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ÉVANGILE SELON Luc

 

 

SIMPLES ENTRETIENS SUR LES ÉVANGILES

 

Samuel Prod’hom

 

Ces Simples Entretiens sur les Évangiles sont une étude biblique ayant parue dans un périodique pour enfants intitulé « la Bonne Nouvelle annoncée aux Enfants ».

 

Table des matières :

1     Chapitre 1

1.1      Introduction

1.2      Apparition d’un ange à Zacharie

1.3      Apparition d’un ange à Marie

1.4      Visite de Marie à Élisabeth

1.5      Naissance de Jean le Baptiseur

2     Chapitre 2

2.1      Naissance de Jésus

2.2      Les bergers de Bethléhem

2.3      Visite des bergers

2.4      Siméon

2.5      Anne

2.6      Enfance de Jésus

3     Chapitre 3

3.1      Prédication de Jean le Baptiseur

3.2      Baptême de Jésus

4     Chapitre 4

4.1      La tentation

4.2      Jésus de Nazareth

4.3      À Capernaüm

4.4      Chez Simon et dans le désert

5     Chapitre 5

5.1      Appel de Simon

5.2      Guérison d’un lépreux

5.3      Guérison d’un paralytique

5.4      Appel de Lévi

5.5      Ce qui est vieux et ce qui est nouveau

6     Chapitre 6

6.1      Le Fils de l’homme est Seigneur du sabbat

6.2      Une guérison un jour de sabbat

6.3      Appel des apôtres

6.4      Les bienheureux et leur conduite

6.5      Enseignements divers

7     Chapitre 7

7.1      Guérison de l’esclave d’un centurion

7.2      Résurrection du fils de la veuve de Naïn

7.3      Épreuve de Jean le Baptiseur

7.4      Témoignage de Jésus à Jean

7.5      Une pécheresse chez Simon

8     Chapitre 8

8.1      Jésus et les siens

8.2      Parabole du Semeur

8.3      La mère et les frères de Jésus

8.4      Jésus dormant pendant l’orage

8.5      Le démoniaque de Gadara

8.6      À l’autre rive du lac

9     Chapitre 9

9.1      Envoi des douze apôtres

9.2      Le retour des apôtres

9.3      Jésus annonce sa mort

9.4      La transfiguration

9.5      Un démon que les disciples ne peuvent chasser

9.6      Qui est le plus grand

9.7      Quelqu’un qui chassait les démons

9.8      En chemin pour Jérusalem

9.9      À la suite de Jésus

10       Chapitre 10

10.1     Mission des soixante-dix

10.2     Les noms écrits dans les cieux

10.3     Un Samaritain allant son chemin

10.4     La bonne part

11       Chapitre 11

11.1     Enseignement à prier

11.2     À propos de la guérison d’un démoniaque muet

11.3     Un signe

11.4     L’œil simple

11.5     Jugement des formes religieuses

12       Chapitre 12

12.1     Le levain des pharisiens

12.2     Un homme insensé

12.3     La confiance en Dieu

12.4     Les serviteurs dans l’attente de leur Maître

12.5     Le service et ses conséquences

12.6     Effets de la présence de Jésus ici-bas

12.7     Avertissements aux foules

13       Chapitre 13

13.1     Tous sont passibles du jugement

13.2     Le figuier inutile

13.3     Guérison d’une infirme

13.4     Le royaume de Dieu

13.5     Comment on entre dans le royaume

13.6     Le Seigneur abandonne la maison d’Israël

14       Chapitre 14

14.1     Guérison d’un homme hydropique

14.2     Le choix d’une place

14.3     La pareille rendue à la résurrection

14.4     L’invitation au grand souper

14.5     Ce qu’il faut pour être disciple de Christ

15       Chapitre 15

15.1     La brebis perdue

15.2     La drachme perdue

15.3     L’enfant prodigue

15.3.1      Loin de la maison

15.3.2      Le retour

15.3.3      La réception

15.4     Le festin

15.5     Le fils aîné

16       Chapitre 16

16.1     L’économe infidèle

16.2     Les pharisiens se moquent de Jésus

16.3     Le riche et Lazare

17       Chapitre 17

17.1     Enseignement à pardonner

17.2     Faire ce qui est commandé

17.3     Les dix lépreux

17.4     Le royaume de Dieu

18       Chapitre 18

18.1     Exhortation à toujours prier

18.2     Le pharisien et le publicain

18.3     « Laissez venir à moi les petits enfants »

18.4     Un homme extrêmement riche

18.5     Jésus annonce ses souffrances et sa mort

18.6     L’aveugle de Jéricho

19       Chapitre 19

19.1     Zachée

19.2     Paraboles des mines

19.3     Témoignage rendu à Jésus comme roi

19.4     Jésus pleure sur Jérusalem

19.5     Jésus purifie le temple

20       Chapitre 20

20.1     Réponse de Jésus aux chefs du peuple

20.2     Parabole des cultivateurs de la vigne

20.3     Rendre les choses de César à César et celles de Dieu à Dieu

20.4     Les sadducéens interrogent Jésus

20.5     Question touchant le fils de David

21       Chapitre 21

21.1     L’offrande de la veuve

21.2     Prédictions touchant Jérusalem

21.3     Derniers avertissements

22       Chapitre 22

22.1     Judas s’engage à livrer son Maître

22.2     La Pâque

22.3     La Cène

22.4     Les disciples occupés de leur grandeur

22.5     Pierre averti de son reniement

22.6     Dernières instructions aux disciples

22.7     Jésus dans l’angoisse

22.8     Trahison de Judas

22.9     Reniement de Pierre

22.10       Jésus devant le Sanhédrin

23       Chapitre 23

23.1     Jésus devant Pilate

23.2     Deux nouveaux amis

23.3     Jésus renvoyé devant Pilate

23.4     Jésus conduit au supplice

23.5     Conversion d’un brigand

23.6     Mort de Jésus

23.7     Sépulture de Jésus

24       Chapitre 24

24.1     Les femmes au sépulcre

24.2     Sur le chemin d’Emmaüs

24.3     Jésus explique les Écritures

24.4     Jésus à Emmaüs

24.5     Jésus apparaît aux disciples rassemblés

24.6     Ascension du Seigneur

 

 

1                        Chapitre 1

1.1   Introduction

Dans ce troisième évangile, l’Esprit de Dieu nous présente Jésus sous son caractère de Fils de l’homme, apportant aux hommes, de la part de Dieu, la grâce dont tous ont besoin. Par conséquent, sur tout ce qui concerne l’humanité de Christ, nous trouvons plus de détails que dans les autres évangiles ; en même temps, sa parfaite divinité brille dans chaque page. Tout le long du récit inspiré, nous voyons Jésus comme l’homme que nous aurions pu rencontrer, si nous avions vécu à cette époque, mais, pour la foi, il était « plus beau que les fils des hommes », car la grâce était répandue sur ses lèvres (Psaume 45:2).

Déjà présenté comme Messie et Prophète, Jésus devait l’être aussi comme Fils de l’homme. À la chute du premier homme, il fut annoncé comme tel, lorsque Dieu dit au serpent, en parlant de la semence de la femme : « Elle te brisera la tête, et toi tu lui briseras le talon » (Genèse 3:15) Les prophètes l’annoncèrent ensuite comme Fils de l’homme (voir Psaumes 8:4 ; 80:17 ; Daniel 7:13), celui que Dieu avait en vue dans ses conseils éternels ; car Adam n’était que « la figure de celui qui devait venir » (Romains 5:14) ; il n’était pas fils de l’homme, ni semence de la femme, puisque Dieu l’avait créé homme fait, tandis que Jésus, pour être un homme, dut naître d’une femme. Quoique placé dans ce monde comme chef de la création, Adam perdit tout par son péché ; Dieu ne pouvait compter sur lui pour l’accomplissement de ses conseils. C’est pourquoi il avait ses regards dirigés sur son Fils, second homme, dernier Adam. « Quand il décrétait les fondements de la terre », est-il dit, « j’étais alors à côté de lui son nourrisson (ou son artisan), j’étais ses délices tous les jours, toujours en joie devant lui, me réjouissant en la partie habitable de sa terre, et mes délices étaient dans les fils des hommes » (Proverbes 8:29-31).

En venant dans ce monde, comme un homme, Jésus remplace donc le premier Adam ; il porte les conséquences de la chute, ôte le péché de devant Dieu, et, en vertu de la rédemption, il devient chef et héritier de tout ce que Dieu destinait à l’homme selon ses conseils. Le temps venu, il régnera comme tel sur l’univers entier, qu’il aura délivré du pouvoir de l’ennemi, jusqu’à ce qu’il remette le royaume à Dieu le Père pour l’état éternel (Daniel 7:13-14 ; 1 Corinthiens 15:24).

Cet évangile présente la grâce de Dieu d’une manière touchante ; elle s’étend à tous les hommes. C’est sans doute à cause de ce caractère universel de la grâce que l’auteur a été choisi, par l’Esprit de Dieu, en dehors des apôtres. Luc, très probablement un Gentil, l’adresse à un Grec nommé Théophile. Nous savons qu’au-dessus des intentions de Luc en écrivant au « très excellent Théophile », il y avait la pensée de Dieu qui l’a inspiré, afin que cet évangile nous parvienne comme expression de la vérité quant à Jésus, Fils de l’homme.

Luc était médecin (Colossiens 4:14). On sait peu de chose sur son compte ; mais, d’après les Actes des Apôtres, dont il est l’auteur et qui font suite à notre évangile, nous voyons qu’il a suivi fidèlement l’apôtre Paul jusqu’à la fin de son ministère (2 Timothée 4:10). À partir de la Troade (Actes 16:8-10), il se met au nombre de ceux qui étaient avec l’apôtre, disant : « nous » en parlant de Paul et de ceux qui l’accompagnaient et non plus « ils » comme il l’avait fait jusque-là. Paul place Luc, de même que Marc, au nombre de ses compagnons d’œuvre (Philémon 24).

Plusieurs personnes, outre les évangélistes inspirés, avaient rédigé un récit de la vie du Seigneur. Du reste, selon les historiens, parmi eux tous, Matthieu était le seul qui ait composé son livre lorsque Luc écrivit le sien (*). Mais ces autres récits ne nous sont pas parvenus, parce que, sans être faux, ils n’étaient pas inspirés de Dieu.

Luc s’intéressait à Théophile (ce nom signifie : ami de Dieu) et voulut qu’il acquière une pleine certitude des choses dans lesquelles il avait été instruit. Luc ayant suivi exactement tout ce qui concernait Jésus depuis le commencement l’écrivit par ordre (v. 1-4). L’Esprit de Dieu se servit de lui, par inspiration, afin de nous faire connaître la personne de Jésus sous ce caractère si précieux pour tous, de l’Homme divin apportant aux hommes la grâce merveilleuse offerte à tous. Le titre de « très excellent » donné a Théophile (v. 3) indique qu’il occupait probablement une place parmi les fonctionnaires du gouvernement romain. Félix et Festus portent le même titre en Actes 23:26 ; 24:3 et 26:25.

 

(*) On a lieu de croire que Matthieu écrivit en 38 et Luc en 63.

1.2   Apparition d’un ange à Zacharie

(v. 5-25). — Luc commence son récit au milieu du peuple d’Israël, organisé et jouissant d’une paix relative après les troubles et les persécutions qu’il avait endurés sous les rois syriens, depuis le retour de la captivité de Babylone. Hérode régnait en Judée ; il n’était cependant pas Juif, mais Iduméen, peuple descendant d’Ésaü. Comme nous le savons, ce roi, un cruel tyran, voulut se concilier la faveur des Juifs en reconstruisant et en embellissant leur temple. La sacrificature s’exerçait selon l’organisation établie par David en 1 Chroniques 24. Tout était en ordre extérieurement ; la maison était balayée de l’idolâtrie et ornée par les formes du culte de l’Éternel (Luc 11:25) ; mais, malgré cela, les Juifs et leurs chefs avaient leur cœur fort éloigné de Dieu. Cependant, au milieu de cet état de choses, quelques gens pieux étaient en relation avec Dieu et attendaient le libérateur promis. Parmi ceux-là se trouvaient un sacrificateur nommé Zacharie, de la classe d’Abia, ou Abija (1 Chroniques 24:10), et sa femme Élisabeth, d’entre les filles d’Aaron. « Ils étaient tous deux justes devant Dieu, marchant dans tous les commandements et dans toutes les ordonnances du Seigneur, sans reproche » (v. 6). Ils n’avaient pas d’enfants, sujet de grande humiliation pour une femme juive pieuse, car elle attendait la naissance du Messie selon la prophétie d’Ésaïe 7:14. Zacharie en avait fait un sujet de prières ; mais ils avançaient en âge tous deux, et n’avaient pas reçu d’exaucement. Un des jours où le sacrificateur accomplissait son service selon l’ordre de sa classe, « le sort lui échut d’offrir le parfum ». Pendant qu’il était dans le temple « un ange du Seigneur lui apparut, se tenant au côté droit de l’autel du parfum. Et Zacharie, le voyant, fut troublé, et la crainte le saisit. Et l’ange lui dit : Ne crains pas, Zacharie, parce que tes supplications ont été exaucées, et ta femme Élisabeth t’enfantera un fils, et tu appelleras son nom Jean » (*) (v. 12-13). Dieu aurait pu exaucer Zacharie sans envoyer un ange pour le lui faire savoir ; mais l’enfant qui devait naître avait une telle importance pour Dieu, qu’il fallait ce messager extraordinaire pour annoncer son arrivée. Nous apprenons par les paroles de l’ange que les prières de Zacharie avaient été exaucées, quoiqu’il n’ait reçu aucune réponse. Nous lisons en 1 Jean 5:14-15 : « Si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute ; et si nous savons qu’il nous écoute, ... nous savons que nous avons les choses que nous lui avons demandées ». Nous les avons ; Dieu ne dit pas quand il les donnera ; il a ses raisons pour faire attendre, même longtemps, car il fait tout avec sagesse ; il exerce la foi pour produire une pleine confiance en lui.

 

(*) Jean signifie : La faveur de Jéhovah.

Dans le cas de Zacharie, comme dans celui d’Abraham, lors de la naissance d’Isaac, Dieu montre qu’il est puissant pour accomplir ce qu’il veut. Il emploie des instruments pour l’accomplissement de ses desseins ; mais il faut que ces instruments soient nuls en eux-mêmes, afin que Dieu soit tout. La foi compte sur Dieu seul, et c’est ce qui l’honore, il est celui qui « appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient ». Il veut que l’on espère contre toute espérance, ainsi qu’Abraham l’a fait (Romains 4:17, 18).

L’ange continue en disant à Zacharie : « Et il sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse, et plusieurs se réjouiront de sa naissance ; car il sera grand devant le Seigneur, et il ne boira ni vin ni cervoise ; et il sera rempli de l’Esprit Saint déjà dès le ventre de sa mère » (v. 14-15) Telles sont les qualités de cet enfant : un sujet de joie et d’allégresse pour son père ; un sujet de réjouissance pour plusieurs ; il sera grand devant le Seigneur (voir chap. 7:28) ; il sera nazaréen, c’est-à-dire mis à part pour Dieu, en dehors de toute l’excitation des joies naturelles que produisent en figure le vin et les boissons fortes ; il sera rempli de l’Esprit Saint avant sa naissance. C’est dans une entière séparation de tout ce qui est charnel que le Saint Esprit peut opérer avec puissance pour amener l’accomplissement d’un vrai service pour le Seigneur, quel qu’il soit. Les versets 16:17 nous parlent de ce que Jean fera : « Il fera retourner plusieurs des fils d’Israël au Seigneur leur Dieu ». Sa prédication amènera au Seigneur, par la repentance, ceux qui l’écouteront. « Il ira devant lui — le Seigneur — dans l’esprit et la puissance d’Élie, pour faire retourner les cœurs des pères vers les enfants, et les désobéissants à la pensée des justes, pour préparer au Seigneur un peuple bien disposé ». La puissance et l’esprit d’Élie caractérisent le zèle que mettait ce prophète à ramener à son Dieu le peuple plongé dans l’idolâtrie des Baals. C’est ce qui caractériserait le ministère de Jean qui irait devant le Seigneur, afin de préparer, par la repentance, un peuple disposé à le recevoir.

Après avoir longtemps supplié le Seigneur de lui accorder un fils, Zacharie a de la peine à croire au message d’exaucement que l’ange lui apporte. Il demande comment la chose pourra se faire, puisque lui et sa femme sont fort âgés. Il oubliait que celui qu’il avait invoqué était Dieu, et que lui seul pouvait accomplir ce qu’il voulait, peu importaient les moyens qu’il trouvait bon d’employer. Étonné qu’un homme raisonne sur la parole de Dieu, l’ange lui dit : « Moi, je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu, et j’ai été envoyé pour te parler et t’annoncer ces bonnes nouvelles » (v. 19). Toujours dans la présence de Dieu et pénétré de sa grandeur et de sa puissance, l’ange ne peut comprendre cette incrédulité ; aussi, dit-il : « Tu seras muet et tu ne pourras point parler jusqu’au jour où ces choses arriveront, parce que tu n’as pas cru mes paroles qui s’accompliront en leur temps » (v. 20). Les anges trouvent de même étrange que l’homme ne se conforme pas à l’ordre établi de Dieu à la création, ainsi que le dit Paul à l’égard de la femme en 1 Corinthiens 11:10.

Zacharie fut retenu dans le temple plus que de coutume par l’apparition de l’ange, et le peuple qui était dehors et priait, à l’heure du parfum, s’étonnait de ce que le sacrificateur ne reparaisse pas. Lorsqu’il sortit, il ne put leur parler que par des signes. Néanmoins il termina les jours de son service avant de rentrer chez lui.

L’espoir d’avoir un fils réjouit fort Élisabeth, heureuse de ce que Dieu avait ôté l’opprobre de dessus elle.

 

1.3   Apparition d’un ange à Marie

(v. 26-38). — Six mois environ après l’apparition de l’ange Gabriel à Zacharie, il apparut aussi à une vierge, nommée Marie, qui habitait à Nazareth en Galilée. Plus de cinq cents ans auparavant, nous trouvons ce même ange envoyé par Dieu à Daniel, le prophète, pour lui annoncer deux grands événements ; le premier (chap. 8) touchant un puissant ennemi du peuple Juif, qui apparaîtra encore à la fin, le roi du nord ; et le second (chap. 9), concernant l’époque de l’avènement de Christ et son rejet (v. 21-27).

L’ange dit à Marie en entrant auprès d’elle : « Je te salue, toi que Dieu fait jouir de sa faveur ! Le Seigneur est avec toi ; tu es bénie entre les femmes ». (v. 28). Troublée à l’ouïe de cette salutation, Marie se demanda ce que cela pouvait être. L’ange ajouta : « Ne crains pas, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu ». Ces dernières paroles rassurèrent la jeune femme ; elle n’avait rien à craindre, puisqu’elle était l’objet de la grâce de Dieu, tandis que les premières paroles de l’ange lui apprenaient quelle immense faveur Dieu lui accordait en la faisant devenir la mère du Sauveur, privilège désiré avec ardeur par toute femme pieuse en Israël. On trouve encore aujourd’hui des femmes juives qui espèrent devenir la mère du Messie, car elles ne croient pas qu’il est déjà venu.

Après cela l’ange annonça à Marie qu’elle enfanterait un fils, qui s’appellerait Jésus, nom qui signifie : Jéhovah-Sauveur, et il ajouta : « Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; et il régnera sur la maison de Jacob à toujours, et il n’y aura pas de fin à son royaume » (v. 32-33). De telles gloires appartenaient à celui qui deviendrait fils de Marie, mais qui, en même temps, était Fils du Très-haut. Fils de Dieu de toute éternité, il devient le Fils de l’homme. Il naît ici-bas fils de David, par Marie qui appartenait à la famille de ce roi, afin de régner à toujours sur la maison de Jacob. La royauté ne passerait plus de mains en mains, comme celle des rois de la terre (voir Daniel 2:44 ; 7:14 et 27). Comme Messie ou Christ, fils de David, il régnera sur Israël, et, comme Fils de l’homme, sur l’univers entier, jusqu’à ce qu’il ait remis le royaume à Dieu le Père pour l’état éternel, alors que le ciel et la terre passeront. Toutes ces gloires appartenaient à l’enfant qui devait naître. Mais bien qu’il devrait être parfaitement homme, l’ange a soin de dire à Marie : « La sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu ». Car si le Fils de Dieu devenait homme, mystère insondable, cela ne pouvait avoir lieu que par l’intervention de la puissance du Saint Esprit, et non par la volonté humaine. Ce petit enfant, en naissant, serait absolument saint, séparé de toute la souillure de l’humanité déchue, car ce qui vient de Dieu ne peut être souillé, même en revêtant l’humanité.

Il importe de maintenir la vérité à l’égard de l’humanité du Seigneur Jésus, en présence de l’incrédulité actuelle, et même d’une certaine foi que l’on rencontre aujourd’hui, mélangée au raisonnement humain, et qui, de fait, n’est plus la foi. La foi croit Dieu et ne cherche pas à comprendre afin de croire. Il suffit de savoir que Jésus, le Fils de Dieu, est né ici-bas, comme la Parole nous l’apprend dans ce chapitre. Que nous le considérions dans une crèche, comme nous allons le voir ; qu’il fasse taire les vents et la mer, qu’il ressuscite les morts, qu’il soit cloué sur une croix ou vu dans la gloire à la droite de la Majesté dans les hauts cieux, il est toujours le même, un homme qui est Dieu, aussi bien homme que Dieu, et l’un et l’autre en même temps. Seule la forme sous laquelle il est vu change, la personne ne change pas (Ps. 102:27 ; Philippiens 2:6-8 ; Colossiens 2:9). Pour expliquer comment cela peut se faire, en dehors de ce que la Parole nous en dit, il faudrait que nous soyons Dieu, et si nous étions Dieu, il ne serait pas nécessaire de nous l’expliquer, car Dieu connaît tout. Il y a un seul Dieu et nous sommes des hommes, c’est-à-dire des êtres dépendants de lui, faibles, souillés, pécheurs, perdus, intelligents, il est vrai, mais d’une intelligence qui ne peut dépasser les limites de la création matérielle et qui erre dès qu’elle veut les dépasser. L’intelligence est loin, du reste, de pouvoir explorer bien profondément le domaine infini qui lui appartient. Mais, par le péché, l’homme demeure sans intelligence quant à Dieu et aux choses de Dieu (Romains 3:11). C’est pourquoi il doit croire Dieu. S’il croit, il reçoit une nouvelle nature qui, par le Saint Esprit, le rend intelligent pour connaître les choses de Dieu, car il est dit : « Or l’homme animal, — c’est-à-dire l’homme qui n’est animé que par son âme et non par la vie de l’Esprit — ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie » (1 Cor. 2:14).

Nous devons nous estimer trop heureux de savoir que le Fils de Dieu a voulu devenir un homme pour nous sauver, sans que nous ayons à discuter sur le fait de l’union de l’humanité et de la divinité, vérité qui demeure, même pour le croyant, un mystère impénétrable qu’il contemple en adorant. Jésus dit en Matthieu 11:27 : « Personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ». Mais revenons à notre sujet tel que ce chapitre nous le présente.

Avant de se retirer, l’ange annonça à Marie qu’Élisabeth, femme de Zacharie, sa parente, aurait aussi un fils malgré sa vieillesse, car, dit-il : « Rien ne sera impossible à Dieu ». Tout ce qui concerne la rédemption, le règne de Christ, des cieux nouveaux et une nouvelle terre, sans parler de la première création, sont choses impossibles aux hommes ; mais, grâce à Dieu, rien ne lui est impossible, et son activité si puissante s’est déployée en faveur de pauvres pécheurs perdus, tels que nous. Malgré la ruine de la première création, Dieu accomplira ses conseils, envers son peuple terrestre et tous les hommes.

 

1.4   Visite de Marie à Élisabeth

(v. 39-56). — En ces jours-là, Marie alla voir sa parente qui habitait une ville des montagnes de Juda. Dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, remplie de l’Esprit Saint, elle s’écria : « Tu es bénie entre les femmes, et béni est le fruit de ton ventre ! Et d’où me vient ceci, que la mère de mon Seigneur vienne vers moi ? Car voici, dès que la voix de ta salutation est parvenue à mes oreilles, le petit enfant a tressailli de joie dans mon ventre. Et bienheureuse est celle qui a cru ; car il y aura un accomplissement des choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur » (v. 42-45).

Quelle scène merveilleuse se passait dans l’humble habitation de Zacharie entre ces deux femmes choisies de Dieu pour l’accomplissement de ses conseils éternels ! Le ciel seul en était témoin et pouvait l’apprécier ; mais ces humbles femmes, retirées du monde, sous la puissance de l’Esprit de Dieu, entraient par la foi dans les choses merveilleuses qui occupaient leur cœur et celui de Dieu. Jamais dans l’histoire de l’humanité il n’y eut en perspective, dans des milieux si humbles, la naissance de personnages si glorieux : le Roi des rois et le plus grand des prophètes. La vraie grandeur ici-bas ne se trouve pas dans ce qui a de l’apparence selon les hommes, mais dans ce qui est de Dieu. Maintenant, par la foi, nous pouvons non seulement admirer ce qui se passait dans la demeure de Zacharie, mais pénétrer dans les conséquences glorieuses et éternelles résultant de la venue de Jésus dans ce monde. Élisabeth dit de Marie : « Bienheureuse est celle qui a cru ; car il y aura un accomplissement des choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur ». À celui qui croit appartiennent les choses que Dieu dit. Si Dieu adresse un message au pécheur, les choses qui lui sont dites s’accompliront certainement. Si Dieu dit : « Quiconque croit en lui reçoit la rémission des péchés » (Actes 10:43), celui qui croit a ses péchés remis, c’est-à-dire pardonnés. Il en va de même pour toutes les promesses de Dieu pour la vie pratique. « Aura-t-il dit, et ne fera-t-il pas ? Aura-t-il parlé, et ne l’accomplira-t-il pas ? » (Nombres 23:19).

À l’ouïe des paroles d’Élisabeth, Marie célébra l’Éternel en ces termes : « Mon âme magnifie le Seigneur, et mon esprit s’est réjoui en Dieu mon Sauveur, car il a regardé l’humble état de son esclave ; car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse ; car le Puissant m’a fait de grandes choses, et son nom est saint ; et sa miséricorde est de générations en générations sur ceux qui le craignent. Il a agi puissamment par son bras ; il a dispersé les orgueilleux dans la pensée de leur cœur ; il a fait descendre les puissants de leurs trônes, et il a élevé les petits ; il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et il a renvoyé les riches à vide ; il a pris la cause d’Israël, son serviteur, pour se souvenir de sa miséricorde (selon qu’il avait parlé à nos pères) envers Abraham et envers sa semence, à jamais ».

(v. 46-55). Dans ce cantique Marie célèbre le Seigneur (*) en rapport avec la bénédiction d’Israël qu’il a visité pour accomplir les promesses faites à Abraham, promesses qui ne pouvaient avoir lieu que par Christ, puisque, sur le pied de la loi, les Juifs avaient tout perdu par leur désobéissance. Marie, dans son humilité, manifeste l’état du peuple ou résidu, dans sa faiblesse, objet de la miséricorde de Dieu qui l’élèvera à la bénédiction promise. Ce cantique ressemble beaucoup à celui d’Anne (1 Samuel 2) qui célèbre l’élévation des humbles, la délivrance de ceux qui s’attendent à l’Éternel et le jugement des méchants. La foi parle comme si tout était accompli, soit chez Anne, soit chez Marie. Il en va toujours de même lorsque Dieu parle ou qu’il entre en scène, alors que rien ne se voit encore.

 

(*) Dans ces premiers chapitres, le mot Seigneur correspond à l’Éternel, Jéhovah, et le désigne.

Après un séjour de trois mois chez Élisabeth, Marie retourna chez elle.

 

1.5   Naissance de Jean le Baptiseur

(v. 57-80). — Le fils promis à Zacharie naquit. Ses voisins et ses parents, apprenant que le Seigneur avait « magnifié sa miséricorde » envers Élisabeth, se réjouirent avec elle. On voit qu’elle avait vécu dans la retraite, jouissant seule — sinon avec Marie — de la faveur dont elle fut l’objet dans son âge avancé. La conscience d’être un objet particulier de la grâce de Dieu rend humble et empêche la vanterie qui est toujours charnelle ; mais, le moment venu, le Seigneur enseigne à parler pour lui rendre témoignage ; il délie la langue pour le glorifier lui seul. Huit jours après sa naissance, l’enfant devait être circoncis, selon la loi, et recevoir un nom. D’après la coutume israélite, les parents de Zacharie voulaient que son fils portât le nom de son père. Zacharie étant muet, Élisabeth leur dit : « Non, mais il sera appelé Jean ». Ils lui répondirent : « Il n’y a personne dans ta parenté qui soit appelé de ce nom ». Interrogé, Zacharie demanda des tablettes (*) et y écrivit : « Jean est son nom ». Cette déclaration étonna fort les assistants et à l’instant la bouche de Zacharie fut ouverte, pour déclarer publiquement ce qui, jusqu’alors, avait appartenu à la foi seulement. Tous les voisins de Zacharie et d’Élisabeth étaient dans la crainte ; ce qui a lieu lorsque la présence ou l’action de Dieu se manifestent dans ce monde, car Dieu reste étranger à l’homme à la suite du péché. Dans tout le pays des montagnes de Judée, on s’entretenait de ces choses ; ceux qui les entendaient les retenaient dans leur cœur et disaient : « Que sera donc cet enfant ? Et la main du Seigneur était avec lui ».

 

(*) Faute de papier, on employait, pour y noter les choses courantes, des planchettes de bois enduites de cire sur lesquelles on gravait les mots au moyen d’une tige de métal pointue. L’autre extrémité, aplatie, permettait d’effacer ce qu’on avait écrit.

La langue de Zacharie étant déliée, il s’écria, rempli de l’Esprit Saint : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, car il a visité et sauvé son peuple, et nous a suscité une corne de délivrance dans la maison de David son serviteur, selon ce qu’il avait dit par la bouche de ses saints prophètes, qui ont été de tout temps, une délivrance de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent ; pour accomplir la miséricorde envers nos pères et pour se souvenir de sa sainte alliance, du serment qu’il a juré à Abraham notre père, de nous accorder, étant libérés de la main de nos ennemis, de le servir sans crainte, en sainteté et en justice devant lui, tous nos jours » (v. 67-75). Chose remarquable, ces paroles de Zacharie ont pour sujet non la naissance de son fils, mais l’accomplissement des promesses par la venue de Christ dans ce monde. Christ fait toujours le sujet de la louange et de l’adoration, comme il en est et en sera éternellement l’objet. Jésus n’est pas encore là ; il ne s’agit encore que de la naissance de son précurseur, qui motive cette louange, mais tout se voit comme accompli : « Il a visité et sauvé son peuple ». Il « a suscité une corne de délivrance dans la maison de David son serviteur » (Une corne est l’emblème d’une puissance royale). Les prophéties allaient s’accomplir. Le peuple serait délivré de ses ennemis pour servir Dieu sans crainte, car il ne l’avait fait qu’au prix de terribles persécutions au cours des siècles précédents. En fait, rien n’a pu avoir lieu à cause du rejet du Messie, mais tout est garanti pour le millénium ; la foi de Zacharie en jouissait, comme Abraham lorsque, grâce à la même foi, il avait vu le jour du Seigneur, jour de l’accomplissement des promesses (Jean 8:56). Nous jouissons de la pensée que ce règne de paix va arriver, quand nous voyons le monde bouleversé à la suite d’une guerre jusqu’ici sans pareille.

Zacharie continue sa prophétie quant à son fils, mais en rapport avec Christ, quand il dit : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut : car tu iras devant la face du Seigneur pour préparer ses voies, pour donner la connaissance du salut à son peuple, dans la rémission de leurs péchés, par les entrailles de miséricorde de notre Dieu, selon lesquelles l’Orient d’en haut nous a visités, afin de luire à ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, pour conduire nos pieds dans le chemin de la paix » (v. 76-79). Vu l’état de péché où se trouvaient les Juifs, Dieu ne pouvait accomplir ses promesses qu’en les délivrant de leurs péchés ; il était disposé à les leur remettre, moyennant la repentance. C’est pourquoi Jean devait précéder le Seigneur et préparer les cœurs à le recevoir, en les invitant à se repentir. Alors le roi pourrait établir son règne. Nous savons que le peuple comme tel n’écouta ni le précurseur, ni le Messie ; mais l’établissement du règne n’est que différé ; il est assuré par le sang de la nouvelle alliance versé à la croix, alors que le Roi des Juifs servait de victime pour leurs péchés et non seulement pour les leurs, mais pour le monde entier.

Ce grand et merveilleux chapitre se termine ainsi : « Et l’enfant croissait et se fortifiait en esprit ; et il fut dans les déserts jusqu’au jour de sa manifestation à Israël ». Trente ans s’écoulèrent durant lesquels nous ne savons rien de sa vie qui se passa en dehors d’un peuple qui était pour Dieu comme un désert, sauf quelques personnes qui nous sont présentées au commencement de cet Évangile. Matthieu nous dit seulement que Jean était vêtu d’un vêtement de poil de chameau et d’une ceinture de cuir autour de ses reins, et que sa nourriture était du miel sauvage. Il vivait séparé de tout, même des siens, dans un nazaréat complet, avec l’austérité d’un prophète qui portait le caractère d’Élie, pour ramener à Dieu son peuple qui s’était éloigné de lui. Nous verrons que le Sauveur, en venant apporter la grâce aux pécheurs repentants, avait un caractère plus populaire, tout en étant le Nazaréen parfait.

 

2                        Chapitre 2

2.1   Naissance de Jésus

(v. 1-7). — Michée avait annoncé que la naissance de Jésus aurait lieu à Bethléem (chap. 5:2) : « Et toi, Bethléhem Éphrata, bien que tu sois petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit dominer en Israël, et duquel les origines ont été d’ancienneté, dès les jours d’éternité ». Nous avons vu, au chapitre précédent, que Marie habitait Nazareth et non Bethléhem. Pour que l’Écriture s’accomplit, Dieu se servit d’un édit de César Auguste, le premier empereur romain et l’un des plus puissants, qui prescrivait le recensement de toute la population de l’empire. Chacun devait se rendre dans sa propre ville pour y être inscrit. Obéissant à l’ordre d’Auguste, Joseph et Marie qui appartenaient à la famille de David, se rendirent à Bethléhem, la ville de leur ancêtre royal. Le recensement n’eut lieu que plus tard, lorsque Cyrénius eut le gouvernement de la Syrie. Dieu ne se préoccupe pas du dénombrement qui se fait dans les empires du monde ; ce qui lui importait, c’était l’accomplissement des Écritures. Et Auguste ne se doutait guère qu’il devait ordonner, à une date trop hâtive, le recensement de ses peuples, afin que Celui qui, un jour, gouvernera le monde entier naquît au lieu indiqué par les prophètes. Dieu dispose de tout pour accomplir sa volonté, que ce soit un empereur, un grand poisson, une ânesse, un lion.

Quoique Bethléhem ait été la ville de David et que le couple venu de Nazareth ait appartenu à la famille royale, la naissance de Jésus, le Messie, Roi des rois et Seigneur des seigneurs, n’eut pas lieu dans l’opulence. Dieu venant sur la terre pour sauver sa créature et affranchir la création de la servitude de la corruption, ne pouvait entrer dans ce monde au sein du luxe que l’homme y a introduit pour chercher à oublier les conséquences du péché. Le Sauveur du monde apparut ici-bas dans les conditions qui se rapprochent le plus de celles où se trouvait Adam après son péché, lorsque Dieu, en prononçant le jugement du serpent, annonça que la semence de la femme briserait la puissance du Diable, qui, sous la forme du serpent, venait de placer l’homme sous les conséquences du péché.

En Orient, maintenant encore, beaucoup de maisons se composent d’une cour intérieure et d’un rez-de-chaussée assez vaste où gens et bêtes trouvent un abri pendant la nuit ou le mauvais temps. Tel est le lieu où Marie mit au monde l’enfant Jésus, qu’elle emmaillotta et coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie. Il y en aurait eu, sans doute, pour quelque grand personnage, mais non pour ce pauvre couple venu de Galilée, pour un charpentier. Cependant le petit enfant qui venait de naître « serait grand », avait dit l’ange à Marie ; il serait appelé « Fils du Très-haut ». Dans le langage prophétique, Ésaïe avait parlé de lui en ces termes : « Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, et le gouvernement sera sur son épaule ; et on appellera son nom : Merveilleux, Conseiller, Dieu fort, Père du siècle, Prince de paix. À l’accroissement de son empire, et à la paix, il n’y aura pas de fin, sur le trône de David et dans son royaume, pour l’établir et le soutenir en jugement et en justice, dès maintenant et à toujours » (Ésaïe 9:6-7). Pour le moment, cette grandeur était cachée au monde. Jésus, le Fils de l’homme, faisait son entrée parmi les hommes dans l’humilité la plus profonde, sous l’empire Gentil qu’il détruira un jour. Dans la condition la plus obscure, il continuera son chemin, s’abaissant toujours, afin d’être accessible à tous et de mettre à la portée de chacun la grâce qu’il offrait. Et cette vie, commencée ici-bas dans une étable, se terminera à la croix, car Jésus, s’étant anéanti comme Dieu, trouvé en figure comme un homme, est devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix (Philippiens 2:6-8), afin de sauver le pécheur.

 

2.2   Les bergers de Bethléhem

(v. 8-14). — Si, quant au monde, la naissance de Jésus a lieu dans une obscurité complète, il n’en est pas de même pour le ciel. Dieu ne peut laisser passer un événement d’une si grande importance pour Lui sans le faire connaître. Mais qui choisira-t-il pour révéler ce fait merveilleux et pour dire ce que le ciel en pense ? Ce ne sera ni la cour de Rome, ni celle d’Hérode, ni même les souverains sacrificateurs. Toute cette scène merveilleuse doit se dérouler dans le même cadre, dans un humble milieu où les cœurs, n’ayant rien ici-bas, peuvent s’unir au ciel pour donner gloire à Dieu. « Il y avait dans la même contrée des bergers demeurant aux champs, et gardant leur troupeau durant les veilles de la nuit. Et voici, un ange du Seigneur se trouva avec eux, et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux ; et ils furent saisis d’une fort grande peur ». À ces humbles personnages, mais connus de Dieu, un ange est envoyé du ciel ; la gloire du Seigneur les environne pendant que leur Sauveur et Seigneur repose dans une crèche ; cette gloire les effraie, mais ils seront rassurés lorsqu’ils verront celui qui a quitté cette gloire et s’est anéanti comme Dieu pour venir les sauver. L’ange dit aux bergers : « N’ayez point de peur, car voici, je vous annonce un grand sujet de joie qui sera pour tout le peuple ; car aujourd’hui, dans la cité de David, vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et ceci en est le signe pour vous, c’est que vous trouverez un petit enfant emmaillotté et couché dans une crèche » (v. 10-12). Ce n’était, en effet, pas un sujet de peur, mais de joie pour ces bergers, comme pour tout le peuple, que l’apparition d’un ange avec la gloire du Seigneur, venant annoncer la naissance du Christ, le Sauveur du peuple et du monde. Cette scène ne présentait rien pour la gloire de l’homme. La cité de David était une pauvre bourgade ; ce qui causait cette grande joie, c’était un petit enfant couché dans une crèche. Mais ce qui est grand et glorieux, ce qui a de l’importance, aujourd’hui comme alors, c’est ce qui revêt ce caractère pour Dieu. Dieu ne se préoccupe pas des appréciations des hommes, car à l’égard des pensées de Dieu, « il n’y a personne qui ait de l’intelligence » (Romains 3:11). « Dieu a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde, et celles qui sont méprisées, et celles qui ne sont pas, pour annuler celles qui sont ; en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Corinthiens 1:27-28). Quand le Seigneur sera manifesté en gloire, il en ira tout autrement : la gloire des hommes disparaîtra pour faire place à celle de Dieu, alors que « la terre sera pleine de la connaissance de la gloire de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer » (Habakuk 2:14). En ce jour-là : « l’Éternel seul sera haut élevé » (Ésaïe 2:11).

« Et soudain il y eut avec l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu, et disant : Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts ; et sur la terre, paix ; et bon plaisir dans les hommes ! » (v. 13, 14). En attendant que Dieu fût glorifié dans l’univers entier, il l’était à ce moment-là par le chœur céleste. Un ange annonce le message aux bergers, mais une multitude d’anges proclame et célèbre les conséquences, pour Dieu et les hommes, de l’apparition dans ce monde du petit enfant couché dans la crèche. Trois choses merveilleuses sont annoncées :

« Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts ! » La venue de Christ établit la gloire de Dieu dans les lieux très-hauts par la victoire du bien sur le mal, car Satan avait voulu ôter à Dieu sa gloire en amenant l’homme et toute la création sous le jugement. Au contraire, Dieu serait glorifié au milieu de la scène de mal où se trouve l’homme sous les conséquences du péché, en faisant triompher la grâce et obtenant ainsi une gloire qu’il n’aurait pas eue s’il avait exécuté sur les hommes le jugement que tous avaient mérité.

« Sur la terre, paix ». Nous ne voyons pas la paix établie dans ce monde depuis la venue de Jésus jusqu’à nos jours, malgré tous les efforts des nations en vue de cela. Mais nous savons qu’il y a un règne de paix pour cette création, tourmentée depuis si longtemps par les conséquences du péché ; elle sera « affranchie de la servitude de la corruption », dit Paul, en Romains 8:21, et cela, par l’Homme qui venait de naître à Bethléhem. Sans sa naissance et sa vie d’obéissance jusqu’à la mort, la terre fût demeurée sous la puissance de Satan, dans l’agitation et le trouble jusqu’à sa destruction. Bientôt le Fils de l’homme apparaîtra dans toute sa gloire, pour établir son règne de paix sur la terre ; en ce jour-là personne ne pourra s’opposer à lui : Satan sera lié et les méchants seront comme le chaume dans l’ardeur du feu (Malachie 4:1).

Enfin la multitude de l’armée céleste proclame le « bon plaisir » de Dieu dans les hommes, dans les termes mêmes que Dieu emploie pour exprimer son bon plaisir en la personne de Jésus au baptême de Jean (chap. 3:22), manifesté par le fait que Jésus entrait dans ce monde dans la forme d’un homme. Dieu n’a pas pris son plaisir dans les anges ; il n’a pas pris leur cause pour sauver ceux qui sont tombés, mais celle des hommes qu’il veut amener dans la même relation avec lui-même que son propre Fils qui sera au milieu des rachetés, « premier-né entre plusieurs frères » (Romains 8:29).

Que la grâce de Dieu est merveilleuse dans le don de son propre Fils, pour accomplir ses desseins ! Il a trouvé sa gloire à sortir cette création de dessous les conséquences du péché et à placer dans sa faveur les hommes coupables de tous les maux dont souffre la création. Nous comprenons que Dieu ait voulu faire célébrer par les multitudes de l’armée céleste la naissance de Celui par lequel s’accompliront ces choses magnifiques ; car les hommes demeuraient étrangers à ce qui se passait à Béthléhem cette nuit-là. La naissance de Jésus et sa mort sur la croix sont les faits les plus glorieux des annales de l’éternité ; le ciel ne pouvait garder le silence.

 

2.3   Visite des bergers

(v. 15-20). — Lorsque les anges se furent retirés, les bergers dirent entre eux : « Allons donc jusqu’à Bethléhem, et voyons cette chose qui est arrivée que le Seigneur nous a fait connaître. Et ils allèrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche » (v. 15-16). Les nouvelles qu’ils avaient entendues touchant ce petit enfant produisirent chez les bergers le désir de le voir. Il doit en être de même pour nous aujourd’hui ; plus nous apprenons ce qu’est Jésus pour Dieu et pour nous, plus le désir de le voir grandit dans nos cœurs, et plus il nous pousse à en apprendre davantage. Bientôt, avec les bergers et les rachetés, nous contemplerons, dans toutes ses gloires, Celui qui était couché dans la crèche de Bethléhem. Nous voyons dans ces hommes ce qui caractérise la foi : elle ne s’occupe que de ce que Dieu dit ; elle n’élève aucun raisonnement sur ses paroles, ni sur les moyens par lesquels elles s’accomplissent. Le signe qui fit reconnaître aux bergers le Christ, le Seigneur, était un petit enfant emmaillotté et couché dans une crèche. Le message de Dieu leur en révélait la valeur. Leur foi le discernait aussi bien sous cette forme, que celle du brigand le voyait en l’homme crucifié à ses côtés, là où le centurion romain a reconnu le Fils de Dieu. À son apparition, le « signe » sera aussi lui-même, le Fils de l’homme venant en gloire (Matthieu 24:30).

« L’ayant vu, ils divulguèrent la parole qui leur avait été dite touchant ce petit enfant » (v. 17). Quel affermissement la foi de Marie ne reçut-elle pas par les paroles que rapportèrent les bergers ! Il est dit que tous ceux qui les apprirent s’en étonnèrent ; mais Marie « gardait toutes ces choses par devers elle, les repassant dans son cœur » (v. 19). Puissions-nous tous, après avoir entendu parler du Seigneur, ne pas être seulement impressionnés, étonnés, mais garder et repasser dans nos cœurs les paroles qui nous ont entretenus d’une telle personne ! C’est là le moyen d’en profiter et d’apprendre à connaître toujours mieux notre Sauveur, notre Seigneur, notre vie, notre modèle, et le but que nous avons à poursuivre ici-bas. Occupés d’un tel objet, nous serons gardés des convoitises de ce monde ; nous ressemblerons à Jésus dans toute notre vie, ce qui fera de nous ses véritables témoins. Pour ceux qui ne trouvent en Jésus aucun attrait, aucune beauté, dans le cœur desquels son nom n’éveille aucun besoin de le voir, ni d’entendre quelque chose de lui, que Dieu veuille ouvrir leur cœur afin qu’ils le reçoivent comme Sauveur, car dans cet état-là ils sont perdus, et peuvent, d’un instant à l’autre, être appelés à comparaître devant Dieu.

Après avoir vu le petit enfant et avoir rapporté les paroles de l’ange, « les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu de toutes les choses qu’ils avaient entendues et vues, selon qu’il leur en avait été parlé » (v. 20). Bienheureux ceux qui sont en communion de pensées avec Dieu au sujet de son Fils, aujourd’hui comme alors !

Nous sommes très près, chers lecteurs, d’un événement glorieux, conséquence de celui qui nous occupe dans ce chapitre, et qui se passera d’une manière plus inaperçue des hommes que la naissance de Jésus, puisqu’il aura lieu en un clin d’œil. Vous savez tous quel il est. Vous réjouit-il ?

 

2.4   Siméon

(v. 21-35). — Les parents de Jésus, — c’est ainsi que Marie et Joseph sont appelés au v. 27, — accomplirent à son égard tout ce que la loi exigeait. Au temps voulu, ils le portèrent au temple à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, car l’Éternel avait un droit spécial sur tous les premiers-nés d’Israël (Exode 13:2), parce qu’ils avaient été épargnés en Égypte lors de la destruction des premiers-nés des Égyptiens. Puis un sacrifice de purification devait être offert au bout de trente-trois jours, selon Lévitique 12. Le sacrifice de Joseph et de Marie montre qu’ils étaient pauvres, tout en appartenant à la famille de David. La loi prévoyait le cas où des parents ne pourraient pas offrir un agneau : ils le remplaçaient par deux tourterelles ou deux jeunes colombes. Joseph et Marie présentèrent deux colombes. Toutes les circonstances font ressortir dans quel abaissement est venu celui qui « vécut dans la pauvreté pour nous enrichir ».

Pendant que Marie et Joseph se trouvaient dans le temple, un vieillard nommé Siméon y arriva, conduit par l’Esprit de Dieu. « Il était juste et pieux, et il attendait la consolation d’Israël ». Sa justice pratique et sa piété ne lui permettaient pas de s’accommoder de l’état de choses qui caractérisait le peuple ; il connaissait la promesse d’un libérateur ; il l’attendait. Dieu, répondant à sa fidélité, l’avait averti « par l’Esprit Saint qu’il ne verrait pas la mort, que premièrement il n’eût vu le Christ du Seigneur ». C’est le même Esprit qui le conduisit au temple afin d’y rencontrer le libérateur promis. « Comme les parents apportaient le petit enfant Jésus pour faire à son égard selon l’usage de la loi, il le prit entre ses bras et bénit Dieu et dit : Maintenant, Seigneur, tu laisses aller ton esclave en paix selon ta parole ; car mes yeux ont vu ton salut, lequel tu as préparé devant la face de tous les peuples : une lumière pour la révélation des nations, et la gloire de ton peuple Israël » (v. 27-32). De même que Marie et Zacharie, Siméon voit dans l’avènement de l’enfant Jésus l’accomplissement des promesses faites aux pères, savoir, la bénédiction d’Israël et des nations. Il a tenu dans ses bras le petit enfant, cela lui suffit ; il peut s’en aller en paix. La parole de Dieu l’avait encouragé dans sa foi en l’assurant de la délivrance ; maintenant il a vu le salut de Dieu, le moyen par lequel Dieu sauvera son peuple et accomplira toutes ses promesses.

Joseph et Marie s’étonnaient des choses dites de Jésus. On voit qu’ils n’avaient pas compris les gloires de cet enfant merveilleux, ni toutes les conséquences glorieuses de sa venue ici-bas. Siméon les bénit et dit à Marie : « Voici, celui-ci est mis pour la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et pour un signe que l’on contredira (et même une épée transpercera ta propre âme), en sorte que les pensées de plusieurs cœurs soient révélées » (v. 34-35). Enseigné de Dieu, Siméon comprend l’effet que produirait au milieu du peuple plongé dans le péché la présence du bien suprême. Jésus serait une occasion de chute pour ceux qui le rejetteraient et de relèvement pour ceux qui le recevraient. Il devrait endurer la contradiction « des pécheurs contre lui-même » (Hébreux 12:3), et Marie aurait l’âme transpercée en voyant rejeter et mourir celui qu’elle pouvait appeler son fils. On se représente aisément la souffrance de cette mère, témoin de tout ce que Jésus endura de la part des Juifs durant son ministère d’amour qui se termina par sa mort à la croix.

 

2.5   Anne

(v. 36-38). — En même temps que Siméon, une femme pieuse, fort avancée en âge, Anne, une prophétesse, se trouvait dans le temple qu’elle ne quittait pas. Elle servait Dieu en jeûnes et en prières, nuit et jour. Survenant à ce moment, elle louait le Seigneur et parlait de lui à tous ceux qui, à Jérusalem, attendaient la délivrance apportée par le Messie. Malachie en avait parlé : « Alors ceux qui craignent l’Éternel ont parlé l’un à l’autre, et l’Éternel a été attentif et a entendu, et un livre de souvenir a été écrit devant lui pour ceux qui craignent l’Éternel, et pour ceux qui pensent à son nom » (chap. 3:16). Malachie décrit l’état moral dans lequel se trouvait le peuple depuis le retour de la captivité jusqu’à la naissance du Seigneur. Le peuple lui-même était satisfait de son état qui, extérieurement, paraissait en ordre, mais n’avait que la forme de la piété, comme la chrétienté actuellement. Une personne pieuse comme Anne ne pouvait que jeûner et prier dans un milieu semblable. Le jeûne indiquait qu’elle ne prenait aucune part à la satisfaction et aux jouissances du peuple. Par la prière elle s’attendait à Dieu qui seul était sa part et pouvait seul amener le changement nécessaire pour jouir de la bénédiction promise. Le service de cette pieuse femme, en attendant la naissance du Christ, est le même pour ceux qui aujourd’hui attendent la venue du Seigneur. Elle ne quittait pas le temple, lieu de bonheur et de paix pour l’Israélite pieux. Au Psaume 84:1-2, 4, 10, David exprime en ces termes ses sentiments et ceux du résidu d’Israël chassé de son pays aux derniers jours : « Combien sont aimables tes demeures, ô Éternel des armées ! Mon âme désire, et même elle languit après les parvis de l’Éternel... Bienheureux ceux qui habitent dans ta maison ; ils te loueront incessamment... Car, un jour dans tes parvis vaut mieux que mille ». Actuellement, le croyant peut réaliser individuellement la présence de Dieu, en vivant à part du mal, et collectivement là où deux ou trois sont réunis au nom du Seigneur. Nous avons donc le privilège de vivre, comme Anne, séparés du monde, dans la présence de Dieu en jeûnes et en prières, et aussi en parlant du Seigneur à tous ceux qui l’attendent. Ainsi, nous serons bien placés pour avertir ceux qui ne connaissent pas le Seigneur, qui s’étourdissent dans un monde mûr pour le jugement.

Peu nombreux étaient ceux qui craignaient l’Éternel et qui pensaient à son nom en attendant la délivrance. Malachie dit qu’ils « parlaient l’un à l’autre » ; mais l’Éternel prêtait attention à ces entretiens. Un livre de souvenir était écrit devant lui pour ceux qui le craignaient et pensaient à son nom. Les rois inscrivaient dans un livre les exploits que leurs sujets accomplissaient pour eux (voir Esther 2:23 et 6:1-2). Ainsi Dieu enregistre encore maintenant les grandes actions de ceux qui le craignent et agissent en conséquence, en attendant la délivrance par la venue du Seigneur. Comme le résidu d’alors, ils sont le trésor particulier du Seigneur. Quelle grande chose, en effet, que de pouvoir, comme Anne et ses semblables, nous comporter dans ces temps de la fin de manière à donner satisfaction au cœur du Seigneur, alors petit enfant, maintenant personne glorifiée que nous attendons. Qu’il s’agisse de la venue du Seigneur à sa naissance, ou pour enlever les saints, ou encore pour régner, il apparaît toujours « à ceux qui l’attendent » (Hébreux 9:28).

Anne avait vécu sept ans avec un mari et l’avait perdu depuis quatre-vingt-quatre ans environ. Elle était donc très âgée. Avec les chiffres donnés, cette femme peut représenter le peuple d’Israël : les sept ans passés avec son mari seraient une figure du temps pendant lequel Israël réalisait sa relation avec Dieu au commencement de son histoire, sept exprimant un temps parfait ; et quatre-vingt-quatre ans — 7 fois 12 — représenteraient le temps pendant lequel ce malheureux peuple était comme une veuve sans son mari, parce qu’il avait rejeté son Dieu.

 

2.6   Enfance de Jésus

(v. 39-52). — Dieu n’a pas trouvé à propos de nous donner l’histoire de la vie de Jésus dès sa naissance jusqu’à son entrée dans son ministère. Mais l’Esprit de Dieu, en choisissant Luc pour nous présenter tout particulièrement l’humanité de Christ, nous parle suffisamment de ce temps dans le reste de notre chapitre, pour préserver notre esprit de toute pensée imaginaire et erronnée à l’égard de la divinité et de l’humanité de ce précieux Sauveur, en nous montrant que, de la crèche à la croix, Jésus avait toujours conscience de sa divinité, en même temps qu’il réalisait tout ce qui appartient à une humanité parfaite, de sa naissance jusqu’à l’âge mûr.

Se laissant aller à leur imagination, certaines personnes ont prétendu que Jésus, avant le commencement de son ministère, accomplissait des miracles en travaillant avec Joseph à son métier de charpentier, et ont allégué d’autres faits encore que la Parole ne mentionne pas. Il faut rejeter tout ce que l’on a raconté de Jésus pendant les trente premières années de sa vie, sauf ce que nous en disent les deux premiers chapitres de Luc.

Lorsque Marie et Joseph eurent accompli tout ce que la loi exigeait, « ils s’en retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville ». C’est dans cette cité et dans cette contrée méprisées que devait s’écouler, humblement, la vie de Jésus avant sa présentation au peuple. Ce séjour lui valut le nom dédaigneux de Nazarénien. Rien dans sa vie, durant ce temps-là, n’avait attiré l’attention des hommes ; Jean le Baptiseur ne le connaissait pas, les habitants de Galilée encore moins ; il était connu d’eux comme « le fils du charpentier », et même comme « le charpentier » (Marc 6:3).

Au v. 40, nous lisons : « Et l’enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse ; et la faveur de Dieu était sur lui ». Son évolution intellectuelle et physique suivait un cours absolument naturel et normal, toujours en rapport avec son âge. Il était rempli de sagesse. Sa vie humaine avait une origine divine. Sa sagesse était aussi parfaite que son développement physique ; aucune trace de péché n’entravait sa croissance. La faveur de Dieu ne pouvait que reposer sur un tel enfant.

Comme tout Israélite devait le faire selon la loi, les parents de Jésus allaient chaque année à Jérusalem, « à la fête de Pâque ». Lorsque Jésus eut douze ans, il y monta aussi avec eux. La fête terminée, Joseph et Marie reprirent le chemin de la Galilée avec leurs compatriotes. Croyant Jésus dans la troupe des voyageurs, ils firent une journée de marche avant de s’apercevoir qu’il ne les suivait pas. Aussitôt ils revinrent à Jérusalem à sa recherche. Après trois jours, « ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Et tous ceux qui l’entendaient s’étonnaient de son intelligence et de ses réponses » (v. 46-47). Remarquez comment tout est parfait dans l’attitude de cet enfant de douze ans, au milieu des docteurs juifs : « Il les écoutait et les interrogeait ». Il aurait pu les enseigner, mais il aurait abandonné la perfection de son humanité correspondant à son âge ; car il ne sied pas à un enfant de douze ans d’enseigner des docteurs, parmi lesquels pouvaient se trouver des vieillards ; sa sagesse et son intelligence extraordinaires se manifestaient par ses réponses et ses questions qui étonnaient son entourage. Interroger et répondre à ce qu’on lui demande, c’est ce qui convient à un enfant. Plus tard, c’est l’enseignement de Jésus qui surprendra les Juifs. En Marc 1:22, il est dit : « Et ils s’étonnaient de sa doctrine ; car il les enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes ». Les huissiers envoyés pour le prendre reviennent en disant : « Jamais homme ne parla comme cet homme » (Jean 7:46). En attendant, Jésus suit le développement humain en tout ce qui convient à son âge. Il se soumet, en venant dans ce monde, aux lois naturelles que lui-même, comme Dieu, avait créées. Combien l’humanité de Christ est merveilleuse, qu’on la considère dans son enfance, aussi bien que dans son ministère ! Cela fait aussi admirer et comprendre cet amour merveilleux, source et cause de l’abaissement volontaire de celui qui a consenti à devenir homme au milieu des hommes pour leur manifester l’amour de Dieu et prendre sur lui les conséquences de leur désobéissance sous le jugement de Dieu.

Lorsque les parents de Jésus le trouvèrent au milieu des docteurs, « ils furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait ainsi ? Voici, ton père et moi nous te cherchions, étant en grande peine. Et il leur dit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père » (v. 48-49). Marie et Joseph ne comprenaient pas que, pour un enfant doué d’un pareil développement spirituel, il y avait quelque chose qui l’attirait plus à Jérusalem que le retour immédiat, après la fête, aux affaires de la vie ordinaire. « Les affaires de son Père » occupaient son cœur. À Jérusalem, dans la maison de Dieu, il se sentait naturellement attiré de ce côté-là. C’était en parfait accord avec le développement qu’il avait atteint et dont ses parents ne pouvaient se rendre compte : ils ne comprenaient pas suffisamment sa relation avec Dieu, dont lui-même avait toujours conscience, lui, le Fils de Dieu. « Et ils ne comprirent pas la parole qu’il leur disait » (v. 50). Quelle merveille qu’un tel enfant dans ce monde ! mais quel sujet d’adoration et de reconnaissance pour ceux qui, éclairés par l’Esprit de Dieu, peuvent contempler sa personne et dire : « C’est pour moi que le Fils de Dieu a été trouvé tel ici-bas ! »

« Et il descendit avec eux, et vint à Nazareth, et leur était soumis. Et sa mère conservait toutes ces paroles dans son cœur » (v. 51). Lors même que Marie ne pouvait entrer intelligemment dans tout ce qu’était Jésus, son cœur éprouvait une jouissance profonde à conserver ses paroles qui, sans doute, lui devinrent plus intelligibles plus tard. Jésus « leur était soumis » : paroles que doivent méditer tous les enfants aujourd’hui où l’on travaille si activement à développer l’intelligence de la jeunesse en la meublant de beaucoup de choses, autrefois réservées à un âge plus avancé. Il n’est pas rare de voir des enfants se prévaloir de leur prétendue supériorité intellectuelle pour ne pas se soumettre à leurs parents qu’ils considèrent comme des arriérés dans la voie du progrès. Que pensent-ils de Jésus qui était Dieu, qui possédait la toute-science et la toute-puissance, et qui pourtant était soumis à des parents humains incapables de s’élever à la hauteur de ses propres pensées ? Nous aimons à répéter que la plénitude de la déité, qui habitait en lui corporellement, ne l’a jamais empêché de réaliser la perfection de l’humanité ; celle-ci ne consiste ni dans la grandeur, ni dans la puissance selon les hommes, mais dans la dépendance et l’obéissance absolues. Modèle de l’homme fait, Jésus est aussi le modèle de l’enfant. Que Dieu nous accorde à tous de l’i