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Exposé de l’évangile selon Luc

 

William Kelly

 

Table des matières :

1     Luc 7

1.1      Chapitre 7:1-10

1.1.1             Insertion par rapport à Matthieu

1.1.2             Omission par rapport à Matthieu

1.2      Luc 7:11-17

1.3      Luc 7:18-35

1.4      Luc 7:36-50

2     Luc 8

2.1      Chapitre 8:1-3

2.1.1             Différentes Marie

2.1.2             Autres femmes assistant le Seigneur

2.2      Chapitre 8:4-15

2.2.1             Semence reçue dans un cœur honnête et bon. Les trois obstacles à la Parole

2.2.2             La semence sur le roc : réception apparente de la Parole. De la joie sans repentance

2.2.3             Semence parmi les épines : Opération de l’Esprit par la Parole

2.2.4             Comprendre en Matthieu, croire en Luc

 

 

1                        Luc 7

1.1   Chapitre 7:1-10

Le récit du lépreux figure au ch. 5, tandis que Matthieu le déplace pour le juxtaposer au récit de l’esclave du centurion que Luc met au début de ce ch. 7. La guérison du lépreux en Matthieu 8 a pour but de montrer ce que le Seigneur Jésus faisait et le caractère de Son ministère parmi les Juifs, tandis que cette guérison en Luc a pour but de rendre témoignage au grand changement qui allait avoir lieu avec la diffusion de la grâce chez les Gentils à la suite de son rejet par Israël. Luc, comme nous l’avons vu, a été inspiré par l’Esprit de Dieu à s’en servir dans un but complètement différent. Le lépreux était mis avec le paralytique en Luc 5 (et non pas avec le centurion en Luc 7), pour faire ressortir les différents effets moraux du péché, et non pas le changement de dispensation. Ensuite (Luc 6) nous trouvons que le Seigneur sépare entièrement le résidu pieux (Ses disciples), et expose les qualités du Royaume de Dieu dans sa réalisation, et le caractère propre de Christ tel qu’on s’attend à le trouver chez ces disciples : cela s’étendrait aussi aux Gentils quand ils seraient appelés.

Maintenant, dans le cas de l’esclave du centurion, le Seigneur nous donne une manifestation de Sa puissance et de Sa bonté qui amène la vérité encore plus loin. On trouve ici certaines différences d’avec Matthieu qui méritent d’être bien notées, inattendues à première vue. La manière dont Luc le relate se distingue fortement de Matthieu, d’une part par une insertion et d’autre part par une omission.

 

1.1.1        Insertion par rapport à Matthieu

En premier lieu, l’ambassade des anciens est mentionnée ici, alors qu’elle ne l’est pas en Matthieu. « Et l’esclave d’un certain centurion, à qui il était fort cher, était malade et s’en allait mourir. Et ayant ouï parler de Jésus, il envoya vers lui des anciens des Juifs, le priant de venir sauver son esclave » (7:2-3). Ceci place devant nous non seulement l’affection du centurion pour l’esclave, mais l’usage qu’il fait des anciens des Juifs. « Et étant venus à Jésus, ils le priaient instamment, disant : Il est digne que tu lui accordes cela, car il aime notre nation et nous a lui-même bâti la synagogue. Et Jésus alla avec eux » (7:4-5).

Puis nous avons la seconde ambassade : « Et déjà comme il n’était plus guère loin de la maison, le centurion envoya des amis vers lui, lui disant : Seigneur, ne te donne pas de fatigue, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit » (7:6). Les pensées secondes ne sont pas toujours les meilleures. Elles perturbent constamment la simplicité de la première impression qui est susceptible de provenir directement du cœur ou de la conscience. Or la pensée qui voit les conséquences a continuellement tendance à corriger ces impulsions premières, le plus souvent dans le mauvais sens. La simplicité du but est détruite par les considérations secondes de prudence. Mais il n’en est pas ainsi avec la foi réelle qui nous fait croître ; c’est ainsi qu’il est dit : « croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ » (2 Pierre 3:18). Dans ce récit du centurion, nous avons les caractéristiques de toute beauté de notre évangéliste, à la fois dans la première ambassade et dans la seconde. La première caractéristique est son respect pour les rapports de Dieu avec les Juifs, ce que montre son utilisation des anciens des Juifs, de ceux qui étaient les conducteurs d’Israël, envoyés en mission auprès de Jésus. Mais ensuite nous avons l’usage qu’il fait d’amis qui parlent davantage de son propre cœur. Matthieu mentionne l’épisode, mais bien plus brièvement. Le premier évangéliste nous apprendrait seulement qu’il est venu personnellement : « un centurion vint à Lui, le suppliant » (Matt. 8:5), tandis qu’il est clair qu’en réalité il y a eu intervention à la fois d’anciens et d’amis. La clef de l’affaire est cette ancienne maxime de droit légal ou d’équité selon laquelle « ce que quelqu’un fait par le moyen d’un autre est censé être fait par lui-même ». L’envoi de la seconde ambassade manifeste plus complètement la réflexion de son âme à l’égard de la gloire de Jésus. En envoyant les Juifs, il était naturel qu’il demande la présence de Jésus. Car non seulement les Juifs s’attachaient toujours à la présence personnelle du Messie, mais aussi la foi qui s’appuyait sur Israël, et qui, pour ainsi dire, saisissait le pan de la robe d’un homme Juif (Zach. 8:23). Mais quand le centurion exprime ses propres sentiments, et que, par conséquent, il se sert d’amis comme intermédiaires pour sa seconde mission, il dit : « Seigneur, ne te donne pas de fatigue, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit ». Ceci fait ressortir deux choses, d’une part un sens profond de la gloire du Seigneur, et d’autre part un sens correspondant de sa propre nullité. « C’est pourquoi je ne me suis pas cru digne moi-même non plus d’aller vers toi » (7:7). Matthieu met cela entièrement de côté, car Matthieu condense tout, et parle simplement du centurion. Si nous n’avions que ce récit, nous aurions pensé que le centurion est effectivement venu, et qu’il n’y a eu qu’un message à Jésus. Mais il n’en pas été ainsi. Nous avons en Luc la mention des ambassades, et l’Esprit de Dieu ajoute : « C’est pourquoi je ne me suis pas cru digne moi-même non plus d’aller vers toi » (7:7)

Or cette phrase représentait justement son état. L’affaire se présentait très mal. Il n’était pas digne que le Seigneur vienne, et il ne s’estimait pas non plus digne d’aller au Seigneur. Comment la grâce pouvait-elle dès lors intervenir ? En toute extrémité où elle se trouve, la foi trouve toujours une occasion pour l’intervention d’une grâce digne de Dieu, et pour la gloire d’une Personne telle que Jésus. « Mais dis une parole et mon serviteur sera guéri » (7:7). Ainsi la « parole », comme nous le trouvons habituellement en Luc, a sa place éminente. L’élément décisif n’est pas la présence corporelle du Messie, mais la Parole. Jésus était homme, mais Il était le vase de la puissance divine, c’est pourquoi Il n’avait qu’une parole à dire pour que l’esclave soit guéri. Sa venue sur place n’était nullement nécessaire : Sa parole suffisait. « Car moi aussi, je suis un homme placé sous l’autorité [d’autrui], ayant sous moi des soldats ; et je dis à l’un : Va, et il va ; et à un autre : Viens, et il vient ; et à mon esclave : Fais cela, et il le fait » (7:8). Autrement dit, la foi du centurion reconnaissait que Jésus avait exactement le même pouvoir, et même davantage : car il n’était qu’un homme sous l’autorité d’autrui, tandis que Jésus, l’homme parfaitement dépendant et obéissant, pouvait tout commander, toujours pour la gloire de Dieu le Père. Lui-même le centurion, bien qu’étant sous l’autorité d’autrui, avait quand même de l’autorité pour ordonner ceci à l’un et cela à l’autre, spécialement quand il s’agissait de ses propres esclaves. Toutes choses étaient simplement comme des esclaves pour Jésus, et toutes servaient à la gloire de Dieu par Lui. Il n’avait qu’à dire une parole, et la maladie même devait obéir. « Dis une parole, et mon serviteur sera guéri » (7:7). « Et Jésus, ayant entendu ces choses, l’admira ; et se tournant vers la foule qui le suivait, il dit : Je vous dis que je n’ai pas trouvé, même en Israël, une si grande foi » (7:9).

 

1.1.2        Omission par rapport à Matthieu

Mais il y a une omission, et c’est le second point que je voulais souligner — une omission de ce qui figure en Matthieu : « Et je vous dis que plusieurs viendront d’orient et d’occident, et s’assiéront avec Abraham et Isaac et Jacob dans le royaume des cieux ; mais les fils du royaume seront jetés dans les ténèbres de dehors : là seront les pleurs et les grincements de dents » (Matt. 8:11-12). À première vue, on se serait plutôt attendu à voir ce texte en Luc ; mais en y regardant de près, on s’aperçoit que la place de ces versets ne serait pas bonne ici. Le Seigneur l’introduit ailleurs en Luc, au ch. 13, quand le moment sera venu d’indiquer nettement le changement, et ceci sur la base de considérations morales, et non pas seulement dispensationelles. Matthieu par contre, s’applique à indiquer le passage imminent d’Israël aux Gentils, et il a été conduit par l’Esprit à introduire ces paroles en ce temps-là et ce lieu-là (il n’est pas douteux qu’elles ont été ainsi prononcées). Mais c’est avec autant de sagesse que Luc le réserve pour un autre contexte. Je ne doute pas qu’il l’ait fait pour la raison morale suivante : le Seigneur reconnaissait, si on peut s’exprimer ainsi, la simplicité de la foi des Gentils, — et la simplicité dans la foi est de la puissance — Il appréciait extrêmement cette foi qui voyait en Lui beaucoup plus qu’un Messie, qui voyait Dieu en Lui (bien qu’Il fût réellement homme), qui voyait Son pouvoir sur la maladie, même à distance (ce qui est un obstacle insurmontable pour toute ressource humaine), et ne faisait déplacer que Celui qui était un homme, mais bien plus qu’un homme : Voilà ce qu’allait être la foi des Gentils, en son temps, quand Jésus serait effectivement absent de ce monde, et que pourtant toute la vertu de Jésus resterait autant visible, sinon davantage, à plusieurs égards importants. Voilà le christianisme, et le centurion Gentil était un type illustre du caractère de cette foi. Néanmoins, le christianisme étant manifesté, spécialement parmi les Gentils, comme Romains 11 le montre, le danger continuel guettant les Gentils est de considérer que les Juifs ont été retranchés pour qu’eux puissent être greffés. C’est pourquoi c’était la sagesse de Dieu de ne pas introduire ce jugement solennel sur Israël, ni non plus une expression forte de la substitution des Gentils à leur place. Le but évidemment était de corriger la vanité des Gentils. Il est vrai que les Juifs devaient être jugés, et en fait, ils étaient déjà sous le jugement ; et cette sentence devait être exécutée beaucoup plus rigoureusement quand les Gentils seraient rassemblés pour entrer. Mais le Seigneur attend un moment plus approprié pour l’annoncer. Ainsi cette scène enseigne aux Gentils quels sont les sentiments appropriés à avoir envers les Juifs. La foi ne voudrait pas les mépriser. Elle va au-delà de l’intervention des Juifs, mais elle doit honorer les Juifs à la place qui est la leur. En même temps il est remédié au danger de présomption qui guette ces Gentils (danger consistant à croire qu’ils sont les objets exclusifs des desseins de Dieu) par l’omission de la phrase figurant en Matt.8.

Inutile de dire que ceux qui furent envoyés retournèrent à la maison pour trouver bien portant l’esclave qui avait été malade.

 

1.2   Luc 7:11-17

(à traduire)

1.3   Luc 7:18-35

(à traduire)

1.4   Luc 7:36-50

(à traduire)

 

2                        Luc 8

2.1   Chapitre 8:1-3

Le ch. 7 a pénétré et ouvert une sphère très large, et a introduit la puissance divine sur la maladie humaine et la mort — et plus même, il a introduit la grâce divine en présence de ce qui n’était que péché. Néanmoins les voies morales sont ouvertes selon la nature propre de Dieu. La grâce ne se borne pas à pardonner. Ceux qui sont pardonnés sont nés de nouveau, et manifestent leur nouvelle vie de manières appropriées, en son temps et par la puissance du Saint Esprit.

Au ch. 8 nous trouvons comment la grâce se manifeste dans le service. « Et il arriva après cela, qu’il passait par les villes et par les villages » (8:1). C’est bien en évitant toute distinction qu’Il prêchait et annonçait la bonne nouvelle du royaume de Dieu (8:1). La grâce peut aller partout quant à la sphère qui lui est propre, mais elle distingue selon la volonté de Dieu ; car il faut que Lui reste souverain. Il pardonne qui Il veut et Il endurcit qui Il veut (Rom. 9:18). Les douze étaient avec Lui (8:1), et non seulement eux, mais aussi « des femmes qui avaient été guéries d’esprits malins et d’infirmités, Marie, qu’on appelait Magdeleine, de laquelle étaient sortis sept démons, et Jeanne, femme de Chuzas intendant d’Hérode, et Susanne, et plusieurs autres, qui l’assistaient de leurs biens » (8:2-3). Nous voyons que la grâce produit des fruits actuellement, dans la vie présente.

 

2.1.1        Différentes Marie

Je pense qu’il est clair et certain que Marie Magdeleine n’est pas la pécheresse du ch. 7. La tradition varie, certains supposant que la pécheresse pardonnée était Marie Magdeleine, d’autres qu’il s’agissait de Marie la sœur de Lazare ; mais à mon avis les preuves internes sont déterminantes pour conclure qu’il ne s’agit ni de l’une ni de l’autre. En fait, il y a une beauté morale évidente dans le fait que son nom n’est pas donné. Considérant qu’elle avait été une pécheresse notoire, pourquoi vouloir la nommer ? Le récit n’est pas là pour nous informer au sujet de son identité, mais au sujet de ce que le nom de Jésus a été pour elle. C’est Son nom, non pas le sien qui est le sujet important. Et par suite, tous les effets produits en elle par l’Esprit de Dieu s’accordent avec cela. Elle ne va pas à Lui par-devant, mais par-derrière. Elle est à Ses pieds, pleurant et lavant Ses pieds avec ses larmes et les essuyant avec les cheveux de sa tête. C’est pourquoi l’Esprit de Dieu jette un voile sur sa personne. Malgré toute la grâce dont elle a été l’objet, la Parole ne cède pas à la curiosité humaine. Cela fait partie du plan même de l’Esprit de ne pas donner son nom. Il est évident que c’est avec un caractère tout différent que l’Écriture nous dépeint Marie la sœur de Lazare (peu importe ce que la légende a inventé), et son caractère est remarquable, me semble-t-il, quant à sa pureté morale, aussi bien que quant à son intelligence des pensées de Dieu qui provient de la grâce qui la lui a donnée.

À l’opposé de cela, Marie Magdeleine avait été un cas apparemment désespéré ; elle avait manifesté un mal d’une toute autre nature. Ce n’était pas la corruption, mais la puissance de Satan. Elle avait été possédée ; il nous est dit ici que sept démons étaient sortis d’elle. C’est la manière dont l’Écriture la décrit, partout où elle apparaît. Mais jamais aucun relâchement moral ne lui est attribué.

 

2.1.2        Autres femmes assistant le Seigneur

À côté de Marie Magdeleine, une des femmes qui assistaient le Seigneur de leur bien était Jeanne, femme de Chuzas, intendant d’Hérode. Dieu appelle donc des âmes là où on se serait attendu le moins ; et voilà que celle qui était en relation avec la cour du faux roi, se réjouissait d’avoir la permission de suivre le roi méprisé, mais Celui qui était vraiment le Roi, Jésus de Nazareth.

Il y en avait encore d’autres, et il n’en manquait pas : « et Susanne, et plusieurs autres ». Nous ne savons rien d’elles, sauf que la grâce leur donna d’honorer Jésus et de trouver ainsi leur honneur éternel. Elles étaient attirées par le Seigneur Jésus, et L’assistaient comme elles pouvaient.

 

2.2   Chapitre 8:4-15

« Et comme une grande foule s’assemblait, et qu’on venait à lui de toutes les villes, il dit en parabole» (8:4). Il n’était pas venu pour être roi, bien qu’il fût le Roi. Il était venu pour semer, non pas pour récolter ni moissonner. Ceci, Il le fera bientôt à la fin de notre ère. Il était venu produire ce qu’on ne peut pas trouver dans l’homme, venu donner une vie nouvelle qui portât du fruit pour Dieu. « Le semeur sortit pour semer sa semence », c’est l’activité de la grâce.

 

2.2.1        Semence reçue dans un cœur honnête et bon. Les trois obstacles à la Parole

« Et comme il semait, quelques [grains] tombèrent le long du chemin, et furent foulés aux pieds, et les oiseaux du ciel les dévorèrent. Et d’autres tombèrent sur le roc ; et ayant levé, ils séchèrent, parce qu’ils n’avaient pas d’humidité. Et d’autres tombèrent au milieu des épines ; et les épines levèrent avec eux et les étouffèrent. Et d’autres tombèrent dans la bonne terre, et ils levèrent, et produisirent du fruit au centuple. En disant ces choses, il criait : Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende » (8:5-8). Il est remarquable que nous n’avons pas ici comme en Matthieu : « l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente » (Matt. 13:23). Nous avons seulement le résultat complet de la grâce : les sources d’altération ne sont pas prises en compte. Il y avait de la bonne semence semée sur un bon terrain, comme Il le dit plus loin : « Ce qui est dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant entendu la parole, la retiennent dans un cœur honnête et bon, et portent du fruit avec patience » (8:15). Les autres cas ne sont pas des cas où la bonne semence produit du fruit généré imparfaitement, mais des cas d’obstacles moraux empêchant toute production de fruit. Luc fait ressortir le fait triste et douloureux que ce n’est pas seulement la puissance de Satan qui empêche les âmes d’être sauvées et de recevoir la Parole de Dieu. Le monde empêche, la chair aussi, autant que Satan. Voilà les trois ennemis placés devant nous.

Le premier empêchement est la puissance ouverte et évidente de Satan : « Et comme il semait, quelques [grains] tombèrent le long du chemin ». Il n’y a pas d’apparence de réception de la Parole ; elle a simplement été traitée avec mépris : « ils furent foulés aux pieds, et les oiseaux du ciel les dévorèrent » (8:5).

 

2.2.2        La semence sur le roc : réception apparente de la Parole. De la joie sans repentance

La catégorie suivante est ceux qui tombèrent sur le roc. Ici il y a une apparence. La semence lève, mais elle sèche, « parce qu’ils n’avaient pas d’humidité » (8:6). Cela représente les personnes qui, « lorsqu’elles entendent la parole, la reçoivent avec joie ; mais n’ayant pas de racine, elles ne croient que pour un temps, et au temps de la tentation elles se retirent » (8:13). C’est une description solennelle : il y a une réception apparente, mais pas de racine. Ils reçoivent la Parole avec joie, mais non pas avec repentance, seulement avec joie. Il peut y avoir de la joie, mais s’il n’y a pas d’action spirituelle sur la conscience, il n’y a pas de racine. C’est extrêmement sérieux, surtout dans la chrétienté où les gens sont susceptibles de recevoir l’enseignement élémentaire de la vérité chrétienne, sur la base de la foi d’un parent, — non pas sur la base de la Parole de Dieu, mais d’un père, d’une mère, d’un maître, d’un frère, d’une sœur ou de n’importe qui d’autre, la religion majoritaire dans le pays, le credo commun de la chrétienté. Toutes ces choses peuvent opérer, mais ce n’est que la nature. C’est la semence semée sur le roc ; il n’y a pas de racine réelle, car c’est la conscience qui est la porte effective. Sans la conscience, la Parole de Dieu n’a pas d’effet durable. L’Esprit de Dieu ne produit pas des grands savants, mais elle amène de pauvres pécheurs à croire et à être sauvés. Peu importe la personne, instruite ou pas ; il faut qu’elle vienne comme pécheur, avec repentance envers Dieu. Or le propre de la repentance est de susciter des sentiments d’humiliation, d’horreur de soi, de jugement de l’homme tout entier, la certitude qu’il n’y a d’espérance qu’en Dieu, et le jugement de tout ce que nous sommes. Cela ne produit pas la joie. D’autres choses peuvent réjouir le cœur malgré cela et en même temps que cela. La grâce de Dieu vue en Christ est tout à fait rassurante, mais « la tristesse selon Dieu opère une repentance à salut dont on n’a pas de regret » (2 Cor. 7:10). Ceux qui croient que la repentance, c’est de la tristesse, font erreur ; cependant c’est son effet quand elle est selon Dieu.

 

2.2.3        Semence parmi les épines : Opération de l’Esprit par la Parole

Ceux qui tombent parmi les épines « sont ceux qui, ayant entendu [la parole] et s’en étant allés, sont étouffés par les soucis et par les richesses et par les voluptés de la vie, et ils ne portent pas de fruit à maturité » (8:14). Luc voit les choses dans leur plein résultat, non pas seulement dans un individu ; il ne voit pas non plus la nouvelle nature entravée, mais la nouvelle nature produisant ses pleins résultats. C’est la Parole de Dieu, non pas reçue pour telle ou telle raison, mais lorsqu’elle est reçue, il est dit de ceux qui l’ont reçue, qu’« ayant entendu la parole, ils la retiennent dans un cœur honnête et bon, et portent du fruit avec patience ». En même temps que la Parole de Dieu, il y a l’opération de l’Esprit. Ce sont eux (la Parole et l’Esprit) qui produisent ce cœur honnête et bon. Le cœur est ainsi purifié par la foi, celle-ci opérant le sentiment et la confession de notre état de péché. Luc, comme toujours, fait ressortir les racines morales, aussi bien de ceux qui s’opposent à la réception de la Parole que de ceux qui la reçoivent. Ceux qui « ont entendu la Parole, la gardent, et portent du fruit avec patience ».

 

2.2.4        Comprendre en Matthieu, croire en Luc

Il y a un autre point que je voudrais observer. Matthieu parle de comprendre — c’est même le grand point pour lui qui parle de la Parole du royaume. Luc parle de la Parole de Dieu (pas tellement du Royaume, bien que nous sachions qu’il s’agissait du royaume de Dieu). Mais c’est la Parole de Dieu : « la semence est la Parole de Dieu » afin que ceux qui croient (non pas ceux qui comprennent) soient sauvés. Matthieu parle d’écouter et comprendre, Luc parle de croire et d’être sauvé. Ceci concorde admirablement avec les objectifs différents de ces évangiles. Matthieu montre un peuple dont Dieu s’était déjà occupé, et qui était soumis à l’épreuve du test de la proclamation du royaume des cieux par le Messie ; ceux dont les cœurs s’attachaient à des objets mondains ne comprenaient pas le Messie, ni ne se souciaient de la parole du Royaume (*). Mais Luc nous montre la Parole de Dieu disséminée ; et bien qu’en fait, ce fût à l’intérieur des limites d’Israël pour ce temps-là, cependant dans sa nature elle se diffusait à toutes les villes et tous les villages du monde. En principe ils penchent déjà vers elle, et ils sont sur le point d’être effectivement envoyés au dehors quand sera venu le temps de Dieu. En accord avec cela, ce n’est pas simplement le Royaume, mais la Parole de Dieu. Elle est pour l’homme en tant que tel ; ensuite comme la grande masse des gens en dehors d’Israël était complètement ignorante du Royaume, il s’agissait de croire, non pas de comprendre. Il ne s’agissait pas d’une parole qu’ils avaient déjà, ni de choses qu’ils connaissaient mais ne pouvaient comprendre ; il s’agissait de croire ce que Dieu envoyait. C’était un témoignage nouveau pour ceux qui avaient été entièrement dans l’obscurité, et en conséquence il était question pour eux de croire et d’être sauvés. Ainsi nous trouvons que même dans les plus petits détails, Luc a été inspiré pour se tenir attaché à ce grand dessein qui court à travers son évangile : les principes moraux profonds, et en même temps l’effusion de la grâce envers l’homme de la part de Dieu. C’est comme si c’était l’Évangile de Dieu dans le salut des hommes, exactement ce que nous trouvons dans l’épître aux Romains ; or rappelons-nous que Luc a été de manière prééminente le compagnon de l’apôtre Paul.

 

(*) note Bibliquest : comparer le « comprendre » de Matt.13 avec le devenir disciple de Matt. 28:19