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Exposé des ACTES des Apôtres

 

 

William Kelly

 

Paru de janvier 1882 à décembre 1890 dans le Bible Treasury; vol. 14 à 18.
1° édition comme ouvrage à part en 1890.
Traduction faite sur l’édition de 1952

Les sous-titres et divisions ont été ajoutés par Bibliquest

Sauf cas exceptionnels, les notes de discussions des textes grecs n’ont pas été reprises.

La traduction utilisée pour le texte Biblique est souvent celle de JND, mais la traduction propre à W. Kelly a été reprise occasionnellement, spécialement quand elle générait un sens ou un commentaire particulier.

 

 

Table des matières abrégée :

1     Actes 1

2     Actes 2

3     Actes 3

4     Actes 4

5     Actes 5

6     Actes 6

7     Actes 7 et 8:1a

8     Actes 8:1b-40

 

 

Table des matières détaillée :

1     Actes 1

1.1      Sujet et adresse

1.2      Actes 1:1-5

1.2.1      1:2 — Puissance dans la vie de résurrection

1.2.2      1:3 — Certitude de la résurrection

1.2.3      1:4-5 — Promesse du Saint Esprit

1.3      Actes 1:6-11

1.3.1      1:6-8 — L’évangile et son contenu

1.3.2      1:9-11 — L’espérance du retour du Seigneur

1.4      Actes 1:12-14 — La prière. Les femmes. Marie

1.5      Actes 1:15-26

1.5.1      1:15-22 — Pierre applique l’Écriture. Sort de Judas

1.5.2      1:23-26 — Le choix d’un douzième apôtre et le tirage au sort

2     Actes 2

2.1      Actes 2:1-4 — Baptême du Saint Esprit. Les langues

2.2      Actes 2:5-11 — Encore les langues

2.2.1      Ce que sont ces langues

2.2.2      Une étape vers la grâce adressée aux nations

2.2.3      Le don du Saint Esprit est une nouveauté bien plus importante

2.3      Actes 2:12-21 — Encore le changement radical de la descente du Saint Esprit

2.3.1      Les prophètes l’annonçaient

2.3.2      Un autre accomplissement eu dernier jour

2.3.3      Rôle du Saint Esprit

2.3.4      Suppression des intermédiaires humains avec Dieu

2.4      Actes 2:22-36

2.4.1      Actes 2:22-23 — Christ démontré être le Messie. La croix

2.4.2      Actes 2:24-28 — La citation du Ps. 16

2.4.3      Actes 2:29-36 — La citation du Ps. 132

2.4.4      Actes 2:33-36 — La citation du Ps. 110

2.5      Actes 2:37-47

2.5.1      Actes 2:37 — Travail de conscience

2.5.2      Actes 2:38 — Baptême du Saint Esprit. Le don du Saint Esprit

2.5.3      Actes 2:39 — Une promesse pour tous

2.5.4      Actes 2:40 — Sauvez-vous de cette génération perverse

2.5.5      Actes 2:41 — Un travail en profondeur

2.5.6      Actes 2:42 — Persévérant dans la doctrine, la communion des apôtres, la fraction du pain et les prières

2.5.7      Actes 2:43 — Crainte de Dieu, prodiges et miracles

2.5.8      Actes 2:44-47 — Tout en commun

3     Actes 3

3.1      Actes 3:1-10 — Le miracle au temple

3.2      Actes 3:11-13 — Pierre accuse les Juifs de renier leur Messie

3.3      Actes 3:14-16 — Dieu ressuscite Celui qu’ils ont mis à mort

3.4      Actes 3:17-18 — Une iniquité aveugle et un propos de Dieu

3.5      Actes 3:19-21 — Conditions pour la restauration d’Israël

3.6      Actes 3:22-26 — Le prophète annoncé par Moïse

4     Actes 4

4.1      Ch. 4:1-4

4.2      Ch. 4:5-12

4.3      Ch. 4:13

4.4      Ch. 4:14

4.5      Ch. 4:15-17

4.6      Ch. 4:19-20

4.7      Ch. 4:21-22

4.8      Ch. 4:23-30

4.8.1      Actes 4:23-24

4.8.2      La citation du Psaume 2 (Actes 4:25-26)

4.8.3      Actes 4:27-28

4.8.4      Actes 4:29-30

4.9      Ch. 4:31-37

4.9.1      Actes 4:31

4.9.2      Actes 4:32

4.9.3      Actes 4:33

4.9.4      Actes 4:34-35

4.9.5      Actes 4:36-37

5     Actes 5

5.1      Actes 5:1-6

5.1.1      La présence de Dieu dans Sa maison (par l’Esprit) et la sainteté requise

5.1.2      Actes 5:1-6

5.2      Actes 5:7-10

5.3      Actes 5:11

5.4      Actes 5:12-16

5.5      Actes 5:17-20

5.6      Actes 5:21-32

5.6.1      Actes 5:21-23

5.6.2      Actes 5:24

5.6.3      Actes 5:25-26

5.6.4      Actes 5:27-28

5.6.5      5:29

5.6.6      Actes 5:30-31

5.6.7      Actes 5:32

5.7      Actes 5:32-42

5.7.1      Actes 5:33

5.7.2      Actes 5:34-39

5.7.3      Actes 5:36

5.7.4      Actes 5:38-39

5.7.5      Commentaire de Calvin sur l’opinion de Gamaliel

5.7.6      Actes 5:40-42

6     Actes 6

6.1      Actes 6:1

6.2      Actes 6:2-4

6.2.1      Choix de personnes pour le service dans l’assemblée

6.2.2      Actes 6:4

6.3      Actes 6:5-6

6.3.1      Ch. 6:5

6.3.2      Ch. 6:6

6.4      Actes 6:7

6.5      Actes 6:8-15

6.5.1      Ch. 6:8

6.5.2      Ch. 6:10

6.5.3      Ch. 6:9

6.5.4      Ch. 6:13

6.5.5      Ch. 6:12, 14

6.5.6      Ch. 6:15

7     Actes 7 et 8:1a

7.1      Actes 7:1-3

7.2      Actes 7:4-5

7.2.1      Actes 7:4

7.2.2      Actes 7:4-5

7.2.3      Actes 7:5

7.3      Actes 7:6-7

7.4      Actes 7:8

7.5      Actes 7:11-14

7.6      Actes 7:15-16

7.7      Actes 7:17-19

7.8      Actes 7:20-29

7.8.1      Actes 7:20-22

7.8.2      Actes 7:23-25

7.8.3      Actes 7:26-28

7.8.4      Actes 7:29

7.9      Actes 7:30-37

7.9.1      Actes 7:31-33

7.9.2      Actes 7:34

7.9.3      Actes 7:35

7.9.4      Actes 7:36

7.9.5      Actes 7:37

7.10    Actes 7:38-40

7.10.1     Actes 7:38

7.10.2     Actes 7:39

7.10.3     Actes 7:40

7.11    Actes 7:41-43

7.12    Actes 7:44-47

7.13    Actes 7:48-50

7.14    Actes 7:51-53

7.14.1     Actes 7:51a

7.14.2     Actes 7:51b

7.14.3     Actes 7:52

7.14.4     Actes 7:53

7.15    Actes 7:54 à 8:1a

7.15.1     Actes 7:54-56

7.15.2     Actes 7:57-59

7.15.3     Actes 7:60

7.15.4     Actes 8:1a

8     Actes 8:1b-40

8.1      Ch. 8:1b-4

8.2      Ch. 8:5-8

8.3      Ch. 8:9-13

8.4      Ch. 8:14-17 — Le don et les dons du Saint Esprit

8.5      Ch. 8:18-24

8.6      Ch. 8:25

8.7      Ch. 8:26-38

8.8      Ch. 8:39-40

 

 

 

1                    Actes 1

1.1   Sujet et adresse

Le récit de Luc sur notre Seigneur Jésus était déjà adressé à un chrétien converti, et il en a été de même pour sa suite qui relate le don du Saint Esprit envoyé du ciel, Sa présence, et Son opération, spécialement chez les principaux apôtres, d’abord ceux de la circoncision, puis de l’incirconcision. Mais nous y trouvons aussi les voies et l’œuvre du Saint Esprit en rapport avec beaucoup d’autres personnes, et aussi dans et avec l’assemblée : ceci est une vérité d’importance capitale, quoique pratiquement perdue de vue au grand déshonneur de Dieu, et au détriment irréparable de l’Église.

Il semblerait que Théophile ait ou bien cessé d’être gouverneur (ou d’avoir quelque autre position publique de magistrat, comme l’implique le titre de « très excellent » donné par l’historien inspiré ; cf. Actes 23:26 ; 24:3 ; 26:25, et Luc 1:3), ou bien qu’il ait suffisamment mûri dans la foi et la spiritualité, au point de ne plus attribuer de valeur ni au titre ni à la position, quoiqu’on imagine guère un fidèle conservant une telle position. Par ailleurs, il ne faut pas écouter ceux des temps anciens ou modernes qui imaginent que ce nom soit une désignation imagée et générique de quiconque aime Dieu. Non seulement la comparaison de l’Évangile de Luc et des Actes évoque un chrétien vivant auquel l’auteur adresse ces deux écrits, mais la forme même du mot aurait été dans ce cas φιλοθεος, (comme en Timothée ou autre), et non pas θεοφιλος.

 

1.2   Actes 1:1-5

« J’ai composé le premier traité, ô Théophile, sur toutes les choses que Jésus commença de faire et d’enseigner, jusqu’au jour où il fut élevé [au ciel], après avoir donné, par l’Esprit Saint, des ordres aux apôtres qu’il avait choisis ; à qui aussi, après avoir souffert, il se présenta lui-même vivant, avec plusieurs preuves assurées, étant vu par eux durant quarante jours, et parlant des choses qui regardent le royaume de Dieu. Et étant assemblé avec eux, il leur commanda de ne pas partir de Jérusalem, mais d’attendre la promesse du Père, laquelle, [dit-il], vous avez ouïe de moi : car Jean a baptisé avec de l’eau ; mais vous, vous serez baptisés de l’Esprit Saint, dans peu de jours » (1:5).

Ces cinq premiers versets sont le commencement tout simple de ce livre dont le sujet est les œuvres merveilleuses de Dieu dans la nouvelle création, dont Il voulait rendre témoignage dans l’ancienne création par un témoin non moins compétent que Son propre Esprit. À la croix du Fils de l’homme le péché a été jugé par Dieu, non sur des pécheurs, mais dans le seul Sacrifice qui ait été parfait, afin que Dieu puisse diffuser en toute justice, parmi les Juifs et les Grecs, tous ruinés pareillement, la bonne nouvelle de la grâce qui sauve, et afin que, par la foi, tous puissent aussi être pareillement sauvés. Et maintenant le Sauveur est dans une position de vie et de puissance de résurrection, prémices de ceux qui sont endormis, Esprit vivifiant pour tous ceux qui croient (1 Cor. 15:20, 45). Comme Il avait marché selon l’Esprit de sainteté dans un monde de péché pendant les jours de Sa chair, Il est ainsi déterminé Fils de Dieu en puissance selon ce même Esprit par la résurrection (Rom. 1:4), vainqueur de Satan dans la mort comme dans la vie, ayant épuisé le jugement de Dieu en souffrant pour le péché, afin d’être le chef juste d’une famille nouvelle qui vive de Sa vie comme Il est mort pour leurs péchés. Ainsi l’Évangile de Luc amène à ces « Actes des Apôtres » comme on les appelle habituellement, — mais cette appellation est incorrecte, car il s’agit plutôt du récit inspiré de l’œuvre du Seigneur ressuscité, dans l’énergie du Saint Esprit descendu d’en haut et Lui rendant témoignage, à la fois dans l’assemblée et dans Ses serviteurs, surtout certains apôtres.

 

1.2.1       1:2 — Puissance dans la vie de résurrection

Le Seigneur ressuscité d’entre les morts, quoique pas encore élevé au ciel, est vu ici donnant Lui-même des ordres aux apôtres par le Saint Esprit (1:2). Ce n’était pas simplement des ordres avant de mourir ; dans le nouvel état de l’homme au-delà du tombeau, nous avons la preuve de la même puissance bénie. L’Esprit Saint agit dans l’homme ressuscité, et en Jésus, nous voyons cette vérité, comme toutes les autres. Il en sera de même pour nous une fois ressuscités d’entre les morts ; nous ne perdrons pas cette source divine de puissance et de joie quand, ou parce que, nous entrerons dans cet état final de l’homme selon les conseils de Dieu. Ce sera l’état où ce qui est parfait sera venu  (1 Cor. 13:10), mais c’est justement pourquoi le Saint Esprit ne cessera pas d’agir en nous ; ou plutôt Il nous formera pour toute l’adoration et le service convenant à ceux qui sont glorifiés avec Christ.

 

1.2.2       1:3 — Certitude de la résurrection

Que Christ se soit présenté Lui-même vivant après avoir souffert, c’est le grand fait établi « avec plusieurs preuves » (1:3), et c’est aussi le sujet du témoignage rendu tout le long de ce livre des Actes, et aussi la vérité fondamentale de l’évangile. Le Dieu de grâce est le Dieu de résurrection en Christ qui a souffert une fois pour les péchés, le Juste pour les injustes (1 Pierre 3:18). Les apôtres ont été des faux témoins de Dieu s’Il ne L’a pas ressuscité, et Il ne L’a pas ressuscité si les morts ne ressuscitent pas ; et s’Il n’est pas ressuscité, notre foi est vaine : nous sommes encore dans nos péchés (1 Cor. 15:12-19). Mais Il a été ressuscité d’entre les morts, aussi sûrement que Dieu est vrai et que Sa parole est vraie ; Sa grâce et Sa puissance sont manifestées à la fois dans les témoins qu’Il a choisis que dans les effets transformants de Son témoignage sur d’autres qui croient, autrefois fils de désobéissance et enfants de colère, Ses ennemis. La mission a été confiée aux apôtres de Sa part à Lui, le Ressuscité.

Ce n’était pas seulement qu’Il a été vu d’eux, ou qu’Il leur est apparu, pendant 40 jours ; Il a aussi parlé des choses qui regardent le royaume de Dieu, comme l’ont ensuite prêché Ses serviteurs. Ceci était tout autant vrai de l’apôtre des Gentils, et jusqu’à la fin, comme on l’apprend spécifiquement par Actes 20:25 et 28:31.

 

1.2.3       1:4-5 — Promesse du Saint Esprit

Étant réuni avec eux, Il leur commanda de ne pas partir de Jérusalem, mais d’attendre la promesse du Père, le baptême du Saint Esprit, peu de jours après (1:4-5). Il est de toute importance de bien comprendre cela : car beaucoup appliquent à tort le baptême de l’Esprit, soit à des manifestations miraculeuses, soit à la nouvelle naissance ; et d’autant plus que, sans aucun doute, Il a abondamment agi de ces deux manières-là au jour de la Pentecôte. Mais le lecteur n’a qu’à considérer Jean 14 à 16 pour apprendre de la Parole de Dieu qu’il n’est pas ici question du premier et grand besoin de l’homme pécheur de tout temps, savoir d’être né de l’Esprit, et encore moins de ces dons ou « charismes » distribués si abondamment parmi ceux qui confessaient le Seigneur en ce temps-là, mais du privilège immense et permanent de l’Église, celui de la présence du Saint Esprit envoyé d’en haut en personne pour demeurer avec les saints et être en eux. C’est Lui que Le Père a donné pour être avec eux éternellement (Jean 14:16) ; c’est Lui que le Fils a envoyé d’auprès du Père (Jean 15:26). Car cet envoi était conditionné par le départ du Fils : s’Il ne s’en était pas allé, cet autre Avocat [ou : Consolateur], l’Esprit de vérité, ne serait pas venu (Jean 16:7). Mais une fois l’œuvre de réconciliation accomplie, Jésus est monté au ciel et a envoyé l’Esprit ici-bas. C’était l’accomplissement de la promesse du Père. Il fallait alors que les saints soient baptisés dans le Saint Esprit.

Pour le croyant, on ne peut rien concevoir de plus important et empreint d’autorité, et intrinsèquement pour la gloire de Dieu, et pour la vérité doctrinale, et quant aux conséquences pratiques. Pourtant, y a-t-il rien qui ait été si vite et si généralement oublié ? Sans cela, la place de Christ comme Tête de l’Église est inconnue, et aussi, par conséquent, la vraie relation de l’Église comme Son corps. La rédemption est affaiblie, la position nouvelle et céleste du chrétien n’est ni comprise ni goûtée, et l’espérance propre au chrétien est rabaissée au niveau d’une attente juive avec ses signes et ses dates, ses troubles et ses craintes. Le manque de foi quant au baptême du Saint Esprit affecte encore plus directement la marche et le service de l’individu, l’adoration en commun et l’action publique de l’assemblée. Il n’y a pas de signe plus sûr de la ruine de tout le témoignage rendu à Christ, ni de moyen plus fatal conduisant à cette ruine, que la pure ignorance et la mise complète de côté de cette puissance et de ce privilège incomparables pour le chrétien et l’Église, — or la chrétienté est imprégnée de cette ignorance et de cette mise de côté, et cela a eu lieu dès les temps apostoliques. Oh, quelle miséricorde de la part de Dieu, quel amour pour les Siens, quel honneur pour Christ et Sa croix, que le Saint Esprit ait daigné rester de manière absolument certaine pour l’Église, malgré l’infidélité montrée par l’Église à Son égard ! Le don ou baptême du Saint Esprit était la promesse du Père, et les disciples en ont entendu parler par le Fils. Jean, le plus grand de ceux qui sont nés de femme, a baptisé avec de l’eau, le baptême de repentance ; le Fils de Dieu, tout à la fois Homme ressuscité et exalté, est Celui qui baptise dans (ou avec) le Saint Esprit. Personne ne le pouvait en effet, sinon une personne divine ; pourtant c’est Celui qui, devenu homme pour accomplir la rédemption, a été reçu en haut, dans la gloire, d’où Il a envoyé l’Esprit.

 

1.3   Actes 1:6-11

« Eux donc étant assemblés, l’interrogèrent, disant : Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu rétablis le royaume pour Israël ? Mais il leur dit : Ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les saisons que le Père a réservés à sa propre autorité ; mais vous recevrez de la puissance, le Saint Esprit venant sur vous ; et vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout de la terre. Et ayant dit ces choses, il fut élevé [de la terre], comme ils regardaient, et une nuée le reçut [et l’emporta] de devant leurs yeux. Et comme ils regardaient fixement vers le ciel, tandis qu’il s’en allait, voici, deux hommes en vêtements blancs, se tinrent là à côté d’eux, qui aussi dirent : Hommes galiléens, pourquoi vous tenez-vous ici, regardant vers le ciel ? Ce Jésus, qui a été élevé d’avec vous dans le ciel, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en allant au ciel » (1:6-11).

 

1.3.1       1:6-8 — L’évangile et son contenu

Comme dans l’Évangile (Luc 19:11, et d’autres), le Seigneur corrige l’attente impatiente des disciples : le royaume ne devait pas apparaître immédiatement. La pâque devait être accomplie dans ce royaume quand il prendrait une forme différente (Luc 22:16). Ce n’est pas la forme chrétienne du royaume dont il est parlé ici, parce que la question portait sur la restauration du royaume à Israël en ce temps-là. Or le Seigneur ne nie pas du tout qu’une telle restauration aurait lieu en son temps, mais le salut d’Israël et le rétablissement du royaume pour le peuple élu appartiennent clairement aux voies de Dieu dont traite la prophétie ; et Il leur fait connaître qu’il y a des temps et des saisons que le Père a réservé à Sa propre autorité. Il leur fait voir une autre perspective sur ce qui les attendait immédiatement : « mais vous recevrez de la puissance à la venue du Saint Esprit sur vous ; et vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout de la terre » (1:8).

Ces paroles expliquent la situation avec une précision divine et une grâce ineffable. Il n’allait pas encore y avoir le royaume manifesté qui appartient au siècle [ou : « ère »] à venir et au monde à venir. Il est maintenant question de témoignage dans la puissance du Saint Esprit, — ce témoignage étant lié à la mission et à la présence de ce Saint Esprit. Ils devaient être témoins de Christ, sans encore régner avec Lui, — mais témoins de Lui comme le rejeté et malgré tout ressuscité, méprisé des hommes, spécialement des Juifs et de Jérusalem, mais sur le point d’être exalté par Dieu dans le ciel, et témoins de Lui — car tout est par grâce — à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’au bout de la terre. Comparez la fin de l’Évangile de Luc avec le début des Actes, et vous y verrez que le Sauveur ressuscité commande de prêcher en Son nom la repentance et la rémission des péchés parmi toutes les nations, en commençant par Jérusalem : « Et vous, vous êtes témoins de ces choses ; et voici, moi, j’envoie sur vous la promesse de mon Père. Mais vous, demeurez dans la ville, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de puissance d’en haut » (Luc 24:47-49). Il ne s’agit pas ici de baptême, mais d’une bénédiction vitale, de la repentance pour la vie et de la rémission des péchés scellées du Saint Esprit. Tout a sa place et sa convenance, mais le meilleur fut donné au médecin bien-aimé pour qu’il le communique, par l’inspiration puissante de Dieu, qui allait donner (en honneur de la personne et de l’œuvre de Son Fils) la vie et la liberté avec le sceau de l’Esprit à tous ceux qui croient à l’évangile : sa source est la grâce de Dieu, son juste fondement est la croix de Christ, le caractère de la vie qu’il donne est celui de Sa résurrection ; l’objet d’après lequel il forme est Sa gloire céleste ; et sa puissance est l’Esprit Saint envoyé d’en haut.

 

1.3.2       1:9-11 — L’espérance du retour du Seigneur

Mais il manque encore la vraie perspective de l’espérance pour compléter le cercle de bénédiction. Et c’est ce qu’on trouve ensuite, l’espérance du retour du Seigneur, du moins dans la mesure où elle se rapporte à la portée de ce livre des Actes (car il y a un système divinement parfait dans toute l’Écriture et dans chacune de ses parties). « Et ayant dit ces choses, il fut élevé [de la terre], comme ils regardaient, et une nuée le reçut [et l’emporta] de devant leurs yeux. Et comme ils regardaient fixement vers le ciel, tandis qu’il s’en allait, voici, deux hommes en vêtements blancs, se tinrent là à côté d’eux, qui aussi dirent : Hommes galiléens, pourquoi vous tenez-vous ici, regardant vers le ciel ? Ce Jésus, qui a été élevé d’avec vous dans le ciel, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en allant au ciel ». Il s’agit sans aucun doute de Son retour pour établir le royaume sur toutes langues et nations, pour le rétablissement de toutes choses (3:21) et non pas le moment spécial où Il recevra les Siens auprès de Lui et les présentera dans la maison du Père. C’est l’aspect plus général de Sa venue, non pas le côté céleste. Mais c’est quand même encore un objet personnel pour les saints, le Seigneur revenant en personne aussi sûrement que les témoins choisis l’ont vu s’en allant au ciel. Cela, les disciples l’ont laissé échapper comme espérance réelle et vivante, au déshonneur du Seigneur, attristant par là l’Esprit (Éph. 4:30), et à leur immense détriment. Car si, comme les gens disent, l’essentiel c’est la foi, on ne peut pas obscurcir, affaiblir, ou détruire la vraie espérance sans qu’il en résulte un dommage proportionnel, si l’on en juge par la seule et pleine mesure de la gloire de Dieu en Christ. Nous tombons dans des espérances trompeuses dès que la vérité cesse d’être devant le cœur ; et aucune n’est aussi fausse que d’attendre l’amélioration progressive du monde, ou même de la chrétienté, qui doit être jugée lors du jour du Seigneur ; nous devrions, comme des pèlerins et des étrangers, comme une épouse séparée du monde, attendre Christ qui vient nous chercher pour aller au ciel pour les noces de l’Agneau. C’est là la séparation pour Dieu, en grâce et céleste, au-dessus des attractions et des honneurs du monde, en dehors de tout le mal qui s’y trouve, et qui ne change pas sous l’effet de l’inimitié de ce monde. Que ce soit toujours plus vrai de nous dans Sa grâce !

Ce qui est donc ainsi clairement placé devant nous, c’est la position et l’attente des disciples dans ces jours du début. Ils savaient par la parole du Seigneur, que la promesse du Père allait bientôt s’accomplir dans le don du Saint Esprit. Au lieu du rétablissement du royaume pour Israël, ils allaient être des témoins de Christ partout jusqu’au bout de la terre ; et ils avaient l’assurance que le Seigneur Jésus, qui venait juste d’être élevé au ciel, reviendrait de la même manière qu’il L’avait vu s’en aller au ciel.

 

1.4   Actes 1:12-14 — La prière. Les femmes. Marie

« Alors ils s’en retournèrent à Jérusalem, de la montagne appelée des Oliviers, qui est près de Jérusalem, le chemin d’un sabbat. Et quand ils furent entrés [dans la ville], ils montèrent dans la chambre haute où demeuraient Pierre, et Jean, et Jacques, et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques [fils] d’Alphée et Simon Zélote, et Jude [frère] de Jacques. Tous ceux-ci persévéraient d’un commun accord dans la prière, avec les femmes, et avec Marie, la mère de Jésus, et avec ses frères » (1:12-14).

C’est ainsi que les saints passaient leur temps à l’exercice d’une continuelle dépendance de Dieu. Ils avaient été les témoins choisis de la Parole de la vie, tel qu’Il s’était manifesté ici-bas, et en Lui-même, le Fils leur avait montré le Père. Et maintenant ils attendaient cette personne divine qui allait être en eux aussi bien qu’avec eux, selon que le Seigneur les y avait préparés : « Je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur » (Jean 14:15-16). Maintenant donc, ils s’adonnaient tous, et d’un commun accord, à la prière avec persévérance.

Il y avait avec eux des femmes croyantes. Combien leur place est différente de celle accordée par les Juifs, puis plus tard par les Musulmans, et de celle de la flatterie ou de la superstition médiévales, même au temps où le christianisme de nom pénétra l’occident ! Il n’y avait pas seulement des femmes mariées, d’où la forme générale de la phrase. Parmi elles, il est nommé spécialement celle devant qui la folie pécheresse allait plus tard se prosterner en lui rendant un culte prétendu secondaire, mais qui a pratiquement prévalu dans les âmes sur celui rendu au Fils et au Père.

C’est la première mention de Marie depuis l’ascension du Seigneur, dans cet historique qui est le seul certain et divinement inspiré. Elle a été grandement favorisée, et bénie entre les femmes, et toutes les générations la disent donc bienheureuse (Luc 1:48). Pourtant elle se trouvait en toute humilité avec les autres femmes, et les apôtres aussi avec elles toutes, attendant de Dieu le don du Saint Esprit. Depuis la croix, elle avait été prise au domicile du disciple bien-aimé. Après la résurrection, on ne voit rien dans la Parole qui suggère une apparition du Seigneur à Sa mère. Une autre Marie L’a vu, celle de Magdala, la première de tous, et d’autres femmes peu après ; l’Écriture se tait entièrement sur une quelconque apparition à Sa mère en particulier. Elle peut L’avoir vu ressuscité, comme les 500 en une fois, mais l’Écriture n’en touche pas un mot. C’est que Christ devait absolument ne plus être connu selon la chair (2 Cor. 5:16). Il était mort et ressuscité, et la gloire de Messie né de la Vierge s’effaçait devant la gloire plus éclatante de Commencement, et de Premier-né d’entre les morts (Col. 1:18).

C’est aussi la dernière mention de Marie. Chrysostome peut bien supposer que Joseph était mort ; en vérité, il avait disparu depuis longtemps. Il est parlé des deux ensemble pour la dernière fois dans la belle scène du Seigneur à l’âge de douze ans (Luc 2:42-51). Le Seigneur n’était pas encore oint du Saint Esprit, mais Il était pourtant parfaitement homme et véritablement Dieu, enfant de Marie, et soumis non seulement à elle, mais aussi à son mari — Son père du point de vue légal. Mais l’incident fait ressortir clairement Sa perfection comme enfant se nourrissant de la parole de Dieu, et la conscience qu’Il avait d’être le Fils de Dieu (bien au-delà des pensées de Joseph et de Marie), et en même temps Sa soumission à tous les deux, « Ses parents » dans la position humaine où Il était descendu de la gloire divine dans un amour non moins divin. Quand au temps convenable, oint du Saint Esprit, Il est entré dans Son service et qu’a commencé Sa présentation comme Messie, Joseph n’était plus là. C’est ce qu’il fallait. C’est par Joseph qu’Il pouvait revendiquer directement le titre royal de Fils de David ; car Joseph descendait de Salomon, et cela constituait la lignée authentique de la promesse au trône. Marie aussi descendait de David, mais à travers Nathan, qui ne pouvait conférer un tel titre. Légalement et naturellement, Il descendait donc du roi bien-aimé de Dieu, mais Il avait dans Sa propre personne un titre supérieur à David, et évidemment aussi supérieur à Joseph et Marie ; Il était Dieu, l’Éternel, le Seigneur Dieu d’Israël. Il faut bien que la parole de Dieu soit honorée et trouvée vraie dans toutes les particularités humaines que la grâce divine a données et fait connaître, pour l’exercice, la récompense, l’épreuve et la joie de la foi.

Ainsi Marie, selon l’Écriture, apparaît pour la dernière fois dans ce saint groupe de prière, avec d’autres, hommes et femmes, où on ne la prie pas, mais c’est elle qui prie. Que la chambre haute ait été dans le temple, c’est une rêverie du Dr. Hammond. Qu’il est étrange que des théologiens sérieux puissent concevoir de telles balourdises, et semblent si dépourvus d’amis bienveillants et fidèles pour les effacer afin qu’on ne les tourne pas à leur honte à leur détriment ! Le temple est le dernier endroit où les disciples auraient pu avoir une telle chambre. Il n’est pas douteux qu’elle se trouvait dans une maison privée où ils séjournaient alors ; nous ne savons pas si c’était la grande chambre garnie où le Seigneur s’est assis pour manger la dernière pâque ; cela n’a d’ailleurs pas d’importance divine, sinon cela nous aurait été dit. De telles chambres étaient courantes parmi les Juifs, spécialement à Jérusalem, nous pouvons en être sûrs, où Dieu avait Ses plans pour la bénédiction par Son Fils et à Son honneur.

 

1.5   Actes 1:15-26

1.5.1       1:15-22 — Pierre applique l’Écriture. Sort de Judas

« Et en ces jours-là, Pierre se levant au milieu des disciples (le nombre de ceux qui étaient réunis était d’environ cent vingt), dit : Hommes frères, il fallait que fût accomplie cette écriture que l’Esprit Saint a dite d’avance par la bouche de David, touchant Judas, qui a été le guide de ceux qui ont pris Jésus ; car il était compté parmi nous, et il avait reçu en partage ce service ; (celui-ci donc s’était acquis un champ avec le salaire de l’iniquité, et, étant tombé la tête en avant, s’est crevé par le milieu, et toutes ses entrailles ont été répandues. Et ceci a été connu de tous les habitants de Jérusalem, de sorte que ce champ-là est appelé dans leur propre dialecte Aceldama, c’est-à-dire champ de sang ;) car il est écrit dans le livre des Psaumes : «Que sa demeure soit déserte, et qu’il n’y ait personne qui y habite» [Psaume 69:25], et : «Qu’un autre prenne sa charge de surveillant» [Psaume 109:8]. Il faut donc que d’entre les hommes qui se sont rassemblés avec nous pendant tout le temps que le seigneur Jésus entrait et sortait au milieu de nous, en commençant depuis le baptême de Jean, jusqu’au jour auquel il a été élevé [au ciel] d’avec nous, quelqu’un d’entre eux soit (*) témoin avec nous de sa résurrection. Et ils en mirent deux sur les rangs : Joseph, appelé Barsabbas, qui était surnommé Juste, et Matthias. Et priant, ils dirent : Toi, Seigneur, qui connais les cœurs de tous, montre lequel de ces deux tu as choisi, afin qu’il reçoive en partage ce service et cet apostolat, duquel Judas est déchu pour s’en aller en son propre lieu. Et ils jetèrent le sort sur eux ; et le sort tomba sur Matthias, qui fut adjoint (**) aux onze apôtres » (1:15-26).

 

(*) C’est à tort que la version autorisée du roi Jacques traduit « soit ordonné pour être ».

(**) W. Kelly traduit « compté avec les onze apôtres », de même que JND en anglais et aussi la version autorisée du roi Jacques. « Adjoint » figure dans la traduction JND en français.

 

Les cent vingt n’incluaient pas tous les fidèles du pays, mais probablement tous ceux de Jérusalem. Pierre leur parle avec décision, mais à la lumière de l’Écriture et avec son autorité. La puissance d’en haut n’était pas encore descendue sur lui, mais il y avait à l’évidence une intelligence dont il n’avait jamais fait l’expérience avant la mort et la résurrection du Seigneur. Ces deux choses peuvent coexister maintenant ; on peut trouver de l’intelligence spirituelle sans qu’une puissance spéciale ait été donnée, quoique le Saint Esprit soit (19:2), et qu’il doive demeurer pour toujours. Mais nous apprenons ici le fait important qui les distinguait, et cela d’autant plus clairement que le Saint Esprit n’avait pas encore été répandu. Pierre applique l’Écriture avec clarté. Elle brille à la lumière de la mort et de la résurrection du Seigneur. Elle doit être accomplie non pas seulement en Christ, mais aussi dans l’antichrist ; or Judas en était un, lui qui avait guidé ceux qui ont pris Jésus. Le Saint Esprit a daigné parler du mal et du bien, et tout doit être accompli, même si c’est par des lèvres humaines. L’incrédulité de l’homme peut faire sa ruine, mais ne peut annuler la parole écrite ; pas plus que la part reçue par Judas dans le ministère de Christ ne l’a exempté de son péché et de son châtiment terribles. Et le champ acquis au moyen du salaire d’iniquité rendait un témoignage écrit en lettres de sang, après que Judas ait été déchu de la position de service et d’apostolat qui lui ont été retirés, pour s’en aller en son propre lieu de tourment. Rien d’étonnant que, comme Dieu marquait alors si solennellement son ressentiment devant tous les habitants de Jérusalem, Il ait dû parler auparavant par la bouche de David d’un tel pécheur contre Son propre Fils et aussi contre sa propre âme. Le Psaume 69:25 prononce la malédiction sur lui, et le Psaume 109:8 appelle un successeur pour prendre sa charge vacante. Et pour un tel successeur ayant accompagné les apôtres depuis le baptême de Jean jusqu’à l’ascension, Pierre établit la condition essentielle qu’il devienne avec eux un témoin de Sa résurrection.

Une fois de plus, nous voyons la place immensément importante que devait tenir la résurrection dans le témoignage de Christ et de l’évangile, et comment elle fait partie du tissu même du livre des Actes en particulier. Sans elle, il ne peut y avoir ni force ni clarté dans la prédication et l’enseignement. Et en présence de la résurrection, l’homme vain est annihilé ; par elle Christ est justifié, Dieu est glorifié, et le croyant reçoit la justice. Mais dans ce livre, nous apprenons mieux sa puissance et sa valeur aux mains du Saint Esprit en considérant l’usage pratique que Pierre a fait des Psaumes qu’il cite.

 

1.5.2       1:23-26 — Le choix d’un douzième apôtre et le tirage au sort

Deux personnes ont donc été mises en avant, Joseph Barsabbas Justus et Matthias, qui, autant qu’on peut voir, possédaient des qualifications équivalentes. C’est pourquoi on a fait appel au Seigneur par la prière. C’était Son œuvre qui était en jeu, et c’était à Lui de choisir l’ouvrier. Ainsi, en Matthieu 9:38, Il dit à Ses disciples de supplier le Seigneur de la moisson d’envoyer des laboureurs dans Sa moisson, puis, au ch. 10, Il appelle à Lui Ses douze disciples, leur donne autorité et les envoie. C’est le même principe ici. Ailleurs, en rapport avec l’assemblée de Dieu, c’est à Son Dieu et Père qu’il peut être tout à fait approprié de s’adresser ; mais c’est quand même au Seigneur qu’on s’adresse en ce qui concerne Son service et les instruments qu’Il peut choisir.

Il y a une particularité à relever, le fait de tirer au sort. Ce n’était point du tout la volonté de l’homme qui choisissant celui qu’il voulait, comme plusieurs érudits ont supposé à tort, sous l’effet de préjugés provenant de leurs habitudes particulières, et sans désir de les justifier par l’Écriture. Enfin le mot traduit par « compté avec » (1:26), n’appuie pas la notion d’élection populaire qui, dans son principe, est étrangère à l’Écriture, s’agissant du choix des serviteurs dans la Parole. Le sort était, comme il le sera au dernier jour, une façon spécialement juive pour chercher la direction divine, et ainsi, dans le choix du douzième apôtre (Matt. 19:28), c’est à juste titre qu’on y eut recours. Car on ne bénéficiait pas encore de la présence de l’Esprit, cette puissance nouvelle, où on ne connaît ni Juifs ni Gentils. On s’attendit donc au Seigneur de cette manière, mais on ne tira plus jamais au sort après la descente du Saint Esprit à la Pentecôte.

Il n’y a donc pas de raison pour Stier, que cite Alford, de mettre en doute cette phase de choix d’un douzième apôtre, qui semble être entièrement en accord avec la position d’attente des disciples. Par ailleurs, Actes 2:14 et 6:2 impliquent le contraire, selon que pensent la plupart, et ces passages montrent que Luc parle bien des Douze par la suite. Supposer que Paul était prévu pour faire le douzième revient plutôt à rabaisser sa position vraiment spéciale et son appel extraordinaire.

 

2                    Actes 2

2.1   Actes 2:1-4 — Baptême du Saint Esprit. Les langues

La mort de Christ comme agneau pascal eut lieu exactement le jour de la pâque, et il en fut de même pour Sa résurrection comme gerbe tournoyée. Aucun saint ne connut la signification de ces deux fêtes avant qu’elles deviennent des faits accomplis. Nous n’avons pas non plus de preuve, malgré l’intelligence manifestée dans l’emploi de l’Écriture après la résurrection (Actes 1, cf. Luc 24:45) que quelqu’un ait compris la signification de la fête des semaines avec ses pains tournoyés avant qu’elle fût accomplie. Les disciples étaient cependant ensemble, dans leur vraie position d’attente et de dépendance. « Et comme le jour de la Pentecôte s’accomplissait, ils étaient tous ensemble dans un même lieu. Et il se fit tout à coup du ciel un son, comme d’un souffle violent et impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Et il leur apparut des langues divisées, comme de feu ; et elles se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis de l’Esprit Saint, et commencèrent à parler d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’énoncer » (2:1-4).

C’était là le baptême de l’Esprit, quoique la cause puissante n’en soit pas ici dévoilée, ni les effets esquissés. Mais la promesse du Père était maintenant accomplie. Le Saint Esprit était envoyé du ciel selon la parole du Seigneur pour demeurer éternellement avec les Siens : c’est cet autre Avocat [Consolateur] correspondant sur la terre à Christ dans le ciel, — le divin gestionnaire de toutes nos affaires selon la volonté de Dieu. Comme c’était une chose entièrement nouvelle, elle fut accompagnée de signes, ayant un double caractère : non seulement un souffle violent remplit toute la maison, mais des langues divisées, comme de feu, se posèrent sur chacun d’eux. C’est ainsi que fut manifestée la présence de l’Esprit d’une manière générale pour toute la maison, et d’une manière spéciale comme puissance de témoignage pour chacun : c’est une distinction importante qu’on retrouve ailleurs sous d’autres formes.

Le témoignage est ici le point majeur, car s’ils furent tous remplis de l’Esprit, ils commencèrent aussi à parler d’autres langues selon que l’Esprit leur donnait de s’énoncer. D’où la justesse de la forme sous laquelle l’Esprit manifesta Son action : non pas une colombe comme quand le Seigneur fut scellé sur la terre, symbole d’Une Personne unique, sainte, innocente, et sans souillure, — mais des langues pour faire connaître les œuvres merveilleuses de Dieu dans la nouvelle création, qui dépassent de loin et à tous égards les merveilles de l’ancienne. Les langues n’étaient pas une, mais divisées. Le Gentil doit entendre, tout autant que le Juif, seul objet de faveur auparavant. La mission de la grâce était maintenant de s’étendre sans discrimination comme il convenait à un Sauveur mort et ressuscité, que Dieu a exalté en haut, après que l’homme, spécialement Israël, L’ait rejeté comme son Messie sur la terre. De plus, les langues étaient comme de feu, ce qui fait ressortir le jugement divin qui ne tolère pas le mal, selon la démonstration qui venait d’en être faite en grâce à l’homme, à la croix de Christ.

Mais les langages étaient à la fois très réels et différents de leur langue maternelle ou de toute autre langue apprise naturellement. C’est un fait clairement établi, autant que le don lui-même fut tout à fait significatif et approprié au temps. Pouvait-il y avoir un témoignage plus clair que, si Dieu avait donné Sa loi à Israël, — quoiqu’en elle-même, elle fût l’expression du devoir moral de l’homme, — Il allait maintenant faire connaître Sa grâce dans l’évangile à toutes les races et toutes les langues ? Non seulement Sa grâce pardonne toutes les offenses, mais elle vivifie ensemble avec Christ, de manière à constituer une base nouvelle et éternelle pour l’énergie de l’Esprit, pour que celle-ci produise, dans une vie nouvelle, le fruit de la justice qui est par Jésus Christ à la gloire et à la louange de Dieu (Phil. 1:11). Ce témoignage de l’amour divin, efficace par la rédemption qui est dans le Christ Jésus (Rom. 3:24), s’adresse à tous, et agit effectivement sur tous ceux qui croient. Ce n’était pas l’élimination des différences de langues, ni la puissance qui fera qu’une fois de plus la terre entière aura une seule bouche et les mêmes paroles (Gen. 11:1), mais c’était la grâce élevant ses objets et ses instruments au-dessus des effets du jugement de Babel, qui confondit l’orgueil de la race humaine par la multiplicité des langues, quand elle cherchait à s’associer et à s’exalter au moyen d’une union des volontés humaines dans l’oubli complet de Dieu (Gen. 11). Mais Dieu se souvint de l’homme coupable et misérable, et dans Sa sagesse et Sa miséricorde, Il se servit de la haine du peuple élu contre Lui et contre Son Fils (Jean 15:24) pour sortir dans la puissance du Saint Esprit envoyé du ciel, et pour signaler ceci d’une manière très touchante à toutes les nations sous le ciel.

 

2.2   Actes 2:5-11 — Encore les langues

« Or il y avait des Juifs séjournant à Jérusalem, hommes pieux, de toute nation d’entre ceux qui sont sous le ciel. Et le bruit de ceci s’étant répandu, la multitude s’assembla, et fut confondue de ce que chacun les entendait parler dans son propre langage. Et ils étaient tous hors d’eux-mêmes, et s’étonnaient, disant : Voici, tous ceux-ci qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens ? Et comment les entendons-nous, chacun dans son propre langage, [celui du pays] dans lequel nous sommes nés ? Parthes et Mèdes et Élamites, et nous qui habitons la Mésopotamie, la Judée et la Cappadoce, le Pont et l’Asie, la Phrygie et la Pamphylie, l’Égypte et les quartiers de la Libye qui est près de Cyrène, et nous, Romains qui séjournons [ici], tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, — nous les entendons annoncer dans nos langues les choses magnifiques de Dieu » (2:5-11).

 

2.2.1       Ce que sont ces langues

S’il avait fallu rendre claire et précise la nature du miracle en quelques mots, on aurait pu penser que ces versets y réussiraient à coup sûr. Mais les érudits et scientifiques de ce monde, même ceux qui portent le nom de chrétien, ne manifestent pas moins d’incrédulité aujourd’hui que les Juifs d’autrefois qui, dans leur folie, ont cherché à attribuer ce parler en langue à une simple excitation. Certains ont essayé de trouver dans ce récit la même chose qu’ont fait revivre les Irvingites dans la première moitié du 19° siècle, soit une sorte de jargon dépourvu de sens, soit une langue entièrement nouvelle (*) (comme ses partisans, notamment Meyer, le prétendent). D’autres (comme Bleek, et autres) soutiennent qu’il s’agissait d’une manière de parler très excitée ou extatique appropriée à la communication des merveilles de la grâce ; d’autres comme Olshausen en sont à la pensée de bas niveau de l’existence d’une relation magnétique entre les orateurs et les auditeurs ; d’autres comme Wieseler et autres, y voient de simples exclamations inarticulées de louange ! Les rationalistes plus anciens, comme Paulus, et autres, ne supposent rien d’autre que leur langue maternelle ; d’autres, de Grégoire de Nysse et Cyprien jusqu’à Érasme et des hommes actuels, ont greffé sur cette première idée, l’idée étrange que, par l’Esprit, la multitude des étrangers entendait chacun sa propre langue ! Mais Grégoire de Nazianze rejette cette notion qui fait reposer le miracle sur les auditeurs plutôt que sur les orateurs, l’estimant contraire à la déclaration claire de l’Écriture, — comme c’est d’ailleurs le cas de toutes ces autres hypothèses vaines.

 

(*) Il n’est pas douteux que ce qui a donné occasion à cette tromperie de l’ennemi, et a aidé à l’établir, c’est l’insertion du mot inconnu dans la version autorisée du roi Jacques en 1 Cor. 14:2, 4, 13, 19, 27. C’est une preuve, et non des moindres, du mal fait par ces additions non étayées ; mais je ne suis pas le premier à en faire la remarque, quoique cela me soit venu à l’esprit de manière indépendante.

Bien que toutes ces idées soient soutenues non seulement par des prédicateurs, mais par des théologiens de niveau supérieur, elles sont en vérité balayées au premier contact de la Parole écrite, qui est toujours la norme de la vérité, et dont on a plus que jamais besoin dans nos jours de fertilité et d’audace intellectuelles. Les disciples furent rendus capables, dans la puissance de l’Esprit, de parler les différentes langues de la terre ; mais il semblerait qu’il y ait eu différentes mesures dans ce don, comme pour les autres dons. L’apôtre rend grâce à Dieu de ce qu’il parlait en langues plus que tous les Corinthiens, lesquels aimaient faire étalage de ces dons-signes ; mais il insiste aussi sur la place subalterne de tous ces dons par rapport à la prophétie, celle-ci étant un don servant de manière caractéristique à l’édification, à l’encouragement et à la consolation. La grande finalité dans l’assemblée, c’est l’édification, et une langue qui n’est pas interprétée n’y contribue pas ; en outre leur emploi fréquent, voire simultané, était une violation évidente de l’ordre, et ces deux déviations font l’objet d’un redressement par le commandement du Seigneur (1 Cor. 14).

Les langues jouaient donc un rôle très inférieur dans l’assemblée. Beaucoup, dans les temps anciens et modernes, ont supposé qu’elles ont été conférées pour la diffusion de l’évangile. Elles ont certainement été utilisées pour retenir l’attention des Juifs de pays étrangers qui affluaient à Jérusalem pour cette fête, ou qui y séjournaient par ailleurs. Ce qui a confondu ces étrangers issus de tant de pays était que chacun entendait les disciples parler dans sa propre langue ; et même si telle ou telle langue comme l’Araméen, le Grec ou le Latin, prévalait dans le monde connu alors, il est vain de dire à quelqu’un qui croit cette énumération soigneuse et variée du Nord-Est au Sud et à l’Ouest (ce qui semble être la raison pour laquelle la Judée figure entre la Mésopotamie et la Cappadoce), que l’écrivain inspiré n’entendait évoquer que quelques langues spécifiques. Ceux qui résidaient ou séjournaient à Jérusalem n’en ont pas jugé ainsi ; or leur piété leur donnait du poids, et ils étaient les derniers à être enclins aux innovations religieuses. Pour eux, la preuve était irrécusable, c’était même une preuve impossible si la diversité des langues n’avait pas été une réalité sûre et manifeste dont ils étaient compétents pour juger. « Voici, tous ceux-ci qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens ? Et comment les entendons-nous, chacun dans son propre langage, [celui du pays] dans lequel nous sommes nés ? Parthes et Mèdes et Élamites, … — nous les entendons annoncer dans nos langues les choses magnifiques de Dieu ».

 

2.2.2       Une étape vers la grâce adressée aux nations

Pourtant, ceux qui entendirent et crurent l’évangile en ce jour-là n’étaient que des Juifs et des prosélytes. Mais cette forme merveilleuses de témoignage préparait la voie pour ceux qui glanent la pensée de Dieu à la fois à partir des miracles de Sa puissance en grâce et des paroles du Seigneur dans les diverses missions qu’Il a confiées aux disciples, — cette activité à laquelle ils furent appelés et qui consiste à rendre témoignage, au loin, de Son amour. Ces mains qui avaient été tendues en vain vers un peuple désobéissant et contredisant, se tournaient déjà vers toutes les nations qui voudraient écouter. Mais, comme nous le verrons en son temps, le Seigneur allait devoir utiliser des moyens nouveaux pour atteindre les oreilles et ranimer les pieds hésitant des Siens dans cette grâce qui n’attend pas l’homme, et ne dépend pas des fils des hommes (Michée 5:7).

 

2.2.3       Le don du Saint Esprit est une nouveauté bien plus importante

L’apôtre explique ailleurs que les langues étaient un signe pour les incrédules (1 Cor. 14:22). Elles avaient pour but de retenir l’attention et de susciter des interrogations. La présence du Saint Esprit promis était un fait incomparablement plus profond et plus fécond. Il fut envoyé du ciel pour former l’assemblée, le nouveau lieu d’habitation de Dieu, le corps de Christ. Il devait être la puissance de témoignage, des bonnes nouvelles de Dieu pour le monde. Il devait être dans les croyants et avec eux éternellement, le Paraclet que Christ allait envoyer après être monté en haut, non seulement pour convaincre le monde de péché, de justice, et de jugement, mais pour conduire les saints dans toute la vérité, leur annonçant les choses qui devaient arriver, et glorifiant Christ comme Lui avait glorifié le Père (Jean 14:16 ; 15:26 ; 16:8, 13, 14). Quelles qu’aient pu être la merveille et l’à-propos plein de grâce des langues, le don de l’Esprit Lui-même les surpasse infiniment ; mais Sa présence et les résultats de toute importance qui en découlent, échappent au monde qui ne Le voit pas et ne Le connaît pas (Jean 14:17). Les signes et les miracles, c’est ce dont les hommes s’occupent.

 

2.3   Actes 2:12-21 — Encore le changement radical de la descente du Saint Esprit

« Et ils étaient tous hors d’eux-mêmes et en perplexité, disant l’un à l’autre : Que veut dire ceci ? Et d’autres, se moquant, disaient : Ils sont pleins de vin doux. Mais Pierre, s’étant levé avec les onze, éleva sa voix, et leur parla : Hommes juifs, et vous tous qui habitez Jérusalem, sachez ceci, et prêtez l’oreille à mes paroles ; car ceux-ci ne sont pas ivres, comme vous pensez, car c’est la troisième heure du jour ; mais c’est ici ce qui a été dit par le prophète Joël : Et il arrivera aux derniers jours, dit Dieu, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair, et vos fils et vos filles prophétiseront, et vos jeunes hommes verront des visions, et vos vieillards songeront en songes ; et sur mes serviteurs et sur mes servantes, en ces jours-là, je répandrai de mon Esprit, et ils prophétiseront ; et je montrerai des prodiges dans le ciel en haut, et des signes sur la terre en bas, du sang et du feu, et une vapeur de fumée ; le soleil sera changé en ténèbres et la lune en sang, avant que vienne la grande et éclatante journée du Seigneur. Et il arrivera que quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (2:12-21).

 

2.3.1       Les prophètes l’annonçaient

Comme d’habitude, les gens se répartissent en plusieurs catégories, les uns surpris, les autres hostiles et méprisants. Pierre prend l’initiative pour donner des explications avec sérieux et précision. Il nie formellement la pensée indigne de l’ivresse, que l’heure matinale aurait dû suffire à écarter comme contraire à la crainte de Dieu de ces hommes. C’était en réalité ce dont Joël avait parlé : évidemment pas son accomplissement comme il aura lieu aux derniers jours, mais une effusion de même nature. En effet, les paroles du prophète allaient au delà de ce qu’on venait de voir s’accomplir ; car il n’est pas juste de limiter « toute chair » à Israël seulement ; et Dieu, qui allait bientôt introduire les Gentils au nom de Christ, bénira les nations dans le royaume futur, quand tous les bouts de la terre se souviendront et se tourneront vers le Seigneur, et que toutes les tribus des nations se prosterneront devant Lui (Ps. 22:27). L’évangile réalisait maintenant cette grâce de Dieu sans discrimination, et même plus profondément que sous Son gouvernement futur, quand Il fera voir que le royaume est à l’Éternel, et qu’Il est celui qui domine au milieu des nations (Ps. 22:28).

 

2.3.2       Un autre accomplissement eu dernier jour

Au dernier jour, quand les paroles de Joël s’accompliront en totalité, l’Esprit sera répandu, et la bénédiction dont Israël jouira librement se déversera bien au delà de leurs limites étroites. Les voies de Dieu seront alors connues sur la terre, et Son salut parmi toutes les nations (Ps. 67:2). La bénédiction temporelle sera alors accordée à Israël (Joël 2:19-27), et ils seront débarrassés pour toujours de leur grand ennemi du nord (Joël 2:20) ; car l’Éternel fera de grandes choses pour Son peuple et Son pays (Joel 2:21 ; Ps. 126:3), malgré tout ce que l’ennemi se préparait à faire. « Mon peuple » souligne-t-Il majestueusement, « ne sera jamais honteux » (Joël 2:27). Alors le prophète fait deux annonces bien distinctes : la première, l’effusion du Saint Esprit (Joël 2:28, 29) ; la seconde, des signes extérieurs de jugement introduisant le jour de l’Éternel, dont les circonstances sont détaillées au ch. 3, jusqu’au récit final de la reprise de leurs bénédictions. Des miracles dans le ciel et sur la terre précèderont ce jour, tandis que la repentance d’Israël préparera la voie à leur délivrance et leur bénédiction, spécialement au don de l’Esprit. C’est le même principe qu’ici.

 

2.3.3       Rôle du Saint Esprit

En répandant maintenant Son Esprit, Dieu associe par là les croyants à Christ élevé dans le ciel. Donné en vertu de la rédemption, le Saint Esprit verse l’amour de Dieu dans leurs cœurs (Rom. 5:5), les scelle pour le jour de la rédemption, et est les arrhes de leur héritage (Éph 1:13-14). Il demeure en eux maintenant, et vivifiera bientôt leurs corps mortels à la venue de Christ (Rom. 8:9-11). En outre, Il est le lien béni et divin qui fait d’eux le corps de Christ et la maison de Dieu. Beaucoup seront intéressés à ce que je mentionne le jugement formé par le célèbre historien ecclésiastique Neander, qui, comme luthérien, n’avait bien sûr aucun préjugé à l’égard de la vérité de l’Église. Je ne le cite pas comme étant toujours correct ni comme faisant autorité en aucune manière, mais comme le témoignage sérieux d’un chrétien capable et bien informé, — condition contraire à celle de l’église actuellement, qu’elle soit Protestante ou Romaine, Orientale ou Grecque. C’est, donc, dans sa mesure, un hommage fort et involontaire à la vérité révélée sur ce sujet.

 

2.3.4       Suppression des intermédiaires humains avec Dieu

« Ce que Moïse a exprimé comme un souhait (Nom. 11:29), à savoir que l’Esprit de Dieu puisse reposer sur tous et que tous puissent être prophètes, me semble une prédiction de ce qui devait être réalisé par Christ. Par Lui devait être instituée une communion de vie divine qui, procédant d’une relation égale et également directe de tous avec le seul Dieu, comme source divine de vie pour tous, devait ôter ces frontières à l’intérieur desquelles était encore confiné le développement de la vie plus élevée, selon la position de l’Ancien Testament ; et par conséquent, la communion qui en dérivait allait se distinguer fondamentalement de la constitution de toutes les sociétés religieuses antérieures. Dans une telle société, il n’y aurait plus de fonction de prêtre ou de prophète, destinée à servir de moyen de propagation et de développement du royaume de Dieu, et de laquelle la conscience religieuse de la communauté devait dépendre. Ce genre de corporation de sacrificateurs comme il en existait dans les systèmes religieux antérieurs, donnait à ses membres le pouvoir de guider d’autres hommes, et ceux-ci restaient ainsi, pour ainsi dire, en état de tutelle religieuse ; une telle corporation avait la charge exclusive de pourvoir aux besoins religieux des hommes, et de servir de médiateurs par lesquels les autres hommes entraient en relation avec Dieu avec les choses divines — une telle caste sacerdotale n’avait pas de place dans le christianisme. En enlevant ce qui séparait les hommes d’avec Dieu, en communiquant à tous la même communion avec Dieu, Christ a également enlevé la barrière qui séparait jusque-là les hommes les uns des autres. Christ, le Prophète et le Souverain Sacrificateur pour l’humanité entière, était la fin de la prêtrise et de la fonction prophétique. Il y avait désormais le même Grand Sacrificateur et Médiateur pour tous, par Lequel tous les hommes, réconciliés et unis avec Dieu (*), sont constitués une race spirituelle et sacerdotale ; il y avait aussi un seul Roi, Conducteur et Maître qui enseigne, qui est céleste et par Lequel tous sont enseignés de Dieu ; une seule foi, un seule espérance, un seul Esprit qui devait tous les vivifier ; un seul oracle dans les cœurs de tous, la voix de l’Esprit procédant du Père ; tous devaient être citoyens d’un seul royaume céleste, et ils seraient munis des pouvoirs célestes de ce royaume, même dans leur condition d’étrangers dans le monde. Quand les apôtres appliquaient l’idée de sacrificature selon l’Ancien Testament au christianisme, il me semble que c’était toujours dans le simple but de prouver qu’aucune sacrificature visible de ce genre ne pouvait avoir sa place dans la nouvelle communauté ; et que, du fait qu’un libre accès à Dieu et au ciel avait été ouvert une fois pour toutes aux croyants par le seul Grand Sacrificateur — Christ Lui-même —, ces croyants, en vertu de leur union avec Lui, étaient devenus, un peuple spirituel, consacré à Dieu ; ils n’étaient appelés à rien moins qu’à consacrer leur vie entière à Dieu en offrande d’action de grâces en réponse à la grâce de la rédemption, en vue de publier au loin la puissance et la grâce de Celui qui les avait appelés du royaume des ténèbres à Sa merveilleuse lumière, pour faire de leur vie une sacrificature continuelle, un culte spirituel jaillissant de la foi opérante par l’amour, un témoignage continuel pour leur Sauveur (comparez 1 Pierre 2:9 ; Romains 12:1 ; ainsi que l’esprit et la ligne de pensée traversant toute l’épître aux Hébreux). Ainsi aussi, l’avancement du royaume de Dieu en général et en particulier, la diffusion du christianisme parmi les païens et le bien de chaque communauté particulière, — tout cela n’était désormais plus le devoir d’une seule classe spéciale de chrétiens, mais l’exercice immédiat de chacun individuellement » (Histoire générale de la religion chrétienne et de l’église, par Neander, i. §2, pp. 248-250, édition de Bohn).

 

(*) L’auteur aurait dû écrire « tous les croyants [et non pas : tous les hommes], réconciliés et unis avec Christ [et non pas : unis avec Dieu].

Bornons-nous à noter l’inexactitude vague de « l’humanité entière » d’une part et du « roi » de l’autre, car il ne faut pas s’attendre à ce qu’un Luthérien connaisse la ruine totale de l’homme et les relations nouvelles de Christ. Qu’Il ait goûté la mort pour tout homme, c’est vrai ; mais Il est roi d’Israël et des nations, et aussi Tête de l’Église, mais non pas de l’humanité en tant que telle. Il a autorité sur toute chair pour donner la vie éternelle à tous ceux que le Père lui a donnés (Jean 17:2). Quoi qu’il en soit, ce texte de Neander, malgré de sérieuses inexactitudes, prouve que cet historien moderne avait mieux compris que la plupart le caractère particulier de cette chose nouvelle que Dieu a formée pour Sa gloire au jour de la Pentecôte ; un caractère nullement accidentel ou provisoire, mais qui la distingue essentiellement du début jusqu’à la fin, — ce caractère étant à la fois distinct de ce que Dieu avait établi en Israël et des inventions de Satan parmi les Gentils. Cette chose nouvelle était l’habitation de Dieu par l’Esprit.

Telle était la préface du discours de l’apôtre, un démenti à l’excitation charnelle, pour ne pas dire immorale, qui leur était imputée, et l’affirmation de la puissance de l’Esprit manifestée à la fois dans le don des langues, et dans le fait de prophétiser selon Joël.

 

2.4   Actes 2:22-36

Maintenant Pierre aborde le fondement de leurs espérances comme peuple élu de Dieu, et il fait ressortir les faits qui venaient de s’accomplir à la lumière de Sa parole, surtout les psaumes 16, 110 et 132, comme nous le verrons.

« Hommes israélites, écoutez ces paroles : Jésus le Nazaréen, homme approuvé de Dieu auprès de vous par les miracles et les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous, comme vous-mêmes vous le savez, ayant été livré par le conseil défini et par la préconnaissance de Dieu, — lui, vous l’avez cloué à [une croix] et vous l’avez fait périr par la main d’hommes iniques, lequel Dieu a ressuscité, ayant délié les douleurs de la mort, puisqu’il n’était pas possible qu’il fût retenu par elle. Car David dit de lui : «Je contemplais toujours le *Seigneur devant moi ; car il est à ma droite, afin que je ne sois pas ébranlé. C’est pourquoi mon cœur s’est réjoui, et ma langue a tressailli de joie ; et plus encore, ma chair aussi reposera en espérance ; car tu ne laisseras pas mon âme en hadès, et tu ne permettras pas que ton saint voie