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Notes sur Ézéchiel
par William Kelly
Bible Treasury vol. 9 p. 1 (1872) à vol. 10 p. 372 (1875)
Le texte des citations bibliques est normalement celui de la version JND, mais WK utilisant sa propre traduction ou la version autorisée du Roi Jacques, nous avons souvent repris le sien quand les variantes étaient significatives.
Table des matières :
43.1 Interprétation des prophéties des ch. 40 à 48: littérales et futures
43.2 Préambule de la vision — Différents systèmes d’interprétation
L’ouvrage présenté ici au lecteur correspond à un besoin. Le livre d’Ézéchiel est l’un de ceux qui a été le moins étudié et expliqué dans son ensemble. Il n’y a guère à retirer des commentaires grecs d’Origène, Ephrem de Syrie, Grégoire de Naziance ou Theodoret, et encore moins, pour autant que cela soit possible, des commentaire latins de Jérôme ou Grégoire le Grand. Inutile de parler des commentaires du Moyen-Âge ou des Réformateurs, des Jésuites ou des Puritains, des allemands modernes ou de leurs admirateurs anglais. Tous ont passé a côté de la clef du livre. Lequel d’entre eux a vu la gloire céleste de Christ et l’Église comme une chose distincte du royaume ? Lequel d’entre eux ne nie pas les espérances d’Israël ? En dehors de réflexions morales pieuses, il n’y a rien à dire sur ces écrits, même si certains sont énormes, comme l’œuvre architecturale de H. Pradus et J.B. Villalpandus, en trois énormes volumes grand format, et qui ne contient pourtant pas le moindre rayon de lumière céleste.
Je suis loin de prétendre dans ce bref exposé de faire mieux que d’aider les chrétiens par des notions générales mais correctes sur le contenu, le but et le caractère de la prophétie, selon ce que j’en comprends maintenant ; je suis sensible aux défauts de mon petit livre probablement plus que beaucoup d’autres.
Blackheath, Londres
Nous ne savons que peu de chose du prophète dont nous allons étudier le livre, rien que quelques rares détails personnels donnés au cours de ses prophéties, et en relation avec elles. Nous apprenons qu’il était sacrificateur, fils de Buzi ; que sa femme mourut soudainement, en signe à Israël ; qu’il habitait Thel-Abib sur le fleuve Kébar dans le pays des Chaldéens. Il mentionne Daniel, son contemporain, connu de son propre temps pour sa justice, au même titre que Noé et Job.
(*) La tradition des Juifs selon laquelle Ézéchiel était serviteur de Jérémie, ou son fils (identifiant Buzi avec Jérémie) ne semble pas digne de crédit. Même Josèphe l’estime trop jeune pour cela au moment où il fut fait captif, car il commence à prophétiser en la 5° année.
Mais il n’y a guère d’écrits dans la Bible plus caractéristique, et aucun ne fournit autant d’images pour le dernier livre du Nouveau Testament, la plus vaste et la plus profonde des prophéties. Ézéchiel, Jérémie et Daniel sont les prophètes de la captivité ; ils ont des points en commun sans doute, notamment la sympathie ; mais ils sont différents dans leur ton, leur style et leurs buts, aussi bien que dans leur condition extérieure et les circonstances employées par Dieu comme cadre pour leurs prédictions.
Le sort de Jérémie a été d’être laissé avec les pauvres du pays, puis d’être emmené avec ceux qui, par manque de foi, s’enfuirent en Égypte, à la recherche d’une sécurité qu’ils auraient pu trouver s’ils étaient restés là où ils étaient, dans la soumission à leur maître Babylonien. Jérémie pleura et se lamenta jusqu’à la fin avec le résidu, bien-aimé mais indigne.
Le sort de Daniel fut d’être emmené captif la troisième année de Jéhoïakim, quand le solennel avertissement annoncé à Ézéchias fut exécuté par Nebucadnetsar ; toutefois Dieu ne se laissa pas sans témoin à Babylone et montra où se trouvaient la sagesse et Son secret, même après avoir suscité les empires de Gentils et fait de son peuple Lo-ammi (Os. 1:9 ; 2:23).
Ézéchiel était un de ceux qui furent emmenés en captivité sous le règne suivant de Jéhoïakin (*) fils de Jéhoïakim, quand le roi de Babylone dispersa tout ce qu’il y avait de meilleur dans le pays, y compris notre prophète. Il ne restait plus qu’une étape à franchir, le règne désastreux de Sédécias, pour que la colère de l’Éternel pût les chasser tous de sa présence à cause de leurs provocations répétées et de leur incurable rébellion. C’est en vue de ce temps qu’Ézéchiel prophétise au milieu des captifs en Chaldée ; il passe par dessus les temps des Gentils, qui sont le sujet de Daniel, et s’arrête longuement sur la restauration finale d’Israël.
(*) « La trentième année » (1:1) a beaucoup embarrassé les érudits. Or il semble clair que le point de départ des 30 ans est l’ère de Nabopolassar, père de Nebucadnetsar qui devint roi de Babylone en 625 av. J.C. à peu près au moment où Hilkija trouva le livre de la loi dans le temple (2 Chr. 34:15), découverte si féconde en bénédictions pour Josias et les justes en Juda. Il est fait allusion à ce dernier dans la paraphrase chaldéenne de Jonathan ben Uziel.
On est frappé de la sainte énergie, du zèle pour Dieu, de l’indignation et de l’autorité morale que le prophète manifeste en reprenant Israël. Il est emporté là où l’Esprit le conduit, comme dans le char majestueux de la gloire de l’Éternel, qu’il décrit avec la puissance irrésistible de ses roues et des ailes qui le surmontaient. Nulle part il ne flatte le peuple, et même en captivité il adresse à Israël les plus sévères remontrances pour les péchés dont ils ne s’étaient pas encore repentis, et qui avaient entraîhné le peuple si bas. Le livre ouvert devant lui et mangé par lui, était écrit devant et derrière, avec des lamentations, des plaintes et des gémissements ; le prophète devait dire au peuple rebelle toutes les paroles de l’Éternel ; son front avait été rendu « comme un diamant plus dur que le roc ». Lui et Daniel sont les seuls à être désignés du titre de « fils d’homme », hormis naturellement Celui qui est maître, et le plus abaissé des serviteurs, qui s’est approprié tous les titres de honte, de souffrances et de réjection, mais le jour viendra où eux aussi seront manifestés avec Lui en gloire..
Ceux qui s’occupent du cadre extérieur de la vérité dans ce livre ne manquent pas de remarquer le sens profond du pur et de l’impur, de la sainteté lévitique, des images du temple, des fêtes, des sacrificateurs et des sacrifices ; le livre en est rempli, ce qui est bien naturel puisqu’il est écrit par un membre de la famille sacerdotale. Tous ces caractères qui le distinguent de manière évidente et incontestable, ne sont pas une imitation servile du Pentateuque ; nous verrons que Dieu affirme Son droit à modifier, à omettre ou à ajouter, dans ce jour où le prophète Jérémie, contemporain d’Ézéchiel, déclare explicitement que l’Éternel établira une nouvelle alliance avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda, alliance « non selon l’alliance que Je fis avec leurs pères, au jour où Je les pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte, Mon alliance qu’ils ont rompue, quoique je les eusse épousés, dit l’Éternel. Car c’est ici l’alliance que j’établirai avec la maison d’Israël, après ces jours-là, dit l’Éternel : Je mettrai ma loi au-dedans d’eux, et je l’écrirai sur leur cœur, et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple ; et ils n’enseigneront plus chacun son prochain, et chacun son frère, disant : Connaissez l’Éternel ; car ils me connaîtront tous, depuis le petit d’entre eux jusqu’au grand, dit l’Éternel ; car je pardonnerai leur iniquité, et je ne me souviendrai plus de leur péché (Jér. 31:31-34). Sans doute tout ce passage peut s’appliquer au chrétien aujourd’hui, car le sang de la nouvelle alliance est déjà versé, et est devenu nôtre par la foi ; mais il sera appliqué à Israël et à Juda comme tels, par la grâce de Dieu, dans ce jour là, comme les versets suivants (31:35-40) le montrent clairement.
C’est en vain que les Rabbins raisonnent sur l’immuabilité de la loi donnée par Moise : leurs propres prophètes les démentent. C’est ainsi que le fameux D. Kimchi prend position contre la prétention absolue à l’immuabilité dans son commentaire sur notre prophète ; Albo et Nachmanides le reconnaissaient également. Albo réfute même expressément l’usage que Maimonide fait de Deutéronome 12:32 ; il montre qu’au contraire, le vrai sens de l’avertissement donné par Moise a pour but d’empêcher les Israëlites d’ajouter ou de retrancher quelque chose à la loi d’une manière arbitraire ou de leur propre volonté (voir Sepher Ikkarim, p. iii c. 16). Moise ne déniait pas à un prophète l’autorité de le faire, spécialement en vue du vaste changement qu’allaient introduire la présence d’un Messie régnant et la nouvelle alliance. Ézéchiel prédit quelques-uns de ces changements caractéristiques qui auront lieu quand Israël sera restauré et que la théocratie sera de nouveau en vigueur ; nous en verrons les détails au fur et à mesure de l’étude de ce livre.
On s’est plaint de l’obscurité de notre prophète. Mais ce reproche n’est vraiment pas fondé, bien qu’il date déjà du temps de Jérôme, qui appelle ce livre « un labyrinthe des mystères de Dieu ». Cette prétendue obscurité provient spécialement de deux choses : d’abord, comment un sujet décrivant le gouvernement de Dieu peut-il être simple ? Sa hauteur, sa profondeur et sa largeur sont immenses, et si on peut dire, il faut se servir d’un instrument de mesure infiniment supérieur à tout ce qui existe pour la créature. Ensuite la plupart des gens dans la chrétienté, depuis Origène, ont adopté un système faux — l’alchimie spirituelle selon l’expression de Hooker — qui consiste à changer les espérances juives en prophéties concernant les bénédictions propres au chrétien. Rien d’étonnant dans ces conditions que ces gens n’aperçoivent les images qu’au travers d’un épais brouillard. Appliquons ses visions correctement, et nous les trouverons en général remarquablement explicites, et pleine de force. Il est absurde de supposer que des détails si minutieux et circonstanciés ne soient que de l’enrobage littéraire.
La structure du livre est évidente. La première moitié est formée de prophéties en ordre chronologique strict, avant la destruction finale de Jérusalem, quand Sédécias attira sur lui-même la juste punition de sa rébellion et de son parjure (ch. 1-24). Ézéchiel montre, au moyen de symboles magnifiques, suivis d’accusations les plus positives de péché, l’inutilité absolue de tout effort pour secouer le joug de Babylone, ce que Sédécias essayait de faire par le moyen de l’Égypte. Or bien qu’Il se servît de Nébucadnetsar, c’était bien l’Éternel qui jugeait Jérusalem, Lui qui siège entre les chérubins. Moralement il ne pouvait pas en être autrement. La sentence judiciaire sur le peuple, la ville, le temple et le roi est exposée dans cette première partie.
La seconde s’ouvre par une sorte de parenthèse formant transition, dans laquelle le prophète annonce sept objets de jugement parmi les nations voisines du pays, sans tenir compte de l’époque où ces peines seront subies et en les groupant selon une unité morale (ch. 25-32). Ensuite il revient à Israël, et ouvre le terrain individuel sur lequel Dieu agirait désormais envers lui (ch. 33) ; il dénonce d’abord les bergers et les princes coupables (ch. 34), puis l’inimitié de la montagne de Séhir (ch. 35), puis il garantit la restauration morale (ch. 36) et la restauration collective (ch. 37) de tout Israël, et la destruction de Gog et de toutes ses armées (ch. 38 - 39). Enfin il annonce le retour de la gloire de Dieu, avec le rétablissement du sanctuaire, des rites et de la sacrificature dans le pays enfin rendu saint, et la nouvelle répartition des 12 tribus comme nation sous le gouvernement du prince ; car depuis ce jour-là le nom de la ville doit être Jehovah-Schamma (ch. 40-48). Que ce soit en jugement ou en bénédiction paisible, c’est le jour de l’Éternel pour la terre, et non pas une promesse de bénédiction pour la chrétienté, comme le prétendent les allégoristes. Une telle doctrine, provenant des pères de l’Église ou des puritains, induit en erreur et donne des illusions. Ces tendances extrêmes se rejoignent dans une erreur commune qui enlève à Christ et à l’Église ce qui est une contrepartie à Sa gloire céleste, et que l’Esprit Saint a pour fonction d’accomplir ici-bas, et dont nous jouirons d’une manière parfaite quand le Seigneur sera venu, transformant nos corps à Sa ressemblance et nous faisant apparaître avec Lui dans la gloire céleste de ce jour.
Dire que cela c’est « judaïser », n’est que de l’ignorance pure et de l’incrédulité méchante. Il ne s’agit pas du tout de cela quand nous parlons des perspectives d’avenir d’Israël selon les prophètes. « Judaïser », c’est en réalité mélanger des éléments juifs avec l’évangile, et les imposer aux Chrétiens du temps actuel. Or la vérité sur laquelle nous insistons ici, c’est que les Chrétiens enlevés et glorifiés avec Christ, auront alors disparu de la terre. Par conséquent il s’agit du siècle à venir, et d’un autre appel, lorsqu’Israël sera greffé sur son propre olivier. S’attendre donc à l’accomplissement littéral des visions du prophète, c’est simplement de la foi, ce n’est pas judaïser : c’est même une sauvegarde contre cette tendance. Nous sommes d’autant plus préservés de mêler leurs espérances aux nôtres, que nous attendons vraiment leur accomplissement pour Israël. Le retour de Babylone ne répond en aucune façon aux prophéties de la fin ; il prouve non pas l’imperfection des prophéties d’Ézéchiel, mais que ces glorieuses anticipations doivent encore trouver leur accomplissement. Le « tout Israël » (Rom. 11:26) attend encore son accomplissement quand le Libérateur viendra à Sion. Ézéchiel 20:33 est en parfait accord avec cela, car Jérémie et tous les prophètes enseignent le retranchement des apostats et des rebelles. Henderson a donc tort quand il dit que les différences entre l’ancien temple et celui décrit par Ézéchiel sont secondaires. Elles prouvent au contraire que, ou bien nous devons renoncer à l’inspiration du prophète, ou bien maintenir qu’il prédit un retour encore futur, avec un nouveau temple, des cérémonies modifiées, un nouveau partage du pays entre les douze tribus restaurées et bénies, après que leurs derniers ennemis auront été détruits par les jugements divins. Tout en étant un homme, Ézéchiel était prophète et nous sommes tenus de croire qu’il était inspiré, de sorte que ses écrits nous donnent la parole de Dieu, sans mélange et sans erreur.
Les circonstances dans lesquelles Ézéchiel a été appelé à prophétiser sont nouvelles et singulières. Ce n’était ni en Juda ni en Israël qu’il se trouvait, mais parmi les captifs au bord du fleuve Kébar. Aussi l’Éternel accompagna-t-il Sa Parole de signes extraordinaires. Il est la seule personne de l’Ancien Testament dont il est dit que les cieux lui furent ouverts et qu’il vit des visions de Dieu (1:1). Mais cette ouverture des cieux était un jugement de l’iniquité d’Israël, et non pas comme dans l’évangile (Matt. 3:16) pour exprimer le plaisir du Père dans le Fils de Dieu sur la terre, et encore moins pour permettre au chrétien de contempler le Fils de l’Homme dans le ciel (Actes 8:56).
Ce n’est pas sans raison que cela eu lieu la cinquième année de la captivité du roi Jéhoïakin. Le peuple laissé dans le pays avait eu largement le temps de se repentir de ses vains espoirs, ainsi que de sa rébellion et de son idolâtrie. Il avait reçu les avertissements de ses frères déportés loin du pays : les avait-il pris à cœur ? Il faut lire les versets 12-16 du ch. 36 du second livre des Chroniques pour trouver la réponse à cette question.
Ézéchiel est appelé à rendre témoignage à un jugement final et excessivement désolant. « Le cinquième jour du mois (c’était la cinquième année de la transportation du roi Jehoïakin), la parole de l’Éternel vint expressément à Ézéchiel, le sacrificateur, fils de Buzi, dans le pays des Chaldéens, près du fleuve Kebar ; et la main de l’Éternel fut là sur lui. Et je vis, et voici, un vent de tempête venait du nord, une grosse nuée, et un feu qui s’entortillait ; et il y avait une splendeur tout autour, et de son milieu, du milieu du feu, brillait comme la couleur de l’ambre ; et, du milieu vint la ressemblance de quatre animaux (*) ; et voici leur aspect : ils avaient la ressemblance d’un homme » (1:2-5).
(*) note Bibliquest : Ici comme en Apoc. 4 JND traduit « animal » là où d’autres, avec WK, traduisent « créature vivante » ou « être vivant ». Il faut bien distinguer ce mot d’avec celui de « bête » qui a une connotation d’éloignement de Dieu que n’a pas le terme « animal » dans ces passages.
Le prophète voit donc un vent de tempête, une grosse nuée et du feu au milieu duquel il aperçoit la ressemblance de quatre animaux. C’était déjà suffisant pour rabattre l’orgueil des Juifs qui estimaient Dieu si attaché à leur race et à leur pays, qu’ils n’avaient jamais pris sérieusement garde à Sa menace avant qu’elle se réalise. Hélas ! ils ne la réalisent pas encore aujourd’hui, mais refusant de reconnaître Son jugement contre leurs péchés, ils se trompent eux-mêmes en pensant que s’ils sont dispersés, c’est afin de pouvoir prêcher aux Gentils que Dieu est le Dieu d’Israël ; ils devraient plutôt se souvenir que pendant des milliers d’années Il a refusé d’être appelé leur Dieu à cause de leur idolâtrie, dont le rejet du Messie et de l’évangile a été comme le couronnement. Une nouvelle tempête d’indignation divine était sur le point d’éclater sur Juda, venant du Nord, c’est-à-dire de Babylone.
Mais il y a plus : « de son milieu vint la ressemblance de quatre animaux ; et voici leur aspect : ils avaient la ressemblance d’un homme » (1:5). S’il restait le moindre doute dans l’esprit du lecteur, le chapitre 10 montre nettement que les animaux sont des chérubins. Ils ne sont pas deux ici, comme ceux formés d’or pur et battu du propitiatoire où Dieu siégeait comme sur un trône, mais ils sont quatre, en relation, je pense, avec la créature. Le Dieu d’Israël qui demeurait entre les chérubins sur l’arche, était au milieu de Son peuple et on ne pouvait L’approcher qu’avec du sang, selon la justice divine, sous la garde des témoins de Son autorité judiciaire. Ézéchiel a pu voir Ses jugements providentiels venant de l’extérieur. Dieu jugerait Son peuple coupable par Babylone, son instrument. C’est pourquoi c’est le feu (1:5) qui caractérise la manifestation de Son jugement destructeur venant du ciel.
Ce serait un étalage interminable et peu édifiant de détailler les interprétations fausses et étranges de ces symboles qui ont prévalu parmi les hommes, tant Juifs que chrétiens. Chez les premiers, ce n’est pas étonnant car l’incrédulité qui a opéré les maux dénoncés par le prophète a engendré la même opposition têtue contre la vérité. « Cette génération » n’a pas passé et ne passera pas que tout ce qui a été prédit s’accomplisse (Luc 21:32). Quant aux chrétiens, ils sont bien moins excusables. Ayant la vraie lumière, ils auraient du voir (Jean 1:9) ; mais on ne peut voir correctement que dans la mesure où l’œil est simple. S’ils avaient eu devant eux la gloire de Christ, et non pas celle de l’église (c’est-à-dire la leur), ils auraient laissé de la place pour les relations de Dieu avec d’autres qu’eux-mêmes. Ils n’ont pas besoin de nier les relations anciennes parce qu’ils croient aux nouvelles. S’ils avaient vu le jugement d’Israël comme nation au commencement de la prophétie et sa restauration à la fin, les anciens pères et les théologiens modernes n’auraient pas fait des rêveries interprétant les quatre chérubins comme étant les quatre évangélistes, ou comme étant l’œuvre rédemptrice de Christ, ou la gloire de Dieu dans l’Église, ou les quatre saisons de l’année, ou les quatre quarts du globe, ou les quatre vertus cardinales, ou les quatre passions de l’âme, ou les quatre facultés de l’esprit, ou n’importe quelles autres conjectures auxquelles les hommes se sont livrés. Une vue plus plausible, mais très imparfaite, est celle de Calvin, qui les prend pour des anges, et en voit quatre en relation avec les différentes questions du monde, chacun ayant quatre têtes, ce qui démontre que la qualité angélique habite chez tous, et Dieu est vu à l’œuvre non seulement chez l’homme et les autres animaux, mais au travers de tous les choses inanimées. Il y voit donc une vision de l’empire de Dieu administré par les anges partout, toutes les créatures étant ainsi poussées comme si elles étaient jointes aux anges, et comme si les anges comprenaient en eux-mêmes tous les éléments de toutes les parties du monde.
Les quatre chérubins étaient des figures complexes. « Chacun avait quatre faces, et chacun avait quatre ailes ; et leurs pieds étaient des pieds droits, et la plante de leurs pieds était comme la plante du pied d’un veau ; et ils étincelaient comme l’apparence de l’airain poli ; et il y avait des mains d’homme sous leurs ailes sur leurs quatre côtés ; et ils avaient, les quatre, leurs faces et leurs ailes ; leurs ailes étaient jointes l’une à l’autre ; ils ne se tournaient pas quand ils allaient : ils allaient chacun droit devant soi » (1:6-9).
Ils avaient l’apparence d’un homme, bien que chacun eut quatre faces et quatre ailes, mais leurs pieds étaient droits, et la plante de leurs pieds comme celle d’un veau, la face d’un bœuf répondant à celle d’un chérubin (1:10 et 10:14). L’activité ou l’aptitude à l’action semblent représentées par les mains d’homme ; la rapidité d’exécution venant d’en haut par les ailes, sans aucune déviation quelconque par rapport au but poursuivi, et leurs quatre côtés leur permettant de se mouvoir dans toutes les directions. Je comprends le v. 10 comme indiquant qu’on voyait la face d’homme devant, celle d’un aigle derrière, celle d’un lion à droite et celle d’un bœuf ou d’un veau à gauche (*). Ils sont les supports symboliques du trône, étant à la tête des créatures préservées du déluge dans l’arche, l’homme représentant l’intelligence, le lion la force, le bœuf la patience ou la stabilité, et l’aigle la rapidité d’exécution, les attributs de Dieu ou les qualités de Ses jugements.
(*) Certains considèrent que le sens de ce v. 10 est que les quatre faces avaient le même aspect, l’homme et le lion sur la droite, le bœuf et l’aigle sur la gauche
« Et la ressemblance de leurs faces était la face d’un homme ; et, les quatre, ils avaient la face d’un lion, à droite ; et, les quatre, ils avaient la face d’un bœuf, à gauche ; et, les quatre, ils avaient la face d’un aigle. Ainsi étaient leurs faces, et leurs ailes étaient étirées vers le haut : chacun avait deux ailes jointes l’une à l’autre, et deux qui couvraient leur corps. Et ils allaient chacun droit devant soi : là où l’esprit devait aller, ils allaient ; ils ne se tournaient point lorsqu’ils allaient. Et quant à la ressemblance des animaux, leur aspect était comme des charbons de feu brûlants, comme l’aspect de torches ; le feu courait en montant et en descendant entre les animaux ; et le feu avait de l’éclat, et du feu sortaient des éclairs. Et les animaux couraient et retournaient comme l’aspect du sillon de l’éclair » (1:10-14).
Ils allaient et venaient avec la rapidité de l’éclair.
Mais il n’y avait pas seulement des ailes, mais aussi des roues.
« Et je regardais les animaux, et voici, une roue sur la terre, à côté des animaux, vers leurs quatre faces. L’aspect et la structure des roues étaient comme l’apparence d’un beryl ; et il y avait une même ressemblance pour les quatre, et leur aspect et leur structure étaient comme si une roue eût été au milieu d’une roue. En allant, elles allaient sur leurs quatre côtés ; elles ne se tournaient point quand elles allaient. Et quant à leurs jantes, elles étaient hautes et terribles, — et leurs jantes, à toutes les quatre, étaient pleines d’yeux tout autour. Et quand les animaux allaient, les roues allaient à côté d’eux ; et quand les animaux s’élevaient de dessus la terre, les roues s’élevaient. Là où l’esprit devait aller, là ils allaient, là leur esprit tendait à aller ; et les roues s’élevaient auprès d’eux, car l’esprit de l’animal était dans les roues. Quand ils allaient, elles allaient ; et quand ils s’arrêtaient, elles s’arrêtaient ; et quand ils s’élevaient de dessus la terre, les roues s’élevaient auprès d’eux, car l’esprit de l’animal était dans les roues » (1:15-21).
La description nous montre exactement l’inverse de circonstances dirigées par un hasard aveugle. Indépendamment de toutes les révolutions ou changements parmi les hommes, tout est guidé sciemment là où on l’attend le moins. Les instruments du gouvernement providentiel, au-dessous de l’étendue ou firmament, étaient complètement en accord avec ce qui était au-dessus, et plus haut encore se voyait la ressemblance d’un trône, sur lequel était comme l’aspect d’un homme exerçant le jugement, quoique avec l’attribut indéfectible de la grâce envers un monde méchant : l’arc dans la nuée.
Ainsi le trône de Dieu ne se trouvait plus en Israël, mais le Dieu du ciel allait employer les Gentils pour exécuter Sa volonté en punissant Jérusalem coupable. C’est Son trône depuis le ciel, pas encore Son trône dans le ciel, comme en Apocalypse 4, où nous ne trouvons plus de roues, mais six ailes. Là les animaux ne sont plus seulement des chérubins, mais des séraphins, criant : Saint, saint, saint ; et toute la création est embrassée sous Ses titres dispensationnels, excepté ce qui est proprement lié au millenium (Apoc. 4:8). C’est pourquoi en Apocalypse 4, les animaux ne sont pas simplement les bases de Son trône en jugeant les Juifs — d’une manière providentielle par le moyen des Gentils — mais ils sont associées et identifiées avec le trône de Celui qui juge tout selon Sa nature. Le monde est soumis à Son jugement, et en tout premier lieu les Juifs et Gentils apostats, « tous ceux qui habitent sur la terre ». Les animaux sont dans le cercle du trône et en son milieu, non plus au-dessous de lui comme en Ézéchiel.
Nous comprenons donc aisément que les chérubins représentent le pouvoir exécutif judiciaire de Dieu, sans précision quant à qui il est confié et dans quelles circonstances il se manifeste. Il y a une différence entre ce qu’on a vu après la chute de l’homme et le moment où Dieu a établi le propitiatoire. Ainsi ce qu’Ézéchiel a vu sur la terre n’est pas la même chose que ce que Jean a vu lorsqu’il fut introduit en esprit par la porte ouverte dans le ciel. Nous voyons toujours le principe général, mais il est modifié avec exactitude, par la sagesse divine, selon le cas et le but que Dieu se propose, ce que nous ne pouvons saisir que sous la direction de l’Esprit par Sa Parole qui nous expose Sa gloire en Christ.
Le Dieu souverain qui dirige toute chose a été révélé dans l’apparence d’un homme et s’est trouvé ainsi en relation avec les hommes. Ses attributs mentionnés ici sont gouvernementaux et manifestés par des instruments sur la terre suivant une providence qui ne néglige rien. Il n’y a pas de plus belle réfutation de l’obscurité païenne ou de l’étroitesse juive que cette représentation symbolique des voies divines envers Israël telles qu’elles sont vues en Chaldée. Tout cela est la vérité positive qui manifeste la gloire de Dieu dans sa manière d’agir, aussi bien dans ce temps-là que dans celui où Il s’occupera de la bénédiction renouvelée d’Israël repentant, pour la joie de toute la terre. Israël sentira alors combien son incrédulité a été vaine en rejetant l’Éternel-Messie parce qu’Il est devenu un homme en accomplissement d’Ésaïe 7, et selon l’apparence qu’Il a ici : Invisible pour le monde, annoncé pourtant à Israël sourd et aveugle, Il fait savoir au croyant qu’Il dirige les sources de tous les mouvements ici-bas pour Sa gloire, dans le temps où Il a cessé de reconnaître ce qu’Il désignait autrefois comme le « trône de l’Éternel » en Sion. Bien loin de gouverner dans et par Israël, Son jugement est montré comme dirigé contre eux, par le moyen des Gentils, devenus Ses serviteurs quoiqu’inconsciemment.
La nouvelle position que Dieu prend vis-à-vis du peuple est mise en évidence par le titre que Dieu donne dans ce chapitre, et dans les suivants, au prophète tombé sur sa face. Du milieu de la ressemblance de la gloire de l’Éternel une voix prononce ces mots : « Fils d’homme, tiens-toi debout sur tes pieds, et je parlerai avec toi ». Daniel (8:17) a été appelé une fois de ce nom et Ézéchiel plus de cent fois. C’est le titre que Jésus a pris comme Messie rejeté qui devait souffrir, être exalté et retourner dans la gloire comme Fils de l’homme. Ses serviteurs ont ce même titre en tant qu’identifiés avec la gloire de Dieu, qui se déclare maintenant en dehors d’Israël, et jugeant même ce peuple par le moyen des Gentils.
Fortifié par l’Esprit, le prophète reçoit sa mission envers les enfants d’Israël, quoique, ou plutôt parce qu’ils avaient rejeté Dieu — « vers les nations rebelles, Goyim [ce qu’ils étaient en réalité, pas meilleurs que les païens moralement, et bien pires quant à la culpabilité] qui se sont rebellés contre moi ; eux et leurs pères m’ont désobéi jusqu’à ce jour même. Et ce sont des fils à la face impudente et au cœur obstiné ; je t’envoie vers eux, et tu leur diras : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel. Et eux, soit qu’ils écoutent, soit qu’ils n’en fassent rien (car ils sont une maison rebelle), ils sauront qu’il y a eu un prophète au milieu d’eux » (2:3-5).
C’est pourquoi il était commandé au prophète (2:6-7) de ne pas les craindre eux, ni leurs paroles, ni leurs regards, quelques révoltés qu’ils pussent être, mais au contraire de leur dire les paroles de l’Éternel, qu’ils les écoutent ou qu’ils n’en fassent rien, car ils étaient rebelles (ou très rebelles).
En outre Ézéchiel est exhorté à ne pas être rebelle comme eux, mais à ouvrir sa bouche et à manger ce que Dieu lui donnerait (2:8). La dessus une main fut étendue tendant un rouleau de livre, qu’il déroula devant le prophète, écrit devant et derrière et c’était des lamentations et des plaintes et des gémissements (2:9-10). Tel était le caractère de son premier témoignage. Nous verrons comment la grâce triomphe à la fin pour la gloire de Dieu.
Le sujet est continué au ch. 3. Ézéchiel mange le livre, et voici, il était doux comme du miel. Le prophète était envoyé à Israël avec la certitude qu’ils n’écouteraient pas, car ils étaient effrontés et endurcis de cœur, mais ils avaient en face d’eux un prophète dont le front était de diamant (3:1-9). Ayant reçu la parole de Dieu dans son cœur, il fallait qu’il aille vers eux en disant : « ainsi dit l’Éternel » (3:10-11). Puis l’Esprit l’emporte, accompagné du bruit de la gloire, et après avoir passé sept jours parmi ceux de la captivité à Thel-Abib, la parole de Dieu lui annonça que l’Éternel l’établissait sentinelle sur Israël, avec la charge solennelle et la responsabilité d’être fidèle à ses risques et périls. Il n’était plus question de la nation, mais de la fidélité individuelle (3:12-21). Le chapitre se termine par un dernier commandement, quand il voit de nouveau la gloire dans la plaine comme il l’avait vue auparavant près du fleuve Kébar. Il reçoit l’ordre d’être prisonnier dans sa maison, avec sa langue collée à son palais, car ils étaient un peuple rebelle. Mais Dieu ouvrirait encore sa bouche en les appelant encore solennellement à écouter, mais ils étaient rebelles.
À la suite de l’appel à la fin du chapitre précédent (3:22-27), le prophète doit maintenant mettre le siège devant Jérusalem, figure de celui des Chaldéens : « Et toi, fils d’homme, prends une tuile et mets-la devant toi, et fais dessus le portrait de la ville, Jérusalem. Et mets le siège contre elle, et bâtis contre elle des tours, et élève contre elle une terrasse, et pose des camps contre elle, et place contre elle des béliers tout autour. Et en plus, prends-toi une plaque de fer, et mets-la comme un mur de fer entre toi et la ville ; et dresse ta face contre elle, et elle sera assiégée, et tu l’assiégeras : ce sera un signe pour la maison d’Israël » (4:1-3).
Un commandement encore plus remarquable est donné ensuite : « Et toi, couche-toi sur ton côté gauche, et mets sur lui l’iniquité de la maison d’Israël : le nombre des jours que tu coucheras sur ce côté, tu porteras leur iniquité. Car j’ai mis sur toi les années de leur iniquité selon le nombre des jours, trois cent quatre-vingt-dix jours, et tu porteras l’iniquité de la maison d’Israël. Et quand tu auras accompli ceux-là, tu te coucheras une seconde fois sur ton côté droit, et tu porteras l’iniquité de la maison de Juda, quarante jours ; je t’ai assigné un jour pour chaque année. Et tu dresseras ta face vers le siège de Jérusalem ; et ton bras sera découvert, et tu prophétiseras contre elle. Et voici, j’ai mis sur toi des cordes, et tu ne te tourneras point de l’un de tes côtés sur l’autre, jusqu’à ce que tu aies accompli les jours de ton siège » (4:8-12).
Il est bien connu que cela a donné lieu à beaucoup de débats et de différences de jugement. D’abord la lecture de la plupart des manuscrits des Septante a induit en erreur les premiers pères qui lisaient la version grecque la plus commune, comme on le voit par exemple avec Theodoret. La même erreur apparaît dans la Vulgate, bien que Jérôme savait bien qu’il n’y avait pas de doute sur le texte hébreu ; Aquila, Symmachus et Theodotion l’ont suivi. Jérôme fait le calcul à partir de la ruine de la maison d’Israël révoltée lors du règne de Pekakh, quand le roi d’Assyrie a transporté les dix tribus à l’orient (2 Rois 15:29). Mais je ne doute pas qu’il est plus juste de calculer les 390 ans d’Israël (4:5) à partir de Jéroboam, auquel Akhija le prophète annonça que Dieu lui faisait don des dix tribus arrachées de la main de Salomon, et que les quarante ans de Juda (4:6) se rapportent au règne de Salomon lui-même, qui détermina en réalité la ruine de cette portion la plus favorisée du peuple, même si les résultats de l’idolâtrie ne se voyaient pas beaucoup devant l’immensité de la richesse et la sagesse du roi. « Ils m’ont abandonné » fut le message de Dieu au prophète en ce jour-là (1 Rois 11:33) « et ont adoré Ashtoreth, la divinité des Sidoniens, Kemosh, le dieu de Moab, et Milcom, le dieu des fils d’Ammon, et n’ont pas marché dans mes voies pour pratiquer ce qui est droit à mes yeux, et mes statuts et mes ordonnances, comme David, son père ». C’est pour cela que la semence de David devait être affligée, et elle l’a été, mais pas pour toujours. Si des jours plus brillant les attendent, il leur faut traverser d’abord une longue nuit de ténèbres, dont l’heure la plus pénible sera celle qui précèdera immédiatement l’aurore, car ils ont ajouté à leur idolâtrie la méchanceté encore plus grande de rejeter leur Messie et de s’opposer à l’Évangile prêché aux nations, de sorte que la colère est venue sur eux à son comble (1 Thes. 2:16). Il ne semble pas y avoir de difficulté à ce que j’avance dans le fait que la maison d’Israël, comme désignant les dix tribus, a été emmenée en captivité bien avant la fin de la période [de 390 ans], car c’est dans la manière d’Ézéchiel d’embrasser toute la nation sous ce titre, quoiqu’ailleurs, comme ici, il fasse la distinction entre les deux parties. Juda n’employa pas pour la gloire de Dieu le règne long, paisible et prospère de celui [Salomon] qui au milieu de bénédictions sans exemple, tourna son cœur vers d’autres dieux, et la sentence de Lo-Ammi ne fut exécutée sur eux que lorsque la portion du peuple élu restée attachée à la maison de David, et le dernier roi de cette famille, eurent justifié par leur trahison envers l’Éternel les tribus retombées loin de Dieu et balayées depuis longtemps de leur pays.
Combien est solennel le témoignage que Dieu rend au sujet de l’homme envisagé dans la responsabilité qu’il a de marcher selon la lumière qui lui a été donnée ! Non seulement il s’éloigne de plus en plus de Dieu, mais il tombe dès le début ; tous les appels qui lui sont adressés ne servent qu’à prouver son éloignement de cœur et de volonté. Ainsi aucune chair ne peut se glorifier en Sa présence. Puissions-nous nous glorifier dans le Seigneur ! Ce n’est pas le premier homme, mais le second qui a glorifié Dieu ; c’est justement pourquoi Dieu a glorifié le Fils de l’homme en Lui-même et cela immédiatement après la croix (Jean 13:31).
Voici maintenant une autre question. Le prophète doit manifester dans sa personne la dégradation aussi bien que l’imminence du jugement à cause de l’iniquité du peuple. C’est pourquoi un autre signe suit. « Et toi, prends du froment, et de l’orge, et des fèves, et des lentilles, et du millet, et de l’épeautre ; et tu les mettras dans un même vase, et tu t’en feras du pain selon le nombre des jours que tu te coucheras sur ton côté : tu en mangeras trois cent quatre-vingt-dix jours. Et ton manger que tu mangeras sera au poids, vingt sicles par jour ; tu le mangeras de temps en temps. Et l’eau tu la boiras à la mesure, un sixième de hin ; tu la boiras de temps en temps. Et tu mangeras cela préparé comme un gâteau d’orge, et tu le cuiras sous leurs yeux avec des excréments sortis de l’homme. Et l’Éternel dit : Les fils d’Israël mangeront ainsi leur pain impur parmi les nations où je les chasserai. Et je dis : Ah, Seigneur Éternel ! voici, mon âme ne s’est pas rendue impure, et, depuis ma jeunesse jusqu’à maintenant, je n’ai mangé de rien de ce qui est mort de soi-même, ou qui a été déchiré, et aucune chair impure n’est entrée dans ma bouche. Et il me dit : Regarde, je t’ai donné la fiente du bétail au lieu des excréments de l’homme, et tu cuiras ton pain sur elle. Et il me dit : Fils d’homme, voici, je brise le bâton du pain dans Jérusalem ; et ils mangeront le pain au poids et avec inquiétude, et ils boiront l’eau à la mesure et avec stupeur, parce que le pain et l’eau manqueront ; et ils seront dans la stupeur, les uns et les autres, et ils se consumeront dans leur iniquité » (4:9-17). Ézéchiel doit faire, dans sa mesure, l’expérience de la condition d’Israël sous le juste jugement de Dieu, non qu’il soit alors personnellement hors de la faveur divine, mais au contraire parce qu’il était assez près de Dieu pour pouvoir entrer dans la réalité de leur misère — quoique le Fils de l’homme fût le seul qui pût descendre en grâce dans ses profondeurs, la prendre sur lui d’une manière parfaite et souffrir complètement, bien au-delà de ce qui a pu être ou sera jamais leur part. Jésus dans Son zèle pour Dieu et Son amour pour Son peuple, pouvait seul porter le fardeau, que ce fût en gouvernement ou en expiation. Mais la gloire de Sa personne Le rendait propre à porter ce fardeau dans ces deux cas, sans rien laisser de côté de ce qui était dû à Dieu, et avec les immenses résultats de bénédiction, tant pour nous maintenant que pour les Juifs pieux des derniers jours. Jamais Il ne chercha, comme Ézéchiel ici, à se mettre à l’abri de goûter les conséquences de l’état de ruine d’Israël ; jamais il n’a demandé que rien lui fût épargné, excepté s’il était possible, cette coupe de malédiction indicible, que Lui seul devait boire, et qu’Il but jusqu’à la lie, afin que la grâce pût régner par la justice pour la vie éternelle par Jésus Christ notre Seigneur (Rom. 5:21).
Ce chapitre nous donne de nouveaux détails sur le jugement de destruction qui ne devait rien épargner, car le ch. 4 n’allait pas au-delà du siège de Jérusalem par les Chaldéens avec tout son cortège de misères, sources de tant de détresses.
« Et toi, fils d’homme, prends un couteau tranchant (tu prendras un rasoir de barbier), et tu le feras passer sur ta tête et sur ta barbe ; et tu prendras une balance à peser, et tu partageras les cheveux. Tu en brûleras un tiers dans le feu, au milieu de la ville, lorsque les jours du siège seront accomplis ; et tu en prendras un tiers, et tu les frapperas avec le couteau tout autour ; et un tiers, tu le disperseras au vent, et je tirerai l’épée après eux. Et tu en prendras un petit nombre, et tu les serreras dans les pans de ta robe ; et de ceux-ci, tu en prendras encore, et tu les jetteras au milieu du feu, et tu les brûleras au feu : il en sortira un feu contre toute la maison d’Israël » (5:1-4). L’application est certaine et immédiate, selon les versets qui suivent : « Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : C’est ici Jérusalem ! Je l’ai posée au milieu des nations et des pays autour d’elle ; et, dans sa méchanceté, elle a été rebelle à mes jugements plus que les nations, et à mes statuts, plus que les pays qui sont autour d’elle ; car ils ont rejeté mes jugements et n’ont point marché dans mes statuts » (5:5, 6).
La forme sous laquelle le Dieu d’Israël annonçait aux Juifs le sort épouvantable qui allait être le leur, et la destruction qui allait fondre sur eux est particulièrement impressionnante parce que, dans la manière dont le prophète recevait l’ordre tant de cuire son pain que de raser ses cheveux, Il se démarquait entièrement des cérémonies à un point qui ne pouvait se justifier que par l’autorité de Dieu Lui-même ou par les exigences morales de Son peuple. Cette rupture était possible, mais un sacrificateur comme Ézéchiel devait assurément le sentir profondément. Il y a quelque chose d’analogue dans la vision de Pierre (Actes 10), où Dieu passe outre les préjugés profondément enracinés des Juifs (bien que ce fût en extase), car Dieu voulait sauver des Gentils et les introduire dans la communion avec ceux d’Israël qui croyaient.
Dans notre prophétie il ne s’agit pas de la grâce sortant pour rencontrer, accueillir et bénir les païens en leur annonçant le seul Sauveur, mais il s’agit du jugement tombant sur Jérusalem irrémédiablement et sans rémission, — chose étrange pour Israël, difficile à entendre et à croire. Les épreuves jusque là n’avaient été que des châtiments temporaires, le fleuve de la pitié continuait à couler comme d’habitude, et la masse des Israëlites se plaisait à espérer qu’il devait en être toujours ainsi, et que Dieu était pour ainsi dire lié à eux. Ils savaient cependant fort bien que le peuple L’avait souvent et habituellement déshonoré. Le prophète humilié devait leur faire voir et entendre ce qui allait se réaliser prochainement et d’une façon terrible, selon le message reçu de l’Éternel. C’était la position élevée et centrale d’Israël, surtout Jérusalem, parmi les peuples et les pays d’alentour, qui rendait leur rébellion et leur idolâtrie si graves, impossibles à ignorer ou à supporter plus longtemps.
« C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Parce que votre turbulence a été plus grande que celle des nations qui sont autour de vous, parce que vous n’avez point marché dans mes statuts et n’avez point pratiqué mes ordonnances, et que vous n’avez pas même agi selon les droits établis des nations qui sont autour de vous, — à cause de cela, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’en veux à toi, moi aussi, et j’exécuterai au milieu de toi des jugements aux yeux des nations ; et je ferai en toi ce que je n’ai pas fait et ne ferai plus semblablement, à cause de toutes tes abominations. C’est pourquoi les pères mangeront les fils au milieu de toi, et les fils mangeront les pères ; et j’exécuterai des jugements sur toi, et je disperserai à tout vent tout ton résidu. C’est pourquoi, je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel ! parce que tu as rendu impur mon sanctuaire par toutes tes choses exécrables et par toutes tes abominations, moi aussi je te diminuerai, et mon œil n’épargnera pas, et moi je n’aurai plus compassion. Un tiers d’entre vous mourra par la peste et sera consumé par la famine au milieu de toi ; et un tiers tombera par l’épée autour de toi ; et j’en disperserai un tiers à tout vent, et je tirerai l’épée après eux » (5:7-12).
Nous voyons clairement là le dessein divin. Un tiers devait périr par la peste et la famine dans la cité assiégée ; un tiers devait tomber par l’épée autour de Jérusalem ; et le dernier tiers devait être dispersé à tout vent et être encore poursuivi par l’épée. Nous voyons ici comment les habitants de Jérusalem représentent dans ces circonstances «toute la maison d’Israël », sans qu’on tienne compte des dix tribus déjà déportées à l’orient. La souillure du sanctuaire de l’Éternel par les abominations païennes introduites par les rois, les sacrificateurs et le peuple avaient rendu Jérusalem intolérable.
« Et ma colère s’accomplira, et je satisferai ma fureur sur eux, et je me consolerai ; et ils sauront que moi, l’Éternel, j’ai parlé dans ma jalousie, quand j’aurai accompli ma fureur sur eux. Et je ferai de toi un désert et un opprobre parmi les nations qui sont autour de toi, aux yeux de tout passant » (5:13-14). Leur jugement aurait lieu aux yeux des nations qui avaient vu leur infidélité envers le vrai Dieu, leur Dieu.
« Et ce sera une opprobre et un sarcasme, une instruction et un étonnement pour les nations qui sont autour de toi, quand j’exécuterai sur toi des jugements, avec colère, et avec fureur, et par des châtiments de fureur. Moi, l’Éternel, j’ai parlé » (5:15). Les païens eux-mêmes seraient étonnés, car ils n’avaient aucune notion d’un dieu qui traitait pareillement le peuple qui faisait profession de l’adorer.
« Quand j’enverrai parmi eux les flèches funestes de la famine qui seront pour la destruction, lesquelles j’enverrai pour vous détruire, j’augmenterai sur vous la famine, et je briserai pour vous le bâton du pain ; et j’enverrai sur vous la famine et les bêtes mauvaises qui te priveront d’enfants, et la peste et le sang passeront sur toi, et je ferai venir l’épée sur toi. Moi, l’Éternel, j’ai parlé » (5:16-17).
Ce chapitre 6 montre que Dieu tient compte de toutes les scènes du mal idolâtre au travers du pays tout entier, quoique Jérusalem, comme nous l’avons vu, ait eu en cela une fâcheuse prééminence. C’est pourquoi Ézéchiel reçoit l’ordre de tourner sa face « contre les montagnes d’Israël ».
« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, tourne ta face contre les montagnes d’Israël, et prophétise contre elles, et dis : Montagnes d’Israël, écoutez la parole du Seigneur, l’Éternel : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel, aux montagnes et aux collines, aux ravins et aux vallées : Voici, moi je fais venir sur vous l’épée, et je détruirai vos hauts lieux. Et vos autels seront dévastés, et vos colonnes consacrées au soleil seront brisées ; et je ferai tomber vos blessés à mort devant vos idoles ; et je mettrai les cadavres des fils d’Israël devant leurs idoles, et je disperserai vos ossements autour de vos autels. Dans toutes vos demeures les villes seront réduites en solitudes et les hauts lieux seront désolés, afin que vos autels soient délaissés et désolés, et que vos idoles soient brisées et ne soient plus, et que vos colonnes consacrées au soleil soient abattues, et vos ouvrages anéantis. Et les blessés à mort tomberont au milieu de vous ; et vous saurez que je suis l’Éternel » (6:1-7). Ainsi l’Éternel allait faire venir l’épée pour détruire Israël dans tout le pays, car ils L’avaient abandonné pour des idoles qui, non seulement ne pouvaient pas les protéger contre la destruction, mais au contraire les y exposaient. Les adorateurs, les autels et les images devaient tous périr, les idolâtres devant leurs idoles, leurs ossements dispersés autour de leurs autels : le désastre est complet à ce degré-là, et la raison en est évidente.
Pourtant l’Éternel se souvient de la grâce au milieu du jugement. « Mais je laisserai un reste, en ce que vous aurez des réchappés de l’épée parmi les nations, quand, vous serez dispersés dans les pays. Et vos réchappés se souviendront de moi parmi les nations où ils auront été emmenés captifs, quand j’aurai brisé leur cœur prostitué qui s’est détourné de moi, et leurs yeux qui se prostituent après leurs idoles ; et ils auront horreur d’eux-mêmes à cause des iniquités qu’ils ont commises par toutes leurs abominations ; et ils sauront que moi, l’Éternel, je n’ai pas dit en vain que je leur ferais ce mal » (6:8-10).
Au v. 9 la version anglaise autorisée du roi Jacques dit « parce que Je suis brisé par leur cœur prostitué, qui s’est détourné de Moi, et par leurs yeux qui se prostituent… ». Or le verbe n’a pas un sens passif, mais le sens réflectif de « brisant pour moi-même ». Ce qui a probablement conduit aux expressions de la version autorisée, c’est la difficulté de cette phrase en rapport avec les « yeux ». La version juive de Mr Leeser a cherché une atténuation en disant « et même par leurs yeux ». Mais cela ne tient guère. Le vrai sens est que les cœurs et les yeux seront tous ensemble brisés dans la repentance devant Dieu.
Ézéchiel est ensuite de nouveau appelé à marquer d’une manière caractéristique le sûr jugement de Dieu sur les abominations d’Israël. Le pays même doit devenir plus dévasté et plus désolé que le désert dans toutes leurs habitations. « Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Bats de tes mains, et frappe de ton pied, et dis : Hélas, pour toutes les abominations des iniquités de la maison d’Israël ! car ils tomberont par l’épée, par la famine et par la peste. Celui qui est loin mourra par la peste, et celui qui est près tombera par l’épée ; et celui qui est demeuré de reste, et qui est assiégé, mourra par la famine ; et je consommerai ma fureur sur eux. Et vous saurez que je suis l’Éternel, quand leurs blessés à mort seront au milieu de leurs idoles, autour de leurs autels, sur toute haute colline, sur tous les sommets des montagnes, et sous tout arbre vert, et sous tout térébinthe touffu, dans les lieux où ils offraient à toutes leurs idoles des parfums agréables. Et j’étendrai ma main sur eux, et je ferai du pays une désolation et il sera plus désolé que le désert de Dibla, dans toutes leurs demeures ; et ils sauront que je suis l’Éternel (6:11-14).
Le chapitre 7 clôt ces accents préliminaires de malheur, ou groupes d’accents. Il est marqué par sa portée ; mais au lieu d’être vague, il est caractérisé par la rapidité d’un style raccourci, étrange, abrupt, dans lequel l’Esprit proclame, par des répétitions fréquentes et emphatiques, la fin pour le pays d’Israël, une fin imminente. « Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Et toi, fils d’homme ! Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel, à la terre d’Israël : Une fin !... la fin est venue sur les quatre coins du pays. Maintenant la fin est venue sur toi, et j’enverrai sur toi ma colère, et je te jugerai selon tes voies, et je récompenserai sur toi toutes tes abominations. Et mon œil ne t’épargnera pas, et je n’aurai point compassion ; mais je récompenserai tes voies sur toi, et tes abominations seront au milieu de toi ; et vous saurez que je suis l’Éternel. Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Un mal, un mal unique ! Voici, il est venu ! La fin est venue, la fin est venue ! Elle veille sur toi ; voici, elle vient ! Le deuil est venu sur toi, ô habitant du pays ; le temps est venu, le jour de trouble est proche, et non le cri joyeux des montagnes. Maintenant, bientôt, je verserai sur toi ma fureur, et j’accomplirai ma colère contre toi, et je te jugerai selon tes voies, et je récompenserai sur toi toutes tes abominations. Et mon œil ne t’épargnera pas, et je n’aurai point compassion ; mais je récompenserai tes voies sur toi, et tes abominations seront au milieu de toi ; et vous saurez que je suis l’Éternel » (7:1-9).
Nous voyons ensuite que non seulement « les quatre coins du pays » tombent sous les jugements spécifiques et décisifs de Dieu, mais que les résultats en sont complets et écrasants. Aucun rétablissement n’est possible pour autant que l’homme puisse le voir ou le dire. « Voici le jour, voici, il est arrivé ! Le matin a passé, la verge a fleuri, la fierté s’est épanouie. La violence s’élève pour être une verge de méchanceté. Il ne reste rien d’eux, ni de leur multitude, ni aucun de leurs biens : il n’y aura pas de lamentations pour eux » (7:10-11).
Les sentiments habituels des hommes disparaissent (7:12).
La colère est sur toute la multitude ; les espérances particulières de l’Israëlite sont anéanties, car le jubilé lui-même est supprimé, et avec lui toute perspective de rétablissement (7:13).
Comment des idoles pourraient-elles l’aider ? Le son de la trompette qui visite l’homme, et qui, pour un Juif, devait être l’assurance que Dieu entendait et apparaissait pour agir en leur faveur comme d’habitude, était absolument sans effet, car la colère de Dieu est sur toute la multitude (7:14).
Ils sont ainsi comme enfermés dans les cercles concentriques d’une ruine qui dévore (7:15-18).
Le prophète de Dieu annonce — c’est terrible, rien que d’y penser — un coup après l’autre, de la part de Dieu contre Son peuple affaibli par le sentiment de sa culpabilité. Au jour de leur calamité, ils sont obligés de s’apercevoir que leurs dieux ne sont que vanité, rien que « de l’argent et de l’or », et « ils jetteront leur argent dans les rues, et leur or sera rejeté comme une impureté ». Et il est impressionnant de voir le prophète ajouter : « leur argent ni leur or ne pourra les délivrer au jour de la fureur de l’Éternel ; ils ne rassasieront pas leurs âmes et ne rempliront pas leurs entrailles, car c’est ce qui a été la pierre d’achoppement de leur iniquité » (7:19).
Mais Dieu n’avait-il pas choisi un endroit pour sa demeure et le lieu de son repos ? Hélas ! c’est là que s’était manifestée la pire des iniquités contre Lui. Leur gloire était leur honte. « De la beauté de son ornement, il a fait sa gloire ; mais ils y ont fait des images de leurs abominations et de leurs choses exécrables. C’est pourquoi j’en ai fait pour eux une impureté abjecte, et je l’ai livrée en pillage aux mains des étrangers, et pour butin aux méchants de la terre, et ils la profaneront. Et je détournerai d’eux ma face, et ils profaneront mon lieu secret ; et les violents y entreront et le profaneront » (7:20-22).
Enfin le prophète reçoit l’ordre de fabriquer les chaînes symboliques de l’esclavage pour ceux qui ne seraient pas retranchés ; les iniques des nations prendraient possession de leurs maisons ; la destruction venait, c’est en vain qu’on rechercherait la paix, et à sa place il y aurait calamité sur calamité, et rumeur sur rumeur, le prophète n’aurait pas de vision, mais « la loi est périe de chez le sacrificateur et le conseil de chez les anciens ». Le roi menant deuil, les princes vêtus de stupeur, les mains du peuple rendues tremblantes, tel est le tableau (7:23-27) de ce trouble effroyable ; toutes ces choses se sont accomplies à la lettre, comme nous le savons. « Je leur ferai selon leur voie, et je les jugerai par leurs propres jugements ; et ils sauront que je suis l’Éternel ». Telle est la conclusion de cet avertissement préliminaire si solennel.
Les chapitres 8 à 11 sont réellement les quatre parties d’une même vision.
Le ch. 8 expose l’idolâtrie excessive de Juda à Jérusalem, en commençant par la maison de Dieu.
Au ch. 9 la destruction est ordonnée de Dieu sur tous ceux qui sont laissés dans la ville, à l’exception d’un résidu qui reçoit une marque, et qui est composé de ceux qui soupirent et gémissent à cause de toutes les abominations qui s’y commettent. Cette destruction commence expressément par le sanctuaire de l’Éternel.
Au ch. 10, on a le rôle des chérubins et autres agents du jugement divin, avant que la gloire de l’Éternel ne prenne lentement ses dispositions de départ.
Au ch. 11, on a l’annonce des malheurs sur les princes et le peuple laissé de reste, tout en assurant les justes qu’ils auraient un sanctuaire en l’Éternel lui-même, alors qu’il n’y en avait aucun autre dans les pays païens de leur dispersion, et qu’à la fin la miséricorde de Dieu les rassemblerait dans leur pays tandis que tout le reste périrait. Cependant la gloire se retirait de la ville sur la montagne des oliviers.
Les chapitres 12 à 19 relatent diverses circonstances se rapportant à ce qui précède et l’exposé des voies de Dieu à cet égard.
« Et il arriva, en la sixième année, au sixième mois, le cinquième jour du mois, qu’étant assis dans ma maison, et les anciens de Juda étant assis devant moi, la main du Seigneur l’Éternel tomba là sur moi. Et je vis, et voici une ressemblance comme l’aspect d’un feu : depuis l’aspect de ses reins vers le bas, c’était du feu ; et depuis ses reins vers le haut, c’était comme l’aspect d’une splendeur, comme la couleur de l’ambre. Et il étendit la forme d’une main, et me prit par les boucles de ma tête ; et l’Esprit m’éleva entre la terre et les cieux, et m’emmena à Jérusalem, dans les visions de Dieu, à l’entrée de la porte intérieure qui regarde vers le nord, où était le siège de l’image de jalousie, qui provoque à la jalousie » (8:1-3).
La sixième année mentionnée au verset 1 est l’année qui suit celle de la première vision : comparer 1:2. Le décompte part de la captivité de Jéhoïakin. Le prophète a de nouveau affaire avec Dieu, tandis que les anciens de Juda sont assis devant lui. C’est en Esprit, non pas corporellement, qu’il est emmené à Jérusalem, « dans les visions de Dieu» ; il voit là, à l’entrée de la porte intérieure regardant vers le nord, c’est-à-dire vers la Chaldée, le siège de l’idole de jalousie, qui provoque à la jalousie.
« Et voici, là était la gloire du Dieu d’Israël, selon la vision que j’avais vue dans la vallée. Et il me dit : Fils d’homme, lève tes yeux vers le nord. Et je levai mes yeux vers le nord ; et voici, au nord de la porte de l’autel, cette image de jalousie, à l’entrée. Et il me dit : Fils d’homme, vois-tu ce qu’ils font, les grandes abominations que la maison d’Israël commet ici, pour m’éloigner de mon sanctuaire ? » (8:4-6). Le nom de l’idole ne nous est pas indiqué ; était-ce Baal ou Ashtoreth ? (voir 2 Rois 21, 2 Chr. 33). En tout cas elle était un défi au Dieu d’Israël, et sollicitait l’hommage de tous ceux qui entraient dans le temple. On voit par là combien Juda était enclin à offenser l’Éternel et à le forcer moralement d’accomplir Sa menace d’abandonner Sa maison. Cela donne toute son importance à la vision de Sa gloire dans ce contexte : L’Éternel n’était pas encore parti définitivement, et Il se plait à justifier Sa manière d’agir si solennelle envers Son peuple.
« Mais tourne-toi de nouveau, et tu verras de plus grandes abominations. Et il me mena à l’entrée du parvis ; et je regardai, et voici, un trou dans le mur. Et il me dit : Fils d’homme, perce le mur. Et je perçai le mur, et voici, une porte. Et il me dit : Entre, et regarde les mauvaises abominations qu’ils commettent ici. Et j’entrai, et je regardai ; et voici toute sorte de figures de reptiles, et de bêtes exécrables, et toutes les idoles de la maison d’Israël tracées sur le mur, tout autour » (8:7-10). C’est une scène plus intime d’idolâtrie grossière, une reproduction de l’avilissement de l’Égypte, et devant elles se tenaient, non pas la lie du peuple, mais ses chefs, soixante dix hommes des anciens d’Israël.
« Et soixante-dix hommes d’entre les anciens de la maison d’Israël se tenaient là, et au milieu d’eux se tenait Jaazania, fils de Shaphan : chacun avait son encensoir dans sa main, et il montait une épaisse nuée d’encens » (8:11). Dieu avait choisi autrefois soixante-dix juges, et une de leurs fonctions la plus importante était de réprimer le culte des idoles. Ici nous trouvons le même nombre, surpris sur le fait même de rendre culte comme prêtres à des images de serpents et de bêtes (ou bétail) abominables et de dieux exécrables. Shaphan était le scribe qui avait lu le livre de la loi devant le pieux Josias : quel sinistre changement en Juda, où c’était maintenant son fils Jaazania qui se tenait au milieu des soixante-dix idolâtres !
Et ce n’était pas tout. « Et il me dit : As-tu vu, fils d’homme, ce que les anciens de la maison d’Israël font dans les ténèbres, chacun dans les chambres d’images ? Car ils disent : L’Éternel ne nous voit pas, l’Éternel a abandonné le pays (8:12). Non seulement ils avaient cessé de maintenir la vérité, et de le faire dans l’injustice, aussi mauvais que cela soit ; mais pire que cela, ils avaient sombré dans les plus basses profondeurs de nier les attributs fondamentaux de Dieu : c’était l’apostasie, disant : « L’Éternel ne nous voit pas, l’Éternel a abandonné le pays ».
« Et il me dit : Tourne-toi encore de nouveau, et tu verras de plus grandes abominations qu’ils commettent. Alors il me mena à l’entrée de la porte de la maison de l’Éternel, qui est vers le nord ; et voici des femmes assises là, pleurant Thammuz » (8:13-14). Ce n’était plus l’idolâtrie syrienne ou égyptienne, mais celle de Phénicie, du caractère le plus grossièrement dépravé. C’est apparemment celle que les Grecs adoptèrent sous la forme de la fable d’Adonis et d’Aphrodite.
Mais il y avait derrière quelque chose de pire encore, tant à cause de l’endroit où la scène se passait que des personnes occupées à adorer le soleil, le grand objet d’idolâtrie des Sabéens et plus tard des Perses. « Et il me dit : As-tu vu, fils d’homme ? Tu verras des abominations plus grandes que celles-là. Puis il me fit entrer au parvis intérieur de la maison de l’Éternel ; et voici, à l’entrée du temple de l’Éternel, entre le portique et l’autel, environ vingt-cinq hommes, le dos tourné vers le temple de l’Éternel, et leurs faces vers l’orient ; et ils se prosternaient vers l’orient devant le soleil » (8:15-16). Le prophète note particulièrement leur nombre qui correspond aux classes de la sacrificature avec le souverain sacrificateur. Ils tournent le dos au temple de l’Éternel et leur face sont vers l’Orient.
Il n’y a pas de raison suffisante à mon avis pour délaisser la traduction ordinaire du v. 17 et changer le mot hébreu de « branche » ou « rameau », en chant » ou « cantique ». Il n’est pas non plus nécessaire de tenir compte de la notion Rabbinique que le texte doit être rangé parmi les Tikkun Sopherim, dont le texte original voudrait dire « à mon nez » au lieu de « à leur nez ». C’est ce que les Septante paraissent avoir lu, du fait qu’ils traduisent autoi wV mukthrizonteV, « ils sont comme des moqueurs ». Mais les manuscrits hébreux supportent le texte ordinaire qui donne un sens excellent et cohérent.
« Et il me dit : As-tu vu, fils d’homme ? Est-ce une chose légère à la maison de Juda de commettre les abominations qu’ils commettent ici, pour qu’ils remplissent encore le pays de violence, et qu’ils reviennent me provoquer à colère ? Et voici, ils mettent le rameau à leur nez. C’est pourquoi j’agirai avec fureur : mon œil n’épargnera pas, et je n’aurai point compassion ; et quand ils crieront à mes oreilles à haute voix, je ne les écouterai point » (8:17-18). Un châtiment tout à fait extrême doit tomber sur les Juifs, sans miséricorde : l’Éternel lui-même y veillerait.
Ce chapitre nous montre les préparatifs divins et le plan d’exécution du jugement sur tout le peuple à Jérusalem, à l’exception du résidu préservé. « Et il cria à mes oreilles à haute voix, disant : Approchez, vous qui avez la charge de la ville, et chacun avec son instrument de destruction dans sa main. Et voici six hommes qui venaient du chemin de la porte supérieure qui est tournée vers le nord, et chacun avec son instrument de mort dans sa main ; et il y avait au milieu d’eux un homme vêtu de lin, avec un encrier d’écrivain à ses reins ; et ils entrèrent, et se tinrent à côté de l’autel d’airain. Et la gloire du Dieu d’Israël s’éleva de dessus le chérubin sur lequel elle était, et vint sur le seuil de la maison ; et il cria à l’homme vêtu de lin, qui avait l’encrier d’écrivain à ses reins » (9:1-3). Le jugement vient à nouveau du nord ; les anges qui l’exécutent se tiennent à côté de l’autel d’airain, expression des exigences divines et du jugement divin sur la terre. La gloire quitte son siège habituel. Jérusalem est livrée à la vengeance de l’Éternel.
« Et l’Éternel lui dit : Passe au milieu de la ville, au milieu de Jérusalem, et fais une marque sur les fronts des hommes qui soupirent et gémissent à cause de toutes les abominations qui se commettent au-dedans d’elle. Et à ceux-là il dit, à mes oreilles : passez par la ville après lui, et frappez ; que votre œil n’épargne pas, et n’ayez point compassion. Tuez, détruisez vieillards, jeunes hommes, et vierges, et petits enfants, et femmes ; mais n’approchez d’aucun de ceux qui ont sur eux la marque, et commencez par mon sanctuaire. Et ils commencèrent par les anciens qui étaient devant la maison » (9:4-6). L’affliction est le fruit de la communion avec Dieu dans les mauvais jours. Ceux qui ressentent cette sainte tristesse sont expressément mis à l’abri des destructeurs, d’une manière tout à fait définitive. Tous les autres doivent périr, vieillards et jeunes gens, vierges, enfants et femmes : mais pas un seul de ceux qui ont la marque. Et c’est par le sanctuaire que la destruction commence : Nous trouvons la même pensée en 1 Pierre 4:17. Ce sont les plus proches du Seigneur qui portent la plus grande responsabilité.
Mais il ne suffisait pas de commencer par les anciens qui étaient devant la maison ; la parole adressée aux vengeurs dit : « Rendez impure la maison, et remplissez les parvis de tués ; sortez ! Et ils sortirent et frappèrent dans la ville. Et il arriva que, comme ils frappaient et que moi je demeurais de reste, je tombai sur ma face, et je criai et dis : Ah, Seigneur Éternel ! veux-tu détruire tout le reste d’Israël en versant ta fureur sur Jérusalem ? » (9:7-8). Plus aucune place n’était laissée à l’intercession pour prévaloir. « Et il me dit : L’iniquité de la maison d’Israël et de Juda est excessivement grande, et le pays est rempli de sang, et la ville est remplie d’injustices ; car ils ont dit : L’Éternel a abandonné le pays, et l’Éternel ne voit pas. Et moi aussi, — mon œil n’épargnera pas, et je n’aurai point compassion ; je ferai retomber leur voie sur leur tête » (9:9-10).
La scène terrible est rendue d’autant plus impressionnante par le rapport que la tâche est achevée. « Et voici, l’homme vêtu de lin, qui avait l’encrier à ses reins, rapporta, disant ; J’ai fait comme tu m’as commandé » (9:11).
La vision qui suit complète le tableau de jugement commencé aux chapitres 8 et 9. Elle rappelle ce que le prophète avait déjà vu lorsqu’il était au milieu des captifs sur les bords de Kébar. Il s’y trouve certaines modifications qui s’expliquent par le fait que le prophète avait été transporté par l’Esprit dans les visions de Dieu à Jérusalem, alors qu’il était assis avec les anciens de Juda devant lui. La ville était maintenant dans le jour de sa visitation à cause de son impureté de chair et d’esprit, et Dieu commençait par le sanctuaire, tout en prenant connaissance de l’état de la cité toute entière, hormis ceux qui soupiraient et gémissaient à cause de toutes les abominations qui se commettaient au milieu d’elle. C’était un spectacle solennel pour le prophète captif, de contempler la gloire de Dieu dans un pays païen, mais c’était tout aussi significatif de la voir dressée en vengeance contre la cité sur laquelle Ses yeux et Son cœur reposent perpétuellement (2 Chr. 7:16).
« Et je regardai, et voici, dans le firmament au-dessus de la tête des chérubins, parut comme une pierre de saphir, comme l’aspect de la ressemblance d’un trône, au-dessus d’eux. Et il parla à l’homme vêtu de lin, et dit : Viens entre les roues, au-dessous du chérubin, et remplis le creux de tes mains de charbons de feu pris d’entre les chérubins, et répands-les sur la ville. Et il entra, devant mes yeux. Et les chérubins se tenaient à droite de la maison lorsque l’homme entra, et la nuée remplissait le parvis intérieur » (10:1-3). C’est de Celui qui n’est même pas nommé, mais qui remplit le trône au-dessus, que vient l’ordre ordonnant un jugement de destruction sur la ville. Celui qui avait reçu la mission de marquer les justes pour être épargnés, reçoit maintenant le commandement de remplir ses mains de charbons de feu pris d’entre les chérubins et de les répandre sur Jérusalem. La nuée de la présence de l’Éternel était là, mais elle n’apportait ni abri, ni direction au peuple qui avait abandonné tout souci de Sa volonté et avait préféré un veau ou un dieu exécrable au Dieu d’Israël. Quel changement depuis le jour où l’Éternel allait devant eux et remplissait le sanctuaire !
« Et la gloire de l’Éternel s’éleva de dessus le chérubin, et vint sur le seuil de la maison ; et la maison fut remplie de la nuée, et le parvis fut rempli de la splendeur de la gloire de l’Éternel. Et le bruit des ailes des chérubins s’entendit jusqu’au parvis extérieur, comme la voix du Dieu Tout-puissant quand il parle » (10:4-5). Maintenant la gloire quitte cet endroit au lieu d’y venir habiter. L’Éternel abandonne la résidence qu’Il s’était plu à choisir — sans pour autant la quitter pour toujours, puisque qu’Il l’avait choisie pour toujours. Mais Il est chassé moralement par l’iniquité et l’apostasie de Son propre peuple. La prophétie d’Ézéchiel dit explicitement qu’Il reviendra habiter là, et ne quittera plus jamais Sa maison, aussi longtemps que la terre durera, car Son peuple jouira alors du repos de Dieu sous le Messie et la nouvelle alliance. Mais de même que, dans ses dernières paroles, David était obligé de dire que « sa maison n’était pas ainsi avec Dieu» (2 Sam. 23), notre prophète prononce ici en symboles mystérieux la rupture des liens entre Dieu et Israël par les signes solennels de leur jugement. Cela est rendu bien visible au prophète, si par extraordinaire le peuple pouvait écouter et vivre, ayant été saisi par les spectacles et les sons étranges que le Seigneur lui donne de raconter. Quoiqu’Il pût faire en d’autres temps, c’était à ne pas s’y tromper l’Éternel qui dirigeait le ravage et la destruction de Sa propre ville et de Son sanctuaire. La foi du croyant serait fortifiée par ce que Dieu fait en dégageant le sol de tout arbre qu’Il n’a pas planté (Matt. 15:13).
Nous avons ensuite l’exécution de l’ordre donné dans la vision, de façon que tout soit rendu d’autant plus impressionnant et certain pour ceux qui se flattaient de l’impossibilité que l’Éternel cesse de reconnaître Israël, malgré toutes Ses leçons tranchantes et Ses châtiments ; ceux-ci pouvaient penser que, malgré les succès temporaires de l’ennemi, le pays, la ville et le temple seraient un rempart imprenable empêchant cet ennemi d’obtenir un avantage durable sur le peuple élu. L’homme est en effet si prompt à oublier les principes immuables de Dieu dans Son être moral, et à tourner à son propre avantage et à son propre honneur ce que Dieu est obligé de faire pour maintenir la vérité et la justice à Sa gloire.
« Et il arriva que, lorsqu’il eut commandé à l’homme vêtu de lin, disant : Prends du feu d’entre les roues, d’entre les chérubins, il entra et se tint à côté des roues. Et le chérubin étendit sa main entre les chérubins, vers le feu qui était entre les chérubins, et il en prit, et le mit dans le creux des mains de l’homme vêtu de lin ; et il le prit et sortit. Et on voyait aux chérubins la figure d’une main d’homme sous leurs ailes. Et je regardai, et voici, quatre roues à côté des chérubins, une roue à côté d’un chérubin, et une roue à côté d’un chérubin, et l’aspect des roues était comme la couleur de la pierre de béryl. Et quant à leur aspect, elles avaient les quatre une seule ressemblance, comme si une roue était au milieu d’une roue. Quand elles allaient, elles allaient sur leurs quatre côtés ; elles ne se tournaient pas, quand elles allaient ; mais, vers le lieu où la tête regardait, elles allaient après elle : elles ne se tournaient pas quand elles allaient. Et tout leur corps, et leur dos, et leurs mains, et leurs ailes, et les roues, étaient pleins d’yeux tout autour, même les roues que les quatre avaient. Quant aux roues, on leur cria, moi l’entendant : Ô roue ! Et chacun avait quatre faces : la première face était la face d’un chérubin, et la seconde face était la face d’un homme, et la troisième était la face d’un lion, et la quatrième, la face d’un aigle. Et les chérubins s’élevèrent. C’était l’animal que j’avais vu près du fleuve Kebar. Et quand les chérubins allaient, les roues allaient à côté d’eux ; et quand les chérubins levaient leurs ailes pour s’élever de dessus terre, les roues aussi ne se détournaient point d’à côté d’eux ; quand ils s’arrêtaient, elles s’arrêtaient, et quand ils s’élevaient, elles s’élevaient avec eux, car l’esprit de l’animal était en elles » (10:6-17).
Les versets 15, 20 et 22 identifient parfaitement la gloire avec celle vue au début sur les bords du fleuve Kébar. Il est clair que, si cette gloire revient, ce n’est qu’en passant, et chargée de la triste tâche de sceller le jugement, et de marquer l’abandon d’Israël sous la loi, devenu maintenant apostat. Le symbole du gouvernement divin en providence était là, mais il n’occupait pas son siège dans le lieu très saint. Il se tenait sur le seuil, et le parvis était rempli de la splendeur de la gloire de l’Éternel, mais il n’entrait plus à l’intérieur. C’était une visitation judiciaire, en obéissance aux ordres de Celui qui, d’en haut, contrôlait chacun de ces mouvements. La colère était sortie contre Jérusalem. Et c’était Lui qui dirigeait tout ; ce n’était pas les idoles muettes des Gentils, qui ont des bouches et ne parlent pas, des yeux, des mains et des oreilles, mais ne voient, ni ne touchent, ni n’entendent pas (Ps. 115:5-7) ; des idoles aussi vaines que ceux qui se confient en elles contre le Dieu des cieux qui a fait tout ce qui Lui a plu (Ps. 115:3).
Quelques traits diffèrent de ceux de la première manifestation, sans pour autant qu’il y ait quelque séparation des roues d’avec les chérubins, ni la moindre divergence dans l’action commune ou dans le but de leurs mouvements compliqués. L’intelligence pénétrante est réaffirmée plus fortement pour le corps tout entier, les dos, les mains, les ailes et les roues. « Quant aux roues, on leur cria, moi l’entendant : Galgal ! » [roue, ou : roule, roule] (10:13).
Le verset 18 nous montre un mouvement très significatif : « Et la gloire de l’Éternel sortit de dessus le seuil de la maison, et se tint au-dessus des chérubins. Et les chérubins haussèrent leurs ailes et s’élevèrent de terre à mes yeux, quand ils sortirent ; et les roues étaient auprès d’eux. Et ils s’arrêtèrent à l’entrée de la porte orientale de la maison de l’Éternel ; et la gloire du Dieu d’Israël était au-dessus d’eux, en haut. C’était là l’animal que j’avais vu au-dessous du Dieu d’Israël, près du fleuve Kebar ; et je connus que c’étaient les chérubins. Chacun avait quatre faces, et chacun quatre ailes, et il y avait une ressemblance de mains d’homme sous leurs ailes. Et quant à la ressemblance de leurs faces, c’était les mêmes faces que j’avais vues près du fleuve Kebar, leur aspect, et eux-mêmes ; ils allaient chacun droit devant soi » (10:18-22). La gloire peut s’attarder sur la porte orientale, mais elle s’en va vraiment.
Le chapitre 11 qui complète cette portion de la prophétie, confirme entièrement ce qui précède. Dans la vision de l’Éternel, Ézéchiel voit toute la présomption débordante et moqueuse des chefs de Jérusalem qui conseillaient le roi Sédécias pour sa ruine et pour la leur, en contradiction avec le message de l’Éternel envoyé par Jérémie ; ils semblent s’être servis du style et des comparaisons de Jérémie pour atteindre leur propre but.
« Et l’Esprit m’éleva et me transporta à la porte orientale de la maison de l’Éternel qui regarde vers l’orient ; et voici, à l’entrée de la porte, vingt-cinq hommes ; et je vis au milieu d’eux Jaazania, fils d’Azzur, et Pelatia, fils de Benaïa, princes du peuple. Et il me dit : Fils d’homme, ce sont ici les hommes qui méditent l’iniquité et qui donnent de mauvais conseils dans cette ville, qui disent : Ce n’est pas le moment de bâtir des maisons ; elle est la marmite, et nous sommes la chair. C’est pourquoi prophétise contre eux, prophétise, ô fils d’homme ! Et l’Esprit de l’Éternel tomba sur moi et me dit : Parle : Ainsi dit l’Éternel : Vous dites ainsi, ô maison d’Israël ; et je connais ce qui monte dans votre esprit, à chacun de vous. Vous avez multiplié le nombre de vos tués dans cette ville, et vous avez rempli ses rues de tués. C est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Vos tués, que vous avez mis au milieu d’elle, c’est la chair, et cette ville est la marmite ; mais vous, je vous ferai sortir du milieu d’elle : Vous avez eu peur de l’épée ; et je ferai venir l’épée sur vous, dit le Seigneur, l’Éternel. Et je vous ferai sortir du milieu d’elle, et je vous livrerai en la main des étrangers, et j’exécuterai des jugements contre vous : vous tomberez par l’épée ; dans les confins d’Israël je vous jugerai, et vous saurez que je suis l’Éternel. Elle ne sera pas pour vous une marmite, et vous ne serez pas la chair au milieu d’elle ; je vous jugerai dans les confins d’Israël ; et vous saurez que je suis l’Éternel, dans les statuts duquel vous n’avez point marché, et dont vous n’avez point pratiqué les ordonnances ; mais vous avez agi à la manière des païens qui vous entourent » (11:1-12).
Nous ne pensons pas que la similitude de chiffre de 25 hommes soit une raison suffisante pour identifier les moqueurs de ce chapitre avec les adorateurs du soleil entre le portique et l’autel du chapitre 8. Ici ces chefs sont des princes du peuple, non pas des chefs du sanctuaire ou des sacrificateurs. Comme la scène précédente montrait l’apostasie religieuse, celle-ci fait ressortir l’impudence et l’incrédulité des chefs civils, bien qu’ils soient à l’entrée de la porte de la maison de l’Éternel. C’était eux les mauvais conseillers qui contrecarraient la parole de l’Éternel transmise par le prophète à Sédécias. Jérémie exhortait les Juifs de Jérusalem à la soumission au roi de Babylone, et les captifs à bâtir des maisons et planter des jardins et à élever leurs familles en exil, en priant pour la paix de leur ville jusqu’à ce que 70 ans soient accomplis, et qu’un résidu puisse retourner à Jérusalem. Les faux prophètes prédisaient des choses douces dans le pays comme à l’étranger, fomentant de toute sorte de manière de la rébellion sous couleur de patriotisme, et ils se réclamaient du nom de l’Éternel, tout en encourageant l’insubordination de dessous Sa main qui les humiliait.
Le verset 3 est un peu obscur et a donné lieu à des traductions et interprétations les plus diverses, au moins pour le détail, car les grandes lignes de la vérité sont assez claires. Dans les Septante, il y a une forme interrogative : « les maisons n’ont-elles pas été bâties récemment ? ». La Vulgate donne à peu près la même chose. Gesenius et Ewald suivent avec un style voisin : « n’est-elle pas proche, la construction des maisons ? ». Rosenmuller, De Wette et Young, le prennent au contraire de la manière suivante : « on n’est pas près de bâtir des maisons », autrement dit, le temps de paix pour un tel ouvrage est éloigné, voulant dire qu’ils étaient résolus à résister aux Chaldéens jusqu’au bout, malgré les avertissements du prophète. Luther et Diodati suivent la version autorisée du roi Jacques, de même que les traductions modernes de Leeser et Henderson.
Il est certain qu’ils se dressaient contre les vrais prophètes, et tournaient même en dérision l’image utilisée par Jérémie (Jér. 29:5 : Bâtissez des maisons) pour la retourner en une phrase favorable à leur propre thèse. Cela explique pourquoi Ézéchiel est appelé avec emphase à prophétiser contre eux : il est dit que l’Esprit de l’Éternel tombe sur lui et lui renouvelle l’instruction de parler au nom de l’Éternel, car leurs secrets étaient découverts dans Sa lumière. L’Éternel leur retourne leur proverbe [elle est la marmite, et nous sommes la chair], après leur avoir rappelé leurs actions criminelles ; seulement c’était leurs tués qui étaient la chair et la ville la marmite, et eux devaient en sortir, mais non pas pour échapper comme ils l’espéraient. L’Éternel enverrait contre eux l’épée redoutée, en dehors de la ville à laquelle ils étaient si fortement attachés, car ils seraient livrés pour le jugement en la main d’étrangers. L’Éternel déclare solennellement qu’il les jugerait dans les confins d’Israël, et qu’ils sauraient qu’Il est l’Éternel. Ainsi la ville ne serait point pour eux une marmite, et ils ne seraient pas la chair au-dedans d’elle, mais ils seraient jugés par l’Éternel aux frontières, forcés de reconnaître Celui dans les statuts duquel ils n’avaient point marché, et dont ils n’avaient pas pratiqué les ordonnances ; ils avaient agi au contraire selon les droits établis des nations d’alentour.
Or pendant qu’Ézéchiel prophétisait, Pelatia le fils de Benaïa mourut (11:13) ; cela amène le prophète à tomber sur sa face et à intercéder pour le résidu. Car tout captif qu’il était, il aimait, malgré leurs moqueries, les hommes qui habitaient à Jérusalem. Là-dessus, la parole de l’Éternel lui rappelle avec force que c’était ses propres frères, les hommes de sa parenté, « même toute la maison d’Israël », qui étaient des objets de mépris pour les habitants de Jérusalem ; ces derniers, arrogants, prenaient des airs de profonde auto-satisfaction vis-à-vis de leurs frères en captivité, sous le prétexte qu’eux-mêmes étaient restés dans la ville des cérémonies solennelles (11:15).
« C’est pourquoi dis : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Bien que je les aie éloignés parmi les nations, et bien que je les aie dispersés par les pays, toutefois je leur serai comme un petit sanctuaire dans les pays où ils sont venus. C’est pourquoi dis : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Aussi je vous rassemblerai d’entre les peuples, et je vous recueillerai des pays où vous êtes dispersés, et je vous donnerai la terre d’Israël. Et là ils viendront, et ils en ôteront toutes ses choses exécrables et toutes ses abominations. Et je leur donnerai un seul cœur, et je mettrai au-dedans de vous un esprit nouveau ; et j’ôterai de leur chair le cœur de pierre, et je leur donnerai un cœur de chair : afin qu’ils marchent dans mes statuts, et qu’ils gardent mes ordonnances, et les pratiquent ; et ils seront mon peuple, et moi je serai leur Dieu. Mais quant à ceux dont le cœur marche au gré de leurs choses exécrables et de leurs abominations, je ferai retomber leur voie sur leur tête, dit le Seigneur, l’Éternel » (11:16-21).
Dans un jour de péché et de ruine, il en est toujours ainsi. Ceux qui s’enorgueillissent de l’ancienneté, de l’ordre, de la succession et des règles comme d’une possession exclusive obtenue par succession en ligne directe, ne font que mûrir pour le jugement divin ; tandis que les plus dénigrés et méprisés sont ceux qui ont la vérité et reçoivent la bénédiction au milieu de circonstances d’humiliation et de faiblesse ; l’Éternel promet ici d’être un petit sanctuaire aux Juifs dispersés, de les rassembler d’entre les peuples et de leur donner le pays ; Il leur donnerait un seul cœur et un esprit nouveau, changeant leur cœur de pierre en un cœur de chair pour marcher dans le chemin d’obéissance, pour reconnaître Dieu et être reconnus de Lui, tandis que les idolâtres endurcis recevraient la due récompense de leurs actes.
« Et les chérubins levèrent leurs ailes, et les roues étaient auprès d’eux ; et la gloire du Dieu d’Israël était au-dessus d’eux, en haut. Et la gloire de l’Éternel monta du milieu de la ville, et se tint sur la montagne qui est à l’orient de la ville » (11:22, 23). C’est un éloignement supplémentaire de la gloire divine, non pas par rapport au temple, mais par rapport à Jérusalem même. Elle s’élève de la ville, et se tient sur la montagne des Oliviers.
« Et l’Esprit m’éleva et me transporta en Chaldée, vers ceux de la transportation, en vision, par l’Esprit de Dieu ; et la vision que j’avais vue monta d’auprès de moi. Et je dis à ceux de la transportation toutes les choses que l’Éternel m’avait fait voir » (11:24-25).
Cela nous rappelle Matthieu 28, lorsque Jésus ressuscité est vu sur une montagne de Galilée, donnant aux disciples Sa grande mission pour toutes les nations, sans même dire un mot de Son ascension au ciel. C’est Jérusalem laissée de côté, un résidu envoyé par le Seigneur qui reprend sa position de Galiléen en résurrection, un gage magnifique de Son retour malgré son rejet actuel. Le rideau tombe sur la Shekinah (la nuée de gloire) lorsqu’elle atteint la montagne des Oliviers, et elle ne reparaîtra que dans les derniers chapitres, aux derniers jours (voir aussi Zach. 14:4 et Actes 1:9-12).
Le prophète est ramené en Esprit, quoique pendant tout ce temps sa présence corporelle n’eut pas quitté sa maison où étaient assis devant lui les anciens ; il déclare les scènes terribles dont il a été témoin : quelle consolation pour les captifs !
Après le groupe de visions servant d’introduction, le prophète est appelé à insister auprès du peuple sur la certitude de la fin imminente et complète de toutes les espérances présentes ; car il n’y avait pas seulement le reste orgueilleux de gens du pays qui s’accrochait à des espoirs vains et naïfs, mais aussi beaucoup de captifs sur les bords du Kébar.
« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, tu demeures au milieu d’une maison rebelle ; ils ont des yeux pour voir, et ne voient pas ; ils ont des oreilles pour entendre, et n’entendent pas ; car ils sont une maison rebelle. Et toi, fils d’homme, fais-toi un bagage de transporté, et va captif, de jour, sous leurs yeux ; va captif, de ton lieu vers un autre lieu, sous leurs yeux ; peut-être verront-ils, car ils sont une maison rebelle. Et, de jour, tu mettras dehors ton bagage, comme un bagage de transporté, sous leurs yeux ; et toi, tu sortiras sur le soir, devant leurs yeux, comme ceux qui s’en vont en captivité. Perce le mur sous leurs yeux, et mets dehors par là ton bagage ; tu le porteras sur l’épaule, sous leurs yeux ; tu le mettras dehors dans l’obscurité ; tu couvriras ta face, et tu ne verras pas le pays, car je t’ai donné pour signe à la maison d’Israël » (12:1-6).
C’est une représentation symbolique de ce que le pays devait être une fois de plus balayé par le balai de la destruction tandis que la plupart des Juifs attendaient une délivrance rapide, malgré que Dieu assurait le contraire.
C’est pourquoi nous voyons que l’Éternel cherche, d’une manière vivante, à imprimer dans la conscience des captifs la folie de se laisser aller à de tels rêves. Hélas ! ils étaient rebelles, et même la maison rebelle ! Moïse, dans son cantique (Deut. 32), leur avait fait le reproche d’être une génération tortue, perverse et obstinée, des fils en qui il n’y a pas de fidélité ; et David, au Psaume de l’ascension (68) les avait caractérisé comme « les rebelles ». Si Ézéchiel entend et doit leur répéter la sentence divine, ce n’est pas une nouveauté, mais plutôt la manifestation de ce que le jugement était en cours d’exécution, que le mal ancien était toujours là rampant, et que rien n’avait pu l’extirper, ni la fraîche vigueur de la jeunesse, ni la fleur de l’âge et la puissance au point de vue national. Ce n’était pas là une tumeur ou une tache, mais bien la vieille plaie de lèpre, active et profonde (Lév. 13). « Et je fis comme il m’avait été commandé : je sortis de jour mon bagage, comme un bagage de transporté, et, sur le soir, je perçai le mur avec la main : je le mis dehors dans l’obscurité, je le portai sur l’épaule, sous leurs yeux » (12:7).
Le message suivant explique tout clairement et complètement : « Et la parole de l’Éternel vint à moi, le matin, disant : Fils d’homme, la maison d’Israël, la maison rebelle, ne t’a-t-elle pas dit : Que fais-tu ? Dis-leur : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Cet oracle concerne le prince qui est dans Jérusalem, et toute la maison d’Israël qui est au milieu d’eux. Dis : Je suis pour vous un signe ; comme j’ai fait, ainsi il leur sera fait : ils iront en exil et en captivité. Et le prince qui est au milieu d’eux portera son bagage sur l’épaule, dans l’obscurité, et sortira ; on percera le mur pour le faire sortir par là ; il couvrira sa face, afin qu’il ne voie pas de ses yeux le pays. Et j’étendrai sur lui mon filet, et il sera pris dans mon piège ; et je l’amènerai à Babylone, dans le pays des Chaldéens ; mais il ne le verra point, et là il mourra. Et tout ce qui l’entoure pour l’aider, et toutes ses troupes, je les disperserai à tout vent ; et je tirerai l’épée après eux. Et ils sauront que je suis l’Éternel, quand je les aurai dispersés parmi les nations et que je les aurai disséminés dans les pays. Et je laisserai de reste d’entre eux quelque peu de gens sauvés de l’épée, de la famine et de la peste, afin qu’ils racontent toutes leurs abominations parmi les nations où ils seront venus. Et ils sauront que je suis l’Éternel » (12:8-16). Le prophète devait se préparer au départ de jour, et partir couvert dans l’obscurité de la nuit ; cet acte si étrange de sa part devait exciter la curiosité des Juifs, et on a ici la réponse qu’il devait donner comme explication. Le prince de Jérusalem, Sédécias et toute la maison d’Israël étaient représentés par ce « fardeau » ou « oracle » porté par Ézéchiel. Il est très frappant que cette prédiction, tout comme celle de Jérémie, allait s’accomplir à la lettre. L’historien Josèphe nous dit que le roi pensant voir une contradiction dans ces deux prophéties, décida de n’en croire aucune. Il est bien certain que Sédécias ne put échapper aux Chaldéens, mais fut livré aux mains du roi de Babylone, lui parla face à face et le vit de ses yeux ; il est certain qu’après être tombé dans le piège il fut emmené à Babylone, mais ne vit pas cette ville quoiqu’il y mourut. Le fait que le prophète devait couvrir son visage de manière à ne pas voir le pays n’était que l’image d’une dure réalité (Jér. 52:11). Combien il était solennel et humiliant pour le peuple de l’Éternel de savoir par les jugements qui le désolaient et le dispersaient, que c’était Lui qui était l’Éternel ! Mais de cela même, l’Éternel tirait parti, en laissant quelques-uns du peuple épargnés de ce jugement pour déclarer toutes leurs abominations parmi les païens ; car qui aurait pu porter un témoignage aussi accablant contre l’idolâtrie si ce n’est ceux qui avaient ainsi souffert en succombant à ce piège ?
Ézéchiel devait ensuite partager le pain et l’eau avec tous les signes de frayeur, et en cela il devait être une figure représentative pour le peuple. « Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, mange ton pain dans le trouble, et bois ton eau avec tremblement et dans l’inquiétude ; et dis au peuple du pays : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel, touchant les habitants de Jérusalem, sur la terre d’Israël : Ils mangeront leur pain avec inquiétude, et ils boiront leur eau avec stupeur, parce que leur pays sera désolé, vide de tout ce qu’il contient, à cause de la violence de tous ceux qui l’habitent ; et les villes habitées seront rendues désertes, et le pays sera une désolation ; et vous saurez que je suis l’Éternel » (12:17-20).
Le chapitre se termine par des messages de reproches contre l’incrédulité du peuple à l’égard de la parole prophétique, incrédulité si générale qu’elle en était devenue proverbiale. « Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, quel est ce proverbe que vous avez dans la terre d’Israël, disant : Les jours seront prolongés, et toute vision a péri ? C’est pourquoi dis-leur : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Je ferai cesser ce proverbe, et on ne s’en servira plus comme proverbe en Israël ; mais dis-leur : Les jours se sont approchés, et l’accomplissement de chaque vision ; car il n’y aura plus aucune vision vaine, ni divination flatteuse, au milieu de la maison d’Israël. Car moi, je suis l’Éternel ; je parlerai, et la parole que j’aurai dite sera exécutée, elle ne sera plus différée ; car en vos jours, ô maison rebelle, je dirai une parole et je l’exécuterai, dit le Seigneur, l’Éternel. Et la parole de l’Éternel vint de nouveau à moi, disant : Fils d’homme, voici, la maison d’Israël dit : La vision que celui-ci voit est pour des jours lointains, et il prophétise pour des temps éloignés. C’est pourquoi dis-leur : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Aucune de mes paroles ne sera plus différée ; la parole que j’aurai dite sera exécutée, dit le Seigneur, l’Éternel » (12:21-28). Dieu allait donner en ce jour un tel échantillon de tout ce qui arrivait que le peuple aurait honte de croire que c’était pour la fin des jours. « En vos jours, ô maison rebelle, je dirai une parole et je l’exécuterai, dit le Seigneur, l’Éternel » (12:25). Quel témoignage porté à l’inimitié de l’homme contre Dieu au point qu’il avale si facilement l’appât de l’ennemi affirmant que le temps de l’accomplissement était encore éloigné ! L’homme n’aime pas l’intervention de Dieu, dont la domination lui parait intolérable. Mais que dit le prophète ? : « Aucune de mes paroles ne sera plus différée ; la parole que j’aurai dite sera exécutée, dit le Seigneur, l’Éternel » (12:28)
Ce chapitre s’occupe des hommes et des femmes qui, prétendant avoir la pensée du Dieu d’Israël, prophétisaient sans inspiration divine, — instruments de l’ennemi et adversaires de Sa volonté pour la ruine de Son peuple. C’était alors une épreuve particulièrement affligeante pour l’esprit, comme maintenant pour nous, quand on voit dans l’église de faux frères et de faux prophètes, dont le but est le moi, et qui se servent d’une part de flatteries, et d’autre part d’un style autoritaire vis-à-vis de ceux qu’ils veulent influencer, cherchant toujours à discréditer et injurier ceux qui maintiennent la vérité au nom du Seigneur (comparer 2 Cor. 11).
« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, prophétise contre les prophètes d’Israël qui prophétisent, et dis à ceux qui prophétisent d’après leur propre cœur : Écoutez la parole de l’Éternel ! Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Malheur aux prophètes insensés qui suivent leur propre esprit et n’ont rien vu ! Ô Israël, tes prophètes ont été comme les renards dans les déserts. Vous n’êtes point montés aux brèches, et vous n’avez pas fermé l’enceinte pour la maison d’Israël, afin de tenir ferme dans la bataille, au jour de l’Éternel. Ils ont eu des visions de vanité et de divination de mensonge, ceux qui disent : L’Éternel a dit ! et l’Éternel ne les a pas envoyés ; et ils font espérer que la parole dite sera accomplie ! N’avez-vous pas vu des visions de vanité et prononcé des divinations de mensonge, quand vous dites : L’Éternel a dit ! — et je n’ai point parlé ? » (13:1-7).
Prétendre être prophète de son propre chef expose au jugement de Dieu ; Celui-ci, bien que plein de grâce et miséricordieux, doit maintenir jalousement Sa majesté et Sa vérité totalement dénaturées et profanées par de tels personnages. Il n’y a d’autre issue que la destruction pour de tels gens et ceux qui les suivent. Ils étaient comme des renards dans les ruines, pleins de ruse et de malice. Rien d’étonnant à ce qu’ils ne montaient pas aux brèches, et n’avaient pas fermé l’enceinte autour de la maison d’Israël afin de tenir ferme dans la bataille au jour de l’Éternel. Ils nous rappellent ceux qui, plus tard, cherchaient une belle apparence dans la chair en contraignant les Gentils à être circoncis de peur qu’eux-mêmes ne souffrent la persécution à cause de la croix de Christ (Gal. 6:12). De telles personnes ne craignaient pas l’Éternel, et ne possédaient pas Son secret, mais ce qu’ils prononçaient n’était que fausseté et divination, car ils disaient : « l’Éternel a dit », alors qu’Il ne les avait pas envoyés, et malgré cela, ils faisaient que des hommes espéraient l’accomplissement de leurs paroles. De là cet appel solennel d’Ézéchiel : « N’avez-vous pas vu des visions de vanité et prononcé des divinations de mensonge quand vous dites : l’Éternel a dit ! et je n’ai point parlé ? » (13:7).
Alors suit ce que Dieu annonce : « C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : À cause que vous dites des choses vaines, et que vous avez eu des visions de mensonge, à cause de cela, voici, je suis contre vous, dit le Seigneur, l’Éternel. Et ma main sera sur les prophètes qui ont des visions de vanité et qui devinent le mensonge : ils ne seront pas dans l’assemblée de mon peuple, et ils ne seront pas écrits dans le registre de la maison d’Israël, et ils n’entreront pas dans la terre d’Israël ; et vous saurez que je suis le Seigneur, l’Éternel. À cause, oui, à cause qu’ils égarent mon peuple, disant : Paix ! et il n’y a point de paix ; et que, si celui-ci bâtit un mur, ceux-là l’enduisent de mauvais mortier, dis à ceux qui enduisent le mur de mauvais mortier, qu’il s’écroulera : il y aura une pluie torrentielle ; et vous, ô pierres de grêle, vous tomberez, et un vent de tempête éclatera. Et voici, quand le mur s’écroulera, ne vous sera-t-il pas dit : Où est l’enduit dont vous l’avez enduit ? C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Je ferai éclater, dans ma fureur, un vent de tempête ; et, dans ma colère, il y aura une pluie torrentielle, et, dans ma fureur, des pierres de grêle, pour détruire entièrement. Et je renverserai le mur que vous avez enduit de mauvais mortier, et je le jetterai par terre, et ses fondements seront découverts, et il croulera, et vous périrez au milieu de ses ruines ; et vous saurez que je suis l’Éternel. Et je consommerai ma fureur contre ce mur et contre ceux qui l’enduisent de mauvais mortier ; et je vous dirai : Le mur n’est plus, ni ceux qui l’enduisaient, les prophètes d’Israël qui prophétisent touchant Jérusalem, et qui voient pour elle une vision de paix, et il n’y a point de paix, dit le Seigneur, l’Éternel (13:8-16).
Quelle chose terrible lorsque les ennemis de Dieu l’obligent moralement à devenir leur ennemi ! Miséricordieux et plein de grâce, Il est lent à la colère ; mais quand une patience trop prolongée ruinerait Ses saints et compromettrait Son honneur, la guerre est déclarée contre ceux qui hypocritement travaillent à saper Sa gloire et à contrecarrer Sa sain