[ Page principale | Nouveautés | La Bible | la Foi - l'Évangile | Plan des sujets | Études AT | Études NT | Index ouvrages | Index auteurs | Index sujets | Centres d'intérêt ]

 

Exposé des Actes des Apôtres

 

William Kelly

 

Paru de janvier 1882 à décembre 1890 dans le Bible Treasury; vol. 14 à 18.
1° édition comme ouvrage à part en 1890.
Traduction faite sur l’édition de 1952

Les sous-titres et divisions ont été ajoutés par Bibliquest

Sauf cas exceptionnels, les notes de discussions des textes grecs n’ont pas été reprises.

La traduction utilisée pour le texte Biblique est souvent celle de JND, mais la traduction propre à W. Kelly a été reprise occasionnellement, spécialement quand elle générait un sens ou un commentaire particulier. Le mot « Gentils » peut être remplacé par « nations » (= non Juifs).

 

Table des matières abrégée :

1     Actes 16

2     Actes 17

3     Actes 18

4     Actes 19

 

Table des matières détaillée :

1     Actes 16

1.1     Actes 16:1-3

1.2     Actes 16:4

1.3     Actes 16:5

1.4     Actes 16:6-12

1.4.1     Actes 16:6-7

1.4.2     Actes 16:6

1.4.3     Actes 16:7

1.4.4     Actes 16:8-10

1.4.5     Actes 16:11-12

1.5     Actes 16:13-15

1.5.1     Actes 16:13

1.5.2     Actes 16:14

1.5.3     Actes 16:15a

1.5.4     Actes 16:15b

1.6     Actes 16:16-18

1.7     Actes 16:19-24

1.7.1     Actes 16:19

1.7.2     Actes 16:20-24

1.8     Actes 16:25-26

1.9     Actes 16:27-31

1.10      Actes 16:32-34

1.11      Actes 16:35-40

1.11.1       Actes 16:35-39

1.11.2       Actes 16:40

2     Actes 17

2.1     Actes 17:1

2.2     Actes 17:2-3

2.3     Actes 17:4

2.4     Actes 17:5-9

2.5     Actes 17:10-15

2.6     Actes 17:16-21

2.7     Actes 17:22-31

2.8     Actes 17:32-34

3     Actes 18

3.1     Actes 18:1-4

3.1.1     Pas beaucoup de sages, pas beaucoup de puissants…

3.1.2     Aquilas et Priscilla

3.1.3     L’apôtre travaillant de ses mains

3.1.4     Actes 18:4

3.2     Actes 18:5-7

3.2.1     Actes 18:5

3.2.2     Actes 18:6

3.2.3     Actes 18:7

3.3     Actes 18:8-11

3.3.1     Actes 18:8

3.3.2     Actes 18:9

3.3.3     Actes 18:10

3.3.4     Actes 18:11

3.4     Actes 18:12-18

3.4.1     Actes 18:12

3.4.2     Actes 18:13-16

3.4.3     Actes 18:17

3.4.4     Actes 18:18

3.5     Actes 18:19-23

3.5.1     Actes 18:19

3.5.2     Actes 18:20-21

3.5.3     Actes 18:22

3.5.4     Actes 18:23

3.6     Actes 18:24-28

3.6.1     Actes 18:24-26

3.6.2     Actes 1:27-28

4     Actes 19

4.1     Actes 19:1-4

4.2     Actes 19:5-7

4.2.1     Formule du baptême

4.2.2     Réception du Saint Esprit et imposition des mains

4.3     Actes 19:8-12

4.3.1     Actes 19:8

4.3.2     Actes 19:9

4.3.3     Actes 19:10

4.3.4     Actes 19:11-12

4.4     Actes 19:13-20

4.4.1     Actes 19:13-17

4.4.2     Actes 19:18-19

4.4.3     Actes 19:20

4.5     Actes 19:21-22

4.5.1     Actes 19:21

4.5.2     Actes 19:22

4.6     Actes 19:23-31

4.7     Actes 19:31-34

4.8     Actes 19:35-41

 

 

1                    Actes 16

1.1   Actes 16:1-3

L’apôtre a maintenant commencé pleinement et librement son nouveau voyage missionnaire, y compris les visites aux assemblées déjà formées. Silas est le compagnon qu’il a choisi, en lieu et place de Barnabas. Toutes choses travaillent pour le bien dans la main de l’amour divin, tandis que du point de vue gouvernemental, chacun portera son propre fardeau : la grâce ne fait pas défaut, mais la responsabilité morale reste intacte.

 

De la Syrie et la Cilicie, Paul poursuit vers la Lycaonie. « Et voici, il y avait là un disciple nommé Timothée, fils d’une femme juive croyante, mais d’un père grec, lequel avait un [bon] témoignage des frères qui étaient à Lystre et à Iconium. Paul voulut que celui-ci allât avec lui, et l’ayant pris, il le circoncit, à cause des Juifs qui étaient dans ces lieux-là ; car tous, ils savaient que son père était Grec » (16:1-3).

 

Il n’est guère parlé d’autres effets de la visite de l’apôtre à Derbe et à Lystre. Notre attention est surtout attirée sur un « jeune disciple » de la région. Il ne fut probablement pas converti à ce moment-là, mais lors de la précédente visite de l’apôtre, qui parle de lui comme de son « véritable enfant dans la foi ». Il avait engendré Timothée dans le Christ Jésus par l’évangile. Les circonstances étaient spéciales. Il était fils d’une femme juive croyante, Eunice, mais d’un père grec, avec un témoignage exceptionnellement bon des frères de la région. Cela mena l’apôtre à procéder à une démarche remarquable : il le circoncit « à cause des Juifs » de l’endroit, « car tous savaient que son père était Grec » ou Gentil.

Or ce n’était nullement une exigence de la loi qui, au contraire, au sens strict, mettait Timothée dans la position douloureuse du dehors à cause de sa naissance. C’était réellement un acte de grâce de l’apôtre qui aurait totalement refusé la circoncision de Tite, car Tite était un Gentil. Il n’y avait pas du tout d’inconséquence vis-à-vis de la décision du récent concile de Jérusalem où il s’agissait alors de savoir s’il fallait placer le joug juif sur les Gentils croyants. Il avait été décidé, nous l’avons vu, qu’une telle contrainte n’était ni autorisée ni désirable. Mais ici il s’agissait du fils d’une femme juive contre lequel les Juifs avaient une sensibilité exacerbée à cause de son père. Celui-ci était très probablement mort, car nous n’entendons jamais parler qu’il fût vivant, et c’était lui qui aurait pu être la raison de faire perdurer l’incirconcision de son fils. Si le père n’était plus en vie, Paul était libre d’agir, et ce même champion de la liberté qui refusait la contrainte dans le cas de Tite, pris lui-même Timothée et le circoncit.

Il est très important d’apprendre à soumettre nos âmes à la largeur de la vérité divine. Les principes qui gouvernaient les cas de Tite et de Timothée étaient tout à fait différents, du fait de la nature et des circonstances totalement différentes qui les entouraient. Mais il y avait un point commun central où les deux principes se trouvaient en harmonie. Ils étaient tous les deux des expressions semblables de la liberté chrétienne ; dans les deux cas l’apôtre n’était pas sous la loi, mais sous la grâce. Qu’y a-t-il de plus instructif pour nous ? Nous sommes toujours disposés à faire l’inverse : la chair et la loi marchent bien ensemble habituellement, mais d’un autre côté nous sommes appelés à la grâce et à la vérité qui vinrent par Jésus Christ.

Ceci peut nous apprendre à éviter, et même à résister à la notion selon laquelle notre conduite ne peut être gouvernée que par un seul principe. Il n’en est pas ainsi si les relations et les circonstances des parties diffèrent totalement. La sagesse dans ce cas est plutôt de rechercher dans la Parole de Dieu l’instruction de l’Esprit pour être guidé dans chaque cas. La nature et la tradition tendent à un niveau fixe immuable, aussi éloigné qu’il est possible de la sagesse de Dieu selon laquelle nous sommes appelés à juger et à agir. Un principe pourtant vrai et sain amenant, par exemple, à ne pas circoncire Tite, peut être complètement en défaut dans le cas de Timothée où la grâce le fit circoncire pour arrêter les critiques des Juifs, tandis que la lettre de la loi l’aurait plutôt rejeté au lieu de le circoncire. La routine ne peut qu’induire en erreur dans les choses de Dieu. Un œil simple quant à Christ et à Sa grâce découvrira le vrai chemin, et la grâce sait quand il faut être inflexible et quand il faut céder. C’était la manière sage d’agir de celui qui, libre à l’égard de tous, s’était asservi à tous afin de gagner davantage de gens, — et qui se comportait comme un Juif vis-à-vis des Juifs afin de gagner les Juifs, et comme ceux qui étaient sous la loi vis-à-vis de ceux qui étaient sous la loi (n’étant pas lui-même sous la loi) afin de gagner ceux qui étaient sous la loi ; comme ceux qui étaient sans loi vis-à-vis de ceux qui étaient sans loi (n’étant pas sans loi quant à Dieu, mais étant justement soumis à Christ) afin de gagner ceux qui étaient sans loi (1 Cor. 9:19-22).

Quelle leçon pratique admirable que celle-ci pour Timothée qui devait être désormais le compagnon et collaborateur du grand apôtre des nations, malgré l’immense fossé entre eux ! Cette démarche se rattachait à ce qu’il allait accompagner Paul et que Paul cherchait à ôter toute occasion à ceux qui en cherchait. Quand rien ne s’impose, la grâce peut aller loin pour aller au devant de ceux qui ont des difficultés honnêtes et sincères ; tandis qu’elle déteste et refuse tout effort de lui imposer ce qui n’est pas autorisé par Dieu, et qui est incompatible avec elle (1 Cor. 9:20-21).

On peut rappeler ici les faits importants qui nous ont valu les deux épîtres que l’apôtre écrivit bien plus tard à Timothée ; car ils exercèrent réellement une très grande influence sur la course qui s’ouvrait au jeune compagnon de l’apôtre. En premier lieu, il y eut des prophéties faites précédemment au sujet de Timothée (1 Tim. 1:18 ; 4:14), et ceci non seulement pour le désigner, mais aussi pour indiquer le don que Dieu allait lui conférer. L’histoire nous donne simplement le désir et la pensée de l’apôtre à son égard, mais l’épître de Paul à Timothée montre qu’il y eut des indications prophétiques, probablement de la part de plusieurs, à l’égard de l’œuvre à laquelle il était désigné divinement ; ce n’était pas différent de la manière dont Barnabas et Saul avaient été appelés et mis à part pour leur premier travail et voyage missionnaires. L’apôtre lui-même n’agissait pas sans se référer à ces interventions remarquables qu’il rappelle à son enfant bien-aimé quand il lui écrit la première fois pour appuyer la délégation qui lui était confiée, et pour définir ses devoirs dans cette charge, « afin que par [ces prophéties] tu combattes le bon combat », bien que ceci fût vain sans avoir « la foi et une bonne conscience ». Cela devait redonner de la vigueur à son esprit de se souvenir que Dieu l’avait désigné pour un travail si difficile et si périlleux.

En second lieu, un don positif de Dieu, ou χαρισμα [charisme], avait été communiqué à Timothée par l’imposition des mains de l’apôtre (2 Tim. 1:6), les anciens s’étant aussi joints à cette imposition des mains au même moment (1 Tim. 4:14), non seulement en tant que témoins, mais pour exprimer leur communion avec l’acte de l’apôtre. Celui qui croit en la Parole de Dieu n’a pas besoin d’argument pour prouver qu’une telle puissance de l’Esprit est totalement distincte des qualités que Timothée possédait déjà auparavant, bien que tout ce qu’il avait auparavant fût sans aucun doute le vase dans lequel et par lequel le don opérait. L’expression « intelligence sanctifiée » si commune, comme tant d’autres, chez les évangéliques, mais aussi chez les catholiques, induit complètement en erreur, parce qu’elle exprime l’erreur que la nature humaine serait réhabilitée ou améliorée par la grâce, et qu’elle nie le jugement de la pensée de la chair à la croix (devant lequel la foi s’incline totalement), et qu’elle laisse dehors l’énergie spéciale de l’Esprit selon le don de Christ. Ceci, c’est ce que Timothée reçut alors, et de la manière décrite par l’Écriture : ce dont personne ne devrait douter sous le prétexte de l’imitation inefficace, pour ne pas dire profane, de certains corps dans la chrétienté depuis les premiers jours jusqu’à maintenant. Pour Timothée cela eut lieu d’une manière spéciale pour un travail spécial. C’est une erreur et de l’ignorance que de généraliser cela, et de considérer que personne d’autre n’a reçu des dons, χαρισματα, à défaut d’une telle imposition des mains ; c’est la même erreur et la même ignorance quand on soutient que l’Esprit Saint n’était donné que par imposition des mains. Il est bien vrai que, dans certaines circonstances, l’Esprit Saint fut donné par l’imposition des mains d’apôtres, mais dire qu’il en était toujours ainsi, c’est ne pas tenir compte des cas encore plus importants de Actes 2 et 10. Il en est de même des dons ; ils étaient donnés normalement en grâce souveraine sans imposition des mains, et c’est de toute importance pour tous les saints de tous les temps depuis, alors qu’il n’y a aucun apôtre, et qu’il ne peut y en avoir aucun, pour imposer les mains sur qui que ce soit. Mais la superstition est aussi aveugle que le rationalisme, bien qu’elle paraisse plus respectueuse.

 

1.2   Actes 16:4

« Et comme ils passaient par les villes, ils leur remirent pour les garder, les ordonnances établies par les apôtres et les anciens qui étaient à Jérusalem » (16:4).

 

Il est spécialement rapporté que l’apôtre et ses compagnons firent cela ; cela mérite d’autant plus d’être noté qu’il n’est jamais fait référence dans les épîtres aux décrets correspondants aux questions débattues au concile. Ici encore nous avons à discerner la sagesse de Dieu. Les décrets furent distribués là où l’influence juive prévalait. Ils étaient de la plus grande valeur pour apaiser les doutes de ceux qui regardaient vers Jérusalem, et spécialement vers les apôtres et les anciens qui s’y trouvaient. Si les anciens à Jérusalem et l’église dans son ensemble condamnaient totalement l’imposition de la circoncision aux nations, qui avait le droit d’insister là-dessus ailleurs ? Certainement pas ceux qui avaient du respect pour ceux que le Seigneur avait établis à Jérusalem.

Dans la première épître aux Corinthiens et dans celle aux Galates, la question est débattue en se plaçant sur le vaste terrain de l’évangile, sans faire référence aux décrets. Il n’y a en cela absolument aucune incohérence non plus. Les décrets étaient admirablement de saison et à leur place pour ceux à qui ils étaient remis, et Paul était visiblement zélé pour les donner à observer aux assemblées déjà formées, où les Juifs abondaient. Mais quand il écrivit ses épîtres dans l’exercice ultérieur de sa puissance apostolique, il résolut la question indépendamment de la décision prise à Jérusalem, en se basant sur la vérité de Christ et de Son œuvre maintenant pleinement révélées.

 

1.3   Actes 16:5

« Les assemblées donc étaient affermies dans la foi et croissaient en nombre chaque jour » (16:5).

 

Le Seigneur usait ainsi de grâce pour favoriser Son témoignage. L’agitation est éminemment destructrice, non seulement vis-à-vis de l’affermissement des âmes, mais vis-à-vis de l’avancement de l’œuvre parmi les nouveaux convertis. La foi est nourrie par la grâce, non pas par des questions engendrant des contestations, ni par « les viandes » selon le terme par lequel l’apôtre désigne les controverses juives avec quelque mépris, « lesquelles n’ont pas profité à ceux qui y ont marché » (2 Tim. 2:23 ; Héb. 13:9). Et la grâce est inséparable de Christ qui « est le même hier, aujourd’hui et éternellement » (Héb. 13:8). Aux questions dissociées de Lui répondent des doctrines diverses et étrangères qui brouillent les sens. Il est bon que le cœur soit affermi par la grâce. L’apôtre marchait en elle pour le profit de ceux qui l’entendaient. La foi était fortifiée et de nouvelles assemblées surgissaient toujours plus, ou du moins, leur nombre croissait tous les jours. Tel est le beau tableau dressé par l’Esprit de Dieu ; et tel était l’encouragement donné à l’apôtre et à ses compagnons de travail.

Nous savons combien le champ ouvert à l’œuvre de l’évangile est universel : « Allez dans tout le monde », avait dit le Maître aux apôtres, « et prêchez l’évangile à toute la création » (Marc 16:15). Cet ordre général est toujours d’actualité, mais il ne remplace pas la direction dans le détail que le Saint Esprit sait communiquer, pour la gloire du Seigneur. Il maintiendra le serviteur soumis à Christ et exercé de manière vivante au sujet de Sa volonté : un point de la plus profonde importance pour tous ceux qui veulent Le servir à fond, et aussi obligatoire maintenant qu’autrefois, bien qu’il puisse nous manquer maintenant certains moyens pour nous l’indiquer. Cette vérité apparaît remarquablement dans ce qui suit, et ailleurs.

 

1.4   Actes 16:6-12

« Et ils traversèrent la Phrygie et le pays de Galatie, ayant été empêchés par le Saint Esprit d’annoncer la parole en Asie ; et étant venus jusqu’en Mysie, ils essayèrent de se rendre en Bithynie, mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas. Mais ayant passé par la Mysie, ils descendirent dans la Troade. Et Paul vit de nuit une vision : un homme macédonien se tenait là, le priant et disant : Passe en Macédoine et aide-nous. Et quand il eut vu la vision, aussitôt nous cherchâmes à partir pour la Macédoine, concluant que le Seigneur (*) nous avait appelés à les évangéliser. Quittant donc la Troade, nous fîmes voile, tirant droit sur Samothrace, et le lendemain à Néapolis, et de là à Philippes, qui est la première ville du district de Macédoine, et une colonie ; et nous séjournâmes quelques jours dans cette ville » (16:6-12).

 

(*) note Bibliquest : JND traduit « Dieu » au lieu de « le Seigneur ».

 

1.4.1       Actes 16:6-7

Ce n’est pas seulement chez l’inconverti que la volonté de l’homme est traitée comme mauvaise par l’Écriture : le croyant est maintenant exhorté à marcher par l’Esprit de même qu’il vit par l’Esprit (Gal. 5:25), et la puissance est accordée par l’Esprit qui lui est donné, bien que Sa puissance n’agisse en bénédiction positive que pour la gloire de Christ et dans la dépendance de Lui et dans l’obéissance à Sa parole. Il est donc très important de se rappeler qu’il n’en va pas autrement dans l’œuvre du Seigneur, où le serviteur est constamment exposé au danger d’être guidé par de belles apparences, ou de suivre ce qui plait à ses propres pensées, ou peut-être les suggestions d’autres qu’il respecte. Le Seigneur est jaloux, en ce qu’Il tient beaucoup à notre soumission, à notre fidélité et à notre confiance en Lui, afin que nous regardions à Lui qui ne manque pas d’agir par l’Esprit pour que Sa volonté soit connue et faite. L’œuvre est la Sienne, et Lui seul est à même de la diriger dans Sa sagesse et Sa puissance en grâce : nous ne sommes, au mieux, que Ses ouvriers dans cette œuvre. Quel bonheur de travailler et de marcher par la foi, étant guidés par Son œil et aidés tout autant qu’envoyés ici ou là par Sa grâce ! Dans un monde qui est abandonné à sa propre volonté et à toutes ses voies funestes, qu’il Lui est doux que Ses serviteurs n’oublient ni leur Seigneur absent ni la bénédiction personnelle qu’il y a à L’avoir Lui pour manifester clairement Sa volonté ; qu’il Lui est doux que leurs cœurs s’en remettent à Lui, et que leur foi attende de Lui tout ce qui est nécessaire pour Le glorifier et pour les préserver de s’écarter.

 

1.4.2       Actes 16:6

Ainsi le travail de Paul et de ses compagnons était ordonné par le Seigneur, et c’est mis ici en relief dans la Parole écrite pour que nous puissions travailler dans le même esprit de foi, sans laisser à l’abandon une telle faveur ni réduire l’Écriture à une lettre morte. « Et ils traversèrent la Phrygie et le pays de Galatie, ayant été empêchés par le Saint Esprit d’annoncer la parole en Asie ». L’allusion à la Phrygie et à la Galatie comme sphère combinée de leurs visites est un fait plein d’intérêt ; mais combien l’absence de détails est frappante, alors que notre curiosité en aurait voulu beaucoup ! Dans l’épître aux assemblées de la Galatie, nous avons non seulement le fruit résultant de ce que la semence de l’évangile y a été semée, mais les circonstances qui y sont révélées sont d’une grande valeur et un avertissement solennel. De la Phrygie nous n’avons guère de détails, si ce n’est que Paul et Silas traversèrent alors cette région, ainsi que la Galatie, « ayant été empêchés par le Saint Esprit d’annoncer la parole en Asie ».

Cette province d’Asie était-elle totalement stérile ? Était-ce un sol sans espoir ? Dès le commencement de l’évangile, des témoins provenant de cette région (2:9-10) avaient entendu parler les choses magnifiques de Dieu dans leur langue, dans celle de la Phrygie et de nombreuses autres ; cependant ici, la Phrygie est visitée alors que l’Asie ne l’est pas, tandis que sous la direction très sage du Seigneur, les régions de la Galatie et de la Phrygie verront l’apôtre les traverser afin de « fortifier tous les disciples », et non pas seulement pour évangéliser (18:23). Paul visite aussi Éphèse après qu’Apollos n’y eut pas travaillé en vain et y eut appris plus soigneusement les voies de Dieu ; et c’est là que l’apôtre amène le petit noyau de disciples dans la plénitude de la vérité et des privilèges chrétiens (ch. 19), et il y poursuit l’œuvre pendant plus de deux ans, d’abord dans la synagogue, puis dans l’école de Tyrannus, de sorte que « tous ceux qui demeuraient en Asie entendirent la parole du Seigneur, tant Juifs que Grecs », non seulement ceux qui demeuraient dans la capitale, mais aussi en province ; — et cette parole « croissait et montrait sa force », une puissance spéciale opérant de la part de Dieu par les mains de Paul. Le Saint Esprit, qui connaissait tous les cœurs, et qui est seul à pouvoir employer n’importe quelle bouche pour la gloire de Dieu, — c’est Lui qui leur interdit d’annoncer la parole en Asie à ce moment-là. Ceux qui croient en l’homme peuvent montrer leur incrédulité réelle à l’égard de Dieu en épiloguant sur la défense que nous avons ici ; ceux qui mettent leur confiance dans Sa grâce admireront le soin admirable qu’Il prend pour conduire au bon endroit pour témoigner, et en opérant plus tard dans le lieu interdit maintenant, après avoir daigné dans Sa bonté créer une ou plusieurs oasis fécondes dans ce désert. Lui sait, de manière infaillible, mieux même qu’un apôtre, et c’est Lui qui est encore ici pour guider l’œuvre à la louange du Nom de Jésus. Lui connaît le temps de semer, et pareillement Il assure une récolte à la bonne saison.

 

1.4.3       Actes 16:7

Or ce ne fut pas la seule interdiction à peu près à la même époque. Car « étant venus jusqu’en Mysie, ils essayèrent de se rendre en Bithynie, mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas » (16:7). Pour ceux qui apprécient l’Écriture à sa juste valeur, il y a ici une preuve aussi claire que possible de l’action personnelle de l’Esprit corrigeant même les mouvements que l’apôtre se proposait. « Ils essayèrent de se rendre en Bithynie », où nous savons (1 Pierre 1:1) qu’il y avait de ceux de la dispersion, c’est-à-dire des Juifs chrétiens, aussi bien qu’en Galatie et dans le proconsulat d’Asie ; mais telle n’était pas maintenant la pensée du Seigneur pour Son service. On a ici une expression utilisée souvent, mais pas uniquement, pour associer l’Esprit au Seigneur, et elle a donc d’autant plus de force ici dans ce passage : « mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas ». L’Esprit est, comme nous le savons tous, une personne divine et on peut en parler simplement comme l’Esprit, ou le Saint Esprit ; Il peut être présenté d’une manière générale comme l’Esprit ou le Saint Esprit de Dieu, ou l’Esprit du Seigneur, c’est-à-dire de l’Éternel. D’autre part, Il peut être désigné par une désignation spéciale quand la vérité le requiert, comme l’Esprit du Père, du Fils, de Christ, ou, comme ici, de « Jésus », — dans chaque cas ces désignations apportent une justesse d’expression qui n’aurait pas pu être atteinte autrement. Négliger ces distinctions subtiles et merveilleuses, que l’on ne trouve dans aucun autre livre se rapprochant quelque peu de l’Écriture, montre ou génère très souvent du relâchement des idées chez les chrétiens ; ce genre de distinctions se retrouve dans tous les livres de l’Écriture quand le sujet le permet, et en perfection, quel que soit l’écrivain inspiré, et la date où il a été écrit, — ce qui fait ressortir qu’il y a eu un seul véritable Auteur, l’Esprit infaillible et divin. « L’Esprit de Jésus » associe d’une part l’intérêt personnel de l’Homme glorifié (c’était le désir de leur cœur et le grand objet de leur vie de faire connaître Son Nom, dans la soumission à Sa volonté), et d’autre part la puissance de l’Esprit qui est l’énergie opérant dans le nouvel homme.

 

1.4.4       Actes 16:8-10

« Mais ayant passé par la Mysie, ils descendirent dans la Troade. Et Paul vit de nuit une vision : un homme macédonien se tenait là, le priant et disant : Passe en Macédoine et aide-nous. Et quand il eut vu la vision, aussitôt nous cherchâmes à partir pour la Macédoine, concluant que le Seigneur nous avait appelés à les évangéliser » (16:8-10).

 

Le Seigneur aida ainsi Son serviteur de manière positive. Ils avaient tous besoin de direction pour l’œuvre, mais seul Paul vit la vision : c’est une faveur qui lui a été fréquemment accordée, de caractère très élevé, à laquelle aucune créature n’a le droit de s’attendre. La grâce lui a aussi donné des révélations. Mais bien que nous soyons placés dans une position très différente dans l’assemblée, dont la condition et les besoins sont tellement éloignés de l’état primitif, Dieu ne fait jamais défaut pour les difficultés présentes. C’est nous qui manquons à nous attendre à Lui et à compter sur Lui, bien que l’excellent recueil de Sa parole écrite soit maintenant complet, alors qu’il ne l’était pas alors. Mais un honneur spécial fut attribué à celui qui était au premier rang quant à la position, et dont les travaux furent si abondants et bénis. Tous furent immédiatement impressionnés par la vision de l’apôtre et tournèrent leurs yeux et leurs pas vers la Macédoine.

Il est bon de noter l’emploi du « nous » à la place du « ils » comme précédemment. Luc fait savoir modestement, mais sans aucun doute, qu’il a rejoint le groupe de l’apôtre en Troade. Que l’écrivain inspiré soit désormais un témoin personnel n’est sûrement pas une affaire secondaire ; mais la notion humaine selon laquelle son récit prendrait désormais un caractère supérieur est une profonde erreur de principe. En effet l’inspiration exclut toute question de degré d’assurance ou d’autorité. Ce que l’écrivain a écrit est pareillement de Dieu, qu’il en ait été témoin, ou non. L’Esprit de Dieu seul assure la vérité absolue, ce qui n’est affecté ni par la vue ni par l’ouïe, ni par des recherches des faits. L’homme ne peut s’élever au niveau de ce qui est donné divinement, sauf en tant qu’il le reçoit. Il peut être vaguement exact, mais il est nécessairement humain. Dieu, du fait qu’Il connaît tout, communique ce qu’il faut pour Sa gloire en amour pour les Siens.

En fait la présence de l’écrivain n’apporte pas plus de minutie dans ce qui est communiqué. Les conversations, les différences, les voyages, les prédications étaient déjà donnés quand Luc était absent, autant que quand il a fait partie des compagnons de l’apôtre. Quelle preuve simple et réconfortante que nous avons à faire dans la parole inspirée à un Dieu qui ne peut ni se tromper ni mentir, et non pas simplement à des hommes faisant de leur mieux ! Il nous fournit Son récit de ces faits spirituellement instructifs par le moyen de l’homme. Ultérieurement nous apprenons au cours du récit qu’ils restèrent un peu en Troade où il y avait au moins une assemblée (Actes 20). Mais maintenant il n’y eut pas d’indécision, et ils ne traînèrent pas en chemin : l’évangile devait être prêché tout de suite en Macédoine.

 

1.4.5       Actes 16:11-12

« Quittant donc la Troade, nous fîmes voile, tirant droit sur Samothrace, et le lendemain à Néapolis, et de là à Philippes, qui est une ville de Macédoine, la première du district, une colonie ; et nous séjournâmes quelques jours dans cette ville » (16:11-12).

 

La description est tout à fait exacte. Il n’aurait pas été juste de l’appeler la ville principale, ou la capitale de la Macédoine ; mais elle était la ville principale de cette partie ou district ; c’était aussi une colonie romaine, non pas grecque, ce qui a quelque importance par rapport aux incidents qui suivent, dont on a un tableau si expressif. Les armées romaines s’étaient livrées là à une lutte à mort, non pas avec des étrangers, mais entre elles. C’est là que se décida le sort de la république moribonde. C’est là que commença à naître le futur empire du monde, un empire qui devait durer plus qu’aucun de ses prédécesseurs, bien qu’il ait eu la distinction peu enviable d’être au contact du Seigneur de gloire, non seulement lors de Sa naissance méprisée, mais lors de Sa crucifixion ignominieuse ; c’est aussi le seul empire qui, après être resté mort si longtemps et si notoirement, est destiné à revivre pendant une période de temps courte mais terrible, caractérisée par l’iniquité et s’achevant dans une opposition vaine, blasphématoire et destructrice contre Son apparition des cieux, en gloire.

Mais il y a bien d’autres raisons, et des raisons meilleures, qui confèrent un saint intérêt à l’entrée de l’évangile et à la fondation de l’assemblée à Philippes. L’œuvre commença avec le piège d’un esprit malin, en face d’un monde hostile et inique, mais avec une singulière simplicité, avec de la joie s’élevant haut et fort au-dessus du chagrin et de la honte, avec une manifestation de la grâce et de la puissance divines. Il n’y eut rien de tout à fait semblable à Antioche, Corinthe, Éphèse, Rome ou Thessalonique, bien que chacune ait été caractérisée par des faveurs spéciales et admirablement appropriées. Philippes alla aussi jusqu’à une expérience mûrie dépassant tout ce qu’on avait connu d’analogue, non sans des épreuves sévères et des difficultés spéciales, mais en gardant globalement la puissance spirituelle ; il n’y eut pas à Philippes le genre de déclin qui atteignit, comme nous le savons, l’assemblée d’Éphèse autrefois belle et brillante. Dieu voulait nous apprendre comment la bonne semence prit racine et porta du fruit à Philippes. Que les autres se vantent de leur vieux répertoire de récits humains, vains et douteux, tant dans la sphère ecclésiastique que séculière. Ici le croyant peut se reposer sur la certitude de la vérité de Dieu, et profiter de ce que Celui qui connaît toutes choses donne pour notre rafraîchissement ou notre avertissement. Nous voyons hélas ! tout l’affaiblissement de ce que la grâce avait fait si bon, si vrai et si fidèle dans sa mesure, car où est cette assemblée maintenant ? Qu’en fut-il d’elle à la génération suivante, après l’épître de Paul adressée à tous les saints de cette assemblée ? Si elle était resté debout comme l’église latine, elle n’aurait été, comme Rome, qu’une statue de sel, avec toutes les vérités falsifiées (sauf peut-être les éléments que le credo d’Athanase reconnaît), et tous les moyens de la grâce changés en judaïsation. Cela n’aurait été qu’au plus profond déshonneur de Christ, et l’assemblée à Philippes, comme la plupart des plantations apostoliques, a disparu afin que les hommes puissent apprendre, à moins d’être aveuglés par la sagesse du monde et l’esprit charnel, que la puissance et même la vérité de l’église de Dieu ne reposent pas sur une succession ecclésiastique, mais sur l’énergie vivante du Saint Esprit opérant dans le lien de ceux qui confessent Christ, — lesquels sont moins que rien, comme témoins, s’ils ne Lui sont pas fidèles, mais ils ont du prix aux yeux de Dieu dans la mesure où ils font Sa volonté et reflètent Sa grâce.

L’évangile entra en Europe par les apôtres, en toute simplicité. Deux hommes inspirés firent partie de ceux qui l’introduisirent, un apôtre (le plus grand d’entre eux), et un prophète (non pas le moindre d’entre eux), ou, comme on le qualifie populairement, « l’évangéliste » Luc. Très vraisemblablement, il a été un évangéliste au vrai sens scripturaire du terme. C’est certainement sur des hommes comme Paul et Luc que furent édifiés les saints appelés maintenant de Dieu (Éph. 2:20), comme c’est à eux que fut révélé le mystère de Christ (Éph. 3:5). Le fondement était bien posé, Jésus Christ Lui-même ; pourtant quelle sainte absence de prétention, nous voyons ici !

 

1.5   Actes 16:13-15

« Et le jour du sabbat, nous sortîmes hors de la porte [et nous nous rendîmes] au bord du fleuve, où l’on avait coutume de faire la prière ; et, nous étant assis, nous parlions aux femmes qui étaient assemblées. Et une femme nommée Lydie, marchande de pourpre de la ville de Thyatire, qui servait Dieu, écoutait ; et le Seigneur lui ouvrit le coeur pour qu’elle fût attentive aux choses que Paul disait. Et après qu’elle eut été baptisée ainsi que sa maison, elle [nous] pria, disant : Si vous jugez que je suis fidèle au Seigneur, entrez dans ma maison, et demeurez-y. Et elle nous y contraignit » (16:13-15).

 

1.5.1       Actes 16:13

Il semble qu’il n’y avait pas de synagogue dans la ville appelée autrefois « les Fontaines », mais maintenant Philippes — d’après le nom de celui qui avait détaché le district d’avec la Thrace pour l’annexer à sa Macédoine ancestrale, et qui alimentait largement ses trésors dans ce monde à l’aide des mines d’or du voisinage. Au bord du fleuve en dehors de la porte de la ville, l’une au moins des femmes assemblées là reçut un trésor plus grand, et but de manière à avoir en elle une fontaine jaillissant en vie éternelle. Le bon médecin qui écrivit ce récit n’était pas peintre, mais il faisait des descriptions colorées. Pensez à un philosophe, ou même à un rabbin, parlant aux femmes de ce que Dieu est et donne, et de la grâce et de la vérité qui vinrent par Jésus Christ ! Même les disciples s’étonnèrent une fois de ce que le Seigneur parlait à une femme, car Lui faisait passer en premier l’importance solennelle d’une âme perdue, et la valeur bénie d’une âme sauvée, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme. Et on trouve ici Son serviteur de première qualité, non pas seul, mais accompagné de quelques-uns animés du même genre de pensées et de cœur, en train d’annoncer Christ et d’administrer les mystères de Dieu auprès de ces femmes réunies.

 

1.5.2       Actes 16:14

L’une d’entre elles attire notre attention dans le récit ; c’est Lydie de Thyatire, une marchande de ce colorant pour lequel les Lydiens avaient une réputation largement répandue déjà du temps d’Homère (Iliad. δ. 141), tandis que des teinturiers semblent illustrés dans une inscription trouvée dans les ruines de Thyatire. Elle n’était pas idolâtre, mais elle adorait Dieu, et se joignait donc au petit groupe de Juifs qui se rencontraient le jour du sabbat pour la prière, séparés des corruptions païennes qui les entouraient ; le bord du fleuve était un lieu convenable pour les Juifs pour faire leurs purifications. Cela semble désigner le fleuve Gangas, petit et moins connu que le Strymon qui était plus éloigné. Lydie écoutait, et le Seigneur lui ouvrit le cœur pour être attentive à ce que disait Paul : elle reçut Celui qui venait par l’eau et le sang (1 Jean 5:6), croyant au nom de Jésus Christ.

Il est bon d’observer la forme spéciale prise par l’œuvre de la grâce dans les âmes : on n’en trouve jamais deux absolument identiques. La différence ne provient pas simplement des personnes, mais de ce que l’Esprit de Dieu donne un caractère nouveau à chaque cas, alors que tous étaient autrefois pareillement pécheurs perdus, et que le même Christ est tout et en tous. Chacun, cependant, a sa propre individualité, et Dieu ne refuse pas l’honneur au vase plus faible, mais partage Sa joie dans l’amour en donnant le détail des circonstances particulières à l’un de ces pécheurs, comme nous l’avons ici devant nous. Il ne fait pas de doute que sa conscience fut exercée, et qu’elle se repentit envers Dieu. Si cela n’avait pas eu lieu auparavant, cela eut lieu alors, car il n’y a pas d’opération vitale dans l’âme sans ce jugement de soi qui reconnaît ses péchés et son état de ruine, et qui se tourne vers la miséricorde de Dieu comme la seule source d’espérance salvatrice. Mais la bonne nouvelle, ou évangile de Dieu présente Christ comme mort et ressuscité, pour que la rémission des péchés puisse être non seulement promise, mais prêchée aux coupables, et pour que tout croyant puisse se savoir justifié de tout — exactement ce que la loi ne pouvait faire, même pour ses plus fervents zélateurs.

Il ne nous est pas parlé ici d’affliction poignante et de componction comme pour les Juifs convertis à la Pentecôte (Actes 2:37-38) quand ils furent confrontés à leur culpabilité d’avoir rejeté leur propre Messie ; ni de la grande crainte qui frappa tout ceux qui entendirent parler de la mort judiciaire d’Ananias et Sapphira (Actes 5:11), ni de la grande grâce accordée à ceux qui enseignaient et prêchaient le Seigneur Jésus par le fait qu’elle multipliait les disciples à la suite des persécutions (Actes 4:1-4). Le Seigneur opéra en Lydie, et ouvrit son cœur pour qu’elle fasse attention au discours de Paul. Ce n’était pas seulement la prière ce jour-là, mais la réponse de Dieu dans le témoignage de grâce qui, en Christ, répond à tous les besoins, et déborde toujours plus à Sa gloire.

 

1.5.3       Actes 16:15a

Devenue croyante, Lydie fut baptisée comme il convenait (Jean 4:1). Tel était le commandement du Seigneur à Ses serviteurs. Seuls les mâles parmi les Juifs étaient circoncis ; les disciples, tant hommes que femmes, étaient baptisés (Actes 8:12). Non seulement Lydie fut baptisée, mais aussi sa maison : « Après qu’elle eut été baptisée ainsi que sa maison… ». Que faut-il entendre par là ? Nous n’entendons pas parler d’enfants ni de mari ; il se peut qu’elle ait été veuve, sans famille, ou jamais mariée. Elle avait un foyer, et le verset 40 nous parle de frères dans sa maison, donc des croyants, et probablement pas seulement des hommes, mais aussi des femmes. Nous n’entendons pas parler de petits, et le récit divin, qui est complet et minutieusement exact pour notre admiration à d’autres égards, n’implique rien de la sorte, si bien que la témérité de la tradition, de l’intelligence et de la volonté, qui tireraient de ce récit une base pour de supposés petits enfants dans ce cas, est aussi hardie et évidente qu’injustifiable (*).

 

(*) note Bibliquest : Ces commentaires ne font pas apparaître que l’auteur ait tenu compte de la signification de la « maison » du croyant à travers l’Écriture.

 

C’est pourquoi Meyer, le plus capable des commentateurs luthériens modernes, dit honnêtement, à l’encontre de tous ses préjugés ecclésiastiques : « quand les familles juives ou païennes devenaient chrétiennes, les enfants qui en faisaient partie ne pouvaient être baptisés que lorsqu’ils étaient suffisamment grands pour pouvoir professer leur foi en Christ, et lorsqu’ils le faisaient effectivement ; car telle était l’exigence universelle pour recevoir le baptême [voir aussi les versets 31 et 33, Actes 18:8]. Au contraire, si les enfants étaient incapables de croire, ils ne participaient pas au rite vu qu’il leur manquait ce que l’acte présuppose. Il ne faut pas supposer que le baptême des enfants soit une institution apostolique, mais il a surgi progressivement dans la période post-apostolique après une longue résistance qui a commencé tôt, et en relation avec certaines vues doctrinales, et il ne se généralisa dans l’église qu’après la période d’Augustin. La défense du baptême des enfants dépasse le domaine de l’exégèse, et doit être abandonné à celui de la dogmatique ». D’autres commentateurs éminents vont dans le même sens, y compris des paedo-baptistes qui reconnaissent ouvertement que, ni ici, ni dans la suite du chapitre, ni en 1 Cor. 1 il n’y a la moindre preuve que certains furent baptisés hormis ceux qui avaient confessé Christ, et que le baptême des enfants n’a pas de justification scripturaire.

 

1.5.4       Actes 16:15b

Juste encore un point en passant. Lydie dont le cœur fut ouvert par le Seigneur, prit à cœur les serviteurs du Seigneur. « Elle nous pria, disant : Si vous jugez que je suis fidèle au Seigneur, entrez dans ma maison, et demeurez-y. Et elle nous y contraignit ». L’amour de Christ était là, et lui fit coopérer à la vérité (3 Jean 8), bien qu’elle ne connût guère la valeur, aux yeux du Seigneur, de son importunité en grâce.

Une autre leçon d’une très grande portée pratique devrait être évidente : c’est la profonde indifférence non seulement vis-à-vis des âmes, mais vis-à-vis du Seigneur qu’il y a dans ce refus de « juger », qui plaît à la chair et qui caractérise l’église mondaine, aussi bien catholique que protestante, épiscopalienne, presbytérienne et tout le reste de ce qui n’est pas basé sur la confession du Christ de Dieu, et sur le don du Saint Esprit venant de Dieu (Matt. 16:16-18 ; Actes 11:17). Sans nul doute les hommes plaident que nous ne devons pas juger, ou que nous devons exercer un jugement de charité : les deux arguments sont pareillement ignorants, pervers et mauvais. Certainement nous ne devrions jamais être portés à la censure, jamais imputer de mauvais motifs là où une mauvaise conduite n’est pas manifeste. Mais pour ceux qui connaissent que la foi dans le témoignage de Dieu rendu à Christ est le point crucial du passage de la mort à la vie (la vie éternelle), abandonner ou négliger la distinction faite à cet égard, c’est faire preuve d’incrédulité autant que de manque de cœur. Notre jugement solennel, s’il est guidé par la parole, est que la mort est la condition de tous ; notre jugement de charité et notre joie sont que ceux qui par grâce écoutent Sa parole sont les seuls qui vivent par Christ et de Christ et en Christ ; c’est pourquoi nous les exhortons en Son nom à ne plus vivre désormais pour eux-mêmes, mais pour Celui qui pour eux est mort et est ressuscité (2 Cor. 5:15).

Lydie ne recula pas devant un tel jugement, mais elle le provoqua plutôt, humblement, comme dû au Seigneur. Paul et ceux qui l’accompagnaient agirent en conséquence, et le Saint Esprit l’a rapporté pour notre avertissement. Il n’y avait donc assurément aucun manque d’amour dans l’acte de Pierre jugeant Simon le samaritain [le magicien] selon ses propres paroles ; et bien que baptisé, il jugea qu’il était « dans un fiel d’amertume et dans un lien d’iniquité » (8:20-23). C’était plutôt, en effet, le côté douloureux du jugement d’amour que la connaissance de Dieu entraîne pour Ses serviteurs, — un jugement absolument indispensable vu les circonstances ; et malheur à ceux qui, pour plaire au monde ou pour leurs aises et avantages égoïstes, abandonnent un devoir dû aussi clairement et indiscutablement à leur Maître ! Ni Pierre ni Paul ne le firent.

 

1.6   Actes 16:16-18

« Or il arriva que, comme nous allions à la prière [ou : à la place de prière], une servante qui avait un esprit de python et qui, en prophétisant, procurait à ses maîtres un grand gain, vint au-devant de nous. Et marchant après Paul et nous, elle criait, disant : Ces hommes sont les esclaves du Dieu Très-haut, qui vous annoncent la voie du salut. Et elle fit cela pendant plusieurs jours. Mais Paul, affligé, se retourna et dit à l’esprit : Je te commande au nom de Jésus Christ de sortir d’elle. Et à l’heure même il sortit » (16:16-18).

 

Les meilleures autorités (ABCE, et al.) insèrent l’article avant le mot « prière » au verset 16 ; il est donc permis de penser que « le lieu de prière » est le sens le plus probable. S’il en est ainsi ici, ce serait aller trop loin de recommander le même sens au verset 13, car il est convenable là que l’article soit absent du fait que c’était un lieu préalablement inconnu et non encore mentionné. L’incident rapporté était important par lui-même et dans ses conséquences. Satan essayait un nouveau moyen de faire du mal, non pas en attaquant l’évangile, mais en le chapeautant, et ceci plusieurs jours durant. Affligé par cela, l’apôtre finit pas se retourner pour enjoindre au mauvais esprit de la quitter, ce qui arriva au nom de Jésus.

Hélas ! Les serviteurs du Dieu Très-Haut n’ont pas agi ainsi en Europe. Au lieu d’éviter les faveurs de l’ennemi, ils les ont acceptées, à leur propre honte, pour leur ruine et pour le déshonneur de leur Maître. En Asie on résista à l’évangile, on le calomnia et le persécuta. Aucune Pythonisse ne suivait ses prédicateurs, ni ne faisait entendre le cri : « Ces hommes sont les esclaves du Dieu Très-haut, qui vous annoncent la voie du salut ». La manière du diable était alors l’opposition ouverte, non pas la flatterie. Plus tard l’Europe n’a pas eu de Paul pour chasser les esprits impurs ; un amalgame profane prévalut finalement, et les serviteurs de Dieu prétendirent honorer Jésus en rendant hommage au monde. Mais ce n’était que des paroles creuses des lèvres, comme les évènements de Philippes le montrèrent bientôt. Le monde est intrinsèquement et toujours en inimitié contre Dieu ; et rien n’est aussi éloigné du cœur de son prince que d’honorer le Fils de Dieu. Menteur et père du mensonge, il déteste être découvert ; et sa rage éclata quand le fidèle apôtre, après avoir négligé ses offres, chassa au nom de Jésus la puissance hors de son instrument d’imposture.

Cette puissance et cet acte exécutés avec autant de décision et sans compromis, suscita une réaction de l’ennemi en se servant de la cupidité humaine. Il est bon de noter que l’apôtre n’a agi avec l’énergie divine que quand c’est devenu un devoir à cause de la persévérance de Satan.

 

1.7   Actes 16:19-24

« Mais ses maîtres, voyant que l’espérance de leur gain s’en était allée (*), ayant saisi Paul et Silas les traînèrent dans la place publique devant les magistrats. Et les ayant présentés aux préteurs, ils dirent : Ces hommes-ci, qui sont Juifs, mettent tout en trouble dans notre ville et annoncent des coutumes qu’il ne nous est pas permis de recevoir ni de pratiquer, à nous qui sommes Romains. Et la foule se souleva ensemble contre eux ; et les préteurs, leur ayant fait arracher leurs vêtements, donnèrent l’ordre de les fouetter. Et leur ayant fait donner un grand nombre de coups, ils les jetèrent en prison, en commandant au geôlier de les garder sûrement. Celui-ci, ayant reçu un tel ordre, les jeta dans la prison intérieure et fixa sûrement leurs pieds dans le bois » (16:19-24).

 

(*) Littéralement « était sortie », ce qui semble une allusion au départ du démon.

 

1.7.1       Actes 16:19

Vaincu dans son effort de s’immiscer dans le travail de Dieu, l’ennemi revient à son opposition ordinaire et naturelle à travers les intérêts et les passions humaines. La cupidité est le principal moteur de l’activité du monde, « la cupidité, qui est de l’idolâtrie » (Col. 3:5). Ceux dont l’espoir de gains avait disparu avec l’esprit chassé, se saisirent iniquement de Paul et Silas, et les traînèrent à la place du marché où l’on trouvait alors, plus que maintenant, les magistrats locaux. On peut remarquer qu’ici seulement, l’historien inspiré désigne les magistrats de Philippes avec le terme grec correspondant aux préteurs : c’est une preuve frappante de son exactitude minutieuse, car la cité était une colonie, et une colonie, c’était Rome à petite échelle, avec ses deux chefs (en général un duumvirat ; mais il en était parfois autrement en tant que de besoin). Nous verrons les gouverneurs de Thessalonique désignés différemment au chapitre suivant, mais là aussi avec la même exactitude caractéristique qu’ici. Comparez aussi Actes 13:7,12 ; 18:12 ; 19:31 pour d’autres exemples d’une telle exactitude.

 

1.7.2       Actes 16:20-24

« Et les ayant présentés aux préteurs, ils dirent : Ces hommes-ci, qui sont (υπαρχοντες) Juifs [ou comme M. Humphry suggère : « étant Juifs pour commencer »], mettent tout en trouble dans notre ville et annoncent des coutumes qu’il ne nous est pas permis de recevoir ni de pratiquer, à nous qui sommes (οντες) Romains ».

 

C’était calculé, et sans doute voulu, pour soulever la foule, d’autant plus sensible sur le sujet de la fierté romaine et des privilèges qui s’y rattachaient, parce qu’ils n’étaient pas purement Romains ; et les éventuels Romains pouvaient être tolérants entre eux avec les religions des autres, et très jaloux de tout ce qui ressemblait à une agression contre eux. L’appel ne fut pas vain :

 

« Et la foule se souleva ensemble [c’est-à-dire avec les maîtres de l’esclave délivrée de l’esprit] contre eux ; et les préteurs, leur ayant fait arracher leurs vêtements, donnèrent l’ordre de les fouetter ».

 

Il n’est peut-être pas nécessaire de soutenir avec Bengel que les préteurs déshabillèrent Paul et Silas de leurs propres mains ; mais l’expression spéciale utilisée (περιρηξαντες) et la portée générale et le sens intrinsèque, excluent la notion que les magistrats déchirèrent (διαρρησσω) leurs propres vêtements. Il est certain qu’ils ordonnèrent qu’on les fouette sans avoir été condamnés, en violation flagrante de la loi romaine, ce qui les exposait à un châtiment sévère si une action en justice avait été intentée.

 

« Et leur ayant fait donner un grand nombre de coups, ils les jetèrent en prison, en commandant au geôlier de les garder sûrement. Celui-ci, ayant reçu un tel ordre, les jeta dans la prison intérieure et fixa sûrement leurs pieds dans le bois » (16:23-24).

 

Tel était l’homme, l’homme civilisé, quel que soit son rang dans la société ; il se laisse emporter dans l’injustice la plus évidente sans même une forme de jugement vis-à-vis des saints serviteurs du Seigneur, innocents et remplis d’abnégation, à l’appel des gens les plus vils qui profitaient des oracles et divinations d’une femme-esclave sous la puissance de Satan.

Dieu n’avait-il rien à faire ?

 

1.8   Actes 16:25-26

« Or sur le minuit, Paul et Silas, en priant, chantaient les louanges de Dieu ; et les prisonniers les écoutaient. Et tout d’un coup il se fit un grand tremblement de terre, de sorte que les fondements de la prison furent ébranlés ; et au même instant toutes les portes s’ouvrirent, et les liens de tous furent détachés » (16:25-26).

 

De tels faits pouvaient-ils désigner plus clairement Qui était Celui dont le dessein et la main avaient opéré en faveur de Ses serviteurs blessés ? Les hommes peuvent bien prétendre qu’un tremblement de terre arrive par hasard, et que les circonstances ne sont que des coïncidences singulières ; mais qui a jamais entendu parler d’un tremblement de terre si fort qu’il secoue non seulement les fenêtres et les murs, les chaînes et les verrous, mais jusqu’aux fondations d’un grand bâtiment, et en même temps ajusté avec tant de précision qu’il ne fait rien tomber ni ne blesse personne ! par contre toutes les portes s’ouvrirent, et les liens de tous furent détachés ! C’était la même puissance divine qui avait délivré Simon Pierre, pourtant enchaîné à deux soldats, la veille de son exécution (Actes 12) ; c’était aussi la même puissance qui avait fait sortir les apôtres d’une prison fermée en toute sûreté, avec les gardes debout aux portes (Actes 5).

Ici un dessein plus profond était à l’oeuvre, et un grand tremblement de terre le proclama ; et Paul et Silas qui avaient chanté les louanges de Dieu, restèrent dans la prison pour annoncer Ses œuvres magnifiques ; et même ceux qui en d’autres circonstances auraient naturellement tellement désiré s’échapper et reprendre leur vie sans foi ni loi, furent si intimidés que nul ne quitta la prison ouverte. C’était le Dieu de toute grâce qui répondait aux prières et aux louanges de Ses prisonniers ; Lui savait comment contrôler les méchants, et Lui guidait Ses serviteurs pour Sa gloire. Car Il allait maintenant faire davantage, et pour le plus grand honneur du nom de Son Fils ; et Il allait le faire de manière à gagner pour Lui un cœur endurci qui battait à l’intérieur des murs de la prison.

 

1.9   Actes 16:27-31

Écoutons. « Et le geôlier, s’étant éveillé et voyant les portes de la prison ouvertes, tira son épée et allait se tuer, croyant que les prisonniers s’étaient enfuis. Mais Paul cria à haute voix, disant : Ne te fais point de mal, car nous sommes tous ici. Et ayant demandé de la lumière, le geôlier s’élança dans [la prison], et tout tremblant il se jeta aux pieds de Paul et de Silas. Et les ayant menés dehors, il dit : Seigneurs, que faut-il que je fasse pour être sauvé ? Et ils dirent : Crois au Seigneur Jésus (*), et tu seras sauvé, toi et ta maison » (16:27-31).

 

(*) La masse des témoins ajoutent « Christ » comme dans le Texte Reçu, mais les plus anciens avec quelques manuscrits à lettres cursives, la Vulgate et d’autres, ne l’accréditent pas.

 

Nous pouvons comprendre l’horreur du geôlier, et son premier mouvement, comme païen, de se supprimer, déduisant des portes ouvertes que les prisonniers s’étaient enfuis, et qu’en conséquence de la loi sévère (De Custodia Reorum) il n’avait plus devant lui que le coup violent de la honte judiciaire. Mais imaginez l’effet accablant sur sa conscience quand l’apôtre le détourna du suicide en l’assurant hautement que les prisonniers étaient tous là ! La lumière de Dieu pénétra en un instant son cœur ténébreux, lui inspirant un profond désir de miséricorde, avant d’avoir les lumières qu’il réclamait. Il n’avait pas besoin qu’on lui dise où se tourner pour avoir la vérité qu’il désirait, ni de davantage d’actions divines pour lui prouver que Sa main était dans tout ce qui venait d’arriver, et que Dieu était réellement du côté de ceux qui avaient été si rudement jetés en prison avec des moqueries et des coups. La Pythonisse ne les avait-elle pas notoirement désignés comme « les serviteurs du Dieu Très-haut, qui vous annoncent la voie du salut » ? Les profondeurs de son âme étaient brisées ; et comme ses péchés remontaient de tous les coins où ils étaient cachés, il sentit instinctivement que c’était maintenant le moment de trouver Dieu. Aussi se précipita-t-il à l’intérieur et, tout tremblant, se jeta aux pieds de Paul et Silas, et les fit sortir pour s’enquérir du grand salut.

Car il ne faut pas penser qu’il s’agit du salut en aucun sens secondaire. Le tremblement de terre venait de s’achever, les prisonniers étaient tous saufs ; qu’avait-il à craindre de la justice romaine ? Mais Dieu avait éveillé son âme, et ses péchés le troublaient — non pas la mort de la part de l’homme, mais le jugement divin quand tout ce qui était devant ses yeux prendrait fin ; et les serviteurs de Dieu en faveur desquels Il venait de s’interposer miraculeusement, étaient là pour lui dire le chemin du salut. Quoi qu’en pensent les érudits qui n’ont jamais senti le poids de leurs péchés, et qui palabrent sur les mots, et perdent leur temps dans des questions douteuses ou non, l’anxiété brûlante du geôlier concernait le salut de son âme. L’expression étrange adressée à ses deux prisonniers saints ne pouvait que s’élever devant lui vu son état d’esprit frappé par la crainte. C’était réellement Dieu qui opérait dans sa conscience, comme Il l’avait déjà fait d’une autre manière dans la prison. Il n’y avait pas un moment à perdre, de sorte qu’ayant fait sortir les deux prisonniers, il dit : « Seigneurs, que faut-il que je fasse pour être sauvé ? » Le salut éternel était le besoin urgent de son âme, comme il le reconnaît honnêtement.

La réponse des serviteurs du Seigneur ne fut pas moins prompte. Grâce à Dieu, il peut et il devrait toujours en être ainsi quand l’âme qui cherche est sérieuse. Car le fondement juste sur lequel repose le salut est déjà posé, et si parfaitement posé qu’y ajouter quelque chose, attendre quelque chose d’autre, c’est déshonorer Dieu et entraver le pécheur. L’œuvre d’expiation est faite et Dieu l’a acceptée, et c’est pourquoi Il envoie Sa bonne nouvelle au coupable, sans faire acception de personnes. Il n’est pas question que la faveur divine soit basée sur des promesses de la part de l’homme ni sur une amélioration. L’homme a été autrefois livré à lui-même jusqu’à ce que sa violence et sa corruption deviennent insupportables, et que le jugement balaie tout, sauf les quelques-uns qui se confièrent en Dieu dans l’arche fournie par Sa grâce. L’homme fut alors pleinement mis à l’épreuve par la loi de Dieu, avec toute l’aide religieuse possible, mais comme Dieu l’indiqua à l’avance, tout fut vain, sauf à prouver que l’homme ne peut être sauvé sur la base d’aucune valeur morale ni d’aucune ordonnance religieuse. Que restait-il ? Rien, sinon un Sauveur envoyé par Dieu pour être la propitiation pour les péchés. Le Sauveur est déjà venu, est déjà mort, et est maintenant ressuscité et glorifié. Et même Dieu a envoyé du ciel le Saint Esprit pour déclarer la bonne nouvelle par Ses serviteurs. Paul et Silas pouvaient donc dire avec une confiance absolue : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta maison ».

Telle est la grâce de Dieu dans l’évangile. Elle apporte le salut pour tous. Il n’est plus mis en réserve sous forme d’ombres. Il est apparu au monde. Il ordonne aux hommes que tous en tous lieux ils se repentent, mais nul ne reçoit la rémission des péchés sauf par la foi ; et le Seigneur Jésus est l’objet de cette foi. Sans doute Il a souffert pour nos péchés : autrement il ne pourrait y avoir de proclamation souveraine de la part de Dieu, ni une telle bénédiction pour l’homme. Mais la foi va de pair avec la grâce, et exclut absolument tout mérite de l’homme, car la justice révélée dans l’évangile est la justice de Dieu, fondée sur l’œuvre accomplie par Christ.

Il est de toute importance de voir et de tenir ferme le fait que l’évangile présente la personne de Christ, et non pas seulement Son œuvre. L’âme est appelée à « croire au Seigneur Jésus ». Ceci ne pourrait pas purifier la conscience s’il n’y avait pas l’effusion de Son sang ; cela ne pourrait pas donner la paix ou la liberté, si le Seigneur Jésus n’avait pas été livré pour nos fautes, et n’était ressuscité pour notre justification. Mais c’est au Seigneur Jésus que nous croyons. Ce n’est que de cette manière que l’âme est placée dans une juste attitude dès le départ, et cet objet de foi demeure jusqu’à la fin.

« Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé ». Ceci donna la joie et l’assurance à l’âme du geôlier, comme nous allons le voir bientôt. C’était donc voulu par Dieu, qui est le Dieu de paix, non pas d’incertitude, et qui introduit le croyant dans la communion de Ses pensées. « Ayant donc été justifiés sur le principe de la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ » (Rom. 5:1). La foi est le principe, et ce qui est révélé à la foi n’est pas la justice humaine, mais celle de Dieu ; car il n’y a pas d’autre base que la grâce et la vérité puissent accréditer. Toute autre base exalterait l’homme, soit qu’il s’agisse de ses propres mérites, soit des ordonnances établies par d’autres pour lui. La justice de Dieu révélée sur le principe de la foi pour la foi exclut tout ce qui est de la sorte. Christ seul est, et demeure, la seule base efficace : le Seigneur Jésus qui a déjà offert Son seul sacrifice sur la croix. Toute l’Écriture sur ce sujet infini n’est que le développement de ce qui fut donné à connaître au geôlier dans ces paroles d’une grande portée : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta maison ».

On voit que le salut est offert tant à la maison du geôlier qu’à lui-même. Juif ou Gentil, vieux ou jeune, libre ou esclave, il n’y a pas de différence ; le salut est offert dans les mêmes termes de foi. Quels que soient les précieux privilèges attachés au chef de maison dans l’Écriture, on n’y trouve pas la notion que ce chef croit à leur place, ni qu’ils seraient sauvés parce qu’il est sauvé par la foi. Au contraire, cette idée est la licence pour la chair, basée sur la lettre et non sur l’esprit, aussi dangereuse pour l’âme qu’elle est subversive de la vérité fondamentale. Il n’est pas étonnant qu’elle s’abrite derrière d’obscures ordonnances faisant appel au sentiment et à l’imagination sans l’Écriture, tout en se vantant bruyamment de sa propre intelligence spirituelle. Même le doyen Alford oubliait le livre de prières anglican et se soumettait à la parole de Dieu en déclarant que και ο οικος σου (et ta maison), ne signifie pas que sa foi sauverait sa maison — mais que le même moyen était ouvert à eux comme à lui : « Crois et tu sera sauvé, et de même pour ta maison ». Meyer également, en présence de préjugés aussi grands, voire plus grands, démontre la fausseté d’une erreur opposée à l’évangile et à la vérité en général, et dit qu’en effet que le correctif συ και ο οικος σου s’étend à ou dépend de πιστευσον [crois] et σωθηση [tu seras sauvé]. Car, notons-le, le verset ne parle pas d’une institution comme le baptême, mais du salut, et il convient bien de parler sérieusement de ce qui est si sérieux. La légèreté humaine dans les choses divines est incroyablement commune, autant que déplorable.

Mais jusque-là, pour autant que je sache, cette hétérodoxie est seulement chuchotée en privé, ou tout au plus, enseignée là où les adeptes ignorants et aveugles d’un parti sont présents pour écouter. Ses défenseurs ne s’aventurent pas à l’affirmer là où elle serait passée au crible, pour leur honte, et où elle serait rejetée par ceux qui tiennent encore à la vérité. On verra dans la parole inspirée qui suit, combien ces enthousiastes ont l’audace de négliger le contexte pour se prévaloir hâtivement d’apparences tout à fait superficielles afin de donner du crédit à leur idée favorite. Mais laissons ceci de côté jusqu’à ce que nous en arrivions à ce reste du passage. Il est caractéristique de l’erreur de mépriser ce qui est le plus certain, solide et béni pour courir après des ombres vaines, et de se réjouir davantage pour un perverti que pour quatre-vingt-dix-neuf pécheurs repentants.

Pesons cela soigneusement : la question du geôlier et la réponse des serviteurs du Seigneur ne concernaient pas le signe, mais la réalité du salut, un salut d’âmes comme Pierre l’appelle (1 Pierre 1:9). Un tel salut est associé à la foi, ici comme ailleurs, et la foi est par-dessus tout personnelle, comme la repentance qu’elle implique. Croire pour les autres, même s’il s’agit de gens aussi proches que ceux de sa propre maison, afin qu’ils ne soient pas simplement baptisés, mais sauvés, montre non seulement la pauvreté des ressources de cette école prétentieuse, mais leur effronterie à avancer des thèses si dangereuses pour les âmes, sur des bases si maigres.

L’hypothèse qui sous-tend la théorie, dans les esprits les plus modérés, est probablement que la maison du geôlier se composait d’enfants assez jeunes pour être irresponsables : autrement (extravagance dont certains n’ont même pas honte) cette maison serait convaincue de ne pas tenir compte de la repentance envers Dieu, et de la foi en notre Seigneur Jésus (20:21) plus grossièrement que dans n’importe quelle secte chrétienne orthodoxe : car quelle est la secte qui ne demande pas une certaine profession aux candidats d’âge plus mûr ? Il n’est donc pas étonnant que tous les interprètes pieux ou sobres de la parole divine rejettent ces dérives de fanatiques de controverses. Or l’Écriture nous permet de pousser à fond cette réfutation, car le verset 32 ajoute qu’ils lui annoncèrent la parole du Seigneur, « ainsi qu’à tous ceux qui étaient dans sa maison », comme si le Saint Esprit par anticipation expresse avait prévu de ne laisser aucun argument possible à un enseignement aussi étrange. Seuls ceux qui pouvaient écouter la parole étaient concernés ; l’appel ne comprenait même personne d’autre selon les termes de la bénédiction, quoi que la grâce pourrait faire après, si tant est qu’il en restât à appeler et à bénir.

 

1.10                   Actes 16:32-34

« Et ils lui annoncèrent la parole du Seigneur, ainsi qu’à tous ceux qui étaient dans sa maison. Et il les prit en cette même heure de la nuit, et lava leurs plaies ; et sur-le-champ il fut baptisé, lui et tous les siens. Et il les fit monter dans sa maison, et fit dresser une table ; et croyant Dieu, il se réjouit avec toute sa maison » (16:32-34).

 

Le geôlier les prit à « cette heure » de la nuit, bien que l’heure ne parût guère raisonnable ; car telle est la force de « cette heure », plutôt que « cette même heure » qui n’est pas dit, même si c’était certainement vrai. Nous devons reproduire correctement ce qui a été écrit et voulu à l’origine. Après avoir lavé leurs plaies, lui et sa maison furent baptisés sans attendre, semble-t-il dans l’enceinte de la prison même. Puis il les fit monter dans sa maison, apparemment au-dessus du quartier des prisonniers, et il s’occupa de leur rafraîchissement corporel et se réjouit avec toute sa maison, ayant cru en Dieu.

Sans aucun doute, la phrase grecque pour « avec toute sa maison » est adverbiale ; mais cela ne fait pas de différence de sens sur le fond, ici ou ailleurs. Ainsi toute la famille [litt.: « la maison »] de tout homme appartenant à Jacob (Exode 1:1) vint de Palestine en Égypte : les chefs de chaque maison n’accompagnèrent pas Jacob à la place de leurs membres. Il est également vrai que tous vinrent, même si seuls les chefs de famille [ou : maison] sont mentionnés. Pareillement ici, le geôlier se réjouit, mais non pas en tant que représentant sa famille ; ceux de cette famille se réjouirent aussi dans leur mesure, aussi réellement que lui, bien que ce soit sa joie d’avoir cru en Dieu qui soit spécifiée. L’intention est bien de nous faire comprendre que la joie de la foi était la part de tous. Une belle image de la réalité et de l’activité de la grâce de Dieu dans ce monde, et ceci envers toute la maison d’un païen endurci ; et cela est répété à plusieurs reprises à propos de telles personnes. Car est-Il le Dieu des Juifs seulement ? Ne l’est-Il pas aussi des nations ? Oui, aussi des nations, car Dieu est Celui qui justifie la circoncision sur le principe de la foi et l’incirconcision par la foi (Rom. 3:30), n’annulant pas la loi par cela, mais l’établissant, car la loi n’a jamais été autant justifiée que dans la mort du Seigneur Jésus ; les croyants donc, ces anciens coupables, entrent dans la paix et la joie.

Tel est le triomphe de la justice de Dieu pour tous ceux qui s’y soumettent ; et encore ce n’est pas une promesse en suspens, encore moins une simulation, mais une réalité de la grâce bénie et effective pour ceux et seulement ceux qui se soumettent, quels que soient le désir et l’espérance des uns et des autres. Il est doux de voir l’amour prévenant et l’hospitalité immédiatement à l’œuvre quand la foi purifie le cœur. La contrainte et le contrôle de la loi sont un grand bienfait dans un monde pécheur ; mais le meilleur de cela, qu’est-il par rapport à l’œuvre de la grâce divine chez celui même qui vient juste de naître de Dieu ?

 

1.11                   Actes 16:35-40

« Et le jour étant venu, les préteurs envoyèrent les licteurs, disant : Relâche ces hommes. Et le geôlier rapporta ces paroles à Paul, [disant] : Les préteurs ont envoyé afin que vous soyez relâchés ; sortez donc maintenant, et allez-vous-en en paix. Mais Paul leur dit : Après nous avoir fait battre publiquement, sans que nous fussions condamnés, nous qui sommes Romains, ils nous ont jetés en prison ; et maintenant ils nous mettent dehors en secret ! Non certes, mais qu’ils viennent eux-mêmes et qu’ils nous mènent dehors ! Les licteurs rapportèrent ces paroles aux préteurs ; et ils eurent peur, ayant appris qu’ils étaient Romains. Et ils vinrent et les prièrent [de se rendre à leur voeu], et les ayant menés dehors, leur demandèrent de sortir de la ville. Et étant sortis de la prison, ils entrèrent chez Lydie ; et ayant vu les frères, ils les exhortèrent et partirent » (16:35-40).

 

Une autre preuve de ce qu’il s’agissait d’une colonie romaine apparaît ici avec les licteurs fonctionnant comme subordonnés des préteurs.

 

1.11.1    Actes 16:35-39

On n’était plus en train de céder par passion ou par opportunisme aux cris injustes d’une émeute ; le lendemain matin on envoie dire de renvoyer les prisonniers objets d’un abus le jour précédent. Le geôlier naturellement répéta les ordres reçus, sans doute heureux de les relâcher. Mais la fermeté et la dignité dont Paul use pour la défense de l’évangile et aussi de la loi dont ils étaient les administrateurs indignes, sont aussi grandes que le support et la soumission sans murmure dont lui et ses compagnons avaient fait preuve précédemment en face de la violence illégitime. S’il y a un temps pour se taire, il y a un temps pour parler (Eccl. 3:7) ; l’Esprit seul peut guider vers l’un ou vers l’autre, et pour quel cas la parole seule est suffisante, — car la Parole appuie et l’un et l’autre, chacun en son temps. Nous voyons ici les deux injonctions exécutées dans la même affaire, et les deux tournant à la gloire du Seigneur.

Il n’en était pas toujours ainsi même avec des serviteurs aussi honorables. Leur propre esprit pouvait agir sans la direction infaillible de Dieu, et occasionnellement il l’a fait, par exemple dans le cas où le souverain sacrificateur fut admonesté et dans celui où il fut fait appel à César, chaque fois avec des conséquences plus ou moins graves, comme on le verra dans la suite. Ici, il est incontestable que la souffrance silencieuse de Paul et de Silas fut un témoignage puissant et frappant à la grâce pratique que le Seigneur voudrait voir caractériser les Siens. « Car quelle gloire y a-t-il », dit un autre apôtre, « si, souffletés pour avoir mal fait, vous l’endurez ? Mais si, en faisant le bien, vous souffrez, et que vous l’enduriez, cela est digne de louange [litt.: une grâce] devant Dieu » (1 Pierre 2:20). C’est à cela que les saints, comme tels, sont appelés. Cela convient particulièrement à ceux qui enseignent de le pratiquer, comme le firent alors ces deux serviteurs bénis à Philippes. Ils subirent l’opprobre pour le nom de Christ, et participèrent à Ses souffrances sans murmure, et même avec des prières et des chants de joie de ce qu’ils avaient été estimés dignes de supporter qu’on leur fasse tort et honte à cause de Son nom.

Mais maintenant qu’ils l’avaient supporté ainsi, il convenait de prouver que Paul et Silas n’étaient pas des malfaiteurs punis justement par le fouet, la prison et les entraves, mais que les gardiens de la loi avaient été coupables d’une injustice flagrante, manifeste et inexcusable contre les prédicateurs de l’évangile. Le moment propice arriva lorsque les préteurs envoyèrent pour les relâcher ; c’est Paul qui s’en rendit compte en premier, non pas le geôlier. C’est pourquoi l’apôtre leur dit : « Après nous avoir fait battre publiquement, sans que nous fussions condamnés, nous qui sommes Romains, ils nous ont jetés en prison ; et maintenant ils nous mettent dehors en secret ! Non certes, mais qu’ils viennent eux-mêmes et qu’ils nous mènent dehors ! » Le dévoilement était complet, même si seuls les officiels et leurs victimes pouvaient le savoir. Il n’y avait pas l’ombre d’un ressentiment, ni le moindre désir de les blesser, ni d’extorquer des gens qui étaient absolument à la merci de ceux qu’ils avaient blessés sans motif. Mais il fut manifesté irréfutablement que, dans le conflit entre les officiels de la loi romaine à Philippes et les ministres de l’évangile, ces derniers étaient honorés par la puissance de Dieu en grâce, tandis que les premiers avaient entièrement manqué à réprimer la foule, et étaient même devenus des meneurs dans une infraction cruelle à cette loi qu’ils étaient tenus d’appliquer.

Les licteurs rapportèrent les paroles de Paul aux préteurs qui, quand ils apprirent que les victimes étaient des Romains, ne purent cacher leur crainte, mais vinrent implorer leurs prisonniers. C’était une humiliation pour eux, autant qu’un triomphe indéniable pour ceux qui étaient chargés de l’évangile de Dieu, et qui avaient souffert seulement comme chrétiens, l’Esprit de gloire et de Dieu reposant sur eux (1 Pierre 4:14).

Certainement les prédicateurs de la grâce n’étaient pas disposés à dévier de la grâce, encore bien moins maintenant que la vérité était claire ; et ils n’avaient pas non plus le désir de déshonorer aucune institution humaine, mais plutôt d’être des modèles dans la soumission aux autorités pour l’amour du Seigneur, à laquelle ils exhortaient positivement les autres. Ils cédèrent facilement à la requête des préteurs, n’ayant jamais eu la pensée de poursuivre les préteurs en justice.

 

1.11.2    Actes 16:40

« Et les ayant menés dehors, ils leur demandèrent de sortir de la ville. Et étant sortis de la prison, ils entrèrent chez Lydie ; et ayant vu les frères, ils les exhortèrent et partirent » (16:39-40).

 

En quittant la prison, ils exercèrent leur droit indiscutable à la liberté en rendant visite à Lydie, chez qui ils virent « les frères ». Il semblerait qu’il s’agisse des gens de sa maison dont nous avons entendu parler au verset 15. Il ne nous est pas parlé d’autres qui fussent dans ce lien saint de relation fraternelle en ce temps-là à Philippes. Ils les exhortèrent, ou les encouragèrent, selon le besoin, et les serviteurs du Seigneur purent heureusement agir dans la défense et la confirmation de l’évangile (Phil. 1:7). Comme ils s’étaient réjouis dans leurs liens, ils prirent congé : une belle image dans leurs personnes de cette supériorité sur les circonstances que l’apôtre inculquait plus tard dans son épître à tous les saints de l’endroit, pour leur bénédiction et pour la nôtre.

 

 

 

2                    Actes 17

2.1   Actes 17:1

Nous passons maintenant à des circonstances quelque peu nouvelles. Le travail du Seigneur continue, le témoignage change de caractère, le zèle des serviteurs demeure, les résultats diffèrent plus ou moins, de même que l’opposition de l’ennemi.

 

 « Et ayant traversé Amphipolis et Apollonie, ils vinrent à Thessalonique, où était la synagogue des Juifs » (17:1).

 

Il vaut la peine de noter que les plus anciens manuscrits (Aleph, BD, et autres) omettent l’article devant « synagogue », de même que les versions autorisée et révisée anglaises du Roi Jacques ; mais il est rendu témoignage à son existence de manière abondante et variée. D’un côté, il est presque impossible de concevoir qu’on l’ait inséré s’il n’y était pas originellement. D’un autre côté, il est facile de comprendre qu’on l’ait omis à cause de son rapport inhabituel avec le contexte. Son emploi serait tout à fait justifié si, en fait, il n’y avait que cette synagogue dans la région, ce qui lui aurait donné de la notoriété. On voit qu’il n’y en avait pas à Philippes ; il n’y avait que l’endroit pour la prière près du fleuve, où quelques-uns s’assemblaient le jour du sabbat.

 

2.2   Actes 17:2-3

« Et selon sa coutume, Paul entra vers eux, et, pendant trois sabbats, il discourut avec eux d’après les écritures, expliquant et exposant qu’il fallait que le Christ souffrît et qu’il ressuscitât d’entre les morts ; — et [disant], que ce Jésus que moi je vous annonce, est le Christ » (17:2-3).

 

L’apôtre revient ici à un témoignage s’appliquant spécialement aux Juifs. Sans doute il est de la plus haute valeur pour tous, mais sa forme particulière convenait tout à fait au lieu où ses discours étaient prononcés. Le caractère souffrant et ressuscité de Christ était démontré d’après les Écritures ; et il l’était non seulement comme une vérité trouvée dans ce qu’ils reconnaissaient être la parole de Dieu, mais comme une nécessité absolue à cause du péché de l’homme, et comme le seul remède convenable de la grâce de Dieu, — tout ceci était complété par la conclusion décisive que « celui-ci est le Christ Jésus, que moi je vous annonce ». Il n’y avait pas besoin de miracle pour attirer l’attention. Les Écritures sont un témoignage au dessus des miracles, et le plus permanent de tous les témoignages. Jésus, à Lui seul, donne sa pleine signification à la parole de Dieu en ce qui concerne Sa première venue, et c’est ce qui suffit pleinement à la conscience et au cœur du croyant — à la conscience pour la purifier, et au cœur pour lui donner un objet béni et bénissant. Mais ce n’est pas tout ce que l’apôtre avait à dire à Thessalonique, comme nous allons vite l’apprendre ; mais pour le moment il n’y a rien à ajouter puisque c’est tout ce qui est mentionné ici.

 

2.3   Actes 17:4

« Et quelques-uns d’entre eux furent persuadés et se joignirent à Paul et à Silas, et une grande multitude de Grecs qui servaient [Dieu], et des femmes de premier rang en assez grand nombre » (17:4).

 

Ainsi, comme l’apôtre l’écrivit par la suite, « notre évangile n’est pas venu à vous en parole seulement, mais aussi en puissance, et dans l’Esprit Saint, et dans une grande plénitude d’assurance » (1 Thessaloniciens 1:5). La moisson était considérable, non seulement parmi les Juifs, mais encore bien plus parmi les nations, y compris de nombreuses femmes de premier rang. Dans aucune assemblée des temps apostoliques nous ne trouvons une plus grande simplicité, une plus grande fraîcheur et une plus grande puissance de la vérité que parmi les Thessaloniciens.

Mais le succès de l’évangile est toujours susceptible de susciter une opposition acharnée, et nulle part autant que parmi les Juifs : car ceux-ci avaient un vif sentiment de rancune haineuse, bien naturel de la part de ceux que leurs propres écritures accablaient, alors qu’ils ne pouvaient pas les expliquer, et qu’ils ne voulaient pas se courber devant elles.

 

2.4   Actes 17:5-9

« Mais les Juifs, pleins de jalousie, ayant pris quelques méchants hommes de la populace (litt. : qui traînaient au marché), et ayant fait un amas de peuple, troublèrent la ville, et ayant assailli la maison de Jason, ils cherchèrent Paul et Silas pour les amener au peuple. Mais ne les ayant pas trouvés, ils traînèrent Jason et quelques frères devant les magistrats de la ville, en criant : Ces gens qui ont bouleversé la terre habitée, sont aussi venus ici ; et Jason les a reçus chez lui, et ils contreviennent tous aux ordonnances de César, disant qu’il y a un autre roi, Jésus. Et la foule et les magistrats de la ville, qui entendaient ces choses, furent troublés. Et après avoir reçu caution de Jason et des autres, ils les relâchèrent » (17: 5-9).

 

Nous voyons ici le manque habituel d’honnêteté élémentaire, qui caractérise ceux qui attaquent religieusement la vérité. Les Juifs, qui professaient avoir la crainte de Dieu, n’eurent pas de scrupules, par jalousie, à grouper contre l’évangile des partisans trouvés parmi des hommes méchants de la plus basse espèce. Des païens livrés à eux-mêmes étaient d’assez bons alliés contre la vérité de leur propre Messie, car leurs convoitises mondaines ne leur permettaient pas de discerner ce Messie en Jésus souffrant, mais ressuscité. Dieu n’était dans aucune de leurs pensées ; et la propre volonté opérait pour obscurcir et détruire la force de Sa parole. Leur dégradation ne pouvait plus être cachée au vu de la compagnie avec laquelle ils s’accordaient pour former une foule et jeter le tumulte dans toute la ville. Pourtant les Juifs étaient les représentants exclusifs de la loi divine devant toutes les nations. Hélas ! ils étaient maintenant la preuve solide de leur faillite totale, non pas parce que la loi n’était pas sainte, ni le commandement saint, juste et bon, mais parce qu’eux-mêmes étaient profanes, injustes et mauvais. Même que leur propre Messie était maintenant venu, ils ne L’avaient pas reconnu à cause de leur incrédulité, et ils avaient poussé les Gentils à Le crucifier ; et maintenant ils empêchaient aussi Ses serviteurs de parler aux nations pour qu’elles soient sauvées. Ils comblaient la mesure de leurs péchés, « mais la colère est venue sur eux au dernier terme » (1 Thess. 2:16).

L’hôte de Paul, Jason, fut spécialement l’objet de leur animosité ; ils assaillirent sa maison avec l’idée d’amener les serviteurs du Seigneur devant le peuple, c’est-à-dire l’assemblée régulière de la ville. Ne les trouvant pas, ils traînèrent Jason et certains frères devant les magistrats de la ville, dénommés poliarques (*), un titre particulier des autorités locales, qui atteste d’autant plus l’exactitude de Luc qu’on ne retrouve pas ce terme ailleurs dans les restes de l’antiquité grecque. Seule une inscription existant encore sur une arche de marbre de la porte ouest ou Vadir de Salonique prouve que tel était le titre des magistrats de Thessalonique, au nombre de sept. Par une coïncidence remarquable, trois des noms des compagnons de Paul trouvés ici, ou dans les épîtres, correspondent à ceux de cette inscription selon Boeckh, No 1967, dans Conybeare et Howson I.395. Sosipater, Secundus et Gaïus figurent dans les deux cas, ce qui est significatif de la fréquence de ces noms dans la région. C’était une ville libre anciennement appelée Therma, qui fut ultérieurement nommée Thessalonique par Cassandre en l’honneur de sa femme, Thessalonica, sœur d’Alexandre le grand ; elle est restée une ville florissante de l’empire turc sous le nom dérivé de Salonique ou Saloniki encore à la fin du 19ème siècle.

 

(*) Le nom grec ici, πολιαρχος, non pas πολιταρχοσ, ainsi que le verbe analogue, est un mot banal chez Dio Cassius, pour désigner le préfet ou commandant d’une ville, outre son usage plus large dans le passé pour désigner un roi ou un prince. Mais je ne le trouve pas appliqué aux magistrats des cités grecques, seulement aux préfets de Rome.

 

La clameur des assaillants aux versets 6 et 7 est frappante et instructive, au moins dans sa dernière partie. Il était naturel de dire que ces prédicateurs de la grâce divine « bouleversaient la terre habitée », et cela devint un reproche constant, malgré sa fausseté. C’était certes compréhensible parce que l’évangile pénètre aussi bien les hautes couches de la société que les basses, et il détache du monde par le lien divin avec Christ dans les cieux. Mais justement pour cette raison il ne s’ingère pas dans l’autorité du monde ; au contraire il enjoint à toute âme de s’y soumettre comme à l’ordonnance de Dieu ici-bas. L’évangile attache simplement, mais complètement, le cœur de ceux qui croient au Rejeté, maintenant glorifié dans le ciel. Mais nous ne pouvons pas nous attendre à trouver la vérité dans la clameur folle poussée par des Juifs envieux et la foule amorphe des nations. Ils cherchaient seulement à créer une apparence suffisante pour faire peur aux magistrats, et faire chasser les principaux messagers de la vérité.

Mais ils ajoutaient une autre accusation plus précise, d’autant plus intéressante du fait de l’éclairage donné par les deux épîtres aux Thessaloniciens : « ils contreviennent tous aux ordonnances de César, disant qu’il y a un autre roi, Jésus ».

L’insinuation était infondée et malveillante, sans nul doute ; mais elle avait une apparence d’évidence vu l’importance donnée au royaume de Dieu dans lequel Jésus devait venir. Car Il était parti, entre autre, pour recevoir ce royaume et revenir (Luc 19:12). Or, quelle que soit la folie malveillante qu’il y avait à présenter cette attente comme contraire aux droits de César, il est clair que l’enseignement était très éloigné de la doctrine moderne, qui ne pourrait jamais être mal interprétée de cette manière. Paul et ses compagnons présentaient aux saints l’attente constante de Christ comme venant régner, et ceci, non pas comme un secret pour initiés, mais comme une espérance des plus influentes pénétrant toute la marche aussi bien que la doctrine, et sur laquelle on devait insister d’un bout à l’autre de la vie chrétienne. Selon le chapitre 1 de la première épître, cela caractérisait les convertis de Thessalonique dès le début. Ils s’étaient tournés des idoles vers Dieu pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour attendre des cieux Son Fils qu’Il a ressuscité d’entre les morts, Jésus qui nous délivre de la colère qui vient (1 Thess. 1). Leur conversion, c’était autant d’attendre Jésus que de servir Dieu. Cette espérance convenait donc aussi bien aux plus jeunes croyants qu’à l’apôtre. Elle était indépendante du schéma prophétique dont les néophytes, spécialement ceux d’origine païenne, ne pouvaient être au courant. C’était pourtant d’autant plus une espérance brillante et sans réserve dans laquelle ils vivaient chaque jour.

C’était tellement le cas, que l’apôtre leur rappelle comment il les exhortait chacun, « comme un père ses propres enfants, et vous consolant, et rendant témoignage, pour que vous marchiez d’une manière digne de Dieu qui vous appelle à son propre royaume et à sa propre gloire » (1 Thes. 2:11-12). Qu’est-ce qui pourrait prouver davantage que Son royaume influence la marche présente ? C’est un fait notoire que si l’espérance n’est pas devant les yeux des saints, ils sont exposés à rechercher leurs aises et les honneurs, la richesse et toute sorte de mondanités. Si Son royaume et Sa gloire sont devant nous, nous pouvons supporter de bon cœur la honte et la souffrance, et il y a de l’élévation dans la marche. Même l’apôtre considérait la couronne dont il se glorifiait dans les saints, mais devant notre Seigneur Jésus à Sa venue (1 Thes. 2:19). Alors la sainteté sera achevée et manifestée à Sa venue avec tous Ses saints (1 Thes. 3). Les saints morts et vivants (1 Thes. 4) seront changés et enlevés avec Lui en haut à Sa venue ; et au temps voulu, le jour du Seigneur tombera avec une destruction soudaine sur un monde qui n’y pensera pas ni ne s’y attendra pas (1 Thes. 5).

Dans la seconde épître, l’annonce du royaume est encore plus précise, si tant est que cela soit possible. Pour différentes raisons, les saints de Thessalonique ne jouissaient guère de leur brillante espérance, et l’apôtre s’associe ses compagnons d’œuvre pour se glorifier de leur patience et de leur foi dans toutes leurs persécutions et leurs tribulations (2 Thes. 1:4). Celles-ci sont considérées comme un gage manifeste du juste jugement de Dieu selon lequel ils seraient estimés dignes du royaume de Dieu « pour lequel aussi vous souffrez ». Le rétribution viendra en son temps à la révélation du Seigneur Jésus des cieux : c’est Lui qui réalise, manifeste et administre le royaume (2 Thess.1). Mais ce jour ne peut avoir lieu (contrairement à ce que certains prétendaient à tort) avant que l’apostasie ne vienne, et que l’homme de péché ne soit révélé.

Le mystère d’iniquité était déjà à l’œuvre, et son sommet sera la révélation de l’inique, qui s’assiéra (c’est futur) au temple de Dieu, se disant être Dieu. Cela attirera un prompt jugement sur lui et ses adeptes, quand le Seigneur Jésus le consumera par le souffle de Sa bouche, et l’anéantira par l’apparition de Sa venue (2 Thes. 2). Ceci ne doit pas inquiéter les croyants les plus faibles, vu que Dieu les a appelés par l’évangile pour obtenir la gloire de notre Seigneur Jésus Christ (2:14), bien qu’en attendant, nous ayons besoin du Seigneur pour incliner nos cœurs à l’amour de Dieu, et à la patience de Christ (2 Thes. 3:5). C’est la seconde venue [ou : avènement], comme les hommes l’appellent, la manifestation du Seigneur en gloire, qui introduit le royaume judiciairement quand, selon la terminologie de Daniel, la « petite pierre » aura exécuté le jugement sur toutes les puissances opposées hostiles ici-bas, et deviendra alors une grande montagne remplissant toute la terre (Dan. 2:35). S’attendre à ce que le royaume de Dieu s’étende partout et ait la suprématie avant la venue personnelle du Roi et la défaite publique de Ses ennemis, est une erreur grave. Cette erreur a cherché à se répandre très tôt, mais elle fut dénoncée immédiatement par l’apôtre qui affermit les Thessaloniciens dans la vérité. Il insistait dès le commencement sur la venue de Christ et ensuite le royaume de Dieu, une vérité à la fois solennelle pour le monde et encourageante pour les saints.

Le monde était hostile, bien qu’on se bornât alors à prendre une caution (*) de Jason et des autres, et qu’on les relâchât, du fait que les prédicateurs n’avaient pas été