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L’ÉTERNEL EST SALUT
Commentaire du prophète Ésaïe
Arend Remmers
Table des matières abrégée :
2 Juda et Jérusalem (chapitres 1 à 12)
3 Le Seigneur juge Son peuple — Ésaïe 5
4 La mission difficile d’Ésaïe — Ésaïe 6
5 Espérance pour Israël — Ésaïe 9:1-7
6 Le retour d’Israël — Ésaïe 18
7 Le règne millénaire — Ésaïe 11 et 12
8 Christ et l’Antichrist — Ésaïe 22:15-25
9 Le cantique de la délivrance de Juda — Ésaïe 26
10 La conversion de Juda — Ésaïe 29:17-24
11 Les voies de Dieu envers Son peuple terrestre. Ésaïe 30:1-26
12 La bénédiction du règne de paix — Ésaïe 35
13 L’attaque et la défaite de l’Assyrien — Ésaïe 36 et 37
14 Maladie et guérison d’Ézéchias — Ésaïe 38
15 La consolation d’Israël — Ésaïe 40
16 Israël, le serviteur de l’Éternel — Ésaïe 41
17 Le vrai Serviteur de l’Éternel et Son peuple — Ésaïe 42
18 L’Éternel encourage Son peuple — Ésaïe 44
19 L’Éternel annonce la délivrance — Ésaïe 45
20 La chute de Babylone — Ésaïe 46 et 47
21 L’amour de Dieu envers un peuple rebelle — Ésaïe 48
22 Le Serviteur de l’Éternel — Ésaïe 49 à 50
23 Le réveil du Résidu — Ésaïe 51:1 à 52:12
24 Il a porté le péché de plusieurs Ésaïe 52:13 à 53:12
25 L’avenir de Jérusalem — Ésaïe 54
26 Grâce pour tous les hommes — Ésaïe 55
27 Les rejetés sont reçus — Ésaïe 56
28 Victoire de la grâce sur l’infidélité et l’idolâtrie — Ésaïe 57
29 Piété extérieure et piété réelle — Ésaïe 58
30 Conversion et délivrance du peuple de Dieu au temps de la fin — Ésaïe 59
31 La gloire de Sion dans le Millénium — Ésaïe 60
32 Le Messie et son peuple — Ésaïe 61
33 La gloire de Sion — Ésaïe 62
34 Les dernières communications du prophète. Ésaïe 63 à 66
Table des matières détaillée :
1.2 Ce que le livre d’Ésaïe a en vue
2 Juda et Jérusalem (chapitres 1 à 12)
2.1 Sujets d’accusation de Dieu contre Juda et Jérusalem
2.1.1 Les doléances de l’Éternel (1:1-8)
2.1.2 Ch. 1:9 — Un faible écho
2.1.3 Ch.1:10-15 — Un service de Dieu répugnant
2.1.4 Ch. 1:16-20 — Un appel au cœur et à la conscience
2.1.5 Ch. 1:21-31 — La purification par le jugement
2.2.1 Ch. 2:1-4 — La Seigneurie du Seigneur
2.2.2 Ch. 2:5-9 — L’état du peuple
2.2.3 Ch. 2:10-22 — Le jour de l’Éternel
2.3 Jugement et gloire de Sion
2.3.1 Ch. 3:1-15 — Les péchés des conducteurs et du peuple
2.3.2 Ch. 3:16 à 4:1 — Les péchés et la misère des femmes
2.3.3 Ch. 4:2-6 — Sanctification et bénédiction futures du peuple
3 Le Seigneur juge Son peuple — Ésaïe 5
3.1 « Un cantique de mon bien-aimé, sur sa vigne »
3.2 Les six « Malheur à ceux qui... ! »
4 La mission difficile d’Ésaïe — Ésaïe 6
4.1 Le prophète voit l’Éternel des armées
5 Espérance pour Israël — Ésaïe 9:1-7
5.2 Un enfant nous est né, un fils nous a été donné
6 Le retour d’Israël — Ésaïe 18
7 Le règne millénaire — Ésaïe 11 et 12
7.3 Le règne de paix (v. 6-10)
7.4 Le rassemblement d’Israël (v. 11-16)
7.5 Chant de louange (chap. 12)
8 Christ et l’Antichrist — Ésaïe 22:15-25
9 Le cantique de la délivrance de Juda — Ésaïe 26
9.1 La fidélité et la grâce de Dieu
9.2 Expériences lors du jugement de Dieu
10 La conversion de Juda — Ésaïe 29:17-24
11 Les voies de Dieu envers Son peuple terrestre. Ésaïe 30:1-26
11.1 Malheur sur l’alliance avec l’Égypte ! (v. 1-18)
11.1.1 Des fils rebelles (v. 1-5)
11.1.2 La sentence de Dieu (v. 6, 7)
11.1.3 La volonté propre et ses conséquences (v. 8-14)
11.1.4 Un sérieux avertissement (v. 15-18)
11.2 La miséricorde envers Sion (v. 19-26)
12 La bénédiction du règne de paix — Ésaïe 35
12.1 Le pays d’Israël dans le règne millénaire (v. 1-7)
12.2 Le peuple d’Israël dans le règne millénaire (v. 8-10)
13 L’attaque et la défaite de l’Assyrien — Ésaïe 36 et 37
13.2 Le défi du Rab-Shaké (Ésaïe 36:1-20)
13.5 La réponse (Ésaïe 36:21 — 37:7)
13.8 La lettre de Sankhérib (Ésaïe 37:8-13)
13.10 La réponse de Dieu (És. 37:14-38)
14 Maladie et guérison d’Ézéchias — Ésaïe 38
14.1 Le verdict divin et la supplication d’Ézéchias (v. 1-3)
14.2 La grâce de Dieu (v. 4-8)
14.3 Le cantique d’Ézéchias (v. 9-22)
14.3.1 La complainte (v. 10-14)
14.3.2 La reconnaissance (v. 15-20)
15 La consolation d’Israël — Ésaïe 40
15.1 La grâce de Dieu (v. 1-11)
15.1.1 Consolez, consolez mon peuple (v. 1, 2)
15.1.2 Jean le baptiseur (v. 3, 4)
15.1.3 L’apparition de Christ (v. 5)
15.1.4 L’homme et la parole de Dieu (v. 6-8)
15.1.5 La venue du Messie (v. 9-11)
15.2 La grandeur de Dieu (v. 12-31)
15.2.1 Sa grandeur comme Créateur (v. 12-17)
15.2.2 Un Dieu incomparable (v. 18-26)
15.2.3 Ses soins envers Israël (v. 27-31)
16 Israël, le serviteur de l’Éternel — Ésaïe 41
16.1 L’Éternel et les nations (v. 1-7)
16.2 L’Éternel et son peuple Israël (v. 8-20)
16.2.1 « Ne crains point » (v. 8-14)
16.2.2 Le jugement (v. 15, 16)
16.2.3 La bénédiction (v. 17-20)
16.3 L’Éternel et les vaines idoles (v. 21-29)
16.3.2 La manière d’agir de Dieu (v. 25-29)
17 Le vrai Serviteur de l’Éternel et Son peuple — Ésaïe 42
17.1 L’élu de l’Éternel (v. 1-4)
17.3 Le triomphe de Dieu (v. 10-17)
17.4 L’aveuglement d’Israël (v. 18-25)
18 L’Éternel encourage Son peuple — Ésaïe 44
18.1 Les promesses de Dieu (v. 1-8)
18.2 Dieu se moque de l’idolâtrie (v. 9-20).
19 L’Éternel annonce la délivrance — Ésaïe 45
19.1 Cyrus, instrument de Dieu (v. 1-7)
19.2 La souveraineté de Dieu (v. 8-13)
19.3 Le Sauveur d’Israël et du monde (v. 14-25).
20 La chute de Babylone — Ésaïe 46 et 47
20.1 L’impuissance des idoles et la toute-puissance de Dieu (chap. 46)
20.2 La chute de Babylone (chap. 47)
21 L’amour de Dieu envers un peuple rebelle — Ésaïe 48
21.1 Grâce imméritée (v. 1-11)
22 Le Serviteur de l’Éternel — Ésaïe 49 à 50
22.1 Le Serviteur rejeté. « Une lumière des nations » (49:1-6)
22.2 Le Serviteur rejeté. « Une alliance du peuple » (49:7-13)
22.3 L’Éternel ramène son peuple (49:14-26)
22.4 La puissance de Dieu pour délivrer (50:1-3)
22.5 Le Serviteur dépendant (50:4-9)
22.6 Un appel aux Juifs (50:10-11)
23 Le réveil du Résidu — Ésaïe 51:1 à 52:12
23.1 Encouragement au résidu (51:1-3)
23.2 Annonce de la délivrance (51:4-6)
23.3 Consolation pour le peuple de Dieu (51:7-8)
23.4 Prière et encouragement (51:9-16)
23.5 La délivrance de Jérusalem (51:17-23)
23.6 L’Éternel à Sion (52:1-10)
24 Il a porté le péché de plusieurs Ésaïe 52:13 à 53:12
24.1 Élévation du Serviteur de l’Éternel (52:13-15)
24.2 Souffrances et mépris (53:1-3)
24.3 Repentance et conversion du peuple (53:4-6)
24.4 L’agneau de Dieu (53:7-9)
24.5 Le conseil de Dieu (53:10-12)
25 L’avenir de Jérusalem — Ésaïe 54
25.1 La restauration d’Israël (54:1-10)
25.3 Paix et justice (54:11-17)
26 Grâce pour tous les hommes — Ésaïe 55
26.2 Christ, le Souverain (55:4-5)
26.3 Le retour à Dieu (55:6-13)
27 Les rejetés sont reçus — Ésaïe 56
27.1 Marche dans la crainte de Dieu (v. 1-8)
27.2 La méchanceté des conducteurs (v. 9-12)
28 Victoire de la grâce sur l’infidélité et l’idolâtrie — Ésaïe 57
28.1 Renouveau de l’idolâtrie au temps de la fin (57:1-14)
28.2 La promesse du pardon (57:15-21)
29 Piété extérieure et piété réelle — Ésaïe 58
29.1 Une piété hypocrite (58:1-5)
29.2 La vraie piété et ses conséquences (58:6-14)
30 Conversion et délivrance du peuple de Dieu au temps de la fin — Ésaïe 59
30.1 Les péchés de Juda (59:1-8)
30.2 La confession de Juda (59:9-15)
30.3 La délivrance de Juda (59:16-21)
31 La gloire de Sion dans le Millénium — Ésaïe 60
31.1 La gloire de l’Éternel (60:1-7)
31.2 Sion comme centre (60:8-14)
31.3 Bénédiction pour Sion (60:15-22)
31.4 Sion et la nouvelle Jérusalem en Apocalypse 21
32 Le Messie et son peuple — Ésaïe 61
32.1 Le ministère du Messie (61:1-3)
32.2 Les bénédictions d’Israël (v. 4-9)
32.3 Le cantique de louanges d’Israël (v. 10, 11)
33 La gloire de Sion — Ésaïe 62
33.1 Plus jamais abandonnée (v. 1-5)
33.2 Les gardiens de Jérusalem (v. 6-9)
33.3 Le chemin est frayé (v. 10-12)
34 Les dernières communications du prophète. Ésaïe 63 à 66
34.1 Prière du résidu — Ésaïe 63:7 à 64:12
34.1.1 Rappel des délivrances d’autrefois (v. 7-14)
34.1.2 Supplication à Dieu de manifester sa puissance (63:15 — 64:5)
34.1.3 Confession et supplication pour demander le pardon (64:6-12)
34.2 La réponse de Dieu — Ésaïe 65 et 66
34.2.1 Le Dieu de grâce (65:1, 2)
34.2.2 Jugement exercé sur les rebelles (65:3-7)
34.2.3 Le résidu et le peuple apostat (65:8-16)
34.2.4 La création renouvelée (65:17-25)
34.2.5 La gloire de l’Éternel (66:1-6)
34.2.6 L’Éternel reçoit son peuple (66:7-14)
Selon l’ancienne tradition juive, Ésaïe (« l’Éternel est salut »), fils d’Amots, était fils d’un frère du roi Amatsia. Ésaïe avait accès assez librement à la cour du roi à Jérusalem (Ésaïe 7:3; 38:1; 39:3). Il se maria et eut deux fils; l’un s’appelant Shéar-Jashub (en hébreu : « un résidu reviendra »), l’autre Maher-Shalal-Hash-Baz (en hébreu : « le pillage se hâte, le butin arrive bientôt »).
Sa prophétie concerne essentiellement le royaume de Juda avec ses deux tribus, dont la capitale est Jérusalem et qui se trouve au sud du pays de Canaan. Le peuple d’Israël était déjà divisé en deux royaumes depuis l’avènement de Roboam ; et le royaume des dix tribus au Nord fut emmené en captivité en Assyrie, à cause de son idolâtrie, au cours du ministère d’Ésaïe en l’an 721 av. J-C. Les rois de Juda durant le règne desquels Ésaïe exerça son ministère, furent Ozias (ou Azaria), qui régna de 791 à 740 environ av. J-C., Jotham (de 750 à 732 environ, ou 751 à 735), Achaz (environ 742 à 746 ou 735 à 716) et Ézéchias (environ de 726 à 697 ou 716 à 687). Les règnes de ces rois se recouvrent partiellement.
Certes dans le royaume de Juda, l’apostasie vis-à-vis de Dieu n’était pas aussi avancée qu’en Israël, parce que des rois fidèles y régnaient encore, tels que Josaphat, Jotham et Ézéchias, mais il y avait aussi beaucoup de mal. Ozias, au faîte de sa puissance, agit avec infidélité envers Dieu, et Achaz se livra à l’idolâtrie comme les rois d’Israël. Le temps où Ésaïe vécut et par conséquent exerça son ministère, fut un temps difficile. Le royaume de Juda subit des assauts de l’extérieur de la part d’Édom, des Syriens et des Philistins. Les rois impies du royaume du Nord s’allièrent avec les Syriens et attaquèrent Juda à de multiples reprises (2 Rois 15:37; 16:5-6; 2 Chr. 28:5-6). Au lieu de se confier en L’Éternel, les rois de Juda cherchèrent du secours auprès de l’Assyrie (2 Rois 16:7; 2 Chr. 28:16), sans obtenir pourtant aucune aide réelle (2 Chr. 28:20; 32:1). Ésaïe connut de son vivant l’alliance du royaume du Nord avec l’Égypte contre l’Assyrie, qui se termina par la défaite, puis la captivité en Assyrie en l’an 721 av. J-C. (2 Rois 17).
Lorsque Juda fut menacé sous Ézéchias par la grande puissance assyrienne, l’Éternel leur vint en aide (2 Rois 18:7; 2 Chr. 32), mais peu après, Ésaïe dut condamner l’alliance avec Babylone, l’autre grande puissance, et annoncer que 100 ans plus tard aurait lieu la captivité babylonienne du royaume de Juda, les deux tribus (2 Rois 18, 7; 20:12-19).
Les sujets des prophéties d’Ésaïe se rapportent tout d’abord au peuple de Dieu, et aux grandes puissances de l’époque, à savoir l’Assyrie, Babylone et l’Égypte, mais aussi aux peuples plus petits des alentours.
Mais le contenu et la portée de la prophétie du livre d’Ésaïe ne s’arrêtent pas là. Son sujet principal est le Messie, le roi d’Israël envoyé de Dieu, mais qui est aussi le Roi du monde entier, le Seigneur Jésus. Ésaïe indique Sa naissance d’une vierge (7:14), le fait qu’Il est Fils de Dieu (9:6), Ses souffrances et Sa mort pour des hommes pécheurs et perdus (ch.53), Son apparition en jugement au « jour du Seigneur » (13:6,9), mais avant tout Sa domination en bénédiction dans le règne millénaire (9:1-7; 11:1-10; 32:1 etc...). Le Seigneur Jésus Lui-même dit que les Écritures rendent témoignage de Lui, et Pierre confirme que les prophètes de l’Ancien Testament ont rendu témoignage par le Saint Esprit des souffrances et de la gloire de Christ (Jean 5:39; 1 Pierre 1:10-11). Christ est donc l’objet principal de la prophétie d’Ésaïe.
Il s’ensuit que ces prophéties ne peuvent pas être ramenées à des évènements imminents de l’époque, mais que des peuples comme l’Assyrien doivent encore jouer un rôle dans l’avenir. Les évènements de l’époque ne sont que des « pré-accomplissements », ou des exemples d’évènements prophétiques qui doivent encore avoir lieu maintenant. Les déclarations d’Ésaïe vont parfois au-delà des « pré-accomplissements », comme le montre, par exemple, l’expression fréquente : « ce jour-là », expression qui vise la venue future du Seigneur Jésus comme Roi, pour juger les nations et établir Son règne.
Une condition fondamentale pour comprendre la prophétie biblique, est de saisir qu’Israël, le peuple terrestre de Dieu, aura un avenir glorieux sur la terre après avoir traversé de terribles tribulations. Après presque 2000 ans, il est maintenant revenu dans la terre promise par Dieu — même si c’est encore dans l’incrédulité. Après l’enlèvement de l’assemblée de Dieu (l’église), Dieu se tournera cependant de nouveau vers lui en grâce, mais aussi en jugement, jusqu’à ce que toutes les prophéties sur ce peuple soient accomplies, et que, sous le règne de son Roi jusque là rejeté, le Seigneur Jésus, il jouisse de la pleine bénédiction de Dieu (voir Romains 11:25-26).
La soi-disant « théorie de la spiritualisation » qui affirme qu’Israël en tant que peuple, n’a plus d’avenir et que toutes les prédictions se rapportent à l’Église durant le temps de la grâce, omet entièrement que Dieu accomplira en totalité Ses promesses sans repentir à l’égard de Son peuple terrestre (Rom. 11:29). En outre, cette théorie méconnaît que l’assemblée (église) de Dieu, était au temps de l’Ancien Testament un mystère caché qui n’a été révélé par le Saint Esprit que dans le Nouveau Testament (Rom. 16:25-27; 1 Cor. 2:6-7; Éph. 3:1-12; Col. 1:27). Cela implique que l’Ancien Testament ne contient aucune déclaration prophétique sur l’assemblée. C’est pourquoi, les prophéties au sujet d’Israël doivent toutes concerner ce peuple, et ne sont pas valables pour l’assemblée.
Tout cela ne veut cependant pas dire que les livres prophétiques de l’Ancien comme du Nouveau Testament n’auraient rien à nous dire et ne pourraient pas être avoir d’application pratique pour le temps actuel. Bien au contraire, cette partie des Saintes Écritures est utile pour nous encourager et nous exhorter, car « toutes les choses qui ont été écrites auparavant, ont été écrites pour notre instruction, afin que, par la patience et la consolation des écritures, nous ayons espérance » (Rom. 15:4).
Déjà au Moyen-âge, des rabbins juifs émirent pour la première fois la supposition que les 66 chapitres du livre du prophète Ésaïe pourraient ne pas tous émaner du prophète lui-même. À la fin du 18ème siècle, c’est-à-dire au siècle des lumières, des théologiens évangéliques se mirent à douter dans une plus grande mesure encore, de l’unité du livre d’Ésaïe. Les bases principales de cette « critique » qui s’est intensifiée toujours davantage jusqu’à ce jour — et qui en réalité n’est rien d’autre que la mise en doute de l’inspiration divine — sont, à côté de différences linguistiques et thématiques, la mention du roi des Perses, Cyrus, plus de 150 ans avant sa naissance (voir Ésaïe 44:28 ; 45:1). Car, pour la critique théologique moderne, ce n’est pas une prophétie authentique. L’incrédulité en déduit donc que les chapitres correspondants ne peuvent avoir été écrits qu’après les évènements qui y sont décrits !
Mais la citation du nom de Cyrus si longtemps avant sa naissance, n’est pas un cas isolé. Ainsi l’homme de Dieu de Juda, en présence du roi Jéroboam I, fit mention du nom du roi Josias environ trois cents ans avant que celui-ci ne vive (1 Rois 13:2). L’écrivain juif Flavius Josèphe écrit que Cyrus s’étonna en lisant la prophétie d’Ésaïe à son sujet, et qu’à la suite de cette lecture, il édicta le décret relatif au retour des Juifs (Antiquités juives XI 1.1-2 ; Esdras 1:1-4).
Il est incontestable qu’entre Ésaïe 1-39 et 40-66 (que certains appellent le « deutéro-Ésaïe »), il y a des différences aussi bien dans les expressions employées, que dans les sujets abordés. Or dans beaucoup d’ouvrages d’auteurs profanes, on peut reconnaître des différences de style et de thèmes traités chez un même auteur, sans qu’on puisse, pour autant, mettre en doute qu’ils proviennent du même auteur. Le thème central traité dans la première partie d’Ésaïe, concerne davantage l’histoire extérieure d’Israël et des peuples voisins, tandis que la seconde partie traite plutôt de l’évolution intérieure du peuple terrestre de Dieu.
Par ailleurs le livre d’Ésaïe présente différents traits caractéristiques qui sont la marque d’un seul et même auteur. On peut citer tout d’abord la présence de l’expression « Le Saint d’Israël ». Elle occupe une place particulière parmi les différents noms de Dieu, car elle apparaît 25 fois en Ésaïe, 12 fois dans les chapitres 1 à 39 et 13 fois dans les chapitres 40 à 66 (voir les notes explicatives dans Ésaïe 1 à 4). Ce témoignage est particulièrement renforcé par le fait qu’Ésaïe emploie lui-même cette expression en 2 Rois 19:22). L’expression « Le Saint d’Israël » ne se trouve ailleurs que dans les Psaumes 71:22 et 78:41 et 89:18 et en Jérémie 50:29 et 51:5.
De même, l’appellation « Dieu d’Israël », utilisée rarement par les autres prophètes, se trouve très souvent chez Ésaïe, à savoir 13 fois, dont 7 dans la première partie, et 6 dans la seconde partie (Ésaïe 17:6 ; 21:10,17 ; 24:15 ; 29:23 ; 37:16,21 ; 41:17 ; 45:3,15 ; 48:1,2 ; 52,12).
Un autre « mot-clé » d’Ésaïe, est « salut » ou « délivrance » (en hébreu : jesha, jeshu’a, teshu’a, d’où vient le nom de Je(ho)shua = Josué en grec. Jésus, « l’Éternel est sauveur » en dérive). On trouve ce mot 25 fois en Ésaïe : 8 fois dans la première partie, et 17 fois dans la seconde (voir l’explication dans la note à propos d’Ésaïe 12:2). La présence fréquente de ce mot a bien contribué à qualifier Ésaïe du nom de « l’évangéliste parmi les prophètes ».
Dans le Nouveau Testament, le livre d’Ésaïe est cité environ 70 fois, plus que tous les autres prophètes réunis. 28 citations sont tirées des chapitres 40 à 66, parmi lesquelles le nom d’Ésaïe est mentionné spécifiquement 11 fois (Matt. 3:3 ; 8:17 ; 12:17 ; Luc 3:4 ; 4:17 ; Jean 1:23 ; 12:38 ; Actes 8:28-33 ; Romains 10:16, 20,21). Le passage le plus remarquable à cet égard est celui de Jean 12:38-41 avec sa citation des chapitres 53 et 6 (c’est-à-dire de la deuxième partie de ce livre, puis de la première) ; or le nom d’Ésaïe est cité trois fois dans cette citation.
Un témoignage remarquable rendu à l’unité du livre d’Ésaïe a été trouvé dans les manuscrits de la Mer Morte. À Qumran, en 1947, entre autres, on a trouvé un rouleau de parchemin contenant l’intégralité du texte hébreu du livre d’Ésaïe, datant du deuxième siècle av. J.-C. Nulle part dans ce rouleau, il n’y a d’indication qu’il s’agirait du regroupement de textes d’auteurs différents s’étalant sur trois siècles ou davantage. Le chapitre 40 dont on prétend qu’il débuterait le soi disant « deutéro-Ésaïe », commence sans aucun signe particulier quelconque à la suite des dernières lignes d’une division. Visiblement, celui qui a écrit ne savait rien de travaux différents d’auteurs différents.
Selon le principe divin que le jugement de Dieu commence par Sa propre maison (1 Pierre 4:17), l’annonce des jugements de Dieu sur Son peuple précède l’annonce du jugement des nations dans le livre du prophète Ésaïe (voir Ésaïe 9:6 ; 1 Pierre 4:17). Les douze premiers chapitres de ce livre nous montrent donc les relations et les voies de Dieu avec Son peuple terrestre Israël, mais aussi Son but : la révélation du Messie en gloire. Cette section s’achève par un cantique de louange.
Après les paroles introductives sur la personne du prophète, et l’époque où il se situe, le verset 2 commence immédiatement par la description de ce que Dieu a donné à Ésaïe, le fils d’Amots, de voir dans sa vision prophétique. Toutefois, il ne commence pas par parler à Juda et Jérusalem, mais à leur sujet. Comme autrefois Moïse (Deut. 32:1), Il appelle le ciel et la terre à témoigner des paroles de l’Éternel, qui considère ceux qui font partie de Son peuple comme des enfants qu’Il a éduqués, mais dont Il doit établir l’apostasie. Déjà, au début de son histoire, le Seigneur avait appelé le peuple « Son fils premier-né », et les enfants d’Israël l’avaient considéré comme Père (Exode 4:22 ; voir Malachie 1:6 ; 2:10), bien qu’ils ne connussent pas encore la relation d’enfant avec leur Père fondée sur la foi au Seigneur Jésus (Jean 1:12).
Quelle lamentation douloureuse que celle de Dieu au sujet de Son peuple, selon le v. 3 : « Le bœuf connaît son possesseur, et l’âne, la crèche de son maître ; Israël ne connaît pas, mon peuple n’a point d’intelligence » ! Ils se conduisaient pire que les animaux qui, du moins, connaissent leur propriétaire et la crèche de leur maître.
Bien que dans les premiers versets, Juda et Jérusalem soient désignés comme ceux auxquels était adressée la prophétie d’Ésaïe, cependant Dieu a toujours devant Ses yeux Son peuple tout entier. Il en est de même ici. Les hommes spirituels de l’Ancien Testament, comme Élie et Esdras, ne perdaient jamais non plus de vue l’unité du peuple d’Israël ; et même dans le Nouveau Testament, Paul et Jacques parlent de « nos douze tribus » et des « douze tribus » (1 Rois 18:31 ; Esdras 8:35 ; Actes 26:7 ; Jacques 1:1). Combien plus avons-nous besoin de cette manière de voir dans le temps actuel où les membres du seul corps de Christ, qui sont unis bien plus intimement, sont non seulement séparés en deux parties comme Israël, mais sont dispersés à travers d’innombrables groupes chrétiens !
Le jugement porté par Dieu sur Son peuple dans le cri de douleur du verset 4 s’exprime ensuite dans la quadruple description de son état. Au départ, ils étaient une nation sainte (Exode 19:6) et voilà qu’ils étaient devenus une nation pécheresse ; au lieu d’être le peuple qui Lui appartenait en propre (Deut.14:2), ils étaient chargés d’iniquité ; ils étaient de la semence d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, et les voilà devenus une race de gens qui font le mal ; les fils de l’Éternel (Deut. 14:1) étaient devenus des fils qui se corrompaient ! En outre trois manières d’agir caractérisaient leur conduite : Ils avaient abandonné l’Éternel, ils avaient méprisé le Saint d’Israël, et ils s’étaient retirés en arrière. Les paroles et la loi de Dieu n’avaient plus aucune valeur pour eux.
Le titre « Saint d’Israël » pour Dieu, est caractéristique du livre d’Ésaïe. Il s’y trouve 25 fois, quoique dans un nombre de passages moindre (*). Même si le peuple voulait se souiller toujours plus, Lui demeure fidèle, car Il ne peut se renier Lui-même (2 Tim.2:13), et ce qui l’entoure directement rend témoignage en permanence à Sa sainteté inaltérable (voir Ésaïe 6:3 ; Apoc. 4:8).
(*) Ch. 1:4 ; 5:19,24 ; 10:20 ; 12:6 ; 17:7 ; 29:19,23 ; 30:11,12,15 ; 31:1 ; 37:23 ; 41:14,16,20 ; 43:3,14 ; 45:11 ; 47:4 ; 48:17 ; 49:7 ; 54:5 ; 55:5 ; 60:9,14 ; et aussi dans les paroles d’Ésaïe en 2 Rois 19:22
Bien que Dieu eût particulièrement humilié le roi Achaz et le peuple, à cause de leur infidélité, ce dernier ne s’en était que plus enfoncé dans l’apostasie et l’idolâtrie (2 Chr. 28:5,8, 17-22). Pourquoi Dieu châtierait-Il davantage Son peuple, si c’était pour qu’il aille toujours plus loin dans l’apostasie (v.5) ?
Le « diagnostic » de l’état honteux suit dans les versets 5 à 7. Juda est comparé à un homme malade de la tête et du cœur, et qui ne présente plus aucun endroit sain depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête. Le terme « la tête » désigne ici sans doute le roi.
Les « blessures et meurtrissures et plaies vives » qui n’avaient pas été traitées avec tendresse et de manière appropriée (selon les connaissances de l’époque, voir Luc 10:34) étaient les conséquences des attaques dévastatrices des ennemis de Juda. Leur pays était ravagé, leurs villes étaient détruites, et le produit de leurs champs avait été récolté et dévoré par les étrangers. Les ennemis avaient, pour ainsi dire, tout renversé. L’Éternel avait laissé faire, pour discipliner Son peuple qu’Il aimait et l’amener à revenir. Mais cela avait été en vain.
Dans une certaine mesure, Jérusalem avait été jusqu’alors épargnée ; la ville est désignée ici par « Sion », le nom de la forteresse conquise par David, et qui lui rappelait de façon particulière l’amour de Dieu à son égard (2 Sam. 5:7 ; Psaume 2:6 ; 9:11,14). La ville de Jérusalem, célébrée autrefois comme étant « bien unie ensemble en elle-même », là où « sont placés les trônes de jugement, les trônes de la maison de David » (Psaume 122:3,5), était maintenant comparée à une hutte dans une vigne, et à une cabane dans un champ de concombres, ces abris de fortune où les paysans s’asseyaient jour et nuit pour veiller à ce que les animaux ou les étrangers ne se jettent pas sur leurs précieuses récoltes (voir Job 27:18). Même si Jérusalem n’avait pas encore été assiégée par les Assyriens, cependant, eu égard à la dévastation croissante environnante, elle pouvait être comparée à une ville assiégée (v. 8).
Comme l’évolution des choses se répète ! Ne pouvons-nous pas appliquer la description de ce qui atteint Juda non seulement à la chrétienté actuelle, mais aussi à l’état des vrais croyants ? L’éloignement délibéré de Dieu est plus affreux que les ténèbres de ceux qui n’ont jamais connu Dieu. Pierre écrivait déjà cet avertissement : « Car il leur eut mieux valu n’avoir pas connu la voie de la justice, que de se détourner après l’avoir connue, du saint commandement qui leur avait été donné ; mais ce que dit le proverbe véritable leur est arrivé: Le chien est retourné à ce qu’il avait vomi lui-même, et la truie lavée, à se vautrer au bourbier » (2 Pierre 2:21-22).
Le diagnostic accablant de Dieu suscite un écho faible, mais émanant d’une vraie foi, dans le cœur et la bouche d’un résidu qui ne se glorifie pas de sa propre fidélité, mais qui attribue tout à la miséricorde de Dieu : « Si l’Éternel des armées ne nous eut laissé un bien petit résidu, nous aurions été comme Sodome, nous ressemblerions à Gomorrhe ». Combien cette réaction a dû réjouir le cœur de Dieu ! Lorsque des siècles plus tard, quelques-uns de ceux qui craignent l’Éternel parlèrent l’un à l’autre, Il fut attentif et un livre de souvenir fut écrit pour ceux qui craignent l’Éternel et qui pensent à Son Nom (Mal. 3:16). Aujourd’hui encore, Ses yeux parcourent toute la terre pour se montrer fort en faveur de ceux qui sont d’un cœur parfait envers Lui (2 Chr. 16:9). Ce verset cité par Paul dans son exposé sur Israël en Romains 9 à 11, trouvera un nouvel accomplissement dans le futur, mais un accomplissement alors définitif (Rom. 9:29).
Les péchés de Sodome et de Gomorrhe sont mentionnés à plusieurs reprises dans la Parole de Dieu, aussi bien que la fin bien connue de ces villes impies sous le jugement sans ménagement de Dieu (Gen. 13:13 ; 19:23-25 ; Éz. 16:49 ; Jude 7). Tous les deux sont placés devant les yeux de ce faible résidu qui y pense avec horreur, mais qui en même temps se jette en pleine confiance dans les bras du puissant Éternel des armées (en hébreu : le Seigneur Sabaoth).
Dieu commence maintenant par s’adresser aux chefs responsables et au peuple, avec un appel à écouter Sa Parole et à respecter Sa loi. Quelle résonance terrible, venant de Sa bouche, que ces noms de Sodome et Gomorrhe appliqués aux conducteurs et aux habitants de Juda ! Durant la grande tribulation, au temps des deux fidèles témoins de Dieu, Jérusalem sera de nouveau appelée « spirituellement Sodome et Égypte, où aussi leur Seigneur a été crucifié » (Apoc. 11:8).
Dans les versets qui suivent (11 à15), Dieu fait dénoncer publiquement le service formaliste et exécrable à Ses yeux, accompli par le peuple. Certes, Il avait Lui-même donné les prescriptions de la loi, mais celles-ci avaient été complètement dénaturées. S’agissant de l’offrande des sacrifices, de faire fumer la graisse, de l’aspersion du sang, ou de l’observation de la nouvelle lune, du sabbat ou des fêtes de l’Éternel, extérieurement tout était méticuleusement accompli, mais les cœurs des hommes étaient bien éloignés de Dieu ; et dans leur vie quotidienne, ils faisaient toutes les injustices possibles, jusqu’à répandre le sang. Sans doute, on voulait être religieux, mais on voulait en même temps faire tout ce qu’on avait envie. L’hypocrisie, qui croit pouvoir associer un service divin extérieurement « correct » avec les plus graves péchés, est une abomination pour Dieu (v. 13). C’est pourquoi Il ne peut plus écouter les prières. Il voit que les mains qu’on élève vers Lui ne sont pas des « mains saintes », mais des mains couvertes de sang (v. 15 ; 1 Timothée 2:8).
Chaque fois que les sacrificateurs israélites accomplissaient leur service dans le lieu saint, ils devaient préalablement laver leurs mains et leurs pieds (Exode 30:17-21). Même si quelqu’un s’était souillé au contact d’un corps mort, l’eau de purification devait être aspergée sur lui (Nombres 19). Selon l’enseignement du Nouveau Testament, nous savons que cette purification a une signification symbolique, et est une image de la purification de notre cœur par l’eau de la Parole de Dieu (Jean 15:3 ; Éph. 5:26). Cependant les Israélites de l’ancienne alliance avaient déjà l’intelligence de ces choses, comme le montrent les versets 16 et 17, ainsi que d’autres passages. David s’écrie au Psaume 51, verset 7 : « Purifie-moi du péché avec de l’hysope, et je serai pur ; lave-moi, et je serai plus blanc que la neige » (voir Psaume 26:6). Ce n’est qu’à la lumière de la Parole de Dieu que le mal est vraiment manifesté comme tel, mais la Parole de Dieu nous montre aussi le chemin en vue de la purification par la confession de nos péchés (Proverbes 28:13 ; 1 Jean 1:9). Alors le chemin est ouvert pour faire le bien, pour chercher ce qui est juste, et être en aide aux opprimés et aux démunis (v. 17).
Si la justice de Dieu est le seul critère, personne ne peut se tenir devant Lui. Ce qui suit pour le pécheur, est valable de tout temps : « C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant ! » (Héb. 10:31). D’où l’appel de l’Éternel à Son peuple terrestre : « Venez et plaidons ensemble » ; c’est un appel plein de grâce et de miséricorde. Car là où l’homme, à cause de sa culpabilité, n’a rien pour se justifier, Lui seul veut et peut ramener même le crime de sang à du blanc pur et sans tache (1:18 ; voir 1:15) !
Si Juda avait pris garde à la voix pleine d’amour de l’Éternel, et avait été disposé à rompre avec ses péchés, il aurait pu à nouveau jouir des riches bénédictions du pays promis de Canaan. Si toutefois il s’y refusait, et continuait à être rebelle à l’égard de son Dieu, il serait battu par ses ennemis, et cesserait d’habiter le pays de Canaan en tant que peuple reconnu de Dieu. Dieu ne laisse planer aucun doute sur cette prédiction. Sa bouche avait parlé par le prophète Ésaïe (1:19, 20).
Les versets 21 à 23 renferment une complainte sur la ville autrefois fidèle de Jérusalem, et qui est devenue maintenant une prostituée, c’est-à-dire qu’elle s’est adonnée à l’idolâtrie. L’Éternel considérait Israël comme Sa femme qu’Il avait épousée (Jér. 2:2 ; 3:1-10 ; Éz. 16). Du fait qu’elle s’était détournée de Lui pour se tourner vers les idoles, elle s’était livrée à la fornication spirituelle (Deut. 31, 16). Dans le Nouveau Testament, c’est spécialement Babylone, la chrétienté sans Christ, qui est nommée la grande prostituée à cause de son idolâtrie (Apoc. 14:8 ; 17:1,2).
Autrefois, la justice habitait dans Jérusalem (pensons seulement à Salomon), maintenant ils étaient des meurtriers. Les princes, représentés par l’argent devenu des scories, et par le vin exquis dilué à l’eau, n’ont pas exercé la justice, mais ont été rebelles aux commandements de Dieu ; ils s’entouraient de voleurs et se laissaient acheter au lieu de faire droit aux orphelins et aux veuves opprimés (voir 1:17). Tout ce qui est bon et juste aux yeux de Dieu, était méprisé et dévoyé en son contraire.
Mais les choses n’en resteront pas toujours là. Dieu qui se nomme ici « le Seigneur, l’Éternel des armées, le Puissant d’Israël », pour montrer toute Sa puissance, prononce Son jugement (1:24). Celui-ci va plus loin que la captivité babylonienne de Juda, et a en vue le temps de la fin (*), qui se trouve ainsi déjà mentionné dans ce chapitre introductif de ce livre prophétique. Les adversaires et les ennemis sont des gens de Son propre peuple, contre lesquels Il tournera Sa main, qu’Il épurera au creuset et qu’Il purifiera avec de la potasse. Ce processus de fusion et purification de l’argent est bien des fois utilisé dans l’Écriture Sainte comme une image de châtiments et de punitions infligés par Dieu. C’est une image sérieuse, mais belle, pleine d’une profonde instruction, car le résultat final n’est pas la destruction, mais la purification ! Les scories et le plomb sont ôtés, et il ne reste plus que l’argent pur, une figure constante de la rédemption dans l’Écriture (voir Zach. 13:9 ; Mal. 3:3).
(*) Par « temps de la fin », nous comprenons la période entre la venue du Seigneur pour enlever les croyants, et Son apparition en gloire pour établir le règne millénaire.
Après la grande tribulation et l’apparition de Christ en gloire, Jérusalem sera la capitale terrestre du royaume millénaire, le centre de paix et de justice (v. 26 ; voir chapitre 2,3 ; Zach. 8:3). Mais avant que vienne la rédemption pour Sion et pour le résidu du peuple d’Israël encore dispersé dans le monde entier, mais alors rentré dans sa terre, il leur faudra subir le jugement de Dieu (v. 27). Par contre, tous ceux qui se seront détournés de Dieu et auront suivi l’Antichrist, devront mourir (v. 28).
Le jugement sur les Juifs incroyants, qui anéantira deux tiers du peuple selon Zacharie 13:8, est maintenant décrit de trois façons différentes. La honte à cause des térébinthes parait désigner l’idolâtrie qui se pratiquait sous ces arbres (voir Éz. 6:13). Ni l’Antichrist, ni l’image de la bête ne leur seront d’aucun secours quand le jugement de Dieu viendra sur eux (1:29). Eux-mêmes ressembleront à un térébinthe flétri et à un jardin sans eau, et ils porteront par cela les conséquences de leur idolâtrie (1:30). Ceux qui se prétendent forts disparaîtront ensemble avec leur oeuvre, comme l’étoupe s’enflamme avec une étincelle et brûle. Ni le « fort » ni personne d’autre ne peut éteindre le feu qu’il a allumé par ses œuvres ; il le conduit à la perdition éternelle (1:31 ; voir Apoc. 19:20-21).
Les paroles d’introduction au message d’Ésaïe 2 ressemblent à celles du premier chapitre, à la différence qu’ici, il n’est pas question d’une vision, mais d’une parole que le prophète a vue, touchant Juda et Jérusalem.
Les versets 2 à 4 ressemblent presque mot pour mot à Michée 4:1-3, et il y a encore d’autres passages parallèles entre les deux prophètes (*). À côté de toutes leurs différences (notamment la longueur de leur message), les deux prophètes ont eu cependant des missions très semblables : avertir le peuple de Dieu avant le jugement, et faire connaître Sa miséricorde et annoncer la venue du Messie.
(*) Parmi une quantité de passages qui sont des rappels ou sont simplement parallèles du point de vue des idées, on peut citer : Ésaïe 1:2 et Michée 1:2 ; Ésaïe 8:17 et Michée 7:7 ; Ésaïe 58:1 et Michée 3:8.
« À la fin des jours » (v. 2), le règne de paix de mille ans achèvera l’histoire de cette terre, avant qu’elle s’enfuie devant la face du Juge sur le grand trône blanc, et qu’elle soit brûlée entièrement avec les œuvres qui sont en elles (2 Pierre 3:10 ; Apocalypse 20:11). Dans cette période de bénédiction merveilleuse durant le règne de Christ, la « montagne de la maison de l’Éternel », Jérusalem et le temple, sera haut-élevée au-dessus de toutes les autres puissances, et même toutes les nations afflueront en ce lieu-là (Deutéronome 26:19 ; Ésaïe 66:23 ; Zacharie 14:16).
Or ce n’est pas la justice seule qui règnera, mais aussi la paix, annoncée, à travers ces paroles faciles à retenir, mais aujourd’hui trop souvent mal comprises et mal appliquées : « De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des serpes » (v. 4). Il n’y aura pas de guerre pendant ces mille ans. Ainsi la prophétie du patriarche Jacob sur Juda et son héritage s’accomplira dans le vrai « Shilo » (en hébreu : qui apporte la paix, qui procure le repos), auquel les peuples obéiront (Genèse 49:10).
Le coup d’œil sur l’avenir glorieux d’Israël et des peuples de la terre, amène le prophète à adresser un appel à son peuple pour qu’il revienne immédiatement à Dieu, et à marcher dans la lumière de l’Éternel (v. 5). Puis il se tourne immédiatement vers Dieu (v. 6). Il constate qu’Il a déjà abandonné son peuple. En fait, Dieu s’était toujours levé de bonne heure et avait envoyé Ses messagers, ce que le prophète Jérémie avait spécialement rappelé plusieurs fois (Jérémie 7:13), mais Dieu connaissait la fin depuis le commencement. Les mauvaises intrications du peuple vers l’orient (l’Assyrie et Babel) et vers l’occident (les Philistins) étaient trop étroites. Le peuple qui devait habiter séparé et ne pas être compté parmi les nations (Nombres 23:9), faisait alliance avec ceux qui appartenaient aux peuples étrangers.
Comme les versets 7 et 8 le montrent, la grande prospérité résultant du commerce avec les peuples voisins, était le moyen par lequel l’idolâtrie avait fait son entrée. Dans le pays, il n’y avait pas seulement de l’argent et de l’or en abondance, comme aussi des chevaux et des chars, mais aussi des idoles, devant lesquelles le peuple de Dieu se prosternait. Le prophète signale déjà ici le ridicule d’adorer et de se prosterner devant ce qu’on a soi-même fabriqué ; il le rappellera plus tard avec beaucoup d’ironie (44:9-20). Différents rois qui, de par leur fonction, auraient dû donner l’exemple, méprisèrent l’avertissement de Dieu en ce qui concerne le grand nombre de chevaux, la richesse en argent et en or, comme aussi les femmes, parce que c’était spécialement ces dernières qui allaient détourner leur cœur de suivre l’Éternel, ce qui se trouve déjà confirmé en Salomon (Deutéronome 17:16).
Mais le jugement sur les pécheurs est déjà arrêté. L’être humain tiré du sol (en hébreu : Adam), et l’homme (en hébreu : ish), l’homme du peuple comme le grand, devaient être jetés par terre, et ne recevraient pas de pardon de la part de Dieu (v. 9).
Les versets 10 et 11 constituent une transition avec ce qui suit, car le prophète ne parle plus maintenant à Dieu comme dans les versets précédents, ni non plus à son peuple terrestre, mais à tous les hommes en général, comme l’indiquent les appellations « être humain » et « homme » déjà vues au verset 9 (comparer les versets 11 et 17).
Un jour, tout l’orgueil et toute l’élévation des hommes trouveront leur fin. À cause de la terreur qui les envahira lors de la venue en majesté de l’Éternel, ils seront forcés de se cacher dans les fentes des rochers, car « en ce jour-là », Un seul sera haut élevé : Dieu.
« Ce jour-là » ou « le jour de l’Éternel » est déjà annoncé dans l’Ancien Testament, comme le jour du jugement de Dieu sur le monde (Ésaïe 13:6-9 ; Joël 1:15 ; 2:2). Mais pour ceux qui craignent le Nom de Dieu, le Messie sera alors comme « le soleil de justice avec la guérison dans ses ailes » (Malachie 4:2) (*).
(*) L’expression « en ce jour-là » désigne habituellement, dans le langage prophétique d’Ésaïe, le temps futur où Dieu s’occupera de nouveau de son peuple terrestre, d’abord en jugement, mais ensuite en grâce et en gloire (Ésaïe 2:11,17,20 ; 3:7,18 ; 4:1,2 ; 5:30 ; 7:18,20,21,23 ; 10:20,27 ; 11:10,11 ; 12:1,4 ; 17:4,7,9 ; 19:16,18,19,21,23,24 ; 20:6 ; 22:8,12,20,25 ; 23:15 ; 24:21 ; 25:9 ; 26:1 ; 27:1,2,12,13 ; 28:5 ; 29:18 ; 30:23 ; 31:7 ; 52:6). L’expression « jour de l’Éternel », par contre, ne se trouve qu’en Ésaïe 13:6,9.
Dans l’Ancien Testament, il ne pouvait pas encore être révélé que Celui qui viendrait était le Seigneur Jésus, mais bien que ce serait le Messie (comparer Daniel 2:44 ; 7:13 et suiv. ; 9:24). Quelle chose tragique que le Seigneur Jésus, lorsqu’Il vint dans l’abaissement sur la terre, n’a pas été reçu par Son propre peuple (Jean 1:11) ! C’est pourquoi la durée et la pleine signification de ce « jour-là » ne sont révélées que dans le Nouveau Testament. Pour les croyants déjà dans le ciel, il commence par le tribunal de Christ (2 Timothée 4:8) ; pour le monde, il commence par l’apparition de Christ en gloire avec tous les croyants et les anges de Sa puissance. C’est là le jugement annoncé par les prophètes, le premier. Ce jour s’étend ensuite par-dessus toute la période du règne de mille ans. L’expression « jour du Seigneur » veut dire que, dans cette période-là, Dieu, dans la personne de son Fils, sera reconnu par le monde, et exercera toute autorité. Ce n’est qu’après, que commencera l’état éternel avec une nouvelle terre et de nouveaux cieux (voir 2 Pierre 3 ; Apocalypse 19:11 à 21:8). En « ce jour-là », les croyants qui font partie de l’assemblée de Dieu ne seront plus sur la terre, mais auront été enlevés déjà depuis longtemps dans la maison du Père ; tous les jugements de Dieu annoncés ici et dans d’autres passages, ne les atteindront plus (comparer 1 Thessaloniciens 4:13 à 5:8 ; 2 Thessaloniciens 2 ; Apocalypse 3:10).
« Ce jour-là , comme l’enlèvement que nous attendons, est fixé dans les conseils de Dieu (v. 12). Tous ceux qui ne se seront pas courbés dans la repentance et la foi dans l’attente du Messie, seront alors profondément abaissés ; nul n’en sera exempté. Les cèdres du Liban et les chênes de Basan désignent sans doute les gens haut placés dans l’échelle sociale (v. 13 ; comparer Zacharie 11:2) ; les hautes montagnes et les collines élevées représentent les puissances de ce monde (v. 14 ; comparer Psaume 30:8 ; Zacharie 4:7) ; les hautes tours et les puissantes murailles parlent de guerre (v. 15), les navires de Tarsis et les objets d’art précieux évoquent le commerce et l’art (v. 16). De façon similaire, mais encore plus détaillée, Apocalypse 18 décrit comment l’ensemble du système mondial sera disloqué par la chute de Babylone.
Comme pour confirmer encore une fois tout cela, le verset 17 répète les paroles du verset 11, et aussi dans les versets 19 et 21, on retrouve l’injonction du verset 10, même s’il s’y trouve quelques petites différences. Entre les deux, il y a cette phrase lapidaire : « Et les idoles disparaîtront entièrement » (v. 18). Dans l’angoisse et la frayeur en face de l’apparition irritée de Christ, les gens jetteront les idoles si sacrées et si précieuses pour eux aux animaux impurs des ténèbres et de la nuit, mais ce sera trop tard (v. 20). Leur désir de se cacher ne leur sera pas plus en aide que pour le premier couple humain après la chute (Genèse 3:8).
Combien l’apparition du Fils de l’homme dans Sa gloire sera impressionnante et effrayante pour les incroyants ! Combien au contraire est merveilleuse notre espérance vivante et bienheureuse de pouvoir attendre le même Seigneur comme Sauveur pour la vie éternelle !
Le chapitre se termine avec un avertissement relatif à la confiance en l’homme. Avec toute son intelligence, sa sagesse, ses capacités et ses conquêtes dont il est si fier, il n’est pourtant qu’une petite créature de rien. Les Psalmistes ont exprimé cela si souvent (Psaumes 90 ; 104:29) ! Mais ici il ne s’agit pas de ceux qui ont placé leur confiance en Dieu, mais de ceux qui ne connaissent ni le Dieu vivant et vrai, ni son Fils, l’« Esprit vivifiant », « qui nous délivre de la colère qui vient » (1 Corinthiens 15:45 ; 1 Thessaloniciens 1:10).
Comme si souvent dans la Parole de Dieu, le Saint Esprit dans ce passage, relie le présent au temps de la fin. Un autre exemple de cette façon de présenter les choses dans la prophétie, est l’épître de Jude qui commence avec le fait qu’à cette époque-là, « certains hommes s’étaient glissés parmi les fidèles, inscrits jadis à l’avance pour ce jugement » (v. 4), puis l’épître décrit un grand arc jusqu’à l’apparition du Seigneur Jésus en jugement (v. 14 et 15). Il en est de même dans la portion constituée des ch. 3 et 4 du prophète Ésaïe, qui commence par des évènements proche de cette époque, et se termine avec le rétablissement de Sion dans le règne de mille ans.
Le Seigneur, l’Éternel des armées (en hébreu : Adonaï Yahwe Sabaoth) fait tout d’abord annoncer qu’Il ôtera de Jérusalem et de Juda, tout ce sur quoi le peuple s’appuie et fonde son existence. En tout premier lieu sont mentionnées la nourriture et la boisson (v. 1). Dieu avait déjà depuis longtemps menacé son peuple de cela au cas où il désobéirait (Deutéronome 11:16 et suiv. ; 28:23 et suiv.), et nous voyons comment cette annonce s’est accomplie lors des attaques des Assyriens et des Babyloniens (Ésaïe 37:30 ; Lamentations 2:20).
Ensuite, sont énumérées les personnes qui — à tort (comme les devins et les magiciens) ou à raison — constituent les bases de l’état : « L’homme fort et l’homme de guerre, le juge et le prophète, le devin et l’ancien, le chef de cinquantaine et l’homme considéré, et le conseiller, et l’habile ouvrier, et celui qui s’entend aux enchantements » (v. 2 et 3). Or cette prophétie s’est accomplie, lorsque Nebucadnetsar emmena en captivité « tous les chefs et tous les hommes de guerre », et ne laissa à Jérusalem « que le peuple pauvre du pays » (2 Rois 24:14).
Un état de dénuement aussi complet servira, sous le gouvernement de Dieu, de jouet aux caprices de personnes trop jeunes et inexpérimentées (v. 4 ; voir Ecclésiaste 10:16). Le résultat en est un désordre sans bornes, et une oppression réciproque, par laquelle tout ordre institué de Dieu ou même simplement tout ordre humain raisonnable se trouve sens dessus dessous (v. 5). L’anarchie qui en découle est irréversible. Même si quelques individus reconnaissent combien la situation est accablante, ils ne se tournent quand même pas vers Dieu pour avoir du secours, mais vers leur « frère », pensant que peut-être, celui-ci pourrait encore au moins sauver ou maintenir quelque chose. Mais plus personne n’est prêt à endosser de responsabilité, même si on le supplie instamment à ce sujet. Le dénuement personnel (« ni pain ni manteau ») sert alors d’excuse à ce que l’on ne peut être ni « médecin » pour venir en aide et guérir « les blessures, les meurtrissures et les plaies vives » (voir 1:6), ni désirer être « chef du peuple », afin de mettre un frein à l’anarchie (v. 6 et 7).
L’Esprit de Dieu montre maintenant les racines de ce déclin complet de Jérusalem et de Juda. Toutes les paroles et les actes de leurs habitants sont dirigés contre Dieu, et même avec l’intention de braver Sa gloire divine. Cependant, « les yeux de sa gloire » voient les motifs cachés du cœur, car ce sont des yeux « comme une flamme de feu » (Apocalypse 1:14), qui, dans leur sainteté incorruptible, reconnaissent le mal (v. 8). Dieu voit l’expression mauvaise et orgueilleuse du visage, de même qu’Il entend lorsqu’ils parlent ouvertement de leurs péchés. Adam et Ève ont eu honte et se sont cachés lorsqu’ils eurent commis le premier péché, mais comme les habitants de Sodome qui ne connaissaient pas la honte, les habitants de Jérusalem et de Juda se comportent de la même manière : «Ils parlent ouvertement de leur péché comme Sodome ; ils ne le cachent pas » (v. 9 ; voir 2:10). La sentence de Dieu est celle-ci : « Malheur à leur âme ! Car ils ont fait venir le mal sur eux-mêmes ».
Le principe divin de rétribution, aussi bien à l’égard du bien que du mal, ne cesse pas d’être valable, même si peut-être, cela n’apparaît pas pour l’instant (Romains 2:5-11). Au petit nombre des justes parmi le peuple, il arrivera du bien, car ils jouiront dans l’avenir du fruit de leurs bonnes actions, tandis que les impies (ceux qui sont sans loi) sont menacés d’un nouveau « Malheur » : du mal leur arrivera, parce qu’ils recevront le salaire correspondant à leurs mauvaises actions (v. 10 et 11).
Et cependant, il est et il demeure le peuple de l’Éternel qui — comme l’Éternel doit le proclamer en se lamentant — est opprimé par des hommes méchants enfantins, et il est gouverné par des femmes, alors qu’Il avait demandé expressément que le roi de Son peuple se fasse une copie de la loi, pour Le craindre, Lui, l’Éternel, et pour faire « toutes les paroles de cette loi et de ces statuts ; … en sorte que son cœur ne s’élève pas au-dessus de ses frères, et qu’il ne s’écarte pas du commandement, ni à droite, ni à gauche » (Deutéronome 17:18-20). L’expression « ceux qui te conduisent te fourvoient » vise les prophètes au sujet desquels Michée, contemporain d’Ésaïe, a dû prononcer le même jugement (Michée 3:5). Ils parlaient à chacun selon ce qui lui plaisait, mais ils taisaient devant le peuple le droit chemin conforme aux pensées de Dieu (comparer 1 Rois 22:11).
Or non seulement l’Éternel voit tout cela, mais Il est aussi le juste Juge qui, un jour, se tiendra là « pour juger les peuples » (v. 13). Tous leurs actes sont inscrits dans Ses livres, et le jour viendra où le Père confiera l’exercice du jugement à Son Fils (comparer Jean 5:22, 27). Lors de l’apparition du Fils de l’homme en gloire, toutes les nations seront assemblées devant Lui et jugées (Matthieu 25:31-46). Mille ans plus tard, tous les morts recevront devant le grand trône blanc, leur sentence de condamnation éternelle (Apocalypse 20:11-15). Ce verset est un exemple de « saut dans le temps » que l’Esprit fait si souvent dans les prophéties de la Parole de Dieu, lorsqu’à partir d’évènements de l’époque, Il dirige nos regards directement sur la fin.
C’est toutefois d’une autre manière que Dieu entre en jugement avec son peuple terrestre, et avec les anciens et les princes de celui-ci, qui portaient une responsabilité incomparablement plus grande (v. 14 et 15). Aussi bien dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, Son peuple est l’objet de Sa discipline d’une manière particulière, et celle-ci peut prendre parfois la forme de châtiments. Ézéchiel a dû entendre que le jugement de Dieu sur Son peuple commençait par les vieillards devant le temple, et Pierre écrit au sujet de la chrétienté : « Car le temps est venu de commencer le jugement par la maison de Dieu » (Ézéchiel 9:6 ; 1 Pierre 4:17). Le jugement de Dieu sur son peuple terrestre et ses conducteurs n’est toutefois pas restreint à un temps déterminé, même s’il atteindra son point culminant lors de la grande tribulation à venir.
Les motifs du jugement annoncé sont résumés en peu de mots. La vigne que les conducteurs avaient broutée au lieu d’en prendre soin et de la cultiver, représentait le peuple qu’ils avaient exploité matériellement. « Car la vigne de l’Éternel des armées est la maison d’Israël » (Ésaïe 5:7). Mais ils avaient traité le peuple de Dieu avec mépris et avec une dureté de cœur sans miséricorde, de sorte que l’Éternel des armées (en hébreu : Yahwe Sabaoth) qui avait vu tout cela, leur demandait avec insistance : « Qu’avez- vous à faire de fouler mon peuple et de broyer la face des pauvres ? » (v. 15).
Mais il n’y avait pas que les hommes figurant au premier rang de l’assemblée, qui provoquaient la colère et finalement le jugement de Dieu. Sommes-nous étonnés de la description détaillée de la démarche des fières « filles de Sion », des femmes qui habitaient à Jérusalem, particulièrement celles de la classe dominante ? Or de telles manifestations d’un état d’esprit charnel, qu’aujourd’hui on considère parfois bien légèrement comme n’étant que des détails extérieurs, n’échappent pas aux yeux de Dieu qui parcourent toute la terre (v. 16 à 23). Salomon n’avait-il pas déjà couronné ses dernières paroles sur les qualités de la « femme vertueuse » en disant : « La grâce est trompeuse, et la beauté est vanité ; la femme qui craint l’Éternel, c’est elle qui sera louée » (Proverbes 31:30) ? Pourquoi Paul exhorte-t-il les sœurs « à se parer d’un costume décent, avec pudeur et modestie, non pas de tresses et d’or ou de perles, ou d’habillements somptueux, mais par de bonnes œuvres, ce qui sied à des femmes qui font profession de servir Dieu » (1 Timothée 2:9-10) ? Pourquoi Pierre recommande-t-il aux femmes croyantes d’avoir une conduite pure, elles « dont la parure ne doit pas être une parure extérieure qui consiste à avoir les cheveux tressés et à être paré d’or et habillé de beaux vêtements, mais l’homme caché du cœur, dans l’incorruptibilité d’un esprit doux et paisible, ce qui est d’un grand prix devant Dieu » (1 Pierre 3:2-4) ? C’est parce que l’extérieur reflète l’état intérieur. Et Dieu voit notre vêtement, notre attitude, et nos regards !
Une raison particulière expliquant cette description détaillée d’Ésaïe dans laquelle il n’est pas nécessaire d’entrer en détail, est le rôle essentiel qui revient aux femmes dans les maisons et dans les familles, spécialement dans l’éducation des enfants. Si, au lieu de la crainte de Dieu et de la modestie, elles manifestent une mise en avant de leur propre personne, accompagnée d’un caractère dépensier, que faut-il dès lors attendre de la génération suivante pour laquelle elles ont la charge de montrer le bon exemple ?
Le châtiment correspondant au comportement éhonté et orgueilleux des « filles de Sion » est présenté avec des expressions fortes. « En ce jour-là » (v. 18), jour qui n’était plus très éloigné, les ennemis du peuple de Dieu, les Babyloniens, pilleraient et dévasteraient le pays et la ville sainte. Dieu se servirait de cette guerre pour ôter d’un coup le précieux ornement des femmes élégantes de Jérusalem. Au lieu de l’odeur agréable de leurs parfums dans le temps présent, la pourriture règnerait, elles seraient ceintes de cordes, leurs chevelure serait tondue, comme cela se pratiquait pour les prisonniers, elles seraient vêtues d’un sarrau de toile, habit de misère, et enfin elles seraient flétries comme des esclaves (v. 24).
À la ville de Jérusalem qu’il appelle déjà « fille de Sion » au verset 8 du premier chapitre, le prophète annonce finalement : « Tes hommes tomberont par l’épée, et tes hommes forts, dans la guerre » (v. 25). Mais alors — comme s’il devait se détourner d’elle avec tristesse — il ne s’adresse plus à elle, mais il parle d’elle et se lamente à l’avance sur sa destruction et son pillage, comme le fera plus tard Jérémie devant les ruines restantes : « Et ses portes se lamenteront et mèneront deuil ; et désolée, elle s’assiéra sur la terre » (v. 26 ; comparer Jérémie 14:2 ; Lamentations 1:1-4).
Le triste sort des femmes condamnées dans les versets 16 à 24, est mentionné finalement au verset 1 du chapitre 4. Elles se voient non seulement livrées à la misère, mais aussi à la honte de ne pas avoir de mari, parce que les hommes sont tombés lors de la guerre contre Babylone. À la différence des normes occidentales actuelles, le fait d’être veuve et ou stérile étaient en Israël un sujet de honte toute spéciale (voir 54:4 ; Genèse 30:23). Du fond de la détresse qu’elles éprouvent, elles se tournent vers les hommes demeurés de reste mais en bien trop petit nombre, pour avoir au moins le nom d’un protecteur, tout en renonçant expressément à tout ce à quoi elles pouvaient normalement prétendre pour un couple marié, notamment la fourniture de biens matériels indispensables, comme la nourriture et le vêtement (comparer Exode 21:10).
Ainsi se termine cette description de l’état de choses du royaume de Juda, qui attira sur lui le jugement de Dieu, parce qu’« il n’y eut plus de remède » (2 Chroniques 36:16). Dans les années 606-605, 597 et 586 avant Jésus Christ, les ennemis babyloniens envahirent le pays et lui firent la guerre, ainsi qu’à la ville de Jérusalem, jusqu’à ce qu’elle soit consumée et détruite entièrement, et que tous les habitants soient transportés à Babylone pour une captivité de soixante-dix ans (voir 2 Chroniques 36).
La prophétie fait à nouveau un « saut dans le temps », mais cette fois-ci pour introduire pour la première fois dans ce livre le Messie promis, l’Oint de Dieu. Son titre ici, est : « le Germe (en hébreu : zemach) de l’Éternel » (comparer Jérémie 23:5 ; 33:15 ; Zacharie 3:8 ; 6:12). Si nous englobons dans notre méditation Ésaïe 11:1 et 53:2, alors une image pleine de grâce apparaît devant notre regard spirituel. Même si déjà du temps des prophètes, il ne restait plus qu’une souche du royaume selon l’ordre divin dans le peuple d’Israël, — certes une souche avec des racines — il sortirait quand même de là un jour un rejeton, et une racine sortirait d’une terre aride. Pendant des milliers d’années, Dieu avait attendu du fruit de Ses créatures, particulièrement de son peuple terrestre Israël, mais Il n’avait rien recueilli. À quelques exceptions près, tout était stérile et sans vie, ténèbres et mort. Alors quand même, le « rejeton de l’Éternel » naquit à Bethléem, la ville d’Isaï et de David, qui apporta le fruit désiré (Ésaïe 11:1). « Mais, quand l’accomplissement du temps est venu, Dieu a envoyé son Fils, né de femme, né sous la loi » (Galates 4:4 ; comparer Hébreux 7:14).
Lors de sa première venue, Il n’avait « ni forme ni éclat ; quand nous le voyons, il n’y a point d’apparence en Lui pour nous le faire désirer » (Ésaïe 53:2), mais lors du règne de mille ans, Il sera « pour splendeur et pour gloire » du peuple d’Israël. « Ce jour-là » (v. 2) ne désigne donc pas le temps de Sa vie sur la terre, ou Son apparition pour exercer le jugement, mais Sa domination qui y fera suite, et sous laquelle son peuple terrestre jouira d’une bénédiction jamais connue auparavant. — Le « fruit de la terre (ou du pays ; en hébreu : erez) », qui sera un sujet de magnificence et d’ornement pour les réchappés d’Israël, est-ce un autre titre du Messie (comparer avec le « grain de blé » en Jean 12:24), où bien cette expression désigne-t-elle la bénédiction et la fertilité de la terre purifiée durant le règne de paix (comparer Ézéchiel 34:29) ? — il n’est pas facile de déterminer, car les deux sens conviennent pour le sens.
Qui aura part à ces bénédictions ? Seulement le petit nombre des « réchappés d’Israël », aussi bien des deux tribus que des dix tribus encore disparues du peuple. Nous trouvons ce fait bouleversant confirmé dans plusieurs passages de la Parole de Dieu. Paul cite en Romains 9:27 les paroles suivantes de notre prophète : « Quand le nombre des fils d’Israël serait comme le sable de la mer, le résidu seul sera sauvé » (voir Ésaïe 10:22). Mais ce résidu croyant affiné par la détresse est décrit comme étant « tout Israël » (Romains 11:26 ; comparer Zacharie 13:8-9).
Dans la période qui suit l’enlèvement de l’Église, les jugements punitifs de Dieu symbolisés par les sept sceaux, les sept trompettes, et les sept coupes de la colère de Dieu en Apocalypse 6 à 11 et 16, fondront sur la terre entière. Mais Juda subira des épreuves toute particulières sous la domination effrayante de l’Antichrist : ce sera « la détresse de Jacob » (Jérémie 30:7 ; Matthieu 24:9-28 ; 2 Thessaloniciens 2:4 ; Apocalypse 12:13-17). Deux tiers du peuple, c’est-à-dire des deux tribus seront exterminés (sur les dix tribus, voir Ézéchiel 20:34-38), et le tiers restant sera affiné par le feu de Dieu, jusqu’à ce que finalement les réchappés soient reconnus par Lui comme étant son peuple, parce qu’ils auront été sanctifiés par la repentance et la foi au Messie qui vient (Zacharie 13:8-9). Alors la saleté des filles de Sion sera nettoyée et les crimes de Jérusalem seront ôtés par l’esprit de jugement et l’esprit de consomption [ou : anéantissement] de la part de Dieu. C’est de ce résidu « écrit parmi les vivants dans Jérusalem » qu’il est question dans les versets 3 et 4.
Lors de sa sortie d’Égypte et par la suite, Israël était accompagné par une colonne de nuée de jour, et une colonne de feu, la nuit. Cette colonne était le signe visible de la sainte présence de Dieu auprès de son peuple ; elle le protégea des Égyptiens, et le conduisit à travers le désert, et reposait au-dessus de la tente d’assignation (Exode 13:21 ; Nombres 9:15). De façon similaire bien qu’entièrement nouvelle, Dieu, dans le règne de mille ans, « créera » sur toutes les habitations de Jérusalem et sur les assemblées de ceux qui seront revenus, ces signes de Sa présence (v. 5). Une gloire jamais connue auparavant remplira, couvrira et protègera la « ville sainte ».
Le dernier verset de ce paragraphe montre que nous n’avons pas encore devant nous, ici, la perfection définitive. Car il y aura encore besoin que Dieu protège les Siens contre la chaleur du jour, et l’orage et la pluie. Une telle protection ne sera plus nécessaire dans l’état éternel, parfait, sur la nouvelle terre et dans les nouveaux cieux (v. 6).
Bien qu’au temps de l’Ancien Testament, l’Assemblée de Dieu soit restée un mystère non encore révélé, nous pouvons peut-être quand même voir dans la « couverture » et le « tabernacle » des v. 5 et 6, une mention cachée de ceux-ci. Dans l’état éternel, comme « nouvelle Jérusalem », elle descendra du ciel comme une épouse ornée, préparée pour son mari, et alors « l’habitation [tabernacle] de Dieu sera avec les hommes » (Apocalypse 3:12 ; 21:2-3). Mais déjà, dans le règne de mille ans, elle sera pareillement « revêtue de la gloire de Dieu » (Apocalypse 21:10-11). Nous ne pouvons nous représenter la « nouvelle Jérusalem » que comme un corps céleste planant au-dessus du centre du gouvernement terrestre.
ME 2003 p. 13
Ce chapitre commence par une prophétie sur le peuple d’Israël, plus précisément sur « la maison d’Israël » et « les hommes de Juda » (v. 7). Le fait que cette prophétie soit appelée « un cantique » ne doit pas nous surprendre. Déjà Moïse, dans son dernier cantique, parle du jugement de Dieu sur Israël (Deut. 32) ; et nous trouvons divers cantiques prophétiques dans l’Apocalypse (5:9 ; 14:3 ; 15:3). Rappelons aussi que de grandes portions des livres prophétiques de l’Ancien Testament sont écrites dans un langage et dans une forme poétiques — bien que cela soit parfois difficile ou impossible à rendre dans une traduction (cf. Lam. 1:1 note).
Le cantique d’Ésaïe est en même temps une parabole. Le Seigneur Jésus lui-même enseignait souvent sous forme de paraboles. Dans l’une d’elles, il utilise une comparaison semblable à celle d’Ésaïe 5 (Matt. 21:33-41). Dans les deux cas, la vigne est une image du peuple d’Israël ou des Juifs.
Il n’y a guère de plante qui exige autant de travail que le cep de vigne, jusqu’à ce que le fruit attendu apparaisse. Il en résulte que la vigne ou le cep sont particulièrement aptes à représenter Israël, le peuple terrestre de Dieu, objet de ses soins attentifs et persévérants. Cette image est plusieurs fois utilisée dans l’Ancien Testament (Jér. 2:21 ; Osée 9:10 ; 10:1 ; Joël 1:7). Dans ce cantique adressé à son « bien-aimé » au sujet de « sa vigne », Ésaïe parle donc du Dieu d’Israël et de son peuple terrestre. Le « coteau fertile » est le pays de Canaan dans lequel l’Éternel avait conduit son peuple et l’avait richement béni. Il ne l’avait laissé manquer de rien : il lui avait donné sa loi, les sacrificateurs et les prophètes ; il lui avait accordé aide et protection (cf. Rom. 9:4, 5). Il aurait donc pu attendre de sa vigne du fruit en abondance, mais au lieu « de bons raisins », il n’a trouvé que « des raisins sauvages ».
Alors Dieu s’adresse aux habitants de Jérusalem et aux hommes de Juda, et leur demande ce qu’il aurait encore pu faire de plus pour sa vigne (v. 3, 4). Il ne pouvait être donné que cette réponse humiliante : rien ! L’homme est manifesté comme étant incapable par lui-même de répondre à ce que Dieu attend de lui. Il en a été ainsi non seulement pour Israël, mais aussi pour la chrétienté — et, en vérité, il en est ainsi pour chaque homme individuellement.
En conclusion, Dieu prononce alors son jugement sur sa vigne. Il abattra sa haie et sa clôture — ce qui constitue sa protection — de sorte que chacun pourra y entrer et la fouler aux pieds. Elle ne sera ni taillée ni sarclée ; les ronces et les épines, symboles du sol maudit, y monteront ; et le ciel restera fermé sur elle afin que la pluie indispensable ne tombe pas pour l’arroser (v. 5, 6 ; cf. Deut. 11:17).
Le verset 7 fournit la clé de la parabole : « Car la vigne de l’Éternel des armées est la maison d’Israël, et les hommes de Juda sont la plante de ses délices. Et il s’attendait au juste jugement (mischpath), et voici l’effusion de sang (mispach), — à la justice (zedaqah), et voici un cri ! (zeaqah) ». Les mots hébreux, arrangés de façon poétique, soulignent le sérieux du jugement de Dieu.
La parabole de la vigne énoncée par le Seigneur Jésus en Matthieu 21 va encore plus loin : le fils du maître de la vigne est tué par les cultivateurs (v. 39). Par le rejet du Fils de Dieu, les Juifs ont amené sur eux le jugement d’une mise à l’écart pour un temps. Et Dieu révèle au monde entier qu’il n’attend dorénavant plus aucun fruit de ses créatures responsables — du moins sur le terrain de leur propre capacité.
Cependant, le Fils de Dieu, envoyé du ciel et rejeté par son peuple terrestre, a commencé sur cette terre une œuvre entièrement nouvelle. Elle est décrite par les paroles du Seigneur en Jean 15 : « Moi, je suis le vrai cep, et mon Père est le cultivateur » (v. 1). Celui qui se trouve dans une relation vitale avec le vrai Cep — une relation de foi — porte du fruit par lequel Dieu est glorifié, du fruit qui demeure (v. 8, 16).
Dans les six « Malheur... ! » qui suivent, tous les péchés du peuple ne sont pas dénoncés, mais seulement quelques fautes particulièrement saillantes des plus responsables d’entre eux (cf. chap. 3). De même aussi, le Seigneur Jésus a prononcé sept « Malheur à vous... ! », en s’adressant particulièrement aux scribes et aux pharisiens, les conducteurs aveugles des Juifs de son temps (Matt. 23:13 et suivants).
Le premier « Malheur... ! » (És. 5:8-10) concerne ceux qui sont possédés par le désir d’acquérir des richesses toujours plus grandes. En ajoutant « maison à maison » et en joignant « champ à champ », ils négligent totalement le fait que le pays est la propriété de l’Éternel (cf. Lév. 25:23). Cependant, plus ils amassent, moins ils posséderont. Les récoltes se fondront entre leurs mains.
Le deuxième « Malheur... ! » (v. 11-17) est prononcé contre ceux qui recherchent les plaisirs mondains et qui ne prennent pas garde à l’œuvre de l’Éternel. C’est pourquoi, sous le gouvernement divin, le peuple sera emmené en captivité, parce qu’il a méprisé la connaissance de Dieu et de ses pensées (cf. Osée 4:6). Beaucoup mourront et deviendront la proie du shéol — l’empire des morts. Les grands et les petits seront abaissés ensemble dans la poussière, tandis que « l’Éternel des armées... le Dieu saint, sera sanctifié en justice » (v. 16 ; cf. 2:11 et 17).
Le troisième « Malheur... ! » (v. 18, 19) s’adresse aux moqueurs qui ne prennent pas au sérieux le châtiment de Dieu annoncé par les prophètes, parce qu’il n’a pas encore été exécuté. Mais s’il tarde, c’est en raison de la longanimité de Dieu. Ces hommes pensent que le jugement ne viendra jamais ; par conséquent, ils vivent dans l’injustice, l’hypocrisie et le péché (cf. 2 Pierre 3:4 ; Eccl. 8:11).
Le quatrième « Malheur... ! » (v. 20) est prononcé sur ceux qui mettent sens dessus dessous tous les principes moraux : ils appellent le mal bien et le bien mal, ils mettent les ténèbres pour la lumière, l’amer pour le doux et inversement. La parole de Dieu nous fournit de saines et saintes normes ; lorsque celles-ci sont abandonnées, c’est la désorientation morale complète.
Le cinquième « Malheur... ! » (v. 21) s’en prend à ceux qui sont sages et intelligents à leurs propres yeux, mais qui de fait sont les plus grands insensés, et ainsi les ennemis de la vraie et divine sagesse (cf. Prov. 3:7 ; 26:5, 12, 16 ; 28:11).
Enfin le sixième « Malheur... ! » (v. 22, 23), en quelque sorte un résumé des cinq précédents, est adressé à « ceux qui sont forts pour boire du vin » ; il vise ceux qui recherchent les plaisirs, qui vivent dans l’injustice et renversent les principes moraux. Ces héros des boissons fortes sont les puissants du pays qui s’enrichissent par la corruption et qui pervertissent le droit et la justice.
Cependant, l’Éternel des armées, le Saint d’Israël, ne peut pas laisser impuni le fait que son peuple, et particulièrement ses conducteurs, méprisent sa loi (v. 24). Le jugement viendra sur eux comme un feu et les anéantira entièrement — racine et fleur — (cf. Mal. 4:1). Dans une sainte colère, l’Éternel frappera son peuple.
La forme verbale du passé, utilisée au verset 25, ne doit pas nous faire oublier que ce qui est écrit ici était encore à venir à cette époque — comme cela l’est encore aujourd’hui quant à son résultat final. Les prophéties de l’Ancien Testament ont souvent un accomplissement à court terme qui correspond dans son caractère, sinon dans sa pleine réalisation, aux jugements encore futurs qui sont l’accomplissement définitif de la prophétie. Cela semble bien être évoqué par les mots qui suivent : « Pour tout cela, sa colère ne s’est pas détournée, et sa main est encore étendue » (cf. 9:12, 17, 21 ; 10:4).
Dans les versets 26 à 30, nous pouvons certainement voir les invasions des Assyriens en Israël et des Chaldéens en Juda ; mais l’accomplissement définitif de cette prophétie est encore futur, même si, dans ce passage, il n’est donné encore aucun détail à ce sujet (cf. toutefois 10:5, 12).
Dieu lui-même appellera les « nations lointaines » (v. 26). Sur son ordre, un puissant ennemi viendra attaquer le pays d’Israël, et rien ne pourra le retenir. Les versets 27 et 28 donnent une description expressive de son armée ; elle viendra avec une grande rapidité, ne connaîtra aucune fatigue et sera parfaitement équipée. Face à son attaque, le peuple sera sans puissance. La détresse et la désolation s’étendront dans tout le pays et la lumière du ciel sera obscurcie. Cette prophétie fait allusion en premier lieu à Sankhérib, mais elle aura son plein accomplissement dans les derniers jours, lorsque les Assyriens — qui ne sont pas encore nommés dans ce passage — viendront contre Jérusalem et la prendront, après avoir submergé tout le pays. On en trouve les détails dans les chapitres suivants (cf. 7:17, 18 ; 8:7 ; 10:5).
ME 2003 p. 59
Ozias ou Azaria, roi de Juda, avait fort bien commencé ; hélas ! il a mal fini. « Quand il fut devenu fort, son cœur s’éleva jusqu’à le perdre » (2 Chron. 26:16). En effet, il a eu l’audace d’entrer dans le temple pour y faire fumer l’encens — fonction qui n’appartenait qu’aux sacrificateurs, fils d’Aaron. En conséquence de ce péché, il a fini sa vie lépreux, dans une maison d’isolement. Ésaïe a vécu ces événements et en a même écrit l’histoire, dans un livre qui ne nous est pas conservé (2 Chron. 26:22). Tout cela a sans doute pesé sur le cœur du prophète, qui discernait clairement l’état du peuple et de ses conducteurs, et qui, de la part de Dieu, devait le condamner sévèrement.
« L’année de la mort du roi Ozias », il est accordé à Ésaïe de voir « le Seigneur » dans le temple, « assis sur un trône haut et élevé » (És. 6:1). Les rois de la terre apparaissent et disparaissent, mais le Seigneur est Celui qui ne change pas, Celui qui demeure éternellement le Même. Au-dessus du trône, le prophète aperçoit des « séraphins », mot qui signifie « brûlants ». Ils sont les symboles de la sainteté de Dieu — « car aussi notre Dieu est un feu consumant » (Héb. 12:29). Avec leurs six ailes, ils ressemblent aux quatre animaux que l’on voit avec le trône de Dieu en Apocalypse 4 ; comme ceux-ci, ils disent continuellement : « Saint, saint, saint... » (Apoc. 4:8). Par respect, ils se couvrent le visage ; dans l’humilité, ils se couvrent les pieds ; et ils sont continuellement prêts à servir « l’Éternel des armées », dont la gloire remplit toute la terre. L’ébranlement des seuils et la fumée qui remplit la maison rappellent la frayeur qu’avait produite l’apparition du Dieu d’Israël au Sinaï (v. 4 ; Ex. 19:18).
Cette vision, de même que la description du trône de Dieu en Ézéchiel 1, nous montre que les prophètes de l’Ancien Testament n’ont pu voir que partiellement le rayonnement de la gloire divine. Alors que Jean — dans la mesure où cela est possible à une créature — a pu la contempler à face découverte.
Sans qu’il ait pu le savoir, Ésaïe a contemplé ici la gloire du Fils de Dieu (Jean 12:41) — de Celui qui est « l’image du Dieu invisible », « le resplendissement de sa gloire et l’empreinte de sa substance » (Col. 1:15 ; Héb. 1:3). Au début de son Évangile, Jean déclare son existence éternelle : « Au commencement était la Parole ; et la Parole était auprès de Dieu ; et la Parole était Dieu (Jean 1:1). Avant que la grâce et la vérité soient parfaitement manifestées en Jésus (1:17), chaque apparition de la gloire de Dieu produisait nécessairement sur l’homme la crainte et l’effroi.
Le prophète, qui précédemment avait prononcé les six « malheurs » du jugement sur son peuple, s’écrie maintenant, tandis qu’il est placé en face de la sainteté divine qui scrute son âme et de la gloire divine qui l’accable : « Malheur à moi ! car je suis perdu » (v. 5). Dans la présence de Dieu, il ne voit pas seulement le péché et la dépravation du peuple ; il voit qu’il est lui- même un homme aux lèvres impures, indigne de contempler le vrai roi, l’Éternel des armées. Devant la parfaite sainteté de Dieu, personne ne peut tenir. Mais, la confession du prophète, qui ne se place nullement au-dessus de son peuple, est agréable à Dieu. Il dit lui- même : « J’habite le lieu haut élevé et saint, et avec celui qui est abattu et d’un esprit contrit » (És. 57:15).
Alors, l’autel apparaît. C’est l’autel d’airain, dont le feu fait monter vers Dieu l’odeur agréable de l’offrande, et qui apporte la propitiation et le pardon (Lév. 4:31). Avec un charbon ardent pris de dessus l’autel, l’un des séraphins touche les lèvres impures du prophète, dont le péché est ainsi ôté (v. 6 et 7).
Quelle magnifique image nous avons ici de la vraie expiation et de la sanctification ! La sainteté de Dieu, dont les yeux sont trop purs pour voir le mal, exigeait une expiation parfaite du péché. Par l’offrande que Jésus Christ a faite de lui-même à la croix, et par le jugement divin qu’il a pris sur lui et qu’il a épuisé, cette expiation a été faite de manière complète et une fois pour toutes. La sainteté de Dieu est satisfaite. Dans son amour, sa grâce et sa miséricorde, il a donné son propre Fils pour cela, et il offre un plein salut à tous ceux qui viennent à lui dans la repentance et la foi.
Nous venons de dire que cette scène est une « image », parce qu’elle ne nous décrit pas la conversion d’Ésaïe. Il avait déjà la foi en Dieu. Seulement, comme tous les croyants de l’Ancien Testament, il ne pouvait pas connaître la signification profonde de la propitiation et du pardon. Cependant, dans l’image que nous avons ici, le principe en est clairement montré. De la même manière, le souverain sacrificateur Joshua apprend de façon concrète, en présence de l’Ange de l’Éternel, quel est le principe de la purification ; ses vêtements sales sont ôtés, et il est revêtu d’habits de fête (Zach. 3:1-5).
Dans ce passage, il ne s’agit pas non plus de l’appel d’Ésaïe au service de prophète, mais d’une mission particulière qui lui est confiée, et pour laquelle Dieu le prépare de cette manière. À ce sujet, nous pouvons penser à Pierre qui, devant la gloire et la puissance du Fils de Dieu devenu homme, s’écrie : « Seigneur, retire- toi de moi, car je suis un homme pécheur », et qui reçoit au même moment la mission : « Ne crains pas ; dorénavant tu prendras des hommes » (Luc 5:8-10).
Ésaïe entend maintenant la voix du Seigneur disant : « Qui enverrai-je, et qui ira pour nous ? » Le pluriel, comme dans la déclaration de Genèse 1, « Faisons l’homme à notre image », laisse déjà percevoir la pluralité des personnes divines. Comme quelqu’un de tout aussi coupable que le peuple entier, mais qui a conscience d’être pardonné, Ésaïe est dans les dispositions intérieures convenables. Ainsi préparé à répondre à cet appel, il dit : « Me voici, envoie- moi » (v. 8).
Il reçoit la mission d’annoncer à « ce peuple » — que maintenant Dieu n’appelle plus « mon peuple », comme au début du livre (cf. 1:3) — l’endurcissement imminent qui va l’atteindre. Cet endurcissement des cœurs n’était pas un acte arbitraire de Dieu, mais sa dernière réponse à la dureté de cœur de son peuple terrestre, qui avait mis de côté avec mépris tous les soins de son amour. Le pharaon d’Égypte avait déjà connu un tel jugement parce qu’il n’avait pas voulu laisser les Israélites sortir de son pays ; et après l’enlèvement des croyants, la chrétienté subira un sort semblable (Ex. 7:13 ; 9:12 ; 2 Thess. 2:10-12). Dans les jours d’Ésaïe, l’endurcissement annoncé consistait en ceci : les hommes entendraient mais ne comprendraient pas, ils verraient mais ne connaîtraient pas. Ils deviendraient spirituellement sourds et aveugles. La conversion et la guérison du peuple ne seraient plus possibles.
Cette prophétie a trouvé son premier accomplissement à l’époque de la captivité babylonienne, lorsque le courroux de Dieu contre son peuple est devenu si grand « qu’il n’y eut plus de remède » (2 Chron. 36:15, 16). Cependant, lorsque les Juifs, environ sept siècles plus tard, ont rejeté tout d’abord le Messie que Dieu leur avait envoyé, puis le témoignage du Saint Esprit concernant un Christ glorifié dans le ciel, ces paroles prophétiques ont eu leur réalisation définitive. C’est pourquoi elles sont citées plusieurs fois dans le Nouveau Testament (Matt. 13:14 ; Marc 4:12 ; Luc 8:10 ; Jean 12:40 ; Act. 28:26). Cet état de choses subsiste encore aujourd’hui, et durera « jusqu’à ce que la plénitude des nations soit entrée ; et ainsi tout Israël sera sauvé » (Rom. 11:25, 26). Après l’enlèvement des croyants, Dieu se tournera de nouveau vers son peuple terrestre et le recevra en grâce, mais seulement après une discipline sévère.
Ésaïe savait certainement, par la loi et par les psaumes, que Dieu « ne contestera pas à jamais » et qu’il « ne garde pas sa colère à toujours » (Deut. 30 ; Ps. 103:9). Aussi pose-t-il immédiatement la question : « Jusques à quand, Seigneur ? » (v. 11). Il ne pouvait cependant pas recevoir une réponse correspondant à ce que nous connaissons aujourd’hui. Il lui est dit seulement : « Jusqu’à ce que les villes soient dévastées, de sorte qu’il n’y ait pas d’habitants, et les maisons, de sorte qu’il n’y ait pas d’hommes, et que le sol soit réduit en entière désolation, et que l’Éternel en ait éloigné les hommes, et que la solitude soit grande au milieu du pays » (v. 11, 12). Le prophète devait vivre l’anéantissement du royaume du nord, mais non la désolation de Jérusalem par Nebucadnetsar, environ un siècle plus tard. Après sa mort, sept cents ans devront encore s’écouler jusqu’à ce que les Romains accomplissent une seconde destruction du temple et de la ville (en l’an 70). Ainsi que nous le savons par les Écritures, « le temps de la détresse pour Jacob » est encore futur (Jér. 30:7). Cependant, quelque proche que puisse être ce temps, nous nous trouverons auparavant réunis auprès de notre bien-aimé Seigneur, dans la maison du Père.
Toutes les dévastations précédentes, comme aussi celle qui doit arriver dans le temps de tribulation à venir, ne sont pourtant pas équivalentes à une extinction totale du peuple d’Israël. Un petit résidu sera préservé, dans l’avenir aussi, à travers les jugements qui l’attendent : « il y aura encore là un dixième ; et il reviendra et il sera brouté, comme le térébinthe et le chêne, dont le tronc reste quand ils sont abattus » (v. 13). D’un tronc apparemment mort, de nouvelles pousses peuvent s’élever. C’est ainsi qu’un jour, dans le peuple de Dieu, « la semence sainte » — le résidu croyant — sera là pour la gloire de Dieu et pour la bénédiction de la terre.
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Même dans les temps les plus sombres que le peuple terrestre de Dieu a dû traverser à cause de sa désobéissance, Dieu lui a toujours donné, par les prophètes, une espérance quant à la grâce qui devait être manifestée dans l’avenir. Au temps du roi Achaz, le pays opprimé avait cherché son refuge auprès du roi d’Assyrie ; mais celui-ci s’était vite révélé comme son ennemi. Ésaïe avait alors prédit pour le peuple une obscurité spirituelle (8:22), mais celle-ci ne durerait pas toujours. Les tribus de Zabulon et de Nephthali, en Galilée, avaient été emmenées en captivité par Tiglath-Piléser, roi d’Assyrie, événement qui avait marqué le début de la déportation (2 Rois 15:29). Des étrangers avaient été introduits à leur place, ce qui avait d’autant plus couvert le pays d’opprobre. Encore au temps du Nouveau Testament, la Galilée et la Samarie, avec leurs habitants, étaient méprisés par les Juifs (Jean 1:47 ; 4:9 ; 7:52).
Malgré cela, la contrée située près du lac de Génésareth, la Galilée méprisée — la « Galilée des nations » — devait être honorée d’une manière toute particulière par la venue du Messie. Dans le territoire de la tribu de Zabulon se trouvait Nazareth, où l’ange Gabriel a annoncé à Marie la naissance de Jésus (Luc 1:26). Capernaüm, qui, par la présence du Seigneur et par les miracles qu’il avait faits dans cette ville, « a été élevée jusqu’au ciel » (Matt. 11:23), appartenait à Nephthali. Comme l’évangéliste Matthieu le constate expressément, par la venue de Jésus s’est accomplie la prophétie d’Ésaïe : « Terre de Zabulon, et terre de Nephthali, chemin de la mer au-delà du Jourdain, Galilée des nations : le peuple assis dans les ténèbres a vu une grande lumière ; et sur ceux qui sont assis dans la région et dans l’ombre de la mort, la lumière s’est levée » (Matt. 4:15, 16 — citation d’És. 9:1, 2).
Ce n’est pas Jérusalem, mais cette contrée méprisée, qui a été la scène principale sur laquelle le Seigneur Jésus a révélé la grâce de Dieu. C’est là qu’a resplendi la lumière divine, « afin de luire à ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, pour conduire nos pieds dans le chemin de la paix » (Luc 1:79). Cependant, bien peu alors l’ont reconnu.
« Il vint chez soi ; et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 1:11). Le rejet du Seigneur est la raison pour laquelle presque deux mille ans se sont maintenant écoulés sans que les versets 3 à 5 se soient réalisés. Même s’il y a de nouveau un état d’Israël depuis 1948, plus de la moitié des Juifs vivent encore dispersés dans le monde entier ; on ne saurait donc parler, jusqu’à ce jour, d’une multiplication de la nation et encore moins d’une joie du peuple devant Dieu (v. 3). Tout cela appartient encore au futur.
L’accomplissement des prophéties qui annoncent la bénédiction pour Israël a été interrompu par la crucifixion du Seigneur. Il n’y a ici aucune allusion au temps actuel de la grâce, dans lequel se déploie le mystère des desseins éternels de Dieu concernant Christ glorifié et son assemblée ; la prophétie passe par-dessus ce temps.
Toutefois, quand « la plénitude des nations sera entrée », c’est-à-dire après l’enlèvement des croyants, « tout Israël sera sauvé » (Rom. 11:25, 26). Israël se réjouira comme nation devant le Seigneur, lors de son apparition en gloire, comme le cultivateur se réjouit au temps de la récolte et le soldat lors du partage du butin (fin du v. 3). La libération à venir, qui doit délivrer le peuple de tous ses oppresseurs et de tous ses ennemis, est comparée à sa délivrance des Madianites opérée autrefois par Gédéon, d’apparence si faible avec ses trois cents hommes (v. 4 ; cf. Jug. 7 et 8 ; Ps. 83:9-11). Les temps de la servitude et de l’oppression du peuple terrestre de Dieu seront définitivement passés ; tout l’équipement militaire sera brûlé avant que commence le règne de paix du Millénium (v. 5 ; cf. 2:4).
Par quel moyen ce changement sera-t-il produit ? Nous en avons l’explication par les paroles qui seront alors celles du résidu croyant : « Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, et le gouvernement sera sur son épaule » (v. 6). Le mot « nous » ne peut se rapporter ni aux Juifs à l’époque où le Seigneur était sur la terre, ni au monde d’alors, ni aux chrétiens du temps actuel ; il se rapporte aux Juifs croyants des derniers temps. Lorsque Emmanuel est venu, il y a bientôt deux mille ans, les Juifs, quant à l’ensemble de la nation, n’ont reconnu ni le Fils de l’homme dans l’enfant qui était né dans l’abaissement, ni le Fils éternel de Dieu dans le fils qui leur était donné. Ils n’ont pas davantage accepté sa royauté. Leurs chefs ont dit, lors de son jugement : « Nous n’avons pas d’autre roi que César » (Jean 19:15). Mais lorsqu’ils se tourneront vers le Seigneur dans la repentance et dans la foi, non seulement ils discerneront, en se lamentant, qu’ils « ont percé » autrefois leur Messie, mais ils reconnaîtront avec joie qu’il était venu pour eux. C’est ainsi seulement que le chemin sera ouvert pour le règne de paix sous sa domination. En relation avec celle-ci, des noms glorieux lui sont donnés ici : « Merveilleux, Conseiller, Dieu fort, Père du siècle, Prince de paix » (v. 6).
N’est-il pas merveilleux dans le mystère insondable de sa personne, que nul ne connaît si ce n’est le Père (Matt. 11:27 ; cf. Jug. 13:18) ? N’est-il pas le conseiller, la sagesse de Dieu aussi bien dans la création que dans la rédemption (Prov. 8:22-31 ; És. 11:2 ; 1 Cor. 1:24) ? Il est le Dieu fort, par qui et pour qui toutes choses ont été créées ; il est avant toutes choses et toutes choses subsistent par lui (Col. 1:16, 17). Il est aussi le Père du siècle — n’est-ce pas une mention de son existence éternelle, en contraste avec l’enfant qui est né ? Il est enfin le Prince de paix qui s’assiéra sur le trône de David et dont l’empire n’aura pas de fin — c’est-à-dire qu’il ne sera jamais détruit ni ne passera à un autre (Dan. 2:44). Ce sera un règne de paix et de justice, dans lequel le jugement s’exercera chaque matin sur le mal, lorsqu’il se manifestera (v. 7 ; cf. Ps. 72 ; 101:8 ; És. 66:24).
Ce merveilleux résultat ne sera cependant pas atteint par les efforts de l’homme, alors même qu’un tel but n’a jamais été aussi ambitionné qu’aujourd’hui, mais « la jalousie de l’Éternel des armées fera cela » (v. 7). Seul notre Dieu, le Dieu de paix (Rom. 16:20), est capable d’établir la véritable paix sur cette terre pleine de haines et de guerres depuis le début de l’humanité. Et il le fera par son Fils bien-aimé, le Prince de paix.
Cependant, mille ans de paix sur la terre sous le règne du Messie n’auront pas pu changer le cœur de l’homme, ainsi que le démontrera la révolte du diable, lorsqu’il sera délié à la fin de ce temps de bénédiction (Apoc. 20:7-10). La véritable paix, la paix éternelle avec Dieu, est reçue dès maintenant par tous ceux qui, conscients de leurs péchés, se tournent par la foi vers le Fils de Dieu. Il a fait la paix par son œuvre à la croix. Connaissez-vous et possédez-vous la paix avec Dieu ?
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Le chapitre 18 d’Ésaïe, dont le sujet est le peuple de Dieu, est comme inséré entre les oracles touchant Damas et l’Égypte. Ce passage se relie d’une certaine manière au début du chapitre précédent. Là il est question d’une alliance entre le royaume des dix tribus et la Syrie, ici d’une alliance des Juifs avec les nations — alliance qui, à l’époque, était pour un lointain avenir, mais qui, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, peut être clairement reconnue. De même qu’Ézéchiel 37, ce chapitre évoque la résurrection d’un État pour les Juifs dans leur pays, se réalisant tandis qu’ils sont encore dans l’incrédulité.
Cette prophétie est remarquablement complétée, et en partie expliquée, par une déclaration du prophète Sophonie. Celui-ci résume le résultat final, le rétablissement complet d’Israël dans le pays promis, par cette seule phrase : « D’au-delà des fleuves de l’Éthiopie (ou : de Cush), mes suppliants, la fille de mes dispersés, apporteront mon offrande » (Soph. 3:10 — comp. avec És. 18:1 et début du 7).
Par les mots « Ha ! pays qui fais ombre avec tes ailes, toi qui es au-delà des fleuves de Cush... », un pays est interpellé, mais son nom n’est pas mentionné. S’il est vrai que le nom hébreu de Cush est le plus souvent traduit par Éthiopie, il faut remarquer qu’il peut aussi désigner des territoires se trouvant à l’ouest ou à l’est de la mer Rouge, donc non seulement en Afrique mais aussi en Asie (Gen. 2:13 ; 10:6 et suiv. ; 2 Chron. 21:16 ; Ézéch. 29:10). Par conséquent, les « fleuves de Cush » semblent être le Nil à l’ouest et l’Euphrate à l’est. Ces fleuves constituaient les limites du domaine entourant Israël ; Dieu avait autrefois promis à Abraham de donner à sa descendance le territoire allant « depuis le fleuve d’Égypte jusqu’au grand fleuve, le fleuve Euphrate » (Gen. 15:18).
Manifestement, le pays éloigné qui n’est pas nommé — celui qui fait ombre avec ses ailes — est dans une relation d’amitié avec Israël et le protège. Il envoie « des ambassadeurs sur la mer et dans des vaisseaux de papyrus » (v. 2). Des bateaux faits de papyrus ou de jonc étaient connus comme moyens de transport sur les fleuves d’Égypte et d’Assyrie, mais l’expression paraît devoir être comprise ici dans un sens général : ce pays, protecteur d’Israël, n’a pas de frontière commune avec ce dernier et a une grande puissance maritime.
Israël est l’objet de ses soins. Il n’existe certainement aucun autre peuple sur la terre auquel puisse mieux s’appliquer la description que nous avons ici : « une nation répandue loin et ravagée... un peuple merveilleux dès ce temps et au-delà... une nation qui attend, attend, et qui est foulée aux pieds, de laquelle les rivières ont ravagé le pays » (v. 2). À part Israël, quel peuple a-t-il dû, au cours d’une histoire qui dure depuis des millénaires, souffrir d’une telle manière — et demeure pourtant « merveilleux » et craint de tous, depuis sa naissance ? Quel peuple a-t-il été foulé aux pieds comme les Juifs, et quel pays a-t-il été, comme Israël, si souvent et si horriblement ravagé par des puissances ennemies — comparables à des fleuves puissants (cf. És. 8:7) ?
L’existence même de ce peuple expulsé de son pays et dispersé à tous les vents est un miracle. En même temps, c’est une des preuves les plus claires de la vérité de l’Écriture Sainte. L’aspiration de beaucoup de Juifs à l’existence d’un foyer national a conduit, depuis environ une centaine d’années, à un mouvement de retour sans cesse croissant dans « le pays de beauté », et a trouvé — après les plus grands « ravages » qui ont eu lieu dans l’histoire de ce peuple — son point culminant dans la fondation d’un État d’Israël indépendant, en 1948. Entre tous les pays, ce sont particulièrement les États Unis qui sont venus à l’aide du jeune État. En quelques décennies, celui-ci est devenu un pays remarquablement développé au point de vue industriel et agricole — avec une puissance militaire énorme. Cependant, tous ces succès commerciaux, politiques et militaires se réalisent alors que le peuple se trouve dans l’incrédulité à l’égard du Seigneur Jésus comme Messie d’Israël. « En entendant vous entendrez et vous ne comprendrez pas, et en voyant vous verrez et vous ne connaîtrez pas » (És. 6:9). Encore aujourd’hui, « le voile demeure sur leur cœur » ; il ne sera enlevé que lorsqu’ils se tourneront vers le Seigneur (2 Cor. 3:14-16).
L’appel qui suit est adressé à tous les habitants du monde : « Quand l’étendard sera élevé sur les montagnes, voyez ; et quand la trompette sonnera, écoutez ! » (v. 3). Le prophète semble passer rapidement par-dessus les événements déjà décrits et attirer l’attention sur la dernière phase du rétablissement du peuple terrestre de Dieu. Déjà au chapitre 11, il avait annoncé que Dieu « élèvera un étendard devant les nations, et rassemblera les exilés d’Israël, et réunira les dispersés de Juda des quatre bouts de la terre » (v. 12). Et au chapitre 27, il parle du son de la trompette qui appellera « ceux qui périssaient dans le pays d’Assyrie, et les exilés du pays d’Égypte », à revenir dans le pays (v. 13). Ces deux signaux divins, l’étendard et la trompette, amèneront toute la terre à regarder et à écouter, et introduiront le retour définitif du peuple.
Mais, jusque-là, il y a encore un chemin douloureux. Tout d’abord, il semblerait que Dieu laisse les choses aller, bien que dans son gouvernement il soit derrière tout ce qui arrive. Il se tient en quelque sorte en arrière et il observe les grands efforts qui sont faits en vue du retour des Juifs dans leur pays sous la protection du pays mentionné dans les versets 1 et 2 : « Je resterai tranquille, et je regarderai de ma demeure, comme une chaleur sereine sur la verdure, comme une nuée de rosée dans la chaleur de la moisson » (v. 4). Il n’a pas encore rétabli les relations avec son peuple, mais il voit tout ce qui se passe dans son pays.
Tout comme la moisson suit nécessairement la floraison, ainsi le but tant désiré apparaît-il enfin comme près d’être atteint. Mais tous les plans humains vont s’effondrer ; car avant que la fleur devienne un raisin vert qui mûrit et que la moisson arrive, Dieu — tout d’abord par le jugement — renouera ses relations avec son peuple, qui dans son ensemble sera encore infidèle. Cependant ceci ne peut arriver avant que l’assemblée soit enlevée au ciel. L’assemblée de Dieu n’est jamais sur la terre en même temps que son peuple terrestre reconnu comme tel ; ce n’est que lorsque « la plénitude des nations » sera entrée que « tout Israël sera sauvé » (Rom. 11:25, 26).
C’est alors que commencera la soixante-dixième semaine d’années dont a parlé le prophète Daniel, dans laquelle s’effectueront les jugements mesurés de Dieu sur son peuple — pour leur châtiment et leur purification (Dan. 9:24-27). Lui-même retranchera les pousses et les sarments de la propre volonté et de la méchanceté. Le peuple sera livré « aux oiseaux de proie des montagnes et aux bêtes de la terre », c’est-à- dire aux puissantes nations du monde (v. 6). Dans ces jugements qui atteindront le peuple de Dieu rentré dans son pays, les impies seront tués et le résidu croyant sera purifié, ainsi que plusieurs autres passages prophétiques de la Parole nous le montrent (cf. 6:11-13 ; 10:20-23).
Le dernier verset montre que les événements décrits ici auront lieu effectivement au temps de la fin. « En ce temps-là, un présent sera apporté à l’Éternel des armées ». Ce présent, c’est le peuple, qui est déjà décrit au verset 2 par des mots presque identiques. Quel présent ce sera en effet pour l’Éternel des armées quand son peuple terrestre — si richement béni autrefois et maintenant encore si obstiné — lui sera offert par toutes les nations comme une « offrande » (cf. És. 66:20 ; Soph. 3:10) ! Le peuple lui- même sera pour Dieu un présent, et après le long temps de son aveuglement, il lui apportera aussi l’admirable présent de sa foi dans le Seigneur Jésus comme Messie.
Alors, ce ne sera pas la montagne de Sinaï — le lieu de la loi qui apporte la terreur et la malédiction — mais « la montagne de Sion » — le lieu de la domination royale et de la grâce — qui sera sur la terre le « lieu où est le nom de l’Éternel des armées ». Tandis que nous, croyants du temps de la grâce, serons déjà et pour toujours unis au Fils de Dieu dans la maison de son Père, les voies de Dieu envers son peuple terrestre trouveront en quelque sorte leur couronnement à la montagne de Sion, d’où, pendant mille ans, la domination du Messie se réalisera dans la justice et dans la paix (cf. És. 2:3 ; Ps. 110:2).
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« Et il sortira un rejeton du tronc d’Isaï, et une branche de ses racines fructifiera » (Ésaïe 11:1).
En contraste avec l’imposante grandeur de l’Assyrie, comparée à une forêt magnifique mais finalement anéantie (És. 10:18, 33 et suiv.), il y a la prophétie bien connue concernant le « rejeton du tronc d’Isaï ». Ce rejeton sortira de la souche, coupée mais non pas complètement desséchée, de la descendance d’Isaï et fructifiera comme une branche de ses racines (cf. 53:2). Déjà au chapitre 4, il est parlé du « germe de l’Éternel » qui sera « pour splendeur et pour gloire » (v. 2) ; on a là déjà une annonce de l’abaissement profond du Messie d’Israël, du Fils de Dieu dans son incarnation, mais aussi des « gloires qui suivraient » (1 Pierre 1:11). Un « rejeton » est petit et a peu d’apparence, mais il est aussi un signe de vie et d’espérance.
La grandeur et la gloire de la maison royale de David s’étaient éteintes depuis longtemps. De l’arbre, image de la grandeur de l’homme, il ne restait plus qu’une souche, lorsque le Seigneur Jésus est né à Bethléhem dans une extrême pauvreté. Plus rien n’était visible de l’ancienne splendeur de cette dynastie dont descendait aussi bien Marie, la mère du Seigneur, que Joseph. C’est pourquoi il n’est pas appelé ici le germe de David (cf. Jér. 23:5), mais il est mis en relation avec Isaï, le père de David. Cela nous rappelle l’origine très humble de cette famille, comme aussi le mépris dont déjà « le fils d’Isaï » — qui était pourtant l’homme selon le cœur de Dieu — a dû faire l’expérience, comme type de Christ (cf. 1 Sam. 20:27, 31 ; 25:10). Cette branche, en apparence si petite et si insignifiante, produira un jour un fruit abondant pour Dieu.
Nous retrouvons cette « branche » (en hébreu : nétser) dans le Nouveau Testament : « ... en sorte que fût accompli ce qui avait été dit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen » (Matt. 2:23). Toutefois nous ne trouvons le mot sous cette forme dans aucun livre prophétique de l’Ancien Testament. Comme auteur inspiré, Matthieu a mis en relation l’expression « un homme dont le nom est Germe (en hébreu : zemach) » en Zacharie 6:12, avec le mot nétser « branche » en Ésaïe 11:1 et avec le nom Nazareth qui en dérive — le nom d’une ville de Galilée méprisée par les Juifs (cf. És. 9:1).
Celui qui est désigné ici comme le « rejeton » et la « branche » sera rempli de l’Esprit de l’Éternel ; cela concerne aussi bien sa première venue — comme un homme humble et méprisé — que son apparition en gloire. Les sept désignations du Saint Esprit que nous avons dans le verset 2 rappellent les « sept lampes de feu » brûlant devant le trône et les « sept yeux » de l’Agneau, symboles des « sept Esprits de Dieu » (Apoc. 4:5 ; 5:6). Le chiffre sept est l’expression de la perfection de l’Esprit dont le Messie est rempli pour l’administration du gouvernement du royaume de Dieu (v. 2). « L’esprit de sagesse et d’intelligence » se lie à son aptitude à régner ; « l’esprit de conseil et de force » est en rapport avec les décisions qu’il prend et exécute (cf. « Conseiller, Dieu fort » — És. 9:6) ; « l’esprit de connaissance et de crainte de l’Éternel » évoque son intelligence profonde des pensées de son Dieu et Père, et sa dépendance de lui dans une parfaite harmonie de cœur. « Celui qui domine parmi les hommes sera juste, dominant en la crainte de Dieu » (2 Sam. 23:3).
Ainsi, selon le propos de Dieu, l’homme Christ Jésus est destiné à couronner comme chef sur toutes choses, durant son règne de mille ans, « l’administration de la plénitude des temps » (cf. Éph. 1:10). Comme le « second homme », le « dernier Adam », il trouve son plaisir dans la crainte de l’Éternel d’une manière qui ne pouvait jamais être pour aucun autre homme.
« Il ne jugera pas d’après la vue de ses yeux, et ne reprendra pas selon l’ouïe de ses oreilles », c’est-à-dire à la manière humaine, qui trop souvent se fonde sur l’apparence extérieure, mais il jugera selon la connaissance et la sagesse divines (cf. 1 Sam. 16:7). Qui sont les « misérables » et les « débonnaires de la terre » qui feront l’expérience de sa justice et de sa droiture ? Ce sont les « pauvres en esprit » et les « débonnaires » auxquels le Roi, aux jours de son abaissement, a promis le royaume des cieux et l’héritage du pays. Sous son règne de justice, de paix et de bénédiction, le futur résidu croyant, qui aura eu faim et soif de la justice durant la grande tribulation, sera pleinement rassasié (Matt. 5:3-6 ; cf. Ps. 72:12-14).
Toutefois, avant d’entrer dans son règne de paix et de justice, il exercera le jugement (v. 4). Lors de son apparition, il frappera la terre avec la verge de sa bouche, c’est-à-dire par sa parole (cf. Joël 2:11 ; Apoc. 19:15). « Le méchant », le faux roi d’Israël, l’Antichrist, celui qui est aussi appelé « l’inique » (2 Thess. 2:8), sera l’objet particulier de son jugement. Le vrai roi d’Israël le fera mourir par le souffle de ses lèvres. Ses reins ceints de la justice et ses flancs revêtus de la fidélité évoquent sa fermeté et sa détermination dans l’exercice du jugement et du gouvernement (cf. Apoc. 1:13 ; 19:11).
« Et le loup habitera avec l’agneau, et le léopard couchera avec le chevreau » (v. 6 ; cf. És. 65:25)
Ces versets ne sont pas — comme certains l’ont pensé — une image de la conversion et de la vie nouvelle dans le temps de la grâce, ni une représentation symbolique du règne millénaire ou de l’éternité. Non, nous avons ici une description littérale de la nature transformée lors du futur règne de paix, lors « du rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps » (Act. 3:21). Les prophéties de l’Ancien Testament et l’enseignement du Nouveau témoignent clairement que l’état actuel de la création est une conséquence du péché et qu’une profonde transformation aura lieu après l’apparition du Seigneur Jésus en gloire (És. 14:7 ; 35:1 ; Osée 2:18 ; Rom. 8:19-22).
Avant le péché, les animaux vivaient aussi de nourriture végétale (Gen. 1:30). C’est seulement lorsque le sol a été maudit à cause de l’homme qu’un changement doit s’être produit dans ce domaine (Gen. 3:17). Un nouveau changement interviendra lors du règne millénaire. L’agressivité des animaux entre eux et envers l’homme cessera. Le loup ne fera pas de mal à l’agneau, pas plus que le léopard au chevreau. Le veau et le jeune lion, la vache et l’ourse paîtront paisiblement ensemble, car « le lion mangera de la paille comme le bœuf ». Un petit enfant conduira un troupeau de veaux, de jeunes lions et de bêtes grasses, et les nourrissons même ne seront plus exposés à aucun danger de la nature.
Ce ne sera toutefois pas seulement dans le monde animal, mais aussi parmi les hommes, que prendra fin la violence. Dans toute la sainte montagne de l’Éternel, expression qui désigne « la terre sainte » (cf. És. 57:13 ; Ps. 78:54 ; Zach. 2:12), il ne se fera plus de mal. En outre, « la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer » (v. 9).
Au verset 10, nous voyons de nouveau apparaître la « racine d’Isaï » qui réalisera tout cela. Ce mot « racine » (en hébreu : schoresch) peut signifier aussi bien la racine que le rejeton qui en sort (cf. v. 1 et 53:2). C’est pourquoi le Seigneur Jésus peut se nommer « la racine et la postérité de David » en Apocalypse 22:16. Comme vrai Dieu et vrai homme, il est à la fois l’origine et le descendant de David. La « racine d’Isaï », jadis si méprisée, se tient maintenant là comme une bannière pour tous les peuples, non pas toutefois comme une bannière de guerre, mais comme point de départ et centre de la paix, que toutes les nations rechercheront avec joie (cf. Ps. 72:8-11, 17 ; Rom. 15:12). De la même manière que la nuée de la gloire de Dieu remplissait et caractérisait jadis son habitation terrestre, ainsi aussi le repos du Roi des rois sera gloire (v. 10 ; cf. Ex. 40:34, 35).
Le prophète se tourne maintenant vers le peuple d’Israël. L’Éternel avait déjà étendu une fois sa main pour délivrer son peuple de l’esclavage de l’Égypte (Ex. 6:6). Mais « en ce jour-là », il le fera « encore une seconde fois, pour acquérir le résidu de son peuple qui sera demeuré de reste » (v. 11). Il ne peut être question ici du retour de la captivité babylonienne, en l’an 536, qui ne concernait que Juda. Ceux qui sont revenus à cette époque ne venaient pas de l’Assyrie, de la Basse et de la Haute-Égypte, de l’Éthiopie, d’Élam, de Hamath et de l’ensemble du territoire situé autour de la Méditerranée, mais de Babylone (cf. Esd. 1). « En ce jour-là », Dieu « élèvera un étendard devant les nations, et rassemblera les exilés d’Israël, et réunira les dispersés de Juda des quatre bouts de la terre » (v. 12 ; cf. 49:22). Sur l’ordre de Dieu, les nations renverront ceux qui appartiennent à son peuple terrestre. Ce que sa providence, de façon presque incompréhensible, a permis dans les années 1933 à 1945 a conduit à un accomplissement partiel de la prophétie par le retour de nombreux Juifs dans leur pays et par la création de l’État d’Israël en 1948. Mais « les exilés d’Israël » appartenant aux dix tribus ne sont, pour autant qu’il nous est possible de le savoir et d’en juger, pas encore rentrés. Avant tout, il manque encore, dans l’ensemble, la repentance et le retour du peuple « à celui qui le frappe » (9:13).
Mais quand il retournera réellement à Dieu, la jalousie séculaire d’Éphraïm cessera aussi — cette jalousie qui avait eu pour conséquence, en dernier lieu, le partage du royaume sous Jéroboam (cf. Jug. 8:1 ; 12:1 ; 1 Rois 11:26). Toutes les tribus d’Israël seront réunies fraternellement en un seul peuple, comme cela n’a plus jamais été le cas depuis le temps de Salomon (v. 13).
Unis ainsi, ils vaincront aussi bien les Philistins, leurs ennemis à l’ouest, qu’Édom, Moab et Ammon à l’est (v. 14 ; cf. Jér. 47-49). Les trois derniers peuples nommés échapperont, selon Daniel 11:41, à l’assaut de l’Assyrien et seront châtiés par Israël, l’instrument dans la main du Messie (cf. Zach. 12:6). Mais tandis qu’il y aura une restauration pour Moab et pour Ammon, Édom deviendra un désert perpétuel (Jér. 48:47 ; 49:6, 13). La réapparition des peuplades de l’Ancien Testament que l’on pourrait tenir pour disparues depuis longtemps ne doit pas nous étonner. Le même Dieu qui fera revenir sur la scène les descendants des dix tribus encore disparues aujourd’hui, fera aussi réapparaître en temps voulu les descendants de leurs ennemis d’autrefois et punira leur méchanceté.
Enfin, par « l’impétuosité de son vent », dans l’exercice de ses jugements, l’Éternel opérera des transformations géographiques en faveur de son peuple. Il « desséchera la langue de la mer d’Égypte » — probablement le bras ouest de la mer Rouge appelé le golfe de Suez — et il fendra l’Euphrate en sept ruisseaux qui pourront être traversés à pied (v. 15). De même que Dieu, autrefois, avait frayé un « chemin » à travers la mer Rouge pour son peuple, afin qu’il puisse quitter l’Égypte, de même « il y aura un chemin battu pour le résidu de son peuple » pour qu’il puisse revenir de l’Assyrie (v. 16). Lors du règne millénaire, il y aura même « un chemin battu de l’Égypte à l’Assyrie » (És. 19:23).
« Et tu diras en ce jour-là : Je te célébrerai, Éternel, car tu étais en colère contre moi, et ta colère s’est détournée, et tu m’as consolé » (v. 1).
Placé devant la gloire du Messie, devant la délivrance qu’il a opérée pour Israël et les bénédictions de son règne, Israël chantera un cantique de louange, comme jadis sur le rivage de la mer Rouge (Ex. 15 ; Osée 2:15). Il y a ici en fait deux cantiques qui commencent l’un et l’autre par les mots « en ce jour-là ». Les versets 1 et 2 sont au singulier et ont pour objet la délivrance d’Israël. Les versets 4 à 6 sont au pluriel ; les rachetés d’Israël y sont invités à publier au monde entier les grands faits de Dieu, et à se réjouir.
Le premier cantique commence par une action de grâces du résidu. Il a passé par de grandes détresses parce que l’Éternel, avec raison, était en colère contre son peuple ; mais celui-ci s’est repenti et il est retourné à Dieu. Le but de Dieu est atteint ; sa colère s’est détournée. Ceux qui ont reçu le Messie par la foi ont été richement consolés par sa présence.
Le peuple peut maintenant chanter : « Voici, Dieu est mon salut ». Il n’est pas difficile de reconnaître dans le mot « salut » (en hébreu : jeshua) — qu’Ésaïe aime tant — la similitude avec le nom de Jésus, en hébreu : Jehoshua, « l’Éternel est salut ». Quand Israël, son peuple terrestre, l’aura accepté comme Sauveur, lui qui est la source du salut, toute crainte aura disparu et Jah, l’Éternel (Jehovah), sera le motif et l’objet de son cantique (v. 2). Il est rare que les deux noms de Jah et Jéhovah se trouvent l’un à côté de l’autre comme ici (cf. 26:4). Jéhovah est le Dieu éternel qui s’abaisse en grâce jusqu’à l’homme ; et particulièrement, c’est le Dieu de l’alliance avec son peuple terrestre (cf. Ex. 3:14, 15). Comme Jah, il est l’Absolu, l’Immuable.
Puis le prophète interrompt pour un instant son appel à la reconnaissance, pour attirer l’attention sur la promesse des inépuisables « fontaines du salut », auxquelles les rachetés d’Israël puiseront l’eau de la vie avec joie durant le règne millénaire (v. 3).
En liaison directe avec cela, nous avons l’annonce que les rachetés d’Israël célébreront l’Éternel, qu’ils invoqueront son nom merveilleux et qu’ils feront connaître ses actes et la grandeur de son nom parmi les peuples de toute la terre (v. 4). Un appel particulier à pousser des cris de joie et à exulter s’adresse à Jérusalem, nommée ici habitante de Sion, au milieu de laquelle demeure « le Saint d’Israël ». Celui qu’ils ont jadis dédaigné et méprisé prendra alors la place qui lui revient au milieu de son peuple restauré, et recevra tout honneur ! Le peuple doit encore passer par de profondes vallées avant d’atteindre un tel sommet.
Quel incomparable privilège est le nôtre, nous qui sommes devenus enfants de Dieu par la foi en son Fils, de pouvoir déjà maintenant adorer le Père en Esprit et en vérité comme de vrais adorateurs !
ME 2003 p. 209
« Et je mettrai la clef de la maison de David sur son épaule ; et il ouvrira, et personne ne fermera ; et il fermera, et personne n’ouvrira » (v. 22).
Le passage qui est devant nous forme une sorte d’appendice à « l’oracle touchant le désert de la mer », qui décrit le jugement de Babylone (21:1-10), ainsi qu’à « l’oracle touchant la vallée de vision » dans lequel est annoncé le jugement sur Jérusalem par l’Assyrien (22:1-14). Plusieurs prophéties de ces chapitres ont déjà trouvé un accomplissement partiel dans le passé ; mais l’ordre dans lequel elles sont données nous amène à conclure qu’il ne s’agit pas ici, en première ligne, d’événements autrefois imminents, mais bien d’événements qui auront leur accomplissement après l’enlèvement des croyants au ciel. En contraste avec ce qui s’est passé autrefois, il y aura d’abord le jugement de Babylone, puis seulement ensuite viendra le châtiment de Jérusalem par la première attaque de l’Assyrien.
Ainsi que nous le savons par d’autres passages de la parole de Dieu, l’Antichrist, le faux roi à Jérusalem, doit être éliminé et être remplacé par Christ, le Roi des rois. Cet événement est représenté ici au moyen de Shebna et d’Éliakim. Par ce qui arrive à ces deux hommes haut placés à la cour du roi Ézéchias, nous avons devant nous une image prophétique pour les derniers jours. On trouve plusieurs fois cela dans l’Ancien Testament, par exemple avec Saül et David, ou avec Haman et Mardochée.
Shebna est présenté ici comme « intendant » « établi sur la maison » du roi. C’était une position de grande importance, comme le montre l’exemple de Jotham, fils d’Ozias, établi « chef de la maison du roi » et jugeant le peuple du pays (2 Chron. 26:21). Le fait que le nom du père de Shebna ne soit pas mentionné nous incite à penser que cet homme était parvenu à une haute position alors qu’il était d’une descendance très humble ou étrangère. Il n’est rien dit non plus dans la Parole au sujet de l’origine de l’Antichrist. Nous savons que ce sera un Juif qui « n’aura point égard au Dieu de ses pères » (Dan. 11:37), mais il ne nous est donné aucune précision sur son ascendance.
Ésaïe reçoit l’ordre du « Seigneur, l’Éternel des armées », d’aller « auprès de cet intendant, auprès de Shebna » et de lui demander : « Qu’as-tu ici, et qui as- tu ici, que tu te creuses un sépulcre ici ? » (v. 15, 16). Shebna n’avait manifestement aucune relation avec Jérusalem et Juda, la ville et le peuple de Dieu ; mais il voulait se faire un nom et assurer sa mémoire jusque dans un avenir lointain en se faisant creuser un sépulcre coûteux dans un rocher élevé. C’était le symbole d’un orgueil qui, dans un jour futur, aura son paroxysme dans « l’homme de péché », « le fils de perdition » (cf. Dan. 11:36, 37 ; 2 Thess. 2:3, 4). De plus, un sépulcre parle de mort et non de vie.
Toutefois, le Seigneur « enroulera en pelote » avec mépris cet homme orgueilleux, et le « roulera comme une boule dans un pays spacieux ». Lui qui était un opprobre pour la maison de son Seigneur sera renversé de sa haute position et envoyé en exil (v. 19). Là, il devra mourir sans obsèques grandioses et sans sépulcre somptueux. On peut comprendre la portée de cette sentence si on sait la grande importance d’un ensevelissement de classe en ce temps-là (v. 17, 18 ; cf. 14:15-20). Bien plus terrible encore sera la part de l’Antichrist, le faux prophète : il sera pris avec la bête, le chef de l’empire romain, et tous deux seront « jetés vifs dans l’étang de feu embrasé par le soufre » (Apoc. 19:20).
À la place de l’infidèle et orgueilleux Shebna, le Seigneur, « en ce jour-là », appellera son serviteur Éliakim, fils de Hilkija (Éliakim signifie : « Dieu rétablit » ; cf. 49:6). Si quelqu’un, jusqu’ici, n’avait pas vu clairement le rapport avec les temps de la fin, ce rapport lui paraîtra dès maintenant de plus en plus clair. Avec l’expression « en ce jour-là », Ésaïe veut presque toujours parler du temps à venir dans lequel Dieu se tournera de nouveau vers son peuple, d’abord en jugement, et finalement en grâce (cf. 2:11, 17, 20 ; 3:7, 18 ; 4:1, 2 ;...). Ensuite, l’Éternel nomme Éliakim « mon serviteur » : il emploie ainsi un nom que nous rencontrons à plusieurs reprises comme titre du Messie dans la seconde grande division du livre (cf. 42:1 ; Matt. 12:18). Enfin, c’est l’Éternel lui-même qui fera approcher cet homme qu’il connaît déjà comme son fidèle serviteur (v. 20 ; cf. 2 Rois 18:18).
En premier lieu, il le revêtira de la tunique et de la ceinture de Shebna, que celui-ci avait portées à tort. Ces vêtements étaient les symboles de la dignité des personnes haut placées et des sacrificateurs (cf. Lév. 8:13). Il est expressément parlé du port de la ceinture ; celle-ci est déjà mentionnée au chapitre 11 (v. 5) comme marque distinctive du Messie (cf. Apoc. 1:13). Ensuite l’Éternel lui confiera le gouvernement exercé jusqu’ici par Shebna (cf. 9:6). Ainsi Éliakim dispensera une protection paternelle aux habitants de Jérusalem et à la maison de Juda (v. 21 ; cf. Gen. 45:8).
Mais cela n’est pas tout. Dieu mettra « la clef de la maison de David sur son épaule ; et il ouvrira, et personne ne fermera ; et il fermera, et personne n’ouvrira » (v. 22). C’est presque avec les mêmes paroles que le Seigneur Jésus se présente dans la lettre prophétique adressée à l’assemblée à Philadelphie (Apoc. 3:7 ; cf. Apoc. 1:18). Ce qui est dit ici d’Éliakim s’applique en fin de compte à Christ qui est « le saint » et « le véritable », aussi bien dans le temps de la grâce que durant le règne millénaire. La « clef (de la maison) de David » est le symbole de son juste pouvoir de décision comme Fils de David dans le règne millénaire, pouvoir auquel personne ne peut résister. Dieu lui a donné toute autorité dans le ciel et sur la terre (Matt. 28:18). Lui seul décide qui peut entrer dans les bénédictions que Dieu a préparées dès la fondation du monde (cf. Matt. 25:31-46).
En même temps, il sera comme « un clou » fixé « dans un lieu sûr » et « un trône de gloire pour la maison de son père », la maison de David (v. 23 ; cf. Jér. 17:12 ; Luc 1:32). Un clou sert à fixer et à soutenir ; c’est une image de l’appui et de la force de Dieu (Esd. 9:8). Éliakim est donc une figure du Messie duquel tout dépendra durant le règne millénaire, même le service de la maison de Dieu, et cela jusqu’aux plus petits vases (v. 24 ; cf. Zach. 10:4). « Les descendants et les rejetons » sont les hommes en relation avec lui qui exerceront le service. La sainteté des ustensiles et des récipients dans le règne millénaire est décrite en Zacharie 14:20 et 21 dans un langage très expressif : « En ce jour-là, il y aura sur les clochettes des chevaux : Sainteté à l’Éternel ; et les chaudières dans la maison de l’Éternel seront comme les bassins devant l’autel. Et toute chaudière dans Jérusalem et en Juda sera une chose sainte, consacrée à l’Éternel des armées ».
Après cette brève description de la gloire du Messie, on trouve encore une fois, dans le dernier verset du chapitre, l’annonce du jugement de l’Antichrist. Il a eu l’audace de concentrer toute la gloire et l’honneur sur lui-même. Mais, avec tous ses partisans, il sera détruit, « car l’Éternel a parlé » (v. 25 ; cf. 2 Thess. 2:4 ; Apoc. 19:20, 21).
La double mention du clou aux versets 23 et 25 a conduit certains commentateurs à penser que ce dernier verset concernait aussi Éliakim. Mais ce serait en contradiction avec la belle image de la gloire messianique présentée en cet homme fidèle. Le Christ glorifié ne sera ni ôté, ni brisé, ni ne tombera ! « Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et son royaume, un royaume qui ne sera pas détruit » (Dan. 7:14). Il ne peut s’agir de la même personne, puisque les deux versets 20 et 25 se réaliseront au même moment, « en ce jour-là ».
L’utilisation répétée du mot « clou » — pour désigner aussi bien Éliakim que Shebna — est en rapport avec le fait que l’Antichrist sera un imitateur de Christ. Le grand antagoniste du Messie se présentera avec « toute sorte de miracles et signes et prodiges de mensonges ». Et Jésus Christ était, selon le témoignage de Pierre, un « homme approuvé de Dieu auprès de vous par les miracles et les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous » (2 Thess. 2:9 ; Act. 2:22). L’expression « en ce jour-là » rattache le jugement final de Shebna, comme image de l’Antichrist, à la manifestation simultanée et à l’établissement de Celui dont Éliakim est le type.
ME 2003 p. 262
« En ce jour-là sera chanté ce cantique... » (v. 1). C’est le jour auquel commencera le glorieux royaume de paix sous le règne du Seigneur Jésus. Le résidu du peuple terrestre de Dieu, spirituellement restauré et affranchi, chantera alors une hymne dans le pays de Juda (cf. Apoc. 14:3). Hymne qui, à certains égards, est une continuation du chapitre 25. Ce cantique commence par la constatation triomphante : « Nous avons une ville forte : il a mis le salut pour murailles et pour remparts » (v. 1). Après avoir été foulée aux pieds pendant des siècles, Jérusalem sera reconnue par tous comme « la ville du grand roi ». Là où la délivrance de Dieu est assimilée à des murailles et à des remparts, la force et la puissance de l’homme n’ont aucune place ; c’est ainsi que la ville de Dieu se trouve dans le plus grand contraste avec la ville en ruine de l’orgueil de l’homme (cf. 25:2).
Les portes de la ville seront ouvertes afin que puissent y entrer d’abord le roi de gloire (Ps. 24:7-10) puis le peuple de Dieu, ce peuple autrefois injuste et infidèle, mais qui maintenant peut être appelé « la nation juste qui garde la fidélité » (v. 2 — cf. Ps. 118:20). Le résidu sauvé n’est pas béni seulement comme ensemble, mais chacun s’appuie individuellement sur Dieu et est ainsi gardé « dans une paix parfaite ». Ce principe est aussi valable de nos jours. La joie de la bénédiction de Dieu, et de la communion avec lui et les uns avec les autres, ne peut être constante que si notre vie de foi personnelle est caractérisée par une relation de confiance avec notre Dieu (v. 3).
Cependant suit immédiatement l’exhortation : « Confiez-vous en l’Éternel, à tout jamais ; car en Jah, Jéhovah, est le rocher des siècles » (v. 4). Il est le seul qui jamais ne confondra ni ne décevra la confiance en lui. Moïse pouvait dire de lui : « Il est le Rocher, son œuvre est parfaite ; car toutes ses voies sont justice. C’est un Dieu fidèle, et il n’y a pas d’iniquité en lui ; il est juste et droit » (Deut. 32:4). Il est tout à la fois Celui qui ne change pas (Jah, le Même) et le Dieu du peuple qu’il aime tant (Jéhovah). Il y a de solides motifs qui justifient cette confiance illimitée dans le Dieu puissant d’Israël : « car il abat ceux qui habitent en haut ; il abaisse la ville haut élevée » (v. 5). Il a préparé le chemin afin que son peuple puisse être sauvé et béni. Dans « ceux qui habitent en haut », qui sont caractérisés par l’orgueil, on peut voir l’Antichrist, « qui s’oppose et s’élève contre tout ce qui est appelé Dieu ou qui est un objet de vénération », lui « que le Seigneur Jésus consumera par le souffle de sa bouche et qu’il anéantira par l’apparition de sa venue » (2 Thess. 2:4, 8). Toutefois l’orgueil caractérise aussi l’Assyrien (10:12) et particulièrement Moab (16:6 ; 25:10-12). Alors que pour l’anéantissement de l’Antichrist et de l’Assyrien, nous ne voyons aucune intervention de l’homme, Moab sera frappé par les Juifs qui seront un instrument dans la main du Messie (11:14). Le verset 6 se rapporte à cela ; par les « affligés » et les « misérables », il faut comprendre les Juifs croyants du résidu.
Les chemins des justes sont maintenant aplanis et droits, parce que Dieu les a aplanis, et cela au moyen de jugements sévères (v. 7). Pendant le temps de la tribulation, les « misérables » et les « affligés » n’ont pas seulement attendu la délivrance de l’Éternel, mais le désir de leur âme était tourné vers lui, vers son nom et vers son souvenir (v. 8). Jour et nuit, leur âme et leur esprit ont soupiré après lui, et enfin il a répondu. Ces paroles nous permettent de voir quelque peu l’état de cœur du résidu pendant la grande tribulation. Nous pouvons trouver davantage à ce sujet dans les Psaumes — plus particulièrement dans le deuxième livre (Ps. 42 — 72).
Le résidu croyant a maintenant compris le fait solennel que « les habitants du monde » doivent apprendre à connaître la justice de Dieu par les jugements (v. 9). Cela ne veut certainement pas dire que chacun d’entre eux soit justifié, car nous lisons le contraire dans le livre de l’Apocalypse : au lieu de se repentir en présence des justes châtiments de Dieu, les hommes blasphèment (9:20 ; 16:9, 11, 21). Mais par ces jugements, Dieu veut montrer qu’il est juste et qu’il agit en justice (cf. Apoc. 15:4). La grâce ne peut pas faire comprendre cette justice aux méchants, à ceux qui persistent dans le mal. L’évangile de la grâce est annoncé depuis bientôt deux mille ans, mais le monde dans son ensemble n’a pas changé. Même dans « le pays de la droiture », le pays d’Israël sous le règne du Messie, où tout sera ordonné selon ses pensées, le méchant ne se laissera pas inciter au bien mais il agira injustement, ne voyant pas la majesté de l’Éternel (v. 10). La conséquence d’une telle conduite, la mort immédiate, est décrite plus loin dans ce livre (65:20 ; 66:24). Bien que les adversaires de Dieu voient sa main élevée en jugement et opérant la délivrance de son peuple, ils refusent de le reconnaître. C’est pourquoi ils seront dévorés par le feu du jugement (v. 11 — cf. 2 Thess. 1:8).
Avec une pleine confiance dans le Seigneur, « la nation juste » peut dire maintenant : « Éternel, tu établiras la paix pour nous », car ils reconnaissent que tous leurs actes de foi sont en fait son œuvre (v. 12). Sept fois dans ce chapitre, ils s’adressent à Dieu en invoquant l’Éternel (v. 8, 11, 12, 13, 15, 16, 17). L’exclamation centrale, celle du verset 13, a la forme : « Éternel, notre Dieu » ; elle révèle la pleine restauration de leur relation avec Dieu. Dans la personne du Fils de Dieu rejeté autrefois par leur nation, ils reconnaissent maintenant leur Dieu, l’Éternel, qui s’était révélé à eux par Moïse. S’ils regardent en arrière, ils ne peuvent que confesser leur faillite en conséquence de laquelle ils ont été dominés par « d’autres seigneurs » (v. 13). Peu de peuples ont connu, comme les Juifs, autant d’oppresseurs étrangers : les Chaldéens, les Perses, les Syriens, les Romains, les dominateurs des pays dans lesquels ils ont été dispersés, et enfin l’Antichrist. Seule la miséricorde de Dieu les a fait revenir pour magnifier et louer son nom. Les dominateurs étrangers ont été détruits et ils ne relèveront plus jamais la tête comme tels. C’est là le sens des paroles : « les morts ne vivront pas, les trépassés ne se relèveront pas », car il est évident que, comme tous les humains, ces « seigneurs » ressusciteront un jour corporellement (v. 14 ; cf. Jean 5:28 et suivants).
Comme au chapitre 9 (v. 3), le peuple peut maintenant se réjouir de son grand nombre — bien qu’il ne soit en fait qu’un faible résidu (v. 15 — cf. Zach. 13:8, 9 ; Rom. 11:26). Toutefois il ne regarde pas à lui- même, mais à son Dieu qui s’est glorifié en cela.
Lorsqu’il considère sa conduite d’autrefois, le peuple doit confesser qu’il n’est revenu à Dieu que par le pénible chemin de la détresse et de la discipline ; alors il l’a recherché dans la prière (v. 16). Aussi longtemps qu’ils se trouvaient spirituellement loin de la face de l’Éternel, tous leurs efforts étaient comme ceux d’une femme enceinte près d’enfanter, qui est dans les douleurs et crie dans ses peines, mais il n’en était rien résulté. « Nous avons comme enfanté du vent ; nous n’avons pas opéré le salut du pays, et les habitants du monde ne sont pas tombés... » (v. 17, 18). Mais maintenant, après cette terrible tribulation, le pays et le peuple de Dieu sont sauvés et les « habitants du monde » sont jugés (cf. v. 11, et l’expression « ceux qui habitent sur la terre », Apoc. 3:10 ; 6:10 ; 8:13).
Avec le verset 19 commence l’accord final du cantique : « Tes morts vivront, mes corps morts se relèveront. Réveillez-vous et exultez avec chant de triomphe, vous qui habitez dans la poussière ». Le chapitre précédent contenait une merveilleuse allusion à la première résurrection — la mort engloutie en victoire (25:8). Ici, nous trouvons la résurrection d’Israël comme peuple, de même qu’en Ézéchiel 37:1-14 (notamment v. 12) et en Daniel 12:2, où il est aussi question de ceux qui « dorment dans la poussière ». Dans ces trois passages, nous avons une description figurée de la reprise des relations de Dieu avec son peuple terrestre. Pendant longtemps, celui-ci a été « mort » sur le plan politique ou national, et il l’est encore actuellement sur le plan spirituel (cf. Ps. 71:20 ; Osée 13:1). Cependant la relation avec Dieu n’est pas rompue ; elle est seulement interrompue, ainsi que le montre l’expression « mes corps ». Quand la terre aura jeté dehors « ses trépassés » viendra un matin sans nuages sur lequel se lèvera le soleil de justice, avec la guérison dans ses ailes (cf. Mal. 4:2). Le résidu du peuple nouvellement réapparu est comparé à « la rosée de l’aurore » (v. 19 — cf. Ps. 110:3 ; Michée 5:7).
Le verset 20 contient la réponse de Dieu au cantique de Juda. Il invite son peuple à se cacher pour un petit moment jusqu’à ce que son indignation soit passée. De même, Noé a dû chercher un refuge dans l’arche, et les Israélites ont dû demeurer dans leurs maisons pendant la nuit de la Pâque, tandis que le jugement de Dieu s’exerçait sur le monde qui les entourait (Gen. 7:1 ; Ex. 12:22). « Car voici, l’Éternel sort de son lieu pour visiter l’iniquité des habitants de la terre sur eux, et la terre révélera son sang, et ne cachera plus ses tués » (v. 21). Quand la détresse de Jacob sera passée, le moment viendra où le Seigneur Jésus apparaîtra en gloire et punira tous ses ennemis sur la terre. Non seulement il anéantira toute opposition, mais il exercera aussi le jugement ; il sera assis sur le trône de sa gloire et toutes les nations de la terre seront assemblées devant lui (Apoc. 19:11-16 ; Matt. 25:31-46). Tout, y compris le sang des innocents — en particulier celui des martyrs de la grande tribulation — viendra à la lumière ; rien ne restera caché et chaque coupable sera puni. C’est le jugement des vivants, au début du règne de justice et de paix.
ME 2003 p. 315
« N’y a-t-il pas encore très peu de temps, et le Liban sera converti en un champ fertile, et le champ fertile sera réputé une forêt ? » (v. 17).
Dans ce passage, le Saint Esprit dirige le regard du prophète vers l’avenir, alors lointain, dans lequel — après tous les jugements et toutes les tribulations qui doivent arriver — viendront les merveilleux « temps du rétablissement de toutes choses ». Presque trois millénaires se sont écoulés depuis lors, et pourtant la vérité des paroles qui introduisent ce passage demeure : « Encore très peu de temps ». Dans une période sombre, Dieu encourage les siens en leur faisant voir son but glorieux. Il est le « Dieu d’espérance » (Rom. 15:13 ; Héb. 10:37). Avant d’accomplir son œuvre rédemptrice à la croix et de monter vers son Père, le Seigneur Jésus a dit aux siens : « Je reviendrai », et ses dernières paroles dans les Saintes Écritures sont : « Je viens bientôt » (Jean 14:3 ; Apoc. 22:7, 12, 20). Les critiques parlent de « l’attente imminente non accomplie » des premiers chrétiens, et les moqueurs mettent de toute façon la venue du Seigneur en doute. Cependant, même s’il s’est déjà écoulé près de deux millénaires depuis qu’elle a été faite, cette promesse demeure l’espérance vivante et bienheureuse des chrétiens, tout comme la venue du Messie était l’espérance des fidèles en Israël — et le sera de nouveau après l’enlèvement de l’Église. Pour nous, êtres humains, le facteur « temps » joue un grand rôle, mais il n’en est pas de même pour le Dieu éternel et immuable. Devant lui, « un jour est... comme mille ans, et mille ans comme un jour » (2 Pierre 3:8).
Déjà par Ésaïe, Dieu avait consolé son peuple en lui disant : « Car encore très peu de temps, et l’indignation sera accomplie, et ma colère, dans leur destruction » (10:25). Là, il était question de la destruction de l’Assyrien ; ici, par contre, il s’agit du temps de bénédiction qui suit, c’est-à-dire du règne millénaire. Le Seigneur Jésus donne à ce temps le nom significatif de « la régénération ». D’une part, les hommes qui, étant les bénis du Père, hériteront du royaume qui leur est préparé dès la fondation du monde, seront alors nés de nouveau ; et d’autre part, la nature sera l’objet d’un renouvellement qui n’a jamais été vu (Matt. 19:28 ; 25:34 ; Jean 3:5 ; És. 11:6-9 ; 14:7 ; 41:18).
Le Liban avec ses hauts cèdres est parfois utilisé par Ésaïe comme image de la grandeur de l’homme et de son orgueil qui le conduit à s’élever lui-même (2:13 ; 10:34 ; 60:13). Il est aussi utilisé, et c’est le cas ici, pour décrire la beauté et la majesté de la nature (33:9 ; 35:2). Cette montagne privée depuis longtemps déjà de son magnifique ornement d’arbres — pensons aux puissants cèdres du Liban d’autrefois — sera transformée en un champ fertile (hébr. Carmel), et le champ fertile sera réputé une forêt. Au chapitre 32, qui nous conduit aussi à jeter un regard dans le règne millénaire, nous trouvons presque les mêmes paroles, sauf que « le Liban » y est remplacé par « le désert » (v. 15). Ici donc, le renouvellement et la restauration du monde végétal dans le règne millénaire sont esquissés.
« Et en ce jour-là les sourds entendront les paroles du livre, et les yeux des aveugles, délivrés de l’obscurité et des ténèbres, verront » (v. 18).
L’expression « en ce jour-là » confirme qu’il est effectivement parlé de ce temps futur (cf. 2:11). Le refus du message que Dieu a adressé à son peuple autrefois a eu pour conséquence un endurcissement qui dure encore aujourd’hui (cf. 6:9-13 ; 29:9-12). Cependant, par la discipline et les jugements sévères qui auront lieu dans des temps futurs, une partie du peuple juif sera amenée à la repentance et à la conversion, et sera ainsi guérie de sa surdité et de sa cécité spirituelles. Ce résidu juif croyant comprendra alors de nouveau la parole de Dieu. En même temps, il reconnaîtra que Jésus, si longtemps méprisé par ce peuple, est le Messie, et qu’il est mort pour eux sur la croix.
« Et les débonnaires augmenteront leur joie en l’Éternel, et les pauvres d’entre les hommes s’égayeront dans le Saint d’Israël » (v. 19).
Qui sont ces « débonnaires » et ces « pauvres d’entre les hommes » qui se réjouiront en l’Éternel ? Ce sont ceux qui composent le résidu juif croyant, et que nous avons déjà vus dans les « misérables » et les « débonnaires de la terre » au chapitre 11, verset 4. Ce sont ceux que le Seigneur Jésus a devant les yeux lorsque, dans le Sermon sur la montagne, il déclare bienheureux les « pauvres en esprit », parce que c’est à eux qu’est le royaume des cieux, et les « débonnaires », parce que c’est eux qui hériteront de la terre (cf. És. 10:21 ; 14:30 ; 26:6 ; 41:17 ; 61:1 ; Matt. 5:3, 5).
« Car l’homme violent ne sera plus, et le moqueur aura pris fin ; et tous ceux qui veillent pour l’iniquité seront retranchés, ceux qui tiennent un homme coupable pour un mot, qui tendent des pièges à ceux qui reprennent à la porte, et qui font fléchir le droit du juste par des choses futiles » (v. 20, 21).
En contraste, l’homme violent et le moqueur ne seront plus, de même que tous ceux qui ont condamné les innocents. Il ne s’agit pas de leur destruction éternelle, mais de la fin de leur activité sur la terre. Dans « l’homme violent », nous pouvons bien voir l’Assyrien et dans le « moqueur », l’Antichrist (*). Tous deux tourmentent — chacun à sa manière — le peuple de Dieu ; et à cause de cela ils recevront, lors du retour du Seigneur Jésus en gloire, leur juste châtiment. En particulier, les adeptes de l’Antichrist en veulent aux croyants du peuple juif. Ils oppriment les justes par de fausses accusations. Dans le discours prophétique qu’il adresse à ses disciples, le Seigneur Jésus décrit le temps — terrible pour le résidu croyant — qui se situe entre l’enlèvement des saints et son apparition. (Voir Marc 13:9-13.)
(*) Le jugement définitif et éternel de l’Antichrist est décrit en Apocalypse 19:20 et 20:10.
« C’est pourquoi, ainsi dit à la maison de Jacob l’Éternel qui racheta Abraham : Maintenant Jacob ne sera plus honteux, et maintenant sa face ne sera plus pâle » (v. 22).
Le tableau changera complètement lors de l’apparition du Seigneur. Il se présentera alors à son peuple comme celui qui a racheté Abraham en l’appelant à sortir d’un pays idolâtre et en le justifiant sur le principe de sa foi (cf. Gen. 15:6 ; 48:15 ; Jos. 24:2). Ici le
peuple n’est pas appelé Israël, mais « la maison de Jacob » (cf. És. 46:3 ; 48:1). Le nom d’Israël (vainqueur de Dieu) nous montre la hauteur de la bénédiction à laquelle l’Éternel a élevé l’ancêtre du peuple ; en revanche le nom de Jacob (supplanteur) nous rappelle le bas état dans lequel la grâce de Dieu l’a trouvé. Quelle profondeur d’éloignement de son Dieu le peuple a-t-il aussi connue au cours de sa longue histoire, bien que les patriarches Abraham, Isaac et Jacob aient reçu des promesses étendues et merveilleuses ! De même qu’Abraham a été racheté des peuples qui étaient esclaves de l’idolâtrie afin de devenir l’ancêtre du peuple de Dieu, ainsi le résidu sera séparé de la grande partie du peuple qui a sombré dans l’apostasie. Alors, le résidu racheté ne connaîtra plus de honte, ni à cause de ses propres péchés, ni à cause de l’oppression des étrangers (cf. 1:29 ; 29:4 ; Soph. 3:11).
« Car quand il verra ses enfants, l’œuvre de mes mains au milieu de lui, ils sanctifieront mon nom, et ils sanctifieront le Saint de Jacob, et ils craindront le Dieu d’Israël » (v. 23).
Dans l’émerveillement et l’adoration, les enfants de Jacob verront alors l’œuvre des mains de leur Dieu, qui se manifestera aussi bien dans le jugement du mal que dans le renouvellement spirituel du peuple (cf. 10:12 ; 28:21 ; 60:21). Ils sanctifieront le nom de PÉternel, c’est-à-dire qu’ils honoreront leur Dieu conformément à sa sainteté. En Ézéchiel 36:17-23, nous voyons qu’ils ont fait le contraire, en profanant le nom de leur Dieu par leur désobéissance et leurs péchés, et que, dans les temps futurs, Dieu sanctifiera lui-même de nouveau son nom par le jugement de tout mal. Ce qui nous est dit ici, c’est que, par la foi, des hommes approuveront cette action de Dieu et ainsi ils sanctifieront son nom (cf. 8:13). Les Juifs croyants reconnaîtront et honoreront leur Dieu d’une toute nouvelle manière comme le « Saint de Jacob » et le « Dieu d’Israël », et ils le craindront. Le fait qu’il ne se nomme pas ici le « Saint d’Israël », comme si souvent dans le livre d’Ésaïe, mais le « Saint de Jacob », nous montre de nouveau la grâce infinie avec laquelle il se tourne vers son pauvre peuple égaré.
La grâce de Dieu n’est cependant pas limitée au peuple d’Israël. Quiconque croit au Seigneur Jésus et reçoit « l’évangile de la grâce de Dieu » peut déjà connaître aujourd’hui la grâce et ses richesses (Act. 20:24 ; Éph. 1:7 ; 2:8). Plus nous apprenons à la connaître, plus s’accroît en nous le désir de répondre aussi à sa sainteté et de sanctifier son nom (cf. 1 Pierre 3:15).
Un autre résultat de l’œuvre de l’Éternel est décrit dans le dernier verset du chapitre : « Et ceux qui errent en esprit auront de l’intelligence, et les désobéissants apprendront la bonne doctrine » (v. 24). Le profond sentiment de la bonté et de la grâce du Dieu saint produira un esprit contrit et soumis en ces hommes auparavant égarés et rebelles. La lumière de Dieu chassera les ténèbres spirituelles qui régnaient depuis longtemps, et auxquelles le prophète Ésaïe avait déjà affaire. L’endurcissement du peuple dans son égarement fera place à une heureuse intelligence des pensées de Dieu ; et au lieu des murmures précédents contre ses voies envers eux, il y aura en eux l’humble désir d’apprendre. Ils découvriront alors que les voies de Dieu envers son peuple n’ont eu pour but que sa bénédiction. Tout cela est aujourd’hui encore futur, même si les signes des temps paraissent en indiquer le prochain accomplissement.
ME 2003 p. 343
Au chapitre 5, Ésaïe avait dû prononcer un sextuple « malheur ! » sur la corruption et l’iniquité des conducteurs d’Israël. Dans les chapitres 28 à 35, on trouve de nouveau six « malheur ! » — cinq sur Israël et un sur l’Assyrie (Cf. És. 28:1 ; 29:1 ; 29:15 ; 30:1 ; 31:1 ; 33:1). Par les jugements qui y sont annoncés et la destruction de tous les ennemis, Dieu atteindra le but glorieux qu’il s’est proposé : le rétablissement de ses relations avec Israël, son peuple terrestre.
Le quatrième malheur est prononcé contre les hommes de Juda qui, peut-être pendant le règne d’Ézéchias, aspiraient à une alliance avec l’Égypte pour se protéger de la menace de l’Assyrien (cf. chap. 20 et 31:1-3).
L’Éternel considère son peuple terrestre, auquel ce « malheur ! » s’adresse, comme des fils rebelles qui refusent toute instruction et qui n’ont aucune intelligence de ce qui leur est bon et utile. Sans l’interroger et sans attendre ses directives, ils projettent en secret de conclure une alliance avec l’Égypte, par laquelle ils espèrent se protéger contre la puissance dominante de l’Assyrien (29:15). Ils cherchent du secours dans le monde pour trouver un abri contre le monde ! Ils ont complètement oublié que Dieu les avait séparés de tous les peuples et avait fait d’eux sa possession — oublié qu’ils ne devaient ni retourner en Égypte, ni conclure une alliance avec les nations païennes qui les entouraient (Ex. 23:32 ; Lév. 20:26 ; Deut. 17:16). L’Éternel n’avait-il pas fait alliance avec eux, ne leur avait-il pas promis et souvent témoigné bénédiction et secours, n’avait-il pas usé de beaucoup de grâce à leur égard ? Mais ils veulent « descendre » en Égypte pour y trouver refuge et protection, au lieu de les trouver auprès de leur Dieu (cf. Gen. 12:10 ; Ps. 57:1). En opposition avec sa volonté, ils accumulent par là péché sur péché, car ils n’interrogent pas sa bouche. C’est un sérieux avertissement pour nous aujourd’hui ; comme eux, nous sommes en danger de faire nos propres plans sans Dieu et de chercher aide et soutien auprès du monde.
L’Égypte, politiquement affaiblie, ne pouvait offrir la protection souhaitée. L’opération se terminera pour Juda dans la honte et l’opprobre. Il est vrai que ses princes et ses messagers arriveront à Tsoan et à Hanès dans la Basse-Égypte (cf. 19:11), mais toutes leurs négociations seront vaines : l’Égypte ne leur sera « ni à aide, ni à utilité, mais à honte et aussi à opprobre ».
Pour souligner la sentence accablante de Dieu sur les plans de son peuple rebelle, le prophète prononce ensuite « l’oracle(*) touchant les bêtes du midi ». Celui-ci se réfère à l’Égypte, située au sud d’Israël. Comme les messagers de Juda ne veulent pas venir les mains vides devant les Égyptiens, ils se mettent en marche avec une caravane richement chargée. Mais ils doivent suivre un chemin pénible et dangereux. Ils traversent le désert où les lions et les serpents les guettent. En fait, ils se donnent du mal pour « un peuple qui ne leur sera d’aucun profit ». L’aide des Égyptiens est vaine et inutile. Dieu ne peut désigner ce peuple que par le nom d’« Arrogance » (hébr. Rahab). Véritablement, il ne peut rien faire.
(*) ou : « la charge », « le fardeau » ; héb. Massa comme 13:1.
Ésaïe doit écrire cette prophétie aussi bien sur une table que dans un livre, d’une part pour la placer clairement devant les yeux de ses contemporains, et d’autre part afin qu’elle demeure « pour le jour à venir, en témoignage à toujours ». Les versets suivants nous indiquent pour quelle raison.
Dieu répète ce qu’il a contre le peuple de Juda, qu’il appelle « un peuple rebelle, des fils menteurs, des fils qui ne veulent pas entendre la loi de l’Éternel ». Ils ne veulent rien savoir des prophéties et des visions des messagers de Dieu, mais leur demandent de leur dire des choses douces et même des tromperies ! Nous avons un exemple de cette attitude dans les prophètes du temps des rois Josaphat et Achab : tous, excepté Michée, annonçaient une issue positive à l’expédition militaire contre les Syriens, qui devait cependant conduire à la mort d’Achab (1 Rois 22:5-28). Et que dit le Nouveau Testament ? — « Car il y aura un temps où ils ne supporteront pas le sain enseignement ; mais, ayant des oreilles qui leur démangent, ils s’amasseront des docteurs selon leurs propres convoitises, et ils détourneront leurs oreilles de la vérité et se tourneront vers les fables » (2 Tim. 4:3, 4). N’en est-il pas ainsi de nos jours, où des chrétiens, même de vrais enfants de Dieu, n’aiment pas être placés devant tout le sérieux de la parole de Dieu ?
Déjà au temps d’Ésaïe, le peuple voulait s’écarter du chemin que Dieu lui montrait par sa Parole et par les prophètes. Il ne voulait même plus que « le Saint d’Israël » soit placé devant ses yeux (cf. 1:4). Il en était arrivé à un point tel que Dieu n’était plus pour lui qu’un élément gênant.
Cependant, quand le peuple rebelle ne veut plus rien savoir du « Saint d’Israël », Dieu se présente à lui précisément sous ce nom (v. 12, 15). L’homme peut changer, Dieu demeure fidèle à lui-même dans sa sainteté inaltérable. Si les hommes de Juda rejettent ses avertissements quant à une alliance avec l’Égypte, et s’ils persévèrent dans leur propre volonté et dans leurs plans tortueux, ils devront porter les conséquences de leur péché. Leur confiance dans la protection de la grande puissance dont ils cherchent l’alliance sera comme « une brèche qui s’écroule, un renflement dans un mur élevé, dont la rupture arrive subitement, tout à coup ». Un plus puissant entrera en scène et tous leurs plans seront entièrement anéantis. Ce sera comme quand on brise un vase de potier, et qu’il ne reste pas même un tesson assez grand pour prendre un charbon ardent ou pour puiser une gorgée d’eau. C’est ce qui est arrivé lors de la destruction de Jérusalem par Nebucadnetsar en l’an 586 av. J.C. et par Titus en l’an 70 ap. J.C. (cf. Jér. 19:11 ; 2 Chron. 36:19 ; Matt. 24:2). Cette sentence trouvera son plein accomplissement lors de la première attaque de l’Assyrien, au temps de la fin (cf. És. 22:1-14 ; 28:18-22 ; Joël 2 ; Zach. 14:1, 2).
Encore une fois l’Éternel, le Saint d’Israël, s’adresse à son peuple rebelle qui l’a maintes et maintes fois repoussé. Il leur rappelle comment ils pourraient être sauvés : « en revenant » et en se « tenant en repos », c’est-à-dire en se repentant et en renonçant à leurs propres efforts. Ceci conduirait aussi à « la tranquillité » et à « la confiance », à une attente humble et à une foi simple en l’intervention puissante de Dieu. L’Éternel n’avait-il pas montré bien des fois sa puissance en faveur de son peuple depuis l’anéantissement des Égyptiens à la mer Rouge (cf. Ex. 14:14 ; És. 7:4) ? Toutefois ce peuple persiste à ne pas vouloir écouter la voix de son Dieu.
Au lieu de se confier dans le Puissant de Jacob, il met sa confiance dans des chevaux de combat (cf. 31:1). Mais lorsqu’ils disent : « Nous nous enfuirons sur des chevaux », alors sa réponse retentit : « C’est pourquoi vous vous enfuirez ». Et s’ils veulent monter sur des chevaux rapides, ils doivent apprendre que ceux qui les poursuivent seront encore plus rapides. L’habileté qu’ils croient avoir ne leur sera d’aucune utilité (cf. 2 Rois 25:4, 5). Josué avait pu dire au peuple d’Israël : « Un seul homme d’entre vous en poursuit mille ; car l’Éternel, votre Dieu, est celui qui combat pour vous, comme il vous l’a dit » (Jos. 23:10). Mais à ce peuple désobéissant, Dieu prédit maintenant le contraire : « Un millier fuira à la menace d’un seul ; à la menace de cinq, vous fuirez ». Il ne restera de lui qu’un petit résidu, solitaire comme une perche oubliée au sommet d’une montagne (peut-être une hampe de drapeau), ou comme un étendard abandonné sur une colline. Si saisissante que soit cette image dans sa désolation, nous pouvons cependant déjà y voir une lueur d’espérance, une mention voilée du résidu futur vers lequel Dieu se tournera de nouveau en grâce (cf. Zach. 14:2)
Cette grâce insondable brille d’un vif éclat au verset 18 et clôt ainsi la prophétie adressée à un peuple qui se refuse à écouter son Dieu. Le refus n’entraîne pas seulement le jugement, mais il diffère aussi la manifestation de la grâce. Dieu permet la discipline de son peuple jusqu’à ce qu’elle soit amère, afin que sa grâce puisse triompher à la fin. Mais la condition pour qu’il en soit ainsi est que l’on s’attende à lui avec patience et foi. Soixante-dix ans ont dû s’écouler après la prise de Jérusalem par les Babyloniens ; et depuis le rejet du Seigneur Jésus par son peuple terrestre, Dieu « attend » encore pour user de grâce envers son peuple. Et pourtant il aura de nouveau compassion de lui aux derniers temps. Quel bonheur ce sera pour le résidu croyant, quand Dieu se tournera de nouveau en grâce vers lui après l’achèvement de tous les jugements !
Sans transition aucune vient alors la description d’un état entièrement nouveau. D’autres villes, telles que Babylone et Ninive, ont été détruites et ne seront plus jamais habitées (cf. 13:19-21). Mais Sion, le lieu de la royauté de David et de la grâce de Dieu, sera encore « le lieu où est le nom de l’Éternel des armées », le lieu que le Dieu d’Israël a choisi pour son habitation (És. 18:7 ; 24:23 ; Ps. 87:1-3 ; 132:13, 14). Cette ville sera le centre pour le peuple de Dieu restauré. Les deux noms de Sion et de Jérusalem désignent une seule et même ville. C’est là qu’habitera de nouveau le peuple d’Israël. Après presque deux millénaires de domination étrangère, la ville est depuis quelques années la capitale d’un état juif. Mais combien ce peuple est encore éloigné de la paix qui lui est promise par la parole de Dieu !
La déclaration : « Tu ne pleureras plus » est encore bien loin de son accomplissement (cf. 25:8 ; 61:3). Combien de larmes ont été versées dans cette ville au cours des millénaires, et combien peuvent encore y être versées actuellement (cf. Lam. 1:2) ! Mais les plus grandes afflictions sont encore à venir. Il y aura les gémissements du résidu croyant pendant la dernière tribulation et ses lamentations à l’apparition du Christ comme Messie — Celui que le peuple juif a percé (Zach. 12:10-14 ; Matt. 24:30 ; Apoc. 1:7). Cependant Dieu leur promet déjà maintenant qu’il répondra immédiatement à leurs supplications mêlées de larmes et qu’il usera richement de grâce envers eux (cf. És. 65:24). Alors une joie éternelle remplira leurs cœurs (cf. v. 19).
La même grâce divine est offerte aussi aujourd’hui à chaque homme de ce monde qui, comme la grande pécheresse de Luc 7, vient au Sauveur en sentant le fardeau de ses péchés. Elle est aussi pour chaque enfant de Dieu qui abandonne un mauvais chemin et revient au Seigneur : « La tristesse qui est selon Dieu opère une repentance à salut dont on n’a pas de regret » (2 Cor. 2:7 ; 7:10).
Pour le peuple terrestre de Dieu, le chemin jusque-là passera par de douloureuses épreuves. Cependant Dieu leur témoignera sa miséricorde durant ce temps difficile, comme il l’a toujours fait et le fera, « car ce n’est pas volontiers qu’il afflige et contriste les fils des hommes » (Lam. 3:33). Ainsi il les ramènera pas à pas sur le droit chemin. L’aveuglement gouvernemental qu’il avait lui-même infligé à son peuple aura pris fin (cf. 6:10 ; 29:10). Ceux qui les enseigneront ne se cacheront plus parce qu’on n’accepte ni eux ni leur message (cf. v. 10, 11) ; mais, visibles pour tous, ils montreront le droit chemin. Finalement, le Seigneur Jésus sera lui-même leur Maître parfait, car « qui enseigne comme lui ? » (Job 36:22). Dieu dit au psaume 32 : « Je t’instruirai, et je t’enseignerai le chemin où tu dois marcher ; je te conseillerai, ayant mon œil sur toi » (v. 8). Son conseil, donc, ne peut être discerné que si nos yeux sont aussi dirigés sur lui. Et dès que l’on quitte le droit chemin, la voix du Maître, telle celle d’un bon berger, résonne aux oreilles de ceux qui se sont écartés à droite ou à gauche, en disant : « C’est ici le chemin, marchez-y » (v. 21).
Dans ce processus de guérison spirituelle, ils se sépareront avec détermination de tout ce qui est en contradiction avec la sainteté de Dieu. Les idoles, bien qu’abominables et souillées en elles-mêmes, sont saintes aux yeux de ceux qui les servent. Quand elles seront profanées et détruites, elles seront déclarées « souillées » (cf. 2 Rois 23:8, 10). Quelle que soit la valeur qu’elles puissent paraître avoir, elles seront jetées dehors comme un linge impur. S’il est vrai que les Juifs, après le retour de la captivité babylonienne, ne sont jamais retombés dans les anciennes formes de l’idolâtrie qui avait amené le jugement de Dieu sur eux, néanmoins, durant le règne de l’Antichrist, l’idolâtrie prendra une dimension telle qu’elle n’a encore jamais existé, dans l’adoration de ce faux Messie et de l’image de la bête romaine (Dan. 9:27 ; 2 Thess. 2:4 ; Apoc. 13:14, 15). Le résidu sera totalement exempt de cela.
Dans les versets 23 à 26, Ésaïe montre ce qu’il adviendra du résidu — qui est appelé « tout Israël » dans d’autres passages (cf. Rom. 9:27 ; 11:26) — quand il sera revenu à Dieu. L’expression « en ce jour-là », que nous rencontrons si souvent dans ce livre, indique ici le commencement du règne millénaire (cf. És. 2:11) . En premier lieu sont décrites quelques bénédictions terrestres du peuple, qui jouira alors de l’abondante fertilité du pays. Cette bénédiction fait le plus grand contraste avec la détresse et la misère du temps de la grande tribulation qui précède. En même temps, elle est l’accomplissement des promesses de Dieu à son peuple (cf. Deut. 11:11-15 ; Joël 2:22-27). Les hommes auront une nourriture abondante et savoureuse, et les animaux recevront le meilleur fourrage. La pluie nécessaire pour faire croître la semence tombera au moment opportun, et l’eau jaillira de la terre en ruisseaux et en courants d’eau. Beaucoup de passages des livres prophétiques de l’Ancien Testament parlent de ces bénédictions terrestres. Toutefois, il y aura aussi dans le règne millénaire des bénédictions spirituelles pour Israël et pour les nations (cf. És. 32:15-17).
L’expression « au jour du grand carnage, quand les tours s’écrouleront » (v. 25), peut surprendre à première vue ; elle ne fait cependant que confirmer que le plan de Dieu pour le temps à venir comporte aussi bien sa riche bénédiction pour ceux qui se sont repentis que son terrible jugement sur ses ennemis.
Jusqu’ici, les descriptions doivent être comprises dans un sens littéral et concret, mais au milieu de la phrase, le prophète passe à un langage figuré. Les tours qui s’écroulent (cf. 2:15) évoquent le brisement de l’orgueil et de la puissance militaire, sans doute spécialement de l’Assyrien (et peut-être de l’empire romain).
Mais en même temps, « l’Éternel bandera la brisure de son peuple et guérira la blessure de ses plaies » (cf. Ézéch. 34, 16 ; Osée 6:1). Ces paroles sont aussi à comprendre dans un sens figuré. En raison de sa sainteté, Dieu châtiera son peuple ; mais, dans son amour, il le bandera et le guérira. En ce jour-là, la lumière de la lune sera comme celle du soleil, « et la lumière du soleil sera septuple, comme la lumière de sept jours ». Les luminaires établis par Dieu au commencement pour dominer sur le jour et sur la nuit luiront certainement avec une clarté toute nouvelle sur une création qui est actuellement en travail et soupire sous la servitude de la corruption, et qui, comme nous, attend la révélation des fils de Dieu (Rom. 8:19-23). Toutefois, le sens figuré de cette parole est rendu clair par un passage du chapitre 60 (v. 19, 20). Il y est écrit que, dans le règne de paix, ce ne sera ni le soleil ni la lune qui apporteront la lumière, mais l’Éternel lui-même ; il sera la lumière de son peuple à toujours, et sa gloire. Au sujet de la lumière et de la guérison, le prophète Malachie écrit aussi : « Et pour vous qui craignez mon nom, se lèvera le soleil de justice ; et la guérison sera dans ses ailes » (4:2).
C’est le Seigneur Jésus lui-même. Il a séjourné autrefois dans l’abaissement au milieu de son peuple, et son visage — comme une anticipation de la gloire à venir — a déjà resplendi comme le soleil, alors qu’il était sur la sainte montagne avec quelques-uns de ses disciples (Matt. 17:2 ; 2 Pierre 1:16-19). Il est le vrai Soleil, le Soleil de justice, sous les ailes protectrices duquel son peuple terrestre, si sévèrement châtié, trouvera un jour la guérison !
ME 2003 p. 372
Le glorieux avenir du pays d’Israël est ici en contraste absolu avec la dévastation définitive du territoire d’Édom décrite au chapitre précédent. Après la longue période de discipline et de jugements sévères que doit connaître Israël, le règne millénaire apportera un glorieux renouveau, non seulement au peuple lui-même mais aussi à son pays. Pendant des siècles, le territoire autrefois « ruisselant de lait et de miel » a été une contrée misérable, pleine de marécages et de steppes. En dépit des nombreux travaux de culture et des immenses améliorations réalisés par les Juifs rentrés dans leur pays durant le dernier siècle, le sud du pays se compose encore aujourd’hui, en partie, d’un désert et de régions désertiques. Mais aux « temps du rétablissement de toutes choses », Dieu opérera des bouleversements climatiques et biologiques par lesquels « le désert et la terre aride se réjouiront ; le lieu stérile sera dans l’allégresse, et fleurira comme la rose » (v. 1 ; cf. Act. 3:21).
Cette prédiction, déjà évoquée aux chapitres 14 (v. 7) et 32 (v. 15), ne se rapporte ni au retour du résidu des deux tribus de Juda et Benjamin après la captivité babylonienne, ni à la formation de l’assemblée de Dieu dans la dispensation actuelle. (Nous mentionnons cela parce que plusieurs ont pensé pouvoir appliquer à l’Église toutes les prophéties relatives au peuple d’Israël). Mais cette prédiction s’accomplira littéralement dans le règne millénaire. L’enseignement du Nouveau Testament le confirme. « La création elle- même aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour jouir de la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Car nous savons que toute la création ensemble soupire et est en travail jusqu’à maintenant » (Rom. 8:21, 22). Ce n’est pas dans l’éternité que cette « vive attente » de la création trouvera satisfaction, car alors la création actuelle n’existera plus. Le ciel et la terre auront passé pour faire place à un nouveau ciel et à une nouvelle terre (2 Pierre 3:10-13 ; Apoc. 20:11 ; 21:1). Mais auparavant, pendant « l’administration de la plénitude des temps », c’est- à-dire dans le règne millénaire, Dieu réunira en un toutes choses dans le Christ — celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre (Éph. 1:10). Car Christ a été « établi héritier de toutes choses » (Héb. 1:2). Quant à nous qui croyons en lui maintenant, nous serons aussi glorifiés avec lui, nous hériterons avec lui et nous régnerons avec lui. C’est un privilège qui dépasse de beaucoup les bénédictions du peuple terrestre dans le règne de paix (Rom. 8:17 ; 2 Tim. 2:12). Il est vrai aussi que durant le règne millénaire, Israël sera richement béni non seulement matériellement mais spirituellement (11:1-10 ; 29:17 ; 41:18-20 ; Ézéch. 34:23-31 ; Joël 2:21-32).
Toutefois, dans notre chapitre, il ne s’agit pas d’une bénédiction spirituelle, mais terrestre, matérielle. La terre — et tout particulièrement le pays d’Israël — connaîtra un temps de fertilité encore jamais vu et un changement complet des conditions naturelles ayant eu cours jusqu’alors. Les parties les plus bénies du pays, le Liban, le Carmel et le Saron sont en quelque sorte la mesure de la gloire et de la magnificence qui rempliront le désert (v. 2 ; cf. 33:9 ; 60:13).
À la fin du verset 2, le regard est dirigé sur la source de toute cette gloire et de toute cette magnificence de la nature que verra le peuple terrestre de Dieu : c’est l’Éternel, le Dieu d’Israël. Son apparition en gloire dans la personne de son Fils, le Seigneur Jésus, sera le point de départ du règne millénaire, et pendant ce règne, toute la terre sera remplie de sa gloire (Matt. 25:31 ; Ps. 72:19 ; És. 60:2). Que sera-ce pour les Juifs croyants de voir, après leurs terribles épreuves, la gloire de Christ, leur Messie ardemment désiré, Celui qu’ils ont autrefois rejeté ! Alors ils le reconnaîtront comme ce qu’il est véritablement, le Seigneur, leur Dieu.
Mais d’abord doit avoir lieu pour eux le temps terrible de la grande tribulation. Au verset 3, le prophète leur adresse un encouragement : « Fortifiez les mains lassées, et affermissez les genoux qui chancellent » — paroles que l’écrivain de l’épître aux Hébreux transmet aux croyants qui, déjà au début du christianisme, étaient en danger de perdre courage sous la persécution de la part des ennemis de Christ (Héb. 12:12). Ésaïe poursuit : « Dites à ceux qui ont le cœur timide : Soyez forts, ne craignez pas ; voici votre Dieu : la vengeance vient, la rétribution de Dieu ! Lui-même viendra et vous sauvera » (v. 4). Pour l’Antichrist, l’Assyrien, Édom et ses alliés, l’apparition du Christ en puissance et en gloire sera le signal de leur juste châtiment. Mais pour son peuple si sévèrement châtié, il sera le Sauveur !
Ce temps ne sera pas seulement celui du rétablissement du royaume pour Israël, mais, dans « le siècle à venir », un tout nouvel état de choses se réalisera sur la terre, à tous égards. C’est ce que montrent les expressions employées dans d’autres passages de la Parole — « les temps de rafraîchissement », « le rétablissement de toutes choses », « la régénération » — pour désigner cette glorieuse époque (Matt. 19:28 ; Act. 1:6 ; 3:19, 21). D’immenses changements introduiront et accompagneront le règne de Christ. Les maladies, qui sont une conséquence du péché, n’existeront plus (v. 5 et 6 ; cf. 33:24).
Les nombreuses guérisons opérées par le Seigneur Jésus, lors de sa première venue sur la terre, étaient des preuves de sa mission divine comme roi (cf. És. 53:4 ; Matt. 8:17 ; 11:2-5). Les miracles qu’il a faits, que ses disciples ont faits, et qui ont encore été accomplis dans les premiers temps de l’assemblée, sont appelés dans l’épître aux Hébreux « les miracles du siècle à venir », parce qu’ils sont en fait des signes caractéristiques du règne millénaire (Héb. 6:5). Quand le Seigneur apparaîtra pour la seconde fois, ce ne sera pas seulement quelques-uns mais tous les malades qui seront guéris. Sur toute la terre, il n’y aura plus d’aveugle, de sourd, de paralytique et de muet. Le Seigneur les guérira tous.
La guérison des infirmités corporelles peut sans doute avoir aussi un sens figuré, car il existe aussi une cécité, une surdité, une paralysie et une mutité spirituelles (cf. 6:10 ; 29:10, 18). Telle n’est cependant pas la signification de notre passage, où il est question du rétablissement extérieur de tout ce qui a été gâté par le péché.
C’est aussi ce que montrent les versets 6 et 7, dans lesquels sont indiquées les causes de la fertilité du désert et de la terre aride dont le verset 1 a parlé. Dans les contrées les plus sèches jailliront des sources et des rivières. À la place de régions brûlées par la chaleur, il y aura des étangs et des sources d’eau, de telle sorte que là où gîtaient auparavant les chacals, on verra croître l’herbe et les plantes des marais telles que le roseau et le papyrus (cf. 41:18 ; 43:19).
Dans le pays d’Israël, il y aura certainement beaucoup de chemins sur lesquels le peuple racheté pourra marcher dans la liberté et dans la joie. Cependant, il est fait mention ici d’un chemin particulier, appelé « le chemin de la sainteté » ; il est destiné aux Juifs délivrés de leurs péchés et de tous leurs fardeaux (v. 8, 9). Ce nom nous rappelle les « chemins frayés » qui sont dans les cœurs (Ps. 84:5), et la déclaration d’Ésaïe : « Le chemin du juste est la droiture. Toi qui es droit, tu aplanis le sentier du juste » (26:7). Au lieu du chemin tortueux que chacun pour lui-même a suivi jusqu’ici, il y a maintenant un chemin de sainteté que Dieu a préparé pour son peuple. Aucun homme impur à ses yeux n’y passera, et même les insensés qui le suivent ne s’égareront pas. Il ne s’y trouvera aucun danger quelconque.
Ce « chemin de la sainteté » n’est bien sûr pas une route concrète, mais le chemin sur lequel le peuple reviendra à son Dieu — ce peuple autrefois si éloigné de lui mais appelé maintenant « le peuple saint » (v. 10 ; cf. 43:19 ; 49:11 ; 62:10-12). « Et ceux que l’Éternel a délivrés retourneront et viendront à Sion avec des chants de triomphe ; et une joie éternelle sera sur leur tête ». Leur joie ne prendra jamais fin, car après le règne millénaire, ils jouiront de la joie que procurera « l’habitation de Dieu avec les hommes » (cf. Apoc. 21:3).
Le long pèlerinage des fils d’Israël est alors terminé. Ils ont erré comme leur ancêtre Jacob et leurs jours aussi ont été « courts et mauvais », car le temps passé sans communion avec Dieu est sans valeur. Mais maintenant, ils sont arrivés au but qu’avaient toutes les voies de Dieu envers eux. « Le chagrin et le gémissement » qu’ils ont connus pendant de longs siècles, et tout particulièrement au « temps de la détresse pour Jacob », s’enfuiront pour toujours (cf. 51:11).
Cependant, si grande que soit la bénédiction d’Israël et de toute la terre dans le règne millénaire, la part de ceux qui croient au Seigneur Jésus dans le temps actuel, celui de la grâce, est plus élevée encore. En Christ, le Fils du Père, nous avons trouvé le chemin, la vérité et la vie (Jean 14:6). Nous entrerons avec lui dans une demeure céleste, la maison du Père, où il a préparé une place pour chacun des siens, afin que nous soyons là où il est et que nous voyions éternellement sa gloire (Jean 17:24).
ME 2004 p. 18
Le livre du prophète Ésaïe se compose de deux parties principales :
— les chapitres 1 à 35, qui ont pour sujet les circonstances extérieures d’Israël et des peuples avoisinants,
— les chapitres 40 à 66, dans lesquels il est davantage question du développement intérieur de l’histoire d’Israël.
Entre ces deux parties, les chapitres 36 à 39 constituent un intermède historique. Ils décrivent trois événements du règne du roi Ézéchias, dans lesquels Ésaïe joue un rôle essentiel comme prophète :
— l’invasion et la défaite de l’Assyrie (ch. 36 et 37),
— la maladie et la guérison d’Ézéchias (ch. 38),
— la visite des ambassadeurs babyloniens et l’annonce de la déportation à Babylone (ch. 39).
Ces chapitres 36 à 39 concordent jusque dans les détails avec le récit de 2 Rois 18 à 20, alors que le second livre des Chroniques contient un récit condensé (32:1-33). Deux différences importantes doivent cependant être mentionnées : au début du chapitre 36, Ésaïe omet la faiblesse de foi d’Ézéchias et sa soumission inutile à Sankhérib, ce que rapporte 2 Rois 18:14-16 ; par contre, au chapitre 38 (v. 9-22), Ésaïe ajoute le « psaume » qu’Ézéchias a écrit après sa guérison miraculeuse.
Le triple exposé du règne d’Ézéchias est exceptionnel dans l’Ancien Testament. L’insertion de ce récit au milieu du livre d’Ésaïe indique clairement qu’il contient un message prophétique. Il y a ainsi une relation entre les chapitres 36 et 37 et la première partie du livre, dans laquelle il est souvent question de l’attaque et de la fin de l’Assyrien. Une partie des prophéties antérieures est ainsi confirmée par des événements historiques, qui eux-mêmes ont un sens prophétique. Le chapitre 38 nous rapporte la guérison d’Ézéchias, le roi qui était assis sur le trône de David, qui a été « malade à la mort » mais qui a été aussi rétabli. Peut- être pouvons-nous y voir une allusion à la résurrection de Christ, mort et ressuscité, qui deviendra, à la fin des temps, le Sauveur de son peuple terrestre. Le chapitre 39, avec le récit de la visite des ambassadeurs de Babylone et l’annonce de ses conséquences, conduit prophétiquement à la deuxième partie du livre, dans laquelle la captivité babylonienne et le retour sous Cyrus roi de Perse sont des faits importants.
Le Saint Esprit relie ainsi des circonstances historiques aux prophéties à venir. Nous trouvons quelque chose de semblable dans l’Apocalypse, le livre prophétique du Nouveau Testament. En effet, dans les épîtres des chapitres 2 et 3, sept assemblées existant en Asie mineure y sont vues comme des images prophétiques du développement de l’Église sur la terre.
« La quatorzième année du roi Ézéchias » désigne l’année de sa maladie, après laquelle Dieu lui a accordé encore quinze années. Cette date importante dans la vie d’Ézéchias est donnée au début du chapitre 36, alors que les récits de la maladie elle-même, de la guérison miraculeuse, puis de la visite de l’ambassade babylonienne, ne viennent qu’aux chapitres 38 et 39. L’invasion et la défaite de l’armée assyrienne sous Sankhérib sont présentées ici en premier lieu.
Le prophète avait déjà dû parler plusieurs fois de l’orgueil de l’Assyrien et de sa rage de conquête (cf. 5:26-30 ; 10:5-34 ; 33:1). L’attaque de l’Assyrien futur, préfigurée par la menace de Sankhérib, a déjà été l’objet des prophéties d’Ésaïe (cf. 22:1-14 ; 29:1-9). Nous trouvons ici, comme tableau historique des événements futurs, le récit de l’attaque de l’armée assyrienne et de la délivrance de Dieu en faveur de son peuple.
Selon ses propres annales, Sankhérib a effectué, dans les premières années de son règne, plusieurs expéditions contre les pays avoisinants. Le royaume de Juda a bien tenté de résister à son attaque, avec le soutien de l’Égypte (et peut-être celui de Babylone), mais sans succès (36:6 et 39:1). L’armée assyrienne était venue jusqu’à la côte méditerranéenne et avançait, de la plaine de la ville fortifiée de Lakis (située à environ 40 km au sud ouest de Jérusalem) contre la capitale. Avec une grande armée, le Rab-Shaké — le deuxième commandant en chef de l’armée assyrienne, après le Tharthan — apparaît « près de l’aqueduc de l’étang supérieur, sur la route du champ du foulon », à la place même où Ésaïe avait rencontré le roi Achaz pour lui annoncer la délivrance de l’attaque syrienne (v. 2 ; cf. 7:3). Trois hommes hauts placés lui sont envoyés par Ézéchias comme ambassadeurs : Éliakim, alors préposé sur la maison du roi, Shebna, alors scribe, et Joakh, rédacteur des chroniques (v. 3 ; cf. 22:15-24).
Les trois hommes — et la foule qui se trouve sur la muraille (v. 11) — doivent entendre le Rab-Shaké tenir un discours arrogant et blasphématoire, par lequel il espère saper la confiance d’Ézéchias et du peuple en leur Dieu (v. 4). À ses yeux, « le conseil et la force » ne sont que des paroles vides de sens, car il ne connaît pas Celui sur lequel reposera « l’esprit de conseil et de force », selon la prophétie du chapitre 11 (v. 2).
Puis il se moque de l’Égypte, ce pays sur lequel quelques-uns des Juifs fondaient de grands espoirs — ce qui d’ailleurs avait attiré sur eux les plus sérieux avertissements du prophète (v. 6 ; cf. 30:1-7 ; 31:1-3). Ensuite le Rab-Shaké parle des réformes d’Ézéchias et de sa confiance en Dieu (v. 7 ; cf. 2 Chron. 29-31). Païen sans aucun discernement, il ne fait pas de différence entre l’Éternel, le Dieu d’Israël, et les faux dieux dont Ézéchias a démoli les autels (cf. 10:11).
Il met ensuite en évidence la faiblesse militaire de Juda, particulièrement le manque de chevaux de combat (v. 8). C’était en raison de ce manque que plusieurs des Juifs avaient aspiré à une alliance avec l’Égypte (cf. 30:16 ; 31:1). Enfin, dans son orgueil, il se réclame même de l’Éternel comme étant celui qui l’a mandaté, sans se douter qu’il était effectivement une verge dans la main de Dieu pour frapper Juda, ainsi qu’il le sera de nouveau dans les temps futurs (v. 10 ; cf. 10:5). Là se termine la première partie de la harangue du chef de l’armée assyrienne.
Les trois envoyés du roi Ézéchias prient alors le Rab-Shaké de ne pas parler en langue judaïque (c’est- à-dire hébraïque, la langue du royaume de Juda) mais en syriaque, ou araméen (v. 11). Comme l’hébreu, le syriaque appartient au groupe des langues sémitiques. Il était la langue administrative et diplomatique, mais n’était pas compris de la masse du peuple. La raison de leur demande est, bien sûr, la crainte que les habitants de Jérusalem soient encore plus ébranlés dans leur confiance en Dieu par le discours présomptueux du chef de l’armée assyrienne. Mais c’est précisément le but que celui-ci recherche, ainsi que le montre sa réponse brutale et vulgaire. Celle-ci doit intimider non seulement le peuple qui est sur la muraille, mais aussi les envoyés du roi Ézéchias, et les amener à une capitulation pacifique (v. 12).
Toutefois le Rab-Shaké change ensuite sa tactique pour un moment. De l’intimidation, il passe à la persuasion et à la séduction. Criant à haute voix en langue judaïque, il cherche maintenant à persuader le peuple de Juda de ne pas écouter Ézéchias, prétendant qu’il les trompe en leur faisant mettre leur confiance en l’Éternel qui ne pourra pas les délivrer (v. 13-15). Il cherche ainsi à insinuer dans leurs cœurs la méfiance envers leur roi. Il leur présente ce qui les attend en cas de capitulation pacifique : au lieu de subir la misère d’un siège, ils pourraient, dans un premier temps, continuer à vivre aussi bien que jusqu’alors (v. 16). Toutefois, la politique assyrienne pratiquait la déportation des peuples vaincus ; par ce moyen, ils étaient affaiblis et rendus dociles (10:7, 13, 14 ; 2 Rois 17:24). Ce sort redoutable pour le peuple de Juda, le Rab-Shaké l’embellit par des paroles séduisantes : « ...jusqu’à ce que je vienne et que je vous emmène dans un pays comme votre pays, un pays de blé et de moût, un pays de pain et de vignes » (v. 17).
Il termine son discours par des avertissements sans équivoque relativement à la confiance en Ézéchias et en l’Éternel. Avec quel mépris il parle de la puissance de Dieu pour délivrer son peuple (v.18-20) ! Pour lui, le Dieu vivant n’est rien de plus que les faux dieux des nations. Il évoque le sort des villes de Hamath et d’Arpad en Syrie (cf. 10:9). La mention de la Samarie était propre à émouvoir les auditeurs ; à cause de son idolâtrie, ce peuple frère avait été emmené en captivité peu auparavant par les rois d’Assyrie (2 Rois 17:6-23).
Satan, l’adversaire de Dieu, utilise différentes tactiques. Il se présente parfois comme un « ange de lumière » et il fait de ses instruments des « ministres de justice » afin de séduire les cœurs des simples par des discours spécieux. Ou bien il apparaît « comme un lion rugissant... cherchant qui il pourra dévorer » (cf. 2 Cor. 11:13-15 ; 1 Pierre 5:8). De nos jours, précisément comme autrefois par le moyen du Rab-Shaké, il cherche à mettre la foi au seul vrai Dieu au même niveau que les religions de ce monde. Cependant, comme nous allons le voir, on ne se moque pas de Dieu.
Obéissant au commandement d’Ézéchias, les habitants de Jérusalem et les trois envoyés répondent aux paroles blasphématoires du Rab-Shaké par le silence. Ils montrent par là qu’ils demeurent fidèles à leur roi et à sa parole, et qu’ils ne se laissent pas influencer (v. 21). Les envoyés d’Ézéchias reviennent toutefois vers lui avec leurs vêtements déchirés — signe de douleur et d’affliction — et lui rapportent les paroles qu’ils ont entendues (v. 22).
Quand le roi Ézéchias entend ces nouvelles, il déchire aussi ses vêtements et se couvre d’un sac, le vêtement de la détresse, de l’affliction et de l’humiliation (cf. 3:24). En présence de la redoutable menace, il se courbe devant son Dieu et le recherche dans son temple. Il est conscient que lui seul peut aider dans cette situation (37:1). Combien souvent il faut aussi que Dieu nous fasse passer par la détresse et l’humiliation pour nous amener à chercher notre secours auprès de lui !
Ézéchias envoie alors vers Ésaïe deux des témoins des paroles du Rab-Shaké et les anciens des sacrificateurs. Eux aussi sont couverts de sacs (v. 2). Au nom du roi, ils décrivent la situation angoissante du moment. C’est « un jour de détresse, et de châtiment, et d’opprobre » — détresse du côté de l’ennemi qui attaque, châtiment de la part de Dieu sur son peuple, et opprobre jeté sur le nom du Dieu d’Israël par les Assyriens idolâtres. Ce temps d’extrême détresse est comme celui que vivrait une femme, au moment de la naissance d’un enfant, si elle n’a plus aucune force pour enfanter. Sur le plan humain, il n’y a plus de ressources (v. 3 ; cf. Osée 13:13).
Avec crainte, les messagers présentent au prophète de Dieu la demande du roi ; elle est assortie du mot « peut-être » (v. 4). Ézéchias espère que l’Éternel a entendu les paroles du Rab-Shaké par lesquelles il a outragé « le Dieu vivant ». Il parle de lui en disant « ton Dieu » — le Dieu d’Ésaïe — et non « le Saint d’Israël » ou « le Dieu d’Israël », expressions si fréquentes dans ce livre. Il est pourtant hors de doute que l’Éternel a très bien entendu l’insolence de l’Assyrien (cf. v. 29). « Celui qui a planté l’oreille n’entendra-t-il point ? » (Ps. 94:9). Ézéchias doit aussi l’apprendre.
« Fais donc monter une prière pour le résidu qui se trouve encore ». Cette demande finale témoigne de la confiance du roi en Celui qui, déjà dans l’Ancien Testament, s’est révélé comme le « Dieu vivant » (Jos. 3:10 ; Matt. 16:16). Ézéchias connaît la puissance de la prière et il s’identifie avec le faible résidu du peuple de Dieu à Jérusalem, qui n’est pas encore tombé entre les mains de l’ennemi.
Ésaïe n’avait pas besoin d’être contraint à la prière ; il avait sans aucun doute imploré son Dieu depuis longtemps. Il avait d’ailleurs déjà reçu la réponse de l’Éternel. En termes concis mais immensément encourageants, il annonce au roi qu’il n’a nullement à craindre les paroles blasphématoires des envoyés du roi d’Assyrie. Dieu lui-même interviendra et anéantira l’ennemi (v. 5-7). Il mettra en lui un esprit, de telle sorte qu’à l’ouïe d’une nouvelle, il retournera dans son pays et y sera mis à mort (*). La nouvelle entendue par Sankhérib concernait sans doute l’expédition guerrière du roi d’Ethiopie Tirhaka (cf. v. 9), et nous voyons l’accomplissement de la prophétie d’Ésaïe dans les versets 36 à 38. C’est là que nous est rapportée l’intervention miraculeuse de Dieu pour sauver son peuple, sans aucune participation de l’homme. De la même manière, le Seigneur Jésus anéantira l’armée assyrienne après son apparition (cf. 14:25 ; 31:8 ; Dan. 11:45).
(*) Plusieurs passages des Écritures nous parlent d’un mauvais esprit envoyé par Dieu (ou permis de lui) dans un pécheur endurci (1 Sam. 16:14 ; 1 Rois 22:21-24 ; És. 19:14 ; 29:10).
Le Rab-Shaké est retourné de Jérusalem vers son seigneur, le roi d’Assyrie, qui entre-temps avait attaqué la ville de Libna, près de Lakis (v. 8 ; cf. 36:2). Sans doute le Rab-Shaké attendait-il l’ordre de prendre Jérusalem, la ville rebelle. Cependant, par l’intervention de Dieu, les événements prennent soudain une tout autre tournure. L’agresseur est menacé et mis en déroute par d’autres puissances. Plusieurs fois dans son histoire, le peuple de Dieu a pu faire l’expérience du secours divin de cette façon-là (cf. 2 Chron. 20:22 ; Jér. 51:11). Ici Sankhérib entend dire que Tirhaka, roi d’Éthiopie, qui avait l’Égypte sous sa domination, était sorti pour lui faire la guerre. Il veut alors rentrer le plus tôt possible dans son pays. Mais auparavant, il envoie encore rapidement des messagers à Ézéchias (v. 9).
Cette fois-ci, les messagers ne sont que les porteurs d’une courte lettre, dont le contenu ressemble aux paroles du Rab-Shaké (v. 10-13). Cependant il y est donné expressément à Ézéchias son titre de « roi de Juda » et on n’y trouve plus de raillerie à l’égard de l’Égypte (cf. 36:6). Ces deux faits laissent entendre que Sankhérib n’est plus aussi sûr de son affaire. Mais les deux messages concordent pleinement par leur mépris du Dieu vivant, en lequel Ézéchias se confie, et par leur arrogance (cf. 36:7, 18-20). La lettre de Sankhérib s’achève aussi sur le rappel de ce qui était arrivé aux régions et aux villes voisines de l’Assyrie : elles avaient été assujetties depuis longtemps par ses prédécesseurs sans que leurs dieux puissent les sauver (v. 11-13 ; cf. 10:9-11).
Il est bien remarquable de voir la croissance de la foi d’Ézéchias, dans ce temps de détresse. Lors de la première attaque contre Juda, il avait pris l’or qui se trouvait dans le temple de l’Éternel et dans sa propre maison pour apaiser Sankhérib (2 Rois 18:15, 16). Puis, quand la détresse était devenue plus grande, il s’était rendu dans la maison de l’Éternel et avait envoyé des médiateurs à Ésaïe, le prophète.
Mais maintenant, Ézéchias prend la lettre de l’ennemi, monte dans la maison de l’Éternel et la déploie devant lui (v. 14). Cette manière d’agir témoigne d’une entière confiance en son Dieu, d’une confiance enfantine. De la même manière, nous pouvons exposer nos requêtes à Dieu par des prières et des supplications (Phil. 4:6). Dans sa prière, Ézéchias reconnaît d’abord la grandeur et la gloire de son Dieu (v. 16). Ensuite, il se remet, lui et son peuple, entièrement entre les mains de l’Éternel des armées, du Dieu d’Israël qui est assis entre les chérubins, du Créateur des cieux et de la terre, du seul vrai Dieu (v. 15 et 16). Sankhérib a effectivement dévasté tous les pays environnants et a brûlé leurs dieux — qui n’étaient que des ouvrages d’homme — mais il outrage maintenant le Dieu vivant. Ézéchias prie Celui qu’il appelle avec confiance « Éternel, notre Dieu », de les sauver de la main de l’ennemi, « afin que tous les royaumes de la terre sachent que toi seul tu es l’Éternel » (v. 17-20).
Ces dernières paroles évoquent l’époque future du règne millénaire, dans laquelle, après la destruction des ennemis, « la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer » (11:9).
Dieu ne laisse pas sans réponse celui qui, dans sa détresse, a crié à lui et l’a supplié. Le prophète Ésaïe transmet de la part de Dieu un message d’encouragement au roi dans la détresse, et confirme la fin du roi Sankhérib, comme il l’avait déjà annoncée (cf. v. 6, 7). Il est « l’Éternel, le Dieu d’Israël », qui se place maintenant du côté d’Ézéchias et du peuple de Juda effrayé. Il donne d’abord à Ézéchias la certitude consolante qu’il a entendu sa prière (v. 21). Ensuite il lui fait connaître sa réponse. La première partie de celle-ci (v. 22-29) est une sentence prophétique contre le roi d’Assyrie, alors que la seconde (v. 30-35) est un encouragement adressé à Ézéchias et au peuple de Juda.
En premier lieu est annoncée à l’ennemi sa défaite devant la ville de Dieu. C’est probablement David qui a donné le beau nom de « fille de Sion » à Jérusalem (cf. Ps. 9:14 ; És. 1:8 ; 10:32 ; 16:1 ; 52:2 ; 62:11). Cette ville lui tenait particulièrement à cœur, parce que c’était là le lieu que l’Éternel, dans sa grâce, avait choisi pour son habitation. Ce nom est précédé ici de « vierge », car Jérusalem devait ressortir invaincue et intacte du siège des Assyriens. Pendant que l’ennemi s’en retourne comme il est venu, elle le suit du regard en se moquant et en secouant la tête (v. 22 ; cf. Ps. 22:7).
La raison de cette retraite honteuse est d’emblée indiquée : Sankhérib s’est non seulement moqué du peuple de Dieu, mais il a orgueilleusement bafoué et blasphémé le Saint d’Israël (v. 23 ; cf. 36:20 ; 37:10, 17). Les serviteurs du roi avaient, en son nom, outragé l’Éternel et s’étaient vantés de leurs victoires sur différentes nations. Ici, il est fait mention du Liban avec ses cèdres haut élevés, des régions desséchées qui sont au sud d’Israël et finalement de l’Égypte fertile, que l’Assyrien avait conquis ou voulait encore conquérir. Dans sa présomption, il pense que rien ne peut résister à sa puissance militaire (v. 24 et 25).
Cependant, de la bouche de Celui qu’il a mis au même rang que les faux dieux des pays qu’il a conquis, le roi d’Assyrie doit entendre cette question : « N’as-tu pas entendu que j’ai fait cela dès longtemps, et que je l’ai formé dès les jours d’autrefois ? » (v. 26). Ce n’est pas la grandeur de sa force qui lui a procuré toutes ces victoires, mais Celui dans la main duquel il n’est qu’un instrument. C’est seulement pour cela qu’il a été en mesure de réduire des villes fortes en monceaux de ruines et de détruire sans peine leurs habitants devenus sans force comme l’herbe des champs (v. 27 ; cf. 10:5). Cependant il a abusé de sa puissance d’une manière effroyable ; et surtout, il a manifesté sa rage contre le vrai Dieu avec une insolence démesurée. Mais Celui-ci connaît parfaitement toutes ses pensées et ses voies (v. 28 ; cf. 10:7-11, 13-15). Ainsi, son jugement est prononcé : « Je mettrai mon anneau à ton nez et mon frein entre tes lèvres, et je te ferai retourner par le chemin par lequel tu es venu » (v. 29). Comme un animal récalcitrant (cf. Ps. 32:9), Dieu le refrénera et le ramènera dans son pays (v. 29).
Après avoir prononcé ce jugement contre le roi d’Assyrie — qui d’ailleurs se poursuit dans les versets 33 à 35 — le prophète se tourne vers le peuple de Juda (v. 30). Il promet au roi Ézéchias un signe des soins de la grâce de Dieu envers son peuple éprouvé. Cette année même, les habitants du pays mangeront ce qui s’est semé de soi-même après la dernière récolte, puisqu’ils n’ont pas pu labourer leurs champs à cause du siège. Pour la même raison, ils mangeront aussi l’année suivante ce qui aura crû de soi-même. Mais la troisième année, ils sèmeront de nouveau et récolteront. Non seulement ils mangeront ce qui est nécessaire pour vivre, mais ils pourront même boire du vin, image de la joie (v. 30 ; cf. Ps. 104:15).
Les deux versets suivants décrivent le résultat du déploiement de la bonté de Dieu envers son peuple. Ils se rapportent clairement aux temps de la fin : Dieu détruira l’Assyrien lors de sa dernière attaque et bénira abondamment le résidu de son peuple. Pas plus d’un siècle après que ces paroles ont été prononcées, le peuple de Juda a été emmené en captivité à Babylone, tandis que dans un temps futur, sa délivrance sera telle qu’aucun ennemi ne le mettra en danger. Seulement alors, « ce qui est réchappé et demeuré de reste de la maison de Juda, poussera encore des racines en bas et produira du fruit en haut » (v. 31). Jérusalem et la montagne de Sion seront le point de départ et le centre de la résurrection nationale du résidu (cf. 2:3 ; 4:3 ; 35:10 ; 51:11).
Le résidu croyant de Juda des temps futurs, duquel Ésaïe parle si souvent, a une valeur toute particulière pour Dieu. C’est la partie du peuple terrestre qui reviendra à son Dieu dans la repentance et qu’il pourra reconnaître comme étant son peuple (cf. 10:20-22 ; 11:11-16 ; 28:5 ; 46:3). « La jalousie de l’Éternel des armées fera cela » (v. 32). C’est par la même parole que se termine le passage bien connu qui nous présente Celui qui aura toute autorité durant le royaume millénaire (9:7). Ce n’est pas la jalousie et les efforts de l’homme qui opéreront cela, mais le Dieu tout-puissant, qui domine sur toutes choses et qui ne donne pas sa gloire à un autre (cf. 42:8).
Cependant le message de Dieu par le prophète n’est pas encore à son terme. L’Éternel annonce à Ézéchias et à son peuple quelle sera la fin du roi d’Assyrie. Celui-ci ne pourra ni prendre la ville, ni même l’assaillir ou en faire le siège. Il n’entrera pas dans la ville de Dieu, mais s’en retournera par le chemin par lequel il est venu (v. 33, 34). C’est la confirmation expresse des dernières paroles adressées à Sankhérib au verset 29. Dieu lui-même protégera et sauvera Jérusalem. Cependant, ce ne sont pas la fidélité et l’obéissance de son peuple qui en sont le motif, mais sa propre gloire et sa souveraine grâce — et cela, « à cause de David », son serviteur, l’homme selon son cœur, le type du roi qui, un jour, régnera en justice (v. 35).
Le roi Ézéchias n’a pas à attendre longtemps l’exaucement de sa prière et l’accomplissement de la prophétie. « Cette nuit-là », l’Éternel envoie un messager céleste (cf. 2 Rois 19:35). Un seul ange tue une armée de 185 000 soldats (v. 36). Quel tableau de la puissance du Dieu d’Israël ! C’est le même Dieu que nous connaissons comme notre Dieu et Père en Christ. Sa puissance est la même, bien qu’elle se manifeste aujourd’hui en faveur des siens d’une tout autre manière (cf. Éph. 1:19). Battu de cette façon, mais lui-même épargné, le roi de la plus puissante nation de l’époque s’en retourne dans son pays (v. 37). C’est ainsi que s’accomplit la parole de l’Éternel.
Cependant Sankhérib ne profite pas, comme Nebucadnetsar plus tard, de l’enseignement que Dieu lui donne (cf. Dan. 4:34-37). Il demeure un idolâtre jusqu’à sa fin. La mort le surprend alors qu’il se prosterne dans la maison de Nisroc, son dieu. Ses propres fils le frappent là avec l’épée. Ainsi s’accomplit ce qu’Ésaïe, le prophète du seul vrai Dieu, avait prédit (v. 7). L’ennemi est vaincu ; l’époque du cruel Sankhérib est terminée. « Et Ésar-Haddon, son fils, régna à sa place » (v. 38). Après la mort d’Ésar-Haddon, la puissance de l’Assyrie déclina et finalement, Ninive, la capitale de l’Assyrie, succomba aux attaques des Babyloniens et des Mèdes.
La destruction de l’armée assyrienne devant Jérusalem par l’ange de Dieu n’est qu’une ombre de la destruction du roi du nord dans les temps à venir. De même la délivrance et la bénédiction de Juda sous le règne d’Ézéchias ne sont qu’une faible image de la complète délivrance future et de la gloire définitive du peuple de Dieu. L’épisode de la menace de Jérusalem par Sankhérib contient aussi un enseignement prophétique concernant le futur résidu croyant du peuple. Comme Ézéchias s’est confié humblement en l’Éternel, ainsi aussi les Juifs fidèles de ce temps attendront de Dieu seul leur délivrance.
Et pour nous, quel enseignement pratique contiennent ces chapitres ! Pour notre Dieu et Père, il n’y a aucune situation dans laquelle il ne puisse ou ne veuille nous secourir. Parfois il nous laisse passer par les plus grandes difficultés, mais il le fait afin que nous apprenions toujours mieux que notre force est cachée en lui « dans la tranquillité et dans la confiance » (30:15). En cela, le pieux roi Ézéchias est un exemple lumineux pour nous.
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Les événements décrits dans le chapitre 38 se situent à la même époque que ceux des deux chapitres précédents, quinze ans avant la mort d’Ézéchias (v. 5, 6). Le roi était alors âgé d’environ 39 ans et se trouvait ainsi à la force de l’âge (2 Rois 18:2). Trois ans plus tard est né son fils et successeur Manassé, qui n’avait que douze ans lorsqu’il est monté sur le trône (2 Rois 21:1).
En plus de l’attaque des Assyriens décrite dans les chapitres 36 et 37, une autre épreuve survient : « En ces jours-là, Ézéchias fut malade à la mort » (v. 1). Comme il ne nous est rien dit quant à la cause de cette maladie, qui s’est manifestée sous la forme d’un ulcère, la supposition qu’elle ait été la punition d’un péché est sans fondement. Tout espoir de guérison était réduit à néant par le message que le prophète a dû apporter de la part de l’Éternel : « Donne des ordres pour ta maison, car tu vas mourir et tu ne vivras pas » (v. 1).
Pour les croyants de l’Ancien Testament, auxquels Dieu avait donné des promesses essentiellement terrestres, la mort était encore le « roi des terreurs » (Job 18:14). L’état de l’âme après la mort n’avait rien de désirable pour eux. Il est vrai qu’ils avaient quelque connaissance de la résurrection (Job 19:25-27 ; cf. Dan. 12:2), mais le shéol, le lieu du séjour des morts, était pour eux un endroit d’horreur. Ils ne possédaient aucune révélation relativement à l’état intermédiaire entre la mort et la résurrection. C’est le Seigneur Jésus qui, le premier, a apporté la lumière divine dans cette obscurité (Luc 16:19-31). Depuis la résurrection et l’ascension de notre Rédempteur, nous savons que les âmes des croyants endormis sont « avec Christ » jusqu’à sa venue, ce qui est de beaucoup meilleur (Luc 23:43 ; Phil. 1:23).
La sentence de l’Éternel par le prophète Ésaïe doit avoir été accablante pour Ézéchias. Dieu lui accordait le temps de mettre en ordre ses affaires, mais l’épée était déjà suspendue au-dessus de sa tête. Ce roi pieux n’était pourtant pas totalement sans ressources devant la mort. Conscient du fait que les hommes ne pouvaient pas l’aider, il tourna sa face contre la muraille et pria son Dieu : « Hélas, Éternel ! souviens-toi, je te prie, que j’ai marché devant toi en vérité et avec un cœur parfait, et que j’ai fait ce qui est bon à tes yeux » (v. 3 ; cf. 2 Rois 18:5-7). S’il n’a pas demandé expressément sa guérison, il ressort cependant de ses paroles que, comme roi de Juda, il considérait une mort si précoce, surtout sans héritier du trône, comme une punition de Dieu qu’il n’avait pas méritée. Aussi pouvons-nous bien comprendre son affliction et ses larmes (v. 2, 3).
Mais cet homme de Dieu nous fait aussi penser au Seigneur Jésus, auquel se rapporte la prière prophétique du psaume 102 : « Mon Dieu, ne m’enlève pas à la moitié de mes jours ! » (v. 24). Nous savons qu’il a été « blessé pour nos transgressions » et qu’il a « livré son âme à la mort » (És. 53:5, 12). Mais, « durant les jours de sa chair », il a « offert, avec de grands cris et avec larmes, des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort » et il a « été exaucé à cause de sa piété » (Héb. 5:7). Selon le conseil éternel de Dieu, il est mort pour nos fautes et a été ressuscité pour notre justification, mais en même temps, il a aussi été « exalté... prince et sauveur, afin de donner la repentance à Israël et la rémission des péchés » (Act. 5:31). La guérison d’Ézéchias de sa maladie à la mort doit être ainsi considérée comme type de la résurrection de Christ d’entre les morts.
Sur le chemin de retour de cette mission difficile, Ésaïe reçoit déjà de Dieu une réponse de grâce à la prière de son serviteur (v. 4 ; cf. 2 Rois 20:4). Dieu ne mentionne pas les bonnes œuvres et le cœur intègre d’Ézéchias, mais il se réfère à son père David. Le Dieu fidèle se souvient d’abord de son engagement envers celui qu’il avait choisi, l’ancêtre des rois qui ont été sur le trône de Jérusalem. C’est à lui, qui est aussi un type du futur roi d’Israël, que Dieu avait fait des promesses ; et il ne les oublie pas (2 Sam. 7:16 ; cf. Luc 1:32 ; Act. 13:34). Il avait aussi entendu la prière d’Ézéchias et vu ses larmes, et il se laisse fléchir en lui accordant quinze années de vie supplémentaires (v. 5).
Dieu exauce encore aujourd’hui les prières des siens. Si, par exemple, nous prions pour le salut éternel de quelqu’un, nous savons que « cela est bon et agréable devant notre Dieu sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim. 2:1-4). Cependant les prières dans lesquelles se manifeste notre propre volonté ne peuvent certes pas lui être agréables. Dans de tels cas, il se peut qu’il nous accorde notre demande et qu’en même temps il nous en fasse subir les conséquences douloureuses (cf. Ps. 106:15). En ce qui concerne notre vie et nos intérêts terrestres, nous ferons bien de prier dans l’esprit dont notre Seigneur nous donne l’exemple : « Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui soit faite » (Luc 22:42). Il est vrai qu’en toutes choses nous pouvons exposer nos requêtes à notre Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces, et compter sur la réponse divine ; mais le fait que nos cœurs et nos pensées puissent jouir de la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, est plus encore que l’accomplissement de nos désirs (Phil. 4:7).
Les pensées de Dieu allaient toutefois plus loin encore. Il voulait non seulement rétablir Ézéchias dans sa santé, mais aussi le protéger, lui et la ville de Jérusalem, de l’attaque des Assyriens (v. 6). Ceci a aussi une portée prophétique : dans l’avenir, Dieu protégera encore une fois son peuple de l’Assyrien. Le Seigneur Jésus lui-même apparaîtra et l’anéantira lors de sa seconde attaque contre Jérusalem.
Dieu avait jadis offert un signe à l’impie Achaz, mais celui-ci l’avait refusé (7:10-12). Comme Gédéon en Juges 6, le pieux Ézéchias demande un signe. Et Dieu lui en accorde un qui sera reconnu jusque dans la Babylone lointaine (v. 7 ; cf. 2 Chron. 32:31). Quelles que puissent être les spéculations des hommes au sujet de ce miracle, il est clair que le retour en arrière de l’ombre ne peut être expliqué d’une manière naturelle. C’est un des nombreux miracles de Dieu, le Créateur, qui nous sont rapportés dans sa Parole (cf. Jos. 10:12-14). Par cette chose exceptionnelle, Dieu confirmait la vérité de sa promesse. Non seulement il conduit les destins des hommes et des puissances terrestres, mais le temps est aussi entre ses mains ; c’est ainsi qu’il peut prolonger le temps de sa grâce en faveur des individus ou des peuples (2 Rois 20:19 ; Gen. 15:16 ; Dan. 7:12).
Jusqu’ici, la vie d’Ézéchias a été une vie de foi, une vie à l’honneur de Dieu. Des années ultérieures, l’Écriture nous rapporte peu de chose, à part la visite de l’ambassade babylonienne et ses conséquences (És. 39 ; 2 Rois 20:12-21 ; 2 Chron. 32:25-33). C’est aussi au cours de cette dernière période qu’est né son fils Manassé, qui est entré dans les annales de Juda comme un roi qui « fit ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel » (2 Rois 21:2).
« L’écrit d’Ézéchias, roi de Juda, quand, ayant été malade, il fut rétabli de sa maladie » (v. 9) ne se trouve ni en 2 Rois ni en 2 Chroniques. La mention exclusive qui en est faite dans le livre du prophète Ésaïe montre son caractère prophétique, et cela aussi bien en rapport avec la mort et la résurrection de Christ qu’avec la tribulation et la restauration du résidu de Juda.
Ce cantique présente plusieurs éléments qui rappellent le livre de Job ou les Psaumes. La première partie (v. 10-14) montre toute l’impuissance et la détresse d’Ézéchias face à une mort imminente ; la deuxième (v. 15-20) exprime sa reconnaissance envers Dieu qui lui a rendu la vie.
Ainsi que nous l’avons déjà signalé à propos du verset 1, la mort avait une tout autre signification pour les croyants de l’Ancien Testament que pour nous aujourd’hui. Pour Ézéchias, elle était quelque chose d’angoissant. Paul, au contraire, aimait « mieux être absent du corps et être présent avec le Seigneur » (2 Cor. 5:8) ; il avait « le désir de déloger et d’être avec Christ » (Phil. 1:23). Ézéchias, qui pouvait penser avoir atteint le milieu de sa vie, apprenait qu’elle devait brusquement prendre fin. Il voyait déjà ouvertes les portes du « shéol » (*) et devait abandonner toutes ses espérances concernant l’avenir (v. 10). Il ne verrait pas Jah, le Puissant d’Israël, sur la terre qu’il appelle « la terre des vivants » (cf. Job 28:13 ; Ps. 27:13 ; Jér. 11:19 ; Ézéch. 26:20). L’attente de tout Israélite — et non seulement le désir des femmes — n’était-elle pas tournée vers la venue du Messie (Dan. 11:37) ? Ézéchias se voyait ainsi ravir cette espérance par sa mort précoce. Dans le sombre royaume des morts, il ne contemplerait plus un homme vivant (v. 11).
(*) Shéol est le nom que l’Ancien Testament donne au séjour des âmes séparées du corps ; cf. 14:9.
Ézéchias compare alors son corps à une tente de berger qui est démontée et emportée (v. 12 ; cf. Job 4:21 ; 2 Cor. 5:1 ; 2 Pierre 1:14). Il compare la fin imminente de sa vie à ce que fait le tisserand quand il a achevé une pièce d’étoffe : il coupe les fils qui la relient au métier à tisser. Ézéchias fait monter sa plainte vers Dieu qui, « du jour à la nuit », c’est-à-dire dans un temps très court, en aura fini avec lui (v. 12 ; cf. Job 4:20).
Puis Ézéchias se souvient de la nuit pendant laquelle il a apaisé son âme en élevant les regards vers Dieu (v. 13 ; Ps. 131:2). Cependant la maladie a persisté et les souffrances se sont renforcées. En gémissant, il se tourne vers Dieu qui, comme un lion, a brisé son corps malade, et il répète : « Du jour à la nuit, tu en auras fini avec moi » (cf. Lam. 3:10).
Les souffrances d’Ézéchias n’étaient pas seulement d’ordre physique. Son gémissement sous la main de Dieu, qu’il compare aux cris de l’hirondelle, de la grue et de la colombe, n’est pas seulement l’expression de ses douleurs, mais aussi de la détresse de son âme face à la mort. Angoissé, puis de nouveau confiant, il élève ses yeux vers l’Éternel comme celui qui le sauve de la détresse : « garantis-moi ! » (v. 14 ; cf. Gen. 43:9 ; Job 17:3).
Un garant doit répondre des dettes de quelqu’un, si celui-ci ne peut pas les rembourser. Qui cependant pourrait « se porter garant » devant Dieu de la dette des péchés de l’homme ? Sachant bien que les hommes ne peuvent lui être d’aucun secours à cet égard, Ézéchias implore à juste titre l’Éternel d’être son garant. Aujourd’hui, nous savons que Dieu nous a donné un garant dans la personne de son propre Fils ; par sa mort sur la croix, lui a réglé la dette que nous ne pouvions payer. Christ est notre « garant » pour l’éternité (Héb. 7:22). Ézéchias ne pouvait pas le connaître ; néanmoins il se confiait en son Dieu.
Un brusque changement de sentiments introduit la seconde partie du cantique (cf. Ps. 22:22). La confiance d’Ézéchias en Dieu n’a pas été déçue, et pourtant ses paroles semblent traduire l’étonnement : « Que dirai-je ? » Manifestement l’exaucement de sa prière a surpassé son attente. Mais n’en est-il pas souvent de même pour nous ? L’apôtre Paul nous enseigne que notre Dieu et Père « peut faire infiniment plus que tout ce que nous demandons ou pensons » (Éph. 3:20).
Alors Ézéchias élève ses regards vers son Dieu, qui lui a parlé et qui a confirmé ses paroles d’une manière si merveilleuse envers lui. C’est à lui seul qu’il doit non seulement la vie naturelle et la santé, mais aussi la vie spirituelle (v. 16). Il dit : « Voici, au lieu de la paix j’avais amertume sur amertume ; mais toi, tu as aimé mon âme, la retirant de la fosse de destruction, car tu as jeté tous mes péchés derrière ton dos » (v. 17). Il est délivré non seulement de la mort physique, mais de la condamnation éternelle. Sa guérison était pour lui la preuve que Dieu lui avait pardonné tous ses péchés. Comme tous les croyants de cette époque, il ne pouvait pas encore connaître la certitude du salut fondé sur l’œuvre rédemptrice de Christ.
C’est ce que l’on voit aussi dans les paroles qui suivent : « Car ce n’est pas le shéol qui te louera, ni la mort qui te célébrera ; ceux qui descendent dans la fosse ne s’attendent plus à ta vérité. Le vivant, le vivant est celui qui te louera, comme moi aujourd’hui » (v. 18, 19 ; cf. Ps. 6:5 ; 88:10-12). C’est ainsi que pouvaient s’exprimer les croyants qui ne connaissaient pas ce que Dieu nous a révélé concernant ce qui suit la mort. Les croyants de l’Ancien Testament connaissaient bien l’espérance de la résurrection « à la fin des jours » (Dan. 12:13), mais la tombe et le shéol (cf. És. 14:9) avaient pour eux quelque chose d’angoissant. Pour eux, les marques de la faveur de Dieu s’appliquaient en premier lieu à la vie et à la bénédiction sur la terre. L’espérance d’Ézéchias d’avoir une descendance apparaît certainement dans les mots : « Le père fera connaître aux fils ta vérité », la naissance de son fils Manassé n’ayant eu lieu que trois ans plus tard. Mais, hélas ! le témoignage de ce que Dieu avait fait pour son serviteur Ézéchias n’a laissé aucune impression durable chez Manassé, son fils.
Ce psaume atteint son point culminant au verset 20. Ézéchias exprime le désir de rendre sans cesse grâces à l’Éternel pour sa délivrance, et de le louer dans son temple avec les instruments à cordes (cf. 2 Chron. 29:30). Israël a chanté le premier cantique de délivrance sur le rivage de la mer Rouge. Bientôt, la multitude de tous les rachetés entourera le trône de Dieu dans le ciel pour chanter à l’Agneau « un cantique nouveau » qui ne cessera jamais (Ex. 15 ; Apoc. 5:9). Aujourd’hui, c’est le privilège et le devoir de tous les enfants de Dieu d’adorer « le Père en esprit et en vérité ; car aussi le Père en cherche de tels qui l’adorent » (Jean 4:23).
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Ce chapitre nous amène sans transition dans une période future, dans laquelle les temps des nations, où Israël était « Lo-Ammi », sont révolus (cf. Osée 1:9 — 2:1). Dieu ne l’appelle plus « ce peuple » — comme prenant ses distances de lui (cf. 6:9 ; 8:6,...) — mais le reconnaît de nouveau comme étant son peuple. Il lui envoie ce message : « Consolez, consolez mon peuple... » (hébr. Ammi, cf. 1:3). Le prophète, par conséquent, l’appelle « votre Dieu » (v. 1 ; cf. 66:9). Ainsi, pour son peuple terrestre aussi, Dieu se révélera un jour comme « le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation » (2 Cor. 1:3).
Combien touchantes sont les paroles qui suivent ! « Parlez au cœur de Jérusalem » (cf. Osée 2:14). Même si le peuple, dont le centre est Jérusalem, a marché durant des millénaires dans un chemin de propre volonté, l’amour de l’Éternel envers lui subsiste. Il aime ce peuple « d’un amour éternel », et il aura aussi compassion de lui « avec une bonté éternelle » (54:8 ; Jér. 31:3). Le temps de la tribulation est révolu, la colère est passée et Dieu parle maintenant avec bonté au cœur de Jérusalem.
Trois raisons sont données au fait que Dieu se tourne de nouveau vers Jérusalem, et par elle vers son peuple (v. 2) :
— « son temps de détresse est accompli ». Le temps de la détresse de Jacob — et non seulement la captivité babylonienne ! — a pris fin.
— « son iniquité est acquittée ». Christ l’a prise sur lui à la croix (cf. 53:4-6 ; Lév. 26:41 et suiv.).
— « elle a reçu de la main de l’Éternel le double pour tous ses péchés ». Dans ses voies gouvernementales, Dieu a dû la châtier sévèrement pour ses péchés — particulièrement celui du rejet de Christ — afin qu’elle se tourne vers lui. « Le double » signifie une pleine mesure qui a satisfait à toutes les exigences de Dieu — mais non pas plus que ce qu’elle méritait !
Après ces paroles consolantes et encourageantes vient l’annonce du chemin par lequel ce peuple obtiendra la consolation de son Dieu : « La voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin de l’Éternel, aplanissez dans le lieu stérile une route pour notre Dieu. Toute vallée sera relevée, et toute montagne et toute colline seront abaissées ; et ce qui est tortu sera rendu droit, et les lieux raboteux deviendront une plaine unie ». Comme un héraut annonce l’arrivée d’un roi, ainsi « la voix de celui qui crie » invite à préparer le chemin pour le Roi des rois. Dans le Nouveau Testament, ceci est appliqué à Jean le baptiseur dans les quatre évangiles (Matt. 3:3 ; Marc 1:3 ; Luc 3:4-6 ; Jean 1:23).
Si la contrée dans laquelle Jean se trouvait et prêchait était précisément « le désert » qui borde le Jourdain, c’était là aussi l’expression symbolique de l’état spirituel du peuple de Dieu. C’est pourquoi les mots « désert » et « lieu stérile » employés ici se rapportent plus encore à l’état des Juifs qu’à la nature du pays. Ils dépeignent des cœurs déserts et sans fruit pour Dieu, qui ne connaissent que leurs propres chemins tortueux. Dans ces cœurs, « le chemin de l’Éternel » doit être préparé et « une route pour notre Dieu » doit être aplanie (*). L’image des « vallées » qui doivent être « relevées » suggère la fin de tout abattement et de toute affliction (cf. Ps. 23:4) ; les « montagnes » et les « collines » évoquent la présomption et l’orgueil de l’homme (cf. 2:14 ; Zach. 4:7) ; « ce qui est tortu » et les « lieux raboteux » désignent tout ce qui est une déviation par rapport à la volonté de Dieu. Par sa prédication du baptême de la repentance en rémission des péchés, Jean le baptiseur devait engager les Juifs à préparer au Messie un accueil digne de lui (Luc 1:17, 76).
(*) En hébreu le mot traduit par « route » est le même que celui qui est traduit par « chemins frayés », au psaume 84, v. 5.
Mais, aussi bien le messager que le Roi ont été rejetés par le peuple. Le royaume de Dieu en gloire n’a pas pu être établi. Mais les plans de Dieu ont-ils été compromis ? Nullement ! Le rejet de Christ par son peuple et sa mort sur la croix ont ouvert le chemin pour la prédication de l’évangile de la grâce à toutes les nations et pour la fondation de l’assemblée de Dieu sur la terre. Quand celle-ci sera enlevée au ciel, à la fin du temps de la grâce, « l’évangile du royaume » (Matt. 24:14) sera de nouveau prêché — et cela dans un temps de grande détresse — puis le Seigneur Jésus apparaîtra pour la seconde fois sur la terre pour établir son règne millénaire.
Lorsque, dans les temps futurs, le résidu croyant des Juifs, au point culminant de la grande tribulation, sera préparé intérieurement pour l’apparition du Seigneur Jésus, alors « la gloire de l’Éternel sera révélée ». Lors du retour de la captivité à Babylone, on était encore bien loin de cela. Lors de sa première venue, le Seigneur Jésus a révélé sa gloire, mais d’une manière qui n’était perceptible que par les croyants : « Nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un fils unique de la part du Père » (Jean 1:14 ; 2:11). Dans le temps présent nous pouvons contempler sa gloire en Esprit : « Or nous tous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur... » (2 Cor. 3:18). Mais quand « la gloire de l’Éternel sera révélée », lors de l’apparition de Christ, alors « toute chair ensemble la verra » (cf. Matt. 24:30 ; Apoc. 1:7). Non seulement ceux qui l’attendent, mais tous les hommes le verront venir dans sa gloire. L’accomplissement de cette prophétie est encore à venir. Et auparavant, le Seigneur Jésus viendra pour prendre tous les siens auprès de lui (1 Thess. 4:13-18).
Beaucoup des prédictions du prophète Ésaie ont déjà eu leur accomplissement. Celle-ci, qui est en même temps une promesse, s’accomplira aussi — même si elle est mise en doute par les moqueurs des derniers temps (2 Pierre 3:3-13). Comme pour montrer que Dieu a prévu les objections de ces incrédules, ce passage se clôt par l’affirmation : « car la bouche de l’Éternel a parlé ».
Par « une voix » qui n’est pas nommée, nous entendons la voix de Dieu qui ordonne : « Crie ». Celui qui est interpellé — le prophète lui-même — demande : « Que crierai-je ? » La réponse que Dieu place dans sa bouche met en évidence le grand contraste entre les créatures, d’une part, et le Créateur et sa parole, d’autre part.
« Toute chair est de l’herbe. » C’est là la première constatation. On la trouve aussi dans d’autres passages des Écritures (Job 14:2 ; Ps. 37:2 ; 90:5, 6 ; 103:15, 16). Qu’est-ce qui pourrait, mieux que l’herbe, décrire le néant et le caractère éphémère de l’homme ? — cette herbe qui peut se faner en un seul jour sous les rayons brûlants du soleil, ou être subitement fauchée. « Toute chair » — tous les hommes sans exception sont concernés. « Et toute sa beauté, comme la fleur des champs. » Si belle que puisse être la fleur fraîchement éclose, elle se fane ou disparaît rapidement. « L’herbe est desséchée, la fleur est fanée. » Ainsi passe l’homme et tout ce qu’il a fait. Comme le vent desséchant ôte toute vie aux plantes, de même il suffit que Dieu souffle sur l’homme pour que toute sa gloire et sa grandeur s’évanouissent avec lui. Le « souffle (ou l’esprit) de l’Éternel » non seulement donne la vie, mais aussi exerce le jugement.
« Certes, le peuple est de l’herbe. » Il est question là du peuple terrestre de Dieu ; à cet égard, il est au même niveau que tous les autres hommes. Ce constat humiliant est suivi d’une parole consolante : « mais la parole de notre Dieu demeure à toujours ». De même, le Seigneur Jésus dit : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point » (Matt. 24:35 ; cf. Matt. 5:18).
Dans ce passage, le Saint Esprit veut amener l’homme, qu’il soit païen ou Juif, à reconnaître qu’il n’est rien devant Dieu et qu’il ne peut subsister devant son juste jugement. Mais cette parole de Dieu qui demeure à toujours nous indique aussi le chemin de la repentance et de la vie. La foi en cette Parole vivante est, pour les Juifs, le seul chemin pour accepter le Messie ; elle est aussi, dans le temps actuel de la grâce, le seul chemin pour la vie éternelle. C’est pourquoi, dans sa première épître, Pierre peut citer une grande partie de ce passage en l’appliquant aux Juifs qui avaient cru au Seigneur Jésus (1 Pierre 1:24, 25).
Maintenant est introduite Sion, le symbole de la grâce de Dieu en Israël et le centre de la gloire royale. Les noms de Sion et de Jérusalem désignent ici leurs habitants, qui sont appelés à monter sur une haute montagne et à annoncer sans crainte et à forte voix la bonne nouvelle aux autres villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » Sion et Jérusalem, où le Seigneur Jésus apparaîtra, sont le point de départ de cette proclamation, et c’est là aussi, dans le Nouveau Testament, que commence la prédication de la repentance et de la rémission des péchés (Luc 24:47).
Déjà au chapitre 35, Ésaïe avait pu crier au résidu opprimé : « Voici votre Dieu ! » Ici nous avons trois « Voici » en rapport avec l’apparition du Seigneur Jésus en gloire et avec les événements qui lui sont liés. Cette manifestation n’aura pas lieu, comme lors de sa première venue, dans la faiblesse et dans l’humiliation, mais tous les hommes verront sa gloire comme homme et comme Dieu.
Son apparition aura trois caractéristiques :
— Il viendra avec puissance et son bras dominera pour lui (cf. 52:10 ; 2 Pierre 1:16 ; Apoc 19:11-16).
— Il récompensera la fidélité des siens et rétribuera la méchanceté de ses adversaires (cf. 59:18 ; 62:11 ; 66:6 ; Apoc. 22:12).
— Grand pasteur des brebis, il prendra soin de son peuple terrestre comme d’un troupeau et le paîtra en ayant particulièrement égard aux faibles (cf. Ézéch. 34:11-23 ; Michée 7:14 ; Zach. 10:3 ; Héb. 13:20).
Nous avons donc ici la description de l’apparition de Christ pour l’établissement de son royaume. C’est véritablement le tableau de l’espérance et de la consolation d’Israël, son peuple terrestre. Ce que nous y trouvons dépasse de loin tout ce que ce peuple a jamais éprouvé au cours de sa longue histoire. Le retour d’un petit résidu de Juifs sous le règne de Cyrus, roi de Perse, peut tout au plus être considéré comme un petit avant- goût de ces événements, mais certainement pas comme l’accomplissement de cette prophétie.
Le Messie, le futur Rédempteur et Roi d’Israël, est en même temps le Dieu éternel. Ésaïe vient justement de l’annoncer lorsqu’il a dit : « Voici votre Dieu ! Voici, le Seigneur l’Éternel viendra avec puissance, et son bras dominera pour lui. Voici, son salaire est avec lui, et sa récompense devant lui » (v. 10). En outre, il a déjà annoncé que le Roi à venir est le Fils de Dieu, même s’il l’a fait en des termes moins clairs que les écrivains du Nouveau Testament, qui ont révélé le mystère de la filiation éternelle du Seigneur Jésus. Le nom d’Emmanuel (Dieu avec nous) devait être donné au Fils de la vierge (És. 7:14 ; cf. Matt. 1:23), et les noms « Merveilleux, Conseiller, Dieu Fort, Père du siècle, Prince de paix » devaient être ceux de l’enfant dont le prophète dit : « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné » (És. 9:5 ; cf. Luc 1:31-35).
Dieu ne nous a dévoilé toute la gloire de son Fils que dans le Nouveau Testament. Il est le Fils éternel, le Créateur qui est devenu homme pour révéler Dieu et pour accomplir l’œuvre de la rédemption en faveur des pécheurs perdus (cf. Jean 1:1-3 ; Col. 1:15, 16 ; Héb. 1:2). Maintenant glorifié dans le ciel, il est le Chef de son assemblée. Mais il exercera un jour, comme Roi des rois et Seigneur des seigneurs, le gouvernement sur Israël, son peuple terrestre, et sur le monde entier.
Sa grandeur et sa gloire comme créateur et comme conservateur de toutes choses sont maintenant présentées dans ce passage. En contraste avec les vaines idoles, il est le Dieu vivant et vrai, qui est au-dessus de tout, et qui n’a pas oublié son peuple dans les temps les plus difficiles.
En premier lieu est placée devant nos regards sa grandeur comme Créateur. Il a pour ainsi dire mesuré les eaux des mers et des océans dans le creux de sa main, fixé de ses doigts les limites de l’étendue des cieux, mesuré la poussière de la terre dans un boisseau, pesé les montagnes et les collines dans une balance et ainsi établi leur hauteur. Ces images nous font voir que la création, si immense qu’elle soit pour nous, est toute petite aux yeux du Créateur tout-puissant. Les questions posées au verset 12 mettent en lumière l’inanité de l’homme face à la grandeur de Dieu. La réponse à chacune d’elles est : Dieu.
Une deuxième série de questions apparaît aux versets 13 et 14. Elles rappellent à l’homme la parfaite connaissance de Dieu. Quelle créature pourrait prétendre avoir dirigé l’Esprit de l’Éternel, l’avoir conseillé ou instruit ? Job a dû entendre des questions semblables de la bouche de Dieu, et se trouver sans réponse devant lui (Job 38 à 42). À chacune des questions posées ici, la réponse est incontestablement : personne. Quelle merveille pour nous de pouvoir contempler les desseins de Dieu, dans lesquels personne n’a été son conseiller ! Nous mesurons combien grande est la grâce avec laquelle il s’est penché aussi bien vers Israël, son peuple terrestre, que vers nous, pécheurs perdus d’entre les nations.
Comme troisième témoignage de la grandeur de Dieu, il est fait mention de son élévation au-dessus de tous les peuples de la terre. « Voici, les nations sont réputées comme une goutte d’un seau, et comme la poussière d’une balance ; voici, il enlève les îles comme un atome » (v. 15). La vanité et l’insignifiance de l’homme — et de l’humanité tout entière — aux yeux de Dieu ne pourraient pas être exprimées d’une manière plus forte. Et pourtant Dieu ne les abandonne pas à eux-mêmes et à leur misère, mais il leur offre sa grâce.
« Toutes les nations sont comme un rien devant lui ; elles sont réputées par lui comme moins que le néant et le vide » (v. 17). Il est question ici de l’immense distance entre Dieu et l’homme, infranchissable par celui-ci, et non pas d’un mépris du Créateur pour sa créature. De nombreux passages tant de l’Ancien que du Nouveau Testament attestent que Dieu ne méprise pas les peuples (voir par exemple : Deut. 33:3 et Jean 3:16).
La question : « À qui donc comparerez-vous Dieu ? » semble s’adresser à tous les hommes sur la terre et non seulement au peuple d’Israël, vers lequel le prophète se tournera de nouveau à partir du verset 27. Quand il s’agit de Dieu, du Dieu fort (hébr. El), il n’y a point de comparaison possible. Aucune créature ne peut se mesurer avec lui. Contrairement aux nombreuses divinités des nations, qui sont adorées sous forme d’images, il est impossible d’assimiler le Dieu invisible à quelque « ressemblance » matérielle (v. 18 ; cf. Col. 1:15 ; 1 Tim. 6:16). Un homme fortuné peut charger un artisan de lui fondre une idole et de l’ornementer d’or et d’argent ; un pauvre peut aussi se faire sculpter une idole de bois — mais tous deux se trouvent sur un terrible chemin d’égarement qui se termine à la perdition éternelle (v. 19, 20). La description ironique de l’idole, à la fin du verset 20 — « une image taillée qui ne branle pas » — est reprise plus en détail aux chapitres 44 (v. 8-20) et 46 (v. 5-7).
La grandeur de Dieu et sa suprématie n’ont pas été révélées seulement à Israël. Par les quatre questions du verset 21, Ésaïe rappelle à tous les hommes qu’il est possible de comprendre « la fondation de la terre », et cela soit par le récit de la création (ce qui était particulièrement vrai pour les Israélites), soit par l’intelligence (ce qui est vrai pour tous). La contemplation de la nature et la méditation sur l’origine du monde, dans la crainte de Dieu, conduisent à reconnaître un Créateur qui est en dehors et au-dessus de la création (Ps. 19:1-7). Toutefois, depuis longtemps déjà, les hommes se sont détournés du Créateur, dont la « puissance éternelle » et la « divinité » pouvaient pourtant « se discerner par le moyen de l’intelligence, par les choses qui sont faites », « et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible en la ressemblance de l’image d’un homme corruptible et d’oiseaux et de quadrupèdes et de reptiles » (Rom. 1:18-23). Ainsi, avant l’idolâtrie, l’homme s’est détourné délibérément de Dieu. De même les théories scientifiques actuelles relatives à l’origine de l’univers s’allient le plus souvent avec le refus du récit biblique de la création.
La majesté du Dieu créateur est ensuite décrite en trois phrases qui résument tout ce qui a été dit jusque-là au sujet de sa gloire (v. 22, 23) :
— Il « est assis au-dessus du cercle de la terre, et ses habitants sont comme des sauterelles » (v. 22). Nous voyons ici sa place infiniment élevée au-dessus de tout le domaine de la terre, et l’extrême petitesse de l’homme (cf. v. 15).
— Il « étend les cieux comme une toile légère, et... les déploie comme une tente pour y habiter ». L’immense tente que constituent les cieux visibles, et qui n’est qu’une infime partie du cosmos connu aujourd’hui, a été étendue par Dieu comme une toile légère et comme une tente pour y habiter (cf. Ps. 104:2).
— Il « réduit ses chefs à néant » et « fait que les juges de la terre sont comme rien » (v. 23). Dieu n’a pas seulement créé les mondes, mais il conduit aussi leurs destinées. Il peut réduire les plus puissants souverains à néant, quand il le veut. C’est ce qui est arrivé à l’orgueilleux Nebucadnetsar qui a dû se nourrir d’herbe comme un animal, ou au blasphémateur Hérode qui a péri rongé par les vers (cf. Dan. 4:33 ; Act. 12:23) ! Le verset 24 souligne le caractère éphémère des grands de la terre (cf. v. 7). Ils sont comme des plantes qui à peine sorties de la terre sont déjà desséchées ; Dieu souffle sur eux et les emporte comme du chaume.
Une nouvelle fois la question du verset 18 est posée, cette fois-ci par Dieu lui-même : « À qui donc me comparerez-vous et serai-je égalé ? dit le Saint » (v. 25). Il prend ici ce nom caractéristique du livre d’Ésaïe. Ce n’est cependant pas « le Saint d’Israël », mais d’une manière absolue « le Saint », qui est au-dessus de tous (cf. 57:15). C’est ainsi qu’Ésaïe a pu apprendre à le connaître dans une vision, comme celui devant lequel même les séraphins doivent cacher leurs faces, parce que lui seul est parfait et pur — celui qui a les yeux trop purs pour voir le mal (És. 6 ; cf. Hab. 1:13).
Malgré sa grandeur et sa sainteté, il n’abandonne pas l’univers à lui-même ; il contrôle et soutient par sa toute-puissance les milliards d’étoiles qu’il a créées, dont on ne peut contempler à l’œil nu qu’une infime partie. Il connaît chacune d’elle par nom, et quand il les appelle, pas une d’elles ne manque (v. 26 ; cf. Ps. 147:4). Les lois selon lesquelles elles suivent leurs parcours sont le résultat de son décret et non pas du hasard. S’il est le créateur, il est aussi le conservateur de toutes choses et de tous les hommes, spécialement des siens (cf. 1 Tim. 4:10).
Maintenant, Dieu s’adresse de nouveau à son peuple terrestre, auquel il a déjà fait entendre des paroles si consolantes dans la première partie du chapitre (v. 1-11). Israël, dans la déception et l’amertume, se lamente : « Ma voie est cachée à l’Éternel, et ma cause a passé inaperçue de mon Dieu » (v. 27). Mais à ce peuple qui se croit abandonné de son Dieu, le prophète demande : Pourquoi parlez- vous ainsi ?
L’Éternel n’avait-il pas envoyé ses prophètes aux dix tribus avant qu’elles aient été emmenées en captivité en Assyrie ? N’avait-il pas fait de même avec les deux tribus avant leur déportation à Babylone ? Son Fils n’a-t-il pas dû dire avec tristesse : « Jérusalem... que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! » (Matt. 23:37) ? Certainement, Dieu n’a pas manqué de sollicitude envers son peuple obstiné, mais celui-ci n’a pas été sensible aux soins de son amour. N’en est-il pas quelquefois de même en ce qui nous concerne ? Nous nous plaignons et nous soupirons, mais nous ne voyons pas tout ce que l’amour de notre Dieu et Père a fait pour nous.
« Ne sais-tu pas, n’as-tu pas entendu, que le Dieu d’éternité, l’Éternel, créateur des bouts de la terre, ne se lasse pas et ne se fatigue pas ? On ne sonde pas son intelligence » (v. 28). Les questions ressemblent à celles du début du verset 21. Le prophète rappelle à ce peuple spirituellement aveugle que l’Éternel est « le Dieu d’éternité », qui, non seulement a créé le monde, mais est aussi inlassablement en activité pour lui. Mais son intelligence insondable et l’activité qui en découle dépassent l’entendement de l’homme. Le prophète le dit un peu plus loin : « Car comme les cieux sont élevés au-dessus de la terre, ainsi mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées » (55:9).
« Il donne de la force à celui qui est las, et augmente l’énergie à celui qui n’a pas de vigueur » (v. 29). Lui, qui « ne se lasse pas et ne se fatigue pas », est en mesure de donner sa force à tous ceux qui sont épuisés par les combats et les souffrances. L’apôtre Paul a appris que cette force « s’accomplit dans l’infirmité » (2 Cor. 12:9). Seul celui qui reconnaît son impuissance peut la recevoir pleinement. Ce sont des principes divins toujours en vigueur. Ils trouveront un glorieux accomplissement quand le résidu croyant des Juifs, au temps de la détresse de Jacob, reconnaîtra ses voies d’égarement passées. Avec une confiance enfantine, mais encore sans la certitude de son acceptation, il se tournera vers Dieu. Les dispositions de cœur de ces croyants s’expriment dans le troisième livre des psaumes (Ps. 73-89) et dans le troisième groupe des cantiques des degrés (Ps. 129-131). Dans ces psaumes, nous voyons le retour du peuple dans la repentance, en même temps que la grâce et la puissance de Dieu envers les siens.
« Les jeunes gens seront las et se fatigueront, et les jeunes hommes deviendront chancelants ; mais ceux qui s’attendent à l’Éternel renouvelleront leur force, ils s’élèveront avec des ailes, comme des aigles ; ils courront et ne se fatigueront pas, ils marcheront et ne se lasseront pas » (v. 30, 31). La force de l’homme — même celle de la jeunesse — peut s’affaiblir et s’effondrer. Mais celui qui, dans le sentiment de sa propre faiblesse, se confie et s’attend au Seigneur, fera une tout autre expérience — même si parfois le temps d’attente peut paraître très long. Celui « qui ne se lasse pas et ne se fatigue pas » donnera toujours des forces nouvelles à ceux qui se confient en lui. Ils pourront lever leurs regards en haut et surmonter les difficultés, courir avec toute l’énergie nécessaire sans se fatiguer, et marcher avec persévérance sans se lasser.
ME 2004 p. 171
L’Éternel, qui vient d’adresser à son peuple terrestre des paroles de consolation, l’assurant que ceux qui s’attendent à lui « renouvelleront leur force », ordonne maintenant aux îles de faire silence et de se tourner vers lui, dans la crainte et dans la conscience de leur néant. Les « îles », désignent ici les régions côtières de l’ensemble du bassin méditerranéen, c’est- à-dire le monde connu d’alors (cf. Gen. 10:5). Ironiquement, les peuples sont invités à « renouveler leur force » afin de s’approcher de Dieu, de parler avec lui et d’entrer en jugement avec lui (v. 1).
Comme au verset 12 du chapitre 40, l’Éternel pose la question : « Qui... ? » Il demande : « Qui, du levant, réveilla celui dont la justice accompagne les pas ? » (v. 2). La réponse est la même qu’au chapitre précédent ; il est clair que ce n’est personne d’autre que Dieu lui- même. Nous sommes placés ici devant Celui qui fait des puissants de la terre les instruments et les serviteurs de sa justice. De toute évidence, ce verset 2 ne parle pas d’une justice humaine, mais de la justice de Dieu manifestée dans ses actes.
Dieu agit toujours avec justice, c’est-à-dire en plein accord avec sa nature. Il s’agit ici du jugement de l’orgueil des nations idolâtres et de la délivrance de son peuple en grâce, comme accomplissement de ses promesses (cf. 42:21 ; 46:13 ; 51:5, 6, 8 ; 56:1 ; 62:2). La réalisation de la prophétie de Jérémie concernant le retour du résidu juif de la captivité babylonienne a été une preuve de la justice de ses actes, de même que le sera la délivrance future de « tout Israël » (cf. Jér. 25:11-14 ; Dan. 9:1-7 ; 2 Chron. 36:22 ; Rom. 11:26-29).
Quel est l’homme que Dieu a réveillé ? C’est Cyrus, désigné par son nom au chapitre 44, (v. 28), le fondateur du grand empire des Mèdes et des Perses. Dieu l’a appelé « du levant », environ deux cents ans après le temps d’Ésaïe, pour montrer Sa justice. Bien que la venue de Cyrus soit postérieure à Ésaïe, Dieu parle de lui au passé ; il connaît la fin d’une chose avant qu’elle commence. L’ancien noyau de l’empire perse se trouvait à l’est de Babylone, alors que la Médie se situait plus au nord (cf. v. 25). Après son avènement en l’an 559 av. J.C., Cyrus assujettit d’abord l’empire des Mèdes, puis presque l’ensemble du Proche-Orient, des Indes jusqu’à l’Asie mineure et jusqu’à l’Égypte. Babylone a été conquise en 539 av. J.C. La parole de Dieu nous montre ici que ce n’est pas la puissance de Cyrus mais la volonté de Dieu qui l’a fait triompher des nations et lui a soumis les rois ; ceux-ci ont été livrés « à son épée comme de la poussière, et à son arc comme du chaume chassé par le vent » (v. 2).
C’est ainsi qu’il a pu poursuivre ses ennemis tout en demeurant lui-même « en sûreté » sur « un chemin où il n’était pas allé de ses pieds » (v. 3). Son empire était fondé sur la tolérance et le ménagement de ses adversaires, chose totalement nouvelle et inouïe pour l’époque. Après la prise de Babylone, il décréta que les Juifs — qui venaient de subir les soixante-dix ans de captivité — devaient reconstruire le temple à Jérusalem (Esd. 1:1-4). Dieu se tient derrière et au- dessus de l’histoire du monde ; ce fait est particulièrement mis en évidence par l’exemple d’Israël, son peuple terrestre.
Cependant le roi Cyrus n’est qu’une « ombre » du Messie qui, à la fin des jours, lorsqu’il apparaîtra dans sa gloire, s’approchera de Jérusalem par son côté oriental (cf. Ézéch. 43:1 ; Zach. 14:4). Cette prophétie sera pleinement accomplie lorsque le Christ délivrera le résidu juif de sa longue période de servitude, et qu’il exécutera le jugement contre l’idolâtrie parvenue à son paroxysme dans l’adoration de l’Antichrist.
Et qui est à l’origine de tout ? Dieu — qui a appelé les générations humaines à l’existence dès le commencement et qui a dirigé leurs voies. Lui seul, l’Éternel, est le premier et le dernier. Il demeure éternellement « le Même », l’immuable « Je suis » (v. 4 ; cf. Deut. 32:39).
Devant le déploiement de la puissance de Dieu dans le déroulement des événements du monde, les « îles » et les « bouts de la terre » devraient trembler de crainte et d’effroi. Mais au lieu de s’humilier sous la puissante main de Dieu, ils font tout pour s’opposer à lui et à sa manière d’agir, s’encourageant l’un l’autre en cela (v. 5, 6 ; cf. v. 1). Les peuples fondent leurs espérances sur leurs idoles. Ésaïe en a déjà montré l’inutilité au chapitre 40 (v. 19, 20). Sans mentionner expressément ces ouvrages faits de mains d’homme (derrière lesquels se tiennent les démons selon 1 Corinthiens 10:19, 20), le prophète évoque ironiquement le processus de fabrication des images taillées que l’homme doit d’abord rendre solides afin qu’elles puissent l’aider ensuite (v. 7). Mais pas plus que celles d’autrefois, les idoles modernes et futures ne pourront le protéger contre le seul vrai Dieu et contre son Oint (cf. Apoc. 13:14, 15).
Alors que, par la proclamation que Dieu fait entendre, les nations qui se confient en leurs idoles tombent dans le plus grand désarroi, son peuple peut entendre de sa part des paroles de consolation. Tout d’abord, il les encourage en s’adressant à leur cœur et en leur montrant quel sera le sort de leurs ennemis. Puis il place devant eux un aperçu du glorieux temps du Millénium.
L’Éternel commence par rappeler sa grâce envers son peuple, qu’il nomme ici par les deux noms de son ancêtre : Israël et Jacob. Il avait choisi ce peuple alors qu’il était « serviteur en Égypte », pour en faire son propre serviteur (Deut. 7:7 ; 16:12). Longtemps auparavant et en vue de cela, il avait choisi, non Ésaü le fils aîné d’Isaac, mais son frère cadet Jacob ; et il ne l’avait pas rejeté (cf. Gen. 25:23).
Il y a une grande différence entre l’élection des croyants du temps actuel et celle du peuple d’Israël. Nous avons été « élus en Christ », et cela « avant la fondation du monde » (Éph. 1:4). Par contre, l’appel d’Israël était pour le temps de la terre et se rapportait à sa position en comparaison des autres peuples (cf. Deut. 7:6-8 ; Act. 13:17). De même, le futur résidu croyant d’Israël sera constitué par les élus du peuple terrestre de Dieu qui jouiront des bénédictions du règne millénaire sur la terre (Zach. 1:17 ; Matt. 24:22, 24, 31). La mention d’« Abraham, mon ami » (v. 8 ; cf. 2 Chron. 20:7 ; Jacq. 2:23) — le patriarche auquel les Juifs du temps du Seigneur se référaient encore avec vénération et fierté (cf. Jean 8:39, 56) — souligne la pensée de la grâce de Dieu. Contrairement à l’alliance du Sinaï, celle que Dieu avait conclue avec Abraham était inconditionnelle.
Les choses étant vues depuis le pays de Canaan, Dieu avait pris son peuple, dans la personne du patriarche Abraham, « des bouts de la terre » et l’avait « appelé de ses extrémités » (v. 9). Abraham était en effet le premier auquel Dieu avait promis le pays en héritage, et cela longtemps avant que le peuple soit délivré de son esclavage en Égypte et conduit en Canaan. Une délivrance semblable aura lieu à la fin des temps, comme nous avons pu le voir en partie au cours des dernières décennies. Moïse déjà l’avait annoncé : « Quand tes dispersés seraient au bout des cieux, l’Éternel, ton Dieu, te rassemblera de là, et te prendra de là ; et l’Éternel, ton Dieu, te ramènera dans le pays que tes pères ont possédé, et tu le posséderas » (Deut. 30:4, 5 ; cf. Néh. 1:9).
À ce peuple qu’il a appelé dans sa souveraine grâce, Dieu dit : « Ne crains point, car je suis avec toi ; ne sois pas inquiet, car moi je suis ton Dieu. Je te fortifierai ; oui, je t’aiderai ; oui, je te soutiendrai par la droite de ma justice » (v. 10). Combien de cœurs découragés n’ont-ils pas déjà été consolés par ces paroles, depuis le temps où elles ont été écrites ! Elles trouveront cependant leur véritable accomplissement dans les temps futurs, quand Dieu s’occupera de nouveau, en puissance et en justice, de son peuple affligé. Ce peuple est ici encouragé par les mots trois fois répétés : « Ne crains point » (v. 10, 13, 14).
Au verset 10, il donne à son peuple inquiet trois raisons pour ne pas craindre :
— sa présence : « Je suis avec toi » ;
— sa relation avec Israël : « Je suis ton Dieu » ;
— sa promesse de lui donner force, aide et protection : « Je te fortifierai ; oui, je t’aiderai ; oui, je te soutiendrai par la droite de ma justice ».
Tout antisémitisme, toute opposition et toute inimitié contre les Juifs prendront fin un jour par l’intervention de Dieu. Que ce soient ceux qui « s’irritent » ou qui « contestent » contre Israël, ou ceux qui « ont querelle » avec lui ou qui lui « font la guerre », ils seront tous « comme un rien et comme néant », c’est-à-dire qu’ils disparaîtront entièrement. Tous les ennemis du peuple sont inclus dans ce jugement (v. 11, 12).
Le roi David, qui est un type de Christ, a pu éprouver une fois dans sa vie que, « tout autour, l’Éternel lui avait « donné du repos de tous ses ennemis » (2 Sam. 7:1). Mais à part ce moment particulier (et une grande partie du règne de Salomon), le peuple d’Israël, tout au long de son histoire, n’a jamais joui d’une telle période de paix complète, pendant laquelle tous ses ennemis sont « comme un rien et comme néant ». Ce n’est que dans le Millénium que cette prophétie aura son accomplissement, par l’intervention puissante de Dieu.
Au verset 13, l’Éternel confirme à son peuple sa promesse du verset 10 : « Car moi, l’Éternel, ton Dieu, je tiens ta droite, moi qui te dis : Ne crains point, moi je t’aiderai ». Non seulement est prédite la défaite de tous les ennemis, mais aussi l’aide de Dieu à son peuple. Celui-ci peut accepter ces assurances avec foi et confiance.
Au verset 14, l’Éternel encourage pour la troisième fois son peuple, qui ne se voit lui-même que tel un « vermisseau » et n’étant qu’une poignée d’hommes, en lui disant : « Ne crains point... moi je t’aiderai ». L’Éternel est son aide parce qu’il est aussi son « Rédempteur ». Les Israélites qui attendent le Messie seront ainsi amenés, à travers une grande détresse, à reconnaître dans « celui qu’ils auront percé » leur Rédempteur et leur Dieu, qui est en même temps le « Saint d’Israël ».
Lorsque le résidu juif croyant aura discerné cela, le Seigneur, après son apparition en gloire, non seulement les délivrera des ennemis qui les environnent, mais encore se servira d’eux pour vaincre ceux-ci (v. 15 ; cf. 11:4 ; Jér. 30:16 ; Michée 4:13 ; Zach. 12:6, 9 ; 14:14 ; Mal. 4:3). Ce combat victorieux est comparé au battage et au vannage du blé. Lors du battage d’autrefois, un traîneau à battre, constitué de lourdes poutres et pourvu de pointes de pierre, était conduit sur le blé étalé sur le sol. Ainsi les grains étaient séparés des épis. Ensuite, le blé était vanné, c’est-à-dire jeté en l’air au moyen d’une pelle, ce qui permettait au vent d’emporter la balle. Les « montagnes » et les « collines » sont les images d’ennemis orgueilleux et puissants (cf. 2:14 ; Zach. 4:7), qui seront battus et réduits en poussière.
Le peuple n’est cependant pas le seul exécuteur du jugement, il ne fait qu’y participer. Le « vent » qui emporte la balle et le « tourbillon » qui la disperse indiquent clairement la puissance de Dieu qui, en fin de compte, est celui qui exerce le jugement (cf. 40:24). Le peuple, dans sa grande faiblesse, le reconnaîtra volontiers et n’attribuera pas la victoire à ses propres capacités, mais il s’égayera en l’Éternel et se glorifiera dans le Saint d’Israël (v. 16 ; cf. 45:25 ; 1 Cor. 1:31).
Dans ce qui suit, la délivrance future d’Israël (ou plus précisément, de Juda) est présentée par un autre tableau merveilleux. D’abord nous voyons « les affligés et les nécessiteux » dont nous rencontrons si souvent les appels au secours dans les psaumes (Ps. 9:18 ; 12:5 ; 40:17 ; 69:33 ; 72:12 ; 86:1 ; 109:22 ; 140:12). Ils cherchent de l’eau et n’en trouvent pas, de sorte que leur langue est desséchée par la soif (v. 17). Cette façon imagée de s’exprimer nous rappelle le début du deuxième livre des psaumes (Ps. 42-72), où nous trouvons décrites prophétiquement les souffrances des justes, ou du résidu, qui, pendant la grande tribulation, est chassé hors de Jérusalem et attend le Messie. « Comme le cerf brame après les courants d’eau, ainsi mon âme crie après toi, ô Dieu ! Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant. Quand viendrai-je et paraîtrai-je devant Dieu ? » (Ps. 42:1, 2). Nous voyons là les Juifs fidèles qui ont fui de Jérusalem dans le désert (que ce soit à cause de l’Antichrist ou devant l’attaque de l’Assyrien) et qui soupirent de voir enfin leur Messie ardemment désiré, qui leur donnera la justice et la paix (cf. 16:3, 4 ; Matt. 5:6 ; 24:15-31).
L’Éternel les exaucera. Il est « le Dieu d’Israël » - de tout son peuple - et il ne les abandonnera pas. Par l’apparition de la gloire de Christ, leur soif sera étanchée pour toujours. L’Éternel fera jaillir les « fontaines du salut », auxquelles ils pourront puiser « l’eau de la vie » (cf. 12:3). Au début du Millénium, selon sa promesse au chapitre 44 (v. 3, 4), il versera « de l’eau sur celui qui a soif, et des ruisseaux d’eau sur la terre sèche », termes qui évoquent la descente du Saint Esprit sur toute chair, spécialement sur son peuple (cf. Joël 2:28, 29 ; Act. 2:17, 18). L’eau vive, l’eau jaillissant et coulant d’elle-même, est souvent dans l’Écriture un symbole du Saint Esprit (cf. Jean 7:37-40). Et le « désert » peut être une image de l’état du cœur de l’homme (cf. 40:3).
D’un autre côté nous savons que le pays de la promesse, au début du règne millénaire, connaîtra des bouleversements climatiques et biologiques par lesquels les régions désertiques seront changées en contrées florissantes (cf. 32:15 ; 35:6, 7 ; 43:19, 20 ; Ps. 107:35). Cela est aussi évoqué dans les versets 18 et 19 de notre chapitre. Les sept espèces d’arbres que Dieu fera croître dans le désert et dans le lieu stérile parlent en figure de la perfection de la bénédiction qu’il accordera dans ce temps merveilleux.
Mais le but de Dieu n’est pas seulement la bénédiction en elle-même ; c’est aussi et avant tout que son peuple discerne « que la main de l’Éternel a fait cela, et que le Saint d’Israël l’a créé ». Tous les hommes, mais spécialement le peuple d’Israël, doivent le voir, le savoir, le considérer et le comprendre (v. 20). Le progrès spirituel évoqué par ces quatre verbes devrait d’ailleurs caractériser tous ceux qui lisent les Saintes Écritures.
Le retour des Juifs de la captivité babylonienne n’a certainement pas été l’accomplissement des prophéties contenues dans ce passage. Il peut être considéré comme « les arrhes » de la fidélité de Dieu jusqu’à la fin. Mais tout sera accompli dans le Millénium d’une manière glorieuse et parfaite. Plusieurs des déclarations que nous avons ici ont aussi une application spirituelle dans tous les temps.
Les versets 21 à 29 sont une suite de l’appel de Dieu à ses adversaires, sujet commencé dans les versets 1 à 7. Là, il somme les peuplades idolâtres de s’approcher de lui « en jugement » ; ici, les idoles doivent produire elles-mêmes leur « cause ». Au début du chapitre, nous voyons la toute-puissance de Dieu qui appelle le roi Cyrus comme dominateur et comme exécuteur de ses conseils ; ici Dieu proclame sa parfaite connaissance du passé et de l’avenir.
L’Éternel se présente comme le « roi de Jacob », qui dans son amour et dans sa grâce s’est choisi ce peuple. Il invite les idoles à produire leur « cause » présumée et à présenter leurs « arguments » inexistants (v. 21). Qu’elles déclarent à l’Éternel et à son peuple « ce qui arrivera » et qu’elles prouvent ainsi leur divinité ! Qu’elles déclarent « les premières choses, ce qu’elles sont », c’est-à-dire leurs prophéties passées soi-disant réalisées, afin que l’on puisse les comprendre et en connaître le résultat (cf. 42:9 ; 43:9 ; 48:3) ! Qu’elles fassent donc savoir les choses qui viendront (v. 22) ! Si elles étaient en mesure de le faire, elles prouveraient qu’elles sont des dieux. Mais elles ne peuvent faire ni bien ni mal ; n’étant rien d’autre que l’ouvrage de l’homme, elles ne peuvent absolument rien faire (cf. Soph. 1:12). Par conséquent, toute tentative de comparaison est parfaitement illusoire (v. 23).
D’où la sentence : « Voici, vous êtes moins que rien, et votre œuvre est du néant : qui vous choisit est une abomination... » (v. 24 ; cf. Deut. 27:15 ; 1 Cor. 8:4).
Au verset 25, l’Éternel revient au roi Cyrus. Il l’appellera du nord, lieu d’habitation des Mèdes, et du levant, lieu d’habitation des Perses (cf. v. 2, 3). Les premiers versets du livre d’Esdras nous confirment que c’est l’Éternel qui a réveillé l’esprit de Cyrus, et que ce dernier l’a reconnu comme étant le Dieu des cieux qui lui avait donné tous les royaumes de la terre (Esd. 1:1-4). Comme au verset 2 de notre chapitre, cet instrument de Dieu n’est pas non plus mentionné ici par son nom (cf. 44:28). Seuls ses grands succès militaires et politiques sont décrits : « Et il marchera sur les princes comme sur de la boue, et comme le potier foule l’argile » (v. 25).
Y avait-il une idole qui ait déclaré cela « dès le commencement », c’est-à-dire à l’avance ? Non ! Aucune idole et aucun homme n’en est capable (v. 26). La prophétie contenue dans l’Écriture Sainte est par conséquent une des preuves les plus évidentes de l’existence de Dieu. Pensons par exemple aux nombreuses prophéties concernant le Seigneur Jésus ou le peuple d’Israël, qui se sont accomplies à la lettre. Personne d’autre que Dieu ne sait à l’avance ce qui arrivera.
Dieu est « le premier » (v. 27), l’origine et le commencement de toutes choses (cf. v. 4). Il annonce la délivrance à Sion et envoie un messager de bonnes nouvelles à Jérusalem, mais les idoles ne disent et ne font absolument rien. Le Dieu d’Israël est la seule source de la rédemption et du salut (cf. 43:11, 12). Aucun autre n’est là comme conseiller, et il n’y a personne qui puisse répondre à ses questions (v. 28). C’est pourquoi, pour conclure, la sentence déjà prononcée au verset 24 est répétée : « Tous sont la vanité ». Les images de fonte les plus belles et les plus précieuses sont sans aucune valeur parce que les faux dieux qui se tiennent derrière elles ne sont rien (v. 29 ; cf. 1 Cor. 8:4).
ME 2004 p. 267
Par l’exclamation : « Voici », nos regards sont portés sur Christ, le Serviteur de l’Éternel. Car c’est bien du Messie, et de lui seul, qu’il est question ici ; il ne peut s’agir ni du peuple d’Israël, qui est parfois aussi appelé « serviteur » de l’Éternel, ni de Cyrus, roi de Perse, auquel ce titre n’est donné nulle part. Le Christ est appelé « serviteur » de Dieu dans plusieurs autres passages (cf. És. 49:6 ; 52:13 ; 53:11 ; Act. 3:13 ; 4:27). Fait particulièrement remarquable, les quatre premiers versets de ce chapitre sont cités dans le Nouveau Testament comme étant des paroles du prophète Ésaïe qui trouvaient alors leur accomplissement dans le Seigneur Jésus (Matt. 12:17-21).
En Lui nous voyons le vrai serviteur de l’Éternel, celui qui est en même temps son élu, en qui son âme trouve son plaisir. S’il nous est présenté ici comme « élu », c’est parce qu’il est considéré comme homme et non pas comme Fils éternel. Entre tous les hommes depuis Adam, il était le seul qui pouvait accomplir le dessein de Dieu. Il est la pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse auprès de Dieu (cf. Luc 23:35 ; 1 Pierre 2:4, 6). En lui, le Fils bien- aimé, le Père trouve continuellement son plaisir (cf. Matt. 3:17 ; 17:5). Sur lui repose son Esprit, par lequel il fera connaître à tous son juste jugement ; « il fera valoir le jugement à l’égard des nations » (v. 1 ; cf. 11:2-5 ; 16:5 ; 61:1). Cette prophétie, aussi bien que celle de la fin du verset 3 (« il fera valoir le jugement en faveur de la vérité ») n’auront leur accomplissement que dans le règne millénaire.
Comme très souvent dans les livres prophétiques de l’Ancien Testament, la première et la deuxième venue du Seigneur Jésus sont présentées comme un tout ; le temps intermédiaire de la grâce est omis (cf. 9:5, 6 ; 11:1-5 ; Michée 5:2). Les prophéties du verset 2 se sont accomplies lors de sa première venue, sa venue dans l’abaissement. Le Seigneur Jésus ne cherchait pas sa propre gloire, mais celle de son Père qui l’avait envoyé (Jean 8:49, 50). Il dit de lui-même : « Le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour plusieurs » (Matt. 20:28). Très souvent, il commandait aux personnes qu’il avait guéries de ne pas le faire connaître (cf. Matt. 9:30 ; 12:16 ; Marc 3:12). Quel modèle d’humilité et d’abnégation nous voyons en lui, le parfait serviteur, qui ne criait pas, n’élevait pas sa voix et ne la faisait pas entendre dans la rue (v. 2 ; Matt. 11:29 ; 2 Tim. 2:24, 25) ! Nous avons beaucoup à apprendre de lui.
Mais cette douceur et cette débonnaireté du Seigneur Jésus n’étaient pas seulement son caractère propre, elles se traduisaient aussi dans ses relations avec autrui. Il ne brisait pas le « roseau froissé » et n’éteignait pas « le lin qui brûle à peine » (v. 3). Il n’avait pas été envoyé pour juger le monde, mais pour le sauver (Jean 3:17).
Bien qu’il ait été rejeté par son peuple incrédule, il ne s’est pas laissé décourager. Dans le plus profond abaissement, il a suivi jusqu’à la croix le chemin qui lui avait été tracé. Là il a non seulement accompli l’œuvre de la rédemption en faveur des pécheurs perdus, mais il s’est aussi acquis le droit à l’héritage et à la souveraineté qui lui reviendront dans le règne millénaire. Puis, après son apparition en gloire sur la terre, il établira « le juste jugement sur la terre ; et les îles s’attendront à sa loi » (v. 4 ; cf. 2:2-4 ; 49:4-6).
Le Dieu Créateur s’adresse maintenant à son serviteur élu. D’une manière solennelle, il se présente comme Celui qui seul est vraiment Dieu, et comme « l’Éternel », Celui qui ne peut changer. C’est lui qui a créé et déployé les cieux (cf. 40:22), qui a étendu la terre avec tous ses produits et qui a donné la respiration et un esprit à ses habitants (v. 5).
Il dit : « Moi, l’Éternel, je t’ai appelé » (v. 6). Quand le Dieu tout-puissant appelle son serviteur, il atteint son but. Ce serviteur est le Seigneur Jésus comme Homme sur la terre (cf. 49:1). L’appel a lieu « en justice », c’est-à-dire en plein accord avec la nature de Dieu qui est lumière et amour (cf. 41:2 ; 45:13). Sa justice a aussi en vue le salut éternel de l’homme ; dans l’évangile, la justice de Dieu est révélée « en salut à quiconque croit, et au Juif premièrement, et au Grec » (Rom. 1:16, 17 ; 3:21-26).
Toutefois l’Éternel n’appelle pas seulement son serviteur, il le fortifie aussi en le tenant par la main ; il le garde et le donne pour être « une alliance du peuple ». Cette expression un peu insolite, qui apparaît aussi au chapitre 49 (v. 8), veut dire que c’est en lui que se réalisera la nouvelle alliance que Dieu conclura avec le peuple d’Israël (Jér. 31:31-34 ; Ézéch. 37:26 ; Héb. 8:8). Son sang est en effet « le sang de la nouvelle alliance, qui est versé pour plusieurs en rémission de péchés » (Matt. 26:28).
L’ancienne alliance, qui avait été conclue au Sinaï, ne pouvait qu’aboutir à un échec en raison de l’incapacité du peuple d’Israël à satisfaire son engagement. La nouvelle alliance, par contre, repose uniquement sur le sacrifice de Christ accompli à la croix (Héb. 9:15 ; 13:20). Jésus est ainsi le médiateur et le garant de cette « alliance éternelle » que Dieu établira « pour la maison d’Israël » (Héb. 8:10). Cependant, c’est sur l’œuvre rédemptrice de Christ que, dans le temps actuel aussi, la vraie foi se fonde. De sorte que si la nouvelle alliance n’est pas établie à la lettre pour nous, toutefois elle est pour nous quant aux principes spirituels qu’elle implique. C’est pourquoi Paul peut écrire qu’il est un « ministre de la nouvelle alliance » (2 Cor. 3:6 ; cf. 1 Cor. 11:25).
Dieu donnera Christ pour être non seulement « une alliance du peuple », mais aussi « une lumière des nations » (cf. 49:6 ; Luc 2:32). Ainsi les bénédictions du Millénium ne se limiteront pas à Israël, mais toutes les nations marcheront dans la lumière de Dieu, qui luira sur elles dans la personne de Christ. Le chemin qui conduit là est décrit au verset 7. Par leur nature et par leurs péchés, tous les hommes sont « aveugles » quant à la vérité de Dieu, « prisonniers » dans le piège du diable, et « dans les ténèbres » de l’éloignement de Dieu. Le Fils de Dieu est venu pour les délivrer de leur misère. C’est pourquoi ces paroles, qui se rapportent en premier lieu au règne millénaire, trouvent déjà maintenant leur réalisation en ceux qui croient en lui et en son œuvre rédemptrice (v. 7 ; cf. 32:3 ; 35:5 ; 49:9 ; 61:1 ; Jean 8:32 ; Act. 10:38 ; 26:18). « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (Act. 2:21 ; cf. Joël 2:32).
Pour confirmer cette glorieuse proclamation, Dieu y appose son sceau en disant : « Je suis l’Éternel : c’est là mon nom » (v. 8). Dans ce nom s’exprime sa grâce envers les hommes et particulièrement envers son peuple Israël (cf. Ex. 3:13-15). Celui qui demeure éternellement n’abandonne pas les hommes qu’il a créés au sort misérable qu’ils ont mérité par leur propre faute. Il est non seulement lumière, mais aussi amour, et il agit en toutes choses à cause de lui-même (cf. 48:11). Il ne donnera pas à un autre son honneur et sa gloire de seul vrai Dieu éternel qui sauve et qui juge. Même si les faux dieux ou diverses religions ont la même prétention, un jour il sera clairement établi que lui seul est Dieu.
Comme confirmation, il revendique pour lui- même la capacité de prédire l’avenir (v. 9). Ce qu’il a annoncé auparavant par les prophètes est arrivé ; il déclarera aussi les « choses nouvelles » avant qu’elles se réalisent (cf. 41:21-24). C’est un appel solennel, adressé non seulement au peuple d’Israël mais à tous les hommes, pour qu’ils croient la parole de Dieu. L’accomplissement, visible pour tous, de prophéties dans le passé devrait conduire les hommes à prendre au sérieux les prophéties non encore réalisées et à avoir foi en la parole de Dieu.
Nous sommes placés ici dans une scène future. Les « choses nouvelles » que l’Éternel a annoncées au verset 9 sont arrivées ! Le vrai serviteur de l’Éternel, le Seigneur Jésus, est apparu en puissance pour établir le juste jugement sur la terre (cf. v. 4). Ceci ne s’est réalisé ni lors du retour des Juifs de Babylone, ni lors de la première venue du Seigneur Jésus sur la terre, mais se rapporte à l’établissement du Millénium. Remarquons les similitudes entre ce que nous avons ici et les psaumes du quatrième livre (Ps. 90 à 106), dont le sujet principal est l’apparition du Messie et son règne de paix (cf. particulièrement Ps. 96:1, 5, 7 ; 98).
« Chantez à l’Éternel un cantique nouveau » (v. 10). Cet appel du prophète sert d’introduction à un passage qui décrit l’effet des terribles jugements de Dieu sur la terre. Nous n’avons pas ici le cantique nouveau entonné par les rachetés de l’Agneau dans le ciel (Apoc. 5:9), mais celui que chantent ceux qui ont attendu l’apparition du Messie sur la terre et qui le saluent comme leur Sauveur (cf. Ps. 33:3 ; 40:3 ; 96:1 ; 98:1 ; 144:9 ; 149:1 ; Apoc. 14:3). C’est ainsi que le peuple d’Israël, après sa délivrance d’Égypte, avait chanté un cantique de reconnaissance à l’Éternel sur le rivage de la mer Rouge (Ex. 15). Le cantique nouveau que nous avons ici sera toutefois chanté « du bout de la terre », c’est-à-dire dans le monde entier, aussi bien par ceux qui « descendent sur la mer » que par les habitants des pays voisins, des « îles » (v. 10 ; cf. Gen. 10:5).
La louange de Dieu retentira aussi des contrées désertiques environnantes (v. 11). Kédar était un fils d’Ismaël, dont les descendants vivaient comme bédouins dans l’Arabie du Nord ; les habitants du « rocher » (hébr. Séla) sont probablement les ressortissants d’une ville du territoire de Moab (Gen. 25:13 ; 2 Rois 14:7 ; És. 16:1 ; 21:16). Des fidèles du résidu juif dans le temps de la grande tribulation trouveront, dans ces deux contrées, un refuge contre l’Assyrien (cf. Ps. 120:5 ; Dan. 11:41). Une partie de ces peuples survivra au jugement de Dieu, puis servira l’Éternel (21:17 ; 60:7 ; Jér. 48:47 ; 49:6). À eux tous s’adresse l’exhortation : « Qu’on donne gloire à l’Éternel, et qu’on déclare sa louange dans les îles ! » Le monde entier entonnera alors les louanges de Dieu et de son Serviteur, le Seigneur Jésus (v. 12).
Cependant avant qu’il en soit ainsi, le Messie apparaîtra en gloire et en puissance « comme un homme de guerre » ; il exercera le jugement et anéantira ses ennemis (v. 13 ; cf. 30:30, 31 ; 31:4 ; 59:16-18 ; 63:3, 4 ; Zach. 9:14 ; 14:3 ; Apoc. 19:11-16). De même que Dieu a combattu pour son peuple, tout au début de son histoire, lorsqu’il l’a conduit hors d’Égypte, ainsi fera-t-il aussi à la fin (cf. Ex. 14:14).
Même si, pendant un temps, Dieu peut paraître inactif, le jour viendra où il entreprendra la réalisation du but qu’il s’est proposé (v. 14). La captivité de Juda à Babylone et le retrait de la gloire de Dieu du temple à Jérusalem ont marqué le début des temps des nations. Durant ceux-ci, Dieu a remis le gouvernement aux quatre grands empires successifs, et il n’intervient plus de façon directe dans la destinée du monde (Luc 21:24 ; cf. Dan. 2 et 7). Le nom qu’il prend en rapport avec cette période, c’est le « Dieu des cieux », et non, comme auparavant, le « Dieu possesseur des cieux et de la terre » ou le « Seigneur de toute la terre » (Dan. 2:37 ; Gen. 14:22 ; Jos. 3:11).
Oui Dieu s’est « tu » longtemps et il s’est « contenu » (cf. 8:17 ; 18:4 ; 30:18 ; 45:15). Mais, dans les versets que nous avons sous les yeux, ce temps est révolu. L’Éternel apparaît non seulement comme un homme de guerre qui anéantit ses ennemis, il se compare aussi à une femme qui, dans les douleurs de l’enfantement, halète et gémit jusqu’à la naissance de son enfant. Les « choses nouvelles » qui « germent » ici sont l’état renouvelé de la terre purifiée dans le Millénium, état que le Seigneur Jésus appelle, en Matthieu 19:28, la « régénération » (cf. v. 9 ; 43:19).
Le résultat de ces interventions directes de Dieu sera double : l’Éternel punira ses ennemis et il délivrera son peuple, tous ceux qui auront espéré en lui durant la tribulation. Au verset 15 est décrit le jugement qui s’exercera sur les peuples qui lui ont résisté. Dans leur orgueil, ils pouvaient faire figure de montagnes imposantes et de collines élevées, mais ils deviendront des déserts arides (cf. 2:14 ; 41:15). Les oppresseurs avaient pu paraître comme de grandes rivières ou des étendues d’eau ; ils seront desséchés (cf. Ps. 93:3 ; 107:33, 34 ; És. 8:7 ; 59:19).
Mais pour les « aveugles », c’est-à-dire pour son peuple terrestre, se lèvera un temps de lumière (v. 16 ; cf. v. 7 ; 6:10 ; 25:7 ; 29:9 ; 32:3 ; 35:5 ; 43:8). Eux qui, depuis des siècles, ont un voile devant les yeux relativement au Seigneur Jésus, leur Messie, et qui, dans leur aveuglement, cherchent en vain à obtenir la justice par le moyen de la loi, reconnaîtront alors que ce chemin est faux et se confieront en lui dans la foi (cf. Rom. 10:2-4 ; 11:8-11, 25, 26 ; 2 Cor. 3:14-16). Puis l’Éternel les conduira sur le merveilleux chemin de la vraie foi, chemin qu’ils n’ont pas connu jusqu’alors. Il ôtera tous les obstacles et conduira toutes choses au but qu’il a prévu. Ce qu’il s’est proposé, il l’accomplira.
Le verset 17 montre l’effet de l’intervention de l’Éternel en jugement et en grâce : « Ils se retireront en arrière, ils seront couverts de honte, ceux qui mettent leur confiance en une image taillée, qui disent à une image de fonte : Vous êtes nos dieux » (cf. 1:29 ; 44:9-11 ; 45:16). Les nombreux Juifs qui auront rendu hommage à l’Antichrist et tous ceux qui auront adoré l’image de la bête romaine seront démasqués et détruits (cf. 2 Thess. 2:3-12 ; Apoc. 13:4, 8, 16 ; 19:20 ; És. 1:29).
Au chapitre 6 (v. 10), Ésaïe avait reçu du Seigneur le message : « Engraisse le cœur de ce peuple, et rends ses oreilles pesantes, et bouche ses yeux, de peur qu’il ne voie des yeux, et n’entende de ses oreilles, et ne comprenne de son cœur, et ne se convertisse, et qu’il ne soit guéri ». Nous en voyons ici les conséquences pendant des millénaires : le peuple de Dieu est devenu « aveugle » et « sourd » quant aux voies et à la parole de l’Éternel. Dans les paragraphes précédents, l’Éternel a annoncé sa grâce future envers ces aveugles (v. 7, 16) ; ici il les somme de regarder et d’écouter (v. 18).
Le « serviteur de l’Éternel » du verset 19 n’est pas le Seigneur Jésus, comme au verset 1, mais le peuple d’Israël (cf. 41:8 ; 44:1, 21 ; 45:4). Ce peuple aurait dû être le serviteur, le messager de l’Éternel, celui qui a sa confiance, mais il s’est écarté bien loin de cet appel élevé. Ainsi ces désignations ne se rapportent pas à l’état effectif d’Israël, mais aux « dons de grâce » de Dieu et à son « appel », dont il ne se repent pas et qu’il ne retire pas, malgré la défaillance de l’homme (v. 19 ; cf. Rom. 11:29).
Dieu s’était occupé fidèlement de ce peuple. Combien de paroles Israël avait-il entendues de sa bouche, et combien d’actes puissants avait-il vus - sans les prendre à cœur (v. 20) ! Et pourtant, la parole de Dieu n’est pas invalidée à cause de cela. Qu’il s’agisse du passé, du présent ou de l’avenir, Dieu rendra sa loi grande et honorable « à cause de sa justice » (v. 21 ; cf. Rom. 3:1-7). Au temps de l’Ancien Testament, l’honneur de la loi a été maintenu en ce que le peuple d’Israël a reçu un juste châtiment pour ses péchés. Plus tard, le Fils de Dieu est venu sur la terre, non pas pour annuler la loi mais pour l’accomplir, c’est-à-dire pour la mettre pleinement en valeur. Dans le temps présent, la loi est confirmée par le fait que, dans l’évangile, les péchés des croyants ne sont pas simplement oubliés, mais leur entière punition est proclamée ; elle a été subie par Celui qui n’a pas connu le péché et qui cependant a été fait péché pour nous « afin que nous devenions justice de Dieu en lui » (Rom. 3:31 ; 2 Cor. 5:21). C’est l’heureuse part de tous ceux qui croient au Seigneur Jésus, et il en sera de même pour le résidu juif qui reconnaîtra que l’on ne peut pas subsister devant Dieu en vertu d’œuvres de loi, mais uniquement par la foi en Christ (cf. Jér. 31:33, 34).
Pourtant combien la situation de ce peuple d’Israël est différente actuellement ! Bien que richement béni par Dieu à l’origine, il est maintenant « un peuple pillé et dépouillé ; ils sont tous liés dans des fosses, et ils sont cachés dans des prisons ; ils sont devenus un butin, et il n’y a personne qui délivre, — une proie, et il n’y a personne qui dise : Restitue » (v. 22). Cela s’est confirmé aussi bien matériellement que spirituellement. Non seulement les Juifs ont été persécutés et méprisés par tous les peuples depuis des siècles, mais ils sont aussi dans un état spirituel dont personne ne peut les délivrer, sinon le Seigneur Jésus.
Le prophète adresse alors un appel à ce peuple aveugle et sourd. Il le prépare au grand changement qui interviendra lorsque quelques-uns, individuellement, prêteront l’oreille au message de Dieu : « Qui fera attention, et écoutera ce qui est à venir » (v. 23). Et voilà que le résidu croyant soulève craintivement la question qui laisse discerner le réveil de sa conscience : « Qui a livré Jacob pour être une proie, et Israël à ceux qui le pillent ? N’est-ce pas l’Éternel, celui contre qui nous avons péché ? » Oui, il en est bien ainsi : « Ils n’ont pas voulu marcher dans ses voies, et ils n’ont pas écouté sa loi » (v. 24). Dieu a endurci son peuple et l’a livré à la misère parce qu’il a continuellement péché contre lui — et au plus haut degré par le rejet de Christ — au lieu de respecter sa loi et de la mettre en pratique (v. 25).
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Les premiers versets de ce chapitre se relient directement à la fin du chapitre précédent et en constituent la conclusion. Mais le contraste entre le jugement prononcé là et les promesses que l’on trouve ici est immense.
L’Éternel appelle son peuple à l’écouter, ce peuple qu’il a choisi comme son serviteur. Il lui rappelle qu’il l’a formé « dès la matrice » et qu’il l’aide. Il l’encourage en lui disant : « Ne crains pas, mon serviteur Jacob, et toi, Jeshurun, que j’ai choisi » (v. 2 ; cf. 41:8-10). Le nom honorifique de Jeshurun (qui signifie : « celui qui est droit, juste », et qu’on trouve aussi en Deutéronome 32:15 ; 33:5, 26) se réfère prophétiquement à l’état spirituel futur du peuple. Quelle grâce se révèle dans ces paroles du Dieu d’Israël ! Quels encouragements contiennent ces deux versets pour le peuple qui a été si profondément humilié à cause de son infidélité et de son égarement ! Dieu rétablira ses relations avec son peuple terrestre sur un fondement entièrement nouveau — ces relations qui avaient été fondées autrefois sur l’alliance de Sinaï, puis interrompues par la désobéissance du peuple et son rejet de Christ.
Dieu étanchera la soif des hommes au moyen de l’eau de la vie et mettra fin à la sécheresse spirituelle (v. 3). Il versera son Esprit et sa bénédiction sur le peuple, plus précisément sur sa « semence » et sur « ceux qui sortent de lui », c’est-à-dire dans un avenir qui était encore lointain à l’époque d’Ésaïe (cf. 12:3 ; 41:18 ; Ézéch. 36:25 ; Jean 3:5 ; 4:10-14). D’autres passages de la Parole montrent que cette prophétie ne saurait en aucun cas se rapporter au retour des Juifs de Babylone (És. 32:15 ; Ézéch. 36:26 ; Joël 3:1-5). Elle n’aura son accomplissement qu’au début du Millénium et la condition préalable en est la conversion d’Israël à Jésus Christ, son Messie. Il y en a eu toutefois un accomplissement partiel au début du christianisme, à la Pentecôte, lorsque le Saint Esprit a été répandu sur ceux qui croyaient au Seigneur Jésus (Act. 2:16-21).
Quelle sera pour le peuple la conséquence de cette bénédiction ? « Ils germeront parmi l’herbe, comme les saules auprès des courants d’eau » (v. 4). Il n’y aura pas seulement un accroissement rapide et important de la population du pays, initialement petite et composée uniquement de ceux qui font partie du résidu croyant, mais surtout une prospérité spirituelle du peuple (cf. Ps. 1:3 ; Jér. 17:8).
Lorsque l’Éternel reconnaîtra de nouveau Israël comme étant son peuple, tous — Israélites ou nations — ressentiront comme le plus grand honneur d’être mis en relation avec Lui et avec son peuple. L’un dira qu’il est à l’Éternel, un autre s’unira au nom de Jacob, tandis qu’un troisième écrira de sa propre main qu’il appartient à l’Éternel et considérera le nom d’Israël comme un titre honorifique (v. 5).
Les titres sous lesquels Dieu se présente ensuite font ressortir d’une façon particulière sa relation avec Israël. Il est « l’Éternel, le roi d’Israël, et son rédempteur, l’Éternel des armées » (v. 6). Les deux titres intermédiaires portent nos pensées sur le Seigneur Jésus, de même que les paroles qui suivent : « Je suis le premier, et je suis le dernier », que nous trouvons aussi dans le livre de l’Apocalypse (Apoc. 1:8, 17 ; 2:8 ; cf. És. 41:4).
Toutes ces expressions témoignent de l’existence éternelle et de la souveraineté absolue de Dieu. À part lui, le « seul vrai Dieu », aucun être ne peut être désigné ainsi à juste titre (v. 6). Un dieu quelconque a-t-il prédit comme lui l’avenir du « peuple ancien » ? Si oui, qu’il le déclare, ainsi que toutes les autres choses qui arriveront (v. 7 ; cf. 43:9-12) ! Hors lui, personne n’est capable de cela.
Le peuple qui le connaît comme son Dieu est alors encouragé à ne pas avoir peur et à ne pas craindre (v. 8 ; cf. 41:10). Il lui a fait annoncer ses plans par les prophètes et il les réalisera. Il est le seul Dieu, le rocher éternel, en qui l’homme peut sans réserve mettre sa confiance. C’est le peuple d’Israël qui est le mieux à même d’en témoigner (cf. 43:10).
Au verset 9, l’Éternel revient au sujet des idoles que son peuple adorait avant la captivité babylonienne (cf. 40:18-20 ; 42:17 ; 45:16, 20 ; 46:5-7). Dans un langage particulièrement incisif, il montre combien il est insensé de faire et d’adorer des images taillées. Celui qui forme ou se fait construire une idole s’attend bien sûr à ce qu’elle lui soit vraiment utile (v. 10). Mais aussi bien les adorateurs que les constructeurs de telles images seront honteux (v. 11). Car comment ce que l’homme fait, même s’il est habile et expérimenté, pourrait-il être plus fort et meilleur que l’homme lui-même ? Et déjà lorsqu’il forme l’image, il a faim, il a soif et il est fatigué (v. 12).
Le processus de fabrication d’une image taillée suffit à montrer tout le ridicule qui caractérise cet objet. Un sculpteur sur bois travaille selon toutes les règles de son art et réalise une image aussi belle que possible. Pour cela, il a besoin de bois et choisit un arbre approprié. Le fait que celui-ci a cru grâce à la « pluie du ciel », qui ne peut être donnée que par le seul vrai Dieu, le Créateur et le Conservateur du monde, ne fait que souligner le ridicule de tout le processus (v. 13, 14 ; cf. Ps. 147:8).
Et l’ironie s’accroît encore dans les versets 15 à 17. Une moitié du bois est utilisée pour se chauffer, pour rôtir de la viande ou pour cuire du pain, alors que le reste sert à faire une image taillée devant laquelle l’homme qui l’a faite va se prosterner. Aussi le prophète ne peut-il qu’exprimer la sentence, pleine de douleur et de tristesse : « Ils n’ont pas de connaissance et ne comprennent pas ; car Il a couvert d’un enduit leurs yeux, en sorte qu’ils ne voient pas, et leurs cœurs, en sorte qu’ils ne comprennent pas » (v. 18 ; cf. 6:10). C’est à cause de cela qu’on ne discerne pas que c’est une folie d’adorer le matériel qu’on utilise tout à la fois pour faire une « abomination » et pour le réduire en « cendres ». Quel terrible égarement ! Au lieu de la délivrance il ne conduit qu’à la condamnation éternelle ! Tout cela ne s’applique-t-il pas, à bien des égards, à l’homme moderne et à ses idoles : l’argent, le pouvoir, la culture et la science ? — sans parler de l’idolâtrie dans sa forme grossière et de l’occultisme, de plus en plus répandus.
« Souviens-toi de ces choses... » (v. 21). Par ces mots, Dieu invite son peuple à prendre à cœur ce qui vient d’être dit au sujet des idoles et de leur fabrication, comme aussi de l’idolâtrie (cf. 46:8). Israël est le serviteur de l’Éternel, et ne doit pas se trouver sous la domination des démons ! En contraste avec les idoles, qui doivent d’abord être fabriquées par les hommes, Dieu est celui qui a formé toutes choses. Il a formé aussi son peuple Israël, et il ne l’a pas oublié, bien que celui-ci se soit détourné longtemps de lui.
Dans son amour et sa miséricorde, et en vertu de l’œuvre de son Fils à la croix, il a effacé tous les péchés et les transgressions de son peuple aussi entièrement que les nuages s’effacent devant le soleil. Grâce à cette œuvre de rédemption accomplie, il peut lui dire : « Reviens à moi, car je t’ai racheté » (v. 22 ; cf. 41:14 ; 43:1). Lorsque le peuple sera revenu à son Dieu, le verset 23 s’accomplira : « Exultez, cieux, car l’Éternel l’a fait ; jetez des cris, vous, profondeurs de la terre ; éclatez en chants de triomphe, montagnes, forêts, et tous les arbres qui y sont ! Car l’Éternel a racheté Jacob, et s’est glorifié en Israël ». Dans le Millénium, non seulement le peuple d’Israël racheté louera son Dieu et le glorifiera, mais « la création elle- même aussi sera affranchie de la servitude de la corruption », sous laquelle elle a longtemps soupiré (Rom. 8:21).
Les mots « Ainsi dit l’Éternel », au verset 24, introduisent une nouvelle déclaration prophétique. La rédemption étant maintenant au premier plan, Dieu se présente d’abord comme le « rédempteur » d’Israël, ensuite comme celui qui l’a « formé dès la matrice ». Il est le Tout-Puissant qui a fait toutes choses, le Créateur des cieux et de la terre (cf. 41:14 ; 44:2). Mais il est aussi, et lui seul, Celui qui connaît la fin dès le commencement. C’est donc lui qui peut prédire, comme cela se voit d’une manière si saisissante dans tout ce livre. Lui seul connaît toutes choses, et il manifeste le mensonge de tous les signes et de toutes les divinations des hommes, comme aussi la folie de toute la sagesse humaine et de toute la vaine connaissance des hommes (v. 25 ; cf. 8:19 ; 1 Cor. 1 et 2). En revanche, il confirme la parole de son serviteur et accomplit le conseil de ses messagers (v. 26). Il est difficile de dire si le « serviteur » de l’Éternel, dans ce passage, est le peuple d’Israël (cf. 42:19) ou le prophète lui-même (cf. 20:3). Les « messagers » sont certainement les prophètes que Dieu a envoyés. Les messages qu’il leur a confiés par son Esprit auront tous leur accomplissement. Qu’il s’agisse de l’effondrement des puissants empires assyrien et babylonien, qu’il s’agisse du retour des Juifs de la captivité babylonienne, qu’il s’agisse de la reconstruction du temple et des villes de Juda, tout cela Dieu l’a fait prédire et tout s’est accompli. Il en est de même des prophéties concernant la venue du Sauveur, son rejet et l’endurcissement d’Israël qui en est résulté. Et les prophéties non encore accomplies concernant la conversion future du peuple, l’apparition de Christ, l’anéantissement de tous ses ennemis et le Millénium... se réaliseront tout aussi certainement !
C’est Dieu qui a mis la mer à sec lorsque Israël est sorti d’Égypte, qui a fait s’épuiser de grandes puissances comme les fleuves tarissent par la sécheresse, et qui a permis aux Perses de conquérir la ville de Babylone par le détournement du cours de l’Euphrate. C’est le même Dieu qui a appelé le roi Cyrus pour faire retourner son peuple dans le pays promis et pour faire reconstruire Jérusalem et le temple (v. 27, 28). Dieu s’est servi de cet homme pour réaliser ses plans et pour accomplir tout son bon plaisir. Le retour du résidu de Babylone, prédit ici, est un type de la conversion future d’Israël. Parallèlement, nous pouvons voir en Cyrus une « ombre » du Messie. Dieu le désigne ici comme son berger, c’est-à-dire comme celui qui régnera sur son peuple, et comme celui qui accomplira tout son bon plaisir. Il est cependant bien loin derrière le « bon Berger », qui a laissé sa vie pour les brebis et en qui le Père a trouvé son plaisir. En tant que souverain du deuxième des quatre grands empires prophétiques, il accomplira certes tout le bon plaisir de Dieu, mais il n’est pas lui-même, comme Christ, l’objet du plaisir de Dieu (42:1 ; 53:10).
Pour les critiques, la mention du nom de Cyrus, ici et au premier verset du chapitre 45, est une raison déterminante pour attribuer toute la seconde partie du livre d’Ésaïe à plusieurs écrivains postérieurs à l’exil. Pour eux il est impensable que le nom d’un homme soit mentionné par un prophète plus de 150 ans avant sa naissance. Pourtant il ne s’agit nullement là d’un cas unique. En 1 Rois 13:2, l’homme de Dieu venant de Juda énonce le nom du roi Josias 300 ans à l’avance. La différence entre les idoles et le seul vrai Dieu se manifeste aussi en cela. Dieu a répondu par avance à la critique incrédule en dénonçant à plusieurs reprises, précisément dans cette partie du livre, le néant des idoles et des devins, et en se présentant lui-même comme le Créateur du monde, le Dieu de son peuple Israël, le Dieu qui seul prédit les événements futurs et les fait se réaliser.
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Au chapitre 44 (v. 24-28), l’Éternel a parlé de Cyrus ; maintenant il s’adresse à lui. Si l’appellation « mon berger », qui se trouve dans les versets précédents, a déjà dû faire dresser l’oreille à chaque Israélite, combien plus ici le titre de « oint » (hébr. meshiah : Messie) qui est réservé essentiellement au futur Roi des rois (1 Sam. 2:10, 35 ; Ps. 2:2) ! L’utilisation de ce titre d’honneur montre que Dieu, dans un temps où son peuple est sans roi, peut aussi se servir d’un souverain des nations pour l’accomplissement de ses plans. Le roi syrien Hazaël a lui aussi reçu, si ce n’est le titre de « oint », du moins cette onction de la part de Dieu (1 Rois 19:15).
Comme l’aura le vrai Messie dans un jour futur, Cyrus avait pour mission de délivrer le peuple de Dieu et d’exécuter le jugement sur les ennemis de celui-ci. Mais, bien que Dieu l’ait tenu par la main droite, Cyrus, pour autant que nous puissions le conclure par ce que nous dit l’Écriture, ne l’a pas connu par la foi.
Dieu voulait cependant se servir de cet homme comme d’un instrument pour soumettre les nations et anéantir leur puissance ; il allait ouvrir les portes devant lui. Nous pouvons certainement voir ici une allusion à la prise de Babylone, lorsqu’en 539 A.C., les Mèdes et les Perses ont pu entrer sans obstacle par les portes de la ville (v. 1). Dieu lui-même s’engage à aller devant lui et à balayer tous les obstacles (v. 2). Il lui donnera « les trésors des ténèbres et les richesses des lieux cachés ». Selon les récits des historiens de l’antiquité, Hérodote et Xénophon, Cyrus, par sa victoire en l’an 547 A.C. sur le roi Crésus de Lydie (dont la richesse est légendaire) et aussi par la prise de Babylone, a conquis d’immenses richesses.
Dieu donne maintenant trois raisons pour lesquelles il a choisi Cyrus. La première est donnée au verset 3 : « afin que tu saches que moi, l’Éternel, qui t’ai appelé par ton nom, je suis le Dieu d’Israël ». Il n’est donc pas question, en premier lieu, de la position élevée donnée à Cyrus et de la destruction de Babylone, mais il faut que Cyrus reconnaisse qui est celui qui l’a mandaté : le Dieu d’Israël. Dans sa puissante main, les cœurs des rois sont des ruisseaux d’eau : il les incline « à tout ce qui lui plaît » (Prov. 21:1).
La deuxième raison est au verset 4 : « À cause de mon serviteur Jacob, et d’Israël, mon élu, je t’ai appelé par ton nom ». Celui qui s’est choisi ce « plus petit de tous les peuples » et qui a établi « les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël » veille déjà depuis des millénaires sur son peuple, et le gardera de telle sorte qu’à la fin « tout Israël sera sauvé » (Deut. 7:7 ; 32:8 ; Rom. 11:26). Dans ce but, il a appelé Cyrus par son nom plus de 150 ans avant son apparition ; en outre, il lui a donné des titres magnifiques : « berger » et « oint » (cf. 44:28 ; 45:1). Cependant, bien que Cyrus ait été appelé par Dieu et revêtu de force pour délivrer le résidu de Juda de la captivité babylonienne, il n’a jamais vraiment connu le seul vrai Dieu ; tout au plus y a-t-il eu de sa part une certaine confession de la grandeur du Dieu des cieux (Esd. 1:2-4). Ici l’Éternel doit constater à deux reprises : « Et tu ne me connaissais pas ».
Enfin, au verset 6, nous avons la troisième raison de l’action de Dieu envers Cyrus : « afin qu’ils sachent, depuis le lever du soleil et depuis le couchant, qu’il n’y en a point hors moi » (cf. 43:10, 11 ; 44:6, 8 ; 46:9). Il y aura un jour une connaissance universelle de l’Éternel. L’humanité d’alors en était très éloignée, et elle l’est encore aujourd’hui. Mais dans le Millénium, « la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer » (11:9 ; cf. Hab. 2:14). Non seulement Israël mais tous les hommes invoqueront le nom du seul Dieu (cf. Zach. 14:9).
Ce Dieu est à l’origine de toutes choses (v. 7). Dans beaucoup de religions, le « bien » et le « mal » sont considérés comme des puissances égales, opposées l’une à l’autre. Mais Dieu se révèle ici dans sa Parole comme celui qui non seulement a formé la lumière, mais qui a aussi créé les ténèbres (bien que cela ne soit pas dit expressément en Genèse 1:3-5). Il fait aussi bien la prospérité que le malheur, car rien n’arrive sans lui et il est au-dessus de toutes choses.
Les mots : « moi... qui crée le malheur (ou : le mal) » ont déjà été une énigme pour beaucoup de lecteurs de la Bible. Dieu est-il donc à l’origine du mal ou du péché ? Lui qui a les yeux trop purs pour voir le mal (Hab. 1:13), pourrait-il, ainsi que quelques-uns le pensent, avoir voulu le péché afin de rendre son amour et sa grâce d’autant plus glorieux ? Cette supposition impie doit être absolument rejetée. Le mal lui-même a son origine non pas en Dieu, qui est lumière et amour, mais dans la volonté des créatures qui se sont rebellées contre lui et contre son autorité (cf. Ézéch. 28:15 ; Rom. 5:12).
Pour cette raison, d’autres pensent que le malheur ou le mal se limite ici aux conséquences du péché, comme par exemple la mort de l’enfant engendré par David dans l’adultère, ou la plaie qui a atteint Israël comme châtiment consécutif au dénombrement du peuple (2 Sam. 11 et 12 et 24). Mais de telles restrictions altèrent le sens profond de ce passage. Job, l’homme parfait et droit, a dit : « Nous avons reçu le bien aussi de la part de Dieu, et nous ne recevrions pas le mal ? » (Job 2:10). Il venait de subir les malheurs les plus terribles, et ce n’était nullement en conséquence de ses péchés. Mais Dieu les avait permis en vue de la purification de sa foi.
Par le « malheur » ou le « mal » que Dieu crée, il ne faut pas comprendre le mal en lui-même, le péché, mais ce qu’il fait rencontrer à l’homme sur son chemin et qui apparaît aux yeux de celui-ci comme « mauvais » ou « mal ». Quel bonheur de savoir que Dieu est derrière et au-dessus de toutes choses (cf. Lam. 3:38 ; Amos 3:6 ; Rom. 8:28) !
Le retour du résidu Juif de la captivité babylonienne, sous l’impulsion de Cyrus roi de Perse, n’était qu’un petit avant-goût de la rédemption future d’Israël, des nations et de toute la création, qui s’accomplira par l’apparition de Christ, le vrai « berger » et le vrai « oint » de Dieu. C’est à cela que se réfère la déclaration du verset 8 : « Cieux, distillez d’en haut, et que les nuages fassent ruisseler la justice ; que la terre s’ouvre, et que, à la fois, le salut se produise et la justice germe ! Moi, l’Éternel, je l’ai créé ». La délivrance et la bénédiction, pour la terre gâtée par le péché, ne peuvent venir que du ciel, des « nuages » desquels, au sens figuré, ruisselle la « justice ». Dieu lui-même doit intervenir, il doit envoyer son Fils bien-aimé, afin que le salut puisse se produire et la justice germer sur la terre. Quelle merveilleuse image de la bénédiction à venir pour toute la terre — bénédiction à laquelle déjà maintenant, spirituellement parlant, peuvent avoir part tous ceux qui croient au Seigneur Jésus !
Ni les contemporains d’Ésaïe ni les Juifs retournés dans leur terre sous le roi Cyrus ne pouvaient discerner la signification typique de la délivrance du joug babylonien. Ils pouvaient bien, cependant, voir la toute-puissance de Dieu qui s’y était manifestée. À ce sujet, ils sont mis en garde contre le mécontentement à l’égard des voies de Dieu. Ésaïe doit prononcer un double « Malheur ! » sur les Juifs qui auraient l’audace de critiquer la manière d’agir de Dieu. Celui-ci, dans sa souveraineté, utiliserait comme instrument de leur délivrance un roi païen qui ne le connaissait pas. Il compare de tels hommes à des tessons qui se permettraient de juger le potier qui les a formés, ou à des enfants qui reprocheraient à leurs parents l’être qu’ils ont mis au monde (v. 9:10 ; Jér. 18:6 ; Rom. 9:19-21). Aucun homme n’a ce droit à l’égard du Dieu souverain.
Il est l’Éternel, le Saint d’Israël, qui aime son peuple qu’il a formé (cf. 43:1). Lui seul sait à l’avance ce qui arrivera et est en mesure de l’annoncer. C’est pourquoi ceux qu’il appelle ses « fils » (cf. v. 10) et « l’œuvre de ses mains » (cf. v. 9) peuvent se confier en lui sans restriction. Dieu prend soin de ses créatures. Il est véritablement le « conservateur de tous les hommes, spécialement des fidèles » (1 Tim. 4:10).
Au verset 12, il rappelle encore une fois à son peuple qu’il est le créateur des cieux et de la terre, avec tout ce qu’ils contiennent (42:5 ; 44:24). Comme tel, il est souverain pour appeler les instruments qu’il veut. Il va réveiller le roi païen Cyrus et permettre ainsi le retour des captifs de Babylone afin qu’ils puissent reconstruire Jérusalem, la ville de Dieu (41:2, 25 ; 44:28). Ce ne sont pas des moyens humains et matériels qui réaliseront tout cela, mais la volonté souveraine de Dieu (v. 13).
Cependant, le retour du petit résidu juif dans le pays de Canaan, par la main du roi Cyrus, n’est de loin pas tout ce que Dieu veut faire avec son peuple terrestre. Ce n’est qu’un acompte de la délivrance définitive d’Israël aux temps de la fin. C’est dans cette période encore future que nous place la seconde moitié de ce chapitre.
Au chapitre 43 (v. 3), les Égyptiens, les Éthiopiens et les Sabéens sont présentés comme les représentants des peuples que Dieu va livrer pour libérer le chemin de retour de son peuple terrestre. Au verset 14, ils sont donnés comme exemples des nations qui un jour se soumettront à Israël et reconnaîtront qu’il n’y a point d’autre Dieu que l’Éternel (cf. v. 5, 6, 21, 22 ; 1 Cor. 14:25). Alors l’Éternel mettra son peuple « à la tête, et non à la queue » (Deut. 28:13-44).
En présence de cette vision grandiose de l’avenir, le prophète ne peut que s’émerveiller de la manière d’agir de Dieu. Cela surpasse toute compréhension humaine. Aussi interrompt-il sa prophétie et s’exclame : « Certes, tu es un Dieu qui te caches, le Dieu d’Israël, le Sauveur ». Depuis longtemps, Dieu se tait et, d’une certaine façon, se cache d’Israël (cf. 8:17 ; 18:4 ; 30:18 ; 42:14 ; Osée 3:3-5). Pourtant il n’oublie pas son peuple et il se manifestera de nouveau à lui comme le « Dieu d’Israël », et comme « le Sauveur » (v. 15). Son but, maintenant encore caché à son peuple, lui sera révélé lorsqu’il rendra hommage à Celui qu’il a autrefois rejeté, et qu’il dira : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Ps. 118:26 ; Matt. 23:39). Toutefois le prophète et ceux qui connaissent la prophétie savent toutes ces choses à l’avance (cf. Rom. 11:25-36).
Aussi bien chez les nations que chez Israël, toute idolâtrie aura disparu. Tous les faiseurs d’idoles auront honte et seront confus (v. 16). Différents passages montrent clairement qu’après l’apostasie du christianisme en Europe — apostasie qui se profile déjà aujourd’hui — et l’apparition de l’Antichrist en Israël, il apparaîtra dans ces pays un culte idolâtre tel qu’il n’y en a jamais eu (cf. 42:17 ; Matt. 24:15 ; 2 Thess. 2:4 ; Apoc. 13:4, 8, 15). Mais les instigateurs et les objets de cette idolâtrie, le chef de l’empire romain et l’Antichrist, seront jetés vifs dans l’étang de feu par le Seigneur Jésus lors de son apparition, et tous leurs partisans seront tués (Apoc. 19:19-21). Par contre, le résidu Juif croyant n’aura « pas honte » ; il ne sera « pas confus, aux siècles des siècles », mais il sera « sauvé » « d’un salut éternel » (v. 17 ; cf. 54:4). Bien qu’il ne s’agisse que d’une petite partie du peuple, la parole de Dieu dit cependant ici : « Israël sera sauvé » (cf. 1:9 ; Rom. 11:26).
Au verset 18, Dieu, le créateur des cieux et de la terre, rappelle qu’il y a un but dans tout ce qu’il a créé. Il n’a pas créé la terre pour être vide, mais pour qu’elle soit habitée et pour que les hommes le reconnaissent comme le seul vrai Dieu (Gen. 1:26-31 ; Rom. 1:19, 20). Ce but a été apparemment compromis par la chute de Satan et la désobéissance des hommes. En Genèse 6:6, nous lisons : « Et l’Éternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et il s’en affligea dans son cœur. Et l’Éternel dit : J’exterminerai de dessus la face de la terre l’homme que j’ai créé ». Par le déluge, tous les hommes, excepté le juste Noé et sa famille, ont été tués alors. Mais cela n’a pas ôté le péché dans l’homme ; et ce péché s’est montré dans la construction de la tour de Babel, qui était un défi lancé à Dieu. Ensuite, Dieu a choisi Abraham, l’ancêtre d’Israël, son peuple terrestre. Toutefois ce peuple a aussi totalement failli, lorsqu’il a rejeté le Seigneur Jésus, le roi et le sauveur que Dieu lui avait promis. Depuis lors, Dieu rassemble, parmi tous les peuples de la terre, un peuple céleste : l’Assemblée.
Mais qu’adviendra-t-il de la terre ? Après l’enlèvement des croyants, Dieu se tournera de nouveau vers son peuple terrestre ; et en même temps, il fera aussi annoncer l’évangile du royaume aux nations (Rom. 11:25, 26 ; Matt. 24:14). À l’apparition du Seigneur commencera le Millénium, dans lequel toute la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel (És. 11:9). Alors, malgré le péché, le but de Dieu envers cette terre sera réalisé — jusqu’à ce que toute la création actuelle ait passé pour faire place au nouveau ciel et à la nouvelle terre (Apoc. 20:11 ; 21:1). De tout cela, Dieu n’a pas parlé en secret ; mais il l’a fait annoncer à l’avance par son prophète à son peuple terrestre, à la « semence de Jacob » (v. 19 ; cf. Gen. 49:10).
En des termes qui rappellent les versets 1 et 21 du chapitre 41, mais qui sont ici l’expression de la grâce divine, l’Éternel invite maintenant les « réchappés des nations » à se rassembler et à s’approcher (v. 20). Il s’agit des hommes des nations qui survivront aux jugements qui auront lieu avant et lors de l’apparition du Seigneur Jésus. Comme le résidu juif croyant, ils devront reconnaître que toutes les idoles ne sont que du « bois », c’est-à-dire qu’elles sont périssables et sans puissance, et qu’il n’y a qu’un seul Dieu juste et sauveur. De tout temps, Dieu a présenté à l’homme sa souveraineté et son autorité, comme aussi sa grâce qui sauve. Il continuera à le faire — non seulement en faveur de son peuple terrestre, mais aussi pour « tous les bouts de la terre » (v. 20-22). Combien grande est la grâce de Dieu ! Ce n’est pas seulement dans le temps actuel — le « temps de la grâce » — qu’elle appelle les pécheurs à la repentance et à la foi. Ce sera aussi durant la grande tribulation, après l’enlèvement des croyants, et durant le Millénium, c’est-à-dire aussi longtemps qu’il y aura des hommes sur la terre !
Soulignons toutefois le fait solennel que pour ceux qui auront refusé l’évangile de la grâce tel qu’il est annoncé actuellement, il n’y aura pas de nouvelle possibilité de salut après l’enlèvement des croyants. Au contraire, Dieu leur enverra « une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru la vérité » (2 Thess. 2:11).
Cependant la bonne nouvelle de la grâce divine annoncée aux hommes n’est pas facultative. Dieu, qui est au-dessus de tout et qui ne peut jurer par personne de plus grand que par lui-même, proclame irrévocablement : « Devant moi tout genou se ploiera, par moi toute langue jurera » (v. 23 ; cf. Héb. 6:13). Dans leur contexte propre, ces paroles se rapportent aux hommes qui vivront dans le Millénium — soit aux croyants qui hériteront du royaume comme étant ceux que le Seigneur Jésus appelle « les bénis de mon Père », soit à ceux qui se soumettront extérieurement à lui pendant son règne, sans être nés de nouveau (cf. Matt. 25:34 ; Ps. 2:12 ; 18:44). Mais comme l’apôtre Paul le montre en Romains 14:11 et en Philippiens 2:10, ces paroles ont une application universelle. D’une part, tous ceux qui ont répondu à l’appel à la repentance et à la foi au Seigneur Jésus ploient leurs genoux déjà maintenant devant leur Rédempteur et Seigneur, dans la reconnaissance et l’adoration. D’autre part, ceux qui l’auront refusé dans leur vie seront aussi contraints de ployer leurs genoux devant lui. Il faudra que « toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père ». Les « êtres célestes » sont les croyants du temps présent, les « êtres terrestres » sont les croyants du Millénium et des autres temps du salut, et les « êtres infernaux » sont ceux qui seront éternellement perdus. Paroles bien sérieuses !
Les versets 24 et 25 confirment d’une manière saisissante que l’Éternel est la seule source de justice et de force pour Israël et pour le monde entier. Les uns, qui auront cru en lui et en son Christ, viendront à lui ; tandis que les autres, « qui s’irritent contre lui » dans le refus et la haine, auront honte pour l’éternité (cf. 41:11). Le peuple d’Israël, c’est-à-dire la partie de ce peuple qui acceptera Christ par la foi, sera alors justifié en l’Éternel et se glorifiera en lui. Il en est de même dans le temps présent. Dans l’assemblée de Dieu, où la différence entre Juifs et nations est abolie, le même principe est vrai, avec des effets plus élevés encore : « Or vous êtes de lui dans le Christ Jésus, qui nous a été fait sagesse de la part de Dieu, et justice, et sainteté, et rédemption, afin que, comme il est écrit, « celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur » (1 Cor. 1:30, 31).
ME 2005 p. 147
Nous avons déjà trouvé, dans les chapitres 13 et 14, un oracle judiciaire touchant Babylone. Et au chapitre 43 (v. 14), Dieu avait annoncé la prise de la ville par Cyrus, roi de Perse, dont les chapitres 41 à 45 nous ont abondamment entretenus. Maintenant, le Saint Esprit s’occupe encore une fois de la ville idolâtre, de l’ennemie héréditaire d’Israël. Cette puissance mondiale de l’antiquité, dont Dieu s’était servi pour châtier son peuple terrestre, est maintenant elle-même jugée par lui. L’anéantissement historique de la puissance babylonienne est en même temps l’image de ce qui aura lieu à la fin des temps avec Babylone, « la grande prostituée », en Apocalypse 17 et 18. Le prophète Jean voit d’abord le jugement du système religieux de Babylone, puis ensuite celui de sa puissance commerciale. De même, en Ésaïe, nous voyons d’abord les idoles (chap. 46) et ensuite la ville de Babylone elle- même (chap. 47).
Bel et Nebo étaient les principales divinités de Babylone (cf. Jér. 50:2). D’ailleurs, des noms tels que Belshatsar et Nebucadnetsar en sont dérivés. Dans ce qui est placé ici devant nous, ces divinités apparaissent plus faibles et plus inutiles que les bêtes de somme par lesquelles leurs images sont portées ! (v. 1). Comme elles sont de pures inventions humaines, elles sont incapables de sauver leurs propres images, alors que celles-ci sont transportées en captivité, comme butin, après la prise de la ville (v. 2).
Après ce bref regard sur les idoles de Babylone, Dieu se tourne vers son peuple, la « maison de Jacob » et « tout le résidu de la maison d’Israël ». Il dit : « Ecoutez-moi ». Cet appel à écouter se retrouve plusieurs fois dans la suite (46:12 ; 48:1, 12, 14, 16 ; 51:1, 4, 7). En contraste avec les idoles impuissantes, l’Éternel s’est « chargé » de son peuple dès sa naissance comme nation, et l’a « porté » inlassablement (v. 3). À la fin de la traversée du désert, il rappelle à Israël qu’il l’a porté comme un homme porte son fils (Deut. 1:31). Il demeure éternellement et invariablement « le Même », et il portera les siens jusqu’à leur « vieillesse » et jusqu’aux « cheveux blancs » (v. 4). Il aura de nouveau pitié de son peuple et il le soutiendra jusqu’au règne millénaire, au début duquel cette nation aura plus de 3500 ans d’existence. Puisque, dans ce temps de bénédiction, les hommes ne mourront pas à moins d’avoir péché manifestement, on verra un accomplissement littéral des paroles : « Il n’y aura plus, dès lors, ni petit enfant de peu de jours, ni vieillard qui n’ait pas accompli ses jours » (És. 65:20).
La conclusion de la comparaison entre Dieu et les idoles vient au verset 5 : « À qui me comparerez-vous et m’égalerez-vous ou m’assimilerez-vous, pour que nous soyons semblables ? » (cf. 40:18:25).
Les idoles d’or et d’argent, qui ont déjà été décrites plusieurs fois dans cette partie du livre, sont à nouveau placées devant nous dans toute leur inanité : il est question de leur fabrication et de leur adoration, comme aussi de toute leur impuissance, accentuée ici par le fait qu’elles doivent être portées (v. 6, 7 ; cf. 40:19, 20 ; 44:9-17 ; 45:20).
Puis Dieu s’adresse de nouveau à son peuple rebelle et l’exhorte : « Souvenez-vous de cela, et montrez-vous hommes ; rappelez-le à votre esprit, transgresseurs » (v. 8). L’annonce prophétique de la chute de Babylone et de ses idoles aurait dû conduire le peuple — qui, au temps d’Ésaïe, se trouvait encore dans le pays de Canaan — à revenir à Dieu. Placé devant l’impuissance et la vanité de toutes les idoles, ce peuple qui avait abandonné son Dieu aurait pu se souvenir de ses actes de puissance et de sa fidélité inlassable, et revenir à lui de tout son cœur. Il pouvait discerner l’action de Dieu dès les temps les plus anciens, que ce soit dans la création, lors du déluge, lors de la construction de la tour de Babel, dans l’élection d’Abraham, lors de la délivrance du peuple hors d’Égypte, lors de sa marche dans le désert, ou durant son habitation dans le pays de la promesse. En tout cela, sa main avait été active ; car hors lui il n’y a pas de Dieu, et personne ne peut se comparer à lui (v. 9 ; cf. 43:11 ; 44:6 ; 45:5,...).
Son caractère unique se montre en particulier en ce que lui seul peut prédire valablement l’avenir ; il en est ainsi parce que c’est lui qui conduit et dirige toutes choses (42:9 ; 43:12 ; 45:21). Sa toute-connaissance et sa toute-puissance s’expriment dans les trois affirmations progressives des versets 10 et 11 :
— « déclarant dès le commencement ce qui sera à la fin, et d’ancienneté ce qui n’a pas été fait ;
— disant : Mon conseil s’accomplira, et je ferai tout mon bon plaisir ;
— appelant du levant un oiseau de proie, d’un pays lointain l’homme de mon conseil ».
Il est d’abord question de la préconnaissance de Dieu, puis de l’accomplissement de son conseil et enfin de son exécution concrète. « L’homme de mon conseil » est Cyrus, le roi de Perse, qui, tel un oiseau de proie, prendra soudainement et à l’improviste l’insouciante ville de Babylone (41:2). Comme pour souligner le tout, Dieu conclut : « Oui, je l’ai dit, et je ferai que cela arrivera ; je me le suis proposé, et je l’effectuerai » (v. 10, 11).
Au temps d’Ésaïe, les Juifs résistaient à l’Éternel et à ses messagers, les prophètes (v. 12). C’est ce qu’ils font encore aujourd’hui — comme beaucoup d’autres hommes dans le monde entier — en rejetant son Fils qu’il a envoyé au temps convenable pour l’accomplissement de ses promesses à Israël. Dieu l’a envoyé pour manifester sa « justice ». Par lui la justice de Dieu s’est approchée des hommes (v. 13 ; cf. Rom. 3:21-26 ; 10:1-13). À son salut et à sa justice, que nous pouvons déjà connaître maintenant par l’évangile, Israël aura aussi part lorsque le royaume sera établi. L’Éternel mettra le salut en Sion et sa gloire sur Israël. Au début du règne millénaire, la gloire de Dieu qu’Ézéchiel a vu se retirer du temple de Jérusalem y retournera (cf. Ézéch. 9:3 ; 43:1-5).
Maintenant Babylone, « l’ornement des royaumes, la gloire de l’orgueil des Chaldéens » (13:19), reçoit de Dieu le verdict de son jugement. Cette ville orgueilleuse, qui ici — probablement parce qu’elle avait été invaincue jusqu’alors — est comparée à une vierge, a été prise d’un coup de main, en l’an 539 A.C., par les Mèdes et les Perses sous le roi Cyrus. La capitale de la puissance mondiale qui avait détruit Jérusalem devait maintenant quitter son trône et s’asseoir dans la poussière (v. 1). Ses habitantes choyées, tendres et délicates — appelées collectivement « fille des Chaldéens » — devaient maintenant exécuter des travaux d’esclaves (tels que moudre le blé) et, le voile ôté et la robe relevée, traverser les cours d’eau, si le travail (ou le chemin de la captivité) l’exigeait (v. 2, 3). En résumé, nous avons ici le tableau de l’abaissement le plus profond et de la honte (cf. Jér. 13:26).
Dieu donne aussi le motif de l’effondrement de l’orgueilleuse puissance mondiale : « Je tirerai vengeance, et je ne rencontrerai personne qui m’arrête ». Les Chaldéens avaient été employés par Dieu comme verge sur son peuple désobéissant, mais maintenant ils devaient eux-mêmes subir le châtiment en raison de leur idolâtrie et de leur cruauté (cf. Hab. 1 et 2).
Immédiatement, en présence de cette scène qui signifie pour eux la délivrance, ceux qui appartiennent au peuple de Dieu éclatent en cris d’allégresse : « Notre rédempteur, son nom est l’Éternel des armées, le Saint d’Israël... » (v. 4). L’Éternel des armées, dont la puissance est sans limites, le Saint d’Israël, est leur « rédempteur » (cf. 41:14). Ce titre de rédempteur, le plus révélateur de ses titres de gloire pour Israël, est mis ici en évidence. Lorsqu’il apparaît dans le livre d’Ésaïe, il se rapporte aux temps de la fin, car ce n’est qu’alors que le peuple sera vraiment racheté, ce qui n’a été le cas ni lors du retour du résidu de Babylone, ni lors de la première venue de Christ sur la terre.
Le silence et les ténèbres sont maintenant la part de Babylone, la « fille des Chaldéens » (v. 5). Au temps de la transportation de Juda, elle était encore la « maîtresse des royaumes », et Nebucadnetsar, son souverain, était « le roi des rois » ; mais tout cela est maintenant passé (cf. Ézéch. 26:7 ; Dan. 2:37). Dieu était courroucé contre son peuple et voulait le châtier par le moyen des Chaldéens. C’est pourquoi l’armée de cette nation païenne était venue dans le pays d’Israël et l’avait profané. Mais Babylone a outrepassé les bornes que Dieu avait fixées. Lorsque Dieu a livré son peuple en la main des Chaldéens, ils ont été cruels. Même sur les vieillards, pour lesquels on éprouvait dans l’antiquité un respect plus marqué qu’aujourd’hui, ils ont placé le joug pesant de l’esclavage (v. 6).
Il est frappant de voir comment les traits de caractère de la Babylone antique correspondent à ceux de la Babylone future. Tandis que la première dit : « Je serai maîtresse pour toujours » et « Je ne serai pas assise en veuve, et je ne saurai pas ce que c’est que d’être privée d’enfants » (v. 7, 8), la seconde dit : « Je suis assise en reine, et je ne suis point veuve, et je ne verrai point de deuil » (Apoc. 18:7). Et les jugements que Dieu annonce sont semblables : toutes deux viendront à leur fin en un jour (v. 9 ; Apoc. 18:8-10). Le verset 15 présente un autre parallèle.
Dans les versets 8 à 11, le prophète mentionne quatre motifs essentiels pour le jugement de Babylone, la « voluptueuse » :
— ses sorcelleries et ses sortilèges (magie et occultisme) (v. 9),
— son iniquité (v. 10),
— sa sagesse et sa connaissance (v. 10),
— l’orgueil et la déification de soi-même (v. 8, 10). (Les paroles « C’est moi, et il n’y en a pas d’autre » sont très proches de celles que l’Éternel lui-même emploie ; cf. 45:5, 18 ; 46:9).
Le châtiment de Babylone est exprimé dans un langage imagé ; ce sera : « la privation d’enfants et le veuvage » (v. 9) — allusion probable à la perte de ses habitants et de son roi (v. 9 ; cf. Lam. 1:1). La prise de Babylone par Cyrus amènera sur la ville le malheur et la désolation (v. 11). Ni sa magie ni son soi- disant savoir ne pourront la secourir, car Dieu est derrière tout cela et il agit à cause de son peuple (cf. 43:14) — et en fin de compte, à cause de son propre nom.