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Exposé des Actes des Apôtres
William KELLY
Paru de janvier 1882 à décembre 1890 dans le Bible Treasury; vol. 14 à 18.
1° édition comme ouvrage à part en 1890.
Traduction faite sur l’édition de 1952
Les sous-titres et divisions ont été ajoutés par Bibliquest
Sauf cas exceptionnels, les notes de discussions des textes grecs n’ont pas été reprises.
La traduction utilisée pour le texte Biblique est souvent celle de JND, mais la traduction propre à W. Kelly a été reprise occasionnellement, spécialement quand elle générait un sens ou un commentaire particulier. Le mot « Gentils » peut être remplacé par « nations » (= non Juifs).
Table des matières abrégée :
Table des matières détaillée :
1.2.3 Différence entre avoir la vie et le salut
1.2.4 Le don et les dons de l’Esprit (9:17)
1.2.5 Baptême. 1 Pierre 3:20-21
1.2.6 Rôle de l’imposition des mains (9:17)
1.2.7 L’appel de Paul et sa mission
1.3.1 Contenu des prédications de Pierre
1.3.2 Ce qu’Étienne a proclamé
1.3.3 Contenu de la prédication de Paul et de Jean
1.4.1 La formation de Paul à son ministère. Actes 9:23 et Galates 1
1.4.2 Attaques de l’ennemi contre Paul. Actes 9:23-25
1.7.1 Les guérisons s’appliquent à des incrédules
1.7.2 Un miracle du siècle à venir
1.7.4 Dieu se sert ici de Pierre
1.8.1 Le nom de Dorcas ou gazelle
1.8.2 La résurrection de Dorcas
1.8.3 Différences entre les deux miracles et leurs résultats
4.1.1 Un dessein et des voies pour Pierre différents de ceux pour Jacques
4.1.3 Voies variées de Dieu. La réaction d’Hérode
4.2.2 Ce récit vu par des auteurs profanes
5.1.4 Actes 13:2b. Pas d’ordination
5.4.1 L’évangile est basé sur des faits
5.4.3 Actes 13:19-20 — Pays tiré au sort ? — Les 450 ans
6.5 Actes 14:23 — Choix d’anciens
7.4 Actes 15:4-5. Rapports entre le concile et Galates 2
7.10.1 L’expression « frères anciens » de 15:23
7.10.2 Barsabbas et Silas — Liberté du ministère
7.10.3 Ordre des noms Paul et Barnabas
7.10.4 Il a semblé bon au Saint Esprit et à nous. 15:28. Les conciles
7.11.2 Actes 15:32-34. Liberté du ministère. Omission du v. 34
7.13 Pierre n’apparaît plus. Sa défaillance de Gal. 2:11-16
On a ensuite la conversion de Saul de Tarse, selon un beau développement des voies de Dieu. Car d’un côté son zèle meurtrier inlassable contre le Seigneur Jésus et Ses saints devait faire de lui un témoin d’autant plus manifeste de l’évangile (c’est par la souveraine grâce et par la gloire céleste dans la personne de Christ brillant dans son cœur depuis en haut, qu’il a été arrêté) ; — d’un autre côté son appel immédiat à aller comme apôtre vers les Gentils était le début nouveau et précis d’un ministère à la louange de la grâce divine. Car bien loin de ce que le sang d’Étienne ait calmé l’enthousiasme enragé du jeune zélote qui consentait à sa mort, ce sang n’avait fait que le stimuler à oser une violence impitoyable contre tous les hommes et femmes qui invoquaient le nom du Seigneur ; et maintenant son zèle insatiable contre « la voie » l’incitait à prendre en chasse les saints éparpillés hors du pays.
« Or Saul, respirant encore menace et meurtre contre les disciples du Seigneur, alla au souverain sacrificateur, et lui demanda pour Damas des lettres adressées aux synagogues, en sorte que, s’il en trouvait quelques-uns qui fussent de la voie, il les amenât, hommes et femmes, liés à Jérusalem. Et, comme il était en chemin, il arriva qu’il approcha de Damas ; et tout à coup une lumière brilla du ciel comme un éclair autour de lui. Et étant tombé par terre, il entendit une voix qui lui disait : Saul ! Saul ! Pourquoi me persécutes-tu ? Et il dit : Qui es-tu, Seigneur ? Et il dit : Je suis Jésus que tu persécutes. Mais lève-toi, et entre dans la ville ; et il te sera dit ce que tu dois faire. Et les hommes qui faisaient route avec lui s’arrêtèrent tout interdits, entendant bien le son [JND : la voix], mais ne voyant personne. Et Saul se leva de terre ; et ses yeux étant ouverts, il ne voyait rien (*) ; et, le conduisant par la main, ils l’emmenèrent à Damas ; et il fut trois jours sans voir, et il ne mangea ni ne but » (9:1-9).
(*) Ou : « personne », selon ce que lisent la plupart des manuscrits faisant autorité, certains anciens et bons [note Bibliquest : c’est aussi la traduction retenue par JND], bien que Aleph, A, B et la Vulgate et d’autres donnent le sens plus large de « rien ». Il peut être utile de noter le fait objectif et historique dans cette expression du v. 8, tandis que l’état subjectif figure dans le dernier membre de phrase du v. 7 et au début du v. 9 ; on retrouve un fait objectif dans la dernière partie du v. 9.
Il est merveilleux de voir ainsi le persécuteur principal appelé non pas simplement à être un saint, mais aussi un apôtre. La conversion du brigand mourant était une manifestation insigne d’une grâce appropriée à ce cas, et souveraine ; mais celle du persécuteur vivant, qui envoyait les saints en prison ou à la mort, était bien plus grande. Et si Pierre suivit le Christ rejeté depuis la Galilée jusqu’à Son ascension et à Sa gloire céleste, Saul commença par Son appel depuis le ciel, ensuite il partagea toujours Ses souffrances, jusqu’à ce qu’il finisse sa course en devenant conforme à Sa mort (Phil. 3:10). Il était apôtre, non de par un Messie vivant sur la terre, mais de par Celui qui a été glorifié après que Dieu le Père l’ait ressuscité d’entre les morts. Il commença son témoignage là où Pierre a fini le sien.
Le point de départ de Saul était sans précédent, et il donnait un tout autre caractère à son service, un caractère céleste. C’était une rupture complète d’avec Israël selon la chair, et il n’était plus question de la terre ni d’espérances terrestres. L’Homme ressuscité d’entre les morts et monté au ciel n’avait pas plus de relation avec une nation plutôt qu’une autre. La croix brisait toutes les éventuelles revendications de ceux qui avaient la loi, mais en elle était posé le fondement juste du pardon de toutes les fautes, en effaçant l’obligation qui était contre nous, écrite dans les ordonnances (Col. 2:14). L’association céleste avec Christ glorifié était maintenant révélée comme un fait présent pour que la foi le saisisse, en jouisse et le manifeste pratiquement sur la terre ; et Saul était choisi pour en être un témoin, aussi bien individuellement que corporativement, comme nul ne l’avait jamais été auparavant ; et personne ne l’a suivi en cela, car son cas ne donnait lieu à aucune succession.
Tel était l’homme qui, débordant de haine mortelle, désirait la plus haute approbation religieuse pour faire la guerre à mort contre tous ceux, hommes et femmes, qui invoquaient le Seigneur Jésus. Armé de la lettre du souverain sacrificateur, il approchait de Damas quand soudainement une lumière tomba des cieux comme un éclair autour de lui ; lui-même étant tombé à terre, entendit une voix l’accusant de persécuter Celui qu’il ne pouvait pas reconnaître comme Seigneur ; et Saul stupéfait, apprend à sa plus grande confusion devant Dieu que c’était Jésus, Jésus persécuté dans les Siens qui étaient un avec Lui. Découvertes accablantes pour toute âme quelle qu’elle soit ! Car la lumière, la « gloire de cette lumière », la puissance, la voix même, ne laissaient place à absolument aucun doute, d’autant plus pour quelqu’un comme Saul, qui en toute assurance et toute conscience était enflammé contre Son nom, et pensait faire une bonne œuvre en emprisonnant et même tuant Ses disciples, tellement sa volonté était déterminée, son zèle ardent, sa méchanceté franche, sous l’effet du préjugé religieux qui l’aveuglait.
Jamais une conversion ne fut si marquée par la gloire céleste (2 Cor. 4:4), et ceci de la part même de la personne de Christ parlant du ciel (Héb. 12:25). C’est par excellence la « grâce de Dieu » qui sauve qui lui apparut, renversant totalement et ouvertement la plus haute tradition terrestre, bien qu’elle fût aussi « la bonne nouvelle (ou évangile) de la gloire de Christ », comme nul autre, même parmi les apôtres, n’a pu en parler comme lui. C’est pourquoi il parle de « mon » évangile, ou « notre » évangile quand il se joint à d’autres compagnons. Ces expressions ne signifient pas qu’il y ait un objet ou des moyens de salut devant l’âme en dehors du seul Sauveur et Seigneur, mais elles découlent du caractère céleste de l’évangile, tout comme de la plénitude et de la souveraineté de la grâce qui s’y manifestent par-dessus tout.
En plus il y a dans les paroles de Christ, dès cette première révélation, le germe de la doctrine de l’assemblée qui est une avec Lui, Son corps, — ce que l’apôtre a été appelé à exposer et à appliquer par ses épîtres, comme par son ministère et sa vie, d’une manière et à un degré surpassant « les douze », malgré tout l’honneur qui leur revient à leur place. Cette manière particulière dont le Seigneur a fait de lui un témoin de premier ordre, et ce développement céleste de la vérité dont il a été spécialement le témoin, tout cela lui apporta des épreuves et des souffrances sans égales, non seulement venant du dehors, mais aussi du dedans, comme ses écrits et d’autres l’attestent abondamment.
Saul n’a pas été désobéissant à la vision céleste. Le judaïsme et le monde furent jugés dans son âme, et abandonnés pour toujours devant la certitude de la grâce salvatrice et de la gloire céleste en Christ dans le ciel, — Christ qui, maintenant, exerçait manifestement la puissance divine et l’autorité, et désignait d’un coup le nouveau et seul vrai chemin de souffrance et de patience pour le témoignage (en paroles et en actes) rendu à la grâce et à la vérité jusqu’à ce qu’Il vienne nous prendre auprès de Lui, là où Il est ; or ce chemin est conforme à celui qui a été le Sien, un chemin incomparable sur la terre. D’un côté, non seulement les Gentils (Romains, Grecs et tous les autres) combattaient contre Dieu, mais aussi la nation élue, les Juifs, et avec encore plus de vigueur ; d’un autre côté, le plus simple des disciples est maintenant un avec Christ sur le trône de Dieu, et les persécuter, c’est Le persécuter Lui.
C’est tout cela, et encore bien plus qu’un esprit tel que celui de Saul décrypta dans la révélation du chemin de Damas, — une révélation qu’il fallait aller en son temps par toute la terre, et que la puissance n’est que dans la foi et l’amour qui forment une vie de chrétien semblable à celle de Christ et pour la gloire de Christ, mais avec des effets notables même là où on la professe faussement. Cette révélation peut être noyée dans le sang, ou obscurcie par des nuages d’erreurs et de présomption de la créature, juive ou Gentile, ou pire même quand les deux se combinent pour nier le Père et le Fils. Mais néanmoins dans les objets sur lesquels elle porte, cette révélation s’élèvera au ciel avec la gloire immuable et impérissable qui entoure Christ, avant qu’Il soit révélé du ciel « avec les anges de sa puissance, en flammes de feu, exerçant la vengeance contre ceux qui ne connaissent pas Dieu, et contre ceux qui n’obéissent pas à l’évangile de notre Seigneur Jésus Christ, quand il viendra pour être, dans ce jour-là, glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui auront cru », et pour être à la fois Celui qui bénit et la bénédiction elle-même pour toutes les familles de la terre selon la promesse (2 Thes. 1:7-10).
On remarquera que le premier effet sur l’âme croyante et repentante de Saul fut l’esprit d’obéissance. La vie était là par la foi, et comme toujours, elle montre instantanément son vrai caractère par l’obéissance, que le Seigneur voyait. C’est ce qui est impliqué dans la dernière partie du Texte Reçu, laquelle forme la totalité du verset 6 : « Mais lève-toi, et entre dans la ville ; et il te sera dit ce que tu dois faire ». Dans son récit aux Juifs (22:10), Paul fait connaître que lui-même avait dit : « Que dois-je faire, Seigneur ? » L’historien inspiré ne le cite pas ici, bien qu’il le fasse plus tard là où c’était important. Mais en tous cas le Seigneur compte sur son obéissance, avant même qu’on puisse supposer Saul capable de saisir dogmatiquement la portée de l’aspersion du sang de Christ, et de se reposer en paix sur elle. La nouvelle nature vit dans l’obéissance, comme celle de Christ, dans la conscience et les affections de la relation de fils ; et ce sang purifie de tout péché dont le vieil homme était coupable. Avant même que l’âme née de nouveau connaisse la délivrance de toute culpabilité, le cœur est façonné pour obéir, non pas par la crainte d’un châtiment comme un Juif qui avait la mort sous les yeux, mais parce qu’il est attiré par la bonté souveraine et la soumission à la parole de Dieu. L’obéissance est la seule place et la seule attitude correctes de l’esprit régénéré, en contraste avec l’indépendance vis-à-vis de Dieu naturelle à l’homme, enfanté dans l’iniquité et conçu dans le péché (Ps. 51:5). La puissance vient dans le don du Saint Esprit, quand le croyant se repose sur la rédemption, et qu’il connaît toute sa méchanceté devant Dieu. Mais même à un apôtre, il doit lui être dit ce qu’il doit faire ; il ne lui est pas laissé le soin de le découvrir par lui-même.
« Et les hommes qui faisaient route avec lui s’arrêtèrent tout interdits, entendant bien le son (*), mais ne voyant personne » (9:7).
(*) Note Bibliquest : dans la traduction JND, le mot « son » est indiqué en note, mais le mot « voix » a été retenu.
Le mot signifie souvent « voix » comme il est justement traduit au v. 4, quand Saul entendit clairement ce que le Seigneur lui disait. Ici ses compagnons n’entendirent pas de paroles articulées, comme cela est dit expressément en Actes 22:9. Cependant ils entendirent que quelque chose était prononcé. Ici le mot « son » semble être une représentation plus exacte du fait décrit par l’expression. Ceci est confirmé par une différence remarquable dans la forme de la phrase grecque ; car le génitif (qui exprime le partage) est utilisé là où l’effet physique était incomplet, l’accusatif là où les paroles étaient communiquées en puissance. Le génitif est toujours utilisé quand il s’agit de réception spirituelle ; car au sujet de qui pourrait-il être dit qu’il a tout entendu ce que la voix du Fils de Dieu disait ?
En se relevant, Saul se révéla incapable de voir, aveuglé peut-on dire par une lumière excessive. On le conduisit donc par la main à Damas (9:8) et pendant trois jours, sans voir, il ne mangea ni ne but (9:9). Un travail profond se poursuivit dans cette âme capable de sentir la grâce et la vérité aussi profondément qu’il pouvait se juger lui-même selon la lumière de Dieu ; or cette lumière avait manifesté la méchanceté vaine du formalisme sous sa meilleure forme, et avait abattu le missionnaire zélé, armé d’un pouvoir d’inquisiteur, pour l’amener là où Job avait été conduit autrefois, — à avoir horreur de lui-même, et à se repentir dans la poussière et dans la cendre.
C’est ainsi que se déroula cette conversion d’un caractère très élevé et du plus profond intérêt, lourde de résultats universels qui ne passeront jamais. Le miracle trouvait sa justification, non seulement dans les principes moraux en jeu dans ce cas, ou dans la manifestation dispensationnelle à ce point des voies de Dieu, mais spécialement dans l’importance majeure d’une telle révélation céleste de Son Fils. Néanmoins Saul, bien que désigné pour exercer un ministère qui transcende celui de tout autre homme, entra, à sa conversion, dans la sphère de la confession chrétienne par la même petite porte que n’importe qui d’autre.
« Or il y avait à Damas un disciple nommé Ananias ; et le Seigneur lui dit en vision : Ananias ! Et il dit : Me voici, Seigneur. Et le Seigneur lui dit : Lève-toi, et va dans la rue appelée la Droite, et cherche dans la maison de Judas un nommé Saul, de Tarse ; car voici, il prie, et il a vu en vision un homme nommé Ananias, entrant et lui imposant les mains pour qu’il recouvrât la vue. Et Ananias répondit : Seigneur, j’ai ouï parler à plusieurs de cet homme, combien de maux il a faits à tes saints dans Jérusalem ; et ici il a pouvoir, de la part des principaux sacrificateurs, de lier tous ceux qui invoquent ton nom. Mais le Seigneur lui dit : Va ; car cet homme m’est un vase d’élection pour porter mon nom devant les nations et les rois, et les fils d’Israël ; car je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon nom. Et Ananias s’en alla, et entra dans la maison ; et lui imposant les mains, il dit : Saul, frère, le Seigneur, Jésus qui t’est apparu dans le chemin par où tu venais, m’a envoyé pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli de l’Esprit Saint. Et aussitôt il tomba de ses yeux comme des écailles ; et il recouvra la vue ; et se levant, il fut baptisé ; et ayant mangé, il reprit des forces » (9:10-19).
Il y a beaucoup à apprendre du contact entre Ananias et le nouveau converti, jusque-là totalement étrangers l’un à l’autre, sauf que, par la rumeur publique, le premier connaissait bien l’inimitié féroce du second envers tous ceux qui invoquaient le nom du Seigneur. Il était lui-même un homme pieux selon la loi, ayant un témoignage irréprochable parmi les Israélites de Damas (22:12). Tel était l’homme qui avait eu une vision du Seigneur au sujet de Saul, comme Saul en avait eu une au sujet d’Ananias : les deux concordaient et confirmaient de la manière la plus simple et la plus importante le miracle opéré lors de la conversion de Saul. Si nous voyons parfois la puissance divine économisée si l’on peut dire, tous, même les plus simples, doivent reconnaître qu’ici elle abonde de manière frappante, et que ce qui était en vue à la fin le justifiait bien. Car dans le témoignage du nouveau témoin se développaient les manifestations de la grâce et de la vérité, - de l’évangile et de l’église, - du christianisme individuel et des bénédictions corporatives, - de la plus profonde vérité pour l’âme de l’homme, - d’une pleine défense de la justice divine, - de la sagesse passée des voies de Dieu manifestées, - des conseils futurs de gloire pour les cieux et la terre et l’éternité à la louange de Dieu et de Son Fils : les fondements de tout ceci, et plus encore, étaient déjà posés dès le début, comme ils ne l’avaient jamais été auparavant et n’auraient jamais besoin de l’être à nouveau. Ceux qui sont familiers avec les voies de Dieu dans Sa parole ne s’étonneront pas de toute la peine prise pour fournir des justificatifs extérieurs d’une exhaustivité inhabituelle et d’une force indubitable, de manière à empêcher toute accusation raisonnable de tromperie ou de connivence ? Le Seigneur s’en est occupé remarquablement : ne le méconnaissons pas.
Ananias avait reçu un message du Seigneur (9:10-12) qui, même en vision, fit éclater son extrême surprise. Quel déploiement exquis de libres échanges, produits par la grâce, entre le cœur du Maître dans les cieux et celui de Son serviteur sur la terre. Après qu’il lui ait été dit de chercher Saul dans la maison de Judas pour qu’il recouvre la vue, Ananias ose exprimer respectueusement des paroles à la limite de la remontrance (9:13-14) ; de Son côté le Seigneur récuse toute réticence en donnant l’assurance non seulement de l’abondance de Sa propre grâce, mais aussi de l’authenticité de la repentance de Saul qui le rendait propre pour le merveilleux travail auquel il était désormais appelé (9:15-16). Combien nous pouvons, nous aussi, épancher tous nos exercices de cœur en Son sein, combien nous pouvons compter implicitement sur Son intérêt plein d’amour, Lui qui a toutes choses à Sa disposition et qui s’intéresse à notre histoire du début à la fin ! Car Son regard d’amour repose sur les prières dans telle maison de telle rue, tout autant que sur la vaste étendue de vie chrétienne et de service chrétien depuis l’Arabie jusqu’à Damas, depuis Jérusalem et ses environs jusqu’en Illyrie, et même jusqu’à Rome, voire jusqu’en Espagne, où Son nom serait porté devant les nations et les rois et les fils d’Israël, — quand les nombreuses afflictions de Saul pour le nom de Christ surpasseraient ses nombreuses actions dans tout le monde de l’époque. En vérité, il était bien un vase d’élection pour le Seigneur, surabondant dans son travail d’amour, et sans pareil dans ses souffrances pour Christ.
Ananias obéit promptement, va à la maison où Saul logeait, et lui imposant les mains, lui dit la mission pour laquelle il était envoyé : non seulement pour que Saul recouvre la vue, mais pour qu’il soit rempli de l’Esprit. La force du message résidait en ce que le Seigneur Jésus, qui était apparu à Saul sur le chemin, envoyait maintenant surnaturellement Ananias pour lui transmettre Sa bénédiction. Combien il est évident que Dieu était à l’œuvre, et que le Seigneur Jésus était le révélateur de Ses pensées et le moyen de Sa miséricorde, comme Il est le resplendissement de Sa gloire et l’empreinte de Sa substance (Héb. 1:3) ; aussi sûrement homme que Dieu, et maintenant Homme glorifié à la droite de Dieu, qui sonde les reins et les cœurs, et qui dirigeait Ananias autant que Saul ! Si la vanité de l’homme dans le meilleur état s’imposait à l’évidence pour la conscience de Saul (et personne n’avait autant de motifs que lui de connaître ceci expérimentalement), la grâce de Dieu dans le Seigneur Jésus était aussi évidente. « Et aussitôt il tomba de ses yeux comme des écailles ; et il recouvra la vue ; et se levant, il fut baptisé ; et ayant mangé, il reprit des forces ». Saul se soumit au baptême comme n’importe qui d’autre. Il fut baptisé par un simple disciple, et lui-même enseigna ultérieurement les autres à ne pas attribuer d’importance au fait d’avoir été baptisé par lui plutôt que par quelqu’un d’autre (1 Cor. 1:14-17).
« Je rends grâces à Dieu de ce que je n’ai baptisé aucun de vous, sinon Crispus et Gaïus », écrivait-il aux Corinthiens superficiels, « afin que personne ne dise que j’ai baptisé pour mon nom. J’ai bien aussi baptisé la maison de Stéphanas ; du reste je ne sais pas si j’ai baptisé quelqu’un d’autre. Car Christ ne m’a pas envoyé baptiser, mais évangéliser ». La proclamation de la vérité dépasse de loin l’administration de son signe. Nous verrons ainsi que Pierre prêcha à Césarée, mais qu’il confia à d’autres le soin de baptiser Corneille, ses parents et ses intimes amis. On voit la même chose ici, car rien n’aurait été plus facile que d’employer un officiel, au moins « un diacre », si cela avait été désirable aux yeux de Dieu, qui ne prend certes pas plaisir à détruire l’ordre qu’Il a établi. Un « disciple » baptisant le grand apôtre des nations !
Mais le fait le plus frappant dans toute cette rencontre est le don de l’Esprit par le moyen d’Ananias ; dans le cas de Saul, la sagesse de Dieu a incontestablement brisé la méthode ordinaire de conférer l’Esprit par l’imposition des mains d’un apôtre, si tant est que, pour des raisons spéciales, des mains dussent être utilisées. Ici il est pris le plus grand soin de marquer que Dieu mettait dans la poussière toutes les prétentions humaines. L’intervention d’un disciple comme Ananias met la hache à la racine de l’orgueil officiel, et cela au moment même où le Seigneur appelait son serviteur le plus honoré de tous ceux qu’Il ait jamais daigné utiliser.
Il y a une autre remarque d’importance encore plus générale, mise en évidence par l’histoire de la conversion de Saul. Il ne faut pas confondre la réception de la vie et le salut, comme le font les prédicateurs et enseignants populaires. La vie est toujours donnée immédiatement, mais non pas le salut. Saul fut vivifié dès l’instant où il crut au Seigneur Jésus. Mais ceci est tout à fait distinct de ce que l’Écriture appelle le « salut », et nous voyons, dans l’état de Saul, durant les trois jours intermédiaires, un témoignage simple rendu à cette différence importante.
Quel examen de conscience ! (*) Quelles questions profondes se débattaient dans son âme durant ces jours et ces nuits où il ne mangea ni ne but ! Pourtant il y avait là la vie divine, durant tout ce temps, aussi véritablement qu’après ; il y avait aussi la foi dans la parole de Dieu, et dans la gloire de Celui qui l’avait jeté par terre et s’était révélé à lui et en lui. Mais était-ce là la paix avec Dieu ? Était-ce le repos ? Était-il délivré consciemment de toute condamnation ? On trouve le salut en croyant à l’évangile qui présente l’œuvre de Christ dans toute sa plénitude comme la réponse de Dieu à toutes les difficultés de la conscience et du cœur. Ce n’est donc pas une simple confiance dans le Seigneur pour une sécurité finale, mais une délivrance présente dont l’âme jouit. C’est dans cette délivrance que Saul était maintenant introduit. C’est pourquoi, c’est une grande erreur de parler de « salut en un clin d’œil », de « délivrance sur le champ », ou de quelque autre phrase standard des réveils superficiels qui ignore la parole de Dieu et émane de la confusion faite entre la vie avec le salut. Après avoir vraiment regardé à la personne de Christ et à sa puissance qui soumet l’âme, un profond travail se poursuit habituellement dans les âmes renouvelées, qui ne sont pas satisfaites de « la vie par un regard », et se trouvent face à la découverte accablante non seulement de tout ce qu’elles ont fait, mais de tout ce qu’elles sont, dans le mal et dans l’inimitié contre Dieu et contre Son Fils. Le « moi » est donc jugé dans la lumière, et l’humiliation est produite sans laquelle il ne peut y avoir de paix solide et stable. Dans le style de la prédication auquel je fais référence, on passe légèrement par-dessus tout cela, mettant les âmes en danger et leur faisant tort, tout en rabaissant la pleine vérité due à la gloire de Christ.
(*) Calvin n’y voit apparemment que de la terreur, et pense que l’abstinence de Saul fait partie du miracle. Peut-on concevoir une absence plus étrange de discernement spirituel ?
C’est là qu’on voit aussi l’importance pratique de distinguer la nouvelle naissance par l’Esprit d’avec le don de l’Esprit, sur quoi nous avons insisté à plusieurs reprises dans l’exposé de ce livre. La nouvelle naissance par l’Esprit va avec le fait de croire au Seigneur, une fois qu’on a été arrêté par la parole de Dieu au milieu des péchés positifs ou de la propre justice orgueilleuse. Le don de l’Esprit a lieu quand l’âme labourée par la parole et apprenant son mal sans espoir devant Dieu, humiliée autant que troublée, pourtant pas sans espérance, car on croit en Christ, — quand l’âme, dis-je, trouve dans l’œuvre parfaitement efficace de Celui qui est mort pour elle et est ressuscité, que son mal est totalement disparu, racine, branche et fruit, et qu’elle est en Christ, un enfant de Dieu et un cohéritier avec Christ, — quand l’âme trouve qu’elle est morte et ressuscitée avec Lui, et tellement libérée de tout ce qui est contre elle qu’elle peut vivre pour Dieu.
Ceci est représenté dans le symbole institué [baptême] auquel tout chrétien se soumet, l’ensevelissement avec Christ ; le salut est l’expression de ce privilège permanent. C’est pourquoi Pierre, dans sa première épître (3:21), introduit la comparaison avec l’arche de Noé, et avec le passage à travers les eaux de la mort comme moyen de salut ; ainsi Christ est mort personnellement et efficacement pour nos péchés, comme nous en esprit quand nous avons été baptisés. L’apôtre fait soigneusement la distinction d’avec le simple effet extérieur de l’eau, et attire l’attention sur la vraie puissance qui est dans la mort et la résurrection de Christ, ce dont le baptême est la figure. Cependant le baptême est expressément une figure non pas de la vie, mais du salut, du salut présent des âmes, — tout comme nous attendons la venue du Seigneur pour le salut de nos corps, quand nous Lui serons semblables, y compris extérieurement, Le voyant comme Il est.
Calvin soutient qu’Ananias a imposé les mains à Saul, en partie pour le consacrer à Dieu [c’est-à-dire en vue du ministère d’après ce qu’on comprend du contexte], en partie pour obtenir pour lui les dons de l’Esprit. Cela ne vaudrait normalement pas la peine d’être remarqué, car les deux choses sont totalement fausses, mais les erreurs des grands hommes bons sont spécialement dangereuses. Paul dit de lui-même qu’il est « apôtre, non de la part des hommes, ni par l’homme, mais par Jésus Christ, et Dieu le Père qui l’a ressuscité d’entre les morts » (Gal. 1:1). Nous ne pouvons trop veiller à rejeter l’erreur qui confond « le don » (δωρεα) de l’Esprit, ou, pouvons-nous ajouter, le fait d’être rempli de l’Esprit Saint, avec « les dons » (χαρισματα). Il n’apparaît pas non plus dans la suite du récit qu’Ananias ait reçu l’ordre d’enseigner Saul, ni que ceci fût impliqué dans le fait de l’avoir ensuite baptisé. Combien même les excellents de la terre font glisser facilement, ou ajoutent au saint dépôt de la vérité, et ainsi le corrompent ! Il apparaît plutôt qu’Ananias ait imposé les mains à Saul pour le guérir de sa cécité avant qu’il soit baptisé, après quoi il fut rempli du Saint Esprit, sans la moindre allusion à ce qu’aucun enseignement ait eu lieu après le baptême.
Ainsi l’appel et la conversion du grand apôtre sont placés simplement devant nous, et le récit qui en est fait contient le germe de ce qui allait être exposé dans ses épîtres, de ce qui allait être requis par les exigences de l’œuvre qui ont été l’occasion d’écrire la plupart des épîtres.
On peut remarquer que porter le nom de Christ devant les nations passe en premier (9:15), les fils d’Israël venant en dernier, les « rois » étant placés entre deux. Il devait être l’« apôtre des nations » (= les Gentils) (Rom. 11:13). Dans ce but, l’appel du Seigneur depuis le ciel était tout spécialement approprié. Sur la terre, Il n’avait envoyé que vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Quand Il envoie des cieux, Israël cesse d’avoir aucune place de ce genre. Auparavant toute l’humanité s’était unie et perdue dans une culpabilité commune. Les Juifs avaient même poussé les Gentils à Le crucifier. La supériorité d’Israël selon la chair avait donc totalement disparu. Désormais la grâce souveraine gouverne seule ; et c’est pourquoi, si certains doivent être nommés et mis en avant, ce sont plutôt ceux qui sont le plus dans le besoin [les Gentils]. C’est de ceux-là que Saul était spécialement l’apôtre.
« Et il fut quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas ; et aussitôt il prêcha Jésus dans les synagogues, disant que lui est le Fils de Dieu. Et tous ceux qui l’entendaient étaient dans l’étonnement et disaient : N’est-ce pas celui-là qui a détruit à Jérusalem ceux qui invoquent ce nom, et qui est venu ici dans le but de les amener liés aux principaux sacrificateurs ? Mais Saul se fortifiait de plus en plus, et confondait les Juifs qui demeuraient à Damas, démontrant que celui-ci était le Christ » (9:19-22).
Désormais nous avons un nouveau départ d’importance au moins égale au précédent. Dès le début Saul annonça que Jésus était le Fils de Dieu. Cela donna un caractère nouveau et plus élevé à la prédication.
Les autres apôtres aussi savaient que Jésus est le Fils de Dieu, mais il n’est pas dit qu’ils l’aient prêché. Longtemps auparavant, Pierre avait confessé cette grande vérité avec une force toute particulière, et en conséquence, le Seigneur l’avait déclaré bienheureux ; car la chair et le sang ne le lui avaient pas révélé, mais Son Père qui est dans les cieux (Matt. 16:16-17). Pourtant nous ne trouvons jamais Pierre prêchant ou proclamant le Seigneur comme Fils de Dieu, ni à la Pentecôte ni après. Il présente Jésus crucifié comme ayant été fait et Seigneur et Christ. Il insiste sur Sa mort, Sa résurrection et Son ascension. Il Le présente comme envoyant du ciel le Saint Esprit, après avoir reçu du Père ce don promis. Pierre donne la plus grande importance à Jésus comme le Serviteur du Dieu d’Israël, maintenant glorifié, exalté par la droite de Dieu comme Prince et Sauveur pour donner à Israël la repentance et la rémission des péchés (5:31). Pierre Le prêchait ainsi pleinement, mais seulement comme le Messie, que Son peuple avait rejeté, que Dieu avait ressuscité d’entre les morts et qu’Il enverrait du ciel en son temps pour apporter toutes les bénédictions promises. Mais il ne va pas au-delà pour prêcher Christ, tout au moins dans ce que rapporte le livre des Actes.
Étienne était allé au-delà, en tout cas dans son dernier discours. « Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu ». Quiconque est familier avec les Psaumes et les prophètes, devrait avoir découvert, au moins à la lumière du Nouveau Testament, l’importance de ce nouveau titre. Assurément ce titre ouvre pour le Seigneur une gloire bien plus vaste que celle du royaume d’Israël. Le Fils de l’homme est établi, non pas seulement sur toute l’humanité, mais sur toute la création, à l’exception de Celui qui Lui a assujetti toutes choses (1 Cor. 15:27 ; c’est ce qui montre son immense portée). Au Psaume 8:5, il est indiqué que Son humiliation jusqu’à la mort était le fondement et le moyen par lesquels le Seigneur a acquis cette glorieuse suprématie, et qu’en conséquence, nous chrétiens, nous le voyons déjà couronné de gloire et d’honneur, bien que nous ne voyons pas encore que toutes choses Lui soient assujetties (Héb. 2:8). Daniel 7:13-14 Le montre venant avec les nuées des cieux dans cette même gloire [de Fils de l’homme], vers l’Ancien des jours, pour recevoir la domination, la gloire et un royaume, pour que tous les peuples, les nations et les langues Le servent — une domination éternelle aussi, qui ne passera pas, et Son royaume ne sera pas détruit comme tous les autres l’ont été. C’est dans cette gloire avant qu’Il vienne juger les vivants et les morts, qu’Étienne Le voit, à travers les cieux ouverts, à la droite de Dieu. Sans doute était-ce un spectacle accordé miraculeusement au premier martyr, mais ce dont il a rendu témoignage en haut nous est révélé aussi pour que nous le sachions, et que nous en profitions déjà maintenant par l’Esprit.
Saul de Tarse nous fait faire un immense pas en avant, car il annonce Jésus dans Sa gloire personnelle et divine comme Fils de Dieu. Il était réservé à l’apôtre Jean de donner son récit si admirable du Seigneur de cette même manière, et de montrer comment la gloire intrinsèque de Sa personne supplante tout objet précieux jusque là aux yeux d’Israël, — une gloire divine qui ne pouvait être cachée, bien que voilée dans la chair, et qui se manifesta lors de Son départ par l’envoi des cieux de l’autre Paraclet, une personne divine pourtant (non moins que Lui), l’Esprit de Vérité, venu non seulement pour Le glorifier, mais afin que nous ayons communion avec ceux qui ont le plus joui de Sa présence ici-bas : « or notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1 Jean 1:3).
Il est bon de remarquer que Saul a prêché Jésus de cette manière « aussitôt » et « dans les synagogues » (9:20). Nous pouvons voir par là avec quelle puissance, — d’autant plus qu’indirectement le récit de Luc confirme ce qu’il dit explicitement aux Galates (Gal. 1:12), savoir qu’il n’a pas reçu l’évangile qu’il prêchait de la part de l’homme, ni qu’on le lui a enseigné, mais qu’il l’a reçu par révélation de Jésus Christ. Combien tout ceci est frappant, et si différent de ce qu’en disent ou pensent les hommes instruits et pieux ; et combien cela concorde avec le caractère de sa prédication, si distincte de tout ce qui avait été avant lui : il s’agit du même Jésus, mais Sa gloire est vue ni en relation avec Israël, ni comme conférée à cause de Ses souffrances, mais comme une gloire plus haute, et divinement personnelle !
Dire qu’il a été formé à cette ligne particulière d’enseignement par le moyen d’Ananias est plus digne d’un Corinthien que d’un réformateur, quoique ce soit naturel chez ceux qui mettent un accent exagéré et contraire à l’Écriture sur les éléments humains dans la formation des serviteurs de Christ. Dieu est souverain en ceci comme partout. Le Seigneur avait Ses propres buts en appelant Saul et Luc, comme en appelant Pierre et Jacques. Il peut appeler des gens instruits et des scientifiques aussi bien pour jeter du mépris sur l’orgueil de l’homme dans de tels domaines, que pour les utiliser comme il Lui plaît. Il peut par Son appel tirer des champs ou de la mer ceux qui n’ont jamais connu d’école afin de prouver qu’Il est supérieur à ce que ce monde de vanité apprécie démesurément. Mais Saul prêcha « aussitôt » et « dans les synagogues ». Quel témoignage rendu à la conscience que lui prêche Jésus, et qu’il Le prêche comme Fils de Dieu !
On notera que la version anglaise autorisée aussi bien que le Texte Reçu écrivent « Christ », au lieu de « Jésus » au v. 20 selon les meilleures autorités, ainsi que la version anglaise Révisée et d’autres fondées sur des autorités soigneusement collationnées [JND écrit aussi « Jésus »]. Il est assez probable que les copies tardives qui introduisirent l’erreur ont été influencées par des considérations ignorantes quasi-chrétiennes, à moins que ce ne soit une faute de mémoire qui s’est glissée puis perpétuée parmi ceux qui ne comprenaient pas les difficultés et les carences des Juifs auxquels Saul s’adressait. Leur prêcher le « Christ », ou le Messie, comme Fils de Dieu n’aurait pas servi à grand-chose et n’aurait guère rencontré d’opposition. Ils auraient tous permis ces expressions, même si personne n’en saisissait à fond l’importance. Mais la vérité majeure que Saul affirmait concernait Jésus, Jésus de Nazareth, et que Lui est le Fils de Dieu. Quoi de plus grave pour un Juif ? Accepter cela comme étant de Dieu c’était condamner le peuple, et spécialement les religieux, et se trouver soi-même dans la poussière devant le Crucifié (maintenant ressuscité et dans les cieux) pour qui ce titre divin était revendiqué dans le sens le plus élevé et le plus exclusif. C’était un tournant non pour le temps seulement, mais pour l’éternité.
Le changement remarquable chez le prédicateur [Saul] parlait aussi puissamment. « Et tous ceux qui l’entendaient étaient dans l’étonnement et disaient : N’est-ce pas celui-là qui a détruit à Jérusalem ceux qui invoquent ce nom, et qui est venu ici dans le but de les amener liés aux principaux sacrificateurs ? » (9:21). Une telle conversion, s’ajoutant à son zèle présent pour la vérité, ne pouvait qu’impressionner fortement, ce qui était justement l’intention de la grâce qui avait opéré ce changement. « Mais Saul se fortifiait de plus en plus, et confondait les Juifs qui demeuraient à Damas, démontrant que celui-ci était le Christ ». Ici « Jésus » ne conviendrait vraiment pas, et c’est bien « le Messie » qui est la vérité exprimée intentionnellement, car un progrès dans la vérité reçue et apprise de Dieu ne rabaisse pas un niveau inférieur de vérité qui est également de Dieu.
Mais la largeur de pensées et la capacité de prendre en considération un immense spectre de vérités variées et d’harmoniser le tout dans le Seigneur Jésus à la gloire de Dieu font partie des traits marquant de Son serviteur si remarquable. Le fait que Jésus soit le Messie doit toujours être un sujet capital quand on a affaire à des Juifs. Il y a des gloires plus élevées, comme nous l’avons vu, d’un intérêt et d’une importance majeurs, et aucune ne s’élève plus haut, au moins en principe, que Saul ne l’a fait dans ce premier témoignage [Jésus est le Fils de Dieu], selon ce qui nous est dit. Mais le point de vue le plus bas [Jésus est le Messie] avait comme avocat pressant et infatigable le même homme dévoué qui fut le premier à proclamer le point de vue le plus élevé. Aucun serviteur de Christ n’a jamais montré une telle largeur de cœur. Nous pouvons peut-être dire de lui, dans une sphère plus profonde et plus céleste, ce que Dieu dit de Salomon, à qui Il donna une très grande sagesse et une très grande intelligence, de sorte que Dieu le distingue par son « coeur large comme le sable qui est sur le bord de la mer » (1 Rois 4:29). La question du port d’une longue chevelure par la femme chrétienne, ou d’avoir la tête dûment couverte, est reliée pour lui (ces sujets trouvant là leur réponse) avec la vaste étendue de la création, la scène où s’exécute le propos de Dieu en Christ, qui met l’homme et la femme à leur vraie place l’un par rapport à l’autre, et qui introduit les anges même comme spectateurs censés agir sur l’esprit de ceux qui marchent par la foi, non par la vue (1 Cor. 11:3-16). Qui en dehors de Saul de Tarse, cherchant à résoudre un détail de conduite apparemment si petit, aurait jamais pensé à une telle portée dans l’application de l’ordre et des voies de Dieu pour maintenir Sa gloire morale ?
La croissance puissante de Saul ne signifie pas qu’il surmonta ses adversaires par des controverses, mais que l’Esprit le fortifiait ainsi par l’approfondissement de son âme dans la parole divine, ce qui sans aucun doute venait toujours plus à bout des armes chétives des opposants. Quelles qu’aient pu être ses capacités naturelles, quelle qu’ait pu être son éducation providentielle auprès de Gamaliel, c’était en ayant affaire pratiquement aux âmes, dans les synagogues ou individuellement, que la nouvelle nature, dans la puissance de l’Esprit, trouvait son vrai champ d’exercice ininterrompu.
Une conversion si soudaine, si surprenante et si profonde que celle de Saul (par sa nature, par son caractère, par ses connaissances et par sa position comme le plus zélé des adversaires juifs) ne pouvait que produire la plus profonde impression sur tous les observateurs, spécialement ceux de la circoncision. Quelle confirmation pour les disciples de Damas ! Combien il devait être impressionnant de l’entendre dans les synagogues proclamer Jésus comme le Fils de Dieu ! Combien cela était propre à confondre ceux qui niaient que Jésus soit le Christ ! La grâce de Dieu qui se manifestait ainsi ne pouvait qu’étonner tous ceux qui écoutaient. L’opposition même de l’ennemi inlassable était paralysée pour le moment.
« Et beaucoup de jours s’étant écoulés, les Juifs tinrent conseil ensemble pour le tuer ; mais leur complot fut connu de Saul. Et ils surveillaient aussi les portes, jour et nuit, pour le tuer. Mais les disciples, le prenant de nuit, le descendirent par la muraille, en le dévalant dans une corbeille.
Et étant arrivé à Jérusalem, il cherchait à se joindre aux disciples ; et tous le craignaient, ne croyant pas qu’il fût disciple ; mais Barnabas le prit et le mena aux apôtres, et leur raconta comment, sur le chemin, il avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé, et comment il avait parlé ouvertement, à Damas, au nom de Jésus » (9:23-27).
L’Esprit de Dieu semble inclure dans les premiers versets l’espace de trois ans que l’apôtre passa en Arabie, un fait d’une grande importance parce qu’il faisait suite à sa conversion et qu’il est utilisé puissamment dans l’épître aux Galates (1:17) pour prouver combien peu l’homme, même les douze, ont eu affaire avec cela. Son appel n’était en aucune manière de la part de l’homme ni par l’homme, mais par Jésus Christ et Dieu le Père qui L’a ressuscité d’entre les morts ; il en était de même pour son évangile qu’il prêchait et qui n’était pas selon l’homme, ni reçu de lui, ni enseigné par l’homme, mais reçu par la révélation de Jésus Christ. C’était la volonté de Dieu qu’il soit indépendant de Jérusalem et des douze, — mais que son appel, son apostolat et l’évangile qu’il prêchait soient issus immédiatement de la source originale de la grâce, de la vérité et de l’autorité, le Chef-Tête ressuscité et Dieu Lui-même. C’était le moyen d’assurer ce qui était de la plus haute importance, non seulement à ce moment-là pour les saints des nations, et par la suite pour une intelligence correcte du christianisme, mais aussi maintenant pour notre profit spécial, si menacé à la fin des siècles avec la reprise de l’activité judaïsante, — la même qui s’opposait déjà au plein évangile au commencement, ainsi qu’au caractère céleste et indépendant du service et du témoignage de Paul.
Autrement il semblait plus extraordinaire encore pour Saul que pour Moïse d’aller en Arabie. Mais comme autrefois la sagesse divine avait pourvu là à ce long refuge pour le futur conducteur d’Israël, de même la rupture avec la chair fut complète dans le séjour plus court qu’y fit l’apôtre des nations, alors que personne sur la terre n’aurait pu imaginer qu’il pouvait y gagner pour lui-même un bon degré soit dans les questions humaines, soit dans les questions religieuses. Tels étaient les dispositions de Dieu, positivement et entièrement distinctes des voies humaines. Il ne prit conseil ni de la chair ni du sang. Il ne monta pas à Jérusalem vers ceux qui étaient apôtres avant lui, comme n’importe qui d’autre l’aurait estimé convenable, voire absolument nécessaire. Du côté de Dieu, c’était son dessein que Saul aille en Arabie et revienne à Damas, car c’était la mort au système juif sous sa meilleure forme, et à tout ordre successoral ; et dans le même sens il fallait alors, qu’après trois ans il monte à Jérusalem, non pour recevoir une mission des mains des apôtres, mais pour faire connaissance de Pierre, ne restant là que quinze jours, et ne voyant aucun autre apôtre sinon Jacques le frère du Seigneur. Car son ministère devait être le vrai et meilleur modèle de ce qui, selon la volonté de Dieu, devait suivre quand l’ordre temporaire à Jérusalem disparaîtrait, et que le Saint Esprit mettrait en lumière [a] tous les principes directeurs bénis d’un Christ céleste pour l’église, Son corps sur la terre, ainsi que pour Ses serviteurs individuellement ; [b] un ministère de sainte liberté, l’expression de la grâce de Dieu dans la pleine communication de Sa vérité, mettant au centre la personne divine et glorieuse de Christ, et reniant complètement la volonté de l’homme et l’orgueil du monde.
Mais, comme le Seigneur en avait précédemment averti Ses disciples, le monde hait ceux qui s’identifient à Christ comme il L’avait haï Lui-même ; et selon Sa parole, le monde les persécuterait comme il l’avait fait pour Lui. Et Saul en était maintenant la preuve aux mains de ses anciens coreligionnaires, toujours les plus acharnés. Les Juifs complotaient pour le faire mourir. « Ils vous excluront des synagogues ; même l’heure vient que quiconque vous tuera pensera rendre service à Dieu. Et ils feront ces choses, parce qu’ils n’ont connu ni le Père, ni moi » (Jean 16:2-3). Combien cela est manifestement vrai, et profondément vrai ! Personne n’en a expérimenté la véracité d’une manière plus frappante et plus continuelle que Saul de Tarse. L’épée de l’Esprit était si incisive dans ses mains, quelle qu’ait été la grandeur de son amour et de son humilité, qu’elle ne pouvait que susciter un ressentiment ne pouvant être assouvi, et l’inimitié mortelle de Satan. Et quand les Juifs allèrent même jusqu’à surveiller les portes de Damas jour et nuit pour pouvoir le tuer, les disciples qui appréciaient son amour ardent pour Christ et son zèle pour la bénédiction de l’homme, le prirent « de nuit et le descendirent par la muraille, en le dévalant dans une corbeille ». Il n’y avait pas de miracle là, mais une évasion assez ordinaire, sinon ignominieuse pour ceux qui voudraient attribuer au grand apôtre une auréole perpétuelle. Combien peu connaissent-ils la croix, Dieu et Ses voies !
Cette évasion des mains meurtrières à Damas, il la raconte (2 Cor. 11:32-33) dans le tableau merveilleux de ses labeurs dévoués et de ses souffrances qu’il dépeint aux Corinthiens, car ceux-ci aimaient leurs aises et étaient remontés contre l’apôtre par des ouvriers trompeurs déguisés en apôtres de Christ (2 Cor. 11:23-28). Combien ce tableau convenait admirablement pour faire honte à ceux qui faisaient attention à travailler et souffrir le moins possible, — et d’autre part pour transformer en amour ardent la plus faible étincelle chez les vrais serviteurs de Christ, depuis lors jusqu’à aujourd’hui ! Avant de parler de l’homme en Christ qu’il connaît (il s’agissait de lui-même bien sûr, ce qualificatif étant attribué à dessein), élevé jusqu’au troisième ciel, — et à la fin de la liste d’épreuves qu’il nous donne comme « hors de sens » dans son assurance de se glorifier si d’autres se glorifient dans la chair, — il termine cette liste par ce même incident de son évasion dans une corbeille ; ce récit est placé curieusement de manière isolée, mais il en est ainsi pour juxtaposer cette évasion dans une corbeille en bas de la muraille, à côté de son élévation au paradis pour des révélations extrêmement grandes (2 Cor. 11:32 à 12:4). Combinaison étrange, mais en même temps combien instructive : le même homme descendu par une fenêtre percée dans la muraille de la ville, est celui qui est élevé au ciel pour entendre des paroles ineffables ! Qui sinon Paul a jamais pensé se glorifier dans les choses qui concernaient sa faiblesse ? Car, s’il mentionne l’honneur extraordinaire qu’il a eu comme homme vivant, il prend soin de nous dire comment, pour contrebalancer toute auto-exaltation, il lui fut donné dès lors une épine dans la chair, un ange de Satan pour le souffleter.
Il vaut la peine de noter qu’en 2 Cor. 11:32-33, il y a une information supplémentaire, à savoir que l’hostilité rencontrée n’était pas confinée à la synagogue, mais partagée par l’ethnarque du roi de l’époque, sans doute pour faire une faveur aux Juifs, comme d’autres le firent ultérieurement dans une situation semblable : « À Damas, le gouverneur sous le roi Arétas faisait garder la ville de Damas, voulant se saisir de moi ; et je fus dévalé dans une corbeille par une fenêtre à travers la muraille, et j’échappai à ses mains ». Je donne cette citation, non pour confirmer la véracité du récit de Luc, comme si la parole divinement inspirée pouvait être inexacte ou avait besoin d’appui pour le croyant, mais pour donner un exemple supplémentaire du but moral qui règne dans toute l’Écriture, la véritable clé pour saisir cette manière d’agir particulière de Dieu, qui est aussi parfaite pour Sa propre gloire que pour la croissance de Ses enfants, — alors que cela pourrait fournir des matériaux à l’incrédulité de l’homme qui juge tout en se confiant dans sa puissance intellectuelle, laquelle est au mieux très limitée, même quand elle est la plus grande possible. L’information, bien importante à sa place, est un objectif mineur de la parole de Dieu qui fait entrer le fidèle dans la communion de Ses pensées et de Son amour.
Mais une nouvelle leçon très différente va commencer dans la ville des fêtes solennelles, où peu de temps auparavant « une grande grâce était sur eux tous, …et la parole de Dieu croissait, et le nombre des disciples se multipliait beaucoup, et une grande foule de sacrificateurs obéissait à la foi » (4:33 ; 6:7). Car « étant arrivé à Jérusalem, Saul cherchait à se joindre aux disciples ; et tous le craignaient, ne croyant pas qu’il fût disciple » (9:26). D’un côté, combien ce dût être douloureux, pour ce vase rempli d’affections divines, ce canal déjà débordant d’un témoignage de Christ allant au-delà de ces frères dans le doute, eux dont la grâce était si petite qu’elle mettait en doute la mesure de grâce la plus vaste qu’ils aient jamais eue sous les yeux ! Mais d’un autre côté, combien il est utile pour nous, et pour tous les saints, d’apprendre que personne ne doit être reçu sur sa propre responsabilité, mais d’après un témoignage adéquat émanant d’autrui ! Un inconnu, ou quelqu’un de connu seulement par des circonstances plus ou moins douteuses, doit normalement avoir une prodigieuse opinion de lui-même, ou être étonnamment aveugle aux obligations des autres, s’il s’attend à être accueilli dans les saints liens de Christ sur la seule base du bon rapport qu’il donne de lui-même. Et les enfants de Dieu sont irréfléchis ou indifférents à Sa gloire s’ils ouvrent la porte sans lettre de recommandation, ou à quelque chose d’équivalent et suffisamment satisfaisant (si la lettre de recommandation manque à cause des circonstances). Celui qui ne peut pas présenter quelque chose de ce genre devrait plutôt louer le soin de la gloire du Seigneur chez les Siens, même si cela nécessite un peu de patience ou un délai de sa part ; jamais plus qu’aujourd’hui il n’y a eu une époque où une telle vigilance était due aux intérêts de Christ et de l’église, à cause de l’état présent de celle-ci. Que les saints gardent seulement présent à l’esprit que dans ce domaine comme ailleurs, il ne s’agit pas de la lettre, mais de l’esprit. La preuve de la réalité à l’égard de Christ est, et devrait être, tout ce qu’on requiert, — tandis que l’indifférence à Son égard, quand on cède à tout devant une simple profession de Son nom, quand rien n’est assez bon marché, c’est le laxisme le plus fautif et le plus coupable. Le légalisme n’est pas bien, là où tout devrait être grâce, mais c’est au moins beaucoup moins indécent que le laxisme. Néanmoins, n’oublions pas qu’une personne sans scrupule peut facilement falsifier une lettre de recommandation.
Même si les saints sont ignorants ou ont des préjugés, le Seigneur ne manque pas. On Le voit ici susciter bientôt un instrument pour lever la difficulté. Car Barnabas « le prit et le mena aux apôtres » (Pierre et Jacques seulement, comme nous l’avons vu), « et leur raconta comment, sur le chemin, il avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé, et comment il avait parlé ouvertement, à Damas, au nom de Jésus » (9:27).
On a supputé que ces paroles de Barnabas étaient dues à ce qu’il connaissait déjà Saul auparavant, ou qu’ils avaient tous les deux étudié ensemble à Tarse, quand ni l’un ni l’autre ne connaissaient rien du Seigneur Jésus. Même si cela était vrai, et que cela ait satisfait les disciples, ce ne sont là que des échantillons de suppositions humaines, pour ne pas dire de faux principes — ce qui déshonore ceux qui cultivent ce genre d’interprétation de l’Écriture. Or comme la chrétienté a faim de tout ce qui tend à exalter le premier Adam (elle réclame même ce genre d’aliment), elle est sûre de trouver de la nourriture là où on ne se fie pas à la vérité telle que manifestée en Christ à la gloire de Dieu, et où n’apprécie pas cette vérité. La vraie clé n’est-elle pas fournie par l’historien sacré dans un aperçu de Barnabas donné ultérieurement en Actes 11:23-24 ? Quand il vit la grâce de Dieu, il se réjouit et donna des exhortations en rapport, car il était homme de bien et plein de l’Esprit Saint et de foi. Ce n’était d’ailleurs pas à Antioche seulement, ni premièrement, que la grâce opéra puissamment en lui, car longtemps auparavant il avait déjà été signalé par ce que Dieu avait produit en lui, en contraste avec Ananias et Sapphira qui s’étaient mis d’accord pour tenter l’Esprit du Seigneur (4:36-37 ; 5:1-2).
Combien un cœur miséricordieux peut faire beaucoup pour plaire au Seigneur, et aider ceux qui sont éprouvés, et combien les circonstances par lesquelles il cherche à le faire importent peu ! Pourtant combien souvent, quand une telle personnalité est formée et confirmée, une crise surgit, trop forte pour quiconque, sauf pour la direction présente du Seigneur qui est au-dessus de tout ce qui est de l’homme ; la grâce dans toute sa plénitude doit conduire, tandis que l’amabilité échoue. Barnabas en fut la preuve plus tard. Combien peu aurait-on pu imaginé que Saul serait celui qui réprimanderait Pierre ainsi que Barnabas (Gal. 2:13) de tolérer la chair ou la loi, qui mettent en péril la vérité de l’évangile ! Pourtant c’est ce qui arriva, et l’Écriture l’a dévoilé dans des paroles ardentes et impérissables pour nous préserver, dans notre faiblesse, d’une telle erreur. Combien il nous faut être reconnaissants de la condescendance de la grâce de notre Dieu qui tourne en notre faveur les erreurs même de ceux qui sont le plus honorés, — au lieu de les cacher ou de les couvrir en tout ou partie dans un véritable esprit de parti, ce qui est au déshonneur du Seigneur et cause un tort irréparable à nos âmes.
Notons bien que cette visite à Jérusalem (9:26-29) ne doit pas être considérée comme située directement à la suite des événements qui précèdent. Elle est citée ici pour compléter l’histoire de Saul jusque là, par le récit de sa première introduction auprès des saints de Jérusalem.
Un témoignage valable rendu à l’appel de la grâce divine est le vrai fondement d’une réception ; les antécédents particuliers de Saul le mettaient spécialement en relief. Le principe demeure aujourd’hui malgré que les circonstances soient très différentes aujourd’hui, dans les pays du monde dit chrétien : nous sommes dans un état de choses accommodant vis-à-vis des corruptions (morales, ecclésiastiques et doctrinales) qui abondent, et la profession chrétienne est aussi éloignée que possible de l’invocation du nom du Seigneur en face de l’opposition naturelle, et de la persécution privée ou publique. Il est extrêmement important que, pour chaque âme, tout se fasse pour Son nom ; c’est le seul passeport qui devrait être requis, car c’est ce qui Le magnifie ainsi directement, c’est la meilleure de toutes les sauvegardes contre le monde, la chair, et le diable ; car Son nom sonne le glas de tout mal, sous n’importe quelle forme variée. Les plus grands de la terre devront se courber devant ce Nom, et auront l’obligation de le reconnaître quand toute langue Le confessera comme Seigneur à la gloire de Dieu le Père (Phil. 2), mais déjà maintenant ce même Nom introduit l’esclave le plus opprimé dans la plénitude de la grâce, avec l’espérance vivante de la gloire céleste et éternelle. Bien que ce Nom ordonne à tous ceux qui le prononcent de se retirer de l’iniquité (2 Tim. 2:19), il ne menace personne ici sur le champ d’un jugement cuisant tel que celui prévu pour les hommes (quels que soient leur renommée, leur crédit ou leurs prétentions) qui n’apportent pas la doctrine de Christ.
Or l’assemblée, profondément engagée à s’occuper des intérêts ordinaires de ce Nom, cherche des témoignages fiables de la part de toute âme qui prononce ce Nom. Ceci donne une très grande portée à la foi et à l’amour chez les saints qui sont déjà au-dedans ; cherchant la gloire du Seigneur chez ceux qui Le confessent, ils sont selon leur mesure des témoins fiables, — soit pour recevoir un Saul de Tarse, soit pour rejeter un Simon le magicien. Car, si tous ont communion en tant que saints à ce qui est fait, et sont libres, et même tenus d’avoir des preuves qu’ils estiment eux-mêmes suffisantes, la preuve sur la base de laquelle ils jugent pratiquement repose sur ceux qui, jouissant de la confiance de tous, ont assez d’amour pour s’assurer de la vérité. L’église agit sur la base de témoins qu’elle croit. L’exemple frappant placé devant nous montre que nous pouvons être guidés dans la bonne direction pour faire notre devoir, même en présence de faits extérieurs tout à fait différents. Mais, l’église étant une institution divine et non une simple société volontaire de croyants, il y a un principe saint et sage qui gouverne (ou au moins qui le devrait, et qui le fera si c’est fait correctement), un principe qui manifeste la gloire du Seigneur, comme dans le cas de Saul. L’amour actif, animé par un œil fixé sur Christ, verra clairement et jugera justement.
« Et il était avec eux, allant et venant à Jérusalem, et parlant ouvertement au nom du Seigneur. Et il parlait et disputait avec les Hellénistes ; mais ceux-ci tâchaient de le faire mourir. Et les frères, l’ayant su, le menèrent à Césarée, et l’envoyèrent à Tarse » (9:28-30).
La liberté était donc goûtée aussi bien pour la communion que pour le témoignage. C’est un point essentiel du christianisme, qui fait d’ailleurs contraste avec la loi, laquelle génère la servitude. « Là où est l’Esprit du Seigneur, il y a la liberté » (2 Cor. 3:17), ou selon le témoignage qu’Il rend Lui-même : « Moi, je suis la porte : si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; et il entrera et il sortira, et il trouvera de la pâture » (Jean 10:9) . Le salut, la liberté, et la nourriture sont assurés par Sa grâce, et Saul le prouvait alors, même à Jérusalem. Qu’y avait-il de plus doux pour son âme que de goûter cette liberté là où la tradition aveuglait ses yeux encore peu de temps auparavant, et où le zèle pour la loi l’avait conduit à persécuter à mort la voie de la grâce divine, liant et emprisonnant hommes et femmes ?
Mais il y avait plus que ceci : il parlait ouvertement, ou hardiment, au nom du Seigneur, ce qui convient bien à un objet de la grâce. Si « ce jour est un jour de bonnes nouvelles », et assurément c’est le cas, plus que pour tous les autres jours précédents, comment pouvons-nous nous taire ? Les quatre lépreux ne se turent pas quand la famine accablait la ville de Samarie et qu’ils trouvèrent le camp désert des Syriens plein de toutes choses bonnes pour ceux qui mouraient de faim (2 Rois 7:9). Or à Jérusalem, où Saul était encore récemment un messager d’emprisonnement et de mort pour tous ceux qui invoquaient le nom du Seigneur, qui pouvait mieux que lui avoir une sainte assurance pour proclamer Son nom, et la foi en ce Nom, pour fortifier les faibles et libérer les captifs, pour donner la vie aux morts et la liberté aux opprimés, ou (comme il le dit plus tard) ouvrir leurs yeux pour qu’ils se tournent des ténèbres à la lumière et du pouvoir de Satan à Dieu (26:18 ; Luc 4:19), recevant la rémission des péchés et un héritage parmi ceux qui sont sanctifiés par la foi en Christ ? (20:32). Car un témoignage libre et hardi en Son nom est le fruit de Sa grâce, et c’est aussi la liberté pour sa propre âme — dans cet ordre. Avant que la bouche s’ouvre hardiment pour faire connaître Sa grâce et Sa gloire aux autres, nous avons besoin nous-mêmes d’être libérés de tout obstacle, de tout fardeau, des doutes et des questions ; nous avons besoin de la liberté que donne Christ quand Il libère. Ce n’est pas aux anges que Dieu a soumis la terre habitable à venir mais à Christ qui donnera à Ses saints le privilège de régner avec Lui. Ce ne sont pas aux anges qu’Il donne la mission d’évangéliser, mais à Ses serviteurs qui étaient autrefois des enfants de colère comme les autres. Combien même les chrétiens oublient vite Ses voies, et retournent sous le joug d’esclavage et à un ordre de succession dans l’église qui est un ordre charnel, et aux rudiments du monde qui ont joué leur rôle fatal en crucifiant le Seigneur, pour se retrouver eux-mêmes maintenant, si l’on en croit Dieu, mis de côté et condamnés à mort à Sa croix !
Mais comme Saul nous le révèle, quand il fut appelé par grâce à avoir le Fils de Dieu révélé en lui pour qu’il puisse Le prêcher parmi les nations, aussitôt il ne prit pas conseil de la chair et du sang, mais il s’en alla en Arabie et retourna à Damas (Gal. 1:16-17). Même quand il monta à Jérusalem, c’était pour rendre visite à Pierre, non pas pour recevoir les ordres saints de sa part, ni pour suivre un parcours théologique, car il demeura chez lui quinze jours ne voyant aucun autre des apôtres, sinon Jacques, le frère du Seigneur (Gal. 1:15-19). Paul parle de cela avec une insistance impressionnante, comme d’un sujet de la plus grande importance pour la gloire de Dieu, afin que la vérité de sa mission indépendante soit établie à tout jamais et de manière indiscutable, car cette vérité était liée à l’évangile qu’il faisait connaître dans sa plénitude et avec une hauteur supérieures à tous les autres. À Jérusalem aussi nous voyons sa liberté totale et son témoignage hardi pour le nom du Seigneur.
Tout était ordonné pour que la vérité de l’évangile puisse se répandre parmi les Gentils, mais il maintient aussi le même principe et la même conduite avec les Juifs. Hélas ! ce n’était guère apprécié. Car d’un côté, les Gentils n’ont pas continué dans la bonté de Dieu, et dans toute la chrétienté ils sont revenus en arrière, comme un chien sur son propre vomi (2 Pierre 2), judaïsant de manière grossière au point de donner aux gens l’impression que l’évangile est une sorte de loi à demi améliorée et à demi mélangée, au lieu d’être la parfaite expression de la grâce de Dieu qui justifie les pécheurs impies par la foi en Christ, en vertu de Sa mort et de Sa résurrection. D’un autre côté, quand Saul s’est tourné au nom du Seigneur vers les Hellénistes, c’est-à-dire les Juifs de langue grecque, avec le zèle plein d’amour de quelqu’un qui hait les partis, pour transmettre la vérité qui l’avait libéré, ne cherchant pas leurs biens, mais eux-mêmes (2 Cor. 12:14), — ces Hellénistes trahirent combien ceux qui méprisent et refusent Son évangile sont peu soumis à la loi de Dieu, car ils cherchaient à le faire mourir. Ils n’étaient que la semence d’Abraham, et non ses enfants (Jean 8:33-44) : s’ils avaient été ses enfants ils auraient fait les œuvres d’Abraham. Ils avaient en réalité le diable pour père, un meurtrier et un menteur dès le commencement, et ils faisaient ses œuvres.
Il est inutile de s’appesantir sur l’erreur d’anciens manuscrits ou d’anciennes versions qui fait parler et débattre l’apôtre en ces premiers temps avec les « Grecs » [9:29 ; au lieu des « Héllénistes »] à Jérusalem. En fait c’était avec la même catégorie de personnes qui avait fourni les « sept » établis sur l’administration quotidienne, parmi lesquels Étienne et Philippe avaient été si grandement honorés y compris quant à la parole (6:1-5). Saul était d’autant plus tourné vers eux qu’ils n’était plus bigot, et il recherchait les Hellénistes d’autant plus qu’il avait été le chef le plus virulent dans la persécution qui avait suivie la mort d’Étienne. Maintenant il était exposé à leur haine mortelle ; « Et les frères, l’ayant su, le menèrent à Césarée, et l’envoyèrent à Tarse ». Il semble clair qu’il ne s’agissait pas de Césarée de Philippe, mais plutôt du siège du gouverneur romain, d’où il partit facilement par mer. Galates 1:21 ne présente pas de réelle difficulté, car il nous informe seulement qu’il alla alors dans les pays de Syrie et de Cilicie, ce qui était facile par bateau ; et les versets suivants affirment qu’il était encore inconnu des assemblées de Judée qui étaient en Christ.
« Les assemblées donc, par toute la Judée et la Galilée et la Samarie, étaient en paix, étant édifiées, et marchant dans la crainte du Seigneur ; et elles croissaient par la consolation du Saint Esprit » (9:31).
Il ne semble pas y avoir de raison valable pour faire de ce verset la conclusion du paragraphe précédent, car l’état de l’église dans toutes ces régions n’est pas censé être en rapport avec Saul en aucune manière. Elles étaient en train de soigner leur épreuve passée, et ce verset est plutôt une introduction au récit de la visite de Pierre qui suit immédiatement après ; dès lors, ce verset peut bien être pris isolément.
Après avoir décrit l’état paisible et prospère de l’église dans toute la Palestine, l’Esprit de Dieu se met maintenant à parler de Pierre. Celui qui opérait effectivement en Pierre, le grand apôtre de la circoncision, venait de nous montrer le vase puissant de Sa grâce appelé à travailler parmi les Gentils. Mais Saul de Tarse est laissé de côté pour le moment, et le visage familier de Pierre est placé devant nous, non pas à Jérusalem, ni encore en Samarie comme auparavant avec Jean, mais tout seul en visite en Judée. S’il y avait la paix pour l’église, il n’y avait en lui pas moins de puissance qu’au début, et il était toujours au premier plan depuis la Pentecôte.
« Or il arriva que, comme Pierre parcourait toute la contrée, il descendit aussi vers les saints qui habitaient Lydde. Et il trouva là un homme nommé Énée, qui depuis huit ans était couché sur un petit lit ; et il était paralytique. Et Pierre lui dit : Énée ! Jésus, le Christ, te guérit ; lève-toi, et fais-toi toi-même ton lit. Et aussitôt il se leva. Et tous ceux qui habitaient Lydde et le Saron le virent ; et ils se tournèrent vers le Seigneur » (9:32-35).
La grâce se servit donc de l’apôtre, non pas simplement pour l’édification des saints, mais pour gagner de nouvelles âmes pour Dieu. Lydde, ou Lod, était alors une ville considérable — comme nous le dit Fl. Josèphe. Dieu opéra là un miracle en la personne d’Énée, pour retenir l’attention des incrédules. Il ne semble pas qu’il s’agissait d’un croyant, car il est simplement décrit comme « un homme ». En effet, en règle générale, les croyants n’étaient pas les objets de la puissance miraculeuse, même s’ils en ont été souvent les instruments. Timothée est exhorté par l’apôtre à user de moyens ordinaires : « Ne bois plus de l’eau seulement, mais use d’un peu de vin, à cause de ton estomac et de tes fréquentes indispositions » (1 Tim.