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LA DOCTRINE DU NOUVEAU TESTAMENT SUR

 

 

LE SAINT ESPRIT

 

William Kelly

 

Première partie (méditations 1 à 5). La seconde partie forme un document séparé.

La scission de cet ouvrage en 2 documents est seulement due à sa taille.

 

Table des matières :

1     Méditation 1    La nouvelle naissance et la vie éternelle    Jean 3:5

1.1      [La nouvelle naissance]

1.1.1             [La nouvelle naissance, un besoin de toujours]

1.1.2             [Dieu ne se borne pas à se révéler, Il opère dans l’homme]

1.1.3             [Ce qu’on comprenait de la nouvelle naissance avant Jean 3]

1.1.4             [Le Seigneur expliquant par des figures]

1.1.5             [Une révélation divine]

1.2      [Né d’eau (la Parole de Dieu)]

1.2.1             [Rôle de la Parole]

1.2.2             [La source de la vie nouvelle est le Saint Esprit (la Parole son instrument)]

1.3      [La nouvelle naissance : une nécessité]

1.4      [Une révélation céleste]

1.5      [Dieu se fait connaître dans l’homme né de nouveau]

1.6      [Un témoignage rejeté]

1.7      [Un Témoin du ciel]

1.8      [L’oeuvre de la croix pour apporter la vie éternelle]

1.9      [La vie éternelle, privilège spécifique des croyants du Nouveau Testament]

1.10      [La croix base d’une vraie paix]

1.11      [Dieu a agit par amour, non pas par simple nécessité]

2     Méditation 2 — «Une fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle» — Jean 4

2.1      [Pour connaître Dieu, il faut une vie divine, la vie éternelle, la vie du Fils de Dieu (Jean 3)]

2.2      [Jean 4 — En plus de la vie nouvelle, Dieu communique la puissance (le Saint Esprit)]

2.3      [La femme samaritaine, son état et ses besoins]

2.4      [Choses à ne pas confondre]

2.4.1             [Le don du Saint Esprit (l’eau vive) autre chose qu’être né de l’Esprit]

2.4.2             [La source de la joie est autre chose que la vie elle-même]

2.5      [La puissance conférée ; la personnalité du Saint Esprit n’est pas en Jean 4]

2.6      [La soif]

2.6.1             [Les aspirations de l’homme déchu]

2.6.2             [L’eau vive, réponse divine à la soif de l’homme + un objet pour le coeur et une puissance]

2.6.3             [Avec le don du Saint Esprit, le croyant n’aura plus soif à jamais]

2.7      [Lien entre la puissance du Saint Esprit (source de joie dans l’âme) et le culte]

2.7.1             [Les systèmes religieux mis de côté]

2.7.2             [Les vrais adorateurs ont une source de joie au-dedans]

2.7.3             [Ne pas souffrir les contacts avec un culte mélangé]

2.7.4             [Sauvés pour adorer — le culte n’est pas l’édification]

2.7.5             [Distinguer les relations avec Dieu, le Père, Christ — influence sur le culte par l’Esprit]

3     Méditation 3    «Des fleuves d’eau vive»    Jean 7:1 à 39

3.1      [Ne pas séparer ce qu’est Christ de ce qu’Il fait]

3.2      [L’ordre de Jean 1 à 4]

3.3      [Jean 6  et 7 — Le règne de Christ précédé par sa mort]

3.4      [Le sens de la fête des Tabernacles]

3.5      [Un Christ glorieux introduit le don du Saint Esprit]

3.6      [Jean 7:37-39 — Des fleuves d’eau vive pour la soif du désert — L’avant-goût de la force et de la joie du ciel]

3.7      [Différence entre l’eau jaillissante (Jean 4) et les fleuves d’eau vive (Jean 7)]

3.8      [Vie professionnelle et témoignage rendu à Christ]

3.9      [Que Christ reste l’objet de nos coeurs]

4     Méditation 4    Le «Paraclet» ou le Consolateur    Jean 14:26 ; 15:26 ; 16:7 à 15

4.1      [Le Saint Esprit, plus qu’une puissance : une personne sur la terre]

4.2      [Dieu glorifie Jésus à cause de la croix]

4.3      [En attendant le retour du Seigneur, le Saint Esprit envoyé par le Père au nom de Jésus : un don digne de l’amour du Seigneur et digne de la croix]

4.4      [Le Saint Esprit : une personne envoyée, non pas une bénédiction répandue]

4.4.1             [Effusions annoncées par l’Écriture]

4.4.2             [Caractère unique de la période chrétienne]

4.4.3             [Le Saint Esprit pendant le millénium]

4.4.4             [Excellence du privilège chrétien]

4.4.5             [Le Paraclet / Consolateur : nom et fonction]

4.4.6             [Goûter la présence personnelle du Saint Esprit]

4.4.7             [Le Saint Esprit éternellement avec l’Église]

4.4.7.1    [Le Saint Esprit exclusivement avec l’Église]

4.4.7.2    [Le Saint Esprit en nous]

4.4.8             [Croire effectivement à la présence du Saint Esprit — Conséquences pratiques]

4.5      [Mission du Saint Esprit selon Jean 15 : Il rend témoignage au sujet de Christ]

4.6      [Mission du Saint Esprit selon Jean 16]

4.6.1             [Mission par rapport au monde (convaincre…)]

4.6.2             [Mission par rapport aux disciples]

4.6.2.1    [Conduire dans toute la vérité]

4.6.2.2    [Glorifier Christ]

5     Méditation 5    «Recevez l’Esprit Saint»    Jean 20:17 à 23

5.1      [La Résurrection de Christ et les disciples]

5.1.1             [Pierre et Jean]

5.1.2             [Marie de Magdala]

5.1.3             [Toucher Jésus ?]

5.1.4             [Matt. 28:9, 10, 16, 17]

5.2      [Jean 20:17 — Une nouvelle manière de connaître Christ]

5.2.1             [La connaissance de Christ propre au christianisme]

5.2.2             [Connaissance de Christ comme Messie selon l’Ancien Testament]

5.2.3             [Une nouvelle révélation (Jean 20:17)]

5.2.4             [Une nouvelle relation avec Dieu (Jean 20:17)]

5.3      [Jean 20:20, 21 — Paix vous soit]

5.4      [Jean 20:22, 23 — …Recevez l’Esprit Saint…]

5.4.1             [Des interprétations inacceptables]

5.4.2             [Le souffle de Dieu]

5.4.3             [Le Saint Esprit comme puissance de vie de résurrection]

5.4.4             [Remettre et retenir les péchés — l’autorité pour le faire (Jean 20:23)]

 

 

Note de l’éditeur du texte imprimé (2° Ed. 1969 ; Bibles et traités chrétiens, Vevey) : L’ouvrage de W. Kelly a paru en traduction intégrale dans l’Écho du Témoignage de 1868 à 1870, et elles furent réunies en 1871 en un volume. Le texte ci-joint est une forme révisée et quelque peu abrégée, sans que rien soit perdu, estime-t-on, de la pensée de l’auteur.

Notes Bibliquest :

1.                  les notes comportant l’indication (Réd) sont de l’éditeur du texte imprimé (Bibles et traités chrétiens, Vevey)

2.                  les sous-titres sont de Bibliquest

1                    Méditation 1    La nouvelle naissance et la vie éternelle    Jean 3:5

1.1   [La nouvelle naissance]

1.1.1       [La nouvelle naissance, un besoin de toujours]

Le sujet que je me propose de traiter, d’après la Parole de Dieu, envisagera essentiellement les opérations du Saint Esprit consécutives à la mort et la résurrection du Seigneur Jésus et particulières à la période chrétienne. Mais je suis heureux de commencer par présenter une vérité générale, s’étendant aux voies de Dieu en miséricorde envers ses saints dans tous les temps. À la différence des révélations divines propres à des circonstances particulières et à une époque spéciale des voies de Dieu envers l’homme, ce dont nous allons nous occuper d’abord concerne tous les croyants, existait dès l’entrée du péché dans le monde, n’a jamais été remplacé et ne saurait l’être, jusqu’à ce que la dernière trace de mal ait disparu pour toujours. C’est la réponse au besoin fondamental de toute âme, tandis qu’elle est retirée de la condition de l’homme déchu, qui est de mourir une fois et après cela d’être jugé. Le désir de Dieu était de se faire connaître. Il ne l’a fait d’abord que d’une manière partielle sans doute, selon diverses mesures, aussi bien qu’en plusieurs manières, comme l’apôtre le déclare en Hébreux 1 ; mais quelle que soit la mesure ou le mode de ses révélations, Dieu a toujours agi en souveraine miséricorde envers les âmes, et Il a donné de sa propre nature à ceux qui croient sur la terre. Tel est le sens de l’expression : être né de nouveau. Or il est nécessaire aujourd’hui plus que jamais, non seulement d’affirmer ce qui est particulier à l’économie chrétienne, mais de s’attacher à ce qui est universel. Ne perdons pas de vue ce qui ne change jamais, sans pour cela laisser de côté tout ce qu’il peut plaire à Dieu, selon sa propre sagesse, d’introduire pour simplifier, éclaircir, jeter de la lumière sur ces sujets ou leur donner de la profondeur. Dieu s’est manifesté de façon progressive jusqu’au moment où Christ parut et où son oeuvre fut accomplie. Le développement de la Parole de Dieu depuis le commencement fournit une vision des voies de Dieu qui s’élargit toujours, jusqu’au moment où Dieu lui-même, et non ses voies seulement, a été pleinement manifesté.

1.1.2       [Dieu ne se borne pas à se révéler, Il opère dans l’homme]

À travers tout le cours de ces économies diverses, nous trouvons la jouissance de cette bénédiction incomparable : la révélation divine. Et la raison en est manifeste : il y a d’un côté un Dieu de bonté, de l’autre l’homme perdu. «Mon Père travaille jusqu’à maintenant» (Jean 5:17), dit le Fils, qui travaillait aussi en grâce. La conscience peut suggérer l’idée d’un Dieu et de son jugement ; mais l’esprit de l’homme ne peut jamais s’élever plus haut que le fait, ou plutôt la conclusion, qu’il existe nécessairement un Dieu. Dieu lui-même n’est jamais connu de cette manière. L’esprit humain, comme tel, est incapable de découvrir Dieu ; et de fait, qu’est-ce qui donna l’essor à la raison de l’homme, sinon sa propre ruine ? Il raisonne au sujet de Dieu parce qu’il a perdu Dieu ; et tout ce que le raisonnement peut découvrir, ce n’est pas ce qui est, mais seulement, à partir de faits et d’hypothèses, ce qui doit nécessairement être. Mais un Dieu dont l’existence est simplement une nécessité, est une chose terrible pour une conscience chargée de sa culpabilité. Le Dieu qui doit exister pour un tel homme — c’est-à-dire pour un pécheur — ne peut être qu’un juge ; et si Dieu est le juge du péché et du pécheur, quelle doit être la portion de ce pécheur ? Si le juste lui-même est sauvé difficilement, où paraîtra l’impie ? Or en face de tout cela, Dieu ne s’est pas contenté de donner une révélation, de faire des promesses, de donner même des esquisses prophétiques de ce qu’il avait l’intention de faire : il a opéré dans l’homme. Et il est bien important de reconnaître qu’il ne s’agit pas seulement de l’âme du croyant tournée vers Dieu par la foi, mais d’une oeuvre intérieure qui est et a toujours été bien autre chose. Penser que les âmes ne font que regarder à Dieu est une façon de voir bien limitée et même pernicieuse. Outre le regard de la foi, outre l’acte de saisir la Parole de Dieu par l’opération de l’Esprit dans l’âme, il y a ce qui s’appelle la vie spirituelle. Et elle a toujours existé, car c’est la condition nécessaire pour avoir affaire avec Dieu. Dans tous les temps, et aujourd’hui encore, une nature nouvelle, positive, a été donnée au croyant. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de la foi, mais d’une nouvelle vie. Sans doute la foi est-elle le seul moyen par lequel cette nouvelle nature est communiquée, et la foi est aussi le moyen pour l’âme de s’assurer qu’elle est vraiment née de Dieu. Il peut y avoir d’autres preuves pour ceux qui nous observent ; mais la foi est destinée, selon la pensée de Dieu, à donner à celui qui la possède la certitude qu’il est né de Dieu.

1.1.3       [Ce qu’on comprenait de la nouvelle naissance avant Jean 3]

Or il est évident que cette vérité, je dirai même cette nécessité de la vie nouvelle, quoiqu’elle fût toujours réalisée dans les âmes, était bien faiblement comprise avant Christ. De fait, dans les temps de l’Ancien Testament, elle était plutôt sous-entendue qu’enseignée explicitement. Nous pouvons l’y trouver présentée en figure, ou sous la forme d’une expression morale ; mais nous n’y trouvons nulle part la déclaration distincte d’une nouvelle naissance, sinon comme un privilège annoncé. Aussi, lorsque Nicodème vint au Seigneur Jésus, frappé par ce qu’il avait vu, mais ayant en même temps le sentiment d’un besoin plus profond dans son âme (bien qu’il ait ignoré totalement de quoi il avait besoin), il demeura tout interdit et confondu par la déclaration formelle du Seigneur que si quelqu’un n’est né de nouveau, il ne peut même voir le royaume de Dieu. Les Juifs s’étaient tranquillement reposés sur la conviction que le Messie pourrait et voudrait tout faire pour eux. Or, dans un sens, ils n’avaient pas tort. Lorsqu’il vint, les Samaritains même étaient convaincus que le Messie leur ferait connaître toutes choses ; et les Juifs savaient que non seulement il enseignerait, mais qu’il accomplirait toutes choses. Il introduirait la justice éternelle, il scellerait la vision, il oindrait le Saint des saints, il en finirait avec les péchés et ferait propitiation pour l’iniquité (Dan. 9:24). Ils ne savaient guère comment la chose se ferait. Néanmoins il y avait dans l’esprit de tout Juif, sauf chez la portion incrédule de la nation, une conviction vague que l’avènement du Messie changerait la face du monde, en même temps qu’il introduirait plus particulièrement pour Israël la bénédiction promise et attendue. Dès lors, combien il était saisissant d’entendre annoncer cela solennellement par Celui qui se trouvait maintenant présent au milieu d’eux, par Celui que son précurseur, Jean le baptiseur, avait déclaré être le Messie, par Celui qui avait manifesté par des miracles qu’il était réellement, à tout le moins, un docteur venu de Dieu. Et pourtant c’est Lui qui, dès l’abord, arrête Nicodème en déclarant sans équivoque une nécessité dont celui-ci n’avait jamais eu conscience auparavant. Et cette condition était présentée d’une manière si générale, qu’elle devenait aussi absolue pour un Juif que pour un Gentil. «Si quelqu’un n’est né de nouveau...». Aucune exception n’est supposée, aucune question soulevée au sujet de la famille d’Abraham qui avait été choisie. Dieu l’exigeait aussi bien de ceux qui étaient près que de ceux qui étaient loin. «Si quelqu’un n’est né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu».

C’est pourquoi Nicodème adresse à notre Seigneur une question dépourvue d’intelligence : «Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ?» L’étonnement de Nicodème prouve la force de l’expression employée par le Seigneur ; je n’en connais même pas de plus forte dans l’Écriture : être né de nouveau. Mais la question posée conduit notre Seigneur à faire la déclaration sur laquelle je désire m’étendre un peu : «En vérité, en vérité, je te dis : Si quelqu’un n’est né d’eau et de l’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu». Celui qui voit le royaume (v. 3) entre dans le royaume (v. 5) ; mais il n’existe pas de possibilité de voir ni d’entrer, à moins d’avoir passé par cette nouvelle naissance. Quels en sont donc la source et le caractère ?

1.1.4       [Le Seigneur expliquant par des figures]

Ici le Seigneur explique la chose ; il le fait d’une manière figurée, selon son habitude dans les discours qu’il adresse aux Juifs dans cet évangile. Dans le chapitre précédent, il s’est servi de l’image du temple pour désigner son propre corps. Dans le chapitre qui suit, il prend occasion des besoins de la femme samaritaine ; et «une fontaine d’eau» devient l’image de cette bénédiction infinie sur laquelle nous espérons nous arrêter un peu tout à l’heure. Je pourrais parcourir ainsi cet évangile et prouver que ce choix de quelques figures bien connues, s’il embarrasse peut-être d’abord par le fait même qu’il s’agit de figures, ne jette aucune obscurité ; car ce n’est jamais là le but des figures dans l’Écriture, pas plus que dans aucun écrit honnête. Leur véritable but est plutôt de renfermer dans une seule expression une vérité qui, autrement, demanderait à être longuement développée ; en sorte que cette expression devient l’illustration d’une vérité, et dès lors brille de la lumière même de Dieu. Or les mêmes images étaient employées par les prophètes de l’Ancien Testament pour désigner les mêmes bénédictions. C’est pourquoi le Seigneur pouvait, avec une pleine justice qui en appelait à la propre conscience de Nicodème, censurer celui qui avait la responsabilité d’être le docteur d’Israël et ne connaissait pas ces choses.

Notre Seigneur rappelle par allusion plusieurs passages de l’Ancien Testament qui auraient dû rendre le sens de ses paroles intelligible pour Nicodème. Prenez par exemple Ésaïe 44. Dieu n’y avait-il pas promis de verser de l’eau sur celui qui a soif (v. 3) ? N’avait-il pas promis de répandre son Esprit sur la postérité de Jacob ? N’avait-il pas encore plus clairement déclaré, dans Ézéchiel 36, versets 24 à 26, que lorsqu’il aurait rassemblé Israël dans sa terre, il ôterait leur coeur de pierre, et mettrait en eux un coeur de chair, qu’il répandrait sur eux des eaux pures et mettrait son Esprit au-dedans d’eux — ce qui constitue précisément les deux éléments de la déclaration du Seigneur ? Ainsi, dans notre passage, le Sauveur parle clairement, ayant toujours en vue ces figures de l’Ancien Testament. Ce n’était donc pas quelque privilège nouveau qu’Il annonçait mais au contraire le rappel d’un besoin universel. Le Seigneur, avec la dignité et la gloire qui Lui sont propres, ne fait que donner sa pleine portée à une vérité qui se trouve dans toute l’Écriture, en la revêtant de l’autorité même du Fils de Dieu prenant la place de docteur sur la terre. «Jamais homme ne parla comme cet homme» (Jean 7:46). Tout en ne faisant que se servir d’une image existante et supposée connue, Jésus donne néanmoins à la vérité une profondeur caractéristique par la forme sous laquelle Il la présente à Nicodème. Il ne s’agit ici ni du baptême d’enfants, ni de recevoir un nouveau coeur, ou un nouvel esprit ; mais de la naissance d’eau et de l’Esprit, vérité capitale et de la plus grande portée pratique.

1.1.5       [Une révélation divine]

D’autres vérités sont peut-être plus propres à attirer les affections et à les fixer sur la personne du Sauveur, amenant l’âme dans une plénitude de liberté, de paix, de joie, aussi bien que de puissance ici-bas. Mais aucune n’a le caractère fondamental de celle-ci (à l’exception de l’oeuvre de Christ, dans laquelle Dieu Lui-même fut glorifié au point de pouvoir avec justice bénir un pauvre pécheur en lui donnant sa propre nature). Ici le Seigneur, avec la divine perfection qui lui est propre, confère à la vérité une nouvelle beauté, et une autorité divine. En sorte que nous discernons combien doit être glorieuse la personne qui profère la vérité d’une telle manière. «Si quelqu’un n’est d’eau et de l’Esprit...». Il s’agit bien d’une nouvelle nature, de quelque chose qui n’a aucun fondement dans l’homme et n’a de source qu’en Dieu. N’est-ce pas en effet Dieu lui-même, qui a son propre royaume dont Il est le centre, qui seul par conséquent peut donner une nouvelle nature ? Et quelle est la nature qu’il Lui convient de communiquer ? Ce ne peut être que la nature divine. «Si quelqu’un n’est né d’eau et de l’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu». Ainsi en arrivons-nous aux conditions.

1.2   [Né d’eau (la Parole de Dieu)]

1.2.1       [Rôle de la Parole]

J’ai attiré l’attention sur la force de l’expression «être né de nouveau» que nous trouvons dans les premières déclarations du Seigneur. Mais maintenant, si nous considérons la manière dont cette naissance est caractérisée, nous lisons : «né d’eau». L’eau, dans l’Écriture, est employée habituellement comme la figure de la Parole de Dieu appliquée par l’Esprit. Elle peut aussi représenter l’Esprit lui-même dans sa propre puissance. Mais ici nous avons l’eau distincte de l’Esprit parce que Dieu veut attirer l’attention sur la Parole appliquée à l’homme en vue d’agir moralement sur lui. Au premier abord celui-ci pourrait ignorer que c’est l’Esprit de Dieu qui lui a donné le sentiment de sa souillure ; mais ce qu’il sait toujours très bien, c’est que la Parole le juge, qu’elle le déclare coupable et entièrement incapable de se tenir en la présence de Dieu. Ainsi l’eau exprime l’action morale de la Parole sur une âme, non seulement pour la purifier mais pour la convaincre de sa souillure. Il s’agit d’abord de la communication d’une nouvelle nature que l’homme ne possédait pas auparavant. Et de même que nous avons vu le côté extérieur de cette action divine, de même nous en trouvons le côté intérieur : «si quelqu’un n’est né d’eau et de l’Esprit...».

Arrivé à ce point, il peut être bon de rappeler quelques passages de l’Écriture qui confirment indiscutablement le sens de cette expression. Dans l’épître à Tite, chapitre 3, Paul déclare que Dieu nous a sauvés «par le lavage de la régénération et le renouvellement de l’Esprit Saint». À dessein je ne cite pas la suite du passage qui présente un caractère plus complet de bénédiction que ce que le Seigneur exprime ici. Jusque-là, il existe une liaison bien évidente avec notre passage. Le lavage de la «régénération» correspond à la vérité que le Seigneur a ici devant Lui, et qu’Il présente avec force à Nicodème. En outre, quand nous lisons dans l’épître de Jacques (1:18) : «De sa propre volonté, il nous a engendrés», nous y voyons le commencement d’une vie que nous ne possédions pas auparavant. Ce n’est pas seulement que Dieu nous ait ainsi éclairés ; ce n’est pas seulement que des pensées, des vues, des vérités nouvelles aient été communiquées à l’esprit ; mais une nouvelle sorte de vie ou de nature est conférée que l’âme n’a jamais eue auparavant. «De sa propre volonté, il nous a engendrés par la parole de la vérité». Non seulement nous y trouvons le fait que nous sommes engendrés de la part de Dieu, mais aussi le moyen dont Il s’est servi : la parole de vérité. Cela se lie évidemment avec l’expression «né d’eau» dans notre verset de Jean 3. Et encore, nous trouvons dans la première épître de Pierre, chapitre 1, versets 22-23 : «Ayant purifié vos âmes par l’obéissance à la vérité, pour que vous ayez une affection fraternelle sans hypocrisie, aimez-vous l’un l’autre ardemment, d’un coeur pur, vous qui êtes régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la vivante et permanente parole de Dieu».

Il n’est pas nécessaire d’accumuler des textes sur un point qui doit être familier à la plupart des lecteurs ; mais j’ai pensé qu’il serait bon d’en citer assez pour montrer que ce sujet se retrouve chez tous les écrivains inspirés de la dernière partie de la révélation de Dieu. J’ai donc à dessein choisi des passages de différents apôtres. Que ce soient Paul, Pierre ou Jacques, qui écrivent, à des Juifs ou à des Gentils, c’est toujours la même vérité fondamentale ; mais, de fait, elle a reçu son expression la plus riche et la plus complète, sa forme la mieux définie et en même temps la plus profonde, des lèvres divines de notre Seigneur Jésus Christ.

1.2.2       [La source de la vie nouvelle est le Saint Esprit (la Parole son instrument)]

Une autre vérité d’une grande importance se rattache à celle-là. Pas plus que la nature de l’homme ne peut jamais être rendue spirituelle, ni améliorée ou modifiée de manière à s’élever jusqu’à une certaine connaissance des choses de Dieu, ni non plus être changée en une nature divine par un procédé spirituel quelconque ; de même, d’un autre côté, la nouvelle nature ne peut se détériorer, ne peut dégénérer en «la chair», ou en la nature de «l’homme animal». D’un côté, comme notre Seigneur le dit : «ce qui est né de la chair est chair» ; ainsi de l’autre : «ce qui est né de l’Esprit est esprit». La chose participe du caractère de sa source. La source de la vie nouvelle est donc le Saint Esprit, grand agent vivant qui la communique par un instrument : la parole de Dieu. Si le Seigneur n’avait présenté que cette dernière, la porte aurait été laissée ouverte à l’activité de l’esprit de l’homme, autrement dit à «la chair». Et ses prétentions à comprendre la Parole par ses propres moyens ne pouvaient que le mener au plus subtil des rationalismes. Mais il n’en est rien ; «ce qui est né de l’Esprit est esprit». La parole de Dieu est incontestablement le moyen que Dieu emploie ; mais, précisons-le bien, l’homme est né par la Parole, non de la Parole seule. Par contre il est né de l’Esprit, qu’est la source réelle, active et personnelle de la vie divine.

1.3   [La nouvelle naissance : une nécessité]

«Ne t’étonne pas», dit le Seigneur à Nicodème, «de ce que je t’ai dit : Il vous faut être nés de nouveau». Non seulement Il présente cette vérité comme une nécessité pour tout homme qui désire entrer dans le royaume de Dieu, mais Il enjoint : «Il vous faut être nés de nouveau». Ce qui conduit Nicodème à poser sa nouvelle question : «Comment ces choses peuvent-elles se faire ?». «Tu es le docteur d’Israël, et tu ne connais pas ces choses ?» — répond Jésus — «En vérité, en vérité, je te dis : Nous disons ce que nous connaissons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu, et vous ne recevez pas notre témoignage». Remarquons la place que prend notre Seigneur Jésus Christ dans ce chapitre. Il parle comme celui qui est absolument et parfaitement intime avec Dieu. «Nous disons ce que nous connaissons», affirme-t-il ; et l’expression implique une connaissance personnelle et intrinsèque ; non pas communiquée et retransmise, à la manière de ce qu’un prophète, par exemple, pourrait exprimer après en avoir reçu la révélation. Jésus s’exprime comme connaissant Dieu et sa gloire, et en ayant la pleine conscience. «Nous disons ce que nous connaissons». Dieu seul, celui qui est Dieu, a le droit de parler ainsi. En même temps Jésus rend témoignage de ce qu’Il avait vu. Il n’est pas seulement celui qui était venu de Dieu et s’en allait à Dieu ; Il est aussi celui qui, en tant que Dieu, parle de scènes de gloire qui Lui sont familières. Il était avec Dieu en même temps qu’Il était Dieu ; Il savait pour l’avoir vu ce qu’exigeait la présence de Dieu ; Il avait la pleine connaissance non seulement de ce qui convenait à Dieu Lui-même, mais aussi de la scène où Dieu habite.

1.4   [Une révélation céleste]

Ainsi donc, selon cette parfaite connaissance de Dieu et cette absolue intimité avec le ciel, Jésus déclare : «Nous disons ce que nous connaissons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu». Or l’homme n’avait aucun goût pour une révélation céleste — pas plus les Juifs que l’homme en général. Leur scène était la terre, et, comme Juifs, leur idée constante, fondée sur le témoignage de Dieu, c’était Dieu se révélant ici-bas ; Dieu bénissant ici-bas ; Dieu abolissant le mal ici-bas ; Dieu délivrant son peuple par des jugements ici-bas. Mais maintenant il y avait au milieu d’eux Celui qui différait essentiellement de tous ceux qui s’étaient jamais trouvés sur la terre, le Fils de Dieu Lui-même. Il n’est pas seulement celui que le Père reconnaît sur la terre comme bien-aimé et Fils ; car ceci n’impliquerait pas obligatoirement qu’Il soit Dieu de façon absolue et dans le sens le plus étendu. Or nous discernons dans la personne de Christ, unies en elle, non seulement la relation qui est la sienne comme l’objet des délices infinies du Père, mais la nature même de Dieu. En conséquence, il n’existe ni n’a jamais existé une seule pensée dans la Divinité à part de lui, si toutefois il nous est permis de parler de la pensée comme appartenant à Dieu — car, de fait, c’est une expression peu exacte. Dieu ne pense pas à la façon de l’homme : Dieu connaît. Ainsi Jésus, le Fils de Dieu, possédait entièrement en dehors d’une révélation cette connaissance absolue de Dieu, de ce qui était en harmonie avec la présence de Dieu, avec la nature et le royaume de Dieu ; en sorte qu’ici-bas sur la terre Il peut communiquer cette connaissance. Quelle place que la nôtre ! Quelle communion que celle dans laquelle nous sommes introduits, chers frères et soeurs, au milieu de cette mer de péché et d’iniquité, au milieu de la rébellion des hommes dont l’orgueil ne fait que souligner leurs propres pensées, et prouve combien ils sont éloignés de Dieu ! Quelle merveilleuse chose que nous soit ainsi présenté Celui même que l’homme rejette en niant qu’il soit Dieu !

1.5   [Dieu se fait connaître dans l’homme né de nouveau]

Pendant que nous nous occupons de ce sujet — sujet du plus profond intérêt possible — savoir, que celui-là seul qui était homme pouvait faire connaître Dieu à l’homme, ajoutons qu’il n’est pas dans la nature de la Divinité de se faire connaître à l’homme. Et le plan béni que Dieu a conçu est tout aussi nécessaire pour que nous Le connaissions, qu’il l’était pour nous sauver. Nous regardons volontiers aux moyens de notre délivrance, c’est-à-dire à l’incarnation du Seigneur Jésus Christ ici-bas, et au fruit de son oeuvre dans l’expiation : nous sommes, au contraire, portés à moins estimer le privilège infini de connaître Dieu ; alors qu’après tout, connaître le seul vrai Dieu et celui qu’Il a envoyé, c’est la vie éternelle. Dieu n’est jamais appelé la vérité dans aucune partie de l’Écriture, ni désigné par aucun terme équivalent, alors que le rationalisme et l’incrédulité en ont fait leur expression favorite. Et voici pourquoi : c’est que l’homme, de lui-même, prétend connaître Dieu et s’approcher de Lui par ses propres raisonnements ; mais de fait il ne le connaît jamais, et ne peut y atteindre. Car Dieu n’est connu qu’en Christ. Il m’est impossible de connaître Dieu, à moins d’être participant de la nature divine ; c’est là la raison pour laquelle je viens d’insister sur la vérité de la nouvelle naissance qui est la communication de cette nature. Ce n’est pas simplement la foi, bien que celle-ci soit nécessaire, car elle est le seul moyen d’être introduit dans la possession de cette nature. Et ce n’est pas non plus accompli seulement par la Parole, mais par l’application que le Saint Esprit fait de la Parole. Ainsi participons-nous à une nouvelle nature en vertu de laquelle nous connaissons Dieu. Or je crois pouvoir affirmer que cette participation à sa nature ne pourrait avoir lieu par la simple et unique action de Dieu, car un Être uniquement divin ne saurait ainsi donner de sa propre nature à l’homme, à moins qu’il ne se révèle dans l’homme : c’est ce qui a eu lieu en Christ, et seulement en Christ, de sorte qu’aucune âme n’aura jamais été rendue participante de la nature divine, qu’aucune âme ne sera jamais née de Dieu, sans que ce soit en rapport avec Christ. Je n’ai pas besoin de dire que les saints de l’Ancien Testament étaient ainsi nés de Dieu. Ainsi notre Seigneur Jésus ne parle pas ici en vue de l’avenir seulement, mais d’une manière absolue et universelle en vertu du caractère qu’Il prend dans l’Évangile de Jean, celui du Fils de Dieu. Il a devant les yeux à la fois l’avenir et le passé ; son regard embrasse tout le cours du temps jusque dans le royaume de Dieu. Et voici quel est le passeport pour y entrer : il faut qu’un homme soit né de Dieu, ou, comme cela est expliqué ici, né d’eau et de l’Esprit.

Il appartient à Dieu selon son bon plaisir, son amour souverain et sa propre sagesse, de s’introduire lui-même, pour ainsi dire, dans la nature de l’homme — de se révéler dans l’homme, aussi bien qu’à l’homme. Ne demeure-t-il pas en effet Lui-même dans une condition qui Lui est propre, dans laquelle il est parfaitement impossible que l’homme soit introduit, si ce n’est de cette manière bénie ? Mais maintenant qu’Il se révèle dans un homme, moi qui suis un homme je puis le connaître. Par l’opération de l’Esprit Saint, selon sa propre Parole, je puis être introduit dans une association vitale avec cet Homme béni qui est Dieu. Tout se trouve étroitement lié dans la foi des enfants de Dieu ; et si ces derniers admirent la merveilleuse manière dont il a plu à Dieu d’envoyer son Fils, né de femme, seulement en voyant la chose comme nécessaire pour l’abolition du péché, ils peuvent apprendre qu’elle était nécessaire aussi pour toute connaissance réelle de Dieu et toute communion avec Lui. Je ne puis rien connaître de Dieu, ni jouir aucunement de Lui, comme je le connais et jouis de Lui maintenant dans le christianisme, à moins que Lui ne trouve bon de se révéler par le moyen de l’homme Christ Jésus. Autrement dit, pour me servir du langage du jour, tant qu’il est simplement celui qui est absolu, je ne puis le connaître. Il faut qu’Il daigne devenir relatif quant à moi, qu’Il accepte de descendre dans la condition dans laquelle je me trouve.

1.6   [Un témoignage rejeté]

Il semble que c’est précisément là le besoin que notre Seigneur a ici en vue. Il affirme de la manière la plus forte sa divine prérogative : «Nous disons ce que nous connaissons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu». Descendu ici-bas pour parler à l’homme, il avait un témoignage à rendre. Il rendait témoignage à la vérité qu’il n’y a pas d’autre moyen par lequel l’homme puisse être introduit dans la félicité dont nous jouissons maintenant ; il faut que l’homme soit né d’eau et de l’Esprit. Mais comment fut reçu ce témoignage ? L’homme voyait les choses qui lui étaient propres, autour de lui, là où il était né et avait été élevé. Il ne se souciait pas des choses divines ; bien plus, il était ennemi de Dieu. Éloigné de Dieu, il n’aimait pas entendre parler des choses de Dieu, ni de la sphère dans laquelle ces choses-là, et celles-là seules, apparaîtraient, c’est-à-dire le Royaume. Telle est la tendance de l’homme naturel : «Vous ne recevez pas notre témoignage». Or il est remarquable que cette constatation suive immédiatement ce que nous lisons dans le chapitre précédent (Jean 2:23-25), et qui semble une bien prompte réception des choses concernant le Seigneur. Il y est question de ceux qui crurent, contemplant les miracles que Jésus faisait. En fait il n’y avait de leur part aucune réception de son témoignage. Ils acceptaient des faits, autrement dit, ils recevaient ce qu’ils pouvaient voir, et ce dont ils pouvaient juger. Une telle attitude a pour effet de renforcer la bonne opinion que l’homme a de lui-même, parce que le fait de recevoir les choses d’après des preuves le place dans la position de juge : il conçoit, déduit, conclut, et ne fait ainsi que s’enfler de sa propre importance. Cela s’accorde avec l’orgueil de l’homme, qui s’érige en juge, même pour apprécier un miracle opéré par la puissance de Dieu ; tandis qu’il s’agit ici du témoignage de Dieu.

N’est-ce pas là ce que nous constatons tous les jours ? Tant que les âmes demeurent sans être exercées, elles ne s’inquiètent pas de ce qu’elles entendent. Quand les hommes sont sérieux, ils doutent, ou tout au moins ils examinent et ils pèsent. Tout autant qu’une résistance opiniâtre, la réception indifférente d’un témoignage, prouve qu’aucune oeuvre réelle n’est opérée dans la conscience. La raison en est simple. Si la Parole pénétrait le coeur, celui-ci prenant en elle un profond intérêt, il s’y trouverait aussitôt de l’activité. L’anxiété elle-même conduirait une personne à un plus ample examen. En même temps il y aurait le désir que cette Parole soit vraie. Par contre, quand une personne est entièrement morte dans ses fautes et dans ses péchés, le témoignage de Dieu ne produit aucun effet. Il est tout aussi facile de mépriser ce témoignage que d’en faire profession. L’effet de l’indifférence, c’est tantôt la profession facile, tantôt l’opposition ouverte à la vérité. En apparence totalement différentes, ces dispositions de l’esprit humain sont au fond deux manifestations de la même incrédulité. Tandis que, toutes les fois qu’une âme réalise l’importance de la vérité, celle-ci, lorsqu’elle a été crue, touche nécessairement le coeur. Si je sens ma culpabilité et combien j’ai mérité l’éternelle condamnation et si je crois que la grâce de Dieu en Christ m’en a délivré pour me donner une part au ciel avec Jésus, il m’est impossible, croyant tout cela, d’envisager froidement une vérité qui me concerne de si près. C’est pourquoi, lorsque vous rencontrez cette espèce de foi traditionnelle, inerte et sans portée, qui reçoit les choses avec une extrême rapidité et sans que se produise aucune action réelle sur la conscience et sur le coeur, il est tout à fait évident qu’elle ne correspond à aucune oeuvre vitale de Dieu : c’est tout simplement une conviction humaine, une affaire de sentiments, et par conséquent une chose sans valeur. Notre Seigneur, qui connaît ce qui est dans l’homme (chap. 2 v. 25), ne cache pas la résistance ou l’indifférence qu’il rencontre de sa part. Mais en même temps Il fait entrevoir des choses plus élevées : «Si je vous ai parlé des choses terrestres, et que vous ne croyiez pas, comment croirez-vous, si je vous parle des choses célestes ?» Et si ces «choses célestes» conduisent plusieurs d’entre nous en dehors de leurs pensées ordinaires, qu’ils veuillent bien peser les paroles du Seigneur ; car c’est sur celles-ci que je désire insister, et non sur des spéculations humaines.

1.7   [Un Témoin du ciel]

Le Seigneur Jésus avait affirmé, de la manière la plus forte possible, la nécessité absolue et générale de la nouvelle naissance pour entrer dans le royaume de Dieu. Tous ceux qui doivent se trouver dans les différentes sphères de ce royaume, soit ici-bas, soit en haut, quand il sera établi et manifesté dans ses deux parties, doivent être nés de nouveau. Une âme qui reçoit l’évangile maintenant est donc née de Dieu. Mais dans sa réponse à Nicodème, le Seigneur va bien au-delà de cette vérité. «Personne n’est monté au ciel, dit-Il, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel». Il confirme ainsi qu’il est bien véritablement homme, le Christ rejeté, le Fils de l’homme, mais aussi certainement Dieu. Le ciel était le lieu auquel il appartenait, ou plutôt qui Lui appartenait. Comme né de femme, né sous la loi, il fut lui-même vu et connu sur la terre et dans les limites du temps. Et malgré toute Sa grâce, toute Sa puissance et toute Sa gloire, l’homme ne voulut point de Lui. Mais celui qui était maintenant manifesté en chair ici-bas était réellement «le Fils unique, qui est dans le sein du Père», et revendiquait, même étant rejeté, le titre de «Fils de l’homme qui est dans le ciel». Ce n’est pas seulement, remarquons-le bien, qu’il avait été dans le ciel ; il est là ; peu importe quand ou comment — il est toujours le Fils de l’homme qui est dans le ciel. Son humiliation ne faisait que fournir l’occasion d’une nouvelle gloire pour Dieu et pour l’homme, en même temps qu’elle constituait le point de départ d’une nouvelle et plus pleine connaissance de Dieu de la part de l’homme. Il y avait là celui qui, étant lui-même l’Infini, entra dans ce qui était limité, afin que les hommes comme tels puissent eux-mêmes entrer dans la connaissance de Dieu et voir le Père en Lui. Il faut qu’ils aient affaire à la Parole ; qu’ils écoutent celui qui est à la fois Dieu et homme. C’était la grâce, mais c’était en même temps la vérité : la seule manière dont celle-ci pouvait être révélée. La vérité n’avait eu jusque-là qu’une manifestation partielle ; mais, chose merveilleuse, sa pleine manifestation se trouve maintenant dans l’homme — dans celui qui est Dieu, mais qui n’en est pas moins Homme. Cette venue en chair du Fils de Dieu apparaissant dans une sphère limitée cacherait-elle la vérité ? Au contraire, celle-ci ne pouvait être pleinement révélée qu’au moment où la Parole a été faite chair. C’est précisément dans la combinaison d’éléments en apparence incompatibles, unis dans la personne de Jésus, que vous trouvez la vérité. «Car la loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ». Cet Homme béni, modèle de toute débonnaireté, efface d’un seul mot toute la gloire de l’homme : «Personne», dit-il, «n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel». Or ce n’était pas seulement qu’il en était descendu. D’autres pouvaient y être ravis, comme nous le savons, par un acte de puissance ; mais Lui pouvait y prendre sa place comme la portion même qui lui était propre, et y entrer aussi simplement que possible quand l’heure serait venue. Plus encore, comme nous l’avons vu, il est dans le ciel, non seulement celui qui peut monter au ciel mais «le Fils de l’homme qui est dans le ciel». Cette gloire lui appartient en tant que personne divine et n’appartient qu’à lui.

1.8   [L’oeuvre de la croix pour apporter la vie éternelle]

Le Fils de Dieu s’étant ainsi présenté va montrer qu’une oeuvre doit être accomplie qui permette à Dieu de conférer à l’homme pécheur la bénédiction de sa propre nature. «Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi il faut que le Fils de l’homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui, ne périsse pas, mais» — quoi ? qu’il naisse de nouveau ? Non — «qu’il ait la vie éternelle». Il y a évidemment ici une différence importante et significative. Le Seigneur a déjà proclamé la nécessité pour tous d’être nés de nouveau. Mais lorsqu’il en vient à exprimer l’application au croyant de cette vérité fondée sur la rédemption, sur sa propre mort comme le Fils de l’homme élevé sur la croix, il ne veut pas décrire la chose simplement comme une nouvelle naissance, mais il se sert d’une expression différente. Sans doute est-il, Lui, le Fils, celui qui vivifie tous les saints, et par conséquent pour ma part je ne mets nullement en doute que les saints de l’Ancien Testament n’aient été aussi réellement vivifiés que nous-mêmes. Il n’y eut jamais qu’un seul Sauveur, et par conséquent, la nouvelle naissance, dont tous ont besoin pour le royaume de Dieu, ne peut être autre chose que la communication, par l’Esprit, de la vie qui est dans le Fils de Dieu.

1.9   [La vie éternelle, privilège spécifique des croyants du Nouveau Testament]

Ce n’est pas sans raison cependant que le Sauveur refuse, quand il lui plaît de décrire notre place, de la confondre simplement avec ce qui appartenait aux saints de tous les temps. Pour parler de cette vérité universelle et commune, dans son application aux croyants du Nouveau Testament, il emploie une expression particulière. L’Esprit de Dieu souligne ainsi l’honneur qu’il attribue à Christ et à la rédemption, lorsqu’il présente ce fait glorieux, cette oeuvre digne de Dieu, la plus grande en laquelle Dieu se soit jamais montré. Bien qu’elle concerne tous ses rachetés à travers tous les âges et toutes les économies, le Sauveur en présente maintenant les effets sous un jour et à un titre nouveaux et beaucoup plus élevés. Si nous sondons l’Ancien Testament, nous y trouvons la mention de la vie éternelle, ou de ce qui lui est équivalent ; car nous ne tenons pas à des termes techniques, mais nous considérons ces vérités sous un point de vue pratique. En les exprimant ici, le Seigneur change certains termes de ses phrases et ce n’est pas fortuitement qu’Il emploie une autre tournure. Ne pas tenir compte de ces différences serait de notre part indifférence et manque de sagesse.

Il est par exemple question dans Daniel 12 de la vie éternelle, et nous trouvons «la vie pour l’éternité» à la fin du Psaume 133. Mais nous pouvons remarquer que ces deux expressions sont liées avec l’espérance de la présence et du règne du Messie quand il introduira le royaume de Dieu d’une manière visible. Tandis que la merveilleuse vérité qui apparaît dans Jean, c’est que la gloire de la personne du Fils, maintenant manifestée, nous introduit dans la bénédiction indépendamment de toute cette manifestation future. Nous n’attendons rien de plus ; et pour quelle raison ? Parce que nous le possédons Lui. En conséquence, quoique le royaume terrestre n’ait pas encore paru avec la bénédiction publique correspondante, quoique les Juifs, au lieu d’être bénis, soient encore soumis à la malédiction sous laquelle ils se sont eux-mêmes placés (Matt. 27:25), et que la colère soit venue sur eux au dernier terme (c’est-à-dire, pour le moment, la suspension complète des promesses à leur égard) malgré tout cela, nous sommes introduits dès maintenant dans une scène illimitée de bénédictions riches et divines réunies dans sa Personne.

Ce qui rend cette vérité aussi touchante qu’instructive, c’est qu’elle nous assure maintenant la consolation et la joie d’une association personnelle avec Lui-même. Être «né de nouveau», est assurément une grande miséricorde mais ne confère rien de semblable. Sans doute, ce titre est-il indispensable pour avoir part au royaume de Dieu, privilège dont Christ est à la fois la source et le dispensateur. Mais il ne m’associe pas à proprement parler avec Christ. Dire de Christ qu’il est né de nouveau serait un blasphème, la négation même de sa personne. Ainsi donc, s’il n’était question pour nous que d’être «nés de nouveau», cela nous empêcherait plutôt de réaliser que nous sommes identifiés avec Christ, car cela nous rappellerait la différence essentielle qui subsiste entre ce que l’homme acquiert par grâce, et ce qui était en Christ. Mais du moment qu’il parle de la vie éternelle, j’ai part directement à cette bénédiction. Ma portion en lui c’est la vie éternelle ; car il est Lui-même cette vie éternelle qui était auprès du Père (1 Jean 5:20 fin). De sorte qu’au lieu de souligner une différence avec Lui, comme l’implique le don qui m’est fait d’une nouvelle nature, cet état béni est maintenant présenté d’une manière qui est vraie de Christ Lui-même. Il n’est pas seulement question d’être introduit dans la position du corps en relation avec la Tête ; tel n’est pas le sujet ici, ni d’une manière générale dans les écrits de Jean, dont l’objet, plutôt que l’union du corps avec la Tête, est la communauté de vie et de nature. Nous voyons ainsi que la plénitude de la bénédiction est devenue nôtre. Le Seigneur ne se contente pas de dire : «Il vous faut être nés de nouveau». Cela fut toujours vrai, et il ne peut en être autrement ; mais maintenant, bien qu’il s’agisse en substance de la même bénédiction, le caractère dont Jésus la revêt, et sous lequel il la présente à mon âme, me donne cette pleine assurance : j’ai reçu par grâce ce qu’il a et ce qu’il est. Lui, le Fils, est la vie éternelle aussi bien que le Dieu véritable. Mais à quoi servait-il, pour ce qui nous concernait, que Dieu soit ainsi manifesté en Christ ici-bas ? Il demeurait seul ; et l’homme de son côté lui restait étranger, mort aussi bien que plongé dans d’impénétrables ténèbres. Or Lui, le Sauveur, est mort et ressuscité ; et je le reçois, sachant que «celui qui a le Fils a la vie», et que cette vie est la vie éternelle.

1.10                   [La croix base d’une vraie paix]

Mais si j’envisageais simplement la croix du Seigneur Jésus Christ comme la base nécessaire de la justice divine, en même temps qu’elle était aussi la plus riche manifestation de miséricorde envers moi, pécheur coupable et ruiné, cela ne suffirait jamais en soi pour établir mon âme en parfaite paix devant Dieu. Encore moins cela me donnerait-il de Lui une connaissance adéquate. C’est pourquoi une autre expression est introduite, conduisant au même résultat que dans les versets 13 et 14, mais en réalité découlant d’une source plus élevée encore. «Car Dieu — dit le Fils — a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle». Il n’y avait pas eu auparavant, dans ce discours, un mot au sujet de l’amour de Dieu pas plus qu’au sujet du monde ; c’était purement l’intervention, et l’intervention nécessaire, du Fils de l’homme. Tout comme il faut qu’un homme soit né de nouveau pour entrer dans le royaume, ainsi il faut que le Fils de l’homme soit élevé sur la croix. Telle est la double condition d’une oeuvre efficace en justice pour le pécheur.

1.11                   [Dieu a agit par amour, non pas par simple nécessité]

Mais une simple nécessité ne pouvait satisfaire l’amour de Dieu. Et s’il n’y avait pas davantage qu’un : «il faut», cet amour resterait bien imparfaitement connu. Eh bien, mon privilège est d’entrer dans Ses propres sentiments, d’apprécier le témoignage de Sa propre grâce en Christ ! Est-ce une faveur extorquée à Dieu ? Certes non ! N’aime-t-il point ? N’est-il pas amour ? Écoutons plutôt ce que Jésus nous dit, Lui qui savait ce que nul autre ne pouvait savoir ou déclarer ! Oui ; Lui, le Fils, connaissait Dieu parfaitement et voulait le faire connaître tel qu’Il est, nous faire pénétrer dans ses sentiments mêmes au sujet du monde. C’est pourquoi cette révélation bénie de la grâce et de la vérité de Dieu, manifestées dans son oeuvre comme aussi dans sa personne même, est par Lui couronnée d’une déclaration vraiment divine : «Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais qu’il ait la vie éternelle». Quelle bénédiction, mes frères, d’avoir cette vie éternelle, et de savoir que nous la possédons ; de l’avoir, non seulement comme des dépouilles péniblement conquises dans la rédemption, mais aussi comme le fruit gratuit, complet et pour ainsi dire spontané de son amour, manifesté en celui qui était Lui-même l’objet le plus intime de l’amour du Père ! Ainsi, envers les plus indignes, Dieu veut se révéler dans le don le plus précieux qu’il pouvait faire, non seulement parce que je ne pouvais, moi, être béni d’une autre manière, mais parce qu’il voulait, lui, selon son propre coeur, me bénir pleinement. Il m’a donné en son Fils cette vie dont il n’est jamais parlé comme étant en aucun autre, une vie dont je considère en Lui la perfection. Et parce que je la possède en Lui, je suis capable de communion avec Lui-même ici-bas.

Assurément c’est une grande bénédiction que de connaître l’oeuvre qui répond à nos péchés et à notre misère. Mais c’en est une incomparablement plus grande que d’avoir part aux délices que Dieu lui-même pouvait trouver et trouva en effet en Jésus, le contemplant lorsqu’il marchait en toute dépendance et obéissance, dans la lumière et dans l’amour. Et cette perfection était d’autant plus merveilleuse qu’elle brillait dans un homme sur la terre. Eh bien, cette vie en nous partage ses propres pensées et ses propres sentiments, entre dans toutes ses joies, prend part à toute sa douleur, celle avec laquelle Il contemple l’homme rebelle, un monde ruiné, et maintenant, hélas ! nous devons ajouter, une chrétienté coupable. En Lui «était la vie». Quel privilège pour nous d’avoir en Lui cette vie, une vie déjà mise à l’épreuve au milieu et en dépit de tous, s’élevant à la plénitude de Dieu et pourtant exercée dans toutes les circonstances que peut rencontrer le coeur de l’homme ! Et c’est à cela que nous participons, mes frères, en possédant la vie éternelle en Christ selon la grâce de notre Dieu ; car ce que nous vivons maintenant dans la chair, nous le vivons dans la foi au Fils de Dieu, fondée sur la rédemption qu’Il a lui-même accomplie en amour.

Que le Seigneur veuille bénir sa propre Parole, donnant à nos âmes de retenir fermement toutes les vérités que nous connaissons, mais d’apprendre aussi que Dieu est toujours actif dans son amour. Son désir est de nous donner une plus grande liberté et une plus grande plénitude par un sentiment croissant de notre association avec Christ ! Si nous avons déjà fait quelques progrès réels, cela n’a pu être que dans cette direction et le secret n’en est pas ailleurs. Telles sont nos plus précieuses bénédictions ; et l’éternité tout entière le confirmera. Puissions-nous, en attendant, «être fortifiés en puissance par son Esprit, quant à l’homme intérieur» de sorte que le Christ habite par la foi dans nos coeurs, afin que nous soyons capables de comprendre la gloire qui est devant nous et de connaître son amour — lequel surpasse toute connaissance — de manière à en être remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu !

 

2                    Méditation 2 — «Une fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle» — Jean 4

2.1   [Pour connaître Dieu, il faut une vie divine, la vie éternelle, la vie du Fils de Dieu (Jean 3)]

Le chapitre précédent nous a présenté le sujet de la nouvelle naissance, oeuvre du Saint Esprit dans l’homme. Celle-ci n’est pas, comme prétendent certains, un changement de la nature humaine, mais la communication de celle de Dieu (quoique dans l’homme), une naissance d’eau et de l’Esprit, sans laquelle personne ne peut voir le royaume de Dieu ni y entrer. Il faut pour le royaume de Dieu une nature qui soit de Dieu. Seule une nature divine est capable de connaître Dieu et de jouir de Lui ; et nulle bénédiction extérieure accordée à l’homme, nulle oeuvre accomplie en sa faveur, si précieuse qu’elle soit, ne suffisent à le rendre propre pour la présence de Dieu. Elles peuvent justifier Dieu à l’égard du péché et même le glorifier infiniment, comme cela a été réellement le cas dans l’oeuvre de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ. Mais j’ose affirmer que rien de simplement extérieur à l’homme ne saurait mettre celui-ci, qui est pécheur, en état soit de connaître Dieu maintenant, soit d’en jouir plus tard. Or cette même grâce de Dieu, qui donne Christ pour l’accomplissement de l’oeuvre de la rédemption, révèle Christ par le Saint Esprit au moyen de la Parole ; et par là, l’âme est née d’eau et de l’Esprit. Plus que cela : depuis la rédemption, l’homme a droit de connaître la vie divine dans sa forme pleinement révélée, dans son expression la plus élevée, celle qui appartient au Fils de Dieu lui-même. Il n’est pas seulement converti ou né de nouveau, mais il a la vie éternelle. Je ne veux pas nier le moins du monde qu’être né de nouveau c’est en réalité posséder la vie éternelle : je ne fais qu’expliquer, dans le sens qu’à mon avis nous devons lui donner, le langage du Seigneur. Au lieu de s’en tenir à l’expression la plus générale, ou à l’affirmation de l’absolue et universelle nécessité d’une nouvelle naissance, il daigne nous présenter la bénédiction acquise à la croix, sous ce caractère qui lui convient à Lui-même. Car Lui est la vie éternelle qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée. Ainsi la grâce a opéré d’une manière digne du Fils de Dieu.

2.2   [Jean 4 — En plus de la vie nouvelle, Dieu communique la puissance (le Saint Esprit)]

Mais nous arrivons maintenant à une autre partie de notre sujet. Il ne s’agit pas simplement des besoins de l’homme, ni de la nécessité d’une nature qu’il n’a pas, et qui vient de Dieu seul. En envoyant son Fils bien-aimé dans un monde tel que celui-ci, Dieu ne se limite pas à faire ce qui est indispensable pour nous permettre de nous tenir dans sa présence. Il agit comme Dieu. Il ne communique pas seulement la nature elle-même, mais aussi une puissance capable d’opérer en elle. Il donne ce qui constitue l’énergie et la source de joie propres à la nature divine. En un mot, ce n’est pas seulement de la vie éternelle qu’il fait don, toute précieuse qu’elle est, mais il donne le Saint Esprit.

2.3   [La femme samaritaine, son état et ses besoins]

Ici les circonstances étaient, comme toujours, appropriées à ce que Dieu voulait révéler. Dans le chapitre précédent, l’homme était appelé d’une manière particulièrement pressante, en dépit des difficultés qui pouvaient lui sembler grandes. Mais à présent un pas de plus a été fait dans le sentier de grâce du Fils de Dieu : il est virtuellement rejeté. Le temps n’est plus où beaucoup croyaient en lui à cause des miracles qu’Il faisait. À présent la jalousie des pharisiens est excitée, et le Fils de Dieu quitte avec douleur cette Judée qu’il avait visitée en grâce de la part de Dieu. Son amour ne pouvait que ressentir douloureusement ce rejet qui n’était pas simplement le sien. En méprisant les grâces dont il était l’objet, le peuple rejetait Dieu Lui-même. Mais ce rejet conduit Jésus à une manifestation de grâce comme on n’en avait jamais entendu parler en Judée. Une femme de la Samarie, apparemment peu faite pour la compagnie du Messie, une pauvre femme de la ville de Sichar, dégradée même au jugement de l’homme, le rencontre tout seul au puits de Jacob où il s’était assis, fatigué de son voyage. Et Jésus s’ouvre bientôt un chemin vers son coeur.

Jésus demande un peu d’eau à boire. Il s’approche de cette femme, non pas comme le Messie, bien qu’il le soit, mais comme le Fils de Dieu qui n’avait pas besoin de gloire, mais qui avait besoin de montrer de la grâce. Car Dieu était ému de compassion envers sa créature perdue, et un seul pouvait s’occuper d’elle dans cet état, c’était Lui-même. Aussi, mû par son propre amour, il s’arrête et adresse une demande à la femme. Que ne ferait-il pas pour atteindre son coeur ? La femme est toute surprise ; car les Juifs n’ont pas de relations avec les Samaritains. Pour elle, il n’est qu’«un Juif», et elle-même seulement «une femme de la Samarie». Quelle erreur à l’égard de l’un et de l’autre ! Mais Jésus lui dit : «Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, toi, tu lui eusses demandé, et il t’eût donné de l’eau vive». Elle ne le connaissait pas. On pouvait à peine dire qu’elle connaissait la loi de Dieu, quoiqu’elle en parlât ; mais pour ce qui est du don de Dieu — qui avait jamais entendu parler d’une telle chose ? Qui, même en Israël, ce peuple si favorisé, s’était jamais arrêté à cette vérité que Dieu donne ? Le système religieux auquel cette femme était attachée lui fournissait de Dieu une conception toute différente. La religion de l’homme le considère comme un être qui reçoit. Cette femme sans doute n’était qu’une pécheresse perdue, mais, même dans une pareille condition, on peut avoir l’orgueil religieux et partager la jalousie de ceux qui s’estimaient supérieurs. Pour cette femme, mais aussi pour ceux qui auraient dû avoir une connaissance bien plus grande, Dieu est toujours un être qui exige, et non pas quelqu’un qui donne comme Dieu seul peut donner. L’esprit de l’homme ne s’élève jamais au-dessus de cette notion de Dieu. Il peut constater les effets de la sagesse et de la puissance divines. Mais Dieu lui-même demeure inconnu, car il ne peut être connu qu’en Christ, c’est-à-dire en son Fils. Ceci, cette femme ne l’avait pas appris encore. Elle ne se doutait pas le moins du monde qui pouvait être celui qui lui avait dit : Donne-moi à boire. Sinon elle aurait eu distinctement et glorieusement devant son âme Dieu comme donateur.

Mais la grâce était loin de ses pensées. Elle ne voyait qu’un Juif qui lui demandait à boire. Elle ne connaissait pas la dignité de celui qui était maintenant sur la terre un homme parmi les hommes. Elle ne savait pas qu’il était le Fils unique ; elle ignorait la gloire de celui qui ne prouva jamais mieux cette gloire que lorsqu’il s’abaissa pour le salut des pécheurs. Car qu’y a-t-il de plus profond de la part de Dieu, ou du Fils de Dieu, que cette expression de grâce, cet abaissement en amour — non pas en condescendance, mais en réelle bonté ? La condescendance n’est qu’une sorte de patronage, une attitude purement humaine et mondaine. Il ne pouvait y avoir aucun sentiment semblable en Celui qui est la vraie, la seule manifestation de l’amour divin, d’un amour qui n’avait pas de motif en dehors de lui-même. Et celui qui était amour dans sa propre nature était maintenant sur la terre pour le manifester. Qu’y avait-il dans une aussi pauvre créature de propre à attirer l’intérêt ? Rien, mais cette misère complète met en pleine évidence un Dieu qui donne et le Fils qui s’humilie. Quand bien même il formule une demande ici, c’est afin de pouvoir donner. Cette demande d’un peu d’eau n’est pour Lui que l’occasion de donner l’eau vive ; et si quelqu’un en boit, il n’aura plus soif à jamais. Certes c’était pour elle un son bien nouveau que cette expression «de l’eau vive».

2.4   [Choses à ne pas confondre]

2.4.1       [Le don du Saint Esprit (l’eau vive) autre chose qu’être né de l’Esprit]

Être né de l’Esprit est tout autre chose que le don de l’Esprit ou de l’eau vive, dont le Seigneur parle à la femme de Sichar (Jean 4). Ces deux pensées n’ont aucune connexion entre elles, bien que, naturellement, l’une soit tout aussi vraie que l’autre. La première de ces choses avait toujours été. L’Esprit de Dieu n’avait cessé de travailler dans les âmes depuis que le péché était entré dans le monde. Mais il ne fut jamais donné jusqu’à ce que le Fils de Dieu soit manifesté, jusqu’à ce que Dieu lui-même ait pris la position de donateur, et que le Fils ait pris celle d’humiliation en amour pour les pécheurs. Voyez quelle place celui-ci prend en demandant à la plus nécessiteuse des âmes de lui donner à boire, éveillant sa confiance par sa grâce parfaite. C’est là la grande vérité qui rayonne de toutes parts dans cet évangile. Et vous le remarquerez, Christ est le donateur. Il ne s’agit pas de lui-même, non plus que de la vie éternelle simplement ; nous avons déjà trouvé pleinement ce sujet, et l’Écriture ne se répète pas. Quoique toutes les parties de la vérité de Dieu soient très certainement en parfaite harmonie, toutefois nous sommes ici sur un nouveau terrain, en présence d’une tout autre nature, de besoins plus profonds donnant lieu à une plus profonde manifestation de la grâce. Ce n’est pas un docteur d’élite comme Nicodème qui est devant nous, mais une misérable femme, repoussée de tous, indigne aux yeux du monde. Tel est l’être à qui les profondeurs de la grâce dans le Fils de Dieu commencent d’être révélées. Certes cette femme prouve de la manière la plus évidente qu’elle n’est pas préparée à recevoir le don inestimable. Et nous n’avons pas lieu de nous en étonner. Le chapitre 3 d’ailleurs n’est pas davantage à la gloire du savant Nicodème que le chapitre 4 n’honore la femme ignorante de la Samarie. La vérité sur laquelle le Seigneur insiste dans la première de ces deux scènes était capitale pour l’homme et le docteur d’Israël aurait dû la connaître. Jusqu’à quel point la saisit-il alors ? C’est ce que nous ne saurions dire. Dans le second récit, le don de l’eau vive était une vérité dans laquelle, avant ce moment-là, personne ne pouvait entrer. Loin d’être une nécessité générale dont on était tenu d’avoir connaissance, comment aurait-on pu la concevoir ? Quand avait-il jamais été donné une révélation de Dieu et de sa grâce telle que celle que Jésus présente à cette femme ? Où y avait-il jamais eu un pareil déploiement de la grâce divine : Dieu donnant de la sorte, le Fils s’abaissant ainsi en amour jusqu’à une créature dépourvue de toute justice, et le Saint Esprit devenant une source vive de rafraîchissement pour le coeur ? La femme cependant se rejette sur ce qui est la ressource constante de la nature dans ce monde, c’est-à-dire la tradition : «le puits de notre père Jacob». C’était un effort pour échapper à ce qui était trop vaste, trop profond, trop divin pour qu’elle y entre. Jésus avait quitté le lieu où son peuple habitait à l’ombre d’ordonnances divinement imposées. Des desseins d’un ordre plus élevé étaient en voie de s’accomplir. Notre évangile ne le présente pas comme venu pour accomplir les destinées du pays de la promesse ; car, après tout, qu’est-ce que la promesse ? C’est la grâce mesurée. Et Jésus était venu dans une grâce sans mesure car tout était perdu. Mais plutôt que de l’admettre, l’homme se trouve toujours un objet servant de paravent pour son âme. Même cette pauvre femme de la Samarie se retranche derrière cet abri pour son orgueil : «le puits de son père Jacob». Le patriarche en avait bu, ses enfants et son bétail : Es-tu donc plus grand que lui ? demande la femme. Oh ! la flétrissante incrédulité du coeur, si prompte à obscurcir la riche grâce de Dieu. Toutefois la réponse du Seigneur est pleine de patience : «Quiconque boit de cette eau-ci» — quoique puits de Jacob — «aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, moi, n’aura plus soif à jamais». Plus que cela : «L’eau que je lui donnerai sera en lui une fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle».

2.4.2       [La source de la joie est autre chose que la vie elle-même]

Cela suppose que la vie éternelle est communiquée, mais suppose en même temps une source divine de joie que la vie éternelle en elle-même n’est pas, ni ne saurait jamais être. Au contraire, on détruirait toute la vérité de cette nouvelle et divine nature si on maintenait que la vie elle-même est une source. Telle n’est pas la nature de la vie ; elle est essentiellement dépendante ; mais ici je trouve une source, une source continuelle de secours. Autrement dit, il ne s’agit pas simplement d’une nouvelle créature qui, par le fait même qu’elle est une créature nouvelle, s’appuie sur Celui dont elle tire la vie et dont elle dépend ; mais ce que nous trouvons ici c’est une source vivante de joie. La figure même du puits l’illustre parfaitement et n’est-elle pas encore dépassée par cette expression : «l’eau vive» ? N’y voyons pas en effet quelque condition absolument indispensable pour être en relation avec Dieu. Hélas ! quel aurait été dans ce cas le sort de ceux qui avaient vécu avant sa révélation ? Non, il s’agit d’un privilège nouveau, d’une plénitude de joie qui, dans les voies et les conseils de Dieu, ne trouvait son temps et son application propres qu’à la venue du Fils. Dieu se devait de signaler dignement la venue de son Fils, sa propre manifestation en grâce dans la présence de son Fils ici-bas, aussi bien que l’accomplissement de l’oeuvre infinie de la rédemption. Non que cette oeuvre soit mentionnée ici ; mais elle est cependant impliquée dans l’humiliation du Fils. Il était impossible, répétons-le, que Dieu ne signale pas par quelque nouvelle bénédiction, quelque nouvelle source de joie pour le croyant, la révélation et l’accomplissement du plus grand des desseins de sa pensée et de son coeur. Pour peu qu’on Le connaisse, on confessera qu’il ne pouvait en être autrement. L’homme s’efforcera de rabaisser les magnifiques scènes des voies de Dieu, et de contester les éclatants témoignages de sa bonté et de sa sagesse dans ce monde, il mettra même en cause la révélation de Dieu. En dépit de tous ces efforts, la Parole de Dieu demeure et demeurera éternellement. Le dessein de Dieu est de faire tout concourir à la gloire de son Fils. Aussi, quand celui-ci vient, il donne à l’homme quelque chose de plus qu’une nouvelle nature.

2.5   [La puissance conférée ; la personnalité du Saint Esprit n’est pas en Jean 4]

En grâce, Dieu avait toujours fait naître de nouveau les âmes séparées pour son nom, les rendant propres pour sa présence ; et maintenant, outre la communication de cette nouvelle nature et le fait que Dieu regardait d’avance à l’oeuvre magistrale qui le justifierait dans le pardon des péchés, la nouvelle naissance pour le croyant est manifestée dans sa véritable nature et sa pleine valeur, comme la vie éternelle dans le Fils. Mais nous avons vu qu’il y a davantage encore. Une puissance divine est donnée à celui qui reçoit la vie éternelle, une fontaine d’eau jaillit en lui, en vie éternelle. Ce n’est pas seulement le fait, mais la puissance de la vie éternelle qui est conférée et cela non pas tant dans une nature communiquée, que dans un flux intarissable se rattachant à la source. J’admets qu’il n’est point question encore ici de la personnalité du Saint Esprit. Cette vérité se trouve plus loin, et elle nous sera présentée à sa place dans une autre occasion. C’est au moment où le saint Fils de Dieu s’en ira que cette question sera pleinement présentée. Alors une autre Personne viendra et prendra la place de Christ. Ainsi tout le sujet est présenté admirablement et dans l’ordre. Ici ce que nous avons c’est la puissance, plutôt qu’une personne ; mais une puissance intérieure pour celui qui a la vie éternelle, afin que son âme puisse sentir la pleine joie de la grâce. C’est ce dont parle le Seigneur quand il dit : «Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, moi...».

2.6   [La soif]

2.6.1       [Les aspirations de l’homme déchu]

Maintenant considérons un moment l’état de l’homme depuis la chute, et en contraste ce que Dieu est. Voyons-le se révéler dans et par le Fils à une pauvre créature déchue. Quel fut le changement qui survint lors de la chute de l’homme ? Quand Adam fut créé, éprouva-t-il quelque soif dans le sens spirituel de ce mot ? Absolument aucune ! Cela aurait été dans la création un défaut que le Créateur ne pouvait y attacher, puisque tout était très bon. Je ne pense pas que tel ait été le cas même sous le rapport physique ; mais je suis sûr que, dans le sens dans lequel parlait notre Seigneur, Adam n’éprouvait pas le besoin d’une nourriture qu’il ne possédait pas. Il était incapable de la soif spirituelle parce qu’elle suppose que le coeur n’est pas satisfait, qu’il n’y a rien autour de lui pour répondre à ses besoins, qu’il éprouve un incessant désir de ce qu’il n’a pas trouvé ni ne peut trouver. Telle n’était pas la condition d’Adam dans son état d’innocence. Sa satisfaction de créature éclatait, sans aucun doute, non pas certainement en culte spirituel, mais au moins en actions de grâces rendues à Dieu. Il jouissait de la bonté et de la sagesse de Dieu dans les innombrables choses excellentes répandues autour de lui et placées sous sa dépendance. Il pèche, tombe, et, en même temps que la connaissance du bien et du mal qu’il vient d’acquérir, il voit naître en lui ce désir de ce qui ne pourra jamais le satisfaire. Et telle est, depuis lors, la condition de tout être déchu. Sous sa forme la meilleure, c’est l’espérance, car l’homme espère et ne peut qu’espérer. De fréquents et amers désappointements à l’égard des choses de ce monde peuvent accabler l’esprit ; toutefois, même quand il en est ainsi, chacun sait comment l’espoir survit toujours, espérant contre toute espérance. Voilà ce qui a été acquis avec la chute : cette soif de l’âme dont la meilleure forme est celle de l’espérance, en tant qu’impulsion constante à l’activité. L’homme est devenu «comme Dieu». Et ainsi a germé en lui ce désir d’être quelqu’un, quelque chose, dans ce monde ; en fait, de prendre virtuellement la place de Dieu lui-même. Naturellement cette audacieuse aspiration est tenue en échec par Dieu ; elle ne s’est d’ailleurs pas encore pleinement manifestée ; mais elle existe dans chaque coeur et se donnera certainement pleine et libre carrière lorsque Dieu retirera tous les obstacles et que Satan mènera à bout tous ses desseins. En attendant ce temps qui approche rapidement, c’est précisément ce désir insatisfait qui, depuis le jour où le péché est entré jusqu’à aujourd’hui, a poussé l’homme à sa fiévreuse activité dans un monde perdu.

2.6.2       [L’eau vive, réponse divine à la soif de l’homme + un objet pour le coeur et une puissance]

En contraste Jésus vient et donne, non seulement la vie éternelle, mais «l’eau vive». Et tout aussitôt il y a un objet parfait pour le coeur, ce qui n’avait jamais eu lieu auparavant, avec une puissance nouvelle pour en jouir. Jadis, même ce qui éveillait les affections du coeur prenait encore le caractère d’une espérance. La confiance en Dieu et en ses promesses existait. Mais désormais un changement immense avait lieu. Christ était venu, Celui qu’on attendait était présent. Dieu lui-même était ici, dans la personne de cet homme assis fatigué près du puits de Sichar. Lui le plus humble des hommes, le plus effacé, montrait d’autant plus, du sein même des profondeurs de son abaissement, qu’il était le vrai Dieu dans son amour. Car en le donnant, Dieu ne voulait donner rien moins que Dieu. Non seulement il voulait communiquer sa nature, mais il voulait qu’il y eût dans l’homme une capacité divine de jouir de cette nature, ainsi que des relations qui lui sont propres.

Merveilleuse et divine réponse à la chute et à ses conséquences ; réponse qui n’est pas une simple accommodation à la ruine humaine, un stérile remède, une vaine réparation, mais qui manifeste Dieu lui-même en donnant toute leur riche et vaste portée aux ressources qui sont en lui. C’est la révélation de la grâce du Fils dans la puissance du Saint Esprit. C’est le christianisme dans quelques-uns de ses éléments les plus simples, les plus élevés, les plus essentiels. Une Personne divine est descendue ici-bas dans un amour parfait. Et Jésus est là, comme un Juif en dehors du judaïsme, ayant devant lui une femme samaritaine coupable, lui adressant une demande, non pas pour lui, mais pour elle, lui demandant la plus petite chose qu’elle puisse donner, en vue de fixer son attention. Mais c’est afin qu’il puisse la bénir de sa plus grande bénédiction à lui, d’une bénédiction impérissable dès à présent et pour toujours. Ce n’est pas seulement d’une nature nouvelle qu’il est question, mais d’une puissance effective à la fois pour l’homme et dans l’homme, communiquée de la part de Dieu, et en elle-même formellement divine. Et c’est là précisément ce que nous possédons maintenant pour la joie de nos âmes. Il nous a donné l’Esprit de Dieu ; il a accompli sa parole. Dieu a envoyé, comme il est dit, l’Esprit de son Fils dans nos coeurs, criant : «Abba, Père». «L’amour de Dieu est versé dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné» (Rom. 8:15 ; 5:5).

2.6.3       [Avec le don du Saint Esprit, le croyant n’aura plus soif à jamais]

Nous n’avons pas simplement reçu la vie éternelle, mais outre et par-dessus le don de cette vie, le Saint Esprit lui-même nous est donné. Et, remarquez-le, c’est alors que nous trouvons que le croyant «n’aura plus soif à jamais». Cela n’est pas dit de celui qui est simplement né de nouveau, ni même quand il est fait mention de la vie éternelle seule. Et, de fait, ce n’était pas vrai lorsque les âmes étaient seulement nées de nouveau et rien de plus, car jusqu’au temps où Dieu a donné en Christ et par Christ le Saint Esprit de grâce, il y avait dans les âmes croyantes un certain désir des choses du monde ; et Dieu lui-même ne condamnait pas absolument cela mais le permettait dans une certaine mesure — peut-être à cause de la dureté de leur coeur. Un homme pouvait, pour ainsi dire, avoir ce monde-ci, et avoir aussi le monde à venir, équivoque que bien des personnes tristement aveuglées et ignorantes du vrai christianisme estiment être possible même aujourd’hui. Les croyants d’alors n’étaient pas traités comme absolument morts à la chair et au monde. Dans l’Ancien Testament nous ne rencontrons nulle part un pareil langage même chez les saints de Dieu, pas plus chez les patriarches que parmi les enfants d’Israël ; nous trouvons même tout l’opposé, en particulier dans la forme de la condition juive : une espérance tout premièrement en quelqu’un qui devait venir, mais pas de délivrance du monde en tant que système jugé. On y trouve des fruits de la foi pleins d’intérêt pour nous, dans lesquels les saints s’élevaient par la grâce de Dieu bien au-dessus de tout ce qui les entourait. Dieu nous donne ainsi de précieuses instructions par le moyen d’Abel, d’Énoch, de Noé, d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, de Joseph, de Moïse, et de tous les autres. Mais, outre que l’objet de leur espérance n’avait pas encore été révélé et que leur foi ne reposait pas sur l’oeuvre infinie de la rédemption puisque celle-ci n’était pas alors accomplie, on trouve chez eux une certaine mesure d’attachement aux biens d’une terre qui n’était pas encore entièrement jugée.

Maintenant, si Christ ne suffit pas à mon coeur, comment cela se fait-il ? Ce peut être parce que le Saint Esprit ne remplit pas mon coeur jusqu’à le faire déborder de la grâce de Jésus. Tout en étant divinement attiré à Christ, je ne me repose pas réellement en lui et suis encore occupé de moi-même. Je rampe dans la boue de ma nature, au lieu d’être emporté par la puissance de l’Esprit avec ce Christ qui est ma vie. C’est pourquoi il ne me satisfait pas à lui tout seul, et je soupire ardemment après ce qui est sans valeur, mondain ou charnel. N’est-ce pas bien triste que Dieu en Christ dans la plénitude de sa grâce ne suffise pas au coeur ? La possession et la connaissance d’un privilège accroissent la responsabilité. Mais la première chose, pour la foi, c’est d’y entrer et de le posséder. Dieu alors ne permettra pas que nos coeurs en soient occupés simplement comme affaire de témoignage ; il veut que notre âme y prenne ses délices par la puissance qu’il nous a donnée. Toutefois ce que j’affirme maintenant, c’est que le christianisme est parfaitement manifesté, et qu’il l’est selon la sagesse de Dieu. En premier lieu la nature divine est révélée dans la Personne qui en est la plénitude et la complète expression. En second lieu la puissance pour en jouir est communiquée. Le coeur trouve dans l’objet révélé ce qui seul peut le satisfaire : une Personne divine, celle du Fils de Dieu qui m’a aimé. Mais en même temps la puissance de l’espérance n’est pas perdue. Car nous avons aussi une espérance — non pas à présent une simple et lointaine espérance, comme c’était le cas jadis quand il n’existait rien d’autre. Mais dans un monde tel que celui-ci, tandis que nous sommes encore dans le corps, Dieu ne nous en laisse pas manquer, sachant que nous avons besoin d’un pareil stimulant. La soif spirituelle a cessé lorsque par l’Esprit nous jouissons de Christ, mais l’espérance subsiste, avec cette différence que Celui qui en est l’objet est Celui-là même que je possède. Le Christ après lequel je soupire est le Christ que j’ai actuellement, et je ne trouverai pas en lui quand je le verrai la plus légère différence. Je connaîtrai mieux ce bien-aimé Sauveur et le louerai davantage, car je serai dans une condition où c’en sera fini de mes infirmités, où mon corps lui-même sera incorruptible et glorieux, et où ne se trouvera rien de nature à nuire, à détruire, ou à produire de l’obscurité. Je le trouverai, lui, le même Christ qui m’aime aujourd’hui parfaitement. N’est-ce pas précieux de savoir que cela est vrai maintenant pour nos âmes, que nous le possédons ici, aussi certainement que nous le posséderons dans le ciel ? Ainsi tout en ayant dans un sens le bénéfice de la recherche, celui d’avoir à espérer quelque chose, dans un autre sens tout aussi vrai nos coeurs goûtent déjà un repos réel dans la possession de leur objet. Nous n’avons pas perdu l’espérance comme énergie d’activité, justement excitée et exercée dans un monde ruiné. En être privé serait une perte pendant que nous sommes ici-bas. Mais il faut que l’espérance passe. Dans le ciel, il n’est plus question, nous le savons, ni de foi, ni d’espérance, car elles supposent toujours une condition imparfaite, déchue, pour ce qui concerne le milieu dans lequel elles ont à s’exercer. Maintenant, avec l’espérance, nous possédons en Christ révélé à notre foi l’objet parfait pour un coeur renouvelé. Et nous sommes nous-mêmes bénis selon la perfection de l’oeuvre qu’il a accomplie, de sorte que la conscience aussi bien que les affections jouissent d’un repos parfait. Or comme en même temps la vieille création est encore là, et nous dans le corps au milieu d’elle, nous possédons dans l’espérance un précieux aiguillon pour nous exciter à l’activité de l’amour. Tout cela, je le demande, n’est-il pas digne d’un Dieu tel que le nôtre ? N’est-ce pas l’action de son amour parfait envers ses enfants, qu’il a ainsi bénis avec Christ, son propre Fils, et en lui ?

La preuve de l’amour divin a été donnée avant le réveil de la conscience et il est précieux qu’il en soit ainsi. En effet je comprends que la conscience ne puisse supporter d’être atteinte quand un témoignage d’amour n’a pas été préalablement donné. Mais inversement ce témoignage d’amour serait par lui-même sans aucun profit pour un pécheur. Il faut qu’il y ait réveil et mise en exercice de la conscience ; et c’est ce que nous trouvons ici.

2.7   [Lien entre la puissance du Saint Esprit (source de joie dans l’âme) et le culte]

Mais le point sur lequel notre attention doit être maintenant attirée, c’est le rapport de cette précieuse puissance de l’Esprit, source divine de la joie dans l’âme, avec le culte, au sujet duquel la femme, sachant peu quelle révélation elle allait provoquer, adresse une question au Sauveur. Pourquoi la pose-t-elle ? Par simple curiosité intellectuelle, peut-être même comme échappatoire pour une conscience qui était touchée et ne se prosternait pas encore complètement devant Dieu. Mais quel que puisse avoir été le motif de sa question, quelque mélangé qu’ait été ce motif (chose hélas ! que nous connaissons trop bien), cette femme nous fournit l’occasion de recevoir de la bouche du Seigneur, pour notre édification, un précieux enseignement sur une très importante portée du don de l’Esprit. Car nous ne sommes pas seulement en possession de la vie éternelle et du Saint Esprit, mais tout cela est en vue de fins excellentes selon Dieu. Et ce qui réclame ici notre attention est nécessairement la fin la plus élevée — ce qui monte, non pas ce qui descend. Nous avons notre place de culte, nous avons notre place de service ; et le culte et le service sont précisément les deux directions dans lesquelles le Saint Esprit conduit nos âmes, agissant en nous comme l’eau qui jaillit jusque dans la vie éternelle. Le culte de Dieu lui-même, de notre Père, est l’activité suprême. Il faut qu’il ait la première place. Sinon pourrait-il convenir à Dieu ? Mais nous sommes encore dans un monde où des âmes périssent ; d’autres sont dans une extrême nécessité réclamant notre service ! L’état actuel de la chrétienté est celui d’une profonde pénurie. Et en conséquence le ministère de la grâce trouve ici-bas sa pleine justification.

2.7.1       [Les systèmes religieux mis de côté]

Ce qui se présente ici pour le croyant, c’est donc cette connexion de l’Esprit avec le culte tel qu’il est expliqué par le Seigneur. «Nos pères», dit la femme, «ont adoré sur cette montagne-ci (car elle avait son opinion, et une opinion très décidée), et vous, vous dites qu’à Jérusalem est le lieu où il faut adorer. Jésus lui dit : Femme, crois-moi : l’heure vient que vous n’adorerez le Père, ni sur cette montagne, ni à Jérusalem». Ainsi, devant la présence du Fils disparaissent non seulement les faux systèmes mais même ce qui, comme révélation partielle, avait été sanctionné par Dieu : non seulement la montagne de Samarie, mais Jérusalem elle-même. Comment Jérusalem pouvait-elle garder sa place en présence du Fils de Dieu rejeté ? Elle était la ville du grand Roi ! Si le grand Roi y avait été reçu comme tel, il aurait occupé son trône dans cette cité conformément aux termes de l’ancienne promesse. Mais c’est là précisément ce qu’on lui avait refusé, et maintenant le Roi, méprisé par ceux qui passaient pour les meilleurs et les plus sages, avait tourné le dos à cette ville rebelle. Fait qui ne sert qu’à souligner la plénitude de la grâce divine, et atteste en outre qu’ici, comme toujours, la plénitude de la grâce est attachée à la plénitude de la gloire. Un péché aussi flagrant touchait à la gloire et donnait occasion à la grâce de Dieu de se manifester. Ne vous y trompez pas : il n’y a pas d’indifférence en Dieu. Il s’oppose à tout péché commis contre Christ, en vertu de l’amour même qu’il porte à son peuple coupable, aussi bien que du soin qu’il porte à l’honneur de son Fils. Pareillement, même s’il ne s’agissait que de l’intérêt de l’Église ici-bas, il ne veut pas laisser passer la plus petite tache, la moindre souillure, tolérer un affront fait à Christ. Outre cela, l’homme religieux avait éprouvé et éprouverait de plus en plus l’entière incapacité des ordonnances pour satisfaire à ses besoins ou à la gloire de Dieu.

Cette femme avait entendu parler des promesses concernant le Messie mais était bien peu préparée à le reconnaître en celui qui parlait avec elle. Il n’était entouré d’aucune pompe, et n’exerçait pas le jugement. En tant que Roi, il aurait pu naturellement envoyer ses armées et brûler Jérusalem, mais en tant que Fils, il lui suffisait de prononcer ces seules paroles : «l’heure vient, et elle est maintenant...». Celui qui avait tout créé par une parole effaçait de la terre par une parole, d’un mot, la place de Jérusalem comme centre du culte divin. Je le répète, non seulement les faux systèmes, mais même la révélation partielle touchant l’homme sur la terre, reçoit sa sentence et disparaît, afin que le Fils demeure. «Vous adorez, vous ne savez quoi — dit-il — nous, nous savons ce que nous adorons ; car le salut vient des Juifs». Il y avait dans la Samarie présomption et ignorance ; et le Seigneur ne dissimule pas non plus les avantages qu’Israël possédait en toute manière. Mais une chose à remarquer, c’est que Jésus ne parle jamais ainsi sauf de dehors. Il défend les Juifs quand il se trouve au milieu de leurs rivaux, et qu’il est lui-même rejeté. Quelle grâce ! Le Seigneur rejeté ne méconnaît pas ce qui avait été institué avec gloire, lors même que cette institution d’Israël fût active contre Lui-même. Il ne méprise pas la ligne de la promesse ; il n’oublie pas le fait capital dont dépendait la bénédiction de toute la terre : «Le salut vient des Juifs». Mais il ajoute : «L’heure vient». Il insiste même sur le fait qu’à ce moment-là, elle était pour ainsi dire arrivée : «L’heure vient, et elle est maintenant, que les vrais adorateurs adoreront le Père en Esprit et en vérité ; car aussi le Père en cherche de tels qui l’adorent». La loi que Dieu donna était en harmonie avec la relation dans laquelle son peuple était avec lui-même. Il s’agissait de ses voies morales envers la chair dans des hommes qui, comme peuple, ne possédaient rien d’autre. Mais c’est là précisément le changement immense qui intervient maintenant que le Messie est venu et a été rejeté. Le Père appelle et forme des fils par Celui qui est le Fils premier-né. Plus que cela, il leur donne l’Esprit d’adoption, l’Esprit de fils, afin que les vrais adorateurs l’adorent en Esprit et en vérité ; car le Père en cherche de tels qui l’adorent. Que signifie donc tout cet ensemble de rites et de cérémonies flattant les sens, qui montent actuellement de cette terre devant Dieu avec la prétention d’être son culte ? Que représente le culte des multitudes chrétiennes aujourd’hui ? Une flagrante et audacieuse contradiction à la gloire de Christ, jetée à la face de Dieu, un sujet de