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Notes sur la première épître aux Corinthiens
Ch. 4 v. 2 à 5 — Juger, ne pas juger
William Kelly
Extraits = traduction partielle de l’anglais. Ed. Bible Truth Publishers. Pages 72 à 76. Date ?
« Ici, au reste, ce qui est requis dans des administrateurs, c’est qu’un homme soit trouvé fidèle. Mais il m’importe fort peu, à moi, que je sois jugé (*) par vous, ou de jugement (2*) d’homme ; et même je ne me juge (*) pas moi-même. Car je n’ai rien sur ma conscience ; mais par là je ne suis pas justifié ; mais celui qui me juge (*), c’est le Seigneur. Ainsi ne jugez (3*) rien avant le temps, jusqu’à ce que le Seigneur vienne, qui aussi mettra en lumière les choses cachées des ténèbres, et qui manifestera les conseils des cœurs ; et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu » (1 Corinthiens 4:2-5).
(*) En anglais : « inquire(d) into ».
(2*) litt : « de jour d’homme »
(3*) En anglais « judge ».
L’apôtre raisonne en se servant de l’image d’un administrateur dont la fidélité est spécialement requise. « Ici » (cela signifie « sur la terre »), ajoute-t-il, il est requis qu’un administrateur soit trouvé fidèle (4:2). Sans doute, cela est encore bien plus important pour un administrateur des choses célestes ; mais l’apôtre prend soin de placer la responsabilité personnelle de l’administrateur en relation directe avec Christ ; « mais il m’importe fort peu, à moi, que je sois jugé par vous, ou de jugement d’homme ; et même je ne me juge pas moi-même » (4:3). Le mot « juger » dans cette phrase correspond à l’examen préliminaire avant le procès au tribunal. Cela ne comporte aucune pensée de mépris à l’égard des Corinthiens ; le jour d’homme, ou inquisition, n’avait pas d’importance pour lui, quelle que soit la personne qui tenterait d’entreprendre une tâche que le Seigneur n’a jamais déléguée à l’homme. Non seulement personne n’est compétent pour un tel jugement ou examen, mais le Saint Esprit ne donne pas la capacité nécessaire pour cela. Il est réservé au Seigneur, à Qui seul il convient, — même si l’on pourrait concevoir que la créature soit rendue propre pour le faire. Ici aussi, ce n’est pas qu’il fasse peu cas des autres, ni qu’il soit content de lui-même, car il rejette spécialement toute prétention tant à l’irresponsabilité qu’à être son propre juge.
L’homme est totalement incompétent pour un tel examen, fût-il même apôtre : ce serait usurper les fonctions du Seigneur. Il est de la plus haute importance que ce sens de responsabilité directe à Christ soit maintenu toujours et partout. Qu’il s’agisse de Paul ou d’Apollos, le principe est le même. Il ne s’applique pas seulement à ceux que Dieu a établi à la tête dans l’église ou dans le service de Christ, mais aussi au dernier et au moindre autant qu’au premier. C’est au Seigneur seul qu’il appartient d’examiner leur service.
Insistons sur l’importance extrême de voir que l’église n’a ni l’autorité ni le devoir de procéder à un tel examen. Les serviteurs de Christ, selon leur don reçu de Ses dispositions souveraines, peuvent servir l’église, et ils peuvent aussi être débiteurs vis-à-vis de tous les hommes dans l’évangile (Rom. 1:14) ; mais dans leur service, ils n’ont de comptes à rendre qu’à Christ, tant pour les détails que pour le principe. Car c’est Lui, et non pas l’église, qui leur a donné le don, dont la possession et l’exercice les constituent Ses serviteurs. Autant ils sont appelés à aimer et à honorer l’assemblée, autant l’assemblée est tenue de respecter leur soumission directe à Christ le Seigneur, et de ne pas s’interposer entre Lui et eux.
Les serviteurs sont sans aucun doute des saints, et comme tels leur conduite tombe sous le coup de la discipline si elle n’est pas bonne ; et si elle est réellement mauvaise, elle peut donner lieu à une sainte censure. Personne ni aucune fonction ne jouit ni ne doit jouir d’aucune immunité. Une fausse doctrine chez les docteurs (= enseignants) les expose au jugement de l’assemblée (plus sévèrement que pour d’autres, à cause de leur position), éventuellement jusqu’à l’exclusion. Une utilisation clairement impropre de leur don pour des motifs égoïstes peut les amener à être traités pareillement, même si leur doctrine est saine. Néanmoins, dans leur service en tant que tel, et en dehors d’un tel mal, les ministres de Christ n’ont de comptes à rendre directement et exclusivement qu’à Lui. L’église n’est pas une dame ayant autorité au-dessus d’eux ; ils ne sont assujettis qu’au Seigneur seul. L’abandon de cette vérité, l’affirmation de l’autorité de l’assemblée à la place de celle de Christ vis-à-vis du ministère, a introduit le catholicisme, et finalement la papauté, bien que d’autres ingrédients encore plus mortels se mêlent aux deux, spécialement à la papauté. Or la substitution de l’église à Christ pour gouverner le ministère, et la prétention à en être la source, est assurément un mal de nature très grave ; et le protestantisme n’a nullement réussi à exorciser complètement ce mauvais esprit. N’est-il pas visiblement actif dans le presbytérianisme, fleurissant dans le méthodisme (wesleyens), grossier et sans vergogne dans le congrégationalisme ? On peut vraiment dire que cette sorte ne sort que par la prière et par le jeûne (Marc 9:29) ; car l’énergie et l’importance du moi, non pas celles des ecclésiastiques mais celles des laïcs, aiment beaucoup cet esprit, et par conséquent seule la foi qui peut marcher dans une constante dépendance du Seigneur, peut s’en passer, et le traiter en intrus et en objet de scandale.
Il est aussi profondément intéressant d’observer les expressions choisies par l’apôtre. Même en parlant du Seigneur, il ne dit pas κρινων, mais ανακρινων με. La vérité est que le croyant ne vient jamais en jugement (κρινων), comme notre Seigneur l’établit Lui-même en Jean 5 ; s’il vient en jugement, c’est qu’il est perdu. La vie et le jugement sont incompatibles. Celui qui refuse Christ et la vie en Lui sera certainement jugé. Il est perdu, et ce sera alors manifesté.
Tel est la manière dont l’honneur de Christ est défendu vis-à-vis de ceux qui ont méprisé et rejeté Son Fils. Ceux qui croient en Lui ne sont pas appelés à rendre un hommage obligatoire et ruineux ; ils se courbent avec bonheur déjà maintenant devant Celui qui est leur Seigneur et leur vie. Ils rendront compte à Dieu ; ils recevront selon ce qu’ils auront fait dans le corps (2 Cor. 5:10) quand ils seront manifestés devant le tribunal de Christ ; mais ils ne viendront jamais en jugement, ayant déjà la foi et la vie éternelle en Lui. Ils s’exercent donc à avoir une bonne conscience maintenant ici-bas.
C’est ainsi que l’apôtre dit ici « car je n’ai rien sur ma conscience » (en disant cela il ne parlait pas de sa vie passée, où même alors il avait marché selon sa conscience, mais dans l’aveuglement et le péché « à main levée »). Or l’apôtre ajoute : « mais par là je ne suis pas justifié ». Il est bien d’avoir bonne conscience, mais cela ne justifie pas celui qui, en ceci ou cela, est aveuglé par l’amour du moi et par d’autres sentiments. Le Seigneur décidera à Sa venue. Il est le seul à pouvoir faire un examen adéquat. « Ainsi ne jugez rien avant le temps [ce que les Corinthiens faisaient probablement], jusqu’à ce que le Seigneur vienne, qui aussi [non pas jugera, mais] mettra en lumière les choses cachées des ténèbres, et qui manifestera les conseils des cœurs ; et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu ». À cette époque, tous ceux qui auront cherché les ténèbres pour éviter d’être détectés, seront exposés à la lumière de Dieu, qui manifestera même les conseils cachés que les cœurs eux-mêmes ont manqué de voir. Combien la louange des hommes est souvent trompeuse, maintenant que règnent surtout le factice et les ombres ! Alors chacun recevra la louange qui lui est due, et qui est durable et précieuse de la part de Dieu. L’apôtre ne parle que de cela ici. Il a déjà parlé de perdition et de salut lorsque le travail de l’ouvrier négligent sera consumé par le feu.
L’apôtre a ainsi établi à la fois la dépendance du serviteur vis-à-vis du Seigneur et son indépendance vis-à-vis des investigations des hommes. Mais bien sûr, cela ne nie pas que l’église a la responsabilité de juger la conduite. Il s’agit ici d’une question de conseils des cœurs, que personne ne peut analyser correctement, hormis le Seigneur qui le fera à Sa venue. « Et alors » ajoute-t-il solennellement, « chacun recevra sa louange de la part de Dieu ». Il pouvait parler ainsi librement et heureusement de son côté. Cela aurait dû sonder la conscience de beaucoup à Corinthe.