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Méditations sur le Livre de NÉHÉMIE

 

et son application pratique au temps actuel

 

W. KELLY

Traduction française : Édition 1991 (Éditions, Bibles et traités chrétiens, Vevey, Suisse)
La plupart des sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest

 

Table des matières abrégée :

1     Dernier aperçu historique du peuple d’Israël dans l’Ancien Testament

2     Ch. 1 — Néhémie, un homme de Dieu

3     Ch. 2

4     Ch. 3

5     Ch. 4

6     Ch. 5 — Fautes internes au peuple

7     Ch. 6

8     Ch. 7 et 8

9     Ch. 9 à 12 — Après la fête : jeûne et séparation

10      Ch. 13 — Séparation d’avec le peuple mélangé

 

 

Table des matières détaillée :

1     Dernier aperçu historique du peuple d’Israël dans l’Ancien Testament

2     Ch. 1 — Néhémie, un homme de Dieu

2.1      Néhémie homme de Dieu

2.2      Lo-Ammi, pas mon peuple

2.3      Ruine et ressource

3     Ch. 2

3.1      Un mauvais visage

3.2      Origine et fonction de Néhémie

3.3      Christianisme du dimanche

3.4      La prière intérieure de Néhémie

3.5      Indépendance ou exercice personnel

3.6      Contre-attaque du diable

4     Ch. 3

4.1      Un travail pour chacun

4.2      Ce que signifie « servir »

4.3      Travail de chefs

4.4      Travail des femmes

5     Ch. 4

5.1      En face de l’ennemi

5.2      Un peuple faible et des réunions faibles

5.3      Manque de puissance ?

5.4      Des chiffres qui montrent la ruine

5.5      Prière et combat

6     Ch. 5 — Fautes internes au peuple

7     Ch. 6

7.1      L’ennemi propose la paix

7.2      Autres pièges tendus par l’ennemi

8     Ch. 7 et 8

8.1      Une remarquable lecture des Écritures

8.2      La fête des tabernacles retrouvée

9     Ch. 9 à 12 — Après la fête : jeûne et séparation

10      Ch. 13 — Séparation d’avec le peuple mélangé

10.1    Défaillance dans la séparation

10.2    Abstention de la Table du Seigneur

10.3    Liens étrangers

 

 

1                    Dernier aperçu historique du peuple d’Israël dans l’Ancien Testament

Le livre que nous sommes appelés à considérer maintenant correspond historiquement au dernier aperçu que nous donne l’Ancien Testament sur le peuple d’Israël. C’est dire le très grand intérêt qu’il présente pour nous qui sommes appelés à être le peuple de Dieu ici-bas dans les derniers temps. Derniers temps qui commencèrent, nous le savons, avant que le dernier apôtre fût retiré, afin que Dieu pût nous donner une instruction appropriée : non seulement des vues scripturaires, mais un tableau moral de ces derniers temps peint par le Saint Esprit. Ainsi pourrons-nous comparer la position d’Israël dans ces jours de la fin et la nôtre en des temps de ruine, de manière à nous approprier les leçons apprises par le peuple terrestre. Je ne dis pas cela pour stimuler notre imagination, mais pour nous aider à rechercher l’instruction que le Saint Esprit nous a donnée à travers l’histoire de ce résidu de la transportation.

On peut remarquer une grande différence de ton entre le livre d’Esdras et celui de Néhémie. Esdras nous montre le résidu remontant de Babylone et se rassemblant premièrement à Jérusalem. Le livre de Néhémie nous montre le même résidu à une époque plus tardive. Malachie est à peu près contemporain de Néhémie, de même que Zacharie et Aggée le sont de Zorobabel antérieur d’une soixantaine d’années [515-455]. Nous sommes donc autorisés à lier la prophétie de ces livres des Écritures avec le récit que nous allons lire ensemble.

 

2                    Ch. 1 — Néhémie, un homme de Dieu

2.1   Néhémie homme de Dieu

La première chose que je désire souligner pour nous servir d’exemple est l’esprit qui anime toute la conduite de Néhémie. Il était l’instrument que Dieu forma pour sa gloire dans les circonstances qui sont placées maintenant devant nous. Nous nous gardons d’affirmer que tout ce que Néhémie faisait ou disait était selon l’intention et les pensées de Dieu. Il n’était après tout qu’un homme — un homme de Dieu, mais un homme. Toutefois on ne peut nier que le Saint Esprit opérait puissamment en lui, en sorte que ce qui était fait pour la gloire de Dieu nous est maintenant communiqué pour notre profit.

Quel est le principal trait moral qui caractérise Néhémie ? Nous le trouverons du début à la fin du livre : c’est un sentiment profond et constant de l’état de ruine du peuple de Dieu. Et rien n’est plus important pour nous. Vivre en ces temps de ruine n’implique pas nécessairement pour nous chrétiens — pas plus que pour les Juifs alors — que nous ayons conscience de cette ruine. Les contemporains de Néhémie, Israélites comme lui, entraient très imparfaitement dans la pensée de Dieu quant à l’état de son peuple.

Il est inévitable qu’un jugement aussi peu mûri affecte tout le cours de notre service, de nos prières, de notre adoration. Ou bien nous sommes en communion avec Dieu—je ne parle pas de nous seulement, mais du peuple de Dieu — ou bien nous ne le sommes pas. Si nous travaillons dans une pensée et Dieu dans une autre — si nous affectionnons un champ, alors que Dieu nous en préparait un autre, il est évident que, malgré sa bonté qui nous supporte, il se produit un affaiblissement et de nos affections et de notre discernement. D’une manière évidente, tout ce qui dans notre vie et dans notre travail est vrai, saint, bon et pour la gloire de Dieu, dépend du fait que nous sommes dans le courant de la pensée et du travail de Dieu.

Néhémie n’ambitionnait rien d’autre que de faire partie du faible résidu. Cette faiblesse avait de quoi l’affliger, mais il nous faut toujours voir la vérité en face. Elle n’amena pas Néhémie à mépriser ce résidu. Au contraire ; s’il le considérait avec une affection particulière, que celui-ci marchât bien ou mal, c’est parce qu’il s’agissait du peuple de Dieu.

 

2.2   Lo-Ammi, pas mon peuple

En fait, il faut bien le remarquer, Israël avait alors perdu ce titre de peuple de Dieu. Ce que Dieu avait écrit sur eux maintenant, en tant que peuple, était Lo-Ammi (pas mon peuple), et non pas simplement I-Cabod (la gloire s’en est allée). La gloire était jadis partie lorsque l’arche avait été capturée par les Philistins ; à présent c’est eux-mêmes qui avaient été pris et transportés, non en Philistie, mais à Babylone. La grande puissance qui symbolise l’idolâtrie les avait emmenés en captivité. Un résidu était rentré, mais il avait bien peu appris la leçon de Dieu. Extérieurement ils en avaient sans doute tiré profit, car ensuite nous ne les voyons jamais retomber dans l’idolâtrie, mais nous devons constater qu’ils avaient un bien faible sentiment de la gloire de Dieu qu’ils avaient perdue. Eh bien, c’est le contraire qui caractérisait Néhémie.

 

2.3   Ruine et ressource

Deux sentiments simultanés doivent en effet nous pénétrer, frères bien-aimés, et si l’un d’eux fait défaut ou est affaibli il en résulte une grande perte pour l’âme. C’est d’une part la conscience de la grandeur de la ruine, et d’autre part, celle de la fidélité de Dieu malgré cette ruine. Veuille le Seigneur permettre que ces deux sentiments qui se trouvaient en Néhémie habitent aussi dans nos cœurs ! Nous avons besoin de l’un et de l’autre, et nous ne pourrons jamais répondre à ce que Dieu attend de nous à moins de les réaliser tous les deux en communion avec Lui et, avec son aide, de ne pas nous en départir.

Bien des choses tendent à nous les faire oublier. Supposons que nous soyons assemblés au nom du Seigneur Jésus et qu’il nous accorde d’une manière très prononcée le sentiment de sa présence : nous risquons d’en oublier l’état de ruine de l’église. Nous aurons tendance non seulement à être reconnaissants, ce qui est juste, mais à être satisfaits. Satisfaits sans doute de la grâce de Dieu envers nous, mais en danger peut-être aussi d’être satisfaits de nous-mêmes. Nous sommes heureux : très bien, mais avons-nous toujours le sentiment de la ruine ? N’est-ce pas une douleur et un fardeau que de penser à la dispersion des membres du corps de Christ, à la profonde désolation de tout ce qui porte son nom, à tout ce qui, dans le monde christianisé, offense continuellement ses regards ? Nous devrions, je ne veux pas dire avoir quelque chose à faire à ce sujet, mais au moins ressentir profondément la honte d’un tel état de choses. Nous devrions être accablés par tout ce qui ternit la gloire du Seigneur Jésus. Et, par conséquent, dès le moment où nos cœurs se dissocient de ce qui porte le nom du Seigneur, et se désintéressent de la souffrance du corps, dès le moment où nous nous installons dans un sorte de confort spirituel, nous contentant d’apprécier la présence du Seigneur, nous sommes absolument dans l’erreur quant à ce qui nous convient vu l’état actuel de l’Église de Dieu.

Voyez quel homme sensible est Néhémie. Personnellement il était entouré à Suse de tout le confort possible. C’était un triste échange, à cet égard, que d’abandonner la cour du grand roi pour partager toutes les désolations de Jérusalem. Et, en somme, il aurait facilement pu s’abriter derrière le raisonnement suivant : « Pourquoi devrais-je m’inquiéter de la Judée ? C’est à cause de nos péchés que nous avons été transportés et il est évident que ce pauvre résidu est indigne d’intérêt ; il a perdu le sentiment de la gloire de Dieu. Pourquoi me ferais-je du souci à son sujet ? Dieu n’a-t-il pas dit : « Pas mon peuple » ? N’a-t-il pas lui-même effacé de ce lieu tout notre glorieux passé ? Pourquoi devrais-je m’en inquiéter plus que Lui ? Collectivement tout est perdu et il n’est plus question que d’âmes individuelles. La seule chose que j’aie à faire est de servir l’Éternel là où je suis ». Mais ce n’est pas ainsi qu’il raisonne.

Néhémie était un homme pieux et il occupait un poste dans lequel il aurait pu jouir paisiblement de sa piété, n’étant sujet à aucune contrainte. Il était manifestement respecté et estimé par le grand roi. L’échanson, particulièrement celui de la cour de Perse, était un homme placé dans la plus grande intimité du roi. Exposés un jour à la flatterie, le lendemain à l’assassinat, ces monarques tremblaient sans cesse pour leur trône et pour leur vie, aussi ne s’entouraient-ils que de quelques familiers jouissant de leur pleine confiance. Parmi ceux-ci l’échanson avait dans l’empire une des places les plus délicates et les plus chargées de responsabilité. La vie du roi était entre ses mains et son intimité avec le souverain faisait de lui une sorte de vizir ou, jusqu’à un certain point, de premier ministre. Ainsi Néhémie avait la pleine confiance du roi, comme notre chapitre nous le confirme, et il n’était pas contrarié quant à sa conscience. Néanmoins son cœur était avec le peuple de Dieu...

 

3                    Ch. 2

3.1   Un mauvais visage

Le roi, comme nous l’apprend le chapitre 2, trouve à Néhémie un mauvais visage et en fait aussitôt la remarque. Ce n’était pas une chose que ces rois appréciaient. C’était presque un manque de respect à leur égard, car ces monarques estimaient généralement que tout ce qui était triste était impropre à leur majesté. Or s’il s’était uniquement agi d’incidents extérieurs ou de contrariétés personnelles, la tristesse de Néhémie aurait disparu dans la présence de l’Éternel, mais dans le cas dont il s’agissait, la présence de l’Éternel approfondissait précisément cette douleur. Plus il se plaçait devant Dieu et pesait l’état des Juifs à Jérusalem, plus il était affligé. Non pas que son cœur ne fût pas soutenu, mais il ne pouvait empêcher ses larmes de couler en réalisant quel Dieu était le leur, ce qu’eux avaient été et ce qu’ils étaient maintenant pour Lui ! La prière de Néhémie ne le soulageait pas de sa tristesse. C’est là ce que je désire montrer. Il avait pleine confiance en allant à Dieu, mais, en même temps, il gardait le profond sentiment de la ruine de son peuple.

Le roi l’interroge, et Néhémie en rapportant ces choses reconnaît humblement combien il eut peur, car, en fait, cela aurait pu lui coûter la vie. Le roi pouvait suspecter une trahison, imaginer quelque sombre complot et se figurer que Néhémie était travaillé dans sa conscience. Toutes sortes de soupçons pouvaient s’insinuer dans son esprit au sujet de cette tristesse inhabituelle sur le visage de son serviteur. Mais Néhémie lui répond l’exacte vérité : « Pourquoi mon visage ne serait-il pas triste, quand la ville, le lieu des sépulcres de mes pères, est désertée, et que ses portes sont consumées par le feu » (v. 3) ?

 

3.2   Origine et fonction de Néhémie

Une chose peut être utile à remarquer ici, que je signale seulement pour souligner la différence entre la parole de Dieu et la parole de l’homme. Le second livre des Macchabées prétend que Néhémie était un sacrificateur, et aussi, chose étonnante, de la race de David. Or s’il était descendant de David, donc de la tribu de Juda (ce qui n’est pas prouvé), pour cette raison même il ne pouvait pas être sacrificateur. Je mentionne ceci pour montrer comment les hommes, lorsqu’ils se mêlent d’écrire sur les choses de Dieu, ne font qu’afficher leur ignorance. Pourtant c’est là un livre qui, comme on le sait, se veut inspiré, ou du moins qui est accepté comme tel par une grande partie de la chrétienté. Il est vraisemblable que Néhémie appartenait à la tribu de Juda. Si Jérusalem, comme il semble le dire, était le lieu des sépulcres de ses pères, ce serait bien le cas. Mais Néhémie n’était nullement sacrificateur. Il était un gouverneur civil.

Ceci m’amène à un point capital quant à ce livre de Néhémie. Le sujet central n’en est pas le temple, mais la vie ordinaire du peuple de Dieu. Et permettez-moi d’ajouter, frères bien-aimés, que ce point est de toute importance pour vous et pour moi dans le temps actuel.

 

3.3   Christianisme du dimanche

Le christianisme n’a pas pour unique objet l’adoration de Dieu : Dieu est censé gouverner le chrétien dans sa vie de tous les jours. Je n’ai aucune sympathie pour les chrétiens du dimanche, ces personnes qui se contentent pour tout christianisme d’une apparition de principe, une fois par semaine à la Table du Seigneur. C’est chaque jour que nous sommes appelés à reconnaître les droits du Seigneur. Certes chacun de nous a ses devoirs, professionnels ou familiaux — pas tous les mêmes ; certains savent ce que c’est que travailler nuit et jour. Et je ne sais pas pour quelle raison nous sommes ici-bas, si ce n’est pour être assidus dans tout ce qui peut être placé devant nous.

Mais je le répète, nous avons à prendre garde que notre vie ordinaire de tous les jours soit un témoignage pour Christ. C’est une chose navrante qu’on soit diligent pour le monde et indolent pour le Seigneur. Je ne dis pas que nous soyons tous appelés à faire le même travail, mais j’affirme que nous sommes tous appelés au même christianisme. Nous sommes tous appelés à ce que Christ soit visible dans ce que nous faisons chaque jour, et non pas uniquement le dimanche ou le dimanche matin. Non, frères bien-aimés, cela ne convient pas au Seigneur, de manquer à Lui rendre témoignage dans nos occupations journalières, qu’elles soient sociales, professionnelles ou familiales ; cela revient à mettre de côté le grand objet pour lequel nous sommes appelés par la grâce de Dieu.

Le livre d’Esdras insistait sur le côté spirituel, sur ce qui appartient à l’adoration de l’Éternel et à l’autel, le grand sujet en était le temple ; tandis qu’en Néhémie c’est de la ville qu’il est question. Nous y trouvons, non plus la construction de la maison, mais la construction de la muraille. Au moment où le livre commence, on peut dire que le peuple était retombé dans la ville désolée au niveau le plus bas, celui d’une vie ordinaire, matérielle, alors que les croyants sont toujours appelés à faire ce qui sort, si je puis dire, de l’ordinaire ; à faire ce qui est divin. Il peut s’agir de la chose la plus banale, elle peut et doit être accomplie d’une manière divine. Quoi que nous fassions, que ce soit même manger ou boire, nous devrions tout faire au nom du Seigneur Jésus, tout faire à la gloire de Dieu. Voilà ce que les Juifs avaient oublié et dont ils n’avaient même aucune idée. Ce qui fit qu’ils sombrèrent au point d’être même plus bas que ceux des nations. Car, ces derniers avaient un but dans la vie, un ordre et des cités dont ils étaient fiers. Qu’avaient ces pauvres Juifs ? Ils avaient perdu l’entrain, le courage ; et ce qui est bien plus grave encore, ils avaient perdu la foi. Ils avaient perdu la foi pratique en l’Éternel.

Eh bien ! chers amis, j’aimerais savoir si ce même danger n’existe pas parmi nous. Supposons que nous débutions aujourd’hui dans la profession chrétienne par la foi au nom du Seigneur Jésus ; nous serons heureux sans doute, mais en même temps commencera pour nous une navigation périlleuse. Nous découvrirons l’existence des tempêtes, des rochers, des bas-fonds ; nous découvrirons aussi que nos barques ne sont pas très robustes et que nous ne sommes pas non plus très habiles à les manœuvrer, ce qui veut dire que nous allons au-devant de nouveaux écueils. Et après quelques jours de mauvais temps, nous voilà peut-être abattus et découragés, prêts à accuser ceux qui naviguent avec nous. N’en est-il pas souvent ainsi ? Je ne nie pas les manquements de mes frères, mais je n’oublie pas que moi aussi je suis sujet à commettre des fautes. Et de plus, la question n’est pas de savoir si vous ou moi (ou plutôt vous et moi) nous avons commis des fautes : le point capital est de savoir si, vous et moi, nous regardons au Seigneur ou non.

Ce qui rend le cœur heureux, c’est cette sainte habitude de regarder au Seigneur avec confiance, non seulement pour soi-même, mais au sujet d’autrui, car c’est là la vraie manière de gagner quelqu’un : regarder au Seigneur à son sujet. Supposez qu’il existe une personne contre laquelle vous ayez quelque chose ou qui ait quelque chose contre vous : comment faut-il faire face au grief ? Non par de la diplomatie, ni par quelque méthode humaine. Aucun frère ne peut probablement vous aider ; mais le Seigneur le peut, et dès le moment où votre cœur le réalise vous retrouvez la tranquillité et la confiance. Veuille le Seigneur permettre qu’il en soit ainsi de nous !

Toutefois, j’y insiste, le point important dans le livre de Néhémie est la vie quotidienne, sociale et civile d’Israël et non pas simplement l’activité religieuse. Tirons-en leçon pour introduire Dieu dans les circonstances les plus communes de la vie de tous les jours. Israël avait grandement manqué à cet égard. Sans doute faillirent-ils aussi en ce qui concerne leur vie religieuse, comme nous l’avons vu dans le livre d’Esdras, parce que les deux choses vont ensemble. Et vous ne verrez jamais une personne jouissant beaucoup de la communion, manquer grandement dans sa marche. En revanche vous verrez que là où se rencontre la faiblesse dans l’adoration du Seigneur, se montrera presque toujours aussi de la faiblesse dans la marche. Ce que Dieu attend c’est la foi dans ces deux domaines et là où se trouvera la foi se trouvera nécessairement la fidélité. Voilà le secret ! En somme, c’est le désir d’être avec Dieu pour toutes choses, soit quant à l’adoration, soit quant à la marche journalière. Il n’y a qu’une seule et même ressource pour l’une et pour l’autre.

 

3.4   La prière intérieure de Néhémie

Ce sentiment de la dépendance de Dieu gouvernait le cœur de Néhémie. Il en est conscient et le manifeste au moment même où le roi parle. C’est uniquement pour lui une question de foi. « Le roi me dit : Que demandes-tu ? » Néhémie va-t-il présenter aussitôt sa requête au roi ? Non, il commence par s’adresser à Dieu. « Et je priai le Dieu des cieux ». À cet instant, tout en étant en présence du roi, son cœur était dans la présence de Dieu, tourné vers le Seigneur. Il n’est pas étonnant qu’il obtînt sa demande. Il n’est pas étonnant que Dieu écoutât et entendît ; et il put recevoir la réponse comme venant de Dieu. Pourquoi ? Parce qu’il s’adressa d’abord à l’ Éternel.

Le roi, dont le cœur est incliné par Dieu, accède à tout ce que Néhémie sollicite. Des lettres sont accordées. Le bois et les autres matériaux qui manquaient sont donnés par le roi ; Néhémie, protégé, monte à Jérusalem et cela même qui remplit son cœur de joie et de reconnaissance au milieu de son affliction, alarme et chagrine les ennemis du peuple de Dieu.

 

3.5   Indépendance ou exercice personnel

Un autre enseignement résultant de l’attitude de l’homme de Dieu, c’est que nous ne devons pas être trop occupés de ce que les autres font ou disent. Néhémie avait beau sympathiser avec le peuple, il savait ce que c’était que d’agir dans la dépendance de Dieu ; et cela apparaît dès le début de la manière la plus frappante. Vous aiderez le mieux le peuple de Dieu non en regardant à lui pour essayer de le relever mais en regardant à Dieu avec le plus de simplicité.

Néhémie se lève de nuit sans informer personne. Ce que Dieu lui a mis au cœur de faire pour Jérusalem ne s’accompagne d’aucune publicité et d’aucune mise en scène, comme c’est l’habitude parmi les hommes. Il ne se préoccupe pas de déléguer des ingénieurs, artisans ou spécialistes pour estimer le travail à faire. L’homme de Dieu va lui-même ; son cœur est engagé. Il va aussitôt, de nuit, faire une première inspection sans attirer une attention inutile. Ce n’est pas qu’il veuille se cacher des autres chefs, ce qui traduirait un fâcheux manque de sincérité entre des frères. Ici c’est de la sagesse de sa part. Quelqu’un qui ne sait pas quand il convient de se taire saura difficilement quand il faut parler. C’est une grande leçon que de connaître le temps de se taire et le temps de parler. Néhémie fait donc sa tournée de nuit, procède à un examen complet de la muraille, et constate de ses propres yeux la ruine qui lui avait été rapportée.

Tout se passait alors encore entre sa propre âme et Dieu, avec les quelques hommes qui étaient avec lui. Ensuite il parle aux autres Juifs et chefs : « Et je leur dis : Vous voyez la misère dans laquelle nous sommes, que Jérusalem est dévastée ». Son âme entrait dans ces circonstances plus profondément que jamais. « Et je leur racontai comment la main de mon Dieu avait été bonne sur moi ». Ces deux sentiments : la conscience de la ruine et la confiance en Dieu remplissent simultanément son cœur. Et considérez leur effet. « Ils dirent : Levons-nous et bâtissons. Et ils fortifièrent leurs mains pour bien faire » (v. 18). Ainsi, nous le voyons, lorsqu’un homme de foi va de l’avant non avec sa propre puissance ou avec sa seule raison, mais avec un esprit brisé et dans la dépendance de Dieu, les mains des faibles se trouvent fortifiées pour le travail. C’est Dieu qui aide et à lui revient la gloire, mais il se sert, comme ici, de la foi d’un homme.

 

3.6   Contre-attaque du diable

À partir du moment où Dieu commence à agir, le diable cherche à entraver l’action. « Et quand Sanballat, le Horonite, et Tobija, le serviteur ammonite, et Guéshem, l’Arabe, l’apprirent, ils se moquèrent de nous et nous méprisèrent » (v. 19). Voilà le premier effort des ennemis : jeter du mépris sur un travail qu’ils disent aussi banal et insignifiant ; mais en même temps ils se démasquent en manifestant leur méchanceté. Dieu cependant s’en sert pour le bien. Néhémie s’affermit face aux adversaires qui sont là. Il n’est pas alarmé. Comme le dit l’apôtre Paul : « Une porte grande et efficace m’est ouverte, et il y a beaucoup d’adversaires » (cf. 1 Cor. 16:9). Il en est ainsi pour Néhémie, maintenant. Une porte grande et efficace était ouverte et les adversaires ne l’effrayaient nullement. « Et je leur répondis et je leur dis : Le Dieu des cieux, lui, nous fera prospérer, et nous, ses serviteurs, nous nous lèverons et nous bâtirons ; mais vous, vous n’avez ni part, ni droit, ni souvenir à Jérusalem » (v. 20).

 

4                    Ch. 3

4.1   Un travail pour chacun

Le chapitre 3 va nous donner les noms et la description du travail de ceux qui prirent part à la construction des murailles. Permettez-moi d’attirer votre attention sur la grâce de Dieu qui prend ici connaissance du travail de chacun ; et plus que cela, qui souligne le caractère distinctif de chaque ouvrier. Retenons en effet ceci, chers amis, c’est qu’il n’est pas un seul croyant qui n’ait un travail précis à faire pour le Seigneur. Faites-vous le vôtre ? Je dirai même plus : ce travail, nul ne peut le faire mieux que vous.

C’est une grave erreur de supposer que l’œuvre de Dieu réclame toujours des capacités exceptionnelles. Je ne nie pas le fait que Dieu donne un don à quelqu’un selon sa propre capacité ; cela, le Seigneur lui-même l’enseigne. Et je ne prétends pas que le même don puisse être confié aussi bien à un homme ayant peu de capacités qu’à un autre plus richement doué. Néanmoins j’affirme qu’il existe une œuvre qui convient à celui-là même dont la capacité est très petite, et un travail qui peut être mieux fait par ce croyant à faible capacité que par un autre qui en possède une plus grande, car ses limites contribuent justement à lui définir sa propre tâche ; tandis qu’un autre travail pourra être fait non seulement aussi bien, mais mieux, par un de ses frères. En résumé, il n’est pas d’endroit où l’adage « L’homme qu’il faut, là où il le faut » s’applique mieux que dans l’Église de Dieu. Et n’oublions jamais que celui qui qualifie les serviteurs pour leur travail c’est le Saint Esprit. Je ne fais pas seulement allusion à ceux qui annoncent la Parole et à ceux qui enseignent, car il n’y a pas de plus fâcheuse erreur que de supposer que cela seul s’appelle travailler pour le Seigneur.

 

4.2   Ce que signifie « servir »

Au contraire, ce qui est appelé « service » est distingué de la « prédication », comme le montre le douzième chapitre de l’épître aux Romains. L’apôtre y fait la différence entre celui qui enseigne ayant à s’appliquer à son enseignement, et celui qui sert, qui doit s’appliquer à son service. Limiter le « service » à la prédication ou à l’enseignement comme on le fait souvent de nos jours n’est donc pas le langage du Saint Esprit. Une grande part du service chrétien est accompli par des personnes qui ne sont pas aptes à prêcher et ne le seront jamais. Et le fait est que ce ne serait peut-être pas une grande perte s’il y avait moins de service de prédication et plus de service dans le plein sens du mot.

Bref, ce à quoi Dieu nous appelle, c’est simplement à faire sa volonté. Hélas, nous sommes enclins à préférer ce qui concorde avec nos pensées et nos sentiments au lieu de rechercher ce en quoi Dieu nous bénit le plus. Or, s’occuper des âmes, consoler les affligés, s’intéresser aux difficultés des saints, est d’un grand prix pour le Seigneur et c’est cette sorte de service qui, je le crains, est la plus imparfaitement remplie parmi nous. C’est là réellement la signification du mot « service » et non pas tellement faire des discours. Je ne veux pas déprécier ceux-ci ; la prédication a sa place, mais j’insiste sur le fait que l’Écriture distingue « servir » de simplement « prêcher », et ce point devait être souligné.

Le service selon la parole de Dieu englobe tout le travail essentiellement pratique consistant à aider les saints de Dieu. Je ne veux pas dire seulement avec de l’argent. C’est là une autre méprise fréquente. On croit que la seule manière d’aider ses frères est de mettre de l’argent à leur disposition. C’est une manière de tomber dans le piège du diable, car l’argent est ce qui gouverne le monde, et on risque de rendre ainsi les enfants de Dieu esclaves de l’argent. Oh ! chers amis, élevons nos regards vers le Seigneur. Certes nous n’aurions pas à corriger des erreurs telles que celles-ci s’il n’existait pas aujourd’hui une ruine tout aussi réelle que celle du temps de Néhémie.

 

4.3   Travail de chefs

Dans ce chapitre 3 Dieu marque donc son appréciation des divers services accomplis par ceux de son peuple. Nous les passons en revue et assistons à leur travail. Les uns bâtissent une porte, les autres réparent une portion de mur. Parmi eux travaillent les Thekohites ; hélas ! est-il ajouté, les principaux d’entre eux ne plièrent pas leur cou au service du Seigneur. Ainsi ceux qui auraient dû donner l’exemple et encourager les autres se distinguent de si triste manière et s’attirent ce reproche solennel consigné dans la parole de Dieu qu’ils ne plièrent pas leur cou au service de leur Seigneur. Dieu n’est pas indifférent, il constate tristement cette carence, et aucune excuse ne pourra effacer son blâme. Nous trouvons plus loin à l’œuvre le « fils de Hur, chef de la moitié du district de Jérusalem ». Si donc certains chefs demeurèrent en arrière à leur propre détriment, d’autres manifestèrent au contraire un vrai dévouement dans leur service.

 

4.4   Travail des femmes

« À côté d’eux réparèrent Shallum, fils d’Hallokhesh, chef de la moitié du district de Jérusalem, lui et ses filles » (v. 12). C’est une profonde erreur de supposer que les femmes n’ont pas leur place dans l’œuvre du Seigneur. En fait elles en ont une fort importante et l’apôtre Paul prend soin de le souligner. L’épître aux Philippiens, par exemple, nous dit où les femmes peuvent aider et où elles ne le peuvent pas ; le chapitre 4 en fournit une magnifique illustration, non sans une ombre, mais néanmoins pleine de profit. « Je supplie Évodie, et je supplie Syntyche, dit-il, d’avoir une même pensée dans le Seigneur ». Le travail pour le Seigneur amène très souvent des difficultés qui devraient être surmontées ; hélas ! que de fois la volonté propre intervient. Ces deux femmes, toutes deux appréciées par l’apôtre, étaient plus ou moins en désaccord. « Oui, je te prie, toi aussi, vrai compagnon de travail » — je suppose qu’il fait allusion à Épaphrodite — « aide celles (c’est-à-dire ces femmes-là) qui ont combattu avec moi dans l’évangile ». Il serait faux de conclure, comme certains ont cru pouvoir le faire, qu’elles avaient prêché l’évangile avec Paul : ce n’est pas là le sens. L’expression signifie simplement qu’elles partagèrent les épreuves de l’évangile. Ces femmes au cœur noble eurent leur part dans tous les conflits résultant de la pénétration de l’évangile à Philippes. Elles en portèrent l’opprobre et servirent sans doute de bien des manières, peut-être en exerçant l’hospitalité envers les évangélistes, peut-être en cherchant des âmes, priant avec elles, les invitant, mille activités que les sœurs peuvent exercer beaucoup mieux que les frères. L’apôtre ne l’a pas oublié. Il enjoint à Épaphrodite d’aider ces femmes. On peut supposer que les frères les laissaient un peu de côté et qu’Éphaphrodite, serviteur jouissant d’une grande communion d’esprit avec l’apôtre, entrait pleinement dans ses sentiments.

Nous ne trouvons rien dans l’Écriture qui autorise les femmes à prêcher, ni à enseigner en public. Certaines sœurs avaient un don, notamment celui de prophétie et si un don est confié, c’est bien pour être employé ; encore doit-il l’être selon la pensée de Dieu. Actes 21:9 mentionne quatre filles de Philippe qui prophétisaient ; elles exerçaient certainement leur don d’une manière convenable. Les femmes peuvent aider d’autres femmes, ce qui ouvre devant elles un vaste ministère. Il existe dans l’œuvre de Dieu des convenances que Lui n’oublie jamais et que nous avons à respecter. Il n’est pas permis à une femme de parler dans l’assemblée, à plus forte raison de prêcher devant le monde. Peut-être n’est-ce pas inutile de le rappeler, avec l’Écriture, en un temps où l’égalité entre l’homme et la femme est revendiquée dans tous les domaines, y compris le ministère religieux. Cette tendance progresse rapidement au plus grand détriment tant des hommes que des femmes. Quoi qu’il en soit, Dieu honore et honorera toujours les croyantes qui accomplissent fidèlement le vrai travail du Seigneur, c’est-à-dire celui qu’Il leur départit. Nous le constatons dans ce chapitre de Néhémie. Celui-ci contient par ailleurs de nombreux détails relatifs au service que Dieu se plaît à relever avec soin.

 

5                    Ch. 4

5.1   En face de l’ennemi

Avec le chapitre 4, nous retrouvons les ennemis. Pour eux il était déjà bien assez grave que le travail eût commencé. Il était pire de découvrir qu’il se poursuivait et que Néhémie ne se laissait pas si facilement effrayer. Sanballat l’avait menacé de le dénoncer comme rebelle au roi ; mais lorsqu’un cœur est simple, il n’a pas de raison de s’alarmer. Néhémie étant fidèle et rendant honneur aux puissances établies, il pouvait se permettre de mépriser aussi bien les menaces que les moqueries de Sanballat.

En présence de celles-ci, que répond l’homme de Dieu ? Il se tourne aussitôt vers l’Éternel : « Écoute, ô notre Dieu, car nous sommes méprisés ». La même chose arriva dans les premiers jours de l’Église de Dieu. Les apôtres étaient battus et menacés, mais que faisaient-ils ? Ils se plaçaient avec leur faiblesse devant le Seigneur, et le Seigneur répondait en leur envoyant sa propre puissance. L’Esprit ébranle le bâtiment dans lequel ils se trouvent et II leur donne de rendre, avec une grande puissance, témoignage pour Lui (Actes 4:23-31).

 

5.2   Un peuple faible et des réunions faibles

Sans doute ne sommes-nous plus aujourd’hui dans un temps où l’Esprit ébranle le bâtiment. Nous ne sommes plus dans un jour de puissance et de gloire, de signes et de miracles. Mais sommes-nous pour autant sans Dieu ? À quoi donnons-nous le plus de valeur ? Aux miracles et aux prodiges que Dieu opère, ou à Dieu Lui-même ? C’est là la grande question. Avons-nous foi en la présence du Seigneur avec nous, et apprécions-nous cette présence plus que les actes puissants et les miracles des premiers jours de l’Église ?

Il en était ainsi pour Néhémie et pour le résidu. En ce temps de faiblesse et de ruine, il n’y avait rien de comparable à la mer Rouge fendue pour le peuple, ni au Jourdain traversé. Il n’y avait pas de manne tombant des cieux ; par contre, il y avait l’accomplissement de la parole manifeste de Dieu. Il y avait une porte ouverte, une porte ouverte sur ce lieu vers lequel étaient continuellement tournés les yeux de l’Éternel, son pays à Lui. Ils l’avaient perdu en tant que centre de puissance terrestre, mais il n’était pas perdu pour la foi. Car les hommes de foi s’attachaient à Dieu, même si extérieurement Dieu ne pouvait pas les reconnaître devant le monde. Cela constituait une épreuve, mais la foi trouverait un grand profit dans cette épreuve.

 

5.3   Manque de puissance ?

Et j’aimerais encore vous rendre attentifs au fait que nous sommes souvent portés à nous plaindre en pensée et parfois en parole d’un manque de puissance. Or la seule question à nous poser est celle-ci : Suis-je sorti pour le Seigneur ? Suis-je sorti parce que c’est sa volonté ? parce que c’est sa Parole qui me l’a commandé ? Aussi faibles que nous soyons, du moment que nous sommes là où il désire nous avoir, il n’est rien de plus sûr, rien qui nous garde aussi bien et aussi efficacement. Tandis qu’au contraire, si nous sommes trop occupés de puissance, nous risquons de tomber dans le piège du cléricalisme.

Supposons une assemblée d’enfants de Dieu où, par suite du don remarquable d’un, de deux ou de trois frères, tout se déroulerait dans un ordre magnifique, chaque prière s’accordant parfaitement avec la vérité ; supposons aussi que tout ce qui serait fait et dit le soit avec intelligence : eh bien, si l’action et la présence de l’Esprit de Dieu étaient ignorées, ce serait pour moi la plus misérable réunion possible. Deux ou trois conducteurs professionnels ne suffiront pas à cacher la honte et la misère spirituelle de l’assemblée entière.

La chose capitale, chers frères, pour les enfants de Dieu, est d’être assemblés au nom du Seigneur et de laisser à l’Esprit de Dieu la liberté d’agir. Il s’ensuivra que la faiblesse sera visible, et par conséquent réalisée ; l’état de l’assemblée ne sera pas non plus le même d’une semaine à l’autre. Mais il est infiniment plus important que nous soyons dans la vérité plutôt que de cacher notre état derrière une manifestation artificielle de puissance. Mieux vaut éprouver toutes les douleurs et les afflictions se rattachant à la faiblesse, que de jeter un voile trompeur sur l’état de l’assemblée en affectant un niveau spirituel qui n’est pas vrai aux regards de Dieu. Je suis persuadé que tout ce qui nous amènerait à oublier que nous ne sommes, après tout, qu’un résidu, est mauvais ; et que plus nous jouissons de la vérité, plus nous sommes appelés à ressentir l’état de ruine de l’Église de Dieu.

On pense aussi quelquefois que si seulement nous parvenions à rassembler les plus spirituels et les plus intelligents de tous les chrétiens, nous aurions une réunion des plus heureuses. Non, chers amis, il n’en serait absolument pas ainsi, pour la raison que ce n’est pas ce à quoi nous sommes appelés. Qu’est-ce qui nous autorise à faire une sorte de sélection et à avoir des préférences parmi les enfants de Dieu ? Il me semble que c’est plutôt le contraire qui serait selon Dieu. Si vraiment, mes frères, nous avions la pensée du Seigneur, si vraiment nous laissions à l’Esprit de Dieu sa liberté, nous rechercherions plutôt les faibles et les « estropiés ». Nous essayerions de nous occuper de ceux qui sont dans le besoin, de ceux qui sont faibles, de ceux qui sont en danger. Les forts, ou du moins ceux qui se croient tels, il nous faut les laisser entre les mains du Seigneur ; mais assurément, les faibles sont ceux auxquels le vrai, le fidèle, le bon Berger s’intéresse le plus ; et nous devrions partager les sentiments du bon Berger. La théorie qui consisterait à rassembler uniquement les meilleurs et les plus intelligents est par conséquent foncièrement opposée au vrai principe de la grâce et de la vérité. Nous ne prétendons pas, et nous n’attendons pas, que Dieu réunisse tous les saints sur la terre ; mais dès le moment où nos cœurs ne sont pas libres et ouverts à l’égard de tous les saints de Dieu, nous sommes dans l’erreur. Ce n’est pas que j’aie à les faire venir, mais la question est de savoir si mon cœur est tourné vers eux tous. S’il ne l’est pas, alors je suis sectaire.

 

5.4   Des chiffres qui montrent la ruine

Voilà les dispositions dans lesquelles se trouvait Néhémie. Son cœur était tourné vers le résidu malgré sa faiblesse et sa petitesse. Car, après tout, ce résidu, lorsqu’il remonta de Babylone, ne comptait que 42 000 hommes et quelques étrangers, avec environ 7000 serviteurs, c’est-à-dire en tout moins de 50 000 personnes, maîtres et serviteurs compris. Il y eut un temps où Juda— une seule tribu — n’avait pas moins de 470 000 hommes tirant l’épée (1 Chron. 21:5). Je mentionne ces chiffres uniquement pour montrer combien grande était la chute, combien complète la ruine !

Néhémie aimait donc ce peuple tel qu’il était ; son cœur s’ouvrait à tous ceux qui faisaient partie d’Israël, qu’ils fussent venus ou non ; il les recevait dans toute leur faiblesse, cherchant naturellement à les fortifier, à leur communiquer l’intelligence que Dieu avait donnée à sa propre âme ; il ne les acceptait ni ne les recevait pour leur force et leur intelligence, mais bien parce qu’ils étaient à l’Éternel, et que par conséquent ils avaient tous leur place dans le pays de l’Éternel, là où l’Éternel voulait les avoir. Le même Néhémie expose maintenant devant Dieu les insultes, le mépris et les menaces de ces ennemis de l’Éternel avec cette confiance qu’Il écoutait et entendait. « Écoute, ô notre Dieu, car nous sommes méprisés... »

 

5.5   Prière et combat

Mais cela devient plus sérieux. Une conspiration a été ourdie par les ennemis pour faire la guerre à Jérusalem. « Et nous priâmes notre Dieu » (v. 9). Le peuple ne se contentait pas de lire les Écritures. Cela, il le faisait et nous en trouverons plus loin la preuve. Mais la première chose en ces jours était la prière. Il régnait parmi eux un esprit disposé à la prière. Ils allaient à Dieu ; ils apportaient tout à Dieu ; il s’ensuivait que la grâce de Dieu opérait en eux, et que la sagesse de Dieu leur était communiquée. Néhémie prend tranquillement des mesures de protection et donne les instructions nécessaires pour le combat.

Eh bien ! nous sommes aujourd’hui dans la même situation. Pour le chrétien, il ne s’agit pas de se battre avec l’épée, mais, certes, nous avons à combattre le bon combat de la foi. Nous ne sommes pas seulement appelés à travailler, mais également à résister et à tenir ferme en ces jours mauvais ; c’est pourquoi il nous faut être armés contre les ruses du diable, et ne pas penser qu’il suffit de poursuivre un paisible travail pour le Seigneur pour être tranquilles. Ce résidu de Juda était constamment en état d’alerte et pour remédier à leur dispersion, Néhémie leur donne des instructions qui leur seront communiquées par la trompette. La trompette devait produire un certain son — vérité importante pour nous aussi. « Au lieu où vous entendrez le son de la trompette, là, rassemblez-vous vers nous ; notre Dieu combattra pour nous. Ainsi nous faisions l’ouvrage ».

 

6                    Ch. 5 — Fautes internes au peuple

Hélas ! le chapitre 5 nous révèle un état de choses beaucoup moins heureux. Le cœur de beaucoup était en mauvais état. Les nobles d’entre les Thekohites n’étaient pas seuls à manquer alors que le reste du peuple était fidèle dans le travail ; ici, « il y eut un grand cri du peuple et de leurs femmes contre les Juifs, leurs frères ». L’égoïsme et l’amour de l’argent avaient fait les ravages décrits dans les versets 3 à 5. « Nous avons dû engager nos champs et nos vignes et nos maisons pour nous procurer du blé dans la disette. Et il y en avait qui disaient : Nous avons emprunté de l’argent sur nos champs et nos vignes pour le tribu du roi ; et pourtant notre chair est comme la chair de nos frères, nos fils comme leurs fils ; et voici, nous réduisons nos fils et nos filles à la servitude ».

De nouveau Néhémie doit faire face à la situation. Il « querelle » les nobles et les chefs, s’adresse à eux avec véhémence et son reproche est béni par l’Éternel. Mais il ajoute un avertissement des plus solennels pour le cas où une telle conduite se reproduirait dans le futur. « Et toute la congrégation dit : Amen ! Et ils louèrent l’Éternel. Et le peuple fit selon cette parole » (v. 13).

 

7                    Ch. 6

7.1   L’ennemi propose la paix

Mais maintenant, l’ennemi adopte un nouveau plan. Il n’a pas réussi à effrayer : le gouverneur était sur ses gardes et le peuple aussi. Une rencontre est alors proposée. Pourquoi ne vivraient-ils pas en paix ? Pourquoi n’auraient-ils pas communion les uns avec les autres ? « Viens et rencontrons-nous ensemble dans les villages de la vallée d’Ono. Mais ils pensaient à me faire du mal. Et je leur envoyai des messagers, disant : Je fais un grand travail et je ne puis descendre. Pourquoi le travail cesserait-il pendant que je le quitterais et que je descendrais vers vous » (v. 2, 3) ? C’est qu’il ne s’agissait pas pour lui d’un appel ordinaire ; la gloire de Dieu était liée à ce travail. Tant que le résidu n’était pas dans le lieu que Dieu lui avait donné comme la ville sur laquelle reposaient ses yeux, tant que la ville n’était qu’un amas de ruines, il était évident qu’elle ne pouvait offrir qu’un objet de compassion ; mais maintenant l’Éternel agit et les siens avec Lui. L’homme de Dieu pleinement conscient de l’importance du service qui lui était confié, ne se laisse pas déranger. Ainsi, il nous est rapporté qu’ils vinrent quatre fois vers Néhémie, et il leur répondit de la même manière.

 

7.2   Autres pièges tendus par l’ennemi

Une nouvelle ruse est alors essayée. Une lettre de Sanballat fait état d’un faux bruit que Néhémie était censé avoir lui-même diffusé : « Il y a un roi en Juda », laissant supposer qu’il ambitionnait le trône. « Viens donc maintenant, et tenons conseil ensemble », concluait la missive. En apparence, c’était un avertissement amical. Mais Néhémie n’est pas dupe : « Aucune des choses dont tu parles n’a eu lieu ; mais tu les inventes dans ton propre cœur. Car ils voulaient tous nous effrayer, disant : leurs mains se lasseront du travail, et il ne se fera pas » (v. 7-9).

L’ennemi fait une troisième tentative, encore plus subtile. Il se sert d’un traître qui suggère à Néhémie de se cacher dans le temple. L’homme de Dieu refuse catégoriquement. « Et je dis : Un homme comme moi fuirait-il ? » Où aurait été sa foi ? Comment un chef du peuple aurait-il pu lâchement abandonner ceux dont il avait la responsabilité, démontrant que son seul souci était sa sécurité personnelle ? D’ailleurs, c’eût été un flagrant mépris de la gloire de Dieu. Pour un Israélite, il n’était pas selon Dieu d’utiliser le sanctuaire de l’Éternel comme les païens se servaient de leurs temples, c’est-à-dire comme place de refuge quand leur vie était en danger. Le temple de l’Éternel était réservé à l’adoration et seuls les sacrificateurs y pénétraient. C’était donc une idée païenne qui était suggérée à Néhémie, et cela par un prophète juif, mais qui avait imaginé une fausse prophétie. Néhémie reconnut que « ce n’était pas Dieu qui l’avait envoyé, car il prononçait cette prophétie contre moi ; et Tobija et Sanballat le soudoyaient » (v. 10-12). Quels pièges, quels artifices pour, si possible, détourner le serviteur de Dieu et son peuple du sentier de la foi ! Ainsi toutes ces ruses furent éventées par la simplicité et par l’attachement à la parole de l’Éternel.

 

8                    Ch. 7 et 8

Le chapitre 7 nous montre le peuple devant la muraille bâtie, et l’état-civil du peuple, tenu avec grand soin, sujet qui ne nous arrêtera pas.

 

8.1   Une remarquable lecture des Écritures

Au chapitre 8 nous assistons à une nouvelle scène caractéristique de la vie du peuple de Dieu. Celui-ci s’assemble « comme un seul homme sur la place qui est devant la porte des eaux. Et ils dirent à Esdras, le scribe, d’apporter le livre de la loi de Moïse, que l’Éternel avait commandée à Israël. Et le premier jour du septième mois, Esdras, le sacrificateur, apporta la loi devant la congrégation des hommes et des femmes, et devant tous ceux qui avaient de l’intelligence pour entendre. Et il y lut devant la place qui est devant la porte des eaux, depuis l’aube jusqu’à midi, en présence des hommes et des femmes, et de ceux qui avaient de l’intelligence. Et tout le peuple prêtait l’oreille au livre de la loi. Et Esdras, le scribe, se tenait sur une estrade de bois qu’on avait faite pour l’occasion » (v. 1-4).

« Et Esdras ouvrit le livre aux yeux de tout le peuple, car il était élevé au-dessus de tout le peuple ; et quand il l’ouvrit, tout le peuple se tint debout. Et Esdras bénit l’Éternel, le grand Dieu, et tout le peuple répondit : Amen, amen ! en élevant les mains, et ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant l’Éternel, le visage contre terre. Et Jéshua, et Bani, et Shérébia, Jamin, Akkub, Shabthaï, Hodija, Maascéïa, Kelita, Azaria, Jozabad,Hanan, Pelaïa, et les lévites, faisaient comprendre la loi au peuple ; et le peuple se tenait à sa place. Et ils lisaient distinctement dans le livre de la loi de Dieu » (v. 5-8).

Remarquons, en premier lieu, que cette lecture, cet enseignement, cet enrichissement par la loi de l’Éternel intervient après que les Israélites se sont placés dans leur vraie position. Vous ne verrez jamais des hommes croître dans la connaissance en demeurant dans une fausse position. Ils peuvent sans doute connaître suffisamment l’évangile pour que leur âme soit amenée à Dieu ; ils peuvent aussi être instruits de certains devoirs moraux ; et il nous faut en rendre grâces à Dieu. Empressons-nous de reconnaître ce que Dieu opère, partout où il opère. Mais ne vous attendez jamais à avoir l’intelligence de la pensée de Dieu, à moins d’être là où Dieu veut que vous soyez. Et il est évident que ce qui est bon pour un croyant est bon pour tous, que ce que Dieu nous donne comme étant sa volonté pour son peuple vaut pour tous ceux qui font partie de son peuple. Ils étaient donc rassemblés dans la ville de Dieu, dans le pays de Dieu, et c’est là que la loi est profitable.

Je ne dis pas qu’à Babylone et en Assyrie il n’y eût personne qui lût la loi de l’Éternel ; mais tout y était tellement hors de sa place, si peu en accord avec la pensée divine, que lorsqu’il en est ainsi, l’esprit glisse sur la Parole. Elle ne fait pas la même impression sur l’âme. Les vérités de l’Écriture ne parlent pas au cœur. Lorsque vous êtes dans une position vraie, tout devient lumineux, selon la grâce et la souveraineté de Dieu. C’est ici à Jérusalem que la loi de Dieu va prendre toute sa valeur.

Et, comme cela nous est rapporté, Néhémie, Esdras et les lévites dirent à tout le peuple : « Ce jour est saint à l’Éternel, votre Dieu ; ne menez pas deuil et ne pleurez pas ! Car tout le peuple pleurait en entendant les paroles de la loi » (v. 9). Mais il y a un temps pour se réjouir, comme il y en a un pour pleurer. Ce jour était un jour de joie. « Et les lévites tranquillisèrent tout le peuple en disant : Taisez-vous, car ce jour est saint, et ne vous affligez pas. Et tout le peuple s’en alla pour manger et pour boire et pour envoyer des portions, et pour faire de grandes réjouissances ; car ils avaient compris les paroles qu’on leur avait fait connaître » (v. 11, 12). C’est de cette manière que nous devrions jouir de la vérité de Dieu.

 

8.2   La fête des tabernacles retrouvée

Ainsi les Israélites se rassemblent au septième mois pour garder la fête des tabernacles ; et ils la célèbrent comme ils ne l’avaient plus fait depuis les jours de Josué, jusqu’à ce jour-là. Fait solennel ! Que s’était-il passé pendant tous ces siècles ? L’Esprit de Dieu rapporte, pour notre instruction, que la fête des tabernacles avait perdu son importance en Israël depuis les jours de Josué. Que signifiait cette fête ? Pourquoi avait-elle été abandonnée ? Est-ce parce que les Israélites étaient en guerre, qu’ils vivaient des temps troublés ? Sans doute y avait-il des combats aux jours de Josué, et y avait-il des troubles aux jours des Juges ; mais ensuite vinrent David et Salomon. Pourquoi la fête des tabernacles ne fut-elle pas célébrée alors, comme elle l’était maintenant ?

La raison me paraît simple : Israël était alors tellement occupé du repos présent qu’il oubliait celui qui était à venir. Et n’est-ce pas pour le même motif que la venue du Seigneur a été perdue de vue si longtemps dans la chrétienté. Pendant des centaines d’années, les croyants n’y pensèrent plus. Ils étaient établis sur la terre. Ils ne vivaient plus dans l’espérance de la venue du Seigneur. Mais Dieu l’a maintenant remise en lumière et rappelée aux cœurs des enfants de Dieu dans ces jours fâcheux de la fin.

Nous assistons ici au rassemblement du peuple sur le vrai terrain, ce qu’on ne peut pas dire à propos de l’introduction des Israélites dans le pays sous Josué, puisque ce fut dès lors que la fête des tabernacles tomba en désuétude. Et c’est maintenant, dans ces mauvais jours, au point de la plus grande faiblesse jamais atteinte, que se montre, chez le peuple non pas la puissance, mais la fidélité. Cette fidélité et leur attachement à l’œuvre de l’Éternel les amènent à découvrir l’importance de la fête des tabernacles. Leur cœur regarde par anticipation à la grande réunion de tout Israël, après que la moisson et la vendange auront eu lieu. « Et il y eut une très grande joie. Et on lut dans le livre de la loi de Dieu chaque jour, depuis le premier jour jusqu’au dernier jour. Et ils célébrèrent la fête sept jours, et au huitième jour, il y eut une assemblée solennelle selon l’ordonnance » (v. 17, 18).

 

9                    Ch. 9 à 12 — Après la fête : jeûne et séparation

Au chapitre 9, nous trouvons une autre circonstance, qui suivait la fête. Ils observèrent un jeûne. Lorsqu’il y a soumission du cœur à la Parole, et que la brillante espérance du peuple de Dieu remplit le cœur de joie — c’est le moment où nous pouvons être le plus profondément affligés. Ces deux sentiments sont parfaitement compatibles. Plus vous placerez devant le cœur des saints l’avenir préparé par Dieu pour son peuple, plus ils ressentiront leur insuffisance présente. C’est même la manière vraie et divine de nous délivrer soit de nos propres illusions, soit de la puissance du monde. Il en était ainsi de ces Juifs. Nous les voyons confesser leurs péchés, et remarquons comment ils le firent. « Et la race d’Israël se sépara de tous les fils de l’étranger ; et ils se tinrent là et confessèrent leurs péchés et les iniquités de leurs pères » (v. 2). Ils se rassemblent et répandent leur cœur devant l’Éternel. Ils reconnaissent leur véritable état, mais, en même temps, leur cœur se tourne vers Dieu avec une pleine confiance.

Plus encore, au chapitre 10 nous les voyons s’unir pour sceller l’alliance devant l’Éternel, selon la coutume juive. Le chapitre 11 désigne et recense ceux qui vont habiter Jérusalem et les villes de Juda, tandis que le chapitre 12 dénombre les sacrificateurs et les lévites qui montèrent avec Zorobabel, fils de Shealthiel et nous fait assister à la dédicace de la muraille. Je m’abstiens d’entrer dans tous ces détails, malgré leur intérêt, mais je m’arrêterai sur le dernier chapitre du livre qui nous donne un aperçu final de l’œuvre de Néhémie.

 

10               Ch. 13 — Séparation d’avec le peuple mélangé

10.1                   Défaillance dans la séparation

Il s’était écoulé du temps, un siècle environ, depuis que le résidu était remonté. Lorsque Néhémie considère l’état pratique de celui-ci, il découvre un trait douloureux ; l’esprit de séparation qui existait au début s’était depuis lors beaucoup relâché. Et je me demande, frères bien-aimés, si nous n’avons pas à examiner dans quelle mesure il n’en est pas ainsi de nous-mêmes. Nous avons continuellement à veiller et à prendre garde. Ce n’est pas que l’on ne se réjouisse pas que le Seigneur ajoute des âmes, et s’il ajoutait aux siens dix fois plus qu’ils ne sont aujourd’hui je rendrais grâces à Dieu de tout mon cœur ; mais je serais conscient du danger que l’introduction de dix fois plus de personnes ne donne dix fois plus de raisons de s’humilier. Il ne s’agit pas de se réjouir moins, mais de veiller davantage. Ainsi, en cette occasion « on lut dans le livre de Moïse, aux oreilles du peuple, et il s’y trouva écrit que l’Ammonite et le Moabite n’entreraient pas dans la congrégation de Dieu, à jamais » (v. 1). C’est pour eux comme une chose nouvelle : ils n’avaient auparavant aucune idée du motif de cette séparation : « parce qu’ils n’étaient pas venu à la rencontre des fils d’Israël avec du pain et de l’eau ».

Ils en reviennent ainsi aux principes du commencement. « Et il arriva que, lorsqu’ils eurent entendu la loi, ils séparèrent d’Israël tout le peuple mélangé » (v. 3). C’était écrit : ils l’avaient lu auparavant. Maintenant ils l’appliquaient. Ce n’est pas seulement de la Parole que nous avons besoin, mais nous avons besoin de l’Esprit de Dieu pour rendre la Parole vivante. Et maintenant qu’ils découvraient son application, ils agissaient en conséquence.

Était-il étonnant qu’il y eût des sources de faiblesse parmi eux ? Avec la complicité d’Eliashib, Tobija, qui était l’ennemi constant du peuple de Dieu, avait trouvé une place même dans le sanctuaire de Dieu, dans la maison ! Il ressort de notre texte que Néhémie a fait deux visites à Jérusalem, et cet abandon des premiers principes s’est produit dans l’intervalle de son absence. « La trente-deuxième année d’Artaxerxès, roi de Babylone, j’étais allé vers le roi ; et au bout de quelque temps j’avais demandé au roi la permission de m’en aller » — il s’agit d’une seconde autorisation de s’éloigner de la cour d’Artaxerxès. La première date de la vingtième année d’Artaxerxès (2:1) et celle-ci une douzaine d’années après. « Et je vins à Jérusalem, et je m’aperçus du mal qu’Eliashib avait fait en faveur de Tobija, en lui préparant une chambre dans les parvis de la maison de Dieu ».

 

10.2                   Abstention de la Table du Seigneur

Mais remarquons un autre principe important. Que fit Néhémie ? Resta-t-il loin de la maison de Dieu ? Cessa-t-il d’y monter pour adorer ? Certes non, et nous ne le devrions pas davantage. Le péché chez un autre croyant n’est jamais une raison pour ne pas s’approcher de la Table du Seigneur. En effet, si c’était un motif suffisant, cette même raison serait valable pour tous ceux qui sont justes. Et à supposer que tous ceux qui sont justes viennent à s’abstenir, où serait la Table du Seigneur ? Non, chers amis, c’est là un principe entièrement faux et mauvais. S’il y a du mal, regardons à Dieu pour y faire face de la bonne manière. Regardons à Dieu pour qu’il donne la sagesse de s’occuper de ce mal selon sa Parole et qu’il fortifie les mains de ceux qui veillent à la gloire du Seigneur.

Ce n’est pas la présence du péché qui détruit le caractère de la Table du Seigneur, mais le refus de le juger. Il pourrait y avoir le mal le plus affreux : ce n’est pas une raison pour rester à l’écart de la Table du Seigneur. Si je connaissais l’existence d’un grave péché dans votre rassemblement, je ne m’abstiendrais pas de vous visiter, mais peut-être viendrais-je pour vous aider. Si je pouvais vous aider, mon devoir serait de le faire ; non pas de faire le travail pour vous, mais de placer devant vous la responsabilité de faire vous-mêmes le travail avec le secours du Seigneur car vous êtes responsables.

Le fait que Tobija avait réussi, grâce à l’influence du grand sacrificateur, à s’aménager une chambre dans la maison de l’Éternel ne fit pas reculer Néhémie. Il vint à Jérusalem, vit le mal, et trouva cela « fort mauvais ». Ce fut là le premier effet. « Et je trouvai cela fort mauvais, et je jetai dehors, hors de la chambre, tous les effets de la maison de Tobija. Et je commandai qu’on purifiât les chambres, et j’y fis rapporter les ustensiles de la maison de Dieu, l’offrande de gâteau et l’encens » (v. 8, 9).

Un Israélite était en droit d’agir seul de cette manière, tandis qu’aujourd’hui un acte de discipline est le fait de l’assemblée tout entière. Même un apôtre n’aurait pas agi seul. Lorsque Paul entendit parler d’un mal horrible dans l’Église de Corinthe, il ne refusa pas de leur écrire, et il ne leur dit pas : « Vous cessez d’être l’assemblée de Dieu ». Au contraire, il s’adresse « à l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe », et il l’unit à tous les saints qui étaient sur la terre : « avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur Seigneur et le nôtre » (1 Cor. 1:2). Il leur parle du mal affreux qu’il savait être au milieu d’eux, et il ajoute qu’il a jugé ce qu’il fallait dire, mais il leur enjoint d’agir eux-mêmes. Il leur appartenait de juger le mal et de prouver ainsi qu’ils étaient purs dans cette affaire. Telle était la manière selon laquelle Dieu travaillait dans l’Église.

Nous jouissons de Christ ensemble. Je ne suis pas autorisé à aller chez moi, à y prendre du pain et un peu de vin, et à appeler cela la Cène du Seigneur. C’est dans l’assemblée que je prends celle-ci, réalisant la vraie communion ouverte à tous les saints de Dieu qui marchent selon le Seigneur. En le faisant, je regarde à Dieu pour qu’il opère dans les siens en ôtant tout ce qui n’est pas conforme à cette sainte communion. C’est ce que fait alors Néhémie. Il connaît et ressent leur douleur et il agit ; seulement, comme nous l’avons remarqué, il est seul à le faire, tandis que maintenant, dans l’assemblée, il doit y avoir communion.

L’homme de Dieu remarque d’autres cas de désordre. Il apprend que les portions des lévites ne leur ont pas été données : « les lévites et les chantres qui faisaient le service avaient fui chacun à son champ. Et je querellai les chefs et je dis : Pourquoi la maison de Dieu est-elle abandonnée ? Et je les rassemblai, et je les fis demeurer à leur poste » (v. 10, 11).

Ensuite c’est le sabbat qui n’est pas respecté. Un grand trafic a lieu ce jour-là, et Néhémie de nouveau réagit vigoureusement. Bien que nous ne soyons plus sous la loi sabbatique, le jour du Seigneur devrait être pour le moins aussi important à nos yeux que le sabbat l’était pour l’homme sous la loi. N’est-ce pas très coupable, frères bien-aimés, de profiter du jour du Seigneur pour poursuivre nos propres desseins égoïstes ? Le jour du Seigneur a des exigences plus grandes que le jour du sabbat, car ce sont les exigences de la grâce sur tous les enfants de la grâce. Puissions-nous ne jamais l’oublier ! Non pas que nous ne puissions l’employer dans l’esprit de grâce et de liberté ; mais l’employer pour soi n’est pas l’employer pour Christ. C’est imiter ceux qui ne connaissent pas Dieu. Gardons-nous donc de leur ressembler.

 

10.3                   Liens étrangers

Enfin l’attention de l’homme de Dieu est attirée sur un fait pire encore : « En ces jours-là aussi, je vis des Juifs qui avaient pris des femmes asdodiennes, ammonites, et moabites ; et leurs fils parlaient à moitié l’asdodien ». Tout était dans la confusion. « Et je les querellai ». Néhémie intervient de nouveau avec la plus grande sévérité. Il rappelle comment même Salomon s’était égaré en cela et cet exemple est d’autant plus frappant qu’il s’agit de l’homme qui avait été de loin le plus élevé en Israël. Son cas est évoqué dans ces jours de faiblesse et d’abaissement comme pour montrer que quand il s’agit de juger du mal il n’y a pas d’acception de personnes. Néhémie le confirme en chassant d’auprès de lui un des fils de Joïada, fils d’Eliashib, le grand sacrificateur, qui était gendre de Sanballat, le Horonite. « Et je les purifiai de tout étranger, et je fixai les fonctions des sacrificateurs et des lévites, chacun dans son service, et ce qui concernait l’offrande du bois à des époques fixes, et les premiers fruits » (v. 29-31).

Si succinctement que nous ayons étudié ce livre important, nous avons pu en voir, j’aime à le penser, un peu plus clairement et complètement le but général. Veuille le Seigneur en bénir la méditation pour nous tous.