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Notes sur la première épître aux Corinthiens
William Kelly
Traduit de l’anglais. Les titres et sous-titres ont été
ajoutés par Bibliquest.
Les citations de l’Écriture comportant une variante par rapport à la traduction
J.N.Darby sont signalées par le texte en italique ou par un soulignement.
Table des matières abrégée :
12 1 Corinthiens 12 à 13 (à traduire)
14 1 Corinthiens 15 à 16 (à traduire)
Table des matières détaillée :
1.1.3 1 Corinthiens 1:2b. Sanctifiés, sanctification
1.1.4 1 Corinthiens 1:2d. Tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom…
1.3.3 1 Corinthiens 1:14-16 — baptêmes
1.4 La croix de Christ. Sagesse et folie, de Dieu et du monde
1.5.2 1 Corinthiens 1:30a — vous êtes de lui dans le Christ Jésus
1.5.3 1 Corinthiens 1:30b — Christ notre sagesse
1.5.4 1 Corinthiens 1:30c — Christ notre justice
1.5.5 1 Corinthiens 1:30d — Christ notre sainteté
1.5.6 1 Corinthiens 1:30e — Christ notre rédemption
1.5.7 1 Corinthiens 1:31 — se glorifier en Christ
2.4 1 Corinthiens 2:13 — communiquant des choses spirituelles par des paroles spirituelles
3.1 Résumé de ce qui précède au ch. 2
5.2.3 Différence d’avec l’excommunication
5.2.4 L’autorité provient de la présence du Seigneur au milieu de l’assemblée : Matt. 18
5.3.1 Responsabilité d’ôter le levain
5.3.2 La contamination est immédiate, non pas future
5.4.1 1 Corinthiens 5:9 – « La lettre » concerne bien la présente lettre
5.4.2 1 Corinthiens 5:9-11 — Enchaînement des idées
6.6.2 1 Corinthiens 6:13a et 13b
7.4.1 Mariages mixtes, enfants saints
7.4.2 1 Corinthiens 7:14 — Conjoint sanctifié : s’agit-il du baptême ?
7.6.2 1 Corinthiens 7:20-21 — Esclavage
7.6.3 1 Corinthiens 7:22 — L’esclavage (suite)
8.1 Le texte de 1 Corinthiens 8:1-13
8.1.1 Place des parenthèses — 8:1-4
8.1.2 La connaissance et l’amour — 8:2-3
8.1.3 Pas d’idole ? ou une idole n’est rien ? — 8:4
8.1.4 Paul tient-il compte des décrets des apôtres selon Actes 15:29 ? — 8:5-6
8.2 1 Corinthiens 8:7-13 — La conscience des frères
10.1.2 1 Cor. 10:3-5 — Pas de rapport avec les « sacrements »
10.6.3 1 Cor. 10:31-33 et 1 Cor. 11:1
11.1 1 Cor. 11:2. L’apôtre qui loue et demande à être imité
11.2 1 Cor. 11:3-16. Position de la femme
11.2.1 1 Cor. 11:2-6. Revenir à ce que Dieu a fait au commencement
11.2.2 1 Cor. 11:7-12. L’homme image et gloire de Dieu. « À cause des anges »
11.2.3 1 Cor. 11:13-15. L’ordre naturel comme dans la création
11.2.4 1 Cor. 11:16. L’usage habituel des assemblées
11.3.1 L’altération de la cène aujourd’hui est pire que les désordres des Corinthiens
11.3.2 1 Cor. 11:17-19. Divisions, schismes, sectes
11.4 1 Cor. 11:20-22. L’aspect de repas en commun était perdu
11.5 1 Cor. 11:23-26. Une révélation spéciale pour l’apôtre
11.5.1 La cène est collective, contrairement au baptême
11.5.2 Ne pas individualiser la cène. Ce que les Réformateurs ont compris
11.5.4 Erreur du catholicisme vis-à-vis de la Cène
11.5.5 Erreur du protestantisme vis-à-vis de la Cène
11.5.6 Erreur des Quakers et autres vis-à-vis de la Cène
11.6 1 Cor.11:27-34. Responsabilité et jugement de soi-même préalable
11.6.1 1 Cor. 11:27. Danger de considérer la cène comme un repas ordinaire
11.6.2 1 Cor. 11:28-29. S’éprouver soi-même
11.6.3 1 Cor. 11:29. Il ne s’agit pas de damnation
11.6.4 1 Cor. 11:30-32. Ne pas être condamnés avec le monde
11.6.5 1 Cor.11:34a. L’amour en exercice actif
11.6.6 1 Cor.11:34b. Des sujets que l’apôtre ne veut pas traiter
12 1 Corinthiens 12 à 13 (à traduire)
13.1 1 Cor. 14:1-3. Parler aux hommes ou prononcer des mystères
13.2 1 Cor. 14:4-6. Profiter à l’assemblée
13.3 1 Cor. 14:7-9. Des sons distincts, des discours intelligibles
13.4 1 Cor. 14:10-19. Des dons pour l’édification
13.4.1 1 Cor. 14:10-12. Comprendre ce qui est dit est nécessaire au bien de l’assemblée
13.4.2 1 Cor. 14:13-19. Prière en langue. L’intelligence est exigée
13.4.4 1 Cor. 14:18-19. Cinq paroles avec intelligence
13.5 1 Cor. 14:20-25. Contre la superficialité. La citation d’Ésaïe
13.6 1 Cor. 14:26-33. Pratique à déduire de ces principes
13.7 1 Cor. 14:34-35. La question des femmes dans l’assemblée
13.8 1 Cor. 14:36-40. Soumission à l’ordre divin selon l’Écriture
14 1 Corinthiens 15 à 16 (à traduire)
Cette première épître aux Corinthiens nous donne, plus que toute autre épître, une vue intérieure de l’église ou assemblée de Dieu. Elle ne pose pas, comme l’épître aux Romains, les fondements de la justice divine. Mais sa portée n’en est pas restreinte pour autant. Elle traite de la conduite pratique des chrétiens, ainsi que de la marche publique de l’assemblée. Elle maintient l’autorité du ministère de Paul comme apôtre. Elle dénonce l’esprit de parti. Elle dévoile la sagesse du monde. Elle insiste sur la puissance de l’Esprit. Elle insiste sur l’ordre divin dans l’institution de la cène du Seigneur et dans l’usage des dons ou des manifestations spirituelles. Elle ordonne la sainte discipline. Elle réprouve l’esprit porté aux litiges, spécialement devant le monde. Elle insiste sur la pureté personnelle ; elle conseille les saints quant aux difficultés sociales et familiales, quant à leurs relations avec les païens, quant à la bienséance, en privé ou en public, pour les hommes et pour les femmes. Finalement elle répond aux spéculations quant à l’état futur, et montre comment une erreur sur ce sujet met en danger la justesse de la foi à l’égard de Christ Lui-même, la sainteté dans la marche, et l’éclat et la force de l’espérance chrétienne. Elle ne retient pas non plus la lumière de Dieu sur un sujet apparemment aussi trivial que la manière de faire la collecte pour les saints pauvres, tandis qu’elle règle aussi les relations mutuelles de ceux qui travaillent localement et de ceux qui pourraient les visiter.
Cette esquisse, même courte, montre combien les sujets traités dans cette épître sont variés et importants ; et un examen détaillé montrera la sagesse sainte, le zèle brûlant, la délicatesse d’affection, la souplesse admirable avec laquelle l’apôtre fut rendu capable par l’Esprit qui l’inspirait de s’impliquer de tout cœur, esprit, âme et force, mais toujours au nom du Seigneur, dans leurs circonstances les plus critiques. Car il écrivait depuis Éphèse, vers la fin des trois ans passés dans cette ville, quand, pour tout autre homme que Paul, il aurait semblé que son travail d’un an et demi à Corinthe était fatalement compromis. Mais il n’en était pas ainsi : le Seigneur, qui l’avait encouragé peu après son arrivée à Corinthe, fortifiait sa foi maintenant si sévèrement éprouvée à Éphèse. « J’ai un grand peuple dans cette ville » : voilà les paroles qui avaient initialement servi à le stimuler, et qui maintenant servaient à soutenir sa foi en Dieu malgré beaucoup de craintes, et au milieu des exercices de cœur les plus profonds. L’épître porte l’empreinte de tout cela, et de bien d’autres choses encore, et tout transparaît ici ou là.
« Paul, apôtre appelé de Jésus Christ par la volonté de Dieu, et Sosthène, le frère, à l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe, aux sanctifiés dans le christ Jésus, saints appelés, avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur [Seigneur] et le nôtre : Grâce et paix à vous, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ ! » (1:1-3).
Quand il écrivit aux frères à Rome, Paul commença par se présenter comme « esclave de Jésus Christ ». Il omet cela pour les Corinthiens, et il leur parle d’emblée de lui comme « apôtre appelé de Jésus Christ ». La différence provient de la situation. À Rome, on n’avait pas sapé son ministère, et il y était personnellement étranger. À Corinthe par contre, les saints savaient bien à quel point il était vraiment un esclave de Jésus Christ. Ses mains mêmes n’en avaient-elles pas porté témoignage, en ce qu’il prenait soin spirituellement des saints nuit et jour en vue de la gloire du Seigneur, et qu’il travaillait également au dehors, évitant ainsi de leur être à charge ? Aux Corinthiens comme aux Romains, il leur écrit formellement en tant qu’« apôtre », ayant ce titre non par naissance ni par acquisition, ni par une élection humaine, mais en tant qu’« appelé », c’est-à-dire par l’appel de Dieu. Aux Corinthiens comme aux Romains, il leur rappelle qu’ils étaient des saints, également par appel. C’était la grâce qui les avait choisis comme saints, tandis que la grâce l’avait choisi lui non seulement comme saint, mais aussi comme apôtre. Tel est le principe du ministère chrétien, ainsi que du salut des âmes, et de notre christianisme lui-même. Et il ajoute qu’il est apôtre appelé de Jésus Christ « par la volonté de Dieu », c’est-à-dire qu’il ne l’est pas par sa propre capacité ni par son mérite, ni par un choix d’autres hommes. La bonté souveraine de Dieu est la source à tous égards. Que peut-il y avoir de plus béni ? Pesons-le bien, et chassons tout ce qui est incompatible avec cela. C’est donc Dieu, et c’est Sa grâce qui aussi bien appelle les saints, et appelle à Son service. Quelle différence d’avec la pensée et le style ecclésiastiques d’autrefois ! Ce que Paul était dans l’assemblée, il ne l’était pas « par providence divine » ni « par permission divine », ce qui peut être le cas s’il s’agit d’une personne étrangère aux pensées et à la volonté de Dieu, Dieu se bornant à diriger selon Ses desseins secrets. Il est incontestable que de tels cas peuvent arriver, dans le christianisme comme du temps de Balaam ; mais c’est une situation terrible que celle de tous ceux qui se mêlent de parler au nom du Seigneur sans que cela leur ait été commandé ! Nombreux sont ceux qui diront au Juge en ce jour-là : « Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en ton nom, et n’avons-nous pas chassé des démons en ton nom, et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles en ton nom ? » Mais il dira : «Je ne vous ai jamais connus ; retirez-vous de moi, vous qui pratiquez l’iniquité » (Matt. 7:22-23).
Il est indiscutable que c’est Dieu, et non pas l’homme, qui établit des fonctions dans l’église, comme 1 Cor. 12:28 le dit expressément ; ceci s’applique aux « docteurs » (= enseignants) aussi clairement qu’aux « apôtres ». Dans l’Écriture, ils ne sont jamais appelés par l’homme. L’église ne les choisissait jamais, contrairement à ce qu’elle faisait pour ceux qui étaient chargés des fonds pour les pauvres. Les apôtres et leurs envoyés n’ont jamais non plus choisi des docteurs ou des prédicateurs, comme ils l’ont fait pour les anciens ; la raison en était que ces derniers avaient une charge locale, tandis que les docteurs et prédicateurs sont des dons établis dans l’ensemble du corps de Christ. Tels sont les faits bibliques, et le principe sur lequel repose cette différence.
C’est une ignorance grossière de confondre le ministère et la sacrificature, et de citer à propos du ministère ce que l’épître aux Hébreux (5:4) dit de la sacrificature, en faisant l’application de Aaron à Christ. Mais même si cela s’appliquait, cela tendrait à prouver, non pas l’appel des hommes au ministère comme on dit, mais l’appel exclusif de Dieu ; car dans la sacrificature, Dieu seul choisit, bien qu’après Aaron (et l’on peut peut-être ajouter après Phinées) la succession se fît par la naissance, la consécration se faisant au vu de toute la congrégation. Dans le ministère comme dans l’église où le Saint Esprit demeure et agit, et du fait que Celui-ci est un esprit de puissance, d’amour et de sobre bon sens, nous sommes autorisés à rechercher de la réalité (*). Dans la chair ou dans le monde, on doit souvent se contenter du respect de simples formes ; on est tenu de rendre à chacun l’honneur qui lui est dû, même quand celui qui en est l’objet ne le mérite pas personnellement, comme cela est établi en Romains 13 et 1 Pierre 2. L’assemblée est, et est responsable d’être, la colonne et le soutien de la vérité, la lettre de Christ lue et connue de tous les hommes ; et en elle, en vertu du Saint Esprit qui y habite, il y a la puissance et l’obligation de juger selon la Parole de Dieu tout ce qui est incompatible avec ce qu’on professe, aussi bien collectivement qu’individuellement.
(*) Calvin le dit aussi (in loco, Comment. Halis Sax. 1831), ed. Tholuck, I. p. 213, 214. «Il est nécessaire de se manifester tel sur le fond même… Mais il ne suffit pas que quelqu’un prenne prétexte de sa vocation aussi bien que de sa fidélité dans l’exercice de sa fonction, sans en donner les preuves. En effet, il arrive souvent que des nuls s’enorgueillissent de leurs titres de manière plus dédaigneuse que ceux qui sont déchus de la vérité, de même qu’autrefois les faux prophètes se glorifiaient avec beaucoup d’arrogance d’être envoyés par le Seigneur. Et aujourd’hui, les Romanisants ne répètent-ils pas sans cesse la même chose, sur l’origine divine de l’ordination et de la sacro-sainte succession qui remonte d’eux-mêmes jusqu’aux apôtres ? mais ensuite apparaît le vide de ces choses par lesquelles ils deviennent arrogants. Ici donc, ce n’est pas la vantardise qui est recherchée, mais la vérité ». — Ceci est bon et juste. Mais c’est totalement gâté dans l’Instit. IV. iii, § 14, 15 où, non content d’affirmer que les anciens ou évêques étaient désignés par des hommes autorisés à les choisir, le républicanisme de Calvin le conduit à dire ouvertement qu’en Actes 13, Paul était soumis à la discipline d’un appel ecclésiastique, et qu’on voit la même chose dans le choix de Matthias. Qui ne voit pas au contraire que la décision sur Matthias fut faite par le sort (qui n’était pas un vote), et qu’Actes 13 n’était en aucun sens une ordination, et encore moins une élection par les hommes, mais c’était une mise à part de certains hommes (ayant déjà une très haute position) pour un travail particulier que l’Esprit leur confiait, bien que cette mise à part engageât pour eux la solennelle recommandation à la grâce de Dieu par leurs frères ? Comparez Actes 14:26.
Nous voyons ensuite que l’apôtre s’associe ici « Sosthène, le frère », comme Timothée dans la seconde épître. Si ce Sosthène est le chef de la synagogue qui semble avoir succédé à Crispus lors de sa conversion, et s’il s’était converti à son tour après son échec ignominieux de nuire à Paul devant Gallion, le proconsul d’Achaïe à Corinthe (Actes 18:17), nous voyons combien il était approprié que celui qui n’était plus l’adversaire juif, mais le frère en Christ, soit associé à l’apôtre dans cette épître adressée aux saints de Corinthe. Mais je n’affirme rien, car il n’y a pas de preuve directe, et le nom était assez courant. Il était certainement connu à Corinthe, et se trouvait alors avec l’apôtre à Éphèse.
Remarquez maintenant le caractère des croyants de Corinthe retenu par l’apôtre dans son adresse : « à l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe » (1:2a). C’est en relation très étroite avec la portée de l’épître, et bien sûr en accord avec les vrais besoins de l’endroit et du moment. Ce n’était pas à cause d’un petit groupe pieux au sein d’une vaste multitude impie : quelle ignorance de la pensée de Dieu cela aurait été ! L’Écriture sainte ne parle pas ainsi. Ils constituaient dans ce lieu l’habitation de Dieu par la présence de l’Esprit. C’est son élément constitutif caractéristique et son vrai caractère. Aucune multitude impie ne peut être l’église ou assemblée de Dieu ; quelques croyants pieux comme tels n’ont pas non plus une vertu faisant d’eux l’assemblée, ni aucune vertu faisant que d’autres soient l’assemblée grâce à leur seule présence parmi eux. Seul l’Esprit de Dieu descendu du ciel fait que ceux qu’Il rassemble, et parmi lesquels Il habite, soient l’assemblée de Dieu. L’état des Corinthiens était affreusement mauvais, dangereux pour tous, et de nature à susciter les craintes les plus graves pour certains. Mais il faut se rappeler qu’en leur commandant de traiter l’affaire la plus scandaleuse de toutes, l’apôtre s’est placé sur le terrain de l’esprit sauvé dans la journée du Seigneur Jésus (5:5), et que la seconde épître exhorte les saints à ratifier leur amour en réadmettant le coupable comme quelqu’un enfin réveillé à un profond jugement de lui-même, et qui était en danger d’être accablé par une tristesse excessive (2 Cor. 2:7). Non ; l’assemblée de Dieu est certes exposée à l’intrusion des maux les plus graves par ignorance et manque de vigilance, mais si elle est dûment constituée, elle ne perd pas son caractère tant qu’elle ne renonce pas à toute sainte discipline en refusant de juger selon la Parole le mal qui se manifeste devant elle. Car elle est responsable, si elle a laissé entrer du mal, de le mettre dehors au nom du Seigneur qu’elle porte. Et la seconde épître est de la plus grande valeur, entre autres en ce qu’elle prouve combien était justifiée la confiance qu’avait l’apôtre de faire se décharger pareillement la conscience, ce qui l’a conduit à attendre que l’œuvre défendant les droits du Seigneur se poursuive encore, et maintienne ainsi le caractère d’assemblée de Dieu que la grâce avait donné aux frères à Corinthe.
Il est bon aussi d’observer que d’autres qualificatifs sont adjoints à ce caractère : « aux sanctifiés dans le christ Jésus, saints appelés » (1:2bc). La construction est particulière, mais les termes sont exacts. Le terme ηγιασμενοις (sanctifiés) est dans ce qu’on appelle un « accord rationnel » avec εκκλησια [assemblée]. Il ne serait pas correct de parler de l’assemblée comme ηγιασμενη [sanctifiée] pas plus que comme εκλεκτη [élue], bien que ceux qui la composent soient l’un et l’autre. Mais le fait qu’ils fussent sanctifiés, et que la forme du mot ne signifie pas simplement un processus qui se poursuit, mais leur caractère comme marqué par la séparation pour Dieu dans le Christ Jésus, et ainsi saints par appel, non pas simplement appelés à être saints, — ce fait était un appel à leurs cœurs et leurs consciences très impressionnant, spécialement au point crucial où les choses en étaient arrivées dans l’assemblée à Corinthe.
Il est incorrect de dire qu’ici comme ailleurs, ce qui est en vue est la justification plutôt que la sanctification. S’il est vrai que presque tous admettent que la sanctification au sens pratique est susceptible de croître, et qu’elle donne lieu ainsi à des degrés parmi les justifiés, il semble qu’on oublie que l’Écriture parle de tous ceux qui sont effectivement nés de Dieu comme étant sanctifiés dès le commencement de l’œuvre de grâce dans leurs âmes. Comparez 1 Cor. 6:11 et 1 Pierre 1:2. Il est donc tout à fait faux de dire que l’appel à la sainteté pratique est affaibli par cette sanctification initiale et absolue de tous les vrais chrétiens, et au contraire c’est cette mise à part pour Dieu qui est la base, le support puissant et le motif solennel pour être en harmonie avec le Christ Jésus dans lequel nous sommes ainsi sanctifiés. C’est en vertu de la volonté de Dieu que nous sommes qualifiés (en Héb. 10:10) de « sanctifiés, par l’offrande du corps de Christ [faite] une fois pour toutes », tandis qu’ailleurs l’Esprit est vu comme l’agent de cette sanctification. Ainsi toute la Déité participe à cette grande œuvre dès son début et tout du long. Ceci est confirmé par le résultat dès le commencement ; car ceux qui participent à cette sanctification sont saints, « saints appelés » (non pas simplement une « nation sainte » par naissance comme Israël), tandis qu’ils sont exhortés à poursuivre la sainteté autant que la paix.
Mais il y a un ajout qui réclame notre attention : « avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur [Seigneur] et le nôtre » (1:2d) (*). Cette expression est du plus profond intérêt et de très grande valeur, car elle rattache l’épître à tout le domaine de la profession chrétienne. Il n’est pas question de limiter l’adresse aux chrétiens de toute l’Achaïe comme le fait la deuxième épître (2 Cor. 1:1). Cette différence est d’autant plus frappante que Dieu prévoyait que les hommes chercheraient très tôt à altérer l’application de cette épître qui va au-delà de toutes les autres, et chercheraient à la limiter aux temps apostoliques, quand les dons (charismes de 1 Cor.12) étaient là dans toute leur force. Il est ainsi pourvu d’une manière d’autant plus frappante à l’incrédulité qui voudrait faire de l’assemblée de Corinthe une exception à l’ordre régnant ailleurs. Sur ce point, comparez 1 Cor. 4:17 — 7:17 — 10:16 — 14:36-37 — 16:1. De plus, la phrase me semble être une de celles qui, tout en s’appliquant alors à ceux qui portaient le nom du Seigneur en vérité, allait acquérir une signification plus spéciale au fur et à mesure que la masse professante allait s’éloigner de plus en plus du vrai caractère de l’assemblée de Dieu, et que le christianisme allait presque sombrer dans la chrétienté.
(*) Je rejette la notion de ceux qui rattachent « leur… et le nôtre » avec « en tout lieu ». La version autorisée [« …ceux qui en tous lieux invoquent le nom de Jésus Christ notre Seigneur, à la fois le leur et le nôtre ».] donne le vrai sens, qui ne rend pas superflu le premier ημων [de nous], mais indique ce sur quoi l’accent est mis. Il affirme la relation du Seigneur avec tous ceux qui L’invoquent où qu’ils soient.
« Grâce et paix à vous, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ ! » (1:3). Tel est le souhait initial, ou la prière de l’apôtre ici comme en Romains 1:7, — de la part de Dieu dans Sa relation de Père avec nous, et de la part de Jésus Christ comme Seigneur (comp. 8:6) : une telle association serait impossible dans un écrit inspiré, et en tout cas irrespectueuse s’il ne s’agissait de personnes une dans l’unité de nature divine. La faveur vraie et souveraine est la source ; la grâce est le résultat qui doit manifester et magnifier cette source, jetant sa lumière sur ceux-mêmes qui seraient trop aveugles pour voir au-delà de son effet. Que notre part, en jouissant du don, soit d’adorer le Donateur !
Après l’adresse et les salutations usuelles, l’apôtre commence par faire savoir qu’il rend toujours grâce à Dieu pour eux. Écrire de cette manière aux saints à Rome, Éphèse, Colosses et Thessalonique, n’est pas surprenant ; certains peuvent s’étonner davantage quand ils observent l’absence d’une telle action de grâces dans l’épître adressée aux assemblées de la Galatie. Cependant l’œil spirituel voit bien la sagesse et l’à propos de cette manière de faire. Les Corinthiens souffraient des conséquences de la sagesse charnelle et de la mondanité ; les Galates avaient laissé entrer la loi, et étaient donc déchus de la grâce, ce qui menait à la subversion de la vérité de l’évangile. D’où le ton plein de réserve de l’apôtre envers ces Galates — tandis que pour les Corinthiens (tombés de manière bien plus grossière), l’apôtre commence par reconnaître tout ce dont il peut rendre grâce à Dieu à leur égard. Sans une telle assurance, où trouver en effet une base pour leur lancer un appel ? D’après quelle norme se jugeraient-ils ? Cette action de grâces était d’autant plus nécessaire à cause de leur bas état de désordre, et à cause des reproches qui devaient s’en suivre.
D’un autre côté, c’est une idée fausse et grave de leur état et des paroles de l’apôtre, que d’y voir une allusion à des preuves de maturité et de richesses de vie spirituelle. Il prend soin de donner la prééminence à la source qui avait si généreusement pourvu l’assemblée à Corinthe ; mais aucune de ses paroles n’implique quoi que ce soit quant à leur état spirituel, et encore moins quant à une maturité, c’est-à-dire à quelque chose qui pourrait réconforter son cœur en pensant à eux. Il connaissait son Dieu suffisamment pour être sûr que rien n’avait manqué de Sa part.
« Je rends toujours grâces à mon Dieu pour vous, à cause de la grâce de Dieu qui vous a été donnée dans le Christ Jésus, de ce qu’en toutes choses vous avez été enrichis en Lui en toute parole et toute connaissance, selon que le témoignage du Christ a été confirmé au milieu de vous, de sorte que vous ne manquez d’aucun don de grâce pendant que vous attendez la révélation de notre Seigneur Jésus Christ, qui aussi vous affermira jusqu’à la fin [pour être] irréprochables dans la journée de notre Seigneur Jésus Christ. Dieu, par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils Jésus Christ, notre Seigneur, est fidèle » (1:4-9).
L’occasion pour l’apôtre de rendre grâces était la grâce de Dieu qui leur était accordée en vertu du Christ Jésus. Ceci est précisé juste après. Ils avaient été enrichis en toutes choses en Lui. Était-ce un enrichissement en discernement spirituel de Sa gloire et dans le sentiment de Sa grâce ? un enrichissement dans la jouissance de Christ et dans le dévouement à Son nom ? Hélas ! en tout cela ils étaient déficients, comme tout ce qui suit le montre. Par l’expression « enrichis en toutes choses », l’apôtre veut dire : en toute sorte d’expression de la vérité, et en toute connaissance, dans ce qui était prêché et enseigné, aussi bien que dans la compréhension de cela ; car Dieu avait amplement confirmé le témoignage de Christ rendu dans leur ville, spécialement par Paul, mais aussi par d’autres avec lui. De nombreux Corinthiens, comme Actes 18 nous le dit, avaient entendu, et cru, et avaient été baptisés. Mais il y avait davantage : la puissance de l’Esprit opérait largement et puissamment parmi eux. Or ceci était le signe caractéristique d’une assemblée de Dieu — autant alors que maintenant, mais de manière bien plus sensible en ce temps-là. Le résultat en était qu’ils ne manquaient d’aucun don, non pas dans ce qu’on appelle la grâce intérieure de vie spirituelle, mais dans la communication à d’autres et la manifestation de la puissance, comme en 1 Cor. 12.
Ceci est renforcé par la manière dont les saints à Corinthe sont ensuite caractérisés : « vous attendez la révélation de notre Seigneur Jésus Christ ». Il ne s’agit pas de cet aspect du retour de notre Seigneur qui développe et exprime Sa grâce aux Siens (*), mais c’est plutôt l’aspect qui agit sur la conscience maintenant, et qui manifestera bientôt la fidélité ou l’infidélité dans l’usage fait de toutes les charges confiées auparavant. Tous les saints qui, en attendant cet événement, marchent avec Dieu et jugent intelligemment les misères croissantes de la chrétienté — sans parler du monde en général, et de l’homme en particulier, — tous ceux-là aiment l’apparition du Seigneur, comme étant le temps où Il sera exalté et que nous règnerons avec Lui, la puissance de Satan étant publiquement et effectivement ôtée de la terre. Mais l’espérance qui nous est propre, est que Christ va venir nous chercher pour être dans la maison du Père ; et ainsi nous serons pour toujours avec le Seigneur. Au passage cela rappelle aux Corinthiens Celui qui jugera l’œuvre de chacun, quand chacun recevra sa récompense selon ce qu’il aura fait. Ils avaient besoin d’être exercés quant au jugement de soi-même, pour voir s’ils servaient le Seigneur dans les manifestations de l’Esprit distribuées à chacun. Et c’est la raison de la répétition frappante du nom de « notre Seigneur Jésus Christ » qui est placé ici devant eux.
(*) Ceci aurait été exprimé par le terme παρουσια [parousie], présence ou venue de Christ, que les traducteurs de la version autorisée ont confondu à tort dans leur version ici avec αποκαλυψις [apocalypsis = révélation], bien que la correction figure après-coup en marge. Ces mots ne sont pas synonymes, mais expriment des faits distincts qui concrétisent différents principes, — aussi différents que la grâce et le jugement.
Il n’y a pas un seul mot susceptible de jeter le doute sur Sa bonté ou Son amour envers eux. Jamais une âme n’a davantage besoin de tenir ferme la grâce que quand elle est testée et sondée par la parole de Dieu, qui détecte tout et n’épargne rien. C’est pourquoi l’apôtre n’hésite pas à dire que le Seigneur les affermira jusqu’au bout pour être irréprochables dans la journée de notre Seigneur Jésus-Christ. Qu’il est triste qu’un chrétien puisse être maintenant en opprobre à Christ ! Quand Christ qui est notre vie, apparaîtra, alors nous apparaîtrons aussi avec Lui en gloire. Mais pour l’apôtre ceci devient par l’Esprit simplement un motif puissant pour nous pousser à mortifier nos membres qui sont sur la terre. C’est le jour de notre Seigneur qui ici aussi met en jeu notre responsabilité. Et comme cela agit, et doit agir sur la conscience (c’en est justement le but), cela fait sentir au saint la nécessité et la valeur de ce que l’apôtre ajoute à la fin de son introduction : « Dieu, par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils Jésus Christ, notre Seigneur, est fidèle » (1:9). S’Il a appelé, n’accomplira-t-Il pas ? (Phil. 1:6 ; 1 Thess. 5:24). Or Son appel à la communion de Son Fils Jésus-Christ notre Seigneur est aussi certain dans Sa grâce, que sérieux dans Ses exigences présentes à notre égard, pour que nous ne jetions aucune ombre d’infidélité ni sur Sa grâce ni sur Ses exigences, souillant par là Son beau Nom invoqué sur nous (Jacq. 2:7) ; car le monde même fait la liaison entre nous et ce Nom, même s’il n’a qu’un sens vague de ce qui est dû à Celui qu’il ne connaît pas. Comment les Corinthiens ont-ils répondu alors à cet appel à la communion de Son Fils Jésus Christ ? Comment y répondons-nous maintenant ?
L’apôtre aborde ensuite l’un des maux qui déshonoraient particulièrement le Seigneur, et causaient du tort aux saints à Corinthe. Leur esprit de parti était une affliction douloureuse pour son cœur. Il entravait non seulement la consolation mutuelle de l’amour au milieu d’eux, mais aussi le témoignage qu’ils devaient à Son nom devant le monde.
Comparé à ce qui a suivi depuis, ou même à ce que le Nouveau Testament révèle ailleurs, cela semblerait n’être qu’un petit commencement ; mais c’était le commencement d’un grand mal. Car permettre les préférences charnelles, et en conséquence la formation de partis, cela laisse libre cours aux activités des pensées et des sentiments naturels ; ensuite cela évolue en zèle ou en aversion passionnés, et c’est déjà bien si cela ne se termine pas dans une hérésie sans espoir et dans l’insoumission ouverte au Seigneur.
« Or je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus Christ, à parler tous un même langage, et à ce qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous, mais que vous soyez rendus parfaits [JND : parfaitement unis] dans un même sentiment et dans un même avis. Car, mes frères, il m’a été dit de vous, par ceux qui sont de chez Chloé, qu’il y a des dissensions parmi vous. Or voici ce que je dis, c’est que chacun de vous dit : Moi, je suis de Paul ; et moi, d’Apollos ; et moi, de Céphas ; et moi, de Christ. Le Christ est-il divisé ? Paul a-t-il été crucifié pour vous, ou avez-vous été baptisés pour le nom de Paul ? Je rends grâces à Dieu de ce que je n’ai baptisé aucun de vous, sinon Crispus et Gaïus, afin que personne ne dise que j’ai baptisé pour mon nom. J’ai bien baptisé aussi la maison de Stéphanas ; du reste je ne sais pas si j’ai baptisé quelqu’un d’autre » (1:10-16).
Bien qu’il fût apôtre, et qu’il fût celui qui, non seulement les avait instruits en Christ, mais les avait engendrés par l’évangile, il en appelle à eux par ce nom qui a affaire si intimement avec le croyant, et si solennellement même avec le professant, — ce nom qui est le centre de l’unité, tandis que le Saint Esprit en est le lien. S’il y avait un moyen quelconque que cette exhortation touche leurs âmes, ce devait être par ce nom. Il est jaloux de l’honneur de Lui, leur Seigneur, que leurs discordes compromettaient. Or ces hommes dans des écoles rivales avec des chefs fourvoyés, où était leur témoignage à la communion du Fils de Dieu ? Il les exhorte donc à « tous parler un même langage ». S’agissant des saints à Philippes (Phil. 2:2), il désirait ardemment qu’ils puissent « avoir une même pensée », et cela en pensant à une seule chose ; du fait qu’ils étaient plus expérimentés et dans un état plus spirituel, l’apôtre ne pouvait que s’attendre à mieux de leur part. Les saints à Rome sont aussi exhortés à avoir un même sentiment les uns envers les autres ? (Rom. 12:16).
L’apôtre se serait-il contenté de ce qu’ils aient une confession extérieurement uniforme ? Pas du tout. C’est ce point qu’il aborde en premier selon la sagesse de l’Esprit qui le dirigeait ; car il est certainement inconvenant, chez des réformateurs ou des hommes susceptibles de suivre facilement des réformateurs là où ils font erreur, de critiquer un écrivain inspiré, et de présumer qu’ils peuvent mieux différencier les choses que Paul, ou mieux découper la vérité que lui. Puis il ajoute « qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous », ce dont leurs cris partisans étaient l’expression. Et enfin il supplie qu’ils soient « rendus parfaits » (voir Éph. 4:12 « en vue du perfectionnement des saints » et 2 Cor. 13:9 « votre perfectionnement ») ou « entièrement unis », « dans un même sentiment et dans un même avis ». Ce n’est pas exactement la volonté qu’il veut désigner par ces termes, — en sorte qu’il aurait une division complète de l’âme, le même sentiment νους faisant référence à la foi, et le même avis [γνωμη ; ou : jugement] faisant référence à l’amour, aussi important que soit tout ceci à sa place ; car νους signifie l’esprit considéré comme la faculté intelligente, tandis que γνωμη [gnome] est l’avis ou le jugement qu’il forme. Il voulait qu’ils aient une justesse de pensée intelligente. Ils étaient déficients justement en ce dont ils étaient fiers et vaniteux, ce qui est le cas général parmi les hommes.
L’apôtre n’hésite pas à expliciter l’information qu’il avait reçue : elle était suffisamment nette et précise dans son caractère pour qu’il n’y ait pas de doute sur son exactitude ; il n’hésite pas non plus à indiquer sa source digne de confiance. Le foyer d’une femme pieuse peut être un moyen particulièrement propre à donner des certitudes en matière d’information ; et cela justifie d’y faire appel pour d’autres cas. Ce même apôtre, s’il réprouve les femmes sottes [JND : femmelettes ; 2 Tim. 3:6] chargées de convoitises, montre comment une Phoebé ou une Persis, une Prisca et une Marie, une Évodie et une Syntyche, devaient être appréciées et aidées. Il peut écrire ici avec pleine confiance en ce qu’il a appris de chez Chloé.
Les divisions étaient encore au sein de l’assemblée, non pas des scissions d’avec elle, mais c’est à quoi elles tendaient, comme nous le dit expressément 1 Cor. 11:18-19. Il serait sans fondement de conclure que la séparation en dénominations est légitime quand un mauvais esprit à l’intérieur est le péché ; car ce travail schismatique est mauvais par-dessus tout, parce qu’il conduit ceux qui sont emportés et insoumis à ce résultat le plus désastreux. Il est supposé ici que l’assemblée n’a pas compromis Christ par une tolérance profane de fausse doctrine ou par un mal quelconque obligeant à désavouer ceux qui voudraient conserver le titre malgré la perte du vrai caractère.
Hélas ! À Corinthe, les saints semblent avoir été largement infectés par l’esprit de parti. « Or voici ce que je dis, c’est que chacun de vous dit : Moi, je suis de Paul ; et moi, d’Apollos ; et moi, de Céphas ; et moi, de Christ » (1:12) : ce dernier parti se comprend aussi bien que les autres à mon avis (*) ; car le mal n’était pas dans ceux qui sont nommés, mais en ceux qui mettaient leurs noms en avant par vanité et par amour de l’opposition. Et les pires de tous, je n’en doute pas, était ce parti qui se targuait de sa spiritualité supérieure ; ils en avaient fini avec les hommes (2*), et aspiraient à bien plus haut que Paul, Apollos et Céphas. Leur mot d’ordre était le Maître, non pas des serviteurs. Ils détestaient les exigences élevées, spécialement celles de Paul. Ils voulaient, quant à eux, s’en tenir au précepte du Seigneur Lui-même : Un seul est votre Maître, votre conducteur, et vous êtes tous frères. Il n’est pas rare que l’exaltation de soi parmi les chrétiens se déguise inconsciemment (inconsciemment, parce que l’état est mauvais, et le cœur trop éloigné du Seigneur en pratique). À l’inverse, celui qui aime vraiment le Seigneur et se courbe devant Lui, va évidemment honorer Ses serviteurs à cause de leur travail, et selon la place que le Seigneur leur a attribuée — et il le fait justement parce qu’il aime le Seigneur et se courbe devant Lui. On dit à juste titre que la corruption de ce qu’il y a de meilleur, est la pire des corruptions : c’est ce qu’on a ici, où l’argument spécieux d’avoir renoncé à tout sauf à Christ, pouvait sembler être la seule chose juste et spirituelle à Corinthe, vu l’état de division de l’assemblée. Combien il est important, maintenant comme alors, de juger justement, et non pas selon les apparences !
(*) « Mais nous voyons ce que l’apôtre requiert quant à l’unité chrétienne. Si quelqu’un désire faire des distinctions subtiles entre les éléments particuliers, il veut d’abord que les chrétiens soient cohérents en ayant un seul sentiment, ensuite en ayant un seul avis, et finalement il veut que leur accord se manifeste dans les paroles » — Calvini in Omnes Pauli Ap. Epp. Comm. i. 219, Halis Sax. 1831.
(2*) « Pour le mot ‘avis’, Paul utilise γνωμην, mais moi je l’interprète comme la volonté, afin que la division de l’âme soit entière, et d’abord, en tout cas, qu’un terme se rapporte à la foi, et un autre à l’amour ». Calvin, Ibid. 219, 220.
Il est à noter que le mal à Corinthe était l’inverse de ce que l’apôtre indiquait dans son discours aux anciens d’Éphèse (Actes 20:30 = conducteurs attirant des disciples après eux) : à Corinthe il s’agissait du péché des disciples, et à Éphèse de celui des conducteurs. Notre seule sécurité est dans cette soumission de cœur à Christ, qui apprécie partout ce qui est de Lui, et qui marche dans Sa dépendance, advienne que pourra. J’avais fait cette réflexion avant de remarquer que Calvin était justement tombé dans cette confusion (*). Peut-être que dans son propre système, du fait de son caractère démocratique, il est plus difficile de voir qu’il y a autant de pièges propres à la masse des disciples, que de ceux propres à ceux qui guident. Cela est en tout cas à la fois certain selon l’Écriture et évident par expérience. Rien ni personne n’échappe à la vigilance de l’ennemi. Heureux ceux qui sont tous sous l’œil de l’amour parfait de notre Seigneur : puissions-nous être guidés par lui !
(*) voir note précédente. Ibid. 220.
« Le Christ est-il divisé ?», demande l’apôtre indigné. N’est-Il pas la Tête de ce seul corps, l’assemblée à laquelle ils appartenaient tous ? C’est un Christ tout entier à qui tous les Siens appartiennent et qui, Lui-même, appartient à tous. L’idée de Le diviser est aussi extravagante qu’absurde. Eux pouvaient se diviser, non pas Lui : quelle incohérence si Lui avait réellement de la valeur pour eux ! Mais voici une nouvelle question : « Paul a-t-il été crucifié pour vous ? ou avez-vous été baptisés pour le nom de Paul ? » Poser la question, c’était rendre certaine et nécessaire la bonne réponse pour le chrétien ; pourtant, combien nombreux sont ceux qui, depuis ce moment-là, ont négligé tant la question que la réponse ! Il n’y en a qu’Un qui est digne d’imprimer Son nom sur nous.
Là où le premier homme est autorisé à prendre la place du Second, son influence est tellement aveuglante. Des apôtres et d’autres sont morts, et ont été même crucifiés ; mais Christ seul est mort pour nous, et c’est pour Lui que nous avons été baptisés, non pas pour les douze, encore moins pour d’autres hommes.
La loyauté de l’apôtre pour Christ était toute différente. C’est la raison pour laquelle il n’hésite pas à exprimer sa gratitude à Dieu d’avoir personnellement baptisé si peu de personnes à Corinthe : il aurait été impossible que ce fût un sujet d’actions de grâces si le baptême était le moyen de la nouvelle naissance ; car dans ce cas, celui qui aimait Dieu et l’homme, aurait dû se réjouir d’autant plus qu’il baptisait davantage. D’un autre côté l’apôtre ne discrédite pas le baptême chrétien, notre ensevelissement avec Christ dans la mort, qui reste le signe extérieur choisi de la soumission à Celui qui, pour nous, est mort et est ressuscité.
L’importance solennelle du baptême dérive de la vérité objective dont il est le signe ; elle ne dérive pas de la position ni de la puissance de celui qui baptise, ni d’aucune qualité du baptisé, quelle que soit la volonté du Seigneur à l’égard de l’un ou l’autre. Mais l’apôtre reconnaît la bonne main du Seigneur en ce qu’Il a arrangé les choses pour qu’en fait, Paul n’ait baptisé qu’un très petit nombre parmi les nombreux Corinthiens qui, ayant entendu l’évangile, crurent et furent baptisés (Actes 18:8) : s’il avait effectivement baptisé la masse, cela aurait donné une excuse plus tangible à ceux qui se prévalaient de son nom à Corinthe. Il n’est guère douteux que ceux qu’il avait effectivement baptisés étaient parmi ceux qui étaient restés relativement fidèles au Seigneur à Corinthe.
On peut mentionner ici que le professeur Olshausen considère comme surprenant que l’apôtre n’ait pas raisonné sur l’importance du baptême lui-même pour étayer son argumentation, mais plutôt sur un historique providentiel des cas de baptême où il avait été impliqué. Le Doyen Alford insiste également sur l’importance de la deuxième partie du verset 16 à l’encontre de ceux qui soutiennent l’omniscience absolue des écrivains inspirés sur tous les sujets qu’ils traitent.
Ces deux théologiens ont-ils usé d’assez de révérence pour écrire ? Tous les deux oublient (si tant est qu’ils l’aient su), ce que c’est que croire que l’Esprit Saint a inspiré Paul. Ne savait-Il pas mieux que quiconque sur quel sujet il fallait plutôt insister à tel moment, et sur quel autre sujet à tel autre moment ? Et quant aux écrivains inspirés, je ne connais aucun croyant sérieux qui tienne à leur omniscience, mais à celle de Celui qui les a utilisés pour communiquer la vérité. Il est courant de parler de leur infaillibilité, mais c’est à tort ; il est évident que nul ne peut être considéré comme infaillible hormis Dieu.
La vraie définition de l’inspiration n’est pas que l’écrivain soit devenu omniscient ou infaillible, mais que l’Esprit Saint a dirigé ce qu’il écrivait de manière à transmettre la vérité sans mélange d’erreur et de manière parfaitement adaptée à Son propre dessein. C’est ainsi qu’Il a pu, avec une cohérence parfaite garder le souvenir absolu ici sur tel point particulier, ou ailleurs sur un commandement particulier du Seigneur en rapport avec tel autre sujet, comme au chapitre 7.
Tout cela laisse intacte l’autorité divine de ce que l’Esprit Saint transmet ou commande de la part du Seigneur. Ceux qui sont orthodoxes quant à l’inspiration, peuvent être dans l’erreur dans une phrase ou une nuance de pensée ; mais cela ne diminue en rien la gravité — en fait le péché — d’affaiblir l’inspiration, surtout en ces temps périlleux où la parole de Dieu est la grande ressource des fidèles. Car le fait simple, mais grave, qu’elle est Sa parole, n’est pas seulement une vérité en soi clairement révélée, mais elle est la base et le support de toutes les autres vérités. Affaiblissez l’inspiration, et vous mettez en danger tout le reste de ce qui concerne Dieu et l’homme, et vous pouvez finir sans avoir rien de mieux que des idées humaines.
L’apôtre Paul ne mésestimait pas le baptême : qui le pourrait s’il accepte que c’est une institution de Christ ? Impossible que l’apôtre ait pu s’exprimer d’une pareille manière si le baptême était le moyen de vie pour l’âme, comme tant de gens l’enseignent à tort. Pourtant, nous avons de la peine à imaginer l’un quelconque des douze s’exprimant comme il le fait ici : « Car Christ ne m’a pas envoyé baptiser, mais évangéliser, non point avec sagesse de parole, afin que la croix du Christ ne soit pas rendue vaine » (1:17). Le résidu a été expressément envoyé baptiser, ce qu’ils ont fait soit personnellement, soit par le moyen d’autrui. Paul aussi fut baptisé et a baptisé ; et aucun apôtre n’a développé l’observation de ce rite d’une manière si profonde que ce que nous trouvons en Romains 6, Galates 3, et Colossiens 2. Inversement, 1 Corinthiens 11 nous montre que la Cène du Seigneur a été révélée directement à l’apôtre ; il ne s’est pas borné à simplement l’accepter telle quelle comme dans le cas du baptême. Si on y réfléchit, on s’aperçoit que ce rite n’est pas le sceau de l’union avec Christ, mais la reconnaissance par l’individu de Celui qui est mort et ressuscité, l’appropriation de ce qu’on a été enseveli avec Christ dans la mort, — tandis que la Cène présente la communion de Son corps, pour laquelle il fallait Son ascension et l’envoi du Saint Esprit, auquel est liée toute la doctrine de l’église (ou : assemblée), dont Paul est devenu ministre (ou : serviteur) par excellence (Col. 1:25).
Or Paul est aussi devenu de manière éminente « ministre (ou : serviteur) de l’évangile » (Col. 1:23) ; et il a donc été envoyé par Christ pour le prêcher, comme il nous le dit ici : « non point avec sagesse de parole », comme ce que les Corinthiens aimaient entendre, « de peur que la croix du Christ ne fût rendue vaine ». Il semble qu’il dénonce ainsi fortement la spéculation philosophique, non pas seulement la rhétorique. La philosophie ne laisse aucune place ni à l’amour divin d’un côté, ni à la ruine complète de l’homme d’un autre côté : la croix de Christ maintient les deux au plus haut degré.
La croix du Christ signifie beaucoup plus que le moyen de pardon pour le pécheur. La traiter seulement comme le grand remède pour les besoins de l’homme, si vrai que ce soit, c’est la dépouiller d’une immense partie de son importance, et c’est obscurcir la vérité, et mettre dehors la gloire de Dieu. Car, dans ce fait le plus prodigieux de tous, qu’est-ce qui n’a pas été traité ? La sainte haine de Dieu pour le péché et Son jugement du péché ; Son amour stupéfiant pour le pécheur ; la grâce infinie, l’humiliation et les souffrances du Sauveur ; l’effronterie et les manœuvres habiles de Satan ; l’abominable méchanceté de l’homme placé dans les meilleures conditions possibles, malgré les plus grands bienfaits reçus, et sans n’avoir aucun motif valable pour se justifier ou s’excuser : c’est à tout cela qu’il a été répondu à la croix, comme nulle part ailleurs. On y trouve les prétentions de l’homme terrassées, le péché condamné et ôté ; Satan défait et vaincu ; le jugement porté ; et Dieu glorifié en Christ qui n’a pas connu le péché, mais qui a été fait péché pour nous afin que nous devinssions justice de Dieu en Lui (2 Cor. 5:21). C’est là seulement en effet, que les attributs divins et les voies divines ont été désormais conciliés pour toujours en faveur de ceux qui croient, alors que notre péché semblait les avoir mis de côté ou mis en désaccord ; c’est à la croix seulement qu’une base solide a été posée pour que la création ruinée soit faite nouvelle, pour que le peuple de Dieu soit fait un peuple nouveau, et pour que l’un et l’autre brillent durant l’éternité à la gloire de Dieu. Pourtant, tout cela risquait d’être rendu vain par cette sagesse de parole que certains dans l’assemblée de Corinthe affectaient par ignorance, blâmant Paul parce qu’il était étranger à cette sagesse.
Mais les Corinthiens étaient en danger, eux qui reculaient devant les faits de l’évangile et qui désiraient entendre la philosophie de l’ordre chrétien. « Car la parole de la croix est folie pour ceux qui périssent, mais à nous qui obtenons le salut elle est la puissance de Dieu » (1:18). La croix s’adresse aux extrêmes les plus bas de la honte et de la souffrance humaines. C’était la peine la plus sévère pour un esclave. Que le Fils de Dieu s’abaissât non pas simplement jusqu’à la nature de l’homme, mais jusqu’à la mort de la croix, et cela à la fois en faisant expiation pour l’homme auprès de Dieu, et en subissant le rejet de Dieu par l’homme, — c’était le comble de la folie, pour ceux qui, ignorant leur propre état de péché et la sainteté de Dieu, vont forcément périr, vivant et mourant tels qu’ils sont. Qu’Il dût souffrir pour sauver, implique la ruine sans espoir de la race.
Or qu’Il veuille s’abaisser aussi bas, jusqu’à souffrir pour Ses ennemis, et que d’autre part Dieu Le livre pour faire, voilà qui est aussi irréconciliable avec tout sentiment du cœur naturel. Car la philosophie ne connaît réellement rien de l’amour de Dieu, ni rien de la ruine totale de l’homme : la croix proclame les deux ; elle proclame aussi que Celui qui était pendu là en grâce, souffrant pour nos péchés afin que Dieu nous délivrât en restant juste, était Lui-même Dieu sur toutes choses, aussi sûrement qu’Il était homme sans péché. Car l’évangile n’est pas un effort ou une construction de l’esprit humain. Oui, la parole de la croix est la plus grave offense, et la folie la plus absolue pour l’homme ; mais elle est la puissance de Dieu (non pas la sagesse seulement) pour les croyants, c’est-à-dire « pour nous qui obtenons le salut » — car ici, pour le faire mieux sentir, l’apôtre traite de cela comme s’agissant d’un fait personnel, au lieu de continuer des déclarations abstraites. Le salut ici, comme ailleurs dans cette épître, est considéré comme encore incomplet jusqu’à la venue du Seigneur ; il inclut tout le travail nécessaire pour nous amener à être conformes à Christ dans la gloire de la résurrection.
En fait la recherche de pensées et de paroles agréables pour le monde démontre un esprit qui conteste contre Dieu, car Lui s’est pleinement prononcé sur le fait que la meilleure sagesse de ce monde est folie dans les choses divines. Il est bon de noter que l’apôtre cite comme preuve une sentence de Dieu sur Israël rapportée par le prophète Ésaïe (Ésaïe 29:14). Je ne peux pas être d’accord avec ceux qui n’arrivent pas à voir la pertinence de ce témoignage, car parmi les nombreux passages de l’Écriture qui déclarent l’insuffisance des ressources humaines, il serait impossible d’en trouver un qui soit mieux à propos pour le but que l’apôtre avait en vue, et donc qui serve mieux à avertir les saints de Corinthe. « Car il est écrit : «Je détruirai la sagesse des sages et j’annulerai la prudence des prudents» [fin de citation d’Ésaïe]. Où est le sage ? où est le scribe ? où est le disputeur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas fait de la sagesse du monde une folie ? » (1:19-20). Dans les derniers mots on ne voit pas plus qu’une allusion à Ésaïe 33 (v.18) servant d’illustration, où l’on a une explosion de surprise en face de la délivrance de la puissance méprisante de l’ennemi, comme ici un défi triomphant en face de la faillite de ses prétentions orgueilleuses contre Dieu.
Il est bon de se souvenir que la digression commencée ici mais poursuivie bien plus loin (dans laquelle il est montré que la sagesse du monde méconnaît la croix de Christ et s’y oppose, mais qu’elle sera jugée par elle) se rattache néanmoins tout à fait au sujet de l’esprit de parti et des divisions des saints à Corinthe que l’apôtre a dénoncés, et qu’il dénoncera encore davantage au ch. 3. En effet c’était leur appréciation de ce que le monde estime comme étant la sagesse qui les avait poussés à dénigrer Paul et à favoriser ceux qu’il désignera plus tard comme des « faux apôtres » (2 Cor. 11:13).
Les hommes avaient osé qualifier de folie la prédication de la croix de Christ. Mais qui étaient-ils, et qu’étaient-ils ? Ceux qui périssent ! Était-ce sage de les suivre ? Ils pouvaient se vanter de leur sagesse, mais celle-ci ne les sauverait pas de la perdition ; et les Juifs, au moins tous ceux qui craignaient Dieu et écoutaient Ses anciens oracles encore bien vivants, devaient se rappeler que c’est Sa manière de déconsidérer l’orgueil de la sagesse humaine, ainsi que la puissance de l’homme. Ainsi est-il écrit : Dieu l’avait déjà jugé dans Sa parole. Et ainsi l’expérience le confirme. Car quelle a été l’histoire morale de l’homme ?
Le coup porté ici par l’apôtre à la sagesse du monde est terrible. La preuve que Dieu en a fait une folie est donnée dans quelques paroles qui suivent, lourdes de sens et irréfutables : « Car, puisque, dans la sagesse de Dieu, le monde, par la (*) sagesse, n’a pas connu Dieu, il a plu à Dieu, par la folie de la prédication, de sauver ceux qui croient ; puisque les Juifs demandent des signes [JND : miracles] et que les Grecs recherchent la sagesse ; mais nous, nous prêchons Christ crucifié, aux Juifs occasion de chute, aux nations folie, mais à ceux qui sont appelés, et Juifs et Grecs, Christ la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu ; parce que la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et que la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes » (1:21-25).
(*) « Sagesse » ici est précédé par l’article en grec, ce qui semble signifier sa sagesse, ce qu’il a comme un fait, et non pas simplement comme caractère.
Quand l’homme a chuté et a obtenu la connaissance du bien et du mal, cela a été la sagesse de Dieu de le laisser livré à lui-même, mais en lui laissant une révélation claire qui, dès le début, offrait au regard de la foi la Semence de la femme, qui, elle-même meurtrie, écraserait la tête du serpent. Mais cela ne convenait pas à l’enfant déchu d’Adam qui s’estimait compétent pour adorer et pour tout faire sans la grâce de Dieu et sans avoir le sentiment de sa propre ruine (sentiment qui lui aurait fait sentir la nécessité de cette grâce). Le monde a ensuite grandi jusqu’à ce que sa corruption et sa violence soient si insupportables qu’il devint impératif moralement de balayer la race coupable par le déluge. Malgré cette intervention solennelle de Dieu en jugement, le monde n’a ensuite fait que devenir mauvais de manière plus subtile. Il cessa de conserver Dieu dans sa connaissance ; il exalta les forces de la nature dans les cieux et sur la terre, les déifiant, et il s’avilit dans tout ce en quoi les démons, qui étaient derrière ces objets, ont pu entraîner leurs dévots. Ainsi le triomphe de Satan sur les nations païennes était désormais complet, puisque leur religion elle-même les corrompait par-dessus tout ; les symboles de leur religion étaient aussi identifiés à toutes les iniquités morales, et leur sagesse les liait rapidement dans cet esclavage avilissant, cherchant au mieux à comprendre et expliquer tout ce qui présentait faussement le vrai Dieu et Le supplantait.
Les Corinthiens, plus que tous les hommes, auraient dû connaître l’impuissance de la sagesse du monde à délivrer l’homme occupé à se plaire à lui-même de la manière la plus grossière et occupé de convoitises qui, tout en évitant la lumière, usurpaient le nom de dieu, et ne faisaient que prouver à quel point Dieu Lui-même était inconnu. Car le mal est trop grave et trop fatal pour être ignoré, et la créature voudrait bien s’en dégager pour le renvoyer sur Dieu, et elle est donc dans la nécessité d’en atténuer les conséquences morales et le conflit avec le Créateur. La conscience résiste à cet effort d’atténuation jusqu’à ce qu’elle soit complètement cautérisée, tandis qu’au contraire la philosophie y contribue en lui prêtant un flambeau pernicieux ; dès lors, comme l’homme n’est pas jugé, Dieu est perdu pour l’âme. Si on s’incline devant Sa nature sainte et Son juste jugement, l’homme est obligé de reconnaître son iniquité et de chercher humblement une porte de sortie par la miséricorde divine. Mais tel n’est pas la voie suivie par le monde. Rien n’est plus long à reconnaître pour l’homme que sa propre méchanceté ; et dans un tel état, la religion n’est qu’un masque pour l’âme, un sacrifice factice pour Dieu, la plus grande et la plus pernicieuse de toutes les vanités.
Il me semble que Calvin (*) n’a pas compris la force du raisonnement, et a pris la sagesse du monde comme signifiant l’ouvrage de l’univers, un échantillon illustre et une manifestation claire de Sa sagesse. Ce serait l’un des deux témoins invoqués pour Dieu pour la conscience païenne en Romains 1, l’autre étant cette connaissance de Dieu qu’ils possédaient jusqu’au déluge et après lui (2*), avant de tomber dans le culte de la créature. Il ne faut pas être surpris qu’un bon nombre aient adopté la traduction « par la révélation de la sagesse de Dieu », c’est-à-dire « dans Ses œuvres » (avec ou sans Sa loi). Je crois que le fait que la folie de l’homme idolâtre soit devenue manifeste, est dû simplement à un sage arrangement des choses par Dieu ; la conséquence en a été que le besoin de Son salut par la croix de Christ a été d’autant plus ressenti quand il était prêché. Par δια της σ., il faut entendre « par sagesse » dans l’abstrait, ou « par sa sagesse », l’un et l’autre exigeant l’article en grec. Je ne pense pas que Stanley et Alford aient raison de prendre cette proposition comme signifiant « à travers la sagesse [de Dieu]» qui est mentionnée juste avant (certes, l’article conviendrait là aussi, bien sûr). La dernière sagesse me semble mise en contraste avec la première (celle de Dieu), l’une s’exaltant elle-même et étant destructrice, l’autre étant à la fois vraie et juste.
(*) I. Calvini in omnes Pauli Ap. Epp. loc. cit. ed. Tholuck, I, 228. Voir aussi l’Institution chrétienne, Institt. II. VI. 1.
(2*) note Bibliquest : connaissance de Dieu issue de la transmission orale de génération en génération.
Ainsi la sagesse du monde trouve sa fin dans la sagesse de Dieu : Dieu lui est inconnu, alors que la connaissance de Dieu en Christ est la vie éternelle. Or qu’est-ce que Dieu a fait en présence de cette sagesse prétentieuse qui était donc la folie la plus coupable ? « Il a plu à Dieu, par la folie de la prédication, de sauver ceux qui croient ». Le monde avait adopté les notions les plus dégradantes du polythéisme, ou bien il avait essayé d’échapper à la superstition par le vide désolant du panthéisme et même de l’athéisme. L’homme maintenant déchu n’a pas été empêché (au moins après le déluge) d’être présomptueux et de prouver son ignorance de Dieu de cette manière ; mais Dieu a montré Sa grâce aussi incomparable que Sa sagesse ; car quand la sagesse du monde s’est fatiguée et usée au milieu de ses inventions idolâtres et du gâchis du scepticisme que ces abominations ont provoqué, Dieu s’est plu, non pas à fermer par le jugement la scène révoltante de la rébellion de l’homme (qu’elle soit religieuse ou irréligieuse), mais Il s’est plu au contraire à sauver. Et pour qu’un salut soit accessible et efficace pour les pécheurs, il fallait qu’il soit par grâce, et ainsi il ne pouvait être que par la foi (comparez avec le raisonnement de Romains 4). C’était la seule façon que ce salut soit certain pour tous ceux qui croient ; car l’essence de la foi est que la valeur [qui l’anime] se trouve dans l’objet cru, et que son efficacité réside dans ce que Lui, le Sauveur, a opéré pour nous — non pas nous pour Lui, même si en tant que croyants nous cherchons en toute vérité à Lui plaire et à Le servir. Ainsi, Dieu est glorifié en ceci comme en toutes choses par Jésus-Christ, à qui soit la louange et la domination aux siècles des siècles.
Un lecteur attentif remarquera à cette occasion que ce dont l’apôtre parle ici exactement, n’est pas la prédication en tant que simple instrument, mais de son contenu, la chose prêchée. Telle est la force résultant de la forme du mot, que, avec d’autres, j’ai traduit par «la prédication». Les Juifs la tournaient en dérision, ainsi que les Grecs. C’était de la folie pour eux ; et il n’y a pas lieu de s’en étonner, puisqu’ils ne voyaient point la gloire de la personne de Christ livré pour mourir par l’amour de Dieu pour les pécheurs. Car qu’y avait-il de plus déraisonnable à l’esprit naturel qu’un homme crucifié soit l’unique Sauveur, sauvant des péchés et de la colère de Dieu ? Pourtant, c’est bien là la vérité prêchée, το κηρυγμα, et le salut est le fruit de ce qu’on y a cru. La grâce a non seulement donné ainsi le Fils de Dieu pour souffrir, mais elle prend soin d’en envoyer partout la proclamation, afin que les âmes entendent, croient et soient sauvées.
Les hommes méprisent naturellement la croix, et ils ne croient pas que leurs péchés méritent le jugement divin, ni qu’Il a porté en grâce ce jugement sur la croix. Ils ne sentent pas la profondeur de leur besoin, et ils s’occupent donc d’autres objets de moindre importance. Le monde a des pré-occupations, ou se tourne vers d’autres sujets d’intérêt : « puisque les Juifs demandent des signes [JND : miracles] et que les Grecs recherchent la sagesse ». Dieu a accordé des signes visibles quand Il a envoyé le Seigneur Jésus à la terre d’Israël. Jamais, depuis le commencement du monde, il n’y avait eu une pareille nuée de témoins de la sorte ; mais qu’est-ce qui peut satisfaire le cœur là où tout est étranger à Dieu ? Les Juifs méconnurent tout ce qu’Il donnait, et demandèrent un signe comme s’il n’y en avait pas eu. Les Grecs n’attendaient rien de Dieu, mais comme l’objet de leur recherche était la sagesse, ils n’en apprirent jamais la première leçon qui a trait à la crainte de l’Éternel.
Cette obstination et cette légèreté de l’incrédulité ne décourageaient pas l’apôtre, mais plutôt le stimulaient dans l’œuvre qui lui tenait à cœur. « Mais nous, nous prêchons Christ crucifié, aux Juifs occasion de chute, aux nations folie » (1:23). Ici il ne s’agit pas simplement du sang versé qui fait expiation, et dire « crucifié » va plus loin que simplement « mort » ; car même si ces deux termes expriment la fin de l’homme dans la chair, il y a dans la croix l’extrême, au-delà de tout, de la honte et de la faiblesse. Que Dieu sauve alors en vertu de la croix, là où le monde voyait le pire de la souffrance humaine et de l’humiliation, c’était réduire au silence cette sagesse du monde, prouvant qu’elle était folie puisqu’elle osait ainsi penser et parler de ce qui est la sagesse de Dieu. Les Juifs sont tombés sur la pierre d’achoppement, parce qu’ils ne voulaient avoir qu’un Messie puissant et glorieux. Il va bientôt venir de cette manière, mais où donc vont se trouver ces Juifs qui se scandalisaient de Son anéantissement jusqu’à la croix afin de sauver ceux qui croient ? Où vont se trouver les Gentils qui ont préféré leurs propres idées et se sont vanté de leurs raisonnements en face de l’œuvre puissante opérée alors à un coût infini ? Le Fils de l’homme brillera comme l’éclair en Son jour (Matt. 24:27), mais il fallait d’abord qu’Il souffre beaucoup, et qu’Il soit rejeté par cette génération (Luc 17:25). Car il était moralement impossible que le royaume de Dieu soit là tant que le péché n’avait pas été jugé à la croix. Quel manque de sens même chez les disciples et quelle lenteur de cœur à voir qu’il était nécessaire qu’il en soit ainsi, si Dieu devait être glorifié et les hommes sauvés et bénis de manière juste ! « Mais à ceux qui sont appelés, et Juifs et Grecs, Christ » et Christ crucifié « est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu ; parce que la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et que la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes » (1:24-25). Toute autre voie aurait fait des compromis avec le péché, et aurait rendu le salut impossible. La croix de Christ est la manifestation la plus complète du jugement du péché par Dieu et de Son amour pour le pécheur. La Parole incarnée souffrant sur une croix (ce que les hommes raillent comme étant de la folie et de la faiblesse) prouve à la fois la ruine complète de l’homme et la miséricorde [ou : la grâce] salvatrice de Dieu. Ainsi le Sauveur a enduré le jugement du péché afin que les croyants puissent être sauvés. N’est-ce pas plus sage et plus fort que les hommes ? Ceci n’a-t-il pas été prouvé par la résurrection, l’évangile ne l’a-t-il pas proclamé ?
L’apôtre poursuit son sujet, à savoir l’anéantissement, par la croix de Christ, de tout objet que la chair chérirait et dont elle se vanterait. Sa première preuve est tirée de l’infatuation extrême et évidente, qui est spécialement folle chez ceux qui affectent le plus la sagesse sans Dieu. Sa deuxième preuve est ensuite tirée des voies de Dieu envers ceux qui avaient été amenés à Lui par l’évangile. Pour étayer cette preuve, l’apôtre fait appel à ce qui en était d’eux :
« Car considérez votre appel, frères, — qu’il n’y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de nobles. Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour couvrir de honte les [hommes] sages ; et Dieu a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde, et celles qui sont méprisées, et celles qui ne sont pas, pour annuler celles qui sont ; en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. Or vous êtes de lui dans le Christ Jésus, qui nous a été fait sagesse de la part de Dieu, et justice, et sanctification [JND : sainteté], et rédemption, afin que, comme il est écrit, «celui qui se glorifie, se glorifie dans le *Seigneur» » (1:26-31).
L’apôtre reconnaît ainsi l’opprobre que l’incrédulité aime jeter sur l’évangile, et il le met en avant comme un fait qui apporte de la gloire à Dieu. Car l’évangile est la révélation de la grâce qui appelle l’homme à Lui hors du monde. Dès lors, tout motif de distinction mondaine et de mérite humain disparaît. Celui qui seul est bon et grand voulait agir dans Son propre amour et manifester Son excellence suprême qui s’élève au-dessus des fautes et de la ruine de l’humanité. Pourtant, l’orgueil de l’homme coupable est si obstiné qu’il détourne les conséquences de sa misère, et rejette la preuve de son péché et du danger dans lequel il se trouve, plutôt que d’accepter la miséricorde [ou : la grâce] gratuite de Dieu dans le Christ le Seigneur : et elle devient ainsi une question d’amour de Dieu choisissant des pécheurs pour la vie éternelle dans Sa propre souveraineté, à défaut de quoi Il sauverait ou bien condamnerait toute la race sans discrimination, et par-là serait détruit tout témoignage à Son saint jugement dans le premier cas, ou à Ses conseils de grâce dans le second cas. Ni l’un ni l’autre n’étant possible, Il devait choisir, sinon personne ne pouvait être sauvé, car tous ont péché, et aucun pécheur ne voudrait faire confiance à Son amour en Christ pour la vie éternelle, une telle bonté étant au-dessus de tous ses sentiments de pécheurs, et contraire à toute expérience d’autrui. Plus l’homme raisonne, moins il peut croire et se reposer sur le salut en Christ pour quelqu’un qui, si la parole de Dieu est vraie, mérite la condamnation. Il préfère faire confiance à ses propres efforts, avec ou sans Christ, manifestant combien peu il accepte le témoignage de Dieu à la gloire de Christ et à la valeur infinie de Son œuvre. S’il est incroyant et perdu, l’homme qui résiste à la vérité de Dieu et méprise Sa grâce, est encore plus clairement en guerre ouverte avec Dieu, qui le supporte encore aujourd’hui, mais en son temps Il le jugera sûrement. Si un homme apprécie les privilèges qu’il a, mais dédaigne ceux qui sont à sa portée, il est d’autant plus certain de lutter contre cette grâce puisqu’elle tient pour rien tout ce qui est précieux à ses yeux.
L’apôtre invite alors les Corinthiens à considérer leur appel, eux qui n’ont pas été sevrés de leur vieille admiration pour la sagesse, la puissance et le rang de l’homme. Dans l’assemblée de Dieu qu’ils avaient sous les yeux, ils avaient la preuve la plus nette que peu nombreux étaient sages selon la chair, peu nombreux les puissants, peu nombreux les nobles (de haute naissance). Et d’après les rapports de chrétiens venant d’ailleurs, ils savaient forcément que ces mêmes caractéristiques étaient vraies partout. Or l’apôtre va plus loin et montre que ce n’est pas seulement une situation de fait parmi les hommes (1:26), mais une intention de la part de Dieu (1:27-29). Il a choisi les choses folles du monde pour couvrir de honte les hommes sages ; Il a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes. Il a prononcé un jugement tout à fait clair sur ce qui est toujours prêt à séduire le cœur des chrétiens, car ceux-ci aiment pouvoir compter dans leurs rangs des sages et ce qui a la grandeur du monde, comme si quelque chose de ce genre pouvait ajouter de l’éclat à Christ. Dieu n’a-t-Il pas choisi les choses viles du monde, et les choses méprisées, les choses qui ne sont pas, afin de réduire à néant les choses qui sont, pour qu’aucune chair ne se glorifie devant Dieu ? Il n’était pas question de ce qu’eux-mêmes ou leurs circonstances semblaient être, mais de ce qu’ils étaient réellement, pour la plupart, quand Dieu les a choisis. Peu nombreux étaient les saints ayant fait partie des sages ; la plupart savaient ce que c’était d’avoir été arrêtés par l’évangile, puis tirés de l’obscurité et de ce qui n’a ni influence ni importance parmi les hommes. Si Dieu en appelait de tels à la communion de Son Fils, pour être un avec Lui maintenant, pour régner avec Lui bientôt et pour toujours, — si ceux qui, sages, puissants ou nobles par naissance, étaient pour la plupart laissés avec ce qu’ils possédaient, en train de poursuivre tout ce qui les aveuglait quant à la gloire du Christ, et quant à la perspective finale du jugement, — de qui était-ce le péché ? de qui était-ce la grâce ? Mais quelle indignité et quelle inconséquence quand le chrétien brûle pour la chair et ses avantages, ou s’en glorifie ! Qu’un croyant regarde au-dedans ou au-dehors, pourrait-il manquer d’apprendre que nulle chair ne se glorifie devant Dieu ?
Or l’Esprit de Dieu ne peut pas se contenter d’une conclusion négative, si importante soit-elle. Il veut sortir le cœur du vide de la vanité et de l’orgueil de l’homme, et le conduire à la vraie valeur morale, aux provisions de grâce et de sainteté divines, et à la gloire qui ne passe pas. L’apôtre montre que tout cela, et davantage encore, c’est la part du chrétien, et il l’affirme avec force à l’égard de ceux auxquels il s’adressait : « Or vous êtes de lui dans le Christ Jésus » (1:30). Quel immense changement de nature, de position et de relations pour tout chrétien ! Quelle bénédiction pour ceux dont il venait d’exposer sans fard la misère dans le monde et selon la chair ! Et la stabilité de la source n’est pas un brin moindre que celle du caractère de la bénédiction qui est « de Lui », de Dieu dont la grâce nous a donné d’être dans « le Christ Jésus », « qui nous a été fait sagesse de la part de Dieu ». Voilà la réalité, la réalité de bénédictions infiniment précieuses.
Christ a été fait sagesse pour nous de la part de Dieu, car la sagesse est ici la première question ; et la réponse donnée pour le chrétien se trouve en Christ, et Christ crucifié (c’est Lui, et Lui seul, qui met ainsi chacun et chaque chose à sa vraie place) ; et il s’agit là de la partie de sagesse qui se voit, tandis que la folie met tout en désordre, et comprend tout de travers. Si la philosophie laissait Dieu de côté, elle était nécessairement toute fausse. Si elle essayait de L’introduire, elle Le soumettait à l’esprit humain, et cela rendait les affaires pires, pour autant que ce fût possible. Christ a révélé Dieu et a béni l’homme, non pas en passant sous silence son état et ses péchés, mais en souffrant pour lui sur la croix, de sorte que Dieu a été glorifié autant dans Sa mort vis-à-vis du mal, que dans Sa vie vis-à-vis du bien. Il a donc été fait pour nous sagesse de la part de Dieu. La sagesse du monde, la sagesse de la chair n’a pas été simplement mise de coté, mais la sagesse de Dieu nous a été montrée et donnée en Lui.
Néanmoins la sagesse n’était pas notre seule carence, même si nous en avions grandement besoin, — la sagesse jusqu’en son extrême, non pas seulement dans son commencement qui est la crainte de Dieu (Prov. 9:10 ; Ps. 111:10). Le pécheur n’a aucune justice pour Dieu ; mais Dieu en a pour lui, et ceci en Christ, oui, Christ lui-même, car c’est Lui qui a été fait sagesse pour nous, non pas seulement sagesse de la part de Dieu, mais justice. L’homme est ainsi mis de côté, racine et branche ; Dieu prend Sa place, et donne en Christ tout ce qui nous manque. Il avait amplement testé les efforts de l’homme sous Sa loi, que le Juif tordait pour maquiller une apparence creuse, au lieu de s’y soumettre (Rom. 8:7) pour apprendre par elle sa propre insuffisance et son péché. Mais Christ est aussi sûrement sagesse de Dieu, que justice de Dieu, et Il a été fait justice de Dieu pour nous ; car par Sa mort Dieu est juste et peut justifier le croyant en Jésus. L’homme se reconnaît lui-même comme pécheur (seul le croyant se reconnaît vraiment et pleinement pécheur). La justice est de Dieu, bien que seule l’œuvre de Christ ait pu faire que cette justice ne nous condamne pas, mais nous justifie. En vertu de la croix, Dieu est conséquent avec Lui-même en ce qu’Il nous justifie à la fois gratuitement et en restant juste.
De plus, Christ a été fait « sanctification » [JND : « sainteté » (*)] pour nous. Le Grec se vautrait dans le péché, malgré tous les sentiments qu’il pouvait exprimer ; le Juif se glorifiait dans la loi, mais la violait (Rom. 2:17-24). Christ est la mesure, le moyen et le modèle de la sainteté pour le chrétien ; sans doute l’Esprit est l’agent, et Il opère en maintenant Christ devant nous (non pas en se maintenant, Lui, devant nous). Nous lisons ainsi ailleurs que là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté (2 Cor. 3:17), car là où la loi domine, il y a servitude. Mais nous ne sommes pas sous la loi, mais sous la grâce (Rom. 6:14). Et ce n’est pas tout ; mais « nous tous, contemplant la gloire du Seigneur à face découverte, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur en Esprit » (2 Cor. 3:18).
(*) note Bibliquest : Carrez donne « sanctification » et la traduction allemande de C. Briem « sainteté ».
Enfin, Christ nous a été fait « rédemption ». L’ordre des termes dans le verset montre clairement que cela ne signifie pas le pardon des péchés que nous avons, mais cette délivrance complète des effets du péché dans nos corps, que nous attendons à la venue de notre Seigneur Jésus (Rom. 8:23 ; Éph. 1:14 ; 4:30).
Combien la bénédiction de ce que Christ a été fait pour nous est complète ! Quelle joie de ce que non seulement nous pouvons, mais nous devons nous glorifier en Celui qui l’a ainsi ordonné et qui nous a été donné ! Les âmes pieuses vont-elles nous appeler à nous garder de la présomption ? Voilà que l’apôtre, s’appuyant sur Jérémie le prophète (Jér. 9:24), appelle celui qui se glorifie à se glorifier en l’Éternel. Ce n’est donc pas téméraire, ni erroné, mais c’est se glorifier de manière sainte. Nous le Lui devons, et Il le mérite de notre part.
L’apôtre aborde maintenant ce qu’on avait reproché à sa prédication à Corinthe. Il n’avait pas cherché à éviter le scandale de la croix, pas plus là qu’ailleurs. Au contraire, c’était justement ce sur quoi il avait ouvertement insisté dans cette ville de culture intellectuelle et de corruption morale. Cependant l’apôtre se garde ici d’une étroite partialité, et il a soin de mettre en avant Christ personnellement, — non pas de mettre en avant seulement un point de doctrine, fût-ce même celui de la croix, qui est si profond et, à juste titre, tellement absorbant. C’est Jésus Christ qu’il prêchait, et Jésus Christ crucifié. Il évitait les phrases pompeuses et les spéculations subtiles que Corinthe affectionnait.
Ainsi, les frères de Corinthe pouvaient voir la logique, d’un bout à l’autre, de ce qui, chez Paul, constituait une pierre d’achoppement pour l’incrédulité, et que la chair dans les saints aurait préféré envelopper de silence. La croix est-elle la puissance de Dieu pour ceux qui sont sauvés ? Christ crucifié est-Il folie pour les Gentils et une offense pour les Juifs ? La sagesse en parole rend-elle la croix vaine ? L’apôtre, quand il s’était rendu à Corinthe, avait été conduit par Dieu à présenter la vérité d’une manière qui n’était certes pas agréable, mais pourtant tout à fait salutaire, et en même temps spécialement à la gloire de Dieu. Ce n’était pas Jésus et la résurrection (comme à Athènes), ni Son retour pour régner (comme à Thessalonique) ; sans doute aucun de ces éléments ne manquait, mais à Corinthe, l’Esprit le dirigea vers ce qui était approprié pour ce moment-là. Et comme il le dit aux Galates entichés de la loi : « Qu’il ne m’arrive pas à moi de me glorifier, sinon en la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par laquelle le monde m’est crucifié, et moi au monde » (Gal. 6:14). C’est de cette manière qu’il pouvait ici regarder en arrière avec satisfaction sur la prééminence donnée à Jésus Christ, et à Jésus Christ crucifié lors de sa première visite à Corinthe, — ce qu’il avait fait avec décision et conviction. Ce n’est pas simplement ce qui avait eu lieu, mais il jugeait que cela avait été le mieux. Cela ne signifie pas, comme certains l’ont pensé, que malgré toute l’humiliation de la croix, il avait quand même prêché Christ. Un discours aussi incertain ne pouvait provenir de l’apôtre, contrairement à ces commentateurs. Il ne s’agissait pas de Christ bien qu’Il fût crucifié, mais de Christ et Christ crucifié, dans toute la force de l’expression. Il savait bien, et le ressentait profondément, qu’il n’y a rien de comparable à cette croix qui se dresse, seule, en dehors de tout ce qu’il y a eu avant et après : oui, il n’y a rien dans le temps, rien dans l’éternité, qui lui soit semblable, ni qui vienne juste après en second. Car là le péché dans l’homme s’est haussé jusqu’à mettre à mort le Fils de Dieu ; mais en Le mettant à mort, il a été lui-même mis à mort et jugé, afin que la grâce puisse régner par la justice pour la vie éternelle (Rom. 5:21) pour tout croyant.
« Et moi-même, quand je suis allé auprès de vous, frères, je ne suis pas allé avec excellence de parole ou de sagesse, en vous annonçant le témoignage de Dieu ; car je n’ai pas jugé bon de savoir quoi que ce soit parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. Et moi-même j’ai été parmi vous dans la faiblesse, et dans la crainte, et dans un grand tremblement ; et ma parole et ma prédication n’ont pas été en paroles persuasives de sagesse, mais en démonstration de l’Esprit et de puissance, afin que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (2:1-5).
Au v. 1, il y a une variante de lecture qui lit μνστηριον (mystère) au lieu de μαρτυριον (témoignage) ; cette variante est supportée par les manuscrits Sinaïticus, Alexandrin et palimpseste de Paris (C) et quelques bonnes cursives et versions très anciennes. Il ne peut y avoir aucun doute, à mon avis, que cette variante de lecture n’est pas correcte. Non seulement elle est erronée, mais c’est une erreur qui détruit la beauté et le sens du passage. Car l’apôtre met en contraste l’usage qu’il a fait de la vérité révélée quand il s’est occupé d’âmes telles que celles de Corinthe, lorsqu’il leur a apporté l’évangile pour la première fois, et ce qu’il ferait normalement avec des gens qui se soumettent simplement et totalement à Christ. Le mystère dans toute ses profondeurs cachées et toute sa gloire céleste, il le place devant ceux qu’il appelle « les parfaits » (2:6), c’est-à-dire les hommes faits (adultes), bien établis dans le christianisme ; mais il n’en est pas ainsi avec les petits enfants non encore formés dans la vérité de l’évangile.
D’où les paroles d’introduction. L’apôtre n’était pas venu avec excellence de parole ou de sagesse quand il avait annoncé à Corinthe le témoignage de Dieu : ce témoignage les appelait, comme tous les hommes, à se repentir, et dans ce but il témoignait de Jésus Christ et de Jésus Christ crucifié. Pour cela, Paul avait jugé bon de s’en tenir au commencement de l’évangile dans cette ville de plaisirs. Les âmes plus mûres ont besoin de Christ de toute manière, Christ ressuscité, Christ à la droite de Dieu, et Christ revenant en gloire. Ici il présentait Sa personne, spécialement comme Le crucifié. Ce n’était pas une philosophie, mais une personne et une œuvre divines. Les « parfaits » ont besoin de beaucoup plus, et sans restrictions ; et c’est là que la sagesse cachée de Dieu dans le mystère caché dès les siècles et dès les générations (Col. 1:26) devient si importante : non pas qu’il y ait de la réserve de la part de Dieu, mais l’état des âmes est tel que certains ont besoin de lait comme des petits enfants, tandis que d’autres déjà établis en Christ, ont besoin d’aliments solides : toute la vérité de Dieu est à leur disposition, car en effet ils en ont besoin en totalité.
Mais de plus le ton et la manière de l’apôtre étaient appropriés au message qu’il apportait. Il repoussait toute méthode artificielle, soit au niveau de la pensée soit au niveau du langage habillant cette pensée, afin que la vérité de Dieu s’adressât directement au cœur des hommes. C’est ainsi qu’il était avec les Corinthiens « dans la faiblesse, et dans la crainte, et dans un grand tremblement ». Ce n’est pas l’état idéal dans lequel les hommes s’imaginent le grand apôtre ! Mais par grâce, un sens si profond de sa faiblesse était sa force, et inversement la recherche de puissance par les Corinthiens était leur faiblesse. Son seul désir était d’exalter Dieu, reconnaissant le néant et la culpabilité de l’homme, — et il avait une crainte anxieuse que la moindre parole de sa part n’obscurcisse Sa vraie gloire, mais que [ses paroles] puissent être un témoignage de Dieu rendu à Jésus Christ et en Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. C’est pourquoi sa parole et sa prédication (la chose prêchée, non pas simplement la manière de prêcher) n’était pas conforme à la rhétorique des écoles, mais elles laissaient le champ libre à l’Esprit de Dieu.
Les saints abhorraient-ils alors le pain du ciel ? Languissaient-ils après les poireaux et les oignons (Nombres 11:5) et la viande en pots (Ex. 16:3) de l’Égypte ? L’apôtre n’était pas quelqu’un à satisfaire leurs goûts naturels. Lui au moins était fidèle à Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. Il ne cherchait pas à gagner en faisant étalage de son extraordinaire capacité, ni en étalant les merveilles de la Parole divine qu’il aurait pu facilement présenter de manière à éblouir l’esprit corinthien ; il ne s’abaissait pas à formuler ces précieuses vérités avec une diction attrayante pour oreilles raffinées. Le sujet et la manière qu’il jugeait les meilleurs pour la gloire de Dieu étaient ce qui versait le mépris sur l’homme, et qui ne visait que la démonstration de l’Esprit et la puissance, afin que leur foi ne reposât pas sur la sagesse humaine, mais sur la puissance de Dieu. Car, dans la mesure où les prédicateurs remplissent les hommes d’admiration pour leur style particulier de pensée ou d’expression, il est évident qu’ils sont d’autant plus faibles dans l’Esprit, et attirent à eux-mêmes au lieu d’éclairer les âmes et de les établir dans la vérité par laquelle l’Esprit agit en puissance. Une autre marque d’enseignement malsain (trop abondant à Corinthe) est de produire du dégoût pour tout ce qui n’est pas le prédicateur favori et dans sa ligne. Ce n’est pas que le cœur n’ait pas de quoi bénir Dieu pour l’instrument, mais l’effet de la ligne de conduite d’un Paul est de maintenir intactes la gloire du Seigneur et Sa vérité, afin d’éviter la tendance naturelle à constituer des écoles ou une clique avec son meneur, et afin de garder les saints dans la pleine liberté et une sainte confiance devant Dieu par la foi. Puissions-nous être aussi résolus que cet apôtre, dont les paroles nous occupent ici (elles sont de Dieu ) !
L’apôtre explique ensuite son attitude envers ceux qui étaient établis dans la foi chrétienne, les « parfaits » [ou : hommes faits] comme ils sont désignés ici et ailleurs. Pour ceux-ci il met en évidence beaucoup plus que Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. Il n’y a pas de limite ni de réserve. Y avait-il eu une vérité cachée dans l’Ancien Testament, des choses secrètes appartenant à l’Éternel, en contraste avec les choses révélées relatives à Israël et à leurs enfants ? Aucune d’elles ne sont plus cachées maintenant, mais elles sont partagées par le Père avec Ses enfants pour la gloire de Christ Son Fils. Elles constituent notre part propre, ce dont nous avons besoin.
C’est pourquoi il dit : « Or nous parlons sagesse parmi les parfaits, sagesse toutefois non pas de ce siècle, ni des chefs de ce siècle qui aboutissent dans le vide. Mais nous parlons la sagesse de Dieu en mystère, la [sagesse] cachée, laquelle Dieu a prédéterminée avant les siècles pour notre gloire ; qu’aucun des chefs de ce siècle n’a connue (car s’ils l’avaient connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire), — mais selon qu’il est écrit : «Ce que l’œil n’a pas vu, et que l’oreille n’a pas entendu, et qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment», — mais Dieu nous l’a révélée par son Esprit ; car l’Esprit sonde toutes choses, même les choses profondes de Dieu » (2:6-10).
Ce n’est donc pas que la «sagesse» manquât dans l’ordre chrétien, ni qu’elle pût manquer, car Christ qui y est tout, est la sagesse de Dieu ; et le caractère de celle-ci, sa hauteur, sa profondeur, sa largeur et son étendue sont propres à Dieu. C’est pourquoi elle convient à Ses enfants, au moins ceux qui sont sevrés du premier homme et du monde, dans lequel ce premier homme cherche activité et exaltation. En un mot, cette sagesse convient au « parfait» ou adulte, non pas aux petits enfants qui sont absorbés par leurs besoins personnels, et auxquels il faut, au mieux, du lait, non pas de la viande dont ceux qui ont plus de maturité ont besoin pour se nourrir.
Entièrement en dehors de cette sagesse dont Paul a parlé, se trouve « ce siècle », le train de ce monde tel qu’il est maintenant ; il n’est pas restreint aux classes inférieures, mais il inclut ses « chefs » « qui aboutissent dans le vide » (ce à quoi ils ne s’attendent guère) et ceux qui convoitent leur place. Bénie soit la grâce qui a révélé les pensées du ciel à l’homme sur la terre ! Voilà la sagesse de Dieu dont l’apôtre parlait habituellement et de manière caractéristique, auprès de ceux auxquels il était approprié de parler. Cette sagesse était « en mystère », ce qui ne veut pas dire qu’il s’agît de quelque chose d’inintelligible, vague ou obscur, mais c’était une vérité qui ne pouvait être découverte par l’esprit humain, et n’avait jamais été donnée à connaître auparavant dans les oracles vivants de Dieu (Actes 7:38). Ceux que l’apôtre voulait faire entrer dans cette sagesse de Dieu étaient les fidèles déjà établis sur les grands fondements du christianisme. Tous ceux qui ignorent Christ ou s’opposent à Lui aboutissent dans le vide : Christ est la puissance de Dieu autant que Sa sagesse.
Mais si Christ est la sagesse de Dieu, comme Il l’est assurément, il ne s’agit pas simplement d’une gloire qui Lui est personnelle, mais c’est la sagesse « en mystère ». Elle n’est pas Christ tel qu’Il a été présenté ici-bas à la responsabilité de l’homme, surtout des Juifs ; elle n’est pas non plus Christ quand Il reviendra comme le Fils de l’homme dans Son royaume universel qui ne passera pas. Elle est Christ exalté en haut, et investi d’une gloire nouvelle, en dehors de toutes les anciennes révélations, — une gloire fondée sur la croix où le monde, conduit par son prince, L’a rejeté, mais où Il a été glorifié en Dieu, et a été donné comme chef [ou : tête] sur toutes choses à l’assemblée qui est Son corps (Éph 1:22). C'est pourquoi l’apôtre ajoute au sujet de la sagesse, qu’elle était « la sagesse « cachée », laquelle Dieu avait prédéterminée avant les siècles pour notre gloire ». Cela ne faisait aucunement partie de Ses voies, ni en création ni en providence. La loi n’en a jamais parlé, et le peuple élu sous la loi ne l’a pas cherchée. Et même, non seulement les prophètes l’ont entièrement ignorée, mais l’Esprit n’en a jamais parlé dans Ses anciennes communications, — bien qu’une fois révélée, on ait pu voir ici ou là, dès le commencement et tout du long, des allusions montrant que bien sûr Il savait tout, et en disait assez pour justifier ses principes même lorsqu’ils différaient beaucoup de tout ce qui avait été en vigueur entre temps.
Mais quand l’épreuve patiente et complète de la responsabilité de l’homme s’est achevée à la croix, et que celle-ci a montré à la fois son péché et sa ruine, la ruse et la folie de Satan, la bonté parfaite de Dieu et Sa sagesse, ce fut alors le moment approprié pour mettre au grand jour ces conseils de Dieu en Christ pour notre gloire, qui étaient prédéterminés dès avant l’histoire douloureuse de l’homme, avant même que le monde ait été créé comme la sphère où sa responsabilité serait testée. L’homme est encore entièrement ignorant de tout cela, comme il l’était alors, et « les chefs de ce siècle » plus que tout autres, sinon autant. Aucun d’eux ne l’a connu quand Jésus était ici-bas, à l’exemple des habitants de Jérusalem et de leurs chefs qui n’ont pas connu Jésus, mais ont accompli les paroles des prophètes qui étaient lues et sont lues chaque sabbat, en Le jugeant et Le mettant à mort (Actes 13:27), — ainsi « aucun des chefs de ce siècle n’a connu » la sagesse de Dieu, « (car s’ils l’avaient connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire) » ; cependant eux aussi, comme de simples instruments, ils ont posé la base pour cette sagesse. Car la croix de Christ sur la terre répond à la gloire de Dieu dans les cieux, et réciproquement la gloire de Dieu répond à la croix. Fait merveilleux : un homme exalté sur tout l’univers, ressuscité et glorifié à la droite de Dieu, toutes choses étant mises sous Ses pieds ! Ce n’est pas seulement une affaire de foi, mais aussi la révélation en est donnée à connaître, car c’est seulement maintenant depuis la croix et l’ascension qu’il s’agit d’un fait. Mais c’est un fait, et un fait révélé au chrétien, totalement distinct de toutes les espérances de l’Ancien Testament, et différent de ce qui sera réalisé lorsque le royaume viendra en puissance et en gloire manifestes aux jours millénaires.
De manière frappante, l’apôtre poursuit en faisant ressortir la nouveauté de ce travail de Dieu et de Sa parole en termes trop souvent pervertis par une mauvaise compréhension : on a pris cela pour une simple confession de l’ignorance propre aux temps antérieurs à la résurrection du Seigneur et au don du Saint Esprit. C’est une application d’Ésaïe 64:4, non pas une illustration de ce passage, mais un contraste complet. Le prophète juif (Ésaïe) fut très logiquement inspiré d’arrêter de s’occuper de l’incapacité reconnue de l’homme à percer le voile qui cache la bénédiction future préparée par Dieu pour celui qui s’attend à Lui. Il n’en était pas ainsi de l’apôtre chrétien, car le voile est déchiré, et nous sommes invités à nous approcher maintenant en pleine liberté par le sang de Jésus (Héb. 10:19-22). Ainsi toutes choses sont à nous, les choses à venir comme les actuelles (1 Cor. 3:21-22). Nous regardons aux choses invisibles et éternelles ; nous recherchons et avons nos pensées aux choses qui sont en haut, non pas aux choses qui sont sur la terre. Il est vain de dire qu’elles sont cachées à l’homme. Elles l’étaient, mais assurément elles sont révélées maintenant aux enfants de Dieu. Elles sont révélées pour que nous ne doutions pas, et que nous ne restions pas dans l’obscurité, mais que nous croyions. C’est ce qu’affirme l’apôtre avec insistance. Ce que Dieu a préparé pour ceux qui L’aiment, Il nous l’a révélé par l’Esprit.
Limitez-vous Sa compétence ou mettez-vous en doute Sa volonté de nous montrer toute la vérité par amour divin, y compris les choses à venir ? Il est ajouté expressément, comme pour remédier à notre hésitation : « car l’Esprit sonde toutes choses, même les choses profondes de Dieu » (2:10b). Une telle déclaration peut bien réduire au silence tout argument d’incrédulité, si disposée, hélas ! à se confier dans la capacité de l’homme autant qu’à se méfier de la puissance en grâce de Dieu à notre égard. L’Esprit qui sonde tout et connaît tout, est aujourd’hui dans le croyant à qui tout est révélé dans la Parole écrite de Dieu. Celui qui sonde les profondeurs de Dieu est capable d’instruire Ses enfants ; et Il est à la fois prêt à le faire et capable de le faire, étant ici-bas pour cela, ainsi que pour d’autres desseins d’amour dignes de Dieu en vertu de la rédemption de Christ.
C’est donc par le Saint Esprit que Dieu nous a révélé ce qui était autrefois caché ; et Il est parfaitement capable de le faire, vu qu’Il sonde les choses profondes de Dieu, étant Dieu Lui-même. C’est ce que l’apôtre illustre par une analogie tirée de la nature humaine : « Car qui des hommes connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? Ainsi personne ne connaît (*) les choses de Dieu non plus, si ce n’est l’Esprit de Dieu. Mais nous, nous avons reçu, non l’esprit du monde, mais l’Esprit qui est de Dieu, afin que nous connaissions les choses qui nous ont été librement données par Dieu » (2:11-12).
(*) Le sens est bien « connaître consciemment ».
Aucun homme ne sait ce qu’il y a dans l’esprit d’un autre. On peut faire des conjectures plus ou moins exactes, mais personne ne peut connaître intérieurement ce qui est dans les pensées d’un autre esprit et qui ne lui a pas été communiqué. L’esprit de l’homme se connaît lui-même, et il ne connaît personne d’autre. Non seulement les animaux inférieurs à l’homme dans l’échelle de la création n’ont pas accès à sa connaissance, mais ses semblables non plus. De la même manière, mais avec une force incomparablement plus grande, nul ne peut arriver à connaître les choses de Dieu, à moins qu’elles ne lui soient révélées : seul l’Esprit de Dieu les connaît. Or voilà le privilège inestimable du chrétien. Ce n’est pas l’esprit du monde que nous avons reçu, mais l’Esprit qui est de Dieu, et nous L’avons reçu dans le but exprès de connaître d’une connaissance intérieure, les choses qui nous sont données librement par Dieu.
Nous sommes dans la relation consciente d’enfants, et nous n’avons pas simplement une connaissance objective acquise, mais nous réalisons ce que Dieu a accordé à nos esprits. Certains courtisent-ils l’esprit du monde ? Quelle déchéance pour un chrétien ! Quel oubli de nos relations nouvelles, divines et éternelles par le Seigneur Jésus ! Ici il est question de connaître par le Saint Esprit les choses qui nous sont librement données par Dieu, et c’est dans ce but que l’Esprit est donné au croyant, maintenant que Christ est venu et a accompli la rédemption. Là où le sang a été mis, l’huile peut suivre, cette onction de la part du Saint (1 Jean 2:20) par laquelle même les petits enfants en Christ connaissent toutes choses. Car la grâce qui lui a donné librement toutes choses avec le propre Fils de Dieu, le met dans la connaissance consciente de tout, et dans la joie de la communion ; et cela ne peut être que par l’Esprit Saint de Dieu, qui donc nous oint [donne l’onction] une fois que nous sommes établis en Christ, c’est à dire lorsque nous Lui sommes fermement attachés.
Or l’apôtre nous parle de quelque chose de plus que cette connaissance surnaturelle donnée par l’Esprit. Pour qu’on puisse jouir des choses de Dieu, celles-ci devaient être communiquées divinement ; les instruments choisis pour cela ne pouvaient bien sûr pas être rendus infaillibles, car cette qualité n’appartient qu’à Dieu, mais ils devaient être parfaitement guidés dans l’annonce de la vérité, et être gardés de toute erreur dans leur tâche. C’est cela l’inspiration, son fruit permanent étant les Écritures que nous possédons par la bonté de Dieu. Le principe est énoncé au v. 13 : « choses… desquelles aussi nous parlons, non point en paroles enseignées de sagesse humaine, mais en paroles enseignées de l’Esprit, communiquant des choses spirituelles par des [paroles] spirituelles (*) » (2:13).
(*) Le manuscrit du Vatican et une bonne cursive (17) donnent πνευματικως, c’est-à-dire « spirituellement » ; le manuscrit Porphyrien a l’Esprit communiquant (συνκρινοντος), non pas nous. — note Bibliquest : JND traduit « par des [moyens] spirituels », Carrez traduit « en termes spirituels ».
Il est bien connu que le dernier membre de phrase (2:13b) a été diversement interprété, les uns ou les autres donnant des sens différents à συνκρινοντες (communiquant), à πνευματικοις (par des [paroles] spirituelles), et même à πνευματικα (des choses spirituelles). Ainsi Chrysostome, Théodoret, etc. considèrent que cela signifie : « expliquant des vérités spirituelles [du Nouveau Testament] par des témoignages spirituels [de l’Ancien Testament] ». À l’encontre de cet avis, Théophylacte et H. Grotius, et d’autres ont une vue un peu moins tirée par les cheveux : « expliquant ce que les prophètes conduits par l’Esprit ont dit par ce que Christ nous a ouvert par Son Esprit ». Mais Théophylacte a proposé aussi une voie qui a prévalu au moyen-âge, et a été courante jusqu’à nos jours : il s’agit de prendre πνευματικοις comme un masculin, ce que le Doyen Alford qualifie de «clairement erroné» dans plusieurs éditions de son Testament grec, mais qu’il a donné comme juste dans son Nouveau Testament révisé (1870), comme Wyclif en 1380.
Par ailleurs, la Version Autorisée anglaise a préféré donner à συνκρινοντες (*) le sens de « comparant » comme dans la Syriaque, la Vulgate, etc. plutôt qu’« expliquant » ; toutes les autres versions anglaises du début allaient dans le même sens, sauf celle de Genève. Sans doute c’est une impulsion naturelle d’utiliser un sens qui est incontestablement à utiliser en 2 Cor. 10:12 pour le même mot qu’en 1 Cor. 2:13 : de même Tyndale (1534), Cranmer (1539), et peut-être la version de Reims (1582), bien que je ne sois pas très sûr de ce que veut dire «comparant des choses spirituelles au spirituel», du fait que ce dernier terme peut être compris comme un masculin aussi bien que comme un neutre. La version de Genève (1557) donne : «joignant des choses spirituelles avec des choses spirituelles», je présume d’après Calvin, Bèze, Piscator, etc.
(*) Note Bibliquest : ici et dans les paragraphes précédent et suivant, nous avons laissé συνκρινοντες comme écrit par l’auteur, alors que C.Briem et Carrez écrivent συγκρινοντες.
Pour comprendre la pensée de Dieu dans le membre de phrase en question (2:13b), il y a deux éléments qui, en général, n’ont pas été pris en compte de manière adéquate. Premièrement le contexte, comme ailleurs, aide à trouver le sens de συνκρινοντες (communiquant) exigé ici. Or il est certain que, dans ce verset 13, l’apôtre ne décrit ni la révélation des choses divines que l’Esprit de Dieu seul connaît et peut donner (2:10-12), ni la réception de ce qui est révélé, qui est due à la puissance de l’Esprit (2:14-15), mais il décrit le processus intermédiaire de transmission, par des mots, de choses spirituelles qui sont révélées de manière à être reçues par l’homme spirituel. Secondement comme συνκρινοντες paraît poursuivre la pensée du verset 13 de dire les choses de Dieu à d’autres, ainsi ανακρινεται (= se discernent ; 2:14) est également caractéristique de la manière et des moyens de réception. Comme le premier de ces termes exprime avec justesse le fait de mettre ensemble (συνκρινοντες) des choses spirituelles avec des mots spirituels de manière à fournir un ensemble concret (la Parole de Dieu), ainsi l’homme spirituel ανακρινει π. (juge, ou : discerne), c’est-à-dire exerce l’action conséquente, qui est celle d’approfondir et d’examiner minutieusement — un sens commun au Nouveau Testament et à la version des Septante (1 Sam. 20:12 ; Actes 17:11). Ανακρ. était un mot utilisé techniquement en grec courant pour l’enquête préliminaire tendant à déterminer la recevabilité d’une action.
C’est pourquoi à mon avis les sens de « comparant » ou d’« expliquant » sont exclus ici ; et quand nous examinons ce passage parallèlement à la seconde épître (2 Cor. 10:12), on peut voir facilement et avec certitude que la construction diffère totalement, bien que Parkhurst soit assez téméraire pour dire le contraire. Car dans la seconde épître, c’est une question de personnes seulement, et donc « comparant » donne le sens juste. C’est ce que dit justement Wahl dans sa seconde édition, bien que d’après la note de Rose à Parkhurst, il semblerait que, dans sa première édition avec Schleusner, il ait expliqué la phrase de 2 Cor. 10:12 comme signifiant : « nous ne pouvons supporter de nous engager ou de nous y mêler » etc — un sens assurément médiocre (*).
(*) note Bibliquest : au lieu de « Nous n’osons pas nous ranger et nous comparer ».
Ici, dans une des phrases, sinon les deux [2:13 et 2:14], il est question de choses, et donc l’analogie disparaît. Dans la version des Septante qui fournit si constamment la source véritable du langage grec du Nouveau Testament, nous trouvons le verbe et ses dérivés utilisés dans des sens plus appropriés à ce qu’exige notre texte, comme cela a été souvent remarqué. Comparez Genèse 40:8, 12, 16, 18, 22 ; 41:12 (deux fois), 15 (deux fois) ; Daniel 2:4-45 (treize fois) ; Daniel 4 (sept fois); Daniel 5 (huit fois ), où le sens est «interpréter» ou «interprétation». De plus nous avons Nombres 15:32, où il signifie «déterminer» ; également Nombres 9:3, Nombres 29 six fois dans le sens d’« ordonnance », etc.
Il est certain alors que le sens le plus courant dans la version des Septante, si familier aux auteurs et aux premiers lecteurs du Nouveau Testament, est celui de faire connaître la pensée de Dieu précédemment cachée, et formulée sous forme d’un rêve ou d’une vision ; et que le mot était aussi appliqué à une détermination par un juge ou un législateur parlant pour Dieu. À partir de là et par une transition facile, l’apôtre fut inspiré à utiliser ici le mot dans le sens de «communiquer» (ou, dans un usage similaire, d’«exposer») les choses spirituelles par des paroles spirituelles. «Communiquer» me semble toutefois meilleur qu’«exposer», car moins ambigu, du fait qu’il s’agit ici du fait de transmettre et de la forme appropriée de la transmission de vérités spirituelles — plutôt que de les «exposer» ou de les expliquer quand elles ont été exprimées par des paroles, ce qui est la fonction du docteur, et n’est pas du tout le cas de ce passage. Il est évident pour celui qui pèse tout cela que, quoique dans certains cas συνκρισις puisse sembler vouloir dire à peu près la même chose que εξηγησις [exégèse] appliqué à de tels sujets, il va vraiment plus loin. Par exemple, la tâche de Joseph ou celle de Daniel allait bien au-delà de celle d’un commentateur ordinaire de l’Écriture ; et le mot qui décrit dûment leur tâche, pouvait facilement passer au sens de communiquer des choses de Dieu jusque-là inconnues, dans un langage adapté à ceux auxquels ils s’adressaient. Je suis assuré que c’est l’idée dans le verset que nous étudions.
L’apôtre montre alors qu’enseigner les paroles pour communiquer la vérité de Christ maintenant n’est le fait d’aucune sagesse humaine, mais de l’Esprit. Combien cette sagesse humaine est donc nulle dans les choses divines ! Pourquoi les Corinthiens voyaient-ils les choses différemment ?
Il y a une autre leçon tout aussi importante à sa place : l’incapacité de l’homme sans le Saint Esprit non seulement de connaître ou de communiquer, mais même de recevoir la vérité de Dieu. « Or l’homme naturel [JND : animal] ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie ; et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement. Mais celui qui est spirituel discerne toutes choses ; mais lui n’est discerné par personne ; car «qui a connu la pensée du Seigneur pour qu’il l’instruise» ? Mais nous, nous avons la pensée de Christ » (2:14-16).
C’est une déclaration importante dans tous ses éléments. Pour l’apôtre, l’« homme naturel » signifie l’homme tel qu’il naît et grandit, sans qu’il soit né de Dieu ni que le Saint Esprit lui ait été donné. Il peut être hautement érudit, scientifique, intellectuel et raffiné — néanmoins jusqu’à ce qu’il ait reçu l’Esprit, il est ψυχικος [naturel, animal]. Il ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont folie pour lui ; il ne peut pas non plus les apprendre de manière à se les approprier, en saisissant leur vérité, parce qu’elles se discernent spirituellement ; or il n’a pas l’Esprit de Dieu puisqu’il ne croit pas en Christ. D’un autre côté, l’homme spirituel est non seulement quelqu’un de renouvelé, mais il est dans la puissance de l’Esprit. Il a donc une source divine de discernement et en même temps, il est au-delà de la portée de tous ceux qui sont dépourvus de l’Esprit.
C’est en vertu de l’Esprit de Dieu que le croyant occupe maintenant une position aussi étonnante : capable de discerner toutes choses, mais étant lui-même en dehors du discernement de l’homme. Combien la folie des saints de Corinthe (et d’ailleurs) était grande de languir après la sagesse humaine ! Ce qui rend ceci encore plus frappant, c’est l’application que l’apôtre rattache à Ésaïe 40:13 (cité au v. 16). Car le prophète insiste là sur la suprématie de l’intelligence de l’Éternel, comme auparavant sur celle de Sa bonté et de Sa puissance infinies. Il est insondable Lui-même, mais Il sonde tout : « Qui a mesuré [JND : dirigé] l’Esprit de l’Éternel, et l’a instruit comme l’homme de son conseil ? » Dans les choses divines, le chrétien ne dépend pas des mesures de l’homme ni de son instruction, et cela par l’Esprit de Dieu qui demeure en lui. Ainsi, l’utilisation d’Ésaïe 64 (cité au v. 9) rend témoignage à ceci : comme le cœur de l’homme n’avait pas conçu avant le monde le dessein de Dieu pour notre gloire (non pas seulement de nous les nations, comme Kimchi l’avance, mais de l’homme en général, y compris Israël), Dieu l’a révélé maintenant que Christ est crucifié et qu’Il a été reçu en haut dans la gloire, — et Il l’a révélé par le Saint Esprit envoyé du ciel pour être en nous et avec nous. Mais l’utilisation d’Ésaïe 40 (v. 13) va plus loin, car l’apôtre attribue au chrétien la pensée (νουν) ou l’intelligence de Christ (2:16b), en qui est la sagesse de Dieu ; et ainsi il nous attribue maintenant par grâce, comme possédant l’Esprit Saint, ce qui appartient de manière caractéristique à Dieu, et est totalement indépendant de l’homme et introuvable par lui.
En bref, comme la révélation de la sagesse cachée de Dieu vient de l’Esprit Saint, il en est ainsi de l’inspiration qui la communique, et c’est également vrai de sa réception, bien qu’avec un caractère plus général. Dans l’évangile tel que Paul le connaissait et l’a fait connaître – dans le mystère de l’évangile – il était apporté une vérité positivement nouvelle, qu’ignoraient non seulement les Gentils, mais aussi Israël et les hommes universellement. Mais maintenant elle a été révélée, communiquée et reçue par et dans l’Esprit. Lui seul pouvait la faire connaître, et pareillement Lui a donné les paroles qui ont été le support approprié à sa communication, et Lui nous rend capables de la recevoir.
Combien est infinie la dette du chrétien, non seulement envers le Père et le Fils, mais envers l’Esprit Saint ! L’évangile de Paul était pure vérité pour l’homme, et pure vérité par l’homme : puissions-nous nous être jugés nous-mêmes, afin de la recevoir dans la même pureté. C’est la chair — la nature de l’homme — qui s’oppose toujours à l’Esprit de Dieu. Certains considèrent ce sur quoi l’apôtre insiste comme étant surnaturel, et ils œuvrent les uns d’une manière les autres d’une autre, pour ramener l’Évangile au niveau du sens commun. Permettez-moi de les avertir : s’ils réussissent dans leur dessein pour eux-mêmes ou pour d’autres, ils ont perdu la vérité pour Dieu ; or Dieu ne veut pas, pour plaire à l’homme, renoncer à Son dessein de glorifier ainsi Christ par le Saint Esprit.
Rendre le christianisme naturel, c’est simplement le ruiner. Seule l’Écriture établit une ligne de démarcation profonde et nette entre la révélation et l’inspiration de la vérité d’un côté, et la réception de celle-ci d’un autre côté, — quoique tout soit de l’Esprit, et soit par Lui seul, d’un vrai profit spirituel. En effet, il est évident que, si la communication par ceux qui étaient employés comme instruments de Son inspiration n’avait pas été parfaite, la révélation de Dieu n’aurait pas été non plus parfaite ; et par conséquent l’autorité de Dieu attachée à leurs écrits aurait été non seulement une illusion, mais aussi une tromperie ; car Christ et les apôtres les traitent comme étant autant la parole de Dieu que ce qu’Il a proféré sans intervention humaine. Si ce n’était pas l’infini introduit dans le fini, nous ne pourrions nous fier à rien comme étant la vérité divine ; nous aurions le fini et rien d’autre. Tandis que la parole de Dieu, comme Christ Lui-même, c’est Dieu pénétrant dans nos circonstances, et cela pour nous donner Sa propre grâce et Sa vérité à la perfection. Qu’en faisons-nous ? - c’est une autre question, et pour cela, nous sommes dépendons entièrement de l’Esprit de Dieu. Mais Celui-ci nous est donné, et nous avons la pensée de Christ.
Voilà donc l’ample provision de Dieu, complète et parfaite, pour la bénédiction de Ses enfants par la vérité et à Sa gloire. Son Esprit est partout l’agent et la puissance, tandis que Christ est l’objet présenté, et que Son œuvre est la base et le moyen efficaces, dont la source se trouve toute dans Ses conseils souverains. C’est le Saint Esprit qui révèle et communique par des paroles appropriées, mais aussi qui rend le croyant capable de recevoir les choses de Dieu. Et cela conduit au contraste entre celui qui est spirituel, qui discerne toutes choses, et l’homme naturel qui ne reçoit pas les choses de l’Esprit, et ne peut pas les connaître.
Il n’est toutefois pas dit que les saints de Corinthe fussent des hommes « naturels », car cela aurait voulu dire qu’ils n’étaient pas nés de Dieu. Or l’apôtre ne le dit pas, ni ne veut le dire, mais il voulait plutôt dire qu’ils étaient « charnels » : c’est-à-dire que la chair avait encore des attraits pour eux. Elle n’était pas jugée, ni détectée en principe, ni haïe sous toutes ses formes et à tous les degrés. Ils appréciaient encore ce qui était de l’homme comme tel, la sagesse, la capacité, l’éloquence. Ils n’avaient pas le sens correct de l’absence de valeur de la nature dans les choses divines. « Charnel » ne décrit pas ceux qui sont morts dans leurs péchés, mais ceux qui, bien que vivifiés par l’Esprit, ou bien ne sont pas encore affranchis (comme dans Rom. 7) ou bien sont encore ballottés par l’influence des hommes et de la nature non jugée — je ne dis pas la nature dans son immoralité, mais dans son estime d’elle-même. C’est cette dernière que l’apôtre a à l’esprit. Les Corinthiens pouvaient être des petits enfants en Christ, mais ils n’étaient pas spirituels.
« Et moi, frères, je n’ai pas pu vous parler comme à des hommes spirituels, mais comme à des hommes charnels (*), comme à de petits enfants en Christ. Je vous ai donné du lait à boire, non pas de la viande, car vous ne pouviez pas encore [la supporter], et même maintenant encore vous ne le pouvez pas, car vous êtes encore charnels. Car, puisqu’il y a parmi vous de l’envie et des querelles (2*), n’êtes-vous pas charnels et ne marchez-vous pas à la manière des hommes ? Car quand l’un dit : Moi, je suis de Paul ; et l’autre : moi, je suis d’Apollos, n’êtes-vous pas des hommes (3*) ? » (3:1-4).
(*) Les plus anciennes autorités (aleph, A B C D 17 67 71, et quelques pères grecs, qui cependant varient par ailleurs) donnent ici σαρκινοις ; tous lisent ce mot au verset 3 dans les deux occurences, sauf D F G ne le lisent qu’à la seconde occurrence. La différence est que σαρκινος signifie physiquement de chair (2 Cor. 3:3 ; Héb. 7:16) ; tandis que σαρκικος suppose une volonté charnelle (1 Pierre 2:11 ; 1 Cor. 3:3 ; 2 Cor. 1:12 ; 10:4) quand il n’est pas utilisé avec un sens général comme en Romains 15:27 et 1 Cor. 9. En Rom. 7:14 les meilleures autorités (aleph A B C D E F G et beaucoup de cursives, etc.) donnent σαρκικος contrairement au Texte Reçu. Ici l’importance est grande du point de vue dogmatique. La question principale est de savoir lequel des deux mots se trouve en 1 Cor. 3:1. À propos de Hébreux 7:16 Tischendorf dit que, aux temps apostoliques, les deux formes étaient sans doute appliquées avec le même sens, et il en donne pour preuve Romains 7:14 et 1 Cor. 3:1 ; mais ces références prouvent qu’en réalité, l’Écriture fait la différence, laquelle découle de la structure différente de chaque mot. — note Bibliquest : Carrez utilise σαρκινοις au v. 1 et σαρκικοι au v. 3 dans les deux occurrences.
(2*) Le Texte Reçu ajoute και διχοστασιαι (et des divisions) sur l’autorité de plusieurs manuscrits onciaux et de cursives, mais contrairement aux meilleures copies (aleph A B C P 23. 46. 57. 71. 74. etc., versions Vulgate, Copte, Arménienne, Éthiopienne, et plusieurs pères grecs et Latin).
(3*) Le Texte Reçu lit σαρκικοι (de chair) à la fin du verset 4, mais le poids de l’autorité est nettement en faveur de ανθρωποι (des hommes) : aleph A B C D E F G, etc., la plupart des anciennes versions et pères.
Ainsi la raison que l’apôtre donne maintenant pour son insistance auprès des Corinthiens sur les vérités élémentaires de Christ, c’est leur propre état. Ils n’étaient pas spirituels, mais charnels. Quel coup porté à leur auto-satisfaction ! S’ils n’étaient que des petits enfants en Christ, quelle autre nourriture pouvait convenir ? La preuve certaine en était cette grande envie de la sagesse du monde, cette admiration pour elle : car la chair trouve son plaisir dans ce qui est de l’homme, tandis que l’Esprit donne de jouir de ce qui est de Dieu.
Il est cependant tout à fait erroné de supposer que tous les chrétiens sont « spirituels » au sens où ce terme est utilisé au ch. 2 ; ce sens ne diffère d’ailleurs pas du tout du sens de ce mot au ch. 3. Dans les deux cas il désigne ceux qui ne sont pas simplement vivifiés, mais aussi marchent, sentent et jugent par l’Esprit. Dire au ch. 2 qu’on discerne toutes choses, mais qu’on n’est discerné par personne, fait passer un message aussi fort que le contraste avec le caractère charnel du ch. 3. L’erreur est de supposer que l’apôtre ne considère que deux classes, alors qu’il parle de trois : l’homme naturel, l’homme charnel et l’homme spirituel, les deux dernières classes étant des chrétiens, mais dans des états différents. Car l’expression « petits enfants en Christ » ne fait pas référence à une conversion récente, mais à leur manque de croissance. Comme les Hébreux étaient retardés par leurs préjugés religieux (Héb. 5), de même ces Grecs l’étaient par leur propension à philosopher. Dans les deux cas les âmes peuvent être arrêtées ou égarées, et bloquées dans leur croissance. Dans le cas des Hébreux, ce n’était pas faute de temps, car vu le temps, ils auraient dû être des docteurs, alors qu’ils avaient besoin d’apprendre les premiers rudiments des oracles de Dieu, comme l’apôtre l’exprime de manière fort humiliante pour eux. Alors comme ici, il leur donnait du lait à boire. La viande n’était d’aucune utilité dans leur état présent ; elle ne pouvait qu’accentuer le mal.
Mais il y a d’autres erreurs dont il faut se garder. Certains se sont opposés à faire des réserves [dans l’enseignement] comme étant une absurdité (Arcani Disciplina, etc. (*)), et ils se sont alors efforcés de prouver qu’une même doctrine est sous un aspect du lait, et sous une autre de la viande. Il est vrai que Christ, sur qui les petits enfants s’appuyaient, est toujours plus apprécié par les pères, mais il demeure certain qu’il y a toute une gamme de vérités sur la Personne du Seigneur qu’un état charnel ou immature du croyant rendrait intempestives. Le mystère de Christ et de l’Église dans les Éphésiens et les Colossiens est plus que la sacrificature de Christ en Hébreux. L’apôtre aurait certes pu leur communiquer sur les choses profondes de Dieu, mais auraient-ils profité d’un tel enseignement ? Cela aurait-il été de Dieu de donner de la viande qui les dépasse ou qui leur soit nuisible ? « Vous ne pouviez pas encore [la supporter], et même maintenant encore vous ne le pouvez pas » (3:2b). Cela ne provenait pas d’un manque de capacité naturelle, mais au contraire cela venait du fait qu’ils appréciaient cette capacité et s’y fiaient, aux dépens de l’action de l’Esprit Saint : « car vous êtes encore charnels ». Et il le prouve sur la base de leur état, en se servant de preuves incontestables. « Car, puisqu’il y a parmi vous de l’envie et des querelles, n’êtes-vous pas charnels et ne marchez-vous pas à la manière des hommes ? Car quand l’un dit : Moi, je suis de Paul ; et l’autre : moi, je suis d’Apollos, n’êtes-vous pas des hommes ? » (3:3). L’envie et les querelles sont des œuvres de la chair, non pas des fruits de l’Esprit. Le fait qu’il y en eût parmi eux montrait combien peu ils marchaient dans le jugement de soi-même. Ce dont ils avaient l’habitude dans les écoles des hommes, c’était le travail partisan. Le zèle de parti pour Paul ou Apollos n’était certainement pas meilleur que celui pour Platon et Aristote : la racine en était la même. — Trouve-t-on difficile de concilier une telle répréhension à l’encontre de nombreux saints à Corinthe avec l’action de grâce de l’apôtre pour l’assemblée, dans l’introduction de l’épître ? Nous avons déjà vu que cette action de grâce se rapportait aux privilèges qui leur avaient été accordés par la bonté de Dieu, et non pas à leur état présent. Quels que soient leurs dons, ils manquaient en fait cruellement de la grâce pratique ; et comme cela expose à des formes nouvelles ou renouvelées où la nature humaine opère, cela entrave effectivement la croissance dans la vérité. Dans de telles circonstances, l’Esprit Saint doit prendre de ce qui est à eux pour leur montrer leurs fautes, au lieu de prendre de ce qui est à Christ pour Le glorifier et consoler leurs cœurs.
(*) note Bibliquest : Arcani Disciplina = discipline du secret. Coutume ancienne consistant à ne pas dévoiler aux non croyants ou aux nouveaux convertis les mystères les plus intimes du christianisme.
Il est important, en outre, de voir que ce n’est pas une question de moralité selon la loi, mais de ce qui convient à Christ, de ce qui Lui plaît, et de ce qui Le magnifie — l’objet même de la présence et de l’action de l’Esprit ici-bas. C’est pourquoi l’apôtre leur reproche de marcher, non pas simplement comme des hommes mauvais, mais « selon l’homme ». Ils se ralliaient à leurs nouveaux favoris en oubliant Christ et abusant des grâces reçues par le moyen de Ses serviteurs. «N’êtes-vous pas des hommes ? » dit-il, protestant avec indignation contre un tel état de choses. Ils étaient saints et auraient dû marcher comme tels.
Se glorifier dans les hommes, aussi bénis soient-ils, est charnel, tout comme affirmer le moi ; ce sont des rejetons du même tronc. Comment ceux qui sont ainsi érigés en chefs d’écoles pourraient-ils tolérer une position aussi fausse à la fois pour eux et pour leurs partisans, s’ils ont effectivement l’œil simple pour Christ ? Sinon, comment leur faire confiance ? Quelle différence avec notre apôtre qui demande : « Qu’est (*) donc Apollos, et qu’est (*) donc Paul ? (2*) Des serviteurs par lesquels vous avez cru, et comme le Seigneur a donné à chacun d’eux. Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais Dieu a donné l’accroissement. De sorte que ni celui qui plante n’est rien, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne l’accroissement. Or celui qui plante et celui qui arrose sont un [ou : une chose] ; mais chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail » (3:5-8).
(*) Une partie des manuscrits lit « Qui est » et les autres lisent « Qu’est ». — Certains mettent Paul en premier, d’autres Appolos.
(2*) On ne peut faire confiance ici aux remarques critiques de Calvin, et c’est aussi souvent le cas ailleurs. Sa division du verset est fausse de toute manière, surtout en faisant de la proposition qui suit une autre question.
C’est ainsi que la sagesse de Dieu corrige le fonctionnement de la nature non jugée, et cela par une simple affirmation de la vérité. Car que sont-ils ? Au mieux des serviteurs occupés à proclamer l’évangile et la vérité en général — des serviteurs par le moyen desquels les saints de Corinthe ont cru. N’y avait-il donc aucune différence entre Paul et Apollos ? Il y en avait selon ce que le Seigneur donnait à chacun. Y avait-il place pour la vanterie des hommes ? Pourquoi ne pas glorifier le Seigneur qui faisait des dons à chacun ? Ils n’avaient guère pensé à cela. La grâce unit. La chair divise et disperse — la chair préoccupée de tel homme ou de tel autre ; parfois (comme ici) elle est incapable de trouver quoi que ce soit sauf chez ses favoris, parfois elle s’amasse des docteurs, comme plus tard (2 Tim. 4:3). Dans les deux cas il peut toujours y avoir de l’érudition, sans toutefois parvenir à la connaissance de la vérité (2 Tim. 3:7). Le fait est que le Seigneur donne de manières variées, et Il donne seulement ce qui est bon pour l’édification, rien en vain. Sa manière ne consiste pas à former une catégorie d’ouvriers tous identiques, mais à travailler différemment par chacun. « Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais Dieu a donné l’accroissement » (3:6). C’est comme dans le travail des champs où l’on se dépense en travaillant sous une forme ou sous une autre, mais Dieu seul donne l’accroissement ; il en est ainsi dans les choses spirituelles. « De sorte que ni celui qui plante n’est rien, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne l’accroissement » (3:7). Combien tous les instruments sont insignifiants ! C’est Dieu qui opère efficacement. « Or celui qui plante et celui qui arrose sont un » (3:8a). Ici l’apôtre place le ministère (c’est-à-dire les ministres ou serviteurs) comme étant « un ». Il en résulte que Dieu seul est vu comme ayant de l’importance. Or cette considération même (du fait qu’ils sont « un ») blâme le travail partisan de ceux qui les flattent ; et aussi le fait de recevoir bientôt la récompense du travail personnel, a de quoi faire sérieusement réfléchir les serviteurs qui aiment ou laissent faire le zèle malavisé de ceux qui les vantent en dénigrant les autres. Les différences s’évanouissent dans le néant devant Dieu qui daigne en grâce utiliser chacun pour la bénédiction. Ainsi «chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail » (3:8b), — non pas en fonction de ses qualités personnelles, si prisées soient-elles par des partisans, — non pas même selon le don particulier accordé par le Seigneur, — ni selon les résultats actuels visibles par les hommes, souvent trompés et jamais capables de discerner comme Lui discerne et comme Lui va bientôt manifester, — mais «selon son propre travail ».
Quel réconfort pour les serviteurs méprisés, mais fidèles, pleins de grâce et d’abnégation ! Quelle humiliation pour la vanité des Corinthiens qui ne prenaient jamais en compte le principe unique que l’Esprit donne ici pour la récompense divine et durable ! « Car nous sommes collaborateurs de Dieu ; vous êtes le labourage de Dieu, l’édifice de Dieu » (3:9). C’est la transition qui justifie ce qui précède, et prépare le développement de la dernière figure dans les applications qui suivent. Quels que puissent être les serviteurs, ils sont sous la responsabilité directe de Dieu : dans ce sens ils ne sont pas sous celle de l’assemblée, et encore moins sous celle d’un parti. Ce n’est pas là une raison de ne pas servir les saints, car plus ils prêchent Jésus Christ et s’abstiennent de se prêcher eux-mêmes, plus ils sont les esclaves des saints pour l’amour de Lui. Mais ils sont les collaborateurs de Dieu, donnés par Lui, faisant Son travail à Lui, responsables en tout devant Lui, et devant finalement rendre compte à Lui. L’expression ne signifie nullement « travailleurs ensemble avec Dieu ». Ce n’est pas le fond de l’argument dans le contexte, et ce serait une pensée et un langage étrangers à l’Écriture, à mon avis inconvenants et présomptueux. L’accent est mis sur « de Dieu ». Ils étaient des « compagnons d’œuvre de Dieu, travaillant (et travailleurs) ensemble », non pas des rivaux (comme ce que la chair chez d’autres ou chez eux-mêmes pourrait faire d’eux), mais compagnons de travail sous Dieu (1 Thes. 3:2) qui les employait comme tels.
Et ce n’est pas tout. Les saints sont « le labourage de Dieu, l’édifice de Dieu » comme il est dit avec insistance. Produisaient-ils ce qui convenait à Celui qui avait labouré le champ ? L’édifice était-il comme un édifice de Dieu doit l’être ? Je suis surpris que certains pensent que le sens devrait être «en vue de ce que vous soyez le labourage de Dieu et l’édifice de Dieu », car l’apôtre, en disant «vous êtes » va beaucoup plus loin. Le devoir est toujours fondé sur la relation, modelé d’après elle et mesuré par elle.
Nous en venons maintenant à des expressions et à une application plus précises et plus solennelles. « Selon la grâce de Dieu qui m’a été donnée, comme un sage architecte, j’ai posé le fondement, et un autre édifie dessus ; mais que chacun considère comment il édifie dessus. Car personne ne peut poser d’autre fondement que celui qui est posé, lequel est Jésus Christ. Or si quelqu’un édifie sur ce fondement de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume, l’ouvrage de chacun sera rendu manifeste, car le jour le fera connaître, parce qu’il est révélé en feu ; et quel est l’ouvrage de chacun, le feu l’éprouvera. Si l’ouvrage de quelqu’un qu’il aura édifié dessus demeure, il recevra une récompense ; si l’ouvrage de quelqu’un vient à être consumé, il en éprouvera une perte, mais lui-même il sera sauvé, toutefois comme à travers le feu » (3:10-15).
L’apôtre aimait connecter son travail et son ministère avec la grâce de Dieu plutôt qu’avec une autorité abstraite. Ce sentiment s’est tellement évaporé dans la chrétienté, que le ministère a pris un caractère relevant de l’homme, puis même un caractère mondain, ce qui est une perte inexprimable pour l’église et un très grave déshonneur porté au Seigneur. L’apôtre prend soin ici de parler nettement : « Selon la grâce de Dieu qui m’a été donnée, comme un sage architecte [ou : maître-constructeur], j’ai posé le fondement, et un autre édifie dessus ; mais que chacun considère comment il édifie dessus » (3:10). Nous avons ici la responsabilité de celui qui exerce le ministère. La place d’apôtre est maintenue, mais le service responsable est affirmé, ce qui est une chose bien sérieuse. « Car personne ne peut poser d’autre fondement que celui qui est posé, lequel est Jésus Christ. Or si quelqu’un édifie sur ce fondement de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume, l’ouvrage de chacun sera rendu manifeste, car le jour le fera connaître, parce qu’il est révélé par le feu ; et quel est l’ouvrage de chacun, le feu l’éprouvera » (3:11-13).
Ici tout est bien proportionné : la révélation de Dieu en Christ est posée comme le fondement de tout, mais nous voyons comment la responsabilité de l’homme demeure. Sur ce fondement différents matériaux peuvent être édifiés — non seulement ce qui est précieux, comme les grandes pierres, les pierres de prix du temple (1 Rois 5:17) etc., mais aussi ce qui est sans valeur et vil. Ici le jugement des hommes est pris en défaut, car il n’est pas douteux qu’à Corinthe, beaucoup de saints avaient attribué de la valeur au foin et à la paille de la sagesse humaine, et avaient dédaigné l’or et l’argent de la vérité apostolique. D’où le besoin d’un autre jour et du discernement du Seigneur. C’est pourquoi il leur est dit que beaucoup de choses ne seront donnée à connaître que dans le jour qui vient, et en ce jour seulement, ce sera révélé en feu. Alors le jugement consumant de Dieu traitera l’œuvre de chacun. Déjà maintenant, il peut y avoir des manifestations, mais elles sont nécessairement partielles. Le feu de cette journée révélera de quelle sorte est l’œuvre de chacun. Il est bon de peser ceci dès maintenant. Tout ce qui fait entrer la lumière de l’avenir de Dieu sur l’occupation actuelle est salutaire non seulement pour le serviteur de Dieu, mais pour tous ceux qui sont concernés. Il n’y aura pas d’erreur alors : tout sera dans la lumière de Dieu. « Si l’ouvrage de quelqu’un qu’il aura édifié dessus demeure, il recevra une récompense ». Car il y a récompense pour encourager, au milieu des douleurs présentes, avec l’espérance de la récompense du Seigneur en ce jour-là. Une récompense actuelle est un danger pour toute âme, surtout dans les choses divines. Il y a cependant le réconfort de l’amour, d’autant plus réel que nous nous reposons sur Christ plutôt que sur les chrétiens. Dieu prend soin alors que nous l’ayons dans une bonne mesure, même si la sphère en semble petite. Il faut qu’il en soit ainsi dans un jour où l’éloignement de la foi est général. C’est Son amour qui étreint le serviteur, et la confiance en Sa grâce sert de motif constant d’action.
Lorsqu’on travaille ainsi, l’espoir d’une récompense future de la part du Seigneur agit à la fois sûrement et puissamment : sinon il y a danger. Mais il est également dangereux de mépriser le futur, comme le font naturellement ceux qui sont trop occupés des résultats présents. Leur travail subsistera-t-il ? « Si l’ouvrage de quelqu’un vient à être consumé, il en éprouvera une perte, mais lui-même il sera sauvé, toutefois comme à travers le feu » (3:14-15). C’est une image puissante, et facile à comprendre quand la vérité est retenue solidement.
Il est bien connu que Rome a fondé l’une de ses preuves majeures du purgatoire sur ce seul passage ; or c’est justement un exemple des matériaux de rebut contre lesquels l’apôtre met en garde. Car il est évident qu’il n’est pas question des fidèles en général ni de leurs voies, mais il s’agit des ministres [ou : serviteurs] et de leur doctrine, et en outre il s’agit d’un jour de jugement par un crible, et non pas d’un quelconque état intermédiaire après la mort. Le feu est l’expression figurée de Son action judiciaire, qui consomme toutes les scories : ce n’est pas une punition pour l’esprit ou l’âme séparés du corps, ni même un processus pour les purifier. « Sauvé, toutefois comme à travers le feu » en souligne la difficulté ; cependant Dieu prendra soin qu’il en soit ainsi. Ainsi, comme on a dit, un bâtisseur peut voir son édifice réduit à néant par le feu, mais échapper lui-même. En outre le travail de chacun doit être testé de cette manière, à la fois le travail de l’apôtre et celui de ses détracteurs ; l’or, l’argent et les pierres précieuses sont soumis au feu tout autant que les matériaux inflammables. Tout ceci s’applique-t-il à l’idée catholique-romaine d’un purgatoire ?
Le point important qui fait l’objet de ces versets, c’est le danger d’introduire des choses à rejeter là même où le vrai fondement est reconnu— le danger d’introduire non pas des erreurs fondamentales ou de l’antichristianisme, mais des notions vaines, des maximes laxistes quant à la pratique, etc, que le jour de jugement détectera et détruira. Il n’en était pas ainsi quant à l’œuvre de l’apôtre que certains à Corinthe avaient méprisée.
L’image, déjà utilisée, d’un édifice avec ses fondations fournit à l’apôtre un moyen d’illustration encore plus complet. Nous avons vu des ouvriers sages et d’autres négligents, des matériaux précieux et durables et d’autres périssables et sans valeur, avec d’un côté une récompense pour le résultat, et d’un autre côté un ouvrier subissant la perte de son œuvre, sa personne seule étant sauvée, mais difficilement. Maintenant, il développe les deux côtés, et met en contraste la sainteté du temple de Dieu dans les saints, et les instruments de l’ennemi qui corrompt et détruit.
« Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira, car le temple de Dieu est saint, et tels vous êtes. Que personne ne s’abuse soi-même : si quelqu’un parmi vous a l’air d’être sage dans ce siècle, qu’il devienne fou, afin de devenir sage ; car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu ; car il est écrit : «Celui qui prend les sages dans leurs ruses », et encore : «Le *Seigneur connaît les raisonnements des sages, qu’ils sont vains ». Que personne donc ne se glorifie dans les hommes, car toutes choses sont à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit monde, soit vie, soit mort, soit choses présentes, soit choses à venir : toutes choses sont à vous, et vous à Christ, et Christ à Dieu » (3:16-23).
Ainsi Dieu a son temple sur la terre maintenant, aussi sûrement qu’autrefois en Israël. Mais souvent, ce n’est pas vu par ceux qui confessent pourtant que l’ordre lévitique ancien est jugé et a disparu, et que l’effort pour l’imiter depuis la rédemption conduit à déchoir de la grâce et de la vérité de Dieu venues maintenant en Christ, proclamées dans l’évangile, et que le chrétien et l’église doivent manifester. C’est la présence de Dieu qui constitue toujours le temple de Dieu. Du temps où Israël pouvait se vanter d’avoir au milieu d’eux une habitation du Puissant de Jacob, la vraie gloire de cette habitation n’était pas le prix des pierres, ni la splendeur de l’or ou de l’argent, mais la nuée dans laquelle l’Éternel se plaisait à descendre. Ainsi maintenant, il n’y a pas simplement des chrétiens, mais Dieu a Sa maison, Son temple. C’est l’assemblée, non pas les individus considérés comme tels, mais ceux qui sont édifiés ensemble à dessein en vertu de l’Esprit. Voir Éphésiens 2:22. L’Esprit habite en chaque croyant sans doute ; mais voici une autre vérité, toute aussi certaine d’après la Parole de Dieu. « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (3:16). Combien est solennel le fait qu’une personne divine, le Saint-Esprit, habite là où sont les chrétiens — et ceci à cause de la rédemption, peut-on ajouter ! Car il n’en a jamais été ainsi jusqu’à l’accomplissement de l’œuvre de Christ ; et une fois monté en haut, Il a envoyé l’Esprit Saint ici-bas pour être dans les saints et pour demeurer avec eux pour toujours. C’est le témoignage de Dieu à l’efficacité de Son sacrifice. Ceci ne pouvait avoir lieu jusqu’à ce que le sang qui fait expiation pour toujours ait été versé — quelles qu’aient été la miséricorde et les bénédictions et les privilèges auparavant. Maintenant l’Esprit de Dieu vient là où cette effusion de sang est confessée ; et c’est là qu’Il demeure, faisant de ceux qui confessent Christ et Son œuvre le temple de Dieu.
Il faut beaucoup réfléchir sur le fait que l’apôtre montre ici le danger, non pas seulement de l’absence de réalité, mais de la souillure. Il y a ceux qui construisent sagement et bien ; il y a ceux qui, bien que confessant Son nom, construisent à l’aide de matériaux impropres sur le seul et unique fondement. Mais il y a pire encore. Il y a l’ennemi à l’œuvre, utilisant des hommes qui portent le nom du Seigneur pour corrompre ou détruire (c’est le même mot en grec, et on peut dire qu’il s’agit de la même chose). Car Dieu parle de doctrine mauvaise par nature, si elle a son action jusqu’au bout ; et c’est le seul résultat que laisse l’hétérodoxie (enseignement étranger). Celui qui l’enseigne corrompt et détruit ; et celui qui détruit (ou corrompt) le temple de Dieu, Dieu le détruira. Quelle fin affreuse ! Est-ce sans raison ? Cette raison ne suffit-elle pas ? Le Dieu saint peut-Il ressentir ou agir autrement ? Il est vain de plaider l’amour ; en vérité, le coup de vent de l’amour prenant soin des objets aimés est à craindre par-dessus tout. Et comment Dieu ne serait-Il pas indigné par le mal qui souille le temple saint où habite son Esprit en vertu et en l’honneur de l’œuvre de Christ sur la croix ? Il détruira sûrement ceux que Satan emploie ainsi, quel que soit leur déguisement pour polluer ce qui est vraiment les cours d’eau de la vie et de la bénédiction pour les âmes, oui, pour déshonorer le temple où Lui-même habite.
On se trompe lorsqu’on accepte d’atténuer le mal, quelle que soit la raison mise en avant. On trouve des gens parmi ceux qui portent le nom du Seigneur, qui affaiblissent ainsi la conscience commune — je ne dirai pas le sentiment chrétien seulement ; mais, spécieux et beaux parleurs, ils ne manifestent pas la sagesse de Dieu en Christ, mais la sagesse de ce siècle qui aboutit au vide. Il est incomparablement meilleur et plus sûr de devenir fou afin d’être sage ! (3:18). Telle était la voie que l’apôtre avait prise, obéissant à la vision céleste (Actes 26:19). Ne semblait-il pas insensé aux yeux de tous ceux dont il s’était séparé ? N’était-il pas sage, quoi qu’en dît Festus ? Qu’est devenu Festus maintenant, et où est-il ? Et Agrippa et Bérénice ? Et le souverain sacrificateur et les chefs des Juifs qui l’accusaient ? Ils se croyaient sages, tout comme d’autres qui, dans l’assemblée de Corinthe, introduisaient la sagesse d’écoles de pensée afin d’échapper à la croix et de faire bonne figure devant les gens de l’époque.
Mais partout, au dehors encore plus qu’au dedans, « la sagesse du monde est folie devant Dieu » (3:19) ; or nulle part son caractère n’est autant dévoilé, nulle part il est aussi dangereux de le tolérer, que dans le temple de Dieu, c’est-à-dire l’église. C’est ce qu’on trouve en Job 4:17-21 et au Psaume 94:11. Que l’on regarde en arrière à l’expérience passée, ou en avant vers le royaume, cela ne fait aucune différence : l’habileté humaine et les raisonnements sages conviennent moins que tout au temple de Dieu, et ceux qui s’y adonnent ne peuvent échapper à Son jugement ? Et pourquoi ceux qui ont toutes choses avec Christ (Rom. 8:32) s’enorgueilliraient-ils ? Car voici ce qui en est par la grâce de Dieu. « Toutes choses sont à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit monde, soit vie, soit mort, soit choses présentes, soit choses à venir : toutes choses sont à vous, et vous à Christ, et Christ à Dieu » (3:21-23). Nous avons toutes choses, et il y a abondance non seulement de tout ce que la chair mettrait comme des rivaux, mais de toutes les circonstances présentes et futures (qui sont nôtres maintenant par la grâce de Christ), et nous-mêmes nous sommes à Lui comme Lui est à Dieu, à jamais et pour Sa gloire. Combien sont bénies et infinies les associations que la chair méconnaît, et que le monde, dans le néant de son autosatisfaction, traite comme rien !
L’apôtre a montré maintenant la responsabilité solennelle de l’ouvrier, et l’inconvenance de toute vanterie chez l’homme, sachant que toutes choses sont à eux, et eux à Christ, et Christ à Dieu » (3:21-23). Il était toutefois nécessaire de préciser davantage les relations des serviteurs [ou : ministres], et c’est ce qu’il fait au début du chapitre 4. « Que tout homme… nous tienne pour des serviteurs de Christ et pour des administrateurs des mystères de Dieu » (4:1). L’apôtre prend soin de se caractériser de cette manière, lui-même ainsi qu’Apollos. Ils étaient des serviteurs officiels de Christ, non pas simplement lui et Céphas qui étaient apôtres, mais lui et Apollos, ce dernier n’ayant certainement pas une position apostolique.
En effet il n’y avait rien de plus simple que la manière dont ce frère Alexandrin avait été amené dans l’œuvre du Seigneur, ayant commencé à s’en occuper alors qu’il possédait la plus petite lumière possible (le baptême de Jean), et il avait été ensuite redevable à des instructeurs aussi peu formels, mais pieux, que Priscilla et Aquilas. Et étant éloquent et puissant dans les Écritures, il contribua beaucoup à l’avancement de ceux qui croyaient par la grâce, spécialement dans les controverses qui jaillissaient avec les Juifs. Puis il passa bientôt d’Éphèse à Corinthe. On comprend facilement qu’une personne aussi distinguée fût fort appréciée de beaucoup de chrétiens dans cette ville, et que l’esprit de parti l’ait dressé contre Paul et Pierre (sans que lui-même l’ait aucunement toléré). D’un autre côté, l’apôtre, dans la sainte liberté de la grâce, ne voulait nullement rabaisser Apollos, bien au contraire, et il le mettait au même rang que lui-même, non seulement comme des esclaves (δουλους), mais comme des serviteurs de Christ. Ils n’étaient donc responsables que vis-à-vis de Lui. Ainsi ils étaient également des serviteurs officiels (υπηρεται) et des administrateurs des mystères de Dieu. C’était leur devoir vis-à-vis des gens de la maison de Dieu, de fournir leur nourriture en son temps, spécialement la vérité si caractéristique du Nouveau Testament.
Il n’est guère besoin de démontrer que ces « mystères » n’ont jamais voulu désigner ni les sacrements, ni des institutions permanentes du christianisme. Les mystères de Dieu désignent ces choses secrètes qui sont maintenant révélées, alors qu’elles ne l’étaient pas autrefois à Israël (Deut. 29:29) ; ce n’est pas comme on le suppose vulgairement, des choses incompréhensibles, mais ce sont des vérités maintenues cachées par Dieu au temps de l’Ancien Testament, et dévoilées maintenant en Christ dans le ciel, et données à connaître par l’Esprit dans le Nouveau Testament.
« Ici, au reste, ce qui est requis dans des administrateurs, c’est qu’un homme soit trouvé fidèle. Mais il m’importe fort peu, à moi, que je sois jugé (*) par vous, ou de jugement (2*) d’homme ; et même je ne me juge (*) pas moi-même. Car je n’ai rien sur ma conscience ; mais par là je ne suis pas justifié ; mais celui qui me juge (*), c’est le Seigneur. Ainsi ne jugez (3*) rien prématurément, jusqu’à ce que le Seigneur vienne, qui aussi mettra en lumière les choses cachées des ténèbres, et qui manifestera les conseils des cœurs ; et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu » (4:2-5).
(*) En anglais : « inquire(d) into » = examiner(é).
(2*) litt : « de jour d’homme »
(3*) En anglais « judge » = juger.
L’apôtre raisonne en se servant de l’image d’un administrateur dont la fidélité est spécialement requise. « Ici » (au sens de : « sur la terre »), ajoute-t-il, « ce qui est requis d’un administrateur, c’est qu’il soit trouvé fidèle » (4:2). Sans doute, cela est bien plus lourd de conséquences pour un administrateur des choses célestes ; mais l’apôtre prend soin de placer la responsabilité personnelle de l’administrateur en relation directe avec Christ ; « mais il m’importe fort peu, à moi, que je sois jugé par vous » (4:3). Le mot « juger » dans cette phrase correspond à l’examen préliminaire avant le procès au tribunal. Cela ne comporte aucune pensée de mépris à l’égard des Corinthiens ; le jour d’homme, ou inquisition, n’avait pas d’importance pour lui, quelle que soit la personne qui tenterait d’entreprendre une tâche que le Seigneur n’a jamais déléguée à l’homme. Non seulement personne n’est compétent pour un tel examen, mais le Saint Esprit ne donne pas la capacité nécessaire pour le faire. Il est réservé au Seigneur, à Qui seul il convient, — même s’il est concevable que la créature puisse être rendue propre à le faire. Ici aussi, ce n’est pas qu’il fasse peu cas des autres, ni qu’il soit content de lui-même, car il rejette spécialement toute prétention tant à l’irresponsabilité qu’à être son propre juge.
L’homme est totalement incompétent pour un tel examen, fût-il même apôtre : ce serait usurper les fonctions du Seigneur. Il est de la plus haute importance que ce sens de responsabilité directe vis-à-vis du Seigneur soit maintenu toujours et partout. Qu’il s’agisse de Paul ou d’Apollos, le principe est le même ; et il ne s’applique pas seulement à ceux que Dieu a placés les premiers dans l’église ou dans le service de Christ, mais aussi aux derniers (dans le temps et dans le rang) autant qu’aux premiers. C’est au Seigneur seul qu’il appartient d’examiner leur service.
Insistons sur l’importance extrême de voir que l’église n’a ni l’autorité ni le devoir de procéder à un tel examen. Les serviteurs de Christ selon le don reçu par Ses dispositions souveraines, peuvent servir l’église, et ils peuvent aussi être débiteurs vis-à-vis de tous les hommes dans l’évangile (Rom. 1:14) ; mais dans leur service, ils n’ont de comptes à rendre qu’à Christ, tant pour les détails qu’en principe. Car c’est Lui, et non pas l’église, qui leur a donné le don, et c’est la possession et l’exercice de ce don qui les constituent Ses serviteurs. Autant ils sont appelés à aimer et à honorer l’assemblée, autant l’assemblée est tenue de respecter leur soumission directe à Christ le Seigneur, et de ne pas s’interposer entre Lui et eux.
Les serviteurs sont sans aucun doute des saints, et comme tels leur conduite tombe sous le coup de la discipline si elle paraît n’être pas bonne ; et si elle est réellement mauvaise, elle peut donner lieu à une sainte censure. Personne ni aucune fonction ne jouit ni ne doit jouir d’aucune immunité. Une fausse doctrine chez ceux qui enseignent, les expose au jugement de l’assemblée (plus sévèrement que pour d’autres, à cause de leur position), éventuellement jusqu’à l’exclusion. Une utilisation clairement impropre de leur don pour des motifs égoïstes peut les amener à être traités pareillement, même si leur doctrine reste saine. Néanmoins, dans leur service en tant que tel, et en dehors d’un tel mal, les ministres de Christ n’ont de comptes à rendre directement et exclusivement qu’à Lui. Ils n’ont pas de dame [sainte vierge ou église ou prophétesse] au-dessus d’eux ; ils ne sont assujettis qu’au Seigneur seul. L’abandon de cette vérité, l’affirmation de l’autorité de l’assemblée à la place de celle de Christ vis-à-vis du ministère, a introduit le catholicisme, et finalement la papauté, bien que d’autres ingrédients encore plus mortels se mêlent aux deux, spécialement à la papauté. La substitution de l’église à Christ pour gouverner le ministère, et la prétention à en être la source, est assurément un mal de nature très grave ; et le protestantisme n’a nullement réussi à exorciser complètement ce mauvais esprit. Ne le voit-on pas en activité dans le presbytérianisme, fleurissant dans le méthodisme (wesleyens), grossier et sans vergogne dans le congrégationalisme ? On peut vraiment dire que cette sorte ne sort que par la prière et par le jeûne (Marc 9:29) ; car l’énergie et l’importance du moi, non pas chez les ecclésiastiques mais chez les laïcs, aiment beaucoup cet esprit ; seule la foi peut marcher dans une constante dépendance du Seigneur, et peut se passer de cet esprit, et le traiter en intrus et en objet de scandale.
Il est aussi profondément intéressant d’observer les expressions choisies par l’apôtre. Même en parlant du Seigneur, il ne dit pas κρινων, mais ανακρινων με. La vérité est que le croyant ne vient jamais en jugement (κρισιν), comme notre Seigneur l’a établi Lui-même en Jean 5 ; s’il venait en jugement, il serait forcément perdu. La vie et le jugement sont incompatibles. Celui qui refuse Christ et la vie en Lui, sera certainement jugé. Il est perdu, et ce sera alors manifesté.
Telle est la manière dont l’honneur de Christ est revendiqué par Dieu sur ceux qui ont méprisé et rejeté Son Fils. Ceux qui croient en Lui ne sont pas appelés à rendre un hommage obligatoire précurseur de la ruine ; ils se courbent avec bonheur déjà maintenant devant Celui qui est leur Seigneur et leur vie. Certes ils rendront compte à Dieu, et ils recevront selon ce qu’ils auront fait dans le corps (2 Cor. 5:10) quand ils seront manifestés devant le tribunal de Christ ; mais ils ne viendront jamais en jugement, ayant déjà la foi et la vie éternelle en Lui. Ils s’exercent donc à avoir une bonne conscience maintenant, dès ici-bas.
C’est ainsi que l’apôtre dit ici : « car je n’ai rien sur ma conscience » (en disant cela il ne parlait pas de sa vie passée, où il avait certes marché selon sa conscience, mais dans l’aveuglement et le péché « à main levée »). Or l’apôtre ajoute : « mais par là je ne suis pas justifié ». Il est bien d’avoir bonne conscience, mais cela ne justifie pas celui qui, en ceci ou cela, est aveuglé par l’amour du moi et par d’autres sentiments. Le Seigneur décidera à Sa venue. Il est le seul à pouvoir faire un examen adéquat. « Ainsi ne jugez rien avant le temps [ce que les Corinthiens faisaient probablement], jusqu’à ce que le Seigneur vienne, qui aussi [non pas jugera, mais] mettra en lumière les choses cachées des ténèbres, et qui manifestera les conseils des cœurs ; et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu ». À cette époque, tous ceux qui auront cherché les ténèbres pour éviter d’être détectés, seront exposés à la lumière de Dieu, qui manifestera même les conseils cachés que les cœurs eux-mêmes ont manqué de voir. Combien la louange des hommes est souvent trompeuse, maintenant que règnent surtout le factice et les ombres ! Alors chacun recevra la louange qui lui est due, et qui est durable et précieuse de la part de Dieu. L’apôtre ne parle que de cela ici. Il a déjà parlé de perdition et de salut lorsque le travail de l’ouvrier négligent sera consumé par le feu (ch. 3).
L’apôtre a ainsi établi à la fois la dépendance du serviteur vis-à-vis du Seigneur et son indépendance vis-à-vis des investigations des hommes. Mais bien sûr, cela ne nie pas que l’église a la responsabilité de juger la conduite. Il s’agit ici des conseils des cœurs, que personne ne peut analyser correctement, hormis le Seigneur qui le fera à Sa venue. « Et alors » ajoute-t-il solennellement, « chacun recevra sa louange de la part de Dieu » (4:5). Il pouvait parler ainsi librement et heureusement de son côté. Cela aurait dû sonder la conscience de beaucoup à Corinthe.
« Or, frères, j’ai tourné ceci sur moi et sur Apollos, à cause de vous, afin que dans notre cas, vous n’appreniez rien au-dessus de ce qui est écrit, afin que vous ne vous enfliez pas pour l’un contre un autre. Car qui est-ce qui met de la différence entre toi et un autre ? Et qu’as-tu, que tu n’aies reçu ? Et si aussi tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu ? Déjà vous êtes rassasiés ; déjà vous êtes riches ; vous avez régné sans nous ; et je voudrais bien que vous régnassiez, afin que nous aussi nous régnassions avec vous ! » (1 Cor. 4:6-8).
L’apôtre explique ici ce qu’il a fait ailleurs, c’est-à-dire appliquer à lui-même (et dans ce cas aussi à Apollos) un principe qu’il entend appliquer à d’autres, afin que les saints en tirent profit. L’apôtre laisse entendre ici qu’il avait en réalité en vue ceux qui égaraient à Corinthe ; mais il établit une norme par laquelle il n’hésite pas à se mesurer, lui et Apollos, et dont les saints pouvaient facilement se servir à l’égard de ceux qui avaient des prétentions hautes et sans fondement, à l’inverse de Paul et d’Apollos dont les services étaient réels et de Dieu. Certains avaient entièrement perdu Dieu de vue, et chacun choisissant son leader, ils s’enflaient par esprit de parti. Selon ce qui est écrit, Dieu est tout, et l’homme n’est au mieux qu’un instrument, du fait qu’il est tout à fait justement un serviteur. Dieu seul fait de la différence entre l’un et un autre, spécialement dans les choses divines. Et comme c’est Lui qui fait des différences, qu’est-ce que l’un a qu’il n’ait pas reçu ? et s’il l’a reçu, pourquoi s’en vanter comme s’il ne l’avait pas reçu ? La folie de la vanité des Corinthiens était évidente en ce qu’ils s’enflaient pour ceux qu’ils exaltaient comme leurs chefs respectifs.
Mais il poursuit en portant un coup supplémentaire, et il le fait avec une ironie aiguë, à la manière d’Ésaïe quand il dévoilait la folie de l’idolâtrie. Une doctrine de pacotille, voire corruptrice, rabaisse toujours la vie pratique ; et les Corinthiens avaient petit à petit délaissé ou perdu la place de ceux qui souffrent avec Christ. C’est ce que l’apôtre souligne en le flétrissant. Quand Christ régnera, nous serons à l’aise, pleinement satisfaits ; et Christ boira le vin nouveau avec nous dans le royaume de Son Père (Matt. 26:29), — et même, selon ce que dans Sa grâce Il daigne nous assurer, Il se ceindra, et nous fera mettre à table, et s’avançant, Il nous servira, tandis qu’Il établira le serviteur fidèle sur tous Ses biens (Luc 12:37, 42-44). Mais maintenant, c’est le temps du renoncement, le temps de prendre Sa croix et de Le suivre, Lui qui a tant souffert ici-bas. Mais tout n’était que confusion chez les Corinthiens ; leur œil n’était pas simple, et du coup, leur corps était loin d’être plein de lumière. « Déjà (c’est-à-dire « avant le temps ») vous êtes rassasiés ; déjà vous êtes riches ; vous avez régné sans nous ; et je voudrais bien que vous régnassiez » (4:8). Car ils se trompaient eux-mêmes : le temps de régner n’était pas encore venu. La fausse doctrine les avait fait errer pratiquement par rapport au but présent de Dieu. Satan avait réussi à les dissocier du Seigneur, dans leur marche au moins, et dans leurs objectifs, alors que le Seigneur continue malgré tout à attendre le temps de la gloire, quand Il régnera réellement avec eux, tous ensemble.
L’apôtre continue à dépeindre le contraste qui se voyait chez ceux à qui Dieu avait fait la grâce de devenir ceux qui souffraient le plus grandement et le plus patiemment dans le monde, même s’Il les avait placés les « premiers dans l’église ».
« Car je pense que Dieu nous a placés les derniers sur la scène, nous les apôtres, comme des gens voués à la mort ; car nous avons été faits un spectacle pour le monde, et pour les anges et pour les hommes. Nous, nous sommes fous pour l’amour de Christ, mais vous, vous êtes sages en Christ ; nous sommes faibles, mais vous forts ; vous en honneur, mais nous dans le mépris. Jusqu’à cette heure nous souffrons et la faim et la soif, et nous sommes nus, et nous sommes souffletés, et nous sommes sans demeure fixe, et nous prenons de la peine, travaillant de nos propres mains ; injuriés, nous bénissons ; persécutés, nous le supportons ; calomniés, nous supplions ; nous sommes devenus comme les balayures du monde et le rebut de tous jusqu’à maintenant » (4:9-13).
Il est évident que ceux qui égaraient les Corinthiens, aussi bien que les saints égarés par eux, avaient fait de l’église leur monde, et que les principes charnels avaient supplanté la grâce de Christ pour leurs âmes. Ils avaient leurs écoles (de pensée) et leurs scènes de spectacles, comme les Grecs du dehors. L’apôtre fait alors éclater ses sentiments les plus délicats, avec des sarcasmes, mais avec de l’amour vrai, qui pouvait faire tourner ces sarcasmes pour le bien, et il expose le vrai chemin de Christ comme étant un chemin de souffrance, mais de victoire sur le monde. La foi opérante par l’amour (Gal. 5:6) peut seule assurer une pareille victoire. C’était l’ambition de l’apôtre, si tant est qu’il puisse exister une ambition qui soit sainte ; et c’est ce que Dieu avait donné aux apôtres en les produisant les derniers, les plus proches de Christ, qui était descendu dans des profondeurs de souffrances où personne ne peut Le suivre. Mais il y a des souffrances de Christ que la grâce fait partager au chrétien, et ce sont celles que les apôtres connaissaient le mieux, et parmi les apôtres, peut-on peut-être ajouter, nul autant que Paul. Il peut donc dire dès lors : « Dieu nous a placés les derniers sur la scène, nous les apôtres, comme des gens voués à la mort ; car nous avons été faits un spectacle pour le monde, et pour les anges et pour les hommes » (4:9).
Les Corinthiens désiraient-ils et prétendaient-ils être prudents en Christ ? Les apôtres se satisfaisaient d’être fous pour l’amour de Christ. — Les Corinthiens étaient-ils forts et glorieux selon leurs désirs et leur appréciation ? Les apôtres se glorifiaient dans la faiblesse et dans le mépris : ainsi Pierre et Jean, dans l’occasion bien connue, se retirèrent de devant le Sanhédrin, se réjouissant d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le nom (Actes 5:41).
Et ce n’était pas seulement la ferveur d’un zèle de la première heure. « Jusqu’à cette heure nous souffrons et la faim et la soif, et nous sommes nus, et nous sommes souffletés, et nous sommes sans demeure fixe, et nous prenons de la peine, travaillant de nos propres mains » (4:11-12a).
Les Corinthiens, ou ceux qui les égaraient, n’avaient-ils pas compté tout cela comme du bas niveau, de l’excentricité, de l’ascétisme ou de l’exaltation chez Paul ? « Injuriés, nous bénissons ; persécutés, nous le supportons ; calomniés, nous supplions ; nous sommes devenus comme les balayures du monde et le rebut de tous jusqu’à maintenant » : la superstition peut facilement imiter tel ou tel point, bien sûr, mais reproduire tout cela à la fois est une impossibilité, sauf pour ceux qui sont contraints et imprégnés par l’amour de Christ, qui donne du courage à ceux qui se lèvent pour marcher dans un tel chemin, avec la consolation brillante de régner avec Lui. Car j’estime, dit l’apôtre en Romains 8:18, « que les souffrances du temps présent ne sont pas dignes d’être comparées avec la gloire à venir qui doit nous être révélée ». Si le tableau de la souffrance est plus vigoureux ici, c’est parce que ce sont les apôtres qui sont en vue, plutôt que les saints en général ; mais le principe est le même, et les Corinthiens s’en étaient écartés en glissant vers la facilité et la dignité dans le temps présent, qu’ils estimaient mérités par la vérité du christianisme — une erreur qui allait bientôt atteindre des sommets dans la chrétienté, et qui le fait encore. Où sont ceux qui peuvent dénoncer cette erreur, non seulement en paroles, mais en action et en vérité ?
L’apôtre acceptait, et même revendiquait une place de mépris aux yeux du monde pour les principaux messagers du Seigneur, en contraste avec la facilité et l’honneur où vivaient et se complaisaient les Corinthiens (c’était le fruit de la fausse doctrine parmi eux) ; en faisant cela, l’apôtre présentait la question d’une manière qui ne pouvait manquer de toucher profondément les cœurs qui aimaient Christ. Et maintenant, avec la vive sensibilité d’une affection sincère, il cherchait à les rassurer. S’il avait blessé l’un d’entre eux, n’était-ce pas les blessures d’un ami (Prov. 27:6) ? « Ce n’est pas pour vous faire honte que j’écris ces choses, mais je vous avertis comme mes enfants bien-aimés. Car quand vous auriez dix mille guides d’enfants dans le Christ, vous n’avez cependant pas beaucoup de pères, car moi je vous ai engendrés dans le Christ Jésus par l’évangile. Je vous supplie donc d’être mes imitateurs » (4:14-16). Un faux docteur flatte son parti, et dénigre ceux qui s’opposent à ses objectifs. Celui qui est fidèle au Seigneur, aime les saints ; mais c’est justement cet amour qui le rend vigilant, et lui donne le courage moral de s’occuper de ce qui est une offense pour le Seigneur. Cependant sa répréhension est pour ceux qui en ont besoin et qui sont susceptibles d’écouter, non pas pour rabaisser aux yeux des autres ceux qui sont susceptibles d’être censurés.
Il est bon d’observer que l’apôtre ne rabaisse aucunement l’enseignement chrétien, ni ceux qui enseignent, par rapport à l’évangélisation, comme la version autorisée anglaise l’insinue au v. 15. Il s’agit d’un appel à l’amour qui devrait spécialement lier les âmes converties à celui qui avait été le moyen de les amener à Dieu, et nullement une comparaison formelle de la valeur relative du don d’évangéliste avec le don d’enseignant. Le mot διδασκαλους ou enseignant est donc évité ici, et c’est le mot un peu atténué de παιδαγωγους, qui est utilisé et appliqué à ceux de Corinthe qui étaient tellement occupés à détourner les saints. Certains d’entre eux affectaient d’être spécialistes de la loi, d’autres de la philosophie ; mais tous cherchaient à maintenir en laisse les frères qui les écoutaient. Ils ne jouissaient guère de la grâce qui est dans le Christ Jésus, ni ne se confiaient en elle, et ils cherchaient à diriger les pensées et les voies de leurs admirateurs comme font les tuteurs, ou παιδαγωγους-pédagogues avec les jeunes qu’ils ont en charge. Or cela relève davantage des manières de faire Juives et Gentiles que de celles de l’évangile et de sa liberté ; et l’apôtre ne pouvait que leur rappeler que c’est lui qui les avait engendrés par l’évangile. Il n’y en avait qu’un qui pouvait avoir des sentiments de parents à leur égard : c’était lui ; or c’était spécialement contre lui que ces chefs de cliques cherchaient à monter ses « chers enfants ».
Ce genre de tuteurs a intérêt à maintenir le plus longtemps possible dans un état de sujétion ceux dont ils ont la charge, tandis que la joie d’un père est de voir ses enfants grandir en intelligence et en affections, en gardant le caractère de la famille. C’est pourquoi il ajoute : « Je vous supplie donc d’être mes imitateurs » (4:16), une expression sur laquelle il réinsiste au début du ch. 11, avec la belle réserve « comme moi aussi je le suis de Christ ». L’amour désintéressé est hardi, et peut parler librement. Certainement il ne cherchait pas leurs biens, mais eux-mêmes (2 Cor. 12:14), et la croix en pratique, non pas les facilités terrestres, ni l’honneur, ni le gain. N’avaient-ils pas perdu le sens de ce qui convient au chrétien ? Il fallait qu’ils le suivent dans son renoncement à lui-même pour Christ.
« C’est pourquoi je vous ai envoyé Timothée, qui est mon enfant bien-aimé et qui est fidèle dans le Seigneur ; il vous fera souvenir de mes voies en Christ, selon que j’enseigne partout dans chaque assemblée » (4:17).
Ce jeune serviteur du Seigneur était quelqu’un qui pouvait le mieux parler en connaisseur des voies de l’apôtre en Christ, dans la mesure où, d’une part, il était lui-même son enfant fidèle et bien-aimé (ce que l’apôtre ne pouvait pas dire des Corinthiens), et d’autre part, l’apôtre n’avait jamais accommodé sa doctrine aux assemblées, au risque de falsifier le témoignage du Seigneur. Quelle que soit l’élasticité de la grâce quand elle s’occupe des individus pour chercher leur bénédiction en Christ, il enseignait dans chaque assemblée exactement comme il écrivait à Corinthe. Les voies en Christ ne sont pas fluctuantes ; elles sont droites, même si elles sont pénibles pour la chair. Or c’était là l’homme que les yeux pervers de ses détracteurs accusaient d’inconséquence et de manque de fiabilité ! Il est complètement faux de prétendre que la doctrine sur la discipline variait selon les assemblées. L’apôtre enseignait la même doctrine partout, et ses écrits insistaient dessus, là où il ne pouvait pas se déplacer personnellement. C’est l’assemblée de Dieu, et Sa pensée ne varie pas. Il n’avait rien demandé de l’assemblée de Corinthe qu’il n’ait établi ailleurs.
Mais du fait que l’apôtre n’allait pas à Corinthe et envoyait Timothée, certains en avaient déduit qu’il reculait devant une visite à l’assemblée de Corinthe. Les faux apôtres, dans leur orgueil, l’insinuaient pour le discréditer. « Or quelques-uns se sont enflés d’orgueil, comme si je ne devais pas aller vers vous ; mais j’irai bientôt vers vous, si le Seigneur le veut, et je connaîtrai, non la parole de ceux qui se sont enflés, mais la puissance. Car le royaume de Dieu n’est pas en parole mais en puissance. Que voulez-vous ? que j’aille vers vous avec la verge, ou avec amour et un esprit de douceur ? » (4:18-21).
En effet il allait venir, et pour cela il dépendait de la volonté du Seigneur. Mais la soumission au Seigneur n’affaiblit nullement la conduite de Ses serviteurs. Ainsi donc, lorsqu’il viendrait, l’apôtre leur dit qu’il prendra connaissance, non pas des discours prétentieux, mais de la réalité, « la puissance ». Car en vérité, c’est là la caractéristique essentielle du « royaume de Dieu », en contraste avec « la parole », c’est-à-dire les discours auxquels les oreilles des Grecs avaient toujours été habituées, et hélas ! la plupart des Juifs aussi. Et ceci (*) conduit l’apôtre à rappeler aux saints de Corinthe que, s’il leur avait rappelé le lien particulier qu’il y avait entre eux et lui, en tant que leur père par l’évangile, il avait puissance et autorité de la part de Dieu, même s’il était lent à les exercer. C’était en effet à eux, comme il le présente, de décider de sa venue, car c’était là la vraie question, non pas s’il viendrait, ni quand il viendrait, mais comment : avec la verge, ou avec amour et un esprit de douceur ? Son désir, comme il le dit ailleurs, c’était leur édification et non pas leur destruction. En Actes 5, nous voyons Pierre se servant de la verge ; or l’apôtre Paul pouvait tout autant le faire, selon le Seigneur. Mais son cœur cherchait autre chose pour ses bien-aimés enfants : que souhaitaient-ils ?
(*) Il me semble donc que Calvin n’a pas vu comme il faut le lien avec ce sur quoi l’apôtre vient d’insister, sinon il n’aurait pas dit que la personne qui a divisé l’épître en chapitre aurait dû faire commencer le chapitre 5 par le v. 21 du chapitre 4. Ces chapitres sont mieux distingués dans l’état où ils sont.
Il y avait une raison grave qui poussait l’apôtre à évoquer l’usage éventuel d’une verge. En effet l’assemblée à Corinthe ne jouissait pas, à ce moment-là, d’une heureuse réputation, si la rumeur publique était vraie.
« On entend dire partout qu’il y a de la fornication parmi vous, et une fornication telle qu’elle [n’existe] pas même parmi les nations, de sorte que quelqu’un aurait la femme de son père. Et vous êtes enflés d’orgueil, et vous n’avez pas plutôt mené deuil, afin que celui qui a commis cette action fût ôté du milieu de vous » (5:1-2).
C’était déjà assez désolant qu’un mal si monstrueux ait pu s’introduire dans l’assemblée de Dieu. Mais ce qui affligeait le plus l’apôtre — il y avait de quoi — c’était leur tolérance du pécheur au milieu d’eux. L’assemblée ne peut pas empêcher un chrétien de tomber dans le pire scandale, mais elle est tenue de traiter le mal, du fait qu’elle est identifiée avec Christ devant Dieu et devant les hommes. Ici-bas, c’est sa raison d’être. Elle est le temple de Dieu, comme l’apôtre l’avait indiqué au ch. 3 avec insistance, pour mettre en garde contre les théories de pacotille et corruptrices ; mais si cette sainte habitation de Dieu par l’Esprit est déjà incompatible avec les fausses doctrines, combien plus avec l’immoralité, cela est certain ! Or on trouvait au milieu d’eux une indécence pire que chez les païens — un prétendu frère vivant avec sa belle-mère !
Il est vrai que l’assemblée à Corinthe était jeune dans la connaissance du Seigneur, et parmi eux il n’y avait guère, voire pas du tout, d’hommes expérimentés spirituellement. Des dons, ils en avaient en abondance, mais il n’est fait nulle part allusion à des anciens ; nous savons en effet qu’il n’y en avait pas, et ne pouvait pas y en avoir, du fait que leur état correspondant à celui de l’enfance. Je ne doute pas que la sagesse divine ait choisi cet état plutôt qu’un autre plus mûr et mieux pourvu, afin de répondre d’autant mieux aux besoins d’une époque comme la nôtre.
Assurément, les saints les plus jeunes auraient dû être au moins consternés par un pareil péché, là où habitait l’Esprit de Dieu. Peut-être n’avaient-ils eu aucun enseignement spécial sur la discipline, et peut-être n’avaient-ils rencontré aucun cas de mal auparavant, quand l’apôtre était avec eux. Mais pourquoi n’avaient-ils pas mené deuil afin que celui qui avait commis un tel mal dans l’assemblée soit ôté ? L’humiliation et la prière sont les ressources de ceux qui ressentent un mal, sans en connaître encore le remède : le Seigneur aurait agi pour eux, ou leur aurait donné d’agir pour Lui. Au lieu de cela, ils étaient « enflés d’orgueil » — ce qui aggravait douloureusement cette affaire fâcheuse. Je n’irai pas jusqu’à supposer que le fautif était l’un de ceux dont ils étaient fiers, et qui aidait la masse charnelle à déblatérer sur l’apôtre ; mais il semble assez clair que la doctrine exaltant le moi et l’immoralité allaient de pair dans son esprit. Avaient-ils laissé pénétrer leur cœur par le germe de l’idée profane, si courante dans les cercles modernes, voire même évangéliques, qu’il ne faut pas juger le mal chez l’autre, mais qu’il faut seulement se juger chacun pour soi ? Cela mène à la destruction de la gloire de Dieu dans l’église. Car qu’est-ce qui peut davantage porter directement atteinte à toute communion dans le bien, toute responsabilité collective vis-à-vis du mal ? Lorsque de telles pensées sont tolérées, il est clair que la présence de l’Esprit Saint est soit ignorée soit oubliée ; car aucun croyant ne dira délibérément que l’Esprit Saint peut s’accorder avec l’iniquité ; or ceci est inévitable si le mal est connu et non jugé là où Il demeure.
L’apôtre parle avec gravité, comme quelqu’un de familier avec la présence de Dieu, non pas comme ceux dont l’estime de soi ou la vanité les menaient à commettre le mal dans l’assemblée. C’était selon cette puissance de Dieu qu’il agirait s’il était présent. « Car pour moi, étant absent de corps, mais présent en esprit, j’ai déjà, comme présent, jugé au nom de notre Seigneur Jésus Christ (*), (vous et mon esprit étant assemblés, avec la puissance de notre Seigneur Jésus Christ), [concernant] celui qui a ainsi commis cette action, [j’ai jugé, dis-je,] de livrer un tel homme à Satan pour la destruction de la chair, afin que l’esprit soit sauvé dans la journée du Seigneur Jésus » (5:3-5).
(*) note Bibliquest : JND a traduit de manière à faire ressortir nettement que « au nom de notre Seigneur Jésus Christ » se rattache à « livrer » et non pas à « jugé ». Ici, on dirait l’inverse ; pourtant on va voir ci-après que l’interprétation du passage donnée par WK correspond à la traduction donnée par JND.
Il était tout à fait du ressort de l’apôtre d’aider l’assemblée dans un tel cas d’urgence, comme c’était d’ailleurs sa joie en tout temps. Un apôtre réglementait et régissait, et en ceci ils étaient différents de ceux qui étaient prophètes sans être apôtres. Dans le cas présent de l’assemblée de Corinthe, il s’agissait de ses propres enfants dans la foi, pris dans un piège extrêmement déshonorant pour le nom du Seigneur, et ces enfants étaient en même temps enflés d’orgueil, au lieu de mener deuil afin que le fautif soit ôté du milieu d’eux.
Il poursuit donc en prononçant le seul jugement convenant à un tel cas. « Car pour moi, étant absent de corps, mais présent en esprit, j’ai déjà, comme présent, jugé [concernant] celui qui a ainsi commis cette action » (5:3-4). Les meilleures autorités donnent le sens ainsi. « Comme » vient modifier le second « présent », non pas le premier qui est déjà suffisamment qualifié par « en esprit » qui forme contraste avec « absent de corps ». Dans le cas du second « présent », c’est l’inverse qui est voulu : « comme » est indispensable, car il signifie « comme s’il était effectivement présentement là » ; dans le cas du premier « présent », ce serait impropre. L’apôtre montre alors l’autorité pour s’occuper de la personne, et la manière de le faire : « au nom de notre Seigneur Jésus Christ (vous étant assemblés, et mon esprit, avec la puissance de notre Seigneur Jésus Christ), de livrer (*) un tel homme à Satan pour la destruction de la chair, afin que l’esprit soit sauvé dans la journée du Seigneur Jésus ».
(*) note Bibliquest : comme indiqué dans la note précédente, « au nom de notre Seigneur Jésus Christ » est ainsi rattaché à « livrer » et non pas à « jugé ».
Cela a été confondu avec l’excommunication, surtout depuis l’époque de Calvin. Mais livrer à Satan est de la puissance associée ici à l’assemblée, comme le fait de conférer un don est associé en 1 Tim. 4:14 à l’imposition des mains du corps des anciens. Dans les deux cas, le pivot de l’action est la puissance apostolique (2 Tim. 1:6) et le résultat en dépend. Cependant l’absence de cette puissance apostolique n’affaiblit nullement le devoir de mettre dehors le professant coupable, comme le verset 13 l’établit soigneusement.
Notre Seigneur avait en effet énoncé lui-même le principe en Matthieu 18, et avait pourvu à son maintien dans les pires moments. Il avait mis l’assemblée comme dernier recours, même pour une affaire ayant commencé par une faute individuelle ; car je ne doute pas, malgré l’omission de είς ςέ, « contre toi », au verset 15 de Matthieu 18 par les manuscrits du Sinaï et du Vatican (appuyés par trois manuscrits à lettres cursives, et d’autres), que ces mots sont authentiques, du fait qu’ils reposent sur une autorité tout à fait abondante et ancienne, et qu’ils concordent exactement avec le contexte au point que leur omission embarrasse — tandis qu’elle s’explique aisément par la similitude de sons dans une bouche grecque avec les deux dernières syllabes du mot précédent. Si l’affaire était alors dite à l’assemblée, et que le fautif n’en tenait pas compte, « qu’il te soit comme un homme des nations et comme un publicain [= percepteur] ». Le Seigneur donne ensuite ce qui est général et qui demeure : « En vérité, je vous dis : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel » (Matt. 18:18). Cela va au-delà de l’exécution ou de l’abrogation d’une sentence prononcée sur un mal, et porte sur l’autorité plus générale de l’assemblée en tant qu’agissant pour Christ. Ensuite il montre l’efficacité de la prière unie de l’assemblée, même si deux seulement sont d’accord pour demander : « Je vous dis encore que si deux d’entre vous sont d’accord sur la terre pour une chose quelconque, quelle que soit la chose qu’ils demanderont, elle sera faite pour eux par mon Père qui est dans les cieux » ; et ceci est promis sur une base qui ne prend pas seulement en compte une réunion en vue d’une décision judiciaire ou en vue de la prière, mais toute réunion de l’assemblée comme telle : « car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Matt. 18:17-20). Car l’autorité de l’assemblée, et la validité de son action dans ces affaires de pratique et de conduite ne dépendent nullement du nombre ni du poids des personnes qui la composent, mais de Christ qui garantit Sa présence là où deux ou trois sont assemblés en Son nom.
L’apôtre insiste clairement là-dessus au verset 4. Si Satan avait cherché à détacher les Corinthiens de Paul, lui au moins se joint à eux en esprit, comme assemblés ensemble avec la puissance de notre Seigneur Jésus, pour livrer en Son nom à Satan le Corinthien incestueux. Si la chair avait été honteusement tolérée, la chair devait être humiliée et brisée en morceaux sous la main de l’adversaire, mais en tout cas en vue du bien à la fin : « afin que l’esprit soit sauvé dans la journée du Seigneur Jésus » (5:5b). En fait, la seconde épître montrera que la discipline aura aussi été bénie pour lui dans ce monde ; mais la fin qui est spécifiée [que l’esprit soit sauvé dans la journée du Seigneur Jésus] ne peut faire défaut à aucun de ceux qui sont nés de Dieu, quels que soient les obstacles ici-bas, et quelle que soit la forme particulière des voies de Dieu envers l’âme. Car il y a un péché à la mort, et faire requête à Dieu dans un tel cas serait une erreur ; mais dans le cas présent, il n’en était pas ainsi, aussi terrible que fût le péché : l’homme non seulement ne s’endormit pas, mais il fut amené à l’humiliation et à une douleur des plus profondes, au point que l’apôtre exhorte les saints à pardonner (2 Cor. 2), ce qu’ils firent sans aucun doute.
Jusque-là les Corinthiens n’avaient pas du tout le sentiment d’être eux-mêmes impliqués dans ce mal effrayant et, qui plus est, ils ne voyaient pas en quoi le nom du Seigneur était compromis par cette affaire. Au contraire ils étaient orgueilleux et la frivolité prévalait. « C’est pourquoi », dit l’apôtre, « votre vanterie n’est pas bonne ; ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever la pâte tout entière ? Ôtez le vieux levain, afin que vous soyez une nouvelle pâte, comme vous êtes sans levain. Car aussi notre pâque, Christ, a été sacrifiée. C’est pourquoi célébrons la fête, non avec du vieux levain, ni avec un levain de malice et de méchanceté, mais avec des pains sans levain de sincérité et de vérité » (5:6-8).
Il ne peut y avoir de principe plus sérieux pour la marche pratique et publique de l’assemblée. Le mal est présenté ici sous la forme symbolique du levain. Non seulement il peut exister parmi les saints, mais sa nature est d’être actif, de se répandre et d’assimiler la masse à lui-même. L’apôtre insiste pour qu’il ne soit jamais toléré. Ici c’est un mal moral ; chez les Galates c’était un mal doctrinal ; ce dernier est plus insidieux que le premier, parce que plus spécieux. Il ne choque pas la conscience immédiatement, ni si fortement, si tant est qu’il la choque. Pour l’esprit naturel, une fausse doctrine n’est qu’une différence d’opinion, et un cœur généreux recule à l’idée de proscrire un homme à cause de ses opinions, même si elles sont erronées. L’assemblée se tient sur une fondement entièrement différent, parce que sa position est en Christ en haut, et que le Saint Esprit demeure en elle ici-bas. Aucune assemblée ne peut se garantir contre l’entrée du mal, mais toute assemblée est tenue de ne pas le tolérer. Quand le mal est connu, l’assemblée est tenue de l’ôter. Les détails pour s’en occuper se trouvent ailleurs. Il y a ceux qui, non seulement peuvent être spécialement capables de discerner le mal, mais qui peuvent aussi appliquer la puissance morale, et ils sont responsables d’agir fidèlement pour Christ, à qui appartient l’assemblée. Là où quelqu’un persiste dans un mal connu, il n’est pas question d’exercer de la compassion, et encore moins de le couvrir. Ce serait être de connivence avec Satan contre le Seigneur, non seulement pour la ruine de l’individu déjà piégé, mais pour celle de toute l’assemblée. Quand l’assemblée connaît un mal, et s’abstient de juger par indifférence, ou bien, ce qui est pire, refuse de juger quand elle y est appelée selon la parole de Dieu, elle trahit le nom du Seigneur, et elle ne peut plus être considérée comme assemblée de Dieu après l’échec des moyens adéquats pour l’éveiller.
Bien que l’état de choses à Corinthe fût fort mauvais, le mal n’en était pas encore arrivé là. Il était humiliant que leur conscience ne fût pas encore éveillée au-delà peut-être de quelques personnes qui avaient communiqué les faits à l’apôtre, ou d’autres qui sympathisaient avec leur inquiétude. La plupart, s’ils étaient au courant, faisaient comme s’ils ne savaient rien, et étaient fiers et enflés d’orgueil au lieu d’être humiliés dans le chagrin et en prière à Dieu. C’est ainsi que très tôt la notion s’est infiltrée que le péché dans l’église relève seulement de ceux qui sont directement coupables, qu’il n’implique pas toute l’assemblée, et que le Seigneur Lui-même interdit aux autres de juger, ayant commandé que l’ivraie et le blé poussent ensemble jusqu’à la moisson. Est-il besoin de dévoiler le caractère profane et ignorant de tels sophismes ? « Le champ, c’est le monde » (Matt. 13:38), non pas l’assemblée.
Maintenant vient le grave avertissement de l’apôtre dans son amour fidèle de Christ envers l’église. La tolérance du mal dans une partie quelconque corrompt l’ensemble. C’est comme si on engageait l’Esprit Saint à donner sa sanction à ce que Dieu hait. Aucune interprétation ne peut être plus contraire à l’esprit d’avertissement de l’apôtre que de supposer que l’ensemble n’est atteint par le levain que lorsque toutes les parties en sont imprégnées. Le sens réel est bien qu’un peu de levain donne son caractère à toute la pâte. Même le doyen Alford (bien qu’en général il ne fût guère sain doctrinalement, ni strict sur les principes ecclésiastiques ni ferme pour la gloire de Christ) parle incomparablement mieux que ces frères qui avilissent le saint nom de l’amour en lui donnant le sens de licence pour eux et leurs amis. Voici ce qu’il dit : « Que telle soit la signification, et non pas ‘qu’un peu de levain fera lever toute la pâte s’il n’est pas ôté’, cela ressort manifestement du point en question, à savoir l’inconséquence de leur vanterie : elle n’apparaîtrait pas s’il s’agissait simplement du danger de corruption dans la suite, mais elle apparaît du fait que leur caractère était déjà effectivement perdu. L’un d’entre eux était un fornicateur d’un genre effroyablement dépravé, et il était toléré et accueilli : de ce fait le caractère de l’ensemble était infecté’ » (*) (Commentaire sur 1 Cor. 5).
(*) Les italiques sont du Doyen Alford. Je cite ses paroles non pas comme faisant autorité, mais comme une juste réprimande du principe et du but profanes, provenant de quelqu'un qu’on aurait pu penser disposé à atténuer le mal. Ceux qui devraient mieux savoir et mieux faire sont bien plus coupables.
L’apôtre donc les adjure d’ôter le vieux levain, afin qu’ils soient une nouvelle pâte « comme vous êtes sans levain ». C’est de la plus haute importance. Les saints sont sans levain, non pas simplement doivent l’être. Leur conduite pratique est basée sur leur position. Tous les efforts pour nier la pureté de l’assemblée proviennent de l’ennemi. L’apôtre, écrivant aux Corinthiens, le leur rappelle et insiste là-dessus. Il leur fait souvenir de ce que la grâce de Dieu a fait pour eux. Il réveille leur conscience pour agir de manière conséquente avec et pour Christ. Il ne pense jamais à permettre le péché du fait de la présence du vieil homme et du nouvel homme dans les saints. Le vieil homme n’a-t-il pas été crucifié avec Christ ? Si Dieu a déjà exécuté la sentence sur lui, il n’y a aucune excuse pour autoriser le péché. La loi de l’Esprit de vie dans le Christ Jésus a affranchi tout croyant. Non seulement il a une nouvelle nature, mais il a le Saint-Esprit qui travaille en elle par la parole et la grâce de Christ. Ils étaient alors sans levain et devaient ôter le vieux levain. Le dessein même de Dieu était de former l’assemblée en pureté pour Christ et selon Christ dans ce monde, et la responsabilité des saints est de marcher individuellement et collectivement selon Lui. Sa parole rend Sa volonté très nette.
Or l’image d’une pâte sans levain rappelle tout de suite Christ comme le vrai agneau pascal, et le fait, qui en est la conséquence, d’ôter le péché par Son sacrifice. Cela accentue la raison pour laquelle l’apôtre demande que le péché soit jugé par les saints, si par mégarde quelqu’un est tombé dans le péché et ne s’en est pas repenti. La fête des pains sans levain était rattachée à la Pâque, comme tout Israélite le savait. Il tourne cela en un propos pratique. « C’est pourquoi célébrons la fête, non avec du vieux levain, ni avec un levain de malice et de méchanceté, mais avec des pains sans levain de sincérité et de vérité ». Il pouvait y avoir de nouvelles formes de mal outre celles des anciennes habitudes et associations. Mais comme tout levain devait être ôté par les Juifs, de même les chrétiens sont solennellement appelés à traiter sans ménagement le mal sous toutes ses formes.
En outre il me semble important de remarquer que cela ne concerne pas seulement ce qu’il y avait lieu de faire à la table du Seigneur le dimanche. Les sept jours de la fête juive des pains sans levain représentent la totalité de notre séjour sur la terre ; et la célébration de la fête couvre donc la totalité du temps de chacun ici-bas. Rien de ce qui est en désaccord avec Christ moralement n’est tolérable chez le chrétien, et cela non pas de temps en temps, mais continuellement. Tel est l’enseignement de ces types que le Nouveau Testament dévoile et applique. Sans aucun doute, la vraie lumière luit déjà maintenant (1 Jean 2:8). Loin d’autoriser le péché chez le racheté, la rédemption est la base de la sainteté, et tout le mal n’a été pleinement jugé que lorsque Christ, notre Pâque, a été crucifié. Avant cela, combien de mal était supporté à cause de la dureté du cœur des hommes (Marc 10:5) ! Maintenant que le péché a été condamné à la croix de Christ, et par conséquent en grâce pour le croyant, il nous est dit de livrer nos membres comme esclaves à la justice pour la sainteté (Rom. 6:19). Affranchis du péché et asservis à Dieu, nous avons notre fruit dans la sainteté et pour fin la vie éternelle (Rom. 6:22). Tout ce qui est en deçà n’est pas du christianisme.
L’apôtre établit maintenant l’instruction du Seigneur quant à ceux qui professent indignement Son nom dans l’assemblée. Ceux de Corinthe ne savaient pas comment les traiter : mais pourquoi ne pas avoir au moins prié et pleuré ? Pourquoi étaient-ils enflés d’orgueil ?
« Je vous ai écrit dans la lettre, de ne pas avoir de commerce avec des fornicateurs, non pas absolument avec les fornicateurs de ce monde, ou les avares et les ravisseurs, ou les idolâtres, puisqu’ainsi il faudrait que vous sortissiez du monde ; mais, maintenant, je vous ai écrit que, si quelqu’un appelé frère est fornicateur, ou avare, ou idolâtre, ou outrageux, ou ivrogne, ou ravisseur, vous n’ayez pas de commerce avec lui, que vous ne mangiez pas même avec un tel homme. Car qu’ai-je affaire de juger ceux de dehors ? Vous, ne jugez-vous pas ceux qui sont de dedans ? Mais ceux de dehors, Dieu les juge. Ôtez le méchant du milieu de vous-mêmes » (5:9-13).
A priori, il ne semble pas y avoir de raison valable pour rejeter l’idée qu’un apôtre inspiré ait pu écrire une épître et que Dieu ait voulu qu’elle disparaisse ensuite après avoir accompli son but, sans demeurer dans l’Écriture. Il n’y a donc pas là de difficulté de principe, à mon sens ; mais il faudrait pour cela qu’il soit fait allusion ici à une épître de Paul n’ayant jamais été incluse dans le canon (*). Or où est la preuve que tel est le cas présentement ? où est la preuve qu’il soit fait allusion ici à une épître autre que celle qu’il est en train d’écrire ? Dans cette dernière hypothèse, le temps utilisé pour le verbe serait ce qu’on appelle l’aoriste épistolaire. Dès lors il est vain de dire : « non pas cette présente lettre », ce qui donne un sens de la phrase aussi peu naturel que le fait d’une lettre antérieure qui ne nous serait pas parvenu (comparez Rom. 16:22 – Col. 4:16 – 1 Thes. 5:27 – 2 Thes. 3:14). 2 Cor. 7:8 est le seul exemple où il soit fait référence à une lettre précédente : le contexte l’exigeait en raison du contraste évident entre les deux lettres. Mais ici, il n’y a rien susceptible de déterminer deux lettres. L’usage faisant allusion à la lettre en train d’être écrite est bien plus fréquent, de sorte que le sens est excellent si nous comprenons que l’expression « la lettre » vise la présente épître que nous avons entre les mains. La notion d’une lettre précédente impliquerait la supposition que la présente lettre soit une rectification de malentendu au sujet d’un précédent commandement de sa part visant le fait de rester dans la compagnie [ou : d’avoir commerce avec] des fornicateurs ; mais cela relève d’une supposition gratuite.
(*) note Bibliquest : la version autorisée anglaise écrit « Je vous ai écrit dans une lettre » au lieu de « … dans la lettre ». C’est ce qui est la source de difficulté de compréhension que l’auteur cherche à clarifier et expliquer.
Il en va de même de l’idée qu’il devrait y avoir quelque chose dans la première partie de cette épître relatif au sujet ; car ce passage se suffit à lui-même si l’apôtre est en train de donner l’instruction. Vouloir que l’apôtre se réfère à un passage précédent, c’est simplement nier le sens épistolaire de l’aoriste. Encore une fois, s’il désigne (5:9) la lettre qu’il est en train d’écrire, l’expression « dans la lettre » (= έν τη έπιστολη) est loin d’être hors de propos et inutile, et au contraire elle est pleine de force et de précision. « Je vous ai écrit dans (non pas « une », mais) la lettre, de ne pas avoir de commerce avec des fornicateurs » (5:9). C’est l’exhortation qu’il est en train de donner ; et il continue en précisant (5:10) : « non pas absolument [ou : dans tous les cas] avec les fornicateurs de ce monde, ou les avares et les ravisseurs, ou les idolâtres, puisqu’ainsi [dans ce cas] vous devriez sortir du monde ; (5:11) mais, maintenant [ou : dans le cas présent], je vous ai écrit que, si quelqu’un appelé frère est… que vous n’ayez pas de commerce avec lui… ». Ici (5:11) le même temps est utilisé pour « je vous ai écrit » correspondant à ce qui doit être autorisé, c’est à dire ce qui suit juste après (dans la présente épître) ; le « mais » (νυνί, au début du v. 11) ne sert qu’à distinguer la phrase qui suit — une sorte de réserve, une application plus précise du principe, — d’avec l’affirmation générale du verset 9.
En bref, l’apôtre montre que les relations fraternelles sont réservées aux frères, de même que la discipline : étendre les premières ou cette dernière aux hommes du monde est un mauvais principe, et cela rendrait impossibles les relations avec les gens en général. Mais d’autre part, la relation chrétienne de proximité étroite exige la pureté de vie de la part de ceux qui en jouissent. Si quelqu’un appelé frère est impur, ou cupide, ou idolâtre, ou outrageux, ou ivrogne, ou ravisseur, l’on ne doit pas avoir de relations avec lui : « que vous ne mangiez pas même avec un tel homme ». Le sens n’est pas de ne pas prendre la Cène du Seigneur, mais de ne pas manger le moindre repas avec lui. Un homme qui professe Christ et est corrompu ou violent, doit être évité, même dans un acte social ordinaire, non pas seulement lors de l’occasion la plus solennelle du culte chrétien.
Les derniers versets expliquent la raison de cette restriction. « Car qu’ai-je affaire de juger ceux de dehors ? Ne jugez-vous pas ceux qui sont de dedans ? Mais ceux de dehors, Dieu les juge. Ôtez le méchant du milieu de vous-mêmes » (5:12-13). Le monde n’est pas encore la sphère du jugement divin, mais Ses enfants sont dans cette sphère, eux que le Père juge sans faire acception de personne, comme l’assemblée est tenue de faire. Bientôt le monde sera non seulement jugé, mais aussi condamné (11). C’est pourquoi le croyant devrait d’autant plus chercher à se juger lui-même : autrement la grâce serait de mauvais renom, comme si elle cherchait à camoufler le mal. Mais même si le croyant manque à le faire, le Seigneur, Lui, n’y manque pas : Il châtie par un jugement divin afin qu’il ne soit pas condamné avec le monde (11:31-32).
Ceux du dehors ne relèvent donc pas de la sphère actuelle du jugement apostolique ni de celui de l’assemblée [ou : église], mais ceux du dedans en relèvent ; les autres, Dieu s’occupera en leur temps. L’assemblée ne peut pas fuir son devoir ; forte ou faible, elle doit avoir une position claire à cet égard devant Dieu. Les saints ne sont pas capables de livrer à Satan, mais ils sont tenus d’ôter le méchant du milieu d’eux. Mais ils ne sont pas appelés à ôter qui que ce soit qui n’est pas « méchant ». Il y a d’autres étapes dans la discipline qui ne devraient jamais être oubliées, comme la réprimande dans certains cas, et le retrait dans d’autres. Il est faux et mauvais que tous les contrevenants soient ainsi ôtés ; personne ne doit l’être sinon le méchant. Dans le cas de telles personnes, c’est impératif, sinon la communion selon Christ n’existe plus. Ce qui détruit le caractère de l’assemblée n’est pas l’entrée du mal, le pire soit-il, mais la tolérance délibérée du mal, fût-il le moindre. Seulement, nous devons prendre soin de juger d’une manière qui soit faite selon la Parole et l’Esprit de Dieu. L’unité qui subsiste en permettant un mal connu en son sein, est de Satan ; elle est directement opposée au but de Dieu dans Son assemblée, car celle-ci est responsable de refléter le caractère de Christ, maintenant, dans la sainteté, comme elle le reflètera bientôt dans la gloire.
Il nous faut maintenant aborder un mal mondain parmi les saints de Corinthe, distinct de l’état charnel et de la corruption qu’on vient de voir.
« Quelqu’un de vous, lorsqu’il a une affaire avec un autre, ose-t-il aller en justice devant les injustes et non devant les saints ? » (6:1). Ici la pratique moderne, ou même la pensée, diffèrent grandement du principe apostolique. Les chrétiens d’aujourd’hui ne se posent guère de problèmes de conscience à faire appel à un tribunal du monde. Il est évident que le Saint Esprit estimait cela comme un outrage, et aucun chrétien qui marche correctement ne pourrait avoir l’idée d’intenter un procès devant le monde contre un autre frère, même si celui-ci est en tort. Il lui faudrait oublier que Dieu tient chacun pour ce qu’il est : le monde, comme ayant rejeté Son Fils ; les saints, comme ceux qui, par grâce, en sont séparés pour Dieu.
Ici cependant l’apôtre base sa répréhension sur l’anomalie qu’il y a d’avoir recours à la justice qui est aux mains de ceux que nous jugerons à la venue de Christ. « Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? Et si le monde est jugé par vous, êtes-vous indignes des plus petits jugements ? Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? Combien plus les affaires de cette vie. Si donc vous avez des procès pour les affaires de cette vie, établissez ceux-là [pour juges] qui ne sont pas estimés dans l’assemblée » (6:2-4).
L’apôtre introduit la lumière du jour à venir pour peser sur les affaires présentes. Ceci est certain d’après le verset 3, même si certains s’interrogent sur le verset 2. Les efforts des anciens (Chrysostome, Théodore de Mopsueste, Théodoret, etc.) pour en faire une question morale, ou des modernes (Mosheim, Rosenmüller, etc.) pour en faire une question politique ou mondaine, tout cela est vain. Le jugement futur des vivants dans le royaume de notre Seigneur est une réalité qui influe sur l’apôtre maintenant. Il l’utilise pour juger la conduite de tous les jours. Comment peut-il être une vérité vivante s’il n’opère pas ainsi ? Les Corinthiens eux-mêmes ne doutaient pas du fait dans le futur ; mais comme toute personne non spirituelle, ils avaient laissé ce jugement leur échapper au moment où ils auraient dû s’en souvenir.
Il est évident toutefois que « ce jour-là » était une vérité si familière et admise de toute part par les saints, que Paul pouvait raisonner à partir de cette vérité comme étant une base indiscutable. Les saints ont la même vie maintenant, et le même Esprit ; ils ont aussi la parole de Dieu. Combien il est alors monstrueux d’ignorer la gloire avec Christ, à laquelle la grâce les appelle, et de s’abandonner aux manières de se conduire des hommes ! Pour la foi c’est l’inconséquence la plus grossière ; car si le monde est jugé par les saints, sont-ils « indignes des plus petits jugements » ? Telles étaient, et telles sont les questions à propos desquelles les hommes ont l’habitude d’aller en justice. Et ce n’est pas seulement le monde que les saints jugeront, mais aussi d’autres créatures. « Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? Combien plus les affaires de cette vie ? »
Les chrétiens en général ont perdu de vue le jugement futur du monde et des anges. Ils croient au jugement des morts, non pas à celui des vivants ; par suite la raison de l’apôtre de les interpeller n’existe plus pour eux. Des passages de l’Écriture comme ceux-ci deviennent irréels pour leurs esprits. Ils en sont au point d’être pratiquement incrédules, et par suite leur pratique ne peut être que mondaine à cet égard. Hélas! Ce n’est qu’un exemple, non pas une exception. Les temps difficiles des derniers jours sont arrivés, où « les hommes seront égoïstes, avares, vantards, hautains, outrageux, désobéissants à leurs parents… amis des voluptés plutôt qu’amis de Dieu, ayant la forme de la piété, mais en ayant renié la puissance » (2 Tim. 3:2,4,5). Il nous est commandé de nous détourner de telles personnes. L’Écriture est la grande ressource ; et avec ceci, n’oublions pas la conduite de l’apôtre, son but constant, sa foi, son support, son amour, sa patience, ses persécutions, ses souffrances, et la certitude que tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le christ Jésus, seront persécutés, tandis que les hommes méchants et les imposteurs iront de mal en pis, séduisant et étant séduits (2 Tim. 3:10-13). Le temps est venu où les hommes ne supporteront pas le sain enseignement ; mais, ayant des oreilles qui leur démangent, ils s’amasseront des docteurs selon leurs propres convoitises, et ils détourneront leurs oreilles de la vérité et se tourneront vers les fables » (2 Tim. 4:2-4). Y a-t-il une illusion plus malfaisante que celle d’un millenium qui serait apporté par le témoignage et les travaux de l’église ? En réalité le millénium suivra le jugement divin, quand le Seigneur Lui-même viendra, et qu’après avoir exécuté ce jugement, Il versera à nouveau l’Esprit sur toute chair (Actes 2:17), quand ils verront le salut de Dieu (És 52:10).
Les Corinthiens n’avaient pas autant dérivé que les chrétiens d’aujourd’hui. Ils étaient bien conscients que les saints jugeront le monde ; toutefois l’égoïsme avait suffi pour en émousser le souvenir. L’Esprit de Dieu leur rappelle maintenant la vérité, et fait appel au sens qu’ils pouvaient avoir de l’absurdité évidente d’être appelés à juger le monde à très grande échelle tout en se considérant indigne des plus petits jugements. Sans nul doute c’était ces plus petits jugements qui se trouvaient alors devant les frères de Corinthe, tandis que les jugements les plus graves leur seraient bientôt confiés, une fois qu’ils seraient glorifiés. L’apôtre leur fait sentir l’incohérence de manière encore plus caustique en caractérisant le monde comme « les injustes » et eux-mêmes comme « les saints » (6:1), et en leur rappelant que nous jugerons les anges (6:3). Assurément les affaires relatives à la vie présente entre les frères ne devraient pas aller au-delà d’eux ! Où étaient leur foi et leur amour ? Où était leur espérance ?
Certains commentateurs, comme nous le savons, prennent le verset 4 comme une interrogation, tandis que d’autres le prennent comme un sarcasme. Il ne semble pas y avoir de raison particulière à l’appui d’une interrogation. Les affaires de cette vie ne requièrent pas plus que du bon sens et de l’honnêteté ; et certainement la possession de ces qualités ne constitue pas un droit à réclamer de l’honneur dans l’église. Des frères peuvent avoir ces deux qualités, et n’être guère estimés là où seules la grâce et la puissance de Christ ont droit à cet honneur. Trancher ces questions ne faisait nullement appel à une haute spiritualité. C’est pourquoi l’apôtre dit : « Je parle pour vous faire honte : ainsi il n’y a pas d’[homme] sage parmi vous, pas même un seul, qui soit capable de décider entre frères ? [littéralement « entre frère et frère »] » (6:5).
« Mais un frère entre en procès avec un frère, et cela devant les incrédules. C’est donc de toute manière déjà une faute en vous, que vous ayez des procès entre vous. Pourquoi ne supportez-vous pas plutôt des injustices ? Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt faire tort ? Mais vous, vous faites des injustices et vous faites tort, et cela à vos frères » (6:6-8).
Il est clair que l’apôtre ne voulait nullement que de telles disputes soient amenées devant l’assemblée, au moins dans un premier temps. Les cas les plus graves devraient l’être, non pas les moins importants. N’avaient-ils pas même au moins un homme sage pour les juger ? (6:5). Il fait peu cas de telles questions, et en même temps il leur reproche leur mondanité ; pour lui, leur état moral était pire que leur manque de sagesse. Le chrétien est appelé à souffrir, même quand il fait bien (1 Pierre 2:20 ; 4:17) ; il a à le prendre avec patience, non pas à aller devant les tribunaux. Les Corinthiens oubliaient tristement la vraie gloire de l’assemblée ; et quand les chrétiens oublient ainsi leur position propre, et la conduite convenable qui y correspond, ils cessent même de marcher comme doivent les hommes droits. « Mais vous, vous faites des injustices et vous faites tort, et cela à vos frères » (6:8). Cela n’est pas si surprenant quand nous considérons qu’il n’a jamais été prévu que les chrétiens marchent bien si ce n’est par la foi, comme Pierre qui n’a pu marcher sur les vagues sans regarder à Christ. Quand il a cessé de regarder à Lui, il a tout de suite commencé à enfoncer, étant moins en sécurité que ceux qui ne s’étaient jamais aventurés hors du bateau.
Il me faut répéter que la défaillance dans la foi et dans l’espérance ne tardent pas à entraîner la défaillance dans l’amour. « Vous faites des injustices et vous faites tort, et cela à vos frères ». Tout du long, du début à la fin, c’était un déshonneur direct pour Dieu, et un faux témoignage rendu à leur relation avec Lui, si tant est qu’ils étaient nés de Dieu.
Le sentiment qu’il a de leur défaillance comme chrétiens n’amoindrit pas son horreur de la malhonnêteté ou des torts provoquant des procès devant les tribunaux. « Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront point du royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas : ni fornicateurs, ni idolâtres, ni adultères, ni efféminés, ni ceux qui abusent d’eux-mêmes avec des hommes, ni voleurs, ni avares, ni ivrognes, ni outrageux, ni ravisseurs, n’hériteront du royaume de Dieu » (6:9-10). Il est clair que l’apôtre, sans se borner au cas présent, expose avec sévérité des habitudes courantes à Corinthe — la corruption beaucoup plus que la violence. Il parle pour leur profit en avertissement solennel, comme le Saint Esprit le fait toujours, quand Il touche au péché tant soit peu. Il ne brasse pas l’air, ni ne dénonce des péchés qu’on ne trouverait qu’ailleurs. La licence charnelle et mondaine, si elle n’était pas jugée, finirait certainement par des excès révoltants. Tremper un peu dans le mal, c’est la voie directe vers davantage et pire, — chez le chrétien professant, c’est encore plus certain que chez les autres. Tolérer quelque mal, c’est renier Christ en pratique. L’affaire du chrétien est de manifester Christ. Les saints de Corinthe étaient en danger de retomber dans les voies les plus viles de la corruption humaine.
« Et quelques-uns de vous, vous étiez tels ». Détourner les regards de Christ, donne à Satan un avantage. Les vieilles habitudes reprendraient leur puissance, et « les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs » (15:33). L’apôtre ajoute alors : « Mais vous avez été lavés [litt.: vous vous êtes vous-mêmes lavés], mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus [Christ] (*), et par l’Esprit de notre Dieu » (6:11). Il leur rappelle la puissance en grâce de Dieu en Christ en qui ils croyaient par l’action de Son Esprit ; et Il ne voulait pas permettre que rien de tout cela puisse être en vain. Dans l’expression « vous avez été lavés », il y a peut-être une allusion au signe administratif [du baptême], comme en Actes 22:16, mais la liaison ici se rattache plutôt à la réalité dont le baptême est la signification. La sanctification est clairement la mise à part du chrétien pour Dieu, que le Saint Esprit effectue dans la conversion, plutôt que la sainteté pratique qu’Il opère ensuite pour achever, — la première étant absolue, tandis que la seconde est relative. On le voit de manière déterminante par le fait que la sanctification précède ici la justification, laquelle a ici bien sûr son sens ordinaire (lorsque l’âme n’est pas seulement née de Dieu, mais est acquittée de toute charge devant Lui par l’œuvre de Christ, et est alors scellée par l’Esprit).
(*) « Christ » figure dans les manuscrits aleph B C D E P, quelques cursives, et presque toutes les anciennes versions, etc.
L’apôtre passe ensuite aux abus de la chair : le premier en ce qui concerne les viandes, le second (le plus grave) dans la fornication. Il avait montré que, quelle qu’ait été la grâce de Dieu qui appelle les plus vils, ceux-là sont sauvés d’une manière sainte. Il l’illustre maintenant par deux exemples dont certains se servaient pour plaider la liberté en vue de nier la pureté pratique. Il ne veut pas entendre parler de cela. Il ne veut pas diminuer la liberté d’un iota, mais il fait valoir son caractère si l’on veut qu’elle soit chrétienne, comme tous nos autres privilèges le sont. Si ce n’est pas de Christ, c’est péché. Il en est ainsi de tout ce dont nous nous glorifions : la vie, la justice, la paix, et la gloire. En cela la liberté ne diffère pas du reste. Quel chrétien pourrait désirer quelqu’une de ces choses dans et pour la chair ? Ce serait abandonner le Second homme pour revenir au premier : souhaiter la licence pour le péché prouve un manque total d’amour et d’honneur pour le Sauveur.
« Toutes choses me sont permises, mais toutes choses ne sont pas avantageuses ; toutes choses me sont permises, mais je ne me laisserai, moi, asservir par aucune. Les viandes pour l’estomac, et l’estomac pour les viandes ; mais Dieu mettra à néant et celui-ci et celles-là. Or le corps n’est pas pour la fornication, mais pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps. Mais Dieu a ressuscité le Seigneur, et il nous ressuscitera par sa puissance. Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres de Christ ? Prendrai-je donc les membres du Christ pour en faire les membres d’une prostituée ? Qu’ainsi n’advienne ! Quoi! Ne savez-vous pas que celui qui est uni à une prostituée est un seul corps [JND : avec elle] ? «Car les deux, dit-il, seront une seule chair» ; mais celui qui est uni au Seigneur est un seul esprit [JND : avec lui]. Fuyez la fornication. Quelque péché que l’homme commette, il est hors du corps, mais le fornicateur pèche contre son propre corps. Quoi ! Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, et que vous avez de Dieu ? Et vous n’êtes pas à vous-mêmes ? Car vous avez été achetés à prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps » (6:12-20).
Si toutes choses sont permises au chrétien, certainement toutes ne sont pas profitables. Christ n’a jamais fait ce qui n’était pas profitable, et le chrétien devrait faire de même. Il est libre, mais c’est seulement selon Christ, pour le bien — et dans l’amour, pour le bien des autres. Mais il y a un autre sujet de mise en garde : si toutes choses sont permises au chrétien, il refuse d’être mis sous le pouvoir influent de quoi que ce soit : s’il n’en était pas ainsi, ce serait l’esclavage, non pas la liberté. Ainsi donc, il faut veiller à être attentif au bien des autres, et à maintenir la liberté intacte. Le chrétien est appelé à servir les autres, jamais à être l’esclave d’une habitude en quoi que ce soit, petit ou grand.
La première application de l’apôtre concerne les viandes, qu’il traite de manière si catégorique et méprisante que la question est tranchée pour toute âme pieuse. « Les viandes pour l’estomac, et l’estomac pour les viandes ; mais Dieu mettra à néant et celui-ci et celles-là » (6:13a). Il met en avant une analogie aussi vigoureuse que surprenante, et en même temps tout à fait vraie : ils conviennent l’un à l’autre, et périssent tous deux par les voies de Dieu. Ils ne sont que temporaires. Cela était d’autant plus frappant que cela provenait de quelqu’un qui avait été Juif et s’adressait à ceux qui avaient été Gentils ; tous savaient la place que les viandes avaient dans le judaïsme. Mais le christianisme apporte la lumière de Dieu et du futur pour nous guider présentement ; nous le voyons dans le second cas encore plus en détail. Car « le corps n’est pas pour la fornication, mais pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps » (6:13b). D’un côté l’estomac est ramené à son usage véritable et fugace, mais le corps est exalté à une place dont la philosophie ne savait rien. Il n’a pas été formé pour une tolérance profane qui mêle tout, mais il est pour le Seigneur, et le Seigneur est pour lui.
Jamais l’honneur du corps n’avait été placé dans sa vraie lumière jusqu’à ce que Christ vienne et le démontre non seulement dans Sa propre personne comme homme, mais aussi dans la nôtre, comme rachetés par Son sang et ayant le Saint Esprit habitant en nous (comparez Rom. 6:12-13, 19 ; 8:10 ; 12:1 ; Col. 2:23 ; 1 Thes. 4:4 ; 5:23 ; 1 Tim. 4:3-5). Même maintenant, le Seigneur ne dédaigne pas ce temple de l’Esprit : combien moins quand il sera changé en la ressemblance de Sa gloire ! (Rom. 8:11, 18-23 ; Phil. 3:21). Dans ce corps nous aurons la part qui est celle de notre Seigneur. Car « Dieu a ressuscité le Seigneur, et Il nous ressuscitera par Sa puissance » (voir 1 Cor. 15 ; 2 Cor. 4:14).
Ce n’est pas simplement que nos esprits iront avec le Seigneur au ciel : nos corps ressusciteront comme le Sien à Sa venue, et comme les nombreux corps de saints qui dormaient et ressuscitèrent et sortirent des sépulcres après Sa résurrection (Matt. 27:52-53). Car si la mort montre la faiblesse de l’homme, la résurrection manifeste la puissance de Dieu. Le véritable effet spirituel de ceci est immense. Ce ne sont pas nos âmes, mais nos corps qui sont déclarés être membres de Christ. Ceux qui dissertent sur l’âme ne peuvent que prétendre à une élévation supérieure. Mais il n’en est jamais réellement ainsi dans la pratique ni dans la théorie. Au contraire l’immortalité de l’âme est facilement pervertie pour nourrir l’orgueil de l’homme ; il n’en est pas ainsi de la résurrection, qui non seulement exalte Dieu et humilie l’homme, mais quand elle est retenue par la foi, elle délivre de l’oisiveté et de la complaisance présentes. Le Saint Esprit est les arrhes ; Il nous joint au Seigneur et fait de nos corps les membres de Christ. C’est ce qui fait l’énormité de la fornication (6:15-16). Combien l’impureté avec une prostituée est une inconséquence vile par rapport à une telle intimité, à une telle union ! Il était d’autant plus nécessaire d’insister là-dessus que la ville était renommée par-dessus toutes les autres pour ce genre de licence, en dehors du fait habituel que les païens en général considéraient la fornication comme un acte aussi neutre que le manger, et non pas comme un péché en soi. « Car les deux, dit-il, seront une seule chair ; mais celui qui est uni au Seigneur est un seul esprit [avec lui] » (6:16-17).
Mais son incompatibilité avec notre relation avec Christ n’est pas tout ce sur quoi l’apôtre insiste. Il tenait à ce qu’on évite la fornication, en raison de son caractère particulier, différent de tout autre péché, en ce qu’il est contre le corps lui-même, tandis que les autres sont extérieurs au corps. Quelle horreur donc de penser non seulement au mauvais usage fait du corps, mais au fait qu’il s’agit du corps du chrétien qui est temple de l’Esprit Saint ! et il est ce temple non pas parce qu’il Lui a été simplement consacré, mais par le fait qu’Il habite en nous, et ceci de la part de Dieu, en raison de son acquisition par le sang de Christ. D’où l’appel de l’apôtre à glorifier Dieu dans leur corps.
C’est seulement à cause de l’œuvre de Christ que le Saint Esprit a pu nous être donné ainsi, et habiter en nous. Il vivifiait les âmes avant que Christ ne verse Son sang, mais Il ne les a scellées qu’après Sa mort. Jésus, le Saint de Dieu, est le seul exemple d’un homme scellé ainsi sans du sang. Il est l’exception qui confirme la règle. Adam ne l’était pas, parce que, bien qu’innocent, il n’était pas saint, et il n’est jamais dit qu’il l’ait été ; le Second homme était saint, et Lui seul l’a été sans la rédemption, et c’est pour cela qu’Il a été scellé par Dieu le Père, en vertu et en témoignage de Sa perfection intrinsèque. Si nous pouvons l’être et si nous le sommes, c’est uniquement parce que nous avons été rendus parfaits par Son seul sacrifice ; et nous sommes donc exhortés à ne pas attrister le Saint Esprit de Dieu par lequel nous sommes scellés en vue du jour de la rédemption (celle de nos corps) (Éph 4:30). L’Esprit qui nous a été donné est l’expression de l’amour de Dieu versé dans nos cœurs (Rom. 5:5) ; Il est aussi la mesure selon laquelle nous devons éprouver notre conduite, et la puissance pour jouir de Christ et pour Le représenter correctement. Ayant été achetés à prix de sorte que nous ne nous appartenons plus, mais nous sommes à Dieu, nous sommes dès lors appelés en conséquence à glorifier Dieu dans notre corps (6:19-20). Quel fait merveilleux d’être assurés, par une autorité divine, que, par grâce, des personnes telles que nous peuvent et doivent glorifier Dieu !
Voilà donc les motifs qui sont les nôtres. Nous sommes achetés à prix, et nous avons le Saint Esprit qui demeure en nous. « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, et que vous avez de Dieu ? Et vous n’êtes pas à vous-mêmes ; car vous avez été achetés à prix ». Ce passage élève la présence de l’Esprit en nous, lorsqu’il nous est dit que nous L’avons reçu de Dieu ; bien sûr il ne pouvait pas en être autrement ; mais que cela soit affirmé ainsi, est précieux et solennel. Dieu veut que nous nous souvenions et que nous sentions que c’est de Sa part que nous avons le Saint Esprit qui nous a été ainsi donné.
Mais n’oublions pas que c’est dans nos corps que nous avons à glorifier Dieu. Il ne manque pas de gens pour se tromper eux-mêmes en pensant que spirituellement ils sont très bien, et ils n’osent pourtant pas dire qu’ils gardent leur corps assujetti, ni qu’ils l’amènent à l’être. Le chrétien est tenu de glorifier Dieu dans son corps.
Dans la consécration des sacrificateurs sous la loi (Lév. 8), le lavage d’eau précédait l’aspersion par le sang, et que l’onction d’huile était l’achèvement. C’est justement le même ordre de vérité qu’on peut discerner ici, et qui est vrai du chrétien en fait. Autrefois les devoirs de la fonction sacerdotale venaient ensuite selon les instructions de l’Éternel, de même qu’ici nous voyons le chrétien exhorté à glorifier Dieu. Quel appel ! Combien l’esprit, les voies, la communion et la conduite du chrétien sont importants pour Dieu ! Quel abaissement du niveau quand, comme les Corinthiens, nous oublions que nous ne sommes plus des hommes s’efforçant de marcher décemment dans le monde, mais que notre corps est le temple de l’Esprit Saint, et que nous-mêmes nous avons été achetés par le sang de Christ, et que l’objectif placé devant nous est de glorifier Dieu ! L’incrédulité des croyants est le plus grand plaisir de l’adversaire, et le plus triste obstacle à Sa gloire en nous et par nous. C’est la source fertile de toutes les défaillances et des péchés les plus tristes chez les saints. C’est la principale pierre d’achoppement pour tout homme sérieux dans le monde ; elle rend impossible le fait de glorifier Dieu. Qu’en face des plus simples questions de convenance journalière, nous puissions être rendus capables d’y répondre dans cette foi qui est familière avec les manifestations les plus riches et les plus hautes de la grâce de Dieu dans la rédemption du Christ et le don de l’Esprit !
Nous entrons dans une nouvelle division de l’épître, bien que son début soit naturellement connecté (au moins de manière à faire suite) avec l’exhortation de l’apôtre à la pureté personnelle dont il vient de montrer qu’elle est requise à cause de la présence du Saint Esprit, et du fait que nous avons été achetés à prix par le Seigneur : nous sommes par conséquent appelés à glorifier Dieu dans notre corps.
Il semble que les saints à Corinthe avaient écrit à l’apôtre sur divers sujets, dont celui du mariage, et sur les diverses questions qui s’y rapportent naturellement pour des chrétiens encore peu versés dans la vérité. Partant du laxisme des païens, spécialement des Grecs, et par-dessus tout des Corinthiens, il y avait une réaction vers l’ascétisme, qui est la ressource favorite des moralistes et philosophes en Orient, et qui, de là, s’est plus ou moins répandu en Occident. L’apôtre insiste sur la sainteté, mais non pas aux dépens de la liberté en Christ.
« Or, pour ce qui est des choses au sujet desquelles vous m’avez écrit, il est bon à l’homme de ne pas toucher de femme ; mais, à cause de la fornication, que chacun ait sa propre femme, et que chaque femme ait son mari à elle. Que le mari rende à la femme ce qui lui est dû, et pareillement aussi la femme au mari. La femme n’a pas autorité sur (*) son propre corps, mais le mari ; et pareillement aussi le mari n’a pas autorité sur (*) son propre corps, mais la femme. Ne vous frustrez pas l’un l’autre, à moins que ce ne soit d’un consentement mutuel, pour un temps, afin que vous vaquiez à la prière, et que vous vous trouviez de nouveau ensemble, afin que Satan ne vous tente pas à cause de votre incontinence » (7:1-5).
(*) note Bibliquest : 7:4 JND traduit « disposer de » au lieu de « avoir autorité sur »
Quand Adam fut fait, l’Éternel dit : « il n’est pas bon que l’homme soit seul : Je lui ferai une aide qui lui corresponde » (Gen. 2:18). Et c’est ainsi qu’Il forma la femme à partir de l’homme. Les deux devaient être, et furent une seule chair. L’apôtre était certainement le dernier à vouloir affaiblir l’ordre de la nature. C’est lui qui plus tard écrivit aux Hébreux (13:4) : « Que le mariage soit tenu en honneur de tous égards, et le lit sans souillure ». Il ne se contredit nullement ici, ni même diverge. Il est en parfaite unisson avec son Maître (Matt. 19 et Marc 10) qui défendait l’institution originelle de Dieu depuis la création, pour l’homme dans la chair, malgré tout ce que la loi avait pu autoriser entre temps à cause de la dureté de cœur des hommes, tout en maintenant la supériorité excellente de l’état de célibat, quand il y avait la puissance pour être [consacré] sans partage au Seigneur et à Ses intérêts. Mais il n’en est pas ainsi pour tous les saints. Tous ne peuvent pas recevoir cette parole du Seigneur, mais seulement ceux à qui cela est donné (Matt. 19:11). Si quelqu’un est en mesure de le recevoir, qu’il le reçoive : s’il se vante, il est en danger de déshonorer le Seigneur plus que ceux qu’il méprise. Le Seigneur et Son apôtre mettent tous les deux les âmes en garde. La grâce peut appeler et fortifier pour vivre au-dessus de ce qui est non seulement légitime, mais honorable à tous égards ; et sûrement, si le célibat est ainsi gardé dans l’humilité, c’est une part meilleure.
Mais il y a des pièges provenant de ce qu’est la nature ; et nulle part plus qu’à Corinthe, il y avait lieu de craindre les habitudes et les associations locales. Dans certains cas, le paganisme consacrait la fornication. À cause des manières de vivre licencieuses, qui sont toujours un danger, mais qui, là et alors, étaient tout à fait banalisées, il fallait que chacun ait sa propre femme et chaque femme son propre mari. La considération réciproque jusqu’à l’extrême convient aux deux conjoints dans cette relation où ceux qui étaient deux ne font plus qu’un. Si dans certains cas la grâce élève au-dessus de la nature à la gloire du Seigneur, cette grâce impose de l’honneur et des devoirs pour ceux qui sont dans une relation naturelle. Une marque certaine de l’ennemi, c’est quand la grâce est pervertie au point de jeter du mépris sur la plus petite ou la moins élevée des dispositions de Dieu. Si nous sommes dans une relation, nous sommes tenus à être vrais dans ce qu’elle réclame. C’est pourquoi le mari doit rendre à la femme ce qui lui est dû, et pareillement la femme au mari. L’état marié est incompatible avec l’indépendance de l’un par rapport à l’autre dans tout ce qui est relatif à cet état. La femme n’a pas autorité sur son propre corps, mais le mari, et pareillement le mari n’a pas autorité sur son propre corps, mais la femme. C’est pourquoi ils ne devaient pas se frustrer ou se priver à tort l’un l’autre, sinon par consentement mutuel pour un temps, afin de pouvoir vaquer librement à la prière et de se retrouver ensemble, de peur que Satan ne les tente à cause de leur incontinence. La loi n’a rien amené à la perfection. Christ a justifié et défendu les pensées et la volonté de Dieu quant au premier homme, mais Lui-même était la manifestation de Dieu dans l’homme. Aussi l’apôtre parle du mariage en des termes bien au-dessus des pensées et des voies d’Israël. Ce qui était au commencement (Matt. 19:8b) n’a jamais été autant affirmé auparavant ; mais la grâce, comme toujours, présente quelque chose de meilleur.
« Or je dis ceci par permission [JND : indulgence], non comme commandement ; mais je voudrais que tous les hommes fussent comme moi ; toutefois chacun a son propre don de grâce de la part de Dieu, l’un d’une manière, et l’autre d’une autre. Or je dis à ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, qu’il leur est bon de demeurer comme moi. Mais s’ils ne savent pas garder la continence, qu’ils se marient, car il vaut mieux se marier que de brûler » (7:6-9).
Ainsi le Saint Esprit conduit l’apôtre au cœur large à dire que ce qu’il avait établi par écrit n’était pas un commandement, mais une permission. Son souhait pour les autres était que tous fussent comme lui. Mais il ne méconnaît pas que chacun a comme Dieu lui a donné. C’est pourquoi il dit aux célibataires et aux veuves qu’il est bon pour eux de rester comme lui ; mais même alors, ce n’est pas absolu, mais seulement s’ils peuvent le faire sans craindre de pécher à cet égard.
« Mais quant à ceux qui sont mariés, je leur enjoins, non pas moi, mais le Seigneur : que la femme ne soit pas séparée du mari ; (mais si elle est séparée, qu’elle demeure sans être mariée, ou qu’elle se réconcilie avec son mari ;) et que le mari ne laisse pas [ou : ne chasse pas] sa femme » (7:10-11).
Il ne s’agit pas ici d’une nouvelle instruction revêtue de l’autorité apostolique, mais d’une règle du Seigneur Lui-même, déjà connue, le devoir général de l’homme et de la femme fondé sur l’indissolubilité du lien. La femme n’a pas à être séparée de son mari, et le mari n’a pas à congédier sa femme : si elle est séparée, qu’elle demeure non mariée, ou qu’elle se réconcilie ; car même si la femme n’a pas commis de faute, la séparation est un sujet de honte et peut être un piège.
L’apôtre inspiré ajoute ensuite de la lumière aux difficultés présentes, sans répéter du tout le principe valable en Israël, mais en présentant le contraste avec lui.
« Mais quant aux autres, je dis, moi, non pas le Seigneur : Si quelque frère a une femme incrédule, et qu’elle consente à habiter avec lui, qu’il ne la laisse pas [ou : ne la chasse pas] ; et si une femme a un mari incrédule, et qu’il consente à habiter avec elle, qu’elle ne laisse pas [ou : ne chasse pas] [son] mari. Car le mari incrédule est sanctifié dans la femme, et la femme incrédule est sanctifiée dans le frère, [son mari] ; puisque autrement vos enfants seraient impurs ; mais maintenant ils sont saints » (7:12-14).
C’est là la grave question des mariages mixtes, où l’un des conjoints déjà unis au préalable a été gagné à Christ par l’évangile, tandis que l’autre ne l’est pas. Dans ce cas, la grâce du christianisme est en contraste frappant avec la rigueur du judaïsme (comp. Esdras 9:10). L’une des manières par laquelle Israël demeurait un peuple saint, était de refuser de se mélanger aux païens par mariage. Ceux qui faisaient ainsi des mariages mixtes, ou prenaient des femmes étrangères, étaient rendus impurs, et leurs enfants étaient impurs ; quand ils ressentaient et jugeaient ce péché, ils le démontraient non seulement en offrant un bélier pour le délit (Lév. 5:18), mais en chassant le conjoint et les enfants. La sainteté du chrétien est non seulement intrinsèque, au lieu d’être charnelle et extérieure, mais il s’y trouve beaucoup plus de considérations de grâce, et une ouverture dont la loi ne connaissaient pas grand chose, ou même rien. Ainsi, si le mari ou la femme était croyant, il n’était pas souillé par l’union avec un conjoint non croyant, mais au contraire le non croyant est sanctifié et les enfants sont saints.
C’est ainsi que l’Esprit de Dieu console le croyant dont le conjoint, mari ou femme, demeure non croyant ; car je présume que c’était aussi bien vrai d’un Israélite que d’un païen. Bien sûr c’est une épreuve douloureuse d’être uni d’une pareille manière. Si le croyant était la femme, elle pouvait être suspectée et contrariée en toute occasion par le mari non croyant. Il allait naturellement veiller à ce que les enfants soient maintenus à l’écart de la vérité chrétienne et des privilèges de toute sorte, et voudrait montrer son mépris pour tout ce que sa femme appréciait, indigné avant tout par la calme confiance de la foi qui compte les idoles pour rien, et qui confesse le Seigneur Jésus devant les hommes. Mais ici elle est instruite et fortifiée par l’injonction apostolique. Si son mari a consenti à habiter avec elle malgré cette confession, elle n’est pas appelée à quitter ou chasser son mari incrédule, car c’est lui qui est sanctifié en elle, tandis que les enfants sont saints. Quel soulagement cela a dû être pour les âmes pieuses, mais scrupuleuses, qui avaient été amenées à Dieu par l’évangile après avoir été mariées à des païens ou des Juifs, avec des enfants élevés dans le judaïsme ou l’idolâtrie ! Étaient-ils troublés quand ils lisaient dans les Écritures qu’autrefois il était exigé qu’on abandonne la femme mal assortie, et les enfants nés de cette union ? La grâce de l’évangile, comme l’apôtre le montre, délivre de toute incertitude quant à la pensée de Dieu, et déclare le non-croyant, mari ou femme, sanctifié par le conjoint croyant, et les enfants saints, non pas profanes.
Nous voyons donc le contraste saisissant entre la puissance en grâce de l’évangile et la faiblesse de la loi : en vertu de l’un, l’incroyant est sanctifié par le conjoint croyant et le fruit de leur union est saint ; en vertu de l’autre, le Juif est souillé et les enfants impurs.
Mais il est bon de remarquer ici l’emploi fait du verset 14 par les deux bords du conflit sur le baptême. Le Docteur Wall écrit ainsi dans son « Histoire du baptême des enfants » (I., 144, 5, Ed. 4,1819) : « M. Walker a pris la peine de produire des citations de presque tous les écrivains de l’antiquité, pour montrer que qualifier un enfant ou une autre personne de sanctifié était une expression commune à tous pour dire qu’il était baptisé ; et pour être bref, je renvoie le lecteur à son livre. L’Écriture l’utilise aussi de cette manière (1 Cor. 6:11, Éph. 5:26), et c’est ce qui rend d’autant plus probable l’explication de 1 Cor. 7:14 (‘maintenant vos enfants sont saints’) que donnent Tertullien, Saint Augustin, St. Jérôme, Paulinus, Pelage (chap. 19), et d’autres anciens, et plus récemment le Dr Hammond, M. Walker, etc. ; selon eux les mots (άγια) saint, et (ήγίασται) a été sanctifié, se réfèrent au baptême. — Leur explication est aussi d’autant plus probable, qu’aucun autre sens de ces mots n’a jamais été donné par des commentateurs, hormis des sens tout à fait contestables ; à cela se rajoute que certains antipaedobaptistes [opposants au baptême des enfants] se sont efforcés de leur accrocher un sens (le caractère légitime de l’enfant, par opposition à la bâtardise), alors que ce sens semble le plus forcé et le plus tiré par les cheveux de tous. Les mots sont ήγίασται, κ.τ.λ. Leur traduction grammaticale est : « Car le [ou : un] mari incrédule a été sanctifié par l’épouse », et nos traducteurs en ont altéré le temps pour écrire est sanctifié au lieu de a été sanctifié ; ils pensaient, semble-t-il, que c’est le sens requis ; mais sans cette modification, la paraphrase donnée par plusieurs érudits est pratiquement la suivante : — Il est arrivé couramment qu’un mari incrédule ait été amené à la foi, et donc au baptême, par sa femme ; et pareillement une femme incrédule par son mari. Si ce n’est pas le cas, et si la méchanceté ou l’incrédulité du conjoint incrédule prévalent habituellement, les enfants d’un tel couple restent généralement non baptisés, et donc impurs ; mais maintenant nous voyons, par la grâce de Dieu, un effet contraire, car ils sont généralement baptisés, et deviennent ainsi saints ou sanctifiés » [fin de la citation du Dr.Wall].
Le chrétien intelligent verra que, quoi qu’en disent les anciens pères, l’Écriture ne justifie pas cette utilisation des mots « saint » et « sanctifié ». 1 Cor. 6:11 et Éph. 5:26 enseignent une vérité différente de la portée de 1 Cor. 7:14 et aussi différente de 1 Tim. 4:4-5: il s’agit du pouvoir purificateur de la Parole appliquée par l’Esprit. Le chrétien, l’assemblée, sont sanctifiés de cette manière. C’est une œuvre divine et réelle (voir Jean 13 et 15, et 1 Jean 5). Le sang expie, mais l’eau purifie ; c’est-à-dire que la Parole, comme expression de la vérité et de la révélation de Dieu en Christ, juge tout ce qui est contraire à Dieu au-dedans et au-dehors. Ainsi les saints, du premier au dernier, sont formés moralement pour avoir part avec Christ en haut. À Son retour, Sa puissance achèvera tout, comme Sa première venue en amour a jeté la base pour tous dans le don de Lui-même pour nous. C’est de l’ignorance de ces passages de l’Écriture que de les confondre avec 1 Cor. 7:14, comme on peut le montrer encore plus complètement. Or les anciens, et ceux qui construisent à partir d’eux, ne sont guère plus dans les ténèbres sur ce sujet que les modernes, y compris les évangéliques. Le lavage par la Parole est en dehors de leurs traditions ; or il est parfaitement certain dans l’Écriture, et très important pour la doctrine et la pratique chrétiennes.
La critique du Dr Wall est erronée. Les traducteurs de la version autorisée anglaise étaient bien plus proches de la vérité que lui. Son altération du temps des verbes non seulement n’est pas requise, mais elle fausse le sens. L’aoriste serait la forme adéquate, plutôt que le parfait, pour exprimer son idée et supporter sa paraphrase. Le parfait exprime un état résultant d’un acte, soit que nous disions « est sanctifié » ou « a été sanctifié ». Mais cela signifie le résultat permanent d’une action achevée, et non pas ce qui arrive habituellement, — un sens que l’aoriste gnomique ou itératif peut approcher comme en Jacques 1:10, 23 et 1 Pierre 1:24. C’est pourquoi l’enseignement déduit est entièrement faux. L’apôtre veut parler d’un état sanctifié, ou saint, du conjoint et des enfants d’une épouse chrétienne, — un état vrai effectivement et toujours, et non pas qui devient généralement vrai. Ce verset ne fait pas la moindre allusion au fait d’être converti ou amené au baptême.
Faut-il embrasser alors la vue qui prévaut chez les Baptistes ? Certainement pas. Le caractère légitime des enfants est hors sujet. Les enfants sont dits être άγια (saints), non pas γνήσια (légitimes, authentiques) ; le danger était qu’ils soient ακάθαρτα (impurs), non pas qu’ils soient νοθα (bâtards). Le mariage de croyants n’est pas plus légitime que celui d’incrédules. La question se rapporte à la sanction que Dieu donne à la conscience chrétienne au sujet d’un mariage mixte, et de son fruit ; et, là-dessus, l’apôtre décide que le conjoint non-croyant est sanctifiée par [ou : dans] le croyant, et que les enfants sont saints, non pas impurs : le conjoint non-croyant est placé dans l’état de sainteté par la foi de l’autre, et les enfants sont considérés comme déjà dans cet état. Que cela rende apte au baptême, le texte n’en dit rien : si c’était le cas, l’aptitude au baptême serait affirmée autant pour le conjoint incrédule, que pour les enfants. D’autre part, rapporter ήγίασται (sanctifié) à la légitimité ou la validité du mariage, c’est un sens misérable et faux, surtout que tout tourne autour de la foi d’au moins un seul des conjoints. Aussi les efforts de M. Booth de traduire εν par « à » ou « vers », au lieu de « en » [sanctifié par / dans le conjoint croyant] sont futiles. Luc 1:17 et l Thes. 4:7 et 2 Pierre 1:5, 6, 7, ne donnent pas le moindre support pour cela, pas plus que 1 Cor. 7:15 :
(1) Luc 1:17 : Ce passage est elliptique, et a une grande force. Jean Baptiste devait faire retourner les désobéissants, non pas simplement aux pensées des justes, mais de manière à ce qu’ils demeurent dans les pensées des justes.
(2) l Thes. 4:7 : Dieu nous a appelés, dit l’apôtre aux Thessaloniciens, non pas à l’impureté, mais dans la sainteté [ou : sanctification], ce qui est pareillement bien plus fort que εις, vers, pour.
(3) 2 Pierre 1:5, 6, 7 : Pierre invite les chrétiens Juifs, à ce que dans leur foi, ils joignent la vertu, et que dans la vertu, ils joignent la connaissance, etc. ; comme Paul le rappelle aux Corinthiens, Dieu nous a appelés dans la paix.
Il reste donc clair que le mari incrédule est sanctifié en vertu de sa femme chrétienne, et que les enfants sont saints, au grand soulagement de ceux qui étaient troublés par des scrupules provenant du jugement de Dieu sur un tel état de choses parmi les Juifs. La grâce de Dieu dans l’évangile renverse la sentence de la loi, en ce que le pur rend pur ce qui avait été jusqu’alors impur. Autrement, le mari croyant aurait pu se sentir obligé de chasser sa femme incrédule et leurs enfants, du fait que le mélange avec les Gentils était abominable pour la loi. C’est pourquoi l’apôtre garde le langage du cérémonial juif, même là où il tranche la question par la sainte sanction [approbation] en grâce de Dieu vis-à-vis de tels mariages et de leur progéniture, en contraste avec l’obligation des Juifs que montrent les livres d’Esdras et Néhémie.
La question est posée maintenant du conjoint incrédule qui se sépare. « Mais si l’incrédule s’en va, qu’il s’en aille ; le frère ou la sœur ne sont pas asservis [litt.: en servitude] en pareil cas ; mais Dieu nous a appelés dans la paix. Car que sais-tu, femme, si tu ne sauveras pas ton mari ? ou que sais-tu, mari, si tu ne sauveras pas ta femme ? Toutefois, que chacun marche comme le Seigneur le lui a départi, chacun comme Dieu l’a appelé ; et c’est ainsi que j’en ordonne dans toutes les assemblées » (7:15-17). Ainsi, si le conjoint incrédule se sépare de l’autre, le croyant est libéré de l’assujettissement, qu’il s’agisse dans ce cas du frère ou de la sœur. Non pas qu’un tel acte du côté de l’incrédule donne au croyant ainsi abandonné la permission de se marier, mais la séparation de l’autre conjoint laisse le croyant d’autant plus libre de servir le Seigneur. Une telle union après tout, est de nature à impliquer des conflits, l’homme naturel haïssant la vie de l’Esprit. Mais cela ne justifie pas du tout du côté du croyant de rompre le lien du mariage : l’incrédule est censé l’avoir rompu de lui-même, ou d’elle-même ; « mais Dieu nous a appelés à marcher dans la paix », (ou « vous a appelés »), non pas à chercher la séparation.
Au contraire, quelle que soit l’épreuve impliquée dans une telle vie, le frère ou la sœur doit désirer ardemment le salut de l’incrédule, mais après tout, quant à ceci, c’est Dieu qui dispose. « Car que sais-tu, femme, si tu ne sauveras pas ton mari ? Ou que sais-tu, mari, si tu ne sauveras pas ta femme ? » Quelle joie si cela arrivait ! Nous avons donc à acquiescer aux dispositions du Seigneur, et comme nous ne devons en aucun cas prendre l’initiative entre nos mains, ainsi sauver l’incroyant reste un problème, et ne doit pas occulter tout le reste.
Ainsi, ici même l’apôtre avertit en insistant sur la règle, quel que soit le résultat final : « Toutefois (*), que chacun marche comme le Seigneur le lui a départi, chacun comme Dieu l’a appelé ». Ceci a pour but de mettre en garde contre tout sentiment indu ou excessif. Notre place est celle d’une soumission intelligente, reconnaissant la portion attribuée par le Seigneur et l’appel de Dieu : l’un au moment de la conversion, l’autre comme condition permanente. Chacun a donc à marcher ainsi. Si le Judaïsme affaiblissait un sentiment de relation, le christianisme le fortifie, et il fait face en grâce à toutes les difficultés et complications.
(*) Cela paraît être vraiment une phrase elliptique, avec effet qu’il n’y a plus rien à dire sauf que, etc, — ce que nous traduisons brièvement par « Seulement », ou « Toutefois ».
L’apôtre ne spécifiait pas quelque chose de précis aux Corinthiens en rapport avec leurs circonstances particulières : « C’est ainsi que j’en ordonne dans toutes les assemblées ». Quel que soit le nombre d’assemblées, l’ordre établi pour toutes reste unique, et l’autorité apostolique est universelle. Rien n’est plus opposé à son véritable sens que l’indépendance ecclésiastique. La notion de corps différents, chacun avec son régime propre, voilà une invention moderne ; inversement admettre un pouvoir de réglementation continu dans ou sur l’église est peut-être ancien, mais n’est pas meilleur. Ni l’un ni l’autre ne sont « dès le commencement », lorsque le fondement a été posé par les apôtres et les prophètes (Éph 2:20). Il n’existe aujourd’hui aucune réglementation faisant autorité en dehors de celle de la Parole de Dieu, bien que le Seigneur suscite ceux qui conduisent et sont à la tête, mais ceux-là comme tous les autres, sont tenus par l’Écriture à laquelle l’Esprit répond en puissance.
On peut voir que la Version Autorisée suit le Texte Reçu, et renverse ici la vraie relation. C’est Dieu qui a appelé, le Seigneur qui a départi, non pas l’inverse comme dans le Texte Reçu.
« Quelqu’un a-t-il été appelé étant circoncis, qu’il ne redevienne pas incirconcis. Quelqu’un a-t-il été appelé étant dans l’incirconcision, qu’il ne soit pas circoncis. La circoncision n’est rien, et l’incirconcision n’est rien, mais l’observation des commandements de Dieu. Que chacun demeure dans la vocation dans laquelle [il était quand] il a été appelé. As-tu été appelé étant esclave, ne t’en mets pas en peine ; toutefois, si tu peux devenir libre, uses-en plutôt : car l’esclave qui est appelé dans le Seigneur est l’affranchi du Seigneur ; de même aussi l’homme libre qui a été appelé est l’esclave de Christ. Vous avez été achetés à prix ; ne devenez pas esclaves des hommes. Frères, que chacun demeure auprès de Dieu dans l’état dans lequel il a été appelé » (7:18-24).
Christ élève ainsi le chrétien de manière à être supérieur à toutes les circonstances. Par conséquent, lorsqu’il est appelé par Dieu, ce n’est pas la peine de changer. Pourquoi l’homme circoncis prendrait-il la peine de masquer ou d’effacer le fait de sa circoncision ? Pourquoi l’incirconcis rechercherait-il la circoncision ou s’y soumettrait-il ? Il n’est plus question de distinctions dans la chair. Ce que Dieu apprécie, et ce que le chrétien devrait apprécier, c’est de garder Ses commandements, et non pas de garder des formes de vérité ou des écoles de doctrine, lesquelles sont un danger certain. Le croyant est sanctifié pour l’obéissance, et plus précisément pour l’obéissance de Christ, et non pas l’obéissance d’un Juif : c’est l’apôtre de la circoncision lui-même qui insiste là-dessus (1 Pierre 1:2). Et l’apôtre de l’incirconcision fait de même ici.
Mais nous sommes conduits un peu plus loin. « Que chacun demeure dans la vocation dans laquelle [il était quand] il a été appelé. As-tu été appelé étant esclave, ne t’en mets pas en peine [c'est-à-dire ne te mets pas en peine de l’assujettissement] ; toutefois, si tu peux devenir libre, uses-en plutôt [c'est-à-dire de la liberté] ». Je suis conscient que beaucoup dans les temps anciens (Chrysostome, Théodoret, Œcum., Phot., etc.,) et modernes (Bengel, De Wette, Estius, Meyer, etc.) prennent ce dernier verset 21 tout à fait différemment, supposant qu’il veut dire : « Même si tu ne peux pas te libérer, uses-en plutôt (c’est-à-dire de l’esclavage). Préfère être esclave plutôt qu’homme libre ». Toutefois cela semble non seulement extravagant, mais c’est donner aux circonstances humaines trop de poids, comme si l’esclavage était plus favorable à la marche chrétienne que la liberté. Pourtant, même la version Syriaque articule les mots de cette manière, et telle est le point de vue adopté dans l’une des versions anglaises les plus récentes. Le vrai sens est donné dans la Version Autorisée de la Bible, et telle était la conviction des Réformateurs, et de la plupart depuis la Réforme.
… [nous omettons une page de discussions techniques sur le grec et le sens des particules]
Dans le texte que nous examinons, l’apôtre répond à la question concernant une personne appelée alors qu’elle était esclave ; il dit ceci : « ne t’en mets pas en peine » [le « en » (c'est-à-dire δουλεία) se rapportant à l’état d’esclave, compris d’après δουλος qui précède]. L’apôtre répond aussi au cas supposé où l’esclave a la possibilité de devenir libre [ce qui, bien sûr, peut éventuellement survenir], et il dit : « uses-en plutôt » [le « en » (c'est-à-dire έλευθερία) se rapportant à cette possibilité de devenir libre, comprise d’après έλεύθερος qui précède]. Le contexte ne va pas de manière décisive à l’encontre de cette manière de traduire ; en effet pour ceux qui demeurent mariés, il y a cette disposition exceptionnelle de la séparation forcée par le conjoint incrédule, et parallèlement pour l’esclave, il y a la disposition concernant l’utilisation de la liberté, et même la préférence pour la liberté. Manifestement aussi, si les célibataires ont un avantage en étant moins écartelés et plus disponibles pour s’occuper des choses du Seigneur, une remarque similaire joue peut-être autant en faveur de l’homme libre qu’en faveur de l’esclave (voir 7:32-35). Les objections sur lesquelles il a été insisté sont nulles. … [courte discussion de grammaire grecque]. Imputer de l’incohérence par rapport au contexte général, spécialement le verset 22, a déjà été montré comme erroné. Dénigrer l’opinion la plus courante du précepte apostolique comme étant de « la sagesse du monde » est injuste, et il est important de défendre son enseignement contre le manque total de sobriété de ceux qui préfèrent l’esclavage à la liberté. Galates 3:28 et 1 Cor. 7:29-31 ne se contredisent nullement. Il n’y a pas plus de poids dans l’argument relatif à χράομαι [faire usage], qui s’applique correctement autant à l’usage de la liberté comme une chose nouvelle, qu’à l’esclavage comme une chose ancienne. En outre, ce qui est exprimé de manière voulue, ce n’est pas l’action d’entrer en liberté (impliquée dans έλεύθερος γενέσθαι), mais le fait de faire usage de la liberté une fois qu’elle est accordée. …
L’apôtre explique, « car l’esclave qui est appelé dans le Seigneur est l’affranchi du Seigneur ». La forme correcte est bien « affranchi » et non pas « homme libre ». άπελεύθερος signifie quelqu’un qui a été rendu libre, non pas quelqu’un qui est né libre. C’est le terme exact ici, et il est d’autant plus marqué d’emphase que le mot « homme libre » ou né libre (έλεύθερος) est utilisé juste après. « De même aussi l’homme libre qui a été appelé est l’esclave de Christ ». Christ seul met chacun à sa place, et dans la vraie lumière : l’émancipation par des moyens humains ne peut pas le faire, ni même en approcher. L’esclave chrétien est l’homme libre du Seigneur, l’homme libre chrétien est esclave de Christ. L’autorité du Seigneur brise les chaînes de l’un, pour sa foi ; la grâce de Christ réduit l’autre à l’esclavage du point de vue de son cœur.
« Vous avez été achetés à prix ». Qu’il s’agisse de l’homme libre ou de l’esclave, tous ont été achetés. Les saints ont été achetés par le sang de Christ : il en est de même du monde entier, mais seuls les croyants le reconnaissent, et ils sont appelés à agir en conséquence. « Ne devenez pas esclaves des hommes » : une exhortation qui incombe autant à l’homme libre qu’à l’esclave. Seul un œil simple assure un véritable service, et il est pourtant la vraie liberté. Ils servaient déjà le Seigneur Christ : c’est la seule manière pour le chrétien de servir correctement dans tous les cas (*). Il est étrange de devoir dire que personne n’est si enclin à glisser dans la servitude des hommes que ceux qui professent le nom du Seigneur : c’est ce que montre la seconde épître aux Corinthiens. Mais ce n’est que de l’oubli de Christ et de l’infidélité à Son égard. Le christianisme dans sa véritable puissance confère des responsabilités tout en donnant de la liberté ; et comme cela est vrai doctrinalement, il est de toute importance de s’en souvenir dans la pratique.
(*) L’idée de Whitby est misérable ; selon lui, l’exhortation concerne les esclaves émancipés, leur enjoignant de ne pas se revendre comme esclaves. Non seulement c’est une parole adressée à tous les chrétiens, esclaves ou libres, mais c’est un avertissement contre un esclavage plus subtil dans lequel l’homme libre peut glisser autant que l’esclave.
« Frères, que chacun demeure auprès de Dieu dans l’état dans lequel il a été appelé ». «L’appel» semble signifier la condition providentielle de l’homme quand il a été appelé par Dieu, comme ici nous le voyons appliqué à la circoncision et à l’incirconcision, à la liberté et à l’esclavage. Il ne s’agit pas des occupations sur la terre, comme on le croit d’habitude, d’autant plus que certaines contiennent bien des aspects qui sont en contradiction avec la parole de Dieu et qui offensent la conscience chrétienne. Ici, tout raisonnement tendant à continuer dans le mal, parce que, par la grâce de Dieu, on a été converti malgré lui, est franchement rejeté parce que le croyant est appelé à demeurer « auprès de Dieu ». Si l’on ne peut pas continuer à être auprès de Dieu, il est grand temps de Lui demander Sa direction qui assurément n’appelle jamais un saint à faire le mal, mais au contraire l’appelle à cesser de le faire à tout prix.
L’apôtre avait parlé de la relation du mariage, et des conjoints, soit chrétiens tous les deux, soit l’un des deux seulement étant chrétien. Maintenant il s’adresse aux célibataires. « Or, pour ce qui est de ceux qui sont vierges, je n’ai pas d’ordre du Seigneur ; mais je donne mon opinion comme ayant reçu miséricorde du Seigneur pour être fidèle. J’estime donc que ceci est bon, à cause de la nécessité présente, qu’il est bon, [dis-je], à l’homme d’être tel qu’il est. Es-tu lié à une femme, ne cherche pas à en être séparé. N’es-tu pas lié à une femme, ne cherche pas de femme. Toutefois, si même tu te maries, tu n’as pas péché ; et si la vierge se marie, elle n’a pas péché. Mais ceux qui font ainsi auront de l’affliction pour ce qui regarde la chair ; mais moi, je vous épargne » (7:25-28).
Le mot « vierges » (traduisant οί παρθένοι) est d’un usage rare, mais quand même connu dans le grec classique (voir l’Index aux anthologies grecques, de Jacob) ; mais il est si inhabituel que la plupart des commentateurs du Nouveau Testament ne semblent pas disposés à l’accepter. Parmi les anciens Théodore de Mopsueste ne voyait rien de sévère dans cette expression. … Il n’y a par contre aucun doute sur le fait que ce mot convient par rapport au contexte. Que cela soit rarement employé pour des hommes chez les auteurs grecs ordinaires, cela ne peut surprendre personne de ceux qui connaissent la moralité des païens. Si donc ce terme était absolument étranger à leurs productions, je ne verrais là aucun obstacle valable à étendre son usage par des plumes chrétiennes ou apostoliques. Quel croyant limiterait άγάπη (amour) à son sens en grec classique ? Nous allons trouver plus loin un nouvel usage de ce mot, un usage naturel mais rare, qu’il est essentiel d’admettre pour comprendre correctement les derniers versets, où il est utilisé à l’égard de l’état d’un homme, mais non pas de sa fille ; mais nous verrons davantage là-dessus à sa place.
C’est la question générale de l’entrée dans la relation du mariage par un frère ou une sœur ; cela aussi, l’apôtre le résout, non pas sur la base de l’autorité du Seigneur donnant un commandement, mais en donnant son jugement personnel fondé sur l’opposition du présent siècle au christianisme. Ce n’est pas une nécessité pressante, mais une nécessité présente qui fait qu’il vaut mieux rester comme on est : telle est la force du mot partout ailleurs dans le Nouveau Testament comme dans d’autres écrits. La nécessité existait à ce moment-là, elle n’était pas simplement imminente ; et je ne connais aucune raison permettant de penser qu’elle n’existe plus ; et il en sera ainsi jusqu’à ce que le Seigneur vienne. Les hommes le nient habituellement, et les chrétiens ont trop tendance à l’oublier ; mais l’apôtre l’avait toujours devant lui, et il le place devant nous. Il ne conçoit jamais une vérité, en particulier une aussi solennelle, sans un effet correspondant sur la vie pratique. Jusqu’au jour du Seigneur, la terre restera une scène de méchanceté, de confusion et de misère : pourquoi agir comme quelqu’un qui aime y être bien installé, alors qu’on est pèlerin et étranger ? L’apôtre n’a pas devant lui le temps spécial de la grande tribulation ni celui de l’apostasie avant la venue du Seigneur en jugement, mais le fait que l’évangile rencontre nécessairement l’inimitié lorsque, dans la pureté de cet évangile, le monde découvre la sentence qui pèse sur lui en tant que non croyant et déjà jugé (Jean 3:18).
Mais l’apôtre se garde d’abuser de recommander de manière courante une vie de célibataire pour le chrétien. Les gens mariés ne doivent pas chercher la dissolution du mariage, pas plus que les célibataires n’ont à rechercher ce lien ; l’apôtre cherche tout à fait à laisser les conscience libre de se marier. Ni l’homme ni la femme ne pèchent en étant mariés, malgré l’inopportunité de le faire selon le jugement chrétien. L’affliction pour la chair est inévitable pour ceux qui se marient, et l’apôtre désirait que cela leur soit épargné.
L’apôtre revient ensuite à la question de l’estimation que la foi fait des choses présentes, qui, pour le chrétien, ne sont pas plus souvent devant lui qu’il ne faut. « Or je dis ceci, frères : le temps est difficile : désormais, c’est pour que ceux mêmes qui ont une femme soient comme n’en ayant pas ; et ceux qui pleurent, comme ne pleurant pas ; et ceux qui se réjouissent, comme ne se réjouissant pas ; et ceux qui achètent, comme ne possédant pas ; et ceux qui usent du monde, comme n’en usant pas à leur gré ; car la figure de ce monde passe » (7:29-31). Il ne développe pas des lieux communs sur la brièveté du temps, mais c’est une affirmation solennelle que le temps est désormais raccourci (c’est-à-dire, comme je le suppose, depuis la mort de Christ et l’appel de l’église) afin que le croyant tienne tout d’une main lâche, sauf Christ — tout ce dont les hommes peuvent se réjouir, si douloureux que puisse être leur sort par ailleurs. Mais le Sauveur a tout changé pour le chrétien : celui-ci regarde la terre comme le lieu de Son rejet, et il Le suit en esprit dans les cieux maintenant ouverts, d’où il L’attend en paix avec une joie ineffable et glorieuse (1 Pierre 1:8). Ce monde n’est pas plus stable que les scènes successives d’un théâtre.
La construction donnée ici dans la première proposition me semble être la bonne ; les autres impliquent de la rudesse, et rompent le fil des idées.
« Mais je voudrais que vous fussiez sans inquiétude. Celui qui n’est pas marié a le cœur occupé des choses du Seigneur, comment il plaira au Seigneur ; mais celui qui s’est marié a le cœur occupé des choses du monde, comment il plaira à sa femme. Il y a une différence entre la femme et la vierge : celle qui n’est pas mariée a le cœur occupé des choses du Seigneur, pour être sainte, et de corps et d’esprit ; mais celle qui s’est mariée a le cœur occupé des choses du monde, comment elle plaira à son mari. Mais je dis ceci pour votre propre avantage, non pour vous enlacer dans des liens, mais en vue de ce qui est bienséant, et pour que vous vaquiez au service du Seigneur sans distraction » (7:32-35). Ici, l’apôtre insiste sur ce que, par rapport aux personnes mariées, le célibataire (homme ou femme) jouit davantage de la possibilité d’échapper aux soucis des choses de la terre pour servir le Seigneur et Lui plaire. Il y a moins de poids qui ralentissent la course, et moins de distractions qui détournent l’attention du but. Pourtant, même ici, l’apôtre parle avec précaution et délicatesse. Il voulait ne mettre personne dans le pétrin, mais cherchait leur bien-être en vue d’un service pour le Seigneur dans la bienséance et sans distraction.
Ici cependant, je saisis l’occasion pour protester contre les remarques d’un commentateur récent écrivant ceci : «Depuis qu’il [l’apôtre] a écrit, le déploiement de la providence de Dieu nous a davantage enseigné sur l’intervalle précédant la venue du Seigneur que ce qu’il était donné de voir même à un apôtre inspiré. Et comme il serait parfaitement raisonnable et approprié de demander instamment à un mourant de s’abstenir de contracter de nouvelles obligations dans ce monde — mais si cette personne recouvrait la santé, il serait tout autant déraisonnable et abusif de continuer à lui demander instamment de s’en abstenir : ainsi maintenant que Dieu a manifesté Sa volonté que les nations naissent, vivent et déclinent, et que de longs siècles s’écoulent avant le jour de la venue du Christ, il serait manifestement déraisonnable d’insister pour que les considérations faites ici soient appliquées — sauf dans la mesure où ‘le temps’ de tout homme ‘est raccourci’ (7:29), et où d’autres arguments similaires sont applicables ». — Cela peut sembler plausible aux hommes de la chrétienté qui ont perdu de vue ce que l’Écriture donne sur la ruine totale de l’homme et du monde, et sur l’imminence du jugement des vivants sur lequel tous les écrits inspirés insistent, aussi réellement que ceux de Paul. À mon avis, c’est une basse et lamentable prostitution avec l’incrédulité et la mondanité, qui dérive d’une conception des plus misérables de l’autorité de la parole de Dieu. Sans doute, la vérité a été révélée d’une manière que personne ne pouvait savoir à l’avance que Dieu allongerait l’intervalle qui nous sépare de la venue du Seigneur. Mais les fondements moraux en sortent renforcés, non pas affaiblis. Maintenant l’homme apparemment mourant est seulement bien plus proche, c’est évident, du moment de la dissolution, au lieu d’avoir recouvré santé et force pour se permettre de conclure de nouvelles obligations. L’obscurité croissante des Juifs et des Gentils, et non pas de l’islamisme seulement, mais de la chrétienté professante, avertit tout œil qui peut voir de l’imminence d’une crise venant de Dieu ; tandis que la brillante espérance du chrétien, qui est avant tout d’être au ciel avec Christ, brille d’autant plus qu’il voit le jour approcher : cette espérance est tellement indépendante de toutes les circonstances !
C’est dans la section suivante que nous avons ή παρθένος (la vierge) employé comme équivalent de ή παρθενία (la virginité). Car il n’est pas question ici de la fille d’un homme, mais de son propre état. Le Seigneur mérite que nous Lui soyons entièrement dévoués. C’est la vraie estimation du chrétien. « Mais si quelqu’un estime qu’il agit d’une manière inconvenante à l’égard de sa virginité, et qu’il a passé la fleur de son âge, et qu’il faut que cela soit ainsi, qu’il fasse ce qu’il veut : il ne pèche pas : qu’ils se marient. Mais celui qui tient ferme dans son cœur, et qui n’est pas sous l’empire de la nécessité, mais qui est maître de sa propre volonté et a décidé dans son cœur de garder sa propre virginité, fait bien. Ainsi, et celui qui se marie [qui marie sa propre virginité] fait bien ; et celui qui ne se marie pas fait mieux » (7:36-38). Ceci est la clé manifeste du passage, mais apparemment cela n’a pas été vu avant que le fameux Locke l’ait observé, et produit d’excellentes raisons tirées du contexte, qui se recommandent à tout esprit impartial. La grande importance accordée aux intentions du cœur (par exemple, « de sa propre volonté » et « dans son propre cœur ») convient parfaitement s’il est question de la virginité de la personne visée, mais comment cela conviendrait-il à sa fille ? Là, cela semblerait arbitraire et inconsidéré au-delà de toute mesure. Si cela signifie de la persévérance d’une personne à rester célibataire, il est facile de voir la force de tout cela ; s’il s’agit d’une fille ou d’une pupille, cela semble hors de place. On peut s’étonner de ce que Whitby soit parmi les rares qui ont suivi l’interprétation de Locke. La phrase est sans doute particulière ; mais l’apôtre a pu être influencé par l’hébreu idiomatique qui utilise le pluriel pour l’idée abstraite. Le singulier semble plus adapté à la langue grecque, qui permet parfois un sens secondaire, comme par exemple βιος la vie et les moyens de vivre.
« La femme est liée pendant tout le temps que son mari est en vie ; mais si le mari s’est endormi, elle est libre de se marier à qui elle veut, seulement dans le Seigneur ; mais elle est, à mon avis, plus heureuse si elle demeure ainsi : or j’estime que moi aussi j’ai l’Esprit de Dieu » (7:39-40).
La fin du chapitre concerne particulièrement les veuves, et est un exemple remarquable de l’opposition entre la pensée de l’apôtre et celle des conciles de l’église, qui ont osé considérer le remariage d’une veuve comme mauvais, au point que l’église ait à refuser son approbation et ses prières. Le lien du mariage des croyants est pour la vie. La mort sépare. Non seulement le veuf, mais la veuve deviennent libres de se remarier. Mais l’apôtre donne son jugement en sens contraire : non pas pour des raisons morales que seule la superstition pourrait utiliser pour soulever des questions, mais comme l’état dans lequel il est plus heureux de demeurer. Ici également, nous n’avons pas des propos tels que ceux qui surgiront plus tard, vantant le célibat comme la plus haute des vertus chrétiennes, et dénonçant le re-mariage comme non-chrétien. Au contraire, même pour la veuve, l’apôtre considère son remariage « seulement dans le Seigneur » : une phrase qui va plus loin que le fait que les deux soient chrétiens, et qui requiert que le remariage soit selon la manière chrétienne. Pourtant, ici encore, l’apôtre met en avant des raisons spirituelles pour déterminer ce qu’il jugeait plus opportun. D’autres avaient-ils un avis différent ? S’il y avait quelqu’un en mesure de donner son jugement, c’était lui, car il estimait avoir l’Esprit de Dieu. Il était inspiré de l’exprimer ainsi, non comme s’il s’agissait d’une pensée douteuse, mais comme évitant de donner un ordre exprès du Seigneur, — plutôt comme donnant un conseil apostolique.
L’apôtre passe maintenant à un autre sujet qui présentait des dangers pour les saints à Corinthe.
« Pour ce qui est des choses sacrifiées aux idoles, nous savons, que nous avons tous de la connaissance ; la connaissance enfle, mais l’amour édifie. Si quelqu’un pense savoir quelque chose, il ne connaît pas encore comme il faut connaître ; mais si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de lui. Pour ce qui est donc de manger des choses sacrifiées aux idoles, nous savons qu’il n’y a pas d’idole [JND : qu’une idole n’est rien] dans le monde, et qu’il n’y a point de Dieu sauf un. Car aussi, s’il y en a qui sont appelés dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre, (comme il y a beaucoup de dieux et beaucoup de seigneurs), toutefois, pour nous, il y a un seul Dieu, le Père, duquel sont toutes choses, et nous pour lui, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par lequel sont toutes choses, et nous par lui. Toutefois la connaissance n’est pas en tous ; mais quelques-uns, ayant jusqu’à maintenant conscience de l’idole, mangent des choses comme sacrifiées aux idoles, et leur conscience, étant faible, en est souillée. Or la viande ne nous recommande pas à Dieu ; si nous ne mangeons pas, nous n’avons pas moins, et si nous mangeons, nous n’avons rien de plus. Mais prenez garde que votre autorité [JND : cette liberté que vous avez] ne devienne une pierre d’achoppement pour les faibles. Car si quelqu’un te voit, toi qui as de la connaissance, assis à table dans un temple d’idoles, sa conscience à lui qui est faible, ne sera-t-elle pas enhardie à manger les choses sacrifiées à l’idole ? et celui qui est faible, le frère pour lequel Christ est mort, périra par ta connaissance. Or en péchant ainsi contre les frères, et en blessant leur conscience qui est faible, vous péchez contre Christ. C’est pourquoi, si la viande est une occasion de chute pour mon frère, je ne mangerai pas de chair, à jamais, pour ne pas être une occasion de chute pour mon frère » (8:1-13).
La construction de la phrase qui commence a conduit à une différence de jugement et d’arrangement. Griesbach et Scholz, parmi les éditeurs, insèrent des parenthèses pour encadrer le texte allant depuis « Nous savons » au verset 1, jusqu’à la fin du verset 3, ce qui implique de traduire ότι par « car » ou « parce que » [8:1b : « car nous avons tous de la connaissance »]. C’était le point de vue de Luther, Bengel, Valcknaer, et d’autres [JND également] ; mais cela est sujet à l’objection que, dans la reprise de la phrase au milieu du v. 4, « ότι » après le second οίδαμεν [nous savons] signifie certainement « que ». Je suis donc disposé à le prendre ainsi dans le premier cas [c’est-à-dire à traduire les deux fois aux v. 1 et 4 « nous savons que »]. Mr. T. S. Green, etc, voudrait commencer la parenthèse avec πάντες [« tous » du v.1] ce qui donne un caractère singulièrement abrupt à la structure.
Selon ce qui me paraît le mieux supporté, l’apôtre ne conteste pas que nous, chrétiens, comme tels, ayons de la connaissance ; mais il s’empresse de montrer comment cette connaissance est vide sans cet amour qui introduit la considération des autres et, par-dessus tout, de Dieu Lui-même. Ceci l’amène à comparer la connaissance dont ils se vantaient, avec l’amour qu’ils négligeaient ou ignoraient. L’une enfle, l’autre édifie. L’amour n’est connu que dans la présence de Dieu, où le moi est jugé. Connaître selon son avis personnel, ce n’est pas de l’amour, car celui-ci est inséparable de la nouvelle nature. Celui qui est né de Dieu aime, ayant la nature de Celui qui est amour. L’apôtre ne dit cependant pas que celui qui aime Dieu connaît Dieu, mais qu’il est connu de Lui. La tournure est peut-être inattendue, et a embarrassé les critiques, mais elle est incontestablement juste. Cela ne veut pas dire que le croyant ne Le connaît pas, car en effet Le connaître c’est la vie éternelle (Jean 17:3 ; 1 Jean 4:6-18), mais c’était bien le moment pour les consciences des Corinthiens de peser qu’ils étaient connus de Lui — ce qui est une considération solennelle, mais bénie et source de bénédiction. Il n’y a pas de raison suffisante ou juste de prendre έγνωσται [est connu, ou : a été connu] dans le sens de « a été fait connaître ». C’est vraiment l’inverse (voir Gal. 4:9). Il n’est pas non plus besoin de lui donner un sens d’approbation. Le meilleur sens est le sens ordinaire.
Il semblerait aussi que le parallélisme dans la seconde moitié du verset 4 est en faveur de notre traduction de ούδέν είδωλον έν κόσμω : «il n’y a pas d’idole », plutôt que [JND] « une idole n’est rien dans le monde », bien qu’en soi, ceci soit tout aussi légitime. Il est bien vrai, comme les prophètes l’affirment, que les idoles des païens sont des vanités impuissantes ; mais ici l’apôtre semble affirmer qu’elles n’ont pas d’existence dans le monde. Il n’y a pas d’êtres tels que ceux qu’ils associaient à leurs idoles. Plus tard, il montre qu’il y avait des démons derrière ces idoles, comme en effet la loi le laissait entendre (Deut. 32:17).
L’apôtre, comme chacun peut le voir, ne se réfère pas aux décrets des apôtres (Actes 15:29), bien que nous sachions que lui et ses compagnons instruisaient les assemblées qu’ils visitaient à les observer (Actes 16:4). Il répond à la question sur des bases intrinsèques, selon le principe de son propre apostolat, mais en aucune façon comme poussant les gens à penser que les décrets apostoliques ne seraient pas contraignants pour toute l’église. Il est monstrueux d’en déduire la compétence des chrétiens, que ce soit alors ou de tout temps, pour ré-ouvrir et remettre en question une affaire déjà tranchée. Une telle idée ne pourrait conduire qu’à l’iniquité [marche sans loi] et à la présomption, surtout en présence de l’affirmation solennelle de ce qui semblait bon à l’Esprit Saint et aux apôtres (Actes 15:28). La détermination de ces derniers ne fut cependant pas amoindrie, mais confirmée, par la manière de l’apôtre de traiter la question sur le fond et de la régler pareillement. Il admet (8:5) qu’il n’y avait aucune chose telle que ce que les païens concevaient comme étant une idole, et aucun Dieu sauf un. Il insiste sur le fait que, quelle que soit la multiplicité des soi-disant dieux et seigneurs dans le ciel ou sur la terre, pour nous (8:6) il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, origine de l’univers et objet (*) de notre être et de notre obéissance, un Dieu impartial vis-à-vis de tout et devant qui tout est ouvert. Aimez le Seigneur, Jésus Christ, qui a pris la place d’administrateur de tout et de médiateur de la rédemption (fin 8:6). Mais ce serait téméraire et hasardeux, à partir de là de raisonner que cela tient compte des choses et des êtres comme ils sont vus dans la lumière de Dieu ; l’amour ne cherche pas son propre intérêt, mais l’intérêt des autres, et par-dessus tout de Jésus-Christ.
(*) Le texte de la version autorisée anglaise (milieu du v. 8) dit « nous en Lui » : il a tout à fait tort, comme beaucoup de commentateurs y compris Calvin, etc.. La correction en marge « nous pour Lui » est juste.
Mais les hommes exercés dans leur conscience sont susceptibles d’être lents à comprendre, souvent beaucoup plus lents que ceux qui sont moins exercés. C’est à eux que l’apôtre voudrait que nous pensions. Au demeurant, la connaissance, ou cette connaissance, n’est pas en tous : mais certains, avec la conscience de l’idole jusqu’à présent, mangent d’une chose sacrifié à une idole, et leur conscience, étant faible, est souillée. Ils n’étaient pas du tout assurés que ces faux dieux n’ont pas de réalité. Les manuscrits du Sinaï, du Vatican, d’Alexandrie, les Porphyriens onciaux, quatre ou cinq à écriture cursives, et plusieurs des plus anciennes versions, [Bibliquest : Carrez aussi], et aussi Lachmann et Tischendorf etc., lisent συνηθεία, c’est-à-dire « par coutume » [6:7 ils mangeaient par habitude de l’idole], au lieu de « par conscience » [ils mangeaient ayant conscience de l’idole]. Du fait qu’ils doutaient, ils étaient condamnés quand ils mangeaient ; et Satan prenait avantage sur eux par le moyen de leurs craintes coupables. L’apôtre admet que la nourriture ne nous recommandera pas à Dieu. Ceux qui plaidaient avoir droit de manger devaient s’assurer que l’exercice de ce droit ne soit pas en pierre d’achoppement aux faibles. Qu’arriverait-il si le faible l’imitait sans avoir la conscience libre, et s’enhardissait ou était affermi dans le mauvais sens, et que le frère pour lequel Christ est mort périsse ? Car l’Écriture qualifie un acte selon sa tendance, sans y remédier par les ressources de la grâce qui arrêtent l’issue fatale. Pécher ainsi contre les frères, blesser leur conscience faible, c’est pécher contre Christ. L’apôtre conclut cette partie de son sujet par une déclaration brûlante de son refus de quelque chose qui lui serait possible, si elle était l’occasion de chute pour son frère. Tel est l’amour selon Christ.
L’apôtre commence maintenant à défendre son service que certains à Corinthe avaient cherché à saper, et à défendre aussi le ministère en général qu’ils avaient tendance à corrompre. Ce à quoi il avait droit est affirmé, mais en laissant toute la place à la grâce. Car le ministère vient de Christ le Seigneur, non pas du premier homme ; et si on laisse faire l’esprit du monde, il le ruine.
« Ne suis-je pas libre ? Ne suis-je pas apôtre ? N’ai-je pas vu Jésus notre Seigneur ? N’êtes-vous pas, vous, mon ouvrage dans le Seigneur ? Si je ne suis pas apôtre pour d’autres, je le suis pour vous du moins ; car vous êtes le sceau de mon apostolat dans le Seigneur. C’est ici ma défense auprès de ceux qui m’interrogent. N’avons-nous pas le droit de manger et de boire ? N’avons-nous pas le droit de mener avec nous une sœur comme femme, comme [font] aussi les autres apôtres, et les frères du Seigneur, et Céphas ? N’y a-t-il que moi et Barnabas qui n’ayons pas le droit de ne pas travailler ? » (9:1-6).
Il avait déclaré avec beaucoup de force qu’il était prêt à renoncer à tout ce qui contribue à la vie naturelle plutôt que de mettre en danger son frère. Pourtant, il affirme très nettement à la fois son indépendance du joug de l’homme et son apostolat. La liberté allait ainsi de pair, chez lui, avec la plus grande responsabilité. Son service n’était ni vague ni secondaire. Il avait vu Jésus notre Seigneur. Ses détracteurs avaient donc tout à fait raison quand ils disaient qu’il n’était pas diplômé du collège apostolique, ni n’avait reçu aucune mission de Jérusalem. D’autres pouvaient prétendre, faussement bien sûr, à la succession des douze : Paul tirait son autorité directement du Seigneur qu’il avait vu en-haut. Les Corinthiens étaient-ils gens à mettre cela en doute ? (eux qui étaient ce « grand peuple » que le Seigneur avait dans cette ville, Actes 18:10, — eux que Paul avait engendrés par l’évangile, 1 Cor. 4:15). Était-ce là leur amour dans l’Esprit ? (Col. 1:8).
Si Paul n’était pas apôtre pour d’autres, assurément ceux qui étaient, dans le Seigneur, le sceau de son apostolat ne devaient pas nier qu’il fût apôtre pour eux (9:2). Mais quand un saint glisse hors de la présence du Seigneur, jusqu’où ne va-t-il pas dans ce qu’il dit ou ce qu’il fait ? Cela est tellement semblable aux figues de Jérémie : les bonnes figues étaient très bonnes ; les mauvaises, très mauvaises, immangeables même tellement elles étaient mauvaises. C’est chez le chrétien que le pire mal se trouve. La corruption de ce qui est le meilleur n’est pas la moindre des corruptions.
En était-on arrivé à ce que Paul passe en jugement, au moins au stade d’une enquête préliminaire pour déterminer si une action en justice contre lui aurait suffisamment de mérites ? En était-on à ce qu’il doive faire un discours ou un plaidoyer pour se défendre devant ses propres enfants dans la foi à Corinthe ? (9:3). Il affirme alors son titre d’apôtre, comme peut le faire aussi en général celui qui est ministre de la parole, et ici de l’évangile en particulier. « N’avons-nous pas le droit de manger et de boire ? » (9:4), c’est-à-dire le droit à la subsistance.
« N’avons-nous pas le droit de mener avec nous une sœur comme femme, comme [font] aussi les autres apôtres, et les frères du Seigneur, et Céphas ? » (9:5), c’est-à-dire non seulement d’épouser une sœur, mais de l’introduire là où il allait lui-même, et de la présenter auprès des saints comme un objet des soins d’amour en même temps que lui. C’était le cas des apôtres en général, notamment des frères (ou parents) du Seigneur, et surtout de Pierre (voir Matthieu 8:14).
« N’y a-t-il que moi et Barnabas qui n’ayons pas le droit de ne pas travailler ? » (9:6) C’est l’alternative ordinaire quand le serviteur n’est pas soutenu. Mais en face de la grâce qui renonce à un tel droit, les saints ne devraient jamais en profiter pour se relâcher dans leur propre devoir, clair et positif. Afin de retrancher aux faux apôtres la possibilité d’agir de manière séduisante et dans un but intéressé, en se rendant les gens favorables et en insinuant du mal contre la vérité, l’apôtre ne s’est pas servi de ce à quoi il avait droit, surtout à Corinthe, mais il a travaillé de ses propres mains, et il semble que Barnabas en faisait autant. Toutefois l’apôtre prend soin d’établir le droit incontestable de l’ouvrier spirituel à avoir un gagne-pain pour lui et pour sa famille.
C’est tout à fait à propos que ceci fait suite à son exhortation du chapitre précédent, où il reprochait un usage de la liberté susceptible d’être en achoppement aux faibles. Ce n’était certainement pas son cas, puisqu’il n’avait même pas fait usage de son droit à être supporté par eux quand il se trouvait parmi eux ; il en avait fait de même en ce qui concerne le mariage (1 Cor. 7 ; (*)) tout le long de sa carrière, dans le but de servir le Seigneur d’autant plus sans partage ; pareillement il allait dire plus tard aux anciens d’Éphèse qu’« ils savaient combien ses mains avaient été employées pour ses besoins et ceux des personnes qui étaient avec lui, et qu’il leur avait montré en toutes choses, qu’en travaillant ainsi il nous faut secourir les faibles, et nous souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui lui-même a dit : Il est plus heureux de donner que de recevoir » (Actes 20:34-35).
(*) L’ignorance des faits les plus nets et des déclarations les plus simples de l’Écriture, qui caractérise les pères, même ceux relativement proches de l’âge apostolique, serait à peine croyable, si l’on ne voyait pas la même sorte de brouillard sur les yeux de presque tous ceux qui lisent leurs écrits. Ils semblent incapables d’un jugement spirituel ou même d’un sobre jugement. Ainsi Eusèbe (H. E. iii, 30) cite Clément d’Alexandrie (Strom. iii) d’après qui «dans une certaine épître, Paul n’hésite pas à mentionner sa propre femme, qu’il ne prenait pas avec lui, afin d’exercer son ministère avec d’autant plus de diligence ». C’est là comprendre totalement de travers à la fois Philippiens 4:3 et notre chapitre, aucun de ces passages ne supposant qu’il ait été marié, tandis que 1 Cor. 7 prouve même qu’il ne l’était pas. De plus, toute une foule de pères (Tertullien, Ambroise, Augustin, Jérôme, Theodoret, etc), suivis bien entendu par les théologiens romanistes, y compris leurs deux meilleurs commentateurs (Cornelius a Lap. et Estius), interprètent 1 Cor. 9:5 comme faisant allusion à des femmes chrétiennes riches accompagnant des prédicateurs pour subvenir à leurs besoins. Il est possible qu’un contresens aussi grossier, découlant d’un faux système de pensée quant au célibat, ait conduit à la cohabitation avec des femmes pieuses, bien connue au début de l’église et condamnée par le premier concile de Nicée. — On peut ajouter ici la curieuse erreur de la Vulgate (non seulement dans les éditions imprimées, mais dans de bons manuscrits, sinon dans la plupart), hoc ou haec operandi.
Mais l’apôtre se met à montrer que même la nature enseigne quelque chose de meilleur que de négliger ceux qui servent le Seigneur dans Ses saints ou dans l’évangile : « Qui jamais va à la guerre à ses propres dépens ? Qui plante une vigne et n’en mange pas le fruit ? Ou qui paît un troupeau et ne mange pas du lait du troupeau ? Est-ce que je dis ces choses selon l’homme ? Ou bien la loi ne dit-elle pas ces choses ? Car dans la loi de Moïse il est écrit : «Tu n’emmuselleras pas le bœuf qui foule le grain». Dieu s’occupe-t-il des bœufs ? ou parle-t-il entièrement pour nous ? Car c’est pour nous que cela est écrit, parce que celui qui laboure doit labourer avec espérance, et celui qui foule le grain doit le fouler dans l’espérance d’y avoir part. Si nous avons semé pour vous des biens spirituels, est-ce beaucoup que nous moissonnions de vos biens charnels ? Si d’autres ont part à ce droit sur vous, ne l’avons-nous pas bien plus ? Mais nous n’avons pas usé de ce droit, mais nous supportons tout, afin de ne mettre aucun obstacle à l’évangile du Christ. Ne savez-vous pas que ceux qui s’emploient aux choses sacrées mangent [de ce qui vient] du temple ; que ceux qui servent à l’autel ont leur part de l’autel ? De même aussi, le Seigneur a ordonné à ceux qui annoncent l’évangile, de vivre de l’évangile » (9:7-14).
Tous vivent du revenu de leur travail, soldat, agriculteur, berger. Le bien-fondé de ceci, selon l’homme, est inattaquable : la loi de Dieu parle-t-elle autrement ? Elle va même plus loin dans ce sens ; si Dieu parlait de ne pas emmuseler le bœuf pendant qu’il foule [le grain], Il n’avait pas en vue le bétail, mais Son peuple, Ses serviteurs dans la parole. L’image est gardée avec exactitude : « Celui qui laboure doit labourer avec espérance, et celui qui foule le grain [doit le fouler] dans l’espérance d’y avoir part », la dernière phrase étant plus appropriée du fait que le temps du partage était évidemment proche.
Il est bon de noter au verset 11 la mise en garde contre l’objection de manque d’analogie, du fait que le travailleur spécifié dans le passage reçoit en nature, tandis que le travailleur spirituel peut avoir besoin d’aide dans les choses de la vie. L’apôtre répond aux arguties absurdes ou égoïstes en montrant l’obligation a fortiori d’une récompense, tout comme ce qui est de l’Esprit transcende ce qui est de la chair. « Si nous avons semé pour vous des [biens] spirituels, est-ce beaucoup que nous moissonnions de vos [biens] charnels ? ».
Il en appelle, au verset 12, à leur propre pratique par laquelle ils reconnaissaient le droit qu’avait d’autres [serviteurs]. « Si d’autres ont part à ce droit sur vous, ne l’avons-nous pas bien plus ? » Il prend soin cependant de montrer qu’il était entièrement au-dessus de buts égoïstes en plaidant ainsi pour le serviteur de Dieu et pour le droit qu’il a à être supporté : « Mais nous n’avons pas usé de ce droit, mais nous supportons tout, afin de ne mettre aucun obstacle à l’évangile du Christ ». Il voulait plaider pour les autres, et pour leurs droits, et pour le devoir des saints aux besoins desquels on subvient sur la base d’une prise en compte correcte du travail accompli ; mais il n’a pas usé de ce droit pour lui-même, supportant au contraire toute sorte d’épreuves, afin de ne mettre aucune entrave pour l’évangile.
Enfin l’apôtre tire un témoignage à partir du système lévitique, mis en contraste à bien des égards avec l’évangile : ceux qui officiaient étaient identifiés avec ce qui était apporté au temple et mis sur l’autel. L’Éternel étant la portion et l’héritage de la sacrificature parmi les fils d’Israël ; Il leur donnait une part dans Ses offrandes et Ses sacrifices. Pareillement maintenant, sous l’évangile, le Seigneur n’oublie pas ceux qui le prêchent, mais Il leur prescrit d’en tirer leur subsistance, bien qu’il puisse y avoir des cas exceptionnels comme le sien, lui qui a écrit la règle pour nous.
L’apôtre avait maintenant affirmé le principe ; toutefois c’était en faveur des autres, non pas pour lui. Il prend soin de le faire comprendre aux Corinthiens. Il avait écrit dans l’amour, pour la gloire du Seigneur, « mais », dit-il, « moi je n’ai usé d’aucune de ces choses, et je n’ai pas écrit ceci, afin qu’il en soit fait ainsi à mon égard ; car il serait bon pour moi de mourir, plutôt que [de voir] quelqu’un anéantir ma gloire. Car, si j’évangélise, je n’ai pas de quoi me glorifier, car c’est une nécessité qui m’est imposée, car malheur à moi si je n’évangélise pas. Car, si je fais cela volontairement, j’en ai un salaire ; mais si c’est malgré moi, une administration m’est confiée » (9:15-17).
L’amour divin prend soin des autres, et se sacrifie lui-même. L’apôtre était l’exemple vivant de l’évangile qu’il prêchait. Il y avait des droits, et la grâce ne les oublie pas pour les autres, mais elle ne s’en prévaut pas pour elle-même. L’apôtre répudie même vivement une telle pensée dans le cas présent. C’était vivre Christ dans ses sentiments et en action, — Christ qui enseignait qu’il était plus béni de donner que de recevoir (Actes 20:35). Sa vie et Sa mort étaient le plein accomplissement de cette vérité ; et l’apôtre n’en était pas un témoin médiocre, quoiqu’il fût un homme ayant les mêmes passions que nous (Actes 14:15). Il n’a pas non plus manqué d’imitateurs dans ce domaine, comme lui aussi l’était de Christ (11:1). Il ne voulait pas fournir une occasion à ceux qui en cherchaient une à Corinthe (cf. 2 Cor. 11:12). D’autres avaient eu des raisons tout aussi graves pour agir pareillement.
Il est aussi important de voir que prêcher n’est pas une chose dont on a à se vanter. C’est une obligation — un devoir envers Celui qui a appelé, et qui a conféré un don justement à cet effet. C’est donc une nécessité imposée, non pas un office honorifique à revendiquer, ni un droit à réclamer. Christ a le droit d’envoyer des ouvriers dans Sa vigne, et Il en envoie. Il s’ensuit ipso facto une nécessité imposée à celui qui est envoyé. Selon l’Écriture, l’église n’envoie jamais quelqu’un prêcher l’évangile. Les relations sont faussées par une prétention de ce genre. De plus, Celui qui envoie, dirige aussi l’ouvrier. Il est d’une importance capitale que cela soit maintenu, avec la responsabilité directe vis-à-vis du Seigneur. C’est pour cela que l’apôtre ajoute : « Car malheur à moi si je n’évangélise pas ». Sans doute celui qui le fait volontairement a une récompense, et le cœur va de pair avec le travail béni, quels que soient la dureté et l’opprobre qui l’accompagnent. Mais si ce n’est pas de sa propre volonté, une administration ou un service sont confiés à cette personne. Or, il est demandé à l’administrateur d’être trouvé fidèle (4:2).
« Quel est donc mon salaire ? C’est que, en évangélisant, je rends l’évangile exempt de frais, pour ne pas user comme d’une chose à moi de mon droit dans l’évangile » (9:18). Il était approprié qu’une personne comme l’apôtre, appelé d’un appel extraordinaire, agisse avec une grâce extraordinaire ; et c’est ce qu’il a fait. Il a rendu l’évangile exempt de frais pour les autres, tout le coût étant pour lui. Il ne se servait pas pour lui-même de son droit à être supporté. Il n’est pas question ici d’«abus», pas plus qu’au ch. 7 v. 31 [« ceux qui usent du monde »]. Il s’agit seulement d’abandonner son droit pour des raisons particulières de grâce, et c’est d’autant plus beau chez un homme qui avait un sens de la justice probablement plus profond que celui d’aucun homme ayant jamais vécu ici-bas. Le plaidoyer pour les droits des autres était donc d’autant plus incontestable qu’il ne s’y mêlait absolument aucun désir pour lui-même.
« Car, étant libre à l’égard de tous, je me suis asservi à tous, afin de gagner le plus de gens ; et pour les Juifs, je suis devenu comme Juif, afin de gagner les Juifs ; pour ceux qui étaient sous la loi, comme si j’étais sous la loi, n’étant pas moi-même sous la loi, afin de gagner ceux qui étaient sous la loi ; pour ceux qui étaient sans loi, comme si j’étais sans loi (non que je sois sans loi quant à Dieu, mais je suis justement soumis à Christ), afin de gagner ceux qui étaient sans loi. Je suis devenu pour les faibles [comme] faible, afin de gagner les faibles ; je suis devenu toutes choses pour tous, afin que de toute manière j’en sauve quelques-uns. Et je fais toutes choses à cause de l’évangile, afin que je sois coparticipant avec lui » (9:19-23).
Quel reflet brillant de l’esprit de l’évangile ! L’apôtre était prêt à céder partout où Christ n’était pas concerné. Il était libre, mais libre d’être esclave de tous, afin de pouvoir gagner le plus possible pour Christ, non pas à ses fins propres. Ainsi parmi les Juifs, il ne soulevait aucune question au sujet de la loi. Son cœur était fixé sur leur salut ; il ne voulait pas être mis de côté pour des questions de loi. Il devenait comme un Juif ; mais en déclarant que, vis-à-vis de ceux qui sont sous la loi, il était comme sous la loi, il préserve soigneusement sa position en grâce par le membre de phrase mis de côté par tant de copies plus récentes, et par le « Texte Reçu » : « n’étant pas moi-même sous la loi », afin de gagner ceux qui étaient sous la loi. Voilà le seul gain qu’il cherchait : non pas leurs biens, mais eux-mêmes ; et eux-mêmes pour Dieu, — non pas pour les façonner selon ses opinions ou ses préjugés.
Il en était de même avec les Gentils (comp. Gal. 4:12). Telle est l’élasticité de la grâce : « Pour ceux qui sont sans loi, comme si j’étais sans loi » (9:21), mais il prend soin de rajouter : « n’étant pas sans loi vis-à-vis de Dieu, mais dûment et légitimement soumis à Christ, afin de pouvoir gagner ceux qui sont sans loi (9:21b). Il ne sert à rien de parler de caractère naturel ou d’éducation. Si jamais il y eut une âme rigidement liée par la tradition pharisienne dans ses limites les plus étroites, c’était bien Saul de Tarse. Mais « si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création : les choses vieilles sont passées ; voici, toutes choses sont faites nouvelles » (2 Cor. 5:17). Tel était l’apôtre Paul ; et c’est de cette manière qu’il vivait et travaillait, et que maintenant il nous parle de manière vivante. Il ne voulait pas blesser les scrupules des plus faibles ; au contraire, pour les faibles il devenait faible, afin de pouvoir gagner les faibles (9:22a) ; en bref il pouvait dire, et il le disait : « je suis devenu toutes choses pour tous, afin que de toute manière j’en sauve quelques-uns » (9:22b). Ce n’était pas, comme certains qui tordent misérablement ses paroles, pour excuser leurs agissements indignes avec le monde, et par-là pour épargner leur propre chair, ce qui revient vraiment à devenir la proie de Satan. Sa façon d’agir était un sacrifice de soi par cette foi qui n’a pour objet que Christ Lui-même et la mise au contact de Son amour de toute âme à sa portée.
« Ne savez-vous pas que ceux qui courent dans la lice courent tous, mais un seul reçoit le prix ? Courez de telle manière que vous le remportiez. Or quiconque combat dans l’arène vit de régime en toutes choses ; eux donc, afin de recevoir une couronne corruptible ; mais nous, [afin d’en recevoir] une incorruptible. Moi donc je cours ainsi, non comme ne sachant pas vers quel but ; je combats ainsi, non comme battant l’air ; mais je mortifie mon corps et je l’asservis, de peur qu’après avoir prêché à d’autres, je ne sois moi-même réprouvé » (9:24-27).
L’image tirée des jeux frappait d’autant les Corinthiens qu’ils étaient habitués aux jeux de l’Isthme. Son usage était ainsi claire pour tous. Spirituellement, le prix n’est pas pour un seul, mais pour tous, si tous courent bien. Mais, même dans les jeux les candidats doivent être sobres en toutes choses (2 Tim. 4:5), même si leur couronne n’était qu’une couronne périssable, alors que la nôtre est éternelle.
L’apôtre applique alors cette image avec une beauté touchante, non pas aux Corinthiens fautifs, mais à lui-même. De sa part, ce n’était pas de la rhétorique d’école ou de tribunal, mais la parole de Christ en vue du ciel. Il tourne donc les images sur lui-même pour leur bien, s’il est permis d’appliquer son propos de 1 Cor. 4:6. « Moi donc je cours ainsi, non comme ne sachant pas vers quel but » (9:26a). Qu’en était-il d’eux ? « Je combats ainsi, non comme battant l’air » (9:26b). C’était malheureusement leur habitude, hélas ! et ils y étaient portés, comme toute l’épître le montre, spécialement les chapitres 14 et 15. « Mais je mortifie mon corps et je l’asservis, de peur qu’après avoir prêché à d’autres, je ne sois moi-même réprouvé » (9:27).
Ah ! si les Corinthiens s’étaient conduits de cette manière vis-à-vis d’eux-mêmes ! Hélas! Ils régnaient comme des rois, tandis que les apôtres étaient, pour ainsi dire, voués à la mort (4:8-9). Il est totalement faux de croire que les propos de l’apôtre supposent une crainte quelconque de perdition pour son âme. Il avait des craintes graves pour ceux qui vivaient à leur aise et insouciamment. On peut très bien prêcher aux autres, et être soi-même perdu ; mais alors on ne mortifie pas son corps, ni ne l’asservit. Si l’apôtre avait vécu sans conscience, il aurait été certainement perdu, ce qui fut effectivement le cas de l’un des douze. Il nous est montré ici le lien indissoluble entre une marche sainte le long du chemin, et la vie éternelle à la fin de celui-ci. Qui peut en douter ? Et pourquoi faire une difficulté avec ce passage ? Il serait effectivement difficile, si l’apôtre parlait d’être né de nouveau et ensuite de devenir réprouvé : dans ce cas la vie ne serait pas éternelle ; mais il ne dit rien de la sorte. Il montre seulement le danger solennel et la ruine certaine si l’on prêche sans que la pratique corresponde. C’est ce que les Corinthiens avaient besoin d’entendre à ce moment-là, comme nous aussi, nous avons besoin de le peser maintenant. Prêcher ou enseigner la vérité aux hommes sans la réalité, sans le jugement de soi-même et sans le renoncement de soi devant Dieu, voilà qui est ruineux. C’est nous tromper nous-mêmes, — non pas Lui, dont on ne se moque pas (Gal. 6:7). Les chrétiens qui ont le plus profondément besoin de veiller et prier, sont ceux qui sont très occupés à manier la parole de Dieu et à guider les autres dans les voies du Seigneur. Il est tellement facile pour eux d’oublier que pratiquer la vérité est la responsabilité commune à tous, et que l’enseigner aux autres avec le plus grand zèle ne remplace pas l’obéissance personnelle à la vérité comme étant sous le regard de Dieu ! Une marche spirituelle, ce n’est pas de la sincérité ; et de beaux discours élevés, sans exercice de conscience, exposent à un prochain naufrage.
L’apôtre avait mis en garde les Corinthiens contre la négligence et l’auto-indulgence, se citant lui-même comme devant être un réprouvé s’il prêchait sans que le corps soit asservi. Il fait maintenant une application explicite de l’histoire d’Israël d’après l’Écriture pour confirmer l’exhortation.
« Car je ne veux pas que vous ignoriez, frères, que nos pères ont tous été sous la nuée, et que tous ils ont passé à travers la mer, et que tous ils ont été baptisés pour Moïse dans la nuée et dans la mer, et que tous ils ont mangé la même viande spirituelle, et que tous ils ont bu le même breuvage spirituel, car ils buvaient d’un rocher spirituel qui les suivait : et le rocher était le Christ. Mais Dieu n’a point pris plaisir en la plupart d’entre eux, car ils tombèrent dans le désert. Or ces choses arrivèrent comme types de ce qui nous concerne, afin que nous ne convoitions pas des choses mauvaises, comme ceux-là aussi ont convoité. Ne soyez pas non plus idolâtres, comme quelques-uns d’eux, ainsi qu’il est écrit : «Le peuple s’assit pour manger et pour boire, et ils se levèrent pour jouer». Ne commettons pas non plus la fornication, comme quelques-uns d’eux ont commis la fornication, et il en est tombé en un seul jour vingt-trois mille. Ne tentons pas non plus le Christ, comme quelques-uns d’eux l’ont tenté et ont péri par les serpents. Ne murmurez pas non plus, comme quelques-uns d’eux ont murmuré et ont péri par le destructeur. Or toutes ces choses leur arrivèrent comme types, et elles ont été écrites pour nous servir d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints » (10:1-11).
Israël est cité à titre d’avertissement pour ceux qui professent Christ. Les Corinthiens se vantaient-ils de leurs privilèges et de leurs dons ? Il leur est montré ici le peu de sécurité que confèrent des institutions telles que le baptême et la Cène du Seigneur à ceux qui se reposent sur elles. «Car (*) je ne veux pas que vous ignoriez, frères, que nos pères ont tous été sous la nuée, et que tous ils ont passé à travers la mer, et que tous ils ont été baptisés pour Moïse dans la nuée et dans la mer » (10:1-2). — Les prédicateurs n’étaient pas les seuls à être en danger, mais aussi les professants — non pas certains, mais tous. L’ancien peuple de Dieu en était témoin, lui qui, pareillement aux professants, ne mettait pas sa confiance en Dieu, mais dans Ses actes et Ses ordonnances dont ils étaient les premiers bénéficiaires ; et cela dès le début, et non pas en des jours de formalisme froid et mort. Le cœur d’incrédulité est tellement prêt à s’écarter du Dieu vivant ! Se prévaloir des institutions du Seigneur, comme initiation ou même en permanence est fatal.
(*) C’est la leçon correcte, γάρ et non pas δέ — « car » et non pas « maintenant » ni « en outre » comme dans la version autorisée anglaise.
Un commentateur considérait récemment ce passage comme une protestation inspirée contre les individus ou les sectes qui voudraient rabaisser la dignité des sacrements, ou en nier la nécessité. À mon avis, l’objectif semble tout à fait différent : il s’agissait de mettre en garde ceux qui avaient été baptisés et qui participaient à la Cène du Seigneur contre l’illusion que tout était donc en ordre et sain, et qu’ils ne pouvaient pas pécher gravement et périr misérablement. L’apôtre réfute solennellement les superstitions et l’erreur antinomienne [opposée à la loi] selon laquelle on doit nécessairement avoir la vie du seul fait de la participation à ces rites. Il n’en est rien ; les israélites avaient tous été sous la nuée, ils avaient tous passé à travers la mer ; on pouvait donc dire qu’ils avaient tous été baptisés pour Moïse, là et alors ; mais à quoi cela avait-il abouti ? Il est pourtant impossible de supposer ici qu’on avait affaire à une masse extérieurement professante, n’ayant eu que le privilège initiateur, sans rien de plus ; car l’apôtre prend spécialement soin de montrer qu’ils avaient tous « mangé la même viande spirituelle, et que tous ils avaient bu le même breuvage spirituel, car ils buvaient d’un rocher spirituel qui les suivait : et le rocher était le Christ » (10:4).
Nous avons ici (10:4) figurativement le signe extérieur le plus élevé, celui qui correspond à la Cène du Seigneur, et non pas seulement au baptême. Or le point spécifique exprimé ici consiste à nier qu’il y eût nécessairement la vie chez ces participants, et encore moins de l’efficacité dans les signes. Ce sur quoi l’apôtre insiste, c’est vraiment l’importance de la marche sainte de la foi chez ceux qui participaient, et il ne s’agit pas du tout de prôner les sacrements, et encore moins d’affirmer la nécessité de ce que personne ne songeait à nier.
Mais il faut aussi se méfier d’une notion erronée qui a induit en erreur la plupart des protestants, certains partiellement, d’autres totalement, mais tous de manière incohérente. Ils supposent que par l’expression «tous nos pères », l’église chrétienne est considérée comme la continuation des Juifs, et le croyant comme la vraie descendance d’Abraham. Quel que soit l’enseignement donné ailleurs dans certaines limites, il est évident qu’ici l’apôtre n’enseigne rien de la sorte. « Car je ne veux pas que vous ignoriez, frères, que nos pères ont tous été… » : cette phrase maintient la distinction dont on cherche à se débarrasser. Il n’y a aucune fusion des Juifs du passé avec les Gentils qui croient maintenant. La même distinction est maintenue en Éphésiens et en Galates. La différence disparaît dans l’assemblée (ou : église) et en Christ. Il y a unité en Lui, ce qui est l’effet du baptême de l’Esprit, qui forme le seul corps (1 Cor. 12:13). Mais ce n’est pas vrai rétroactivement, comme on le croit communément, et comme on le tire inintelligemment de paroles comme celles-ci.
Et encore, un écrivain aussi sensé que Calvin est tombé dans un point de vue apparenté, mais encore plus grossier, selon lequel l’apôtre, par les mots «la même» et «le même», identifie les sacrements de l’ancienne et de la nouvelle dispensation. Voici ce qu’il dit : « C’est un dogme bien connu de la scolastique, que les sacrements de l’ancienne loi étaient des symboles de la grâce, tandis que les nôtres confèrent la grâce. Ce passage convient admirablement pour réfuter cette erreur, car il montre que la réalité du sacrement était tout autant présentée à l’ancien peuple de Dieu qu’elle l’est à nous. C’est donc une vile rêverie des Sorbonistes, que les saints pères sous la loi avaient les signes sans avoir la réalité. Certes je reconnais que l’efficacité des signes nous a été fournie tout de suite plus clairement et plus abondamment, dès le moment de la manifestation de Christ en chair, que ce qu’en possédaient les pères… Certains expliquent que cela signifie que, ensemble, les Israélites mangeaient la même viande entre eux, et ils ne veulent pas que nous comprenions qu’il y a une comparaison entre nous et eux ; alors ils ne discernent pas le but de Paul. Car ne veut-il pas dire autre chose sinon que l’ancien peuple de Dieu était honoré des mêmes avantages que nous, et participaient aux mêmes sacrements, afin que nous ne mettions pas notre confiance dans quelque privilège particulier, et que, par-là, nous ne puissions pas imaginer que nous serions exemptés du châtiment qu’ils endurèrent ? » (Calvin, Transl. Soc. in loc. Edinb. 1848).
Il est clair que l’apôtre dresse une analogie entre Israël et les chrétiens ; mais le langage même qu’il emploie, selon lequel les choses qui leur arrivèrent étaient des « types » ou des figures de ce qui nous concerne (10:6), aurait dû empêcher soit d’identifier Israël et les chrétiens, soit d’identifier au baptême et à la Cène du Seigneur des faits qui leur ressemblent plus ou moins. Sans doute, les docteurs de la Sorbonne avaient tort de nier pratiquement la foi vivifiante qu’avaient les pères sous la loi, mais Calvin a tort de manière encore plus coupable si, trompé par leur erreur des sacrements qui sauvent maintenant, il conçoit que les signes sous la loi étaient ainsi également efficaces. Christ seul, reçu par la foi, a le pouvoir de vivifier, par l’Esprit Saint, tant autrefois que maintenant ; mais maintenant il y a l’accomplissement, tandis qu’à l’époque il n’y avait que la promesse. Les saints d’autrefois avaient la suspension des péchés ; les saints de maintenant ont la rémission, et la vie en abondance, et le don de l’Esprit. C’est infiniment plus qu’une différence de degré seulement, comme tant de protestants le rêvent, pour ne pas parler de l’obscurité papiste ; mais leur légalisme, là où ils ne sont pas les victimes du rationalisme, les prive de discernement autant que de puissance. Le voile est sur leurs yeux, quoiqu’il ne soit pas sur leur cœur.
En ce qui concerne l’interprétation, il est évident qu’en disant « tous mangeaient la même viande spirituelle », l’apôtre parle des pères, non pas des Corinthiens ni des autres chrétiens, le sujet de l’avertissement et de l’instruction étant que « Dieu n’a point pris plaisir en la plupart d’entre eux, car ils tombèrent dans le désert ». Par conséquent dans ces versets, il ne parle que d’Israël, et en aucune façon il n’affirme l’identité de leur manne et de leur eau avec nos signes de la mort de Christ, ce que les hommes appellent les sacrements. Le sens n’est donc pas qu’ils étaient dans la même condition que nous ni qu’ils avaient les mêmes sacrements que nous, mais que, bien qu’ils participassent tous à la même viande spirituelle et au même breuvage spirituel, Dieu n’a pas pris plaisir en la plupart d’entre eux. Le droit en tant que peuple de Dieu et la participation aux privilèges sacrés [pour Israël], qui sont expressément comparés aux deux institutions qui nous sont si familières dans la chrétienté, n’ont pas empêché la plupart d’entre eux de tomber dans le désert sous l’effet des jugements divins.
Ensuite l’apôtre nous montre comment les choses qui sont arrivées dans leur cas, sont des «types de ce qui nous concerne, afin que nous ne convoitions pas des choses mauvaises, comme ceux-là aussi ont convoité » (10:6). C’est général, mais ces choses qui étaient un danger pour les Corinthiens sont spécifiées les unes après les autres :
« Ne soyez pas non plus idolâtres, comme quelques-uns d’eux, ainsi qu’il est écrit : «Le peuple s’assit pour manger et pour boire, et ils se levèrent pour jouer» (10:7). Ils avaient commencé par céder à l’assouvissement de la chair ; puis l’excitation du plaisir avait suivi ; tout ceci aboutit au résultat qu’on voit dans l’écriture citée : le jugement. Les Corinthiens n’étaient-ils pas en danger ?
« Ne commettons pas non plus la fornication, comme quelques-uns d’eux ont commis la fornication, et il en est tombé en un seul jour 23000 » (10:8). Dans l’histoire de Nomb. 25 où il est dit que 24000 moururent de la plaie, il n’est pas précisé « en un jour » comme ici, où nous entendons parler de mille de moins. Pour moi, une telle différence implique une très grande exactitude, et je n’ai pas nommé tous les points de distinction qui méritent la considération du lecteur attentif, même si le sujet peut paraître insignifiant et que, pour quelques hommes graves, il ne s’agit que d’une question de chiffres globaux en plus ou en moins du nombre réel.
« Ne tentons pas non plus le Christ, comme quelques-uns d’eux l’ont tenté et ont péri par les serpents » (10:9). Tenter, c’était mettre en doute Sa présence et Son action en leur faveur en tant qu’Israël, non pas seulement « dix fois » (Nomb. 14), mais aussi juste avant que l’Éternel n’envoie des serpents brûlants pour les faire périr.
« Ne murmurez pas non plus, comme quelques-uns d’eux ont murmuré et ont péri par le destructeur » (10:10). À moins que ce ne soit d’ordre général, ceci semble faire allusion à la contradiction de Coré et de son groupe, qui excitèrent tant les mauvaises langues en Israël.
« Or toutes ces choses leur arrivèrent comme types, et elles ont été écrites pour nous servir d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints » (10:11). Il ne peut y avoir de règle plus importante pour une lecture intelligente et profitable des oracles de l’Ancien Testament. Les faits leur arrivèrent à eux, mais ils furent divinement transcrits en types systématiques, ou formes de vérité, pour nous avertir, nous qui nous trouvons à un moment si critique de l’histoire du monde. Ils contiennent donc beaucoup plus que des leçons morales, si importantes soient-elles. Ils divulguent ce qu’est le cœur de l’homme, et révèlent les pensées et les affections de Dieu, mais ils donnent une instruction très grande et profonde à l’aide d’événements qui illustrent de vastes principes, comme la grâce souveraine d’une part, et la loi pure de l’autre, avec un système mélangé de gouvernement sur une base légale, tandis que la miséricorde et la bonté agissaient par le biais d’un médiateur, qui intervint quand le peuple adora un veau en Horeb. Il y a donc un caractère ordonné autant que prophétique, dans la manière dont ces incidents sont présentés, lesquels, lorsqu’ils sont éclairés par la lumière de Christ et Sa rédemption et la vérité maintenant révélée, prouvent leur inspiration d’une manière évidente pour celui qui a l’enseignement du Saint Esprit. Israël fut seulement le témoin des faits, et l’écrivain a pu, par l’Esprit de Dieu, les enregistrer dans un ordre dépassant largement ses propres pensées, ainsi que l’intelligence de qui que ce soit avant la rédemption ; mais maintenant que cette œuvre puissante de Dieu est accomplie, leur sens figuré se distingue au sein d’un vaste système, et avec une profondeur qui révèle le véritable Auteur comme étant Dieu, et non pas l’homme. Que ce soit notre bonheur non seulement de connaître la vérité, mais de la mettre en pratique !
L’histoire d’Israël selon l’Écriture est donc extrêmement solennelle et instructive. Elle a été racontée ainsi par l’Esprit de manière à servir de type de ce qui nous concerne. « Ainsi, que celui qui croit être debout prenne garde qu’il ne tombe. Aucune tentation ne vous est survenue qui n’ait été une tentation humaine ; et Dieu est fidèle, qui ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de ce que vous pouvez [supporter], mais avec la tentation il fera aussi l’issue, afin que vous puissiez la supporter » (10:12-13).
Chez les Corinthiens, une source de danger était précisément la confiance en soi, comme chez chacun de nous. Dans le monde tel qu’il est, et dans l’homme tel qu’il est, on est constamment exposé, car le mal existe, et il ne manque pas d’ennemi pour en profiter ; et le peuple de Dieu est spécialement visé par leurs menées malveillantes pour déshonorer le Seigneur. Si d’autres dorment dans la mort toujours présente, ceux qui sont vivants pour Dieu en Christ ont besoin de veiller et prier.
Mais d’autre part, les Corinthiens n’avaient été éprouvés par aucune tentation allant au-delà de ce qui est le sort de l’homme : Christ, dans les jours de Sa chair, a été tenté au-delà, non seulement à la fin de Son service, mais déjà au commencement, — non seulement en toutes choses comme nous, à part le péché (Héb. 4:15), mais au-delà de ce qui est humain, comme par exemple sa tentation de quarante jours dans le désert. Or nous ne pouvons surmonter nos petites épreuves, comme Lui les grandes, qu’en étant dépendants de Dieu et obéissants à sa Parole que l’Esprit revêt de puissance contre Satan. Nous pouvons, et devons, nous confier en Dieu. Si Dieu qui nous a appelés à la communion de Son Fils est fidèle (1:9), Il l’est tout autant en ne permettant pas que nous soyons tentés au-delà de la mesure. C’est par Sa puissance que les saints sont gardés par la foi, non pas par leur persévérance. C’est pourquoi Il fait également l’issue ou la délivrance, et cela non pas en ôtant l’épreuve, mais en rendant les Siens capables de l’endurer.
Maintenant vient l’avertissement spécial. « C’est pourquoi, mes bien-aimés, fuyez l’idolâtrie. Je parle comme à des personnes intelligentes : jugez vous-mêmes de ce que je dis. La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion du sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion du corps du Christ ? Car nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous à un seul et même pain » (10:14-17).
Considérer l’idolâtrie comme impossible pour un chrétien, c’est de la plaisanterie. C’est ce que faisaient les Corinthiens. Ils savaient, disaient-ils, que l’idole n’est rien, et par conséquent ce n’était rien pour eux de manger des viandes qui avaient été offertes aux idoles païennes ; bien plus, ils pouvaient aller plus loin, et s’asseoir pour manger dans les temples païens. L’apôtre, au contraire, maintient le principe qu’on peut être participant à un mal qu’on ne commet pas soi-même, spécialement dans les choses sacrées. La vraie sagesse dans de tels cas, c’est de rester totalement à l’écart (10:14). C’est mal utiliser la connaissance que de participer, ou même simplement de donner l’apparence de participer, à ce qui est religieusement faux. C’est en vain qu’on prétend ne pas mettre son cœur dans ce qu’on se permet extérieurement, — c’est vain non seulement moralement, mais parce que c’est un manque d’égard pour Christ, et c’est ignorer les ruses de Satan. Le chrétien n’est-il pas racheté de l’esclavage de l’ennemi ? N’a-t-il pas été acheté à prix pour glorifier Dieu ? L’apôtre leur fait tout de suite juger par eux-mêmes en les mettant en face de l’institution centrale et permanente de la communion de l’assemblée. Où était leur intelligence pratique maintenant ? « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion du sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion du corps du Christ ? » (10:15)
En clair, l’apôtre raisonne à partir du symbole public de la communion chrétienne ; il ne le prescrit pas pour corriger quelque mauvaise observance : autrement il n’aurait pas mis ici la coupe avant le pain. Il commence son appel par ce qui avait le sens le plus profond quant à Christ ; il met en second lieu ce qui représente de manière tout à fait frappante la communion des saints avec Christ comme un seul corps. Le point de vue est choisi de manière à faire la meilleure comparaison avec les sacrifices de prospérité d’Israël et les sacrifices des païens. Il y a communion dans chacun de ces cas. Les adorateurs partagent ensemble ce qui les distingue de tous les autres. Dans le cas de l’assemblée, c’est le sang et le corps de Christ. Le sang de Christ éveille les pensées les plus sérieuses chez le chrétien ; le corps de Christ évoque l’unité la plus intime possible, « car nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous à un seul et même pain » (10:17). Il n’y a ni transsubstantiation (église catholique) ni consubstantiation (Luthéranisme). C’est le pain que nous rompons, c’est le pain unique auquel nous participons tous. Ce qu’il représente, c’est l’unique corps de Christ ; et si le pain était effectivement ce corps, de la même façon nous qui sommes plusieurs (ou : nombreux), nous serions aussi un seul pain. Ce passage, comme les autres qui en parlent, est tout à fait incompatible avec le Romanisme ou le Luthéranisme, qui ne présentent ici que de simples superstitions, non pas la vérité de Dieu. Les passages sur lesquels ils essaient de baser leurs erreurs sont justement ceux qui les réfutent.
Il n’y a pas la moindre pensée d’une consécration sacerdotale des éléments. « La coupe de bénédiction que nous bénissons », « le pain que nous rompons », prouvent que ce n’est pas l’acte d’une personne unique investie d’un pouvoir extraordinaire et d’une autorité transmise. C’est « nous » et « nous qui sommes plusieurs » dans un contexte qui parle de « moi » et de « vous ». Toute individualité de ce genre disparaît dans cette fête, comme étant radicalement opposée à sa nature. Personne entrant vraiment dans l’esprit de cette fête ne pourrait défigurer la communion au point de faire que le ministre la reçoive d’abord lui-même dans les deux espèces, puis continue en la transmettant au clergé éventuellement présent, et après cela au peuple, dans l’ordre. Quelqu’un de fidèle à son sens scripturaire pourrait-il dire : « Le corps… qui a été donné pour toi (Luc 22:19 donné pour vous), le sang… qui a été versé pour toi (Luc 22:20 versé pour vous) » ? Encore moins peut-il y avoir un contraste tel avec les paroles du Seigneur, dans la lettre et dans l’esprit, un oubli tel, même de la forme, que ceux de l’hostie expressément non rompue placée par le prêtre sur la langue, et l’absence de coupe pour le communiant. Voilà des signes tangibles et fatals d’une chrétienté en guerre avec le Seigneur, qui annule Sa parole et éteint le Saint-Esprit. On peut, bien sûr, rendre grâces lors de la fraction du pain ; mais en vérité, si c’est fait dûment selon Christ, ce sont tous les saints qui bénissent, tous qui rompent le pain. Telle est l’essence de sa signification, et celui qui s’en écarte doit en rendre compte au Seigneur qui a commandé que tous ceux qui sont à Lui fassent ainsi.
On peut ajouter que, dans les évangiles de Matthieu et Marc, on lit que le Seigneur, après avoir pris le pain, a béni, puis a rendu grâces après avoir pris la coupe. En Luc il est dit qu’Il rendit grâces après avoir pris le pain. La réfutation décisive à l’encontre de ce que l’ignorance grossière déduit à tort de cela (*), c’est que, lorsque le Seigneur a nourri la multitude avec du pain, Il a utilisé le même langage ; c’est-à-dire que, dans cette occasion où tout le monde admet qu’il est hors de question qu’il s’agît de sacrement, Il prit les cinq pains et les deux poissons et, regardant vers le ciel, il les bénit (Luc 9:16). Ce n’est pas que « bénir » (eulogeô) soit exactement équivalent à « rendre grâces » (eucharisteô), mais il est clair qu’ils peuvent être utilisés dans une certaine mesure de façon interchangeable ; ils expriment avec une nuance de différence un acte identique, ni une prière pour un miracle (*), ni une forme d’accomplissement de miracle (*), mais tout simplement une bénédiction ou action de grâces. Si notre nourriture ordinaire est sanctifiée par la parole de Dieu et par la prière, qui pourrait imaginer la cène du Seigneur sans bénédiction et sans action de grâces ?
(*) note Bibliquest : l’auteur fait allusion aux paroles sacramentelles du prêtre catholique consacrant l’hostie, lesquelles sont censées opérer le miracle de la transsubstantiation.
Redisons, après tout ce qui est dit, qu’il est clair que les communiants sont censés non seulement avoir la foi, mais être scellés de l’Esprit de Dieu. Personne ne doute qu’il peut arriver qu’un hypocrite ou une âme qui se fait des illusions puisse participer ; mais l’intention du Seigneur aussi bien que le caractère de la fête s’accordent clairement pour exclure ceux-là. Il peut arriver qu’ils boivent le vin ou rompent le pain, mais ils sont aussi éloignés que jamais de la grâce et de la vérité qui y sont célébrées, et ils ne font qu’ajouter le péché de présomption à la volonté propre et à l’incrédulité de leur vie habituelle. Individuellement, le croyant a déjà mangé la chair du Fils de l’homme et bu Son sang (Jean 6:52-56) ; il la mange, sachant qu’il a la vie éternelle en Lui, et qu’il n’a par ailleurs aucune vie en lui-même. Ensemble, nous bénissons la coupe, ensemble nous rompons le pain avec des actions de grâce devant Celui qui nous a bénis au-delà de tout ce que nous pouvions penser ; c’est en cela qu’est la communion. Supposer que les incrédules la partagent, c’est une profanation, et une profanation délibérée si nous leur ouvrons la porte systématiquement et que nous les invitons.
Mais ce qui était devant l’apôtre était plutôt que le chrétien ne peut aller ailleurs vers une autre communion, s’il jouit de celle-là. La communion c’est la participation conjointe à la bénédiction pour tous ceux qu’elle concerne ; mais elle exclut aussi rigoureusement ceux qui n’y ont ni part ni portion (Actes 8:21). En outre, elle interdit toute autre communion à ceux qui la partagent. Même les Israélites selon la chair qui mangeaient les sacrifices étaient participants de l’autel de l’Éternel, et étaient séparés par-là, en principe et de fait, des vanités des païens. « Considérez l’Israël selon la chair : ceux qui mangent les sacrifices n’ont-ils pas communion avec l’autel ? » (10:18). Combien plus convient-il au chrétien de juger et de marcher selon Dieu ! S’ils vivaient par l’Esprit, ils devaient aussi marcher par l’Esprit (Gal. 5:25).
« Que dis-je donc ? que ce qui est sacrifié à une idole soit quelque chose ? ou qu’une idole soit quelque chose ? [Non], mais que les choses que les nations sacrifient, elles les sacrifient à des démons et non pas à Dieu : or je ne veux pas que vous ayez communion avec les démons. Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur et la coupe des démons ; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la table des démons. Provoquons-nous le Seigneur à la jalousie ? Sommes-nous plus forts que lui ? » (10:19-22).
Manger des offrandes à caractère de sacrifices n’était évidemment pas une mince affaire. Comme le Juif qui mangeait était en communion avec l’autel, ainsi celui qui participait à ce qui était offert à une idole avait communion avec l’idole. Telle est le sens réel du fait de manger des sacrifices. Ceci contredit-il le raisonnement précédent de l’apôtre (ch. 8) et des prophètes d’autrefois, que l’idole n’était pas une entité ayant existence ? Pas du tout. Mais si de telles productions de l’invention humaine n’ont pas d’existence et que leurs images ne voient ni n’entendent, les démons, eux par contre, sont bien réels et se prévalent de l’imagination de l’homme ou de ses craintes pour s’arroger pour eux-mêmes les sacrifices à l’idole. La vacuité des idoles n’est donc aucunement une raison de pouvoir partager les viandes qui leur sont sacrifiées ; car «les choses que les nations sacrifient, elles les sacrifient à des démons et non pas à Dieu » (voir Deut. 32:17 ; Ps. 95:6). Les idoles et leurs sacrifices peuvent être totalement impuissants ; mais les démons qui se cachent derrière peuvent de cette façon exclure le vrai Dieu de devant les âmes et usurper les hommages dus à Lui seul, et c’est bien ce qu’ils font. Voilà l’effet du culte païen, même si ce n’est pas l’intention des adorateurs et de ceux qui participent à leurs sacrifices. Ils ne se proposaient pas plus de vénérer les démons (ou esprits déchus et mauvais) que les inconvertis maintenant veulent servir Satan. Néanmoins c’est ce qu’ils ont fait et font encore. La vérité met les choses dans leur vraie lumière tandis que les raisonnements, l’imagination, ou l’indifférence de l’homme les laissent dans l’ombre.
Les Corinthiens aimaient leurs aises et cherchaient à échapper à la croix. Ils tenaient probablement les raisonnements suivants : Pourquoi faire des histoires pour des broutilles ? L’idole n’est rien, ni ses sacrifices, ni son temple. Quel manque de sagesse, dès lors, que de blesser des gens pour rien ! — Mais l’apôtre répondait : Le résultat, c’est la communion avec les démons. Celui qui mange et boit là où il n’y a pas la bénédiction du Seigneur, celui-là participe à la malédiction du démon. On verra au chapitre suivant ce que c’est que manger et boire indignement à la Cène du Seigneur. Ici, il est question du véritable caractère du mal quand on participait aux choses sacrifiées aux idoles, — ce que les Corinthiens vains se piquaient de faire librement en raison de leur connaissance supérieure. Mais personne ne peut avoir communion avec le Seigneur et avec les démons : celui qui magouille avec les démons, n’a-t-il pas pratiquement abandonné le Seigneur ? Eux peuvent se réjouir de porter préjudice au chrétien professant ; le Seigneur refuse Sa communion à l’idolâtre. Si la communion est inclusive, elle est aussi exclusive. « Celui qui n’est pas avec moi, est contre moi » (Matthieu 12:30). « Provoquons-nous le Seigneur à la jalousie ? Sommes-nous plus forts que lui ? » (10:22). L’amour ne peut qu’être jaloux vis-à-vis d’affections baladeuses ; ce ne serait pas l’amour s’il ne s’indignait pas de l’infidélité. Et le Seigneur est-Il si impuissant qu’on puisse Le mépriser en toute impunité ? Sommes-nous plus forts que Lui ? Courtisons-nous la destruction ?
L’apôtre avait ainsi montré le danger de l’idolâtrie, en se basant sur la tendance invétérée, non pas simplement des Gentils à rendre habituellement culte aux idoles, mais celle du peuple spécialement séparé pour l’Éternel pour être Ses témoins contre l’idolâtrie. Il avait également prouvé que prendre part aux sacrifices de fêtes dans un temple païen n’en est pas moins idolâtre parce que, si l’idole n’est rien, les démons sont une affaire très grave du fait qu’ils sont ennemis de Dieu et de l’homme. La viande en elle-même peut être sans danger, mais la manger dans ces conditions, c’est être en communion avec les démons derrière l’idole, et c’est donc renoncer à la communion de Christ. Car on ne peut pas avoir les deux : le christianisme, le judaïsme, le paganisme, sont mutuellement exclusifs. Le Seigneur ne peut que sentir et juger une pareille infidélité de la part des Siens ; Son amour et Son honneur ne peuvent pas passer par un renoncement de Sa part.
Mais si un chrétien doit s’abstenir des sacrifices aux idoles par amour pour un frère faible, et encore plus par crainte de provoquer la jalousie du Seigneur, est-ce mal en soi de manger de telles viandes ? Certainement pas. Il termine donc comme il a commencé. « Toutes choses sont permises, mais toutes choses ne sont pas avantageuses ; toutes choses sont permises, mais toutes choses n’édifient pas. Que personne ne cherche son propre intérêt, mais celui d’autrui » (10:23-24). Le principe établi au ch. 6 (v. 12) est élargi. Ce n’est plus simplement légitime ‘pour moi’, et ce n’est pas ici une question d’être placé sous le pouvoir d’autrui. Au ch. 6 certains s’exposaient à l’impureté par l’indifférence quant aux viandes ; ici c’est à l’idolâtrie qu’ils s’exposent. L’apôtre insiste non pas simplement sur l’importance d’être exempt de mal, mais sur le besoin de positivement édifier. Seul l’amour assure qu’il y ait édification, parce qu’il ne regarde pas à son propre intérêt, mais il cherche celui des autres (10:24). Il veut plaire à son prochain, en vue du bien pour l’édification. Même Christ, chez qui il n’y avait pas de mal, n’a pas cherché à se plaire à Lui-même, mais Il a pris sur Lui les outrages de ceux qui outrageaient l’Éternel (Rom. 15:3). Ainsi, il ne suffit pas d’éviter d’être asservi à quelque chose (6:12), mais il faut chercher ce qui est avantageux, non pas pour soi, mais pour les autres, et chercher l’édification de tous.
C’est pourquoi nous avons ensuite, dans les versets 25-30, une application générale du principe, puis un test particulier. « Mangez de tout ce qui se vend à la boucherie, sans vous enquérir de rien à cause de la conscience : car la terre est au Seigneur, et tout ce qu’elle contient. Or si quelqu’un des incrédules vous convie, et que vous vouliez aller, mangez de tout ce qui est mis devant vous, sans vous enquérir de rien à cause de la conscience. Mais si quelqu’un vous dit : Ceci a été offert en sacrifice, - n’en mangez pas, à cause de celui qui vous a avertis, et à cause de la conscience. Or je dis : la conscience, non la tienne, mais celle de l’autre ; car pourquoi ma liberté est-elle jugée par la conscience d’autrui ? Si moi, je participe avec action de grâces, pourquoi suis-je blâmé pour une chose dont moi je rends grâces ? »
Ainsi, le principe de la création de Dieu est valable pour tout ce qui est en vente au marché, ainsi que pour ce qui peut être sur la table d’un incrédule : si on doit y aller, on peut manger dans les deux cas sans s’enquérir de rien. Il en va autrement si quelqu’un nous dit : « Ceci a été offert avec un caractère sacré », aussi bien si cela se passe dans le temple d’une idole que si c’est en privé, car l’autre personne a évidemment un exercice de conscience sur ce sujet ; autrement on aurait pu avoir une liberté parfaite. Il est bon dans un tel cas de se renoncer soi-même, et de ne pas exposer sa liberté à être jugée par autrui, ou d’encourir de la médisance pour quelque chose pour quoi on rend grâces. Il faut dans l’amour respecter le scrupule du saint le plus faible, tout en tenant ferme dans l’intelligence et la liberté de Christ.
L’apôtre expose alors la règle d’or encore plus large de la conduite chrétienne : « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. Ne devenez une cause d’achoppement ni aux Juifs, ni aux Grecs, ni à l’assemblée de Dieu ; comme moi aussi je complais à tous en toutes choses, ne cherchant pas mon avantage propre, mais celui du grand nombre, afin qu’ils soient sauvés. Soyez mes imitateurs, comme moi aussi je le suis de Christ » (10:31-33 ; 1 Cor. 11:1).
Ainsi, si on fait tout pour la gloire de Dieu, on ne cherche pas à gratifier le moi, mais il est abandonné ; et de cette façon aucune pierre d’achoppement n’est offerte à l’homme (qu’il soit Juif ou Gentil), ni à l’assemblée de Dieu. L’amour seul suit une telle voie, cherchant la gloire de Dieu et le bien de l’homme. Contre le fruit de l’Esprit, il n’y a pas de loi, même parmi ceux qui se réclament le plus de la loi, et qui aiment le moins la grâce. Il en était donc ainsi habituellement de l’apôtre ; l’apôtre qui faisait le moins de compromis n’était égalé par personne quand il s’agissait de céder en grâce, et qu’il pouvait être cohérent avec Christ.
Il est instructif pour nous de voir que l’apôtre peut faire l’éloge de quelque chose au milieu de tant de reproches bien mérités. Il aimait approuver tout ce qu’il pouvait. Il était assurément en cela un imitateur de Christ, comme il l’avait dit. C’est de cette manière que l’amour opérait en Celui (Christ) qui n’avait pas en Lui la moindre parcelle de « moi ». Cela Le laissait libre d’approuver sans réserve tout ce qui était de Dieu chez ceux qui Lui étaient chers, malgré toutes leurs faiblesses et leurs fautes. Pour la même raison, l’apôtre était délivré de la crainte de se voir accuser de vanité ou d’orgueil quand il appelait les Corinthiens à l’imiter, comme lui imitait Christ. Certainement, dans la recherche du salut des âmes, il n’y avait pas d’autosatisfaction en Christ, mais une souffrance telle qu’elle ne pouvait être portée que par Quelqu’un qui était Dieu et qui était sous le jugement pour les péchés de ceux qu’Il sauvait, — selon l’indignation qui n’épargnait rien et selon la sainte vengeance de Dieu contre tout ce qui Lui était par dessus tout haïssable. Cela était Son œuvre et Sa souffrance à Lui seul ; mais l’apôtre l’appréciait en profondeur, et une telle appréciation forme le cœur. Le dévouement inlassable et persévérant de sa vie en était le fruit. Il désirait que ceci caractérise les Corinthiens au lieu qu’ils abusent avec superficialité de leur connaissance ; celle-ci, estimant l’idolâtrie sans grande importance, leur faisait perdre de vue Christ et mettait en danger les âmes précieuses pour Christ par le moyen des ruses de l’ennemi. L’apôtre n’avait jamais marché dans de pareilles voies car il aimait les autres et veillait à leur vrai avantage, afin qu’ils soient sauvés. Il pouvait demander aux Corinthiens de le suivre à cet égard, car lui aussi suivait Christ. Cependant il pouvait quand même les louer.
« Or je vous loue de ce que vous vous souvenez de moi en toutes choses, et de ce que vous gardez les traditions (*), comme je vous les ai donnés » (1 Cor. 11:2).
(*) note Bibliquest : le mot grec traduit ici par « tradition » par WK est traduit par « enseignements » par J.N.Darby. C’est le même mot qu’on retrouve en Matthieu 15:2, 3, 6 pour désigner les traditions des Juifs. En Col.2:8 et 2 Thess.2:15, JND traduit ce mot grec par « enseignement », mais en Col.2:8 il met « tradition » comme alternative en note.
Le mot « tradition » dans l’Écriture est utilisé non seulement pour les maximes ajoutées par les hommes comme en Matth.15, mais pour ce que l’apôtre enjoint aux saints, d’abord oralement, puis dans des écrits inspirés, et aussi des deux manières à la fois, tandis que le canon des Écritures était en cours d’élaboration et n’était pas encore complet.
« Mais je veux que vous sachiez que le chef [la tête] de tout homme, c’est le Christ, et que le chef [la tête] de la femme, c’est l’homme, et que le chef [la tête] du Christ, c’est Dieu. Tout homme qui prie ou qui prophétise en ayant [quelque chose] sur la tête, déshonore sa tête ; et toute femme qui prie ou qui prophétise, la tête découverte, déshonore sa tête, car c’est la même chose qu’une femme qui serait rasée. Car si la femme n’est pas couverte, qu’on lui coupe aussi les cheveux. Mais s’il est déshonnête pour une femme d’avoir les cheveux coupés ou d’être rasée, qu’elle soit couverte. Car l’homme, étant l’image et la gloire de Dieu, ne doit pas se couvrir la tête ; mais la femme est la gloire de l’homme. Car l’homme ne procède pas de la femme, mais la femme de l’homme ; car aussi l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme à cause de l’homme. C’est pourquoi la femme, à cause des anges, doit avoir sur la tête [une marque de l’]autorité [à laquelle elle est soumise]. Toutefois, ni la femme n’est sans l’homme, ni l’homme sans la femme, dans le Seigneur ; car comme la femme procède de l’homme, ainsi aussi l’homme est par la femme ; mais toutes choses procèdent de Dieu. Jugez-en en vous-mêmes : est-il convenable qu’une femme prie Dieu sans être couverte ? La nature même ne vous enseigne-t-elle pas que, si un homme a une longue chevelure, c’est un déshonneur pour lui ? Mais si une femme a une longue chevelure, c’est une gloire pour elle, parce que la chevelure lui est donnée en guise de voile. Mais si quelqu’un paraît vouloir contester, nous, nous n’avons pas une telle coutume, ni les assemblées de Dieu » (1 Cor. 11:3-16).
La manière de traiter la question est tout à fait caractéristique de la part de l’apôtre pour traiter une question d’ordre. Il déduit la solution des premiers principes impliqués dans la manière d’agir de Dieu au commencement. C’est une manière admirable de régler les questions, non pas en exerçant simplement une autorité abstraite, même s’il s’agit de la plus haute autorité, mais en communiquant à d’autres les voies de Dieu en création et en providence, suscitant par là l’admiration autant que la soumission de cœur. Il ne s’agit pas de nouvelle création. Là la différence disparaît. Il n’y a alors ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme ; car vous êtes tous un dans le Christ Jésus (Gal. 3:28). Mais ici-bas sur la terre, il y a un ordre relatif établi par Dieu ; et comme l’homme est le chef [la tête] de la femme, ainsi le Christ est le chef [la tête] de tout homme, et Dieu est le chef [la tête] de Christ. C’est dangereusement faux de se servir de ces paroles pour nier la soumission de la femme à l’homme, mais cela l’est encore plus de s’en servir pour déprécier Christ. Christ est vu comme tel, non dans gloire personnelle intrinsèque ni dans la communion de la nature divine, mais dans la place où Il s’est mis et qu’Il a prise comme l’Oint. C’est pourquoi Dieu est le chef [la tête] du plus élevé ; et comme la femme est tenue de reconnaître la place qui lui est donnée par Dieu, ainsi l’homme a à tenir correctement la relation qui lui a été attribuée. Le principe est appliqué pour corriger certaines femmes de Corinthe qui dépassaient les limites de convenance. L’apôtre traite du sujet dans son entier, y compris l’erreur de l’homme qui s’y rapporte, même s’il apparaît que jusque là ce n’était qu’une question du sexe féminin. Car un homme qui couvrirait sa tête fausserait son témoignage vis-à-vis de Christ, de même qu’une femme qui ne serait pas couverte. L’argument ne se base pas sur l’habitude, ni sur la modestie, ou des choses semblables, mais sur les faits révélés par Dieu. Ce serait respectivement un signe d’autorité abandonnée par l’homme et d’autorité prise par la femme. Une femme sans voile est comme un homme, sans l’être réellement ; c’est renoncer à la soumission qu’elle doit à son mari, du moins dans la portée de l’acte ; c’est la même chose que d’être rasée. Qu’on lui coupe donc les cheveux, dit le serviteur du Seigneur avec indignation ; mais ajoute-t-il, si c’est honteux pour une femme d’être rasée ou d’avoir les cheveux coupés, alors qu’elle soit couverte (1 Cor. 11:2-6).
Dans les versets qui suivent (v. 7 à 12), l’apôtre déploie encore davantage le terrain pour l’homme et pour la femme.
Il souligne la position de l’homme qui se situe directement comme image et gloire de Dieu : la femme est la gloire de l’homme, et n’a donc pas une telle position de représentation publique pour Dieu. Ce qu’elle a par rapport à l’homme est essentiellement intermédiaire et dérivé. On en a la preuve dans la création, non pas bien sûr dans le cours ordinaire des choses depuis. Il est donc impossible de se former une juste estimation de ces choses sans regarder au commencement. Le v. 7 se réfère à la naissance originelle de l’homme et de la femme respectivement, tandis que le v. 8 met en avant la formation de la femme pour l’homme et après l’homme, comme raisons de la subordination de la femme à l’homme. Il est facile de voir que, quand on nie la création, ou qu’on l’ignore, les hommes raisonnent naturellement pour l’égalité, et travaillent pour cette égalité.
Mais il y a une autre considération que la foi seule admet — le témoignage à l’ordre divin qui doit être rendu par l’homme et la femme à ces êtres spirituels que l’Écriture déclare être en liaison très intime avec les héritiers du salut (voir 1 Cor. 4:9 ; Éph. 3). La version autorisée anglaise (Texte Reçu) dit « C’est pourquoi la femme doit avoir de la puissance sur la tête à cause des anges » — sur quoi la majorité des commentateurs se sont mépris et ont déraillé, les uns dans des pensées dégradantes sur les mauvais anges, les autres rabaissant la Parole en interprétant « la puissance » comme étant les justes eux-mêmes, les prophètes chrétiens, les présidents des assemblées, les personnes délégués aux fins de fiançailles, ou des espions envoyés par les infidèles.
L’expression « de l’autorité sur sa tête » a donné lieu à des discussions sans fin. « Avoir de l’autorité sur sa tête » signifie incontestablement « porter une marque de cette autorité » au moyen d’un voile ou de quelque chose pour se couvrir. Mais par ailleurs aux v. 11 et 12, l’apôtre prend soin d’insister sur la réciprocité de l’homme et de la femme, niant l’indépendance l’un vis-à-vis de l’autre, et affirmant que Dieu est la source de l’un et l’autre, et de toutes choses.
L’apôtre appelle ensuite au sens de convenance basé sur la constitution à la fois de l’homme et de la femme. « Jugez-en en vous-mêmes : est-il convenable qu’une femme prie Dieu sans être couverte ? La nature même ne vous enseigne-t-elle pas… etc. ». Si c’est naturel pour l’homme d’avoir une chevelure courte et d’en avoir une longue pour la femme, n’est-ce pas une révolte contre la nature des deux d’en renverser la pratique ? La création de Dieu doit gouverner là où la Parole de Sa grâce n’appelle pas à des choses plus élevées, ce qu’on ne peut prétendre ici.
Finalement ce n’est pas peu de chose que de déroger à l’usage habituel des églises, tel que réglé par la sagesse apostolique ; c’est ce que l’apôtre met en avant avec une grande force morale. « Mais si quelqu’un paraît vouloir contester, nous, nous n’avons pas une telle coutume, ni les assemblées de Dieu ». C’est une indépendance fort méprisable qui s’élève non seulement contre le sentiment spirituel de tout le témoignage public dans les assemblées de Dieu, mais au-dessus de ceux qui avaient été doués de sagesse céleste pour les diriger toutes. Ce n’est ni de la conscience, ni de la spiritualité, mais un amour charnel de se distinguer des autres, et au fond c’est de la pure vanité.
La « coutume » rejetée, c’est bien l’innovation des Corinthiens qui jetait la confusion dans l’ordre de Dieu dans la nature ; ce n’est pas l’esprit de contestation, selon l’interprétation étrange de beaucoup de commentateurs, à la fois des anciens et des modernes.
L’apôtre a réglé le point de l’ordre bienséant à l’égard des femmes. Il passe maintenant à un sujet encore plus grave, la pensée du Seigneur à l’égard de Sa cène. Les Corinthiens s’en étaient alors tristement écartés, glissant dans des choses mauvaises grossières comme nous allons le voir
Avant d’entrer dans les détails, il est important de noter qu’un tel désordre serait impossible dans le cadre du mode moderne d’administration des sacrements. La raison est extrêmement grave. La chrétienté a radicalement altéré la cène, ce qui est un état de choses plus grave que la légèreté immorale et désolante qui déshonorait alors l’assemblée de Corinthe. Cette légèreté pouvait être jugée et redressée, tandis que l’altération de la cène exige un retour aux principes du commencement qui ont été entièrement abandonnés, non seulement par rapport à l’institution elle-même, mais par rapport à la nature tant du ministère que de l’église, et par rapport à leurs relations mutuelles.
Ce qui donnait lieu à la lamentable inconvenance de l’assemblée dans son bas état de négligence, était apparemment le mélange d’agapes avec la cène. L’agape (ou : repas d’amour) était un repas que les premiers chrétiens prenaient en commun ; son but était de cultiver les rapports sociaux entre ceux qui sont des étrangers et des pèlerins appelés à souffrir sur la terre et à passer l’éternité ensemble dans la gloire avec le Seigneur. Toutefois, les Corinthiens avaient perdu le sens du caractère d’étranger du chrétien, et ils avaient laissé entrer ce qu’on trouve dans le monde, à savoir les rivalités d’écoles zélées pour des docteurs favoris, et ils dégradaient même l’agape en faisant des distinctions de classes sociales, les riches festoyant à leurs frais, tandis que ceux qui n’avaient rien à donner, on leur laissait sentir douloureusement leur pauvreté. Ainsi le principe de la société chrétienne était détruit dans le repas qui servait précisément à manifester ce principe en pratique. Et comme ils oubliaient égoïstement la raison d’être de se retrouver ensemble, Dieu les abandonnait à un péché plus grave où ils dégradaient la cène du Seigneur (qui était partagée en même temps) par suite de leur laisser-aller dans le manger et le boire.
C’était sans doute un manque de respect scandaleux ; mais le sacrement qu’on voit aujourd’hui est l’abandon systématique et délibéré de la forme même de la cène, sa transformation en une ordonnance superstitieuse, au lieu d’être l’action de grâces de la famille de Dieu en face de la circonstance la plus solennelle du temps et même de l’éternité, à savoir la mort de notre Seigneur, qui est la base de la cène avec le souvenir de Lui-même dans Son amour infini, Son humiliation et Ses souffrances pour nos péchés. Rien ne préserve la cène de devenir une scène de honte, sinon l’appréciation de son but spirituel ; si elle n’est pas gardée dans l’Esprit, elle se ramène rapidement à de la légèreté charnelle ; et telle est la volonté de Dieu afin qu’il soit nécessaire de regarder au Seigneur qui promet Sa présence à ceux qui sont réunis à Son nom. Il en est de la cène comme des autres parties du culte et du service chrétien. Elles ne sont rien si elles n’ont pas le support de l’Esprit selon la Parole de Dieu. Changez leur principe pour assurer le maintien des apparences, et tout est ruiné. C’est précisément ce que la tradition a fait avec la cène du Seigneur comme avec le reste. Les excès des Corinthiens sont nécessairement exclus dans l’eucharistie sacramentelle des temps qui ont suivi les apôtres, mais le Saint Esprit guidant les saints selon la Parole en est Lui aussi exclu. Le cléricalisme a été introduit pour présider ; le formalisme et la distance en ont imposé aux autres ; et le rite est devenu plus ou moins une ordonnance qui sauve, au lieu d’être la communion du corps et du sang de Christ goûtée par Ses membres dans Sa présence.
Mais pesons les paroles de l’apôtre. « Or, en prescrivant ceci, je ne [vous] loue pas, — c’est que vous vous réunissez, non pas pour votre profit, mais à votre détriment. Car d’abord, quand vous vous réunissez en assemblée, j’entends dire qu’il y a des divisions parmi vous, et je le crois en partie ; car il faut aussi qu’il y ait des sectes parmi vous, afin que ceux qui sont approuvés soient manifestes parmi vous » (1 Cor. 11:17-19). Ces versets aident beaucoup à décider entre les termes utilisés et leur nature précise. Le schisme est une division au sein de l’assemblée, alors que les croyants demeurent tous ensemble dans la même relation qu’auparavant, même qu’ils soient séparés en pensées ou en sentiment par de la partialité ou de l’aversion charnelles. L’hérésie, dans son application scripturaire ordinaire comme ici (non pas dans l’usage ecclésiastique de ce terme) désigne un parti parmi les saints, qui se sépare des autres parce que suivre leur propre volonté est plus fort. Un schisme [une division] à l’intérieur, s’il n’est pas jugé, tend à devenir une secte ou un parti au dehors, quand d’une part ceux qui sont approuvés deviennent manifestes (ils rejettent ces voies étroites et égoïstes), et que d’autre part les hommes de parti se condamnent eux-mêmes, en ce qu’ils préfèrent leurs vues particulières à la communion de tous les saints dans la vérité (voir Tite 3:10-11).
Ils se réunissaient en un même lieu. « Quand donc vous vous réunissez ensemble, ce n’est pas manger la cène dominicale [du Seigneur] : car lorsqu’on mange, chacun prend par avance son propre souper, et l’un a faim, et l’autre s’enivre. N’avez-vous donc pas des maisons pour manger et pour boire ? Ou méprisez-vous l’assemblée de Dieu, et faites-vous honte à ceux qui n’ont rien ? Que vous dirai-je ? Vous louerai-je ? En cela, je ne vous loue pas » (1 Cor. 11:20-22). Ils n’avaient pas encore éclaté en sectes : ce mal était réservé pour une époque pire, ultérieure. Si cependant ils se réunissaient ensemble, l’apôtre n’acceptait pas que ce fût manger la cène du Seigneur, car ils mangeaient chacun ce qui était à eux : c’est jusqu’à ce point-là qu’ils avaient perdu la vérité des choses tandis qu’ils s’accrochaient à la forme. Non seulement Christ n’était plus là, mais ils avaient même perdu l’élément social. Ils donnaient un spectacle d’avidité, et voilà qui le rendait encore plus flagrant : ceux qui avaient les moyens étaient les pires, méprisant l’église de Dieu et faisant honte aux pauvres. Malgré tout son désir de louer les Corinthiens, l’apôtre ne le pouvait pas (*).
(*) Il n’est pas étonnant que le Dr. C.Hodge fasse la remarque suivante : « Si au bout de 20 ans de son institution, les Corinthiens avaient transformé la cène du Seigneur en un fête de désordre, alors que les apôtres étaient pourtant encore en vie, il ne faut pas s’étonner de la corruption rapide de l’église après leur mort ». En fait, l’argument est encore plus fort, car la corruption débuta presque immédiatement après la fondation de l’église à Corinthe par l’apôtre. Ce n’est qu’en marchant par l’Esprit que les choses vont correctement dans l’église. C’est ce que Dieu voulait, Lui qui a jugé les formes à la croix de Christ et y a mis fin.
Ceci conduit à la révélation que le Seigneur accorda à l’apôtre sur le sujet. « Car moi, j’ai reçu du Seigneur ce qu’aussi je vous ai enseigné : c’est que le Seigneur Jésus, la nuit qu’il fut livré, prit du pain, et après avoir rendu grâces, il le rompit et dit : «Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi». De même [il prit] la coupe aussi, après le souper, en disant : «Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang : faites ceci, toutes les fois que vous la boirez, en mémoire de moi». Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez la coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Cor. 11:23-26).
Il est intéressant de noter que Paul a reçu une révélation sur la cène, mais non pas sur le baptême. Il fut baptisé comme n’importe qui d’autre, même pas par un apôtre, de peur que ceci fût mal interprété et perverti, en le faisant dépendre des douze ; mais il fut baptisé par un simple disciple, Ananias. Le baptême rattache la mort et la résurrection de Christ à l’individu qui professe, et il aurait eu sa place de signe de la grande base chrétienne, la mort et la résurrection de Christ, s’il n’y avait pas eu le baptême des croyants par l’Esprit en un seul corps, l’église. Or la cène, outre le fait qu’elle est le mémorial de Christ, et tout spécialement de Sa mort, est rattachée maintenant au corps de Christ comme nous l’avons vu au ch.10 v. 16-17. Cela est si vrai que celui qui ne participe pas à ce seul pain, soit volontairement, soit sous l’effet d’un acte de discipline, cesse de jouir des privilèges de l’assemblée de Dieu sur la terre ; celui qui y participe ne peut pas se soustraire aux responsabilités de cette sainte communion. Paul était le vase choisi par lequel le mystère de Christ et de l’église devait être révélé, et c’est pourquoi il a semblé bon au Seigneur qu’il reçoive une révélation spéciale [au sujet] de la cène, qui est le signe permanent de son unité et le témoignage public de sa communion.
Malgré la clarté avec laquelle le Seigneur a révélé ici Ses pensées, il est frappant d’observer que les Réformateurs Protestants eux-mêmes n’ont pas réussi à retrouver ses caractéristiques. Ils ont individualisé la cène du Seigneur. Ils l’ont faite « pour toi », « fais ceci » etc. : c’est cohérent avec le fait qu’ils n’ont pas vu le seul corps et le seul Esprit. Même s’ils avaient limité la cène à ceux qui ont cru pour être justifiés par la foi, cela n’aurait quand même fait qu’un agrégat d’individus. Ils n’ont jamais reçu la vérité de l’église comme corps de Christ sur la terre. Au contraire ils ont mis en route un système d’églises nationales distinctes et indépendantes sur la terre ; ils ont relégué l’unité de l’église au ciel. Le seul corps, comme une relation existante à laquelle le chrétien appartient maintenant, et selon laquelle il est tenu d’agir continuellement, était inconnu en tant que réalité présente ; et cette ignorance se trahit dans le mode même de célébration du sacrement, jusqu’à aujourd’hui.
Même là où il n’y a pas une pareille forme d’individualité, il n’y a pas plus le sens ou l’expression du seul corps (*). La raison en est évidente. Ils n’envisagent pas tous les fidèles, se déclarant ouvertement être des associations de certaines âmes établies sur le terrain de points spécifiques (c’est là les sectes), ou englobant le monde autant que les croyants. Qu’il s’agisse d’églises nationales ou dissidentes, ils n’étaient plus sur la base de l’église de Dieu et ont naturellement laissé tomber les paroles telles qu’elles sont révélées en vue de l’ordre de choses selon Dieu, et ils les ont changées, peut-être inconsciemment, en ce qui s’accordait avec leur propre condition. Là, [dans l’église selon Dieu et selon ces paroles révélées], la communion ne peut être que dans l’Esprit, qui exalte Christ (au lieu de mettre en avant des opinions) et qui, dans un tel culte, se porte vers tous les saints, non pas seulement certains, et pas du tout vers le monde.
(*) Très tôt, dans les jours catholiques de Grégoire, l’unité du corps de Christ était si peu saisie que nous trouvons la formule « que le corps de Christ préserve ton âme », — formule étendue déjà avant Alcoin et Charlemagne à « que le corps de notre Seigneur Jésus Christ préserve ton âme pour la vie éternelle ». La grâce de l’évangile avait été grandement perdue de vue, comme on peut le voir.
Ce qui donne à la cène du Seigneur sa valeur et sa bénédiction, c’est son sens saint, plein de grâce et profond, et nullement le pain et le vin en eux-mêmes, ni la qualité de celui qui officie. Il est au milieu des Siens pour leur donner la jouissance de Son amour en puissance effective présentement, mais rappelant à leurs cœurs le sacrifice de Lui-même pour leurs péchés pour les placer devant Dieu sans reproche et sans ombre. Le pain reste du pain, et le vin reste du vin ; l’action de grâces, ou bénédiction, nous la trouvons comme à chaque occasion de la vie ordinaire quand on reçoit quelque chose de Dieu. Pas un seul mot de la Parole de Dieu ne laisse entendre qu’il y ait un miracle au moment de la cène. Le Seigneur rompt le pain et leur dit : Ceci est Mon corps qui est pour vous : faites ceci en mémoire de Moi ; de même la coupe après le souper, disant : ceci est la nouvelle alliance en Mon sang ; faites ceci toutes les fois que vous la boirez en mémoire de Moi.
La cène du Seigneur est là pour nous rappeler Christ, et Sa mort ; non pas pour nous rappeler nos péchés, mais pour nous rappeler que nos péchés sont remis (*) et que nous sommes nous-mêmes aimés. Ce n’est en aucune manière l’ancienne alliance de condamnation, mais la nouvelle alliance (Dieu connu en grâce, l’iniquité pardonnée, et les péchés dont il n’y a plus le souvenir) ; elle n’est pas encore faite avec les deux maisons d’Israël établies pour toujours dans le pays sous le règne du Messie, mais le sang qui en est le fondement est versé, et nous qui croyons, Juifs et Gentils, nous avons cette nouvelle alliance, non dans la lettre, mais dans l’esprit (voir 2 Cor. 3). C’est de ceci que la coupe est spécialement le gage.
(*) note Bibliquest : ou : pardonnés. Il s’agit de la rémission des péchés.
Le Romanisme [catholicisme] a retiré la coupe à ses adeptes, avec assez de cohérence ; car comme système, le Romanisme suppose que le sacrifice se continue, qu’il n’est pas fini, et par conséquent il administre un sacrement de non-rédemption. Le pain, disent-ils, contient le sang, la chair, l’âme, la divinité, tout dans le corps ; le sang n’est donc pas versé, et il n’y a donc pas rémission de péchés, il n’y a pas de sanctifiés qui sont rendus parfait (Héb.10:14), car la seule offrande continue à se faire et n’a pas encore été accomplie ni acceptée. Le Romanisme est donc en contraste avec le christianisme dans la vérité capitale de l’efficace de la mort de Christ, indispensable à la fois pour la gloire de Dieu et pour la purification de la conscience du chrétien.
Quant au protestantisme, il a violé l’institution de la cène par Christ, non seulement en altérant la grâce de Dieu dans la cène du Seigneur, mais en laissant le monde y entrer comme nous l’avons vu, et en insistant, pour la plupart, sur la nécessité d’un officiel autorisé pour pouvoir l’administrer. Toutes ces choses ruinent la signification simple, profonde et si touchante de la cène. Je ne nie pas un instant le ministère ni l’autorité ; ils sont de la plus haute importance, et on en traitera à leur place selon l’Écriture. Mais rien de tout cela n’apparaît dans la cène du Seigneur, ni comme Lui l’a instituée au commencement, ni comme Il l’a révélée à l’apôtre dans sa forme finale. Comme membres du corps, il est essentiel que nous communiions. Quant aux dons, ils sont introduits séparément, plus loin. Les anciens, s’il y en a, sont ignorés, et ceci est d’autant plus remarquable qu’on aurait pu penser que c’était justement la bonne occasion de leur rappeler les désordres produits à Corinthe, pour autant que cela eût été leur devoir de présider la cène. Mais au lieu de reprendre qui que ce fût pour avoir négliger une responsabilité spéciale, l’apôtre s’occupe des cœurs et des consciences de tous les saints et fait ressortir la vraie signification et l’objet de la cène, et les mises en garde qui s’y rapportent, pour l’instruction de toute l’église de Dieu. Discerner [ou : distinguer] le corps, apprécier la grâce insondable de notre Seigneur dans Sa mort pour nos péchés, voilà le vrai correctif pour tous ceux qui ont foi en Celui qui daigne être présent au milieu de ceux qui sont réunis à Son nom. Introduire un ordre humain aussi respectueux qu’il paraisse, sans qu’il ait l’appui divin, en vue d’exclure les excès des Corinthiens ou d’autres, c’est plus offensant pour celui qui tremble à la Parole de Dieu que n’importe quel abus de la cène telle qu’instituée. Même dans des circonstances telles que celles de Corinthe, l’apôtre n’ajoute rien, n’ôte rien, ne corrige rien à l’institution, — en laquelle nous sommes appelés à annoncer la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne.
Ces derniers mots sont la preuve déterminante de l’erreur grande, dangereuse et irrespectueuse de ceux qui tiennent la cène du Seigneur pour une relique du judaïsme, et qui plaident pour qu’on en cesse l’usage parmi les chrétiens, — comme celui de la communauté des biens, laquelle n’a été pratiquée que durant peu de temps après la Pentecôte. Une nouvelle révélation donnée à l’apôtre des Gentils aurait dû mettre en déroute une telle notion, sans même faire appel aux paroles du v. 26 qui suppose l’observation constante et fréquente de la cène jusqu’au retour du Seigneur en gloire. En fait, l’histoire de ceux qui tiennent ces théories comme la « Société des Amis » [Quakers] est la meilleure preuve de leur erreur ; car aucune secte chrétienne n’a autant perdu la force de la vérité de la rédemption en mettant de côté ses signes. Comme on le sait, hormis certains individus évangéliques, ils refusent en bloc à la fois le baptême et la cène. En accord avec cela, ils ne voient pas le sceau de la mort sur la race, ni l’efficace de la mort de Christ en grâce pour le croyant. Ils voient en Christ celui qui a mis toute l’humanité dans un état d’améliorabilité perpétuelle où ceux qui sont sauvés sont ceux qui font de leur mieux, Juifs, Musulmans ou païens ; ils rejettent donc les deux institutions qui font ressortir objectivement qu’on ne peut avoir aucune part en Christ ressuscité sinon par Sa mort. Selon la Parole, nous sommes ensevelis avec Lui par le baptême pour la mort, et nous annonçons continuellement Sa mort jusqu’à ce qu’Il vienne. Le Moi est ainsi jugé, et pourtant nous sommes gardés dans le sens constant de Sa grâce. N’est-ce pas la vérité quant à nous-mêmes et la vérité qui Lui est due ? N’est-ce pas en parfaite harmonie avec l’évangile, qui combine la paix et le salut en Lui avec la confession qu’il n’y a rien de bon chez ceux qui sont ainsi bénis à la louange de la miséricorde divine en Christ ? Le culte et même la discipline ne font que confirmer cela.
Voilà l’institution et le but de la cène du Seigneur. Continuons à voir sur quelles conséquences l’apôtre insiste avec la plénitude, la profondeur et la solennité dont il a l’habitude.
« Ainsi quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement sera coupable à l’égard du corps et du sang du Seigneur. Mais que chacun s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe ; car celui qui mange et qui boit, mange et boit un jugement contre lui-même, ne distinguant pas le corps. C’est pour cela que plusieurs sont faibles et malades parmi vous, et qu’un assez grand nombre dorment. Mais si nous nous discernions [JND : jugions] nous-mêmes, nous ne serions pas jugés. Mais quand nous sommes jugés, nous sommes châtiés par le Seigneur, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde. Ainsi, mes frères, quand vous vous réunissez pour manger, attendez-vous l’un l’autre ; si quelqu’un a faim, qu’il mange chez lui, afin que vous ne vous réunissiez pas pour être jugés. Or, quant aux autres points, je les réglerai quand j’irai [vers vous] » (1 Cor. 11:27-34).
Plus la cène du Seigneur est précieuse, en ce qu’elle regroupe les affections chrétiennes et les fait converger vers le souvenir de Sa mort, plus il y a de danger, si le cœur est négligent et que la conscience ne se place pas devant Dieu. La question n’est pas de permettre à des personnes indignes de communier. Malgré leur bas état à cause de pensées charnelles non jugées et de désirs mondains, les Corinthiens n’étaient quand même pas tombés aussi bas ; ils n’avaient pas appris à trouver des excuses pour admettre à la table du Seigneur les personnes irrégénérées ou les ennemis déclarés du Seigneur. Mais ils étaient en danger de ramener la pratique de la cène à une forme pour eux-mêmes, en y participant sans exercice d’âme soit quant à leurs voies, soit quant à l’amour inexprimable du Seigneur qui leur rappelait ainsi Sa mort pour eux. D’où l’avertissement solennel de l’apôtre « quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement sera coupable à l’égard du corps et du sang du Seigneur ». Manger et boire le pain et la coupe comme un repas ordinaire, ou comme quelque chose de banal, sans réfléchir et sans jugement de soi-même, c’est boire et manger « indignement » ; et c’est d’autant plus indigne du fait que c’est un chrétien qui le fait ; car parmi tous les hommes, c’est le chrétien qui devrait sentir ce qu’il doit au Seigneur, et ce que le Seigneur lui donne expréssément de se souvenir dans ce moment grave. Traiter avec indifférence le souvenir du Seigneur en général, et spécialement de Son corps et de Son sang, c’est une offense coupable. C’est là que se rencontrent le sommet de notre besoin et le sommet de notre culpabilité, la plénitude de souffrance en Christ, le jugement le plus profond possible du péché, et pourtant et en même temps, la grâce à son extrême, qui ne laisse aucun péché non pardonné : quels faits, quels sentiments, quels motifs, quels résultats entourent la croix du Seigneur Jésus ! Pour cette raison la cène fait appel, comme rien d’autre ne le peut, autant au cœur du croyant qu’à sa conscience, et c’est pourquoi l’apôtre censure et stigmatise si fortement la faute des Corinthiens. Combien cela est pour leur profit autant que pour le notre !
« Mais que chacun s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe ; car celui qui mange et qui boit, mange et boit un jugement contre lui-même, ne distinguant pas le corps » (1 Cor. 11:28-29). La grâce est ainsi maintenue, mais par la justice, comme toujours (Rom. 5:21). Chacun a à s’éprouver soi-même, et ainsi à manger et à boire. Le Seigneur voudrait que les Siens viennent, mais non pas avec négligence d’esprit ou légèreté ; ce serait alors se réunir à Son déshonneur, et un mal aggravé chez les participants. Néanmoins Il invite tous, même s’Il insiste pour que nous éprouvions nos voies. Le jugement de soi-même a lieu en vue de s’approcher, non pas en vue de rester loin. Car il s’agit de ceux que la grâce estime dignes ; quels que soient leur passé ou leur indignité personnelle, ils sont lavés, ils sont sanctifiés, ils sont justifiés au nom du Seigneur Jésus et par l’Esprit de notre Dieu (1 Cor. 6:11). Ayant l’Esprit qui n’est pas un esprit de crainte, mais de puissance d’amour et de sobre bon sens, ils sont supposés être en paix avec Dieu, et délivrés de la loi du péché ; ils sont considérés comme étant jaloux pour la gloire du Seigneur, haïssant ce qui attriste le Saint Esprit de Dieu par lequel ils ont été scellés pour le jour de la rédemption (Éph. 4:30).
Il n’est pas supposé qu’ils puissent persévérer dans le mal auquel ils se sont trouvés exposés, ni qu’ils confessent un péché, puis recommencent à s’y complaire, comme si on pouvait narguer Dieu par une reconnaissance qui ne ferait qu’aggraver leur péché. La grâce fortifie l’homme qui s’éprouve lui-même avec intégrité, et elle lui donne de la hardiesse pour s’approcher. Inversement, là où il y a de la légèreté, le Seigneur se montre comme juge. « Car celui qui mange et qui boit [beaucoup ajoutent « indignement », mais les manuscrits les plus anciens l’omettent] mange et boit un jugement contre lui-même, ne distinguant [ou : discernant] pas le corps », c’est-à-dire le corps du Seigneur, comme la plupart l’ajoutent — dans les deux cas ces ajouts sont inutiles quoique exacts quant au sens. Introduire l’église fausserait la pensée : le tort serait alors d’oublier l’amour du Seigneur se livrant Lui-même en sacrifice. Il a institué la cène pour nous le rappeler continuellement.
Mais il y a une autre erreur de traduction, encore plus répandue et largement consacrée depuis longtemps ; cette erreur a fait plus de tort qu’aucune autre faute particulière de traduction de l’Écriture. Le v. 29 dit « mange et boit un jugement (κριμα) contre lui-même », et non pas une « damnation » ; pourtant cette grave erreur a reçu la sanction approbatrice de toute les versions anglaises de renom depuis celle de Wyclif, sauf la plus mauvaise, celle de Reims, parce qu’elle suit servilement la Vulgate latine qui, il se trouve, a traduit correctement judicium. Le fait curieux est cependant que, parmi tous les systèmes existants, aucun n’est autant marqué de l’incrédulité qui a conduit à cette erreur de traduction que le système Romaniste [catholique]. Car ce système voit la cène du Seigneur avec la plus grande superstition, et c’est dans la cène qu’il entremêle son idolâtrie de la présence réelle. C’est de là que vient son interprétation de la culpabilité quant au corps et au sang du Seigneur. C’est de là que vient la notion de « damnation » attachée à un mauvais usage du sacrement, que presque tous les groupements protestants ont suivi. Mais les protestants sont égarés par leur traduction, tandis que les Romanistes [catholiques] sont d’autant moins excusables que leur Vulgate et les versions en langages ordinaires sont correctes sur ce point ; pourtant les Romanistes [catholiques] sont plus profondément ancrés dans leur erreur alors qu’elle nie à la fois la relation propre du chrétien, et le fait que la moindre grâce en Dieu soit connue du cœur, et par la foi, comme un fait actuel.
Ce que l’Esprit nous enseigne ici en réalité, c’est que, là où on méconnaît le vrai but saint de la cène du Seigneur, et quand le communiant ne discerne pas le corps (c’est-à-dire ne fait pas la distinction entre le mémorial de Christ et un repas ordinaire), il mange et boit un jugement comme une chose présente. Il attire sur lui-même la main du Seigneur en châtiment pour revendiquer Son honneur et Son amour. C’est pourquoi il est ajouté (v. 30) « c’est pour cela que plusieurs sont faibles et malades parmi vous, et qu’un assez grand nombre dorment ». Là, le péché et la maladie étaient à la mort. Et il y a encore l’instruction que « si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés. Mais quand nous sommes jugés, nous sommes châtiés par le Seigneur, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde » (1 Cor. 11:31-32). C’est très net. Le but du Seigneur en infligeant ces souffrances corporelles dans le temps présent, est expréssément de faire échapper Ses saints fautifs à la damnation. La condamnation attend le monde parce que, rejetant le Seigneur, il doit subir le châtiment de son jugement. Le Seigneur a porté les péchés des fidèles ; mais s’ils font preuve de légèreté vis-à-vis de Sa grâce, ils tombent maintenant sous Sa réprimande pour qu’ils soient épargnés de la condamnation qui va bientôt atteindre le monde auquel ils ressemblent jusqu’ici. S’ils discernaient le mal en train d’opérer intérieurement, ils éviteraient non seulement le mal dans ses manifestations extérieures, mais aussi le châtiment du Seigneur ; s’ils manquent dans ce jugement de soi-même, Lui ne manque pas dans Ses soins vigilants, et Il s’occupe d’eux ; mais même un tel jugement découle de Son amour, et prend la forme de châtiment afin qu’ils ne périssent pas dans la condamnation qui va tomber sur le monde coupable. Combien cela est affligeant du côté des saints ! combien cela est plein de grâce et saint de Son côté ! Mais il est évident que ce jugement est seulement pour le présent, afin qu’ils ne tombent sous la condamnation future ; tout cela est en contraste avec la « damnation ».
L’apôtre termine sa répréhension et son instruction sévères par une exhortation à s’attendre l’un l’autre quand ils se rassemblent pour manger ; le moi serait ainsi jugé, et l’amour en exercice actif. « Si quelqu’un a faim, qu’il mange chez lui, afin que vous ne vous réunissiez pas pour être jugés » (1 Cor. 11:34). L’indulgence provenant de la chair chez l’un, provoque la chair chez l’autre, et le Seigneur doit alors juger davantage que celui qui L’a d’abord déshonoré.
L’apôtre n’a manifestement pas dit tout ce qu’il avait à dire. « Or, quant aux autres points, je les réglerai quand j’irai [vers vous] » (1 Cor. 11:34). Pour le bien de l’assemblée, il ne voulait pas tout déballer formellement. Le vrai complément à la Parole écrite en tant que norme sans faute, c’est l’Esprit en puissance divine, non pas la tradition. Nous avons besoin du Saint Esprit autant que de l’Écriture, et nous l’avons ; mais l’Écriture est la règle, non pas l’Esprit bien que nous ne puissions pas nous servir correctement de l’Écriture sans l’Esprit. Ceci maintient la dépendance pratique de Dieu qui voudrait que nous n’agissions ni seul ni ensemble sans l’éclairage positif de Sa Parole ; et si nous n’avons pas cet éclairage, il nous faut attendre. Quand on s’attend à Dieu pour la lumière que nous n’avons pas, bien que ce soit humiliant, c’est toujours salutaire, car Dieu est fidèle qui nous a appelés à la communion de Son Fils (1 Cor. 1:9). Mais il est évident que ce qui méprise clairement la Parole de Dieu ne peut pas être Sa lumière, quelles que soient les hautes prétentions de ceux que cela séduit. Aucun mensonge ne vient de la vérité (1 Jean 2:21) qui assurément se tient ensemble comme un tout. Il en est ainsi en Christ, et il n’en va pas autrement avec la Parole écrite. Elle refuse le mélange avec ce qui n’est pas de Dieu ; et ceux qui sont conduits par l’Esprit démontreront que l’énergie divine opère en eux, non pas en se permettant d’introduire des pensées venant de leur propre fond, comme si l’Écriture faisait défaut, mais par une application plus juste et plus complète de l’Écriture que ce que d’autres auraient pu y voir avant que cela leur été montré ici.
(à traduire)
Nous arrivons ici à l’application de l’amour. Si bénie que soit toujours et partout cette énergie de la nouvelle nature, c’est dans l’assemblée de Dieu qu’il trouve à s’exercer le plus largement et le plus profondément, en ce qui nous concerne. Nulle part ailleurs il n’est requis si continuellement et sous des formes si variées. Sans amour, les âmes font rapidement naufrage complètement ; avec l’amour, les épreuves les plus douloureuses se retournent en un témoignage des plus heureux à la grâce de Christ.
Mais jusqu’ici, les saints à Corinthe ne l’avait pas encore appris. Ils étaient loin de la fraîcheur simple des Thessaloniciens auxquels l’apôtre avait pu dire quelques années auparavant, qu’il n’avait pas besoin de leur en écrire (1 Thes. 4:9), car eux-mêmes étaient enseignés de Dieu à s’aimer l’un l’autre. Pourtant malgré cela, il les suppliait d’abonder et de surabonder en amour (1 Thes. 3:12), et c’est ce qu’ils firent, comme la seconde épître nous l’apprend. À Corinthe, la carence était grande, non seulement en privé, mais aussi en public, et cela se voyait même dans les occasions solennelles où l’assemblée se réunissait pour célébrer la cène du Seigneur et pour exercer leurs dons spirituels. D’où l’exhortation qui suit :
« Poursuivez l’amour, et désirez avec ardeur les [dons] spirituels, mais surtout de prophétiser. Parce que celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes, mais à Dieu, car personne ne l’entend ; mais en esprit il prononce des mystères. Mais celui qui prophétise parle aux hommes pour l’édification, et l’exhortation, et la consolation » (14:1-3).
L’amour devait être l’objet principal et constant ; mais il y avait des manifestations spirituelles dont la place était subordonnée à l’amour, car le Saint Esprit, en donnant et opérant de cette manière, glorifiait le Seigneur Jésus. Parmi ces manifestations spirituelles, prophétiser a la place principale ; et l’apôtre décrète que sa supériorité par rapport à des dons-signes comme le parler en langues est prouvée par le fait que celui qui parle en langue parle non pas aux hommes, mais à Dieu, car personne ne l’entend ni ne le comprend pendant qu’il prononce des mystères en esprit ; tandis que celui qui prophétise, parle aux hommes pour l’édification, l’exhortation et la consolation.
Le test apostolique n’est pas toujours apprécié à sa valeur, et de nos jours, il y a des gens qui sont autant indifférents à l’édification que l’étaient les Corinthiens. Mais un plus grand qu’eux [l’apôtre] ne regardait pas comme un manque de spiritualité le désir des gens d’être rafraîchis ou aidés selon leur besoin. Sans doute ceux qui parlaient en langue prétendaient venir en appui aux droits de Christ qui était glorifié dans ce don, et que le côté divin était de leur côté puisqu’ils parlaient à Dieu. Mais l’apôtre maintient hardiment que le fait de ne pas parler aux hommes démontre l’infériorité du parler en langue vis-à-vis de prophétiser. Mais il n’est pas fait le reproche à celui qui parlait en langue, de parler de manière inintelligible ou de dire des choses inintelligibles ; au contraire il est présumé parler la vérité, et une vérité élevée : « en esprit il prononce des mystères ». Mais le langage étant inconnu, « personne ne l’entend », il n’est pas compris. Celui qui prophétise parle aux hommes pour l’édification, et l’exhortation, et la consolation. Le témoignage s’épanche en bénédiction aux âmes. L’apôtre n’était pas ébloui comme les Corinthiens alors, et comme beaucoup l’ont été depuis, dans leur soif de ce don auquel se rattache une manifestation de puissance. Mais il place sans ambiguïté le fait de prophétiser au-delà d’une telle manifestation, car il introduit non pas la puissance seulement, mais Dieu, et Dieu en train d’édifier les âmes, de les exhorter et de les consoler. Cela ne donne pas d’auréole à l’homme, mais cela introduit Dieu en grâce, et donne la conscience de Sa présence.
Il faut nous rappeler cependant que le v. 8 n’est pas une définition de prophétiser, mais c’est un contraste avec le parler en langue. Répétons-le, prophétiser n’est pas nécessairement lié avec le futur, comme certains le supposent, et il ne se ramène pas à prêcher ou enseigner d’une manière générale. C’est déclarer plutôt que prédire. C’est parler à l’homme de manière à le mettre dans la lumière de Dieu — la lumière des opérations de Dieu sur son cœur et sa conscience. Prophétiser donne Ses pensées.
C’est pourquoi l’apôtre continue en disant que celui qui parle dans une langue s’édifie lui-même, mais que celui qui prophétise édifie l’assemblée (v. 4). Ici, de nouveau, l’erreur des Corinthiens est mise à découvert ; la grâce et la sagesse de l’apôtre sont manifestes.
La largeur de son cœur ressort encore davantage au v. 5 : « Or je désire que tous vous parliez en langues, mais surtout que vous prophétisiez ; mais celui qui prophétise est plus grand que celui qui parle en langues, à moins qu’il n’interprète, afin que l’assemblée reçoive de l’édification » (14:5). Voilà son test continuel. Ce serviteur fidèle avait cela à cœur, comme son Maître l’avait eu à cœur. Pour l’esprit spirituel, ce qui étonne a beaucoup moins de valeur que ce qui édifie. Il approfondit ce point un peu plus en détail au v. 6 : « Et maintenant, frères, si je viens à vous et que je parle en langues, en quoi vous profiterai-je, à moins que je ne vous parle par révélation, ou par connaissance, ou par prophétie, ou par doctrine ? » (14:6). L’apôtre ne mésestimait donc pas le don des langues. Comment l’aurait-il pu en voyant qu’il s’agissait d’une manifestation de l’Esprit promis par le Seigneur Jésus — un puissant témoignage rendu à la grâce de Dieu depuis le jour de la Pentecôte et dorénavant. Et le don de prophétie, moins spectaculaire, a un caractère plus élevé dans et pour l’assemblée. L’erreur qu’il corrige se situait dans la mauvaise appréciation et le mauvais usage des Corinthiens. Si leur œil avait été simple, il aurait été plein de lumière ; mais ce n’était pas le cas ; et c’est pourquoi leur jugement et leur conduite non spirituels attiraient l’instruction du Seigneur. Il est aussi important d’observer toute l’insistance pour que tout ce qui est fait dans l’assemblée le soit par l’Esprit. Car l’idée développée n’est pas que celui qui parlait en langue ne comprenait pas ce qu’il disait, et même il n’est jamais supposé qu’il communiquât sans avoir l’interprétation des langues. Mais sa propre connaissance de ce qui était dit n’est pas la même chose que son interprétation ; et à moins qu’il puisse interpréter, il n’y avait pas la pensée qu’il communiquât ce qui était dit en langue. Car l’assemblée est la sphère de l’Esprit de Dieu et non pas de la capacité de l’homme. Pour pouvoir y servir, l’interprétation doit donc être un don, non pas une puissance humaine.
On peut remarquer que la révélation et la connaissance semblent correspondre respectivement et en général à prophétiser et à enseigner. Cela ne veut pas dire qu’elles sont identiques, mais qu’elles se correspondent plus ou moins. Ce sont les grands moyens d’édifier l’assemblée, ce qui n’est pas le cas du parler en langue, sauf s’il est accompagné du don d’interprétation. Pour être profitable aux âmes, il faut venir ainsi accompagné. En effet l’apôtre les interpelle si ce n’était pas le cas.
Il invoque ensuite le cas des instruments de musique pour confirmer ce point. Le son doit être distinct et compris pour produire le résultat désiré. « De même les choses inanimées qui rendent un son, soit une flûte, soit une harpe, si elles ne rendent pas de notes distinctes, comment connaîtra-t-on ce qui est joué sur la flûte ou sur la harpe ? » (14:7). Nous ne distinguons pas les sons d’un langage que nous ne comprenons pas. Les vérités exprimées peuvent être de la plus haute importance, mais un langage inconnu n’est qu’un jargon confus. Il donne encore une autre illustration. « Car aussi, si la trompette rend un son confus, qui se préparera pour le combat ? » (14:8). L’appel de la trompette doit être compris rapidement. « De même aussi vous, avec une langue, si vous ne prononcez pas un discours intelligible, comment saura-t-on ce qui est dit, car vous parlerez en l’air ? » (14:9). Le caractère distinct de manière à être compris, voilà le point sur lequel il insiste ; il ne s’agit pas tout à fait d’être facile à comprendre, mais que le discours soit distinct, de manière à être intelligible ; autrement tout est perdu pour les auditeurs.
« Il y a je ne sais combien de genres de voix dans le monde, et aucune d’elles n’est sans son distinct. Si donc je ne connais pas le sens de la voix, je serai barbare pour celui qui parle, et celui qui parle sera barbare pour moi. Ainsi vous aussi, puisque vous désirez avec ardeur des dons de l’Esprit, cherchez à en être abondamment doués pour l’édification de l’assemblée » (14:10-12). Être compris est essentiel pour qu’il y ait édification. Si le sujet traité est exprimé dans un langage inconnu, il importe peu que soit un sujet excellent : il n’a aucun droit à être prononcé dans l’assemblée, sauf s’il y a interprétation. Parler dans un langage inconnu n’a pas du tout sa place là, encore moins qu’une discussion avec un barbare ou un étranger. S’ils étaient zélés pour avoir de la puissance du Saint Esprit au milieu d’eux, pourquoi ne cherchaient-ils pas à abonder pour l’édification l’un de l’autre ? Voilà ce qui serait l’amour divin, non pas une manifestation vaine, mais quelque chose digne de Christ et de Ses saints. La chair aime être distinguée pour elle-même, elle n’aime pas la recherche du service du Seigneur pour le bien des autres, là où Dieu daigne s’occuper des âmes.
L’édification est la règle absolue pour ce qui est dit dans l’assemblée. Quelle que soit la manifestation étonnante de puissance divine en réponse au nom de Jésus, si elle n’édifie pas, elle n’a pas sa place dans l’assemblée. Car l’amour édifie, tandis que la connaissance enfle, et la puissance épate ou abasourdit ; comme Dieu est amour, ainsi l’assemblée est la sphère appropriée pour l’exercice de cet amour, l’énergie de Sa propre nature. Les enfants partagent Sa nature, car celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu (1 Jean 4:7). Entretenir la pratique et le témoignage de tout ceci est de la plus haute importance, de même qu’empêcher ce qui donnerait libre cours à la chair, sous le couvert de vouloir manifester les puissants effets de la victoire de Christ. D’où la règle qui suit : « C’est pourquoi, que celui qui parle en langue prie pour qu’il interprète » (14:13). Mais l’apôtre se met à donner des raisons en faisant application à son propre cas, selon sa manière habituelle : « Car si je prie en langue, mon esprit prie, mais mon intelligence est sans fruit. Qu’est-ce donc ? Je prierai avec l’esprit, mais je prierai aussi avec l’intelligence ; je chanterai avec l’esprit, mais je chanterai aussi avec l’intelligence. Autrement, si tu as béni avec l’esprit, comment celui qui occupe la place d’un homme simple dira-t-il l’amen à ton action de grâces, puisqu’il ne sait ce que tu dis ? Car toi, il est vrai, tu rends bien grâces ; mais l’autre n’est pas édifié. Je rends grâces à Dieu de ce que je parle en langue plus que vous tous ; mais, dans l’assemblée, j’aime mieux prononcer cinq paroles avec mon intelligence, afin que j’instruise aussi les autres, que dix mille paroles en langue » (14:14-19).
Ainsi la règle de l’amour est appliquée encore davantage, et maintenue. Prier en langue est exclu sur ce principe aussi résolument que toute autre sorte de parler en langue. Et ce cas est évidemment plus fort, du fait qu’on s’adresse à Dieu, qui bien sûr comprend tout, et c’est un cas déterminant à l’encontre de toute prière dans une langue inconnue. La communion est la joie de l’assemblée ; la moindre des choses, c’est que l’édification soit indispensable. Ce qui n’est pas compris par l’assemblée n’a aucun droit d’y être entendu, sauf s’il y a interprétation directe ou indirecte.
Nous voyons donc que prier, chanter, bénir, rendre grâces et prophétiser ont pleinement leur place dans l’assemblée. Toutes ces activités sont pour l’édification ; qui pourrait en interdire aucune ? La puissance ne suffit pas, même si elle est manifestement divine. Ce qui s’accompagne d’intelligence, et qui par conséquent s’adresse à l’intelligence, a le plus grand poids pour l’apôtre, comme parlant avec autorité pour le Seigneur ; cela est autant vrai des prières, des cantiques que de l’enseignement. Le plus petit dans l’assemblée est supposé s’associer avec intelligence à la louange et à l’action de grâces qui montent vers Dieu.
En effet la communion est le but du Saint Esprit dans toute action dans l’église ; et il est de toute importance d’être guidé dans la volonté du Seigneur qui a seule le droit de gouverner tous les saints, — et dans une adoration que les cœurs renouvelés puissent ressentir, et auquel ils peuvent se joindre spontanément. L’influence et les efforts sont étrangers et hors de place, car ils sont humains. L’assemblée est de Dieu, et il y en a Un qui est parfaitement propre à travailler dans tous les cœurs à la gloire du Seigneur Jésus ; l’homme nouveau auquel l’apôtre veut avoir à faire, parle et écoute avec intelligence. Le jour des symboles vagues est passé ; les propos prononcés en extase, les effets puissants, peuvent avoir leur place ailleurs ; mais dans l’assemblée, il doit y avoir l’exercice de l’intelligence. Celle-ci est appelée à « porter du fruit », de sorte que celui qui occupe la place d’un homme simple peut suivre ce qui est dit. Être intelligible, pour édifier, est exigé dans l’assemblée.
Il est évident d’après Éphésiens 5 et Colossiens 3 que les chrétiens des premiers temps avaient des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, tout à fait distincts de ceux que Dieu inspira à David et à d’autres dans le peuple d’Israël. On ne trouve rien ici qui laisse supposer que ce qui était chanté fût des psaumes juifs, ou fût issu d’une inspiration du Nouveau Testament. Je présume qu’ils étaient en substance tels que ceux que les chrétiens ont l’habitude de chanter de nos jours comme de tous les temps. Seulement, dans ces occasions solennelles, ils cherchaient à être guidés par le Seigneur et à jouir de la communion de tous. Notre chapitre est de toute importance pour démontrer qu’ils chantaient dans l’assemblée, tandis que les autres épîtres mentionnées plus haut, ainsi que celle de Jacques, démontre l’usage des hymnes dans le privé, ou quand on est tout seul. Bien sûr la puissance de l’Esprit est recherchée dans tous les cas, car Il demeure dans le chrétien individuellement aussi bien que dans l’assemblée.
L’apôtre prend soin d’indiquer qu’il n’y avait pas la moindre raison pour lui d’être jaloux des autres qui parlaient en langue, car lui-même était doué à cet égard plus qu’eux tous. Mais dans l’assemblée, prononcer cinq paroles avec intelligence était, pour l’apôtre, plus à désirer que beaucoup de paroles en langue ; et ceci parce que son cœur était porté à instruire les autres. C’est l’amour qui doit animer, non pas se plaire à soi-même ; et l’amour travaille en vue de l’édification. D’où l’exhortation grave et sage qui suit, accompagnée d’un peu de répréhension.
« Frères, ne soyez pas des enfants dans vos entendements, mais, pour la malice, soyez de petits enfants ; mais, dans vos pensées [vos entendements], soyez des hommes faits. Il est écrit dans la loi : «C’est en d’autres langues et par des lèvres étrangères que je parlerai à ce peuple ; et même ainsi, ils ne m’écouteront pas, dit le *Seigneur». De sorte que les langues sont pour signe, non à ceux qui croient, mais aux incrédules ; mais la prophétie [est un signe], non aux incrédules, mais à ceux qui croient. Si donc l’assemblée tout entière se réunit ensemble, et que tous parlent en langues, et qu’il entre des hommes simples ou des incrédules, ne diront-ils pas que vous êtes fous ? » Mais si tous prophétisent, et qu’il entre quelque incrédule ou quelque homme simple, il est convaincu par tous, [et] il est jugé par tous : les secrets de son cœur sont rendus manifestes ; et ainsi, tombant sur sa face, il rendra hommage à Dieu, publiant que Dieu est véritablement parmi vous » (14:20-25).
Ainsi l’apôtre exhorte ses bien-aimés enfants à éviter la superficialité naturelle aux jeunes, cette disposition à être occupés de quelque chose de nouveau pour peu de temps, et cette tendance à la malice du fait que leur goût pour les langues, et le mauvais usage qu’ils en faisaient dans l’assemblée, les empêchait d’estimer à sa juste valeur le fait de prophétiser, le plus important de tous les dons dans ce cadre. Mais il voulait qu’ils chérissent avec la simplicité d’une jeune enfant l’intelligence de l’âge mûr. Et il cite librement Ésaïe 28:11,12 pour fournir aux saints à Corinthe une conclusion salutaire. Car dans ce passage Dieu avertit les Juifs réticents à écouter Ses prophètes qu’Il allait leur parler avec les lèvres bégayantes d’étrangers. Ainsi le parler en langue pour Israël était un signe de leur humiliation et du jugement de Dieu. Quelle perversité dès lors pour les saints à Corinthe de se détourner de Dieu en train de leur parler par prophétie pour leur édification, pour se tourner vers des langues qu’ils ne pouvaient pas comprendre ! et de trouver leur plaisir comme chrétiens dans ce qui était la menace solennelle de Dieu à Son ancien peuple à cause de leur caractère réfractaire et insouciant ! L’apôtre ne méprise pas les langues, ni ici ni ailleurs, lorsqu’elles sont utilisées à leur place et en leur temps à titre de signe pour les incrédules, selon l’intention de Dieu. L’erreur par manque d’intelligence et d’amour était d’introduire ces langues parmi les croyants qui ne pouvaient en profiter. Elles étaient un don divin, mais posséder ce don n’était pas une licence à l’exercer en dehors du but du Seigneur, qui les a données dans Sa grâce et pour Sa gloire, et maintenant avec la volonté expresse d’en contrôler l’usage.
[Discussion sur la traduction de la version anglaise autorisée au v. 22].
Mais l’apôtre ne se satisfait pas de l’application méprisante tirée du prophète juif. Il met à découvert la folie de leur conduite, et établit l’objectif correct dans l’assemblée. D’un côté il présente le cas où ils parleraient tous en langues en pleine réunion de l’assemblée, en présence de personnes simples ou d’incrédules. Quelle serait l’impression produite ? que les saints sont fous. D’un autre côté, si tous prophétisaient, quels seraient les sentiments d’une pareille personne qui entrerait et écouterait ? Les secrets de son cœur lui étant dévoilés, par une opération divine chez eux tous, il serait produit la conviction très profonde que Dieu est véritablement parmi les saints. Ainsi quand la femme de Samarie vit toute sa vie mise à jour en quelques mots par Celui qu’elle n’avait jamais rencontré auparavant, elle confessa : « Seigneur, je vois que tu es un prophète ». Les paroles qu’Il avait prononcées, ne pouvaient que lui faire sentir et reconnaître que tout était manifesté, et que Dieu était en train de parler à sa conscience.
Ce point est caractéristique du fait de prophétiser, non pas l’annonce de la bonne nouvelle comme dans l’évangélisation, non pas le déploiement de doctrine comme dans l’enseignement, mais Dieu s’occupant de l’âme par Sa Parole de manière consciente. Voilà, dans le cas hypothétique évoqué par l’apôtre, quelle serait la conviction intérieure produite de manière irrésistible en voyant l’assemblée toute entière en train de prophétiser, et voilà le récit qui en est fait et l’hommage rendu sur le champ (14:25). Il est supposé que ce serait l’effet non pas d’une prédication de l’un ou l’autre en démonstration de l’Esprit et de puissance (1 Cor. 2:4), mais l’effet de la présence de Dieu dans les saints en train de prophétiser ainsi dans l’assemblée. L’apôtre ne le décrit pas comme un fait qui arrive toujours, mais l’effet normal dans les circonstances considérées.
Qu’il est solennel que dans les « églises » actuelles, il n’y ait aucune « assemblée » où l’on voit pareille chose, ni même qu’on tente de le faire. C’est une bénédiction qu’il y en ait toujours quelques-uns qui ont foi en Sa parole et en l’Esprit, qui peut seul le faire réaliser selon leur mesure de dépendance de Lui ! C’est par l’Esprit que nous comptons sur le Seigneur, l’objet central de la foi pour l’assemblée réunie à Son nom. Que les deux ou trois ainsi réunis aient « peu de force » (Apoc. 3:8), c’est tout à fait vrai ; qu’ils aient de profondes raisons de s’humilier, est également vrai ; mais ils ont encore davantage de raisons infaillibles de Le louer pour Sa fidélité tandis qu’ils gardent Sa Parole et ne renient pas Son nom. Ceux qui oublient ou méprisent un pareil rassemblement de nous-mêmes, comme c’est le cas général aujourd’hui, n’ont guère le droit de parler. La moindre des choses pour l’incrédulité et l’infidélité, c’est de se taire. Qu’y a-t-il de pire que d’inventer des apparences plausibles pour couvrir le péché et la honte ?
L’apôtre en vient aux conséquences pratiques des principes divins posés pour régler le fonctionnement de l’assemblée. Les Corinthiens avaient estimé qu’il y avait liberté absolue (ou plutôt licence) de la volonté humaine, du fait que les pouvoirs [spirituels] étaient distribués aux uns et aux autres par l’Esprit. Il semblait donc déraisonnable de réguler une réunion où Il opérait. Mais ils se trompaient entièrement ; car l’Esprit Saint béni envoyé d’en haut, est un Esprit d’ordre, et Il travaille en amour en vue de maintenir la seigneurie de Christ. C’est pourquoi aucun pouvoir [spirituel] à l’œuvre dans ou par l’homme n’échappe au gouvernement du Seigneur, mais au contraire il l’exalte s’il est exercé selon la volonté de Dieu.
« Qu’est-ce donc, frères ? Quand vous vous réunissez, chacun de vous a un psaume, a un enseignement, a une langue, a une révélation, a une interprétation : que tout se fasse pour l’édification. Et si quelqu’un parle en langue, que ce soient deux, ou tout au plus trois, [qui parlent], et chacun à son tour, et que [quelqu’]un interprète ; mais s’il n’y a pas d’interprète, qu’il se taise dans l’assemblée, et qu’il parle à soi-même et à Dieu ; et que les prophètes parlent, deux ou trois, et que les autres discernent [JND : jugent] ; et s’il y a eu une révélation faite à un autre qui est assis, que le premier se taise. Car vous pouvez tous prophétiser un à un, afin que tous apprennent et que tous soient exhortés. Et les esprits des prophètes sont assujettis aux prophètes. Car Dieu n’est pas [un Dieu] de désordre, mais de paix, comme dans toutes les assemblées des saints » (1 Cor. 14:26-33).
Il y avait donc un désir insatiable pour chacun d’agir, et non pas un désir d’édification générale par l’un quelconque que le Seigneur daignerait employer. En effet ils pensaient à eux-mêmes, et non pas au Seigneur, ni chacun à l’autre en amour. Personne ne peut refuser la pleine liberté à l’assemblée ; autrement il n’aurait pas été question d’abus. Les organisations modernes n’excluent pas seulement les abus, mais elles excluent aussi la liberté qui devrait exister ; et en fait, là où il y a l’Esprit du Seigneur, il y a la liberté caractéristique de Sa présence individuellement ou collectivement ; et dans l’assemblée, c’est déterminé d’après l’Écriture. Des gens comme Neander n’ont pas du tout compris cela ; ils fondaient la liberté sur la sacrificature de tous les chrétiens, ce qui est un type de relation totalement différent pour les saints quant à leur liberté d’accès auprès de Dieu. Ici il s’agit de Son assemblée où le Saint Esprit agit par le moyen des membres dans le but de glorifier le Seigneur et d’édifier les saints. C’est pourquoi la puissance [spirituelle] est subordonnée à l’autorité du Seigneur ; il est donné au vase de l’énergie divine de sentir sa responsabilité quand il s’en sert, et le principe vital d’obéissance est gardé intact. Ainsi Dieu est glorifié en toutes choses par Jésus Christ, comme dit le grand apôtre de la circoncision lorsqu’il exhorte chacun à exercer le don qu’il a reçu comme bon dispensateur des grâces variées de Dieu (1 Pierre 4:10).
L’apôtre limite alors l’exercice du parler en langue à deux, ou tout au plus trois, dans une même occasion, chacun à son tour, et seulement si quelqu’un est là pour interpréter. Il devait en être de même pour prophétiser, tandis que les autres (*) devaient juger ou discerner, au lieu d’un pour interpréter. Prophétiser était le plus précieux de tous les dons et le plus apte à édifier et agir en bien sur les saints, et même sur ceux du dehors. Mais il ne doit pas y avoir trop, même des meilleures choses, car Dieu est jaloux à l’égard de la bénédiction de Ses saints, et Il pense au plus petit dans l’assemblée, qui est en danger d’être distrait, au lieu d’être édifié, lorsqu’il y en a plus de trois. Si une révélation est faite à l’un qui est assis, il peut parler, les autres se taisant, car une révélation, quand elle est ainsi donnée, a la préséance sur toute autre communication. Il y avait en effet place pour tous pour prophétiser pour l’instruction et la stimulation de tous, mais un par un. La puissance ne doit pas mettre l’ordre de côté : les esprits des prophètes sont assujettis aux prophètes au lieu d’être des impulsions incontrôlables. Le travail de l’Esprit de Dieu n’est pas comme celui des démons ; et cela parce que Dieu n’est pas une source de confusion mais de paix, comme dans toutes les assemblées des saints, là où l’ordre est spécialement dû à Son caractère et à Sa présence. L’excitation et le tumulte, même dans l’exercice d’une énergie donnée de Dieu, Le déshonore, Lui qui est la source et le donateur de paix.
(*) Il n’y a pas de raison valable pour limiter « les autres » à des prophètes. Les hommes spirituels, pas seulement les prophètes, peuvent certainement juger toutes choses (1 Cor. 2:15). Je sais que certains soutiennent que « celui qui est spirituel » signifie des personnes inspirées. Un tel enseignement corrompt la Parole de Dieu et demande non seulement d’être corrigé ou réfuté, mais il faut qu’il ait la réprobation morale de tout chrétien vrai de cœur. La vérité est que, d’un côté, les Corinthiens étaient dans leur ensemble charnels et non pas spirituels, malgré qu’ils eussent tous les dons spirituels en abondance ; et d’un autre côté nous pouvons et devons être spirituels, si nous avons tant soit peu de force.
Il n’est pas tout à fait certain s’il faut rattacher la dernière phrase à la fin du v. 33 ou au début du v. 34. Beaucoup de critiques et de commentateurs préfèrent le rattachement au v. 34. Il est indubitable que Lachmann a eu tort de mettre la ponctuation dans le grec de manière à ce que « des saints » soit complément des « femmes » et non pas des « assemblées », ce qui est pourtant incontestable, car « υμων » doit bien sûr être omis selon l’autorité de trois grands manuscrits à lettres onciales, six manuscrits à lettres cursives et la plupart des versions et citations anciennes. Des éditeurs offrant plus de sécurité comme Tischendorf, non seulement omettent « υμων », mais séparent « les femmes » « αι γυναικες » d’avec « des saints » « των αγιων ». Il n’y a pas d’exemple où une phrase débute de cette manière.
« Que vos femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis de parler ; mais qu’elles soient soumises, comme le dit aussi la loi. Et si elles veulent apprendre quelque chose, qu’elles interrogent leurs propres maris chez elles, car il est honteux pour une femme de parler dans l’assemblée » (1 Cor. 14:34-35).
Cette règle est très importante. Il est interdit aux femmes de parler dans les assemblées. Ceux qui aiment raisonner auraient pu supposer que, s’il y avait un endroit où ce serait permis, c’était bien là. L’atmosphère sainte où l’homme n’est comme rien du tout, où Dieu fait connaître spirituellement Sa présence et Sa puissance, — voilà un lieu qui aurait pu paraître approprié pour que les saintes femmes y parlent, car elles peuvent certainement avoir des dons, y compris celui de prophétiser comme les quatre filles de Philippe l’évangéliste (Actes 21:9). Mais non ; l’apôtre a été inspiré pour l’interdire dans les assemblées — non pas, bien sûr, l’interdire de manière absolue, car tout don est censé s’exercer — mais la manière d’exercer les dons doit être dans la soumission aux directions du Seigneur. La révélation divine de l’Ancien Testament donnait des indications claires sur la place de la femme comme étant généralement une place de soumission ; le Nouveau Testament n’est pas moins péremptoire quant aux assemblées. La notion que des femmes se mettent en avant pour proclamer l’évangile ne traversait l’esprit de personne dans ces jours-là. Cela aurait été une violation de la bienséance féminine, qui aurait choqué même les païens. Cette pratique était réservée à la corruption de ce qu’il y a de meilleur, à l’esprit et aux voies innovants de la chrétienté moderne. L’apôtre interdit même de poser des questions en public. Si elles veulent apprendre, qu’elles interrogent leurs maris à la maison, car il est malséant qu’une femme parle dans une assemblée.
Tout le sujet se ramène à la question de savoir si la Parole de Dieu était procédée des Corinthiens ou n’était parvenue qu’à eux. Les Corinthiens étaient les premiers à s’être écartés de l’ordre apostolique établi partout. C’était le commencement de la révolte ecclésiastique. La place de l’église est dans la soumission. La Parole de Dieu commande, et elle commande à toutes les assemblées pareillement.
« La parole de Dieu est-elle procédée de vous, ou est-elle parvenue à vous seuls ? Si quelqu’un pense être prophète ou spirituel, qu’il reconnaisse que les choses que je vous écris sont le commandement du Seigneur. Et si quelqu’un est ignorant, qu’il soit ignorant. Ainsi, frères, désirez avec ardeur de prophétiser, et n’empêchez pas de parler en langues. Mais que toutes choses se fassent avec bienséance et avec ordre » (1 Cor. 14:36-40).
L’assemblée est tenue de maintenir la vérité, et quand elle a affaire au manque d’intelligence (car nous tous, nous ne connaissons qu’en partie), elle ne doit donner sa sanction à aucune erreur. L’assemblée est tenue de marcher dans la sainteté vis-à-vis du Seigneur, comme il convient à ceux qui ont été appelés des ténèbres à Sa merveilleuse lumière (1 Pierre 2:9). Mais l’assemblée est enseignée : elle ne peut pas et ne doit pas enseigner, mais elle doit accepter ceux que le Seigneur envoie enseigner. L’assemblée est appelée à agir en recevant et en mettant dehors, — les deux étant faits dans la soumission au Seigneur et à Sa Parole ; être à la tête (Rom. 12:8 ; [ou : régir = to rule]) proprement dit, est laissé aux mains de ceux qui en ont le don, tout comme prêcher, enseigner, ou tout autre service. C’est le Seigneur qui donne ; c’est le Seigneur qui commande, comme nous le voyons ici, dans cette injonction autoritaire de Son apôtre. La Parole parvient aux saints, et elle leur parvient à tous. On trouve des vues qui diffèrent, hélas ! comme toutes les autres défaillances ; mais les assemblées ont certainement à chercher à marcher dans la communion de Ses pensées et de Sa volonté. Des circonstances différentes peuvent modifier des points de détail, plutôt selon les apparences que selon la réalité ; par contre, dans des affaires qui concernent non seulement la vérité vitale, mais l’ordre divin comme ici, il n’y a aucune raison justifiable d’avoir une opinion contraire à l’Écriture.
Être doué d’une intelligence spéciale des pensées de Dieu, ou en récolter le fruit spirituellement, si c’est réel, cela approfondit le sens de l’autorité du Seigneur et de l’obligation impérative d’obéir. La perfection de tout cela se voit dans Christ ici-bas. Que la puissance de l’Esprit soit vue dans le fait que nous reconnaissons Son commandement ! Y a-t-il quelqu’un pour refuser la soumission sous prétexte d’ignorance ? Qu’il garde alors sa place d’ignorant et qu’il ne prétende pas enseigner. Ceux qui désirent guider les autres doivent savoir ce qui est du Seigneur et ce qui ne l’est pas. C’est vraiment une question de volonté chez ceux qui ne voient pas ; car Ses injonctions ne manquent pas de puissance pour atteindre la conscience. Raisonner davantage, c’est tolérer la volonté et fortifier la confiance en soi, et l’on peut en outre faire du tort à sa propre âme. Ceux qui sont réfractaires, il vaut mieux les laisser aux mains de Celui sur les paroles duquel ils ergotent : s’ils sont à Lui, Lui sait comment les briser par terre, et les rendre reconnaissant pour la lumière dont le refus maintient dans l’ignorance.
La conclusion à laquelle l’apôtre circonscrit les frères est celle-ci : du zèle pour prophétiser, pas d’interdiction de parler en langues, mais dans le cadre des règles dans les assemblées, comme nous l’avons vu. Car toutes choses, pas seulement celles-ci, doivent être faites avec bienséance et avec ordre. Or l’Esprit seul peut donner de toujours discerner ce qui est convenable, et l’ordre n’est pas laissé à la discrétion humaine, mais il est révélé par le Seigneur. Ainsi la volonté de l’homme, condamnée dans tous les détails de la vie individuelle (car nous sommes sanctifiés pour l’obéissance, oui, la même sorte d’obéissance qui a été celle de notre Seigneur Jésus Christ, 1 Pierre 1:2), est également exclue de l’assemblée de Dieu qu’Il a formée pour la gloire de Christ, et dans laquelle Il agit par l’Esprit Saint selon la Parole écrite.
(à traduire)