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Ne jugez pas : Matthieu 7

 

William Kelly

 

Extrait de « Lectures on the gospel of Matthew » pages 118-127, 1868, Ed. G. Morrish

 

Table des matières :

1     Matthieu 7:1

2     Matthieu 7:2

3     Matthieu 7:3

4     Matthieu 7:4

5     Matthieu 7:5

6     Matthieu 7:6

 

1                    Matthieu 7:1

Le point qu’aborde le Seigneur Jésus est celui-ci. Il avait auparavant pleinement montré que nous avons à agir en grâce en tant qu’enfants de notre Père ; mais il s’agissait plus particulièrement du comportement vis-à-vis du monde, vis-à-vis de nos ennemis, vis-à-vis de ceux qui nous font du tort. Mais voilà qu’une difficulté pratique grave peut surgir d’ailleurs. Supposons que parmi ceux qui nous font du tort, certains portent le nom de Christ : quel comportement adopter ? Que devons-nous en penser et comment réagir ? Sans doute il y a une différence, et même une différence très importante. En outre, il y a quelque chose dont nous avons à prendre soin avant d’aborder la question de la conduite d’autrui ; c’est de veiller à ne pas avoir nous-mêmes l’esprit de censeurs, l’habitude et la tendance à imputer de mauvais motifs en rapport avec ce que nous ne connaissons pas et que nous n’avons pas vu. Nous savons tous quel piège c’est pour le cœur de l’homme, et que ce danger guette spécialement certains du fait du caractère naturel et de l’habitude prise de manquer de vigilance. Certains ont plus de discernement que d’autres, et ils devraient particulièrement veiller à se garder de cet esprit. Ce n’est pas qu’ils aient à fermer les yeux sur ce qui est mal, mais ils n’ont pas à suspecter ce qui n’est pas découvert, ni à aller au-delà des preuves que Dieu donne. C’est une sauvegarde pratique très importante, sans laquelle il est impossible de marcher ensemble selon Dieu. Les gens peuvent se retrouver ensemble comme autant d’unités séparées sans qu’il y ait aucune sympathie ou puissance réelle pour entrer dans les douleurs, les difficultés et les épreuves, et éventuellement le mal des autres. Tout cela exige quelque chose de la part du cœur d’un disciple. Même ce qui est de travers requiert de l’amour pour trouver la manière d’agir de Dieu vis-à-vis de ce qui est contraire à Dieu. Car l’essence de l’amour est de chercher le bien de l’objet aimé, sans ne faire aucune référence à soi-même. Il peut y avoir l’amertume de ne pas être aimé en retour, et de le savoir : l’apôtre Paul le savait, déjà dans les premiers jours, avec de vrais chrétiens, et même avec des personnes singulièrement douées par l’Esprit de Dieu. Et pourtant Dieu s’est plu à nous donner ces leçons solennelles de ce qu’est le cœur, même chez les saints de Dieu.

En toute circonstance cette grande vérité oblige la conscience : « ne jugez pas afin que vous ne soyez pas jugés » (7:1). D’un autre côté il n’y a guère de principe dont l’égoïsme de l’homme abuse plus facilement. Si une personne continue à marcher dans une voie mauvaise, et se sert de ce passage pour refuser aux frères le droit de juger sa conduite, il est clair qu’il fait preuve par là d’un manque de conscience et d’intelligence spirituelle. Son œil est aveuglé par le moi, et il ne fait rien d’autre que tourner les paroles du Seigneur en excuse pour le péché. Le Seigneur n’entendait en aucune manière affaiblir le saint jugement du mal ; au contraire, Il fera plus tard peser cette obligation solennelle sur Son peuple : « ne jugez-vous pas ceux qui sont de dedans ? » (1 Cor. 5:12). C’était la faute des Corinthiens de ne pas juger ceux qui étaient au milieu d’eux. Il est donc clair qu’en un sens je dois juger et en un autre sens je ne dois pas juger. Il y a des cas où je pécherais contre le Seigneur si je ne jugeais pas, et il y a des cas où le Seigneur l’interdit, et m’avertit que si je le fais, j’attirerai un jugement sur moi-même. C’est une question très pratique pour le chrétien, de savoir quels sont les cas où il faut juger et ceux où il ne faut pas. Tout ce qui ressort clairement — ce que Dieu présente aux yeux de Son peuple, de manière qu’ils le savent eux-mêmes, ou qu’ils en entendent le témoignage de manière non douteuse — cela ils sont certainement tenus de le juger. En un mot, nous sommes toujours responsables d’avoir en horreur ce qui offense Dieu, que ce soit connu directement ou indirectement ; car « on ne se moque pas de Dieu » (Gal. 6:7), et les enfants de Dieu ne doivent pas être gouvernés par de simples considérations d’ordre technique, dont l’habileté de l’ennemi peut facilement tirer avantage.

Mais que veut dire ici notre Seigneur par ce « ne jugez pas, afin que vous ne soyez pas jugés » ? Il ne se réfère pas à ce qui est clair, mais à ce qui est caché ; à ce dont il n’a pas plu à Dieu d’étaler la preuve aux yeux de Son peuple, pour autant que ce soit quelque chose qui existe. Nous ne sommes pas responsables de juger ce que nous ne connaissons pas ; au contraire, nous sommes tenus de veiller contre l’esprit tendant à soupçonner le mal. Il peut y avoir mal effectif, et même un mal de caractère très grave, comme dans le cas de Judas. Notre Seigneur dit : « l’un d’entre vous est un diable » (Jean 6:70), et Il a maintenu volontairement les disciples dans l’ignorance des détails. Remarquez au passage que l’évangile de Jean est le seul à nous montrer que la connaissance de notre Seigneur en rapport avec Judas Iscariote était celle d’une Personne divine. Il l’a dit bien longtemps avant que quoi que ce soit vienne au grand jour. Dans d’autres évangiles tout est tenu dans la discrétion jusqu’à la veille de la trahison ; mais Jean a été conduit par le Saint Esprit à se rappeler comment le Seigneur le leur avait dit dès le commencement : et pourtant, bien qu’Il le sût, ils n’avaient qu’à s’en remettre à Sa connaissance de la chose ; car si le Seigneur le supportait, ne devaient-ils pas faire pareil ? S’Il ne leur donnait pas de directions sur la manière d’agir à l’égard du mal, ils avaient à attendre. C’est toujours la ressource de la foi, qui ne se presse jamais, spécialement dans un cas aussi solennel. « Celui qui croit [JND : se fie à elle] ne se hâtera pas » (És 28:16). Nous n’avons pas besoin de nous tourmenter sur ce qui n’est pas certain. Dieu voit tout, et tout est entre Ses mains ; et nous pouvons nous fier à Lui. La patience est le mot d’ordre jusqu’au moment du Seigneur pour agir avec ce qui Lui est contraire. Le Seigneur laisse Judas se manifester entièrement, mais il ne fut plus dès lors question de supporter le traître. S’il y a des cas où nous devons juger, il y a aussi des questions qu’Il ne demande pas à l’Église de résoudre. Les pires de tous, sont ceux qui s’en vont, non pas ceux qui sont mis dehors. Qu’est-ce qui condamne le plus un homme que le fait qu’il ne peut plus se tenir dans la présence du Seigneur, même sur la terre ? Bien sûr aucun mal ne peut subsister en présence du Seigneur au ciel ; et il ne le peut pas non plus à long terme sur la terre. « Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils eussent été des nôtres, ils fussent demeurés avec nous ; mais c’est afin qu’ils fussent manifestés comme n’étant aucun [d’eux] des nôtres » (1 Jean 2:19). Ceux-là sont caractérisés comme étant des antichrists. Ce n’était pas simplement un mal d’ordre moral, mais un mal contre Christ personnellement, et donc un mal attaquant directement le fondement de la vérité éternelle. « Ils sont sortis ». Ainsi, partout où il y a ce qui, sans contredit, est contraire à la gloire personnelle de Christ, Lui s’en occupe. Il y a des cas, comme en 2 Jean, où il convient aussi aux saints de s’en occuper ; mais nous trouvons en général que de telles personnes s’en vont. Dieu préfère, si j’ose parler ainsi, les débarrasser Lui-même, déjà ici-bas. Ils ne peuvent pas continuer dans la présence du Seigneur, même que cette présence soit simplement donnée à connaître sur la terre par la puissance de l’Esprit de Dieu. Mais tandis qu’il a ces cas où les saints jugent et ceux où le Seigneur juge, il n’en reste pas moins cette parole : « ne jugez pas afin que vous ne soyez pas jugés ». Nous devons nous garder d’imputer des motifs, ou de  prononcer une sentence sur l’état absolu d’une personne devant Dieu.

 

2                    Matthieu 7:2

Nous avons à faire attention à ne pas devancer Dieu, de peur de nous retrouver contre Dieu, dans le détail, sinon pour le principal. Nous ne devons pas briser ce qui est meurtri, en cédant à des sentiments de personnes ou de partis exacerbés. Quel danger il y a là ! L’effet inévitable d’un esprit qui juge, est de se retrouver lui-même jugé. Il est partout parlé en mal de l’âme qui a l’habitude de se comporter en censeur. « Du jugement dont vous jugerez, vous serez vous-mêmes jugés » (7:2).

Puis Il présente un cas particulier :

 

3                    Matthieu 7:3

« Et pourquoi regardes-tu le fétu qui est dans l’œil de ton frère, et tu ne t’aperçois pas de la poutre qui est dans ton œil ? » (7:3). Autrement dit, là où il y a cette propension à juger, on trouve autre chose d’encore plus grave : c’est le mal habituellement non jugé dans l’esprit d’un professant ou d’un saint de Dieu et qui fait que cette personne ne reste pas tranquille dans son désir de prouver aux autres qu’ils ont tort.

 

4                    Matthieu 7:4

« Ou comment dis-tu à ton frère : Permets, j’ôterai le fétu de ton œil ; et voici, la poutre est dans ton œil ? » (7:4). Le fétu était bien sûr petit, et il en était fait une grosse affaire, tandis qu’on passait à côté de la poutre, une chose énorme. Le Seigneur mettait en relief de manière très forte la vérité qui Le concernait, et le danger qu’il y a à avoir un esprit de suspicion et de jugement. Et Il montre que la manière correcte d’agir, si nous désirons le bien de Son peuple et leur délivrance du mal, c’est de commencer par le jugement de soi-même. Si nous désirons réellement que le fétu soit ôté de l’œil de notre frère, comment faut-il faire ? Commençons par les fautes graves que nous savons si peu corriger et confesser chez nous : ceci est digne de Christ. Quelle est Sa manière d’agir avec ? Dit-Il du fétu dans l’œil de notre frère, amenez-le aux juges ? Pas du tout ; il faut vous éprouver vous-mêmes. C’est là que l’âme doit commencer. Quand je juge le mal que ma conscience connaît, ou, si elle ne le connaît pas encore, ce que ma conscience apprend dans la présence de Dieu, — si je commence par cela, alors je verrai clair pour ce qui concerne les autres ; j’aurai un cœur en état d’entrer dans leurs circonstances, un œil nettoyé de ce qui rend le cœur biaisé ou inapte à avoir un sentiment commun avec Dieu à cet égard.

 

5                    Matthieu 7:5

« Toi, hypocrite, ôte premièrement de ton œil la poutre, et alors tu verras clair pour ôter le fétu de l’œil de ton frère » (7:5). On peut trouver cela chez un croyant en principe, quoique, quand le Seigneur dit « toi, hypocrite », Il fait allusion au mal dans sa forme la plus développée ; mais même chez nous, nous le connaissons dans une mesure, et qu’y a-t-il de plus opposé à la simplicité et à la sincérité de la piété ? Le Seigneur montre que ce point précis conduit au mal le plus haïssable qu’on puisse trouver sous le nom de Christ, celui d’hypocrite, une chose que même la conscience naturelle ressent vivement et rejette. « Toi, hypocrite, ôte premièrement de ton œil la poutre, et alors tu verras clair pour ôter le fétu de l’œil de ton frère » (7:5). Nous avons trouvé tellement souvent qu’une fois la poutre ôtée, on ne voit plus le fétu, qui a déjà disparu. C’est un grand réconfort ; quand le cœur s’appuie sur le Seigneur, aurons-nous du regret de constater que nous nous sommes trompés à l’égard de notre frère ? Ne vais-je pas me réjouir de trouver la grâce du Seigneur chez mon frère, si je découvre, dans le jugement de moi-même, que je suis seul à avoir tort ? Ce peut être douloureux, mais l’amour de Christ dans le cœur du croyant est réjoui de savoir qu’un déshonneur de plus est épargné à Christ.

Ceci est donc le premier grand principe que le Seigneur ordonne ici. Il faut veiller sérieusement contre cette habitude de jugement, d’autant plus qu’elle amène de l’amertume dans l’esprit qui s’y livre, et elle rend l’âme inapte à agir correctement avec une autre : car nous sommes placés dans le corps, comme l’apôtre Paul le montre, pour que nous puissions nous être en aide les uns aux autres ; et nous sommes tous membres l’un de l’autre. Le Seigneur inculque l’esprit de grâce qui cherche le bien des autres, même si cela implique de se condamner soi-même.

 

6                    Matthieu 7:6

Mais il y a autre chose. En veillant contre les jugements hâtifs et durs, il risque d’y avoir un abus de la grâce. Alors le Seigneur lie immédiatement l’un avec l’autre : « Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens, ni ne jetez vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent à leurs pieds, et que, se retournant, ils ne vous déchirent » (7:6). Faisons bien attention de nous rappeler que le Seigneur ne parle pas ici de la diffusion de l’évangile aux pécheurs. Que Dieu nous préserve de manquer à porter l’évangile de la grâce de Dieu aux pécheurs partout sous le ciel, car tout saint de Dieu devrait en avoir le désir et s’y efforcer. Tous devraient le faire, c’est-à-dire avoir l’esprit d’amour actif qui va vers les autres, avec le désir énergique du salut et de la bénédiction des âmes : ce serait une triste carence que de ne pas aller plus loin que d’amener les âmes à Christ. La seule pensée digne d’un chrétien, c’est la gloire de Christ, et on devrait par conséquent chercher à croître dans et vers Christ en toutes choses, et à chercher et à faire la volonté de Dieu. Dans ce verset le Seigneur ne soulève pas la question de diffuser l’évangile sans faire de distinction, car s’il y avait des différences à faire, nous savons que l’évangile conviendrait surtout à ceux qui ont été des chiens, — ce qui dans le langage des Juifs était une figure de tout ce qui est abominable. « Et quelques-uns de vous, vous étiez tels ; mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du seigneur Jésus, et par l’Esprit de notre Dieu » (1 Cor. 6:11). L’apôtre venait de parler des voleurs, des ivrognes, des ravisseurs, etc. On aurait pu demander : la méchanceté de certains n’est-elle pas plus grande que celle d’autres ? Sur un plan terrestre, on pourrait dire : oui, certainement à tous égards ; mais en sauvant des âmes, Dieu ne fait pas ces distinctions. Ainsi, s’agissant de croyants Juifs, Paul dit qu’ils étaient « enfants de colère comme aussi les autres » (Éph 2:3). Il peut y avoir eu des caractères d’une grande élévation morale parmi eux. Cela les rend-il plus propres à être des objets de la grâce de Dieu ? Hélas ! quand une âme trouve de quoi se justifier dans ce qu’elle est, rien n’est plus dangereux. Il est difficile pour quelqu’un qui éprouve ce sentiment de se courber devant la vérité qu’il ne peut entrer au ciel sur aucune autre base que celle des publicains et des pécheurs. C’est bien cela qu’il faut, si l’âme doit recevoir le salut de la part de Dieu par la foi en Jésus Christ.

Le Seigneur n’est donc nullement en train de restreindre la diffusion de l’évangile en tout lieu ; mais Il parle des relations des Siens avec ceux qui ont une marche profane. Le chrétien n’a pas à agir avec l’homme mondain comme étant sur le même terrain ; il n’a pas à étaler pour lui les trésors particuliers qui sont la portion du chrétien. L’évangile doit être répandu libéralement ; il s’agit des richesses de la grâce de Dieu. Mais à côté de l’évangile, j’ai les affections spéciales de Christ pour l’église, Sa seigneurie vis-à-vis de Ses serviteurs, Sa sacrificature, l’espérance de Son retour, etc.

Si vous vous mettez à parler de ces choses qu’on peut peut-être qualifier de perles des saints, avec ceux qui de toute évidence ne sont pas chrétiens, vous êtes sur un mauvais terrain. Si vous insistez sur les devoirs du fidèle dans un cercle mondain, c’est donner ce qui est saint aux chiens. Il y a des ressources bénies pour les chiens, il y a ce que le Seigneur dispose pour eux : les miettes qui tombent de la table des maîtres (Matt. 15:27). Et telle est la grâce de Dieu envers nous : les miettes qui tombent pour être notre portion, à nous pauvres chiens de Gentils que nous étions, voilà ce qu’il y a de mieux. Qu’y a-t-il de pareil à ce qui découle de la grâce du Seigneur ? Quels que soient les bienfaits promis aux Juifs, la grâce de Dieu a manifesté dans l’évangile une bénédiction plus grande que tout ce qui fut jamais promis à Israël. Israël peut-il apprendre à connaître quelque chose de mieux que la délivrance de Dieu que nous connaissons maintenant ? La conscience d’être en un instant complètement purifié de tout péché, et d’être en possession, immédiatement et pour toujours, de la justice de Dieu en Christ ; et d’avoir accès présentement à Dieu comme Père à travers le voile déchiré ; et d’être faits Son temple par le Saint Esprit demeurant en nous. Comme le Seigneur Lui-même disait à la femme samaritaine : « si tu connaissais le don de Dieu, et qui est Celui qui te dis ‘donne-moi à boire’, tu Lui aurais demandé et Il t’aurais donné de l’eau vive » (Jean 4:10). Quand Christ est reçu maintenant, quelle que soit la personne dont il s’agisse, il y a cette plénitude de bénédiction. Nous n’avons même pas à aller au puits maintenant, car la fontaine est à l’intérieur du croyant. « L’eau que je lui donnerai sera en lui une fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jean 4:14). Il y a ainsi beaucoup de passages de la Parole de Dieu qui font voir combien Sa grâce est vaste et parfaite, tandis qu’elle interdit de jeter certaines choses sans réserve parmi les personnes mondaines, car elles n’en sont pas des objets convenables. Tout acte qui implique la communion entre un croyant et un incroyant est infidèle. Prenez par exemple la question du culte, et l’habitude d’appeler culte (ou : adoration) tout le cycle de dévotions. Mais le culte suppose la communion avec le Père et avec le Fils, et les uns avec les autres dans ce culte. Il n’y a pas et ne peut pas y avoir de communion réelle dans les formes habituelles de prière. En effet vous constaterez que les évangéliques ne font guère cas des prières, mais les supportent à cause du sermon. Le système fondé sur un rituel facile qui prétend régénérer tous les participants et qui unit croyants et incroyants dans une seule manière d’être, et qui appelle cela du culte ou de l’adoration, c’est jeter ce qui est profane aux chiens. N’est-ce pas une tentative à peine voilée de mettre les brebis et les chiens sur le même terrain ? C’est en vain ! Vous ne pouvez unir devant Dieu les ennemis de Christ et ceux qui Lui appartiennent. Vous ne pouvez mêler en un seul peuple ceux qui ont la vie et ceux qui ne l’ont pas. Essayer de le faire, c’est pécher, et cela se termine toujours par la faillite et la déception, et du déshonneur pour le Seigneur. Tous les efforts d’avoir un culte avec ce caractère mélangé tombent directement sous le coup de ce verset 6. D’un autre côté, prêcher l’évangile en le gardant dissocié du culte, c’est juste et béni. Quand le jour du jugement viendra sur ce monde, sur qui tombera le coup le plus terrible ? Non pas sur le monde ouvertement profane, mais sur Babylone, parce que Babylone est la confusion de ce qui est de Christ avec le mal, c’est-à-dire la tentative de rendre la communion possible entre la lumière et les ténèbres (2 Cor. 6:14). Il y a ce dont nous sommes responsables, selon ce que dit l’apôtre : « Sortez du milieu d’elle, mon peuple, afin que vous ne participiez pas à ses péchés et que vous ne receviez pas de ses plaies » (Apoc. 18:4). C’est le fait de participer à ses péchés qui rend l’affaire grave vis-à-vis de Dieu. C’est accepter un terrain commun sur lequel l’Église et le monde peuvent se rejoindre, alors que l’objectif de Dieu, et celui pour lequel Christ est mort, est et était précisément d’avoir un peuple séparé pour Lui, de manière à ce que, par leur consécration même à Dieu, ils soient un lumière dans ce monde — non pas des témoins orgueilleux disant « tiens-toi là, car je suis plus saint que toi » (És. 65:5), mais une épître de Christ qui dise au monde où trouver l’eau vive, et qui leur offre de venir : « que celui qui veut prenne gratuitement de l’eau de la vie » (Apoc. 22:17). La lumière de l’Église, reflet de Christ, brille sur l’eau vive que Christ donne à celui qui veut. Là où on ne confond pas la religion du monde avec l’adoration (ou : culte) qui monte vers Dieu de la part de Son peuple, là vous aurez aussi la vraie ligne de démarcation entre les cas où il faut juger et les cas où il ne le faut pas. Il y aura le service  actif envers le monde par l’évangile, et pourtant la séparation soigneuses de l’église d’avec le monde. C’est aussi vrai individuellement. N’y aurait-il même qu’un seul saint en un lieu donné, il n’a pas à jeter ses perles devant les pourceaux ; et s’il s’agit d’une assemblée, elle a à s’en garder en tant que corps. Quel test pour le cœur ! Les gens s’appuient sur le passage de la Parole de Dieu qui dit « Si quelque incrédule vous convie, et que vous vouliez aller, etc. » (1 Cor. 10:27) ; mais faites attention comment vous allez et dans quel but. Si vous allez avec de la confiance en vous-mêmes, vous ne ferez que déshonorer Christ ; si c’est pour vous faire plaisir, c’est un motif misérable ; si c’est pour plaire aux autres, ce n’est guère mieux ; si c’est réellement pour servir Dieu et plaire à notre prochain en vue de l’édification (Rom. 15:2), il faudra se donner de la peine, et il faudra de la révérence et une sainte crainte, de peur d’oublier le Dieu vivant et le fait qu’Il est un  feu consumant. Car le Dieu du croyant est un  feu consumant ; Il est tel dans Ses voies à notre égard, et il faut Lui en être reconnaissant. Il n’épargne pas plus le mal chez nous qu’Il ne veut que nous l’épargnions. Il peut y avoir des occasions où l’amour de Christ peut contraindre une âme à aller porter témoignage à Son amour dans un cercle mondain ; mais si nous savons combien il est facile que des paroles nous échappent et que des choses soient faites, alors qu’elles impliquent de la communion avec ce qui est contraire à Christ, il y aurait de la crainte et du tremblement ; or là où il y a de la confiance en soi, il ne peut jamais y avoir la puissance de Dieu.