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Introduction à l’étude des Évangiles

 

 

Évangile de Jean

 

par William Kelly

 

1° édition Lausanne, 1883 ; les sous-titres entre crochets ont été ajoutés par Bibliquest

Table des matières :

1     Chapitres 1 à 7

1.1      [Chapitre 1]

1.2      [Chapitre 2]

1.3      [Chapitre 3]

1.4      [Chapitre 4]

1.5      [Chapitre 5]

1.6      [Chapitre 6]

1.7      [Chapitre 7]

2     Chapitres 8 à 14

2.1      [Chapitre 8]

2.2      [Chapitre 9]

2.3      [Chapitre 10]

2.4      [Chapitre 11]

2.5      [Chapitre 12]

2.6      [Chapitre 13]

2.7      [Chapitre 14]

3     Chapitres 15 à 21

3.1      [Chapitre 15]

3.2      [Chapitre 16]

3.3      [Chapitre 17]

3.4      [Chapitre 18]

3.5      [Chapitre 19]

3.6      [Chapitre 20]

3.7      [Chapitre 21]

 

1                        Chapitres 1 à 7

1.1   [Chapitre 1]

Les premiers versets de cet Évangile placent devant nos regards, l’objet le plus glorieux qu’il ait jamais été donné à l’homme de décrire, le plus glorieux non pas seulement en lui-même, mais encore par le point de vue auquel il est envisagé. Le Saint Esprit nous présente ici la Parole, telle qu’elle existait au commencement avec Dieu, avant qu’aucune chose et qu’aucun être n’eût encore été créé ; car le commencement dont il est parlé, c’est ce qui a précédé l’origine des temps. «Au commencement était la Parole, et la Parole était auprès de Dieu, et la Parole était Dieu». Il n’eût pas été exact de dire seulement qu’elle était avec le Père, parce que le terme de Dieu comprend à la fois et le Père, et le Saint Esprit. Celui qui était certes de toute éternité le Fils du Père, est considéré ici comme le révélateur de Dieu, parce que Dieu, comme tel, ne se révèle et ne manifeste sa nature qu’au moyen de la Parole. Dans ce verset toutefois, nous apprenons à connaître l’existence de cette Parole bien avant qu’il y eût des êtres auxquels Dieu voulût se révéler ; aussi est-elle éternelle dans le sens le plus strict du terme. L’origine des temps est indiquée au verset 3 : «Toutes choses furent faites par elle, et sans elle, pas une seule chose ne fut faite de ce qui a été fait». Tel est le commencement de tout ce qui existe. Il y eut des êtres célestes avant les terrestres ; mais tout dans l’immensité de ce qui existe, soit anges, soit hommes, soit les cieux, soit la terre, tout Lui doit son origine.

Celui donc que nous savons être le Fils du Père, nous est présenté ici comme la Parole qui subsistait personnellement au commencement (en arch), qui était avec Dieu, et qui était Dieu ; de la même nature que Dieu, mais d’une existence distincte et personnelle. Afin de confirmer ce dernier point et d’annuler les inventions des gnostiques ou tout autre erreur semblable, le Saint Esprit répète au verset 2 : «Elle était au commencement auprès de Dieu». J’ai déjà insisté sur le fait qu’il n’est pas parlé du Père ; la Parole et Dieu, le Fils et le Père, sont en relation réciproque. Les deux premiers versets font apparaître à nos yeux, de la manière à la fois la plus concise et la plus précise, les vérités les plus élevées que Dieu, seul sage, Lui qui seul connaît toutes choses, pût seul aussi communiquer à l’homme. Il n’y a que Lui qui nous donne la vérité, parce que la vérité ne consiste pas en une simple connaissance de faits basée sur une information qui ne laisse rien à désirer. La connaissance la plus exacte de toutes choses, même si nous la possédions, ne serait qu’une pâle lueur en regard de la vérité divinement révélée. Une révélation de la part de Dieu suppose certes l’exactitude des faits qu’elle nous communique, mais bien davantage encore, et c’est là le point essentiel : elle révèle les pensées de Dieu, de manière à agir moralement sur l’homme, à former ses pensées et ses affections selon le caractère de Dieu lui-même. Dieu se fait connaître dans ce qu’il communique touchant la personne de Christ, par elle et en elle. Il est évident que le Saint Esprit, pour la gloire de Dieu, a l’intention de nous faire connaître ce qui concerne immédiatement la divinité et ce qui, en la personne de Jésus, doit être d’une infinie bénédiction pour nous tous. Il nous présente donc le Seigneur comme celui qui existait non pas dès le commencement, mais au commencement, avant toute création quelconque ; tandis qu’en contraste avec son existence éternelle, il est parlé, au verset 14, de son incarnation dans le temps ; il n’est point dit que la Parole commençât alors à exister, mais qu’elle devint (egeneto) chair. Je le répète encore une fois : loin d’être une émanation dans le temps, procédant de Dieu comme de sa source, bien qu’éternelle et divine quant à sa nature (ainsi que les hommes l’ont imaginé), la Parole était à la fois éternelle et personnellement distincte de Dieu, bien qu’elle fût Dieu ; il y avait donc distinction de personnes dans la divinité, et la personnalité de la Parole était aussi éternelle que son existence ; elle n’était point contenue mystiquement en Dieu, mais elle était avec Lui. Quelle clarté et quelle concision admirables dans ce que le Saint Esprit nous apprend ici touchant la personne de Jésus !

Au verset 3, nous apprenons, d’une manière non moins explicite, les rapports entre la Parole et la totalité des choses qui existent dans le temps. C’est par elle que tout a été créé ; «sans elle, pas une seule chose ne fut faite de ce qui a été fait», termes qui impliquent l’existence de ce qui n’a pas été fait, d’êtres non créés, subsistant d’une manière distincte et personnelle ; mais dès qu’il s’agit d’un devenir quelconque, c’est à la Parole qu’il faut l’attribuer. D’autres portions de l’Écriture nous apprennent, assurément, que c’est Dieu qui est le créateur de toutes choses ; il est dit, par exemple, qu’il a fait les mondes (l’univers) par son Fils (Hébr. 1:2) ; mais comment supposer une contradiction dans l’Écriture ? Le fait est que tout ce qui a été créé, doit son existence à la volonté souveraine du Père, que tout a été créé selon sa volonté ; mais c’est par la personne du Fils, la parole de Dieu, que la puissance de Dieu a été mise en action, accompagnée naturellement de l’énergie du Saint Esprit (Ps. 104:30 ; Gen. 1:2).

Or c’est précisément le fait de cette action du Fils qui a une importance toute particulière dans le dessein que l’Esprit se propose en l’Évangile de Jean, puisqu’il s’agit ici de manifester à nos yeux la nature et la lumière de Dieu en la personne de Christ. Cet Évangile ne nous apprend pas, ainsi que Matthieu et Luc, ce que Jésus a été comme étant né de femme et sous la loi, mais ce qu’il était sur la terre, en tant que Dieu de toute éternité. J’ai déjà indiqué, en son lieu, pourquoi Marc ne parle ni de la naissance ni de la généalogie de Jésus. Cet Évangile étant destiné à nous montrer le témoignage de Christ comme le serviteur de Dieu ici-bas, place qu’il a prise bien qu’il fût Fils, il est évident qu’une généalogie devenait inutile, car ce qui importe chez un serviteur, ce n’est point sa naissance, quelque noble qu’elle puisse être, mais son travail. Or le Fils de Dieu s’est abaissé d’une manière si entière, quoique parfaite, à la position de serviteur, que l’Esprit de Dieu, le considérant et le traitant comme tel, omet en Marc tout ce qui se rapporte à sa descendance de David. À bien plus forte raison Jean n’en parle-t-il pas non plus, puisqu’il nous présente Jésus comme la Parole éternelle, au-dessus de toute généalogie, et duquel toutes choses, au contraire, tirent leur existence ; Jésus, comme étant Dieu et possédant la gloire éternelle de la divinité ; non pas seulement comme ayant le titre de Dieu à la façon des hommes auxquels ce titre fut donné dans l’Ancien Testament (Jean 10:34, 35), parce qu’ils représentaient le gouvernement divin sur la terre. Telle est la Parole du côté de Dieu (proV ton Qeon) ; du côté de la créature, ou par rapport à elle, la Parole est ce qui a donné existence à toutes choses.

Toutefois la Parole n’est point seulement la puissance créatrice ; chose plus importante encore, elle est aussi la puissance de vie : «En elle était la vie», vérité bénie pour ceux qui savent que la mort a étendu sa domination sur cette terre, d’autant plus qu’il est ajouté : «Et la vie était la lumière des hommes». La sphère de son action, c’était l’humanité. L’homme, même innocent, n’avait nullement la vie en lui-même, quoique Adam, animé par le souffle de Dieu, devint une âme vivante ; il n’est même point dit que les croyants aient la vie en eux-mêmes ; ils la possèdent cependant, mais ils ne la possèdent que dans le Fils.

Tout ce qui a été révélé jadis, l’a été par Lui ; toute parole venue de la part de Dieu, c’est de sa part qu’elle venait ; de Lui la Parole, et la lumière des hommes. Mais Dieu n’était point révélé, aussi longtemps que Jésus n’était pas encore manifesté ; il habitait l’obscurité, derrière le voile du lieu très-saint, et ne visitait les hommes que par l’apparition de ses anges. Or ici, au contraire, il est dit : «La lumière luit dans les ténèbres». Chose triste et solennelle ! le seul objet que la lumière rencontre, ce sont les ténèbres ! Il n’est pas dit : la lumière luisait, mais d’une manière abstraite et absolue : elle luit dans les ténèbres ; dès qu’elle luit, il n’y a que ténèbres, une obscurité impénétrable devant elle ; car, tandis que tout autre obscurité disparaît devant la lumière, ici le fait est énoncé, non plus le principe seulement, que «les ténèbres ne l’ont point comprise». Cette lumière, qui était expressément la lumière des hommes et qui venait pour eux, n’en a pas été comprise dès qu’elle a lui au milieu d’eux. Donc l’homme est sans excuse.

Mais Dieu a-t-il réellement pris soin que la lumière fût présentée aux hommes ? De quelle manière y a-t-il pourvu ? La puissance ne Lui manquait pas ; mais peut-être y était-il indifférent ? En aucune façon : d’abord Dieu a fait rendre témoignage de la lumière par Jean-Baptiste ; puis la lumière elle-même est venue dans le monde. «Il y eut (egeneto) un homme envoyé de Dieu ; son nom était Jean». Nulle mention des prophètes, des voies préliminaires du Seigneur, des ombres de la loi ; les promesses même sont passées sous silence, et il n’est parlé que de Jean qui «vint pour rendre témoignage de la lumière, afin que tous crussent par lui». Mais voyez comment le Saint Esprit a soin de prévenir toute erreur possible, afin qu’on ne puisse faire aucune comparaison entre la lumière des hommes qui était dans la Parole, et l’homme nommé plus tard (5:35) la lampe ardente et brillante : «Lui n’était pas la lumière, mais pour rendre témoignage de la lumière ; la vraie lumière était celle qui, venant dans le monde, éclaire tout homme». Celui qui était Dieu, avait nécessairement affaire à tout homme, car sa gloire ne pouvait se limiter à une partie de l’humanité ; mais, chose bien plus importante et qui nous est annoncée en ce passage, cette lumière universelle, cette révélation de Dieu en Lui pour tout homme, est liée à son incarnation. La loi s’adressait exclusivement aux Juifs, sa sphère était terrestre, limitée ; mais dès que la Parole entre dans le monde, la lumière luit, d’une manière ou de l’autre, pour chacun, soit qu’elle laisse sous la condamnation ceux qui ne croient point, soit qu’elle luise non seulement sur l’homme, mais au dedans de l’homme, lorsque la foi est opérée dans le coeur au moyen de la grâce divine. Aucune lumière quelconque en rapport avec Dieu, ne peut être séparée de Christ, aucune lumière spirituelle n’a été ni ne peut être communiquée qu’en Lui ; tout le reste n’est que ténèbres, puisque cette lumière doit nécessairement provenir de Dieu quant à son essence. «La grâce de Dieu qui apporte le salut est apparue à tous les hommes» (Tite 2:11). Tous assurément ne reçoivent pas la bénédiction ; mais par rapport à sa nature et à sa sphère d’action, elle vient de Dieu et s’adresse à chacun ; l’appel de la grâce ne connaît point de bornes, bien que l’homme lui en oppose par son incrédulité.

«Il était dans le monde, et le monde fut fait par Lui, mais le monde ne l’a pas connu». Au lieu de le reconnaître, l’homme rejette son créateur ; à peine il apparaît, l’homme montre qu’il est pécheur et perdu. Ici, c’est l’humanité tout entière ; au verset suivant, la scène est restreinte au peuple d’Israël, particulièrement favorisé de Dieu et auquel le Christ avait été annoncé ; mais le résultat est absolument le même : «Il vint chez soi, et les siens ne l’ont pas reçu». Toutefois, si d’une manière générale, ni le monde ne l’a connu, ni les siens ne l’ont reçu, il y a une exception : «Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu». Ce n’est plus de l’Éternel et de ses serviteurs qu’il s’agit, il n’est même pas question de devenir fils (titre qui peut être conféré par adoption), mais de devenir les membres d’une seule et même famille avec Dieu par sa grâce, et selon son intention, pleinement révélées en Jésus. Voilà désormais la seule relation possible avec Dieu, mais déjà ici-bas une réalité éternelle. Le nom de Jésus est la pierre de touche qui a mis les hommes et Israël à une épreuve définitive. La chair et le monde sont moralement jugés. L’homme a prouvé non seulement sa méchanceté, mais encore qu’il hait la bonté parfaite, qu’il déteste la vie et la vraie lumière. Comment, sur ce pied-là, y aurait-il de relations possibles entre l’homme et Dieu ? Ainsi, l’Évangile de Jean tranche la question dès le début, tandis qu’autre part, Jésus se présente comme étant le Messie, avec toutes les preuves possibles de son identité, et il s’agit alors de voir s’il est reçu ou non comme tel. Ici, d’emblée, aucun doute possible ; la Lumière, en venant dans le monde, éclaire tout homme d’une clarté qu’elle seule possède, et manifeste aussitôt le véritable état de l’homme avec la même évidence qu’au jour du jugement (Jean 12:46-48). Le verset 13 nous explique comment il se fait que quelques-uns ont reçu Christ tandis que le reste l’a rejeté. Ce qui les distingue, ce n’est pas un avantage personnel (ils ne sont nullement meilleurs), mais une nouvelle nature, une nature divine communiquée par la grâce (voyez 2 Pierre 1:4) : «Lesquels sont nés, non pas de sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu».

Tout ce qui précède, soit quant à la nature de la Parole, soit quant à la place du chrétien, est considéré d’une manière abstraite ; mais le verset 14 nous place à un autre point de vue. Si la Parole, la vraie lumière, était dans le monde (verset 10), comment y fit-elle son apparition ? Elle «devint chair, et habita au milieu de nous». Tel est l’état de la personne de Jésus, dans lequel Dieu devait être révélé afin d’accomplir l’oeuvre qu’il avait en vue ; il ne s’agit plus de ce que la Parole était en sa nature, mais de ce qu’elle devint, de son incarnation. «Et nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un fils unique de la part du Père» ; mais il est ajouté que c’est «pleine de grâce et de vérité», que la Parole habita au milieu de nous. Quelque bénie que soit la lumière, puisqu’elle est la nature morale de Dieu, la vérité est encore davantage, et elle est introduite par la grâce. La vérité ne manifeste pas seulement ce qui est en l’homme, ou ce qu’est l’homme, mais, plus que cela, elle révèle Dieu, elle révèle le Père et le Fils. Le Fils n’était point venu pour exécuter les jugements prédits par la loi, ni même pour établir une loi nouvelle et plus élevée. Plus digne de Dieu était son message, et conforme à Celui qui était plein de grâce et de vérité. Ce n’est point pour exiger, mais pour donner, qu’il est entré en ce monde ; il est venu pour donner, si l’on peut ainsi dire, ce que Dieu a de meilleur par devers Lui ; car qu’y a-t-il en Dieu de plus réellement divin que la grâce et la vérité ? La gloire assurément sera manifestée un jour ; mais pour lors, c’était la bonté qui devait être révélée, la bonté active au milieu du mal et en faveur de ce qui était mauvais ; la bonté qui venait faire connaître ce qu’est Dieu, ce qu’est l’homme dans tous ses rapports moraux, et ce que Dieu est en faveur de l’homme ; tout cela au moyen de la Parole, en la Parole, devenue chair. Voilà la grâce et la vérité ; voilà Jésus. «Jean rend témoignage de lui et a crié, disant : C’était celui-là duquel je disais : Celui qui vient après moi, prend place avant moi, car il était (ou : existait) avant moi». Ce verset 15, tout en confirmant le contenu du v. 14, est ici intercalé sous forme de parenthèse pour mettre le témoignage de Jean en rapport avec l’incarnation de la Parole, de même qu’il l’a été au verset 7 avec sa nature abstraite. Le contenu du verset 16 se rattache directement au v. 14 : «Car de sa plénitude nous avons tous reçu et grâce sur grâce». Quel contraste absolu avec le système de gouvernement établi jadis par Dieu ! En dépit de tous les signes qui l’avaient accompagnée, et de la volonté divine exprimée directement sur les tables de pierre, la loi perd, relativement parlant, toute sa valeur. La grâce déborde envers tous ; pas de mérite particulier, pas de distinction, et la source est intarissable, car il s’agit de la plénitude divine. La loi, est-il ajouté, a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité vinrent par Jésus-Christ (vers. 17). Dieu ne condescend même pas ici à attribuer à la loi une origine divine, bien qu’elle fût sainte, et juste, et bonne, sous tous les rapports ; mais dès qu’il est question du Fils de Dieu, et en comparaison avec l’honneur que le Père rend au Fils, la loi est aussitôt restreinte aux plus petites dimensions possibles : «La loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité vinrent (egeneto) par Jésus-Christ». La loi ne donnait rien, elle exigeait ; tandis que Jésus, plein de grâce et de vérité, n’est pas venu pour exiger, mais pour donner, comme il le disait Lui-même : «Il est plus heureux de donner que de recevoir». La grâce et la vérité n’ont pas été requises de l’homme, et ne se trouvaient pas en lui, mais en Jésus-Christ elles ont commencé d’exister ici-bas ; tel est le nom donné ici à la Parole faite chair, c’est en la personne de Jésus-Christ qu’elle a été manifestée dans le monde. Le verset qui termine cette portion du chapitre, nous présente encore un contraste frappant : «Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître». Ce n’est plus seulement de la nature de la Parole qu’il s’agit ici, mais de la relation la plus élevée possible du Fils avec le Père, du Fils unique qui est dans le sein du Père, qui possède et conserve toujours cette intimité parfaite avec Dieu, quelle que soit la position qu’il ait prise sur cette terre ; rien n’a pu introduire le moindre changement dans sa gloire personnelle et dans l’intime relation qu’il avait eue avec le Père de toute éternité. Il est entré dans ce monde, né de femme, et ainsi devenu chair ; mais rien absolument ne diminua jamais sa gloire : ni sa naissance, ni sa carrière terrestre, ni son rejet de la part des hommes, ni son retranchement comme Messie, ni son abandon de Dieu sur la croix, à cause de nos péchés. Les circonstances extérieures ont changé, sa nature était immuable, il était le Fils unique dans le sein du Père. Or c’est comme tel qu’il a révélé Dieu. Personne ne vit jamais Dieu, c’est pourquoi Dieu ne pouvait être connu qu’au moyen de Celui qui, divin Lui-même, se trouvait dans une relation intime et unique avec la Divinité, le Fils unique dans le sein du Père. Mais alors le Fils a aussi fait connaître le Père. Ainsi, au commencement de ce chapitre, non seulement la nature de Jésus nous est révélée, mais encore la plénitude de bénédiction contenue en Lui, selon le caractère de sa relation avec le Père qu’il a fait connaître.

La différence entre un témoignage aussi sublime rendu par l’Esprit à la gloire de notre Sauveur, et le point de vue auquel il est représenté dans les autres Évangiles, est trop évidente pour que j’y insiste. Les quatre Évangiles sont tous inspirés au même degré ; mais c’est précisément à cause de cela qu’ils ne le sont pas en vue d’un seul et même témoignage. Ils forment, chacun pour soi et, tous entre eux, une harmonie parfaite, puisqu’elle est divine ; mais on y chercherait en vain quatre répétitions des mêmes faits et des mêmes paroles. Chacun poursuit la tâche particulière qui lui a été assignée, et l’Esprit de Dieu a choisi Jean pour lui communiquer une révélation qui complétât le cycle de ces récits par les vues les plus profondes sur la personne du Fils de Dieu.

Dans les versets 19-37, nous trouvons de nouveau le témoignage de Jean à divers points de vue, et raconté selon l’ordre historique. On remarquera que Jean-Baptiste ne parle point ici du royaume des cieux, de la repentance, du jugement, comme en Matthieu 3:1-13. Là Jésus est présenté comme le Messie des Juifs et, par conséquent, ses droits royaux sur la terre sont mis en relief, tandis qu’il n’en saurait être question ici, où il est le Fils unique du Père. Jean-Baptiste ne parle même pas de la gloire plus élevée qui devait être la conséquence du rejet de Jésus en sa qualité de Messie, et sa réponse aux Pharisiens est plutôt évasive, puisqu’il ne leur déclare point qui est Celui dont il n’est pas digne de délier les sandales, et ne parle en aucune façon de sa gloire divine. Quelle différence dans le témoignage qui commence au verset 29, et que Jean adresse à ses disciples ! Ici, Jésus est déclaré être l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde, et en même temps Celui qui existait de toute éternité, comme au verset 15, mais en rapport avec sa manifestation à Israël, fait dont Jean ne touche pas un mot dans sa réponse aux Pharisiens : «Afin qu’il fût manifesté à Israël, à cause de cela, je suis venu baptiser d’eau».  Puis vient un autre témoignage : «C’est celui-là qui baptise de l’Esprit Saint ; et moi j’ai vu et rendu témoignage que celui-ci est le Fils de Dieu». D’une part donc, Jésus est l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde, de l’autre, Celui qui baptise de l’Esprit Saint : son oeuvre sur la terre et sa puissance céleste ; pour cela il fallait qu’il fût le Fils de Dieu. Cette oeuvre et cette puissance s’adressaient directement à l’homme ici-bas ; la première a eu lieu sur la terre, l’autre a commencé après l’ascension de Jésus au ciel. Toutefois Jean, dans son Évangile, nous parle peu de Jésus en sa qualité d’homme monté au ciel ; c’est à l’apôtre des gentils qu’il appartenait spécialement de traiter ce sujet, tandis qu’ici Jésus apparaît surtout à nos yeux comme étant l’expression de Dieu révélé sur la terre. Sous ce rapport, il pouvait bien être présenté comme le Fils de l’homme qui est dans le ciel (3:13), mais le fait de son exaltation n’est mentionné en cet Évangile que d’une manière exceptionnelle.

Arrêtons-nous un instant au verset 29, qui embrasse en quelques mots toute l’étendue de l’oeuvre de Jésus. Agneau de Dieu, ce n’est point à Israël seulement, c’est au monde entier qu’il a affaire ; aussi la portée complète de cette expression ne sera-t-elle réalisée qu’au jour où, résultat final et glorieux de son sacrifice, la dernière trace du péché aura disparu, dans les nouveaux cieux et la nouvelle terre où la justice habite. C’est certes parce que l’Agneau de Dieu a été immolé, que Dieu peut adresser aujourd’hui son message de pardon à tous les pécheurs ; mais la vertu tout entière inhérente à la personne de Jésus comme étant l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde, n’apparaîtra que lorsque la terre et les cieux actuels seront passés. Il s’agit, en effet, non point seulement des péchés, mais du péché du monde. Nous savons, par la foi, qu’au lieu du péché, Dieu a devant ses yeux, depuis la croix, le sacrifice qui a ôté le péché. La conséquence actuelle en est que, sur cette base, il réconcilie avec Lui-même un peuple nouveau, baptisé du Saint Esprit pour être un seul corps. Plus tard ce sacrifice qui détruit le péché sera appliqué aux Juifs eux-mêmes, puis à d’autres encore qui croiront, car, sans la foi, impossible d’y participer ; enfin le monde entier, toute la création y aura part. Dès qu’il s’agit de l’Agneau de Dieu, du sacrifice expiatoire de Celui qui est Dieu, l’étroite enceinte du peuple d’Israël est dépassée, et de fait il n’y a plus de limites à l’étendue de l’application de son oeuvre. Cependant, bien qu’elle s’adresse à chacun et quoique finalement la création entière en doive jouir, il n’en reste pas moins vrai que quiconque ne reçoit pas Jésus, s’attire un sort d’autant plus terrible qu’il s’agit du Fils de Dieu. Rejeter Christ, victime expiatoire, c’est mépriser Dieu en ce qui Lui tient le plus à coeur, l’honneur dû à son Fils qu’il a envoyé pour sauver ce qui était perdu. Mieux vaudrait n’avoir jamais entendu un mot de l’Évangile, que de rester indifférent au sang versé par l’Agneau de Dieu. Quel témoignage cette seule expression ne rend-elle pas à sa Personne ! Seul un être divin pouvait agir ainsi en faveur du monde, bien qu’il dût nécessairement devenir homme afin de souffrir et de mourir ; mais le résultat de sa mort a proclamé sa divinité, comme aussi il le fera un jour à la face de l’univers. Qui d’autre enfin que le Fils de Dieu avait le pouvoir de baptiser du Saint Esprit !

Le côté divin de la personne de Jésus apparaît également dans la manière dont il devient le centre vers lequel sont attirés tous ceux qui appartiennent à Dieu ; effet produit par les paroles de Jean-Baptiste, le troisième jour de son témoignage, et, en même temps, le premier où Jésus nous est ici présenté comme parlant et agissant selon sa grâce au milieu des hommes. Jean-Baptiste, le témoin choisi de Dieu pour annoncer le Seigneur, la voix de celui qui crie dans le désert exprimant la joie qui remplit son coeur à la vue de Jésus, tourne, pour ainsi dire, le regard de ses propres disciples vers un nouvel objet qui devient le centre de leur affection (vers. 37) : «Le lendemain encore, Jean se tint là et deux de ses disciples ; et regardant Jésus qui marchait, il dit : Voilà l’Agneau de Dieu ! Et les deux disciples l’entendirent parler, et ils suivirent Jésus». Quant au Seigneur, nous le voyons agir comme ayant la conscience de sa gloire et avec l’autorité de Celui qui, étant Dieu ici-bas, manifestait et maintenait la gloire divine en toute chose. À ce propos, n’oublions pas qu’un des traits caractéristiques de la première partie de cet Évangile, est qu’il nous raconte l’oeuvre du Fils de Dieu au milieu des hommes, en tant qu’elle précéda son ministère public en Galilée. Les quatre premiers chapitres relatent des événements antérieurs à ceux qui, dans les autres Évangiles, commencent le ministère du Seigneur. Jean n’a pas encore été mis en prison (3:24) ; tandis que Matthieu, Marc et Luc, ne nous racontent l’activité publique de Jésus qu’à partir de l’emprisonnement de Jean-Baptiste (Matth. 4:12 ; Marc 1:14 ; Luc 3:20 ; 4:14). Mais bien que nous n’assistions encore à aucun miracle, tout, dans les paroles de Jésus, témoigne, dès l’abord, de la conscience profonde qu’il avait de sa divinité. Il accueille, non pas en condisciple, mais comme Seigneur, ceux que le message de Jean-Baptiste avait préparés à sa venue, et les mots qu’il adresse à Simon prouvent qu’il connaît le passé aussi exactement qu’il dirige l’avenir.

Le jour suivant, Jésus en appelle encore d’autres à le suivre et, dans le cas de Nathanaël, nous voyons de nouveau en Lui la puissance divine qui sonde les coeurs, et qui connaît toutes choses. Aussi Nathanaël s’écrie-t-il sur le champ : «Tu es le Fils de Dieu, le roi d’Israël».  Cette confession de Nathanaël le représente ici évidemment comme un type du Résidu d’Israël aux derniers jours (voyez Ps. 2) ; mais le Seigneur lui annonce encore davantage : «En vérité, en vérité, je vous dis : Désormais vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l’homme». C’est une gloire plus étendue que celle du roi des Juifs, c’est la gloire universelle du Fils de l’homme (Ps. 8), dont la partie la plus étonnante s’est manifestée dès lors, puisque le Fils de l’homme, quelque humble que fût ici-bas la place qu’il occupait, n’était point obligé d’attendre le jour de la manifestation de sa gloire, pour que les anges de Dieu fussent à son service.

1.2   [Chapitre 2]

Le troisième jour, il y eut une noce à Cana de Galilée, et la mère de Jésus était là ; et Jésus fut aussi convié aux noces, ainsi que ses disciples. Ici, le changement d’eau en vin manifeste la gloire du Seigneur dans le premier des miracles qu’il accomplit. Plus tard, il montre son autorité et ses droits divins en chassant du temple les vendeurs et les changeurs. Nous voyons dès le premier jour de l’oeuvre de Jésus, non seulement des âmes attirées vers Lui, mais encore d’autres appelées à le suivre ; puis en figure, l’appel du Résidu aux derniers jours ; ensuite l’eau de la purification morale changée en vin, signe de la joie de la nouvelle alliance et de la bénédiction du Résidu d’Israël ; enfin l’exécution du jugement sur le temple. Bénédiction du Résidu et jugement de Jérusalem, ces deux choses nous transportent au temps du millénium. Lorsque les Juifs demandent à Jésus quel miracle il peut faire, comme preuve de son autorité, il leur annonce sa résurrection ; nous savons qu’il a été déterminé Fils de Dieu en puissance par la résurrection des morts (Rom. 1:4). Mais ni les Juifs ni les disciples ne comprirent les paroles du Seigneur, qui se rapportaient au fait que Lui seul était le vrai sanctuaire, car Dieu n’habitait point le temple de Jérusalem. La résurrection de Christ est naturellement une démonstration de sa puissance et de sa gloire ; en outre, elle était pour les disciples le seul moyen de les délivrer de l’esclavage du judaïsme. Celui qui n’accepte pas sa résurrection, ne peut avoir aucune intelligence divine de Christ, ni de ses paroles, ni des Écritures. De plus, elle est en liaison immédiate avec la ruine évidente de l’homme par suite du péché. Aussi est-il maintenant question, versets 23-25, de l’état de l’homme lui-même, et de sa manière d’être en rapport avec le royaume de Dieu : «Et comme il était à Jérusalem, à la Pâque, pendant la fête, plusieurs crurent en son nom, contemplant les miracles qu’il faisait. Mais Jésus lui-même ne se fiait pas à eux, parce qu’il connaissait tous les hommes, et qu’il n’avait pas besoin que quelqu’un rendit témoignage au sujet de l’homme, car lui-même connaissait ce qui était dans l’homme».  Terrible vérité qui se dévoile : Dieu ne peut se fier à l’homme, parce que l’homme ne veut pas se confier en Dieu. Que l’homme soit touché, que son intelligence soit mise en éveil, sa conscience convaincue, malgré tout cela, Dieu qui le connaît, ne peut se fier à lui. Depuis Adam, l’homme ne s’est point amélioré. Que faut-il alors ? La nouvelle naissance.

1.3   [Chapitre 3]

La nouvelle naissance. Voilà le fait capital que Jésus déclare à Nicodème. Pour entrer dans le royaume de Dieu, il faut être né d’eau et de l’Esprit ; impossible d’y avoir une part quelconque sans cela. Telle est la vérité quant à l’homme. Après avoir vu ce que Dieu est, comme vie et comme lumière, comme grâce et comme vérité, en tant que révélé en la personne de Jésus devenu chair, nous voyons maintenant ce qui en est de l’homme quant à sa nature morale : il est incapable de voir le royaume de Dieu ni d’y entrer. Sous ce rapport, le meilleur des hommes est comme le pire ; aucune différence entre eux. Une autre nature est nécessaire, et pour l’avoir, il faut être né d’eau et de l’Esprit, ce qui signifie l’application de la parole de Dieu à la conscience par la puissance vivifiante du Saint Esprit, chose qui a lieu invariablement chaque fois qu’une âme est convertie. Cet office de la Parole par la puissance de l’Esprit, n’est rien autre, cela va sans dire, que la révélation de Jésus lui-même ; ici toutefois, le Seigneur ne parle que de la source de la nouvelle naissance. Le vieil homme ne peut être changé ou amélioré ; mais, grâces à Dieu, le nouvel homme ne peut être changé non plus, il ne dégénère point : «Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit». Ensuite le Seigneur ajoute : «Ne t’étonne pas de ce que je t’ai dit : Il vous faut être nés de nouveau. Le vent souffle où il veut, et tu en entends le son ; mais tu ne sais pas d’où il vient, ni où il va ; il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit».  Comme il est absolument indispensable, par rapport à Dieu, que l’homme soit né de nouveau, de même aussi l’Esprit agit d’une manière souveraine en faveur de quiconque participe à cette nouvelle naissance, de telle sorte qu’il n’en est pas seulement la source, qu’il ne lui imprime pas seulement un caractère particulier, mais encore qu’il opère cette naissance selon sa grâce souveraine et illimitée. Il ne s’agit alors plus seulement des Juifs, mais de «tout homme». Je n’insiste pas sur l’absurdité qui consiste à envisager cette nouvelle naissance comme résultant du baptême, notion introduite par les pères de l’Église, et d’autant plus ridicule que le baptême chrétien n’existait point encore à cette époque, puisque Jésus n’était ni mort ni ressuscité ; s’il s’agissait du baptême, certes, Jésus n’aurait pu reprocher à Nicodème de ne point connaître ces choses, tandis qu’il aurait dû au contraire, lui qui enseignait Israël, avoir au moins une notion de cette nouvelle naissance par le moyen de l’Esprit (voyez Ésaïe 44:3 ; 59:21 ; Ézéch. 36:25-27).

Jésus, il est vrai, lui seul, pouvait enseigner davantage que les prophètes, même en traitant d’une chose qu’ils avaient annoncée ; il pouvait parler avec la conscience qu’il possédait la sagesse divine tout entière, tandis que les hommes inspirés d’alors n’en étaient que les instruments : «En vérité, en vérité, je te dis, nous disons ce que nous connaissons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu, mais vous ne recevez pas notre témoignage. Si je vous ai parlé des choses terrestres, et que vous ne croyiez pas, comment croirez-vous, si je vous parle des choses célestes ? Et personne n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel». Lui seul, subjectivement, connaissait Dieu et les choses de Dieu, aussi bien qu’il connaissait objectivement les hommes et ce qui était en l’homme ; c’est pourquoi il pouvait parler avec non moins d’assurance des choses célestes que des terrestres. Mais leur incrédulité par rapport à celles-ci, démontrée par l’ignorance et l’étonnement de Nicodème touchant la nécessité d’une nouvelle naissance pour entrer dans le royaume de Dieu, prouvait qu’il était inutile de leur parler des choses célestes. Celui qui parlait ainsi était divin. Dieu avait déjà enlevé des hommes au ciel avant Jésus ; mais personne n’y était monté de droit, tandis que Jésus était venu du ciel et y appartenait de telle manière, que, bien qu’il fût homme, il pouvait se nommer «le Fils de l’homme qui est dans le ciel». Son humanité ne portait nulle atteinte à ses droits divins ; c’est pourquoi les choses célestes Lui étaient pour ainsi dire naturelles.

Toutefois, après ces remarques, Jésus aborde effectivement les choses célestes. Si la nouvelle naissance est indispensable pour le royaume de Dieu, de même aussi la croix pour la vie éternelle : «Comme Moïse éleva le serpent au désert, ainsi il faut que le Fils de l’homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle». En la Parole était la vie, et la vie était la lumière des hommes, elle était pour eux le don gratuit de Dieu aux hommes (les croyants seuls y ont part, cela va sans dire) ; l’homme, mort dans ses péchés, a été l’objet de sa grâce. Mais l’état de l’homme était tel, que la communication de cette vie, sans la croix de Christ, eût été une chose indigne de Dieu. Le Fils de l’homme élevé sur la croix a été Celui en qui Dieu a agi judiciairement à l’égard de l’état coupable de l’homme, des conséquences duquel Lui, le Fils de l’homme, s’est fait responsable ; car, je le répète, il n’eût pas été digne de Dieu, qui sait et qui voit toutes choses, d’exprimer simplement sa pensée à l’égard de la corruption de l’homme, puis de l’acquitter en le pardonnant. Non, il faut être né de nouveau ; et cela même ne suffit pas : il fallait que le Fils de l’homme fût élevé, parce qu’il était indispensable que le péché de l’homme contre Dieu fût traité judiciairement en sa source même. On peut donc affirmer que si la loi a soulevé la question de la justice de l’homme, la croix de Jésus où il a été fait péché pour l’homme, en est la réponse. Or, toutes les conséquences inévitables de l’iniquité humaine ayant été ainsi souffertes par Christ, tout a été en même temps résolu sur la croix à la gloire de Dieu. Toutefois, bien que ce jugement du péché, en la personne de Christ, fût digne de Dieu et indispensable pour l’homme, il ne pouvait être en soi l’expression complète de ce qu’est Dieu, parce que, de cette seule manière, ni l’amour de Dieu, ni la gloire de son Fils ne sont dûment manifestés. Aussi, après avoir parlé de la croix, Jésus présente Dieu dans sa grâce : «Car Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui, ne périsse pas, mais ait la vie éternelle». Ce n’est plus le Fils de l’homme élevé sur la croix, mais le Fils de Dieu donné pour l’homme.

N’oublions pas que, si la nouvelle naissance est essentielle pour avoir part au royaume de Dieu, le Seigneur, en disant cela à Nicodème, donne toutefois à entendre qu’il n’a encore parlé que des choses terrestres de ce royaume (vers. 12), avec lesquelles les choses célestes sont ensuite mises en contraste. Mais alors ici, comme toujours, dès qu’il s’agit des choses célestes, la croix se dresse devant nos yeux (voy. Hébr. 12:2 ; 13:11-13). Remarquons également que si l’on peut dire, d’une manière générale, que ceux qui participent à la nouvelle nature possèdent effectivement la vie éternelle, toutefois le Saint Esprit ne mentionne jamais cette dernière comme étant ce qui caractérise actuellement les croyants, sans avoir placé tout d’abord la croix devant nos yeux. De même ici, Jésus ne parle de la vie éternelle que comme conséquence de sa mort, envisagée à deux points de vue : aux versets 14 et 15, il est le Fils de l’homme élevé sur la croix pour satisfaire aux exigences de la justice de Dieu ; au verset 16, il est le Fils de Dieu dans toute la gloire de sa personne, et Dieu, l’ayant donné, a manifesté ainsi d’une manière merveilleuse sa grâce envers le monde.

Les versets suivants continuent ce sujet, en y ajoutant un trait nouveau, c’est que l’état moral de l’homme se trouve dévoilé d’une manière plus terrible que jamais par le fait même de la grâce de Dieu et de la sainteté de Celui qu’il a donné : «Car Dieu n’a pas envoyé son Fils au monde afin qu’il jugeât le monde, mais afin que le monde fût sauvé par lui». Voilà ce qui décide de tout avant l’exécution du jugement ; le sort de chacun est manifesté d’avance par l’attitude qu’il prend vis-à-vis de ce témoignage rendu par Dieu à l’égard de son Fils : «Celui qui croit en lui n’est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu». D’autres choses, même des bagatelles, peuvent servir à indiquer l’état d’une personne ; mais une responsabilité toute nouvelle surgit de cette manifestation merveilleuse de la bonté divine en Christ, et le jugement dépend de l’attitude de l’homme vis-à-vis de la grâce de Dieu en la personne de son Fils ; par la manière dont il reçoit cette grâce, l’homme découvre le fond de son coeur : «Or c’est ici le jugement, que la lumière est venue au monde, et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs oeuvres étaient mauvaises ; car quiconque fait des choses mauvaises, hait la lumière, et ne vient pas à la lumière, de peur que ses oeuvres ne soient reprises ; mais celui qui pratique la vérité, vient à la lumière, afin que ses oeuvres soient manifestées qu’elles sont faites en Dieu». Si l’homme préfère les ténèbres, c’est afin de pouvoir demeurer dans le péché.

Après cela, Jésus quitte Jérusalem et se rend avec ses disciples dans le pays de Judée, non loin de l’endroit où Jean baptisait. Les disciples de ce dernier ont une discussion avec un Juif au sujet de la purification, et racontent à leur maître que Jésus lui-même baptise aussi et que tous viennent à Lui. Jean commence par leur rappeler ce qu’il a dit précédemment touchant sa mission, et témoigne que sa joie est accomplie en entendant l’époux, sachant d’avance que c’est Lui qui doit croître. Position bénie du serviteur qui connaît la valeur infinie de son Maître. Ensuite il parle de la personne de Jésus, en contraste avec lui-même et tous les autres, puis du témoignage de Jésus et des conséquences qui en résultent, à cause de sa gloire, par rapport aux hommes qui le reçoivent ou le rejettent. Jésus, venu du ciel, était par cela même au-dessus de tous ; naturellement aussi, son témoignage était supérieur à tous les autres, puisqu’il se rattachait à ce qu’il avait vu et entendu ; le fait d’être rejeté des hommes n’y changeait rien. «Celui qui a reçu son témoignage, a scellé que Dieu est vrai ; car celui que Dieu a envoyé parle les paroles de Dieu, car Dieu ne donne pas l’esprit par mesure». Telle est la conséquence admirable pour quiconque le reçoit : non seulement Jésus a reçu l’Esprit de Dieu sans mesure, mais encore le fait est ici déclaré, d’une manière générale, que Dieu ne donne pas l’Esprit par mesure, c’est-à-dire à d’autres, par le moyen de Jésus. Au commencement de ce chapitre, il est question d’une oeuvre indispensable et essentielle du Saint Esprit, mais ici du privilège qui consiste dans le don de l’Esprit. Sans doute, Jésus lui-même a reçu le Saint Esprit, parce qu’il était convenable qu’en toutes choses il occupât le premier rang ; mais la gloire personnelle de Christ et l’efficace de son oeuvre ressortent ici encore davantage, par le fait même qu’il communique ce même Esprit à ceux qui ont reçu son témoignage et ont ainsi scellé que Dieu est vrai. La gloire du Seigneur est envisagée à ce point de vue tout particulier, qu’il est investi du témoignage de Dieu et de ce qui en est la couronne. La preuve admirable du don du Saint Esprit lui-même, non point seulement de quelque puissance définie et limitée, c’est que Dieu ne donne pas l’Esprit par mesure ! Le témoignage que Jean-Baptiste rend ici à Jésus se termine par la déclaration positive de ses rapports comme Fils avec le Père : «Le Père aime le Fils, et a mis toutes choses entre ses mains». Telles sont, et la gloire personnelle de Jésus, et le caractère de son témoignage dans le monde, et les conseils du Père à son égard. Les conséquences de la présence ici-bas d’une personne telle que Jésus, sont donc éternelles pour quiconque le reçoit ou le rejette ; éternelles comme Lui est éternel : «Qui croit au Fils, a la vie éternelle ; mais qui désobéit au Fils (qui ne lui est pas soumis) ne verra pas la vie ; mais la colère de Dieu demeure sur lui».

En récapitulant le contenu des trois premiers chapitres, on voit clairement qu’ils servent d’introduction au reste de l’Évangile : Dieu s’est révélé non seulement en la Parole, mais encore en la Parole faite chair, dans le Fils qui a fait connaître le Père. L’oeuvre du Fils, comme Agneau de Dieu, est pour le monde ; sa puissance est communiquée à l’homme par le Saint Esprit. Il a, sur la terre, les anges à son service, non point seulement comme étant le Fils de Dieu et le Roi d’Israël, mais aussi en sa qualité de Fils de l’homme, objet des conseils de Dieu, dont l’accomplissement glorieux et visible pour tous aura lieu au millénium, lors de l’exécution du jugement et de la célébration des noces avec Israël. Alors Jérusalem et son temple, préalablement mis de côté, parce que le peuple juif a méconnu Jésus comme Roi et comme Fils de Dieu, formeront le centre de la gloire terrestre. Bien que Jésus soit rejeté, ses droits sont prouvés d’avance, et d’une nouvelle manière, par sa mort et sa résurrection, fait capital qui explique et le jugement et la bénédiction futurs. En liaison avec la mort et la résurrection de Christ, une autre vérité apparaît devant nos yeux : c’est l’état de l’homme. La présence de Dieu lui-même sur la terre, son incarnation, ne suffisent pas ; le mal de l’homme est sans remède ; l’homme est moralement jugé. Pour atteindre le royaume de Dieu, promis au Juif, il faut être né de nouveau ; même pour le royaume, la nouvelle naissance est nécessaire. Mais l’Esprit ne borne pas son oeuvre à ceux seuls auxquels les promesses ont été faites : semblable au vent, il souffle où il veut ; et si Christ, le Fils de l’homme, a été mis en croix au lieu de s’asseoir sur le trône de David, les conséquences de sa mort, loin d’être restreintes aux bénédictions temporelles prédites au peuple juif, ne sont rien moins que la vie éternelle pour tous ceux qui croient, vie éternelle qui exprime, en même temps, la grâce complète de Dieu, puisqu’il a donné son Fils unique afin que les hommes y eussent part. Enfin, les paroles que Jean-Baptiste adresse à ses disciples, rendent également témoignage à la personne glorieuse de Jésus, à son propre témoignage divin et aux conséquences éternelles qui en résultent, soit pour la foi, soit pour l’incrédulité.

1.4   [Chapitre 4]

Le chapitre 4 nous montre Jésus, en dehors de Jérusalem et du peuple de la promesse, au milieu des Samaritains. Quittant la Judée à cause de la jalousie des Pharisiens, le Seigneur, lassé du chemin, se tenait assis sur le bord d’un puits près de la ville de Sichar. Quel contraste avec la gloire du Fils, et quelle humiliation ! Mais pour que la grâce se manifeste, il faut que la gloire s’abaisse. C’est Jésus qui adresse la parole à la femme étrangère, et celle-ci s’en étonne à juste titre, puisque les Juifs n’avaient point de relations avec les Samaritains ; mais qu’eût-elle dit, cette femme, si elle avait su que c’était le Fils de Dieu qui lui demandait à boire ? Jésus lui répond : «Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, toi, tu lui eusses demandé, et il t’eût donné de l’eau vive».  Voilà la grâce quant à l’homme, la vérité quant à Dieu. Jésus connaissait l’état de cette pécheresse ; mais la grâce ne fait pas de reproches ; il ne s’agit point de ce qu’est la Samaritaine. Celui qui, manifestation vivante de Dieu son Père, était là pour gagner l’affection de cette femme et la bénir, Lui, le Dieu de toute grâce, s’était abaissé jusqu’à demander de l’eau à la Samaritaine, afin de lui ouvrir ses trésors : «Quiconque boit de cette eau-ci, aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, moi, n’aura plus soif à jamais ; mais l’eau que je lui donnerai, sera en lui une fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle». Cette eau dont parle Jésus, c’était le Saint Esprit donné par le Fils, non pas sur le pied de la loi, mais selon la grâce de l’Évangile. La Samaritaine, bien que désireuse de recevoir ce don, ne comprenait naturellement point de quoi il s’agissait, et le Seigneur saisit cette occasion pour montrer que, tout d’abord, la conscience doit être atteinte ; le sentiment du péché mis en éveil, avant que l’homme puisse comprendre la grâce et que celle-ci produise des fruits. Jésus dévoile à cette femme sa vie passée et présente, et elle s’écrie : «Seigneur, je vois que tu es un prophète»,  reconnaissant que Dieu lui-même s’adressait à elle dans les paroles qu’elle venait d’entendre ; toutefois, comme pour échapper à cette épreuve de son propre coeur, et pour éclaircir en même temps une difficulté qu’elle n’avait pu résoudre, la Samaritaine ajoute : «Nos pères ont adoré sur cette montagne-ci, et vous, vous dites qu’à Jérusalem est le lieu où il faut adorer».  Jésus lui répond sur ce même terrain, en lui révélant que toute espèce d’adoration terrestre est jugée, et que désormais c’est le Père, non plus un inconnu, que l’on doit adorer. Il ne méconnaît pas les privilèges juifs : «Nous, nous savons ce que nous adorons, car le salut vient des Juifs», mais il ajoute : «L’heure vient, et elle est maintenant, que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car aussi le Père en cherche de tels qui l’adorent : Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité».  Ces paroles amènent le dénouement. La Samaritaine répond : «Je sais que le Messie, qui est appelé le Christ, vient. Quand celui-là sera venu, il nous fera connaître toutes choses». Jésus réplique : «Je le suis, moi qui te parle». Sur ces entrefaites arrivent les disciples, et la femme se rend à la ville, laissant sa cruche, mais emportant dans son coeur le don de Dieu. Son témoignage est empreint de ce qui a pénétré son âme : «Venez, voyez un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; celui-ci n’est-il point le Christ ?» «Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu». Bien que peu de chose, comparé avec toute la gloire de Jésus, ce témoignage était véritable et réel ; or à celui qui a, il sera donné.

Les disciples s’étonnent que Jésus ait parlé avec une femme ; ils étaient incapables de se figurer ce qui venait d’avoir lieu, et leurs pensées, comme auparavant celles de la Samaritaine, n’étaient qu’aux choses de la terre. «Maître, mange», disent-ils, mais Jésus leur répond : «J’ai de la viande à manger que vous, vous ne connaissez pas». Ils comprennent le sens de ses paroles, aussi peu que sa grâce, et le Seigneur continue : «Ma viande est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son oeuvre. Ne dites-vous pas, vous : Il y a encore quatre mois, et la moisson vient ? Voici je vous dis : Levez vos yeux et regardez les campagnes, car elles sont déjà blanches pour la moisson. Celui qui moissonne, reçoit un salaire, et assemble du fruit en vie éternelle ; afin que, et celui qui sème, et celui qui moissonne, se réjouissent ensemble ; car en ceci est vraie la parole : L’un sème et un autre moissonne. Moi je vous ai envoyés moissonner ce à quoi vous n’avez pas travaillé. D’autres ont travaillé, et vous, vous êtes entrés dans leur travail».

Le Christ méprisé n’apparaît plus, dans ce chapitre, seulement comme le Fils de l’homme crucifié et le Fils de Dieu donné aux hommes, mais comme étant Lui-même celui qui, en communion avec le Père, donne le Saint Esprit aux croyants, comme puissance de vie et source de l’adoration qui s’adresse à leur Dieu et à leur Père (le Fils naturellement n’en est pas exclu, voir Hébr. 1). Dieu est révélé, et le Père, dans sa grâce, cherche de vrais adorateurs (quels qu’ils soient). Il n’est pas question précisément de la manière dont la vie est communiquée, mais plutôt de la pleine bénédiction de la grâce, de la communion avec le Père et avec son Fils, par le Saint Esprit en qui nous sommes bénis. La révélation de cette bénédiction est faite par le Fils, et c’est Lui qui, selon la grâce de Dieu le Père, donne le Saint Esprit, la vie éternelle dans la puissance de l’Esprit. C’est plus que la nouvelle naissance, bien qu’elle soit nécessaire pour qu’il existe des relations de vie entre l’homme et Dieu. Les circonstances présentées dans ce chapitre, de telle manière qu’elles ne laissent aucun doute à l’égard des pensées et des voies de Dieu, font ressortir la grâce souveraine, illimitée, en rapport avec l’amour et la gloire personnelle de Christ. Celui qui s’adressait à la Samaritaine, était plus que Jacob, c’était le Fils de Dieu qui, rejeté en principe par le judaïsme, dévoile avec une beauté et une profondeur incomparables, non pas aux docteurs d’Israël, mais à une pécheresse d’entre un peuple méprisé, la source, la puissance, le caractère de cette nouvelle adoration, qui dépasse ce que le judaïsme avait de plus excellent et le refoule à jamais dans l’ombre. C’est l’adoration chrétienne, résultat de la manifestation de Dieu, de la connaissance du Père selon la grâce. L’adoration est envisagée au point de vue de son caractère moral et au point de vue de la joie de la communion. D’abord, impossible d’adorer sinon en esprit et en vérité, parce que Dieu est esprit ; puis l’amour de Dieu se révèle en ce que le Père rassemble des enfants autour de Lui, et cherche, des adorateurs. Les richesses de la grâce divine sont présentées ici en rapport avec la gloire du Fils, et selon la puissance du Saint Esprit. Aussi Jésus, bien que reconnaissant l’oeuvre de tous ceux qui ont travaillé jusque-là, entrevoit, étalées à ses regards, les vastes moissons de la grâce, que les apôtres devaient un jour récolter, anticipation frappante du résultat glorieux à la fin du siècle. Pour le moment, l’heure de l’adoration chrétienne était arrivée en principe, puisque Jésus était là, prouvant Lui-même que si le salut venait en réalité des Juifs, il existait désormais pour les Samaritains et pour quiconque croirait à cause de sa parole. Nul miracle ici, nul prodige ; toutefois, dans ce village de la Samarie, Jésus est écouté et reconnu comme étant véritablement le Sauveur du monde. Ce sont donc les Juifs qui deviennent étrangers, malgré tous leurs privilèges ; s’ils savaient ce qu’ils adoraient, ils ignoraient cependant le Père, et ils n’étaient pas vrais devant Dieu. Durant le court séjour du Fils de Dieu dans leur ville, les Samaritains entendirent des paroles inconnues en Israël, parce que la grâce ne se conforme point à l’attente des hommes, et surtout qu’elle dépasse toutes les pensées de ceux dont la religion se limite à de vaines cérémonies.

La fin du chapitre nous annonce le départ de Jésus pour la Galilée. Au chap. 2, son séjour dans ce pays fut un type de ce qui aura lieu au millénium ; tandis que la guérison racontée ici, nous montre le travail du Seigneur au milieu des méprisés d’Israël. C’est en Galilée que Jésus, selon les autres Évangiles, commence et accomplit son ministère ; Jean aborde cette période de la vie de Jésus par un miracle particulier. Si les noces de Cana étaient un type de la gloire et de la joie futures sur la terre, le fait qui caractérise le temps actuel, c’est la mort ; mais pour la vaincre, il suffit d’une parole de la bouche du Seigneur. Malgré des points de ressemblance, le contraste entre cet incident et la guérison du serviteur du centurion, en Matthieu 8, Luc 7, est trop frappant pour qu’il soit possible de confondre ces deux miracles, ainsi que l’ont fait des auteurs, tant anciens que modernes, selon l’opinion desquels aussi la pécheresse qui oignit les pieds du Seigneur, en Luc 7, ne serait autre que la soeur de Lazare (Jean 12:3). Une des particularités de cet Évangile consiste en ce qu’il s’occupe principalement de l’activité de Jésus, soit autour de Jérusalem, soit dans cette ville même, chose d’autant plus frappante, que Jésus y est considéré, dès l’abord, comme rejeté du monde et d’Israël ; mais il s’agit de manifester sa gloire indépendamment des hommes et des circonstances.

1.5   [Chapitre 5]

Le premier fait qui se présente à nos yeux dans le chapitre 5, c’est le contraste entre la personne de Christ et la loi. L’homme sous la loi, c’est l’incapacité complète ; et plus ses besoins sont urgents, plus se montre aussi son impuissance à profiter du secours que lui présente la bonté divine. Dieu, qui ne s’est pas laissé sans témoignage à l’égard des païens, en faisant du bien, et en donnant du ciel des pluies et des saisons fertiles (Act. 14:17), fournissait aussi aux Juifs des preuves de sa bonté, en intervenant, d’une manière providentielle en leur faveur : «À certaines saisons, un ange descendait dans le réservoir d’eau, et agitait l’eau ; le premier donc qui entrait, après que l’eau avait été agitée, était guéri, de quelque maladie qu’il fût pris». Mais il y avait là un malade trop infirme pour pouvoir descendre dans l’eau ; Jésus le voyant, et connaissant son état, lui adresse une question qui manifeste à la fois le désir de l’infirme et son incapacité d’être guéri. Tel est l’homme sous la loi : loin qu’un pécheur y trouve la guérison, elle aggrave la maladie et la rend plus apparente. La loi n’apporte pas la délivrance ; au contraire, elle entoure de chaînes et d’obscurité, elle place sous la condamnation ; la loi fait de l’homme un malade ou un criminel, incapable de profiter de la bonté de Dieu ; le remède même qui lui est offert reste en dehors de sa portée.

Quelle différence, lorsqu’il s’agit de Jésus ! «Lève-toi, prends ton petit lit, et marche. Et aussitôt l’homme fut guéri, et il prit son petit lit, et marcha». Naturellement les juifs, qui ne s’étaient jamais souciés de ce pauvre infirme et ne lui avaient jamais aidé à descendre dans le lavoir, sont scandalisés en le voyant, sain et sauf, emporter son lit un jour de sabbat. Ils avaient au reste bien raison de considérer l’ordre donné par Jésus au paralytique non seulement comme enfreignant la loi, mais encore comme une condamnation prononcée sur elle, puisque cet ordre avait été accompagné d’une puissance miraculeuse. Jésus eût facilement pu guérir cet homme, sans choquer le zèle des Juifs ; mais il avait agi d’une manière qui ne laissait aucun doute sur sa pensée. Après avoir appris que c’était Lui qui avait opéré cette guérison, les Juifs cherchèrent à le faire mourir parce qu’il avait enfreint le sabbat. Mais il s’agissait de bien autre chose encore. Jésus leur dit : «Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille». À cause de cela, les Juifs cherchaient d’autant plus à le faire mourir, parce que non seulement il violait le sabbat, mais encore qu’il se faisait égal à Dieu.

Sa personne donc, aussi bien que son oeuvre, forçait les Juifs à se décider et, chose solennelle, si Jésus disait vrai, c’était eux qui prononçaient un blasphème. En même temps, quelle grâce vis-à-vis de leur haine et de leur égoïste fierté ! «Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille». Eux, ils n’avaient aucune pensée, aucun sentiment communs avec le Père et avec le Fils ; ils étaient jaloux du sabbat, mais le Père et le Fils travaillaient. Comment la lumière et l’amour pouvaient-ils trouver du repos au milieu des ténèbres et de la haine ? Ils reprochaient à Jésus son orgueil, et rien n’était plus faux. Bien qu’il fût Fils, qu’il fût Dieu, et ne pût se renier Lui-même, toutefois Jésus avait pris, au contraire, la place d’un homme et d’un serviteur. Voici sa réponse : «En vérité, en vérité, je vous dis : Le Fils ne peut rien faire de lui-même, à moins qu’il ne voie faire une chose au Père ; car quelque chose que celui-ci fasse, cela, le Fils aussi de même le fait. Car le Père aime le Fils, et lui montre toutes les choses qu’il fait lui-même, et il lui montrera des oeuvres plus grandes que celles-ci, afin que vous soyez dans l’admiration. Car comme le Père réveille les morts et les vivifie, de même aussi le Fils vivifie ceux qu’il veut. Car aussi le Père ne juge personne ; mais il a donné tout le jugement au Fils, afin que tous honorent le Fils, comme ils honorent le Père. Celui qui n’honore pas le Fils, n’honore pas le Père qui l’a envoyé. En vérité, en vérité, je vous dis, que celui qui entend ma parole, et qui croit celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne viendra pas en jugement ; mais il est passé de la mort à la vie. En vérité, en vérité, je vous dis que l’heure vient, et elle est maintenant, que les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et l’ayant entendue, ils vivront. Car comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils aussi d’avoir la vie en lui-même. Et il lui a donné autorité de juger aussi, parce qu’il est Fils de l’homme. Ne vous étonnez pas de cela ; car l’heure vient en laquelle tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix ; et ils sortiront, ceux qui auront pratiqué le bien, en résurrection de vie ; et ceux qui auront fait le mal, en résurrection de jugement». Le Seigneur montre d’une manière évidente que la vie qu’il possède en Lui-même, est la chose dont l’homme a besoin, parce que l’homme n’est pas seulement infirme, mais qu’il est mort. Loi, ordonnances, anges même, rien n’était à la hauteur de la misère humaine, rien que le Fils agissant en grâce et donnant la vie. La guérison même, venant de Lui, pouvait aboutir, à cause du péché, à un état pire encore que le précédent (vers. 14). L’homme tel quel, a besoin d’une vie qui le délivre de la mort, et voilà ce que le Père donne en la personne du Fils. Quiconque ne reçoit pas le Fils, n’a pas non plus le Père, mais celui qui reçoit le Fils a aussi le Père. Telle est la vérité ; or les Juifs avaient la loi et haïssaient la vérité. En rejetant le Fils, on ne perd point seulement la bénédiction de la vie en Lui, mais encore on s’attire le jugement, parce que le Père, qui veut qu’on honore le Fils comme Lui-même, a donné tout jugement au Fils. Quant à la vie qui est en la personne du Fils, son importance est telle qu’aucun doute ne doit être possible sur les conséquences qui en résultent, dès maintenant, pour l’éternité. Entendre la parole de Christ ou la rejeter, croire Celui qui a envoyé Christ ou ne pas le croire, voilà la pierre de touche ; il ne s’agit plus de la loi, mais de la parole de Christ et du témoignage de Dieu. En envoyant son Fils dans le monde, Dieu n’a pas voulu que l’ombre d’une incertitude planât sur les conséquences de son acceptation ou de son rejet (vers. 24). Si les Juifs accusaient Jésus de blasphème, pour s’être nommé Fils de Dieu, ils ne pouvaient toutefois se refuser à voir en Lui le Fils de l’homme. Or, non seulement Jésus leur apprend qu’il est le Fils de Dieu, ainsi que les conséquences qui en résultent, mais de plus, il leur déclare que c’est en sa qualité de Fils de l’homme qu’il exécutera le jugement éternel, proportionné à la gloire divine de sa personne que les hommes ont méprisée.

Voilà donc les deux vérités que Jésus révèle aux Juifs. D’une part, c’est en Lui qu’est la vie ; mais la vie par le moyen de la foi, afin qu’elle soit un résultat de la grâce ; car de cette manière seulement, sa gloire est maintenue en ceux qui croient le témoignage de Dieu à son égard. Donner la vie, dépend du Fils comme du Père ; «le Fils vivifie ceux qu’il veut», c’est un acte de sa volonté souveraine, en communion avec le Père. Mais, outre cela, le Fils a été envoyé ; il a pris, en ce monde, une place subordonnée, dans laquelle il disait : «Mon Père est plus grand que moi». Cette place, il l’a acceptée avec toutes ses conséquences ; mais malheur à ceux qui ne reconnaissent pas sa gloire ; car, d’une manière ou de l’autre, il faut que tous honorent le Fils : les uns le font en entendant sa parole, les autres y seront contraints par le jugement. L’heure n’était point encore venue de manifester la gloire du Fils de l’homme par le châtiment des incrédules ; il s’agissait alors de croire ou de rejeter la parole du Fils de Dieu. Si les morts (c’est ainsi que les hommes sont considérés, et non pas comme vivants sous la loi) entendaient la voix du Fils de Dieu, ils vivraient ; car, bien que le Fils (la vie éternelle qui était auprès du Père) fût homme, c’est précisément comme tel que le Père Lui avait donné non seulement d’exécuter le jugement, mais encore d’avoir la vie en Lui-même. La vie ou le jugement, il n’y a, pour l’homme, pas d’autre alternative ; pour Dieu, le jugement est le moyen de maintenir et de prouver la gloire de son Fils en cette nature même où l’homme l’a méprisé, ne distinguant point, sous son apparence humaine, la gloire éternelle de sa personne. Deux résurrections — en vie, et en jugement — manifesteront un jour ceux qui ont cru au Fils de Dieu, et ceux qui l’ont rejeté ; mais la question est résolue dès maintenant, selon qu’on reçoit Christ ou qu’on refuse de l’écouter. La résurrection de vie prouvera qu’on a eu raison de ne pas avoir honte du Fils de l’homme ; la résurrection de jugement manifestera sa gloire et tournera à la confusion éternelle de ceux qui l’ont méprisé.

Ce chapitre, où nous voyons ainsi la plénitude de la gloire de Christ, en sa divinité et en son humanité, se termine par l’exposé des témoignages divers que Dieu a rendus à son égard, afin d’enlever toute excuse à l’incrédulité de l’homme. La gloire de Christ est si élevée, le Père si jaloux de la maintenir, la bénédiction est si immense pour ceux qui le reçoivent, et si terrible le sort de ses ennemis, que Dieu a pourvu à un témoignage complet, de sorte que le jugement n’arrivera point faute d’avertissements. En premier lieu, le témoignage de Jean-Baptiste ; en second lieu, les oeuvres mêmes de Jésus ; troisièmement, la voix du Père ; quatrièmement, la Parole écrite que possédaient les Juifs. À ce dernier genre de témoignage, le Seigneur attache une importance toute particulière : la Parole écrite est une chose qui reste toujours à la portée de l’homme ; tandis qu’un message, un signe miraculeux disparaissent, la Parole, au contraire, contient en elle-même un moyen permanent de conviction, bien que les hommes en fassent aujourd’hui si peu de cas. Mais que servent tous ces témoignages accumulés ? La volonté de l’homme, voilà la cause réelle de son inimitié : «Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie». Pourquoi cette volonté obstinée ? Parce-que l’homme recherche la gloire de ce monde au lieu de celle qui vient de Dieu seul. Or les Juifs qui rejetaient Celui qui venait au nom de son Père, accueilleront un jour l’Antichrist qui viendra en son propre nom. En attendant, il n’est pas besoin que Jésus les accuse ; ils le sont par Moïse, puisque tout en se glorifiant de lui, ils ne croient pas à ses paroles : recevoir Christ, c’était ajouter foi à ce que Moïse avait écrit de Lui.

1.6   [Chapitre 6]

Dans le chapitre 6, c’est à un nouveau point de vue qu’Israël est mis de côté. Ce n’est plus ici le contraste entre la vie éternelle qui seule peut délivrer l’homme, et la loi qui le laisse mort dans ses péchés, sans espoir de secours ; mais la différence totale entre la vérité de Dieu présentée à l’homme en la personne de Jésus ainsi que dans ses oeuvres, et les promesses rattachées au Messie. Loin d’être rejeté, comme précédemment, le Seigneur est reconnu par la foule comme étant le prophète qui devait venir (vers. 14) ; il est reçu à cause de ses oeuvres, et surtout à cause du miracle que l’Écriture mentionne spécialement en rapport avec le Fils de David (Ps. 132). Il avait rassasié les pauvres de pain, et on voulait l’enlever afin de le faire roi ; mais le moment n’était point venu pour Lui de s’asseoir sur le trône de David, et il se retire sur la montagne. Jésus ne conteste point son titre de Messie ; il était en effet le prophète qui devait venir, le Fils de David, le grand Roi ; mais il s’agissait de questions bien plus importantes à résoudre, d’une oeuvre plus grande encore que le règne glorieux du Messie ; il s’agissait du pain de Dieu qui vient du ciel, de Celui qui est descendu du ciel et qui donne la vie au monde ; il s’agissait de la mort et non de la domination du Fils de l’homme. Jésus parle de son incarnation d’abord, puis de la rédemption : de sa chair qu’il donne à manger, de son sang qu’il donne à boire. Ainsi les choses anciennes sont passées, le vieil homme est jugé, mort, disparu ; un nouvel homme entre en scène : le pain de Dieu pour les hommes. C’est la disparition totale de la loi, des miséricordes providentielles, des promesses touchant le Messie, de la gloire annoncée par les prophètes à Israël, tout cela éclipsé par la vie éternelle et la résurrection au dernier jour. Christ n’apparaît pas ici comme le Fils de Dieu qui vivifie (chap. 5), mais comme étant, en sa qualité de Fils de l’homme, l’objet de la foi, par son incarnation d’abord : le pain descendu du ciel, afin que quiconque en mange ne meure pas ; ensuite par sa mort, en donnant sa chair à manger et son sang à boire, un aliment et un breuvage dont la vie éternelle est inséparable.

Or manger sa chair et boire son sang, indique la communion avec sa mort. Ce n’est point seulement croire à l’incarnation de Jésus et le recevoir comme étant descendu du ciel, mais la communion avec sa mort est nécessaire pour avoir la vie éternelle. Après s’être présenté aux Juifs comme le Fils de l’homme vivant, qu’il s’agissait de recevoir et de discerner (vers. 40), Jésus parle de sa mort. Lui qui, reçu pendant sa vie, donnait la vie éternelle, devient, par sa mort, la nourriture et le breuvage de ceux qui croient en Lui ; il leur donne communion avec sa mort. Deux grandes vérités apparaissent donc ici à nos regards : l’incarnation et l’expiation. Il est bien dit (vers. 50, 51), qu’il faut manger le pain descendu du ciel ; mais c’est à propos de l’expiation que Jésus parle de manger sa chair et de boire son sang, et qu’il ajoute : «Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui». C’est l’expiation surtout qui est mise en relief, et la nécessité d’y avoir part. Celui qui croit à la réalité de l’incarnation, accepte aussi avec bonheur celle de la rédemption ; mais personne qui rejette la rédemption, n’a réellement cru à l’incarnation au point de vue de Dieu. La croix sera toujours une pierre d’achoppement pour celui qui voit dans l’incarnation de Jésus le simple fait de son humanité ; mais si l’âme a été enseignée de Dieu touchant la gloire personnelle de Celui qui a été fait chair, elle comprend aussi, avec bonheur, que son incarnation a eu lieu en vue d’une chose plus merveilleuse encore ; qu’il est venu en ce monde, afin de mourir, afin de glorifier Dieu par sa mort, et de devenir ainsi la nourriture de ceux qui croient en Lui.

Jésus ajoute à la fin de ce chapitre un nouveau contraste. S’il s’agissait de le recevoir non comme le Messie, mais comme le Fils de l’homme qui devait mourir, il était également vrai que le Fils de l’homme monterait là où il était auparavant (vers. 62). Cette humanité qu’il avait prise après être descendu du ciel, il la transporterait en sa personne dans la gloire céleste que Lui seul connaissait comme étant le Fils du Père.

1.7   [Chapitre 7]

Le chapitre 7 part de ce dernier point de vue. Les frères de Jésus, voyant la puissance merveilleuse qui accompagnait tous ses actes, se disent qu’il y a là pour eux et pour lui, une ressource dont il faut absolument tirer parti. N’ayant aucune idée de la gloire personnelle du Seigneur, ils veulent se servir de Lui pour satisfaire leur orgueil. Jésus répond que l’heure de la manifestation de sa gloire n’est pas encore venue et que, pour le moment, c’est à la haine du monde qu’il a affaire, tandis qu’eux, étant du monde, doivent nécessairement agir comme le monde. Toutefois il se rend en secret à Jérusalem, et apparaît dans le temple, comme on était déjà au milieu de la fête ; la plus grande incertitude règne à son sujet ; on s’étonne de ses paroles, mais point de conviction réelle ; cependant «plusieurs d’entre la foule crurent en Lui et disaient : Le Christ, quand il sera venu, fera-t-il plus de miracles que celui-ci n’en a fait ?» Les Pharisiens en conçoivent de l’inquiétude, et envoient des huissiers pour prendre Jésus. Malgré cela, en la dernière journée, la grande journée de la fête (le huitième jour, qui indiquait une gloire de résurrection en dehors de la création actuelle, mais qui, pour le moment, devait s’accomplir dans la puissance de l’Esprit), Jésus se tint là, et cria, disant : «Si, quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive. Celui qui croit en moi, selon ce qu’a dit l’Écriture, des fleuves d’eau vive couleront de son ventre». Ce n’est plus manger le pain de Dieu, ni, après la mort de Christ, se nourrir de sa chair et boire son sang ; mais, comme au chap. 4, il s’agit ici de la puissance du Saint Esprit, non de la personne de Jésus. L’explication est donnée au verset suivant : «Or il disait cela de l’Esprit qu’allaient recevoir ceux qui croyaient en lui ; car l’Esprit n’était pas encore, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié». Il y a deux choses à distinguer : celui qui a soif, vient vers Jésus qui lui donne à boire ; et la puissance de l’Esprit découle chez le croyant, de l’homme intérieur, pour rafraîchir les autres.

Le Seigneur considéré comme monté au ciel en sa personne humaine après avoir accompli la rédemption ; entré dans la gloire après avoir passé par la mort, confère, du lieu de gloire où il se trouve, le Saint Esprit à ceux qui croient. Le grand jour de fête et de joie, pour les Juifs et pour le monde, le huitième jour de la fête des tabernacles, ne sera inauguré par Lui que plus tard, après la moisson et la vendange de la fin du siècle. Dans ce chapitre, le Saint Esprit n’est plus envisagé comme source d’une nouvelle nature (ch. 3), ou comme puissance de vie et d’adoration en communion avec Dieu et le Père (ch. 4), mais comme un fleuve d’eau vive découlant de celui qui croit, résultat immédiat de ce que Jésus est entré comme Fils de l’homme dans la gloire céleste, après avoir accompli la rédemption. De cette façon encore, le judaïsme est mis de côté, dont l’espérance était une gloire et un repos terrestres. Jusqu’à ce que Jésus revienne du ciel et se manifeste aux yeux du monde entier, les fleuves de l’Esprit remplacent la fête des tabernacles. Ce n’est pas de repos qu’il s’agit, mais de la joie que procure la puissance du Saint Esprit durant l’absence de Jésus. Le principe dont il est parlé au chapitre 4 a trouvé, en un certain sens, son accomplissement chez la Samaritaine et ceux qui reçurent Christ à cette époque : la personne du Fils causait même alors dans leurs coeurs une abondance de joie divine, bien que le Saint Esprit n’ait pas été réellement communiqué avant l’ascension de Jésus ; le Père était déjà révélé sur la terre par Celui même qu’ils adoraient. Mais, dans ce chapitre-ci, il est évident que le Seigneur est considéré comme envoyant le Saint Esprit sur la terre après qu’il est monté dans la gloire céleste. Dans le désert, les Israélites pouvaient s’abreuver à l’eau du rocher, mais la source était en dehors d’eux ; ici, au contraire, le Saint Esprit n’est point seulement une source dans le croyant, comme au chap. 4, mais encore une source qui déborde et se répand au dehors de lui.

Quel contraste avec l’état du peuple que ce chapitre nous dépeint d’une manière si frappante ! Ils ne savent quel parti prendre vis-à-vis de Jésus, et enfin chacun s’en retourne dans sa maison, sans que la question ait été résolue.

Ici se termine l’exposé des aspects variés de la personne du Seigneur en contraste avec le judaïsme. Lois et ordonnances, droits au royaume, adoration juive, attente du Messie pour satisfaire les besoins terrestres de son peuple, et pour introduire le repos et la gloire : tout cela est remplacé par un nouvel ordre de choses que Jésus promet à ceux qui croient en Lui, et où il n’y a plus de distinction entre Juifs et gentils. Cependant les paroles de Dieu demeurent éternellement, et, bien que le système juif ait été éclipsé pour un temps, toutes les promesses et toutes les menaces que Dieu a prononcées seront accomplies un jour au milieu du peuple d’Israël.

 

2                        Chapitres 8 à 14

2.1   [Chapitre 8]

Je dois commencer l’étude de cette partie de notre Évangile par une remarque qui se rattache au dernier verset du chapitre précédent. Le récit de la femme adultère (7:53 à 8:41), est considéré comme apocryphe par un grand nombre de critiques et, chose triste à dire, même par des chrétiens. Les preuves extérieures qu’on allègue sont de nature diverse : quelques copistes du Nouveau Testament omettent cette histoire, sans aucune indication particulière, d’autres laissent en blanc la partie correspondante du manuscrit, d’autres au contraire l’ont transcrite, mais avec des marques d’incertitude, d’autres enfin l’ont intercalée ailleurs ; ajoutez à cela de nombreuses variantes et, comme on le prétend, certaines particularités d’expression : il n’en fallait pas davantage pour soulever des doutes sur son authenticité. Je suis loin de méconnaître la valeur des objections formulées à cet égard, et malgré cela, une étude réfléchie et minutieuse du texte m’a convaincu encore une fois de l’insuffisance de la critique humaine lorsqu’il s’agit des pensées de Dieu. Le contenu de cette histoire et ses rapports avec les discours qui la suivent, manifestent, à mon avis, une intention divine si marquée, que jamais homme n’eût été capable de l’inventer, ni surtout de l’intercaler d’une telle manière en cet endroit de l’Évangile ; or ces indications morales ou spirituelles, concluantes il est vrai pour ceux-là seuls qui sont capables de saisir la pensée de Dieu et d’en jouir, sont infiniment supérieures à toutes les preuves externes. Mais, plus que cela, j’ose affirmer en même temps, que les preuves externes ne sont nullement aussi faibles qu’on veut bien le prétendre, parce qu’il est facile de trouver une explication très simple des faits matériels que j’ai énumérés plus haut ; de telle sorte, les difficultés qu’on allègue, disparaissent devant un examen sérieux des causes mêmes auxquelles elles doivent leur origine. D’où proviennent les divergences ou les lacunes des manuscrits ? Je crois pouvoir les attribuer à des motifs purement humains. Combien souvent, par bonne ou par mauvaise intention, les hommes n’ont-ils pas tenté de corriger la parole de Dieu ! Incapables d’en saisir la beauté, animées d’une jalousie humaine et ignorante, par crainte de l’opinion du monde, nombre de personnes ont essayé d’éliminer tel ou tel passage des Écritures. C’est ce qui est arrivé à celui-ci, comme nous l’avons vu précédemment pour Luc 22:43, 44. Augustin, témoin irrécusable et presque aussi ancien que les plus vieux manuscrits où l’histoire de la femme adultère est omise, nous affirme que plusieurs copistes ont craint de la transcrire à cause des scrupules qu’elle leur suggérait. Or, ce passage est au contraire en intime harmonie avec les paroles subséquentes du Seigneur que tous les copistes ont conservées, exactement comme le refus de Jésus de monter à la fête et de se montrer au monde, concorde avec ce qu’il dit sur le don du Saint Esprit, au chap. 7, ou comme le miracle des pains, avec ses déclarations touchant la nourriture du chrétien, au chap. 6. En ces trois cas, les faits eux-mêmes et les discours qui suivent, sont en liaison indissoluble les uns avec les autres.

Quel est effectivement le principe divin qui caractérise la conduite et les paroles de Jésus, lorsque les scribes et les Pharisiens Lui amènent la femme adultère ? Il s’agit d’un péché flagrant ; mais ils ne manifestent ni une sainte horreur du mal, ni pitié pour la pécheresse : «Maître, cette femme a été surprise sur le fait même, commettant adultère ; or, dans la loi, Moïse nous a commandé de lapider de telles femmes ; toi donc, que dis-tu ? Or ils disaient cela pour l’éprouver, afin qu’ils eussent de quoi l’accuser».  Si Jésus s’opposait à la loi, il se déclarait l’adversaire des commandements de Dieu ; s’il approuvait la loi, il contredisait ses actes et ses paroles. Au fond les Pharisiens, bien qu’ennemis de la grâce, qu’ils ne comprenaient ni ne voulaient accepter, pensaient évidemment que Jésus, même en un cas aussi grave, agirait contre la loi et se compromettrait définitivement aux yeux du peuple, parce qu’ils sentaient bien qu’il y avait dans sa personne quelque chose de nouveau et d’incompatible avec le système juif. Mais quel résultat inattendu ! La lumière divine éclate dans les paroles de Jésus et remplit ses adversaires d’une telle confusion qu’ils sont forcés de se retirer. La grâce de Dieu n’entre jamais en conflit avec sa loi ; au contraire, elle en maintient l’autorité partout où la loi trouve son application ; elle donne force à la loi et à tous les principes divins, à toutes les relations établies par Dieu ; elle seule les éclaire et en fait comprendre l’importance. Personne, comme Jésus, n’a jamais développé la pensée et l’intention de Dieu relativement au mariage (Matth. 19) ; personne avant Lui n’a montré la valeur d’un petit enfant aux yeux de Dieu. La grâce, je le répète, maintient toutes les obligations de l’homme au point de vue divin, et voilà précisément ce dont nous trouvons ici un exemple remarquable. Loin d’affaiblir la portée de la loi, Jésus l’applique avec la puissance de la lumière divine, non point seulement à la femme publiquement convaincue de péché, mais encore au mal caché de ses accusateurs. La lumière, en sondant les replis secrets de leurs coeurs, démasque leur fausse justice, et, repris par leur conscience, ils sont contraints de se retirer, laissant la femme et Jésus seuls en présence l’un de l’autre.

Impossible, je le dis encore, de trouver, dans toute l’Écriture, une liaison plus étroite, entre les faits et la doctrine, que celle qui apparaît ici aux yeux de quiconque a la moindre intelligence des choses de Dieu. Ce chapitre tout entier resplendit, pour ainsi dire, de la lumière de Dieu et de sa Parole en la personne de Jésus. Dans l’incident de la femme adultère et dans le discours qu’il adresse ensuite aux Pharisiens, le Seigneur se montre comme étant la lumière du monde, par la parole de Dieu qui est en Lui, lumière infiniment supérieure à la loi, et qui toutefois en maintient strictement l’autorité. Dieu seul était capable d’agir ainsi, de montrer la grâce entière, unie à la sainteté absolue ; c’est la grâce personnifiée en Jésus, qui seule maintient la sainteté immaculée de Dieu.

Lorsque les Pharisiens eurent formulé leur accusation, Jésus, s’étant baissé, écrivit avec son doigt sur la terre, afin de leur laisser le temps de réfléchir ; mais comme ils continuaient de l’interroger sur le même ton, s’étant relevé, il leur dit : «Que celui de vous qui est sans péché, jette le premier la pierre contre elle».  Ils avaient eu l’occasion de peser leurs intentions et leurs paroles ; mais voyant leur persistance, Jésus, loin de s’opposer directement à leur désir inique, leur manifeste en quelques mots l’état de leur coeur, après quoi il se baisse de nouveau, afin qu’ils eussent le temps de peser leur réponse. Or l’effet des paroles prononcées par le Seigneur fut immédiat ; elles pénétrèrent jusqu’au fond de la conscience de ces Pharisiens ; pas un d’eux n’osa lever une pierre contre la femme qu’ils venaient d’accuser ; leurs paroles, leurs pensées, leur vie entière étaient jugées : «Et eux, l’ayant entendu, [et étant repris par leur conscience,] sortirent un à un, en commençant depuis les plus anciens jusqu’aux derniers ; et Jésus fut laissé seul avec la femme devant lui». Jamais la loi n’avait produit quelque chose de pareil. Tous ces gens l’avaient apprise et enseignée, mais ils s’en étaient joués jusqu’à ce jour, puisqu’ils n’en faisaient usage que pour condamner leur prochain. Or voici que tout à coup la lumière divine jette sa clarté non seulement sur la loi, dont elle maintient les droits, mais encore sur l’état réel de ces propres justes, atteint leur conscience, et dévoile le fond de leur coeur. Chez eux, nul désir de connaître Dieu et ses voies ; nul désir d’apprendre la vérité ; ils détestent cette lumière qui manifeste leurs oeuvres, et ils se retirent sans pouvoir répliquer une seule parole. L’explication d’Augustin : «Relicti sunt duo, miseria et misericordia» [il reste deux choses, la misère et la miséricorde],  n’est pas exacte, en ce sens que le Seigneur agit ici comme étant la lumière. Au lieu de déclarer à la femme que ses péchés lui sont pardonnés, il dit : «Moi non plus, je ne te condamne pas ; va et ne pèche plus». Ce n’est pas le pardon, ce n’est pas la miséricorde qui caractérise la réponse de Jésus, mais la lumière ; va et ne pèche plus, ne signifie pas : Ta foi t’a sauvée, va-t’en en paix.

En rapport direct avec la scène qui vient de se passer, Jésus s’adresse aux personnes qui l’entourent encore, après que les accusateurs ont disparu (voyez vers. 12), et leur déclare qu’il est la lumière du monde. Il avait agi comme étant la lumière, à l’égard des scribes et des Pharisiens qui en appelaient à l’autorité de la loi ; ici la sphère d’action de cette lumière s’étend sur tous les hommes : «Celui qui me suit, ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie». La vie était la lumière des hommes ; Christ était pour ceux qui le suivaient la révélation parfaite et le guide de la vie, tandis que la loi n’a jamais donné la lumière ni la vie ; aussi répond-il aux Pharisiens qui contestent la vérité de son témoignage : «Mon témoignage est vrai ; car je sais d’où je suis venu et où je vais ; mais vous, vous ne savez pas d’où je viens et où je vais ; vous, vous jugez selon la chair». Plongés dans les ténèbres du monde, se glorifiant d’une loi qu’ils enfreignaient tous les jours, et d’une justice qu’ils étaient incapables d’accomplir, leur jugement était faux d’un bout à l’autre. Malgré leur haine, le Seigneur continue à leur adresser des paroles de plus en plus solennelles, jusqu’à ce qu’ils prennent enfin des pierres pour les jeter sur Lui.

Dans tout cet Évangile, Jésus s’adresse aux hommes avec la certitude d’être rejeté par eux, mais en même temps, rien n’échappe à son jugement moral, parce qu’il est la lumière. Aussi n’a-t-il garde de pousser les choses jusqu’à leurs dernières conséquences, en dévoilant à ses adversaires l’état réel de leur coeur et la place qu’ils occupent en contraste avec Lui : il leur déclare qu’ils sont de la terre, Lui du ciel ; qu’ils mourront dans leurs péchés, qu’ils ne ressemblent pas à Abraham, mais à Satan leur père. Christ apparaît ici, en toutes choses, comme étant la lumière du monde, la lumière de Dieu, rejetée des hommes, la lumière non point seulement dans ses actes, mais dans sa parole même, comme il leur dit autre part qu’elle les jugera au dernier jour. Aussi lorsque les Juifs lui demandent qui il est, Jésus leur répond : «Absolument ce qu’aussi je vous dis». Il est non seulement la lumière, en sorte qu’il n’y a en Lui nulles ténèbres, mais quant à l’essence de sa nature, ni plus ni moins que ce qu’il exprime. Jésus seul pouvait affirmer que sa parole était l’expression de ce qu’il est ; Jésus seul est la vérité. La nature humaine, le monde, sont tellement plongés dans la fausseté, que la puissance de l’Esprit, en nous révélant Christ par le moyen de la Parole, nous préserve seule de l’erreur et du mal de toute espèce, nous-mêmes qui croyons en Lui. Il manifeste à la fois ce qu’est Dieu et ce qu’est l’homme ; par Lui toutes choses sont mises en évidence. Pas un acte, pas une parole de Jésus qui n’ait déclaré ce qu’il était, rien qui ait pu Lui donner l’apparence de ce qu’il n’était pas ; ce qu’il dit, c’est la vérité explicite touchant sa personne. Le Seigneur annonce aux Juifs que lorsqu’ils auront élevé le Fils de l’homme, alors ils connaîtront que c’est Lui ; il ajoute : «Et que je ne fais rien de moi-même, mais que, selon que le Père m’a enseigné, je dis ces choses». C’est de la vérité qu’il s’agit, non point de miracles ; Christ est la vérité en sa personne, puis il parle la vérité, il l’annonce et la dit au monde. Bien qu’il fût la vie éternelle qui était auprès du Père, la Parole qui, au commencement, était avec Dieu, Jésus n’en était pas moins un homme ici-bas, le Fils de l’homme et le Fils de Dieu ; tel il apparaît à nos yeux dans l’Évangile de Jean, depuis le verset 14 du premier chapitre, et tel aussi dans la scène qui nous occupe, d’abord par ses actes, ensuite par sa parole : il disait au monde les choses qu’il avait ouïes de Celui qui l’avait envoyé. Ses actes et sa parole témoignaient que Jésus, en sa personne humaine, était le Fils de Dieu.

C’est encore sur la valeur de sa parole que le Seigneur insiste auprès des Juifs qui avaient cru en Lui. «Si vous persévérez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira. Ils lui répondirent : Nous sommes la postérité d’Abraham, et jamais nous ne fûmes dans la servitude de personne ; comment dis-tu, toi : Vous serez rendus libres ? Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous dis : Quiconque pratique le péché est esclave du péché ; or l’esclave ne demeure pas dans la maison pour toujours ; le Fils y demeure pour toujours. Si donc le Fils vous affranchit, vous serez véritablement libres».  La parole de Jésus, non point la loi, est par conséquent le seul moyen de connaître la vérité, et la liberté qui en résulte. Dieu avait donné des commandements, il avait mis la capacité de l’homme à l’épreuve ; or l’homme ayant prouvé que le bien est au-dessus de sa portée, Dieu se manifestait au monde en la personne et en la parole de Christ ; cette parole étant la vérité, elle mettait l’homme à l’épreuve par rapport à la vérité : «Si vous persévérez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; et vous connaîtrez la vérité». Mais si la vérité apprise dans la parole de Jésus est le seul fondement de la liberté, une fois qu’elle est connue, on ne la possède pas seulement comme étant l’expression de sa pensée, mais aussi de sa personne même, ainsi qu’il est dit au verset 36 : «Si donc le Fils vous affranchit, vous serez véritablement libres». Celui qui prétend accepter et connaître la vérité, sans s’incliner devant la gloire du Fils, prouve par cela même que la vérité n’est pas en lui. En revanche, il se peut qu’on reçoive la vérité, tout en restant d’abord dans une grande ignorance, parce qu’elle a fait pénétrer seulement une partie de la lumière de Dieu dans le coeur. Il est bien rare que l’âme soit aussitôt illuminée de toute la gloire de Jésus ; elle ne la perçoit généralement que par degrés ; mais si elle a réellement reçu la vérité, c’est Dieu qui l’enseigne, et la lumière pénètre de plus en plus, la gloire de Christ lui apparaît toujours plus radieuse, et sa joie augmente en proportion, parce qu’elle accepte avec empressement la moindre révélation nouvelle concernant la gloire du Fils de Dieu. La vérité reçue dans le coeur a pour conséquence inévitable de lui manifester toujours davantage, bien que lentement peut-être, la personne de Jésus. Mais si, au lieu de la vérité, il n’y a dans le coeur qu’une intelligence de Jésus fondée sur la tradition, si la connaissance qu’on prétend avoir de sa personne n’est qu’une simple théorie, un raisonnement historique, un sentiment peut-être, mais un sentiment humain, le coeur est toujours désagréablement impressionné par la présentation de sa gloire ; plus elle éclate et plus on s’en détourne ; c’est une lumière trop intense, trop puissante, que la plénitude divine qui habitait en Lui. Il se montre alors, et c’est là l’épreuve de la vérité, que le coeur, loin de connaître Jésus, est dans l’ignorance à son égard, dans l’ignorance à l’égard de Dieu qui l’a envoyé, et que la vie éternelle enfin, la joie de la vie éternelle, lui est encore inconnue.

En même temps, il s’agit ici d’un nouveau contraste avec la loi. Auparavant, c’étaient la lumière et la vérité qui étaient mises en contraste avec elle, maintenant c’est le Fils, en la personne de Christ. Ces Juifs s’enorgueillissaient de la loi, et cependant ils l’enfreignaient, de sorte qu’ils étaient, sous la loi, les esclaves du péché ; or ce n’est pas l’esclave, mais le fils qui demeure à toujours dans la maison. Ils n’avaient par conséquent ni liberté, ni sûreté ; mais si le Fils les affranchissait, ils seraient véritablement libres. Ainsi les paroles prononcées par Jésus concordent également avec les faits qui nous sont racontés au commencement du chapitre : les Pharisiens, sous la loi et employant la loi pour condamner autrui, se trouvaient être esclaves du péché. Aux yeux de Dieu, et en sa présence, il ne s’agissait point seulement du péché de la femme adultère, mais de leur état personnel. Condamnés en leurs consciences, ils furent contraints de se retirer de devant la présence du Dieu d’Israël, selon les paroles mêmes de Jésus, que «l’esclave ne demeure pas dans la maison».

Le Seigneur continue à exposer aux Juifs leur condition réelle : ils sont bien la postérité d’Abraham», mais non pas ses enfants, puisqu’ils ne font pas les oeuvres d’Abraham ; leurs oeuvres sont celles de Satan, c’est son esprit qui les anime, c’est lui qui est réellement leur père, lui meurtrier et proférant le mensonge, car ils cherchent à tuer Jésus et sont incapables de saisir sa parole. La vérité enseignée est le moyen de comprendre le langage de la vérité : «Pourquoi n’entendez-vous pas mon langage ?» leur dit Jésus, «parce que vous ne pouvez pas ouïr ma parole». Bref, toutes choses, dans ce chapitre, sont mises en évidence et sous leur vrai jour au moyen de la lumière : la loi, les Pharisiens, les Juifs, le monde, les faux et les vrais disciples de Jésus, le Fils de Dieu, Satan ; Dieu enfin, que les Juifs nommaient leur Dieu sans le connaître, apparaît dans son caractère véritable. Abraham est dépeint comme ayant été l’opposé de ses prétendus enfants : «Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour ; et il l’a vu, et s’est réjoui». Il avait prévu le jour de la manifestation glorieuse de Christ, le jour de l’accomplissement des promesses qui lui avaient été faites ; il avait joui d’avance, par la foi, des bénédictions milléniales apportées par le Messie. Or Jésus pouvait dire cela d’Abraham, parce qu’Il existait avant lui et de toute éternité. Non seulement il témoigne qu’il est le Fils de Dieu, mais plus que cela encore, son entretien avec les Juifs se termine par ces paroles merveilleuses : «Avant qu’Abraham fût, je suis». Voilà la vérité tout entière sur la personne de Christ ; la haine des Juifs, leur mépris de sa parole, le conduisent peu à peu à leur révéler cette vérité suprême que l’homme qui leur parlait alors sur la terre n’était rien moins que l’Éternel en personne.

2.2   [Chapitre 9]

Dans le chapitre qui précède, c’est la parole de Jésus, dans le ch. 9, ce sont ses oeuvres qu’on rejette. Cette différence rappelle un peu celle qui existe entre les chapitres 5 et 6. Au ch. 5, le Seigneur apparaît comme étant le Fils de Dieu qui vivifie ; mais son témoignage est inutile et par conséquent une résurrection en jugement devient le sort des incrédules. Au ch. 6, il est le Fils de l’homme venu pour souffrir, pour mourir, et non pour régner. La place qu’il prend ici-bas est pour la gloire de Dieu, non pour la sienne ; or la gloire de Dieu en un monde de péché ne peut être accomplie que par l’humiliation, le service, la mort du Fils de l’homme donnant sa vie pour les pécheurs et à cause du péché. De même aussi, au chap. 8, Jésus est la Parole rejetée, et il se déclare être le Dieu éternel. Plus les hommes s’opposent à la vérité, plus elle se dresse lumineuse devant leurs yeux ; plus ils sont incrédules, plus Jésus leur atteste la gloire de sa personne, jusqu’à ce qu’elle leur devient intolérable, parce qu’ils ne peuvent souffrir la réalité de la présence de Dieu. Au ch. 9, en revanche, Jésus est rejeté dans ses oeuvres et en sa qualité d’homme, bien qu’il se dise être le Fils de Dieu et qu’il soit adoré comme tel (vers. 36, 38). C’est l’humanité de Christ qui est mise en relief dans ce chapitre, comme étant la forme que la bonté divine devait nécessairement revêtir afin de pouvoir bénir les hommes, afin d’opérer les oeuvres de Dieu en grâce sur la terre. Ici l’homme n’apparaît point seulement comme pécheur, mais comme aveugle de sa nature, ce qui nécessite la guérison. Certes, la lumière manifeste aussi dans ce chapitre, le mal et l’incrédulité du coeur humain ; mais la chose essentielle ici, c’est la grâce de Jésus qui cherche l’homme, qui va au-devant de ses besoins, sans qu’il songe seulement à être guéri par elle. En contraste avec l’aveugle de Jéricho mentionné dans les autres Évangiles, celui-ci ne s’adresse nullement à Jésus ; il ne lui crie point : «Fils de David, aie pitié de moi». Là, en effet, Jésus finit toujours par être présenté aux Juifs : comme étant le Fils de David, non seulement en Matthieu qui s’occupe spécialement du Messie, mais en Marc aussi et en Luc. L’Évangile de Jean, au contraire, ne nous présente pas Jésus sous cet aspect, et le cas dont il s’agit ici diffère totalement des autres : l’état de cet aveugle est désespéré, mais il devient l’objet d’une grâce sans réserve, d’une grâce qui s’occupe de son état, bien qu’il ne s’adresse point à Jésus pour être guéri. Le Fils est venu chercher ce qui était perdu, son amour pour l’homme l’a fait condescendre à devenir tel ici-bas, afin de le délivrer de sa misère.

Les disciples qui ne sortent pas des idées juives, demandent à Jésus : «Maître, qui a péché : celui-ci, ou ses parents, pour qu’il soit ainsi né aveugle ?» Du commencement à la fin de l’Évangile de Jean, Jésus agit en opposition avec le système et les pensées juives, il les combat de toute manière chez ceux qui le pressent de leurs questions sans croire à ses paroles, et particulièrement chez ses disciples habitués comme le reste du peuple aux notions erronées du judaïsme. Les voies de Dieu ne sont pas celles des hommes, et la révélation de ces voies offre un contraste absolu avec les idées juives de la justice. Cet homme n’était pas aveugle de naissance à cause des péchés de ses parents, ou de ceux que Dieu avait prévu qu’il commettrait pendant sa vie : «Ni celui-ci n’a péché, ni ses parents ; mais c’est afin que les oeuvres de Dieu soient manifestées en lui». Jésus ne veut certes point dire que ces gens fussent sans péché ; mais la cause de cette maladie ne gisait ni dans la nature humaine, ni dans la loi, ni dans la nécessité d’une justice rétributive selon le gouvernement de Dieu. Le regard de Jésus découvrait au delà une cause supérieure et bien différente : la bonté de Dieu ; c’était une occasion de manifester les oeuvres de Dieu, une occasion pour Christ de faire les oeuvres de Celui qui l’avait envoyé. Un cas désespéré, une maladie incurable, quel moment favorable pour la grâce ! Si l’homme n’a plus de ressources, il en est encore auprès de Dieu : voilà le thème principal de ce chapitre. Jésus n’enseigne pas ici comme étant la parole de Dieu, mais il opère les oeuvres de Dieu selon la grâce absolue qui n’est restreinte par aucune condition : «Il me faut faire les oeuvres de celui qui m’a envoyé, tandis qu’il est jour». La grâce éclate ici dans toute sa perfection, parce qu’il ne s’agit point seulement de la bonté de Dieu exauçant celui qui s’adresse à elle, mais de sa bonté qui adresse Jésus à l’homme, qui l’envoie vers l’homme, et de l’oeuvre de Jésus en sa faveur. Telle est, dans la plénitude de son caractère, la grâce de Dieu en la personne de Jésus. Le Seigneur agissait, dit-il, pendant qu’il faisait jour : «La nuit vient, en laquelle personne ne peut travailler ; pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde». Le jour durait aussi longtemps que la présence de Jésus ; mais une fois le Messie absent, une fois que le Fils de Dieu aurait quitté la terre, c’était la nuit pour les Juifs, la nuit pour le monde. Il est vrai que des choses plus excellentes devaient être établies comme conséquence de l’ascension de Jésus au ciel, et, en rapport avec cela, une lumière nouvelle, l’étoile du matin dans les coeurs de ceux qui auraient compris la grâce ; mais ce passage-ci parle simplement du contraste entre la présence et l’absence de Jésus par rapport à ce monde.

À côté de la différence que j’ai signalée plus haut, il y a donc entre les chap. 8 et 9 une liaison intime, en ce sens que Christ y est présenté également comme étant la lumière, et la lumière du monde. Ici encore, le système juif est mis de côté à un nouveau point de vue. Les notions juives sur le péché s’arrêtaient à la simple apparence, à une règle extérieure de conduite, tandis qu’outre les cas particuliers qui amènent un châtiment de Dieu, il y a encore le péché inhérent à chaque individu, la ruine de l’homme par le péché, mais en regard, la grâce absolue apportée par Christ. La question des disciples, au verset 2, prouve qu’ils n’avaient aucune idée de l’état de l’homme aux yeux de Dieu, ni de ce qu’il mérite comme pécheur. Bien que Jésus se présente donc aussi dans ce chapitre comme étant la lumière du monde, ce n’est pas comme auparavant au moyen de la Parole qui prouve à l’homme qu’il est pécheur, et lui manifeste la nature de Dieu ainsi que la gloire personnelle du Fils, mais il est la lumière du monde en montrant que Dieu opère en grâce au moyen d’une puissance qui agit en contraste avec la nature humaine. La lumière ici ne se présente pas aux yeux de l’homme ; au contraire, la possibilité de la percevoir est communiquée à quelqu’un qui en est absolument incapable. Le Seigneur commence par mettre de la boue sur les veux de l’aveugle, ce qui avait trait à son humanité, au corps qu’il avait pris afin d’accomplir la volonté de Dieu au milieu des hommes ; il était le Fils de Dieu ayant un corps que Dieu Lui avait formé (Hébr. 10). Mais le fait qu’étant le Fils de Dieu, il avait un corps humain, voilà précisément ce que les hommes ne peuvent comprendre ni admettre, tandis que si, par la foi, on se soumet à la parole de Dieu, sa grâce apparaît au contraire d’autant plus précieuse, et l’on admire la sagesse de ses voies ; l’humanité du Fils de Dieu reste un mystère, mais on en comprend avec bonheur la nécessité pour l’homme. La boue que Jésus plaça sur les yeux de ce mendiant ne lui donna pas la vue sur-le-champ, et s’il n’eût pas été aveugle, il n’en fallait certes pas davantage pour l’empêcher de voir ; mais la guérison a lieu aussitôt après qu’il s’est lavé au réservoir de Siloé, en obéissant à la parole du Seigneur. Cet acte est une image de l’application à l’âme, par le moyen du Saint Esprit, de la Parole qui révèle Christ comme étant l’Envoyé de Dieu (voyez vers. 7 et 5:24). L’aveugle ainsi guéri n’a point seulement la vue extérieure, mais la lumière a pénétré dans son coeur : il reconnaît que celui qui lui a parlé est un prophète de la part de Dieu (vers. 17, 33), que Jésus avait par conséquent la mission de faire sur la terre les oeuvres de Dieu, en contraste avec l’incapacité absolue de l’homme. Recevoir avec obéissance la parole de Christ, a pour conséquence invariable de faire découvrir la gloire divine du Sauveur en la personne du Fils de l’homme, et la puissance, qui correspond aux besoins de l’âme d’une manière conforme à cette gloire.

Le témoignage de l’aveugle guéri est un résultat de l’action exercée par la parole de Jésus, car elle met toujours le coeur de l’homme à l’épreuve, soit qu’on l’ait acceptée avec obéissance, ou qu’on y soit hostile ; ainsi la foi et l’incrédulité sont mises en évidence. Les questions des Pharisiens, les conséquences inévitables de son témoignage, loin d’ébranler cet homme, lui inspirent une hardiesse croissante, et en même temps la haine des Pharisiens contre Jésus et ceux qui le confessent, nous apparaît ici plus ouverte, plus déclarée que jamais. L’oeuvre de la grâce venait de prouver qu’en réalité, au point de vue de Dieu, il n’y avait pas de sabbat possible, parce que Dieu était obligé de travailler, s’il s’agissait de délivrer l’homme et de le bénir. Du moment que Dieu se révélait sur la terre, l’observation extérieure la plus rigoureuse de formes prescrites, de devoirs religieux imposés par la loi, ne pouvait cacher l’affreuse réalité que l’homme était incapable de garder un sabbat tel que Dieu pût le reconnaître. Nul doute quant à la sainteté du sabbat et quant à l’obligation des Juifs ; mais l’état de l’homme c’est le péché, et toutes les tentatives d’y porter remède n’avaient prouvé qu’une seule chose : le mal profond, le mal incurable de l’homme. Les Juifs saisissaient fort bien la partie morale de ces miracles opérés pendant le sabbat ; car il était évident qu’un prophète de Dieu pouvait seul guérir d’une pareille manière ; mais si Jésus était réellement Dieu, s’il était effectivement la lumière du monde, le sabbat, signe de l’alliance de l’Éternel avec Israël, se trouvait donc écarté par l’Éternel lui-même, et que penser alors du judaïsme ? Quelle valeur avait-il désormais aux yeux de Dieu ? Il s’agissait là évidemment d’une question de vie ou de mort pour les Juifs. Mais plus les Pharisiens cherchent à annuler la gloire de Christ, plus leurs efforts développent, au contraire, par la grâce de Dieu, l’oeuvre commencée dans l’âme de l’aveugle après qu’il avait recouvré la vue ; sa foi est ainsi peu à peu exercée et fortifiée, par l’incrédulité et la haine des ennemis de Christ. Une foi simple augmente toujours en présence des attaques dirigées contre la personne de Jésus. Il est beau de voir comment le Saint Esprit se plaît ici à nous raconter les détails de ce témoignage rendu à Jésus par un pauvre mendiant enseigné de Dieu, et auquel la grâce communique le courage et la force de répondre à des adversaires tels que les Pharisiens. Le monde religieux d’alors ne pouvait supporter un témoignage rendu à la puissance et à la grâce de Jésus : «Ils répondirent et lui dirent : Tu es entièrement né dans le péché, et tu nous enseignes ! Et ils le chassèrent dehors». Mais loin des Pharisiens, l’homme qui avait été guéri se trouve seul avec Jésus, et il apprend que l’auteur de sa guérison miraculeuse n’est pas seulement un prophète, mais le Fils de Dieu. Chassé de la synagogue, il trouve ce qui peut seul remplir son âme d’une joie ineffable, le vrai objet de la foi et de l’adoration.

Après cela, Jésus annonce les deux conséquences morales de sa venue dans le monde : «Je suis venu dans ce monde pour un jugement, afin que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles». Il avait dit auparavant qu’il était venu pour sauver, pour donner la vie, et non pas pour juger ; tel était en réalité le désir de son coeur, et certes il l’a montré. Mais le fait même de sa présence dans le monde produisait deux effets moraux absolument contraires, et les hommes se trouvaient déjà jugés, en principe, selon l’opinion qu’ils avaient d’eux-mêmes en présence du Seigneur au milieu d’eux. «Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais maintenant vous dites : Nous voyons ! votre péché demeure». Se reconnaître aveugle, sentir son état de péché, voilà ce qui donnait la vue et délivrait du péché. Quant au jugement, non plus moral, mais extérieur et manifeste, sur ceux qui prétendent voir et qui, à cause de cela, sont jugés comme aveugles, il aura lieu plus tard ; Jésus n’était pas alors sur la terre pour l’exécuter.

2.3   [Chapitre 10]

Au chapitre 10, le Seigneur développe les voies de la grâce dans un contraste nouveau avec le système juif, et en rapport avec l’homme chassé de la synagogue, mais trouvé par Lui, en dehors du judaïsme, où la vraie adoration est impossible. Après avoir vu l’histoire spirituelle d’une brebis de Christ, nous trouvons ici la manifestation des voies de la grâce en la personne du Berger lui-même, depuis le commencement jusqu’à la fin de sa vie. «En vérité, en vérité, je vous dis : Celui qui n’entre pas par la porte dans la bergerie des brebis, mais qui y monte par ailleurs, celui-là est un voleur et un larron. Mais celui qui entre par la porte, est le berger des brebis. À celui-ci le portier ouvre ; et les brebis écoutent sa voix». Jésus était entré par la porte, et conformément à ce que l’Écriture avait annoncé touchant sa personne et sa venue ; bien qu’il fût Fils, il s’était soumis à toutes les conditions prescrites par Dieu pour le Berger de son peuple terrestre. Dieu avait pris soin d’indiquer, soit directement, soit en type, chaque détail au moyen duquel on pût reconnaître la présence du vrai Christ ; or l’époque et le lieu de sa naissance, sa famille, sa mère, tout concordait avec les données exactes de la parole de Dieu, tout avait été accompli sous ce rapport ; son oeuvre même était en harmonie avec ce qui avait été prédit dans la loi et les prophètes. Le jugement des nations et la domination d’Israël, le règne glorieux du Messie sur la terre, cela, il est vrai, restait encore à accomplir, et demeurait réservé pour d’autres temps. Dieu avait donc préparé, par sa grâce, quelques coeurs en Israël : Siméon, Anne, Jean-Baptiste, d’autres encore, à recevoir Jésus comme Celui que les prophètes avaient annoncé ; il avait ouvert la porte au Berger ; puis les brebis écoutaient sa voix, comme nous le voyons dans tous les Évangiles, surtout en celui de Luc. Ensuite, faisant allusion à ce qui venait de se passer, Jésus ajoute : «Et il appelle ses propres brebis par leur nom, et les mène dehors». Le mendiant avait bien été exclu de la synagogue, mais le Seigneur interprète à sa manière la méchanceté des Pharisiens : l’homme chassé par eux ne se doutait pas que le résultat de son témoignage était réellement dû à la grâce de Jésus, qui avait eu soin de le mener dehors, en le séparant de ces incrédules, dont le péché toutefois