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Notes sur Ézéchiel

 

par William Kelly

 

Bible Treasury vol. 9 p. 1 (1872) à vol. 10 p. 372 (1875)

Le texte des citations bibliques est normalement celui de la version JND, mais WK utilisant sa propre traduction ou la version autorisée du Roi Jacques, nous avons souvent repris le sien quand les variantes étaient significatives.

 

 

Table des matières :

1     Préface

2     Introduction

3     Chapitre 1

4     Chapitre 2

5     Chapitre 3

6     Chapitre 4

7     Chapitre 5

8     Chapitre 6

9     Chapitre 7

10       Chapitres 8 à 19

11       Chapitre 8

12       Chapitre 9

13       Chapitre 10

14       Chapitre 11

15       Chapitre 12

16       Chapitre 13

17       Chapitre 14

18       Chapitre 15

19       Chapitre 16

20       Chapitre 17

21       Chapitre 18

22       Chapitre 19

23       Chapitre 20

24       Chapitre 21

25       Chapitre 22

26       Chapitre 23

27       Chapitre 24

28       Chapitre 25

29       Chapitre 26

30       Chapitre 27

31       Chapitre 28

32       Chapitre 29

33       Chapitre 30

34       Chapitre 31

35       Chapitre 32

36       Chapitre 33

37       Chapitre 34

38       Chapitre 35

39       Chapitre 36

40       Chapitre 37

41       Chapitre 38

42       Chapitre 39

43       Chapitre 40

43.1     Interprétation des prophéties des ch. 40 à 48: littérales et futures

43.2     Préambule de la vision — Différents systèmes d’interprétation

43.3     Détails du ch. 40

44       Chapitre 41

45       Chapitre 42

46       Chapitre 43

47       Chapitre 44

48       Chapitre 45

49       Chapitre 46

50       Chapitre 47

51       Chapitre 48

 

 

1                  Préface

L’ouvrage présenté ici au lecteur correspond à un besoin. Le livre d’Ézéchiel est l’un de ceux qui a été le moins étudié et expliqué dans son ensemble. Il n’y a guère à retirer des commentaires grecs d’Origène, Ephrem de Syrie, Grégoire de Naziance ou Theodoret, et encore moins, pour autant que cela soit possible, des commentaire latins de Jérôme ou Grégoire le Grand. Inutile de parler des commentaires du Moyen-Âge ou des Réformateurs, des Jésuites ou des Puritains, des allemands modernes ou de leurs admirateurs anglais. Tous ont passé a côté de la clef du livre. Lequel d’entre eux a vu la gloire céleste de Christ et l’Église comme une chose distincte du royaume ? Lequel d’entre eux ne nie pas les espérances d’Israël ? En dehors de réflexions morales pieuses, il n’y a rien à dire sur ces écrits, même si certains sont énormes, comme l’œuvre architecturale de H. Pradus et J.B. Villalpandus, en trois énormes volumes grand format, et qui ne contient pourtant pas le moindre rayon de lumière céleste.

Je suis loin de prétendre dans ce bref exposé de faire mieux que d’aider les chrétiens par des notions générales mais correctes sur le contenu, le but et le caractère de la prophétie, selon ce que j’en comprends maintenant ; je suis sensible aux défauts de mon petit livre probablement plus que beaucoup d’autres.

 

Blackheath, Londres

 

2                  Introduction

Nous ne savons que peu de chose du prophète dont nous allons étudier le livre, rien que quelques rares détails personnels donnés au cours de ses prophéties, et en relation avec elles. Nous apprenons qu’il était sacrificateur, fils de Buzi ; que sa femme mourut soudainement, en signe à Israël ; qu’il habitait Thel-Abib sur le fleuve Kébar dans le pays des Chaldéens. Il mentionne Daniel, son contemporain, connu de son propre temps pour sa justice, au même titre que Noé et Job.

 

(*) La tradition des Juifs selon laquelle Ézéchiel était serviteur de Jérémie, ou son fils (identifiant Buzi avec Jérémie) ne semble pas digne de crédit. Même Josèphe l’estime trop jeune pour cela au moment où il fut fait captif, car il commence à prophétiser en la 5° année.

Mais il n’y a guère d’écrits dans la Bible plus caractéristique, et aucun ne fournit autant d’images pour le dernier livre du Nouveau Testament, la plus vaste et la plus profonde des prophéties. Ézéchiel, Jérémie et Daniel sont les prophètes de la captivité ; ils ont des points en commun sans doute, notamment la sympathie ; mais ils sont différents dans leur ton, leur style et leurs buts, aussi bien que dans leur condition extérieure et les circonstances employées par Dieu comme cadre pour leurs prédictions.

Le sort de Jérémie a été d’être laissé avec les pauvres du pays, puis d’être emmené avec ceux qui, par manque de foi, s’enfuirent en Égypte, à la recherche d’une sécurité qu’ils auraient pu trouver s’ils étaient restés là où ils étaient, dans la soumission à leur maître Babylonien. Jérémie pleura et se lamenta jusqu’à la fin avec le résidu, bien-aimé mais indigne.

Le sort de Daniel fut d’être emmené captif la troisième année de Jéhoïakim, quand le solennel avertissement annoncé à Ézéchias fut exécuté par Nebucadnetsar ; toutefois Dieu ne se laissa pas sans témoin à Babylone et montra où se trouvaient la sagesse et Son secret, même après avoir suscité les empires de Gentils et fait de son peuple Lo-ammi (Os. 1:9 ; 2:23).

Ézéchiel était un de ceux qui furent emmenés en captivité sous le règne suivant de Jéhoïakin (*) fils de Jéhoïakim, quand le roi de Babylone dispersa tout ce qu’il y avait de meilleur dans le pays, y compris notre prophète. Il ne restait plus qu’une étape à franchir, le règne désastreux de Sédécias, pour que la colère de l’Éternel pût les chasser tous de sa présence à cause de leurs provocations répétées et de leur incurable rébellion. C’est en vue de ce temps qu’Ézéchiel prophétise au milieu des captifs en Chaldée ; il passe par dessus les temps des Gentils, qui sont le sujet de Daniel, et s’arrête longuement sur la restauration finale d’Israël.

 

(*) « La trentième année » (1:1) a beaucoup embarrassé les érudits. Or il semble clair que le point de départ des 30 ans est l’ère de Nabopolassar, père de Nebucadnetsar qui devint roi de Babylone en 625 av. J.C. à peu près au moment où Hilkija trouva le livre de la loi dans le temple (2 Chr. 34:15), découverte si féconde en bénédictions pour Josias et les justes en Juda. Il est fait allusion à ce dernier dans la paraphrase chaldéenne de Jonathan ben Uziel.

On est frappé de la sainte énergie, du zèle pour Dieu, de l’indignation et de l’autorité morale que le prophète manifeste en reprenant Israël. Il est emporté là où l’Esprit le conduit, comme dans le char majestueux de la gloire de l’Éternel, qu’il décrit avec la puissance irrésistible de ses roues et des ailes qui le surmontaient. Nulle part il ne flatte le peuple, et même en captivité il adresse à Israël les plus sévères remontrances pour les péchés dont ils ne s’étaient pas encore repentis, et qui avaient entraîhné le peuple si bas. Le livre ouvert devant lui et mangé par lui, était écrit devant et derrière, avec des lamentations, des plaintes et des gémissements ; le prophète devait dire au peuple rebelle toutes les paroles de l’Éternel ; son front avait été rendu « comme un diamant plus dur que le roc ». Lui et Daniel sont les seuls à être désignés du titre de « fils d’homme », hormis naturellement Celui qui est maître, et le plus abaissé des serviteurs, qui s’est approprié tous les titres de honte, de souffrances et de réjection, mais le jour viendra où eux aussi seront manifestés avec Lui en gloire..

Ceux qui s’occupent du cadre extérieur de la vérité dans ce livre ne manquent pas de remarquer le sens profond du pur et de l’impur, de la sainteté lévitique, des images du temple, des fêtes, des sacrificateurs et des sacrifices ; le livre en est rempli, ce qui est bien naturel puisqu’il est écrit par un membre de la famille sacerdotale. Tous ces caractères qui le distinguent de manière évidente et incontestable, ne sont pas une imitation servile du Pentateuque ; nous verrons que Dieu affirme Son droit à modifier, à omettre ou à ajouter, dans ce jour où le prophète Jérémie, contemporain d’Ézéchiel, déclare explicitement que l’Éternel établira une nouvelle alliance avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda, alliance « non selon l’alliance que Je fis avec leurs pères, au jour où Je les pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte, Mon alliance qu’ils ont rompue, quoique je les eusse épousés, dit l’Éternel. Car c’est ici l’alliance que j’établirai avec la maison d’Israël, après ces jours-là, dit l’Éternel : Je mettrai ma loi au-dedans d’eux, et je l’écrirai sur leur cœur, et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple ; et ils n’enseigneront plus chacun son prochain, et chacun son frère, disant : Connaissez l’Éternel ; car ils me connaîtront tous, depuis le petit d’entre eux jusqu’au grand, dit l’Éternel ; car je pardonnerai leur iniquité, et je ne me souviendrai plus de leur péché (Jér. 31:31-34). Sans doute tout ce passage peut s’appliquer au chrétien aujourd’hui, car le sang de la nouvelle alliance est déjà versé, et est devenu nôtre par la foi ; mais il sera appliqué à Israël et à Juda comme tels, par la grâce de Dieu, dans ce jour là, comme les versets suivants (31:35-40) le montrent clairement.

C’est en vain que les Rabbins raisonnent sur l’immuabilité de la loi donnée par Moise : leurs propres prophètes les démentent. C’est ainsi que le fameux D. Kimchi prend position contre la prétention absolue à l’immuabilité dans son commentaire sur notre prophète ; Albo et Nachmanides le reconnaissaient également. Albo réfute même expressément l’usage que Maimonide fait de Deutéronome 12:32 ; il montre qu’au contraire, le vrai sens de l’avertissement donné par Moise a pour but d’empêcher les Israëlites d’ajouter ou de retrancher quelque chose à la loi d’une manière arbitraire ou de leur propre volonté (voir Sepher Ikkarim, p. iii c. 16). Moise ne déniait pas à un prophète l’autorité de le faire, spécialement en vue du vaste changement qu’allaient introduire la présence d’un Messie régnant et la nouvelle alliance. Ézéchiel prédit quelques-uns de ces changements caractéristiques qui auront lieu quand Israël sera restauré et que la théocratie sera de nouveau en vigueur ; nous en verrons les détails au fur et à mesure de l’étude de ce livre.

On s’est plaint de l’obscurité de notre prophète. Mais ce reproche n’est vraiment pas fondé, bien qu’il date déjà du temps de Jérôme, qui appelle ce livre « un labyrinthe des mystères de Dieu ». Cette prétendue obscurité provient spécialement de deux choses : d’abord, comment un sujet décrivant le gouvernement de Dieu peut-il être simple ? Sa hauteur, sa profondeur et sa largeur sont immenses, et si on peut dire, il faut se servir d’un instrument de mesure infiniment supérieur à tout ce qui existe pour la créature. Ensuite la plupart des gens dans la chrétienté, depuis Origène, ont adopté un système faux — l’alchimie spirituelle selon l’expression de Hooker — qui consiste à changer les espérances juives en prophéties concernant les bénédictions propres au chrétien. Rien d’étonnant dans ces conditions que ces gens n’aperçoivent les images qu’au travers d’un épais brouillard. Appliquons ses visions correctement, et nous les trouverons en général remarquablement explicites, et pleine de force. Il est absurde de supposer que des détails si minutieux et circonstanciés ne soient que de l’enrobage littéraire.

 

La structure du livre est évidente. La première moitié est formée de prophéties en ordre chronologique strict, avant la destruction finale de Jérusalem, quand Sédécias attira sur lui-même la juste punition de sa rébellion et de son parjure (ch. 1-24). Ézéchiel montre, au moyen de symboles magnifiques, suivis d’accusations les plus positives de péché, l’inutilité absolue de tout effort pour secouer le joug de Babylone, ce que Sédécias essayait de faire par le moyen de l’Égypte. Or bien qu’Il se servît de Nébucadnetsar, c’était bien l’Éternel qui jugeait Jérusalem, Lui qui siège entre les chérubins. Moralement il ne pouvait pas en être autrement. La sentence judiciaire sur le peuple, la ville, le temple et le roi est exposée dans cette première partie.

La seconde s’ouvre par une sorte de parenthèse formant transition, dans laquelle le prophète annonce sept objets de jugement parmi les nations voisines du pays, sans tenir compte de l’époque où ces peines seront subies et en les groupant selon une unité morale (ch. 25-32). Ensuite il revient à Israël, et ouvre le terrain individuel sur lequel Dieu agirait désormais envers lui (ch. 33) ; il dénonce d’abord les bergers et les princes coupables (ch. 34), puis l’inimitié de la montagne de Séhir (ch. 35), puis il garantit la restauration morale (ch. 36) et la restauration collective (ch. 37) de tout Israël, et la destruction de Gog et de toutes ses armées (ch. 38 - 39). Enfin il annonce le retour de la gloire de Dieu, avec le rétablissement du sanctuaire, des rites et de la sacrificature dans le pays enfin rendu saint, et la nouvelle répartition des 12 tribus comme nation sous le gouvernement du prince ; car depuis ce jour-là le nom de la ville doit être Jehovah-Schamma (ch. 40-48). Que ce soit en jugement ou en bénédiction paisible, c’est le jour de l’Éternel pour la terre, et non pas une promesse de bénédiction pour la chrétienté, comme le prétendent les allégoristes. Une telle doctrine, provenant des pères de l’Église ou des puritains, induit en erreur et donne des illusions. Ces tendances extrêmes se rejoignent dans une erreur commune qui enlève à Christ et à l’Église ce qui est une contrepartie à Sa gloire céleste, et que l’Esprit Saint a pour fonction d’accomplir ici-bas, et dont nous jouirons d’une manière parfaite quand le Seigneur sera venu, transformant nos corps à Sa ressemblance et nous faisant apparaître avec Lui dans la gloire céleste de ce jour.

Dire que cela c’est « judaïser », n’est que de l’ignorance pure et de l’incrédulité méchante. Il ne s’agit pas du tout de cela quand nous parlons des perspectives d’avenir d’Israël selon les prophètes. « Judaïser », c’est en réalité mélanger des éléments juifs avec l’évangile, et les imposer aux Chrétiens du temps actuel. Or la vérité sur laquelle nous insistons ici, c’est que les Chrétiens enlevés et glorifiés avec Christ, auront alors disparu de la terre. Par conséquent il s’agit du siècle à venir, et d’un autre appel, lorsqu’Israël sera greffé sur son propre olivier. S’attendre donc à l’accomplissement littéral des visions du prophète, c’est simplement de la foi, ce n’est pas judaïser : c’est même une sauvegarde contre cette tendance. Nous sommes d’autant plus préservés de mêler leurs espérances aux nôtres, que nous attendons vraiment leur accomplissement pour Israël. Le retour de Babylone ne répond en aucune façon aux prophéties de la fin ; il prouve non pas l’imperfection des prophéties d’Ézéchiel, mais que ces glorieuses anticipations doivent encore trouver leur accomplissement. Le « tout Israël » (Rom. 11:26) attend encore son accomplissement quand le Libérateur viendra à Sion. Ézéchiel 20:33 est en parfait accord avec cela, car Jérémie et tous les prophètes enseignent le retranchement des apostats et des rebelles. Henderson a donc tort quand il dit que les différences entre l’ancien temple et celui décrit par Ézéchiel sont secondaires. Elles prouvent au contraire que, ou bien nous devons renoncer à l’inspiration du prophète, ou bien maintenir qu’il prédit un retour encore futur, avec un nouveau temple, des cérémonies modifiées, un nouveau partage du pays entre les douze tribus restaurées et bénies, après que leurs derniers ennemis auront été détruits par les jugements divins. Tout en étant un homme, Ézéchiel était prophète et nous sommes tenus de croire qu’il était inspiré, de sorte que ses écrits nous donnent la parole de Dieu, sans mélange et sans erreur.

 

3                  Chapitre 1

Les circonstances dans lesquelles Ézéchiel a été appelé à prophétiser sont nouvelles et singulières. Ce n’était ni en Juda ni en Israël qu’il se trouvait, mais parmi les captifs au bord du fleuve Kébar. Aussi l’Éternel accompagna-t-il Sa Parole de signes extraordinaires. Il est la seule personne de l’Ancien Testament dont il est dit que les cieux lui furent ouverts et qu’il vit des visions de Dieu (1:1). Mais cette ouverture des cieux était un jugement de l’iniquité d’Israël, et non pas comme dans l’évangile (Matt. 3:16) pour exprimer le plaisir du Père dans le Fils de Dieu sur la terre, et encore moins pour permettre au chrétien de contempler le Fils de l’Homme dans le ciel (Actes 8:56).

Ce n’est pas sans raison que cela eu lieu la cinquième année de la captivité du roi Jéhoïakin. Le peuple laissé dans le pays avait eu largement le temps de se repentir de ses vains espoirs, ainsi que de sa rébellion et de son idolâtrie. Il avait reçu les avertissements de ses frères déportés loin du pays : les avait-il pris à cœur ? Il faut lire les versets 12-16 du ch. 36 du second livre des Chroniques pour trouver la réponse à cette question.

Ézéchiel est appelé à rendre témoignage à un jugement final et excessivement désolant. « Le cinquième jour du mois (c’était la cinquième année de la transportation du roi Jehoïakin), la parole de l’Éternel vint expressément à Ézéchiel, le sacrificateur, fils de Buzi, dans le pays des Chaldéens, près du fleuve Kebar ; et la main de l’Éternel fut là sur lui. Et je vis, et voici, un vent de tempête venait du nord, une grosse nuée, et un feu qui s’entortillait ; et il y avait une splendeur tout autour, et de son milieu, du milieu du feu, brillait comme la couleur de l’ambre ; et, du milieu vint la ressemblance de quatre animaux (*) ; et voici leur aspect : ils avaient la ressemblance d’un homme » (1:2-5).

 

(*) note Bibliquest : Ici comme en Apoc. 4 JND traduit « animal » là où d’autres, avec WK, traduisent « créature vivante » ou « être vivant ». Il faut bien distinguer ce mot d’avec celui de « bête » qui a une connotation d’éloignement de Dieu que n’a pas le terme « animal » dans ces passages.

Le prophète voit donc un vent de tempête, une grosse nuée et du feu au milieu duquel il aperçoit la ressemblance de quatre animaux. C’était déjà suffisant pour rabattre l’orgueil des Juifs qui estimaient Dieu si attaché à leur race et à leur pays, qu’ils n’avaient jamais pris sérieusement garde à Sa menace avant qu’elle se réalise. Hélas ! ils ne la réalisent pas encore aujourd’hui, mais refusant de reconnaître Son jugement contre leurs péchés, ils se trompent eux-mêmes en pensant que s’ils sont dispersés, c’est afin de pouvoir prêcher aux Gentils que Dieu est le Dieu d’Israël ; ils devraient plutôt se souvenir que pendant des milliers d’années Il a refusé d’être appelé leur Dieu à cause de leur idolâtrie, dont le rejet du Messie et de l’évangile a été comme le couronnement. Une nouvelle tempête d’indignation divine était sur le point d’éclater sur Juda, venant du Nord, c’est-à-dire de Babylone.

Mais il y a plus : « de son milieu vint la ressemblance de quatre animaux ; et voici leur aspect : ils avaient la ressemblance d’un homme » (1:5). S’il restait le moindre doute dans l’esprit du lecteur, le chapitre 10 montre nettement que les animaux sont des chérubins. Ils ne sont pas deux ici, comme ceux formés d’or pur et battu du propitiatoire où Dieu siégeait comme sur un trône, mais ils sont quatre, en relation, je pense, avec la créature. Le Dieu d’Israël qui demeurait entre les chérubins sur l’arche, était au milieu de Son peuple et on ne pouvait L’approcher qu’avec du sang, selon la justice divine, sous la garde des témoins de Son autorité judiciaire. Ézéchiel a pu voir Ses jugements providentiels venant de l’extérieur. Dieu jugerait Son peuple coupable par Babylone, son instrument. C’est pourquoi c’est le feu (1:5) qui caractérise la manifestation de Son jugement destructeur venant du ciel.

Ce serait un étalage interminable et peu édifiant de détailler les interprétations fausses et étranges de ces symboles qui ont prévalu parmi les hommes, tant Juifs que chrétiens. Chez les premiers, ce n’est pas étonnant car l’incrédulité qui a opéré les maux dénoncés par le prophète a engendré la même opposition têtue contre la vérité. « Cette génération » n’a pas passé et ne passera pas que tout ce qui a été prédit s’accomplisse (Luc 21:32). Quant aux chrétiens, ils sont bien moins excusables. Ayant la vraie lumière, ils auraient du voir (Jean 1:9) ; mais on ne peut voir correctement que dans la mesure où l’œil est simple. S’ils avaient eu devant eux la gloire de Christ, et non pas celle de l’église (c’est-à-dire la leur), ils auraient laissé de la place pour les relations de Dieu avec d’autres qu’eux-mêmes. Ils n’ont pas besoin de nier les relations anciennes parce qu’ils croient aux nouvelles. S’ils avaient vu le jugement d’Israël comme nation au commencement de la prophétie et sa restauration à la fin, les anciens pères et les théologiens modernes n’auraient pas fait des rêveries interprétant les quatre chérubins comme étant les quatre évangélistes, ou comme étant l’œuvre rédemptrice de Christ, ou la gloire de Dieu dans l’Église, ou les quatre saisons de l’année, ou les quatre quarts du globe, ou les quatre vertus cardinales, ou les quatre passions de l’âme, ou les quatre facultés de l’esprit, ou n’importe quelles autres conjectures auxquelles les hommes se sont livrés. Une vue plus plausible, mais très imparfaite, est celle de Calvin, qui les prend pour des anges, et en voit quatre en relation avec les différentes questions du monde, chacun ayant quatre têtes, ce qui démontre que la qualité angélique habite chez tous, et Dieu est vu à l’œuvre non seulement chez l’homme et les autres animaux, mais au travers de tous les choses inanimées. Il y voit donc une vision de l’empire de Dieu administré par les anges partout, toutes les créatures étant ainsi poussées comme si elles étaient jointes aux anges, et comme si les anges comprenaient en eux-mêmes tous les éléments de toutes les parties du monde.

Les quatre chérubins étaient des figures complexes. « Chacun avait quatre faces, et chacun avait quatre ailes ; et leurs pieds étaient des pieds droits, et la plante de leurs pieds était comme la plante du pied d’un veau ; et ils étincelaient comme l’apparence de l’airain poli ; et il y avait des mains d’homme sous leurs ailes sur leurs quatre côtés ; et ils avaient, les quatre, leurs faces et leurs ailes ; leurs ailes étaient jointes l’une à l’autre ; ils ne se tournaient pas quand ils allaient : ils allaient chacun droit devant soi » (1:6-9).

Ils avaient l’apparence d’un homme, bien que chacun eut quatre faces et quatre ailes, mais leurs pieds étaient droits, et la plante de leurs pieds comme celle d’un veau, la face d’un bœuf répondant à celle d’un chérubin (1:10 et 10:14). L’activité ou l’aptitude à l’action semblent représentées par les mains d’homme ; la rapidité d’exécution venant d’en haut par les ailes, sans aucune déviation quelconque par rapport au but poursuivi, et leurs quatre côtés leur permettant de se mouvoir dans toutes les directions. Je comprends le v. 10 comme indiquant qu’on voyait la face d’homme devant, celle d’un aigle derrière, celle d’un lion à droite et celle d’un bœuf ou d’un veau à gauche (*). Ils sont les supports symboliques du trône, étant à la tête des créatures préservées du déluge dans l’arche, l’homme représentant l’intelligence, le lion la force, le bœuf la patience ou la stabilité, et l’aigle la rapidité d’exécution, les attributs de Dieu ou les qualités de Ses jugements.

 

(*) Certains considèrent que le sens de ce v. 10 est que les quatre faces avaient le même aspect, l’homme et le lion sur la droite, le bœuf et l’aigle sur la gauche

« Et la ressemblance de leurs faces était la face d’un homme ; et, les quatre, ils avaient la face d’un lion, à droite ; et, les quatre, ils avaient la face d’un bœuf, à gauche ; et, les quatre, ils avaient la face d’un aigle. Ainsi étaient leurs faces, et leurs ailes étaient étirées vers le haut : chacun avait deux ailes jointes l’une à l’autre, et deux qui couvraient leur corps. Et ils allaient chacun droit devant soi : là où l’esprit devait aller, ils allaient ; ils ne se tournaient point lorsqu’ils allaient. Et quant à la ressemblance des animaux, leur aspect était comme des charbons de feu brûlants, comme l’aspect de torches ; le feu courait en montant et en descendant entre les animaux ; et le feu avait de l’éclat, et du feu sortaient des éclairs. Et les animaux couraient et retournaient comme l’aspect du sillon de l’éclair » (1:10-14).

Ils allaient et venaient avec la rapidité de l’éclair.

Mais il n’y avait pas seulement des ailes, mais aussi des roues.

« Et je regardais les animaux, et voici, une roue sur la terre, à côté des animaux, vers leurs quatre faces. L’aspect et la structure des roues étaient comme l’apparence d’un beryl ; et il y avait une même ressemblance pour les quatre, et leur aspect et leur structure étaient comme si une roue eût été au milieu d’une roue. En allant, elles allaient sur leurs quatre côtés ; elles ne se tournaient point quand elles allaient. Et quant à leurs jantes, elles étaient hautes et terribles, — et leurs jantes, à toutes les quatre, étaient pleines d’yeux tout autour. Et quand les animaux allaient, les roues allaient à côté d’eux ; et quand les animaux s’élevaient de dessus la terre, les roues s’élevaient. Là où l’esprit devait aller, là ils allaient, là leur esprit tendait à aller ; et les roues s’élevaient auprès d’eux, car l’esprit de l’animal était dans les roues. Quand ils allaient, elles allaient ; et quand ils s’arrêtaient, elles s’arrêtaient ; et quand ils s’élevaient de dessus la terre, les roues s’élevaient auprès d’eux, car l’esprit de l’animal était dans les roues » (1:15-21).

La description nous montre exactement l’inverse de circonstances dirigées par un hasard aveugle. Indépendamment de toutes les révolutions ou changements parmi les hommes, tout est guidé sciemment là où on l’attend le moins. Les instruments du gouvernement providentiel, au-dessous de l’étendue ou firmament, étaient complètement en accord avec ce qui était au-dessus, et plus haut encore se voyait la ressemblance d’un trône, sur lequel était comme l’aspect d’un homme exerçant le jugement, quoique avec l’attribut indéfectible de la grâce envers un monde méchant : l’arc dans la nuée.

Ainsi le trône de Dieu ne se trouvait plus en Israël, mais le Dieu du ciel allait employer les Gentils pour exécuter Sa volonté en punissant Jérusalem coupable. C’est Son trône depuis le ciel, pas encore Son trône dans le ciel, comme en Apocalypse 4, où nous ne trouvons plus de roues, mais six ailes. Là les animaux ne sont plus seulement des chérubins, mais des séraphins, criant : Saint, saint, saint ; et toute la création est embrassée sous Ses titres dispensationnels, excepté ce qui est proprement lié au millenium (Apoc. 4:8). C’est pourquoi en Apocalypse 4, les animaux ne sont pas simplement les bases de Son trône en jugeant les Juifs — d’une manière providentielle par le moyen des Gentils — mais ils sont associées et identifiées avec le trône de Celui qui juge tout selon Sa nature. Le monde est soumis à Son jugement, et en tout premier lieu les Juifs et Gentils apostats, « tous ceux qui habitent sur la terre ». Les animaux sont dans le cercle du trône et en son milieu, non plus au-dessous de lui comme en Ézéchiel.

Nous comprenons donc aisément que les chérubins représentent le pouvoir exécutif judiciaire de Dieu, sans précision quant à qui il est confié et dans quelles circonstances il se manifeste. Il y a une différence entre ce qu’on a vu après la chute de l’homme et le moment où Dieu a établi le propitiatoire. Ainsi ce qu’Ézéchiel a vu sur la terre n’est pas la même chose que ce que Jean a vu lorsqu’il fut introduit en esprit par la porte ouverte dans le ciel. Nous voyons toujours le principe général, mais il est modifié avec exactitude, par la sagesse divine, selon le cas et le but que Dieu se propose, ce que nous ne pouvons saisir que sous la direction de l’Esprit par Sa Parole qui nous expose Sa gloire en Christ.

Le Dieu souverain qui dirige toute chose a été révélé dans l’apparence d’un homme et s’est trouvé ainsi en relation avec les hommes. Ses attributs mentionnés ici sont gouvernementaux et manifestés par des instruments sur la terre suivant une providence qui ne néglige rien. Il n’y a pas de plus belle réfutation de l’obscurité païenne ou de l’étroitesse juive que cette représentation symbolique des voies divines envers Israël telles qu’elles sont vues en Chaldée. Tout cela est la vérité positive qui manifeste la gloire de Dieu dans sa manière d’agir, aussi bien dans ce temps-là que dans celui où Il s’occupera de la bénédiction renouvelée d’Israël repentant, pour la joie de toute la terre. Israël sentira alors combien son incrédulité a été vaine en rejetant l’Éternel-Messie parce qu’Il est devenu un homme en accomplissement d’Ésaïe 7, et selon l’apparence qu’Il a ici : Invisible pour le monde, annoncé pourtant à Israël sourd et aveugle, Il fait savoir au croyant qu’Il dirige les sources de tous les mouvements ici-bas pour Sa gloire, dans le temps où Il a cessé de reconnaître ce qu’Il désignait autrefois comme le « trône de l’Éternel » en Sion. Bien loin de gouverner dans et par Israël, Son jugement est montré comme dirigé contre eux, par le moyen des Gentils, devenus Ses serviteurs quoiqu’inconsciemment.

 

4                  Chapitre 2

La nouvelle position que Dieu prend vis-à-vis du peuple est mise en évidence par le titre que Dieu donne dans ce chapitre, et dans les suivants, au prophète tombé sur sa face. Du milieu de la ressemblance de la gloire de l’Éternel une voix prononce ces mots : « Fils d’homme, tiens-toi debout sur tes pieds, et je parlerai avec toi ». Daniel (8:17) a été appelé une fois de ce nom et Ézéchiel plus de cent fois. C’est le titre que Jésus a pris comme Messie rejeté qui devait souffrir, être exalté et retourner dans la gloire comme Fils de l’homme. Ses serviteurs ont ce même titre en tant qu’identifiés avec la gloire de Dieu, qui se déclare maintenant en dehors d’Israël, et jugeant même ce peuple par le moyen des Gentils.

Fortifié par l’Esprit, le prophète reçoit sa mission envers les enfants d’Israël, quoique, ou plutôt parce qu’ils avaient rejeté Dieu — « vers les nations rebelles, Goyim [ce qu’ils étaient en réalité, pas meilleurs que les païens moralement, et bien pires quant à la culpabilité] qui se sont rebellés contre moi ; eux et leurs pères m’ont désobéi jusqu’à ce jour même. Et ce sont des fils à la face impudente et au cœur obstiné ; je t’envoie vers eux, et tu leur diras : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel. Et eux, soit qu’ils écoutent, soit qu’ils n’en fassent rien (car ils sont une maison rebelle), ils sauront qu’il y a eu un prophète au milieu d’eux » (2:3-5).

C’est pourquoi il était commandé au prophète (2:6-7) de ne pas les craindre eux, ni leurs paroles, ni leurs regards, quelques révoltés qu’ils pussent être, mais au contraire de leur dire les paroles de l’Éternel, qu’ils les écoutent ou qu’ils n’en fassent rien, car ils étaient rebelles (ou très rebelles).

En outre Ézéchiel est exhorté à ne pas être rebelle comme eux, mais à ouvrir sa bouche et à manger ce que Dieu lui donnerait (2:8). La dessus une main fut étendue tendant un rouleau de livre, qu’il déroula devant le prophète, écrit devant et derrière et c’était des lamentations et des plaintes et des gémissements (2:9-10). Tel était le caractère de son premier témoignage. Nous verrons comment la grâce triomphe à la fin pour la gloire de Dieu.

 

5                  Chapitre 3

Le sujet est continué au ch. 3. Ézéchiel mange le livre, et voici, il était doux comme du miel. Le prophète était envoyé à Israël avec la certitude qu’ils n’écouteraient pas, car ils étaient effrontés et endurcis de cœur, mais ils avaient en face d’eux un prophète dont le front était de diamant (3:1-9). Ayant reçu la parole de Dieu dans son cœur, il fallait qu’il aille vers eux en disant : « ainsi dit l’Éternel » (3:10-11). Puis l’Esprit l’emporte, accompagné du bruit de la gloire, et après avoir passé sept jours parmi ceux de la captivité à Thel-Abib, la parole de Dieu lui annonça que l’Éternel l’établissait sentinelle sur Israël, avec la charge solennelle et la responsabilité d’être fidèle à ses risques et périls. Il n’était plus question de la nation, mais de la fidélité individuelle (3:12-21). Le chapitre se termine par un dernier commandement, quand il voit de nouveau la gloire dans la plaine comme il l’avait vue auparavant près du fleuve Kébar. Il reçoit l’ordre d’être prisonnier dans sa maison, avec sa langue collée à son palais, car ils étaient un peuple rebelle. Mais Dieu ouvrirait encore sa bouche en les appelant encore solennellement à écouter, mais ils étaient rebelles.

 

6                  Chapitre 4

À la suite de l’appel à la fin du chapitre précédent (3:22-27), le prophète doit maintenant mettre le siège devant Jérusalem, figure de celui des Chaldéens : « Et toi, fils d’homme, prends une tuile et mets-la devant toi, et fais dessus le portrait de la ville, Jérusalem. Et mets le siège contre elle, et bâtis contre elle des tours, et élève contre elle une terrasse, et pose des camps contre elle, et place contre elle des béliers tout autour. Et en plus, prends-toi une plaque de fer, et mets-la comme un mur de fer entre toi et la ville ; et dresse ta face contre elle, et elle sera assiégée, et tu l’assiégeras : ce sera un signe pour la maison d’Israël » (4:1-3).

Un commandement encore plus remarquable est donné ensuite : « Et toi, couche-toi sur ton côté gauche, et mets sur lui l’iniquité de la maison d’Israël : le nombre des jours que tu coucheras sur ce côté, tu porteras leur iniquité. Car j’ai mis sur toi les années de leur iniquité selon le nombre des jours, trois cent quatre-vingt-dix jours, et tu porteras l’iniquité de la maison d’Israël. Et quand tu auras accompli ceux-là, tu te coucheras une seconde fois sur ton côté droit, et tu porteras l’iniquité de la maison de Juda, quarante jours ; je t’ai assigné un jour pour chaque année. Et tu dresseras ta face vers le siège de Jérusalem ; et ton bras sera découvert, et tu prophétiseras contre elle. Et voici, j’ai mis sur toi des cordes, et tu ne te tourneras point de l’un de tes côtés sur l’autre, jusqu’à ce que tu aies accompli les jours de ton siège » (4:8-12).

Il est bien connu que cela a donné lieu à beaucoup de débats et de différences de jugement. D’abord la lecture de la plupart des manuscrits des Septante a induit en erreur les premiers pères qui lisaient la version grecque la plus commune, comme on le voit par exemple avec Theodoret. La même erreur apparaît dans la Vulgate, bien que Jérôme savait bien qu’il n’y avait pas de doute sur le texte hébreu ; Aquila, Symmachus et Theodotion l’ont suivi. Jérôme fait le calcul à partir de la ruine de la maison d’Israël révoltée lors du règne de Pekakh, quand le roi d’Assyrie a transporté les dix tribus à l’orient (2 Rois 15:29). Mais je ne doute pas qu’il est plus juste de calculer les 390 ans d’Israël (4:5) à partir de Jéroboam, auquel Akhija le prophète annonça que Dieu lui faisait don des dix tribus arrachées de la main de Salomon, et que les quarante ans de Juda (4:6) se rapportent au règne de Salomon lui-même, qui détermina en réalité la ruine de cette portion la plus favorisée du peuple, même si les résultats de l’idolâtrie ne se voyaient pas beaucoup devant l’immensité de la richesse et la sagesse du roi. « Ils m’ont abandonné » fut le message de Dieu au prophète en ce jour-là (1 Rois 11:33) « et ont adoré Ashtoreth, la divinité des Sidoniens, Kemosh, le dieu de Moab, et Milcom, le dieu des fils d’Ammon, et n’ont pas marché dans mes voies pour pratiquer ce qui est droit à mes yeux, et mes statuts et mes ordonnances, comme David, son père ». C’est pour cela que la semence de David devait être affligée, et elle l’a été, mais pas pour toujours. Si des jours plus brillant les attendent, il leur faut traverser d’abord une longue nuit de ténèbres, dont l’heure la plus pénible sera celle qui précèdera immédiatement l’aurore, car ils ont ajouté à leur idolâtrie la méchanceté encore plus grande de rejeter leur Messie et de s’opposer à l’Évangile prêché aux nations, de sorte que la colère est venue sur eux à son comble (1 Thes. 2:16). Il ne semble pas y avoir de difficulté à ce que j’avance dans le fait que la maison d’Israël, comme désignant les dix tribus, a été emmenée en captivité bien avant la fin de la période [de 390 ans], car c’est dans la manière d’Ézéchiel d’embrasser toute la nation sous ce titre, quoiqu’ailleurs, comme ici, il fasse la distinction entre les deux parties. Juda n’employa pas pour la gloire de Dieu le règne long, paisible et prospère de celui [Salomon] qui au milieu de bénédictions sans exemple, tourna son cœur vers d’autres dieux, et la sentence de Lo-Ammi ne fut exécutée sur eux que lorsque la portion du peuple élu restée attachée à la maison de David, et le dernier roi de cette famille, eurent justifié par leur trahison envers l’Éternel les tribus retombées loin de Dieu et balayées depuis longtemps de leur pays.

Combien est solennel le témoignage que Dieu rend au sujet de l’homme envisagé dans la responsabilité qu’il a de marcher selon la lumière qui lui a été donnée ! Non seulement il s’éloigne de plus en plus de Dieu, mais il tombe dès le début ; tous les appels qui lui sont adressés ne servent qu’à prouver son éloignement de cœur et de volonté. Ainsi aucune chair ne peut se glorifier en Sa présence. Puissions-nous nous glorifier dans le Seigneur ! Ce n’est pas le premier homme, mais le second qui a glorifié Dieu ; c’est justement pourquoi Dieu a glorifié le Fils de l’homme en Lui-même et cela immédiatement après la croix (Jean 13:31).

Voici maintenant une autre question. Le prophète doit manifester dans sa personne la dégradation aussi bien que l’imminence du jugement à cause de l’iniquité du peuple. C’est pourquoi un autre signe suit. « Et toi, prends du froment, et de l’orge, et des fèves, et des lentilles, et du millet, et de l’épeautre ; et tu les mettras dans un même vase, et tu t’en feras du pain selon le nombre des jours que tu te coucheras sur ton côté : tu en mangeras trois cent quatre-vingt-dix jours. Et ton manger que tu mangeras sera au poids, vingt sicles par jour ; tu le mangeras de temps en temps. Et l’eau tu la boiras à la mesure, un sixième de hin ; tu la boiras de temps en temps. Et tu mangeras cela préparé comme un gâteau d’orge, et tu le cuiras sous leurs yeux avec des excréments sortis de l’homme. Et l’Éternel dit : Les fils d’Israël mangeront ainsi leur pain impur parmi les nations où je les chasserai. Et je dis : Ah, Seigneur Éternel ! voici, mon âme ne s’est pas rendue impure, et, depuis ma jeunesse jusqu’à maintenant, je n’ai mangé de rien de ce qui est mort de soi-même, ou qui a été déchiré, et aucune chair impure n’est entrée dans ma bouche. Et il me dit : Regarde, je t’ai donné la fiente du bétail au lieu des excréments de l’homme, et tu cuiras ton pain sur elle. Et il me dit : Fils d’homme, voici, je brise le bâton du pain dans Jérusalem ; et ils mangeront le pain au poids et avec inquiétude, et ils boiront l’eau à la mesure et avec stupeur, parce que le pain et l’eau manqueront ; et ils seront dans la stupeur, les uns et les autres, et ils se consumeront dans leur iniquité » (4:9-17). Ézéchiel doit faire, dans sa mesure, l’expérience de la condition d’Israël sous le juste jugement de Dieu, non qu’il soit alors personnellement hors de la faveur divine, mais au contraire parce qu’il était assez près de Dieu pour pouvoir entrer dans la réalité de leur misère — quoique le Fils de l’homme fût le seul qui pût descendre en grâce dans ses profondeurs, la prendre sur lui d’une manière parfaite et souffrir complètement, bien au-delà de ce qui a pu être ou sera jamais leur part. Jésus dans Son zèle pour Dieu et Son amour pour Son peuple, pouvait seul porter le fardeau, que ce fût en gouvernement ou en expiation. Mais la gloire de Sa personne Le rendait propre à porter ce fardeau dans ces deux cas, sans rien laisser de côté de ce qui était dû à Dieu, et avec les immenses résultats de bénédiction, tant pour nous maintenant que pour les Juifs pieux des derniers jours. Jamais Il ne chercha, comme Ézéchiel ici, à se mettre à l’abri de goûter les conséquences de l’état de ruine d’Israël ; jamais il n’a demandé que rien lui fût épargné, excepté s’il était possible, cette coupe de malédiction indicible, que Lui seul devait boire, et qu’Il but jusqu’à la lie, afin que la grâce pût régner par la justice pour la vie éternelle par Jésus Christ notre Seigneur (Rom. 5:21).

 

7                  Chapitre 5

Ce chapitre nous donne de nouveaux détails sur le jugement de destruction qui ne devait rien épargner, car le ch. 4 n’allait pas au-delà du siège de Jérusalem par les Chaldéens avec tout son cortège de misères, sources de tant de détresses.

« Et toi, fils d’homme, prends un couteau tranchant (tu prendras un rasoir de barbier), et tu le feras passer sur ta tête et sur ta barbe ; et tu prendras une balance à peser, et tu partageras les cheveux. Tu en brûleras un tiers dans le feu, au milieu de la ville, lorsque les jours du siège seront accomplis ; et tu en prendras un tiers, et tu les frapperas avec le couteau tout autour ; et un tiers, tu le disperseras au vent, et je tirerai l’épée après eux. Et tu en prendras un petit nombre, et tu les serreras dans les pans de ta robe ; et de ceux-ci, tu en prendras encore, et tu les jetteras au milieu du feu, et tu les brûleras au feu : il en sortira un feu contre toute la maison d’Israël » (5:1-4). L’application est certaine et immédiate, selon les versets qui suivent : « Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : C’est ici Jérusalem ! Je l’ai posée au milieu des nations et des pays autour d’elle ; et, dans sa méchanceté, elle a été rebelle à mes jugements plus que les nations, et à mes statuts, plus que les pays qui sont autour d’elle ; car ils ont rejeté mes jugements et n’ont point marché dans mes statuts » (5:5, 6).

La forme sous laquelle le Dieu d’Israël annonçait aux Juifs le sort épouvantable qui allait être le leur, et la destruction qui allait fondre sur eux est particulièrement impressionnante parce que, dans la manière dont le prophète recevait l’ordre tant de cuire son pain que de raser ses cheveux, Il se démarquait entièrement des cérémonies à un point qui ne pouvait se justifier que par l’autorité de Dieu Lui-même ou par les exigences morales de Son peuple. Cette rupture était possible, mais un sacrificateur comme Ézéchiel devait assurément le sentir profondément. Il y a quelque chose d’analogue dans la vision de Pierre (Actes 10), où Dieu passe outre les préjugés profondément enracinés des Juifs (bien que ce fût en extase), car Dieu voulait sauver des Gentils et les introduire dans la communion avec ceux d’Israël qui croyaient.

Dans notre prophétie il ne s’agit pas de la grâce sortant pour rencontrer, accueillir et bénir les païens en leur annonçant le seul Sauveur, mais il s’agit du jugement tombant sur Jérusalem irrémédiablement et sans rémission, — chose étrange pour Israël, difficile à entendre et à croire. Les épreuves jusque là n’avaient été que des châtiments temporaires, le fleuve de la pitié continuait à couler comme d’habitude, et la masse des Israëlites se plaisait à espérer qu’il devait en être toujours ainsi, et que Dieu était pour ainsi dire lié à eux. Ils savaient cependant fort bien que le peuple L’avait souvent et habituellement déshonoré. Le prophète humilié devait leur faire voir et entendre ce qui allait se réaliser prochainement et d’une façon terrible, selon le message reçu de l’Éternel. C’était la position élevée et centrale d’Israël, surtout Jérusalem, parmi les peuples et les pays d’alentour, qui rendait leur rébellion et leur idolâtrie si graves, impossibles à ignorer ou à supporter plus longtemps.

« C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Parce que votre turbulence a été plus grande que celle des nations qui sont autour de vous, parce que vous n’avez point marché dans mes statuts et n’avez point pratiqué mes ordonnances, et que vous n’avez pas même agi selon les droits établis des nations qui sont autour de vous, — à cause de cela, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’en veux à toi, moi aussi, et j’exécuterai au milieu de toi des jugements aux yeux des nations ; et je ferai en toi ce que je n’ai pas fait et ne ferai plus semblablement, à cause de toutes tes abominations. C’est pourquoi les pères mangeront les fils au milieu de toi, et les fils mangeront les pères ; et j’exécuterai des jugements sur toi, et je disperserai à tout vent tout ton résidu. C’est pourquoi, je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel ! parce que tu as rendu impur mon sanctuaire par toutes tes choses exécrables et par toutes tes abominations, moi aussi je te diminuerai, et mon œil n’épargnera pas, et moi je n’aurai plus compassion. Un tiers d’entre vous mourra par la peste et sera consumé par la famine au milieu de toi ; et un tiers tombera par l’épée autour de toi ; et j’en disperserai un tiers à tout vent, et je tirerai l’épée après eux » (5:7-12).

Nous voyons clairement là le dessein divin. Un tiers devait périr par la peste et la famine dans la cité assiégée ; un tiers devait tomber par l’épée autour de Jérusalem ; et le dernier tiers devait être dispersé à tout vent et être encore poursuivi par l’épée. Nous voyons ici comment les habitants de Jérusalem représentent dans ces circonstances «toute la maison d’Israël », sans qu’on tienne compte des dix tribus déjà déportées à l’orient. La souillure du sanctuaire de l’Éternel par les abominations païennes introduites par les rois, les sacrificateurs et le peuple avaient rendu Jérusalem intolérable.

« Et ma colère s’accomplira, et je satisferai ma fureur sur eux, et je me consolerai ; et ils sauront que moi, l’Éternel, j’ai parlé dans ma jalousie, quand j’aurai accompli ma fureur sur eux. Et je ferai de toi un désert et un opprobre parmi les nations qui sont autour de toi, aux yeux de tout passant » (5:13-14). Leur jugement aurait lieu aux yeux des nations qui avaient vu leur infidélité envers le vrai Dieu, leur Dieu.

« Et ce sera une opprobre et un sarcasme, une instruction et un étonnement pour les nations qui sont autour de toi, quand j’exécuterai sur toi des jugements, avec colère, et avec fureur, et par des châtiments de fureur. Moi, l’Éternel, j’ai parlé » (5:15). Les païens eux-mêmes seraient étonnés, car ils n’avaient aucune notion d’un dieu qui traitait pareillement le peuple qui faisait profession de l’adorer.

« Quand j’enverrai parmi eux les flèches funestes de la famine qui seront pour la destruction, lesquelles j’enverrai pour vous détruire, j’augmenterai sur vous la famine, et je briserai pour vous le bâton du pain ; et j’enverrai sur vous la famine et les bêtes mauvaises qui te priveront d’enfants, et la peste et le sang passeront sur toi, et je ferai venir l’épée sur toi. Moi, l’Éternel, j’ai parlé » (5:16-17).

 

8                  Chapitre 6

Ce chapitre 6 montre que Dieu tient compte de toutes les scènes du mal idolâtre au travers du pays tout entier, quoique Jérusalem, comme nous l’avons vu, ait eu en cela une fâcheuse prééminence. C’est pourquoi Ézéchiel reçoit l’ordre de tourner sa face « contre les montagnes d’Israël ».

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, tourne ta face contre les montagnes d’Israël, et prophétise contre elles, et dis : Montagnes d’Israël, écoutez la parole du Seigneur, l’Éternel : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel, aux montagnes et aux collines, aux ravins et aux vallées : Voici, moi je fais venir sur vous l’épée, et je détruirai vos hauts lieux. Et vos autels seront dévastés, et vos colonnes consacrées au soleil seront brisées ; et je ferai tomber vos blessés à mort devant vos idoles ; et je mettrai les cadavres des fils d’Israël devant leurs idoles, et je disperserai vos ossements autour de vos autels. Dans toutes vos demeures les villes seront réduites en solitudes et les hauts lieux seront désolés, afin que vos autels soient délaissés et désolés, et que vos idoles soient brisées et ne soient plus, et que vos colonnes consacrées au soleil soient abattues, et vos ouvrages anéantis. Et les blessés à mort tomberont au milieu de vous ; et vous saurez que je suis l’Éternel » (6:1-7). Ainsi l’Éternel allait faire venir l’épée pour détruire Israël dans tout le pays, car ils L’avaient abandonné pour des idoles qui, non seulement ne pouvaient pas les protéger contre la destruction, mais au contraire les y exposaient. Les adorateurs, les autels et les images devaient tous périr, les idolâtres devant leurs idoles, leurs ossements dispersés autour de leurs autels : le désastre est complet à ce degré-là, et la raison en est évidente.

Pourtant l’Éternel se souvient de la grâce au milieu du jugement. « Mais je laisserai un reste, en ce que vous aurez des réchappés de l’épée parmi les nations, quand, vous serez dispersés dans les pays. Et vos réchappés se souviendront de moi parmi les nations où ils auront été emmenés captifs, quand j’aurai brisé leur cœur prostitué qui s’est détourné de moi, et leurs yeux qui se prostituent après leurs idoles ; et ils auront horreur d’eux-mêmes à cause des iniquités qu’ils ont commises par toutes leurs abominations ; et ils sauront que moi, l’Éternel, je n’ai pas dit en vain que je leur ferais ce mal » (6:8-10).

Au v. 9 la version anglaise autorisée du roi Jacques dit « parce que Je suis brisé par leur cœur prostitué, qui s’est détourné de Moi, et par leurs yeux qui se prostituent… ». Or le verbe n’a pas un sens passif, mais le sens réflectif de « brisant pour moi-même ». Ce qui a probablement conduit aux expressions de la version autorisée, c’est la difficulté de cette phrase en rapport avec les « yeux ». La version juive de Mr Leeser a cherché une atténuation en disant « et même par leurs yeux ». Mais cela ne tient guère. Le vrai sens est que les cœurs et les yeux seront tous ensemble brisés dans la repentance devant Dieu.

Ézéchiel est ensuite de nouveau appelé à marquer d’une manière caractéristique le sûr jugement de Dieu sur les abominations d’Israël. Le pays même doit devenir plus dévasté et plus désolé que le désert dans toutes leurs habitations. « Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Bats de tes mains, et frappe de ton pied, et dis : Hélas, pour toutes les abominations des iniquités de la maison d’Israël ! car ils tomberont par l’épée, par la famine et par la peste. Celui qui est loin mourra par la peste, et celui qui est près tombera par l’épée ; et celui qui est demeuré de reste, et qui est assiégé, mourra par la famine ; et je consommerai ma fureur sur eux. Et vous saurez que je suis l’Éternel, quand leurs blessés à mort seront au milieu de leurs idoles, autour de leurs autels, sur toute haute colline, sur tous les sommets des montagnes, et sous tout arbre vert, et sous tout térébinthe touffu, dans les lieux où ils offraient à toutes leurs idoles des parfums agréables. Et j’étendrai ma main sur eux, et je ferai du pays une désolation et il sera plus désolé que le désert de Dibla, dans toutes leurs demeures ; et ils sauront que je suis l’Éternel (6:11-14).

 

9                  Chapitre 7

Le chapitre 7 clôt ces accents préliminaires de malheur, ou groupes d’accents. Il est marqué par sa portée ; mais au lieu d’être vague, il est caractérisé par la rapidité d’un style raccourci, étrange, abrupt, dans lequel l’Esprit proclame, par des répétitions fréquentes et emphatiques, la fin pour le pays d’Israël, une fin imminente. « Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Et toi, fils d’homme ! Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel, à la terre d’Israël : Une fin !... la fin est venue sur les quatre coins du pays. Maintenant la fin est venue sur toi, et j’enverrai sur toi ma colère, et je te jugerai selon tes voies, et je récompenserai sur toi toutes tes abominations. Et mon œil ne t’épargnera pas, et je n’aurai point compassion ; mais je récompenserai tes voies sur toi, et tes abominations seront au milieu de toi ; et vous saurez que je suis l’Éternel. Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Un mal, un mal unique ! Voici, il est venu ! La fin est venue, la fin est venue ! Elle veille sur toi ; voici, elle vient ! Le deuil est venu sur toi, ô habitant du pays ; le temps est venu, le jour de trouble est proche, et non le cri joyeux des montagnes. Maintenant, bientôt, je verserai sur toi ma fureur, et j’accomplirai ma colère contre toi, et je te jugerai selon tes voies, et je récompenserai sur toi toutes tes abominations. Et mon œil ne t’épargnera pas, et je n’aurai point compassion ; mais je récompenserai tes voies sur toi, et tes abominations seront au milieu de toi ; et vous saurez que je suis l’Éternel » (7:1-9).

Nous voyons ensuite que non seulement « les quatre coins du pays » tombent sous les jugements spécifiques et décisifs de Dieu, mais que les résultats en sont complets et écrasants. Aucun rétablissement n’est possible pour autant que l’homme puisse le voir ou le dire. « Voici le jour, voici, il est arrivé ! Le matin a passé, la verge a fleuri, la fierté s’est épanouie. La violence s’élève pour être une verge de méchanceté. Il ne reste rien d’eux, ni de leur multitude, ni aucun de leurs biens : il n’y aura pas de lamentations pour eux » (7:10-11).

Les sentiments habituels des hommes disparaissent (7:12).

La colère est sur toute la multitude ; les espérances particulières de l’Israëlite sont anéanties, car le jubilé lui-même est supprimé, et avec lui toute perspective de rétablissement (7:13).

Comment des idoles pourraient-elles l’aider ? Le son de la trompette qui visite l’homme, et qui, pour un Juif, devait être l’assurance que Dieu entendait et apparaissait pour agir en leur faveur comme d’habitude, était absolument sans effet, car la colère de Dieu est sur toute la multitude (7:14).

Ils sont ainsi comme enfermés dans les cercles concentriques d’une ruine qui dévore (7:15-18).

Le prophète de Dieu annonce — c’est terrible, rien que d’y penser — un coup après l’autre, de la part de Dieu contre Son peuple affaibli par le sentiment de sa culpabilité. Au jour de leur calamité, ils sont obligés de s’apercevoir que leurs dieux ne sont que vanité, rien que « de l’argent et de l’or », et « ils jetteront leur argent dans les rues, et leur or sera rejeté comme une impureté ». Et il est impressionnant de voir le prophète ajouter : « leur argent ni leur or ne pourra les délivrer au jour de la fureur de l’Éternel ; ils ne rassasieront pas leurs âmes et ne rempliront pas leurs entrailles, car c’est ce qui a été la pierre d’achoppement de leur iniquité » (7:19).

Mais Dieu n’avait-il pas choisi un endroit pour sa demeure et le lieu de son repos ? Hélas ! c’est là que s’était manifestée la pire des iniquités contre Lui. Leur gloire était leur honte. « De la beauté de son ornement, il a fait sa gloire ; mais ils y ont fait des images de leurs abominations et de leurs choses exécrables. C’est pourquoi j’en ai fait pour eux une impureté abjecte, et je l’ai livrée en pillage aux mains des étrangers, et pour butin aux méchants de la terre, et ils la profaneront. Et je détournerai d’eux ma face, et ils profaneront mon lieu secret ; et les violents y entreront et le profaneront » (7:20-22).

Enfin le prophète reçoit l’ordre de fabriquer les chaînes symboliques de l’esclavage pour ceux qui ne seraient pas retranchés ; les iniques des nations prendraient possession de leurs maisons ; la destruction venait, c’est en vain qu’on rechercherait la paix, et à sa place il y aurait calamité sur calamité, et rumeur sur rumeur, le prophète n’aurait pas de vision, mais « la loi est périe de chez le sacrificateur et le conseil de chez les anciens ». Le roi menant deuil, les princes vêtus de stupeur, les mains du peuple rendues tremblantes, tel est le tableau (7:23-27) de ce trouble effroyable ; toutes ces choses se sont accomplies à la lettre, comme nous le savons. « Je leur ferai selon leur voie, et je les jugerai par leurs propres jugements ; et ils sauront que je suis l’Éternel ». Telle est la conclusion de cet avertissement préliminaire si solennel.

 

10             Chapitres 8 à 19

Les chapitres 8 à 11 sont réellement les quatre parties d’une même vision.

Le ch. 8 expose l’idolâtrie excessive de Juda à Jérusalem, en commençant par la maison de Dieu.

Au ch. 9 la destruction est ordonnée de Dieu sur tous ceux qui sont laissés dans la ville, à l’exception d’un résidu qui reçoit une marque, et qui est composé de ceux qui soupirent et gémissent à cause de toutes les abominations qui s’y commettent. Cette destruction commence expressément par le sanctuaire de l’Éternel.

Au ch. 10, on a le rôle des chérubins et autres agents du jugement divin, avant que la gloire de l’Éternel ne prenne lentement ses dispositions de départ.

Au ch. 11, on a l’annonce des malheurs sur les princes et le peuple laissé de reste, tout en assurant les justes qu’ils auraient un sanctuaire en l’Éternel lui-même, alors qu’il n’y en avait aucun autre dans les pays païens de leur dispersion, et qu’à la fin la miséricorde de Dieu les rassemblerait dans leur pays tandis que tout le reste périrait. Cependant la gloire se retirait de la ville sur la montagne des oliviers.

Les chapitres 12 à 19 relatent diverses circonstances se rapportant à ce qui précède et l’exposé des voies de Dieu à cet égard.

 

11             Chapitre 8

« Et il arriva, en la sixième année, au sixième mois, le cinquième jour du mois, qu’étant assis dans ma maison, et les anciens de Juda étant assis devant moi, la main du Seigneur l’Éternel tomba là sur moi. Et je vis, et voici une ressemblance comme l’aspect d’un feu : depuis l’aspect de ses reins vers le bas, c’était du feu ; et depuis ses reins vers le haut, c’était comme l’aspect d’une splendeur, comme la couleur de l’ambre. Et il étendit la forme d’une main, et me prit par les boucles de ma tête ; et l’Esprit m’éleva entre la terre et les cieux, et m’emmena à Jérusalem, dans les visions de Dieu, à l’entrée de la porte intérieure qui regarde vers le nord, où était le siège de l’image de jalousie, qui provoque à la jalousie » (8:1-3).

La sixième année mentionnée au verset 1 est l’année qui suit celle de la première vision : comparer 1:2. Le décompte part de la captivité de Jéhoïakin. Le prophète a de nouveau affaire avec Dieu, tandis que les anciens de Juda sont assis devant lui. C’est en Esprit, non pas corporellement, qu’il est emmené à Jérusalem, « dans les visions de Dieu» ; il voit là, à l’entrée de la porte intérieure regardant vers le nord, c’est-à-dire vers la Chaldée, le siège de l’idole de jalousie, qui provoque à la jalousie.

« Et voici, là était la gloire du Dieu d’Israël, selon la vision que j’avais vue dans la vallée. Et il me dit : Fils d’homme, lève tes yeux vers le nord. Et je levai mes yeux vers le nord ; et voici, au nord de la porte de l’autel, cette image de jalousie, à l’entrée. Et il me dit : Fils d’homme, vois-tu ce qu’ils font, les grandes abominations que la maison d’Israël commet ici, pour m’éloigner de mon sanctuaire ? » (8:4-6). Le nom de l’idole ne nous est pas indiqué ; était-ce Baal ou Ashtoreth ? (voir 2 Rois 21, 2 Chr. 33). En tout cas elle était un défi au Dieu d’Israël, et sollicitait l’hommage de tous ceux qui entraient dans le temple. On voit par là combien Juda était enclin à offenser l’Éternel et à le forcer moralement d’accomplir Sa menace d’abandonner Sa maison. Cela donne toute son importance à la vision de Sa gloire dans ce contexte : L’Éternel n’était pas encore parti définitivement, et Il se plait à justifier Sa manière d’agir si solennelle envers Son peuple.

« Mais tourne-toi de nouveau, et tu verras de plus grandes abominations. Et il me mena à l’entrée du parvis ; et je regardai, et voici, un trou dans le mur. Et il me dit : Fils d’homme, perce le mur. Et je perçai le mur, et voici, une porte. Et il me dit : Entre, et regarde les mauvaises abominations qu’ils commettent ici. Et j’entrai, et je regardai ; et voici toute sorte de figures de reptiles, et de bêtes exécrables, et toutes les idoles de la maison d’Israël tracées sur le mur, tout autour » (8:7-10). C’est une scène plus intime d’idolâtrie grossière, une reproduction de l’avilissement de l’Égypte, et devant elles se tenaient, non pas la lie du peuple, mais ses chefs, soixante dix hommes des anciens d’Israël.

« Et soixante-dix hommes d’entre les anciens de la maison d’Israël se tenaient là, et au milieu d’eux se tenait Jaazania, fils de Shaphan : chacun avait son encensoir dans sa main, et il montait une épaisse nuée d’encens » (8:11). Dieu avait choisi autrefois soixante-dix juges, et une de leurs fonctions la plus importante était de réprimer le culte des idoles. Ici nous trouvons le même nombre, surpris sur le fait même de rendre culte comme prêtres à des images de serpents et de bêtes (ou bétail) abominables et de dieux exécrables. Shaphan était le scribe qui avait lu le livre de la loi devant le pieux Josias : quel sinistre changement en Juda, où c’était maintenant son fils Jaazania qui se tenait au milieu des soixante-dix idolâtres !

Et ce n’était pas tout. « Et il me dit : As-tu vu, fils d’homme, ce que les anciens de la maison d’Israël font dans les ténèbres, chacun dans les chambres d’images ? Car ils disent : L’Éternel ne nous voit pas, l’Éternel a abandonné le pays (8:12). Non seulement ils avaient cessé de maintenir la vérité, et de le faire dans l’injustice, aussi mauvais que cela soit ; mais pire que cela, ils avaient sombré dans les plus basses profondeurs de nier les attributs fondamentaux de Dieu : c’était l’apostasie, disant : « L’Éternel ne nous voit pas, l’Éternel a abandonné le pays ».

« Et il me dit : Tourne-toi encore de nouveau, et tu verras de plus grandes abominations qu’ils commettent. Alors il me mena à l’entrée de la porte de la maison de l’Éternel, qui est vers le nord ; et voici des femmes assises là, pleurant Thammuz » (8:13-14). Ce n’était plus l’idolâtrie syrienne ou égyptienne, mais celle de Phénicie, du caractère le plus grossièrement dépravé. C’est apparemment celle que les Grecs adoptèrent sous la forme de la fable d’Adonis et d’Aphrodite.

Mais il y avait derrière quelque chose de pire encore, tant à cause de l’endroit où la scène se passait que des personnes occupées à adorer le soleil, le grand objet d’idolâtrie des Sabéens et plus tard des Perses. « Et il me dit : As-tu vu, fils d’homme ? Tu verras des abominations plus grandes que celles-là. Puis il me fit entrer au parvis intérieur de la maison de l’Éternel ; et voici, à l’entrée du temple de l’Éternel, entre le portique et l’autel, environ vingt-cinq hommes, le dos tourné vers le temple de l’Éternel, et leurs faces vers l’orient ; et ils se prosternaient vers l’orient devant le soleil » (8:15-16). Le prophète note particulièrement leur nombre qui correspond aux classes de la sacrificature avec le souverain sacrificateur. Ils tournent le dos au temple de l’Éternel et leur face sont vers l’Orient.

Il n’y a pas de raison suffisante à mon avis pour délaisser la traduction ordinaire du v. 17 et changer le mot hébreu de « branche » ou « rameau », en chant » ou « cantique ». Il n’est pas non plus nécessaire de tenir compte de la notion Rabbinique que le texte doit être rangé parmi les Tikkun Sopherim, dont le texte original voudrait dire « à mon nez » au lieu de « à leur nez ». C’est ce que les Septante paraissent avoir lu, du fait qu’ils traduisent autoi wV mukthrizonteV, « ils sont comme des moqueurs ». Mais les manuscrits hébreux supportent le texte ordinaire qui donne un sens excellent et cohérent.

« Et il me dit : As-tu vu, fils d’homme ? Est-ce une chose légère à la maison de Juda de commettre les abominations qu’ils commettent ici, pour qu’ils remplissent encore le pays de violence, et qu’ils reviennent me provoquer à colère ? Et voici, ils mettent le rameau à leur nez. C’est pourquoi j’agirai avec fureur : mon œil n’épargnera pas, et je n’aurai point compassion ; et quand ils crieront à mes oreilles à haute voix, je ne les écouterai point » (8:17-18). Un châtiment tout à fait extrême doit tomber sur les Juifs, sans miséricorde : l’Éternel lui-même y veillerait.

 

12             Chapitre 9

Ce chapitre nous montre les préparatifs divins et le plan d’exécution du jugement sur tout le peuple à Jérusalem, à l’exception du résidu préservé. « Et il cria à mes oreilles à haute voix, disant : Approchez, vous qui avez la charge de la ville, et chacun avec son instrument de destruction dans sa main. Et voici six hommes qui venaient du chemin de la porte supérieure qui est tournée vers le nord, et chacun avec son instrument de mort dans sa main ; et il y avait au milieu d’eux un homme vêtu de lin, avec un encrier d’écrivain à ses reins ; et ils entrèrent, et se tinrent à côté de l’autel d’airain. Et la gloire du Dieu d’Israël s’éleva de dessus le chérubin sur lequel elle était, et vint sur le seuil de la maison ; et il cria à l’homme vêtu de lin, qui avait l’encrier d’écrivain à ses reins » (9:1-3). Le jugement vient à nouveau du nord ; les anges qui l’exécutent se tiennent à côté de l’autel d’airain, expression des exigences divines et du jugement divin sur la terre. La gloire quitte son siège habituel. Jérusalem est livrée à la vengeance de l’Éternel.

« Et l’Éternel lui dit : Passe au milieu de la ville, au milieu de Jérusalem, et fais une marque sur les fronts des hommes qui soupirent et gémissent à cause de toutes les abominations qui se commettent au-dedans d’elle. Et à ceux-là il dit, à mes oreilles : passez par la ville après lui, et frappez ; que votre œil n’épargne pas, et n’ayez point compassion. Tuez, détruisez vieillards, jeunes hommes, et vierges, et petits enfants, et femmes ; mais n’approchez d’aucun de ceux qui ont sur eux la marque, et commencez par mon sanctuaire. Et ils commencèrent par les anciens qui étaient devant la maison » (9:4-6). L’affliction est le fruit de la communion avec Dieu dans les mauvais jours. Ceux qui ressentent cette sainte tristesse sont expressément mis à l’abri des destructeurs, d’une manière tout à fait définitive. Tous les autres doivent périr, vieillards et jeunes gens, vierges, enfants et femmes : mais pas un seul de ceux qui ont la marque. Et c’est par le sanctuaire que la destruction commence : Nous trouvons la même pensée en 1 Pierre 4:17. Ce sont les plus proches du Seigneur qui portent la plus grande responsabilité.

Mais il ne suffisait pas de commencer par les anciens qui étaient devant la maison ; la parole adressée aux vengeurs dit : « Rendez impure la maison, et remplissez les parvis de tués ; sortez ! Et ils sortirent et frappèrent dans la ville. Et il arriva que, comme ils frappaient et que moi je demeurais de reste, je tombai sur ma face, et je criai et dis : Ah, Seigneur Éternel ! veux-tu détruire tout le reste d’Israël en versant ta fureur sur Jérusalem ? » (9:7-8). Plus aucune place n’était laissée à l’intercession pour prévaloir. « Et il me dit : L’iniquité de la maison d’Israël et de Juda est excessivement grande, et le pays est rempli de sang, et la ville est remplie d’injustices ; car ils ont dit : L’Éternel a abandonné le pays, et l’Éternel ne voit pas. Et moi aussi, — mon œil n’épargnera pas, et je n’aurai point compassion ; je ferai retomber leur voie sur leur tête » (9:9-10).

La scène terrible est rendue d’autant plus impressionnante par le rapport que la tâche est achevée. « Et voici, l’homme vêtu de lin, qui avait l’encrier à ses reins, rapporta, disant ; J’ai fait comme tu m’as commandé » (9:11).

 

13             Chapitre 10

La vision qui suit complète le tableau de jugement commencé aux chapitres 8 et 9. Elle rappelle ce que le prophète avait déjà vu lorsqu’il était au milieu des captifs sur les bords de Kébar. Il s’y trouve certaines modifications qui s’expliquent par le fait que le prophète avait été transporté par l’Esprit dans les visions de Dieu à Jérusalem, alors qu’il était assis avec les anciens de Juda devant lui. La ville était maintenant dans le jour de sa visitation à cause de son impureté de chair et d’esprit, et Dieu commençait par le sanctuaire, tout en prenant connaissance de l’état de la cité toute entière, hormis ceux qui soupiraient et gémissaient à cause de toutes les abominations qui se commettaient au milieu d’elle. C’était un spectacle solennel pour le prophète captif, de contempler la gloire de Dieu dans un pays païen, mais c’était tout aussi significatif de la voir dressée en vengeance contre la cité sur laquelle Ses yeux et Son cœur reposent perpétuellement (2 Chr. 7:16).

« Et je regardai, et voici, dans le firmament au-dessus de la tête des chérubins, parut comme une pierre de saphir, comme l’aspect de la ressemblance d’un trône, au-dessus d’eux. Et il parla à l’homme vêtu de lin, et dit : Viens entre les roues, au-dessous du chérubin, et remplis le creux de tes mains de charbons de feu pris d’entre les chérubins, et répands-les sur la ville. Et il entra, devant mes yeux. Et les chérubins se tenaient à droite de la maison lorsque l’homme entra, et la nuée remplissait le parvis intérieur » (10:1-3). C’est de Celui qui n’est même pas nommé, mais qui remplit le trône au-dessus, que vient l’ordre ordonnant un jugement de destruction sur la ville. Celui qui avait reçu la mission de marquer les justes pour être épargnés, reçoit maintenant le commandement de remplir ses mains de charbons de feu pris d’entre les chérubins et de les répandre sur Jérusalem. La nuée de la présence de l’Éternel était là, mais elle n’apportait ni abri, ni direction au peuple qui avait abandonné tout souci de Sa volonté et avait préféré un veau ou un dieu exécrable au Dieu d’Israël. Quel changement depuis le jour où l’Éternel allait devant eux et remplissait le sanctuaire !

« Et la gloire de l’Éternel s’éleva de dessus le chérubin, et vint sur le seuil de la maison ; et la maison fut remplie de la nuée, et le parvis fut rempli de la splendeur de la gloire de l’Éternel. Et le bruit des ailes des chérubins s’entendit jusqu’au parvis extérieur, comme la voix du Dieu Tout-puissant quand il parle » (10:4-5). Maintenant la gloire quitte cet endroit au lieu d’y venir habiter. L’Éternel abandonne la résidence qu’Il s’était plu à choisir — sans pour autant la quitter pour toujours, puisque qu’Il l’avait choisie pour toujours. Mais Il est chassé moralement par l’iniquité et l’apostasie de Son propre peuple. La prophétie d’Ézéchiel dit explicitement qu’Il reviendra habiter là, et ne quittera plus jamais Sa maison, aussi longtemps que la terre durera, car Son peuple jouira alors du repos de Dieu sous le Messie et la nouvelle alliance. Mais de même que, dans ses dernières paroles, David était obligé de dire que « sa maison n’était pas ainsi avec Dieu» (2 Sam. 23), notre prophète prononce ici en symboles mystérieux la rupture des liens entre Dieu et Israël par les signes solennels de leur jugement. Cela est rendu bien visible au prophète, si par extraordinaire le peuple pouvait écouter et vivre, ayant été saisi par les spectacles et les sons étranges que le Seigneur lui donne de raconter. Quoiqu’Il pût faire en d’autres temps, c’était à ne pas s’y tromper l’Éternel qui dirigeait le ravage et la destruction de Sa propre ville et de Son sanctuaire. La foi du croyant serait fortifiée par ce que Dieu fait en dégageant le sol de tout arbre qu’Il n’a pas planté (Matt. 15:13).

Nous avons ensuite l’exécution de l’ordre donné dans la vision, de façon que tout soit rendu d’autant plus impressionnant et certain pour ceux qui se flattaient de l’impossibilité que l’Éternel cesse de reconnaître Israël, malgré toutes Ses leçons tranchantes et Ses châtiments ; ceux-ci pouvaient penser que, malgré les succès temporaires de l’ennemi, le pays, la ville et le temple seraient un rempart imprenable empêchant cet ennemi d’obtenir un avantage durable sur le peuple élu. L’homme est en effet si prompt à oublier les principes immuables de Dieu dans Son être moral, et à tourner à son propre avantage et à son propre honneur ce que Dieu est obligé de faire pour maintenir la vérité et la justice à Sa gloire.

« Et il arriva que, lorsqu’il eut commandé à l’homme vêtu de lin, disant : Prends du feu d’entre les roues, d’entre les chérubins, il entra et se tint à côté des roues. Et le chérubin étendit sa main entre les chérubins, vers le feu qui était entre les chérubins, et il en prit, et le mit dans le creux des mains de l’homme vêtu de lin ; et il le prit et sortit. Et on voyait aux chérubins la figure d’une main d’homme sous leurs ailes. Et je regardai, et voici, quatre roues à côté des chérubins, une roue à côté d’un chérubin, et une roue à côté d’un chérubin, et l’aspect des roues était comme la couleur de la pierre de béryl. Et quant à leur aspect, elles avaient les quatre une seule ressemblance, comme si une roue était au milieu d’une roue. Quand elles allaient, elles allaient sur leurs quatre côtés ; elles ne se tournaient pas, quand elles allaient ; mais, vers le lieu où la tête regardait, elles allaient après elle : elles ne se tournaient pas quand elles allaient. Et tout leur corps, et leur dos, et leurs mains, et leurs ailes, et les roues, étaient pleins d’yeux tout autour, même les roues que les quatre avaient. Quant aux roues, on leur cria, moi l’entendant : Ô roue ! Et chacun avait quatre faces : la première face était la face d’un chérubin, et la seconde face était la face d’un homme, et la troisième était la face d’un lion, et la quatrième, la face d’un aigle. Et les chérubins s’élevèrent. C’était l’animal que j’avais vu près du fleuve Kebar. Et quand les chérubins allaient, les roues allaient à côté d’eux ; et quand les chérubins levaient leurs ailes pour s’élever de dessus terre, les roues aussi ne se détournaient point d’à côté d’eux ; quand ils s’arrêtaient, elles s’arrêtaient, et quand ils s’élevaient, elles s’élevaient avec eux, car l’esprit de l’animal était en elles » (10:6-17).

Les versets 15, 20 et 22 identifient parfaitement la gloire avec celle vue au début sur les bords du fleuve Kébar. Il est clair que, si cette gloire revient, ce n’est qu’en passant, et chargée de la triste tâche de sceller le jugement, et de marquer l’abandon d’Israël sous la loi, devenu maintenant apostat. Le symbole du gouvernement divin en providence était là, mais il n’occupait pas son siège dans le lieu très saint. Il se tenait sur le seuil, et le parvis était rempli de la splendeur de la gloire de l’Éternel, mais il n’entrait plus à l’intérieur. C’était une visitation judiciaire, en obéissance aux ordres de Celui qui, d’en haut, contrôlait chacun de ces mouvements. La colère était sortie contre Jérusalem. Et c’était Lui qui dirigeait tout ; ce n’était pas les idoles muettes des Gentils, qui ont des bouches et ne parlent pas, des yeux, des mains et des oreilles, mais ne voient, ni ne touchent, ni n’entendent pas (Ps. 115:5-7) ; des idoles aussi vaines que ceux qui se confient en elles contre le Dieu des cieux qui a fait tout ce qui Lui a plu (Ps. 115:3).

Quelques traits diffèrent de ceux de la première manifestation, sans pour autant qu’il y ait quelque séparation des roues d’avec les chérubins, ni la moindre divergence dans l’action commune ou dans le but de leurs mouvements compliqués. L’intelligence pénétrante est réaffirmée plus fortement pour le corps tout entier, les dos, les mains, les ailes et les roues. « Quant aux roues, on leur cria, moi l’entendant : Galgal ! » [roue, ou : roule, roule] (10:13).

Le verset 18 nous montre un mouvement très significatif : « Et la gloire de l’Éternel sortit de dessus le seuil de la maison, et se tint au-dessus des chérubins. Et les chérubins haussèrent leurs ailes et s’élevèrent de terre à mes yeux, quand ils sortirent ; et les roues étaient auprès d’eux. Et ils s’arrêtèrent à l’entrée de la porte orientale de la maison de l’Éternel ; et la gloire du Dieu d’Israël était au-dessus d’eux, en haut. C’était là l’animal que j’avais vu au-dessous du Dieu d’Israël, près du fleuve Kebar ; et je connus que c’étaient les chérubins. Chacun avait quatre faces, et chacun quatre ailes, et il y avait une ressemblance de mains d’homme sous leurs ailes. Et quant à la ressemblance de leurs faces, c’était les mêmes faces que j’avais vues près du fleuve Kebar, leur aspect, et eux-mêmes ; ils allaient chacun droit devant soi » (10:18-22). La gloire peut s’attarder sur la porte orientale, mais elle s’en va vraiment.

 

14             Chapitre 11

Le chapitre 11 qui complète cette portion de la prophétie, confirme entièrement ce qui précède. Dans la vision de l’Éternel, Ézéchiel voit toute la présomption débordante et moqueuse des chefs de Jérusalem qui conseillaient le roi Sédécias pour sa ruine et pour la leur, en contradiction avec le message de l’Éternel envoyé par Jérémie ; ils semblent s’être servis du style et des comparaisons de Jérémie pour atteindre leur propre but.

« Et l’Esprit m’éleva et me transporta à la porte orientale de la maison de l’Éternel qui regarde vers l’orient ; et voici, à l’entrée de la porte, vingt-cinq hommes ; et je vis au milieu d’eux Jaazania, fils d’Azzur, et Pelatia, fils de Benaïa, princes du peuple. Et il me dit : Fils d’homme, ce sont ici les hommes qui méditent l’iniquité et qui donnent de mauvais conseils dans cette ville, qui disent : Ce n’est pas le moment de bâtir des maisons ; elle est la marmite, et nous sommes la chair. C’est pourquoi prophétise contre eux, prophétise, ô fils d’homme ! Et l’Esprit de l’Éternel tomba sur moi et me dit : Parle : Ainsi dit l’Éternel : Vous dites ainsi, ô maison d’Israël ; et je connais ce qui monte dans votre esprit, à chacun de vous. Vous avez multiplié le nombre de vos tués dans cette ville, et vous avez rempli ses rues de tués. C est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Vos tués, que vous avez mis au milieu d’elle, c’est la chair, et cette ville est la marmite ; mais vous, je vous ferai sortir du milieu d’elle : Vous avez eu peur de l’épée ; et je ferai venir l’épée sur vous, dit le Seigneur, l’Éternel. Et je vous ferai sortir du milieu d’elle, et je vous livrerai en la main des étrangers, et j’exécuterai des jugements contre vous : vous tomberez par l’épée ; dans les confins d’Israël je vous jugerai, et vous saurez que je suis l’Éternel. Elle ne sera pas pour vous une marmite, et vous ne serez pas la chair au milieu d’elle ; je vous jugerai dans les confins d’Israël ; et vous saurez que je suis l’Éternel, dans les statuts duquel vous n’avez point marché, et dont vous n’avez point pratiqué les ordonnances ; mais vous avez agi à la manière des païens qui vous entourent » (11:1-12).

Nous ne pensons pas que la similitude de chiffre de 25 hommes soit une raison suffisante pour identifier les moqueurs de ce chapitre avec les adorateurs du soleil entre le portique et l’autel du chapitre 8. Ici ces chefs sont des princes du peuple, non pas des chefs du sanctuaire ou des sacrificateurs. Comme la scène précédente montrait l’apostasie religieuse, celle-ci fait ressortir l’impudence et l’incrédulité des chefs civils, bien qu’ils soient à l’entrée de la porte de la maison de l’Éternel. C’était eux les mauvais conseillers qui contrecarraient la parole de l’Éternel transmise par le prophète à Sédécias. Jérémie exhortait les Juifs de Jérusalem à la soumission au roi de Babylone, et les captifs à bâtir des maisons et planter des jardins et à élever leurs familles en exil, en priant pour la paix de leur ville jusqu’à ce que 70 ans soient accomplis, et qu’un résidu puisse retourner à Jérusalem. Les faux prophètes prédisaient des choses douces dans le pays comme à l’étranger, fomentant de toute sorte de manière de la rébellion sous couleur de patriotisme, et ils se réclamaient du nom de l’Éternel, tout en encourageant l’insubordination de dessous Sa main qui les humiliait.

Le verset 3 est un peu obscur et a donné lieu à des traductions et interprétations les plus diverses, au moins pour le détail, car les grandes lignes de la vérité sont assez claires. Dans les Septante, il y a une forme interrogative : « les maisons n’ont-elles pas été bâties récemment ? ». La Vulgate donne à peu près la même chose. Gesenius et Ewald suivent avec un style voisin : « n’est-elle pas proche, la construction des maisons ? ». Rosenmuller, De Wette et Young, le prennent au contraire de la manière suivante : « on n’est pas près de bâtir des maisons », autrement dit, le temps de paix pour un tel ouvrage est éloigné, voulant dire qu’ils étaient résolus à résister aux Chaldéens jusqu’au bout, malgré les avertissements du prophète. Luther et Diodati suivent la version autorisée du roi Jacques, de même que les traductions modernes de Leeser et Henderson.

Il est certain qu’ils se dressaient contre les vrais prophètes, et tournaient même en dérision l’image utilisée par Jérémie (Jér. 29:5 : Bâtissez des maisons) pour la retourner en une phrase favorable à leur propre thèse. Cela explique pourquoi Ézéchiel est appelé avec emphase à prophétiser contre eux : il est dit que l’Esprit de l’Éternel tombe sur lui et lui renouvelle l’instruction de parler au nom de l’Éternel, car leurs secrets étaient découverts dans Sa lumière. L’Éternel leur retourne leur proverbe [elle est la marmite, et nous sommes la chair], après leur avoir rappelé leurs actions criminelles ; seulement c’était leurs tués qui étaient la chair et la ville la marmite, et eux devaient en sortir, mais non pas pour échapper comme ils l’espéraient. L’Éternel enverrait contre eux l’épée redoutée, en dehors de la ville à laquelle ils étaient si fortement attachés, car ils seraient livrés pour le jugement en la main d’étrangers. L’Éternel déclare solennellement qu’il les jugerait dans les confins d’Israël, et qu’ils sauraient qu’Il est l’Éternel. Ainsi la ville ne serait point pour eux une marmite, et ils ne seraient pas la chair au-dedans d’elle, mais ils seraient jugés par l’Éternel aux frontières, forcés de reconnaître Celui dans les statuts duquel ils n’avaient point marché, et dont ils n’avaient pas pratiqué les ordonnances ; ils avaient agi au contraire selon les droits établis des nations d’alentour.

Or pendant qu’Ézéchiel prophétisait, Pelatia le fils de Benaïa mourut (11:13) ; cela amène le prophète à tomber sur sa face et à intercéder pour le résidu. Car tout captif qu’il était, il aimait, malgré leurs moqueries, les hommes qui habitaient à Jérusalem. Là-dessus, la parole de l’Éternel lui rappelle avec force que c’était ses propres frères, les hommes de sa parenté, « même toute la maison d’Israël », qui étaient des objets de mépris pour les habitants de Jérusalem ; ces derniers, arrogants, prenaient des airs de profonde auto-satisfaction vis-à-vis de leurs frères en captivité, sous le prétexte qu’eux-mêmes étaient restés dans la ville des cérémonies solennelles (11:15).

« C’est pourquoi dis : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Bien que je les aie éloignés parmi les nations, et bien que je les aie dispersés par les pays, toutefois je leur serai comme un petit sanctuaire dans les pays où ils sont venus. C’est pourquoi dis : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Aussi je vous rassemblerai d’entre les peuples, et je vous recueillerai des pays où vous êtes dispersés, et je vous donnerai la terre d’Israël. Et là ils viendront, et ils en ôteront toutes ses choses exécrables et toutes ses abominations. Et je leur donnerai un seul cœur, et je mettrai au-dedans de vous un esprit nouveau ; et j’ôterai de leur chair le cœur de pierre, et je leur donnerai un cœur de chair : afin qu’ils marchent dans mes statuts, et qu’ils gardent mes ordonnances, et les pratiquent ; et ils seront mon peuple, et moi je serai leur Dieu. Mais quant à ceux dont le cœur marche au gré de leurs choses exécrables et de leurs abominations, je ferai retomber leur voie sur leur tête, dit le Seigneur, l’Éternel » (11:16-21).

Dans un jour de péché et de ruine, il en est toujours ainsi. Ceux qui s’enorgueillissent de l’ancienneté, de l’ordre, de la succession et des règles comme d’une possession exclusive obtenue par succession en ligne directe, ne font que mûrir pour le jugement divin ; tandis que les plus dénigrés et méprisés sont ceux qui ont la vérité et reçoivent la bénédiction au milieu de circonstances d’humiliation et de faiblesse ; l’Éternel promet ici d’être un petit sanctuaire aux Juifs dispersés, de les rassembler d’entre les peuples et de leur donner le pays ; Il leur donnerait un seul cœur et un esprit nouveau, changeant leur cœur de pierre en un cœur de chair pour marcher dans le chemin d’obéissance, pour reconnaître Dieu et être reconnus de Lui, tandis que les idolâtres endurcis recevraient la due récompense de leurs actes.

« Et les chérubins levèrent leurs ailes, et les roues étaient auprès d’eux ; et la gloire du Dieu d’Israël était au-dessus d’eux, en haut. Et la gloire de l’Éternel monta du milieu de la ville, et se tint sur la montagne qui est à l’orient de la ville » (11:22, 23). C’est un éloignement supplémentaire de la gloire divine, non pas par rapport au temple, mais par rapport à Jérusalem même. Elle s’élève de la ville, et se tient sur la montagne des Oliviers.

« Et l’Esprit m’éleva et me transporta en Chaldée, vers ceux de la transportation, en vision, par l’Esprit de Dieu ; et la vision que j’avais vue monta d’auprès de moi. Et je dis à ceux de la transportation toutes les choses que l’Éternel m’avait fait voir » (11:24-25).

Cela nous rappelle Matthieu 28, lorsque Jésus ressuscité est vu sur une montagne de Galilée, donnant aux disciples Sa grande mission pour toutes les nations, sans même dire un mot de Son ascension au ciel. C’est Jérusalem laissée de côté, un résidu envoyé par le Seigneur qui reprend sa position de Galiléen en résurrection, un gage magnifique de Son retour malgré son rejet actuel. Le rideau tombe sur la Shekinah (la nuée de gloire) lorsqu’elle atteint la montagne des Oliviers, et elle ne reparaîtra que dans les derniers chapitres, aux derniers jours (voir aussi Zach. 14:4 et Actes 1:9-12).

Le prophète est ramené en Esprit, quoique pendant tout ce temps sa présence corporelle n’eut pas quitté sa maison où étaient assis devant lui les anciens ; il déclare les scènes terribles dont il a été témoin : quelle consolation pour les captifs !

 

15             Chapitre 12

Après le groupe de visions servant d’introduction, le prophète est appelé à insister auprès du peuple sur la certitude de la fin imminente et complète de toutes les espérances présentes ; car il n’y avait pas seulement le reste orgueilleux de gens du pays qui s’accrochait à des espoirs vains et naïfs, mais aussi beaucoup de captifs sur les bords du Kébar.

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, tu demeures au milieu d’une maison rebelle ; ils ont des yeux pour voir, et ne voient pas ; ils ont des oreilles pour entendre, et n’entendent pas ; car ils sont une maison rebelle. Et toi, fils d’homme, fais-toi un bagage de transporté, et va captif, de jour, sous leurs yeux ; va captif, de ton lieu vers un autre lieu, sous leurs yeux ; peut-être verront-ils, car ils sont une maison rebelle. Et, de jour, tu mettras dehors ton bagage, comme un bagage de transporté, sous leurs yeux ; et toi, tu sortiras sur le soir, devant leurs yeux, comme ceux qui s’en vont en captivité. Perce le mur sous leurs yeux, et mets dehors par là ton bagage ; tu le porteras sur l’épaule, sous leurs yeux ; tu le mettras dehors dans l’obscurité ; tu couvriras ta face, et tu ne verras pas le pays, car je t’ai donné pour signe à la maison d’Israël » (12:1-6).

C’est une représentation symbolique de ce que le pays devait être une fois de plus balayé par le balai de la destruction tandis que la plupart des Juifs attendaient une délivrance rapide, malgré que Dieu assurait le contraire.

C’est pourquoi nous voyons que l’Éternel cherche, d’une manière vivante, à imprimer dans la conscience des captifs la folie de se laisser aller à de tels rêves. Hélas ! ils étaient rebelles, et même la maison rebelle ! Moïse, dans son cantique (Deut. 32), leur avait fait le reproche d’être une génération tortue, perverse et obstinée, des fils en qui il n’y a pas de fidélité ; et David, au Psaume de l’ascension (68) les avait caractérisé comme « les rebelles ». Si Ézéchiel entend et doit leur répéter la sentence divine, ce n’est pas une nouveauté, mais plutôt la manifestation de ce que le jugement était en cours d’exécution, que le mal ancien était toujours là rampant, et que rien n’avait pu l’extirper, ni la fraîche vigueur de la jeunesse, ni la fleur de l’âge et la puissance au point de vue national. Ce n’était pas là une tumeur ou une tache, mais bien la vieille plaie de lèpre, active et profonde (Lév. 13). « Et je fis comme il m’avait été commandé : je sortis de jour mon bagage, comme un bagage de transporté, et, sur le soir, je perçai le mur avec la main : je le mis dehors dans l’obscurité, je le portai sur l’épaule, sous leurs yeux » (12:7).

Le message suivant explique tout clairement et complètement : « Et la parole de l’Éternel vint à moi, le matin, disant : Fils d’homme, la maison d’Israël, la maison rebelle, ne t’a-t-elle pas dit : Que fais-tu ? Dis-leur : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Cet oracle concerne le prince qui est dans Jérusalem, et toute la maison d’Israël qui est au milieu d’eux. Dis : Je suis pour vous un signe ; comme j’ai fait, ainsi il leur sera fait : ils iront en exil et en captivité. Et le prince qui est au milieu d’eux portera son bagage sur l’épaule, dans l’obscurité, et sortira ; on percera le mur pour le faire sortir par là ; il couvrira sa face, afin qu’il ne voie pas de ses yeux le pays. Et j’étendrai sur lui mon filet, et il sera pris dans mon piège ; et je l’amènerai à Babylone, dans le pays des Chaldéens ; mais il ne le verra point, et là il mourra. Et tout ce qui l’entoure pour l’aider, et toutes ses troupes, je les disperserai à tout vent ; et je tirerai l’épée après eux. Et ils sauront que je suis l’Éternel, quand je les aurai dispersés parmi les nations et que je les aurai disséminés dans les pays. Et je laisserai de reste d’entre eux quelque peu de gens sauvés de l’épée, de la famine et de la peste, afin qu’ils racontent toutes leurs abominations parmi les nations où ils seront venus. Et ils sauront que je suis l’Éternel » (12:8-16). Le prophète devait se préparer au départ de jour, et partir couvert dans l’obscurité de la nuit ; cet acte si étrange de sa part devait exciter la curiosité des Juifs, et on a ici la réponse qu’il devait donner comme explication. Le prince de Jérusalem, Sédécias et toute la maison d’Israël étaient représentés par ce « fardeau » ou « oracle » porté par Ézéchiel. Il est très frappant que cette prédiction, tout comme celle de Jérémie, allait s’accomplir à la lettre. L’historien Josèphe nous dit que le roi pensant voir une contradiction dans ces deux prophéties, décida de n’en croire aucune. Il est bien certain que Sédécias ne put échapper aux Chaldéens, mais fut livré aux mains du roi de Babylone, lui parla face à face et le vit de ses yeux ; il est certain qu’après être tombé dans le piège il fut emmené à Babylone, mais ne vit pas cette ville quoiqu’il y mourut. Le fait que le prophète devait couvrir son visage de manière à ne pas voir le pays n’était que l’image d’une dure réalité (Jér. 52:11). Combien il était solennel et humiliant pour le peuple de l’Éternel de savoir par les jugements qui le désolaient et le dispersaient, que c’était Lui qui était l’Éternel ! Mais de cela même, l’Éternel tirait parti, en laissant quelques-uns du peuple épargnés de ce jugement pour déclarer toutes leurs abominations parmi les païens ; car qui aurait pu porter un témoignage aussi accablant contre l’idolâtrie si ce n’est ceux qui avaient ainsi souffert en succombant à ce piège ?

Ézéchiel devait ensuite partager le pain et l’eau avec tous les signes de frayeur, et en cela il devait être une figure représentative pour le peuple. « Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, mange ton pain dans le trouble, et bois ton eau avec tremblement et dans l’inquiétude ; et dis au peuple du pays : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel, touchant les habitants de Jérusalem, sur la terre d’Israël : Ils mangeront leur pain avec inquiétude, et ils boiront leur eau avec stupeur, parce que leur pays sera désolé, vide de tout ce qu’il contient, à cause de la violence de tous ceux qui l’habitent ; et les villes habitées seront rendues désertes, et le pays sera une désolation ; et vous saurez que je suis l’Éternel » (12:17-20).

Le chapitre se termine par des messages de reproches contre l’incrédulité du peuple à l’égard de la parole prophétique, incrédulité si générale qu’elle en était devenue proverbiale. « Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, quel est ce proverbe que vous avez dans la terre d’Israël, disant : Les jours seront prolongés, et toute vision a péri ? C’est pourquoi dis-leur : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Je ferai cesser ce proverbe, et on ne s’en servira plus comme proverbe en Israël ; mais dis-leur : Les jours se sont approchés, et l’accomplissement de chaque vision ; car il n’y aura plus aucune vision vaine, ni divination flatteuse, au milieu de la maison d’Israël. Car moi, je suis l’Éternel ; je parlerai, et la parole que j’aurai dite sera exécutée, elle ne sera plus différée ; car en vos jours, ô maison rebelle, je dirai une parole et je l’exécuterai, dit le Seigneur, l’Éternel. Et la parole de l’Éternel vint de nouveau à moi, disant : Fils d’homme, voici, la maison d’Israël dit : La vision que celui-ci voit est pour des jours lointains, et il prophétise pour des temps éloignés. C’est pourquoi dis-leur : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Aucune de mes paroles ne sera plus différée ; la parole que j’aurai dite sera exécutée, dit le Seigneur, l’Éternel » (12:21-28). Dieu allait donner en ce jour un tel échantillon de tout ce qui arrivait que le peuple aurait honte de croire que c’était pour la fin des jours. « En vos jours, ô maison rebelle, je dirai une parole et je l’exécuterai, dit le Seigneur, l’Éternel » (12:25). Quel témoignage porté à l’inimitié de l’homme contre Dieu au point qu’il avale si facilement l’appât de l’ennemi affirmant que le temps de l’accomplissement était encore éloigné ! L’homme n’aime pas l’intervention de Dieu, dont la domination lui parait intolérable. Mais que dit le prophète ? : « Aucune de mes paroles ne sera plus différée ; la parole que j’aurai dite sera exécutée, dit le Seigneur, l’Éternel » (12:28)

 

16             Chapitre 13

Ce chapitre s’occupe des hommes et des femmes qui, prétendant avoir la pensée du Dieu d’Israël, prophétisaient sans inspiration divine, — instruments de l’ennemi et adversaires de Sa volonté pour la ruine de Son peuple. C’était alors une épreuve particulièrement affligeante pour l’esprit, comme maintenant pour nous, quand on voit dans l’église de faux frères et de faux prophètes, dont le but est le moi, et qui se servent d’une part de flatteries, et d’autre part d’un style autoritaire vis-à-vis de ceux qu’ils veulent influencer, cherchant toujours à discréditer et injurier ceux qui maintiennent la vérité au nom du Seigneur (comparer 2 Cor. 11).

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, prophétise contre les prophètes d’Israël qui prophétisent, et dis à ceux qui prophétisent d’après leur propre cœur : Écoutez la parole de l’Éternel ! Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Malheur aux prophètes insensés qui suivent leur propre esprit et n’ont rien vu ! Ô Israël, tes prophètes ont été comme les renards dans les déserts. Vous n’êtes point montés aux brèches, et vous n’avez pas fermé l’enceinte pour la maison d’Israël, afin de tenir ferme dans la bataille, au jour de l’Éternel. Ils ont eu des visions de vanité et de divination de mensonge, ceux qui disent : L’Éternel a dit ! et l’Éternel ne les a pas envoyés ; et ils font espérer que la parole dite sera accomplie ! N’avez-vous pas vu des visions de vanité et prononcé des divinations de mensonge, quand vous dites : L’Éternel a dit ! — et je n’ai point parlé ? » (13:1-7).

Prétendre être prophète de son propre chef expose au jugement de Dieu ; Celui-ci, bien que plein de grâce et miséricordieux, doit maintenir jalousement Sa majesté et Sa vérité totalement dénaturées et profanées par de tels personnages. Il n’y a d’autre issue que la destruction pour de tels gens et ceux qui les suivent. Ils étaient comme des renards dans les ruines, pleins de ruse et de malice. Rien d’étonnant à ce qu’ils ne montaient pas aux brèches, et n’avaient pas fermé l’enceinte autour de la maison d’Israël afin de tenir ferme dans la bataille au jour de l’Éternel. Ils nous rappellent ceux qui, plus tard, cherchaient une belle apparence dans la chair en contraignant les Gentils à être circoncis de peur qu’eux-mêmes ne souffrent la persécution à cause de la croix de Christ (Gal. 6:12). De telles personnes ne craignaient pas l’Éternel, et ne possédaient pas Son secret, mais ce qu’ils prononçaient n’était que fausseté et divination, car ils disaient : « l’Éternel a dit », alors qu’Il ne les avait pas envoyés, et malgré cela, ils faisaient que des hommes espéraient l’accomplissement de leurs paroles. De là cet appel solennel d’Ézéchiel : « N’avez-vous pas vu des visions de vanité et prononcé des divinations de mensonge quand vous dites : l’Éternel a dit ! et je n’ai point parlé ? » (13:7).

Alors suit ce que Dieu annonce : « C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : À cause que vous dites des choses vaines, et que vous avez eu des visions de mensonge, à cause de cela, voici, je suis contre vous, dit le Seigneur, l’Éternel. Et ma main sera sur les prophètes qui ont des visions de vanité et qui devinent le mensonge : ils ne seront pas dans l’assemblée de mon peuple, et ils ne seront pas écrits dans le registre de la maison d’Israël, et ils n’entreront pas dans la terre d’Israël ; et vous saurez que je suis le Seigneur, l’Éternel. À cause, oui, à cause qu’ils égarent mon peuple, disant : Paix ! et il n’y a point de paix ; et que, si celui-ci bâtit un mur, ceux-là l’enduisent de mauvais mortier, dis à ceux qui enduisent le mur de mauvais mortier, qu’il s’écroulera : il y aura une pluie torrentielle ; et vous, ô pierres de grêle, vous tomberez, et un vent de tempête éclatera. Et voici, quand le mur s’écroulera, ne vous sera-t-il pas dit : Où est l’enduit dont vous l’avez enduit ? C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Je ferai éclater, dans ma fureur, un vent de tempête ; et, dans ma colère, il y aura une pluie torrentielle, et, dans ma fureur, des pierres de grêle, pour détruire entièrement. Et je renverserai le mur que vous avez enduit de mauvais mortier, et je le jetterai par terre, et ses fondements seront découverts, et il croulera, et vous périrez au milieu de ses ruines ; et vous saurez que je suis l’Éternel. Et je consommerai ma fureur contre ce mur et contre ceux qui l’enduisent de mauvais mortier ; et je vous dirai : Le mur n’est plus, ni ceux qui l’enduisaient, les prophètes d’Israël qui prophétisent touchant Jérusalem, et qui voient pour elle une vision de paix, et il n’y a point de paix, dit le Seigneur, l’Éternel (13:8-16).

Quelle chose terrible lorsque les ennemis de Dieu l’obligent moralement à devenir leur ennemi ! Miséricordieux et plein de grâce, Il est lent à la colère ; mais quand une patience trop prolongée ruinerait Ses saints et compromettrait Son honneur, la guerre est déclarée contre ceux qui hypocritement travaillent à saper Sa gloire et à contrecarrer Sa sainte volonté par rapport à Son peuple ; la colère de l’Éternel est en rapport avec Sa Majesté. Il est contre les prophètes de vanité, et sa main est sur eux. « Ils ne sont pas dans l’assemblée de mon peuple, et ils ne seront pas écrits dans le registre de la maison d’Israël, et ils n’entreront pas dans la terre d’Israël » (13:9) Leurs noms doivent être effacés comme ayant perdu tous leurs droits ; il s’agit de ce que Dieu fait publiquement sur la terre, et non pas d’une question de jugement éternel, quoiqu’il soit également clair que leur portion sera une destruction éternelle. Ce serait méconnaître le vrai sens de ce passage que d’y voir la perte de la qualité de membre de l’Église ici-bas, et celle de la communion des saints dans le ciel. Du reste le caractère du péché est rappelé dans le châtiment. Les faux prophètes voulaient-ils flatter le sentiment national des Juifs en leur promettant un prompt retour d’exil ? Eux-mêmes ne reverraient plus jamais le pays dont ils étaient ou allaient être chassés par l’ennemi ; alors ils apprendraient qui était leur Dieu, l’Éternel, et ce qu’Il était, Lui dont ils avaient traité le nom avec légèreté. Il ne laisserait pas conduire Son peuple à la ruine alors que ses séducteurs resteraient impunis, et Il permettrait encore moins que le mot sacré de paix soit perverti en le détournant à des fins personnelles ; c’est comme quand on construit une muraille de défense et qu’on l’enduit avec du mortier qui ne tient pas. Qu’est-ce sinon de la tromperie ? Elle s’écroulera, telle est la parole prononcée à l’encontre de ceux qui construisent : « Il y aura une pluie torrentielle ; et vous, ô pierres de grêle, vous tomberez, et un vent de tempête éclatera » (13:11). C’est de la même manière que d’autres prophètes ont annoncé les derniers malheurs futurs d’Israël, comme dans le Psaume 83, Ésaïe 28 et 29, Ézéchiel 38:22, Apocalypse 8 et 16. L’Éternel se porte garant lui-même d’un tel jugement, en sorte que tout refuge de mensonges sera rasé, et les conducteurs qui égarent avec ceux qu’ils égarent seront détruits, avec la terrible conviction que c’est bien Dieu qui juge ainsi les faux prophètes et leurs visions de paix sans paix.

Les femmes aussi, pas seulement les hommes, prennent leur triste part dans ce désastre moral d’Israël. D’où la parole de l’Éternel : « Et toi, fils d’homme, tourne ta face contre les filles de ton peuple qui prophétisent d’après leur propre cœur, et prophétise contre elles, et dis : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Malheur à celles qui cousent des coussinets pour toutes les jointures des mains, et qui font des voiles pour la tête des gens de toute taille, afin de faire la chasse aux âmes ! Voulez-vous faire la chasse aux âmes de mon peuple, et vous conserver la vie à vous-mêmes ? Et me profaneriez-vous auprès de mon peuple pour des poignées d’orge et pour des morceaux de pain, afin de faire mourir les âmes qui ne devaient pas mourir, et pour faire vivre les âmes qui ne devaient pas vivre, en mentant à mon peuple qui écoute le mensonge ? » (13:17-19). L’influence des femmes a été grande dans ce monde, pour le mal et pour le bien ; et comme Dieu a daigné accorder à certaines d’entre elles Ses meilleurs dons, ne soyons pas surpris que Satan se serve pour le mal de celles qu’il peut employer. La forme particulière du mal mentionnée ici consiste à séduire en flattant les oreilles des victimes, et à prendre dans des filets ces âmes à la recherche des objets les plus mesquins de la vie, tuant moralement ceux qui ne devraient pas mourir, et faisant vivre des âmes qui ne devraient pas vivre.

C’est de cette manière d’ailleurs que l’erreur agit toujours. La fausse doctrine enhardit les mauvais et cherche à alarmer les bons. C’est ainsi que le monde organise sa religion. Il peut y avoir des malédictions et des avertissements, mais ils sont sans force, parce qu’on y trouve des explications. Et quand on continue à les répéter, cela donne l’apparence de haïr l’iniquité et d’aimer la justice ; et ainsi l’homme marche dans une vaine apparence jusqu’à ce qu’en enfer, il lève ses yeux, étant dans les tourments (Luc 16:23). D’un autre côté, la grâce n’est pas du goût du monde, elle lui semble pire qu’une tolérance païenne du péché. De là vient que les croyants qui marchent avec le monde par amour de leurs aises et de leur position, ne trouvent jamais la nourriture dont leurs âmes ont besoin en tant que nées de Dieu ; ils s’épuisent ainsi dans la faim et la misère, s’abstenant dans une mesure des jouissances du monde, mais dépourvus des consolations proprement chrétiennes, remettant ouvertement à plus tard au ciel la communion des saints et le culte de leur Dieu et Père qui devraient les caractériser sur la terre.

« C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’en veux à vos coussinets pour que les âmes, que par eux vous prenez en chasse, s’envolent ; et je les arracherai de dessus vos bras, et je ferai échapper les âmes que vous prenez en chasse, les âmes, afin qu’elles s’envolent ; et je déchirerai vos voiles, et je délivrerai mon peuple de vos mains, et ils ne seront plus en vos mains pour être pris en chasse ; et vous saurez que je suis l’Éternel » (13:20-21). C’est en vain qu’on s’oppose à Dieu : il est bien étrange que des hommes et des femmes puissent espérer réussir dans un tel conflit ! La vérité est que la volonté aveugle par le moyen des ruses de l’ennemi, et ils ne réalisent pas que c’est avec Dieu qu’ils sont en conflit, et qu’une telle lutte se termine par leur propre confusion éternelle, et par la manifestation de leurs artifices devant ceux dont ils avaient espéré faire leur proie. « Parce que vous avez chagriné par la fausseté le cœur du juste, que moi je n’ai pas attristé, et parce que vous avez fortifié les mains du méchant, pour qu’il ne se détournât pas de ses mauvaises voies afin de sauver sa vie » (13:22). Dieu déclare que la fin de ceci, leur complète destruction, est venue, et en même temps la délivrance de Son peuple qu’ils avaient espéré duper. « À cause de cela, vous n’aurez plus de visions de vanité, et vous ne pratiquerez plus la divination ; et je délivrerai mon peuple de vos mains, et vous saurez que je suis l’Éternel » (13:23). C’est ainsi que sonne constamment le glas du jugement des ennemis d’Israël au-dedans et au-dehors. Pour des pécheurs qui poursuivent dans leurs voies de péchés, connaître l’Éternel, savoir qui Il est, c’est leur jugement sous Sa main puissante.

 

17             Chapitre 14

La visite des anciens au prophète devient l’occasion d’une nouvelle révélation, mais non pas cette fois sous la forme d’une vision. Ils semblaient venir pour écouter la parole de Dieu, mais Dieu n’est pas trompé par leur attitude ; de la même manière, le prophète ne doit pas s’écarter du devoir solennel et rigoureux qui lui est imposé.

« Et des hommes d’entre les anciens d’Israël vinrent vers moi, et s’assirent devant moi. Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, ces hommes ont élevé leurs idoles dans leurs cœurs, et ont placé devant leur face la pierre d’achoppement de leur iniquité. Serais-je consulté par eux ? C’est pourquoi parle-leur, et dis-leur : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Quiconque, de la maison d’Israël, aura élevé ses idoles dans son cœur et aura placé devant sa face la pierre d’achoppement de son iniquité, et viendra vers le prophète, moi, l’Éternel, je lui répondrai selon ceci, selon la multitude de ses idoles ; afin de prendre la maison d’Israël par leur propre cœur, car ils se sont tous séparés de moi par leurs idoles » (14:1-5).

La semence sainte s’était souillée, et ses conducteurs méritent d’être blâmés plus que tous ceux qu’ils avaient égarés par leur exemple. Quelles que fussent leur apparence ou leur prétention, ils avaient « élevé leurs idoles dans leurs cœur ». Ce n’était pas une question d’effet de forces ou d’influences extérieures : les anciens aimaient ces abominations ; ils couraient après leurs idoles avec une avidité secrète, et ils satisfaisaient leurs convoitises à l’égard des faux-dieux en plaçant la pierre d’achoppement de leur iniquité devant leurs yeux, en rébellion ouverte et délibérée contre l’Éternel. Dans de telles circonstances, venir et prétendre s’enquérir de la pensée de l’Éternel n’était que l’effronterie de l’injuste.

« Serais-je consulté par eux ? » Insulter Dieu en adorant des idoles, puis venir quand même devant Son prophète, était un endurcissement grossier, et non pas un signe permettant d’espérer la repentance. À celui qui viendra ainsi, l’Éternel répondra selon la multitude de ses idoles. Dieu est puissant et ne méprise personne ; mais Il ne prendra pas part à Son propre déshonneur, et Ses jugements sont salutaires pour ceux qui Le craignent. Comment pourrait-il répondre à des anciens rebelles sinon en faisant sentir Sa majesté ? Ils recherchaient une réponse par curiosité ; Il leur prouverait que leurs nombreuses idoles ne valaient rien, « afin de prendre la maison d’Israël par leur propre cœur, car ils se sont tous séparés de moi par leurs idoles ». Les anciens et le peuple s’étaient éloignés de Dieu qui voulait agir sur leur cœur — se plaçant au-dessus d’eux là où ils agissaient avec orgueil.

Dans les versets 6 à 11 nous trouvons un message encore plus explicite adressé à la maison d’Israël, leur demandant de se repentir et de se détourner de leurs idoles : sinon l’Éternel répondrait lui-même à ceux qui venaient ainsi consulter, et Il le ferait en les retranchant, qu’ils fassent partie des prophètes séduits ou de ceux qui le consultent. « C’est pourquoi, dis à la maison d’Israël : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Revenez, détournez-vous de vos idoles, et détournez vos faces de toutes vos abominations. Car quiconque, de la maison d’Israël ou des étrangers qui séjournent en Israël, se sépare de moi, et élève ses idoles dans son cœur et place la pierre d’achoppement de son iniquité devant sa face, et viendra vers le prophète pour me consulter par lui, — moi, l’Éternel, je lui répondrai par moi-même ; et je mettrai ma face contre cet homme et je ferai de lui un signe et un proverbe, et je le retrancherai du milieu de mon peuple ; et vous saurez que je suis l’Éternel. Et si le prophète est séduit, et qu’il profère une parole, moi l’Éternel, j’ai séduit ce prophète ; et j’étendrai ma main sur lui, et je le détruirai du milieu de mon peuple Israël. Et ils porteront leur iniquité : la peine de l’iniquité du prophète sera comme la peine de l’iniquité de celui qui consulte, afin que la maison d’Israël ne s’égare plus d’auprès de moi, et qu’ils ne se rendent plus impurs par toutes leurs transgressions. Et ils seront mon peuple, et moi je serai leur Dieu, dit le Seigneur, l’Éternel » (14:6-11). Dieu agit ainsi judiciairement, se montrant obstiné envers un peuple obstiné, et renvoyant ceux qui mentent à ceux qui aiment le mensonge, afin que tous soient punis ensemble, et qu’Israël puisse apprendre la leçon nécessaire, et être de nouveau Son peuple comme Lui serait leur Dieu.

 

Au verset 12 commence une autre parole de Dieu à Ézéchiel. «  Fils d’homme, si un pays pèche contre moi en commettant une infidélité, et que j’étende ma main sur lui, et que je lui brise le bâton du pain, et y envoie la famine, et retranche du milieu de lui les hommes et les bêtes, et que ces trois hommes, Noé, Daniel et Job, fussent au milieu de lui, ceux-ci délivreraient leurs âmes par leur justice, dit le Seigneur, l’Éternel.

Si je fais passer les bêtes mauvaises par le pays, et qu’elles le dépeuplent, et qu’il soit devenu une désolation en sorte que personne n’y passe à cause de ces bêtes, — ces trois hommes fussent-ils au milieu de lui, je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel, s’ils délivraient fils ou filles ! eux seuls seraient délivrés, et le pays sera une désolation.

Ou, si je fais venir l’épée sur ce pays-là, et que je dise : Épée, passe par le pays ; et que je retranche du milieu de lui les hommes et les bêtes, —  ces trois hommes fussent-ils au milieu de lui, je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel, ils ne délivreraient ni fils ni filles ! mais eux seuls seraient délivrés.

Ou, si j’envoie la peste sur ce pays-là, et que je verse ma fureur sur lui en faisant couler le sang, pour retrancher du milieu de lui les hommes et les bêtes, — Noé, Daniel et Job, fussent-ils au milieu de lui, je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel, s’ils délivraient fils ou filles ! eux seulement, par leur justice, délivreraient leurs âmes » (14:13-20).

Le prophète entend cette sentence terrible que lorsque l’excès du mal amène l’un quelconque des châtiments de Dieu sur un pays, les trois saints hommes, Noé, Daniel et Job, dont l’intercession a eu lieu à des moments critiques de l’histoire divine de l’homme, ne pourraient, par leur justice, sauver qu’eux-mêmes (il n’est question ici que du gouvernement de ce monde, et non pas de la grâce pour la vie éternelle). Si la famine, les mauvaises bêtes, l’épée ou la peste venait affliger le peuple, ces trois hommes aux-mêmes n’arriveraient pas à sauver ni un fils ni une fille, ils ne se délivreraient qu’eux seuls. Et que serait-ce alors quand ces quatre plaies désastreuses seraient envoyées par Dieu sur Jérusalem ? Qui pourrait protéger le peuple coupable ? « Car ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Combien plus si j’envoie mes quatre jugements désastreux, l’épée, et la famine, et les bêtes mauvaises, et la peste, contre Jérusalem, pour en retrancher les hommes et les bêtes ! Mais voici, il y aura en elle un reste réchappé de gens qui en sortiront, des fils et des filles ; voici, ils sortiront vers vous, et vous verrez leur voie et leurs actions, et vous vous consolerez du mal que j’ai fait venir sur Jérusalem, de tout ce que j’ai fait venir sur elle. Et ils vous consoleront, car vous verrez leurs voies et leurs actions ; et vous saurez que ce n’est pas sans raison que j’ai fait tout ce que j’ai fait en elle, dit le Seigneur, l’Éternel » (14:21-23).

Ainsi, quel que fût l’amour que le prophète portait au peuple, quelle que fût son affliction quand il voyait coup après coup tomber sur eux, il est amené à la longue, à accepter de cœur les voies de l’Éternel, malgré leur sévérité. Car Il ne fait jamais couler une larme inutilement, et fait que la miséricorde se glorifie vis-à-vis du jugement (Jacq. 2:13).

 

18             Chapitre 15

Le message suivant de l’Éternel revêt la forme d’une parabole, dont l’explication est rendue certaine par les derniers versets de ce court chapitre.

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, le bois de la vigne, que vaut-il plus que tout autre bois, le sarment qui est parmi les arbres de la forêt ? En prendra-t-on du bois pour en faire quelque ouvrage, ou en prendra-t-on une cheville pour y suspendre quelque ustensile ? Voici, on le met au feu pour être consumé ; le feu en consume les deux bouts, et le milieu est brûlé. Serait-il propre à un ouvrage ? Voici, quand il était entier, on n’en a fait aucun ouvrage ; combien moins, quand le feu l’aura consumé et qu’il sera brûlé, en fera-t-on encore un ouvrage » (15:1-5).

Il y a sans doute une distinction voulue entre les différents arbres employés comme symboles dans l’Écriture. Comparons-en trois brièvement ici, tous les trois étant appréciés pour leur fruit : le figuier, l’olivier et la vigne. Le figuier est le seul qui soit appliqué exclusivement à Israël ; à tel point qu’on ne peut guère manquer de voir en lui le représentant particulier de cette nation en contraste avec les Gentils. Comparez surtout Matt. 24 et Luc. 21 ; en Matt. 24 on a le figuier seul, tandis qu’en Luc 21 (où les Gentils sont introduits selon la portée de cet évangile), on a « le figuier et tous les arbres ».

L’olivier, on le voit en Romains 11, comprend d’abord les Juifs en tant que branches naturelles de l’arbre de la promesse et du témoignage sur la terre, croissant à partir du tronc d’Abraham, et arrachées ensuite pour cause d’incrédulité ; les Gentils ont alors été greffés contre nature, ce qui est encore le cas ; enfin par pure grâce, même si c’est selon la promesse, Israël sera greffé de nouveau à la suite de leur repentance, lorsque les Gentils seront arrachés et que la grâce restaurera la nation élue pour toujours sur son propre olivier.

La vigne a une application plus variée ; d’abord Israël, qui devient vide (*), puis le Seigneur avec les disciples en tant que sarments rattachés à Celui qui est le vrai cep (Jean 15), et enfin la vigne de la terre (Apoc. 14:18-19) quand la chrétienté abandonne la grâce et la vérité qui vinrent par Jésus Christ (Jean 1:17), et qu’à la fin de l’ère chrétienne le jugement divin tombe sans plus rien épargner.

 

(*) note Bibliquest : C’est la traduction d’Osée 10:1 dans la version autorisée du roi Jacques : « Israël est une vigne vide ». JND traduit « Israël est une vigne branchue » pour sa version française, et « Israël est une vigne qui n’a pas été élaguée » pour sa version anglaise. Ésaïe 5:6 dit que la vigne d’Israël est réduite en désert.

La vigne n’a aucune valeur si elle ne donne pas de fruit. D’autres arbres, s’ils ne portent pas de fruit ou quand ils cessent d’en donner, peuvent être excellents pour toute sorte d’usages, notamment ornemental. Mais il n’en est pas ainsi de la vigne ; si elle ne porte pas de fruit, elle n’est bonne qu’à être brûlée. Son bois est déjà sans utilité avant que le feu ne le touche, combien plus quand les deux bouts sont consumés et le milieu est brûlé !

Il en est précisément ainsi, dit l’Esprit de Dieu, avec les habitants de Jérusalem. Sans fruit pour Dieu, ils sont destinés au feu du jugement divin. Si les Juifs avaient manqué comme représentants du vrai Dieu, s’ils avaient falsifié le témoignage confié à leurs soins, s’ils avaient trahi Son nom, que pouvait faire l’Éternel, sinon consumer comme des ennemis ceux qui, d’entre tous les hommes, avaient la si sérieuse responsabilité d’obéir à Sa loi ? Fermer les yeux sur leur turpitude morale et leur idolâtrie abominable, ne pouvait convenir au Dieu qui voit tout et qui s’était plus à habiter au milieu d’eux seuls parmi toutes les nations de la terre. Or le moment n’était pas encore venu de poser, dans la mort et la résurrection de Christ, le fondement d’une nouvelle création qui ne faillirait pas et ne passerait pas. C’est pourquoi le Dieu vivant devait agir envers Son peuple sur la base prise lors l’alliance conclue entre Lui et eux ; d’où l’action annoncée ici par le prophète. « C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : comme le bois de la vigne parmi les arbres de la forêt, que j’ai livré au feu pour être consumé, ainsi je livrerai les habitants de Jérusalem et je mettrai ma face contre eux : ils sortiront d’un feu, et un autre feu les consumera ; et vous saurez que je suis l’Éternel, quand j’aurai mis ma face contre eux. Et je ferai du pays une désolation, parce qu’ils ont commis le péché, dit le Seigneur, l’Éternel » (15:6-8).

Combien cette déclaration est énergique ! L’Éternel ne se bornerait pas à livrer les habitants de Jérusalem comme le bois de la vigne qu’on met au feu, mais il « mettrait Sa face contre eux ». Quel présage pour ceux qui connaissaient Son nom et Sa haine du mal ! Et comme s’il ne suffisait pas que l’Éternel proclame ainsi son opposition fermement décidée, il est ajouté qu’ils sortiront d’un feu pour être consumés par un autre feu ». Il en était bien ainsi de la cité coupable du Grand Roi. Si l’on évitait le feu ici, ce n’était que pour le rencontrer ailleurs. Il n’y avait pas moyen d’échapper, car aucune repentance réelle ne s’était montrée, et on ne se moque pas de Dieu (Gal. 6:7). Celui qui jadis avait jugé l’humanité dans son ensemble, ou dans le cercle le plus restreint de leur culpabilité, devait maintenant s’occuper avec une exactitude encore plus grande de Ses soins puisqu’il s’agissait de Son propre peuple et de sa capitale. S’ils l’avaient écouté et avaient marché dans Ses voies, Il aurait subjugué leurs ennemis, et les aurait comblés de toute sorte de biens. Mais ils ne voulaient pas L’écouter et s’étaient choisi les dieux étrangers des païens. L’Éternel était donc dans l’obligation ou bien de consentir à Son propre déshonneur en supportant Jérusalem malgré son apostasie, ou bien de les forcer à apprendre qu’Il était l’Éternel en mettant Sa face contre eux. Triste alternative ! Comme la première option était impossible, la seconde était la seule voie que méritaient leurs iniquités, le seul chemin ouvert jusqu’à la venue du Messie, qui, en portant leur jugement, permettait à la miséricorde de Dieu de recommencer à nouveau sur la base de la grâce souveraine tout en agissant de manière juste. Au stade où en étaient les choses à ce moment-là, le prophète ne pouvait qu’annoncer « je ferai du pays une désolation, parce qu’ils ont commis le péché, dit le Seigneur, l’Éternel » (15:8).

 

19             Chapitre 16

Si dans le chapitre précédent le symbole de la vigne sans fruit destinée au feu nous a montré le côté négatif de la condition de Jérusalem et ses conséquences inéluctables, l’allégorie de ce ch. 16 présente son iniquité par une description très colorée. « Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, fais connaître à Jérusalem ses abominations » (16:1-2).

Le peuple élu avait été destiné à supplanter les nations, et était tenu de le faire, parce que le pays vomissait ses habitants à cause de leurs abominations, et on ne peut concevoir de figure plus poignante que celle représentant l’origine et la naissance de Jérusalem, comme provenant de Canaan, d’un père Amoréen et d’une mère Héthienne (16:3). Cela est naturellement moral, non pas historique : de la même manière Ésaïe qualifie les chefs comme étant « Sodome », et le peuple comme étant « Gomorrhe » (És. 1:10). Dès les jours les plus anciens, nous voyons comment les deux races mentionnées par Ézéchiel étaient considérées par les patriarches (Gen. 15:16 ; 27:46) .

Mais l’Écriture montre elle-même que le fait de naître d’une race méprisable ne peut lier l’homme au mal, quand on fait intervenir Dieu et qu’on s’appuie sur Lui en quelque mesure que ce soit. Qu’en était-il dans le cas présent ? Voilà une misérable paria, privée des soins et des égards les plus élémentaires, jetée dans les champs le jour même de sa naissance (16:4-5). L’Éternel passa près d’elle, la vit souillée dans son sang, et lui dit dans son sang : Vis (16:6) ; et l’expression qui en est donnée est tout à fait emphatique. Grâce à Ses soins protecteurs, elle devint une femme, habillée et revêtue des ornements les plus splendides, et l’Éternel fit une alliance avec elle, et la prit comme étant à Lui. Celle qui avait été ainsi purifiée, et magnifiquement ornée, prospéra pour devenir un royaume dont la renommée se répandit partout, à cause de la splendeur que l’Éternel avait mis sur elle (16:7-14).

Qu’y eut-il en retour ? « Tu te confias en ta beauté, et tu te prostituas à cause de ta renommée ». Tableau douloureux, aussi triste que vrai. La beauté de Jérusalem était pour tous les passants (16:15-16). « Et tu pris de tes vêtements, et tu te fis des hauts lieux de diverses couleurs » (16:16) [ou : de divers morceaux, comme cela peut vouloir dire, pour exprimer le mépris du prophètes pour les tapisseries tissées par les femmes juives pour les dieux et déesses païens, Astarté en particulier]. La souillure de l’idolâtrie de Jérusalem dépassait tout ce qui avait précédé, et tout ce qui devait suivre. Elle se signalait par le fait qu’elle gaspillait pour les infâmes idoles des païens toutes les innombrables faveurs de son époux divin (car c’est ce qu’était son Créateur pour elle).

« Et tu pris tes objets de parure, faits de Mon or et de Mon argent que je t’avais donnés, et tu t’en fis des images d’hommes, et tu te prostituas avec elles ; et tu pris tes vêtements de broderie, et tu les en couvris, et tu mis devant elles mon huile et mon encens ; et ma viande que je t’avais donnée, la fleur de farine, et l’huile, et le miel, dont je te nourrissais, tu les mis devant elles, en odeur agréable. Il en a été ainsi, dit le Seigneur, l’Éternel. Et tu pris tes fils et tes filles que tu m’avais enfantés, et tu les leur offris en sacrifice pour qu’ils les dévorassent. Était-ce trop peu que ta prostitution, que tu égorges mes fils, et que tu les livres pour passer au feu pour leur être consacrés » (16:17-21). Elle avait encore ajouté à l’affliction de Son cœur, le fait qu’avec toutes ses abominations et sa débauche, elle ne s’était pas souvenue des jours de sa jeunesse, quand elle était nue et découverte, gisante dans son sang (16:22).

L’Éternel détaille alors l’impureté sans borne dans laquelle Jérusalem s’est lancée avec une convoitise débridée, acceptant non seulement toute impureté d’idolâtrie qui passait, mais allant courtiser des relations idolâtres avec les étrangers de tout côté, y compris avec les nations les plus éloignées, faisant même honte à leurs voisins philistins qui se satisfaisaient de leurs propres dieux (16:23-29).

C’est une vérité solennelle et certaine que quand le peuple de Dieu s’écarte de Lui, ils sont capables de glisser plus loin que tout autre. N’étant plus sous la garde de Celui pour lequel ils n’ont pas eu de considération, ils deviennent spécialement le jouet de Satan, et même une victime de choix pour ses ruses, car il cherche à s’en servir efficacement pour déshonorer le Dieu vivant et les détacher irrémédiablement de Lui dans toute la mesure du possible. Quelle énigme l’histoire morale du monde et de l’homme pour tous ceux qui ne voient pas le conflit entre Dieu et Son ennemi ! À cette époque, c’était Jérusalem qui était en jeu, aujourd’hui c’est l’Église ; mais il s’agit toujours de l’opposition du diable contre le Fils de Dieu, de manière universelle, dans l’arène spéciale qui touche à Sa gloire, pour le temps présent.

« Oh ! que ton cœur est faible, dit le Seigneur, l’Éternel, que tu aies fait toutes ces choses, l’œuvre d’une prostituée éhontée, te bâtissant ton lieu de débauche au bout de chaque chemin ; et tu as établi ton haut lieu dans toutes les places. Et tu n’es pas comme une prostituée, en ce que tu dédaignes le salaire : femme qui commets l’adultère, tu prends des étrangers à la place de ton mari. On fait des cadeaux à toutes les prostituées ; mais toi, tu fais tes cadeaux à tous tes amants, et tu les engages par des présents à venir vers toi de tous côtés, pour tes prostitutions. Et il arrive chez toi, dans tes prostitutions, le contraire de ce qui se voit chez les femmes : on ne te suit pas pour commettre fornication ; et, en ce que tu donnes des présents et qu’on ne te donne pas de présents, tu fais le contraire » (16:30-34).

Les versets 30 à 34 nous révèlent une terrible aggravation de la culpabilité de Jérusalem. Ils n’avait rien à gagner tellement l’Éternel les avait bénis. D’autres, voyant ailleurs des richesses et des biens, pouvaient être aveuglés par leur soif de ces biens, et les attribuer à la puissance des dieux des collines ou des vallées ; et du coup, ils ajoutaient idoles sur idoles ; mais Jérusalem était inexcusable parce qu’elle n’avait rien à désirer d’aucune nation alentour, grande ou petite, proche ou lointaine. Or elle ne faisait que convoiter des faux dieux pour le seul plaisir de convoiter ; c’était pécher au maximum pour le plaisir de pécher, servant d’excuse aux femmes débauchées les plus viles par comparaison à ce qu’elle faisait.

Alors l’Éternel somme Jérusalem la prostituée d’écouter Sa sentence sur sa débauche folle et insatiable (16:35-43). « C’est pourquoi, prostituée, écoute la parole de l’Éternel : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Parce que ta corruption a été déversée, et que ta nudité a été découverte à tes amants par tes prostitutions, et à toutes les idoles de tes abominations, et à cause du sang de tes fils que tu leur as livrés ; à cause de cela, voici, je rassemble tous tes amants avec lesquels tu te plaisais, et tous ceux que tu as aimés, avec tous ceux que tu as haïs ; et je les rassemblerai de toutes parts contre toi, et je leur découvrirai ta nudité, et ils verront toute ta nudité. Et je te jugerai du jugement des femmes adultères et de celles qui versent le sang, et je te livrerai au sang de la fureur et de la jalousie ; et je te livrerai entre leurs mains, et ils abattront ton lieu de débauche et démoliront tes hauts lieux ; et ils te dépouilleront de tes vêtements, et prendront tes objets de parure, et te laisseront nue et découverte. Et on fera monter contre toi un rassemblement d’hommes, et ils te lapideront avec des pierres, et te transperceront avec leurs épées ; et ils brûleront tes maisons par le feu, et exécuteront sur toi des jugements aux yeux de beaucoup de femmes. Et je te ferai cesser de commettre fornication, et, des présents aussi, tu n’en donneras plus. Et je satisferai ma fureur sur toi, et ma jalousie se retirera de toi ; et je me tiendrai tranquille, et je ne me courroucerai plus. Parce que tu ne t’es pas souvenue des jours de ta jeunesse, et que tu m’as irrité par toutes ces choses, voici, moi aussi je fais retomber ta voie sur ta tête, dit le Seigneur, l’Éternel ; et tu ne commettras pas l’infamie par-dessus toutes tes abominations » (16:35-43).

À propos de la « corruption » au v. 36, il semble douteux que cette traduction du mot hébreu puisse être maintenue. Le mot signifie le cuivre, ou l’airain, et par suite, l’argent (monnaie) ou la richesse ; il semble que ce soit une allusion à la manière non naturelle dont Jérusalem prodiguait tout ce qu’elle avait aux objets de son idolâtrie. Tel est au moins le jugement de certains des meilleurs traducteurs en partant des plus anciens, les Septante, jusqu’à Mr. Isaac Leeser, le dernier des traducteurs juifs. On suppose que le terme « corruption » de la version autorisée du roi Jacques dérive de l’idée des incrustations poison en airain ou en cuivre ; mais ceci paraît tiré par les cheveux et ne se justifierait que si le contexte dirigeait vers une telle remarque figurée, surtout que c’est incompatible avec le sens le plus évident. Ce sens évident est plus approprié et plus frappant. Dieu menace Sa ville coupable, de l’exposer à la vue de tous ses amants et de tous ceux qui la haïssent, et de lui infliger les châtiments qui conviennent aux adultères, — humiliation, désolation, lapidation, découpage en morceaux, et mise au feu — jusqu’à ce que Sa colère cesse et que Sa jalousie se détourne, et qu’elle cesse de pratiquer la méchanceté et ses abominations (16:43).

Alors le prophète montre l’Éternel prononçant un proverbe qui convenait à pareille iniquité : Telle mère, telle fille, — ré-appliquant ainsi la relation morale de Jérusalem, non pas au père des croyants ou autres héritiers de la promesse, mais aux races corrompues de Canaan. «  Tu es la fille de ta mère qui avait en horreur son mari et ses enfants ; et tu es la sœur de tes sœurs qui avaient en horreur leurs maris et leurs enfants. Votre mère était une Héthienne, et votre père était un Amoréen. Et ta sœur, l’aînée, c’est Samarie qui demeure à ta gauche, elle et ses filles ; et ta jeune sœur qui demeure à ta droite, c’est Sodome et ses filles. Mais tu n’as pas marché dans leurs voies, et tu n’as pas fait selon leurs abominations ; mais, comme si c’était bien peu, tu t’es corrompue dans toutes tes voies plus qu’elles. Je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel, que Sodome ta sœur, elle et ses filles, n’a pas fait comme tu as fait toi et tes filles ! Voici, c’est ici l’iniquité de ta sœur Sodome : orgueil, abondance de pain et insouciant repos, elle les a possédés, elle et ses filles ; mais elle n’a pas fortifié la main de l’affligé et du pauvre. Elles se sont élevées et ont commis des abominations devant moi ; et je les ai ôtées lorsque je l’ai vu. Et Samarie n’a pas péché selon la moitié de tes péchés ; tu as multiplié plus qu’elles tes abominations, et tu as justifié tes sœurs par toutes tes abominations que tu as commises. Toi aussi, toi qui as jugé tes sœurs, porte ta confusion à cause de tes péchés, par lesquels tu as agi plus abominablement qu’elles ; elles sont plus justes que toi. Et toi aussi, sois honteuse et porte ta confusion, parce que tu as justifié tes sœurs » (16:45-52).

Jérusalem avait dépassé non seulement Samarie sa sœur aînée, mais même Sodome, sa plus jeune sœur. Elle avait eu assez de connaissance pour pouvoir les juger, mais au lieu de cela, elle s’était précipitée avec encore plus d’ardeur dans de plus grandes abominations. Les deux autres, ayant connu Dieu, ne l’avaient pas glorifié comme Dieu (Rom. 1:21), mais elles L’avaient abandonné dans leur ingratitude et leur vanité, et elles s’étaient livrées aux faux dieux, à des passions infâmes et à un esprit réprouvé (Rom. 1:26, 28). Pourtant, en comparaison de Jérusalem, elles étaient excusables ! « Toi aussi, sois honteuse et porte ta confusion parce que tu as justifié tes sœurs ». Combien le changement sera complet, et l’humiliation profonde lorsque les Juifs sentiront et confesseront honnêtement la vérité telle que l’Éternel la prononce ici ! Nous sommes assurés qu’ils le feront.

Hélas ! cette repentance est pour un jour futur, mais ce jour viendra sûrement, et Jérusalem si longtemps infidèle inclinera son cœur devant la fidélité incomparable de l’Éternel se révélant Lui-même à elle en Jésus qu’elle a mis à mort. Cela aura lieu à la fin de ce temps, quand la prédiction du retour de captivité s’accomplira par grâce (16:53-57). « Et je tournerai en délivrance leur captivité, la captivité de Sodome et de ses filles, et la captivité de Samarie et de ses filles, et la captivité de tes captifs au milieu d’elles, afin que tu portes ta confusion, et que tu sois confuse de tout ce que tu as fait, en ce que tu les consoles. Et tes sœurs, Sodome et ses filles, retourneront à leur ancien état, et Samarie et ses filles retourneront à leur ancien état ; et toi et tes filles, vous retournerez à votre ancien état. Et Sodome, ta sœur, n’a pas été mentionnée par ta bouche, au jour de ton orgueil, avant que ton iniquité fût découverte, comme au temps des outrages des filles d’Aram [ou : de Syrie] et de toutes celles d’alentour, des filles des Philistins, qui te méprisaient de toutes parts » (16:53-57). C’est une vue bien médiocre de la prophétie que de rabaisser cette dernière prédiction à la restauration des Juifs sous Cyrus et à la participation à leur sort des races d’au-delà de la Mer Morte et limitrophes de la Palestine. Une captivité plus grande et plus terrible devait suivre sous le quatrième empire ; mais le retour de cette captivité attend le jour brillant où toute peine sera bannie de la terre pour ceux qui s’humilieront devant le Nazaréen revenant pour régner.

Cela est encore plus clair avec ce qui suit. « Ton infamie et tes abominations, tu les portes, dit l’Éternel. Car ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Je te ferai comme tu as fait, toi qui as méprisé le serment et rompu l’alliance. Mais je me souviendrai de mon alliance avec toi dans les jours de ta jeunesse, et j’établirai pour toi une alliance éternelle. Et tu te souviendras de tes voies ; et tu seras confuse, quand tu recevras tes sœurs, tes aînées, avec celles qui sont plus jeunes que toi, et que je te les donnerai pour filles, mais non pas selon ton alliance. Et j’établirai mon alliance avec toi, et tu sauras que je suis l’Éternel ; afin que tu te souviennes, et que tu sois honteuse, et que tu n’ouvres plus la bouche, à cause de ta confusion, quand je te pardonnerai tout ce que tu as fait, dit le Seigneur, l’Éternel » (16:58-63). C’est la restauration finale de Jérusalem sous la nouvelle alliance, désignée expressément ici et ailleurs comme l’alliance éternelle, tellement en contraste avec celle de Sinaï, sous laquelle il avait été impossible qu’il y eut restauration après leur culpabilité, surtout une culpabilité sans précédent comme celle de Jérusalem. Il est douloureux de trouver une fausse doctrine comme celle de Fairbairn et Hävernick qui confondent les deux alliances, soutenant qu’elles sont différentes dans la forme et identique quant au fond. Il est encore plus douloureux de constater que l’erreur moderne n’est que l’héritière du grand commentateur de la Réformation, lequel la tenait lui-même des pères de l’église ! C’est montrer une ignorance fondamentale de la grâce que de confondre cette alliance-là avec la loi ; et la mention de Samarie et de Sodome aurait dû spécialement mettre en garde contre cette erreur. Il est du plus grand intérêt de voir que les villes les plus coupables, avant et après la loi, sont assurées d’une restauration en même temps et sur le même fondement que Jérusalem. Elle les aura pour sœurs en ce jour, elle qui n’aurait pas voulu même prononcer leurs noms aux jours de son orgueil et de son péché. Mais la grâce, celle de Dieu, change tout pour l’homme, et change l’homme en vue de la gloire.

 

20             Chapitre 17

Nous avons ici une autre illustration, vivante et si typique, de notre prophète présentant l’état de choses existant parmi le peuple de Dieu, la ruine imminente à cause de l’impiété du roi (dans le serment au nom de l’Éternel avec le chef des Gentils), et finalement le royaume du Messie, — ce royaume étant si abaissé lors de sa première présentation, et, le moment venu, si exalté par Dieu au-dessus de tous les royaumes de la terre. Il y a bien des ressemblances entre la dernière partie de ce chapitre et des prophéties telles qu’Ésaie 11 et 53 ; Daniel 2:34, 35, 44, 45 ; Michée 5, mais celle qui nous occupe a ses caractères propres bien distincts, comme d’ailleurs chacune des autres que nous venons de citer.

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, propose une énigme et présente une parabole à la maison d’Israël, et dis : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Un grand aigle, à grandes ailes, à longues pennes, plein de plumes, qui était de couleurs variées, vint au Liban, et prit la cime d’un cèdre ; il arracha la plus haute de ses jeunes pousses, et la transporta dans un pays de marchands et la mit dans une ville de commerçants. Et il prit de la semence du pays et la mit dans un champ où l’on sème ; il la transporta près de grandes eaux, il la planta comme un saule. Et elle poussa et devint une vigne qui s’étendit, mais avait peu de hauteur, pour que ses branches se tournassent vers lui et que ses racines fussent sous lui ; et elle devint une vigne, et produisit des sarments, et poussa des feuilles » (17:1-6).

Le grand aigle n’est autre que le roi de Babylone que Dieu dans sa sagesse souveraine a établi comme tête du système impérial Gentil, après la démonstration de la ruine morale d’Israël et de sa rébellion contre l’Éternel. Un autre prophète avait déjà employé une comparaison semblable au sujet de Nébucadnetsar (Jér. 48:40 ; 49:22). Mais ici l’allégorie est complète, car le cèdre du Liban représente la royauté en Israël dont la maison de David était investie, et qui maintenant, à cause de ses péchés, se trouvait dans la servitude du chef des Gentils. Jehoïakim est le roi de Juda décrit ici comme la plus haute pousse de la cime, laquelle Nébucadnetsar transporta avec lui à Babylone ; celle-ci était alors la plus fameuse des villes de l’antiquité, non seulement par sa grandeur, mais aussi par son commerce (És. 13:19 ; 63:14). De plus le conquérant établit un autre roi sur Jérusalem, qui n’était pas un seigneur étranger, mais était de la semence du pays, issu de la maison de David, Matthania, oncle (« frère ») du roi exilé, sous le nouveau nom donné par son maître Gentil.

Sédécias aurait pu prospérer là, en vassal loyal du roi des rois de Babylone. Mais la seule condition sous laquelle Dieu aurait assuré la paix et une certaine mesure de prospérité aux Juifs, était de rester soumis à l’empire Gentil, reconnaissant que cet asservissement était une discipline de Dieu à l’égard de Son peuple à cause de sa désobéissance incurable et à cause de ses rois. Sédécias était comme un saule planté près de grandes eaux. Sa sécurité résidait dans une dépendance fidèle à Nébucadnetsar, en s’humiliant sous la puissante main de Dieu ; ou, selon l’image employée par le prophète, en étant comme une vigne s’étendant, mais avec peu de hauteur, et avec des branches tournées vers celui qui l’avait plantée, et ses racines sous lui. Cette vigne aurait pu produire non seulement des branches et des racines, mais aussi du fruit.

Hélas ! il n’en advint pas ainsi, malgré de nombreux avertissements et supplications prophétiques. Le nouveau roi, comme le peuple d’autrefois, regardait vers l’Égypte pour avoir de l’aide — vers les Égyptiens qui étaient des hommes, et non pas Dieu, et dont les chevaux étaient chair, et non pas esprit, et comme autrefois, il convoitait les bonnes choses de l’Égypte — maintenant de nouveau il faisait des efforts en tout genre, grands et petits, pour se débarrasser du joug de Babylone, pour le déshonneur de Dieu. C’est ce que le prophète montre ici.

« Mais il y avait un autre grand aigle, à grandes ailes et à beaucoup de plumes ; et voici, des carrés de sa plantation, cette vigne tourna vers lui ses racines, et étendit ses branches vers lui, afin qu’il l’arrosât. Elle était plantée dans un bon terrain, près de grandes eaux, afin de produire des sarments et de porter du fruit, afin d’être une vigne magnifique. Dis : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Prospérera-t-elle ? N’arrachera-t-il pas ses racines, et ne coupera-t-il pas son fruit, en sorte qu’elle sèche ? Toutes les jeunes feuilles de ses pousses sécheront, et il ne sera pas besoin d’un grand bras et d’un peuple nombreux pour l’enlever de dessus ses racines. Et voici, elle est plantée : prospérera-t-elle ? Quand le vent d’orient l’aura touchée, ne séchera-t-elle pas entièrement ? Elle séchera sur les carrés où elle a poussé » (17:7-10).

Le second aigle, ici, est le roi d’Égypte qui visait à l’empire du monde, et se battait avec Nébucadnétsar pour l’avoir. Mais c’est Dieu qui commande : Il l’avait donné au roi de Babylone. Ce n’était encore que Sa providence. Le royaume entre les mains du premier Adam était venu à rien. Israël, Juda, la maison de David, avaient complètement manqué, et n’avaient vécu que pour rajouter du déshonneur sur le nom de l’Éternel qui les avait choisis. Le jour n’était pas encore venu pour le second homme, le dernier Adam, vrai fils de David et fils de l’homme. C’est pourquoi Dieu avait laissé provisoirement la suprématie universelle entre les mains des hommes les plus vils, comme une leçon pour ceux qui avaient préféré leurs propres voies au Dieu vivant ; et le lieu d’origine de l’exaltation contre le vrai Dieu, le lieu d’où étaient sortis les faux dieux, était devenu le fouet contre Israël et la prison d’Israël, dans la personne de la maison de David et du peuple abandonné à son état misérable. Mais eux, et par-dessus tout Sédécias, qui plus que tout autre aurait dû connaître la volonté de Dieu, avaient cherché l’aide de l’Égypte dans l’espoir naïf de se rendre indépendants de Babylone. Se tourner ainsi vers le Pharaon, c’était rejeter l’Éternel, non pas simplement Nébucadnetsar, et cela entraînait leur propre destruction sans que leur maître chaldéen eût grand effort à faire pour cela. Un souffle de « ce vent d’Orient » suffisait pour flétrir la vigne sans fruit, pour la dessécher entièrement dans les carrés où elle poussait.

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Dis à la maison rebelle : Ne savez-vous pas ce que signifient ces choses ? Dis : Voici, le roi de Babylone est venu à Jérusalem, et il a pris son roi et ses princes, et les a emmenés avec lui à Babylone. Et il en a pris un de la semence du royaume, et a fait alliance avec lui, et lui a fait prêter un serment d’exécration, et il a pris les puissants du pays, afin que le royaume fût bas et qu’il ne s’élevât point, afin qu’il gardât son alliance pour subsister. Mais il s’est rebellé contre lui, envoyant ses messagers en Égypte, pour qu’on lui donnât des chevaux et un peuple nombreux. Prospérera-t-il, échappera-t-il, celui qui fait de telles choses ? Rompra-t-il l’alliance, et échappera-t-il ? Je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel, si, dans le lieu même du roi qui l’a fait roi, dont il a méprisé le serment et dont il a rompu l’alliance, près de lui, il ne meurt au milieu de Babylone ! Et le Pharaon, avec une grande armée et un grand rassemblement d’hommes, ne fera rien pour lui dans la guerre, quand on élèvera des terrasses et qu’on bâtira des tours, pour exterminer beaucoup de gens. Il a méprisé le serment et rompu l’alliance ; et voici, il a donné sa main, et il a fait toutes ces choses : il n’échappera pas. C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Je suis vivant, si je ne mets sur sa tête mon serment qu’il a méprisé et mon alliance qu’il a rompue ! Et j’étendrai sur lui mon filet, et il sera pris dans mon piège ; et je l’amènerai à Babylone, et là j’entrerai en jugement avec lui pour son infidélité par laquelle il a été infidèle envers moi. Et tous ses fugitifs, de toutes ses troupes, tomberont par l’épée, et ceux qui resteront seront dispersés à tout vent. Et vous saurez que moi, l’Éternel, j’ai parlé » (17:11-21).

L’affaire est mise ici en lumière, l’énigme est résolue et la parabole est suivie de son interprétation par l’Esprit. L’Éternel accuse le fils de David régnant alors, de perfidie contre Lui-même et contre Nabucadnetsar. Il avait violé son alliance avec les Chaldéens, alors que cette alliance avait été scellée du nom de l’Éternel. Les choses en étaient-elles vraiment arrivées à ce point que le roi païen Nébucadnetsar avait plus de respect pour le serment de l’Éternel que le fils de David, le roi de Juda ? Au vu de cette conduite de Sédécias, il devenait absolument impossible pour Dieu, à tout point de vue, de continuer à protéger le roi et le peuple coupables, d’autant plus qu’ils portaient Son nom. « Je vous ai connus, vous seuls, de toutes les familles de la terre ; c’est pourquoi je visiterai sur vous toutes vos iniquités » (Amos 3:2). Le jugement doit commencer par la maison de Dieu (1 Pier. 4:7) ; ils disaient voir, c’est pourquoi leur péché demeurait (Jean 9:41). Il faut que Dieu soit sanctifié dans tous ceux qui s’approchent de Lui ; et si du péché est toujours du péché, il est d’autant moins excusable là où Sa parole est connue, et Son nom proclamé devant les hommes. C’est justement la raison pour laquelle Sédécias devait être pris au filet de la rétribution divine, et mourir déçu de l’aide du Pharaon et de sa grande armée en lesquels il s’était confié au jour de sa si grande détresse. Il était à Babylone, prisonnier de celui dont il avait rompu l’alliance ! Il recevait sur sa tête l’amère récompense du serment fait au nom de l’Éternel, qui plaidait contre lui pour sa transgression, tuait ses fugitifs, et dispersait de tous côtés ceux qui étaient de reste, prouvant ainsi la réalité de l’outrage fait à Son nom.

Mais le chapitre ne se termine pas sans nous donner une perspective bien différente. « Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Et moi, je prendrai de la cime du cèdre élevé un rejeton, et je le placerai : de la plus haute de ses jeunes pousses, j’arracherai un tendre rejeton et je le planterai sur une montagne haute et éminente. Je le planterai sur la haute montagne d’Israël ; et il portera des branches et produira du fruit, et il sera un cèdre magnifique ; et tout oiseau de toute aile demeurera sous lui ; ils habiteront à l’ombre de ses branches. Et tous les arbres des champs sauront que moi, l’Éternel, j’abaisse l’arbre élevé et j’élève l’arbre abaissé, je fais sécher l’arbre vert et je fais fleurir l’arbre sec. Moi, l’Éternel, je l’ai dit, et je le ferai » (17:22-24). Il s’agit ici du Messie dans son royaume, non pas du Messie souffrant sur la terre ou venant du ciel ; c’est le roi d’Israël régnant en justice, et désigné donc plus loin sous le nom de David, le vrai Bien-Aimé sous le sceptre duquel le peuple tout entier sera réuni de nouveau, pour ne plus jamais être divisé par sa folie, et pour ne plus jamais tomber dans le péché d’idolâtrie ou d’autres péchés.

Tout cela n’est pas le mystère du royaume tel que nous le connaissons aujourd’hui, ni le jour de la réjection et de la grâce, pour Lui et pour les Siens, mais il s’agit du jour de la puissance, judiciaire sans doute, mais bienfaisante sur la terre. Ce n’est pas non plus l’appel hors du monde des âmes pour être amenées à un Christ glorifié dans le ciel, mais c’est la bénédiction du pays et de toute la terre sous le règne de Celui qui établit pour toujours le sanctuaire de l’Éternel au milieu d’Israël. Sans nier que Zorobabel puisse être une image fugitive du Grand Roi et du puissant règne de paix et de bénédiction préfiguré ici, je ne puis pourtant le considérer que comme un bien pâle accomplissement d’une promesse si glorieuse. L’interprétation qu’en font les anciens et les modernes me semble injurieuse et bien éloignée de la vérité ; en effet ils font disparaître les espérances d’Israël dans les voies de grâce de Dieu, et ils abaissent l’Église jusqu’à lui faire usurper les promesses de bénédiction et de gloire terrestres du peuple juif, au lieu de la maintenir dans la communion des souffrances de Christ pour le temps actuel, et dans l’attente de la joie et de la gloire célestes dans Son amour à Sa venue.

 

21             Chapitre 18

Ce chapitre et le suivant terminent cette partie de la prophétie qui suit la vision de la gloire de Dieu quittant Jérusalem après s’être servi de Nébucadnetsar comme instrument providentiel. C’est un jugement moral démontrant la nécessité d’un jugement extérieur par lequel ils apprendraient que Celui qui parlait et qui agit est l’Éternel.

« La parole de l’Éternel vint à moi, disant : Que voulez-vous dire, vous qui usez de ce proverbe dans la terre d’Israël, disant : Les pères mangent du raisin vert, et les dents des fils en sont agacées ? Je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel, si vous usez encore de ce proverbe en Israël ! Voici, toutes les âmes sont à moi ; comme l’âme du père, ainsi aussi l’âme du fils est à moi : l’âme qui péchera, celle-là mourra. Et si un homme est juste, et pratique le jugement et la justice ; s’il n’a pas mangé sur les montagnes, et s’il n’a pas levé ses yeux vers les idoles de la maison d’Israël, etc. » (18:1-6).

Ces versets méritent d’être soigneusement pesés. Lors de la captivité Dieu agit à l’égard des murmures de son peuple, et met fin à toute nouvelle action gouvernementale basée sur Exode 34:6-7. Désormais Il les prend au mot, et comme ils se plaignaient de devoir souffrir si durement pour les fautes de leurs pères, Il leur donnerait maintenant ce qu’ils méritaient eux-mêmes. Il est évident qu’un pécheur doit souffrir pour son péché ; et s’il met en doute qu’il soit juste de payer pour la faute d’un parent, il doit admettre qu’il est bien juste d’être puni pour sa propre faute. Les âmes des pères comme celles des fils étaient à Dieu, et le pécheur doit mourir. Il n’y avait ni remède ni échappatoire sous aucun prétexte.

Le premier cas est celui d’un homme juste lui-même, et exerçant le jugement et la justice tant vis-à-vis de Dieu que de son prochain ; qui s’est tenu éloigné de l’impureté et de l’injustice, et a en outre manifesté des soins d’amour envers les malheureux, s’est abstenu de l’iniquité, et a rendu un jugement juste entre homme et homme, en marchant dans les ordonnances divines : un pareil homme vivra certainement (18:5-9).

Mais si son fils est un homme violent, qui verse le sang, etc., devrait-il vivre ? « Et s’il a engendré un fils qui soit un homme violent, qui verse le sang, et qui fasse seulement l’une de ces choses, et de ces autres choses n’en fasse aucune, — qui aussi a mangé sur les montagnes, a rendu impure la femme de son prochain, a foulé l’affligé et le pauvre, a dépouillé par violence, n’a pas rendu le gage, a levé ses yeux vers les idoles, a commis l’abomination, a donné à intérêt, et a pris de l’usure : vivra-t-il ? Il ne vivra pas, il a fait toutes ces abominations : certainement il mourra, son sang sera sur lui » (18:11-13). Tel est le second cas.

Il y a un troisième cas : un fils mis en garde par le mauvais exemple de son père. « Mais voici, s’il a engendré un fils qui voie tous les péchés que son père a commis, et qui y prenne garde, et ne fasse pas selon ces choses : il n’a pas mangé sur les montagnes, et n’a pas levé ses yeux vers les idoles de la maison d’Israël ; il n’a pas rendu impure la femme de son prochain, et n’a opprimé personne ; il n’a pas pris de gage, et n’a pas dépouillé par violence, il a donné son pain à celui qui avait faim, et a couvert d’un vêtement celui qui était nu ; il a détourné sa main de dessus l’affligé, il n’a pris ni intérêt ni d’usure, il a pratiqué mes ordonnances et a marché dans mes statuts : celui-là ne mourra pas pour l’iniquité de son père ; certainement il vivra » (18:14-17).

Ces différents cas sont brièvement comparés dans les versets 18-20. « Quant à son père, parce qu’il a pratiqué l’extorsion, qu’il a dépouillé son frère par violence, et a fait au milieu de son peuple ce qui n’est pas bien, voici, il mourra dans son iniquité. Et vous direz : Pourquoi le fils ne portera-t-il pas l’iniquité de son père ? Mais le fils a pratiqué le jugement et la justice, il a gardé tous mes statuts et les a pratiqués : certainement il vivra. L’âme qui a péché, celle-là mourra. Le fils ne portera pas l’iniquité du père, et le père ne portera pas l’iniquité du fils ; la justice du juste sera sur lui, et la méchanceté du méchant sera sur lui » (18:18-20). Le père méchant périra ; le fils averti par son exemple vivra. Il en ressort cette maxime claire : « l’âme qui a péché, celle-là mourra ». Le fils ne souffrira pas pour le péché du père, ni le père pour celui du fils, mais chacun récoltera ce qu’il aura semé.

Mais de nouveaux cas se présentent dans les versets suivants. Que se passera-t-il si le méchant se détourne de son péché, ou le juste de sa justice ? Chacun portera son propre fardeau, récoltant de l’Esprit les fruits bénis et convenables, ou de la chair la corruption (Gal. 6:8). « Et le méchant, s’il se détourne de tous ses péchés qu’il a commis, et qu’il garde tous mes statuts, et qu’il pratique le jugement et la justice, certainement il vivra ; il ne mourra pas. De toutes ses transgressions qu’il aura commises, aucune ne viendra en mémoire contre lui ; dans sa justice qu’il a pratiquée, il vivra. Est-ce que je prends plaisir à la mort du méchant ? dit le Seigneur, l’Éternel ; n’est-ce pas plutôt à ce qu’il se détourne de ses voies, et qu’il vive ? Et si le juste se détourne de sa justice et commet l’iniquité, faisant selon toutes les abominations que le méchant commet, vivra-t-il ? De tous ses actes justes qu’il aura faits, aucun ne viendra en mémoire ; dans son iniquité qu’il aura commise et dans son péché qu’il a fait, en eux il mourra » (18:21-24).

La bouche d’Israël est fermée. Ses murmures ne sont que de l’ergotage. Le juge de toute la terre n’agirait-il pas justement ? «  Et vous dites : La voie du Seigneur n’est pas réglée. Écoutez donc, maison d’Israël : Ma voie n’est-elle pas réglée ? Ne sont-ce pas vos voies qui ne sont pas réglées ? Quand le juste se détournera de sa justice, et qu’il pratiquera l’iniquité, il mourra pour cela ; dans son iniquité qu’il aura commise, il mourra. Et quand le méchant se détournera de sa méchanceté qu’il aura commise, et qu’il pratiquera le jugement et la justice, celui-là fera vivre son âme. Puisqu’il prend garde, et se détourne de toutes ses transgressions qu’il a commises, certainement il vivra, il ne mourra point. Et la maison d’Israël dit : La voie du Seigneur n’est pas réglée. Maison d’Israël ! mes voies ne sont-elles pas réglées ? Ne sont-ce pas vos voies qui ne sont pas réglées ? » (18:25-29). Il est juste qu’il en soit ainsi. Ceux qui attaquent les voies de l’Éternel en grâce ou en jugement ne se sont jamais vu dans Sa lumière. Quelle humiliation pour Israël ou pour nous, que Dieu daigne justifier Ses propres voies et de nous faire sentir notre propre condition de péché !

« C’est pourquoi je vous jugerai, chacun selon ses voies, maison d’Israël, dit le Seigneur, l’Éternel. Repentez-vous, et détournez-vous de toutes vos transgressions, et l’iniquité ne sera pas votre ruine. Jetez loin de vous toutes vos transgressions dans lesquelles vous vous êtes rebellés, et faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau ; et pourquoi mourriez-vous, maison d’Israël ? Car je ne prends point plaisir à la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur, l’Éternel. Revenez donc, et vivez » (18:30-32). C’est un appel à la conscience, non pas l’appel de la grâce dans lequel Dieu promet qu’Il leur donnera un nouveau cœur et qu’Il mettra en eux un nouvel esprit, vérité qui produira en eux l’aversion d’eux-mêmes, la vraie repentance, et les rendra propres pour la bénédiction future (ch. 36). La comparaison des deux chapitres de ce même prophète est des plus instructives, et frappante ; le mauvais usage que l’on fait fréquemment de ce passage du ch. 18 est aussi commune que misérablement opposée à l’évangile. L’Esprit ici les pénètre profondément et totalement de la conviction de leur péché. Le jour est encore à venir où Dieu plantera Israël dans son pays, et le bénira de toutes les choses excellentes de la terre : eux-mêmes seront alors nés de nouveau.

 

22             Chapitre 19

Le chapitre 19 est une complainte sur les princes ; le chapitre précédent montrait l’état du peuple et de l’âme de chacun, princes et peuple.

« Et toi, élève une complainte sur les princes d’Israël, et dis : Qu’était ta mère ? Une lionne couchée parmi les lions, élevant ses petits au milieu des lionceaux. Et elle éleva un de ses petits ; il devint un jeune lion et apprit à déchirer la proie ; il dévora des hommes. Et les nations entendirent parler de lui ; il fut pris dans leur fosse, et on le mena avec un anneau à ses narines dans le pays d’Égypte » (19:1-4). Telle a été la fin de Joakhaz ou Shallum, fils de Josias, fils injuste d’un père juste, qui mourut en Égypte où le Pharaon Neco l’avait emmené prisonnier.

Cela n’alla pas mieux avec les autres dans d’autres conditions ; car Dieu était oublié, et les mauvaises voies se terminaient avec une fin tout aussi mauvaise. « Et quand elle vit qu’elle avait attendu et que son espoir avait péri, elle prit un autre de ses petits, et en fit un jeune lion ; il marcha au milieu des lions, il devint un jeune lion et apprit à déchirer la proie ; il dévora des hommes. Il connut leurs palais désolés, et dévasta leurs villes, et le pays et tout ce qu’il contenait fut désolé par la voix de son rugissement. Alors, de toutes les provinces, les nations d’alentour se rangèrent contre lui, et étendirent sur lui leur filet : il fut pris dans leur fosse. Et elles le mirent dans une cage, avec un anneau à ses narines, et le menèrent au roi de Babylone ; elles le menèrent dans une forteresse, afin que sa voix ne fût plus entendue sur les montagnes d’Israël » (19:5-9). Jehoïakin sentit les chaînes de Nebucadnetsar comme aussi Sédécias, mais avec plus de souffrances et d’ignominie pour ce dernier, car sa culpabilité envers l’Éternel était grande et effrontée. Le prophète ne pouvait donc que se lamenter.

« Ta mère était comme une vigne, plantée près des eaux dans ton repos ; elle était féconde et chargée de branches à cause des grandes eaux. Et elle avait des rameaux robustes pour des sceptres de dominateurs, et elle s’élevait haut au milieu de branches touffues, et elle était apparente par sa hauteur, par la multitude de ses rameaux. Mais elle fut arrachée avec fureur, jetée par terre, et le vent d’orient fit sécher son fruit ; ses rameaux robustes ont été brisés et desséchés, le feu les a consumés. Et maintenant elle est plantée dans le désert, dans une terre sèche et aride. Et un feu est sorti d’un rameau de ses branches et a consumé son fruit, et il n’y a pas en elle de rameau robuste, de sceptre pour dominer. C’est là une complainte, et ce sera une complainte » (19:10-14). Ce ne fut pas à cause de leur faiblesse que le peuple élu et ses princes tombèrent ; ce ne fut pas à cause de leur force que l’Égypte ou Babylone eurent le dessus. Israël s’était détourné de l’Éternel vers le péché, et dût, comme c’est encore le cas aujourd’hui, servir dans la douleur les plus vils des Gentils. La domination appartient à Shilo, qui reviendra au pouvoir, aussi sûrement qu’Il a été crucifié en faiblesse (Gen. 49:10).

 

23             Chapitre 20

Cette nouvelle division du livre s’ouvre avec un exposé complet et solennel du péché d’Israël, non seulement à la lumière de l’estimation présente de l’Éternel, mais à la lumière de Ses voies envers eux dans le passé et dans l’avenir. En effet nous ne jugeons jamais notre condition réelle d’une manière complète, à moins de nous soumettre ainsi à la pensée et au but de Dieu ; car de même que nous devons bien peser la condition où Il nous a placés au commencement, de même Il voudrait que nous regardions en avant vers le but qu’Il s’est proposé si nous étions sages selon Lui, et Il voudrait qu’ainsi nous sentions mieux comment notre état correspond à ces deux choses.

« Et il arriva, la septième année, au cinquième mois, le dixième jour du mois, que des hommes d’entre les anciens d’Israël vinrent pour consulter l’Éternel ; et ils s’assirent devant moi » (20:1). C’est un décompte bien sérieux que fait le prophète ; mais s’il est humiliant pour le peuple entre temps (et ce n’est pas mauvais), cela garde devant la foi la certitude de l’intervention de la miséricorde divine quand le châtiment par la main des Gentils aurait été exprimé à pleine mesure. Les apparences se montraient favorables pour ceux qui se présentaient d’eux-mêmes d’entre les anciens d’Israël. Ils venaient consulter l’Éternel : n’était-ce pas de la foi ? Ils s’asseyaient devant Ézéchiel : n’était-ce pas là de la révérence et de l’humilité qui honorait Dieu dans la personne de son serviteur ?

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, parle aux anciens d’Israël, et dis-leur : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Êtes-vous venus pour me consulter ? Je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel, si je suis consulté par vous ! Les jugeras-tu, les jugeras-tu, fils d’homme ? Fais-leur connaître les abominations de leurs pères » (20:2-4). Celui qui sonde les reins et les cœurs avait vu qui il n’y avait là aucun exercice de conscience devant Lui ; et pourquoi répondre quand il n’y a que vide et hypocrisie ? C’était indigne de Lui de tolérer cette légèreté. « Je suis vivant dit-il, si je suis consulté par vous ». Mais en même temps Il se plait à justifier Ses voies ; si le prophète avait voulu soit plaider pour eux soit les réprimander, il reçoit en fait l’ordre de placer devant eux les abominations de leurs pères. Dieu va ainsi à la source du mal et le peuple doit le juger le mal non pas simplement dans ses effets, mais à sa racine.

Le prophète devait alors leur dire : « Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Au jour que je choisis Israël, et que je levai ma main à la semence de la maison de Jacob, et que je me fis connaître à eux dans le pays d’Égypte, et que je leur levai ma main, disant : Je suis l’Éternel, votre Dieu, — en ce jour-là je leur levai ma main de les faire sortir du pays d’Égypte pour les amener dans le pays sur lequel j’avais jeté les yeux pour eux, pays ruisselant de lait et de miel, qui est un ornement entre tous les pays ; et je leur dis : Que chacun de vous rejette les abominations que ses yeux regardent, et ne vous rendez pas impurs par les idoles de l’Égypte. Je suis l’Éternel, votre Dieu. Et ils se rebellèrent contre moi, et ne voulurent pas m’écouter ; aucun d’eux ne rejeta les abominations que ses yeux regardaient, ni ne quitta les idoles de l’Égypte ; et je dis que je verserais ma fureur sur eux, et que je consommerais ma colère sur eux, au milieu du pays d’Égypte. Mais j’ai agi à cause de mon nom, afin de ne pas le profaner aux yeux des nations au milieu desquelles ils étaient, aux yeux desquelles je m’étais fait connaître à eux, en les faisant sortir du pays d’Égypte » (20:5-9).

L’Éternel rappelle à Son peuple Son serment, en le répétant d’une manière impressionnante, en jurant par lui-même puisqu’Il n’avait personne de plus grand par qui jurer (Héb. 6:13), voulant montrer ainsi plus abondamment l’immutabilité de Son conseil (Héb. 6:17). C’est à propos d’Israël que l’apôtre déclare expressément que les dons et l’appel de Dieu sont sans repentir (Rom. 11:29). C’est pour cette raison même qu’Il juge et doit juger leurs voies : sinon Il serait forcé d’approuver ou d’excuser le péché. Or comme c’est impossible, Il s’occupe de l’infidélité d’Israël, en la rappelant depuis le début. Même alors, malgré les remontrances adressées à chacun d’eux, les abominations de leurs yeux, à la suite des idoles de l’Égypte, attirèrent Sa colère, en sorte qu’il ne restait plus qu’à la laisser éclater toute entière, et se déverser contre eux dans le pays. Mais la miséricorde prévalut sur le jugement, par respect pour Son propre nom devant les païens.

« Et je les fis sortir du pays d’Égypte, et les amenai au désert ; et je leur donnai mes statuts et leur fis connaître mes ordonnances, par lesquels, s’il les pratique, un homme vivra. Et je leur donnai aussi mes sabbats, pour être un signe entre moi et eux, afin qu’ils connussent que je suis l’Éternel qui les sanctifie. Et la maison d’Israël se rebella contre moi dans le désert ; ils ne marchèrent pas dans mes statuts, et ils rejetèrent mes ordonnances, par lesquels, s’il les pratique, un homme vivra ; et ils profanèrent extrêmement mes sabbats ; et je dis que je verserais sur eux ma fureur dans le désert, pour les consumer. Mais j’ai agi à cause de mon nom, afin de ne pas le profaner aux yeux des nations sous les yeux desquelles je les avais fait sortir » (20:10-14). Hors d’Égypte, Israël ne s’est pas montré meilleur que lorsqu’il y était ; leur péché devint même d’autant plus évident et moins excusable ; car dans les solitudes du désert ils étaient avec l’Éternel, et pourtant ils couraient après de faux dieux ; ils possédaient Ses statuts et Ses ordonnances, et pourtant ils n’y marchèrent point et les méprisèrent ; ils avaient Ses sabbats comme signe entre l’Éternel et eux, et pourtant ils les profanèrent grandement. L’Éternel fut ainsi de nouveau provoqué à détruire Israël dans le désert, comme autrefois en Égypte : mais Son nom contre lequel Israël avait péché avec tant d’orgueil et de constance, était leur protection et leur défense. « Et je leur levai aussi ma main dans le désert, que je ne les amènerais pas dans le pays que je leur avais donné, pays ruisselant de lait et de miel, qui est un ornement entre tous les pays ; parce qu’ils avaient rejeté mes ordonnances, et qu’ils n’avaient pas marché dans mes statuts, et qu’ils avaient profané mes sabbats ; car leur cœur marchait après leurs idoles » (20:15-16).

« Mais mon œil eut compassion d’eux pour ne pas les détruire, et je ne les consumai pas entièrement dans le désert. Et je dis à leurs fils dans le désert : Ne marchez pas dans les statuts de vos pères, et ne gardez point leurs ordonnances, et ne vous rendez pas impurs par leurs idoles. Je suis l’Éternel, votre Dieu ; marchez dans mes statuts, et gardez mes ordonnances et pratiquez-les ; et sanctifiez mes sabbats, et qu’ils soient un signe entre moi et vous, afin que vous connaissiez que je suis l’Éternel, votre Dieu. Et les fils se rebellèrent contre moi ; ils ne marchèrent pas dans mes statuts et ne gardèrent pas mes ordonnances pour les pratiquer, par lesquels, s’il les pratique, un homme vivra ; ils profanèrent mes sabbats ; et je dis que je verserais sur eux ma fureur, pour consommer ma colère contre eux dans le désert. Mais je retirai ma main ; et j’ai agi à cause de mon nom, afin de ne pas le profaner aux yeux des nations sous les yeux desquelles je les avais fait sortir » (20:17-22). L’Éternel était ému de compassion, mais il fallait qu’Il affirme Son autorité, la justice de Ses jugements et la valeur particulière de Ses sabbats (*), entre Lui et eux. En vain ! Les enfants du désert étaient aussi mauvais que leurs pères qui y tombèrent. Rien d’autre que Son respect pour le nom qu’ils profanaient n’a pu se tenir entre Israël et la destruction. Mais la main qui avait été levée pour la semence de la maison de Jacob dans un but de miséricorde et de bonté, s’était alors levée vers eux dans le désert, avant même l’entrée dans le pays de Canaan, pour assurer qu’ils seraient dispersés parmi les nations et au travers des pays. Comparer Lévitique 26 et Deutéronome 28 et 31. D’un autre côté, quand arriva la question d’exécuter la menace si longtemps suspendue, Amos dit explicitement que la captivité et la dispersion du peuple sont survenues à cause de leur rébellion idolâtre dans le désert. « M’avez-vous offert des sacrifices et des offrandes dans le désert, pendant quarante ans, maison d’Israël ? Mais vous avez porté le tabernacle de votre Moloc, et Kiun vos images, l’étoile de votre dieu, que vous vous êtes fait ; et je vous transporterai en captivité au delà de Damas, dit l’Éternel, dont le nom est le Dieu des armées » (Amos 5:25-27).

 

(*) Il est important de remarquer que l’observation du sabbat n’était pas de nature morale comme les neuf autres paroles ou commandements ; pour ces derniers, on jugeait de soi-même ce qui était juste, intrinsèquement juste ; pour le sabbat, c’était seulement parce que Dieu l’avait ordonné à Son peuple en signe de Son alliance avec Israël. C’est pourquoi, tandis que l’idolâtrie et le vol, par exemple, sont toujours mauvais, le Seigneur Lui-même en achevant l’œuvre de rédemption inaugure et donne sa sanction sur un autre jour comme expression de la communion chrétienne avec le Père et le Fils, une sorte de prémices. Quelle ignorance d’estimer qu’il y avait une faute (Marc 2:23 à 3:6) là où en réalité ce n’était que la sagesse et la grâce de Dieu ! Hélas ! même les saints n’ont pas tous une telle connaissance de Dieu. Pourtant ce n’est qu’une preuve supplémentaire du degré de chute de la chrétienté. Les hommes qui devraient comprendre ces choses parlent encore de sabbat chrétien, comme si les sabbats de l’Éternel n’avaient pas été choisis et ordonnés comme un signe pour qu’Israël puisse connaître l’Éternel qui les sanctifiait. Mais nous chrétiens, nous nous tenons sur la base d’une rédemption accomplie et d’une nouvelle création, non pas de l’ancienne, et c’est pourquoi nous nous rassemblons le premier jour de la semaine, non pas le dernier comme les Juifs.

 

Plusieurs ont trouvé une difficulté dans le v. 25 de notre chapitre, depuis des temps immémoriaux, tant de la part des commentateurs que des lecteurs de la Bible. Mais la solution se trouve dans le simple principe que Dieu, dans Son gouvernement, châtie en rétribution Son peuple coupable, et dit des fouets qu’ils sont Siens, même quand ces instruments sont totalement étrangers à Ses pensées et à Son cœur. Ceci est vrai même du Saint de Dieu, de Christ lui-même qui, livré au rejet total et à la souffrance de la part de l’homme, est dit avoir été frappé de Dieu (Ps. 69 ; Zach. 13). C’est une erreur sérieuse et grave de penser que les statuts qui n’étaient pas bons et les ordonnances par lesquelles ils ne pouvaient vivre, seraient les statuts et les ordonnances de Dieu dans lesquels ils étaient tenus de marcher dans l’obéissance. Cela rendrait l’Écriture désespérément obscure, et ferait de Dieu l’auteur du mal. Il n’en est pas ainsi : quel que soit le sort du pécheur, l’apôtre parle avec la plus grande énergie pour prouver la misère même de l’âme convertie dans ses efforts en vue du bien et contre son propre mal sous la loi, et pour défendre celle-ci qui en soi est sainte, juste et bonne (Rom. 7). Assurément le prophète juif et l’apôtre Paul ne se contredisent point ; ce sont ceux qui interprètent mal l’expression « des statuts qui n’étaient pas bons » qui ne comprennent pas la question. Cette expression se réfère en réalité à la servitude amère de Son peuple aux prescriptions corrompues et destructives des païens, allant jusqu’à la démoralisation de leur foyers et à la si cruelle consécration de leurs premiers nés à Moloch, le « roi horrible ». C’est ainsi que, si eux profanaient le nom de Dieu et Ses sabbats, Lui les rendait impurs dans leurs dons : telle était l’immense dégradation d’Israël dès lors qu’ils se sont écarté du vrai Dieu. Le verset 26 ne laisse dans mon esprit aucun doute quant à la force réelle du verset 25.

« C’est pourquoi, fils d’homme, parle à la maison d’Israël, et dis-leur : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Encore en ceci vos pères m’ont outragé, en étant infidèles envers moi. Quand je les introduisis dans le pays touchant lequel j’avais levé ma main de le leur donner, ils ont regardé toute haute colline et tout arbre touffu, et là ils ont offert leurs sacrifices, et là ils ont présenté la provocation de leur offrande, et là ils ont placé leurs parfums agréables, et là ils ont répandu leurs libations. Et je leur dis : Qu’est-ce que ce haut lieu où vous allez ? et son nom a été appelé Bama, jusqu’à ce jour » (20:27-29). Leur idolâtrie était déjà coupable en Égypte et dans le désert, mais elle l’était davantage encore en Canaan et plus insultante pour Dieu. Les faux cultes se perpétuent eux-mêmes, mais la vérité ne subsiste que par la grâce (20:29).

« C’est pourquoi, dis à la maison d’Israël : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Ne vous rendez-vous pas impurs dans la voie de vos pères, et ne vous prostituez-vous pas après leurs abominations ? Et quand vous offrez vos dons, en faisant passer vos fils par le feu, vous vous rendez impurs par toutes vos idoles jusqu’à aujourd’hui, — et moi, je serais consulté par vous, maison d’Israël ? Je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel, si je suis consulté par vous ! Et ce qui monte dans votre esprit n’arrivera nullement, en ce que vous dites : Nous serons comme les nations, comme les familles des pays, en servant le bois et la pierre. Je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel, si je ne règne sur vous avec une main forte et un bras étendu, et avec effusion de fureur, et si je ne vous fais sortir d’entre les peuples, et ne vous rassemble hors des pays dans lesquels vous êtes dispersés, avec une main forte et un bras étendu, et avec effusion de fureur, et si je ne vous introduis dans le désert des peuples, et là n’entre en jugement avec vous face à face ! Comme je suis entré en jugement avec vos pères dans le désert du pays d’Égypte, ainsi j’entrerai en jugement avec vous, dit le Seigneur, l’Éternel ; et je vous ferai passer sous la verge, et vous introduirai dans le lien de l’alliance ; et je séparerai d’entre vous les rebelles et ceux qui se sont révoltés contre moi : je les ferai sortir du pays dans lequel ils séjournent, mais ils n’entreront point dans la terre d’Israël ; et vous saurez que je suis l’Éternel. Et vous, maison d’Israël ! ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Allez, servez chacun vos idoles, à l’avenir aussi, si aucun de vous ne veut m’écouter ; mais ne profanez plus mon saint nom par vos dons et par vos idoles. Car en ma montagne sainte, en la haute montagne d’Israël, dit le Seigneur, l’Éternel, là me servira la maison d’Israël tout entière, dans le pays ; là je prendrai plaisir en eux, et là je demanderai vos offrandes élevées et les prémices de vos offrandes, dans toutes vos choses saintes » (20:30-40). Dieu place avec insistance sur leurs consciences leur péché continuel et odieux, par lequel ils déshonoraient l’Éternel de la manière la plus anormale, les pères tout comme les fils. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Il ne pouvait être consulté par eux par l’intermédiaire d’un prophète (20:30-31). Mais Dieu prendrait soin qu’ils ne puissent pousser jusqu’au bout l’iniquité apostate de leur cœur. Ils ne seraient pas, après tout, pareils aux païens, ils ne réussiraient pas à rejeter le joug de l’Éternel pour servir le bois et la pierre. Ils en avaient toute la culpabilité dans leurs pensées, mais Dieu n’oublierait pas Son propre honneur, et ils en subiraient le châtiment. « Je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel, si je ne règne sur vous avec une main forte et un bras étendu, et avec effusion de fureur » (20:33). Est-ce seulement en jugement ? En jugement sans doute, mais en vue de purifier Israël, et ce but serait bien atteint. Il veut avoir Son peuple séparé des Gentils, quelles que soient les apparences du cours naturel des évènements, et quelles que soient les aspirations non seulement des Gentils, mais aussi d’Israël. Le résultat sera que l’Éternel seul sera exalté, et cela quand les hommes l’attendront le moins. Aussi sûrement que, sur terre, l’été suit l’hiver, ainsi aussi la lumière succèdera aux ténèbres du jour de l’homme. C’est pour cela qu’est gardé le peuple d’Israel, malgré lui et malgré l’ennemi. Que Satan domine comme il veut, Dieu est au-dessus de lui et règnera publiquement comme Il le fait actuellement dans Sa providence cachée.

Mais c’est au verset 35 que nous trouvons une des indications importante et particulière de cette nouvelle parole de l’Éternel. Il n’est pas question ici du temple ni de Jérusalem, ni du dernier rameau de la branche régnante d’où est sorti le feu qui a dévoré son fruit (19:14), de sorte qu’il n’y a plus sur elle [la vigne] de branche assez forte pour porter le sceptre royal, jusqu’à ce que Shilo vienne (Gen. 49:10). Il s’agit ici du peuple dans son entier, Israël plutôt que les Juifs. Cette indication sur leur avenir spécial est du plus haut intérêt. C’est avec eux, et non avec le résidu dans le pays et dans la ville, que Dieu repassera l’histoire du peuple élu. Après les avoir rassemblés d’entre les peuples et les pays où ils sont encore dispersés, à main forte et à bras étendu et avec effusion de fureur, — non pas par des moyens paisibles, de morale ou évangéliques, — Il les introduira dans le désert des peuples, et plaidera, ou entrera en jugement avec eux face à face, comme il le fit jadis avec leurs pères dans le désert du pays d’Égypte. Là Il les passera en revue, comme le berger fait passer ses brebis sous la verge, et Il les introduira dans le lien de l’alliance. C’est la grâce souveraine, mais régnant par la justice. Alors les rebelles seront séparés de l’Israël de Dieu, et ceux qui se sont révoltés contre l’Éternel (car les Israëlites ne sont pas confondus avec les pécheurs d’entre les Gentils) ne seront plus avec Son peuple. Il les fera sortir du pays où ils séjournent, mais aucun d’eux n’entrera dans la terre d’Israël. Quel contraste frappant avec le sort du résidu de Juda, qui devra souffrir dans le pays pour ses péchés particuliers ! C’est là qu’ils ont refusé le Christ de Dieu venu au nom du Père ; c’est là qu’ils auront reçu l’Antichrist venu en son propre nom (Jean 5:43). Comparer Zach. 11:16-17 ; 13:8-9 ; également Dan. 12:1 pour le résidu et 12:2 pour l’ensemble du peuple parmi les Gentils, selon ce que je comprends de chacun de ces versets.

Il était donc inutile pour les Israëlites, dans l’état où ils étaient, de penser que leur culte était acceptable pour Dieu. Car la rébellion est comme le péché de divination, et l’obstination comme une idolâtrie (1 Sam. 15:23). S’ils ne voulaient pas écouter l’Éternel, il valait mieux rester ouvertement dans le mal que de garder une apparence tout à fait outrageante à Son égard : les dons reçus des hommes dans cet état d’idolâtrie ne font que profaner Son nom. Mais Son dessein demeure. « Car en ma montagne sainte, en la haute montagne d’Israël, dit le Seigneur, l’Éternel, là me servira la maison d’Israël tout entière, dans le pays ; là je prendrai plaisir en eux, et là je demanderai vos offrandes élevées, et les prémices de vos offrandes, dans toutes vos choses saintes » (20:40). Qui pourrait soutenir un semblant d’interprétation cohérente selon laquelle cette promesse aurait été accomplie ou même aurait commencé de l’être ? Le peuple et le pays d’Israël seront alors saints, dans toute la force du terme. Alors, et non pas avant, l’Éternel sera justifié [sanctifié 20:41] aux yeux des nations au travers d’Israël. L’Évangile annoncé depuis la mort et la résurrection de Christ fait contraste avec cela ; car tous y sont traités pareillement, comme des pécheurs perdus, et tous ceux qui croient, non seulement trouvent une grâce qui ne fait aucune distinction, mais deviennent un nouvel homme dans lequel il n’y a ni Juif ni Gentil. « En ce jour-là » dont le prophète parle, la distinction Juif / Gentil réapparaîtra, et Israël délivré de toutes ses idoles et de tous ses hauts lieux, adorera l’Éternel son Dieu sur la montagne de Sa sainteté, sur la haute montagne d’Israël.

« Je prendrai plaisir en vous comme en un parfum agréable, quand je vous aurai fait sortir d’entre les peuples, et que je vous aurai rassemblés des pays dans lesquels vous serez dispersés, et que je serai sanctifié en vous aux yeux des nations. Et vous saurez que je suis l’Éternel, quand je vous aurai fait entrer dans la terre d’Israël, dans le pays touchant lequel j’ai levé ma main de le donner à vos pères. Et là vous vous souviendrez de vos voies et de toutes vos actions par lesquelles vous vous êtes rendus impurs, et vous aurez horreur de vous-mêmes à cause de toutes vos iniquités, que vous avez commises ; et vous saurez que je suis l’Éternel, quand j’agirai envers vous à cause de mon nom, non pas selon vos mauvaises voies et selon vos actions corrompues, ô maison d’Israël, dit le Seigneur, l’Éternel » (20:41-44). Ils seront alors acceptés et connaîtront l’Éternel, les promesses faites aux pères seront accomplies, non seulement en nous qui croyons et qui irons au ciel à la venue de Christ, mais dans les enfants d’Israël sur la terre, qui alors se repentiront ; mais ils ne repentiront en fait qu’à cause de Sa grâce qui agit librement et domine au-dessus du péché des créatures, à cause de Lui-même : s’il n’en était pas ainsi, être un pécheur serait être perdu sans remède ni espoir.

 

24             Chapitre 21

Dans la version autorisée du roi Jacques, les versets 1 à 5 de ce ch. 21 sont rattachés au ch. 20 en tant que v. 45 à 49 contrairement au texte hébreu et à certaines versions anciennes.

Les cinq premiers versets nous montrent la conquête de la Judée sous l’image d’une forêt en feu. Le prophète doit tourner sa face vers le Sud [le Midi] et prophétiser à son sujet ; cela est répété sous trois formes, avec emphase.

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, tourne ta face vers le sud, et distille tes paroles contre le midi, et prophétise contre la forêt des champs du midi, et dis à la forêt du midi : Écoute la parole de l’Éternel : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’allume en toi un feu qui consumera en toi tout bois vert et tout bois sec » (21:1-3). Le jugement est exercé contre tous, forts ou faibles.

« La flamme flamboyante ne sera pas éteinte, et tout ce qu’elle rencontrera en sera brûlé, du midi jusqu’au nord. Et toute chair verra que moi, l’Éternel, je l’ai allumé ; il ne sera pas éteint » (21:3-4). La manière complète dont le jugement est exercé montre que c’est la main de l’Éternel.

« Et je dis : Ah, Seigneur Éternel ! ils disent de moi : Celui-ci ne parle-t-il pas en paraboles ? » (21:5). La parole était assez claire, mais l’homme trouve difficile à comprendre ce qu’il n’aime pas entendre.

La communication suivante est cependant plus distincte et plus complète (v. 6-12).

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, tourne ta face contre Jérusalem, et distille tes paroles contre les sanctuaires, et prophétise contre la terre d’Israël, et dis à la terre d’Israël : Ainsi dit l’Éternel : Voici, c’est à toi que j’en veux, et je tirerai mon épée de son fourreau, et je retrancherai de toi le juste et le méchant » (21:6-8). Il n’est plus parlé en images, mais en langage ordinaire. Le carnage atteindrait tous sans distinction, non pas en châtiment, mais en vengeance. Ce n’est plus un incendie, mais l’épée.

« Parce que je retrancherai de toi le juste et le méchant, à cause de cela mon épée sortira de son fourreau contre toute chair, du midi jusqu’au nord ; et toute chair saura que moi, l’Éternel, j’ai tiré mon épée de son fourreau : elle n’y retournera plus » (21:9-10). La sentence irrévocable était lancée contre la Judée.

« Et toi, fils d’homme, gémis à te briser les reins, gémis avec amertume devant leurs yeux » (21:11). Tous devaient y prendre garde. Ce n’était pas un sujet secondaire, ni de l’affectation de la part d’Ézéchiel. Dieu entendait que cela fût senti profondément, — par le prophète d’abord, afin que les autres en aient de la crainte.

« Et il arrivera que, quand ils te diront : Pourquoi gémis-tu ? tu diras : C’est à cause de la rumeur, car elle vient ; et tout cœur sera défaillant, et toutes les mains deviendront lâches, et tout esprit faiblira, et tous les genoux se fondront en eau. Voici, elle vient, elle est là, dit le Seigneur, l’Éternel » (21:12). La certitude du jugement, bien que jugement national, devait remplir d’angoisse très profonde le cœur du prophète.

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, prophétise, et dis : Ainsi dit l’Éternel: Dis : L’épée, l’épée est aiguisée et aussi fourbie. C’est afin qu’elle égorge bien, qu’elle est aiguisée ; c’est pour briller comme l’éclair, qu’elle est fourbie. Ou bien nous réjouirions-nous, disant : Le sceptre de mon fils méprise tout bois ? Et il l’a donnée à fourbir, pour qu’on la prenne dans la main ; c’est une épée aiguisée, et elle est fourbie, pour la mettre dans la main de celui qui tue. Crie et hurle, fils d’homme ! Car elle sera contre mon peuple, elle sera contre tous les princes d’Israël : ils sont livrés à l’épée avec mon peuple ; c’est pourquoi frappe sur ta cuisse. Car l’épreuve est faite ; et quoi ?.... si même le sceptre méprisant n’existe plus ? dit le Seigneur, l’Éternel » (21:13-18).

Puis vient la direction : « Et toi, fils d’homme, prophétise, et frappe tes mains l’une contre l’autre, et que les coups de l’épée redoublent jusqu’à la troisième fois ; c’est l’épée des tués, l’épée qui a tué les grands, et qui les environne. C’est afin que le cœur se fonde et que les occasions de chute soient multipliées, que j’envoie l’épée menaçante contre toutes leurs portes. Ah ! elle est faite pour briller comme l’éclair, et affilée pour tuer. Ramasse tes forces, va à droite, tourne-toi, va à gauche, où que ta face soit dirigée. Et moi aussi je frapperai mes mains l’une contre l’autre, et je satisferai ma fureur. Moi, l’Éternel, j’ai parlé » (21:19-22). Il est maintenant parlé d’eux comme de grands hommes, non plus au figuré comme d’arbres, secs ou verts. L’Éternel frapperait ses mains l’une contre l’autre, et satisferait Sa fureur.

Puis avec une image particulièrement énergique du Chaldéen et de ses augures, nous avons une nouvelle description de ce qui avait attiré la colère de l’Éternel contre Jérusalem. « Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Et toi, fils d’homme, place devant toi deux chemins par où vienne, l’épée du roi de Babylone : qu’ils partent tous deux du même pays ; et fais-toi un indicateur, fais-le à l’entrée du chemin d’une ville. Tu disposeras un chemin pour que l’épée vienne à Rabba des fils d’Ammon, et un chemin en Juda, pour que l’épée vienne à Jérusalem, la ville forte [Ni le roi ni le peuple n’avaient confiance en l’Éternel]. Car le roi de Babylone se tient au point d’embranchement de la route, à la tête des deux chemins, pour pratiquer la divination : il secoue les flèches, il interroge les images, il examine le foie. Dans sa droite est la divination touchant Jérusalem, pour placer des béliers, pour qu’on ouvre la bouche en cris de carnage, pour qu’on élève la voix en cris de guerre, pour placer des béliers contre les portes, pour élever des terrasses, pour bâtir des tours. Et ce sera pour eux, à leurs yeux, une divination fausse, pour eux qui se sont engagés par serment ; mais lui, il rappellera le souvenir de l’iniquité, pour qu’ils soient pris. C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Parce que vous rappelez en mémoire votre iniquité, en ce que vos transgressions sont découvertes, de sorte que vos péchés paraissent dans toutes vos actions ; parce que vous êtes rappelés en mémoire, vous serez pris par sa main » (21:23-29). Le roi de Jérusalem était encore plus perfide envers l’Éternel que le roi idolâtre de Babylone. Ce dernier avait compté que Sédécias respecterait son serment, mais Sédécias n’avait aucun respect de ce serment.

C’est pourquoi Sédécias est appelé un prince profane d’Israël, dont le jour était venu au temps où l’iniquité prendrai fin (21:30).

« Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Ôte la tiare, et enlève la couronne ; ce qui est ne sera plus. Élève ce qui est bas, et abaisse ce qui est élevé. J’en ferai une ruine, une ruine, une ruine ! Ceci aussi ne sera plus, jusqu’à ce que vienne celui auquel appartient le juste jugement, et je le lui donnerai » (21:31, 32). Le Messie viendra et règnera, mais jusque là il y aura ruine, et seulement de la ruine. À lui appartient le juste jugement.

Le chapitre se clôt avec une prophétie concernant les fils d’Ammon. « Et toi, fils d’homme, prophétise, et dis : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel, touchant les fils d’Ammon et touchant leur opprobre ; et tu diras : L’épée, l’épée est tirée, elle est fourbie pour la tuerie, pour dévorer, pour briller, pendant qu’ils ont pour toi des visions de vanité et qu’ils devinent pour toi le mensonge, pour te jeter sur les cous des méchants qui sont tués, dont le jour est venu au temps de l’iniquité de la fin. Remets-la dans son fourreau ! Je te jugerai au lieu où tu fus créé, au pays de ton origine. Je verserai sur toi mon indignation, je soufflerai contre toi le feu de mon courroux, et je te livrerai en la main d’hommes brutaux, artisans de destruction. Tu seras pour le feu, pour être dévoré ; ton sang sera au milieu du pays ; on ne se souviendra pas de toi ; car moi, l’Éternel, j’ai parlé » (21:33-37). Ce n’était pas une question d’un peuple seulement, mais de deux. Jérusalem était le premier objet de la vengeance destructrice, mais les fils d’Ammon n’échapperaient pas, et tomberaient à leur tour. Le rejet du gouvernement de Dieu au moyen de la loi aboutirait à la disparition complète d’Israël ; mais la grâce interviendrait, et Dieu se réserverait en grâce de restaurer ce qui était sans espoir, tant que les promesses étaient liées à des conditions, car le peuple avait violé toutes les conditions, sans en remplir aucune. Ils devaient être emmenés captifs, et le royaume renversé, jusqu’à la venue du Messie. Mais les fils d’Ammon seraient jugés dans leur propre pays. C’est une erreur de nier tant leur captivité que leur restauration en son temps (comparer Jér. 49:6).

 

25             Chapitre 22

Dans ce chapitre Jérusalem est accusée à fond, après que sa violence et sa corruption, notamment son idolâtrie, sont exposées et flétries. L’Éternel fait honte à cette ville, qui est un objet de raillerie pour les hommes, auprès ou au loin. « Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Et toi, fils d’homme, jugeras-tu, jugeras-tu la ville de sang ? et lui feras-tu connaître toutes ses abominations ? Tu diras : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Ville, qui verses le sang au milieu de toi, afin que ton temps vienne, et qui as fait des idoles chez toi pour te rendre impure, tu t’es rendue coupable par ton sang que tu as versé, et tu t’es rendue impure par tes idoles que tu as faites, et tu as fait approcher tes jours, et tu es parvenue à tes années : c’est pourquoi je t’ai livrée à l’opprobre des nations et à la raillerie de tous les pays. Ceux qui sont près et ceux qui sont loin de toi se moqueront de toi, qui es impure de renommée, et pleine de trouble » (22:1-5). Même les dignitaires de la loi, ceux qui gouvernaient, donnaient l’exemple de l’iniquité sous toutes ses formes, à tous les degrés et sous tout rapport. Qui s’étonnerait de ce que le nom de Dieu fût blasphémé parmi les Gentils, quand les Juifs violaient tous les commandements de la loi qui les gênaient, aussi bien vis-à-vis de Dieu que vis-à-vis des hommes ? Cela est détaillé en termes humiliants dans les versets 6 à 12, et cela se termine par ce qui était aussi bien la cause que la conséquence de toutes leurs autres iniquités : les Juifs avaient oublié l’Éternel.

« Et voici, j’ai frappé des mains contre ton gain déshonnête que tu as fait, et contre le sang qui est versé au milieu de toi. Ton cœur tiendra-t-il ferme, ou tes mains seront-elles fortes, aux jours où j’agirai contre toi ? Moi, l’Éternel, j’ai parlé, et je le ferai. Et je te disperserai parmi les nations, et je te disséminerai dans les pays, et je consumerai du milieu de toi ton impureté. Et tu seras profanée par toi-même aux yeux des nations, et tu sauras que je suis l’Éternel » (22:13-16). Telle est l’expression de l’indignation divine. Si les Juifs semblaient forts moralement et physiquement, où serait leur force au jour où Dieu s’occuperait d’eux ? Aussi vrai que Sa parole demeurerait, ils seraient dispersés par les pays, afin qu’au moins là un terme fût mis à leur impureté, à défaut de Jérusalem, et qu’ils prennent conscience et confessent à d’autres leur souillure intérieure, apprenant à connaître l’Éternel comme jamais auparavant.

Dans la suite du chapitre, nous trouvons une accusation encore plus terrible s’il est possible. Si le chapitre précédent était la prophétie de l’épée, celui-ci est celui de la fournaise. « Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, la maison d’Israël est devenue pour moi des scories ; eux tous sont de l’airain, et de l’étain, et du fer, et du plomb, au milieu du fourneau ; ils sont devenus des scories d’argent. C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Parce que vous êtes tous devenus des scories, à cause de cela, voici, je vous rassemble au milieu de Jérusalem. Comme on rassemble l’argent, et l’airain, et le fer, et le plomb, et l’étain, au milieu d’un fourneau, pour souffler le feu dessus afin de les fondre, ainsi je vous rassemblerai dans ma colère et dans ma fureur, et je vous laisserai là, et je vous fondrai. Et je vous assemblerai, et je soufflerai contre vous le feu de mon courroux, et vous serez fondus au milieu de Jérusalem. Comme l’argent est fondu au milieu du fourneau, ainsi vous serez fondus au milieu d’elle ; et vous saurez que moi, l’Éternel, j’ai versé ma fureur sur vous » (22:17-22). Quelles que puissent être les horreurs sanglantes liées à l’épée, le feu de l’indignation divine ne peut que présager quelque chose de pire pour ce monde ; mais la prophétie naturellement ne va pas plus loin. Or il s’agissait de l’action de l’Éternel à cause des péchés de Jérusalem, et non pas simplement celle des Gentils à cause de leur puissance. La foi saisit cela, et s’incline devant Lui.

Les derniers versets abandonnant les images, s’expriment dans les termes les plus clairs. « Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, dis-lui : Tu es un pays qui n’est pas purifié, qui n’est pas arrosé de pluie au jour de l’indignation. Il y a une conjuration de ses prophètes au milieu d’elle, comme un lion rugissant qui déchire la proie ; ils dévorent les âmes, ils enlèvent les richesses et les choses précieuses ; ils multiplient ses veuves au milieu d’elle. Ses sacrificateurs font violence à ma loi et profanent mes choses saintes ; ils ne font pas de différence entre ce qui est saint et ce qui est profane, et ils ne font pas connaître la différence entre ce qui est impur et ce qui est pur ; et ils cachent leurs yeux de mes sabbats, et je suis profané au milieu d’eux. Ses princes, au milieu d’elle, sont comme des loups qui déchirent la proie, pour verser le sang, pour détruire les âmes, afin de faire un gain déshonnête. Et ses prophètes leur ont fait des enduits de mauvais mortier, ayant des visions de vanité et devinant pour eux le mensonge, disant : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel, quand l’Éternel n’a point parlé. Le peuple du pays pratique l’extorsion et commet la rapine, et foule l’affligé et le pauvre ; et ils oppriment l’étranger contrairement à tout droit. Et j’ai cherché parmi eux un homme qui fermât l’enceinte, et qui se tînt à la brèche devant moi pour le pays, afin que je ne le détruisisse pas ; mais je n’en ai point trouvé » (22:23-30). Coupable et livrée au jugement, Jérusalem ressemble à un pays non cultivé par l’homme, et privé des ressources naturelles de Dieu, un vrai désert moral. Les prophètes qui conspiraient au milieu d’elle étaient comme des lions rugissants et dévorants ; les sacrificateurs non seulement pervertissaient la loi, mais profanaient le sanctuaire ; les princes ne valaient pas mieux que des loups rapaces et assoiffés de sang en vue d’un gain déshonnête. Rien de bon n’émergeait, où qu’on regarde, en haut ou en bas. Les prophètes donnaient des explications spécieuses sur les péchés des hommes, et prenaient effrontément la parole de l’Éternel pour couvrir leurs mensonges ; le peuple du pays de son côté, n’était pas protégé contre le mal dans son abaissement, et se livrait à toute sorte de violence et de rapine. L’Éternel ne trouvait pas un homme pour bâtir la muraille, ou pour se tenir à la brèche devant Lui en faveur du pays. Hélas ! il n’y en avait point ! « Et je verserai sur eux mon indignation ; dans le feu de mon courroux je les consumerai, je ferai retomber leur voie sur leur tête, dit le Seigneur, l’Éternel » (22:31).

 

26             Chapitre 23

Le prophète continue à exposer le péché d’Israël, surtout celui de Jérusalem. La sainte cité est comparée ici à Samarie, comme deux sœurs issues d’un même parent, à savoir le peuple Juif. Elles étaient aussi sœur dans leur iniquité idolâtre. Le mal est suivi à la trace depuis sa première manifestation. Les idoles qui les avaient séduits en Égypte les ont mis à découvert finalement devant l’Assyrie et Babylone. Elles avaient manifesté leur infamie en Égypte, et dans l’âge mûr elles avaient continué les péchés de leur jeunesse. Leurs noms symboliques Ohola pour l’aînée, et Oholiba pour sa sœur, signifient respectivement « sa propre tente » et « ma tente en elle ». Le lecteur ne manquera pas d’observer combien ces noms symboliques sont appropriés. Le culte de Samarie était celui de la propre volonté, au mieux de l’imitation, mais en réalité l’indépendance de l’Éternel ; à Jérusalem, le service divin avait été ordonné de l’Éternel, comme Sa décision ; mais tous les deux lui appartenaient quand même. « Elles étaient à moi, et elles enfantèrent des fils et des filles». L’usurpation de Jéroboam ne détruisit pas les droits de l’Éternel, mais fut la cause du ministère spécial d’Élie et Élisée, et d’autres encore, par la grâce de Dieu, dans le but de les avertir pour autant que ce fut possible. L’aînée, Ohola ou Samarie, montra vite que le mal ancien était toujours là (23:5-8). L’adoration des veaux conduisit à pire, et amena finalement le jugement exécuté par ceux mêmes qui en dernier lieu l’avaient séduite et détournée de l’Éternel ; l’Assyrien exécuta le jugement sur Samarie (23:9-10).

Jérusalem avait-elle été avertie ? La vue d’Ohola eut-elle un effet favorable sur Oholiba ? Au contraire, « elle se corrompit plus qu’elle dans ses amours passionnées ». La plus jeune et la plus favorisée des deux sœurs suivit l’aînée, et le laisser-aller de son idolâtrie fut encore plus grossier (23:11). Elle se passionna pour les fils de l’Assyrie. « Et je vis qu’elle s’était rendue impure : elles suivaient toutes deux la même voie » (23:13). Insatisfaite avec l’Assyrie, elle se passionna pour les Chaldéens et leur culte idolâtre (23:16). Les fils de Babylone la souillèrent ; mais s’ils la rendirent impure, son âme se détacha d’eux(23:17). Il en est toujours ainsi là où manquent la faveur et la volonté de Dieu. La proximité dans le mal est suivie rapidement du dégoût mutuel. Mais hélas ! il y a pire. « Mon âme, dit l’Éternel, se détacha d’elle, comme mon âme s’était détachée de sa sœur ». Jérusalem fut livrée à un esprit réprouvé (23:19-20 ; Rom. 1:28). À partir du verset 22, le Seigneur, l’Éternel, menace Jérusalem.

« C’est pourquoi, Oholiba ! ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, je réveille contre toi tes amants, desquels ton âme s’est détachée, et je les ferai venir contre toi de tous côtés : les fils de Babel, et tous les Chaldéens, Pekod et Shoa, et Koa, tous les fils d’Assur avec eux, tous beaux jeunes hommes, gouverneurs et chefs, grands seigneurs et gens de renom, tous montés sur des chevaux. Et ils viendront contre toi avec des armes, des chars et des roues, et avec un rassemblement de peuples ; ils se placeront contre toi, tout autour, avec le bouclier et l’écu et le casque ; et je leur commettrai le jugement, et ils te jugeront selon leurs jugements. Et je mettrai ma jalousie contre toi, et ils agiront envers toi avec fureur : ils te couperont le nez et les oreilles ; et ce qui restera de toi tombera par l’épée. Ils prendront tes fils et tes filles, et ce qui restera de toi sera dévoré par le feu. Et ils te dépouilleront de tes vêtements, et prendront les objets dont tu te pares ; et je ferai cesser en toi ton infamie et ta prostitution qui date du pays d’Égypte ; et tu ne lèveras plus tes yeux vers eux, et tu ne te souviendras plus de l’Égypte. Car ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : voici, je te livre en la main de ceux que tu hais, en la main de ceux dont ton âme s’est détachée ; et ils agiront envers toi avec haine, et prendront tout ton travail, et te laisseront nue et découverte ; et la nudité de tes débauches, et ton infamie, et tes prostitutions, seront découvertes. Ces choses t’arriveront, parce que tu t’es prostituée après les nations, parce que tu t’es rendue impure par leurs idoles. Tu as marché dans le chemin de ta sœur ; et j’ai mis sa coupe dans ta main » (23:22-31). Ceux-là même avec lesquels elle commettait le péché, seraient ceux qui la châtieraient, ils agiraient avec furie, la punissant sans miséricorde, et en la chargeant de toutes les marques d’ignominie. Le peuple idolâtre perdrait, suivant le symbole, son nez et ses oreilles, et ses fils et ses filles lui seraient enlevés ; le feu et l’épée feraient leur œuvre de destruction. Cette femme débauchée s’enorgueillissait-elle de ses vêtements et de ses bijoux ? Jérusalem en serait dépouillée entièrement, mais non pas en vain. Sa méchanceté prendrait fin, et elle cesserait de regarder vers l’Égypte. Juda ne souffrirait pas moins que les dix tribus rebelles.

Depuis le verset 32, le prophète reprend la coupe mentionnée au verset 31, et applique cette figure dans toute son ampleur aux voies judiciaires de l’Éternel envers Jérusalem.

« Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Tu boiras la coupe de ta sœur, profonde et large ; tu seras en risée et en raillerie, car elle contient beaucoup. Tu seras remplie d’ivresse et de chagrin ; ce sera une coupe d’étonnement et de désolation, la coupe de ta sœur Samarie. Tu la boiras, et tu la suceras, et tu en rongeras les morceaux, et tu te déchireras les seins ; car j’ai parlé, dit le Seigneur, l’Éternel. C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Parce que tu m’as oublié et que tu m’as jeté derrière ton dos, toi aussi porte ton infamie et tes prostitutions » (23:32-35).

Ainsi le jugement de Juda si favorisée, dépasserait celui de Samarie, car en vérité sa culpabilité était plus grande. La lie de la coupe serait sucé, les morceaux seraient moulus avec les dents, et les seins coupables seraient déchirés (23:34).

À partir du verset 36 à la fin, nous trouvons une comparaison qui termine l’histoire des deux sœurs. Toutes deux étaient débauchées, toutes deux chargées de sang. Elles avaient poussé leur adultère idolâtre jusqu’à brûler leurs enfants à Moloch, souillant le sanctuaire de l’Éternel et profanant Ses sabbats (23:38). « Voici ! elles ont fait ainsi au milieu de ma maison » (23:39). Elles avaient utilisé tous les moyens pour séduire ceux du dehors, pour le déshonneur de l’Éternel, employant pour eux, d’une manière inique, l’encens et l’huile de l’Éternel. Et comme Jérusalem avait cherché des étrangers venant de loin, elle avait été jusqu’à courtiser les plus vulgaires buveurs du désert (23:40-42). Ces deux femmes Ohola et Oholiba étaient radicalement dépravées. Ce n’est pas Dieu seulement, mais des hommes justes qui les jugeraient du jugement des femmes adultères et du jugement de ceux qui versent le sang, car c’est ce qu’elles étaient (23:45).

Leur jugement ne tarderait pas. La femme adultère devait être lapidée jusqu’à la mort. « Car ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : On fera monter contre elles un rassemblement d’hommes, et on les livrera à la vexation et au pillage ; et le rassemblement les lapidera avec des pierres, et ils les transperceront avec leurs épées ; ils tueront leurs fils et leurs filles, et ils brûleront leurs maisons par le feu. Et je ferai cesser l’infamie dans le pays ; et toutes les femmes seront enseignées, et ne feront pas selon votre infamie. Et ils mettront vos infamies sur vous, et vous porterez les péchés de vos idoles et vous saurez que je suis l’Éternel » (23:46-49).

 

27             Chapitre 24

Ce nouveau message de l’Éternel offre cette particularité que le prophète note expressément le jour précis, non pas comme d’habitude la date de communication de la prophétie, mais ici il y a la date du commencement précis de l’accomplissement de la prédiction. Comme précédemment, il compte le temps à partir de la captivité de Jéhoïakin. Il fallait l’action d’une puissance supérieure, pour faire connaître que le siège de Jérusalem commençait en ce même jour-là : même quelqu’un lent d’esprit le comprendrait facilement.

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, en la neuvième année, au dixième mois, le dixième jour du mois, disant : Fils d’homme, écris pour toi le nom de ce jour, de ce propre jour : le roi de Babylone s’approche contre Jérusalem, en ce jour même. Et propose une parabole à la maison rebelle, et dis-leur : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Place la marmite, place-la, et verses-y aussi de l’eau. Rassembles-y ses morceaux, tous les bons morceaux, la cuisse et l’épaule ; remplis-la d’os choisis, prends du meilleur du menu bétail ; et mets aussi dessous un tas de bois pour les os ; fais-la bien bouillir, et que les os cuisent au-dedans d’elle. C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Malheur à la ville de sang, la marmite en laquelle est sa rouille, et dont la rouille ne se détache pas ! Tires-en morceau par morceau ; qu’on ne jette pas le sort sur elle ; car son sang est au milieu d’elle : elle l’a mis sur le roc nu, elle ne l’a pas versé sur la terre pour le couvrir de poussière. Pour faire monter la fureur, pour exécuter la vengeance, j’ai mis son sang sur le roc nu, pour qu’il ne soit pas couvert » (24:1-8).

La marmite remplie de morceaux de viande et des meilleurs os, bien bouillis, est l’image terrible que l’Éternel explique plus loin, en faisant allusion à leur vanterie naïve en rapport avec la sécurité dans Jérusalem (chap. 11). Comme la chair ne se confie jamais en Dieu pour la vie éternelle ni pour la rémission complète des péchés, ainsi la simple religiosité est portée à présumer de l’indéfectibilité de Dieu par rapport à ses promesses sans tenir le moindre compte de Sa volonté et de Sa gloire, et du déshonneur évident porté à Son nom et à Sa parole. Mais les hommes trompent leurs âmes, comme le faisaient les Juifs ici, eux sur qui allait tomber un jugement sans distinction : « Qu’on ne jette pas le sort sur elle » (24:6). Aucun ne pouvait échapper au châtiment. L’Éternel se devait d’agir dans Sa rétribution à cause du péché de Jérusalem, notamment le péché quant au sang, qui était profondément invétéré et commis sans vergogne, sans chercher à se cacher ; or le péché quant au sang était une offense d’autant plus grande en Israël qu’ils savaient combien Dieu maintenait le caractère sacré de la vie dans l’homme, image de Dieu, — vérité oubliée très tôt par les Gentils, puis perdue.

Dans les versets 9-14 nous voyons que Jérusalem serait prise et détruite ; il ne s’agissait pas de quelque chose de superficiel, et la description qui nous en est donnée poursuit l’allégorie précédente. Maintenant l’Éternel fait savoir que non seulement les os seront brûlés, mais que la ville elle-même, sous l’image de la marmite, sera placée vide sur les charbons, de façon que l’airain devienne brûlant et que sa saleté [son impureté] soit fondue au milieu d’elle, et que ses scories (*) soit consumées au-dedans d’elle.

 

(*) note Bibliquest : ou : crasse, rouille dans la version JND

« Elle s’est lassée de fraudes, et la grandeur de ses scories ne s’en va pas : au feu ses scories ! Dans ton impureté, il y a de l’inceste : parce que je t’ai purifiée et que tu ne veux pas être purifiée, tu ne seras plus purifiée de ton impureté, jusqu’à ce que j’aie satisfait sur toi ma fureur (*). Moi, l’Éternel, j’ai parlé : cela arrivera, et je le ferai ; je ne reculerai point, et je n’aurai point de compassion, et je ne me repentirai pas. On te jugera selon tes voies et selon tes actions, dit le Seigneur, l’Éternel » (24:12-14). Les mesures disciplinaires n’avaient plus été exercées depuis longtemps, le gouvernement conforme à Sa loi avait été méprisé. Les maraudeurs les plus arrogants et les plus cruels de la terre allaient venir et exécuter le décret divin qui était maintenant fixé.

 

(*) note Bibliquest : La traduction JND des v. 12 et 13 est la suivante : « Elle a lassé les efforts, et la rouille dont elle est pleine ne se détache pas : — au feu sa rouille ! Il y a de l’infamie dans ton impureté ; puisque je t’ai purifiée, et tu n’es point pure. Tu ne seras plus purifiée de ton impureté, jusqu’à ce que j’aie satisfait sur toi ma fureur ».

Dieu appelle ensuite le prophète à éprouver pour lui-même la crainte d’une plaie de Dieu le frappant au plus intime de ses affections, pour que, s’il était possible, les captifs du Kébar soient forcés de sentir la gravité de la crise et du reniement du vrai Dieu, qui avait amené le jugement sur les Juifs. « Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, voici, je vais t’ôter, par une plaie, le désir de tes yeux ; et tu ne mèneras pas deuil, et tu ne pleureras pas, et tes larmes ne couleront pas. Gémis en silence : tu ne feras point le deuil des morts. Enroule ton turban sur toi, et mets tes sandales à tes pieds, et ne couvre pas ta barbe, et ne mange pas le pain des hommes. — Et je parlai au peuple le matin, et ma femme mourut le soir ; et, le matin, je fis comme il m’avait été commandé » (24:15-18).

Cette affliction soudaine qui frappe Ézéchiel chez lui sans manifestation d’aucun signe de deuil de sa part, ne passe pas inaperçue. « Et le peuple me dit : Ne nous déclareras-tu pas ce que signifient pour nous ces choses que tu fais ? Et je leur dis : La parole de l’Éternel est venue à moi, disant : Dis à la maison d’Israël : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, je profane mon sanctuaire, l’orgueil de votre force, le désir de vos yeux, et l’affection de votre âme ; et vos fils et vos filles que vous avez laissés en arrière tomberont par l’épée. Et vous ferez comme j’ai fait : vous ne couvrirez point votre barbe et vous ne mangerez pas le pain des hommes ; et vos turbans seront sur vos têtes, et vos sandales à vos pieds ; vous ne mènerez pas deuil et vous ne pleurerez pas, mais vous vous consumerez dans vos iniquités, et vous gémirez l’un vis-à-vis de l’autre » (24:19-23). L’acte d’Ézéchiel est comme un nouvel oracle ; il est expliqué au peuple avec l’information que Dieu voulait leur apprendre le malheur sans pareil par lequel ils passeraient et qui ne laisseraient point de place aux pleurs ou à un deuil ordinaire. Une destruction si impétueuse commençait que l’Éternel profanait Lui-même Son sanctuaire par le jugement, comme eux l’avaient profané par leurs transgressions et leurs abominations, au point qu’il ne leur restait plus qu’à dépérir dans leurs iniquités et à gémir l’un vis-à-vis de l’autre. Quel tableau du désespoir quand la douleur est trop profonde pour que les larmes coulent, et que le sentiment de la culpabilité envahit les hommes et les oblige à abandonner toute espérance !

Il n’est pas juste de dire que les écrivains sacrés introduisaient leurs propres noms dans leurs prophéties. Ceux qui parlent ainsi, croient-ils qu’ils étaient inspirés dans le vrai et plein sens du terme ? Si oui, c’est Dieu qui les conduisait et les autorisait à le faire, comme ici Ézéchiel. « Ézéchiel sera pour vous un signe : selon tout ce qu’il a fait, vous ferez. Quand cela arrivera, vous saurez que je suis le Seigneur, l’Éternel. Et toi, fils d’homme, au jour où je leur ôterai ce qui a été leur confiance, la joie de leur ornement, le désir de leurs yeux, et ce que recherchent leurs âmes, leurs fils et leurs filles, en ce jour-là celui qui sera réchappé ne viendra-t-il pas vers toi pour le faire entendre à tes oreilles ? En ce jour-là ta bouche sera ouverte avec le réchappé, et tu parleras et tu ne seras plus muet ; et tu seras pour eux un signe, et ils sauront que je suis l’Éternel » (24:24-27).

 

28             Chapitre 25

Nous avons maintenant un message de l’Éternel qui, tout en étant lié à la prophétie précédente faite à Israël, et surtout Jérusalem, forme une transition naturelle pour passer aux nations étrangères qui tombent les unes après les autres sous le même jugement divin (ch. 26 à 32). Ammon et Moab avaient une origine malheureuse et humiliante qui leur donnait une sorte de parenté bâtarde avec Israël ; Édom, plus noble d’après la chair, n’en était pas plus proche spirituellement ; il était même l’ennemi le plus acharné ; quant aux Philistins, sans relation de ce genre avec Israël, avaient la particularité d’être raccrochés aux frontières sud-ouest du pays, bien qu’étant des Gentils et les plus cruels des oppresseurs d’Israël, jusqu’à ce que David les abatte. Le prophète a ici une parole de la part de l’Éternel contre chacun d’eux.

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, tourne ta face contre les fils d’Ammon, et prophétise contre eux, et dis aux fils d’Ammon : Écoutez la parole du Seigneur, l’Éternel ! Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Parce que tu as dit : Ha ha ! contre mon sanctuaire, quand il a été profané, et contre la terre d’Israël quand elle a été désolée, et contre la maison de Juda, quand elle est allée en captivité : à cause de cela, voici, je te donne en possession aux fils de l’orient, et ils établiront chez toi leurs parcs, et placeront chez toi leurs demeures ; ils mangeront tes fruits et boiront ton lait. Et je ferai de Rabba un pâturage pour les chameaux, et du pays des fils d’Ammon un gîte pour le menu bétail ; et vous saurez que je suis l’Éternel. Car ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Parce que tu as battu des mains et que tu as frappé du pied, et que tu t’es réjoui dans tout le mépris que tu avais en ton âme contre la terre d’Israël, — à cause de cela, voici, j’étendrai ma main sur toi et je te livrerai en proie aux nations, et je te retrancherai d’entre les peuples, et je te ferai périr d’entre les pays ; je te détruirai, et tu sauras que je suis l’Éternel (25:1-7).

La question se pose de savoir qui sont ces fils de l’Orient ; certains, tant Juifs que chrétiens, pensent qu’il s’agit des Chaldéens. Theodoret me semble plus correct lorsqu’il y voit les Ismaélites qui, lors du grand bouleversement de l’état d’Israël par Nébucadnetsar, devaient planter leurs tentes et garder leur menu et gros bétail, en bref, passer leur vie nomade dans le pays de ceux qui triomphaient devant la profanation du sanctuaire de l’Éternel, la désolation du pays d’Israël et la captivité de Juda. Peut-être est-ce la première pensée qui a influencé les traducteurs de la version autorisée du roi Jacques lorsqu’ils ont rendu par « palaces » ce qui est plus exactement des « parcs » ou des « campements » ou « villages ». C’était un choc plus grand de devenir la possession des Bédouins nomades, que de tomber normalement sous les tours, la force et l’habileté des Babyloniens. Les fils d’Ammon ont été détruits, d’une manière irréparable pour l’homme, malgré toute l’histoire passée des Grecs et des Romains.

Mais ils n’y a pas qu’eux. Moab n’était pas moins hostile. Leurs repaires, leurs fières fortifications devaient se révéler vaines quand le temps de Dieu viendrait, et il allait bientôt venir. « Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Parce que Moab et Séhir ont dit : Voici, la maison de Juda est comme toutes les nations ; à cause de cela, voici, j’ouvre le côté de Moab par les villes, par ses villes, jusqu’à la dernière, la gloire du pays, Beth-Jeshimoth, Baal-Méon, et Kiriathaïm ; je l’ouvre aux fils de l’orient, avec le pays des fils d’Ammon ; et je le leur donnerai en possession, afin qu’on ne se souvienne plus des fils d’Ammon parmi les nations ; et j’exécuterai des jugements sur Moab ; et ils sauront que je suis l’Éternel » (25:8-11). Combien il est vrai que Dieu résiste aux orgueilleux (1 Pier. 5:5) ! Nous avons entendu l’orgueil de Moab (Jér. 48:29 ; És. 16:6) que Dieu ressentait d’autant plus qu’ils avaient osé dire, comme s’ils avaient été heureux de le croire, que : « la maison de Juda est comme toutes les nations » (25:8). Or elle ne l’était ni dans ses privilèges, ni dans son châtiment, mais seulement dans ses péchés, hélas ! Ce n’était pas cette conformité dans le péché que Moab n’aimait pas, mais bien la miséricorde que Dieu leur avait témoignée, et l’appel qu’ils avaient reçu à être à la tête des nations, comme témoins de l’Éternel ; c’est pourquoi Dieu exécutait ses jugements sur Moab afin qu’ils Le connaissent. C’est le Dieu d’Israël qui gouverne les nations.

Séhir avait été associé à Moab ; mais la haine implacable d’Édom doit avoir une place à part. « Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : À cause de ce qu’Édom a fait quand il s’est vengé cruellement de la maison de Juda, et parce qu’il s’est rendu fort coupable en se vengeant d’eux, — à cause de cela, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : J’étendrai ma main aussi sur Édom, et j’en retrancherai hommes et bêtes, et j’en ferai un désert depuis Théman, et, jusqu’à Dedan, ils tomberont par l’épée ; et j’exercerai ma vengeance sur Édom par la main de mon peuple Israël ; et ils agiront en Édom selon ma colère et selon ma fureur ; et ils connaîtront ma vengeance, dit le Seigneur, l’Éternel » (25:12-14). Édom n’aurait-il pas dû être attristé à cause de son frère ? Au contraire, il prit motif de sa ruine par les Gentils pour se venger de ses vielles rancunes. Mais on ne se moquait pas plus de Dieu alors que maintenant, et dans ce cas particulier, Dieu exécutera Sa vengeance sur Édom par la main de Son peuple Israël : « et ils agiront en Édom selon ma colère et selon ma fureur ; et ils connaîtront ma vengeance » (non, pas simplement « que je suis l’Éternel ») « dit le Seigneur, l’Éternel » (25:14).

Des étrangers étaient-ils venus de Crète s’établir dans le pays des Philistins pour harceler et opprimer Israël ? S’étaient-ils levés pour venger leurs anciennes rancunes alors qu’ils n’avaient pas pu le faire au temps de leur ancienne grandeur ? Dieu n’y était pas indifférent. « Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : À cause de ce que les Philistins ont fait par vengeance, et parce qu’ils se sont vengés cruellement, dans le mépris de leurs âmes, pour détruire par une inimitié perpétuelle, — à cause de cela, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’étends ma main sur les Philistins, et je retrancherai les Keréthiens, et je ferai périr le reste qui est sur le bord de la mer ; et j’exercerai sur eux de grandes vengeances par des châtiments de fureur ; et ils sauront que je suis l’Éternel, quand j’exécuterai sur eux ma vengeance » (25:15-17). La menace de jugements divins est ici particulièrement forte. C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant, lorsqu’il venge son peuple de ses ennemis arrogants et méprisants.

 

29             Chapitre 26

Une autre ville de l’Occident, d’importance exceptionnelle, avait attiré le déplaisir et le jugement de l’Éternel : la cité renommée de Tyr. C’est une leçon d’autant plus sérieuse que Tyr ne semble pas avoir été animée d’hostilité pure et simple contre Israël. C’était plutôt de l’avidité commerciale, qui voyait une occasion de tirer des avantages des désastres du peuple élu. Cela avait entraîné cette ville dans un antagonisme contre Israël que l’Éternel ressentait. Le fait que Dieu châtie Son peuple n’excuse pas la convoitise égoïste qui voudrait profiter de ses difficultés et de sa chute. Le prophète l’indique ici.

« Et il arriva, la onzième armée, le premier jour du mois, que la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, parce que Tyr a dit, touchant Jérusalem : Ha ha ! elle est brisée, la porte des peuples ! elle est tournée vers moi ; je serai remplie ; elle a été rendue déserte ; … à cause de cela, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’en veux à toi, Tyr ! et je ferai monter contre toi des nations nombreuses, comme la mer fait monter ses flots. Et elles détruiront les murs de Tyr et renverseront ses tours ; et je balayerai d’elle sa poussière, et je ferai d’elle un rocher nu. Elle sera un lieu pour étendre les filets, au milieu de la mer ; car j’ai parlé, dit le Seigneur, l’Éternel ; et elle deviendra la proie des nations ; et ses filles qui sont dans la campagne seront tuées par l’épée ; et ils sauront que je suis l’Éternel » (26:1-6). Tyr avait dit de Jérusalem qu’elle était brisée, et « je serai remplie ; elle a été rendue déserte ». L’Éternel lui répond : « J’en veux à toi, ô Tyr, et je ferai monter contre toi des nations nombreuses ». La ruine est prononcée, sa poussière même sera raclée, elle sera comme un rocher nu où l’on étend les filets au milieu de la mer, et ses filles (je suppose les colonies qu’elle a plantée) tomberont par l’épée dans la campagne. Ainsi elle connaîtra qu’Il est l’Éternel.

« Car ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, je fais venir du nord, contre Tyr, Nebucadretsar, roi de Babylone, le roi des rois, avec des chevaux, et des chars, et des cavaliers, et un rassemblement et un peuple nombreux. Tes filles qui sont dans la campagne, il les tuera par l’épée ; et il établira contre toi des tours ; et il élèvera contre toi des terrasses ; et il lèvera le bouclier contre toi ; et il placera ses machines de siège contre tes murailles, et démolira tes tours avec ses pointes de fer. À cause de la multitude de ses chevaux, leur poussière te couvrira ; tes murailles trembleront au bruit de la cavalerie, et des roues et des chars, quand il entrera par tes portes comme on entre dans une ville ouverte par la brèche. Sous le sabot de ses chevaux il foulera toutes tes rues ; il tuera ton peuple par l’épée, et les colonnes de ta force tomberont par terre. Et ils feront une proie de tes richesses, et pilleront tes biens, et renverseront tes murs, et abattront tes maisons de plaisance ; et ils mettront tes pierres, et ton bois, et ta poussière, au milieu des eaux. Et je ferai cesser le bruit de tes chansons, et le son de tes harpes ne sera plus entendu. Et je ferai de toi un rocher nu ; tu seras un lieu pour étendre les filets ; et tu ne seras plus bâtie ; car moi, l’Éternel, j’ai parlé, dit le Seigneur, l’Éternel » (26:7-14). La grande puissance impériale du monde mettrait fin à ces villes essaimées par Tyr, et investirait ce centre de commerce des nations avec tous les engins nécessaires à un siège ; elle démolirait ses murailles et ses tours avec ses haches et engins de guerre : elle réussirait certainement, et les Tyriens seraient massacrés, et les richesses et les marchandises de la ville seraient pillées. Il est possible que le « ils» du verset 12 aille au-delà de Nébucadnetsar, et comprenne Alexandre le Grand, dont la vengeance fut encore plus complète, et qui éparpilla dans les eaux de la mer les pierres, le bois et jusqu’à la poussière de Tyr. Aucune renaissance n’était plus possible après cela.

En outre, l’effet moral parmi les nations fut immense. Les versets de conclusion (v. 15-18) le décrivent. « Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel, à Tyr : Les îles ne trembleront-elles pas au bruit de ta chute, au gémissement de tes blessés à mort, quand le carnage se fera au milieu de toi ? Et tous les princes de la mer descendront de leurs trônes, et ôteront leurs robes, et dépouilleront leurs vêtements de broderie ; ils se revêtiront de frayeur, ils s’assiéront sur la terre, et ils trembleront à tout moment et seront dans la stupeur à cause de toi. Et ils élèveront une complainte sur toi, et te diront : Comment as-tu péri, toi qui étais habitée par ceux qui venaient des mers, ville célèbre qui étais puissante sur la mer, toi et tes habitants qui répandiez votre terreur sur tous ceux qui habitent en elle ? Maintenant les îles tremblent au jour de ta chute, et les îles qui sont dans la mer seront troublées à cause de l’issue de ta voie » (26:15-18). Les puissances commerciales devaient éprouver tout particulièrement la ruine complète d’une ville si renommée et si puissante sur les mers. Aussi nous est-il dit que les îles tremblèrent au bruit de sa chute. Car beaucoup des riches s’enfuient, les autres restant pour être détruits.

« Car ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Quand je ferai de toi une ville déserte, comme sont les villes qui ne sont pas habitées ; quand je ferai monter sur toi l’abîme, et que les grandes eaux te couvriront, alors je te ferai descendre avec ceux qui descendent dans la fosse, vers le peuple d’autrefois, et je te ferai habiter dans les lieux bas de la terre, dans les lieux désolés de tout temps, avec ceux qui descendent dans la fosse, afin que tu ne sois plus habitée, et que je mette la gloire dans la terre des vivants. Je ferai de toi une terreur, et tu ne seras plus ; et on te cherchera, et on ne te trouvera plus, à jamais, dit le Seigneur, l’Éternel » (26:19-21). La destruction de Tyr devait être complète. Quelle que soit l’importance de sa position (il semblait que sa réussite passée invitait à reconstruire un pareil centre de commerce), tout espoir de relèvement serait vain de la part de l’homme, car le Seigneur dit : « Je ferai de toi une terreur, et tu ne seras plus ; et on te cherchera et on ne te trouvera plus à jamais, dit le Seigneur, l’Éternel » (26:21). Ainsi devait périr la splendeur d’une cité dont la renommée s’étendait très loin parmi tous les pays, amassant et propageant les richesses sur toutes les mers et les terres des Gentils. Tel doit être le jugement de ceux qui, par appât du gain, veulent se mêler des affaires d’Israël même dans sa désolation.

 

30             Chapitre 27

Ce chapitre nous offre un tableau vivant et frappant du commerce de Tyr.

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Et toi, fils d’homme, élève une complainte sur Tyr, et dis à Tyr : Toi qui demeures aux avenues de la mer, qui trafiques avec les peuples dans beaucoup d’îles, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Tyr, tu as dit : Je suis parfaite en beauté » (27:1-3). Cette complainte se transforme bientôt en allégorie, et elle s’adresse à Tyr personnellement. Sa position est exposée de façon pittoresque, tout comme son auto-satisfaction.

Depuis le verset 4 l’allégorie compare Tyr à un navire, ce qui est en harmonie de manière frappante avec le caractère particulier de cette ville. « Tes frontières sont au cœur des mers ; ceux qui t’ont bâtie ont rendu ta beauté parfaite. Avec le cyprès de Senir [le sud de l’Anti-liban] ils construisaient tous tes doubles bordages ; ils prenaient le cèdre du Liban pour faire ta mâture ; avec les chênes de Basan ils faisaient tes rames, etc. ». On a ensuite la description des ponts du navire en ivoire des îles de Kittim, des voiles en fin lin brodé ou en coton d’Égypte, du bleu et de la pourpre des côtes d’Élisha — tels étaient les ornements du navire.

Les versets 8-11 nous montrent l’équipage, les pilotes, les marchands, les matelots, les soldats. « Les habitants de Sidon et d’Arvad étaient tes rameurs. Tes sages, ô Tyr, qui étaient en toi, étaient tes pilotes. Les anciens de Guebal et ses sages étaient en toi, réparant tes fissures ; tous les navires de la mer et leurs marins étaient chez toi, pour faire trafic avec toi. La Perse, et Lud, et Puth, étaient dans ton armée tes hommes de guerre ; ils suspendaient chez toi le bouclier et le casque, ils faisaient ta splendeur. Les fils d’Arvad et ton armée étaient tout autour sur tes murailles, et tes guerriers étaient dans tes tours ; ils suspendaient leurs boucliers à tes murailles tout autour, ils rendaient parfaite ta beauté » (27:8-11). Ses voisins sont supposés être les marins et les pilotes, avec des mercenaires de Perse à l’Orient, de Lud et de Puth à l’occident. Tyr les mettait tous à contribution et aimait à rassembler les plus lointains sous sa bannière.

Avec le verset 12, nous entrons dans son commerce avec l’étranger, en commençant par la ville même de Tarsis, et en finissant au v. 25 par ses navires. Dans ces temps anciens, Tarsis semble avoir donné son nom aux vaisseaux qui naviguaient partout, ou ceux des voyages au long cours, un peu comme les « Indiamen » qui étaient les navires faisant le service des Indes Orientales pour l’Angleterre du 19° siècle. « Tarsis commerçait avec toi pour l’abondance de tous biens ; d’argent, de fer, d’étain, et de plomb, ils fournissaient tes marchés » (27:12). Puis au verset 13 vient une toute autre catégorie de marchandises : « Javan, Tubal et Méshec étaient tes marchands ; ils fournissaient à ton trafic des âmes d’hommes et des ustensiles d’airain » (27:13). Nous passons ici de l’ouest à l’extrême orient. Puis au v. 14, nous avons l’Arménie du Nord : « De la maison de Togarma ils fournissaient tes marchés en chevaux, et en cavaliers, et en mulets » (27:14). Puis on passe au Sud : « Les fils de Dedan étaient tes marchands ; de nombreuses îles étaient en relation de commerce avec toi ; elles te donnaient en retour des dents d’ivoire et de l’ébène » (27:15). Enfin on arrive à la Syrie (si c’est bien là la leçon, car 15 manuscrits lisent Édom) qui fournissait les marchés de Tyr avec les émeraudes (ou : escarboucles), la pourpre, la broderie, le fin lin (ou : coton), le corail et le rubis (27:16).

Tyr avait aussi des relations avec Juda et le pays d’Israël : « Juda et le pays d’Israël étaient tes marchands ; ils fournissaient à ton trafic du froment de Minnith, et de la pâtisserie, et du miel, et de l’huile, et du baume » (27:17) Il semble que Damas achetait les marchandises Tyriennes et lui donnait en échange du vin d’Alep (ou : Helbon) et de la laine blanche.

Le v. 19 semble mettre particulièrement ensemble Dan et Javan d’Uzal (la version autorisée du roi Jacques traduit Uzal par « allant et venant »). Il semble contraire à l’analogie que la conjonction de coordination commence le verset. C’est pourquoi certains, au lieu de traduire « Dan aussi », disent « Dedan et Javan » [JND dit « Vedan et Javan »]. D’autres se sont décidé pour « Aden ». Il semble que des localités d’Arabie soient visées ici, comme aussi peut-être le second Dedan du v. 20. L’Arabie et tous les princes de Kédar faisaient le commerce d’agneaux, de béliers et de boucs, et les marchands de Sheba et de Rhama fournissaient les marchés de Tyr avec les aromates excellents, toutes les pierres précieuses et l’or. Puis viennent les négociants de toute la Mésopotamie. De ces sources orientales, ils tiraient leurs objets de luxe, la pourpre, les tissus damassés et brodés, le tout mis en caisse dans les navires de Tarsis, le grand moyen de transport de l’ancien monde. Au lieu de l’expression singulière de la version autorisée du roi Jacques « les navires de Tarsis te chantaient dans tes marchés », il y a de bonnes autorités pour comprendre « les navires de Tarsis étaient tes murs, ton commerce » [JND donne : « Les navires de Tarsis étaient tes caravanes, pour ton trafic »]

Mais aucune surabondance du dehors, aucune gloire, fusse-t-elle au cœur des mers, ne peut résister à la parole de l’Éternel. Le jour de Tyr était venu. « Tes rameurs t’ont amenée dans de grandes eaux ; le vent d’orient t’a brisée au cœur des mers » (27:26). À partir de ce v. 26 commence la description de la ruine de Tyr par le prophète. Nous retrouvons là l’allégorie du début. Tyr est un navire qui s’effondre en mer, et Nébucadnetsar est le vent d’Orient qui la bouleverse. « Tes richesses et tes échanges, ton trafic, tes marins et tes pilotes, ceux qui réparent tes fissures, et ceux qui font trafic avec toi, et tous tes hommes de guerre qui sont en toi, et toute ta multitude qui est au milieu de toi, tomberont au cœur des mers, au jour de ta chute » (27:27).

Tyr avait eu une croissance lente et progressive jusqu’à ce degré de commerce immense et concentré, mais combien elle est vite tombée en ruine sous les coups de Nébucadnetsar, puis d’une manière irrémédiable sous ceux d’Alexandre-le-Grand ! « Les lieux ouverts trembleront au bruit du cri de tes pilotes. Et tous ceux qui manient la rame, les marins, tous les pilotes de la mer, descendront de leur navires ; ils se tiendront sur la terre, et feront entendre leur voix sur toi, et crieront amèrement ; et ils jetteront de la poussière sur leurs têtes, ils se rouleront dans la cendre ; et ils se rendront chauves à cause de toi, et se ceindront de sacs, et pleureront sur toi avec amertume d’âme, avec un deuil amer. Et dans leur gémissement ils élèveront sur toi une complainte, ils se lamenteront sur toi : Qui fut comme Tyr, comme celle qui est détruite au milieu de la mer ? Par les débouchés de tes marchés au-delà des mers, tu as rassasié beaucoup de peuples ; par l’abondance de tes richesses et de ton trafic, tu as enrichi les rois de la terre. Au temps où tu as été brisée par les mers dans les profondeurs des eaux, ton trafic et toute ta multitude au milieu de toi sont tombés. Tous les habitants des îles sont dans la stupeur à cause de toi, et leurs rois frémiront d’horreur, leurs visages sont agités. Les marchands parmi les peuples ont sifflé sur toi ; tu es devenue une terreur, et tu ne seras plus, à jamais » (27:28-36). Le deuil amer et universel sur cette ruine rappelle celui décrit en Apocalypse (ch. 18) au sujet d’une autre ville bien plus corrompue, car elle est la corruption de ce qui était incomparablement plus excellent au temps du Nouveau Testament ; son jugement est encore suspendu, mais viendra certainement, car le Seigneur Dieu qui la juge est puissant.

 

31             Chapitre 28

Ce ch. 28, le troisième de cette série, termine ce qui est mis à charge contre Tyr, et ajoute une courte accusation contre Sidon, sa cité mère, généralement inférieure en puissance et en splendeur à sa fille, distante de moins de quarante kilomètres. Chacune a ses caractéristiques distinctes : la première manifesta le plaisir éphémère d’une grande ville commerçante à l’occasion de la chute de Jérusalem ; la seconde vit son commerce ultra-concentré réduit soudainement à néant au milieu de la consternation générale des hommes ; pareillement ici « le prince de Tyr » vient sur le devant de la scène, avec l’irrémédiable chute de son orgueil.

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, dis au prince de Tyr : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Parce que ton cœur s’est élevé et que tu as dit : Je suis *Dieu, je suis assis sur le siège d’un dieu, au cœur des mers (et tu es un homme, et non pas *Dieu), et que tu élèves ton cœur comme un cœur de dieu (voici, tu es plus sage que Daniel ! rien de caché n’est obscur pour toi ; par ta sagesse et par ton intelligence tu t’es acquis de la puissance et tu as amassé de l’or et de l’argent dans tes trésors ; par la grandeur de ta sagesse, tu as, par ton négoce, multiplié ta richesse ; et ton cœur s’est élevé à cause de ta richesse) (28:1-5).

Il semble que le prince régnant à l’époque de la prophétie fût Ithobalus, selon l’historien Joseph (c. Ap. 21), ou Ithbal II, suivant les annales phéniciennes ; il est probable que c’est lui qui a donné occasion à ce portrait sévère mais sublime. C’est le type du prince du monde en ce temps-là ; plusieurs expressions employées ici seront reprises dans les prédictions ultérieures concernant l’antichrist ou l’homme de péché à venir. Le prince est le chef et le centre et la personnification de l’orgueil et de la richesse de Tyr dans son ensemble. L’on ne saurait trouver un caractère d’orgueil plus vil, plus aveuglant, plus corrompu. Il vit d’égoïsme, y fait appel, et c’est cet égoïsme dans sa forme la plus grossière qui l’exalte. Il n’est pas étonnant que le Nouveau Testament flétrisse la cupidité comme étant de l’idolâtrie (Éph. 5:5 ; Col. 3:5), et désigne l’amour de l’argent une racine de tout sorte de maux (1 Tim. 6:10). Ce prince était marqué par la position la plus arrogante. Il dit : « Je suis Dieu, je suis assis sur le siège (ou : trône) d’un dieu, au cœur des mers » ; or il était un homme, et non pas Dieu, et il devait bientôt abandonner cette position, même si, dans son impiété, il avait élevé son cœur comme celui d’un dieu. Il est fréquent que ceux qui ont amassé des richesses s’estiment volontiers comme possédant la sagesse ; c’était le cas de ce prince : plus sage que Daniel, il discernait ce qui était caché pour les autres ! Hélas ! quelle folie et quelle pauvreté ! Était-il riche quant à Dieu ? Non ! Il avait amassé des richesses, l’or et l’argent remplissaient son trésor ; c’était là tout le but de sa sagesse, c’était là son triomphe, car c’était sa propre œuvre. Le moi, et non pas Dieu, voilà toutes ses pensées.

Mais n’était-ce qu’en ce temps-là que le prince de Tyr avait perverti tout ce qu’il connaissait de la proximité d’Israël ? Dieu voulait lui apprendre que sa responsabilité se mesurait selon ce qui aurait dû être son vrai profit, non pas l’orgueil, et que sa ruine en serait d’autant plus dure, plus sûre et plus rapide. « À cause de cela, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Parce que tu as élevé ton cœur comme un cœur de dieu, à cause de cela, voici, je fais venir contre toi des étrangers, les terribles d’entre les nations ; et ils tireront leurs épées contre la beauté de ta sagesse, et ils profaneront ta splendeur ; ils te feront descendre dans la fosse, et tu mourras de la mort de ceux qui sont tués au cœur des mers. Diras-tu peut-être devant celui qui te tue : Je suis Dieu ? Mais tu seras un homme, et non pas *Dieu, dans la main de celui qui te transperce. Tu mourras de la mort des incirconcis, par la main des étrangers ; car j’ai parlé, dit le Seigneur, l’Éternel » (28:6-10). S’il aspirait à être Dieu dans ses prétentions, il sentirait ce que c’est que d’être un homme faible lorsque l’épée d’un étranger terrible profanerait sa splendeur, et qu’il mourrait de la mort de ceux qui sont tués au cœur des mers ; et il aurait ainsi la preuve que ces mers n’étaient pas un refuge imprenable, mais seraient son tombeau d’infamie. Il mourrait de la mort des incirconcis, des hommes les plus éloignés de Dieu.

Les versets 11 à 19 sont plus difficiles. Est-ce le même personnage qu’aux versets 1 à 10, ou un autre ? Je suis enclin à croire que c’est le même historiquement, mais avec une allusion plus accentuée à la chute de Satan qui est incorporée dans sa chute. Ce peut être une raison pour laquelle l’Esprit de Dieu a changé l’appellation de « prince » en celle de « roi ». Le tableau est incomparablement plus élaboré que la première description, mais il y a des liens entre les deux. « Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, élève une complainte sur le roi de Tyr, et dis-lui : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Toi, tu étais la forme accomplie de la perfection, plein de sagesse, et parfait en beauté ; tu as été en Eden, le jardin de Dieu ; toutes les pierres précieuses te couvraient, le sardius, la topaze et le diamant, le chrysolithe, l’onyx et le jaspe, le saphir, l’escarboucle et l’émeraude, et l’or ; le riche travail de tes tambourins et de tes flûtes était en toi ; au jour où tu fus créé ils étaient préparés » (28 :11-13). On trouvait en lui la beauté de la créature, toutes qualités les plus excellentes, conférées sinon acquises, intérieures aussi bien qu’extérieures ; la position la plus élevée et la plus délicieuse, au milieu de la nature ; les lumières variées de Celui qui est lumière dans Sa propre nature, bien que ce ne fût naturellement pas dans la plénitude de grâce et de gloire ; l’expression de la joie et du bonheur ne manquait pas dès le commencement. « Tu étais un chérubin oint, qui couvrait, et je t’avais établi tel ; tu étais dans la sainte montagne de Dieu, tu marchais parmi les pierres de feu » (28:14). Il y avait en lui l’intelligence en action judiciaire et en protection, par l’ordre de Dieu. Tout cela dans la sphère même où Dieu déployait son autorité, non pas dans un domaine lointain. Il était familier avec les jugements pénétrants de Dieu. En outre il n’a pas glissé graduellement vers le mal, ni n’a cédé à une tentation du dehors, « tu fus parfait dans tes voies depuis le jour où tu fus créé, jusqu’à ce que l’iniquité s’est trouvée en toi » (28:15).

Puis nous retournons à ce que nous avons vu dans la description précédente concernant le prince (28:16-19). « Par l’abondance de ton trafic, ton intérieur a été rempli de violence, et tu as péché ; et je t’ai précipité de la montagne de Dieu comme une chose profane, et je t’ai détruit du milieu des pierres de feu, ô chérubin qui couvrait ! Ton cœur s’est élevé pour ta beauté, tu as corrompu ta sagesse à cause de ta splendeur ; je t’ai jeté à terre, je t’ai mis devant les rois, afin qu’ils te voient. Par la multitude de tes iniquités, par l’injustice de ton trafic, tu as profané tes sanctuaires ; et j’ai fait sortir un feu du milieu de toi : il t’a dévoré, et je t’ai réduit en cendre sur la terre, aux yeux de tous ceux qui te voient. Tous ceux qui te connaissent parmi les peuples sont dans la stupeur à cause de toi ; tu es devenu une terreur, et tu ne seras plus, à jamais » (28:16-19). Peut-on douter que dans cette accusation, Dieu n’ait pas en vue la chute et la ruine de Son archi-ennemi ? Quand elles ne voient pas ces allusions, du passé ou du futur, et surtout quand elles ne voient pas Christ dans les prophéties, les âmes mal affermies dans la vérité s’exposent souvent à traiter la parole de Dieu de folie. Elles parlent d’exagérations orientales, là où ceux qui connaissent la vérité trouvent les motifs les plus profond d’être reconnaissant de tout cœur pour la grâce de Dieu qui a réuni Ses diverses révélations en un tout harmonieux.

 

La fin du chapitre est la prophétie contre Sidon. « Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, tourne ta face vers Sidon, et prophétise contre elle, et dis : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’en veux à toi, Sidon, et je serai glorifié au milieu de toi ; et on saura que je suis l’Éternel, quand j’exécuterai des jugements au milieu d’elle et que j’aurai été sanctifié en elle. Et j’enverrai chez elle la peste, et le sang dans ses rues ; et les blessés à mort tomberont au milieu d’elle par l’épée qui sera tout autour contre elle ; et ils sauront que je suis l’Éternel. Et il n’y aura plus pour la maison d’Israël d’aiguillon qui blesse, ni d’épine qui cause de la douleur, d’entre tous ceux qui étaient autour d’eux et qui les méprisaient ; et ils sauront que je suis le Seigneur, l’Éternel » (28:20-24). Dieu est maintenant connu dans et par Sa grâce dans le Christ Jésus notre Seigneur. Avant l’évangile, Il l’était par Ses jugements, et il en sera de nouveau ainsi lorsque l’année de la faveur de l’Éternel s’ouvrira par le jour de la vengeance de notre Dieu (És. 61:2). Quelle différence solennelle entre le paragraphe sur le sort de Sidon et celui sur le sort d’Israël ! Les Sidoniens sauront qu’Il est l’Éternel par les jugements au moyen desquels Il sera sanctifié au milieu de leur ville (28:23, 24) ; Israël saura qu’Il est l’Éternel leur Dieu, lorsqu’Il les aura rassemblés d’entre les peuples où ils seront encore dispersés, et qu’Il sera sanctifié en eux aux yeux des nations (28:25, 26). « Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Quand je rassemblerai la maison d’Israël d’entre les peuples parmi lesquels ils seront dispersés, et que je serai sanctifié en eux aux yeux des nations, alors ils habiteront sur leur terre que j’ai donnée à mon serviteur Jacob : ils y habiteront en sécurité ; ils bâtiront des maisons, et ils planteront des vignes, et ils habiteront en sécurité, quand j’aurai exécuté des jugements sur tous ceux qui les méprisaient, tout autour d’eux ; et ils sauront que je suis l’Éternel, leur Dieu » (28:25-26).

 

32             Chapitre 29

Les quatre chapitres suivants (29 à 32) sont dirigés contre l’Égypte, tandis que les trois derniers étaient dirigés contre Tyr, son prince et son roi. Le mal dénoncé ici n’est plus l’orgueil des affaires commerciales, mais la confiance en soi-même, spécialement en rapport avec la sagesse politique. Nous verrons comment Dieu réduit à rien la puissance ainsi caractérisée, qui s’élève contre Lui dans un esprit d’indépendance hautaine ; car nous avons ici le jugement des nations, y compris d’Israël, avant que Babylone n’ait acquis la suprématie impériale.

« La dixième année, au dixième mois, le douzième jour du mois, la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, tourne ta face contre le Pharaon, le roi d’Égypte, et prophétise contre lui et contre l’Égypte tout entière. Parle, et dis : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’en veux à toi, le Pharaon, roi d’Égypte, grand monstre des eaux, couché au milieu de ses fleuves, qui dis : Mon fleuve est à moi, et je me le suis fait ! Et je mettrai un anneau dans tes mâchoires, et j’attacherai à tes écailles les poissons de tes fleuves, et je te ferai monter du milieu de tes fleuves, et tous les poissons de tes fleuves qui sont attachés à tes écailles. Et je te jetterai dans le désert, toi et tous les poissons de tes fleuves ; tu tomberas sur la face des champs, tu ne seras pas recueilli ni rassemblé ; je te donnerai en pâture aux bêtes de la terre et aux oiseaux des cieux » (29:1-5).

Dieu devait agir vis-à-vis de la confiance en soi-même de l’Égypte, dont le roi est comparé au monstre des eaux vautré au milieu des bras du Nil. Quand son heure viendrait, la destruction humiliante ne tomberait pas seulement sur lui, mais aussi sur tous les poissons qui s’attacheraient à lui pour être protégés. Le coup serait fatal, et il serait donné en pâture aux bêtes de proie et aux oiseaux des cieux.

« Et tous les habitants de l’Égypte sauront que je suis l’Éternel, parce qu’ils ont été un appui de roseau pour la maison d’Israël ; lorsqu’ils t’ont pris par la main, tu t’es rompu, et tu leur as déchiré toute l’épaule ; et quand ils se sont appuyés sur toi, tu t’es cassé, et tu as fait chanceler tous leurs reins » (29:6, 7). Déjà auparavant le peuple élu était allé chercher du secours en Égypte : quel en avait été le résultat ? L’alliance d’Israël avec une nation qui se confiait ouvertement en elle-même et non en Dieu, ne pouvait être que vaine, sauf à causer de douloureuses blessures à Israël quand l’Égypte serait brisée (29:6-7).

« C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, je fais venir l’épée sur toi, et je retrancherai de toi hommes et bêtes. Et le pays d’Égypte sera une désolation et un désert ; et ils sauront que je suis l’Éternel, parce qu’il a dit : Le fleuve est à moi, et moi je l’ai fait. C’est pourquoi, voici, j’en veux à toi et à tes fleuves, et je ferai du pays d’Égypte des déserts d’aridité et de désolation, depuis Migdol à Syène, et jusqu’à la frontière de l’Éthiopie ; le pied de l’homme n’y passera pas, et le pied de la bête n’y passera pas ; et il ne sera pas habité pendant quarante ans. Et je ferai du pays d’Égypte une désolation au milieu des pays désolés, et ses villes seront, au milieu des villes dévastées, une désolation pendant quarante ans ; et je disperserai les Égyptiens parmi les nations, et je les disséminerai dans les pays » (29:8-12). L’Égypte serait non seulement frappée, mais elle le serait dans ce qui était son plus grand orgueil, son fleuve. Ce grenier du monde, ce jardin de la terre allait devenir pendant quarante ans un désert, et les Égyptiens seraient dispersés en exil : tel serait le châtiment infligé par Nébucadnetsar.

Comme on reconnaît bien la bouche et la main de Dieu ! C’était une sentence mesurée, et le malheur devait arriver, tout aussi sûrement que son pire aspect prendrait fin selon Sa parole. « Mais ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Au bout de quarante ans, je rassemblerai les Égyptiens d’entre les peuples parmi lesquels ils auront été dispersés ; et je rétablirai les captifs de l’Égypte, et je les ferai revenir dans le pays de Pathros, dans le pays de leur origine ; et ils seront là un royaume abaissé. Il sera plus bas que tous les royaumes, et il ne s’élèvera plus au-dessus des nations, et je les diminuerai, en sorte qu’ils ne dominent plus sur les nations. Et il ne sera plus la confiance de la maison d’Israël, mettant en mémoire son iniquité quand elle se tournait après eux ; et ils sauront que je suis le Seigneur, l’Éternel » (29:13-16). Quelle chose merveilleuse, et accomplie avec exactitude ! Aucune intelligence humaine n’aurait pu le prévoir, même pas partiellement. C’était le contraire de ce que l’Égypte avait vécu jusqu’alors, et aucune autre nation n’avait eu une pareille destinée ni n’avait eu droit à une pareille sentence. Plus nous méditons la Parole, plus nous connaissons l’histoire réelle : non pas la prophétie à partir de l’histoire, — personne ne l’a jamais vraiment apprise ainsi — mais l’histoire à partir de la prophétie, car Dieu seul voit et parle sans erreur ni sans variation ; notre sagesse consiste à apprendre de Lui, dans le respect de Sa parole, et à ceux qui préfèrent, laissons-les voir de leurs propres yeux, et écouter les paroles d’hommes de leurs propres oreilles. Israël, si lent à comprendre, devait apprendre de cette manière que Lui est l’Éternel. Même restaurée, l’Égypte ne retrouva pas sa domination ; elle redevint un royaume, mais très abaissé, et ne fut plus l’objet de la confiance d’Israël

Le reste du chapitre relie à son commencement une prophétie entièrement distincte quant à l’époque, mais analogue quant au sujet. « Et il arriva, la vingt-septième année, au premier mois, le premier jour du mois, que la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, Nebucadretsar, roi de Babylone, a fait travailler son armée à un grand travail contre Tyr : toute tête en est devenue chauve, et toute épaule en a été écorchée ; et il n’a eu de Tyr aucun salaire, ni pour lui, ni pour son armée, pour le travail qu’il a fait contre elle. C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, je donne à Nebucadretsar, roi de Babylone, le pays d’Égypte ; et il en enlèvera la multitude, il en emportera le butin, et en fera le pillage : et ce sera le salaire de son armée. En récompense de son travail contre Tyr, je lui ai donné le pays d’Égypte, parce qu’ils ont travaillé pour moi, dit le Seigneur, l’Éternel » (29:17-20). Cela suit naturellement l’accusation contre Tyr, car ce passage nous montre l’Éternel compensant l’immense dépense supportée par Nébucadnetsar sur cette ville difficile à conquérir et dont la richesse lui avait échappé en grande partie, par la conquête de l’Égypte : c’était un riche butin pour ce conquérant avide, et déçu jusqu’alors. Il n’est pas étonnant que le pays d’Égypte ait été longtemps désolé, quoi que pas définitivement.

« En ce jour-là je ferai germer la corne de la maison d’Israël, et je te donnerai une bouche ouverte au milieu d’eux ; et ils sauront que je suis l’Éternel » (29:21). Nous n’avons pas de récit relatant l’accomplissement de cette prophétie. Mais il n’en est point besoin. L’Éternel a parlé, et cela suffit pour que nous soyons certains que cela a eu lieu : Israël put revivre, et Ézéchiel annonça Son message au milieu du peuple ; ce dernier apprit ainsi qui était Celui qui voulait les mettre au courant de ce qui allait arriver avant que cela n’arrive.

 

33             Chapitre 30

La première des deux prophéties contenues dans ce chapitre est un exemple frappant de ce qui caractérise la parole de prophétie : le lien étroit entre les désastres présents ou imminents, et le grand jour où Dieu interviendra en puissance pour juger les vivants (non pas les morts en premier). Il y avait alors le gouvernement direct de Dieu sur Israël, et Il s’occupait aussi des nations qui se mêlaient des affaires de Son peuple ; mais bientôt, il y aura un déploiement du gouvernement de Dieu incomparablement meilleur quand le Seigneur viendra régner sur la terre. En attendant, le cours des événements est régi par une providence souveraine mais invisible, tandis que les Juifs sont abandonnés pour le temps présent à cause de leur apostasie et de leur rejet du Messie.

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, prophétise, et dis : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Hurlez : Ah ! quel jour ! Car le jour est proche ; oui, le jour de l’Éternel est proche, un jour de nuées : c’est le temps des nations. Et l’épée viendra sur l’Égypte, et il y aura de l’angoisse dans l’Éthiopie, quand ils tomberont blessés à mort en Égypte, et qu’on ôtera sa multitude, et que ses fondements seront détruits. L’Éthiopie et la Lybie et la Lydie, et tout le peuple mélangé, et Cub, et les fils du pays de l’alliance, tomberont par l’épée avec eux » (30:1-5). L’intervention de l’Éternel dans la chute de l’Égypte s’identifie en principe avec le jour de l’Éternel qui termine « le présent siècle » et recouvre le siècle à venir. Non seulement les races africaines devaient tomber, mais aussi les fils du pays de l’alliance, ce qui me paraît désigner des Juifs partis vivre loin des détresses de leur patrie.

« Ainsi dit l’Éternel : Les appuis de l’Égypte tomberont, et l’orgueil de sa force sera abaissé ; ils tomberont au milieu d’elle par l’épée, depuis Migdol à Syène, dit le Seigneur, l’Éternel. Et ils seront désolés au milieu des pays désolés, et ses villes seront entre les villes dévastées. Et ils sauront que je suis l’Éternel, quand j’aurai mis le feu en Égypte, et que tous ceux qui lui aident seront brisés. En ce jour-là des messagers sortiront de devant moi sur des navires pour effrayer l’Éthiopie dans sa sécurité ; et il y aura au milieu d’eux de l’angoisse comme au jour de l’Égypte ; car voici, il vient » (30:6-9). Il ne s’agit pas seulement de la contrée renommée pour sa sagesse parmi les anciens, mais aussi de ses alliés ou de ses appuis : de Migdol à Syène ils tomberont au milieu d’elle. D’autres pays étaient-ils désolés ? tels seraient les Égyptiens au milieu d’une dévastation générale, pas d’oasis dans le désert, mais le désert partout. Même un peuple éloigné qui pouvait s’estimer à l’abri, serait terrifié et non sans raison : une grande angoisse serait sur eux. Voici, le jour venait !

« Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Je mettrai fin aussi à la multitude de l’Égypte par la main de Nebucadretsar, roi de Babylone. Lui, et son peuple avec lui, les terribles d’entre les nations, seront amenés pour détruire le pays : et ils tireront leurs épées contre l’Égypte, et rempliront le pays de blessés à mort. Et je mettrai les fleuves à sec, et je vendrai le pays en la main des méchants, et, par la main des étrangers, je désolerai le pays et tout ce qu’il contient. Moi, l’Éternel, j’ai parlé » (30:10-12). L’instrument de la vengeance divine est ici nommément désigné : non pas que Dieu eût la moindre sympathie pour les terribles d’entre les nations et leurs épées dégainées, ni pour les méchants auxquels le pays était vendu, ni pour les étrangers qui le dévastaient. Mais l’heure était venue de juger sa méchanceté et son orgueil, et le plus méchant de tous était désigné pour être l’exécuteur de cette action redoutable.

« Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Je détruirai aussi les idoles, et je mettrai fin aux images de Noph ; et il n’y aura plus de prince du pays d’Égypte ; et je mettrai la frayeur dans le pays d’Égypte ; et je désolerai Pathros, et je mettrai le feu dans Tsoan, et j’exécuterai des jugements dans No ; et je verserai ma fureur sur Sin, la forteresse de l’Égypte, et je retrancherai la multitude de No ; et je mettrai le feu en Égypte : Sin sera dans une grande angoisse, et No sera ouverte par des brèches, et il y aura à Noph des ennemis en plein jour. Les jeunes hommes d’Aven et de Pi-Béseth tomberont par l’épée, et elles-mêmes iront en captivité. Et à Takhpanès le jour sera obscurci lorsque j’y romprai le joug de l’Égypte, et que l’orgueil de sa force y aura cessé ; une nuée la couvrira elle-même, et ses filles iront en captivité. Et j’exécuterai des jugements en Égypte ; et ils sauront que je suis l’Éternel » (30:13-19).

Comme jadis, Dieu avait maintenant surtout affaire aux dieux de l’Égypte. C’est ce qu’Il avait eu devant Lui quand le destructeur avait passé à travers le pays pour frapper les premiers nés la nuit de la Pâque (Exode 12:12) ; c’est ce qu’Il a devant Lui ici, lorsqu’il dit qu’il n’y aura plus de prince du pays d’Égypte. Il y aurait de la frayeur en Égypte, de la désolation à Pathros, le feu dans Tsoan, des jugements dans No (Thèbes ou Diospolis), la fureur de l’Éternel sur Sin (Pelusium), No-Ammon serait retranchée, et il y aurait les détresses en plein jour à Noph (autrefois Memphis). Tous seraient abaissés et humiliés et dans la douleur, tant dans la Haute Égypte qu’en Moyenne et Basse Égypte. La jeunesse des villes célèbres par leurs temples d’idoles, Aven ou On (Héliopolis) et Pi-Béseth ou Pasht (Bubastis) périrait par l’épée, et les femmes seraient emmenées captives ; Takhpanès, le siège de l’autorité et de la puissance royales serait enveloppée de ténèbres, et ses filles iraient en captivité. Quel tableau de la ruine complète, et quel témoignage rendu à l’Éternel par la parole et par les faits eux-mêmes !

Si le premier message s’adressait au pays, au peuple et aux villes d’Égypte, le suivant est pour le roi. « Et il arriva, la onzième année, au premier mois, le septième jour du mois, que la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, j’ai cassé le bras du Pharaon, roi d’Égypte, et voici, il n’a point été bandé pour y appliquer des remèdes, pour y mettre des ligatures pour le bander, afin de le fortifier pour qu’il tienne l’épée » (30:20-21). Le Pharaon Néco avait poussé au loin les succès et les conquêtes de l’Égypte, mais les revers qui allaient briser la puissance de son pays en seraient d’autant plus humiliants. C’est en vain qu’ils espéraient la guérison et le rétablissement : l’Éternel avait abaissé le Pharaon, sans remède possible. Nous le voyons plus en détails dans les versets suivants (30:22-26) : « C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’en veux au Pharaon, roi d’Égypte, et je lui casserai les bras, celui qui est fort et celui qui est cassé, et je ferai tomber l’épée de sa main. Et je disperserai les Égyptiens parmi les nations et je les disséminerai dans les pays. Et je fortifierai les bras du roi de Babylone, et je mettrai mon épée dans sa main ; et je casserai les bras du Pharaon, et il gémira devant lui des gémissements d’un blessé à mort. Et je fortifierai les bras du roi de Babylone, et les bras du Pharaon tomberont. Et ils sauront que je suis l’Éternel, quand j’aurai mis mon épée dans la main du roi de Babylone, et qu’il l’aura étendue sur le pays d’Égypte. Et je disperserai les Égyptiens parmi les nations, et je les disséminerai dans les pays ; et ils sauront que je suis l’Éternel » (30:22-26). Les Égyptiens eux-mêmes seraient dispersés parmi les nations (non pas seulement leurs mercenaires étrangers) tellement le roi de Babylone ferait une déchirure profonde, une démoralisation complète, et une ruine écrasante. Si c’était Nébucadnetsar, ce n’en était pas moins l’épée de l’Éternel étendue par lui contre le royaume du midi. C’était dans la douleur que les Égyptiens apprendraient dans la dispersion, et sauraient que c’était l’œuvre de l’Éternel.

 

34             Chapitre 31

Le prophète nous montre ensuite, par des images frappantes, la ruine de l’Égypte. L’avertissement solennel de la chute de l’Assyrien, le plus grand des monarques de la terre en ce temps-là, est appliqué au royaume du Pharaon, illustrant le principe si souvent énoncé dans l’Écriture en rapport avec les individus, à savoir que le Seigneur abaisse les orgueilleux et élève les humbles.

« Et il arriva, la onzième année, au troisième mois, le premier jour du mois, que la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, dis au Pharaon, roi d’Égypte, et à sa multitude : À qui es-tu semblable dans ta grandeur ? Voici, Assur était un cèdre sur le Liban, beau par sa ramure, et touffu, donnant de l’ombre, et de haute taille, et sa cime était au milieu des rameaux feuillus. Les eaux l’ont fait grandir, l’abîme l’a élevé en hauteur ; ses rivières coulaient autour de ses plants, et il envoyait ses canaux à tous les arbres des champs. C’est pourquoi sa hauteur s’éleva par-dessus tous les arbres des champs, et ses branches se multiplièrent et ses rameaux s’allongèrent, parce qu’il poussait à cause des grandes eaux. Tous les oiseaux des cieux faisaient leurs nids dans ses rameaux, et toutes les bêtes des champs faisaient leurs petits sous ses branches, et toutes les nations nombreuses habitaient sous son ombre. Et il était beau dans sa grandeur et dans la longueur de ses branches, parce que sa racine était auprès de grandes eaux. Les cèdres dans le jardin de Dieu ne le cachaient pas, les cyprès n’égalaient point ses rameaux, et les érables n’étaient pas comme ses branches ; aucun arbre dans le jardin de Dieu ne lui était semblable en beauté. Je l’avais fait beau dans la multitude de ses branches, et tous les arbres d’Éden, qui étaient dans le jardin de Dieu, lui portaient envie » (31:1-9).

L’Assyrie avait dépassé en magnificence toutes les puissances connues jusqu’alors, mais elle n’était encore qu’un royaume, non pas un système impérial. Malgré ses visées impériales, l’Égypte devait suivre son exemple dans sa chute. Elle pouvait être fière de sa sagesse politique, mais celle-ci ne pouvait lui assurer ni ce que son ambition visait, ni la force du nombre, ni l’étendue de son territoire. L’Assyrien avait été parmi les nations comme le cèdre du Liban parmi les arbres, en grandeur, en taille, en beauté et dans l’étendue de son ombre. Dieu n’avait rien épargné pour orner et agrandir Ninive et le peuple qui l’avait pour capitale. Il lui avait même donné d’exercer une puissance et une influence immenses, s’étendant au loin sur les pays d’alentour, faisant envie à tous.

Mais l’Assyrien convoita pour lui-même la gloire de roi des rois. Or le fait de s’élever pareillement dans son cœur, amena sa perte. « C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Parce que tu t’es élevé en hauteur…, et qu’il a dressé sa cime au milieu des rameaux feuillus et que son cœur s’est élevé dans sa hauteur, je l’ai livré en la main du puissant des nations ; il l’a traité à son gré. Je l’ai chassé à cause de son iniquité. Et des étrangers, les terribles d’entre les nations, l’ont coupé et l’ont laissé là ; ses branches sont tombées sur les montagnes et dans toutes les vallées, et ses rameaux ont été brisés dans tous les ravins de la terre ; et tous les peuples de la terre se sont retirés de dessous son ombre et l’ont laissé là. Tous les oiseaux des cieux demeurent sur son tronc renversé, et toutes les bêtes des champs sont sur ses branches ; afin qu’aucun des arbres plantés près des eaux ne s’élève dans sa hauteur, et ne dresse sa cime au milieu des rameaux feuillus, et qu’aucun de ceux qui boivent des eaux ne se soutienne par lui-même dans sa hauteur ; car eux tous sont livrés à la mort, pour s’en aller dans les lieux bas de la terre, au milieu des fils des hommes, vers ceux qui descendent dans la fosse. Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Au jour de sa descente au shéol, je fis mener deuil ; à cause de lui, je couvris l’abîme et j’en retins les fleuves, et les grandes eaux furent arrêtées ; et à cause de lui, je mis en deuil le Liban, et tous les arbres des champs défaillirent à cause de lui. Du bruit de sa chute je fis trembler les nations, quand je le fis descendre dans le shéol avec ceux qui descendent dans la fosse ; et tous les arbres d’Éden, l’élite et le meilleur du Liban, tous ceux qui buvaient des eaux, furent consolés dans les lieux bas de la terre. Ceux-là aussi sont descendus avec lui dans le shéol, vers ceux qui ont été tués par l’épée, et qui, étant son bras, habitaient sous son ombre au milieu des nations » (31:10-17). Le renversement d’une grandeur si gigantesque jusque dans une dégradation et une impuissance extrêmes fut terrible : quelle leçon pour tous ceux qui voudraient dépasser leur mesure, quel appel à mener deuil et à trembler !

L’Égypte en avait-elle profité moralement ? Ne s’était-elle pas hâtée au contraire de suivre les mêmes traces ? Et si le Pharaon avait imité l’Assyrien en gloire et prétendu le dépasser, ne devait-il pas justement subir le même anéantissement ? « À qui es-tu semblable ainsi, en gloire et en grandeur, parmi les arbres d’Éden ? Ainsi tu seras abaissé avec les arbres d’Éden jusque dans les lieux bas de la terre ; tu seras couché, au milieu des incirconcis, avec ceux qui ont été tués par l’épée. C’est là le Pharaon et toute sa multitude, dit le Seigneur, l’Éternel » (31:18). L’Égypte devait rejoindre les autres dans les lieux bas de la terre. La puissance et la politique naturelles ne permettent pas d’échapper. En Dieu seul est la stabilité, et Il la manifestera dans son peuple sur la terre comme au ciel, quand ils se courberont pour apprendre à se connaître eux-mêmes aussi bien qu’à connaître Dieu. Tant qu’ils n’en seront pas là, la circoncision d’Israël devient incirconcision (Rom. 2:25), et ils sont même plus coupables que les Gentils qu’ils méprisent.

 

35             Chapitre 32

Il ne suffisait cependant pas d’avoir montré la chute de l’Assyrien comme modèle de la ruine de l’Égypte. L’Esprit de Dieu ajoute en guise de conclusion un nouveau message en deux parties : l’un dans la première moitié du chapitre annonce la catastrophe qui menaçait le Pharaon sous la figure d’un lion et celle d’un crocodile (ou monstre des eaux, non pas un « cétacé » comme dans la version autorisée du roi Jacques) ; jadis la terreur des nations, il allait maintenant être pris, tué et exposé à la vue de tous, par le roi de Babylone. L’autre partie du message est un tableau élargi de ce qui n’avait été qu’esquissé au chapitre précédent, le monarque autrefois puissant et toute sa multitude, devenus misérablement faibles, et descendant dans les lieux bas de la terre, au shéol même, comme tous ceux qui sont tombés avant eux. Ils n’auraient rien de mieux pour se consoler, lui et les siens, que de se savoir en train de partager le sort inévitable des princes et des peuples.

« Et il arriva, en la douzième année, au douzième mois, le premier jour du mois, que la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, élève une complainte sur le Pharaon, le roi d’Égypte, et dis-lui : Tu étais semblable à un jeune lion parmi les nations, tu étais comme un monstre dans les eaux ; et tu t’élançais dans tes fleuves, et tu troublais les eaux avec tes pieds, et tu rendais bourbeux leurs fleuves. Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : J’étendrai sur toi mon rets par un rassemblement de peuples nombreux, et ils te feront monter avec mon filet ; et je te laisserai là, sur la terre, je te jetterai sur la face des champs, et je ferai demeurer sur toi tous les oiseaux des cieux et je rassasierai de toi les bêtes de toute la terre. Et je mettrai ta chair sur les montagnes, et je remplirai les vallées du monceau de tes membres ; et j’arroserai de ton sang le pays où tu nages, jusqu’aux montagnes ; et les ravins seront remplis de toi. Et quand je t’éteindrai, je couvrirai les cieux, et j’obscurcirai leurs étoiles ; je couvrirai le soleil de nuages, et la lune ne fera pas luire sa clarté. Tous les luminaires qui luisent dans les cieux, je les obscurcirai à cause de toi, et je mettrai les ténèbres sur ton pays, dit le Seigneur, l’Éternel. Et je troublerai le cœur de beaucoup de peuples, quand je ferai parvenir la nouvelle de ta ruine parmi les nations, dans des pays que tu n’as pas connus. Et je frapperai de stupeur à cause de toi beaucoup de peuples ; et leurs rois frémiront d’horreur à cause de toi, quand je brandirai mon épée devant eux, et ils trembleront à tout moment, chacun pour sa vie, au jour de ta chute. Car ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : L’épée du roi de Babylone viendra sur toi. Par les épées des hommes forts je ferai tomber ta multitude ; tous, ils sont les terribles d’entre les nations, et ils détruiront l’orgueil de l’Égypte, et toute sa multitude sera anéantie. Et je ferai périr tout son bétail d’auprès des grandes eaux ; et le pied de l’homme ne les troublera plus, et l’ongle divisé du bétail ne les troublera plus. Alors je rendrai leurs eaux limpides, et je ferai couler leurs rivières comme de l’huile, dit le Seigneur, l’Éternel. Quand j’aurai fait du pays d’Égypte une désolation, et que le pays sera désolé, vide de ce qu’il contient, quand j’aurai frappé tous ceux qui y habitent, alors ils sauront que je suis l’Éternel. C’est une complainte, et on la dira pour se lamenter ; les filles des nations la diront en se lamentant, elles la diront en se lamentant sur l’Égypte et sur toute sa multitude, dit le Seigneur, l’Éternel » (32:1-16). Le prophète annonce donc que le roi d’Égypte serait un objet d’horreur et de pitié, et un sujet de deuil, non plus de crainte ni d’envie. Le Pharaon serait semblable au monstre des eaux, échoué sur le rivage, capturé par la foule, inondant de sang le pays où il nageait, une proie pour tous les oiseaux et les bêtes, sa chair étalée sur les montagnes et les vallées et les rivières étant remplies de sa hauteur.

Le lecteur pourra s’aider d’Apocalypse 8:12, 13 en rapport avec les versets 7 et 8. La destruction politique de l’Égypte est comparée à l’obscurcissement des étoiles, au soleil caché par les nuages, à la lune ne faisant plus luire sa clarté. Le passage de l’Apocalypse a ceci de particulier qu’il semble ne s’appliquer qu’à l’Occident (comparer Apoc. 12:4), l’empire d’Orient n’étant pas compris dans ce jugement, mais devant subir le sien propre plus tard. Ici la sphère où le malheur tombe est le pays d’Égypte.

Les versets 9-10, laissant le symbole pour reprendre le langage courant, nous disent l’effet produit par la nouvelle de la destruction de l’Égypte sur des nations qui lui étaient inconnues. Beaucoup de peuples et de rois seront effrayés et profondément troublés devant cette chute, tremblant chacun pour sa propre vie en ce jour-là.

Les versets 11-16 annoncent la venue du conquérant qui allait détruire l’orgueil de l’Égypte et sa multitude ; ce serait une source de douleur parmi les nations. Ses ruines sont un témoignage de son ancienne splendeur, comme aussi de sa désolation soudaine et complète, et de l’extinction tant de son commerce si actif jadis, que de son agriculture célèbre dans le monde entier. Au v. 14 je pense qu’il ne faut pas comprendre « je rendrai leurs eaux profondes » comme indiqué dans la version autorisée du roi Jacques, mais « je rendrai leurs eaux limpides » ; les eaux devaient décanter et devenir ainsi limpides, ce qui concorde avec les rivières qui coulent comme de l’huile, au lieu d’être troublées comme autrefois sous l’effet du commerce. Combien la main de l’Éternel est manifeste ! L’Égypte elle-même saura qu’Il est l’Éternel.

Dans la seconde partie du chapitre, le chant funèbre prononcé quinze jours après la première partie, est encore plus profonde, dévoilant le monde invisible ; c’est l’élégie la plus solennelle qui ait jamais été composée sur un peuple païen. « Et il arriva, la douzième année, le quinzième jour du mois, que la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, gémis sur la multitude de l’Égypte, et fais-la descendre, elle et les filles des nations magnifiques, dans les lieux bas de la terre, avec ceux qui descendent dans la fosse. À qui es-tu supérieure en agrément ? Descends, et sois couchée avec les incirconcis. Ils tomberont parmi ceux qui ont été tués par l’épée ; l’épée a été donnée ; traînez l’Égypte et toute sa multitude. Les forts d’entre les puissants, avec ceux qui lui avaient aidé, lui parleront du milieu du shéol ; ils sont descendus, ils sont couchés, incirconcis, tués par l’épée.

Là est Assur et toute son assemblée, ses sépulcres autour de lui : tous tués, tombés par l’épée. Ses sépulcres ont été posés au fond de la fosse, et son assemblée est autour de son sépulcre : tous tués, tombés par l’épée, eux qui répandaient la terreur sur la terre des vivants.

Là est Élam, et toute sa multitude autour de son sépulcre : tous tués, tombés par l’épée ; ils sont descendus incirconcis dans les lieux bas de la terre, eux qui répandaient leur terreur sur la terre des vivants, et qui ont porté leur confusion avec ceux qui sont descendus dans la fosse. On a mis sa couche au milieu des tués, avec toute sa multitude, ses sépulcres autour de lui : eux tous incirconcis, tués par l’épée, quoique leur terreur fût répandue sur la terre des vivants ; et ils portent leur confusion avec ceux qui descendent dans la fosse : il a été placé parmi les tués.

Là est Méshec, Tubal, et toute leur multitude, leurs sépulcres autour d’eux : eux tous incirconcis, tués par l’épée, quoiqu’ils aient répandu leur terreur sur la terre des vivants. Et ils n’ont pas été couchés avec les hommes forts, tombés d’entre les incirconcis, qui sont descendus dans le shéol avec leurs instruments de guerre, et sous la tête desquels on a mis leurs épées, et dont les iniquités sont sur leurs os ; quoiqu’ils fussent la terreur des hommes forts sur la terre des vivants. Toi aussi, tu as été brisée au milieu des incirconcis, et tu es couchée avec ceux qui ont été tués par l’épée.

Là est Édom, ses rois, et tous ses princes, qui, dans leur vaillance, ont été placés avec ceux qui ont été tués par l’épée ; ils sont couchés avec les incirconcis et avec ceux qui sont descendus dans la fosse.

Là sont les princes du nord, eux tous, et tous les Sidoniens, qui sont descendus avec les tués, honteux de la terreur qu’ils répandaient par leur vaillance ; et ils sont couchés incirconcis avec ceux qui ont été tués par l’épée, et ils portent leur confusion avec ceux qui sont descendus dans la fosse.

Le Pharaon les verra, et il sera consolé au sujet de toute sa multitude, le Pharaon et toute son armée, tués par l’épée, dit le Seigneur, l’Éternel. Car j’ai répandu ma terreur dans la terre des vivants ; et il sera couché au milieu des incirconcis, avec ceux qui ont été tués par l’épée, le Pharaon, et toute sa multitude, dit le Seigneur, l’Éternel » (32:17-32).

Le cœur du Juif pieux qui, connaissant d’avance les jugements des nations, et savait pourquoi ils arrivaient, ne devait pas être insensible au malheur de leur ennemi tombé, et encore moins l’insulter, bien qu’il ait été leur piège, autrefois comme aussi récemment. Le chrétien, lui, pense aux hommes en rapport avec l’éternité, mais, Dieu soit loué, il est chargé de l’évangile, du ministère de la réconciliation (2 Cor. 5:18-19) fondé sur l’œuvre expiatoire de Celui qui était ici-bas révélant Dieu dans Sa parfaite grâce, mais Il a été méprisé et rejeté des hommes, surtout par les Juifs eux-mêmes, les plus coupables.

Nous voyons ici le jugement qui balaie toute la terre, après une longue période de patience, et qui envoie dans la fosse ceux qui étaient chargés de vaine gloire. Les plus beaux gisent là, sans la moindre relation avec Dieu, «avec les incirconcis». Là gisent, dans la faiblesse et l’humiliation abjectes, l’Assyrien, Élam, Meshec et Tubal (pour ces derniers nous trouverons une particularité expliquée plus en détail aux ch. 38 et 39), Édom, Sidon et d’autres au nord de la Palestine, honteux de cette puissance dont ils avaient été jadis si fiers, et portant leur confusion avec ceux qui descendent dans la fosse. La terreur de l’Éternel demeure, et elle est avant tout pour ceux qui ont eux-mêmes apporté la terreur par l’épée. Quelle illustration et quelle description ! Quelle ironie acérée que celle du prophète !

 

36             Chapitre 33

Dans les sept chapitres 33 à 39, le prophète revient à Israël, à ses pasteurs, à ses montagnes, à sa restauration, à son réveil national, à sa ré-union sous un seul chef, le Bien-Aimé, son Prince pour toujours, lorsque le dernier ennemi et toutes ses convoitises trouvera sa fin avant le début du règne de paix. Sous la figure d’une sentinelle, Ézéchiel est établi pour avertir la maison d’Israël, afin que si quelqu’un néglige le son de la trompette, son sang soit sur sa tête ; par contre, si la sentinelle ne sonne pas de la trompette, son sang paiera pour eux.

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, parle aux fils de ton peuple, et dis-leur : Si je fais venir l’épée sur un pays, et que le peuple du pays prenne un homme d’entre eux tous, et se le donne pour sentinelle ; et qu’il voie venir l’épée sur le pays, et sonne de la trompette, et avertisse le peuple ; et que quelqu’un entende bien le son de la trompette, mais ne reçoive pas l’avertissement, et que l’épée vienne et le saisisse, son sang sera sur sa tête. Il a entendu le son de la trompette, et n’a pas reçu l’avertissement : son sang est sur lui ; alors que s’il eût reçu l’avertissement, il aurait délivré son âme. Mais si la sentinelle voit venir l’épée, et ne sonne pas de la trompette, et que le peuple ne soit pas averti, et que l’épée vienne et saisisse quelqu’un d’entre eux, lui est saisi dans son iniquité ; mais je redemanderai son sang de la main de la sentinelle. Et toi, fils d’homme, je t’ai établi sentinelle pour la maison d’Israël, et tu entendras la parole de ma bouche, et tu les avertiras de ma part. Quand je dirai au méchant : Méchant, certainement tu mourras ! et que tu ne parleras pas pour avertir le méchant à l’égard de sa voie, lui, le méchant, mourra dans son iniquité ; mais je redemanderai son sang de ta main. Et si tu avertis le méchant à l’égard de sa voie, pour qu’il s’en détourne, et qu’il ne se détourne pas de sa voie, il mourra, lui, dans son iniquité ; mais toi, tu as délivré ton âme » (33:1-9). C’est la responsabilité individuelle qui devient maintenant le principe et la règle, mais cela n’empêche pas, comme nous le voyons, qu’un seul soit appelé, et doive en avertir beaucoup. Telle était la place du prophète.

« Et toi, fils d’homme, dis à la maison d’Israël : Vous avez parlé ainsi, disant : Nos transgressions et nos péchés sont sur nous, et nous sommes consumés par eux, et comment vivrions-nous ? Dis-leur : Je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel, si je prends plaisir en la mort du méchant,… mais plutôt à ce que le méchant se détourne de sa voie et qu’il vive ! Détournez-vous, détournez-vous de vos mauvaises voies ; et pourquoi mourriez-vous, maison d’Israël ? Et toi, fils d’homme, dis aux fils de ton peuple : La justice du juste ne le délivrera pas, au jour de sa transgression ; et la méchanceté du méchant ne le fera pas tomber, au jour où il se détournera de sa méchanceté ; et le juste ne pourra pas vivre par sa justice, au jour où il péchera. Quand j’aurai dit au juste que certainement il vivra, et que lui se confie en sa justice et commette l’iniquité, de tous ses actes justes, aucun ne viendra en mémoire, mais dans son iniquité qu’il a commise il mourra. Et quand j’aurai dit au méchant : Certainement tu mourras,... s’il se détourne de son péché, et pratique le jugement et la justice ; si le méchant rend le gage, restitue ce qu’il a pillé, marche dans les statuts de la vie, en ne commettant pas l’iniquité, certainement il vivra, il ne mourra pas. De tous ses péchés qu’il a commis, aucun ne viendra en mémoire contre lui : il a pratiqué le jugement et la justice ; certainement il vivra. Et les fils de ton peuple disent : La voie du Seigneur n’est pas réglée ; mais c’est eux dont la voie n’est pas réglée. Quand le juste se détournera de sa justice et pratiquera l’iniquité, il en mourra. Et quand le méchant se détournera de sa méchanceté et pratiquera le jugement et la justice, il vivra à cause de cela. Et vous dites : La voie du Seigneur n’est pas réglée. Je vous jugerai, chacun selon ses voies, maison d’Israël » (33:10-20). C’était un jour de jugement et non de grâce, et quelques-uns faisaient la confusion entre les deux, de manière étrange. Le désespoir ne servait à rien, mais la repentance, elle, était profitable. Si l’on a pratiqué la justice précédemment, cela ne masque pas le péché présent, et le péché du passé n’empêche pas de voir qu’on s’en détourne. Mais que de telles personnes marchent doucement (1 Rois 21:27). Les voies de justice sont immuables ; le salaire du péché, c’est la mort. La crainte de l’Éternel est le commencement de la sagesse et la connaissance du Saint est l’intelligence (Prov. 9:10). Celui qui confesse ses péchés et les abandonne, trouvera miséricorde (Prov. 28:13). C’est pourquoi il était inutile de se plaindre des voies de l’Éternel qui ne seraient pas réglées ; il vaudrait mieux ressentir sa propre iniquité. La vie était pour ceux qui marchaient avec justice ; la mort était pour ceux qui se détournaient du Seigneur. Ils seraient jugés selon leurs actions, eux qui provoquaient le Seigneur, et étaient insensibles à leur propre état autant qu’à Sa bonté.

Si le texte reconnu comme l’original est bien correct (car il y a des variantes selon les manuscrits, peut-être justement pour restreindre l’intervalle), la nouvelle de la chute de Jérusalem avait mis longtemps à arriver au prophète ; mais il ouvrit alors sa bouche, restée longtemps fermée, pour annoncer solennellement de nouveaux jugements, d’autant plus qu’on prétendait employer le langage de la foi, alors que le cœur était loin du Seigneur. La grâce est suffisante pour absolument toutes les circonstances, mais elle est inséparable de la foi qui donne gloire à Dieu, comme on le voit chez Abraham. Or qu’en était-il d’eux ? de leurs voies ? de leur jugement de soi-même ? Hélas ! plongés dans le péché, méprisant les commandements du Seigneur, livrés à la méchanceté, ils avaient une haute opinion d’eux-mêmes (Rom. 12:3), et une très mauvaise opinion du Seigneur (nous l’avons vu). Que pouvait-on attendre comme annonce du prophète, sinon le jugement ?

« Et il arriva, la douzième année de notre transportation, au dixième mois, le cinquième jour du mois, qu’un réchappé de Jérusalem vint vers moi, disant : La ville est frappée. Et la main de l’Éternel avait été sur moi le soir avant que vînt le réchappé, et elle avait ouvert ma bouche jusqu’à ce qu’il vînt vers moi le matin ; ainsi ma bouche fut ouverte, et je ne fus plus muet. Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, les habitants de ces lieux désolés, sur la terre d’Israël, parlent, disant : Abraham était un seul, et il a hérité le pays ; et nous sommes plusieurs, le pays nous est donné pour héritage. C’est pourquoi dis-leur : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Vous mangez avec le sang, et vous levez vos yeux vers vos idoles, et vous versez le sang : et vous hériteriez le pays ? Vous vous roidissez sur votre épée, vous commettez des abominations, et vous rendez impure, chacun de vous, la femme de son prochain : et vous hériteriez le pays ? Tu leur diras ainsi : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Je suis vivant, si ceux qui sont dans les lieux désolés ne tombent par l’épée ; et si je ne livre aux bêtes celui qui est par les champs, afin qu’elles le dévorent ; et si ceux qui sont dans les lieux forts et dans les cavernes ne meurent de la peste ! Et je réduirai le pays en désolation et en désert ; et l’orgueil de sa force cessera ; et les montagnes d’Israël seront dévastées, de sorte que personne n’y passera. Et ils sauront que je suis l’Éternel, quand j’aurai réduit le pays en désolation et en désert, à cause de toutes leurs abominations qu’ils ont commises » (33:21-29). Se prévaloir des promesses dans un pareil état amène la ruine, de même que quand on fait semblant d’être attentif à la parole du prophète, comme à un chant agréable.

« Et toi, fils d’homme, les fils de ton peuple parlent contre toi auprès des murs et aux entrées des maisons, et ils parlent l’un avec l’autre, chacun avec son frère, disant : Venez donc, et écoutez quelle est la parole qui est sortie de la part de l’Éternel. Et ils viennent vers toi comme vient un peuple, et ils s’asseyent devant toi comme étant mon peuple ; et ils entendent tes paroles, mais ils ne les pratiquent pas ; car de leur bouche ils disent des choses agréables, mais leur cœur va après leur gain déshonnête. Et voici, tu es pour eux comme un chant agréable, une belle voix, et quelqu’un qui joue bien ; et ils entendent tes paroles, mais ils ne les pratiquent nullement. Et quand la chose arrivera (la voici qui arrive), alors ils sauront qu’il y a eu un prophète au milieu d’eux » (33:30-33). Écouter et ne pas pratiquer, ne fait qu’accroître la condamnation ; la fin le montrerait quand l’avertissement qu’ils se plaisaient à entendre se vérifierait dans leur destruction.

 

37             Chapitre 34

Nous avons maintenant une condamnation solennelle, juste, mais sévère, des rois et des pasteurs d’Israël, devant qui l’Éternel place le blâme d’avoir affligé et ruiné Son peuple par égoïsme.

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, prophétise contre les pasteurs d’Israël ; prophétise, et dis-leur, à ces pasteurs : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Malheur aux pasteurs d’Israël, qui se paissent eux-mêmes ! Les pasteurs ne doivent-ils pas paître le troupeau ? Vous mangez la graisse, et vous vous habillez de la laine ; vous égorgez ce qui est engraissé ; vous ne paissez pas le troupeau. Vous n’avez pas fortifié les brebis faibles, et vous n’avez pas guéri celle qui était malade, et vous n’avez pas bandé celle qui était blessée, et vous n’avez pas ramené celle qui était égarée, et vous n’avez pas cherché celle qui était perdue ; mais vous les avez gouvernées avec dureté et rigueur. Et elles ont été dispersées, parce qu’il n’y avait pas de pasteur, et elles étaient la pâture de toutes les bêtes des champs, et elles ont été dispersées. Mes brebis ont erré dans toutes les montagnes et sur toute haute colline, et mes brebis ont été dispersées sur toute la face du pays, et il n’y a eu personne qui les ait recherchées, personne qui se soit enquis d’elles » (34:1-6).

Sans crainte de Dieu et sans amour pour Son peuple, ils oubliaient les relations avec l’Éternel tant d’eux-mêmes que d’Israël. Aussi tout était de travers, et il ne pouvait en être autrement, puisque Ses droits ne comptaient plus à leurs yeux. Comme les monarques Gentils, ils considéraient le peuple qu’ils gouvernaient comme leur appartenant, et non pas comme le troupeau de Dieu ; Il n’en résultait que confusion et mauvais travail de partout. Quel contraste avec Celui qui daigne être Fils de David et Roi d’Israël, qui gouvernera avec droiture, et qui règnera sur eux en justice ; Il sera comme une protection contre le vent, comme un abri contre l’orage, des ruisseaux d’eau dans un lieu sec, comme l’ombre d’un grand rocher dans un pays aride (Ésaïe 32:1-2), comme la lumière du matin quand le soleil se lève, un matin sans nuage, comme l’herbe tendre qui germe de la terre après la pluie ! (2 Sam. 23:3-4). Les pasteurs s’étaient nourris eux-mêmes au lieu de nourrir le troupeau ; ils ne nourrissaient pas les brebis sans tenir compte des profits qu’ils en avaient tiré. Leurs peines n’attiraient pas leur sympathie. Ils gouvernaient avec dureté et rigueur, dispersant les brebis, les laissant être la proie de toutes les bêtes sauvages sans qu’un berger s’en soucie ; les brebis étaient dispersées sur la face de la terre : personne ne les cherchait ni ne fouillait pour les trouver.

Mais Celui qui était appelé à tenir le sceptre sur Israël n’était pas insensible au gémissement de Son peuple sous ses méchants gouverneurs. « C’est pourquoi, pasteurs, écoutez la parole de l’Éternel : Je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel : parce que mes brebis ont été une proie, et que mes brebis ont été la pâture de toutes les bêtes des champs, faute de pasteur, et que mes pasteurs n’ont pas cherché mes brebis, mais que les pasteurs se paissaient eux-mêmes, et ne paissaient pas mes brebis !… C’est pourquoi, pasteurs, écoutez la parole de l’Éternel ! Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’en veux à ces pasteurs, et je réclamerai mes brebis de leur main ; je les ferai cesser de paître le troupeau, et les pasteurs ne se paîtront plus eux-mêmes ; et je délivrerai mes brebis de leur bouche, et ils ne les mangeront plus » (34:7-10). Le péché de ces pasteurs est dévoilé, ils sont convaincus de péché et condamnés, mais l’Éternel promet de délivrer Ses brebis.

La manière dont cette délivrance serait opérée est ensuite à nouveau garantie et expliquée. « Car, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Me voici, moi, et je rechercherai mes brebis, et j’en prendrai soin. Comme un berger prend soin de son troupeau au jour où il est au milieu de ses brebis dispersées, ainsi je prendrai soin de mes brebis, et je les sauverai de tous les lieux où elles ont été dispersées au jour de la nuée et de l’obscurité profonde. Et je les ferai sortir d’entre les peuples, et je les rassemblerai des pays, et les amènerai dans leur terre ; et je les paîtrai sur les montagnes d’Israël, auprès des ruisseaux et dans toutes les habitations du pays ; je les ferai paître dans un bon pâturage, et leur parc sera dans les hautes montagnes d’Israël ; elles seront là, couchées dans un bon parc, et paîtront dans de gras pâturages, sur les montagnes d’Israël. Moi-même je paîtrai mes brebis, et moi je les ferai reposer, dit le Seigneur, l’Éternel. La perdue, je la chercherai, et l’égarée, je la ramènerai, et la blessée, je la banderai, et la malade, je la fortifierai ; mais je détruirai la grasse et la forte. Je les paîtrai avec jugement. Mais vous, mon troupeau, — ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, je juge entre brebis et brebis, entre béliers et boucs. Est-ce trop peu pour vous de brouter le bon pâturage, pour que vous fouliez avec vos pieds le reste de votre pâturage ; — et de boire les eaux limpides, pour que vous troubliez le reste avec vos pieds ? Et mes brebis ont pour pâture ce que vos pieds ont foulé, et elles boivent ce que vos pieds ont troublé » (34:11-19).

La faillite complète des bergers rejette le soin des brebis sur l’Éternel lui-même, qui se charge non seulement de les redemander de la main de leurs gouvernants, mais de les chercher et d’en prendre soin partout où elles étaient dispersées. Les versets 13 et 14 l’exposent en détail et dans un langage si simple et si précis qu’il est vain, tant dans ce passage que dans d’autres apparentés, d’évacuer le témoignage de Dieu rendu à l’œuvre qu’Il accomplira pour Israël sur la terre, lorsqu’Il aura achevé de rassembler Son Église pour le ciel. Ces paroles n’ont encore jamais été accomplies ; il leur reste donc à l’être. Qu’elles soient sûres et certaines, cela repose sur Lui, ainsi que sur Sa bonté qui demeure à toujours (Ps. 136), comme ils le chanteront bientôt, — avec quelle joie ! C’est en vain que des sages raisonnent sur ce qu’Il n’a pas exécuté Ses menaces quand les hommes se sont repenti comme à Ninive : elles ont fini par s’exécuter après tout, bien que cela ait été Son plaisir d’entendre le cri de ceux qui s’humiliaient à Sa parole, et de différer le coup jusqu’à l’extrême, au point où Sa patience aurait perdu son caractère et serait devenu de l’indifférence au mal, ce qui ne peut être. Celui qui promet sait comment faire tourner toutes les circonstances et toutes les conditions pour le bien, et entre temps, Il a introduit le seul fondement juste pour le faire, aussi bien pour Son support dans le passé, que pour la moisson future de bénédictions. Ce jour de riche bonté et de miséricorde n’ira pas sans le jugement des méchants, bien au contraire. Nous avons vu au chapitre 33 que l’état individuel devant Dieu aura une force en Israël qu’il n’avait jamais eue sous la première alliance, et il en sera de même ici, quand Il jugera entre brebis et brebis, entre béliers et boucs (34:17), et qu’Il remettra en mémoire la légèreté de ceux qui détruisent ce qui ne peut leur servir à eux-mêmes, au grand dommage du troupeau (34:18-22). Il jugera les vivants aussi bien que les morts.

Mais il y a plus encore. S’il y a le jugement de l’oppresseur, la délivrance des malheureux et la bénédiction du peuple restauré dans la terre d’Israël, la grâce n’arrête pas son cours selon la mesure des hommes. « C’est pourquoi, ainsi leur dit le Seigneur, l’Éternel : Me voici, moi ; et je jugerai entre la brebis grasse et la brebis maigre. Parce que vous poussez du côté et de l’épaule, et que vous heurtez de vos cornes toutes les brebis faibles, jusqu’à ce que vous les ayez dispersées au dehors, je sauverai mes brebis, et elles ne seront plus une proie, et je jugerai entre brebis et brebis. Et je susciterai sur eux un pasteur qui les paîtra, mon serviteur David : lui les paîtra, et lui sera leur pasteur. Et moi, l’Éternel, je serai leur Dieu, et mon serviteur David sera prince au milieu d’eux. Moi, l’Éternel, j’ai parlé. Et je ferai avec eux une alliance de paix, et je mettrai fin aux bêtes mauvaises dans le pays ; et ils habiteront dans le désert en sécurité, et dormiront dans les forêts. Et d’eux et des alentours de ma colline, je ferai une bénédiction ; et je ferai tomber la pluie en son temps : ce seront des pluies de bénédiction. Et l’arbre des champs donnera son fruit, et la terre donnera son rapport ; et ils seront dans leur terre en sécurité, et sauront que je suis l’Éternel, quand j’aurai brisé les liens de leur joug, et que je les aurai sauvés de la main de ceux qui les tenaient asservis. Et ils ne seront plus en proie aux nations, et les bêtes de la terre ne les dévoreront plus ; mais ils habiteront en sécurité, et il n’y aura personne qui les effraye. Et je leur susciterai un plant de renom ; et ils ne seront plus enlevés par la famine dans le pays, et ils ne porteront plus l’ignominie des nations. Et ils sauront que moi, l’Éternel, leur Dieu, je suis avec eux, et qu’eux, la maison d’Israël, ils sont mon peuple, dit le Seigneur, l’Éternel. Et vous, mon troupeau, le troupeau de ma pâture, vous êtes des hommes ; moi, je suis votre Dieu, dit le Seigneur, l’Éternel » (34:20-31).

Il ne s’agit pas ici de Zorobabel ou de Néhémie, ni de la maison des Asmonéens, encore moins des Hérode, mais du Roi, l’Éternel-Messie, comme nous le savons par ailleurs, distingué cependant ici de l’Éternel qui parle et qui accomplit. Si l’on interprète autrement, on s’expose à sous-entendre ou laisser penser que la parole prophétique est la plus grossière des exagérations. Mais si l’on y voit le Seigneur régnant sur Israël rassemblé par la grâce et la puissance divines, alors on sent que les mots ne peuvent pas dépasser la réalité : quand cela arrivera, ceux qui contempleront Sa gloire sur la terre, éprouveront en réalité ce sentiment qu’ « on ne leur en avait pas rapporté la moitié » (1 Rois 10:7). Et que sera-ce alors dans le ciel !

À tout point de vue, il est absurde d’interpréter ces prophéties comme s’appliquant à l’Église ou à l’évangile. Alors les bêtes sauvages elles-mêmes changeront de nature, et le rendement de la terre augmentera : ce sera le jour que la création attend, après lequel elle soupire et est en travail, étant dans la peine, mais alors elle sera délivrée de la servitude de la corruption pour jouir de la liberté de la gloire des enfants de Dieu (Rom. 8:22).

Ce sera le jour où le Messie se lèvera pour eux, non plus rejeté et méprisé comme autrefois, mais comme un plant de renom (34:29), et Israël ne dépérira plus de faim dans son pays et ne portera plus l’opprobre des Gentils. L’Éternel sera avec eux, leur Dieu, et eux seront Son peuple. N’a-t-il pas parlé et ne fera-t-il pas ? (Nombres 23:19). Y a-t-il quelque chose de trop bon ou de trop difficile pour le Seigneur ? (Gen. 18:14 ; Jér. 32:17, 27).

 

38             Chapitre 35

Au chapitre 25 le prophète avait menacé Séhir et Édom qui habitaient un pays de forteresses naturelles, et étaient tellement jaloux de la faveur que l’Éternel montrait à Son peuple. Ici, il reprend ce sujet avec plus de détails.

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, tourne ta face contre la montagne de Séhir, et prophétise contre elle, et dis-lui : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’en veux à toi, montagne de Séhir ; et j’étendrai ma main sur toi, et je te réduirai en désolation et en désert. Je réduirai tes villes en déserts, et tu seras une désolation ; et tu sauras que je suis l’Éternel. Parce que tu as eu une inimitié perpétuelle, et que tu as livré les fils d’Israël à la puissance de l’épée, au temps de leur calamité, au temps de l’iniquité de la fin» (35:1-5).

Cette accusation publique est d’autant plus solennelle qu’elle fait contraste avec la promesse de bonté et de grâce envers Israël, au chapitre précédent. Or c’est justement cette bénédiction accordée par la grâce divine au peuple élu, qui avait suscité dès le commencement la rancune toujours croissante de ce peuple apparenté qui regardait de mauvaise grâce les bénédictions promises à Israël du haut de leur orgueil et de leur confiance en soi. Ils allaient bientôt éprouver ce que c’est que d’avoir l’Éternel contre soi, d’avoir Sa main étendue pour rendre le pays désolé et dévasté. Le résultat final était annoncé ; peu après, la parole et la main de l’Éternel allaient se manifester dans la désolation d’eux-mêmes et de leurs villes. À titre d’avertissement pour toute âme négligente qui pourrait lire ces pages, on peut ajouter ceci : S’il était déjà terrible de savoir que Celui qui avait ainsi parlé et agi était l’Éternel, manifesté dans le châtiment d’Israël et le jugement des païens, combien incomparablement plus terrible sera le sort de toute âme de la chrétienté qui aura badiné avec le nom et la Parole du Seigneur dans le temps présent.

Dieu connaît les véritables sentiments des cœurs, et fait des distinctions dans son jugement, comme dans tout le reste. Israël avait beaucoup d’ennemis arrogants, et tous étaient toujours prêts à faire du mal au peuple choisi par l’Éternel. Mais Il tient les yeux fixés sur «l’inimitié perpétuelle» d’Édom, et voit son caractère implacable, plus cruel que d’habitude « au temps de l’iniquité de la fin». Il n’avait pas un atome de générosité, et le sentiment naturel n’était plus que fiel et absinthe. Celui qui avait été si indignement déshonoré par Son propre peuple, le châtiait avec mesure : qu’étaient donc les Édomites, et qui étaient-ils pour en profiter pour écraser sans mesure et détruire sans pitié ? « À cause de cela, je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel, que je te mettrai à sang, et le sang te poursuivra ; puisque tu n’as pas haï le sang, le sang te poursuivra. Et je réduirai en désolation et en désert la montagne de Séhir, et j’en retrancherai les allants et les venants ; et je remplirai ses montagnes de ses tués. Des tués par l’épée tomberont sur tes collines, et dans tes vallées, et dans tous tes ravins. Je te réduirai en désolations perpétuelles, et tes villes ne seront plus habitées ; et vous saurez que je suis l’Éternel » (35:6-9). Il y a là des accents d’insistance très forts : non seulement le sang des Édomites serait versé et les poursuivrait dans leur soif de sang, mais eux-mêmes seraient réduits à une désolation perpétuelle, leurs montagnes et leurs vallées seraient remplies de tués, et leurs villes ne seraient pas restaurées : c’est de cette manière qu’ils apprendraient à connaître qu’Il est l’Éternel,

Redisons que Dieu tient compte de ce que les hommes disent et pensent ; le Seigneur l’a dit lui-même de manière encore plus complète, profonde et solennelle, en Matthieu 12. « Parce que tu as dit : Les deux nations et les deux pays seront à moi, et nous les posséderons ; — et l’Éternel y était ; à cause de cela, je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel, que j’agirai selon ta colère et selon ta jalousie, comme tu as agi à cause de ta haine contre eux ; et je me ferai connaître parmi eux, quand je t’aurai jugé. Et tu sauras que moi, l’Éternel, j’ai entendu tous tes outrages que tu as proférés contre les montagnes d’Israël, disant : Elles sont désolées, elles nous sont données pour les dévorer. Et vous vous êtes, de votre bouche, élevés contre moi, et vous avez multiplié contre moi vos paroles ; moi, je l’ai entendu » (35:10-13).

N’y a-t-il pas une leçon à tirer de ces déclarations ? N’est-ce pas analogue à ce qu’on trouve dans la chrétienté ? Je le crois, même si ce n’est guère saisi et même supposé par ceux qui montrent une jalousie aiguë contre ce qui est réellement selon la Parole et l’Esprit de Dieu aujourd’hui. Eux aussi oublient que Dieu est un Dieu de vérité parmi Ses saints, et que leur rassemblement au nom du Seigneur, dans la dépendance de la présence et de l’action du Saint-Esprit est le chemin où l’on montre sa foi et où l’on marche fidèlement à cet égard. Il est pourtant difficile de trouver quelque chose d’aussi haï et craint par les chrétiens mondains, même là où il y a de la réalité, tout en étant indifférent ou opposé à la vérité sur l’assemblée de Dieu. Cela n’est pas surprenant parmi les clergés de tout genre qui, bien sûr, ne peuvent pas aimer ce qui condamne leur position et leur existence comme entièrement contraires à l’Écriture. C’est général chez ceux qui supportent et défendent un état de choses injustifiable selon l’Écriture. Une mauvaise conscience ravive le mal du cœur naturel, et il n’y a pas de mots assez amers, d’insinuations assez basses, contre ceux qui s’attachent aujourd’hui à la volonté révélée du Seigneur au sujet de l’Assemblée. Qu’ils sachent que le Seigneur agira selon la colère et la jalousie que Babylone ressent contre ceux qui restent fidèles. La fausse Église orgueilleuse sera jugée au moment des noces de l’Épouse, la femme de l’Agneau. Tout ce qui est dit contre l’Église et ses privilèges bien compris et mis en pratique, n’est pas un petit péché aux yeux de Dieu : il en est aujourd’hui comme avec Israël autrefois : ce qui est dit contre Son peuple qui dans sa faiblesse s’attache à Sa grâce et à Sa parole, le Seigneur le considère comme prononcé contre Lui-même : « Je l’ai entendu ».

Le chapitre se termine par cette sentence contre l’ennemi : « Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Quand toute la terre se réjouira, je te réduirai en désolation. Comme tu t’es réjouie sur l’héritage de la maison d’Israël, parce qu’il a été désolé, j’en ferai de même envers toi ; tu seras une désolation, montagne de Séhir, et Édom tout entier ; et ils sauront que je suis l’Éternel » (35:14-15). Il n’y a jamais eu d’opinion plus fausse que celle qui prétend que l’Éternel ne restaurera pas et ne bénira pas Israël. Ce ne sera pas à cause de leurs mérites, mais dans sa propre grâce et par le moyen du Messie jadis rejeté ; Celui-ci ravagera les ennemis d’Israël aussi sûrement qu’Il accomplira les promesses faites à leurs pères. Mais ni l’une ni l’autre de ces opérations n’est l’Évangile, qui tout au contraire rassemble maintenant indifféremment Juifs et Gentils pour la gloire céleste avec Christ, le Sauveur, mais aussi la tête de l’Église dans le ciel. Nous ne Le connaissons pas selon la chair (2 Cor. 5:16), ni par les jugements qu’Il exécute contre Édom, ni même par Sa miséricorde envers Israël, mais nous Le connaissons comme mort, ressuscité et glorifié dans le ciel, suivant les conseils de Dieu, autrefois cachés, mais maintenant révélés en Lui et dans Son corps.

 

39             Chapitre 36

Après la condamnation de la montagne de Séhir, l’Éternel s’adresse maintenant aux montagnes d’Israël personnifiées, et leur annonce la consolation qu’Il tient en réserve pour elles, malgré toute la méchanceté orgueilleuse des Édomites contre eux.

« Et toi, fils d’homme, prophétise touchant les montagnes d’Israël et dis : Montagnes d’Israël, écoutez la parole de l’Éternel » (36:1).

Il est bon de se rappeler ici qu’il y avait jadis en Israël un gouvernement sous le nom révélé de l’Éternel, mais sous les conditions imposées par la loi, à laquelle l’homme dans la chair avait souscris, ce qui ne pouvait qu’aboutir à la ruine, et y aboutit en effet. L’état de choses actuel est entièrement différent, car l’Assemblée est bâtie sur un Christ rejeté, qui est le Fils de Dieu ; elle est Son corps et Son épouse par pure grâce, une grâce absolue ; elle est formée de croyants, sans distinction de Juifs ou de Gentils, qui sont destinés à être avec Lui dans les cieux et à régner avec Lui sur la terre. Mais Dieu n’a pas abandonné pour toujours le gouvernement du monde en Israël. Il s’occupera de nouveau d’Israël à la venue du Seigneur, le Fils de l’homme glorieux, et déploiera Son gouvernement d’une manière parfaite, pour Sa propre gloire sous la nouvelle alliance, et par conséquent sur un principe supérieur à la faiblesse ou au mal de la créature. Ce sera un temps de bénédiction pour le monde, un demi-tour par rapport au passé, non pas seulement comme aujourd’hui le rassemblement d’âmes tirées du monde pour être avec Christ dans la gloire céleste, mais le jugement retournera à la justice sur la terre, et tous les hommes droits le suivront (Ps. 94:15). Ainsi la seconde venue du Seigneur pour le monde est caractérisée par l’exécution des jugements, d’autant plus que toute l’Écriture montre que l’état de la terre immédiatement avant cette venue sera un état sans précédent de mal et d’apostasie, non seulement un rejet de la vérité par rébellion, mais le mensonge suprême consommé par l’homme s’asseyant comme Dieu au temple de Dieu (2 Thes. 2:4). Et Dieu n’agira pas seulement contre les pécheurs notoires, mais contre tous ceux qui se sont levés contre Lui ; en même temps Il délivrera et exaltera Son ancien peuple, qui sera encore à ce moment-là dans l’abaissement à cause de ses péchés — un abaissement juste.

Jusqu’ici, toutes ces prophéties dirigent les regards en avant, quels qu’aient pu être les accomplissements partiels dans le passé. Si Israël doit sortir des lieux où il est caché par Sa grâce, il en sera de même pour Édom, mais pour le jugement. J’entends par là bien sûr le jugement des vivants, non pas des morts. Ce dernier surviendra à la fin de tout, quand tous les méchants de tous les âges et tous les lieux ressusciteront et seront jugés par le Fils de l’Homme.

Mais ici il s’agit de la terre, non du jugement éternel, et le prophète allait parler de consolation aux montagnes d’Israël, si longtemps désolées. Car Dieu n’a pas créé la terre, ni l’homme sur elle, pour être toujours les victimes du péché, de la douleur, de la vanité et de la corruption. Il se montrera certainement Lui-même comme un libérateur de tous les dommages opérés par Satan, mais il faut qu’il y ait le jugement aussi bien que la miséricorde : on voit bien les deux ici. Si l’ennemi s’était moqué du pays d’Israël en disant : «Ha ha ! les hauteurs éternelles sont devenues notre possession » (36:2), l’Éternel répondait par son prophète : «Parce que, oui, parce qu’on vous a désolées, et qu’on vous a englouties de toutes parts, afin que vous fussiez la possession du reste des nations, et que vous avez été en butte au bavardage de la langue et aux mauvais propos des hommes : à cause de cela, montagnes d’Israël, écoutez la parole du Seigneur, l’Éternel : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel, aux montagnes et aux collines, aux ravins et aux vallées » (36:3-4).

Si les sarcasmes inexprimés sont enregistrés par l’Éternel, combien plus cette vanterie méchante au sujet de l’humiliation qu’Israël avait méritée, et de la désolation du pays qui en était résultée, comme si cela provenait de la victoire d’Édom sur le seul vrai Dieu ! Mais Il entendait et était bientôt prévenu par son serviteur le prophète ; cependant Il ne se hâtait pas de juger. Sa main ne tarderait pas à exécuter ce que Sa bouche avait prononcé, et une ruine encore plus épouvantable attendait Édom l’arrogant. Les Juifs incroyants peuvent, entre temps, renvoyer ces malédictions sur leurs ennemis soi-disant chrétiens ; mais les Juifs comme la chrétienté ont perdu toute leur simplicité, et à la suite, ont aussi perdu la puissance de la foi dans la Parole de Dieu. Or ni le bien ni le mal n’ont disparu de devant Ses yeux. Édom et Israël ne sont qu’endormis dans la poussière et vont bientôt ressurgir, Édom avec son orgueil et son désir de vengeance toujours indomptables, et Israël enfin repentant et soumis par la patience de la grâce infinie de Dieu. Chaque race recevra sa part en ce jour-là dans le monde, Édom la recevant finalement de la main même d’Israël (comparer Ésaïe 11:10-14 ; 34 à 35 ; 63 ; Abdias).

Car ce serait une idée malheureuse et indigne de ce jour si l’on n’y voyait que la colère divine portant le coup de mort sur les méchants. La prophétie n’offre pas une pareille monotonie de ténèbres, mais au contraire, elle montre que les voies ténébreuses de l’iniquité de l’homme sont suivies par le jugement, et finalement pas le jour de l’Éternel. « C’est pourquoi, prophétise touchant la terre d’Israël, et dis aux montagnes et aux collines, aux ravins et aux vallées : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’ai parlé dans ma jalousie et dans ma fureur, parce que vous avez porté l’ignominie des nations ; c’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : J’ai levé ma main, si les nations qui sont autour de vous ne portent elles-mêmes leur ignominie ! Mais vous, montagnes d’Israël, vous pousserez vos branches, et vous porterez votre fruit pour mon peuple Israël, car ils sont près de venir. Car voici, je pense à vous, et je me tourne vers vous : vous serez labourées et vous serez semées. Et je multiplierai sur vous les hommes, la maison d’Israël tout entière ; et les villes seront habitées, et les lieux désolés seront rebâtis ; et je multiplierai sur vous les hommes et les bêtes, et ils multiplieront et fructifieront ; et je ferai que vous serez habitées comme en vos temps d’autrefois, et je vous ferai plus de bien que lors de votre commencement ; et vous saurez que je suis l’Éternel. Et je ferai marcher sur vous des hommes, mon peuple Israël ; et ils te posséderont, et tu seras leur héritage, et tu ne les priveras plus d’enfants. Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Parce qu’on dit de vous : Tu dévores les hommes, et tu prives d’enfants ta nation ;…  c’est pourquoi tu ne dévoreras plus les hommes, et tu ne priveras plus d’enfants ta nation, dit le Seigneur, l’Éternel. Et je ne te ferai plus entendre les insultes des nations ; et tu ne porteras plus l’opprobre des peuples, et tu ne feras plus choir ta nation, dit le Seigneur, l’Éternel » (36:6-15).

Le Seigneur garantit ainsi Son serment ; Il est jaloux pour la bénédiction d’Israël et indigné devant l’opprobre qui ne les a pas encore atteints, mais que les païens continueront à leur infliger. C’est en vain que l’on applique des paroles si ardentes au retour du peuple de Babylone : il n’était qu’un avant-goût de ce qui arriverait au peuple tout entier. Si on respecte l’Écriture et qu’on connaît les faits, peut-on prétendre que le Seigneur a multiplié les hommes sur les montagnes d’Israël, «la maison d’Israël tout entière» ? (36:10). Ces mots semblent avoir été écrits spécialement pour préserver les âmes de telles vues étroites et trompeuses. L’Éternel a-t-il établi le résidu revenu dans son pays comme en leurs temps d’autrefois, lui faisant plus de bien qu’au commencement ? (36:11). Le pays et les montagnes sont-ils devenus leur héritage et ne les privent-ils plus d’enfants ? (36:12). Ne savons-nous pas que sous le quatrième empire (romain), ils subirent une dévastation encore pire et une dispersion encore plus longue, au lieu que le pays ne les dévore plus ni ne prive plus d’enfants leur nation, et qu’ils n’endurent plus les insultes des Gentils (36:15).

L’accomplissement de la prophétie est encore à venir, mais il viendra aussi sûrement que l’Éternel est vivant, et qu’Il l’a juré par son prophète au sujet du pays d’Israël. Supposer que ces paroles concernent l’évangile ou l’Église n’est ni de la simplicité ni de l’intelligence, cela en est bien loin.

Le message suivant de l’Éternel donne les raisons morales pour lesquelles le pays d’Israël a été laissé désolé, et qu’eux-mêmes ont été dispersés parmi les nations ; il expose le déshonneur qu’ils ont jeté sur son nom même dans leur dispersion, et finalement Sa grâce qui restaure, avec ses effets sur le cœur et sur les voies d’Israël, ainsi que Sa puissance qui redonne à leur pays une prospérité et une fécondité plus grande qu’auparavant ; alors l’Éternel sera sanctifié par tous aux yeux de toutes les nations.

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, la maison d’Israël habitait sa terre, et ils l’ont rendue impure par leur voie et par leurs actions ; leur voie a été devant moi comme l’impureté d’une femme séparée à cause de ses mois ; et je versai ma fureur sur eux, à cause du sang qu’ils avaient versé sur le pays, et parce qu’ils l’avaient rendu impur par leurs idoles ; et je les dispersai parmi les nations, et ils furent disséminés dans les pays : je les jugeai selon leur voie et selon leurs actions. Et ils vinrent chez les nations où ils sont venus, et ils profanèrent mon saint nom, en ce qu’on disait d’eux : C’est ici le peuple de l’Éternel, et ils sont sortis de son pays » (36:16-20). Telle étaient les voies d’Israël dans le pays et hors du pays, partout une honte pour Celui qui les avait choisis pour être à Lui, la corruption idolâtre et la violence meurtrière en Canaan, la profanation de Son nom parmi les nations. Que fit l’Éternel contre ceux qui avaient péché ? Il est l’Éternel et Il ne change pas : c’est pour cela qu’ils n’avaient pas été consumés. Non, Il avait épargné le nom qu’ils avaient outragé, et Il voulait le sanctifier et être sanctifiés en eux. C’est ce qu’Il dit ici : « Mais j’ai épargné mon saint nom, que la maison d’Israël profana parmi les nations où ils sont venus. C’est pourquoi, dis à la maison d’Israël : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Ce n’est point à cause de vous, maison d’Israël, que je le fais, mais c’est à cause de mon saint nom, que vous avez profané parmi les nations où vous êtes venus. Et je sanctifierai mon grand nom, qui a été profané parmi les nations, et que vous avez profané au milieu d’elles ; et les nations sauront que je suis l’Éternel, dit le Seigneur, l’Éternel, quand je serai sanctifié en vous, à leurs yeux. Et je vous prendrai d’entre les nations, et je vous rassemblerai de tous les pays, et je vous amènerai sur votre terre » (36:21-24).

Nous n’avons pas besoin de faire des suppositions sur quand et comment ce travail de la grâce divine s’est opéré ou s’opérera, et il n’y a pas besoin ici d’une discussion détaillée pour le déterminer. Il y a des indications qui rendent la réponse tout à fait simple. Le retour de Babylone n’en a pas été un accomplissement, au mieux une sorte d’arrhes de la réalisation à venir de cette prophétie, car seul un résidu numériquement insignifiant est revenu. Esdras 9 ne prend pas le même terrain, et ne prétend pas être ce que les fidèles attendaient, pas plus que Néhémie 9 ultérieurement. Le premier de ces chapitres parle de «notre servitude», et le second dit : « Voici, nous sommes aujourd’hui serviteurs ; et quant au pays que tu donnas à nos pères pour qu’ils en mangeassent le fruit et les bons produits, voici, nous y sommes serviteurs ; et il rapporte beaucoup aux rois que tu as établis sur nous à cause de nos péchés ; et ils dominent à leur gré sur nos corps et sur notre bétail, et nous sommes dans une grande détresse » (Néh. 9:36-37). Il n’est pas besoin de chercher à démontrer combien cela est éloigné de ce qu’Ézéchiel garantit : « Je vous prendrai d’entre les nations, et je vous rassemblerai de tous les pays, et je vous amènerai sur votre terre» (36:24). Après le décret de Cyrus, la grande masse d’Israël resta dispersée parmi les nations.

Mais il y a une preuve supplémentaire, plus claire encore, que la prophétie reste à accomplir, car il est ajouté : « et je répandrai sur vous des eaux pures, et vous serez purs : je vous purifierai de toutes vos impuretés et de toutes vos idoles. Et je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai au-dedans de vous un esprit nouveau ; et j’ôterai de votre chair le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair ; et je mettrai mon Esprit au dedans de vous, et je ferai que vous marchiez dans mes statuts, et que vous gardiez mes ordonnances et les pratiquiez. Et vous habiterez dans le pays que j’ai donné à vos pères, et vous serez mon peuple, et moi je serai votre Dieu » (36:25-28). Les Juifs, sans parler d’Israël, avaient-ils été purifiés de toutes leurs impuretés ? Malachie présente tout le contraire, et notre Seigneur en a donné la preuve dans sa personne. Quand cette prophétie s’accomplira, la bénédiction ne sera rien moins que la nouvelle naissance du peuple juif. Dieu leur donnera un cœur nouveau et un esprit nouveau ; Il ôtera leur cœur de pierre, et leur donnera un cœur de chair. Il mettra Son Esprit en eux, et fera qu’ils marcheront dans une sainte obéissance, comme peuple de Dieu, Dieu étant leur Dieu. Prétendre que cela a été accompli n’est qu’une exagération des plus grossières, même si la Parole de notre Seigneur fait allusion à ces versets en Jean 3:5 : ce dont Il parle est tout à fait réel, mais entièrement distinct de l’application prédite ici en Ézé. 36.

Mais il y a plus encore, car le prophète continue en disant que cette bénédiction en réserve pour Israël comprendra une faveur visible et une abondance terrestre d’une manière jamais vue jusqu’alors. « Et je vous délivrerai de toutes vos impuretés. Et j’appellerai le blé, et je le multiplierai, et je ne vous enverrai pas la famine ; et je multiplierai le fruit des arbres et le produit des champs, afin que vous ne portiez plus l’opprobre de la famine parmi les nations » (36:29-30).

Il ne sert à rien de réduire à néant cette prédiction de restauration de la fertilité, et même d’une fertilité accrue, ni de la considérer comme incroyable, ni de prétendre qu’elle ne résultera pas d’une puissance divine extraordinaire, comme si c’était des choses ne méritant pas que Dieu y fasse attention. Le Nouveau Testament nous en montre le principe dans Romains 8 (v. 18-23). La création qui soupire attend le moment où elle sera affranchie de la servitude de la corruption pour jouir de la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Mais ce n’est pas l’effet du message de l’Évangile ; c’est un fruit de la puissance divine, quand Christ ne sera plus caché, mais apparaîtra en gloire et que les enfants de Dieu seront manifestés. La différence ici est que l’apôtre relie cette délivrance bénie à la révélation des saints ressuscités, tandis que le prophète la rattache à la restauration et à la renaissance d’Israël.

Ce n’est que la grâce, appliquée à l’âme par le Saint Esprit, qui produit une vraie crainte de Dieu et le jugement de soi-même. «Il y a pardon auprès de toi, afin que tu sois craint» (Ps. 130). C’est cela aussi qui conduit ici Israël à avoir horreur de ses iniquités passées et à les confesser de tout cœur. Quel bonheur sera-ce pour eux de se courber devant la souveraineté de Celui qui s’en sert en grâce pour sauver ! « Et vous vous souviendrez de vos mauvaises voies et de vos actions qui ne sont pas bonnes, et vous aurez horreur de vous-mêmes à cause de vos iniquités et à cause de vos abominations. Ce n’est point à cause de vous que je le fais, dit le Seigneur, l’Éternel : sachez-le. Soyez honteux et soyez confus à cause de vos voies, maison d’Israël ! Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Au jour où je vous purifierai de toutes vos iniquités, je ferai que les villes seront habitées, et les lieux désolés seront rebâtis ; et le pays désert sera labouré, au lieu d’être une désolation aux yeux de tous les passants. Et ils diront : Ce pays qui était désolé, est devenu comme le jardin d’Éden ; et les villes ruinées et désertes et renversées sont fortifiées et habitées. Et les nations qui demeureront de reste autour de vous, sauront que moi, l’Éternel, j’ai rebâti les villes renversées, j’ai planté ce qui était désolé. Moi, l’Éternel, j’ai parlé, et je le ferai. Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Encore en ceci je serai recherché par la maison d’Israël, pour le leur faire : je les multiplierai comme un troupeau d’hommes. Comme un troupeau saint, comme un troupeau de Jérusalem dans ses fêtes solennelles, ainsi les villes ruinées seront remplies de troupeaux d’hommes ; et ils sauront que je suis l’Éternel » (36:31-38). L’Éternel effacera ainsi tout l’opprobre dont les nations les avaient couverts, pour la gloire de Son propre nom, tout en produisant des sentiments et des voies propres à la repentance d’Israël. Le résidu rentré dans sa terre dans le passé n’a rien éprouvé de semblable ; ceux qui ont été amenés à l’évangile ont été appelés à des bénédictions d’une autre nature, et meilleures, qui ont incité beaucoup d’entre eux à se défaire de leurs maisons et de leurs terres (Actes 4:34). Il n’y a pas eu de reconstruction des villes autrefois désolées faisant partie de leur héritage. Mais Dieu accomplira certainement toutes les paroles qu’Il a prononcées, au jour de la restauration du royaume d’Israël.

Sous la loi Israël était ruiné ; sous l’évangile il n’y a ni Juif ni Grec, mais l’union avec Christ dans les cieux. Quand le royaume sera manifesté en puissance, les Juifs seront restaurés dans leur pays et dans leurs villes, qui ne seront plus désolées, mais jouiront de la bénédiction et de la gloire de l’Éternel.

 

40             Chapitre 37

Ce chapitre contient une vision remarquable, avec son explication claire. Il n’est question ni de la conversion de l’âme ni de la résurrection du corps, mais de Dieu faisant bientôt revivre Israël en tant que peuple. Dans ce temps-là, le peuple était dispersé et sans existence politique, et ils avaient devant eux des troubles plus grands que ceux infligés par les Assyriens et les Babyloniens : la loi et les prophètes les en avaient clairement avertis ; mais la parole de l’Éternel demeure. À nouveau ici, il est donné cette révélation aux captifs dans la douleur : elle a pour but de les consoler après leur premier exil et avant le dernier, et de les soutenir en présence de désastres aussi accablants par la certitude de l’espérance de leur renaissance nationale par l’opération en grâce du Seigneur.

« La main de l’Éternel fut sur moi, et l’Éternel me fit sortir en esprit, et me posa au milieu de la plaine, et elle était remplie d’ossements ; et il me fit passer auprès d’eux, tout autour ; et voici, ils étaient fort nombreux sur la face de la plaine ; et voici, ils étaient très secs » (37:1-2). L’Éternel ne cache nullement ce qu’Il entend signifier par les ossements dans la plaine. Non seulement il n’y avait là aucune force, mais même aucune vie. Pour le faire ressortir encore plus, nous lisons : « Et il me dit : Fils d’homme, ces os revivront-ils ? Et je dis : Seigneur Éternel ! tu le sais » (37:3). L’impuissance que ces paroles traduisent et confessent ouvrent la porte à la parole du Seigneur. « Prophétise sur ces os, et dis-leur : Os secs, écoutez la parole de l’Éternel. Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel, à ces os : Voici, je fais venir en vous le souffle, et vous vivrez. Et je mettrai sur vous des nerfs, et je ferai venir sur vous de la chair, et je vous recouvrirai de peau ; et je mettrai en vous le souffle, et vous vivrez ; et vous saurez que je suis l’Éternel » (37:4-6).

En vérité, il y a là l’extrémité de l’homme et l’opportunité de Dieu. Il est le Dieu qui vivifie les morts ; où exercerait-Il Sa glorieuse puissance, sinon en faveur de Son peuple ? Il est alors donné au prophète de voir, d’entendre et de parler. « Et je prophétisai selon qu’il m’avait été commandé ; et comme je prophétisais, il y eut un bruit, et voici, il se fit un mouvement, et les os se rapprochèrent, un os de son os. Et je vis, et voici, il vint sur eux des nerfs et de la chair, et de la peau les recouvrit par-dessus ; mais il n’y avait pas de souffle en eux » (37:7, 8). La suite est encore plus solennelle ; « Et il me dit : Prophétise au souffle, prophétise, fils d’homme, et dis au souffle : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Esprit, viens des quatre vents, et souffle sur ces tués, et qu’ils vivent. Et je prophétisai selon qu’il m’avait commandé ; et le souffle entra en eux, et ils vécurent, et se tinrent sur leurs pieds, — une immense armée » (37:9-10). Il est impossible d’appliquer ce qui est dit là avec la moindre vraisemblance au retour de Babylone de moins de 43000 personnes : d’autant plus que les armées d’autrefois dépassaient de beaucoup celles habituelles dans les temps modernes. Le résidu rentrant au pays n’était qu’une armée très petite par comparaison avec celle de Juda tout seul sous les rois. Or on trouve plus loin qu’il s’agit d’Éphraïm avec Juda : ceci est impliqué immédiatement après (v. 11) dans l’expression : «toute la maison d’Israël ». Il est donc hors de question qu’il s’agisse du retour passé de captivité.

Nous ne nous sommes pas laissés à nos propres raisonnements, ni sur la portée de ce livre, ni sur le but général d’Ézéchiel. Celui qui nous a donné la vision par Son serviteur y a ajouté une interprétation tout à fait explicite. « Et il me dit : Fils d’homme, ces os sont toute la maison d’Israël. Voici, ils disent : Nos os sont desséchés, et notre attente a péri ; nous sommes retranchés ! C’est pourquoi prophétise, et dis-leur : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’ouvrirai vos sépulcres, et je vous ferai monter hors de vos sépulcres, mon peuple, et je vous amènerai dans la terre d’Israël. Et vous saurez que je suis l’Éternel, quand j’aurai ouvert vos sépulcres, et que je vous aurai fait monter hors de vos sépulcres, mon peuple. Et je mettrai mon Esprit en vous, et vous vivrez, et je vous placerai sur votre terre ; et vous saurez que c’est moi, l’Éternel, qui ai parlé et qui l’ai fait, dit l’Éternel » (37:11-14).

Pour un esprit simple et soumis à l’Écriture, il ne peut y avoir d’hésitation. Quelle que soit l’application que nous puissions faire de cette vision, sa signification directe et expresse est la renaissance opérée par Dieu de Son ancien peuple Israël, alors complètement détruit, mort et enterré, mais devant pourtant quitter leurs tombeaux selon la parole de l’Éternel : « Ces os sont toute la maison d’Israël ». Dieu veut consoler Son peuple tout en réprimandant leur incrédulité qui affirme : « Nos os sont desséchés et notre attente a péri, nous sommes retranchés ! ». Sa grâce fidèle entreprendra de faire ce qui dépasse manifestement la puissance de l’homme. Il déclare qu’il veut non seulement les faire sortir des tombeaux où ils gisent maintenant ensevelis comme nation, mais qu’Il les amènera dans la terre d’Israël, ce qui ne peut s’appliquer ni à ceux qui ressuscitent d’entre les morts, ni aux âmes converties maintenant à Dieu par l’évangile, car qu’avons-nous à faire avec le pays d’Israël ? Mais leur restauration dans leur pays est le complément simple et nécessaire de la résurrection nationale d’Israël. Tout l’Ancien Testament en rend témoignage pareillement. On voit continuellement le peuple et le pays liés ensemble : bénédiction sur les deux bientôt, comme hélas ! malédiction sur les deux actuellement.

Le sens de ce passage semble donc incontestable, sauf pour ceux dont les pensées ont été faussées par les doctrines des Pères ou des Puritains : ceux-ci ne voient aucune des voies de Dieu envers Israël pour la terre, et en même temps ne comprennent guère Ses desseins célestes pour l’Église ; le point de départ de cette erreur est semblable dans les deux cas, quoique les formes soient différentes : c’est le fait de substituer le moi à Christ. Leur interprétation de la prophétie en particulier est viciée par cette erreur fatale qui efface pratiquement les espérances d’Israël de la Bible, et rabaisse les nôtres à une simple succession à leur espérance et leur héritage, avec quelque lumière et des privilèges un peu améliorés. Cela fait partie de la première corruption du christianisme, largement répandue et très tenace, contre laquelle l’apôtre a combattu si vigoureusement. Elle s’introduit de manière d’autant plus insidieuse, qu’il semble à ceux qui sont sous son influence qu’ils sont les plus éloignés des faux frères dénoncés par Paul. Dans leur esprit, le meilleur moyen d’être gardé de judaïser, c’est de nier que les Juifs seront jamais rétablis comme peuple, ni restaurés ensuite dans leur propre pays. Ils appliquent à la chrétienté maintenant ou à l’Église dans la gloire toutes les prédictions de bénédiction et de gloire futures pour Israël. Erreur des plus funestes ! car c’est précisément judaïser les chrétiens et l’Église en faisant d’eux simplement les successeurs et les héritiers d’Israël. La vérité est ainsi noyée, les brillantes perspectives d’Israël sont niées ; cela engendre la vanité chez les Gentils, et les chrétiens sont rendus mondains, au lieu d’être enseignés quant à leur position de bénédiction dans les lieux célestes, en contraste avec celle d’Israël sur la terre.

Mais il y a là une autre révélation liée à cela. La renaissance d’Israël comme peuple n’est pas tout ce que le prophète apprend et communique ici. Elle fait l’objet de la première moitié de ce chapitre, non pas la vivification individuelle, aussi vraie soit-elle, mais leur résurrection nationale sous l’effet de l’opération de l’Esprit, et non pas par la volonté de l’homme ou la politique du monde, selon ce qui convient au peuple élu qui sera finalement béni de l’Éternel. Il y avait une bénédiction nouvelle et spéciale à leur conférer : la disparition de l’ancien opprobre qui avait si longtemps déshonoré Israël depuis les jours de Roboam, tant qu’ils ont subsisté dans leur terre. Quand Dieu mettra sa main pour les restaurer au dernier jour, Il les ré-unira dans l’état où ils étaient jadis sous David et Salomon, et leur unité ne sera plus jamais brisée, ni même menacée. Ce sera réservé au vrai Bien-Aimé [2 Sam. 12:25 ; Jedidia] lorsqu’Il règnera comme Prince de Paix.

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Et toi, fils d’homme, prends un bois, et écris dessus : Pour Juda, et pour les fils d’Israël, ses compagnons. Et prends un autre bois, et écris dessus : Pour Joseph, le bois d’Éphraïm et de toute la maison d’Israël, ses compagnons. Et rapproche-les l’un de l’autre, pour qu’ils soient un seul bois, et ils ne seront qu’un dans ta main » (37:15-17).

C’est aussi une preuve évidente de la perversité humaine que des paroles comme celles-ci aient pu être mal comprises. Et pourtant, elles le sont, non par les Juifs méprisés qui restent attachés à leurs espérances futures, mais par les chrétiens qui méprisent leur responsabilité présente, alors qu’ils se trouvent sous l’évangile de la grâce de Dieu, — une grâce qui ne fait pas de différence, qui est dans le Christ mort et ressuscité, et qui est pour quiconque croit, qu’il soit Juif ou Gentil. C’est sur ces points que Satan trompe tout le monde :

·        Les Juifs ont raison quand ils maintiennent qu’Israël sera encore béni dans son pays sous le Messie et la nouvelle alliance, et cela non pas vaguement ou partiellement, mais après que l’apostasie et les jugements divins les auront clairsemés, tout Israël sera sauvé, rassemblé et uni, Juda et Joseph comme un tout. Mais ils sont complètement dans l’erreur, une erreur fatale, quand ils ne voient pas leur Messie, le Sauveur, en Jésus de Nazareth, et par conséquent ils périssent parce qu’ils n’obéissent pas à l’évangile de notre Seigneur Jésus-Christ (2 Cor. 4:3-4).

·        Satan trompe aussi la chrétienté en ceci que, tout en confessant justement Le Crucifié comme Fils de Dieu, ils mélangent la loi et l’évangile et perdent ainsi la consolation, la puissance et la certitude du salut de Dieu en Christ, et qu’avec cela, ils s’attendent avec ardeur aux gloires qui ont été prédites à propos d’Israël sur la terre, comme si elles décrivaient les privilèges propres aux chrétiens, ignorant presque totalement leur position céleste, et niant la fidélité de Dieu et Sa miséricorde future envers Israël.

 

Il n’y a en effet aucune excuse à ne pas comprendre un symbole aussi clair que celui des versets 16-17. Or, comme si c’était pour renforcer l’application, une explication est rajoutée comme précédemment. « Et quand les fils de ton peuple te parleront, disant : Ne nous déclareras-tu pas ce que signifient pour toi ces choses ? dis-leur : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, je prendrai le bois de Joseph, qui est dans la main d’Éphraïm, et les tribus d’Israël, ses compagnons ; et je les mettrai sur celui-ci, savoir sur le bois de Juda, et je les ferai être un seul bois, et ils seront un dans ma main. Et les bois sur lesquels tu auras écrit seront dans ta main, sous leurs yeux. Et dis-leur : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, je prendrai les fils d’Israël d’entre les nations où ils sont allés, et je les rassemblerai de toutes parts, et je les ferai entrer dans leur terre ; et je les ferai être une seule nation dans le pays, sur les montagnes d’Israël : un seul roi sera leur roi à tous ; et ils ne seront plus deux nations, et ils ne seront plus divisés en deux royaumes. Et ils ne se rendront plus impurs par leurs idoles, et par leurs choses exécrables, et par toutes leurs transgressions ; et je les délivrerai de toutes leurs habitations où ils ont péché, et je les purifierai ; et ils seront mon peuple, et moi je serai leur Dieu » (37:18-23).

Il est aussi vain de tordre un tel langage pour l’appliquer au résidu des Juifs rentrés de Babylone que de l’appliquer à l’Église à la Pentecôte. Il n’y a même pas d’analogie. C’est l’union des deux maisons d’Israël si longtemps divisées, et rien d’autre. Cela n’a pas encore eu l’ombre d’un accomplissement. Les mots utilisés ne peuvent être plus explicites. Il est exclu que cela puisse se rapporter à autre chose qu’à la rentrée future et à l’union de tout Israël comme une seule nation sous un seul roi. Ils ne seront plus jamais divisés, plus jamais souillés. Plus encore, ils seront le peuple de l’Éternel, et Lui sera leur Dieu. Les Juifs ne peuvent pas dire que cela a déjà eu lieu, et en même temps il est absurde pour les Gentils de se l’appliquer à eux-mêmes. Dans tous les cas cela ne peut pas s’appliquer au corps chrétien. Un résidu Juif rentré de Babylone pour être souillé, non pas simplement par ses transgressions, mais par quelque chose de bien pire que son ancienne idolâtrie, — le rejet et la crucifixion de leur Messie : cela est-il un accomplissement des paroles ardentes d’Ézéchiel ?

Il est encore ajouté : «Et mon serviteur David sera roi sur eux, et il y aura un seul pasteur pour eux tous ; et ils marcheront dans mes ordonnances, et ils garderont mes statuts et les pratiqueront » (37:24). Quelle nouvelle confirmation, si tant est qu’il en soit besoin ! Car aucun croyant de sobre bon sens ne peut douter que cela ne se rapporte qu’à Christ, non pas comme chef de l’Église dans le ciel, mais comme roi d’Israël régnant sur la terre. Jamais depuis que cette prophétie a été prononcée, il n’y en a eu même un semblant d’accomplissement. Jamais depuis, Israël n’a eu un seul berger ; jamais ils n’ont marché dans Ses ordonnances, ni gardé et pratiqué Ses statuts. Il ne peut s’agir là des chrétiens dans le monde entier, encore moins des chrétiens au ciel, mais d’Israël seul. « Et ils habiteront dans le pays que j’ai donné à mon serviteur Jacob, où vos pères ont habité ; et ils y habiteront, eux et leurs fils, et les fils de leurs fils, à toujours ; et David mon serviteur sera leur prince à toujours » (37:25).

Ce sont, comme Ésaie (55:3) le dit, les grâces assurées de David, cette alliance éternelle que l’Éternel fait avec Israël ; c’est ce que la résurrection de Christ explique. Il devait donc régner — non pas simplement monter et devenir le commencement et la tête d’une nouvelle œuvre dans le ciel, — mais Il devait régner sur Israël dans son pays. En effet, avec un langage ressemblant beaucoup à celui d’Ésaïe, Ézéchiel poursuit le sujet de l’assurance que donne l’Éternel : « Et je ferai avec eux une alliance de paix, ce sera, avec eux, une alliance éternelle ; et je les établirai, et je les multiplierai, et je mettrai mon sanctuaire au milieu d’eux pour toujours ; et ma demeure sera sur eux ; et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Et les nations sauront que moi je suis l’Éternel qui sanctifie Israël, quand mon sanctuaire sera au milieu d’eux à toujours » (37:26-28).

Il est humiliant que les chrétiens puissent mettre en doute ce qui est dit là. Une seule chose en donne toute l’explication : les hommes de la chrétienté se sont écartés — par un abandon profond et largement répandu — du sens convenable et tout simplement réel de leurs propres bénédictions. Alors que la part du chrétien est normalement la paix et la joie, ils ont d’une part judaïsé et d’autre part sont tombés sous l’influence de Babylone, ce qui les a fait glisser, s’écarter et tomber dans le doute, les ténèbres et l’erreur. À cause de l’absence de consolation du Saint Esprit due à l’incrédulité vis-à-vis de la grâce dans laquelle le chrétien se trouve (1 Pierre 5:12), ils sont tentés de convoiter les biens de leur voisin pour la ruine de la vérité et la confusion de la relation avec Dieu, — soit la relation de l’Église avec Dieu actuellement, soit la relation d’Israël avec Dieu bientôt. Le résultat de la prophétie est de nature si simple, si positive et si glorieuse, que même les païens sauront que l’Éternel sanctifie Son peuple, quand Son sanctuaire sera au milieu d’eux pour toujours (*). Qui irait affirmer que cela est vrai maintenant, soit d’Israël au sujet duquel cela est dit, soit de l’Église à laquelle cela n’est pas adressé ?

 

(*) C’est une honte pour les chrétiens que ceux qui connaissent la vérité et la grâce de Dieu en Christ, se trompent dans leur lecture des prophéties au point d’être repris à juste titre par un Juif pour leur sombre incrédulité — ce Juif étant lui-même tellement rempli de préjugés comme Don Balthasar Orobio. Les extraits suivants de cet auteur sont tirés d’un autre ouvrage :

« Si la mention dans les passages qu’ils citent se rapportait à Israël, ce serait l’Israël spirituel (c’est-à-dire les nations qui ont embrassé la religion chrétienne), et non pas l’Israël temporel, autrement dit la semence d’Abraham. Si le texte affirme qu’Israël et Juda rentreront dans le pays de leurs pères pour le posséder pour toujours, ils soutiennent que ce pays est le ciel, et que ceux qui ont reconnu le Messie sont Israël et Juda. Les guerres et la désolation dont parle le prophète sont prises pour des métaphores. Selon eux, nous devons croire qu’il s’agit du combat du vice contre la vertu, de l’impiété contre la justice. Ainsi, pour annuler les preuves qui nous paraissent devoir marquer l’accomplissement des promesses du Tout-Puissant, ils confondent le ciel avec la terre, ce monde avec le paradis, la sainte cité avec le rassemblement des chrétiens ; Israël, Jacob et Juda avec les Gentils ; le désordre de la guerre avec l’opposition spirituelle du vice à la vertu ; le temple, si évidemment temporel, avec le salut des âmes ou la religion qu’ils professent, etc.

Le prophète Ézéchiel réduit à néant ces opinions chimériques. Ceux qui seront rachetés, dit-il, sont les vrais Israélites, c’est-à-dire la semence réelle d’Abraham, et non pas les Gentils. Il ne dit pas que le pays qu’ils re-posséderont sera l’Église ou le ciel, mais que ce sera le même pays qu’ils avaient habité avant d’être dispersés, et dans lequel ils demeureront pour toujours. Le Seigneur lui commande de prendre deux bâtons ; d’écrire sur l’un le nom de Juda et celui de ses compagnons, et sur l’autre le nom d’Éphraïm, fils de Joseph et de toute la maison d’Israël — c’est-à-dire le résidu des tribus qui avaient été divisées en deux royaumes après la mort de Salomon — Ézéchiel devait dire aux fils d’Israël que lors de la rédemption, les royaumes seraient ré-unis pour ne plus jamais être à nouveau divisés. Il devait alors montrer ces deux bâtons au peuple et leur dire : ‘Ainsi dit le Seigneur Dieu, voici, je prendrai les enfants d’entre les nations où ils s’en sont allés, et je les rassemblerai de tout côté, et je les amènerai dans leur propre pays ; et Je ferais d’eux UNE seule nation dans le pays sur les montagnes d’Israël ; et un seul roi sera roi sur eux tous ; ils ne seront plus deux nations, et ne seront plus jamais divisés en deux royaumes. Et ils demeureront dans le pays que j’ai donné à Jacob mon serviteur, où ont demeuré leurs pères ; et ils y demeureront, eux et les enfants de leurs enfants pour toujours. Et les nations connaîtront que Je suis l’Éternel qui sanctifie Israël, quand mon sanctuaire sera au  milieu d’eux pour toujours’.

Est-ce que les Gentils qui ont embrassé la foi chrétienne peuvent croire qu’ils sont les Israélites dont parle le prophète ? Les nations ont-elles jamais été qualifiées de Juda et Éphraïm ? Ont-elles été divisées en deux royaumes ? Aucune raison ni aucun sens clair ne fonde la conviction que le pays dont parle le prophète serait spirituel ; ou qu’il signifie l’Église quand il assure que le peuple d’Israël rentrera dans sa propre terre, ce bienheureux pays qu’ils avaient possédé auparavant en Canaan et que le Seigneur avait donné à leurs ancêtres. Les montagnes où le peuple doit se rassembler sont-elles spirituelles ? La fiction n’a jamais été jusqu’à la métamorphose.

 

 

41             Chapitre 38

Les deux chapitres qui suivent contiennent une prédiction du jugement de Dieu qui doit tomber dans les derniers jours, une fois Israël restauré, sur un grand chef du nord-est avec son immense cortège de satellites et alliés, sur les montagnes de Terre Sainte.

Il est bon de commencer par éliminer des erreurs qui, pour beaucoup de lecteurs, ont trop longtemps recouvert la traduction du verset 2 au détriment du vrai sens. Heureusement, la version la plus ancienne, celle des Septante, donne le vrai sens, et les versions grecques de Theodotion et Symmachus ne l’abandonnent pas, mais le confirment. On ne peut pas nier, sur de bonnes bases, que la Septante, et ceux qui la suivent, donnent arconta RwV k.t.l. pour les deux mots hébreux correspondants. Je sais que le targum chaldéen de Jonathan et la version grecque du Juif Aquila le traduisent, comme la version autorisée du roi Jacques, par le « prince chef » — la Vulgate traduit « prince de la tête, ou : du chef » (comme le texte en marge de la version autorisée du roi Jacques) — la version syriaque traduit « gouverneur et chef » — la version arabe traduit « prince des princes », etc.

Mais aucune de ces versions ne fournit un sens tolérable ou même intelligible, sauf les deux derniers qui délaissent le texte. Il est vrai que le second mot hébreu, quand le contexte exige une dénomination commune, peut signifier « tête » ou « chef » ; mais c’est justement le sens qui, dans le cas présent, apporte la confusion. Il ne peut donc y avoir aucun doute qu’il faut le prendre comme un nom propre, et ici non pas un nom propre d’homme comme en Gen. 46:21 (si la traduction commune est à retenir), mais celui d’une race. Ceci fournit tout de suite un sens convenable, renforcé par le terme qui précède, aussi bien que par ceux qui suivent. Car, comme le mot qui précède signifie normalement le chef d’une tribu, ou un prince en général, le second mot hébreu correspond à un nom Gentil (Rosh) tout comme Meshec et Tubal. C’était en fait trois grandes tribus, que les anciens appelaient les Scythes ; la première d’entre elle dérivait apparemment son nom de la proximité en ce temps-là de la rivière Rha, ou Volga (bien que certains pensent à l’Araxes), ce qui a fourni le mot moderne « Russe », comme les autres mots sont reproduits dans Moscou ou Moscovie, et dans Tobolsk (*). Il n’y a bien sûr aucune difficulté à supposer des migrations vers le nord à partir des régions d’origine, en supposant qu’il ait pu s’agir des races du nord de l’Asie mineure aux jours d’Ézéchiel, et qui nous sont familiers sous les noms des Moschi, Tibareni, et peut-être d’autres tribus nommées par des auteurs grecs tardifs.

(*) Ceux qui voudraient approfondir les preuves peuvent voir l’Appendice à mon livre « Exposés sur la seconde venue et le royaume de notre Seigneur Jésus ». Ils y trouveront les extraits plus importants et la discussion intéressante de « Origines russes, tirées des manuscrits orientaux » de J. Von Hammer, (St Petersbourg, 1825) —  une œuvre que bien peu sont en mesure de consulter directement. L’auteur essaie de démontrer que le Tiras de Gen. 10:2 est un descendant de Ros, ou Ras de la Bible et du Koran, c’est-à-dire des russes. Meshec et Tubal se trouvent sans aucun doute dans le même verset. Des préfixes et des suffixes étaient souvent ajoutés, ce qui fait que le même nom apparaît sous plusieurs formes. Il était très commun à l’Est, et nous le trouvons aussi dans la Bible. Gomer paraît être le chef de la race Cimmerienne ou Celtique, et Togarma le chef de la race des Arméniens. Cush et Puth sont traduits par Éthiopie et Lybie. Il faut juste ajouter ici qu’une partie de Cush était établie sur l’Euphrate et une partie sur le Nil, ce qui fait qu’il est asiatique et africain. Comparer Ésaïe 18 pour Cush.

 

Les grandes questions : quoi, où, et quand, sont à considérer au moment de l’application de la vision, et non pas quand elle a été écrite. Ces questions se posent pour la place occupée par la vision dans les groupes de prophéties, pour son langage précis, pour le caractère du jugement prononcé : tout cela ne doit laisser aucun doute pour le croyant. L’application ne peut en être que dans les derniers jours quand la nation élue sera restaurée en paix dans son pays, et la vision parle d’un jugement sur leurs ennemis, aussi innombrables soient-ils : on n’a jamais vu rien de semblable ni d’approchant depuis qu’Ézéchiel a prononcé sa prophétie. Les efforts de Grotian pour la rattacher à Antiochus Épiphane sont, bien sûr, un échec misérable. Tout aussi peu convaincant est le très vague « idéal » de Fairbairn et de l’école allemande moderne. Les Futuristes ne valent pas mieux, qui confondent la bête et le faux prophète avec le grand chef des nations du nord-est et ses alliés du sud.

Considérons maintenant le début de cette prédiction remarquable. Qui peut nier que le développement rapide et immense de l’empire russe apporte un témoignage qui ne trompe pas sur le jugement à venir, déclaré si longtemps à l’avance ?

« Et la parole de l’Éternel vint à moi, disant : Fils d’homme, tourne ta face vers Gog, le pays de Magog, prince de Rosh, de Méshec et de Tubal, et prophétise contre lui, et dis : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’en veux à toi, Gog, prince de Rosh, de Méshec et de Tubal ! et je te ferai retourner, et je mettrai un anneau dans tes mâchoires, et je te ferai sortir, toi et toute ton armée, chevaux et cavaliers, tous parfaitement équipés, un grand rassemblement, avec le bouclier et l’écu, tous portant l’épée ; avec eux la Perse, Cush, et Puth, ayant tous des boucliers et des casques ; Gomer et toutes ses bandes ; la maison de Togarma, du fond du nord, et toutes ses bandes, — beaucoup de peuples avec toi. Prépare-toi, et tiens-toi prêt, toi et tout ton rassemblement qui est assemblé auprès de toi, et sois leur chef. Après beaucoup de jours tu seras visité : à la fin des années tu viendras dans le pays délivré de l’épée et rassemblé d’entre beaucoup de peuples, contre les montagnes d’Israël qui ont été une désolation perpétuelle, vers ceux qui sont sortis d’entre les peuples et qui habitent tous en sécurité. Et tu monteras, tu viendras comme une tempête, tu seras comme une nuée pour couvrir le pays, toi et toutes tes bandes, et beaucoup de peuples avec toi » (38:1-9).

La situation est définie clairement à tous égards, sauf les noms qui semblent être probablement symboliques. C’est le dernier ennemi d’Israël auquel nous sommes confrontés. Il habite le pays de Magog, ce fils de Japhet (Gen. 10:2) qui se répandit en son temps sur les vastes steppes de ce que les anciens appelaient la Scythie. Il est le chef unique (ou : autocrate) de toutes les Russies, prince de Rosh, Meshec et Tubal. Nous le voyons ici lui-même, son pays et son peuple. Mais le Seigneur l’Éternel est contre lui : au lieu de reconnaître le bien qui arrive au peuple si longtemps tourmenté, il voudrait bien s’agrandir lui-même, et se trouve ainsi en rangées non pas simplement contre l’Israël de Dieu, mais contre le Dieu d’Israël. « Maudit qui se confie en l’homme, et qui fait de la chair son bras » (Jér. 17:5) ; Gog en fournit la preuve. Car l’Éternel déclare qu’Il le fera retourner, lui mettra un anneau dans les mâchoires et le fera sortir lui et toute son armée.

Il sera démontré alors comme leçon finale, qu’aucun roi n’est sauvé par la multitude de son armée, que l’homme puissant n’est pas délivré par sa grande force, et que le cheval est une chose vaine pour sauver (Ps. 33:16-17). Israël finira par faire partie des pauvres en esprit (Matt. 5:3) ; l’Éternel dissipera le conseil des nations et mettra à néant les desseins des peuples (Ps. 33:10). C’est là qu’ils viennent parfaitement équipés, un grand rassemblement, avec le bouclier et l’écu, tous portant l’épée ; la Perse est là aussi, obligée de suivre le puissant chef du Nord, avec Cush et Puth, Gomer et toutes ses bandes, la maison de Togarma et toutes ses bandes : il y a vraiment beaucoup de peuples avec Gog ! (38:4-6). C’est avec une ironie grave qu’il lui est dit d’être prêt et de se préparer, lui et toute sa vaste confédération, et d’être leur garde (ou : leur chef) — s’il le pouvait ! (38:7)

L’avertissement prophétique aura été donné bien longtemps à l’avance. Aucune grande nation du monde d’autrefois n’a été si lente à se mettre à la tête des multitudes de l’est. Mais quel que soit le retard, l’époque est vue d’une manière vivante par le voyant du Kébar : «Après beaucoup de jours tu seras visité : à la fin des années tu viendras dans le pays » d’Israël, où le peuple habite alors en sécurité (38:8). Gog vient comme une tempête, comme une nuée pour couvrir le pays (38:9). Mais aucune arme préparée contre Israël ne peut prospérer : ainsi en est-il de leur héritage quand leur justice est de l’Éternel. Ils peuvent être encore en petit nombre, et leurs adversaires innombrables, mais qu’est-ce pour le Seigneur, sinon une occasion de se manifester Lui-même comme l’ennemi des ennemis de Son peuple ? Gog le découvre, comme nous le verrons, mais trop tard pour lui-même et trop tard pour son immense suite et pour ceux qu’il a laissés tranquilles dans son pays. C’est le jour de la juste rétribution et du gouvernement divin sur la terre, quand le meurtrier, si longtemps dans l’éloignement, retourne dans la terre de sa possession (Nomb. 35). Dieu ne vengerait-Il pas Ses élus, quand celui qui se confie dans multitudes sans nombre, jette son regard avide (38:12-13) sur le pays sur lequel les yeux de l’Éternel reposent continuellement ? (2 Chr. 7:16).

Cette prophétie suppose que le peuple est déjà rentré dans son pays, le peuple tout entier et non pas seulement un résidu comme après la captivité à Babylone. Mais il y a plus. Cette prophétie implique une condition de tranquillité insoupçonnée différente de toute autre période de l’histoire passée d’Israël. Gog voudra en tirer avantage, mais ce sera sa ruine. Il ne croit pas à l’amour de Dieu pour Son peuple, et ne pense pas un instant qu’Il puisse prendre place au milieu d’eux pour les défendre contre leurs ennemis.

« Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Il arrivera en ce jour-là, que des choses monteront dans ton cœur et que tu concevras une mauvaise pensée ; et tu diras : Je monterai dans un pays de villes ouvertes, je viendrai vers ceux qui sont tranquilles, qui habitent en sécurité, qui tous habitent là où il n’y a pas de murailles et chez qui il n’y a ni barres ni portes, pour emporter un butin et faire un pillage, pour tourner ta main sur des lieux désolés de nouveau habités, et sur un peuple rassemblé d’entre les nations, qui a acquis du bétail et des biens, et habite le centre du pays » (38:10-12).

Si le jour est venu pour Israël d’être béni par la grâce de Dieu, ce jour n’en est pas moins le jour du jugement des nations. Dans l’ordre, c’est le dernier que nous avons ici, et peut-être celui de portée la plus vaste, une leçon terriblement impressionnante pour cette dernière alliance de nations avant le règne de paix et de justice. Rien ne dépasse la puissance de la description qu’en fait le prophète. Gog comptait trouver une proie facile dans un peuple apparemment si exposé et si faible. Il ne songe pas un instant que, sur ces montagnes d’Israël, lui et son immense armée vont bientôt périr par la main de l’Éternel, ou l’un par l’autre. Ce n’est pas seulement que ceux qui combattent effectivement sont pris à leur propre piège, mais ceux qui assistent au combat devront apprendre que Celui dont le nom est l’Éternel, est le Très-Haut, Souverain sur toute la terre. « Sheba, et Dedan, et les marchands de Tarsis, et tous ses lionceaux, te diront : Est-ce pour emporter un butin que tu es venu ? Est-ce pour faire le pillage que tu as assemblé ton rassemblement de peuples, pour enlever de l’argent et de l’or, pour prendre le bétail et les biens, pour emporter un grand butin ? » (38:13). Ils peuvent être impatients de négocier avec le dévastateur, et profiter d’acheter le butin attendu, mais eux-aussi devront bientôt dire : « Certainement il y a un fruit pour le juste, certainement il y a un Dieu qui juge sur la terre » (Ps. 58:11).

« C’est pourquoi, fils d’homme, prophétise et dis à Gog : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : En ce jour-là, quand mon peuple Israël habitera en sécurité, ne le sauras-tu pas ? Et tu viendras de ton lieu, du fond du nord, toi et beaucoup de peuples avec toi, tous montés sur des chevaux, un grand rassemblement et une nombreuse armée ; et tu monteras contre mon peuple Israël comme une nuée, pour couvrir le pays. Ce sera à la fin des jours ; et je te ferai venir sur mon pays, afin que les nations me connaissent, quand je serai sanctifié en toi, ô Gog ! devant leurs yeux » (38:14-16). On remarque que la chute de Gog est annoncée expressément pour la «fin des jours» ainsi que pour « le jour où Israël habitera en sécurité ». Non seulement il n’y a rien eu de semblable aux jours de Zorobabel, comme Theodoret l’imagine, ni au temps où Antiochus persécutait le résidu rentré au pays, mais l’envergure même de la destruction interdit de pareilles applications. Jamais, depuis l’époque d’Ézéchiel, il n’y a eu le moindre point concordant avec ce qui est décrit. C’est pourquoi il n’y a pas le moindre doute que l’accomplissement de cette prédiction est encore à venir.

« Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : N’es-tu pas celui dont j’ai parlé dans les jours d’autrefois, par mes serviteurs les prophètes d’Israël, qui, en ces jours-là, pendant des années, ont prophétisé que je te ferais venir contre eux ? Et il arrivera en ce jour-là, au jour où Gog viendra contre la terre d’Israël, dit le Seigneur, l’Éternel, que ma fureur me montera au visage ; — et je parle dans ma jalousie, dans le feu de mon courroux : Oui, en ce jour-là, il y aura une grande commotion sur la terre d’Israël ; et les poissons de la mer, et les oiseaux des cieux, et les bêtes des champs, trembleront devant moi, et tout ce qui rampe sur la terre, et tout homme qui est sur la face de la terre ; et les montagnes seront renversées, et les hauts rochers s’écrouleront, et toutes les murailles tomberont par terre. Et j’appellerai contre lui l’épée sur toutes mes montagnes, dit le Seigneur, l’Éternel ; l’épée de chacun sera contre son frère. Et j’entrerai en jugement avec lui par la peste et par le sang ; et je ferai pleuvoir une pluie torrentielle, et des pierres de grêle, du feu et du soufre, sur lui et sur ses bandes, et sur les peuples nombreux qui seront avec lui. Et je me glorifierai et je me sanctifierai, et je serai connu aux yeux de beaucoup de nations ; et elles sauront que je suis l’Éternel » (38:17-23).

Plusieurs auteurs prétendent que Gog serait le grand opposant occidental des Juifs, comme dans Daniel et autres. C’est méconnaître notre prophète qui n’entre jamais dans le système des quatre puissances impériales devant fouler Jérusalem aux pieds jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis. Nébucadnetsar lui-même est considéré comme un serviteur de l’Éternel (29:17-21 ; Jér. 43:10) pour accomplir Son œuvre, et n’apparaît jamais comme tête de la statue. Gog appartient à une catégorie d’ennemis ayant un autre caractère ; il périt plus tard, quand aveuglé par sa convoitise d’agrandissement territorial, il ne voit pas qu’en cherchant à piller et à détruire Israël, il s’attaque à l’Éternel. Ésaïe parle de lui au chapitre 33, et ailleurs en termes plus généraux. L’attention est attirée ici sur l’ancienneté et la durée des prédictions relatives à cet effort final (38:17). Mais après tout, Dieu seul gouverne, quels que soient l’orgueil, l’avidité ou la volonté de Gog : l’Éternel l’amène contre Israël pour sa propre destruction. Et quand il arrive, « Ma fureur, dit le Seigneur, l’Éternel, me montera au visage » (littéralement « au nez »). Plus de craintes pour le pays d’Israël, plus besoin de nouveaux coups portés aux Gentils, du moins jusqu’au rassemblement de nations qui aura lieu mille ans après, auquel l’invasion de ce ch. 38 prête son nom : l’une est au commencement du règne du Messie, l’autre à la fin.

Ceci n’est pas autre chose que la dernière destruction d’ennemis d’Israël avant le millénium : cela doit ressortir clairement des paroles qui suivent, sans parler du chapitre 39, et de tout le reste de la prophétie. Prendre ces paroles pour de simples symboles de révolution politique, ne repose sur aucun fondement, et est même contraire au contexte. Il n’est pas question d’un quelconque changement de gouvernement en Israël, et le peuple n’est pas soumis à de nouvelles souffrances ; ses ennemis lointains rassemblés sur leurs collines vont périr pour toujours. Le formidable ébranlement en Canaan ajoute à la solennité de la scène ; tout est atteint, le pays et la mer, le ciel et la terre ; c’est une reconnaissance que Celui qui a tout créé épouse la cause d’Israël ; non seulement les ennemis se massacrent mutuellement, mais la peste et le sang, les pluies torrentielles, les grands grêlons, le feu et le soufre entrent en action. Il n’est pas étonnant que même le rationaliste Rosenmüller est forcé de reconnaître qu’il est impossible qu’il puisse s’agir ici d’Antiochus Épiphane. Cette prophétie ne constitue pas une difficulté pour le croyant qui s’attend à ce que Dieu agisse dans le futur en faveur d’Israël. Les efforts pour l’appliquer à l’Église sont ridicules, voire un péché flagrant d’incrédulité, car ils faussent toute pensée correcte relative à la position du chrétien et au fait qu’il est appelé à souffrir sur la terre et à régner en résurrection et en gloire avec Christ à Sa venue.

La pensée qu’il s’agirait ici des Turcs est évidemment sans fondement ; Dieu leur a permis au contraire de posséder le pays pendant des siècles, comme un défi insultant à l’égard de la chrétienté aussi coupable et idolâtre que les Juifs l’étaient avant la déportation à Babylone. Mais ici c’est au contraire le puissant chef du nord dans les derniers jours, suivi par les myriades de l’orient jusqu’au sud de l’Asie, et il périt avec toute son armée sous le jugement de Dieu le plus éclatant, au moment où il essayait de s’emparer du pays d’Israël après le retour du peuple de sa longue dispersion.

 

42             Chapitre 39

Ce chapitre reprend l’accusation publique que Dieu fait contre le grand ennemi du Nord. Sa multitude et ses ressources formidables sont exposées, mais leur immensité avec la destruction complète à laquelle elles aboutissent, ne feront que rehausser la victoire de l’Éternel en faveur de Son peuple.

« Et toi, fils d’homme, prophétise contre Gog, et dis : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’en veux à toi, Gog, prince de Rosh, de Méshec et de Tubal ; et je te ferai retourner, et je te mènerai (*), et je te ferai monter du fond du nord, et je te ferai venir sur les montagnes d’Israël. Et j’abattrai ton arc de ta main gauche, et je ferai tomber tes flèches de ta main droite ; tu tomberas sur les montagnes d’Israël, toi et toutes tes bandes, et les peuples qui seront avec toi ; je te donnerai en pâture aux oiseaux de proie de toute aile, et aux bêtes des champs ; tu tomberas sur la face des champs ; car moi, j’ai parlé, dit le Seigneur, l’Éternel » (39:1-5).

 

(*) La version autorisée du roi Jacques a traduit ici le mot hébreu par « Je laisserai la sixième partie de toi ». Certes la liaison de ce mot hébreu rare avec le mot hébreu signifiant « six » est tentante. Mais les Septante donnent kaqodhghsw se (ou kataxw se selon les éditeurs de la Bible polyglotte Complutum). Le Targum donne le sens de « Je te conduirai à l’écart ». Les versions anciennes n’expriment en général guère plus que l’Éternel conduisant Gog.

Les jugements de Dieu sont comme d’habitude en rapport avec le péché du peuple tombé sous Son déplaisir. Le sort de la bête et du faux-prophète est ainsi effrayant au-delà de toute expression, quand ils sont jetés dans l’étang de feu sans autre forme de procès. Il semble qu’il doive en être de même de la petite corne de Daniel 8 (ou roi du nord de Daniel 11). Ils se sont mêlés de ce que Dieu avait contre Son peuple, au mépris teinté d’apostasie à l’égard de Sa vérité, la pervertissant à des fins destructrices. Gog est jugé comme un agresseur plus vulgaire, animé du désir avide d’acquérir de nouveaux territoires en ne s’appuyant que la force brutale. Mais il a à faire face à une puissance plus grande que la sienne, qui l’abat ignominieusement et sans pardon.

Mais ce n’est pas tout. Dieu agira contre le pays d’où Gog est venu, aussi bien que contre les îles qui ont fournit des contingents à son armée. « Et j’enverrai un feu en Magog, et parmi ceux qui habitent les îles en sécurité ; et ils sauront que je suis l’Éternel. Et je ferai connaître mon saint nom au milieu de mon peuple Israël, et je ne profanerai plus mon saint nom ; et les nations sauront que je suis l’Éternel, le Saint en Israël » (39:6-7). Ni la distance, ni l’isolement ne mettront à l’abri du jugement consumant en ce jour-là, car le Seigneur se réveille pour appeler les vivante à rendre compte, comme quelqu’un qui sort de son sommeil, comme un homme puissant qui crie, poussé par le vin (Ps. 78:65). Les habitants du monde apprendront enfin la justice (És. 26:9). Le croyant manquerait-il de raisons pour prouver que ces jugements à la fois si solennels et si bénis dans leurs résultats n’ont encore jamais été accomplis ? Magog n’est pas Rome, ni un Édom spirituel, mais la Scythie des anciens.

« Voici, cela vient et s’accomplit, dit le Seigneur, l’Éternel : C’est ici le jour dont j’ai parlé. Et les habitants des villes d’Israël sortiront et allumeront du feu, et brûleront les armes, et les écus, et les boucliers avec les arcs, et les flèches, et les épieux, et les piques ; et ils en feront du feu pendant sept ans. Et ils n’apporteront point de bois des champs et ils n’en couperont point des forêts, car ils feront du feu avec des armes ; et ils butineront ceux qui les ont butinés, et ils pilleront ceux qui les ont pillés, dit le Seigneur, l’Éternel » (39:8-10). Ce n’est pas là un avertissement vague adressé à l’ennemi pour un temps et un lieu indéterminés ; ce n’est pas davantage un principe général de providence divine susceptible de se répéter souvent. Le Saint-Esprit prend ici la peine de montrer un jugement précis et spécifique d’un ennemi bien déterminé, — jugement longtemps suspendu et tombant comme le dernier coup de l’Éternel sur la puissance la plus écrasante qui se soit jamais concentrée contre Israël ; cela aura lieu immédiatement avant que Sa gloire revienne dans toute sa splendeur primitive et dans la paix pour habiter au milieu de Son peuple dans leur pays. D’où la description minutieuse et vivante de ceux qui sortent des villes de Palestine pour brûler les armes défensives et offensives de leur ennemi ; ce ne sera pas seulement un témoignage à leur destruction totale, mais ce sera une provision de bois pour le feu au point de leur éviter de faire des réserves pendant sept ans.

Il y a encore un autre résultat plus durable comme trophée de cette grande victoire. « Et il arrivera, en ce jour-là, que je donnerai là à Gog un lieu pour sépulcre en Israël, la vallée des passants, à l’orient de la mer ; et le chemin sera ainsi fermé aux passants, et on enterrera là Gog et toute la multitude ; et on l’appellera la vallée de la multitude de Gog. Et la maison d’Israël les enterrera pendant sept mois, pour purifier le pays ; et tout le peuple du pays les enterrera ; et ce sera un renom pour eux, le jour où je me glorifierai, dit le Seigneur, l’Éternel. Et ils mettront à part, pour un service continuel, des hommes qui parcourront le pays et qui, avec les passants, enterreront ceux qui seront demeurés sur la face du pays, pour le purifier : au bout de sept mois ils en chercheront. Et les passants passeront par le pays, et s’ils voient un ossement d’homme, ils élèveront à côté de lui un signal, jusqu’à ce que les enterreurs l’aient enterré dans la vallée de Hamon-Gog ; et le nom de la ville aussi sera Hamona. Ainsi on purifiera le pays » (39:11-16).

Si Gog avait pensé prendre possession du pays, l’Éternel va le lui donner pour tombeau, à la vue de tous, non pas dans un coin obscur, mais directement sur le chemin de nombreux passants. L’idée que présente ce texte n’est pas celle des traducteurs de la version autorisée du roi Jacques selon laquelle les gens se boucheraient le nez à cause de la mauvaise odeur, mais que les brouettes de tant de corps enterrés feraient s’arrêter tous ceux qui passeraient par le chemin, et les amèneraient à penser à la vengeance qui a été déversée sur eux. Les Septante semblent confus ici (« le lieu d’enterrement de tous ceux qui approchent la mer »). Il n’y pas d’appui à ces notions. Les chrétiens n’ont pas à se trouver embarrassés par les calculs de croyants incrédules qui voudraient faire disparaître la prédiction. L’Éternel parlerait-il sans accomplir ce qu’Il a dit ?

Ce souci de purifier le pays de la vue même d’un ossement d’homme est remarquable, mais bien naturel quand on pense que la gloire doit y demeurer. Les gens qui passeront par là devront aider ceux auxquels incombera formellement, comme service continuel, ce travail d’enterrer tous les restes de ce massacre prodigieux d’ennemis ; tous les habitants du pays y prendront part. Cette multitude de tués donnera son nom à une ville (*) du pays (39:15). Il y aura enfin un jour où toute impureté aura disparu du pays que l’Éternel reconnaît comme le Sien, et où Il sera effectivement glorifié, en ce lieu et en ce jour. Peut-il y avoir aucun doute légitime quant à l’époque où ces conditions se rencontreront ? Il est clair qu’il s’agit du jugement de Dieu sur le dernier chef de toutes les Russies en Terre Sainte, après qu’Israël aura été ramené des pays de sa dispersion. Si l’on est trop préoccupé de notre position comme chrétien, cela nous empêche de voir, ici comme ailleurs, non seulement la fidélité et la miséricorde de Dieu envers Israël, mais aussi la bénédiction particulière à l’Église. Pour les apprécier toutes les deux, il faut bien les distinguer, et voir le rapport de chacune d’elles avec Christ. Une interprétation mystique ne donne la place qui lui revient ni à l’une ni à l’autre, et enveloppe tout dans du brouillard.

 

(*) note Bibliquest : au v. 11 et v. 15, JND et la version autorisée du roi Jacques traduisent « Hamon-Gog », alors que WK traduit « la multitude de Gog » au v. 11.

Le message suivant a une force remarquable ; il est transmis par le prophète aux oiseaux et aux bêtes des champs. C’est pour eux un temps de fête et de sacrifice à manger — un temps sans pareil ni avant ni après. D’immenses armées ont été décimées, et ce qui en restait a été dispersé ou pris, quand il n’a pas pu fuir. Le monde a-t-il jamais vu un pareil massacre ? Il est sûrement futur.

« Et toi, fils d’homme, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Dis aux oiseaux de toute aile, et à toutes les bêtes des champs : Assemblez-vous et venez, réunissez-vous de toutes parts vers mon sacrifice que je sacrifie pour vous, un grand sacrifice sur les montagnes d’Israël, et mangez de la chair et buvez du sang. Vous mangerez la chair des forts, et vous boirez le sang des princes de la terre, — des béliers, des agneaux, des boucs, des bœufs, tous, bêtes grasses de Basan. Vous mangerez de la graisse à satiété, et vous boirez du sang à en être enivrés, du sacrifice que j’ai sacrifié pour vous. Et à ma table vous serez rassasiés de chevaux et d’attelages, d’hommes forts et de toute sorte d’hommes de guerre, dit le Seigneur, l’Éternel » (39:17-20).

Si l’Éternel invite à un grand sacrifice les bêtes de proie, n’exécutera-t-Il pas sa parole ? Nous trouvons un appel semblable en Apocalypse 19:17-18, mais adressé seulement à tous les oiseaux qui volent par le milieu du ciel. Cela a lieu en vue du carnage qui doit frapper les armées d’occident à la fin de notre ère. Je suppose que les oiseaux sont les seuls à être nommés (Apoc. 19:17), car c’est en rapport avec le jugement de ceux qui ont apostasié par rapport au témoignage céleste du christianisme. Ici cela va plus loin, car les jugements de Dieu tombent sur les hordes innombrables de l’orient, qui ont non seulement méprisé l’évangile, mais ont cherché à s’emparer du pays quand Son peuple terrestre y était établi en paix. Quelle erreur patente que de nier ces jugements des vivants avant le règne du Seigneur ici-bas comme le vrai Salomon ! De toute évidence selon la parole de Dieu, l’évangile ne supprime pas toute règle, toute autorité et toute puissance, mais Christ le fera quand Il viendra en gloire. Toutes choses ont été mises sous ses pieds pendant qu’il siège sur le trône de Dieu, mais le processus par lequel tous Ses ennemis seront mis sous ses pieds n’a pas encore commencé. Christ s’occupe d’une autre tâche maintenant. Il fait sortir les co-héritiers qui doivent être glorifiés, ressuscités ou transmués à Sa venue, et qui régneront alors avec Lui dans Son royaume. Le fait de positivement s’assujettir tous et tout n’est pas l’œuvre de la grâce céleste, mais de la puissance manifestée sur la terre, non pas toujours en destruction bien sûr, quoique le royaume commence et se termine par des destructions à grande échelle, comme nous le voyons ici et en Apocalypse 20:8, 9.

Nous trouvons ensuite l’effet moral du jugement exécuté sur Gog et ses armées : « Et je mettrai ma gloire parmi les nations ; et toutes les nations verront mon jugement, que j’aurai exécuté, et ma main, que j’aurai mise sur eux. Et la maison d’Israël saura que je suis l’Éternel, leur Dieu, dès ce jour-là et dans la suite. Et les nations sauront que la maison d’Israël est allée en captivité à cause de son iniquité, parce qu’ils ont été infidèles envers moi, et que je leur avais caché ma face, et que je les avais livrés en la main de leurs ennemis, et ils sont tous tombés par l’épée. Je leur ai fait selon leur impureté et selon leurs transgressions, et je leur ai caché ma face » (39:21-24). L’évangile, s’il est cru, place les âmes en association avec Christ pour le ciel. La vue des jugements servira au Seigneur à enseigner aux nations la justice sur la terre. Israël lui aussi, a besoin de l’apprendre, et ils apprendront que Celui qui agit ainsi est l’Éternel leur Dieu, « dès ce jour-là et dans la suite ». Il sera clair et incontestable en ce jour-là qu’Israël n’est pas allé pour rien en captivité, mais à cause de son iniquité, et que c’est la seule cause pour laquelle l’Éternel leur a retiré Sa faveur et les a livrés à l’épée de leurs ennemis. C’est Sa rétribution qui explique leur histoire passée avec toutes ses afflictions.

Israël a la perspective d’un brillant avenir : je ne parle pas de l’évangile ni de l’Église, où il n’y a ni Juif ni Grec, mais du royaume sur la terre, lorsqu’Israël sera restauré dans leur pays, et occupera la première place parmi les nations en faveur, en paix et en justice, la puissance et la gloire de l’Éternel étant manifestées pour eux. « C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Maintenant je rétablirai les captifs de Jacob et j’aurai compassion de toute la maison d’Israël, et je serai jaloux de mon saint nom, et ils porteront en eux leur confusion, et toutes leurs infidélités par lesquelles ils ont été infidèles envers moi, alors qu’ils habiteront en sécurité dans leur terre et qu’il n’y aura personne qui les effraye, quand je les aurai ramenés d’entre les peuples et que je les aurai rassemblés des pays de leurs ennemis, et que je serai sanctifié en eux aux yeux de beaucoup de nations. Et ils sauront que je suis l’Éternel, leur Dieu, parce que je les ai emmenés captifs parmi les nations, et que je les aurai rassemblés dans leur terre, et que je n’en aurai laissé là aucun de reste. Et je ne leur cacherai plus ma face, parce que j’aurai répandu mon Esprit sur la maison d’Israël, dit le Seigneur, l’Éternel (39:25-29).

Une remarque pratique de grande importance pour nos âmes : Si l’on croit le Nouveau Testament, Dieu ne cache jamais Sa face au chrétien ; la raison en est que, le croyant possédant la vie éternelle en Christ, il est maintenant introduit dans la pleine efficacité de Son sacrifice, et il possède le Saint-Esprit habitant en lui comme un témoin permanent. Nous anticipons donc ce qui sera vrai bientôt d’Israël, et nous ne nous trouvons pas sur le terrain de mise à l’épreuve comme Israël autrefois. Or l’incrédulité traditionnelle de la chrétienté voile pour les âmes la vraie grâce de Dieu dans laquelle nous sommes ; cela est vrai pour les protestants comme pour les catholiques, ces derniers ajoutant encore l’erreur de s’approprier comme église, et avant le temps, la place d’honneur et de repos terrestres réservée à Israël sous le Messie. Ce n’est qu’alors que la montagne de la maison de l’Éternel sera établie sur le sommet des montagnes, exaltée au-dessus des collines, et que toutes les nations y afflueront (És. 2:2). Il est vrai que l’ignorance de certains protestants est telle qu’ils suivent les catholiques dans cette erreur, quoiqu’en général, ils en fassent une espérance pour le millénium, plutôt qu’une prétention actuelle. Mais de toute manière, l’effet de cette erreur est de dégrader l’Église du ciel vers la terre, et en rapport avec Israël, soit de nier leurs espérances, soit de rendre incohérents ceux qu’on reconnaît tenir ces espérances.

Ajoutons que, si l’Esprit doit être répandu sur Israël quand l’ère nouvelle commencera, ce ne sera pas alors un baptême des saints en un seul corps. Par un seul Esprit, nous avons tous été baptisés en un seul corps, Juifs ou Gentils, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés pour l’unité d’un seul Esprit (1 Cor. 12:13). Colossiens 3 établit que Christ est tout en tous ; en Éphésiens 2 le mur mitoyen de clôture a été détruit, afin qu’il créât les deux en Lui-même pour être un seul homme nouveau. Mais au millénium il n’en sera pas ainsi ici-bas ; au contraire, les saints Juifs seront dans une position de meilleure proximité et plus honorée que les Gentils sur la terre. C’est un état de choses qui fait contraste avec l’état actuel de l’assemblée où la croix a mis fin à ces distinctions pour le ciel.

 

43             Chapitre 40

43.1  Interprétation des prophéties des ch. 40 à 48: littérales et futures

Les derniers chapitres du livre nous présentent une vision des plus remarquables, dans laquelle le prophète communique la promesse et l’assurance de la restauration d’Israël et de leur pays, et même plus qu’une restauration, une gloire de couronnement. C’est là la signification toute simple de cette vision, quoiqu’il y ait des détails profonds, et maintes difficultés comme cela est normal dans ce genre de descriptions. Mais il y a à peine plus d’obscurité en Ézéchiel 40 à 48 qu’en Exode 25 à 40. La difficulté provient du détail des circonstances sortant de nos habitudes ordinaires, ou même de notre étude. Il n’y a pas de difficulté réelle quant à la portée générale, sauf pour ceux qui se trompent dans l’application qu’ils font de la vision. Bien sûr, ce n’est pas une prophétie accomplie, mais cela n’est pas la vraie source de difficulté pour nous, comme on le verra du parallèle auquel j’ai fait référence : Les détails du temple futur dans le pays ne sont pas plus difficiles à comprendre que ceux du tabernacle d’autrefois dans le désert.

On sait que certains considèrent que la vision s’applique à l’Église d’aujourd’hui. Ceux-là devraient trouver les figures et symboles faciles à expliquer, car de tels auteurs prétendent en général que nous ne pouvons avoir une compréhension exacte d’une prophétie tant qu’elle n’est pas accomplie. Or l’Église existe depuis plus de 1800 ans, ce qui devrait suffire à fournir d’abondants matériaux pour soutenir leurs démonstrations. Or ce sont justement ceux qui trouvent des difficultés insurmontables à interpréter la prophétie. Ce n’est pas étonnant, puisque leur pensée tout entière est erronée. Jérôme et Grégoire n’en tirent qu’une adaptation ingénieuse. Ils ne font pas un réel exposé, car leurs remarques sont même incapables de les satisfaire eux-mêmes. Un de leurs commentateurs des plus érudits, et qui partage leur opinion, s’exprime ainsi sur une portion de leurs écrits, — nous pouvons l’appliquer à l’ensemble : « personne ne peut expliquer comment on doit la comprendre, et personne n’oserait même s’y aventurer ». Pourtant, cet homme, Cornelius à Lapide, ne doit pas être méprisé, mais plutôt admiré pour la confession honnête de leur échec et du sien. Tous les interprètes qui recherchent des allégories sont évidemment sur une fausse piste. Il serait étrange qu’une vision symbolique de la chrétienté laissât de côté le jour des expiations, la fête des semaines et l’action du souverain sacrificateur dans la présence de Dieu — autrement dit les types des aspects majeurs du christianisme.

Beaucoup d’autres théologiens ont fait de grands efforts, sans plus de succès, pour appliquer la vision aux Juifs revenus de la captivité de Babylone. Or, ce qui s’est alors passé est infiniment en dessous de ce que promet la prophétie d’Ézéchiel.

Les applications faites par ces deux genres d’écoles ne peuvent aboutir qu’à rabaisser le caractère de la Parole divine (*). Parlons clairement : il y a plus de contrastes que d’analogies entre les promesses brillante d’Ézéchiel et les toute petites installations payées sous Zorobabel selon ce qu’Esdras et Néhémie relatent. Non seulement ces deux genres d’interprétation ne réussissent pas à concorder avec la prophétie, mais elles déprécient l’Écriture. Car si les prophètes deviennent hyperboliques et qu’on ne peut plus s’y fier, que reste-t-il des évangiles et des épîtres, comme de la loi et des psaumes ? La tendance de ces deux écoles est bien de saper l’inspiration, réellement même si c’est involontaire.

 

(*) Écoutez les paroles d’un de ceux qui ne paraissent pas être toujours des ennemis : « Tout l’accomplissement est du passé, et il ne faut s’attendre à rien de plus pour le futur. Les Juifs sont retournés dans leur pays et ont reconstruit le temple. Si la restauration s’est opérée d’une manière différente de ce que le prophète a prédit [car Dieu ne se trouve nulle part dans leurs pensées], — si les circonstances de cette restauration n’ont été qu’un faible contre-type de ce que le prophète imaginait, — si la réalité n’a été qu’un accomplissement chétif de la prophétie, les événements montrent l’imperfection des figures d’Ézéchiel » (Davidson, Introduction à l’Ancien Testament, III, 156). Cela montre plutôt, doit-on dire, la folie de ce genre d’interprétation. Le Dr Davidson est-il prophète pour affirmer que la prophétie ne sera pas accomplie dans le futur ? Qu’il prenne garde au caractère et au jugement qui attend les faux prophètes. On ne se moque pas de Dieu, bien que ce soit le temps de la grâce et de la patience de Dieu avec l’homme sur la terre.

 

Quant aux tentatives modernes de sauver les apparences en rapport avec l’application au retour de la captivité de Babylone, qui pourrait penser qu’elles aient réussies ? Le Dr Henderson (p. 187) s’exprime ainsi : « Ézéchiel a fait une représentation idéale de l’état Juif sur le point d’être restauré après la captivité ». Mais, demanderons-nous, cet idéal a-t-il été réalisé ? N’y avait-il pas une immense différence par rapport à l’état des Juifs en Palestine après leur retour ? Le temple bâti après la captivité correspondait-il au bâtiment si soigneusement mesuré en Ézéchiel ? Avaient-ils des prêtres, un prince, des fêtes et des sacrifices sans souverain sacrificateur (particularité si remarquable dans cette prophétie) selon ce que décrit Ézéchiel ? La gloire est-elle revenue dans le pays des Juifs ? Les douze tribus ont-elles pris leur place dans le pays selon ce qui est si soigneusement décrit par le prophète, et selon les dispositions spéciales prévues pour les sacrificateurs, les lévites et le prince ? Des eaux permettant des guérisons ont-elles coulé du temple vers la mer Morte en ce temps-là, dans quel que sens qu’on le prenne ? Les sacrificateurs et les lévites cessèrent-ils d’habiter dans toute la Palestine, pour ne demeurer qu’autour du sanctuaire, aux endroits attribués à chacun d’eux ? Nous savons bien qu’aucune de ces choses ne s’est réalisé après la captivité.

Sans doute, le prophète avait en vue la restauration du temple matériel alors en ruine, ainsi que celle du culte, tout autant que de la nation entière dans les privilèges les plus riches d’un gouvernement théocratique, non pas seulement spirituel. Il n’est pas non plus douteux qu’une juste et vraie interprétation supprime tout besoin de confondre le chrétien et l’Église avec les espérances d’Israël ; mais l’explication la moins satisfaisante de toutes est celle qui rapporte cette prophétie d’Ézéchiel aux cinq siècles précédant la naissance de Christ, en niant son accomplissement littéral et futur pour Israël dans leur pays. Il n’y a pas de base pour soutenir qu’un seul détail de ces visions se soit réalisé en aucun point parmi les captifs de retour dans l’histoire passée. Moins de 50000 hommes, femmes et enfants revinrent de Babylone, seulement un petit résidu de résidu, et nullement douze tribus prenant la portion de pays qui leur était échue, comme le prophète le voit, sept au Nord, cinq au Sud, dépassant les anciennes frontières de la Palestine, avec Jérusalem entre elles.

En tout cas, il n’y a jamais rien eu ayant la moindre ressemblance avec la sainte offrande élevée, pas plus qu’à la division du pays en bandes de terre d’est en ouest, selon ce qui est prédit ici. Il est ridicule de prétendre qu’il n’existe pas d’objection valable contre cette interprétation : en effet, sur bien des points, la ville, le temple, les services, etc. ne s’accordent pas avec la prophétie. Ceux qui retournèrent de Babylone revinrent en fait à l’ordre existant avant la captivité, et ne réalisèrent en aucune manière la condition particulière prédite par Ézéchiel. Aucun d’entre eux ne paraît avoir correspondu au prince, et le souverain sacrificateur restait comme auparavant un personnage important ; le pays ne fut pas réparti par le sort au résidu, encore moins à tout Israël, et les étrangers n’y trouvèrent pas plus leur héritage que dans le temps d’autrefois. La Pentecôte restait comme jadis l’une des trois grandes fêtes des Juifs, tandis qu’on ne la retrouve pas dans la prophétie. Ces différences sont parmi les plus nettes. Au moins pour les croyants, elles sont la preuve que la dernière vision n’a pas été du tout accomplie dans l’histoire des Juifs ; dire qu’elle ne le sera jamais, c’est s’avouer incrédule, en tout cas quant à la prophétie.

Il est bien vrai que la vision ne doit pas être vue comme une description des souvenirs du temple de Salomon — travail bien inutile pour ceux qui possédaient les livres des Rois et des Chroniques. C’est une révélation divine de la nouvelle condition d’Israël restauré, à la fin et pour toujours. Le temple est un temple matériel ; l’ordre des fêtes, des sacrifices, des rites, de la sacrificature est littéral, et sous certains aspects importants il n’y a rien eu de pareil auparavant ; il en va de même pour l’ordonnancement général de la nouvelle capitale et de la nation, le tout étant couronné par la gloire de l’Éternel, dans des circonstances entièrement nouvelles : cette gloire daigne revenir habiter leur pays. Il n’est pas cohérent d’interpréter littéralement le temple et les ordonnances et de voir des figures dans les eaux apportant la fertilité et la beauté à la Mer Morte et au désert stérile. Pourquoi ceci ne serait qu’un symbole et non pas une réalité ? Il ny a guère de réponse, sinon que certains hommes comme Secker et Boothroyd et d’autres, prétendent qu’il en est ainsi. Mais n’en disons pas plus pour le moment, nous aurons largement l’occasion d’y revenir quand nous en viendrons aux détails des chapitres.

Il nous faut cependant insister sur un point : il n’est pas légitime de séparer de manière tranchée ces chapitres de ceux que nous avons déjà vus. La dernière série (ch. 40 à 48) est la suite glorieuse, convenable et parfaitement compréhensible des prophéties précédentes : cela est si vrai que la série précédente (ch. 33 à 39) en est la préparation, car elle annonce le jugement et l’heureux retour de la nation élue, aux derniers jours, bien au-delà de ce qui était proche. Le chapitre 33 établit le nouveau terrain de la conduite individuelle devant Dieu ; les chefs sont jugés au ch. 34, et Édom au ch. 35 ; ensuite le ch. 36 prédit la restauration d’Israël dans son propre pays, avec un cœur nouveau et un esprit nouveau — l’Esprit même de Dieu en eux. Nous avons vu, sous forme de parabole, la vision du ch. 37 où les ossements desséchés reçoivent soudain vie et force, et il est dit expressément qu’ils représentent non pas les chrétiens ou les hommes en général, mais la maison d’Israël sous la figure de la résurrection, ramenée à la vie et placée par l’Éternel dans son propre pays ; elle y est alors unie — Éphraïm et Juda — comme elle ne l’a jamais été depuis les jours de Jéroboam, sous un seul chef, un seul roi, dans leur pays, sur les montagnes d’Israël. Nous avons eu devant nous la dernière et formidable attaque qui sera faite contre Israël en train de s’établir en paix en Canaan, quand le grand chef du nord-est, avec les multitudes de ceux qui le suivront, sera exterminé par l’intervention divine (ch. 38 et 39). Ce ne sont pas des allégories, et ceux-ci l’apprendront à leurs dépens. Israël et les Gentils épargnés le sauront, car l’Éternel sera ainsi glorifié par Son peuple sur la terre. La dernière vision (ch. 40-48) vient alors bien à sa place ; il y est établi avec précision la constitution religieuse et civile d’Israël ; la Shekinah reprend sa place au milieu du peuple, — le sceau de la gloire qui ne sera plus jamais brisé, — jusqu’à ce que ce qui n’est que moyens intermédiaires s’efface devant la bénédiction complète et éternelle, et que le jugement ne trouve plus de mal à juger.

Il n’est pas douteux que, dans ces chapitres, la plupart des chrétiens achoppent sur cet obstacle de la prédiction toute simple de sacrifices, de fêtes et autres ordonnances de la loi lévitique. Ils pensent qu’il faut les expliquer (en réalité les éliminer) de manière à ôter tout désaccord avec l’épître aux Hébreux. Mais cette idée suppose qu’il ne peut pas y avoir de changement de dispensation et que, parce que nous sommes chrétiens, ceux que vise la prophétie doivent se trouver dans la même relation que nous. Or ceci est entièrement faux, car l’épître aux Hébreux s’adresse aux croyants depuis la rédemption, Christ étant dans les lieux célestes jusqu’à Son retour en gloire. La prophétie d’Ézéchiel, au contraire, s’occupe du peuple terrestre et suppose la gloire de l’Éternel demeurant à nouveau dans le pays de Canaan. En vérité, un état de choses où Israël est béni en tant que tel, et les Gentils ne le sont que par le moyen des Juifs et de manière subordonnée à eux, est totalement distinct du christianisme ; pourtant c’est bien ce que cette prophétie d’Ézéchiel et presque tous les autres supposent et annoncent bien nettement ; dans le christianisme au contraire, il n’y a ni Juifs ni Gentils, mais tous sont uns dans le Christ Jésus. C’est pourquoi le terrain et la position sont tout différents de ce qu’on voit dans l’épître aux Hébreux.

Ézéchiel annonce clairement des sacrificateurs terrestres distincts du peuple, en position spéciale vis-à-vis du prince, un sanctuaire matériel avec des sacrifices et des offrandes concrets ; tout cela est évidemment entièrement étranger au christianisme. C’est aussi incompatible avec la doctrine de l’épître aux Hébreux pour ceux qui sont « participants à l’appel céleste » (Héb. 3:1) ; mais ne seraient-ils pas à leur place pour ceux qui ont un appel terrestre, quand l’Éternel choisit de nouveau Jérusalem et que la gloire habite le pays ? Personne n’a prouvé le contraire, et rares sont ceux qui ont essayé ; pourtant c’est là la vraie question. Nous reconnaissons pleinement que les sacrifices sont incompatibles avec la foi chrétienne en la seule offrande qui nous a rendus parfaits à perpétuité (Héb. 10:14). Un temple sur la terre ne s’accorde pas en pratique avec le vrai tabernacle que le Seigneur a dressé et non pas l’homme (Héb. 8:2), et où nous sommes invités à entrer hardiment jusqu’au lieu très saint, le voile étant maintenant déchiré (Héb. 10:19-22). D’ailleurs l’affirmation d’une sacrificature terrestre pour les chrétiens est en principe, sinon en fait, la négation de la proximité de Dieu par le sang de Christ, et de l’évangile lui-même tel que nous le connaissons.

La venue du Seigneur pour régner sur la terre apportera forcément un changement d’une importance et d’une ampleur immense. C’est même l’objet majeur de toute prophétie de mettre en avant une nouvelle condition où Israël est à la tête des nations, sous le Messie et la nouvelle alliance, l’Église ayant entièrement disparu de la terre, et régnant en fait sur elle avec Christ, l’Époux de l’Épouse alors glorifiée.

Or les prophètes, d’Ésaie à Malachie, mettent en lumière pour ce jour glorieux, un temple terrestre avec des sacrifices, une sacrificature et des cérémonies appropriées. Ce n’est évidemment pas du christianisme. Devant une telle nuée de témoins inspirés, qui oserait prétendre qu’un tel état de choses ne s’accorde pas avec la vérité et la gloire de Dieu dans ce jour ? Il est vain de se retrancher derrière la ressource habituelle de l’incrédulité, le nuage qui recouvre la prophétie non accomplie. Non, pour l’incrédulité toute l’Écriture est obscure ; pour la foi elle est la lumière de Dieu communiquée par des hommes auxquels l’Esprit Saint avait conféré la puissance de le communiquer. La difficulté particulière du cas présent réside seulement dans l’opinion de la chrétienté qui admet, ou plutôt présume que la chute des Juifs est définitive, et que les Gentils les ont supplantés pour toujours. La vérité est que Dieu n’épargnera pas les Gentils dans leur incrédulité actuelle qui ne fait que croître ; par contre, dans Sa grâce et avant longtemps, il appellera sûrement Israël une nouvelle fois à la repentance. Ceux qui maintenant attendent Christ, avec les saints ressuscités, seront enlevés vers Lui, et le Libérateur viendra de Sion et détournera l’impiété de Jacob (Rom. 11:16-29). Si le Roi des rois et Seigneur des Seigneurs prend ainsi une position toute nouvelle, il serait singulier que rien ne fût changé en conséquence de cette position et en accord avec elle. C’est précisément ce que les prophètes montrent, en contraste avec l’épître aux Hébreux et les autres épîtres apostoliques. Notre sagesse est d’apprendre de Dieu par Sa parole et Son Esprit, et de ne pas juger l’Écriture par des conclusions tirées de notre propre position, de nos circonstances ou même de notre relation avec Dieu. Laissons place aux diverses évolutions et manifestations de Sa gloire dans les siècles à venir, au lieu de tenir Ses voies actuelles comme la norme absolue, aussi profondes et bénies soient-elles : c’est un piège bien naturel pour l’esprit étroit et égoïste de l’homme, mais sec vis-à-vis de toute croissance dans et par la connaissance de Dieu. Pour Lui, Christ est Son objet, non pas l’Église ; mais l’Église est bénie proportionnellement.

 

43.2  Préambule de la vision — Différents systèmes d’interprétation

Venons-en maintenant au préambule de la vision « En la vingt-cinquième année de notre transportation, au commencement de l’année, le dixième jour du mois, en la quatorzième année après que la ville eut été frappée, en ce même jour, la main de l’Éternel fut sur moi, et il m’amena là. Dans les visions de Dieu, il m’amena au pays d’Israël, et me posa sur une très haute montagne ; et sur elle il y avait comme une ville bâtie, du côté du midi. Et il m’amena là, et voici un homme dont l’aspect était comme l’aspect de l’airain ; et il avait dans sa main un cordeau de lin et une canne à mesurer, et il se tenait dans la porte. Et l’homme me dit : Fils d’homme, regarde de tes yeux, et écoute de tes oreilles, et applique ton cœur à tout ce que je te fais voir ; car c’est afin de te le faire voir que tu as été amené ici. Déclare à la maison d’Israël tout ce que tu vois » (40:1-4).

Le but de cette vision est ainsi évident. Dieu n’a certainement pas révélé le mystère de Christ et l’Église à Israël ou à quiconque, mais Il l’a gardé secret en Lui-même jusqu’au moment venu de le faire connaître. Une grande partie de l’épreuve de l’homme, si fertile en événements, restait à accomplir. Dieu devait encore envoyer Son Fils unique, l’Héritier sans parler des prophètes postérieurs à Ézéchiel et antérieurs à Jean Baptiste. Après cela, Il allait ajouter le témoignage final du Saint Esprit au Seigneur ressuscité et glorifié, outre Sa présence en humiliation au milieu d’eux. La vision concerne donc les espérances d’Israël ramené dans son pays, pour leur montrer combien l’œuvre sera complète dans les derniers jours (malgré leurs péchés d’autrefois), surtout en rapport avec la présence de Dieu dans un sanctuaire nouveau et convenable, — une présence qui ne sera plus jamais perdue, d’autant moins quand le temps cédera sa place à l’éternité, et aux nouveaux cieux et à la nouvelle terre, dans toute la force de ces termes.

Il est bien connu que les quatre principales lignes de divergences d’interprétations de ces ch. 40 à 48 entre les commentateurs sont les suivantes :

1. l’interprétation historique-littérale, adoptée par Villalpandus, Grotius, etc. qui en fait une description prosaïque destinée à conserver le souvenir du temple de Salomon ;

2. l’interprétation historique-idéale de Eichhorn, Date, etc. qui en fait une annonce vague d’un avenir où il y aura du bien ;

3. la théorie juive de Lightfoot, etc. qui admet que l’idée a été effectivement adoptée par le résidu rentré dans le pays ; et

4. l’hypothèse chrétienne ou allégorique, de Luther et d’autres réformateurs, suivie de manière plus élaborée par Cocceius, etc. et par beaucoup aujourd’hui en général ; ils s’efforcent de découvrir dans ces chapitres un immense système symbolique du bien qui reste en réserve pour l’Église.

Mais tout cela laisse de côté une cinquième explication, la seule véritable, je n’en doute pas, qui voit dans ces chapitres la conclusion appropriée de toute la prophétie, et spécialement des chapitres précédents — la prédiction du complet rétablissement, dans les derniers jours, d’Israël converti, et mis en possession pour toujours de toutes les bénédictions promises dans leur pays, avec la gloire de l’Éternel au milieu d’eux. C’est là le seul accomplissement vrai et messianique de la vision, qui doit donc être prise dans son sens simple et juste grammaticalement, littéral, symbolique ou figuré selon ce qu’indique le contexte de chaque passage.

Ainsi, dans la vision suivante dans ce ch. 40, nous avons une description des mesures surtout des parvis du temple et de leurs dépendances, le ieron (comme au ch. 41 on a la description du naoV, ou oikoV) ; seul le portique du temple proprement dit est donné au ch. 40, avec une suite au chapitre 42, qui peut être considérée comme la conclusion de la première partie de la description, et est importante en ce qu’elle réduit à néant la notion qu’il y avait ou qu’il ait pu y avoir la moindre ressemblance entre la vision prophétique d’Ézéchiel et un temple ayant existé auparavant. Le mur en dehors de la maison tout à l’entour (40:5) n’est pas mesuré avant la fin du chapitre 42, où il est dit qu’il a 500 cannes en carré : donné avec l’exactitude la plus expresse, cela ne peut être considéré comme une « hyperbole » sans ébranler le caractère du prophète et de toute l’Écriture ; l’indication est donc que l’enceinte est considérablement plus grande que la cité tout entière. Comment cela est-il possible, nous le verrons peut-être quand nous en viendrons à ce passage.

Il suffit ici de remarquer que, dès l’instant où le temple décrit par Ézéchiel est un vrai temple, il doit être vu dans l’avenir, vers lequel tout ce qui l’entoure dirige les regards. On peut bien concevoir un tabernacle du passé comme type des choses célestes actuelles en Christ ; mais ici, c’est une prophétie qui ne trouvera son accomplissement que pour Israël dans son pays, lorsque l’Église aura été transmuée à la venue du Christ et qu’elle règnera avec Lui sur la terre. Il n’y a donc pas place pour une application allégorique. L’application au passé juif est un échec comme nous l’avons déjà vu, et même une impossibilité. On peut éliminer le vague idéal comme trop proche de l’incrédulité. Les disciples d’aujourd’hui comme ceux d’autrefois, sont sans intelligence en ce qui concerne les prophètes, et lents de cœur à croire (Luc 24:25). L’application de la description d’Ézéchiel à l’avenir est non seulement la seule raisonnable, mais la seule vraiment possible. Par ailleurs, tout en maintenant que toutes les preuves militent en faveur d’un temple futur sous le Messie et la nouvelle alliance, on peut quand même accepter qu’il y a en même temps bien des leçons de vérité et de justice cachées dans le bâtiment, les cérémonies et l’ordre général décrits ici par Ézéchiel, sans pour autant accepter les fantaisies de John Bunyan (l’excellant auteur du pèlerinage du chrétien, sous forme d’allégorie), et sans non plus accepter de confondre tous les temples de l’Écriture, ceux de Salomon, de Zorobabel, d’Hérode et d’Ézéchiel. En présence de ces interprétations erronées, veillons avec vigilance de peur de pervertir la sainte parole de Dieu. J’ai confiance quant à moi-même d’être plus du côté de la prudence que du côté de ceux qui font du tort à la Parole.

 

43.3  Détails du ch. 40

Il y a peu de remarques à faire sur les détails de notre chapitre. Dans la première partie (40:6-16) la porte orientale est mesurée, ainsi que le seuil et les piliers, le portique au dedans et au dehors, les chambres des deux côtés, la largeur de l’entrée, la longueur de la porte et des piliers ; la canne servant à mesurer est longue de six coudées, chaque coudée ayant une paume de plus que la coudée ordinaire.

Dans la seconde partie (40:17-23), où se trouve le parvis extérieur, il est mesuré la porte qui regarde vers le nord, ses chambres, ses piliers, ses portes, ses degrés, ainsi que la distance entre la porte du parvis intérieur et les portes de l’orient et du nord.

Dans la troisième partie nous avons la mesure de la porte du midi et de ses dépendances, avec, comme d’habitude, la distance depuis la porte du midi du parvis intérieur(40:24-27). Cette porte est mesurée (40:28-31) de la même manière, ainsi que la porte orientale du même parvis (40:32-34), et celle du nord (40:35-38).

Dans les versets 40:38-43, on a la description des cellules et des entrées auprès des piliers des portes, et des huit tables en pierres de taille sur lesquelles on égorgeait l’holocauste et les autres sacrifices ; il y avait quatre tables de chaque côté, et (40:44-47) des cellules en dehors de la porte, pour les sacrificateurs (*), l’une regardant vers le midi pour les sacrificateurs qui font l’acquit de la charge de la maison, l’autre regardant vers le nord pour les sacrificateur qui font l’acquit de la charge concernant l’autel (le parvis lui-même ayant 100 coudées de côté en carré, avec l’autel devant la maison). Le chapitre se termine avec la mesure du portique de la maison, la longueur et la largeur, avec la porte (40:48-49).

 

(*) Note Bibliquest : nous avons laissé ici la traduction JND. WK traduit ici — avec la version autorisée du Roi Jacques — « pour les chanteurs ». Et il ajoute la note suivante :

(note WK) Boothroyd suit ici les conjectures de Houbigant, ou plutôt la version des Septante, soutenant que les cellules ne pouvaient être pour les chanteurs alors qu’elles étaient pour les sacrificateurs qui avaient la charge de l’autel et du lieu très saint. C’est pourquoi il traduit « Et il m’amena vers la porte intérieure, et voici, il y avait deux chambres dans le parvis intérieur, l’une du côté de la porte du nord, et qui regardait vers le midi … Et il me dit, cette chambre, qui regarde etc. »

 

On remarquera que ce sont les fils de Tsadok qui sont désignés pour le service de la maison. Ils avaient l’assurance d’avoir cette sacrificature perpétuelle comme privilège de la lignée d’Aaron. Ce qui avait été garanti à Phinées fils d’Éléazar pour toujours est revenu en son temps à Tsadok. Celui-ci sous le règne de Salomon, fut mis à la place de la lignée d’Ithamar selon le jugement de l’Éternel annoncé à Éli, après qu’Abiathar ait pris part à la rébellion d’Adonija. Nous trouverons la même restriction tout au long de la vision (48:19 ; 44:15 ; 48:11).

 

44             Chapitre 41

J’ai été bien frappé de constater que notre prophète ne mentionne ni l’or ni l’argent dans sa description du temple futur. Or on sait combien l’usage de ces deux métaux occupe une place importante dans le tabernacle d’autrefois, et combien l’emploi de l’or est caractéristique du temple de Salomon. Pourquoi cela ? Quelques suggestions sur la pensée divine en rapport avec l’or d’une part, et l’argent d’autre part, pourront être utiles. Mais il nous faut faire attention à la manière de se servir de la vérité sur ce sujet, non pas seulement de la reconnaître.

L’or semble être toujours dans l’Écriture le symbole de la justice divine, non pas sous l’aspect de jugement exercé sur la terre, pour défendre le caractère de Dieu (ce qui correspond plutôt à l’airain), mais en rapport avec ce dont nous nous approchons dans les lieux célestes. De là la différence entre l’autel des holocaustes et celui de l’encens ; la pleine signification de l’or apparaît dans l’arche avec son propitiatoire d’or pur. Quant à l’argent, nous le trouvons dans certaines parties du tabernacle, comme les bases des ais (planches) et des piliers, et dans leurs crochets et leurs baguettes d’attache. Comme monnaie de la rançon d’Israël, il est le type de la grâce. Nous voyons donc que l’argent, aussi bien que l’or, conviennent à ce qui représente le tabernacle pour des gens traversant le désert. Nous voyons aussi que l’or seul (et non pas l’argent) caractérise la cité céleste du chapitre 21 de l’Apocalypse, tandis qu’aucun des deux métaux n’est mentionné par Ézéchiel dans sa description du sanctuaire millénaire. On ne peut douter pourtant de la présence d’or dans ce temple, mais cela renforce le caractère frappant de l’omission de toute mention de ces métaux.

Il y a peu à dire sur ce chapitre en rapport avec le but de ces notes. Le prophète laisse le parvis et est amené à voir la maison elle-même. « Et il m’amena dans le temple ; et il mesura les piliers, six coudées en largeur deçà et six coudées en largeur delà, la largeur de la tente ; et la largeur de l’entrée, dix coudées, et les côtés de l’entrée, cinq coudées deçà et cinq coudées delà ; et il mesura sa longueur, quarante coudées, et la largeur, vingt coudées » (41:1-2).

Nous regardons ensuite à l’intérieur. « Et il entra dans l’intérieur ; et il mesura le pilier de l’entrée, deux coudées, et l’entrée, six coudées, et la largeur de l’entrée, sept coudées. Et il mesura sa longueur, vingt coudées, et la largeur, vingt coudées, en face du temple. Et il me dit : C’est ici le lieu très saint » (41:3-4).

« Et il mesura le mur de la maison, six coudées ; et la largeur de chaque chambre latérale, quatre coudées, à l’entour de la maison, tout autour. Et les chambres latérales étaient, chambre sur chambre, au nombre de trois, et cela trente fois ; et elles rentraient dans le mur qu’avait la maison vers les chambres latérales, tout autour, afin qu’elles y fussent appuyées ; mais elles n’étaient pas appuyées dans le mur de la maison. Et il y avait aux chambres latérales un élargissement, et il allait tournant toujours vers le haut, car le pourtour de la maison allait toujours vers le haut tout autour de la maison ; c’est pourquoi la largeur de la maison était plus grande vers le haut ; et ainsi la partie du bas montait à la partie du haut par la partie du milieu. Je vis aussi à la maison une élévation tout autour, — les fondations des chambres latérales, une pleine canne, six coudées jusqu’à la jonction. La largeur du mur qu’avaient les chambres latérales, en dehors, était de cinq coudées, comme aussi ce qui était laissé libre le long du bâtiment des chambres latérales qui étaient attenantes à la maison. Et entre les cellules et la maison il y avait une largeur de vingt coudées, autour de la maison, tout autour. Et l’entrée des chambres latérales était dans l’espace laissé libre, une entrée vers le nord et une entrée vers le midi ; et la largeur de l’espace libre était de cinq coudées, tout autour. Et le bâtiment qui était devant la place séparée, du côté de l’occident, avait une largeur de soixante-dix coudées, et le mur du bâtiment avait cinq coudées d’épaisseur tout autour, et sa longueur était de quatre-vingt-dix coudées. Et il mesura la maison : la longueur, cent coudées ; et la place séparée, et le bâtiment, et ses murs, la longueur, cent coudées ; et la largeur du devant de la maison et de la place séparée, vers l’orient, cent coudées. Et il mesura la longueur du bâtiment devant la place séparée, sur le derrière, et ses galeries, deçà et delà, cent coudées ; et le temple intérieur, et les portiques du parvis. Les seuils, et les fenêtres fermées, et les galeries, à l’entour, — aux trois — (vis-à-vis des seuils il y avait une boiserie mince, tout autour, et depuis le sol jusqu’aux fenêtres, et les fenêtres étaient couvertes) et le dessus de l’entrée, et jusqu’à la maison intérieure, et au dehors, et tout le long du mur, tout autour, intérieurement et extérieurement, tout avait ses mesures. Et on y avait fait des chérubins et des palmiers, un palmier entre deux chérubins ; et le chérubin avait deux faces : une face d’homme vers le palmier, d’un côté, et une face de jeune lion vers le palmier, de l’autre côté ; on avait fait ainsi sur toute la maison, tout autour. Depuis le sol jusqu’au-dessus de l’entrée, on avait fait des chérubins et des palmiers, et sur le mur du temple. Les poteaux de la porte du temple étaient carrés, ainsi que ceux du devant du lieu saint : ils avaient le même aspect » (41:5-21). On remarquera que les symboles employés ici expriment la puissance judiciaire [les chérubins] et la victoire [les palmiers] : Inutile de démontrer combien cela est approprié au jour du millénium.

Au verset 22 nous lisons que « l’autel de bois était haut de trois coudées, et sa longueur était de deux coudées ; et il avait ses angles ; et sa longueur et ses côtés étaient de bois. Et il me dit : C’est ici la table qui est devant l’Éternel ». Cette identification de l’autel avec le nom de la table sur laquelle les pains de proposition étaient mis devant l’Éternel est remarquable ; le lecteur peut comparer à ce sujet Malachie 1:7, 12.

« Et le temple et le lieu saint avaient deux portes. Et aux portes il y avait deux battants, deux battants tournants : deux à une porte, et deux battants à l’autre porte. Et sur elles, sur les portes du temple, on avait fait des chérubins et des palmiers, comme on les avait faits sur les murs. Et il y avait un entablement en bois sur la façade du portique, en dehors, et des fenêtres fermées, et des palmiers, deçà et delà, sur les côtés du portique et des chambres latérales de la maison et des entablements » (41:23-26). Les moyens d’accès à Dieu sont ainsi entièrement différents de ce que connaissent ceux qui estiment le sacrifice de Christ selon la valeur qu’il a dans les cieux, et qui y entrent à travers le voile déchiré (Héb. 10:19-22). La barrière sera à nouveau dressée pour Israël, même s’ils sont rachetés en toute certitude.

 

45             Chapitre 42

La visite de la maison ou du sanctuaire étant terminés, le prophète passe aux cellules ou chambres pour les sacrificateurs.

« Et il me fit sortir dans le parvis extérieur par le chemin qui va vers le nord ; et il m’amena aux cellules qui étaient vis-à-vis de la place séparée, et qui étaient vis-à-vis du bâtiment, vers le nord, en face de la longueur, qui était de cent coudées : l’entrée était au nord ; et la largeur était de cinquante coudées, vis-à-vis des vingt coudées qu’avait le parvis intérieur, et vis-à-vis du pavement qui était au parvis extérieur ; il y avait galerie contre galerie, au troisième étage ; et devant les cellules, un passage de dix coudées de largeur ; vers l’intérieur, un chemin de cent coudées ; et leurs entrées étaient au nord. Et les cellules supérieures étaient raccourcies (parce que les galeries en ôtaient une portion) en comparaison des inférieures et de celles du milieu du bâtiment. Car elles étaient à trois étages, et n’avaient pas de colonnes comme les colonnes des parvis ; c’est pourquoi le troisième étage était en retraite, en comparaison des cellules inférieures et de celles du milieu, depuis le sol. Et le mur qui était en dehors, le long des cellules, du côté du parvis extérieur, en face des cellules, avait une longueur de cinquante coudées. Car la longueur des cellules qui aboutissaient au parvis extérieur était de cinquante coudées ; mais voici, en face du temple, elle était de cent coudées ; et, au-dessous de ces cellules, l’entrée était du côté de l’orient, lorsqu’on y arrivait du parvis extérieur. Dans la largeur du mur du parvis, du côté du midi, vis-à-vis de la place séparée et vis-à-vis du bâtiment, il y avait des cellules, et un passage devant elles, selon la forme des cellules qui étaient du côté du nord, selon leur longueur, selon leur largeur, et selon toutes leurs issues, et selon leurs ordonnances, et selon leurs portes d’entrée. Et selon les entrées des cellules qui étaient du côté du midi, il y avait une entrée à la tête du chemin, du chemin qui était en face du mur correspondant, chemin venant de l’orient, quand on venait vers les cellules » (42:1-12).

La description des chambres pour les sacrificateurs est suivie des règles formelles sur la manière d’y manger, d’y déposer les sacrifices, et sur leur habillement dedans et dehors.

« Et il me dit : Les cellules du nord et les cellules du midi, qui sont en face de la place séparée, ce sont des cellules saintes où les sacrificateurs qui s’approchent de l’Éternel mangeront les choses très saintes ; ils déposeront là les choses très saintes : l’offrande de gâteau, et le sacrifice pour le péché, et le sacrifice pour le délit, car le lieu est saint. Quand les sacrificateurs seront entrés, ils ne sortiront pas du lieu saint dans le parvis extérieur ; mais ils déposeront là leurs vêtements dans lesquels ils font le service, car ils sont saints ; et ils revêtiront d’autres vêtements, et s’approcheront de ce qui est pour le peuple » (42:13-14).

Le paragraphe final est un sommaire d’un point de vue global. « Et quand il eut achevé de mesurer la maison intérieure, il me fit sortir par le chemin de la porte qui regardait vers l’orient ; et il mesura l’enceinte tout autour. Il mesura le côté oriental avec la canne à mesurer : cinq cents cannes, avec la canne à mesurer, tout autour. Il mesura le côté septentrional : cinq cents cannes, avec la canne à mesurer, tout autour. Il mesura le côté méridional : cinq cents cannes, avec la canne à mesurer. Il se tourna vers le côté occidental, et mesura cinq cents cannes avec la canne à mesurer. Il la mesura des quatre côtés. Elle avait un mur tout à l’entour : la longueur, cinq cents, et la largeur, cinq cents, pour séparer ce qui était saint et ce qui était profane » (42:15-20).

Il est bien connu que la manière de comprendre le v. 16 a fait l’objet de beaucoup de débats, notamment pour savoir si le mot hébreu utilisé ici doit être pris dans le sens de « cannes » (*) ou non ; car le texte (« cinq coudées ») est clairement une erreur de transcription, et il faut adopter « 500 » selon le Keri. Certains voudraient éliminer en même temps l’unité de mesure (les Septante aiguillent dans ce sens dans ces versets). Sans aucun doute l’espace serait bien plus large que le Mont Morija tel qu’il est, mais ce n’est pas une grande difficulté pour le croyant qui s’attend à de grands changements physiques selon la prophétie. Prendre ces mesures de manière hyperbolique, tout en laissant intacte l’interprétation littérale, me semble plus que de l’incrédulité : c’est absurde. Quand les hommes cèdent à l’incrédulité en présence de la puissance du Saint Esprit, on ne peut pas s’attendre à une foi forte en la Parole de Dieu. Quand les hommes atténuent les effets de la première venue du Seigneur quant à la réconciliation avec les Siens, pourquoi être surpris si les résultats glorieux de Son retour et de Son royaume sont pervertis, émiettés et réduits à rien ?

 

(*) Mr. H.A. Wassell (La Terre Sainte, W.J. Johnson, 1875) dit : « C’est évidemment une erreur, car cela donnerait au temple six fois la largeur des mesures des chapitres précédents ; et j’ajouterai que les mesures des autres parties du temple dans la suite concordent exactement avec une forme en carré de 500 coudées. Les Septante ont ici des coudées au lieu de cannes, et c’est un fait remarquable que le dessus du Mont Morija a environ 500 coudées de largeur » (pages 25, 26).

 

46             Chapitre 43

Une scène incomparablement plus majestueuse s’ouvre maintenant devant le prophète. La Shekinah (gloire) de l’Éternel se manifeste et revient habiter au milieu de Son peuple.

« Et il me conduisit à la porte, la porte qui regardait vers l’orient. Et voici, la gloire du Dieu d’Israël venait du côté de l’orient ; et sa voix était comme une voix de grandes eaux, et la terre était illuminée par sa gloire. Et l’aspect de la vision que je voyais était comme la vision que j’avais vue quand je vins pour détruire la ville ; et les visions étaient comme la vision que je vis près du fleuve Kebar ; et je tombai sur ma face. Et la gloire de l’Éternel entra dans la maison par le chemin de la porte qui regardait vers l’orient. Et l’Esprit m’enleva et m’amena dans le parvis intérieur ; et voici, la gloire de l’Éternel remplissait la maison » (43:1-5).

La force de ce passage est claire, si les hommes voulaient être simples. C’est le signe du retour de Dieu à Israël, qu’Il avait quitté depuis la déportation des Juifs à Babylone. Or l’accomplissement de la prophétie ne correspond ni au retour du peuple de Babylone, ni à la mission terrestre du Messie. Lui-même nous fait savoir, comme nous l’apprenons aussi ailleurs, que les temps de la suprématie des Gentils étaient alors en cours, comme cela continue aujourd’hui : Jérusalem est foulée aux pieds des nations jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis (Luc 21:24). Le Fils de l’homme, lors de son apparition, rassemblera Israël à nouveau, et jugera toutes les nations. L’Éternel gouvernera alors la terre, avec Jérusalem comme Son centre terrestre. C’est de ce retour que la Shekinah est le symbole. Quand elle était partie, les Juifs avaient cessé d’être le peuple reconnu de l’Éternel ; mais lorsqu’ils seront relevés sous le Messie et la nouvelle alliance, la gloire reviendra. La pire erreur est d’appliquer cette vision à la première venue de Christ en humiliation, quand les Juifs l’ont rejeté et crucifié. La prophétie exige que nous croyions que la gloire sera effectivement restaurée. Or cela n’a eu lieu ni quand les Juifs revinrent à la proclamation de Cyrus, ni quand le Seigneur Jésus était ici-bas ; par contre, la gloire sera restaurée quand Il reviendra régner. La théocratie (gouvernement de Dieu) sera alors établie et prospérera tant que durera la terre, car elle reposera sur Christ, et non pas sur le premier homme sous la loi, avec tous ses manquements. C’est sur le fondement de la grâce que la gloire habitera le pays, et ce sera donc immuable. C’est alors que la création se réjouira, non pas avant. En attendant elle soupire, mais en espérance, car elle sera délivrée ; Christ est le seul libérateur à Sa venue en puissance et en gloire. L’Esprit travaille actuellement en témoignage.

« Et j’entendis quelqu’un qui me parlait depuis la maison, et un homme se tenait à côté de moi. Et il me dit : Fils d’homme, c’est ici le lieu de mon trône et le lieu de la plante de mes pieds, où je demeurerai au milieu des fils d’Israël à toujours. Et la maison d’Israël ne rendra plus impur mon saint nom, ni eux, ni leurs rois, par leurs prostitutions et par les cadavres de leurs rois sur leurs hauts lieux, alors qu’ils mettaient leur seuil contre mon seuil, et leurs poteaux à côté de mes poteaux, et qu’il y avait seulement un mur entre moi et eux : et ils ont rendu mon saint nom impur par leurs abominations qu’ils ont commises, et je les ai consumés dans ma colère. Maintenant, qu’ils éloignent de moi leurs prostitutions et les cadavres de leurs rois, et je demeurerai au milieu d’eux à toujours » (43:6-9).

Dieu avait une habitation au milieu d’Israël autrefois, après la rédemption et la délivrance du pays d’Égypte. Une fois délivrés de la maison de la servitude, ils ont aussitôt chanté Ses louanges : « Tu as conduit par ta bonté ce peuple que tu as racheté, tu l’as guidé par ta force jusqu’à la demeure de ta sainteté… Tu les introduiras et tu les planteras sur la montagne de ton héritage, le lieu que tu as préparé pour ton habitation, ô Éternel, le sanctuaire, ô Seigneur que tes mains ont établi » (Exode 15:13, 17). Or il y avait là plus que de l’anticipation, car Il ajoute (Ex. 29:45, 46) : « Et j’habiterai au milieu des fils d’Israël, et je serai Dieu, et ils sauront que moi, l’Éternel, je suis leur Dieu, qui les ai fait sortir du pays d’Égypte, pour habiter au milieu d’eux ». Le temple était la même chose en substance, sauf qu’il était approprié à la condition d’Israël établi dans le pays ; ce n’était plus le tabernacle errant avec les Israélites çà et là dans le désert. Dans les deux cas, la rédemption n’était qu’extérieure, et Son habitation avait un caractère également extérieur, et elle dépendait de leur fidélité à Dieu en tant que témoins du seul vrai Dieu, placés sous la responsabilité de Sa loi. Le résultat a été la ruine, comme c’est toujours le cas pour le premier homme.

Le Seigneur Jésus est venu ensuite en Son temps, Fils de l’Homme et vrai temple de Dieu ; Son cas a été unique en ce qu’Il est ainsi venu sans du sang, car Il était le seul à être sans péché, Lui le Saint de Dieu. Hélas ! il fut rejeté, et toutes les espérances d’Israël et de l’homme dans la chair ont été ensevelies dans Son tombeau. Mais la grâce de Dieu a opéré la rédemption par Lui, le crucifié ; une nouvelle habitation pour Dieu a été alors formée en ceux qui confessent Son nom, Juifs ou Gentils, édifiés ensemble pour être une habitation de Dieu par l’Esprit (Éph. 2:22). C’est l’Église qui subsiste encore, quelle que soit la ruine de ce temple saint.

Ce dont parle Ézéchiel est différent de toutes ces choses, car il s’agit de l’habitation que l’Éternel fera pour lui-même « dans le pays des fils d’Israël pour toujours ». C’est ce dont les derniers Psaumes parlent beaucoup et souvent, spécialement le Psaume 132. Mais ce n’est pas encore du tout accompli. Pourquoi estime-t-on incroyable que Dieu habite ainsi au milieu d’Israël ici-bas ? Nous ne doutons pas qu’Il forme maintenant un corps en vue du ciel en vertu de la rédemption en Christ. Mais la valeur de cette rédemption n’est pas épuisée pour la terre ; et la grâce sera à nouveau à l’œuvre en puissance pour Israël et les nations, comme elle l’est aujourd’hui pour l’Église, afin que tout l’univers connaisse les vertus du sang de Christ, et voit la gloire de Dieu dans la bénédiction de la création : celle-ci malade et lassée autrefois, sera enfin délivrée de son long esclavage, autrement sans espoir. Le mal moral et la corruption religieuse disparaîtront. Tout sera à la louange de Celui qui seul est digne. Le peuple qui a si longtemps fait le mal sur la terre, sera honteux de ses souillures et de sa rébellion contre l’Éternel ; il sera dans ce jour le témoin de Sa grâce bien plus encore qu’il ne l’a été de Sa colère consumante.

Le prophète reçoit alors l’ordre de placer devant Israël la maison selon toutes ses mesures, afin qu’ils sentent ce dont leurs iniquités les ont privé. La vision opérera bientôt sur eux un travail profond.

« Toi, fils d’homme, montre à la maison d’Israël la maison, afin qu’ils soient confus à cause de leurs iniquités ; et qu’ils en mesurent la disposition. Et, s’ils sont confus de tout ce qu’ils ont fait, fais-leur connaître la forme de la maison, et son arrangement, et ses issues, et ses entrées, et toutes ses formes, et toutes ses ordonnances, et toutes ses formes, et toutes ses lois ; et écris-les devant leurs yeux, afin qu’ils observent toute sa forme, et toutes ses ordonnances, et qu’ils les fassent » (43:10-12). La sainteté régnera en ce jour-là bien plus encore qu’autrefois (comparer Zach. 14).

Nous voyons ensuite les mesures de l’autel, puis ses ordonnances en rapport avec les holocaustes et l’aspersion du sang.

Nous avons déjà vu qu’il est vain d’appliquer cette description au retour du peuple de Babylone dans le passé. Beaucoup de preuves supplémentaires vont encore réfuter cette pensée. Le présent chapitre est déjà une preuve suffisante : il n’y a pas eu de retour de la Shekinah. Lors de leur retour, les Juifs ont gémi sous la puissance des Gentils. Encore moins peut-on faire application de cette description à des événements postérieurs à la destruction de la ville par les Romains. L’accomplissement est à venir. Israël retournera dans son pays, sera converti et béni sous l’Éternel leur Dieu, mais ce sera en tant qu’Israël et non pas en tant que chrétiens. Actuellement, tous ceux qui croient deviennent chrétiens, qu’ils soient Juifs ou Gentils ; ils appartiennent à Christ dans le ciel, où de telles différences sont inconnues ; c’est pourquoi l’une des grandes caractéristiques du christianisme est que de telles distinctions disparaissent tant que Christ est la tête dans le ciel, et que Son corps est en formation sur la terre par le Saint-Esprit envoyé d’en-haut. Lorsque les visions d’Ézéchiel s’accompliront, ce sera le règne de l’Éternel-Jésus sur la terre, et la distinction entre Israël et les nations sera rétablie, pour la bénédiction sous la nouvelle alliance, et non pas comme autrefois pour la malédiction sous la loi. C’est pourquoi ce qu’on trouve ici et dans d’autres prophéties est totalement différent de ce qu’on a dans l’épître aux Hébreux. Il n’est pas douteux que cette épître s’applique aujourd’hui. On ne devrait pas mettre en doute que cette prophétie d’Ézéchiel va s’appliquer bientôt. Ceux qui veulent faire converger les deux sur le chrétien détruisent la force de l’une et de l’autre. Le résultat en est qu’on est moitié-Juif moitié-chrétien. C’est le caractère dominant dans la chrétienté, au grand déshonneur du Seigneur, pour la détresse de nos âmes et l’affaiblissement de la Parole de Dieu. Non, il nous faut donner à chaque écriture sa valeur propre. Tout en restant attachés comme chrétiens à la doctrine de l’épître aux Hébreux en ce qui nous concerne, réjouissons-nous des brillantes anticipations du prophète pour Israël. Le peuple céleste se repose sur le sacrifice unique, et pénètre dans le lieu très saint, où Christ est à la droite de Dieu. Mais le peuple terrestre aura un sanctuaire et un pays en rapport avec ce qu’ils seront, et il en sera aussi de même pour toutes les ordonnances de leur culte.

« Et ce sont ici les mesures de l’autel, en coudées ; la coudée est une coudée et une paume : l’embasement avait une coudée en hauteur, et une coudée en largeur ; et le rebord de son avance, tout autour, un empan ; et c’était la base de l’autel. Et depuis l’embasement sur le sol jusqu’à la banquette inférieure il y avait deux coudées, et une coudée en largeur ; et depuis la petite banquette jusqu’à la grande banquette, quatre coudées, et une coudée en largeur. Et la montagne de *Dieu avait quatre coudées, et, depuis le lion de *Dieu en haut, les quatre cornes. Et le lion de *Dieu avait douze coudées de longueur, sur douze de largeur, en carré, sur ses quatre côtés ; et la banquette, quatorze coudées de longueur, sur quatorze de largeur, sur ses quatre côtés ; et le rebord qui l’entourait, une demi-coudée, et son embasement une coudée à l’entour ; et ses degrés regardaient vers l’orient » (43:13-17).

On a ensuite la manière de se servir de l’autel. « Et il me dit : Fils d’homme, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Ce sont ici les ordonnances de l’autel, au jour où il sera fait, pour y offrir des holocaustes et pour faire aspersion du sang sur lui. Et aux sacrificateurs Lévites, qui sont de la semence de Tsadok, qui s’approchent de moi, pour faire mon service, dit le Seigneur, l’Éternel, tu donneras un jeune taureau comme sacrifice pour le péché. Et tu prendras de son sang, et tu le mettras sur les quatre cornes de l’autel, et sur les quatre coins de la banquette, et sur le rebord, tout à l’entour ; et tu le purifieras, et tu feras propitiation pour lui. Et tu prendras le taureau du sacrifice pour le péché, et on le brûlera dans le lieu de la maison, désigné pour cela, en dehors du sanctuaire. Et le second jour, tu présenteras un bouc sans défaut, comme sacrifice pour le péché ; et on purifiera l’autel comme on l’avait purifié par le taureau. Quand tu auras achevé de purifier l’autel, tu présenteras un jeune taureau sans défaut, et un bélier du menu bétail, sans défaut ; et tu les présenteras devant l’Éternel, et les sacrificateurs jetteront du sel sur eux, et les offriront en holocauste à l’Éternel. Pendant sept jours, tu offriras un bouc en sacrifice pour le péché, chaque jour ; et on offrira un jeune taureau et un bélier du menu bétail, sans défaut. Pendant sept jours, on fera propitiation pour l’autel, et on le purifiera, et on le consacrera. Et quand les jours seront achevés, il arrivera que, dès le huitième jour et ensuite, les sacrificateurs offriront sur l’autel vos holocaustes et vos sacrifices de prospérités ; et je vous aurai pour agréables, dit le Seigneur, l’Éternel » (43:18-27).

Ceci est décisif. Non seulement nous entendons parler de sacrificateurs, mais de sacrificateurs en tant que lévites ; plus encore, il est question de la semence de Tsadok auxquels était confié le service de l’autel. Tous les sacrifices se suivent en ordre : sacrifices pour le péché, holocaustes, sacrifices de prospérités. C’est le renouvellement du sacrifice lorsque la terre et Israël viendront sous le règne du Messie, manifesté en gloire, et gouvernant en justice et en paix. Chercher à introduire maintenant le système des sacrifices, alors que nous sommes appelés à agir dans la foi au seul sacrifice de Christ accepté dans le ciel, c’est ce que fait le ritualisme, c’est une apostasie : il judaïse. Mais ne fermons pas les yeux sur la révélation de ce jour futur pour la terre, où Dieu ratifiera pour Israël un système où il y aura des sacrificateurs à part du peuple, et des sacrifices avec un autel. Si nous sommes incapables d’expliquer toutes les différences, nous sommes au moins tenus de nous soumettre aux Écritures, dont le sens est incontestablement simple, tant pour nous aujourd’hui que pour Israël bientôt. Se soumettre en toute simplicité à Christ et à Sa parole, c’est le secret de toute intelligence qui a du prix aux yeux de Dieu.

 

47             Chapitre 44

Le prophète est ramené de nouveau à la porte qui regarde vers l’Orient. Cette fois elle est fermée. Quand il l’avait vue la première fois, la gloire de l’Éternel entrait précisément par ce chemin dans la maison, et la remplissait (43:1-5). Ceci fournit l’occasion pour une nouvelle parole de l’Éternel. Il y a bien assez d’indications pour décider de son application. « Et il me fit retourner vers la porte extérieure du sanctuaire, qui regardait vers l’orient, et elle était fermée. Et l’Éternel me dit : Cette porte sera fermée ; elle ne sera pas ouverte, et personne n’entrera par elle ; car l’Éternel, le Dieu d’Israël, est entré par elle ; et elle sera fermée. Quant au prince, le prince, lui, y sera assis pour manger le pain devant l’Éternel. Il entrera par le chemin du portique de cette porte, et il sortira par le même chemin » (44:1-3).

Que l’Éternel, le Dieu d’Israël, soit entré par cette porte, suffisait pour la fermer à tous sauf à son représentant. Car l’Éternel aura un représentant sur la terre — le prince — et ce prince s’assiéra pour manger le pain devant l’Éternel. Il aura l’honneur d’entrer et de sortir par le chemin du portique de cette porte. Aucun souverain sacrificateur n’a jamais réclamé ce droit. Or en fait, le chef terrestre d’Israël ne sera pas un sacrificateur, mais le prince. Les chapitres 45 et 46 nous apprendront davantage à son sujet. Il suffit de dire ici qu’il n’est certainement pas le Messie, car quoiqu’il soit entièrement distinct des sacrificateurs, il a besoin d’offrir un sacrifice pour le péché, et peut avoir des fils. Sans doute ce sera, dans l’avenir, un prince de la maison de David.

« Et il m’amena par la porte du nord, devant la maison ; et je vis, et voici, la gloire de l’Éternel remplissait la maison de l’Éternel ; et je tombai sur ma face » (44:4). Il est clair qu’il s’agit du royaume. Le prince sera là, de même que la gloire de l’Éternel. Jusqu’à présent on n’a jamais rien vu de semblable, sinon en type une fois aux jours de Salomon. Il y a de grandes choses en réserve pour Israël.

« Et l’Éternel me dit : Fils d’homme, applique ton cœur et regarde de tes yeux, et écoute de tes oreilles tout ce que je te dis concernant toutes les ordonnances de la maison de l’Éternel et toutes ses lois ; et applique ton cœur à considérer l’entrée de la maison, ainsi que toutes les issues du sanctuaire » (44:5). Les hommes ont manqué à appliquer leur cœur. Ils n’ont pas compris la différence entre les ordonnances et les lois de la maison données ici, et les circonstances passées du temple. Ils ont manqué à appliquer leur cœur à considérer, et ont tout confondu avec ce qui a existé dans le passé. Effectivement, l’homme est habituellement lent à comprendre. Seul le Saint-Esprit peut nous montrer les « choses à venir » selon Dieu.

« Et dis aux rebelles, à la maison d’Israël : Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : c’en est assez de toutes vos abominations, maison d’Israël, que vous ayez amené les fils de l’étranger, incirconcis de cœur et incirconcis de chair, pour qu’ils fussent dans mon sanctuaire, — ma maison, — pour le profaner quand vous avez présenté mon pain, la graisse et le sang ; et ils ont rompu mon alliance par toutes vos abominations ! » (44:6-7). Désormais, on ne suivra plus les idoles, et Israël en aura fini avec toutes ses abominations. Il n’y aura plus d’intrigues en rapport avec la sacrificature, et l’on ne violera plus l’alliance de l’Éternel. La sainteté sera observée dans la maison de l’Éternel pour toujours. Ici Il leur rappelle leurs péchés, mais leur montre que de pareilles voies ne seront plus tolérées.

« Et vous n’avez pas vaqué au service de mes choses saintes, mais vous avez établi pour vous des étrangers pour vaquer à mon service dans mon sanctuaire » (44:8). Tout manquement de la sorte prendra fin.

« Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Aucun étranger, incirconcis de cœur et incirconcis de chair, n’entrera dans mon sanctuaire, d’entre tous les étrangers qui sont au milieu des fils d’Israël. Mais les Lévites, qui se sont éloignés de moi dans les égarements d’Israël par lesquels ils se sont égarés d’auprès de moi en allant après leurs idoles, porteront leur iniquité, mais ils serviront dans mon sanctuaire comme gardes aux portes de la maison, et feront le service de la maison ; ils égorgeront pour le peuple l’holocauste et le sacrifice, et ils se tiendront devant eux pour les servir. Parce qu’ils les ont servis devant leurs idoles, et ont été à la maison d’Israël une pierre d’achoppement pour l’iniquité, à cause de cela j’ai levé ma main contre eux, dit le Seigneur, l’Éternel : ils porteront leur iniquité ! Et ils ne s’approcheront pas de moi pour exercer la sacrificature devant moi, ni pour s’approcher de toutes mes choses saintes, dans ce qui concerne les choses très saintes ; et ils porteront leur ignominie, et leurs abominations qu’ils ont commises. Et je les établirai pour faire l’acquit de la charge de la maison, pour tout son service, et pour tout ce qui y sera fait » (44:9-14).

Les Lévites qui se sont détournés sentiront leur honte dans les jours du royaume. Ils seront dégradés de leur office normal — au moins quant à sa partie la plus élevée — et n’auront plus droit qu’aux services subalternes du sanctuaire. Triste contraste avec les jours de Moise, quand même Aaron s’insurgea ! (Nombres 12). Mais ces chapitres se passeront dans les jours du royaume, et la justice y règnera. La réputation d’autrefois ne suffira pas. Si leurs fils ont marché dans l’infidélité avant l’apparition de l’Éternel en gloire, il leur faudra en porter les conséquences. L’Éternel sera exalté en ce jour-là, et ceux qui se sont humiliés, Il les exaltera en son temps.

Ainsi il viendra un temps où Israël apprendra, comme ici, sur la terre. Nous avons eu le prince et les Lévites ; le reste du chapitre se rapporte aux sacrificateurs.

S’il manquait de preuves pour savoir comment appliquer correctement la vision finale (ch. 40 à 48), on peut difficilement trouver plus simple et plus net que les derniers versets de ce chapitre. Il ne s’agit point d’un ministère de prédication des bonnes nouvelles de Dieu en grâce pour tous sans distinction, ou d’affermissement des enfants de Dieu dans Sa vérité et dans leurs privilèges. Le temps de l’Église aura passé avant que cette prophétie commence à s’accomplir, comme il a commencé longtemps après que cette prophétie soit écrite. Comme nous avons vu la maison de l’Éternel avec ses parvis intérieur et extérieur, ses portes et portiques, sa place séparée, ses chambres et son sanctuaire, nous avons maintenant les fils de Tsadok comme sacrificateurs lévites seuls autorisés à s’approcher du service divin pour Israël.

C’est en vain que l’on avance qu’il y a des sacrificateurs dans le christianisme, car il ne s’agit pas alors d’une classe de chrétiens exerçant un office particulier comme représentants de leurs frères et dotés du privilège d’une proximité de Dieu plus grande que les autres. C’est la sacrificature mystique de ceux qui croient en Christ. Ils ont tous la liberté de s’approcher de Dieu, étant les uns et les autres approchés par le sang de Jésus. Affirmer une relation de plus grande proximité pour quelques-uns, c’est nier l’évangile non seulement pour les autres, mais pour tous, car son essence même c’est que la grâce place tous ceux qui sont de Christ dans la même perfection absolue par Son sang. L’efficacité de Son sacrifice est complète, immuable et éternelle. C’est annuler l’œuvre de Christ que de lui attribuer une valeur variable ; seule la tradition des hommes a une pareille notion, qui relève de l’ignorance de ce que Dieu révèle. L’enseignement du Nouveau Testament est que tous ceux qui croient sont sacrificateurs. Le même sang précieux qui a effacé leurs péchés, les a aussi approchés de Dieu. Ils sont en Christ devant Lui. Il n’y avait auparavant aucune différence entre eux quant à leur état de péché, et il n’y en a pas non plus maintenant quant à leur accès à Dieu. C’est pourquoi nous avons tous libre accès dans les lieux saints par le sang de Jésus, par le chemin nouveau et vivant qu’il nous a consacré à travers le voile, c’est-à-dire sa chair (Héb. 10:19-22). Nous sommes une sainte sacrificature pour offrir des sacrifices perpétuels à Dieu par Jésus-Christ, et même une sacrificature royale pour publier les vertus de Celui qui nous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière (1 Pier. 2:5, 9).

Mais dans notre ch. 44, c’est une partie favorisée du peuple élu qui peut représenter l’ensemble là où les autres ne peuvent entrer. Comme c’est une sacrificature terrestre, les sacrifices le sont aussi. « Mais les sacrificateurs, les Lévites, fils de Tsadok, qui ont fait l’acquit de la charge de mon sanctuaire, quand les fils d’Israël se sont égarés d’auprès de moi, eux s’approcheront de moi pour faire mon service, et se tiendront devant moi, pour me présenter la graisse et le sang, dit le Seigneur, l’Éternel. Eux entreront dans mon sanctuaire, et eux s’approcheront de ma table pour faire mon service, et ils feront l’acquit de la charge que je leur confie » (44:15-16). « La graisse » et « le sang » étaient la portion de l’Éternel selon la loi, comme l’indiquent minutieusement les ordonnances de Lév. 3 et 7 sur le sacrifice de prospérités. On a déjà fait remarquer que la table du Seigneur n’est jamais appelée Son autel, alors que l’Ancien Testament désigne l’autel comme étant la table de l’Éternel. L’autel d’autrefois pouvait à juste titre être appelé Sa table, parce qu’on y plaçait et y consumait « le pain des sacrifices par feu à l’Éternel » (Lév. 3:11, 16 ; Nomb. 28:24). Ceci ne s’applique nullement au Nouveau Testament où il n’est pas question de telles offrandes, mais bien de la communion de l’église dans le souvenir de Christ, annonçant par là Sa mort.

Les détails cadrent bien avec les remarques qui précèdent, et les confirment. Ainsi il est enjoint aux sacrificateurs faisant le service de porter des vêtements de lin, tandis que la laine leur est interdite ; ceci vaut pour la tête comme pour le corps. Les vêtements ordinaires vont bien pour l’extérieur, mais pour leur service ils doivent porter les vêtements sacerdotaux, et doivent les déposer dans les cellules saintes. Ils ne doivent ni se raser la tête, ni porter des cheveux longs. Ils ne doivent pas boire de vin quand ils entrent dans le parvis intérieur. Ils ne peuvent prendre pour femme qu’une veuve de sacrificateur, ou une vierge d’Israël (44:17-22). Tout cela est clairement une répétition de l’ordre lévitique pour les sacrificateurs terrestres d’Israël aux jours du royaume futur, avec cette contrainte supplémentaire que les conditions du mariage requises autrefois pour le seul souverain sacrificateur, s’appliquent dorénavant à tous les sacrificateurs. Mais dans leur portée littérale, ces préceptes ne concernent pas les chrétiens, et encore moins une classe particulière de chrétiens parmi les autres.

On voit ensuite que leurs devoirs englobent les questions de rituel et les décisions judiciaires. « Et ils instruiront mon peuple à distinguer entre ce qui est saint et ce qui est profane, et lui feront connaître la différence entre ce qui est impur et ce qui est pur. Et, dans les contestations, ils se tiendront là pour juger ; ils jugeront par mes jugements, et ils garderont mes lois et mes statuts dans toutes mes solennités, et ils sanctifieront mes sabbats » (44:23-24).

La loi relative à la souillure contractée pour un mort reste aussi rigide qu’avant. « Et ils n’entreront pas auprès d’un homme mort, pour se rendre impurs ; mais pour un père ou pour une mère, ou pour un fils ou pour une fille, pour un frère ou pour une sœur qui n’a pas été mariée, ils se rendront impurs. Et après qu’il se sera purifié, on comptera sept jours pour celui qui s’est rendu impur. Et au jour où il entrera dans le lieu saint, dans le parvis intérieur, pour faire le service dans le lieu saint, il présentera son sacrifice pour le péché, dit le Seigneur, l’Éternel » (44:25-27). La mort sera rare et exceptionnelle en ce temps-là, mais c’est une raison de plus pour que les sacrificateurs ne soient en aucune manière sous son pouvoir.

Ils seront satisfaits d’avoir l’Éternel pour héritage, au lieu de la part charnelle de l’Israélite. Ils recevront leur part des offrandes de l’Éternel, de ce qui Lui est voué et des prémices (premiers fruits), et devront s’abstenir de ce qui est mort de soi-même, ou qui a été déchiré. « Et mon service leur sera pour héritage : moi, je suis leur héritage ; et vous ne leur donnerez pas de possession en Israël : moi, je suis leur possession. Ils mangeront l’offrande de gâteau, et le sacrifice pour le péché, et le sacrifice pour le délit ; et tout ce qui est voué à Dieu en Israël leur appartiendra. Et les prémices de tous les premiers fruits de toute espèce, et toute offrande élevée de toute espèce, de toutes vos offrandes élevées, appartiendront aux sacrificateurs ; et les prémices de votre pâte, vous les donnerez au sacrificateur, pour faire reposer la bénédiction sur ta maison. Les sacrificateurs ne mangeront de rien de ce qui est mort de soi-même ou de ce qui a été déchiré, soit d’entre les oiseaux, soit d’entre le bétail (44:29-31). Il n’est bien sûr pas nécessaire de démontrer que ces règles sont entièrement étrangères au christianisme ; pourtant elles seront certainement en vigueur quand la gloire de l’Éternel visitera et gouvernera la terre. On ne peut les appliquer ni au ciel, ni à ceux qui participent à l’appel céleste. Ce seront des leçons belles en leur lieu et en leur temps. Prises littéralement maintenant, ce ne sont que des éléments misérables (Gal. 4:9), quelle que soit l’instruction spirituelle qu’on peut et doit en tirer.

Tout tourne autour de Christ. S’Il est connu par la foi tandis qu’Il est en haut sur le trône du Père, cela forme une relation céleste ; « tel qu’est le céleste, tels aussi sont les célestes » (1 Cor. 15 :48). Mais quand Il sera manifesté en gloire pour dominer sur la terre, il y aura un changement correspondant dans la position relative occupée par Son peuple. Ce dernier ne sera plus un peuple céleste, mais terrestre. Le Saint Esprit ne les formera pas pour être un seul corps avec une tête céleste, mais Il les placera chacun dans leur position respective, Israël et les nations, des positions bien sûr distinctes. La vieille inimitié et la désaffection jalouse auront disparu sous le règne de Celui que tous reconnaîtront comme l’Éternel, le roi sur toute la terre. De là vient aussi que les distinctions terrestres de sacrificateurs et de lévites, et autres particularités d’un culte terrestre seront rétablies selon la volonté de Dieu, en lieu et place de la position commune à tous les chrétiens dans la proximité céleste comme aujourd’hui.

 

48             Chapitre 45

Ce chapitre nous donne une autre caractéristique de l’ère nouvelle, une offrande mise à part pour l’Éternel.

« Et quand vous partagerez par le sort le pays en héritage, vous offrirez en offrande élevée à l’Éternel une portion du pays sanctifiée : la longueur, vingt-cinq mille coudées en longueur, et la largeur, dix mille. Elle sera sainte dans toutes ses limites à l’entour. De celle-ci il y aura, pour le lieu saint, cinq cents cannes sur cinq cents, un carré, à l’entour ; et il aura cinquante coudées de banlieue, à l’entour. Et, d’après cette mesure, tu mesureras en longueur vingt-cinq mille, et en largeur dix mille ; et le sanctuaire sera là, le lieu très saint. Ce sera une portion sanctifiée du pays ; elle sera pour les sacrificateurs qui font le service du sanctuaire, qui s’approchent pour servir l’Éternel ; et ce sera un lieu pour leurs maisons, et un lieu consacré pour le sanctuaire. Et un espace de vingt-cinq mille en longueur et de dix mille en largeur sera aux Lévites qui font le service de la maison ; ils l’auront comme possession pour leurs lieux d’habitation » (45:1-5). L’Éternel réclame ainsi Son droit comme possesseur du pays — un possesseur reconnu, — mais Il s’en sert pour le sanctuaire de Son peuple, et pour ceux qui y exercent ce qui a rapport au culte, qu’ils soient sacrificateurs ou lévites. C’est une disposition nouvelle de l’ère millénaire, sans équivalent dans le passé.

« Et, pour possession de la ville, vous donnerez cinq mille en largeur, et vingt-cinq mille en longueur, le long de la sainte offrande élevée : ce sera pour toute la maison d’Israël. Et il y aura une portion pour le prince, d’un côté et de l’autre côté de la sainte offrande élevée et de la possession de la ville, en face de la sainte offrande élevée et en face de la possession de la ville, au côté occidental vers l’occident, et au côté oriental vers l’orient ; et la longueur en sera vis-à-vis de l’une des portions des tribus, depuis la limite occidentale jusqu’à la limite vers l’orient. Elle lui appartiendra comme terre, comme possession en Israël ; et mes princes n’opprimeront plus mon peuple, mais ils laisseront le pays à la maison d’Israël, selon leurs tribus » (45:6-8). Israël aura ainsi sa part dans la possession de la ville ; le prince aura la sienne et les tribus la leur dans le pays en général. L’Éternel relie ensemble le système tout entier de Son peuple, civil et religieux, à Son nom. Désormais l’oppression égoïste sera aussi inconnue que la corruption dans le culte. Mais il n’en reste pas moins clair qu’il s’agit de la terre et d’un peuple terrestre. Il n’y a pas place là pour les choses célestes. Quel vide dans les pensées des croyants qui ne laissent pas de place pour un pareil changement sur la terre, à la louange du nom de l’Éternel !

Ceci amène à une exhortation morale mordante adressée à ceux de la maison du prince. « Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : C’en est assez, princes d’Israël ! Ôtez la violence et la rapine, et pratiquez le jugement et la justice ; cessez d’expulser mon peuple de leur terre, dit le Seigneur, l’Éternel. Ayez des balances justes, et un épha juste, et un bath juste. L’épha et le bath auront une même mesure, en sorte que le bath contienne la dixième partie d’un khomer, et l’épha, la dixième partie d’un khomer ; leur mesure correspondra au khomer. Et le sicle sera de vingt guéras ; vingt sicles, vingt-cinq sicles, quinze sicles, seront votre mine » (45:9-12). Dieu daigne régler toutes choses pour Son peuple sur la terre, rien ne Lui échappe.

Les redevances religieuses sont ensuite déterminées avec précision. « C’est ici l’offrande élevée que vous offrirez : sur un khomer de froment, le sixième d’un épha, et sur un khomer d’orge, le sixième d’un épha ; et la redevance en huile, pour un bath d’huile, le dixième d’un bath sur un cor, qui est un khomer de dix baths (car dix baths font un khomer) ; et une brebis du petit bétail sur deux cents, des pâturages arrosés d’Israël ; — pour offrande de gâteau, et pour holocauste, et pour sacrifices de prospérités, pour faire propitiation pour eux, dit le Seigneur, l’Éternel. Tout le peuple du pays sera obligé à cette offrande élevée pour le prince en Israël. Et le prince sera chargé de fournir les holocaustes, et l’offrande de gâteau, et la libation, aux jours de fête, et aux nouvelles lunes, et aux sabbats, dans toutes les solennités de la maison d’Israël. Lui, offrira le sacrifice pour le péché, et l’offrande de gâteau, et l’holocauste, et les sacrifices de prospérités, pour faire propitiation pour la maison d’Israël (45:13-17). Les positions relatives du prince et du peuple sont ainsi bien définies ; il n’y a pas de confusion, mais leurs intérêts sont communs et indissociables.

Nous en arrivons aux temps et aux saisons tels qu’ils devront être désormais observés par Israël. On remarque aussitôt un ordre nouveau pour la purification du sanctuaire. « Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Au premier mois, le premier jour du mois, tu prendras un jeune taureau sans défaut, et tu purifieras le sanctuaire. Et le sacrificateur prendra du sang du sacrifice pour le péché, et en mettra sur les poteaux de la maison, et sur les quatre coins de la banquette de l’autel, et sur les poteaux de la porte du parvis intérieur. Et tu feras ainsi, le septième jour du mois, pour celui qui pèche par erreur, et pour le simple, et vous ferez propitiation pour la maison » (45:18-20). Ce n’est plus maintenant un témoignage au commencement de leurs mois, ni une expiation au septième mois. L’année s’ouvre dès le premier jour avec une offrande qui présente Christ dans Son dévouement sans tache, et souffrant pour le péché ; cela est répété le septième jour pour celui qui pèche par erreur et pour le simple, afin qu’aucun de ceux-là ne soit privé de la jouissance de Dieu et de ses privilèges.

Par ailleurs il y a les fêtes aussi bien que la propitiation pour la maison. Dieu remet en vigueur la Pâque. C’est la grande institution inchangée pour Son peuple, commencée en Égypte, observée dans le désert, célébrée dans le pays, retrouvée par Ézéchias puis à nouveau par Josias, après un long temps d’indifférence ; on voit qu’il faudra à nouveau garder la fête des sept jours de pains sans levain dans le royaume Israël. « Au premier mois, le quatorzième jour du mois, sera pour vous la Pâque, une fête de sept jours ; on mangera des pains sans levain. Et le prince offrira en ce jour-là, pour lui-même et pour tout le peuple du pays, un taureau en sacrifice pour le péché. Et, les sept jours de la fête, il offrira à l’Éternel, comme holocauste, sept taureaux et sept béliers sans défaut, chaque jour, les sept jours ; et, en sacrifice pour le péché, un bouc, chaque jour. Et il offrira, comme offrande de gâteau, un épha par taureau, et un épha par bélier, et de l’huile, un hin par épha » (45:21-24). Il n’y a pas ici des milliers de bœufs et de brebis offerts volontairement et d’un cœur parfait, mais au quatorzième jour du premier mois, le prince et tout le peuple sont identifiés l’un à l’autre comme jamais auparavant dans un seul taureau en sacrifice pour le péché, tandis que chaque jour pendant ces sept jours le prince offre un holocauste complet [sept taureaux], avec son signe de parfaite consécration à l’Éternel [sept béliers], et son sacrifice pour le péché quotidien, et l’offrande de gâteau appropriée.

Chose frappante, la fête des semaines n’apparaît nulle part. Certains conçoivent le millénium comme une ère spéciale de don de l’Esprit, et ils pourraient alors s’attendre naturellement à ce que cette fête des semaines soit de loin la plus importante des fêtes. Or elle est entièrement omise, ce qui est une instruction solennelle. Le don de l’Esprit a été et reste la caractéristique du jour de la grâce où nous avons à marcher par la foi et la patience, plutôt que la caractéristique du jour où le royaume vient en puissance. Cela ne veut pas dire que le Saint Esprit ne sera pas alors répandu sur toute chair : au contraire les prophètes l’affirment explicitement pour ce temps-là. Mais Il est descendu maintenant, non seulement en puissance et en bénédiction, mais baptisant tous ceux qui croient, Juifs ou Gentils, en un seul corps, le corps de Christ, Christ étant en haut la Tête glorifiée de l’église. Il n’en sera pas ainsi dans ce jour futur. Israël et les nations seront bénis, et se réjouiront ensemble ; mais il n’est annoncé aucune union comme celle du « seul corps ». Ils seront chacun sur son propre terrain, formant des cercles distincts quoique bénis, autour de leur Seigneur et Dieu, dont le trône terrestre sera à Jérusalem en ce jour-là. Il y aura alors une largeur bien plus vaste, mais non pas une hauteur et une profondeur (Éph. 3:18) comme la grâce souveraine de Dieu donne aujourd’hui à la louange de Son Christ, maintenant rejeté sur la terre mais exalté dans les cieux. Il me semble donc tout à fait convenable que la Pentecôte soit absente au temps de la bénédiction de la terre, car elle a trouvé son accomplissement le plus élevé et le plus riche dans l’Église de Dieu unie à Christ dans les lieux célestes.

Par contre, la fête des tabernacles se retrouvera certainement dans ce temps-là. Elle est prescrite à nouveau ici, à sa date normale. « Au septième mois, le quinzième jour du mois, à la fête, il fera selon ces ordonnances, sept jours, quant au sacrifice pour le péché, quant à l’holocauste, et quant à l’offrande de gâteau, et quant à l’huile » (45:25). Le sens de l’œuvre de Christ sera pleinement maintenu, comme à la Pâque ; mais la fête qui aura alors son expression la plus complète sera clairement la grande récolte, pour se réjouir devant l’Éternel, après la moisson et la vendange (cf. Apoc. 14) lorsqu’ils regarderont en arrière vers les jours de leur pèlerinage, passés pour toujours. Il n’y aura pas seulement un témoignage rendu comme celui des deux pains aujourd’hui (Lév. 23:17), mais ce sera la bénédiction d’Israël avec la gloire resplendissant sur Sion.

 

49             Chapitre 46

Ce chapitre nous donne de nouveaux détails sur le culte public de l’ère millénaire dans le sanctuaire ; les instructions concernent le prince, le peuple et les sacrificateurs, avec une place toute particulière pour les sabbats et les nouvelles lunes.

« Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : La porte du parvis intérieur, qui regarde vers l’orient, sera fermée les six jours de travail ; mais le jour du sabbat, elle sera ouverte, et le jour de la nouvelle lune, elle sera ouverte » (46:1). La raison pour laquelle ces deux jours du sabbat et de la nouvelle lune ont une place si importante est évidente. Ceux qui sont de Dieu n’ont plus désormais à entrer dans le repos, car ils y sont arrivés. Le jour est venu. Le peuple de Dieu n’a plus besoin de garder le sabbat. La gloire habite le pays et les fils d’Israël sont rassemblés de tous les pays, de l’orient et de l’occident, du nord et du midi. Dans le désert, ils avaient suivi un chemin solitaire, sans trouver de ville où habiter (Ps. 107:4). Tout cela est passé, et passé pour toujours. Ils ont été conduits par un bon chemin, et sont arrivés à une ville d’habitation, oui c’est Sa ville, et c’est là le sujet de gloire vrai, profond et digne : comme nous allons le voir, l’Éternel est là (48:35). « En ce jour-là, il sera dit à Jérusalem : Ne crains pas ! Sion, que tes mains ne soient pas lâches ! L’Éternel, ton Dieu, au milieu de toi, est puissant ; il sauvera ; il se réjouira avec joie à ton sujet : il se reposera dans son amour, il s’égayera en toi avec chant de triomphe » (Soph. 3:16-17). C’est pourquoi le sabbat aura alors naturellement beaucoup d’importance. Il en sera de même avec le jour de la nouvelle lune. Israël qui pendant si longtemps avait décru pour finalement disparaître, renouvelle maintenant sa lumière, pour ne plus jamais la perdre. La nouvelle lune représente dont très justement Israël restauré en ce jour-là et pour toujours.

« Et le prince viendra du dehors par le chemin du portique de la porte, et il se tiendra près des poteaux de la porte, et les sacrificateurs offriront son holocauste et ses sacrifices de prospérités ; et il rendra son culte sur le seuil de la porte, et il sortira ; et la porte ne se fermera pas jusqu’au soir. Et le peuple du pays rendra son culte à l’entrée de cette porte, les jours de sabbat et aux nouvelles lunes, devant l’Éternel » (46:2-3). Il était convenable que le prince et le peuple adorent ainsi devant l’Éternel, avec cette distinction entre eux. Même le prince n’entre pas, mais se tient près des poteaux de la porte ; il rend son culte sur le seuil. S’approcher comme nous le faisons maintenant en Esprit à travers le voile déchiré n’existe pas, car le peuple a sa bénédiction sur la terre et non dans les lieux célestes.

« Et l’holocauste que le prince présentera à l’Éternel, le jour du sabbat, sera de six agneaux sans défaut, et d’un bélier sans défaut ; et l’offrande de gâteau, d’un épha pour le bélier ; et pour les agneaux, l’offrande de gâteau sera ce que sa main peut donner ; et de l’huile, un hin par épha. Et, au jour de la nouvelle lune, un jeune taureau sans défaut, et six agneaux, et un bélier ; ils seront sans défaut ; et il offrira une offrande de gâteau d’un épha pour le taureau, et d’un épha pour le bélier ; et, pour les agneaux, selon ce que sa main aura pu trouver ; et de l’huile, un hin par épha. Et quand le prince entrera, il entrera par le chemin du portique de la porte, et il sortira par le même chemin » (46:4-8). Tel est l’ordre dans les circonstances ordinaires. Il y a pourtant une différence lors des fêtes solennelles, car alors le prince entre et sort au milieu du peuple. « Et quand le peuple du pays entrera devant l’Éternel, lors des solennités, celui qui entrera par le chemin de la porte du nord, pour rendre son culte, sortira par le chemin de la porte du midi ; et celui qui entrera par le chemin de la porte du midi, sortira par le chemin de la porte du nord ; il ne s’en retournera pas par le chemin de la porte par laquelle il est entré, mais il sortira par celle qui est vis-à-vis. Et le prince entrera au milieu d’eux, quand ils entreront ; et, quand ils sortiront, ils sortiront ensemble. Et aux fêtes, et aux solennités, l’offrande de gâteau sera d’un épha pour le taureau, et d’un épha pour le bélier ; et, pour les agneaux, ce que sa main peut donner ; et de l’huile, un hin par épha » (46:9-11). Une autre distinction apparaît lorsque le prince offrira un sacrifice volontaire tout seul : « Mais si le prince offre un holocauste volontaire, ou des sacrifices volontaires de prospérités à l’Éternel, on lui ouvrira la porte qui regarde vers l’orient ; et il offrira son holocauste et ses sacrifices de prospérités, comme il fait le jour du sabbat ; puis il sortira, et on fermera la porte après qu’il sera sorti » (46:12).

Il est aussi remarquable de constater le point suivant : le sacrifice journalier consistait en un agneau offert en holocauste ; comme sous l’ancienne alliance il fallait en offrir un chaque matin, mais par contre il n’est plus question de l’agneau de l’offrande du soir. « Et tu offriras chaque jour à l’Éternel un agneau âgé d’un an, sans défaut, comme holocauste ; tu l’offriras chaque matin ; et tu offriras l’offrande de gâteau, avec lui, chaque matin, le sixième d’un épha ; et de l’huile, le tiers d’un hin, pour humecter la fleur de farine, — une offrande continuelle de gâteau à l’Éternel, par ordonnance perpétuelle. Et on offrira l’agneau, et le gâteau, et l’huile, chaque matin, un holocauste continuel » (46:13-15). La convenance de cette disposition est évidente ; on sera au temps où le soleil d’Israël ne se couchera plus. Autrefois l’agneau du soir était fort à propos à tous égards, et c’était une grande consolation pour le peuple de le connaître lorsqu’il se réveillait à la vérité que Dieu avait pourvu pour cette si longue nuit durant laquelle ils avaient hélas ! dormi, oubliant Celui qui était mort pour la nation. Mais quand ils seront dans la lumière de Son jour, l’agneau du soir disparaîtra, tandis que celui du matin subsistera comme holocauste continuel.

Nous avons ensuite le soin pris pour que le prince ne dépasse pas les limites de ses droits, en cas de don fait à un de ses serviteurs, afin de garder intacts les droits de ses fils et ceux des Israëlites. « Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Si le prince fait un don à l’un de ses fils, ce sera l’héritage de celui-ci pour ses fils, leur possession comme héritage. Et si, de son héritage, il fait un don à l’un de ses serviteurs, cela lui appartiendra jusqu’à l’année de liberté, et alors retournera au prince ; seulement son héritage demeurera à ses fils. Et le prince ne prendra pas de l’héritage du peuple en les opprimant, les chassant de leur possession : c’est de sa propre possession qu’il fera hériter ses fils, afin que mon peuple ne soit pas dispersé, chacun loin de sa possession » (46:16-18). Le vrai jugement retournera à la justice en ce jour-là (Ps. 94:15). Le jubilé est ainsi observé dans toute sa force.

Les derniers ordonnances montrent des dispositions spéciales non seulement pour les offrandes de gâteau, mais pour les sacrifices pour le péché et pour le délit. L’état d’Israël sur la terre faisait que c’était encore une nécessité. « Puis il m’amena par le passage qui était à côté de la porte, vers les cellules saintes des sacrificateurs, qui regardent vers le nord ; et voici, il y avait là un lieu, au fond, vers l’occident. Et il me dit : C’est ici le lieu où les sacrificateurs feront bouillir le sacrifice pour le délit et le sacrifice pour le péché, et où ils cuiront l’offrande de gâteau, en sorte qu’ils ne les portent pas dehors dans le parvis extérieur de manière à sanctifier le peuple. Et il me fit sortir dans le parvis extérieur et me fit passer aux quatre angles du parvis ; et voici, il y avait un parvis dans chaque angle du parvis. Dans les quatre angles du parvis, il y avait des parvis clos, quarante coudées en longueur et trente en largeur ; il y avait une même mesure pour les quatre parvis des angles ; et, à l’entour, dans ces parvis, une maçonnerie continue, autour des quatre ; et des foyers à cuire, pratiqués au-dessous des rangées, à l’entour. Et il me dit : Ce sont ici les cuisines, où ceux qui font le service de la maison font cuire les sacrifices du peuple » (46:19-24). L’ère millénaire diffère aussi franchement des voies présentes de Dieu avec l’Église que de l’état éternel. Nous avons ici Israël béni sur la terre pendant le royaume, Satan lié, mais le péché est réprimé sans être encore extirpé ; dans certains cas la grâce agit encore en rapport avec lui lorsqu’il n’appelle pas la malédiction où le retranchement.

 

50             Chapitre 47

Voici maintenant une particularité très caractéristique de cette ère future, en rapport avec le sanctuaire de l’Éternel : des eaux en sortent avec un pouvoir de guérison et un volume qui va croissant.

On sait que Joël avait déjà prédit qu’ « une source sortira de la maison de l’Éternel, et arrosera la vallée de Sittim » (Joël 3:18). Cette prophétie implique une exubérance de bénédiction terrestre, comme gage de la faveur et du plaisir de Dieu en bonté envers Sa créature. La vallée de Sittim (des acacias) ne l’empêche pas, mais le confirme. Car il ne s’agit pas de savoir si les eaux pourraient couler vers ce lieu situé de l’autre côté du Jourdain, à une dizaine de kilomètres au-delà de la Mer Morte, selon la configuration de la nature actuelle. « Ce jour-là » ne sera pas assujetti à de telles conditions de la nature. La nature s’est inclinée devant le Créateur lorsqu’Il est venu pour être un homme, pour mourir et pour ressusciter ; elle s’inclinera encore quand Il viendra exécuter le jugement des vivants, à Sa venue dans Son royaume. C’est justement parce qu’elle offre un exemple spécial de sécheresse que Dieu choisit cette vallée, et déclare qu’elle sera arrosée ; c’est parce que la mer de l’est est passée en proverbe comme une mer de mort, qu’elle sera transformée en abondance de vie. La bénédiction se répandra jusqu’aux bouts de la terre depuis ce centre — la maison de l’Éternel. Ce qui devra exister, existera alors sans faute, sur la terre même, et en dépit de la triste continuité de manquement qui y a régné jusqu’alors ; il en sera ainsi à cause du règne de l’Éternel-Jésus en vertu de Sa croix.

Après Ézéchiel, Zacharie a déclaré (14:8) que la moitié des eaux vives s’écoulera vers la mer de derrière ou Méditerranée, et l’autre moitié vers la mer orientale [Mer Morte], ajoutant ainsi quelque chose de tout à fait physique à ce que Joël avait annoncé ; cela aura lieu été comme hiver, car la source de ces eaux est bien au-dessus des ressources de la créature.

Entre ces deux prophètes, Ézéchiel nous parle de quelle sorte d’eaux il s’agit, et quels sont leurs effets, ce qui fait voir une énergie entièrement différente de celles de l’homme ou de la nature, au point qu’Henderson est obligé ici de se démarquer de sa précédente interprétation. Quand il s’agit du temple et des ordonnances, il reconnaît qu’il faut les prendre au sens littéral. Mais dans ce ch. 47, il cesse de le faire parce que la réalisation de cette vision n’est laissée en rien aux Juifs. Une pareille position est erronée à tous égards. Une première raison est que les Juifs ne peuvent pas plus agir pour ramener la manifestation visible de la gloire de l’Éternel que pour faire couler les eaux guérissantes du temple, et pourtant le retour des chérubins est l’aspect le plus grandiose de cette vision, d’un bout à l’autre. Une seconde raison est la suivante : dans ce qu’on pourrait penser le plus à la portée des Juifs, une grande partie de la description du temple et des rites cultuels diffèrent entièrement de ce qui a existé parmi le résidu de retour de Babylone dans son pays — nous avons déjà eu l’occasion de le voir. On ne trouve guère un seul point concordant entre leur histoire passée et cette prophétie.

La seule conclusion valable est que cette vision, dans son ensemble comme dans ses détails, appartient au futur et suppose le royaume rétabli sur Israël, restauré et installé pour toujours dans leur pays. À ce point de vue, il vaut la peine de citer les paroles de ce traducteur Henderson, même si elles méritent d’être corrigées sur certains points : « Ayant laissé le temple, le siège de la résidence divine, et la source d’où découlent toutes bénédictions pour la restauration de la nation hébreue, le prophète est transporté en vision vers le sud, dans la région de la Mer Morte, dont on se servait comme image de tout ce qui était interdit ou malsain, — le type même de la stérilité et de la désolation. Cette région était transformée désormais en fertilité et beauté. Autant sa condition précédente était un symbole frappant du caractère d’Israël spirituellement sans fruit, abominable et idolâtre, autant elle allait servir d’image de l’état de choses renouvelé quand Dieu ramènera son peuple selon Ses promesses, qu’Il les bénira en leur conférant les marques riches de Sa faveur. Au lieu du désert aride, la région allait devenir comme le jardin d’Eden. Par les effusion abondantes des influences de Son Saint Esprit, Il restaurerait Son Église à la vie spirituelle, et en ferait l’instrument pour répandre la bénédiction autour du monde ».

Le lecteur intelligent verra dans ces propos la confusion des Juifs avec l’Église, mais aussi l’erreur consistant à supposer que la vision concerne la bénédiction d’Israël. C’est de manière caractéristique la bénédiction divine qui changera la scène de mort au-dehors, scène habituelle et terrible, en vie et fécondité découlant de la maison de l’Éternel. Quelle que soit l’effusion du Saint Esprit qui l’accompagne, il n’y a aucune base valable pour mettre en cause le fait que cette partie de la vision est tout autant littérale que ce qui précède et ce qui suit.

« Et il me fit retourner à l’entrée de la maison, et voici des eaux qui sortaient de dessous le seuil de la maison, vers l’orient, car la façade de la maison était tournée vers l’orient. Et les eaux descendaient de dessous, du côté droit de la maison, au midi de l’autel. Et il me fit sortir par le chemin de la porte du nord, et il me fit faire le tour par dehors vers la porte extérieure, vers la porte qui regarde vers l’orient ; et voici des eaux qui coulaient du côté droit. Quand l’homme sortit vers l’orient, il avait un cordeau dans sa main ; et il mesura mille coudées, et me fit traverser les eaux, — des eaux montant jusqu’aux chevilles des pieds. Et il mesura mille coudées, et me fit traverser les eaux, — des eaux montant jusqu’aux genoux. Et il mesura mille coudées, et me fit traverser, — des eaux montant jusqu’aux reins. Et il mesura mille coudées : c’était une rivière que je ne pouvais traverser, car les eaux avaient crû, des eaux où il fallait nager, une rivière qu’on ne pouvait traverser » (47:1-5). Le fait remarquable ici est l’augmentation frappante du volume des eaux, sans la moindre allusion que cela provienne de l’apport d’affluents comme dans la nature ordinaire, cette pensée étant même plutôt exclue. C’est une manifestation étonnante de la puissante grâce de Dieu : tout jaillit de Sa maison, et à mesure qu’elles s’éloignent de leur source, les eaux deviennent rapidement plus profondes, au lieu qu’il y ait un accroissement des bas-fonds — montant jusqu’aux chevilles, puis aux genoux, puis aux reins, et enfin jusqu’à ce qu’elles forment une rivière dans laquelle il faut nager et qu’on ne peut traverser.

« Et il me dit : As-tu vu, fils d’homme ? Et il me fit aller et retourner sur le bord de la rivière. Quand j’y fus retourné, voici, au bord de la rivière, des arbres en très grand nombre, d’un côté et de l’autre. Et il me dit : Ces eaux sortent vers la contrée orientale, et elles descendent dans la plaine et parviennent jusqu’à la mer ; lorsqu’elles se seront déversées dans la mer, les eaux de la mer seront rendues saines. Et il arrivera que tout être vivant qui se meut partout où parvient la double rivière, vivra. Et il y aura une très grande quantité de poissons, car ces eaux parviendront là, et les eaux de la mer seront rendues saines ; et tout vivra, là où parviendra la rivière. Et les pêcheurs se tiendront auprès d’elle : depuis En-Guédi jusqu’à En-Églaïm, ce sera un lieu pour étendre les filets. Leur poisson sera selon ses espèces, comme le poisson de la grande mer, en très grand nombre. Ses marais et ses étangs ne seront pas assainis, ils seront abandonnés au sel. Et sur la rivière, sur son bord, d’un côté et de l’autre, croissaient toutes sortes d’arbres dont on mange. Leur feuille ne se flétrira pas, et leur fruit ne cessera pas : tous les mois ils porteront du fruit mûr ; car ses eaux sortent du sanctuaire. Et leur fruit sera pour nourrir, et leur feuille, pour guérir » (47:6-12). Les effets apparaissent immédiatement : sur les deux rives de la rivière, il y a des arbres très nombreux, et dans ces eaux où la mort a si longtemps régné, il y a des poissons en si grand nombre que les pécheurs sont obligés d’étendre leurs filets d’un bout à l’autre de ce qui a été le lac d’Asphaltitis. Cependant nous sommes encore dans le temps, non pas encore dans la perfection ni dans les conditions de l’éternité, car la mer existe toujours (cf. Apoc. 21:1), et ses marais et ses étangs ne sont pas assainis, quelle que soit au-dedans et aux alentours, l’abondance luxuriante de la vie végétale et animale. Il y a une exception notable ici au v. 11, même si l’on accepte l’idée que ces eaux non assainies sont une réserve de sel, ou qu’elles servent à la production de sel. Combien est beau ce tableau des dispositions de la bonté de Dieu au verset 12, bien qu’on note au passage l’approvisionnement en feuilles pour la médecine. C’est une scène terrestre.

On peut remarquer combien quelques-unes des anciennes versions (en grec, syriaque et arabe) ont curieusement mal compris le sens clair et certain du v. 8. Toutes les trois ont fait une bévue en traduisant le mot hébreu pour contrée orientale par Galilée ; les Septante et la version arabe ajoutent une seconde erreur en traduisant plaine par l’Arabie, qui en syriaque désigne le nord ou nord-est, au lieu de la plaine ou vallée du Jourdain. Le Targum de Jonathan ne fait pas cette erreur.

Le reste du chapitre s’occupe de la disposition d’Israël dans le pays ; ici Henderson ne peut que revenir au sens littéral pour Canaan et les tribus, ce qui est inévitable pour un commentateur exempt de préjugés. Les conseils de Dieu demeurent. Joseph, quelque sombre qu’ait été l’histoire de ses fils, doit avoir sa portion ; les droits selon la chair sont perdus, Ruben est déchu de son droit d’aînesse, mais le don de grâce d’origine subsiste. « Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : C’est ici la frontière selon laquelle vous donnerez le pays en héritage aux douze tribus d’Israël. Joseph aura deux parts. Et vous l’hériterez l’un comme l’autre, le pays au sujet duquel j’ai levé ma main de le donner à vos pères ; et ce pays vous écherra en héritage. Et c’est ici la frontière du pays : Du côté du nord, depuis la grande mer, le chemin de Hethlon, quand on va à Tsedad ; Hamath, Bérotha, Sibraïm, qui est entre la frontière de Damas et la frontière de Hamath, Hatser-Hatthicon qui est sur la frontière du Hauran. Et la frontière, depuis la mer, sera Hatsar-Énon, la frontière de Damas, et le nord, vers le nord, et la frontière de Hamath ; c’est là le côté du nord. — Et le côté de l’orient : vous mesurerez d’entre le Hauran et Damas, et Galaad, et le pays d’Israël, le long du Jourdain, — depuis la frontière jusqu’à la mer orientale ; c’est là le côté de l’orient. —  Et le côté du midi, vers le sud : depuis Thamar jusqu’aux eaux de Meriba de Kadès, la rivière jusqu’à la grande mer ; c’est là le côté du sud, vers le midi. —  Et le côté de l’occident : la grande mer, depuis la frontière jusque vis-à-vis de l’entrée de Hamath ; c’est le côté de l’occident. Et vous vous partagerez ce pays entre les tribus d’Israël » (47:13-21). Quelqu’un craint-il que la place manque pour Israël réuni, et rentrant chacun de tous les pays ? Inutile de craindre, car la terre produira son fruit (Ps. 67:6), et l’abondance de la mer se tournera vers Sion, et les richesses des nations viendront à Sion sans mesure (És. 60:5). La nation et le royaume qui ne serviront pas Jérusalem périront (És 60:12). Des rois seront ses nourriciers, des princesses ses nourrices (És. 49:23).

Il y a tellement peu de raisons de s’inquiéter que le pays suffise non seulement aux tribus d’Israël, mais aussi aux étrangers séjournant au milieu d’elle et qui y ont engendré des enfants. « Et il arrivera que vous le partagerez par le sort, comme un héritage pour vous et pour les étrangers qui séjournent au milieu de vous, qui engendreront des fils au milieu de vous ; et ils vous seront comme les Israélites de naissance ; ils hériteront avec vous par le sort, au milieu des tribus d’Israël. Et il arrivera que, dans la tribu chez laquelle l’étranger séjourne, là vous lui donnerez son héritage, dit le Seigneur, l’Éternel » (47:22-23). Qui mettrait en doute qu’une telle largeur de cœur et une telle libéralité sont totalement nouvelles en Israël ?

Il est absolument évident sur tous les plans que ce que nous lisons ne relève pas d’un passé accompli, mais de l’avenir brillant que Dieu a réservé à Israël dans son pays, quand l’étranger recevra un accueil vraiment divin pour hériter dans n’importe quelle tribu. Il en sera ainsi pour les Juifs dans ce temps-là, en heureux contraste avec tout ce qui a eu lieu auparavant ! Ils l’apprendront de Dieu lorsqu’ils s’inclineront devant Jésus et que leur bénédiction sera une bénédiction pour les autres. Bonne mesure, pressée et secouée et qui débordera (Luc 6:38), voilà ce que donneront les Juifs à la louange de Sa grâce et de Sa bonté qui demeure à toujours.

 

51             Chapitre 48

Pour quelqu’un sans parti pris, il doit être évident que la répartition des tribus dans le pays, depuis Josué jusqu’à la ruine de la royauté diffère en tous points de celle de la prophétie d’Ézéchiel que nous lisons dans ce chapitre, et que depuis ce temps-là on n’a rien vu qui y ressemble. Dan est à l’extrême nord, et non plus Nephtali comme autrefois. Ensuite vient Aser, et après lui Nephtali, mais pas avant. Manassé, autrefois divisé en deux par le Jourdain, est réuni en un, comme les autres tribus ; Éphraïm est juste au sud de Manassé ; puis vient Ruben dont la possession n’est plus à l’est du Jourdain, mais vient à la suite d’Éphraïm ; Juda est immédiatement avant la sainte offrande. Au sud de cette dernière se trouve la portion de Benjamin, ce qui est juste l’inverse de l’ordre ancien où Benjamin était au nord de Juda. Siméon vient ensuite, puis Issacar, lequel était auparavant au nord de la Samarie et au sud-ouest de la mer de Galilée. Ensuite Zabulon qui était autrefois au nord d’Issacar, et en dernier lieu Gad qui se trouve à l’extrême Sud, au lieu d’être à l’est comme autrefois.

« Et ce sont ici les noms des tribus. Depuis l’extrémité nord, le long du chemin de Hethlon quand on va à Hamath et Hatsar-Énan, la frontière de Damas, au nord près de Hamath, — le côté de l’orient, et l’occident, seront à lui, — une part pour Dan. Et sur la frontière de Dan, depuis le côté de l’orient jusqu’au côté de l’occident : une part pour Aser. Et sur la frontière d’Aser, depuis le côté de l’orient jusqu’au côté de l’occident : une part pour Nephthali. Et sur la frontière de Nephthali, depuis le côté de l’orient jusqu’au côté de l’occident : une part pour Manassé. Et sur la frontière de Manassé, depuis le côté de l’orient jusqu’au côté de l’occident : une part pour Éphraïm. Et sur la frontière d’Éphraïm, depuis le côté de l’orient jusqu’au côté de l’occident : une part pour Ruben. Et sur la frontière de Ruben, depuis le côté de l’orient jusqu’au côté de l’occident : une part pour Juda.

Et sur la frontière de Juda, depuis le côté de l’orient jusqu’au côté de l’occident, sera l’offrande élevée que vous offrirez : vingt-cinq mille coudées en largeur, et la longueur comme l’une des autres parts, depuis le côté de l’orient jusqu’au côté de l’occident ; et le sanctuaire sera au milieu. L’offrande élevée que vous offrirez à l’Éternel sera de vingt-cinq mille en longueur, et de dix mille en largeur. Et cette portion sera pour les sacrificateurs, la sainte offrande : au nord, vingt-cinq mille ; et à l’occident, la largeur, dix mille ; et à l’orient, la largeur, dix mille ; et au midi, la longueur, vingt-cinq mille ; et le sanctuaire de l’Éternel sera au milieu. L’offrande sera pour les sacrificateurs qui sont sanctifiés d’entre les fils de Tsadok, qui ont fait l’acquit de la charge que je leur ai confiée, qui ne se sont pas égarés dans les égarements des fils d’Israël, comme les Lévites se sont égarés. Et, sur l’offrande du pays, ils auront une offrande élevée, une chose très sainte, sur la frontière des Lévites.

Et le long de la frontière des sacrificateurs, les Lévites auront une longueur de vingt-cinq mille, et une largeur de dix mille ; toute la longueur sera de vingt-cinq mille, et la largeur, de dix mille. Ils n’en vendront rien, et n’en feront pas d’échange, et ils n’aliéneront pas les prémices du pays, car il est saint, consacré à l’Éternel.

Et les cinq mille qui restent de la largeur en face des vingt-cinq mille seront un espace profane pour la ville, pour des habitations et pour une banlieue ; et la ville sera au milieu. Et ce sont ici ses mesures : le côté du nord, quatre mille cinq cents ; et le côté du midi, quatre mille cinq cents ; et le côté de l’orient, quatre mille cinq cents ; et le côté de l’occident, quatre mille cinq cents. Et la banlieue de la ville, au nord, sera de deux cent cinquante, et au midi, de deux cent cinquante, et à l’orient, de deux cent cinquante, et à l’occident, de deux cent cinquante. Et ce qui reste sur la longueur, le long de la sainte offrande, sera de dix mille vers l’orient, et de dix mille vers l’occident : il sera le long de la sainte offrande élevée, et son rapport sera pour la nourriture de ceux qui servent la ville.

Et ceux qui servent la ville la serviront, de toutes les tribus d’Israël. Toute l’offrande élevée sera de vingt-cinq mille sur vingt-cinq mille ; vous offrirez la sainte offrande élevée, un carré, avec la possession de la ville.

Et le restant sera pour le prince, d’un côté et de l’autre de la sainte offrande et de la possession de la ville, en face des vingt-cinq mille de l’offrande élevée jusqu’à la frontière d’orient, et, vers l’occident, en face des vingt-cinq mille jusqu’à la frontière d’occident, le long des autres portions : cela sera pour le prince. Et la sainte offrande élevée et le sanctuaire de la maison seront au milieu d’elle. Et depuis la possession des Lévites et la possession de la ville, qui sont au milieu de ce qui sera au prince, — ce qui est entre la frontière de Juda et la frontière de Benjamin sera pour le prince.

Et quant au reste des tribus, depuis le côté de l’orient jusqu’au côté de l’occident : une part pour Benjamin. Et sur la frontière de Benjamin, depuis le côté de l’orient jusqu’au côté de l’occident : une part pour Siméon. Et sur la frontière de Siméon, depuis le côté de l’orient jusqu’au côté de l’occident : une part pour lssacar. Et sur la frontière d’Issacar, depuis le côté de l’orient jusqu’au côté de l’occident : une part pour Zabulon. Et sur la frontière de Zabulon, depuis le côté de l’orient jusqu’au côté de l’occident : une part pour Gad. Et sur la frontière de Gad, du côté du midi, vers le sud, la frontière sera depuis Thamar jusqu’aux eaux de Meriba de Kadès, la rivière jusqu’à la grande mer. C’est là le pays que vous partagerez par le sort, comme héritage entre les tribus d’Israël, et ce sont là leurs parts, dit le Seigneur, l’Éternel » (48:1-29).

On remarque que, comme au temps de Josué, le pays sera divisé par le sort (45:1 ; 47:22) au jour où un plus grand que Josué prendra le royaume. L’offrande élevée est un aspect entièrement nouveau de cette redistribution d’Israël, quand viendra Celui qui a droit à la couronne, et qui aura soin en premier lieu du sanctuaire de l’Éternel. Prince, sacrificateurs et Lévites seront tous là, chacun à sa place par rapport à la ville et au sanctuaire. Car il n’est pas question ici de ciel ou de cité céleste, ni de nouvelle Jérusalem qui descend du ciel d’auprès de Dieu, mais de la terre et du pays. Le temple est mentionné ici, alors qu’il est insisté sur son absence en Apocalypse 21. Il ne peut ni ne pourrait y avoir de sacrificateurs, de Lévites, de fêtes ni de sacrifices dans la cité céleste d’Apocalypse, pas davantage que dans la chrétienté aujourd’hui. Dans Ézéchiel, il y a des aspects essentiels et ineffaçables, qui ne peuvent être compris que par ceux qui, croyant les prophètes, attendent le siècle à venir avant l’éternité, et l’accomplissement des prophéties qui annoncent la bénédiction d’Israël et des Gentils sous le règne du Seigneur Jésus, quand Il sera venu avec tous Ses saints en gloire. Ne pas croire à la vérité est naturel, et raisonner contre elle n’est pas difficile, mais la Parole de Dieu demeure aussi claire et certaine que toujours. Bienheureux sont ceux qui, confessant la joie et le repos futur d’Israël sur la terre, convertis dans la grâce et la fidélité de Dieu, sont d’autant plus libres d’attendre le Fils de Dieu du ciel, Celui qui nous délivre de la colère qui vient (1 Thes. 1:10). Voir distinctement la position du peuple terrestre, d’abord sous la responsabilité ancienne de la loi, ensuite sous le Messie et la nouvelle alliance, aide beaucoup ceux qui, par grâce, croient malgré les efforts de Satan qui voudrait autant que possible obscurcir et détruire l’intelligence et la jouissance de leur bénédiction propre et de leur appel céleste, comme corps de Christ et épouse de l’Agneau. On évite ainsi le mysticisme, et l’Écriture est reçue en toute simplicité de la foi.

Nous arrivons à la fin de cette prophétie. « Et ce sont ici les issues de la ville : du côté du nord, une mesure de quatre mille cinq cents coudées ; et les portes de la ville seront selon les noms des tribus d’Israël : trois portes vers le nord : la porte de Ruben, une ; la porte de Juda, une ; la porte de Lévi, une. Et vers le côté de l’orient, quatre mille cinq cents, et trois portes : la porte de Joseph, une ; la porte de Benjamin, une ; la porte de Dan, une. Et du côté du midi, une mesure de quatre mille cinq cents coudées, et trois portes : la porte de Siméon, une ; la porte d’Issacar, une ; la porte de Zabulon, une. Du côté de l’occident, quatre mille cinq cents, et leurs trois portes : la porte de Gad, une ; la porte d’Aser, une ; la porte de Nephthali, une. Le circuit était de dix-huit mille coudées ; et le nom de la ville, dès ce jour : l’Éternel est là ».

La gloire suprême qui termine le livre, c’est la présence de l’Éternel dans la ville qu’Il a choisie. Israël pourra s’en glorifier plus que de tous ses privilèges, et à juste titre, car c’est le complément et le couronnement de tout. Quelle fin merveilleuse de leurs longs pèlerinages et de leurs nombreuses douleurs ! Combien cela est digne de Sa grâce qui rachète, et qui purifiera la culpabilité, quand ils se tourneront vers Lui par la foi, discernant et reconnaissant enfin leur folie auto-destructrice dans la lumière de Son amour, Lui qui n’a jamais fléchi, mais qui est mort pour eux tant de siècles avant qu’ils s’abattent devant Sa face avec honte et contrition.