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Notes sur le livre de Daniel

 

par William Kelly

 

1° publication dans Bible Treasury (1860) vol. 3, à partir de la page 2 ; traduction faite sur le texte de la 8°édition, 1952

1° Note Bibliquest (vocabulaire) : On rappelle que Gentils = Non juifs = Nations

2° Note Bibliquest (an 2000) : À plusieurs reprises, des passages de ce livre font allusion à la condition (souvent misérable) des Juifs et de Jérusalem. Cette condition a changé dans une mesure, depuis l’époque où ce livre a été écrit (1860), suite à la création de l’état d’Israël et au retour d’une partie des Juifs en Palestine.

Nous n’avons pas modifié ces passages ayant trait à la condition des Juifs, pour diverses raisons, notamment :
1. La  Bible elle-même annonce des jugements et la triste conditions des Juifs (Lév. 26 et Deut. 28). Ce n’est pas une simple interprétation de l’histoire
2. Malgré une amélioration certaine de la condition extérieure des Juifs, on ne peut pas dire encore que «les temps des nations» au sens de Luc 21:24 soient terminés (voir Luc 21:25-28). La totalité du territoire d’Israël n’est pas encore en leur possession. Le territoire du temple ne l’est pas non plus. La totalité des Juifs n’est pas rentrée dans sa terre.
3. Les allusions à la condition des Juifs n’affectent pas les interprétations et explications du livre de Daniel telles qu’elles sont données, car celles-ci sont fondées sur l’Écriture, et non pas sur ces allusions.

 

1     Chapitre 1

2     Chapitre 2

3     Chapitre 3

4     Chapitre 4

5     Chapitre 5

6     Chapitre 6

7     Chapitre 7

8     Chapitre 8

9     Chapitre 9

10     Chapitres 10 et 11

11     Chapitre 11

12     Chapitre 12

 

1                        Chapitre 1

Tout lecteur attentif s’aperçoit aisément que le premier chapitre n’est qu’une préface du livre. Il nous introduit sur la scène des prophéties que Daniel reçut ou interpréta ; celles-ci constituent le fond, le grand sujet où l’Esprit de Dieu va nous amener. Ce chapitre est donc utile pour entrer dans la nature particulière du livre que nous abordons.

La partie proprement prophétique de Daniel commence au chapitre 2. Viennent ensuite certains événements historiques intimement liés à la prophétie, à mon avis, sinon d’une manière directe, du moins d’une manière typique ; ces détails historiques font ressortir de manière vivante les principes moraux caractérisant les puissances du monde, ainsi que la fin à laquelle elles aboutissent, et c’est ce dont ce livre s’occupe.

 

Pour bien comprendre Daniel, il faut garder à l’esprit que la prophétie de l’Ancien Testament se divise en deux grandes parties : les unes concernent le peuple de Dieu, Israël, pendant qu’il était encore sous le gouvernement de Dieu, souvent infidèle il est vrai, mais néanmoins objet de Sa discipline et reconnu de Lui, jusqu’à un certain point. Les prophéties d’Ésaïe, de Jérémie, d’Ézéchiel et même de plusieurs petits prophètes, tels que Osée, Amos et Michée, ont ce premier caractère. Israël était encore reconnu comme peuple de Dieu, sinon dans son ensemble, du moins cette portion du peuple dont Dieu s’occupait encore dans le pays : on comprend que je fais allusion aux tribus de Juda et de Benjamin qui s’étaient attachées à la maison de David. Au bout d’un certain temps, ces tribus chutèrent aussi, et l’héritier de David prit la tête de la rébellion idolâtre contre l’Éternel. Un changement capital en résulta. Le trône de l’Éternel qui était établi dans Jérusalem, cessa entièrement d’être sur la terre ; Dieu ne reconnut plus Israël, ni Juda comme Son peuple. J’attire votre attention tout particulièrement sur ce fait, parce qu’il y a souvent des idées bien vagues sur ce qu’il faut entendre par l’expression «le peuple de Dieu» dans l’Écriture.  En tant que chrétiens, nous considérons comme formant le peuple de Dieu tous ceux qui Lui appartiennent réellement — ceux qui sont ses enfants par la foi en Christ. Or, il y a un danger à rattacher les mêmes pensées au langage de l’Ancien Testament. Si l’on examine l’Écriture avec soin, on trouvera que dans l’Ancien Testament, l’expression «peuple de Dieu» désigne seulement les Juifs, ou Israël, et qu’elle ne s’y applique pas simplement à un certain ensemble des élus qui s’y trouvait, mais à la nation entière, ou à cette partie de la nation unie encore (en quelque mesure quoique avec beaucoup d’infidélité) au roi de Dieu, et reconnue ainsi comme le peuple de Dieu. Plus tard arriva un temps où Dieu désavoua Son peuple. Osée l’avait prédit, et ce fut accompli lorsque Dieu livra le dernier roi de Juda au conquérant Chaldéen. Dieu aurait sacrifié sa sainteté, sa vérité et sa majesté, s’il avait supporté plus longtemps les Juifs ou leur roi idolâtre.

Or c’est un fait remarquable dans l’histoire du monde que, quoiqu’il se fût élevé en Orient des puissances d’importance et d’ambition toujours plus grandes, aucune d’entre elles n’était arrivée, jusque là, à dominer toutes ses rivales. Il n’y avait en Occident que des hordes errantes, ou si certaines se stabilisaient quelque part, elles restaient des barbares, étrangers à la civilisation. Dans l’Orient et au midi, des puissances avaient rapidement surgi. L’une d’elles, l’Égypte, est particulièrement bien connue en rapport avec Israël. Une autre aussi, l’Assyrie, est d’origine non moins ancienne ; il est même fait mention de son nom, et de ses aspirations et de ses efforts ambitieux, avant même qu’il soit question de l’Égypte en aucune manière. Ce furent là les deux grandes puissances rivales du monde primitif, et elles possédaient toutes deux leur propre civilisation. Cette civilisation pouvait être d’un caractère grossier ; mais si l’on croit à l’Écriture, ou si l’on a contemplé les ruines de l’Égypte et de l’Assyrie, on reconnaît une grandeur barbare frappante. Eh bien ! ces puissances étaient constamment en lutte pour la domination. Mais, quoique Dieu se servît des Égyptiens et des Assyriens, ou d’autres puissances moins considérables, comme d’une verge de discipline pour le bien d’Israël, néanmoins la suprématie ne fut accordée à aucune nation sur la terre, jusqu’à ce qu’il eût été rendu évident à tous que le peuple de Dieu s’était montré indigne d’être plus longtemps Ses témoins et le lieu de la manifestation de son gouvernement sur la terre. Éphraïm (les dix tribus), ayant sombré dans une idolâtrie sans espoir, fut le premier à être balayé. Pendant longtemps, on avait vu se succéder monarque après monarque, ne faisant que s’imiter ou se dépasser l’un l’autre dans le mal ; et ce n’avait été qu’une scène continuelle de rébellion et d’idolâtrie. Aussi, ce peuple n’ayant fait que le déshonorer, Dieu avait été forcé de le déraciner du pays où il avait été planté. Les deux tribus rattachées à la maison de David étaient certes encore reconnues. Mais les nuages s’accumulaient au-dessus d’elles, et l’ennemi leur tendait des pièges de la pire espèce. C’est à ce moment de crise que la prophétie brille dans tout son éclat. Car, à mon avis, la prophétie suppose toujours  un état de chute. Elle n’intervient jamais durant un état normal ; mais quand la ruine menace, ou qu’elle a commencé, alors la lampe de la prophétie brille dans le coin sombre.

Il en fut ainsi dès le commencement. Voyez par exemple la révélation de Genèse 3 selon laquelle la postérité de la femme écraserait la tête du serpent. Quand fut-elle donnée ? non pas quand Adam marchait dans l’innocence, mais après que lui et sa femme chutèrent. Alors Dieu apparut, et sa parole ne se borna pas à juger le serpent ; elle revêtit la forme d’une promesse qui devait se réaliser dans la véritable Semence — révélation de l’avenir assurément bénie, et sur laquelle se reposa l’espérance de ceux qui ont cru. Elle était la condamnation de leur état ; mais elle empêcha les fidèles des générations suivantes de se laisser aller au désespoir ; elle présentait, de la part de Dieu, et au-dessus de la ruine, un objet auquel les coeurs des croyants s’attachèrent. De même Énoch, dans le monde antédiluvien, est celui que l’Écriture signale, au-dessus de tous les autres, comme ayant prophétisé, quoique le souvenir de sa prophétie ne se trouve consigné que dans l’un des derniers livres du Nouveau Testament. «Voici le Seigneur est venu au milieu de ses saintes myriades, pour exécuter le jugement contre tous, et pour convaincre tous les impies d’entre eux de toutes leurs oeuvres d’impiété qu’ils ont impiement commises, et toutes les paroles dures que les pécheurs impies ont proférées contre lui» (Jude 14-15). Le mal, trouvé en germe dans Adam, ayant éclaté et produit de toute part la corruption et la violence, nous trouvons là une prophétie annonçant bien positivement le jugement qui vient sur le monde. C’était là l’intervention de Dieu en témoignage, avant d’agir en puissance. Puis on trouve Noé qui, plus qu’Énoch, a été en contact public avec cet état de choses mauvais. Je crois que la prophétie d’Énoch s’appliquait de façon remarquable au déluge, mais elle regardait plus loin, naturellement, vers la grande catastrophe des derniers jours. Lorsqu’une prophétie est communiquée, elle a souvent un accomplissement partiel à ce moment-là ou peu après. Mais il ne faut jamais s’arrêter à ces signes précurseurs du passé, comme si c’était là toute sa signification : ce serait donner à la prophétie une interprétation particulière. C’est là le véritable sens de 2 Pierre 1:20 : «Aucune prophétie de l’Écriture ne s’interprète elle-même» (ou «n’est d’une interprétation particulière»). Il faut la replacer dans le grand cadre des plans de Dieu et de la manifestation de ses desseins qui ne trouvent leur accomplissement qu’en Christ, à la fin. C’est vers ce centre que converge toute la prophétie. Ce n’est qu’alors que nous en aurons l’accomplissement parfait.

Maintenant, arrêtons-nous aux patriarches qui sont expressément appelés prophètes. «Il ne permit à personne de les opprimer, et il reprit des rois à cause d’eux, disant : Ne touchez pas à mes oints, et ne faites pas de mal à mes prophètes» (Psaume 105:14-15). Dans ce passage, le droit au titre de prophète peut s’expliquer sur le principe même que nous venons de voir. Les patriarches étaient alors les interprètes de la pensée de Dieu : «appelés à sortir», parce qu’il s’était introduit dans le monde un mal nouveau et terrible, jamais encore mentionné avant les jours d’Abraham, — l’idolâtrie. L’adoration des idoles n’est citée qu’après le déluge, pour autant que l’Écriture nous le révèle. Elle se répandit de tous côtés et devint prédominante même parmi les descendants de Sem ; et c’est la raison pour laquelle Dieu fit sortir un témoin séparé en paroles et en actes d’une iniquité si flagrante. La prophétie, ou l’existence même d’un prophète, suppose toujours la présence d’un mal nouveau et croissant, à cause duquel Dieu trouve bon de déployer Ses pensées quant à l’avenir, et de lui donner une valeur pratique actuelle pour ceux qui sont alors sur la terre.

Cela fut manifeste dans le cas de Moïse. Car, quoiqu’il fût le grand médiateur de la loi, le veau d’or fut établi presqu’immédiatement ; et la ruine d’Israël comme peuple sous la loi, fut complète. C’est à lui, en sa qualité de grand prophète d’Israël (Deut. 34:10), que revint la tâche de révéler la corruption certaine et croissante du peuple, quelles que soient les ressources de la grâce de Dieu jusqu’à la fin — de même qu’il avait antérieurement prédit le jugement inéluctable de Dieu sur l’Égypte. Plus tard dans l’histoire d’Israël, nous rencontrons celui qui commence la série des prophètes proprement dits ; car voici la mention qu’en fait l’Écriture : «Et même tous les prophètes depuis Samuel et ceux qui l’ont suivi» (Actes 3:24). Il fut appelé à une période très critique de l’histoire d’Israël, à un moment où les enfants d’Israël étaient tombés si effroyablement bas, qu’ils voulaient se servir de l’arche même de Dieu, comme d’un talisman, pour les garantir contre la puissance de leurs ennemis. Ce fut alors que Dieu exposa son peuple à l’opprobre. Son arche fut prise, et Ichabod fut le seul nom que pouvait déclarer une âme pieuse. La gloire s’en était allée. C’est à peu près le temps où il est parlé de Samuel le prophète. Si son apparition était le signe d’une nouvelle crise, elle servit aussi à montrer que Dieu, revendiquant Son nom, introduit la lumière de la prophétie comme une consolation pour le coeur de ceux qui tiennent fermes pour lui.

Continuant encore l’histoire du peuple, nous voyons le plein éclat de la lumière prophétique resplendir au temps du prophète Ésaïe. La raison en est manifeste : non seulement Israël s’était livré à l’idolâtrie, mais le roi, fils de David, avait pris modèle sur l’autel païen de Damas pour s’en faire un semblable dans la cité sainte ! C’était là un péché odieux et des plus insultants pour Dieu. Ésaïe est mis à part pour l’office prophétique avec une solennité extraordinaire. Il réalise le mauvais état des Juifs. Il voit la gloire de l’Éternel, et cette vue tire immédiatement de lui la confession de sa propre impureté et de celle du peuple. «Et je dis : Malheur à moi ! car je suis perdu ; car moi, je suis un homme aux lèvres impures, et je demeure au milieu d’un peuple aux lèvres impures ; car mes yeux ont vu le roi, l’Éternel des armées» (És. 6:5). Mais un des séraphins touche ses lèvres avec un charbon ardent, l’assurant que son iniquité était ôtée, et son péché purifié. Et il est envoyé avec un message d’aveuglement judiciaire sur le peuple, qui doit durer jusqu’à ce que les villes soient dévastées et le pays réduit en une entière désolation. Ainsi la prophétie est d’autant plus brillante que le mal est plus manifeste et plus profond. Là où l’avertissement prophétique était reçu, il avait pour conséquence un vrai esprit de repentance et d’intercession. Dieu suscita ensuite un témoin royal pour Lui-même, en sorte que la marche du mal fut suspendue pour un temps.

En attendant, la prophétie devient de plus en plus nette, dirigeant les coeurs des saints vers celui que la vierge doit concevoir et enfanter — le fils de David, Emmanuel, qui doit être, pour le peuple, le seul et sûr fondement établi en Sion. Il est superflu de même essayer d’esquisser les grands traits des prophètes suivants. Je pense avoir bien fait ressortir ce grand principe que, d’une manière générale, la prophétie intervient quand les choses sont en ruine parmi le peuple de Dieu. À mesure que la ruine s’accentue, la prophétie, par la bonté de Dieu, devient aussi plus lumineuse.

Tel est ce caractère universel, le premier, que nous avons vu apparaître tandis que Dieu s’occupe encore de son peuple en discipline, et qu’il le reconnaît comme sien. Mais la prophétie revêt une autre forme dont Daniel est le grand exemple dans l’Ancien Testament. Voici en quoi elle consiste : lorsque Dieu ne peut plus s’adresser à son peuple en tant que tel, il choisit un individu pour lui faire ses communications.

C’est là le trait distinctif de Daniel. Il ne s’agit pas comme en Ésaïe et d’autres, de s’adresser directement au peuple, de raisonner, de plaider, d’avertir, et d’ouvrir la perspective de brillantes espérances. Ce n’est pas non plus, comme en Jérémie, un prophète «établi pour la nation», adressant les appels les plus touchants à Israël et à Juda, ou du moins au résidu qui s’y trouve. En Daniel tout est changé. Il n’y a plus du tout de message à Israël ; et la première prophétie, de très grande portée, ne fut pas accordée au prophète lui-même, mais, sous forme d’un songe, au roi païen Nébucadnetsar, quoique Daniel fut le seul à en retrouver le souvenir et à en fournir l’explication. Les autres visions ne furent vues que par Daniel, et c’est à lui que toutes les interprétations furent données.

Quel est la grande leçon à tirer de tout ceci ?

L’action de Dieu prenait son point de départ dans le fait important que Son peuple était déchu de sa position — du moins pour le moment ; Israël avait perdu son caractère de nation autonome — Dieu ne voulait plus le reconnaître. La présence parmi eux de certains élus n’arrêtait pas le moins du monde la sentence divine. Il ne s’agissait pas de savoir s’il s’y trouverait dix justes (Gen. 18:32). Cet argument avait pu être soutenu comme une raison d’épargner une ville cananéenne et corrompue, Sodome. Mais Dieu parle-t-il jamais ainsi à propos de Son peuple ? Il peut bien comparer son iniquité à celle de Sodome ; mais s’il s’agit de son jugement, jamais rien comme la présence de dix justes ne peut y faire obstacle. Au contraire, il est déclaré expressément, en Ézéchiel 14, que «lors même que ces trois hommes, Noé, Daniel et Job seraient au milieu d’un pays, eux seulement délivreraient leurs âmes par leur justice ;» et il est ajouté : «Ils ne délivreraient ni fils, ni fille». C’est-à-dire que dans Son propre pays, et au milieu de Son peuple coupable, peu importe qui s’y trouve et quelle est leur justice, les justes seuls seront délivrés, et les quatre jugements désastreux de Dieu doivent être envoyés. Et les choses se passèrent effectivement ainsi dans cette crise même de la captivité, où ils se trouvait des justes, tels que les prophètes eux-mêmes et d’autres personnes animées d’un esprit semblable, selon leur mesure. Quelle que soit donc Sa volonté d’épargner le monde, le fait qu’il se trouve une poignée de justes parmi Son peuple, ne retient pas Dieu de juger l’iniquité de Son peuple. «Enfants d’Israël, écoutez la parole que Dieu a prononcée contre vous, contre toute la famille que j’ai tirée du pays d’Égypte, en disant : Je vous ai connus vous seuls d’entre toutes les familles de la terre ; c’est pourquoi je visiterai sur vous toutes vos iniquités» (Amos 3 :2). S’il en était autrement, il n’aurait jamais pu y avoir de jugement national contre Israël, car il y a toujours eu une lignée de fidèles au milieu d’eux. C’est un principe entièrement faux.

Dans un ouvrage qui m’est tombé sous la main, on l’alléguait à l’appui de l’idée que l’Angleterre échapperait en bonne partie au jugement terrible qui va fondre sur les nations de la terre. Voyez, disait-on, que d’hommes de bien on y rencontre ! quels progrès en haut comme en bas ! que d’institutions chrétiennes ! que d’oeuvres de charité ! les Écritures non seulement imprimées en abondance, mais diffusées partout, lues et prêchées ! — Eh bien, ce sont ces faits eux-mêmes qui, à mon avis, rendent le jugement inévitable. Car il ressort avec clarté des enseignements de l’Écriture que, s’il doit y avoir quelque différence dans la mesure du jugement, ceux qui connaissent la volonté de Dieu et ne la font pas, «seront battus de plus de coups». On a de la peine à imaginer une illusion plus fatale que celle par laquelle on se persuade que la possession d’une plus grande mesure de privilèges et de connaissance spirituelle serait un bouclier efficace quand sonnera l’heure du jugement de la terre.

Le Seigneur rappelait le souvenir de Tyr et de Sidon (Matthieu 11), mais c’était pour montrer la culpabilité aggravée des villes dans lesquelles il avait opéré la plupart de Ses œuvres puissantes. «Malheur à toi, Chorazin ! malheur à toi Betsaïda ! car si les miracles qui ont été faits au milieu de vous eussent été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties sous le sac et la cendre. Mais je vous dis que le sort de Tyr et de Sidon sera plus supportable au jour de jugement que le vôtre». Une autre ville, nommée ailleurs sa ville (Matthieu 9:1), avait été plus favorisée encore que celles-là, parce que Jésus y demeurait habituellement, et c’est pourquoi sa culpabilité était encore plus grande. «Et toi, Capernaüm, qui as été élevée jusqu’au ciel, tu seras abaissée jusque dans le hadès ; car si les miracles qui ont été faits au milieu de toi eussent été faits dans Sodome, elle serait demeurée jusqu’à aujourd’hui. Mais je vous dis que le sort du pays de Sodome sera plus supportable au jour de jugement que le tien». Ce qui revient à dire, en d’autres termes, que la mesure du privilège est toujours la mesure de la responsabilité.

Nous avons vu ensuite le fait, bien surprenant, que le gouvernement établi par Dieu en Israël, (accompagné du signe visible de Sa présence, la Shékinah de gloire), ne devait désormais plus subsister. Dieu lui-même avait dépouillé les Israélites de leur nom en tant que Son peuple. Désormais ils étaient «Lo-Ammi» (pas mon peuple). C’était là leur sentence en ce qui Le concernait, quels que pussent être les desseins finaux de Sa grâce, car ses «dons et son appel sont sans repentir» (Rom. 11 :29).

La prophétie de Daniel commence avec ce triste changement, et elle en dépend. À cet égard, ce livre présente une analogie frappante avec la grande prophétie du Nouveau Testament [l’Apocalypse]. Il est bien vrai que dans cette dernière, des messages spéciaux furent envoyés aux sept Églises par le moyen de Jean. Mais c’est à lui, Jean, que le livre, dans son ensemble, fut adressé et confié, quoiqu’avec la mission d’en rendre témoignage dans les assemblées. Christ envoya signifier la révélation par son Ange, à son esclave Jean, dont la relation avec la chrétienté est de même nature que celle de Daniel avec Israël. Dans l’un et l’autre cas, la faillite était si complète, que Dieu ne pouvait plus adresser la prophétie directement à Son peuple. Il y a ainsi une sentence morale de Dieu très grave sur la condition de la chrétienté. C’était une ruine complète quant au témoignage pratique pour Dieu — Éphèse placée sous la menace de se voir ôter la lampe, à moins qu’elle ne se repente, et Laodicée assurée d’être vomie de la bouche du Seigneur. Ce n’est point que Dieu ne continuât de sauver des âmes. Cela, il l’a toujours fait, et il le fait toujours. Mais cela n’a rien à voir avec le témoignage que Son peuple a la responsabilité de rendre. Plus de deux cents ans après que Juda fût devenu Lo-Ammi, Malachie pouvait dire de ceux qui craignaient l’Éternel et parlaient l’un à l’autre : «Et ils seront à moi, mon trésor particulier, dit l’Éternel des armées, au jour que je ferai ; et je les épargnerai comme un homme épargne son fils qui le sert». Tout cela était vrai, et pourtant la sentence divine et solennelle — «pas mon peuple», — continuait de peser sur eux. Les circonstances n’affectaient en rien ni Son jugement contre la nation, ni Sa grâce envers les âmes fidèles qui s’y trouvaient. Or, ce qui était vrai alors, l’est encore également aujourd’hui. Le salut et la bénédiction des âmes continuent. Mais devant Dieu, ce qui porte le nom de Christ dans le monde, est aussi loin de réaliser ce que nous devrions être selon les pensées de Dieu, que le peuple d’Israël l’était d’accomplir le dessein de Dieu à son égard.

Aussi, le caractère de son livre est-il en parfaite harmonie avec le caractère du temps où Daniel fut appelé à être prophète. C’était au moment où les derniers vestiges du peuple de Dieu allaient disparaître. Jérémie 25 :1 donne pour date du commencement du règne de Nébucadnetsar la première attaque qu’il fit contre Juda. Or, je voudrais faire remarquer précisément qu’il y a une légère différence entre cette donnée et celle que nous trouvons en Daniel 2. À Babylone, où Daniel écrivait, on comptait naturellement les années du règne de Nébucadnetsar à partir du moment où il avait pris la succession sur le trône à la mort de son père ; tandis qu’à Jérusalem où prophétisait Jérémie, ce compte se faisait, non moins naturellement, à partir du moment où Nébucadnetsar, son père étant encore en vie, avait manié le pouvoir pour la ruine de Jérusalem et des Juifs. Un tel cas n’est pas rare, on le sait, tant dans l’histoire sainte que dans l’histoire profane.

Toutes les difficultés que présente la parole de Dieu proviennent réellement du manque de lumière. En général, on ne comprend pas la portée de telle portion particulière où on voit des difficultés. À propos de dates, je ferai une autre petite remarque qu’il est bon de garder à l’esprit, et à laquelle donne lieu le rapprochement du premier verset de notre chapitre avec Jérémie 25:1. Le décompte des années se fait parfois à partir de leur commencement et parfois à partir de leur fin ; c’est-à-dire qu’on compte les durées en incluant ou en retranchant l’année indiquée. Il en est ainsi avec les exemples, bien connus, des jours écoulés entre la mort et la résurrection de notre Seigneur, ainsi que des six ou huit jours précédant la transfiguration. C’est de cette manière que Daniel dit : «La troisième année de Jéhoïakim», et Jérémie dit : «la quatrième année». L’un indique l’année complète, échue, du règne, et l’autre l’année en cours.

Si nous en venons au caractère moral de la prophétie de Daniel, nous trouvons la clé des voies de Dieu pour le temps où elle fut émise, dans le fait que Dieu n’exerçait plus de gouvernement direct ou immédiat sur la terre. Il avait reconnu David et ses descendants comme les rois qu’Il avait établis sur le trône de l’Éternel à Jérusalem (1 Chron. 29:23). Il n’y avait pas d’autres rois reconnus de Dieu d’une pareille manière. Ils étaient, dans le sens fort, Ses oints devant lesquels même le grand sacrificateur devait marcher.

Et voici ce que Dieu avait l’intention de nous montrer à travers eux : leur royauté, était une préfiguration de ce que Dieu va faire bientôt en Christ, le vrai Fils de David. Le même principe court tout au long de l’Écriture. D’abord une certaine position est confiée à la responsabilité de l’homme, et immédiatement survient la chute ; alors la position est reprise par Christ qui l’établit sur un fondement inébranlable. Ainsi Dieu crée l’homme et le place innocent dans le paradis, avec autorité sur la création inférieure. L’homme tombe aussitôt. Mais Dieu n’abandonne pas son dessein d’avoir un homme dans le paradis. Où le trouverons-nous maintenant ? Dans le premier Adam, l’échec a été complet. Adam fut banni d’Éden ! sa race est demeurée proscrite jusqu’à ce jour ; et tous les efforts de l’homme en ce monde, tous ses progrès matériels, ne sont qu’autant de palliatifs par lesquels il cherche à cacher que Dieu l’a chassé du paradis. Mais le dernier Adam est la réponse glorieuse de Dieu à la perte faite par l’homme du premier dépôt confié à sa garde : — Le Second homme exalté dans le paradis de Dieu. Autre exemple : Noé recommence le monde après le déluge, et la discipline avec droit de vie et de mort est, pour la première fois, mise entre ses mains. L’épée du magistrat est introduite. «Qui aura versé le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé ; car à l’image de Dieu, il a fait l’homme» (Gen. 9:6). Cette parole posait la base du gouvernement civil, et mettait l’homme dans l’obligation de punir ou de mettre un frein aux actes de violence. Cette disposition n’a jamais été révoquée. Partout où il est reçu, le Christianisme introduit d’autres principes, des principes célestes. Mais le monde reste lié, pour sa conduite, par ce décret irrévocable de Dieu. Noé faillit pourtant quant au dépôt qui lui a été confié, d’une manière aussi complète qu’Adam en Éden. Il ne se gouverna pas lui-même, ni sa famille à la gloire de Dieu. Il s’enivre, et son plus jeune fils l’outrage. Le résultat en est qu’au lieu de la bénédiction universelle d’un gouvernement juste, une malédiction tombe sur une partie de ses descendants. De même, au temps convenable, le principe d’un roi placé sous la responsabilité de dominer avec justice sur le peuple de Dieu, a été essayé dans la maison de David. Et que trouva-t-on ? Avant même la mort de David, il y eut un péché si horrible que l’épée ne sortit jamais de cette famille-même qui aurait dû assurer la bénédiction à Israël. Dieu abandonna-t-il son dessein pour cela ? en aucune manière. Le Seigneur Jésus reprend la primauté, le gouvernement et le trône du Fils de David. Il en est ainsi de tous les principes qui ont échoué entre les mains de l’homme : ils seront tous magnifiés et établis à toujours dans la personne et à la gloire du Seigneur Jésus.

Nous avons vu que Jérusalem cesse d’être le trône de l’Éternel. Et Jérémie nous montre la cité sainte comptée simplement comme une nation parmi les autres ; mais en tant qu’elle avait été la plus privilégiée, ce fut à elle la première de boire la coupe de la colère de Dieu. Babylone doit la boire aussi, mais Israël en premier. C’est dans le même chapitre 25, qu’on trouve la prédiction précise de la captivité de 70 ans, durant lesquels Juda devait être déporté à Babylone ; ensuite, à la fin, viendrait le jugement de la puissance qui l’avait amené captif. Mais s’il est vrai que Jérémie prédit la suprématie croissante de Babylone et son jugement final, (et ceci, non pas comme une simple affaire d’histoire, mais comme type du renversement du monde lors du jour de l’Éternel), pourtant il ne nous fait pas connaître les détails intermédiaires. C’est ainsi qu’au milieu des captifs de Kebar, Ézéchiel, dans la première moitié de sa prophétie, nous amène jusqu’au moment du grand conflit des puissances du monde luttant en vue de la domination suprême. Pharaon-Néco, roi d’Égypte, désirait l’avoir ; mais il est détruit, comme l’Assyrien l’avait été avant lui ; et Babylone reste seul prétendant ambitieux à la domination universelle. Il y avait ces trois puissances, l’Assyrie, l’Égypte, et Babylone ; cette dernière était relativement jeune comme grand royaume, bien que fondée sur l’association probablement la plus ancienne, savoir celle de Babel, — «le commencement du royaume de Nimrod» (Gen. 10:10). Ces trois puissances étaient comme des animaux féroces tenus en laisse par une main invisible, jusqu’à ce que soit finie la période d’essai tendant à déterminer si la fille de Sion voudrait marcher avec le Seigneur, dans l’humilité et l’obéissance, et, à Son appel, se détourner de son égarement et se repentir. Mais elle ne fit ni l’un, ni l’autre. C’est ce qui donna lieu à ce qu’on n’avait jamais vu auparavant : la naissance d’un empire universel.

Le déluge, et le jugement de l’Éternel à Babel, furent suivis de la grande dispersion des nations, et de la division du genre humain en familles, tribus, langues et pays, tous séparés les uns des autres. Israël était le centre de ce système de nations indépendantes. C’est ainsi qu’on lit en Deutéronome 32:8 : «Quand le Très-haut partageait l’héritage aux nations, quand il séparait les fils d’Adam, il établit les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël». Tout fut arrangé en rapport avec Israël, «car la portion de l’Éternel, c’est son peuple ; Jacob est le lot de son héritage». Israël était, selon Dieu, le centre pour la terre ; et Dieu veut encore réaliser Son dessein. Bien que ce plan ait complètement échoué jusqu’ici à cause de la méchanceté du peuple, Israël doit encore être pour Dieu le centre des nations dans ce monde, car la bouche de l’Éternel a parlé. Ce point aussi des desseins de Dieu a été mis à l’épreuve entre les mains de l’homme, et a abouti à la faillite ; il a été alors remis entre les mains de Christ qui l’accomplira en son temps. L’orgueil d’Israël le porta à faire dépendre son sort de son obéissance à Dieu. À Sinaï, ils se chargèrent de la responsabilité d’observer la loi. Chaque fois qu’un pécheur cherche à se tenir sur cette base avec Dieu, il est perdu. Le seul fondement sûr et humble se trouve non en ce qu’Israël serait pour Dieu, mais en ce que Dieu serait en fidélité, en amour et en compassion envers Israël. Et il en est ainsi pour toute âme dans tous les temps. Dès l’instant où Israël acceptait cette condition, la loi devenait pour lui un fléau, et Dieu était contraint de les juger. La mort en était le résultat certain, malgré la patience admirable de Dieu. Le peuple tomba, les sacrificateurs tombèrent, et finalement les rois prirent la tête de toutes les formes de mal. Dieu fut forcé d’abandonner son peuple.

À partir de ce moment, tout ce qui retenait les nations de la terre fut ôté, et les puissantes dynasties rivales combattirent pour remporter la domination. Il n’y avait plus de peuple que Dieu reconnût comme la scène de Son gouvernement. Si seulement le coeur d’Israël s’était tourné vers Lui, comme l’aiguille aimantée vers le pôle en dépit de ses oscillations, ils y auraient trouvé une grande patience (comme il y en eut effectivement au plus haut degré), et les interventions de la puissance divine les auraient établis dans la bénédiction à toujours. Mais quand en plus du peuple, le roi lui-même, oint de l’Éternel, effaça Son nom du pays ; quand Sa gloire fut donnée à un autre dans Son propre temple, il en fut fini de tout pour un temps, et «Lo-Ammi» fut la sentence de Dieu. L’idolâtrie d’Israël était alors à son comble ; le peuple était apostat par rapport au Dieu vivant. Si ce peuple avait été conservé dans cet état, il aurait été le champion énergique des abominations païennes. Aussi, sous le jugement de Dieu, le peuple et le roi terminèrent en captivité.

C’est dans une telle crise que Daniel apparaît à la cour du monarque babylonien selon la parole certaine d’Ésaïe au roi Ézéchias (És. 39). «Les temps des nations» (car c’est ainsi qu’il faut lire la phrase remarquable de Luc 21 :24) avaient commencé, et Daniel était le prophète de ces temps-là. Ils ne doivent pas durer toujours ; ils ont une limite assignée de Dieu, quand cessera la présente interruption de Son gouvernement direct de la terre, et qu’Israël sera de nouveau reconnu comme le peuple de Dieu. Dans l’intervalle, ainsi que nous l’avons vu, la vocation spécifique de ce peuple étant perdue, Dieu permet, dans les voies de Sa providence, qu’un nouveau système de gouvernement se développe dans les grandes puissances Gentiles successives, — le système de l’unité impériale. Il ne s’agit plus ici de nations indépendantes, ayant chacune son propre dirigeant ; mais Dieu lui-même approuve dans Sa providence, l’assujettissement de toutes les nations de la terre à l’autorité centralisatrice d’un seul individu. C’est là ce qui caractérise «les temps des nations».  Auparavant on n’avait jamais vu ça, même s’il y avait eu des royaumes puissants empiétant sur les royaumes plus faibles.  Même l’historien incrédule est forcé de reconnaître, comme toute l’histoire le fait, les quatre grands empires de l’ancien monde. Israël se trouvait dès lors confondu dans la masse des nations. De là vient cette nouvelle expression «le Dieu des cieux», comme si, à partir de ce moment, Dieu avait cessé de contrôler directement la terre selon le caractère avec lequel Il avait gouverné Israël, — au moins en type. Ce contrôle avait alors entièrement disparu, et dans Sa souveraineté, Dieu agissait pour ainsi dire à distance de la scène, comme le «Dieu des cieux», et il donnait à certaines puissances Gentiles particulières de se succéder les unes aux autres dans un empire aussi étendu que le monde.

Avant de clore ces remarques préliminaires, j’ajouterai quelques mots sur les grands traits moraux de ce chapitre ; car s’ils sont manifestés brillamment en Daniel, ils n’ont pas été écrits pour lui seulement, mais aussi pour nous, si nous désirons la même bénédiction.

Le chapitre débute par le tableau de l’écrasement des Juifs devant celui qui les avait conquis. Les voilà maintenant assiégés et accablés dans leur dernière forteresse. «La troisième année du règne de Jehoïakim, roi de Juda, Nebucadnetsar, roi de Babylone, vint à Jérusalem et l’assiégea ; et le Seigneur livra en sa main Jehoïakim, roi de Juda, et une partie des ustensiles de la maison de Dieu, et il les fit apporter dans le pays de Shinhar, dans la maison de son dieu : il fit porter les ustensiles dans la maison du trésor de son dieu». Les versets suivants montrent l’accomplissement de la prophétie remarquable d’Ésaïe à laquelle nous avons fait déjà allusion. Ézéchias avait été malade, proche de la mort. Suite à son désir ardent de survivre, Dieu avait ajouté quinze ans à ses jours, et cette promesse avait été scellée par un signe frappant — le soleil était retourné de dix degrés en arrière. Mais il aurait mieux valu qu’il ait bien appris la leçon de la mort et de la résurrection que d’obtenir une prolongation de vie et de tomber dans un piège, et d’entendre prononcer les malheurs qui allaient atteindre sa maison, entraînant une éclipse des espérances d’Israël. Je ne dis pas que ce ne soit pas ce signe si remarquable, qui ait surtout attiré l’attention du peuple le plus renommé dans l’ancien monde pour son savoir en astronomie. Toujours est-il que le roi de Babylone envoya alors des lettres et un présent à Ézéchias, non pas seulement parce qu’il était guéri de sa maladie, mais pour s’informer du miracle qui avait eu lieu dans le pays (2 Chron. 32:31). Au lieu de «s’en aller doucement toutes ses années», Ézéchias déploie tous ses trésors devant les ambassadeurs de Mérodac-Baladan. «Il n’y eut rien qu’Ézéchias ne leur montrât dans sa maison et dans tous ses domaines». «Et Ésaïe dit à Ézéchias : Écoute la parole de l’Éternel des armées : Voici, des jours viennent où tout ce qui est dans ta maison, et ce que tes pères ont amassé jusqu’à ce jour, sera porté à Babylone ; il n’en restera rien, dit l’Éternel. Et on prendra de tes fils, qui sortiront de toi, que tu auras engendrés, et ils seront eunuques dans le palais du roi de Babylone» (És. 39:2, 5-7).

C’est ce que nous voyons accompli ici. «Et le roi dit à Ashpenaz, chef de ses eunuques, d’amener d’entre les fils d’Israël, et de la semence royale et d’entre les nobles, des jeunes gens en qui il n’y eût aucun défaut, et beaux de visage, et instruits en toute sagesse, et possédant des connaissances, et entendus en science, et qui fussent capables de se tenir dans le palais du roi, — et de leur enseigner les lettres et la langue des Chaldéens. Et le roi leur assigna, pour chaque jour, une portion fixe des mets délicats du roi et du vin qu’il buvait, pour les élever pendant trois ans, à la fin desquels ils se tiendraient devant le roi». En même temps, on changea les noms de Daniel et de ses trois compagnons, probablement dans le but de faire oublier le vrai Dieu, en les remplaçant par des noms dérivés des idoles de Babylone. Et le chef des eunuques «donna à Daniel le nom de Belteshatsar, et à Hanania celui de Shadrac, et à Mishaël celui de Méshac, et à Azaria celui d’Abed-Nego, noms tirés très probablement de Bel et des autres faux dieux adorés alors en Chaldée.

Considérons maintenant ce que le Saint Esprit enregistre comme manifestant particulièrement l’état du coeur de Daniel pour Dieu, désirant être un vase à honneur dans ses voies morales, un vase utile au Maître. Combien la puissance du Seigneur est supérieure à toutes les circonstances ! Daniel et ses compagnons n’ont rien dit quand on changea leurs noms, aussi pénible que cela était pour eux. Ils étaient esclaves, la propriété d’un autre, et celui-ci avait le droit de les nommer comme il lui plaisait. Mais «Daniel arrêta dans son coeur qu’il ne se souillerait point par les mets délicats du roi et par le vin qu’il buvait». À écouter la nature, de tels repas auraient dû être reçus avec gratitude : la foi opère, et ils la refusent. Faisant partie de la provision journalière d’un roi idolâtre, elle se rattachait aux faux dieux du pays. Même dans leur propre pays, et toute idolâtrie à part, Dieu voulait qu’on séparât les choses pures des choses impures ; et un grand nombre de celles qui étaient en estime parmi les Gentils étaient une abomination pour un Juif. La loi était absolue sur ces souillures ; et en qualité de Juif, Daniel était tenu de l’observer. Le christianisme arrive, et délivre la conscience de toute anxiété quant à de telles choses : «Mangez, dit l’apôtre Paul, de tout ce qui se vend à la boucherie, sans vous enquérir de rien à cause de la conscience» (1 Cor. 10:25). Il en est de même d’un festin. Si cependant le chrétien apprenait que telle viande avait été sacrifiée aux idoles, il ne devait pas en manger, tant à cause de ceux qui l’en avertissaient qu’à cause de la conscience. Mais, quant au Juif, c’était une séparation absolue, sans distinction, qui était requise. Daniel se montra, sur le champ, décidé pour le vrai Dieu. Il ne s’agissait point pour lui de faire à Babylone ce qui s’y faisait, mais bien de la volonté de Dieu en tant que prescrite à Israël. C’est pourquoi il supplia le chef des eunuques de lui permettre de ne point se souiller. En attendant, Dieu avait agi dans Sa providence pour que Daniel obtint une faveur spéciale. Mais ceci ne diminuait pas l’épreuve de sa foi. Et quand on lui allègue des difficultés et des dangers, il continue à se confier en Dieu. Hélas, nous sommes tous doués pour trouver de bonnes raisons pour de mauvaises choses. Mais l’oeil de Daniel était simple et son corps rempli de lumière, — seuls moyens de comprendre la pensée de Dieu. Il ne considéra pas ce qui lui était agréable ; il ne craignit pas de s’exposer au péril ; il envisagea la question en rapport avec Dieu. Il demande seulement qu’on les teste «pendant dix jours, et qu’on leur donne des légumes à manger et de l’eau à boire ; et on regardera, en ta présence, nos visages». La nourriture qu’un coeur sincère sentait convenir, ce n’était point le pain agréable (10:3), mais ce qui parlait d’humiliation devant Dieu ; une telle nourriture aurait été dédaignée même par les personnes de basse condition dans cette cité orgueilleuse vivant dans le luxe. Quel fut le résultat de cette épreuve ? Daniel et ses trois compagnons en reviennent, ayant «leurs visages de meilleure apparence, et étant plus gras que tous ceux de tous les jeunes gens qui mangeaient les mets délicats du roi». Ils furent ainsi préservés de toute autre inquiétude à cet égard.

Mais ce n’est pas tout. Il y eut encore pour eux la bénédiction positive de Dieu leur donnant de la science, et de l’intelligence dans toutes les lettres et dans toute la sagesse ; et il est ajouté pour Daniel, qu’il avait de l’intelligence en toute vision et dans les songes. Ils furent préparés de Dieu chacun pour l’activité qu’il eut à exercer plus tard. Dieu était lui-même leur professeur, et l’épreuve de leur foi était une partie nécessaire et essentielle de leur éducation à Son école. Alors, quand ils se tinrent devant le roi, aucun ne fut trouvé comme eux. Et quand le roi s’enquit d’eux à propos des choses qui réclamaient de la sagesse et de l’intelligence, «il les trouva dix fois supérieurs à tous les devins et enchanteurs qui étaient dans tout son royaume» (1:17-20).

Nous aussi, si nous voulons comprendre les Écritures, il faut que nous marchions dans le chemin de la séparation d’avec le monde. Rien n’est plus destructif de l’intelligence spirituelle que de se laisser flotter en suivant le courant des opinions et des voies des hommes. La parole prophétique est ce qui montre la fin de tous les projets et de l’ambition de l’homme. «Et le monde s’en va, et sa convoitise, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement» (1 Jean 2:17). Sans aucun doute «la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer» (És. 11:9). Mais tous les plans des hommes seront d’abord réduits à néant, «les peuples auront travaillé pour le néant, et les peuplades pour le feu, et elles seront lasses» (Jér. 51:58). L’Éternel lui-même le fera. S’il se trouve dans l’Écriture une vérité qui ressorte avec plus d’évidence qu’une autre, ou plutôt qui sous-tend toute la vérité, c’est bien celle de la faillite totale de l’homme, dans tout ce qui regarde Dieu, avant que Sa grâce intervienne et triomphe. Et cela est vrai non seulement des hommes inconvertis, mais aussi de Son peuple d’autrefois, et de Son Église à présent.

Le succès le plus important que l’ennemi puisse remporter — hormis la ruine des fondements — est le mélange des saints avec le monde, et ce qui en résulte : l’obscurcissement de l’intelligence spirituelle chez ceux qui devraient être la lumière du monde. La volonté de Dieu est de nous avoir en communion pratique, réelle, avec Lui-même : Dans Sa lumière, nous voyons la lumière (Ps. 36:9). Quand nous voyons la fin de toutes les machinations de Satan pour contrecarrer l’oeuvre de Dieu, cela nous sépare de tout ce qui y conduit, et nous lie à tout ce qui est cher à Dieu. Alors «le sentier du juste est comme une lumière resplendissante qui va croissant jusqu’à ce que le plein jour soit établi» (Prov. 4:18). En marchant de cette manière, nous comprendrons la Parole de Dieu.

Il ne s’agit point de capacité intellectuelle, ni d’étude. L’érudition humaine dans les choses de Dieu n’est que pauvres haillons, partout où on en fait quelque chose de plus qu’une servante. Pour profiter pleinement de la Parole de Dieu, il faut que les chrétiens tiennent toutes leurs connaissances sous leurs pieds. Autrement, qu’il sache peu ou beaucoup, l’homme est esclave de son savoir qui usurpe la place de l’Esprit de Dieu.

La foi constitue le seul moyen d’acquérir l’intelligence spirituelle et d’en réaliser la puissance par l’Esprit. Or, la foi nous soumet et nous tient soumis au Seigneur et séparés de ce siècle mauvais. Daniel se tint séparé de ce qui, aux yeux d’un Juif, déshonorait Dieu, et Dieu le bénit d’une grande mesure de sagesse et d’intelligence.

2                        Chapitre 2

Avant d’entrer dans mon sujet, je désire signaler une preuve évidente de ce que le chapitre 1 a un caractère d’introduction. Le dernier verset (v. 21) nous apprend que Daniel fut là jusqu’à la première année du roi Cyrus. Il en résulte que le chapitre 1 n’a pas simplement pour but de donner un récit de certaines circonstances préalables aux différentes révélations ou événements divers se succédant dans ce livre, mais il s’agit bien de nous montrer la préparation de la place que Daniel devait occuper. Après quoi, par ce v. 21 le livre nous mène jusqu’à la fin. Cela nous montre le maintien de Daniel pendant toute la durée de la monarchie babylonienne, et même au début de celle des Perses. Cela ne veut point dire que Daniel vécut seulement jusqu’à la première année du roi Cyrus, car la dernière partie du livre contient une vision encore postérieure. Le fait est simplement constaté, qu’il était en vie au commencement de la nouvelle dynastie. On verra aussi que la fin du dernier chapitre forme une conclusion tout aussi convenable du livre, et, à ce titre, fait le pendant du chapitre premier, envisagé comme préface.

Encore une remarque générale avant d’aller plus loin. Le livre se divise en deux volumes ou sections à peu près égales. La première partie se rapporte aux grandes puissances Gentiles, aux traits caractérisant leur conduite extérieure, et finalement au jugement de tout cet état de choses. Elle va jusqu’à la fin du chapitre 6. La seconde partie va du chapitre 7 jusqu’à la fin du livre. Elle ne nous donne pas l’histoire extérieure des quatre empires Gentils, mais ce qui, dans leur histoire, intéresse plus particulièrement le peuple de Dieu. Cette distinction est marquée de manière évidente par le fait que la première partie ne se compose pas de visions vues par Daniel : les seules visions proprement dites qui s’y trouvent, furent contemplées par Nébucadnetsar. Il y en a une au chapitre 2, et ensuite une autre, d’un caractère différent, au chapitre 4 ; les chapitres 3, 5 et 6 contiennent le récit d’événements en rapport avec la condition morale des deux premières monarchies ; mais rien de tout cela ne fut révélé à Daniel en premier, et ce n’est pas non plus lui qui eut les visions. Au contraire, la seconde partie du livre se compose exclusivement de communications accordées au prophète lui-même. Et c’est là que nous trouvons, non pas simplement des choses propres à frapper l’esprit naturel, mais les secrets de Dieu concernant et intéressant particulièrement Son peuple, avec bien des détails par conséquent. La preuve externe de cette différence entre ces deux grandes sections de Daniel, c’est que le chapitre 6 qui termine la première section nous mène de nouveau jusqu’à la fin : «Et ce Daniel prospéra pendant le règne de Darius et pendant le règne de Cyrus, le Perse» (6:28). Ceci est d’autant plus remarquable que le chapitre suivant revient en arrière au temps de Belshatsar : «La première année de Belshatsar, roi de Babylone, Daniel vit un songe et des visions de sa tête, etc..». Ceci se passait longtemps avant Cyrus le Perse. Ensuite nous lisons au chapitre 8 : «La troisième année du règne de Belshatsar», et au chapitre 9 : «La première année de Darius, fils d’Assuérus». Jusque là tout se suit régulièrement. Puis nous arrivons au chapitre 10 : «La troisième année de Cyrus, roi de Perse, une chose fut révélée à Daniel, etc.».

Ainsi, la première partie du livre de Daniel (ch. 1 à 6) nous mène jusqu’à la fin, d’une manière générale ; et la deuxième (ch. 7 à 12) de même, dans un ordre semblable ; elles se distinguent l’une de l’autre, non pas seulement par cet arrangement extérieur, mais surtout par la différence morale déjà expliquée : l’une s’occupe de l’aspect extérieur de l’état de choses, et l’autre de son caractère intérieur, moral. Si on a lu Matthieu 13, on sait bien que cette manière de traiter un sujet n’est pas isolée dans la Parole de Dieu. En effet, ce chapitre présente un exposé ordonné du royaume des cieux, dans une suite de quelques paraboles dont la première est une sorte d’introduction au sujet. Or, si vous prenez les six autres paraboles (car il y en a juste sept en tout), vous verrez qu’elles se répartissent en deux séries de trois paraboles chacune, la première série ayant trait à l’aspect extérieur du royaume, et la dernière série à des relations plus intimes et plus cachées.

C’est exactement ce que nous avons en Daniel. D’abord l’histoire extérieure qui se poursuit jusqu’à la fin ; ensuite vient l’histoire intérieure, ou ce qui avait un intérêt particulier pour ceux qui avaient l’intelligence des voies de Dieu. Cette remarque suffit pour montrer que le livre de Daniel est caractérisé par la méthode divine à laquelle on s’attend normalement pour la Parole de Dieu. Toutes les oeuvres de Dieu, et plus particulièrement sa Parole, portent l’empreinte d’un dessein profond. En effet, le doigt de Dieu lui-même se montre à l’évidence sur ce qu’il a fait ; cependant la mort est entrée, et la créature a été assujettie à la vanité. De là proviennent les gémissements de la création inférieure ; et plus on monte sur l’échelle de la vie animale, plus la misère est intense. L’homme a davantage conscience de la misère que son péché a amenée dans le monde et sur la création dont il a été fait le seigneur ; et il est aussi plus capable de la ressentir. Mais quant à la Parole de Dieu, quoiqu’on y trouve des fautes d’inadvertance des copistes et traducteurs, ce ne sont pour la plupart que de petites taches. Elles peuvent éventuellement obscurcir un peu sa pleine lumière, mais elles sont insignifiantes par rapport à  l’éclat manifeste de ce que Dieu donne, même au moyen de la version la plus imparfaite. Selon qu’elle a passé dans les mains des hommes, nous découvrons plus ou moins de cette faiblesse inhérente aux vases terrestres ; mais, par la grande miséricorde de Dieu, il reste toujours en elle une abondante lumière pour toute âme honnête.

Mais abordons la première grande scène du livre. Elle nous montre comment la sagesse du monde fait entièrement défaut. À la cour de Babylone, on prenait soin d’une façon peu ordinaire d’avoir des hommes instruits en toute sorte de sagesse et de connaissance. Le temps était venu maintenant de mettre cette sagesse à l’épreuve. Pendant que le grand roi Gentil se livrait sur son lit à la méditation, il plut à Dieu de lui donner une vision de l’histoire future du monde : d’un côté cela satisfaisait son désir de contempler sans voile le cours ultérieur des âges ; et de l’autre côté, il lui fallu ressentir la parfaite impuissance de toutes les ressources humaines. C’était l’occasion, pour Dieu, de manifester et Sa propre puissance et la parfaite sagesse dont même un pauvre captif pouvait devenir le canal. C’est là un exemple éclatant des voies de Dieu. Voilà ces Juifs qui étaient tombés en la main de ce roi orgueilleux : ce dernier pouvait supposer que, si Dieu était pour eux, ils n’auraient pas pu en arriver là. Mais si le peuple de Dieu est coupable, il n’est personne dont Dieu mette autant en évidence les fautes. Comment connaissons-nous les fautes d’Abraham, ou de David ? C’est Dieu seul qui nous les apprend. Il aime trop les siens pour cacher leurs fautes. Cela fait partie de son gouvernement moral d’être le dernier à voiler ou à laisser voiler ce qui Lui déplaît en ceux qu’Il aime le mieux. Prenez une famille bien gouvernée. L’amour conduit-il à dissimuler la faute d’un enfant quand l’enfant doit la ressentir ? — il faut qu’il sente que c’est une nécessité pour être heureux. Il en est de même pour le peuple de Dieu. Israël l’avait abandonné, avait renié sa relation avec Lui, et Dieu fait voir qu’il ressent leur péché et qu’il faut qu’ils le ressentent aussi. Il cessa pour un temps de les reconnaître pour Son peuple, et les balaya loin du pays où Il les avait plantés ; et maintenant ils étaient les esclaves des Gentils.

Mais il faut que leur vainqueur apprenne à son tour qu’après tout, la pensée et le coeur de Dieu étaient avec les pauvres captifs. La puissance de Dieu pouvait se trouver avec le Gentil pour un temps ; mais les affections et les secrets de Dieu étaient avec les siens, même à l’heure de leur extrême abaissement.

Les circonstances au moyen desquelles cela fut manifesté illustrent les voies de Dieu d’une manière frappante. Le roi fait un songe et celui-ci sort de sa mémoire. Il convoque ses sages et les invite à faire connaître ce songe et à en donner l’interprétation. Mais en vain. Ils sont tellement frappés eux-mêmes de ce qu’il y a de déraisonnable dans cette demande, qu’ils disent qu’ «il n’existe personne qui puisse l’indiquer devant le roi, excepté les dieux, dont la demeure n’est pas avec la chair» (2:11). Il était impossible de satisfaire le désir du roi. Tout se montrait dans sa réalité, et leur sagesse se révélait indisponible là où on en avait besoin. La nouvelle du décret ordonnant la mise à mort des sages de Babylone arrive à Daniel. Il va trouver Arioc, et le prie de lui donner du temps. Mais remarquez ceci — c’est une caractéristique de la foi — il met sa confiance en Dieu. Pour promettre de donner l’interprétation du songe, il n’attend pas d’avoir la réponse de Dieu. Il promet sur le champ. Il se confie en Dieu : c’est là la foi — une conviction fondée sur le caractère de Dieu tel qu’on le connaît. Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent (Ps. 25:14), et Daniel craignait l’Éternel. C’est pourquoi aussi il n’eut point peur du décret. Il savait que Dieu qui avait donné le songe, pouvait en donner le souvenir. En même temps, il n’a pas la moindre prétention de fournir lui-même la réponse. Ainsi, deux grandes choses se trouvent manifestées en Daniel : d’abord, sa confiance que Dieu révélerait la chose au roi ; secondement, sa confession que lui ne pouvait pas la révéler. Il rentre chez lui, et fait connaître l’affaire à ses compagnons. Il désire qu’ils implorent aussi «de la part du Dieu des cieux ses compassions au sujet de ce secret». Il attache la plus grande valeur aux prières de ses frères, — les témoins avec lui-même du vrai Dieu à Babylone. Il a la joie de les voir fléchir les genoux devant Dieu, prenant aussi cette même place lui-même. Mais comme c’était lui, Daniel, qui avait spécialement la foi, c’est lui que Dieu honore en donnant la révélation qu’il attendait : «Alors le secret fut révélé à Daniel dans une vision de la nuit».

Et maintenant il ne se hâte pas d’aller directement vers le roi, ni même auprès de ses compagnons, pour leur dire que Dieu lui avait fait connaître le songe. La première chose qu’il fait c’est d’aller vers Dieu. Le Dieu qui a révélé le secret est Celui que Daniel confesse aussitôt. Il prend la place d’un adorateur. Et, permettez-moi de le dire, c’est là le grand but de toutes les révélations de Dieu. Ne supposez pas ce grand but soit de me faire connaître mon péché, et un Sauveur qui satisfait à tous les besoins de mon âme. Ce que Dieu opère par Son Esprit dans Ses saints, n’est pas simplement la connaissance de la délivrance de l’enfer ou le devoir de marcher comme Ses enfants. Il y a quelque chose de plus élevé encore. Dieu fait des Siens Ses adorateurs. Et s’il existe un point sur lequel les enfants de Dieu manquent plus que sur d’autres, c’est bien celui de la réalisation de leur position d’adorateurs.

Or, Daniel l’avait compris. Tout jeune qu’il était, il avait bien saisi la pensée de Dieu, et c’est ici que nous trouvons ce beau trait de caractère. Dans son effusion de louange, il célèbre les voies de Dieu, non pas tant en relation avec Sa puissance, quoiqu’il soit vrai que «c’est lui qui change les temps et les saisons, qui dépose et établit les rois, etc.». Mais le point sur lequel son coeur s’arrête spécialement est ceci : «Il donne la sagesse aux sages et la connaissance à ceux qui connaissent l’intelligence». J’attire votre attention sur ces paroles. Il est parfaitement vrai que le Seigneur regarde avec compassion les ignorants, et qu’il manifeste Sa bonté à ceux qui n’ont point d’intelligence. Mais Daniel parle de Ses voies envers ceux dont le coeur est tourné vers lui ; et pour ceux-ci, le principe du Seigneur est : «À celui qui a, il sera donné, et à celui qui n’a pas, cela même qu’il a lui sera ôté». Dans les choses de Dieu, rien de plus dangereux que de s’arrêter tôt dans le chemin où l’on apprend Ses voies. Ce qui porte les âmes à s’arrêter sur ce chemin, c’est la conscience que la vérité a des conséquences trop pratiques ; et elles les redoutent. Car la vérité de Dieu n’est pas simplement affaire de connaissance, mais elle se vit ; et l’âme recule instinctivement à cause des sérieuses conséquences présentes que la vérité entraîne. Daniel avait l’oeil simple, et, en conséquence, tout son corps était plein de lumière. C’est là le secret réel pour progresser. Que seulement nos désirs soient tournés vers Dieu, et nos progrès seront sûrs et durables.

Daniel va alors trouver Arioc, et lui dit : «Ne détruis pas les sages de Babylone ; conduis-moi devant le roi, et j’indiquerai au roi l’interprétation». Arioc l’amène donc au roi, en hâte, et lui dit : «J’ai trouvé un homme des fils de la captivité de Juda, qui fera connaître au roi l’interprétation». Le roi lui demande s’il est vrai qu’il puisse faire connaître le songe et son interprétation. La réponse de Daniel est très belle. L’humilité accompagne toujours une connaissance réellement profonde des voies de Dieu. Il n’y a pas d’erreur plus grande, ni plus dépourvue de fondement, que de supposer que l’intelligence spirituelle enfle. La connaissance peut enfler, — la simple connaissance. Mais je parle de cette intelligence spirituelle quant à la Parole, qui découle du sens de l’amour de Dieu, et qui cherche à se répandre pour ainsi dire, précisément parce que c’est un amour divin. Daniel commence alors par faire voir l’impossibilité pour les sages, enchanteurs, devins et augures de révéler le songe au roi. «Mais», ajoute-t-il, «il y a un Dieu dans les cieux qui révèle les secrets et fait savoir» (il ne dit même pas «à Daniel», mais) «au roi Nébucadnetsar ce qui arrivera à la fin des jours». Il désirait que Nébucadnetsar connût l’intérêt que Dieu lui portait. «Toi, ô roi... tes pensées, sur ton lit, sont montées dans ton esprit, ce qui doit arriver ci-après ; et celui qui révèle les secrets te fait savoir ce qui va arriver». Mais ces paroles ne lui suffisent point ; il continue : «Et quant à moi, ce n’est pas par quelque sagesse qui soit en moi plus qu’en tous les vivants, que ce secret m’a été révélé : c’est afin que l’interprétation soit connue du roi, et que tu connaisses les pensées de ton coeur».

Ensuite, il en vient au songe : «Toi, ô roi, tu voyais, et voici une grande statue : cette statue était grande, et sa splendeur, extraordinaire ; elle se tint devant toi, et son aspect était terrible». Il avait contemplé le déroulement de l’histoire de l’empire, non pas simplement par fragments successifs, mais comme un tout. La dernière partie du livre nous donne d’une manière plus précise la succession des différentes puissances, ainsi que les détails de leur conduite envers le peuple de Daniel : mais voici l’histoire générale de l’empire Gentil.

«La tête de cette statue était d’or pur ; sa poitrine et ses bras d’argent ; son ventre et ses cuisses, d’airain». Autrement dit, il y avait une détérioration au fur et à mesure que les empires s’éloignaient de la source de la puissance. C’était Dieu qui avait donné la puissance impériale à Nébucadnetsar. Aussi ce qui est le plus rapproché de la source, est vu comme cette «tête d’or». Dans une certaine mesure, il y a davantage de l’homme dans l’empire Perse, «la poitrine et les bras d’argent», métal inférieur ; et ainsi de suite jusqu’aux jambes, qui étaient de fer, et les pieds, en partie de fer et en partie d’argile. Il est tout à fait évident d’après ceci, qu’il y a avilissement graduel à mesure que l’on s’éloigne du moment où Dieu avait conféré le pouvoir.

Mais il est bon de poser maintenant un ou deux principes que je crois importants dans l’étude des parties prophétiques de l’Écriture. Une maxime largement répandue, même parmi les chrétiens, veut que la prophétie doit être expliquée par l’événement, — que l’histoire est le vrai interprète de la prophétie, — que, lorsque les visions prophétiques ont été réalisées sur la terre, les faits expliquent les visions. C’est là un principe entièrement faux, qui ne renferme pas une bribe de vérité. On confond l’interprétation de la prophétie avec la confirmation de sa vérité. Quand une prophétie est accomplie, naturellement son accomplissement en confirme la vérité, mais c’est tout différent du fait de l’expliquer. La vraie intelligence d’une prophétie est tout aussi difficile après qu’avant l’événement. Prenons, par exemple, les 70 semaines de Daniel. Ce chapitre a donné lieu à des controverses et des disputes sans fin, même parmi les croyants. On admet généralement que cette prophétie est entièrement accomplie (ce qui est faux), et néanmoins, on ne s’accorde nullement sur sa signification.

De même avec la prophétie d’Ézéchiel, il y a une difficulté provenant d’une toute autre source. La première partie d’Ézéchiel se trouvait accomplie dans les voies de Dieu avec Israël dans ce temps là ; elle recouvre le temps où Daniel vivait. Mais son accomplissement ne l’explique point : de fait, cette portion est plus obscure que les derniers chapitres qui ne sont pas encore accomplis.

Qu’est-ce donc qui explique la prophétie ? Ce qui explique toute l’Écriture : l’Esprit de Dieu et seulement lui. Sa puissance est capable de faire comprendre toutes les parties de la Parole de Dieu. Quelqu’un demandera-t-il si j’entends par là qu’il est sans importance de connaître les langues ou de comprendre l’histoire, etc. ? Je réponds que ma pensée n’est pas de soulever de problème sur le fait d’apprendre : c’est utile à sa place. Mais je nie que l’histoire soit l’interprète de la prophétie ou de quelque portion que ce soit de l’Écriture. S’il se trouve des chrétiens qui connaissent l’histoire du monde, ou les langues originales de l’Écriture, c’est avec Christ — non point avec ce qu’ils savent ou apprennent — qu’a affaire leur intelligence spirituelle. D’ailleurs, même si l’on est chrétien, il ne s’ensuit pas nécessairement que l’on comprend l’Écriture. On connaît Christ, sinon on ne serait pas chrétien. Mais entrer réellement dans la pensée de Dieu et dans l’intelligence de l’Écriture, suppose qu’on soit en garde contre le moi, qu’on désire la gloire de Dieu, qu’on ait une pleine confiance dans Sa Parole, et qu’on se tienne dans la dépendance du Saint Esprit. L’intelligence de l’Écriture n’est pas un simple processus intellectuel. Si un homme n’avait pas d’esprit, il ne pourrait rien comprendre : mais l’esprit n’est que le vase (l’instrument), — il n’est pas la puissance. La puissance, c’est le Saint Esprit agissant sur et par le vase (l’instrument). Mais il faut que ce soit le Saint Esprit qui fasse connaître les choses de Dieu (1 Cor. 2:11), comme il est dit : «Ils seront tous enseignés de Dieu» (Jean 6:45).

Il y a de grandes différences dans la nature des enseignements qui se donnent, parce qu’il y aussi beaucoup de différences dans la mesure de dépendance vis-à-vis de Dieu. Il faut bien se pénétrer de ce que l’intelligence de l’Écriture dépend beaucoup plus de l’état moral — de l’oeil simple attaché sur Christ — que de ce qui tient aux facultés intellectuelles. Le Saint Esprit ne peut jamais nous donner quelque chose qui dispense de la nécessité de dépendre de Dieu et de nous attendre à Lui.

Comment devons-nous donc interpréter la prophétie ? Elle est entièrement indépendante de l’histoire ; elle fut donnée pour être comprise avant qu’elle devint histoire. Ceci est vrai, et il faut que tous le sachent. La majeure partie de la prophétie a trait à des jugements terribles, qui doivent tomber à la fin de la période présente. Que vont faire ceux qui n’en tirent pas profit jusqu’à ce que les faits annoncés aient eu lieu ? C’est grave de la mépriser ! Le croyant qui comprend la prophétie, possède un secours spécial, dont est privé celui qui la néglige.

Nous partons donc du grand principe que c’est le Saint Esprit qui nous rend capables de lire la prophétie en nous y faisant voir qu’elle intéresse la gloire de Dieu et est rattachée à Christ dont l’exaltation est encore à venir, et dont la gloire remplira les cieux et la terre, tous les usurpateurs et tous ceux qui prétendent avoir des droits étant renversés. Partant donc de ce grand principe, considérons la scène que nous offre ce chapitre comme déroulant devant nous le cours des événements du monde jusqu’au temps de la révélation de la gloire de Christ. Voyons d’abord la position des diverses parties. On avait d’un côté le roi le plus orgueilleux du monde. Il était sorti à la tête d’armées victorieuses, avant la mort de son père, avant d’être entré proprement en pleine possession de l’empire de Babylone. Et voilà que, maintenant, il lui a ouvert une sphère de domination dépassant probablement ses aspirations les plus ambitieuses. Il apprend ici avec certitude que c’est Dieu lui-même, dans sa providence, qui l’a placé dans cette position.

Mais il y a plus encore : il contemple, déployé devant lui et dessiné à grands traits, tout le tableau du monde Gentil, — ainsi que les traits principaux de son histoire depuis ce temps-là jusqu’au jour de gloire et de jugement à venir. À côté de la gloire de Babylone, il voit s’élever une autre puissance voisine à laquelle la prophétie avait fait déjà allusion, de sorte qu’il y avait bien peu de difficulté — au moins pour certains — à comprendre ce qui lui était signifié par cette prophétie. Le prophète Ésaïe, cent cinquante ans avant la naissance de Cyrus, n’avait pas seulement parlé, sous la direction du Saint Esprit, de la nation et du roi des Mèdes et des Perses, mais il avait nommé Cyrus par son nom.

Venait ensuite la prédiction d’un autre empire, qui n’était alors qu’au stade de l’enfance, ou ne consistait qu’en de nombreuses tribus distinctes sans cohésion — je veux dire les Grecs ou les Macédoniens. Mais plus remarquable encore, était le royaume sur lequel l’Esprit de Dieu s’arrête surtout, qui n’existait alors qu’en germe, et dont le roi de Babylone ne connaissait probablement même pas le nom. Quoique destiné à jouer le rôle le plus considérable jamais échu à un royaume dans l’histoire du monde, c’était alors un royaume tout à fait obscur. Il était engagé tant au dedans, qu’avec ses voisins, dans des querelles des plus mesquines, sans la moindre pensée d’étendre sa domination de façon universelle. Il est donc d’autant plus merveilleux de considérer ce grand roi, et le serviteur de Dieu qui se tenait devant lui, lui révélant l’histoire du monde.

 

«Toi, ô roi, tu es le roi des rois, auquel le Dieu des cieux a donné le royaume, la puissance, et la force, et la gloire». Il ne s’agissait pas de ses propres prouesses, ni d’une sagesse particulière qu’il possédât. S’il avait été permis à Nébucadnetsar d’emmener ces captifs, de triompher de la puissance de l’Égypte lui disputant la suprématie du monde, c’était le Dieu des cieux qui le lui avait donné. «Et partout où habitent les fils des hommes, les bêtes des champs et les oiseaux des cieux, il les a mis entre tes mains et t’a fait dominer sur eux tous. Toi, tu es cette tête d’or». C’est évidemment la monarchie babylonienne qui est ainsi désignée. Dieu y avait fait référence par le moyen d’Ésaïe ; et Jérémie, contemporain de Daniel, avait placé devant lui non seulement la durée de la monarchie babylonienne, mais aussi la succession de ses rois. Il devait y avoir Nébucadnetsar, et son fils, et le fils de son fils. Ceci eut un accomplissement remarquable. Ainsi, pour comprendre la prophétie, nous n’avons pas besoin de recourir à autre chose qu’à l’Écriture. C’est le juste emploi spirituel de ce que renferme la Parole de Dieu qui nous y donne accès ; et je bénis Dieu de ce qu’il en est ainsi. Si un homme même très simple étudie la Bible avec zèle dans sa langue maternelle, et s’il est dirigé par l’Esprit de Dieu, il possède les éléments et la puissance d’une vraie interprétation. Mais il est tout aussi certain que, dès qu’un homme essaie de trouver une interprétation çà et là, à l’aide de l’histoire, des antiquités, des journaux et que sais-je, il ne fait que se séduire lui et ceux qui l’écoutent (1 Tim. 4:16). Telle est la sentence morale et universelle prononcée par Dieu sur l’âme qui cherche la clé des secrets de Dieu dans ce qui est de l’homme. Je dois trouver cette clé de la part de Dieu lui-même, en me servant convenablement de ce qui est dans Sa propre Parole.

J’ai eu la curiosité d’examiner Josèphe, ancien écrivain juif, dont l’histoire est lue et estimée partout ; et trouvant dans la version ordinaire quelques singularités, j’ai consulté l’original grec de son ouvrage, et y ai trouvé le même sens étrange. Il affirme que la tête d’or signifie Nébucadnetsar et les rois qui ont été avant lui ! C’est un manque complet d’intelligence de ce que dit la Parole de Dieu. On s’égare toujours lorsqu’on s’écarte de l’Écriture et qu’on se laisse aller à ses propres pensées. L’existence d’un empire de Babylone n’apparaît pour la première fois que dans la personne de Nébucadnetsar, qui inclut, en quelque sorte, ses successeurs : «Tu es cette tête d’or». Aucune mention quelconque n’est faite des rois qui avaient été avant lui. Jusqu’au temps de Nébucadnetsar, il n’avait jamais été accordé à Babylone de posséder l’empire du monde. C’était donc lui, et nullement ses prédécesseurs, qui constituait la  tête d’or. C’est en lui que la position impériale de Babylone a trouvé son commencement. 

En Jérémie, nous ne trouvons pas seulement la déclaration de l’époque des 70 ans de captivité au ch. 25 ; mais un peu plus loin, ch. 27, la suite des rois est mentionnée : «Et toutes les nations le serviront, lui, et son fils et le fils de son fils, jusqu’à ce que vienne le temps de son pays aussi». Or, il arriva qu’après que son fils Evil-Mérodach eut été retranché, celui qui prit le trône fut le mari de la fille de Nébucadnetsar appelé à cette dignité non par l’ordre de succession, mais par réclamation du peuple de Babylone. Cet homme régna un certain temps, et après lui régna son fils, qui, par conséquent, était le fils de la fille de Nébucadnetsar, et non le fils de son fils. Jusque là, il pouvait sembler que la prophétie avait donc failli. Mais pas du tout. Quelques mois après, le petit-fils de Nébucadnetsar fut appelé au trône. «L’Écriture ne peut être anéantie». Elle avait dit : «Nébucadnetsar, son fils et le fils de son fils», et ce fut ainsi. Avec Belshatsar, petit-fils de Nébucadnetsar, toute la chose prit fin. Pour cette affaire donc, l’Écriture fournit les éléments essentiels. Et c’est ainsi que fait la prophétie : elle explique l’histoire, et ce n’est jamais l’histoire qui interprète la prophétie. Celui qui comprend la prophétie peut découvrir l’histoire ; mais la connaissance de l’histoire ne rendra jamais capable d’expliquer la prophétie. Elle peut confirmer la vérité d’une prédiction à quelqu’un qui doute, pour autant qu’elle soit claire. C’est ainsi, dans le cas de l’histoire de la prise de Jérusalem, telle qu’elle se trouve dans les guerres de Josèphe, si cette histoire est vraie, elle coïncide bien sûr avec le récit inspiré de Luc. Mais il est de toute évidence que si j’ai foi en la Parole de Dieu, je trouve beaucoup plus de certitude dans ce qu’elle me dit sur cet événement. En un mot, le fait que la prophétie soit prononcée avant l’événement ne joue pas. L’oeil de Dieu contemplait tout, tout le long du déroulement de l’histoire de l’empire Gentil ; et le langage est aussi clair dans les prophéties de Daniel que dans les écrits des historiens grecs et latins (*). Et cela est tellement vrai que des hommes qui n’ont aucune sympathie pour les choses de Dieu, même incrédules, sont obligés de reconnaître que tout ce qu’il y a de clair sur ce sujet est en harmonie avec ce que Daniel avait dit, des centaines d’années avant les événements.

(*) «Les quatre empires sont aussi nettement dessinés, et les armées romaines invincibles sont aussi clairement décrites dans les prophéties de Daniel que dans les histoires de Justin et de Diodore». — Gibbon.

«Et après toi s’élèvera une autre royaume, inférieur à toi». Inférieur non pas tellement quant au territoire, mais quant à la splendeur, et peut-être surtout par l’introduction d’un contrôle en dehors du souverain, au lieu que celui-ci agisse avec la profonde conviction de détenir son autorité directement de Dieu. Darius (ch. 6) prit l’avis de sujets sans scrupules, et en souffrit amèrement. S’il avait eu le sens de sa responsabilité directe vis-à-vis de Dieu, il aurait évité le piège. Évidemment, les hommes répugnent au pouvoir absolu, principalement à cause de l’absence de contrôle lorsqu’il est aux mains d’un homme faible et errant. Mais supposez que le dépositaire d’une telle autorité réunît en sa personne toute sagesse et toute bonté, rien alors ne saurait être plus heureux qu’un tel pouvoir. C’est précisément ce qui aura lieu sous le règne du Seigneur Jésus Christ, où toute l’autorité sera remise en Ses mains, tout sera béni et conforme à la volonté de Dieu, et où la volonté contraire des hommes ne sera que rébellion, et attirera la malédiction.

Ce qui semble confirmer cette idée, c’est que, lorsque nous descendons au troisième empire, l’empire macédonien, dont Alexandre le Grand fut le fondateur, nous y trouvons un homme qui n’agissait pas simplement d’après l’avis de ses sages, mais qui était contrôlé par ses généraux dans l’exercice de son pouvoir. De fait, ce royaume devint une espèce de gouvernement militaire — quelque chose de moins respectable que l’intervention aristocratique des Mèdes et des Perses, et leurs lois inflexibles.

Nous descendons ensuite beaucoup plus bas encore, et nous trouvons un quatrième royaume représenté par le fer : «Et le quatrième royaume sera fort comme le fer. De même que le fer broie et écrase tout, et que le fer brise toutes ces choses, il broiera et brisera». Ici, la force constitue le grand trait caractéristique du royaume, et la qualité du métal est en harmonie avec cette idée. Mais c’est un métal de l’espèce la plus commune, nullement un métal précieux. Peut-être en est-il ainsi parce l’empire romain se distinguait en ceci que c’était le peuple qui gouvernait, au moins nominalement. Même les empereurs les plus despotiques prétendaient toujours, en théorie au moins, consulter le peuple et le sénat. Même sous l’empire, les Romains conservaient encore le simulacre de leur vieille constitution républicaine ; tandis qu’en fait le gouvernement ne consistait qu’en un individu qui s’était revêtu lui-même de tout pouvoir réel.

Tout le déroulement de l’empire est donc esquissé devant nous dans le chapitre que nous étudions. Mais peut-être demandera-t-on : comment savez-vous ces choses ? il n’est pas dit que le second empire représente la Médie et la Perse, ni que le troisième soit la Macédoine, ni le quatrième Rome. Oui, je pense que cela est dit. Il est possible que cela ne soit pas dit ici, mais l’Écriture n’attache pas toujours la clé exactement à la porte. Il n’est pas fréquent de trouver l’explication d’un passage juste dans le verset suivant. Dieu veut que nous connaissions Sa Parole pour être familiarisés avec tout ce qu’Il a écrit, et être assurés que tout est très bon. Instruire dans l’Écriture même un enfant inconverti, est une chose toujours extrêmement précieuse. Il en est alors comme d’un feu bien arrangé : une seule étincelle suffit pour le mettre en flamme. Les chrétiens ne sauraient mettre assez de soin, assez de persévérance et de zèle à élever leurs enfants dans une parfaite connaissance de la parole de Dieu.

Mais pour en revenir à la lumière que fournit l’Écriture, il n’est pas nécessaire d’aller plus loin que ce livre de Daniel pour trouver les noms de ces empires. Au chap 5 v. 28, nous lisons : «Pérès : Ton royaume est divisé, et donné aux Mèdes et aux Perses». Il y a là immédiatement la réponse. Nous voyons l’empire babylonien chanceler, et sur le point d’être détruit. Nous apprenons que les Mèdes et des Perses lui succèdent. Rien de plus simple et de plus certain. Les seules personnes qui, à ma connaissance, aient jamais trouvé quelque difficulté sur ce point, étaient des savants s’efforçant de prouver que l’empire de Babylone recouvrait aussi la Perse, de manière à faire de la Grèce le second empire, de Rome le troisième, et le quatrième devant être une puissance antichrétienne distincte et entièrement future. D’autres savants ont soutenu que le royaume d’Alexandre était une chose, et celui de ses successeurs une autre totalement différente, et ils constituaient, de fait, l’un le troisième empire, et l’autre le quatrième, en sorte même qu’ils font de la cinquième monarchie (celle de la «pierre» — 2:44-45) quelque chose de passé ou présent. De semblables méprises n’auraient jamais été commises si on avait lu et pesé l’Écriture sans système préconçu. Quant au croyant, au lieu de voir dans l’histoire un sujet de perplexité, il prend sa Bible, et trouve toute la solution avant de quitter la prophétie elle-même. Car il est clair selon Dan. 8:20-21, que l’empire des Mèdes et des Perses réunis cède la place à l’empire grec, avec sa division en quatre parties à la mort d’Alexandre. À celui-ci succède à son tour le quatrième empire, ou empire romain, dont le trait particulier est sa division en dix royaumes distincts dans sa dernière période (chap. 7). En a-t-il jamais été ainsi avec les successeurs d’Alexandre ? Son royaume fut divisé en quatre, jamais en dix. La prophétie explique donc l’histoire, tandis que l’usage habituel de l’histoire fait par l’étude simpliste n’a pour résultat que d’obscurcir l’éclat de la parole de Dieu. Mais commençons d’abord par comprendre cette parole, et alors, si nous regardons l’histoire, nous trouverons qu’elle a un rôle de témoignage humain et confirme de sa faible voix le témoignage divin. Elle doit agir ainsi. Par conséquent, celui qui ne connaît pas l’histoire se trouve sur une base au moins aussi bonne que les savants — sauf que ceux-ci trouvent des difficultés — et il n’est pas perplexe comme ceux qui regardent à travers le brouillard de leurs propres spéculations.

Le troisième royaume possède un trait que le second n’a pas. Il devait dominer «sur toute la terre». De quelle manière remarquable ceci fut accompli avec l’empire macédonien ou grec ! Quoique Cyrus fût un grand conquérant, toutes ses conquêtes restèrent dans la région où il habitait ; il en soumit toutes les parties, tant au nord de la Médie et de la Perse qu’au sud et à l’ouest ; tout ceci est vrai ; mais Cyrus ne dépassa jamais, que je sache, les bornes de l’Asie.

Mais nous voyons maintenant un royaume caractérisé par la rapidité extraordinaire de ses conquêtes. On peut défier tout l’univers de tous les temps d’en produire un qui accomplisse cette prophétie comme l’a fait l’empire d’Alexandre. Dans l’espace de quelques années, cet homme extraordinaire inonda comme un fleuve et subjugua presque tout le monde connu d’alors. Il se plaignit même, comme chacun le sait, de n’avoir point d’autre monde à conquérir. C’est là un commentaire frappant de ce que nous avons ici. Avons-nous besoin de recourir à l’histoire pour cela ? Point du tout ; ce livre même nous fournit toute l’explication. Au chap. 8:20-21, nous apprenons que le troisième empire est l’empire grec. «Le bélier que tu as vu, qui avait deux cornes, ce sont les rois de Médie et de Perse». Ceci confirme aussi ce que j’ai dit plus haut à propos du second royaume. Mais pendant que ce bélier était là, arrive tout à coup un bouc brutal, ayant entre ses yeux une corne de grande apparence. Avec cette seule corne qu’il portait sur la tête, il heurte contre le bélier qui représente ces rois de Médie et de Perse. C’est là le troisième royaume qui devait «dominer sur toute la terre». Comment se nomme-t-il ? Le verset 21 donne la réponse : «Le bouc velu, c’est le roi de Javan (Grèce) ; et la grande corne qui était entre ses yeux, c’est le premier roi». Nous n’avons pas besoin de l’histoire pour expliquer la prophétie. Nous trouvons ici la réponse claire et positive de la Parole de Dieu sur l’identité du troisième royaume, et toutes les recherches que vous pouvez faire dans l’histoire ne feront que la confirmer ; mais vous n’en avez pas besoin. Si vous vous fondez sur la Parole de Dieu, vous êtes sur une base à laquelle rien dans l’histoire ne saurait porter atteinte, pas même un instant. Dieu qui fournit le seul récit certain, fait voir lui-même que l’empire médo-perse est suivi de l’empire grec. L’unique grande corne de ce dernier est brisée, et «quatre cornes de grande apparence s’élevèrent à sa place, vers les quatre vents des cieux». À la mort d’Alexandre, son royaume fut divisé en quatre grandes parties, pour lesquelles se battirent ses généraux. Ceci souligne une petitesse relative des successeurs d’Alexandre. C’est lui qui était la grande corne, le premier roi et le représentant du troisième royaume.

La question suivante est celle-ci : qu’est-ce qui vient après ? Quel autre grand empire devait succéder, le dernier avant que Dieu établisse Son royaume ? L’histoire de l’Ancien Testament se clôt avant le commencement du troisième empire. Les derniers faits constatés historiquement se trouvent dans le livre de Néhémie, pendant que le monarque perse était encore le grand roi, c’est-à-dire pendant que le second empire avait encore la suprématie. Mais quand l’histoire du Nouveau Testament commence, qu’y trouve-t-on ? Je n’ai qu’à lire le commencement de l’évangile de Luc, et j’y vois la mention d’un autre grand empire dominant à cette époque. «Or il arriva, en ces jours-là, qu’un décret fut rendu de la part de César Auguste, portant qu’il fût fait un recensement de toute la terre habitée». J’ai là tout d’un coup le quatrième royaume, sans avoir besoin de recourir à l’histoire pour le trouver. Il y a un quatrième royaume, et la Parole de Dieu me montre qu’il est universel ; il impose aux hommes du monde entier de se faire enregistrer, et Dieu prend soin qu’il y ait un constat légal de naissance de son Fils.

Le quatrième empire annoncé par la prophétie était donc l’empire romain. Recevant ceci de l’Écriture (*), je puis m’adresser à l’histoire pour savoir ce que fut l’empire Romain qui écrasa la puissance de la Grèce. Ils réussirent d’abord à obtenir que les Grecs se joignent à eux pour battre les Macédoniens, et ils se retournèrent ensuite contre les Grecs et les abattirent peu à peu.

(*) Je ne doute pas que l’expression «les navires de Kittim» (Dan. 11:30) désigne la puissance navale de Rome qui intervint contre Antiochus Épiphane. Mais comme cette allusion est moins explicite que les passages de Luc 2:1 ; 3:1 ; 20:22-25 ; Jean 11:48 ; 19:15, j’ajoute la preuve tirée du Nouveau Testament.

Dans la suite, les Romains étendirent leurs conquêtes sur toute l’Asie. Qu’en dit Dieu ? «Le quatrième royaume sera fort comme le fer. De même que le fer broie et écrase tout, et que le fer brise toutes ces choses, il broiera et brisera». Si on fait appel à l’histoire, peut-on voir les choses avec plus de clarté ? Où trouvera-t-on une description de cet empire aussi exacte que celle donnée ici par Dieu ? Un historien bien connu traitant des quatre empires, les a décrits en se servant des images si vivantes tirées précisément de ces symboles du prophète Daniel. Il ne pouvait pas trouver de figures plus adéquates que celles que l’Esprit de Dieu avait déjà consacrées à leur usage, quoique ce ne fût point, comme chacun le sait, par défaut d’imagination, ni par désir d’accréditer l’Écriture.

Cependant ce n’est pas tout ce que Dieu nous fournit sur ce sujet. «De même que le fer broie et écrase tout, et que le fer brise toutes ces choses, il broiera et brisera». Jamais description ne fut plus exacte. Je pourrais citer des passages des anciens écrivains romains montrant qu’eux-mêmes ont parlé de leur propre empire et de sa politique en termes à peu près identiques.

Mais il y avait quelque chose qu’ils ne pouvaient pas dire et qui dépassait toute prévision humaine. Cette puissance qui se distinguait au-dessus de toutes les autres par sa force renversant tout opposant, tout en ayant de la bonté pour ceux qui se courbaient devant elle, cette même puissance est ainsi décrite : «Et selon que tu as vu les pieds et les orteils en partie d’argile de potier et en partie de fer, le royaume sera divisé». Les Romains ne nous disent pas cela. Le témoignage de l’histoire n’est pas toujours fidèle. Ceux qui décrivent l’action diplomatique de leur propre pays ne sont en général guère fiables. Ils sont aussi prompts à dissimuler les menaces de déclin qu’à se vanter de tout ce qui prouve leur audace, leur force et leur gloire. Mais Dieu nous dit tout ; et sa parole nous enseigne que le même empire qui devait être si célèbre par sa force stupéfiante, allait aussi présenter la plus grande faiblesse intrinsèque : «Et il y aura en lui de la dureté du fer, selon que tu as vu le fer mêlé avec de l’argile grasse ; et quant à ce que les orteils des pieds étaient en partie de fer et en partie d’argile, le royaume sera en partie fort et sera en partie fragile. Et selon que tu as vu le fer mêlé avec de l’argile grasse, ils se mêleront à la semence des hommes, mais ils n’adhéreront pas l’un à l’autre, de même que le fer ne se mêle pas avec l’argile».

Le fer était l’élément d’origine ; l’argile fut ajouté après, et n’appartenait pas proprement à la grande statue en métal : c’était un élément étranger. Quand et d’où vint-il ? Je crois qu’en se servant de cette figure de l’argile, l’Esprit de Dieu n’a pas en vue l’élément romain primitif qui avait la force du fer, mais fait plutôt allusion aux hordes barbares qui firent irruption ultérieurement, affaiblissant la puissance romaine et formant peu à peu des royaumes autonomes. Je ne peux cependant que présenter cette pensée comme étant mon sentiment propre, fondé sur l’usage général du langage et des idées de l’Écriture. Nous avons ici ce qui n’était pas proprement et primitivement romain, mais a été introduit d’ailleurs ; c’est le mélange de deux éléments qui est source de faiblesse, et conduit finalement à des divisions. Ces hordes de barbares qui s’introduisirent au début par la force, prétendaient être non pas les vainqueurs des Romains, mais leurs hôtes ; et à la fin ils s’établirent en dedans des limites de l’empire. C’est là ce qui conduisit ultérieurement à la division de l’empire en plusieurs royaumes distincts et indépendants, lorsque la puissance et l’orgueil de la Rome impériale furent brisés. Plus tard, Charlemagne nourrit le désir d’un empire universel, et il y travailla dur ; mais ce fut un échec, et tout ce qu’il rassembla durant sa vie fut partagé à sa mort. Un autre homme de nos jours a fait la même tentative : je parle, on le comprend, du captif de Sainte-Hélène. Il avait à coeur la même monarchie universelle. Quel fut le résultat ? Ses succès furent encore plus éphémères. Tout ce qu’il construisit fut ramené à ses éléments d’origine avant qu’il ait rendu le dernier soupir. Et il continuera d’en être généralement ainsi jusqu’au moment dont parle ce chapitre, et dont le livre de l’Apocalypse traite plus à fond.

Voici, je crois, ce que l’Écriture enseigne sur ce sujet. Avant la fin de notre temps, il s’opérera une union des plus remarquables entre ces deux éléments apparemment contradictoires — un chef universel de l’empire, et, à côté, des royaumes distincts et indépendants, chacun ayant son propre roi ; mais au-dessus de tous ces rois, il y aura un homme qui sera empereur. Jusqu’à ce que ce temps vienne, tous les efforts faits en vue d’unifier les divers royaumes seront un échec complet. Même à cette époque-là, ce ne sera point par une fusion en un seul royaume que s’opérera leur réunion, mais chaque royaume indépendant aura son propre roi, quoique tous seront assujettis à une tête unique. Dieu a dit qu’ils seront divisés. C’est donc ceci qui nous est montré. «Ils n’adhéreront pas l’un à l’autre, de même que le fer ne se mêle pas avec l’argile». Et si jamais une partie du monde a représenté ce système incohérent de royaumes, c’est bien l’Europe moderne. Tant que le fer a prédominé, il n’y a eu qu’un empire ; mais ensuite est venue l’argile, un élément étranger.  En vertu du fer, il y aura une monarchie universelle ; tandis qu’en vertu de l’argile, il y aura des royaumes distincts. (*)

(*) Note Bibliquest : on rappelle que ces lignes ont été écrites en 1860 (voir 2° note en tête du présent livre)

«Et dans les jours de ces rois, le Dieu des cieux établira un royaume qui ne sera jamais détruit ; et ce royaume ne passera point à un autre peuple ; il broiera et détruira tous ces royaumes, mais lui, il subsistera à toujours» (v. 44). Remarquez ces mots «dans les jours de ces rois». C’est une réponse catégorique à ceux qui ont voulu voir dans cette portion de la prophétie la naissance du Christ et l’introduction de ce qu’ils appellent le royaume de la grâce. Au temps dont il est question ici, l’empire est disloqué et divisé. Était-ce le cas, quand le Seigneur est né ? Pouvait-on dire de cette époque : «Dans les jours de ces rois» ? Pas du tout. Rome était alors au sommet de sa puissance : on ne pouvait voir la moindre brèche dans tout l’empire. Il n’y avait qu’un dirigeant et qu’une volonté dominante. Ce n’était donc pas «dans les jours de ces rois». À quoi ce verset fait-il donc allusion ? Je crois qu’il a trait à la dernière scène de l’empire romain, non pas le temps où Christ est né, mais celui où Dieu introduira de nouveau le premier-né dans le monde (Héb. 1:6) — non pas le temps où le Seigneur Jésus a été introduit comme le Nazaréen pour souffrir et mourir, mais le temps où Il viendra avec la puissance divine pour exercer le jugement. L’expression «la pierre détachée sans mains», quoiqu’en un sens elle Lui soit toujours applicable, ne s’appliquera réellement et parfaitement qu’à ce moment-là. Nous en avons ici l’interprétation. Elle ne se rapporte pas tant à la personne de Christ qu’au royaume que le Dieu des cieux établira en Lui et par Lui. Sans doute Christ est la pierre ; mais c’est une pierre de jugement qui anéantit les royaumes de la terre.  Qui peut le nier ? «La pierre s’est détachée de la montagne sans mains et a broyé le fer, l’airain, l’argile, l’argent et l’or». Il en résulta l’effondrement de toute la statue. Cela a-t-il eu lieu à la naissance de Christ ? Christ attaqua-t-il l’empire romain ? L’a-t-il détruit ? Bien au contraire, Christ a été mis à mort, et ce fut le gouverneur romain qui fut l’instrument officiel de Sa crucifixion. Bien loin d’avoir frappé la statue, c’est plutôt la statue qui L’a frappé. Une telle interprétation ne mérite pas qu’on s’y arrête.

La pierre frappe la statue aux pieds dont les orteils étaient en partie de fer et en partie d’argile — c’est-à-dire l’empire romain dans sa dernière condition. L’empire se divise, puis la pierre le frappe. Ce n’est pas une action en grâce, mais en jugement. Ce n’est point un semeur qui sème de la semence pour produire la vie, et encore moins du levain se diffusant lui-même dans certaines limites. Son coup tombe sur la statue et la détruit, la faisant voler en éclats. Il est évident qu’il ne s’agit pas de la première venue de Christ. Sa naissance est entièrement passée sous silence dans la mesure où elle a eu lieu durant le cours de l’empire romain, et non pas comme agent de sa destruction. Ce qui aura vraiment affaire à l’empire romain, c’est la venue du Seigneur Jésus Christ en un temps encore à venir.

Mais dira-t-on : comment cela peut-il se faire puisqu’il n’y a pas d’empire romain maintenant ? Mais permettez-moi de demander : en quoi cela prouve-t-il qu’il ne doit pas y en avoir un plus tard ? Pouvez-vous prouver que l’empire romain ne doit pas revivre ? Ce que je trouve dans ce passage, c’est que le fer, l’argile, l’airain, l’argent et l’or sont réduits en pièces ensemble, et deviennent comme la balle sur l’aire de battage en été.

En outre, l’Apocalypse nous dit que la bête qui représente la puissance impériale de Rome est caractérisée de façon remarquable comme «la bête qui était, et n’est pas, et sera présente» (*) (Ap. 17:8). Il suit de ce passage que la bête, ou l’empire qui existait du temps de l’apôtre Jean, devait passer par un état de non existence, puis réapparaître, en montant du puits de l’abîme. En d’autres termes, ce sera la puissance de Satan qui opérera la réunion des fragments qui reconstituent l’empire romain. Il est remarquable selon ce chapitre, que lorsque la bête réapparaît, il y aura dix rois s’accordant pour donner leur pouvoir à «la bête», ou à la personne suscitée par Satan pour organiser et gouverner l’empire. Ce personnage se servira de sa grande puissance contre Dieu et contre l’Agneau ; toute apparence de christianisme sera détruite, l’idolâtrie sera restaurée, et l’Antichrist établi. Alors, c’est comme si Dieu disait : Je ne veux plus supporter cela ; Mon heure est venue. Le Seigneur Jésus se lèvera de sa séance à la droite de Dieu, et exécutera le jugement sur ces vils apostats.

(*) Ce dernier terme «qui sera présente», est incontestablement la bonne leçon, d’après les meilleurs textes critiques. Il n’y a absolument aucun doute là-dessus. Quiconque connaît l’Apocalypse ne le contestera point.

«Et dans les jours de ces rois, le Dieu des cieux établira un royaume... il broiera et détruira tous ces royaumes, mais lui, il subsistera à toujours». La première action de cette pierre est de détruire. Il n’est pas question de sauver des âmes : il s’agit de jugement et de destruction. Christ renverse des royaumes et tout ce qui s’élève contre le vrai Dieu.

Mais il y a ici une difficulté pour comprendre comment il se fait que, lorsque ce coup destructeur est porté, l’or, l’argent et l’airain soient tous mélangés ensemble avec le fer et l’argile — comme si ces empires successifs subsistaient ensemble à la fin. La vérité est que, quoique Babylone, par exemple, eût perdu sa position impériale, elle subsistait de manière subordonnée aux puissances lui ayant succédé ; et il en a été ainsi pour chacun des empires suivants, jusqu’à celui de Rome (comp. Dan. 7:11-12). Ainsi, lorsque s’accomplira le jugement final du quatrième empire, il y aura encore, distincts de lui, des représentants de ses trois prédécesseurs. Ceci rend évident que, par le dernier empire, il faut entendre exclusivement l’Occident, et non pas ce qui a appartenu aux empires précédents.

Ainsi c’est le grand siège de la civilisation moderne (c’est-à-dire les dix royaumes de la bête) qui sera le théâtre de cette effroyable apostasie. Et Dieu le permettra dans ses voies de sagesse en jugement, parce que les hommes n’auront point reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. Dieu leur enverra une énergie d’erreur pour croire au mensonge, «afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice» (2 Thes. 2:11-12). Je ne doute point que telle soit l’histoire future du monde : cela repose sur l’autorité de la parole de Dieu. Cette prophétie remarquable nous fait assister aux tout premiers commencements de la puissance impériale, et nous montre finalement le jugement de ce monde aux derniers jours, avant que Dieu établisse Son royaume : dans ce jugement, Dieu s’occupera des vivants, non pas seulement des morts. «Il jugera en justice la terre habitée, par l’Homme qu’Il a destiné à cela, de quoi il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les morts» (Actes 17:31).

3                        Chapitre 3

Les chapitres compris entre le chap. 2 et le 7 sont consacrés au récit de faits historiques, et peuvent donc sembler à première vue dénués de caractère prophétique. Mais il faut nous rappeler que l’Écriture a en général un but infiniment plus vaste que le simple récit de circonstances, aussi instructives et importantes soient-elles moralement. Cela est vrai de toute la Bible. Prenez un livre quelconque, la Genèse par exemple. Bien que ce soit évidemment un livre historique, et l’un des livres de la Bible dont les récits soient les plus simples, on aurait cependant tort de nier qu’il renferme une perspective s’étendant jusque dans l’avenir le plus lointain. Dans le Nouveau Testament, l’Esprit de Dieu se réfère à de multiples reprises aux événements les plus significatifs qui s’y trouvent.

C’est ainsi que, pour l’épisode où intervient Melchisédec, nous voyons la portée que lui donne le Saint Esprit dans l’épître aux Hébreux, et d’autres portions de l’Écriture y font aussi allusion. Un sacrificateur-roi, deux caractères souvent réunis dans ces jours-là, rencontre Abraham à son retour de la défaite des rois ; il apporte aux vainqueurs des rafraîchissements convenables, prononce une bénédiction au nom de Celui dont il était sacrificateur, et reçoit des dîmes, de la part même d’Abraham. Souvenons-nous que la parole de Dieu parle de ce fait comme figurant un vaste changement déjà opéré, et en annonçant un encore plus grand, le jour de Christ étant, je le crois, sa véritable portée. Dans l’épître aux Hébreux, où se trouve discuté le sujet de la sacrificature de Christ comme s’exerçant maintenant dans le ciel, il est fait simplement allusion à quelques traits importants de ce type, mais sans en faire d’application. Le but principal du Saint Esprit y est de montrer dans les Écritures juives l’existence d’une sacrificature de caractère plus élevé que celle d’Aaron, — une sacrificature qui n’était ni reçue d’un prédécesseur ni transmise à un successeur. Je me réfère à cela simplement pour montrer que l’Écriture attribue une valeur typique (cela ne veut-il pas dire prophétique ?) à ce qui pourrait sembler n’être que le simple récit d’un événement historique.

Tel est le caractère des faits décrits dans le livre de Daniel, c’est ce que je prétends. En effet, déjà dans des livres tels que la Genèse ou l’Exode, où l’histoire inspirée est écrite de manière simple et dont la prophétie n’est ni l’objet direct, ni la caractéristique spécifique, de multiples épisodes sont utilisés par le Nouveau Testament pour préfigurer les biens à venir ; s’il en est déjà ainsi pour de tels livres, combien plus pour un livre prophétique comme celui de Daniel, est-il évident d’admettre que non seulement les visions ont un caractère directement prophétique, mais aussi les récits d’actions qui leur sont rattachés, sont empreints du même esprit. Il serait facile de trouver ailleurs des exemples analogues. Arrêtons-nous un moment à la prophétie d’Ésaïe. Après une longue série d’accents prophétiques, il y a une pause. Ce qui suit est le récit d’événements historiques bien connus : l’invasion et la destruction de l’Assyrien, et pour ce qui concerne Ézéchias : sa maladie et sa guérison, le miracle opéré dans le pays et la visite des ambassadeurs du roi de Babylone. Puis la prophétie recommence et poursuit son cours. Il serait facile de prouver que les faits racontés sur Sankhérib et Ézéchias ont un rapport précis et riche en instructions avec les prophéties au milieu desquelles ils sont insérés. De sorte que, les considérer simplement comme des faits placés dans une telle relation pour des raisons historiques et séparant les deux moitiés du livre entre elles sans autre raison profonde, ce serait les dépouiller de l’essentiel de leur valeur. Est-ce trop hardi de poser comme vérité générale applicable à toute la parole de Dieu, que l’Écriture ne doit pas être rabaissée au niveau d’une simple narration des faits qu’elle rapporte ? mais que ces faits ont été expressément choisis dans la sagesse de Dieu et ont été donnés de manière ordonnée pour représenter les terribles voies de l’homme et de Satan, ainsi que les scènes glorieuses aux yeux de Dieu lui-même, lesquelles doivent à nouveau avoir lieu dans un jour futur. Et s’il en est ainsi des portions purement historiques de la parole de Dieu, à combien plus forte raison cela doit-il être vrai d’un livre prophétique tel que celui de Daniel.

La preuve que cette manière de voir est juste, apparaîtra de façon beaucoup plus évidente au cours de l’étude des événements tels qu’ils sont rapportés ici. Nous verrons alors quelle est la relation et la portée spéciales de ces chapitres beaucoup mieux que par des présomptions plus élaborées pouvant être déduites d’autres parties de la parole de Dieu. Il s’agit et doit s’agir du plus puissant témoignage au sens réel de l’Écriture. Il en est de la vérité révélée comme de la lumière. Elle n’a pas besoin d’être éclairée du dehors pour nous faire connaître ce qu’elle signifie, mais c’est elle qui s’éclaire elle-même. Il n’est nullement nécessaire de se munir d’une torche ou d’un flambeau pour pouvoir découvrir la lumière du jour. Le soleil qui n’a besoin d’aucune aide pour éclairer, éclipse entièrement toutes ces lumières artificielles ; il brille par lui-même et domine sur le jour. Il en est ainsi pour tout homme capable de voir : la vérité se recommande à lui d’elle-même. Il possède ce que l’évangéliste Luc appelle «un coeur honnête», et ce que d’autres passages nomment «un oeil simple». Partout où la vérité est réellement amenée à agir sur un homme ouvert à la recevoir comme la précieuse lumière de Dieu en Christ, ils se répondent mutuellement l’un à l’autre. Le coeur est préparé pour elle et la désire ; et quand la vérité se fait entendre, ce cœur s’incline, la reçoit et en jouit. Mais quand, au contraire, le coeur est occupé de lui-même ou du monde, aucune vérité ne peut le faire plier. La volonté de l’homme est à l’oeuvre, et elle est constamment une ennemie invariable de Dieu. Aussi est-il dit (Jean 3) que personne ne peut voir ni entrer dans le royaume de Dieu, s’il n’est né de nouveau — né d’eau et de l’Esprit. C’est-à-dire qu’il faut qu’il y ait un travail direct et positif du Saint Esprit, s’occupant de l’âme, la jugeant et lui communiquant une nouvelle nature ayant autant d’affinité pour les choses de Dieu que la vieille vie en a pour les choses du monde. L’Esprit agit sur la nouvelle créature et lui donne l’intelligence ; et la vérité, nous pouvons le dire, constitue sa nourriture naturelle.

 

C’est pourquoi je n’ai aucun doute que, dans ce troisième chapitre de Daniel, aussi bien que dans les trois chapitres suivants, nous trouverons que chacun d’eux a ses traits particuliers ; et que ces traits n’ont pas simplement pour but de présenter ce qui se passait dans les jours de Daniel, mais qu’ils ont été enregistrés par le prophète, afin de présenter à la fois le cours de l’histoire déjà écoulé, et la destinée future des grandes puissances Gentiles. Nous devons les considérer à la lumière des prophéties qui les encadrent — et non les prendre, comme des faits notés au hasard par n’importe qui. En un mot, Dieu les a donnés ici en les rattachant de la manière la plus intime à la prophétie où nous les rencontrons.

 

Au chapitre second, nous voyons Dieu agir, dans sa souveraineté, avec un homme suscité d’entre les Gentils pour être le ministre de son autorité. Cette dernière s’exerce sous une forme nouvelle, du fait que le peuple d’Israël et ses rois se sont montrés eux-mêmes définitivement indignes du dessein et de la vocation de Dieu. Là-dessus, Dieu introduit le système impérial de gouvernement dans le monde. Il ne s’agissait pas simplement d’une nation à laquelle il serait accordé de grandir en puissance et d’être la terreur de ses voisins, ou de constituer un exemple béni des voies de Dieu. Il est permis à un dirigeant de devenir le maître du monde, — son seul souverain ; non pas seulement un roi puissant quant à lui-même, mais un dominateur des rois qui ne sont plus que ses subordonnés ou ses satellites. Cet état de choses commença avec Nébucadnetsar, et caractérise l’empire Gentil. On pourrait objecter que nous ne voyons aujourd’hui aucun pouvoir de ce type. Cela est vrai. Un pareil pouvoir impérial n’existe pas dans le monde ; et il n’y en a pas eu depuis la chute de Rome, quoique plusieurs y aient aspiré. Mais leur entreprise a échoué. Le livre de l’Apocalypse nous signale cette suspension du pouvoir impérial. Autrefois, durant les jours de la Rome impériale, il existait un tel souverain, et il avait les rois pour serviteurs. Mais aujourd’hui nous nous trouvons dans l’intervalle où tout cela a cessé. Néanmoins ce système doit revivre, et c’est, je le crois, un grand événement réservé au monde du temps actuel. Il prendra les hommes par surprise, et quand il sera accompli, il sera le moyen de concentrer la puissance de Satan, et d’actionner ses plans relativement à la terre.

Tout cela est pour nous d’un intérêt bien sérieux. Nous sommes proches de la crise de l’histoire du monde ; et ceux-là mêmes qui attendent des signes reconnaissent que nous approchons de la fin d’une époque, et aussi de la fin des temps des Gentils. La réorganisation de l’empire n’est pas très lointaine. Et c’est une chose bien solennelle de se souvenir que, lorsqu’il sera rétabli, ce ne sera pas une simple répétition du passé, mais il y aura un développement de la puissance de Satan d’une manière encore jamais vue.  «Dieu leur envoie une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice» (2 Thess. 1:11-12). Il est possible qu’un grand nombre de mes frères chrétiens se mettent à crier que mes propos ne sont pas charitables. La parole de Dieu est pourtant plus sage que les hommes. Ce n’est pas une pensée personnelle, ni d’un autre homme. Nul n’aurait pu tirer de son esprit une pareille perspective ; mais Dieu l’a révélée avec la plus grande clarté. On peut alléguer les oeuvres merveilleuses de Dieu opérées ces derniers temps, dans tel ou tel pays éloigné, ainsi que la réponse de bénédiction qui leur fait écho, pour ainsi dire, dans des zones plus rapprochées de nous. Mais tout cela ne contredit en rien ce qui a été dit. Lorsqu’on approche du moment où va s’accomplir un changement profond, on voit toujours ces deux choses allant ensemble : d’un côté, la puissance générale du mal s’accroît, et l’orgueil de l’homme s’enfle à un degré inouï ; d’un autre côté, l’Esprit de Dieu travaille avec énergie afin de gagner des âmes à Christ, et de séparer ceux qui doivent être préservés de la destruction qui doit nécessairement frapper le péché et l’orgueil. C’est pourquoi, lorsqu’on approche d’une crise du mal, je crois que dans l’intervalle d’attente qui précède immédiatement le jugement, nous devons nous attendre à cet accroissement de bénédiction de la part de Dieu.

 

Mais arrivons à ce qui forme le sujet direct du chapitre. La puissance impériale se trouve entre les mains des Gentils ; et la première chose qu’il nous en est dit, c’est qu’elle est employée pour établir l’idolâtrie, ou plutôt qu’il en est fait un abus pour revêtir l’idolâtrie d’une splendeur sans pareil dans l’ancien monde. Une considération bien humiliante, c’est le rapport manifeste qui existe entre la statue d’or que Nébucadnetsar fit dresser dans la plaine de Dura, et la statue qu’il avait contemplée dans ses visions de nuit. Il est vrai que la statue qu’il fit n’était pas une représentation exacte de celle qu’il vit. Cependant n’est-il pas grave de constater que, pour autant que l’Écriture nous l’apprenne, la première chose que fit Nébucadnetsar fut de donner ordre de dresser une statue d’or, afin que tous les peuples, nations et langues se prosternent devant et l’adorent ? Une chose au moins est nette : que la tête d’or de la grande statue eût suggéré cette pensée ou non, dans tous les cas elle ne l’avait pas empêchée. Au contraire, nous voyons ici l’effroyable usage que Nébucadnetsar fait de l’autorité mise entre ses mains par Dieu. En voici, je pense, la raison : Nébucadnetsar était un homme ayant autant de sagesse selon la chair que de volonté propre. Il occupait bien évidemment une position que jamais homme n’avait occupée auparavant, étant non seulement le souverain d’un vaste royaume, mais le maître absolu de beaucoup de royaumes ; ces derniers parlaient des langues diverses, et avaient toutes sortes d’habitudes et de politiques contraires. Comment fallait-il se comporter avec toutes ces différentes nations ? Par quel moyen pourrait-on les maintenir et les gouverner sous un seul chef ? Il existe une influence plus puissante et plus efficace qu’aucune autre, une influence qui, si elle est commune à tous, unit étroitement les hommes entre eux ; mais qui, si elle est discordante, range au contraire avec plus de force que toute autre, peuple contre peuple, maison contre maison, enfants contre parents et parents contre enfants, et même maris et femmes l’un contre l’autre. Il n’existe pas de dislocation sociale comparable à celle issue de la différence de religion. Aussi, pour échapper à un si grand péril, l’union dans la religion fut la mesure que le diable insinua à l’esprit politique du Chaldéen, comme étant le lien le plus sûr de son empire. Il fallait qu’il exerçât une influence religieuse commune à tous, afin de souder ensemble les coeurs de tous ses sujets. Selon toute probabilité, c’était à son avis une nécessité politique. Que tous les sujets de l’empire soient unis dans un culte, que tous les coeurs s’unissent dans un même acte d’adoration en se prosternant devant un seul et même objet, et l’on posséderait quelque chose qui entretiendrait l’espérance et fournirait l’occasion de consolider en un tous ces fragments épars.

Suivant cette pensée, il conçoit le projet d’une magnifique statue d’or, dans la plaine de Dura, près de la capitale de l’empire ; et c’est là qu’il invite tous les principaux, les satrapes, les préfets, les gouverneurs, les grands juges, les trésoriers, les conseillers, les légistes et tous les magistrats des provinces, tous ceux qui étaient revêtus de quelque autorité, à venir assister à la dédicace de la statue. Il l’environne aussi de tout ce qui pouvait attirer la nature et agir sur les sens. Toutes les sortes de musique doivent contribuer à la scène. Quand on entendrait le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, de la musette etc., ce serait, pour les représentants de cet immense royaume, le signal à l’ouïe duquel il fallait «se prosterner et adorer la statue d’or que Nébucadnetsar avait dressée». Tout ce que peut faire l’homme, c’est une idole ; il ne peut même pas découvrir le vrai Dieu. S’il s’agit d’obtenir l’hommage du monde, la seule chose capable d’entraîner les hommes sur une grande échelle, doit être quelque chose de cette création, quelque chose adapté à la nature de l’homme tel qu’il est. Vous ne pouvez unir les coeurs qui sont vrais avec ce qui est faux. Mais si le vrai Dieu est mis dehors, Satan est là pour trouver quelque chose qui, introduit par l’autorité de l’homme, peut tout commander, sauf un consensus général. Tel fut le cas ici. En conséquence, l’autorité de l’empire fut mise en avant, et tous reçurent ordre d’adorer la statue d’or sous peine de mort. «Quiconque ne se prosternera pas et n’adorera pas, sera jeté à l’heure même au milieu d’une fournaise de feu ardent.  (v. 6).

«C’est pourquoi, au moment même où tous les peuples entendirent le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, et toute espèce de musique, tous les peuples, peuplades et langues, se prosternèrent et adorèrent la statue d’or que Nébucadnetsar, le roi, avait dressée» (v. 7).

Mais il y en eut quelques-uns qui se tinrent à l’écart de cette foule idolâtre, bien peu, hélas ! bien que, sans doute, il y en eut d’autres cachés. Nous osons dire qu’il y en eut un qui n’est point mentionné ici — Daniel lui-même. Quoi qu’il en soit, ses trois compagnons n’assistaient point à cette fête idolâtre, et leur absence les fit mal voir des autres, d’autant plus que leur position élevée dans la province de Babylone, les exposait davantage à l’attention publique. Naturellement ils furent signalés au déplaisir du roi. «À cause de cela, en ce même moment, des hommes chaldéens s’approchèrent et accusèrent les Juifs». Ensuite ils rappellent au roi le décret promulgué, et ajoutent : «Il y a des hommes juifs, que tu as établis sur les services de la province de Babylone, Shadrac, Méshac et Abed-Nego : ces hommes ne tiennent pas compte de toi, ô roi ; ils ne servent pas tes dieux, et la statue d’or que tu as dressée ils ne l’adorent pas. Alors Nébucadnetsar, en colère et en fureur, commanda d’amener Shadrac Méshac et Abed-Nego, etc.».

Or, ceci apparaît comme un fait d’une très grande importance. Le Gentil se sert de son pouvoir pour mettre en place une religion liée à la politique de son royaume, une religion ayant un objectif terrestre et immédiat. Dans un tel environnement, on ne peut pas laisser la religion entre Dieu et la conscience. Il ne s’agit plus de savoir si on a une conviction réelle sur Dieu et sur Sa vérité, et il n’y a plus de liberté pour juger l’imposture. Le culte imaginé par le roi Gentil est imposé à ses sujets sous peine de mort.

Certaines choses peuvent, pour un temps, mettre obstacle à l’effet résultant naturellement de ce qu’on condamne la volonté du monde en matière de religion. Tel a été le cas depuis quelque temps. Chacun sait que durant les cinquante dernières années et plus (*), il s’est développé un certain système d’opinions généralement connu sous le nom de libéralisme. Ce système s’est emparé de l’esprit des hommes. Il ne respecte en aucune façon ni Dieu ni Sa Parole — en tant que Parole de Dieu. Son leitmotiv, ce sont les droits de l’homme. Sa vertu cardinale, c’est la liberté pour tous de penser, d’agir et d’adorer comme il plaît. Aussi longtemps qu’il est permis à cette idée des droits de l’homme d’avoir cours, la miséricorde de Dieu s’en sert pour fournir aux chrétiens qui ont de la conscience pour Lui, une occasion de suivre tranquillement leur chemin et d’adorer Dieu selon Sa volonté. Et comme on ne peut pas contester que ce droit d’adorer selon Sa volonté, Dieu le revendiquait sur Son propre peuple, et que Sa volonté révélée peut seule les diriger justement, de même, en tant que Père, il cherche maintenant des enfants qui l’adorent en esprit et en vérité. Celui qui est renouvelé dans son coeur et dans sa conscience prend plaisir à Sa volonté, et trouve sa principale bénédiction ici-bas à l’exalter. Pour le croyant, cette volonté est plus impérative que l’absolutisme du roi païen. Le libéralisme n’aime vraiment pas ce droit exclusif revendiqué sur la conscience. Cependant il a amené du calme dans le monde, et le plein exercice de son autorité en matière de religion est mis en sourdine pour le moment. Car, hormis des exceptions temporaires, on ne peut nier que partout où une religion est introduite par le monarque pour la conduite de son royaume, il n’est admis ni différence, ni contradiction, ni compromis, et il ne peut en être autrement, sinon l’objectif pour lequel on impose la religion serait manqué. Mais agir ainsi, c’est combattre contre Dieu. Le monarque lui-même peut avoir une conscience, et, naturellement, il est tenu d’adorer Dieu suivant Sa volonté. Mais se servir de l’autorité du royaume pour contraindre les autres, c’est nier pratiquement le contrôle direct de Dieu sur la conscience individuelle. Quand Dieu établit sa loi en Israël, toute âme était tenue d’y obéir. L’évangile agit et l’Église repose sur une base entièrement différente.

(*) Note Bibliquest : on rappelle que ces lignes ont été écrites en 1860 (voir 2° note en tête du présent livre).

La leçon que nous avons ici, c’est que voici le tout premier usage que fit le Gentil de l’autorité que Dieu lui avait donnée : il chercha à mettre en place sa propre religion, et à l’imposer à l’ensemble de ses sujets. En d’autres termes, toute son autorité reçue de Dieu, fut employée à nier le vrai Dieu et à imposer l’obéissance universelle à l’égard de son idole, avec la perspective d’une mort effroyable comme salaire immédiat de la désobéissance. C’est là la grande caractéristique du premier des empires Gentils.

Mais l’iniquité de l’homme et toute la ruse de Satan n’aboutissent qu’à mettre en vue les fidèles. Le roi commande de les jeter dans la fournaise de feu ardent. Il commence sans doute par leur adresser une remontrance, et leur offre une occasion de fléchir : «Est-ce à dessein, Shadrac, Méshac et Abed-Nego, que vous ne servez pas mon dieu, et que vous n’adorez pas la statue d’or que j’ai dressée ? Maintenant, si, au moment où vous entendrez le son du cor, de la flûte, de la cithare, etc... vous êtes prêts à vous prosterner et à adorer la statue que j’ai faite... ; mais si vous ne l’adorez pas, à l’instant même vous serez jetés au milieu de la fournaise de feu ardent. Et qui est le Dieu qui vous délivrera de ma main ?» (v.  15).  Il est bien solennel de voir combien fut passagère l’impression produite sur l’esprit du roi. Le dernier fait mentionné, avant qu’il dresse cette statue, c’est qu’il tomba sur sa face devant Daniel, lui rendant tous les honneurs divins. Il était même allé jusqu’à dire : «En vérité, votre Dieu est le Dieu des dieux et le Seigneur des rois, et le révélateur des secrets, puisque tu as pu révéler ce secret» (2:47). Mais ce fut tout autre chose, quand il vit son pouvoir contesté et sa statue méprisée, malgré la fournaise de feu ardent.

C’était très bien de reconnaître Dieu au moment où il lui révélait un secret. Le chapitre 2 le reconnaît pleinement. Et là, Daniel représente ceux qui ont la pensée de Dieu, qui marchent dans Sa crainte : «Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent».

Mais Dieu avait délégué la puissance au chef des Gentils, Nébucadnetsar. Et maintenant que ces hommes ont l’audace de braver les conséquences de leur refus d’obéir, plutôt que d’adorer la statue, il est rempli de fureur et sa colère s’exhale en paroles de mépris contre Dieu lui-même : «Qui est le Dieu», ose-t-il dire, «qui vous délivrera de ma main ?» Cela devenait donc une question entre lui, que Dieu avait établi, et Dieu lui-même.

Mais voici un trait magnifique et des plus bénis. Ce n’est pas la manière de Dieu, dans le temps actuel, d’opposer la force à la force. Sa manière n’est pas d’agir en destruction des Gentils, même quand ils abusent de leur pouvoir contre Dieu qui leur a confié l’autorité. J’invite mes lecteurs à réfléchir sérieusement à cela, car je crois que c’est une chose pratique fort importante. Shadrac, Méshac et Abed-Nego ne prennent nullement une place de résistance à Nébucadnetsar et à sa méchanceté. Nous savons que plus tard la conduite du roi fut tellement mauvaise que Dieu le dépouilla de toute gloire pendant longtemps, et le priva même d’intelligence humaine. Ces hommes pieux ne prétendent point qu’il est un faux roi, parce qu’il établit et impose l’idolâtrie. Pour le chrétien, la question n’est point de savoir ce qu’il en est des rois, mais de savoir comment on doit soi-même se comporter. Le chrétien n’a pas à se mêler des affaires des autres ; il est appelé à marcher dans la confiance en Dieu, la patience et l’obéissance. Dans la majeure partie des obligations quotidiennes, il nous est possible d’obéir à Dieu tout en obéissant aux lois du pays où nous demeurons. Cela peut se faire en tout pays. Même si on se trouve dans un pays papiste, je crois qu’en général on peut obéir à Dieu sans désobéir aux lois du pays. Il peut être nécessaire quelquefois de se cacher. Par exemple si une procession passe et qu’on exige une marque de respect pour l’hostie, il faut éviter d’avoir l’air d’insulter les sentiments des gens, tandis que, d’un autre côté, on ne peut manifester aucune approbation à leur faux culte.

Il est très important de se rappeler que le gouvernement est établi et reconnu de Dieu, et que, par conséquent, il a droit à l’obéissance du chrétien, où qu’il se trouve. Cette question est traitée dans l’une des épîtres du Nouveau Testament, celle-là même qui expose plus que toute autre les fondements, les caractères et les effets du christianisme par rapport à l’individu. Je fais allusion à l’épître aux Romains, la plus complète des épîtres de Paul. Nous y trouvons en premier lieu, l’exposé complet de la condition de l’homme, puis la rédemption qui est en Jésus Christ. Les trois premiers chapitres sont consacrés au sujet de la ruine de l’homme ; les cinq suivants à la rédemption que Dieu a opérée en réponse à la ruine de l’homme. Puis, dans les trois chapitres qui suivent, on a le cours des dispensations de Dieu, — c’est-à-dire ses voies avec Israël et avec les Gentils, ordonnées suivant une immense perspective. Vient alors la partie pratique de l’épître, ou du moins la partie renfermant les exhortations et les préceptes : d’abord, au chapitre 12, les relations des chrétiens entre eux, puis à la fin du chapitre après une transition progressive, les relations des chrétiens avec leurs ennemis; et ensuite avec les autorités qui existent (Rom. 13:1). Il semble que le but de cette expression «les autorités qui existent» est d’englober toutes les formes de gouvernement sous lesquelles les chrétiens peuvent être placés. Leur devoir est d’être soumis, non pas seulement à un roi, mais aussi à toute forme de souveraineté ; non pas seulement à un gouvernement existant depuis longtemps, mais aussi à un gouvernement nouvellement établi. L’affaire du chrétien est de montrer du respect à tous ceux qui sont constitués en autorité, de rendre l’honneur à qui l’honneur est dû, ne devant rien à personne, sinon d’aimer. Ce qui donne une telle force à ces exhortations, c’est que l’empereur de l’époque était l’un des pires et des plus cruels qui aient jamais occupé le trône des Césars. Malgré cela, il n’est fait aucune réserve, et aucune qualification n’est requise pour l’autorité ; il n’y a non plus aucun sous-entendu (bien au contraire) laissant entendre que les chrétiens auraient à obéir si les ordres de l’empereur sont bons, et qu’ils seraient libérés de leurs obligations si les ordres sont mauvais. Le chrétien est appelé à obéir — non pas toujours dans le cas de Néron, ou de Nébucadnetsar, mais toujours à Dieu. Il s’ensuit qu’il n’y a réellement pas le moindre fondement pour accuser de rébellion une personne pieuse. Je sais bien que rien ne préservera à coup sûr un chrétien d’avoir mauvaise réputation. Il est naturel pour le monde de dire du mal de quelqu’un qui appartient à Christ — à Celui qu’ils ont crucifié. Mais le principe que nous venons de voir préserve l’âme qu’une telle accusation ait aucun fondement réel. L’obéissance à Dieu reste entière ; mais je suis tenu d’obéir aux «autorités qui existent», dans tout ce qui ne contredit pas mon obéissance à Dieu, aussi éprouvant que cela puisse être.

Les lumières de ces Juifs fidèles étaient beaucoup plus restreintes que celles que les chrétiens devraient posséder maintenant : ils n’avaient que la révélation de Dieu comme la portion d’Israël. Mais la foi comprend toujours Dieu : qu’il y ait peu ou beaucoup de lumière, elle cherche et trouve les directions de Dieu. Or, l’exercice de foi de ces hommes était très simple. Le décret rendu par l’empereur était incompatible avec le fondement de toute vérité — le seul vrai Dieu. La vocation d’Israël avait expressément pour but de maintenir que c’était l’Éternel le seul vrai Dieu, et non pas les idoles. Voilà un roi qui leur commandait de se prosterner et d’adorer une statue. Ils n’osent pas pécher ; ils doivent obéir à Dieu plutôt qu’à l’homme. Il n’est dit nulle part que nous devons désobéir à l’homme. Dieu doit être obéi quel que soit le canal par lequel une chose est commandée ; c’est toujours à Dieu qu’on doit obéir. Si je fais une chose, aussi juste soit-elle en elle-même, simplement d’après le principe que j’ai le droit de désobéir à l’homme en certaines circonstances, au fond, je ne fais que choisir le moindre de deux maux. Pour un chrétien, le principe est de ne jamais faire le mal du tout ; il peut se tromper, je ne le nie pas ; mais je ne comprends pas un homme qui poserait tranquillement en principe qu’il doit accepter un mal quelconque. C’est là une idée païenne. Un idolâtre, privé de la lumière révélée de Dieu, ne pouvait en savoir davantage.  On trouve pourtant des chrétiens se servant de la confession du misérable état de l’Église comme d’une excuse pour persévérer dans un mal reconnu, disant : «De deux maux nous devons choisir le moindre» ! — Mais je maintiens que, quelque soient les difficultés rencontrées, il y a toujours un chemin selon Dieu où la piété peut marcher. Alors comment se fait-il que je trouve des difficultés dans la pratique ? C’est parce que je veux m’épargner moi-même. Si je fais un compromis même mineur avec le mal, l’autoroute des aises et de l’honneur est ouverte devant moi ; mais du coup, je mets Dieu de côté, et je me place sous la puissance de Satan. C’était précisément le conseil que Pierre donnait à notre Seigneur qui lui parlait de sa mort prochaine : «Dieu t’en préserve, cela ne t’arrivera point !»

Il en est de même pour le chrétien. En consentant à un petit mal, en faisant un compromis avec sa conscience, en évitant l’épreuve que l’obéissance à Dieu amène toujours, on peut sans doute échapper en grande partie à l’inimitié du monde, et gagner ses louanges parce qu’on se fait du bien à soi-même. Mais si l’oeil est simple, Dieu a des droits, et il faut que ces droits soient toujours respectés dans l’âme, et y aient la première place. Si on exige de moi quelque chose qui amène à un compromis avec Dieu, il me faut alors obéir à Dieu plutôt qu’à l’homme. Partout où ce principe est tenu fermement, le chemin est parfaitement clair. Il se peut qu’il y ait du danger, voire même que la mort nous regarde en face, comme dans cette occasion. Le roi fut enflammé de colère de ce que ces hommes osaient lui dire : «Nébucadnetsar, il n’est pas nécessaire que nous te répondions sur ce sujet». Pas besoin de lui répondre ! Et de quoi donc était-il besoin ? C’était une affaire qui regardait Dieu : la leur était de rendre les choses de César à César, et les choses de Dieu à Dieu. Ils étaient dans l’esprit même de cette parole de Christ avant qu’elle ait été prononcée. Ils avaient marché dans le respect de leurs devoirs à la place assignée par le roi : on ne les accusait de rien à cet égard. Mais il s’élevait maintenant une question touchant leur foi profondément, et ils le ressentaient. C’était la gloire de Dieu qui était en cause, et ils se confiaient en Lui.

En conséquence, ils disent : «Notre Dieu que nous servons peut nous délivrer de la fournaise de feu ardent». Combien cela est beau ! En présence du roi, qui n’avait jamais pensé qu’à se servir lui-même, et qui ne voyait personne d’autre méritant d’être servi, ils disent : «Notre Dieu que nous servons». Auparavant, ils avaient servi fidèlement le roi, parce qu’ils avaient toujours servi Dieu ; et ils ont encore à servir Dieu, même si cela leur donne l’apparence de ne pas servir le roi. Mais ils ont confiance en Dieu. «Il nous délivrera de ta main, ô roi !» Ce n’était pas simplement la vérité d’une manière abstraite : c’était la foi. «Il nous délivrera». Mais il y a encore mieux : «Sinon, sache, ô roi, que nous ne servirons pas tes dieux, et que nous n’adorerons pas la statue d’or que tu as dressée». Même si Dieu n’agit pas en puissance pour nous délivrer, c’est Lui que nous servirons ; nous ne voulons point servir les dieux de ce monde. Oh ! cher lecteur, quelle dignité la foi au Dieu vivant donne à l’homme qui marche avec elle ! Ces hommes étaient à ce moment-là l’objet de toute l’attention de l’empire babylonien. Et la statue, alors ? Elle était oubliée. Nébucadnetsar lui-même se trouvait impuissant en présence de ses captifs d’Israël. Ils étaient là, calmes, nullement intimidés, alors que le roi lui-même montrait sa faiblesse. Car quelle faiblesse plus évidente que de se laisser aller à une fureur qui change l’apparence du visage et qui fait proférer des menaces manquant entièrement leur but ? On chauffa la fournaise sept fois plus que d’habitude. Les hommes forts servant le roi pour y jeter les trois fidèles furent dévorés eux-mêmes par les flammes.

Une fois ce forfait accompli, voici apparaître une nouvelle merveille sous les yeux du roi. Ce n’était pas une vision, mais la puissance manifeste de Dieu. Quelle misérable vanité pour ce roi de dégainer l’épée contre Dieu ! Au milieu de la fournaise de feu ardent s’offre soudain un spectacle saisissant. Tout étonné, le roi «se leva précipitamment et prit la parole et dit à ses conseillers : N’avons-nous pas jeté au milieu du feu trois hommes liés ? Ils répondirent et dirent au roi : Certainement, ô roi ! Il répondit et dit : Voici, je vois quatre hommes déliés, se promenant au milieu du feu, et ils n’ont aucun mal». Que pouvait-on dire de la puissance de Nébucadnetsar maintenant ? À quoi servait-il d’être le plus puissant monarque du monde, et d’être entouré de tout ce qui constituait l’élite de sa force et de la grandeur de son empire ? On avait lié ces hommes, on les avait jetés au milieu de la fournaise de feu ardent, dans la condition apparemment la plus misérable de tout le royaume. Et le voilà obligé de contempler leurs liens brûlés, et eux-mêmes rendus libres par ce qui devait être leur perdition. Mais il y a plus encore : un autre personnage était visible, et tout ce que Nébucadnetsar peut en dire, c’est qu’il est Fils de Dieu. «Voici, je vois quatre hommes déliés...et l’aspect du quatrième est semblable à un fils de Dieu».

De la même manière que Dieu pouvait employer la bouche d’un Balaam, ou d’un Caïphe, pour dire la vérité, bien qu’ils n’y pensaient guère et qu’ils n’avaient pas communion avec Lui dans la vérité, ainsi aussi cette expression du roi «un fils de Dieu» était, ici, particulièrement appropriée. Nous ne pouvons pas supposer que Nébucadnetsar avait l’intelligence de sa signification ; néanmoins, il y avait en elle une convenance frappante. Il aurait pu employer d’autres titres ; il aurait pu dire «le fils de l’homme», comme on le voit dans cette prophétie, ou bien «le Très-Haut», ou d’autres encore. Mais l’expression «Fils de Dieu» semble parfaitement convenir à cette scène ; c’est pourquoi je pense qu’il est évident que c’est la puissance souveraine de l’Esprit de Dieu qui amena le roi à s’en servir. Dans le Nouveau Testament, où toute la vérité est exprimée clairement, nous voyons notre Seigneur Lui-même se référer à ces deux titres qui se trouvent tous deux en Daniel : Fils de l’homme et Fils de Dieu. Fils de l’homme est le titre de Christ dans sa gloire judiciaire : en tant qu’il est Fils de l’homme, tout jugement lui est donné (Jean 5:22, 27). En tant que Fils de Dieu, Il donne la vie, Il vivifie au milieu de la mort ; en tant que Fils de Dieu, Il délivre ceux qui étaient liés, et «si le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres». Ce verset de Jean 8 me semble le commentaire doctrinal de la scène qui est devant nous. Le Fils était là, et Il rendait libre les prisonniers. L’homme les avait liés, avait essayé d’exécuter sa menace de vengeance contre quiconque reconnaîtrait le vrai Dieu. Et ces trois hommes avaient tout risqué pour la vérité de Dieu lui-même, contre tous ses rivaux et toutes les statues possibles ; alors Dieu était intervenu en leur faveur, les délivrant puissamment. Non seulement le roi orgueilleux reconnaît que sa parole a été changée, mais il associe leurs noms avec le Dieu Très-Haut, qui n’a point honte d’être appelé leur Dieu (Hébr. 11:16).

La domination Gentile n’a pas fini pour autant. Je crois que sa fin amènera la même scène avec autant de force que jamais. Le livre de l’Apocalypse démontre que le dernier grand monarque Gentil se servira de toute l’autorité de son gouvernement pour imposer ce qu’on peut appeler la «religion» de cette époque. Et alors Dieu déploiera Sa puissance miraculeuse pour préserver Ses témoins pour la tâche qu’il leur aura confiée. Il est possible que certains aient à souffrir jusqu’à la mort ; Dieu peut en effet agir de diverses manières. Mais l’Apocalypse nous apprend qu’il y aura des personnes préservées malgré la puissance imposant l’idolâtrie aux dernier jours.

Lorsque ces choses auront lieu, nous ne serons plus sur la scène. Aussi, la mention des Juifs au temps de la dernière grande tribulation est-elle bien significative. Tandis que, à la fin, les hommes en général seront forcés de reconnaître le vrai Dieu, il y aura auparavant une persécution terrible ; on saura ce que c’est que de «glorifier Dieu au milieu des flammes», selon une expression positivement employée à l’égard du résidu juif dans les derniers jours (*).  La main de Dieu opérera des merveilles, mais ce sera envers les Juifs et non envers les chrétiens.  Pour ce qui nous concerne, la tribulation est notre part normale et constante dans le monde. Le Nouveau Testament le démontre du début à la fin. Rien de plus clair que le Saint Esprit ne reconnaît jamais le chrétien en aucune manière, sinon comme séparé du monde, — objet de son animosité et de sa persécution, rejeté, méprisé, inconnu du monde. Telle est la place que nous reconnaît la parole de Dieu. C’est aux chrétiens à rendre compte pourquoi ils l’ont perdue ; car il est manifeste que la position que je viens de décrire ne s’applique en aucune manière au temps actuel. Le monde est-il devenu meilleur, ou bien les chrétiens sont-ils devenus plus mauvais ? Que la conscience réponde, et si elle est droite, le Seigneur s’en servira comme d’un moyen pour nous ramener à la position que nous n’aurions jamais dû abandonner. Nous sommes encore dans le temps de la suprématie des Gentils, et de l’obéissance comme place du chrétien. Car le plus souvent, ce sur quoi le pouvoir insiste, c’est ce que le chrétien peut lui rendre en toute liberté. Mais quand il y a opposition entre l’autorité du monde et celle de Dieu, nous devons obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, quelles qu’en soient les conséquences. Obéir est la seule chose que Dieu reconnaisse dans les Siens.

(*) Note Bibliquest : Cette expression de Ésaïe 24:15 est très différemment interprétée. Dans la version français elle est traduite par «glorifier dans les pays de l’aurore»

Chacun des chapitres suivant a une relation étroite et toujours croissante avec le cours du développement de l’empire Gentil. Mais il suffit de faire ressortir le fait que l’idolâtrie — la religion mondaine, ou une religion conçue pour être pratiquée par tous et imposée sous peine de mort — est le premier grand trait de l’empire Gentil dont il soit fait mention, et qui l’imprégnera plus ou moins, en totalité. De même que l’idolâtrie a été imposée par le premier empire, ainsi en sera-t-il à la fin de notre époque. Le livre de l’Apocalypse nous montre la dernière phase du dernier empire Gentil, et nous y voyons que, comme il a commencé, ainsi il finira : la contrainte exercée ici par le chef de l’empire pour obliger tous ses sujets à se courber et à adorer en vue de son propre affermissement, c’est la même chose qui réapparaîtra à la fin.

Mais il y a encore une autre analogie. Dieu a eu ses témoins à cette époque. Et comme ce furent les Juifs qui résistèrent alors à l’idolâtrie gentile, ce sont aussi eux qui reviendront sur la scène des voies de Dieu, et ils seront spécialement les témoins que Dieu honorera. Ce résidu d’Israël marqué par la justice, a été représenté par les disciples aux jours du ministère terrestre de notre Seigneur. Ils seront une semence pieuse attachée au Seigneur et aimant son nom, et ceci parce qu’ils auront saisi le Messie, — bien qu’avec plus ou moins de lumière. Ils seront trouvés attendant le retour du Seigneur pour prendre en mains son royaume, après la disparition de l’Église proprement dite de la scène des voies de Dieu sur la terre.

Ainsi donc, de même que l’autorité des Gentils commença par l’idolâtrie imposée à tous, et de même que les seuls témoins pour Dieu se trouvèrent parmi les Juifs, ainsi aussi à la fin, l’idolâtrie réapparaîtra, et Dieu aura de nouveau un résidu fidèle au sein de ce pauvre peuple — un témoignage pour Lui-même au milieu de l’apostasie.

Mais j’espère entrer plus dans les détails en étudiant les chapitres suivants. Souvenons-nous que ce que nous venons de considérer n’est pas simplement pour cette époque-là, et ne concerne pas seulement les témoins de ce jour-là. Si Dieu veut avoir alors un peuple fidèle parmi les Juifs, puissions-nous, nous qui sommes chrétiens, ne pas être désobéissants à la vision céleste ! (Actes 26:19). Nous avons devant nous des perspectives plus brillantes qu’aucune de celles que Daniel a vues. Il n’a pas eu le privilège de voir Jésus couronné de gloire et d’honneur, à cause de la passion de la mort (Hébr. 2:9). Il pouvait bien, d’un côté, rendre témoignage au rejet du Messie, et d’un autre côté, à sa domination universelle et éternelle. Mais pour nous maintenant, entre ces deux grandes gloires de Christ, l’une passée, l’autre future, nous connaissons des gloires autres et plus élevées en Lui ; et nous Le connaissons Lui-même, en qui toutes ces bénédictions sont réunies comme en un trésor. Nous savons qu’il est le vrai Dieu et la vie éternelle (1 Jean 5:20), et que nous sommes nous-mêmes bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Lui (Éph. 1:3).  Nous sommes appelés hors de ce monde pour Le suivre, devant bientôt partager sa gloire céleste. Il n’y a plus qu’ «un peu de temps, et celui vient, viendra, et il ne tardera point» (Hébr. 10:37). Et s’il en est ainsi, combien ne devons-nous pas nous tenir à part de ce présent siècle mauvais ? Combien ne devons-nous pas nous préserver des efforts qu’il fait pour avoir l’air de respecter le nom de Jésus ? Hélas ! comme il arrive souvent que les gens restent à se demander, embarrassés, où est le monde et qu’est-ce qu’il est ! En vérité, poser cette question est une triste preuve qu’on est tellement mêlé au monde qu’on ne sait pas la réponse. Que le Seigneur nous fasse la grâce de n’avoir aucune hésitation pour savoir ce qu’est le monde et où nous en sommes. Le Juif était obligé d’y entrer l’épée à la main pour exécuter le jugement. Mais telle n’est pas la place du chrétien, car il a débuté avec l’épée tirée contre Christ, Christ lui-même acceptant le coup. Nous, nous avons débuté avec la croix, et nous devons poursuivre avec, attendant la gloire du Seigneur Jésus Christ. Toute notre bénédiction est fondée sur la croix, et toutes nos espérances se concentrent sur la gloire de Christ et Son retour pour nous.

Que le Seigneur nous accorde de pouvoir vivre ainsi dans une connaissance croissante de la Personne bénie à qui nous avons à faire et à qui nous appartenons. Alors, quels que soient les dangers et les épreuves, nous y serons toujours en la compagnie du Fils de Dieu.

 

Puissions-nous connaître toujours plus ce que c’est que de marcher avec Christ dans la liberté et dans la joie. De cette manière, nous aurons toujours Christ avec nous à l’heure du besoin.

4                        Chapitre 4

Après la vision de la grande statue (ch. 2), nous avons vu le chapitre 3 et j’espère avoir montré sa grande importance sur le plan de la prophétie, alors qu’à première vue, il pouvait paraître ne guère s’y rapporter. Le chapitre 2 ne nous avait présenté que l’histoire générale des puissances Gentiles, non pas leurs qualités morales. Sur la scène de la providence de Dieu, nous avions vu s’élever et disparaître les empires les uns après les autres ; mais nous n’avions rien appris sur leur caractère respectif, ni sur l’usage qu’ils faisaient du pouvoir mis en leurs mains par Dieu. C’est pour combler cette lacune que les événements historiques sont introduits entre le grand tableau général du chapitre 2 et les détails figurant plus loin, du chapitre 7 jusqu’à la fin du livre : ils retracent la conduite tenue par les divers empires dans le temps où ils ont détenus, de la part de Dieu, l’autorité suprême dans le monde. La première esquisse de leurs voies morales figure au chapitre 3. Nous y voyons la puissance Gentile rendre obligatoire une religion particulière, sans tenir compte des droits de Dieu, ni de la conscience de l’homme.

 

Ce même principe d’action se poursuit pendant tout le cours du temps des Gentils. Sans doute il paraissait nécessaire qu’il y eût une seule religion dominante à cause de l’immense étendue de l’empire : cette religion pouvait servir de lien entre les diverses contrées et les diverses nations assujetties. Hélas ! voilà comment Nébucadnetsar se montrait reconnaissant de la place d’honneur où Dieu l’avait établi. Mais ainsi, Dieu eut l’occasion de manifester sa puissance, dans ces pauvres Juifs, captifs des Gentils. Le chapitre précédent avait prouvé que la sagesse de Dieu se trouvait parmi eux. Toute la science de l’empire babylonien s’était montrée complètement en défaut : Daniel seul avait été capable d’expliquer les visions. Mais quoique la sagesse divine se trouvât parmi les captifs, la puissance est tout autre chose ; et il plut à Dieu de saisir la circonstance du châtiment terrible infligé aux trois Hébreux, pour apparaître avec éclat comme le libérateur des fidèles à l’heure de l’extrême nécessité.

 

Le commencement du gouvernement des Gentils ne fait que préfigurer ce qui sera manifesté sur la scène finale. Et comme il y eut alors délivrance par la puissance divine, il en sera bientôt à nouveau de même ; ce sera encore une délivrance particulière des fidèles d’Israël, du résidu juif. Je ne parle pas des Juifs dans leur état actuel (*), parce que maintenant un Juif qui garde le caractère de cet état est ennemi de Dieu. Mais il n’en sera pas toujours ainsi, et le temps approche où la postérité d’Abraham, sans cesser d’être juive, sera convertie à Dieu et recevra le Messie selon les prophéties. Je ne dis point que les Juifs entreront dans la même connaissance bénie et les mêmes privilèges qui sont notre part actuelle ; mais ils seront parmi les fidèles présents au dernier jour, comme annoncé par beaucoup de prophéties. Ceci implique naturellement un changement profond dans l’histoire du monde, ou plutôt, que Dieu retirera du monde ce qui n’est pas du monde, afin de reprendre la poursuite de ses voies à l’égard de la terre.

(*) Note Bibliquest : on rappelle que ces lignes ont été écrites en 1860 (voir 2° note en tête du présent livre).

Dans le temps actuel, l’oeuvre de Dieu n’a pas de rapport immédiat avec les mouvements agitant le monde. Les alternances de progrès et de déclin des nations ne sont point l’expression de sa volonté, quoique dans sa providence il ne cesse jamais d’exercer sur elles son contrôle souverain. Mais il y a eu auparavant dans l’histoire du monde un temps où Dieu était directement et immédiatement intéressé par ce qui se passait parmi les hommes ; même les batailles qui se livraient étaient appelées les batailles de l’Éternel, tandis que les défaites, les famines, etc, étaient reconnues comme dispensées par le Seigneur en rapport avec quelque mal dont il s’occupait. Aujourd’hui, il demeure parfaitement vrai qu’il n’y a pas de guerre, pas de calamité d’aucune espèce, qui n’arrive sans la volonté de Dieu, et tout est souverainement contrôlé par lui ; ce n’est cependant pas sa manière directe de gouverner comme alors. Personne ne saurait dire aujourd’hui : Cette guerre se fait par l’ordre de Dieu ou bien : cette famine est un châtiment pour tel ou tel péché. Oser parler ainsi, ne serait que de l’ignorance et de la présomption. Sans doute, il y a des gens qui sont tout prêts à se prononcer dans ce sens ; leur erreur vient de ce qu’ils n’apprécient pas le changement immense qui est survenu dans la manière dont Dieu gouverne le monde. Tant qu’Israël a été la nation dans laquelle Dieu manifestait son caractère à l’égard de la terre, les choses se sont passées comme se faisant directement et immédiatement de la part de Dieu. Mais à partir du moment où Dieu a abandonné son peuple d’Israël, ce gouvernement a pris fin momentanément, et il n’y a plus eu dès lors que le contrôle indirect que, par sa providence, Dieu exerce d’une manière générale sur les affaires humaines.

 

Une autre chose, encore, est intervenue. Lorsque Israël eut rejeté le véritable Christ et eut perdu par là l’occasion d’être rétabli dans sa position de suprématie terrestre, Dieu, pour ainsi dire, en profita pour introduire une chose nouvelle — l’appel de l’Église. Ce ne fut plus le gouvernement d’une nation par Dieu lui-même, ainsi que cela avait été le cas d’Israël sous la loi ; ce ne fut pas non plus simplement le gouvernement indirect des Gentils ; mais ce fut la révélation de Dieu comme Père à ses enfants en Christ, et l’envoi du Saint Esprit, du ciel ici-bas, non pas seulement pour agir dans le coeur des croyants, mais pour habiter au milieu d’eux, et pour les baptiser, Juifs ou Gentils, en un seul corps, eux étant le corps de Christ, et Christ dans le ciel la Tête de ce corps. C’est là ce qui demeure aujourd’hui. Dieu n’a donc maintenant aucune relations particulières avec les Juifs. Il n’a pas plus à faire avec eux qu’avec les autres peuples, sauf comme étant sont sous une sentence d’aveuglement judiciaire. Ils étaient aveugles auparavant. Ce n’est pas Dieu qui les fit refuser de recevoir Christ. Dieu n’aveugle jamais personne dans ce sens-là : c’est le péché seul qui le fait. Mais lorsque les hommes repoussent la lumière de Dieu et en rejettent obstinément le témoignage, Dieu peut les livrer, et quelquefois les livre effectivement à des ténèbres totales qui sont l’effet du jugement et en portent le caractère, et cela vient s’ajouter aux ténèbres naturelles du coeur humain. La nation d’Israël se trouve de nos jours sous un jugement de ce genre. Mais tandis qu’il en est ainsi de la grande masse de la nation, il n’en est pas de même pour tous. Il doit toujours y avoir un résidu en Israël. Cette nation est même la seule dont on puisse dire cela — la seule que Dieu n’a jamais abandonnée d’une manière absolue.

Les autres nations peuvent être pour un temps l’objet de la part de Dieu de visitations en grâce bien remarquables ; et tel a été le cas de notre propre pays (*) que Dieu a béni d’une façon merveilleuse en lui donnant libéralement sa parole et beaucoup d’autres privilèges. Mais tout en reconnaissant avec gratitude ce fait heureux, rien n’oblige Dieu à maintenir toujours l’Angleterre dans la jouissance de ses bénédictions. Si ce pays ferme l’oreille aux avertissements et aux exhortations du Seigneur, se détournant de la vérité et préférant l’idolâtrie, ce qui n’est nullement impossible, il sera certainement abandonné et tombera sous cette énergie d’erreur que Dieu enverra bientôt sur le monde. Mais à l’égard d’Israël, Dieu s’est lié par des promesses spéciales et il ne l’abandonnera jamais entièrement : il y aura toujours en ce peuple une semence sainte, même dans les temps les plus ténébreux. Ceci se rattache à une remarque faite plus haut. Tandis que Dieu s’occupe de l’oeuvre du rassemblement de l’Église, il ne peut y avoir de relation particulière quelconque avec Israël en vue de le manifester comme son peuple et de le délivrer de ses détresses, et autres. Mais lorsqu’il aura plu à Dieu de retirer l’Église au ciel, Israël reviendra en scène ; et c’est alors que, les coeurs étant touchés par le Saint Esprit de sentiments de véritable foi et de véritable repentance, l’accomplissement d’une délivrance dont nous avons vu le type à la fin du chapitre 3 aura lieu.

(*) Note Bibliquest : l’Angleterre

En cette circonstance, observons simplement que le roi reçut une impression telle qu’il commanda, sous forme d’une sorte d’ordonnance de son royaume, qu’on honorât le Dieu de Shadrac, Méshac et Abed-Nego, et que quiconque oserait parler contre ce Dieu fût mis en pièces et sa maison réduite en un tas d’immondices. Mais que trouvons-nous ensuite ? Que tout l’honneur particulier dont il entoura Daniel, au chapitre 2, que l’ordre donné à ses sujets d’honorer le Dieu de Shadrac, Méshac et Abed-Nego au chapitre 3, n’eurent qu’une durée bien courte. Hélas ! ce ne fut simplement qu’une impression passagère qui s’évanouit de l’esprit du roi comme se dissipe la rosée du matin. Il rappelle lui-même dans ce chapitre 4 combien peu les voies de Dieu avaient atteint son coeur, quoiqu’il eût pu, à un moment particulier, être frappé du déploiement de sa sagesse. Accorder des honneurs à un prophète et prescrire aux sujets de son royaume d’honorer le Dieu qui délivrait comme nul autre ne pouvait le faire, c’est une chose ; mais l’état personnel de Nébucadnetsar en est une autre. Il nous l’apprend lui-même : «Moi, Nébucadnetsar, j’étais en paix dans ma maison, et florissant dans mon palais». On le voit : il est évident, d’après son propre récit, que quoiqu’il parle pour publier la miséricorde dont il a été l’objet, au fond, après tous les événements merveilleux racontés dans les chapitres qui précèdent, Nébucadnetsar restait encore le même homme ; il n’y avait aucun changement réel dans son âme, son coeur n’avait pas été amené à Dieu. Il était en paix dans sa maison et florissant dans son palais : homme de la terre, tout ce que Dieu avait remis dans ses mains ne faisait que nourrir son orgueil et sa satisfaction de lui-même.

 

Pendant qu’il se trouve dans cette condition, Dieu lui envoie un nouveau témoignage : «Je vis un songe, et il m’effraya et les pensées que j’avais sur mon lit, et les visions de ma tête me troublèrent». En conséquence, il rend un décret portant que tous les sages de Babylone soient amenés devant lui, afin de donner l’interprétation du songe. Décret inutile ! Les sages vinrent, et il leur récita le songe. Mais, c’est lui-même qui le déclare : «Ils ne m’en firent pas connaître l’interprétation ; mais à la fin, entra devant moi Daniel, dont le nom est Belteshatsar etc.». Nébucadnetsar s’adresse à lui avec confiance : «Belteshatsar, chef des devins, puisque je sais que l’esprit des dieux saints est en toi, et qu’aucun secret ne t’embarrasse, dis-moi les visions du songe que j’ai vu, et son interprétation». Il emploie, il est vrai, un langage païen, et il attribue à ses propres dieux la sagesse du Dieu souverain qui est en Daniel. Mais il reconnaît néanmoins qu’il y a en lui quelque chose de particulier et d’extraordinaire. Il parle aussi de la même manière de la vision. Lorsque Daniel eut entendu le songe et en eut saisi la signification, il fut troublé et stupéfié environ une heure.

 

Il faut bien nous garder de limiter la portée du récit que nous étudions à l’histoire de Nébucadnetsar. Dans ce chapitre 4 il était l’arbre, tout comme nous avons vu qu’il était la tête d’or au chapitre 2. Or ce n’était pas le roi seul personnellement qui était représenté par la tête d’or : c’était toute sa dynastie. En un sens, ce qui était vrai de Nébucadnetsar devait caractériser l’empire Gentil jusqu’à la fin. Il en est de même de la scène qui nous est présentée ici. Avec ce qui était réservé à Nébucadnetsar, Daniel avait sous les yeux un spectacle le remplissant de peine et d’horreur ; et c’était aussi, hélas ! une prédiction que trop claire de l’état final où devait aboutir le nouveau système établi par le Dieu du ciel.

 

Mais poursuivons l’étude de notre chapitre.

Daniel explique la vision : «Mon seigneur ! dit-il, que le songe soit pour ceux qui te haïssent, et son interprétation pour tes ennemis. L’arbre que tu as vu, qui croissait et devenait fort, et dont la hauteur atteignait jusqu’aux cieux, et qu’on  voyait de toute la terre... c’est toi, ô roi, qui t’es agrandi et es devenu puissant». Chacun sait comment, dans les Psaumes et dans les prophètes, l’arbre sert à exprimer, d’une manière figurée, la position assignée de Dieu à Israël aussi bien qu’aux autres peuples. C’est ainsi que dans le Psaume 80, la vigne représente ce qu’Israël devait être, selon le dessein de Dieu ; mais il y eut une chute complète, et par suite, comme nous le voyons en Jérémie 2, Ézéchiel 15, etc, il semblait que c’en était fait du dessein de Dieu. Mais Dieu n’abandonne jamais son dessein. Il peut lui arriver de se repentir d’avoir créé ; mais s’il s’agit de ce qui n’est pas seulement l’oeuvre de sa main, mais le fruit de l’action de son coeur, son propre dessein, Dieu ne l’abandonne jamais. Quand il est question d’appeler à l’existence ce qui n’était pas auparavant, il peut y avoir des changements ; mais il ne saurait y en avoir quant à l’amour que Dieu fait reposer sur quelqu’un, ou quant aux dons positifs qu’il accorde : «Car les dons de grâce et l’appel de Dieu sont sans repentir» (Romains 11:29). C’est là un point d’une très haute importance pour l’âme. Mettez en doute la fidélité de Dieu d’une manière quelconque, et vous l’affaiblissez sur tout le reste. S’il était possible que Dieu eût appelé son peuple Israël pour l’abandonner ensuite complètement, comment pourrais-je être assuré qu’il me gardera toujours pour son enfant ? Car si jamais la fidélité de Dieu a été mise à l’épreuve, cela a bien été en Israël. Et si j’y crois pour ce qui me concerne individuellement, pourquoi en douterais-je à l’égard d’Israël ? La question revient toujours à ceci : Dieu est-il fidèle ? a-t-il renoncé à son dessein, ou a-t-il retiré ses dons ? S’il ne l’a pas fait, tenez pour certain que, quelles que puissent être les apparences temporairement, il finira par faire triompher sa vérité et sa miséricorde.

 

Pour revenir à ce que nous disions tout à l’heure, la figure du cèdre en Ézéchiel 31:3, peut faire encore mieux comprendre ce que nous avons en Daniel. «Voici Assur était un cèdre sur le Liban, beau par sa ramure, et touffu, donnant de l’ombre, et de haute taille, et sa cime était au milieu des rameaux feuillus», et plus bas : «Les cèdres dans le jardin de Dieu ne le cachaient pas».  C’étaient là les autres puissances du monde: «Les cyprès n’égalaient point ses rameaux, etc.». Et plus loin, nous trouvons encore une allusion au Pharaon, roi d’Égypte (v. 18). Mais je n’insiste pas davantage. Mon désir était de prouver par ces divers passages que c’est chose ordinaire dans l’Écriture d’utiliser la figure de l’arbre comme symbole soit de ce qui porte des fruits, soit d’une position élevée et d’une haute dignité. Dans le Nouveau Testament, la figure est encore utilisée à propos de l’ordre de choses qui a remplacé Israël pour un temps. Le chapitre 13 de Matthieu fait voir que l’économie du royaume des cieux est, dans une de ses phases, comparée à un arbre qui s’élève et croît après un tout petit commencement. Le Seigneur y développe l’histoire de la chrétienté professante. Dans le chapitre 12, il avait prononcé la sentence d’Israël; il avait déclaré que le dernier état serait pire que le premier ; et telle sera effectivement, avant que Dieu la juge, la condition de cette méchante génération d’Israël qui a mis à mort le Seigneur Jésus. Ensuite, le Seigneur en vient à la chrétienté et signale, avant tout, sa propre oeuvre sur la terre : il sème de la semence.  Dans la parabole suivante, un ennemi apparaît sur la scène, se glisse dans le champ et sème de la mauvaise semence. C’est l’irruption du mal dans le champ de la chrétienté professante. L’autre parabole fait connaître que ce qui était petit dans ses commencements croît jusqu’à devenir une institution dominant largement sur la terre. Le petit grain de semence devient un grand arbre.

 

Or, nous pouvons voir par ces passages que dans chaque cas, qu’il s’agisse d’un individu comme Nébucadnetsar, en tant qu’exprimant la puissance, ou d’une nation qui prend de l’ascendant, ou enfin d’un système religieux comme en Matthieu 13, l’arbre et toujours le symbole de la grandeur sur la terre, à moins qu’il ne soit question de fruit. Telle est la signification constante de cette figure. On comprend bien que je ne parle pas tellement ici des arbres fruitiers, mais plutôt des arbres choisis pour leur taille ou leur majesté. En Daniel, l’arbre désigne évidemment le pouvoir sur la terre (v. 21). «...Qui avait de la nourriture pour tous, sous lequel habitaient les bêtes des champs, et dans les branches duquel demeuraient les oiseaux des cieux : c’est toi, ô roi, qui t’es agrandi et es devenu puissant ; et ta grandeur s’est accrue et atteint jusqu’aux cieux, et ta domination, jusqu’au bout de la terre». Cet arbre faisait l’admiration de tous. Il y avait en lui tout ce qui est de nature à flatter le coeur : la magnificence de ses proportions, la beauté de ses rameaux et de ses feuilles, l’abondance et la douceur de ses fruits, le doux ombrage sous lequel toutes ces créatures, les bêtes des champs et les oiseaux, trouvaient tous protection. Voilà, avec bien d’autres sujets d’admiration, ce que l’on trouvait dans cet arbre et ce que les hommes en pensaient.

 

Mais quel était le jugement Dieu à son égard ? «Et quant à ce que le roi a vu un veillant, un saint, descendre des cieux et dire : Abattez l’arbre et détruisez-le» ; remarquez-le : il ne s’agit que d’une destruction temporaire ; il n’est jamais question, dans la pensée de Dieu, de l’anéantissement de quoi que ce soit. «Toutefois laissez dans la terre le tronc de ses racines». Dieu a à sa disposition des moyens pour le maintenir en vie. Laissez-le donc, dit-il «avec un lien de fer et d’airain autour de lui, dans l’herbe des champs, et qu’il soit baigné de la rosée des cieux, et qu’il ait sa part avec les bêtes des champs jusqu’à ce que sept temps passent sur lui». «C’est ici l’interprétation», ajoute-t-il, «ô roi, et la décision du Très-haut, ce qui va arriver au roi, mon seigneur». Et alors le prophète poursuit en appliquant le songe personnellement à Nébucadnetsar. Tout était donc parfaitement simple. Nébucadnetsar était averti de ce qui allait lui arriver. Il devait être chassé d’entre les hommes et son habitation serait avec les bêtes des champs ; mais il y avait plus encore : il devait lui-même être réduit à leur condition : «On te fera manger l’herbe comme les boeufs, et tu seras baigné de la rosée des cieux». Et cela pour un temps déterminé : «Et sept temps passeront sur toi, jusqu’à ce que tu connaisses que le Très-haut domine sur le royaume des hommes, et qu’il le donne à qui il veut».

Nous n’avons pas besoin d’insister sur cette histoire de Nébucadnetsar, et aucun croyant sincère ne saurait être disposé à soulever des difficultés à son sujet. Les hommes l’ont fait, expliquant tout cela comme une pure illusion de l’esprit du roi. Mais ce sont là des questions qu’un chrétien ne doit pas même discuter, sauf dans l’intérêt d’autrui. La Parole affirme que le roi Nébucadnetsar fut en apparence réduit par la puissance de Dieu à la condition des bêtes. Or, si nous reconnaissons que Dieu a le pouvoir de mettre de côté les lois de la nature et qu’il l’a fait en certaines occasions — donnant à quelques-uns de marcher sains et saufs au milieu du feu le plus ardent, et garantissant un autre de toute atteinte dans une fosse aux lions, — nous devons sentir qu’il n’y a que la volonté de Dieu et Sa parole dans cette dégradation terrible : Nébucadnetsar a bien été effectivement réduit à être chassé parmi les bêtes des champs, mangeant l’herbe comme les bœufs. L’homme qui croit les faits des chapitres 3 et 6 doit croire les faits de ce chapitre 4. La puissance de Dieu peut seule opérer de la sorte, et la parole de Dieu est notre garant pour toute choses.

 

Mais tandis que tout cela est fort clair et simple, nous avons ici, en outre, une image de la puissance Gentile, de son orgueilleuse auto-exaltation, et du jugement de Dieu qui doit la frapper. Je pense que Nébucadnetsar personnellement, en tant que possédant un pouvoir qui lui a été donné de Dieu, ne faisait que montrer la tendance générale qui allait être celle des Gentils. Il allait s’admirer et s’exalter lui-même, tournant à sa propre louange, à sa propre gloire, toute la grandeur que Dieu lui avait conférée. Les jugements qui devaient fondre sur lui, lui furent clairement annoncés. Mais il ne fit pas attention à l’avertissement. Aussi, toutes ces choses arrivèrent au roi Nébucadnetsar. Au bout de douze mois, il se promenait dans son palais royal de Babylone ; et le roi, prenant la parole, dit : «N’est-ce pas ici Babylone la grande, que j’ai bâtie pour être la maison de mon royaume, par la puissance de ma force et pour la gloire de ma magnificence ? La parole était encore dans la bouche du roi, qu’une voix tomba des cieux : Roi Nébucadnetsar, il t’est dit : Le royaume s’en est allé d’avec toi».

 

Les puissances Gentiles ont agi exactement de la même manière à l’égard de Dieu. Je n’entends point ici des individus qui surgissent de temps en temps. Il se peut que des personnes pieuses se soient trouvées dans la position occupée par Nébucadnetsar ; mais, comme règle générale, la plupart de ses successeurs, depuis son époque jusqu’à la nôtre — ceux qui ont eu la suprématie dans le monde et ont possédé la gloire du monde — s’en sont servis pour leur propre compte. En tenant ce langage, je suis loin de me permettre aucun sentiment irrespectueux pour ces puissances, même pas un instant ; je ne fais qu’énoncer les faits bien connus de la domination Gentile. Ces gouvernements furent païens durant bien des siècles avant et après Jésus Christ ; dans l’acceptation par Constantin du christianisme et sa transformation progressive en religion d’empire, il n’est pas possible de voir dans cette révolution autre chose que l’adoption d’un système religieux. Mais ceci ne mit aucun obstacle à la marche générale des choses, et la seule différence fut que l’on fit une permutation entre le paganisme et le christianisme. La profession de paganisme qui dominait auparavant fut abaissée, et le christianisme, jusque là écrasé, fut alors mis en honneur. Constantin estima bon d’abaisser les païens et d’honorer les chrétiens ; mais il ne fut jamais question pour lui de prendre la Bible et de se dire : qu’est-ce que Dieu veut de moi ? de quelle manière manifesterai-je mon obéissance à l’égard de Dieu ? Depuis Nébucadnetsar, aucun de ceux qui ont dirigé les destinées du monde n’a jamais songé à se poser de telles questions. Il ne pouvait en être autrement. Je parle ici des grands maîtres du monde, au temps de l’unité de l’empire. Et même, depuis la fin de cette unité, bien qu’il y ait eut exceptionnellement des rois ayant la crainte de Dieu dans leur coeur, il n’était pourtant pas en leur pouvoir de changer réellement le cours de la politique dans leurs royaumes. Ceux qui ont essayé de le faire ont complètement échoué. C’est une chose d’être dépositaire de l’autorité de Dieu dans ce monde, et une toute autre de se tenir vis-à-vis de lui dans une sincère et humble position de dépendance, comme son serviteur fidèle et obéissant.

 

Ce chapitre nous fait donc voir comment les hommes changent le pouvoir, l’autorité et la gloire qu’ils tiennent de Dieu, en un moyen de satisfaire leur propre orgueil. La conséquence d’une pareille conduite est que toute intelligence de la pensée de Dieu leur est enlevée.  Nébucadnetsar reçut de Dieu des visions et des révélations remarquables : à quoi lui servirent-elles ? L’avertissement qui nous occupe maintenant, lui avait été donné, extrêmement direct et personnel : quel avantage en tira-t-il ?  Daniel lui avait conseillé de racheter ses péchés par sa justice, et ses iniquités, par la compassion envers les affligés : il ne fit pas attention à ce conseil. Douze mois s’écoulèrent, au cours desquels, dans l’orgueil de son coeur, il s’attribuait à lui-même et à l’oeuvre de ses mains toute la grandeur et l’éclat dont il était environné, cette grande Babylone qu’il avait bâtie, dit-il, «pour être la maison de mon royaume, par la puissance de ma force et pour la gloire de ma magnificence». En un instant, la sentence fut exécutée sur sa personne. Or, ce qui, à ce moment-là, était vrai à la lettre de Nébucadnetsar comme individu, est moralement vrai de toutes les puissances Gentiles considérées comme un tout. Ce qui caractérise les Gentils tout au long de leur domination, c’est leur absence d’intelligence de Dieu et de véritable soumission à Dieu.

 

«Au même instant la parole s’accomplit sur Nébucadnetsar : il fut chassé du milieu des hommes, et il mangea de l’herbe comme les boeufs, et son corps fut baigné de la rosée des cieux, jusqu’à ce que ses cheveux fussent devenus longs comme les plumes de l’aigle, et ses ongles, comme ceux des oiseaux». Il avait été dit au verset 16 : «Que son coeur d’homme soit changé, et qu’un coeur de bête lui soit donné». Il perdit toute notion de Dieu, comme une bête des champs ; et, tandis que l’homme naturel a encore au moins une conscience, Nébucadnetsar perdit absolument toute pensée, et fut réduit à l’inintelligence des bêtes. L’homme avait été formé pour occuper sur la terre la position d’un être capable de regarder en haut, vers Dieu, se tenant dans sa dépendance. C’est là sa gloire. Une bête jouit de ce qui est dans sa propre sphère, selon la capacité de jouissance que Dieu a accordée à sa nature ; mais elle n’a aucune idée du Dieu qui l’a faite et a créé toutes choses. L’homme, au contraire, en a l’idée. Cela revient à dire que la capacité de connaître Dieu est le trait essentiel qui différencie l’homme de la bête. Maintenant, s’il est permis de traduire d’une manière pratique la vérité enseignée par cette histoire, et selon un point de vue typique, il est annoncé que les puissances Gentiles devaient cesser de reconnaître Dieu dans l’exercice de leur gouvernement. Elles peuvent encore faire usage extérieurement de son nom ; mais il est bien loin de leurs pensées de reconnaître Dieu, en aucune mesure, comme la source de tout ce qu’elles possèdent. C’est ce qui s’est passé effectivement.

 

Dans le cas de Nébucadnetsar, il s’opéra un changement physique. Réduit à la condition de bête, il perdit ce qui caractérise l’homme — la connaissance de Dieu. Ainsi que le dit notre chapitre, il eut même un coeur de bête ; il ne posséda plus rien de ce qui fait le caractère et la gloire de l’homme. L’homme est placé ici-bas comme l’image et la gloire de Dieu. Il est placé sous la responsabilité de faire connaître Dieu, et il ne peut le faire que s’il regarde à Dieu. Il y en a qui ressemblent extérieurement à l’homme, mais «l’homme qui est en honneur et n’a point d’intelligence, est comme les bêtes qui périssent» (Psaume 49:20) : cette déclaration reçut sa confirmation la plus remarquable dans le cas de Nébucadnetsar. Mais c’est aussi vrai de tout homme qui ne voit que lui-même, et n’a point Dieu devant ses yeux. Ce fut le cas du monarque babylonien. Il n’eut pas d’intelligence. Il s’attribua tout à lui-même, et non pas à Dieu ; en conséquence, par un juste et terrible retour des choses, il fut réduit à l’état le plus abject. Jamais Gentil n’avait possédé autant de majesté et de gloire que Nébucadnetsar ; et voilà tout changé en un instant. La sentence de Dieu tombe sur lui au faîte même de son orgueil ; «il fut chassé du milieu des hommes, et il mangea de l’herbe comme les boeufs».

 

Pourtant, des limites furent assignées à la durée de son châtiment. Ce devait être jusqu’à ce que sept temps (ans) eussent passé sur lui. L’expression temps a été employée plutôt que le mot années, peut-être parce que ce jugement de Nébucadnetsar est le type de la condition à laquelle sont réduites les puissances Gentiles pendant tout le cours de leur empire. Cette considération a pu faire préférer un terme symbolique à un mot emprunté au langage de la vie ordinaire. Quoique le pouvoir suprême leur eût été accordé comme un don de Dieu, les Gentils ne devaient jamais reconnaître Dieu dans leur gouvernement d’une manière correcte et vraie, et ils devaient user de leur puissance en vue de leurs propres intérêts et de leurs propres objectifs. Pour ce qui est de se soumettre réellement et honnêtement à la volonté de Dieu, qui a jamais entendu parler que tel soit l’objet de la politique d’aucune nation depuis que les Gentils ont reçu le pouvoir ? Je ne pense pas que personne y ait même jamais pensé. Cette figure s’applique donc véritablement à l’ensemble du temps des Gentils.

 

Considérons un peu maintenant l’effet produit sur Nébucadnetsar par le jugement qui le frappa. Les sept temps passèrent sur le roi. «Et à la fin de ces jours, moi, Nébucadnetsar, j’élevai mes yeux vers les cieux». C’était là le premier grand signe du retour de l’intelligence. Une bête regarde en bas, jamais elle ne regarde en haut dans le sens moral de l’expression. L’homme agissant moralement comme homme, reconnaît dans sa conscience un Être duquel il a tout reçu, qu’il doit honorer, et auquel il est tenu d’obéir. Lorsque le jugement fut arrivé à son terme, Nébucadnetsar leva les yeux vers les cieux. Il prend alors la véritable place d’un homme. «Mon intelligence me revint». Qu’en résulta-t-il ? «Je bénis le Très-haut, et je louai et magnifiai celui qui vit éternellement». Remarquez bien la différence. Dans les occasions précédentes, il se prosternait devant le prophète et commandait qu’on lui donnât des offrandes et des parfums ; il rendait des statuts et des décrets pour que tous ses sujets honorassent le Dieu des Juifs. Mais que fait-il maintenant ? Il laisse là pour le moment tous les autres et se prosterne devant Dieu. Il ne songe pas à contraindre les autres au bien ou au mal ; mais il s’occupe lui-même de bénir, de louer et d’honorer le Très-haut. Remarquez aussi cette expression le Très-haut, parce qu’elle a ici une emphase particulière. «Je bénis le Très-haut, et je louai et magnifiai celui qui vit éternellement, duquel la domination est une domination éternelle et dont le royaume est de génération en génération ; et tous les habitants de la terre sont réputés comme néant, et il agit selon son bon plaisir dans l’armée des cieux et parmi les habitants de la terre ; et il n’y a personne qui puisse arrêter sa main et lui dire : Que fais-tu ?»

 

Lorsque le temps des Gentils prendra fin, le tronc des racines de l’arbre revendiquera sa vitalité restée en terre sous la protection de la providence divine, et encore réservée pour faire obstacle à l’anarchie ; sans cela, celle-ci aurait envahi la terre. N’oublions pas que le gouvernement du monde est pour les hommes une vraie miséricorde, si on la compare à ce que serait l’absence de tout gouvernement. Néanmoins, tandis que Dieu l’a gardé auparavant sous son contrôle et l’a conservé dans sa providence pour le bien du monde, le temps vient où il germera de nouveau, et où on le verra remplir réellement le but initial pour lequel Dieu l’avait établi sur la terre. Quand cela arrivera-t-il ? «Lorsque tes jugements sont sur la terre, les habitants du monde apprennent la justice» (Ésaïe 26:9).

 

Quand tout ce qui est sorti de la bouche de Dieu sera réellement accompli selon sa volonté ; quand l’homme sera pleinement béni et ne sera plus comme les bêtes qui périssent ; quand on ne verra plus Israël rejeter son Messie, ni les Gentils s’arroger eux-mêmes ce pouvoir que Dieu leur a conféré dans sa bonté souveraine — en ce même jour-là on verra le rayonnement de toutes les gloires que nous venons de signaler. Mais ce ne peut être que lorsque Christ, qui est notre vie, sera apparu et que nous serons apparus avec lui en gloire. C’est à lui qu’est réservé d’être le chef des Gentils, aussi bien que des Juifs. Toutes les nations, les tribus et les langues le serviront, car Dieu ne peut être connu que là où Christ est connu — il ne peut être connu dans sa bonté et dans sa gloire que là où on reconnaît que Christ en est la substance et l’expression. Et il en sera ainsi à cette brillante époque.

Le Seigneur Jésus viendra, et il établira, en perfection, tout ce qui n’a fait que s’écrouler entre les mains de l’homme, ou n’a produit que des effets négatifs faisant obstacle au mal çà et là, mais restant bien au dessous des moyens parfaits de bénédiction que Dieu a en vue. Lorsque ce jour sera venu, on verra le gouvernement Gentil, non dans son état actuel de corruption, mais purifié du mal, et déployé selon les pensées divines ; il fleurira sur la terre et ne sera qu’un canal de bénédictions. S’il en a été autrement jusqu’ici, si la miséricorde de Dieu n’a pas pu se déployer librement en lui, le péché en est seul la cause. Quand le grand accomplissement de cette histoire typique de Nébucadnetsar aura lieu, quand sera passé le temps de «son coeur de bête» à l’égard de Dieu — le temps où son coeur n’a été occupé que de lui-même, donnant satisfaction à l’orgueil et à la convoitise du pouvoir, — alors Dieu prendra les rênes en mains propres, en tant que Dieu souverain, et les Gentils se prosterneront, se répandant en joyeux chants de louange et de gratitude.

 

La première fois que cette expression «le Dieu Très-haut» se présente dans l’Écriture, c’est au milieu d’une scène bien remarquable. Il arrive souvent que le premier emploi d’un terme dans l’Écriture nous fournit sa pleine signification. L’expression le Dieu Très-haut apparaît pour la première fois dans le récit relatif à Melchisédec, quand Abraham revenait de la poursuite des rois qui avaient fait Lot prisonnier. Il en sera de même à la fin de cette dispensation, quand se répétera, non pas seulement la victoire sur toutes les puissances réunies contre le peuple de Dieu, mais encore la scène bénie suivant la victoire du patriarche. Melchisédec vient à la rencontre d’Abraham, et celui-ci lui donne la dîme de tout et reçoit sa bénédiction. Melchisédec est le type de Christ en ceci, savoir que Christ réunit dans sa personne les gloires de roi et de sacrificateur. Il était le roi de Salem, son nom était roi de justice : le jour de la paix sera fondé alors sur la justice. Mais il était aussi sacrificateur de Dieu Très-haut. Or, son action n’est point caractérisée ici par l’offrande du sacrifice ou de l’encens, mais par le fait qu’il apporte du pain et du vin pour restaurer des vainqueurs. Il bénit et prononce la bénédiction du Dieu Très-haut, possesseur du ciel et de la terre. En ce jour-là, en effet, il n’y aura plus d’abîme moral, mais bien complète union entre le ciel et la terre ; ce ne sera plus une triste confusion, un misérable amalgame de l’un et de l’autre, mais un lien de la plus douce, de la plus intime harmonie ; et le Seigneur Jésus sera lui-même le lien béni qui les unira. Tête de ceux qui appartiennent au ciel, il est aussi Roi des rois et Seigneur des seigneurs — l’Arbitre souverain de toute puissance terrestre. Devant lui se prosterneront toutes les choses qui sont aux cieux, et celles qui sont sur la terre et celles qui sont sous la terre. Ce sera l’époque de la parfaite restauration de l’intelligence et de la bénédiction des Gentils.

 

Qui est appelé à honorer la vérité de Dieu et à marcher dans l’intelligence de ses voies, si ce n’est ses enfants, lesquels ont la conscience de l’amour de leur Père, et en jouissent. Oh ! puissions-nous bien comprendre que c’est là notre place, et être rendus capables de nous rappeler ce que sera la fin de toutes choses pour ce qui concerne l’homme ! Il approche ce jour de jugement qui vient sur le monde, et qui tombera de tout son poids sur le Juif et sur le Gentil, l’un et l’autre ayant été manifestés comme apostats. Nous savons, pourtant, que ce jour verra un double résidu amené à briller de l’éclat d’une bénédiction plus grande que jamais — le résidu Juif exalté, le résidu Gentil béni, chacun d’eux à sa vraie place. Ce ne sera plus un pauvre tronc mutilé, mais un arbre qui germera de nouveau et s’élèvera sous les rosées des cieux dans ses conditions normales de force et de majesté.

 

Que le Seigneur nous accorde de pouvoir nous attendre à Dieu, nous souvenant qu’au milieu du jugement il y a toujours une miséricorde qui triomphe au-dessus du jugement, sauf dans le cas de celui qui rejette Christ — qui vit en méprisant sa miséricorde — qui meurt en se jugeant lui-même indigne de la vie éternelle. Souvenez-vous qu’aucune âme qui entend l’Évangile n’est perdue simplement parce qu’elle est méchante. Il y a un remède assuré pour tout ce que nous sommes. Les hommes ne sont perdus que parce qu’ils rejettent et méprisent la vie éternelle, le pardon, la paix, et tout le reste qui se trouve dans le Fils de Dieu.

5                        Chapitre 5

Les chapitres 5 et 6 de Daniel forment une partie de ce que nous pouvons appeler la série des chapitres moraux. Ils sont historiques, mais en même temps empreints du caractère de figures de l’avenir, éclairés par les prophéties avant et après, et les éclairant en retour. Parmi ces illustrations pratiques de ce que sont les puissances Gentiles, nous en avons déjà vu deux après le songe de Nébucadnetsar. Abordons maintenant la première des deux suivantes, avant d’arriver aux communications plus précises faites au prophète lui-même, au chapitre 7.

 

Les chapitres 5 et 6 ont ceci de particulier qu’ils ne révèlent pas tant les caractères généraux des Gentils, mais plutôt certains traits particuliers qui les marqueront à la fin — signes précurseurs d’une prompte destruction. En un mot, ils typifient des actes mauvais spécifiques, ou des explosions du mal, plutôt que leur état chronique mauvais tout au long de leur histoire. Néanmoins, entre ces deux chapitres, il y a une nette différence. Examinons maintenant rapidement le premier.

 

«Le roi Belshatsar fit un grand festin à mille de ses grands, et but du vin devant les mille». C’était une fête somptueuse, peut-être rare en son genre. Le roi sacrilège, ayant bu, «commanda d’apporter les vases d’or et d’argent que son père Nébucadnetsar, avait tirés du temple qui était à Jérusalem, afin que le roi et ses grands, ses femmes et ses concubines y bussent.  Alors on apporta les vases d’or... Ils burent du vin, et ils louèrent les dieux d’or et d’argent, d’airain, de fer, de bois et de pierre». L’histoire nous apprend que c’était une fête annuelle où la licence se donnait libre cours, et l’armée assiégeante y trouva une occasion favorable pour agir au moment où les assiégés n’étaient pas sur leurs gardes. C’est dans de telles circonstances, l’Écriture nous le fait voir, que le roi lance son insulte au Dieu d’Israël, alors qu’il était plongé dans la fausse sécurité précèdant la destruction. Témérité et aveuglement ! C’était juste la veille de l’effondrement de sa dynastie et de sa mort.

 

Pour Belshatsar, le passé était comme une page blanche ; c’était pour lui une leçon qu’il n’avait ni écoutée ni apprise : Dieu, dans les voies de sa providence, avait fait de son ancêtre l’instrument de jugements justes, mais terribles. La cité, la sainte cité de Dieu, avait été prise, le temple brûlé, et les vases du sanctuaire, avec presque toute la nation, peuple, sacrificateurs et roi, avaient été transportés dans la terre de l’ennemi. Cette chute d’Israël avait rempli les hommes d’étonnement, en tous lieux : L’importance de cette affaire était hors de proportion avec la grandeur de la nation ou la dimension de son territoire. Mais quoi qu’il en soit de leur misère personnelle, ils étaient environnés de l’auréole d’un Dieu qui jadis les avait amenés d’Égypte à travers la Mer Rouge — qui les avait nourris du pain des anges pendant les longues années dans le désert aride — et qui les avait protégés durant des siècles dans le pays de Canaan, malgré leurs ingratitudes et mille périls. N’était-il donc pas étrange, pour le monde, de voir Dieu livrer son peuple élu et si favorisé, pour être emporté hors de sa terre par un roi chaldéen, chef de l’idolâtrie de l’époque ? Car Babylone fut toujours renommée pour la multitude de ses idoles.

 

Malgré toute l’orgueilleuse réussite de son ambition, Nébucadnetsar n’avait pas été aussi insensé. Il s’était prosterné quand il avait entendu la vérité merveilleuse que, dans sa souveraineté, le Dieu du ciel l’avait suscité lui-même pour être la tête d’or de l’empire Gentil, après avoir abandonné Israël à cause de ses péchés. Il avait reconnu le Dieu de Daniel comme le Dieu des dieux et le Seigneur des rois ; il avait confessé que le Dieu de Shadrac, Méshac et Abed-Nego était le Dieu Très-haut — un Dieu qui délivrait et révélait les secrets plus que tout autre. Nébucadnetsar, il est vrai, s’était rendu coupable de beaucoup de péchés — il avait été orgueilleux, et s’était élevé dans son propre coeur en dépit de l’avertissement reçu, et à cause de cela, il avait été abaissé comme nul de l’a jamais été ; mais il avait reconnu son péché dans tout son grand royaume, ainsi que les grandes merveilles du Roi du ciel dont toutes les oeuvres sont véritables, et les voies justes. Mais avant cette fin brillante, même aux jours de sa plus profonde indifférence, (alors que tout tremblait devant lui, et qu’il faisait mourir et vivre qui il voulait, et qu’il élevait et abaissait qui il voulait), jamais il ne s’était livré à un acte de mépris et de profanation tel que son petit-fils.

 

La sentence du jugement immédiat, inévitable, se fit entendre d’un coup. La coupe d’iniquité était pleine ; il y avait longtemps que la bouche de l’Éternel avait proclamé le châtiment du roi de Babylone (Ésaïe 13 ; Jérémie 25, etc). Cependant, le coup ne tombe pas sans un signe solennel de la part de Dieu. «En ce même moment, les doigts d’une main d’homme sortirent, et écrivirent, vis-à-vis du chandelier, sur le plâtre de la muraille du palais du roi ; et le roi vit l’extrémité de la main qui écrivait».

 

Ce n’était pas un songe de la nuit. C’était le support de l’annonce terrible, au milieu de l’orgie effrénée et du défit impie jeté à la face du Dieu vivant. L’heure de l’effusion de la colère avait sonné. Il faut que Bel se prosterne, et que Nébo s’incline devant l’indignation de Dieu, mais c’est un Dieu d’une patience extrême. Le roi n’eut pas besoin qu’on lui suggérât ce dont il s’agissait. Sa conscience, rongée de dépravation, tremblait devant la main traçant sa sentence, quoiqu’il ne comprit pas un mot de l’écriture. Il sentait instinctivement qu’il avait affaire avec Celui dont personne ne saurait arrêter la main. «Alors le roi changea de couleur, et ses pensées le troublèrent ; et les liens de ses reins se délièrent, et ses genoux se heurtèrent l’un contre l’autre». Dans son effroi, oublieux de sa dignité, «le roi cria avec force d’amener les enchanteurs, les Chaldéens et les augures». Mais tout fut inutile. On offrit les récompenses les plus élevées, mais l’esprit d’un profond sommeil fermait tous les yeux. «Ils ne purent lire l’écriture ni faire connaître au roi l’interprétation».

 

Au milieu des angoisses croissantes du roi, et de l’étonnement de ses grands, la reine (sans aucun doute la reine-mère, si nous comparons les versets 2 et 10) entre dans la salle du festin. Ses sympathies n’étaient point à la fête, et elle rappelle au roi quelqu’un qui était encore plus en dehors et au-dessus de tout cela, un homme dont la personne était entièrement étrangère à ce roi impie : «Il y a un homme dans ton royaume etc.» (v. 11-14)

 

Ce fait, que Daniel était étranger à Belshatsar, est extrêmement significatif. Quels que fussent l’orgueil et l’audace du grand Nébucadnetsar, Daniel était assis à la porte du roi — gouverneur sur toute la province de Babylone, et chef de tous ceux qui avaient la surintendance sur tous les sages. Son descendant avili et dégénéré ne connaissait pas Daniel.

 

Cela me rappelle un incident bien connu de l’histoire du roi Saül, dont on ne voit pas toujours la portée morale : l’intervention d’un jeune fils d’Isaï, dont il plaisait à Dieu d’employer la musique pour calmer l’esprit du roi troublé par un mauvais esprit. «Il arrivait que, quand l’esprit envoyé de Dieu était sur Saül, David prenait la harpe et en jouait de sa main ; et Saül était soulagé et se trouvait bien, et le mauvais esprit se retirait de dessus lui» (1 Samuel 16:23). Peu de temps après, Saül et tout Israël se trouvèrent dans une grande consternation, lorsque le géant de Gath leur jeta son orgueilleux défi dans la vallée d’Éla. La providence de Dieu y conduisit un jeune homme, dans l’humble sentier de l’accomplissement d’un devoir pacifique ; celui-ci entendit d’une toute autre manière les orgueilleuses paroles de vanité du Philistin. Loin d’en être effrayé, il éprouva plutôt de l’étonnement devant l’audace de cet incirconcis osant défier les armées du Dieu vivant. À peine l’a-t-il vaincu, que le roi se tourne vers le chef de l’armée, et lui fait cette demande : «De qui ce jeune homme est-il fils ?» Et Abner confesse son ignorance. Voilà une chose bien étrange. Le jeune garçon lui-même, qui l’avait servi dans sa maladie, était inconnu du roi Saül ! Certainement il ne s’était pas écoulé un long intervalle ; mais Saül ne connaissait point David. Cette circonstance a jeté les critiques dans une perplexité extrême. Et l’un d’eux, hébraïsant des plus distingués, a essayé d’établir qu’il fallait que d’une manière ou d’une autre les chapitres aient été entremêlés : la dernière partie du chapitre 16 devait suivre la fin du chapitre 17, de manière à faire disparaître la difficulté sur l’ignorance de Saül à l’égard de la personne de David, alors que celui-ci s’était déjà tenu en sa présence, et avait déjà gagné son affection et était déjà devenu son porteur d’armes. Mais tout cela vient de ce que l’on ne comprend pas la leçon que Dieu veut enseigner dans cette scène. Il se pouvait fort bien que Saül eût aimé David à cause de ses services, mais il n’avait éprouvé pour lui aucune sympathie ; et lorsqu’il en est ainsi, nous oublions facilement. Si l’on n’a pas les mêmes affections, on s’éloigne les uns des autres en rapport avec le service du Seigneur. C’est là justement l’esprit du monde vis-à-vis des enfants de Dieu, selon ce que dit l’apôtre Jean : «C’est pourquoi, le monde ne nous connaît pas, parce qu’il ne l’a pas connu». Il peut savoir bien des choses sur les chrétiens, mais il ne les connaît jamais. Et quand le chrétien a disparu de la scène, il peut bien rester encore de lui un souvenir fugitif, mais c’est un homme inconnu. Saül avait eu de grands devoirs de reconnaissance envers David, mais bien que David eût été pour lui un moyen de soulagement, néanmoins le souvenir tant de lui-même que du service rendu disparaissent en même temps.

 

C’est pareillement que la reine pouvait dire au sujet de Daniel : «Aux jours de ton père, de la lumière, et de l’intelligence, et une sagesse comme la sagesse des dieux, ont été trouvées en lui ; et le roi Nébucadnetsar, ton père, — ton père, ô roi, l’a établi chef des devins, des enchanteurs, des Chaldéens, des augures». Malgré cela, personne ne s’occupait de lui maintenant ; il était inconnu des gens de la fête ; la seule personne qui pensât à lui était la reine ; or elle-même n’était là qu’à cause du trouble où ils étaient jetés.

 

Daniel est donc amené devant le roi qui lui demande : «Es-tu ce Daniel, l’un des fils de la captivité de Juda, que le roi, mon père, a amenés de Juda ?» Il lui expose alors sa difficulté, et parle des récompenses qu’il est prêt à donner à quiconque lira l’écriture et en fournira l’interprétation. La réponse de Daniel est bien appropriée à la circonstance : «Que tes présents te demeurent, et donne tes récompenses à un autre. Toutefois je lirai l’écriture au roi, et je lui en ferai connaître l’interprétation». Il commence par lui faire entendre une douloureuse parole de répréhension. Il lui retrace en quelques mots l’histoire de Nébucadnetsar et des voies de Dieu envers lui ; en même temps, il lui rappelle sa propre indifférence complète, et ses insultes contre Dieu : «Et toi, son fils Belshatsar, tu n’as pas humilié ton coeur, bien que tu aies su tout cela. Mais tu t’es élevé contre le Seigneur des cieux... et le Dieu en la main duquel est ton souffle, et à qui appartiennent toutes tes voies, tu ne l’as pas glorifié». Il lui déclare nettement ce qu’est cette scène aux yeux de Dieu ; car c’est là ce que le péché, ce que Satan cherche toujours à cacher. Pour la cour de Babylone c’était une fête magnifique, rehaussée des trophées du succès des armes de la grande ville et de la suprématie de ses dieux. Mais quel était, pour l’oeil de Dieu, le caractère de cette somptueuse orgie ? Que pouvait-il penser devant les vases consacrés à son service apportés pour célébrer orgueilleusement le triomphe de Babylone et de ses idoles ? Oh ! combien ce moment dut être pénible au coeur de l’adorateur de l’Éternel, même si l’aboutissement en était proche et certain !

 

Aujourd’hui dans le monde, il y a  des scènes qui suggèrent des pressentiments au moins aussi graves. Toute la question est de savoir si nous sommes dans le secret de Dieu, et rendus ainsi capables de lire par nous-mêmes le jugement qu’il porte sur toutes ces choses. Nous pouvons nous prononcer, jusqu’à un certain point sans hésiter et sans risque, sur la présomption de Nébucadnetsar, et sur l’impiété manifeste de Belshatsar ; mais voici, pour nous, le grand critère moral : savons-nous discerner comme il faut, l’apparence du ciel et de la terre de nos jours ? Les signes de décadence de notre époque sont-ils méconnus pour nous ? Nous identifions-nous en toute simplicité avec les intérêts du Seigneur dans le temps actuel ? Avons-nous l’intelligence de ce qui se passe maintenant dans le monde ? Croyons-nous à ce qui va lui arriver ? Bien évidemment le roi et sa cour n’étaient que les instruments de Satan ; le mépris qu’ils montraient pour le Dieu des cieux n’était pas simplement l’oeuvre de leur propre coeur : Satan était leur maître. On peut affirmer en toute vérité que, partout où l’on voit la volonté de l’homme en action, on trouve invariablement le service de Satan. Hélas ! l’homme ne sait point que jouir de la liberté sans Dieu, n’est ni ne peut être que faire l’oeuvre du diable. Le roi Belshatsar et ses courtisans ne pensaient peut-être qu’à célébrer à Babylone leurs victoires sur une nation encore abaissée et captive ; mais de fait, ils insultaient positivement et personnellement le vrai Dieu, et celui-ci relève leur défi. Ce n’était plus une discussion entre Daniel et les astrologues : c’était une affaire entre Dieu et Belshatsar. L’ordre d’apporter les vases de la maison de l’Éternel, pouvait ne paraître qu’un méchant caprice, effet de l’ivresse du roi et de ses convives ; mais le moment de la crise était venu, et il faut que Dieu frappe un coup décisif. Soyez-en bien assurés : les tendances de notre époque, même si Dieu ne les juge pas immédiatement, ne tombent pas dans l’oubli ; et il y a un trésor de colère qui s’amasse pour le jour de la colère. Le temps présent n’est pas celui des jugements de Dieu.  C’est bien plutôt celui où l’homme élève l’édifice de ses péchés jusqu’au ciel, en attendant de voir le jugement tomber d’une manière d’autant plus terrible, lorsque la main de Dieu sera étendue contre lui.

 

Mais, même à l’instant critique, il y a un avertissement solennel, immédiat, et devant tous. En quoi consistait la grande difficulté concernant cette écriture tracée sur la muraille ? Elle était en langue chaldéenne, et tous ceux qui contemplaient la main et les caractères étaient Chaldéens ; il semblerait donc que les caractères devaient être plus familiers aux Chaldéens qu’à Daniel. Ce n’est pas la manière de Dieu d’employer une forme obscure pour communiquer quelque chose ; et ce serait une théorie monstrueuse de prétendre qu’en donnant une révélation, Dieu la présente de manière à rendre impossible sa compréhension par ses destinataires. Qu’est-ce donc qui rend toute l’Écriture si difficile ? À coup sûr ce n’est pas son langage : en voici une preuve frappante.  Si quelqu’un me demandait quelle est la portion du Nouveau Testament que je considère comme la plus profonde, je me référerais aux épîtres de Jean ; pourtant, s’il est des portions écrites, plus que d’autres, dans un langage de la plus grande simplicité, ce sont bien ces épîtres. Les expressions n’en sont point celles des scribes de ce monde. Ce ne sont pas non plus des pensées énigmatiques, pleines d’allusions étrangères, abscons.  La difficulté de l’Écriture tient à ce qu’elle est la révélation de Christ pour ceux dont la grâce a ouvert le coeur pour le recevoir et l’apprécier. Or, Jean, parmi tous les disciples, avait bénéficié de la plus étroite intimité de communion avec Christ. Ce fut certainement le cas quand Christ était sur la terre ; et le Saint Esprit s’est servi de lui pour nous communiquer les pensées les plus profondes sur l’amour de Christ et sur la gloire de sa personne.

 

Les difficultés de l’Écriture tiennent donc réellement à ceci, savoir que ses pensées sont infiniment au-dessus de nos pensées naturelles. Pour comprendre la Bible, il faut nous débarrasser du moi. Il faut avoir un coeur et des yeux pour Christ, sinon l’Écriture est inintelligible pour nos âmes ; si l’oeil est simple, tout le corps est plein de lumière. Vous voyez parfois un homme instruit, peut-être chrétien, et le voilà complètement embarrassé, s’arrêtant devant les épîtres de Jean et l’Apocalypse comme étant trop profondes ; tandis que telle autre personne simple, peut en jouir même sans les comprendre entièrement, ou sans en expliquer exactement toutes les parties ; elles présentent à son âme des pensées intelligibles et lui apportent consolations, directions et profit. Même s’il s’agit d’événements à venir qui se rencontrent dans le livre réputé le plus obscur de l’Écriture, qu’il s’agisse de Babylone ou de la Bête, le lecteur à l’oeil simple y trouve les grands principes de Dieu, et ceux-ci ont toujours une action pratique sur son âme. La raison en est qu’il a Christ devant lui, et que Christ est, dans tous les sens, la sagesse de Dieu. Naturellement, ce n’est pas son ignorance qui le rend capable de comprendre, mais il comprend malgré son ignorance. Ce n’est pas la science d’un homme qui le rend capable d’entrer dans les pensées de Dieu. Qu’on soit ignorant ou savant, il n’y a pour cela qu’un moyen : l’oeil pour voir ce qui concerne Christ. Et partout où Christ est l’objet fixé fermement devant l’âme, je crois que Christ devient la lumière de l’intelligence spirituelle, comme il est la lumière du salut. C’est l’Esprit de Dieu qui est la puissance pour saisir cette lumière ; mais Il ne la donne jamais en dehors de Christ. Autrement l’homme a devant lui un objet qui n’est pas Christ, et, en conséquence, il est incapable de comprendre l’Écriture qui révèle Christ. Il tâche de faire dire à l’Écriture ce qu’il a dans ses propres pensées quelles qu’elles soient, et ainsi l’Écriture est faussée. Voilà la clef réelle de toutes les erreurs relatives à l’Écriture. L’homme apporte ses pensées à la parole de Dieu et bâtit un système sans fondement divin.

 

Pour en revenir à l’inscription tracée sur la muraille, les expressions étaient assez claires. Tout aurait dû être intelligible et l’aurait été, si les âmes des Chaldéens avaient été en communion avec le Seigneur. Je ne veux pas dire que la puissance de l’Esprit de Dieu n’était pas nécessaire pour rendre Daniel capable de la comprendre. Mais pour avoir l’intelligence de la parole de Dieu, il est essentiel d’avoir communion avec le Dieu qui nous fait connaître sa pensée. «C’est pourquoi, disait Paul aux anciens, je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce» (Actes 20:32).

 

Daniel était entièrement en dehors des festins et choses semblables. Il était étranger à tous ceux qui se trouvaient là ; et c’est du sein de la présence de Dieu qu’il fut appelé à voir cette scène d’impiété et de ténèbres. Arrivant directement de là où est la lumière de Dieu, il lit la terrible écriture tracée sur la muraille, et tout brille comme le jour. Rien de plus solennel. «Voici l’interprétation des paroles» (v. 25-28). Sur le champ il voit Dieu dans l’affaire. Le roi avait insulté Dieu dans ce qui était rattaché à son culte. «Thekel : Tu as été pesé à la balance, et tu as été trouvé manquant de poids. Pérès : Ton royaume est divisé, et donné aux Mèdes et aux Perses». Il n’y avait pas de signe précurseur ; rien en ce temps-là ne rendait la chose probable. J’appelle votre attention sur ce point : c’est une preuve supplémentaire de la fausseté de la maxime selon laquelle, pour comprendre la prophétie, il nous faut attendre son accomplissement. Pour l’incrédule, voir dans le passé l’accomplissement d’une prophétie, est certainement un argument péremptoire. Mais est-ce là le but pour lequel Dieu a écrit la prophétie ? L’a-t-il fait pour convaincre les incrédules ?  Sans aucun doute, Dieu peut s’en servir à cette fin. Mais était-ce le but de l’écriture tracée sur la muraille cette nuit-là ? Évidemment non. C’était son dernier avertissement solennel avant que le coup fût frappé ; et l’interprétation fut donnée avant que les Perses eussent fait irruption dans la ville — quand il n’y avait encore aucun symptôme de ruine, et que tout au contraire ne respirait que gaieté et joie. En cette même nuit Belshatsar, roi de Chaldée, fut tué, et Darius le Mède, prit le royaume, étant âgé d’environ soixante-deux ans.

 

En un mot, Babylone était jugée.

 

 

6                        Chapitre 6

Nous arrivons maintenant au dernier type relatif aux puissances Gentiles. Dans l’étude des types, n’oublions jamais que ce qui est présenté n’est pas le caractère personnel de ceux dont l’Écriture nous occupe. C’est ainsi qu’Aaron était, dans son office, un type de Christ ; mais nous ne devons pas en conclure que ses voies fussent semblables à celles de notre Sauveur bien-aimé. Sous certains rapports il fut très fautif : c’est lui qui fit le veau d’or et chercha même à tromper le peuple à son sujet. Mais cette circonstance ne l’empêche point d’être un type de Christ : il l’était en dépit de toutes ces fautes, et non dans ces fautes. David préfigura Christ, non comme sacrificateur, mais comme roi — d’abord comme roi souffrant et rejeté, et ensuite comme roi établi dans son règne et exalté très haut. La vie de David se compose de deux parties : la première renferme le temps où il était déjà revêtu de l’onction royale, mais où la puissance du mal était encore reconnue, et où il était poursuivi et persécuté ; la seconde partie est le temps où, Saül étant mort, David occupe le trône et soumet ses ennemis. Sous l’un et l’autre de ces aspects, David fut un type de Christ. Toutefois sa chute et son terrible péché sont évidemment en contraste complet avec la vie de Christ.

 

Mais, d’un autre côté, si le chapitre que nous avons maintenant sous les yeux nous présente, comme je le crois, le type d’une scène terrible de la fin de la présente dispensation, ne doutons pas que ce la soit possible, au motif que le roi avait de bonnes qualités. La manière dont l’homme voudra se faire Dieu est préfigurée dans la personne de Darius, plutôt qu’en Belshatsar. En principe c’est l’acte qu’accomplit Darius, ou du moins qu’il autorisa, qui expose et manifeste d’avance cette prétention et cette conduite de l’homme. Si Belshatsar était un échantillon des plus dégradés de la race humaine, il y avait au contraire dans le caractère et les moeurs de Darius quelque chose de très aimable et estimable, et peut-être mieux encore. Mais ce n’est pas de Darius personnellement que je veux parler. Nous avons eu dans le chapitre précédent le type de la chute de Babylone et le jugement de Dieu qui doit la frapper à cause de sa méchanceté dont elle a donné la preuve en insultant et profanant les vases du vrai Dieu, les mêlant à ses propres idoles qu’elle louait et adorait au mépris des douleurs du peuple de Dieu. Tout cela se verra encore bien davantage dans les événements de l’histoire future. Il y a maintenant sur la terre ce qui occupe la position la plus élevée comme Église de Dieu ; elle s’enorgueillit de son unité, de sa force et de son ancienneté, de sa continuité historique ; elle s’attribue l’honneur de la sainteté et du sang des martyrs. Mais Dieu n’est pas indifférent à ses péchés qui, de génération en génération, n’ont fait que s’accroître et s’accentuer : ils n’attendent que le jour du Seigneur pour subir l’exécution du jugement, et recevoir la sentence méritée. Dans l’Apocalypse, il y a deux grands objets du jugement — Babylone et la Bête : l’un représente la corruption religieuse, et l’autre la violence : deux formes différentes de la méchanceté humaine. La seconde forme s’y montre dans un homme incité par Satan jusqu’à prétendre prendre la place de Dieu sur la terre. Or, c’est là précisément ce que Darius permit de faire. Peut-être ne s’en rendait-il pas compte, mais son entourage se chargea de le conduire à cet acte terrible.

 

Voici les circonstances où ceci s’accomplit : Les présidents et les satrapes avaient besoin d’une occasion contre Daniel, et ils savaient bien qu’on ne pouvait en trouver, si ce n’est «à cause de la loi de son Dieu». C’est pourquoi ils se concertent, et, profitant de la coutume des Mèdes et des Perses, selon laquelle il appartenait aux nobles de faire la loi et au roi de la promulguer, ils imaginent de décréter qu’il ne sera permis à personne d’adresser aucune requête à quelque dieu ou à quelque homme que ce soit durant trente jours, si ce n’est au roi. Qu’était-ce que cela, sinon mettre un homme à la place de Dieu ? Défendre qu’aucune prière fût offerte au vrai Dieu, et ordonner que toute prière qui serait offerte, le fût au roi, c’est sans conteste attribuer les droits de Dieu à l’homme. Le roi tomba dans le piège et signa le décret.

 

Mais considérons maintenant la belle conduite de Daniel. Rien ne laisse penser que ces agissements fussent cachés à Daniel. Au contraire, il était parfaitement informé de la nouvelle loi. Mais il ne pouvait pas compromettre les droits de son Dieu. Son chemin était donc tout tracé. Il était vieux déjà, et la foi qui, dès sa jeunesse, avait brûlé en lui, était au moins aussi brillante que jamais. Aussi lorsqu’il eut appris que tout était signé, scellé et établi — dans la mesure du pouvoir de l’homme, et que la loi irrévocable des Mèdes et des Perses voulait qu’aucun homme ne fléchit les genoux devant Dieu durant trente jours ; sachant bien tout cela, il va dans sa chambre. Il n’y met pas d’ostentation, mais il ne cache pas sa conduite. Ses fenêtres ouvertes, comme d’habitude, du côté de Jérusalem, il se prosterne devant son Dieu trois fois le jour, il prie et rend grâces comme il l’avait fait précédemment. Il fournit à ses ennemis l’occasion qu’ils cherchaient. Ceux-ci rappellent aussitôt au roi le décret qu’il avait rendu, et se mettent à accuser Daniel devant lui. «Daniel, disent-ils, qui est d’entre les fils de la captivité de Juda, ne tient pas compte de toi, ô roi, ni de la défense que tu as signée, mais il fait sa requête trois fois par jour». Alors Darius le roi, éprouva un grand déplaisir ; il s’efforce inutilement jusqu’au coucher du soleil de délivrer celui qu’il respectait. Cependant, bien qu’il en fût désolé, quand ces hommes ré-insistent sur le caractère irrévocable de la loi des Mèdes et des Perses, il pèche de nouveau. Il abandonne le prophète à la fureur de ses ennemis pour être jeté dans la fosse des lions, avec l’espoir à peine pensable pour lui, que son Dieu le délivrerait. Et Dieu intervient pour son serviteur. Dieu opère la délivrance, et le sort terrible destiné au prophète retomba sur ceux-là même qui l’avaient accusé auprès du roi. «Les nations se sont enfoncées dans la fosse qu’elles ont faite ; au filet même qu’elles ont caché, leur pied a été pris. l’Éternel s’est fait connaître par le jugement qu’il a exécuté ; le méchant est enlacé dans l’oeuvre de ses mains» (Psaume 9:15-16). Rien n’est plus clair que la portée typique de cet événement par rapport à la délivrance du résidu fidèle de la fin, lorsque la colère de déversera et que les traîtres du dedans et les oppresseurs du dehors seront détruits aux derniers jours. Le résultat en sera comme ici, que les Gentils reconnaîtront que le Dieu vivant est le Dieu d’Israël délivré, et que son royaume ne sera point dissipé.

 

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Les chapitres 5 et 6 de Daniel nous présentent donc les types combinés des scènes qui terminent la dispensation actuelle. Si vous regardez plus loin dans ce livre de Daniel, vous rencontrez un autre personnage appelé le roi (chapitre 11:36 etc.). Vous pouvez y lire une prophétie directe d’actions semblables : «Le roi agira selon son bon plaisir, et s’exaltera, et s’élèvera contre tout dieu, et proférera des choses impies contre le Dieu des dieux etc.». Je ne veux pas dire que Darius personnellement ait fait ces choses ; je signale seulement la portée de son acte, ou son décret, aux yeux de Dieu. Il s’agit de ce que Dieu pensait du péché dans lequel Darius avait été attiré, et c’était un type de l’avenir.

 

En outre, il est dit du roi, au chapitre 11 : «Il n’aura point égard au Dieu de ses pères, ... car il s’agrandira au-dessus de tout». Plusieurs passages du Nouveau Testament y font aussi allusion. Si quelqu’un allègue que tout cela est dit des Juifs, et ne concerne pas la dispensation sous laquelle nous sommes, je m’en tiens à ce qui est relatif à notre dispensation et je cite comme preuve 2 Thessaloniciens 2:3-4 : «Que personne ne vous séduise en aucune manière, car ce jour-là ne viendra pas que l’apostasie ne soit arrivée auparavant et que l’homme de péché ne soit révélé, le fils de perdition, qui s’oppose et s’élève contre tout ce qui est appelé Dieu ou qui est un objet de vénération, en sorte que lui-même s’assiéra au temple de Dieu, se présentant lui-même comme étant Dieu». Il est clair qu’en commettant son acte, Darius s’élevait effectivement au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, ou qui est un objet de vénération. Défendre d’adresser des prières à Dieu, et prescrire que les prières que l’on avait coutume d’offrir à Dieu lui fussent pendant un temps adressées à lui seul, ce n’était ni plus ni moins qu’être le type de celui qui doit un jour prendre cette position d’une manière bien plus terrible, plus grossière et plus littérale. Les jours tels que ceux dont Daniel parle et dont il donne un type, sont encore à venir. Le Nouveau Testament en fournit nettement la preuve ; il montre aussi que ce personnage annoncé par la prophétie, doit se présenter comme étant Dieu, et non pas seulement comme le vicaire de Christ, avec des gens prêts à se prosterner devant lui et à lui baiser les pieds. Ces actes de Darius et ses princes sont sans doute fort mauvais et superstitieux ; mais ils ne sont pas encore ceux d’un homme déclarant qu’il est Dieu, ou s’établissant dans le temple de Dieu, en disant : Il ne sera adressé de prière à aucun être, si ce n’est à moi-même. Quelque grand que soit le mal dans la papauté et dans la prétention orgueilleuse du pape, il doit survenir un mal beaucoup plus grand encore ; et la pensée solennelle à bien garder, c’est que ce ne sera pas seulement l’aboutissement de la papauté, mais celle de la papauté ET du protestantisme, etc., sans Dieu. Même la diffusion de la vérité ne sera point une garantie sûre contre l’invasion de ce mal. Bien coupables et insensés furent jadis ceux qui s’imaginaient que, parce qu’Israël avait dans le camp l’arche de l’alliance de l’Éternel, ils seraient nécessairement préservés dans la bataille contre les Philistins ! L’arche revint en triomphe, mais eux où étaient-ils ?

 

Gardez-vous de la pensée tellement en vogue que le zèle religieux déployé dans ce pays le met à l’abri du mal. Soyez plutôt certain que plus la lumière abonde dans une contrée, plus la Bible y est répandue, plus il y a de prédications, plus on y trouve tout ce qui est bon, et plus il y a un grand danger si les hommes ne s’y conforment pas, et ne marchent point en harmonie avec ces privilèges. S’ils les traitent comme étant de peu d’importance, et les méprisent ; s’ils n’ont aucune conscience de ce que c’est que s’incliner pratiquement devant la lumière de l’Écriture, ils seront certainement entraînés par une séduction ou par une autre. Quelqu’un dira-t-il que l’Écriture ne contient pas des choses importantes ? Qui connaît les moyens du diable pour acquérir de la puissance sur l’âme ? Là où l’on ne veut pas écouter Dieu, et où on se livre à la désobéissance de Dieu, quelle qu’en soit la manière, comment cela se termine-t-il ? Il n’y a de sécurité que dans un chemin de sainte dépendance de Dieu et d’obéissance à sa parole. Il ne faut pas mettre une portion de l’Écriture au-dessus d’une autre au motif qu’elle est plus consolante : il nous faut prendre toute l’Écriture ; ce n’est que là que nous trouvons sécurité. Il est très doux et précieux de jouir de la présence du Seigneur ; mais il y a plus que cela : c’est une chose terrible d’être trouvé désobéissant au Seigneur. La désobéissance est comme le péché de sorcellerie. Rien ne conduit plus à la ruine. Désobéir à Dieu, c’est virtuellement détruire son honneur. Il en fut ainsi en Israël ; et pourtant, un mal encore bien plus effrayant et plus terrible va faire suite au relâchement, et au mauvais état de la chrétienté,.

 

La première chose qui se présente est donc l’apostasie. Le christianisme sera abandonné ; plus il y a de lumière, plus l’on est certain que l’apostasie viendra pour les masses qui refusent la lumière. Il n’y eut jamais en Israël d’époque si prometteuse que celle où notre Seigneur était sur la terre. On n’avait jamais vu de temps pourvu d’une telle activité religieuse : les scribes et les Pharisiens parcouraient la terre et la mer pour faire un prosélyte ; on se montrait zélé, en apparence, pour la lecture des Écritures ; on avait des sacrificateurs et des lévites ; il n’y avait pas d’idolâtrie, ni rien de grossièrement mauvais. C’était un peuple lecteur de la Bible, et un peuple qui gardait le sabbat ; et on n’hésitait pas à accuser notre Seigneur lui-même de violer le sabbat, tant on se montrait extérieurement sévère pour l’observation du saint jour. Ainsi allaient les choses ; et comment cela finit-il ? Que firent ces Juifs si zélés pour la religion ? Ils crucifièrent le Seigneur de gloire et rejetèrent le témoignage du Saint Esprit et son œuvre de grâce, en sorte que le roi dut envoyer ses armées, faire périr ces meurtriers et brûler leur ville. On ne peut pas dire qu’il n’y avait pas de conversion : Dieu déploya sa puissance, et il y en eut par milliers : «Tu vois, frère, pouvait dire Jacques au bout de quelques années, combien il y a de milliers de Juifs qui croient». Des milliers et des dizaines de milliers furent effectivement tournés vers la croix de Jésus, et on pouvait nourrir l’espérance que tout Israël, et le monde lui-même, allaient se convertir ; mais que se passa-t-il en réalité ? Dieu travaillait simplement dans sa grâce à recueillir ces milliers de personnes, pour abandonner ensuite le reste à la destruction sous le jugement qui tomba sur Jérusalem : ce n’est encore qu’une faible figure anticipant le jugement qui doit bientôt éclater sur le monde. Et si, en nos jours, Dieu déploie sa puissance et recueille de toutes parts des âmes qu’il convertit du monde, combien est-il important que chacun se demande s’il est converti ou s’il ne l’est pas ! Et pour ceux qui sont convertis, quel appel il y a là à marcher dans le sentier de l’obéissance, à se soumettre en toutes choses à la parole de Dieu, et à attendre Christ !

 

L’idée que quelques-uns nourrissent, selon laquelle il y aura une conversion universelle, n’est qu’une vaine illusion. Babylone, ou la Bête : voilà les deux grands pièges des derniers jours. L’une sera source de corruption en association avec la religion et la profanation de toutes les choses saintes ; l’autre sera caractérisée par l’orgueil et par la violence au plus haut degré. Il semblera que le christianisme a complètement échoué, et les hommes croiront posséder, pour tous leurs maux et leurs misères, une nouvelle panacée bien meilleure que l’Evangile. Ils célébreront leurs idoles d’or, d’argent et d’airain, se glorifiant de ce que le christianisme aura disparu de la face de la terre, sauf quant à sa forme extérieure. C’est alors que viendra le jugement.

 

Le chapitre 17 de l’Apocalypse nous fait voir ce qu’il adviendra de la Babylone du Nouveau Testament, forme corrompue que revêtira l’apostasie religieuse : son sort sera tel celui de la Babylone de Daniel. L’homme sera l’instrument de la chute de Babylone, la femme enivrée du sang des saints et du sang des témoins de Jésus. Les hommes assouvissent leur vengeance sur elle. On ne la voit plus montée sur la Bête couleur d’écarlate ; désormais elle n’apparaît que foulée aux pieds, haïe et rendue déserte. Que vient-il après cela, selon la prophétie ? On ne voit point le christianisme se répandre partout dans le monde : bien au contraire, on voit la Bête remplir toute la scène, et prendre la place de Dieu. À la place du triste spectacle de la femme enivrant les hommes avec la coupe d’un christianisme corrompu, on verra l’homme s’établir lui-même dans un orgueilleux défi contre Dieu. Il prendra la place de Dieu sur la terre. Je ne prétends pas dire quel sera l’intervalle entre la destruction de Babylone et la chute de la Bête. Le chapitre 17 de l’Apocalypse prouve que bien loin d’amener un progrès, une amélioration dans l’état du monde, la destruction de Babylone n’apportera que plus de hardiesse dans le mal, celui-ci remplaçant la forme hypocrite du mal précédant. La corruption religieuse sera remplacée par une impiété orgueilleuse défiant ouvertement Dieu. «Les dix cornes que tu as vues sont dix rois qui n’ont pas encore reçu de royaume, mais reçoivent pouvoir comme rois une heure avec la Bête. Ceux-ci ont une seule et même pensée, et ils donnent leur puissance et leur pouvoir à la Bête», pas à Dieu. Tout est donné à la Bête en vue de l’exaltation de l’homme. L’heure sera venue pour l’homme d’occuper la place suprême dans le monde. Mais, contrairement à ce qui fait en général l’objet de l’ambition des hommes, ils abandonneront leur propre volonté à la volonté d’un autre — dans le désir qu’il y ait quelqu’un de très haut, et de très exalté, devant lequel tous s’inclinent. Lorsque cela sera accompli, «Ceux-ci combattront contre l’Agneau ; et l’Agneau les vaincra». Tout ceci, c’est évident, est postérieur à la destruction de Babylone ; car nous lisons plus bas : «Les dix cornes que tu as vues et la bête (c’est ainsi qu’il faut lire «et la bête» et non «à la bête»), — celles-ci haïront la prostituée et la rendront déserte et nue». C’est précisément ce qui répond au type de Darius. Darius arrive, détruit Babylone, et se saisit immédiatement du royaume ; et la première chose que nous voyons ensuite, c’est qu’il est entraîné par ses courtisans à prendre la place de Dieu lui-même. Il rend ou confirme une loi en vertu de laquelle il ne doit être présenté de prière à qui que ce soit, excepté à lui seul durant trente jours. En d’autres termes, il a la prétention d’être l’objet de tout culte : il s’arroge ce qui est dû exclusivement au vrai Dieu.

 

Ces deux types sont extrêmement instructifs, comme aboutissement de l’histoire générale des Gentils. Nous y voyons, non pas les caractéristiques du commencement et celles vues tout au long de la vie de ces empires, mais plutôt les traits principaux du mal au moment où ces empires prennent fin. D’abord, Babylone sera détruite à cause de la profanation dont elle s’est rendue coupable dans les choses religieuses de Dieu ; et ensuite, l’orgueil blasphématoire parvenu à son comble avec la prétention impie du chef de l’empire à recevoir l’honneur et la gloire qui n’appartiennent qu’à Dieu. J’ai éprouvé le besoin de marquer le lien rattachant ces deux choses l’une à l’autre, autrement il n’est pas possible d’en saisir aussi bien la véritable portée.

 

Nous avons maintenant achevé ce que je puis appeler le premier volume de Daniel, parce que son livre se partage exactement en deux parties à la fin du chapitre 6. C’est là la raison pour laquelle il est dit que Daniel prospéra au temps du règne de Darius et au temps du règne de Cyrus de Perse. Dans le chapitre suivant, on va revenir en arrière, au règne de Belshatsar, et Daniel sera de nouveau placé devant nous. Il faut maintenant s’arrêter, et je le fais en priant pour qu’apparaisse, par cet exemple, la grande importance qu’il y a à lire l’Écriture avec l’intelligence de sa portée typique, là où il y a effectivement une telle portée ; et que les enfants de Dieu puissent être convaincus qu’il y a ainsi beaucoup plus d’instruction à tirer des Écritures qu’il ne paraîtrait à première vue. Ce que Dieu dit est revêtu d’un caractère infini. On n’a pas épuisé sa parole lorsqu’on en a tiré quelque peu, ici ou là : c’est le puits lui-même, la source toujours jaillissante de la vérité. Plus nous avons crû dans la connaissance de la vérité, et moins nous nous contentons de ce que nous avons atteint, et plus aussi nous sentirons combien nous avons encore à apprendre. Et cela n’est point en nous de misérables paroles affectant une apparence d’humilité, mais c’est le résultat du sentiment réel et profond de notre insuffisance parfaite en présence de la grandeur et de la bonté de notre Dieu qui a pris de pauvres vers tels que nous pour nous placer dans sa propre gloire — car telles sont, en effet, les merveilleuses voies de sa grâce.

7                        Chapitre 7

Nous arrivons maintenant à la seconde grande division du livre. L’Esprit de Dieu ne nous y présente pas simplement l’histoire ou les visions de personnages païens, Nébucadnetsar et d’autres, mais les communications faites au prophète lui-même de la part de Dieu. De là vient que le sujet prédominant des pensées de l’Esprit est ce qui est relatif aux Juifs, objets de la faveur spéciale de Dieu à cette époque là, et plus particulièrement ce que Dieu tient en réserve pour eux pour le jour de la bénédiction qui est bien proche. Daniel était le canal approprié pour de telles révélations. En conséquence, l’Esprit reprend le sujet des quatre grands empires Gentils, aussi bien que celui du cinquième empire, le royaume des cieux, qui doit être introduit par le Seigneur Jésus. Mais les choses sont présentées ici d’un point de vue différent, quoiqu’en parfaite harmonie avec ce qui précède. Ici ce n’est point une grande statue commençant par ce qui est splendide, l’or et l’argent, et descendant par une détérioration manifeste et progressive au ventre et aux cuisses d’airain, puis aux jambes et aux pieds d’argile. Ici nous avons des bêtes sauvages féroces. Elles représentent bien les mêmes puissances, mais sous un autre angle. La statue convenait fort bien pour une présentation faite au grand chef de l’empire Gentil, de leurs mutations et relations respectives ; mais maintenant, voici le point de vue de Dieu sur ces mêmes puissances, ainsi que leurs relations avec son peuple.

 

Cette simple considération nous donne la clé des différentes manières selon lesquelles ces puissances sont dépeintes. Dans les détails, nous trouverons la sagesse habituelle de ce qui procède de la pensée de Dieu.

 

Dans sa vision, le prophète voit une masse d’eau agitée par les vents des cieux. De cette mer troublée sortent quatre bêtes sauvages, successivement ; car il est évident qu’il en est des empires présentés ici comme de ceux figurés par les métaux du chapitre 2 : ils ne sont pas contemporains, mais ils se succèdent l’un à l’autre pour gouverner le monde, selon la providence de Dieu. «La première était comme un lion, et elle avait des ailes d’aigle». Sans aucun doute, nous avons là l’empire de Babylone. Ce n’est pas non plus nouveau de voir le Saint Esprit appliquer à Nébucadnetsar la figure d’un lion ou celle d’un aigle. Jérémie l’avait déjà fait : «Le lion est monté de son fourré, et le destructeur des nations s’est mis en chemin» (Jérémie 4:7). Ézéchiel, comme Jérémie, l’a aussi représenté sous la figure d’un aigle. En Jérémie 49:19, 22, il est même mentionné à la fois sous l’image du lion et de l’aigle. Dans la vision de Daniel, le Saint Esprit réunit les deux figures dans un même symbole pour représenter d’une manière appropriée ce que l’empire babylonien était dans la pensée de Dieu.

 

Mais, outre ces symboles de la grandeur et de la rapidité des conquêtes qu’allait faire la bête babylonienne, nous trouvons dans la description du prophète l’indice d’un changement remarquable qui allait affecter cette bête, et dont, humainement parlant, on ne voyait alors aucun indice. Mais tout est découvert aux yeux de Dieu, et son intention, en donnant la prophétie, est que son peuple voie à l’avance ce qu’il voit lui-même. Dans la parfaite sagesse et la parfaite bonté de sa nature, Dieu a trouvé bon d’accorder une mesure de connaissance de l’avenir selon qu’il juge convenable à sa gloire ; et un enfant obéissant écoute et garde la parole de son Père.

 

Puis il fait connaître au prophète l’humiliation qui devait atteindre l’empire de Babylone. Il n’allait pas être entièrement détruit comme nation, mais sous peu, il allait perdre sa position de puissance dirigeante dans le monde. C’est le sens des ailes arrachées à la bête, laquelle se dresse ensuite sur ses pieds comme un homme, ce qui lui ôte sa force, bien sûr. Si une telle attitude est parfaitement adaptée pour l’homme, il est évident que, pour une bête féroce, c’est plutôt une humiliation. En harmonie avec cela, nous lisons aussi qu’«un coeur d’homme lui fut donné». C’est une sorte de contraste avec ce qui arriva à Nébucadnetsar, à qui fut donné un coeur de bête. Ce roi orgueilleux ne regardait pas vers Dieu, ce qui est évidemment le devoir sacré de toute âme d’homme. Celui qui ne reconnaît pas que Dieu lui a donné l’existence, veille sur lui et le comble de bienfaits chaque jour, celui-là n’est pas proprement un homme. Dieu réclame l’obéissance de la conscience, et cela seul peut opérer la conversion du coeur. Nébucadnetsar nous montre l’homme occupé de lui-même. Le don même que Dieu lui avait fait de la domination universelle avait été perverti par la puissance de Satan, au point que c’était son moi qui était le centre de ses pensées, non pas Dieu. Selon l’expression vigoureuse de l’Écriture, son coeur n’était pas un coeur d’homme, regardant en haut, et reconnaissant un Être au-dessus de lui ; mais c’était un coeur de bête, regardant en bas, et ne cherchant que son plaisir et la satisfaction de ses instincts. Tel était le cas de Nébucadnetsar, et c’est pourquoi il fut l’objet personnel d’un jugement très solennel. Mais la miséricorde de Dieu intervint après un certain temps d’humiliation, et il fut restauré comme roi. C’était là un signe avant-coureur de la condition où les puissances Gentiles allaient être réduites pour n’avoir pas reconnu le vrai Dieu ; mais c’était aussi un témoignage à leur restauration et à leur bénédiction futures, lorsque, bientôt, ces puissances reconnaîtront le royaume des cieux. Dans le cas de notre chapitre, le lion tomba dans un état de faiblesse après avoir eu la puissance comme bête. Cela eut lieu effectivement quand Babylone perdit sa suprématie dans le monde, ce qui semble bien être le sens de la dernière partie du verset. Nous avons donc d’abord Babylone dans la plénitude de sa puissance, et ensuite le grand changement opéré à son égard lorsqu’elle fut dépouillée de l’empire du monde.

Au verset suivant (v. 5), vous trouvez une description de l’empire des Perses qui avait été représenté dans la grande statue par «la poitrine, et les bras d’argent». «Et voici une autre, une seconde bête, semblable à un ours, et elle se dressait sur un côté». Trait remarquable qui, à première vue, peut ne pas paraître bien clair, mais qui se trouve expliqué par cette considération que ce n’était pas un empire aussi uniforme que celui de Babylone. Il était composé de deux peuples réunis sous un seul chef. Voici un autre trait remarquable : celui de ces deux royaumes qui était inférieur à l’autre prédomina. Les Perses prévalurent sur les Mèdes. C’est ainsi que nous avons vu, dans le chapitre 5, Darius le Mède prendre le royaume ; mais Cyrus lui succéda bientôt, et à partir de ce moment ce furent toujours les Perses qui gouvernèrent, non pas les Mèdes.

Ceci est donc une nouvelle preuve de ce que nous avons dit plus haut, que nous n’avons réellement aucun besoin de l’histoire pour comprendre la prophétie. C’est pour avoir méconnu cette vérité, que beaucoup de gens sont plongés dans l’incertitude. Nous pouvons recourir à l’histoire comme par hommage rendu à la prophétie ; mais la confirmation par l’histoire de l’accomplissement de la prophétie est une chose très différente de son interprétation. La prophétie, comme toute l’Écriture, n’est expliquée que par l’Esprit de Dieu ; Lui n’a pas besoin de laisser la Parole écrite ni de recourir à l’aide de l’homme pour expliquer ce qu’il a inspiré. Il n’y a que l’Auteur de l’Écriture qui soit réellement capable de l’expliquer. Je ne devrais pas avoir besoin d’insister sur cela, vu que c’est un principe de vérité élémentaire, mais aujourd’hui, on n’a jamais eu autant besoin d’insister sur les principes élémentaires de la vérité.

 

L’Écriture nous fournit donc ici ce fait manifeste que, tandis que le second empire se composait de deux parties, et que les Mèdes formaient la branche la plus ancienne de l’empire, c’est néanmoins Cyrus le Perse qui allait prédominer. C’était là le côté sur lequel la bête se tenait. «Elle avait trois côtes dans sa gueule, entre ses dents» ; signe bien clair, à mon avis, de la rapacité extraordinaire qui a caractérisé l’empire Perse. Si nous voyions devant nous différents animaux selon un panorama, et que l’un d’eux soit représenté en train de dévorer beaucoup de proies, n’aurions nous pas tout de suite à l’esprit l’idée d’un appétit singulièrement vorace ? Tels étaient les Perses, qui eurent maintes fois à tenir tête à des soulèvements causés par leurs extorsions et leur cruauté. Il est vrai que, par leur moyen, la providence de Dieu opéra en faveur des Juifs ; mais cela ne faisait qu’un contraste d’autant plus marqué avec leurs habitudes ordinaires ; tandis que les Perses étaient extrêmement durs envers les autres peuples, ils se montrèrent doux et favorables à l’égard d’Israël ; mais, je le répète, ce n’était qu’une exception. En général, leur vrai caractère était bien dépeint par l’image d’une bête féroce et avide. C’est ce qu’on a avec l’ours ayant trois côtes dans sa gueule, entre les dents — une illustration directe de ses penchants voraces. «Et on lui dit ainsi : Lève-toi, mange beaucoup de chair». Ces paroles expliquent la vision ; elles sont une allusion évidente à leurs habitudes pillardes.

 

En troisième lieu, vient un léopard avec quelques traits remarquables, bien qu’il ne faille pas chercher de la régularité ou de l’homogénéité dans les descriptions. Chaque figure illustre certaines vérités ; mais si on veut harmoniser formellement tous les détails, on n’y arrive pas. Ainsi, pour ce léopard, rien dans la nature n’y ressemble ; mais Dieu emprunte à diverses choses existant séparément des traits qu’Il combine pour donner une idée de ce qu’était ce nouvel empire. Aussi, tandis que le léopard est déjà remarquable par son agilité dans la poursuite de ses proies, il est rajouté, en vue de faire penser à quelque chose d’extraordinaire, qu’il avait «quatre ailes d’oiseau sur son dos». Si jamais il y a eu un cas où l’impétuosité du courage dans la poursuite de grands desseins ait été unie à la rapidité d’exécution de conquêtes en série, c’est à coup sûr dans l’histoire d’Alexandre le Grand qu’on le trouve. Le royaume grec ou macédonien porte un caractère de rapidité qu’aucun autre n’a jamais eu ; c’est pour cette raison qu’il est symbolisé d’un côté par le léopard et de l’autre par les quatre ailes d’oiseau.

 

Mais de plus, «la bête avait quatre têtes ; et la domination lui fut donnée». Ce trait ne nous montre pas simplement Alexandre, mais aussi ses successeurs. Les quatre têtes signalent la division de son royaume en quatre parties après sa mort. Nous avons donc ici des symboles de l’empire grec non seulement dans son état d’origine, mais aussi dans ses états ultérieurs. C’était vraiment l’empire lui-même qui était divisé en quatre. Il n’y a pas eu exactement quatre parties seulement, car à un certain moment, les généraux d’Alexandre se sont divisés, et six d’entre eux régnèrent sur six parties différentes ; mais peu à peu elles se ramenèrent à quatre. Nous l’apprenons par le chapitre suivant, et nous n’avons nul besoin de recourir à l’histoire pour cela.

Sans aucun doute, tout ce qui est fait ou science doit confirmer la parole de Dieu ; mais en face d’eux, cette parole n’a pas à prouver qu’elle est divine. Autrement, qu’adviendrait-il de ceux qui ne comprennent rien à la science ou à l’histoire ? Les personnes qui s’adonnent beaucoup à l’une ou à l’autre en vue de confirmer les Écritures, n’ont jamais glané que de misérables épis, en comparaison de la moisson si riche qu’on peut faire dans l’Écriture. C’est tout autre chose, si se nourrissant de la Parole, et croissant dans la connaissance de l’Écriture, on est placé devant ce que les hommes en disent au cours de l’accomplissement de nos obligations. Il n’y a rien, même dans les découvertes les plus récentes de la science, qui ne rende involontairement hommage à l’Écriture. Le croyant qui se base fermement sur l’Écriture, qui compte sur Dieu et fait usage de tous les moyens de Sa parole et de Son Esprit, a un réel avantage : sa confiance est en Dieu, et non dans les découvertes ou les pensées des hommes. L’homme qui cherche ici-bas est exposé à toute l’incertitude et à tous les brouillards de ce bas monde. Mais celui qui s’éclaire à la lumière de la parole de Dieu, possède un soleil plus brillant qu’en plein midi ; aussi ne court-il pas le risque de s’égarer, pour autant qu’il reste soumis à cette lumière. Et l’Esprit de Dieu peut et veut produire en nous cette soumission. De fait, nous errons tous plus ou moins ; mais la faute n’en est point à quelque défaut entachant la parole de Dieu, ni à quelque manque de puissance du Saint Esprit pour enseigner. Toutes nos erreurs proviennent du manque d’une foi simple en la perfection de l’Écriture et en la direction bénie de l’Esprit qui aime à nous conduire dans toute la vérité.

 

Avec le verset suivant (v. 7), commence une autre vision ; car les six premiers versets constituent une même section ou vision, et les deux sont introduites par les mêmes mots : «Je vis dans les visions de la nuit». Daniel contemple d’abord les quatre bêtes d’une manière générale ; et si quelques détails sont donnés, c’est sur les trois premières. Mais la quatrième est évidemment celle qui occupait d’une façon plus particulière la pensée du Saint Esprit, et en conséquence le prophète y revient : «Après cela je vis dans les visions de la nuit, et voici une quatrième bête, effrayante et terrible et extraordinairement puissante, et elle avait de grandes dents de fer». Ici, évidemment, la prophétie nous donne une figure du quatrième empire, ou empire romain. Je ne veux pas aborder maintenant les nombreuses preuves qui l’établissent. Parmi les lecteurs de ces pages, il ne s’en trouvera guère pour combattre la pensée que les quatre empires bien connus correspondent à la statue du chapitre 2 et aux bêtes du chapitre 7. Quelques-uns l’ont bien nié, mais c’est une idée tellement bizarre, qu’il n’y a pas lieu de s’y arrêter.

 

Ceci étant admis, la quatrième bête représente donc ouvertement l’empire romain. Ce qui le caractérise sous le rapport politique, c’est une force à laquelle rien ne résiste. Il est figuré par un monstre sans pareil dans la nature. L’Apocalypse nous le décrit plus complètement, parce que l’empire romain étant établi alors, et sa destinée future menant jusqu’à la fin du temps, il devenait l’objet exclusif de l’attention — c’était véritablement la bête. C’est pourquoi le chapitre 13 nous en fournit une description, et nous l’y trouvons représenté comme «un léopard, ses pieds comme ceux d’un ours, et sa bouche comme la bouche d’un lion». Et cette créature composite se distingue encore (v. 1) par le fait qu’elle a sept têtes et dix cornes, et sur ses cornes dix diadèmes. C’était la puissance sous laquelle, en ce même temps, Jean souffrait dans l’île de Patmos ; et comme de plus grandes souffrances étaient en réserve pour le peuple de Dieu, ainsi que des blasphèmes contre Dieu, nous ne nous étonnons pas d’avoir une description détaillée de cette puissance.

 

Elle apparaît ici comme «une quatrième bête, effrayante et terrible et extraordinairement puissante, et elle avait de grandes dents de fer : elle dévorait et écrasait ; et ce qui restait, elle le foulait avec ses pieds». Autrement dit, c’était une puissance sans pareil pour faire des conquêtes et s’agrandir, et pour fouler et gâter pour les autres ce qu’elle n’incorporait pas à sa propre substance. «Elle était différente de toutes les bêtes qui étaient avant elle». Cet empire maintenait un sentiment profond de la volonté de l’homme — de la volonté du peuple ; il combinait certains éléments républicains avec un despotisme de fer aussi absolu qu’aucun despotisme ayant jamais dominé dans ce monde. Chacun de ces deux principes, l’élément despotique et l’élément républicain fonctionnaient de manière distincte, mais en harmonie apparente.

 

Mais ce n’est pas tout. La bête a un autre caractère très marqué : «elle avait dix cornes». Il n’en était pas ainsi dans les autres empires. Après la mort de son fondateur, l’empire grec se partagea progressivement entre quatre chefs ; mais le trait particulier de l’empire romain, c’est d’avoir dix cornes. Il n’y a pas à chercher de développement historique dans cette vision, autrement les dix cornes ne seraient pas apparu dans la bête romaine quand le prophète la vit pour la première fois : en fait ce n’est qu’après plusieurs siècles d’existence comme empire que Rome a eu plus d’un chef. Il est évident que l’Esprit de Dieu, dès la toute première apparition de la bête, introduit ses caractères de la fin, non point ceux de son commencement. Elle était forte et orgueilleuse, elle dévorait, elle foulait à ses pieds ce qui restait, elle était différente de toutes les autres. Rome a pu réaliser tous ces traits sous le règne des Césars ; mais alors, elle n’avait pas dix cornes. Impossible de prétendre les trouver avant la dislocation de l’empire ; et après, l’empire romain a plutôt cesser d’exister pour parler avec exactitude. Le titre d’empereur a pu être maintenu, mais c’était une coquille vide. Comment pourrait-on considérer cette prophétie comme accomplie, puisqu’aussi longtemps que l’empire a existé dans sa forme non divisée, il n’y a pas eu de cornes, et qu’inversement, l’empire, comme tel, a cessé d’exister une fois qu’il s’est disloqué en plusieurs royaumes distincts ? Comment concilier ces deux faits ? Car il ressort clairement de ce que nous lisons ici qu’une bête est tout autre chose qu’une corne. La bête représente l’unité impériale. Or à Rome, tant que l’empire a subsisté, il n’y a pas eu dix cornes, et lorsque les royaumes distincts sont apparus, l’unité impériale a disparu.

 

Comment se fait-il donc que la prophétie réunit ces deux choses ? À mon avis, l’Esprit de Dieu visait à l’avance la dernière phase de l’empire romain, quand ces deux traits apparaîtront de nouveau, mais cette fois, réunis. Cette dernière phase se termine par un jugement divin, selon qu’il est écrit un peu plus bas : «Je vis jusqu’à ce que les trônes furent placés (*), et que l’Ancien des jours s’assit. Son vêtement était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête, comme de la laine pure ; son trône était des flammes de feu ; les roues du trône, un feu brûlant». Il est évident que nous avons là une figure de la gloire divine dans l’exercice du jugement ; ce n’est pas simplement quelque voie de la providence de Dieu sur la terre, mais c’est bien le processus de jugement que Dieu va mettre en place. «Un fleuve de feu coulait et sortait de devant lui. Mille milliers le servaient, et des myriades de myriades se tenaient devant lui. Le jugement s’assit, et les livres furent ouverts». Quelque soit la période à laquelle on estime que ces choses auront lieu, il est manifeste qu’il s’agit de jugement divin. «Je vis alors, à cause de la voix des grandes paroles que la corne proférait, — je vis jusqu’à ce que la bête fut tuée ; et son corps fut détruit et elle fut livrée pour être brûlée au feu». La corne à laquelle il est fait ici allusion est la onzième, celle qui s’éleva parmi les dix. C’était cette petite corne qui commença par de petits commencements ; puis, d’une manière ou de l’autre, elle trouva le moyen d’arracher trois des premières cornes, et ultérieurement, elle devint le guide et le gouverneur de la bête tout entière. «Je vis alors, à cause de la voix des grandes paroles que la corne proférait», non pas «jusqu’à ce que la corne fut renversée», mais «jusqu’à ce que la bête fut tuée». De sorte que cela implique que cette petite corne était parvenue à gouverner toute la bête.

(*) traduction confirmée par les meilleurs traductions anciennes et modernes

Le verset que nous avons sous les yeux montre qu’un jugement divin et destructif devait atteindre cette petite corne et la bête. Ce jugement a-t-il eu lieu ? Évidemment non. Il est manifeste, en effet, que, dans tout ce qui est arrivé à l’empire romain dans les siècles passés, on ne voit rien d’autre que le cours ordinaire des choses dans la marche et le déclin d’une grande nation. Les hordes barbares le déchirèrent, et des royaumes distincts se formèrent ; mais c’est d’une tout autre choses que la prophétie nous parle : elle annonce un jugement qui s’exécutera sur la bête d’une manière entièrement différente de ce qui a eu lieu pour les autres bêtes ; ce jugement sera même en contraste avec celui des autres bêtes. «Je vis jusqu’à ce que la bête fut tuée ; et son corps fut détruit et elle fut livrée pour être brûlée au feu. Quant aux autres bêtes, la domination leur fut ôtée ; mais une prolongation de vie leur fut donnée, jusqu’à une saison et un temps». Autrement dit, il existe encore maintenant des restes des Chaldéens, ou des races ainsi appelées ; la Perse est restée un royaume, et ces dernières années (*) les Grecs en ont aussi constitué un. Ces pays existent donc, mais non pas dans la forme de puissance impériale ; ce sont des ethnies qui représentent plus ou moins ces anciens empires, mais leur étendue est moindre, et ils n’ont plus la domination qu’avaient ces empires. Tel est le sens du verset 12. La domination leur a été ôtée comme gouverneurs du monde ; mais «une prolongation de vie leur fut donnée, jusqu’à une saison et un temps».

(*) Note Bibliquest : on rappelle que ces lignes ont été écrites en 1860 (voir 2° note en tête du présent livre).

Il en est bien autrement pour le dernier empire quand arrive l’heure de son jugement. Les trois premiers, nous l’avons vu, perdent leur dignité impériale ; mais, on peut dire qu’ils existent encore. En ce qui concerne le quatrième empire au contraire, la fin de sa domination et sa destruction ont lieu en même temps. «La bête fut tuée ; et son corps fut détruit et elle fut livrée pour être brûlée au feu».

Qui peut mettre en doute qu’il s’agit là de la même scène que celle du chapitre 19 de l’Apocalypse, où nous lisons : «Et je vis la bête, et les rois de la terre, et leurs armées assemblées pour livrer combat à celui qui était assis sur le cheval et à son armée». Le prophète-apôtre était arrivé au temps de la dernière bête : les trois autres étaient antérieures dans la révélation divine ; elles avaient eu leur jour, et il ne restait plus que la dernière. Par conséquent, quand Jean dit : «la bête», nous devons comprendre «l’empire romain». Cette bête donc et les rois de la terre font la guerre au Seigneur. «Et la bête fut prise, et le faux prophète qui était avec elle, qui avait fait devant elle les miracles par lesquels il avait séduit ceux qui recevaient la marque de la bête, et ceux qui rendaient hommage à son image. Ils furent tous deux (remarquez cela) jetés vifs dans l’étang de feu embrasé par le soufre». Or ceci est très remarquable, parce que l’étang de feu de l’Apocalypse correspond en Daniel au jugement du feu brûlant le corps de la bête ; seulement l’Apocalypse nous expose la chose d’une manière plus complète ; ce n’était pas un simple contrôle exercé sur les circonstances, mais un acte de la puissance divine qui les jette tout droit dans l’enfer, sans qu’un jugement préalable soit nécessaire ; car ce qu’il en était d’eux était parfaitement clair. Pris sur le fait en train de s’opposer ouvertement au Seigneur de gloire, ils sont jetés dans l’étang de feu. A-t-on jamais rien vu de semblable avec l’empire romain ? Bien sûr que non. Quoi donc ? L’empire romain a disparu ; car voilà mille ans et plus que c’en est fini de son existence, sauf sous forme d’un titre insignifiant que les ambitieux se sont disputés. Plusieurs royaumes distincts se sont substitués à l’unité de l’empire romain.

 

Mais que trouvons-nous ici ? La réapparition de l’empire romain. Et cela s’accorde parfaitement avec d’autres parties de la parole de Dieu. Il y a en Apocalypse une expression remarquable à laquelle on a fait allusion plus d’une fois. C’est en Apocalypse 17, v. 8 et suivants : «la bête qui était, et qui n’est pas, et qui sera présente». Je ne sais pas comment des traducteurs ont pu dire : «Et qui toutefois est». Cette expression n’a même pas de sens, et la pensée réelle de l’Écriture est particulièrement simple. Il n’y a aucun énigme à chercher ici. L’empire romain devait avoir trois phases : d’abord sa forme impériale originelle, lorsque Jean souffrit sous le dernier des Césars. Ensuite, son état de non existence, à partir du cinquième siècle, quand les Goths, les Vandales, etc, amenèrent sa dissolution : c’est sa condition actuelle. Mais il reste une troisième phase, la dernière, sous laquelle il doit être en opposition ouverte contre Dieu et contre l’Agneau. Telle est la destinée future de l’empire romain. Il doit être reconstitué, et surgir de nouveau en tant qu’empire, et dans cette dernière condition, il combattra contre Dieu, pour sa ruine. Et remarquez comment cela laisse place libre pour le point que je désirais éclaircir. Nous n’aurions pas pu trouver dans le passé les dix cornes, pas plus que la bête ; mais nous le pouvons dans l’avenir, et c’est ce que présente la scène d’Apocalypse 17 : «Les dix cornes que tu as vues sont dix rois qui n’ont pas encore reçu de royaume». Mais, est-il ajouté, «ils reçoivent pouvoir, comme rois, une heure avec la bête».  De telle sorte que lors de la réapparition de la bête, on lui verra ce trait singulier : malgré une grande tête de l’unité impériale, cela n’exclura pas pour autant des royaumes distincts. On trouvera encore les rois de France, d’Espagne, etc. Qu’on ne suppose point que parler ainsi, c’est vouloir faire le prophète. Le vrai moyen d’être gardé d’une telle présomption, c’est d’étudier la prophétie. En étudiant la prophétie, on apprend ce que Dieu déclare ; en faisant le prophète, on ne fait qu’émettre ses propres pensées. Dans le passage qui nous occupe, il ne s’agit ni d’un empire sans les dix rois, ni de dix rois sans l’empire, mais la combinaison de ces deux choses. On y trouve l’unité impériale qui correspond à la bête, en même temps que ces rois distincts ; c’est leur coexistence qui forme le trait caractéristique de l’empire romain en sa dernière phase : c’est vers cela que tout tend aujourd’hui.

 

Le prophète vit la dernière condition de l’empire avec ses dix cornes : «Je considérais les cornes, et voici une autre corne, petite, monta au milieu d’elles, et trois des premières cornes furent arrachées devant elle. Et voici, il y avait à cette corne des yeux comme des yeux d’homme, et une bouche proférant de grandes choses». Certains ont eu l’habitude d’appliquer tout ceci au pape. Sans aucun doute, le pape était extrêmement opposé à quiconque appréciait la parole de Dieu. Mais nous devons toujours prendre garde, lorsque nous lisons l’Écriture, de ne pas trop chercher à appliquer la parole de Dieu à ce qui se rencontre sur notre chemin, ou à ce que nous pouvons juger être extrêmement mauvais, — comme le pape et le papisme le sont bien certainement. Il nous faut toujours rechercher soigneusement ce que Dieu veut dire dans Sa parole. Il est vrai qu’il y a une analogie notable entre la papauté et la petite corne. Il peut avoir été l’intention de Dieu qu’à certaines époques, ses enfants souffrant de la papauté trouvent quelque secours et quelque encouragement dans cette interprétation de l’Écriture. Ce changement des saisons et de la loi en particulier, dont parle le verset 25, aussi bien que les grandes paroles et la persécution des saints, peuvent avoir eu un accomplissement dans ce qu’a fait la papauté, notamment ses canons, ses bulles et son influence politique. Mais il reste toujours à demander si c’est là la complète signification et la portée propre de la prophétie.

Prenez, par exemple, Matthieu 24 : On y trouve le commencement de douleurs ; puis l’abomination de la désolation établie dans le saint lieu, et un avertissement à fuir Jérusalem ; une tribulation sans pareille, etc. Je puis comprendre que tout cela peut trouver une application, dans une mesure, lors de la destruction de Jérusalem par Titus. Mais qui dira que cet événement est tout ce que le discours de notre Seigneur avait en vue, et en réalise la pleine signification ? Il est impossible de le penser, pour peu qu’on examine attentivement ce chapitre. Lorsque Dieu donne une prophétie, il permet très souvent qu’il y ait une sorte de prélude à son accomplissement ; mais nous ne devons jamais y voir l’achèvement de la prophétie. L’empire romain est tombé, et de sa chute surgit une puissance, nouvelle et singulière, pleine de prétentions religieuses, et s’élevant contre Dieu. Soutenir que c’est là le plein accomplissement de la prophétie, serait une aussi grande erreur que de supposer que Dieu n’y a jamais fait aucune allusion. Il devait y avoir l’Islam en Orient, et la papauté en Occident ; mais la question revient toujours : Est-ce là tout le message du Saint Esprit ? Je dis non, pour la raison déjà donnée, que si l’on considère l’histoire de la papauté, la bête avait disparu lorsque le pape a pris place.

Il y a plus encore : le pape n’a jamais acquis trois des dix royaumes. Il a pu recevoir la patrimoine de Pierre, mais il est toujours resté politiquement un petit pouvoir, avec un territoire minime. Au lieu d’acquérir trois des dix royaumes, toute son importance est issue de la séduction spirituelle qu’il a exercée sur les âmes des hommes. Il ressort donc clairement de ce que nous venons de dire que le Pape n’a jamais eu une puissance, petite dans ses commencements, puis s’élevant et renversant trois puissances plus grandes, pour acquérir par là toute leur domination. Ainsi donc, quoiqu’il existe quelque ressemblance entre le pape et la petite corne, il y a assez de différence pour décider qu’elles sont tout à fait distinctes.

 

L’empire existe dans la plénitude de sa force au temps où apparaissent les dix cornes et la petite corne. Plus tard, cette dernière s’agrandit et gouverne la bête tout entière. À l’opposé, le pape a perdu depuis longtemps la moitié de son influence en Europe, et il a été dépouillé de la majeure partie de ses possessions italiennes ; nul ne peut dire quel sera le résultat de tout le travail qui se fait maintenant dans les faits et dans les idées.

 

La puissance que nous présente ici la prophétie est une puissance très forte qui assujettit les dix cornes. L’Apocalypse nous apprend que l’ensemble des dix rois s’accordent pour donner leur puissance et leur force à la bête. Dieu abandonne tout parce que c’est le temps où il y aura une énergie d’erreur, et où les hommes croiront au mensonge. On peut en conclure, non pas que ceci est sans rapport avec la papauté, mais plutôt que son plein accomplissement est encore futur. L’Écriture est claire que l’empire romain, qui a cessé, réapparaîtra, et sera un instrument du faux prophète pour donner son support à la dernière grande entreprise de Satan contre le Seigneur Jésus Christ.

 

Nous lisons dans Daniel que cette petite corne renverse trois puissances. Son caractère moral nous est ensuite décrit. Elle a des yeux semblables aux yeux d’un homme, et une bouche qui profère de grandes choses. C’est un personnage remarquable par son immense intelligence — non pas par sa force brutale. La description qui nous en est faite contraste avec celle que l’Écriture nous donne du Seigneur, et de l’Agneau immolé caractérisé par sept cornes et sept yeux — c’est-à-dire la perfection de l’intelligence et de la puissance. Il n’en est pas ainsi de la bête. Extérieurement, la puissance a l’air beaucoup plus grande. Elle a dix cornes au lieu de sept, un monstre au lieu d’une perfection. C’est une sorte d’exagération grotesque de la puissance et de la sagesse de Christ que s’arrogera ce méchant, animé par Satan. Vient alors sa destruction à cause de ses terribles blasphèmes contre Dieu.

 

Voilà maintenant une nouvelle vision (v. 13, 14) en contraste avec les puissances représentées par les bêtes féroces. C’est un personnage «comme un fils d’homme» ; cela rappelle la pierre d’apparence insignifiante du chapitre 2, qui frappa la grande statue, et la réduisit en pièces, de la tête aux pieds. Ici le «Fils de l’homme vint avec les nuées des cieux, et il avança jusqu’à l’Ancien des jours, et on le fit approcher de Lui». L’Ancien des jours représente Dieu comme tel, «celui qui est haut élevé et exalté, qui habite l’éternité» (És. 57:15). Dans l’Apocalypse, ces deux gloires [de fils d’homme et d’Ancien des jours] sont réunies en un dans la personne de Christ. Le chapitre 1 d’Apocalypse nous montre quelqu’un comme le Fils de l’homme ; mais lorsque nous arrivons à la description de sa personne, quelques-uns de ses traits sont exactement les mêmes que ceux attribués ici à l’Ancien des jours, dont il est dit que son vêtement était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête étaient comme de la laine blanche, etc. Le prophète juif voit Christ simplement comme homme ; le prophète chrétien le voit comme homme, mais aussi comme Dieu.

 

«Et on lui donna la domination, et l’honneur, et la royauté, pour que tous les peuples, les peuplades et les langues, le servissent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et son royaume, un royaume qui ne sera pas détruit». Le royaume ne lui sera point ôté, et un autre royaume ne succédera point au sien. Ce sera un royaume éternel, au sens qu’il durera autant que le monde ; car, au sens strict, il ne s’agit pas d’une scène éternelle. Les prophètes juifs montrent le millénium ; mais ils ne révèlent pas, comme le Nouveau Testament, ce qui sera lorsque toutes choses auront été assujetties à Dieu, au Père lui-même, quand Dieu sera tout en tous. Ceci était tenu en réserve pour un autre temps, et l’Apocalypse en assure le suivi de la manière la plus bénie au ch. 21 v. 1-8.

 

Précisément, à ce sujet, remarquez, un point de quelque importance. La dernière partie du chapitre comprend des explications ; mais nous ne devons jamais supposer que les explications fournies par l’Écriture se bornent simplement à ce qui a déjà été communiqué. Ainsi font les hommes dans leurs ouvrages, mais les explications que Dieu donne apportent toujours quelque vérité nouvelle. C’est là une considération importante. Pour ne pas l’avoir compris, on a supposé que le royaume de Christ était simplement la domination conférée aux saints. Il doit y avoir le royaume du Fils de l’homme et le royaume de son peuple ; mais assurément il faut bien nous garder de croire que cela signifie le règne des saints dans un sens figuré, à l’exclusion du Fils de l’homme. L’explication introduit les saints, ce que la vision ne fait pas. Si vous réduisez l’explication à l’équivalent de la vision, vous ne faites rien moins que nier le règne personnel de Christ. Mais le principe est aussi faux que la déduction qu’on en tire.

 

Au verset 17, la personne à laquelle s’adresse le prophète lui dit : «Ces grandes bêtes, qui sont quatre, sont quatre rois qui surgiront de la terre». Leur origine était purement terrestre. Il n’y a pas la moindre contradiction entre cette origine terrestre et ce dont nous informe le verset 2, savoir qu’elles montaient de la mer. La raison pour laquelle elles sont dites s’élever de là, c’est que la mer est le symbole d’une masse d’hommes en état d’anarchie politique. Les empires s’élèvent du sein de telles conditions troublées et agitées des peuples. Voyez-en un exemple dans l’empire français. Une révolution avait renversé l’ancien système de gouvernement ; vint ensuite un état de grande confusion semblable à celui de la mer bouleversée par les vents, et il en sortit un empire. Les quatre grands empires ont eu une telle origine ; ils sont sortis d’un état de choses pareil dans le monde. C’est aussi, à très peu de chose près à la même époque qu’il faut faire remonter leurs commencements à tous quatre. Sans doute il y eut une différence immense, quant au degré du développement, entre les peuples de l’Orient et ceux de l’Occident. Comparativement, les puissances occidentales étaient seulement au berceau ; mais on pouvait remonter au commencement de toutes ces diverses puissances, essentiellement à la même date, et au même état de confusion et d’anarchie. Il semble que ce soit là le sens du fait qu’elles venaient de la mer.

 

Mais le verset 17 nous apprend qu’elles s’élèvent sur la terre. Elles n’ont pas une origine céleste. La mer indiquait simplement qu’elles surgissaient d’un état préalable de trouble et de confusion dans la société : telle était leur origine sous le rapport des voies de la providence de Dieu. Mais ce verset-ci envisage leur origine morale comme étant purement terrestre, en contraste avec le Fils de l’Homme qui vient avec les nuées du ciel. Ce qui est dit dans le verset suivant, 18, rend cela encore plus manifeste : «Et les saints des lieux très hauts recevront le royaume, et posséderont le royaume à jamais, et aux siècles des siècles». Cette expression «les lieux très hauts» a donné naissance à celle des «lieux célestes» que l’on trouve dans le Nouveau Testament. Elle est la même, soit qu’il s’agisse de nos bénédictions («bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ» en Éphésiens 1:3), soit qu’il s’agisse des ennemis dans les «lieux célestes» (Éphésiens 6:12). Les saints des lieux célestes, c’est-à-dire probablement les saints de Dieu en connexion avec les lieux célestes, recevront le royaume. C’est là que se trouve le contraste. S’agissant des quatre grandes puissances, ce qu’on pouvait en dire, quant à leur origine politique, c’est qu’elles s’élevaient d’un état de choses confus et désordonné dans le monde [la mer, 7:3]; ou, quant à leur origine morale, qu’elles n’étaient pas du ciel [de la terre, 7:17]. D’un autre côté, vous avez dans «les saints des lieux célestes» ceux qui sont destinés à recevoir le royaume qu’ils posséderont à toujours.

 

Cette considération ajoute une vérité importante au fait que le Fils de l’Homme obtient le royaume. Lorsque la domination lui est donnée, il ne prendra pas le royaume tout seul : tous ceux qui, dans tous les âges, auront attendu ce royaume, viendront avec lui. Ce sera le temps où il manifestera ses saints ressuscités, le temps où Abraham, Énoch, David, tous ceux qui, quels qu’ils soient, l’auront connu par la foi, seront là dans leurs corps changés et glorifiés, et ils régneront avec lui. «Ne savez-vous pas, dit l’apôtre, que nous jugerons le monde ?» Il doit s’agir clairement du royaume du Fils de l’Homme. En effet, s’il n’était question que d’aller au ciel pour être avec Christ, ce ne serait point juger le monde. Ainsi même s’il vrai que nous irons au ciel, ce n’est pas tout. «Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ?» Si nous ne l’avons pas appris, d’où cela vient-il ? Le royaume a été oublié, si cette vérité n’a pas été l’objet de notre attente. Et remarquez son importance pratique. Le fait même que vous ne la connaissez pas prouve qu’il vous manque quelque chose dont Dieu fait grand cas. Comment Dieu s’en sert-il dans la première épître aux Corinthiens ? Il s’en sert pour reprocher aux saints le fait de porter leurs différends devant le monde. Ne savez-vous pas, leur dit-il en raisonnant avec eux, que vous êtes appelés à cette place de dignité ? Ce n’est pas simplement que vous l’aurez bientôt ; mais Dieu veut la faire connaître de manière certaine à la foi, dès maintenant. Comme un héritier d’un royaume est instruit et préparé pour le trône qu’il doit occuper, de même Dieu éduque ses saints maintenant pour avoir part au royaume du monde qui, de droit, appartient à Christ. C’est une vérité de Dieu révélée que le royaume du monde sera celui de notre Seigneur et de Son Christ ; mais quand il régnera, les saints régneront aussi.

 

Qui sont les saints des lieux célestes ? Ceux dont le coeur est en haut avec Christ — ceux qui seront convertis avant que Christ vienne et qu’il gouverne un peuple rassemblé sur la terre — ceux qui dans les âges passés sont morts en Christ, ou qui maintenant attendent Christ — ceux aussi qui passeront par la grande tribulation. Tous ceux-là sont des saints des lieux très hauts. Ils sont en contraste avec d’autres ; car lorsque Christ viendra pour régner, il y aura des saints qui seront bénis sur la terre. Ce sera là aussi une grande moisson, et le Seigneur introduira ces saints dans toutes les bénédictions promises pour son royaume. Mais quant à nous, nous sommes choisis en Christ avant la fondation du monde, et nous régnerons au-dessus de la terre. Ce royaume-là est distingué du royaume et de la domination sous tous les cieux. Il y a une certaine classe de saints qui se trouvent dans les cieux, mais il est parlé d’une autre qui est ici-bas. Le royaume sera donné au peuple des saints des lieux très hauts. Ce peuple comprend une partie des personnes sur lesquelles les saints régneront. «Ne savez-vous pas, dit l’apôtre Paul en insistant là-dessus, que les saints jugeront le monde ?» Et en conformité avec cette déclaration, nous avons dans cette prophétie «le peuple des saints des lieux très hauts» comme une classe particulière.

 

Ce chapitre renferme beaucoup de détails dans lesquels je ne suis pas entré. Je dois pourtant dire quelques mots de la description de la conduite perverse de la petite corne, quoique ce ne soit pas dans l’ordre. Nous lisons au verset 20 qu’elle «avait des yeux, et une bouche proférant de grandes choses, et dont l’aspect était plus grand que celui des autres. Je regardais ; et cette corne fit la guerre contre les saints, et prévalut contre eux, jusqu’à ce que l’Ancien des jours vint, et que le jugement fut donné aux saints des lieux très hauts, et que le temps arriva où les saints possédèrent le royaume». Puis, dans un récit ultérieur, il est ajouté (v. 25) que cette petite corne «proférera des paroles contre le Très-haut, et il consumera les saints des lieux très hauts» (il s’agit de persécutions), «et il pensera changer les saisons et la loi, et elles seront livrées en sa main jusqu’à un temps et des temps et une moitié de temps».

Il est nécessaire de comprendre ce que fera la petite corne. Le sens de ce que nous venons de lire est que le personnage en question détruira le culte juif tel qu’il existera alors sur la terre. L’expression «les saisons» signifie les jours solennels ou les fêtes de ce culte. La petite corne les changera, comme fit Jéroboam : «elles seront livrées en sa main, etc.». On a souvent supposé que le mot «elles» désignait les saints ; mais c’est une erreur complète. Ce sont «les saisons et la loi» qui seront livrées en sa main pour un certain temps de durée limitée. Dieu la laissera aller son train. Elle pensera à le faire. Et le fait qu’elles seront livrées en sa main, montre qu’elle réussira pour un temps à accomplir ses désirs. Mais Dieu ne veut jamais livrer ses saints dans les mains de ses ennemis, même pour un temps aussi court. Il les garde toujours dans ses mains à Lui. Job ne fut jamais davantage dans les mains de Dieu que lorsque Satan désira l’avoir pour le cribler comme le blé. Les brebis sont dans les mains du Père et du Fils, et jamais personne ne pourra les en arracher. Il n’y a pas trace dans la Parole de l’idée que Dieu puisse les laisser ou les oublier. Il s’agit tout simplement ici des arrangements extérieurs relatifs au culte, dont les Juifs seront les représentants sur la terre, et que Dieu laissera tomber pour un temps sous la coupe de ce personnage. Car il est manifeste qu’en ce temps-là, il y aura des saints juifs qui confesseront Dieu, et Jésus aussi, en quelque mesure, comme il est dit (Apocalypse 14) : «Ici est la patience des saints ; ici sont ceux qui gardent les commandements de Dieu et la foi de Jésus». Ces saints seront dans une position toute particulière : ils feront une sorte de combinaison de garder la loi, en reconnaissant Jésus dans une certaine mesure. C’est pendant cet état de choses qu’ils tomberont sous la coupe de cette petite corne «jusqu’à un temps et des temps et une moitié de temps» — c’est-à-dire, pour une période de trois ans et demi qui se terminera par la venue de Christ en jugement.

8                        Chapitre 8

Au point où nous en sommes du livre de Daniel, il se fait un changement remarquable qui n’est peut-être pas connu de tous ses lecteurs. La langue, dans laquelle l’Esprit de Dieu révèle les visions suivantes est différente de celle des parties précédentes du livre. Depuis le début du chapitre 2 (v. 4) jusqu’à la fin du chapitre 7, le langage employé est le chaldéen, celui du roi de Babylone ; tandis qu’à partir du chapitre 8 jusqu’à la fin, c’est l’hébreu — la langue ordinaire de l’Ancien Testament. Or, ce changement n’est pas sans raison. Voici, je pense, ce qu’il faut en conclure : ce qui concernait particulièrement les monarchies Gentiles fut communiqué dans le langage du premier grand empire Gentil. Cela les concernait directement ; et le fait est, comme nous le savons, que la première vision, celle de la statue, fut reçue par le monarque Gentil lui-même — Nébucadnetsar. À partir de là, jusqu’à la fin du chapitre 7, c’est dans sa langue que le livre de Daniel est écrit.

Mais maintenant nous allons aborder des visions concernant spécialement les Juifs. Ainsi, par exemple, le chapitre 8 fait allusion au sanctuaire, au peuple des saints, au sacrifice continuel et à beaucoup d’autres points particuliers qu’un Gentil aurait eu de la peine à comprendre, et qui n’auraient eu pour lui aucune espèce d’intérêt. Mais, quoique les détails puissent paraître bien infimes à nos yeux, ne concernant que le passé, et qu’un peuple complètement éclaté et dispersé sur la surface de la terre, pourtant, dans la pensée de l’Esprit, ces choses conservent un intérêt réel et permanent, et Dieu n’en a pas fini avec les Juifs, tant s’en faut.

Au cours de toute leur histoire, les Juifs ont appris à connaître la misère de chercher à mériter les promesses faites aux pères en pur don ; et il leur a été permis de faire la terrible expérience de la folie et de la ruine résultant nécessairement des tentatives de l’homme cherchant à gagner ce qu’il ne peut obtenir que de la seule grâce de Dieu. Tel a été, et tel est encore, le grand secret de toute leur histoire, passée comme présente. La puissance de Dieu les avait fait sortir du pays d’Égypte ; mais, à Sinaï, ils entreprirent de faire tout ce que leur disait l’Éternel. Ils ne dirent pas un mot des promesses faites par Dieu. L’Éternel y faisait allusion : mais ils ne lui rappelèrent, en aucune façon, qu’ils étaient un peuple de cou raide, rebelle et incrédule. Et lorsque Dieu leur proposa de lui obéir, au lieu de reconnaître leur profonde incapacité, au lieu de se rejeter uniquement sur sa miséricorde, ils firent, au contraire, une réponse trahissant cette hardiesse présomptueuse qui caractérise toujours l’homme dans son état naturel : «Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons».  Le résultat fut qu’ils ne firent rien de ce que l’Éternel avait dit. Ils furent désobéissants à chaque pas, et Dieu dut les traiter comme ils le méritaient. Sans aucun doute, la bonté de Dieu n’a pas cessé de se montrer dans leur histoire ; et même, par la grâce de Dieu, chaque nouvelle étape dans leurs manquements n’a fait qu’amener quelque type, ou figure des bénédictions que Dieu leur donnera bientôt : alors, guéris par sa miséricorde de la triste erreur de la chair, et disciplinés dans les souffrances, les épreuves, et cette terrible tribulation par laquelle ils doivent encore passer, ils tomberont aux pieds du Béni qu’ont méprisé et crucifié leurs pères, reconnaissant que seule, la miséricorde de Dieu peut leur obtenir une bénédiction quelconque, et que c’est uniquement Sa fidélité qui accomplira tout ce dont Il a parlé à leurs pères.

 

C’est ce que nous avons vu commencer à poindre d’une façon particulière dans les prophéties de Daniel. Car, quoiqu’il y en ait eu des types dans les parties précédentes (Daniel lui-même dans la fosse aux lions — ou comme interprète du roi — les trois jeunes Hébreux refusant d’adorer les idoles), toutes ces choses étaient des ombres anticipant ce que Dieu fera dans les derniers jours pour Israël, au milieu d’une petite semence qu’il se gardera pour Lui-même. Mais ce ne sont pas des types si clairs, et beaucoup de chrétiens considèrent comme un effet de l’imagination de les prendre pour des types. Mais maintenant nous allons trouver des choses qu’on ne devrait pas contester, même un instant. Il se trouve néanmoins bon nombre de véritables chrétiens qui prennent ces prophéties comme s’appliquant seulement à l’Église chrétienne. Ils sont disposés à voir la papauté dans la petite corne du chapitre 7. Et dans ce chapitre-ci, plusieurs y trouvent l’Islam, le fléau du monde oriental, comme la papauté est le fléau du monde occidental. Quelles que soient les analogies que n’importe quel esprit attentif et réfléchi peut faire à propos de la petite corne du chapitre 7 (je ne les contredirait nullement), j’admets qu’on peut faire les mêmes analogies avec l’Islam en Orient. Mais je désirerais faire ressortir clairement l’intention directe de l’Esprit de Dieu dans ces portions de l’Écriture. C’est très bien de voir les semences de mal qui germent dans le monde, et le fait que les horreurs des derniers jours ont des précurseurs — signaux d’avertissement surgissant de temps en temps sur la surface de la terre pour montrer ce qui va arriver. Mais dans l’étude de la parole de Dieu, il est très important d’éliminer tout désir de trouver la réponse à la prophétie dans les événements passés ou contemporains. L’essentiel est de s’en approcher sans préjugés, et animé du seul désir de comprendre ce que Dieu nous enseigne. En conséquence, qu’il s’agisse du passé ou de l’avenir, aussi bien que du présent, l’exigence majeure et absolument indispensable, est de rester soumis à Dieu et à la parole de sa grâce. C’est dans cet esprit-là que je désire m’efforcer d’expliquer le sens de notre chapitre, pour autant que le Seigneur m’en rendra capable.

Ici, comme au chapitre 7, la vision eut lieu sous le règne de Belshatsar, tandis que les visions ultérieures eurent lieu après le renversement de la puissance de Babylone. Mais jusqu’alors, Babylone n’avait pas encore été atteinte par le jugement. Pourtant, le lieu même où eut lieu la vision nous prépare à un certain changement. C’était en Orient — et même plus à l’est — au palais à Suse, dans la province d’Élam. Élam est l’ancien nom de la Perse, ou tout au moins d’un de ses districts. «Je vis dans la vision, et j’étais près du fleuve Ulaï». Je mentionne cela seulement pour montrer que nous avons certains indices sur la portée de cette prophétie. Il lève ses yeux, et voit un bélier, symbole bien connu, en usage même en Perse, et qu’on retrouve fréquemment sur ses monuments et documents publics. «Et voici, un bélier se tenait devant le fleuve, et il avait deux cornes ; et les deux cornes étaient hautes, et l’une était plus haute que l’autre, et la plus haute s’éleva la dernière». L’allusion au caractère mixte de l’empire perse est manifeste. Deux éléments, distincts l’un de l’autre, se trouvaient dans cet empire : l’élément Mède, qui était le plus ancien des deux, et l’élément Perse, qui était le plus récent. Mais, avec le temps, le plus récent devint le plus important : aussi lisons-nous que l’une des cornes était plus haute que l’autre, et que la plus haute s’éleva la dernière. Quoique Darius, le Mède, ait pris le royaume lors de la chute de Babylone, c’est néanmoins Cyrus, le Perse, qui, en son temps, obtint la prééminence, et ultérieurement, ce sont toujours les Perses qui sont surtout mentionnés. Mais la distinction des deux éléments de l’empire était constatée déjà auparavant, par exemple dans le langage des nobles à Darius disant : «la loi des Mèdes et des Perses». Le bélier avait deux cornes.

 

«Je vis le bélier heurtant vers l’occident, et vers le nord, et vers le midi» — c’est-à-dire, dans la direction des diverses conquêtes de l’empire des Perses — «et aucune bête ne pouvait tenir devant lui, et il n’y avait personne qui pût délivrer de sa main ; et il fit selon son gré, et devint grand». Ici, on est bien obligé de reconnaître que toute l’histoire profane n’a qu’à s’incliner profondément devant la parole de Dieu. Mais pour nous renseigner, nous n’avons nul besoin d’aller au-delà de l’Écriture elle-même. Qu’on lise les livres d’Esdras, Néhémie, etc., et on verra combien cette domination s’étendait loin et était incontestée. Même l’histoire profane utilisait l’expression solennelle «le grand roi» pour parler de la monarchie perse. Tout cela concorde parfaitement avec la description que nous en fait la prophétie : «Il fit selon son gré, et devint grand».

 

«Et je considérais, et voici, un bouc venant du couchant». Nous avons ici la première irruption que l’Occident ait jamais faite dans le monde oriental. C’était un événement tout à fait improbable, car l’Orient avait été le berceau de la race humaine. C’était en Orient que l’homme avait été placé à sa création. C’était en Orient qu’il avait pour ainsi dire commencé sa seconde histoire — je veux dire son histoire dans le monde après le déluge. C’est de ce centre que les diverses races d’hommes s’étaient répandues sur la terre après la confusion des langages à Babel, par l’Éternel. Enfin, c’était aussi en Orient que la civilisation avait pris un essor considérable, des siècles avant que l’Occident émerge de la barbarie. Malgré tout cela, la figure prophétique si frappante que nous avons sous les yeux nous apprend qu’un adversaire des Perses surgit de l’Occident, — une puissance venant d’une tout autre région que la leur, et représentée par le bouc de la vision — et ceci eut lieu alors que le royaume de Perse était encore sans rival, loin d’être sur le déclin, et encore dans la plénitude de sa puissance. Cette puissance de l’Occident s’avança avec la plus grande rapidité possible, selon l’expression, ici : «il ne touchait pas la terre». Quiconque est tant soit peu capable de se faire une conviction, ne peut hésiter un moment sur le sens de ce symbole, à supposer même qu’il ne disposât pas de l’interprétation divine donnée dans notre chapitre. Parmi les anciens empires, il n’y en a qu’un auquel on puisse imaginer d’appliquer ce symbole — l’empire grec — dont le premier chef, Alexandre, est évidemment visé par l’image de la grande corne sur la tête du bouc.

 

«Et il vint jusqu’au bélier qui avait les deux cornes, que j’avais vu se tenir devant le fleuve, et courut sur lui dans la fureur de sa force. Et je le vis arriver tout près du bélier, et il s’exaspéra contre lui et frappa le bélier, et brisa ses deux cornes». L’Esprit de Dieu nous donne là, en peu de mots, ce que toute l’histoire confirme. Après la chute de Babylone, un autre empire s’élèverait, symbolisé par le bélier, et ayant cette particularité de tirer sa force de deux peuples différents. Cet empire garderait toute sa puissance pendant un certain temps ; puis, d’une autre région où aucun royaume de quelque renom n’a jamais existé, il vient une puissance progressant à une vitesse étonnante, et ayant à sa tête un roi d’un courage et d’une ambition extraordinaires. Ce personnage frappe l’empire Perse si complètement que «le bélier fut sans force pour tenir devant lui : il le jeta par terre et le foula aux pieds, et il n’y eut personne qui pût délivrer le bélier de sa main». L’expression «s’exaspéra» se rapporte plus particulièrement à l’empire Grec et à Alexandre. Les Grecs avaient en effet un fond de haine contre les Perses qu’on ne retrouve dans aucun autre empire, et il y eut une grande part de sentiment personnel dans leurs guerres, ce qu’exprime admirablement le terme «s’exaspéra».

 

Qu’est-ce que cela vient faire ici ? On ne trouve rien de semblable dans les attaques des Perses contre les Babyloniens, si féroces qu’ils fussent, ni dans celles des Romains contre les Grecs ; mais cela s’applique avec justesse à l’irruption des Grecs dans l’empire des Perses. Ces derniers avaient antérieurement envahi la Grèce, et avaient ainsi soulevé contre eux les plus vifs ressentiments. Cette animosité traditionnelle se transmettait de père en fils, en sorte que les Grecs se considéraient comme les ennemis naturels des Perses. Telle était l’effet de provocation suscité par les Perses chez les Grecs, alors que ceux-ci n’étaient à cette époque qu’un groupe de petites ethnies ne cherchant guère à repousser leurs frontières au-delà de leur contrée natale. Maintenant le temps était venu pour les Grecs de leur rendre ce coup et de les attaquer dans leur propre pays ; et le bouc, avec cette corne remarquable sur la tête, arrive rempli de fureur (exaspéré), frappe le bélier et brise ses deux cornes, le jette par terre, et le foule aux pieds. Aucune description ne saurait être plus claire ni plus exacte pour donner une idée juste de la position relative de ces deux puissances. Même si vous lisiez l’histoire toute votre vie, vous ne sauriez trouver un tableau plus vivant de la chute des Perses que celui que l’Esprit de Dieu a tracé en quelques lignes.

 

Il devait s’écouler un peu moins de trois cents ans entre le temps de Daniel et l’accomplissement de ces grands événements — période suffisamment longue pour montrer la merveilleuse et parfaite sagesse de Dieu, et la manière dont il dévoile l’avenir à son peuple, — mais période relativement courte dans l’histoire du monde ; néanmoins ce n’était point là le grand objet que Dieu avait en vue. La pensée de l’Esprit vise toujours la fin. Il peut bien présenter des choses devant s’accomplir dans un avenir relativement proche, mais Il dirige principalement Son attention vers la fin de ce siècle, et non vers les événements du monde contemporain. Dieu a un peuple qui est l’objet de son coeur, quoique par sa folie, et faute de s’appuyer sur Dieu, ce peuple ait déshonoré et rejeté Christ, à la suite de quoi, selon la parole de Dieu, il a été et est un sujet de mépris et de raillerie pour les nations. Mais quoiqu’on pense de la puissance de la Perse, ou de la Grèce, et quelle que soit l’importance de leurs querelles qui remplissent l’histoire du monde, Dieu ne s’en occupe guère. Il condense les annales de plusieurs siècles en quelques mots. Le point sur lequel Dieu se focalise et vers lequel il se hâte, peut être mineur aux yeux du monde ; mais comme il se rattache aux intérêts de Son Roi et de Son peuple, Dieu passe directement aux événements qui les concernent dans les derniers jours. Cela nous donne la clé des passages suivants de l’Écriture : leur importance vient de leur relation avec l’histoire des Juifs, et de ce qu’ils sont le miroir de ce qui va arriver avant le grand jour de l’Éternel.

 

«Et le bouc devint très grand ; et lorsqu’il fut devenu fort, la grande corne fut brisée». C’est exactement ce qui arriva à Alexandre : il mourut tout jeune, au milieu de ses victoires. «Et quatre cornes de grande apparence s’élevèrent à sa place, vers les quatre vents des cieux». Après la mort d’Alexandre, il s’écoula un certain temps durant lequel ses généraux se firent la guerre entre eux, essayant d’établir et de s’approprier un grand nombre de royaumes ; mais, en définitive, il s’en forma quatre, issus du vaste empire qu’il avait laissé. Je ne doute donc nullement qu’il soit ici fait allusion à la division bien connue de l’empire d’Alexandre en quatre royaumes, qui eut lieu environ trois cents ans avant la venue de Christ.

 

«Et de l’une d’elles sortit une petite corne», nommée ailleurs dans l’Écriture le Roi du Nord. Placé au Nord, il pousse sa domination «vers le midi, et vers le levant, et vers le pays de beauté». Mes raisons pour penser ainsi, outre celle tirée de la direction qu’il donne à ses conquêtes (direction qui montre où se trouve sa puissance propre et le point d’où il partait), apparaîtront mieux lorsque nous arriverons au verset 11. Ce qui nous est présenté ici, c’est la succession de ces deux empires — la Perse d’abord, et ensuite la Macédoine. Car c’est de l’un des fragments de cet empire Grec qu’a surgi un roi qui devait plus tard jouer un rôle majeur en rapport avec le pays et le peuple des Juifs. C’est là le grand sujet de ce chapitre.

 

Nous voyons ensuite ici que cette petite corne s’agrandit même «jusqu’à l’armée des cieux, et fit tomber à terre une partie de l’armée et des étoiles, et les foula aux pieds». Ces paroles, je pense, désignent ceux qui occupaient une position d’honneur et de gloire devant le peuple juif. C’est ainsi que, dans le Nouveau Testament, les étoiles sont employées comme le symbole des personnes qui sont établies dans une position d’autorité dans l’Église. Précisément de la même manière, je pense, que par «l’armée des cieux», il faut entendre les personnes établies dans une position d’autorité dans le régime politique juif. C’est la clé pour l’intelligence de toute cette portion de la prophétie, et l’importance de tout ce qui touche Israël ressort de plus en plus. De là vient l’emploi de cette expression : «l’armée des cieux», qui peut paraître forte. Mais n’en soyons pas surpris. Dieu porte à son peuple l’intérêt le plus profond. Souvenons-nous que cela n’implique nullement que son peuple fût dans un bon état. Au contraire, quand il s’agit de juger un état de chute, il nous faut prendre en considération la position occupée par le peuple, et c’est elle qui détermine leur responsabilité. S’agissant de la chrétienté, il faut se souvenir que tous ceux qui font profession du nom du Seigneur, soit en vérité, soit à tort — toute personne baptisée, et qui, par conséquent, a pris place là où le nom de Christ est extérieurement reconnu, — se trouvent dans la maison de Dieu. Les gens s’imaginent que seuls ceux qui sont réellement convertis sont sous des obligations morales sous ce rapport. C’est une erreur complète, bien que sans aucun doute, une nouvelle catégorie de responsabilité découle du fait de la conversion et des relations de la grâce. «Si vous vivez par l’Esprit, marchez aussi par l’Esprit».

Mais il est une responsabilité ayant pour effet une grande augmentation de culpabilité, lorsqu’on a été placé dans une position privilégiée. C’est là une vérité bien solennelle, et Dieu y attache de l’importance. Voyez la seconde épître à Timothée : la maison de Dieu y est comparée à une maison grande parmi les hommes, qui renferme des vases, les uns à déshonneur et les autres à honneur. Les premiers ne sont pas du tout convertis ; ils peuvent être tout à fait corrompus, et pourtant ils sont nommés comme étant des vases dans la maison de Dieu. L’Église, ce qui porte le nom de Christ sur la terre, est toujours responsable de marcher comme il convient à l’épouse de Christ. Toutefois, vous ne pouvez parler d’un tel privilège et d’une telle responsabilité en ignorant l’état de ruine entière, de décadence et de faillite de ce qui porte Son nom. De là vient l’importance pratique de ne pas perdre de vue la position que Dieu nous a assignée. Jamais nous ne pouvons apprécier à quel point nous sommes tombés bas, tant que nous n’avons pas vu la position dans laquelle Dieu nous a placés au commencement. Supposons que j’aie à examiner mes voies en tant que chrétien : il me faut d’abord me rappeler qu’un chrétien est un homme vivifié avec Christ, et dont les péchés sont effacés, et qui est membre du corps de Christ et est aimé du même amour dont le Père a aimé le Fils. Bien des gens ont l’habitude de penser que si un homme n’est ni juif, ni turc, ni païen, ce doit être un chrétien. Mais lorsqu’un croyant apprend qu’un chrétien est quelqu’un qui a été fait roi et sacrificateur pour Dieu, que c’est un adorateur sanctifié qui n’a plus conscience de péché, cela produit en lui un profond exercice d’âme et lui fait sentir qu’il n’a pas la moindre idée de ce que sont sa vocation et sa responsabilité. Il commence alors à avoir en Christ un différent repère d’appréciation de la manière dont il doit se comporter dans ses sentiments, son travail, sa marche pour Dieu, et son adoration.

 

La même chose s’applique aussi à Israël. Notre passage utilise l’expression «armée et étoiles des cieux» pour désigner ceux qui tenaient une position d’autorité responsable au milieu du peuple. C’est Dieu qui leur avait conféré une place d’autorité. Il faut se souvenir qu’Israël, dans la pensée de Dieu, est le peuple qui occupe la première place sur la terre. Ils sont la tête, et les Gentils, la queue. Ceci est nouveau, j’en suis conscient, pour les gens qui ont l’habitude de regarder les Juifs avec pitié et dédain, ne jugeant les Juifs que d’après leur dégradation présente (*). Mais pour juger correctement, il faut considérer les choses avec Dieu, selon Sa Parole ; et Dieu emploie des expressions fortes à l’égard des personnes placées depuis longtemps dans une position extérieure d’autorité parmi les Juifs. Des commentateurs ont supposé que, puisque des termes si élogieux s’appliquaient à des hommes, il fallait qu’il s’agisse de chrétiens. Mais dans le gouvernement du monde, c’est Israël qui a la première place dans la pensée de Dieu, et qui est son peuple. Telle est la vocation de ce peuple, et «les dons de grâce et l’appel de Dieu sont sans repentir». Jamais Dieu n’abandonnera la grande pensée qu’Il a appelé Israël à cette position, et c’est selon cette référence qu’Israël est jugé.

(*) Note Bibliquest : on rappelle que ces lignes ont été écrites en 1860 (voir 2° note en tête du présent livre)

La puissance de Babylone n’est pas encore tombée au moment où cette vision est accordée à Daniel ; elle nous présente un tableau de ce qui arrivera à Israël aux derniers jours, avant que la puissance des nations, qui commença par Babylone, soit mise complètement de côté.

Cette petite corne s’agrandit, et renversa une partie de l’armée et des étoiles des cieux, et les foula aux pieds. En d’autres termes, elle renversa certains gouverneurs juifs qui se trouvaient dans cette place d’autorité ; elle les traita avec la pire cruauté, en les dégradant. «Et il s’éleva jusqu’au chef de l’armée» (ce qui veut dire l’Éternel lui-même, je suppose) ; «et le sacrifice continuel fut ôté à celui-ci». Dire que «celui-ci» est la petite corne, introduit la plus grande confusion, et ensuite «la place de son sanctuaire» doit signifier celle du chef de l’armée. La personne représentée par cette petite corne doit se glorifier jusqu’au niveau même du chef de l’armée. «Et le sacrifice continuel fut ôté à celui-ci, et le lieu de son sanctuaire fut renversé. Et un temps de détresse fut assigné au sacrifice continuel, pour cause de transgression». Puis nous revenons de nouveau à la petite corne : «Et elle jeta la vérité par terre, et agit, et prospéra». En d’autres mots, le verset 11, à partir de «et le sacrifice», et la première moitié du 12, forment une parenthèse. Puis, dans la dernière partie du verset 12, nous trouvons de nouveau le «elle» désignant la petite corne du verset 10, laquelle doit apparaître et traiter cruellement les Juifs, et plus cruellement encore leurs gouverneurs.

 

Puis nous avons, selon l’expression du prophète, «un saint qui parlait ; et un autre saint dit au personnage qui parlait : Jusqu’où va la vision du sacrifice continuel et de la transgression qui désole, pour livrer le lieu saint et l’armée pour être foulés aux pieds ? Et il me dit : Jusqu’à deux mille et trois cents soirs et matins ; alors le lieu saint sera purifié». Je soupçonne fort qu’en général, tout ce que nous lisons là, sauf ce qui est présenté sous forme de parenthèse, a eu un accomplissement partiel dans le passé. Dans le chapitre 11, les caractéristiques de cette petite corne auxquelles il est fait allusion ici, sont décrites encore plus minutieusement. Nous y trouverons un personnage portant le nom d’Antiochus Épiphane dans l’histoire profane, et qui fut un homme particulièrement mauvais. Si vous avez lu les livres des Macchabées (quoique ne faisant pas partie de l’Écriture, ils sont en général vrais historiquement parlant, au moins pour deux d’entre eux), vous savez qu’ils racontent l’histoire de ce roi syro-macédonien, et montrent quels sentiments terribles il nourrissait contre Israël. Il essaya d’imposer de force aux Juifs le culte païen, spécialement celui de Jupiter olympien, et il mit à mort tous ceux d’entre eux qui résistaient à ses desseins, jusqu’à ce qu’il fut contenu et défait à la fin, en partie par les Romains et en partie par la force et le courage des Macchabées eux-mêmes ; alors le temple fut purifié une fois de plus et le culte juif restauré. Sans aucun doute, il a été historiquement le personnage désigné par la petite corne. On trouve en lui la même sorte de traits qui réapparaîtront dans un autre grand chef des derniers jours, ainsi que la dernière partie de ce chapitre le rendra évident, je pense : en effet, lorsque l’ange Gabriel parle au prophète, il lui dit : «Comprends, fils d’homme, car la vision est pour le temps de la fin». Cette parole indique que ce qu’il va expliquer d’une façon plus détaillée, se rapporte à ce temps futur.

 

Mais ceci me fournit l’occasion de répéter une remarque déjà faite plus haut, à savoir que nous ne devons jamais supposer que les explications que l’Écriture nous donne d’une vision ne sont qu’une simple répétition de ce qui précède. Elles font allusion au passé, mais elles ajoutent des traits nouveaux qui n’avaient pas encore été présentés. Cela est particulièrement manifeste dans le cas qui est devant nous. La partie de la vision déjà passée (ce qui a été vu par le prophète) a été accomplie pour l’essentiel ; tandis que la portion explicative ajoute des informations nouvelles qui portent en avant sur les derniers jours. Néanmoins il y a quand même, dans une certaine mesure, une explication de ce qui a précédé. Mais on peut observer qu’il est fréquent de voir les derniers jours amenés devant nous dans les explications de l’ange.

«Et il dit : Voici, je te fais connaître ce qui aura lieu à la fin de l’indignation ; car à un temps déterminé sera la fin» (v. 19). Il ne saurait y avoir d’incertitude sur le sens de ce passage, pour peu que les prophètes nous soient familiers. Prenez le premier d’entre eux. La même expression «l’indignation» ou «la colère» s’y trouve. À la fin de Ésaïe 5, puis aux chapitres 9 et 10, ces mots «indignation» ou «colère» sont répétés à plusieurs reprises. Le prophète fait voir que l’indignation de Dieu s’était soulevée contre Israël, en conséquence de l’idolâtrie de son peuple et surtout de ses rois. Il envoie sur eux un châtiment. Mais, quels que soient d’abord les effets du châtiment, le mal éclate de nouveau avec une vigueur renouvelée, comme il le fait toujours, à moins d’avoir été ôté. C’est pourquoi le prophète répète ce terrible refrain : «Sa colère ne s’est pas détournée, et sa main est encore étendue». Sa colère reste embrasée jusqu’à ce que l’Éternel annonce (10:25) que son indignation cessera. Mais en quoi prendra-t-elle fin ? Ce passage met en scène un personnage nommé l’Assyrien ; et cet Assyrien, un fouet à l’égard d’Israël, était premièrement apparu avec Sankhérib, le roi d’Assyrie de l’époque. Il fut le premier à intervenir directement dans les affaires de Juda, comme Shalmanéser l’avait fait avec Israël. Et que lisons-nous ici à son sujet ? L’Assyrien doit être employé comme verge de la colère de Dieu ; mais quand Dieu aura achevé toute son oeuvre sur la montagne de Sion et à Jérusalem, — quand il aura, pour ainsi dire, laissé son indignation finir son embrasement — la colère prendra fin dans la destruction de l’Assyrien lui-même, parce qu’il aura oublié qu’il n’était qu’une verge dans les mains de l’Éternel. Il s’était flatté d’avoir tout accompli par sa propre sagesse et sa propre puissance ; mais l’Éternel déclare qu’il s’occupera de la verge elle-même et qu’il la détruira. Aussi ce même chapitre nous montre-t-il l’indignation de l’Éternel cessant son œuvre destructrice. L’indignation se rapporte uniquement à son peuple, à Israël.

Il est évident pour moi, que cela confirme que nous sommes sur un terrain juif, comme je le disais plus haut. Il n’est point question de ce qu’ont fait les papes ou les musulmans, ni des progrès de l’apostasie orientale ou occidentale. Il s’agit d’Israël, — la dernière indignation de Dieu contre Israël. Mais, demandera-t-on : pourquoi le quatrième empire n’est-il pas introduit ici. La raison en est la suivante : quoique la domination soit ôtée à ces empires, et qu’à la suite de cela, ils se succèdent les uns aux autres, cependant leur corps subsiste. Et c’est du troisième empire, non pas du quatrième, que doit surgir cette puissance jouant un rôle si important dans les derniers jours. Nous devons donc nous rappeler que la petite corne du chapitre 8 est une puissance entièrement distincte de la petite corne du chapitre 7. Celle du chapitre 7 est le dernier chef de l’empire romain, qui s’élève du quatrième empire au temps où il est divisé en dix royaumes, tandis que cette puissance-ci s’élève du troisième empire au temps où il est divisé en quatre — non pas en dix. Rien ne peut être plus différent. Sans doute, la domination suprême du monde s’est déplacée du troisième empire au quatrième ; mais comme nous avons eu avec Sankhérib un représentant de l’Assyrien, de même aux derniers jours, il y aura aussi un héritier du troisième empire qui s’immiscera dans les affaires d’Israël d’une manière particulière. De même qu’il y aura un grand chef en Occident, de même il y en aura un aussi en Orient, surgissant de l’empire Grec. N’oublions pas en outre, que tout en étant l’empire Grec, il était à l’ouest par rapport à Babylone et à la Palestine, et à l’est par rapport à Rome. Plus tard, nous en apprendrons davantage sur cette petite corne.

 

Le verset 20 fait connaître que le bélier à deux cornes représente les rois de Médie et de Perse, et le verset 21 que «le bouc velu, c’est le roi de Javan (la Grèce) ; et la grande corne qui était entre ses yeux, c’est le premier roi». Puis, au verset 22, l’empire Grec est brisé, et le verset 23 ajoute : «Et au dernier temps de leur royaume, quand les transgresseurs auront comblé la mesure, il s’élèvera un roi au visage audacieux, et entendant les énigmes». Ceci, à mon avis, ne se rapporte pas à Antiochus Épiphane, mais bien à celui dont Antiochus était le type. Remarquez encore les termes : «Et au dernier temps de leur royaume, quand les transgresseurs auront comblé la mesure». «Et sa puissance sera forte, mais non par sa propre puissance». C’est une description remarquable, qui n’est point utilisée à propos de la petite corne du chapitre 7. Pour cette dernière, c’était, je pense, par sa propre puissance. Satan pouvait aussi lui donner le pouvoir, mais elle portait dans sa propre personne la force de l’empire romain. Mais, dans le cas qui nous occupe, bien que la puissance de ce chef soit grande, ce ne sera point par sa propre puissance. Il dépend de la force qui lui est donnée par d’autres. Il sera l’instrument d’une politique et d’une puissance étrangères, et non pas siennes. «Et il détruira merveilleusement, et il prospérera et agira ; et il détruira les hommes forts et le peuple des saints». C’est-à-dire, qu’il est fait mention de lui à titre principal et d’une manière expresse, en relation avec les Juifs en tant que peuple. Il ne s’agit pas ici des saints des lieux très hauts. Ce que nous trouvons ici, c’est une expression figurée, désignant les principaux du peuple juif, en contraste avec les Gentils. Il n’y a aucune allusion à leur caractère personnel ; ceci n’entre pas en ligne de compte au chapitre 8.

Ce roi s’immiscera dans les affaires d’Israël, et détruira les puissants et le peuple des saints. «Et par son intelligence, il fera prospérer la fraude dans sa main ; et il s’élèvera dans son coeur ; et, par la prospérité il corrompra beaucoup de gens». C’est-à-dire qu’il tirera parti pour la réussite de ses desseins, de leur état de bien-être, et du fait qu’ils ne sont pas préparés à ses envahissements par ruse. «Il se lèvera contre le prince des princes, mais il sera brisé sans main». Il sera entièrement sans appui dans ce dernier combat. Il est dit dans un autre passage (11:45) : «Il viendra à sa fin, et il n’y aura personne pour le secourir».

 

Soulignons ce qui fera ressortir l’importance de ce sujet plus clairement qu’en en restant à Daniel 8. Y a-t-il d’autres passages de l’Écriture jetant de la lumière sur l’identité de ce personnage et sur ce qu’il fera ? Je réponds : Oui, il y en a. Ce personnage est le même que celui dont il est fait mention en diverses parties de la parole de Dieu, sous le nom d’«Assyrien», ou de «roi du Nord»  : c’est toujours celui qui est décrit comme le grand ennemi des Juifs dans les derniers jours. En ce temps-là, les Juifs seront exposés à deux maux : un mal intérieur, dans leur propre pays, l’Antichrist, s’asseyant comme dieu dans le temple de Dieu ; et un mal venant sur eux du dehors, l’Assyrien. Il s’avance contre eux comme un ennemi, et il est aussi capable d’une politique subtile. Ce n’est pas simplement la puissance guerrière qui le distingue. Sans doute il est violent dans son attitude, mais il a l’intelligence des énigmes. Il se présentera comme un grand et profond docteur, ce qui aura naturellement beaucoup d’influence sur l’esprit des Juifs, car ils ont toujours été un peuple adonné aux recherches et aux spéculations intellectuelles de tous ordres. Ces dernières années, la plupart d’entre eux ont été trop occupés à gagner de l’argent pour porter une grande attention à ces choses ; mais il y a toujours eu une classe d’intellectuels parmi le peuple juif. L’influence de ce roi sera immense sur de tels hommes, quand ils seront rétablis dans leur pays et qu’ils auront repris de l’importance comme objets des voies de Dieu en jugement. L’indignation n’aura pas encore pris fin.

 

Voici de quelle manière ces deux maux affligeront les Juifs. L’Antichrist, ou le roi qui agira selon son bon plaisir, prendra la place du vrai Messie dans le pays d’Israël. Car il est bien évident que si quelqu’un veut se présenter comme le Messie, ce doit être au milieu du peuple juif et dans le pays des Juifs ; tandis que «l’Assyrien» est quelqu’un qui s’oppose à eux comme un ennemi déclaré. Je le regarde comme étant le roi auquel il est fait allusion par les autres prophètes comme le «roi du Nord».

 

Je voudrais maintenant citer quelques passages de l’Écriture prouvant que l’Assyrien et l’Antichrist sont des puissances entièrement distinctes et opposées. L’Assyrien sera l’ennemi de l’Antichrist : l’un sera au dedans, l’homme qui, par dessus tout, s’élève ; et l’autre, au dehors, sera le leader des ennemis. C’est  Ésaïe 10, parmi les prophètes, qui donne la première indication claire à son égard : «Et il arrivera que, quand le Seigneur aura achevé toute son oeuvre contre la montagne de Sion et contre Jérusalem, je visiterai le fruit de l’arrogance du coeur du roi d’Assyrie et la gloire de la fierté de ses yeux» (v. 12). Beaucoup disent bien vite que les Assyriens ont complètement disparu, et qu’une telle nation n’existe plus. Je leur demanderai : le Seigneur a-t-il achevé toute son oeuvre sur la montagne de Sion et à Jérusalem ? Bien sûr que non. Donc l’Assyrien n’a pas disparu de manière finale. Le Seigneur m’apprend ici que lorsqu’il aura achevé toute son oeuvre, il punira le fruit de l’arrogance du coeur du roi d’Assyrie. Mais, objecte-t-on encore, les Juifs ne sont pas dans leur pays, et Jérusalem est encore foulée aux pieds par les Gentils. Qui ne le sait pas ? mais cela ne prouve-t-il pas que les Juifs doivent se retrouver à nouveau dans leur pays, et que Jérusalem doit être délivrée de l’asservissement aux Gentils ? Lorsque la puissance de Dieu rassemblera et ramènera les Juifs dans leur pays, la même Providence suscitera le représentant de l’Assyrien aux derniers jours. Et comme l’Assyrien a été le premier grand ennemi d’Israël, ainsi aussi sera-t-il son principal ennemi à la fin. Il montera pour subir son jugement quand l’Éternel aura achevé toute son oeuvre en Sion et à Jérusalem. Dieu ne l’a point achevée ; il en a fait une partie, mais Son indignation contre Israël subsiste. Voilà pourquoi les Juifs ne sont point dans leur pays. Même lorsqu’ils y retourneront, l’indignation éclatera encore. Il y aura un retour des Juifs dans l’incrédulité, et alors viendra cette grande crise ; Dieu rassemblera ceux qui restent dispersés et les mettra dans leur pays ; et l’Assyrien sera jugé. Il y a eu dans le passé, un grand personnage dont l’Assyrien était le type; ce personnage reparaîtra aux derniers jours. L’Écriture en parle comme étant ce roi redoutable. Il gouvernera la même région où cette petite corne a exercé son pouvoir — la Turquie d’Asie. Je n’ai pas la prétention de dire si le Sultan sera alors le possesseur de ces pays ; mais, quel qu’en soit le possesseur, c’est lui que notre prophète (ch. 11) désigne comme le roi du Nord.  Il descendra vers le pays de beauté, et attaquera les Juifs ; mais ensuite il sera brisé en morceaux. «Il viendra à sa fin, et il n’y aura personne pour le secourir».

 

Voyons encore Ésaïe 14. Ce qui rend ce passage remarquable est ceci : au commencement du chapitre, il est parlé du roi de Babylone (v. 4) : «Tu prononceras ce cantique sentencieux sur le roi de Babylone, et tu diras : Comment l’oppresseur a-t-il cessé ? comment l’exactrice a-t-elle cessé ?» Le roi de Babylone ne représente point l’Assyrien. Babylone et l’Assyrie étaient deux puissances distinctes. Babylone n’était qu’une petite province quand l’Assyrie était un grand empire, et lorsque l’empire assyrien fut ruiné, Babylone surgit à un rang totalement nouveau, comme puissance impériale.

 

Le chapitre 14 d’Ésaïe s’ouvre en déclarant que «l’Éternel aura compassion de Jacob et choisira encore Israël, et les établira en repos sur leur terre ; et l’étranger se joindra à eux, et sera ajouté à la maison de Jacob. Et les peuples les prendront et les feront venir en leur lieu». — Ceci montre l’immense intérêt que Dieu inspirera aux peuples du monde pour les ramener en leur lieu. «Et la maison d’Israël les possédera (ces peuples), sur la terre de l’Éternel, pour serviteurs et pour servantes». Les Gentils, au lieu d’être maîtres, seront heureux d’être serviteurs en ces jours-là. «Et ils mèneront captifs ceux qui les tenaient captifs, et ils domineront sur leurs oppresseurs. Et il arrivera, au jour où l’Éternel te donnera du repos de ton labeur et de ton trouble... que tu prononceras ce cantique sentencieux sur le roi de Babylone, et tu diras : Comment l’oppresseur a-t-il cessé ? comment l’exactrice a-t-elle cessé ? L’Éternel a brisé le bâton des méchants, le sceptre des dominateurs». Évidemment, ces choses n’ont jamais encore été accomplies. Personne, ayant quelque connaissance de l’Écriture, ne peut supposer que, depuis l’époque de la suprématie de Babylone, Israël ait jamais été en position de tenir un langage tel que celui-là. «Les temps des Gentils» ont commencé avec l’établissement de la puissance des Chaldéens sur les Juifs, et jusqu’à ce jour Jérusalem est foulée aux pieds par les Gentils. Les puissances les unes après les autres ont pris possession de la cité. Or, dans les derniers jours dont il est question ici, nous voyons les Juifs soumettre les Gentils, et en faire leurs serviteurs. C’est lorsque ce temps sera arrivé, non pas avant, qu’ils diront : «Comment l’oppresseur a-t-il cessé ? etc.». Cet élan de la prophétie vise le roi de Babylone, celui dont Nébucadnetsar était le type, — le dernier possesseur de cette même puissance qui commença avec Babylone. Ce personnage, qui est-il ? C’est la bête — le dernier héritier de la puissance qui commença par le roi de Babylone, et dont l’étrange destruction provoque les transports de joie et les chants de triomphe d’Israël. Quand le roi de Babylone obtint cette puissance, où était l’Assyrien ? Disparu, brisé. L’empire de Babylone, qui avait été auparavant une petite puissance, s’éleva sur les ruines de l’Assyrien. Mais remarquez le verset 24 dans ce chapitre : «L’Éternel des armées a juré, disant : Pour certain, comme j’ai pensé, ainsi il arrivera, et, comme j’ai pris conseil, la chose s’accomplira, de briser l’Assyrien dans mon pays ; et je le foulerai aux pieds sur mes montagnes ; et son joug sera ôté de dessus eux, et son fardeau sera ôté de dessus leurs épaules. C’est là le conseil qui est arrêté contre toute la terre». De manière évidente, ce passage montre qu’au jour de la restauration d’Israël, non seulement Israël triomphera du sort du roi de Babylone, mais aussi l’Éternel renversera l’Assyrien ? Cela ne saurait se rapporter simplement à l’Assyrien du passé. Il avait déjà disparu quand Babylone parvint au pouvoir ; de sorte que ce ne peut être qu’un type d’une puissance encore à venir. Ceci montre qu’au dernier jour, on verra deux grandes puissances en scène — la bête, représentée par le roi de Babylone, qui, en ce temps-là, sera l’ennemi des Juifs au cœur vrai, tout en essayant de se faire passer pour l’ami de la nation, c’est-à-dire de la masse impie ; — et l’Assyrien qui, au contraire, sera le chef de la coalition des Gentils ouvertement hostile à Israël.

 

D’autres passages de l’Écriture prouvent la même chose. En Ésaïe 30, ces deux mêmes puissances réapparaissent (v. 27-33) : «Voici, le nom de l’Éternel vient de loin, brûlant de sa colère, ... Et l’Éternel fera entendre la majesté de sa voix, et montrera le poids de son bras... Car, par la voix de l’Éternel, Assur sera renversé ; il le frappera de sa verge» ([l’auteur WK utilise ici une variante de traduction : «lui qui frappe de sa verge», et y voit une] allusion évidente au fait qu’il était, entre les mains de l’Éternel, un instrument pour châtier son peuple, comme en Ésaïe 10:5). «Et partout où passera le bâton ordonné que l’Éternel appesantira sur lui, ce sera avec des tambourins et des harpes ; et par des batailles tumultueuses il lui fera la guerre. Car Topheth est préparé depuis longtemps : pour le roi aussi il est préparé. Il l’a fait profond et large ; son bûcher est du feu et beaucoup de bois : le souffle de l’Éternel, comme un torrent de soufre, l’allume». Cette expression prouve qu’il ne s’agit pas simplement d’un jugement de la terre, mais de quelque chose ayant une portée plus profonde. Topheth, ou l’abîme est préparé depuis longtemps. «Pour le roi aussi» est le vrai sens du membre de phrase suivant : Ce Topheth n’est pas pour «l’Assyrien» seulement, il est aussi pour «le roi». De même qu’au chapitre 14, il est fait allusion ici à deux personnages distincts. «Le roi» sera dans le pays d’Israël ; il y sera sous les auspices de l’héritier de la puissance de Babylone en ces jours-là. Il y sera en prétendant être le vrai Messie. Topheth est préparé pour lui, mais aussi pour l’Assyrien. Ils seront tous les deux réservés au jugement divin. Il serait superflu de citer tous les passages qui les concernent ; mais au sujet de celui que l’Écriture signale par cette expression «le roi», on trouvera beaucoup de choses extrêmement intéressantes dans Ésaïe et dans d’autres prophètes.

 

Il est loin d’être vrai que l’Antichrist, ou «le roi» soit le personnage qui occupe le plus la pensée de Dieu : au contraire, les prophètes traitent bien davantage de l’Assyrien. En général, on ne réalise pas l’immense portée de la prophétie. La plupart des personnes ont à peine une pensée pour ce qui est l’une des puissances les plus importantes dont elle nous entretient. Lisez les petits prophète, Michée 5 par exemple. Vous y trouverez une allusion tout à fait explicite à ce même dominateur. Le chapitre débute par un appel : «Maintenant attroupe-toi, fille de troupes ; il a mis le siège contre nous ; ils frappent le juge d’Israël avec une verge sur la joue». C’est l’annonce de la réjection du Messie. Puis, le verset 2 est une parenthèse qui nous fait voir quel était ce Juge d’Israël : «Et toi, Bethléhem Éphrata, bien que tu sois petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit dominer en Israël». On peut le frapper sur la joue ; mais, après tout, non seulement il sera dominateur en Israël, mais il est le Dieu éternel, et «ses origines ont été d’ancienneté, dès les jours d’éternité». Ensuite le prophète reprend, en relation avec le verset 1 : «C’est pourquoi il les livrera jusqu’au temps où celle qui enfante aura enfanté» ; c’est-à-dire jusqu’à ce que le grand dessein de Dieu s’accomplisse au sujet de son peuple. «Et le reste de ses frères retournera vers les fils d’Israël. Et il se tiendra et paîtra son troupeau avec la force de l’Éternel... Et lui sera la paix quand l’Assyrien entrera dans notre pays». Notez bien ceci : «quand l’Assyrien entrera» et «quand il mettra le pied dans nos palais» : cela n’a jamais encore été accompli. Lorsque l’Assyrien d’autrefois est entré dans le pays, il est évident qu’il n’y avait rien de pareil à ce Juge d’Israël, et Israël n’avait pas été livré ; car l’Assyrien de cette époque n’était que le type de son grand successeur, héritier de la même puissance aux derniers jours. Alors le Juge d’Israël se tiendra en faveur de son peuple. Le Juge qui, autrefois a été frappé sur la joue, sera reçu par Son peuple, lorsque les grands desseins de Dieu seront accomplis. «Et lui sera la paix, quand l’Assyrien entrera dans notre pays». Ensuite, verset 6, nous lisons : «Et Il nous délivrera de l’Assyrien, quand il entrera dans notre pays, et qu’il mettra le pied dans nos confins. Et le résidu de Jacob sera, au milieu de beaucoup de peuples, comme une rosée de par l’Éternel... Et le résidu de Jacob sera parmi les nations, au milieu de beaucoup de peuples, comme un lion parmi les bêtes de la forêt, comme un jeune lion parmi les troupeaux de menu bétail, qui, s’il passe, foule et déchire, et il n’y a personne qui délivre». De sorte qu’il est bien clair que nous avons là l’invasion de l’Assyrien avec sa destruction finale en rapport avec la délivrance finale d’Israël.

 

J’ai tâché de faire voir que, si Antiochus Épiphane est bien un type de cet Assyrien de la fin, néanmoins, après tout, il n’a présenté qu’une bien petite partie des caractéristiques annoncées par la prophétie ; et tandis que cela suffit à en faire un type, cela reporte nos regards en avant, vers les derniers jours, au temps de l’indignation de Dieu contre Israël, quand son ennemi montera pour recevoir son jugement de la main même de Dieu. Il est très important de tenir ferme la pensée que Dieu a en vue ces grands desseins à l’égard d’Israël, et que l’Écriture n’aborde guère, ou à peine légèrement, les épisodes dont l’homme fait toute une affaire, tels que la papauté et l’Islam. Je reconnais que, dans l’une comme dans l’autre, la prophétie se trouve accomplie dans une certaine mesure ; mais Dieu ne permet jamais à l’Église d’être un peuple terrestre. Quand les Juifs reparaissent sur la scène, alors nous trouvons l’importance de ce qui les concerne, et l’Assyrien viendra de l’extérieur du pays, à la même époque qu’il y aura «le roi» à l’intérieur : l’un et l’autre tomberont sous le jugement de Dieu, ils ne seront pas épargnés. Dieu renversera tous les ennemis. Le peuple de Dieu, purifié par ses épreuves et regardant à Jéhovah-Jésus, sera ainsi rendu propre à l’accomplissement des desseins de Dieu, en miséricorde, en bonté et en gloire, dans toute la durée du monde à venir.

 

Que le Seigneur nous donne de connaître ses conseils envers nous ! Nous appartenons à Christ dans les cieux, et nous allons régner avec Lui, non pas être son peuple sur lequel il régnera. Mais cela ne doit pas amoindrir notre intérêt pour la terre ou le peuple terrestre en tant que domaine de la gloire future de Christ et qu’instruments de le magnifier ici-bas. Faire des interprétations attribuant ces choses à nous-mêmes comme si nous nous emparions de l’héritage perdu d’Israël et comme si nous avions la garantie de jouissance de la puissance et de la gloire, en contraste avec la faillite irréparable d’Israël — cela nous conduirait droit à une ruine encore pire, comme l’apôtre nous en avertit en Romains 11. Nous n’avons rien à faire avec ce monde, et nous y sommes étrangers. Nous avons le droit de lire toutes ces visions, toutes ces prophéties, à la lumière du ciel. Il n’est point dit que Daniel ne les a pas comprises : les autres ne les comprirent point. Mais quoi qu’il en ait été, nous sommes mis en état par le Saint Esprit de comprendre ces choses maintenant. Que le Seigneur nous donne d’être attentifs à ce qu’il met devant nous quant à notre propre marche, et que nos cœurs attendent Sa venue.

9                        Chapitre 9

Dans les prophéties d’Ésaïe, aussi bien que de Jérémie, la chute de Babylone se rattachait à des espérances plus brillantes pour les Juifs. La restauration partielle qui suivit cette chute est le type du rétablissement final, avec la réunion des dispersés d’Israël. Cela explique la pensée qui a prévalu chez certains chrétiens, que le rétablissement partiel qui s’est alors accompli constitue tout ce qu’on peut attendre en faveur d’Israël en tant que tel, et que le péché dont il s’est rendu coupable plus tard en rejetant son Messie, et la miséricorde par laquelle l’Évangile a été accordé aux Gentils, l’ont entraîné dans une ruine nationale irréparable.

Quoiqu’il y ait beaucoup de vrai dans de telles pensées, c’est bien loin d’être toute la vérité. Dieu n’abandonne point le peuple qu’il a appelé. Jamais il n’accorde un don de grâce pour le retirer ensuite entièrement, car la même grâce qui a fait la promesse agit et opère dans la personne et le coeur du croyant, jusqu’à ce qu’elle ait son plein effet moral par l’efficace du Saint Esprit. Ainsi, en même temps que la grâce par laquelle il appelle soit un individu, soit un peuple, il y a aussi en Dieu, la fidélité patiente et la puissance qui triomphent toujours à la fin.

L’histoire du passé n’est, sans aucun doute, qu’une faillite totale. La raison en est qu’Israël a choisi de s’appuyer sur sa propre force pour se tenir devant Dieu, et non pas sur la bonté de Dieu envers eux. Agir de la sorte, c’est toujours et nécessairement, une erreur fatale. «Cette génération ne passera pas, que toutes ces choses ne soient arrivées». Autrement dit, toutes les menaces qui ont été faites et tout ce qui a été prédit doivent encore arriver à la génération d’Israël qui a présumé de sa propre justice, et qui, en définitive, a montré son vrai caractère en rejetant Christ et l’Évangile. Un sentiment réel de ruine morale (c’est-à-dire la repentance envers Dieu), accompagne toujours une foi réelle et vivante. Israël a traversé cette phase de confiance en soi, ou la traverse encore. «Cette génération» n’a pas encore passé ; toutes choses ne sont pas encore accomplies. Les Juifs n’ont pas encore subi toutes les conséquences de leur folie et de leur haine pour le Fils de Dieu. Ils ont encore à recevoir un châtiment des plus rigoureux, car bien que le passé ait été passablement amer, l’avenir leur réserve des choses bien plus terribles encore. Mais lorsque tout aura été accompli, alors commencera une scène nouvelle pour eux ; ce ne sera plus la continuation de la génération rejetant Christ, mais ce sera ce que l’Écriture appelle «la génération à venir», — une nouvelle lignée du même Israël, des gens qui seront enfants d’Abraham par la foi en Jésus Christ — enfants d’Abraham non pas en paroles seulement, mais spirituellement. Alors viendra l’histoire, non pas de la faillite de l’homme, mais d’un peuple que l’Éternel bénit dans sa grâce, quand ils reconnaîtront avec allégresse ce même Sauveur que leurs pères avaient crucifié et tué par des mains criminelles (celles des Gentils).

Ce chapitre s’occupe spécialement de Jérusalem et des Juifs. Il forme dans l’histoire générale de Daniel une espèce d’épisode, mais qui n’est nullement sans liens avec le reste. Nous allons voir, en effet, que l’histoire d’Israël les rattache spécialement à ces personnages qui doivent encore se dresser contre Dieu et contre son peuple, ainsi que nous l’avons lu dans les chapitres qui précèdent. Pour quiconque lit ce chapitre-ci avec intelligence, il est évident que le sujet principal en est la destinée de Jérusalem, et la place future du peuple de Dieu. Or, ceci intéressait profondément Daniel. Il aimait Israël, non pas seulement parce que c’était son peuple ; mais parce que c’était le peuple de Dieu. Il ressemble à Moïse en ceci : même lorsque l’état moral du peuple empêchait que Dieu parlât de lui comme Son peuple (Il s’en occupait dans les voies secrètes de sa providence, mais je parle ici du fait de le reconnaître publiquement), Daniel, dans sa requête au Seigneur, continue toujours de mettre en avant qu’Israël était Son peuple. L’ange pouvait bien dire : le peuple et la cité de Daniel — c’était parfaitement vrai ; mais Daniel tient toujours à cette vérité précieuse que la foi ne doit jamais lâcher : quels qu’ils soient, ils sont le peuple de Dieu. Mais pour cette raison même, ils peuvent être châtiés de plus en plus rudement. En vérité, rien n’amène davantage le châtiment sur une âme qui appartient à Dieu et qui est tombée dans le péché que le fait qu’elle appartient effectivement à Dieu. Il ne s’agit pas simplement de ce qui est bon pour l’enfant. Dieu agit pour lui-même, et d’après lui-même ; et c’est là le vrai pivot de toute notre bénédiction. Que gagnerions-nous à ce que Dieu travaillât simplement pour notre gloire ? Mais nous nous réjouissons dans l’espérance de la gloire de Dieu. Nous avons quelque chose d’autant meilleur, que Dieu nous bénit selon ce qui est digne de Lui-même.

Daniel était quelqu’un qui entrait profondément dans une telle pensée. C’est, par excellence, la marque de la foi ; la foi n’envisage jamais une chose simplement en rapport avec soi-même, mais elle l’envisage en rapport avec Dieu. Il en est toujours ainsi. S’il est question de paix, est-ce simplement que je veux de la paix ? Sans doute je la désire, comme un pauvre pécheur qui a été toute sa vie en guerre avec Dieu. Mais combien il est infiniment plus béni, lorsque nous arrivons à voir que notre paix, c’est «la paix avec Dieu» ; ce n’est pas simplement une paix du coeur ou de la conscience, mais la paix avec Dieu ! C’est une paix qui demeure même en sa présence. Il manifeste tout son caractère, tout ce qu’il est, en me la donnant et en l’établissant sur une base telle que Satan ne pourra jamais y toucher. Il s’agit de me délivrer, de briser le ressort même du péché ; et rien n’est aussi efficace pour cela que le fait que Dieu est venu au devant de moi lorsque je ne méritais rien sinon la mort et le jugement éternel, et qu’il a sacrifié Son Fils bien-aimé pour me donner une paix digne de Lui-même. Et Il a fait cela ; Il a donné cette paix, et toute la pratique chrétienne découle de l’assurance d’avoir trouvé cette bénédiction en Christ.

Nous trouvons donc ici Daniel prenant un profond intérêt à Israël, parce qu’il était le peuple de Dieu. En conséquence, il recherche dans la parole de Dieu ce qu’il a révélé concernant son peuple. Cela se passait «la première année de Darius, fils d’Assuérus, de la semence des  Mèdes». Ce n’était point une communication nouvelle : «La première année de son règne, moi Daniel, je compris par les livres que le nombre des années touchant lequel la parole de l’Éternel vint à Jérémie le prophète, pour l’accomplissement des désolations de Jérusalem, était de soixante-dix années».

Outre qu’il était prophète, Daniel comprit qu’Israël devait être restauré dans sa terre, avant que la chose eût lieu. Il n’attendit pas de voir son accomplissement pour constater alors simplement qu’il avait eu lieu. Mais il comprit «par les livres», non point par les circonstances. Sans doute, il y avait les circonstances de la chute de Babylone ; mais il comprit d’après ce que Dieu avait dit, et non pas simplement d’après ce que l’homme avait fait. C’est là la vraie manière de comprendre la prophétie. N’est-il pas remarquable qu’au moment où nous allons aborder une nouvelle prophétie, limitée presque exclusivement à l’étroite sphère d’Israël, Dieu nous montre l’esprit qui convient pour la comprendre ? Daniel étudiait le prophète Jérémie ; et il y vit clairement que, une fois Babylone détruite, il serait permis à Israël de revenir. Et quel effet cela produisit-il sur son âme ? Il s’approche de Dieu. Il ne va pas vers ceux que la prophétie touchait de si près, pour leur communiquer ces bonnes nouvelles ; mais il s’approche de Dieu. C’est là un autre caractère de la foi. Elle tend toujours à amener en la présence de Dieu celui qui, par son moyen, comprend en quelque mesure la pensée et la volonté de Dieu. Il a communion avec Dieu au sujet de ce qu’il a reçu de Lui, avant même de le faire connaître à ceux qui sont les objets de la bénédiction. Nous avons vu déjà vu cela en Daniel, au chapitre 2. Ici, nous pouvons le remarquer, cette communion ne s’accompagne pas d’actions de grâces, mais de confessions. Nous comprendrions facilement que si le peuple d’Israël venait d’être mené en captivité juste à ce moment, il l’aurait ressenti comme un profond châtiment, et aurait voulu s’approcher de Dieu pour reconnaître son péché et s’humilier sous la verge. Mais voilà que Dieu avait jugé l’oppresseur d’Israël, et était sur le point de délivrer son peuple. Néanmoins Daniel s’approche, et que dit-il ? Quand il parle à Dieu, ce n’est pas simplement au sujet de la délivrance du peuple ; c’est une prière pleine de confession à Dieu.

Sur ce point, je voudrais faire une remarque d’ordre général. Si l’étude de la prophétie ne tend pas à nous donner un sentiment plus profond de la faillite du peuple de Dieu sur la terre, je suis persuadé que nous perdons l’un de ses effets pratiques les plus importants. C’est à cause de l’absence de ce sentiment que la recherche prophétique a été généralement peu profitable. On en fait une affaire de dates et de pays, de papes et de rois ; tandis que Dieu ne la donne point en vue d’exercer la vivacité d’esprit de son peuple, mais pour exprimer Sa propre pensée quant à leur condition morale ; de sorte que quels que soient les jugements et les épreuves qu’elle nous retrace, ils devraient être saisis par le coeur et compris comme étant la main de Dieu sur son peuple à cause de ses péchés.

Tel fut l’effet qu’elle produisit sur Daniel. Il était l’un des prophètes les plus estimés — comme disait le Seigneur Jésus lui-même : «Daniel le prophète». Et l’effet sur lui fut qu’il ne perdit jamais la portée morale des circonstances les plus simples de la prophétie. Il discernait le grand but de Dieu ; il entendait sa voix s’adressant dans toutes ces communications au coeur de Son peuple. Et ici il répand tout devant Dieu. Comme il avait appris que la délivrance d’Israël aurait lieu à l’occasion de la chute de Babylone, il tourne sa face vers le Seigneur Dieu, «pour le rechercher par la prière et la supplication, dans le jeûne, et le sac et la cendre. Et je priai l’Éternel, mon Dieu, et je fis ma confession, et je dis : Je te supplie, Seigneur, le Dieu grand et terrible, qui gardes l’alliance et la bonté envers ceux qui t’aiment et qui gardent tes commandements ! Nous avons péché, nous avons commis l’iniquité, nous avons agi méchamment, etc.».

Je voudrais faire ici une autre remarque. S’il se trouvait quelqu’un dans Babylone à l’égard duquel sa conduite et l’état de son âme dussent faire supposer qu’il n’avait  pas de faire de confession de péché, certainement c’était Daniel. C’était un homme saint et dévoué. Plus que cela : il avait été transporté si jeune de Jérusalem, que le coup terrible n’était évidemment pas tombé pour quelque chose à laquelle il avait pris part. Mais il n’en dit pas moins : «Nous avons péché, nous avons commis l’iniquité». Bien plus, j’ose dire que, plus vous êtes séparés du mal, plus vivement vous le sentez : précisément, comme une personne arrivant à la lumière, ressent d’autant plus les ténèbres qu’elle vient de quitter. C’est ainsi que Daniel était l’un de ceux dont l’âme était avec Dieu, et qui entrait dans Ses pensées à l’égard de Son peuple. Connaissant le grand amour de Dieu, et voyant ce que Dieu avait fait à l’égard d’Israël (car dans sa prière il ne l’oublie point), Daniel ne considère pas seulement les grandes choses que Dieu avait opérées pour ce peuple, mais il arrête aussi son attention sur les jugements qu’Il lui avait infligés. Mais a-t-il pour autant la pensée que Dieu n’aime pas Israël ? Bien au contraire, personne n’avait un sentiment plus profond du lien d’affection qui existait entre Dieu et son peuple ; et c’est pour cette raison qu’il jugeait si bien et si profondément l’état de ruine où se trouvait le peuple de Dieu. Il mesurait leur péché d’après la profondeur de l’amour de Dieu, et d’après la terrible dégradation qui les avait atteints. Tout cela provenait de Dieu. Daniel n’imputait pas les jugements ayant frappé les Juifs à la méchanceté des Babyloniens, ou au génie guerrier de Nébucadnetsar. Il voyait Dieu dans toutes ces choses. Il reconnaît que la cause en est dans leur péché, dans leur iniquité extrême ; et il l’attribue à tous. Ce ne sont pas simplement les petites gens imputant leurs malheurs aux grands, ni les grands les imputant aux petits, comme si souvent parmi les hommes. Il n’allègue pas simplement l’ignorance et la méchanceté de quelques uns, mais il les renferme tous dans sa confession — rois, sacrificateurs et peuple. Il n’y en avait pas un qui ne fût coupable. «Nous avons péché, nous avons commis l’iniquité». Et c’est là un autre effet de l’étude de la prophétie quand elle est faite avec Dieu. Elle introduit toujours l’espérance que Dieu se tient en faveur de son peuple, — espérance du jour brillant et béni où le mal disparaîtra et où le bien sera établi par la puissance divine. Daniel se garde de l’oublier. Il met cette précieuse espérance comme un bandeau en en-tête de ce chapitre. Les détails des 70 semaines font voir le péché et la souffrance continuels du peuple de Dieu. Mais auparavant, la fin, la bénédiction, sont placées devant l’âme. Quelle bonté que celle de notre Dieu ! Dieu saisit l’occasion de nous donner, avant tout, la certitude de la bénédiction finale, et il nous montre ensuite le douloureux chemin qui y conduit.

Il n’est pas nécessaire d’aborder maintenant les pensées que suggère cette belle prière de Daniel, sauf une d’une grande importance pratique. Il s’agit du fait que la prophétie a été donnée par Dieu en réponse à l’état d’âme dans lequel Daniel se trouvait. Il prenait devant Dieu la position de quelqu’un qui confesse humblement, parlant comme l’organe du peuple, comme le représentant du peuple par la foi, exposant devant Dieu leurs péchés. Peut-être aucune autre âme ne le faisait, en tout cas il n’y en avait guère. Il est rare, en effet, de trouver des âmes prêtes à prendre réellement la place de la confession devant Dieu. Combien il y en a peu aujourd’hui qui ont un sentiment juste de la ruine de l’Église de Dieu, ou de ce que font même les fidèles ! À Babylone, ceux qui étaient les plus coupables le sentaient le moins ; tandis que celui qui était le plus exempt de culpabilité était celui qui l’exposait avec le plus de sincérité devant Dieu.

En réponse au sentiment profond et vrai qu’il a de l’état d’Israël, Dieu envoie la prophétie. L’âme qui se refuse à examiner de telles paroles de Dieu, ne sait pas ce qu’elle perd. Partout où les enfants de Dieu sont privés de ce que Dieu communique relativement à l’avenir (je ne parle pas ici de simples spéculations, lesquelles sont sans valeur, mais des grandes leçons morales contenues dans la prophétie), il y a toujours faiblesse et défaut de capacité à juger du présent.

Mais il y a une autre chose à signaler avant de passer aux 70 semaines. Quoique Daniel expose devant Dieu leur grande faillite, et s’en remet à Ses grandes compassions, cependant il ne s’appuie jamais sur les promesses données à Abraham. Il ne va point au delà de ce qui fut dit à Moïse. Ceci est intéressant et important à observer. C’est la véritable réponse à quiconque supposerait que le rétablissement d’Israël qui eut lieu à cette époque, était l’accomplissement des promesses abrahamiques. Daniel ne se plaça pas sur ce terrain. Il n’y avait rien alors qui ressemblât à la présence de Christ parmi son peuple, comme son roi. Or, les promesses faites aux pères supposent la présence de Christ, parce que Christ seul est la semence d’Abraham dans le sens plein et propre du terme. Sans lui, qu’étaient les promesses ? Aussi, avec une sagesse divine, Daniel fut-il conduit à prendre le vrai terrain. Quelle que fût la restauration d’alors, elle n’était pas complète. Cette prophétie nous amène à la bénédiction finale d’Israël, quand les 70 semaines sont consommées. Mais le retour faisant suite à la chute de Babylone n’était que l’accomplissement de quelque chose de partiel et de conditionnel, et non pas la finalisation des promesses faites aux pères.

Ce point mérite d’être noté. Les promesses faites à Abraham étaient absolues, parce qu’elles reposaient sur Christ, qui est la vraie semence selon la pensée de Dieu, quoique Israël soit la semence selon la lettre. De sorte que, jusqu’à ce que Christ vint, et que Son oeuvre fût faite, la pleine restauration d’Israël ne pouvait pas avoir lieu. Lorsqu’aux jours de Moïse, Israël se plaça sur le principe de la loi, ils la violèrent bientôt, et furent brisés. Avant même que la loi eût été mise entre leurs mains, écrite sur les tables de pierre, les enfants d’Israël adorèrent le veau d’or. La conséquence fut qu’à partir de ce moment, Moïse changea de position — il prit celle de médiateur. Il monte à nouveau sur la montagne, et plaide auprès de Dieu pour le peuple. Dieu ne voulait plus l’appeler Son peuple. En parlant d’eux à Moïse, il dit : «ton peuple», et ne voulait pas les reconnaître comme siens. Moïse ne veut cependant pas laisser Dieu aller, mais il plaide avec Lui que, quoiqu’ils aient commis, ils sont «Ton peuple», désirant être effacé lui-même, plutôt que de voir Israël perdre son héritage. C’était là précisément ce à quoi Dieu prenait plaisir — le reflet de Son propre amour pour le peuple. Vous avez peut-être trouvé des défauts chez quelqu’un que vous aimez, mais vous ne voudriez pas que les autres en parlent. Ainsi, la plaidoirie de Moïse en faveur d’Israël, était ce qui allait droit au coeur de Dieu. Sans aucun doute, ils avaient commis un grand péché, et Moïse le sentait et le confessait ; mais il insiste sur le fait qu’ils sont le peuple de Dieu.

Dieu fait ressortir de plus en plus ce qui était dans le cœur de Moïse : il place devant lui de grandes choses, offrant d’exterminer le peuple et de faire de lui, Moïse, une grande nation. Non ! répond Moïse, j’aimerais mieux tout perdre que de les voir perdus, eux. C’était la réponse de la grâce à la grâce qui était dans le coeur de Dieu en faveur de Son peuple. C’est pourquoi, lorsque la loi fut donnée la seconde fois, Dieu ne la donna point de la même manière que la première fois ; mais l’Éternel proclama Son nom comme Celui qui est grand en bonté et en vérité, tout en déclarant aussi qu’il ne tiendrait pas le coupable pour innocent. En d’autres termes, la première fois, c’était purement la loi, purement la justice, et l’affaire se termina par le veau d’or, c’est-à-dire la pure injustice de la part du peuple. Ils auraient mérité d’être détruits, mais, sur l’intercession de Moïse, Dieu introduit un système mélangé, en partie la loi, et en partie la grâce.

C’est sur ce terrain que Daniel se place ici. Il fait valoir que, quoiqu’ils eussent violé la loi, Dieu avait fait connaître son nom comme «grand en bonté et en vérité». Daniel croit cela. Il ne remonte point aux promesses faites à Abraham ; sur ce principe la restauration aurait été parfaite et définitive, ce qu’elle n’était pas. De même aujourd’hui, prenez un homme qui s’appuie en partie sur ce que Christ a fait pour lui et en partie sur ce qu’il fait pour Christ : le trouverez-vous jamais heureux ? Non, jamais. Or c’est sur ce principe-là que se trouvaient les Israélites, et en conséquence Daniel ne va point au delà : Christ n’était pas encore venu. D’un autre côté, après la naissance de Christ, vous trouverez, si vous regardez au cantique de Zacharie (Luc 1), ou à celui des anges (Luc 2), que le terrain pris par les fidèles n’est point celui que Dieu avait déclaré à Moïse, mais c’était les promesses faites aux pères. Jusqu’au moment assigné de Dieu, Zacharie était resté muet, en signe de la condition d’Israël. Mais maintenant que le précurseur est nommé, à la veille de la venue de Christ, sa bouche est ouverte.

Avant d’aborder plus pleinement la prophétie des 70 semaines selon que le Seigneur nous en rendra capables, je voudrais attirer votre attention sur ces paroles : «Et je parlais encore, et je priais et confessais mon péché et le péché de mon peuple Israël». Remarquez que toutes ses pensées sont en rapport avec Israël et Jérusalem. La prophétie ne concerne point la chrétienté, mais Israël. On ne peut pas la comprendre, à moins de retenir fermement ce point. «Et je parlais encore... et je présentais ma supplication devant l’Éternel, mon Dieu, pour la sainte montagne de mon Dieu, — je parlais encore en priant, et l’homme Gabriel que j’avais vu dans la vision au commencement, volant avec rapidité, me toucha vers le temps de l’offrande de gâteau du soir». Ensuite, la prophétie commence au verset 24. Elle se rapporte au peuple de Daniel : «sur ton peuple». Elle parle d’une période spéciale délimitée en rapport avec l’entière délivrance d’Israël : «70 semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur ta sainte ville». Chacun doit voir qu’il s’agit des Juifs et de Jérusalem. «... Pour clore la transgression, et pour en finir avec les péchés, et pour faire propitiation pour l’iniquité, et pour introduire la justice des siècles, et pour sceller la vision et le prophète, et pour oindre le saint des saints». Du commencement à la fin, c’était une période qui était arrêtée dans la pensée de Dieu, et révélée à Daniel, touchant la destinée future de la ville et du peuple de Dieu ici-bas.

Mais quelqu’un va peut-être s’alarmer et me dire: n’avons-nous donc rien à faire avec «la propitiation pour l’iniquité», et la «justice des siècles» ? Je réponds par cette question : de qui ce verset parle-t-il ? Vous trouverez ailleurs d’autres passages qui révèlent notre intérêt dans l’oeuvre qui efface le péché, et dans la justice de Dieu qui nous caractérise en Christ. Mais en lisant la parole de Dieu, nous devons nous en tenir à cette règle d’or : ne jamais forcer l’Écriture pour la faire se rapporter à nous ou à d’autres. Quand une personne est convertie, mais n’a pas encore la paix, aussitôt qu’elle voit quelque chose sur le sujet de «en finir avec les péchés», elle se l’applique immédiatement. Sentant son besoin, elle saisit, comme un homme qui se noie, des déclarations qui ne peuvent rémédier à son fardeau, ou du moins qui n’ont pas été faites pour elle. Au lieu d’y perdre, elle gagnerait beaucoup à être dirigée vers les déclarations de la grâce de Dieu envers nous, pauvres pécheurs d’entre les Gentils : elle aurait des passages bien plus précis correspondant à son besoin de paix et d’assurance ; et si elle faisait l’objet d’attaques de Satan, elle n’éprouverait alors ni faiblesse, ni frayeur, ni incertitude. Tandis que si elle s’empare de passages qui s’appliquent aux Juifs, Satan peut l’attaquer sur le fondement de sa confiance, de sorte qu’elle soit obligée de dire : Ceci ne me concerne pas du tout d’une manière littérale et certaine. Les «70 semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur ta sainte ville». Mais moi je n’en fais pas partie. Il est important de comprendre l’Écriture, et de bien voir ce dont Dieu parle.

Si on s’était mis cela dans l’esprit, la plupart des controverses soulevées sur ce passage n’aurait jamais eu lieu. On était désireux et pressé d’introduire quelque chose qui nous concernât comme Gentils ou chrétiens ; tandis que l’attitude du prophète, les circonstances des gens, et les termes mêmes de la prophétie, excluent toute autre pensée que celle des Juifs et de leur ville. C’est ailleurs qu’on trouve ce qui a trait aux Gentils. Permettez-moi cependant de faire remarquer qu’en finir avec les péchés pour cette cité et pour ce peuple repose sur exactement le même fondement que pour nous. C’est ainsi que l’apôtre Jean nous déclare que Jésus mourut, «non pas seulement pour la nation, mais aussi pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés» (Jean 11:52). Ces paroles nous révèlent deux buts distincts de la mort de Christ. La prophétie qui nous occupe ne présente que le premier, savoir que Jésus est mort pour la nation — la nation juive ; mais par ce même acte de sa mort, il a été pourvu non seulement au salut que Dieu a apporté pour les pécheurs, mais aussi au rassemblement en un «des enfants de Dieu dispersés».

De sorte que si nous prenons la Bible telle qu’elle est, sans nous trop préoccuper s’il est question de nous ici ou là, au lieu de rien perdre, nous gagnerons toujours quant à l’étendue et à la profondeur de la bénédiction, et par dessus tout, quant à la manière claire et ferme dont nous la retiendrons après l’avoir saisie ; nous n’aurons pas le sentiment de nous être emparés de la part d’un autre peuple, ni d’avoir réclamé des biens sur la base de titres contestables ; mais nous éprouverons que ce que nous possédons est bien ce que Dieu nous a librement donné et garanti. Ce ne sera au contraire jamais le cas, si je m’empare des prophéties relatives à Israël et que je fonde sur elles mon droit à la bénédiction ; elles ne sont ni l’Évangile pour les pécheurs, ni la révélation de la vérité touchant l’Église.

Voilà donc la portée propre des derniers versets de notre chapitre. Les détails sur les semaines viennent après le premier énoncé général. «70 semaines», dit Gabriel, «ont été déterminées sur ton peuple et sur ta sainte ville, pour clore la transgression, et pour en finir avec les péchés, et pour faire propitiation pour l’iniquité, et pour introduire la justice des siècles, et pour sceller la vision et le prophète, et pour oindre le saint des saints». Puis, au verset 25, nous trouvons le premier détail particulier, après la définition du point de départ : «Et sache, et comprends : Depuis la sortie de la parole pour rétablir et rebâtir Jérusalem, jusqu’au Messie, le prince, il y a 7 semaines et 62 semaines». Or, dans le livre d’Esdras, nous avons une première parole émanant du roi Artaxerxès, appelé Artaxerxès-Longue-Main dans l’histoire profane, l’un des monarques de l’empire des Perses. Cette première parole, sous forme de lettre d’ordre, fut donnée à Esdras, le scribe, «la 7° année du roi Artaxerxès». Un autre commandement [sous forme de lettre] fut remis à Néhémie, la 20° année du règne du même monarque. Il est important pour nous de décider à laquelle de ces deux paroles [avec lettre d’ordre] Daniel fait allusion. La première se trouve en Esdras 7, la seconde en Néhémie 2. Un examen attentif de l’un et de l’autre nous fera voir celle à laquelle se réfère ici la prophétie. Bien des personnes, excellentes quant à elle-mêmes, ont donné une interprétation différente de celle que je crois correcte. Or c’est à l’Écriture seule qu’il appartient de décider des questions qui naissent de l’Écriture ; si on recourt à des éléments étrangers, on aura des sujets d’être perplexe. Remarquez qu’il ne s’agit pas ici simplement d’un décret général concernant les Juifs, comme celui de Cyrus permettant leur retour, mais d’un ordre spécial rétablissant leur situation politique. Or, en quoi les deux ordres donnés pendant le  règne d’Artaxerxès diffèrent-ils l’un de l’autre ?  Celui donné à Esdras avait principalement pour objet la reconstruction du temple ; l’autre, que Néhémie obtint, se rapportait à la ville. Et qu’est-ce que nous lisons ici ? «Et sache et comprends : Depuis la sortie de la parole, pour rétablir et rebâtir Jérusalem». Évidemment c’est de la ville qu’il et question ; et s’il en est ainsi, nous voyons laquelle des deux paroles [avec ordre du roi] concerne la ville. Il n’y a pas le moindre doute : c’était la seconde, et non la première ; c’était la mission confiée à Néhémie, la 20° année d’Artaxerxès, et non celle qu’avait reçue Esdras, 13 ans auparavant. Que l’on compare avec Néhémie, et l’on en verra la confirmation.

Ce qui a conduit plusieurs à prendre le premier de ces deux décrets pour celui auquel notre chapitre se réfère, c’est l’idée que les 70 semaines devaient se terminer à la venue du Messie. Mais ce n’est pas dit. Le verset 24 renferme beaucoup plus que la venue du Messie : «70 semaines ont été déterminées... pour en finir avec les péchés, et pour faire propitiation pour l’iniquité». Dans ces paroles, vous avez au moins l’oeuvre de Christ, qui, nous le savons, impliquait ses souffrances et sa mort. Mais il y a plus que cela ; voici comment le passage continue : «Pour introduire la justice des siècles, et pour sceller la vision et le prophète, et pour oindre le saint des saints», expression par laquelle tout Israélite entendait le sanctuaire de Dieu. Il est évident que tout cela ne s’est pas accompli à la venue ni même à la mort du Messie.  Car quoique le fondement de la bénédiction d’Israël fût posé dans son sang, cependant Israël n’était pas encore réellement introduit dans la bénédiction ; et ces 70 semaines supposent qu’il sera pleinement béni à leur expiration. Nous apprenons de là quelle grande importance il y a, de faire attention à la prophétie elle-même ; de ne pas regarder simplement aux événements qui se passent, mais d’interpréter les événements par la prophétie. «Depuis la sortie de la parole pour rétablir et rebâtir Jérusalem, jusqu’au Messie, le prince», (sans que la date soit définie) «il y a» — non pas 70 semaines, mais— «7 semaines et 62 semaines» ; c’est-à-dire 69 semaines.

Ces paroles m’apprennent tout d’abord que, pour une raison grave que le commencement de la prophétie n’explique pas, 69 des 70 semaines sont séparées de la dernière semaine. La chaîne est rompue ; une semaine est mise à part des autres. Il est déclaré que depuis la sortie de la parole pour rétablir et rebâtir Jérusalem (ce qui est mis comme point de départ des 70 semaines, date à partir de laquelle on commence le décompte), il y a 7 semaines et 62 semaines : — périodes quelque peu distinctes, mais faisant en tout 69 semaines jusqu’au Messie, le prince. Évidemment c’est un fait bien remarquable que nous avons là. Mais, pourquoi, pouvons-nous demander, les 7 semaines sont-elles séparées des 62 semaines ? Les paroles suivantes nous le font voir : «La place et la muraille [ou : le fossé] seront rebâtis, et cela en des temps de trouble». Les 7 semaines devaient, je pense, être employées à la reconstruction de la ville de Jérusalem. Dans l’intervalle de 7 semaines, ou 49 ans, (car je suppose que peu de lecteurs mettront en doute que ce sont des semaines d’années), depuis le point de départ, la construction commencée serait achevée. Les places devaient être rebâties, ainsi que la muraille [ou : le fossé], et cela dans un temps d’angoisse. Or, ces temps de difficulté et d’épreuve nous sont racontés dans le livre de Néhémie, où nous trouvons la dernière des dates rapportée dans l’histoire de l’Ancien Testament.  Prenant ensuite l’autre période, il nous est dit qu’à l’expiration non pas seulement des 7 semaines, mais des 62 semaines, «le Messie sera retranché et n’aura rien».

L’idée est que le Messie, au lieu d’être reçu par son peuple et d’introduire la bénédiction promise à la fin des 70 semaines, serait retranché à la fin des 69 semaines, et n’aurait rien. Ces paroles indiquent l’entier rejet du Messie par Son propre peuple. Leur ruine en est la conséquence. La clé nous est maintenant donnée, et nous avons l’explication de la difficulté signalée au commencement, quant à savoir pourquoi les 69 semaines étaient séparées de la 70°. La mort de Christ rompit la chaîne, et brisa les relations du peuple d’Israël avec Dieu. En conséquence, les Juifs ayant rejeté leur propre Messie, la dernière semaine est différée pour un temps. Cette semaine-là finit par la pleine bénédiction. Mais les Juifs sont rejetés entre temps à cause de leur péché contre leur propre Messie.

Et voilà pourquoi nous lisons dans ce qui suit : «Et le peuple du prince qui viendra, détruira la ville et le lieu saint, et la fin en sera avec débordement ; et jusqu’à la fin il y aura guerre, un décret de désolations». Il avait dit auparavant que 70 semaines étaient déterminées pour en finir avec le péché et introduire la justice des siècles, etc ; c’est-à-dire qu’à la fin de cette période désignée, la pleine bénédiction serait introduite. Tandis que nous apprenons maintenant que, bien loin d’arriver à l’achèvement de la bénédiction, ils ont retranché leur Messie qui n’a rien eu. La conséquence en est que la ville et le sanctuaire ne sont pas bénis, mais livrés à la ruine : «le peuple du prince qui viendra, détruira la ville et le lieu saint, etc.». Il n’y aura que guerres et désolations pour le peuple juif. L’interruption des 70 semaines est la conséquence de la mort de Christ, et les événements qui sont ensuite rapportés n’appartiennent en rien à leur accomplissement, mais sont les voies de Dieu envers les Juifs pour leur acte inouï. On ne saurait nier qu’il s’est écoulé une longue période entre la mort de Christ et la prise de Jérusalem. Jusqu’à Christ, il y a 69 semaines, et ensuite viennent des événements que la prophétie révèle clairement, mais elle révèle non moins clairement qu’ils sont postérieurs aux 69 semaines, et antérieurs à la 70°. Nous avons là un autre peuple appartenant à un prince tout différent du Messie déjà rejeté, et ce peuple vient et détruit la ville et le sanctuaire. Ce furent les Romains qui vinrent, malgré le terrible expédient de Caïphe, ou plutôt à cause même de lui. Ils vinrent, et détruisirent la ville et le sanctuaire. C’est ce qui amena l’accomplissement de cette partie de la prophétie. Le Messie a été retranché, et les Romains, que les Juifs avaient si ardemment désiré se rendre propices, les balayèrent de la face de leur terre ; jusqu’au temps actuel, qu’y a-t-il eu d’autre que la misère dans leur cité ?

À partir de là, Jérusalem devait être foulée par les Gentils, jusqu’à ce que les temps des Gentils soient accomplis. C’est une période qui dure encore. Depuis lors, Jérusalem n’a fait que changer de maître. Nous avons été témoins, en nos jours, d’une guerre entreprise au sujet de cette même ville et de ce même sanctuaire, et nul ne saurait dire dans combien de temps aura lieu la suivante, car les objectifs de cette guerre n’ont nullement été atteints pour établir une paix heureuse. Il subsiste les mêmes éléments de disputes et d’explosions. C’est une question qui n’est pas vidée. Tel que fut Jonas dans le navire, tel Israël sera bientôt pour les Gentils. Il n’y aura point de repos pour eux — rien que des tempêtes — s’ils se mêlent des affaires de ce peuple avec lequel l’Éternel a une controverse. Les Juifs sont dans un état misérable ; ils souffrent les conséquences de leur propre péché. Mais ces Gentils découvriront le danger de se mêler des affaires de cette ville et de ce sanctuaire dont la purification est encore à venir selon le plan de Dieu. Si nous ne sommes pas encore arrivés au temps où la bénédiction commence, on peut être sûr que la 70° est encore à venir. Car dès qu’elle sera accomplie, la pleine bénédiction coulera à flots sur Israël et Jérusalem. Or, il est bien manifeste qu’une bénédiction semblable n’est pas réalisée ; et c’est pourquoi nous pouvons être parfaitement certains que la dernière des 70 semaines doit encore recevoir son accomplissement.  Il faut attendre la consommation du siècle.

Au reste, la prophétie elle-même doit nous préparer à cela. Une chaîne régulière lie les semaines les unes aux autres jusqu’à la fin de la 69° ; mais alors survient un grand intervalle de discontinuité. La mort de Christ a rompu le lien de relation entre Dieu et Son peuple, et désormais il n’y a plus eu entre eux de lien vivant. Les Juifs retranchèrent leur Messie, et par là perdirent pour un temps leur position nationale. Un déluge de maux éclata sur eux. «Le roi envoya ses troupes, et fit périr ces meurtriers, et brûla leur ville». La dernière partie du verset 26 nous fait voir la désolation continuelle qui a fondu sur leur ville et sur leur race suite à la crucifixion du Messie. Et comme personne ne peut prétendre que rien de semblable n’est arrivé durant les 7 années qui ont suivi la crucifixion, il faut nécessairement admettre un intervalle de discontinuité plus ou moins considérable entre la 69° et la 70° semaine.

Remarquez l’exactitude de l’Écriture. Il n’est point dit que le prince qui viendra détruira la ville et le sanctuaire, mais que son peuple le ferait. Le Messie, le Prince, est déjà venu et a été retranché. Maintenant l’Écriture nous parle là d’un autre prince à venir, un prince romain ; car tout le monde sait que ce sont les Romains qui vinrent et s’emparèrent à la fois du pays et de la nation des Juifs. L’Écriture dit simplement : «Le peuple du prince qui viendra» ce qui laisse entendre que le peuple viendrait avant un certain prince qui était encore à venir. Je regarde cela comme très important. Sans doute qu’il y avait un prince qui conduisit les Romains dans la conquête de Jérusalem ; mais Titus-Vespasien n’est pas le personnage auquel il est fait allusion ici. Rien n’est plus simple à comprendre, si le peuple vient d’abord et si le prince en question suit ultérieurement. «La fin en sera avec débordement ; et jusqu’à la fin il y aura guerre, un décret de désolations». Il devait y avoir une longue période d’inimitié et de désolation. C’est là précisément où en sont les Juifs aujourd’hui. Ils ont été chassés de cette ville et de ce sanctuaire, et depuis, ils ne les ont jamais récupérés (*). Il est vrai qu’ils se sont fait une position remarquable dans la plupart des contrées de la terre ; leur influence croît dans toutes les cours et dans tous les offices du monde ; mais ils n’ont jamais obtenu le plus petit pouvoir dans leur propre pays et dans leur propre ville. Ils y sont les plus proscrits de tous. Ce sont là ces désolations continuelles.

(*) Note Bibliquest : on rappelle que ces lignes ont été écrites en 1860 (voir 2° note en tête du présent livre)

Au verset 27 arrive la scène finale : «Et il confirmera une alliance avec la multitude pour une semaine». Les versions ordinaires disent à tort l’alliance. L’article «la» n’est point dans l’original, et ce petit mot en a fait égarer plusieurs. C’est «une» alliance qu’il faut lire, ou plutôt, c’est simplement l’idée générale de confirmer une alliance. Si on lit «l’alliance», le lecteur est aussitôt porté à en conclure que l’expression «le prince» désigne le Messie, et qu’Il allait confirmer Son alliance. Mais voici comment le passage est conçu : «Il confirmera alliance (ou une alliance) avec les plusieurs pour une semaine». Sans doute que le Messie a apporté le sang de la nouvelle alliance ; mais est-ce là le sens du passage ? Il suppose que les désolations continuent durant toute cette période, après quoi vient la fin du siècle, qui comprend la 70° semaine, ou qui arrive pendant son déroulement. La mort de Christ a eu lieu depuis longtemps déjà ; la destruction de Jérusalem aussi, 30 ou 40 ans après. Ensuite a suivi une longue période de désolations et de guerres en rapport avec Jérusalem. Après tout ceci, il est de nouveau parlé d’une alliance. Aussi nous faut-il examiner le passage pour voir qui fait cette alliance. Il est fait mention de deux personnes différentes. Au verset 25, il y a le Messie, le Prince ; mais il est venu et a été retranché. Au verset 26, nous lisons : «Le peuple du prince qui viendra». C’est à ce futur chef romain que le verset 27 fait allusion. C’est lui qui confirmera alliance avec plusieurs, ou plutôt avec «la multitude», c’est-à-dire la masse ou la majorité. Le résidu ne participera en rien à cette alliance. Observez que la 70° semaine paraît ici pour la première fois : «Et il confirmera une alliance avec la multitude pour une semaine».

À ceux qui veulent soutenir que c’est Christ que ces paroles désignent, je demande quel sens elles ont ici ? Une semaine ne peut signifier qu’une période de 7 ans. La nouvelle alliance a-t-elle jamais été faite pour 7 ans ? Une telle pensée ne tient pas debout. N’est-il pas évident que l’idée d’entendre par là l’alliance apportée par Christ est franchement absurde ? Par le moyen de l’œuvre de Christ, l’alliance est éternelle, tandis que celle dont il est question ici n’est que pour 7 ans. Quand et comment Christ a-t-il fait une alliance pour 7 ans ? «Et il confirmera une alliance avec la multitude pour une semaine ; et au milieu de la semaine il fera cesser le sacrifice et l’offrande». Je sais que certains appliquent cela à la mort de Christ. Mais la mort de Christ est passée depuis longtemps — avant que la 70° semaine commence ; ensuite nous avons toutes les désolations des Juifs comme une inondation, postérieurement à cela ; et encore après, un autre chef vient et confirme une alliance pour une semaine. C’est lui, et non pas Christ, qui fait alliance avec les Juifs pour 7 années. Mais au milieu de cette période, il met fin à leur culte. Ils auront rétabli le sacrifice et l’offrande à cette époque, et ce personnage les fait cesser.

Il est injustifiable d’intercaler le retranchement du Messie (qui appartient effectivement à la fin de la 69° semaine, v. 26) entre les deux moitiés de la 70° semaine au v. 27. Car il y a des événements très graves qui remplissent non seulement l’intervalle allant jusqu’à la destruction de Jérusalem par les Romains, mais aussi celui comprenant les désastres ultérieurs, mais pris de manière générale, sans date.  La dernière semaine, comme Hippolytus l’a vu, est positionnée seulement à la fin du siècle (de l’ère) ; et on crée la pire des confusions si l’on met la mort du Messie à ce moment-là, et l’abolition par Lui du sacrifice et de l’offrande après Son ministère de plus de 3 ans. Au contraire, c’est une description de la mise de côté du rituel juif au profit de l’idolâtrie, par le chef romain futur, avec le support du roi-faux-prophète dans le pays d’Israël, tout ceci s’achevant judiciairement par l’apparition en gloire du Seigneur.

Mais n’avons-nous pas d’autre lumière sur le sujet dont il est question ici ? Ce passage est-il le seul à nous parler d’une telle alliance, et de la cessation soudaine des fêtes et des cérémonies juives, opérée par un prince étranger ?  Sur l’alliance, voici ce que nous lisons en Ésaïe 28:15 : «Car vous avez dit : Nous avons fait une alliance avec la mort, et nous avons fait un pacte avec le shéol : si le fléau qui inonde passe, il n’arrivera pas jusqu’à nous».  Et au verset 18 : «Et votre alliance avec la mort sera abolie, et votre pacte avec le shéol ne subsistera pas. Lorsque le fléau qui inonde passera, vous serez foulés par lui». Je ne doute pas que c’est là l’alliance que signale Daniel. Une autre chose vient confirmer ce sens : ce prince romain ayant fait une alliance impie avec le peuple juif, et ayant ensuite interrompu les sacrifices et introduit l’idolâtrie — ce que l’Écriture appelle «l’abomination de la désolation», — non seulement il mettra fin au rituel juif, mais il se placera lui-même comme un objet d’adoration. Lorsque l’idolâtrie est ouvertement en rapport avec le sanctuaire, Dieu envoie sur son peuple un fléau terrible. Les Juifs avaient espéré y échapper en faisant une alliance avec ce prince : comme le dit Ésaïe, ils pensaient (naïvement) être ainsi délivrés du fléau qui inonde (je pense qu’il s’agit du roi du Nord qui devient le grand chef des puissances orientales du monde liguées contre les puissances occidentales). La masse des Juifs fera alliance avec l’empereur de l’Occident qui sera officiellement leur ami à cette époque. Mais à la moitié du terme fixé, ce même personnage introduira l’idolâtrie et la leur imposera de force. Alors viendra la catastrophe finale pour les Juifs.

L’interruption des cérémonies juives ne repose pas sur ce passage seulement. En Daniel 7, la petite corne est l’empereur de l’Occident, ou «le prince qui viendra». Il est dit de lui qu’il «proférera des paroles contre le Très-haut, et il consumera les saints des lieux très-hauts, et il pensera changer les saisons et la loi, et elles seront livrées en sa main jusqu’à un temps et des temps et une moitié de temps». Remarquez l’analogie entre cette déclaration et celle que nous avons ici. Que faut-il entendre par «un temps, et des temps, et une moitié de temps» ?  Trois ans et demi, pour sûr. Et que faut-il entendre par la moitié d’une semaine ? Exactement la même période. Au milieu de la durée pour laquelle l’alliance aura été faite avec Israël, ce prince arrêtera leur culte, et s’emparera du sanctuaire à ses propres fins. Il ne leur permettra pas non plus d’observer leurs fêtes. «Elles seront livrées en sa main», c’est-à-dire, les dates rituelles des Juifs et les lois. Dieu ne reconnaîtra pas le culte juif d’alors, et c’est pourquoi il ne les préservera pas en cette occasion. Il laissera cet homme poursuivre son chemin, lui qui, bien qu’ayant fait une alliance avec Israël comme avec des amis, la violera et substituera l’idolâtrie au culte de ce peuple. «Au milieu de la semaine il fera cesser le sacrifice et l’offrande». Alors viendra le fléau qui inonde.

Mais je dois recourir à une manière plus exacte de rendre les paroles qui suivent. Les traducteurs pour l’anglais étaient fort hésitants de leur véritable signification ; il y avait plusieurs manière de les prendre ; mais voici la traduction littérale : «Puis, pour (ou à cause de) l’aile des abominations, un désolateur». C’est-à-dire, parce qu’il aura pris les idoles sous sa protection, il y aura un désolateur, savoir le fléau qui inonde, ou l’Assyrien. «Le prince qui viendra» ne désolera point Jérusalem. En ce temps-là, il aura fait alliance avec les Juifs, et quoiqu’il rompe son alliance, cependant (parce qu’il est leur chef et leur protecteur, et que son favori, le faux prophète, aura son siège parmi eux comme le grand archiprêtre), il établit, avec l’aide de ce faux prophète, le culte de sa statue dans le temple de Dieu. Comparer «l’abomination de la désolation établie dans le lieu saint» (Matt. 24:15). La conséquence en est que le roi du Nord fondra comme un désolateur.

Les Juifs justes et fidèles auront donc deux ennemis en ce temps-là. Le désolateur, ou l’Assyrien, sera l’ennemi du dehors. L’ennemi du dedans sera l’Antichrist, ou leur roi qui agira selon son bon plaisir, qui les corrompra en liaison avec le prince romain. Il s’ensuit que voici le véritable sens de ce passage : «À cause de la protection des abominations il y aura un désolateur, et jusqu’à ce que la consomption et ce qui est décrété soient versés sur la désolée» : «La désolée» désigne sûrement Jérusalem. Toute la consomption, ou ce que Dieu a décrété contre les Juifs, doit avoir son cours. «Cette génération ne passera pas que toutes ces choses ne soient arrivées». Ce seront les derniers représentants de la portion d’Israël rejetant Christ, et Dieu fera venir sur eux tous Ses jugements. Ils seront balayés, et alors il ne restera que la semence sainte, le résidu fidèle, dont Dieu fera le grand noyau de la bénédiction pour le monde entier sous le règne du Seigneur Jésus.

10                  Chapitres 10 et 11

Les chapitres 10, 11 et 12 forment manifestement un sujet unique continu, et nous font voir dans quelles circonstances Daniel reçut cette dernière prophétie, qui est, sous quelques rapports, la plus remarquable de toutes celles qui lui furent accordées. Dans toute l’étendue du livre divin, il n’y a aucun exposé de faits historiques aussi détaillé, aussi circonstancié que celui que nous avons là, sans compter qu’il embrasse toute la durée allant de la monarchie Perse sous laquelle Daniel eut sa vision, jusqu’au temps où toutes les puissances du monde seront obligées de se courber devant le nom du Seigneur. Ce n’est pas pour autant qu’il n’y a point d’interruption dans cette prophétie depuis l’époque de l’empire des Perses jusqu’au règne de Christ : ce serait même contraire à l’analogie de tout le reste de la parole de Dieu. Mais nous y trouvons, avant tout, un exposé des faits, à la fois concis et clair, jusqu’à ce que nous arrivions à un personnage remarquable qui est le type de celui qui sera, à la fin du siècle, le grand chef des adversaires du peuple de Dieu. Après nous avoir conduit jusque là, la prophétie s’interrompt, franchit d’un coup l’intervalle, et nous donne (ensuite seulement) «le temps de la fin» ; cela nous permet de comprendre le pourquoi de cet intervalle de discontinuité. Pour le moment je dois m’arrêter au point où l’interruption commence. Ultérieurement, Dieu voulant, j’espère pouvoir reprendre l’étude de la crise de la fin, à laquelle se rapportent les types, et qui commence au verset 36 du chapitre 11. Nous verrons qu’elle ne se borne pas à quelque mal particulier ; mais la fin du chapitre traite des conflits entre les chefs de cette époque, en Terre sainte et aux environs. Puis le chapitre 12 nous montrera les voies de Dieu avec Son peuple jusqu’à ce que ce peuple et Daniel lui-même soient établis dans leur lot à la fin des jours. Ceci, c’est-à-dire la bénédiction du peuple de Dieu, ou du moins du résidu fidèle, forme le grand but final.

«La troisième année de Cyrus, roi de Perse, une chose fut révélée à Daniel qui est appelé du nom de Belteshatsar etc.». Daniel n’avait donc pas profité du décret que Cyrus avait rendu deux ans auparavant pour donner aux Israélites la liberté de retourner dans leur pays, selon la prophétie : il se trouvait encore sur le théâtre de la captivité des Juifs. Mais au-delà de cela, l’Esprit de Dieu attire notre attention sur l’état d’âme du prophète. Ce n’est pas dans la joie qu’il passait ses jours sur la terre étrangère, mais bien dans le deuil et dans le jeûne, et cela au milieu de circonstances où, bien sûr, il avait tout à sa disposition. Il fut trouvé, ne mangeant point de pain agréable au goût, «et, comme il le dit lui-même, la chair et le vin n’entrèrent pas dans ma bouche ; et je ne m’oignis point, jusqu’à ce que trois semaines entières fussent accomplies». Sûrement ce n’est pas pour rien que l’Esprit de Dieu nous a montré Daniel dans une telle attitude devant l’Éternel, non seulement avant le décret de Cyrus, mais aussi après. Nous pouvons tous comprendre qu’à l’approche du moment où le petit résidu allait quitter Babylone et retourner au pays de ses pères, on aurait dû trouver le saint et pieux prophète l’âme pénétrée d’une profonde affliction devant Dieu, et passant en revue le péché à l’occasion duquel un châtiment si terrible était tombé sur le peuple de la part de l’Éternel ; quoique en cela il fît précisément le contraire de ce que la chair aurait fait dans de telles circonstances. Car lorsqu’il est accordé une grande bénédiction extérieure, c’est plutôt l’occasion pour l’homme de donner libre cours à ses sentiments de joie. Mais nous voyons le contraire en Daniel. Il prit l’attitude de la confession, et confessa non pas seulement les péchés d’Israël, mais ses propres péchés : il les avait tous devant lui. Il n’y avait qu’un homme marchant dans la sainteté qui pût avoir un sentiment aussi profond du péché. Mais la même énergie du Saint Esprit, qui produit une réelle humiliation, rend aussi capable d’entrer en amour dans la triste et abjecte condition du peuple de Dieu. Des pensées de cette nature semblent avoir rempli l’âme de Daniel quand il découvrit, par la prophétie de Jérémie, que la  délivrance d’Israël allait bientôt arriver. Il n’y eut chez lui ni transports de joie au sujet de la chute d’un ennemi, ni cris de triomphe à cause de la libération du peuple, quoique Cyrus lui-même regardât comme un grand honneur d’avoir été choisi de Dieu pour être l’instrument de ces deux événements. Un homme de Dieu pouvait fort bien arrêter sa pensée sur les effets que le péché avait produits, quand l’Éternel ne pouvait pas même parler d’Israël comme Son peuple, quoique la foi dont Daniel était animé ne le fît qu’insister d’autant plus fortement auprès de Dieu sur le fait qu’Israël était son peuple dans Sa bonté qui demeure à toujours.

Ici le décret avait été rendu selon son attente. Le monarque persan avait ouvert la porte aux prisonniers de l’espérance pour quitter Babylone ; et ceux auxquels il avait plu de le faire, étaient retournés dans leur pays. Daniel n’en était point. Au lieu de se concentrer désormais sur de brillantes perspectives de gloire immédiate, on le trouve plus que jamais, dans l’attitude d’humiliation devant Dieu. La révélation du motif de ce jeûne prolongé nous fait pénétrer dans les rapports du monde visible avec le monde invisible. Et le voile n’est pas seulement levé quant à l’avenir, comme le fait toute prophétie ; mais l’énoncé de la vision donne un éclairage intéressant sur ce qui nous entoure, mais qui est invisible. Il fut permis à Daniel de le voir et de l’entendre afin que nous en ayons connaissance, et que nous ayons personnellement conscience, qu’outre les choses qui se voient, il y a des choses invisibles, beaucoup plus importantes pour le peuple de Dieu que ce à quoi l’homme regarde.

S’il y a des luttes sur la terre, elles découlent de luttes qui viennent de plus haut, — les anges luttant avec ces êtres méchants, instruments de Satan, qui cherchent sans cesse à contrecarrer les conseils de Dieu par rapport à la terre. Cela apparaît ici d’une manière remarquable. Nous savons que les anges s’occupent des saints de Dieu, mais peut-être n’avons-nous pas si bien discerné qu’ils ont aussi à faire avec les événements extérieurs de ce monde. Dans cette portion du livre de Daniel, la lumière de Dieu brille sur ce sujet pour nous rendre capables de comprendre qu’il n’y a pas un mouvement du monde qui ne se rattache aux voies Providentielles de Dieu. Et les anges sont les instruments pour exécuter Sa volonté : il est dit d’eux expressément qu’ils font son bon plaisir [Ps. 103:20-21]. D’un autre côté, il y a ceux qui s’opposent à Dieu en permanence : les mauvais anges ne manquent pas. Ceux qui ne réalisent pas ces choses font une perte certaine parce que cela fait sentir beaucoup plus vivement la nécessité d’avoir Dieu pour Sa force. S’il ne s’agit que de problèmes entre des personnes, on pourrait comprendre que quelqu’un, conscient de sa force ou de sa sagesse ou de toute autre ressource, n’ait point de crainte d’autrui. Mais si en fait, on a à combattre avec des puissances qui nous sont immensément supérieures quant à l’intelligence et à la force (car les anges «excellent en force», comme il est écrit), il est clair que, pour vaincre, nous n’avons pas d’autre issue que de nous en remettre au soutien d’Un Autre plus puissant que tout ce qui peut être contre nous. La foi qui compte ainsi sur Dieu, délivre de l’inquiétude à l’égard de tout ce qui est et se passe dans le monde. Car quoiqu’il y ait des esprits malins, et que les hommes ne soient que comme les pièces qu’ils font mouvoir sur l’échiquier de cette vie, de fait néanmoins, il y a derrière la scène, inconnue aux acteurs, une Volonté et une Pensée souveraines qui dirigent tous les mouvements. Cela donne un caractère beaucoup plus solennel à nos pensées sur tout ce qui arrive ici-bas.

Outre ces anges, un autre personnage apparaît sur la scène : «Un homme vêtu de lin, et ses reins étaient ceints d’or d’Uphaz». Celui dont nous trouvons au verset 6 une description si magnifique, vue seulement par Daniel, ne semble pas avoir été simplement un ange. On peut voir chez lui quelques traits de gloire angélique, mais je pense que c’est Celui qui apparaît souvent dans l’histoire tant du Nouveau que de l’Ancien Testament — le Seigneur de gloire lui-même. Ici il apparaît comme un homme, — comme quelqu’un qui éprouvait la plus profonde sympathie pour Son serviteur sur la terre. Tous les autres s’étaient enfuis pour se cacher ; Daniel était resté : cependant, aucune force ne lui restait ; — son teint frais était changé en corruption. Même un homme aimé de Dieu, un saint fidèle, doit faire l’expérience que toute sa sagesse passée était inutile ; car il était maintenant très âgé, et il avait été tout particulièrement fidèle au Seigneur. À ce moment-là, c’était lui qui réalisait le mieux la vraie condition d’Israël, car il voyait bien qu’il devait s’écouler beaucoup de temps avant la venue du Messie, et l’ange qui avait été l’instrument de la révélation avait annoncé que le Messie serait retranché et n’aurait rien. Il n’y avait donc rien d’étonnant qu’il fût dans le deuil. D’autres pouvaient être remplis de brillants espoirs sur la prochaine apparition du Messie, et sur l’exaltation qui en résulterait pour leur nation dans le monde ; Daniel, lui, menait deuil et jeûnait : et voilà que cette vision lui est accordée, et que cette personne bénie se révèle elle-même à lui.

Néanmoins, malgré tout l’amour dont il était l’objet, malgré toute sa connaissance des voies de Dieu, et malgré la faveur qui lui avait été montrée dans les visions précédentes, Daniel est rendu entièrement conscient de son entière faiblesse. Toute sa force est réduite en poussière en présence du Seigneur de gloire. Ce fait est pour nous d’une grande importance morale. Quelle que soit la valeur de ce qu’a appris un saint, le passé seul ne suffit pas à nous rendre capables de comprendre la nouvelle leçon de Dieu. Dieu lui-même est nécessaire à chaque pas — et non pas simplement ce que nous avons appris déjà. C’est là, à mon avis, une vérité importante et très pratique. Nous connaissons tous la tendance des hommes prudents à faire provision pour l’avenir, et je ne nie pas la valeur de la connaissance spirituelle de bien des manières, soit pour aider les autres, soit pour former une saine et sainte appréciation des circonstances au travers desquelles nous passons. Mais quand le Seigneur amène quelque chose que Daniel n’avait pas appris précédemment, alors, malgré tout ce qu’il avait pourtant déjà connu, Daniel se trouve absolument impuissant. C’est dans cette dernière vision qu’il est le plus abattu, et qu’il réalise plus que jamais le sentiment du néant de tout ce qu’il y a en lui. Il est rejeté complètement sur Dieu, même pour avoir la force de se tenir debout et d’entrer dans ce que l’Éternel allait lui faire connaître. On voit la même chose en saint Jean, qui avait reposé dans le sein du Sauveur lorsqu’il était sur la terre, et de tous les disciples, il était celui qui était le plus entré dans Ses pensées. Pourtant, quand le Seigneur se présente devant lui dans Sa gloire, pour lui révéler sa pensée touchant l’avenir, que devint cet apôtre Jean ? Il a fallu que le Seigneur mette sa main sur lui, et lui commande de ne pas craindre. Il a fallu qu’Il l’encourage par ce qu’il est Lui-même — le Vivant qui a été mort, mais qui est de nouveau vivant, et qui a les clés de la mort et du hadès. C’était là ce que Jean avait à écouter avec la plus parfaite confiance, parce Christ était tout cela, et encore davantage. Il n’y avait pas de puissance qui ne dût tomber devant lui.

Daniel est entré dans ces choses selon sa mesure. La mort de la chair doit toujours être réalisée avant qu’on puisse jouir de la vie de Dieu. Ceci est important en pratique. Dans la grâce qui apporte le salut, je n’ai pas à commencer par apprendre la mort, puis ensuite la vie. La vie en Christ vient à moi comme pécheur, et cette vie manifeste la mort dans laquelle je suis. S’il me fallait réaliser ma mort pour que cette vie vînt à moi, cela reviendrait évidemment à dire que l’homme doit être mis dans sa véritable position, comme une préparation à la bénédiction de Dieu. Ce serait la négation de la grâce. «Ce qui était dès le commencement... ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché concernant la Parole de la vie». En d’autres termes, c’est la personne de Christ lui-même qui vient et apporte la bénédiction. Après quoi l’âme apprend que «Dieu est lumière et qu’il n’y a en lui aucunes ténèbres». Elle apprend que si nous disons que nous avons la lumière ou la communion avec celui qui est lumière, et que cependant nous marchions dans les ténèbres, nous mentons et ne pratiquons pas la vérité. Toute la connaissance pratique de ce que Dieu est et de ce que nous sommes, suit la manifestation qui nous a été faite de la vie dans la personne de Christ. S’il s’agit de l’ordre des choses pour un pécheur, c’est la grâce souveraine qui communique la vie dans la personne d’Un Autre ; mais s’il s’agit de l’ordre selon lequel le progrès s’accomplit dans le croyant, il n’en est point de même. Le croyant ayant déjà obtenu la vie, doit mortifier tout ce qui lui appartient simplement quant à la nature, afin que cette vie soit manifestée et se fortifie. Cet ordre de choses est de toute importance pour le saint, comme l’autre ordre de choses l’est pour le pécheur. L’homme, dans son état naturel, ne croit pas qu’il est mort, et il travaille à acquérir la vie. Mais il est dépourvu de la vie ; il ne l’a point. C’est Un Autre seulement, qui la lui apporte et la lui donne dans une grâce parfaite, — ne voyant que du mal en lui, mais venant seulement avec du bien et le lui apportant en amour. Tel est Christ. Mais dans le cas du croyant, comme il a déjà trouvé la vie en Christ, il faut qu’il y ait jugement du mal, afin que cette vie nouvelle et divine se développe et croisse. De sorte que, tandis que pour l’un, pour le pécheur, il y a besoin d’apporter la vie, laquelle fait ressortir la mort, et rencontre l’homme dans la mort et l’en délivre ; pour l’autre, le croyant, c’est la mortification pratique de tout ce qui a eu une existence naturelle en lui. Tout ceci doit recevoir sa sentence de mort, pour que la croissance et la manifestation de la vie soient sans empêchement.

Daniel fit l’expérience que tel était effectivement le moyen pratique d’entrer dans les merveilles que l’Esprit de Dieu allait dérouler devant lui, et d’en devenir le témoin convenable. C’est pourquoi il devait réaliser la mort dans son âme malgré toute la faveur dont il était l’objet — il était même un «homme bien-aimé». «Et comme il parlait avec moi, disant cette parole, je me tins debout, tremblant. Et il me dit : Ne crains pas, Daniel, car dès le premier jour où tu as appliqué ton coeur à comprendre et à t’humilier devant ton Dieu, tes paroles ont été entendues, et moi, je suis venu à cause de tes paroles». Il lui est alors donné à connaître comment il se faisait qu’il y avait eu un tel délai : «Mais le chef du royaume de Perse m’a résisté vingt et un jours, et voici, Micaël, un des premiers chefs, vint à mon secours : et je restai là, auprès des rois de Perse». Ici, je crois, c’est une autre personne qui parle : ce n’est pas le premier et glorieux personnage que Daniel avait vu, mais quelqu’un que celui-là employait comme serviteur — un ange, de fait. Le dernier chapitre prouvera clairement qu’il y a plus qu’une personne envoyée : et il est évident, d’après les termes de celui qui parle, qu’il est en position de subordination. Daniel est encouragé d’apprendre que, dès le premier jour où il avait appliqué son coeur à comprendre et à s’affliger en la présence de Dieu, ses paroles avaient été entendues. Il ne reçut la réponse ni le premier jour, ni le second. Celle-ci n’arriva qu’après vingt et un jours ; et cependant elle avait été envoyée de Dieu dès le premier jour. Bien sûr, Il aurait pu la donner sur le champ. Mais qu’en serait-il résulté ? D’abord, on n’aurait pas compris aussi clairement la lutte terrible qui continuait à faire rage entre les instruments de Dieu et les émissaires de Satan ; et ensuite aussi, la foi et la patience n’auraient pas eu leur oeuvre parfaite (Jacq. 1:4).

Je n’oublie pas que le Saint Esprit a été envoyé ici-bas, pour demeurer désormais dans le coeur des croyants d’une manière qui n’était pas connue alors. Car quoique l’Esprit de Dieu fût toujours à l’oeuvre dans les saints hommes et prophètes, cependant l’habitation permanente du Saint Esprit n’a pas eu lieu et ne pouvait avoir lieu tant que Jésus n’était pas encore glorifié, et que l’oeuvre de la rédemption n’était pas encore accomplie. C’est en vertu de cette œuvre que le Saint Esprit a été envoyé du ciel faire Son habitation dans le coeur de ceux qui croient, — comme sceau de la bénédiction qui est la leur en Christ. En sorte que, outre ces soins extérieurs et Providentiels de Dieu si magnifiquement présentés ici, nous, chrétiens, nous possédons cette personne divine et bénie, qui fait de nos corps le temple de Dieu. Mais les luttes extérieures n’en continuent pas moins. Ce qui empêcha Daniel d’avoir la réponse manifeste à ses prières, peut nous empêcher aussi d’avoir la réponse des circonstances. Nous devons toujours compter immédiatement sur la réponse de la foi ; mais pour ce qui concerne la réponse des circonstances que Dieu conduit pour en faire sortir une réponse manifeste, il se peut que nous ayons à l’attendre. C’est ce qui arriva à Daniel, il attendit, et la raison nous en est donnée. Le verset 13 nous apprend que, quoique Dieu ait envoyé la réponse dès le premier jour, le chef du royaume de Perse résista vingt et un jours, — exactement la durée du temps que Daniel avait passé dans le deuil et le jeûne devant Dieu. «Et voici Micaël, un des premiers chefs, vint à mon secours : et je restai là, auprès des rois de Perse». C’est clairement un ange qui parle. Ce serait manquer à ce qui est dû au Seigneur que de supposer que c’était lui qui avait besoin d’aide d’un de ses propres anges. Mais il est fait ici mention de Micaël, car il était bien connu comme l’archange veillant particulièrement à la garde de la nation d’Israël. Les gens peuvent bien se moquer de la vérité sur les anges-gardiens et sur leurs interventions, mais l’Écriture n’en est pas moins parfaitement claire à ce sujet. Sans doute le Romanisme, comme nous le savons, a fait des anges des objets de culte ; mais la vérité elle-même est particulièrement intéressante.

La parole de Dieu est très nette sur le fait que Dieu emploie les anges à des services particuliers. Au reste, ce n’était pas là une vérité réellement nouvelle. Jude mentionne comme une circonstance bien connue la dispute de Michel/Micaël l’archange avec le diable, touchant le corps de Moïse. La même vérité apparaît encore en cette vigilance soigneuse de Micaël envers le peuple juif. Il savait leur penchant à l’idolâtrie, et le désir qu’ils auraient de se faire une idole, après sa mort, de l’homme contre lequel ils s’étaient rebellés durant sa vie. C’est pourquoi, Micaël, en tant qu’instrument de la part de Dieu pour la bénédiction d’Israël, entre en dispute avec Satan, pour faire en sorte que le corps de Moïse ne soit point trouvé — la parole de Dieu déclare que l’Éternel l’a enseveli, bien qu’Il se soit servi de Micaël comme instrument pour le faire.

Le passage que nous étudions, jette un rayon de lumière intéressant sur les circonstances terrestres. Les puissances de ce monde peuvent gouverner certes, mais les anges n’ont pas abandonné leurs fonctions. Le diable et ses anges d’un côté, Michel et les saints anges avec lui de l’autre côté, viennent de nouveau sur la scène dans le dernier livre de la Bible. Le fait que Christ soit venu et que le Saint Esprit ait été donné, ne change pas ces interventions des anges. Au contraire, nous savons qu’il y aura à la fin un conflit des plus effroyables entre les saints anges et les mauvais anges, lorsque les cieux seront purifiés pour toujours de ces puissances malignes qui les ont si longtemps souillés. Tout cela est d’un très grand intérêt, faisant voir la parfaite patience de Dieu. Nous savons en effet que d’un seul mot il pourrait abattre le diable et toute son armée. Mais Il ne le fait pas. Il permet même à Satan de s’aventurer dans les cieux inférieurs, et même de les posséder. C’est pour cela qu’il est appelé «le chef de l’autorité de l’air» (Éph. 1:2), comme il est appelé ailleurs «le chef de ce monde» (Jean 12:31 ; 14:30) et «le dieu de ce siècle» (2 Cor. 4:4). Mais je crois que c’est là seulement qu’il est chef. Il n’est jamais dit dans l’Écriture que Satan soit chef en enfer. C’est un rêve favori des grands poètes, comme des petits ; mais l’Écriture ne le dit jamais. Ce qu’elle nous enseigne, c’est que maintenant sa puissance s’exerce réellement dans les cieux et sur la terre ; mais que, quand il sera brisé, d’abord quant à son usurpation céleste, puis ensuite quant à sa puissance terrestre, alors il sera jeté en enfer, et au lieu d’y être roi, il y sera le plus misérable objet de la vengeance de Dieu. Ce qu’il y a de solennel, c’est qu’il règne ici-bas maintenant, et que les gens ne le réalisent pas. Son pire règne est celui qu’il a acquis, — non pas celui qu’il avait auparavant. La mort de Christ, bien qu’elle soit le fondement sur lequel il perdra finalement tout pouvoir, a été pourtant le moyen par lequel il est devenu la grande puissance usurpatrice s’opposant toujours à Dieu et à Ses pensées quant au monde.

Il y a là pour nous une pensée importante. Si Dieu permet quelque chose de pareil — s’il permet dans le ciel lui-même, la présence de ce méchant, l’ennemi de son Fils — si, à la suite de la crucifixion de Christ nous voyons Dieu déployer sa longanimité la plus grande, au lieu de dépouiller Satan de toute sa puissance, quelle leçon pour nous de ne pas nous inquiéter à propos des circonstances ! Aucun homme n’a jamais traversé ces régions inconnues ; personne n’y a été pour nous en parler, sauf la parole de Dieu qui nous le révèle.  Naturellement, nous ne savons pas tout ; mais nous en savons assez pour voir qu’il y a cette redoutable puissance du mal opposée à Dieu, et que la puissance de Dieu est toujours et infiniment plus forte que la puissance du mal. Le mal n’est qu’un accident qui est entré dans le monde par la rébellion de la créature contre Dieu.  Par ce mot «accident» je veux dire que la créature a interrompu pour un temps les desseins de Dieu, tandis qu’au fond, cela n’a servi qu’à manifester ces desseins et à les faire briller avec plus d’éclat. Le plan de Dieu était de bénir le ciel et la terre, et ce plan tiendra.  Le mal sera banni de la scène, et les méchants souffriront les terribles conséquences d’avoir rejeté, en Christ, le Seigneur, la seule Personne bonne et bénie.

Mais, tandis que la certitude de tout cela a été révélée à la foi avant que Dieu exécute ses pensées, il nous est permis de voir le grave conflit qui se livre dans le monde invisible. La foi est mise ainsi à l’épreuve. Daniel devait continuer d’attendre, de mener deuil, de prier, de répandre tout devant Dieu. Nous voyons en lui la persévérance de la foi — priant sans cesse. Et combien sa foi ne fut-elle pas récompensée ! car lorsque l’ange vient, il lui révèle ce secret sur l’ordre de l’Être glorieux qui était premièrement apparu à Daniel. C’était le chef du royaume de Perse qui lui avait résisté vingt et un jours ; mais Micaël était venu à son aide.

Remarquons aussi que le verset suivant renferme une indication importante, relativement aux principaux objets que Dieu a en vue dans cette prophétie.  Seulement les personnes qui ont beaucoup lu savent combien ce chapitre a été torturé par l’introduction de pensées humaines, personnelles, censées apporter l’explication. Naturellement en toute première ligne on y a introduit le pape. Ensuite on n’a pas manqué non plus d’y trouver l’audacieux soldat des premiers jours de ce siècle, Napoléon.  En un mot, tout ce qui, dans le monde, a pu présenter un intérêt extraordinaire, on s’est efforcé de le trouver dans le chapitre 11 de Daniel. Le verset 14 du chapitre 10 fait justice de toutes les idées semblables : «Je suis venu pour te faire comprendre ce qui arrivera à ton peuple à la fin des jours ; car la vision est encore pour beaucoup de jours».  Rien de plus clair que ces paroles. Elles sont mises comme une espèce de frontispice à la prophétie, pour faire voir que le peuple juif constitue la grande pensée de Dieu quant à la terre, et que le sujet principal de cette prophétie est ce qui doit leur arriver dans les derniers jours. La suite de l’histoire nous y est présentée presque depuis les jours de Daniel jusqu’au Messie, mais les derniers jours en sont le sujet principal. En général la prophétie peut bien donner des arrhes [échantillons d’accomplissement partiel] dans un avenir tout proche, mais nous n’en voyons jamais toute la portée que dans le dernier jour ; et alors les pensées et le plan de Dieu ont toujours pour centre terrestre les Juifs et leur Messie.

Je n’entends point nier que l’Église soit une chose beaucoup plus élevée que les Juifs, ni que les relations de Christ avec l’Église soient plus étroites et plus profondes que Ses relations avec les Juifs. Mais vous ne perdez pas Christ et l’Église parce que vous croyez à Son lien avec Israël. Bien plus, si vous ne le croyez pas, vous confondez Ses relations avec les Juifs avec vos propres relations avec Christ, et les deux relations sont perdues, quant à une connaissance précise et une pleine jouissance.  Cela vient de ce qu’on ne considère pas l’Écriture comme un tout.

On ne porrait pas tomber dans une pareille erreur, si on lisait le chapitre 10 comme étant une introduction au chapitre 11. Mais certains lisent l’Écriture vraiment comme d’autres la prêchent.  On prend quelques mots, et on en fait le thème d’un discours qui n’a peut-être aucun rapport avec le sujet du passage d’où ces mots sont tirés, — voire même aucun rapport avec aucun autre passage de la Bible. Il est possible que, considérées en elles-mêmes, les pensées que l’on exprime soient vraies, mais ce dont nous avons besoin, c’est une aide pour comprendre la parole de Dieu dans son ensemble, aussi bien que dans les détails. Si vous preniez une lettre d’un ami et que vous vous attachiez seulement à une phrase ou une partie de phrase tirée du milieu du texte et dissociée du reste, comment pourriez-vous la comprendre ? Et cependant, ce que renferme l’Écriture a une portée et une étendue infiniment plus vastes que tout ce que nous pourrions écrire nous-mêmes ; et, en conséquence, il devrait y avoir des raisons bien plus fortes de prendre l’Écriture dans sa portée et ses relations effectives, que de le faire pour les petites productions de notre esprit. C’est là la grande clé des erreurs commises dans l’interprétation de l’Écriture par bien des personnes estimables. Il peut s’agir d’hommes de foi, mais il leur est difficile de s’élever au-dessus de leurs habitudes ordinaires.  La prophétie qui nous occupe montre l’importance du principe sur lequel j’insiste. Prenez les livres ordinaires sur cette prophétie, — peu importe quand, où, et par qui ils ont été écrits — et vous verrez qu’ils s’efforcent surtout de la rapporter à leur époque et de la centrer sur elle. La réponse à toutes ces vues erronées est toujours la même. Ni Rome, ni la papauté, ni Napoléon, ne sont l’objet visé par la prophétie, mais bien «ce qui arrivera à ton peuple (le peuple de Daniel, les Juifs), aux derniers jours».

Nous trouvons donc Daniel, exprimant avec humilité d’esprit son incapacité à recevoir de telles communications. D’abord, quelqu’un ayant la ressemblance d’un homme touche ses lèvres et il est instruit à parler au Seigneur. Il confesse sa faiblesse, et déclare qu’il n’a conservé aucune vigueur. Mais «comme l’aspect d’un homme me toucha de nouveau, et me fortifia, et il dit : Ne crains pas, homme bien-aimé ; paix te soit ! sois fort, oui, sois fort !» Les hommes sont absolument incapables de profiter de la prophétie, jusqu’à ce qu’ils soient complètement établis dans la paix, jusqu’à ce que leurs coeurs connaissent la véritable source de la force. Nous voyons ici qu’il faut que Daniel soit mis sur ses pieds, que sa bouche soit ouverte, que ses craintes soient dissipées avant que l’Éternel puisse lui dévoiler l’avenir. Son coeur doit être en parfaite paix dans la force de l’Éternel et dans la présence de son Dieu. L’anxiété de l’esprit, le manque d’une paix bien établie, jouent un rôle beaucoup plus grand qu’on ne le pense dans le peu de progrès que l’on fait dans l’intelligence d’une bonne partie de la parole de Dieu. Il ne suffit pas d’avoir la vie et l’Esprit de Dieu, mais il faut que la chair soit brisée et qu’on se repose simplement, paisiblement, dans le Seigneur. Daniel doit traverser toute cette scène, pour être dans l’état convenant à ce qu’il doit apprendre ; et dans notre mesure, il en est de même de nous. Il faut que nous réalisions cette même paix et cette même force dans le Seigneur. Si la venue du Seigneur est un sujet de terreur pour moi parce que je ne suis pas sûr de la position que j’aurai devant lui, comment puis-je sincèrement me réjouir qu’elle soit si proche ? Il y aura dans mon esprit un obstacle à ce que j’arrive à comprendre clairement la pensée de Dieu sur ce sujet. La raison de cette incompétence n’est pas faute d’avoir appris, mais de ce que l’on n’est pas entièrement établi dans la grâce, — que l’on ignore ce que nous sommes en Jésus Christ. Peu importe tout ce qu’on a par ailleurs, rien ne suppléera à cette triste lacune. Je parle de ceux qui sont vraiment chrétiens, car quant aux simples savants qui se mêlent de ces matières, c’est aussi totalement hors de leur sphère de compétence, que si un aveugle devait discourir sur les couleurs et les beautés d’un paysage qu’il ne peut pas voir. «L’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu... et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement» (1 Cor. 2:14). Ce n’est qu’un scribe de ce siècle se mêlant de ce qui appartient à un autre monde dont il ne connaît rien.

11                  Chapitre 11

Maintenant nous trouvons un tableau rapide de ce qui doit arriver à Israël aux derniers jours. La personne qui parle est la même ici qu’au chapitre 10. «Et moi, dans la première année de Darius, le Mède, je me tins là pour l’aider et le fortifier. Et maintenant, je te déclarerai la vérité : Voici, il s’élèvera encore trois rois en Perse». C’est la succession des monarques perses depuis Cyrus qui nous est donnée là. L’Écriture nous montre qui ils sont, quoique leurs noms ne soient pas mentionnés ici. On peut voir Esdras 4, où ces mêmes trois rois sont mentionnés. En Esdras 4, c’est à l’occasion des efforts que firent les ennemis d’Israël pour arrêter la construction du temple : «Et ils soudoyèrent contre eux des conseillers pour faire échouer leur plan, durant tous les jours de Cyrus, roi de Perse, et jusqu’au règne de Darius, roi de Perse» (v. 5). Or, pour comprendre ce chapitre, il faut vous souvenir que depuis le verset sixième jusqu’à la fin du verset 23, c’est une parenthèse. Le commencement et la fin du chapitre sont relatifs aux événements qui se passèrent sous le règne de Darius. Mais l’Esprit de Dieu revient en arrière, pour faire voir que ces ennemis d’Israël avaient fait depuis les jours de Cyrus jusqu’à ceux de Darius. Par conséquent, dans la parenthèse formée des versets 6 à 23 inclus, vous avez les différents monarques qui s’étaient succédés entre Cyrus et Darius, et que les adversaires avaient cherché à influencer. «Sous le règne d’Assuérus» (c’est-à-dire, le successeur de Cyrus, appelé Cambyse dans l’histoire profane), «au commencement de son règne, ils écrivirent une accusation contre les habitants de Juda et de Jérusalem». Puis vient le nom du roi suivant : «Et aux jours d’Artaxerxès, Bishlam, etc.». C’est un personnage différent de l’Artaxerxès mentionné en Néhémie; il vécut plus tard et l’histoire profane le nomme Smerdis le Mage ; il acquit la couronne pour un certain temps, par de mauvais moyens, et prêta l’oreille aux accusations portées contre les Juifs. Cet usurpateur fut mis à mort lors d’une conspiration ayant à sa tête Darius, non pas le Mède dont parle Daniel, mais le Perse dont parle le livre d’Esdras. Son nom dans l’histoire est Darius Histaspe. Il suit immédiatement les deux qui précèdent, en sorte que ces trois rois mentionnés en Esdras 4 correspondent exactement aux trois de Daniel 11:2. C’est ainsi qu’une partie de l’Écriture jette de la lumière sur une autre, sans qu’il soit du tout nécessaire de faire appel au domaine des écrits des hommes.

«Voici, il s’élèvera encore trois rois en Perse» ce sont ceux qui succédèrent à Cyrus et qui sont nommés dans l’Écriture comme nous l’avons vu : Assuérus, Artaxerxès et Darius, et dans l’histoire profane, Cambyse, Smerdis le Mage et Darius Histaspe. «Et le quatrième deviendra riche de grandes richesses plus que tous, et quand il sera devenu fort par ses richesses, il excitera tout contre le royaume de Javan». Il s’agit là du célèbre Xerxès, qui souleva tout le monde contre la Grèce. Ceci confirme une idée émise à l’occasion d’une vision précédente, que l’attaque furieuse du bouc contre la Perse était une action de représailles contre l’attaque des Perses sur la Grèce. Xerxès fut l’auteur de cette grande entreprise. Ses richesses sont devenues proverbiales, et nul événement ne fit alors sur le monde une impression aussi profonde que cette expédition contre la Grèce, et les conséquences qui en résultèrent.

Ensuite au verset 3, la Perse, le bélier du chapitre 8, est laissée là, et nous trouvons le bouc de ce même chapitre, ou plutôt sa corne. «Et un roi vaillant se lèvera et exercera une grande domination, et il agira selon son bon plaisir». C’est là Alexandre. «Et quand il se sera levé, son royaume sera brisé et sera divisé vers les quatre vents des cieux» — cela fut réalisé à sa mort : l’empire Grec éclata en morceaux —  «… et ne passera pas à sa postérité, et ne sera pas selon la domination qu’il exerçait ; car son royaume sera arraché, et sera à d’autres, outre ceux-là». Il ne devait pas y avoir un chef unique se débarrassant de la famille d’Alexandre et s’emparant de ce qu’il possédait. Ce royaume devait être divisé en plusieurs parties, essentiellement quatre, et deux d’entre ces quatre vont avoir une immense importance. Mais qu’est-ce qui constitue ici leur principale importance ? Lorsque Dieu parle des choses qui ont lieu sur la terre, Il les mesure toujours d’après Israël, parce qu’Israël est Son centre relativement à la terre.

De là vient que les puissances qui ont à faire avec Israël sont celles qui ont de l’importance aux yeux de Dieu. Telle est la raison pour laquelle il n’est rien dit des autres royaumes, mais seulement de ceux du nord et du midi. Et pourquoi sont-ils ainsi désignés ? La Palestine est le point de référence pour Dieu. L’expression roi du nord désigne le nord du pays sur lequel Dieu arrête Ses regards, et la puissance du sud désigne le sud de cette même Palestine. On nomme communément ces pays la Syrie et l’Égypte. Ce sont les deux pays dont il est constamment question dans ce chapitre, les deux autres divisions de l’empire d’Alexandre étant mises de côté. La prophétie ne regarde que ceux qui ont eu à faire avec Israël. Il nous est dit maintenant que «le roi du midi sera fort» — c’est le personnage bien connu comme un des Ptolémées ou Lagides — «et un de ses chefs ;» (c’est-à-dire, un des généraux d’Alexandre) «mais un autre sera plus fort que lui, et dominera ; sa domination sera une grande domination». Celui-ci est une autre personne, le premier roi du nord qui s’élève en force au-dessus de Ptolémée. L’histoire profane le nomme Séleucus. Dans l’histoire des Macchabées, il est souvent question des descendants de ces deux personnages et de leurs querelles, et on y trouve des récits détaillés des transactions prédites dans ce chapitre ; mais les quelques paroles que Dieu nous en dit, sont infiniment plus pertinentes que les longs récits de l’homme.

Mais voyons un peu quelques-uns de ces événements. «Et au bout de plusieurs années, ils [c’est-à-dire les rois du nord et du midi] s’uniront ensemble ; et la fille du roi du midi viendra vers le roi du nord pour faire un arrangement droit». Une remarque avant d’aller plus loin : ce n’est pas le même roi du nord, ni le même roi du midi que nous rencontrons tout au long de ce chapitre, mais c’est un bon nombre de ceux qui se sont succédés. C’est toujours le même titre officiel qui continue d’un bout à l’autre. C’est comme on s’exprime en langage juridique : Le roi, ou la reine, ne meurt jamais. C’est de cette même manière que nous devons voir ces termes ici. Ce verset 6 en est un exemple. «Et au bout de plusieurs années, ils s’uniront ensemble». Il ne s’agit pas des mêmes rois du nord et du midi qu’au verset 5, mais de leurs descendants. «Au bout de plusieurs années, ils s’uniront ensemble ; et la fille du roi du midi viendra vers le roi du nord pour faire un arrangement droit». Ils ne font pas seulement une alliance, mais un mariage entre leurs familles. «Mais elle ne conservera pas la force de son bras». La tentative d’établir une entente cordiale entre la Syrie et l’Égypte au moyen d’un mariage est un échec. Il va sans dire que l’histoire le confirme exactement. Il y a eu un tel mariage, et le roi du nord se débarrassa même de sa première femme afin d’épouser la fille du roi du midi. Mais les affaires n’en devinrent que beaucoup plus mauvaises. Ils avaient espéré terminer leurs guerres sanglantes, mais en réalité ils posèrent la base d’une rancune mutuelle infiniment plus profonde. Selon ce que nous lisons ici : «Mais elle ne conservera pas la force de son bras ; et il ne subsistera pas, ni son bras ; et elle sera livrée, elle, et ceux qui l’ont amenée, et celui qui l’a engendrée, et celui qui lui aidait dans ces temps-là. Mais d’un rejeton de ses racines se lèvera à sa place un homme, et il viendra à l’armée, et il entrera dans la forteresse du roi du nord ; et il agira contre eux et se montrera puissant». Ce n’était pas son enfant, mais son frère, de la même lignée qu’elle. Elle était une branche, et lui une autre. Le frère de cette Bérénice, fille du roi d’Égypte, vient venger le meurtre de sa soeur, et prévaut sur le roi du nord. Ce qui suit confirme l’explication que nous avons donnée sur ce qu’il faut entendre par le royaume du midi. «Et même il emmènera captifs, en Égypte, leurs dieux et leurs princes, avec leurs objets précieux, l’argent et l’or ; et il subsistera plus d’années que le roi du nord. Et celui-ci viendra dans le royaume du roi du midi et il retournera dans son pays». Nous voyons l’Égypte triompher un certain temps, mais le vent favorable tourne bientôt. «Mais ses fils s’irriteront et rassembleront une multitude de forces nombreuses ; et l’un d’eux (l’autre a disparu) viendra et inondera et passera outre ; et il reviendra et poussera le combat jusqu’à sa forteresse. Et le roi du midi s’exaspérera». Vient maintenant une autre guerre postérieure, quand le roi du midi rend le coup du roi du nord. «Et le roi du midi … sortira, et fera la guerre contre lui, contre le roi du nord ; et celui-ci mettra sur pied une grand multitude, mais la multitude sera livrée en sa main». L’Esprit de Dieu se réfère ici, à plusieurs faits remarquables. Les deux principaux acteurs sont les rois de Syrie et d’Égypte. Le pays d’Israël situé entre eux deux est un fardeau pesant pour ces rois qui en font leur champ de bataille, ce pays revenant toujours en la possession du vainqueur. Si le roi du nord était victorieux, la Palestine était soumise à la Syrie, et vice-versa si le roi d’Égypte l’emportait. Mais Dieu ne laissait jamais en repos ceux qui s’emparaient de Son pays. Ils peuvent conclure des mariages et des alliances, mais cela se révélait n’être que le prélude à de nouvelles explosions plus graves — les frères, les fils, les petits-fils, reprenant les querelles de leurs parents. «L’Écriture ne peut être anéantie» (Jean 10:35). Tout était là clairement exposé d’avance.

«Et quand la multitude sera ôtée, son coeur s’exaltera, et il fera tomber des myriades ; mais il ne prévaudra pas». Puis nous voyons que le roi du nord «reviendra et mettra sur pied une multitude plus grande que la première ; et au bout d’une période d’années, il s’avancera avec une armée nombreuse et de grandes richesses. Et, dans ces temps-là, plusieurs se lèveront contre le roi du midi, et les violents de ton peuple s’élèveront pour accomplir la vision». Permettez-moi d’attirer l’attention sur ces mots. Ils règlent d’un coup la question qu’on pouvait se poser : comment savez-vous que le peuple de Daniel ne signifie point le peuple de Dieu dans un sens spirituel ? La réponse se trouve dans ces mots : «les violents de ton peuple». Ceci élimine l’argument tendant à donner un sens spirituel ; car dans ce cas, il serait difficile de parler d’hommes violents (version anglaise : voleurs). Cela confirme qu’il n’est point besoin de preuves complémentaires, — que le peuple de Daniel [«ton peuple»] signifie le peuple juif, et rien d’autre. Nous apprenons ici que certains Juifs sont en relation avec un de ces rois du nord qui font la guerre. Ils sont appelés «les violents de ton peuple» et prennent le parti d’Antiochus, le roi du nord, contre Ptolémée Philopator, ou plutôt son fils ; mais ils sont tous anéantis. Le monarque syrien pouvait nourrir l’espoir que par l’introduction de ce nouvel élément, en gagnant l’appui des Juifs, Dieu serait avec lui. Mais non. Ils étaient les violents du peuple, — infidèles à Dieu et ne maintenant point ferme leur séparation d’avec les Gentils. Il se peut qu’eux aussi pensent confirmer la vision, «mais ils tomberont».

Et le roi du nord viendra, et il élèvera une terrasse, et s’emparera de la ville forte ; et les forces du midi ne tiendront pas, ni l’élite de son peuple ; et il n’y aura pas de force en lui pour se maintenir. Mais celui qui vient contre lui agira selon son gré (c’est le roi du nord), et il n’y aura personne qui lui résiste ; et il se tiendra dans le pays de beauté, ayant la destruction dans sa main». Une autre chose remarquable qui nous est présentée là, c’est de voir l’importance que l’Esprit de Dieu donne à cette petite bande de terre — le territoire de la Palestine. C’était le don de Dieu au peuple de Dieu. Aussi déplorable que soit sa condition, c’est encore le pays de beauté (11:41, 45). Dieu ne se repent pas de ses desseins. «Il choisira encore Israël, et les établira en repos sur leur terre» (És. 14:1). Et si, lorsqu’il est question de Ses desseins terrestres, Dieu tient à eux d’une pareille manière en dépit de tous les obstacles, que ne fera-t-il pas pour Son peuple céleste ? Qui pourrait douter qu’Il les amène dans la gloire céleste avec Christ ?

«Et il dirigera sa face pour venir avec les forces de tout son royaume, et des hommes droits avec lui, et il agira ; et il lui donnera la fille des femmes pour la pervertir ; mais elle ne tiendra pas, et elle ne sera pas pour lui». C’est là une autre tentative de mariage, mais en sens inverse de la première fois. Maintenant ce n’est pas la fille du roi du midi qui vient vers le roi du nord, mais c’est le roi du nord qui donne sa fille Cléopâtre au roi du midi, dans l’espérance qu’elle maintiendra l’influence de la Syrie à la cour d’Égypte. C’est ce que signifient les paroles «pour la pervertir», parce que c’était évidemment contraire à l’essence même du lien du mariage : c’était une tentative de son père de s’en servir à des fins politiques. «Mais elle ne tiendra pas, et elle ne sera pas pour lui». Les raisons d’état aussi bien que les secrets intimes de leurs coeurs, tous sont dévoilés ici.

Il y a une autre honte, qui n’est pas connue de Dieu seulement, mais qui est révélée à ses serviteurs. «Et il tournera sa face vers les îles, et il en prendra beaucoup. Mais un chef mettra fin, pour lui, à son opprobre, et le fera retomber sur lui-même, sans opprobre pour lui». C’est-à-dire qu’Antiochus intervient dans les affaires de la Grèce, et prend plusieurs îles ; mais cet autre chef agissant «pour lui», reprend la lutte contre le roi du nord. Voici l’entrée en scène d’une nouvelle puissance — la première allusion aux Romains. Ce chef qui vient pour lui-même contre le roi du nord, désigne un consul romain. Il ne lui permet pas de toucher la Grèce. Ce fut l’un des Scipions qui intervint ainsi. «Et il tournera sa face vers les forteresses de son propre pays ; et il bronchera et tombera, et ne sera pas trouvé». Il est obligé de retourner en Syrie, mais il heurtera et sera renversé.

«Puis il s’en élèvera un à sa place qui fera passer l’exacteur par la gloire du royaume». Les Romains, qui avaient défait le père, obligèrent le fils à payer un lourd tribut annuel. C’est tout ce que fit ce pauvre homme durant sa vie. «Mais en quelques jours il sera brisé, non par colère, ni par guerre». Il fut tué par un de ses propres fils. «Et un homme méprisé s’élèvera à sa place, auquel on ne donnera pas l’honneur du royaume ; mais il entrera paisiblement, et prendra possession du royaume par des flatteries ; et les forces qui débordent seront débordées devant lui et seront brisées, et même le prince de l’alliance. Et dès qu’il se sera associé à lui, il agira avec fraude, et il montera, et sera fort avec peu de gens». C’est ici l’homme qui typifie le dernier roi du nord, appelé dans l’histoire profane Antiochus Épiphane. Son caractère moral était abominable, mais il est très connu pour ses interventions au milieu des Juifs, d’abord par le moyen de la flatterie et de la corruption, et ensuite par la violence. C’est sur lui que l’Esprit de Dieu s’arrête le plus, parce que c’est lui qui a été le plus mêlé aux affaires d’Israël, du pays de beauté et du sanctuaire. Ce fut lui qui imposa de force l’idolâtrie dans le temple lui-même, en établissant une statue devant être adorée, dans le lieu Très-saint. Voilà ce qui lui donne de l’importance. Autrement il fut un homme peu connu, sauf pour sa méchanceté hardie. Rien de plus simple : son histoire consiste d’une part en intrigues, d’abord contre le roi du nord, et ensuite contre les Juifs ; et d’autre part en diverses expéditions qui ont commencé par quelques succès, mais finalement il fut complètement défait. «En pleine paix il entrera dans les lieux les plus riches de la province, et il fera ce que ses pères et les pères de ses pères n’ont pas fait...Et il réveillera sa puissance et son coeur contre le roi du midi, avec une grande armée. Et le roi du midi s’engagera dans la guerre avec une très puissante armée. Mais il ne tiendra pas». Ces rois se rencontrent et font des plans l’un contre l’autre ; mais tout est en vain. «Et ces deux rois auront à coeur de faire du mal, et diront des mensonges à une même table ; mais cela ne réussira pas, car la fin sera encore pour le temps déterminé. Et il retournera dans son pays avec de grandes richesses, et son coeur sera contre la sainte alliance, et il agira, et retournera dans son pays (c’est-à-dire dans le nord). Au temps déterminé il retournera et viendra dans le midi ; mais il n’en sera pas la dernière fois comme la première». Suivent alors d’autres détails.

«Car les navires de Kittim viendront contre lui». Ce sont ces infatigables Romains qui reviennent. Ils avaient arrêté son père quand il avait attaqué la Grèce ; et voilà son fils avec la main sur la gorge de sa proie, mais le consul romain vient et lui défend sur le champ de rien faire de plus. Il est assez connu que le roi rusé cherchant à gagner du temps pour échapper, le consul traça un cercle autour de lui, et exigea la réponse avant de l’en laisser sortir. Le roi fut obligé de la donner, et ce fut le coup de mort de toute sa politique. Il rentra chez lui, misérable et défait, vexé et furieux, quoique gardant une humble apparence en présence des Romains. Il s’en va donc déverser la colère de son coeur sur les Juifs, selon ces paroles : «et il sera découragé, et retournera et sera courroucé contre la sainte alliance, et il agira ; et il retournera et portera son attention sur ceux qui abandonnent la sainte alliance». Tout pauvres que fussent les Juifs, ils étaient les témoins pour Dieu sur la terre, et Antiochus se hâte de verser sa fureur sur ce qui portait un témoignage pour Dieu parmi eux. Ce fut sa ruine et cela attira la vengeance de Dieu sur lui. «Et il retournera et portera son attention sur ceux qui abandonnent la sainte alliance», c’est-à-dire les apostats d’entre les Juifs. «Et des forces se tiendront là de sa part, et elles profaneront le sanctuaire de la forteresse, et ôteront le sacrifice continuel, et elles placeront l’abomination qui cause la désolation». Il abolira le service juif, et établira une idole, «l’abomination qui cause la désolation» dans le temple de Jérusalem. C’est une erreur de supposer que cela se passe aux derniers jours. C’est seulement un type de ce qui aura lieu alors. La dernière partie du chapitre et le chapitre suivant, traitent du dernier jour dans le plein sens du terme. Mais nous avons ici le point de transition entre ce qui est passé et ce qui est futur.

Nous suivons l’ordre historique régulier jusqu’à Antiochus Épiphane, et là nous trouvons une grande discontinuité. L’Écriture elle-même l’indique. Mais Antiochus fit à petite échelle ce que le grand roi du nord du dernier jour fera à grande échelle. Il est dit, verset 35... «jusqu’au temps de la fin ; car ce sera encore pour le temps déterminé». Dieu s’arrête là, comme s’il disait : Je suis arrivé à l’homme qui vous montre en type ce qui vous arrivera aux derniers jours ; et c’est la raison pour laquelle Il insiste fortement sur ce roi, leur exposant l’extrême méchanceté de son coeur et de sa conduite. L’Esprit coupe court alors au cours de l’histoire, et nous plonge d’un coup sur la scène finale. Laissons l’étude de ce point pour plus tard. Ce que nous venons de voir, prouve que quelque que soient les grandes lignes des événements, Dieu peut donner et donne quelquefois, dans une prophétie, des détails singulièrement minutieux, et Il ne le fait nulle part autant que dans ce chapitre. Et quelle est la grande objection que les incrédules soulèvent contre lui ? Qu’il doit avoir été écrit postérieurement aux événements ! Il est sûr qu’aucun historien depuis lors ne nous a donné sur ces temps un récit aussi admirable que celui que nous avons dans ces quelques versets. Si j’ai besoin de connaître l’histoire de ces deux monarchies en lutte, la Syrie et l’Égypte, c’est ici qu’il faut chercher.  Combien nous pouvons nous confier entièrement pour toute chose dans la parole de Dieu ! Ce peut être une exception à Sa règle générale de s’appesantir sur ces rois du nord et du midi, mais c’est ainsi qu’Il fait quelquefois. La grande chose dont il prend soin, ce sont les âmes de Son peuple. Puissent nos coeurs répondre à l’intérêt qu’il nous porte.

 

À partir du verset 21, nous avons vu l’histoire du roi du nord, connu sous le nom d’Antiochus Épiphane.  L’Esprit de Dieu est entré à son sujet dans beaucoup plus de détails, parce que, comme ce roi s’était mêlé des affaires des Juifs, de leur ville et de leur sanctuaire, particulièrement sur la fin de son règne, sa conduite fournissait l’occasion de donner un type du dernier roi du nord; celui-ci suivra les traces de son prédécesseur, sauf que son crime sera incomparablement plus grand aux yeux de Dieu — si flagrant même, que son jugement ne pourra plus tarder. Ceci explique une circonstance qui a souvent embarrassé ceux qui étudient la prophétie de Daniel. Il est question, dans l’histoire prophétique d’Antiochus, d’une abomination de désolation (11:31), et on a supposé généralement que c’est ce à quoi notre Seigneur fait allusion en Matthieu 24:15. Ceux qui placent dans l’avenir l’accomplissement de cette abomination ont cherché à le concilier avec les faits, en faisant la supposition que, dans l’histoire d’Antiochus, l’Esprit de Dieu avait bifurqué vers le personnage futur qu’Antiochus représente. Mais à mon avis il n’est pas nécessaire de recourir à quelque chose d’aussi peu naturel. Antiochus Épiphane n’était qu’un type, et le verset 31 ne va point au delà de son histoire, sauf en tant que figure d’un événement futur.

En d’autres termes, jusqu’à la fin du verset 31, tout est strictement historique —type de l’avenir, bien sûr, mais rien de plus. Et c’est pourquoi la réponse à la difficulté que certains trouvent dans la citation que notre Seigneur fait (selon ce qu’ils supposent) de Daniel 11:31, est en réalité aussi claire que possible. Il ne cite point ce verset-là. Le passage auquel Il fait allusion est dans le chapitre 12. Au chapitre 12:11, on trouve une expression pareille à celle que nous avons ici : «Et depuis le temps où le sacrifice continuel sera ôté et où l’abomination qui désole sera placée, il y aura 1290 jours». Nous avons là une date précise qui fait la relation entre l’établissement de l’abomination de la désolation et la délivrance prédite par notre Seigneur en Matthieu 24 ; et précisément la grande détresse de Jacob est ce qui précède sa délivrance.

Il y a d’autres raisons encore pour penser que c’est ce passage de Daniel 12 que cite notre Seigneur. Quelques-unes tiennent à des considérations qui sont plus du ressort de l’étude que du ministère public de la Parole. Mais le point clé est que les expressions employées par le Saint Esprit au chapitre 11:31 et au chapitre 12:11 sont différentes. Au chapitre 11:31, les termes signifient l’abomination de celui qui désole, ou du désolateur : tandis qu’au chapitre 12:11, la véritable signification est celle qui est donnée par les paroles de notre Seigneur — non pas l’abomination de celui qui rend désolé, mais «l’abomination de la désolation». Ce sont donc deux phrases distinctes. Même si elles se ressemblent, il y a une différence ; et celle-ci suffit pour montrer que notre Seigneur ne parlait pas de l’abomination érigée par Antiochus, mais de celle mentionnée au chapitre 12. Il n’y a donc pas réellement de difficulté à lever ; parce que la désolation dont il s’agit au chapitre 11 est passée, tandis que celle du chapitre 12, sur laquelle notre Seigneur attire l’attention, est future.

D’autres considérations encore prouvent la même chose. Les versets qui suivent, par exemple, présentent un état de choses différent de celui qui existera lors de la tribulation future d’Israël. «Et, par de douces paroles, il entraînera à l’impiété ceux qui agissent méchamment à l’égard de l’alliance ; mais le peuple qui connaît son Dieu sera fort et agira» [version anglaise : «fera des exploits»]. Or, nous voyons d’après l’Apocalypse et d’autres parties de l’Écriture qui traitent de l’avenir d’Israël, qu’il peut difficilement être dit du résidu fidèle qu’il «agira». Il aura à souffrir ; mais je ne pense point que des actes de puissance caractérisent les personnes bénies, appelées à passer par la crise terrible à venir. Aux jours d’Antiochus, il ne s’agissait pas tant de souffrir que «d’être fort et d’agir» — précisément ce qui fut vrai des Macchabées et d’autres qui, incontestablement, furent moins une troupe de martyrs qu’un corps d’hommes excitant le courage d’Israël et résistant au fléau cruel et profane de l’époque. Puis, voici d’autres paroles : «Et les sages du peuple enseigneront la multitude ; et ils tomberont par l’épée et par la flamme, par la captivité et par le pillage, plusieurs jours».  Une longue période, remarquez-le de souffrance et de trouble succède à l’explosion de courage et de prouesses qui a lieu contre le désolateur, et cela continue encore dans les versets suivants. «Et quand ils tomberont, ils seront secourus avec un peu de secours, et plusieurs se joindront à eux par des flatteries. Et d’entre les sages il en tombera pour les éprouver ainsi, et pour les purifier, et pour les blanchir, jusqu’au temps de la fin ; car ce sera encore pour le temps déterminé». Ces paroles montrent clairement que ces choses se passent avant le temps de la fin. L’Esprit de Dieu se réfère ici à ce qui a déjà eu lieu. En conséquence nous trouvons le tableau du terrible désastre qui va «jusqu’au temps de la fin» comme il est écrit.

J’en conclus que l’Esprit de Dieu fait ressortir la désolation qui atteignit alors le peuple d’Israël, et la souillure du sanctuaire, dont se rendirent coupables Antiochus ou ses généraux. Tout cela dépeint vivement les circonstances des derniers jours ; mais en même temps, il est ajouté d’autres circonstances auxquelles on ne doit pas s’attendre pour ces jours-là. Autrement dit, nous arrivons ici à ce que l’on peut appeler la longue et triste période en blanc qui sépare l’histoire passée d’Israël, et ses luttes dans son pays contre les agresseurs voisins, d’avec la grande crise des derniers jours. C’est ici le point où il y a la vraie discontinuité. Certains désastres devaient continuer «jusqu’au temps de la fin ; car ce sera encore pour le temps déterminé». Il n’y a pas d’endroit dans le chapitre où la discontinuité de l’histoire se place mieux qu’après le verset 35.

Mais maintenant, au verset 36, nous avons un personnage introduit abruptement sur la scène. Il ne nous est pas dit ni qui il est, ni d’où il vient ; mais le caractère qui lui est donné, le cadre qu’il occupe, l’histoire à laquelle l’Esprit de Dieu le lie, — tout annonce, trop clairement, que c’est le roi terrible qui s’établira lui-même dans le pays d’Israël, en opposition personnelle avec le Messie d’Israël, le Seigneur qui vient. C’est de lui que notre Seigneur parlait aux Juifs, quand il leur disait, que s’ils le rejetaient, Lui qui était venu au nom de son Père, ils en recevraient un autre qui viendrait en son propre nom. Et ce n’est pas non plus le seul passage de l’Écriture où ce même faux Christ, ou plutôt cet Antichrist (car il y a une différence entre ces termes) soit désigné comme «le roi». Non seulement il lui est fait allusion plusieurs fois sous d’autres épithètes, mais dans la plus vaste et la plus complète des prophéties de l’Écriture, celle d’Ésaïe, il est introduit comme en Daniel, par l’expression «le roi», comme si chacun connaissait immédiatement de qui il s’agit. En Ésaïe 30, il est parlé d’un ennemi d’Israël appelé l’Assyrien. Sans doute, en regardant à l’histoire passée, Sankhérib a été en ce temps-là le grand chef de cet ennemi. Mais il ne fait que fournir à l’Esprit de Dieu l’occasion de révéler l’adversaire futur et final d’Israël. Sa chute nous est présentée ici : «Car, par la voix de l’Éternel, Assur sera renversé ; il le frappera de sa verge ; et partout où passera le bâton ordonné que l’Éternel appesantira sur lui, ce sera avec des tambourins et des harpes ; et par des batailles tumultueuses il lui fera la guerre» (És. 30:31-32). À l’issue de cette victoire, la joie éclatera en Israël : au lieu du cortège de douleurs que la plupart des victoires amènent avec elles, celle-là sera suivie d’une joie sans mélange devant l’Éternel. Ce sera «avec des tambourins et des harpes». Pour l’ennemi, la misère sera en proportion correspondante. Mais quelque chose de plus terrible et plus interminable qu’une destruction temporelle tombera sur cet ennemi orgueilleux : «Car Topheth est préparé depuis longtemps : pour le roi aussi il est préparé. Il l’a fait profond et large ; son bûcher est du feu et beaucoup de bois : le souffle de l’Éternel, comme un torrent de soufre, l’allume» (És. 30:33). La manière de traduire ce verset peut laisser une obscurité singulière remarquée par un autre [la version anglaise ne contient pas le mot «aussi» dans ce v. 33]. À première vue, il  semblerait que l’Assyrien et «le roi» sont la même personne. Voici la vraie manière de rendre l’original : «Pour le roi aussi, il est préparé» — c’est-à-dire, Topheth est préparé pour l’Assyrien, mais de plus, pour LE ROI aussi ; précisément, comme dans notre passage de Daniel, nous trouvons d’un côté l’Assyrien, ou roi du nord, — et d’un autre côté «le roi». Le même sort effrayant les attend tous les deux.

Mais je n’y fais allusion maintenant que pour montrer que l’expression «le roi» n’est pas unique dans l’Écriture, et qu’elle s’applique à un personnage notoirement connu, que la prophétie enseignait les Juifs à attendre. Dieu, dans une juste rétribution du rejet du vrai Christ, les abandonnera et les laissera recevoir l’Antichrist. C’est là «le roi». Il s’arrogera les droits royaux du vrai roi, l’Oint de Dieu. Topheth a été préparé pour le roi du nord, et aussi pour «le roi».

Mais il y a encore d’autres passages. En Ésaïe 57, il est introduit d’une manière aussi inattendue. Le chapitre 57 nous montre l’état d’iniquité effrayant qui se trouvera alors en Israël. Et dans ce jour-là, Dieu ne voudra plus supporter autre chose que la réalité. Les formes de la piété, servant de voile à l’impureté et l’impiété céderont la place à l’apostasie. C’est là que «le roi» nous est soudainement présenté (57:9). «Et tu t’es rendue auprès du roi avec de l’huile, et tu as multiplié tes parfums ; et tu as envoyé tes messagers au loin, et tu t’es dégradée jusque dans le shéol». Avoir à faire avec lui, c’était s’abaisser jusqu’au shéol. Rien d’étonnant que Topheth fût préparé «aussi pour le roi». Ceci montre d’abord que l’Esprit de Dieu amène les pensées d’Israël à attendre le règne d’un inique dans les derniers jours, et qu’il est appelé «le roi».

Ceci nous fournit en même temps une clé d’accès très importante pour Daniel 11. Nous sommes arrivés au temps de la fin. L’intervalle de discontinuité est refermé, la longue et sombre nuit de la dispersion d’Israël est bien près d’être finie. Les Juifs se trouvent dans le pays. Mais dans quelle condition ? Est-ce sous Christ qu’ils y sont ? Hélas ! avant qu’il en soit ainsi, il faut qu’il s’y passe une autre scène terrible. «Le roi» dont nous venons de lire quelque chose, se trouve là, et sa conduite est juste celle que nous pouvions attendre d’après les indications du Saint Esprit. «Le roi agira selon son bon plaisir». Ah ! en est-il parmi nous qui sachent suffisamment combien c’est une chose terrible que de faire sa propre volonté ? Voici l’aboutissement de la propre volonté. Dès le commencement, ce fut le premier grand trait caractéristique du péché. C’est ce que fit Adam, et sa chute et la ruine du monde en furent le résultat immédiat. Ici nous voyons un personnage qui en ce jour-là, peut sembler être le plus élevé et le plus influent des hommes. Mais il agit «selon son bon plaisir», et il ne saurait y avoir rien de pire.

Lisons-nous une histoire pareille sans en tirer un profit moral pour nos âmes ? Oublierons-nous quel mal c’est toujours, que de faire notre propre volonté ? Que nul ne suppose que, parce qu’il est peut-être en position de commander, il se trouve par là en dehors de ce danger. Hélas ! il n’en est point ainsi : rien ne rend aussi incapable de bien commander que l’incapacité d’obéir. Il est bon de savoir d’abord ce que c’est que d’être assujetti. Oh ! puissent nos coeurs être profondément frappés de cette circonstance que le premier trait qui nous est signalé sur «le roi», l’Antichrist, c’est qu’il fait sa propre volonté ! Que cela nous serve de test pour voir jusqu’à quel point nous recherchons la nôtre, — jusqu’à quel point, par suite de circonstances quelconques, nous faisons, ou nous nous permettons quelque chose que nous ne voudrions pas que personne au monde connût, — pas même peut-être ceux qui nous sont les plus proches ! Hélas ! par l’expérience et par l’observation, on sait toute la difficulté et tout le danger qu’il y a là, quant à nos propres coeurs. Et pourtant il n’est rien de plus contraire au Christ que nous avons appris (Éph. 4:20). Nous sommes sanctifiés «pour l’obéissance et l’aspersion du sang de Jésus Christ» (1 Pierre 1:2). Nous ne sommes pas seulement sous l’aspersion du sang en vue de la bénédiction, — mais aussi pour l’obéissance de Jésus Christ, — pour que nous ayons le même esprit et le même principe d’obéissance ; car c’est là le sens de l’expression. Nous ne sommes pas comme des Juifs qui étaient placés sous la loi, et dont l’obéissance avait le caractère d’obligation de faire telles ou telles choses sous peine de mort. Nous sommes déjà vivants pour Dieu, conscients de la bénédiction dans laquelle nous sommes, et réveillés pour voir la beauté de la volonté de Dieu ; car c’est Sa volonté qui nous a sauvés et nous a sanctifiés. Tel est notre vocation et notre tâche pratique ici-bas. À proprement parler, les chrétiens n’ont rien d’autre à faire que d’accomplir la volonté d’un Autre. Nous avons à faire la volonté de Dieu, selon le caractère de l’obéissance de Christ, — comme des fils dont les délices sont de faire la volonté du Père. Peu importe le domaine où notre activité a à se déployer. Ce peut être nos occupations naturelles quotidiennes. Mais gardez-vous bien de dissocier en vous deux individus, — l’un se conduisant d’après certains principes en rapport avec vos affaires et votre famille, — et l’autre se conduisant d’après d’autres principes dans l’Église de Dieu et dans le culte. Repoussez soigneusement une telle pensée. Nous avons Christ pour tout, et tous les jours. Christ n’est pas une bénédiction pour nous simplement quand nous nous réunissons ensemble, ou que nous sommes appelés à mourir ; mais si nous avons Christ, nous l’avons pour toujours, et, dès le premier moment, nous sommes affranchis de faire notre propre volonté. Cette propre volonté, nous l’apprenons, c’est la mort ; mais c’en est fini maintenant dans la mort de Christ. Nous sommes délivrés, car nous sommes vivants dans Celui qui est ressuscité. Mais en vue de quoi sommes-nous délivrés ? Pour faire la volonté de Dieu. Nous sommes sanctifiés pour l’obéissance de Jésus Christ.

Pour ce qui est du «roi» vous avez en lui le terrible principe du péché qui a été toujours à l’œuvre, mais qui dépasse ici toutes les bornes. Le moment est venu pour Dieu, d’ôter tous les freins Providentiels par lesquels il avait jusqu’alors retenu les hommes ; et alors, il sera permis à Satan de venir à bout de ses plans ; et ceci, dans le pays même sur lequel les yeux de Dieu reposent continuellement (1 Rois 9:3 ; Deut. 11:12).

«Le roi agira selon son bon plaisir, et s’exaltera, et s’élèvera» — non seulement contre tout homme, mais «contre tout dieu». Et ce n’est pas seulement qu’il se place au-dessus de ces prétendus dieux, mais il «proférera des choses impies contre le Dieu des dieux». Et, chose étrange à dire (si l’on ne savait pas que Dieu est parfaitement sage, et qu’il faut attendre que Ses conseils viennent à maturité), malgré son impiété effrayante, «il prospérera jusqu’à ce que l’indignation soit accomplie ; car ce qui est déterminé sera fait». La phrase contient un mot qui nous donne la clé du passage ; car cette portion de la parole de Dieu a présenté d’immenses difficultés pour plusieurs. Bon nombre de personnes ont mis dans ce verset le pape de Rome, d’autres Mahomet ou Bonaparte. Mais il nous est annoncé que «le roi» doit prospérer jusqu’à ce que l’indignation soit accomplie. Quelle est cette indignation, et contre qui s’exerce-t-elle ? Dieu a-t-il de l’indignation contre son Église ? Jamais. Nous sommes dans le temps de la parfaite patience de Dieu avec l’homme, et non pas celui de Son indignation. À qui donc se rattache-t-elle ? La parole de Dieu est parfaitement claire. C’est quand Dieu s’occupe d’Israël qu’Il parle d’indignation : J’ai déjà pleinement établi ceci d’après Ésaïe 5 à 10 et 14, et d’autres passages, et c’est confirmé entièrement par toute la nature de la révélation donnée ici. Il est question en effet de quelqu’un qui sera roi d’Israël  — non pas à Constantinople ou à Rome, mais en Palestine. Et le temps décrit est une explosion à venir d’indignation contre Israël dans la terre promise. Lui (le faux roi) prospérera jusqu’à ce que l’indignation ait pris fin. Il est ajouté de plus qu’il n’aura pas égard au Dieu de ses pères, ni à l’objet du désir des femmes. L’expression «le désir des femmes» se rapporte évidemment à Christ, selon moi, — Celui vers la venue duquel les regards de tous les Juifs étaient tournés, et dont la naissance doit avoir été par dessus tout l’objet du désir des femmes juives. Que tel soit le sens de cette expression, c’est ce qui ressort clairement de sa liaison avec le contexte ; car elle se trouve entre «le Dieu de ses pères» (l’Éternel) et «aucun dieu». Il est invraisemblable que l’expression ait été ainsi placée, si elle avait trait simplement aux relations naturelles. C’est probablement le désir d’appliquer tout cela au pape qui a donné cours à cette interprétation. Mais comprenons bien que la prophétie concerne Israël et son pays, et tout est parfaitement clair. «Il n’aura point égard au Dieu de ses pères, et il n’aura point égard à l’objet du désir des femmes». Christ est distingué du «Dieu de ses pères», peut-être parce que le Fils devait être fait chair. Mais Christ n’est pas l’objet de plus d’égards que le Dieu de ses pères — expression qui implique, soit dit en passant, que ce personnage est lui-même  Juif : «le Dieu de ses pères». «Car il s’agrandira au-dessus de tout ; et, à sa place, il honorera le dieu des forteresses». Ce n’est pas qu’il essaie, comme fit Antiochus, d’imposer par la force le culte de Jupiter Olympien aux Juifs ; mais il adopte une superstition nouvelle. Cela réfute aussi l’application qu’on voudrait faire de ces détails au roi de Syrie (Antiochus), qui était un Gentil. Il s’agit d’un Juif, qui prendra la place de Christ, et qui, bien sûr, n’a d’égard ni pour le vrai Christ ni pour l’Éternel.  C’est un personnage qui s’élève lui-même et qui s’oppose au vrai Dieu, c’est-à-dire, qu’il met également de côté les superstitions des hommes, et la foi du peuple de Dieu. L’exaltation de soi-même est son principal caractère.

Mais ce n’est pas tout. L’Antichrist sera dans l’incrédulité, mais pas dans l’incrédulité seulement. Il aura rejeté le Dieu d’Israël et le Messie. Il n’honorera aucun des dieux des Gentils. Mais lui-même, quoiqu’il se pose comme le vrai Dieu sur la terre, il aura quelqu’un devant qui il se prosternera et fera se prosterner les autres avec lui. Le coeur humain même dans l’Antichrist, ne peut se passer d’un objet à adorer. Ainsi, au verset 38, nous voyons cette contradiction apparente manifestée dans l’Antichrist : «À sa place, il honorera le dieu des forteresses». Il fait un dieu en même temps qu’il se donne comme étant dieu. «Avec de l’or, et avec de l’argent, et avec des pierres précieuses, et avec des choses désirables, il honorera un dieu que n’ont pas connu ses pères». Ce sera une pure invention de sa part. De plus, il partagera le pays entre ses partisans : «Il les fera dominer sur la multitude et leur partagera le pays en récompense». Voilà ce que Dieu nous dit de ce roi qui sera en Palestine aux derniers jours. Ces dernières paroles sont évidemment une preuve très concluante, qu’il règnera en Palestine. C’est «le pays» (fin v. 39). L’Esprit de Dieu ne parle jamais ainsi d’aucune autre pays. C’était le pays le plus proche du coeur de Dieu — une sorte de centre pour tous les autres.

Maintenant voici un tournant dans l’histoire. «Et, au temps de la fin, le roi du midi heurtera contre lui». Ce fait confirme ce qui a été dit précédemment, que «le roi» se trouve seulement «au temps de la fin». «Le roi du midi heurtera contre lui et le roi du nord fondra sur lui comme un tempête, avec des chars et des cavaliers, et avec beaucoup de navires». L’Esprit de Dieu avait longtemps parlé plus haut sur les rois du nord et du midi. C’était important de montrer qu’au temps de la fin, ces puissances auraient des successeurs qui heurteront «le roi» dans la terre sainte. «Le roi du midi», c’est-à-dire l’Égypte, et «le roi du nord» c’est-à-dire le maître de la Syrie actuelle, ces deux personnages feront un mouvement contre «le roi». Non pas qu’ils aient une politique commune : au contraire, ils semblent ennemis acharnés l’un de l’autre. Mais «le roi» s’élève d’une telle manière, s’arrogeant de telles prétentions en terre sainte, que Dieu permet à la catastrophe finale d’arriver. Le roi du midi vient le premier, et ensuite le roi du nord qui paraît être à cette époque le grand pouvoir militaire et naval de l’orient. «Le roi du nord fondra sur lui comme une tempête, avec des chars et des cavaliers, et avec beaucoup de navires, et entrera dans les pays et inondera et passera outre ; et il viendra dans le pays de beauté». Ce ne peut être un autre pays que celui d’Israël. Le roi est là. Le roi du nord est un personnage entièrement différent, un adversaire «du roi» aussi bien que le roi du midi.

Après avoir introduit «le roi» sans nous dire d’où il est venu, l’Esprit de Dieu le laisse là sans nous dire ce qu’il advient de lui. D’autres portions de l’Écriture nous font connaître pleinement son destin effrayant. Mais il était important de l’introduire comme un épisode dans le chapitre 11, afin de montrer le dernier grand conflit entre les rois du midi et du nord. En conséquence, nous perdons de vue «le roi», et le reste du chapitre s’occupe du roi du nord, qui n’entre pas seulement dans le pays de beauté, mais qui poursuit ses conquêtes ailleurs. «Plusieurs pays tomberont ; mais ceux-ci échapperont de sa main : Édom, et Moab, et les principaux des fils d’Ammon». Nous voyons par Ésaïe 11, que c’est là un fait très remarquable. Ces frontaliers vivaient en bordure de la terre sainte. Dieu arrange les choses de manière que, s’ils échappent au roi du nord, c’est pour être ravagés par les Israélites triomphants. Dieu ne veut pas permettre que les premiers ennemis d’Israël, ses ennemis acharnés, reçoivent leur juste rétribution des mains de quelque autre peuple que de celui auquel ils ont tant cherché à s’opposer et à faire du mal. En conséquence, il semblerait, d’après Ésaïe, que, bien peu après, les Israélites exécuteront sur eux le jugement de Dieu.

«Et il étendra sa main sur les pays, et le pays d’Égypte n’échappera pas. Et il aura sous sa puissance les trésors d’or et d’argent, et toutes les choses désirables de l’Égypte ; et les Lybiens et les Éthiopiens suivront ses pas». Ceci nous apprend que le roi du nord n’agit pas en allié du roi du midi. Il s’avance vers le midi, où, semblerait-il (v. 43), il y aura un grand développement de prospérité matérielle, soit par suite des ressources du pays lui-même, ou plus probablement en conséquence de ce qu’il est devenu le grand marché commercial de l’Occident et de l’Orient, dans cette partie du monde. «Mais des nouvelles de l’orient et du nord l’effrayeront». C’est après être descendu dans le midi, au delà de la Palestine, qu’il entend ces rumeurs à l’égard du nord et de l’Orient qui le jettent dans la perplexité. Il était lui-même venu du nord, et avait aussi conquis l’Orient ; et maintenant il reçoit de ces quartiers des nouvelles qui l’agitent. Il s’empresse de s’en retourner du pays d’Égypte, et arrive en Palestine. «Et il plantera les tentes de son palais entre la mer et la montagne de sainte beauté (c’est-à-dire entre la Méditerranée et la mer Morte) ; et il viendra à sa fin, et il n’y aura personne pour le secourir». Tel est le sort du roi du Nord, autrefois victorieux — non pas «le roi» qui a été introduit en passant, pour nous montrer en quelle occasion se livre le combat final entre le nord et le midi.

Je désire maintenant examiner s’il n’y a pas dans l’Écriture, d’autres passages intéressants à rattacher au sujet dont nous venons de nous occuper. La fin de Zacharie nous présente là-dessus des informations de grand intérêt. D’abord juste un mot ou deux sur la fin du chapitre 11. Voici ce que dit l’Esprit de Dieu (v. 17) : «Malheur au pasteur de néant qui abandonne le troupeau !» C’est évidemment, je pense, l’Antichrist — «le roi» ; car le verset 16 nous apprend que ce pasteur de néant est dans le pays. «Voici, je suscite un berger dans le pays qui ne visitera pas ce qui va périr, qui ne cherchera pas ce qui est dispersé, qui ne pansera pas ce qui est blessé, et ne nourrira pas ce qui est en bon état ; mais il mangera la chair de ce qui est gras, et rompra la corne de leurs pieds». Ce parfait égoïsme, cette exaltation de soi-même, ce pillage du troupeau au lieu de le nourrir et de porter les agneaux dans son sein, font un affreux contraste avec Christ, le Bon Berger. Ainsi il est déclaré que le faux berger, l’Antichrist, doit être suscité dans le pays d’Israël, et que là il n’épargne pas le troupeau de Dieu.

Au chapitre 12, nous trouvons une autre puissance (v. 2) : «Voici, je ferai de Jérusalem une coupe d’étourdissement pour tous les peuples d’alentour, et elle sera aussi contre Juda lors du siège contre Jérusalem» ; c’est-à-dire que les nations s’assemblent contre Jérusalem, précisément comme en Daniel 11, le roi du nord et le roi du midi. Les nations s’assemblent contre Jérusalem pendant que ce pasteur de néant y est. Jérusalem et les Juifs sont l’objet de l’attaque. «Et il arrivera, en ce jour-là, que je ferai de Jérusalem une pierre pesante pour tous les peuples : tous ceux qui s’en chargeront s’y meurtriront certainement ; et toutes les nations de la terre seront rassemblées contre elle». La victoire semble pencher du côté des ennemis d’Israël. Mais nul ne peut alors s’endurcir contre ce peuple et prospérer, parce que l’Éternel se sera identifié Lui-même avec eux en ce jour-là. «En ce jour-là, dit l’Éternel, je frapperai de terreur tous les chevaux, et de délire ceux qui les montent, et j’ouvrirai mes yeux sur la maison de Juda» ; et ensuite le prophète nous dit de quelle manière le Seigneur défendra Son peuple en ce jour-là.

Mais ce qui rendra la chose encore plus claire, c’est ce que nous lisons au chapitre 14:2 : «Et j’assemblerai toutes les nations contre Jérusalem pour le combat ; et la ville sera prise, et les maisons seront pillées, et les femmes violées, et la moitié de la ville s’en ira en captivité ; et le reste du peuple ne sera pas retranché de la ville». Nous trouvons dans ce passage quelques révélations de plus, que nous n’aurions pas pu recueillir du chapitre 12. C’est ainsi, par exemple, que nous apprenons que «la ville sera prise... et que la moitié de la ville s’en ira en captivité» : ceci distingue évidemment ce siège futur, de ceux que Jérusalem a subis dans le passé. Lorsque les Chaldéens s’emparèrent de la ville, ils firent captif tout le monde ; lorsque ce furent les Romains, ils firent prisonniers tous ceux qu’ils épargnèrent. Ici nous trouvons un autre siège dans lequel la moitié seulement sera prise et l’autre moitié ne le sera pas. Et si quelque chose peut distinguer plus clairement encore à cet égard l’avenir, du passé, c’est qu’après avoir pris la moitié de la ville, les nations ne pousseront pas leur victoire plus loin. Pourquoi ? «Et l’Éternel combattra contre ces nations comme au jour où Il a combattu au jour de la bataille. Et Ses pieds se tiendront, en ce jour-là, sur la montagne des Oliviers, qui est en face de Jérusalem, vers l’orient». Qui peut prétendre que ceci ait jamais été accompli ? Qui peut dire que l’Éternel est venu de cette manière et s’est tenu debout sur la Montagne des Oliviers ? Comment pouvez-vous concilier le passé avec une telle déclaration ? Depuis les jours du prophète, le Seigneur ne s’est jamais trouvé en conquérant sur le sol de Jérusalem. S’agit-il du siège de la ville par Titus ? Essayez-vous d’évacuer cette déclaration de Zacharie en expliquant qu’il s’agit simplement d’une délivrance Providentielle ? Mais, je le demande, les Juifs furent-ils alors délivrés ? Non, ils furent au contraire, emmenés captifs. Jérusalem jusqu’à aujourd’hui, demeure foulée aux pieds par les Gentils, et continuera de l’être jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis. Mais le passage indique les derniers temps des Gentils, et la fin de l’oppression gentile. Quand ce jour sera venu, et que l’Éternel sortira pour combattre contre ces nations, Ses pieds se tiendront sur la Montagne des Oliviers. Et comme preuve que cela ne doit pas être entendu allégoriquement, le Saint Esprit ajoute que la Montagne des Oliviers se divisera en deux, — preuve physique extérieure que l’Éternel Dieu y a posé ses pieds. «Et la montagne des Oliviers se fendra par le milieu, vers le levant, et vers l’occident, — une fort grande vallée ; et la moitié de la montagne se retirera vers le nord, et la moitié vers le midi. Et vous fuirez dans la vallée de mes montagnes», — c’est-à-dire qu’il y aura une vallée entre les deux moitiés — «car la vallée des montagnes s’étendra jusqu’à Atsal... Et l’Éternel, mon Dieu, viendra, et tous les saints avec toi».

Ce passage prouve donc très clairement que Jérusalem doit soutenir un siège dans l’avenir, et que ce siège sera caractérisé par deux attaques. La première attaque réussira contre Israël ; la moitié de la ville sera prise, et il s’en suivra pour cette moitié de la ville toutes les affreuses misères qui accompagnent un siège ; mais l’autre moitié est réservée pour l’Éternel, qui amènera le tiers dans le feu (Zach. 13:9). Il se placera à leur tête, et écrasera toutes les nations de la terre qui viendront contre Jérusalem. Ainsi la seconde attaque sera la ruine de ceux qui la font. Si nous rapprochons cela de ce qui nous est dit en Daniel, quelle lumière supplémentaire jaillit de la prophétie de Zacharie ! Le roi du nord arrive le premier lorsque le roi du midi heurte contre «le roi» dans la terre sainte. Il y a une attaque simultanée contre Israël, afin de détruire, dans le pays, le peuple qui le mérite bien, hélas !  Mais au milieu du mal se trouvera une semence pieuse. Dieu se servira de ces assaillants pour exécuter l’oeuvre de sa justice. Les méchants seront emportés, et lorsque Dieu aura purifié ceux qui restent, il se passera une autre scène. Le roi du nord, ayant été heureux dans sa première attaque, poursuit sa marche vers l’Égypte, contre le roi du midi. Il y arrive, mais reçoit du Nord et de l’Orient des nouvelles qui le troublent, et il revient en arrière pour sa propre destruction.

En attendant, pouvons-nous demander, qu’est-il advenu du «roi» ? A-t-il été détruit dans la collision qui a eu lieu dans le pays entre les rois du nord et du midi ? Nullement. Qu’est-il donc devenu ? Comment tombe-t-il ? Par «l’apparition de la venue du Seigneur», venant du ciel (2 Thes. 2:8). Il est réservé pour la main de Dieu lui-même. Il sera jeté vivant dans l’étang de feu et de soufre. «Pour le roi aussi, il est préparé». C’est ainsi que l’Ancien Testament et le Nouveau sont unanimes dans le témoignage qu’ils nous donnent. Ce ne sera point selon le sort ordinaire de l’homme ruiné qu’il périra. Pour lui, Dieu s’écartera de tout le cours ordinaire de ses voies avec les méchants. De même que de temps à autre, Dieu, dans sa grâce, a retiré des hommes de ce monde sans les faire passer par la mort, ainsi il y en a auxquels il est destiné par Dieu d’être précipités vivants en enfer — contraste terrible avec ceux qui sont en vie quand le Seigneur vient, et qui attendent d’être enlevés au ciel. Il en sera ainsi du méchant, le pasteur de néant — «le roi». Mais il n’est pas le seul à qui ce sort soit réservé. Le roi du nord est un ennemi plus effronté encore. «Le roi» s’est élevé dans le pays, corrompant le peuple d’Israël et l’amenant à apostasier. Il a reçu son jugement. Si le plus petit mot de ce jugement exécuté dans le pays devait atteindre le roi du nord, nous pouvons facilement comprendre son trouble. Si c’est là le motif de son prompt retour vers la Palestine, ou s’il revient à cause d’un mouvement des dix tribus, c’est ce que je n’ai pas la prétention de dire. L’Écriture ne nous le dit point. Mais il revient vers la terre sainte ; et cette fois, c’est pour tomber immédiatement sous la main de Dieu — et non par l’épée d’un homme puissant, ni par l’épée d’un petit. Ce n’est pas l’homme, mais Dieu, qui exécutera sur lui la vengeance. Voilà pourquoi il y a deux attaques. Après son premier assaut contre Jérusalem, il est descendu vers le midi et a poursuivi là certaines conquêtes. Excité par les nouvelles qu’il reçoit, il se hâte de retourner, avec l’espérance que maintenant tout ira selon ses voeux. «Et l’Éternel sortira, et combattra contre ces nations, comme au jour où il a combattu au jour de la bataille».

Mais avant de terminer, il faut que je vous signale encore un ou deux autres passages. Prenez Ésaïe 28 et 29, et vous verrez une confirmation abondante de tout ce que j’ai avancé sur cette dernière scène. En Ésaïe 28, sont mentionnées deux grandes puissances au service du mal, en rapport avec le pays en ce temps-là — l’une «le roi», qui est en relation avec le peuple, et dans le pays ; l’autre, le roi du nord, qui descend comme une puissance ennemie. Nous les trouvons tous deux dans ce chapitre. D’abord il est fait mention d’Éphraïm, et l’Éternel prononce un malheur sur «la couronne d’orgueil des ivrognes d’Éphraïm, et la fleur flétrie de son bel ornement... Voici, l’Éternel a un instrument fort et puissant, comme un orage de grêle, un tourbillon de destruction : comme un orage de puissantes eaux qui débordent, il renversera par terre avec force».  On a là, je pense, l’invasion de l’Assyrien, comme le terrible orage venant du nord, qui éclaterait sur Éphraïm. Au milieu du chapitre, nous trouverons une autre chose. Nous avons vu la condition d’Éphraïm qui habitait sur les bords du pays. Mais quelle était le sort de Jérusalem, la capitale ? (v. 15) : «Car vous avez dit : Nous avons fait une alliance avec la mort, et nous avons fait un pacte avec le shéol». Là, évidemment, il s’agit du «roi» qui sera à Jérusalem et qui fera un pacte avec «la bête», la grande puissance impériale de ce temps, à qui Satan aura donné son trône. Il y a parfaite harmonie entre ce que nous trouvons en Ésaïe, dans l’Apocalypse, et dans Daniel. «Nous avons fait alliance avec la mort, et nous avons fait un pacte avec le shéol : si le fléau qui inonde passe, il n’arrivera pas jusqu’à nous». Remarquez cela. Le fléau qui inonde est le roi du nord, la puissance extérieure qui fond sur eux. Ceux de Jérusalem ont fait alliance avec la mort et avec le shéol (c’est-à-dire avec les instruments de Satan) en ce jour : et ils espèrent, par ce moyen, échapper au roi du nord. J’ai déjà fait voir que «la bête», le pouvoir impérial de l’ouest, sera en rapport avec «le roi» à Jérusalem — que les contrées occidentales seront le grand siège de la bête — que ce pouvoir impérial commandera à toute la partie de l’Europe appartenant proprement à l’empire romain. Quand cet empire sera réorganisé, ce pouvoir impérial sera le principal utilisateur de la force de cet empire. «Le roi» aura fait alliance avec lui, ou plutôt, ainsi que le chapitre 9 s’exprime, lui, c’est-à-dire, le chef romain, fera alliance avec la masse des Juifs. À la fin, les deux se retrouvent à Jérusalem, combattant contre le Seigneur et ses saints qui viennent du ciel. Ils croiront trouver leur prétendue force dans cette alliance, mais elle ne tiendra point. Le fléau qui inonde (l’Assyrien) les emporte, et la moitié de la ville de Jérusalem est prise. Avec quelle merveilleuse harmonie tout concorde dans l’Écriture ! Puis vient (Ésaïe 28:16), l’allusion à la pierre mise par le Seigneur pour fondement en Sion, parole destinée au résidu fidèle de ce jour-là, aussi vraie soit-elle pour nous qui croyons maintenant.

Ésaïe 29, est le dernier passage que je veux signaler. Là nous est décrite la désolation finale de la ville. «Malheur à Ariel, à Ariel, la cité où David demeura... mais j’enserrerai Ariel ; et il y aura soupir et gémissement ; et elle me sera comme un Ariel [lion de Dieu]. Et je camperai comme un cercle contre toi, et je t’assiégerai au moyen de postes armés, et j’élèverai contre toi des forts». C’est le siège dont parle Zacharie 14. «Et, humiliée, tu parleras depuis la terre, et ta parole sortira sourdement de la poussière etc.». Voilà leur condition quand ils sont désolés. Mais voyez, v. 5 : «Et la multitude de tes ennemis sera comme une fine poussière... Tu seras visitée de par l’Éternel des armées avec tonnerre et tremblement de terre...  Et la multitude de toutes les nations qui font la guerre à Ariel, et tous ceux...qui l’enserrent seront comme un songe d’une vision de nuit». Le Seigneur est sorti et a combattu avec ces nations comme il combattit au jour de la bataille.

Voilà suffisamment de preuves émanant de diverses portions de la parole de Dieu, qui concordent entièrement et jettent de la lumière sur la partie si intéressante du livre de Daniel dont nous nous occupons. Tout concourt à montrer de la façon la plus claire qu’il se prépare un terrible avenir pour les Juifs apostats et leurs alliés occidentaux, et un non moins terrible avenir pour leurs adversaires confédérés de l’Orient. L’alliance avec le shéol ne tiendra pas. Lorsque les grandes puissances du monde auront, en apparence, tout balayé devant elles, et se seront assemblées devant Jérusalem pour la dernière grande lutte, Dieu saisira cette occasion d’agir avec elles, après le terme de sa patience de si longue durée. Ce sera la dernière scène. Les hommes auront cru avoir en leurs mains la monarchie universelle ; mais ce sera le jour où Dieu les appellera au jugement. Je parle d’un jugement des nations et des rois, et non du jugement des morts devant le grand trône blanc (Apoc. 20 :11-15).

Il n’y a pas de base pour identifier «le roi » (11:36-39) avec Antiochus Épiphane, ni avec aucun successeur du roi du nord : il en est ainsi non seulement parce qu’aucun autre ne correspond à ce qui est dit de lui, mais aussi pour la raison absolument déterminante qu’il est attaqué aussi bien par le roi du nord que par le roi du midi. Il est donc distinct des deux et en contraste avec eux. Comme il est localisé entre les territoires de ces deux rois, ce ne peut pas être le pape de Rome (comme Mede et les deux Newton l’ont imaginé), ni aucun autre, sinon «le roi» en Judée. Comme personne n’a encore paru répondre tant soit peu à sa description, ce doit être un monarque futur. Il est évident que la prophétie donne beaucoup de détails ici comme dans la partie précédente du chapitre, et l’exactitude est telle que les ennemis ont été poussés à affirmer, avec autant de folie que d’impiété, que le texte avait été écrit postérieurement aux jours d’Antiochus, non pas par Daniel au temps où l’empire Perse venait de supplanter l’empire babylonien. Tout cela n’est que du rêve vain et méchant, qui glisse sur toutes les preuves surabondantes, internes et externes, montrant que le prophète vivait et écrivait bien au temps où il l’affirme ; mais en outre, ces positions incrédules omettent de voir la déclaration claire que, avant que «le roi» soit dans le pays d’Israël et en présence de ses ennemis du nord et du midi, nous avons une transition se référant clairement «au temps de la fin»

Dieu va bientôt s’occuper de la terre, — avec les hommes s’activant sur tous leurs projets. La régénération du monde sera le grand jour où le Seigneur, ayant ôté d’Israël les transgresseurs, et s’être servi du «roi» lui-même et du jugement tombé sur lui, pour séparer en Juda les fidèles d’avec les méchants, fera sonner l’heure du règlement de compte avec les nations. C’est là, me semble-t-il, la simple et juste portée de la vérité de Dieu, qui nous est présentée ici. Nous ne devons pas supposer qu’il s’agit simplement d’une seule grande puissance, mais il s’agit de toutes. Il y aura des principes différents à l’oeuvre. Et c’est une chose terrible de penser que ces pays-ci où nous jouissons de tels privilèges, doivent être recouverts alors des plus profondes ténèbres. L’alliance avec la mort et avec le shéol est annoncée comme étant contractée par le monde occidental hautement civilisé. Que c’est humiliant pour l’orgueil de l’homme ! Dans le passé, la civilisation n’a pas préservé les esprits les plus forts de l’idolâtrie dégradante, ni de la corruption. Hélas ! c’est une scène pire encore que nous aurons à la fin : le christianisme finira dans la restauration de l’idolâtrie, avec de nouveaux faux dieux, et avec l’homme s’adorant lui-même comme Dieu. Tel est, je le crois, l’avenir qui nous est prédit pour notre temps. Mais l’amour peut garder le coeur de s’embarrasser dans tout ce qui mène là, et le garder vrai pour Christ Lui-même. Puissions-nous être occupés de Lui, ne bâtissant pas sur les fondements des hommes, ne partageant pas leur espérance, ne nous confiant pas dans le progrès, ni même dans la soi-disant religion. Si Christ est mon objet en tout, alors il y a la sécurité, mais il n’y en a nulle part ailleurs.

12                  Chapitre 12

La détresse dont le prophète parle au commencement de ce chapitre n’est pas une chose postérieure et distincte des conflits décrits à la fin du chapitre précédent, mais, comme il le dit lui-même, elle a lieu «en ce temps-là». En sorte qu’avec les derniers événements du chapitre 11 nous sommes réellement arrivés au terme de la période la plus avancée dont il soit fait mention en Daniel. On a souvent fait la remarque que Daniel n’entre jamais dans le règne de la gloire, mais nous y amène juste à la porte. Il nous montre ce qui l’introduira, nous décrit, sans beaucoup de détails, l’exécution du jugement qui le précède ; il nous parle du Royaume des cieux qui doit remplir toute la terre, mais il n’en fait pas la description. Le peuple des saints, comme il appelle les Juifs, possédera le royaume sur l’ensemble de ce qui est sous les cieux. Il est vrai que, par d’autres auteurs inspirés, l’Esprit de Dieu était déjà entré plus pleinement dans le sujet du règne du Messie sur Israël, et de la portion bénie de ce peuple ; et qu’après la captivité, il allait encore utiliser d’autres instruments pour faire des prédictions sur ce même sujet. Ces nouvelles communications prophétiques que le Saint Esprit avait dans sa pensée étaient d’une importance particulière, parce qu’il savait bien que plusieurs supposeraient que le retour des Juifs de la captivité de Babylone, était l’accomplissement de la prophétie. Aussi, il a été pris beaucoup de peine dans quelques-unes des dernières prophéties, pour montrer que rien n’était plus éloigné de la réalité, et que la bénédiction d’Israël était encore à venir. Les Juifs sont décrits dans une condition misérable, après leur retour de Babylone, et l’Esprit de Dieu renvoie à un avenir lointain, la période où Israël sera réellement délivré et béni selon la pensée de Dieu. Le retour passé n’était qu’un gage de la pleine restauration que Dieu leur destinait. Mais Daniel n’entre pas dans ce temps de bénédiction. Il vous amène jusqu’à l’entrée, et s’arrête. Son sujet particulier était «les temps des nations», et c’est là ce qui fait le caractère remarquable de sa prophétie. Il est simplement un prophète de la captivité, et de sa fin.

Le chapitre 12 est relatif à ce qui se passe entre le jugement des Gentils, et l’introduction des Juifs dans la bénédiction qui est la leur. Le chapitre précédent nous a fait voir «le roi» et sa méchanceté, en terre sainte, et nous a aussi entretenus des rois du nord et du midi. Quelque grande qu’ait pu être temporairement la puissance du grand chef du nord contre la terre sainte, cependant «il viendra à sa fin, et il n’y aura personne pour le secourir». Telle est sa fin misérable.

Mais maintenant s’élève une question intéressante : Quelle sera en ce temps la condition d’Israël ? la réponse se trouve dans les premiers versets de notre chapitre. «En ce temps-là se lèvera Micaël, le grand chef, qui tient pour les fils de ton peuple». C’est de ce peuple que Daniel était occupé. Il n’avait aucune idée de ce que nous appelons aujourd’hui les chrétiens ou l’Église, — aucune idée qu’il vînt un temps, déjà arrêté dans les conseils de Dieu, où il n’y aurait plus de différence entre Juifs et Gentils, et où les uns et les autres seraient formés, sur la base de la foi en un Christ crucifié, pour être un seul corps par le Saint Esprit envoyé du ciel. Tout cela aurait été des nouveautés pour Daniel, et le Seigneur ne lui donne jamais d’anticiper un pareil état de choses. Aucune prophétie, ni dans Daniel ni chez d’autres, ne le révèle, quoique plusieurs signalent certaines particularités maintenant réalisées, comme nous voyons en Romains 9 et 10, etc... L’expression «ton peuple» désigne simplement et uniquement, le peuple juif. Daniel s’y intéressait profondément et avec raison, comme le doit un vrai Israélite sensible à la gloire de Dieu en relation avec Son peuple. En conséquence, l’Esprit de Dieu lui communique que, dans ce temps-là, il y aurait un tournant dans l’histoire d’Israël. Au lieu d’un simple contrôle Providentiel, comme, par exemple, la résistance de Micaël à tel ou tel chef, il y aurait ce fait important, que Micaël tiendrait ferme pour les Juifs, prenant en mains leur cause, et abattant leurs adversaires ; mais même alors, cela ne se ferait point sans une lutte terrible. Leur défense constituait sa tâche habituelle. Mais alors il se lèvera pour achever les grands desseins de Dieu relativement à la terre dans la délivrance des Juifs.

«Et ce sera un temps de détresse tel, qu’il n’y en a pas eu depuis qu’il existe une nation jusqu’à ce temps-là. Et en ce temps-là ton peuple sera délivré : quiconque sera trouvé écrit dans le livre». C’est l’information importante qui distingue aussitôt les temps antérieurs d’avec cette nouvelle période où Micaël tient ferme pour le peuple. Bien loin que jusqu’à ce jour il y ait eu délivrance, la détresse qui tomba sur les Juifs sous Titus, fut plus terrible que celle qui les avait atteints sous Nébucadnetsar. Que devons-nous donc en conclure ? que ce temps de détresse est encore à venir. L’Esprit de Dieu décrit ce qui doit attendre une réalisation future : du fait que dans le passé, rien n’y correspond, il faut que son application soit future. Et de fait, nous n’avons qu’à jeter les yeux sur Jérusalem et sur la condition actuelle des Juifs pour voir qu’il en est réellement ainsi. Est-ce qu’ils sont délivrés ? Bien au contraire, il n’y a pas de contrée sous le ciel qui, d’une manière ou d’une autre, ne rende témoignage qu’ils se trouvent dans un état de dégradation, et hors du pays de beauté, sur lequel les yeux du Seigneur reposent continuellement (*). Mais leur misère doit dire à ceux qui ont des oreilles pour entendre, que Jérusalem doit encore être appelée le trône de l’Éternel ; que toutes les nations doivent être rassemblées vers ce trône à Jérusalem, au nom de l’Éternel ; que les Gentils ne marcheront plus selon l’obstination de leur mauvais cœur ; que la maison de Juda marchera avec la nation d’Israël, les deux étant établies et réunies en paix et en amour dans le pays que Dieu a donné en héritage à leurs pères

(*) Note Bibliquest : on rappelle que ces lignes ont été écrites en 1860 (voir 2° note en tête du présent livre)

Certains acceptent bien de regarder comme futur ce dont il est question ici, mais ils prétendent que ce doit être pris dans un sens spirituel, et qu’il faut l’entendre de l’Église et du peuple de Dieu d’aujourd’hui. Mais, pour réfuter une telle manière de voir, il suffit d’abord de répondre que nous avons eu une longue prophétie apportée par l’ange à Daniel, accompagnée de la déclaration positive qu’il s’agissait de ce qui arriverait à son peuple aux derniers jours. Ce fait seul exclut absolument de pareilles idées. Remarquez ensuite que d’un bout à l’autre de la prophétie, il n’est parlé de personne sauf des Juifs, comme les objets de l’intérêt de Dieu jusqu’à ce temps-là. Le sujet en question, c’est la terre sainte et les conflits entre le nord et le midi dans lesquels elle est impliquée. Le christianisme ne connaît pas de terre sainte. Ce n’est rien d’autre que du judaïsme ou du paganisme que de regarder un lieu comme plus sacré qu’un autre, maintenant que la pleine lumière du christianisme est venue. Mais s’il existe un pays glorieux dans le dessein de Dieu, c’est bien celui d’Israël. Seulement il perd ce caractère durant le temps de l’appel des Gentils. Nous sommes dans le temps de la révélation des choses célestes et non des choses terrestres. Et c’est pourquoi, tout ce qui était saint auparavant, à un point de vue purement terrestre, a disparu pour le moment, éclipsé par une dispensation plus brillante ! Maintenant Dieu a d’autres desseins en vue. En rejetant son Messie, l’ancien peuple a manifesté fausseté et impiété. Tant qu’ils n’auront pas été amenés à Jésus comme nation, ou (selon les paroles de l’Apocalypse) tant qu’ils n’auront pas été amenés «à garder les commandements de Dieu, et à avoir le témoignage de Jésus Christ», — tant qu’un résidu n’aura pas obtenu une sorte de connaissance divine de Christ, Dieu ne le reconnaîtra point. En attendant, Il s’est tourné vers une autre oeuvre, celle de la formation de l’Église, à laquelle il n’est fait ici aucune allusion. C’est une vérité bénie, que Dieu est allé vers les Gentils en riche miséricorde ; mais de quelle consolation cela eût-il été quant à ce qui pesait si lourdement sur le coeur du prophète ? Au contraire, dans ce passage, tout est parfaitement convenable et clair, du moment que nous comprenons que cette prophétie fait la description de l’état de son propre peuple et de son passage à travers la scène terrible dont il est question ici, la veille de sa délivrance, une délivrance de Dieu. «Ce sera un temps de détresse tel, qu’il n’y en a pas eu depuis qu’il existe une nation jusqu’à ce temps-là. Et en ce temps-là ton peuple sera délivré : quiconque sera trouvé écrit dans le livre».

Je désire faire voir que ce n’est pas là le témoignage d’un écrivain sacré seulement, mais celui de plusieurs. Prenez le prophète de douleurs, Jérémie, chapitre 30. Nous y trouvons une allusion manifeste à la grande détresse de Jacob, suivie de sa puissante délivrance (v. 4) : «Et ce sont ici les paroles que l’Éternel a dites touchant Israël et touchant Juda». Qui peut contester le sens de cela ? «Car ainsi dit l’Éternel : Nous entendons la voix de la frayeur ; il y a la peur, et point de paix. Demandez, je vous prie, et voyez si un mâle enfante. Pourquoi vois-je tout homme tenant ses mains sur ses reins comme une femme qui enfante, et pourquoi tous les visages sont-ils devenus pâles ?» C’est un état de choses qui dépasse tout ce qu’on aurait pu attendre raisonnablement en temps ordinaire : les hommes remplis de l’angoisse la plus profonde, peinte à même leurs visages, et leur courage envolé en présence d’une terrible détresse. Le verset 7 l’explique : «Hélas ! que cette journée est grande ! Il n’y en a point de semblable» ; comme en Daniel, c’est un temps sans précédent. «Et c’est le temps de la détresse pour Jacob, mais il en sera sauvé». Jacob, «ce vermisseau de Jacob» (És. 41:14), est le nom dont se sert le Saint Esprit pour désigner le peuple considéré dans sa faiblesse, comme Israël est son nom en rapport avec sa puissance. C’est le temps de la détresse pour Jacob, mais il en sera sauvé. Jusque là c’est le même fil de pensées qu’en Daniel, selon l’Esprit. Il s’agit d’Israël et de Juda désignés par le nom exprimant leur faiblesse, en tant qu’exposés à toute sorte de calamités du dehors. C’est un jour de détresse sans pareille, et l’Israël de ce jour-là en sera délivré.

Si je voulais parcourir Ésaïe, je pourrais montrer la même chose du commencement à la fin, seulement d’une manière plus diffuse. Je n’ai pas besoin de m’arrêter à des passages si bien connus (chapitres 1, 2, 10, 14, 17, 22, 24-35, 49-66).

Mais dira-t-on : Avez-vous quelque témoignage tiré du Nouveau Testament ? Vous avez cité des passages de l’Ancien Testament, pouvez-vous nous montrer quelque chose dans le Nouveau qui donne une lumière de Dieu, pleine et croissante, à travers Son Fils bien-aimé ? La pensée peut surgir, et cela a eu lieu, que le christianisme met les Juifs entièrement de côté non seulement pour la présente dispensation, mais pour toujours ; de telle sorte que, dit-on, nous devrions voir dans l’expression «le peuple» simplement un type de ceux que Dieu forme pour sa louange. Notre Seigneur décide lui-même de cette question en Matthieu 24. Il nous montre que c’est la destinée d’Israël que Daniel décrit, et qu’il ne faut l’appliquer à aucun autre peuple sous le soleil. C’est là leur portion propre, tant pour les douleurs que pour les délivrances. Les disciples avaient demandé (v. 3) : «Dis-nous quand ces choses auront lieu, et quel sera le signe de Ta venue et de la consommation du siècle». Observez ici que la consommation «du siècle» est la seule vraie signification du terme original (aiwn) (*). Cela ne se rapporte point à la catastrophe finale de ce monde envisagé comme système matériel, mais à une certaine dispensation qui suit son cours dans le monde, lequel a un nom tout à fait différent (cosmos = kosmoV). Le Seigneur avertit les disciples qu’ils étaient en danger d’être séduits : qu’il viendrait des personnes qui prétendraient être le Christ, qu’il y aurait des troubles extérieurs, que Son témoignage ne devait aucunement changer le cours ordinaire des affaires humaines, car nation s’élèvera contre nation, et royaume contre royaume ; et que, pour ce qui regarde l’état physique du monde, il y aurait des famines, des pestes, et des tremblements de terre. Il ne fait là que les préparer à une crise terrible à venir. «Mais toutes ces choses sont un commencement de douleurs». «Alors ils vous livreront pour être affligés, et ils vous feront mourir ; et vous serez haïs de toutes les nations à cause de Mon nom».

(*) Note Bibliquest : en anglais, le mot «âge» a été utilisé pour traduire aiwn , et est son vrai sens. Nous avons laissé le terme «siècle» utilisé dans la version française, mais il ne doit pas être pris au sens de «100 ans», mais au sens de «période» ou «temps actuel» ou «âge». Cette remarque vaut pour de nombreux passages du présent livre où, inversement, nous n’avons pas utilisé le terme «siècle», pourtant approprié, mais dont nous avons craint qu’il ne soit mal compris et limité à la durée de 100 ans.

Jusqu’au verset 15, nous avons des déclarations générales. Ensuite, le Seigneur restreint tout à coup la scène à Jérusalem et à la Judée. Il ne poursuit pas l’exposé de la prédication de l’Évangile du royaume à travers tout le monde, mais il limite Ses regards à cette petite bande de terre où habitait le peuple de Dieu, et à cette ville près de laquelle Il était en train de prononcer cette prophétie. «Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, dont il a été parlé par Daniel le prophète, établie dans le lieu saint (que celui qui lit comprenne) etc.». Nous trouvons dans ces paroles une exhortation positive à regarder au livre dont nous sommes en train d’être occupés. Dans cette partie de Son discours, le Seigneur parlait du même sujet que Daniel dans sa prophétie. «Alors que ceux qui sont en Judée s’enfuient dans les montagnes».

Je demande : y a-t-il aucune incertitude sur le sens de ces versets ? Y a-t-il aucun doute sur ce que signifie cette expression «le lieu saint» ? Est-elle jamais employée pour désigner autre chose que le sanctuaire de Dieu à Jérusalem ? Dans l’Écriture, le lieu saint, en tant qu’une place identifiée sur la terre, est invariablement le centre juif de l’adoration de Dieu. L’abomination de la désolation signifie une idole qui amènera la désolation sur les Juifs. Lors donc que cette idole dont a parlé le prophète Daniel, sera placée dans le temple, ceux qui font cas de Christ devront prendre la fuite. Il n’y a pas un mot des Gentils ici, — pas une allusion à l’Église de Dieu en tant que telle. Les personnes pieuses, des personnes juives, dans leur propre ville, sont averties de s’enfuir dans les montagnes de Judée du voisinage dès qu’elles verront cette idole. «Malheur à celles qui sont enceintes et à celles qui allaitent en ces jours-là !  et priez que votre fuite n’ait pas lieu en hiver, ni un jour de sabbat». Ce n’est pas du tout une scène chrétienne, mais purement juive. Les chrétiens observent le jour du Seigneur. C’est le grand symbole de notre reconnaissance du Christ ressuscité, et de notre bénédiction en Lui ; mais le sabbat était un signe entre Dieu et Israël.

«Car alors [dit le Seigneur] il y aura une grande tribulation, telle qu’il n’y en a point eu depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant, et qu’il n’y en aura jamais». Plusieurs, je le sais, appliquent ceci à la destruction de Jérusalem par Titus, et aux grandes calamités qui fondirent alors sur les Juifs. Mais il y a une différence essentielle à ne pas négliger. Le peuple juif n’a pas été délivré alors. Tandis que lors de l’accomplissement de la prophétie de Daniel, ce peuple est, et doit être délivré — non pas ultérieurement, mais en ce temps-là. Si Daniel est un vrai prophète (personne n’en doutera s’il révère le Seigneur et pèse justement les mots), sa prophétie ne peut pas avoir échoué, mais elle reste à accomplir. Notre Seigneur cite nettement et positivement précisément cette prophétie, spécifiquement ce chapitre 12 que nous étudions maintenant. Et que rattache-t-Il à la délivrance d’Israël ? Sa propre venue du ciel comme Fils de l’homme. Qui peut dire qu’elle a déjà eu lieu ? Bien loin que les Romains aient été renversé au temps de Titus, ils purent réduire les Juifs en esclavage. Ces derniers ne furent point alors délivrés, et, jusqu’à ce jour, ils n’ont jamais plus été les maîtres de leur propre temple, ni pu demeurer dans leur propre pays (*), même comme de simples particuliers. S’il y a une race plus proscrite que d’autres dans la terre sainte, c’est la race juive. Les Turcs, ses possesseurs actuels, l’ont possédée pendant de nombreuses et longues années ; et tous, soit les Croisés, soit les Sarrazins, se sont accordés à en exclure les Juifs. De sorte que jusqu’ici il ne s’est rien passé de tel que la venue du fils de l’homme pour délivrer Israël. Micaël ne s’est pas encore tenu pour eux en ce sens du verset 1.

(*) Note Bibliquest : écrit en 1860 ; voir 2° note en tête de cet ouvrage

Ainsi, ce que j’ai montré d’après l’Ancien Testament est amplement confirmé par le Nouveau. Tous les prophètes les uns après les autres présentent le même tableau, c’est-à-dire un temps de détresse, comme il n’y en a jamais eu auparavant, suivi immédiatement par une délivrance telle qu’il n’en a encore jamais été accordé de pareille à Israël. Il est parfaitement clair, comme nous croyons tous que ces prophéties sont de Dieu, qu’il ne s’agit que d’attendre le temps auquel il convient à Dieu de les accomplir à la lettre. Comme notre Seigneur le déclare dans ce même chapitre 24 de Matthieu : «Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point» (v. 35). Ce n’est pas seulement vrai quant à leur teneur générale, mais il ne passera pas un seul iota ou un seul trait de lettre, que tout ne soit accompli (*).

(*) Romains 11 développe la pensée que Dieu a chassé Son peuple parce qu’Il est en train, en grâce, de compléter la période en blanc [parenthèse, ou intervalle de discontinuité] de leur rébellion contre le Seigneur Jésus et l’Évangile. C’est le temps de la greffe des Gentils. Car non seulement Dieu est capable de greffer les branches naturelles sur leur propre olivier, mais quand la plénitude des Gentils sera entrée, tout Israël sera sauvé, selon la prophétie qui le dit clairement. Ils deviennent les objets de la grâce divine à la fin ; seulement, dans leur cas, ce sera dans leur propre pays. «Le Libérateur viendra de Sion, etc. ».

S’il en est ainsi, nous possédons une clé importante pour l’intelligence de la prophétie de Daniel. Si prochaine que fût la destruction de Jérusalem par les Romains, le Seigneur porte positivement ses regards vers un autre temps. Et c’est d’autant plus remarquable qu’un des évangélistes nous annonce la destruction de Jérusalem par les Romains, tout en la distinguant de cette période future de détresse. La principale référence positive de la prophétie à la ruine de Jérusalem par l’armée romaine, se trouve en Luc 21. Et voyez quelle différence de langage : «Quand vous verrez Jérusalem environnée d’armées». Pas un mot de l’abomination de la désolation établie dans le lieu saint. Luc passe complètement par-dessus et introduit ce dont Matthieu ne parle pas : Jérusalem environnée d’armées. «Quand vous verrez Jérusalem environnée d’armées, sachez que sa désolation est proche. Alors, que ceux qui sont en Judée s’enfuient dans les montagnes ; et que ceux qui sont au milieu de Jérusalem s’en retirent etc.» (v. 20). C’est-à-dire, que le Seigneur prescrit exactement la même ligne de conduite aux Juifs qui sont dans Jérusalem, soit à l’approche du sac de la ville par les Romains (comme en Luc), soit lors de la future désolation qui doit tomber sur elle (comme en Matthieu). Jusque là il y avait analogie entre les deux événements : les gens pieux devaient s’enfuir, ne pas se confier en de vaines espérances de délivrance par quelque prétendu Messie, mais ils devaient savoir de la bouche du Seigneur lui-même que Jérusalem devait tomber entre les mains des Gentils. Si quelqu’un voulait échapper, il fallait qu’il sortît de Jérusalem. «Et que ceux qui sont dans les campagnes n’entrent pas en elle». Peu importe, ce qu’on peut leur dire sur la nécessité de célébrer leur fête, leur sécurité est d’éviter Jérusalem. Il n’y a pas encore de délivrance pour Israël. «Car ce sont là des jours de vengeance ; afin que toutes les choses qui sont écrites soient accomplies».

Luc ne dit pas, notons-le, que c’est là le temps de détresse comme il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde. Les expressions sont de la plus singulière exactitude. Luc présente d’abord la destruction de Jérusalem par Titus, et Matthieu ne parle que du dernier siège avant la délivrance des Juifs. «Car ce sont là des jours de vengeance, afin que toutes les choses qui sont écrites soient accomplies. Mais malheur à celles qui sont enceintes et à celles qui allaitent en ces jours-là ! car il y aura une grande détresse sur le pays et de la colère contre ce peuple. Et ils tomberont sous le tranchant de l’épée, et seront menés captifs parmi toutes les nations». Ce n’était donc pas là le temps de détresse de Jacob où il serait délivré. Au temps dont parle Luc, au lieu de délivrance, ils tombent seulement dans les détresses d’une captivité après les détresses de la guerre.

«Et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis». C’est ce qui s’accomplit dans le temps actuel. «Les temps des nations» continuent encore jusqu’à ce jour. Les Gentils ont constamment dominé, et sur toute la face de la terre les Juifs n’ont pas obtenu un pays ou une ville qu’ils puissent dire à eux (*). Qui possède leur ville et leur pays ?  Les Gentils. «Les temps des Gentils» ne sont point expirés. «Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis». Les Gentils en sont les maîtres, et comme tels, ils la fouleront jusqu’à ce que les temps assignés soient accomplis — et non pas pour toujours. Il n’est dit nulle part que cet état de choses doit aller jusqu’à la fin du temps. Au contraire, la domination gentile sur les Juifs est près de son terme : le verset suivant nous l’enseigne.

(*) Note Bibliquest : écrit en 1860 ; voir 2° note en tête de cet ouvrage. On remarque que la zone du temple est encore contrôlée par les nations.

Nous avons déjà vu un énoncé très régulier, très méthodique des malheurs qui devaient tomber sur Jérusalem. Les temps des Gentils ont continué à courir depuis Titus jusqu’à aujourd’hui. Mais au verset 25, commence la scène finale, la seule chose dont il soit question en Matthieu 24, à partir du verset 15 — et cela suite à la question des disciples : «Quel sera le signe de ta venue et de la consommation du siècle ?» Mais en Luc, ils demandent simplement : «Quel sera le signe quand ces choses (c’est-à-dire la destruction du temple) devront arriver ?» En rapport avec cette question, le Seigneur leur annonce la venue des Romains, et ensuite, descendant le cours du temps des Gentils, Il continue jusqu’à la fin. Mais Matthieu se renferme dans ce qui est relatif à la fin, en réponse à la question selon que lui la rappelle. Telle est la raison toute simple de la différence de langage entre les deux évangélistes, et rien de plus beau que la manière dont la vérité s’en dégage. Après ceci, nous avons en Luc les grands événements marquant la fin des temps des nations. «Et il y aura des signes dans le soleil et la lune et les étoiles, et sur la terre une angoisse des nations en perplexité devant le grand bruit de la mer et des flots, les hommes rendant l’âme de peur et à cause de l’attente des choses qui viennent sur la terre habitée, car les puissances des cieux seront ébranlées. Et alors on verra le fils de l’homme venant sur une nuée avec puissance et une grande gloire». Tout ceci est bien distinct du siège passé (sous Titus).

Ceux qui, par une interprétation figurée, appliquent Matthieu 24 à la destruction de Jérusalem par Titus, sont obligés de faire de cette venue du ciel du Fils de l’homme, une simple figure représentant l’action Providentielle de Dieu, par le moyen de Titus, pour écraser les Juifs. Mais Luc 21 réfute complètement une pareille idée. En effet l’Esprit de Dieu y fait voir que Jérusalem a été prise, et que les temps Gentils continuent de courir : c’est quand ils arrivent à leur terme que le Fils de l’homme vient sur les nuées du ciel, avec puissance et grande gloire — des centaines d’années après Titus. La scène finale est introduite comme terminant les temps des Gentils, ou comme étant la conséquence du fait qu’ils ont pris fin.

Mais il y a plus. «Et quand ces choses commenceront à arriver, regardez en haut, et levez vos têtes, parce que votre rédemption approche». Et puis, un peu plus loin (v. 32), nous trouvons cette expression remarquable : «En vérité, je vous dis que cette génération ne passera point que tout ne soit arrivé». C’est un usage erroné de ce terme qui conduit à passablement de confusion sur le sujet. Quand est-ce que la phrase «cette génération» arrive dans le récit ? C’est après que le Fils de l’homme est déjà venu avec puissance et avec gloire — et non pas lorsqu’on a vu Jérusalem environnée d’armées. Cette circonstance est importante pour aider à déterminer le vrai sens de l’expression. Si par ces mots «cette génération» il fallait entendre la durée d’une vie d’homme, ils n’occuperaient pas dans la prophétie une place convenable. Le sens banal aurait pu être raisonnable si l’expression avait été placée au moment où il est question des armées assiégeant Jérusalem. Mais l’expression n’a pas de sens, si on la place après l’accomplissement des temps des nations. De sorte que, si on donne une acception temporelle à cette expression «cette génération», il faut évidemment qu’elle embrasse une étendue d’au moins dix-huit siècles. Quelle est donc sa force véritable ? Elle signifie — comme souvent dans l’Écriture — cette race d’Israël qui rejette Christ, et non une simple période de temps. L’Écriture l’emploie dans un sens moral pour décrire une race qui agit d’une façon particulière, bonne ou mauvaise. Voici comment s’exprime Moïse en faisant des reproches au peuple : «Ils se sont corrompus... c’est une génération tortue et perverse... Et il a dit, je leur cacherai ma face, je verrai quelle sera leur fin, car ils sont une génération perverse» (Deutéronome 32:5, 20). Ici, très évidemment, c’est de leur condition morale comme peuple, qu’il s’agit, et non du temps où cela a été manifesté.

Nous trouvons dans les Psaumes une clé supplémentaire pour trouver la signification propre de ce terme. Au Psaume 12, par exemple, on lit : «Toi, Éternel ! tu les garderas, tu les préserveras de cette génération à toujours» (v. 7). Si par le terme «génération» il fallait simplement entendre une durée de trente ou quarante années, quel serait le sens de ces mots «à toujours» ? Il ne s’agit pas du tout d’une durée de quelques années, mais de l’état moral d’un peuple, et du peuple d’Israël. Pareillement la portée des paroles de Luc est tout à fait manifeste. «Cette génération ne passera point que tout ne soit arrivé». Ce que veut dire le Seigneur, c’est que la race d’Israël continuera encore dans l’incrédulité et le rejet de Christ. C’est comme s’il disait : Je vais vous préparer pour cette vérité terrible, que cette génération qui rejeta Christ doit continuer jusqu’à ce que toutes ces choses soient accomplies. Or, en dehors de la prophétie, jamais on n’aurait pu prévoir un tel fait. On aurait pu supposer, au contraire, que, pendant que le christianisme s’étendait sur toute la terre et faisait des conquêtes en tout lieu, s’il devait y avoir une nation qui, plus qu’une autre, dût être amenée sous l’autorité de Christ, ce devait être Israël, bien-aimé à cause des pères. Mais non. Les Juifs doivent poursuivre dans la même incrédulité. Il peut bien y avoir parmi eux une lignée de fidèles, mais la génération méchante que Christ dénonce, ne passera pas jusqu’à ce que tout soit accompli. Et qu’est-ce qui suivra ? Ce sera, selon l’expression des Psaumes, «la génération à venir». Israël sera né de nouveau, — un coeur nouveau lui sera donné. Il sera alors le peuple qui loue l’Éternel.

Cela concorde parfaitement avec le reste de l’Écriture. Le Seigneur avait représenté Israël sous la figure d’un figuier stérile, et en conséquence, il avait prononcé une malédiction sur cet arbre. Lorsqu’il est dit, dans un des évangiles, que ce n’était pas encore la saison des figues, cela signifie que le temps de leur maturité ou de leur récolte n’était pas encore arrivé. En conséquence les figues n’auraient pu être enlevées de l’arbre. Si cet arbre en avait porté, les figues auraient dû être là. C’est simplement lorsque les figues n’étaient pas encore mûres, que notre Seigneur vint chercher du fruit ; mais il n’y en pas eu. Il y avait abondante profession — des feuilles, mais pas de fruit. C’est pourquoi il dit : Que désormais personne ne mange jamais de fruit de toi» (Marc 11:14). Telle est, en figure «cette génération». Mais comment concilier cela avec le fait qu’Israël doit être bientôt à la gloire du Seigneur ? Israël doit naître de nouveau. «Cette génération-là» ne produira jamais de fruit pour le Seigneur : elle doit être détruite sous le jugement de Dieu, et une nouvelle race naîtra. Le type du passé nous donne une figure frappante de l’avenir.

D’après ces prophéties, que nous venons de considérer, deux tirées de l’Ancien Testament et deux du Nouveau, il est clair que le temps de détresse dont parle Daniel est entièrement futur ; et que Luc distingue expressément une période d’angoisse considérable juste sur le point de survenir, et qui est en effet survenue à Jérusalem, d’avec une période finale de détresse, beaucoup plus profonde et encore à venir. Nous revenons maintenant à Daniel, avec la lumière que nous avons recueillie d’autres passages des deux Testaments donnant une parole de Dieu qui montre positivement et précisément qu’Israël doit traverser un océan de détresse inouïe, mais qu’il doit en être délivré. Au fond, c’est l’événement précurseur de leur grand salut de la part de Dieu.

Mais il restait encore une question sans réponse. Aussi important que ce fût pour Daniel de savoir que ses compatriotes seraient infailliblement délivrés, il restait cette autre question : — Quelle sera la condition des Juifs ne se trouvant point alors dans le pays ? Qu’adviendra-t-il de ceux qui, n’étant ni à Jérusalem ni en Judée, ne sont point, par conséquent, les objets immédiats de la délivrance que Dieu y opère ? Le deuxième verset du chapitre donne la réponse. «Et plusieurs qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l’opprobre, pour être un objet d’horreur éternelle». On applique ordinairement ce passage à la résurrection du corps, et il est vrai que l’Esprit applique à cette résurrection-là, la figure employée ici. Mais on peut voir qu’ici, elle n’a pas le moindre rapport avec une résurrection corporelle, ni la nôtre, ni celle d’Israël. Comme cela peut sembler difficile à plusieurs, je dois prouver par l’Écriture, que le Saint Esprit utilise la résurrection comme une figure d’une heureuse restauration du sein d’un état de ruine.

Ésaïe 26 nous présente ce que personne, je pense, ne mettra en doute, un tableau de la détresse d’Israël — sa détresse sous ses dominateurs Gentils. Il est dit au verset 13 : «Éternel, notre Dieu, d’autres seigneurs que toi ont dominé sur nous : par toi seul nous ferons mention de ton nom». Cela ne se rapporte point à l’Église, quoiqu’on nous en fasse si souvent l’application. Nous n’avons point eu d’autres seigneurs sur nous — mais les Juifs en ont eu. Ils ont été sous des maîtres pendant des milliers d’années, et ils y sont encore. «Par toi seul nous ferons mention de ton nom. Les morts ne vivront pas, les trépassés ne se relèveront pas». Ces seigneurs qui avaient domination sur eux ont disparu, ils sont morts et ne ressusciteront pas. Peut-il être question là de la résurrection dans le sens littéral ? Si cela était, ils devraient ressusciter comme les autres. Il est clairement parlé de ce qu’ils périssent dans ce monde. En d’autres termes, l’Esprit leur applique la figure de la résurrection. Ils sont loin, ils ne seront plus seigneurs sur Israël. «Car tu les as visités, et tu les as exterminés, et tu as détruit toute mémoire d’eux. Tu as augmenté la nation, ô Éternel ; tu as augmenté la nation ; tu as été glorifié». Qui peut douter que ce passage parle d’Israël seulement ? «Tu l’avais éloignée jusqu’à tous les bouts de la terre». Pourrait-on dire cela de l’Église ? Lorsque l’Évangile s’étend sur tout le monde, c’est l’efficace de l’amour dans les hommes — l’activité de la grâce de Dieu qui circule partout. Il n’en est pas de même avec Israël. Ils ont une ville centrale où, s’ils avaient été fidèles, Dieu les auraient maintenus ; de sorte que leur dispersion aux bouts de la terre était l’effet d’un jugement divin qui les avait frappés, et non pas une mission d’amour. «Éternel, dans la détresse ils t’ont cherché ; ils ont épanché leur prière à voix basse, lorsque tu les as châtiés». Tel est l’effet de la discipline. Israël s’humilie. Celui qui s’est engraissé et avait regimbé, est maintenant repentant, et l’Éternel prête l’oreille à sa confession, et regarde à son angoisse. «Comme une femme enceinte, près d’enfanter, est dans les douleurs et crie dans ses peines, ainsi nous avons été devant toi, ô Éternel». Et puis, au verset 19, l’Éternel répond : «Tes morts vivront, mes corps morts se relèveront». Il les revendique comme étant siens, même s’ils ont tant péché et s’ils se sont trouvé dans une condition si déplorable et si dégradée. «Mes corps morts se relèveront». Remarquez ce qui suit, en le rapprochant de Daniel : «Réveillez-vous et exultez avec chant de triomphe, vous qui habitez dans la poussière ; car ta rosée est la rosée de l’aurore, et la terre jettera dehors les trépassés».

Peut-on douter, si l’on a suivi les raisons qui viennent d’être avancées, que l’Esprit ne parle point ici de l’Église, mais bien d’Israël, en contraste avec ses dominateurs Gentils, maintenant effondrés, et qui ne reprendront jamais plus la domination ? Israël, au contraire, quoique réduit à la plus triste condition, était seulement comme le corps mort que le Seigneur revendique comme sien, et, à ce titre, comme appartenant au Seigneur, il se relèvera. La résurrection du corps, du mort, est une vérité bénie et fondamentale qui sous-tend l’imagerie prophétique et est impliquée en elle. Mais le passage parle de la nation comme devant se relever, spirituellement selon Dieu, et en tant que nation ; le chapitre suivant (Ésaïe 28) qui est la conclusion de ce passage, le rend encore plus évident. Utilisez et appliquez l’Écriture autant que vous voulez, faites-en votre sujet de joie, mais ne niez pas la force première et directe de ce qu’elle dit.

Revenant maintenant à Daniel, voyez toute la lumière ainsi jetée sur le passage. Non seulement il y aura délivrance en terre sainte pour les Juifs témoins de tous les conflits entre l’Antichrist et le roi du nord, mais aussi pour beaucoup de Juifs endormis (c’est-à-dire qui n’ont pas encore été manifestés sur la scène, qui ont été à l’écart des troubles de leur nation, qui sont restés dans une obscurité totale, — comme dormant dans la poussière de la terre, pour ainsi dire). «Et plusieurs qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l’opprobre, pour être un objet d’horreur éternelle». Cela prouve clairement que ce n’est point la résurrection des justes, parce que lorsqu’elle aura lieu, personne ne se relèvera pour l’opprobre et pour l’horreur éternelle. Le passage n’a absolument aucun rapport avec la résurrection corporelle, celle-ci ne faisant que fournir une figure pour exprimer le rétablissement national d’Israël (Israël est représenté comme dormant dans la poussière afin d’exprimer la profondeur de son état de dégradation). L’heure était arrivée maintenant où il allait se réveiller et éclater en chant de triomphe, selon les paroles d’Ésaïe.

Mais il nous faut arriver à un autre passage, peut-être le plus clair de tous sur le sujet que nous considérons. Il se trouve dans la prophétie d’Ézéchiel, où la même figure est employée dans une prédiction très claire de la restauration d’Israël. Ésaïe les appelait un corps mort, et parlait d’eux comme dormant dans la poussière, d’où ils devaient se réveiller. Daniel aussi appelait le changement opéré dans leur état «un réveil de leur sommeil dans la poussière». Ézéchiel va plus loin encore, et les représente non pas seulement comme morts, mais comme ensevelis dans leurs tombeaux. Or, s’il peut être prouvé que ce passage n’est point relatif à une résurrection corporelle littérale, mais bien à une restauration nationale d’Israël, la chaîne de preuves entre tous ces passages sera complète. Il en est ainsi, je n’en doute pas. Dans cette prophétie d’ Ézéchiel, en effet, nous ne sommes pas réduits à en chercher le sens dans le contexte, mais il y en a une interprétation divine. Nous n’avons pas seulement la prophétie, mais nous avons la prophétie expliquée, et l’explication de la prophétie donnée à et par Ézéchiel exclut toute pensée autre que celle que je me suis efforcé d’établir devant vous. Au commencement du chapitre 37, nous trouvons une plaine pleine d’ossements très secs. «Et il me dit : Fils d’homme, ces os revivront-ils ? Et je dis : Seigneur Éternel ! tu le sais. Et il me dit : Prophétise sur ces os, et dis-leur : Os secs, écoutez la parole de l’Éternel. Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel, à ces os : Voici, je fais venir en vous le souffle, et vous vivrez. Et je mettrai sur vous des nerfs, et je ferai venir sur vous de la chair, et je vous recouvrirai de peau ; et je mettrai en vous le souffle, et vous vivrez ; et vous saurez que je suis l’Éternel. Et je prophétisai selon qu’il m’avait été commandé ; et comme je prophétisais, il y eut un bruit, et voici, il se fit un mouvement, et les os se rapprochèrent, un os de son os. Et je vis, et voici, il vint sur eux des nerfs et de la chair, et de la peau les recouvrit par dessus ; mais il n’y avait pas de souffle en eux» (v. 3-8). Quelqu’un peut-il sérieusement penser que c’est là la manière dont l’Église ressuscitera d’entre les morts ? Y a-t-il une âme abusée au point de voir dans ces paroles une description de la manière dont nos corps doivent ressusciter ? Des os venant ensemble d’abord ; ensuite la chair et la peau qui les recouvrent ; puis la respiration mise en eux ? Un esprit sobre peut-il prétendre que ce tableau a pour but premier de figurer l’oeuvre de l’évangile dans la vivification des âmes ? Si oui, que signifient les os d’abord, etc ?

«Et il me dit : Prophétise au souffle, prophétise, fils d’homme, et dis au souffle : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Esprit viens des quatre vents, et souffle sur ces tués, et qu’ils vivent. Et je prophétisai selon qu’il m’avait commandé ; et le souffle entra en eux, et ils vécurent, et se tinrent sur leurs pieds, — une immense armée. Et il me dit : Fils d’homme, ces os sont toute la maison d’Israël» (v. 9-11). Quoi de plus simple que l’explication que Dieu donne de la vision ? Il l’applique à toute la maison d’Israël, quoique, sans aucun doute, ce fût la vision d’une résurrection. Ézéchiel vit les os revivre, et les hommes se tenir sur leurs pieds. Mais voilà, Dieu est en train de nous donner le sens réel et l’application propre de cette vision. Pour la résurrection du corps, nous la trouvons pleinement ailleurs, dans le Nouveau Testament, par exemple, et aussi dans Job. Les Évangiles, les Actes, les Épîtres, l’Apocalypse nous présentent la résurrection tant des justes que des injustes — une résurrection bienheureuse pour les uns, et une autre résurrection ayant de terribles conséquences de malheur pour ceux à qui elle s’applique. Mais ici  nous avons le même Dieu se servant de la résurrection comme d’une figure pour décrire la bénédiction qu’Il va faire venir sur le peuple d’Israël. En Luc 15 encore, la même figure de la résurrection est appliquée à la conversion du fils prodigue : «Mon fils, que voici, était mort, et il est revenu à la vie, il était perdu, et il est retrouvé». Paul emploie encore cette même figure pour nous présenter la bénédiction résultant bientôt pour le monde, du rétablissement d’Israël : «Quelle sera leur réception, sinon la vie d’entre les morts ?» (Romains 11:15). Je maintiens donc que, pour ce passage, il n’y a pas d’autre interprétation portant l’empreinte de l’Esprit de Dieu. On peut s’en servir pour prêcher l’Évangile, ou en faire une application figurée, et je n’ai pas d’objection à un tel usage. Mais la parole de Dieu nous fournit à la fois la vision et son interprétation, et j’ai autant de raisons de croire l’une que l’autre. Dieu déclare qu’elle signifie la maison d’Israël ; en conséquence elle ne signifie point la résurrection des corps. Lorsque les hommes ressusciteront d’entre les morts, au sens propre et littéral, il n’y aura rien comme la maison d’Israël parmi les ressuscités. La résurrection met fin à toutes les relations tenant au temps et au monde. Il en résulte que ce que nous avons ici est tout simplement une figure tiréee de la résurrection, et appliquée au futur rétablissement d’Israël — qui sera alors une nation sainte, mais bien une nation.

«Ces os sont toute la maison d’Israël. Voici, ils disent : Nos os sont desséchés, et notre attente a péri ; nous sommes retranchés ! C’est pourquoi prophétise, et dis-leur : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’ouvrirai vos sépulcres, et je vous ferai monter hors de vos sépulcres, mon peuple, et je vous amènerai dans la terre d’Israël». Rien ne saurait être plus clair, et tout le chapitre confirme ce même témoignage. Mais il y a plus que cela : «Et vous saurez que je suis l’Éternel, quand j’aurai ouvert vos sépulcres, et que je vous aurai fait monter hors de vos sépulcres, mon peuple. Et je mettrai mon Esprit en vous, et vous vivrez, et je vous placerai sur votre terre ; et vous saurez que c’est moi, l’Éternel, qui ai parlé et qui l’ai fait, dit l’Éternel». Ce qui suit jette encore plus de lumière là-dessus. Une autre vision se rattache à celle-ci. Le prophète reçoit l’ordre de prendre deux bâtons et de les joindre l’un à l’autre, exprimant, par cet acte symbolique, un autre côté de la bénédiction réservée à Israël. Si tout Israël devait être tiré hors de ses sépulcres, les douze tribus auraient encore pu former deux parties séparées comme autrefois. Mais maintenant survient une condition nouvelle pour nous montrer qu’à la résurrection d’Israël, leurs intérêts, autrefois divergents, fusionneront à nouveau. Cela ne se rapporte en rien à l’Église, ni à notre état, quand nous serons ressuscités des morts. Nous ne serons point plantés dans le pays d’Israël sous David comme notre roi. Lors même que nous prendrions David comme type de Christ, tel n’est point le genre de relation qui est nôtre. Nous sommes le corps et l’épouse de Christ, — nous ne sommes pas simplement un peuple sur lequel règne un roi.

Ainsi le rapprochement de ces diverses portions de la parole de Dieu, fournit une preuve solide que le passage de Daniel dont nous sommes occupés se rapporte uniquement à Israël. Et comme le premier verset nous présente la délivrance des Juifs dans leur pays au temps de leur plus rude détresse, de même le deuxième verset nous montre ce qui est la clé pour l’intelligence de tant de prophéties,  — la sortie de la race des Juifs des lieux où ils se cachent, et de leur profonde dégradation, état exprimé par leur sommeil au sein de la poussière et la manière dont ils en relèvent. Mais qu’il s’agisse de ceux qui se trouvent dans le pays, ou de ceux qui sortent de la poussière de la terre, ou d’entre les Gentils, personne ne sera délivré, excepté ceux qui sont les objets des conseils de Dieu, c’est-à-dire qui seront «trouvés écrits dans le livre». Quelques-uns peuvent se réveiller, comme l’exprime la figure, pour prendre leur part dans la grande lutte de la fin, mais n’étant pas enregistrés dans le livre de Dieu, ils seront abandonnés à l’opprobre et à l’horreur éternelle. Pour les autres, ce n’est pas simplement une délivrance nationale, mais bien davantage. Ceux qui seront délivrés seront véritablement nés de Dieu. À leur relèvement s’attache un caractère spirituel, aussi bien qu’un caractère national.

Mais poursuivons rapidement le reste de notre chapitre. L’Esprit de Dieu nous fait voir que plusieurs parmi eux auront une maturité remarquable. Ce sont ceux qui sont dits être «sages». «Et les sages brilleront comme la splendeur de l’étendue». Ceux-là auront été distingués dans un temps de détresse parmi les Juifs. «Et ceux qui ont enseigné la justice à la multitude, comme les étoiles, à toujours et à perpétuité». Il n’est pas question du succès qu’ils ont obtenu ; l’idée n’est point s’ils les ont réellement amenés ou non à la justice, mais que seulement ceux qui ont instruit la multitude ou la masse des Juifs, sont promis à la bénédiction. Ils peuvent n’avoir obtenu que de maigres résultats, mais la question est de savoir s’ils ont travaillé pour Dieu, et maintenu les droits de Sa vérité. Le même terme hébreu traduit ici par «ont enseigné la justice» se trouve dans  d’autres parties de l’Écriture, où il signifie sans aucun doute «justifier». Les traducteurs anglais, jugeant avec juste raison que l’expression «justifier» ne serait pas convenable dans une phrase qui décrit l’action de l’homme, tandis que la justification appartient certainement à Dieu, l’ont remplacée par celle de «tourner vers la justice». Mais je préfère traduire «enseigner la justice». Il semblerait donc qu’il y aura certains Juifs ayant montré, comparativement, un haut degré d’intelligence de la pensée de Dieu. Ils sont appelés «les sages». Mais outre ces intelligents, il y en aura d’autres qui, mus par l’énergie spirituelle, comme nous avons vu, sortiront pour enseigner la masse des Juifs, déjà tombés, ou tombant plus tard, sous la puissance de l’Antichrist. L’expression «la multitude» est une expression technique en Daniel, pour désigner la masse incrédule parmi le peuple juif, ou ceux qui sont perdus. Ceux qui enseigneront la justice à la multitude, brilleront comme des étoiles à toujours et à perpétuité.

Je saisis cette occasion pour dire que c’est là le véritable sens d’un verset d’ Ésaïe 53 (v. 11), qui a singulièrement tourmenté les critiques : «Par sa connaissance mon serviteur juste enseignera la justice à plusieurs» [= la multitude]. Beaucoup de chrétiens l’ont sans doute rattaché avec celui-ci de l’épître aux Romains «par l’obéissance d’un seul plusieurs (*) seront constitués justes» (5:19). Mais il n’y aucun rapport quelconque entre les deux pensées. Prenez-le comme suggéré par le passage de Daniel, et tout est clair. Je n’ai pas le moindre doute que tel est son vrai sens. Il est question d’instruire dans la justice, et le sujet, là, n’est pas la justification. Dans le cas du Seigneur, naturellement l’instruction sera parfaite, mais même là, ceux qui sont l’objet de son activité, sont désignés par l’expression «les plusieurs» [= la multitude] comme en Daniel. Ici nous trouvons que ces âmes pieuses, parmi les Juifs, possèdent une certaine connaissance de la vérité divine, et instruisent la masse dans la justice. Il ne sera pas question en ce jour-là de montrer ou de prêcher la grâce. Ils instruiront dans la justice. Il se peut qu’ils diffuseront les pensées bénies de Dieu en rapport avec Israël, mais ils instruiront dans la justice. Le sens de «justifier» ne serait point correct, aussi bien si nous regardons à ceux qui instruisent ou à ceux qui sont instruits. Nous pourrions peut-être le comprendre de l’action du Seigneur en Ésaïe 53. Mais même pour ce cas-là, demandez à n’importe qui ce qu’il faut entendre par «justifier plusieurs par Sa connaissance», et vous verrez qu’il faudra aller loin pour avoir une réponse plausible. Quelques défenseurs de cette interprétation, tâchent de comprendre le verset  comme s’il y avait «par la connaissance de Lui», mais cela ne tient pas. Le vrai sens est que le Seigneur emploiera sa connaissance comme moyen d’en instruire plusieurs. En Ésaïe et en Daniel, il est question d’instruire dans la justice, et non pas de justifier ni d’amener à la justice.

(*) en anglais : beaucoup

Au verset suivant (v. 4), nous trouvons un principe important sur lequel il faut dire quelques mots. «Et toi, Daniel, cache les paroles et scelle le livre jusqu’au temps de la fin. Plusieurs courront çà et là et la connaissance sera augmentée». Daniel est ainsi informé que les choses qu’il avait vues, et les communications qu’il avait entendues, tout en étant de Dieu sans aucun doute, n’allaient pas servir dans le temps présent. Tout devait rester un livre scellé jusqu’à un jour lointain, en un mot, jusqu’au temps de la fin. Dans un verset plus bas (v. 8), Daniel pose la question : «Quelle sera l’issue de ces choses ?» Et la réponse est : «Va Daniel ; car ces paroles sont cachées et scellées jusqu’au temps de la fin. Plusieurs seront purifiés et blanchis et affinés ; et les méchants agiront méchamment, et aucun des méchants ne comprendra ; mais les sages comprendront». Ce langage montre clairement que l’intelligence des paroles de Dieu est une affaire spirituelle, et non simplement une affaire de capacité intellectuelle. Si c’était affaire de capacité intellectuelle, les méchants pourraient comprendre autant que les justes. Or il est expressément déclaré qu’aucun méchant ne comprendra, mais seulement les sages, c’est-à-dire ceux qui ont de l’intelligence et dont il a été question plus haut.

Remarquez comme cela a de l’importance. Au dernier chapitre de l’Apocalypse, nous voyons qu’il est parlé au prophète Jean, à la fin de sa prophétie. C’est un contraste très frappant avec ce qui est dit à Daniel. Celui-ci, dans son dernier chapitre, reçoit l’ordre de tout cacher et sceller jusqu’au temps de la fin. Au contraire, dans le dernier chapitre de l’Apocalypse, il est dit à Jean de ne pas sceller «les paroles de la prophétie de ce livre, parce que le temps est proche». En d’autres termes, il y a un parfait contraste entre les injonctions faites à l’un et à l’autre prophète. Pour le prophète juif tout est scellé jusqu’au temps de la fin. Pour le prophète chrétien, rien n’est scellé, tout est ouvert. D’où cela vient-il ? La réponse est que l’Église — le chrétien — est toujours censée être au temps de la fin. Le don du Saint Esprit a tout changé. À partir de ce moment, rien n’est resté scellé pour le chrétien. Toute la pensée de Dieu, Ses affections, Ses conseils, et même Ses secrets quant au monde, tout ce qui se trouve dans les Écritures de vérité lui est accessible par la puissance de Dieu. Le chrétien, même le plus faible, le plus ignorant, a le Saint Esprit faisant en lui sa demeure. C’est pourquoi, en écrivant aux petits enfants, l’apôtre Jean leur dit-il : «Vous avez l’onction de la part du Saint, et vous connaissez toutes choses» (1 Jean 2:20). Toute la science du monde ne peut jamais rendre capable de comprendre la Bible ; tandis que si quelqu’un est né de Dieu, il peut comprendre tout ce que Dieu révèle ; il a seulement besoin d’être conduit en avant, et instruit plus parfaitement. L’Apôtre ne parle point des connaissances actuelles du petit enfant, qui pouvaient être fort succinctes. En qui donc nous glorifions-nous, et devons-nous nous glorifier ? En Dieu qui nous a conféré un aussi merveilleux privilège. Seul celui en qui l’Esprit de Dieu habite a, par là, la capacité divine d’entrer dans les choses de Dieu. Il a seulement besoin, quand l’occasion est là, d’être dépendant de Dieu, et de croire Sa parole, et ce qui est de Dieu sera manifesté et démontré être divin.

Cela se rattache au fait que l’Esprit de Dieu est donné à l’Église dans un sens particulier, que même les prophètes ne connaissaient pas. Car quoiqu’ils eussent l’Esprit pour les inspirer, comme naturellement nous ne l’avons pas, nous avons cependant le Saint Esprit demeurant toujours en nous. L’une des conséquences en est que nous avons l’intelligence spirituelle, «la pensée de Christ» qu’ils ne possédaient pas. C’est à cause de cela, comme vous pouvez vous en rappeler, que l’Esprit de Dieu en 1 Pierre 1, met en contraste la condition actuelle du chrétien avec celle des saints et des prophètes eux-mêmes, dans l’Ancien Testament. Il nous les montre «recherchant quel temps ou quelle sorte de temps l’Esprit de Christ qui était en eux indiquait, rendant par avance témoignage des souffrances qui devaient être la part de Christ et des gloires qui suivraient ; et il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes mais pour vous, qu’ils administraient ces choses, qui vous sont maintenant annoncées par ceux qui vous ont annoncé la bonne nouvelle par l’Esprit Saint envoyé du ciel». C’est-à-dire que nous sommes placés dans la connaissance et la jouissance actuelles de choses dont il leur fut déclaré qu’elles ne les concernaient point, mais qu’elles nous concernaient nous, qui appartenons au Nouveau Testament. C’est là un point de haute importance. Ils possédaient la promesse, et c’était pour eux le salut. Mais nous avons beaucoup plus : nous avons la bénédiction positive et accomplie — la rédemption, non pas simplement promise, mais réalisée. Et maintenant, le chrétien, délivré par la grâce de toute incertitude quant à ses péchés, est libre d’entrer dans les choses bénies de Dieu, et il a le Saint Esprit pour connaître toutes choses. En conséquence, Dieu dit maintenant : Il ne faut pas sceller le livre. La fin est moralement arrivée, et c’est dans le temps de la fin que nous sommes envisagés. C’est pourquoi nous attendons la venue du Seigneur à tout moment. Là où prévaut la pensée juive, les gens ont toujours devant eux, comme préalable, la perspective d’un temps de grande détresse. Ils ne voient point que Dieu a un dessein à l’égard d’Israël, et parallèlement un autre envers l’Église ; que lorsqu’Il nous aura retirés à notre place propre dans la gloire céleste, Il s’occupera à nouveau des Juifs. Et ce sont eux, non pas nous, qui doivent traverser la grande tribulation, et voir les signes définis à l’avance comme proclamant la venue prochaine du Fils de l’homme sur la terre.

Cela sert aussi à expliquer comment il se fait que nous pouvons comprendre ces prophéties. Daniel ne le pouvait pas, selon qu’il le dit ici : «J’entendis, mais je ne compris pas. Et je dis : Mon seigneur, quelle sera l’issue de ces choses ? Et il dit : Va, Daniel ; car ces paroles sont cachées et scellées jusqu’au temps de la fin». Puis arrive le christianisme, et aucune de ces paroles n’est plus cachée — elles sont toutes ouvertes. La fin du monde, il est dit que nous y sommes : comme il est écrit (1 Corinthiens 10:11) : «Ces choses... ont été écrites pour nous servir d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints». Et c’est toujours ainsi. Christ, en la consommation des siècles, a été manifesté une fois pour l’abolition du péché par son sacrifice (Hébreux 9:26). L’Église est toujours supposée être à la fin, et, par l’efficace de l’Esprit, elle anticipe le résidu pieux et intelligent. En effet, l’Église commença par un résidu de Juifs ayant foi en leur Messie. C’est ainsi que la Pentecôte commença par ce qui sera vrai de nouveau, après que nous aurons été enlevés au ciel. Car lorsque Dieu aura transporté les saints et que le temps de la fin sera littéralement venu, il y aura une fois de plus un résidu de Juifs fidèles.

Pour ce qui est des «jours» dont il est parlé à la fin du chapitre, de quoi s’agit-il ? Il est dit au verset 11. «Et depuis le temps où le sacrifice continuel sera ôté et où l’abomination qui désole sera placée, il y aura 1290 jours». Auparavant, il avait été dit dans le verset 7, par l’homme vêtu de lin, que ce serait «jusqu’à un temps, à des temps, et une moitié de temps» — c’est-à-dire 1260 jours. Le verset 11 ajoute 30 jours à ces 1260 jours, soit un mois de plus. Ensuite au verset 12, nous trouvons encore une durée supplémentaire. «Bienheureux celui qui attend et qui parvient à 1335 jours !» C’est-à-dire qu’il est encore ajouté un mois et demi. De sorte que nous avons d’abord, 1260 jours ; puis 1290 jours, et enfin 1335 jours. Quelle est, pouvons-nous demander, la signification de cela ? et quel est le point de départ du décompte de ces jours ? La réponse est : «Depuis le temps où le sacrifice continuel sera ôté et où l’abomination qui désole sera placée» (v. 11).

Et maintenant je voudrais faire une remarque qui a quelque importance, comme rattachant ensemble tout ce qui a été dit, et présentant une preuve concluante en faveur de la vérité de l’interprétation de cette prophétie. Il s’agit du verset que notre Seigneur lui-même citait en Matthieu 24:15 : «Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, dont il a été parlé par Daniel le prophète, établie dans le lieu saint (que celui qui lit comprenne), alors que ceux qui sont en Judée s’enfuient dans les montagnes». La question est : où Daniel parle-t-il de cela ? Je réponds : au verset 11 de ce chapitre. C’est le seul verset qui réponde parfaitement à celui de Matthieu.

Il nous est déclaré qu’à partir de ce moment-là, il doit y avoir 1290 jours, puis une autre période de 45 jours, et alors la pleine bénédiction. Est-ce que cela a eu lieu ? Si vous l’appliquez à quelque chose qui soit passé, comme par exemple, à la destruction de Jérusalem par Titus, et si vous ajoutez 1335 jours depuis le temps où les Romains prirent la ville, la bénédiction est-elle réellement arrivée ? Peu importe comment vous prenez les jours. Imaginez qu’ils représentent 1335 années depuis cette destruction de Jérusalem : trouvez-vous à leur terme la bénédiction des Juifs et la bénédiction des saints, conformément à la parole de Dieu que nous lisons ici ? Rien de pareil. Qu’en conclure alors, sinon que vous avez pris une date fausse comme point de départ du calcul. «L’abomination qui désole» n’est pas encore arrivée ; quand elle le sera dans le sens qu’ont les paroles du Seigneur, il suivra une période de 1335 jours, après lesquels viendra la pleine bénédiction.

Mais encore un mot au sujet de ces différents nombres de jours : d’abord les 1260 jours, puis les 1290, et ensuite enfin, les 1335. Je pense que la raison en est que la bénédiction d’Israël ne sera pas introduite tout d’un coup. Le premier grand changement sera lors de la destruction du «roi». Elle a lieu à l’expiration des 1260 jours. Mais comme nous le voyons au chapitre 11, après «le roi» c’est le tour du roi du nord, avec lequel il faut aussi en finir. Par conséquent, il y a un nouveau délai. Mais je ne puis dire si elle coïncidera avec les 30 jours de plus (ou 1290), ou bien avec les 45 jours suivants (1335). Ce dont, toutefois, nous pouvons être assurés, c’est que les 1335 jours nous mènent jusqu’à l’accomplissement de l’oeuvre entière ; et je suis enclin à penser que la destruction du roi du nord est l’un des derniers, sinon le dernier, de tous ces actes de jugement qui doivent s’accomplir avant que commence l’époque de la bénédiction. Il est dit en Ésaïe 10:12 : «Et il arrivera que, quand le Seigneur aura achevé toute son oeuvre contre la montagne de Sion et contre Jérusalem, je visiterai le fruit de l’arrogance du coeur du roi d’Assyrie et la gloire de la fierté de ses yeux». Ces paroles me semblent indiquer que c’est le dernier acte de jugement du Seigneur en rapport avec la bénédiction d’Israël. Après la destruction de l’Antichrist il y aura un ou deux brefs intervalles durant lesquels le Seigneur renverse encore Ses ennemis et ceux d’Israël. «Bienheureux celui qui attend et qui parvient à 1335 jours».

Maintenant je ferme ce livre, en priant le Seigneur de le rendre aussi réellement profitable qu’il est intéressant. Un de ces fruits les plus bénéfiques aura été celui-ci — de délivrer les enfants de Dieu de l’idée que l’Église est tout. Ce n’est pas l’ordre véritable. En juger ainsi, c’est tomber dans la même sorte de méprise que les anciens astronomes, quand ils considéraient la terre comme le centre du système du monde, parce qu’elle était le lieu où ils vivaient. C’est là ce qui perd l’homme : il se fait le centre de ses pensées. On commet la même erreur en théologie. Parce que nous sommes dans l’Église, on en fait la pensée centrale de l’Écriture, alors que c’est Christ qui en est cette pensée centrale. Il est le centre de la bénédiction céleste, et l’Église est alentours de lui ; Il est le centre de la bénédiction juive, et les Juifs sont alentours de Lui. Que ce soit dans les cieux ou sur la terre, Christ est donc le coeur de toutes les pensées de Dieu et des moyens de bénédiction. C’est quand nous tenons nos coeurs fixés sur Lui, qu’il y a paix, progrès et bénédiction abondante. La raison pour laquelle très souvent les âmes n’ont pas la paix, c’est qu’elles sont occupées d’elles-mêmes, et qu’elles ne trouvent pas ce qu’elles pensent devoir être dans un chrétien. Tandis que si je regarde à Christ, il n’y a point de difficulté. La question devient alors : Christ mérite-t-il qu’un être tel que moi soit sauvé ? Puis-je répondre qu’Il ne le mérite pas ? Il en résulte que je suis heureux, et Dieu peut m’employer à son service. Mais si je suis dans l’anxiété au sujet du salut de ma propre âme, comment pourrais-je être occupé au service des autres ? Nous n’en aurons jamais fini avec le moi, jusqu’à ce que Christ soit devenu pour nous le centre de toute chose. Puisse-t-il l’être réellement ! Il est le centre de toutes les pensées de Dieu en amour et en justice, aussi bien qu’en gloire.