[ Page principale | Nouveautés | La Bible | la Foi - l'Évangile | Plan des sujets | Études AT | Études NT | Index auteurs + ouvrages + sujets | Centres d'intérêt ]

 

Méditations sur le livre d’ESDRAS

 

et son application pratique au temps actuel

 

William Kelly

 

Traduction française : Édition 1991 (Éditions, Bibles et traités chrétiens, Vevey, Suisse)
La plupart des sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest

 

Table des matières abrégée :

1     Pas encore le règne futur

2     Ch. 1 — Un résidu ramené de la captivité

3     Ch. 2 — Christ et le résidu

4     Ch. 3 — Priorité accordée à l’autel de l’Éternel

5     Ch. 4 — La ruse de l’ennemi

6     Ch. 5 et 6 — La reprise du travail par l’action de l’Esprit

7     Ch. 7 et 8 — Le jugement de soi-même, plutôt que la puissance, dans un temps de ruine

8     Ch. 9 — Comme les païens

9     Ch. 10 — Confession de la faute commune

 

 

Table des matières détaillée :

1     Pas encore le règne futur

2     Ch. 1 — Un résidu ramené de la captivité

2.1      Le caractère typique de Cyrus

2.2      Soumission aux autorités

3     Ch. 2 — Christ et le résidu

3.1      Un Résidu seulement

3.2      La faiblesse ne doit pas être un prétexte de relâchement

4     Ch. 3 — Priorité accordée à l’autel de l’Éternel

4.1      L’autel rétabli sur son emplacement

4.2      Régularité aux réunions et progrès

4.3      Fraîcheur et connaissance

4.4      La Parole. Croissance, obéissance

4.5      Conversion des pécheurs et rassemblement autour du Seigneur

4.6      Joie et pleurs

5     Ch. 4 — La ruse de l’ennemi

5.1      Faux amis

5.2      Le manque de foi arrête le travail

6     Ch. 5 et 6 — La reprise du travail par l’action de l’Esprit

6.1      Ch. 5

6.2      Ch. 6

7     Ch. 7 et 8 — Le jugement de soi-même, plutôt que la puissance, dans un temps de ruine

7.1      Ch. 7 — Faiblesse et foi

7.2      Puissance mauvaise

7.3      Esprit d’humiliation et d’obéissance

7.4      Jugement de soi-même

7.5      Ch. 8

8     Ch. 9 — Comme les païens

9     Ch. 10 — Confession de la faute commune

 

 

 

1                    Pas encore le règne futur

Par les règnes de David et de Salomon, Dieu avait donné une sorte d’échantillon de son royaume futur sur la terre, une préfiguration du temps où ce royaume de Dieu sera établi dans sa puissance, avec son siège central à Jérusalem, pour la bénédiction de toute la terre. Mais il faut arriver aux prophètes pour que le Saint Esprit nous fasse entrevoir un royaume universel englobant tout ce qui est sous les cieux.

Ce sujet concerne d’une manière très spéciale la gloire de Dieu, à laquelle en réalité tend toute l’Écriture. Au reste tout ce que Dieu a fait dans le passé converge vers l’avenir, car jamais encore Dieu n’a vu sa gloire pleinement manifestée sur la terre, si ce n’est dans la Personne de notre Seigneur Jésus Christ. Certes aucun objet ne sera jamais aussi parfait pour l’œil de Dieu, ni aussi propre à nous faire jouir de la communion avec Dieu, nous qui connaissons et aimons Jésus, que cette contemplation de son propre Fils ; mais il s’agissait alors du Roi, et non pas du royaume. Celui-ci n’était pas encore établi en puissance, bien qu’on ait déjà pu voir en Christ une première manifestation de la puissance qui jettera le diable dehors ; et c’est la raison pour laquelle, dans les évangiles, une si grande importance est attribuée au fait de chasser les démons. En Luc, qui plus que les autres évangiles nous montre ce qu’est maintenant la puissance de Satan, et ce que sera bientôt le royaume de Dieu après l’abolition de cette puissance, le premier miracle relaté est la guérison d’un démoniaque (Luc 4:33-36). Et en Marc où nous voyons la puissance de Satan rencontrée et vaincue par la puissance supérieure de Dieu en Christ, la première guérison opérée est également celle d’un démoniaque (Marc 1:23-27).

Mais dans l’Ancien Testament nous n’assistons encore qu’à la triste histoire du déclin et de la chute de ce que Dieu avait jadis établi en Israël.

 

2                    Ch. 1 — Un résidu ramené de la captivité

Les livres d’Esdras et de Néhémie ouvrent une nouvelle page de l’histoire des voies de Dieu : l’intervention de sa grâce envers un résidu qu’il ramène de la captivité dans le pays. Ces deux livres nous présentent les deux côtés de l’œuvre de Dieu en bonté. Nous n’y trouvons pas la puissance, mais la grâce — non pas l’institution d’un nouvel état de choses, mais cette grâce de Dieu intervenant pour soutenir un résidu. En l’absence d’instructions particulières de sa part et d’une autorité établie selon sa pensée, Dieu conduisait ceux qui jouissaient de son secret — ceux qui avaient la foi — à se confier en Lui en toutes circonstances. Cela est plein d’instruction pour nous qui nous trouvons maintenant dans une situation remarquablement analogue à celle du résidu d’Israël rentré de Babylone. Nous en rencontrerons d’abondantes preuves dans le court exposé que je me propose de faire maintenant.

Nous commençons naturellement par le premier de ces livres — Esdras — dont le grand sujet est la maison de Dieu. En Néhémie, nous verrons que le grand sujet est la ville. Toutefois, qu’il s’agisse de la construction du temple ou de la construction de la muraille, c’est la relation du résidu avec Dieu qui constitue l’objet principal de chacun de ces deux livres.

 

2.1   Le caractère typique de Cyrus

Un puissant changement opéré dans les voies de Dieu apparaît déjà en ce que Cyrus le Perse occupe une aussi grande place, bien qu’étant un Gentil. Combien il est étrange qu’un homme des nations dispose d’un tel pouvoir ! Il envoie une proclamation à Israël au nom de l’Éternel, dont il reconnaît publiquement la souveraineté.

Cyrus en cela est un type d’un plus grand que lui ; et c’est la raison pour laquelle il intervient dans le jugement de Babylone. De même que celle-ci fut la première grande puissance du monde suscitée selon la providence de Dieu pour châtier et transporter l’ancien peuple de Dieu à cause de ses péchés, de même le jugement de Babylone préfigure le jugement de la puissance mondiale sous sa dernière forme. Dans la prophétie d’Ésaïe (44:28 ; 45:1), Cyrus apparaît clairement, toutes proportions gardées, comme le précurseur d’un grand libérateur à venir et le dernier acte de la puissance de Dieu à la fin de la dispensation présente sera la chute de Babylone, qui suivra la venue du Seigneur Jésus pour prendre la royauté. C’est sous la septième coupe que Babylone sera définitivement jugée (Apoc. 16:17-21). Alors le Seigneur Jésus paraîtra sur les nuées du ciel, à la fois pour établir le peuple de Dieu sur la terre et pour manifester l’Église avec tous les autres saints célestes en haut.

Malgré la distance qui sépare Cyrus du puissant libérateur qu’il préfigure, Dieu avait tout cela en vue lorsqu’il lui plut, selon ses propres et merveilleuses voies, de faire proclamer par Cyrus, roi de Perse, que l’Éternel, le Dieu des cieux lui avait donné tous les royaumes de la terre (v. 2), ce qui, nous le savons, sera pleinement réalisé en Christ. Lui est l’homme juste par excellence, Lui jugera les rois de la terre, lesquels seront comme du chaume devant son arc.

Cyrus annonce maintenant que le chemin vers Jérusalem est ouvert, et, bien loin d’empêcher le retour du peuple de Dieu, il l’encourage par tous les moyens possibles. Il exhorte les Juifs à monter et à bâtir la maison de Dieu ; plus encore : tous ceux qui les entourent devront leur accorder leur aide le long du chemin (v. 3-6). Cyrus lui-même donne l’exemple de ce qu’il enjoint aux autres : au lieu de se contenter, comme tout roi l’aurait fait, de laisser partir une grande troupe d’hommes appartenant à une race notoirement si hostile aux autres royaumes, il fait encore sortir les ustensiles de la maison de l’Éternel, ainsi que l’or et l’argent que Nebucadnetsar avait emportés de Jérusalem (v. 7-11). II rend tout cela aux Israélites, qui peuvent ainsi partir avec l’assurance que non seulement Dieu leur a providentiellement ouvert le chemin du retour, mais qu’il a incliné le cœur du monarque gentil lui-même, à la gloire de l’Éternel, le Dieu des cieux.

Telle est la situation présentée par le premier chapitre. Combien elle contraste avec ce qui sera bientôt la réalité, dans le gouvernement du monde. Car alors, au lieu que les Gentils soient tout-puissants, le plan et l’intention de Dieu, évidents dans les Écritures, est qu’Israël doit être la tête, et les Gentils, la queue. Et, en vérité, ce fait seul permet d’apprécier l’histoire du monde et son état insolite depuis qu’a commencé le temps des Gentils. Les hommes sont, et depuis longtemps, très fiers de cette époque que Dieu appelle lui-même « les temps des nations » (Luc 21:24). Mais Lui n’y discerne qu’un état de confusion contrôlé seulement, dans Sa providence, par le fait qu’il « donne le royaume des hommes à qui il veut et y élève le plus vil des hommes ». C’est ainsi que Dieu désigne l’homme des nations (Daniel 4:17). Combien c’est humiliant ! Dans cette époque durant laquelle les Gentils se vantent avec orgueil de leurs grands hommes qui gouvernent le monde, Dieu ne voit qu’un simple intervalle de temps — qui ne doit son existence qu’au péché de rébellion et d’apostasie d’Israël. Et il permet, selon sa providence, que les nations méprisées aient la haute main sur le monde. Nous ne pouvons apprécier justement l’état du monde et de son histoire sans avoir cela dans l’esprit.

 

2.2   Soumission aux autorités

Un tel fait ne dispense en aucune manière le chrétien aujourd’hui d’honorer les autorités établies ; au contraire, c’est là clairement notre devoir (Rom. 13:1-7). Cet « honneur » que nous leur devons n’est nullement fondé sur leur caractère personnel. Peu importe leur origine, la manière dont elles ont reçu leur pouvoir ou la façon dont elles en usent ou abusent. La seule chose que nous ayons à faire, en tant que croyants, est de reconnaître Dieu et le magistrat. Peut-être le roi ou le magistrat ne reconnaît-il lui-même pas Dieu. C’est une grave responsabilité pour lui, mais cela ne change pas notre relation. Même si les rois ou les magistrats étaient tous infidèles, notre devoir serait de les reconnaître comme étant les représentants de Dieu, servant sans doute aveuglément, mais accomplissant cependant, dans la position qui est la leur, le propos de Dieu, quoique eux-mêmes n’en soient guère conscients. En résumé, nous sommes tenus de rendre cet honneur aux autorités établies, sans qu’il soit question de la forme particulière qu’elles peuvent revêtir. Ce peut être une monarchie, un empire, une république ou toute autre forme de gouvernement reconnue des hommes en un moment donné. Notre affaire est de rendre honneur et soumission aux puissances haut-élevées. Cela rend le chemin du chrétien très simple, et j’y insiste, frères bien-aimés, car nous sommes dans une époque où prévalent des vues toutes différentes. L’esprit du siècle est totalement opposé à ces principes de la Parole et il ne faut pas nous attendre à les trouver dans les pensées des hommes, dans leur bouche ni dans leurs écrits ; mais bien le contraire. Les hommes se considèrent comme étant eux-mêmes la source de la puissance, et non pas Dieu. Ils pensent que la forme particulière de gouvernement ne dépend que de leur propre choix. Je vous accorde que Dieu agit souvent au moyen de la volonté des hommes. Mais ce que ceux-ci oublient, c’est que Dieu est Celui qui gouverne toujours, même si ses instruments visibles sont des hommes méchants. Notre part n’est pas de nous occuper du choix de ces instruments, mais de reconnaître Dieu dans tous ceux auxquels, pour le temps présent, il confère de la puissance sur la terre. Et ce devoir, le Seigneur Jésus lui-même nous l’a enseigné de la manière la plus claire, car des pensées très différentes avaient cours en Israël lorsqu’il était ici-bas. Mais il a traité cette question et l’a réglée dans sa mémorable réponse aux Pharisiens et aux Hérodiens, lorsqu’il leur demanda de lui montrer un denier et que, leur indiquant l’image et l’inscription de César, il prononça ces paroles décisives : « Rendez donc les choses de César à César, et les choses de Dieu à Dieu » (Matt. 22:21).

C’est le principe applicable au temps actuel, mais combien le changement sera grand lorsque toutes choses dans le ciel et sur la terre seront assujetties au « grand Roi » ; lorsque le Seigneur Jésus sera reconnu non seulement comme l’Éternel, mais comme Roi sur toute la terre ; lorsque ce titre de « grand roi » attribué au roi de Perse par une exagération flatteuse sera décerné de plein droit à Christ seul. Combien grande sera la bénédiction, lorsque les cieux et la terre s’uniront pour le louer à la gloire de sa parfaite grâce ! C’est là ce que nous attendons, et nous savons que, fruits de la grâce de Dieu, nous serons alors avec lui en haut pour être manifestés avec lui lorsqu’il apparaîtra dans sa gloire.

Ici, avec Cyrus, nous n’avons qu’un type partiel, et d’autant plus imparfait que l’état des choses était plus confus, Dieu ne tenant les rênes que providentiellement par des hommes païens. C’est le caractère du temps des nations qui a commencé avec Nébucadnetsar, et se poursuivra jusqu’à ce que le Seigneur Jésus apparaisse en gloire. Nous sommes maintenant dans ce temps des nations, seulement nous sommes appelés hors du monde par la connaissance du Seigneur Jésus Christ dans le ciel, ce qui n’est pas le sujet de notre présente méditation.

 

3                    Ch. 2 — Christ et le résidu

3.1   Un Résidu seulement

Le deuxième chapitre place devant nous un résidu. Il ne peut donc s’agir encore du rétablissement d’Israël. C’est un principe de toute importance dont dépend la compréhension des prophètes. Si je considère les prophéties comme un tout, leur témoignage se rapporte au temps où le royaume sera établi ; où Israël, dans son ensemble, sera rassemblé ; non seulement les Juifs, mais également les dix tribus seront placés sous la domination du Seigneur Jésus Christ. Par conséquent, rien de ce qui s’est passé pendant les temps des nations ne peut constituer un réel accomplissement des prophéties. Il peut arriver que quelque principe particulier de celles-ci se fasse jour. Par exemple, maintenant sous l’Évangile, nous voyons que « quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (Actes 2:21). Eh bien ! cela sera pleinement réalisé, lorsque Jérusalem sera le centre terrestre du royaume. Ce que nous connaissons maintenant est une réalisation partielle de cette prophétie de Joël (2:28-32), mais le plein accomplissement ne viendra que lorsque Jérusalem sera amenée directement sous la puissance et la gloire de Dieu ; et alors, en cette montagne de Sion, ce sera la délivrance universelle. Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé, et le Seigneur étendra la bénédiction à toute chair. La chose est vraie dès à présent, mais la pleine réalisation ne s’effectuera que plus tard. Ce principe est très important. Les prophètes ne considèrent pas seulement le résidu, mais la nation ; pas seulement un début d’accomplissement mais la pleine réalisation. Dans la chrétienté nous avons un résidu, une réalisation partielle, et rien de plus.

Notre deuxième chapitre illustre bien ce principe essentiel à l’intelligence des prophéties de l’Ancien Testament. Nous n’y voyons qu’un résidu, et un bien misérable résidu — quelque quarante-trois mille personnes — principalement de Juda et de Benjamin — qui fut ramené de la captivité de Babylone. Parmi eux, à peine quelques isolés venant des dix tribus, lesquelles avaient été transportées en Assyrie longtemps auparavant. Le résidu était donc essentiellement composé de Juifs qui avaient été transportés à Babylone, non pas en Assyrie. Et cette composition d’un tel résidu — savoir peu de gens, et n’appartenant qu’à deux tribus sur douze — constitue la preuve que ce n’était là qu’une réalisation partielle des prophéties.

Nous en connaissons la raison. Il s’agissait de tout préparer pour la venue du Seigneur dans l’humiliation. Les prophètes considéraient la venue du Seigneur en gloire. Il était nécessaire qu’un résidu des Juifs montât à Jérusalem, et que le Seigneur les rencontrât dans un abaissement bien plus profond encore que le leur. C’est au milieu de ce petit résidu humilié que le Seigneur lui-même se présenta dans une humiliation volontaire, mais comme entrant pleinement dans ses circonstances. Il le rencontrait sur son terrain afin de pouvoir montrer que, même dans ce si triste état, il descendrait au-delà de la plus profonde de toutes les hontes et au-delà de la ruine la plus complète. Plus encore, il se placerait sous le péché et sous le jugement même, afin de pouvoir délivrer d’une manière vraiment divine, dans toute la manifestation de la grâce de Dieu. Puisque tout cela ne pouvait s’accomplir que dans l’humiliation, nous comprenons que le retour du résidu juif ait dû s’effectuer dans la faiblesse ; il était directement adapté à la venue du Seigneur dans son abaissement profond.

Je ne m’attarde pas aux détails historiques, mon but, dans ces exposés, étant de donner une esquisse générale pour aider les croyants à lire avec profit pour eux-mêmes cette portion de la parole de Dieu. Mais avant de continuer, j’aimerais relever un ou deux faits intéressants. D’abord, le soin qui fut pris à l’égard des sacrificateurs de vérifier leur généalogie. Mention est faite de ceux qui « cherchèrent leur inscription généalogique, mais elle ne se trouva pas ; et ils furent exclus, comme profanes, de la sacrificature. Et le Thirshatha (ou gouverneur) leur dit qu’ils ne devaient point manger des choses très saintes » — c’est-à-dire, qu’ils ne devaient pas avoir la pleine jouissance des privilèges sacerdotaux — « jusqu’à ce que fût suscité un sacrificateur avec les urim et les thummim ». Autrement dit, jusqu’à ce que le Seigneur Jésus vienne, lui le Roi, agissant aussi dans la pleine puissance de la sacrificature selon les lumières et les perfections de Dieu (les urim et les thummim) et qui alors mettra de l’ordre dans toute la confusion et suppléera à tout ce qui manque.

 

3.2   La faiblesse ne doit pas être un prétexte de relâchement

J’attire également notre attention sur le principe que, bien que ce fût un jour de faiblesse et d’humiliation, ce ne devait pas être un jour de négligence, mais au contraire de très grande vigilance. Le peuple de Dieu avait à être aussi attentif et sur ses gardes pour honorer le nom de l’Éternel que lorsque tout était dans la pleine puissance et la pleine beauté de l’ordre divin. C’est là un très précieux principe pour nous-mêmes maintenant. Dans l’actuelle confusion de la chrétienté, nous sommes appelés à être très vigilants à l’égard de ceux qui invoquent le nom du Seigneur et se réclament d’une relation avec Dieu, avant de les reconnaître comme membres du corps de Christ et comme vrais adorateurs se rassemblant à son nom. C’est pourquoi nous sommes en droit de demander qu’ils prouvent leur généalogie. Le motif est simple : des multitudes se prévalent aujourd’hui du titre de chrétiens sans y avoir droit. Nous devons exiger la preuve qu’ils sont réellement ce qu’ils professent être ; nous ne devons pas nous contenter d’une profession toute générale mais nous avons à nous enquérir soigneusement de la réalité de la foi. Sans la mettre en doute, nous avons pourtant à en attendre la preuve manifeste, propre à convaincre.

Cette précaution n’était pas aussi nécessaire dans les premiers jours de l’histoire de l’Église. Le Saint Esprit descendit alors en puissance pour ouvrir une économie nouvelle, enjoignant à l’homme de rompre ses anciennes associations et de se rassembler au nom du Seigneur Jésus. Le danger était moins grand, parce que l’opprobre était tel que, d’une manière générale, les hommes ne s’approchaient pas à moins d’être vraiment conduits par Dieu. Il pouvait arriver sans doute qu’un Simon le magicien, sensible à ces choses sans être atteint dans sa conscience et convoitant la puissance qui pourrait servir ses desseins égoïstes, s’avançât indûment sur le terrain chrétien (Actes 8:9-24) ; mais, normalement je le répète, les hommes ne venaient pas s’ils n’étaient pas sincères. De nos jours, il n’en est plus ainsi, et nous savons que les hommes se trompent eux-mêmes, allant jusqu’à ignorer ce que signifie véritablement : être converti à Dieu, ou être membre du corps de Christ. Beaucoup ont été faussement enseignés : ils ont été élevés dans une atmosphère malsaine et corruptrice ; et par conséquent il est nécessaire, je le répète, que nous exigions la preuve de leur généalogie, c’est-à-dire la pleine évidence qu’ils appartiennent réellement à Christ et font partie de la famille de Dieu.

Il peut y avoir, dans le moment présent, des personnes dans une condition telle que nous ne les recevrions pas sur la terre, et qui pourtant seront au ciel. Il peut y avoir des personnes qui devront être actuellement repoussées parce qu’elles ne peuvent pas prouver leur généalogie. Le Seigneur peut discerner, au milieu de beaucoup de choses douloureuses, ce qui est réel ; mais nous devons simplement regarder à Dieu et agir selon la mesure de discernement qu’il nous donne dans chaque cas.

 

4                    Ch. 3 — Priorité accordée à l’autel de l’Éternel

4.1   L’autel rétabli sur son emplacement

Dans le troisième chapitre, un principe d’une grande beauté est placé devant nous. Après le retour du résidu et son zèle pour purifier la sacrificature, quelle est la première marque de piété des conducteurs du peuple ? Qu’est-ce qui donne à ces sacrificateurs leur caractère devant Dieu ? Leur premier acte nous fait voir leur unité de pensée : « Ils établirent l’autel sur son emplacement ; car la terreur des peuples de ces contrées était sur eux » (v. 3). Combien cela est beau ! Ce n’est pas par la muraille qu’ils commencèrent, fait d’autant plus remarquable qu’un autre livre, celui de Néhémie, est précisément consacré à la construction de la muraille. Mais en Esdras, ils commencent par ce qui concerne Dieu et non pas par ce qui les concerne eux-mêmes. Ils commencent par ce qui exprime par excellence l’acceptation devant Dieu. L’autel était le lien entre Dieu et son peuple ; ce qu’on pourrait appeler le point de contact entre Lui et eux. C’était le lieu où ils apportaient leurs offrandes. Leurs sacrifices d’actions de grâces, leurs holocaustes — toutes leurs offrandes étaient présentées à l’autel.

Bâtir l’autel montrait donc que la première pensée de leur cœur était l’adoration de Dieu et non la manière dont ils allaient se protéger contre leurs ennemis. Or, comme pour souligner cette priorité, la raison donnée est précisément que la terreur des habitants de ces contrées était sur eux. Cette crainte les amena à s’approcher de Dieu dans l’adoration, et non pas à se fier à eux-mêmes ou à d’autres hommes pour être protégés. Ils n’ont pas fait requête à Cyrus le roi ; ni pris prétexte de leur manque de moyens et de ressources pour ériger une défense contre leurs ennemis.

Ayant, avant toute autre chose, établi l’autel sur son emplacement, « ils offrirent dessus des holocaustes à l’Éternel, les holocaustes du matin et du soir ». Et, de plus, il est expressément rapporté que cela fut fait par « Jéshua, fils de Jotsadak, et ses frères les sacrificateurs, et Zorobabel, fils de Shealthiel, et ses frères », qui « bâtirent l’autel du Dieu d’Israël, pour y offrir des holocaustes, selon ce qui est écrit dans la loi de Moïse, homme de Dieu ».

Ce qui les distinguait était une sainte jalousie pour la parole de Dieu ; et cette Parole était considérée avec un œil simple. Ils n’y cherchaient pas ce qui les concernait personnellement, mais plutôt ce que, dans l’obéissance, ils devaient à un tel Dieu. N’est-ce pas un magnifique exemple de la foi de ce résidu ? La première pensée de leur cœur était Dieu, et cela d’autant plus qu’ils avaient vraiment peur des ennemis qui les entouraient ; mais cette crainte, ils l’exprimaient non pas dans des mesures humaines prises pour se protéger, mais en s’approchant de Dieu pour le rechercher, pour le louer. « Et ils firent la fête des tabernacles selon ce qui est écrit ». Soulignons bien ce soin jaloux à l’égard de la parole de Dieu. Elle n’était pas pour eux un ensemble d’ordonnances, mais son autorité remplissait leur cœur. Nous verrons, hélas ! le déclin qui suivit ; mais retenons la manière dont ils commencèrent à leur retour de la captivité. « Et ils firent la fête des tabernacles selon ce qui est écrit, et les holocaustes, jour par jour, selon leur nombre, selon l’ordonnance, le service de chaque jour, et après cela l’holocauste continuel » (v. 4, 5). Nous n’y remarquons aucune lassitude ; ce n’était pas un acte passager : l’holocauste continuel était présenté.

 

4.2   Régularité aux réunions et progrès

Je suis toujours attristé, frères bien-aimés, de voir certains enfants de Dieu se contenter de fréquenter le rassemblement le matin du jour du Seigneur, n’observant qu’un lien purement extérieur avec le Seigneur et avec les siens. J’admets qu’il existe des circonstances où il ne peut en être autrement —grave maladie, ou peut-être devoirs professionnels ou familiaux d’un caractère absolu. Nous ne connaissons pas toujours les motifs, c’est pourquoi nous devrions être lents à juger dans chaque cas individuel. Je dirai toutefois que, d’une manière générale, la même foi qui nous fait apprécier le rassemblement autour du Seigneur à sa propre table devrait nous amener à nous réjouir de rencontrer le Seigneur en toute occasion ; plus encore, à chercher par tous les moyens à croître dans la vérité. Car quelle est l’une des grandes causes de notre faiblesse dans l’adoration ? C’est que nous ne progressons pas dans l’intelligence spirituelle. Si nous faisions usage de la vérité de Dieu et croissions en toutes choses jusqu’à Christ, il en résulterait une plus grande plénitude dans l’adoration et, permettez-moi d’ajouter, une plus grande simplicité. On n’y entendrait pas la répétition continuelle des mêmes pensées, mais il s’en présenterait de nouvelles, sans même avoir à y réfléchir, ni à nous y efforcer, parce que nos cœurs seraient remplis jour après jour par sa vérité. Oui, combien il est important de profiter de chaque occasion de nous instruire, et tout particulièrement dans les réunions d’édification.

 

4.3   Fraîcheur et connaissance

L’Église primitive ressentait cela d’une manière évidente, puisque les croyants rompaient le pain chaque jour. Ils se rassemblaient chaque jour, et cela ne leur suffisait pas. Ils avaient d’autres saintes activités. Ils montaient même au temple. C’est une erreur de penser que la fraîcheur et la plénitude de la joie dépendent d’une grande somme de connaissances, car ce n’était pas le cas dans l’église de Jérusalem. Les croyants étaient encore très attachés à l’ancien état de choses en Israël. Pendant quelque temps encore, ils continuèrent de monter au temple. Une grande foule de sacrificateurs obéissaient à la foi et j’admets très bien qu’ils n’ont pas aussitôt cessé d’offrir leurs taureaux et leurs boucs ; cependant ils avaient saisi le vrai sacrifice. Ils s’étaient emparés de la vérité de Christ et, aussi sûrement qu’ils l’avaient fait, le jour viendrait où ils en auraient fini avec leurs offrandes d’animaux, mais jamais ne viendrait le jour où ils en auraient terminé avec Christ. Ils connaîtraient beaucoup mieux et croiraient plus pleinement.

Dieu peut nous donner la vérité, sans que nous en réalisions aussitôt toute la portée ; mais l’effet de cette vérité sera de chasser peu à peu de notre âme ce qui est étranger à la vérité en tant que contraire à la volonté de Dieu. Voilà pourquoi il vous faut laisser aux nouveaux convertis le temps de croître. Usez de patience avec eux. Vous devriez chercher à les fortifier, à les réjouir et à les encourager à recevoir la vérité. Au lieu d’attendre tout de suite les résultats, laissez agir la croissance. Il est très facile, et c’est une méthode humaine, d’accumuler dans son esprit quantité de vérités ; mais ce n’est pas la vie, ce n’est pas la puissance, ce n’est pas la croissance. Ce qui est divin vit, ce qui vit doit avoir une racine et doit croître, et pour cela il faut du temps. Ce n’est pas signe de croissance que de s’épanouir tout d’un coup. L’esprit humain est capable d’enregistrer beaucoup de vérités. Si un homme est doué, il peut les saisir très vite ; cela est cependant sans valeur. Ce qui se met à briller un jour avec éclat peut s’éteindre le lendemain, tandis que ce qui est de Dieu vivra et demeurera.

 

4.4   La Parole. Croissance, obéissance

Nous voyons donc que la Parole tenait une grande place dans l’âme des Juifs composant le résidu. Elle exerçait son autorité sur leur conscience, et cela dès le début. Ils furent ainsi instruits non seulement quant à la fête spéciale des Tabernacles, mais quant à la fête journalière que représentait l’holocauste continuel. Je parle naturellement de ce qui concerne les Juifs, mais le récit a un écho pour nous aussi.

« Depuis le premier jour du septième mois ils commencèrent à offrir des holocaustes à l’Éternel ; mais », est-il ajouté, « les fondements du temple de l’Éternel n’étaient pas encore posés » (v. 6). Ainsi, nous voyons qu’il leur restait des progrès à faire. Aucun résidu, appelé par grâce, n’est parvenu en une seule fois à la vérité que Dieu allait lui révéler. C’est une question de croissance collective, non pas seulement de croissance individuelle. Ils n’atteignent pas immédiatement l’intelligence de la parole de Dieu, et ils ne sont pas capables de faire au début ce qu’ils comprendront plus tard, et ce pour quoi ils recevront de la puissance.

« Les fondements du temple de l’Éternel n’étaient pas encore posés ». Mais au milieu de cet état de choses, nous voyons que « la seconde année de leur arrivée à la maison de Dieu à Jérusalem, au second mois, Zorobabel, fils de Shealthiel, et Jéshua, fils de Jotsadak, et le reste de leurs frères, les sacrificateurs et les lévites, et tous ceux qui étaient venus de la captivité à Jérusalem, commencèrent ; et ils établirent les lévites depuis l’âge de vingt ans et au-dessus, pour surveiller l’œuvre de la maison de l’Éternel » (v. 8). Chose remarquable, tout ce travail accompli à la gloire de Dieu découlait simplement du fait que ces hommes avaient obéi pour monter à Jérusalem et avaient été reconnus comme Israélites.

 

4.5   Conversion des pécheurs et rassemblement autour du Seigneur

Cette constatation est de toute importance ; car dans le temps actuel, de nombreux chrétiens semblent penser que la seule bénédiction et le seul travail digne de ce nom est la conversion des pécheurs — le fait de les amener à Dieu. C’est une grande méprise. Certes je puis rendre grâces à Dieu et me réjouir de ce que dans la conditon actuelle si basse de la chrétienté, même le plus faible des saints sente l’importance qu’une âme soit née de Dieu. Je me réjouis que même des catholiques romains aient à cœur des conversions. Je me souviens avoir entendu parler du fils d’un de nos frères, en Allemagne, qui après avoir été mortellement blessé dans une bataille au cours d’une des guerres de son pays fut amené au Seigneur par le travail d’un jeune catholique romain. C’était un jeune homme léger et étourdi, qui avait entendu la vérité mais qui ne se repentit pas avant d’être en face de la mort et du jugement. Or la personne employée pour sa conversion fut ce catholique, qui suivait d’une manière évidente le Seigneur et qui l’aimait. Dieu peut donc se servir, et non sans raison — une raison humiliante pour nous — de quelqu’un appartenant à un système plongé à bien des égards dans l’obscurité spirituelle, comme instrument pour conduire à la lumière et à la vie de Dieu une personne qui aurait dû connaître infiniment mieux que lui la vérité. Oui, Dieu est souverain et pourra employer tel ou tel des siens dans des circonstances douloureuses. Il cherche la fidélité, et il s’en sert. Il bénira toujours ceux qui sortent au nom du Seigneur Jésus pour gagner des pécheurs, les inviter à se repentir. Et il leur accordera des conversions.

Il existe cependant encore un autre travail particulier au peuple de Dieu. Il ne s’agissait pas simplement, sous Zorobabel, du retour des Juifs à Jérusalem ni du fait de reconnaître les sacrificateurs et les lévites. Mais un travail était accompli pour la maison de Dieu, un grand travail en commun, en vue de rassembler au nom de l’Éternel. Ayant pris cela à cœur, ils l’entreprirent lorsqu’ils arrivèrent à Jérusalem et lorsqu’ils furent chacun à sa propre place. Ce qui les rassemblait c’était l’accomplissement de cette œuvre, et ce qui les unissait c’était ce lieu central : le nom de l’Éternel s’y attachait, il avait un droit divin sur leur conscience et sur le cœur.

C’est ce travail de rassemblement que je désire maintenant considérer d’un peu plus près, frères bien-aimés. Je crois que le Seigneur aimerait le voir davantage parmi nous. L’important pour nous est que sans avoir moins de soin pour les âmes ni moins d’intérêt pour leur conversion, nous ayons un sentiment beaucoup plus profond de ce qui concerne la gloire du Seigneur dans ceux qui Lui appartiennent. Et cela est de toute importance, car dans quel milieu s’en occupe-t-on ? Qui s’en inquiète ? Vous trouverez des chrétiens pieux de diverses dénominations qui travaillent à la conversion de pécheurs ; mais où sont-ils, ceux qui discernent la pleine gloire du Seigneur dans son Église ? C’est pourquoi je suis persuadé que nous sommes les plus responsables, nous qui par pure grâce avons été amenés à comprendre en quelque mesure ce qu’est l’Église. À nous, faibles rachetés, a été confiée d’une manière très particulière la responsabilité de donner expression à cette vérité. C’est là le souci et le désir de notre cœur pour le bien de l’Église de Dieu et l’honneur dû au nom du Seigneur confié à la garde de l’homme ici-bas.

 

4.6   Joie et pleurs

Considérons à présent les Israélites rassemblés pour poser les fondements du temple. Une différence remarquable apparaît entre eux : « Et beaucoup d’entre les sacrificateurs, et d’entre les lévites, et d’entre les chefs des pères, les vieillards qui avaient vu la première maison, pleuraient à haute voix lorsque les fondements de cette maison furent posés devant leurs yeux, et beaucoup poussaient des cris de joie, en élevant leurs voix » (v. 11, 12). À première vue, il semble étrange qu’une seule et même circonstance puisse être une source de joie pour les uns, et de chagrin pour les autres.

Pour les vieillards, c’était une cause de larmes, car ils sentaient combien l’expression présente de la gloire de l’Éternel au milieu d’eux était pauvre en comparaison de ce qu’ils avaient vu autrefois. Pour les plus jeunes c’était une occasion de se réjouir parce qu’ils n’avaient connu que le profond mépris entourant le nom de l’Éternel sur la terre ; maintenant leurs cœurs étaient heureux de ce que, malgré tout, il y avait une confession publique de ce nom, reconnu propre à rassembler son peuple dispersé, même s’il ne s’agissait que d’un résidu ici-bas. Ils avaient raison les uns et les autres, et pourtant combien l’expression de leurs cœurs était différente ! Ce n’était certainement pas que les vieillards n’aient pas éprouvé de la joie en voyant poser les fondements ; mais leur sentiment de tristesse et d’humiliation pour le nom de l’Éternel l’emportait. Tous étaient conduits, et conduits par l’Éternel, mais dans des mesures très différentes. Et je suis persuadé que des deux groupes c’étaient les vieillards qui avaient le sentiment le plus profond de la gloire de Dieu.

 

5                    Ch. 4 — La ruse de l’ennemi

5.1   Faux amis

On n’a jamais vu une bénédiction de Dieu sur la terre qui ne provoque pas l’hostilité du diable ; et c’est ce que nous trouvons dans cette occasion. Il y eut des gens qui « s’approchèrent de Zorobabel et des chefs des pères, et leur dirent : Nous bâtirons avec vous, car nous recherchons votre Dieu, comme vous, et nous lui offrons des sacrifices, depuis les jours d’Ésar-Haddon, roi d’Assyrie, qui nous a fait monter d’ici » (v. 2). Combien cette offre paraissait aimable et désintéressée ! Enfin, au lieu du vieil antagonisme, voilà leurs voisins qui se montrent disposés à les aider à bâtir, à adorer et à servir le même Dieu qu’eux !

Le peuple allait sûrement se réjouir ! Non, frères bien-aimés. Dans ce monde il nous faut constamment avoir du discernement. Certes nous devons prendre garde à la manière dont nous jugeons, mais néanmoins nous devons le faire. Nous avons à éprouver toutes choses et à retenir ce qui est bon ; et en cette circonstance, le peuple agit fidèlement. Zorobabel et Jéshua ne tombèrent pas dans le piège, ainsi que l’avaient fait longtemps auparavant Josué et ses princes dans une occasion quelque peu analogue, lorsque les Gabaonites se présentèrent comme s’ils étaient des pèlerins venus d’un pays lointain (Josué 9). « Zorobabel, et Jéshua, et le reste des chefs des pères d’Israël, leur dirent : Vous n’avez pas affaire avec nous pour bâtir une maison à notre Dieu, mais nous seuls, nous bâtirons à l’Éternel, le Dieu d’Israël, comme nous l’a commandé le roi Cyrus, roi de Perse » (v. 3). Sans aucun doute, ils soulignaient leur faiblesse et leur humiliation, en mentionnant le roi Cyrus. Qu’est-ce que celui-ci avait affaire avec le peuple de Dieu ? Quelle anomalie que le roi de Perse dût commander à Israël ! Pourtant il en était ainsi. Les Juifs étaient humiliés publiquement sur la terre, et ces fidèles n’entendaient pas se soustraire à cet état d’humiliation. Mais, bien que redevables aux puissances qui étaient alors établies pour leur protection, ils maintenaient rigoureusement la parole de Dieu relative à la place spéciale d’Israël. Ils étaient aussi séparés, sinon davantage, qu’aux jours de Moïse ou de David. Jamais sans doute Israël n’éprouva un sentiment plus profond de sa place à part des autres nations qu’en ces jours d’abaissement et de faiblesse.

Quelle leçon pour nous ! Gardons-nous d’abandonner la place particulière de l’Église de Dieu pour le simple motif que nous ne sommes qu’un résidu. Gardons-nous d’abandonner le principe que seuls ceux qui sont membres de ce corps, et sont acceptés comme tels, ont leur place de responsabilité dans l’œuvre du Seigneur. Nous ne devons pas céder à l’esprit du temps dans lequel nous nous trouvons. Voilà en tout cas ce que décidèrent Zorobabel et Jéshua, et ils avaient raison. « Alors le peuple du pays rendit lâches les mains du peuple de Juda ».

Ces hommes montraient maintenant ce qu’ils étaient réellement — non pas des amis, mais des adversaires. Et remarquez-le, chers frères, ils étaient des adversaires bien qu’adorant l’Éternel, le Dieu d’Israël — des adversaires, bien que, pour autant que nous sachions, ils ne fussent pas alors des idolâtres. Mais ils ne faisaient pas partie du peuple de Dieu. Ces « ennemis de Juda et de Benjamin entendirent que les fils d’Israël bâtissaient le temple », et s’approchèrent comme faisant partie d’Israël ; mais en réalité, c’était pour entraver leur travail. Tel était le but de Satan ; mais il fut déjoué. Il est néanmoins dit qu’ils « rendirent lâches les mains du peuple de Juda ; et ils leur firent peur de bâtir, et ils soudoyèrent contre eux des conseillers pour faire échouer leur plan, durant tous les jours de Cyrus, roi de Perse, et jusqu’au règne de Darius, roi de Perse » (v. 4, 5).

Un laps de temps appréciable [15 ans] s’écoule ici. Plusieurs rois régnèrent entre Cyrus et Darius ; ils sont nommés dans la fin de ce chapitre, qui constitue une parenthèse (v. 6-23), pour expliquer ce qui se passa entre ces deux règnes. « Et sous le règne d’Assuérus, au commencement de son règne, ils écrivirent une accusation contre les habitants de Juda et de Jérusalem. Et aux jours d’Artaxerxès, Bishlam, Mithredath ... écrivirent... ». Hélas, ils parviennent à leurs fins puisque par l’effet de ces pressions et de ces menaces le travail va être interrompu pour longtemps.

 

5.2   Le manque de foi arrête le travail

Remarquons cependant — et c’est un point très important — que Dieu n’attribue pas l’arrêt du travail au commandement du roi, bien que le roi finît par l’ordonner, et cédât aux requêtes importunes qui lui étaient adressées pour qu’il arrêtât les Israélites. En fait ceux-ci interrompirent leur travail avant l’ordre du roi. Ce fut leur manque de foi, non l’autorité du roi, qui fit cesser le travail ; et, chers amis, n’en est-il pas presque toujours ainsi ? L’arrêt de la bénédiction parmi le peuple de Dieu n’est jamais l’œuvre de l’ennemi de l’extérieur, mais elle provient du manque de foi et, par conséquent, du manque de fidélité intérieure. Il est de toute importance que nous nous en souvenions, car nous sommes tellement prompts à accuser les circonstances. Dans le cas qui nous occupe, les Juifs étaient fautifs. Dieu aurait été avec eux si leur foi avait regardé à lui et il leur aurait permis de poursuivre le travail. Mais ils étaient beaucoup trop occupés de ce qui se disait et de ce qui se faisait autour d’eux. Au lieu de regarder à Dieu pour persévérer après le bon départ qu’ils avaient pris en établissant l’autel sur son emplacement, au lieu de crier à Dieu, ils écoutèrent l’adversaire et arrêtèrent le travail. Alors seulement l’ennemi réussit à obtenir l’ordre du roi de venir sceller ce qui avait déjà eu lieu (v. 23).

 

6                    Ch. 5 et 6 — La reprise du travail par l’action de l’Esprit

6.1   Ch. 5

Un autre point, d’un immense intérêt lui aussi, c’est la manière dont Dieu rétablit les choses, non en se servant de l’autorité du roi, mais en intervenant directement par sa propre puissance — celle de l’Esprit de Dieu par les prophètes (chap. 5). L’avancement de son œuvre ne dépend pas plus de la permission d’un roi que son interruption ne dépend de la défense d’un autre. L’impulsion est donnée non par le roi Darius mais par les prophètes. « Et les prophètes, Aggée le prophète, et Zacharie, fils d’Iddo, prophétisèrent aux Juifs qui étaient en Juda et à Jérusalem, au nom du Dieu d’Israël. Alors Zorobabel, fils de Shealthiel, et Jéshua, fils de Jotsadak, se levèrent et commencèrent à bâtir » (v. 1, 2). Combien la foi est audacieuse ! Et Dieu justifie la foi qu’il donne, car bien que cela pût paraître un manque de respect à l’égard de l’autorité royale, ils avaient en fait une autorité pour le moins aussi valable pour poursuivre le travail. En effet, si Artaxerxès a arrêté la construction de la maison, Cyrus en avait auparavant autorisé l’édification. Les Juifs considéraient l’obstacle placé par Artaxerxès comme un accident dû aux circonstances. Ils le regardaient comme un commandement non pas du royaume de Perse, mais du roi lui-même et ils se référaient à ce que Cyrus avait ordonné sachant bien qu’une règle suprême de la Perse était que les lois des Mèdes et des Perses ne pouvaient être abrogées.

L’opposition se trouvait être en réalité entre deux rois, avec cette seule différence — une immense différence — que le premier roi, le plus grand, le fondateur de la monarchie perse, était celui-là même qui avait ordonné la construction du temple. Zorobabel et Jéshua étaient en droit d’agir conformément à l’édit de Cyrus. Mais, en vérité, ce qui exerça une grande influence sur leur âme fut la parole de Dieu par les prophètes.

Je mentionne cela pour montrer comment Dieu peut donner, parallèlement à la parole du prophète, la justification de ce que faisait son peuple ; et c’est d’autant plus important que, comme nous le savons, il y est fait allusion même dans les prophètes. En relation avec Cyrus, Ésaïe annonce la construction de la maison de l’Éternel (Ésaïe 44:28). Non seulement la destruction de Babylone, mais la construction de la maison de l’Éternel sont très clairement liées à lui, de sorte que les enfants de la captivité étaient pleinement justifiés en agissant ainsi. Dieu accorde toujours à la foi sa protection, comme aussi sa direction.

Ainsi les prophètes s’adressèrent au cœur des Juifs qui allèrent de l’avant selon la parole de l’Éternel. Et Dieu s’occupa aussi du roi. Il veilla à ce que, malgré l’impression défavorable que la méchanceté des instigateurs de Samarie avait réussi à produire à l’égard du peuple et bien qu’Artaxerxès eût été amené par là à constater qu’Israël et Jérusalem en particulier, avaient été jadis un peuple et une cité rebelles, une nouvelle enquête fût faite maintenant (v. 17).

 

6.2   Ch. 6

Darius s’occupe de la question (chap. 6). C’est un fait historique connu, dont nous trouvons ici la confirmation, que Darius était toujours disposé à imiter Cyrus. Il avait la plus grande admiration pour le fondateur de l’empire perse et souhaitait faire revivre toutes ses institutions. Darius ne se soucie nullement des décisions d’Artaxerxès ou de qui que ce soit d’autre. Il remonte à Cyrus et découvre ainsi que ce dernier autorisait pleinement ce que les Juifs désiraient, à l’encontre de leurs adversaires. Avec quel à-propos Dieu sait tourner et adapter toutes choses pour servir ses desseins ! Notre rôle n’est pas de dresser un roi contre un autre, mais d’aller de l’avant au nom du Seigneur et de prendre sa Parole comme garantie suffisante, pleinement assurés que si nous cherchons à être conduits par Dieu, il se chargera de guider les hommes et les circonstances. C’est son travail, non le nôtre. Notre part donc est d’avancer par la foi. Dieu s’occupera de ceux qui s’opposent à nous.

« Alors le roi Darius donna ordre, et on chercha dans la maison des archives où étaient déposés les trésors, à Babylone. Et on trouva à Akhmetha, dans la capitale qui est dans la province de Médie, un rouleau, et, dedans, un mémoire ainsi écrit : La première année du roi Cyrus, le roi Cyrus donna ordre, touchant la maison de Dieu à Jérusalem : Que la maison soit bâtie » (v. 1-3). Cela suffit à Darius ; il ordonne alors : « Ainsi, Thathnaï, gouverneur de l’autre côté du fleuve, Shethar-Boznaï, et leurs collègues, les Apharsakites, qui êtes de l’autre côté du fleuve, tenez-vous loin de là ». Il leur enjoint : « Laissez se faire le travail de cette maison de Dieu. Que le gouverneur des Juifs et les anciens des Juifs bâtissent cette maison de Dieu sur son emplacement » (v. 6, 7). Et loin d’écouter leurs adversaires, il honore les bâtisseurs, donne de nouveaux ordres et confirme tout ce qui avait été proclamé la première année de Cyrus.

Les adversaires furent ainsi pleinement confondus et arrêtés dans leurs machinations, en sorte que la maison de Dieu fut non pas seulement continuée (puisque le travail avait déjà repris), mais achevée ; car ce qui est beau c’est, comme nous l’avons vu, que les Juifs eurent la foi pour reprendre la construction de la maison avant de recevoir ce nouveau décret. « Et les anciens des Juifs bâtirent et prospérèrent — non par le commandement du roi mais —par la prophétie d’Aggée, le prophète, et de Zacharie, fils d’Iddo. Et ils bâtirent et achevèrent, selon l’ordre du Dieu d’Israël et selon l’ordre de Cyrus, et de Darius, et d’Artaxerxès, roi de Perse ». Car maintenant que Dieu leur avait donné la puissance, Dieu contrôlait aussi toutes les autres puissances afin qu’elles fussent en leur faveur. « Et cette maison fut achevée le troisième jour du mois d’Adar : c’était la sixième année du règne de Darius. Et les fils d’Israël, les sacrificateurs et les lévites, et le reste des fils de la transportation, célébrèrent la dédicace de cette maison de Dieu avec joie » (v. 14-16).

 

7                    Ch. 7 et 8 — Le jugement de soi-même, plutôt que la puissance, dans un temps de ruine

7.1   Ch. 7 — Faiblesse et foi

Au septième chapitre commence une nouvelle partie du récit. Nous assistons à la mission d’Esdras qui monte, quarante-sept ans plus tard, la septième année d’Artaxerxès, pour visiter les enfants d’Israël. « Car Esdras avait disposé son cœur à rechercher la loi de l’Éternel, et à la faire, et à enseigner en Israël les statuts et les ordonnances » (v. 10). Point de départ de la plus haute importance, frères bien-aimés, pour ceux qui occupent maintenant la place du résidu ! Ce n’est pas une vaine demande de puissance, chose qui peut être un grand piège dans un temps de déclin. Lorsque l’Église commença, ce fut avec puissance ; maintenant elle est dans un état de ruine. Ce n’est pas de puissance que nous avons besoin, mais du jugement de nous-mêmes ainsi que d’un cœur disposé à faire la volonté de Dieu, ce qui va toujours de pair avec le jugement de soi-même. La différence est celle-ci : si les chrétiens pensent que c’est la puissance qui fait défaut, ils jettent en fait le blâme sur Dieu. Ils prennent pour excuse la faiblesse actuelle en disant : « Ce n’est pas la peine de se rassembler pour adorer le Seigneur ou pour faire quoi que ce soit d’autre : nous n’avons pas de puissance ». Pauvre prétexte entièrement erroné et le moins excusable chez ceux qui savent ce que Dieu a opéré dans et pour l’Église en envoyant le Saint Esprit pour y demeurer à toujours. Si le Saint Esprit ne suffit pas comme puissance, dites-moi ce qui pourrait fournir celle-ci !

Chers amis, ce dont nous avons besoin, c’est d’avoir foi en la puissance que nous avons reçue, et de faire taire ces murmures incrédules, comme si Dieu avait aujourd’hui retiré sa puissance et que nous ayons à aller de l’avant selon notre faible et misérable mesure en réclamant à grands cris la puissance. Non. Ce que nous avons à faire lorsque nous rencontrons un obstacle à l’action du Saint Esprit, c’est prendre une place de réelle humiliation devant Dieu. La grande chose est de rechercher, dans le jugement de nous-mêmes, à faire sa volonté.

 

7.2   Puissance mauvaise

Il y a de cela des années, un travail s’opéra parmi certains chrétiens qui supplièrent Dieu de leur donner de la puissance. Qu’arriva-t-il ? Ils reçurent bien de la puissance ; mais je suis persuadé qu’elle provenait en réalité du diable, et non pas de Dieu ; et, malgré des effets spectaculaires, y compris une pénible imitation du don des langues, ce mouvement s’acheva comme il avait débuté, par un complet éloignement de la vérité de Dieu et par le plus grand déshonneur jeté sur le nom du Seigneur.

Non, chers amis, le vrai travail de Dieu auquel, par sa grâce, nous participons, ne consiste pas pour nous à réclamer à grands cris la puissance tout en restant dans la désobéissance, mais à nous écarter du mal, à apprendre de Dieu à bien faire, à confesser le péché de l’Église responsable et nos propres manquements pour nous séparer aussitôt, selon la lumière que Dieu nous donne, de ce que nous savons ne pas être approuvé par lui.

 

7.3   Esprit d’humiliation et d’obéissance

Cet esprit d’humiliation et d’obéissance était précisément ce qui remplissait le cœur d’Esdras. Il vient, décidé à faire la volonté de Dieu. « Car Esdras avait disposé son cœur à rechercher la loi de l’Éternel, et à la faire, et à enseigner en Israël les statuts et les ordonnances. Et c’est ici la copie de la lettre que le roi Artaxerxès donna à Esdras le sacrificateur, le scribe » (v. 10-12). Esdras se présente avec l’autorité du roi, mais remarquons que la grande chose soulignée ici, c’est la décision de son cœur de faire la volonté de Dieu.

C’est ce que nous avons à désirer pour notre compte. Que nos cœurs soient tournés vers le Seigneur, comme c’était, par exemple, le cas de l’église à Philadelphie. Comment le Seigneur s’y présente-t-il ? Que dit-il de son action ? « J’ai mis devant toi une porte ouverte » (Apoc. 3:8). Il a la puissance d’ouvrir et personne ne peut fermer, de fermer et personne ne peut ouvrir, et il se sert de cette puissance pour placer une porte ouverte devant les saints de Philadelphie. Dans le livre que nous considérons, le roi Artaxerxès se présente comme ouvrant une porte devant Esdras. Dieu le permet parce que le cœur d’Esdras était disposé à faire sa volonté. Le Seigneur dirige toutes les circonstances extérieures et ouvre le chemin lorsque, intérieurement, notre cœur est décidé à faire ce qui est bon à ses yeux. Nous n’avons jamais aucune raison de nous plaindre des circonstances, pour autant que notre cœur soit droit devant Lui. Il peut et veut s’occuper de tout le reste.

 

7.4   Jugement de soi-même

Je suis ainsi persuadé que le grand besoin des chrétiens aujourd’hui est le jugement de soi-même et non pas la demande de puissance. Nous avons plus besoin de lest afin de porter la vérité qui nous a été confiée, que de voiles déployées pour nous emporter, je le crains, d’une manière pire encore que maintenant. Car ne savons-nous pas, chers amis, que notre connaissance va généralement bien au-delà de notre jouissance de la grâce ? Nous sommes tentés de dépasser notre mesure extérieure, de nous jeter dans l’action au lieu de nous appliquer simplement à maintenir fidèlement la vérité de Dieu dans l’humilité d’esprit, l’amour et un profond sentiment de notre insuffisance. Voilà ce qui nous convient, et ce que nous devrions rechercher. Dans notre condition actuelle la puissance signifierait pour nous la ruine, j’en suis persuadé ; et c’est pourquoi je rends grâces à Dieu de ce qu’il ne juge pas bon de donner davantage de puissance de cette sorte. Ce dont nous avons besoin, c’est de l’action de l’Esprit pour nous juger nous-mêmes ; et s’il en est ainsi, notre bénédiction coulera comme un fleuve.

 

7.5   Ch. 8

Esdras va donc de l’avant et rassemble les chefs des pères (chap. 8) . « Et je les rassemblai vers le fleuve qui s’en va vers Ahava, et nous campâmes là trois jours ; et je considérai le peuple et les sacrificateurs, et je n’y trouvai aucun des fils de Lévi » (v. 1 5). Il y avait insuffisance en ce qui concerne le service, un défaut d’énergie. « Alors j’envoyai chercher Éliézer, Ariel... pour nous amener des serviteurs pour la maison de notre Dieu... Et là... je publiai un jeûne, pour nous humilier devant notre Dieu ». L’important, répétons-le, n’est pas de demander de la puissance, mais de nous affliger devant Dieu afin qu’il puisse nous bénir. « Et là, près du fleuve Ahava, je publiai un jeûne, pour nous humilier devant notre Dieu, pour lui demander le vrai chemin, pour nous et pour nos enfants, et pour tout notre avoir. Car j’avais honte de demander au roi des forces et de la cavalerie pour nous aider en chemin contre l’ennemi... Et nous jeûnâmes, et nous demandâmes cela à notre Dieu, et il nous exauça » (v. 21-23). En conséquence, au lieu d’avoir la protection d’une troupe de soldats, Dieu les protégea, ce qui était de beaucoup meilleur. Ainsi ils triomphèrent de tous leurs ennemis.

 

8                    Ch. 9 — Comme les païens

Mais lorsqu’Esdras se trouva au milieu du peuple, un spectacle douloureux l’attendait, propre à le plonger dans l’humiliation (chap. 9). Cette humiliation, Esdras l’avait ressentie déjà dans le pays de la captivité, mais lorsqu’il arrive dans le pays il trouve beaucoup de ceux qui sont remontés avant lui dans un état honteux et affligeant. Il est en présence de péchés flagrants et entend les plus alarmants rapports.

Quel chagrin pour l’homme de Dieu de trouver de telles choses chez quelques-uns de ceux de son peuple. Ceux qui auraient dû être profondément pénétrés du sentiment de la grâce de Dieu, confiants en sa main protectrice, étaient tombés dans un état d’indifférence, de relâchement, et d’éloignement de Dieu ; près de Lui sans doute extérieurement, mais intérieurement bien loin. Il se trouvait des gens à Jérusalem — et non seulement d’entre le peuple, mais même des sacrificateurs — qui agissaient selon les abominations des Cananéens (chap. 9). Et nous sommes parfois surpris, chers amis, de constater parmi ceux qui sont assemblés au nom du Seigneur Jésus d’affligeants développements du mal. Eh bien ! il en est pourtant ainsi. Les pires formes du mal se trouveront là où on est extérieurement le plus près du Seigneur, si on ne marche pas avec Lui et si on n’est pas gardé par Lui ; car le plus grand effort de Satan se concentre là. Ne s’agit-il pas de ce qu’il hait par-dessus tout sur la face de la terre ?

Lorsque les chrétiens marchent la main dans la main avec le monde, Satan accepte de les laisser tranquilles. Il sait où le monde les conduira ; et si la chair et l’esprit s’accordent pour marcher ensemble, c’est toujours la chair qui aura le dessus. La seule manière de marcher par l’Esprit est de tenir la chair jugée ; de n’avoir pas affaire avec elle, de la dénoncer ; de mortifier nos membres qui sont sur la terre. Mais toute tentative de réconciliation et d’entente amiable entre la chair et l’Esprit est condamnée d’avance. Satan ne s’opposera jamais à un accord de ce genre. Il sait parfaitement que, de concession en concession, ce qui est charnel corrompra progressivement ce qui est spirituel et finira par en triompher. Mais que se passe-t-il lorsque quelqu’un sort du monde pour prendre place sur le terrain où le jugement de la chair est professé ? Si le monde est toléré dans son cœur ou si la chair est laissée libre d’agir, ou encore si dans l’adoration de Dieu et dans le rassemblement des siens, interviennent des sentiments personnels et de la volonté propre, on assistera à un naufrage souvent pire que ce qui se voit dans le monde honorable. Ce dernier conservera au moins une apparence : tandis que là où nous-mêmes avons appris la vanité de l’apparence, là où n’existe pas d’autre alternative que l’Esprit ou la chair, si le mal est toléré la chair se manifestera sous sa pire forme et Satan jettera le plus grand déshonneur sur le nom du Seigneur.

Tel était le cas ici. Ce n’était pas à Babylone, mais en Judée que le résidu imitait les Cananéens. Le peuple et les sacrificateurs faisaient selon « leurs abominations, savoir celles des Cananéens, des Héthiens, des Phérésiens, des Jébusiens, des Ammonites, des Moabites, des Égyptiens, et des Amoréens, car ils ont pris de leurs filles pour eux et pour leurs fils, et ont mêlé la semence sainte avec les peuples des pays ; et la main des chefs et des gouverneurs a été la première dans ce péché ». Pensez-vous, frères bien-aimés, que nous sommes à l’abri de tels dangers ? En aucun cas. Nous pouvons nous confier en Dieu pour être gardés, mais sans perdre de vue que la bénédiction collective doit commencer par une bénédiction individuelle, et que le secret de cette bénédiction individuelle aura toujours sa racine dans le jugement de nous-mêmes devant Dieu. Il en était ainsi pour Esdras qui avait affligé son âme et avait amené d’autres à affliger leur âme, d’abord durant la captivité, et maintenant à Jérusalem.

 

9                    Ch. 10 — Confession de la faute commune

Le début du chapitre 9 nous a montré l’homme de Dieu prenant une place d’humiliation plus profonde encore qu’auparavant. Ce n’était plus simplement un jeûne, mais il y a ajouté ce signe d’une humiliation plus grande : le fait de déchirer ses vêtements et de rester assis, désolé, jusqu’à l’offrande du soir. Puis il a étendu ses mains vers l’Éternel pour prier pour le peuple et confesser ses fautes.

Esdras ne s’est pas contenté de commander aux autres d’agir ainsi, il l’a fait lui-même. Au chapitre suivant nous constatons que son exemple est suivi. Le peuple s’assemble vers lui. « Et Shecania, fils de Jekhiel, des fils d’Elam, prit la parole et dit à Esdras : Nous avons été infidèles à notre Dieu, et nous avons pris des femmes étrangères d’entre les peuples du pays. Mais maintenant, il y a espérance pour Israël à cet égard » (10:1, 2). Ils regardent à Dieu et se jugent devant lui. Ainsi la repentance se produit et Esdras peut agir en conséquence. À deux reprises il se lève (v. 5 et 10), et, les hommes du peuple étant assemblés, il les confronte avec leur péché. « Vous avez été infidèles », dit-il, « et vous avez pris des femmes étrangères ». C’était pour un Israélite le grand signe de l’apostasie par rapport au peuple : l’apostasie par rapport à Dieu consistait à prendre des dieux étrangers et l’apostasie par rapport au peuple à prendre des femmes étrangères. C’était un abandon total de leur sainte place de mise à part pour l’Éternel. « Et maintenant », dit-il, « faites confession à l’Éternel, le Dieu de vos pères, et faites ce qui lui est agréable, et séparez-vous des peuples du pays et des femmes étrangères » (v. 10, 11).

Nous nous représentons facilement les scènes douloureuses auxquelles cette décision allait donner lieu : les femmes faisant appel à l’amour de leur mari et les pauvres enfants se demandant pourquoi leur père les désavouait. Mais en vérité, il n’y a pas de réelle repentance sans affliction et sans douleur. Et plus particulièrement lorsqu’il s’agit du péché, non d’un coupable seulement, mais de toute la congrégation et qu’ils ont le sentiment profond que, comme peuple de Dieu, ils ont jeté de l’opprobre sur son Nom, peut-être pendant des années. On ne peut s’engager dans un tel chemin de repentance sans que cela coûte beaucoup, sans que des liens soient brisés et des sentiments blessés, comme ce fut le cas à ce moment.

« Et ils s’engagèrent à renvoyer leurs femmes, et ils offrirent pour leur faute, un bélier du troupeau comme offrande pour le délit » (v. 16-19). Et les autres pareillement : « Tous ceux-ci avaient pris des femmes étrangères, et il yen avait parmi eux dont les femmes avaient eu des enfants » (v. 44). Autrement dit, plus l’éloignement de l’Éternel a été long et plus il a porté de fruits, plus aussi la douleur est profonde. Il en est toujours ainsi. Pourtant nous constatons ici que la grâce de Dieu est proportionnée à chaque difficulté.

Tout ce dont nous avons besoin c’est d’un œil simple : il en était de même pour ces fils de la transportation. Mais, frères bien-aimés, cela nous concerne aujourd’hui. Nous sommes ceux, ou parmi ceux, auxquels Dieu adresse maintenant des paroles telles que celles-ci, et veuille le Seigneur nous accorder d’être trouvés fidèles. Toutefois dans un tel jour, la fidélité ne peut être séparée de la volonté de rechercher où nous nous sommes trompés et de l’empressement à le reconnaître, pas plus qu’elle ne peut être séparée de la disposition à sonder la parole de Dieu et à la garder continuellement. Veuille le Seigneur nous accorder la grâce d’être soumis à cette divine Parole.