque les Juifs demandent des signes [JND : miracles] et que les Grecs recherchent la sagesse ». Dieu a accordé des signes visibles quand Il a envoyé le Seigneur Jésus à la terre d’Israël. Jamais, depuis le commencement du monde, il n’y avait eu une pareille nuée de témoins de la sorte ; mais qu’est-ce qui peut satisfaire le cœur là où tout est étranger à Dieu ? Les Juifs méconnurent tout ce qu’Il donnait, et demandèrent un signe comme s’il n’y en avait pas eu. Les Grecs n’attendaient rien de Dieu, mais comme l’objet de leur recherche était la sagesse, ils n’en apprirent jamais la première leçon qui a trait à la crainte de l’Éternel.

 

1.4.6        1 Cor. 1:23-25

Cette obstination et cette légèreté de l’incrédulité ne décourageaient pas l’apôtre, mais plutôt le stimulaient dans l’œuvre qui lui tenait à cœur. « Mais nous, nous prêchons Christ crucifié, aux Juifs occasion de chute, aux nations folie » (1:23). Ici il ne s’agit pas simplement du sang versé qui fait expiation, et dire « crucifié » va plus loin que simplement « mort » ; car même si ces deux termes expriment la fin de l’homme dans la chair, il y a dans la croix l’extrême, au-delà de tout, de la honte et de la faiblesse. Que Dieu sauve alors en vertu de la croix, là où le monde voyait le pire de la souffrance humaine et de l’humiliation, c’était réduire au silence cette sagesse du monde, prouvant qu’elle était folie puisqu’elle osait ainsi penser et parler de ce qui est la sagesse de Dieu. Les Juifs sont tombés sur la pierre d’achoppement, parce qu’ils ne voulaient avoir qu’un Messie puissant et glorieux. Il va bientôt venir de cette manière, mais où donc vont se trouver ces Juifs qui se scandalisaient de Son anéantissement jusqu’à la croix afin de sauver ceux qui croient ? Où vont se trouver les Gentils qui ont préféré leurs propres idées et se sont vanté de leurs raisonnements en face de l’œuvre puissante opérée alors à un coût infini ? Le Fils de l’homme brillera comme l’éclair en Son jour (Matt. 24:27), mais il fallait d’abord qu’Il souffre beaucoup, et qu’Il soit rejeté par cette génération (Luc 17:25). Car il était moralement impossible que le royaume de Dieu soit là tant que le péché n’avait pas été jugé à la croix. Quel manque de sens même chez les disciples et quelle lenteur de cœur à voir qu’il était nécessaire qu’il en soit ainsi, si Dieu devait être glorifié et les hommes sauvés et bénis de manière juste ! « Mais à ceux qui sont appelés, et Juifs et Grecs, Christ » et Christ crucifié « est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu ; parce que la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et que la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes » (1:24-25). Toute autre voie aurait fait des compromis avec le péché, et aurait rendu le salut impossible. La croix de Christ est la manifestation la plus complète du jugement du péché par Dieu et de Son amour pour le pécheur. La Parole incarnée souffrant sur une croix (ce que les hommes raillent comme étant de la folie et de la faiblesse) prouve à la fois la ruine complète de l’homme et la miséricorde [ou : la grâce] salvatrice de Dieu. Ainsi le Sauveur a enduré le jugement du péché afin que les croyants puissent être sauvés. N’est-ce pas plus sage et plus fort que les hommes ? Ceci n’a-t-il pas été prouvé par la résurrection, l’évangile ne l’a-t-il pas proclamé ?

 

1.5   1 Cor. 1:26-31

L’apôtre poursuit son sujet, à savoir l’anéantissement, par la croix de Christ, de tout objet que la chair chérirait et dont elle se vanterait. Sa première preuve est tirée de l’infatuation extrême et évidente, qui est spécialement folle chez ceux qui affectent le plus la sagesse sans Dieu. Sa deuxième preuve est ensuite tirée des voies de Dieu envers ceux qui avaient été amenés à Lui par l’évangile. Pour étayer cette preuve, l’apôtre fait appel à ce qui en était d’eux :

« Car considérez votre appel, frères, — qu’il n’y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de nobles. Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour couvrir de honte les [hommes] sages ; et Dieu a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde, et celles qui sont méprisées, et celles qui ne sont pas, pour annuler celles qui sont ; en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. Or vous êtes de lui dans le Christ Jésus, qui nous a été fait sagesse de la part de Dieu, et justice, et sanctification [JND : sainteté], et rédemption, afin que, comme il est écrit, «celui qui se glorifie, se glorifie dans le *Seigneur» » (1:26-31).

L’apôtre reconnaît ainsi l’opprobre que l’incrédulité aime jeter sur l’évangile, et il le met en avant comme un fait qui apporte de la gloire à Dieu. Car l’évangile est la révélation de la grâce qui appelle l’homme à Lui hors du monde. Dès lors, tout motif de distinction mondaine et de mérite humain disparaît. Celui qui seul est bon et grand voulait agir dans Son propre amour et manifester Son excellence suprême qui s’élève au-dessus des fautes et de la ruine de l’humanité. Pourtant, l’orgueil de l’homme coupable est si obstiné qu’il détourne les conséquences de sa misère, et rejette la preuve de son péché et du danger dans lequel il se trouve, plutôt que d’accepter la miséricorde [ou : la grâce] gratuite de Dieu dans le Christ le Seigneur : et elle devient ainsi une question d’amour de Dieu choisissant des pécheurs pour la vie éternelle dans Sa propre souveraineté, à défaut de quoi Il sauverait ou bien condamnerait toute la race sans discrimination, et par-là serait détruit tout témoignage à Son saint jugement dans le premier cas, ou à Ses conseils de grâce dans le second cas. Ni l’un ni l’autre n’étant possible, Il devait choisir, sinon personne ne pouvait être sauvé, car tous ont péché, et aucun pécheur ne voudrait faire confiance à Son amour en Christ pour la vie éternelle, une telle bonté étant au-dessus de tous ses sentiments de pécheurs, et contraire à toute expérience d’autrui. Plus l’homme raisonne, moins il peut croire et se reposer sur le salut en Christ pour quelqu’un qui, si la parole de Dieu est vraie, mérite la condamnation. Il préfère faire confiance à ses propres efforts, avec ou sans Christ, manifestant combien peu il accepte le témoignage de Dieu à la gloire de Christ et à la valeur infinie de Son œuvre. S’il est incroyant et perdu, l’homme qui résiste à la vérité de Dieu et méprise Sa grâce, est encore plus clairement en guerre ouverte avec Dieu, qui le supporte encore aujourd’hui, mais en son temps Il le jugera sûrement. Si un homme apprécie les privilèges qu’il a, mais dédaigne ceux qui sont à sa portée, il est d’autant plus certain de lutter contre cette grâce puisqu’elle tient pour rien tout ce qui est précieux à ses yeux.

 

1.5.1        1 Cor. 1:26-29

L’apôtre invite alors les Corinthiens à considérer leur appel, eux qui n’ont pas été sevrés de leur vieille admiration pour la sagesse, la puissance et le rang de l’homme. Dans l’assemblée de Dieu qu’ils avaient sous les yeux, ils avaient la preuve la plus nette que peu nombreux étaient sages selon la chair, peu nombreux les puissants, peu nombreux les nobles (de haute naissance). Et d’après les rapports de chrétiens venant d’ailleurs, ils savaient forcément que ces mêmes caractéristiques étaient vraies partout. Or l’apôtre va plus loin et montre que ce n’est pas seulement une situation de fait parmi les hommes (1:26), mais une intention de la part de Dieu (1:27-29). Il a choisi les choses folles du monde pour couvrir de honte les hommes sages ; Il a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes. Il a prononcé un jugement tout à fait clair sur ce qui est toujours prêt à séduire le cœur des chrétiens, car ceux-ci aiment pouvoir compter dans leurs rangs des sages et ce qui a la grandeur du monde, comme si quelque chose de ce genre pouvait ajouter de l’éclat à Christ. Dieu n’a-t-Il pas choisi les choses viles du monde, et les choses méprisées, les choses qui ne sont pas, afin de réduire à néant les choses qui sont, pour qu’aucune chair ne se glorifie devant Dieu ? Il n’était pas question de ce qu’eux-mêmes ou leurs circonstances semblaient être, mais de ce qu’ils étaient réellement, pour la plupart, quand Dieu les a choisis. Peu nombreux étaient les saints ayant fait partie des sages ; la plupart savaient ce que c’était d’avoir été arrêtés par l’évangile, puis tirés de l’obscurité et de ce qui n’a ni influence ni importance parmi les hommes. Si Dieu en appelait de tels à la communion de Son Fils, pour être un avec Lui maintenant, pour régner avec Lui bientôt et pour toujours, — si ceux qui, sages, puissants ou nobles par naissance, étaient pour la plupart laissés avec ce qu’ils possédaient, en train de poursuivre tout ce qui les aveuglait quant à la gloire du Christ, et quant à la perspective finale du jugement, — de qui était-ce le péché ? de qui était-ce la grâce ? Mais quelle indignité et quelle inconséquence quand le chrétien brûle pour la chair et ses avantages, ou s’en glorifie ! Qu’un croyant regarde au-dedans ou au-dehors, pourrait-il manquer d’apprendre que nulle chair ne se glorifie devant Dieu ?

 

1.5.2        1 Cor. 1:30a — vous êtes de lui dans le Christ Jésus

Or l’Esprit de Dieu ne peut pas se contenter d’une conclusion négative, si importante soit-elle. Il veut sortir le cœur du vide de la vanité et de l’orgueil de l’homme, et le conduire à la vraie valeur morale, aux provisions de grâce et de sainteté divines, et à la gloire qui ne passe pas. L’apôtre montre que tout cela, et davantage encore, c’est la part du chrétien, et il l’affirme avec force à l’égard de ceux auxquels il s’adressait : « Or vous êtes de lui dans le Christ Jésus » (1:30). Quel immense changement de nature, de position et de relations pour tout chrétien ! Quelle bénédiction pour ceux dont il venait d’exposer sans fard la misère dans le monde et selon la chair ! Et la stabilité de la source n’est pas un brin moindre que celle du caractère de la bénédiction qui est « de Lui », de Dieu dont la grâce nous a donné d’être dans « le Christ Jésus », « qui nous a été fait sagesse de la part de Dieu ». Voilà la réalité, la réalité de bénédictions infiniment précieuses.

 

1.5.3        1 Cor. 1:30b — Christ notre sagesse

Christ a été fait sagesse pour nous de la part de Dieu, car la sagesse est ici la première question ; et la réponse donnée pour le chrétien se trouve en Christ, et Christ crucifié (c’est Lui, et Lui seul, qui met ainsi chacun et chaque chose à sa vraie place) ; et il s’agit là de la partie de sagesse qui se voit, tandis que la folie met tout en désordre, et comprend tout de travers. Si la philosophie laissait Dieu de côté, elle était nécessairement toute fausse. Si elle essayait de L’introduire, elle Le soumettait à l’esprit humain, et cela rendait les affaires pires, pour autant que ce fût possible. Christ a révélé Dieu et a béni l’homme, non pas en passant sous silence son état et ses péchés, mais en souffrant pour lui sur la croix, de sorte que Dieu a été glorifié autant dans Sa mort vis-à-vis du mal, que dans Sa vie vis-à-vis du bien. Il a donc été fait pour nous sagesse de la part de Dieu. La sagesse du monde, la sagesse de la chair n’a pas été simplement mise de coté, mais la sagesse de Dieu nous a été montrée et donnée en Lui.

 

1.5.4        1 Cor. 1:30c — Christ notre justice

Néanmoins la sagesse n’était pas notre seule carence, même si nous en avions grandement besoin, — la sagesse jusqu’en son extrême, non pas seulement dans son commencement qui est la crainte de Dieu (Prov. 9:10 ; Ps. 111:10). Le pécheur n’a aucune justice pour Dieu ; mais Dieu en a pour lui, et ceci en Christ, oui, Christ lui-même, car c’est Lui qui a été fait sagesse pour nous, non pas seulement sagesse de la part de Dieu, mais justice. L’homme est ainsi mis de côté, racine et branche ; Dieu prend Sa place, et donne en Christ tout ce qui nous manque. Il avait amplement testé les efforts de l’homme sous Sa loi, que le Juif tordait pour maquiller une apparence creuse, au lieu de s’y soumettre (Rom. 8:7) pour apprendre par elle sa propre insuffisance et son péché. Mais Christ est aussi sûrement sagesse de Dieu, que justice de Dieu, et Il a été fait justice de Dieu pour nous ; car par Sa mort Dieu est juste et peut justifier le croyant en Jésus. L’homme se reconnaît lui-même comme pécheur (seul le croyant se reconnaît vraiment et pleinement pécheur). La justice est de Dieu, bien que seule l’œuvre de Christ ait pu faire que cette justice ne nous condamne pas, mais nous justifie. En vertu de la croix, Dieu est conséquent avec Lui-même en ce qu’Il nous justifie à la fois gratuitement et en restant juste.

 

1.5.5        1 Cor. 1:30d — Christ notre sainteté

De plus, Christ a été fait « sanctification » [JND : « sainteté » (*)] pour nous. Le Grec se vautrait dans le péché, malgré tous les sentiments qu’il pouvait exprimer ; le Juif se glorifiait dans la loi, mais la violait (Rom. 2:17-24). Christ est la mesure, le moyen et le modèle de la sainteté pour le chrétien ; sans doute l’Esprit est l’agent, et Il opère en maintenant Christ devant nous (non pas en se maintenant, Lui, devant nous). Nous lisons ainsi ailleurs que là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté (2 Cor. 3:17), car là où la loi domine, il y a servitude. Mais nous ne sommes pas sous la loi, mais sous la grâce (Rom. 6:14). Et ce n’est pas tout ; mais « nous tous, contemplant la gloire du Seigneur à face découverte, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur en Esprit » (2 Cor. 3:18).

 

(*) note Bibliquest : Carrez donne « sanctification » et la traduction allemande de C. Briem « sainteté ».

 

1.5.6        1 Cor. 1:30e — Christ notre rédemption

Enfin, Christ nous a été fait « rédemption ». L’ordre des termes dans le verset montre clairement que cela ne signifie pas le pardon des péchés que nous avons, mais cette délivrance complète des effets du péché dans nos corps, que nous attendons à la venue de notre Seigneur Jésus (Rom. 8:23 ; Éph. 1:14 ; 4:30).

 

1.5.7        1 Cor. 1:31 — se glorifier en Christ

Combien la bénédiction de ce que Christ a été fait pour nous est complète ! Quelle joie de ce que non seulement nous pouvons, mais nous devons nous glorifier en Celui qui l’a ainsi ordonné et qui nous a été donné ! Les âmes pieuses vont-elles nous appeler à nous garder de la présomption ? Voilà que l’apôtre, s’appuyant sur Jérémie le prophète (Jér. 9:24), appelle celui qui se glorifie à se glorifier en l’Éternel. Ce n’est donc pas téméraire, ni erroné, mais c’est se glorifier de manière sainte. Nous le Lui devons, et Il le mérite de notre part.

 

2                        1 Corinthiens 2

2.1   1 Cor. 2:1-5

L’apôtre aborde maintenant ce qu’on avait reproché à sa prédication à Corinthe. Il n’avait pas cherché à éviter le scandale de la croix, pas plus là qu’ailleurs. Au contraire, c’était justement ce sur quoi il avait ouvertement insisté dans cette ville de culture intellectuelle et de corruption morale. Cependant l’apôtre se garde ici d’une étroite partialité, et il a soin de mettre en avant Christ personnellement, — non pas de mettre en avant seulement un point de doctrine, fût-ce même celui de la croix, qui est si profond et, à juste titre, tellement absorbant. C’est Jésus Christ qu’il prêchait, et Jésus Christ crucifié. Il évitait les phrases pompeuses et les spéculations subtiles que Corinthe affectionnait.

Ainsi, les frères de Corinthe pouvaient voir la logique, d’un bout à l’autre, de ce qui, chez Paul, constituait une pierre d’achoppement pour l’incrédulité, et que la chair dans les saints aurait préféré envelopper de silence. La croix est-elle la puissance de Dieu pour ceux qui sont sauvés ? Christ crucifié est-Il folie pour les Gentils et une offense pour les Juifs ? La sagesse en parole rend-elle la croix vaine ? L’apôtre, quand il s’était rendu à Corinthe, avait été conduit par Dieu à présenter la vérité d’une manière qui n’était certes pas agréable, mais pourtant tout à fait salutaire, et en même temps spécialement à la gloire de Dieu. Ce n’était pas Jésus et la résurrection (comme à Athènes), ni Son retour pour régner (comme à Thessalonique) ; sans doute aucun de ces éléments ne manquait, mais à Corinthe, l’Esprit le dirigea vers ce qui était approprié pour ce moment-là. Et comme il le dit aux Galates entichés de la loi : « Qu’il ne m’arrive pas à moi de me glorifier, sinon en la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par laquelle le monde m’est crucifié, et moi au monde » (Gal. 6:14). C’est de cette manière qu’il pouvait ici regarder en arrière avec satisfaction sur la prééminence donnée à Jésus Christ, et à Jésus Christ crucifié lors de sa première visite à Corinthe, — ce qu’il avait fait avec décision et conviction. Ce n’est pas simplement ce qui avait eu lieu, mais il jugeait que cela avait été le mieux. Cela ne signifie pas, comme certains l’ont pensé, que malgré toute l’humiliation de la croix, il avait quand même prêché Christ. Un discours aussi incertain ne pouvait provenir de l’apôtre, contrairement à ces commentateurs. Il ne s’agissait pas de Christ bien qu’Il fût crucifié, mais de Christ et Christ crucifié, dans toute la force de l’expression. Il savait bien, et le ressentait profondément, qu’il n’y a rien de comparable à cette croix qui se dresse, seule, en dehors de tout ce qu’il y a eu avant et après : oui, il n’y a rien dans le temps, rien dans l’éternité, qui lui soit semblable, ni qui vienne juste après en second. Car là le péché dans l’homme s’est haussé jusqu’à mettre à mort le Fils de Dieu ; mais en Le mettant à mort, il a été lui-même mis à mort et jugé, afin que la grâce puisse régner par la justice pour la vie éternelle (Rom. 5:21) pour tout croyant.

« Et moi-même, quand je suis allé auprès de vous, frères, je ne suis pas allé avec excellence de parole ou de sagesse, en vous annonçant le témoignage de Dieu ; car je n’ai pas jugé bon de savoir quoi que ce soit parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. Et moi-même j’ai été parmi vous dans la faiblesse, et dans la crainte, et dans un grand tremblement ; et ma parole et ma prédication n’ont pas été en paroles persuasives de sagesse, mais en démonstration de l’Esprit et de puissance, afin que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (2:1-5).

 

2.1.1        1 Cor. 2:1

Au v. 1, il y a une variante de lecture qui lit μνστηριον (mystère) au lieu de μαρτυριον (témoignage) ; cette variante est supportée par les manuscrits Sinaïticus, Alexandrin et palimpseste de Paris (C) et quelques bonnes cursives et versions très anciennes. Il ne peut y avoir aucun doute, à mon avis, que cette variante de lecture n’est pas correcte. Non seulement elle est erronée, mais c’est une erreur qui détruit la beauté et le sens du passage. Car l’apôtre met en contraste l’usage qu’il a fait de la vérité révélée quand il s’est occupé d’âmes telles que celles de Corinthe, lorsqu’il leur a apporté l’évangile pour la première fois, et ce qu’il ferait normalement avec des gens qui se soumettent simplement et totalement à Christ. Le mystère dans toute ses profondeurs cachées et toute sa gloire céleste, il le place devant ceux qu’il appelle « les parfaits » (2:6), c’est-à-dire les hommes faits (adultes), bien établis dans le christianisme ; mais il n’en est pas ainsi avec les petits enfants non encore formés dans la vérité de l’évangile.

 

2.1.2        1 Cor. 2:2

D’où les paroles d’introduction. L’apôtre n’était pas venu avec excellence de parole ou de sagesse quand il avait annoncé à Corinthe le témoignage de Dieu : ce témoignage les appelait, comme tous les hommes, à se repentir, et dans ce but il témoignait de Jésus Christ et de Jésus Christ crucifié. Pour cela, Paul avait jugé bon de s’en tenir au commencement de l’évangile dans cette ville de plaisirs. Les âmes plus mûres ont besoin de Christ de toute manière, Christ ressuscité, Christ à la droite de Dieu, et Christ revenant en gloire. Ici il présentait Sa personne, spécialement comme Le crucifié. Ce n’était pas une philosophie, mais une personne et une œuvre divines. Les « parfaits » ont besoin de beaucoup plus, et sans restrictions ; et c’est là que la sagesse cachée de Dieu dans le mystère caché dès les siècles et dès les générations (Col. 1:26) devient si importante : non pas qu’il y ait de la réserve de la part de Dieu, mais l’état des âmes est tel que certains ont besoin de lait comme des petits enfants, tandis que d’autres déjà établis en Christ, ont besoin d’aliments solides : toute la vérité de Dieu est à leur disposition, car en effet ils en ont besoin en totalité.

 

2.1.3        1 Cor. 2:3

Mais de plus le ton et la manière de l’apôtre étaient appropriés au message qu’il apportait. Il repoussait toute méthode artificielle, soit au niveau de la pensée soit au niveau du langage habillant cette pensée, afin que la vérité de Dieu s’adressât directement au cœur des hommes. C’est ainsi qu’il était avec les Corinthiens « dans la faiblesse, et dans la crainte, et dans un grand tremblement ». Ce n’est pas l’état idéal dans lequel les hommes s’imaginent le grand apôtre ! Mais par grâce, un sens si profond de sa faiblesse était sa force, et inversement la recherche de puissance par les Corinthiens était leur faiblesse. Son seul désir était d’exalter Dieu, reconnaissant le néant et la culpabilité de l’homme, — et il avait une crainte anxieuse que la moindre parole de sa part n’obscurcisse Sa vraie gloire, mais que [ses paroles] puissent être un témoignage de Dieu rendu à Jésus Christ et en Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. C’est pourquoi sa parole et sa prédication (la chose prêchée, non pas simplement la manière de prêcher) n’était pas conforme à la rhétorique des écoles, mais elles laissaient le champ libre à l’Esprit de Dieu.

 

2.1.4        1 Cor. 2:4-5

Les saints abhorraient-ils alors le pain du ciel ? Languissaient-ils après les poireaux et les oignons (Nombres 11:5) et la viande en pots (Ex. 16:3) de l’Égypte ? L’apôtre n’était pas quelqu’un à satisfaire leurs goûts naturels. Lui au moins était fidèle à Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. Il ne cherchait pas à gagner en faisant étalage de son extraordinaire capacité, ni en étalant les merveilles de la Parole divine qu’il aurait pu facilement présenter de manière à éblouir l’esprit corinthien ; il ne s’abaissait pas à formuler ces précieuses vérités avec une diction attrayante pour oreilles raffinées. Le sujet et la manière qu’il jugeait les meilleurs pour la gloire de Dieu étaient ce qui versait le mépris sur l’homme, et qui ne visait que la démonstration de l’Esprit et la puissance, afin que leur foi ne reposât pas sur la sagesse humaine, mais sur la puissance de Dieu. Car, dans la mesure où les prédicateurs remplissent les hommes d’admiration pour leur style particulier de pensée ou d’expression, il est évident qu’ils sont d’autant plus faibles dans l’Esprit, et attirent à eux-mêmes au lieu d’éclairer les âmes et de les établir dans la vérité par laquelle l’Esprit agit en puissance. Une autre marque d’enseignement malsain (trop abondant à Corinthe) est de produire du dégoût pour tout ce qui n’est pas le prédicateur favori et dans sa ligne. Ce n’est pas que le cœur n’ait pas de quoi bénir Dieu pour l’instrument, mais l’effet de la ligne de conduite d’un Paul est de maintenir intactes la gloire du Seigneur et Sa vérité, afin d’éviter la tendance naturelle à constituer des écoles ou une clique avec son meneur, et afin de garder les saints dans la pleine liberté et une sainte confiance devant Dieu par la foi. Puissions-nous être aussi résolus que cet apôtre, dont les paroles nous occupent ici (elles sont de Dieu ) !

 

2.2   1 Cor. 2:6-10

2.2.1        1 Cor. 2:6

L’apôtre explique ensuite son attitude envers ceux qui étaient établis dans la foi chrétienne, les « parfaits » [ou : hommes faits] comme ils sont désignés ici et ailleurs. Pour ceux-ci il met en évidence beaucoup plus que Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. Il n’y a pas de limite ni de réserve. Y avait-il eu une vérité cachée dans l’Ancien Testament, des choses secrètes appartenant à l’Éternel, en contraste avec les choses révélées relatives à Israël et à leurs enfants ? Aucune d’elles ne sont plus cachées maintenant, mais elles sont partagées par le Père avec Ses enfants pour la gloire de Christ Son Fils. Elles constituent notre part propre, ce dont nous avons besoin.

C’est pourquoi il dit : « Or nous parlons sagesse parmi les parfaits, sagesse toutefois non pas de ce siècle, ni des chefs de ce siècle qui aboutissent dans le vide. Mais nous parlons la sagesse de Dieu en mystère, la [sagesse] cachée, laquelle Dieu a prédéterminée avant les siècles pour notre gloire ; qu’aucun des chefs de ce siècle n’a connue (car s’ils l’avaient connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire), — mais selon qu’il est écrit : «Ce que l’œil n’a pas vu, et que l’oreille n’a pas entendu, et qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment», — mais Dieu nous l’a révélée par son Esprit ; car l’Esprit sonde toutes choses, même les choses profondes de Dieu » (2:6-10).

Ce n’est donc pas que la «sagesse» manquât dans l’ordre chrétien, ni qu’elle pût manquer, car Christ qui y est tout, est la sagesse de Dieu ; et le caractère de celle-ci, sa hauteur, sa profondeur, sa largeur et son étendue sont propres à Dieu. C’est pourquoi elle convient à Ses enfants, au moins ceux qui sont sevrés du premier homme et du monde, dans lequel ce premier homme cherche activité et exaltation. En un mot, cette sagesse convient au « parfait» ou adulte, non pas aux petits enfants qui sont absorbés par leurs besoins personnels, et auxquels il faut, au mieux, du lait, non pas de la viande dont ceux qui ont plus de maturité ont besoin pour se nourrir.

Entièrement en dehors de cette sagesse dont Paul a parlé, se trouve « ce siècle », le train de ce monde tel qu’il est maintenant ; il n’est pas restreint aux classes inférieures, mais il inclut ses « chefs » « qui aboutissent dans le vide » (ce à quoi ils ne s’attendent guère) et ceux qui convoitent leur place. Bénie soit la grâce qui a révélé les pensées du ciel à l’homme sur la terre ! Voilà la sagesse de Dieu dont l’apôtre parlait habituellement et de manière caractéristique, auprès de ceux auxquels il était approprié de parler. Cette sagesse était « en mystère », ce qui ne veut pas dire qu’il s’agît de quelque chose d’inintelligible, vague ou obscur, mais c’était une vérité qui ne pouvait être découverte par l’esprit humain, et n’avait jamais été donnée à connaître auparavant dans les oracles vivants de Dieu (Actes 7:38). Ceux que l’apôtre voulait faire entrer dans cette sagesse de Dieu étaient les fidèles déjà établis sur les grands fondements du christianisme. Tous ceux qui ignorent Christ ou s’opposent à Lui aboutissent dans le vide : Christ est la puissance de Dieu autant que Sa sagesse.

 

2.2.2        1 Cor. 2:7

Mais si Christ est la sagesse de Dieu, comme Il l’est assurément, il ne s’agit pas simplement d’une gloire qui Lui est personnelle, mais c’est la sagesse « en mystère ». Elle n’est pas Christ tel qu’Il a été présenté ici-bas à la responsabilité de l’homme, surtout des Juifs ; elle n’est pas non plus Christ quand Il reviendra comme le Fils de l’homme dans Son royaume universel qui ne passera pas. Elle est Christ exalté en haut, et investi d’une gloire nouvelle, en dehors de toutes les anciennes révélations, — une gloire fondée sur la croix où le monde, conduit par son prince, L’a rejeté, mais où Il a été glorifié en Dieu, et a été donné comme chef [ou : tête] sur toutes choses à l’assemblée qui est Son corps (Éph 1:22). C'est pourquoi l’apôtre ajoute au sujet de la sagesse, qu’elle était « la sagesse « cachée », laquelle Dieu avait prédéterminée avant les siècles pour notre gloire ». Cela ne faisait aucunement partie de Ses voies, ni en création ni en providence. La loi n’en a jamais parlé, et le peuple élu sous la loi ne l’a pas cherchée. Et même, non seulement les prophètes l’ont entièrement ignorée, mais l’Esprit n’en a jamais parlé dans Ses anciennes communications, — bien qu’une fois révélée, on ait pu voir ici ou là, dès le commencement et tout du long, des allusions montrant que bien sûr Il savait tout, et en disait assez pour justifier ses principes même lorsqu’ils différaient beaucoup de tout ce qui avait été en vigueur entre temps.

 

2.2.3        1 Cor. 2:8

Mais quand l’épreuve patiente et complète de la responsabilité de l’homme s’est achevée à la croix, et que celle-ci a montré à la fois son péché et sa ruine, la ruse et la folie de Satan, la bonté parfaite de Dieu et Sa sagesse, ce fut alors le moment approprié pour mettre au grand jour ces conseils de Dieu en Christ pour notre gloire, qui étaient prédéterminés dès avant l’histoire douloureuse de l’homme, avant même que le monde ait été créé comme la sphère où sa responsabilité serait testée. L’homme est encore entièrement ignorant de tout cela, comme il l’était alors, et « les chefs de ce siècle » plus que tout autres, sinon autant. Aucun d’eux ne l’a connu quand Jésus était ici-bas, à l’exemple des habitants de Jérusalem et de leurs chefs qui n’ont pas connu Jésus, mais ont accompli les paroles des prophètes qui étaient lues et sont lues chaque sabbat, en Le jugeant et Le mettant à mort (Actes 13:27), — ainsi « aucun des chefs de ce siècle n’a connu » la sagesse de Dieu, « (car s’ils l’avaient connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire) » ; cependant eux aussi, comme de simples instruments, ils ont posé la base pour cette sagesse. Car la croix de Christ sur la terre répond à la gloire de Dieu dans les cieux, et réciproquement la gloire de Dieu répond à la croix. Fait merveilleux : un homme exalté sur tout l’univers, ressuscité et glorifié à la droite de Dieu, toutes choses étant mises sous Ses pieds ! Ce n’est pas seulement une affaire de foi, mais aussi la révélation en est donnée à connaître, car c’est seulement maintenant depuis la croix et l’ascension qu’il s’agit d’un fait. Mais c’est un fait, et un fait révélé au chrétien, totalement distinct de toutes les espérances de l’Ancien Testament, et différent de ce qui sera réalisé lorsque le royaume viendra en puissance et en gloire manifestes aux jours millénaires.

 

2.2.4        1 Cor. 2:9-10

De manière frappante, l’apôtre poursuit en faisant ressortir la nouveauté de ce travail de Dieu et de Sa parole en termes trop souvent pervertis par une mauvaise compréhension : on a pris cela pour une simple confession de l’ignorance propre aux temps antérieurs à la résurrection du Seigneur et au don du Saint Esprit. C’est une application d’Ésaïe 64:4, non pas une illustration de ce passage, mais un contraste complet. Le prophète juif (Ésaïe) fut très logiquement inspiré d’arrêter de s’occuper de l’incapacité reconnue de l’homme à percer le voile qui cache la bénédiction future préparée par Dieu pour celui qui s’attend à Lui. Il n’en était pas ainsi de l’apôtre chrétien, car le voile est déchiré, et nous sommes invités à nous approcher maintenant en pleine liberté par le sang de Jésus (Héb. 10:19-22). Ainsi toutes choses sont à nous, les choses à venir comme les actuelles (1 Cor. 3:21-22). Nous regardons aux choses invisibles et éternelles ; nous recherchons et avons nos pensées aux choses qui sont en haut, non pas aux choses qui sont sur la terre. Il est vain de dire qu’elles sont cachées à l’homme. Elles l’étaient, mais assurément elles sont révélées maintenant aux enfants de Dieu. Elles sont révélées pour que nous ne doutions pas, et que nous ne restions pas dans l’obscurité, mais que nous croyions. C’est ce qu’affirme l’apôtre avec insistance. Ce que Dieu a préparé pour ceux qui L’aiment, Il nous l’a révélé par l’Esprit.

Limitez-vous Sa compétence ou mettez-vous en doute Sa volonté de nous montrer toute la vérité par amour divin, y compris les choses à venir ? Il est ajouté expressément, comme pour remédier à notre hésitation : « car l’Esprit sonde toutes choses, même les choses profondes de Dieu » (2:10b). Une telle déclaration peut bien réduire au silence tout argument d’incrédulité, si disposée, hélas ! à se confier dans la capacité de l’homme autant qu’à se méfier de la puissance en grâce de Dieu à notre égard. L’Esprit qui sonde tout et connaît tout, est aujourd’hui dans le croyant à qui tout est révélé dans la Parole écrite de Dieu. Celui qui sonde les profondeurs de Dieu est capable d’instruire Ses enfants ; et Il est à la fois prêt à le faire et capable de le faire, étant ici-bas pour cela, ainsi que pour d’autres desseins d’amour dignes de Dieu en vertu de la rédemption de Christ.

 

2.3   1 Cor. 2:11-12

C’est donc par le Saint Esprit que Dieu nous a révélé ce qui était autrefois caché ; et Il est parfaitement capable de le faire, vu qu’Il sonde les choses profondes de Dieu, étant Dieu Lui-même. C’est ce que l’apôtre illustre par une analogie tirée de la nature humaine : « Car qui des hommes connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? Ainsi personne ne connaît (*) les choses de Dieu non plus, si ce n’est l’Esprit de Dieu. Mais nous, nous avons reçu, non l’esprit du monde, mais l’Esprit qui est de Dieu, afin que nous connaissions les choses qui nous ont été librement données par Dieu » (2:11-12).

 

(*) Le sens est bien « connaître consciemment ».

 

Aucun homme ne sait ce qu’il y a dans l’esprit d’un autre. On peut faire des conjectures plus ou moins exactes, mais personne ne peut connaître intérieurement ce qui est dans les pensées d’un autre esprit et qui ne lui a pas été communiqué. L’esprit de l’homme se connaît lui-même, et il ne connaît personne d’autre. Non seulement les animaux inférieurs à l’homme dans l’échelle de la création n’ont pas accès à sa connaissance, mais ses semblables non plus. De la même manière, mais avec une force incomparablement plus grande, nul ne peut arriver à connaître les choses de Dieu, à moins qu’elles ne lui soient révélées : seul l’Esprit de Dieu les connaît. Or voilà le privilège inestimable du chrétien. Ce n’est pas l’esprit du monde que nous avons reçu, mais l’Esprit qui est de Dieu, et nous L’avons reçu dans le but exprès de connaître d’une connaissance intérieure, les choses qui nous sont données librement par Dieu.

Nous sommes dans la relation consciente d’enfants, et nous n’avons pas simplement une connaissance objective acquise, mais nous réalisons ce que Dieu a accordé à nos esprits. Certains courtisent-ils l’esprit du monde ? Quelle déchéance pour un chrétien ! Quel oubli de nos relations nouvelles, divines et éternelles par le Seigneur Jésus ! Ici il est question de connaître par le Saint Esprit les choses qui nous sont librement données par Dieu, et c’est dans ce but que l’Esprit est donné au croyant, maintenant que Christ est venu et a accompli la rédemption. Là où le sang a été mis, l’huile peut suivre, cette onction de la part du Saint (1 Jean 2:20) par laquelle même les petits enfants en Christ connaissent toutes choses. Car la grâce qui lui a donné librement toutes choses avec le propre Fils de Dieu, le met dans la connaissance consciente de tout, et dans la joie de la communion ; et cela ne peut être que par l’Esprit Saint de Dieu, qui donc nous oint [donne l’onction] une fois que nous sommes établis en Christ, c’est à dire lorsque nous Lui sommes fermement attachés.

 

2.4   1 Cor. 2:13 — communiquant des choses spirituelles par des paroles spirituelles

Or l’apôtre nous parle de quelque chose de plus que cette connaissance surnaturelle donnée par l’Esprit. Pour qu’on puisse jouir des choses de Dieu, celles-ci devaient être communiquées divinement ; les instruments choisis pour cela ne pouvaient bien sûr pas être rendus infaillibles, car cette qualité n’appartient qu’à Dieu, mais ils devaient être parfaitement guidés dans l’annonce de la vérité, et être gardés de toute erreur dans leur tâche. C’est cela l’inspiration, son fruit permanent étant les Écritures que nous possédons par la bonté de Dieu. Le principe est énoncé au v. 13 : « choses… desquelles aussi nous parlons, non point en paroles enseignées de sagesse humaine, mais en paroles enseignées de l’Esprit, communiquant des choses spirituelles par des [paroles] spirituelles (*) » (2:13).

 

(*) Le manuscrit du Vatican et une bonne cursive (17) donnent πνευματικως, c’est-à-dire « spirituellement » ; le manuscrit Porphyrien a l’Esprit communiquant (συνκρινοντος), non pas nous. — note Bibliquest : JND traduit « par des [moyens] spirituels », Carrez traduit « en termes spirituels ».

 

Il est bien connu que le dernier membre de phrase (2:13b) a été diversement interprété, les uns ou les autres donnant des sens différents à συνκρινοντες (communiquant), à πνευματικοις (par des [paroles] spirituelles), et même à πνευματικα (des choses spirituelles). Ainsi Chrysostome, Théodoret, etc. considèrent que cela signifie : « expliquant des vérités spirituelles [du Nouveau Testament] par des témoignages spirituels [de l’Ancien Testament] ». À l’encontre de cet avis, Théophylacte et H. Grotius, et d’autres ont une vue un peu moins tirée par les cheveux : « expliquant ce que les prophètes conduits par l’Esprit ont dit par ce que Christ nous a ouvert par Son Esprit ». Mais Théophylacte a proposé aussi une voie qui a prévalu au moyen-âge, et a été courante jusqu’à nos jours : il s’agit de prendre πνευματικοις comme un masculin, ce que le Doyen Alford qualifie de «clairement erroné» dans plusieurs éditions de son Testament grec, mais qu’il a donné comme juste dans son Nouveau Testament révisé (1870), comme Wyclif en 1380.

Par ailleurs, la Version Autorisée anglaise a préféré donner à συνκρινοντες (*) le sens de « comparant » comme dans la Syriaque, la Vulgate, etc. plutôt qu’« expliquant » ; toutes les autres versions anglaises du début allaient dans le même sens, sauf celle de Genève. Sans doute c’est une impulsion naturelle d’utiliser un sens qui est incontestablement à utiliser en 2 Cor. 10:12 pour le même mot qu’en 1 Cor. 2:13 : de même Tyndale (1534), Cranmer (1539), et peut-être la version de Reims (1582), bien que je ne sois pas très sûr de ce que veut dire «comparant des choses spirituelles au spirituel», du fait que ce dernier terme peut être compris comme un masculin aussi bien que comme un neutre. La version de Genève (1557) donne : «joignant des choses spirituelles avec des choses spirituelles», je présume d’après Calvin, Bèze, Piscator, etc.

 

(*) Note Bibliquest : ici et dans les paragraphes précédent et suivant, nous avons laissé συνκρινοντες comme écrit par l’auteur, alors que C.Briem et Carrez écrivent συγκρινοντες.

 

Pour comprendre la pensée de Dieu dans le membre de phrase en question (2:13b), il y a deux éléments qui, en général, n’ont pas été pris en compte de manière adéquate. Premièrement le contexte, comme ailleurs, aide à trouver le sens de συνκρινοντες (communiquant) exigé ici. Or il est certain que, dans ce verset 13, l’apôtre ne décrit ni la révélation des choses divines que l’Esprit de Dieu seul connaît et peut donner (2:10-12), ni la réception de ce qui est révélé, qui est due à la puissance de l’Esprit (2:14-15), mais il décrit le processus intermédiaire de transmission, par des mots, de choses spirituelles qui sont révélées de manière à être reçues par l’homme spirituel. Secondement comme συνκρινοντες paraît poursuivre la pensée du verset 13 de dire les choses de Dieu à d’autres, ainsi ανακρινεται (= se discernent ; 2:14) est également caractéristique de la manière et des moyens de réception. Comme le premier de ces termes exprime avec justesse le fait de mettre ensemble (συνκρινοντες) des choses spirituelles avec des mots spirituels de manière à fournir un ensemble concret (la Parole de Dieu), ainsi l’homme spirituel ανακρινει π. (juge, ou : discerne), c’est-à-dire exerce l’action conséquente, qui est celle d’approfondir et d’examiner minutieusement — un sens commun au Nouveau Testament et à la version des Septante (1 Sam. 20:12 ; Actes 17:11). Ανακρ. était un mot utilisé techniquement en grec courant pour l’enquête préliminaire tendant à déterminer la recevabilité d’une action.

C’est pourquoi à mon avis les sens de « comparant » ou d’« expliquant » sont exclus ici ; et quand nous examinons ce passage parallèlement à la seconde épître (2 Cor. 10:12), on peut voir facilement et avec certitude que la construction diffère totalement, bien que Parkhurst soit assez téméraire pour dire le contraire. Car dans la seconde épître, c’est une question de personnes seulement, et donc « comparant » donne le sens juste. C’est ce que dit justement Wahl dans sa seconde édition, bien que d’après la note de Rose à Parkhurst, il semblerait que, dans sa première édition avec Schleusner, il ait expliqué la phrase de 2 Cor. 10:12 comme signifiant : « nous ne pouvons supporter de nous engager ou de nous y mêler » etc — un sens assurément médiocre (*).

 

(*) note Bibliquest : au lieu de « Nous n’osons pas nous ranger et nous comparer ».

 

Ici, dans une des phrases, sinon les deux [2:13 et 2:14], il est question de choses, et donc l’analogie disparaît. Dans la version des Septante qui fournit si constamment la source véritable du langage grec du Nouveau Testament, nous trouvons le verbe et ses dérivés utilisés dans des sens plus appropriés à ce qu’exige notre texte, comme cela a été souvent remarqué. Comparez Genèse 40:8, 12, 16, 18, 22 ; 41:12 (deux fois), 15 (deux fois) ; Daniel 2:4-45 (treize fois) ; Daniel 4 (sept fois); Daniel 5 (huit fois ), où le sens est «interpréter» ou «interprétation». De plus nous avons Nombres 15:32, où il signifie «déterminer» ; également Nombres 9:3, Nombres 29 six fois dans le sens d’« ordonnance », etc.

Il est certain alors que le sens le plus courant dans la version des Septante, si familier aux auteurs et aux premiers lecteurs du Nouveau Testament, est celui de faire connaître la pensée de Dieu précédemment cachée, et formulée sous forme d’un rêve ou d’une vision ; et que le mot était aussi appliqué à une détermination par un juge ou un législateur parlant pour Dieu. À partir de là et par une transition facile, l’apôtre fut inspiré à utiliser ici le mot dans le sens de «communiquer» (ou, dans un usage similaire, d’«exposer») les choses spirituelles par des paroles spirituelles. «Communiquer» me semble toutefois meilleur qu’«exposer», car moins ambigu, du fait qu’il s’agit ici du fait de transmettre et de la forme appropriée de la transmission de vérités spirituelles — plutôt que de les «exposer» ou de les expliquer quand elles ont été exprimées par des paroles, ce qui est la fonction du docteur, et n’est pas du tout le cas de ce passage. Il est évident pour celui qui pèse tout cela que, quoique dans certains cas συνκρισις puisse sembler vouloir dire à peu près la même chose que εξηγησις [exégèse] appliqué à de tels sujets, il va vraiment plus loin. Par exemple, la tâche de Joseph ou celle de Daniel allait bien au-delà de celle d’un commentateur ordinaire de l’Écriture ; et le mot qui décrit dûment leur tâche, pouvait facilement passer au sens de communiquer des choses de Dieu jusque-là inconnues, dans un langage adapté à ceux auxquels ils s’adressaient. Je suis assuré que c’est l’idée dans le verset que nous étudions.

L’apôtre montre alors qu’enseigner les paroles pour communiquer la vérité de Christ maintenant n’est le fait d’aucune sagesse humaine, mais de l’Esprit. Combien cette sagesse humaine est donc nulle dans les choses divines ! Pourquoi les Corinthiens voyaient-ils les choses différemment ?

 

2.5   1 Cor. 2:14-16

Il y a une autre leçon tout aussi importante à sa place : l’incapacité de l’homme sans le Saint Esprit non seulement de connaître ou de communiquer, mais même de recevoir la vérité de Dieu. « Or l’homme naturel [JND : animal] ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie ; et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement. Mais celui qui est spirituel discerne toutes choses ; mais lui n’est discerné par personne ; car «qui a connu la pensée du Seigneur pour qu’il l’instruise» ? Mais nous, nous avons la pensée de Christ » (2:14-16).

C’est une déclaration importante dans tous ses éléments. Pour l’apôtre, l’« homme naturel » signifie l’homme tel qu’il naît et grandit, sans qu’il soit né de Dieu ni que le Saint Esprit lui ait été donné. Il peut être hautement érudit, scientifique, intellectuel et raffiné — néanmoins jusqu’à ce qu’il ait reçu l’Esprit, il est ψυχικος [naturel, animal]. Il ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont folie pour lui ; il ne peut pas non plus les apprendre de manière à se les approprier, en saisissant leur vérité, parce qu’elles se discernent spirituellement ; or il n’a pas l’Esprit de Dieu puisqu’il ne croit pas en Christ. D’un autre côté, l’homme spirituel est non seulement quelqu’un de renouvelé, mais il est dans la puissance de l’Esprit. Il a donc une source divine de discernement et en même temps, il est au-delà de la portée de tous ceux qui sont dépourvus de l’Esprit.

C’est en vertu de l’Esprit de Dieu que le croyant occupe maintenant une position aussi étonnante : capable de discerner toutes choses, mais étant lui-même en dehors du discernement de l’homme. Combien la folie des saints de Corinthe (et d’ailleurs) était grande de languir après la sagesse humaine ! Ce qui rend ceci encore plus frappant, c’est l’application que l’apôtre rattache à Ésaïe 40:13 (cité au v. 16). Car le prophète insiste là sur la suprématie de l’intelligence de l’Éternel, comme auparavant sur celle de Sa bonté et de Sa puissance infinies. Il est insondable Lui-même, mais Il sonde tout : « Qui a mesuré [JND : dirigé] l’Esprit de l’Éternel, et l’a instruit comme l’homme de son conseil ? » Dans les choses divines, le chrétien ne dépend pas des mesures de l’homme ni de son instruction, et cela par l’Esprit de Dieu qui demeure en lui. Ainsi, l’utilisation d’Ésaïe 64 (cité au v. 9) rend témoignage à ceci : comme le cœur de l’homme n’avait pas conçu avant le monde le dessein de Dieu pour notre gloire (non pas seulement de nous les nations, comme Kimchi l’avance, mais de l’homme en général, y compris Israël), Dieu l’a révélé maintenant que Christ est crucifié et qu’Il a été reçu en haut dans la gloire, — et Il l’a révélé par le Saint Esprit envoyé du ciel pour être en nous et avec nous. Mais l’utilisation d’Ésaïe 40 (v. 13) va plus loin, car l’apôtre attribue au chrétien la pensée (νουν) ou l’intelligence de Christ (2:16b), en qui est la sagesse de Dieu ; et ainsi il nous attribue maintenant par grâce, comme possédant l’Esprit Saint, ce qui appartient de manière caractéristique à Dieu, et est totalement indépendant de l’homme et introuvable par lui.

En bref, comme la révélation de la sagesse cachée de Dieu vient de l’Esprit Saint, il en est ainsi de l’inspiration qui la communique, et c’est également vrai de sa réception, bien qu’avec un caractère plus général. Dans l’évangile tel que Paul le connaissait et l’a fait connaître – dans le mystère de l’évangile – il était apporté une vérité positivement nouvelle, qu’ignoraient non seulement les Gentils, mais aussi Israël et les hommes universellement. Mais maintenant elle a été révélée, communiquée et reçue par et dans l’Esprit. Lui seul pouvait la faire connaître, et pareillement Lui a donné les paroles qui ont été le support approprié à sa communication, et Lui nous rend capables de la recevoir.

Combien est infinie la dette du chrétien, non seulement envers le Père et le Fils, mais envers l’Esprit Saint ! L’évangile de Paul était pure vérité pour l’homme, et pure vérité par l’homme : puissions-nous nous être jugés nous-mêmes, afin de la recevoir dans la même pureté. C’est la chair — la nature de l’homme — qui s’oppose toujours à l’Esprit de Dieu. Certains considèrent ce sur quoi l’apôtre insiste comme étant surnaturel, et ils œuvrent les uns d’une manière les autres d’une autre, pour ramener l’Évangile au niveau du sens commun. Permettez-moi de les avertir : s’ils réussissent dans leur dessein pour eux-mêmes ou pour d’autres, ils ont perdu la vérité pour Dieu ; or Dieu ne veut pas, pour plaire à l’homme, renoncer à Son dessein de glorifier ainsi Christ par le Saint Esprit.

Rendre le christianisme naturel, c’est simplement le ruiner. Seule l’Écriture établit une ligne de démarcation profonde et nette entre la révélation et l’inspiration de la vérité d’un côté, et la réception de celle-ci d’un autre côté, — quoique tout soit de l’Esprit, et soit par Lui seul, d’un vrai profit spirituel. En effet, il est évident que, si la communication par ceux qui étaient employés comme instruments de Son inspiration n’avait pas été parfaite, la révélation de Dieu n’aurait pas été non plus parfaite ; et par conséquent l’autorité de Dieu attachée à leurs écrits aurait été non seulement une illusion, mais aussi une tromperie ; car Christ et les apôtres les traitent comme étant autant la parole de Dieu que ce qu’Il a proféré sans intervention humaine. Si ce n’était pas l’infini introduit dans le fini, nous ne pourrions nous fier à rien comme étant la vérité divine ; nous aurions le fini et rien d’autre. Tandis que la parole de Dieu, comme Christ Lui-même, c’est Dieu pénétrant dans nos circonstances, et cela pour nous donner Sa propre grâce et Sa vérité à la perfection. Qu’en faisons-nous ? - c’est une autre question, et pour cela, nous sommes dépendons entièrement de l’Esprit de Dieu. Mais Celui-ci nous est donné, et nous avons la pensée de Christ.

 

3                        1 Corinthiens 3

3.1   Résumé de ce qui précède au ch. 2

Voilà donc l’ample provision de Dieu, complète et parfaite, pour la bénédiction de Ses enfants par la vérité et à Sa gloire. Son Esprit est partout l’agent et la puissance, tandis que Christ est l’objet présenté, et que Son œuvre est la base et le moyen efficaces, dont la source se trouve toute dans Ses conseils souverains. C’est le Saint Esprit qui révèle et communique par des paroles appropriées, mais aussi qui rend le croyant capable de recevoir les choses de Dieu. Et cela conduit au contraste entre celui qui est spirituel, qui discerne toutes choses, et l’homme naturel qui ne reçoit pas les choses de l’Esprit, et ne peut pas les connaître.

 

3.2   1 Cor. 3:1-4

Il n’est toutefois pas dit que les saints de Corinthe fussent des hommes « naturels », car cela aurait voulu dire qu’ils n’étaient pas nés de Dieu. Or l’apôtre ne le dit pas, ni ne veut le dire, mais il voulait plutôt dire qu’ils étaient « charnels » : c’est-à-dire que la chair avait encore des attraits pour eux. Elle n’était pas jugée, ni détectée en principe, ni haïe sous toutes ses formes et à tous les degrés. Ils appréciaient encore ce qui était de l’homme comme tel, la sagesse, la capacité, l’éloquence. Ils n’avaient pas le sens correct de l’absence de valeur de la nature dans les choses divines. « Charnel » ne décrit pas ceux qui sont morts dans leurs péchés, mais ceux qui, bien que vivifiés par l’Esprit, ou bien ne sont pas encore affranchis (comme dans Rom. 7) ou bien sont encore ballottés par l’influence des hommes et de la nature non jugée — je ne dis pas la nature dans son immoralité, mais dans son estime d’elle-même. C’est cette dernière que l’apôtre a à l’esprit. Les Corinthiens pouvaient être des petits enfants en Christ, mais ils n’étaient pas spirituels.

« Et moi, frères, je n’ai pas pu vous parler comme à des hommes spirituels, mais comme à des hommes charnels (*), comme à de petits enfants en Christ. Je vous ai donné du lait à boire, non pas de la viande, car vous ne pouviez pas encore [la supporter], et même maintenant encore vous ne le pouvez pas, car vous êtes encore charnels. Car, puisqu’il y a parmi vous de l’envie et des querelles (2*), n’êtes-vous pas charnels et ne marchez-vous pas à la manière des hommes ? Car quand l’un dit : Moi, je suis de Paul ; et l’autre : moi, je suis d’Apollos, n’êtes-vous pas des hommes (3*) ? » (3:1-4).

 

(*) Les plus anciennes autorités (aleph, A B C D 17 67 71, et quelques pères grecs, qui cependant varient par ailleurs) donnent ici σαρκινοις ; tous lisent ce mot au verset 3 dans les deux occurences, sauf D F G ne le lisent qu’à la seconde occurrence. La différence est que σαρκινος signifie physiquement de chair (2 Cor. 3:3 ; Héb. 7:16) ; tandis que σαρκικος suppose une volonté charnelle (1 Pierre 2:11 ; 1 Cor. 3:3 ; 2 Cor. 1:12 ; 10:4) quand il n’est pas utilisé avec un sens général comme en Romains 15:27 et 1 Cor. 9. En Rom. 7:14 les meilleures autorités (aleph A B C D E F G et beaucoup de cursives, etc.) donnent σαρκικος contrairement au Texte Reçu. Ici l’importance est grande du point de vue dogmatique. La question principale est de savoir lequel des deux mots se trouve en 1 Cor. 3:1. À propos de Hébreux 7:16 Tischendorf dit que, aux temps apostoliques, les deux formes étaient sans doute appliquées avec le même sens, et il en donne pour preuve Romains 7:14 et 1 Cor. 3:1 ; mais ces références prouvent qu’en réalité, l’Écriture fait la différence, laquelle découle de la structure différente de chaque mot. — note Bibliquest : Carrez utilise σαρκινοις au v. 1 et σαρκικοι au v. 3 dans les deux occurrences.

(2*) Le Texte Reçu ajoute και διχοστασιαι (et des divisions) sur l’autorité de plusieurs manuscrits onciaux et de cursives, mais contrairement aux meilleures copies (aleph A B C P 23. 46. 57. 71. 74. etc., versions Vulgate, Copte, Arménienne, Éthiopienne, et plusieurs pères grecs et Latin).

(3*) Le Texte Reçu lit σαρκικοι (de chair) à la fin du verset 4, mais le poids de l’autorité est nettement en faveur de ανθρωποι (des hommes) : aleph A B C D E F G, etc., la plupart des anciennes versions et pères.

 

Ainsi la raison que l’apôtre donne maintenant pour son insistance auprès des Corinthiens sur les vérités élémentaires de Christ, c’est leur propre état. Ils n’étaient pas spirituels, mais charnels. Quel coup porté à leur auto-satisfaction ! S’ils n’étaient que des petits enfants en Christ, quelle autre nourriture pouvait convenir ? La preuve certaine en était cette grande envie de la sagesse du monde, cette admiration pour elle : car la chair trouve son plaisir dans ce qui est de l’homme, tandis que l’Esprit donne de jouir de ce qui est de Dieu.

Il est cependant tout à fait erroné de supposer que tous les chrétiens sont « spirituels » au sens où ce terme est utilisé au ch. 2 ; ce sens ne diffère d’ailleurs pas du tout du sens de ce mot au ch. 3. Dans les deux cas il désigne ceux qui ne sont pas simplement vivifiés, mais aussi marchent, sentent et jugent par l’Esprit. Dire au ch. 2 qu’on discerne toutes choses, mais qu’on n’est discerné par personne, fait passer un message aussi fort que le contraste avec le caractère charnel du ch. 3. L’erreur est de supposer que l’apôtre ne considère que deux classes, alors qu’il parle de trois : l’homme naturel, l’homme charnel et l’homme spirituel, les deux dernières classes étant des chrétiens, mais dans des états différents. Car l’expression « petits enfants en Christ » ne fait pas référence à une conversion récente, mais à leur manque de croissance. Comme les Hébreux étaient retardés par leurs préjugés religieux (Héb. 5), de même ces Grecs l’étaient par leur propension à philosopher. Dans les deux cas les âmes peuvent être arrêtées ou égarées, et bloquées dans leur croissance. Dans le cas des Hébreux, ce n’était pas faute de temps, car vu le temps, ils auraient dû être des docteurs, alors qu’ils avaient besoin d’apprendre les premiers rudiments des oracles de Dieu, comme l’apôtre l’exprime de manière fort humiliante pour eux. Alors comme ici, il leur donnait du lait à boire. La viande n’était d’aucune utilité dans leur état présent ; elle ne pouvait qu’accentuer le mal.

Mais il y a d’autres erreurs dont il faut se garder. Certains se sont opposés à faire des réserves [dans l’enseignement] comme étant une absurdité (Arcani Disciplina, etc. (*)), et ils se sont alors efforcés de prouver qu’une même doctrine est sous un aspect du lait, et sous une autre de la viande. Il est vrai que Christ, sur qui les petits enfants s’appuyaient, est toujours plus apprécié par les pères, mais il demeure certain qu’il y a toute une gamme de vérités sur la Personne du Seigneur qu’un état charnel ou immature du croyant rendrait intempestives. Le mystère de Christ et de l’Église dans les Éphésiens et les Colossiens est plus que la sacrificature de Christ en Hébreux. L’apôtre aurait certes pu leur communiquer sur les choses profondes de Dieu, mais auraient-ils profité d’un tel enseignement ? Cela aurait-il été de Dieu de donner de la viande qui les dépasse ou qui leur soit nuisible ? « Vous ne pouviez pas encore [la supporter], et même maintenant encore vous ne le pouvez pas » (3:2b). Cela ne provenait pas d’un manque de capacité naturelle, mais au contraire cela venait du fait qu’ils appréciaient cette capacité et s’y fiaient, aux dépens de l’action de l’Esprit Saint : « car vous êtes encore charnels ». Et il le prouve sur la base de leur état, en se servant de preuves incontestables. « Car, puisqu’il y a parmi vous de l’envie et des querelles, n’êtes-vous pas charnels et ne marchez-vous pas à la manière des hommes ? Car quand l’un dit : Moi, je suis de Paul ; et l’autre : moi, je suis d’Apollos, n’êtes-vous pas des hommes ? » (3:3). L’envie et les querelles sont des œuvres de la chair, non pas des fruits de l’Esprit. Le fait qu’il y en eût parmi eux montrait combien peu ils marchaient dans le jugement de soi-même. Ce dont ils avaient l’habitude dans les écoles des hommes, c’était le travail partisan. Le zèle de parti pour Paul ou Apollos n’était certainement pas meilleur que celui pour Platon et Aristote : la racine en était la même. — Trouve-t-on difficile de concilier une telle répréhension à l’encontre de nombreux saints à Corinthe avec l’action de grâce de l’apôtre pour l’assemblée, dans l’introduction de l’épître ? Nous avons déjà vu que cette action de grâce se rapportait aux privilèges qui leur avaient été accordés par la bonté de Dieu, et non pas à leur état présent. Quels que soient leurs dons, ils manquaient en fait cruellement de la grâce pratique ; et comme cela expose à des formes nouvelles ou renouvelées où la nature humaine opère, cela entrave effectivement la croissance dans la vérité. Dans de telles circonstances, l’Esprit Saint doit prendre de ce qui est à eux pour leur montrer leurs fautes, au lieu de prendre de ce qui est à Christ pour Le glorifier et consoler leurs cœurs.

 

(*) note Bibliquest : Arcani Disciplina = discipline du secret. Coutume ancienne consistant à ne pas dévoiler aux non croyants ou aux nouveaux convertis les mystères les plus intimes du christianisme.

 

Il est important, en outre, de voir que ce n’est pas une question de moralité selon la loi, mais de ce qui convient à Christ, de ce qui Lui plaît, et de ce qui Le magnifie — l’objet même de la présence et de l’action de l’Esprit ici-bas. C’est pourquoi l’apôtre leur reproche de marcher, non pas simplement comme des hommes mauvais, mais « selon l’homme ». Ils se ralliaient à leurs nouveaux favoris en oubliant Christ et abusant des grâces reçues par le moyen de Ses serviteurs. «N’êtes-vous pas des hommes ? » dit-il, protestant avec indignation contre un tel état de choses. Ils étaient saints et auraient dû marcher comme tels.

 

3.3   1 Cor. 3:5-8

Se glorifier dans les hommes, aussi bénis soient-ils, est charnel, tout comme affirmer le moi ; ce sont des rejetons du même tronc. Comment ceux qui sont ainsi érigés en chefs d’écoles pourraient-ils tolérer une position aussi fausse à la fois pour eux et pour leurs partisans, s’ils ont effectivement l’œil simple pour Christ ? Sinon, comment leur faire confiance ? Quelle différence avec notre apôtre qui demande : « Qu’est (*) donc Apollos, et qu’est (*) donc Paul ? (2*) Des serviteurs par lesquels vous avez cru, et comme le Seigneur a donné à chacun d’eux. Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais Dieu a donné l’accroissement. De sorte que ni celui qui plante n’est rien, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne l’accroissement. Or celui qui plante et celui qui arrose sont un [ou : une chose] ; mais chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail » (3:5-8).

 

(*) Une partie des manuscrits lit « Qui est » et les autres lisent « Qu’est ». — Certains mettent Paul en premier, d’autres Appolos.

(2*) On ne peut faire confiance ici aux remarques critiques de Calvin, et c’est aussi souvent le cas ailleurs. Sa division du verset est fausse de toute manière, surtout en faisant de la proposition qui suit une autre question.

 

C’est ainsi que la sagesse de Dieu corrige le fonctionnement de la nature non jugée, et cela par une simple affirmation de la vérité. Car que sont-ils ? Au mieux des serviteurs occupés à proclamer l’évangile et la vérité en général — des serviteurs par le moyen desquels les saints de Corinthe ont cru. N’y avait-il donc aucune différence entre Paul et Apollos ? Il y en avait selon ce que le Seigneur donnait à chacun. Y avait-il place pour la vanterie des hommes ? Pourquoi ne pas glorifier le Seigneur qui faisait des dons à chacun ? Ils n’avaient guère pensé à cela. La grâce unit. La chair divise et disperse — la chair préoccupée de tel homme ou de tel autre ; parfois (comme ici) elle est incapable de trouver quoi que ce soit sauf chez ses favoris, parfois elle s’amasse des docteurs, comme plus tard (2 Tim. 4:3). Dans les deux cas il peut toujours y avoir de l’érudition, sans toutefois parvenir à la connaissance de la vérité (2 Tim. 3:7). Le fait est que le Seigneur donne de manières variées, et Il donne seulement ce qui est bon pour l’édification, rien en vain. Sa manière ne consiste pas à former une catégorie d’ouvriers tous identiques, mais à travailler différemment par chacun. « Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais Dieu a donné l’accroissement » (3:6). C’est comme dans le travail des champs où l’on se dépense en travaillant sous une forme ou sous une autre, mais Dieu seul donne l’accroissement ; il en est ainsi dans les choses spirituelles. « De sorte que ni celui qui plante n’est rien, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne l’accroissement » (3:7). Combien tous les instruments sont insignifiants ! C’est Dieu qui opère efficacement. « Or celui qui plante et celui qui arrose sont un » (3:8a). Ici l’apôtre place le ministère (c’est-à-dire les ministres ou serviteurs) comme étant « un ». Il en résulte que Dieu seul est vu comme ayant de l’importance. Or cette considération même (du fait qu’ils sont « un ») blâme le travail partisan de ceux qui les flattent ; et aussi le fait de recevoir bientôt la récompense du travail personnel, a de quoi faire sérieusement réfléchir les serviteurs qui aiment ou laissent faire le zèle malavisé de ceux qui les vantent en dénigrant les autres. Les différences s’évanouissent dans le néant devant Dieu qui daigne en grâce utiliser chacun pour la bénédiction. Ainsi «chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail » (3:8b), — non pas en fonction de ses qualités personnelles, si prisées soient-elles par des partisans, — non pas même selon le don particulier accordé par le Seigneur, — ni selon les résultats actuels visibles par les hommes, souvent trompés et jamais capables de discerner comme Lui discerne et comme Lui va bientôt manifester, — mais «selon son propre travail ».

 

3.4   1 Cor. 3:9-15

3.4.1        1 Cor. 3:9

Quel réconfort pour les serviteurs méprisés, mais fidèles, pleins de grâce et d’abnégation ! Quelle humiliation pour la vanité des Corinthiens qui ne prenaient jamais en compte le principe unique que l’Esprit donne ici pour la récompense divine et durable ! « Car nous sommes collaborateurs de Dieu ; vous êtes le labourage de Dieu, l’édifice de Dieu » (3:9). C’est la transition qui justifie ce qui précède, et prépare le développement de la dernière figure dans les applications qui suivent. Quels que puissent être les serviteurs, ils sont sous la responsabilité directe de Dieu : dans ce sens ils ne sont pas sous celle de l’assemblée, et encore moins sous celle d’un parti. Ce n’est pas là une raison de ne pas servir les saints, car plus ils prêchent Jésus Christ et s’abstiennent de se prêcher eux-mêmes, plus ils sont les esclaves des saints pour l’amour de Lui. Mais ils sont les collaborateurs de Dieu, donnés par Lui, faisant Son travail à Lui, responsables en tout devant Lui, et devant finalement rendre compte à Lui. L’expression ne signifie nullement « travailleurs ensemble avec Dieu ». Ce n’est pas le fond de l’argument dans le contexte, et ce serait une pensée et un langage étrangers à l’Écriture, à mon avis inconvenants et présomptueux. L’accent est mis sur « de Dieu ». Ils étaient des « compagnons d’œuvre de Dieu, travaillant (et travailleurs) ensemble », non pas des rivaux (comme ce que la chair chez d’autres ou chez eux-mêmes pourrait faire d’eux), mais compagnons de travail sous Dieu (1 Thes. 3:2) qui les employait comme tels.

Et ce n’est pas tout. Les saints sont « le labourage de Dieu, l’édifice de Dieu » comme il est dit avec insistance. Produisaient-ils ce qui convenait à Celui qui avait labouré le champ ? L’édifice était-il comme un édifice de Dieu doit l’être ? Je suis surpris que certains pensent que le sens devrait être «en vue de ce que vous soyez le labourage de Dieu et l’édifice de Dieu », car l’apôtre, en disant «vous êtes » va beaucoup plus loin. Le devoir est toujours fondé sur la relation, modelé d’après elle et mesuré par elle.

 

3.4.2        1 Cor. 3:10-15

Nous en venons maintenant à des expressions et à une application plus précises et plus solennelles. « Selon la grâce de Dieu qui m’a été donnée, comme un sage architecte, j’ai posé le fondement, et un autre édifie dessus ; mais que chacun considère comment il édifie dessus. Car personne ne peut poser d’autre fondement que celui qui est posé, lequel est Jésus Christ. Or si quelqu’un édifie sur ce fondement de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume, l’ouvrage de chacun sera rendu manifeste, car le jour le fera connaître, parce qu’il est révélé en feu ; et quel est l’ouvrage de chacun, le feu l’éprouvera. Si l’ouvrage de quelqu’un qu’il aura édifié dessus demeure, il recevra une récompense ; si l’ouvrage de quelqu’un vient à être consumé, il en éprouvera une perte, mais lui-même il sera sauvé, toutefois comme à travers le feu » (3:10-15).

 

3.4.2.1                 1 Cor. 3:10-13

L’apôtre aimait connecter son travail et son ministère avec la grâce de Dieu plutôt qu’avec une autorité abstraite. Ce sentiment s’est tellement évaporé dans la chrétienté, que le ministère a pris un caractère relevant de l’homme, puis même un caractère mondain, ce qui est une perte inexprimable pour l’église et un très grave déshonneur porté au Seigneur. L’apôtre prend soin ici de parler nettement : « Selon la grâce de Dieu qui m’a été donnée, comme un sage architecte [ou : maître-constructeur], j’ai posé le fondement, et un autre édifie dessus ; mais que chacun considère comment il édifie dessus » (3:10). Nous avons ici la responsabilité de celui qui exerce le ministère. La place d’apôtre est maintenue, mais le service responsable est affirmé, ce qui est une chose bien sérieuse. « Car personne ne peut poser d’autre fondement que celui qui est posé, lequel est Jésus Christ. Or si quelqu’un édifie sur ce fondement de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume, l’ouvrage de chacun sera rendu manifeste, car le jour le fera connaître, parce qu’il est révélé par le feu ; et quel est l’ouvrage de chacun, le feu l’éprouvera » (3:11-13).

Ici tout est bien proportionné : la révélation de Dieu en Christ est posée comme le fondement de tout, mais nous voyons comment la responsabilité de l’homme demeure. Sur ce fondement différents matériaux peuvent être édifiés — non seulement ce qui est précieux, comme les grandes pierres, les pierres de prix du temple (1 Rois 5:17) etc., mais aussi ce qui est sans valeur et vil. Ici le jugement des hommes est pris en défaut, car il n’est pas douteux qu’à Corinthe, beaucoup de saints avaient attribué de la valeur au foin et à la paille de la sagesse humaine, et avaient dédaigné l’or et l’argent de la vérité apostolique. D’où le besoin d’un autre jour et du discernement du Seigneur. C’est pourquoi il leur est dit que beaucoup de choses ne seront donnée à connaître que dans le jour qui vient, et en ce jour seulement, ce sera révélé en feu. Alors le jugement consumant de Dieu traitera l’œuvre de chacun. Déjà maintenant, il peut y avoir des manifestations, mais elles sont nécessairement partielles. Le feu de cette journée révélera de quelle sorte est l’œuvre de chacun. Il est bon de peser ceci dès maintenant. Tout ce qui fait entrer la lumière de l’avenir de Dieu sur l’occupation actuelle est salutaire non seulement pour le serviteur de Dieu, mais pour tous ceux qui sont concernés. Il n’y aura pas d’erreur alors : tout sera dans la lumière de Dieu. « Si l’ouvrage de quelqu’un qu’il aura édifié dessus demeure, il recevra une récompense ». Car il y a récompense pour encourager, au milieu des douleurs présentes, avec l’espérance de la récompense du Seigneur en ce jour-là. Une récompense actuelle est un danger pour toute âme, surtout dans les choses divines. Il y a cependant le réconfort de l’amour, d’autant plus réel que nous nous reposons sur Christ plutôt que sur les chrétiens. Dieu prend soin alors que nous l’ayons dans une bonne mesure, même si la sphère en semble petite. Il faut qu’il en soit ainsi dans un jour où l’éloignement de la foi est général. C’est Son amour qui étreint le serviteur, et la confiance en Sa grâce sert de motif constant d’action.

 

3.4.2.2                 1 Cor. 3:14-15

Lorsqu’on travaille ainsi, l’espoir d’une récompense future de la part du Seigneur agit à la fois sûrement et puissamment : sinon il y a danger. Mais il est également dangereux de mépriser le futur, comme le font naturellement ceux qui sont trop occupés des résultats présents. Leur travail subsistera-t-il ? « Si l’ouvrage de quelqu’un vient à être consumé, il en éprouvera une perte, mais lui-même il sera sauvé, toutefois comme à travers le feu » (3:14-15). C’est une image puissante, et facile à comprendre quand la vérité est retenue solidement.

 

3.4.2.3                 Un purgatoire ?

Il est bien connu que Rome a fondé l’une de ses preuves majeures du purgatoire sur ce seul passage ; or c’est justement un exemple des matériaux de rebut contre lesquels l’apôtre met en garde. Car il est évident qu’il n’est pas question des fidèles en général ni de leurs voies, mais il s’agit des ministres [ou : serviteurs] et de leur doctrine, et en outre il s’agit d’un jour de jugement par un crible, et non pas d’un quelconque état intermédiaire après la mort. Le feu est l’expression figurée de Son action judiciaire, qui consomme toutes les scories : ce n’est pas une punition pour l’esprit ou l’âme séparés du corps, ni même un processus pour les purifier. « Sauvé, toutefois comme à travers le feu » en souligne la difficulté ; cependant Dieu prendra soin qu’il en soit ainsi. Ainsi, comme on a dit, un bâtisseur peut voir son édifice réduit à néant par le feu, mais échapper lui-même. En outre le travail de chacun doit être testé de cette manière, à la fois le travail de l’apôtre et celui de ses détracteurs ; l’or, l’argent et les pierres précieuses sont soumis au feu tout autant que les matériaux inflammables. Tout ceci s’applique-t-il à l’idée catholique-romaine d’un purgatoire ?

Le point important qui fait l’objet de ces versets, c’est le danger d’introduire des choses à rejeter là même où le vrai fondement est reconnu— le danger d’introduire non pas des erreurs fondamentales ou de l’antichristianisme, mais des notions vaines, des maximes laxistes quant à la pratique, etc, que le jour de jugement détectera et détruira. Il n’en était pas ainsi quant à l’œuvre de l’apôtre que certains à Corinthe avaient méprisée.

 

3.5   1 Cor. 3:16-23

L’image, déjà utilisée, d’un édifice avec ses fondations fournit à l’apôtre un moyen d’illustration encore plus complet. Nous avons vu des ouvriers sages et d’autres négligents, des matériaux précieux et durables et d’autres périssables et sans valeur, avec d’un côté une récompense pour le résultat, et d’un autre côté un ouvrier subissant la perte de son œuvre, sa personne seule étant sauvée, mais difficilement. Maintenant, il développe les deux côtés, et met en contraste la sainteté du temple de Dieu dans les saints, et les instruments de l’ennemi qui corrompt et détruit.

« Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira, car le temple de Dieu est saint, et tels vous êtes. Que personne ne s’abuse soi-même : si quelqu’un parmi vous a l’air d’être sage dans ce siècle, qu’il devienne fou, afin de devenir sage ; car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu ; car il est écrit : «Celui qui prend les sages dans leurs ruses », et encore : «Le *Seigneur connaît les raisonnements des sages, qu’ils sont vains ». Que personne donc ne se glorifie dans les hommes, car toutes choses sont à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit monde, soit vie, soit mort, soit choses présentes, soit choses à venir : toutes choses sont à vous, et vous à Christ, et Christ à Dieu » (3:16-23).

 

3.5.1        1 Cor. 3:16-17

Ainsi Dieu a son temple sur la terre maintenant, aussi sûrement qu’autrefois en Israël. Mais souvent, ce n’est pas vu par ceux qui confessent pourtant que l’ordre lévitique ancien est jugé et a disparu, et que l’effort pour l’imiter depuis la rédemption conduit à déchoir de la grâce et de la vérité de Dieu venues maintenant en Christ, proclamées dans l’évangile, et que le chrétien et l’église doivent manifester. C’est la présence de Dieu qui constitue toujours le temple de Dieu. Du temps où Israël pouvait se vanter d’avoir au milieu d’eux une habitation du Puissant de Jacob, la vraie gloire de cette habitation n’était pas le prix des pierres, ni la splendeur de l’or ou de l’argent, mais la nuée dans laquelle l’Éternel se plaisait à descendre. Ainsi maintenant, il n’y a pas simplement des chrétiens, mais Dieu a Sa maison, Son temple. C’est l’assemblée, non pas les individus considérés comme tels, mais ceux qui sont édifiés ensemble à dessein en vertu de l’Esprit. Voir Éphésiens 2:22. L’Esprit habite en chaque croyant sans doute ; mais voici une autre vérité, toute aussi certaine d’après la Parole de Dieu. « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (3:16). Combien est solennel le fait qu’une personne divine, le Saint-Esprit, habite là où sont les chrétiens — et ceci à cause de la rédemption, peut-on ajouter ! Car il n’en a jamais été ainsi jusqu’à l’accomplissement de l’œuvre de Christ ; et une fois monté en haut, Il a envoyé l’Esprit Saint ici-bas pour être dans les saints et pour demeurer avec eux pour toujours. C’est le témoignage de Dieu à l’efficacité de Son sacrifice. Ceci ne pouvait avoir lieu jusqu’à ce que le sang qui fait expiation pour toujours ait été versé — quelles qu’aient été la miséricorde et les bénédictions et les privilèges auparavant. Maintenant l’Esprit de Dieu vient là où cette effusion de sang est confessée ; et c’est là qu’Il demeure, faisant de ceux qui confessent Christ et Son œuvre le temple de Dieu.

Il faut beaucoup réfléchir sur le fait que l’apôtre montre ici le danger, non pas seulement de l’absence de réalité, mais de la souillure. Il y a ceux qui construisent sagement et bien ; il y a ceux qui, bien que confessant Son nom, construisent à l’aide de matériaux impropres sur le seul et unique fondement. Mais il y a pire encore. Il y a l’ennemi à l’œuvre, utilisant des hommes qui portent le nom du Seigneur pour corrompre ou détruire (c’est le même mot en grec, et on peut dire qu’il s’agit de la même chose). Car Dieu parle de doctrine mauvaise par nature, si elle a son action jusqu’au bout ; et c’est le seul résultat que laisse l’hétérodoxie (enseignement étranger). Celui qui l’enseigne corrompt et détruit ; et celui qui détruit (ou corrompt) le temple de Dieu, Dieu le détruira. Quelle fin affreuse ! Est-ce sans raison ? Cette raison ne suffit-elle pas ? Le Dieu saint peut-Il ressentir ou agir autrement ? Il est vain de plaider l’amour ; en vérité, le coup de vent de l’amour prenant soin des objets aimés est à craindre par-dessus tout. Et comment Dieu ne serait-Il pas indigné par le mal qui souille le temple saint où habite son Esprit en vertu et en l’honneur de l’œuvre de Christ sur la croix ? Il détruira sûrement ceux que Satan emploie ainsi, quel que soit leur déguisement pour polluer ce qui est vraiment les cours d’eau de la vie et de la bénédiction pour les âmes, oui, pour déshonorer le temple où Lui-même habite.

 

3.5.2        1 Cor. 3:18-23

On se trompe lorsqu’on accepte d’atténuer le mal, quelle que soit la raison mise en avant. On trouve des gens parmi ceux qui portent le nom du Seigneur, qui affaiblissent ainsi la conscience commune — je ne dirai pas le sentiment chrétien seulement ; mais, spécieux et beaux parleurs, ils ne manifestent pas la sagesse de Dieu en Christ, mais la sagesse de ce siècle qui aboutit au vide. Il est incomparablement meilleur et plus sûr de devenir fou afin d’être sage ! (3:18). Telle était la voie que l’apôtre avait prise, obéissant à la vision céleste (Actes 26:19). Ne semblait-il pas insensé aux yeux de tous ceux dont il s’était séparé ? N’était-il pas sage, quoi qu’en dît Festus ? Qu’est devenu Festus maintenant, et où est-il ? Et Agrippa et Bérénice ? Et le souverain sacrificateur et les chefs des Juifs qui l’accusaient ? Ils se croyaient sages, tout comme d’autres qui, dans l’assemblée de Corinthe, introduisaient la sagesse d’écoles de pensée afin d’échapper à la croix et de faire bonne figure devant les gens de l’époque.

Mais partout, au dehors encore plus qu’au dedans, « la sagesse du monde est folie devant Dieu » (3:19) ; or nulle part son caractère n’est autant dévoilé, nulle part il est aussi dangereux de le tolérer, que dans le temple de Dieu, c’est-à-dire l’église. C’est ce qu’on trouve en Job 4:17-21 et au Psaume 94:11. Que l’on regarde en arrière à l’expérience passée, ou en avant vers le royaume, cela ne fait aucune différence : l’habileté humaine et les raisonnements sages conviennent moins que tout au temple de Dieu, et ceux qui s’y adonnent ne peuvent échapper à Son jugement ? Et pourquoi ceux qui ont toutes choses avec Christ (Rom. 8:32) s’enorgueilliraient-ils ? Car voici ce qui en est par la grâce de Dieu. « Toutes choses sont à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit monde, soit vie, soit mort, soit choses présentes, soit choses à venir : toutes choses sont à vous, et vous à Christ, et Christ à Dieu » (3:21-23). Nous avons toutes choses, et il y a abondance non seulement de tout ce que la chair mettrait comme des rivaux, mais de toutes les circonstances présentes et futures (qui sont nôtres maintenant par la grâce de Christ), et nous-mêmes nous sommes à Lui comme Lui est à Dieu, à jamais et pour Sa gloire. Combien sont bénies et infinies les associations que la chair méconnaît, et que le monde, dans le néant de son autosatisfaction, traite comme rien !

 

4                        1 Corinthiens 4

4.1   1 Cor. 4:1

L’apôtre a montré maintenant la responsabilité solennelle de l’ouvrier, et l’inconvenance de toute vanterie chez l’homme, sachant que toutes choses sont à eux, et eux à Christ, et Christ à Dieu » (3:21-23). Il était toutefois nécessaire de préciser davantage les relations des serviteurs [ou : ministres], et c’est ce qu’il fait au début du chapitre 4. « Que tout homme… nous tienne pour des serviteurs de Christ et pour des administrateurs des mystères de Dieu » (4:1). L’apôtre prend soin de se caractériser de cette manière, lui-même ainsi qu’Apollos. Ils étaient des serviteurs officiels de Christ, non pas simplement lui et Céphas qui étaient apôtres, mais lui et Apollos, ce dernier n’ayant certainement pas une position apostolique.

En effet il n’y avait rien de plus simple que la manière dont ce frère Alexandrin avait été amené dans l’œuvre du Seigneur, ayant commencé à s’en occuper alors qu’il possédait la plus petite lumière possible (le baptême de Jean), et il avait été ensuite redevable à des instructeurs aussi peu formels, mais pieux, que Priscilla et Aquilas. Et étant éloquent et puissant dans les Écritures, il contribua beaucoup à l’avancement de ceux qui croyaient par la grâce, spécialement dans les controverses qui jaillissaient avec les Juifs. Puis il passa bientôt d’Éphèse à Corinthe. On comprend facilement qu’une personne aussi distinguée fût fort appréciée de beaucoup de chrétiens dans cette ville, et que l’esprit de parti l’ait dressé contre Paul et Pierre (sans que lui-même l’ait aucunement toléré). D’un autre côté, l’apôtre, dans la sainte liberté de la grâce, ne voulait nullement rabaisser Apollos, bien au contraire, et il le mettait au même rang que lui-même, non seulement comme des esclaves (δουλους), mais comme des serviteurs de Christ. Ils n’étaient donc responsables que vis-à-vis de Lui. Ainsi ils étaient également des serviteurs officiels (υπηρεται) et des administrateurs des mystères de Dieu. C’était leur devoir vis-à-vis des gens de la maison de Dieu, de fournir leur nourriture en son temps, spécialement la vérité si caractéristique du Nouveau Testament.

Il n’est guère besoin de démontrer que ces « mystères » n’ont jamais voulu désigner ni les sacrements, ni des institutions permanentes du christianisme. Les mystères de Dieu désignent ces choses secrètes qui sont maintenant révélées, alors qu’elles ne l’étaient pas autrefois à Israël (Deut. 29:29) ; ce n’est pas comme on le suppose vulgairement, des choses incompréhensibles, mais ce sont des vérités maintenues cachées par Dieu au temps de l’Ancien Testament, et dévoilées maintenant en Christ dans le ciel, et données à connaître par l’Esprit dans le Nouveau Testament.

 

4.2   1 Cor. 4:2-5

4.2.1        1 Cor. 4:2-3

« Ici, au reste, ce qui est requis dans des administrateurs, c’est qu’un homme soit trouvé fidèle. Mais il m’importe fort peu, à moi, que je sois jugé (*) par vous, ou de jugement (2*) d’homme ; et même je ne me juge (*) pas moi-même. Car je n’ai rien sur ma conscience ; mais par là je ne suis pas justifié ; mais celui qui me juge (*), c’est le Seigneur. Ainsi ne jugez (3*) rien prématurément, jusqu’à ce que le Seigneur vienne, qui aussi mettra en lumière les choses cachées des ténèbres, et qui manifestera les conseils des cœurs ; et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu » (4:2-5).

 

(*) En anglais : « inquire(d) into » = examiner(é).

(2*) litt : « de jour d’homme »

(3*) En anglais « judge » = juger.

 

L’apôtre raisonne en se servant de l’image d’un administrateur dont la fidélité est spécialement requise. « Ici » (au sens de : « sur la terre »), ajoute-t-il, « ce qui est requis d’un administrateur, c’est qu’il soit trouvé fidèle » (4:2). Sans doute, cela est bien plus lourd de conséquences pour un administrateur des choses célestes ; mais l’apôtre prend soin de placer la responsabilité personnelle de l’administrateur en relation directe avec Christ ; « mais il m’importe fort peu, à moi, que je sois jugé par vous » (4:3). Le mot « juger » dans cette phrase correspond à l’examen préliminaire avant le procès au tribunal. Cela ne comporte aucune pensée de mépris à l’égard des Corinthiens ; le jour d’homme, ou inquisition, n’avait pas d’importance pour lui, quelle que soit la personne qui tenterait d’entreprendre une tâche que le Seigneur n’a jamais déléguée à l’homme. Non seulement personne n’est compétent pour un tel examen, mais le Saint Esprit ne donne pas la capacité nécessaire pour le faire. Il est réservé au Seigneur, à Qui seul il convient, — même s’il est concevable que la créature puisse être rendue propre à le faire. Ici aussi, ce n’est pas qu’il fasse peu cas des autres, ni qu’il soit content de lui-même, car il rejette spécialement toute prétention tant à l’irresponsabilité qu’à être son propre juge.

L’homme est totalement incompétent pour un tel examen, fût-il même apôtre : ce serait usurper les fonctions du Seigneur. Il est de la plus haute importance que ce sens de responsabilité directe vis-à-vis du Seigneur soit maintenu toujours et partout. Qu’il s’agisse de Paul ou d’Apollos, le principe est le même ; et il ne s’applique pas seulement à ceux que Dieu a placés les premiers dans l’église ou dans le service de Christ, mais aussi aux derniers (dans le temps et dans le rang) autant qu’aux premiers. C’est au Seigneur seul qu’il appartient d’examiner leur service.

Insistons sur l’importance extrême de voir que l’église n’a ni l’autorité ni le devoir de procéder à un tel examen. Les serviteurs de Christ selon le don reçu par Ses dispositions souveraines, peuvent servir l’église, et ils peuvent aussi être débiteurs vis-à-vis de tous les hommes dans l’évangile (Rom. 1:14) ; mais dans leur service, ils n’ont de comptes à rendre qu’à Christ, tant pour les détails qu’en principe. Car c’est Lui, et non pas l’église, qui leur a donné le don, et c’est la possession et l’exercice de ce don qui les constituent Ses serviteurs. Autant ils sont appelés à aimer et à honorer l’assemblée, autant l’assemblée est tenue de respecter leur soumission directe à Christ le Seigneur, et de ne pas s’interposer entre Lui et eux.

Les serviteurs sont sans aucun doute des saints, et comme tels leur conduite tombe sous le coup de la discipline si elle paraît n’être pas bonne ; et si elle est réellement mauvaise, elle peut donner lieu à une sainte censure. Personne ni aucune fonction ne jouit ni ne doit jouir d’aucune immunité. Une fausse doctrine chez ceux qui enseignent, les expose au jugement de l’assemblée (plus sévèrement que pour d’autres, à cause de leur position), éventuellement jusqu’à l’exclusion. Une utilisation clairement impropre de leur don pour des motifs égoïstes peut les amener à être traités pareillement, même si leur doctrine reste saine. Néanmoins, dans leur service en tant que tel, et en dehors d’un tel mal, les ministres de Christ n’ont de comptes à rendre directement et exclusivement qu’à Lui. Ils n’ont pas de dame [sainte vierge ou église ou prophétesse] au-dessus d’eux ; ils ne sont assujettis qu’au Seigneur seul. L’abandon de cette vérité, l’affirmation de l’autorité de l’assemblée à la place de celle de Christ vis-à-vis du ministère, a introduit le catholicisme, et finalement la papauté, bien que d’autres ingrédients encore plus mortels se mêlent aux deux, spécialement à la papauté. La substitution de l’église à Christ pour gouverner le ministère, et la prétention à en être la source, est assurément un mal de nature très grave ; et le protestantisme n’a nullement réussi à exorciser complètement ce mauvais esprit. Ne le voit-on pas en activité dans le presbytérianisme, fleurissant dans le méthodisme (wesleyens), grossier et sans vergogne dans le congrégationalisme ? On peut vraiment dire que cette sorte ne sort que par la prière et par le jeûne (Marc 9:29) ; car l’énergie et l’importance du moi, non pas chez les ecclésiastiques mais chez les laïcs, aiment beaucoup cet esprit ; seule la foi peut marcher dans une constante dépendance du Seigneur, et peut se passer de cet esprit, et le traiter en intrus et en objet de scandale.

Il est aussi profondément intéressant d’observer les expressions choisies par l’apôtre. Même en parlant du Seigneur, il ne dit pas κρινων, mais ανακρινων με. La vérité est que le croyant ne vient jamais en jugement (κρισιν), comme notre Seigneur l’a établi Lui-même en Jean 5 ; s’il venait en jugement, il serait forcément perdu. La vie et le jugement sont incompatibles. Celui qui refuse Christ et la vie en Lui, sera certainement jugé. Il est perdu, et ce sera alors manifesté.

Telle est la manière dont l’honneur de Christ est revendiqué par Dieu sur ceux qui ont méprisé et rejeté Son Fils. Ceux qui croient en Lui ne sont pas appelés à rendre un hommage obligatoire précurseur de la ruine ; ils se courbent avec bonheur déjà maintenant devant Celui qui est leur Seigneur et leur vie. Certes ils rendront compte à Dieu, et ils recevront selon ce qu’ils auront fait dans le corps (2 Cor. 5:10) quand ils seront manifestés devant le tribunal de Christ ; mais ils ne viendront jamais en jugement, ayant déjà la foi et la vie éternelle en Lui. Ils s’exercent donc à avoir une bonne conscience maintenant, dès ici-bas.

 

4.2.2        1 Cor. 4:4-5

C’est ainsi que l’apôtre dit ici : « car je n’ai rien sur ma conscience » (en disant cela il ne parlait pas de sa vie passée, où il avait certes marché selon sa conscience, mais dans l’aveuglement et le péché « à main levée »). Or l’apôtre ajoute : « mais par là je ne suis pas justifié ». Il est bien d’avoir bonne conscience, mais cela ne justifie pas celui qui, en ceci ou cela, est aveuglé par l’amour du moi et par d’autres sentiments. Le Seigneur décidera à Sa venue. Il est le seul à pouvoir faire un examen adéquat. « Ainsi ne jugez rien avant le temps [ce que les Corinthiens faisaient probablement], jusqu’à ce que le Seigneur vienne, qui aussi [non pas jugera, mais] mettra en lumière les choses cachées des ténèbres, et qui manifestera les conseils des cœurs ; et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu ». À cette époque, tous ceux qui auront cherché les ténèbres pour éviter d’être détectés, seront exposés à la lumière de Dieu, qui manifestera même les conseils cachés que les cœurs eux-mêmes ont manqué de voir. Combien la louange des hommes est souvent trompeuse, maintenant que règnent surtout le factice et les ombres ! Alors chacun recevra la louange qui lui est due, et qui est durable et précieuse de la part de Dieu. L’apôtre ne parle que de cela ici. Il a déjà parlé de perdition et de salut lorsque le travail de l’ouvrier négligent sera consumé par le feu (ch. 3).

L’apôtre a ainsi établi à la fois la dépendance du serviteur vis-à-vis du Seigneur et son indépendance vis-à-vis des investigations des hommes. Mais bien sûr, cela ne nie pas que l’église a la responsabilité de juger la conduite. Il s’agit ici des conseils des cœurs, que personne ne peut analyser correctement, hormis le Seigneur qui le fera à Sa venue. « Et alors » ajoute-t-il solennellement, « chacun recevra sa louange de la part de Dieu » (4:5). Il pouvait parler ainsi librement et heureusement de son côté. Cela aurait dû sonder la conscience de beaucoup à Corinthe.

 

4.3   1 Cor. 4:6-8

4.3.1        1 Cor. 4:6-7

 « Or, frères, j’ai tourné ceci sur moi et sur Apollos, à cause de vous, afin que dans notre cas, vous n’appreniez rien au-dessus de ce qui est écrit, afin que vous ne vous enfliez pas pour l’un contre un autre. Car qui est-ce qui met de la différence entre toi et un autre ? Et qu’as-tu, que tu n’aies reçu ? Et si aussi tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu ? Déjà vous êtes rassasiés ; déjà vous êtes riches ; vous avez régné sans nous ; et je voudrais bien que vous régnassiez, afin que nous aussi nous régnassions avec vous ! » (1 Cor. 4:6-8).

L’apôtre explique ici ce qu’il a fait ailleurs, c’est-à-dire appliquer à lui-même (et dans ce cas aussi à Apollos) un principe qu’il entend appliquer à d’autres, afin que les saints en tirent profit. L’apôtre laisse entendre ici qu’il avait en réalité en vue ceux qui égaraient à Corinthe ; mais il établit une norme par laquelle il n’hésite pas à se mesurer, lui et Apollos, et dont les saints pouvaient facilement se servir à l’égard de ceux qui avaient des prétentions hautes et sans fondement, à l’inverse de Paul et d’Apollos dont les services étaient réels et de Dieu. Certains avaient entièrement perdu Dieu de vue, et chacun choisissant son leader, ils s’enflaient par esprit de parti. Selon ce qui est écrit, Dieu est tout, et l’homme n’est au mieux qu’un instrument, du fait qu’il est tout à fait justement un serviteur. Dieu seul fait de la différence entre l’un et un autre, spécialement dans les choses divines. Et comme c’est Lui qui fait des différences, qu’est-ce que l’un a qu’il n’ait pas reçu ? et s’il l’a reçu, pourquoi s’en vanter comme s’il ne l’avait pas reçu ? La folie de la vanité des Corinthiens était évidente en ce qu’ils s’enflaient pour ceux qu’ils exaltaient comme leurs chefs respectifs.

 

4.3.2        1 Cor. 4:8

Mais il poursuit en portant un coup supplémentaire, et il le fait avec une ironie aiguë, à la manière d’Ésaïe quand il dévoilait la folie de l’idolâtrie. Une doctrine de pacotille, voire corruptrice, rabaisse toujours la vie pratique ; et les Corinthiens avaient petit à petit délaissé ou perdu la place de ceux qui souffrent avec Christ. C’est ce que l’apôtre souligne en le flétrissant. Quand Christ régnera, nous serons à l’aise, pleinement satisfaits ; et Christ boira le vin nouveau avec nous dans le royaume de Son Père (Matt. 26:29), — et même, selon ce que dans Sa grâce Il daigne nous assurer, Il se ceindra, et nous fera mettre à table, et s’avançant, Il nous servira, tandis qu’Il établira le serviteur fidèle sur tous Ses biens (Luc 12:37, 42-44). Mais maintenant, c’est le temps du renoncement, le temps de prendre Sa croix et de Le suivre, Lui qui a tant souffert ici-bas. Mais tout n’était que confusion chez les Corinthiens ; leur œil n’était pas simple, et du coup, leur corps était loin d’être plein de lumière. « Déjà (c’est-à-dire « avant le temps ») vous êtes rassasiés ; déjà vous êtes riches ; vous avez régné sans nous ; et je voudrais bien que vous régnassiez » (4:8). Car ils se trompaient eux-mêmes : le temps de régner n’était pas encore venu. La fausse doctrine les avait fait errer pratiquement par rapport au but présent de Dieu. Satan avait réussi à les dissocier du Seigneur, dans leur marche au moins, et dans leurs objectifs, alors que le Seigneur continue malgré tout à attendre le temps de la gloire, quand Il régnera réellement avec eux, tous ensemble.

 

4.4   1 Cor. 4:9-13

L’apôtre continue à dépeindre le contraste qui se voyait chez ceux à qui Dieu avait fait la grâce de devenir ceux qui souffraient le plus grandement et le plus patiemment dans le monde, même s’Il les avait placés les « premiers dans l’église ».

« Car je pense que Dieu nous a placés les derniers sur la scène, nous les apôtres, comme des gens voués à la mort ; car nous avons été faits un spectacle pour le monde, et pour les anges et pour les hommes. Nous, nous sommes fous pour l’amour de Christ, mais vous, vous êtes sages en Christ ; nous sommes faibles, mais vous forts ; vous en honneur, mais nous dans le mépris. Jusqu’à cette heure nous souffrons et la faim et la soif, et nous sommes nus, et nous sommes souffletés, et nous sommes sans demeure fixe, et nous prenons de la peine, travaillant de nos propres mains ; injuriés, nous bénissons ; persécutés, nous le supportons ; calomniés, nous supplions ; nous sommes devenus comme les balayures du monde et le rebut de tous jusqu’à maintenant » (4:9-13).

 

4.4.1        1 Cor. 4:9

Il est évident que ceux qui égaraient les Corinthiens, aussi bien que les saints égarés par eux, avaient fait de l’église leur monde, et que les principes charnels avaient supplanté la grâce de Christ pour leurs âmes. Ils avaient leurs écoles (de pensée) et leurs scènes de spectacles, comme les Grecs du dehors. L’apôtre fait alors éclater ses sentiments les plus délicats, avec des sarcasmes, mais avec de l’amour vrai, qui pouvait faire tourner ces sarcasmes pour le bien, et il expose le vrai chemin de Christ comme étant un chemin de souffrance, mais de victoire sur le monde. La foi opérante par l’amour (Gal. 5:6) peut seule assurer une pareille victoire. C’était l’ambition de l’apôtre, si tant est qu’il puisse exister une ambition qui soit sainte ; et c’est ce que Dieu avait donné aux apôtres en les produisant les derniers, les plus proches de Christ, qui était descendu dans des profondeurs de souffrances où personne ne peut Le suivre. Mais il y a des souffrances de Christ que la grâce fait partager au chrétien, et ce sont celles que les apôtres connaissaient le mieux, et parmi les apôtres, peut-on peut-être ajouter, nul autant que Paul. Il peut donc dire dès lors : « Dieu nous a placés les derniers sur la scène, nous les apôtres, comme des gens voués à la mort ; car nous avons été faits un spectacle pour le monde, et pour les anges et pour les hommes » (4:9).

 

4.4.2        1 Cor. 4:10

Les Corinthiens désiraient-ils et prétendaient-ils être prudents en Christ ? Les apôtres se satisfaisaient d’être fous pour l’amour de Christ. — Les Corinthiens étaient-ils forts et glorieux selon leurs désirs et leur appréciation ? Les apôtres se glorifiaient dans la faiblesse et dans le mépris : ainsi Pierre et Jean, dans l’occasion bien connue, se retirèrent de devant le Sanhédrin, se réjouissant d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le nom (Actes 5:41).

 

4.4.3        1 Cor. 4:11-13

Et ce n’était pas seulement la ferveur d’un zèle de la première heure. « Jusqu’à cette heure nous souffrons et la faim et la soif, et nous sommes nus, et nous sommes souffletés, et nous sommes sans demeure fixe, et nous prenons de la peine, travaillant de nos propres mains » (4:11-12a).

Les Corinthiens, ou ceux qui les égaraient, n’avaient-ils pas compté tout cela comme du bas niveau, de l’excentricité, de l’ascétisme ou de l’exaltation chez Paul ? « Injuriés, nous bénissons ; persécutés, nous le supportons ; calomniés, nous supplions ; nous sommes devenus comme les balayures du monde et le rebut de tous jusqu’à maintenant » : la superstition peut facilement imiter tel ou tel point, bien sûr, mais reproduire tout cela à la fois est une impossibilité, sauf pour ceux qui sont contraints et imprégnés par l’amour de Christ, qui donne du courage à ceux qui se lèvent pour marcher dans un tel chemin, avec la consolation brillante de régner avec Lui. Car j’estime, dit l’apôtre en Romains 8:18, « que les souffrances du temps présent ne sont pas dignes d’être comparées avec la gloire à venir qui doit nous être révélée ». Si le tableau de la souffrance est plus vigoureux ici, c’est parce que ce sont les apôtres qui sont en vue, plutôt que les saints en général ; mais le principe est le même, et les Corinthiens s’en étaient écartés en glissant vers la facilité et la dignité dans le temps présent, qu’ils estimaient mérités par la vérité du christianisme — une erreur qui allait bientôt atteindre des sommets dans la chrétienté, et qui le fait encore. Où sont ceux qui peuvent dénoncer cette erreur, non seulement en paroles, mais en action et en vérité ?

 

4.5   1 Cor. 4:14-16

4.5.1        1 Cor. 4:14

L’apôtre acceptait, et même revendiquait une place de mépris aux yeux du monde pour les principaux messagers du Seigneur, en contraste avec la facilité et l’honneur où vivaient et se complaisaient les Corinthiens (c’était le fruit de la fausse doctrine parmi eux) ; en faisant cela, l’apôtre présentait la question d’une manière qui ne pouvait manquer de toucher profondément les cœurs qui aimaient Christ. Et maintenant, avec la vive sensibilité d’une affection sincère, il cherchait à les rassurer. S’il avait blessé l’un d’entre eux, n’était-ce pas les blessures d’un ami (Prov. 27:6) ? « Ce n’est pas pour vous faire honte que j’écris ces choses, mais je vous avertis comme mes enfants bien-aimés. Car quand vous auriez dix mille guides d’enfants dans le Christ, vous n’avez cependant pas beaucoup de pères, car moi je vous ai engendrés dans le Christ Jésus par l’évangile. Je vous supplie donc d’être mes imitateurs » (4:14-16). Un faux docteur flatte son parti, et dénigre ceux qui s’opposent à ses objectifs. Celui qui est fidèle au Seigneur, aime les saints ; mais c’est justement cet amour qui le rend vigilant, et lui donne le courage moral de s’occuper de ce qui est une offense pour le Seigneur. Cependant sa répréhension est pour ceux qui en ont besoin et qui sont susceptibles d’écouter, non pas pour rabaisser aux yeux des autres ceux qui sont susceptibles d’être censurés.

 

4.5.2        1 Cor. 4:15

Il est bon d’observer que l’apôtre ne rabaisse aucunement l’enseignement chrétien, ni ceux qui enseignent, par rapport à l’évangélisation, comme la version autorisée anglaise l’insinue au v. 15. Il s’agit d’un appel à l’amour qui devrait spécialement lier les âmes converties à celui qui avait été le moyen de les amener à Dieu, et nullement une comparaison formelle de la valeur relative du don d’évangéliste avec le don d’enseignant. Le mot διδασκαλους ou enseignant est donc évité ici, et c’est le mot un peu atténué de παιδαγωγους, qui est utilisé et appliqué à ceux de Corinthe qui étaient tellement occupés à détourner les saints. Certains d’entre eux affectaient d’être spécialistes de la loi, d’autres de la philosophie ; mais tous cherchaient à maintenir en laisse les frères qui les écoutaient. Ils ne jouissaient guère de la grâce qui est dans le Christ Jésus, ni ne se confiaient en elle, et ils cherchaient à diriger les pensées et les voies de leurs admirateurs comme font les tuteurs, ou παιδαγωγους-pédagogues avec les jeunes qu’ils ont en charge. Or cela relève davantage des manières de faire Juives et Gentiles que de celles de l’évangile et de sa liberté ; et l’apôtre ne pouvait que leur rappeler que c’est lui qui les avait engendrés par l’évangile. Il n’y en avait qu’un qui pouvait avoir des sentiments de parents à leur égard : c’était lui ; or c’était spécialement contre lui que ces chefs de cliques cherchaient à monter ses « chers enfants ».

 

4.5.3        1 Cor. 4:16

Ce genre de tuteurs a intérêt à maintenir le plus longtemps possible dans un état de sujétion ceux dont ils ont la charge, tandis que la joie d’un père est de voir ses enfants grandir en intelligence et en affections, en gardant le caractère de la famille. C’est pourquoi il ajoute : « Je vous supplie donc d’être mes imitateurs » (4:16), une expression sur laquelle il réinsiste au début du ch. 11, avec la belle réserve « comme moi aussi je le suis de Christ ». L’amour désintéressé est hardi, et peut parler librement. Certainement il ne cherchait pas leurs biens, mais eux-mêmes (2 Cor. 12:14), et la croix en pratique, non pas les facilités terrestres, ni l’honneur, ni le gain. N’avaient-ils pas perdu le sens de ce qui convient au chrétien ? Il fallait qu’ils le suivent dans son renoncement à lui-même pour Christ.

 

4.6   1 Cor. 4:17

« C’est pourquoi je vous ai envoyé Timothée, qui est mon enfant bien-aimé et qui est fidèle dans le Seigneur ; il vous fera souvenir de mes voies en Christ, selon que j’enseigne partout dans chaque assemblée » (4:17).

Ce jeune serviteur du Seigneur était quelqu’un qui pouvait le mieux parler en connaisseur des voies de l’apôtre en Christ, dans la mesure où, d’une part, il était lui-même son enfant fidèle et bien-aimé (ce que l’apôtre ne pouvait pas dire des Corinthiens), et d’autre part, l’apôtre n’avait jamais accommodé sa doctrine aux assemblées, au risque de falsifier le témoignage du Seigneur. Quelle que soit l’élasticité de la grâce quand elle s’occupe des individus pour chercher leur bénédiction en Christ, il enseignait dans chaque assemblée exactement comme il écrivait à Corinthe. Les voies en Christ ne sont pas fluctuantes ; elles sont droites, même si elles sont pénibles pour la chair. Or c’était là l’homme que les yeux pervers de ses détracteurs accusaient d’inconséquence et de manque de fiabilité ! Il est complètement faux de prétendre que la doctrine sur la discipline variait selon les assemblées. L’apôtre enseignait la même doctrine partout, et ses écrits insistaient dessus, là où il ne pouvait pas se déplacer personnellement. C’est l’assemblée de Dieu, et Sa pensée ne varie pas. Il n’avait rien demandé de l’assemblée de Corinthe qu’il n’ait établi ailleurs.

 

4.7   1 Cor. 4:18-21

Mais du fait que l’apôtre n’allait pas à Corinthe et envoyait Timothée, certains en avaient déduit qu’il reculait devant une visite à l’assemblée de Corinthe. Les faux apôtres, dans leur orgueil, l’insinuaient pour le discréditer. « Or quelques-uns se sont enflés d’orgueil, comme si je ne devais pas aller vers vous ; mais j’irai bientôt vers vous, si le Seigneur le veut, et je connaîtrai, non la parole de ceux qui se sont enflés, mais la puissance. Car le royaume de Dieu n’est pas en parole mais en puissance. Que voulez-vous ? que j’aille vers vous avec la verge, ou avec amour et un esprit de douceur ? » (4:18-21).

En effet il allait venir, et pour cela il dépendait de la volonté du Seigneur. Mais la soumission au Seigneur n’affaiblit nullement la conduite de Ses serviteurs. Ainsi donc, lorsqu’il viendrait, l’apôtre leur dit qu’il prendra connaissance, non pas des discours prétentieux, mais de la réalité, « la puissance ». Car en vérité, c’est là la caractéristique essentielle du « royaume de Dieu », en contraste avec « la parole », c’est-à-dire les discours auxquels les oreilles des Grecs avaient toujours été habituées, et hélas ! la plupart des Juifs aussi. Et ceci (*) conduit l’apôtre à rappeler aux saints de Corinthe que, s’il leur avait rappelé le lien particulier qu’il y avait entre eux et lui, en tant que leur père par l’évangile, il avait puissance et autorité de la part de Dieu, même s’il était lent à les exercer. C’était en effet à eux, comme il le présente, de décider de sa venue, car c’était là la vraie question, non pas s’il viendrait, ni quand il viendrait, mais comment : avec la verge, ou avec amour et un esprit de douceur ? Son désir, comme il le dit ailleurs, c’était leur édification et non pas leur destruction. En Actes 5, nous voyons Pierre se servant de la verge ; or l’apôtre Paul pouvait tout autant le faire, selon le Seigneur. Mais son cœur cherchait autre chose pour ses bien-aimés enfants : que souhaitaient-ils ?

 

(*) Il me semble donc que Calvin n’a pas vu comme il faut le lien avec ce sur quoi l’apôtre vient d’insister, sinon il n’aurait pas dit que la personne qui a divisé l’épître en chapitre aurait dû faire commencer le chapitre 5 par le v. 21 du chapitre 4. Ces chapitres sont mieux distingués dans l’état où ils sont.

 

 

5                        1 Corinthiens 5

Il y avait une raison grave qui poussait l’apôtre à évoquer l’usage éventuel d’une verge. En effet l’assemblée à Corinthe ne jouissait pas, à ce moment-là, d’une heureuse réputation, si la rumeur publique était vraie.

 

5.1   1 Cor. 5:1-2

« On entend dire partout qu’il y a de la fornication parmi vous, et une fornication telle qu’elle [n’existe] pas même parmi les nations, de sorte que quelqu’un aurait la femme de son père. Et vous êtes enflés d’orgueil, et vous n’avez pas plutôt mené deuil, afin que celui qui a commis cette action fût ôté du milieu de vous » (5:1-2).

C’était déjà assez désolant qu’un mal si monstrueux ait pu s’introduire dans l’assemblée de Dieu. Mais ce qui affligeait le plus l’apôtre — il y avait de quoi — c’était leur tolérance du pécheur au milieu d’eux. L’assemblée ne peut pas empêcher un chrétien de tomber dans le pire scandale, mais elle est tenue de traiter le mal, du fait qu’elle est identifiée avec Christ devant Dieu et devant les hommes. Ici-bas, c’est sa raison d’être. Elle est le temple de Dieu, comme l’apôtre l’avait indiqué au ch. 3 avec insistance, pour mettre en garde contre les théories de pacotille et corruptrices ; mais si cette sainte habitation de Dieu par l’Esprit est déjà incompatible avec les fausses doctrines, combien plus avec l’immoralité, cela est certain ! Or on trouvait au milieu d’eux une indécence pire que chez les païens — un prétendu frère vivant avec sa belle-mère !

Il est vrai que l’assemblée à Corinthe était jeune dans la connaissance du Seigneur, et parmi eux il n’y avait guère, voire pas du tout, d’hommes expérimentés spirituellement. Des dons, ils en avaient en abondance, mais il n’est fait nulle part allusion à des anciens ; nous savons en effet qu’il n’y en avait pas, et ne pouvait pas y en avoir, du fait que leur état correspondant à celui de l’enfance. Je ne doute pas que la sagesse divine ait choisi cet état plutôt qu’un autre plus mûr et mieux pourvu, afin de répondre d’autant mieux aux besoins d’une époque comme la nôtre.

Assurément, les saints les plus jeunes auraient dû être au moins consternés par un pareil péché, là où habitait l’Esprit de Dieu. Peut-être n’avaient-ils eu aucun enseignement spécial sur la discipline, et peut-être n’avaient-ils rencontré aucun cas de mal auparavant, quand l’apôtre était avec eux. Mais pourquoi n’avaient-ils pas mené deuil afin que celui qui avait commis un tel mal dans l’assemblée soit ôté ? L’humiliation et la prière sont les ressources de ceux qui ressentent un mal, sans en connaître encore le remède : le Seigneur aurait agi pour eux, ou leur aurait donné d’agir pour Lui. Au lieu de cela, ils étaient « enflés d’orgueil » — ce qui aggravait douloureusement cette affaire fâcheuse. Je n’irai pas jusqu’à supposer que le fautif était l’un de ceux dont ils étaient fiers, et qui aidait la masse charnelle à déblatérer sur l’apôtre ; mais il semble assez clair que la doctrine exaltant le moi et l’immoralité allaient de pair dans son esprit. Avaient-ils laissé pénétrer leur cœur par le germe de l’idée profane, si courante dans les cercles modernes, voire même évangéliques, qu’il ne faut pas juger le mal chez l’autre, mais qu’il faut seulement se juger chacun pour soi ? Cela mène à la destruction de la gloire de Dieu dans l’église. Car qu’est-ce qui peut davantage porter directement atteinte à toute communion dans le bien, toute responsabilité collective vis-à-vis du mal ? Lorsque de telles pensées sont tolérées, il est clair que la présence de l’Esprit Saint est soit ignorée soit oubliée ; car aucun croyant ne dira délibérément que l’Esprit Saint peut s’accorder avec l’iniquité ; or ceci est inévitable si le mal est connu et non jugé là où Il demeure.

 

5.2   1 Cor. 5:3-5

L’apôtre parle avec gravité, comme quelqu’un de familier avec la présence de Dieu, non pas comme ceux dont l’estime de soi ou la vanité les menaient à commettre le mal dans l’assemblée. C’était selon cette puissance de Dieu qu’il agirait s’il était présent. « Car pour moi, étant absent de corps, mais présent en esprit, j’ai déjà, comme présent, jugé au nom de notre Seigneur Jésus Christ (*), (vous et mon esprit étant assemblés, avec la puissance de notre Seigneur Jésus Christ), [concernant] celui qui a ainsi commis cette action, [j’ai jugé, dis-je,] de livrer un tel homme à Satan pour la destruction de la chair, afin que l’esprit soit sauvé dans la journée du Seigneur Jésus » (5:3-5).

 

(*) note Bibliquest : JND a traduit de manière à faire ressortir nettement que « au nom de notre Seigneur Jésus Christ » se rattache à « livrer » et non pas à « jugé ». Ici, on dirait l’inverse ; pourtant on va voir ci-après que l’interprétation du passage donnée par WK correspond à la traduction donnée par JND.

 

5.2.1        Compétence de l’apôtre

Il était tout à fait du ressort de l’apôtre d’aider l’assemblée dans un tel cas d’urgence, comme c’était d’ailleurs sa joie en tout temps. Un apôtre réglementait et régissait, et en ceci ils étaient différents de ceux qui étaient prophètes sans être apôtres. Dans le cas présent de l’assemblée de Corinthe, il s’agissait de ses propres enfants dans la foi, pris dans un piège extrêmement déshonorant pour le nom du Seigneur, et ces enfants étaient en même temps enflés d’orgueil, au lieu de mener deuil afin que le fautif soit ôté du milieu d’eux.

 

5.2.2        Manière d’agir

Il poursuit donc en prononçant le seul jugement convenant à un tel cas. « Car pour moi, étant absent de corps, mais présent en esprit, j’ai déjà, comme présent, jugé [concernant] celui qui a ainsi commis cette action » (5:3-4). Les meilleures autorités donnent le sens ainsi. « Comme » vient modifier le second « présent », non pas le premier qui est déjà suffisamment qualifié par « en esprit » qui forme contraste avec « absent de corps ». Dans le cas du second « présent », c’est l’inverse qui est voulu : « comme » est indispensable, car il signifie « comme s’il était effectivement présentement là » ; dans le cas du premier « présent », ce serait impropre. L’apôtre montre alors l’autorité pour s’occuper de la personne, et la manière de le faire : « au nom de notre Seigneur Jésus Christ (vous étant assemblés, et mon esprit, avec la puissance de notre Seigneur Jésus Christ), de livrer (*) un tel homme à Satan pour la destruction de la chair, afin que l’esprit soit sauvé dans la journée du Seigneur Jésus ».

 

(*) note Bibliquest : comme indiqué dans la note précédente, « au nom de notre Seigneur Jésus Christ » est ainsi rattaché à « livrer » et non pas à « jugé ».

 

5.2.3        Différence d’avec l’excommunication

Cela a été confondu avec l’excommunication, surtout depuis l’époque de Calvin. Mais livrer à Satan est de la puissance associée ici à l’assemblée, comme le fait de conférer un don est associé en 1 Tim. 4:14 à l’imposition des mains du corps des anciens. Dans les deux cas, le pivot de l’action est la puissance apostolique (2 Tim. 1:6) et le résultat en dépend. Cependant l’absence de cette puissance apostolique n’affaiblit nullement le devoir de mettre dehors le professant coupable, comme le verset 13 l’établit soigneusement.

 

5.2.4        L’autorité provient de la présence du Seigneur au milieu de l’assemblée : Matt. 18

Notre Seigneur avait en effet énoncé lui-même le principe en Matthieu 18, et avait pourvu à son maintien dans les pires moments. Il avait mis l’assemblée comme dernier recours, même pour une affaire ayant commencé par une faute individuelle ; car je ne doute pas, malgré l’omission de είς ςέ, « contre toi », au verset 15 de Matthieu 18 par les manuscrits du Sinaï et du Vatican (appuyés par trois manuscrits à lettres cursives, et d’autres), que ces mots sont authentiques, du fait qu’ils reposent sur une autorité tout à fait abondante et ancienne, et qu’ils concordent exactement avec le contexte au point que leur omission embarrasse — tandis qu’elle s’explique aisément par la similitude de sons dans une bouche grecque avec les deux dernières syllabes du mot précédent. Si l’affaire était alors dite à l’assemblée, et que le fautif n’en tenait pas compte, « qu’il te soit comme un homme des nations et comme un publicain [= percepteur] ». Le Seigneur donne ensuite ce qui est général et qui demeure : « En vérité, je vous dis : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel » (Matt. 18:18). Cela va au-delà de l’exécution ou de l’abrogation d’une sentence prononcée sur un mal, et porte sur l’autorité plus générale de l’assemblée en tant qu’agissant pour Christ. Ensuite il montre l’efficacité de la prière unie de l’assemblée, même si deux seulement sont d’accord pour demander : « Je vous dis encore que si deux d’entre vous sont d’accord sur la terre pour une chose quelconque, quelle que soit la chose qu’ils demanderont, elle sera faite pour eux par mon Père qui est dans les cieux » ; et ceci est promis sur une base qui ne prend pas seulement en compte une réunion en vue d’une décision judiciaire ou en vue de la prière, mais toute réunion de l’assemblée comme telle : « car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Matt. 18:17-20). Car l’autorité de l’assemblée, et la validité de son action dans ces affaires de pratique et de conduite ne dépendent nullement du nombre ni du poids des personnes qui la composent, mais de Christ qui garantit Sa présence là où deux ou trois sont assemblés en Son nom.

L’apôtre insiste clairement là-dessus au verset 4. Si Satan avait cherché à détacher les Corinthiens de Paul, lui au moins se joint à eux en esprit, comme assemblés ensemble avec la puissance de notre Seigneur Jésus, pour livrer en Son nom à Satan le Corinthien incestueux. Si la chair avait été honteusement tolérée, la chair devait être humiliée et brisée en morceaux sous la main de l’adversaire, mais en tout cas en vue du bien à la fin : « afin que l’esprit soit sauvé dans la journée du Seigneur Jésus » (5:5b). En fait, la seconde épître montrera que la discipline aura aussi été bénie pour lui dans ce monde ; mais la fin qui est spécifiée [que l’esprit soit sauvé dans la journée du Seigneur Jésus] ne peut faire défaut à aucun de ceux qui sont nés de Dieu, quels que soient les obstacles ici-bas, et quelle que soit la forme particulière des voies de Dieu envers l’âme. Car il y a un péché à la mort, et faire requête à Dieu dans un tel cas serait une erreur ; mais dans le cas présent, il n’en était pas ainsi, aussi terrible que fût le péché : l’homme non seulement ne s’endormit pas, mais il fut amené à l’humiliation et à une douleur des plus profondes, au point que l’apôtre exhorte les saints à pardonner (2 Cor. 2), ce qu’ils firent sans aucun doute.

 

5.3   1 Cor. 5:6-8

Jusque-là les Corinthiens n’avaient pas du tout le sentiment d’être eux-mêmes impliqués dans ce mal effrayant et, qui plus est, ils ne voyaient pas en quoi le nom du Seigneur était compromis par cette affaire. Au contraire ils étaient orgueilleux et la frivolité prévalait. « C’est pourquoi », dit l’apôtre, « votre vanterie n’est pas bonne ; ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever la pâte tout entière ? Ôtez le vieux levain, afin que vous soyez une nouvelle pâte, comme vous êtes sans levain. Car aussi notre pâque, Christ, a été sacrifiée. C’est pourquoi célébrons la fête, non avec du vieux levain, ni avec un levain de malice et de méchanceté, mais avec des pains sans levain de sincérité et de vérité » (5:6-8).

 

5.3.1        Responsabilité d’ôter le levain

Il ne peut y avoir de principe plus sérieux pour la marche pratique et publique de l’assemblée. Le mal est présenté ici sous la forme symbolique du levain. Non seulement il peut exister parmi les saints, mais sa nature est d’être actif, de se répandre et d’assimiler la masse à lui-même. L’apôtre insiste pour qu’il ne soit jamais toléré. Ici c’est un mal moral ; chez les Galates c’était un mal doctrinal ; ce dernier est plus insidieux que le premier, parce que plus spécieux. Il ne choque pas la conscience immédiatement, ni si fortement, si tant est qu’il la choque. Pour l’esprit naturel, une fausse doctrine n’est qu’une différence d’opinion, et un cœur généreux recule à l’idée de proscrire un homme à cause de ses opinions, même si elles sont erronées. L’assemblée se tient sur une fondement entièrement différent, parce que sa position est en Christ en haut, et que le Saint Esprit demeure en elle ici-bas. Aucune assemblée ne peut se garantir contre l’entrée du mal, mais toute assemblée est tenue de ne pas le tolérer. Quand le mal est connu, l’assemblée est tenue de l’ôter. Les détails pour s’en occuper se trouvent ailleurs. Il y a ceux qui, non seulement peuvent être spécialement capables de discerner le mal, mais qui peuvent aussi appliquer la puissance morale, et ils sont responsables d’agir fidèlement pour Christ, à qui appartient l’assemblée. Là où quelqu’un persiste dans un mal connu, il n’est pas question d’exercer de la compassion, et encore moins de le couvrir. Ce serait être de connivence avec Satan contre le Seigneur, non seulement pour la ruine de l’individu déjà piégé, mais pour celle de toute l’assemblée. Quand l’assemblée connaît un mal, et s’abstient de juger par indifférence, ou bien, ce qui est pire, refuse de juger quand elle y est appelée selon la parole de Dieu, elle trahit le nom du Seigneur, et elle ne peut plus être considérée comme assemblée de Dieu après l’échec des moyens adéquats pour l’éveiller.

Bien que l’état de choses à Corinthe fût fort mauvais, le mal n’en était pas encore arrivé là. Il était humiliant que leur conscience ne fût pas encore éveillée au-delà peut-être de quelques personnes qui avaient communiqué les faits à l’apôtre, ou d’autres qui sympathisaient avec leur inquiétude. La plupart, s’ils étaient au courant, faisaient comme s’ils ne savaient rien, et étaient fiers et enflés d’orgueil au lieu d’être humiliés dans le chagrin et en prière à Dieu. C’est ainsi que très tôt la notion s’est infiltrée que le péché dans l’église relève seulement de ceux qui sont directement coupables, qu’il n’implique pas toute l’assemblée, et que le Seigneur Lui-même interdit aux autres de juger, ayant commandé que l’ivraie et le blé poussent ensemble jusqu’à la moisson. Est-il besoin de dévoiler le caractère profane et ignorant de tels sophismes ? « Le champ, c’est le monde » (Matt. 13:38), non pas l’assemblée.

 

5.3.2        La contamination est immédiate, non pas future

Maintenant vient le grave avertissement de l’apôtre dans son amour fidèle de Christ envers l’église. La tolérance du mal dans une partie quelconque corrompt l’ensemble. C’est comme si on engageait l’Esprit Saint à donner sa sanction à ce que Dieu hait. Aucune interprétation ne peut être plus contraire à l’esprit d’avertissement de l’apôtre que de supposer que l’ensemble n’est atteint par le levain que lorsque toutes les parties en sont imprégnées. Le sens réel est bien qu’un peu de levain donne son caractère à toute la pâte. Même le doyen Alford (bien qu’en général il ne fût guère sain doctrinalement, ni strict sur les principes ecclésiastiques ni ferme pour la gloire de Christ) parle incomparablement mieux que ces frères qui avilissent le saint nom de l’amour en lui donnant le sens de licence pour eux et leurs amis. Voici ce qu’il dit : « Que telle soit la signification, et non pas ‘qu’un peu de levain fera lever toute la pâte s’il n’est pas ôté’, cela ressort manifestement du point en question, à savoir l’inconséquence de leur vanterie : elle n’apparaîtrait pas s’il s’agissait simplement du danger de corruption dans la suite, mais elle apparaît du fait que leur caractère était déjà effectivement perdu. L’un d’entre eux était un fornicateur d’un genre effroyablement dépravé, et il était toléré et accueilli : de ce fait le caractère de l’ensemble était infecté’ » (*) (Commentaire sur 1 Cor. 5).

 

(*) Les italiques sont du Doyen Alford. Je cite ses paroles non pas comme faisant autorité, mais comme une juste réprimande du principe et du but profanes, provenant de quelqu'un qu’on aurait pu penser disposé à atténuer le mal. Ceux qui devraient mieux savoir et mieux faire sont bien plus coupables.

 

5.3.3        1 Cor. 5:7a

L’apôtre donc les adjure d’ôter le vieux levain, afin qu’ils soient une nouvelle pâte « comme vous êtes sans levain ». C’est de la plus haute importance. Les saints sont sans levain, non pas simplement doivent l’être. Leur conduite pratique est basée sur leur position. Tous les efforts pour nier la pureté de l’assemblée proviennent de l’ennemi. L’apôtre, écrivant aux Corinthiens, le leur rappelle et insiste là-dessus. Il leur fait souvenir de ce que la grâce de Dieu a fait pour eux. Il réveille leur conscience pour agir de manière conséquente avec et pour Christ. Il ne pense jamais à permettre le péché du fait de la présence du vieil homme et du nouvel homme dans les saints. Le vieil homme n’a-t-il pas été crucifié avec Christ ? Si Dieu a déjà exécuté la sentence sur lui, il n’y a aucune excuse pour autoriser le péché. La loi de l’Esprit de vie dans le Christ Jésus a affranchi tout croyant. Non seulement il a une nouvelle nature, mais il a le Saint-Esprit qui travaille en elle par la parole et la grâce de Christ. Ils étaient alors sans levain et devaient ôter le vieux levain. Le dessein même de Dieu était de former l’assemblée en pureté pour Christ et selon Christ dans ce monde, et la responsabilité des saints est de marcher individuellement et collectivement selon Lui. Sa parole rend Sa volonté très nette.

 

5.3.4        1 Cor. 5:7b-8

Or l’image d’une pâte sans levain rappelle tout de suite Christ comme le vrai agneau pascal, et le fait, qui en est la conséquence, d’ôter le péché par Son sacrifice. Cela accentue la raison pour laquelle l’apôtre demande que le péché soit jugé par les saints, si par mégarde quelqu’un est tombé dans le péché et ne s’en est pas repenti. La fête des pains sans levain était rattachée à la Pâque, comme tout Israélite le savait. Il tourne cela en un propos pratique. « C’est pourquoi célébrons la fête, non avec du vieux levain, ni avec un levain de malice et de méchanceté, mais avec des pains sans levain de sincérité et de vérité ». Il pouvait y avoir de nouvelles formes de mal outre celles des anciennes habitudes et associations. Mais comme tout levain devait être ôté par les Juifs, de même les chrétiens sont solennellement appelés à traiter sans ménagement le mal sous toutes ses formes.

En outre il me semble important de remarquer que cela ne concerne pas seulement ce qu’il y avait lieu de faire à la table du Seigneur le dimanche. Les sept jours de la fête juive des pains sans levain représentent la totalité de notre séjour sur la terre ; et la célébration de la fête couvre donc la totalité du temps de chacun ici-bas. Rien de ce qui est en désaccord avec Christ moralement n’est tolérable chez le chrétien, et cela non pas de temps en temps, mais continuellement. Tel est l’enseignement de ces types que le Nouveau Testament dévoile et applique. Sans aucun doute, la vraie lumière luit déjà maintenant (1 Jean 2:8). Loin d’autoriser le péché chez le racheté, la rédemption est la base de la sainteté, et tout le mal n’a été pleinement jugé que lorsque Christ, notre Pâque, a été crucifié. Avant cela, combien de mal était supporté à cause de la dureté du cœur des hommes (Marc 10:5) ! Maintenant que le péché a été condamné à la croix de Christ, et par conséquent en grâce pour le croyant, il nous est dit de livrer nos membres comme esclaves à la justice pour la sainteté (Rom. 6:19). Affranchis du péché et asservis à Dieu, nous avons notre fruit dans la sainteté et pour fin la vie éternelle (Rom. 6:22). Tout ce qui est en deçà n’est pas du christianisme.

 

5.4   1 Cor. 5:9-13

L’apôtre établit maintenant l’instruction du Seigneur quant à ceux qui professent indignement Son nom dans l’assemblée. Ceux de Corinthe ne savaient pas comment les traiter : mais pourquoi ne pas avoir au moins prié et pleuré ? Pourquoi étaient-ils enflés d’orgueil ?

« Je vous ai écrit dans la lettre, de ne pas avoir de commerce avec des fornicateurs, non pas absolument avec les fornicateurs de ce monde, ou les avares et les ravisseurs, ou les idolâtres, puisqu’ainsi il faudrait que vous sortissiez du monde ; mais, maintenant, je vous ai écrit que, si quelqu’un appelé frère est fornicateur, ou avare, ou idolâtre, ou outrageux, ou ivrogne, ou ravisseur, vous n’ayez pas de commerce avec lui, que vous ne mangiez pas même avec un tel homme. Car qu’ai-je affaire de juger ceux de dehors ? Vous, ne jugez-vous pas ceux qui sont de dedans ? Mais ceux de dehors, Dieu les juge. Ôtez le méchant du milieu de vous-mêmes » (5:9-13).

 

5.4.1        1 Cor. 5:9 – « La lettre » concerne bien la présente lettre

A priori, il ne semble pas y avoir de raison valable pour rejeter l’idée qu’un apôtre inspiré ait pu écrire une épître et que Dieu ait voulu qu’elle disparaisse ensuite après avoir accompli son but, sans demeurer dans l’Écriture. Il n’y a donc pas là de difficulté de principe, à mon sens ; mais il faudrait pour cela qu’il soit fait allusion ici à une épître de Paul n’ayant jamais été incluse dans le canon (*). Or où est la preuve que tel est le cas présentement ? où est la preuve qu’il soit fait allusion ici à une épître autre que celle qu’il est en train d’écrire ? Dans cette dernière hypothèse, le temps utilisé pour le verbe serait ce qu’on appelle l’aoriste épistolaire. Dès lors il est vain de dire : « non pas cette présente lettre », ce qui donne un sens de la phrase aussi peu naturel que le fait d’une lettre antérieure qui ne nous serait pas parvenu (comparez Rom. 16:22 – Col. 4:16 – 1 Thes. 5:27 – 2 Thes. 3:14). 2 Cor. 7:8 est le seul exemple où il soit fait référence à une lettre précédente : le contexte l’exigeait en raison du contraste évident entre les deux lettres. Mais ici, il n’y a rien susceptible de déterminer deux lettres. L’usage faisant allusion à la lettre en train d’être écrite est bien plus fréquent, de sorte que le sens est excellent si nous comprenons que l’expression « la lettre » vise la présente épître que nous avons entre les mains. La notion d’une lettre précédente impliquerait la supposition que la présente lettre soit une rectification de malentendu au sujet d’un précédent commandement de sa part visant le fait de rester dans la compagnie [ou : d’avoir commerce avec] des fornicateurs ; mais cela relève d’une supposition gratuite.

 

(*) note Bibliquest : la version autorisée anglaise écrit « Je vous ai écrit dans une lettre » au lieu de « … dans la lettre ». C’est ce qui est la source de difficulté de compréhension que l’auteur cherche à clarifier et expliquer.

 

5.4.2        1 Cor. 5:9-11 — Enchaînement des idées

Il en va de même de l’idée qu’il devrait y avoir quelque chose dans la première partie de cette épître relatif au sujet ; car ce passage se suffit à lui-même si l’apôtre est en train de donner l’instruction. Vouloir que l’apôtre se réfère à un passage précédent, c’est simplement nier le sens épistolaire de l’aoriste. Encore une fois, s’il désigne (5:9) la lettre qu’il est en train d’écrire, l’expression « dans la lettre » (= έν τη έπιστολη) est loin d’être hors de propos et inutile, et au contraire elle est pleine de force et de précision. « Je vous ai écrit dans (non pas « une », mais) la lettre, de ne pas avoir de commerce avec des fornicateurs » (5:9). C’est l’exhortation qu’il est en train de donner ; et il continue en précisant (5:10) : « non pas absolument [ou : dans tous les cas] avec les fornicateurs de ce monde, ou les avares et les ravisseurs, ou les idolâtres, puisqu’ainsi [dans ce cas] vous devriez sortir du monde ; (5:11) mais, maintenant [ou : dans le cas présent], je vous ai écrit que, si quelqu’un appelé frère est… que vous n’ayez pas de commerce avec lui… ». Ici (5:11) le même temps est utilisé pour « je vous ai écrit » correspondant à ce qui doit être autorisé, c’est à dire ce qui suit juste après (dans la présente épître) ; le « mais » (νυνί, au début du v. 11) ne sert qu’à distinguer la phrase qui suit — une sorte de réserve, une application plus précise du principe, — d’avec l’affirmation générale du verset 9.

 

5.4.3        Résumé de 5:9-11

En bref, l’apôtre montre que les relations fraternelles sont réservées aux frères, de même que la discipline : étendre les premières ou cette dernière aux hommes du monde est un mauvais principe, et cela rendrait impossibles les relations avec les gens en général. Mais d’autre part, la relation chrétienne de proximité étroite exige la pureté de vie de la part de ceux qui en jouissent. Si quelqu’un appelé frère est impur, ou cupide, ou idolâtre, ou outrageux, ou ivrogne, ou ravisseur, l’on ne doit pas avoir de relations avec lui : « que vous ne mangiez pas même avec un tel homme ». Le sens n’est pas de ne pas prendre la Cène du Seigneur, mais de ne pas manger le moindre repas avec lui. Un homme qui professe Christ et est corrompu ou violent, doit être évité, même dans un acte social ordinaire, non pas seulement lors de l’occasion la plus solennelle du culte chrétien.

 

5.4.4        1 Cor. 5:12-13

Les derniers versets expliquent la raison de cette restriction. « Car qu’ai-je affaire de juger ceux de dehors ? Ne jugez-vous pas ceux qui sont de dedans ? Mais ceux de dehors, Dieu les juge. Ôtez le méchant du milieu de vous-mêmes » (5:12-13). Le monde n’est pas encore la sphère du jugement divin, mais Ses enfants sont dans cette sphère, eux que le Père juge sans faire acception de personne, comme l’assemblée est tenue de faire. Bientôt le monde sera non seulement jugé, mais aussi condamné (11). C’est pourquoi le croyant devrait d’autant plus chercher à se juger lui-même : autrement la grâce serait de mauvais renom, comme si elle cherchait à camoufler le mal. Mais même si le croyant manque à le faire, le Seigneur, Lui, n’y manque pas : Il châtie par un jugement divin afin qu’il ne soit pas condamné avec le monde (11:31-32).

Ceux du dehors ne relèvent donc pas de la sphère actuelle du jugement apostolique ni de celui de l’assemblée [ou : église], mais ceux du dedans en relèvent ; les autres, Dieu s’occupera en leur temps. L’assemblée ne peut pas fuir son devoir ; forte ou faible, elle doit avoir une position claire à cet égard devant Dieu. Les saints ne sont pas capables de livrer à Satan, mais ils sont tenus d’ôter le méchant du milieu d’eux. Mais ils ne sont pas appelés à ôter qui que ce soit qui n’est pas « méchant ». Il y a d’autres étapes dans la discipline qui ne devraient jamais être oubliées, comme la réprimande dans certains cas, et le retrait dans d’autres. Il est faux et mauvais que tous les contrevenants soient ainsi ôtés ; personne ne doit l’être sinon le méchant. Dans le cas de telles personnes, c’est impératif, sinon la communion selon Christ n’existe plus. Ce qui détruit le caractère de l’assemblée n’est pas l’entrée du mal, le pire soit-il, mais la tolérance délibérée du mal, fût-il le moindre. Seulement, nous devons prendre soin de juger d’une manière qui soit faite selon la Parole et l’Esprit de Dieu. L’unité qui subsiste en permettant un mal connu en son sein, est de Satan ; elle est directement opposée au but de Dieu dans Son assemblée, car celle-ci est responsable de refléter le caractère de Christ, maintenant, dans la sainteté, comme elle le reflètera bientôt dans la gloire.

 

6                        1 Corinthiens 6

6.1   1 Cor. 6:1

Il nous faut maintenant aborder un mal mondain parmi les saints de Corinthe, distinct de l’état charnel et de la corruption qu’on vient de voir.

« Quelqu’un de vous, lorsqu’il a une affaire avec un autre, ose-t-il aller en justice devant les injustes et non devant les saints ? » (6:1). Ici la pratique moderne, ou même la pensée, diffèrent grandement du principe apostolique. Les chrétiens d’aujourd’hui ne se posent guère de problèmes de conscience à faire appel à un tribunal du monde. Il est évident que le Saint Esprit estimait cela comme un outrage, et aucun chrétien qui marche correctement ne pourrait avoir l’idée d’intenter un procès devant le monde contre un autre frère, même si celui-ci est en tort. Il lui faudrait oublier que Dieu tient chacun pour ce qu’il est : le monde, comme ayant rejeté Son Fils ; les saints, comme ceux qui, par grâce, en sont séparés pour Dieu.

 

6.2   1 Cor. 6:2-5

Ici cependant l’apôtre base sa répréhension sur l’anomalie qu’il y a d’avoir recours à la justice qui est aux mains de ceux que nous jugerons à la venue de Christ. « Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? Et si le monde est jugé par vous, êtes-vous indignes des plus petits jugements ? Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? Combien plus les affaires de cette vie. Si donc vous avez des procès pour les affaires de cette vie, établissez ceux-là [pour juges] qui ne sont pas estimés dans l’assemblée » (6:2-4).

 

6.2.1        1 Cor. 6:2-3

L’apôtre introduit la lumière du jour à venir pour peser sur les affaires présentes. Ceci est certain d’après le verset 3, même si certains s’interrogent sur le verset 2. Les efforts des anciens (Chrysostome, Théodore de Mopsueste, Théodoret, etc.) pour en faire une question morale, ou des modernes (Mosheim, Rosenmüller, etc.) pour en faire une question politique ou mondaine, tout cela est vain. Le jugement futur des vivants dans le royaume de notre Seigneur est une réalité qui influe sur l’apôtre maintenant. Il l’utilise pour juger la conduite de tous les jours. Comment peut-il être une vérité vivante s’il n’opère pas ainsi ? Les Corinthiens eux-mêmes ne doutaient pas du fait dans le futur ; mais comme toute personne non spirituelle, ils avaient laissé ce jugement leur échapper au moment où ils auraient dû s’en souvenir.

Il est évident toutefois que « ce jour-là » était une vérité si familière et admise de toute part par les saints, que Paul pouvait raisonner à partir de cette vérité comme étant une base indiscutable. Les saints ont la même vie maintenant, et le même Esprit ; ils ont aussi la parole de Dieu. Combien il est alors monstrueux d’ignorer la gloire avec Christ, à laquelle la grâce les appelle, et de s’abandonner aux manières de se conduire des hommes ! Pour la foi c’est l’inconséquence la plus grossière ; car si le monde est jugé par les saints, sont-ils « indignes des plus petits jugements » ? Telles étaient, et telles sont les questions à propos desquelles les hommes ont l’habitude d’aller en justice. Et ce n’est pas seulement le monde que les saints jugeront, mais aussi d’autres créatures. « Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? Combien plus les affaires de cette vie ? »

Les chrétiens en général ont perdu de vue le jugement futur du monde et des anges. Ils croient au jugement des morts, non pas à celui des vivants ; par suite la raison de l’apôtre de les interpeller n’existe plus pour eux. Des passages de l’Écriture comme ceux-ci deviennent irréels pour leurs esprits. Ils en sont au point d’être pratiquement incrédules, et par suite leur pratique ne peut être que mondaine à cet égard. Hélas! Ce n’est qu’un exemple, non pas une exception. Les temps difficiles des derniers jours sont arrivés, où « les hommes seront égoïstes, avares, vantards, hautains, outrageux, désobéissants à leurs parents… amis des voluptés plutôt qu’amis de Dieu, ayant la forme de la piété, mais en ayant renié la puissance » (2 Tim. 3:2,4,5). Il nous est commandé de nous détourner de telles personnes. L’Écriture est la grande ressource ; et avec ceci, n’oublions pas la conduite de l’apôtre, son but constant, sa foi, son support, son amour, sa patience, ses persécutions, ses souffrances, et la certitude que tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le christ Jésus, seront persécutés, tandis que les hommes méchants et les imposteurs iront de mal en pis, séduisant et étant séduits (2 Tim. 3:10-13). Le temps est venu où les hommes ne supporteront pas le sain enseignement ; mais, ayant des oreilles qui leur démangent, ils s’amasseront des docteurs selon leurs propres convoitises, et ils détourneront leurs oreilles de la vérité et se tourneront vers les fables » (2 Tim. 4:2-4). Y a-t-il une illusion plus malfaisante que celle d’un millenium qui serait apporté par le témoignage et les travaux de l’église ? En réalité le millénium suivra le jugement divin, quand le Seigneur Lui-même viendra, et qu’après avoir exécuté ce jugement, Il versera à nouveau l’Esprit sur toute chair (Actes 2:17), quand ils verront le salut de Dieu (És 52:10).

Les Corinthiens n’avaient pas autant dérivé que les chrétiens d’aujourd’hui. Ils étaient bien conscients que les saints jugeront le monde ; toutefois l’égoïsme avait suffi pour en émousser le souvenir. L’Esprit de Dieu leur rappelle maintenant la vérité, et fait appel au sens qu’ils pouvaient avoir de l’absurdité évidente d’être appelés à juger le monde à très grande échelle tout en se considérant indigne des plus petits jugements. Sans nul doute c’était ces plus petits jugements qui se trouvaient alors devant les frères de Corinthe, tandis que les jugements les plus graves leur seraient bientôt confiés, une fois qu’ils seraient glorifiés. L’apôtre leur fait sentir l’incohérence de manière encore plus caustique en caractérisant le monde comme « les injustes » et eux-mêmes comme « les saints » (6:1), et en leur rappelant que nous jugerons les anges (6:3). Assurément les affaires relatives à la vie présente entre les frères ne devraient pas aller au-delà d’eux ! Où étaient leur foi et leur amour ? Où était leur espérance ?

 

6.2.2        1 Cor. 6:4-5

Certains commentateurs, comme nous le savons, prennent le verset 4 comme une interrogation, tandis que d’autres le prennent comme un sarcasme. Il ne semble pas y avoir de raison particulière à l’appui d’une interrogation. Les affaires de cette vie ne requièrent pas plus que du bon sens et de l’honnêteté ; et certainement la possession de ces qualités ne constitue pas un droit à réclamer de l’honneur dans l’église. Des frères peuvent avoir ces deux qualités, et n’être guère estimés là où seules la grâce et la puissance de Christ ont droit à cet honneur. Trancher ces questions ne faisait nullement appel à une haute spiritualité. C’est pourquoi l’apôtre dit : « Je parle pour vous faire honte : ainsi il n’y a pas d’[homme] sage parmi vous, pas même un seul, qui soit capable de décider entre frères ? [littéralement « entre frère et frère »] » (6:5).

 

6.3   1 Cor. 6:6-8

« Mais un frère entre en procès avec un frère, et cela devant les incrédules. C’est donc de toute manière déjà une faute en vous, que vous ayez des procès entre vous. Pourquoi ne supportez-vous pas plutôt des injustices ? Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt faire tort ? Mais vous, vous faites des injustices et vous faites tort, et cela à vos frères » (6:6-8).

Il est clair que l’apôtre ne voulait nullement que de telles disputes soient amenées devant l’assemblée, au moins dans un premier temps. Les cas les plus graves devraient l’être, non pas les moins importants. N’avaient-ils pas même au moins un homme sage pour les juger ? (6:5). Il fait peu cas de telles questions, et en même temps il leur reproche leur mondanité ; pour lui, leur état moral était pire que leur manque de sagesse. Le chrétien est appelé à souffrir, même quand il fait bien (1 Pierre 2:20 ; 4:17) ; il a à le prendre avec patience, non pas à aller devant les tribunaux. Les Corinthiens oubliaient tristement la vraie gloire de l’assemblée ; et quand les chrétiens oublient ainsi leur position propre, et la conduite convenable qui y correspond, ils cessent même de marcher comme doivent les hommes droits. « Mais vous, vous faites des injustices et vous faites tort, et cela à vos frères » (6:8). Cela n’est pas si surprenant quand nous considérons qu’il n’a jamais été prévu que les chrétiens marchent bien si ce n’est par la foi, comme Pierre qui n’a pu marcher sur les vagues sans regarder à Christ. Quand il a cessé de regarder à Lui, il a tout de suite commencé à enfoncer, étant moins en sécurité que ceux qui ne s’étaient jamais aventurés hors du bateau.

Il me faut répéter que la défaillance dans la foi et dans l’espérance ne tardent pas à entraîner la défaillance dans l’amour. « Vous faites des injustices et vous faites tort, et cela à vos frères ». Tout du long, du début à la fin, c’était un déshonneur direct pour Dieu, et un faux témoignage rendu à leur relation avec Lui, si tant est qu’ils étaient nés de Dieu.

 

6.4   1 Cor. 6:9-10

Le sentiment qu’il a de leur défaillance comme chrétiens n’amoindrit pas son horreur de la malhonnêteté ou des torts provoquant des procès devant les tribunaux. « Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront point du royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas : ni fornicateurs, ni idolâtres, ni adultères, ni efféminés, ni ceux qui abusent d’eux-mêmes avec des hommes, ni voleurs, ni avares, ni ivrognes, ni outrageux, ni ravisseurs, n’hériteront du royaume de Dieu » (6:9-10). Il est clair que l’apôtre, sans se borner au cas présent, expose avec sévérité des habitudes courantes à Corinthe — la corruption beaucoup plus que la violence. Il parle pour leur profit en avertissement solennel, comme le Saint Esprit le fait toujours, quand Il touche au péché tant soit peu. Il ne brasse pas l’air, ni ne dénonce des péchés qu’on ne trouverait qu’ailleurs. La licence charnelle et mondaine, si elle n’était pas jugée, finirait certainement par des excès révoltants. Tremper un peu dans le mal, c’est la voie directe vers davantage et pire, — chez le chrétien professant, c’est encore plus certain que chez les autres. Tolérer quelque mal, c’est renier Christ en pratique. L’affaire du chrétien est de manifester Christ. Les saints de Corinthe étaient en danger de retomber dans les voies les plus viles de la corruption humaine.

 

6.5   1 Cor. 6:11

« Et quelques-uns de vous, vous étiez tels ». Détourner les regards de Christ, donne à Satan un avantage. Les vieilles habitudes reprendraient leur puissance, et « les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs » (15:33). L’apôtre ajoute alors : « Mais vous avez été lavés [litt.: vous vous êtes vous-mêmes lavés], mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus [Christ] (*), et par l’Esprit de notre Dieu » (6:11). Il leur rappelle la puissance en grâce de Dieu en Christ en qui ils croyaient par l’action de Son Esprit ; et Il ne voulait pas permettre que rien de tout cela puisse être en vain. Dans l’expression « vous avez été lavés », il y a peut-être une allusion au signe administratif [du baptême], comme en Actes 22:16, mais la liaison ici se rattache plutôt à la réalité dont le baptême est la signification. La sanctification est clairement la mise à part du chrétien pour Dieu, que le Saint Esprit effectue dans la conversion, plutôt que la sainteté pratique qu’Il opère ensuite pour achever, — la première étant absolue, tandis que la seconde est relative. On le voit de manière déterminante par le fait que la sanctification précède ici la justification, laquelle a ici bien sûr son sens ordinaire (lorsque l’âme n’est pas seulement née de Dieu, mais est acquittée de toute charge devant Lui par l’œuvre de Christ, et est alors scellée par l’Esprit).

 

(*) « Christ » figure dans les manuscrits aleph B C D E P, quelques cursives, et presque toutes les anciennes versions, etc.

 

6.6   1 Cor. 6:12-20

L’apôtre passe ensuite aux abus de la chair : le premier en ce qui concerne les viandes, le second (le plus grave) dans la fornication. Il avait montré que, quelle qu’ait été la grâce de Dieu qui appelle les plus vils, ceux-là sont sauvés d’une manière sainte. Il l’illustre maintenant par deux exemples dont certains se servaient pour plaider la liberté en vue de nier la pureté pratique. Il ne veut pas entendre parler de cela. Il ne veut pas diminuer la liberté d’un iota, mais il fait valoir son caractère si l’on veut qu’elle soit chrétienne, comme tous nos autres privilèges le sont. Si ce n’est pas de Christ, c’est péché. Il en est ainsi de tout ce dont nous nous glorifions : la vie, la justice, la paix, et la gloire. En cela la liberté ne diffère pas du reste. Quel chrétien pourrait désirer quelqu’une de ces choses dans et pour la chair ? Ce serait abandonner le Second homme pour revenir au premier : souhaiter la licence pour le péché prouve un manque total d’amour et d’honneur pour le Sauveur.

« Toutes choses me sont permises, mais toutes choses ne sont pas avantageuses ; toutes choses me sont permises, mais je ne me laisserai, moi, asservir par aucune. Les viandes pour l’estomac, et l’estomac pour les viandes ; mais Dieu mettra à néant et celui-ci et celles-là. Or le corps n’est pas pour la fornication, mais pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps. Mais Dieu a ressuscité le Seigneur, et il nous ressuscitera par sa puissance. Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres de Christ ? Prendrai-je donc les membres du Christ pour en faire les membres d’une prostituée ? Qu’ainsi n’advienne ! Quoi! Ne savez-vous pas que celui qui est uni à une prostituée est un seul corps [JND : avec elle] ? «Car les deux, dit-il, seront une seule chair» ; mais celui qui est uni au Seigneur est un seul esprit [JND : avec lui]. Fuyez la fornication. Quelque péché que l’homme commette, il est hors du corps, mais le fornicateur pèche contre son propre corps. Quoi ! Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, et que vous avez de Dieu ? Et vous n’êtes pas à vous-mêmes ? Car vous avez été achetés à prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps » (6:12-20).

 

6.6.1        1 Cor. 6:12

Si toutes choses sont permises au chrétien, certainement toutes ne sont pas profitables. Christ n’a jamais fait ce qui n’était pas profitable, et le chrétien devrait faire de même. Il est libre, mais c’est seulement selon Christ, pour le bien — et dans l’amour, pour le bien des autres. Mais il y a un autre sujet de mise en garde : si toutes choses sont permises au chrétien, il refuse d’être mis sous le pouvoir influent de quoi que ce soit : s’il n’en était pas ainsi, ce serait l’esclavage, non pas la liberté. Ainsi donc, il faut veiller à être attentif au bien des autres, et à maintenir la liberté intacte. Le chrétien est appelé à servir les autres, jamais à être l’esclave d’une habitude en quoi que ce soit, petit ou grand.

 

6.6.2        1 Cor. 6:13a et 13b

La première application de l’apôtre concerne les viandes, qu’il traite de manière si catégorique et méprisante que la question est tranchée pour toute âme pieuse. « Les viandes pour l’estomac, et l’estomac pour les viandes ; mais Dieu mettra à néant et celui-ci et celles-là » (6:13a). Il met en avant une analogie aussi vigoureuse que surprenante, et en même temps tout à fait vraie : ils conviennent l’un à l’autre, et périssent tous deux par les voies de Dieu. Ils ne sont que temporaires. Cela était d’autant plus frappant que cela provenait de quelqu’un qui avait été Juif et s’adressait à ceux qui avaient été Gentils ; tous savaient la place que les viandes avaient dans le judaïsme. Mais le christianisme apporte la lumière de Dieu et du futur pour nous guider présentement ; nous le voyons dans le second cas encore plus en détail. Car « le corps n’est pas pour la fornication, mais pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps » (6:13b). D’un côté l’estomac est ramené à son usage véritable et fugace, mais le corps est exalté à une place dont la philosophie ne savait rien. Il n’a pas été formé pour une tolérance profane qui mêle tout, mais il est pour le Seigneur, et le Seigneur est pour lui.

Jamais l’honneur du corps n’avait été placé dans sa vraie lumière jusqu’à ce que Christ vienne et le démontre non seulement dans Sa propre personne comme homme, mais aussi dans la nôtre, comme rachetés par Son sang et ayant le Saint Esprit habitant en nous (comparez Rom. 6:12-13, 19 ; 8:10 ; 12:1 ; Col. 2:23 ; 1 Thes. 4:4 ; 5:23 ; 1 Tim. 4:3-5). Même maintenant, le Seigneur ne dédaigne pas ce temple de l’Esprit : combien moins quand il sera changé en la ressemblance de Sa gloire ! (Rom. 8:11, 18-23 ; Phil. 3:21). Dans ce corps nous aurons la part qui est celle de notre Seigneur. Car « Dieu a ressuscité le Seigneur, et Il nous ressuscitera par Sa puissance » (voir 1 Cor. 15 ; 2 Cor. 4:14).

 

6.6.3        1 Cor. 6:14-17

Ce n’est pas simplement que nos esprits iront avec le Seigneur au ciel : nos corps ressusciteront comme le Sien à Sa venue, et comme les nombreux corps de saints qui dormaient et ressuscitèrent et sortirent des sépulcres après Sa résurrection (Matt. 27:52-53). Car si la mort montre la faiblesse de l’homme, la résurrection manifeste la puissance de Dieu. Le véritable effet spirituel de ceci est immense. Ce ne sont pas nos âmes, mais nos corps qui sont déclarés être membres de Christ. Ceux qui dissertent sur l’âme ne peuvent que prétendre à une élévation supérieure. Mais il n’en est jamais réellement ainsi dans la pratique ni dans la théorie. Au contraire l’immortalité de l’âme est facilement pervertie pour nourrir l’orgueil de l’homme ; il n’en est pas ainsi de la résurrection, qui non seulement exalte Dieu et humilie l’homme, mais quand elle est retenue par la foi, elle délivre de l’oisiveté et de la complaisance présentes. Le Saint Esprit est les arrhes ; Il nous joint au Seigneur et fait de nos corps les membres de Christ. C’est ce qui fait l’énormité de la fornication (6:15-16). Combien l’impureté avec une prostituée est une inconséquence vile par rapport à une telle intimité, à une telle union ! Il était d’autant plus nécessaire d’insister là-dessus que la ville était renommée par-dessus toutes les autres pour ce genre de licence, en dehors du fait habituel que les païens en général considéraient la fornication comme un acte aussi neutre que le manger, et non pas comme un péché en soi. « Car les deux, dit-il, seront une seule chair ; mais celui qui est uni au Seigneur est un seul esprit [avec lui] » (6:16-17).

 

6.6.4        1 Cor. 6:18-20

Mais son incompatibilité avec notre relation avec Christ n’est pas tout ce sur quoi l’apôtre insiste. Il tenait à ce qu’on évite la fornication, en raison de son caractère particulier, différent de tout autre péché, en ce qu’il est contre le corps lui-même, tandis que les autres sont extérieurs au corps. Quelle horreur donc de penser non seulement au mauvais usage fait du corps, mais au fait qu’il s’agit du corps du chrétien qui est temple de l’Esprit Saint ! et il est ce temple non pas parce qu’il Lui a été simplement consacré, mais par le fait qu’Il habite en nous, et ceci de la part de Dieu, en raison de son acquisition par le sang de Christ. D’où l’appel de l’apôtre à glorifier Dieu dans leur corps.

C’est seulement à cause de l’œuvre de Christ que le Saint Esprit a pu nous être donné ainsi, et habiter en nous. Il vivifiait les âmes avant que Christ ne verse Son sang, mais Il ne les a scellées qu’après Sa mort. Jésus, le Saint de Dieu, est le seul exemple d’un homme scellé ainsi sans du sang. Il est l’exception qui confirme la règle. Adam ne l’était pas, parce que, bien qu’innocent, il n’était pas saint, et il n’est jamais dit qu’il l’ait été ; le Second homme était saint, et Lui seul l’a été sans la rédemption, et c’est pour cela qu’Il a été scellé par Dieu le Père, en vertu et en témoignage de Sa perfection intrinsèque. Si nous pouvons l’être et si nous le sommes, c’est uniquement parce que nous avons été rendus parfaits par Son seul sacrifice ; et nous sommes donc exhortés à ne pas attrister le Saint Esprit de Dieu par lequel nous sommes scellés en vue du jour de la rédemption (celle de nos corps) (Éph 4:30). L’Esprit qui nous a été donné est l’expression de l’amour de Dieu versé dans nos cœurs (Rom. 5:5) ; Il est aussi la mesure selon laquelle nous devons éprouver notre conduite, et la puissance pour jouir de Christ et pour Le représenter correctement. Ayant été achetés à prix de sorte que nous ne nous appartenons plus, mais nous sommes à Dieu, nous sommes dès lors appelés en conséquence à glorifier Dieu dans notre corps (6:19-20). Quel fait merveilleux d’être assurés, par une autorité divine, que, par grâce, des personnes telles que nous peuvent et doivent glorifier Dieu !

Voilà donc les motifs qui sont les nôtres. Nous sommes achetés à prix, et nous avons le Saint Esprit qui demeure en nous. « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, et que vous avez de Dieu ? Et vous n’êtes pas à vous-mêmes ; car vous avez été achetés à prix ». Ce passage élève la présence de l’Esprit en nous, lorsqu’il nous est dit que nous L’avons reçu de Dieu ; bien sûr il ne pouvait pas en être autrement ; mais que cela soit affirmé ainsi, est précieux et solennel. Dieu veut que nous nous souvenions et que nous sentions que c’est de Sa part que nous avons le Saint Esprit qui nous a été ainsi donné.

Mais n’oublions pas que c’est dans nos corps que nous avons à glorifier Dieu. Il ne manque pas de gens pour se tromper eux-mêmes en pensant que spirituellement ils sont très bien, et ils n’osent pourtant pas dire qu’ils gardent leur corps assujetti, ni qu’ils l’amènent à l’être. Le chrétien est tenu de glorifier Dieu dans son corps.

Dans la consécration des sacrificateurs sous la loi (Lév. 8), le lavage d’eau précédait l’aspersion par le sang, et que l’onction d’huile était l’achèvement. C’est justement le même ordre de vérité qu’on peut discerner ici, et qui est vrai du chrétien en fait. Autrefois les devoirs de la fonction sacerdotale venaient ensuite selon les instructions de l’Éternel, de même qu’ici nous voyons le chrétien exhorté à glorifier Dieu. Quel appel ! Combien l’esprit, les voies, la communion et la conduite du chrétien sont importants pour Dieu ! Quel abaissement du niveau quand, comme les Corinthiens, nous oublions que nous ne sommes plus des hommes s’efforçant de marcher décemment dans le monde, mais que notre corps est le temple de l’Esprit Saint, et que nous-mêmes nous avons été achetés par le sang de Christ, et que l’objectif placé devant nous est de glorifier Dieu ! L’incrédulité des croyants est le plus grand plaisir de l’adversaire, et le plus triste obstacle à Sa gloire en nous et par nous. C’est la source fertile de toutes les défaillances et des péchés les plus tristes chez les saints. C’est la principale pierre d’achoppement pour tout homme sérieux dans le monde ; elle rend impossible le fait de glorifier Dieu. Qu’en face des plus simples questions de convenance journalière, nous puissions être rendus capables d’y répondre dans cette foi qui est familière avec les manifestations les plus riches et les plus hautes de la grâce de Dieu dans la rédemption du Christ et le don de l’Esprit !

 

 

7                        1 Corinthiens 7

Nous entrons dans une nouvelle division de l’épître, bien que son début soit naturellement connecté (au moins de manière à faire suite) avec l’exhortation de l’apôtre à la pureté personnelle dont il vient de montrer qu’elle est requise à cause de la présence du Saint Esprit, et du fait que nous avons été achetés à prix par le Seigneur : nous sommes par conséquent appelés à glorifier Dieu dans notre corps.

Il semble que les saints à Corinthe avaient écrit à l’apôtre sur divers sujets, dont celui du mariage, et sur les diverses questions qui s’y rapportent naturellement pour des chrétiens encore peu versés dans la vérité. Partant du laxisme des païens, spécialement des Grecs, et par-dessus tout des Corinthiens, il y avait une réaction vers l’ascétisme, qui est la ressource favorite des moralistes et philosophes en Orient, et qui, de là, s’est plus ou moins répandu en Occident. L’apôtre insiste sur la sainteté, mais non pas aux dépens de la liberté en Christ.

 

7.1   1 Cor. 7:1-5

« Or, pour ce qui est des choses au sujet desquelles vous m’avez écrit, il est bon à l’homme de ne pas toucher de femme ; mais, à cause de la fornication, que chacun ait sa propre femme, et que chaque femme ait son mari à elle. Que le mari rende à la femme ce qui lui est dû, et pareillement aussi la femme au mari. La femme n’a pas autorité sur (*) son propre corps, mais le mari ; et pareillement aussi le mari n’a pas autorité sur (*) son propre corps, mais la femme. Ne vous frustrez pas l’un l’autre, à moins que ce ne soit d’un consentement mutuel, pour un temps, afin que vous vaquiez à la prière, et que vous vous trouviez de nouveau ensemble, afin que Satan ne vous tente pas à cause de votre incontinence » (7:1-5).

 

(*) note Bibliquest : 7:4 JND traduit « disposer de » au lieu de « avoir autorité sur »

 

7.1.1        1 Cor. 7:1

Quand Adam fut fait, l’Éternel dit : « il n’est pas bon que l’homme soit seul : Je lui ferai une aide qui lui corresponde » (Gen. 2:18). Et c’est ainsi qu’Il forma la femme à partir de l’homme. Les deux devaient être, et furent une seule chair. L’apôtre était certainement le dernier à vouloir affaiblir l’ordre de la nature. C’est lui qui plus tard écrivit aux Hébreux (13:4) : « Que le mariage soit tenu en honneur de tous égards, et le lit sans souillure ». Il ne se contredit nullement ici, ni même diverge. Il est en parfaite unisson avec son Maître (Matt. 19 et Marc 10) qui défendait l’institution originelle de Dieu depuis la création, pour l’homme dans la chair, malgré tout ce que la loi avait pu autoriser entre temps à cause de la dureté de cœur des hommes, tout en maintenant la supériorité excellente de l’état de célibat, quand il y avait la puissance pour être [consacré] sans partage au Seigneur et à Ses intérêts. Mais il n’en est pas ainsi pour tous les saints. Tous ne peuvent pas recevoir cette parole du Seigneur, mais seulement ceux à qui cela est donné (Matt. 19:11). Si quelqu’un est en mesure de le recevoir, qu’il le reçoive : s’il se vante, il est en danger de déshonorer le Seigneur plus que ceux qu’il méprise. Le Seigneur et Son apôtre mettent tous les deux les âmes en garde. La grâce peut appeler et fortifier pour vivre au-dessus de ce qui est non seulement légitime, mais honorable à tous égards ; et sûrement, si le célibat est ainsi gardé dans l’humilité, c’est une part meilleure.

 

7.1.2        1 Cor. 7:2-5

Mais il y a des pièges provenant de ce qu’est la nature ; et nulle part plus qu’à Corinthe, il y avait lieu de craindre les habitudes et les associations locales. Dans certains cas, le paganisme consacrait la fornication. À cause des manières de vivre licencieuses, qui sont toujours un danger, mais qui, là et alors, étaient tout à fait banalisées, il fallait que chacun ait sa propre femme et chaque femme son propre mari. La considération réciproque jusqu’à l’extrême convient aux deux conjoints dans cette relation où ceux qui étaient deux ne font plus qu’un. Si dans certains cas la grâce élève au-dessus de la nature à la gloire du Seigneur, cette grâce impose de l’honneur et des devoirs pour ceux qui sont dans une relation naturelle. Une marque certaine de l’ennemi, c’est quand la grâce est pervertie au point de jeter du mépris sur la plus petite ou la moins élevée des dispositions de Dieu. Si nous sommes dans une relation, nous sommes tenus à être vrais dans ce qu’elle réclame. C’est pourquoi le mari doit rendre à la femme ce qui lui est dû, et pareillement la femme au mari. L’état marié est incompatible avec l’indépendance de l’un par rapport à l’autre dans tout ce qui est relatif à cet état. La femme n’a pas autorité sur son propre corps, mais le mari, et pareillement le mari n’a pas autorité sur son propre corps, mais la femme. C’est pourquoi ils ne devaient pas se frustrer ou se priver à tort l’un l’autre, sinon par consentement mutuel pour un temps, afin de pouvoir vaquer librement à la prière et de se retrouver ensemble, de peur que Satan ne les tente à cause de leur incontinence. La loi n’a rien amené à la perfection. Christ a justifié et défendu les pensées et la volonté de Dieu quant au premier homme, mais Lui-même était la manifestation de Dieu dans l’homme. Aussi l’apôtre parle du mariage en des termes bien au-dessus des pensées et des voies d’Israël. Ce qui était au commencement (Matt. 19:8b) n’a jamais été autant affirmé auparavant ; mais la grâce, comme toujours, présente quelque chose de meilleur.

 

7.2   1 Cor. 7:6-9

« Or je dis ceci par permission [JND : indulgence], non comme commandement ; mais je voudrais que tous les hommes fussent comme moi ; toutefois chacun a son propre don de grâce de la part de Dieu, l’un d’une manière, et l’autre d’une autre. Or je dis à ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, qu’il leur est bon de demeurer comme moi. Mais s’ils ne savent pas garder la continence, qu’ils se marient, car il vaut mieux se marier que de brûler » (7:6-9).

Ainsi le Saint Esprit conduit l’apôtre au cœur large à dire que ce qu’il avait établi par écrit n’était pas un commandement, mais une permission. Son souhait pour les autres était que tous fussent comme lui. Mais il ne méconnaît pas que chacun a comme Dieu lui a donné. C’est pourquoi il dit aux célibataires et aux veuves qu’il est bon pour eux de rester comme lui ; mais même alors, ce n’est pas absolu, mais seulement s’ils peuvent le faire sans craindre de pécher à cet égard.

 

7.3   1 Cor. 7:10-11

« Mais quant à ceux qui sont mariés, je leur enjoins, non pas moi, mais le Seigneur : que la femme ne soit pas séparée du mari ; (mais si elle est séparée, qu’elle demeure sans être mariée, ou qu’elle se réconcilie avec son mari ;) et que le mari ne laisse pas [ou : ne chasse pas] sa femme » (7:10-11).

Il ne s’agit pas ici d’une nouvelle instruction revêtue de l’autorité apostolique, mais d’une règle du Seigneur Lui-même, déjà connue, le devoir général de l’homme et de la femme fondé sur l’indissolubilité du lien. La femme n’a pas à être séparée de son mari, et le mari n’a pas à congédier sa femme : si elle est séparée, qu’elle demeure non mariée, ou qu’elle se réconcilie ; car même si la femme n’a pas commis de faute, la séparation est un sujet de honte et peut être un piège.

 

7.4   1 Cor. 7:12-14

L’apôtre inspiré ajoute ensuite de la lumière aux difficultés présentes, sans répéter du tout le principe valable en Israël, mais en présentant le contraste avec lui.

« Mais quant aux autres, je dis, moi, non pas le Seigneur : Si quelque frère a une femme incrédule, et qu’elle consente à habiter avec lui, qu’il ne la laisse pas [ou : ne la chasse pas] ; et si une femme a un mari incrédule, et qu’il consente à habiter avec elle, qu’elle ne laisse pas [ou : ne chasse pas] [son] mari. Car le mari incrédule est sanctifié dans la femme, et la femme incrédule est sanctifiée dans le frère, [son mari] ; puisque autrement vos enfants seraient impurs ; mais maintenant ils sont saints » (7:12-14).

 

7.4.1        Mariages mixtes, enfants saints

C’est là la grave question des mariages mixtes, où l’un des conjoints déjà unis au préalable a été gagné à Christ par l’évangile, tandis que l’autre ne l’est pas. Dans ce cas, la grâce du christianisme est en contraste frappant avec la rigueur du judaïsme (comp. Esdras 9:10). L’une des manières par laquelle Israël demeurait un peuple saint, était de refuser de se mélanger aux païens par mariage. Ceux qui faisaient ainsi des mariages mixtes, ou prenaient des femmes étrangères, étaient rendus impurs, et leurs enfants étaient impurs ; quand ils ressentaient et jugeaient ce péché, ils le démontraient non seulement en offrant un bélier pour le délit (Lév. 5:18), mais en chassant le conjoint et les enfants. La sainteté du chrétien est non seulement intrinsèque, au lieu d’être charnelle et extérieure, mais il s’y trouve beaucoup plus de considérations de grâce, et une ouverture dont la loi ne connaissaient pas grand chose, ou même rien. Ainsi, si le mari ou la femme était croyant, il n’était pas souillé par l’union avec un conjoint non croyant, mais au contraire le non croyant est sanctifié et les enfants sont saints.

C’est ainsi que l’Esprit de Dieu console le croyant dont le conjoint, mari ou femme, demeure non croyant ; car je présume que c’était aussi bien vrai d’un Israélite que d’un païen. Bien sûr c’est une épreuve douloureuse d’être uni d’une pareille manière. Si le croyant était la femme, elle pouvait être suspectée et contrariée en toute occasion par le mari non croyant. Il allait naturellement veiller à ce que les enfants soient maintenus à l’écart de la vérité chrétienne et des privilèges de toute sorte, et voudrait montrer son mépris pour tout ce que sa femme appréciait, indigné avant tout par la calme confiance de la foi qui compte les idoles pour rien, et qui confesse le Seigneur Jésus devant les hommes. Mais ici elle est instruite et fortifiée par l’injonction apostolique. Si son mari a consenti à habiter avec elle malgré cette confession, elle n’est pas appelée à quitter ou chasser son mari incrédule, car c’est lui qui est sanctifié en elle, tandis que les enfants sont saints. Quel soulagement cela a dû être pour les âmes pieuses, mais scrupuleuses, qui avaient été amenées à Dieu par l’évangile après avoir été mariées à des païens ou des Juifs, avec des enfants élevés dans le judaïsme ou l’idolâtrie ! Étaient-ils troublés quand ils lisaient dans les Écritures qu’autrefois il était exigé qu’on abandonne la femme mal assortie, et les enfants nés de cette union ? La grâce de l’évangile, comme l’apôtre le montre, délivre de toute incertitude quant à la pensée de Dieu, et déclare le non-croyant, mari ou femme, sanctifié par le conjoint croyant, et les enfants saints, non pas profanes.

Nous voyons donc le contraste saisissant entre la puissance en grâce de l’évangile et la faiblesse de la loi : en vertu de l’un, l’incroyant est sanctifié par le conjoint croyant et le fruit de leur union est saint ; en vertu de l’autre, le Juif est souillé et les enfants impurs.

 

7.4.2        1 Cor. 7:14 — Conjoint sanctifié : s’agit-il du baptême ?

Mais il est bon de remarquer ici l’emploi fait du verset 14 par les deux bords du conflit sur le baptême. Le Docteur Wall écrit ainsi dans son « Histoire du baptême des enfants » (I., 144, 5, Ed. 4,1819) : « M. Walker a pris la peine de produire des citations de presque tous les écrivains de l’antiquité, pour montrer que qualifier un enfant ou une autre personne de sanctifié était une expression commune à tous pour dire qu’il était baptisé ; et pour être bref, je renvoie le lecteur à son livre. L’Écriture l’utilise aussi de cette manière (1 Cor. 6:11, Éph. 5:26), et c’est ce qui rend d’autant plus probable l’explication de 1 Cor. 7:14 (‘maintenant vos enfants sont saints’) que donnent Tertullien, Saint Augustin, St. Jérôme, Paulinus, Pelage (chap. 19), et d’autres anciens, et plus récemment le Dr Hammond, M. Walker, etc. ; selon eux les mots (άγια) saint, et (ήγίασται) a été sanctifié, se réfèrent au baptême. — Leur explication est aussi d’autant plus probable, qu’aucun autre sens de ces mots n’a jamais été donné par des commentateurs, hormis des sens tout à fait contestables ; à cela se rajoute que certains antipaedobaptistes [opposants au baptême des enfants] se sont efforcés de leur accrocher un sens (le caractère légitime de l’enfant, par opposition à la bâtardise), alors que ce sens semble le plus forcé et le plus tiré par les cheveux de tous. Les mots sont ήγίασται, κ.τ.λ. Leur traduction grammaticale est : « Car le [ou : un] mari incrédule a été sanctifié par l’épouse », et nos traducteurs en ont altéré le temps pour écrire est sanctifié au lieu de a été sanctifié ; ils pensaient, semble-t-il, que c’est le sens requis ; mais sans cette modification, la paraphrase donnée par plusieurs érudits est pratiquement la suivante : — Il est arrivé couramment qu’un mari incrédule ait été amené à la foi, et donc au baptême, par sa femme ; et pareillement une femme incrédule par son mari. Si ce n’est pas le cas, et si la méchanceté ou l’incrédulité du conjoint incrédule prévalent habituellement, les enfants d’un tel couple restent généralement non baptisés, et donc impurs ; mais maintenant nous voyons, par la grâce de Dieu, un effet contraire, car ils sont généralement baptisés, et deviennent ainsi saints ou sanctifiés » [fin de la citation du Dr.Wall].

Le chrétien intelligent verra que, quoi qu’en disent les anciens pères, l’Écriture ne justifie pas cette utilisation des mots « saint » et « sanctifié ». 1 Cor. 6:11 et Éph. 5:26 enseignent une vérité différente de la portée de 1 Cor. 7:14 et aussi différente de 1 Tim. 4:4-5: il s’agit du pouvoir purificateur de la Parole appliquée par l’Esprit. Le chrétien, l’assemblée, sont sanctifiés de cette manière. C’est une œuvre divine et réelle (voir Jean 13 et 15, et 1 Jean 5). Le sang expie, mais l’eau purifie ; c’est-à-dire que la Parole, comme expression de la vérité et de la révélation de Dieu en Christ, juge tout ce qui est contraire à Dieu au-dedans et au-dehors. Ainsi les saints, du premier au dernier, sont formés moralement pour avoir part avec Christ en haut. À Son retour, Sa puissance achèvera tout, comme Sa première venue en amour a jeté la base pour tous dans le don de Lui-même pour nous. C’est de l’ignorance de ces passages de l’Écriture que de les confondre avec 1 Cor. 7:14, comme on peut le montrer encore plus complètement. Or les anciens, et ceux qui construisent à partir d’eux, ne sont guère plus dans les ténèbres sur ce sujet que les modernes, y compris les évangéliques. Le lavage par la Parole est en dehors de leurs traditions ; or il est parfaitement certain dans l’Écriture, et très important pour la doctrine et la pratique chrétiennes.

La critique du Dr Wall est erronée. Les traducteurs de la version autorisée anglaise étaient bien plus proches de la vérité que lui. Son altération du temps des verbes non seulement n’est pas requise, mais elle fausse le sens. L’aoriste serait la forme adéquate, plutôt que le parfait, pour exprimer son idée et supporter sa paraphrase. Le parfait exprime un état résultant d’un acte, soit que nous disions « est sanctifié » ou « a été sanctifié ». Mais cela signifie le résultat permanent d’une action achevée, et non pas ce qui arrive habituellement, — un sens que l’aoriste gnomique ou itératif peut approcher comme en Jacques 1:10, 23 et 1 Pierre 1:24. C’est pourquoi l’enseignement déduit est entièrement faux. L’apôtre veut parler d’un état sanctifié, ou saint, du conjoint et des enfants d’une épouse chrétienne, — un état vrai effectivement et toujours, et non pas qui devient généralement vrai. Ce verset ne fait pas la moindre allusion au fait d’être converti ou amené au baptême.

Faut-il embrasser alors la vue qui prévaut chez les Baptistes ? Certainement pas. Le caractère légitime des enfants est hors sujet. Les enfants sont dits être άγια (saints), non pas γνήσια (légitimes, authentiques) ; le danger était qu’ils soient ακάθαρτα (impurs), non pas qu’ils soient νοθα (bâtards). Le mariage de croyants n’est pas plus légitime que celui d’incrédules. La question se rapporte à la sanction que Dieu donne à la conscience chrétienne au sujet d’un mariage mixte, et de son fruit ; et, là-dessus, l’apôtre décide que le conjoint non-croyant est sanctifiée par [ou : dans] le croyant, et que les enfants sont saints, non pas impurs : le conjoint non-croyant est placé dans l’état de sainteté par la foi de l’autre, et les enfants sont considérés comme déjà dans cet état. Que cela rende apte au baptême, le texte n’en dit rien : si c’était le cas, l’aptitude au baptême serait affirmée autant pour le conjoint incrédule, que pour les enfants. D’autre part, rapporter ήγίασται (sanctifié) à la légitimité ou la validité du mariage, c’est un sens misérable et faux, surtout que tout tourne autour de la foi d’au moins un seul des conjoints. Aussi les efforts de M. Booth de traduire εν par « à » ou « vers », au lieu de « en » [sanctifié par / dans le conjoint croyant] sont futiles. Luc 1:17 et l Thes. 4:7 et 2 Pierre 1:5, 6, 7, ne donnent pas le moindre support pour cela, pas plus que 1 Cor. 7:15 :

(1)                     Luc 1:17 : Ce passage est elliptique, et a une grande force. Jean Baptiste devait faire retourner les désobéissants, non pas simplement aux pensées des justes, mais de manière à ce qu’ils demeurent dans les pensées des justes.

(2)                     l Thes. 4:7 : Dieu nous a appelés, dit l’apôtre aux Thessaloniciens, non pas à l’impureté, mais dans la sainteté [ou : sanctification], ce qui est pareillement bien plus fort que εις, vers, pour.

(3)                     2 Pierre 1:5, 6, 7 : Pierre invite les chrétiens Juifs, à ce que dans leur foi, ils joignent la vertu, et que dans la vertu, ils joignent la connaissance, etc. ; comme Paul le rappelle aux Corinthiens, Dieu nous a appelés dans la paix.

 

Il reste donc clair que le mari incrédule est sanctifié en vertu de sa femme chrétienne, et que les enfants sont saints, au grand soulagement de ceux qui étaient troublés par des scrupules provenant du jugement de Dieu sur un tel état de choses parmi les Juifs. La grâce de Dieu dans l’évangile renverse la sentence de la loi, en ce que le pur rend pur ce qui avait été jusqu’alors impur. Autrement, le mari croyant aurait pu se sentir obligé de chasser sa femme incrédule et leurs enfants, du fait que le mélange avec les Gentils était abominable pour la loi. C’est pourquoi l’apôtre garde le langage du cérémonial juif, même là où il tranche la question par la sainte sanction [approbation] en grâce de Dieu vis-à-vis de tels mariages et de leur progéniture, en contraste avec l’obligation des Juifs que montrent les livres d’Esdras et Néhémie.

 

7.5    1 Cor. 7:15-17

7.5.1        1 Cor. 7:15

La question est posée maintenant du conjoint incrédule qui se sépare. « Mais si l’incrédule s’en va, qu’il s’en aille ; le frère ou la sœur ne sont pas asservis [litt.: en servitude] en pareil cas ; mais Dieu nous a appelés dans la paix. Car que sais-tu, femme, si tu ne sauveras pas ton mari ? ou que sais-tu, mari, si tu ne sauveras pas ta femme ? Toutefois, que chacun marche comme le Seigneur le lui a départi, chacun comme Dieu l’a appelé ; et c’est ainsi que j’en ordonne dans toutes les assemblées » (7:15-17). Ainsi, si le conjoint incrédule se sépare de l’autre, le croyant est libéré de l’assujettissement, qu’il s’agisse dans ce cas du frère ou de la sœur. Non pas qu’un tel acte du côté de l’incrédule donne au croyant ainsi abandonné la permission de se marier, mais la séparation de l’autre conjoint laisse le croyant d’autant plus libre de servir le Seigneur. Une telle union après tout, est de nature à impliquer des conflits, l’homme naturel haïssant la vie de l’Esprit. Mais cela ne justifie pas du tout du côté du croyant de rompre le lien du mariage : l’incrédule est censé l’avoir rompu de lui-même, ou d’elle-même ; « mais Dieu nous a appelés à marcher dans la paix », (ou « vous a appelés »), non pas à chercher la séparation.

 

7.5.2        1 Cor. 7:16

Au contraire, quelle que soit l’épreuve impliquée dans une telle vie, le frère ou la sœur doit désirer ardemment le salut de l’incrédule, mais après tout, quant à ceci, c’est Dieu qui dispose. « Car que sais-tu, femme, si tu ne sauveras pas ton mari ? Ou que sais-tu, mari, si tu ne sauveras pas ta femme ? » Quelle joie si cela arrivait ! Nous avons donc à acquiescer aux dispositions du Seigneur, et comme nous ne devons en aucun cas prendre l’initiative entre nos mains, ainsi sauver l’incroyant reste un problème, et ne doit pas occulter tout le reste.

 

7.5.3        1 Cor. 7:17

Ainsi, ici même l’apôtre avertit en insistant sur la règle, quel que soit le résultat final : « Toutefois (*), que chacun marche comme le Seigneur le lui a départi, chacun comme Dieu l’a appelé ». Ceci a pour but de mettre en garde contre tout sentiment indu ou excessif. Notre place est celle d’une soumission intelligente, reconnaissant la portion attribuée par le Seigneur et l’appel de Dieu : l’un au moment de la conversion, l’autre comme condition permanente. Chacun a donc à marcher ainsi. Si le Judaïsme affaiblissait un sentiment de relation, le christianisme le fortifie, et il fait face en grâce à toutes les difficultés et complications.

 

(*) Cela paraît être vraiment une phrase elliptique, avec effet qu’il n’y a plus rien à dire sauf que, etc, — ce que nous traduisons brièvement par « Seulement », ou « Toutefois ».

 

L’apôtre ne spécifiait pas quelque chose de précis aux Corinthiens en rapport avec leurs circonstances particulières : « C’est ainsi que j’en ordonne dans toutes les assemblées ». Quel que soit le nombre d’assemblées, l’ordre établi pour toutes reste unique, et l’autorité apostolique est universelle. Rien n’est plus opposé à son véritable sens que l’indépendance ecclésiastique. La notion de corps différents, chacun avec son régime propre, voilà une invention moderne ; inversement admettre un pouvoir de réglementation continu dans ou sur l’église est peut-être ancien, mais n’est pas meilleur. Ni l’un ni l’autre ne sont « dès le commencement », lorsque le fondement a été posé par les apôtres et les prophètes (Éph 2:20). Il n’existe aujourd’hui aucune réglementation faisant autorité en dehors de celle de la Parole de Dieu, bien que le Seigneur suscite ceux qui conduisent et sont à la tête, mais ceux-là comme tous les autres, sont tenus par l’Écriture à laquelle l’Esprit répond en puissance.

On peut voir que la Version Autorisée suit le Texte Reçu, et renverse ici la vraie relation. C’est Dieu qui a appelé, le Seigneur qui a départi, non pas l’inverse comme dans le Texte Reçu.

 

7.6   1 Cor. 7:18-24

« Quelqu’un a-t-il été appelé étant circoncis, qu’il ne redevienne pas incirconcis. Quelqu’un a-t-il été appelé étant dans l’incirconcision, qu’il ne soit pas circoncis. La circoncision n’est rien, et l’incirconcision n’est rien, mais l’observation des commandements de Dieu. Que chacun demeure dans la vocation dans laquelle [il était quand] il a été appelé. As-tu été appelé étant esclave, ne t’en mets pas en peine ; toutefois, si tu peux devenir libre, uses-en plutôt : car l’esclave qui est appelé dans le Seigneur est l’affranchi du Seigneur ; de même aussi l’homme libre qui a été appelé est l’esclave de Christ. Vous avez été achetés à prix ; ne devenez pas esclaves des hommes. Frères, que chacun demeure auprès de Dieu dans l’état dans lequel il a été appelé » (7:18-24).

 

7.6.1        1 Cor. 7:18-19

Christ élève ainsi le chrétien de manière à être supérieur à toutes les circonstances. Par conséquent, lorsqu’il est appelé par Dieu, ce n’est pas la peine de changer. Pourquoi l’homme circoncis prendrait-il la peine de masquer ou d’effacer le fait de sa circoncision ? Pourquoi l’incirconcis rechercherait-il la circoncision ou s’y soumettrait-il ? Il n’est plus question de distinctions dans la chair. Ce que Dieu apprécie, et ce que le chrétien devrait apprécier, c’est de garder Ses commandements, et non pas de garder des formes de vérité ou des écoles de doctrine, lesquelles sont un danger certain. Le croyant est sanctifié pour l’obéissance, et plus précisément pour l’obéissance de Christ, et non pas l’obéissance d’un Juif : c’est l’apôtre de la circoncision lui-même qui insiste là-dessus (1 Pierre 1:2). Et l’apôtre de l’incirconcision fait de même ici.

 

7.6.2        1 Cor. 7:20-21 — Esclavage

Mais nous sommes conduits un peu plus loin. « Que chacun demeure dans la vocation dans laquelle [il était quand] il a été appelé. As-tu été appelé étant esclave, ne t’en mets pas en peine [c'est-à-dire ne te mets pas en peine de l’assujettissement] ; toutefois, si tu peux devenir libre, uses-en plutôt [c'est-à-dire de la liberté] ». Je suis conscient que beaucoup dans les temps anciens (Chrysostome, Théodoret, Œcum., Phot., etc.,) et modernes (Bengel, De Wette, Estius, Meyer, etc.) prennent ce dernier verset 21 tout à fait différemment, supposant qu’il veut dire : « Même si tu ne peux pas te libérer, uses-en plutôt (c’est-à-dire de l’esclavage). Préfère être esclave plutôt qu’homme libre ». Toutefois cela semble non seulement extravagant, mais c’est donner aux circonstances humaines trop de poids, comme si l’esclavage était plus favorable à la marche chrétienne que la liberté. Pourtant, même la version Syriaque articule les mots de cette manière, et telle est le point de vue adopté dans l’une des versions anglaises les plus récentes. Le vrai sens est donné dans la Version Autorisée de la Bible, et telle était la conviction des Réformateurs, et de la plupart depuis la Réforme.

… [nous omettons une page de discussions techniques sur le grec et le sens des particules]

Dans le texte que nous examinons, l’apôtre répond à la question concernant une personne appelée alors qu’elle était esclave ; il dit ceci : « ne t’en mets pas en peine » [le « en » (c'est-à-dire δουλεία) se rapportant à l’état d’esclave, compris d’après δουλος qui précède]. L’apôtre répond aussi au cas supposé où l’esclave a la possibilité de devenir libre [ce qui, bien sûr, peut éventuellement survenir], et il dit : « uses-en plutôt » [le « en » (c'est-à-dire έλευθερία) se rapportant à cette possibilité de devenir libre, comprise d’après έλεύθερος qui précède]. Le contexte ne va pas de manière décisive à l’encontre de cette manière de traduire ; en effet pour ceux qui demeurent mariés, il y a cette disposition exceptionnelle de la séparation forcée par le conjoint incrédule, et parallèlement pour l’esclave, il y a la disposition concernant l’utilisation de la liberté, et même la préférence pour la liberté. Manifestement aussi, si les célibataires ont un avantage en étant moins écartelés et plus disponibles pour s’occuper des choses du Seigneur, une remarque similaire joue peut-être autant en faveur de l’homme libre qu’en faveur de l’esclave (voir 7:32-35). Les objections sur lesquelles il a été insisté sont nulles. … [courte discussion de grammaire grecque]. Imputer de l’incohérence par rapport au contexte général, spécialement le verset 22, a déjà été montré comme erroné. Dénigrer l’opinion la plus courante du précepte apostolique comme étant de « la sagesse du monde » est injuste, et il est important de défendre son enseignement contre le manque total de sobriété de ceux qui préfèrent l’esclavage à la liberté. Galates 3:28 et 1 Cor. 7:29-31 ne se contredisent nullement. Il n’y a pas plus de poids dans l’argument relatif à χράομαι [faire usage], qui s’applique correctement autant à l’usage de la liberté comme une chose nouvelle, qu’à l’esclavage comme une chose ancienne. En outre, ce qui est exprimé de manière voulue, ce n’est pas l’action d’entrer en liberté (impliquée dans έλεύθερος γενέσθαι), mais le fait de faire usage de la liberté une fois qu’elle est accordée. …

 

7.6.3        1 Cor. 7:22 — L’esclavage (suite)

L’apôtre explique, « car l’esclave qui est appelé dans le Seigneur est l’affranchi du Seigneur ». La forme correcte est bien « affranchi » et non pas « homme libre ». άπελεύθερος signifie quelqu’un qui a été rendu libre, non pas quelqu’un qui est né libre. C’est le terme exact ici, et il est d’autant plus marqué d’emphase que le mot « homme libre » ou né libre (έλεύθερος) est utilisé juste après. « De même aussi l’homme libre qui a été appelé est l’esclave de Christ ». Christ seul met chacun à sa place, et dans la vraie lumière : l’émancipation par des moyens humains ne peut pas le faire, ni même en approcher. L’esclave chrétien est l’homme libre du Seigneur, l’homme libre chrétien est esclave de Christ. L’autorité du Seigneur brise les chaînes de l’un, pour sa foi ; la grâce de Christ réduit l’autre à l’esclavage du point de vue de son cœur.

 

7.6.4        1 Cor. 7: 23

« Vous avez été achetés à prix ». Qu’il s’agisse de l’homme libre ou de l’esclave, tous ont été achetés. Les saints ont été achetés par le sang de Christ : il en est de même du monde entier, mais seuls les croyants le reconnaissent, et ils sont appelés à agir en conséquence. « Ne devenez pas esclaves des hommes » : une exhortation qui incombe autant à l’homme libre qu’à l’esclave. Seul un œil simple assure un véritable service, et il est pourtant la vraie liberté. Ils servaient déjà le Seigneur Christ : c’est la seule manière pour le chrétien de servir correctement dans tous les cas (*). Il est étrange de devoir dire que personne n’est si enclin à glisser dans la servitude des hommes que ceux qui professent le nom du Seigneur : c’est ce que montre la seconde épître aux Corinthiens. Mais ce n’est que de l’oubli de Christ et de l’infidélité à Son égard. Le christianisme dans sa véritable puissance confère des responsabilités tout en donnant de la liberté ; et comme cela est vrai doctrinalement, il est de toute importance de s’en souvenir dans la pratique.

 

(*) L’idée de Whitby est misérable ; selon lui, l’exhortation concerne les esclaves émancipés, leur enjoignant de ne pas se revendre comme esclaves. Non seulement c’est une parole adressée à tous les chrétiens, esclaves ou libres, mais c’est un avertissement contre un esclavage plus subtil dans lequel l’homme libre peut glisser autant que l’esclave.

 

7.6.5        1 Cor. 7: 24

« Frères, que chacun demeure auprès de Dieu dans l’état dans lequel il a été appelé ». «L’appel» semble signifier la condition providentielle de l’homme quand il a été appelé par Dieu, comme ici nous le voyons appliqué à la circoncision et à l’incirconcision, à la liberté et à l’esclavage. Il ne s’agit pas des occupations sur la terre, comme on le croit d’habitude, d’autant plus que certaines contiennent bien des aspects qui sont en contradiction avec la parole de Dieu et qui offensent la conscience chrétienne. Ici, tout raisonnement tendant à continuer dans le mal, parce que, par la grâce de Dieu, on a été converti malgré lui, est franchement rejeté parce que le croyant est appelé à demeurer « auprès de Dieu ». Si l’on ne peut pas continuer à être auprès de Dieu, il est grand temps de Lui demander Sa direction qui assurément n’appelle jamais un saint à faire le mal, mais au contraire l’appelle à cesser de le faire à tout prix.

 

7.7   1 Cor. 7:25-28

L’apôtre avait parlé de la relation du mariage, et des conjoints, soit chrétiens tous les deux, soit l’un des deux seulement étant chrétien. Maintenant il s’adresse aux célibataires. « Or, pour ce qui est de ceux qui sont vierges, je n’ai pas d’ordre du Seigneur ; mais je donne mon opinion comme ayant reçu miséricorde du Seigneur pour être fidèle. J’estime donc que ceci est bon, à cause de la nécessité présente, qu’il est bon, [dis-je], à l’homme d’être tel qu’il est. Es-tu lié à une femme, ne cherche pas à en être séparé. N’es-tu pas lié à une femme, ne cherche pas de femme. Toutefois, si même tu te maries, tu n’as pas péché ; et si la vierge se marie, elle n’a pas péché. Mais ceux qui font ainsi auront de l’affliction pour ce qui regarde la chair ; mais moi, je vous épargne » (7:25-28).

Le mot « vierges » (traduisant οί παρθένοι) est d’un usage rare, mais quand même connu dans le grec classique (voir l’Index aux anthologies grecques, de Jacob) ; mais il est si inhabituel que la plupart des commentateurs du Nouveau Testament ne semblent pas disposés à l’accepter. Parmi les anciens Théodore de Mopsueste ne voyait rien de sévère dans cette expression. … Il n’y a par contre aucun doute sur le fait que ce mot convient par rapport au contexte. Que cela soit rarement employé pour des hommes chez les auteurs grecs ordinaires, cela ne peut surprendre personne de ceux qui connaissent la moralité des païens. Si donc ce terme était absolument étranger à leurs productions, je ne verrais là aucun obstacle valable à étendre son usage par des plumes chrétiennes ou apostoliques. Quel croyant limiterait άγάπη (amour) à son sens en grec classique ? Nous allons trouver plus loin un nouvel usage de ce mot, un usage naturel mais rare, qu’il est essentiel d’admettre pour comprendre correctement les derniers versets, où il est utilisé à l’égard de l’état d’un homme, mais non pas de sa fille ; mais nous verrons davantage là-dessus à sa place.

C’est la question générale de l’entrée dans la relation du mariage par un frère ou une sœur ; cela aussi, l’apôtre le résout, non pas sur la base de l’autorité du Seigneur donnant un commandement, mais en donnant son jugement personnel fondé sur l’opposition du présent siècle au christianisme. Ce n’est pas une nécessité pressante, mais une nécessité présente qui fait qu’il vaut mieux rester comme on est : telle est la force du mot partout ailleurs dans le Nouveau Testament comme dans d’autres écrits. La nécessité existait à ce moment-là, elle n’était pas simplement imminente ; et je ne connais aucune raison permettant de penser qu’elle n’existe plus ; et il en sera ainsi jusqu’à ce que le Seigneur vienne. Les hommes le nient habituellement, et les chrétiens ont trop tendance à l’oublier ; mais l’apôtre l’avait toujours devant lui, et il le place devant nous. Il ne conçoit jamais une vérité, en particulier une aussi solennelle, sans un effet correspondant sur la vie pratique. Jusqu’au jour du Seigneur, la terre restera une scène de méchanceté, de confusion et de misère : pourquoi agir comme quelqu’un qui aime y être bien installé, alors qu’on est pèlerin et étranger ? L’apôtre n’a pas devant lui le temps spécial de la grande tribulation ni celui de l’apostasie avant la venue du Seigneur en jugement, mais le fait que l’évangile rencontre nécessairement l’inimitié lorsque, dans la pureté de cet évangile, le monde découvre la sentence qui pèse sur lui en tant que non croyant et déjà jugé (Jean 3:18).

Mais l’apôtre se garde d’abuser de recommander de manière courante une vie de célibataire pour le chrétien. Les gens mariés ne doivent pas chercher la dissolution du mariage, pas plus que les célibataires n’ont à rechercher ce lien ; l’apôtre cherche tout à fait à laisser les conscience libre de se marier. Ni l’homme ni la femme ne pèchent en étant mariés, malgré l’inopportunité de le faire selon le jugement chrétien. L’affliction pour la chair est inévitable pour ceux qui se marient, et l’apôtre désirait que cela leur soit épargné.

 

7.8   1 Cor. 7:29-31

L’apôtre revient ensuite à la question de l’estimation que la foi fait des choses présentes, qui, pour le chrétien, ne sont pas plus souvent devant lui qu’il ne faut. « Or je dis ceci, frères : le temps est difficile : désormais, c’est pour que ceux mêmes qui ont une femme soient comme n’en ayant pas ; et ceux qui pleurent, comme ne pleurant pas ; et ceux qui se réjouissent, comme ne se réjouissant pas ; et ceux qui achètent, comme ne possédant pas ; et ceux qui usent du monde, comme n’en usant pas à leur gré ; car la figure de ce monde passe » (7:29-31). Il ne développe pas des lieux communs sur la brièveté du temps, mais c’est une affirmation solennelle que le temps est désormais raccourci (c’est-à-dire, comme je le suppose, depuis la mort de Christ et l’appel de l’église) afin que le croyant tienne tout d’une main lâche, sauf Christ — tout ce dont les hommes peuvent se réjouir, si douloureux que puisse être leur sort par ailleurs. Mais le Sauveur a tout changé pour le chrétien : celui-ci regarde la terre comme le lieu de Son rejet, et il Le suit en esprit dans les cieux maintenant ouverts, d’où il L’attend en paix avec une joie ineffable et glorieuse (1 Pierre 1:8). Ce monde n’est pas plus stable que les scènes successives d’un théâtre.

La construction donnée ici dans la première proposition me semble être la bonne ; les autres impliquent de la rudesse, et rompent le fil des idées.

 

7.9    1 Cor. 7:32-35

« Mais je voudrais que vous fussiez sans inquiétude. Celui qui n’est pas marié a le cœur occupé des choses du Seigneur, comment il plaira au Seigneur ; mais celui qui s’est marié a le cœur occupé des choses du monde, comment il plaira à sa femme. Il y a une différence entre la femme et la vierge : celle qui n’est pas mariée a le cœur occupé des choses du Seigneur, pour être sainte, et de corps et d’esprit ; mais celle qui s’est mariée a le cœur occupé des choses du monde, comment elle plaira à son mari. Mais je dis ceci pour votre propre avantage, non pour vous enlacer dans des liens, mais en vue de ce qui est bienséant, et pour que vous vaquiez au service du Seigneur sans distraction » (7:32-35). Ici, l’apôtre insiste sur ce que, par rapport aux personnes mariées, le célibataire (homme ou femme) jouit davantage de la possibilité d’échapper aux soucis des choses de la terre pour servir le Seigneur et Lui plaire. Il y a moins de poids qui ralentissent la course, et moins de distractions qui détournent l’attention du but. Pourtant, même ici, l’apôtre parle avec précaution et délicatesse. Il voulait ne mettre personne dans le pétrin, mais cherchait leur bien-être en vue d’un service pour le Seigneur dans la bienséance et sans distraction.

Ici cependant, je saisis l’occasion pour protester contre les remarques d’un commentateur récent écrivant ceci : «Depuis qu’il [l’apôtre] a écrit, le déploiement de la providence de Dieu nous a davantage enseigné sur l’intervalle précédant la venue du Seigneur que ce qu’il était donné de voir même à un apôtre inspiré. Et comme il serait parfaitement raisonnable et approprié de demander instamment à un mourant de s’abstenir de contracter de nouvelles obligations dans ce monde — mais si cette personne recouvrait la santé, il serait tout autant déraisonnable et abusif de continuer à lui demander instamment de s’en abstenir : ainsi maintenant que Dieu a manifesté Sa volonté que les nations naissent, vivent et déclinent, et que de longs siècles s’écoulent avant le jour de la venue du Christ, il serait manifestement déraisonnable d’insister pour que les considérations faites ici soient appliquées — sauf dans la mesure où ‘le temps’ de tout homme ‘est raccourci’ (7:29), et où d’autres arguments similaires sont applicables ». — Cela peut sembler plausible aux hommes de la chrétienté qui ont perdu de vue ce que l’Écriture donne sur la ruine totale de l’homme et du monde, et sur l’imminence du jugement des vivants sur lequel tous les écrits inspirés insistent, aussi réellement que ceux de Paul. À mon avis, c’est une basse et lamentable prostitution avec l’incrédulité et la mondanité, qui dérive d’une conception des plus misérables de l’autorité de la parole de Dieu. Sans doute, la vérité a été révélée d’une manière que personne ne pouvait savoir à l’avance que Dieu allongerait l’intervalle qui nous sépare de la venue du Seigneur. Mais les fondements moraux en sortent renforcés, non pas affaiblis. Maintenant l’homme apparemment mourant est seulement bien plus proche, c’est évident, du moment de la dissolution, au lieu d’avoir recouvré santé et force pour se permettre de conclure de nouvelles obligations. L’obscurité croissante des Juifs et des Gentils, et non pas de l’islamisme seulement, mais de la chrétienté professante, avertit tout œil qui peut voir de l’imminence d’une crise venant de Dieu ; tandis que la brillante espérance du chrétien, qui est avant tout d’être au ciel avec Christ, brille d’autant plus qu’il voit le jour approcher : cette espérance est tellement indépendante de toutes les circonstances !

 

7.10                      1 Cor. 7:36-38

C’est dans la section suivante que nous avons ή παρθένος (la vierge) employé comme équivalent de ή παρθενία (la virginité). Car il n’est pas question ici de la fille d’un homme, mais de son propre état. Le Seigneur mérite que nous Lui soyons entièrement dévoués. C’est la vraie estimation du chrétien. « Mais si quelqu’un estime qu’il agit d’une manière inconvenante à l’égard de sa virginité, et qu’il a passé la fleur de son âge, et qu’il faut que cela soit ainsi, qu’il fasse ce qu’il veut : il ne pèche pas : qu’ils se marient. Mais celui qui tient ferme dans son cœur, et qui n’est pas sous l’empire de la nécessité, mais qui est maître de sa propre volonté et a décidé dans son cœur de garder sa propre virginité, fait bien. Ainsi, et celui qui se marie [qui marie sa propre virginité] fait bien ; et celui qui ne se marie pas fait mieux » (7:36-38). Ceci est la clé manifeste du passage, mais apparemment cela n’a pas été vu avant que le fameux Locke l’ait observé, et produit d’excellentes raisons tirées du contexte, qui se recommandent à tout esprit impartial. La grande importance accordée aux intentions du cœur (par exemple, « de sa propre volonté » et « dans son propre cœur ») convient parfaitement s’il est question de la virginité de la personne visée, mais comment cela conviendrait-il à sa fille ? Là, cela semblerait arbitraire et inconsidéré au-delà de toute mesure. Si cela signifie de la persévérance d’une personne à rester célibataire, il est facile de voir la force de tout cela ; s’il s’agit d’une fille ou d’une pupille, cela semble hors de place. On peut s’étonner de ce que Whitby soit parmi les rares qui ont suivi l’interprétation de Locke. La phrase est sans doute particulière ; mais l’apôtre a pu être influencé par l’hébreu idiomatique qui utilise le pluriel pour l’idée abstraite. Le singulier semble plus adapté à la langue grecque, qui permet parfois un sens secondaire, comme par exemple βιος la vie et les moyens de vivre.

 

7.11                      1 Cor. 7:39-40

« La femme est liée pendant tout le temps que son mari est en vie ; mais si le mari s’est endormi, elle est libre de se marier à qui elle veut, seulement dans le Seigneur ; mais elle est, à mon avis, plus heureuse si elle demeure ainsi : or j’estime que moi aussi j’ai l’Esprit de Dieu » (7:39-40).

La fin du chapitre concerne particulièrement les veuves, et est un exemple remarquable de l’opposition entre la pensée de l’apôtre et celle des conciles de l’église, qui ont osé considérer le remariage d’une veuve comme mauvais, au point que l’église ait à refuser son approbation et ses prières. Le lien du mariage des croyants est pour la vie. La mort sépare. Non seulement le veuf, mais la veuve deviennent libres de se remarier. Mais l’apôtre donne son jugement en sens contraire : non pas pour des raisons morales que seule la superstition pourrait utiliser pour soulever des questions, mais comme l’état dans lequel il est plus heureux de demeurer. Ici également, nous n’avons pas des propos tels que ceux qui surgiront plus tard, vantant le célibat comme la plus haute des vertus chrétiennes, et dénonçant le re-mariage comme non-chrétien. Au contraire, même pour la veuve, l’apôtre considère son remariage « seulement dans le Seigneur » : une phrase qui va plus loin que le fait que les deux soient chrétiens, et qui requiert que le remariage soit selon la manière chrétienne. Pourtant, ici encore, l’apôtre met en avant des raisons spirituelles pour déterminer ce qu’il jugeait plus opportun. D’autres avaient-ils un avis différent ? S’il y avait quelqu’un en mesure de donner son jugement, c’était lui, car il estimait avoir l’Esprit de Dieu. Il était inspiré de l’exprimer ainsi, non comme s’il s’agissait d’une pensée douteuse, mais comme évitant de donner un ordre exprès du Seigneur, — plutôt comme donnant un conseil apostolique.

 

 

8                        1 Corinthiens 8

L’apôtre passe maintenant à un autre sujet qui présentait des dangers pour les saints à Corinthe.

 

8.1   Le texte de 1 Cor. 8:1-13

« Pour ce qui est des choses sacrifiées aux idoles, nous savons, que nous avons tous de la connaissance ; la connaissance enfle, mais l’amour édifie. Si quelqu’un pense savoir quelque chose, il ne connaît pas encore comme il faut connaître ; mais si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de lui. Pour ce qui est donc de manger des choses sacrifiées aux idoles, nous savons qu’il n’y a pas d’idole [JND : qu’une idole n’est rien] dans le monde, et qu’il n’y a point de Dieu sauf un. Car aussi, s’il y en a qui sont appelés dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre, (comme il y a beaucoup de dieux et beaucoup de seigneurs), toutefois, pour nous, il y a un seul Dieu, le Père, duquel sont toutes choses, et nous pour lui, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par lequel sont toutes choses, et nous par lui. Toutefois la connaissance n’est pas en tous ; mais quelques-uns, ayant jusqu’à maintenant conscience de l’idole, mangent des choses comme sacrifiées aux idoles, et leur conscience, étant faible, en est souillée. Or la viande ne nous recommande pas à Dieu ; si nous ne mangeons pas, nous n’avons pas moins, et si nous mangeons, nous n’avons rien de plus. Mais prenez garde que votre autorité [JND : cette liberté que vous avez] ne devienne une pierre d’achoppement pour les faibles. Car si quelqu’un te voit, toi qui as de la connaissance, assis à table dans un temple d’idoles, sa conscience à lui qui est faible, ne sera-t-elle pas enhardie à manger les choses sacrifiées à l’idole ? et celui qui est faible, le frère pour lequel Christ est mort, périra par ta connaissance. Or en péchant ainsi contre les frères, et en blessant leur conscience qui est faible, vous péchez contre Christ. C’est pourquoi, si la viande est une occasion de chute pour mon frère, je ne mangerai pas de chair, à jamais, pour ne pas être une occasion de chute pour mon frère » (8:1-13).

 

8.1.1        Place des parenthèses — 8:1-4

La construction de la phrase qui commence a conduit à une différence de jugement et d’arrangement. Griesbach et Scholz, parmi les éditeurs, insèrent des parenthèses pour encadrer le texte allant depuis « Nous savons » au verset 1, jusqu’à la fin du verset 3, ce qui implique de traduire ότι par « car » ou « parce que » [8:1b : « car nous avons tous de la connaissance »]. C’était le point de vue de Luther, Bengel, Valcknaer, et d’autres [JND également] ; mais cela est sujet à l’objection que, dans la reprise de la phrase au milieu du v. 4, « ότι » après le second οίδαμεν [nous savons] signifie certainement « que ». Je suis donc disposé à le prendre ainsi dans le premier cas [c’est-à-dire à traduire les deux fois aux v. 1 et 4 « nous savons que »]. Mr. T. S. Green, etc, voudrait commencer la parenthèse avec πάντες [« tous » du v.1] ce qui donne un caractère singulièrement abrupt à la structure.

 

8.1.2        La connaissance et l’amour — 8:2-3

Selon ce qui me paraît le mieux supporté, l’apôtre ne conteste pas que nous, chrétiens, comme tels, ayons de la connaissance ; mais il s’empresse de montrer comment cette connaissance est vide sans cet amour qui introduit la considération des autres et, par-dessus tout, de Dieu Lui-même. Ceci l’amène à comparer la connaissance dont ils se vantaient, avec l’amour qu’ils négligeaient ou ignoraient. L’une enfle, l’autre édifie. L’amour n’est connu que dans la présence de Dieu, où le moi est jugé. Connaître selon son avis personnel, ce n’est pas de l’amour, car celui-ci est inséparable de la nouvelle nature. Celui qui est né de Dieu aime, ayant la nature de Celui qui est amour. L’apôtre ne dit cependant pas que celui qui aime Dieu connaît Dieu, mais qu’il est connu de Lui. La tournure est peut-être inattendue, et a embarrassé les critiques, mais elle est incontestablement juste. Cela ne veut pas dire que le croyant ne Le connaît pas, car en effet Le connaître c’est la vie éternelle (Jean 17:3 ; 1 Jean 4:6-18), mais c’était bien le moment pour les consciences des Corinthiens de peser qu’ils étaient connus de Lui — ce qui est une considération solennelle, mais bénie et source de bénédiction. Il n’y a pas de raison suffisante ou juste de prendre έγνωσται [est connu, ou : a été connu] dans le sens de « a été fait connaître ». C’est vraiment l’inverse (voir Gal. 4:9). Il n’est pas non plus besoin de lui donner un sens d’approbation. Le meilleur sens est le sens ordinaire.

 

8.1.3        Pas d’idole ? ou une idole n’est rien ? — 8:4

Il semblerait aussi que le parallélisme dans la seconde moitié du verset 4 est en faveur de notre traduction de ούδέν είδωλον έν κόσμω : «il n’y a pas d’idole », plutôt que [JND] « une idole n’est rien dans le monde », bien qu’en soi, ceci soit tout aussi légitime. Il est bien vrai, comme les prophètes l’affirment, que les idoles des païens sont des vanités impuissantes ; mais ici l’apôtre semble affirmer qu’elles n’ont pas d’existence dans le monde. Il n’y a pas d’êtres tels que ceux qu’ils associaient à leurs idoles. Plus tard, il montre qu’il y avait des démons derrière ces idoles, comme en effet la loi le laissait entendre (Deut. 32:17).

 

8.1.4        Paul tient-il compte des décrets des apôtres selon Actes 15:29 ? — 8:5-6

L’apôtre, comme chacun peut le voir, ne se réfère pas aux décrets des apôtres (Actes 15:29), bien que nous sachions que lui et ses compagnons instruisaient les assemblées qu’ils visitaient à les observer (Actes 16:4). Il répond à la question sur des bases intrinsèques, selon le principe de son propre apostolat, mais en aucune façon comme poussant les gens à penser que les décrets apostoliques ne seraient pas contraignants pour toute l’église. Il est monstrueux d’en déduire la compétence des chrétiens, que ce soit alors ou de tout temps, pour ré-ouvrir et remettre en question une affaire déjà tranchée. Une telle idée ne pourrait conduire qu’à l’iniquité [marche sans loi] et à la présomption, surtout en présence de l’affirmation solennelle de ce qui semblait bon à l’Esprit Saint et aux apôtres (Actes 15:28). La détermination de ces derniers ne fut cependant pas amoindrie, mais confirmée, par la manière de l’apôtre de traiter la question sur le fond et de la régler pareillement. Il admet (8:5) qu’il n’y avait aucune chose telle que ce que les païens concevaient comme étant une idole, et aucun Dieu sauf un. Il insiste sur le fait que, quelle que soit la multiplicité des soi-disant dieux et seigneurs dans le ciel ou sur la terre, pour nous (8:6) il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, origine de l’univers et objet (*) de notre être et de notre obéissance, un Dieu impartial vis-à-vis de tout et devant qui tout est ouvert. Aimez le Seigneur, Jésus Christ, qui a pris la place d’administrateur de tout et de médiateur de la rédemption (fin 8:6). Mais ce serait téméraire et hasardeux, à partir de là de raisonner que cela tient compte des choses et des êtres comme ils sont vus dans la lumière de Dieu ; l’amour ne cherche pas son propre intérêt, mais l’intérêt des autres, et par-dessus tout de Jésus-Christ.

 

(*) Le texte de la version autorisée anglaise (milieu du v. 8) dit « nous en Lui » : il a tout à fait tort, comme beaucoup de commentateurs y compris Calvin, etc.. La correction en marge « nous pour Lui » est juste.

 

8.2   1 Cor. 8:7-13 — La conscience des frères

Mais les hommes exercés dans leur conscience sont susceptibles d’être lents à comprendre, souvent beaucoup plus lents que ceux qui sont moins exercés. C’est à eux que l’apôtre voudrait que nous pensions. Au demeurant, la connaissance, ou cette connaissance, n’est pas en tous : mais certains, avec la conscience de l’idole jusqu’à présent, mangent d’une chose sacrifié à une idole, et leur conscience, étant faible, est souillée. Ils n’étaient pas du tout assurés que ces faux dieux n’ont pas de réalité. Les manuscrits du Sinaï, du Vatican, d’Alexandrie, les Porphyriens onciaux, quatre ou cinq à écriture cursives, et plusieurs des plus anciennes versions, [Bibliquest : Carrez aussi], et aussi Lachmann et Tischendorf etc., lisent συνηθεία, c’est-à-dire « par coutume » [6:7 ils mangeaient par habitude de l’idole], au lieu de « par conscience » [ils mangeaient ayant conscience de l’idole]. Du fait qu’ils doutaient, ils étaient condamnés quand ils mangeaient ; et Satan prenait avantage sur eux par le moyen de leurs craintes coupables. L’apôtre admet que la nourriture ne nous recommandera pas à Dieu. Ceux qui plaidaient avoir droit de manger devaient s’assurer que l’exercice de ce droit ne soit pas en pierre d’achoppement aux faibles. Qu’arriverait-il si le faible l’imitait sans avoir la conscience libre, et s’enhardissait ou était affermi dans le mauvais sens, et que le frère pour lequel Christ est mort périsse ? Car l’Écriture qualifie un acte selon sa tendance, sans y remédier par les ressources de la grâce qui arrêtent l’issue fatale. Pécher ainsi contre les frères, blesser leur conscience faible, c’est pécher contre Christ. L’apôtre conclut cette partie de son sujet par une déclaration brûlante de son refus de quelque chose qui lui serait possible, si elle était l’occasion de chute pour son frère. Tel est l’amour selon Christ.