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Les Premiers Chapitres de la Genèse

 

 

William Kelly

Bible Treasury vol. 17 à 20 et N1 à N2

Table des matières abrégée:

1     Chapitre 1

2     Chapitre 2

3     Chapitre 3

4     Chapitre 4

5     Chapitre 5

 

Table des matières détaillée :

1     Chapitre 1

1.1      Chapitre 1 v. 1

1.2      Chapitre 1 v. 2

1.3      Chapitre 1 v. 3 à 5

1.4      Chapitre 1 v. 6 à 8

1.5      Chapitre 1 v. 26, 27

2     Chapitre 2

2.1      Chapitre 2 v. 5 à 7

2.2      Chapitre 2 v. 8 et 9

3     Chapitre 3

4     Chapitre 4

4.1      Genèse 4:1-4

4.2      Genèse 4:4-8

4.3      Genèse 4:9-12

4.4      Genèse 4:13-15

4.5      Genèse 4:16-17

4.6      Genèse 4:18-22

4.7      Genèse 4:23-26

5     Chapitre 5

 

Notes Bibliquest :

1. Des parties du texte original d’importance secondaire ont été mises en petits caractères pour faciliter la concentration du lecteur sur ce qui est plus important.

2. La date de ces articles expliquent que certaines affirmations physiques ou scientifiques sont obsolètes au vu des connaissances actuelles (nous ne parlons que des connaissances certaines et prouvées indubitablement). Toutefois, le texte a été laissé en l’état car ces insuffisances scientifiques ne changent rien quant au fond, et ne touchent pas les plans spirituel et exégétique.

1                    Chapitre 1

1.1   Chapitre 1 v. 1

Bible Treasury vol. 18 p. 193-195 (1891)

L’Ancien Testament est une révélation donnée de Dieu pour son peuple terrestre Israël. Il était essentiel que leur soit annoncé avec autorité que le seul vrai Dieu est le créateur de tout. Des ténèbres couvraient la terre, de profondes ténèbres couvraient les peuples. Comme plus tard en Canaan, Israël en Égypte était fort enclin à oublier cette vérité, et à s’abandonner aux illusions des hommes. Déchus comme les autres, ils souhaitaient avoir leur organisation et leur religion, comme toutes les nations. D’où l’importance qu’ils connussent et reconnussent la création dans tous les sens de sa réalité ; elle fait ressortir l’unité du Dieu vivant et y est étroitement liée.

On a soulevé la difficulté suivante : si Dieu a créé, pourquoi ne l’a-t-il pas toujours fait ? La réponse est aussi simple que complète. Une création éternelle, une matière éternelle cela n’est ni vrai ni possible ; c’est une contradiction pour l’esprit, même si nous n’avions pas la parole de Dieu pour nous éclairer. S’il Lui plait, le Dieu éternel crée : cela seul est vrai. Dire que Celui qui existe en lui-même ne peut pas créer, c’est nier qu’Il est l’Absolu, nier qu’Il est Dieu. Mais que Dieu omnipotent, omniscient, souverain et bon, puisse créer quand Il le veut, cela découle nécessairement de ce qu’Il est. S’Il ne pouvait pas se manifester de cette manière, ou d’une manière encore plus glorieuse, Il ne serait pas Dieu. Si l’on voyait se perpétuer l’acte créateur ou toute autre chose, Dieu ne serait pas libre et absolu. Sa souveraineté fait partie de Lui-même (Éph. 1:11). Supposez qu’une manifestation soit nécessaire, et voilà que dans votre pensée, vous détruisez Son essence et Sa volonté divines. La nécessité est fondamentalement un instrument athéiste pour se débarrasser du vrai Dieu. Dieu était parfaitement libre de créer ou de ne pas créer ; c’était comme et quand il Lui plaisait. Il Lui a plu de créer, c’est pourquoi la création existe.

Rien de plus simple, de plus sublime et de plus vaste que ces quelque mots commençant la révélation divine : «Au commencement Dieu créa les cieux et la terre». C’est le commencement absolu de la création, et en contraste des plus marqués avec les sept jours. Ce point se déduit seulement du sens vrai et naturel de la parole écrite de Dieu, et il ne s’agit pas de l’avis de rabbins ni de toute autre personne qu’on s’est choisi. Quel est le contenu du texte inspiré, et quel est son message ? Il y a quelque intérêt à savoir ce que Philon ou Josèphe en ont compris, ou comment les Septante l’ont traduit en grec longtemps avant Jésus Christ. On peut aussi peser le texte massorétique, le Targum de Jérusalem, ou les commentaires de Jarchi, Aben Ezra, les deux Kimchi, Levi ben Guerson, Saadias Haggaon, Abarbanel, ou tout autre savant juif, sans parler des autres. Mais on a ici la parole de Dieu donnée pour être lue et comprise, mais non pas sans la foi de Christ, ni sans les directions de Celui qui l’a communiquée à l’origine. Elle n’a pas été donnée pour enseigner la science, et sa compréhension est complètement indépendante de la philosophie. Les géologues, les botanistes, les zoologues, les astronomes, les historiens et autres, ont devant eux le compte-rendu, bref et clair, donné de Dieu. La compréhension qu’a l’homme de ce qui est communiqué peut être affectée par son degré de connaissance, et encore bien plus par sa foi. Mais il s’agit là de notre compréhension et de la façon dont nous l’exposons ; mais n’oublions jamais que l’Auteur est Dieu, les écrivains n’étant que des instruments. La Bible est un livre moral, mais son unité n’en est que plus frappante car elle comprend tant d’écrits de tant d’auteurs, s’étalant sur plus de mille ans de circonstances les plus variées, si on s’en tient à l’Ancien Testament. Le lecteur peut voir juste ou se tromper, sur le sens qu’il attribue à ce que nous appelons «firmament» ou «planète», ou autre ; mais la vérité demeure pure et inchangée dans l’Écriture ; c’est à nous de la lire et la relire, et de mieux apprendre.

C’est ceci qui constitue sa valeur caractéristique et permanente. Ce n’est pas seulement une source d’instruction complète et certaine, qui s’accorde avec des buts moraux encore plus élevés ayant en vue la gloire de Dieu ; c’est la seule norme de vérité, et nous sommes tenus de tester d’après elle tout ce qui fait profession d’être divin. Cherchons, toujours comme à nouveau, à approfondir la foi, et croissons toujours dans une connaissance plus profonde de la pensée révélée de Dieu.

Les philosophies de l’antiquité, aussi bien que les religions, ignoraient tout de la création. Elles ne savaient rien ni de Dieu ni du «commencement». Des rêves d’évolution furent la première folie, et parmi l’école Ionique, Anaximander et Anaximenès ont suivi Thalès, tout en différant les uns des autres, et tous aveugles. Anaxagore ajouta l’idée d’esprit comme une simple matière, mais pas de créateur. Inutile de nommer les autres : même Platon et Aristote, bien que rivaux, n’avaient aucune lumière réelle. Plus ou moins ouvertement, ils tenaient tous fondamentalement la matière pour éternelle ; et bien que les philosophes se vantaient, alors comme aujourd’hui, de leur connaissance et de leur logique, ils n’arrivaient pas à voir ce qu’ils ne pouvaient pas prouver, et encore moins ce qui est impensable pour l’esprit. Pour le croyant il y a cette vérité, simple et pourtant profonde, que tout ce qui existe a eu un commencement : si Dieu le dit, le croyant réalise que rien d’autre ne peut être vrai. Car il est impossible d’admettre un effet sans cause ; mais le raisonnement ne peut, au mieux, dépasser la notion qu’il faut une Cause Première ; il ne peut jamais arriver à dire : il y a. C’est ce que Dieu seul peut affirmer, et Il le fait : «Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre». Dieu a amené à l’existence tout ce système ordonné. La forme, la nature et le but ne sont pas expliqués ici : de tels détails ne seraient pas ici à leur place. Le fait qu’Il a tout créé est une vérité première et importante.

Mais pas un seul mot de l’Écriture ne justifie la supposition étrange et hâtive que l’univers a été amené à l’existence durant les six jours de Gen. 1:3-31 dont il est si souvent fait mention tout le long de la Bible. Arrangez les six jours comme les hommes le voudront, il n’en reste pas moins que personne ne peut avoir des principes justes d’interprétation, et en même temps nier que le premier jour commence par la lumière, et que les deux premiers versets sont distingués de l’oeuvre des six jours tant quant à leur nature que quant à leur expression. Rien en effet, hormis des préjugés, ne peut justifier l’erreur que le texte lui-même corrige. L’expression «Au commencement» a sa signification qui lui est entièrement propre, et n’est en aucune manière reliée avec «les jours», sauf que c’est le point de départ révélé de la création divine, qui aboutit en son temps (mais probablement après un immense intervalle) là où le temps est ainsi mesuré au moyen de jours, mais seulement après que les choses soient mises en place pour Adam et sa race.

L’ancienneté de la terre peut aller aussi loin que les schémas mouvant des géologues les plus enthousiastes l’ont jamais imaginé : ni ici ni nulle part ailleurs dans l’Écriture il n’y a la moindre suggestion s’opposant à l’existence d’immenses périodes avant la création de l’homme, ou affirmant que l’homme soit à peu près contemporain de la création originale. C’est ignorer l’Écriture que soutenir que Moïse détermine une époque ou une date à la formation initiale de la terre, comme les pères et les commentateurs l’ont imaginé et l’ont banalisé dans la chrétienté (même s’ils y ont ajouté des remarques valables). Les philosophes qui ont passé leur temps à étudier la géologie et les sciences connexes, agiront avec sagesse s’ils lisent avec plus de soin qu’à l’ordinaire le commencement de Genèse 1. Ils y apprendront qu’ils ont été trop précipités à conclure que l’Écriture inspirée est tant soit peu restreinte aux interprétations erronées qu’on en a fait, tant de la part des scientifiques que des théologiens. Aussi vastes soient les périodes qu’ils prétendent, même pour les strates les plus superficielles, l’Écriture est le seul récit qui, à la fois révèle Dieu comme Créateur de tout, et en même temps laisse la place pour tout ce qui a été opéré avant la terre adamique. «Le Dieu d’éternité, l’Éternel, créateur des bouts de la terre, ne se lasse pas et ne se fatigue pas. On ne sonde pas son intelligence» (Ésaïe 40:28). Tandis que la géologie attend l’apparition du Newton de son domaine, les adeptes de cette discipline gagneraient beaucoup à se soumettre à l’Écriture en attendant ; tout le monde y gagnerait.

Dans le cours infini de l’éternité, il y a eu une période où Dieu a créé l’univers. Ceci est déclaré ici avec la plus grande exactitude — «au commencement». Le Pentateuque a été écrit en vue de l’homme, et même premièrement en vue d’Israël, — le Second Homme, le dernier Adam, étant cependant l’objet caché des conseils de Dieu, avec l’église unie à Lui. Il n’est pas parlé des anges, bien que nous sachions par une autre livre inspiré ancien qu’ils ont exprimé leur joie quand les bases de la terre étaient assises (Job 38:6, 7). Ainsi, «au commencement» est distingué de toute mesure du temps en rapport avec l’existence de l’homme. Il n’est pas besoin de souligner ici davantage, combien la durée de temps antérieure à l’homme, illimitée selon notre appréciation ordinaire, correspond admirablement bien aux immenses changements reconnus des géologues.

«Dieu», dans notre version, correspond à l’hébreu «Elohim» qui a la particularité d’être un substantif pluriel lié à un verbe au singulier. Seul le christianisme, en son temps, a donné la clef de l’énigme, alors qu’elle reste une obscurité impénétrable pour les Juifs, aussi bien que pour les autres hommes qui ne connaissent pas la vraie Lumière en Christ.

Encore une fois, il ne devrait y avoir aucun doute parmi les érudits que, dans notre langue, c’est le mot «créa» qui correspond mieux que tout autre au mot de l’original. Pour nous comme pour Israël, ce mot peut s’appliquer pour désigner l’appel à l’existence à partir de matière préexistante, comme en Genèse 1: 21, 27, mais il ne peut en être ainsi que s’il y a une base pour le dire et une insistance particulière sur ce point. Ce mot n’est appliqué à personne d’autre qu’à Dieu. Mais s’il s’agit de parler de création dans le sens le plus pur, le plus élevé et le plus stricte, les Hébreux comme nous-mêmes n’ont pas de mot plus approprié. Ici c’est le contexte qui en décide : «Dieu créa les cieux et la terre» là où rien de la sorte n’existait auparavant. Ils ont été créés à partir de rien, comme les gens disent, peut-être par abus de langage, mais selon une expression qui se comprend. Les païens pouvaient adorer les cieux (tous le faisaient) ou même la terre ; les Juifs ont péché contre la parole écrite lorsque Satan les a piégés pour suivre ce triste exemple. Les premiers mots de la loi de Dieu leur disaient que tout cela n’était que des créatures ; Israël était tenu d’écouter, même si les autres étaient sourds, et ils devaient reconnaître, servir et adorer le Dieu unique, le Créateur. Le peuple élu a été aussi prompt que tous les autres à adorer la créature, comme le prouve toute leur histoire jusqu’à la captivité de Babylone ; mais aucun doute n’est permis quant à ce que la Bible implique, déclare et revendique dès le tout premier de ses versets. C’est Dieu qui a créé l’univers.

En outre, il ne s’agit pas de matière créée, d’une matière créée à l’état grossier, et destinée à être ultérieurement façonnée dans le bel univers bien mis en forme, avec les cieux et la terre. Ce n’a pas été d’abord le chaos, comme les poètes grecs et latins l’ont dépeint, selon une tradition païenne jamais entièrement juste, mais souvent mêlée de vrai. Ce n’a pas été une nébuleuse, telle que conçue par La Place, ce qui n’est qu’une variante du même rationalisme, quoique un peu plus raffiné. Lord Rosse, avec ses observations jointes à une profonde réflexion, a bien démoli cette hypothèse incrédule : il a prouvé que beaucoup de nébuleuses, considérées par les Herschel eux-mêmes comme des objets irrésolubles, n’étaient en fait qu’un conglomérat d’étoiles. La seule présomption correcte est donc que toutes les nébuleuses ne sont rien de plus, et il suffit d’appareils plus puissants pour découvrir leur vraie nature. Dieu seul a donné la vérité simplement et sommairement, d’une manière divine par sa transparence et sa majesté simple et incomparable : «Au commencement Dieu créa les cieux et la terre».

Vous les savants, comment se fait-il qu’on ne trouve qu’ici cette grande vérité dans sa splendeur primitive, s’élevant bien haut au-dessus de vos Hésiode, vos Homère, Ovide et Virgile, vos vestiges égyptiens ou mexicains, ou vos fable indoues ou chinoises ? Comment se fait-il que de nos jours, les Lyell et Darwin, pour ne rien dire d’hommes encore plus profanes, butent dans le noir dans un bourbier d’hypothèses douteuses et non prouvées, pour ne pas dire plus ? La raison en est qu’on ne croit pas la Parole de Dieu telle qu’Il l’a écrite ; et il en est ainsi parce que les hommes n’aiment pas le vrai Dieu qui juge le péché, et qui ne sauve que par le moyen de Son Fils, le Seigneur Jésus. C’est ainsi que les hommes, ayant connu Dieu, ne le glorifièrent point comme Dieu, ni ne lui rendirent grâces, mais ils devinrent vain dans leur raisonnement, et leur coeur destitué d’intelligence a été rempli de ténèbres (Rom. 1:21). Une telle attitude est d’autant plus coupable aujourd’hui, que le Fils de Dieu est venu et a accompli la rédemption, et que les ténèbres s’en vont et que la vraie lumière luit déjà (1 Jean 2:8). Hélas ! on reçoit tout volontiers, sauf un Dieu vivant, et encore moins que tout, un univers créé par et pour Son Fils qui était avant toutes choses et par qui toutes choses subsistent (Col. 1:16, 17). «Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par la parole de Dieu, de sorte que ce qui se voit n’a pas été fait de choses qui paraissent» (Héb. 11:3).

1.2   Chapitre 1 v. 2

Bible Treasury vol. 18 p. 209-211 (1891)

La création du v. 1 est donc le premier grand fait de la révélation. C’est un point d’autant plus fort que le texte hébreu n’a pas d’article, pas plus que le grec n’en a en Jean 1:1. C’est donc une forme indéfinie. Comparer Proverbes 8:23. Mais il ressort du contexte que le 4° évangile s’élève au-delà du premier livre de Moïse ; car il remonte à ce qui existait divinement et éternellement (non pas egeneto, mais hn) et non pas simplement à ce qui est d’origine divine, et qui n’est apparu que plus tard (selon Jean 1:3), sous une forme embrassant tout et exclusive. «Toutes choses furent faites par Lui [= elle = la Parole], et sans Lui pas une seule chose ne fut faite de ce qui a été fait».

«Au commencement» n’est pas un point fixe et connu dans le temps, mais c’est une formule indéfinie dépendant du contexte ; ici elle signifie que «autrefois» ou «dans une période antérieure» (expressément indéfinie), Dieu a créé l’univers. Sans aucun doute, il n’est rien dit des ères immenses dont les géologues parlent si librement ; mais le langage du verset 1 laisse la porte ouverte à tout ce qui peut être prouvé par la recherche, ou même aux plus immenses durées que le plus extravagant des théoriciens pourrait jamais demander.

Les mots utilisés affirment qu’il y a eu un «commencement» de l’univers, et cela sous l’effet de la Parole de Dieu, aussi bien selon l’Ancien que selon le Nouveau Testament (voir Ps. 33:6-9 et Héb. 11:3). Ceci constituait tout ce qui était nécessaire pour accomplir son dessein, et Son dessein était de créer les cieux et la terre, là où il n’y avait rien. Quelques soient les prétentions des athées et des panthéistes, la science reconnaît finalement qu’il y a eu un «commencement» en sorte que le mot «créa» figure ici dans toute la force de son sens propre, selon que le contexte l’exige.

«Il y a eu un commencement pour l’homme, dit la géologie ; et en remontant en arrière, un commencement pour les mammifères, pour les oiseaux, et pour les reptiles, pour les poissons, et pour tous les êtres inférieurs, et pour les plantes ; un commencement pour la vie : un commencement, dit-elle aussi, pour les chaînes de montagnes et les vallées, pour les plaines et les mers, pour les rochers. De là, la science recule encore, et admet ou revendique un commencement pour la terre, un commencement pour toutes les planètes et les soleils, et un commencement pour l’univers. La science et le récit de la Genèse ne font qu’un. Ce n’est pas une réconciliation, c’est un plein accord». C’est ainsi que s’exprimait le Dr. J. D. Dana, l’éminent professeur américain dans «L’étudiant de l’Ancien et du Nouveau Testament», juillet 1890.

Le récit biblique déclare que Dieu créa non pas un «terre sans forme», mais «les cieux» (dont il n’est jamais dit qu’ils aient été en désordre) «et la terre». Mais même pour «la terre» qui est une scène où il va y avoir du changement, il nous est expressément dit, par une autorité non moins inspirée, et ayant donc une autorité égale à celle de Moïse, qu’un tel désordre n’était pas l’état original. «Car ainsi dit l’Éternel qui a créé les cieux, le Dieu qui a formé la terre et qui l’a faite, celui qui l’a établie, qui ne l’a pas créée (*) vide, qui l’a formée pour être habitée» (És. 45:18). La version du Roi Jacques Révisée est citée à dessein car il est admis que c’est elle qui rend le mieux le prophète. C’est donc ici qu’on a la justification la plus certaine pour dissocier le verset 2 du verset 1 (sauf, bien sûr, que c’est un fait ultérieur) : ils peuvent être séparés l’un de l’autre par une succession d’ères géologiques et par une catastrophe, au moins en ce qui concerne la terre. En effet, il serait étrange d’entendre parler de cieux en ordre en même temps que d’une «terre informe» comme étant les premier fruits de l’activité créatrice de Dieu. Mais nous ne trouvons rien en faveur d’une telle anomalie. L’univers venant de sortir de la volonté et de la puissance de Dieu, comprend «les cieux et la terre». Le silence est gardé quant à sa condition depuis ce moment-là et jusqu’au cataclysme du verset 2 ; et cela est très convenable, sauf si le propos de Dieu dans la Bible était tout différent de ce but moral qui l’imprègne d’un bout à l’autre. Qu’est-ce que cette histoire des changements physiques préliminaires a à faire avec Son peuple et avec les relations entre ce peuple et Lui-même ? Ne doutons pas que chaque état de choses de ce que Dieu faisait était un système parfaitement en accord avec le but qu’Il se proposait. Pourtant, il ne s’agissait pas de matière seulement, mais du ciel et de la terre.

(*) note Bibliquest : La version J.N. Darby donne «qui ne l’a pas créée [pour être] vide», mais les crochets indiquent que les deux mots qui s’y trouvent ne figurent pas dans l’original, ce que confirme le texte donné par W.K.

«Et la terre était [ou devint] désolation (*) et vide, et les ténèbres [étaient] sur la face de l’abîme ; et l’Esprit de Dieu planait sur la face des eaux» (1:2).

(*) «Sans forme» [traduction KJV, version autorisée anglaise] n’est pas exact, car toute matière doit avoir une forme, aussi désolée et désordonnée qu’elle devienne ensuite. «Devint» (et non pas «était») est la force du verbe environ 20 fois dans ce chapitre.

Le verset, dans son texte hébreu, est introduit par une particule flexible bien-connue. Habituellement elle n’a qu’un sens de liaison, mais ce sens est souvent modifié par la considération du contexte, comme cela arrive pour tous les mots de toutes les langues. C’est pourquoi l’érudit Dathe, en 1781, l’a rendue ici par «posthaec vero» (*) dans le but exprès de distinguer l’état de choses du verset 2 d’avec celui du verset 1, et il nous renvoie à des exemples tels que ceux de Nombres 5:23 et Deut. 1:19. Or il n’est pas douteux que la conjonction hébraïque permet un intervalle aussi souvent que de besoin, selon les faits, mais ici il n’est point besoin de s’écarter de sa force première : «et» (bien que notre conjonction ne soit pas aussi souple) ; cette conjonction hébraïque peut aussi comporter une connotation d’opposition ou de contraste, comme on le voit dans la version des Septante. Le choix convenable se base sur ce qui suit. Car l’usage du verbe au temps passé, employé comme on le voit ici, sert à désigner une état de choses postérieur à ce qui précède et non relié avec ce qui est simplement antérieur. Idiomatiquement, l’hébreu n’utilise pas ce verbe pour faire une liaison, comme on peut le voir deux fois dans ce verset, et presque partout ailleurs ; sinon, il met le verbe avant le nom. La conclusion correcte, est donc que Moïse a été conduit à indiquer la désolation dans laquelle la terre a été jetée à une époque qui n’est pas révélée, postérieure à la création, mais antérieure aux «jours» dans lesquelles elle a été formée pour être l’habitation d’Adam et de sa race.

(*) Latin pour «et après ces choses»

Ceci est en accord avec les autres passages où on trouve l’expression remarquable «désolation et vide» : il n’en est que deux : — Ésaïe 34:11 «le cordeau de la désolation et les plombs [litt. pierres] du vide» et Jérémie 4:23 : «J’ai regardé la terre, et voici, elle était désolation et vide». Dans les deux cas, c’est une désolation infligée, non pas une condition première. Il en est de même en Genèse 1:2. C’est d’autant plus à noter, qu’en Jérémie, il est dit des cieux, à ce moment-là, que «leur lumière n’était pas». Chacun de ces deux passages confirme donc la conviction que notre texte de Gen. 1:2 décrit un état qui a affecté la terre, peut-être longtemps après la création originale du verset précédent. C’est à cet intervalle que s’applique la succession des ères géologiques. Il y a des faits indéniables, pleins d’intérêt, d’où il ressort que la création a existé puis s’est éteinte. La confiance qu’on met dans ces hypothèses peut être vaine ou enthousiaste ; mais le sens exact des paroles de Moïse dans ces versets laisse toute la place qu’on veut pour ces vastes processus qu’on peut comprendre à partir de l’observation des phénomènes touchant la croûte terrestre. Rien dans l’Écriture n’exclut une succession de créatures s’élevant depuis les moins organisées aux plus organisées (c’est même la règle, avec quelques exceptions frappantes ici ou là) ; depuis les Eozoon des rochers du Laurentin au Canada jusqu’à des mammifères ressemblant beaucoup aux actuels (*). Mais toute l’ingéniosité brillante de Sir C. Lyell, et d’autres du même genre, n’arrive pas à expliquer, ou évite les preuves du changement qui a eu lieu à cette période-là, changement immense et incomparablement plus vaste et plus rapide que ce qui a eu lieu depuis l’apparition de l’homme. Sans doute, le déluge a une signification morale très profonde, et est donc unique en son genre, parce que la race humaine a alors été balayée de la terre, sauf ceux qui étaient entré dans l’arche. Mais physiquement, les traces du déluge n’ont été que superficielle en comparaison avec les convulsions bien plus anciennes, et si manifestes pour tous, sauf pour ceux qui sont des adorateurs du Temps et du Conformisme.

(*) note ultérieure de l’auteur (Bible Treasury, vol. 18 p. 368) :

L’auteur de l’article sur Genèse 1 a reçu une observation selon laquelle le paragraphe précédent enseigne l’évolution. Cette idée est complètement fausse. Aucun évolutionniste ne peut parler de «créatures» s’il veut être cohérent avec lui-même. Aucun croyant ne peut nier que les plantes ont précédé les poissons et les oiseaux, ceux-ci étant suivis des animaux terrestres inférieurs et supérieurs, et en dernier lieu, par l’homme créé séparément, et avec des marques spéciales qui le distinguent. On trouve donc bien, dans la semaine adamique, «une succession de créatures s’élevant depuis les moins organisées aux plus organisées». Une pareille analogie a marqué l’énergie créatrice de Dieu dans les ères géologiques précédentes, sauf que l’homme et certaines créatures supérieures n’y ont pas été mis. Tout ceci déracine l’évolution, en réalité. L’objecteur n’a compris ni la vérité de la création ni l’erreur de l’évolution.

«Nous affirmons simplement [dit avec précaution Sir R. I. Murchison], au vu de preuves innombrables de fractures, dislocations, métamorphismes, inversions de strates, et de vastes désertifications, que de tels dérangements ont nécessité beaucoup plus d’énergie que ce qu’on voit se développer dans la nature existante, — autrement dit, les métamorphismes et mouvements de la croûte terrestre, y compris le soulèvement des fonds marins et le dégagement des débris, ont été des vrais paroxysmes dans les ères passées par rapport aux mouvements de notre ère. Nous maintenons qu’aucune durée de temps (et pourtant les géologues n’ont pas lésiné en faisant l’histoire des accumulations de sédiments, et des divers animaux fossiles qui y sont inclus) ne permet d’expliquer les signes des grandes fractures et convulsions, visibles dans toutes les chaînes montagneuses, et rencontrés par les mineurs au travail… La question se présente de la manière suivante : Des terrasses visibles, pleines de galets et de coquillages, sont des signes d’un soulèvement soudain à certaines époques ; la théorie moderne de soulèvements ou d’effondrements graduels ne peut fournir aucune preuve valable de telles structures, sauf en des zones très limitées. Il faudrait disposer d’observations de durées beaucoup plus longues pour arriver à une conclusion sûre pouvant être cohérente avec la vitesse de soulèvement ou d’effondrement du dernier millénaire, mais on en sait assez pour affirmer que les changements récents (au cours de l’histoire de l’homme) touchant tant la terre que les eaux sont infinitésimaux par rapport à ceux de la plupart des ères géologiques antérieures» (Siluria, p. 490-491, 5° Éd. 1872).

D’un côté les faits font voir des changements de la terre et de la mer, répétés aussi avec l’eau douce ; des roches ignées, stratifiées et métamorphosées, et finalement les règnes organisés, végétal et animal, soit des ordres inférieurs soit des ordres supérieurs (il y avait donc alors, l’environnement, la température et la compositions nécessaires à de tels changements) ; mais on n’y voit pas l’homme ni les animaux accompagnant son apparition sur la terre ; on voit l’extinction de groupes entiers de certains organismes pourtant extrêmement abondants ; d’autres groupes complètement différents leur succédant, puis s’éteignant à leur tour. Ce serait une supposition grossière que de prétendre que Dieu aurait mis les fossiles comme une simple apparence de vie ancienne ; ces créatures pétrifiées n’auraient jamais eu d’existence vivante ici-bas ? Autant le principe et le fait de la création sont pleinement révélés au verset 1, autant la dislocation l’est également au verset 2 ; et tous les deux précèdent la préparation de la terre pour Adam pendant les six jours.

La création est annoncée en quelques mots d’une noble simplicité au v. 1. Elle est la première intervention de Dieu, et la plus importante sur le plan de ce qui a été généré. De la même manière, la catastrophe rapportée ici brièvement, semble être la dernière perturbation du globe, et la plus grande, la 27° étape ou étape sub-apennine selon la conclusions de Mr Alcide d’Orbigny (Paléontologie Strat. Tome II, p. 800-824), qui était un naturaliste très compétent. Les Alpes et les Andes chiliennes ont alors atteint leur hauteur actuelle avec beaucoup d’autres changements aux conséquences énormes, largement suffisante pour rendre compte d’une confusion universelle, avec destruction de la vie terrestre et apparition de l’abîme partout, les ténèbres complètes recouvrant tout. Mais cet état généralisé peut ne pas avoir duré longtemps. Les animaux inclus dans des roches antérieurement, avaient des yeux. On en déduit qu’il y avait de la lumière ; et en effet certains des plus anciens restes organiques avaient une vision remarquablement adaptée à leurs circonstances, comme les trilobites du Silurien ou d’autres couches, qui avaient des yeux ayant jusqu’à 6000 facettes (Owen, Pal. p. 48, 49, 2° Éd.). Le langage du verset 2 de la Genèse est parfaitement compatible avec ceci, si on le compare au verset 1, et on peut naturellement supposer que les ténèbres étaient le résultat de l’état de désordre du v. 2. Confondre les deux versets est à la fois contraire à une interprétation solide du récit biblique, et aux faits que la science enregistre et explique. On peut être tout à fait certain que l’Écriture échappe à toute erreur, et reste toujours cohérente avec ce qui est démontré de manière irréfutable ; pourtant elle ne quitte jamais son domaine spirituel pour aller occuper le lecteur avec de la physique. Veut-on réduire à la lenteur de la nature de la terre adamique les opérations gigantesques des ères géologiques, avec leur destruction et leur reconstruction et leurs nouvelles espèces et genres biologiques ? C’est la folie moderne à la mode, c’est «faire un monde à sa propre image», mais ce n’est que des préjugés, et des préjugés mal informés. Il est absurde de nier que les organismes inclus dans les strates ont été, en leur temps, des animaux réels et des plantes réelles, et il est également absurde d’attribuer leur origine à une force plastique dans la terre, ou à l’influence du ciel ; mais ça ne vaut pas mieux d’occulter les preuves de convulsions extrêmement violentes et rapides avant l’apparition de l’homme ; ces convulsions terminaient une ère géologique et en inaugurait une autre, avec sa flore et sa faune se succédant et adaptées à la nouvelle ère selon la sagesse, la puissance et la bonté de Dieu.

Ni le v. 1, ni le v. 2 ne sont un sommaire de la terre adamique ; celle-ci ne commence sa préparation qu’au v. 3. Il y a donc trois états bien distincts : la création originale de l’univers ; la terre devenue désolation et vide ; le renouvellement de la terre pour l’homme, son nouvel habitant et son dominateur. Comment ces trois événements sont-ils arrivés alors que le moindre d’entre eux est prodigieux ? La science est muette à cet égard, à cause de sa complète ignorance. Elle peut seulement parler, et encore en hésitant, sur les effets de ces événements et, beaucoup moins hardiment, sur la création dans le plein sens du terme, mais il est bien vrai que quelques uns reconnaissent ce point ouvertement et de bon coeur. Quelle différence avec le langage incomparable de l’Écriture, qui a révélé ces choses aux petits enfants, mais les a cachées aux sages et aux intelligents, ou les leur a laissées incertaines ! C’est de la Bible, et sur la base de son autorité infaillible, qu’on devrait trouver la connaissance de ces choses : elles figurent dans les premiers mots écrits que Dieu a donnés à l’homme ;  Rome et Athènes n’étaient pas encore sorties de l’état barbare, si tant est même qu’elles existassent déjà.

Notre v. 2 montre donc l’état de confusion de la terre, différent tant de l’ordre de la création première, que de la terre d’Adam et de ses descendants ; il nous est dit de cet état que l’Esprit de Dieu «planait sur la face des eaux». Par son Esprit, le ciel est beau (Job 26:13) ; quant aux créatures en général, il est écrit : «Tu envoies ton Esprit ; ils sont créés, et Tu renouvelles la face de la terre» (Ps. 104:30). Ce verset parle de la terre qui allait être celle de l’homme, et il montre le passage d’un état à l’autre. Tout est appelé à l’existence par la Parole de Dieu (1 Tim. 6:13). La sagesse se réjouit dans la partie «habitable» de la terre (Prov. 8:31). Un vent puissant peut faire rage sur l’abîme. Mais ce qui «plane», c’est l’Esprit de Dieu, non pas le vent. Que de merveilles nouvelles étaient en route !

 

 

1.3   Chapitre 1 v. 3 à 5

Bible Treasury vol. 18, p. 225-228 (1891)

Nous entrons maintenant en contact direct avec la terre habitable et son environnement. Au verset 1, nous avions la création des cieux et de la terre, en dehors de toute date ou temps défini ; au verset 2 nous avons une condition de confusion amenée par l’extérieur, mais l’Esprit de Dieu planant sur la surface des eaux. Ce qu’on trouve dans ces deux versets n’a rien à faire avec la terre de l’homme sauf que la terre a traversé successivement l’une et l’autre de ces différentes conditions. Celui qui connaît Dieu ne peut nullement douter qu’un but de haute valeur et rempli de sagesse marque la seconde condition (chaos du verset 2) autant que la première (création du verset 1), bien que ce soit plus évident pour la première. Pourtant, aucune de ces deux phases n’est en relation immédiate avec l’homme, bien que tout y soit fait pour la gloire de Dieu et en vue de l’homme, par dessus tout en vue du Second homme (c’est le Nouveau Testament qui permet de l’affirmer sans hésiter). Les observations géologiques et les déductions qu’on en tire se situent avant tout dans le cadre défini par ces deux versets préliminaires. Ces versets s’expriment en peu de mots et en termes généraux ; une large place est laissée à la recherche. Le croyant sait d’avance que les conclusions théoriques aussi fondées soient-elles, doivent cadrer avec les phrases inspirées. L’oeuvre des six jours n’a que peu, ou même rien à faire avec la géologie. Il peut y avoir des analogies dans une certaine mesure entre les oeuvres des 3°, 5° et 6° jours et certaines périodes géologiques antérieures telles qu’on les suppose, mais la Bible passe par-dessus sans mot dire, comme des choses en dehors de son domaine et de son objet, tout en leur laissant toute la place qu’on veut dans les versets 1 et 2. L’effort fait pour étayer par l’autorité de l’Écriture une correspondance directe entre les jours du ch. 1 (que ce soit trois ou six d’entre eux) et les ères géologiques n’est qu’une pure illusion. Si seulement un tel usage de la géologie était sans conséquence, mais ce n’est que du manque de respect pour la parole de Dieu et c’est n’y rien comprendre. Y a-t-il des discordances entre le récit biblique et certains faits totalement avérés ? Rien ne l’a prouvé, ni dans la géologie, ni dans aucune autre science, même plus certaine et plus mûrie. Celui qui est affermi dans la vérité révélée peut se permettre d’écouter toutes les affirmations des experts même lorsqu’ils se basent, comme souvent, sur un raisonnement partiellement inductif quant aux faits. En dehors de l’Écriture, il n’y a rien pour lequel le croyant ait à se battre ; si l’Écriture parle, il croit, sans se troubler de ce que la science peut prétendre de contraire ; si la science confirme l’Écriture, tant mieux pour la science. La parole de Dieu n’a certes pas besoin de l’imprimatur des hommes.

Si on fait appel à une quelconque des branches des sciences physiques au sujet du premier jour, on n’aura pas de réponse claire. La géologie n’en dit rien, on le reconnaît. L’astronomie et l’optique ne font pas mieux. La science comme telle, laisse Dieu de côté — je dis la science, non pas les scientifiques, car beaucoup parmi les plus grands d’entre eux, ont été de vrais croyants. La science en elle-même ne sait rien de la puissance qui a été à l’origine, elle ignore la Cause Première, et habituellement, elle esquive même les causes finales pouvant faire appel à l’intervention d’une cause première. Elle s’occupe d’un ordre établi dans le monde, et des causes secondes, spécialement celles qui opèrent sous les yeux des hommes ou qu’on peut déduire de façon probable par l’expérience. Pour celui qui manque de réflexion, le danger est évident, réel et notoire. Ce serait moins le cas si la science était assez honnête pour reconnaître son ignorance dans ce qui dépasse sa sphère. Mais souvent elle interprète et dit : «il n’y a pas» là où, en toute logique et selon la morale, elle devrait dire : «je ne sais pas». Ce n’est pas seulement de l’audace sans fondement, mais un péché de la pire espèce. L’insensé a dit en son coeur : «il n’y a point de Dieu» (Ps. 14 et 53). Là où la science se reconnaît arrêtée par un mur opaque, c’est justement là où l’Écriture proclame la vérité de Dieu. Ce que Dieu connaît, Il le révèle pour autant qu’Il l’estime convenable dans Sa sagesse et Sa bonté. «Et Dieu dit : Que la lumière soit. Et la lumière fut. Et Dieu vit la lumière, qu’elle était bonne ; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres. Et Dieu appela la lumière Jour ; et les ténèbres, il les appela Nuit. Et il y eut soir, et il y eut matin : — premier jour» (1:3-5).

Qui aurait écrit ceci si ce n’est un homme inspiré ? Si vous dépréciez Israël en le qualifiant de peuple illettré, voire grossier et barbare, ce sera un miracle d’autant plus merveilleux. Trouve-t-on pareil enseignement en Égypte, à Babylone, en Grèce ou à Rome ? Comment Moïse en est-il arrivé à déclarer les faits comme il les a écrits ? Je ne parle pas de ce qu’il y a de sublime et que Longinus a si justement vanté, mais de ce que l’expérience humaine n’aurait jamais pu suggérer ; car un homme vivant, jugeant selon les phénomènes universellement connus, aurait toujours regardé le soleil comme la grande source de lumière ; et s’il avait dû faire le récit par écrit, il aurait commencé naturellement par cet astre brillant. Autrement dit, l’oeuvre du quatrième jour aurait dû plutôt prendre place au premier jour. C’est ce que les philosophes ont enseigné ensuite pendant des siècles. Mais telle n’est pas la vérité ; quelle que soit la difficulté apparente et évidente de compréhension, surtout en ce temps-là, c’est la vérité qu’il a été donné à Moïse d’écrire. Comme l’apôtre l’exprime environ 15 siècles après, Dieu a dit que, du sein des ténèbres, la lumière resplendit (2 Cor. 4:6). Il n’est pas dit que les ténèbres étaient partout, mais «sur la face de l’abîme», et maintenant qu’il était question d’une terre pour la race humaine, Dieu a commandé à la lumière d’y briller. Il n’est pas dit qu’elle fût «créée» à ce moment-là ; il y a d’abondantes raisons pour conclure que la lumière pré-existait déjà, durant les diverses ères géologiques, et à différentes phases de la terre, et même pendant de fort longues durées pour les règnes végétal et animal. Mais ceci est de la science, non pas de la foi, bien que le récit de l’Écriture soit la seule cosmogonie laissant le champ libre pour cela.

Ce qui est affirmé ici (après la confusion complète ayant régné sur la terre, et après les ténèbres sur la face de l’abîme, l’Esprit de Dieu planant sur la face des eaux), c’est que Dieu s’est interposé et a dit : «Que la lumière soit» ; et la lumière fut. Pour ce qui concerne la terre adamique, les luminaires n’étaient pas encore entrés en fonction comme maintenant : c’est là l’oeuvre du quatrième jour. L’expression : «Que la lumière soit ; et la lumière fut» est un langage s’accordant avec les vues sur la lumière qui prévalent dans les temps relativement modernes, non pas celles de la théorie de Sir Isaac Newton qui voyait dans la lumière une émanation du soleil. Si on admet généralement que les phénomènes de lumière sont le résultat d’une action moléculaire, et s’ils dépendent des qualités fondamentales de la matière dans sa constitution présente, de sorte qu’il n’y a pas eu création d’un élément ayant son existence propre et autonome (c’est ainsi que la science pense maintenant), n’est-il pas d’autant plus remarquable que les paroles de Moïse échappent à toute erreur, sans pourtant devancer les découvertes scientifiques ? Elles n’expriment rien d’autre que la vérité en termes très clairs. C’est à la parole de Dieu qu’est apparue une activité immédiate de la lumière, jusqu’alors sans activité.

Mais la science dépasse facilement sa mesure, elle généralise hâtivement. Elle contredit ainsi le récit inspiré quand elle s’aventure à dire que ce «que la lumière soit» du premier jour doit avoir précédé l’existence de l’eau et de la terre, et des composés solides, liquides ou gazeux de toute sorte. On est d’accord que la lumière intervient dans la fabrication de tels composés. Mais les versets 1 et 2 donnent un témoignage certain que la «terre» et «les eaux» existaient déjà, non pas avant la lumière, mais avant cette parole particulière de Dieu disant «que la lumière soit» ; et c’est cette parole qui a déclanché l’action de la lumière sur la terre de maintenant, après le temps de confusion et de ténèbres précédent.

C’est donc une erreur, en conflit positif avec le contexte, d’admettre qu’il n’y avait pas de «lumière» dans l’état de chose décrit au verset 1. On peut tenir pour admis que même la «terre» et «les eaux» du verset 2, quels que soient alors l’état de ruine et de ténèbres, avaient déjà eu préalablement de la «lumière», ne serait-ce que pour les former. Le verset 3 n’est donc pas réellement le signal du commencement de l’action créatrice, mais l’indication d’un renouveau de l’activité de Dieu, s’occupant de détails, bien longtemps après la création de l’univers, et de ses galaxies, soleils, planètes et satellites. Prenons le récit simplement en face : après l’oeuvre puissante de l’univers, et la désolation tombée sur la terre et ses immenses conséquences, Dieu parle, et sa parole forme la terre Adamique avec tout ce qui l’accompagne. Nous pouvons d’ailleurs noter, en anticipant sur le quatrième jour, qu’il n’y a là aucune suggestion de création des masses physiques du soleil, de la lune ou des étoiles. En ce quatrième jour, on n’a rien d’autre que leur mise en place en tant que luminaires en relation positive et déclarée avec la terre. Leur création dans le temps relève de 1:1 ; mais pour le reste, les détails sont ailleurs, à leur place. Il est exact qu’au premier jour la lumière a dissipé les ténèbres qui prévalaient, et il est du plus profond intérêt de voir que tel est l’objet de la première parole de Dieu et de Sa première action pour la terre de l’homme. Mais ceci ne dit rien sur la création des cieux et de la terre à l’origine. On ne comprend pas non plus pourquoi «les eaux» du verset 2 ne devraient pas être littéralement des eaux, au motif que de profondes ténèbres voilaient l’abîme. C’est ce type d’incohérence qui découle nécessairement de fausses prémisses, lorsqu’on confond le «au commencement» du verset 1 avec le «premier jour» des versets 3 à 5 et suivants ; et cette confusion contient aussi l’erreur extraordinaire de prendre le verset 2 pour l’état originel de la terre du verset 1, lorsque Dieu la fit venir à l’existence.

L’hypothèse selon laquelle la terre à sa création était un chaos glacial ou un globe gelé est certes étrange, mais on ne peut guère y échapper si l’on nie des états successifs depuis la création selon la volonté de Dieu, ou, et selon une pensée dans la même ligne, si on affirme que la «création» du soleil etc… n’a eu lieu qu’au quatrième jour. On argument en effet, qu’en admettant ces états successifs et cette «création» du soleil seulement au quatrième jour, la terre aurait du être presque sans nuage, bien illuminée et bien réchauffée au préalable — autrement dit une impossibilité. Mais c’est un raisonnement fallacieux que de partir de l’état de choses telles qu’elles sont, et de l’appliquer à une condition si éloignée (selon le récit biblique lui-même) de ce que Dieu a formé ultérieurement pour l’homme. La question qui se pose réellement est simplement de savoir ce que Dieu nous dit de cet état anormal du verset 2. Aucun mot n’implique que ce fût glacial, sauf que les ténèbres étaient sur la face de l’abîme, ce qui pourrait plutôt avoir été l’effet de la chaleur agissant sur la terre et les eaux, un état transitoire, postérieur à l’ordre initial, mais antérieur à ce qui a été préparé pour Adam (*). Le récit n’identifie en aucune manière le désordre du v. 2 avec la terre lors de sa création au verset 1 ; mais il distingue certainement la dislocation ténébreuse du verset 2 d’avec l’oeuvre du quatrième jour quand la terre, le soleil et les étoiles devinrent un système global comme aujourd’hui. En bref, le dilemme paraît être sans fondement. La vraie portée du verset 2 n’est pas du tout que la création originelle était une scène de ténèbres, même pour la terre, mais que les ténèbres étaient sur la face de l’abîme quand la terre — non pas les cieux — a été jetée dans la confusion bien longtemps après sa création. La lumière n’est pas un élément pouvant être réduit à néant (ce qui serait absurde), mais c’est un état découlant de l’activité moléculaire que Dieu peut arrêter, et il l’a arrêtée ici, en ce qui concerne «l’abîme». La lumière a agi absolument de la même manière en d’autres circonstances, et elle a agi depuis, sur la terre, durant la formation des couches des ères Primaire, Secondaire et Tertiaire, sans parler de ce qui précédait ; les hommes pourront découvrir et interpréter les détails selon leurs possibilités scientifiques, mais ces détails sont étrangers à l’Écriture, aussi bien que ceux des cieux étoilés, avec leurs merveilles et leurs mouvements.

(*) Sans vouloir dogmatiser sur la science, il est curieux de voir comment les auteurs divergent. La théorie de la nébuleuse de La Place («Exposition du système du monde», le sujet d’orgueil si vanté de la science moderne à l’encontre de Genèse 1) suppose que toutes les planètes existaient avant que le soleil n’arrive à son état actuel. Arago, Humboldt et d’autres, prétendent que le soleil était, et est encore, un globe sombre simplement pourvu d’une atmosphère lumineuse ! Le Dr A. Mc Caul se réfère aux découvertes de Kirchhoff pour prouver que la terre existait avant le soleil et avait sa lumière propre. Quelle valeur peut avoir une spéculation quelconque sur le système solaire avant la préparation de la terre pour la race humaine ? Le domaine propre de la science n’est pas ce qui s’est passé il y a longtemps, mais le classement correct des faits groupés sous des lois générales résistant à l’épreuve des tests.

La «création» de la lumière, en premier ou au second rang dans l’univers, n’est donc qu’un faux pas de philosophes. L’Écriture est plus exacte que ses commentateurs modernes, même quand ils s’efforcent de montrer que la science s’accorde avec la Bible. Dans l’obscurité recouvrant la terre jetée dans la désolation, Dieu a fait agir la lumière : c’est là Son action caractéristique du premier jour de la semaine, ce bref cycle qui s’achève avec la création de l’homme, le nouveau maître de la terre et le représentant de Dieu ici-bas. «Et Dieu vit la lumière, qu’elle était bonne ; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres ; et Dieu appela la lumière Jour, et les ténèbres Il les appela Nuit» (1:4-5). Ceci nous présente Dieu réfléchissant, et considérant avec grâce la race qu’Il allait créer sur la terre, et exprimant ces considérations, et fixant ses pensées sur les réalités qui allaient se déployer en rapport avec l’homme, des réalités bien plus solennelles que la lumière et les ténèbres, le jour et la nuit, pris au sens littéral. Pourtant la lumière des yeux réjouit le coeur, dit le Prédicateur (Prov. 15:30) et elle est douce (Eccl. 11:7) ; Dieu l’a qualifiée de «bonne». «Et il y eut soir et il y eut matin, premier jour (ou un jour)». Gardons-nous de prendre les ténèbres précédentes comme étant le soir. Il paraît plutôt que la lumière a brillé, puis qu’elle a disparu dans la nuit, et a brillé à nouveau pour le jour, constituant ainsi le premier jour. Que la terre ait commencé à tourner sur son axe avant l’apparition du soleil en tant que luminaire, et qu’on ait ainsi eu le phénomène du soir et de matin, cela est facile à comprendre. Le fait est certain ; le «comment» n’était pas difficile pour Celui qui parla et ce fut fait. Notre place est de L’honorer en croyant sa Parole, car sans cette foi, rien n’est comme il faut. Un autre premier jour allait être témoin d’une meilleure lumière : là aussi, Celui qui est la Vraie Lumière a brillé, de façon encore plus éclatante, alors que des ténèbres plus profondes régnaient partout, et Lui aussi existait avant les ténèbres.

Si l’exposé qui précède est exact, le jour de la première semaine est bien un jour de 24 heures. Personne ne nie que dans l’Écriture, comme dans le langage commun, on utilise le mot «jour» au sens général ou figuré, selon ce qui est utile ; ce mot peut donc couvrir une période très longue. Ce n’est pas une source d’embarras pour un lecteur attentif : comme toujours, la clef est dans le contexte. Dans ce chapitre, comme dans le suivant, le mot est appliqué de plusieurs manières selon les exigences particulières du cas ; nulle part il y a doute. Ici ce sont les expressions «soir» et «matin» qui tranchent. Cela ne peut signifier qu’un jour de 24 heures, à cause de ces bornes. La Parole prend soin d’utiliser la même phrase (il y eut soir, il y eut matin, premier jour… deuxième jour… troisième jour… quatrième jour… ) sans qu’il y ait de différence de durée du jour, même implicite, entre avant ou après que le soleil ait été mis en route (1:16-18) pour réguler le jour — de 12 heures — (non pas entre avant ou après qu’il y ait un soleil). On n’aurait pas toléré un sens de durée prolongée pour cette semaine bien délimitée, s’il n’y avait pas eu ces erreurs de mêler le «commencement» avec le premier jour et les jours suivants, et de qualifier de chaos le premier état des cieux et de la terre, et par là de gommer leur création à tous les deux. Car où est réellement le «créa» dans un tel schéma ?

Ceci sera encore plus convaincant quand on va s’attaquer aux six jours vus comme embrassant les immenses ères géologiques. Cela ne serait pas aussi lumineux si on prenait la parole comme une rêverie poétique. Mais quand on revendique le caractère de simple dignité du vrai père de l’histoire pour la prose incomparable de Moïse, l’effort tendant à faire correspondre tout ou partie des six jours avec les ères géologiques de formation de la croûte terrestre, cet effort, dis-je, se révèle être un échec d’autant plus cuisant et brutal. Prenez le premier jour et faites le test : allons-nous imaginer une ère tout entière occupée par la lumière brillant pour dissiper les ténèbres précédents ? Et si c’est incohérent pour le premier, le deuxième et le quatrième jour, combien bien plus incohérent de le vouloir pour le troisième, le cinquième et le sixième jour ? Et le septième jour, ou sabbat, devrait honnêtement mettre encore plus en déroute une pareille construction. En tout cas, le sens figuré n’est ici, ni pertinent ni adapté. Nous verrons en son temps, à partir de l’Écriture, qu’allonger le sabbat pour en faire une durée immense, est tout autant sans fondement.

Dans le livre «Sermons dans des pierres», il a été tenté ingénieusement de montrer que l’Esprit planant à la surface des eaux au verset 2, signifiait la création des animaux sous-marins (zoophytes et mollusques bivalves sans organes visuels) avant la lumière ; ensuite, avec la lumière, au second jour viendraient des animaux d’une classe supérieure pourvus d’organes de vision ; et finalement les poissons vertébrés arriveraient en troisième. Mais tout cela n’est qu’une erreur contredite par le récit biblique : celui-ci n’admet une nature animée pour le monde de l’homme qu’après le quatrième jour. Toute cette confusion est due à la mauvaise interprétation qui transforme les «jours» en ères. Selon le récit biblique, le fait que l’Esprit planait sur la face des eaux est quelque chose de très général, qu’on ne peut préciser, comme ce qui est avant le premier jour. Et si les jours sont simplement des jours de la semaine où Adam fut créé, la géologie ne peut ni l’affirmer ni le contredire. Son rôle principal est de faire des investigations sur les preuves des ères successives de la croûte terrestre avant la race humaine. On est bien d’accord que le langage de la Genèse utilisé par l’inspiration divine est celui d’une description de phénomènes ; mais cela n’appuie pas l’hypothèse d’une vision de Moïse. C’était une communication divine à et par Moïse ; comment elle a été donnée, nous ne savons pas ; ne spéculons pas sous peine d’errer. Une vision pourrait lui avoir montré des animaux sous-marins dans des conditions au-delà du naturel ; mais l’hypothèse est inventée pour insérer la création d’animaux non mentionnés dans le récit.

Enfin il faut bannir la notion d’un voile noir d’une nuit ininterrompue comme étant la condition initiale : c’est une idée païenne, non pas biblique. Il n’en était pas ainsi avant le verset 2, qui décrit un état ultérieur et transitoire. Le premier verset suppose un univers en ordre ; le second une interruption de grande importance pour l’homme ; puis au verset 3 la semaine commence au cours de laquelle la terre a été préparée comme demeure de l’homme, lui-même étant fait au sixième jour de la semaine. Les ères géologiques ont passé avant que commencent les mesures humaines du temps. Si le récit avait été lu correctement, l’Inquisition aurait pu s’éviter son jugement suicidaire et inintelligent contre Galilée ; car la comparaison du premier et du quatrième jour est en faveur des théories de Copernic et condamne l’ancienne philosophie de Ptolémée. Le récit biblique s’accorde avec la terre tournant autour de son axe en rapport avec le soir et le matin, indépendamment du fonctionnement du soleil formé peu après. Notons simplement que la dissipation des ténèbres profondes n’a été ni primordiale ni universelle comme beaucoup d’hommes de sciences l’ont hâtivement supposé. Cette dissipation n’a rien à voir avec les cieux, pas plus que le désordre qui est tombé sur la terre, aussi long que soit le temps alors écoulé.

 

1.4   Chapitre 1 v. 6 à 8

BT 18 p. 241-242

Heureusement l’oeuvre du second jour nécessite des remarques d’autant plus courtes que les celles sur les versets précédents ont été assez complètes. Dans ces premiers versets, on a vu l’état originel de la création «au commencement», puis l’état de confusion introduit de l’extérieur ; enfin l’oeuvre du «premier jour» qui introduit la semaine de préparation de la terre en vue de la race humaine.

La proximité directe de l’oeuvre du premier jour avec celle du deuxième, s’applique aussi à chacun des jours suivants. Quelles que soient les raisons des scientifiques pour étayer des processus s’étalant sur de vastes intervalles de temps avant les sept «jours» de Genèse 1, il y a toutes les raisons, non pas pour douter de l’Écriture, mais pour la croire : elle dit clairement et positivement que l’oeuvre de six jours n’a pas duré de longues ères, mais a été réellement comprise dans l’intervalle défini par un soir et un matin. Il n’est vraiment pas naturel de supposer l’existence de toute une ère pour que la lumière se mette à agir le premier jour ! et pourquoi supposer autre chose pour le deuxième jour et les jours suivants ? Après le «commencement» et avant les sept «jours», il y a place pour une succession d’ères ; par contre, prendre les «jours» dans leur portée naturelle est, de manière frappante, en harmonie morale avec l’homme, la dernière des oeuvres de l’oeuvre de Dieu en création durant cette semaine-là.

Il n’y a ainsi pas lieu de se disputer pour savoir s’il y a eu des périodes longues à caractère progressif, ou bien des actes successifs brefs. D’un côté le récit est écrit de manière à laisser, avant que l’homme existe, tout l’espace voulu pour les recherches et découvertes scientifiques ; d’un autre côté, ce n’est que peu avant la création de l’homme qu’apparaissent les autres détails sous l’effet des «fiat» (*) divins. Ces deux manières de voir ont chacune leur part de vérité, et l’erreur est de vouloir les opposer. On peut comprendre que, si Dieu l’a voulu, il y a eu des temps immenses laissés pour des actions physiques, avec des causes secondaires opérant avant l’apparition de l’homme ; on a trouvé des preuves de convulsions allant bien au-delà des volcans, ou du déluge ; tout cela les géologues nationaux ou étrangers l’admettent, même si d’autres élaborent d’autres spéculations. Certains sentent la beauté de la condescendance de Dieu — cela ne L’amoindrit pas — daignant opérer en six jours et se reposer le septième après avoir apprêter la terre pour recevoir, non seulement l’homme sous Son gouvernement moral divin, mais aussi le Second Homme : c’est Lui qui allait glorifier Dieu entièrement, donner la vie éternelle à ceux qui croient, et démontrer l’indignité de tous ceux qui rejettent Sa grâce, ne se repentant pas de leurs péchés — voilà la véritable raison, intelligible et bénie, pour laquelle cette terre, de taille si insignifiante par rapport au vaste univers de Dieu, a une position incomparable dans Sa faveur, bien au-dessus de toutes les autres planètes, soleils ou galaxies. Si l’homme fait une telle différence quant à ce qu’est la terre, Christ en fait une encore bien plus grande : et pourtant Il n’a pas encore montré Son royaume glorieux sur la terre, ni comment l’homme et la terre — sans parler des cieux — y seront selon Sa grâce et les conseils de Dieu.

(*) Note Bibliquest : Fiat, mot latin signifiant «qu’il soit fait», «qu’il y ait». «Que la lumière soit» est traduit en latin par «Fiat lux».

Mais parlons un peu du second jour. Voici ce que dit l’Écriture : «Et Dieu dit : Qu’il y ait une étendue entre les eaux, et qu’elle sépare les eaux d’avec les eaux. Et Dieu fit l’étendue, et sépara les eaux qui sont au-dessous de l’étendue d’avec les eaux qui sont au-dessus de l’étendue. Et il fut ainsi. Et Dieu appela l’étendue Cieux. Et il y eut  soir, et il y eut matin : — second jour» (Gen. 1:6-8).

Il n’y a pas plus de raison d’imaginer qu’il s’agisse là de la première création des cieux atmosphériques, que nous n’en avions pour voir la première existence de la lumière lors du «premier jour». Le langage absolu utilisant le mot «créer» est évité dans les deux cas [ce mot «créer» n’est utilisé qu’aux v. 1, 2 et 27]. Il y avait eu la lumière pendant les longues ères géologiques précédentes, lorsque les plantes et les animaux terrestres et marins abondaient, — cette lumière convenaient pour les systèmes destinés à les abriter ; de la même manière ils avaient alors besoin d’atmosphère et, sans aucun doute, Dieu l’a mise en place avec tout le nécessaire pour leur maintien jusqu’à ce que, par la puissance de Dieu, une nouvelle condition succède à la première.

Ce qui constitue maintenant une ceinture pour la terre, peut ne pas avoir été toujours identique globalement au cours des diverses variations d’état des végétaux et animaux, avant l’existence de l’homme, sans parler de ce qui était avant l’existence de la vie. Le Créateur de tout a mis en place un environnement adapté à chaque état. Les restes de strates successives indiquent une admirable adéquation à la flore et à la faune de l’époque, toutes différentes de celles de la terre adamique et de ses habitants ; dans certaines de ces conditions antérieures, on peut douter que l’homme ait pu vivre, et de toute façon il n’y a pas vécu.

La grande difficulté pour les géologues, spécialement à cause du développement de la pensée incrédule est de pouvoir accepter l’idée d’une révolution telle que celle du verset 2. Même ceux d’entre eux qui sont chrétiens, ont peur d’être dirigés par des déclarations positives, et ils reculent devant la moquerie ignorante de ceux qui nient hardiment l’existence d’une discontinuité entre la création originale et les jours de l’homme sur la terre. Or, d’un côté il est certain que le récit biblique appuie l’existence d’une telle discontinuité (pour la terre entière, non pas pour une partie comme l’a imaginé le Dr Pye Smith dans un esprit de compromis), — cette discontinuité a nécessité de tout remettre en ordre — tout comme ce récit supporte la création de l’homme, le vice-gérant de Dieu, fait premièrement pour dominer sur toutes choses ici-bas. D’un autre côté il est inacceptable de supposer qu’aucune convulsion n’ait été capable de produire des changements tels que la désactivation de la lumière, ou la destruction des conditions atmosphériques. Ce ne serait qu’une incrédulité bornée. «Vous errez ne connaissant pas les Écritures, ni la puissance de Dieu» (Matt. 22:29). Combien la science explique peu, même sur la vie existante et son environnement ! Et combien il est indécent de voir la géologie se mettre à dogmatiser, alors qu’elle n’est qu’une science jeune ayant tant à explorer et à évaluer ; elle est si loin de la précision de la chimie par exemple, bien que là aussi il y ait tant d’inconnu.

Il faudra bien trouver un moment pour examiner brièvement la question de la co-existence des mammouths avec le boeuf musqué et d’autres quadrupèdes survivants. Mais on peut dire d’emblée qu’il n’est pas plus difficile de concevoir qu’en vue de la terre adamique, Dieu ait renouvelé des plantes ou animaux existant précédemment, que de Le concevoir réactivant la lumière au premier jour et l’atmosphère au deuxième jour. Le travail du premier jour consistait dans l’exercice instantané et parfait, voire exclusif, de la volonté divine ; il illustre et confirme celui du deuxième jour. L’Écriture place la description du verset 2 quelques temps avant que les jours ne commencent. Après le désordre, c’est la lumière qui a agi en premier, selon une révolution de la terre sur son axe. Le jour suivant, les cieux atmosphériques si essentiels à la lumière, au son, à l’électricité, à la végétation et à la vie animale, ont été appelés, ou plutôt ré-appelés, à exercer leurs fonctions après la confusion qui les a détruites dans des conditions dépassant nos connaissances.

Assurément ce renouvellement n’a pas nécessité une longue ère selon un processus graduel, mais une oeuvre pour laquelle Dieu a fixé un jour spécial, même si un instant lui eut suffit en principe. Dans le récit tel qu’il est, l’attention de l’homme est fortement attirée par Sa bonté pleine d’égards et toute puissante : Il a alors séparé «les eaux d’avec les eaux», sinon elles auraient rempli l’espace au-dessus de la terre avec une vapeur continue et auraient pris la place du mélange convenable de gaz qui constitue l’air nécessaire à toute vie. C’est comme la mise en place d’une machinerie fonctionnant avec la formation des nuages, la chute de la pluie, et l’évaporation ; et il s’y ajoute les pouvoirs réfléchissants et réfractants de ces eaux qui modifient la lumière et ajoute énormément à la beauté et à l’utilité de la création : le ciel aurait, sinon, couvert la terre d’un manteau noir. S’il n’y avait pas eu l’atmosphère ambiante, fluide et élastique, même si Dieu avait, par ailleurs, séparé les eaux de la terre sèche, il n’y aurait pas eu les vapeurs d’eau absorbées ou tombant en pluie ; il n’y aurait pas eu la rosée ; les sources et les rivières, fussent-elles formées, auraient tout entraîné ; l’eau l’aurait emporté ; et si la terre sèche avait subsisté quelque part, elle aurait été une masse sèche et aride, sans vie animale ni brin d’herbe. Mais arrêtons là. Je n’écris pas ces pages pour rechercher des processus physiques d’accès aux bienfaits de la création.

Il est maintenant bien connu, et les Hébraïstes compétents l’ont souligné bien avant que n’existe la science moderne, que le vrai sens du mot est «étendue» et non pas «firmament» qui nous est venu de la vulgate latine, et semble-t-il des Septante en grec. Il est possible que ces traducteurs juifs aux jours de Ptolémée Philadelphe aient cédé, ici et ailleurs, aux idées ou au moins à la phraséologie gentiles. Un grand rabbin savant et un professeur chrétien, ont émis l’opinion que la version grecque emploie le mot (sterewma) dans le sens d’une troisième sphère, éthérée ou subtile, et non pas d’une voûte solide et permanente comme se plaisent à le soutenir les rationalistes, en se basant sur l’étymologie et sur un langage figuré. Le but est évident et le désir engendre la pensée. Déjà qu’on exclut Dieu de l’Écriture autant que de la création, et qu’on déifie la nature, qu’on exalte l’homme déchu (spécialement à partir du dix-neuvième siècle), on est ensuite tout content de dévaluer le texte, en citant des «fenêtres», des «portes», des «colonnes» et des «fondements», comme s’il s’agissait de cela littéralement. L’usage de ce mot «étendue» dans ce même chapitre (v. 15, 17, 20, 28) prouve suffisamment que le mot comprend l’idée de ciel transparent et ouvert, quelles que soient les mauvaises compréhensions du lecteur à toute époque. C’est pourquoi les versions anglaises autorisée et révisée traduisent par oiseaux de l’air au verset 28, l’estimant équivalent d’oiseaux des cieux. Il s’agit de  l’étendue, incluant les cieux atmosphériques où les oiseaux volent, tout au moins dans la zone la plus basse. L’idée qu’il y ait une voûte solide est hors de question. Le mot original paraît plutôt dériver d’un mot exprimant l’élévation, comme la racine du mot «cieux» en certaines langues ; mais même si on dérive ce mot de l’idée de battre ou de forger, ne sait-on pas que même les mots ayant une origine matérielle s’appliquent à l’occasion dans le domaine éthéré (spirituel) selon le contexte ? L’Écriture présente réellement les cieux comme non localisés, et la terre comme suspendue à rien ; on n’y trouve rien nulle part pour étayer l’idée grossière d’étoiles fixes comme des clous plantés sur une voûte métallique. Seul un scepticisme de mauvaise volonté le prétend, mais c’est une calomnie indigne. Dathe a pris la liberté de traduire «spatium extensium» et des juifs savants l’ont fait pareillement, avant et après.

«Les eaux au-dessus de l’étendue» consistent en cet énorme réservoir de vapeur qui remplit les nuages et tombe sous forme de pluie, de grêle ou de neige. Les «eaux au-dessous de l’étendue» couvraient la terre alors, mais allaient bientôt former les mers quand le sec allait paraître le jour suivant. C’est donc de la pure ignorance que de prétendre, malgré de nombreux passages de l’Écriture, que les «eaux au-dessus de l’étendue » impliquent l’idée d’une voûte solide, comme celle d’une douche de toilette. Les Hébreux voyaient bien les mouvements de nombreux corps célestes, non pas des points fixes. Même s’ils avaient été aussi obtus que le rationalisme est odieux, ce qui nous intéresse c’est le récit biblique divin, et son exactitude irrite les esprits hostiles qui se plairaient à signaler le moindre défaut. L’Écriture demeure ; la science change et se corrige régulièrement et périodiquement. S’agissant de termes figurés, il n’est pas plus utile de parler de «bouteilles» que de «colonnes» ou de «tente» ou de «voile» ou de «fenêtres» ou de «portes». Ce ne sont que des expressions parlantes. Les prendre à la lettre n’est que malice ou stupidité.

 

1.5   Chapitre 1 v. 26, 27

Bible Treasury vol. 18 p. 321-323 (1891)

Au troisième jour, nous avons vu deux fois se déployer l’énergie du Créateur : d’une part les eaux se rassemblèrent pour former la mer, avec apparition du sec, et cela fut considéré comme bon ; d’autre part, à la Parole de Dieu, la terre produisit de l’herbe, des plantes portant semence, et des arbres fruitiers produisant du fruit selon leur espèce, ayant sa semence en soi, et Dieu vit que cela était bon. Le sixième jour il y eut pareillement une double action, la deuxième étant bien plus extraordinaire puisque la vie humaine a été mise dans un être, la plus élevée des créatures terrestres ici-bas (contrairement au 3° jour où la seconde action créatrice a généré la vie végétale, la moindre des créatures organisées). Dieu dans sa sagesse et dans le déploiement de ses voies, avait ménagé pour les êtres vivants un environnement qui devait être revêtu et rempli de beauté, de nourriture, de fruits ; une fois cet environnement mis en place, des êtres supérieurs allaient venir profiter de tout ce que Sa bonté avait préparé ; et tout, animal et végétal, était pourvu du pouvoir de reproduction régulière. Dans toutes les immenses ères géologiques, Dieu avait déjà opéré en énergie créatrice, mais il n’y avait pas eu d’homme qui soit un centre, quels que soient les systèmes successivement apparus, puis disparus. Les jours mentionnés dans ce chapitre 1 se réfèrent spécialement à l’homme, et c’est lui qui, au sixième jour, allait suivre l’apparition des animaux supérieurs, et en être le couronnement, ceux-ci étant mis sous son autorité.

«Et Dieu dit : Faisons les hommes à Notre image, selon Notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur le bétail, et sur toute la terre, et sur tout animal rampant qui rampe sur la terre. Et Dieu créa l’Homme (*) à Son image ; Il le créa à l’image de Dieu ; Il les créa mâle et femelle» (1:26, 27). (**)

(*) La race, Homme, a l’article en hébreu, et se distingue ainsi du nom pris tout seul ; ce nom dérive du sol dont l’homme a été tiré. Le contexte confirme aussi le sens pluriel.

(**)  Note Bibliquest : La traduction J.N. Darby est la suivante : «Et Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur le bétail, et sur toute la terre, et sur tout animal rampant qui rampe sur la terre. Et Dieu créa l’homme à son image ; il le créa à l’image de Dieu ; il les créa mâle et femelle». Une note dans la traduction JND est semblable à la note de WK en ce qu’elle indique à 1:27 et 2:8 que «l’homme» signifie «la race humaine».

L’homme est donc introduit de manière unique par rapport à la création précédente des animaux, même ceux produits de la terre le même jour (1:24), chacun «selon son espèce», tout paraissant bon (1:25). Mais avec l’homme, c’est la première fois que Dieu entrait en conseil avec Lui-même avant d’entreprendre une tâche : c’était une tâche grande et absolument nouvelle. Il n’y a plus les paroles de commandement : «Que la lumière soit, que les eaux fourmillent, que la terre produise» (quoi qu’il soit expressément dit ailleurs que le corps de l’homme a été formé de la poussière du sol). Ici le langage s’élève en grandeur et en solennité, bien à propos : «Faisons les hommes». Pas un mot de diverses espèces d’homme, il n’y en avait qu’une, quels qu’aient été les rêves de ceux qui, dans leur orgueil et leur égoïsme, ont voulu tirer parti de la dégradation de leurs congénères. La dureté de coeur a fait beaucoup souffrir dans la suite, mais il n’en était pas ainsi au commencement. On aura, peu après, une révélation allant plus loin, l’homme n’étant pas seulement mis comme chef de la création, mais mis dans des relations morales. Ici, au ch. 1, la dignité conférée à l’espèce humaine est déjà prouvée abondamment. «Faisons les hommes à notre image, selon notre ressemblance». Rien n’est plus contraire à la Bible que l’anthropomorphisme des mythologies grecques et romaines : elles dégradent leurs dieux au niveau d’hommes et de femmes déchus, ayant les mêmes passions et convoitises, et elles donnent la sanction de la religion à l’immoralité de bas niveau. Y a-t-il eu en Grèce ou à Rome des philosophes tentant de remonter à un modèle aussi noble que celui de Gen. 1:26 ? Moïse a été inspiré pour le donner comme une sainte déclaration du Créateur. Combien on est loin de l’évolution allant d’un être grossier jusqu’à l’homme (théorie suggérée par Satan pour brutaliser le genre humain !). Telle est la vérité simple et merveilleuse : non pas Dieu ramené au niveau humain, mais les hommes, seuls êtres créés selon un modèle divin.

On pose souvent des questions sur la force des termes et leurs nuance exacte, ici en rapport avec les mots «image» et «ressemblance». N’écoutons pas ceux qui cachent leur ignorance en admettant que les divers mots ont le même sens. Dans tout l’Ancien Testament comme dans le Nouveau, l’«image» représente, tandis que la ressemblance «ressemble». Ainsi, dans le rêve de Nebucadnetsar (Dan. 2), l’«image» du pouvoir mondial représente la succession des empires des nations, du premier au dernier : il ne s’agissait pas de ressemblance. De même, l’«image» dans la plaine de Dura (Dan. 3) a des proportions (60/6) excluant qu’il s’agisse d’une figure humaine, ou de la ressemblance d’aucune créature vivante. Quoi qu’elle fut ou qu’elle ne fut pas, cette «image» représentait ce que le monarque avait commander d’adorer. Dans le Nouveau Testament, le denier (pièce de monnaie) que demanda notre Seigneur avait, sur une face, une image et une inscription de César. Sa ressemblance pouvait être défectueuse, mais c’était bien une image de l’empereur romain. Elle exprimait son autorité et concrétisait sa revendication à dominer les Juifs parce qu’ils s’étaient éloignés de Dieu, alors qu’ils ne voulaient reconnaître l’autorité ni de Dieu ni de l’empereur.

De la même manière, il est dit (v. 26) que les hommes ont été faits à l’image de Dieu, selon sa ressemblance. Le v. 27 répète «à l’image de Dieu», avec emphase : non pas selon la ressemblance, mais à l’image. Il y a de l’insistance sur la réalité de «à l’image» de Dieu, bien qu’ici il soit aussi déclaré que l’homme a été fait d’après ou selon la ressemblance de Dieu. Ressembler à Dieu ici-bas n’a été donné qu’à l’homme. Même les anges n’ont pas une telle place. Ils excellent en force, ils exécutent la parole de Dieu, écoutant la voix de sa parole (Ps. 103:20). Mais les anges ne dominent pas au nom de Dieu, ni ne Le représentent comme centre d’un système qui lui est assujetti et qui regarde à lui. L’homme a été fait pour représenter Dieu au milieu d’une créature inférieure, dépendante de lui. Pour être créé à l’image de Dieu, il a été aussi fait «selon sa ressemblance», sans mal et droit. Par le péché, la ressemblance à Dieu a disparu, mais l’image a subsisté ; quoique incapable de représenter Dieu correctement, il était encore responsable de Le représenter. C’est pourquoi, au ch. 5 v. 1-2, nous lisons que Dieu a fait l’homme à sa ressemblance ; il les créa mâle et femelle, il les bénit et appela leur nom Adam au jour où ils furent créés. Il est tout à fait significatif que le v. 3 ajoute qu’Adam engendra un fils à sa ressemblance. Seth ressemblait à son père déchu, et le représentait aussi. De même quand les animaux furent donnés à l’homme comme nourriture après le déluge (ch. 9), le sang fut interdit et un soin jaloux pour la vie humaine fut ordonné avec force, car l’homme a été fait à l’image de Dieu (9:6). Tuer un homme est une rébellion contre l’image de Dieu, bien que l’homme ne soit plus du tout comme Dieu.

Le Nouveau Testament étaie la même distinction, bien au-delà de l’image de César déjà mentionnée. En 1 Cor. 11 l’homme est appelé positivement l’image et la gloire de Dieu, et il en est la représentation publique. En Col. 1:15, le Christ, le Fils incarné, est décrit comme «l’image du Dieu invisible» ; s’il n’est pas appelé la «ressemblance» de Dieu, cela ne fait que confirmer la vérité : l’appeler «ressemblance» de Dieu aurait renié sa divinité. Il était Dieu, et n’était pas simplement comme Dieu. Sur ce sujet, il est utile de comparer ce qui est dit du chrétien maintenant en Col. 3:10 et 2 Cor. 3:18 ; pour le résultat en gloire, voir Rom. 8:29 et 1 Cor. 15:49.

Par ailleurs il ne faut pas confondre l’état d’Adam innocent avec le nouvel homme créé selon Dieu en justice et sainteté de la vérité (Éph. 4:24). Cette dernière expression décrit la nouvelle création (non pas le premier état d’Adam dans l’innocence) dans laquelle il y a la connaissance du bien et du mal, mais avec la puissance (c’est une grâce) d’avoir le mal en horreur et de tenir au bien (Rom. 12:9) : c’est ce qui est impliqué dans l’expression «en justice et sainteté de la vérité». Ce n’est pas la nature chez le croyant, mais c’est supernaturel : il devient participant de la nature divine (2 Pier. 1:4).

Néanmoins, Adam était fait pour avoir une part au-dessus de toute la création qui l’entourait, «à l’image de Dieu et selon sa ressemblance», bien que son état avant la chute fut fort différent de celui où Christ ressuscité est la tête, et bien que sa part restât celle d’une créature. En présence de la Bible, on peut voir combien sont fausses les spéculations sur l’évolution, sans parler de ce qu’elle n’est qu’une hypothèse en conflit avec les lois fixes de la nature (ce qui n’empêche pas les intellectuels de proclamer bien haut ces lois pour se justifier de mettre Dieu de côté). Comment peut-on réconcilier les lois invariables de la nature avec les changements d’espèces ? La vérité est que la vraie science tire sa substance de résultats uniformes : elle consiste à découvrir et mettre en ordre ces résultats. Ceci n’empêche pas une variabilité au travers des circonstances, à défaut de quoi le type original revient. Comme la science naturelle est basée sur la réalité et la continuation des espèces, elle ne peut pas rendre compte des origines. Si l’on est honnête, il faut admettre qu’il y a une vraie cause première ; mais la science ne peut qu’être entièrement ignorante d’une telle cause. Seule la parole de Dieu révèle la vérité. De toutes les rêveries, il n’y en a pas de plus vile que l’ignorance refusant d’apprendre, et osant défier la révélation divine par sa conception de l’homme descendant du singe, d’un poisson, d’algues ou autres. La vérité est que les causes primordiales sont au-delà de la science qui, au lieu de reconnaître honnêtement son ignorance, prétend nier la création que l’Écriture révèle clairement. Dieu seul pouvait créer, et Il déclare qu’Il l’a fait, et selon quel ordre. La science pourrait apprendre avec bonheur, si son scepticisme ne l’emportait pas. Son champ d’application est dans l’investigation des effets, et elle ne peut atteindre les causes primordiales, alors qu’il est de la plus haute importance de les connaître ; seul le témoignage de Dieu nous y donne accès, et c’est tout simple si on l’accepte.

Combien il est digne de Dieu et réjouissant pour l’homme, de se détourner de ces fredaines de contrefaçon de la science, pour soupeser une fois de plus ces paroles de Dieu ! «Et Dieu dit : Faisons les hommes à notre image, selon notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur la bétail, et sur toute la terre, et sur tout animal rampant qui rampe sur la terre [sixième jour]. Et Dieu créa l’homme à son image ; il le créa à l’image de Dieu ; il les créa mâle et femelle» (1:26, 27). Notons bien avec quels termes emphatiques Moïse dit que Dieu a créé la race humaine. Il ne suffisait pas de le dire une fois comme pour l’univers au v. 1 lorsqu’il a été amené à l’existence, et comme pour l’introduction de la nature animée dans le monde adamique (v. 21), au moins les grands mammifères aquatiques. Mais pour l’homme, c’est répété à plusieurs reprises pour attirer l’attention de ceux qui tremblent à la parole de Dieu. Non seulement l’homme était une créature sans précédent, mais il avait une place bien particulière dans les pensées de Dieu, non pas seulement temporellement pour la terre, mais pour l’éternité. Pour un tel déploiement des propos de Dieu, il fallait s’attendre à des déclarations spéciales de Dieu, et c’est ce qu’on a ici, soulignant la place de la créature selon que Dieu l’avait établie à l’origine sur la terre. Il faut aller au ch. 2 pour y trouver des détails complémentaires, si importants, au sujet des relations dans lesquelles Adam fut mis ; nous y trouvons la clef de cette déclaration que l’homme a été «créé mâle et femelle» (1:27) : un couple unique, et qui plus est, formé comme aucun autre ne l’a jamais été ; cela différencie l’homme d’avec toute autre créature sur la terre ou dans les cieux. Car d’immenses conséquences découlent de ce fait, et Dieu a pris soin de l’établir lui-même — bien entendu, Lui était le seul à pouvoir le révéler.

Que peut dire la science sur des sujets si intéressants et moralement si importants ? Est-ce logique de nier tout ce qu’on ignore ? Pour la science, confesser son ignorance est humiliant. Mais y a-t-il de la révérence à mépriser ce que Dieu sait et a révélé ? Hélas ! La science ne sait rien, ni sur la foi, ni sur la piété, ni sur la révérence. Si elle se contentait de n’affirmer que ce qu’elle sait, et si elle confessait son ignorance sur ce qui dépasse ses limites, elle ferait moins de bêtises et serait mieux séante. Les coupeurs de bois et puiseurs d’eau (Jos. 9:27) ont une place utile, même si ce n’est pas la plus digne. Se vanter n’est pas convenable, sauf à se glorifier dans le Seigneur, pour ceux qui se confient en Lui (1 Cor. 1:30).

 

 

2                    Chapitre 2

2.1   Chapitre 2 v. 5 à 7

Bible Treasury vol. 19 p. 17-18 (1892)

Après le résumé du verset 4, l’état du règne végétal est donné dans sa condition particulière juste avant qu’Adam sorte de la main de Dieu. Il n’y a donc aucune base pour affirmer que ce règne végétal était issu d’ères antérieures, même si l’on trouve des parallèles entre eux. Tout ce que ce texte constate est ce qui existait alors comme demeure en préparation pour Adam, quand Jehovah Elohim (= l’Éternel Dieu) fit les cieux et la terre.

«…L’Éternel Dieu fit … toute plante (*) des champs avant qu’elle fût sur la terre, et toute herbe des champs avant qu’elle crût (**) ; car l’Éternel Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre, et il n’y avait pas d’homme pour travailler le sol ; mais une vapeur montait de la terre et arrosait toute la surface du sol. Et l’Éternel Dieu forma l’homme, poussière du sol, et souffla dans ses narines une respiration de vie (***), et l’homme devint une âme vivante» (2:5-7).

(*) note Bibliquest : la version JND traduit «arbuste».

(*) On pourrait aussi traduire : «Et aucune plante des champs n’était encore sur la terre, et aucune herbe des champs n’avait crû ; car … etc.». Beaucoup de Juifs mettent un point au milieu du verset 4, et commencent une nouvelle phrase : «Au jour où l’Éternel fit…».

(**) littéralement «de vies».

Il semble clair que c’est une description des plantes et des herbes produites au troisième jour, avant l’apparition de l’homme, le chef de la création. Comme l’homme, elles sont apparues avec une croissance achevée, ne provenant pas d’une semence, comme cela a toujours été le cas depuis. Ce n’est pas une répétition du fait général de leur origine comme au chapitre 1, mais (comme dans tout le reste du chapitre 2 depuis son début), c’est une présentation de circonstances spéciales ; cet ajout est parfaitement à sa place. On ne nie pas les preuves géologiques selon lesquelles il y a eu de la pluie en des temps aussi reculés que la période carbonifère, quelle que soit l’immensité du cours des ères précédant l’homme. Par ailleurs, certains ont prétendu qu’il ne valait vraiment pas la peine de noter que l’historien inspiré ait eu à donner ces explications particulières sur la végétation ayant existé pendant quelques jours naturels sans pluie et sans culture. C’est évidemment une difficulté à résoudre pour ceux qui tiennent la théorie selon laquelle les jours sont des périodes. Or ces indications montrent l’admirable condescendance et l’intérêt de Celui qu’on voit ici entrer en relations de grâce avec l’homme ; si ces mêmes indications avaient trait aux vastes ères géologiques, elles paraîtraient dépourvues de sens et fausses. Quel que soit le processus divin avant que de telles relations avec l’homme aient pu avoir lieu, il était très important pour l’homme de savoir de source autorisée que Jehovah Elohim (l’Éternel Dieu) avait non seulement fait la terre et les cieux (l’ordre réel, les cieux et la terre, est changé pour le même genre de raison), mais aussi qu’Il avait fait «toute plante des champs avant qu’elle fut sur la terre, et toute herbe des champs avant qu’elle crût». Ces productions sont spécifiées car elles étaient nécessaires aux créatures vivantes au moment où elle étaient appelées à l’existence sur la terre ; et Dieu fit qu’elles soient à maturité dès leur formation, en contraste avec tout ce qui a été depuis. Deux raisons sont ajoutées : l’une qu’il n’avait pas encore plu sur la terre dans son état à ce moment-là ; l’autre qu’il n’y avait pas encore d’homme pour travailler le sol. On pourrait penser que personne ne pourrait se tromper sur ces évènements, tellement les indications sont claires, sauf à être sous l’influence aveuglante d’une théorie préconçue. Celui qui a tout fait, même dans les moindres arrangements, avait l’homme en vue et avait agi à l’avance pour lui, et maintenant Il prenait la peine de révéler tout cela au moment où Il se donnait à connaître à l’homme en quelque mesure, et lui donnait de se réjouir en Sa bonté. C’est pourquoi aussi, il faisait connaître à l’homme les dispositions spéciales qu’Il avait prise, même pour une période aussi courte et particulière où «une vapeur montait de la terre et irriguait toute la surface du sol». Cela serait étrange pour des scientifiques que d’affirmer ces choses en les appliquant aux vastes ères géologiques, puisque c’est la végétation qui était apparue en premier. Par contre c’est la vérité toute simple pour les quelques jours suivant le troisième jour de la première semaine ; et la mention de ces circonstances ici au ch. 2, n’est pas une simple adaptation au but de cette nouvelle portion du texte, mais c’est tout à fait digne de la place spéciale où l’homme est installé, selon le récit biblique.

Nous arrivons ensuite à la révélation de ce moment unique de la formation de l’homme, non pas seulement comme chef de ceux qui peuplent la terre (1:26), mais en vue d’une relation vivante avec Celui qui a tout fait et tout créé. C’est ici, et non pas dans le chapitre précédent, que nous apprenons les particularités de la constitution de l’homme. «Et l’Éternel Dieu forma l’Homme [ha-Adam] de la poussière du sol, et souffla dans ses narines une respiration de vie ; et l’Homme devint une âme vivante» (2:7). C’est à ceci que se réfère l’apôtre dans sa sublime comparaison entre le premier homme et le Second en 1 Cor. 15:49, que tout croyant devrait bien peser et s’approprier. Ici, il s’agit simplement du premier homme, mais ce qui est dit est grand : la poussière du sol pour l’homme extérieur ; et le souffle de l’Éternel Dieu pour animer l’homme intérieur. Ce n’était certes pas la vie éternelle, mais néanmoins une âme immortelle. L’insufflation en direct du Créateur est la base de son immortalité. Les autres animaux des eaux ou de la terre sont appelés «âmes vivantes», à juste titre ; mais seul l’homme est issu de l’insufflation de Dieu .

En Ecc. 3:21 il est aussi parlé de «l’esprit de la bête», car la bête a une âme et un esprit appropriés à sa nature. L’âme est le siège de la volonté pour toute créature vivante ; l’esprit, c’est sa capacité. Mais, pour la bête tout «descend en bas vers la terre», non pas seulement le corps, mais aussi l’âme et l’esprit, car elle a aussi bien une volonté propre qu’une faculté propre. Mais quant à l’homme, son esprit (et son âme aussi, bien sûr) «monte en haut» ; «l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné» (Ecc. 12:7). Les autres animaux quand il ont été faits, ont respiré une respiration de vie ; mais l’homme a été formé extérieurement comme fait le potier avec l’argile, et il n’a pas respiré tant que Dieu ne lui eut pas donné, directement et spécifiquement, sa propre respiration. C’est pourquoi, il est le seul sur la terre à être devenu une âme vivante, le corps étant mortel, ce qui n’est jamais dit de l’âme (ce qui est dit implique tout le contraire). C’est pourquoi, de tous les êtres terrestres, l’homme est le seul à avoir une responsabilité devant Dieu. Ainsi le siège de son individualité et de sa responsabilité est dans son âme, bien que l’esprit, la capacité intérieure, accompagne cette âme, et accroît grandement sa responsabilité ; le corps est l’homme extérieur, un vase pour servir Dieu ou Satan, selon les directions de l’homme intérieur.

On voit donc combien sont éloignés de la vérité ceux qui pensent que seuls les chrétiens ont un «esprit» en plus d’un corps et d’une âme. Même les bêtes en ont, bien que, chez elles ce ne soit guère qu’un instinct, tandis que chez l’homme c’est une faculté incomparablement plus élevée et plus vaste, augmentée encore par le caractère immensément supérieur de l’âme immortelle de l’homme ; aussi remarquablement dotées que soient les bêtes par la volonté de Dieu, elles ne sont que des créatures sans raison, purement animales, nées pour être prises et détruites (2 Pier. 2:12). La conscience du «moi» est dans l’âme, et c’est de la réalité de cette conscience que dépend l’identité personnelle ; la capacité de raisonnement introspectif sur cette conscience, comme sur tout autre sujet, est dans l’esprit de l’homme ; de même, la capacité de s’occuper des choses de Dieu est avec le «moi» vivifié, dont la puissance est dans le Saint Esprit donné au chrétien. Il est donc entièrement faux de confondre les pensées ou la connaissance, avec l’âme, bien que l’âme soit étroitement liée à un esprit, capable de réflexion, de discernement, et de toutes sortes d’autres opérations mentales dans le cadre de son être. La conscience de soi avec la capacité de réflexion qui s’y rattache est une caractéristique de l’homme, et avoir la conscience de Dieu l’est encore plus. «Il y a un esprit qui est dans l’homme, et le souffle du Tout-Puissant leur donne de l’intelligence» (Job 32:8).

La position unique et supérieure de l’homme frappe d’autant plus, si on la compare avec tous les sujets du domaine de sa domination, comme son adaptation à tous les climats et toutes les variétés de nourriture, ce qui fait contraste avec les êtres grossiers qui lui ressemblent le plus en apparence. Il est ainsi clair que le chimpanzé et l’orang-outan ne sont pas nombreux, limités à quelques petites zones d’Asie et d’Afrique, et malgré des soins attentifs, ils ne peuvent pas vivre longtemps ailleurs.

Et voilà que de toutes les créatures, l’enfant de l’homme est le plus impuissant, et le plus dépendant des soins et de l’entourage, pendant une croissance lente ; il atteint pourtant dans tous les pays et toutes les ethnies, une longévité triple de celle de ses homologues les plus proches. Mais c’est l’homme intérieur qui fait la différence la plus vraie et la plus essentielle d’avec tous les autres êtres terrestres, et qui le rend capable (grâce au lien familial qui lui a été donné) de dépasser ses débuts d’être faible et sans défense, et, selon ce qui lui a été donné de Dieu, de dominer effectivement sur les poissons des mers et les oiseaux des cieux, et sur tout animal qui se meut sur la terre. Que les eaux grouillent d’êtres vivants, que les oiseaux se multiplient toujours, l’homme, quant à lui, a rempli la terre et l’a assujettie comme aucun être ne l’a fait. Pourtant, vivre par le souffle de Dieu en lui (lui seul a une âme ayant ce caractère) est un privilège incomparablement supérieur à tous les autres privilèges naturels réunis : bien que, par ce privilège, il périsse éternellement s’il ose ne pas se repentir et ne pas croire dans le Sauveur, au lieu de se soumettre à Lui qui est Seigneur de tout, et plein de grâce et de vérité. Si par la foi, l’homme se soumet au Fils, combien sa portion est bénie, dès maintenant et éternellement, même s’il est dans une condition humaine des plus misérables (1 Cor. 15:19) ! La vie éternelle, une rédemption éternelle, un salut éternel, un héritage éternel, une gloire éternelle : telle est la liste de grâce du chrétien par Jésus-Christ notre Seigneur ; et à tout cela s’ajoute le sceau du Saint Esprit, dès maintenant.

 

2.2   Chapitre 2 v. 8 et 9

Bible Treasury vol. 19 p. 33-34 (1892)

Au chapitre 1, nous avons vu Dieu attribuer à la race humaine la domination sur les poissons, les oiseaux, le bétail et tout être vivant qui rampe ou qui se meut sur la terre et au-dessus de la terre. Tout cela était présenté d’une manière générale. Ici nous avons, comme d’habitude, une portion spéciale, un domaine particulier attribués au premier homme dans l’innocence. La question morale profonde du premier homme allait être mise à l’épreuve.

«Et l’Éternel Dieu planta un jardin en Éden du côté de l’Orient, et il y plaça l’Homme qu’il avait formé. Et l’Éternel Dieu fit croître du sol tout arbre agréable à voir et bon à manger, et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal» (2:8-9).

Comme pour Israël plus tard, il y a eu ici une préparation complète. Rien n’a manqué du côté de Jéhovah (l’Éternel). «Je chanterai à mon bien-aimé un cantique de mon bien-aimé, sur sa vigne : Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau fertile. Et il la fossoya et en ôta les pierres, et la planta de ceps exquis ; et il bâtit une tour au milieu d’elle, et y tailla aussi un pressoir ; et il s’attendait à ce qu’elle produirait de bons raisins, et elle produisit des raisins sauvages» (És. 5:1-2). Au commencement Jéhovah Elohim (l’Éternel Dieu) a pareillement planté un jardin du côté de l’orient en Éden. Bien que toute la création sur la terre fût bonne avant que la ruine n’intervint par le péché, et que tout ce que Dieu avait fait était «très bon», le jardin était encore nettement supérieur, et il était l’objet d’un soin particulier de Dieu dans Son gouvernement moral. L’homme devait être mis à l’épreuve ; aucune excuse n’était possible, aucune imperfection ne pouvait être alléguée. C’était Lui qui plantait le jardin, et tout y était fait pour l’usage et la beauté convenant à la création dans l’innocence. S’Il aime celui qui donne de bon coeur, Il est Lui-même le modèle de toute libéralité. Il avait «formé» l’Homme de manière exceptionnelle ; et pareillement Il «planta» le jardin où Il le mit. «Et l’Éternel Dieu fit croître du sol tout arbre agréable à voir et bon à manger, et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal» (2:9).

Dans cette dernière phrase, nous avons des éléments particuliers à l’affaire et à l’époque : comme ils ont existé pour un court moment, on ne les a pas retrouvés ultérieurement, et on ne les retrouvera pas. L’innocence perdue ne peut être retrouvée. Dieu peut, et il le fait, introduire une condition meilleure pour la foi par le Second Homme lors de sa première venue, ou en puissance visible lors de sa seconde venue ; mais il n’y a pas de restauration du premier état. La tendance continuelle est de l’oublier, même parmi ceux qui, autrement, sont enseignés de Dieu. Ils exaltent indûment l’état premier d’Adam. Ils omettent de voir la ruine complète causée par le péché. Ils rabaissent ou ignorent la nouvelle création en Christ. Et le plus extraordinaire est que ces idées ne sont pas limitées à telle ou telle école de théologie, quoiqu’elles soient plus marquées et plus éclatantes dans certaines régions. Andover, Genève, Leipzig, Leyden, Montauban et Oxford diffèrent considérablement ; mais elles s’accordent bien pour donner trop d’importance au premier homme, et trop peu au Dernier (*).

(*) Note Bibliquest : Sur le mot «dernier», voir 1 Cor. 15:45.

On affirme presque partout qu’Adam a été créé en justice et en sainteté de la vérité (Éph. 4:24). Il n’en est pas ainsi. Seul le nouvel homme est ainsi décrit par l’apôtre. Cela ne saurait s’appliquer en aucune manière à l’homme tel que créé à l’origine, car il était simplement sans tache et droit, mais il n’avait aucune connaissance réelle de «la vérité», pas plus que de la «justice» ou de la «sainteté». Il était innocent ; il n’avait pas ce que l’Écriture appelle ici «la connaissance du bien et du mal». Elle n’a été acquise que par la chute. Bien sûr, il avait la conscience de sa responsabilité. Il savait qu’il était tenu d’obéir à Dieu, bien que le test de son obéissance n’allât pas plus loin que de s’abstenir de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, comme nous le verrons au verset 17. Maintenant, l’homme a cette connaissance du bien et du mal, et la sainteté implique la séparation d’avec le mal pour être du côté du bien. Adam n’avait pas cette connaissance. N’étant pas tombé, il n’avait pas de convoitises. Il n’aurait pas pu comprendre les dix commandements, et encore moins le sermon sur la montagne. Il n’avait ni père ni mère à honorer ; ni voisin au sujet duquel médire ou convoiter son bien, sans parler du vol, du meurtre et de l’adultère. Quand l’homme a commencé à avoir des voisins, il y a longtemps qu’il avait été chassé du jardin, et la prohibition de l’arbre de la connaissance du bien et du mal dans ce jardin ne s’appliquait plus. Comme être tombé, il connaissait le bien et le mal, mais il avait cette connaissance avec une mauvaise conscience. Comme un païen l’a écrit de lui-même, nous pouvons dire d’Adam tombé et de sa race, qu’il voyait le meilleur et suivait le pire. Tel a été l’état de l’homme jusqu’à l’intervention de Dieu par de nouvelles relations impliquant d’autres responsabilités.

Au verset 9, il est révélé un autre fait du plus profond intérêt. L’arbre de vie était distinct de celui de la connaissance du bien et du mal. Le test de l’obéissance responsable était tout à fait différent des moyens de vie. Dès le début ces deux choses sont bien différenciées ; et en fait, c’est quand l’homme a désobéi en mangeant d’un de ces arbres, qu’il a été chassé de peur qu’il ne mange de l’autre (3:22, 23), pour ne pas rendre éternel son état de pécheur tombé. L’arbre de vie était pour quelqu’un n’ayant pas mangé de l’arbre défendu. On voit donc ici clairement que vie et responsabilité sont entièrement distinctes.

En son temps (430 ans avant la loi selon l’apôtre) la promesse est venue, semblable à un arbre de vie tout seul. Les pères s’y attachèrent par la foi, et furent bénis. Pourtant, c’était une bénédiction incomplète, seulement provisoire. Il était important et nécessaire que la question de la justice soit soulevée, et celle de la justice de l’homme fut soulevée en Israël par la loi. Mais l’homme, Israël, était pécheur, et ne pouvait répondre à la justice, sauf pour être condamné.

Car la loi donnée par Moïse faisait que la vie dépendait de l’obéissance. «Vous garderez mes statuts, et mes ordonnances, par lesquels, s’il les pratique, un homme vivra» (Lév. 18:5). L’échec n’a pas été le fait de la loi, mais le fait de l’homme ; «car s’il avait été donné une loi qui eût le pouvoir de faire vivre, la justice serait en réalité sur le principe de la loi» (Gal. 3:21). Mais l’homme a été coupable, sans force, en bref perdu. «Car tous ceux qui sont sur le principe des oeuvres de loi sont sous la malédiction» (Gal. 3:10). Le juste vivra sur un tout autre principe — par la foi (Gal. 3:11). «Mais la loi n’est pas sur le principe de la foi» (Gal. 3:12). La loi et la foi sont données à des fins entièrement différentes, et compatibles de la seule manière suivante : la loi pour convaincre le pécheur qu’il ne peut pas être justifié par elle ; la foi, pour donner l’assurance au croyant qu’il est justifié par elle. «Vous êtes sauvés par la grâce par la foi» (Éph. 2:8). Car c’est par la foi en Christ ; Lui a accepté la responsabilité, et a porté sur la croix toutes les conséquences de notre désobéissance et de notre mauvais état, et il est maintenant ressuscité d’entre les morts, prouvant ainsi publiquement qu’il était le dernier Adam, un esprit vivifiant (1 Cor. 15:45). C’est ainsi que Lui et Lui seul a concilié les deux arbres ; cette conciliation, la loi l’avait proposée seulement pour prouver que c’était impossible pour l’homme en tant que tel. Notre nouvelle responsabilité comme croyants est basée sur les relations avec Dieu et avec nos frères dans lesquelles nous entrons comme ayant la vie éternelle et la rédemption, en Christ. À la croix, Dieu est glorifié même à l’égard du péché ; et nous qui croyons, nous avons la vie éternelle, et nous sommes faits justice de Dieu en Christ (Jean 5:24 ; 2 Cor. 5:21).

Quelle bénédiction de voir que le dernier livre du Nouveau Testament répond merveilleusement au premier de l’Ancien. Dans la nouvelle Jérusalem, fruit de la grâce divine et des conseils célestes, quand tout est accompli et que les jours de pèlerinage sont finis, on ne trouve plus que l’arbre de vie avec les fruits les plus riches et les plus variés pour ceux qui l’habitent, et même les feuilles de l’arbre sont pour la guérison des nations (Apoc. 22:2). Combien c’est beau et approprié pour ce temps-là, et absolument vrai, inutile d’insister.

 

3                    Chapitre 3

(à traduire)

 

 

4                    Chapitre 4

4.1   Genèse 4:1-4

Bible Treasury, vol. 19 p.273-274 (1893)

L’homme était désormais chassé du paradis où l’Éternel-Dieu l’avait placé dans l’innocence d’origine, et il en est encore chassé. Il était banni parce qu’il avait péché sciemment, délibérément et sans excuse. C’était un péché contre Dieu, avec pour conséquence la mort, et son triste complément pour toute la création assujettie à l’homme, son chef : rien moins que l’expulsion du jardin d’Éden. Cependant l’homme n’en a pas été chassé sans avoir d’abord reçu la révélation de la Semence de la femme (oh ! quelle grâce), un Vainqueur de l’ennemi, Lui-même devant être meurtri avant de briser la tête du serpent. En outre, malgré leur culpabilité et leur vaine tentative de se couvrir, l’Éternel Dieu revêtit Adam et Ève de vêtements de peau : un vêtement qui ne pouvait que provenir de la mort, — une mort infligée à une victime pour couvrir les coupables.

Ceux qui ressentent vraiment leur condition de déchus, et qui croient pourtant dans le vrai Dieu de lumière et d’amour, n’oublient jamais ni Ses paroles ni Ses voies, mais ils les méditent dans leur cœur. C’est cela la foi, mais leur être indifférent n’est que de l’incrédulité. Le récit inspiré qui suit nous présente ces deux côtés de manière solennelle ; car depuis ce jour-là jusqu’à aujourd’hui, il en est toujours ainsi, dans un monde et une nature do