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Introduction à l’étude des Évangiles

 

 

Évangile de Jean

 

par William Kelly

 

1° édition Lausanne, 1883 ; les sous-titres entre crochets ont été ajoutés par Bibliquest

Table des matières :

1     Chapitres 1 à 7

1.1      [Chapitre 1]

1.2      [Chapitre 2]

1.3      [Chapitre 3]

1.4      [Chapitre 4]

1.5      [Chapitre 5]

1.6      [Chapitre 6]

1.7      [Chapitre 7]

2     Chapitres 8 à 14

2.1      [Chapitre 8]

2.2      [Chapitre 9]

2.3      [Chapitre 10]

2.4      [Chapitre 11]

2.5      [Chapitre 12]

2.6      [Chapitre 13]

2.7      [Chapitre 14]

3     Chapitres 15 à 21

3.1      [Chapitre 15]

3.2      [Chapitre 16]

3.3      [Chapitre 17]

3.4      [Chapitre 18]

3.5      [Chapitre 19]

3.6      [Chapitre 20]

3.7      [Chapitre 21]

 

1                        Chapitres 1 à 7

1.1   [Chapitre 1]

Les premiers versets de cet Évangile placent devant nos regards, l’objet le plus glorieux qu’il ait jamais été donné à l’homme de décrire, le plus glorieux non pas seulement en lui-même, mais encore par le point de vue auquel il est envisagé. Le Saint Esprit nous présente ici la Parole, telle qu’elle existait au commencement avec Dieu, avant qu’aucune chose et qu’aucun être n’eût encore été créé ; car le commencement dont il est parlé, c’est ce qui a précédé l’origine des temps. «Au commencement était la Parole, et la Parole était auprès de Dieu, et la Parole était Dieu». Il n’eût pas été exact de dire seulement qu’elle était avec le Père, parce que le terme de Dieu comprend à la fois et le Père, et le Saint Esprit. Celui qui était certes de toute éternité le Fils du Père, est considéré ici comme le révélateur de Dieu, parce que Dieu, comme tel, ne se révèle et ne manifeste sa nature qu’au moyen de la Parole. Dans ce verset toutefois, nous apprenons à connaître l’existence de cette Parole bien avant qu’il y eût des êtres auxquels Dieu voulût se révéler ; aussi est-elle éternelle dans le sens le plus strict du terme. L’origine des temps est indiquée au verset 3 : «Toutes choses furent faites par elle, et sans elle, pas une seule chose ne fut faite de ce qui a été fait». Tel est le commencement de tout ce qui existe. Il y eut des êtres célestes avant les terrestres ; mais tout dans l’immensité de ce qui existe, soit anges, soit hommes, soit les cieux, soit la terre, tout Lui doit son origine.

Celui donc que nous savons être le Fils du Père, nous est présenté ici comme la Parole qui subsistait personnellement au commencement (en arch), qui était avec Dieu, et qui était Dieu ; de la même nature que Dieu, mais d’une existence distincte et personnelle. Afin de confirmer ce dernier point et d’annuler les inventions des gnostiques ou tout autre erreur semblable, le Saint Esprit répète au verset 2 : «Elle était au commencement auprès de Dieu». J’ai déjà insisté sur le fait qu’il n’est pas parlé du Père ; la Parole et Dieu, le Fils et le Père, sont en relation réciproque. Les deux premiers versets font apparaître à nos yeux, de la manière à la fois la plus concise et la plus précise, les vérités les plus élevées que Dieu, seul sage, Lui qui seul connaît toutes choses, pût seul aussi communiquer à l’homme. Il n’y a que Lui qui nous donne la vérité, parce que la vérité ne consiste pas en une simple connaissance de faits basée sur une information qui ne laisse rien à désirer. La connaissance la plus exacte de toutes choses, même si nous la possédions, ne serait qu’une pâle lueur en regard de la vérité divinement révélée. Une révélation de la part de Dieu suppose certes l’exactitude des faits qu’elle nous communique, mais bien davantage encore, et c’est là le point essentiel : elle révèle les pensées de Dieu, de manière à agir moralement sur l’homme, à former ses pensées et ses affections selon le caractère de Dieu lui-même. Dieu se fait connaître dans ce qu’il communique touchant la personne de Christ, par elle et en elle. Il est évident que le Saint Esprit, pour la gloire de Dieu, a l’intention de nous faire connaître ce qui concerne immédiatement la divinité et ce qui, en la personne de Jésus, doit être d’une infinie bénédiction pour nous tous. Il nous présente donc le Seigneur comme celui qui existait non pas dès le commencement, mais au commencement, avant toute création quelconque ; tandis qu’en contraste avec son existence éternelle, il est parlé, au verset 14, de son incarnation dans le temps ; il n’est point dit que la Parole commençât alors à exister, mais qu’elle devint (egeneto) chair. Je le répète encore une fois : loin d’être une émanation dans le temps, procédant de Dieu comme de sa source, bien qu’éternelle et divine quant à sa nature (ainsi que les hommes l’ont imaginé), la Parole était à la fois éternelle et personnellement distincte de Dieu, bien qu’elle fût Dieu ; il y avait donc distinction de personnes dans la divinité, et la personnalité de la Parole était aussi éternelle que son existence ; elle n’était point contenue mystiquement en Dieu, mais elle était avec Lui. Quelle clarté et quelle concision admirables dans ce que le Saint Esprit nous apprend ici touchant la personne de Jésus !

Au verset 3, nous apprenons, d’une manière non moins explicite, les rapports entre la Parole et la totalité des choses qui existent dans le temps. C’est par elle que tout a été créé ; «sans elle, pas une seule chose ne fut faite de ce qui a été fait», termes qui impliquent l’existence de ce qui n’a pas été fait, d’êtres non créés, subsistant d’une manière distincte et personnelle ; mais dès qu’il s’agit d’un devenir quelconque, c’est à la Parole qu’il faut l’attribuer. D’autres portions de l’Écriture nous apprennent, assurément, que c’est Dieu qui est le créateur de toutes choses ; il est dit, par exemple, qu’il a fait les mondes (l’univers) par son Fils (Hébr. 1:2) ; mais comment supposer une contradiction dans l’Écriture ? Le fait est que tout ce qui a été créé, doit son existence à la volonté souveraine du Père, que tout a été créé selon sa volonté ; mais c’est par la personne du Fils, la parole de Dieu, que la puissance de Dieu a été mise en action, accompagnée naturellement de l’énergie du Saint Esprit (Ps. 104:30 ; Gen. 1:2).

Or c’est précisément le fait de cette action du Fils qui a une importance toute particulière dans le dessein que l’Esprit se propose en l’Évangile de Jean, puisqu’il s’agit ici de manifester à nos yeux la nature et la lumière de Dieu en la personne de Christ. Cet Évangile ne nous apprend pas, ainsi que Matthieu et Luc, ce que Jésus a été comme étant né de femme et sous la loi, mais ce qu’il était sur la terre, en tant que Dieu de toute éternité. J’ai déjà indiqué, en son lieu, pourquoi Marc ne parle ni de la naissance ni de la généalogie de Jésus. Cet Évangile étant destiné à nous montrer le témoignage de Christ comme le serviteur de Dieu ici-bas, place qu’il a prise bien qu’il fût Fils, il est évident qu’une généalogie devenait inutile, car ce qui importe chez un serviteur, ce n’est point sa naissance, quelque noble qu’elle puisse être, mais son travail. Or le Fils de Dieu s’est abaissé d’une manière si entière, quoique parfaite, à la position de serviteur, que l’Esprit de Dieu, le considérant et le traitant comme tel, omet en Marc tout ce qui se rapporte à sa descendance de David. À bien plus forte raison Jean n’en parle-t-il pas non plus, puisqu’il nous présente Jésus comme la Parole éternelle, au-dessus de toute généalogie, et duquel toutes choses, au contraire, tirent leur existence ; Jésus, comme étant Dieu et possédant la gloire éternelle de la divinité ; non pas seulement comme ayant le titre de Dieu à la façon des hommes auxquels ce titre fut donné dans l’Ancien Testament (Jean 10:34, 35), parce qu’ils représentaient le gouvernement divin sur la terre. Telle est la Parole du côté de Dieu (proV ton Qeon) ; du côté de la créature, ou par rapport à elle, la Parole est ce qui a donné existence à toutes choses.

Toutefois la Parole n’est point seulement la puissance créatrice ; chose plus importante encore, elle est aussi la puissance de vie : «En elle était la vie», vérité bénie pour ceux qui savent que la mort a étendu sa domination sur cette terre, d’autant plus qu’il est ajouté : «Et la vie était la lumière des hommes». La sphère de son action, c’était l’humanité. L’homme, même innocent, n’avait nullement la vie en lui-même, quoique Adam, animé par le souffle de Dieu, devint une âme vivante ; il n’est même point dit que les croyants aient la vie en eux-mêmes ; ils la possèdent cependant, mais ils ne la possèdent que dans le Fils.

Tout ce qui a été révélé jadis, l’a été par Lui ; toute parole venue de la part de Dieu, c’est de sa part qu’elle venait ; de Lui la Parole, et la lumière des hommes. Mais Dieu n’était point révélé, aussi longtemps que Jésus n’était pas encore manifesté ; il habitait l’obscurité, derrière le voile du lieu très-saint, et ne visitait les hommes que par l’apparition de ses anges. Or ici, au contraire, il est dit : «La lumière luit dans les ténèbres». Chose triste et solennelle ! le seul objet que la lumière rencontre, ce sont les ténèbres ! Il n’est pas dit : la lumière luisait, mais d’une manière abstraite et absolue : elle luit dans les ténèbres ; dès qu’elle luit, il n’y a que ténèbres, une obscurité impénétrable devant elle ; car, tandis que tout autre obscurité disparaît devant la lumière, ici le fait est énoncé, non plus le principe seulement, que «les ténèbres ne l’ont point comprise». Cette lumière, qui était expressément la lumière des hommes et qui venait pour eux, n’en a pas été comprise dès qu’elle a lui au milieu d’eux. Donc l’homme est sans excuse.

Mais Dieu a-t-il réellement pris soin que la lumière fût présentée aux hommes ? De quelle manière y a-t-il pourvu ? La puissance ne Lui manquait pas ; mais peut-être y était-il indifférent ? En aucune façon : d’abord Dieu a fait rendre témoignage de la lumière par Jean-Baptiste ; puis la lumière elle-même est venue dans le monde. «Il y eut (egeneto) un homme envoyé de Dieu ; son nom était Jean». Nulle mention des prophètes, des voies préliminaires du Seigneur, des ombres de la loi ; les promesses même sont passées sous silence, et il n’est parlé que de Jean qui «vint pour rendre témoignage de la lumière, afin que tous crussent par lui». Mais voyez comment le Saint Esprit a soin de prévenir toute erreur possible, afin qu’on ne puisse faire aucune comparaison entre la lumière des hommes qui était dans la Parole, et l’homme nommé plus tard (5:35) la lampe ardente et brillante : «Lui n’était pas la lumière, mais pour rendre témoignage de la lumière ; la vraie lumière était celle qui, venant dans le monde, éclaire tout homme». Celui qui était Dieu, avait nécessairement affaire à tout homme, car sa gloire ne pouvait se limiter à une partie de l’humanité ; mais, chose bien plus importante et qui nous est annoncée en ce passage, cette lumière universelle, cette révélation de Dieu en Lui pour tout homme, est liée à son incarnation. La loi s’adressait exclusivement aux Juifs, sa sphère était terrestre, limitée ; mais dès que la Parole entre dans le monde, la lumière luit, d’une manière ou de l’autre, pour chacun, soit qu’elle laisse sous la condamnation ceux qui ne croient point, soit qu’elle luise non seulement sur l’homme, mais au dedans de l’homme, lorsque la foi est opérée dans le coeur au moyen de la grâce divine. Aucune lumière quelconque en rapport avec Dieu, ne peut être séparée de Christ, aucune lumière spirituelle n’a été ni ne peut être communiquée qu’en Lui ; tout le reste n’est que ténèbres, puisque cette lumière doit nécessairement provenir de Dieu quant à son essence. «La grâce de Dieu qui apporte le salut est apparue à tous les hommes» (Tite 2:11). Tous assurément ne reçoivent pas la bénédiction ; mais par rapport à sa nature et à sa sphère d’action, elle vient de Dieu et s’adresse à chacun ; l’appel de la grâce ne connaît point de bornes, bien que l’homme lui en oppose par son incrédulité.

«Il était dans le monde, et le monde fut fait par Lui, mais le monde ne l’a pas connu». Au lieu de le reconnaître, l’homme rejette son créateur ; à peine il apparaît, l’homme montre qu’il est pécheur et perdu. Ici, c’est l’humanité tout entière ; au verset suivant, la scène est restreinte au peuple d’Israël, particulièrement favorisé de Dieu et auquel le Christ avait été annoncé ; mais le résultat est absolument le même : «Il vint chez soi, et les siens ne l’ont pas reçu». Toutefois, si d’une manière générale, ni le monde ne l’a connu, ni les siens ne l’ont reçu, il y a une exception : «Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu». Ce n’est plus de l’Éternel et de ses serviteurs qu’il s’agit, il n’est même pas question de devenir fils (titre qui peut être conféré par adoption), mais de devenir les membres d’une seule et même famille avec Dieu par sa grâce, et selon son intention, pleinement révélées en Jésus. Voilà désormais la seule relation possible avec Dieu, mais déjà ici-bas une réalité éternelle. Le nom de Jésus est la pierre de touche qui a mis les hommes et Israël à une épreuve définitive. La chair et le monde sont moralement jugés. L’homme a prouvé non seulement sa méchanceté, mais encore qu’il hait la bonté parfaite, qu’il déteste la vie et la vraie lumière. Comment, sur ce pied-là, y aurait-il de relations possibles entre l’homme et Dieu ? Ainsi, l’Évangile de Jean tranche la question dès le début, tandis qu’autre part, Jésus se présente comme étant le Messie, avec toutes les preuves possibles de son identité, et il s’agit alors de voir s’il est reçu ou non comme tel. Ici, d’emblée, aucun doute possible ; la Lumière, en venant dans le monde, éclaire tout homme d’une clarté qu’elle seule possède, et manifeste aussitôt le véritable état de l’homme avec la même évidence qu’au jour du jugement (Jean 12:46-48). Le verset 13 nous explique comment il se fait que quelques-uns ont reçu Christ tandis que le reste l’a rejeté. Ce qui les distingue, ce n’est pas un avantage personnel (ils ne sont nullement meilleurs), mais une nouvelle nature, une nature divine communiquée par la grâce (voyez 2 Pierre 1:4) : «Lesquels sont nés, non pas de sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu».

Tout ce qui précède, soit quant à la nature de la Parole, soit quant à la place du chrétien, est considéré d’une manière abstraite ; mais le verset 14 nous place à un autre point de vue. Si la Parole, la vraie lumière, était dans le monde (verset 10), comment y fit-elle son apparition ? Elle «devint chair, et habita au milieu de nous». Tel est l’état de la personne de Jésus, dans lequel Dieu devait être révélé afin d’accomplir l’oeuvre qu’il avait en vue ; il ne s’agit plus de ce que la Parole était en sa nature, mais de ce qu’elle devint, de son incarnation. «Et nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un fils unique de la part du Père» ; mais il est ajouté que c’est «pleine de grâce et de vérité», que la Parole habita au milieu de nous. Quelque bénie que soit la lumière, puisqu’elle est la nature morale de Dieu, la vérité est encore davantage, et elle est introduite par la grâce. La vérité ne manifeste pas seulement ce qui est en l’homme, ou ce qu’est l’homme, mais, plus que cela, elle révèle Dieu, elle révèle le Père et le Fils. Le Fils n’était point venu pour exécuter les jugements prédits par la loi, ni même pour établir une loi nouvelle et plus élevée. Plus digne de Dieu était son message, et conforme à Celui qui était plein de grâce et de vérité. Ce n’est point pour exiger, mais pour donner, qu’il est entré en ce monde ; il est venu pour donner, si l’on peut ainsi dire, ce que Dieu a de meilleur par devers Lui ; car qu’y a-t-il en Dieu de plus réellement divin que la grâce et la vérité ? La gloire assurément sera manifestée un jour ; mais pour lors, c’était la bonté qui devait être révélée, la bonté active au milieu du mal et en faveur de ce qui était mauvais ; la bonté qui venait faire connaître ce qu’est Dieu, ce qu’est l’homme dans tous ses rapports moraux, et ce que Dieu est en faveur de l’homme ; tout cela au moyen de la Parole, en la Parole, devenue chair. Voilà la grâce et la vérité ; voilà Jésus. «Jean rend témoignage de lui et a crié, disant : C’était celui-là duquel je disais : Celui qui vient après moi, prend place avant moi, car il était (ou : existait) avant moi». Ce verset 15, tout en confirmant le contenu du v. 14, est ici intercalé sous forme de parenthèse pour mettre le témoignage de Jean en rapport avec l’incarnation de la Parole, de même qu’il l’a été au verset 7 avec sa nature abstraite. Le contenu du verset 16 se rattache directement au v. 14 : «Car de sa plénitude nous avons tous reçu et grâce sur grâce». Quel contraste absolu avec le système de gouvernement établi jadis par Dieu ! En dépit de tous les signes qui l’avaient accompagnée, et de la volonté divine exprimée directement sur les tables de pierre, la loi perd, relativement parlant, toute sa valeur. La grâce déborde envers tous ; pas de mérite particulier, pas de distinction, et la source est intarissable, car il s’agit de la plénitude divine. La loi, est-il ajouté, a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité vinrent par Jésus-Christ (vers. 17). Dieu ne condescend même pas ici à attribuer à la loi une origine divine, bien qu’elle fût sainte, et juste, et bonne, sous tous les rapports ; mais dès qu’il est question du Fils de Dieu, et en comparaison avec l’honneur que le Père rend au Fils, la loi est aussitôt restreinte aux plus petites dimensions possibles : «La loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité vinrent (egeneto) par Jésus-Christ». La loi ne donnait rien, elle exigeait ; tandis que Jésus, plein de grâce et de vérité, n’est pas venu pour exiger, mais pour donner, comme il le disait Lui-même : «Il est plus heureux de donner que de recevoir». La grâce et la vérité n’ont pas été requises de l’homme, et ne se trouvaient pas en lui, mais en Jésus-Christ elles ont commencé d’exister ici-bas ; tel est le nom donné ici à la Parole faite chair, c’est en la personne de Jésus-Christ qu’elle a été manifestée dans le monde. Le verset qui termine cette portion du chapitre, nous présente encore un contraste frappant : «Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître». Ce n’est plus seulement de la nature de la Parole qu’il s’agit ici, mais de la relation la plus élevée possible du Fils avec le Père, du Fils unique qui est dans le sein du Père, qui possède et conserve toujours cette intimité parfaite avec Dieu, quelle que soit la position qu’il ait prise sur cette terre ; rien n’a pu introduire le moindre changement dans sa gloire personnelle et dans l’intime relation qu’il avait eue avec le Père de toute éternité. Il est entré dans ce monde, né de femme, et ainsi devenu chair ; mais rien absolument ne diminua jamais sa gloire : ni sa naissance, ni sa carrière terrestre, ni son rejet de la part des hommes, ni son retranchement comme Messie, ni son abandon de Dieu sur la croix, à cause de nos péchés. Les circonstances extérieures ont changé, sa nature était immuable, il était le Fils unique dans le sein du Père. Or c’est comme tel qu’il a révélé Dieu. Personne ne vit jamais Dieu, c’est pourquoi Dieu ne pouvait être connu qu’au moyen de Celui qui, divin Lui-même, se trouvait dans une relation intime et unique avec la Divinité, le Fils unique dans le sein du Père. Mais alors le Fils a aussi fait connaître le Père. Ainsi, au commencement de ce chapitre, non seulement la nature de Jésus nous est révélée, mais encore la plénitude de bénédiction contenue en Lui, selon le caractère de sa relation avec le Père qu’il a fait connaître.

La différence entre un témoignage aussi sublime rendu par l’Esprit à la gloire de notre Sauveur, et le point de vue auquel il est représenté dans les autres Évangiles, est trop évidente pour que j’y insiste. Les quatre Évangiles sont tous inspirés au même degré ; mais c’est précisément à cause de cela qu’ils ne le sont pas en vue d’un seul et même témoignage. Ils forment, chacun pour soi et, tous entre eux, une harmonie parfaite, puisqu’elle est divine ; mais on y chercherait en vain quatre répétitions des mêmes faits et des mêmes paroles. Chacun poursuit la tâche particulière qui lui a été assignée, et l’Esprit de Dieu a choisi Jean pour lui communiquer une révélation qui complétât le cycle de ces récits par les vues les plus profondes sur la personne du Fils de Dieu.

Dans les versets 19-37, nous trouvons de nouveau le témoignage de Jean à divers points de vue, et raconté selon l’ordre historique. On remarquera que Jean-Baptiste ne parle point ici du royaume des cieux, de la repentance, du jugement, comme en Matthieu 3:1-13. Là Jésus est présenté comme le Messie des Juifs et, par conséquent, ses droits royaux sur la terre sont mis en relief, tandis qu’il n’en saurait être question ici, où il est le Fils unique du Père. Jean-Baptiste ne parle même pas de la gloire plus élevée qui devait être la conséquence du rejet de Jésus en sa qualité de Messie, et sa réponse aux Pharisiens est plutôt évasive, puisqu’il ne leur déclare point qui est Celui dont il n’est pas digne de délier les sandales, et ne parle en aucune façon de sa gloire divine. Quelle différence dans le témoignage qui commence au verset 29, et que Jean adresse à ses disciples ! Ici, Jésus est déclaré être l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde, et en même temps Celui qui existait de toute éternité, comme au verset 15, mais en rapport avec sa manifestation à Israël, fait dont Jean ne touche pas un mot dans sa réponse aux Pharisiens : «Afin qu’il fût manifesté à Israël, à cause de cela, je suis venu baptiser d’eau».  Puis vient un autre témoignage : «C’est celui-là qui baptise de l’Esprit Saint ; et moi j’ai vu et rendu témoignage que celui-ci est le Fils de Dieu». D’une part donc, Jésus est l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde, de l’autre, Celui qui baptise de l’Esprit Saint : son oeuvre sur la terre et sa puissance céleste ; pour cela il fallait qu’il fût le Fils de Dieu. Cette oeuvre et cette puissance s’adressaient directement à l’homme ici-bas ; la première a eu lieu sur la terre, l’autre a commencé après l’ascension de Jésus au ciel. Toutefois Jean, dans son Évangile, nous parle peu de Jésus en sa qualité d’homme monté au ciel ; c’est à l’apôtre des gentils qu’il appartenait spécialement de traiter ce sujet, tandis qu’ici Jésus apparaît surtout à nos yeux comme étant l’expression de Dieu révélé sur la terre. Sous ce rapport, il pouvait bien être présenté comme le Fils de l’homme qui est dans le ciel (3:13), mais le fait de son exaltation n’est mentionné en cet Évangile que d’une manière exceptionnelle.

Arrêtons-nous un instant au verset 29, qui embrasse en quelques mots toute l’étendue de l’oeuvre de Jésus. Agneau de Dieu, ce n’est point à Israël seulement, c’est au monde entier qu’il a affaire ; aussi la portée complète de cette expression ne sera-t-elle réalisée qu’au jour où, résultat final et glorieux de son sacrifice, la dernière trace du péché aura disparu, dans les nouveaux cieux et la nouvelle terre où la justice habite. C’est certes parce que l’Agneau de Dieu a été immolé, que Dieu peut adresser aujourd’hui son message de pardon à tous les pécheurs ; mais la vertu tout entière inhérente à la personne de Jésus comme étant l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde, n’apparaîtra que lorsque la terre et les cieux actuels seront passés. Il s’agit, en effet, non point seulement des péchés, mais du péché du monde. Nous savons, par la foi, qu’au lieu du péché, Dieu a devant ses yeux, depuis la croix, le sacrifice qui a ôté le péché. La conséquence actuelle en est que, sur cette base, il réconcilie avec Lui-même un peuple nouveau, baptisé du Saint Esprit pour être un seul corps. Plus tard ce sacrifice qui détruit le péché sera appliqué aux Juifs eux-mêmes, puis à d’autres encore qui croiront, car, sans la foi, impossible d’y participer ; enfin le monde entier, toute la création y aura part. Dès qu’il s’agit de l’Agneau de Dieu, du sacrifice expiatoire de Celui qui est Dieu, l’étroite enceinte du peuple d’Israël est dépassée, et de fait il n’y a plus de limites à l’étendue de l’application de son oeuvre. Cependant, bien qu’elle s’adresse à chacun et quoique finalement la création entière en doive jouir, il n’en reste pas moins vrai que quiconque ne reçoit pas Jésus, s’attire un sort d’autant plus terrible qu’il s’agit du Fils de Dieu. Rejeter Christ, victime expiatoire, c’est mépriser Dieu en ce qui Lui tient le plus à coeur, l’honneur dû à son Fils qu’il a envoyé pour sauver ce qui était perdu. Mieux vaudrait n’avoir jamais entendu un mot de l’Évangile, que de rester indifférent au sang versé par l’Agneau de Dieu. Quel témoignage cette seule expression ne rend-elle pas à sa Personne ! Seul un être divin pouvait agir ainsi en faveur du monde, bien qu’il dût nécessairement devenir homme afin de souffrir et de mourir ; mais le résultat de sa mort a proclamé sa divinité, comme aussi il le fera un jour à la face de l’univers. Qui d’autre enfin que le Fils de Dieu avait le pouvoir de baptiser du Saint Esprit !

Le côté divin de la personne de Jésus apparaît également dans la manière dont il devient le centre vers lequel sont attirés tous ceux qui appartiennent à Dieu ; effet produit par les paroles de Jean-Baptiste, le troisième jour de son témoignage, et, en même temps, le premier où Jésus nous est ici présenté comme parlant et agissant selon sa grâce au milieu des hommes. Jean-Baptiste, le témoin choisi de Dieu pour annoncer le Seigneur, la voix de celui qui crie dans le désert exprimant la joie qui remplit son coeur à la vue de Jésus, tourne, pour ainsi dire, le regard de ses propres disciples vers un nouvel objet qui devient le centre de leur affection (vers. 37) : «Le lendemain encore, Jean se tint là et deux de ses disciples ; et regardant Jésus qui marchait, il dit : Voilà l’Agneau de Dieu ! Et les deux disciples l’entendirent parler, et ils suivirent Jésus». Quant au Seigneur, nous le voyons agir comme ayant la conscience de sa gloire et avec l’autorité de Celui qui, étant Dieu ici-bas, manifestait et maintenait la gloire divine en toute chose. À ce propos, n’oublions pas qu’un des traits caractéristiques de la première partie de cet Évangile, est qu’il nous raconte l’oeuvre du Fils de Dieu au milieu des hommes, en tant qu’elle précéda son ministère public en Galilée. Les quatre premiers chapitres relatent des événements antérieurs à ceux qui, dans les autres Évangiles, commencent le ministère du Seigneur. Jean n’a pas encore été mis en prison (3:24) ; tandis que Matthieu, Marc et Luc, ne nous racontent l’activité publique de Jésus qu’à partir de l’emprisonnement de Jean-Baptiste (Matth. 4:12 ; Marc 1:14 ; Luc 3:20 ; 4:14). Mais bien que nous n’assistions encore à aucun miracle, tout, dans les paroles de Jésus, témoigne, dès l’abord, de la conscience profonde qu’il avait de sa divinité. Il accueille, non pas en condisciple, mais comme Seigneur, ceux que le message de Jean-Baptiste avait préparés à sa venue, et les mots qu’il adresse à Simon prouvent qu’il connaît le passé aussi exactement qu’il dirige l’avenir.

Le jour suivant, Jésus en appelle encore d’autres à le suivre et, dans le cas de Nathanaël, nous voyons de nouveau en Lui la puissance divine qui sonde les coeurs, et qui connaît toutes choses. Aussi Nathanaël s’écrie-t-il sur le champ : «Tu es le Fils de Dieu, le roi d’Israël».  Cette confession de Nathanaël le représente ici évidemment comme un type du Résidu d’Israël aux derniers jours (voyez Ps. 2) ; mais le Seigneur lui annonce encore davantage : «En vérité, en vérité, je vous dis : Désormais vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l’homme». C’est une gloire plus étendue que celle du roi des Juifs, c’est la gloire universelle du Fils de l’homme (Ps. 8), dont la partie la plus étonnante s’est manifestée dès lors, puisque le Fils de l’homme, quelque humble que fût ici-bas la place qu’il occupait, n’était point obligé d’attendre le jour de la manifestation de sa gloire, pour que les anges de Dieu fussent à son service.

1.2   [Chapitre 2]

Le troisième jour, il y eut une noce à Cana de Galilée, et la mère de Jésus était là ; et Jésus fut aussi convié aux noces, ainsi que ses disciples. Ici, le changement d’eau en vin manifeste la gloire du Seigneur dans le premier des miracles qu’il accomplit. Plus tard, il montre son autorité et ses droits divins en chassant du temple les vendeurs et les changeurs. Nous voyons dès le premier jour de l’oeuvre de Jésus, non seulement des âmes attirées vers Lui, mais encore d’autres appelées à le suivre ; puis en figure, l’appel du Résidu aux derniers jours ; ensuite l’eau de la purification morale changée en vin, signe de la joie de la nouvelle alliance et de la bénédiction du Résidu d’Israël ; enfin l’exécution du jugement sur le temple. Bénédiction du Résidu et jugement de Jérusalem, ces deux choses nous transportent au temps du millénium. Lorsque les Juifs demandent à Jésus quel miracle il peut faire, comme preuve de son autorité, il leur annonce sa résurrection ; nous savons qu’il a été déterminé Fils de Dieu en puissance par la résurrection des morts (Rom. 1:4). Mais ni les Juifs ni les disciples ne comprirent les paroles du Seigneur, qui se rapportaient au fait que Lui seul était le vrai sanctuaire, car Dieu n’habitait point le temple de Jérusalem. La résurrection de Christ est naturellement une démonstration de sa puissance et de sa gloire ; en outre, elle était pour les disciples le seul moyen de les délivrer de l’esclavage du judaïsme. Celui qui n’accepte pas sa résurrection, ne peut avoir aucune intelligence divine de Christ, ni de ses paroles, ni des Écritures. De plus, elle est en liaison immédiate avec la ruine évidente de l’homme par suite du péché. Aussi est-il maintenant question, versets 23-25, de l’état de l’homme lui-même, et de sa manière d’être en rapport avec le royaume de Dieu : «Et comme il était à Jérusalem, à la Pâque, pendant la fête, plusieurs crurent en son nom, contemplant les miracles qu’il faisait. Mais Jésus lui-même ne se fiait pas à eux, parce qu’il connaissait tous les hommes, et qu’il n’avait pas besoin que quelqu’un rendit témoignage au sujet de l’homme, car lui-même connaissait ce qui était dans l’homme».  Terrible vérité qui se dévoile : Dieu ne peut se fier à l’homme, parce que l’homme ne veut pas se confier en Dieu. Que l’homme soit touché, que son intelligence soit mise en éveil, sa conscience convaincue, malgré tout cela, Dieu qui le connaît, ne peut se fier à lui. Depuis Adam, l’homme ne s’est point amélioré. Que faut-il alors ? La nouvelle naissance.

1.3   [Chapitre 3]

La nouvelle naissance. Voilà le fait capital que Jésus déclare à Nicodème. Pour entrer dans le royaume de Dieu, il faut être né d’eau et de l’Esprit ; impossible d’y avoir une part quelconque sans cela. Telle est la vérité quant à l’homme. Après avoir vu ce que Dieu est, comme vie et comme lumière, comme grâce et comme vérité, en tant que révélé en la personne de Jésus devenu chair, nous voyons maintenant ce qui en est de l’homme quant à sa nature morale : il est incapable de voir le royaume de Dieu ni d’y entrer. Sous ce rapport, le meilleur des hommes est comme le pire ; aucune différence entre eux. Une autre nature est nécessaire, et pour l’avoir, il faut être né d’eau et de l’Esprit, ce qui signifie l’application de la parole de Dieu à la conscience par la puissance vivifiante du Saint Esprit, chose qui a lieu invariablement chaque fois qu’une âme est convertie. Cet office de la Parole par la puissance de l’Esprit, n’est rien autre, cela va sans dire, que la révélation de Jésus lui-même ; ici toutefois, le Seigneur ne parle que de la source de la nouvelle naissance. Le vieil homme ne peut être changé ou amélioré ; mais, grâces à Dieu, le nouvel homme ne peut être changé non plus, il ne dégénère point : «Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit». Ensuite le Seigneur ajoute : «Ne t’étonne pas de ce que je t’ai dit : Il vous faut être nés de nouveau. Le vent souffle où il veut, et tu en entends le son ; mais tu ne sais pas d’où il vient, ni où il va ; il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit».  Comme il est absolument indispensable, par rapport à Dieu, que l’homme soit né de nouveau, de même aussi l’Esprit agit d’une manière souveraine en faveur de quiconque participe à cette nouvelle naissance, de telle sorte qu’il n’en est pas seulement la source, qu’il ne lui imprime pas seulement un caractère particulier, mais encore qu’il opère cette naissance selon sa grâce souveraine et illimitée. Il ne s’agit alors plus seulement des Juifs, mais de «tout homme». Je n’insiste pas sur l’absurdité qui consiste à envisager cette nouvelle naissance comme résultant du baptême, notion introduite par les pères de l’Église, et d’autant plus ridicule que le baptême chrétien n’existait point encore à cette époque, puisque Jésus n’était ni mort ni ressuscité ; s’il s’agissait du baptême, certes, Jésus n’aurait pu reprocher à Nicodème de ne point connaître ces choses, tandis qu’il aurait dû au contraire, lui qui enseignait Israël, avoir au moins une notion de cette nouvelle naissance par le moyen de l’Esprit (voyez Ésaïe 44:3 ; 59:21 ; Ézéch. 36:25-27).

Jésus, il est vrai, lui seul, pouvait enseigner davantage que les prophètes, même en traitant d’une chose qu’ils avaient annoncée ; il pouvait parler avec la conscience qu’il possédait la sagesse divine tout entière, tandis que les hommes inspirés d’alors n’en étaient que les instruments : «En vérité, en vérité, je te dis, nous disons ce que nous connaissons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu, mais vous ne recevez pas notre témoignage. Si je vous ai parlé des choses terrestres, et que vous ne croyiez pas, comment croirez-vous, si je vous parle des choses célestes ? Et personne n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel». Lui seul, subjectivement, connaissait Dieu et les choses de Dieu, aussi bien qu’il connaissait objectivement les hommes et ce qui était en l’homme ; c’est pourquoi il pouvait parler avec non moins d’assurance des choses célestes que des terrestres. Mais leur incrédulité par rapport à celles-ci, démontrée par l’ignorance et l’étonnement de Nicodème touchant la nécessité d’une nouvelle naissance pour entrer dans le royaume de Dieu, prouvait qu’il était inutile de leur parler des choses célestes. Celui qui parlait ainsi était divin. Dieu avait déjà enlevé des hommes au ciel avant Jésus ; mais personne n’y était monté de droit, tandis que Jésus était venu du ciel et y appartenait de telle manière, que, bien qu’il fût homme, il pouvait se nommer «le Fils de l’homme qui est dans le ciel». Son humanité ne portait nulle atteinte à ses droits divins ; c’est pourquoi les choses célestes Lui étaient pour ainsi dire naturelles.

Toutefois, après ces remarques, Jésus aborde effectivement les choses célestes. Si la nouvelle naissance est indispensable pour le royaume de Dieu, de même aussi la croix pour la vie éternelle : «Comme Moïse éleva le serpent au désert, ainsi il faut que le Fils de l’homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle». En la Parole était la vie, et la vie était la lumière des hommes, elle était pour eux le don gratuit de Dieu aux hommes (les croyants seuls y ont part, cela va sans dire) ; l’homme, mort dans ses péchés, a été l’objet de sa grâce. Mais l’état de l’homme était tel, que la communication de cette vie, sans la croix de Christ, eût été une chose indigne de Dieu. Le Fils de l’homme élevé sur la croix a été Celui en qui Dieu a agi judiciairement à l’égard de l’état coupable de l’homme, des conséquences duquel Lui, le Fils de l’homme, s’est fait responsable ; car, je le répète, il n’eût pas été digne de Dieu, qui sait et qui voit toutes choses, d’exprimer simplement sa pensée à l’égard de la corruption de l’homme, puis de l’acquitter en le pardonnant. Non, il faut être né de nouveau ; et cela même ne suffit pas : il fallait que le Fils de l’homme fût élevé, parce qu’il était indispensable que le péché de l’homme contre Dieu fût traité judiciairement en sa source même. On peut donc affirmer que si la loi a soulevé la question de la justice de l’homme, la croix de Jésus où il a été fait péché pour l’homme, en est la réponse. Or, toutes les conséquences inévitables de l’iniquité humaine ayant été ainsi souffertes par Christ, tout a été en même temps résolu sur la croix à la gloire de Dieu. Toutefois, bien que ce jugement du péché, en la personne de Christ, fût digne de Dieu et indispensable pour l’homme, il ne pouvait être en soi l’expression complète de ce qu’est Dieu, parce que, de cette seule manière, ni l’amour de Dieu, ni la gloire de son Fils ne sont dûment manifestés. Aussi, après avoir parlé de la croix, Jésus présente Dieu dans sa grâce : «Car Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui, ne périsse pas, mais ait la vie éternelle». Ce n’est plus le Fils de l’homme élevé sur la croix, mais le Fils de Dieu donné pour l’homme.

N’oublions pas que, si la nouvelle naissance est essentielle pour avoir part au royaume de Dieu, le Seigneur, en disant cela à Nicodème, donne toutefois à entendre qu’il n’a encore parlé que des choses terrestres de ce royaume (vers. 12), avec lesquelles les choses célestes sont ensuite mises en contraste. Mais alors ici, comme toujours, dès qu’il s’agit des choses célestes, la croix se dresse devant nos yeux (voy. Hébr. 12:2 ; 13:11-13). Remarquons également que si l’on peut dire, d’une manière générale, que ceux qui participent à la nouvelle nature possèdent effectivement la vie éternelle, toutefois le Saint Esprit ne mentionne jamais cette dernière comme étant ce qui caractérise actuellement les croyants, sans avoir placé tout d’abord la croix devant nos yeux. De même ici, Jésus ne parle de la vie éternelle que comme conséquence de sa mort, envisagée à deux points de vue : aux versets 14 et 15, il est le Fils de l’homme élevé sur la croix pour satisfaire aux exigences de la justice de Dieu ; au verset 16, il est le Fils de Dieu dans toute la gloire de sa personne, et Dieu, l’ayant donné, a manifesté ainsi d’une manière merveilleuse sa grâce envers le monde.

Les versets suivants continuent ce sujet, en y ajoutant un trait nouveau, c’est que l’état moral de l’homme se trouve dévoilé d’une manière plus terrible que jamais par le fait même de la grâce de Dieu et de la sainteté de Celui qu’il a donné : «Car Dieu n’a pas envoyé son Fils au monde afin qu’il jugeât le monde, mais afin que le monde fût sauvé par lui». Voilà ce qui décide de tout avant l’exécution du jugement ; le sort de chacun est manifesté d’avance par l’attitude qu’il prend vis-à-vis de ce témoignage rendu par Dieu à l’égard de son Fils : «Celui qui croit en lui n’est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu». D’autres choses, même des bagatelles, peuvent servir à indiquer l’état d’une personne ; mais une responsabilité toute nouvelle surgit de cette manifestation merveilleuse de la bonté divine en Christ, et le jugement dépend de l’attitude de l’homme vis-à-vis de la grâce de Dieu en la personne de son Fils ; par la manière dont il reçoit cette grâce, l’homme découvre le fond de son coeur : «Or c’est ici le jugement, que la lumière est venue au monde, et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs oeuvres étaient mauvaises ; car quiconque fait des choses mauvaises, hait la lumière, et ne vient pas à la lumière, de peur que ses oeuvres ne soient reprises ; mais celui qui pratique la vérité, vient à la lumière, afin que ses oeuvres soient manifestées qu’elles sont faites en Dieu». Si l’homme préfère les ténèbres, c’est afin de pouvoir demeurer dans le péché.

Après cela, Jésus quitte Jérusalem et se rend avec ses disciples dans le pays de Judée, non loin de l’endroit où Jean baptisait. Les disciples de ce dernier ont une discussion avec un Juif au sujet de la purification, et racontent à leur maître que Jésus lui-même baptise aussi et que tous viennent à Lui. Jean commence par leur rappeler ce qu’il a dit précédemment touchant sa mission, et témoigne que sa joie est accomplie en entendant l’époux, sachant d’avance que c’est Lui qui doit croître. Position bénie du serviteur qui connaît la valeur infinie de son Maître. Ensuite il parle de la personne de Jésus, en contraste avec lui-même et tous les autres, puis du témoignage de Jésus et des conséquences qui en résultent, à cause de sa gloire, par rapport aux hommes qui le reçoivent ou le rejettent. Jésus, venu du ciel, était par cela même au-dessus de tous ; naturellement aussi, son témoignage était supérieur à tous les autres, puisqu’il se rattachait à ce qu’il avait vu et entendu ; le fait d’être rejeté des hommes n’y changeait rien. «Celui qui a reçu son témoignage, a scellé que Dieu est vrai ; car celui que Dieu a envoyé parle les paroles de Dieu, car Dieu ne donne pas l’esprit par mesure». Telle est la conséquence admirable pour quiconque le reçoit : non seulement Jésus a reçu l’Esprit de Dieu sans mesure, mais encore le fait est ici déclaré, d’une manière générale, que Dieu ne donne pas l’Esprit par mesure, c’est-à-dire à d’autres, par le moyen de Jésus. Au commencement de ce chapitre, il est question d’une oeuvre indispensable et essentielle du Saint Esprit, mais ici du privilège qui consiste dans le don de l’Esprit. Sans doute, Jésus lui-même a reçu le Saint Esprit, parce qu’il était convenable qu’en toutes choses il occupât le premier rang ; mais la gloire personnelle de Christ et l’efficace de son oeuvre ressortent ici encore davantage, par le fait même qu’il communique ce même Esprit à ceux qui ont reçu son témoignage et ont ainsi scellé que Dieu est vrai. La gloire du Seigneur est envisagée à ce point de vue tout particulier, qu’il est investi du témoignage de Dieu et de ce qui en est la couronne. La preuve admirable du don du Saint Esprit lui-même, non point seulement de quelque puissance définie et limitée, c’est que Dieu ne donne pas l’Esprit par mesure ! Le témoignage que Jean-Baptiste rend ici à Jésus se termine par la déclaration positive de ses rapports comme Fils avec le Père : «Le Père aime le Fils, et a mis toutes choses entre ses mains». Telles sont, et la gloire personnelle de Jésus, et le caractère de son témoignage dans le monde, et les conseils du Père à son égard. Les conséquences de la présence ici-bas d’une personne telle que Jésus, sont donc éternelles pour quiconque le reçoit ou le rejette ; éternelles comme Lui est éternel : «Qui croit au Fils, a la vie éternelle ; mais qui désobéit au Fils (qui ne lui est pas soumis) ne verra pas la vie ; mais la colère de Dieu demeure sur lui».

En récapitulant le contenu des trois premiers chapitres, on voit clairement qu’ils servent d’introduction au reste de l’Évangile : Dieu s’est révélé non seulement en la Parole, mais encore en la Parole faite chair, dans le Fils qui a fait connaître le Père. L’oeuvre du Fils, comme Agneau de Dieu, est pour le monde ; sa puissance est communiquée à l’homme par le Saint Esprit. Il a, sur la terre, les anges à son service, non point seulement comme étant le Fils de Dieu et le Roi d’Israël, mais aussi en sa qualité de Fils de l’homme, objet des conseils de Dieu, dont l’accomplissement glorieux et visible pour tous aura lieu au millénium, lors de l’exécution du jugement et de la célébration des noces avec Israël. Alors Jérusalem et son temple, préalablement mis de côté, parce que le peuple juif a méconnu Jésus comme Roi et comme Fils de Dieu, formeront le centre de la gloire terrestre. Bien que Jésus soit rejeté, ses droits sont prouvés d’avance, et d’une nouvelle manière, par sa mort et sa résurrection, fait capital qui explique et le jugement et la bénédiction futurs. En liaison avec la mort et la résurrection de Christ, une autre vérité apparaît devant nos yeux : c’est l’état de l’homme. La présence de Dieu lui-même sur la terre, son incarnation, ne suffisent pas ; le mal de l’homme est sans remède ; l’homme est moralement jugé. Pour atteindre le royaume de Dieu, promis au Juif, il faut être né de nouveau ; même pour le royaume, la nouvelle naissance est nécessaire. Mais l’Esprit ne borne pas son oeuvre à ceux seuls auxquels les promesses ont été faites : semblable au vent, il souffle où il veut ; et si Christ, le Fils de l’homme, a été mis en croix au lieu de s’asseoir sur le trône de David, les conséquences de sa mort, loin d’être restreintes aux bénédictions temporelles prédites au peuple juif, ne sont rien moins que la vie éternelle pour tous ceux qui croient, vie éternelle qui exprime, en même temps, la grâce complète de Dieu, puisqu’il a donné son Fils unique afin que les hommes y eussent part. Enfin, les paroles que Jean-Baptiste adresse à ses disciples, rendent également témoignage à la personne glorieuse de Jésus, à son propre témoignage divin et aux conséquences éternelles qui en résultent, soit pour la foi, soit pour l’incrédulité.

1.4   [Chapitre 4]

Le chapitre 4 nous montre Jésus, en dehors de Jérusalem et du peuple de la promesse, au milieu des Samaritains. Quittant la Judée à cause de la jalousie des Pharisiens, le Seigneur, lassé du chemin, se tenait assis sur le bord d’un puits près de la ville de Sichar. Quel contraste avec la gloire du Fils, et quelle humiliation ! Mais pour que la grâce se manifeste, il faut que la gloire s’abaisse. C’est Jésus qui adresse la parole à la femme étrangère, et celle-ci s’en étonne à juste titre, puisque les Juifs n’avaient point de relations avec les Samaritains ; mais qu’eût-elle dit, cette femme, si elle avait su que c’était le Fils de Dieu qui lui demandait à boire ? Jésus lui répond : «Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, toi, tu lui eusses demandé, et il t’eût donné de l’eau vive».  Voilà la grâce quant à l’homme, la vérité quant à Dieu. Jésus connaissait l’état de cette pécheresse ; mais la grâce ne fait pas de reproches ; il ne s’agit point de ce qu’est la Samaritaine. Celui qui, manifestation vivante de Dieu son Père, était là pour gagner l’affection de cette femme et la bénir, Lui, le Dieu de toute grâce, s’était abaissé jusqu’à demander de l’eau à la Samaritaine, afin de lui ouvrir ses trésors : «Quiconque boit de cette eau-ci, aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, moi, n’aura plus soif à jamais ; mais l’eau que je lui donnerai, sera en lui une fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle». Cette eau dont parle Jésus, c’était le Saint Esprit donné par le Fils, non pas sur le pied de la loi, mais selon la grâce de l’Évangile. La Samaritaine, bien que désireuse de recevoir ce don, ne comprenait naturellement point de quoi il s’agissait, et le Seigneur saisit cette occasion pour montrer que, tout d’abord, la conscience doit être atteinte ; le sentiment du péché mis en éveil, avant que l’homme puisse comprendre la grâce et que celle-ci produise des fruits. Jésus dévoile à cette femme sa vie passée et présente, et elle s’écrie : «Seigneur, je vois que tu es un prophète»,  reconnaissant que Dieu lui-même s’adressait à elle dans les paroles qu’elle venait d’entendre ; toutefois, comme pour échapper à cette épreuve de son propre coeur, et pour éclaircir en même temps une difficulté qu’elle n’avait pu résoudre, la Samaritaine ajoute : «Nos pères ont adoré sur cette montagne-ci, et vous, vous dites qu’à Jérusalem est le lieu où il faut adorer».  Jésus lui répond sur ce même terrain, en lui révélant que toute espèce d’adoration terrestre est jugée, et que désormais c’est le Père, non plus un inconnu, que l’on doit adorer. Il ne méconnaît pas les privilèges juifs : «Nous, nous savons ce que nous adorons, car le salut vient des Juifs», mais il ajoute : «L’heure vient, et elle est maintenant, que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car aussi le Père en cherche de tels qui l’adorent : Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité».  Ces paroles amènent le dénouement. La Samaritaine répond : «Je sais que le Messie, qui est appelé le Christ, vient. Quand celui-là sera venu, il nous fera connaître toutes choses». Jésus réplique : «Je le suis, moi qui te parle». Sur ces entrefaites arrivent les disciples, et la femme se rend à la ville, laissant sa cruche, mais emportant dans son coeur le don de Dieu. Son témoignage est empreint de ce qui a pénétré son âme : «Venez, voyez un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; celui-ci n’est-il point le Christ ?» «Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu». Bien que peu de chose, comparé avec toute la gloire de Jésus, ce témoignage était véritable et réel ; or à celui qui a, il sera donné.

Les disciples s’étonnent que Jésus ait parlé avec une femme ; ils étaient incapables de se figurer ce qui venait d’avoir lieu, et leurs pensées, comme auparavant celles de la Samaritaine, n’étaient qu’aux choses de la terre. «Maître, mange», disent-ils, mais Jésus leur répond : «J’ai de la viande à manger que vous, vous ne connaissez pas». Ils comprennent le sens de ses paroles, aussi peu que sa grâce, et le Seigneur continue : «Ma viande est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son oeuvre. Ne dites-vous pas, vous : Il y a encore quatre mois, et la moisson vient ? Voici je vous dis : Levez vos yeux et regardez les campagnes, car elles sont déjà blanches pour la moisson. Celui qui moissonne, reçoit un salaire, et assemble du fruit en vie éternelle ; afin que, et celui qui sème, et celui qui moissonne, se réjouissent ensemble ; car en ceci est vraie la parole : L’un sème et un autre moissonne. Moi je vous ai envoyés moissonner ce à quoi vous n’avez pas travaillé. D’autres ont travaillé, et vous, vous êtes entrés dans leur travail».

Le Christ méprisé n’apparaît plus, dans ce chapitre, seulement comme le Fils de l’homme crucifié et le Fils de Dieu donné aux hommes, mais comme étant Lui-même celui qui, en communion avec le Père, donne le Saint Esprit aux croyants, comme puissance de vie et source de l’adoration qui s’adresse à leur Dieu et à leur Père (le Fils naturellement n’en est pas exclu, voir Hébr. 1). Dieu est révélé, et le Père, dans sa grâce, cherche de vrais adorateurs (quels qu’ils soient). Il n’est pas question précisément de la manière dont la vie est communiquée, mais plutôt de la pleine bénédiction de la grâce, de la communion avec le Père et avec son Fils, par le Saint Esprit en qui nous sommes bénis. La révélation de cette bénédiction est faite par le Fils, et c’est Lui qui, selon la grâce de Dieu le Père, donne le Saint Esprit, la vie éternelle dans la puissance de l’Esprit. C’est plus que la nouvelle naissance, bien qu’elle soit nécessaire pour qu’il existe des relations de vie entre l’homme et Dieu. Les circonstances présentées dans ce chapitre, de telle manière qu’elles ne laissent aucun doute à l’égard des pensées et des voies de Dieu, font ressortir la grâce souveraine, illimitée, en rapport avec l’amour et la gloire personnelle de Christ. Celui qui s’adressait à la Samaritaine, était plus que Jacob, c’était le Fils de Dieu qui, rejeté en principe par le judaïsme, dévoile avec une beauté et une profondeur incomparables, non pas aux docteurs d’Israël, mais à une pécheresse d’entre un peuple méprisé, la source, la puissance, le caractère de cette nouvelle adoration, qui dépasse ce que le judaïsme avait de plus excellent et le refoule à jamais dans l’ombre. C’est l’adoration chrétienne, résultat de la manifestation de Dieu, de la connaissance du Père selon la grâce. L’adoration est envisagée au point de vue de son caractère moral et au point de vue de la joie de la communion. D’abord, impossible d’adorer sinon en esprit et en vérité, parce que Dieu est esprit ; puis l’amour de Dieu se révèle en ce que le Père rassemble des enfants autour de Lui, et cherche, des adorateurs. Les richesses de la grâce divine sont présentées ici en rapport avec la gloire du Fils, et selon la puissance du Saint Esprit. Aussi Jésus, bien que reconnaissant l’oeuvre de tous ceux qui ont travaillé jusque-là, entrevoit, étalées à ses regards, les vastes moissons de la grâce, que les apôtres devaient un jour récolter, anticipation frappante du résultat glorieux à la fin du siècle. Pour le moment, l’heure de l’adoration chrétienne était arrivée en principe, puisque Jésus était là, prouvant Lui-même que si le salut venait en réalité des Juifs, il existait désormais pour les Samaritains et pour quiconque croirait à cause de sa parole. Nul miracle ici, nul prodige ; toutefois, dans ce village de la Samarie, Jésus est écouté et reconnu comme étant véritablement le Sauveur du monde. Ce sont donc les Juifs qui deviennent étrangers, malgré tous leurs privilèges ; s’ils savaient ce qu’ils adoraient, ils ignoraient cependant le Père, et ils n’étaient pas vrais devant Dieu. Durant le court séjour du Fils de Dieu dans leur ville, les Samaritains entendirent des paroles inconnues en Israël, parce que la grâce ne se conforme point à l’attente des hommes, et surtout qu’elle dépasse toutes les pensées de ceux dont la religion se limite à de vaines cérémonies.

La fin du chapitre nous annonce le départ de Jésus pour la Galilée. Au chap. 2, son séjour dans ce pays fut un type de ce qui aura lieu au millénium ; tandis que la guérison racontée ici, nous montre le travail du Seigneur au milieu des méprisés d’Israël. C’est en Galilée que Jésus, selon les autres Évangiles, commence et accomplit son ministère ; Jean aborde cette période de la vie de Jésus par un miracle particulier. Si les noces de Cana étaient un type de la gloire et de la joie futures sur la terre, le fait qui caractérise le temps actuel, c’est la mort ; mais pour la vaincre, il suffit d’une parole de la bouche du Seigneur. Malgré des points de ressemblance, le contraste entre cet incident et la guérison du serviteur du centurion, en Matthieu 8, Luc 7, est trop frappant pour qu’il soit possible de confondre ces deux miracles, ainsi que l’ont fait des auteurs, tant anciens que modernes, selon l’opinion desquels aussi la pécheresse qui oignit les pieds du Seigneur, en Luc 7, ne serait autre que la soeur de Lazare (Jean 12:3). Une des particularités de cet Évangile consiste en ce qu’il s’occupe principalement de l’activité de Jésus, soit autour de Jérusalem, soit dans cette ville même, chose d’autant plus frappante, que Jésus y est considéré, dès l’abord, comme rejeté du monde et d’Israël ; mais il s’agit de manifester sa gloire indépendamment des hommes et des circonstances.

1.5   [Chapitre 5]

Le premier fait qui se présente à nos yeux dans le chapitre 5, c’est le contraste entre la personne de Christ et la loi. L’homme sous la loi, c’est l’incapacité complète ; et plus ses besoins sont urgents, plus se montre aussi son impuissance à profiter du secours que lui présente la bonté divine. Dieu, qui ne s’est pas laissé sans témoignage à l’égard des païens, en faisant du bien, et en donnant du ciel des pluies et des saisons fertiles (Act. 14:17), fournissait aussi aux Juifs des preuves de sa bonté, en intervenant, d’une manière providentielle en leur faveur : «À certaines saisons, un ange descendait dans le réservoir d’eau, et agitait l’eau ; le premier donc qui entrait, après que l’eau avait été agitée, était guéri, de quelque maladie qu’il fût pris». Mais il y avait là un malade trop infirme pour pouvoir descendre dans l’eau ; Jésus le voyant, et connaissant son état, lui adresse une question qui manifeste à la fois le désir de l’infirme et son incapacité d’être guéri. Tel est l’homme sous la loi : loin qu’un pécheur y trouve la guérison, elle aggrave la maladie et la rend plus apparente. La loi n’apporte pas la délivrance ; au contraire, elle entoure de chaînes et d’obscurité, elle place sous la condamnation ; la loi fait de l’homme un malade ou un criminel, incapable de profiter de la bonté de Dieu ; le remède même qui lui est offert reste en dehors de sa portée.

Quelle différence, lorsqu’il s’agit de Jésus ! «Lève-toi, prends ton petit lit, et marche. Et aussitôt l’homme fut guéri, et il prit son petit lit, et marcha». Naturellement les juifs, qui ne s’étaient jamais souciés de ce pauvre infirme et ne lui avaient jamais aidé à descendre dans le lavoir, sont scandalisés en le voyant, sain et sauf, emporter son lit un jour de sabbat. Ils avaient au reste bien raison de considérer l’ordre donné par Jésus au paralytique non seulement comme enfreignant la loi, mais encore comme une condamnation prononcée sur elle, puisque cet ordre avait été accompagné d’une puissance miraculeuse. Jésus eût facilement pu guérir cet homme, sans choquer le zèle des Juifs ; mais il avait agi d’une manière qui ne laissait aucun doute sur sa pensée. Après avoir appris que c’était Lui qui avait opéré cette guérison, les Juifs cherchèrent à le faire mourir parce qu’il avait enfreint le sabbat. Mais il s’agissait de bien autre chose encore. Jésus leur dit : «Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille». À cause de cela, les Juifs cherchaient d’autant plus à le faire mourir, parce que non seulement il violait le sabbat, mais encore qu’il se faisait égal à Dieu.

Sa personne donc, aussi bien que son oeuvre, forçait les Juifs à se décider et, chose solennelle, si Jésus disait vrai, c’était eux qui prononçaient un blasphème. En même temps, quelle grâce vis-à-vis de leur haine et de leur égoïste fierté ! «Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille». Eux, ils n’avaient aucune pensée, aucun sentiment communs avec le Père et avec le Fils ; ils étaient jaloux du sabbat, mais le Père et le Fils travaillaient. Comment la lumière et l’amour pouvaient-ils trouver du repos au milieu des ténèbres et de la haine ? Ils reprochaient à Jésus son orgueil, et rien n’était plus faux. Bien qu’il fût Fils, qu’il fût Dieu, et ne pût se renier Lui-même, toutefois Jésus avait pris, au contraire, la place d’un homme et d’un serviteur. Voici sa réponse : «En vérité, en vérité, je vous dis : Le Fils ne peut rien faire de lui-même, à moins qu’il ne voie faire une chose au Père ; car quelque chose que celui-ci fasse, cela, le Fils aussi de même le fait. Car le Père aime le Fils, et lui montre toutes les choses qu’il fait lui-même, et il lui montrera des oeuvres plus grandes que celles-ci, afin que vous soyez dans l’admiration. Car comme le Père réveille les morts et les vivifie, de même aussi le Fils vivifie ceux qu’il veut. Car aussi le Père ne juge personne ; mais il a donné tout le jugement au Fils, afin que tous honorent le Fils, comme ils honorent le Père. Celui qui n’honore pas le Fils, n’honore pas le Père qui l’a envoyé. En vérité, en vérité, je vous dis, que celui qui entend ma parole, et qui croit celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne viendra pas en jugement ; mais il est passé de la mort à la vie. En vérité, en vérité, je vous dis que l’heure vient, et elle est maintenant, que les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et l’ayant entendue, ils vivront. Car comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils aussi d’avoir la vie en lui-même. Et il lui a donné autorité de juger aussi, parce qu’il est Fils de l’homme. Ne vous étonnez pas de cela ; car l’heure vient en laquelle tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix ; et ils sortiront, ceux qui auront pratiqué le bien, en résurrection de vie ; et ceux qui auront fait le mal, en résurrection de jugement». Le Seigneur montre d’une manière évidente que la vie qu’il possède en Lui-même, est la chose dont l’homme a besoin, parce que l’homme n’est pas seulement infirme, mais qu’il est mort. Loi, ordonnances, anges même, rien n’était à la hauteur de la misère humaine, rien que le Fils agissant en grâce et donnant la vie. La guérison même, venant de Lui, pouvait aboutir, à cause du péché, à un état pire encore que le précédent (vers. 14). L’homme tel quel, a besoin d’une vie qui le délivre de la mort, et voilà ce que le Père donne en la personne du Fils. Quiconque ne reçoit pas le Fils, n’a pas non plus le Père, mais celui qui reçoit le Fils a aussi le Père. Telle est la vérité ; or les Juifs avaient la loi et haïssaient la vérité. En rejetant le Fils, on ne perd point seulement la bénédiction de la vie en Lui, mais encore on s’attire le jugement, parce que le Père, qui veut qu’on honore le Fils comme Lui-même, a donné tout jugement au Fils. Quant à la vie qui est en la personne du Fils, son importance est telle qu’aucun doute ne doit être possible sur les conséquences qui en résultent, dès maintenant, pour l’éternité. Entendre la parole de Christ ou la rejeter, croire Celui qui a envoyé Christ ou ne pas le croire, voilà la pierre de touche ; il ne s’agit plus de la loi, mais de la parole de Christ et du témoignage de Dieu. En envoyant son Fils dans le monde, Dieu n’a pas voulu que l’ombre d’une incertitude planât sur les conséquences de son acceptation ou de son rejet (vers. 24). Si les Juifs accusaient Jésus de blasphème, pour s’être nommé Fils de Dieu, ils ne pouvaient toutefois se refuser à voir en Lui le Fils de l’homme. Or, non seulement Jésus leur apprend qu’il est le Fils de Dieu, ainsi que les conséquences qui en résultent, mais de plus, il leur déclare que c’est en sa qualité de Fils de l’homme qu’il exécutera le jugement éternel, proportionné à la gloire divine de sa personne que les hommes ont méprisée.

Voilà donc les deux vérités que Jésus révèle aux Juifs. D’une part, c’est en Lui qu’est la vie ; mais la vie par le moyen de la foi, afin qu’elle soit un résultat de la grâce ; car de cette manière seulement, sa gloire est maintenue en ceux qui croient le témoignage de Dieu à son égard. Donner la vie, dépend du Fils comme du Père ; «le Fils vivifie ceux qu’il veut», c’est un acte de sa volonté souveraine, en communion avec le Père. Mais, outre cela, le Fils a été envoyé ; il a pris, en ce monde, une place subordonnée, dans laquelle il disait : «Mon Père est plus grand que moi». Cette place, il l’a acceptée avec toutes ses conséquences ; mais malheur à ceux qui ne reconnaissent pas sa gloire ; car, d’une manière ou de l’autre, il faut que tous honorent le Fils : les uns le font en entendant sa parole, les autres y seront contraints par le jugement. L’heure n’était point encore venue de manifester la gloire du Fils de l’homme par le châtiment des incrédules ; il s’agissait alors de croire ou de rejeter la parole du Fils de Dieu. Si les morts (c’est ainsi que les hommes sont considérés, et non pas comme vivants sous la loi) entendaient la voix du Fils de Dieu, ils vivraient ; car, bien que le Fils (la vie éternelle qui était auprès du Père) fût homme, c’est précisément comme tel que le Père Lui avait donné non seulement d’exécuter le jugement, mais encore d’avoir la vie en Lui-même. La vie ou le jugement, il n’y a, pour l’homme, pas d’autre alternative ; pour Dieu, le jugement est le moyen de maintenir et de prouver la gloire de son Fils en cette nature même où l’homme l’a méprisé, ne distinguant point, sous son apparence humaine, la gloire éternelle de sa personne. Deux résurrections — en vie, et en jugement — manifesteront un jour ceux qui ont cru au Fils de Dieu, et ceux qui l’ont rejeté ; mais la question est résolue dès maintenant, selon qu’on reçoit Christ ou qu’on refuse de l’écouter. La résurrection de vie prouvera qu’on a eu raison de ne pas avoir honte du Fils de l’homme ; la résurrection de jugement manifestera sa gloire et tournera à la confusion éternelle de ceux qui l’ont méprisé.

Ce chapitre, où nous voyons ainsi la plénitude de la gloire de Christ, en sa divinité et en son humanité, se termine par l’exposé des témoignages divers que Dieu a rendus à son égard, afin d’enlever toute excuse à l’incrédulité de l’homme. La gloire de Christ est si élevée, le Père si jaloux de la maintenir, la bénédiction est si immense pour ceux qui le reçoivent, et si terrible le sort de ses ennemis, que Dieu a pourvu à un témoignage complet, de sorte que le jugement n’arrivera point faute d’avertissements. En premier lieu, le témoignage de Jean-Baptiste ; en second lieu, les oeuvres mêmes de Jésus ; troisièmement, la voix du Père ; quatrièmement, la Parole écrite que possédaient les Juifs. À ce dernier genre de témoignage, le Seigneur attache une importance toute particulière : la Parole écrite est une chose qui reste toujours à la portée de l’homme ; tandis qu’un message, un signe miraculeux disparaissent, la Parole, au contraire, contient en elle-même un moyen permanent de conviction, bien que les hommes en fassent aujourd’hui si peu de cas. Mais que servent tous ces témoignages accumulés ? La volonté de l’homme, voilà la cause réelle de son inimitié : «Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie». Pourquoi cette volonté obstinée ? Parce-que l’homme recherche la gloire de ce monde au lieu de celle qui vient de Dieu seul. Or les Juifs qui rejetaient Celui qui venait au nom de son Père, accueilleront un jour l’Antichrist qui viendra en son propre nom. En attendant, il n’est pas besoin que Jésus les accuse ; ils le sont par Moïse, puisque tout en se glorifiant de lui, ils ne croient pas à ses paroles : recevoir Christ, c’était ajouter foi à ce que Moïse avait écrit de Lui.

1.6   [Chapitre 6]

Dans le chapitre 6, c’est à un nouveau point de vue qu’Israël est mis de côté. Ce n’est plus ici le contraste entre la vie éternelle qui seule peut délivrer l’homme, et la loi qui le laisse mort dans ses péchés, sans espoir de secours ; mais la différence totale entre la vérité de Dieu présentée à l’homme en la personne de Jésus ainsi que dans ses oeuvres, et les promesses rattachées au Messie. Loin d’être rejeté, comme précédemment, le Seigneur est reconnu par la foule comme étant le prophète qui devait venir (vers. 14) ; il est reçu à cause de ses oeuvres, et surtout à cause du miracle que l’Écriture mentionne spécialement en rapport avec le Fils de David (Ps. 132). Il avait rassasié les pauvres de pain, et on voulait l’enlever afin de le faire roi ; mais le moment n’était point venu pour Lui de s’asseoir sur le trône de David, et il se retire sur la montagne. Jésus ne conteste point son titre de Messie ; il était en effet le prophète qui devait venir, le Fils de David, le grand Roi ; mais il s’agissait de questions bien plus importantes à résoudre, d’une oeuvre plus grande encore que le règne glorieux du Messie ; il s’agissait du pain de Dieu qui vient du ciel, de Celui qui est descendu du ciel et qui donne la vie au monde ; il s’agissait de la mort et non de la domination du Fils de l’homme. Jésus parle de son incarnation d’abord, puis de la rédemption : de sa chair qu’il donne à manger, de son sang qu’il donne à boire. Ainsi les choses anciennes sont passées, le vieil homme est jugé, mort, disparu ; un nouvel homme entre en scène : le pain de Dieu pour les hommes. C’est la disparition totale de la loi, des miséricordes providentielles, des promesses touchant le Messie, de la gloire annoncée par les prophètes à Israël, tout cela éclipsé par la vie éternelle et la résurrection au dernier jour. Christ n’apparaît pas ici comme le Fils de Dieu qui vivifie (chap. 5), mais comme étant, en sa qualité de Fils de l’homme, l’objet de la foi, par son incarnation d’abord : le pain descendu du ciel, afin que quiconque en mange ne meure pas ; ensuite par sa mort, en donnant sa chair à manger et son sang à boire, un aliment et un breuvage dont la vie éternelle est inséparable.

Or manger sa chair et boire son sang, indique la communion avec sa mort. Ce n’est point seulement croire à l’incarnation de Jésus et le recevoir comme étant descendu du ciel, mais la communion avec sa mort est nécessaire pour avoir la vie éternelle. Après s’être présenté aux Juifs comme le Fils de l’homme vivant, qu’il s’agissait de recevoir et de discerner (vers. 40), Jésus parle de sa mort. Lui qui, reçu pendant sa vie, donnait la vie éternelle, devient, par sa mort, la nourriture et le breuvage de ceux qui croient en Lui ; il leur donne communion avec sa mort. Deux grandes vérités apparaissent donc ici à nos regards : l’incarnation et l’expiation. Il est bien dit (vers. 50, 51), qu’il faut manger le pain descendu du ciel ; mais c’est à propos de l’expiation que Jésus parle de manger sa chair et de boire son sang, et qu’il ajoute : «Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui». C’est l’expiation surtout qui est mise en relief, et la nécessité d’y avoir part. Celui qui croit à la réalité de l’incarnation, accepte aussi avec bonheur celle de la rédemption ; mais personne qui rejette la rédemption, n’a réellement cru à l’incarnation au point de vue de Dieu. La croix sera toujours une pierre d’achoppement pour celui qui voit dans l’incarnation de Jésus le simple fait de son humanité ; mais si l’âme a été enseignée de Dieu touchant la gloire personnelle de Celui qui a été fait chair, elle comprend aussi, avec bonheur, que son incarnation a eu lieu en vue d’une chose plus merveilleuse encore ; qu’il est venu en ce monde, afin de mourir, afin de glorifier Dieu par sa mort, et de devenir ainsi la nourriture de ceux qui croient en Lui.

Jésus ajoute à la fin de ce chapitre un nouveau contraste. S’il s’agissait de le recevoir non comme le Messie, mais comme le Fils de l’homme qui devait mourir, il était également vrai que le Fils de l’homme monterait là où il était auparavant (vers. 62). Cette humanité qu’il avait prise après être descendu du ciel, il la transporterait en sa personne dans la gloire céleste que Lui seul connaissait comme étant le Fils du Père.

1.7   [Chapitre 7]

Le chapitre 7 part de ce dernier point de vue. Les frères de Jésus, voyant la puissance merveilleuse qui accompagnait tous ses actes, se disent qu’il y a là pour eux et pour lui, une ressource dont il faut absolument tirer parti. N’ayant aucune idée de la gloire personnelle du Seigneur, ils veulent se servir de Lui pour satisfaire leur orgueil. Jésus répond que l’heure de la manifestation de sa gloire n’est pas encore venue et que, pour le moment, c’est à la haine du monde qu’il a affaire, tandis qu’eux, étant du monde, doivent nécessairement agir comme le monde. Toutefois il se rend en secret à Jérusalem, et apparaît dans le temple, comme on était déjà au milieu de la fête ; la plus grande incertitude règne à son sujet ; on s’étonne de ses paroles, mais point de conviction réelle ; cependant «plusieurs d’entre la foule crurent en Lui et disaient : Le Christ, quand il sera venu, fera-t-il plus de miracles que celui-ci n’en a fait ?» Les Pharisiens en conçoivent de l’inquiétude, et envoient des huissiers pour prendre Jésus. Malgré cela, en la dernière journée, la grande journée de la fête (le huitième jour, qui indiquait une gloire de résurrection en dehors de la création actuelle, mais qui, pour le moment, devait s’accomplir dans la puissance de l’Esprit), Jésus se tint là, et cria, disant : «Si, quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive. Celui qui croit en moi, selon ce qu’a dit l’Écriture, des fleuves d’eau vive couleront de son ventre». Ce n’est plus manger le pain de Dieu, ni, après la mort de Christ, se nourrir de sa chair et boire son sang ; mais, comme au chap. 4, il s’agit ici de la puissance du Saint Esprit, non de la personne de Jésus. L’explication est donnée au verset suivant : «Or il disait cela de l’Esprit qu’allaient recevoir ceux qui croyaient en lui ; car l’Esprit n’était pas encore, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié». Il y a deux choses à distinguer : celui qui a soif, vient vers Jésus qui lui donne à boire ; et la puissance de l’Esprit découle chez le croyant, de l’homme intérieur, pour rafraîchir les autres.

Le Seigneur considéré comme monté au ciel en sa personne humaine après avoir accompli la rédemption ; entré dans la gloire après avoir passé par la mort, confère, du lieu de gloire où il se trouve, le Saint Esprit à ceux qui croient. Le grand jour de fête et de joie, pour les Juifs et pour le monde, le huitième jour de la fête des tabernacles, ne sera inauguré par Lui que plus tard, après la moisson et la vendange de la fin du siècle. Dans ce chapitre, le Saint Esprit n’est plus envisagé comme source d’une nouvelle nature (ch. 3), ou comme puissance de vie et d’adoration en communion avec Dieu et le Père (ch. 4), mais comme un fleuve d’eau vive découlant de celui qui croit, résultat immédiat de ce que Jésus est entré comme Fils de l’homme dans la gloire céleste, après avoir accompli la rédemption. De cette façon encore, le judaïsme est mis de côté, dont l’espérance était une gloire et un repos terrestres. Jusqu’à ce que Jésus revienne du ciel et se manifeste aux yeux du monde entier, les fleuves de l’Esprit remplacent la fête des tabernacles. Ce n’est pas de repos qu’il s’agit, mais de la joie que procure la puissance du Saint Esprit durant l’absence de Jésus. Le principe dont il est parlé au chapitre 4 a trouvé, en un certain sens, son accomplissement chez la Samaritaine et ceux qui reçurent Christ à cette époque : la personne du Fils causait même alors dans leurs coeurs une abondance de joie divine, bien que le Saint Esprit n’ait pas été réellement communiqué avant l’ascension de Jésus ; le Père était déjà révélé sur la terre par Celui même qu’ils adoraient. Mais, dans ce chapitre-ci, il est évident que le Seigneur est considéré comme envoyant le Saint Esprit sur la terre après qu’il est monté dans la gloire céleste. Dans le désert, les Israélites pouvaient s’abreuver à l’eau du rocher, mais la source était en dehors d’eux ; ici, au contraire, le Saint Esprit n’est point seulement une source dans le croyant, comme au chap. 4, mais encore une source qui déborde et se répand au dehors de lui.

Quel contraste avec l’état du peuple que ce chapitre nous dépeint d’une manière si frappante ! Ils ne savent quel parti prendre vis-à-vis de Jésus, et enfin chacun s’en retourne dans sa maison, sans que la question ait été résolue.

Ici se termine l’exposé des aspects variés de la personne du Seigneur en contraste avec le judaïsme. Lois et ordonnances, droits au royaume, adoration juive, attente du Messie pour satisfaire les besoins terrestres de son peuple, et pour introduire le repos et la gloire : tout cela est remplacé par un nouvel ordre de choses que Jésus promet à ceux qui croient en Lui, et où il n’y a plus de distinction entre Juifs et gentils. Cependant les paroles de Dieu demeurent éternellement, et, bien que le système juif ait été éclipsé pour un temps, toutes les promesses et toutes les menaces que Dieu a prononcées seront accomplies un jour au milieu du peuple d’Israël.

 

2                        Chapitres 8 à 14

2.1   [Chapitre 8]

Je dois commencer l’étude de cette partie de notre Évangile par une remarque qui se rattache au dernier verset du chapitre précédent. Le récit de la femme adultère (7:53 à 8:41), est considéré comme apocryphe par un grand nombre de critiques et, chose triste à dire, même par des chrétiens. Les preuves extérieures qu’on allègue sont de nature diverse : quelques copistes du Nouveau Testament omettent cette histoire, sans aucune indication particulière, d’autres laissent en blanc la partie correspondante du manuscrit, d’autres au contraire l’ont transcrite, mais avec des marques d’incertitude, d’autres enfin l’ont intercalée ailleurs ; ajoutez à cela de nombreuses variantes et, comme on le prétend, certaines particularités d’expression : il n’en fallait pas davantage pour soulever des doutes sur son authenticité. Je suis loin de méconnaître la valeur des objections formulées à cet égard, et malgré cela, une étude réfléchie et minutieuse du texte m’a convaincu encore une fois de l’insuffisance de la critique humaine lorsqu’il s’agit des pensées de Dieu. Le contenu de cette histoire et ses rapports avec les discours qui la suivent, manifestent, à mon avis, une intention divine si marquée, que jamais homme n’eût été capable de l’inventer, ni surtout de l’intercaler d’une telle manière en cet endroit de l’Évangile ; or ces indications morales ou spirituelles, concluantes il est vrai pour ceux-là seuls qui sont capables de saisir la pensée de Dieu et d’en jouir, sont infiniment supérieures à toutes les preuves externes. Mais, plus que cela, j’ose affirmer en même temps, que les preuves externes ne sont nullement aussi faibles qu’on veut bien le prétendre, parce qu’il est facile de trouver une explication très simple des faits matériels que j’ai énumérés plus haut ; de telle sorte, les difficultés qu’on allègue, disparaissent devant un examen sérieux des causes mêmes auxquelles elles doivent leur origine. D’où proviennent les divergences ou les lacunes des manuscrits ? Je crois pouvoir les attribuer à des motifs purement humains. Combien souvent, par bonne ou par mauvaise intention, les hommes n’ont-ils pas tenté de corriger la parole de Dieu ! Incapables d’en saisir la beauté, animées d’une jalousie humaine et ignorante, par crainte de l’opinion du monde, nombre de personnes ont essayé d’éliminer tel ou tel passage des Écritures. C’est ce qui est arrivé à celui-ci, comme nous l’avons vu précédemment pour Luc 22:43, 44. Augustin, témoin irrécusable et presque aussi ancien que les plus vieux manuscrits où l’histoire de la femme adultère est omise, nous affirme que plusieurs copistes ont craint de la transcrire à cause des scrupules qu’elle leur suggérait. Or, ce passage est au contraire en intime harmonie avec les paroles subséquentes du Seigneur que tous les copistes ont conservées, exactement comme le refus de Jésus de monter à la fête et de se montrer au monde, concorde avec ce qu’il dit sur le don du Saint Esprit, au chap. 7, ou comme le miracle des pains, avec ses déclarations touchant la nourriture du chrétien, au chap. 6. En ces trois cas, les faits eux-mêmes et les discours qui suivent, sont en liaison indissoluble les uns avec les autres.

Quel est effectivement le principe divin qui caractérise la conduite et les paroles de Jésus, lorsque les scribes et les Pharisiens Lui amènent la femme adultère ? Il s’agit d’un péché flagrant ; mais ils ne manifestent ni une sainte horreur du mal, ni pitié pour la pécheresse : «Maître, cette femme a été surprise sur le fait même, commettant adultère ; or, dans la loi, Moïse nous a commandé de lapider de telles femmes ; toi donc, que dis-tu ? Or ils disaient cela pour l’éprouver, afin qu’ils eussent de quoi l’accuser».  Si Jésus s’opposait à la loi, il se déclarait l’adversaire des commandements de Dieu ; s’il approuvait la loi, il contredisait ses actes et ses paroles. Au fond les Pharisiens, bien qu’ennemis de la grâce, qu’ils ne comprenaient ni ne voulaient accepter, pensaient évidemment que Jésus, même en un cas aussi grave, agirait contre la loi et se compromettrait définitivement aux yeux du peuple, parce qu’ils sentaient bien qu’il y avait dans sa personne quelque chose de nouveau et d’incompatible avec le système juif. Mais quel résultat inattendu ! La lumière divine éclate dans les paroles de Jésus et remplit ses adversaires d’une telle confusion qu’ils sont forcés de se retirer. La grâce de Dieu n’entre jamais en conflit avec sa loi ; au contraire, elle en maintient l’autorité partout où la loi trouve son application ; elle donne force à la loi et à tous les principes divins, à toutes les relations établies par Dieu ; elle seule les éclaire et en fait comprendre l’importance. Personne, comme Jésus, n’a jamais développé la pensée et l’intention de Dieu relativement au mariage (Matth. 19) ; personne avant Lui n’a montré la valeur d’un petit enfant aux yeux de Dieu. La grâce, je le répète, maintient toutes les obligations de l’homme au point de vue divin, et voilà précisément ce dont nous trouvons ici un exemple remarquable. Loin d’affaiblir la portée de la loi, Jésus l’applique avec la puissance de la lumière divine, non point seulement à la femme publiquement convaincue de péché, mais encore au mal caché de ses accusateurs. La lumière, en sondant les replis secrets de leurs coeurs, démasque leur fausse justice, et, repris par leur conscience, ils sont contraints de se retirer, laissant la femme et Jésus seuls en présence l’un de l’autre.

Impossible, je le dis encore, de trouver, dans toute l’Écriture, une liaison plus étroite, entre les faits et la doctrine, que celle qui apparaît ici aux yeux de quiconque a la moindre intelligence des choses de Dieu. Ce chapitre tout entier resplendit, pour ainsi dire, de la lumière de Dieu et de sa Parole en la personne de Jésus. Dans l’incident de la femme adultère et dans le discours qu’il adresse ensuite aux Pharisiens, le Seigneur se montre comme étant la lumière du monde, par la parole de Dieu qui est en Lui, lumière infiniment supérieure à la loi, et qui toutefois en maintient strictement l’autorité. Dieu seul était capable d’agir ainsi, de montrer la grâce entière, unie à la sainteté absolue ; c’est la grâce personnifiée en Jésus, qui seule maintient la sainteté immaculée de Dieu.

Lorsque les Pharisiens eurent formulé leur accusation, Jésus, s’étant baissé, écrivit avec son doigt sur la terre, afin de leur laisser le temps de réfléchir ; mais comme ils continuaient de l’interroger sur le même ton, s’étant relevé, il leur dit : «Que celui de vous qui est sans péché, jette le premier la pierre contre elle».  Ils avaient eu l’occasion de peser leurs intentions et leurs paroles ; mais voyant leur persistance, Jésus, loin de s’opposer directement à leur désir inique, leur manifeste en quelques mots l’état de leur coeur, après quoi il se baisse de nouveau, afin qu’ils eussent le temps de peser leur réponse. Or l’effet des paroles prononcées par le Seigneur fut immédiat ; elles pénétrèrent jusqu’au fond de la conscience de ces Pharisiens ; pas un d’eux n’osa lever une pierre contre la femme qu’ils venaient d’accuser ; leurs paroles, leurs pensées, leur vie entière étaient jugées : «Et eux, l’ayant entendu, [et étant repris par leur conscience,] sortirent un à un, en commençant depuis les plus anciens jusqu’aux derniers ; et Jésus fut laissé seul avec la femme devant lui». Jamais la loi n’avait produit quelque chose de pareil. Tous ces gens l’avaient apprise et enseignée, mais ils s’en étaient joués jusqu’à ce jour, puisqu’ils n’en faisaient usage que pour condamner leur prochain. Or voici que tout à coup la lumière divine jette sa clarté non seulement sur la loi, dont elle maintient les droits, mais encore sur l’état réel de ces propres justes, atteint leur conscience, et dévoile le fond de leur coeur. Chez eux, nul désir de connaître Dieu et ses voies ; nul désir d’apprendre la vérité ; ils détestent cette lumière qui manifeste leurs oeuvres, et ils se retirent sans pouvoir répliquer une seule parole. L’explication d’Augustin : «Relicti sunt duo, miseria et misericordia» [il reste deux choses, la misère et la miséricorde],  n’est pas exacte, en ce sens que le Seigneur agit ici comme étant la lumière. Au lieu de déclarer à la femme que ses péchés lui sont pardonnés, il dit : «Moi non plus, je ne te condamne pas ; va et ne pèche plus». Ce n’est pas le pardon, ce n’est pas la miséricorde qui caractérise la réponse de Jésus, mais la lumière ; va et ne pèche plus, ne signifie pas : Ta foi t’a sauvée, va-t’en en paix.

En rapport direct avec la scène qui vient de se passer, Jésus s’adresse aux personnes qui l’entourent encore, après que les accusateurs ont disparu (voyez vers. 12), et leur déclare qu’il est la lumière du monde. Il avait agi comme étant la lumière, à l’égard des scribes et des Pharisiens qui en appelaient à l’autorité de la loi ; ici la sphère d’action de cette lumière s’étend sur tous les hommes : «Celui qui me suit, ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie». La vie était la lumière des hommes ; Christ était pour ceux qui le suivaient la révélation parfaite et le guide de la vie, tandis que la loi n’a jamais donné la lumière ni la vie ; aussi répond-il aux Pharisiens qui contestent la vérité de son témoignage : «Mon témoignage est vrai ; car je sais d’où je suis venu et où je vais ; mais vous, vous ne savez pas d’où je viens et où je vais ; vous, vous jugez selon la chair». Plongés dans les ténèbres du monde, se glorifiant d’une loi qu’ils enfreignaient tous les jours, et d’une justice qu’ils étaient incapables d’accomplir, leur jugement était faux d’un bout à l’autre. Malgré leur haine, le Seigneur continue à leur adresser des paroles de plus en plus solennelles, jusqu’à ce qu’ils prennent enfin des pierres pour les jeter sur Lui.

Dans tout cet Évangile, Jésus s’adresse aux hommes avec la certitude d’être rejeté par eux, mais en même temps, rien n’échappe à son jugement moral, parce qu’il est la lumière. Aussi n’a-t-il garde de pousser les choses jusqu’à leurs dernières conséquences, en dévoilant à ses adversaires l’état réel de leur coeur et la place qu’ils occupent en contraste avec Lui : il leur déclare qu’ils sont de la terre, Lui du ciel ; qu’ils mourront dans leurs péchés, qu’ils ne ressemblent pas à Abraham, mais à Satan leur père. Christ apparaît ici, en toutes choses, comme étant la lumière du monde, la lumière de Dieu, rejetée des hommes, la lumière non point seulement dans ses actes, mais dans sa parole même, comme il leur dit autre part qu’elle les jugera au dernier jour. Aussi lorsque les Juifs lui demandent qui il est, Jésus leur répond : «Absolument ce qu’aussi je vous dis». Il est non seulement la lumière, en sorte qu’il n’y a en Lui nulles ténèbres, mais quant à l’essence de sa nature, ni plus ni moins que ce qu’il exprime. Jésus seul pouvait affirmer que sa parole était l’expression de ce qu’il est ; Jésus seul est la vérité. La nature humaine, le monde, sont tellement plongés dans la fausseté, que la puissance de l’Esprit, en nous révélant Christ par le moyen de la Parole, nous préserve seule de l’erreur et du mal de toute espèce, nous-mêmes qui croyons en Lui. Il manifeste à la fois ce qu’est Dieu et ce qu’est l’homme ; par Lui toutes choses sont mises en évidence. Pas un acte, pas une parole de Jésus qui n’ait déclaré ce qu’il était, rien qui ait pu Lui donner l’apparence de ce qu’il n’était pas ; ce qu’il dit, c’est la vérité explicite touchant sa personne. Le Seigneur annonce aux Juifs que lorsqu’ils auront élevé le Fils de l’homme, alors ils connaîtront que c’est Lui ; il ajoute : «Et que je ne fais rien de moi-même, mais que, selon que le Père m’a enseigné, je dis ces choses». C’est de la vérité qu’il s’agit, non point de miracles ; Christ est la vérité en sa personne, puis il parle la vérité, il l’annonce et la dit au monde. Bien qu’il fût la vie éternelle qui était auprès du Père, la Parole qui, au commencement, était avec Dieu, Jésus n’en était pas moins un homme ici-bas, le Fils de l’homme et le Fils de Dieu ; tel il apparaît à nos yeux dans l’Évangile de Jean, depuis le verset 14 du premier chapitre, et tel aussi dans la scène qui nous occupe, d’abord par ses actes, ensuite par sa parole : il disait au monde les choses qu’il avait ouïes de Celui qui l’avait envoyé. Ses actes et sa parole témoignaient que Jésus, en sa personne humaine, était le Fils de Dieu.

C’est encore sur la valeur de sa parole que le Seigneur insiste auprès des Juifs qui avaient cru en Lui. «Si vous persévérez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira. Ils lui répondirent : Nous sommes la postérité d’Abraham, et jamais nous ne fûmes dans la servitude de personne ; comment dis-tu, toi : Vous serez rendus libres ? Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous dis : Quiconque pratique le péché est esclave du péché ; or l’esclave ne demeure pas dans la maison pour toujours ; le Fils y demeure pour toujours. Si donc le Fils vous affranchit, vous serez véritablement libres».  La parole de Jésus, non point la loi, est par conséquent le seul moyen de connaître la vérité, et la liberté qui en résulte. Dieu avait donné des commandements, il avait mis la capacité de l’homme à l’épreuve ; or l’homme ayant prouvé que le bien est au-dessus de sa portée, Dieu se manifestait au monde en la personne et en la parole de Christ ; cette parole étant la vérité, elle mettait l’homme à l’épreuve par rapport à la vérité : «Si vous persévérez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; et vous connaîtrez la vérité». Mais si la vérité apprise dans la parole de Jésus est le seul fondement de la liberté, une fois qu’elle est connue, on ne la possède pas seulement comme étant l’expression de sa pensée, mais aussi de sa personne même, ainsi qu’il est dit au verset 36 : «Si donc le Fils vous affranchit, vous serez véritablement libres». Celui qui prétend accepter et connaître la vérité, sans s’incliner devant la gloire du Fils, prouve par cela même que la vérité n’est pas en lui. En revanche, il se peut qu’on reçoive la vérité, tout en restant d’abord dans une grande ignorance, parce qu’elle a fait pénétrer seulement une partie de la lumière de Dieu dans le coeur. Il est bien rare que l’âme soit aussitôt illuminée de toute la gloire de Jésus ; elle ne la perçoit généralement que par degrés ; mais si elle a réellement reçu la vérité, c’est Dieu qui l’enseigne, et la lumière pénètre de plus en plus, la gloire de Christ lui apparaît toujours plus radieuse, et sa joie augmente en proportion, parce qu’elle accepte avec empressement la moindre révélation nouvelle concernant la gloire du Fils de Dieu. La vérité reçue dans le coeur a pour conséquence inévitable de lui manifester toujours davantage, bien que lentement peut-être, la personne de Jésus. Mais si, au lieu de la vérité, il n’y a dans le coeur qu’une intelligence de Jésus fondée sur la tradition, si la connaissance qu’on prétend avoir de sa personne n’est qu’une simple théorie, un raisonnement historique, un sentiment peut-être, mais un sentiment humain, le coeur est toujours désagréablement impressionné par la présentation de sa gloire ; plus elle éclate et plus on s’en détourne ; c’est une lumière trop intense, trop puissante, que la plénitude divine qui habitait en Lui. Il se montre alors, et c’est là l’épreuve de la vérité, que le coeur, loin de connaître Jésus, est dans l’ignorance à son égard, dans l’ignorance à l’égard de Dieu qui l’a envoyé, et que la vie éternelle enfin, la joie de la vie éternelle, lui est encore inconnue.

En même temps, il s’agit ici d’un nouveau contraste avec la loi. Auparavant, c’étaient la lumière et la vérité qui étaient mises en contraste avec elle, maintenant c’est le Fils, en la personne de Christ. Ces Juifs s’enorgueillissaient de la loi, et cependant ils l’enfreignaient, de sorte qu’ils étaient, sous la loi, les esclaves du péché ; or ce n’est pas l’esclave, mais le fils qui demeure à toujours dans la maison. Ils n’avaient par conséquent ni liberté, ni sûreté ; mais si le Fils les affranchissait, ils seraient véritablement libres. Ainsi les paroles prononcées par Jésus concordent également avec les faits qui nous sont racontés au commencement du chapitre : les Pharisiens, sous la loi et employant la loi pour condamner autrui, se trouvaient être esclaves du péché. Aux yeux de Dieu, et en sa présence, il ne s’agissait point seulement du péché de la femme adultère, mais de leur état personnel. Condamnés en leurs consciences, ils furent contraints de se retirer de devant la présence du Dieu d’Israël, selon les paroles mêmes de Jésus, que «l’esclave ne demeure pas dans la maison».

Le Seigneur continue à exposer aux Juifs leur condition réelle : ils sont bien la postérité d’Abraham», mais non pas ses enfants, puisqu’ils ne font pas les oeuvres d’Abraham ; leurs oeuvres sont celles de Satan, c’est son esprit qui les anime, c’est lui qui est réellement leur père, lui meurtrier et proférant le mensonge, car ils cherchent à tuer Jésus et sont incapables de saisir sa parole. La vérité enseignée est le moyen de comprendre le langage de la vérité : «Pourquoi n’entendez-vous pas mon langage ?» leur dit Jésus, «parce que vous ne pouvez pas ouïr ma parole». Bref, toutes choses, dans ce chapitre, sont mises en évidence et sous leur vrai jour au moyen de la lumière : la loi, les Pharisiens, les Juifs, le monde, les faux et les vrais disciples de Jésus, le Fils de Dieu, Satan ; Dieu enfin, que les Juifs nommaient leur Dieu sans le connaître, apparaît dans son caractère véritable. Abraham est dépeint comme ayant été l’opposé de ses prétendus enfants : «Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour ; et il l’a vu, et s’est réjoui». Il avait prévu le jour de la manifestation glorieuse de Christ, le jour de l’accomplissement des promesses qui lui avaient été faites ; il avait joui d’avance, par la foi, des bénédictions milléniales apportées par le Messie. Or Jésus pouvait dire cela d’Abraham, parce qu’Il existait avant lui et de toute éternité. Non seulement il témoigne qu’il est le Fils de Dieu, mais plus que cela encore, son entretien avec les Juifs se termine par ces paroles merveilleuses : «Avant qu’Abraham fût, je suis». Voilà la vérité tout entière sur la personne de Christ ; la haine des Juifs, leur mépris de sa parole, le conduisent peu à peu à leur révéler cette vérité suprême que l’homme qui leur parlait alors sur la terre n’était rien moins que l’Éternel en personne.

2.2   [Chapitre 9]

Dans le chapitre qui précède, c’est la parole de Jésus, dans le ch. 9, ce sont ses oeuvres qu’on rejette. Cette différence rappelle un peu celle qui existe entre les chapitres 5 et 6. Au ch. 5, le Seigneur apparaît comme étant le Fils de Dieu qui vivifie ; mais son témoignage est inutile et par conséquent une résurrection en jugement devient le sort des incrédules. Au ch. 6, il est le Fils de l’homme venu pour souffrir, pour mourir, et non pour régner. La place qu’il prend ici-bas est pour la gloire de Dieu, non pour la sienne ; or la gloire de Dieu en un monde de péché ne peut être accomplie que par l’humiliation, le service, la mort du Fils de l’homme donnant sa vie pour les pécheurs et à cause du péché. De même aussi, au chap. 8, Jésus est la Parole rejetée, et il se déclare être le Dieu éternel. Plus les hommes s’opposent à la vérité, plus elle se dresse lumineuse devant leurs yeux ; plus ils sont incrédules, plus Jésus leur atteste la gloire de sa personne, jusqu’à ce qu’elle leur devient intolérable, parce qu’ils ne peuvent souffrir la réalité de la présence de Dieu. Au ch. 9, en revanche, Jésus est rejeté dans ses oeuvres et en sa qualité d’homme, bien qu’il se dise être le Fils de Dieu et qu’il soit adoré comme tel (vers. 36, 38). C’est l’humanité de Christ qui est mise en relief dans ce chapitre, comme étant la forme que la bonté divine devait nécessairement revêtir afin de pouvoir bénir les hommes, afin d’opérer les oeuvres de Dieu en grâce sur la terre. Ici l’homme n’apparaît point seulement comme pécheur, mais comme aveugle de sa nature, ce qui nécessite la guérison. Certes, la lumière manifeste aussi dans ce chapitre, le mal et l’incrédulité du coeur humain ; mais la chose essentielle ici, c’est la grâce de Jésus qui cherche l’homme, qui va au-devant de ses besoins, sans qu’il songe seulement à être guéri par elle. En contraste avec l’aveugle de Jéricho mentionné dans les autres Évangiles, celui-ci ne s’adresse nullement à Jésus ; il ne lui crie point : «Fils de David, aie pitié de moi». Là, en effet, Jésus finit toujours par être présenté aux Juifs : comme étant le Fils de David, non seulement en Matthieu qui s’occupe spécialement du Messie, mais en Marc aussi et en Luc. L’Évangile de Jean, au contraire, ne nous présente pas Jésus sous cet aspect, et le cas dont il s’agit ici diffère totalement des autres : l’état de cet aveugle est désespéré, mais il devient l’objet d’une grâce sans réserve, d’une grâce qui s’occupe de son état, bien qu’il ne s’adresse point à Jésus pour être guéri. Le Fils est venu chercher ce qui était perdu, son amour pour l’homme l’a fait condescendre à devenir tel ici-bas, afin de le délivrer de sa misère.

Les disciples qui ne sortent pas des idées juives, demandent à Jésus : «Maître, qui a péché : celui-ci, ou ses parents, pour qu’il soit ainsi né aveugle ?» Du commencement à la fin de l’Évangile de Jean, Jésus agit en opposition avec le système et les pensées juives, il les combat de toute manière chez ceux qui le pressent de leurs questions sans croire à ses paroles, et particulièrement chez ses disciples habitués comme le reste du peuple aux notions erronées du judaïsme. Les voies de Dieu ne sont pas celles des hommes, et la révélation de ces voies offre un contraste absolu avec les idées juives de la justice. Cet homme n’était pas aveugle de naissance à cause des péchés de ses parents, ou de ceux que Dieu avait prévu qu’il commettrait pendant sa vie : «Ni celui-ci n’a péché, ni ses parents ; mais c’est afin que les oeuvres de Dieu soient manifestées en lui». Jésus ne veut certes point dire que ces gens fussent sans péché ; mais la cause de cette maladie ne gisait ni dans la nature humaine, ni dans la loi, ni dans la nécessité d’une justice rétributive selon le gouvernement de Dieu. Le regard de Jésus découvrait au delà une cause supérieure et bien différente : la bonté de Dieu ; c’était une occasion de manifester les oeuvres de Dieu, une occasion pour Christ de faire les oeuvres de Celui qui l’avait envoyé. Un cas désespéré, une maladie incurable, quel moment favorable pour la grâce ! Si l’homme n’a plus de ressources, il en est encore auprès de Dieu : voilà le thème principal de ce chapitre. Jésus n’enseigne pas ici comme étant la parole de Dieu, mais il opère les oeuvres de Dieu selon la grâce absolue qui n’est restreinte par aucune condition : «Il me faut faire les oeuvres de celui qui m’a envoyé, tandis qu’il est jour». La grâce éclate ici dans toute sa perfection, parce qu’il ne s’agit point seulement de la bonté de Dieu exauçant celui qui s’adresse à elle, mais de sa bonté qui adresse Jésus à l’homme, qui l’envoie vers l’homme, et de l’oeuvre de Jésus en sa faveur. Telle est, dans la plénitude de son caractère, la grâce de Dieu en la personne de Jésus. Le Seigneur agissait, dit-il, pendant qu’il faisait jour : «La nuit vient, en laquelle personne ne peut travailler ; pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde». Le jour durait aussi longtemps que la présence de Jésus ; mais une fois le Messie absent, une fois que le Fils de Dieu aurait quitté la terre, c’était la nuit pour les Juifs, la nuit pour le monde. Il est vrai que des choses plus excellentes devaient être établies comme conséquence de l’ascension de Jésus au ciel, et, en rapport avec cela, une lumière nouvelle, l’étoile du matin dans les coeurs de ceux qui auraient compris la grâce ; mais ce passage-ci parle simplement du contraste entre la présence et l’absence de Jésus par rapport à ce monde.

À côté de la différence que j’ai signalée plus haut, il y a donc entre les chap. 8 et 9 une liaison intime, en ce sens que Christ y est présenté également comme étant la lumière, et la lumière du monde. Ici encore, le système juif est mis de côté à un nouveau point de vue. Les notions juives sur le péché s’arrêtaient à la simple apparence, à une règle extérieure de conduite, tandis qu’outre les cas particuliers qui amènent un châtiment de Dieu, il y a encore le péché inhérent à chaque individu, la ruine de l’homme par le péché, mais en regard, la grâce absolue apportée par Christ. La question des disciples, au verset 2, prouve qu’ils n’avaient aucune idée de l’état de l’homme aux yeux de Dieu, ni de ce qu’il mérite comme pécheur. Bien que Jésus se présente donc aussi dans ce chapitre comme étant la lumière du monde, ce n’est pas comme auparavant au moyen de la Parole qui prouve à l’homme qu’il est pécheur, et lui manifeste la nature de Dieu ainsi que la gloire personnelle du Fils, mais il est la lumière du monde en montrant que Dieu opère en grâce au moyen d’une puissance qui agit en contraste avec la nature humaine. La lumière ici ne se présente pas aux yeux de l’homme ; au contraire, la possibilité de la percevoir est communiquée à quelqu’un qui en est absolument incapable. Le Seigneur commence par mettre de la boue sur les veux de l’aveugle, ce qui avait trait à son humanité, au corps qu’il avait pris afin d’accomplir la volonté de Dieu au milieu des hommes ; il était le Fils de Dieu ayant un corps que Dieu Lui avait formé (Hébr. 10). Mais le fait qu’étant le Fils de Dieu, il avait un corps humain, voilà précisément ce que les hommes ne peuvent comprendre ni admettre, tandis que si, par la foi, on se soumet à la parole de Dieu, sa grâce apparaît au contraire d’autant plus précieuse, et l’on admire la sagesse de ses voies ; l’humanité du Fils de Dieu reste un mystère, mais on en comprend avec bonheur la nécessité pour l’homme. La boue que Jésus plaça sur les yeux de ce mendiant ne lui donna pas la vue sur-le-champ, et s’il n’eût pas été aveugle, il n’en fallait certes pas davantage pour l’empêcher de voir ; mais la guérison a lieu aussitôt après qu’il s’est lavé au réservoir de Siloé, en obéissant à la parole du Seigneur. Cet acte est une image de l’application à l’âme, par le moyen du Saint Esprit, de la Parole qui révèle Christ comme étant l’Envoyé de Dieu (voyez vers. 7 et 5:24). L’aveugle ainsi guéri n’a point seulement la vue extérieure, mais la lumière a pénétré dans son coeur : il reconnaît que celui qui lui a parlé est un prophète de la part de Dieu (vers. 17, 33), que Jésus avait par conséquent la mission de faire sur la terre les oeuvres de Dieu, en contraste avec l’incapacité absolue de l’homme. Recevoir avec obéissance la parole de Christ, a pour conséquence invariable de faire découvrir la gloire divine du Sauveur en la personne du Fils de l’homme, et la puissance, qui correspond aux besoins de l’âme d’une manière conforme à cette gloire.

Le témoignage de l’aveugle guéri est un résultat de l’action exercée par la parole de Jésus, car elle met toujours le coeur de l’homme à l’épreuve, soit qu’on l’ait acceptée avec obéissance, ou qu’on y soit hostile ; ainsi la foi et l’incrédulité sont mises en évidence. Les questions des Pharisiens, les conséquences inévitables de son témoignage, loin d’ébranler cet homme, lui inspirent une hardiesse croissante, et en même temps la haine des Pharisiens contre Jésus et ceux qui le confessent, nous apparaît ici plus ouverte, plus déclarée que jamais. L’oeuvre de la grâce venait de prouver qu’en réalité, au point de vue de Dieu, il n’y avait pas de sabbat possible, parce que Dieu était obligé de travailler, s’il s’agissait de délivrer l’homme et de le bénir. Du moment que Dieu se révélait sur la terre, l’observation extérieure la plus rigoureuse de formes prescrites, de devoirs religieux imposés par la loi, ne pouvait cacher l’affreuse réalité que l’homme était incapable de garder un sabbat tel que Dieu pût le reconnaître. Nul doute quant à la sainteté du sabbat et quant à l’obligation des Juifs ; mais l’état de l’homme c’est le péché, et toutes les tentatives d’y porter remède n’avaient prouvé qu’une seule chose : le mal profond, le mal incurable de l’homme. Les Juifs saisissaient fort bien la partie morale de ces miracles opérés pendant le sabbat ; car il était évident qu’un prophète de Dieu pouvait seul guérir d’une pareille manière ; mais si Jésus était réellement Dieu, s’il était effectivement la lumière du monde, le sabbat, signe de l’alliance de l’Éternel avec Israël, se trouvait donc écarté par l’Éternel lui-même, et que penser alors du judaïsme ? Quelle valeur avait-il désormais aux yeux de Dieu ? Il s’agissait là évidemment d’une question de vie ou de mort pour les Juifs. Mais plus les Pharisiens cherchent à annuler la gloire de Christ, plus leurs efforts développent, au contraire, par la grâce de Dieu, l’oeuvre commencée dans l’âme de l’aveugle après qu’il avait recouvré la vue ; sa foi est ainsi peu à peu exercée et fortifiée, par l’incrédulité et la haine des ennemis de Christ. Une foi simple augmente toujours en présence des attaques dirigées contre la personne de Jésus. Il est beau de voir comment le Saint Esprit se plaît ici à nous raconter les détails de ce témoignage rendu à Jésus par un pauvre mendiant enseigné de Dieu, et auquel la grâce communique le courage et la force de répondre à des adversaires tels que les Pharisiens. Le monde religieux d’alors ne pouvait supporter un témoignage rendu à la puissance et à la grâce de Jésus : «Ils répondirent et lui dirent : Tu es entièrement né dans le péché, et tu nous enseignes ! Et ils le chassèrent dehors». Mais loin des Pharisiens, l’homme qui avait été guéri se trouve seul avec Jésus, et il apprend que l’auteur de sa guérison miraculeuse n’est pas seulement un prophète, mais le Fils de Dieu. Chassé de la synagogue, il trouve ce qui peut seul remplir son âme d’une joie ineffable, le vrai objet de la foi et de l’adoration.

Après cela, Jésus annonce les deux conséquences morales de sa venue dans le monde : «Je suis venu dans ce monde pour un jugement, afin que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles». Il avait dit auparavant qu’il était venu pour sauver, pour donner la vie, et non pas pour juger ; tel était en réalité le désir de son coeur, et certes il l’a montré. Mais le fait même de sa présence dans le monde produisait deux effets moraux absolument contraires, et les hommes se trouvaient déjà jugés, en principe, selon l’opinion qu’ils avaient d’eux-mêmes en présence du Seigneur au milieu d’eux. «Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais maintenant vous dites : Nous voyons ! votre péché demeure». Se reconnaître aveugle, sentir son état de péché, voilà ce qui donnait la vue et délivrait du péché. Quant au jugement, non plus moral, mais extérieur et manifeste, sur ceux qui prétendent voir et qui, à cause de cela, sont jugés comme aveugles, il aura lieu plus tard ; Jésus n’était pas alors sur la terre pour l’exécuter.

2.3   [Chapitre 10]

Au chapitre 10, le Seigneur développe les voies de la grâce dans un contraste nouveau avec le système juif, et en rapport avec l’homme chassé de la synagogue, mais trouvé par Lui, en dehors du judaïsme, où la vraie adoration est impossible. Après avoir vu l’histoire spirituelle d’une brebis de Christ, nous trouvons ici la manifestation des voies de la grâce en la personne du Berger lui-même, depuis le commencement jusqu’à la fin de sa vie. «En vérité, en vérité, je vous dis : Celui qui n’entre pas par la porte dans la bergerie des brebis, mais qui y monte par ailleurs, celui-là est un voleur et un larron. Mais celui qui entre par la porte, est le berger des brebis. À celui-ci le portier ouvre ; et les brebis écoutent sa voix». Jésus était entré par la porte, et conformément à ce que l’Écriture avait annoncé touchant sa personne et sa venue ; bien qu’il fût Fils, il s’était soumis à toutes les conditions prescrites par Dieu pour le Berger de son peuple terrestre. Dieu avait pris soin d’indiquer, soit directement, soit en type, chaque détail au moyen duquel on pût reconnaître la présence du vrai Christ ; or l’époque et le lieu de sa naissance, sa famille, sa mère, tout concordait avec les données exactes de la parole de Dieu, tout avait été accompli sous ce rapport ; son oeuvre même était en harmonie avec ce qui avait été prédit dans la loi et les prophètes. Le jugement des nations et la domination d’Israël, le règne glorieux du Messie sur la terre, cela, il est vrai, restait encore à accomplir, et demeurait réservé pour d’autres temps. Dieu avait donc préparé, par sa grâce, quelques coeurs en Israël : Siméon, Anne, Jean-Baptiste, d’autres encore, à recevoir Jésus comme Celui que les prophètes avaient annoncé ; il avait ouvert la porte au Berger ; puis les brebis écoutaient sa voix, comme nous le voyons dans tous les Évangiles, surtout en celui de Luc. Ensuite, faisant allusion à ce qui venait de se passer, Jésus ajoute : «Et il appelle ses propres brebis par leur nom, et les mène dehors». Le mendiant avait bien été exclu de la synagogue, mais le Seigneur interprète à sa manière la méchanceté des Pharisiens : l’homme chassé par eux ne se doutait pas que le résultat de son témoignage était réellement dû à la grâce de Jésus, qui avait eu soin de le mener dehors, en le séparant de ces incrédules, dont le péché toutefois n’était pas atténué pour cela ; car s’ils persécutaient le disciple, c’était par haine de son Maître. «Et quand il a mis dehors toutes ses propres brebis, il va devant elles». Jésus avait déjà fait l’expérience de la haine et du mépris des hommes, mais il lui restait encore à traverser un abîme de douleurs avant d’être séparé corporellement de ses brebis. De toute manière donc, en principe ou en fait, Jésus allait devant elles, et ses brebis le suivaient, «parce qu’elles connaissent sa voix». La voix de Jésus, voilà leur sûreté, et elles le suivent, conduites par un instinct spirituel, non point par leur habileté ou leur intelligence à découvrir et à combattre l’erreur ; leur force consiste à s’attacher à Christ et à la vérité, parce qu’elles le connaissent. L’aveugle guéri vient de nous en donner un exemple frappant : en réponse aux objections des Pharisiens, ce qu’il connaît de Jésus lui suffit, parce que la nouvelle lumière qu’il a reçue lui découvre leurs prétentions, leur orgueil, leur fausseté et leur haine. Ils ont beau lui dire : Donne gloire à Dieu, cela même ne le trompe pas ; ils sont des étrangers pour lui, et «les brebis ne suivront point un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers». Le moyen direct et véritable, le moyen divin de sûreté pour les brebis de Christ ne réside pas dans la puissance de discerner le mal et l’erreur, mais c’est de connaître sa voix et d’y trouver leur plaisir. Alors, par cela même, la voix des étrangers n’a aucun attrait pour elles, aucune puissance sur leur coeur. Le mendiant ne réfute pas les Pharisiens en se servant de leur jargon théologique, mais ses simples réponses atteignent directement leur conscience.

Jésus, voyant que ceux auxquels il s’est adressé ne le comprennent point, leur tient un langage plus direct et plus intelligible : «En vérité, en vérité, je vous dis, que moi je suis la porte des brebis». Il était entré par la porte dans la bergerie ; mais, malgré cela, les Juifs qui enfreignaient la loi, ne voulurent pas recevoir le Berger qui leur était annoncé par la loi et les prophètes ; alors il appelle ses propres brebis et les conduit hors du bercail juif, en allant devant elles. Puis il devient Lui-même la porte des brebis. D’autres (Theudas et Judas, par exemple) avaient prétendu être des bergers, mais «tous, autant qu’il en est venu avant moi, sont des voleurs et des larrons ; mais les brebis ne les ont pas écoutés». Après cette parenthèse, le Seigneur insiste encore sur ce qu’il est, Lui seul, la porte non pas uniquement pour les brebis juives, mais aussi pour tout le monde : «Moi, je suis la porte ; si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; et il entrera, et il sortira, et il trouvera de la pâture». Ici donc, nouveau contraste avec la loi en la personne de Jésus, qui est la seule porte pour entrer et être sauvé ; ce n’est plus, comme au chapitre précédent, la grâce qui communique la lumière, mais la grâce qui sauve et qui invite chacun, gentils et Juifs, à entrer par la porte, car en dehors de Christ, pas de salut possible ; il n’y a qu’une porte, et il s’agit d’entrer par elle. Puis, outre le salut, voici encore la liberté, en contraste avec l’esclavage de la loi et, de plus, la pâture, car la grâce donne toutes choses en Christ ; les brebis trouvent des provisions abondantes qui ne leur manqueront jamais. Ensuite, le Seigneur continue encore la parenthèse précédente, mais il ajoute : «Moi, je suis venu afin qu’elles aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance». La vie avait bien existé autrefois, sous la promesse et sous la loi, car depuis que la mort était entrée dans le monde, Christ avait toujours été le seul moyen d’avoir la vie ; mais maintenant Lui aussi était entré dans le monde, et non pas seulement afin que ses brebis eussent la vie, mais afin qu’elles l’eussent en abondance. C’était une bénédiction toute nouvelle, incomparablement plus élevée que celles des croyants de l’ancienne alliance, bénédiction digne de la présence du Fils de Dieu, digne de son abaissement dans ce monde, et de sa mort sur la croix, digne enfin de la gloire de Dieu le Père qui a été glorifié en Lui.

Après cela, Jésus insiste de nouveau sur ce qu’il avait dit au verset 2 : c’est Lui qui est le vrai berger. Il était le vrai berger du bercail juif, car il était entré par la porte ; mais, obligé de mener ses brebis hors de ce bercail où il n’avait rencontré que haine de la part des conducteurs du peuple, il devient Lui-même la porte par laquelle il faut entrer pour être sauvé ; en même temps il reste le berger, et cela en contraste non seulement avec ceux qui étaient venus pour voler et détruire, mais encore avec d’autres prétendus bergers qui, sans avoir des motifs aussi infâmes, ne cherchaient cependant que leur profit, et abandonnaient les brebis au moment du danger. Quelle différence avec Lui ! «Moi, je suis le bon berger : le bon berger met sa vie pour les brebis». «Moi, je suis le bon berger, et je connais les miens, et je suis connu des miens, comme le Père me connaît et moi je connais le Père ; et je mets ma vie pour les brebis». Jésus se montre comme étant le bon berger, parce qu’il connaît ses brebis, et que ses brebis le connaissent, en contraste avec l’homme à gages auquel les brebis n’appartiennent pas en propre (vers. 42) ; or la manière dont les brebis de Christ le connaissent est tellement divine, tellement admirable, qu’elle ne peut être comparée qu’à une chose : «Comme moi je connais le Père» ; voilà où la grâce nous a placés ! D’autre part, Jésus ne connaît pas seulement ses brebis comme son Père le connaît, de sorte qu’à tous égards la connaissance réciproque de Jésus et de ses brebis correspond à celle de Jésus et du Père, mais il met sa vie pour elles. Ensuite, il s’agit d’autres brebis encore que celles d’entre les Juifs : «Et j’ai d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie ; et il faut que je les amène, elles aussi ; et elles écouteront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger».

Au reste, le plaisir du Père ne reposait pas sur Jésus seulement parce qu’il mettait sa vie pour ses brebis, mais parce qu’il laissait sa vie : «À cause de ceci le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie, afin que je la reprenne. Personne ne me l’ôte, mais moi, je la laisse de moi-même». Ce n’est donc point seulement pour ses brebis qu’il est mort, mais afin de prouver sa confiance absolue et parfaite en son Père. Jésus ne pouvait donner davantage que sa vie ; c’était l’abandon de Lui-même non pas simplement en vue de délivrer ses brebis, mais, chose plus glorieuse, plus admirable encore, afin de manifester comme homme sa confiance inébranlable en son Père, dans un monde où l’homme avait continuellement déshonoré Dieu. Jésus, pendant tout le cours de sa vie terrestre, avait manifesté en pensées, en paroles, en actes, la perfection d’un homme vis-à-vis de Dieu ; sa vie montrait ce que c’est que la vie d’un homme dépendant de Dieu ; mais il l’a laissée afin de manifester cette dépendance d’une manière plus merveilleuse encore, et le Père l’aime à cause de ce qu’il a été non seulement en sa vie, mais en sa mort. Toutefois une vérité étonnante nous est encore révélée : laisser sa vie, était un acte de la volonté souveraine de Jésus, aussi bien que la preuve de son obéissance entière à celle de son Père ; ainsi le même acte émane à la fois de sa volonté personnelle et de sa soumission à celle de son Père. «Personne ne me l’ôte, mais je la laisse de moi-même ; j’ai le pouvoir de la laisser, et j’ai le pouvoir de la reprendre. J’ai reçu ce commandement de mon Père». La clef de ce mystère se trouve au verset 30 : «Moi et le Père, nous sommes un». Ils étaient un dans leur amour pour les brebis, un dans leur nature divine d’où provenait naturellement la grâce en faveur de l’homme, un en toutes choses.

Après cela, Jésus reparle encore de ses brebis (vers. 27), et montre qu’elles sont dans une sûreté parfaite, chose importante, puisque le Berger allait mourir. Cette mort devait-elle mettre les brebis en danger ? Bien au contraire : «Mes brebis écoutent ma voix, et moi je les connais, et elles me suivent, et moi, je leur donne la vie éternelle ; et elles ne périront jamais ; et personne ne les ravira de ma main». S’il ne s’agissait que du don de la vie éternelle, on pourrait objecter que la possession durable de cette vie dépend peut-être d’une condition à remplir par ceux qui l’ont reçue. Loin de là, ce n’est pas seulement la vie qui est éternelle en sa nature, mais les brebis elles-mêmes ne périront jamais. Enfin, si la sécurité des brebis ne dépend pas de leur faiblesse morale, y a-t-il toutefois quelque puissance extérieure à craindre pour elles ? Non, sous ce rapport aussi, rien qui leur doive causer la moindre inquiétude. Un seul pourrait en inspirer, un seul en aurait le droit, Dieu lui-même, qui est au-dessus de tout ; mais c’est précisément entre ses mains qu’elles se trouvent, entre les mains du Père comme entre celles du Fils. Oui, le Berger allait mourir ; mais cette mort même était leur sûreté. Il avait en Lui la vie éternelle, et la puissance de cette vie sur la mort serait prouvée par sa résurrection, dont le résultat devait être une abondance de vie pour les brebis. Elles sont pour toujours à l’abri de tous les dangers possibles.

Comme les Juifs lèvent de nouveau des pierres pour le lapider, parce que, étant homme, il se faisait Dieu, Jésus réfute leur objection par ces paroles : «N’est-il pas écrit dans votre loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ? S’il appelle dieux ceux à qui la parole de Dieu est venue, et l’Écriture ne peut être anéantie, dites-vous à celui que le Père a sanctifié, et qu’il a envoyé dans le monde : Tu blasphèmes, parce que j’ai dit : Je suis le Fils de Dieu ?» Il est évident que si leurs rois, leurs juges, leurs gouverneurs, avaient été appelés dieux, comme pouvoirs ordonnés de Dieu et manifestant ici-bas son caractère d’autorité et de jugement, Jésus avait à plus forte raison le droit de se nommer Fils de Dieu, Lui qui avait été directement envoyé du ciel ; or, qu’il fût Fils de Dieu, ses oeuvres mêmes le prouvaient surabondamment, car jamais personne n’en avait opéré de pareilles. Le fait que Jésus insiste sur ses oeuvres en contraste avec ses paroles, relie ce chapitre au précédent, tandis qu’au ch. 8, c’est sa parole qui est repoussée. Le voilà donc ouvertement rejeté à tous égards, soit comme étant l’expression de Dieu en ce monde, soit comme faisant les oeuvres de la grâce au milieu des hommes, et manifestant de cette manière les oeuvres de Dieu (9:3). La haine des Juifs ne connaît plus de bornes, leur seule pensée est de se débarrasser de Lui, et Jésus les quitte pour se rendre à l’endroit où Jean avait baptisé au commencement.

2.4   [Chapitre 11]

Bien que, l’épreuve fût ainsi terminée, Dieu voulait néanmoins manifester d’une manière éclatante, par quelques témoignages encore, ce qu’était la gloire du Christ rejeté et qui allait mourir. Considérés à ce point de vue, les deux chapitres suivants contiennent la même idée. Le ch. 11 nous montre sa gloire personnelle dans un événement qu’aucun autre Évangile ne mentionne, et qui contraste précisément avec la haine et le mépris des Juifs. À Béthanie, aux portes mêmes de Jérusalem, le Fils de l’homme rejeté prouve de la manière la plus évidente, la plus admirable, qu’il était le Fils de Dieu, déterminé Fils de Dieu en puissance, selon l’Esprit de sainteté, par la résurrection des morts (Rom. 1:4). Il fournit ici la démonstration éclatante que Lui seul pouvait dire ici-bas : «Je suis la résurrection et la vie», tandis qu’on ne s’attendait, de la part du Messie, qu’à la résurrection des morts au dernier jour. Le passage cité de l’épître aux Romains ne fait pas une allusion particulière à la résurrection de Jésus lui-même, mais il établit que le fait d’avoir ressuscité des personnes mortes a été la démonstration puissante qu’il était le Fils de Dieu. Certes sa propre résurrection a prouvé cela d’une manière merveilleuse ; mais alors il ne s’agissait plus de son ministère comme homme ici-bas. Plus tard, en la résurrection des saints, cette puissance du Fils de Dieu apparaîtra dans toute son étendue. Le passage des Romains exprime donc le fait d’une manière générale : la résurrection des morts est la preuve capitale que Jésus était le Fils de Dieu ; c’est là que s’est déployée sa puissance divine d’une manière irrécusable. À ce point de vue, il est facile de comprendre pourquoi l’Évangile de Jean, qui s’attache principalement à faire ressortir la gloire personnelle de Jésus, comme étant le Fils de Dieu, nous raconte lui seul la résurrection de Lazare, et en l’accompagnant d’une foule de détails qui en précisent le caractère merveilleux. Jésus avait appliqué cette puissance de résurrection à d’autres morts qu’à Lazare ; mais nulle part ailleurs elle n’apparaît à nos yeux d’une manière aussi éclatante, nulle part ailleurs Jésus ne se révèle comme étant la résurrection et la vie pour le moment actuel ; et celui dont la puissance sur la mort ne dépend ni de l’accomplissement des temps prophétiques, ni de l’arrivée du dernier jour. D’autre part, la dépendance de Christ comme étant le Fils de l’homme, ressort dans ce chapitre d’une manière non moins remarquable que sa gloire comme Fils de Dieu. Sa dépendance est si parfaite que la volonté du Père est le seul mobile de ses moindres actions, de sorte que la gloire de sa personne ne diminue jamais, à aucun degré, la perfection de son obéissance. Lorsqu’on Lui annonce que celui qu’il aime est malade, motif en apparence irrésistible pour le pousser à agir en faveur de Lazare, le Seigneur répond simplement : «Cette maladie n’est pas à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle». Il n’a point l’air de s’en émouvoir, et sa lenteur pouvait ressembler à de l’indifférence, puisque après avoir appris que Lazare était malade, il resta même encore deux jours au lieu où il était ; toutefois «Jésus aimait Marthe, et sa soeur, et Lazare». Pourquoi donc tarder encore ? C’est que son affection ne changeait en rien sa dépendance de Dieu, et qu’il attendait, pour agir, la volonté de son Père. Enfin le Seigneur dit à ses disciples : «Retournons en Judée. Les disciples-lui disent : Maître, les Juifs cherchaient tout à l’heure à te lapider, et tu y vas encore ! Jésus répondit : N’y a-t-il pas douze heures au jour ? Si quelqu’un marche de jour, il ne bronche pas, car il voit la lumière de ce monde ; mais si quelqu’un marche de nuit, il bronche, car la lumière n’est pas en lui». Il n’y avait rien en Jésus que la lumière absolue, il était Lui la lumière, il marchait dans la splendeur éclatante de la lumière de Dieu ; il a réalisé, Lui seul, d’une manière complète ces paroles qu’il adressait un jour aux foules : «Lors donc que ton oeil est simple, tout ton corps aussi est plein de lumière». Or, marchant dans ce monde selon la perfection de cette lumière, Jésus attendait, avant d’agir, la parole de son Père ; mais alors, il ne tardait plus, et tout ce qui allait arriver s’offrait d’avance à ses regards : «Lazare, notre ami, est endormi, mais je vais pour l’éveiller».

Quelle ignorance et quelle incrédulité chez ses disciples qui l’aimaient cependant ! Ils lui répondent d’abord : «Seigneur, s’il s’est endormi, il sera guéri» ; puis, lorsque Jésus leur dit ouvertement : «Lazare est mort ; et je me réjouis, à cause de vous, de ce que je n’étais pas là, afin que vous croyiez», Thomas réplique : «Allons-y, nous aussi, afin que nous mourions avec lui». Jésus allait montrer sa puissance de résurrection, et les disciples, eux, ne pensent qu’à sa mort.

Ce qui se passe au sépulcre, avant la résurrection de Lazare, nous montre, en Jésus, à la fois la conscience qu’il avait de sa divinité, et en même temps son humanité parfaite, parce que les sentiments qu’il exprime comme étant homme, sont le résultat de ce que la Divinité habitait en Lui corporellement. Non seulement il prend part à la douleur que causait la mort de Lazare, mais plus que cela, il éprouve comme nul autre ne le pouvait faire, ce que signifie la puissance de la mort dans ce monde. Jésus n’a pas ressuscité Lazare avant d’avoir pris sur son coeur, pour ainsi dire, le poids tout entier du sentiment de la puissance de la mort (comp. Matth. 8:17). L’apôtre dit (Rom. 8) que l’Esprit intercède pour nous par des soupirs inexprimables : lorsque Jésus frémit devant le sépulcre de Lazare, lorsqu’il est dit qu’il se troubla, c’était l’expression adéquate de la douleur, sans mélange d’imperfection, qui pesait sur son âme ; tandis que chez nous, au contraire, quelque chose empêche toujours que nos sentiments soient parfaits. Il est donc nécessaire que l’Esprit subvienne sous ce rapport à notre infirmité et remplace, vis-à-vis de Dieu, l’incapacité provenant de la chair. Chez Christ, tout était parfait ; jamais la chair ne se mêlait aux sentiments qu’il éprouvait, et il les exprimait à Dieu dans la perfection de ce que l’Esprit fait actuellement pour le chrétien. La réponse est conforme à cette gloire morale de Jésus : Lazare sort du tombeau. Nous sommes trop portés à ne voir en Christ que sa puissance de guérir et de ressusciter. Les sentiments qu’éveillait en Lui la misère de l’homme à cause du péché et qu’il exprimait à Dieu, ajoutent à sa puissance la preuve de son amour parfait, de sa profonde sympathie.

Ce même principe se retrouve dans toutes les circonstances de sa vie. Ainsi l’oeuvre expiatoire de Christ et l’angoisse qu’il éprouvait d’avance, ne sont point une même chose. Sur la croix seule, assurément, Jésus a été fait péché ; sur la croix seule, il a enduré la colère de Dieu et il a accompli l’expiation ; mais il n’en est pas moins vrai que le Seigneur a anticipé non seulement la souffrance expiatoire, mais encore tout ce qui devait la précéder, tout ce que Satan et les hommes ont ajouté à la colère de Dieu ; il en a porté devant Dieu le poids qui pesait sur son coeur. L’acte suprême du sacrifice pour le péché n’a nullement constitué à lui seul toutes les souffrances de Christ ; Gethsémané a précédé le Calvaire (voyez aussi 12:27 ; 13:21). J’insiste sur ce point, parce que nombre de chrétiens n’ont jamais vu dans les miracles autre chose que le simple exercice de la puissance de Jésus, oubliant que Matthieu cite expressément Ésaïe 53:4, comme dépeignant le caractère de sa vie ici-bas. Lui, qui voyait devant ses yeux les créatures de Dieu telles que Dieu les avait faites, et en même temps les conséquences affreuses du péché, les ravages que la maladie et la mort exerçaient au milieu d’elles, il y a sympathisé comme Dieu seul pouvait le faire, et sa puissance pour guérir n’était égalée que par la profondeur de son amour et de sa commisération. Ainsi, dans ce chapitre, Jésus ne s’approche pas du sépulcre avec les signes apparents de la puissance et de la majesté divines, il n’opère pas la résurrection de Lazare avec forfanterie et d’un tour de main, pour ainsi dire. Au contraire, quelle perfection morale ! Bien qu’il eût la conscience de sa gloire, bien qu’il fût le Fils de Dieu, et qu’il sût que le Père l’exauçait toujours, il pleure et frémit en présence du pouvoir de la mort, Lui qui en comprenait la cause, Lui que son amour pour l’homme avait amené sur la terre, Lui qui allait donner sa vie en rançon pour le péché.

Jésus ressuscite les morts, il délivre l’homme de la puissance de la mort, et les Juifs, voyant cela, se décident à le faire mourir. Depuis longtemps déjà les zélés de Jérusalem, les chefs du peuple, les Pharisiens, les représentants de la religion, cherchaient à se débarrasser de Lui ; ce miracle les confirme dans leur résolution, et le souverain sacrificateur prononce la sentence de mort sur le Fils de Dieu. C’est que sa puissance de résurrection manifestée publiquement aux portes mêmes de Jérusalem et d’une manière particulièrement solennelle, avait excité au plus haut degré la haine de celui qui avait le pouvoir de la mort. La splendeur de la gloire de Jésus menaçait l’autorité du prince de ce monde et de ses acolytes ; un pareil affront ne pouvait Lui être pardonné. Quant à la multitude, il est probable qu’elle ne s’est bien rendu compte des conséquences de la haine des Juifs, que lorsque la résolution de faire mourir Jésus eut été ouvertement déclarée.

2.5   [Chapitre 12]

Si d’un côté Satan excite à la haine et au meurtre les hommes qui lui appartiennent, de l’autre, Dieu a soin de faire rendre témoignage à la gloire de Jésus, en vue de sa mort, par un coeur dans lequel sa grâce a pénétré. Jean seul mentionne ici Marie, la soeur de Lazare, tandis que Matthieu (26:2) et Marc (14:3) ne nous disent pas son nom ; lui seul aussi ajoute que Lazare était un des convives et que Marthe servait. Mais voici encore une autre différence : si l’on compare le récit de Matthieu ou de Marc avec celui de Jean, il est hors de doute que Marie a oint non seulement les pieds, mais aussi la tête de Jésus ; Matthieu et Marc ne parlent que de la tête, tandis qu’ici nous lisons au contraire : «Marie donc, ayant pris une livre de parfum de nard pur, de grand prix, oignit les pieds de Jésus et lui essuya les pieds avec ses cheveux». Oindre la tête était chose naturelle, mais oindre les pieds est un acte d’affection particulière que Jean voulait nous signaler, et que nous rencontrons à deux points de vue différents, d’abord au ch. 7 de Luc, puis dans ce chapitre-ci. Luc nous parle d’une femme qui était pécheresse, mais dont il tait le nom, qui certainement n’était pas Marie la soeur de Lazare, et que rien ne prouve non plus avoir été Marie Madeleine. Cette femme oignit seulement les pieds de Jésus, en les couvrant aussi de ses larmes et de ses baisers, et en les essuyant avec ses cheveux. Son nom n’est pas indiqué, et cela pour une raison morale qui me semble pleine de beauté ; mais il est inscrit au ciel, et cela suffit ; quant à Marie, au contraire : «En vérité, je vous dis qu’en quelque lieu que cet Évangile soit prêché dans le monde entier, ce que cette femme a fait sera aussi publié en mémoire d’elle». L’acte est le même dans les deux cas ; mais la pécheresse se trouve aux pieds de Jésus dans le sentiment de son amour ineffable malgré tous les péchés qu’elle a commis, tandis que Marie s’y trouve dans le sentiment de la gloire de Jésus et non sans avoir un instinct du danger qui le menaçait. Ces deux femmes se taisent ; mais les pensées de leur coeur se manifestent par l’hommage qu’elles rendent au Seigneur, qui les comprend et les approuve.

En contraste avec Marie, nous voyons Judas dans la même scène : elle, remplie d’affection pour Jésus dont elle a saisi la gloire, lui, ne songeant qu’à satisfaire son avarice. Combien souvent les mêmes circonstances servent à manifester à la fois la fidélité et le dévouement d’une part, d’autre part la fausseté, l’égoïsme, ou la mondanité du coeur ! Après cela, nous assistons à l’entrée du Seigneur à Jérusalem en sa qualité de Fils de David, témoignage rendu au Messie. Puis, en apprenant que des Grecs montés à la fête, désiraient le voir, Jésus se présente sous le caractère du Fils de l’homme : «L’heure est venue pour que le Fils de l’homme soit glorifié. En vérité, en vérité, je vous dis : À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit». Pour que la gloire du Fils de l’homme, pour que sa puissance apparaissent, la mort est nécessaire ; c’est le couronnement de sa vie d’obéissance, de sa perfection vis-à-vis de Dieu, et en même temps le seul moyen pour que d’autres hommes aient part à la gloire du Fils de Dieu. Ici, comme plus tard en Gethsémané, Jésus anticipe cette heure terrible, car ce n’est point en stoïcien qu’il est allé au-devant de la mort : «Maintenant mon âme est troublée ; et que dirai-je ? Père, délivre-moi de cette heure ; mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure». Toutefois la pensée constante de Jésus, c’est la gloire de Dieu : «Père, glorifie ton nom». Ceci avait eu lieu lors de la résurrection de Lazare, et devait se manifester d’une manière plus admirable encore en la résurrection de Jésus. Une voix du ciel répond : «Et je l’ai glorifié, et je le glorifierai de nouveau».

Après cela, Jésus annonce encore une fois le jugement de ce monde, et parle de sa croix comme devenant le point d’attraction pour tous les hommes, en contraste avec l’attente juive d’un Messie éternel. Sa soumission à la volonté du Père ne connaît point de bornes ; mais les résultats de cette obéissance sont aussi sans limites. Cependant la foule ne comprend rien ni à la nécessité de ses souffrances, ni à sa gloire personnelle. D’un côté, on répond à Jésus : «Nous, nous avons appris de la loi que le Christ demeure éternellement : et comment, toi, dis-tu qu’il faut que le Fils de l’homme soit élevé ? Qui est ce Fils de l’homme ?» De l’autre, il est dit au verset 37 : «Et quoiqu’il eût fait tant de miracles devant eux, ils ne crurent pas en lui». Toujours le même mystère impénétrable subsiste pour l’intelligence de l’homme : la divinité de Jésus et son humanité. La loi et les prophètes avaient parlé de la gloire personnelle du Messie, et ils ne peuvent la concilier avec la grâce et la vérité dont la mort de Jésus devait être la suprême manifestation ; la loi et les prophètes avaient parlé des souffrances de Christ, mais lorsque Jésus annonce sa mort, les Juifs répliquent que le Messie vit éternellement. La voix de la grâce et de la vérité, c’était celle de Christ venu pour mourir dans la honte, en sacrifice pour les pécheurs, bien que quant à sa personne il fût éternel. Lorsqu’on n’attache de prix qu’à la loi, on est incapable de comprendre ni Jésus, ni la loi. Au reste, le prophète Ésaïe l’avait dit longtemps d’avance : «Seigneur, qui est-ce qui a cru à ce qu’il a entendu de nous, et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ?» Jamais ils n’avaient écouté la voix de leurs prophètes, et leurs oreilles sont restées sourdes à celle de Jésus ; la lumière est venue, mais leurs yeux étaient aveuglés. Si même plusieurs d’entre les chefs crurent en Lui, ce ne fut point la foi réelle du coeur qui détermine la confession : «Mais à cause des Pharisiens, ils ne le confessaient pas, de peur d’être exclus de la synagogue, car ils ont aimé la gloire des hommes plutôt que la gloire de Dieu».

Enfin Jésus rend son dernier témoignage, et s’écrie : «Je suis venu dans le monde, la lumière, afin que quiconque croit en moi, ne demeure pas dans les ténèbres». Tel il nous est apparu depuis le premier chapitre ; mais les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises ; tels aussi ils se sont montrés pendant toute la durée du ministère de Christ : la lumière a fait ressortir les ténèbres où ils se trouvaient. Jésus termine en rappelant encore qu’il n’avait pas parlé de Lui-même, mais comme étant l’envoyé du Père, et que la conséquence de ses paroles est la vie éternelle ou le jugement au dernier jour : «Si quelqu’un entend mes paroles et ne les garde pas, moi, je ne le juge pas ; car je ne suis pas venu afin de juger le monde, mais afin de sauver le monde. Celui qui me rejette et qui ne reçoit pas mes paroles, a qui le juge ; la parole que j’ai dite, celle-là le jugera au dernier jour. Car moi, je n’ai pas parlé de par moi-même ; mais le Père qui m’a envoyé, Lui-même m’a commandé comment j’avais à parler et ce que je devais dire ; et je sais que son commandement est la vie éternelle. Les choses donc que moi je dis, je les dis comme le Père m’a dit».

2.6   [Chapitre 13]

Les deux chapitres 13 et 14 servent d’introduction à la dernière partie de l’Évangile de Jean. Rien ne manquait au témoignage que Jésus avait rendu, non pas avec l’espoir d’être reçu par les hommes, mais à la gloire de Dieu qui l’avait envoyé. Dès lors, il se sépare des hommes pour prendre une place digne à la fois de sa gloire intrinsèque, de sa gloire comme Fils de Dieu, et de celle qui Lui est conférée en sa qualité de Fils de l’homme, ainsi que pour donner aux siens une part avec Lui dans cette gloire céleste, au lieu d’établir son règne messianique sur la terre en rapport avec le peuple d’Israël. Il ne s’agit plus ni des Juifs, ni des hommes en général, et Jésus s’adresse aux siens qui sont dans le monde, objets constants de son amour inaltérable ; il s’adresse à eux comme étant sur le point de quitter ce monde, pour prendre la place qui sied à sa nature divine et à la gloire que le Père Lui a destinée, mais pour la prendre d’une manière toute nouvelle, comme homme ressuscité, car le ciel était une chose nouvelle pour l’homme Jésus sur cette terre. Bien que le Seigneur sache d’avance qu’un de ses disciples le trahira, qu’un autre le reniera, son amour ne se laisse point rebuter, et il leur donne un signe visible du service que cet amour devait leur rendre, des soins qu’il prendrait d’eux, après avoir quitté la terre pour entrer dans sa gloire. Lorsque Jésus était au milieu de ses disciples, il leur avait prodigué son affection et sa sollicitude, ils avaient eu part avec Lui ; désormais, il ne s’agissait plus de la terre, mais du ciel, des soins de sa grâce en rapport avec la gloire où il serait, en rapport avec cette position toute nouvelle qu’il allait prendre ; les disciples ici-bas devaient avoir part avec Lui dans le ciel, comme ils avaient été unis avec Lui sur la terre, et c’était de nouveau à leur service qu’il serait dans la gloire, comme il l’avait été dans la honte et le mépris. «Si je ne te lave, tu n’as pas de part avec moi». Le lavage des pieds n’indique pas l’expiation du péché, ni la souffrance pour les péchés, mais les soins de l’amour de Jésus en faveur des saints, afin de les rendre capables d’avoir communion avec Lui ici-bas, avant d’être réunis avec Lui dans les demeures célestes. Pour entrer dans la gloire avec Jésus, il faut être net, il faut avoir été une fois nettoyé, lavé de ses péchés dans son sang (*) ; mais pour vivre en communion pratique avec Lui tel qu’il est maintenant dans la gloire, il faut le lavage continuel par l’application de la Parole : «Celui qui a tout le corps lavé, n’a besoin que de se laver les pieds». L’acte du Seigneur, en lavant les pieds de ses disciples, signifie l’emploi de la Parole par le moyen du Saint Esprit, en rapport avec tout ce qui est opposé, pendant notre marche terrestre, à nos relations avec Christ glorifié dans le ciel. Le Saint Esprit applique la Parole à nos consciences, afin de nous faire éviter ce qui tend à interrompre notre communion avec Jésus, ou afin de nous ramener dans cette communion lorsque nous l’avons perdue. Son oeuvre ici-bas correspond à la sollicitude de Jésus dans le ciel, à son activité en faveur de ceux avec la cause desquels il s’identifie. Le Seigneur indique à ses disciples, que ce lavage de leurs pieds fait allusion à une chose qu’ils comprendront plus tard, et qu’il a une signification mystique. Bien que son amour et sa condescendance apparussent d’une manière étonnante dans l’attitude même qu’il prenait devant ses disciples, toutefois cet amour s’était montré déjà auparavant de tant de manières différentes, que le lavage des pieds devait nécessairement signifier autre chose qu’un simple service extérieur, ce qui ressort également des paroles suivantes de Jésus : «Vous m’appelez maître et seigneur, et vous dites bien, car je le suis ; si donc moi, le Seigneur et le Maître, j’ai lavé vos pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres». Ce que Pierre ne comprenait pas, mais qu’il comprendrait dans la suite, ce n’était donc nullement la bonté du Seigneur ici-bas, qui ne reculait devant aucun service lorsqu’il s’agissait de ses disciples, mais d’une grâce nouvelle, d’un service tout différent de ce que Jésus avait fait durant sa carrière terrestre. Le lavage des péchés a eu lieu par le sang de Christ ; mais à côté de cela, il y a le lavage d’eau à deux points de vue différents : le lavage de la régénération, inséparable de la rédemption par son sang, qui a eu lieu également une fois pour toutes (Tite 3:5 ; Éph. 5:26 ; Hébr. 10:32 ; Jean 3:5 ; 1 Pierre 1:23) ; et le lavage des pieds, c’est-à-dire l’application constamment renouvelée, constamment nécessaire, de la Parole à nos consciences par l’opération du Saint Esprit, lequel nous fait ainsi découvrir les choses incompatibles avec notre position d’enfants de Dieu, et nous amène à nous juger dans les détails de notre marche journalière.

(*) Les disciples n’étaient pas encore nettoyés par le sang de Christ, mais déjà nés d’eau et d’Esprit ; l’Esprit avait produit cette oeuvre morale en eux par la parole de Jésus (voyez 15:3).

Quel contraste entre cette grâce de Jésus et la trahison de Judas ! Ici encore, il est dit que Jésus fut troublé dans son esprit. À la fin du chapitre, Judas étant sorti pour le livrer entre les mains des Juifs, il parle de sa mort comme devant glorifier Dieu : «Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même, et incontinent il le glorifiera». Sa mort n’est pas envisagée au point de vue du pardon et de la délivrance des siens, mais comme le moyen suprême de glorifier Dieu, car Jésus n’a pas reculé devant la croix pour cela, et en Lui Dieu a été glorifié bien davantage que si le péché n’était jamais entré dans le monde. Maintenant nous savons que Dieu aussi l’a glorifié. Les Juifs attendent la gloire terrestre du Messie, mais les paroles que Jean nous rapporte, annoncent la glorification de Jésus après sa mort, bien avant l’époque de la manifestation publique de sa gloire sur la terre. Dans sa mort, il a été seul ; l’arche a dû précéder le peuple dans le Jourdain : «Là où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant, mais tu me suivras plus tard».

2.7   [Chapitre 14]

Si l’amour de Jésus occupé de la communion pratique des saints ici-bas avec Lui dans la gloire, était en contraste avec le règne du Messie sur la terre, de même aussi, au chapitre 14, l’espérance qu’il donne à ses disciples : «Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi». Invisible au monde, au lieu de se manifester en gloire et en puissance, il devait être l’objet de la foi ici-bas, comme l’était Dieu lui-même ; désormais l’espérance des disciples ne pouvait plus se borner à des bénédictions terrestres, le caractère même de leur espérance devant être en rapport avec la gloire de Jésus invisible dans le ciel ; mais ce genre nouveau de bénédictions était supérieur à tout ce qu’ils pouvaient imaginer : «Dans la maison de mon Père, il y a plusieurs demeures ; s’il en était autrement, je vous l’eusse dit ; car je vais vous préparer une place. Et si je m’en vais, et que je vous prépare une place, je reviendrai, et je vous prendrai auprès de moi, afin que là où je suis, moi, vous, vous soyez aussi». Voilà ce que leur déclare le Fils ; les prophètes parlaient d’une autre espérance ; celle-ci, le Fils seul était digne de la révéler, le Fils seul pouvait être le premier qui annonçât aux disciples sur la terre leur part dans cette scène d’amour, de sainteté et de gloire, qu’il connaissait si bien. L’espérance dont il s’agit pour eux, c’est d’être avec Lui : «Afin que là où je suis, moi, vous, vous soyez aussi». Désormais, pour un disciple de Christ, tout dépend de ce privilège. La place due au Fils de Dieu était celle que la grâce voulait donner aux enfants de Dieu. C’est donc bien davantage encore que les soins de Jésus pour maintenir des hommes en communion avec Lui dans la gloire, puisque, en quittant la terre pour monter au ciel, il ne faisait que précéder ses disciples, allant là où ils seraient eux-mêmes un jour avec Lui ; pour comble de grâce, il veut encore prendre sur Lui seul, pour ainsi dire, le soin de faire entrer les siens dans la gloire où il se trouve : «Et si je m’en vais, et que je vous prépare une place, je reviendrai, et je vous prendrai auprès de moi». Voilà une attente qui, sous tous les rapports, dépasse les plus brillantes espérances du peuple juif.

Ensuite, Jésus montre à ses disciples quel est le fondement réel de leur espérance ; c’est sur Lui qu’elle repose : «Vous savez où je vais, et vous en savez le chemin», leur dit-il d’abord ; mais les disciples ne comprennent pas assez la gloire de sa personne : «Nous ne savons pas où tu vas !» Alors Jésus ajoute : «Je suis le chemin, et la vérité, et la vie». Il s’agissait d’aller auprès du Père, et nul ne vient au Père que par Lui ; en croyant à Jésus, en le recevant, on vient au Père, c’est l’unique moyen. Les disciples auraient dû savoir qu’il était la seule révélation possible du Père, puisqu’il était le Fils de Dieu ; il était dans le Père et le Père en Lui, et comme les paroles qu’il disait Lui étaient dictées du Père, de même, aussi c’était le Père qui faisait les oeuvres. Mais le Seigneur, outre qu’il est le chemin, est aussi la vérité, la révélation parfaite de toutes choses, la révélation de toutes choses comme Dieu les envisage ; la vérité en Jésus ne consiste pas dans la communication de l’omniscience à ceux qui croiront en Lui, mais dans la capacité de juger de toutes choses au point de vue de Dieu, selon la pensée de Dieu. Enfin, il est la vie en laquelle précisément on est rendu capable de saisir la vérité et d’en jouir par la puissance du Saint Esprit. La première partie de ce chapitre nous montre donc Jésus révélé à ses disciples selon sa gloire personnelle de Fils de Dieu, et en qui seul le Père est connu. Ils croyaient bien que le Seigneur n’était pas seulement le fils de Marie, mais le Fils du Père ; toutefois les conséquences de cette gloire leur échappaient totalement, sans quoi ils eussent compris ce que Jésus leur disait touchant son départ. Tout dans sa personne, ses paroles, ses oeuvres, témoignait de sa gloire, que les disciples ne saisissaient que faiblement, et l’espérance qu’il leur donne est en rapport direct avec cette gloire manifestée sur la terre.

À partir du verset 12, Jésus déclare autre chose à ses disciples, non plus ce qu’ils auraient dû comprendre, ce qu’ils avaient eu l’occasion de connaître en Lui, mais une chose nouvelle impossible à saisir pour le moment. «En vérité, en vérité, je vous dis : Celui qui croit en moi, fera lui aussi les oeuvres que moi je fais, et il en fera de plus grandes que celles-ci ; parce que moi, je m’en vais au Père. Et quoi que vous demandiez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous demandez quelque chose en mon nom, moi, je le ferai. Si vous m’aimez, gardez mes commandements ; et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, pour être avec vous éternellement, l’esprit de vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas ; mais vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure avec vous, et qu’il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viens à vous. Encore un peu, et le monde ne me verra plus ; mais vous, vous me verrez ; parce que moi je vis, vous aussi vous vivrez. En ce jour-là, vous connaîtrez que moi je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous». Il s’agit donc ici de la promesse du Saint Esprit et des conséquences de ce qu’il serait communiqué aux disciples. Le Saint Esprit ne devait pas être avec eux d’une manière passagère ici-bas, comme Jésus, mais séjourner à demeure avec eux, rester éternellement, en contraste avec toute espèce de bénédictions temporaires ; plus que cela, il devait être en eux, ce qui exprime une intimité qu’aucun exemple humain ne saurait présenter à la pensée. Au verset 13, Jésus leur indique qu’au lieu de pleurer son absence, garder ses commandements est la meilleure manière de Lui témoigner de l’affection.

Dans ce chapitre, chose digne de remarque, le Seigneur emploie le présent lorsqu’il parle de Lui et du Saint Esprit. Au commencement, il dit : «Je vais vous préparer une place». Il était sur le point de partir, et en même temps son départ était certain ; de même quant à son retour : «Je reviens», non pas : je reviendrai ; le présent indique ici en grec, comme dans nos langues modernes, que la chose ne doit laisser aucun doute et peut avoir lieu d’un moment à l’autre. Nous lisons également, au verset 17, touchant le Saint Esprit : «Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure avec vous» ; l’emphase est mise sur le fait de la demeure permanente de l’Esprit.

Voilà donc les deux grandes vérités contenues en ce chapitre : la part future des disciples avec Jésus dans la maison du Père, puis ici-bas, la demeure du Saint Esprit avec eux et en eux, comme conséquence de la vie éternelle en Jésus ressuscité. Possédant ainsi le Saint Esprit comme la puissance de la vie en Lui, les disciples connaîtraient Jésus d’une manière plus intime, ils seraient plus rapprochés de Lui que s’ils l’avaient eu au milieu d’eux comme le Messie, dans la gloire de sa royauté, parce que «vous connaîtrez que moi je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous».

Outre cela, l’habitation du Saint Esprit en eux devait produire des résultats nouveaux quant à leur marche ici-bas, et cela de deux manières : non seulement la connaissance de Jésus et du Père, telle qu’elle est exprimée au verset 20, mais d’abord l’amour du Père et de Jésus, et la manifestation de Jésus au coeur et à l’âme, comme résultat conditionnel de leur obéissance, puis la demeure du Père et du Fils en ceux qui garderaient la parole de Jésus. «Celui qui a mes commandements, et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime, sera aimé de mon Père ; et moi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui». Outre l’amour de Dieu pour ses enfants parce qu’ils sont tels, il est parlé ici de l’amour du Père et du Fils en raison de leur obéissance. Ensuite, il ne s’agit pas seulement d’observer des commandements, mais de garder la parole de Jésus : «Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui ; celui qui ne m’aime pas, ne garde pas mes paroles. Et la parole que vous entendez, n’est pas la mienne, mais celle du Père qui m’a envoyé». Il y a une différence entre obéir à ses commandements et suivre sa pensée et sa volonté ; mais aussi une différence dans la bénédiction qui en résulte. Lorsque l’obéissance est plus apparente que réelle, et qu’on n’a pas jugé l’égoïsme et la mondanité de son coeur, on se borne à ces deux questions : Faut-il que je fasse ceci ? Dois-je laisser cela ? On cherche à rattacher ses actes à des commandements péremptoires, afin d’être libre dans toutes les choses qui ne sont pas expressément défendues. La bénédiction du verset 21 ne s’adresse certainement pas à un état pareil du coeur ; mais il se peut néanmoins que, tout en désirant marcher avec le Seigneur, notre vie consiste plutôt à éviter le mal qu’à agir selon sa pensée, animés d’une profonde affection pour Lui. Quiconque aime Jésus, garde ses commandements ; mais garder sa parole est le signe qu’on connaît sa volonté, que le coeur est attentif à la suivre, et elle imprime alors à toute notre vie un cachet particulier ; on comprend la volonté du Seigneur et ce qui Lui est agréable, sans avoir recours à des commandements formels. Celui qui ne l’aime pas, ne garde ni sa parole, ni même ses paroles (vers. 24) ; ni l’ensemble des pensées de Jésus, ni ses instructions particulières, ne dirigent la marche. Un chrétien observera bien pour le moins quelques-unes de ses paroles, mais dans ce cas, il ne peut s’attendre à aucune des bénédictions promises à l’obéissance. Si notre coeur et notre vie tout entière sont formés par l’obéissance, quelle joie alors, quelle puissance dans cet assujettissement volontaire aux pensées de Jésus, dans cette communion pratique avec le Père et le Fils ! Oserions-nous dire qu’une telle marche caractérise notre vie journalière ?

Jésus termine ce discours en disant aux disciples que l’Esprit Saint leur enseignerait toutes choses et leur remettrait en mémoire tout ce qu’il leur avait communiqué pendant qu’il était ici-bas avec eux. Puis le Seigneur ajoute : «Je vous laisse la paix ; je vous donne ma paix ; je ne vous donne pas, moi, comme le monde donne». La paix était le résultat de la mort de Jésus ; mais sa paix, c’était celle qu’il avait connue sur la terre, celle qui l’avait caractérisé comme homme marchant sous le regard de Dieu. Dans ce monde, on se donne mutuellement bien des choses, mais en gardant les meilleures pour soi ; Jésus seul, parce qu’il était Dieu, pouvait donner autrement, sans réserve, même ce qui était le plus précieux. D’autre part, il s’attend aussi à une confiance illimitée, et désire une affection pareille à la sienne, sans mélange d’égoïsme : «Que votre coeur ne soit pas troublé, ni craintif. Vous avez entendu que moi je vous ai dit : Je m’en vais, et je viens à vous. Si vous m’aviez aimé, vous vous seriez réjouis de ce que je m’en vais au Père, car mon Père est plus grand que moi».

Ici-bas, toutefois, c’était à Satan que Jésus allait avoir affaire, bien que Satan n’eût rien en Lui ; mais afin de montrer son obéissance jusqu’à la mort, et qu’ainsi le monde connût qu’il aimait le Père, et qu’il agissait comme le Père lui avait commandé.

3                        Chapitres 15 à 21

3.1   [Chapitre 15]

Au chapitre 15, Jésus se substitue à Israël envisagé comme étant ici-bas la vigne de Dieu, responsable de porter du fruit pour Lui ; il ne prend pas la place de l’homme tel quel, pécheur et, perdu, mais du peuple établi par Dieu, élu selon ses conseils, du peuple auquel appartenaient les privilèges, les promesses, les espérances, ainsi qu’il l’avait dit Lui-même (chap. 9) : Le salut vient des Juifs. Cette place d’honneur qui leur avait été accordée, les rendait d’autant plus coupables d’avoir abandonné Dieu et rejeté leur Messie ; dorénavant il n’y avait plus aucun rapport entre Israël et ceux que Jésus appelait à Lui hors du monde. La vigne de l’Éternel (Ésaïe 5) n’avait rapporté que des grappes sauvages ; Christ seul était le véritable cep ici-bas, selon la pensée de Dieu ; en dehors de Lui, tout était tombé au pouvoir de Satan, et la seule bénédiction possible était désormais rattachée à sa personne. Au chapitre précédent, le Seigneur avait terminé son discours en disant aux disciples : «Levez-vous, partons d’ici». Je pense que ces paroles indiquent, de sa part comme de celle des disciples, l’abandon de toute espèce de rapport avec cette terre. De même que Jésus s’était levé, ch. 13, considérant ainsi d’avance son oeuvre terrestre comme achevée, et se préparant à la continuer pour eux d’une nouvelle manière comme leur souverain sacrificateur dans les lieux célestes, de même aussi, il appelle maintenant les disciples à quitter leurs rapports terrestres avec Lui au milieu de son peuple. C’est Lui qui se substitue désormais à tous les liens religieux qui moralement les avaient rattachés au système juif et avaient exercé de l’empire sur leur esprit ; car il était devenu évident que le judaïsme ne pouvait procurer ni bénédiction ni sécurité à l’âme dans ce monde. De toute manière il n’y a plus que Christ, rien en dehors de Lui.

«Moi, je suis le vrai cep, et mon Père est le cultivateur»  : non seulement il se substitue au judaïsme, mais encore le Père remplace désormais l’Éternel [Jéhovah] d’Israël ou le Dieu Tout-puissant ; c’est au Père de Jésus que les disciples ont affaire, c’est, Lui qui prendra soin d’eux. «Tout sarment en moi, qui ne porte pas de fruit, il l’ôte ; et tout sarment qui porte du fruit, il le nettoie, afin qu’il porte plus de fruit». Du fruit, voilà ce que Dieu veut, et non point seulement l’observation de certaines règles de conduite extérieure. Ceux qui prennent la position de sarments du vrai cep, doivent s’attendre soit à être retranchés, s’ils ne portent pas de fruit, soit à être émondés, s’ils en portent, afin qu’ils en donnent davantage ; tel est le principe général. Quant aux disciples, le Seigneur dit expressément : «Vous êtes déjà nets, à cause de la parole que je vous ai dite».  Les versets 4 et 5 contiennent des exhortations qui s’appliquent à cet état des disciples : pour porter du fruit, ils doivent demeurer en Lui. Il n’est point question dans ce chapitre de la grâce divine qui sauve les pécheurs, efface leurs iniquités, oublie leurs transgressions, mais de la puissance de la Parole employée à juger tout ce qui est contraire au caractère de Dieu manifesté en Christ ou, plutôt encore, à la volonté du Père révélée en Lui, règle morale de conduite infiniment supérieure à la loi de Moïse, qui n’était que négative, tandis que la parole de Christ est positive. Cette parole les avait déjà rendus nets ; la loi, bien que divine, ne suffisait pas. Ensuite le Seigneur ajoute : «Comme le sarment ne peut pas porter de fruit de lui-même, à moins qu’il ne demeure dans le cep, de même vous non plus, à moins que vous ne demeuriez en moi». «Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment, et il sèche ; et on les amasse et on les met au feu, et ils brûlent». Ce n’est donc pas la grâce de Dieu agissant en faveur de ceux qui sont perdus, mais la ligne de conduite tracée pour ceux qui se trouvent ainsi associés à Christ, et aux versets 2, 6, les voies de Dieu, les voies de son Père, envers, quiconque professe avoir cette position. J’insiste là-dessus, il s’agit d’une profession de foi et non point exclusivement de ceux qui possèdent la vie éternelle. Les Juifs étaient en dehors du cep qui remplaçait désormais le judaïsme sur la terre ; aujourd’hui tous ceux qui se nomment chrétiens sont des branches de ce cep, mais sans être nécessairement des membres du corps de Christ. Jésus s’adresse à ses disciples qui étaient nets, et il parle en même temps, d’une manière générale, de tous ceux qui le suivent, car plusieurs qui avaient cru en Lui, venaient déjà de le quitter. On pouvait en apparence avoir abandonné le système juif pour venir à Christ, on pouvait avoir tout laissé pour Lui, en dépit de la haine et de la moquerie, chose grave assurément et difficile, qui semblait dénoter une conviction profonde, une sincérité réelle, et néanmoins cela même ne suffisait pas ; il fallait encore une autre preuve : demeurer en Christ. C’est là une des expressions les plus caractéristiques de l’Évangile de Jean, tant au point de vue de la grâce qu’à celui du gouvernement de Dieu, parce que le christianisme n’est pas la révélation d’un dogme, mais celle d’une personne qui a opéré la rédemption, et qui aussi, cela va sans dire, a la vie en elle-même et la communique. Il en résulte donc une responsabilité d’un genre tout nouveau, d’autant plus frappant dans cet Évangile, qu’il insiste particulièrement sur l’amour absolu de Dieu, sa grâce sans condition et sans réserve (voyez chap. 3). C’est que, malheureusement, la chair est capable d’imiter la foi ; elle peut prendre pour longtemps une apparence de religion, et renoncer aux choses qui caractérisent le monde ; des multitudes allaient bientôt quitter le judaïsme et se faire baptiser pour Christ ; mais le baptême, pas davantage que tout autre ordonnance, n’est la pierre de touche de la vraie piété ; il n’y en a qu’une seule : demeurer en Lui.

Au verset 4, Jésus dit aux disciples : «Demeurez en moi, et moi en vous».  C’est de responsabilité qu’il s’agit, alors l’homme vient en premier lieu ; au contraire, dès qu’il s’agit de la grâce, c’est Jésus qui vient en premier lieu. Lui, il est le même, hier, aujourd’hui, éternellement ; sous ce rapport, entière sécurité. Mais dès qu’il est question de l’homme, de sa responsabilité, c’est bien autre chose : il faut donc regarder constamment à Lui, s’attacher à Lui, vivre dans sa dépendance. À la fin du verset 4, il n’est pas dit : À moins que je ne demeure en vous, mais : À moins que vous ne demeuriez en moi.

«Je suis le cep, vous les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car, séparés de moi, vous ne pouvez rien faire». Ce n’est pas de la foi que le Seigneur parle ici, mais des actes dont la foi, il est vrai, est la seule source. Jésus désire que nous portions beaucoup de fruit ; or impossible de porter du fruit sans demeurer en Celui en qui nous croyons. Qu’il s’agisse d’une personne ou d’un système religieux quelconque, auxquels on s’attache plutôt qu’à Lui, si l’on espère porter du fruit ainsi, on s’abuse ; les hommes peuvent alors admirer nos oeuvres, mais Dieu les renie.

Ainsi donc Jésus n’est pas seulement la vie éternelle pour l’âme qui croit en Lui, mais aussi la seule force qui la rende capable de porter du fruit, lorsqu’on l’a reçu. Pour que cette, force agisse, il faut que le coeur soit occupé de Lui ; que l’âme vive dans sa dépendance ; qu’il soit, Lui seul, l’objet de nos pensées au milieu des épreuves, des difficultés et des devoirs de la vie ; car, même en accomplissant un simple devoir, il faut avoir Christ devant ses yeux. Or une vie pareille devient insupportable, lorsqu’on n’a pas appris à se juger soi-même, à jouir de Christ, à persévérer dans la prière. Alors on se détourne de Lui pour chercher sa satisfaction autre part. On s’occupe de sentiments religieux, d’expériences, de systèmes humains ; on cherche à réhabiliter l’homme d’une manière ou d’une autre ; on a recours au sacerdoce, aux ordonnances, au légalisme. De telles personnes retournent ainsi, en principe, à la mauvaise vigne, au lieu de rester attachées au vrai cep. Il se peut même qu’elles retombent dans le monde, cet ennemi déclaré du Père ; et ceci arrive fréquemment, lorsqu’après être sorti des systèmes légaux, de la religion charnelle et de ses prétendus privilèges, on se lasse de suivre Jésus. Cette religion-là n’est pas nouvelle, elle existait avec une apparence de perfection au milieu du peuple d’Israël ; mais, en présence de Christ, elle a montré ce qu’elle valait : la forme ne laissait rien à désirer ; la réalité manquait de toute manière. Cette religion n’a produit que des adversaires de Dieu, incapables de comprendre ses pensées : «Ils ont haï et moi et mon Père». C’est toujours Christ qui met définitivement le coeur de l’homme à l’épreuve.

Après avoir déclaré qu’il est impossible de produire du fruit sans être dans le cep, et si l’on ne demeure pas en Lui, le Seigneur ajoute ces paroles solennelles : «Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors». Appliquez ce langage à la vie éternelle, ou, mieux encore, à notre union avec Christ, l’Évangile n’offrira plus la moindre sécurité, et vous tomberez dans une confusion inextricable. Lorsqu’il s’agit de la possession de la vie en Christ, ou de l’union des croyants avec Lui, aucun passage ne mentionne la possibilité de perdre cette vie, ni la possibilité qu’un membre de Christ soit retranché. Mais il arrive bien souvent que ceux dont la religion n’est qu’affaire d’intelligence, loin de se convertir, finissent par renier ouvertement le Seigneur et par tomber dans toute espèce de corruption (voyez la deuxième épître de Pierre). La simple connaissance des vérités divines, quelque grande qu’elle puisse être, ne communique à elle seule, aucune énergie, aucune force de résistance ; la moindre occasion de scandale, le premier désappointement font perdre courage ; on cesse de suivre Christ, et l’état de ces personnes devient pire qu’auparavant ; c’est alors la ruine éternelle : «Des arbres sans fruit, deux fois morts, déracinés» (Jude 2). L’expérience prouve, en effet, que ceux qui n’avaient pas la vie en Christ, et qui ont professé Lui appartenir, deviennent, après l’avoir abandonné, plus hostiles à la piété qu’ils ne l’étaient auparavant. «Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment, et il sèche. Et on les amasse, et on les met au feu, et ils brûlent». Sans une foi réelle, aucune dépendance du Seigneur, aucune force pour marcher. Les vérités du christianisme ont plu à l’intelligence, mais sans pénétrer dans le coeur. Mieux vaudrait ne les avoir jamais acceptées.

«Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez, et il vous sera fait» (15:8). Ici il n’est plus question de fruit, mais de la bénédiction qui résulte de ce qu’on demeure en Jésus, et du prix qu’on attache à ses paroles. L’Ancien Testament ne suffit plus, bien que sa valeur permanente ne puisse être méconnue par aucun de ceux qui croient ; et cela d’autant moins qu’il a parlé de Christ et rendu d’avance témoignage à sa personne : apprécier les paroles du Seigneur, voilà désormais le critère de la foi ; c’est ce qui sert à prouver l’état réel d’une âme. De nos jours encore, les Juifs sont un exemple qu’il n’existe pas de foi réelle chez celui qui, tout en prétendant respecter l’Ancien Testament, méprise les paroles de Jésus. Ils se vantent d’attacher une grande importance à la loi et aux prophètes, et semblent les considérer comme étant les oracles de Dieu ; mais s’ils y croyaient réellement, ils accueilleraient avec bonheur ce que Jésus a révélé : «Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car il a écrit de moi» (5:46). Le fait qu’ils méprisent les paroles de Christ, prouve que leur attachement à la religion de Moïse n’est dû qu’à des motifs humains, sans aucune valeur devant Dieu. Le même principe se retrouve chaque fois qu’il s’agit des choses divines. Accepter des vérité anciennes, n’est point une preuve de foi, lorsque Dieu en a encore révélé d’autres qu’on néglige, ou qu’on rejette. Si, pour la gloire de Christ et la bénédiction de son Église, Dieu a trouvé bon de ramener notre attention sur des vérités méconnues depuis deux ou trois cents ans, il ne suffit pas uniquement de maintenir celles qui furent mises en lumière alors et qui paraissaient nouvelles à cette époque, mais une foi vivante poussera tout naturellement à accepter les vérités qui ont été retrouvées de nos jours, au lieu de les rejeter par le simple motif qu’on n’en parlait pas il y a trois cents ans. La foi accepte toujours avec empressement ce qui rehausse la gloire de Jésus, et c’est toujours aussi dans ce but que Dieu prend soin de rappeler à son Église des vérités qu’elle avait oubliées, afin de l’enrichir en même temps de ses bénédictions.

Au verset qui nous occupe (15:8), il est d’abord parlé de Christ (demeurer en Lui), puis de l’expression de sa pensée : le coeur doit être formé, par ses paroles, selon ses pensées et sa volonté ; ensuite vient la prière en dernier lieu, car elle ne doit pas remplacer Jésus, ni l’intelligence de ses pensées. Elle s’adresse au Père comme conséquence de ce qu’on vit dans la dépendance de Jésus, et que le coeur se conforme à ses paroles. Alors on sera toujours exaucé. Combien de fois le contraire n’a-t-il pas lieu ! Non seulement nous-mêmes, nous en faisons l’expérience, mais un cas pareil s’est présenté chez l’apôtre Paul ; même les prières d’un apôtre n’étaient pas toujours le résultat d’une communion parfaite. Le Saint Esprit nous a fait raconter par lui-même qu’il a supplié trois fois le Seigneur de le délivrer d’une épreuve pénible qui le rendait méprisable aux yeux de plusieurs. Rien de plus naturel ; nous pouvons comprendre ces supplications ; l’apôtre pensait à lui-même, à son oeuvre, à l’impression qu’il produisait et qui risquait de nuire à l’Évangile ; or, dans cette pensée, il n’avait pas Christ comme le seul objet de ses regards ; aussi est-ce à Christ que Dieu le ramène : «Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans l’infirmité».  «Je me glorifierai donc très volontiers plutôt dans mes infirmités, afin que la puissance de Christ repose sur moi» (voyez aussi Philippiens 4:6-13). Demeurer en Lui et se conformer, dans son coeur, à ses pensées, voilà le secret de la force ; toutes les ressources de la puissance de Dieu sont alors à notre disposition. En cet état, nous pouvons être assurés de l’exaucement de nos prières : «Vous demanderez ce que vous voudrez, et il vous sera fait». Dieu, le Père, exauce ainsi ceux dont le coeur est dans un état de communion pratique avec Christ, car il est ajouté au verset 8 : «En ceci mon Père est glorifié, que vous portiez beaucoup de fruit, et vous serez mes disciples».

Remarquez cette expression : «mes disciples». L’Évangile de Jean, bien qu’il fasse allusion à la présence de Christ comme homme dans le ciel, ne parle pas de l’Église, puisque le point capital dont il traite, c’est la manifestation de Dieu en la personne de son Fils sur la terre ; or Jésus étant le Fils, ceux qui croient en Lui sont considérés ici comme enfants de Dieu, non point comme membres du corps dont Jésus est la tête dans le ciel : «À tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu». Dans ce chapitre toutefois, Jésus nomme «disciples» ceux auxquels il s’adresse, parce que de fait, la relation dont il parle avait déjà lieu : ils étaient venus à Lui, ils avaient tout quitté pour le suivre ; ici-bas, Jésus était le cep, et eux des branches de ce cep, nets par la parole qu’il leur avait dite.

«Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour ; comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour» (15:10). C’est encore du gouvernement du Père et de la responsabilité des disciples qu’il s’agit ; non plus d’Israël et de l’Éternel, mais des disciples en relation avec le Père, selon qu’il s’est manifesté en Christ. La responsabilité individuelle est désormais en rapport avec la nature de Dieu telle qu’elle a été révélée en la personne de Jésus sur la terre, point de vue nouveau, infiniment supérieur à tout ce qui était connu sous l’ancienne alliance. Une fois que Christ est entré dans le monde, il est évident que Dieu ne peut reconnaître aucun autre moyen de salut, puisque même depuis la création de l’homme, personne n’a été amené à Dieu que par Jésus, quelque défectueuse que fût la connaissance qu’on avait de Lui. Sous la loi, relativement parlant, l’oeuvre de Christ était à peine connue, et les faits ont prouvé que même avant sa mort personne n’a compris cette oeuvre. Or il n’est pas question de salut ici, et aussitôt que le caractère et les pensées de Dieu eurent été manifestés en Jésus, une responsabilité nouvelle était inséparable de ce fait ; rien moins que cela ne pouvait être agréable au Père et digne de la position des disciples de Christ. S’il s’agissait ici de la vie éternelle, de l’union avec Christ, il n’existerait plus aucune sûreté pour les croyants : tout dépendrait de l’obéissance, et le salut serait illusoire ; mais si nous appliquons les paroles du verset 9 au gouvernement de Dieu, non à la grâce, elles cessent d’être en contradiction avec l’Évangile du salut et contiennent néanmoins un sérieux avertissement pour ceux qui appartiennent à Christ. Le Seigneur nous enseigne en effet qu’il est impossible de porter du fruit pour Dieu, impossible de jouir de son propre amour, sans obéir à ses commandements. Je le répète encore, il ne s’agit pas seulement de respecter la loi de Moïse, d’honorer les dix commandements, mais d’apprécier les paroles de Christ et de s’y conformer. Celui qui l’aime, jouira de toute vérité révélée de la part de Dieu, puisqu’il est, Lui, la vérité ; chaque expression de la pensée de Dieu sera chère à son coeur, il trouvera en Jésus un guide infaillible à travers la loi, les prophètes, les Psaumes, et la Bible tout entière. Christ est la vraie lumière qui seule, par conséquent, ouvre l’intelligence des Écritures. En croyant au Fils, en s’attachant à le suivre, on trouve un chemin sûr à travers le désert, et une route éclairée par la parole de Dieu. Plus d’obscurité, plus de condamnation, plus d’esclavage, mais la lumière, la vie et la liberté. Cette liberté toutefois sera mise au service de Dieu connu comme Père, dans le sentiment qu’on est responsable de Lui plaire selon la connaissance qu’il nous a donnée de Lui-même en la personne de Jésus. «Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour ; comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour». Lorsqu’il y a légèreté, insouciance, chez un de ceux qui appartiennent à Christ et sont ainsi une des branches vives du cep, le Père est obligé de le nettoyer, comme nous l’avons vu précédemment ; cela se fait alors par une épreuve ou par un jugement, tandis que l’obéissance a pour résultat qu’on jouit de l’amour de Jésus.

«Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit accomplie [complète]». Supposons que l’un de nous se soit écarté de Jésus pendant un certain temps ; quelle en sera la conséquence ? Plus il a été vivant, plus sa foi a été réelle, plus aussi il se sentira malheureux. Une personne dont la conscience n’était pas exercée devant Dieu, pourra s’endormir dans le péché et s’accoutumer au mal pendant un temps plus ou moins long ; un faux disciple se lassera bientôt d’une profession de foi qui contraste avec un état de péché dans lequel il est décidé de vivre ; et généralement parlant, Dieu ne permet pas qu’une telle hypocrisie reste longtemps cachée. Mais quant à un vrai disciple qui est droit de coeur, dont la conscience est exercée, il perdra certainement toute jouissance de l’amour de Jésus ; le salut reste intact ; mais la communion n’existe plus. Lorsqu’on connaît le Seigneur, impossible de désirer qu’il en soit autrement, et je ne sais rien de plus affreux, de plus malsain pour l’âme, qu’une vie loin de Dieu, avec un semblant de communion, des paroles pieuses qui ne correspondent pas à l’état réel du coeur. La jouissance de l’amour de Jésus est donc inséparable de l’obéissance, et là où celle-ci n’a pas lieu, on ne demeure pas dans son amour. Son amour est immuable, éternel, mais il s’agit d’en jouir, de vivre en communion avec Lui, de marcher fidèlement selon sa volonté. On peut distinguer trois faces dans l’amour de Christ : il aime les siens sans réserve, c’est la grâce ; il a aimé ses ennemis (Rom. 5:6, 7, 8), il a prié pour eux ; enfin, il aime celui qui marche selon Dieu ; c’est alors un amour plus personnel, en ce sens qu’il s’agit de son approbation, et de jouir de cette approbation en gardant ses commandements ; une joie complète en est le résultat.

Nombre de personnes répugnent à entendre parler de ces choses et voudraient qu’on s’occupât exclusivement de l’amour éternel pour les élus. Triste preuve de leur état : elles s’offusquent de ces vérités, parce que celles-ci les condamnent. Notre devoir est de nous soumettre aux enseignements de l’Écriture, de chercher à les comprendre ; notre sagesse consiste à juger s’il existe en nos coeurs la moindre insoumission aux choses qui concernent le Seigneur et le bien de nos âmes ; rien de plus fatal, en effet, que de négliger ou de repousser ce qui condamne notre manière d’être ; on se prive ainsi volontairement des bénédictions du Seigneur et d’une joyeuse connaissance de sa personne, sans parler de son autorité et de sa gloire, qui viennent en première ligne.

Je n’ai pas l’intention de m’occuper de tous les détails de ce chapitre, mais les points sur lesquels je me suis arrêté jusqu’ici, sont généralement si mal compris, qu’il était nécessaire d’en signaler l’importance.

Le Seigneur se présente ici, non pas comme étant la source de la vie, mais comme le seul moyen de porter du fruit. Il enseigne à ses disciples qu’ils ne peuvent pas davantage se passer de Lui un seul jour ici-bas que pour l’éternité ; qu’ils ont besoin de son secours pour porter le fruit que le Père attend d’eux, aussi bien que pour pouvoir entrer dans le ciel. Donc Jésus leur rappelle qu’il a gardé les commandements de son Père, et qu’il demeure dans son amour ; il se pose Lui-même en exemple, comme homme vivant sur la terre, dans la dépendance de Dieu, d’une vie dont le Père était la source morale ; tandis que s’il était question de posséder la vie éternelle, Jésus à coup sûr ne pourrait se donner comme modèle à ses disciples.

Les chrétiens ne sont que trop souvent habitués à lire les Écritures sans que leur foi soit exercée par elles ; on passe sur les choses les plus importantes avec une facilité vraiment incroyable ; on accepte la Parole d’une manière superficielle et générale, mais sans se donner la peine d’en examiner les détails, et naturellement la conscience n’en est point atteinte. Si, au contraire, on voulait bien réfléchir et peser la parole de Dieu, pour en pénétrer le sens, on y découvrirait des choses qui mettraient la conscience en éveil, qui peut-être même l’inquiéteraient, mais cet exercice serait plein de bénédiction pour l’âme. Les merveilleuses communications de Jésus à ses disciples sont faites pour nous éclairer, nous instruire et devenir l’objet de notre attention soigneuse ; toute autre manière de les recevoir est indigne de la gloire de sa personne. Le Seigneur nous montre clairement qu’en sa qualité d’homme ici-bas, il avait marché Lui-même sous le gouvernement de son Père : «Comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père». Ce n’était pas seulement qu’il fût né sous la loi et qu’il l’eût accomplie, mais c’était bien davantage encore, l’obéissance à chaque expression de la volonté du Père ; et cette obéissance de Christ étant complète, il demeurait dans l’amour du Père. N’oublions pas qu’il s’agit ici exclusivement de Jésus comme homme sur la terre, et non pas au point de vue de sa nature éternelle, comme étant le Fils unique du Père (voyez aussi 10:17) ; qu’il s’agit de sa vie terrestre, où Dieu ne découvrit pas la moindre imperfection, mais, au contraire, l’empreinte même de sa volonté, car Celui qui était le Fils de Dieu, a révélé le Père et l’a glorifié comme nul autre homme n’a pu le faire ni ne le fera jamais. Jésus étant Dieu, la perfection Lui était certes inhérente ; admettre en sa personne la seule possibilité d’une faute quelconque prouve qu’on ne le connaît pas ; toutefois l’épreuve de cette perfection a été faite au milieu de circonstances si extraordinaires, qu’elles l’ont mise au jour d’une manière indubitable ; cette perfection a été prouvée, de sorte que l’homme Jésus pouvait dire que l’amour du Père reposait sur Lui du commencement à la fin de sa carrière terrestre, parce qu’il gardait ses commandements.

Rassemblés autour de Christ, les disciples sont appelés par Lui à s’aimer entre eux (vers. 12). Aimer son prochain était le commandement de la loi, parfait pour un homme en la chair : pour un Juif sous l’ancienne alliance ; mais le chrétien, loin d’être déchargé de cette obligation, est, en outre, appelé à aimer son frère d’une manière toute nouvelle ; d’un amour formé par celui de Christ qui en est le modèle. Aimer son prochain ne peut suffire pour le coeur d’un disciple de Jésus. Le Seigneur parle ici de cet amour comme d’une chose particulière et nouvelle : «C’est ici mon commandement, que vous vous, aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés» ; c’était son commandement à Lui. Bien que les disciples ne fussent pas encore baptisés en un seul corps, ils étaient toutefois déjà rassemblés par Jésus autour de sa personne, et séparés de cette manière du reste des Juifs. Or la mesure de l’amour qu’ils devaient avoir l’un pour l’autre, c’est l’amour de Christ lui-même : «Personne n’a un plus grand amour que celui-ci, qu’il laisse sa vie pour ses amis». Impossible d’affirmer qu’avant la venue de Christ dans ce monde, personne ait jamais aimé comme Lui ; désormais aussi un amour doit exister ici-bas, lequel n’est possible que depuis que Jésus l’a manifesté en sa personne ; cet amour est dirigé par la nature même de celui de Jésus. Les disciples devaient s’aimer mutuellement selon le modèle de Celui qui laissait sa vie pour eux, ses amis : «Vous êtes mes amis, si vous faites tout ce que moi je vous commande. Je ne vous appelle plus esclaves, car l’esclave ne sait pas ce que son maître fait ; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai ouï de mon Père. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis, afin que vous alliez et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure ; afin que tout ce que vous demanderez au Père, en mon nom, il vous le donne. Je vous commande ces choses, c’est que vous vous aimiez les uns les autres». Les disciples, en effet, devaient bientôt avoir besoin de l’amour l’un de l’autre comme Jésus les aimait, puisqu’ils allaient devenir les objets de la haine du monde. Les Juifs ne connaissaient pas cette haine-là, bien que les gentils les détestassent, parce qu’ils étaient jaloux de voir, au milieu d’eux, une nation élevée à un tel rang et dont la loi les condamnait ainsi que leurs faux dieux ; mais les disciples de Jésus furent haïs du monde : des Juifs d’abord, puis des gentils ; les Juifs les haïssaient déjà ; ils devaient s’attendre au même sentiment de la part de tous les hommes, parce que l’amour de Christ qui reposait sur eux, agirait en eux et par leur moyen : «Si le monde vous hait, sachez que le monde m’a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui serait sien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, mais que moi je vous ai choisis du monde, à cause de cela le monde vous hait». La révélation de Christ, une fois son oeuvre accomplie, a produit non seulement un changement total par rapport à l’assurance de la vie éternelle et du salut, et a fait cesser toute distinction entre Juifs et gentils, mais encore elle a communiqué une puissance pour la marche impossible auparavant ; elle a produit un amour que les chrétiens seuls connaissent, et, chez le monde, une haine d’un caractère tout nouveau. De toute manière donc, Jésus nous a donné sa part sur la terre, aussi bien vis-à-vis du monde que vis-à-vis du Père : «Souvenez-vous de la parole que moi je vous ai dite. L’esclave n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre».

J’admets, cela va sans dire, qu’il a existé précédemment des oeuvres de foi, des fruits de justice, une vie de sainteté et d’obéissance sur la terre ; la foi était impossible sans une nouvelle nature, et celle-ci, d’autre part, ne pouvait exister sans produire des oeuvres conformes à la volonté de Dieu. Mais la révélation de Dieu en Jésus-Christ ouvre des richesses de bénédictions nouvelles ; la pensée de Dieu est connue d’une manière dont elle ne pouvait l’être autrefois, parce que Christ n’était pas encore manifesté et que Lui seul était capable de la révéler dans toute sa perfection. La haine du monde est proportionnée à cette révélation de la pensée de Dieu : «Ils vous feront toutes ces choses à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. Si je ne fusse pas venu et que je ne leur eusse pas parlé, ils n’auraient pas eu de péché ; mais maintenant ils n’ont pas de prétexte pour leur péché». Tel est l’immense changement survenu par la présence de Christ. Le péché a existé dès le commencement ; avant la loi et sous la loi ; mais ce que nous apprenons ici, c’est que toute espèce de péchés commis précédemment n’étaient rien, pour ainsi dire, comparés au mépris de la gloire de Jésus et de l’amour du Père. C’est par la valeur de la révélation du Père et du Fils, en la personne de Jésus, de la grâce et de la vérité manifestées en Lui, que le péché est mesuré dorénavant. Il ne s’agit plus seulement du mal en contraste avec le bien, ni d’avoir enfreint la loi, ou d’avoir fermé l’oreille à la voix de sa conscience, mais du péché qui consiste à mépriser le Fils de Dieu, et à rejeter l’amour et la lumière révélés en sa personne. L’état du coeur de l’homme est mis définitivement à l’épreuve par l’entrée de Jésus-Christ dans ce monde, et plus le Fils est élevé au-dessus de la loi, plus grand aussi est le péché qui consiste à le rejeter. Le coeur de l’homme a toujours été le même ; sa nature n’a point changé ; mais sa culpabilité a atteint l’extrême limite depuis l’apparition du Fils de Dieu : «Celui qui me hait, hait aussi mon Père. Si je n’eusse pas fait, parmi eux, les oeuvres qu’aucun autre n’a faites, ils n’auraient pas eu de péché ; mais maintenant ils ont et vu, et haï, et moi et mon Père». Le témoignage a été complet, en paroles (ch. 8), et en oeuvres (ch. 9), et le résultat en est la haine profonde de l’homme contre le Père et le Fils. La loi de Dieu avait été enfreinte ; personne n’en avait gardé les commandements, et voilà que les richesses de la puissance et de la miséricorde divines venaient au secours des pécheurs ; mais c’est précisément lorsque cet amour de Dieu a été manifesté, et qu’en la personne du Fils, le Père est venu au-devant de l’homme pour subvenir à ses besoins, c’est lorsque la grâce a été pleinement révélée, que l’homme, et les Juifs en premier lieu, le monde, en un mot, a prouvé son inimitié contre Dieu ; le coeur de l’homme est mis à découvert : l’amour n’y rencontre que haine. Quelque affreuse que soit cette haine de la part de l’homme, le croyant ne doit pas s’en étonner : «C’est afin que fût accomplie la parole qui est écrite dans leur loi : Ils m’ont haï sans cause».

Quant aux disciples, leur devoir est de marcher, selon la grâce qu’ils ont reçue, dans le même sentier que Christ ; puis, après avoir parlé du fruit qu’ils doivent porter, le chapitre se termine par le témoignage qu’ils sont appelés à rendre ici-bas : «Quand le Consolateur sera venu, lequel je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, celui-là rendra témoignage de moi. Et vous aussi, vous rendrez témoignage, parce que dès le commencement vous êtes avec moi».  C’est donc un double témoignage. Celui des disciples ne devait pas se rattacher seulement à la mort du Seigneur, mais aussi à la vérité qu’ils avaient vue et entendue dès le commencement, car la grâce et la vérité étaient apparues en Lui ; il s’agit de ce que Jésus a apporté dès son entrée dans le monde ; bien que la grâce et la vérité se fussent présentées d’une manière différente selon les circonstances, sa mort a été la manifestation suprême de ce qui avait été révélé en sa personne du commencement à la fin de sa vie ; mais la valeur de ce qui était en Lui ne dépendait pas de ce qu’il a trouvé dans ce monde. Au témoignage des disciples vient s’ajouter, chose merveilleuse, celui du Saint Esprit, distinct du leur. Nous savons qu’il est impossible de rendre témoignage de Jésus sans la puissance de l’Esprit ; mais celui-ci a témoigné, pour sa part, des vérités célestes encore inconnues aux disciples : «L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui vous enseignera toutes choses, et vous rappellera toutes les-choses que je vous ai dites» (14:26). Il y a donc ces deux côtés dans l’action de l’Esprit : il aide aux disciples à se souvenir de ce que Jésus leur a dit ; puis il les enseigne directement. Ici toutefois, à la fin du chapitre 15, le Seigneur ne dit pas : «L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom» (14:26), mais : «Lequel je vous enverrai d’auprès du Père». Là Christ est envisagé comme priant pour les disciples (vers. 16), et le Père l’exauce par l’envoi du Consolateur, tandis qu’ici, Jésus se présente à nos yeux comme étant Lui-même, dans le ciel, leur unique ressource ; pour eux, dans la gloire, comme il l’avait été sur la terre ; enfin comme Celui qui envoie l’Esprit afin de le remplacer. Bien que sa relation avec le Père soit toujours maintenue, c’est sa gloire à Lui, dans le ciel, qui est mise en relief, et c’est en rapport avec cette gloire nouvelle, qu’il annonce l’envoi du Saint Esprit : «Celui-là rendra témoignage de moi». Ce témoignage de l’Esprit envoyé par Jésus, devait concerner la gloire, dans le ciel, de Celui qu’il viendrait remplacer ici-bas. Le christianisme se fonde à la fois sur ce témoignage et sur celui des disciples touchant la manifestation de Jésus ici-bas. Rien ne peut remplacer ce qu’il a été sur la terre, et rien ne peut remplacer non plus ce qui nous a été révélé de Lui dans le ciel. Ces deux témoignages sont indispensables et se complètent mutuellement.

3.2   [Chapitre 16]

Dans le chapitre 16, le Saint Esprit est plutôt considéré comme venant de son propre chef, c’est-à-dire comme une personne distincte, bien que dépendante dans son action, ainsi que Jésus lui-même l’a été ici-bas. Il ne vient pas pour déployer sa gloire et sa puissance, mais pour glorifier Christ : «Celui-là me glorifiera, car il prendra de ce qui est à moi et vous l’annoncera». Les disciples allaient entrer dans le chemin du témoignage qui n’est jamais séparé de la souffrance. Le Seigneur leur a déjà annoncé qu’ils seraient haïs du monde, en portant du fruit et en étant ses amis ; cela suffit pour leur attirer la haine du monde, qui les déteste parce qu’ils ne sont pas du monde, et que Jésus les a choisis et les aime. La haine du monde et l’amour de Christ formeront entre eux un lien indissoluble, en resserrant leur affection mutuelle. Mais le monde aura encore un autre sujet de haine contre les disciples : leur témoignage touchant ce qu’ils ont entendu de Jésus ici-bas et ce que l’Esprit leur enseignera de Jésus dans la gloire ; le monde les haïra non seulement comme disciples, mais encore comme témoins de Christ : «Ils vous excluront des synagogues ; même l’heure vient que quiconque vous tuera, pensera rendre service à Dieu. Et ils feront ces choses, parce qu’ils n’ont connu ni le Père ni moi». La persécution religieuse est toujours la conséquence d’un témoignage en faveur de la vérité ; la chrétienté déteste autant que le judaïsme toute espèce de témoignage réel rendu à Christ. La religion du monde a beau parler de Dieu, de la Divinité, de la Providence, elle a beau même être zélée pour la loi et y accoupler Christ par-dessus le marché, elle ne connaît cependant ni le Père, ni le Fils. S’écrier : Abba, Père ! est à ses yeux de l’irrévérence. Oser dire qu’on est un enfant de Dieu, déjà sur cette terre, passe pour de l’orgueil et de la présomption ; et quiconque se dit joyeux dans la communion du Père et du Fils, attire sa haine implacable, dont tout vrai témoin séparé du monde, fait l’expérience d’une manière ou d’une autre.

«Je vous ai dit ces choses, afin que, quand l’heure sera venue, il vous souvienne que moi je vous les ai dites. Or je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, parce que j’étais avec vous ; mais maintenant je m’en vais à celui qui m’a envoyé, et aucun d’entre vous ne me demande : Où vas-tu ? Mais parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre coeur» (16:5-6). Le chemin de Jésus le conduisait à travers la mort, mais il se considère comme retournant à Celui qui l’a envoyé ; les disciples auraient eu de quoi se réjouir en pensant à ce qu’était la présence de son Père, car bien qu’ils perdissent celle de Jésus, aller auprès du Père, c’était la joie qui Lui était proposée, puisque le fait de son ascension au ciel attestait en même temps que la rédemption des siens était accomplie ; mais au lieu de demander à Jésus où il va, et de se réjouir avec Lui, lorsqu’ils apprennent que c’est vers le Père, ils sont attristés de son départ. «Toutefois, je vous dis la vérité, il vous est avantageux que moi je m’en aille ; car si je ne m’en vais, le Consolateur ne viendra pas à vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai». Nous l’avons déjà vu, c’est bien Jésus qui envoie le Saint Esprit, et néanmoins ce dernier est considéré plutôt comme venant lui-même, ainsi que l’attestent les versets 8 et 13. «Et quand celui-là sera venu, il convaincra le monde de péché, de justice, et de jugement : de péché, parce qu’ils ne croient pas en moi ; de justice, parce que je m’en vais à mon Père, et que vous ne me voyez plus ; de jugement, parce que le chef de ce monde est jugé».  Il est hors de doute que l’Esprit de Dieu agit actuellement par le moyen de l’Évangile dans les âmes, et produit la conviction du péché chez tous ceux qui sont nés de Dieu, chose fort importante, car on ne saurait se fier à une personne qui professerait de croire au salut et à la rémission des péchés par le sang de Christ et qui n’aurait néanmoins aucun sentiment du péché. Croire qu’on est pécheur, est aussi indispensable que de croire en Christ. Aucun homme ne peut se passer de la repentance ; or, l’Esprit produit cette oeuvre individuelle chez tous ceux qui sont amenés à Dieu ; car, bien que la foi n’ait peut-être pas encore procuré la paix de l’âme et que la grâce n’ait fait que commencer son oeuvre, cependant la conviction du péché en est toujours le résultat, et la foi est indispensable pour qu’un pécheur se puisse juger devant Dieu ; sans elle, pas de réelle conviction de péché. Ici, Jésus ne parle pas de ce qui se passe au dedans du coeur lorsque l’Esprit opère son oeuvre de régénération ; les paroles solennelles qu’il prononce signifient que le Saint Esprit convaincra le monde de péché à cause de son incrédulité. Il sera, vis-à-vis du monde, la preuve de son péché. Parce que les hommes ont enfreint la loi ? Nullement. L’autorité de la loi demeure, et l’Esprit de Dieu s’en sert vis-à-vis de ceux qui s’estiment être justes ; mais, Christ une fois manifesté, c’est de le recevoir qu’il s’agit ; or, l’Esprit Saint venu pour remplacer Jésus auprès des siens mis désormais à part du monde, devient la preuve évidente que le monde est dans le péché : «Parce qu’ils ne croient pas en moi», car si le monde avait la foi, le Saint Esprit ferait sa demeure en lui.

«De justice, parce que je vais à mon Père, et que vous ne me voyez plus». Christ a si parfaitement glorifié Dieu en sa mort, tout comme il a toujours accompli la volonté du Père dans les moindres détails de sa vie, qu’aucune récompense n’était digne de Lui, sauf de le placer comme homme à la droite de Dieu. Un homme maintenant dans la gloire, au-dessus des anges, des principautés et des puissances, telle est la preuve de la justice ; c’est ce que Dieu le Père devait à Celui qui a toujours mérité son entière satisfaction, et par lequel il a été glorifié moralement, même par rapport au péché. La domination sur l’univers n’eût pas suffi pour démontrer la valeur que Dieu attachait à Christ et à son oeuvre ; il fallait davantage encore ; il fallait le placer, comme homme, à Sa droite, dans la gloire céleste. Une autre preuve, négative, de la justice, c’est que le monde perdrait la présence de Jésus et que ses disciples ne le verraient plus ici-bas. À son retour, il prendra les siens auprès de Lui (chap. 14) ; mais le monde qui l’a rejeté et crucifié ne le verra plus, jusqu’à ce qu’il vienne en jugement pour écraser l’orgueil des hommes. D’une part, Celui qu’ils ont méprisé se trouve être accepté de Dieu et placé à sa droite dans le ciel, fait qui condamne le monde et prouve qu’il n’y a aucune justice en l’homme. D’autre part, il n’y aura plus jamais de bénédiction offerte au monde en un Christ vivant sur la terre. Les Juifs l’ont attendu et l’attendent encore ; mais ils l’ont rejeté lorsqu’il est venu ; les plus privilégiés d’entre tous sont ainsi devenus les plus coupables, et ils ne verront plus jamais un Messie vivant au milieu d’eux. Le seul Messie qui existe maintenant, c’est un Christ rejeté et céleste.

«De jugement, parce que le chef de ce monde est jugé». Autrefois Dieu exerçait son jugement par la destruction immédiate de ses ennemis. Maintenant, avant leur destruction, le Saint Esprit est la preuve que le prince de ce monde est jugé, lui qui a poussé le monde à rejeter la vérité et Dieu même, en la personne de Jésus. Son jugement est résolu, définitif ; et le moment arrivera où le monde et son chef seront traités selon la sentence prononcée sur eux. Telle est la réalité au point de vue de Dieu. L’envoi du Saint Esprit après l’ascension de Jésus prouve ainsi, en principe, trois choses que la foi saisit d’avance, et qui seront manifestées un jour selon que Dieu les considère actuellement. Le monde ne croit ni à la justice, ni au péché, ni au jugement ; mais le Saint Esprit envoyé du ciel est la preuve que ces trois choses existent.

C’est donc toujours le même contraste absolu entre le monde et le Père ; exprimé moralement lorsque le Fils était ici-bas ; prouvé, dès lors, par la descente de l’Esprit. Ce qui caractérise le monde, c’est son ignorance du Père. Les hommes ont beau prier le Tout Puissant de bénir leurs armes, leurs moissons, leurs troupeaux, leur industrie ; ils se flattent peut-être de rendre ainsi hommage à Dieu, mais l’amour du Père et par conséquent le vrai Dieu est inconnu. On peut même affirmer que les enfants de Dieu le connaissent incomplètement, qui restent tremblants et craintifs loin de sa présence, au lieu de s’approcher de Lui dans la paix avec la conscience du droit qu’il leur en a donné. En effet, les frayeurs de Sinaï ne sauraient être la part que le Père céleste, révélé par Jésus, a donnée ici-bas à ses enfant. L’esprit du monde a pour conséquence invariable d’affaiblir chez les croyants la notion du Père ; et les chrétiens qui lui donnent entrée dans leur coeur, et qui lui obéissent dans leur marche, se trouvent ainsi replacés sous le judaïsme.

Enfin, l’Esprit de vérité se trouvant en dehors du monde avec lequel il n’a rien à faire, mais demeurant avec les enfants de Dieu, est par cela même, vis-à-vis du monde, la preuve de la Vérité que le monde ne connaît pas. Jésus annonce à ses disciples quelle sera l’action directe, immédiate, de l’Esprit au milieu d’eux : «J’ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez les supporter maintenant. Mais quand celui-là, l’Esprit de vérité, sera venu, il vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera pas de par lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses qui vont arriver» (16:12-13). Malgré leur position favorisée, les disciples n’étaient pas encore en état de comprendre tout ce que le Seigneur désirait pour eux ; mais une fois la rédemption accomplie, Jésus étant ressuscité d’entre les morts et le Saint Esprit demeurant en eux, ils seraient capables de comprendre toute la vérité. Le Seigneur ne dit point que l’Esprit ne parlera pas sur lui-même, puisqu’il est évident, au contraire, qu’il nous révèle une foule de choses qui le concernent et son activité. Aucune portion de la Bible ne contient autant de détails à l’égard du Saint Esprit que le Nouveau Testament. Qui donc nous les enseigne, si ce n’est l’Esprit lui-même ? Toutefois, il ne parle pas de sa propre autorité (de par lui-même), mais selon la relation qui existe entre Lui, le Père et le Fils ; il est venu pour glorifier le Fils, comme aussi le Fils a glorifié le Père ici-bas. Ceci nous explique pourquoi l’Esprit, bien que personnellement digne d’adoration et de prière au même degré que le Père et le Fils, n’est cependant jamais mentionné dans les Épîtres comme étant Celui auquel s’adressent directement les prières, mais comme étant la puissance de la prière, parce qu’il est venu d’auprès du Père et du Fils, afin d’animer et de diriger ici-bas les enfants de Dieu dans la marche, la communion et l’adoration. Les prières des apôtres étaient adressées au Père et au Fils dans le Saint Esprit. Tout chrétien intelligent doit savoir qu’en prononçant le mot de Dieu, il sous-entend à la fois le Père, le Fils et l’Esprit, parce que le nom de Dieu n’appartient pas à une des personnes de la Trinité plutôt qu’à l’autre. Mais dès que nous parlons des personnes distinctes qui forment la Divinité, avec la connaissance de ce que Dieu a fait et de ce qu’il opère encore, il est bon de nous souvenir que l’Esprit est descendu sur la terre pour occuper une place à part, au milieu des croyants et en eux, et que, sans renoncer à ses droits personnels, il se plaît à diriger nos coeurs vers Dieu, le Père, et vers le Seigneur Jésus, de sorte qu’on peut dire qu’il sert les intérêts du Père et du Fils ici-bas chez les enfants de Dieu. Cette place administrative de l’Esprit sur la terre est la conséquence de l’oeuvre dont il s’est volontairement chargé pour le Père et pour le Fils, bien qu’il fasse partie de la Divinité et soit, comme eux, digne de notre suprême adoration.

Avant de quitter ses disciples, le Seigneur leur annonce encore que leur tristesse sera changée en joie. Le monde allait se réjouir d’être débarrassé de sa présence ; mais eux auraient sa joie, comme Jésus le dit aux chap. 15 et 17, et personne ne pourrait la leur ôter. Bien que cette joie soit actuellement l’apanage des croyants, et que les disciples aient revu Jésus après sa résurrection, toutefois le verset 22 ne sera pleinement réalisé qu’à la venue du Seigneur pour nous prendre auprès de Lui. Alors la joie sera sans mélange.

Les versets suivants expriment un privilège nouveau : «En vérité, en vérité, je vous dis que toutes les choses que vous demanderez au Père en mon nom, il vous les donnera. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit accomplie. Je vous ai dit ces choses par des similitudes ; l’heure vient que je ne vous parlerai plus par similitudes, mais je vous parlerai ouvertement du Père. En ce jour-là, vous demanderez en mon nom, et je ne vous dis pas que moi je ferai des demandes au Père pour vous ; car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’avez aimé et que vous avez cru que moi je suis sorti d’auprès de Dieu» (16:23-27). Le Seigneur annonce aux disciples que, en ce jour qui est arrivé, et où nous nous trouvons encore, ils s’approcheront directement du Père en son nom, mais sans avoir besoin de son entremise, telle que Marthe, par exemple, la comprenait (11:22). Celle-ci emploie même pour indiquer l’intervention de Jésus auprès de Dieu, une expression dont Jésus lui-même ne s’est jamais servi. Le sens propre du verbe grec, traduit par «tu demanderas», rabaisse la position de Christ à celle de quelqu’un qui adresse une pétition, comme s’il n’y avait aucune intimité entre Lui et le Père, car Marthe ne voyait en Lui que le Messie. Mais les disciples auront le droit de s’adresser directement au Père dans le nom de Jésus, avec l’assurance d’être exaucés ici-bas. Tel est le privilège immense accordé aux prières de chaque enfant de Dieu, ainsi que le caractère tout nouveau de l’adoration chrétienne. Le point de vue que nous avons ici est donc totalement, différent de l’oraison dominicale. Les disciples de Jésus Lui ayant demandé de leur enseigner à prier, comme Jean l’avait fait pour ses propres disciples, il leur communiqua une forme de prière en rapport avec la position qu’ils occupaient alors ; et l’on peut affirmer qu’elle reste aujourd’hui, en chacun de ses détails, un modèle pour les croyants, jusqu’au moment où le règne du Père sera manifesté. Pourquoi donc l’Église apostolique n’a-t-elle pas conservé la formule de l’oraison dominicale ? Jésus en donne lui-même l’explication dans les versets que nous venons de lire : jusque-là, les disciples n’avaient rien demandé en son nom ; bien que la prière qui leur avait été enseignée, s’adressât au Père, ils ignoraient ce que c’était que de s’approcher de Lui au nom du Fils et, comparativement parlant, ils restaient donc encore à distance du Père. La position du chrétien implique au contraire la conscience d’une intimité morale avec Celui qui est devenu notre Dieu et notre Père, et d’une capacité de s’approcher de Lui, en vertu du Saint Esprit qu’il nous a donné ; tandis que les enfants de Dieu qui s’adressent à Lui en doutant de leur salut, ou en craignant d’être encore les objets de son déplaisir ou de sa colère, au lieu de se fonder sur une réconciliation accomplie pour toujours et de s’approcher de Lui par l’Esprit d’adoption, sont assurément incapables de prier le Père dans le nom de Jésus. L’incomparable bénédiction que le Seigneur annonce ici d’avance à ses disciples, est fondée sur la rédemption, la résurrection et le don du Saint Esprit. Il était impossible d’indiquer une prière correspondant à la fois aux besoins des âmes avant la croix, pendant la période du ministère de Christ, puis encore après sa mort et sa résurrection qui amenèrent un changement total dans la position de ceux qui croyaient en Lui. Aussi la prière que Jésus, pendant son ministère, a enseignée à ses disciples, bien que fondée sur des principes éternels, n’a nullement anticipé les vérités nouvelles, qui devaient entrer en scène par le fait de sa mort et de sa résurrection. Ici, en leur déclarant d’avance les résultats de son oeuvre dont l’Esprit leur donnerait la conscience intime, en leur annonçant les privilèges dont cet Esprit serait en eux la puissance, Jésus n’enseigne pas à ses disciples une nouvelle prière, mais une manière toute nouvelle de s’adresser à Dieu. Refuser d’admettre que la mort et la résurrection ont amené un changement radical dans la position de ceux qui croyaient en Lui avant sa mort, c’est nier, et la valeur infinie de son oeuvre, et celle du don du Saint Esprit. La tradition et les préjugés des hommes, en matière religieuse, aboutissent invariablement à effacer les vérités auxquelles Dieu attache le plus grand prix ; celle dont il s’agit ici, c’est d’accepter, telle que Jésus l’a déclarée d’avance pour la joie de ses disciples, l’association pleine et entière des croyants avec l’efficace de son oeuvre expiatoire et l’acceptation de sa personne devant Dieu, prouvée par la descente et le don de l’Esprit.

Ayant ainsi annoncé aux disciples le privilège futur qu’ils auraient à cause de Lui, et parce qu’ils étaient les objets de l’affection directe du Père (vers. 27), Jésus ajoute : «Je suis sorti d’auprès du Père, et je suis venu dans le monde ; et de nouveau je laisse le monde, et je m’en vais au Père». Les disciples pensent avoir compris ces paroles, tandis que leur réponse indique qu’ils se trompent, car Jésus parle du Père, mais eux disent : «Nous croyons que tu es venu de Dieu». Après leur avoir déclaré qu’ils l’abandonneront et le laisseront seul, mais avec le Père, Jésus leur parle encore de la paix qu’ils auront en Lui, en contraste avec la tribulation de la part du monde, leur ennemi commun, mais vaincu par Lui.

3.3   [Chapitre 17]

L’espace me manque pour une étude détaillée du chap. 17, et je me bornerai aujourd’hui à une rapide esquisse. Jésus ayant terminé ses discours aux disciples, s’adresse au Père en lui demandant, pour eux, des bénédictions en rapport direct avec la gloire de sa personne et l’accomplissement de son oeuvre. Du verset 6 au verset 14, le Seigneur, parle des relations de ses disciples avec le Père, fondées sur le fait qu’il a manifesté le nom du Père et communiqué les paroles du Père à ceux que le Père lui a donnés. Depuis le verset 14, il parle de ces relations en contraste avec le monde auquel ils n’appartiennent pas, dont ils sont mis à part, mais dans lequel ils sont envoyés, comme Jésus y avait été envoyé par le Père. Le Seigneur leur a donné la parole (logon) du Père pour leur servir de témoignage, comme il disait auparavant qu’il leur a donné les paroles (rhmata) du Père, ou ses communications divines ; or, cette parole du Père doit les sanctifier en les gardant du mal qui est dans le monde, et en même temps ils seront sanctifiés par Jésus lui-même, qui a toujours été à part du péché, mais qui sera dorénavant dans la gloire, de manière à devenir pour les disciples, dans cette gloire céleste, l’objet qui fixe leurs regards, engage leurs affections, et les purifie dans leur marche en les séparant du monde. Au verset 20, la sphère des privilèges et de la responsabilité s’étend à tous ceux qui croient en Christ par la parole des apôtres ; et l’unité morale du verset 11 devient une unité de témoignage, afin que le monde croie que le Père a envoyé le Fils ; lorsque la gloire sera manifeste, l’unité apparaîtra dans sa perfection extérieure, alors le monde connaîtra que le Père a envoyé le Fils, «et que tu les as aimés comme tu m’as aimé» (voyez 2 Thess. 1:10).

Le verset 24 exprime le désir du coeur de Jésus pour les siens, car ce n’est plus une requête qu’il adresse au Père, mais il dit : «Je veux (ou je désire), quant à ceux que tu m’as donnés, que là où moi je suis, ils y soient aussi avec moi, afin qu’ils voient ma gloire, la gloire que tu m’as donnée ; car tu m’as aimé avant que le monde fût». Auparavant, il s’agissait de la glorification de Jésus par le Père, comme étant la conséquence du titre qu’il avait à la gloire, soit personnellement, soit par l’accomplissement de son oeuvre ; ici, il est question de sa gloire éternelle auprès du Père, avant que le monde existât. Après avoir parlé de la relation des croyants ici-bas avec le Père, de leur séparation complète du monde, et de leur unité dans le témoignage, puis dans la gloire que le monde verra, Jésus les élève jusqu’au Père dans une gloire céleste que le monde ne verra jamais ; dans l’intimité avec le Père, dont il jouit Lui-même.

Au verset 14, Jésus avait signalé l’opposition qui existe de la part du monde contre les disciples et le contraste entre eux et le monde ; il termine en signalant l’opposition du monde contre le Père, constatée par la présence du Fils ici-bas : «Père juste, — le monde ne t’a pas connu, mais moi, je t’ai connu». En même temps, la cause du contraste entre le monde et les disciples, c’est que ces derniers ont connu, non pas le Père comme Jésus le connaissait, puisqu’ils n’avaient pas encore reçu l’Esprit d’adoption, mais ils avaient cru que Jésus était envoyé de la part du Père (voyez vers. 8) : «Et ceux-ci ont connu que tu m’as envoyé». Or la conséquence en est qu’ils connaîtront ensuite le Père comme Jésus le connaissait : «Et je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux». La connaissance qu’on est aimé du Père, comme Jésus l’a été ici-bas, devient la source secrète de toute bénédiction et de toute gloire ; toutefois, cette connaissance est liée à l’habitation en nous du Christ, dont la vie, par la puissance de l’Esprit, est le seul moyen de jouir des richesses de l’amour du Père. Les disciples étaient ainsi destinés à jouir du Père et de Jésus, selon l’intimité qui résultait de leur union avec le Fils.

3.4   [Chapitre 18]

Avant de parcourir le contenu des derniers chapitres, remarquons tout d’abord que, même dans le récit de ces scènes solennelles, c’est encore et toujours la gloire personnelle du Fils qui apparaît à nos yeux. Jean ne parle point de l’agonie du Seigneur en Gethsémané, et, sur la croix, Jésus ne s’écrie pas : «Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» Matthieu nous raconte les souffrances du Messie, en accord avec les Psaumes et les prophètes ; Marc nous montre Jésus rejeté et mis à mort comme étant le serviteur et le prophète de Dieu ; Luc, comme étant le Fils de l’homme obéissant et parfait, qui n’a reculé devant aucune épreuve morale ou physique : sur la croix même il a prié pour ses ennemis, il a annoncé le salut à un pécheur, et ses dernières paroles ont encore exprimé la confiance inébranlable qu’il avait en son Père. Ici, Jésus apparaît comme étant le Fils de Dieu dans ce monde qui le hait, et nous le voyons au milieu des Juifs, ses ennemis particuliers ; aussi Jean mentionne-t-il un incident qui ne se trouve nulle part ailleurs : lorsque les soldats et les huissiers, conduits par le traître qui connaissait le lieu où Jésus avait si souvent épanché son coeur devant le Père, arrivent en sa présence, ils reculent et tombent par terre. Impossible de supposer que les autres évangélistes aient oublié ou ignoré un fait aussi remarquable ; s’ils l’ont omis, ce ne peut être non plus parce qu’ils le trouvaient indigne d’une mention ; ces trois hypothèses sont également inadmissibles ; la seule explication, ici comme en d’autres cas analogues, c’est que cet événement concordait avec l’objet principal de notre Évangile, mais non pas avec celui des trois autres récits de la vie du Seigneur. Jésus était livré entre les mains des hommes ; il allait mourir ; mais les hommes n’auraient rien pu faire contre le Fils de Dieu, s’il ne le leur avait permis, afin de prouver jusqu’à la mort son obéissance envers le Père ; c’est donc comme victime volontaire que Jésus apparaît ici devant nos yeux ; si personne ne pouvait Lui ôter la vie à moins qu’il ne la laissât, personne ne pouvait non plus se saisir de Lui sans qu’il se livrât Lui-même. Dans l’Évangile de Matthieu, il dit qu’il n’aurait qu’à invoquer son Père pour avoir douze légions d’anges ; les anges étaient au service du Fils de l’homme, ils montaient et descendaient sur Lui ; mais le Fils de Dieu que Jean nous décrit, pouvait se passer des anges : une simple parole de sa bouche, sans qu’il exprime même un ordre ou un désir, suffit pour faire tomber à la renverse les émissaires des Pharisiens. Il était le Fils de Dieu et la Parole qui était Dieu ; les hommes n’auraient rien pu contre Lui, s’il ne les avait pas laissé faire. Luc nous raconte la guérison de Malchus ; Jean l’omet, mais ajoute ces mots : «La coupe que le Père m’a donnée, ne la boirai-je pas ?» Jésus conserve sa dignité personnelle vis-à-vis de ses ennemis, mais unie à une entière soumission à la volonté de son Père. Ces détails sont en harmonie avec le caractère particulier du récit de Jean. Dans ce qui suit c’est, encore en contraste avec les autres Évangiles, la personne du Fils de Dieu qui est mise en évidence. Bien qu’il fût le Roi des Juifs, toutefois son royaume n’était pas de ce monde : «Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu, afin que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais maintenant mon royaume n’est point d’ici».

3.5   [Chapitre 19]

Au chapitre 19, les Juifs insistent sur la nécessité de la mort de Jésus, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu (vers. 7). Plus loin, Jésus répond à Pilate : «Tu n’aurais aucun pouvoir contre moi, s’il ne t’était donné d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi, a plus de péché». Les Juifs, et Judas à plus forte raison, auraient dû en savoir davantage que Pilate ; mais la gloire du Fils était trop éclatante pour leurs yeux. Toutefois notre Évangile qui, plus que tous les autres, nous révèle la gloire divine de Jésus, a soin, en même temps, de nous parler de son humanité, car la Parole a été faite chair. Quelle scène touchante que ce mélange de la plus parfaite affection humaine avec la gloire divine ! «Or, près de la croix de Jésus, se tenaient sa mère, et la soeur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. Jésus donc, voyant sa mère, et le disciple qu’il aimait se tenant là, dit à sa mère : Femme, voilà ton fils. Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et dès cette heure-là, le disciple la prit chez lui».

«Après cela, Jésus, sachant que toutes choses étaient déjà accomplies, dit, afin que l’Écriture fût accomplie : J’ai soif». Il me semble que ces paroles contiennent une preuve admirable de la manière dont le Seigneur était divinement au-dessus de toutes les circonstances ; il s’agissait encore avant sa mort de l’accomplissement d’une parole annoncée au Psaume 69. Quelle préoccupation de faire la volonté de son Père ! Or il y avait là un vase plein de vinaigre. Ils emplirent donc de vinaigre une éponge, et l’attachant à de l’hysope, ils la lui présentèrent à la bouche. Quand donc Jésus eut pris le vinaigre, il dit : C’est accompli». Qui d’autre que le Seigneur tel que Jean nous le dépeint, eût été capable de prononcer ces mots ? Lui seul, le Fils de Dieu, pouvait dire : C’est accompli. Matthieu et Marc nous rapportent que Jésus s’écria : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» Luc cite les paroles suivantes : «Père, entre tes mains je remets mon esprit». Jésus n’a jamais abandonné Dieu, quoi qu’il arrivât ; mais Dieu a dû l’abandonner lorsqu’il jugea nos péchés en sa personne ; l’expiation telle qu’elle existe, n’eût pas été possible autrement. En Luc, nous trouvons l’expression de la confiance inébranlable de Jésus selon sa perfection, humaine : Il remet son esprit entre les mains du Père, et l’abandon de la part de Dieu n’est point mentionné. Enfin, les paroles rapportées ici, sont celles que Jésus seul pouvait prononcer comme étant Celui par qui les mondes ont été faits ; de Lui seul aussi, Jean pouvait dire : «Et, ayant baissé la tête, il remit (ou laissa) son esprit». Ces différentes citations attestent d’une manière merveilleuse la gloire et la sagesse divines qui ont dicté les Évangiles. Christ a été mis à mort par les hommes ; mais en même temps c’est sa volonté qui a été accomplie en cela ; chez un simple mortel, la volonté arrêtée de mourir n’est que l’effet du péché ; chez Jésus, c’était la perfection, parce qu’il était divin.

Les versets 33 et 34 contiennent encore deux accomplissements des Écritures dans la mort du Seigneur. Jean cite peu l’Ancien Testament ; quand il le fait, c’est toujours en rapport avec la personne du Fils. Bien que mort entre deux malfaiteurs, Jésus doit être traité d’une manière à part et qui le distingue d’entre les autres : «Car ces choses sont arrivées afin que l’Écriture fût accomplie : Pas un de ses os ne sera cassé. Et encore une autre Écriture dit : Ils regarderont vers celui qu’ils ont percé». Ensuite Joseph d’Arimathée prend soin de la sépulture de Jésus, et Nicodème qui, autrefois, était allé de nuit vers le Seigneur, vient ici de jour, sans crainte des Juifs, prenant à honneur de rendre témoignage à Celui qu’ils ont crucifié.

3.6   [Chapitre 20]

Le récit de la résurrection nous est aussi donné dans l’Évangile de Jean d’une manière différente des autres. Il n’est rien dit du tremblement de terre ; de l’ange descendant du ciel ; de la frayeur des gardes ; de la scène avec les disciples d’Emmaüs. Jean raconte que Pierre et un autre disciple coururent vers le sépulcre, après avoir appris par Marie de Magdala que Jésus ne s’y trouvait plus ; puis il ajoute : «Alors donc l’autre disciple aussi, qui était arrivé le premier au sépulcre, entra, et vit, et crut, car ils ne connaissaient pas encore l’Écriture, qu’il devait ressusciter d’entre les morts».  Ils se rendent à l’évidence ; mais il n’y a aucune valeur morale à croire aux choses qu’on voit, tandis qu’il y en a une à croire à la Parole, parce que cela prouve qu’on sacrifie ses propres pensées pour se confier en ce que Dieu a dit. Marie comprenait les Écritures aussi peu que les disciples, et même elle ne crut pas, mais elle resta près du sépulcre en pleurant ; Jésus la trouve dans sa tristesse, et la console, mais il lui défend de le toucher, tandis que Matthieu nous raconte qu’elle et l’autre Marie saisirent ses pieds et Lui rendirent hommage. Le récit de Matthieu concorde avec la promesse de la future présence corporelle du Messie au milieu des Juifs, car Dieu reste fidèle, malgré les conséquences actuelles de l’incrédulité et du péché de son peuple. Jean, au contraire, fait abstraction complète des espérances juives : «Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père ; mais va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu». Il ne s’agit plus de la présence corporelle de Jésus sur la terre, mais d’un Christ dans le ciel : «Si même nous avons, connu Christ selon la chair,  toutefois maintenant nous ne le connaissons plus ainsi». La croix termine toute relation avec Jésus ici-bas, et à la place du point de vue juif, c’est le point de vue chrétien que nous trouvons dans cet Évangile ; l’union actuelle des croyants avec Jésus dans la gloire, est plus intime que celle des disciples d’alors avec Lui sur la terre, parce qu’elle a lieu par la puissance du Saint Esprit : «Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu».

Le soir du même jour, Jésus apparaît d’une manière miraculeuse au milieu de ses disciples réunis : «Et il leur dit : Paix vous soit ! Et ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté ; les disciples se réjouirent donc quand ils virent le Seigneur. Jésus donc leur dit encore : Paix vous soit ! Comme mon Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Et ayant dit cela, il souffla en eux, et leur dit : Recevez l’Esprit Saint. À quiconque vous remettrez les péchés, ils seront remis ; et à quiconque vous les retiendrez, ils seront retenus». Ces dernières paroles de Jésus nous dépeignent l’Assemblée telle qu’elle allait exister après la Pentecôte ; Dieu a donné, à l’Assemblée, l’autorité de remettre ou de retenir les péchés, non point certes par rapport au salut éternel, mais comme affaire d’administration, de discipline. Lorsqu’une personne est reçue, parce qu’elle a cru en Jésus, l’Assemblée ne fait autre chose que lui remettre ses péchés ; lorsque l’Assemblée admet de nouveau une personne exclue précédemment, elle appose son sceau pour ainsi dire à l’oeuvre que Dieu a faite dans son coeur, et lui remet son péché ; tandis que le refus d’admettre quelqu’un à la cène ou l’exclusion d’une personne qui faisait partie de l’Assemblée, constitue l’acte de retenir les péchés. Si le catholicisme, d’une part, a fait un abus scandaleux des paroles contenues dans ce passage, les protestants, de l’autre, ont failli au devoir qui leur incombait de maintenir consciencieusement un pareil privilège fondé sur la présence du Saint Esprit.

Huit jours après que Jésus était apparu aux disciples, ils étaient de nouveau réunis, et avec eux Thomas, lequel n’avait pas encore vu le Seigneur depuis sa résurrection : «Jésus vient, les portes étant fermées, et il se tint au milieu d’eux, et dit : Paix vous soit ! Puis il dit à Thomas : Avance ton doigt ici, et regarde mes mains ; avance aussi ta main, et la mets dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais croyant. Thomas répondit et lui dit : Mon Seigneur et mon Dieu ! Jésus lui dit : Parce que tu m’as vu, tu as cru ; bienheureux sont ceux qui n’ont point vu, et qui ont cru». La foi chrétienne consiste précisément à croire en Celui que nous n’avons pas vu : «Nous marchons par la foi, non par la vue» (2 Cor. 5:7). L’histoire de Thomas préfigure ce qui arrivera dans la suite, lorsqu’au millénium la gloire sera connue et vue sur la terre. Il y aura alors et la foi et la vue, comme aussi la foi était nécessaire au temps des disciples pour reconnaître la gloire de Jésus sous son apparence humaine. Actuellement, il ne peut s’agir que de la foi, car le christianisme se fonde sur un Christ glorifié dans le ciel, après avoir accompli la rédemption, et sur l’envoi du Saint Esprit. Thomas donc nous représente Israël incrédule et lent à reconnaître le Seigneur lorsqu’il sera apparu en gloire sur la terre, tandis que Marie de Magdala est le type des chrétiens tirés hors du judaïsme et témoins de Jésus, comme étant monté dans le ciel. Thomas s’écrie : «Mon Seigneur et mon Dieu». Jésus ne lui parle pas de : «Mon Père et votre Père». C’est ainsi que les Juifs reconnaîtront un jour Jésus de Nazareth comme leur Seigneur et leur Dieu, et qu’ils regarderont vers Celui qu’ils ont percé (Zach. 12).

Quant à nous, au contraire, il n’a pas honte de nous appeler frères, en vertu de la position qu’il a prise comme homme devant son Dieu et Père.

3.7   [Chapitre 21]

La pêche racontée dans le dernier chapitre est différente de celle qui est mentionnée en Luc 5 ; elle n’a aucun rapport avec ce qui est dit en Matth. 13:47-51. Je pense qu’elle symbolise l’introduction des gentils dans les bénédictions du Jubilé futur de la terre. Après l’Église et les Juifs, représentés au chap. 20, viennent enfin les gentils qui auront part aux bénédictions milléniales.

Les paroles que Jésus, toujours en rapport avec la gloire de sa personne, adresse ici à Pierre pour éprouver son coeur et pour le bénir, sont sans doute aussi un type du ministère futur de ce disciple, puisque les brebis représentent proprement ceux qui appartiennent à la bergerie juive (chap. 10). C’est à Pierre que Jésus remet le soin de paître ses agneaux et ses brebis, tandis que Paul a été le témoin de Jésus glorifié dans le ciel, Chef de son corps qui est l’Église, où il n’y a plus ni Juif ni Grec. L’office de Paul a été de compléter la parole de Dieu, en révélant le mystère caché ; Jésus n’en pouvait donc parler avant son ascension. Mais Jean a ici sa part, comme étant celui dont le témoignage s’étend en principe du commencement à la fin (voyez 1 Jean 1:1, 2 et l’Apocalypse).

 

Mon désir, en terminant cette esquisse, est qu’elle puisse servir d’encouragement aux enfants de Dieu, pour étudier avec un zèle nouveau ces précieux Évangiles ; et aussi, afin qu’ils abordent les Écritures avec plus de respect ; avec une confiance plus simple en chaque parole que Dieu a inspirée pour notre instruction.