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Nimrod, Babylone, Ninive et l’Assyrie

 

 

Genèse 10 v. 8-12

 

Note Bibliquest : L’intérêt de cet article porte sur la source de l’autorité sur la terre, d’une part ce que Dieu a établi et d’autre part l’homme s’élevant et exerçant l’autorité sans tenir compte de Lui.

 

William Kelly

Bible Treasury vol. N1 p. 113, 114, 129 (1896)

 

Table des matières :

1     Genèse 10:8-9

2     Genèse 10:10

3     Genèse 10:11-12

 

 

1                    Genèse 10:8-9

De la manière dont Nimrod est introduit, il ressort qu’il était plutôt un descendant de Cush qu’un fils au sens strict. Sinon pourquoi serait-il nommé non seulement après les cinq fils de Cush, mais après ses deux petit-fils par l’intermédiaire de Rahma ?

«Et Cush engendra Nimrod : lui, commença à être puissant sur la terre ; il fut un puissant chasseur devant l’Éternel ; c’est pourquoi on dit : Comme Nimrod, puissant chasseur devant l’Éternel. Et le commencement de son royaume fut Babel, et Erec, et Accad, et Calné, au pays de Shinhar» (Gen. 10:8-10).

Nimrod était donc un Cushite. Cela méritait d’être dit à cause du nouveau développement dont il est l’origine. Hormis ce fait qu’il était Cushite, rien n’est dit de ses relations directes, pas plus pour lui que pour ses descendants. C’est son ascendant personnel qui est mentionné en premier et, quoique bref, il suffit pour attirer l’attention, et laisser de côté les simples listes généalogiques ou l’origine des diverses races. «Lui commença à être puissant sur la terre». Ce n’est pas une question de mission confiée par Dieu ni de succession arrangée par la Providence. Son bras agissait pour lui-même. Comme d’habitude, la tradition juive est assez prolixe là où l’Écriture se tait, et elle s’efforce de gonfler les quelques faits véridiques dont elle dispose pour en faire un tableau fabuleux. D’autres font pareils, — car c’est une tendance naturelle — prétendant remonter à une tradition de la plus haute antiquité ; ainsi l’astronomie arabe fait de Nimrod la constellation d’Orion, qui signifie «Géant», en Hébreu «Chesil» (Job 9:9 ; 38:31 ; Amos 5:8). Ce n’est pas la peine d’occuper nos lecteurs avec les nombreuses hypothèses bâties sur ce mot. Les curieux s’intéressant à de telles spéculations trouveront des informations dans l’ouvrage de Michaelis, Suppl. ad Lex. Hebr. N° 1192 .

Il ne s’agit nullement d’un mythe dans ces courts versets de l’Écriture. Nimrod «commença à être puissant sur la terre». Ni Abel ni Seth ne l’avaient été, Énoch et Noé non plus. Ils s’étaient contentés de jouir de ce que Dieu leur avait donné. Ils regardaient vers Celui qui allait venir (Matt. 11:3). Nimrod, lui, cherchait de grandes choses pour lui-même, comme Caïn, le premier constructeur de ville des temps primitifs : Nimrod, pareillement, a été le premier constructeur de ville après le déluge, à plus grande échelle et plusieurs fois. La puissance directe était son objectif, et Dieu le laissa réussir, au moins en apparence.

Il est ajouté qu’«il fut un puissant chasseur devant l’Éternel». Il n’y a pas de raison pour supposer que ce ne soit pas à prendre au sens littéral. Cela avait tellement impressionné ses contemporains que ses prouesses de chasseur étaient devenues proverbiales : «C’est pourquoi on dit : Comme Nimrod, puissant chasseur devant l’Éternel». Il est évident qu’au cours de cette activité, il acquit l’habileté pratique et la force qu’il appliqua ultérieurement à un autre domaine autrement plus intéressant et plus lourd de conséquences.

 

2                    Genèse 10:10

Il est encore plus important de noter que Nimrod a été le premier à mettre de côté l’autorité des patriarches qui avait prévalu jusqu’alors, et qui a subsisté encore ici ou là, pendant des siècles. Son ambition ne pouvait se limiter à la chasse : elle l’amena à passer des animaux sauvages à la race humaine : «Le commencement de son royaume fut Babel». Il faudra attendre le chapitre suivant pour comprendre la signification de ce fait. Nous y verrons que notre chapitre 10 n’est guère chronologique. Bien qu’il donne l’origine des races, avec leurs pays et leurs langues, il y multiplie les remarques intercalaires sur des faits intervenus bien longtemps après ; cet épisode de Nimrod en fait partie.

C’est donc parmi la descendance de Cham que, pour la première fois, un royaume est apparu parmi les hommes. Dieu était bien loin des pensées de Nimrod ; il ne Le cherchait pas, et Dieu ne lui donna aucune direction, si tant est qu’il en ait cherché. C’est par sa propre ambition que Nimrod conçut son projet, et il l’exécuta par la force de sa volonté, avec l’adresse et l’habileté acquises dans la chasse. Quelle différence avec la manière d’agir de Dieu, plus tard, lorsque Lui établit un roi : Israël ayant voulu avoir un roi comme toutes les nations, ils en choisirent un — Saül — qui ne regardait qu’à ses propres intérêts (1 Sam. 8) et ne délivra pas le peuple, même pas des Philistins, les ennemis de l’intérieur qui se retournèrent contre lui, pour le tuer lui et ses fils ; Dieu prit alors son serviteur David dans les champs où il paissait les brebis, et fit de lui un prince sur son peuple Israël, pour leur donner la nourriture, et Dieu promit à David que sa maison et son royaume seraient affermis pour toujours devant lui — et son trône établi à jamais (2 Sam. 7:12-16).

Ces passages n’affirment pas la pérennité du royaume de David : c’est Christ ressuscité qui en est le garant, les grâces assurées de David (És. 55:3 ; Act. 13:34). Mais ces passages rappellent la merveilleuse préparation qui plut à l’Éternel, quand il choisit David, occupé à l’humble tâche de soigner tendrement les brebis : quel contraste avec celui qui a été le premier roi parmi les hommes, faisant ses preuves en piégeant et tuant les bêtes sauvages. La race humaine avait déjà montré son peu d’égard pour Noé, âgé, alors qu’il était le chef de tous ceux qui avaient été épargnés du déluge, et qu’en outre Dieu l’avait chargé pour la première fois de l’épée de la magistrature (Rom. 13:3-4 ; Gen. 9:6). Certes, par un laisser-aller insouciant, Noé avait commis une faute qui l’avait couvert de la pire honte, mais quelle méchanceté pour ses proches de l’exposer à la moquerie, lui qui avait mis tous les siens à l’abri du déluge ! Bien que Nimrod ne fût pas un descendant de Canaan, c’était par une même arrogance qu’il était le premier à se constituer un royaume. Comme le prophète le dit à propos des Chaldéens : formidable et terrible, son jugement et sa dignité procédait de lui-même (Habak. 1:7).

Nimrod commença son royaume avec Babel. C’est tout à fait caractéristique. Que lui importait d’avoir commencé, par une propre volonté impie, à centraliser la race humaine, en opposition directe avec le propos divin et le commandement divin de remplir la terre (Gen. 1:28) ? Que lui importait d’être abandonné par les constructeurs de Babel forcés par le jugement divin de se disperser sur la surface de toute la terre (Gen. 11:6-9) ? La ville désertée, avec sa tour, convenait parfaitement à son projet d’un royaume à lui, non pas une communauté universelle. Et c’est ainsi que «le commencement de son royaume fut Babel». La réussite de son projet l’encouragea à poursuivre avec «Érec, et Accad, et Calné, au pays de Shinhar». Il n’y a aucun doute que Babel soit Babylone, et on peut estimer pareillement que Warka (Irka ou Iraq), environ 70 km à l’est de Babylone, correspond à Érec, et certainement pas à Arraca sur le Tigre comme le pense Gésenius, ni à Édesse (ou Urfah) selon les idées de Jérôme. La citation que fait Jérôme de l’opinion juive selon laquelle Accad représente Nisibis, l’ancien nom d’Acar (Rosenmuller II, 29) a par contre plus de poids. Le Talmud identifie Calné avec Niffer, à environ 95 km au sud-est de Babylone. Dans ce domaine, la tradition arabe abonde, mais elle est tellement pleine de fantaisie que ça ne vaut pas la peine de la citer.

 

3                    Genèse 10:11-12

Les versets précédents nous ont présenté le fait important du premier pouvoir royal, établi par Nimrod le Cushite, fruit de la force et de la fraude exercées pour acquérir la domination d’abord sur les bêtes sauvages puis sur la race humaine, en vue de s’élever soi-même. Nous l’avons vu construire des villes en Babylonie : c’était la première fois qu’une telle activité avait lieu depuis le déluge. Il n’y a pas d’architecture plus caractéristique de la race que le style monumental massif des fils de Cham, selon ce qu’a montré Mr. Ferguson.

Ceci est confirmé par le vrai sens de Michée 5:6 qui distingue bien le «pays d’Assyrie» et le «pays de Nimrod», ce dernier étant en réalité la plaine de Shinhar. Ils étaient bien distincts et séparés par le Tigre, ou fleuve Hiddékel. Dans «ce pays» (Gen. 10:11) c’est-à-dire en Babylonie, il y avait des éléments issus de Sem et de Japheth, mais aussi de Cham, lequel était initialement prépondérant.

Le verset 11 semble relater ici un mouvement contraire — sortant de Babylone — de la part d’Assur (qui est un Sémite, et dont il est parlé ultérieurement à sa place). Une avancée parmi les hommes trouve bientôt des imitateurs. Le récit d’une nouvelle stratégie de construction de villes dans le sud est suivi par une même stratégie dans le nord, même si cela paraît être ultérieur, et non pas contemporain. La similitude des opérations des versets 10 et 11 suffit à expliquer leur rapprochement dans le même texte.

«De ce pays-là sortit Assur, et il bâtit Ninive, et Rehoboth-Ir, et Calakh, et Résen entre Ninive et Calakh : c’est la grande ville» (Gen. 10:11-12).

Il n’est pas dit qu’Assur a été repoussé par la race de Cham, mais le texte fait plutôt comprendre que la réussite de Nimrod a donné l’exemple, et a suscité des ambitions similaires. L’on avait oublié complètement l’autorité de Noé (car il vivait encore) : c’est ce qui ressort à l’évidence du récit biblique. La position du patriarche cédait le pas aux pensées et à la volonté des hommes.

De ces quatre villes du v. 11, la première ne pose aucun problème. Pourtant ce n’est que tardivement dans l’histoire que l’on entend parler de Ninive. Aux jours de Jonas, c’était une «très grande ville», à certains égards plus grande même que Babylone, la «cité d’or» au temps de sa plus grande gloire. Mais les récits humains de villes depuis longtemps disparues sont sujet à caution, car les chroniqueurs tardifs sont doués pour égarer par des exagérations. Ce dont parle la Bible à propos d’époques ultérieures, c’est une importance immense, une très grande population et une splendeur sans pareil. Les restes archéologiques exhumés récemment confirment les expressions de l’Écriture, qui se montre fiable comme toujours. Mais ne soyons pas surpris que ce qu’a fait Assur initialement ne soit qu’un petit commencement de cette course à la puissance et à la magnificence qui se manifesteront si fortement plus tard. Ce développement mènera au triomphe sur les dix tribus d’Israël et à une menace sur Juda et la maison de David, mais Assur allait se voir alors asséner un tel coup, d’origine manifestement divine, que plus jamais il ne troublerait la terre sainte. Bientôt Assur allait tomber pour ne plus se relever, quand il plut à Dieu de faire émerger Babylone de sa position de ville provinciale, — elle avait malgré tout un roi et était de temps en temps indépendante — pour en faire la maîtresse du monde, celle qui allait s’emparer de la capitale coupable des juifs, et de son roi et son peuple.