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SIMPLES ENTRETIENS SUR LES ÉVANGILES
Samuel Prod’hom
Ces Simples Entretiens sur les Évangiles sont une étude biblique ayant parue dans un périodique pour enfants intitulé «la Bonne Nouvelle annoncée aux Enfants».
Table des matières :
2.1 Chapitre 1 v. 1-17 — La généalogie de Jésus Christ
2.2 Chapitre 1 v. 18 à 25 — Naissance du Seigneur
3.1 Chapitre 2 v. 1-12 — Les mages
3.2 Chapitre 2 v. 13-18 — Hérode et les enfants de Bethléhem
3.3 Chapitre 2 v. 19-23 — Retour d’Égypte
4.1 Chapitre 3 v. 1-12 — Jean le Baptiseur
4.2 Chapitre 3 v. 13-15 — Baptême de Jésus
4.3 Chapitre 3 v. 16, 17 — Le Saint Esprit descendant sur Christ
5.1 Chapitre 4 v. 1-11 — La tentation
5.2 Chapitre 4 v. 1-3 — Première tentation
5.3 Chapitre 4 v. 5-7 — Seconde tentation
5.4 Chapitre 4 v. 8-11 — Troisième tentation
5.5 Chapitre 4 v. 12-17 — Retour de Jésus en Galilée
5.6 Chapitre 4 v. 18-22 — Appel des disciples
5.7 Chapitre 4 v. 23-25 — Activité de Jésus
6.1 Chapitre 5 — Le sermon sur la montagne
6.2 Chapitre 5 v. 1-12 — Les «bienheureux»
6.3 Chapitre 5 v. 13-16 — Sel et lumière
6.4 Chapitre 5 v. 17-37 — La loi maintenue et dépassée dans le royaume
7.1 Chapitre 6 v. 1-18 — Manière de pratiquer la piété
7.2 Chapitre 6 v. 19-34 — Le but de la vie
8.1 Chapitre 7 v. 1-12 — Conduite envers autrui
8.2 Chapitre 7 v. 13, 14 — Chemin étroit et chemin large
8.3 Chapitre 7 v. 15-23 — Faux prophètes et faux ouvriers
8.4 Chapitre 7 v. 24 à 29 — Conclusion
9.1 Chapitre 8 v. 1-15 — Trois guérisons
9.2 Chapitre 8 v. 16, 17 — À la suite de Jésus
9.3 Chapitre 8 v. 18-22 — À la suite de Jésus
9.4 Chapitre 8 v. 28 à 34 — Au pays des Gergéséniens
10.1 Chapitre 9 v. 1-9 — Guérison d’un paralytique
10.2 Chapitre 9 v. 9-13 — Appel de Matthieu
10.3 Chapitre 9 v. 14-17 — Le vin nouveau et les vieilles outres
10.4 Chapitre 9 v. 18-26 — Résurrection d’une jeune fille
10.5 Chapitre 9 v. 27-34 — Guérison de deux aveugles et d’un muet
10.6 Chapitre 9 v. 35-38 — Les brebis sans berger
11 Chapitre 10 — Mission des douze disciples
12.1 Chapitre 11 v. 1-6 — Les disciples de Jean auprès de Jésus
12.2 Chapitre 11 v. 7 à 19 — Jésus rend témoignage à Jean
12.3 Chapitre 11 v. 20-24 — Reproches de Jésus
12.4 Chapitre 11 v. 25-30 — La révélation du Père
12.5 Chapitre 11 — Appel au Sauveur
13.1 Chapitre 12 v. 1 à 8 — Le Fils de l’homme Seigneur du sabbat
13.2 Chapitre 12 v. 9-13 — Guérison d’un homme ayant la main sèche
13.3 Chapitre 12 v. 22-32 — Le blasphème contre l’Esprit
13.4 Chapitre 12 v. 33 à 37 — Bon trésor et mauvais trésor
13.5 Chapitre 12 v. 38-42 — Le signe de Jonas
13.6 Chapitre 12 v. 43 à 45 — Le sort d’Israël incrédule
13.7 Chapitre 12 — La mère et les frères du Seigneur
14.1 Chapitre 13 — Parabole du semeur
14.2 Chapitre 13 v. 10-17 — Pourquoi Jésus parlait en paraboles
14.3 Chapitre 13 v. 18-23 — Explication de la parabole du semeur
14.4 Chapitre 13 — Les six paraboles du royaume des cieux
14.4.1 Chapitre 13 — v. 24-30 — Parabole de l’ivraie
14.4.2 Chapitre 13 v. 31, 32 — Parabole du grain de moutarde
14.4.3 Chapitre 13 v. 33 — Parabole du levain
14.4.4 Chapitre 13 v. 36-43 — Explication de la parabole de l’ivraie
14.4.5 Chapitre 13 v. 44 — Parabole du trésor
14.4.6 Chapitre 13 v. 45, 46 — Parabole de la perle de grand prix
14.4.7 Chapitre 13 v. 47, 48 — Parabole du filet
14.5 Chapitre 13 — Jésus dans son pays
15.1 Chapitre 14 v. 1-12 — Mort de Jean le Baptiseur
15.2 Chapitre 14 v. 13-21 — Multiplication des pains
15.3 Chapitre 14 v. 22, 23 — Jésus sur la montagne
15.4 Chapitre 14 v. 24-33 — Les disciples dans la tempête
16.1 Chapitre 15 v. 1-11 — La tradition
16.2 Chapitre 15 v. 12-20 — La source de toute souillure
16.3 Chapitre 15 v. 21-28 — La femme cananéenne
16.4 Chapitre 15 v. 29-39 — Seconde multiplication des pains
17.1 Chapitre 16 v. 1-14 — Un signe
17.2 Chapitre 16 v. 5-12 — Disciples oublieux
17.3 Chapitre 16 v. 13-20 — Confession de Pierre
17.4 Chapitre 16 — L’Assemblée
17.6 Chapitre 16 v. 21-28 — Jésus annonce sa mort
18.1 Chapitre 17 v. 1-8 — La transfiguration
18.2 Chapitre 17 v. 9-13 — Élie
18.3 Chapitre 17 v. 14-21 — Impuissance des disciples pour chasser un démon
18.4 Chapitre 17 v. 24-27 — Les didrachmes
19.1 Chapitre 18 v. 1-5 — Ceux qui entrent et ceux qui sont grands dans le royaume
19.2 Chapitre 18 v. 6-10 — Les occasions de chute
19.3 Chapitre 18 v. 10-14 — La valeur d’un seul petit enfant
19.4 Chapitre 18 v. 15-17 — Comment régler les torts entre frères ?
19.5 Chapitre 18 v. 18-20 — Je suis là au milieu d’eux
19.6 Chapitre 18 v. 21-35 — Comment pardonner ?
20.1 Chapitre 19 v. 1-12 — Question touchant le mariage
20.2 Chapitre 19 v. 13, 14 — Encore les petits
20.3 Chapitre 19 v. 16-26 — Le jeune homme riche
20.4 Chapitre 19 v. 27-30 — Récompense des douze
21.1 Chapitre 20 v. 1-16 — L’ouvrier de la onzième heure
21.2 Chapitre 20 v. 17-19 — En chemin pour Jérusalem
21.3 Chapitre 20 v. 29-34 — Guérison de deux aveugles
22.1 Chapitre 21 v. 1-11 — Entrée royale de Jésus à Jérusalem
22.2 Chapitre 21 v. 12-17 — Jésus dans le temple
22.3 Chapitre 21 v. 18-22 — Le figuier stérile
22.4 Chapitre 21 v. 23-32 — Jésus et les chefs du peuple
22.5 Chapitre 21 v. 33-41 — Parabole des cultivateurs de la vigne
22.6 Chapitre 21 v. 42-46 — La maîtresse pierre de coin
23.1 Chapitre 22 v. 1-14 — Les noces du fils du roi
23.2 Chapitre 22 v. 15-22 — À qui payer le tribut ?
23.3 Chapitre 22 v. 23-33 — Question des sadducéens quant à la résurrection
23.4 Chapitre 22 v. 34-40 — Question des pharisiens
23.5 Chapitre 22 v. 41-46 — Question de Jésus aux pharisiens
24.1 Chapitre 23 v. 1-12 — Discours de Jésus aux foules et aux disciples
24.2 Chapitre 23 v. 13-39 — Sept fois «malheur»
25.1 Chapitre 24 v. 1-3 — Question des disciples touchant le temple
25.2 Chapitre 24 v. 4-14 — Première partie de la réponse de Jésus
25.3 Chapitre 24 v. 15-28 — Seconde partie de la réponse de Jésus
25.4 Chapitre 24 v. 20-31 — La venue du Fils de l’homme
25.5 Chapitre 24 — À quoi l’on connaîtra la proximité de la venue du Fils de l’homme
25.6 Chapitre 24 v. 36-44 — Exhortations à la vigilance
25.7 Chapitre 24 v. 45-51 — L’esclave établi sur les domestiques de la maison
26.1 Chapitre 25 v. 1-13 — Parabole des dix vierges
26.2 Chapitre 25 v. 14-30 — Parabole des talents
26.3 Chapitre 25 v. 31 à 41 — Le trône du Fils de l’homme
27.2 Chapitre 26 v. 3-5 — Premier conseil chez Caïphe
27.3 Chapitre 26 v. 6-13 — Jésus chez Simon le lépreux
27.4 Chapitre 26 v. 14-16 — Judas vend son Maître
27.5 Chapitre 26 v. 17-25 — La dernière Pâque
27.6 Chapitre 26 v. 26-30 — Institution de la Cène
27.7 Chapitre 26 v. 31-35 — Avertissement donné aux disciples
27.8 Chapitre 26 v. 36-46 — Gethsémané
27.9 Chapitre 26 v. 47-56 — Arrestation de Jésus
27.10 Chapitre 26 v. 57-68 — Comparution devant Caïphe
27.11 Chapitre 26 v. 69-75 — Reniement de Pierre
28.1 Chapitre 27 v. 1-10 — Fin de Judas
28.2 Chapitre 27 v. 11-26 — Jésus devant Pilate
28.3 Chapitre 27 v. 27-44 — La crucifixion
28.4 Chapitre 27 v. 45-49 — L’abandon de Dieu
28.5 Chapitre 27 v. 50-61 — Mort et ensevelissement de Jésus
28.6 Chapitre 27 v. 62-66 — La garde au sépulcre
29.1 Chapitre 28 v. 1-14 — Résurrection de Jésus
29.2 Chapitre 28 v. 5-10 — Apparition de l’ange aux femmes
29.3 Chapitre 28 v. 16-20 — Jésus et ses disciples en Galilée
Le mot évangile signifie : «Bonne nouvelle». En effet, quelle bonne nouvelle que celle qui présente aux hommes un Sauveur parfait, expression de l’amour de Dieu pour eux !
Nos lecteurs savent que les Évangiles sont au nombre de quatre et que tous, ils racontent la vie du Seigneur Jésus ici-bas. Mais vous êtes-vous demandé pourquoi Dieu nous a donné quatre écrits inspirés pour faire connaître la vie de son Fils bien-aimé dans ce monde, lorsqu’il semble qu’un seul aurait suffi ? La raison se trouve dans le fait que le Seigneur devait être présenté sous des caractères divers. Un récit unique ne pouvait convenir à l’Esprit de Dieu pour montrer, dans ses gloires diverses, celui dont les prophètes avaient parlé, qui était tout à la fois le Messie promis aux Juifs, le fils de David, Emmanuel (Dieu avec nous), le Serviteur et prophète, le Fils de l’homme, celui qui tout en étant la semence de la femme était en même temps le Fils de Dieu, Dieu lui-même. Il a fallu, pour révéler une Personne si glorieuse, quatre récits qui le présentent sous les quatre grands caractères dont les prophètes avaient parlé.
MATTHIEU place devant nous le Seigneur sous le caractère de Messie promis aux Juifs, il est appelé au premier verset : «Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham».
MARC raconte la vie du Seigneur comme répondant au caractère de prophète ou de serviteur dont Ésaïe, entre autres, a parlé (Chap. 42:1 ; 49:3, 5, 6 ; 52:13 ; 62:11). Le Psaume 40 le montre comme ayant annoncé la justice dans la congrégation d’Israël (v. 9, 10). Moïse a annoncé un prophète que l’Éternel susciterait au peuple (Deutéronome 18:15, etc.). Voilà déjà deux caractères du Seigneur qui occupent une grande place dans l’Ancien Testament : celui de Messie et celui de Serviteur.
Le troisième, non moins glorieux, est celui que LUC présente : le Fils de l’homme, l’homme selon les conseils de Dieu. Le premier homme, Adam, a, par son péché, perdu droit à tout, sauf au jugement. Le second homme, semence de la femme — ce qu’Adam n’était pas, puisqu’il n’était pas né de femme — hérite, en vertu de la rédemption, de tout ce que le premier a perdu ; c’est pourquoi il dut mourir et tout racheter ; aussi c’est à lui, l’homme parfait, qu’appartiennent la gloire et la domination sur toute la création, comme on le voit (Psaume 8:3 à 9 et Daniel 7:13 et 14).
Il reste encore le plus glorieux des caractères de Christ : celui de Fils de Dieu, celui sans lequel les trois autres ne pouvaient avoir leur réalisation parfaite, car le Messie, le Serviteur, le Fils de l’Homme, devait être le Fils de Dieu, Dieu manifesté en chair, le Créateur des cieux et de la terre qui est la lumière et la vie des hommes (Jean 1:4). C’est l’apôtre JEAN qui nous le présente comme Fils de Dieu ici-bas.
Ces quelques mots aideront nos lecteurs à entrevoir les glorieuses raisons que Dieu a eues pour faire écrire quatre récits concernant la présentation de son Fils bien-aimé aux hommes. Vous comprendrez qu’il est absurde d’unifier ces récits comme certains hommes le voudraient, sous prétexte de rendre les Évangiles plus compréhensibles, en abolissant les différences et les prétendues contradictions qui s’y trouvent ; ils n’ont pas compris que ce sont quatre récits différents, et très différents, et non quatre répétitions plus ou moins concordantes.
L’évangéliste conduit par l’Esprit de Dieu, et non remis aux soins de sa mémoire, a, dans chacun des Évangiles, rapporté les récits, les miracles, les paraboles, qui servaient à mettre en relief les caractères du Seigneur que Dieu voulait présenter ; de là proviennent les différences que l’on y trouve. Tout ce que le Seigneur a dit et fait, quoique parfait, n’était pas nécessaire pour présenter la vérité à l’égard de sa Personne ; aussi ce qui était utile à un évangile ne l’était pas toujours à l’autre, comme le confirme l’exemple suivant : Matthieu annonce la naissance du Messie, le roi des Juifs ; ce sont des mages, des gens de cour royale, qui viennent lui rendre l’hommage dû à un roi ; ils lui apportent des dons, de l’or, de l’encens et de la myrrhe ; tout y est en rapport avec le caractère de roi. Marc, qui présente le ministère du Serviteur, ne parle pas de sa naissance. Il n’est pas nécessaire de connaître la naissance ou la généalogie d’un serviteur ; on attend de lui l’accomplissement de son service. Luc, au contraire, entre dans beaucoup de détails relatifs à la naissance du Fils de l’homme, la semence de la femme, entrant dans ce monde dans l’humilité la plus profonde. Il est adoré par d’humbles bergers dans une étable ; et les anges qui célèbrent sa naissance disent : «Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ; et sur la terre, paix ; et bon plaisir dans les hommes» (Luc 2:14). Tout cela, avec d’autres détails encore, est en accord parfait avec le caractère de Fils de l’homme. En Jean, pourrait-il y avoir une généalogie ou une naissance, puisque le sujet est le Fils de Dieu ? Absolument pas ! «Au commencement — des choses créées — était la Parole ;... et la Parole était Dieu» (Jean 1:1). Et lorsqu’il s’agit de sa présence au milieu des hommes, il est dit : «Et la Parole devint chair, et habita au milieu de nous (et nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un fils unique de la part du Père)» (Jean 1:14). On voit que pas un détail de chacun de ces récits ne peut être remplacé par ceux d’un autre. En en faisant un seul, on ne distingue plus rien. Il en est ainsi tout au long des quatre évangiles, quoique ce ne soit pas toujours facile à discerner.
Le Seigneur Jésus est donc présenté en Matthieu comme l’objet des promesses et des prophéties faites au peuple de l’Éternel (on pense qu’il a été écrit pour les croyants d’entre les Juifs, afin de fortifier leur foi en la personne de leur Messie que le peuple avait rejeté ; de là viennent les nombreuses citations de l’Ancien Testament, surtout d’Ésaïe, qui a beaucoup parlé du Christ). La généalogie est, comme le premier verset l’indique, celle de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham, l’héritier des promesses faites à Abraham, et l’héritier du trône de David. Elle part d’Abraham et traverse trois séries de quatorze générations chacune, pour arriver à Joseph, le mari de Marie, mère de Jésus. C’est la généalogie officielle du Seigneur, seule valable pour les Juifs, parce qu’elle devait être la généalogie paternelle ; elle était donc celle de Joseph, qui était estimé parmi les Juifs être le père de Jésus (voir Luc 3:23). Les trois séries de générations correspondent aux trois grandes phases de l’histoire d’Israël depuis l’appel d’Abraham : d’Abraham à David (v. 2 à 6) ; de David à la transportation de Babylone (v. 7 à 11) ; et de la transportation à la naissance de Christ (v. 12 à 16).
Si la venue du Christ au milieu de son peuple répondait aux promesses faites dès longtemps, elle était toutefois en rapport avec la grâce de Dieu envers le peuple ; et le Seigneur naissant dans ce monde ne pouvait pas surgir d’une race d’hommes illustres dont l’histoire serait sans taches, puisqu’il descendait ici-bas comme Sauveur d’une race perdue. Sa gloire ne provenait donc pas de ses pères selon la chair, mais bien de ce qu’il était en lui-même, venu du ciel pour apporter la grâce et la vérité. Ainsi c’est sur le pied de la pure grâce qu’il est en rapport avec son peuple. Aussi voyons-nous dans cette généalogie glorieuse pour le Juif orgueilleux de descendre d’Abraham et de David, des noms qui nous rappellent de tristes choses ; car à côté d’hommes d’heureuse mémoire, tels qu’Abraham, David, Ézéchias, Josias, nous voyons des rois impies tels que Joram, Achaz, Manassé.
En outre, l’Esprit de Dieu a trouvé bon de mentionner des personnes faciles à omettre dans une généalogie officielle, si Dieu n’avait pas eu des raisons spéciales pour les citer ; ce sont quatre femmes au souvenir desquelles se rattachent des faits humiliants dans l’histoire des ancêtres. Thamar (v. 3), rappelle l’immoralité de Juda. Rahab (v. 5), une prostituée cananéenne, reçut les espions envoyés par Josué à Jéricho. Ruth (v. 5), n’a rien de déshonorant dans sa vie, sauf qu’elle était une Moabite, — et l’Éternel avait dit de ce peuple qu’ils n’entreraient jamais dans la congrégation d’Israël. Puis le nom de la mère de Salomon (v. 6) rappelle le grave péché de David qui avait fait mourir Urie à la guerre pour prendre sa femme.
Mais si ces noms font honte au cœur naturel qui cherche des sujets de gloire dans l’homme, les péchés qu’ils rappellent font ressortir l’immense grâce de Dieu qui s’est occupé de tels êtres en leur donnant un Sauveur. Nous ne pouvons entrer dans l’histoire de chacune de ces femmes ; nous y verrions l’activité de leur foi, car là où la grâce de Dieu opère, il y a aussi des œuvres qui en sont le fruit. Puis Dieu leur a accordé l’honneur de figurer dans la généalogie du Messie. Combien il est vrai que là où le péché a abondé, la grâce a surabondé (Romains 5:20).
Le récit de la naissance du Christ, très court dans notre évangile, est raconté de manière à établir par les Écritures que Jésus, méconnu et rejeté par son peuple, était bien le Messie promis. L’évangéliste montre que sa naissance eut lieu conformément à cette prophétie d’Ésaïe 7:14 : «Voici, la vierge concevra et elle enfantera un fils, et appellera son nom Emmanuel» (Emmanuel veut dire : Dieu avec nous). Un ange annonça à Joseph qu’il ne devait pas craindre de prendre la vierge Marie pour sa femme, car elle mettrait au monde un fils, qui, tout en étant bien fils de Marie, serait d’origine divine, ainsi que son nom l’indiquait. L’ange lui dit : «Tu appelleras son nom Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés». Jésus signifie : l’Éternel-Sauveur. Ce nom nous dit que le Christ est bien l’Éternel, mais l’Éternel-Sauveur, entrant dans ce monde par la naissance comme un homme, afin de sauver les pécheurs du milieu de son peuple et du monde entier.
La personne du Seigneur Jésus est merveilleuse et insondable. Il est homme tout en étant Dieu. Il fallait qu’il en soit ainsi pour que nous ayons un Sauveur. Il fallait qu’il soit homme pour pouvoir mourir ; mais il fallait qu’il soit Dieu afin de triompher de la mort, ressusciter et entrer dans la gloire, frayant ainsi au croyant le chemin qui délivre du jugement et amène jusque dans la sainte présence de Dieu. Aussi l’union de la divinité et de l’humanité de Christ est-elle un mystère insondable, que Dieu seul connaît et qui fait le sujet de notre adoration et de nos louanges dès maintenant et pour l’éternité. La personne du Seigneur est si glorieuse qu’il dit lui-même : «Personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père». Mais il dit aussi : «Personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils voudra le révéler» (Matthieu 11:27). Puissent ceux de nos lecteurs qui ne sont pas encore sauvés, ne pas méconnaître plus longtemps un tel Sauveur ; car : «Comment échapperons-nous, si nous négligeons un si grand salut ?» (Hébreux 2:3).
Au moment de la naissance du Seigneur, des mages en Orient virent une étoile par laquelle ils comprirent que le roi des Juifs était né. Ces mages, qui s’occupaient d’astrologie, de magie et de certaines sciences, étaient en honneur dans les cours royales. Ceux qui sont mentionnés ici, tout en appartenant à cette classe de savants, étaient sans doute pieux ; ils savaient qu’un roi était promis aux Juifs et ils l’attendaient (Nombres 24:17). Avertis de sa naissance par l’apparition de cette étoile, ils se mirent en route afin de lui rendre hommage. Arrivés à Jérusalem, ils demandent à voir le roi des Juifs qui a été mis au monde, s’attendant sans doute à trouver la ville remplie de joie par cet événement. Hélas ! il n’en était rien. Le peuple n’attendait pas plus son roi que les peuples chrétiens n’attendent aujourd’hui la venue du Seigneur Jésus (1 Thessaloniciens 1:10).
Lorsque Hérode apprit l’arrivée des mages et le but de leur visite, il fut troublé et tout Jérusalem avec lui. Il réunit donc les principaux sacrificateurs et les scribes, pour leur demander où le Christ devait naître. Ils lui répondirent : «À Bethléhem de Judée ; car il est ainsi écrit par le prophète : Et toi, Bethléhem, terre de Juda, tu n’es nullement la plus petite parmi les gouverneurs de Juda, car de toi sortira un conducteur qui paîtra mon peuple Israël» (v. 5, 6 et cf. Michée 5:2).
Le trouble causé par la nouvelle de la naissance du roi promis par les Écritures, nous fait voir dans quel triste état se trouvait le peuple. Ramenés de la captivité, conservés sur leur terre, au travers de mille difficultés, pour attendre leur Messie ; gémissant sous le joug des Romains ; ayant sur eux un roi exécrable, le misérable Hérode (*), un étranger ; possédant les Écritures qui leur annonçaient la délivrance par l’arrivée de leur vrai roi, le fils de David, les Juifs ne l’attendent nullement ; au contraire, sa naissance les troubla au lieu de les réjouir. Cela nous fait voir que la présence de Dieu gêne les hommes plus que leurs maux et leurs peines. Hélas ! comme nous l’avons dit : Aujourd’hui, avec la lumière du christianisme, on n’attend pas davantage le Seigneur, et pourtant chacun, comme les sacrificateurs et les scribes d’alors, possède la parole de Dieu qui enseigne clairement que le Seigneur va revenir. Il y a longtemps que l’Église professante a perdu de vue cette vérité, qui déplaît au cœur naturel et qui effraie le monde, car après l’enlèvement des saints, éclateront les jugements apocalyptiques. «Le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit. ...Alors une subite destruction viendra sur eux ... et ils n’échapperont point» (1 Thessaloniciens 5:1-3), tandis qu’il apparaîtra «à salut à ceux qui l’attendent» (Hébreux 9:28). Tous nos lecteurs l’attendent-ils ?
(*) Cet Hérode est appelé dans l’histoire «Hérode le Grand». D’origine Iduméenne (les Iduméens étaient issus d’Edom et n’avaient aucun droit à régner en Israël), il était par un de ses nombreux mariages, allié à la célèbre famille juive des Macchabées. C’est par finesse qu’il obtint des Romains le trône de Judée. Véritable tyran, cruel, ambitieux, il faisait mourir tous ceux qui lui portaient ombrage, dans le peuple comme dans sa famille. Soupçonneux, méfiant, ce qui arrive lorsqu’on a mauvaise conscience, il se débarrassait de ce qui le gênait. Cela fait comprendre le peu de cas qu’il fit de la vie des petits enfants de Bethléhem, pensant atteindre dans le nombre un prétendant au trône qu’il occupait à tort. Pour rendre son règne tolérable aux Juifs, qui naturellement le haïssaient, il fit restaurer splendidement le temple de Jérusalem. On travailla quarante-six ans à cette reconstruction ; c’est à ce temps que les Juifs font allusion en Jean 2:20. Hérode mourut l’année après le massacre des enfants de Bethléhem, après un règne de trente-quatre ans.
Son fils Archélaüs lui succéda ; il fut aussi cruel que son père. Son règne fut court.
Hérode, dont il est parlé dans les évangiles, pendant le ministère du Seigneur, était un autre fils d’Hérode le Grand, mais il était, comme nous le voyons en Luc 3:1, tétrarque de la Galilée (Le titre de Tétrarque désignait à l’origine celui qui gouvernait la quatrième partie d’un État démembré). Il régna jusqu’après la mort du Seigneur.
Le roi Hérode, nommé Hérode-Agrippa I dans l’histoire, dont il est parlé au chap. 12 des Actes, sans être fils du précédent, était petit-fils d’Hérode le Grand et roi de Judée.
Agrippa II devant lequel l’apôtre fit son apologie à Césarée, était aussi un Hérode, fils du précédent.
Personne n’était plus troublé à Jérusalem qu’Hérode, le faux roi des Juifs. Aussi appela-t-il secrètement les mages pour savoir quand l’étoile leur était apparue ; puis il les envoya à Bethléhem, leur disant de revenir auprès de lui lorsqu’ils auraient trouvé le petit enfant, feignant de vouloir, lui aussi, lui rendre hommage, tandis que son cœur était rempli du désir de le faire mourir.
Dieu guidait ces mages pieux ; il se servait de la connaissance qu’avaient les sacrificateurs pour leur enseigner où ils trouveraient Celui qu’ils cherchaient, et, lorsqu’ils furent en route, il fit apparaître l’étoile qu’ils avaient vue en Orient ; elle alla devant eux et se tint au-dessus du lieu où était Jésus. «Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une fort grande joie. Et étant entrés dans la maison, ils virent le petit enfant avec Marie sa mère ; et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ; et ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent des dons, de l’or, et de l’encens, et de la myrrhe» (v. 10, 11). Dieu veillait à ce que son Fils reçut, à son entrée dans ce monde, les honneurs dus à un roi. Puisque les chefs de son peuple n’étaient pas en état de les lui rendre, il trouva ces sages d’entre
les Gentils pour accomplir ce service. En Luc, d’humbles bergers sont admis à voir le Seigneur à sa naissance, puisque le peuple ne l’attendait pas.
Dès le début de sa vie ici-bas, le précieux Sauveur a été méconnu et méprisé ; mais Dieu a toujours opéré dans le cœur de quelques-uns pour les amener à le discerner, le recevoir et l’honorer. Il en est de même aujourd’hui.
Dieu veillait sur le divin enfant qui, par sa naissance dans ce monde, était exposé à la haine de Satan et des hommes.
Connaissant les criminelles intentions d’Hérode, Dieu avertit les mages de retourner dans leur pays sans passer auprès du roi, ce qu’ils firent (v. 12). Après leur départ, Joseph eut un songe dans lequel le Seigneur lui apparut et lui dit : «Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, et fuis en Égypte, et demeure là jusqu’à ce que je te le dise ; car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr» (v. 13).
Avant même qu’Hérode ait formé son dessein criminel, Dieu ordonnait à Joseph de fuir en Égypte. Le misérable roi ignorait qu’au-dessus de lui il y en avait un qui «connaît les pensées des hommes» (Psaume 94:11), et il savait encore moins quelle était la gloire de ce petit enfant, auquel personne ne pouvait ôter la vie, car Jésus ne mourut qu’en se livrant lui-même. Toutefois, pour protéger son Fils, Dieu n’a pas voulu accomplir un miracle qui aurait attiré l’attention des hommes, mais il prévint Joseph en silence, comme si Jésus avait pu être mis à mort. Puis cela permettait l’accomplissement de cette prophétie d’Osée : «J’ai appelé mon fils hors d’Égypte» (Osée 11:1). Comme Israël avait été appelé hors d’Égypte autrefois, Christ devrait l’être, lui aussi, le vrai Israël ; mais avec cette différence que Celui qui devait sortir d’Égypte, n’avait pas besoin d’être délivré, comme Israël l’avait été : il venait lui-même pour délivrer le peuple du pouvoir d’un plus puissant que le Pharaon.
Hérode, voyant que les mages s’étaient joués de lui, fut fort en colère. L’origine et le caractère de cette colère sont faciles à comprendre : Satan savait que la semence de la femme devait lui briser la tête ; aussi, depuis la chute, fit-il tout son possible pour empêcher l’exécution de cette sentence. Sachant que cette semence, Christ, surgirait du peuple juif, il essaya maintes fois d’exterminer cette race, comme en Égypte, lorsque le Pharaon ordonna de jeter les enfants mâles des Hébreux dans le fleuve. Souvent il amena le peuple sous les jugements de Dieu en le poussant à pécher, croyant le détruire de cette manière. La race royale, d’où devait naître le Christ, fut près d’être anéantie par la reine Athalie ; il n’en resta que Joas, un enfant sauvé par la fille du sacrificateur Jéhoïada. Dans notre chapitre, c’est Hérode qui est l’instrument du diable pour faire disparaître Jésus, quand il ordonne de mettre à mort les petits enfants de Bethléhem. Il crut finalement triompher en poussant les hommes à crucifier le Seigneur, mais c’est alors qu’il fut rendu impuissant et eut la tête brisée. Apocalypse 12:4, résume tout cet effort de Satan en nous montrant celui-ci, dans un tableau symbolique, prêt à dévorer «l’enfant mâle» qui devait naître de la femme, symbole d’Israël.
Mais c’est en vain que Satan et les hommes cherchent à s’opposer à Dieu. Dans un jour à venir, les rois de la terre se lèveront ensemble contre l’Éternel et contre son Oint, et il est dit : «Celui qui habite dans les cieux se rira d’eux, le Seigneur s’en moquera» (Psaume 2:4). Croyant ne pas manquer son but, Hérode fait tuer tous les petits enfants mâles qui se trouvent dans le territoire de Bethléhem, depuis l’âge de deux ans et au-dessous, selon le temps, est-il dit, dont «il s’était enquis... auprès des mages» (v. 16). On peut comprendre d’après ce passage qu’il s’était écoulé environ deux ans depuis que l’étoile était apparue aux mages en Orient, leur annonçant la naissance du Seigneur. Donc le petit enfant Jésus était en tout cas dans sa deuxième année à ce moment-là (*).
(*) En prêtant attention au récit biblique. on voit qu’il est absurde de placer les mages et les bergers ensemble à l’étable de Bethlehem, comme on l’a fait dans certains chants et récits relatifs à la naissance du Seigneur, puisque les bergers paraissent à sa naissance, tandis que les mages ne vinrent qu’environ deux ans plus tard.
La douleur causée à Bethléhem par le massacre de ces enfants entrait dans l’accomplissement d’une prophétie de Jérémie (chap. 31:15) : «Une voix a été ouïe à Rama, des lamentations, et des pleurs, et de grands gémissements, Rachel pleurant ses enfants ; et elle n’a pas voulu être consolée, parce qu’ils ne sont pas». Rama désigne la contrée dans laquelle était située Bethléhem. Si le Seigneur avait été reçu, accomplissant la restauration d’Israël dont parle ce chap. 31 de Jérémie, ces petits enfants n’auraient pas été mis à mort ; ils auraient joui de son règne ; mais ayant participé immédiatement à la réjection de Christ, ils auront leur part avec lui dans la gloire céleste, ce qui vaut encore infiniment mieux. Pour la terre, il est vrai, leur mort est un sujet de pleurs. Il est triste aussi de penser qu’un des premiers effets de la présence de Christ ici-bas, a été le massacre de ces petits enfants : cela montre ce qu’est le cœur de l’homme. Mais, comme quelqu’un l’a dit : «Si la terre se vide, c’est pour remplir le ciel». Le but de Dieu est de peupler, avec des hommes parfaitement heureux, une terre nouvelle ; voilà pourquoi, dans son insondable amour, il a fait descendre son Fils bien-aimé sur cette terre corrompue et remplie de violence.
Un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, en Égypte, pour lui annoncer qu’Hérode était mort : «Lève-toi», lui dit-il, «et prends le petit enfant et sa mère, et va dans la terre d’Israël». Comme il avait obéi pour s’en aller, il obéit maintenant pour revenir. En chemin, apprenant qu’Archélaüs régnait en Judée, il craignit d’y aller, sachant, sans doute, que le fils était aussi cruel que le père. Averti encore divinement en songe, Joseph se retira en Galilée et alla se fixer à Nazareth où il habitait auparavant, comme nous l’apprend l’évangile selon Luc (1:26, 27 et 2:4). Marie et Joseph avaient quitté cette ville pour venir à Bethléhem en vue du recensement ordonné par l’empereur Auguste, circonstance dont Dieu se servit pour que son Fils naisse à Bethléhem, selon les Écritures. Ils revinrent à Nazareth non seulement à cause de la méchanceté d’Archélaüs, mais afin que s’accomplisse encore cette parole des prophètes : «Il sera appelé Nazaréen». Ce terme indique non seulement qu’il venait de cette ville, dont le nom signifie : «séparé, consacré», mais désignait aussi le caractère de Jésus comme le vrai Nazaréen, l’homme absolument séparé de toute influence de ce monde pour servir Dieu dans une parfaite consécration. Sa perfection comme nazaréen provenait de sa divinité, mais se réalisait dans sa parfaite humanité. Le nom de nazaréen était aussi un terme de mépris par lequel l’homme, dans son aveuglement et sa haine, désignait Celui qui, dans sa parfaite sainteté, était l’expression de l’amour de Dieu pour le pécheur. Car Nazareth était un endroit méprisé dans la contrée de Galilée, qui, elle-même aussi, était méprisée par les Juifs (*).
(*) Quoique les Galiléens fussent Juifs, les Juifs, dans les évangiles, sont les habitants de la Judée.
Dans quelle humilité le Seigneur est venu pour nous sauver, chers lecteurs, lui, le Fils éternel de Dieu, Dieu lui-même, s’anéantissant comme tel, prenant la forme d’esclave ! Trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui-même (Philippiens 2:7, 8). Dès sa naissance, il est méprisé et délaissé des hommes, celui qui réalise dans toute sa vie ici-bas, qu’il est l’«homme de douleurs, et sachant ce que c’est que la langueur, et comme quelqu’un de qui on cache sa face ; il est méprisé, et nous n’avons eu pour lui aucune estime» (Ésaïe 53:3). Dès son entrée dans ce monde, il doit fuir la persécution ; rentré dans son pays, la méchanceté de l’homme le contraint à se retirer dans une contrée et dans une localité méprisées par l’orgueil du Juif ; et là, dans l’humilité, il passe trente années sur lesquelles nous n’avons pas de détails, sauf ce qui est rapporté en Luc 2:41 à 52. Il travaillait du métier de Joseph, car non seulement il est appelé : «le fils du charpentier», mais aussi : «le charpentier», en Marc 6:3.
Cet abaissement du Sauveur ne touche-t-il pas nos cœurs, lorsque nous nous disons en le considérant : «C’est pour moi qu’il a quitté la gloire pour prendre une telle place dans ce monde, et finalement, pour subir sur la croix le jugement terrible que j’avais mérité à cause de mes nombreux péchés» ? Combien alors, la vie de ceux qui connaissent le Sauveur et jouissent de son amour, ne doit-elle pas lui être consacrée et ressembler à la sienne, dans l’humilité, le renoncement, ces caractères du nazaréen, séparé de toute souillure, consacré à Dieu, que lui a réalisés dans toute leur perfection ? Si nous avons le privilège de croire en ce Sauveur bien-aimé, imitons son exemple. Le secret pour suivre sa trace, c’est de l’aimer, et le secret pour l’aimer, c’est de penser à son amour pour nous, et d’en jouir.
Le temps arrive où Christ doit être manifesté à Israël ; mais le Seigneur ne pouvait prendre place au milieu de son peuple dans le triste état où il se trouvait, sans une œuvre opérée dans les cœurs. Ésaïe avait prophétisé que la venue du Seigneur serait annoncée et préparée par un précurseur : «Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, faites droits ses sentiers» (Ésaïe 40:3). Ces paroles font allusion à ce qui se passait autrefois au moment de l’arrivée d’un souverain. Les routes n’étant pas entretenues comme elles le sont aujourd’hui, on faisait enlever les obstacles, niveler et redresser les chemins, de manière à faciliter la marche du roi et de sa suite. Ici, la préparation pour la réception du roi était morale ; elle devait s’accomplir dans les cœurs, par l’action de la parole de Dieu et du Saint Esprit. Jean le Baptiseur avait reçu de Dieu cette mission au milieu du peuple. Matthieu ne parle pas de la naissance de Jean, mais Luc en donne le récit détaillé et intéressant. Ici, comme en Marc, Jean apparaît soudain, prêchant dans le désert de la Judée et disant : «Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché». Chose étrange que de voir quelqu’un prêcher dans un désert, mais ce désert représente ce qu’est pour Dieu le cœur du peuple, le cœur naturel de tout homme. Quelle merveilleuse bonté de sa part, qu’il ait fait prêcher les richesses de sa grâce. En effet, Jean avait vécu dans la solitude, dans une séparation entière d’avec un peuple corrompu. Il portait le vêtement des prophètes (voir 2 Rois 1:8) : un manteau de poil de chameau et une ceinture de cuir autour de ses reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage (v. 4). Les sauterelles, grosses et abondantes en Orient, servent encore à l’alimentation des habitants de ces contrées. Mais celui qui vit pour Dieu, séparé de ce monde, ne se nourrit pas de ce que le monde peut fournir.
Le Seigneur, ou l’Éternel, allait venir dans la personne de Jésus. Le royaume des cieux s’approchait, celui dont le gouvernement siège dans le ciel, en contraste avec les royaumes dont le gouvernement est de la terre. Le Seigneur ne pouvait pas établir son règne sur le peuple dans l’état de péché qui caractérisait celui-ci. S’il s’était présenté soudain dans l’exercice de son pouvoir, il aurait anéanti par le jugement ce peuple, composé uniquement d’hommes pécheurs. Comment donc un pécheur aurait-il place dans un royaume où seul ce qui est de Dieu peut subsister ? C’est ce que Jean annonçait en prêchant la repentance et en disant au peuple de croire en celui qui devait venir (Actes 19:4). Il se tenait à part du peuple, comme nous l’avons vu. On venait à lui de partout ; on confessait ses péchés, puis on était baptisé dans le Jourdain, du baptême de la repentance, et rendu propre pour recevoir le Messie. Dieu agit d’après le même principe pour la conversion du pécheur aujourd’hui ; Dieu lui offre le ciel ; mais à cause de son absolue sainteté, le pécheur ne peut y entrer. Que doit-il faire ? Confesser ses péchés. Ne pas dire seulement : «J’ai eu tort», mais dire : «Voilà ce que j’ai fait», en reconnaissant le jugement qu’il a mérité. Alors il pourra s’écrier, avec le psalmiste : «Je t’ai fait connaître mon péché, et je n’ai pas couvert mon iniquité ; j’ai dit : Je confesserai mes transgressions à l’Éternel ; et toi, tu as pardonné l’iniquité de mon péché» (Psaume 32:5).
Tous ceux qui venaient à Jean en toute droiture de cœur, confessant leurs péchés, étaient propres à recevoir le Seigneur, qui par ses souffrances à la croix, en ferait l’expiation. Mais il se trouvait là aussi des pharisiens et des sadducéens qui voulaient participer au royaume des cieux en vertu de leur position nationale et religieuse, croyant que, pour obtenir cette part, il suffisait d’appartenir à la race d’Abraham, sans que leur état de péché fût en jeu. Ils se trompaient entièrement, car ce n’est qu’en vertu de la grâce, par laquelle Dieu pardonne au pécheur, que le Juif, comme tout homme, peut jouir des bénédictions apportées par le Seigneur. Aussi Jean, indigné de leur manque de conscience et de leur mépris des droits et du caractère de Dieu, leur dit : «Race de vipères, qui vous a avertis de fuir la colère qui vient ?» Il ne leur dit pas qu’ils sont trop mauvais pour éviter cette colère, mais : «Produisez donc du fruit qui convienne à la repentance», c’est-à-dire : «Reconnaissez avec droiture votre état de péché, confessez-le, et que votre marche réponde à vos paroles». Il faut des fruits qui prouvent la réalité de ce que l’on professe. C’était inutile de se vanter de sa position d’enfant d’Abraham ; l’épreuve que Dieu avait faite de ce peuple et, par lui, du cœur de tout homme, était à son terme et n’attirait sur lui que le jugement. Aussi Jean ajoutait : «Déjà la cognée est mise à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit est coupé et jeté au feu». Le jugement ne s’exécutait pas encore, la hache n’était pas encore levée ; elle était posée au pied de l’arbre, prête à frapper, si les fruits de la repentance ne se produisaient pas.
Jean annonce ensuite l’arrivée de Celui qui venait après lui, qui était plus puissant que lui, dont il n’était pas digne de porter les sandales ; il ne baptiserait pas d’eau, mais de l’Esprit Saint et de feu : de l’Esprit Saint, qui serait la puissance de vie par laquelle ceux qui croyaient pourraient servir et glorifier Dieu dans le nouvel état de choses que le Seigneur introduirait ; de feu, c’est-à-dire du jugement de Christ sur ceux qui ne le recevraient pas. «Il a son van dans sa main, et il nettoiera entièrement son aire et assemblera son froment dans le grenier ; mais il brûlera la balle au feu inextinguible». Le van sert à séparer la balle du grain, lorsqu’on a battu le blé. L’aire était Israël, et le Seigneur venait pour accomplir ce triage et exécuter plus tard le jugement. C’est ce que les Juifs alors, ainsi que tout homme aujourd’hui, avaient à prendre en considération, afin d’agir en conséquence, en acceptant, comme pécheurs coupables, la grâce venue dans la personne de Celui qui sera le Juge pour ceux qui l’auront rejeté comme Sauveur.
Quelle scène merveilleuse ces versets placent devant nous ! Nous venons d’entendre la solennelle invitation à la repentance, adressée par Jean au peuple, quand il annonce l’arrivée d’un plus puissant que lui, le Seigneur, qui sauverait les siens de leurs péchés.
Le peuple attendait Celui qui allait paraître. D’où viendrait-il ? Comment apparaîtrait-il ? Quel serait son aspect ?
Un jour, sur les bords du Jourdain, arrive auprès de Jean un homme venu de Nazareth de Galilée, le plus humble des hommes qui n’ait jamais été vu sur la terre. Il demande le baptême, lui aussi. Jean, enseigné de Dieu, le reconnaît aussitôt (Jean 1:29-31), et veut l’empêcher de se faire baptiser, disant : «Moi, j’ai besoin d’être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi !» Que pouvait penser le peuple qui assistait à cette scène ? Celui-là serait-il donc le Messie ? Comment se fait-il qu’il demande le baptême, lui, dont Jean a dit qu’il n’était pas digne de porter les sandales, lui qui doit exercer le jugement sur les pécheurs, lui qui n’a point de péchés à confesser ? Oui, c’est bien lui, mais, mystère insondable ! au lieu d’apparaître dans l’éclat de sa gloire messianique, il vient en grâce se joindre aux pécheurs repentants, prendre place au milieu d’eux ? Il les accompagne dès leurs premiers pas dans le chemin que Dieu leur ouvre pour les sortir de leur triste condition, pour les conduire aux bénédictions qu’il venait leur apporter, avant d’accomplir son oeuvre en jugement. Ces pécheurs repentants étaient les seuls sur la terre d’Israël en qui il puisse prendre plaisir ; c’est ce qu’exprime le Psaume 16:3 : «Tu as dit aux saints qui sont sur la terre, et aux excellents. En eux sont toutes mes délices». Le Seigneur formule la même pensée quand il dit : «Il y aura de la joie au ciel pour un seul pécheur qui se repent, plus que pour quatre-vingt-dix neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance» (Luc 15:7). Quel amour que celui dont Jésus a été l’expression ici-bas et qui trouve son plaisir, sa satisfaction dans un pécheur qui se repent ! C’est au milieu de ces pécheurs que nous verrons ce précieux Sauveur tout le long de son ministère ici-bas ; et pour l’éternité, ce sont eux encore, alors glorifiés, qui l’entoureront en célébrant sa grâce et sa gloire dans un monde nouveau. Dieu veuille que tous nos lecteurs soient du nombre !
À Jean le Baptiseur qui, par une humilité bien compréhensible, refusait de le baptiser, Jésus répond : «Laisse faire maintenant, car ainsi il nous est convenable d’accomplir toute justice». Là encore, nous voyons la grâce merveilleuse et condescendante qui le fait s’associer aux pécheurs repentants et à Jean comme serviteur, en lui disant : «Il nous est convenable d’accomplir toute justice». C’était juste, pour celui qui entrait par la repentance dans le chemin de Dieu, de se faire baptiser ; le Seigneur qui entre en grâce dans ce chemin, comme homme, ne veut pas qu’il y ait d’exception pour lui ; Jean doit donc accomplir ce qui est juste à cet égard.
De sa demeure céleste, Dieu contemplait cette scène merveilleuse, où l’objet de ses délices éternelles, l’homme de ses conseils, était confondu avec les autres hommes et refusait toute distinction. Alors il proclame lui-même publiquement ce qui distingue son Fils. Jésus ayant été baptisé, «les cieux lui furent ouverts, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe, et venir sur lui. Et voici une voix qui venait des cieux, disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir».
De grandes et merveilleuses choses sont présentées dans ce moment sublime. Énumérons-en seulement quelques-unes :
1° Le ciel est ouvert, afin que les regards de Dieu et son bon plaisir reposent sur un objet selon son cœur, chose que Dieu n’avait pu faire jusqu’ici à l’égard d’aucun homme.
2° Dieu lui-même proclame que Jésus était son propre Fils.
3° La Trinité se manifeste pour la première fois : le Père envoyant le Saint Esprit sur le Fils. Cette pleine révélation de Dieu caractérise les bénédictions du christianisme, où Dieu est révélé comme Père par le Fils et où le Saint Esprit est le sceau par lequel Dieu reconnaît le croyant comme enfant. C’est la grâce parfaite.
4° Le Seigneur est scellé du Saint Esprit en vertu de sa nature divine, absolument exempte de toute tache, afin que, dans la puissance de cet Esprit, cet Homme divin accomplisse son ministère de grâce au milieu des hommes, tandis que le croyant ne peut être scellé du Saint Esprit qu’une fois accomplie l’œuvre expiatoire de Christ. Dieu ne peut le reconnaître comme enfant avant qu’il n’ait été purifié de ses péchés par le sang de Christ.
Remarquons aussi la forme sous laquelle le Saint Esprit descend sur Christ. La colombe exprime l’humilité, la grâce, la douceur qui l’ont caractérisé dans son service d’amour ici-bas.
Quels sujets infinis les évangiles placent devant nous ! Quelle profondeur divine nous entrevoyons dans la glorieuse personne de Jésus, l’Homme-Dieu venu en grâce au milieu des pécheurs ! Mais c’est encourageant de savoir que, si ces choses merveilleuses sont cachées aux sages et aux intelligents, cachées à la raison humaine, elles sont révélées aux petits enfants, c’est-à-dire aux croyants.
Nous avons vu le Seigneur prendre place au milieu des pécheurs repentants. Nous le suivrons dans l’activité de sa grâce ; mais auparavant, nous le voyons emmené par l’Esprit pour être tenté par le diable ; car il est le second Homme, l’Homme obéissant, qui vient remplacer le premier homme, Adam, l’homme désobéissant.
Au commencement, après avoir préparé sur la terre un lieu de délices, Eden, Dieu y plaça Adam, chef de la création, capable de jouir d’un bonheur parfait dans l’innocence, à la seule condition d’obéir à la parole de Dieu. Il ne devait pas manger du fruit défendu. Dans cet heureux état, Satan vint tenter nos premiers parents en leur offrant autre chose que ce que Dieu leur avait accordé, en les engageant à faire ce qui leur était interdit. Hélas ! ils désobéirent à Dieu ; ils tombèrent sous le pouvoir de l’ennemi, et subirent dès lors, ainsi que tous leurs descendants, les conséquences de leur désobéissance. Aussitôt après, Dieu dit à Satan que la semence de la femme lui briserait la tête (Genèse 3:15), c’est-à-dire lui ôterait son pouvoir. Cette semence de la femme est le second Homme venu du ciel, que nous voyons entrer en scène dans notre chapitre. Il est seul de sa race, aussi seul qu’Adam au jour où il fut placé en Eden ; le seul, au milieu de tous les hommes, dont Dieu puisse dire : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir». Mais quelle différence quant aux circonstances où ces deux hommes se trouvaient ! Le premier était au sein du paradis terrestre ; le second entre dans le même monde, mais ruiné par le péché, un monde devenu un désert, un lieu où Dieu ne trouve rien qui puisse le satisfaire, un lieu souillé, hanté par les bêtes sauvages (Marc 1:13), où Satan agit en maître. Voilà ce qu’est devenu, ensuite de la désobéissance du premier Adam, la scène de ce monde, autrefois lieu de délices, et dans ces circonstances Jésus vient recommencer l’histoire du second homme, l’homme obéissant. Il dit en entrant dans le monde : «Voici, je viens — il est écrit de moi dans le rouleau du livre — pour faire, ô Dieu, ta volonté» (Hébreux 10:7). La volonté de Dieu était pour Christ la règle absolue. Alors Satan se présente pour tenter Christ, comme il l’avait fait avec Adam, pensant l’amener sous son pouvoir et l’empêcher d’accomplir la volonté de Dieu ; mais il trouve son vainqueur dans l’homme parfaitement obéissant, ainsi que nous allons le voir.
«Alors Jésus fut emmené dans le désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Et ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, après cela il eut faim. Et le tentateur, s’approchant de lui, dit : Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains» (v. 1-3).
Dieu avait proclamé que Jésus était son Fils bien-aimé. Alors Satan vient, en quelque sorte, lui dire : «Agis comme Fils de Dieu ; use de ta puissance pour apaiser ta faim». Si le Seigneur était le Fils de Dieu, il était aussi l’homme, et c’est comme tel qu’il voulait obéir à Dieu. Au lieu d’entrer en pourparlers avec Satan, il lui répond d’après la règle que Dieu a donnée à l’homme pour se conduire dans ce monde : la parole de Dieu, et lui dit : «Il est écrit : L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu» (Deutéronome 8:3). Ainsi donc, tant qu’il n’y aurait pas une parole de Dieu qui lui dise de faire des pains et de manger, il ne le ferait pas.
Avoir faim est un besoin naturel bien légitime, surtout après avoir jeûné quarante jours, mais pour Christ, ce n’était pas une raison pour manger, si en cela il n’obéissait pas à Dieu. Il en est de même pour le croyant aujourd’hui : le motif de nos actes ne doit pas se trouver seulement dans ce qui est naturel et légitime, mais dans la volonté de Dieu, pour sa gloire : «Soit... que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu» (1 Corinthiens 10:31). Si Satan vient nous proposer autre chose que ce qui peut se faire pour le Seigneur, répondons-lui, comme Jésus, par la parole de Dieu ; c’est le seul moyen d’obtenir la victoire, car il ne peut rien contre l’obéissance.
Satan vaincu une première fois, en tentant le Seigneur par une chose nécessaire au corps, l’attaque une seconde fois par une tentation spirituelle. Pour cela il emploie la Parole, en citant un passage des Psaumes qui garantit la protection de Dieu au Messie, ce que Jésus était précisément. Il «le transporte... sur le faîte du temple, et lui dit : Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit : Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet, et ils te porteront sur leurs mains, de peur que tu ne heurtes ton pied contre une pierre» (Psaume 91:11, 12). Jésus lui répond : «Il est encore écrit : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu» (Deutéronome 6:16). Tenter Dieu, c’est faire quelque chose pour éprouver la vérité de ce qu’il a dit. Nous pouvons compter sur les promesses de Dieu dans une confiance absolue, sachant que nous en ferons l’expérience en son temps, si nous demeurons dans le chemin de l’obéissance. Satan omit intentionnellement une partie du v. 11 du Psaume qu’il cite : «Il commandera à ses anges à ton sujet, de te garder en toutes tes voies». Les voies du Seigneur étaient des voies d’obéissance. Hors de là, nous ne pouvons compter sur la protection divine. Le Seigneur se confiait entièrement en son Dieu. Ne dit-il pas : «Garde-moi, ô Dieu ! car je me confie en toi» (Psaume 16:1) ? Ainsi il était inutile de mettre Dieu à l’épreuve, ce qui s’appelle le tenter. Satan est vaincu par la citation d’une parole de Dieu. Le Seigneur pouvant dire : «Il est encore écrit», il est un modèle pour nous.
Après cela, le diable le transporte sur une fort haute montagne (*), pour lui montrer tous les royaumes du monde et leur gloire ; puis il lui dit : «Je te donnerai toutes ces choses, si, te prosternant, tu me rends hommage». Ici, Satan essaie de tenter le Seigneur par la gloire du monde. Il est vrai que Jésus, comme Fils de l’homme, doit recevoir la domination sur tout l’univers ; les royaumes du monde lui seront assujettis et il recevra la gloire et l’honneur des nations (Daniel 7:13, 14 ; Apocalypse 21:26 ; Ésaïe 60:11, 12). Mais pour cela, il fallait qu’il remporte la victoire sur Satan et non qu’il lui rende hommage. Aussi Satan se démasque complètement en prenant à l’égard de Jésus la place de Dieu, ce qu’il a fait si facilement avec le premier homme. Jésus lui dit : «Va-t’en, Satan, car il est écrit : Tu rendras hommage au Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul». Jésus préfère passer par la mort, pour recevoir la domination des mains de son Dieu, que de reconnaître Satan et la recevoir de lui. À la fin Satan donnera son pouvoir à l’homme qui, pour un temps, exercera une grande puissance, mais sera détruit par le souffle de la bouche du Vainqueur de Satan (2 Thessaloniciens 2:8. Lire aussi Apocalypse 13 et Daniel 11:39).
Satan s’en va, vaincu par l’homme obéissant. Jésus a remporté la victoire ; il a lié l’homme fort et va piller ses biens (chap. 12:29), c’est-à-dire accomplir son ministère, allant «de lieu en lieu, faisant du bien, et guérissant tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance» (Actes 10:38).
(*) On lit dans certains livres que le diable transporta le Seigneur en pensée ou en esprit sur le temple ou sur la montagne. S’il en était ainsi, la Parole l’aurait dit. Ce n’est pas en esprit qu’il eut faim, ni qu’il alla sur la montagne.
Le diable le laisse et les anges viennent le servir. Les anges sont des esprits administrateurs envoyés pour servir en faveur de ceux qui doivent hériter du salut (Hébreux 1:14). Jésus, homme ici-bas, est servi par les anges qu’il avait créés. Combien cela devait paraître étrange à ces êtres célestes, de venir servir leur créateur qui avait pris la forme d’un homme ! Aussi, ils désirent regarder de près dans ces choses (1 Pierre 1:12).
Rappelons-nous que c’est par l’obéissance à la Parole que Jésus a obtenu la victoire et que nous avons le même moyen à notre disposition. Nous sommes faibles et impuissants devant Satan, mais il ne peut rien contre nous si nous obéissons à la parole de Dieu. C’est pourquoi il importe de la connaître, afin de pouvoir répondre à l’ennemi : «Il est écrit», et «il est encore écrit». Car il sait aussi employer la Parole pour tâcher d’arriver à ses fins : Jamais il n’a été aussi actif que maintenant. Il est donc important de lire la Bible, dès le jeune âge ; quoique l’on ne puisse pas tout comprendre alors, son contenu se grave dans l’esprit plus facilement, la mémoire n’étant pas encore fatiguée par les choses de la vie ; et ainsi, plus tard, l’Esprit de Dieu pourra se servir de cette connaissance pour tout ce dont on a besoin (voir Deutéronome 6:6-9).
Souvenons-nous aussi, quant à la gloire de la personne du Seigneur, que la tentation n’a pas eu lieu pour voir si Christ succomberait, mais pour démontrer qu’il ne pouvait pas succomber ; car, malheureusement, il n’est pas rare d’entendre mettre cela en question. Ainsi, celui qui possède Christ pour sa vie, possède une vie mise à l’épreuve en Christ ici-bas et qui ne peut succomber à la tentation. C’est pourquoi l’apôtre Jean dit : «Celui qui est né de Dieu se conserve lui-même, et le méchant ne le touche pas» (1 Jean 5:18). Pour réaliser cela pratiquement, il faut agir comme le Seigneur devant l’ennemi. Et nous le possédons comme Souverain Sacrificateur, pour nous secourir au moment opportun. «Car en ce qu’il a souffert lui-même, étant tenté, il est à même de secourir ceux qui sont tentés» (Hébreux 2:18).
Maintenant Jésus commence son activité publique (v. 12-17). Ayant lié l’homme fort, il va piller ses biens, accomplissant son œuvre de grâce, de patience et de miséricorde, au milieu de ce peuple aveugle qui rejettera son Messie. Déjà son précurseur, Jean le Baptiseur, est jeté en prison par Hérode, présage de ce qui attend Jésus (v. 12). L’emprisonnement de Jean est raconté, en même temps que sa mort, au chap. 14:1-12, mais on ne sait au juste combien de temps il fut captif.