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L’ÉTERNEL EST SALUT

 

Commentaire du prophète Ésaïe

 

Arend Remmers

 

[Texte paru  partiellement dans le ME, mais complété en suivant l’original allemand]

Tables des matières : par grandes sections / par chapitres / complète détaillée

 

Table des matières par grandes sections :

1       Introduction

2       Juda et Jérusalem — Ésaïe 1 à 12

3       Dix oracles concernant les Nations — Ésaïe 13 à 23

4       L’achèvement — Ésaïe 24 à 27

5       Les six « Malheurs » — Ésaïe 28 à 33

6       Ésaïe 34 à 35 — Jugement et bénédiction

7       Ésaïe 36 à 39

8       Ésaïe 40 à 66 — Deuxième grande Partie : évolution intérieure d’Israël

 

Table des matières par chapitres : (autres : Tables par grandes sections / complète détaillée)

1       Introduction

1.1        Arrière-plan historique

1.2        Ce que le livre d’Ésaïe a en vue

1.3        Unité du livre d’Ésaïe

2       Juda et Jérusalem — Ésaïe 1 à 12

2.1        Sujets d’accusation de Dieu contre Juda et Jérusalem

2.2        Un regard sur l’avenir

2.3        Jugement et gloire de Sion

2.4        Le Seigneur juge Son peuple — Ésaïe 5

2.5        La mission difficile d’Ésaïe — Ésaïe 6

2.6        Tribulation et Promesse — Ésaïe 7

2.7        L’attaque de l’Assyrien — Ésaïe 8

2.8        Espérance et avertissement pour Israël — Ésaïe 9 à 10:4

2.9        L’Assyrie : verge (= châtiment) de Dieu — Ésaïe 10:5 à 10:34

2.10     Le règne millénaire — Ésaïe 11 et 12

3       Dix oracles concernant les Nations — Ésaïe 13 à 23

3.1        Oracles sur Babel et la Philistie

3.2        L’Assyrie abattue — Ésaïe 14:24-27

3.3        Oracle touchant la Philistie — Ésaïe 14: 28-32

3.4        L’oracle touchant Moab — Ésaïe 15 et 16

3.5        L’oracle touchant Damas — Ésaïe 17

3.6        Le retour d’Israël — Ésaïe 18

3.7        L’oracle touchant l’Égypte — Ésaïe 19 et 20

3.8        L’oracle touchant le désert de la mer, Duma et l’Arabie — Ésaïe 21

3.9        L’oracle touchant la vallée de vision — Ésaïe 22

3.10     Oracle sur Tyr — Ésaïe 23

4       L’achèvement — Ésaïe 24 à 27

4.1        Jugement sur toute la création

4.2        Le cantique de louange d’Israël — Ésaïe 25

4.3        Le cantique de la délivrance de Juda — Ésaïe 26

4.4        Châtiment et Délivrance

5       Les six « Malheurs » — Ésaïe 28 à 33

5.1        « Malheur » sur Éphraïm

5.2        « Malheur » sur Jérusalem et sur ceux qui méprisent Dieu

5.3        « Malheur » sur l’alliance avec l’Égypte ! — Ésaïe 30:1-26

5.4        « Malheur » sur la confiance en l’homme — Ésaïe 31

5.5        Aperçu du règne de paix — Ésaïe 32

5.6        Ésaïe 33 — « Malheur » sur l’Assyrien

6       Ésaïe 34 à 35 — Jugement et bénédiction

6.1        Jugement sur Édom et ses alliés — Ésaïe 34

6.2        La bénédiction du règne de paix — Ésaïe 35

7       Ésaïe 36 à 39

7.1        L’attaque et la défaite de l’Assyrien — Ésaïe 36 et 37

7.2        Maladie et guérison d’Ézéchias — Ésaïe 38

7.3        Défaillance d’Ézéchias et annonce du jugement — Ésaïe 39

8       Ésaïe 40 à 66 — Deuxième grande Partie : évolution intérieure d’Israël

8.1        L’Éternel exauce Son peuple — Ésaïe 40 à 48

8.2        La consolation d’Israël — Ésaïe 40

8.3        Israël, le serviteur de l’Éternel — Ésaïe 41

8.4        Le vrai Serviteur de l’Éternel et Son peuple — Ésaïe 42

8.5        Le pardon de Dieu — Ésaïe 43

8.6        L’Éternel encourage Son peuple — Ésaïe 44

8.7        L’Éternel annonce la délivrance — Ésaïe 45

8.8        La chute de Babylone — Ésaïe 46 et 47

8.9        L’amour de Dieu envers un peuple rebelle — Ésaïe 48

8.10     Rejet et Souffrances du Serviteur de l’Éternel — Ésaïe 49-57

8.11     Le Serviteur de l’Éternel — Ésaïe 49 à 50

8.12     Le réveil du Résidu — Ésaïe 51:1 à 52:12

8.13     Il a porté le péché de plusieurs Ésaïe 52:13 à 53:12

8.14     L’avenir de Jérusalem — Ésaïe 54

8.15     Grâce pour tous les hommes — Ésaïe 55

8.16     Les rejetés sont reçus — Ésaïe 56

8.17     Victoire de la grâce sur l’infidélité et l’idolâtrie — Ésaïe 57

8.18     Restauration et gloire d’Israël — Ésaïe 58 à 66

8.19     Les dernières communications du prophète — Ésaïe 63 à 66

 

 

Table des matières complète détaillée : (autres tables : par grandes sections / par chapitres)

1       Introduction

1.1        Arrière-plan historique

1.2        Ce que le livre d’Ésaïe a en vue

1.3        Unité du livre d’Ésaïe

2       Juda et Jérusalem — Ésaïe 1 à 12

2.1        Sujets d’accusation de Dieu contre Juda et Jérusalem

2.1.1         Les doléances de l’Éternel — Ésaïe 1:1-8

2.1.1.1     Ch.1:1-2

2.1.1.2     Ch.1:3

2.1.1.3     Ch.1:4

2.1.1.4     Ch.1:5-7

2.1.1.5     Ch.1:8

2.1.2         Ch. 1:9 — Un faible écho

2.1.3         Ch.1:10-15 — Un service de Dieu répugnant

2.1.3.1     Ch. 1:10

2.1.3.2     Ch. 1:11-15

2.1.4         Ch. 1:16-20 — Un appel au cœur et à la conscience

2.1.5         Ch. 1:21-31 — La purification par le jugement

2.1.5.1     Ch. 1:21-23

2.1.5.2     Ch. 1:24-25

2.1.5.3     Ch. 1:26-31

2.2        Un regard sur l’avenir

2.2.1         Ch. 2:1-4 — La Seigneurie du Seigneur

2.2.2         Ch. 2:5-9 — L’état du peuple

2.2.2.1     Ch. 2:5-6

2.2.2.2     Ch. 2:7-9

2.2.3         Ch. 2:10-22 — Le jour de l’Éternel

2.2.3.1     Ch. 2:10-11

2.2.3.2     Ch. 2:12-16

2.2.3.3     Ch. 2:17-21

2.2.3.4     Ch. 2:22

2.3        Jugement et gloire de Sion

2.3.1         Ch. 3:1-15 — Les péchés des conducteurs et du peuple

2.3.1.1     Ch. 3:1

2.3.1.2     Ch. 3:2-3

2.3.1.3     Ch. 3:4-7

2.3.1.4     Ch. 3:8-9

2.3.1.5     Ch. 3:10-11

2.3.1.6     Ch. 3:12

2.3.1.7     Ch. 3:13

2.3.1.8     Ch. 3:14-15

2.3.2         Ch. 3:16 à 4:1 — Les péchés et la misère des femmes

2.3.2.1     Ch. 3:16-17

2.3.2.2     Ch. 3:18-24

2.3.2.3     Ch. 3:25

2.3.2.4     Ch. 4:1

2.3.3         Ch. 4:2-6 — Sanctification et bénédiction futures du peuple

2.3.3.1     Ch. 4:2

2.3.3.2     Ch. 4:3-4

2.3.3.3     Ch. 4:5-6

2.3.3.4     Ch. 4:6

2.4        Le Seigneur juge Son peuple — Ésaïe 5

2.4.1         « Un cantique de mon bien-aimé, sur sa vigne »

2.4.2         Les six « Malheur à ceux qui... ! »

2.4.3         La verge de Dieu

2.5        La mission difficile d’Ésaïe — Ésaïe 6

2.5.1         Le prophète voit l’Éternel des armées

2.5.2         La mission du prophète

2.6        Tribulation et Promesse — Ésaïe 7

2.6.1         Ch. 7:1-9 — La détresse

2.6.1.1     Ch. 7:1

2.6.1.2     Ch. 7:2

2.6.2         Ch. 7:10-16 — La promesse

2.6.3         Ch. 7:17-25 — Le pays est dévasté

2.7        L’attaque de l’Assyrien — Ésaïe 8

2.7.1         Ch. 8:1-4 — Jugement sur Damas et Samarie

2.7.2         Ch. 8:5-10 — L’assyrien dans le pays d’Emmanuel

2.7.3         Ch. 8:11-20 — Le Résidu

2.7.4         Ch. 8:21-22 — Détresse et Ténèbres

2.8        Espérance et avertissement pour Israël — Ésaïe 9 à 10:4

2.8.1         Chapitre. 9:1-7 — La lumière du salut

2.8.1.1     Lumière dans l’obscurité

2.8.1.2     Un enfant nous est né, un fils nous a été donné

2.8.2         La main de l’Éternel étendue — Ésaïe 9:8 à 10:4

2.8.2.1     Ésaïe 9:8-12

2.8.2.2     Ésaïe 9:13-17

2.8.2.3     Ésaïe 9:18-21

2.8.2.4     Ésaïe 10:1-4

2.9        L’Assyrie : verge (= châtiment) de Dieu — Ésaïe 10:5 à 10:34

2.9.1         L’Assyrien

2.9.2         Aspect historique

2.9.3         Aspect prophétique

2.9.4         Ch. 10:5-11 — L’attaque de l’Assyrien

2.9.5         Ch. 10:12-19 — Le jugement sur l’Assyrien

2.9.6         Ch. 10:20-27 — Shéar-Jashub

2.9.7         Ch. 10:28-34 — La fin de l’Assyrien

2.10     Le règne millénaire — Ésaïe 11 et 12

2.10.1      Le Germe — Ésaïe 11:1, 2

2.10.2      Son règne — Ésaïe 3-5

2.10.3      Le règne de paix — Ésaïe 6-10

2.10.4      Le rassemblement d’Israël — Ésaïe 11-16

2.10.5      Chant de louange — Ésaïe 12

3       Dix oracles concernant les Nations — Ésaïe 13 à 23

3.1        Oracles sur Babel et la Philistie

3.1.1         Babel — Babylone

3.1.2         Babel dans l’Ancien Testament

3.1.3         Les quatre empires

3.1.4         Babylone dans le Nouveau Testament

3.1.5         Dieu appelle au jugement sur Babylone — Ésaïe 13:1-8

3.1.6         Le jour de l’ardeur de la colère de l’Éternel — Ésaïe 13:9 à 16

3.1.7         Les Mèdes font la conquête de Babylone — Ésaïe 13:17à 22

3.1.8         Compassion pour Jacob — Ésaïe 14:1-2

3.1.9         Jugement sur le roi de Babylone — Ésaïe 14:3-23

3.2        L’Assyrie abattue — Ésaïe 14:24-27

3.3        Oracle touchant la Philistie — Ésaïe 14: 28-32

3.4        L’oracle touchant Moab — Ésaïe 15 et 16

3.4.1         Les Moabites

3.4.2         Jugement sur Moab — Ésaïe 15:1-9

3.4.3         Moab et Juda — Ésaïe 16:1-5

3.4.4         L’orgueil de Moab puni — Ésaïe 16:6-14

3.5        L’oracle touchant Damas — Ésaïe 17

3.5.1         Damas et Éphraïm — Ésaïe 17:1-3

3.5.2         Le Résidu des dix tribus — Ésaïe 17:4-11

3.5.3         Le tumulte des peuples — Ésaïe 17: 12-14

3.6        Le retour d’Israël — Ésaïe 18

3.6.1         Une alliance profane

3.6.2         Un signal

3.6.3         Jugement

3.6.4         Un présent

3.7        L’oracle touchant l’Égypte — Ésaïe 19 et 20

3.7.1         Jugement sur l’Égypte — 19:1-15

3.7.2         L’Égypte et le peuple de Dieu — 19:16-25 (six fois « en ce jour-là »

3.7.2.1     19:16-17

3.7.2.2     19:18

3.7.2.3     19:19-20

3.7.2.4     19:21-22

3.7.2.5     19:23

3.7.2.6     19:24-25

3.7.3         La confiance en l’Égypte est de la folie — 20:1-6

3.8        L’oracle touchant le désert de la mer, Duma et l’Arabie — Ésaïe 21

3.8.1         Jugement sur Babel (ancien nom de Babylone) — 21:1-10

3.8.1.1     21:1

3.8.1.2     21:2

3.8.1.3     21:3-5

3.8.1.4     21:6-8

3.8.1.5     21:9

3.8.1.6     21:10

3.8.2         Jugement sur Édom — 21:11-12

3.8.3         Jugement sur l’Arabie — 21:13-17

3.9        L’oracle touchant la vallée de vision — Ésaïe 22

3.9.1         Chute de Jérusalem — 22:1-14

3.9.1.1     22:1-3

3.9.1.2     22:4-5

3.9.1.3     22:6-8

3.9.1.4     22:9-11

3.9.1.5     22:12-14

3.9.2         Shebna et Éliakim : Christ et l’Antichrist — Ésaïe 22:15-25

3.9.2.1     Shebna

3.9.2.2     Éliakim

3.9.2.3     La fin de l’Antichrist

3.10     Oracle sur Tyr — Ésaïe 23

3.10.1      Jugement sur Tyr — 23:1-7

3.10.1.1        23:1-3

3.10.1.2        23:4-7

3.10.2      Le Seigneur juge — 23:8-14

3.10.2.1        23:8-9

3.10.2.2        23:10-14

3.10.3      Rétablissement de Tyr — 23:15-18

4       L’achèvement — Ésaïe 24 à 27

4.1        Jugement sur toute la création

4.1.1         Le peuple de Dieu — ch. 24:1-12

4.1.1.1     24:1-3

4.1.1.2     24:4

4.1.1.3     24:5-6

4.1.1.4     24:7-9

4.1.1.5     24:10-12

4.1.2         La Terre — ch. 24:13-20

4.1.2.1     24:13

4.1.2.2     24:14-16

4.1.2.3     24:17

4.1.2.4     24:18-20

4.1.3         Le Seigneur règne — ch. 24:21-23

4.1.3.1     24:21-22

4.1.3.2     24:23

4.2        Le cantique de louange d’Israël — Ésaïe 25

4.2.1         Un cantique de louange — Ésaïe 25:1-5

4.2.1.1     Ésaïe 25:1

4.2.1.2     Ésaïe 25:2-3

4.2.1.3     Ésaïe 25:4-5

4.2.2         Dieu est vainqueur — Ésaïe 25:6-12

4.2.2.1     Ésaïe 25:6

4.2.2.2     Ésaïe 25:7

4.2.2.3     Ésaïe 25:8

4.2.2.4     Ésaïe 25:9-10a

4.2.2.5     Ésaïe 25:10b-12

4.3        Le cantique de la délivrance de Juda — Ésaïe 26

4.3.1         La fidélité et la grâce de Dieu — Ésaïe 26:1-6

4.3.1.1     Ésaïe 26:1

4.3.1.2     Ésaïe 26:2-3

4.3.1.3     Ésaïe 26:4-6

4.3.2         Expériences dans le jugement de Dieu — Ésaïe 26:7-21

4.3.2.1     Ésaïe 26:7-8

4.3.2.2     Ésaïe 26:9-11

4.3.2.3     Ésaïe 26:12-14

4.3.2.4     Ésaïe 26:15-18

4.3.2.5     Ésaïe 26:19

4.3.2.6     Ésaïe 26:20-21

4.4        Châtiment et Délivrance

4.4.1         La puissance de Satan brisée — Ésaïe 27:1

4.4.2         La vigne renouvelée — Ésaïe 27:2-5

4.4.3         Israël et ses ennemis — Ésaïe 27:6-11

4.4.3.1     Ésaïe 27:6

4.4.3.2     Ésaïe 27:7-9a

4.4.3.3     Ésaïe 27:9b-11

4.4.4         Retour d’Israël dans le pays — Ésaïe 27:12-13

4.4.4.1     Ésaïe 27:12

4.4.4.2     Ésaïe 27:13

5       Les six « Malheurs » — Ésaïe 28 à 33

5.1        « Malheur » sur Éphraïm

5.1.1         L’avertissement de Dieu — Ésaïe 28:1-13

5.1.1.1     Ésaïe 28:1

5.1.1.2     Ésaïe 28:2-4

5.1.1.3     Ésaïe 28:5-6

5.1.1.4     Ésaïe 28:7-10

5.1.1.5     Ésaïe 28:11-13

5.1.2         Une alliance avec la mort — Ésaïe 28:14-22

5.1.2.1     Ésaïe 28:14-15

5.1.2.2     Ésaïe 28:16-20

5.1.2.3     Ésaïe 28:21

5.1.2.4     Ésaïe 28:22

5.1.3         Une comparaison — Ésaïe 28:23-29

5.1.3.1     Ésaïe 28:23-26

5.1.3.2     Ésaïe 28:27-29

5.2        « Malheur » sur Jérusalem et sur ceux qui méprisent Dieu

5.2.1         Dernière attaque et fin de l’Assyrien — Ésaïe 29:1-8

5.2.1.1     Ésaïe 29:1

5.2.1.2     Ésaïe 29:2

5.2.1.3     Ésaïe 29:3-4

5.2.1.4     Ésaïe 29:5-6

5.2.1.5     Ésaïe 29:7-8

5.2.2         Aveuglement spirituel — Ésaïe 29:9-14

5.2.2.1     Ésaïe 29:9

5.2.2.2     Ésaïe 29:10

5.2.2.3     Ésaïe 29:11-12

5.2.2.4     Ésaïe 29:13

5.2.2.5     Ésaïe 29:14

5.2.3         « Malheur » sur le peuple — Ésaïe 29:15-16

5.2.3.1     Ésaïe 29:15

5.2.3.2     Ésaïe 29:16

5.2.4         La conversion de Juda — Ésaïe 29:17-24

5.3        « Malheur » sur l’alliance avec l’Égypte ! — Ésaïe 30:1-26

5.3.1         Des fils rebelles — Ésaïe 30:1-18

5.3.1.1     Ésaïe 30:1-5

5.3.1.2     La sentence de Dieu — Ésaïe 30:6, 7

5.3.1.3     La volonté propre et ses conséquences — Ésaïe 30:8-14

5.3.1.4     Un sérieux avertissement — Ésaïe 30:15-18

5.3.2         La miséricorde envers Sion — Ésaïe 30:19-26

5.3.3         La ruine de l’Assyrien — Ésaïe Ésaïe 30:27-33

5.3.3.1     Ésaïe 30:27-28

5.3.3.2     Ésaïe 30:29

5.3.3.3     Ésaïe 30:30-32

5.3.3.4     Ésaïe 30:33

5.4        « Malheur » sur la confiance en l’homme — Ésaïe 31

5.4.1         Aucune aide de la part de l’Égypte — Ésaïe 31:1-3

5.4.2         L’Éternel et l’Assyrien — Ésaïe 31:4-9

5.4.2.1     Ésaïe 31:4

5.4.2.2     Ésaïe 31:5

5.4.2.3     Ésaïe 31:6

5.4.2.4     Ésaïe 31:7

5.4.2.5     Ésaïe 31:8

5.4.2.6     Ésaïe 31:9

5.5        Aperçu du règne de paix — Ésaïe 32

5.5.1         Le gouvernement juste de Christ (ou : règne en justice) — Ésaïe 32:1-8

5.5.1.1     Ésaïe 32:1

5.5.1.2     Ésaïe 32:2

5.5.1.3     Ésaïe 32:3-4

5.5.1.4     Ésaïe 32:5-8

5.5.2         Un avertissement — Ésaïe 32:9-14

5.5.2.1     Ésaïe 32:10-14

5.5.2.2     Ésaïe 32:14-15

5.5.3         La bénédiction du Millénium — Ésaïe 32:15-20

5.5.3.1     Ésaïe 32:15 — le Saint Esprit répandu

5.5.3.2     Ésaïe 32:15-16

5.5.3.3     Ésaïe 32:17

5.5.3.4     Ésaïe 32:18

5.5.3.5     Ésaïe 32:19

5.5.3.6     Ésaïe 32:20

5.6        Ésaïe 33 — « Malheur » sur l’Assyrien

5.6.1         Le ravageur est ravagé — Ésaïe 33:1-13

5.6.1.1     Ésaïe 33:1

5.6.1.2     Ésaïe 33:2

5.6.1.3     Ésaïe 33:3-4

5.6.1.4     Ésaïe 33:5-6

5.6.1.5     Ésaïe 33:7-8

5.6.1.6     Ésaïe 33:8-9

5.6.1.7     Ésaïe 33:10-13

5.6.2         Un coup d’œil sur le Millénium — Ésaïe 33:14-24

5.6.2.1     Ésaïe 33:14

5.6.2.2     Ésaïe 33:15-16

5.6.2.3     Ésaïe 33:17, 22 — Voir le Roi dans Sa beauté

5.6.2.4     Ésaïe 33:18-19

5.6.2.5     Ésaïe 33:20

5.6.2.6     Ésaïe 33:21

5.6.2.7     Ésaïe 33:22

5.6.2.8     Ésaïe 33:23

5.6.2.9     Ésaïe 33:24

6       Ésaïe 34 à 35 — Jugement et bénédiction

6.1        Jugement sur Édom et ses alliés — Ésaïe 34

6.1.1         Édom

6.1.2         Édom est anéanti — Ésaïe 34:1-17

6.1.2.1     Ésaïe 34:1-2

6.1.2.2     Ésaïe 34:3-4

6.1.2.3     Ésaïe 34:5

6.1.2.4     Ésaïe 34:6-7

6.1.2.5     Ésaïe 34:9-10a

6.1.2.6     Ésaïe 34:10b-11

6.1.2.7     Ésaïe 34:12-15

6.1.2.8     Ésaïe 34:16

6.1.2.9     Ésaïe 34:17

6.2        La bénédiction du règne de paix — Ésaïe 35

6.2.1         Le pays d’Israël dans le règne millénaire — Ésaïe 35:1-7

6.2.2         Le peuple d’Israël dans le règne millénaire — Ésaïe 35:8-10

7       Ésaïe 36 à 39

7.1        L’attaque et la défaite de l’Assyrien — Ésaïe 36 et 37

7.1.1         Introduction

7.1.2         Le défi du Rab-Shaké — Ésaïe 36:1-20

7.1.3         Attaques contre Ézéchias

7.1.4         Séduction du peuple

7.1.5         La réponse — Ésaïe 36:21 à 37:7

7.1.6         La réaction d’Ézéchias

7.1.7         Le message de Dieu

7.1.8         La lettre de Sankhérib — Ésaïe 37:8-13

7.1.9         Menaces répétées

7.1.10      La réponse de Dieu — Ésaïe 37:14-38

7.1.11      La prière d’Ézéchias

7.1.12      Le message d’Ésaïe

7.1.13      La délivrance

7.2        Maladie et guérison d’Ézéchias — Ésaïe 38

7.2.1         Le verdict divin et la supplication d’Ézéchias — Ésaïe 38:1-3

7.2.2         La grâce de Dieu — Ésaïe 38:4-8

7.2.3         Le cantique d’Ézéchias — Ésaïe 38:9-22

7.2.3.1     La complainte — Ésaïe 38:10-14

7.2.3.2     La reconnaissance — Ésaïe 38:15-20

7.3        Défaillance d’Ézéchias et annonce du jugement — Ésaïe 39

7.3.1         La délégation de Babylone — Ésaïe 39:1-2

7.3.2         L’annonce faite par Ésaïe — Ésaïe 39:3-8

8       Ésaïe 40 à 66 — Deuxième grande Partie : évolution intérieure d’Israël

8.1        L’Éternel exauce Son peuple — Ésaïe 40 à 48

8.2        La consolation d’Israël — Ésaïe 40

8.2.1         La grâce de Dieu — Ésaïe 40:1-11

8.2.1.1     Consolez, consolez mon peuple — Ésaïe 40:1, 2

8.2.1.2     Jean le baptiseur — Ésaïe 40:3, 4

8.2.1.3     L’apparition de Christ — Ésaïe 40:5

8.2.1.4     L’homme et la parole de Dieu — Ésaïe 40:6-8

8.2.1.5     La venue du Messie — Ésaïe 40:9-11

8.2.2         La grandeur de Dieu — Ésaïe 40:12-31

8.2.2.1     Sa grandeur comme Créateur — Ésaïe 40:12-17

8.2.2.2     Un Dieu incomparable — Ésaïe 40:18-26

8.2.2.3     Ses soins envers Israël — Ésaïe 40:27-31

8.3        Israël, le serviteur de l’Éternel — Ésaïe 41

8.3.1         L’Éternel et les nations — Ésaïe 41:1-7

8.3.2         L’Éternel et son peuple Israël — Ésaïe 41:8-20

8.3.2.1     « Ne crains point » — Ésaïe 41:8-14

8.3.2.2     Le jugement — Ésaïe 41:15, 16

8.3.2.3     La bénédiction — Ésaïe 41:17-20

8.3.3         L’Éternel et les vaines idoles — Ésaïe 41:21-29

8.3.3.1     La sentence — Ésaïe 41:21-24

8.3.3.2     La manière d’agir de Dieu — Ésaïe 41:25-29

8.4        Le vrai Serviteur de l’Éternel et Son peuple — Ésaïe 42

8.4.1         L’élu de l’Éternel — Ésaïe 42:1-4

8.4.2         Sa mission — Ésaïe 42:5-9

8.4.3         Le triomphe de Dieu — Ésaïe 42:10-17

8.4.4         L’aveuglement d’Israël — Ésaïe 42:18-25

8.5        Le pardon de Dieu — Ésaïe 43

8.5.1         La promesse du retour d’Israël — Ésaïe 43:1-7

8.5.2         Israël comme témoin de Dieu — Ésaïe 43:8-13

8.5.3         Une chose nouvelle va germer — Ésaïe 43:14-21

8.5.4         La grâce de Dieu imméritée  — Ésaïe 43:22-28

8.6        L’Éternel encourage Son peuple — Ésaïe 44

8.6.1         Les promesses de Dieu — Ésaïe 44:1-8

8.6.2         Dieu se moque de l’idolâtrie — Ésaïe 44:9-20

8.6.3         Rédemption — Ésaïe 44:21-28

8.7        L’Éternel annonce la délivrance — Ésaïe 45

8.7.1         Cyrus, instrument de Dieu — Ésaïe 45:1-7

8.7.2         La souveraineté de Dieu — Ésaïe 45:8-13

8.7.3         Le Sauveur d’Israël et du monde — Ésaïe 45:14-25

8.8        La chute de Babylone — Ésaïe 46 et 47

8.8.1         L’impuissance des idoles et la toute-puissance de Dieu — Ésaïe 46

8.8.2         La chute de Babylone — Ésaïe 47

8.9        L’amour de Dieu envers un peuple rebelle — Ésaïe 48

8.9.1         Grâce imméritée — Ésaïe 48:1-11

8.9.2         La rédemption — Ésaïe 48:12-22

8.10     Rejet et Souffrances du Serviteur de l’Éternel — Ésaïe 49-57

8.11     Le Serviteur de l’Éternel — Ésaïe 49 à 50

8.11.1      Le Serviteur rejeté. « Une lumière des nations » — Ésaïe 49:1-6

8.11.2      Le Serviteur rejeté. « Une alliance du peuple » — Ésaïe 49:7-13

8.11.3      L’Éternel ramène son peuple — Ésaïe 49:14-26

8.11.4      La puissance de Dieu pour délivrer — Ésaïe 50:1-3

8.11.5      Le Serviteur dépendant — Ésaïe 50:4-9

8.11.6      Un appel aux Juifs — Ésaïe 50:10-11

8.12     Le réveil du Résidu — Ésaïe 51:1 à 52:12

8.12.1      Encouragement au résidu — Ésaïe 51:1-3

8.12.2      Annonce de la délivrance — Ésaïe 51:4-6

8.12.3      Consolation pour le peuple de Dieu — Ésaïe 51:7-8

8.12.4      Prière et encouragement — Ésaïe 51:9-16

8.12.5      La délivrance de Jérusalem — Ésaïe 51:17-23

8.12.6      L’Éternel à Sion — Ésaïe 52:1-10

8.12.7      « Sortez ! » — Ésaïe 52:11, 12

8.13     Il a porté le péché de plusieurs Ésaïe 52:13 à 53:12

8.13.1      Élévation du Serviteur de l’Éternel — Ésaïe 52:13-15

8.13.2      Souffrances et mépris — Ésaïe 53:1-3

8.13.3      Repentance et conversion du peuple — Ésaïe 53:4-6

8.13.4      L’agneau de Dieu — Ésaïe 53:7-9

8.13.5      Le conseil de Dieu — Ésaïe 53:10-12

8.14     L’avenir de Jérusalem — Ésaïe 54

8.14.1      La restauration d’Israël — Ésaïe 54:1-10

8.14.2      La nouvelle alliance

8.14.3      Paix et justice — Ésaïe 54:11-17

8.15     Grâce pour tous les hommes — Ésaïe 55

8.15.1      L’invitation — Ésaïe 55:1-3

8.15.2      Christ, le Souverain — Ésaïe 55:4-5

8.15.3      Le retour à Dieu — Ésaïe 55:6-13

8.16     Les rejetés sont reçus — Ésaïe 56

8.16.1      Marche dans la crainte de Dieu — Ésaïe 56:1-8

8.16.2      La méchanceté des conducteurs — Ésaïe 56:9-12

8.17     Victoire de la grâce sur l’infidélité et l’idolâtrie — Ésaïe 57

8.17.1      Renouveau de l’idolâtrie au temps de la fin — Ésaïe 57:1-14

8.17.2      La promesse du pardon — Ésaïe 57:15-21

8.18     Restauration et gloire d’Israël — Ésaïe 58 à 66

8.18.1      Accusation contre Juda : Piété extérieure ou piété réelle — Ésaïe 58

8.18.1.1        Une piété hypocrite — Ésaïe 58:1-5

8.18.1.2        La vraie piété et ses conséquences — Ésaïe 58:6-14

8.18.2      Conversion et délivrance du peuple de Dieu au temps de la fin — Ésaïe 59

8.18.2.1        Les péchés de Juda — Ésaïe 59:1-8

8.18.2.2        La confession de Juda — Ésaïe 59:9-15

8.18.2.3        La délivrance de Juda — Ésaïe 59:16-21

8.18.3      La gloire de Sion dans le Millénium — Ésaïe 60

8.18.3.1        La gloire de l’Éternel — Ésaïe 60:1-7

8.18.3.2        Sion comme centre — Ésaïe 60:8-14

8.18.3.3        Bénédiction pour Sion — Ésaïe 60:15-22

8.18.4      Sion et la nouvelle Jérusalem en Apoc. 21

8.18.5      Le Messie et son peuple — Ésaïe 61

8.18.6      Le ministère du Messie — Ésaïe 61:1-3

8.18.6.1        Les bénédictions d’Israël — Ésaïe 61:4-9

8.18.6.2        Le cantique de louanges d’Israël — Ésaïe 61:10, 11

8.18.7      La gloire de Sion — Ésaïe 62

8.18.7.1        Plus jamais abandonnée — Ésaïe 62:1-5

8.18.7.2        Les gardiens de Jérusalem — Ésaïe 62:6-9

8.18.7.3        Le chemin est frayé — Ésaïe 62:10-12

8.19     Les dernières communications du prophète — Ésaïe 63 à 66

8.19.1      Jugement sur Édom — Ésaïe 63:1-6

8.19.2      Prière du résidu — Ésaïe 63:7 à 64:12

8.19.2.1        Rappel des délivrances d’autrefois — Ésaïe 63:7-14

8.19.2.2        Supplication à Dieu de manifester sa puissance — Ésaïe 63:15 à 64:5

8.19.2.3        Confession et supplication pour demander le pardon — Ésaïe 64:6-12

8.19.3      Digression : Emplacement historique de la prière

8.19.4      La réponse de Dieu — Ésaïe 65 et 66

8.19.4.1        Le Dieu de grâce — Ésaïe 65:1, 2

8.19.4.2        Jugement exercé sur les rebelles — Ésaïe 65:3-7

8.19.4.3        Le résidu et le peuple apostat — Ésaïe 65:8-16

8.19.4.4        La création renouvelée — Ésaïe 65:17-25

8.19.4.5        La gloire de l’Éternel — Ésaïe 66:1-6

8.19.4.6        L’Éternel reçoit son peuple — Ésaïe 66:7-14

8.19.4.6.1     Ésaïe 66:7-9

8.19.4.6.2     Ésaïe 66:10

8.19.4.6.3     Ésaïe 66:13

8.19.4.6.4     Ésaïe 66:14

8.19.4.7        Jugement sur toute chair — Ésaïe 66:15-17

8.19.4.8        Puissance et gloire de l’Éternel — Ésaïe 66:18-24

8.19.4.8.1     Ésaïe 66:18

8.19.4.8.2     Ésaïe 66:19

8.19.4.8.3     Ésaïe 66:20

8.19.4.8.4     Ésaïe 66:21

8.19.4.8.5     Ésaïe 66:22

8.19.4.8.6     Ésaïe 66:23

8.19.4.8.7     Ésaïe 66:24

 

 

1                        Introduction

1.1   Arrière-plan historique

Selon l’ancienne tradition juive, Ésaïe (« l’Éternel est salut »), fils d’Amots, était fils d’un frère du roi Amatsia. Ésaïe avait accès assez librement à la cour du roi à Jérusalem (Ésaïe 7:3; 38:1; 39:3). Il se maria et eut deux fils; l’un s’appelant Shéar-Jashub (en hébreu : « un résidu reviendra »), l’autre Maher-Shalal-Hash-Baz (en hébreu : « le pillage se hâte, le butin arrive bientôt »).

Sa prophétie concerne essentiellement le royaume de Juda avec ses deux tribus, dont la capitale est Jérusalem et qui se trouve au sud du pays de Canaan. Le peuple d’Israël était déjà divisé en deux royaumes depuis l’avènement de Roboam ; et le royaume des dix tribus au Nord fut emmené en captivité en Assyrie, à cause de son idolâtrie, au cours du ministère d’Ésaïe en l’an 721 av. J-C. Les rois de Juda durant le règne desquels Ésaïe exerça son ministère, furent Ozias (ou Azaria), qui régna de 791 à 740 environ av. J-C., Jotham (de 750 à 732 environ, ou 751 à 735), Achaz (environ 742 à 746 ou 735 à 716) et Ézéchias (environ de 726 à 697 ou 716 à 687). Les règnes de ces rois se recouvrent partiellement.

Certes dans le royaume de Juda, l’apostasie vis-à-vis de Dieu n’était pas aussi avancée qu’en Israël, parce que des rois fidèles y régnaient encore, tels que Josaphat, Jotham et Ézéchias, mais il y avait aussi beaucoup de mal. Ozias, au faîte de sa puissance, agit avec infidélité envers Dieu, et Achaz se livra à l’idolâtrie comme les rois d’Israël. Le temps où Ésaïe vécut et par conséquent exerça son ministère, fut un temps difficile. Le royaume de Juda subit des assauts de l’extérieur de la part d’Édom, des Syriens et des Philistins. Les rois impies du royaume du Nord s’allièrent avec les Syriens et attaquèrent Juda à de multiples reprises (2 Rois 15:37; 16:5-6; 2 Chr. 28:5-6). Au lieu de se confier en L’Éternel, les rois de Juda cherchèrent du secours auprès de l’Assyrie (2 Rois 16:7; 2 Chr. 28:16), sans obtenir pourtant aucune aide réelle (2 Chr. 28:20; 32:1). Ésaïe connut de son vivant l’alliance du royaume du Nord avec l’Égypte contre l’Assyrie, qui se termina par la défaite, puis la captivité en Assyrie en l’an 721 av. J-C. (2 Rois 17).

Lorsque Juda fut menacé sous Ézéchias par la grande puissance assyrienne, l’Éternel leur vint en aide (2 Rois 18:7; 2 Chr. 32), mais peu après, Ésaïe dut condamner l’alliance avec Babylone, l’autre grande puissance, et annoncer que 100 ans plus tard aurait lieu la captivité babylonienne du royaume de Juda, les deux tribus (2 Rois 18, 7; 20:12-19).

 

1.2   Ce que le livre d’Ésaïe a en vue

Les sujets des prophéties d’Ésaïe se rapportent tout d’abord au peuple de Dieu, et aux grandes puissances de l’époque, à savoir l’Assyrie, Babylone et l’Égypte, mais aussi aux peuples plus petits des alentours.

Mais le contenu et la portée de la prophétie du livre d’Ésaïe ne s’arrêtent pas là. Son sujet principal est le Messie, le roi d’Israël envoyé de Dieu, mais qui est aussi le Roi du monde entier, le Seigneur Jésus. Ésaïe indique Sa naissance d’une vierge (7:14), le fait qu’Il est Fils de Dieu (9:6), Ses souffrances et Sa mort pour des hommes pécheurs et perdus (ch.53), Son apparition en jugement au « jour du Seigneur » (13:6,9), mais avant tout Sa domination en bénédiction dans le règne millénaire (9:1-7; 11:1-10; 32:1 etc...). Le Seigneur Jésus Lui-même dit que les Écritures rendent témoignage de Lui, et Pierre confirme que les prophètes de l’Ancien Testament ont rendu témoignage par le Saint Esprit des souffrances et de la gloire de Christ (Jean 5:39; 1 Pierre 1:10-11). Christ est donc l’objet principal de la prophétie d’Ésaïe.

Il s’ensuit que ces prophéties ne peuvent pas être ramenées à des évènements imminents de l’époque, mais que des peuples comme l’Assyrien doivent encore jouer un rôle dans l’avenir. Les évènements de l’époque ne sont que des « pré-accomplissements », ou des exemples d’évènements prophétiques qui doivent encore avoir lieu maintenant. Les déclarations d’Ésaïe vont parfois au-delà des « pré-accomplissements », comme le montre, par exemple, l’expression fréquente : « ce jour-là », expression qui vise la venue future du Seigneur Jésus comme Roi, pour juger les nations et établir Son règne.

Une condition fondamentale pour comprendre la prophétie biblique, est de saisir qu’Israël, le peuple terrestre de Dieu, aura un avenir glorieux sur la terre après avoir traversé de terribles tribulations. Après presque 2000 ans, il est maintenant revenu dans la terre promise par Dieu — même si c’est encore dans l’incrédulité. Après l’enlèvement de l’assemblée de Dieu (l’église), Dieu se tournera cependant de nouveau vers lui en grâce, mais aussi en jugement, jusqu’à ce que toutes les prophéties sur ce peuple soient accomplies, et que, sous le règne de son Roi jusque là rejeté, le Seigneur Jésus, il jouisse de la pleine bénédiction de Dieu (voir Romains 11:25-26).

La soi-disant « théorie de la spiritualisation » qui affirme qu’Israël en tant que peuple, n’a plus d’avenir et que toutes les prédictions se rapportent à l’Église durant le temps de la grâce, omet entièrement que Dieu accomplira en totalité Ses promesses sans repentir à l’égard de Son peuple terrestre (Rom. 11:29). En outre, cette théorie méconnaît que l’assemblée (église) de Dieu, était au temps de l’Ancien Testament un mystère caché qui n’a été révélé par le Saint Esprit que dans le Nouveau Testament (Rom. 16:25-27; 1 Cor. 2:6-7; Éph. 3:1-12; Col. 1:27). Cela implique que l’Ancien Testament ne contient aucune déclaration prophétique sur l’assemblée. C’est pourquoi, les prophéties au sujet d’Israël doivent toutes concerner ce peuple, et ne sont pas valables pour l’assemblée.

Tout cela ne veut cependant pas dire que les livres prophétiques de l’Ancien comme du Nouveau Testament n’auraient rien à nous dire et ne pourraient pas être avoir d’application pratique pour le temps actuel. Bien au contraire, cette partie des Saintes Écritures est utile pour nous encourager et nous exhorter, car « toutes les choses qui ont été écrites auparavant, ont été écrites pour notre instruction, afin que, par la patience et la consolation des écritures, nous ayons espérance » (Rom. 15:4).

 

1.3   Unité du livre d’Ésaïe

Déjà au Moyen-âge, des rabbins juifs émirent pour la première fois la supposition que les 66 chapitres du livre du prophète Ésaïe pourraient ne pas tous émaner du prophète lui-même. À la fin du 18ème siècle, c’est-à-dire au siècle des lumières, des théologiens évangéliques se mirent à douter dans une plus grande mesure encore, de l’unité du livre d’Ésaïe. Les bases principales de cette « critique » qui s’est intensifiée toujours davantage jusqu’à ce jour — et qui en réalité n’est rien d’autre que la mise en doute de l’inspiration divine — sont, à côté de différences linguistiques et thématiques, la mention du roi des Perses, Cyrus, plus de 150 ans avant sa naissance (voir Ésaïe 44:28 ; 45:1). Car, pour la critique théologique moderne, ce n’est pas une prophétie authentique. L’incrédulité en déduit donc que les chapitres correspondants ne peuvent avoir été écrits qu’après les évènements qui y sont décrits !

Mais la citation du nom de Cyrus si longtemps avant sa naissance, n’est pas un cas isolé. Ainsi l’homme de Dieu de Juda, en présence du roi Jéroboam I, fit mention du nom du roi Josias environ trois cents ans avant que celui-ci ne vive (1 Rois 13:2). L’écrivain juif Flavius Josèphe écrit que Cyrus s’étonna en lisant la prophétie d’Ésaïe à son sujet, et qu’à la suite de cette lecture, il édicta le décret relatif au retour des Juifs (Antiquités juives XI 1.1-2 ; Esdras 1:1-4).

Il est incontestable qu’entre Ésaïe 1-39 et 40-66 (que certains appellent le « deutéro-Ésaïe »), il y a des différences aussi bien dans les expressions employées, que dans les sujets abordés. Or dans beaucoup d’ouvrages d’auteurs profanes, on peut reconnaître des différences de style et de thèmes traités chez un même auteur, sans qu’on puisse, pour autant, mettre en doute qu’ils proviennent du même auteur. Le thème central traité dans la première partie d’Ésaïe, concerne davantage l’histoire extérieure d’Israël et des peuples voisins, tandis que la seconde partie traite plutôt de l’évolution intérieure du peuple terrestre de Dieu.

Par ailleurs le livre d’Ésaïe présente différents traits caractéristiques qui sont la marque d’un seul et même auteur. On peut citer tout d’abord la présence de l’expression « Le Saint d’Israël ». Elle occupe une place particulière parmi les différents noms de Dieu, car elle apparaît 25 fois en Ésaïe, 12 fois dans les chapitres 1 à 39 et 13 fois dans les chapitres 40 à 66 (voir les notes explicatives dans Ésaïe 1 à 4). Ce témoignage est particulièrement renforcé par le fait qu’Ésaïe emploie lui-même cette expression en 2 Rois 19:22). L’expression « Le Saint d’Israël » ne se trouve ailleurs que dans les Psaumes 71:22 et 78:41 et 89:18 et en Jérémie 50:29 et 51:5.

De même, l’appellation « Dieu d’Israël », utilisée rarement par les autres prophètes, se trouve très souvent chez Ésaïe, à savoir 13 fois, dont 7 dans la première partie, et 6 dans la seconde partie (Ésaïe 17:6 ; 21:10,17 ; 24:15 ; 29:23 ; 37:16,21 ; 41:17 ; 45:3,15 ; 48:1,2 ; 52,12).

Un autre « mot-clé » d’Ésaïe, est « salut » ou « délivrance » (en hébreu : jesha, jeshu’a, teshu’a, d’où vient le nom de Je(ho)shua = Josué en grec. Jésus, « l’Éternel est sauveur » en dérive). On trouve ce mot 25 fois en Ésaïe : 8 fois dans la première partie, et 17 fois dans la seconde (voir l’explication dans la note à propos d’Ésaïe 12:2). La présence fréquente de ce mot a bien contribué à qualifier Ésaïe du nom de « l’évangéliste parmi les prophètes ».

Dans le Nouveau Testament, le livre d’Ésaïe est cité environ 70 fois, plus que tous les autres prophètes réunis. 28 citations sont tirées des chapitres 40 à 66, parmi lesquelles le nom d’Ésaïe est mentionné spécifiquement 11 fois (Matt. 3:3 ; 8:17 ; 12:17 ; Luc 3:4 ; 4:17 ; Jean 1:23 ; 12:38 ; Actes 8:28-33 ; Romains 10:16, 20,21). Le passage le plus remarquable à cet égard est celui de Jean 12:38-41 avec sa citation des chapitres 53 et 6 (c’est-à-dire de la deuxième partie de ce livre, puis de la première) ; or le nom d’Ésaïe est cité trois fois dans cette citation.

Un témoignage remarquable rendu à l’unité du livre d’Ésaïe a été trouvé dans les manuscrits de la Mer Morte. À Qumran, en 1947, entre autres, on a trouvé un rouleau de parchemin contenant l’intégralité du texte hébreu du livre d’Ésaïe, datant du deuxième siècle av. J.-C. Nulle part dans ce rouleau, il n’y a d’indication qu’il s’agirait du regroupement de textes d’auteurs différents s’étalant sur trois siècles ou davantage. Le chapitre 40 dont on prétend qu’il débuterait le soi disant « deutéro-Ésaïe », commence sans aucun signe particulier quelconque à la suite des dernières lignes d’une division. Visiblement, celui qui a écrit ne savait rien de travaux différents d’auteurs différents.

 

2                        Juda et Jérusalem — Ésaïe 1 à 12

Selon le principe divin que le jugement de Dieu commence par Sa propre maison (1 Pierre 4:17), l’annonce des jugements de Dieu sur Son peuple précède l’annonce du jugement des nations dans le livre du prophète Ésaïe (voir Ésaïe 9:6 ; 1 Pierre 4:17). Les douze premiers chapitres de ce livre nous montrent donc les relations et les voies de Dieu avec Son peuple terrestre Israël, mais aussi Son but : la révélation du Messie en gloire. Cette section s’achève par un cantique de louange.

 

2.1   Sujets d’accusation de Dieu contre Juda et Jérusalem

2.1.1        Les doléances de l’Éternel — Ésaïe 1:1-8

2.1.1.1                 Ch.1:1-2

Après les paroles introductives sur la personne du prophète, et l’époque où il se situe, le verset 2 commence immédiatement par la description de ce que Dieu a donné à Ésaïe, le fils d’Amots, de voir dans sa vision prophétique. Toutefois, il ne commence pas par parler à Juda et Jérusalem, mais à leur sujet. Comme autrefois Moïse (Deut. 32:1), Il appelle le ciel et la terre à témoigner des paroles de l’Éternel, qui considère ceux qui font partie de Son peuple comme des enfants qu’Il a éduqués, mais dont Il doit établir l’apostasie. Déjà, au début de son histoire, le Seigneur avait appelé le peuple « Son fils premier-né », et les enfants d’Israël l’avaient considéré comme Père (Exode 4:22 ; voir Malachie 1:6 ; 2:10), bien qu’ils ne connussent pas encore la relation d’enfant avec leur Père fondée sur la foi au Seigneur Jésus (Jean 1:12).

 

2.1.1.2                 Ch.1:3

Quelle lamentation douloureuse que celle de Dieu au sujet de Son peuple, selon le v. 3 : « Le bœuf connaît son possesseur, et l’âne, la crèche de son maître ; Israël ne connaît pas, mon peuple n’a point d’intelligence » ! Ils se conduisaient pire que les animaux qui, du moins, connaissent leur propriétaire et la crèche de leur maître.

Bien que dans les premiers versets, Juda et Jérusalem soient désignés comme ceux auxquels était adressée la prophétie d’Ésaïe, cependant Dieu a toujours devant Ses yeux Son peuple tout entier. Il en est de même ici. Les hommes spirituels de l’Ancien Testament, comme Élie et Esdras, ne perdaient jamais non plus de vue l’unité du peuple d’Israël ; et même dans le Nouveau Testament, Paul et Jacques parlent de « nos douze tribus » et des « douze tribus » (1 Rois 18:31 ; Esdras 8:35 ; Actes 26:7 ; Jacques 1:1). Combien plus avons-nous besoin de cette manière de voir dans le temps actuel où les membres du seul corps de Christ, qui sont unis bien plus intimement, sont non seulement séparés en deux parties comme Israël, mais sont dispersés à travers d’innombrables groupes chrétiens !

 

2.1.1.3                 Ch.1:4

Le jugement porté par Dieu sur Son peuple dans le cri de douleur du verset 4 s’exprime ensuite dans la quadruple description de son état. Au départ, ils étaient une nation sainte (Exode 19:6) et voilà qu’ils étaient devenus une nation pécheresse ; au lieu d’être le peuple qui Lui appartenait en propre (Deut.14:2), ils étaient chargés d’iniquité ; ils étaient de la semence d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, et les voilà devenus une race de gens qui font le mal ; les fils de l’Éternel (Deut. 14:1) étaient devenus des fils qui se corrompaient ! En outre trois manières d’agir caractérisaient leur conduite : Ils avaient abandonné l’Éternel, ils avaient méprisé le Saint d’Israël, et ils s’étaient retirés en arrière. Les paroles et la loi de Dieu n’avaient plus aucune valeur pour eux.

Le titre « Saint d’Israël » pour Dieu, est caractéristique du livre d’Ésaïe. Il s’y trouve 25 fois, quoique dans un nombre de passages moindre (*). Même si le peuple voulait se souiller toujours plus, Lui demeure fidèle, car Il ne peut se renier Lui-même (2 Tim.2:13), et ce qui l’entoure directement rend témoignage en permanence à Sa sainteté inaltérable (voir Ésaïe 6:3 ; Apoc. 4:8).

 

(*) Ch. 1:4 ; 5:19,24 ; 10:20 ; 12:6 ; 17:7 ; 29:19,23 ; 30:11,12,15 ; 31:1 ; 37:23 ; 41:14,16,20 ; 43:3,14 ; 45:11 ; 47:4 ; 48:17 ; 49:7 ; 54:5 ; 55:5 ; 60:9,14 ; et aussi dans les paroles d’Ésaïe en 2 Rois 19:22

 

2.1.1.4                 Ch.1:5-7

Bien que Dieu eût particulièrement humilié le roi Achaz et le peuple, à cause de leur infidélité, ce dernier ne s’en était que plus enfoncé dans l’apostasie et l’idolâtrie (2 Chr. 28:5,8, 17-22). Pourquoi Dieu châtierait-Il davantage Son peuple, si c’était pour qu’il aille toujours plus loin dans l’apostasie (v.5) ?

Le « diagnostic » de l’état honteux suit dans les versets 5 à 7. Juda est comparé à un homme malade de la tête et du cœur, et qui ne présente plus aucun endroit sain depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête. Le terme « la tête » désigne ici sans doute le roi.

Les « blessures et meurtrissures et plaies vives » qui n’avaient pas été traitées avec tendresse et de manière appropriée (selon les connaissances de l’époque, voir Luc 10:34) étaient les conséquences des attaques dévastatrices des ennemis de Juda. Leur pays était ravagé, leurs villes étaient détruites, et le produit de leurs champs avait été récolté et dévoré par les étrangers. Les ennemis avaient, pour ainsi dire, tout renversé. L’Éternel avait laissé faire, pour discipliner Son peuple qu’Il aimait et l’amener à revenir. Mais cela avait été en vain.

 

2.1.1.5                 Ch.1:8

Dans une certaine mesure, Jérusalem avait été jusqu’alors épargnée ; la ville est désignée ici par « Sion », le nom de la forteresse conquise par David, et qui lui rappelait de manière particulière l’amour de Dieu à son égard (2 Sam. 5:7 ; Psaume 2:6 ; 9:11,14). La ville de Jérusalem, célébrée autrefois comme étant « bien unie ensemble en elle-même », là où « sont placés les trônes de jugement, les trônes de la maison de David » (Psaume 122:3,5), était maintenant comparée à une hutte dans une vigne, et à une cabane dans un champ de concombres, ces abris de fortune où les paysans s’asseyaient jour et nuit pour veiller à ce que les animaux ou les étrangers ne se jettent pas sur leurs précieuses récoltes (voir Job 27:18). Même si Jérusalem n’avait pas encore été assiégée par les Assyriens, cependant, eu égard à la dévastation croissante environnante, elle pouvait être comparée à une ville assiégée (v. 8).

Comme l’évolution des choses se répète ! Ne pouvons-nous pas appliquer la description de ce qui atteint Juda non seulement à la chrétienté actuelle, mais aussi à l’état des vrais croyants ? L’éloignement délibéré de Dieu est plus affreux que les ténèbres de ceux qui n’ont jamais connu Dieu. Pierre écrivait déjà cet avertissement : « Car il leur eut mieux valu n’avoir pas connu la voie de la justice, que de se détourner après l’avoir connue, du saint commandement qui leur avait été donné ; mais ce que dit le proverbe véritable leur est arrivé: Le chien est retourné à ce qu’il avait vomi lui-même, et la truie lavée, à se vautrer au bourbier » (2 Pierre 2:21-22).

 

2.1.2        Ch. 1:9 — Un faible écho

Le diagnostic accablant de Dieu suscite un écho faible, mais émanant d’une vraie foi, dans le cœur et la bouche d’un résidu qui ne se glorifie pas de sa propre fidélité, mais qui attribue tout à la miséricorde de Dieu : « Si l’Éternel des armées ne nous eut laissé un bien petit résidu, nous aurions été comme Sodome, nous ressemblerions à Gomorrhe ». Combien cette réaction a dû réjouir le cœur de Dieu ! Lorsque des siècles plus tard, quelques-uns de ceux qui craignent l’Éternel parlèrent l’un à l’autre, Il fut attentif et un livre de souvenir fut écrit pour ceux qui craignent l’Éternel et qui pensent à Son Nom (Mal. 3:16). Aujourd’hui encore, Ses yeux parcourent toute la terre pour se montrer fort en faveur de ceux qui sont d’un cœur parfait envers Lui (2 Chr. 16:9). Ce verset cité par Paul dans son exposé sur Israël en Romains 9 à 11, trouvera un nouvel accomplissement dans le futur, mais un accomplissement alors définitif (Rom. 9:29).

Les péchés de Sodome et de Gomorrhe sont mentionnés à plusieurs reprises dans la Parole de Dieu, aussi bien que la fin bien connue de ces villes impies sous le jugement sans ménagement de Dieu (Gen. 13:13 ; 19:23-25 ; Éz. 16:49 ; Jude 7). Tous les deux sont placés devant les yeux de ce faible résidu qui y pense avec horreur, mais qui en même temps se jette en pleine confiance dans les bras du puissant Éternel des armées (en hébreu : le Seigneur Sabaoth).

 

2.1.3        Ch.1:10-15 — Un service de Dieu répugnant

2.1.3.1                 Ch. 1:10

Dieu commence maintenant par s’adresser aux chefs responsables et au peuple, avec un appel à écouter Sa Parole et à respecter Sa loi. Quelle résonance terrible, venant de Sa bouche, que ces noms de Sodome et Gomorrhe appliqués aux conducteurs et aux habitants de Juda ! Durant la grande tribulation, au temps des deux fidèles témoins de Dieu, Jérusalem sera de nouveau appelée « spirituellement Sodome et Égypte, où aussi leur Seigneur a été crucifié » (Apoc. 11:8).

 

2.1.3.2                 Ch. 1:11-15

Dans les versets qui suivent (11 à15), Dieu fait dénoncer publiquement le service formaliste et exécrable à Ses yeux, accompli par le peuple. Certes, Il avait Lui-même donné les prescriptions de la loi, mais celles-ci avaient été complètement dénaturées. S’agissant de l’offrande des sacrifices, de faire fumer la graisse, de l’aspersion du sang, ou de l’observation de la nouvelle lune, du sabbat ou des fêtes de l’Éternel, extérieurement tout était méticuleusement accompli, mais les cœurs des hommes étaient bien éloignés de Dieu ; et dans leur vie quotidienne, ils faisaient toutes les injustices possibles, jusqu’à répandre le sang. Sans doute, on voulait être religieux, mais on voulait en même temps faire tout ce qu’on avait envie. L’hypocrisie, qui croit pouvoir associer un service divin extérieurement « correct » avec les plus graves péchés, est une abomination pour Dieu (v. 13). C’est pourquoi Il ne peut plus écouter les prières. Il voit que les mains qu’on élève vers Lui ne sont pas des « mains saintes », mais des mains couvertes de sang (v. 15 ; 1 Timothée 2:8).

 

2.1.4        Ch. 1:16-20 — Un appel au cœur et à la conscience

Chaque fois que les sacrificateurs israélites accomplissaient leur service dans le lieu saint, ils devaient préalablement laver leurs mains et leurs pieds (Exode 30:17-21). Même si quelqu’un s’était souillé au contact d’un corps mort, l’eau de purification devait être aspergée sur lui (Nombres 19). Selon l’enseignement du Nouveau Testament, nous savons que cette purification a une signification symbolique, et est une image de la purification de notre cœur par l’eau de la Parole de Dieu (Jean 15:3 ; Éph. 5:26). Cependant les Israélites de l’ancienne alliance avaient déjà l’intelligence de ces choses, comme le montrent les versets 16 et 17, ainsi que d’autres passages. David s’écrie au Psaume 51, verset 7 : « Purifie-moi du péché avec de l’hysope, et je serai pur ; lave-moi, et je serai plus blanc que la neige » (voir Psaume 26:6). Ce n’est qu’à la lumière de la Parole de Dieu que le mal est vraiment manifesté comme tel, mais la Parole de Dieu nous montre aussi le chemin en vue de la purification par la confession de nos péchés (Proverbes 28:13 ; 1 Jean 1:9). Alors le chemin est ouvert pour faire le bien, pour chercher ce qui est juste, et être en aide aux opprimés et aux démunis (v. 17).

Si la justice de Dieu est le seul critère, personne ne peut se tenir devant Lui. Ce qui suit pour le pécheur, est valable de tout temps : « C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant ! » (Héb. 10:31). D’où l’appel de l’Éternel à Son peuple terrestre : « Venez et plaidons ensemble » ; c’est un appel plein de grâce et de miséricorde. Car là où l’homme, à cause de sa culpabilité, n’a rien pour se justifier, Lui seul veut et peut ramener même le crime de sang à du blanc pur et sans tache (1:18 ; voir 1:15) !

Si Juda avait pris garde à la voix pleine d’amour de l’Éternel, et avait été disposé à rompre avec ses péchés, il aurait pu à nouveau jouir des riches bénédictions du pays promis de Canaan. Si toutefois il s’y refusait, et continuait à être rebelle à l’égard de son Dieu, il serait battu par ses ennemis, et cesserait d’habiter le pays de Canaan en tant que peuple reconnu de Dieu. Dieu ne laisse planer aucun doute sur cette prédiction. Sa bouche avait parlé par le prophète Ésaïe (1:19, 20).

 

2.1.5        Ch. 1:21-31 — La purification par le jugement

2.1.5.1                 Ch. 1:21-23

Les versets 21 à 23 renferment une complainte sur la ville autrefois fidèle de Jérusalem, et qui est devenue maintenant une prostituée, c’est-à-dire qu’elle s’est adonnée à l’idolâtrie. L’Éternel considérait Israël comme Sa femme qu’Il avait épousée (Jér. 2:2 ; 3:1-10 ; Éz. 16). Du fait qu’elle s’était détournée de Lui pour se tourner vers les idoles, elle s’était livrée à la fornication spirituelle (Deut. 31, 16). Dans le Nouveau Testament, c’est spécialement Babylone, la chrétienté sans Christ, qui est nommée la grande prostituée à cause de son idolâtrie (Apoc. 14:8 ; 17:1,2).

Autrefois, la justice habitait dans Jérusalem (pensons seulement à Salomon), maintenant ils étaient des meurtriers. Les princes, représentés par l’argent devenu des scories, et par le vin exquis dilué à l’eau, n’ont pas exercé la justice, mais ont été rebelles aux commandements de Dieu ; ils s’entouraient de voleurs et se laissaient acheter au lieu de faire droit aux orphelins et aux veuves opprimés (voir 1:17). Tout ce qui est bon et juste aux yeux de Dieu, était méprisé et dévoyé en son contraire.

 

2.1.5.2                 Ch. 1:24-25

Mais les choses n’en resteront pas toujours là. Dieu qui se nomme ici « le Seigneur, l’Éternel des armées, le Puissant d’Israël », pour montrer toute Sa puissance, prononce Son jugement (1:24). Celui-ci va plus loin que la captivité babylonienne de Juda, et a en vue le temps de la fin (*), qui se trouve ainsi déjà mentionné dans ce chapitre introductif de ce livre prophétique. Les adversaires et les ennemis sont des gens de Son propre peuple, contre lesquels Il tournera Sa main, qu’Il épurera au creuset et qu’Il purifiera avec de la potasse. Ce processus de fusion et purification de l’argent est bien des fois utilisé dans l’Écriture Sainte comme une image de châtiments et de punitions infligés par Dieu. C’est une image sérieuse, mais belle, pleine d’une profonde instruction, car le résultat final n’est pas la destruction, mais la purification ! Les scories et le plomb sont ôtés, et il ne reste plus que l’argent pur, une figure constante de la rédemption dans l’Écriture (voir Zach. 13:9 ; Mal. 3:3).

 

(*) Par « temps de la fin », nous comprenons la période entre la venue du Seigneur pour enlever les croyants, et Son apparition en gloire pour établir le règne millénaire.

 

2.1.5.3                 Ch. 1:26-31

Après la grande tribulation et l’apparition de Christ en gloire, Jérusalem sera la capitale terrestre du royaume millénaire, le centre de paix et de justice (v. 26 ; voir chapitre 2,3 ; Zach. 8:3). Mais avant que vienne la rédemption pour Sion et pour le résidu du peuple d’Israël encore dispersé dans le monde entier, mais alors rentré dans sa terre, il leur faudra subir le jugement de Dieu (v. 27). Par contre, tous ceux qui se seront détournés de Dieu et auront suivi l’Antichrist, devront mourir (v. 28).

Le jugement sur les Juifs incroyants, qui anéantira deux tiers du peuple selon Zacharie 13:8, est maintenant décrit de trois manières différentes. La honte à cause des térébinthes parait désigner l’idolâtrie qui se pratiquait sous ces arbres (voir Éz. 6:13). Ni l’Antichrist, ni l’image de la bête ne leur seront d’aucun secours quand le jugement de Dieu viendra sur eux (1:29). Eux-mêmes ressembleront à un térébinthe flétri et à un jardin sans eau, et ils porteront par cela les conséquences de leur idolâtrie (1:30). Ceux qui se prétendent forts disparaîtront ensemble avec leur œuvre, comme l’étoupe s’enflamme avec une étincelle et brûle. Ni le « fort » ni personne d’autre ne peut éteindre le feu qu’il a allumé par ses œuvres ; il le conduit à la perdition éternelle (1:31 ; voir Apoc. 19:20-21).

 

2.2   Un regard sur l’avenir

2.2.1        Ch. 2:1-4 — La Seigneurie du Seigneur

Les paroles d’introduction au message d’Ésaïe 2 ressemblent à celles du premier chapitre, à la différence qu’ici, il n’est pas question d’une vision, mais d’une parole que le prophète a vue, touchant Juda et Jérusalem.

Les versets 2 à 4 ressemblent presque mot pour mot à Michée 4:1-3, et il y a encore d’autres passages parallèles entre les deux prophètes (*). À côté de toutes leurs différences (notamment la longueur de leur message), les deux prophètes ont eu cependant des missions très semblables : avertir le peuple de Dieu avant le jugement, et faire connaître Sa miséricorde et annoncer la venue du Messie.

 

(*) Parmi une quantité de passages qui sont des rappels ou sont simplement parallèles du point de vue des idées, on peut citer : Ésaïe 1:2 et Michée 1:2 ; Ésaïe 8:17 et Michée 7:7 ; Ésaïe 58:1 et Michée 3:8.

 

« À la fin des jours » (v. 2), le règne de paix de mille ans achèvera l’histoire de cette terre, avant qu’elle s’enfuie devant la face du Juge sur le grand trône blanc, et qu’elle soit brûlée entièrement avec les œuvres qui sont en elles (2 Pierre 3:10 ; Apoc. 20:11). Dans cette période de bénédiction merveilleuse durant le règne de Christ, la « montagne de la maison de l’Éternel », Jérusalem et le temple, sera haut-élevée au-dessus de toutes les autres puissances, et même toutes les nations afflueront en ce lieu-là (Deutéronome 26:19 ; Ésaïe 66:23 ; Zacharie 14:16).

Or ce n’est pas la justice seule qui règnera, mais aussi la paix, annoncée, à travers ces paroles faciles à retenir, mais aujourd’hui trop souvent mal comprises et mal appliquées : « De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des serpes » (v. 4). Il n’y aura pas de guerre pendant ces mille ans. Ainsi la prophétie du patriarche Jacob sur Juda et son héritage s’accomplira dans le vrai « Shilo » (en hébreu : qui apporte la paix, qui procure le repos), auquel les peuples obéiront (Genèse 49:10).

 

2.2.2        Ch. 2:5-9 — L’état du peuple

2.2.2.1                 Ch. 2:5-6

Le coup d’œil sur l’avenir glorieux d’Israël et des peuples de la terre, amène le prophète à adresser un appel à son peuple pour qu’il revienne immédiatement à Dieu, et à marcher dans la lumière de l’Éternel (v. 5). Puis il se tourne immédiatement vers Dieu (v. 6). Il constate qu’Il a déjà abandonné son peuple. En fait, Dieu s’était toujours levé de bonne heure et avait envoyé Ses messagers, ce que le prophète Jérémie avait spécialement rappelé plusieurs fois (Jér. 7:13), mais Dieu connaissait la fin depuis le commencement. Les mauvaises intrications du peuple vers l’orient (l’Assyrie et Babel) et vers l’occident (les Philistins) étaient trop étroites. Le peuple qui devait habiter séparé et ne pas être compté parmi les nations (Nombres 23:9), faisait alliance avec ceux qui appartenaient aux peuples étrangers.

 

2.2.2.2                 Ch. 2:7-9

Comme les versets 7 et 8 le montrent, la grande prospérité résultant du commerce avec les peuples voisins, était le moyen par lequel l’idolâtrie avait fait son entrée. Dans le pays, il n’y avait pas seulement de l’argent et de l’or en abondance, comme aussi des chevaux et des chars, mais aussi des idoles, devant lesquelles le peuple de Dieu se prosternait. Le prophète signale déjà ici le ridicule d’adorer et de se prosterner devant ce qu’on a soi-même fabriqué ; il le rappellera plus tard avec beaucoup d’ironie (44:9-20). Différents rois qui, de par leur fonction, auraient dû donner l’exemple, méprisèrent l’avertissement de Dieu en ce qui concerne le grand nombre de chevaux, la richesse en argent et en or, comme aussi les femmes, parce que c’était spécialement ces dernières qui allaient détourner leur cœur de suivre l’Éternel, ce qui se trouve déjà confirmé en Salomon (Deutéronome 17:16).

Mais le jugement sur les pécheurs est déjà arrêté. L’être humain tiré du sol (en hébreu : Adam), et l’homme (en hébreu : ish), l’homme du peuple comme le grand, devaient être jetés par terre, et ne recevraient pas de pardon de la part de Dieu (v. 9).

 

2.2.3        Ch. 2:10-22 — Le jour de l’Éternel

2.2.3.1                 Ch. 2:10-11

Les versets 10 et 11 constituent une transition avec ce qui suit, car le prophète ne parle plus maintenant à Dieu comme dans les versets précédents, ni non plus à son peuple terrestre, mais à tous les hommes en général, comme l’indiquent les appellations « être humain » et « homme » déjà vues au verset 9 (comparer les versets 11 et 17).

 

2.2.3.2                 Ch. 2:12-16

Un jour, tout l’orgueil et toute l’élévation des hommes trouveront leur fin. À cause de la terreur qui les envahira lors de la venue en majesté de l’Éternel, ils seront forcés de se cacher dans les fentes des rochers, car « en ce jour-là », Un seul sera haut élevé : Dieu.

« Ce jour-là » ou « le jour de l’Éternel » est déjà annoncé dans l’Ancien Testament, comme le jour du jugement de Dieu sur le monde (Ésaïe 13:6-9 ; Joël 1:15 ; 2:2). Mais pour ceux qui craignent le Nom de Dieu, le Messie sera alors comme « le soleil de justice avec la guérison dans ses ailes » (Malachie 4:2) (*).

 

(*) L’expression « en ce jour-là » désigne habituellement, dans le langage prophétique d’Ésaïe, le temps futur où Dieu s’occupera de nouveau de son peuple terrestre, d’abord en jugement, mais ensuite en grâce et en gloire (Ésaïe 2:11,17,20 ; 3:7,18 ; 4:1,2 ; 5:30 ; 7:18,20,21,23 ; 10:20,27 ; 11:10,11 ; 12:1,4 ; 17:4,7,9 ; 19:16,18,19,21,23,24 ; 20:6 ; 22:8,12,20,25 ; 23:15 ; 24:21 ; 25:9 ; 26:1 ; 27:1,2,12,13 ; 28:5 ; 29:18 ; 30:23 ; 31:7 ; 52:6). L’expression « jour de l’Éternel », par contre, ne se trouve qu’en Ésaïe 13:6,9.

 

Dans l’Ancien Testament, il ne pouvait pas encore être révélé que Celui qui viendrait était le Seigneur Jésus, mais bien que ce serait le Messie (comparer Daniel 2:44 ; 7:13 et suiv. ; 9:24). Quelle chose tragique que le Seigneur Jésus, lorsqu’Il vint dans l’abaissement sur la terre, n’a pas été reçu par Son propre peuple (Jean 1:11) ! C’est pourquoi la durée et la pleine signification de ce « jour-là » ne sont révélées que dans le Nouveau Testament. Pour les croyants déjà dans le ciel, il commence par le tribunal de Christ (2 Timothée 4:8) ; pour le monde, il commence par l’apparition de Christ en gloire avec tous les croyants et les anges de Sa puissance. C’est là le jugement annoncé par les prophètes, le premier. Ce jour s’étend ensuite par-dessus toute la période du règne de mille ans. L’expression « jour du Seigneur » veut dire que, dans cette période-là, Dieu, dans la personne de son Fils, sera reconnu par le monde, et exercera toute autorité. Ce n’est qu’après, que commencera l’état éternel avec une nouvelle terre et de nouveaux cieux (voir 2 Pierre 3 ; Apoc. 19:11 à 21:8). En « ce jour-là », les croyants qui font partie de l’assemblée de Dieu ne seront plus sur la terre, mais auront été enlevés déjà depuis longtemps dans la maison du Père ; tous les jugements de Dieu annoncés ici et dans d’autres passages, ne les atteindront plus (comparer 1 Thessaloniciens 4:13 à 5:8 ; 2 Thessaloniciens 2 ; Apoc. 3:10).

« Ce jour-là », comme l’enlèvement que nous attendons, est fixé dans les conseils de Dieu (v. 12). Tous ceux qui ne se seront pas courbés dans la repentance et la foi dans l’attente du Messie, seront alors profondément abaissés ; nul n’en sera exempté. Les cèdres du Liban et les chênes de Basan désignent sans doute les gens haut placés dans l’échelle sociale (v. 13 ; comparer Zacharie 11:2) ; les hautes montagnes et les collines élevées représentent les puissances de ce monde (v. 14 ; comparer Psaume 30:8 ; Zacharie 4:7) ; les hautes tours et les puissantes murailles parlent de guerre (v. 15), les navires de Tarsis et les objets d’art précieux évoquent le commerce et l’art (v. 16). De manière similaire, mais encore plus détaillée, Apoc. 18 décrit comment l’ensemble du système mondial sera disloqué par la chute de Babylone.

 

2.2.3.3                 Ch. 2:17-21

Comme pour confirmer encore une fois tout cela, le verset 17 répète les paroles du verset 11, et aussi dans les versets 19 et 21, on retrouve l’injonction du verset 10, même s’il s’y trouve quelques petites différences. Entre les deux, il y a cette phrase lapidaire : « Et les idoles disparaîtront entièrement » (v. 18). Dans l’angoisse et la frayeur en face de l’apparition irritée de Christ, les gens jetteront les idoles si sacrées et si précieuses pour eux aux animaux impurs des ténèbres et de la nuit, mais ce sera trop tard (v. 20). Leur désir de se cacher ne leur sera pas plus en aide que pour le premier couple humain après la chute (Genèse 3:8).

Combien l’apparition du Fils de l’homme dans Sa gloire sera impressionnante et effrayante pour les incroyants ! Combien au contraire est merveilleuse notre espérance vivante et bienheureuse de pouvoir attendre le même Seigneur comme Sauveur pour la vie éternelle !

 

2.2.3.4                 Ch. 2:22

Le chapitre se termine avec un avertissement relatif à la confiance en l’homme. Avec toute son intelligence, sa sagesse, ses capacités et ses conquêtes dont il est si fier, il n’est pourtant qu’une petite créature de rien. Les Psalmistes ont exprimé cela si souvent (Psaumes 90 ; 104:29) ! Mais ici il ne s’agit pas de ceux qui ont placé leur confiance en Dieu, mais de ceux qui ne connaissent ni le Dieu vivant et vrai, ni son Fils, l’« Esprit vivifiant », « qui nous délivre de la colère qui vient » (1 Corinthiens 15:45 ; 1 Thessaloniciens 1:10).

 

2.3   Jugement et gloire de Sion

Comme si souvent dans la Parole de Dieu, le Saint Esprit dans ce passage, relie le présent au temps de la fin. Un autre exemple de cette manière de présenter les choses dans la prophétie, est l’épître de Jude qui commence avec le fait qu’à cette époque-là, « certains hommes s’étaient glissés parmi les fidèles, inscrits jadis à l’avance pour ce jugement » (v. 4), puis l’épître décrit un grand arc jusqu’à l’apparition du Seigneur Jésus en jugement (v. 14 et 15). Il en est de même dans la portion constituée des ch. 3 et 4 du prophète Ésaïe, qui commence par des évènements proche de cette époque, et se termine avec le rétablissement de Sion dans le règne de mille ans.

 

2.3.1        Ch. 3:1-15 — Les péchés des conducteurs et du peuple

2.3.1.1                 Ch. 3:1

Le Seigneur, l’Éternel des armées (en hébreu : Adonaï Yahwe Sabaoth) fait tout d’abord annoncer qu’Il ôtera de Jérusalem et de Juda, tout ce sur quoi le peuple s’appuie et fonde son existence. En tout premier lieu sont mentionnées la nourriture et la boisson (v. 1). Dieu avait déjà depuis longtemps menacé son peuple de cela au cas où il désobéirait (Deutéronome 11:16 et suiv. ; 28:23 et suiv.), et nous voyons comment cette annonce s’est accomplie lors des attaques des Assyriens et des Babyloniens (Ésaïe 37:30 ; Lamentations 2:20).

 

2.3.1.2                 Ch. 3:2-3

Ensuite, sont énumérées les personnes qui — à tort (comme les devins et les magiciens) ou à raison — constituent les bases de l’état : « L’homme fort et l’homme de guerre, le juge et le prophète, le devin et l’ancien, le chef de cinquantaine et l’homme considéré, et le conseiller, et l’habile ouvrier, et celui qui s’entend aux enchantements » (v. 2 et 3). Or cette prophétie s’est accomplie, lorsque Nebucadnetsar emmena en captivité « tous les chefs et tous les hommes de guerre », et ne laissa à Jérusalem « que le peuple pauvre du pays » (2 Rois 24:14).

 

2.3.1.3                 Ch. 3:4-7

Un état de dénuement aussi complet servira, sous le gouvernement de Dieu, de jouet aux caprices de personnes trop jeunes et inexpérimentées (v. 4 ; voir Écclésiaste 10:16). Le résultat en est un désordre sans bornes, et une oppression réciproque, par laquelle tout ordre institué de Dieu ou même simplement tout ordre humain raisonnable se trouve sens dessus dessous (v. 5). L’anarchie qui en découle est irréversible. Même si quelques individus reconnaissent combien la situation est accablante, ils ne se tournent quand même pas vers Dieu pour avoir du secours, mais vers leur « frère », pensant que peut-être, celui-ci pourrait encore au moins sauver ou maintenir quelque chose. Mais plus personne n’est prêt à endosser de responsabilité, même si on le supplie instamment à ce sujet. Le dénuement personnel (« ni pain ni manteau ») sert alors d’excuse à ce que l’on ne peut être ni « médecin » pour venir en aide et guérir « les blessures, les meurtrissures et les plaies vives » (voir 1:6), ni désirer être « chef du peuple », afin de mettre un frein à l’anarchie (v. 6 et 7).

 

2.3.1.4                 Ch. 3:8-9

L’Esprit de Dieu montre maintenant les racines de ce déclin complet de Jérusalem et de Juda. Toutes les paroles et les actes de leurs habitants sont dirigés contre Dieu, et même avec l’intention de braver Sa gloire divine. Cependant, « les yeux de sa gloire » voient les motifs cachés du cœur, car ce sont des yeux « comme une flamme de feu » (Apoc. 1:14), qui, dans leur sainteté incorruptible, reconnaissent le mal (v. 8). Dieu voit l’expression mauvaise et orgueilleuse du visage, de même qu’Il entend lorsqu’ils parlent ouvertement de leurs péchés. Adam et Ève ont eu honte et se sont cachés lorsqu’ils eurent commis le premier péché, mais comme les habitants de Sodome qui ne connaissaient pas la honte, les habitants de Jérusalem et de Juda se comportent de la même manière : «Ils parlent ouvertement de leur péché comme Sodome ; ils ne le cachent pas » (v. 9 ; voir 2:10). La sentence de Dieu est celle-ci : « Malheur à leur âme ! Car ils ont fait venir le mal sur eux-mêmes ».

 

2.3.1.5                 Ch. 3:10-11

Le principe divin de rétribution, aussi bien à l’égard du bien que du mal, ne cesse pas d’être valable, même si peut-être, cela n’apparaît pas pour l’instant (Romains 2:5-11). Au petit nombre des justes parmi le peuple, il arrivera du bien, car ils jouiront dans l’avenir du fruit de leurs bonnes actions, tandis que les impies (ceux qui sont sans loi) sont menacés d’un nouveau « Malheur » : du mal leur arrivera, parce qu’ils recevront le salaire correspondant à leurs mauvaises actions (v. 10 et 11).

 

2.3.1.6                 Ch. 3:12

Et cependant, il est et il demeure le peuple de l’Éternel qui — comme l’Éternel doit le proclamer en se lamentant — est opprimé par des hommes méchants enfantins, et il est gouverné par des femmes, alors qu’Il avait demandé expressément que le roi de Son peuple se fasse une copie de la loi, pour Le craindre, Lui, l’Éternel, et pour faire « toutes les paroles de cette loi et de ces statuts ; … en sorte que son cœur ne s’élève pas au-dessus de ses frères, et qu’il ne s’écarte pas du commandement, ni à droite, ni à gauche » (Deutéronome 17:18-20). L’expression « ceux qui te conduisent te fourvoient » vise les prophètes au sujet desquels Michée, contemporain d’Ésaïe, a dû prononcer le même jugement (Michée 3:5). Ils parlaient à chacun selon ce qui lui plaisait, mais ils taisaient devant le peuple le droit chemin conforme aux pensées de Dieu (comparer 1 Rois 22:11).

 

2.3.1.7                 Ch. 3:13

Or non seulement l’Éternel voit tout cela, mais Il est aussi le juste Juge qui, un jour, se tiendra là « pour juger les peuples » (v. 13). Tous leurs actes sont inscrits dans Ses livres, et le jour viendra où le Père confiera l’exercice du jugement à Son Fils (comparer Jean 5:22, 27). Lors de l’apparition du Fils de l’homme en gloire, toutes les nations seront assemblées devant Lui et jugées (Matt. 25:31-46). Mille ans plus tard, tous les morts recevront devant le grand trône blanc, leur sentence de condamnation éternelle (Apoc. 20:11-15). Ce verset est un exemple de « saut dans le temps » que l’Esprit fait si souvent dans les prophéties de la Parole de Dieu, lorsqu’à partir d’évènements de l’époque, Il dirige nos regards directement sur la fin.

 

2.3.1.8                 Ch. 3:14-15

C’est toutefois d’une autre manière que Dieu entre en jugement avec son peuple terrestre, et avec les anciens et les princes de celui-ci, qui portaient une responsabilité incomparablement plus grande (v. 14 et 15). Aussi bien dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, Son peuple est l’objet de Sa discipline d’une manière particulière, et celle-ci peut prendre parfois la forme de châtiments. Ézéchiel a dû entendre que le jugement de Dieu sur Son peuple commençait par les vieillards devant le temple, et Pierre écrit au sujet de la chrétienté : « Car le temps est venu de commencer le jugement par la maison de Dieu » (Éz. 9:6 ; 1 Pierre 4:17). Le jugement de Dieu sur son peuple terrestre et ses conducteurs n’est toutefois pas restreint à un temps déterminé, même s’il atteindra son point culminant lors de la grande tribulation à venir.

Les motifs du jugement annoncé sont résumés en peu de mots. La vigne que les conducteurs avaient broutée au lieu d’en prendre soin et de la cultiver, représentait le peuple qu’ils avaient exploité matériellement. « Car la vigne de l’Éternel des armées est la maison d’Israël » (Ésaïe 5:7). Mais ils avaient traité le peuple de Dieu avec mépris et avec une dureté de cœur sans miséricorde, de sorte que l’Éternel des armées (en hébreu : Yahwe Sabaoth) qui avait vu tout cela, leur demandait avec insistance : « Qu’avez- vous à faire de fouler mon peuple et de broyer la face des pauvres ? » (v. 15).

 

2.3.2        Ch. 3:16 à 4:1 — Les péchés et la misère des femmes

2.3.2.1                 Ch. 3:16-17

Mais il n’y avait pas que les hommes figurant au premier rang de l’assemblée, qui provoquaient la colère et finalement le jugement de Dieu. Sommes-nous étonnés de la description détaillée de la démarche des fières « filles de Sion », des femmes qui habitaient à Jérusalem, particulièrement celles de la classe dominante ? Or de telles manifestations d’un état d’esprit charnel, qu’aujourd’hui on considère parfois bien légèrement comme n’étant que des détails extérieurs, n’échappent pas aux yeux de Dieu qui parcourent toute la terre (v. 16 à 23). Salomon n’avait-il pas déjà couronné ses dernières paroles sur les qualités de la « femme vertueuse » en disant : « La grâce est trompeuse, et la beauté est vanité ; la femme qui craint l’Éternel, c’est elle qui sera louée » (Proverbes 31:30) ? Pourquoi Paul exhorte-t-il les sœurs « à se parer d’un costume décent, avec pudeur et modestie, non pas de tresses et d’or ou de perles, ou d’habillements somptueux, mais par de bonnes œuvres, ce qui sied à des femmes qui font profession de servir Dieu » (1 Timothée 2:9-10) ? Pourquoi Pierre recommande-t-il aux femmes croyantes d’avoir une conduite pure, elles « dont la parure ne doit pas être une parure extérieure qui consiste à avoir les cheveux tressés et à être paré d’or et habillé de beaux vêtements, mais l’homme caché du cœur, dans l’incorruptibilité d’un esprit doux et paisible, ce qui est d’un grand prix devant Dieu » (1 Pierre 3:2-4) ? C’est parce que l’extérieur reflète l’état intérieur. Et Dieu voit notre vêtement, notre attitude, et nos regards !

Une raison particulière expliquant cette description détaillée d’Ésaïe dans laquelle il n’est pas nécessaire d’entrer en détail, est le rôle essentiel qui revient aux femmes dans les maisons et dans les familles, spécialement dans l’éducation des enfants. Si, au lieu de la crainte de Dieu et de la modestie, elles manifestent une mise en avant de leur propre personne, accompagnée d’un caractère dépensier, que faut-il dès lors attendre de la génération suivante pour laquelle elles ont la charge de montrer le bon exemple ?

 

2.3.2.2                 Ch. 3:18-24

Le châtiment correspondant au comportement éhonté et orgueilleux des « filles de Sion » est présenté avec des expressions fortes. « En ce jour-là » (v. 18), jour qui n’était plus très éloigné, les ennemis du peuple de Dieu, les Babyloniens, pilleraient et dévasteraient le pays et la ville sainte. Dieu se servirait de cette guerre pour ôter d’un coup le précieux ornement des femmes élégantes de Jérusalem. Au lieu de l’odeur agréable de leurs parfums dans le temps présent, la pourriture règnerait, elles seraient ceintes de cordes, leurs chevelure serait tondue, comme cela se pratiquait pour les prisonniers, elles seraient vêtues d’un sarrau de toile, habit de misère, et enfin elles seraient flétries comme des esclaves (v. 24).

 

2.3.2.3                 Ch. 3:25

À la ville de Jérusalem qu’il appelle déjà « fille de Sion » au verset 8 du premier chapitre, le prophète annonce finalement : « Tes hommes tomberont par l’épée, et tes hommes forts, dans la guerre » (v. 25). Mais alors — comme s’il devait se détourner d’elle avec tristesse — il ne s’adresse plus à elle, mais il parle d’elle et se lamente à l’avance sur sa destruction et son pillage, comme le fera plus tard Jérémie devant les ruines restantes : « Et ses portes se lamenteront et mèneront deuil ; et désolée, elle s’assiéra sur la terre » (v. 26 ; comparer Jér. 14:2 ; Lamentations 1:1-4).

 

2.3.2.4                 Ch. 4:1

Le triste sort des femmes condamnées dans les versets 16 à 24, est mentionné finalement au verset 1 du chapitre 4. Elles se voient non seulement livrées à la misère, mais aussi à la honte de ne pas avoir de mari, parce que les hommes sont tombés lors de la guerre contre Babylone. À la différence des normes occidentales actuelles, le fait d’être veuve et ou stérile étaient en Israël un sujet de honte toute spéciale (voir 54:4 ; Genèse 30:23). Du fond de la détresse qu’elles éprouvent, elles se tournent vers les hommes demeurés de reste mais en bien trop petit nombre, pour avoir au moins le nom d’un protecteur, tout en renonçant expressément à tout ce à quoi elles pouvaient normalement prétendre pour un couple marié, notamment la fourniture de biens matériels indispensables, comme la nourriture et le vêtement (comparer Exode 21:10).

Ainsi se termine cette description de l’état de choses du royaume de Juda, qui attira sur lui le jugement de Dieu, parce qu’« il n’y eut plus de remède » (2 Chroniques 36:16). Dans les années 606-605, 597 et 586 avant Jésus Christ, les ennemis babyloniens envahirent le pays et lui firent la guerre, ainsi qu’à la ville de Jérusalem, jusqu’à ce qu’elle soit consumée et détruite entièrement, et que tous les habitants soient transportés à Babylone pour une captivité de soixante-dix ans (voir 2 Chroniques 36).

 

2.3.3        Ch. 4:2-6 — Sanctification et bénédiction futures du peuple

2.3.3.1                 Ch. 4:2

La prophétie fait à nouveau un « saut dans le temps », mais cette fois-ci pour introduire pour la première fois dans ce livre le Messie promis, l’Oint de Dieu. Son titre ici, est : « le Germe (en hébreu : zemach) de l’Éternel » (comparer Jér. 23:5 ; 33:15 ; Zacharie 3:8 ; 6:12). Si nous englobons dans notre méditation Ésaïe 11:1 et 53:2, alors une image pleine de grâce apparaît devant notre regard spirituel. Même si déjà du temps des prophètes, il ne restait plus qu’une souche du royaume selon l’ordre divin dans le peuple d’Israël, — certes une souche avec des racines — il sortirait quand même de là un jour un rejeton, et une racine sortirait d’une terre aride. Pendant des milliers d’années, Dieu avait attendu du fruit de Ses créatures, particulièrement de son peuple terrestre Israël, mais Il n’avait rien recueilli. À quelques exceptions près, tout était stérile et sans vie, ténèbres et mort. Alors quand même, le « rejeton de l’Éternel » naquit à Bethléem, la ville d’Isaï et de David, qui apporta le fruit désiré (Ésaïe 11:1). « Mais, quand l’accomplissement du temps est venu, Dieu a envoyé son Fils, né de femme, né sous la loi » (Galates 4:4 ; comparer Hébreux 7:14).

Lors de sa première venue, Il n’avait « ni forme ni éclat ; quand nous le voyons, il n’y a point d’apparence en Lui pour nous le faire désirer » (Ésaïe 53:2), mais lors du règne de mille ans, Il sera « pour splendeur et pour gloire » du peuple d’Israël. « Ce jour-là » (v. 2) ne désigne donc pas le temps de Sa vie sur la terre, ou Son apparition pour exercer le jugement, mais Sa domination qui y fera suite, et sous laquelle son peuple terrestre jouira d’une bénédiction jamais connue auparavant. — Le « fruit de la terre (ou du pays ; en hébreu : erez) », qui sera un sujet de magnificence et d’ornement pour les réchappés d’Israël, est-ce un autre titre du Messie (comparer avec le « grain de blé » en Jean 12:24), où bien cette expression désigne-t-elle la bénédiction et la fertilité de la terre purifiée durant le règne de paix (comparer Éz. 34:29) ? — il n’est pas facile de déterminer, car les deux sens conviennent pour le sens.

 

2.3.3.2                 Ch. 4:3-4

Qui aura part à ces bénédictions ? Seulement le petit nombre des « réchappés d’Israël », aussi bien des deux tribus que des dix tribus encore disparues du peuple. Nous trouvons ce fait bouleversant confirmé dans plusieurs passages de la Parole de Dieu. Paul cite en Romains 9:27 les paroles suivantes de notre prophète : « Quand le nombre des fils d’Israël serait comme le sable de la mer, le résidu seul sera sauvé » (voir Ésaïe 10:22). Mais ce résidu croyant affiné par la détresse est décrit comme étant « tout Israël » (Romains 11:26 ; comparer Zacharie 13:8-9).

Dans la période qui suit l’enlèvement de l’Église, les jugements punitifs de Dieu symbolisés par les sept sceaux, les sept trompettes, et les sept coupes de la colère de Dieu en Apoc. 6 à 11 et 16, fondront sur la terre entière. Mais Juda subira des épreuves toute particulières sous la domination effrayante de l’Antichrist : ce sera « la détresse de Jacob » (Jér. 30:7 ; Matt. 24:9-28 ; 2 Thessaloniciens 2:4 ; Apoc. 12:13-17). Deux tiers du peuple, c’est-à-dire des deux tribus seront exterminés (sur les dix tribus, voir Éz. 20:34-38), et le tiers restant sera affiné par le feu de Dieu, jusqu’à ce que finalement les réchappés soient reconnus par Lui comme étant son peuple, parce qu’ils auront été sanctifiés par la repentance et la foi au Messie qui vient (Zacharie 13:8-9). Alors la saleté des filles de Sion sera nettoyée et les crimes de Jérusalem seront ôtés par l’esprit de jugement et l’esprit de consomption [ou : anéantissement] de la part de Dieu. C’est de ce résidu « écrit parmi les vivants dans Jérusalem » qu’il est question dans les versets 3 et 4.

 

2.3.3.3                 Ch. 4:5-6

Lors de sa sortie d’Égypte et par la suite, Israël était accompagné par une colonne de nuée de jour, et une colonne de feu, la nuit. Cette colonne était le signe visible de la sainte présence de Dieu auprès de son peuple ; elle le protégea des Égyptiens, et le conduisit à travers le désert, et reposait au-dessus de la tente d’assignation (Exode 13:21 ; Nombres 9:15). De manière similaire bien qu’entièrement nouvelle, Dieu, dans le règne de mille ans, « créera » sur toutes les habitations de Jérusalem et sur les assemblées de ceux qui seront revenus, ces signes de Sa présence (v. 5). Une gloire jamais connue auparavant remplira, couvrira et protègera la « ville sainte ».

 

2.3.3.4                 Ch. 4:6

Le dernier verset de ce paragraphe montre que nous n’avons pas encore devant nous, ici, la perfection définitive. Car il y aura encore besoin que Dieu protège les Siens contre la chaleur du jour, et l’orage et la pluie. Une telle protection ne sera plus nécessaire dans l’état éternel, parfait, sur la nouvelle terre et dans les nouveaux cieux (v. 6).

Bien qu’au temps de l’Ancien Testament, l’Assemblée de Dieu soit restée un mystère non encore révélé, nous pouvons peut-être quand même voir dans la « couverture » et le « tabernacle » des v. 5 et 6, une mention cachée de ceux-ci. Dans l’état éternel, comme « nouvelle Jérusalem », elle descendra du ciel comme une épouse ornée, préparée pour son mari, et alors « l’habitation [tabernacle] de Dieu sera avec les hommes » (Apoc. 3:12 ; 21:2-3). Mais déjà, dans le règne de mille ans, elle sera pareillement « revêtue de la gloire de Dieu » (Apoc. 21:10-11). Nous ne pouvons nous représenter la « nouvelle Jérusalem » que comme un corps céleste planant au-dessus du centre du gouvernement terrestre.

 

 

2.4   Le Seigneur juge Son peuple — Ésaïe 5

L’Écriture Sainte place toujours devant nous deux critères distincts selon lesquels Dieu porte une appréciation sur les siens, et les juge si nécessaire. L’un est la responsabilité de ceux auxquels Il s’est révélé et dont Il s’est occupé en grâce ; l’autre est Sa propre sainteté. Le principe de la responsabilité se trouve en Ésaïe 5, celui de la sainteté de Dieu au chapitre 6.

ME 2003 p. 13

2.4.1        « Un cantique de mon bien-aimé, sur sa vigne »

Ce chapitre commence par une prophétie sur le peuple d’Israël, plus précisément sur « la maison d’Israël » et « les hommes de Juda » (v. 7). Le fait que cette prophétie soit appelée « un cantique » ne doit pas nous surprendre. Déjà Moïse, dans son dernier cantique, parle du jugement de Dieu sur Israël (Deut. 32) ; et nous trouvons divers cantiques prophétiques dans l’Apocalypse (5:9 ; 14:3 ; 15:3). Rappelons aussi que de grandes portions des livres prophétiques de l’Ancien Testament sont écrites dans un langage et dans une forme poétiques — bien que cela soit parfois difficile ou impossible à rendre dans une traduction (cf. Lam. 1:1 note).

Le cantique d’Ésaïe est en même temps une parabole. Le Seigneur Jésus lui-même enseignait souvent sous forme de paraboles. Dans l’une d’elles, il utilise une comparaison semblable à celle d’Ésaïe 5 (Matt. 21:33-41). Dans les deux cas, la vigne est une image du peuple d’Israël ou des Juifs.

Il n’y a guère de plante qui exige autant de travail que le cep de vigne, jusqu’à ce que le fruit attendu apparaisse. Il en résulte que la vigne ou le cep sont particulièrement aptes à représenter Israël, le peuple terrestre de Dieu, objet de ses soins attentifs et persévérants. Cette image est plusieurs fois utilisée dans l’Ancien Testament (Jér. 2:21 ; Osée 9:10 ; 10:1 ; Joël 1:7). Dans ce cantique adressé à son « bien-aimé » au sujet de « sa vigne », Ésaïe parle donc du Dieu d’Israël et de son peuple terrestre. Le « coteau fertile » est le pays de Canaan dans lequel l’Éternel avait conduit son peuple et l’avait richement béni. Il ne l’avait laissé manquer de rien : il lui avait donné sa loi, les sacrificateurs et les prophètes ; il lui avait accordé aide et protection (cf. Rom. 9:4, 5). Il aurait donc pu attendre de sa vigne du fruit en abondance, mais au lieu « de bons raisins », il n’a trouvé que « des raisins sauvages ».

Alors Dieu s’adresse aux habitants de Jérusalem et aux hommes de Juda, et leur demande ce qu’il aurait encore pu faire de plus pour sa vigne (v. 3, 4). Il ne pouvait être donné que cette réponse humiliante : rien ! L’homme est manifesté comme étant incapable par lui-même de répondre à ce que Dieu attend de lui. Il en a été ainsi non seulement pour Israël, mais aussi pour la chrétienté — et, en vérité, il en est ainsi pour chaque homme individuellement.

En conclusion, Dieu prononce alors son jugement sur sa vigne. Il abattra sa haie et sa clôture — ce qui constitue sa protection — de sorte que chacun pourra y entrer et la fouler aux pieds. Elle ne sera ni taillée ni sarclée ; les ronces et les épines, symboles du sol maudit, y monteront ; et le ciel restera fermé sur elle afin que la pluie indispensable ne tombe pas pour l’arroser (v. 5, 6 ; cf. Deut. 11:17).

Le verset 7 fournit la clé de la parabole : « Car la vigne de l’Éternel des armées est la maison d’Israël, et les hommes de Juda sont la plante de ses délices. Et il s’attendait au juste jugement (mischpath), et voici l’effusion de sang (mispach), — à la justice (zedaqah), et voici un cri ! (zeaqah) ». Les mots hébreux, arrangés de manière poétique, soulignent le sérieux du jugement de Dieu.

La parabole de la vigne énoncée par le Seigneur Jésus en Matt. 21 va encore plus loin : le fils du maître de la vigne est tué par les cultivateurs (v. 39). Par le rejet du Fils de Dieu, les Juifs ont amené sur eux le jugement d’une mise à l’écart pour un temps. Et Dieu révèle au monde entier qu’il n’attend dorénavant plus aucun fruit de ses créatures responsables — du moins sur le terrain de leur propre capacité.

Cependant, le Fils de Dieu, envoyé du ciel et rejeté par son peuple terrestre, a commencé sur cette terre une œuvre entièrement nouvelle. Elle est décrite par les paroles du Seigneur en Jean 15 : « Moi, je suis le vrai cep, et mon Père est le cultivateur » (v. 1). Celui qui se trouve dans une relation vitale avec le vrai Cep — une relation de foi — porte du fruit par lequel Dieu est glorifié, du fruit qui demeure (v. 8, 16).

 

2.4.2        Les six « Malheur à ceux qui... ! »

Dans les six « Malheur... ! » qui suivent, tous les péchés du peuple ne sont pas dénoncés, mais seulement quelques fautes particulièrement saillantes des plus responsables d’entre eux (cf. chap. 3). De même aussi, le Seigneur Jésus a prononcé sept « Malheur à vous... ! », en s’adressant particulièrement aux scribes et aux pharisiens, les conducteurs aveugles des Juifs de son temps (Matt. 23:13 et suivants).

Le premier « Malheur... ! » (És. 5:8-10) concerne ceux qui sont possédés par le désir d’acquérir des richesses toujours plus grandes. En ajoutant « maison à maison » et en joignant « champ à champ », ils négligent totalement le fait que le pays est la propriété de l’Éternel (cf. Lév. 25:23). Cependant, plus ils amassent, moins ils posséderont. Les récoltes se fondront entre leurs mains.

Le deuxième « Malheur... ! » (v. 11-17) est prononcé contre ceux qui recherchent les plaisirs mondains et qui ne prennent pas garde à l’œuvre de l’Éternel. C’est pourquoi, sous le gouvernement divin, le peuple sera emmené en captivité, parce qu’il a méprisé la connaissance de Dieu et de ses pensées (cf. Osée 4:6). Beaucoup mourront et deviendront la proie du shéol — l’empire des morts. Les grands et les petits seront abaissés ensemble dans la poussière, tandis que « l’Éternel des armées... le Dieu saint, sera sanctifié en justice » (v. 16 ; cf. 2:11 et 17).

Le troisième « Malheur... ! » (v. 18, 19) s’adresse aux moqueurs qui ne prennent pas au sérieux le châtiment de Dieu annoncé par les prophètes, parce qu’il n’a pas encore été exécuté. Mais s’il tarde, c’est en raison de la longanimité de Dieu. Ces hommes pensent que le jugement ne viendra jamais ; par conséquent, ils vivent dans l’injustice, l’hypocrisie et le péché (cf. 2 Pierre 3:4 ; Éccl. 8:11).

Le quatrième « Malheur... ! » (v. 20) est prononcé sur ceux qui mettent sens dessus dessous tous les principes moraux : ils appellent le mal bien et le bien mal, ils mettent les ténèbres pour la lumière, l’amer pour le doux et inversement. La parole de Dieu nous fournit de saines et saintes normes ; lorsque celles-ci sont abandonnées, c’est la désorientation morale complète.

Le cinquième « Malheur... ! » (v. 21) s’en prend à ceux qui sont sages et intelligents à leurs propres yeux, mais qui de fait sont les plus grands insensés, et ainsi les ennemis de la vraie et divine sagesse (cf. Prov. 3:7 ; 26:5, 12, 16 ; 28:11).

Enfin le sixième « Malheur... ! » (v. 22, 23), en quelque sorte un résumé des cinq précédents, est adressé à « ceux qui sont forts pour boire du vin » ; il vise ceux qui recherchent les plaisirs, qui vivent dans l’injustice et renversent les principes moraux. Ces héros des boissons fortes sont les puissants du pays qui s’enrichissent par la corruption et qui pervertissent le droit et la justice.

 

2.4.3        La verge de Dieu

Cependant, l’Éternel des armées, le Saint d’Israël, ne peut pas laisser impuni le fait que son peuple, et particulièrement ses conducteurs, méprisent sa loi (v. 24). Le jugement viendra sur eux comme un feu et les anéantira entièrement — racine et fleur — (cf. Mal. 4:1). Dans une sainte colère, l’Éternel frappera son peuple.

La forme verbale du passé, utilisée au verset 25, ne doit pas nous faire oublier que ce qui est écrit ici était encore à venir à cette époque — comme cela l’est encore aujourd’hui quant à son résultat final. Les prophéties de l’Ancien Testament ont souvent un accomplissement à court terme qui correspond dans son caractère, sinon dans sa pleine réalisation, aux jugements encore futurs qui sont l’accomplissement définitif de la prophétie. Cela semble bien être évoqué par les mots qui suivent : « Pour tout cela, sa colère ne s’est pas détournée, et sa main est encore étendue » (cf. 9:12, 17, 21 ; 10:4).

Dans les versets 26 à 30, nous pouvons certainement voir les invasions des Assyriens en Israël et des Chaldéens en Juda ; mais l’accomplissement définitif de cette prophétie est encore futur, même si, dans ce passage, il n’est donné encore aucun détail à ce sujet (cf. toutefois 10:5, 12).

Dieu lui-même appellera les « nations lointaines » (v. 26). Sur son ordre, un puissant ennemi viendra attaquer le pays d’Israël, et rien ne pourra le retenir. Les versets 27 et 28 donnent une description expressive de son armée ; elle viendra avec une grande rapidité, ne connaîtra aucune fatigue et sera parfaitement équipée. Face à son attaque, le peuple sera sans puissance. La détresse et la désolation s’étendront dans tout le pays et la lumière du ciel sera obscurcie. Cette prophétie fait allusion en premier lieu à Sankhérib, mais elle aura son plein accomplissement dans les derniers jours, lorsque les Assyriens — qui ne sont pas encore nommés dans ce passage — viendront contre Jérusalem et la prendront, après avoir submergé tout le pays. On en trouve les détails dans les chapitres suivants (cf. 7:17, 18 ; 8:7 ; 10:5).

 

2.5   La mission difficile d’Ésaïe — Ésaïe 6

ME 2003 p. 59

2.5.1        Le prophète voit l’Éternel des armées

Ozias ou Azaria, roi de Juda, avait fort bien commencé ; hélas ! il a mal fini. « Quand il fut devenu fort, son cœur s’éleva jusqu’à le perdre » (2 Chron. 26:16). En effet, il a eu l’audace d’entrer dans le temple pour y faire fumer l’encens — fonction qui n’appartenait qu’aux sacrificateurs, fils d’Aaron. En conséquence de ce péché, il a fini sa vie lépreux, dans une maison d’isolement. Ésaïe a vécu ces événements et en a même écrit l’histoire, dans un livre qui ne nous est pas conservé (2 Chron. 26:22). Tout cela a sans doute pesé sur le cœur du prophète, qui discernait clairement l’état du peuple et de ses conducteurs, et qui, de la part de Dieu, devait le condamner sévèrement.

« L’année de la mort du roi Ozias », il est accordé à Ésaïe de voir « le Seigneur » dans le temple, « assis sur un trône haut et élevé » (És. 6:1). Les rois de la terre apparaissent et disparaissent, mais le Seigneur est Celui qui ne change pas, Celui qui demeure éternellement le Même. Au-dessus du trône, le prophète aperçoit des « séraphins », mot qui signifie « brûlants ». Ils sont les symboles de la sainteté de Dieu — « car aussi notre Dieu est un feu consumant » (Héb. 12:29). Avec leurs six ailes, ils ressemblent aux quatre animaux que l’on voit avec le trône de Dieu en Apoc. 4 ; comme ceux-ci, ils disent continuellement : « Saint, saint, saint... » (Apoc. 4:8). Par respect, ils se couvrent le visage ; dans l’humilité, ils se couvrent les pieds ; et ils sont continuellement prêts à servir « l’Éternel des armées », dont la gloire remplit toute la terre. L’ébranlement des seuils et la fumée qui remplit la maison rappellent la frayeur qu’avait produite l’apparition du Dieu d’Israël au Sinaï (v. 4 ; Ex. 19:18).

Cette vision, de même que la description du trône de Dieu en Ézéchiel 1, nous montre que les prophètes de l’Ancien Testament n’ont pu voir que partiellement le rayonnement de la gloire divine. Alors que Jean — dans la mesure où cela est possible à une créature — a pu la contempler à face découverte.

Sans qu’il ait pu le savoir, Ésaïe a contemplé ici la gloire du Fils de Dieu (Jean 12:41) — de Celui qui est « l’image du Dieu invisible », « le resplendissement de sa gloire et l’empreinte de sa substance » (Col. 1:15 ; Héb. 1:3). Au début de son Évangile, Jean déclare son existence éternelle : « Au commencement était la Parole ; et la Parole était auprès de Dieu ; et la Parole était Dieu (Jean 1:1). Avant que la grâce et la vérité soient parfaitement manifestées en Jésus (1:17), chaque apparition de la gloire de Dieu produisait nécessairement sur l’homme la crainte et l’effroi.

Le prophète, qui précédemment avait prononcé les six « malheurs » du jugement sur son peuple, s’écrie maintenant, tandis qu’il est placé en face de la sainteté divine qui scrute son âme et de la gloire divine qui l’accable : « Malheur à moi ! car je suis perdu » (v. 5). Dans la présence de Dieu, il ne voit pas seulement le péché et la dépravation du peuple ; il voit qu’il est lui- même un homme aux lèvres impures, indigne de contempler le vrai roi, l’Éternel des armées. Devant la parfaite sainteté de Dieu, personne ne peut tenir. Mais, la confession du prophète, qui ne se place nullement au-dessus de son peuple, est agréable à Dieu. Il dit lui- même : « J’habite le lieu haut élevé et saint, et avec celui qui est abattu et d’un esprit contrit » (És. 57:15).

Alors, l’autel apparaît. C’est l’autel d’airain, dont le feu fait monter vers Dieu l’odeur agréable de l’offrande, et qui apporte la propitiation et le pardon (Lév. 4:31). Avec un charbon ardent pris de dessus l’autel, l’un des séraphins touche les lèvres impures du prophète, dont le péché est ainsi ôté (v. 6 et 7).

Quelle magnifique image nous avons ici de la vraie expiation et de la sanctification ! La sainteté de Dieu, dont les yeux sont trop purs pour voir le mal, exigeait une expiation parfaite du péché. Par l’offrande que Jésus Christ a faite de lui-même à la croix, et par le jugement divin qu’il a pris sur lui et qu’il a épuisé, cette expiation a été faite de manière complète et une fois pour toutes. La sainteté de Dieu est satisfaite. Dans son amour, sa grâce et sa miséricorde, il a donné son propre Fils pour cela, et il offre un plein salut à tous ceux qui viennent à lui dans la repentance et la foi.

Nous venons de dire que cette scène est une « image », parce qu’elle ne nous décrit pas la conversion d’Ésaïe. Il avait déjà la foi en Dieu. Seulement, comme tous les croyants de l’Ancien Testament, il ne pouvait pas connaître la signification profonde de la propitiation et du pardon. Cependant, dans l’image que nous avons ici, le principe en est clairement montré. De la même manière, le souverain sacrificateur Joshua apprend de manière concrète, en présence de l’Ange de l’Éternel, quel est le principe de la purification ; ses vêtements sales sont ôtés, et il est revêtu d’habits de fête (Zach. 3:1-5).

Dans ce passage, il ne s’agit pas non plus de l’appel d’Ésaïe au service de prophète, mais d’une mission particulière qui lui est confiée, et pour laquelle Dieu le prépare de cette manière. À ce sujet, nous pouvons penser à Pierre qui, devant la gloire et la puissance du Fils de Dieu devenu homme, s’écrie : « Seigneur, retire- toi de moi, car je suis un homme pécheur », et qui reçoit au même moment la mission : « Ne crains pas ; dorénavant tu prendras des hommes » (Luc 5:8-10).

 

2.5.2        La mission du prophète

Ésaïe entend maintenant la voix du Seigneur disant : « Qui enverrai-je, et qui ira pour nous ? » Le pluriel, comme dans la déclaration de Genèse 1, « Faisons l’homme à notre image », laisse déjà percevoir la pluralité des personnes divines. Comme quelqu’un de tout aussi coupable que le peuple entier, mais qui a conscience d’être pardonné, Ésaïe est dans les dispositions intérieures convenables. Ainsi préparé à répondre à cet appel, il dit : « Me voici, envoie- moi » (v. 8).

Il reçoit la mission d’annoncer à « ce peuple » — que maintenant Dieu n’appelle plus « mon peuple », comme au début du livre (cf. 1:3) — l’endurcissement imminent qui va l’atteindre. Cet endurcissement des cœurs n’était pas un acte arbitraire de Dieu, mais sa dernière réponse à la dureté de cœur de son peuple terrestre, qui avait mis de côté avec mépris tous les soins de son amour. Le pharaon d’Égypte avait déjà connu un tel jugement parce qu’il n’avait pas voulu laisser les Israélites sortir de son pays ; et après l’enlèvement des croyants, la chrétienté subira un sort semblable (Ex. 7:13 ; 9:12 ; 2 Thess. 2:10-12). Dans les jours d’Ésaïe, l’endurcissement annoncé consistait en ceci : les hommes entendraient mais ne comprendraient pas, ils verraient mais ne connaîtraient pas. Ils deviendraient spirituellement sourds et aveugles. La conversion et la guérison du peuple ne seraient plus possibles.

Cette prophétie a trouvé son premier accomplissement à l’époque de la captivité babylonienne, lorsque le courroux de Dieu contre son peuple est devenu si grand « qu’il n’y eut plus de remède » (2 Chron. 36:15, 16). Cependant, lorsque les Juifs, environ sept siècles plus tard, ont rejeté tout d’abord le Messie que Dieu leur avait envoyé, puis le témoignage du Saint Esprit concernant un Christ glorifié dans le ciel, ces paroles prophétiques ont eu leur réalisation définitive. C’est pourquoi elles sont citées plusieurs fois dans le Nouveau Testament (Matt. 13:14 ; Marc 4:12 ; Luc 8:10 ; Jean 12:40 ; Act. 28:26). Cet état de choses subsiste encore aujourd’hui, et durera « jusqu’à ce que la plénitude des nations soit entrée ; et ainsi tout Israël sera sauvé » (Rom. 11:25, 26). Après l’enlèvement des croyants, Dieu se tournera de nouveau vers son peuple terrestre et le recevra en grâce, mais seulement après une discipline sévère.

Ésaïe savait certainement, par la loi et par les psaumes, que Dieu « ne contestera pas à jamais » et qu’il « ne garde pas sa colère à toujours » (Deut. 30 ; Ps. 103:9). Aussi pose-t-il immédiatement la question : « Jusques à quand, Seigneur ? » (v. 11). Il ne pouvait cependant pas recevoir une réponse correspondant à ce que nous connaissons aujourd’hui. Il lui est dit seulement : « Jusqu’à ce que les villes soient dévastées, de sorte qu’il n’y ait pas d’habitants, et les maisons, de sorte qu’il n’y ait pas d’hommes, et que le sol soit réduit en entière désolation, et que l’Éternel en ait éloigné les hommes, et que la solitude soit grande au milieu du pays » (v. 11, 12). Le prophète devait vivre l’anéantissement du royaume du nord, mais non la désolation de Jérusalem par Nebucadnetsar, environ un siècle plus tard. Après sa mort, sept cents ans devront encore s’écouler jusqu’à ce que les Romains accomplissent une seconde destruction du temple et de la ville (en l’an 70). Ainsi que nous le savons par les Écritures, « le temps de la détresse pour Jacob » est encore futur (Jér. 30:7). Cependant, quelque proche que puisse être ce temps, nous nous trouverons auparavant réunis auprès de notre bien-aimé Seigneur, dans la maison du Père.

Toutes les dévastations précédentes, comme aussi celle qui doit arriver dans le temps de tribulation à venir, ne sont pourtant pas équivalentes à une extinction totale du peuple d’Israël. Un petit résidu sera préservé, dans l’avenir aussi, à travers les jugements qui l’attendent : « il y aura encore là un dixième ; et il reviendra et il sera brouté, comme le térébinthe et le chêne, dont le tronc reste quand ils sont abattus » (v. 13). D’un tronc apparemment mort, de nouvelles pousses peuvent s’élever. C’est ainsi qu’un jour, dans le peuple de Dieu, « la semence sainte » — le résidu croyant — sera là pour la gloire de Dieu et pour la bénédiction de la terre.

 

 

2.6   Tribulation et Promesse — Ésaïe 7

2.6.1        Ch. 7:1-9 — La détresse

2.6.1.1                 Ch. 7:1

La maison de David, qui devait être un exemple et un appui moral pour le peuple terrestre de Dieu, répondait toujours moins à sa mission. Même si les rois de Juda n’étaient pas aussi mauvais que ceux d’Israël, plusieurs d’entre eux ne se souciaient guère, voire pas du tout, des commandements de Dieu ; ainsi Achaz (742-726 avant Jésus Christ) vécut de manière débridée et infidèle à l’Éternel, contrairement à son père Jotham et à son grand-père Ozias qui avaient la crainte de Dieu. Lorsque Retsin, le roi de Syrie, avec Pékakh, le roi d’Israël, entra en guerre contre Juda, Achaz, dans son embarras, appela à son secours le roi d’Assyrie; mais il dut finalement faire l’expérience que Tiglath-Piléser ne lui était d’aucune aide véritable (comparer 2 Rois 16 et 2 Chroniques 28). En réalité les deux peuples voisins ne purent absolument rien faire contre Jérusalem, parce que Dieu ne le permit pas (7:1).

 

2.6.1.2                 Ch. 7:2

La détresse et l’excitation étaient pourtant la conséquence directe de la nouvelle que la Syrie s’était alliée à Éphraïm (son nom figure ici comme étant la plus puissante des dix tribus du royaume du Nord et comme les représentant toutes) (7:2). C’était une mise à l’épreuve du cœur pour la maison de David et tout son peuple. Allait-on se confier en Dieu, ou avoir recours à l’aide de l’homme ?

C’est dans une telle situation qu’Ésaïe est envoyé par l’Éternel avec un message pour Achaz. Il doit prendre avec lui son fils Shéar-Jashub, dont le nom est lui-même significatif : « un résidu reviendra ». Les mêmes mots qui composent ce nom prophétique et symbolique, Ésaïe les emploie plus tard dans sa prophétie concernant le temps de la fin : « Le résidu reviendra, le résidu de Jacob, au Dieu fort » (Ésaïe 10:21). Même si le roi et le peuple sont infidèles à leur Dieu, Lui reste cependant fidèle à sa promesse « car Il ne peut se renier Lui-même » (2 Timothée 2:13). Celui qui a déjà été appelé au verset 13 du chapitre 6: « semence sainte », le « tronc », prend une forme vivante dans le nom du fils d’Ésaïe, et est ainsi le signe d’un rayon d’espérance pour les opprimés. Le lieu de la rencontre avec Achaz, « au bout de l’aqueduc de l’étang supérieur, sur la route du champ du foulon », constituait pour la ville un endroit stratégique, que le roi en cette situation de crise tenait à examiner personnellement (comparer 22:9-11). Le prophète rencontre le roi au même endroit où, quelques dizaines d’années plus tard, le Rab-Shaké assyrien allait se moquer de Dieu et de Son peuple, puis allait être Lui-même remis à sa place par Dieu (36:2 et 37:36).

Son message commence par un encouragement étonnant donné à l’infidèle Achaz à se tenir tranquille et à ne pas s’effrayer devant les deux rois ennemis. Si à première vue ceux-ci pouvaient paraître comme un feu consumant, aux yeux de Dieu ils n’étaient rien de plus que « deux bouts de tisons fumants », desquels il ne pouvait provenir aucun danger réel pour le peuple de Dieu (7:4). Puis, Dieu révèle les desseins des ennemis, qu’Achaz ne connaissait probablement pas. Leur plan consistait à établir un autre roi sur Juda, « le fils de Tabeël » (7:6). Par le moyen de cet homme inconnu, dont le père avait pour nom, de manière bien significative : « bon à rien » ou « ne servant à rien », la descendance royale de David serait mise de côté, et par-là la lignée du Messie promis. Cela, Dieu ne pouvait pas le permettre. Retsin et Pékakh pouvaient bien être fiers des capitales de leurs deux pays, et avoir des projets ambitieux, cependant, 65 ans plus tard, le royaume du Nord d’Israël n’existerait plus, car sous le règne du roi d’Assyrie Ésar-Haddon (680-669 avant Jésus Christ), les derniers transplantés étrangers arriveraient à Samarie (comparer Esdras 4:2). Mais Achaz et les habitants de Jérusalem ne subsisteraient pas, s’ils ne se confiaient pas en leur Dieu (7:8-9).

 

2.6.2        Ch. 7:10-16 — La promesse

Achaz devait toutefois faire l’expérience de ce que signifiait le fait de chercher du secours dans le monde. Au lieu de trouver de l’aide auprès de l’Assyrie, il devait s’apercevoir que finalement, ce royaume allait être précisément le grand ennemi dont le peuple de Dieu avait à être délivré. C’est la raison pour laquelle le vrai libérateur, Emmanuel, se trouve maintenant introduit.

Dieu propose un signe à l’infidèle Achaz, homme aux pensées profanes, pour lui montrer tout ce qu’Il était capable de faire, dans Sa grâce et dans Sa puissance. Mais Achaz craint la proximité de Dieu et l’évite, et sous un prétexte d’apparence pieuse, il refuse de demander un signe de confirmation (7:10-12). Là-dessus, le prophète dévoile l’hypocrisie d’Achaz, et annonce que Dieu, par la venue d’Emmanuel, donnera le « signe » le plus grand et le plus glorieux, mais Il ne le donnera pas à lui, mais à toute la maison de David (7:14).

Emmanuel, c’est le Fils de Dieu, Dieu manifesté en chair, le Messie d’Israël, le Sauveur du monde ! En Lui, il y a non seulement le Oui et l’Amen de toutes les promesses de Dieu, mais en Lui est apparue la grâce de Dieu qui apporte le salut à tous les hommes. Lorsque le moment de Sa naissance de la vierge Marie était imminent, l’évangéliste Matthieu reprend à nouveau cette prophétie d’Ésaïe : « Or tout cela arriva, afin que fut accompli ce que le Seigneur a dit par le prophète, disant : Voici, la vierge sera enceinte et enfantera un fils, et on appellera son nom Emmanuel » (Matt. 1:22-23). La maison de David a refusé, mais Dieu ne permettra pas que soit éteinte cette famille sur laquelle reposent les promesses les plus excellentes pour Israël. Dans le Messie promis, le Fils de David, Il mènera jusqu’à leur parfait achèvement Ses conseils de bénédiction.

Il était connu depuis la chute que le vainqueur de Satan naîtrait d’une femme (Genèse 3:15) ; qu’une jeune femme fût enceinte n’aurait donc nullement été un « signe », mais la grossesse de la vierge Marie, de même que la résurrection et l’ascension de Christ font partie des plus grands miracles de Dieu. C’est sur un tel chemin choisi par Dieu que son Fils unique est venu comme homme sans péché dans ce monde. Le mot utilisé ici (en hébreu : alma), désigne toujours dans la Parole de Dieu, la jeune fille non mariée, c’est-à-dire la vierge, et est toujours rendu ainsi, à juste titre, dans la version J.N. Darby.

La signification profonde du signe annoncé réside dans le nom même d’Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec (ou auprès de) nous », nom qui indique la divinité du Fils né de la vierge. Ce fait auquel il est ici seulement fait allusion, ne pouvait être pleinement dévoilée que dans le Nouveau Testament, et c’est ce qu’on trouve d’une manière spécialement claire dans les paroles de l’apôtre Paul inspirées par le Saint Esprit : « Mais quand l’accomplissement du temps est venu, Dieu a envoyé son Fils, né de femme, né sous la loi, afin qu’il rachetât ceux qui étaient sous la loi, afin que nous reçussions l’adoption » (Galates 4:4-5).

Le caillé et le miel parlent d’une nourriture simple, mais bonne (comparer 7:22 et Exode 3:8). Ce sont aussi des figures de la Parole de Dieu (1 Pierre 2:2 ; Ps. 19:10 et 119:103). Quand il nous est dit qu’Emmanuel mangera de la crème ou du lait caillé, et du miel, nous pouvons alors penser à l’enseignement parfait communiqué par son Père céleste, que son oreille ouverte recevait chaque matin de sa vie terrestre (50:4). Ainsi Il a été le seul à être venu sur cette terre, et à être capable de manière parfaite, de rejeter le mal et de choisir le bien, comme nous pouvons le constater dans toute Sa vie jusqu’à la croix de Golgotha (7:15).

Au verset 16, le prophète recommence à s’adresser directement à Achaz au sujet de la situation du moment. Le jeune garçon Shéar-Jashub accompagné d’Ésaïe était lui-même un « signe », de même que son frère né plus tard (voir 8:3 et 4:18). L’« enfant » qui ne sait pas encore rejeter le mal et choisir le bien, n’est donc plus le « fils » de la vierge des versets 14 et 15, mais le fils aîné du prophète — peu probablement le fils plus jeune, dont la naissance n’est rapportée qu’au v. 3 du ch. 8. Avant qu’il ait atteint l’âge et la capacité de distinguer le bien du mal, les deux rois qu’Achaz craignait, seraient frappés par l’Assyrien et quitteraient tous deux le pays (en hébreu : adamah : terre, sol, pays) (comparer 2 Rois 15:29 et 16:9).

 

2.6.3        Ch. 7:17-25 — Le pays est dévasté

Mais Juda aussi devait subir le juste châtiment de Dieu, et même d’une manière telle que cela ne s’était pas produit depuis le temps du schisme d’Israël en deux royaumes (1 Rois 12). Le roi d’Assyrie en qui Achaz mettait toute sa confiance, allait justement être utilisé pour cela comme verge de Dieu (7:17).

Le pays d’Israël était souvent un objet de litige entre les grandes puissances d’Assyrie et d’Égypte. Maintenant Dieu allait appeler ces deux nations, et comme des mouches et des abeilles, elles allaient se poser en Israël, afin de le saigner à blanc (7:18 et 19, comparer Ps. 118:12). Achaz pensait gagner le roi d’Assyrie pour qu’il l’aide contre la Syrie et Israël, mais en réalité, ce souverain qui habitait de l’autre côté de l’Euphrate, allait venir comme un rasoir commandé par Dieu, et allait livrer le peuple de Dieu à l’opprobre : en effet, tondre la barbe et la chevelure était un signe de honte (7:20). Le pays serait entièrement dépeuplé et dévasté, de sorte qu’aux quelques-uns demeurés de reste, il suffirait d’une vache et de deux brebis ou de deux chèvres pour subsister. Malgré toute cette misère, ces quelques animaux ainsi que la nature abandonnée à elle-même donnent encore « de la crème (ou du lait caillé) et du miel » en abondance ; or ce sont là les signes caractéristiques du pays de Canaan (Exode 3:8) dont Dieu, dans Sa miséricorde, ne prive pas les Siens, même en ce temps-là.

Toutefois à part cela, il n’y a partout qu’épines et ronces : les symboles de la malédiction du péché. Elles ne couvriront pas seulement les vignes les plus excellentes et de plus grande valeur (voir Cantiques des C. 8:11), mais tout le pays, celui-ci ne pouvant plus être utilisé que comme une zone de pâturages assez dangereuse, où, au lieu d’outils de culture, on doit porter sur soi des arcs et des flèches (7:23 à 25).

 

2.7   L’attaque de l’Assyrien — Ésaïe 8

2.7.1        Ch. 8:1-4 — Jugement sur Damas et Samarie

Le jugement déjà annoncé aux versets 7:8 et 7:16 sur Samarie et Damas, est maintenant confirmé par l’Éternel, qui demande à Ésaïe d’écrire sur un grand écriteau, lisible pour chacun, les paroles mentionnées ci-après, relatives à l’assaillant Assyrien : « Le pillage se hâte, bientôt vient le butin » (8:1; comparer à 10:6). Les noms des deux « fidèles témoins », Urie et Zacharie, signifient : « L’Éternel (Yahwe) est ma lumière » et « L’Éternel (Yahwe) se souvient ». Urie était sacrificateur (voir 2 Rois 16:10 et suiv.), et Zacharie sera aussi un homme renommé parmi le peuple (8:2). Leurs deux noms brillent comme des lueurs divines d’espérance au milieu des jugements imminents.

Ésaïe et sa femme voient la naissance d’un second fils, dont le nom, donné sur ordre de Dieu, doit correspondre strictement aux paroles déjà écrites par le prophète sur un écriteau, comme prophétie sur l’Assyrie : « Le pillage se hâte, bientôt vient le butin » (en hébreu : Maher-Shalal-Hash-Baz) (8:3). Ce second fils est donc un témoignage vivant des prophéties prononcées par son père Ésaïe et mises par écrit (comparer 8:18). Avant que l’enfant puisse parler correctement, les pays de Syrie et d’Éphraïm, avec leurs capitales Damas et Samarie, seraient ravagés et pillés par le roi d’Assyrie (8:4). Alors que pour son frère aîné Shéar-Jashub, il est mentionné la capacité à distinguer le bien du mal (7:16), on trouve pour Maher-Shalal-Hash-Baz, les paroles les plus simples du langage enfantin : « mon père et ma mère » (en hébreu avi et immi). Il ne s’écoulerait donc qu’un temps très court jusqu’à l’accomplissement de la prophétie ; celui-ci est relaté en 2 Rois 15:29 et 16:9. Les évènements eurent lieu vers 734-732 avant Jésus Christ.

 

2.7.2        Ch. 8:5-10 — L’assyrien dans le pays d’Emmanuel

Le message de l’Éternel à son peuple n’est cependant pas terminé. Le peuple qui méprise les eaux de Siloé qui coulent doucement et qui trouve son plaisir en Retsin et en Pékakh, désigne en fait le royaume du Nord [dix tribus]. L’étang de Siloé qui est alimenté par la source de Guihon, était le réservoir d’eau le plus important de Jérusalem, et une figure de la bénédiction divine de la domination royale de la maison de David (voir Néh. 3:15; Jean 9:7). Les dix tribus s’étaient non seulement débarrassées de la royauté instituée par Dieu, mais en outre toléraient avec Pekakh d’avoir un roi qui était un meurtrier (voir 2 Rois 15:25). Elles s’étaient maintenant alliées avec Retsin de Syrie, et par leur attaque en commun, ils avaient rempli Juda d’angoisse et d’épouvante (7:4-9,16).

Mais leur joie prendrait fin à cause de l’énorme masse d’eau du fleuve Euphrate, qui symbolise ici la puissance de l’Assyrie. Dans peu de temps, le royaume du Nord allait être emmené en captivité en Assyrie (721 avant Jésus Christ). Quant à Juda, il ne serait pas non plus épargné, seulement les eaux ne l’atteindraient que « jusqu’au cou », c’est-à-dire que le peuple serait préservé d’un anéantissement total. Ceci nous amène au temps de la fin, lorsque l’Assyrie étendra ses ailes et submergera tout le pays (8:8). Mais ce pays est, et reste le pays d’Emmanuel, qui ne sera pas englouti, mais fera l’expérience de la délivrance par Emmanuel Lui-même (voir Michée 5:1-5).

La relation avec le temps de la fin apparaît particulièrement clair aux versets 9 et 10, car ici, il n’est pas question des Assyriens, mais des « peuples » et de « tous ceux qui habitent au loin sur la terre », qui poussent des cris de guerre et qui se ceignent, mais qui seront brisés. La triple répétition de ces mots « et seront brisés », scelle la destruction irrévocable de ces puissances ennemies, qu’il s’agisse présentement de la deuxième attaque de l’Assyrien, ou de celle encore à venir sous la conduite de Gog et Magog (la Russie), — attaques qui en Ésaïe ne sont pas encore clairement distinguées (voir toutefois Daniel 11:40-45; Éz. 38). Tous leurs plans et leurs propos seront réduits à néant, et cela à cause de la Personne glorieuse, dont le nom est mentionné ici pour la troisième fois, par les mots : « Dieu est avec nous » (en hébreu : immanu El = Emmanuel) (8:10, voir 7:14 et 8:8). Il sera le Sauveur d’Israël dans l’avenir, mais Il est aussi déjà notre Sauveur, Celui qui, comme Sauveur du monde, tend aujourd’hui encore vers tous les hommes ses bras qui sauvent !

 

2.7.3        Ch. 8:11-20 — Le Résidu

Les révélations reçues par Ésaïe étaient en complète opposition avec l’état d’esprit général du peuple dans la détresse. C’est pourquoi l’Éternel devait mettre sa main forte sur lui, afin de lui donner la force pour qu’il ne soit pas ébranlé, mais qu’il reste ferme dans cette situation. Ésaïe se tient ici comme représentant d’un résidu qui est averti de ne pas faire cause commune avec le peuple rebelle (8:11). Les fidèles n’ont pas besoin d’avoir peur comme la masse du peuple, devant la conjuration (ou : coalition) de la Syrie avec les dix tribus (7:2), ni d’établir une alliance avec les assyriens, mais ils peuvent au contraire se confier en l’Éternel des armées, avec la révérence et la crainte de Dieu qui conviennent, et Le sanctifier dans leur cœur (8:12, 13). C’est par des paroles similaires que Pierre encourage les croyants à ne pas craindre les souffrances pour la justice (1 Pierre 3:14-15). Si dans notre cœur, nous laissons au Seigneur la première place qui Lui est due, nous éprouvons la puissance de Sa présence et la paix de Sa communion — alors Lui est notre sanctuaire.

Mais Il sera aussi « pour pierre d’achoppement et pour rocher de trébuchement aux deux maisons d’Israël, pour piège et pour lacet aux habitants de Jérusalem » (8:14). Comme nous le savons, ces paroles se sont en partie déjà réalisées, lorsque dans leur incrédulité, les Juifs ont rejeté le Seigneur Jésus. Paul aussi bien que Pierre appliquent cette prophétie dans ce sens (Romains 9:33 et 1 Pierre 2:8). Paul traite en détail en Romains 9 à 11 de la « chute » [ou : trébuchement] et de l’endurcissement d’Israël à cause du rejet du Seigneur Jésus.

Mais Paul aussi bien qu’Ésaïe mentionnent un « résidu », un certain nombre de croyants issus du peuple terrestre de Dieu, qui ne sont pas endurcis. Tandis « qu’au temps actuel aussi, il y a un résidu selon l’élection de la grâce » (Romains 11:5) qui se lève dans l’assemblée de Dieu, dans laquelle il n’y a ni Juifs ni Grecs, mais où tous sont un en Christ, il en va autrement au temps d’Ésaïe, comme aussi dans l’avenir après l’enlèvement de l’Église. Car au sein du peuple d’Israël, il y en a quelques-uns qui espèrent en Dieu, et attendent l’accomplissement de Ses prophéties concernant le Messie. C’est de ce résidu qu’il est question dans les versets suivants (8:16-20).

Le prophète est exhorté à lier le « témoignage » et à sceller la « loi » (en hébreu : thora, qui signifie aussi : instruction, enseignement) (8:16). C’est toute la Parole de Dieu qui est ainsi en vue dans ces prophéties données au prophète (voir 8:20 et Ps. 19:8). Même si le peuple vu dans son ensemble, méprisait la sainte Parole de Dieu, cependant celle-ci devait rester gardée parmi (ou : chez) les « disciples » de l’Éternel. Les « disciples » sont des personnes instruites et enseignées par la révélation divine, et dont le modèle le plus élevé est le Fils de Dieu devenu Homme (Ésaïe 50:4; 54:13). Comme un de ces disciples séparés du peuple dont l’Éternel s’est détourné, et qui s’appuient uniquement sur Dieu et sa Parole infaillible, le prophète exprime sa confiance et son espérance en Lui (8:17; comparer Héb. 2:13, où le Seigneur Jésus est vu comme Celui qui se confie entièrement en Dieu).

Les paroles « Voici, moi et les enfants que l’Éternel m’a donnés, nous sommes pour signes et pour prodiges en Israël » (8:18), se rapportent en premier lieu au prophète et à ses deux fils Shéar-Jashub et Maher-Shalal-Hash-Baz (7:3 et 8:3), dont les noms annoncent le retour du résidu, mais aussi le jugement sur la masse du peuple. Dans l’épître aux Hébreux (2:13), qui s’adresse à des croyants d’entre les Juifs, autrement dit au « résidu selon l’élection de la grâce » (Romains 11:5), ces paroles, comme déjà le verset 17, se rapportent toutefois aussi en partie au Seigneur Jésus et aux rachetés. Cela signifie-t-il qu’Ésaïe a prophétisé au sujet de l’assemblée qui, au temps de l’Ancien Testament, était pourtant un mystère non encore dévoilé (Éph. 3:3-11) ? Mais cette prophétie n’aura son plein accomplissement que lors de l’apparition du Seigneur en gloire, quand le résidu sera reçu par Lui en grâce (voir Rom. 11:26 et suiv.). C’est de cela que parle déjà ce qui est ajouté « de la part de l’Éternel des armées qui demeure en la montagne de Sion ». Mais ceux des Juifs qui, dans le temps actuel sont sauvés par la foi en Lui et appartiennent de ce fait à l’Assemblée, font cependant l’expérience d’une « réalisation préalable », semblable à ce qu’on voit en 1 Pierre 2:10.

Le cercle des « disciples » qui forment le résidu, reçoit l’exhortation de rechercher la lumière et la force dans la révélation reçue de Dieu, et par rapport à leurs concitoyens qui désirent les pousser à avoir recours aux évocateurs d’esprits des morts et aux devins, ils sont exhortés à répondre en les orientant vers Dieu (8:19 ; voir Deut. 18:9-14). Quelle folie de croire que les morts pourraient donner des conseils aux vivants (voir Écclésiaste 9:5) ! Et pourtant l’occultisme se répand rapidement dans les temps de perplexité et de désarroi, comme aussi dans le temps actuel. Non, seul le retour « à la loi et au témoignage » (8:16), à la vivante Parole de Dieu, peut donner lumière et sagesse. Pour celui qui ne s’engage pas dans cette voie, l’aurore du salut ne se lèvera pas (8:20).

 

2.7.4        Ch. 8:21-22 — Détresse et Ténèbres

Dans les derniers versets de ce chapitre, se trouve maintenant dépeint d’une manière forte, l’état du peuple éloigné de Dieu, qui ne veut ni ne peut voir la vraie lumière. À l’intérieur de son propre pays, il est grandement affligé et il parcourt le pays en ayant faim, maudissant son roi et son Dieu (8:21). Qu’il regarde en haut ou en bas, il ne voit que détresse, obscurité de l’angoisse et d’épaisses ténèbres (8:22). Cette prophétie allait déjà s’accomplir bientôt, et au fond ce temps-là dure toujours, jusqu’à atteindre son point culminant dans la grande « détresse de Jacob ». Mais, à travers les jugements de Dieu, le peuple dans son ensemble, sera aussi peu amené à se convertir que l’humanité en général, à travers les plaies décrites dans l’Apocalypse (Apoc. 9:20 et 16:9).

 

2.8   Espérance et avertissement pour Israël — Ésaïe 9 à 10:4

ME 2003 p. 123

2.8.1        Chapitre. 9:1-7 — La lumière du salut

Même dans les temps les plus sombres que le peuple terrestre de Dieu a dû traverser à cause de sa désobéissance, Dieu lui a toujours donné, par les prophètes, une espérance quant à la grâce qui devait être manifestée dans l’avenir. Au temps du roi Achaz, le pays opprimé avait cherché son refuge auprès du roi d’Assyrie ; mais celui-ci s’était vite révélé comme son ennemi. Ésaïe avait alors prédit pour le peuple une obscurité spirituelle (8:22), mais celle-ci ne durerait pas toujours. Les tribus de Zabulon et de Nephthali, en Galilée, avaient été emmenées en captivité par Tiglath-Piléser, roi d’Assyrie, événement qui avait marqué le début de la déportation (2 Rois 15:29). Des étrangers avaient été introduits à leur place, ce qui avait d’autant plus couvert le pays d’opprobre. Encore au temps du Nouveau Testament, la Galilée et la Samarie, avec leurs habitants, étaient méprisés par les Juifs (Jean 1:47 ; 4:9 ; 7:52).

 

2.8.1.1                 Lumière dans l’obscurité

Malgré cela, la contrée située près du lac de Génésareth, la Galilée méprisée — la « Galilée des nations » — devait être honorée d’une manière toute particulière par la venue du Messie. Dans le territoire de la tribu de Zabulon se trouvait Nazareth, où l’ange Gabriel a annoncé à Marie la naissance de Jésus (Luc 1:26). Capernaüm, qui, par la présence du Seigneur et par les miracles qu’il avait faits dans cette ville, « a été élevée jusqu’au ciel » (Matt. 11:23), appartenait à Nephthali. Comme l’évangéliste Matthieu le constate expressément, par la venue de Jésus s’est accomplie la prophétie d’Ésaïe : « Terre de Zabulon, et terre de Nephthali, chemin de la mer au-delà du Jourdain, Galilée des nations : le peuple assis dans les ténèbres a vu une grande lumière ; et sur ceux qui sont assis dans la région et dans l’ombre de la mort, la lumière s’est levée » (Matt. 4:15, 16 — citation d’És. 9:1, 2).

Ce n’est pas Jérusalem, mais cette contrée méprisée, qui a été la scène principale sur laquelle le Seigneur Jésus a révélé la grâce de Dieu. C’est là qu’a resplendi la lumière divine, « afin de luire à ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, pour conduire nos pieds dans le chemin de la paix » (Luc 1:79). Cependant, bien peu alors l’ont reconnu.

« Il vint chez soi ; et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 1:11). Le rejet du Seigneur est la raison pour laquelle presque deux mille ans se sont maintenant écoulés sans que les versets 3 à 5 se soient réalisés. Même s’il y a de nouveau un état d’Israël depuis 1948, plus de la moitié des Juifs vivent encore dispersés dans le monde entier ; on ne saurait donc parler, jusqu’à ce jour, d’une multiplication de la nation et encore moins d’une joie du peuple devant Dieu (v. 3). Tout cela appartient encore au futur.

L’accomplissement des prophéties qui annoncent la bénédiction pour Israël a été interrompu par la crucifixion du Seigneur. Il n’y a ici aucune allusion au temps actuel de la grâce, dans lequel se déploie le mystère des desseins éternels de Dieu concernant Christ glorifié et son assemblée ; la prophétie passe par-dessus ce temps.

Toutefois, quand « la plénitude des nations sera entrée », c’est-à-dire après l’enlèvement des croyants, « tout Israël sera sauvé » (Rom. 11:25, 26). Israël se réjouira comme nation devant le Seigneur, lors de son apparition en gloire, comme le cultivateur se réjouit au temps de la récolte et le soldat lors du partage du butin (fin du v. 3). La libération à venir, qui doit délivrer le peuple de tous ses oppresseurs et de tous ses ennemis, est comparée à sa délivrance des Madianites opérée autrefois par Gédéon, d’apparence si faible avec ses trois cents hommes (v. 4 ; cf. Jug. 7 et 8 ; Ps. 83:9-11 (*)). Les temps de la servitude et de l’oppression du peuple terrestre de Dieu seront définitivement passés ; tout l’équipement militaire sera brûlé avant que commence le règne de paix du Millénium (v. 5 ; cf. 2:4).

 

(*) La clé de la compréhension des Psaumes est la prophétie qu’ils contiennent au sujet d’Israël et du Messie. C’est ce que montrent non seulement les Psaumes messianiques, mais aussi la répartition en cinq livres qui correspondent aux phases de l’histoire future d’Israël : Livre 1 le principe de la séparation du mal (Ps. 1-41), Livre 2 : le résidu chassé de Jérusalem (Ps. 42-72), Livre 3 : la délivrance du peuple (Ps. 73-89), Livre 4 : le règne de 1000 ans (Ps. 90-106), Livre 5 : la louange de Dieu pour la manière merveilleuse dont Il a agi envers Son peuple (Ps. 107-150).

 

2.8.1.2                 Un enfant nous est né, un fils nous a été donné

Par quel moyen ce changement sera-t-il produit ? Nous en avons l’explication par les paroles qui seront alors celles du résidu croyant : « Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, et le gouvernement sera sur son épaule » (v. 6). Le mot « nous » ne peut se rapporter ni aux Juifs à l’époque où le Seigneur était sur la terre, ni au monde d’alors, ni aux chrétiens du temps actuel ; il se rapporte aux Juifs croyants des derniers temps. Lorsque Emmanuel est venu, il y a bientôt deux mille ans, les Juifs, quant à l’ensemble de la nation, n’ont reconnu ni le Fils de l’homme dans l’enfant qui était dans l’abaissement, ni le Fils éternel de Dieu dans le fils qui leur était donné. Ils n’ont pas davantage accepté sa royauté. Leurs chefs ont dit, lors de son jugement : « Nous n’avons pas d’autre roi que César » (Jean 19:15). Mais lorsqu’ils se tourneront vers le Seigneur dans la repentance et dans la foi, non seulement ils discerneront, en se lamentant, qu’ils « ont percé » autrefois leur Messie, mais ils reconnaîtront avec joie qu’il était venu pour eux. C’est ainsi seulement que le chemin sera ouvert pour le règne de paix sous sa domination. En relation avec celle-ci, des noms glorieux lui sont donnés ici : « Merveilleux, Conseiller, Dieu fort, Père du siècle, Prince de paix » (v. 6).

N’est-il pas merveilleux dans le mystère insondable de sa personne, que nul ne connaît si ce n’est le Père (Matt. 11:27 ; cf. Jug. 13:18) ? N’est-il pas le conseiller, la sagesse de Dieu aussi bien dans la création que dans la rédemption (Prov. 8:22-31 ; És. 11:2 ; 1 Cor. 1:24 ; 2:16) ? Il est le Dieu fort, par qui et pour qui toutes choses ont été créées ; il est avant toutes choses et toutes choses subsistent par lui (Col. 1:16, 17). Il est aussi le Père d’éternité (*) (à ne pas confondre avec le Père éternel), l’auteur du temps de bénédiction à venir que l’Ancien Testament désigne souvent par le terme d’éternité (« ad » en hébreu), et qui est la première étape bienheureuse de l’état éternel (voir Exode 15:18 ; Ps. 10:16 ; 72:17). Il est enfin le Prince de paix qui s’assiéra sur le trône de David et dont l’empire n’aura pas de fin — c’est-à-dire qu’il ne sera jamais détruit ni ne passera à un autre (Dan. 2:44). Ce sera un règne de paix et de justice, dans lequel le jugement s’exercera chaque matin sur le mal, lorsqu’il se manifestera (v. 7 ; cf. Ps. 72 ; 101:8 ; És. 66:24).

 

(*) J. N. Darby traduit « Père du siècle » en français — Voir Exposé du livre d’Ésaïe par W.Kelly (p. 132 de l’édition de 1947) et note de bas de page de la traduction anglaise de la Bible par J.N.Darby.

 

Ce merveilleux résultat ne sera cependant pas atteint par les efforts de l’homme, alors même qu’un tel but n’a jamais été aussi ambitionné qu’aujourd’hui, mais « la jalousie de l’Éternel des armées fera cela » (v. 7). Seul notre Dieu, le Dieu de paix (Rom. 16:20), est capable d’établir la véritable paix sur cette terre pleine de haines et de guerres depuis le début de l’humanité. Et il le fera par son Fils bien-aimé, le Prince de paix.

Cependant, mille ans de paix sur la terre sous le règne du Messie n’auront pas pu changer le cœur de l’homme, ainsi que le démontrera la révolte du diable, lorsqu’il sera délié à la fin de ce temps de bénédiction (Apoc. 20:7-10). La véritable paix, la paix éternelle avec Dieu, est reçue dès maintenant par tous ceux qui, conscients de leurs péchés, se tournent par la foi vers le Fils de Dieu. Il a fait la paix par son œuvre à la croix. Connaissez-vous et possédez-vous la paix avec Dieu ?

 

2.8.2        La main de l’Éternel étendue — Ésaïe 9:8 à 10:4

La section suivante contient de nouveau, une parole envoyée par l’Éternel : « une parole contre Jacob et elle tombe sur Israël », quoiqu’elle vise d’abord Éphraïm et la Samarie. Chacune des quatre annonces différentes de jugement se termine par la même phrase déjà vue en 5:25 : « Pour tout cela, sa colère ne s’est pas détournée, et sa main est encore étendue » (9:12, 17, 21 ; 10:4). Ce « refrain » récurrent, fait penser que le temps n’est pas encore venu où la main de Dieu ne sera plus étendue sur Son peuple en colère et en courroux, mais en grâce (voir 10:25).

 

2.8.2.1                 Ésaïe 9:8-12

Éphraïm doit se laisser dire qu’il sera châtié par Dieu à cause de son orgueil et de sa présomption. Au lieu de s’humilier à cause des briques qui s’écroulent et des sycomores qui sont coupés, lesquels sont une figure des jugements survenus jusque-là de la part de Dieu, on veut bâtir avec des pierres de taille et planter des cèdres. Comme les Syriens et les Philistins attaquaient le royaume du Sud (Juda), ainsi le royaume du Nord allait aussi être attaqué par l’Assyrien, oppresseur de Retsin, roi de Syrie (voir 2 Chron. 28:18). Ainsi, tout Israël, d’est en ouest, allait être « dévoré » au sens propre du terme. — « Pour tout cela, sa colère ne s’est pas détournée, et sa main est encore étendue ».

 

2.8.2.2                 Ésaïe 9:13-17

Malgré ces jugements, le peuple ne se laisse conduire ni à la repentance ni au retour vers Dieu. C’est pourquoi on trouve ensuite des annonces de jugements sur les anciens qui égarent le peuple, et sur les faux prophètes qui prononcent des mensonges. Mais le peuple, lui aussi, a sa propre culpabilité. Souvent on ne voit comme coupables que les conducteurs qui ont failli. Mais selon 2 Timothée 4:3, la faute est aussi imputable à la grande masse, quand elle se choisit des docteurs ou des conducteurs qui correspondant à ses goûts charnels. La jeunesse aussi est déjà corrompue, et Dieu doit même refuser Sa miséricorde aux veuves et aux orphelins (Deut. 10:18 ; Ps. 68:5), parce qu’ils sont « tous ensemble des profanes et des gens qui font le mal » — « Pour tout cela, sa colère ne s’est pas détournée, et sa main est encore étendue ».

 

2.8.2.3                 Ésaïe 9:18-21

L’iniquité du peuple est maintenant comparée à un feu qui atteint en premier lieu les pécheurs individuellement (« épines et ronces »), puis le peuple tout entier (« les fourrés [épaisseurs] de la forêt »), et ce feu se propageant à une vitesse folle, tout est la proie des flammes et part en fumée (voir Jacq. 3:5 et suiv.). Ce jugement qui s’exerce de lui-même est finalement lui aussi un jugement de Dieu. La haine contre les frères conduit finalement à l’autodestruction (voir Gal. 5:15). — « Pour tout cela, sa colère ne s’est pas détournée, et sa main est encore étendue ».

 

2.8.2.4                 Ésaïe 10:1-4

La quatrième et dernière accusation a pour cible l’autorité publique qui promulgue des lois injustes, ainsi que les juges qui tordent le droit au tribunal à l’encontre des misérables [ou : affligés], et qui dépouillent les pauvres, les veuves et les orphelins. Cet état de choses a eu son point culminant, lorsque le Seigneur Jésus, qui faisait partie de ces « affligés » (Ps. 22:24), a été condamné par Son propre peuple alors qu’Il était innocent ! Que pourront faire au jour de la visitation de Dieu, ceux qui dominent si cruellement sur leur propre peuple ? Vers qui pourront-ils se tourner pour avoir du secours, avec toutes leurs richesses accumulées injustement ? Dieu qui s’est, pour ainsi dire, détourné d’eux, prononce à leur encontre la sentence suivant : Ou bien ils iront en captivité avec le reste du peuple, ou bien ils tomberont au préalable dans la guerre. — « Pour tout cela, sa colère ne s’est pas détournée, et sa main est encore étendue ».

Cette dernière répétition du « refrain » montre également que la colère du Dieu d’Israël ne fut pas apaisée par les captivités assyrienne et babylonienne qui mirent fin à l’existence des deux royaumes d’Israël et de Juda en tant qu’états. L’endurcissement du peuple dure encore aujourd’hui, et ce n’est que lorsque le résidu se tournera vers Lui après la grande tribulation, que la colère de l’Éternel sera apaisée (voir 6:9-13).

 

2.9   L’Assyrie : verge (= châtiment) de Dieu — Ésaïe 10:5 à 10:34

2.9.1        L’Assyrien

À côté de Babel (voir l’introduction aux chapitres 13 et 14), l’Assyrie a joué un grand rôle comme ennemi du peuple terrestre de Dieu, et cela recommencera dans le futur. Dieu utilise ce puissant royaume situé au nord, comme verge à l’égard de Son propre peuple. L’Assyrie est l’un des plus anciens royaumes du monde, mais hormis Genèse 2:14 et 10:11, elle n’apparaît que relativement tard.

 

2.9.2        Aspect historique

Sous le règne du roi impie Menahem (752-742 av. J.C.), le roi assyrien Pul ou Tiglath-Piléser III attaqua le royaume du nord [dix tribus d’Israël], lui fit payer le tribut, et peu de temps après (vers 734-732 av. J.C), pendant le règne de Pekakh (740-732 av. J.C.), il transporta les tribus de Zabulon et de Nephtali : ce furent les premières à aller en captivité (2 Rois 15:19-29). Lorsque la Syrie et Israël déclenchèrent une guerre contre Juda, Achaz appela au secours le roi d’Assyrie, mais au bout du compte, il dut apprendre que Tiglath-Piléser ne lui offrait aucune aide véritable (2 Rois 16 ; 2 Chron. 28). En l’an 721 av. J.C., le royaume du nord fut conquis par Sargon II (722-705 av. J.C.), le successeur de Shalmanéser. La population fut déportée en Assyrie, et le pays fut colonisé par des étrangers dont sont issus les Samaritains (2 Rois 17). Les derniers « émigrants » étrangers vinrent à Samarie (Esdras 4:2) sous le règne du roi assyrien Ésar-Haddon (680-669 av. J.C.). Sans doute, Sankhérib (702-701 av. J.C.) avait tenté de conquérir aussi Juda, mais Dieu l’en avait empêché (2 Rois 18:13 ; 19:35). Vers la fin du septième siècle av. J.C., le royaume d’Assyrie fut victime de l’attaque des Babyloniens et des Mèdes qui, en l’an 612 avant Jésus Christ, conquirent la capitale Ninive et se partagèrent le royaume.

 

2.9.3        Aspect prophétique

Dans beaucoup de livres prophétiques (surtout Ésaïe, Daniel, Joël, Michée, Nahum et Sophonie) on trouve l’Assyrien, ou le futur roi du nord, en tant que verge employée par l’Éternel qui châtie le peuple d’Israël à cause de sa rébellion contre Lui, à cause de son idolâtrie et de son rejet du Messie (voir Daniel 9:27 ; 12:11 ; Michée 5:14). Lorsque dans la dernière semaine d’années avant l’apparition de Christ, le peuple sous l’autorité de son roi ennemi de Dieu (l’Antichrist) et allié à l’empire Romain, aura atteint le point culminant de l’impiété, alors Dieu fera que l’Assyrien envahira le pays comme les eaux d’un fleuve impétueux, qui atteindra aussi Jérusalem (Ésaïe 8:7, 8). L’image de l’eau qui submerge et entraîne tout, est une caractéristique de l’Assyrien dans la prophétie (voir Ésaïe 28:2, 15, 17, 18 ; 59:19 ; Jér. 47:2 ; Dan. 11:40). Une partie du peuple cherchera refuge en Égypte, mais l’Assyrien ira jusque-là aussi (voir Ésaïe 30:2 ; Dan. 11:42). Alors des rumeurs venant de l’orient et du nord (parmi elles la nouvelle d’une concentration d’armées de l’empire romain) l’amèneront à revenir en Israël (Dan. 11:44-45). Il s’ensuivra le deuxième siège de Jérusalem par l’Assyrien. Mais maintenant, cette puissance mondiale, dont Dieu se sera servi lors de la première attaque comme verge contre les Juifs impies, sera elle-même jugée à son tour. Car le Seigneur Jésus descendra du ciel pour délivrer le résidu croyant des Juifs. Il anéantira d’abord l’armée et le chef de l’empire romain ainsi que l’Antichrist à Armaguédon ; ensuite, l’Assyrien sera écrasé et foulé aux pieds sur les montagnes d’Israël (Ésaïe 14:25 ; 31:8-9 ; Daniel 11:45 ; Apoc. 16:13-16 ; 19:19-21).

Lorsqu’après tous les jugements sur les nations ennemies dressées contre Dieu et contre Son peuple, la paix si longtemps désirée arrivera sous la domination du Messie, il se produira encore une dernière attaque violente venant du nord. L’Assyrien, le futur roi du nord, n’est qu’un représentant de cette dernière puissance ennemie (*). L’attaque, décrite en Éz. 38 et 39, intervient à l’époque qui suit le rétablissement complet du peuple d’Israël dans le pays de la promesse qui figure aux chapitres précédents 36 et 37. Dieu appelle l’assaillant « Gog du pays de Magog, le prince de Rosh, de Meshec et de Tubal » ; il surgira « du fond du nord » (Éz. 38:1, 15 ; 39:2). Avec une rapacité insatiable et une volonté meurtrière, il montera, à la tête d’une force armée regroupant beaucoup de peuples (Éz. 38:12), peut-être pour venger son allié abattu, l’Assyrien, et avec l’espoir de s’emparer du pouvoir mondial après l’anéantissement de l’empire romain. Mais ne connaissant ni Dieu ni Sa puissance, il sera exterminé et anéanti dans le pays d’Israël par une déroute, des maladies et des forces de la nature, de sorte que le Nom de l’Éternel sera manifesté comme étant grand et saint (Éz. 38:20-23). Alors seulement une paix véritable règnera sur la terre (**).

 

(*) La plupart des prophètes de l’ancien Testament, dans leur vision lointaine du futur, ne font pas encore la distinction entre l’Assyrien et Gog (à ne pas confondre avec Gog et Magog d’Apoc. 20:8, qui n’entreront en scène qu’à la fin du règne millénaire).

(**) Il est question de l’Assyrien dans les passages suivants du livre d’Ésaïe : 5:24- 30 ; 7:17-25 ; 8:5-10 ; 10:5-34 ; 14:24-27 ; 28:14-22 ; 29:1-8 ; 30:27-33 ; 31:8 ; 32:19 ; 33:1 ; 36 à 38.

 

2.9.4        Ch. 10:5-11 — L’attaque de l’Assyrien

Le motif de la nouvelle mention de l’Assyrien (voir 8:5-8) est l’anéantissement du royaume du nord par Sargon II en l’an 721 avant Jésus Christ, qui est indiqué au verset 11, même s’il est vrai qu’il est difficile de déterminer si ce verset est relatif à un fait passé ou à une annonce prophétique. D’après 2 Rois 18:13, Sankhérib s’efforça quelque temps plus tard (702/701 av. J.C.) d’asservir aussi Juda, mais en fut empêché par l’intervention de Dieu (2 Rois 19:35). La prophétie d’Ésaïe va cependant plus loin. L’attaque de l’Assyrien décrite ici (il est qualifié par l’Éternel de verge de Sa colère), nous reporte à la fin des temps ; c’est le dernier débordement du courroux de Dieu contre Son peuple terrestre « profane », qui, avec le rejet du Messie et l’adoration de l’Antichrist et de l’image de la bête romaine, aura atteint la pire forme d’idolâtrie (Daniel 9:27 ; 12:11 ; 2 Thes. 2:4 ; Apoc. 13:14 et suiv.). Dieu se servira de l’Assyrien pour dépouiller son peuple et le fouler aux pieds comme la boue des rues (10:5, 6).

Mais loin de se considérer comme un instrument docile dans les mains de Dieu, l’Assyrien a de tout autres plans : il veut exterminer beaucoup de nations (10:7). Pour cela, il s’appuie dans son orgueil sur ses princes et ses généraux qui, quant à leur position, sont comme des rois, et il jette des regards méprisants sur les villes déjà conquises : la ville babylonienne de Calno (ou Calné), - la ville des Héthiens Carkemish, - Hamath, - Arpad et Damas en Syrie, - et enfin, Samarie, la capitale du royaume du nord d’Israël (10:8, 9 ; voir 37:13). Les idoles des royaumes qu’il avait déjà conquis, étaient, à son avis, plus puissantes que les idoles vénérées par les habitants de Jérusalem et de Samarie ; c’est pourquoi, il est certain de pouvoir vaincre Jérusalem, après avoir déjà réussi à Samarie (10:10, 11). Quant à l’Éternel seul vrai Dieu, l’Assyrien ne voit en Lui rien de plus qu’une idole (36:18-20), mais cela n’empêche pas Dieu de se servir de lui comme d’une verge contre Son peuple, car ce dernier s’était rendu coupable de ne plus Le servir Lui seul, mais de servir en outre beaucoup d’idoles (voir 2:8).

 

2.9.5        Ch. 10:12-19 — Le jugement sur l’Assyrien

Lorsque l’Assyrien a achevé sa mission, le courroux de Dieu contre Israël cesse. « Quand le Seigneur aura achevé toute son œuvre contre la montagne de Sion et contre Israël », quand Son courroux contre Son peuple apostat et idolâtre sera apaisé (voir 40:2), alors Il anéantira l’instrument dont Il s’était servi, spécialement à cause de sa fierté et de son orgueil indescriptibles (10:12). La colère de l’Éternel prend fin avec l’anéantissement de l’Assyrien, et non pas avec celui de l’Antichrist et de l’empire romain, lesquels auront déjà été jugés au préalable.

L’Assyrien se vante de la force et de la sagesse avec laquelle il a planifié ses conquêtes, et les a menées à bonne fin (10:13). L’une de ses tactiques consistait à faire disparaître des états tout entiers, et à supprimer les frontières qui s’y rattachaient, alors qu’elles étaient pourtant basées selon l’ordre divin (voir Deut. 32:8 ; 2 Rois 17:6, 24). Les richesses des peuples étaient ses butins de guerre, et il détrônait à son gré les détenteurs du pouvoir. Ceux qui lors de l’attaque, étaient comme pétrifiés de faiblesse, il les compare à un nid d’oiseaux abandonné, duquel on prend les œufs sans rencontrer aucune résistance (10:14).

Mais le Seigneur, l’Éternel des armées (en hébreu Adonai Jahwé Sabaoth) ne permet pas qu’on se moque de Lui. L’image de la verge de la colère de Dieu (10:5) est maintenant élargie (10:15). L’orgueil de l’Assyrien est comparé à une hache ou à une scie qui s’élèveraient contre la personne qui s’en sert pour travailler, ou à un bâton ou une baguette qui dirigeraient la main qui les tient ! C’est pourquoi maintenant le jugement intervient. Ceux qui sont « gras », les puissants conducteurs du peuple assyrien (voir Jér. 5:28 ; Éz. 34:17-20) seront saisis de maigreur, et la « gloire », la puissante armée de l’Assyrie sera brûlée au feu (10:16 ; voir 8:7). Le feu consumant n’est personne d’autre que l’Éternel dans Sa sainteté (Deut. 9:3), Celui qui, pour son peuple qu’Il a tellement châtié, est et demeure cependant la « lumière d’Israël » et « son Saint » (10:17 ; voir 1:4). Il anéantira l’Assyrien en un jour comme par un incendie de forêt, de sorte qu’il ne restera qu’un résidu minuscule qui, alors, fera demi-tour [ou : se convertira], et servira l’Éternel dans le règne millénaire (10:18, 19 ; voir 19:23-25).

 

2.9.6        Ch. 10:20-27 — Shéar-Jashub

« En ce jour-là », au moment de l’anéantissement de l’Assyrien, il y aura là un résidu croyant du peuple d’Israël, qui ne s’appuiera pas sur des alliés humains, que ce soit l’Égypte, l’Assyrie ou l’Empire Romain, mais « sur l’Éternel, le Saint d’Israël, en vérité ». C’est la conversion définitive du peuple terrestre de Dieu, la fin de son incrédulité et de son endurcissement. La prophétie contenue dans le nom du fils d’Ésaïe (Shéar-Jashub) s’accomplira : « Le résidu reviendra, le résidu de Jacob, au Dieu fort » (10:20, 21 ; voir 7:3).

Mais quel chemin terrible sera nécessaire pour en arriver là ! Les versets 22 et 23 nous montrent que c’est au travers de la consomption fermement décrétée du côté de Dieu, qu’un petit résidu de vrais croyants du peuple d’Israël se tournera [ou : se convertira] vers Lui. C’est dans ce sens-là que l’apôtre Paul cite ces mêmes versets en Romains 9:27 et suiv. (voir Ésaïe 6:13 ; Zach. 13:8). La tribulation a donc pour Israël un double but. D’une part, dans une vraie repentance, un résidu croyant se tournera [ou : se convertira] vers Dieu, d’autre part, la partie incroyante du peuple sera exterminée (voir 28:22).

Ce petit résidu que le Seigneur, l’Éternel des armées (en hébreu : Adonai Yahwé Sabaoth), considère maintenant comme Son peuple qui habite en Sion — qu’Il avait choisie (Ps. 132:13) — est encouragé à ne pas s’effrayer devant l’attaque de l’Assyrien (10:24). Quel amour se trouve contenu dans ces paroles : « Mon peuple, qui habite en Sion, ne crains pas l’Assyrien » ! Le temps de la tribulation et de la colère de Dieu à l’égard de Son peuple va bientôt être passé, et l’Assyrien, l’instrument employé par Lui pour châtier Son peuple, va être détruit (voir 10:12). En dehors de la défaite de Madian déjà citée en 9:4 comme figure de la destruction de l’Assyrien, l’Égypte aussi est mentionnée. Comme l’Assyrien avait opprimé le peuple de Dieu « à la manière de l’Égypte (10:24 ; voir Exode 3:7 ; peut-être une allusion à l’expédition de conquête de l’Égypte de Daniel 11:42), ainsi Dieu va aussi châtier l’Assyrien « à la manière de l’Égypte » (10:26 ; voir Exode 14:16, 21, 26). Alors le fardeau sera ôté de dessus l’épaule du peuple oppressé, et le joug de servitude serait enlevé du cou, comme celui d’un animal fort et gras (10:27).

 

2.9.7        Ch. 10:28-34 — La fin de l’Assyrien

Puis la prophétie se tourne de nouveau vers l’attaque de l’Assyrien contre Israël, et il s’ensuit une description de la dernière partie de son trajet d’approche vers Jérusalem. Les localités nommées dans les versets 28 à 32 (Aïath, Migron, Micmash, Guéba, Rama, Guibha de Saül, Gallim, Laïs, Anatoth, Madména, Guébim, Nob) sont au nord de Jérusalem. Lorsque l’armée de Sankhérib se dirigea vers Jérusalem, elle arriva de Lakis au sud-ouest de Jérusalem (36:2), mais au temps de la fin, l’Assyrien attaquera Jérusalem par deux fois. La première fois, il s’avancera depuis son pays, c’est-à-dire en provenance du nord ; mais la deuxième fois, il s’approchera de Jérusalem en venant d’Égypte, c’est-à-dire du sud. Il faut donc admettre que la description porte ici sur les dernières étapes de la première attaque, non pas sur celles de la deuxième invasion (voir Dan. 11:40-45).

Les versets 32 à 34 ne s’accompliront qu’après que l’Assyrien, effrayé par des rumeurs venant de l’orient et du nord (Dan. 11:44), reprend le chemin allant d’Égypte vers la terre sainte. Sa première attaque, son expédition vers l’Égypte et son retour vers Israël sont passés sous silence. Dieu a atteint son but avec Son peuple, et ne permet pas que l’ennemi, qui était encore Sa verge en discipline lors de la première attaque, élève sa main « contre la montagne de la fille de Sion, la colline de Jérusalem ». La puissante armée de l’Assyrien qui se tient devant la ville comme une forêt d’arbres se dressant très haut, est alors abattue et détruite avec une puissance effrayante. « Et il viendra à sa fin, et il n’y aura personne pour le secourir » (Daniel 11:45).

 

 

2.10                      Le règne millénaire — Ésaïe 11 et 12

ME 2003 p. 184

 « Et il sortira un rejeton du tronc d’Isaï, et une branche de ses racines fructifiera » (Ésaïe 11:1).

2.10.1    Le Germe — Ésaïe 11:1, 2

En contraste avec l’imposante grandeur de l’Assyrie, comparée à une forêt magnifique mais finalement anéantie (És. 10:18, 33 et suiv.), il y a la prophétie bien connue concernant le « rejeton du tronc d’Isaï ». Ce rejeton sortira de la souche, coupée mais non pas complètement desséchée, de la descendance d’Isaï et fructifiera comme une branche de ses racines (cf. 53:2). Déjà au chapitre 4, il est parlé du « germe de l’Éternel » qui sera « pour splendeur et pour gloire » (v. 2) ; on a là déjà une annonce de l’abaissement profond du Messie d’Israël, du Fils de Dieu dans son incarnation, mais aussi des « gloires qui suivraient » (1 Pierre 1:11). Un « rejeton » est petit et a peu d’apparence, mais il est aussi un signe de vie et d’espérance.

La grandeur et la gloire de la maison royale de David s’étaient éteintes depuis longtemps. De l’arbre, image de la grandeur de l’homme, il ne restait plus qu’une souche, lorsque le Seigneur Jésus est né à Bethléhem dans une extrême pauvreté. Plus rien n’était visible de l’ancienne splendeur de cette dynastie dont descendait aussi bien Marie, la mère du Seigneur, que Joseph. C’est pourquoi il n’est pas appelé ici le germe de David (cf. Jér. 23:5), mais il est mis en relation avec Isaï, le père de David. Cela nous rappelle l’origine très humble de cette famille, comme aussi le mépris dont déjà « le fils d’Isaï » — qui était pourtant l’homme selon le cœur de Dieu — a dû faire l’expérience, comme type de Christ (cf. 1 Sam. 20:27, 31 ; 25:10). Cette branche, en apparence si petite et si insignifiante, produira un jour un fruit abondant pour Dieu.

Nous retrouvons cette « branche » (en hébreu : nétser) dans le Nouveau Testament : « ... en sorte que fût accompli ce qui avait été dit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen » (Matt. 2:23). Toutefois nous ne trouvons le mot sous cette forme dans aucun livre prophétique de l’Ancien Testament. Comme auteur inspiré, Matthieu a mis en relation l’expression « un homme dont le nom est Germe (en hébreu : zemach) » en Zacharie 6:12, avec le mot nétser « branche » en Ésaïe 11:1 et avec le nom Nazareth qui en dérive — le nom d’une ville de Galilée méprisée par les Juifs (cf. És. 9:1).

Celui qui est désigné ici comme le « rejeton » et la « branche » sera rempli de l’Esprit de l’Éternel ; cela concerne aussi bien sa première venue — comme un homme humble et méprisé — que son apparition en gloire. Les sept désignations du Saint Esprit que nous avons dans le verset 2 rappellent les « sept lampes de feu » brûlant devant le trône et les « sept yeux » de l’Agneau, symboles des « sept Esprits de Dieu » (Apoc. 4:5 ; 5:6). Le chiffre sept est l’expression de la perfection de l’Esprit dont le Messie est rempli pour l’administration du gouvernement du royaume de Dieu (v. 2). « L’esprit de sagesse et d’intelligence » se lie à son aptitude à régner ; « l’esprit de conseil et de force » est en rapport avec les décisions qu’il prend et exécute (cf. « Conseiller, Dieu fort » — És. 9:6) ; « l’esprit de connaissance et de crainte de l’Éternel » évoque son intelligence profonde des pensées de son Dieu et Père, et sa dépendance de lui dans une parfaite harmonie de cœur. « Celui qui domine parmi les hommes sera juste, dominant en la crainte de Dieu » (2 Sam. 23:3).

 

2.10.2    Son règne — Ésaïe 3-5

Ainsi, selon le propos de Dieu, l’homme Christ Jésus est destiné à couronner comme chef sur toutes choses, durant son règne de mille ans, « l’administration de la plénitude des temps » (cf. Éph. 1:10). Comme le « second homme », le « dernier Adam », il trouve son plaisir dans la crainte de l’Éternel d’une manière qui ne pouvait jamais être pour aucun autre homme.

« Il ne jugera pas d’après la vue de ses yeux, et ne reprendra pas selon l’ouïe de ses oreilles », c’est-à-dire à la manière humaine, qui trop souvent se fonde sur l’apparence extérieure, mais il jugera selon la connaissance et la sagesse divines (cf. 1 Sam. 16:7). Qui sont les « misérables » et les « débonnaires de la terre » qui feront l’expérience de sa justice et de sa droiture ? Ce sont les « pauvres en esprit » et les « débonnaires » auxquels le Roi, aux jours de son abaissement, a promis le royaume des cieux et l’héritage du pays. Sous son règne de justice, de paix et de bénédiction, le futur résidu croyant, qui aura eu faim et soif de la justice durant la grande tribulation, sera pleinement rassasié (Matt. 5:3-6 ; cf. Ps. 72:12-14).

Toutefois, avant d’entrer dans son règne de paix et de justice, il exercera le jugement (v. 4). Lors de son apparition, il frappera la terre avec la verge de sa bouche, c’est-à-dire par sa parole (cf. Joël 2:11 ; Apoc. 19:15). « Le méchant », le faux roi d’Israël, l’Antichrist, celui qui est aussi appelé « l’inique » (2 Thess. 2:8), sera l’objet particulier de son jugement. Le vrai roi d’Israël le fera mourir par le souffle de ses lèvres. Ses reins ceints de la justice et ses flancs revêtus de la fidélité évoquent sa fermeté et sa détermination dans l’exercice du jugement et du gouvernement (cf. Apoc. 1:13 ; 19:11).

 

2.10.3    Le règne de paix — Ésaïe 6-10

« Et le loup habitera avec l’agneau, et le léopard couchera avec le chevreau » (v. 6 ; cf. És. 65:25)

Ces versets ne sont pas — comme certains l’ont pensé — une image de la conversion et de la vie nouvelle dans le temps de la grâce, ni une représentation symbolique du règne millénaire ou de l’éternité. Non, nous avons ici une description littérale de la nature transformée lors du futur règne de paix, lors « du rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps » (Act. 3:21). Les prophéties de l’Ancien Testament et l’enseignement du Nouveau témoignent clairement que l’état actuel de la création est une conséquence du péché et qu’une profonde transformation aura lieu après l’apparition du Seigneur Jésus en gloire (És. 14:7 ; 35:1 ; Osée 2:18 ; Rom. 8:19-22).

Avant le péché, les animaux vivaient aussi de nourriture végétale (Gen. 1:30). C’est seulement lorsque le sol a été maudit à cause de l’homme qu’un changement doit s’être produit dans ce domaine (Gen. 3:17). Un nouveau changement interviendra lors du règne millénaire. L’agressivité des animaux entre eux et envers l’homme cessera. Le loup ne fera pas de mal à l’agneau, pas plus que le léopard au chevreau. Le veau et le jeune lion, la vache et l’ourse paîtront paisiblement ensemble, car « le lion mangera de la paille comme le bœuf ». Un petit enfant conduira un troupeau de veaux, de jeunes lions et de bêtes grasses, et les nourrissons même ne seront plus exposés à aucun danger de la nature.

Ce ne sera toutefois pas seulement dans le monde animal, mais aussi parmi les hommes, que prendra fin la violence. Dans toute la sainte montagne de l’Éternel, expression qui désigne « la terre sainte » (cf. És. 57:13 ; Ps. 78:54 ; Zach. 2:12), il ne se fera plus de mal. En outre, « la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer » (v. 9).

Au verset 10, nous voyons de nouveau apparaître la « racine d’Isaï » qui réalisera tout cela. Ce mot « racine » (en hébreu : schoresch) peut signifier aussi bien la racine que le rejeton qui en sort (cf. v. 1 et 53:2). C’est pourquoi le Seigneur Jésus peut se nommer « la racine et la postérité de David » en Apoc. 22:16. Comme vrai Dieu et vrai homme, il est à la fois l’origine et le descendant de David. La « racine d’Isaï », jadis si méprisée, se tient maintenant là comme une bannière pour tous les peuples, non pas toutefois comme une bannière de guerre, mais comme point de départ et centre de la paix, que toutes les nations rechercheront avec joie (cf. Ps. 72:8-11, 17 ; Rom. 15:12). De la même manière que la nuée de la gloire de Dieu remplissait et caractérisait jadis son habitation terrestre, ainsi aussi le repos du Roi des rois sera gloire (v. 10 ; cf. Ex. 40:34, 35).

 

2.10.4    Le rassemblement d’Israël — Ésaïe 11-16

Le prophète se tourne maintenant vers le peuple d’Israël. L’Éternel avait déjà étendu une fois sa main pour délivrer son peuple de l’esclavage de l’Égypte (Ex. 6:6). Mais « en ce jour-là », il le fera « encore une seconde fois, pour acquérir le résidu de son peuple qui sera demeuré de reste » (v. 11). Il ne peut être question ici du retour de la captivité babylonienne, en l’an 536, qui ne concernait que Juda. Ceux qui sont revenus à cette époque ne venaient pas de l’Assyrie, de la Basse et de la Haute-Égypte, de l’Éthiopie, d’Élam, de Hamath et de l’ensemble du territoire situé autour de la Méditerranée, mais de Babylone (cf. Esd. 1). « En ce jour-là », Dieu « élèvera un étendard devant les nations, et rassemblera les exilés d’Israël, et réunira les dispersés de Juda des quatre bouts de la terre » (v. 12 ; cf. 49:22). Sur l’ordre de Dieu, les nations renverront ceux qui appartiennent à son peuple terrestre. Ce que sa providence, de manière presque incompréhensible, a permis dans les années 1933 à 1945 a conduit à un accomplissement partiel de la prophétie par le retour de nombreux Juifs dans leur pays et par la création de l’État d’Israël en 1948. Mais « les exilés d’Israël » appartenant aux dix tribus ne sont, pour autant qu’il nous est possible de le savoir et d’en juger, pas encore rentrés. Avant tout, il manque encore, dans l’ensemble, la repentance et le retour du peuple « à celui qui le frappe » (9:13).

Mais quand il retournera réellement à Dieu, la jalousie séculaire d’Éphraïm cessera aussi — cette jalousie qui avait eu pour conséquence, en dernier lieu, le partage du royaume sous Jéroboam (cf. Jug. 8:1 ; 12:1 ; 1 Rois 11:26). Toutes les tribus d’Israël seront réunies fraternellement en un seul peuple, comme cela n’a plus jamais été le cas depuis le temps de Salomon (v. 13).

Unis ainsi, ils vaincront aussi bien les Philistins, leurs ennemis à l’ouest, qu’Édom, Moab et Ammon à l’est (v. 14 ; cf. Jér. 47-49). Les trois derniers peuples nommés échapperont, selon Daniel 11:41, à l’assaut de l’Assyrien et seront châtiés par Israël, l’instrument dans la main du Messie (cf. Zach. 12:6). Mais tandis qu’il y aura une restauration pour Moab et pour Ammon, Édom deviendra un désert perpétuel (Jér. 48:47 ; 49:6, 13). La réapparition des peuplades de l’Ancien Testament que l’on pourrait tenir pour disparues depuis longtemps ne doit pas nous étonner. Le même Dieu qui fera revenir sur la scène les descendants des dix tribus encore disparues aujourd’hui, fera aussi réapparaître en temps voulu les descendants de leurs ennemis d’autrefois et punira leur méchanceté.

Enfin, par « l’impétuosité de son vent », dans l’exercice de ses jugements, l’Éternel opérera des transformations géographiques en faveur de son peuple. Il « desséchera la langue de la mer d’Égypte » — probablement le bras ouest de la mer Rouge appelé le golfe de Suez — et il fendra l’Euphrate en sept ruisseaux qui pourront être traversés à pied (v. 15). De même que Dieu, autrefois, avait frayé un « chemin » (*) à travers la mer Rouge pour son peuple, afin qu’il puisse quitter l’Égypte, de même « il y aura un chemin battu pour le résidu de son peuple » pour qu’il puisse revenir de l’Assyrie (v. 16). Lors du règne millénaire, il y aura même « un chemin battu de l’Égypte à l’Assyrie » (És. 19:23).

 

(*) L’hébreu « mesillah » désigne à l’origine « une rue revêtue de pierres ou d’un remblai », c'est-à-dire une route sûre et fortifiée (Ps. 84:5, « chemins frayés »). Ésaïe utilise volontiers cette expression qu’on trouve en 7:3 ; 11:16 ; 19:23 ; 33:8 ; 36:2 ; 40:3 ; 49:11 ; 59:7 ; 62:10.

 

2.10.5    Chant de louange — Ésaïe 12

« Et tu diras en ce jour-là : Je te célébrerai, Éternel, car tu étais en colère contre moi, et ta colère s’est détournée, et tu m’as consolé » (v. 1).

Placé devant la gloire du Messie, devant la délivrance qu’il a opérée pour Israël et les bénédictions de son règne, Israël chantera un cantique de louange, comme jadis sur le rivage de la mer Rouge (Ex. 15 ; Osée 2:15). Il y a ici en fait deux cantiques qui commencent l’un et l’autre par les mots « en ce jour-là ». Les versets 1 et 2 sont au singulier et ont pour objet la délivrance d’Israël. Les versets 4 à 6 sont au pluriel ; les rachetés d’Israël y sont invités à publier au monde entier les grands faits de Dieu, et à se réjouir.

Le premier cantique commence par une action de grâces du résidu. Il a passé par de grandes détresses parce que l’Éternel, avec raison, était en colère contre son peuple ; mais celui-ci s’est repenti et il est retourné à Dieu. Le but de Dieu est atteint ; sa colère s’est détournée. Ceux qui ont reçu le Messie par la foi ont été richement consolés par sa présence.

Le peuple peut maintenant chanter : « Voici, Dieu est mon salut » (12:2a) (*). Il n’est pas difficile de reconnaître dans le mot « salut » (en hébreu : jeshua) — qu’Ésaïe aime tant — la similitude avec le nom de Jésus, en hébreu : Jehoshua, « l’Éternel est salut ». Quand Israël, son peuple terrestre, l’aura accepté comme Sauveur, lui qui est la source du salut, toute crainte aura disparu et Jah, l’Éternel (Jehovah), sera le motif et l’objet de son cantique (v. 2). Il est rare que les deux noms de Jah et Jéhovah se trouvent l’un à côté de l’autre comme ici (cf. 26:4). Jéhovah est le Dieu éternel qui s’abaisse en grâce jusqu’à l’homme ; et particulièrement, c’est le Dieu de l’alliance avec son peuple terrestre (cf. Ex. 3:14, 15). Comme Jah, il est l’Absolu, l’Immuable.

 

(*) Le mot « salut » (hébreu : jeschu’a, jescha, teschu’a) est un mot-clé du prophète Ésaïe. Aucun autre prophète ne l’utilise aussi souvent. On le retrouve en 12:3 ; 17:10 ; 25:9 ; 26:1, 18 ; 33:2, 6 ; 45:8, 17 ; 46:13 ; 49:6, 8 ; 51:5, 6, 8 ; 52:7, 10 ; 56:1 ; 59:11, 17 ; 60:18 ; 61:10 ; 62:1, 11.

 

Puis le prophète interrompt pour un instant son appel à la reconnaissance, pour attirer l’attention sur la promesse des inépuisables « fontaines du salut », auxquelles les rachetés d’Israël puiseront l’eau de la vie avec joie durant le règne millénaire (v. 3).

En liaison directe avec cela, nous avons l’annonce que les rachetés d’Israël célébreront l’Éternel, qu’ils invoqueront son nom merveilleux et qu’ils feront connaître ses actes et la grandeur de son nom parmi les peuples de toute la terre (v. 4). Un appel particulier à pousser des cris de joie et à exulter s’adresse à Jérusalem, nommée ici habitante de Sion, au milieu de laquelle demeure « le Saint d’Israël ». Celui qu’ils ont jadis dédaigné et méprisé prendra alors la place qui lui revient au milieu de son peuple restauré, et recevra tout honneur ! Le peuple doit encore passer par de profondes vallées avant d’atteindre un tel sommet.

Quel incomparable privilège est le nôtre, nous qui sommes devenus enfants de Dieu par la foi en son Fils, de pouvoir déjà maintenant adorer le Père en Esprit et en vérité comme de vrais adorateurs !

 

3                        Dix oracles concernant les Nations — Ésaïe 13 à 23

Dans les chapitres 13 à 23, il y a l’annonce de jugements sur chacune des nations qui ont opprimé Israël. Chaque puissance orgueilleuse et ennemie sera jetée à bas, afin que l’Oint de l’Éternel soit, Lui seul, au centre de toutes choses.

Le mot « oracle » (en hébreu : massa) introductif à chacune de ces annonces de jugement, signifie en réalité « charge » ou « fardeau », car le poids des paroles et la sévérité des jugements sont, dans toute l’acception du terme, un fardeau. Les diverses significations du mot « fardeau » apparaissent clairement en Jér. 23:33-40.

 

3.1   Oracles sur Babel et la Philistie

3.1.1        Babel — Babylone

Le nom de Babel ou de Babylone (sa forme grecque) se rencontre d’un bout à l’autre des Écritures. La première mention est en Genèse 10:10 : «Le commencement de son royaume fut Babel...». Et dans l’Apocalypse, Babylone est la puissance de méchanceté la plus influente des derniers temps (18:21). Pour comprendre la signification de Babel et son influence néfaste sur le peuple de Dieu, il faut considérer son histoire et son caractère.

 

3.1.2        Babel dans l’Ancien Testament

Le fondateur de Babel est Nimrod (Gen. 10:9, 10), «puissant chasseur devant l’Éternel», autrement dit : un homme de pouvoir. La tour de Babel (Gen. 11) est un symbole de la glorification et de la déification de l’homme, dans son désir d’atteindre le ciel par ses propres forces (Gen. 11:4 ; És. 14:13 ; Jér. 51:53). Babylone est devenue ainsi le symbole de l’idolâtrie (És. 21:9 ; Jér. 50:38) et du commerce des choses précieuses de ce monde qui séduisent le cœur de l’homme (cf. Jos. 7:21 ; Apoc. 18:11-14). La signification du nom de Babel est indiquée en Genèse 11:9 : c’est «confusion».

Du point de vue historique, l’empire babylonien a déployé sa plus grande puissance après le déclin de l’Assyrie, soit dans les années 626 à 539 av. J.C. C’est au cours de cette période qu’ont eu lieu les attaques décisives de Babylone contre le royaume de Juda (605, 597 et 586 av. J.C), qui ont eu pour conséquence l’assujettissement de ce dernier et sa déportation durant soixante-dix ans. (Les habitants du royaume du nord — le royaume d’Israël, les dix tribus — avaient déjà été emmenés en captivité par l’Assyrien en l’an 721 av. J.C). C’est ainsi que, par suite de sa désobéissance et de son obstination, le peuple de Dieu est tombé sous l’influence et sous la domination de cette puissance idolâtre et asservissante.

En l’an 539 av. J.C., Babylone fut conquise par les Mèdes et les Perses (Jér. 13:17 ; Dan. 5:31), et en l’an 537, un résidu juif put remonter à Jérusalem (Esd. 1). Après son annexion à l’empire perse, la ville de Babylone perdit progressivement son importance. Elle était toutefois encore peuplée en bonne partie par des Juifs jusqu’en l’an 1000 apr. J.C. (cf. 1 Pierre 5:13), avant d’être entièrement désertée et de tomber en ruine.

 

3.1.3        Les quatre empires

Dans les prophéties bibliques, Babylone est vue comme le symbole de l’idolâtrie et de l’oppression du peuple de Dieu. Elle a été la première puissance à avoir conquis la ville de Jérusalem ; elle a mis fin à la royauté que Dieu avait établie en Israël et a emmené le peuple en captivité.

C’est au moment de ces événements qu’ont commencé «les temps des nations» (Luc 21:24). Dans Ses voies gouvernementales envers la terre, Dieu a placé alors la domination entre les mains des puissances païennes. Ce temps, qui durera jusqu’à l’apparition de Christ, est divisé dans la parole de Dieu en quatre périodes qu’il est très important de connaître pour la compréhension des prophéties bibliques (Dan. 2 et 7 ; Zach. 1:6) :

1. l’empire babylonien,

2. l’empire médo-perse,

3. l’empire grec,

4. l’empire romain.

En Daniel 2, ces quatre empires sont vus en songe dans une perspective humaine par Nebucadnetsar, roi de Babylone. Ils apparaissent comme une imposante statue dont la tête d’or le représente lui-même (Dan. 2:38). La poitrine et les bras d’argent désignent l’empire médo-perse (cf. Dan. 5:26-28), le ventre et les cuisses d’airain, l’empire grec (Dan. 8:20, 21), et enfin, les jambes de fer et les pieds en partie de fer et en partie d’argile, l’empire romain. La pierre qui se détache sans intervention humaine et qui broie d’abord les pieds puis toute la statue est le Seigneur Jésus, Christ, dont le royaume «ne sera jamais détruit» et «ne passera point à un autre peuple» (Dan. 2:44).

En Daniel 7, les quatre empires sont révélés au prophète dans la perspective divine. Il voit quatre animaux sauvages différents monter de la mer. Ceux-ci représentent le véritable caractère de ces empires : violence et incompréhension totale des pensées de Dieu. Babylone est vue là sous la forme d’un lion, la Perse sous celle d’un ours, la Grèce sous celle d’un léopard, et Rome sous celle d’une bête effrayante et puissante ayant dix cornes. Cette bête est cependant tuée avant que la domination soit donnée à Celui qui vient «comme un fils d’homme» «avec les nuées des cieux». Là encore, Christ est vu comme le vainqueur définitif.

 

3.1.4        Babylone dans le Nouveau Testament

Tous ces empires ont eu leur période de gloire et ont disparu. L’empire romain, qui a connu le point culminant de sa puissance au temps de la naissance de Christ (cf. Luc 2:1), s’est effondré en l’an 476 après J.C. (du moins l’empire romain d’occident). Mais, dans des temps futurs, il retrouvera un regain de vie pour une courte période (Dan. 7:25 ; Apoc. 13:5), avant que le Seigneur Jésus l’anéantisse à son apparition : «La bête que tu as vue était, et n’est pas, et va monter de l’abîme et aller à la perdition» (Apoc. 17:8 ; cf. 19:19, 20). Cette bête, qui monte à la fois de la mer et de l’abîme, a sept têtes, — et dix cornes, comme la quatrième bête de Daniel (Apoc. 13:1). Elle est semblable à un léopard (la Grèce), ses pieds sont comme ceux d’un ours (la Perse), et sa bouche est comme celle d’un lion (Babylone) (13:2). Ainsi, l’empire romain ressuscité réunit en lui-même les caractères de tous les empires précédents, y compris donc les caractères de la Babylone historique. L’inversion de l’ordre chronologique des empires s’explique par le fait que Jean les voit rétrospectivement.

Après l’enlèvement des croyants dans le ciel, une autre Babylone jouera encore une fois un rôle terrible sur cette terre. Sous la conduite de Rome, la puissance religieuse et commerciale de la chrétienté sans vie et sans Christ deviendra Babylone, «la grande prostituée qui est assise sur plusieurs eaux» et dont l’influence s’étend presque au monde entier (Apoc. 17:15, 18). Elle sera aussi caractérisée, comme le fut Babylone dans l’Ancien Testament, par le mélange de la religion et du monde, dans la «confusion» à son plus haut degré. Elle recevra puissance et influence de la bête aux sept têtes et aux dix cornes — le chef de l’empire romain ressuscité — sur lequel elle est assise (Apoc. 17:1-3).

Dans l’Apocalypse, le nom de Babylone a un caractère symbolique. Il n’a aucun rapport avec la ville ou l’empire du Proche-Orient, mais avec une puissance religieuse et commerciale en étroite relation avec l’empire romain de l’Europe de l’ouest dont le siège sera Rome, la ville aux «sept montagnes» (Apoc. 17:9, 18). L’empire romain lui-même aura aussi les caractères de la Babylone de l’Ancien Testament (cf. l’expression «la bouche d’un lion» en Apoc. 13:2 avec les mots «comme un lion» en Daniel 7:4). Le parallèle entre la Babylone antique et la Babylone future ne se trouve pas dans la situation géographique ni dans la puissance militaire, mais bien dans la concordance de la dépravation morale de ces systèmes, tous deux étant les grands antagonistes de Dieu et des Siens.

Alors que la Babylone de l’Ancien Testament a été renversée par les Mèdes et les Perses (És. 13:17 ; Jér. 51:11 ; cf. Dan. 2:39 ; 5:28), celle du Nouveau Testament sera anéantie par les dix rois de l’empire romain qui «haïront la prostituée et la rendront déserte et nue, et mangeront sa chair et la brûleront au feu», un jugement qui en fin de compte vient de Dieu (Apoc. 17:16,17 ; 18:8). Dans cet anéantissement, il faut distinguer entre le jugement sur la puissance religieuse de la « grande prostituée » en Apoc.17 et celui sur la puissance commerciale de la « grande ville » au ch. 18. D’après Apoc. 14:8 et 16:9 l’anéantissement de la prostituée a lieu pendant le déversement des sept coupes du courroux de Dieu. Le chef d’état de l’empire romain, la bête qui porte la femme, mènera la guerre contre Christ et avec l’antichrist lors de l’apparition de Christ, et c’est alors qu’il sera jeté vivant dans l’étang de feu (Apoc. 19:19-21).

Si la prophétie de l’Ancien Testament relative à la chute de Babylone (És. 13-14 ; 46-47 ; Jér. 50-51) s’est partiellement réalisée lors de sa conquête par les Mèdes et les Perses en 539 av. J.C., elle ne trouvera son plein accomplissement que dans le jugement de la Babylone future. Comme la victoire sur la Babylone antique a ouvert le chemin au résidu pour son retour dans la terre d’Israël, de même l’élimination de Babylone, «la grande prostituée», préparera le chemin pour les noces de l’Agneau avec Son épouse dans le ciel, et pour le rétablissement du peuple de Dieu terrestre, Israël, dans ses relations avec Dieu (après la fin de la bête et de l’antichrist), pour le règne de mille ans.

 

3.1.5        Dieu appelle au jugement sur Babylone — Ésaïe 13:1-8

Ici, Ésaïe ne voit pas une « vision » ou une « parole » (voir 1:1 et 2:1), mais un « oracle » ou un « fardeau » (en hébreu : massa), qui pèsera fortement sur ceux qui en seront les objets.

Babylone, la première des puissances mondiales qui fit la conquête de Jérusalem la ville sainte, et emmena la population en captivité, est aussi la première dont le jugement est annoncé. Dieu Lui-même mobilise pour ainsi dire Ses « saints » (ces « saints » ne sont pas tant les croyants que les hommes qu’Il a mis à part dans ce but, qui est le Sien) par une bannière [ou : étendard] visible de loin sur une montagne dénudée et élevée, et par un appel à voix forte et par un signe de la main, — Il mobilise par une parole les peuples qui doivent détruire Babylone (13:2, 3).

La réponse qui en résulte, est un tumulte et un vacarme caractéristiques d’une puissante armée sur le pied de guerre que l’Éternel a appelée des pays les plus lointains de la terre pour être des instruments de Sa colère, afin de ruiner tout le pays ! Mais à la différence de ce qui se passera lors de l’apparition du Seigneur Jésus venant du ciel (Apoc. 19:1), aucune Personne divine n’apparaît ici, et les armées ne sont pas conscientes d’être, pour ainsi dire, « des instruments » d’exécution du jugement décidé par Dieu, « Son indignation » (13:4,5 ; Apoc. 17:16,17 ; 18:6).

La prise de Babylone par les Médo-Perses se produisit de manière tout à fait imprévisible, pour ainsi dire en un tourne-main. Les hurlements, les douleurs et les afflictions décrits dans les versets qui suivent, ne se rapportent donc pas à cette époque passée depuis longtemps, mais à la dernière demi-semaine d’années de Daniel, avant le jour de l’Éternel qui est « proche » selon le verset 6, lors du jugement définitif sur Babylone (Apoc. 14:8). Les cœurs des hommes se fondront d’angoisse et d’effroi, et leurs visages seront changés, et ils se tordront comme une femme qui enfante.

 

3.1.6        Le jour de l’ardeur de la colère de l’Éternel — Ésaïe 13:9 à 16

Le jour de l’Éternel, dont la venue est maintenant annoncée, a un caractère universel qui va plus loin, car toute la terre (en hébreu erez : « la terre, le pays ») sera réduite en désert, et le monde entier (en hébreu thevel) sera frappé (13:11). C’est le jour de la fureur et de l’ardeur de la colère, où les pécheurs seront exterminés de dessus la terre. Toutes les puissances et les autorités représentées par les étoiles, le soleil et la lune, seront ébranlées (comp. Matt. 24:29). Dans le monde entier, toute malice, tout orgueil prendront fin, et seront punis de manière effrayante. Les hommes mourront en si grand nombre, que ceux qui resteront seront précieux comme l’or (13:12 ; Matt. 24:22). Cependant il ne faut pas penser seulement aux croyants, car selon Matt. 25:31-46, le Seigneur Jésus, après Son apparition, assemblera les nations devant Son trône de gloire, et séparera « les brebis (c’est-à-dire les croyants), d’avec les boucs (les incroyants) ».

Les cieux et la terre, tous les domaines de la création, seront ébranlés au jour de l’ardeur de la colère de l’Éternel des armées (en hébreu : Jahwe Zebaoth — 13:13 ; comp. Aggée 2:6). Pour les hommes du monde, ce sera la fin de toutes leurs espérances. Mais pour les chrétiens, comme le dit Hébreux 12:6, c’est une promesse. Tout ce qui nous entoure ne peut que nous empêcher de jouir des choses célestes, immuables et qui demeurent, et qui sont notre part dans le Seigneur Jésus.

Dans ce chaos, la fuite semblera être la seule possibilité de salut : une seule chose comptera alors : être loin du lieu de la destruction ! Tous ceux dont les ennemis pourront s’emparer, femmes ou petits enfants, seront l’objet de leur terrible cruauté et de leur avidité à piller.

 

3.1.7        Les Mèdes font la conquête de Babylone — Ésaïe 13:17à 22

Avec la prise de Babylone, le prophète revient maintenant pour un moment vers le proche avenir. Alors que Belshatsar, petit-fils de Nébucadnetsar et fils du roi Nabonid non mentionné dans la Bible, était régent à Babylone pendant l’une des fréquentes absences de son père, les Perses, sous les ordres de leur roi Kyros (Cyrus), purent s’emparer de la ville pratiquement sans combat, en l’an 539 av. J.C., avec l’aide d’un traître, et ils l’annexèrent avec tout le pays au royaume de Perse. Les Mèdes mentionnés au verset 17, étaient un peuple apparenté de près aux Perses, et constituaient une partie importante de la population du royaume de Perse (d’où l’expression « les Mèdes et les Perses » en Daniel 5:28). Le plaisir qu’ils prenaient à guerroyer est décrit au verset 18.

Ensuite, la prophétie fait ici un « saut dans le temps » (voir 3:13 et 4:2) et nous transporte au temps de la dernière semaine d’années avant l’apparition de Christ, au cours de laquelle la Babylone future sera anéantie. Babylone n’a pas été détruite par les Mèdes, mais a existé encore des centaines d’années plus tard, tandis que, lorsqu’il est question au verset 19, de l’« ornement des royaumes » qui est renversé comme Sodome et Gomorrhe et ne sera jamais habité, nous pouvons alors penser à la chute et à l’anéantissement de Babylone en Apoc. 18.

De même que « Babylone la grande... » deviendra « la demeure de démons et le repaire de tout esprit immonde et le repaire de tout oiseau immonde et exécrable » (Apoc. 18:2), une complainte est aussi prononcée, dans le langage de l’Ancien Testament, au sujet de la destruction de la ville de Babylone, qui sera habitée non seulement par les bêtes du désert, les hiboux, les autruches, les chiens sauvages et les chacals, mais aussi par les démons figurés par les boucs sauvages (comp. Lév. 17:7 ; 2 Chr. 11:15).

 

3.1.8        Compassion pour Jacob — Ésaïe 14:1-2

La chute de Babylone signifie la délivrance pour le peuple de Dieu. Peu de temps après l’effondrement de l’empire babylonien, le roi de Perse Cyrus publia le fameux édit (« cylindre de Cyrus ») (*), par lequel il accordait à tous les peuples placés sous sa domination, la liberté de pratiquer leur religion. Cet édit fut également le fondement de la proclamation relatée en 2 Chr. 36:22 et Esdras 1:1-3, faite à tous les Juifs du royaume de Perse, de se rendre à Jérusalem afin de rebâtir la maison de l’Éternel. Mais seul un petit résidu de 42360 Juifs se mit en route (Esdras 2:64), et ils étaient obligés de reconnaître qu’ils étaient serviteurs (Esdras 9:9).

 

(*) Il s’agit d’une pièce d’argile de 23 cm de long, et de forme à peu près cylindrique, portant un texte écrit en caractères cunéiformes. Il relate les exploits du roi de Perse Kyros ou Cyrus (558-529 av. J.C.).

 

La prophétie des deux premiers versets du chapitre 14 ne sera entièrement accomplie qu’au temps de la fin. Alors seulement, à la fin du « temps des nations », le Seigneur se tournera à nouveau en compassion vers son peuple Israël, les descendants de Jacob. En règle générale, la mention du nom de Jacob (« supplanteur, trompeur ») indique combien Dieu s’est penché profondément vers Son peuple, et la mention du nom d’Israël (« champion de Dieu ») montre à quelle hauteur Dieu l’a élevé et combien Il l’a béni richement. Il rétablira Son peuple dans le pays qu’Il a promis à Abraham, à Isaac et à Jacob comme une possession définitive (Genèse 13:15 ; 26:3 ; 28:13). La création de l’état d’Israël en 1948 peut être considérée comme une confirmation de cette prophétie, mais il y a encore du chemin à faire pour arriver à son accomplissement effectif. Où sont les « étrangers » qui se « joindront » au peuple terrestre de Dieu, où sont les peuples qui « prendront » les Juifs « et les feront venir en leur lieu », et qui seront ensuite dominés, eux les oppresseurs d’autrefois, par ceux qui étaient autrefois opprimés (comp. 49:23 et 60:14) ? Tout cela se situe encore dans le futur. Auparavant, la Babylone du Nouveau Testament aura été définitivement et complètement détruite, ainsi que ceux qui l’auront aidée, selon ce que nous avons vu au chapitre 12 (voir l’introduction du chapitre 13).

 

3.1.9        Jugement sur le roi de Babylone — Ésaïe 14:3-23

De la même manière, la « sentence » sur le roi de Babylone, que le peuple terrestre de Dieu prononcera lorsque l’Éternel lui donnera du repos de son labeur, de son trouble et de son dur service, n’est pas à mettre en relation avec l’effondrement de Babylone, ni avec le retour des Juifs de la captivité babylonienne au temps du roi de Perse Cyrus ; mais cette sentence vise bien plus loin dans le futur. Il faut voir ici le dernier représentant de Babel/Babylone. Le premier a été le roi Nebucadnetsar, la tête d’or de la statue figurant les quatre empires terrestres, et qui est finalement entièrement broyée, en commençant justement par les pieds qui représentent l’empire romain (Daniel 2). Le dernier représentant de Babylone est le chef de ce même empire, c’est-à-dire la bête qui, d’une part présente les caractères des trois empires précédents, y compris Babylone — mais qui, d’autre part, s’associe à l’Antichrist et à Babylone la grande prostituée (Apoc. 13:1-2 ; 17:3-14). Leur caractéristique commune est la glorification de soi, allant jusqu’à se présenter comme dieu, ce qui amène aussi à la chute l’instigateur Satan, qui se tient derrière eux (voir 1 Tim. 3:6 ; Luc 10:18 ; Apoc. 12:9).

Le brisement définitif du bâton des méchants et du sceptre des dominateurs par l’Éternel (14:5) aura lieu après l’apparition de Christ, lorsque les deux représentants de l’idolâtrie des hommes, le chef de l’empire romain et l’Antichrist, seront jetés vifs dans l’étang de feu, tandis que Babylone la prostituée aura déjà reçu son jugement (Apoc. 19:20). Alors, toute la terre sera en repos et tranquille, et il n’y aura pas que les hommes qui éclateront en chants de triomphe. Une paix jamais connue depuis l’éviction du premier couple humain hors du jardin d’Eden, règnera pendant mille ans sur la terre (14:7,8 ; comp. 35:1).

Les versets 9 à 14 montrent à l’évidence qu’il ne peut s’agir ici d’un souverain de la Babylone de l’Ancien Testament. Ce qui est placé ici sous nos yeux est un oppresseur qui se fait lui-même semblable à Dieu, ce qui, en dehors de Satan le chérubin déchu, ne sera fait par personne d’autre parmi les hommes que par le chef de l’empire Romain associé à l’Antichrist, le faux roi des Juifs (Apoc. 13:14-15 ; comp. Daniel 9:27 ; Matt. 24:15). À sa venue inattendue, le shéol même s’émeut. Le mot hébreu « shéol » désigne, dans l’Ancien Testament, le lieu du séjour des âmes des morts, quelle qu’ait été antérieurement leur relation avec Dieu, et quel que soit leur sort éternel. Les croyants de l’Ancien Testament possédaient certes l’espérance de la résurrection (Job 19:25-27 ; Daniel 12:2 ; Jean 11:24), mais ils n’avaient pas reçu davantage de révélation quant à l’état intermédiaire suivant la mort. Ce n’est que lorsque le Seigneur Jésus eut parlé du pauvre Lazare dans le sein d’Abraham et du riche dans les tourments du hadès (Luc 16:19-31), qu’une lumière divine supplémentaire éclaira ce point obscur. Depuis la résurrection et l’ascension de notre Rédempteur, nous pouvons en savoir davantage sur le sujet, à savoir que les âmes des croyants endormis « sont avec Christ » jusqu’à Sa venue, et que cela est de beaucoup meilleur (Phil. 1:23).

Dans un langage imagé extrêmement saisissant, on a la description de l’accueil par les occupants du shéol, les « trépassés », de celui qui est tombé si bas (comp. Ps. 88:10, Prov. 9:18) ; beaucoup d’entre eux étaient même autrefois des rois puissants (14:9-11). Comme pour Satan, le désir du roi de Babylone de « monter aux cieux » a pour résultat le plus profond abaissement et la réjection éternelle ; et la véritable nature de ce désir se révèlera dans les péchés de Babylone accumulés « jusqu’aux cieux » (14:12-15 ; comp. Genèse 11:4 ; Jér. 51:53 ; Daniel 4:19-22 ; Apoc. 18:5) (*).

 

(*) Au verset 13, la Parole de Dieu fait parler le roi de Babylone selon ce que se figurait son peuple, à savoir qu’il s’imaginait avoir le trône de ses dieux dans la montagne du nord. Il ne faut cependant pas comprendre cela comme une reconnaissance de la mythologie païenne (comp. 13:21).

 

Dans les versets 16 à 20, nous avons à nouveau devant nous le roi de Babylone de ce temps-là (Belshatsar), dont l’âme se trouve au shéol, tandis qu’à sa grande honte, une sépulture honorable est refusée à son corps (comp. Jér. 22:19 ; 36:30). C’est avec un total étonnement et avec horreur, que l’on regarde son cadavre privé d’enterrement et putréfié, gisant au milieu des tués loin du tombeau royal. Quel contraste entre le rejeton et la branche honorés issus de la racine d’Isaï (11:1), et le roi de Babylone qui, comme rejeton ou branche (en hébreu netser) faisant horreur, sera livré à l’ignominie (14:19)! Parce qu’il a dévasté les royaumes de la terre, et qu’il n’a pas renvoyé les prisonniers dans leur pays, y compris les Juifs, et qu’il a mené son pays à la ruine, il trouvera une fin sans gloire, lui et toute sa dynastie, la « postérité des méchants » (14:20, 21).

L’Éternel des armées lui-même (en hébreu Jahwe Sabaoth) prononce encore une fois sa sentence de jugement (14:22, 23). Babylone sera retranchée, y compris le nom et le reste (en hébreu schem et schear), c’est-à-dire ceux qui ont une position élevée et ceux de basse condition, — y compris les pousses et les rejetons (en hébreu nin et necher), c’est-à-dire enfants et postérité, — autrement dit elle sera retranchée « corps et biens ». L’Éternel des armées lui-même balayera tout cela avec le balai de la destruction. Babylone sera engloutie et submergée par l’eau de l’Euphrate, un lieu où s’ébattent les animaux sauvages (comp. 13:19-22).

 

3.2   L’Assyrie abattue — Ésaïe 14:24-27

Après la description du jugement de Babylone, la chute de l’Assyrien est tout-à-coup mentionnée une nouvelle fois, alors que le prophète s’en était déjà abondamment occupé (10:12-19, 28-34). Le motif semble en être que l’ordre chronologique de ces deux évènements futurs doit être encore une fois établi clairement, car dans le passé, l’Assyrie a été châtiée avant Babylone (Jér. 50:18), tandis qu’au temps de la fin, elle sera détruite après la chute de Babylone, et sans doute dans le pays d’Israël (voir l’introduction du chapitre 10). Il suffit d’une phrase pour fixer la chute de l’Assyrien dans le pays de l’Éternel des armées et sur Ses montagnes, et pour déterminer par là même la fin de l’oppression de Son peuple (14:25). Dans les versets précédents et suivants, l’accent est mis sur l’immutabilité des conseils de Dieu. Ce qu’Il décrète se réalisera, et ce qu’Il fait, nul ne peut l’empêcher (14:24, 26, 27).

 

3.3   Oracle touchant la Philistie — Ésaïe 14: 28-32

De tout temps, les Philistins (en hébreu Pelischtim, comparer au nom de Palestine) ont fait partie des ennemis les plus acharnés du peuple d’Israël, et pour cette raison, ils ont été particulièrement dangereux du fait qu’ils habitaient à l’intérieur des frontières du pays promis par Dieu, et qu’ils pouvaient exercer leur influence dévastatrice sans grandes difficultés. Ils étaient venus de l’île de Caphtor (probablement la Crète), mais étaient primitivement originaires de Mitsraïm, c’est-à-dire de l’Égypte (Genèse 10:13-14 ; Jér. 47:4). Leurs lieux d’habitation se situaient en bordure de la Méditerranée, au sud-ouest du pays d’Israël, par conséquent près de l’Égypte. Leurs villes principales étaient : Asdod, Askalon, Ekron,Gath et Gaza (comp. 1 Samuel 6:17-18).

Le fait qu’un peuple aussi insignifiant que les Philistins du point de vue de l’histoire universelle, soit mentionné comme objet du jugement de Dieu à côté des grands royaumes du monde tels que Babylone ou l’Assyrie, nous montre avec quelle justice immuable Dieu punira le mal qui aura été fait à son peuple, indépendamment de savoir qui l’a fait et quand cela a eu lieu. Même si actuellement les Philistins semblent ne plus exister (*), Dieu les remettra en lumière à sa manière. Il en sera de même pour les Moabites (ch. 15 et 16).

 

(*) Note Bibliquest : les événements récents (2008 - 2010) en rapport avec Gaza peuvent être considérés comme manifestant leur renaissance.

 

L’oracle touchant la Philistie, le deuxième de cette série, fut prononcé en 726 av. J.C., l’année de la mort du roi Achaz, pendant le règne duquel les Philistins s’étaient soulevés contre la domination de Juda, et avaient envahi le sud du pays, après que Ozias (791-740 av. J.C) leur eut infligé une grande défaite (2 Chr. 26:6 ; 28:18). C’est pourquoi ils avaient maintenant de quoi se réjouir d’avoir brisé la verge qui les avait frappés (14:29). Mais Dieu leur fait annoncer par son prophète le terrible châtiment qu’ils devraient recevoir, car « de la ruine du serpent sortira une vipère, et son fruit sera un serpent brûlant qui vole ». Dans le futur immédiat, ce fut Ézéchias (726-697 av. J.C), le fils d’Achaz, qui frappa la Philistie (2 Rois 18:8) ; mais au temps de la fin, ce sera le Messie qui l’anéantira. La « racine du serpent » est la maison royale d’Israël et de Juda qui, après les jours brillants au temps de David et de Salomon, était maintenant grandement affaiblie. Déjà, les anciens traducteurs juifs des Targums (*), avaient vu Ézéchias dans la vipère qui sortirait, et le Messie dans le serpent qui vole (comp. 11:1). Le serpent brûlant qui vole n’est pas ici, par conséquent, l’image de quelque chose de mauvais en soi, mais c’est une image de Christ comme exécuteur de la malédiction qui viendra sur les Philistins comme résultat de la justice punitive de Dieu.

 

(*) Les Targums sont les traductions du texte biblique hébreu en araméen. Ils sont apparus au temps du Christ et jusqu’au Moyen-âge.

 

Dans un contexte différent, le serpent d’airain que Moïse dut élever dans le désert pour le salut des Israélites, est aussi un type de Christ qui a été fait péché et malédiction pour nous sur la croix, afin que nous devinssions justice de Dieu en Lui (Nombres 21:8 ; Jean 3:14 ; 2 Cor. 5:21 ; Gal. 3:13).

Alors que le tronc d’Israël engendrera un jour une semence sainte sous forme du résidu croyant (6:13), et que même les plus pauvres, « les premiers-nés des misérables » de ce peuple jadis si pitoyable, seront nourris par Lui-même dans Sa pâture, et seront parfaitement protégés de tous dangers, la Philistie, quant à elle, sera exterminée jusqu’à la racine (14:30) de sorte que rien n’en poussera jamais plus. L’assaut des armées ennemies du nord sera si puissant que les villes et leurs portes seront amenées à crier et à hurler. Les messagers ne seront plus d’aucun secours, car le sort des Philistins est scellé, tandis que l’Éternel soutiendra et fortifiera Sion, tant aimée de Lui, comme un solide fondement et un refuge pour les pauvres de son peuple. Cette prophétie ne trouvera son plein accomplissement qu’au temps de la fin (comp. 11:14 ; Psaume 87).

 

3.4   L’oracle touchant Moab — Ésaïe 15 et 16

3.4.1        Les Moabites

Les Moabites étaient comme les Ammonites, des descendants de Lot, le neveu d’Abraham ; ils étaient donc apparentés à Israël par leur origine (Gen. 19:37). Ils formaient un peuple aisé d’éleveurs et de cultivateurs, et habitaient à l’est de la Mer Morte. Au nord, ils avaient pour voisin Ammon et au sud Édom. Par crainte des Israélites qui traversèrent leur territoire lors de leur voyage d’Égypte vers Canaan, les Moabites appelèrent à l’aide Balaam pour maudire le peuple d’Israël (Nomb. 22 à 24). Celui-ci ne put toutefois rien faire, sinon prononcer la bénédiction au lieu de la malédiction. C’est pourquoi il conseilla alors aux Moabites d’affaiblir Israël et de le faire chuter en l’excitant à l’idolâtrie et à la fornication (Nomb. 31:16 ; Apoc. 2:14). Par la suite, les Moabites restèrent toujours des ennemis du peuple de Dieu (comp. Juges 3:12-30 ; 1 Samuel 14:47 ; 2 Rois 13:20). À cause de cette inimitié, ceux qui étaient de la famille de Moab étaient exclus de la congrégation de l’Éternel jusqu’à la dixième génération (Deut. 23:4-6). La raison du jugement de Dieu sur Moab est toutefois en premier lieu l’orgueil humain, si haï par l’Éternel (16:6 ; 25:11 ; Jér. 48:29 ; Soph. 2:10 ; comp Prov. 8:13 ; 16:18).

 

3.4.2        Jugement sur Moab — Ésaïe 15:1-9

Le troisième oracle est relatif à ce peuple limitrophe d’Israël à l’est. Dieu jugera Moab, parce qu’il a opprimé Son peuple, même s’Il l’a employé à certaines époques pour châtier Israël (2 Chr. 24:2). En des termes émouvants, Ésaïe annonce le destin de ce peuple (comp. 11:14). Dans sa prophétie sur Moab, Jérémie répète plus tard bien des points de l’oracle d’Ésaïe (Jér. 48), qui eurent avec Nebucadnetsar un accomplissement provisoire, l’accomplissement définitif restant encore futur.

Pendant la nuit, la ville de Ar de Moab (« ville de Moab ») et sa forteresse Kir de Moab (« Mur de Moab ») seront détruites (15:1). Dans la honte et dans l’angoisse, avec les têtes chauves, on fuira vers les sanctuaires d’idoles, comme si l’on pouvait en attendre du secours (15:2). Dans les villes du nord du pays, Dibon, Medeba, Hesbon et Helhalé, on n’entend de tous côtés que des lamentations, même de la part des soldats (15:3, 4). Le cœur du prophète est ému, lorsqu’il voit ces images prophétiques avec son œil spirituel (15:5). Les villes connues de Tsoar et Horonaïm se trouvent au sud de Moab. L’eau est tarie, le pays se transforme en désert, et les habitants s’efforcent de sauver ce qui reste de leurs biens, mais le jugement n’est pas encore terminé : Dieu fera venir un lion (symbole de Juda et de l’Agneau, Gen. 49:9, Apoc. 5:5) sur les réchappés de Moab 15:6-9).

 

3.4.3        Moab et Juda — Ésaïe 16:1-5

Au temps du roi Joram, Moab avait cessé de livrer à Israël la redevance annuelle en moutons et béliers : c’est la raison pour laquelle on a ici l’invitation à s’acquitter de ces obligations à destination de Jérusalem, et non plus de Samarie (16:1 ; comp. 2 Sam. 8:2 ; 2 Rois 3:4-5). Si cela n’avait pas lieu, les habitants de Moab devraient s’attendre alors à pire, à savoir que leurs filles allaient errer comme des oiseaux sans défense autour du fleuve Arnon (16:2).

La prophétie passe ensuite manifestement à un nouveau sujet, qui est confirmé par d’autres passages. Lors de la la grande tribulation, le résidu juif croyant fuira sur les montagnes et dans le désert (Matt. 24:15 et suiv. ; Apoc. 12:14). Mais Moab qui aura échappé à l’attaque de l’Assyrien (Dan. 11:41) servira de refuge à ces fugitifs. Ils seront là en sécurité, jusqu’à ce que le « dévastateur » (l’Assyrien ; comp. 33:1) et l’« oppresseur » (l’Antichrist ; comp 14:4 ; Psaume 72:4 ; Matt. 24:15 et suiv.) aient trouvé leur fin. C’est ainsi que David avait déjà mis ses parents en sécurité auprès de Moab, alors que, fuyant devant Saül, il se cachait dans le lieu fort dans la montagne (1 Sam. 22:3-4). Également lors de l’attaque du roi de Babylone Nebucadnetsar, des Juifs trouvèrent asile en Moab (Jér. 40:11 et suiv.). Moab est exhorté ici à accueillir les réfugiés jusqu’à ce que le danger soit passé (16:3, 4).

Mais, lorsque la destruction aura cessé dans le pays d’Israël, et que les oppresseurs auront disparu du pays, « un trône sera établi par la bonté ; et il y en aura un qui y siégera dans la vérité, dans la tente de David, jugeant et recherchant la droiture, et hâtant la justice » (16:5). Il n’y a pas besoin d’expliquer longuement que cette description se rapporte au règne du Seigneur Jésus dans le royaume millénaire (comp. 9:6 ; 11:1-9 ; Psaumes 85:10 ; 89:14).

 

3.4.4        L’orgueil de Moab puni — Ésaïe 16:6-14

Après cette courte parenthèse, le prophète revient à sa mission, la « charge » contre Moab. Le motif du jugement de Dieu est l’orgueil de ce peuple (16:6 ; comp. 25:11 ; Jér. 48:29). L’arboriculture fruitière et la viticulture de la vigne étaient deux des soutiens principaux du bien-être de Moab, de sorte que Jérémie peut comparer ce peuple à un tonneau rempli de vin : « Moab a été à son aise dès sa jeunesse, et tranquille sur sa lie ; il n’a pas été versé de vase en vase et il n’est pas allé en captivité ; c’est pourquoi son goût lui est demeuré, et son parfum ne s’est point changé » (Jér. 48:11). Mais dans le jugement qui va venir, ses champs seront dévastés et ses vignes seront détruites. Les provins qui s’étendent jusqu’à la Mer (morte ?) sont bien une expression imagée décrivant le commerce étendu de ce produit de consommation (le vin, 16:7, 8). Toute la joie — qui n’est toutefois qu’une joie terrestre et mondaine — trouve sa fin (16:10).

Une nouvelle fois, le cœur est ému au plus profond en pensant à la détresse de ce peuple et en y prenant part intérieurement (16:9, 11 ; comp. 15:5 ; Jér. 48:31-36). Déjà le chapitre 15:2 mentionnait que les Moabites cherchaient du secours auprès des idoles, et ici il est assuré que cette recherche ne fournira aucun secours (16:12). Le jugement est irrévocable (comp. Jér. 9:24-25 ; Ézéc. 25:8-11 ; Amos 2:1-3). Dieu l’avait déjà annoncé par la bouche de Balaam, qui était supposé maudire Israël à la requête du roi de Moab, mais il fut obligé, contre sa volonté, de prononcer la pensée de Dieu : « Une étoile surgira de Jacob, et un sceptre s’élèvera d’Israël, et transpercera les côtés de Moab et détruira tous les fils de tumulte » (Nomb. 24:17). D’après le Psaume 60:8, Moab sera frappé par le Messie, mais en association avec Israël (Ésaïe 11:14) ; toutefois Dieu rétablira les captifs [litt.: « tournera la captivité »] de Moab à la fin des jours (Jér. 48:47). Un faible reste subsistera (16:14). Tout cela devait s’accomplir provisoirement sur une durée de trois ans mesurée exactement par Dieu, mais nous ne connaissons pas le point de départ de ces trois ans (comp. 20:3).

 

3.5   L’oracle touchant Damas — Ésaïe 17

3.5.1        Damas et Éphraïm — Ésaïe 17:1-3

Le quatrième oracle d’Ésaïe est dirigé contre Damas, l’antique capitale de la Syrie, pays voisin d’Israël du côté du nord. Au temps d’Ésaïe, Pekakh, roi d’Israël, et Retsin, roi de Syrie, s’étaient alliés contre Achaz qui, dans sa détresse, appela à l’aide Tiglath-Piléser, roi d’Assyrie ; celui-ci s’empara de Damas et mit à mort Retsin (7:1 ; 2 Rois 16:5-9). Mais la prophétie de notre passage va plus loin : elle se rapporte au temps de la fin, comme le verset 7 le montre.

Israël (Éphraïm) est mentionné ici en compagnie des nations, sans doute parce qu’à cette époque il s’était allié avec la Syrie contre Juda, mais aussi, selon ce qu’on peut voir aujourd’hui, parce qu’il est actuellement dispersé parmi les nations depuis déjà plus de deux mille cinq cents ans. Les dix tribus ne sont pas identifiées aujourd’hui, mais au temps propre Dieu les fera réapparaître, les fera sortir des peuples et les amènera pour ainsi dire encore une fois au désert ; et là les rebelles et les apostats seront éliminés, avant que le Résidu rentre dans la terre d’Israël. Ce sera donc un processus tout différent de celui que vivront les deux tribus, qui commenceront par rentrer dans leur pays avant d’y être jugées. Après cela, le peuple sera uni de nouveau pour toujours (Ézéc. 20:34-38 ; 37:21-22).

Dieu s’occupera non seulement de Son peuple terrestre, mais aussi des nations voisines. Par l’invasion des armées du nord, Damas, capitale de la Syrie, et Aroër, ville importante située sur le fleuve Arnon et appartenant temporairement à la Syrie, seront détruites et laissées à l’état de pâturages pour le bétail (17:1, 2 ; comp. Jér. 49:23-27 ; Amos 1:3-5). Mais comme pour la royauté de Damas, toute la puissance et la gloire d’Israël apostat trouveront leur fin (17:3, 4). Comme la prophétie sur la destruction de Damas, la prophétie relative à Éphraïm a aussi trouvé un accomplissement partiel aux jours de Pekakh, et de nouveau lors de la transportation des dix tribus emmenées en captivité en Assyrie, en l’an 722 ou 721 avant Jésus Christ (2 Rois 15:29 ; 17:3-6).

 

3.5.2        Le Résidu des dix tribus — Ésaïe 17:4-11

« Et il arrivera en ce jour-là, que la gloire de Jacob sera affaiblie, et que la graisse de sa chair sera amaigrie », c’est-à-dire que toute sa prospérité sera jetée par terre (17:4). Lorsque le peuple de Dieu n’agit pas par la foi, il vit comme les hommes naturels, il est plus faible que le monde ; et lorsque le châtiment arrive, il est entièrement jeté par terre. Les hommes seront moissonnés comme le blé ; cependant il restera un Résidu, comme une glanure. La moisson est souvent la figure d’un jugement au cours duquel s’effectue une séparation entre le bien et le mal (17:5 ; comp. Matthieu 3:12 ; 13:30). Ici aussi, il y a un Résidu visible qui subsistera comme un grappillage sur un olivier (17:6 — figure du peuple d’Israël : comp Jér. 11:16).

« En ce jour-là », les croyants qui constitueront le résidu, regarderont vers Celui qui les a faits, et leurs yeux verront par la foi le Saint d’Israël (voir 1:4). Toute confiance dans les idoles, l’idolâtrie si abominable aux yeux de Dieu, cessera pour toujours (17:7, 8). Jusqu’à présent cette prédiction ne s’est pas encore réalisée.

« En ce jour-là » — ce jour désigné par cette expression figure ici pour la troisième fois dans ce passage — les villes fortes, les remparts de la puissance terrestre seront désolés, de la même manière que les ruines des villes de Canaan qui, lors de la venue des Israélites, avaient été abandonnées par leurs habitants d’origine, et avaient été envahies par la forêt et le désert. L’expression « ce jour-là » ne peut pas désigner un moment particulier, mais seulement le long laps de temps décrit dans les versets 4 à 8. Le peuple est vu ici dans son abandon du Dieu de son salut et du rocher de sa force. Il a planté des « ceps étrangers », ce qui signifie certainement qu’il a adopté des mœurs et des coutumes païens. Pensons seulement aux deux veaux d’or que Jéroboam, le premier roi du royaume des dix tribus, avait établis à la place du Dieu d’Israël (1 Rois 12:28-33) ! Mais tout attachement aux choses du monde, si attirantes pour le cœur humain, ne leur sera d’aucun secours. Au temps du jugement, il n’en restera qu’un tas de brindilles qui se consument.

 

3.5.3        Le tumulte des peuples — Ésaïe 17: 12-14

Cependant les nations aussi subiront leur jugement. À plusieurs reprises, les multitudes de peuples en révolte contre Dieu sont comparées aux masses d’eau bruyantes de la mer (57:20 ; Apoc. 17:15). C’est à elles que s’adresse, de la part de Dieu, le « malheur ! » du verset 12. Lorsque Dieu, dans la Personne de son Fils paraissant en gloire, ouvrira Sa bouche, elles disparaîtront comme du chaume et comme la balle au vent (17:13 ; comp. Apoc. 19:15-21). Par contre Son peuple sera sauvé en tant que « tout Israël », même s’il ne s’agit en réalité que d’un résidu (10:22 ; Rom. 9:27 ; 11:26). La mort de 185000 Assyriens au temps d’Ézéchias a été comme un prélude, un accomplissement partiel de la prophétie d’Ésaïe : « Au temps du soir, voici l’épouvante ; avant le matin, elles ne sont plus » (17:14), car il ne pourrait certainement pas s’agir d’un « tumulte de beaucoup de peuples » et d’un « bruissement de peuplades » pour ce qui concerne l’armée de Sankhérib (2 Rois 19:35).

 

 

3.6   Le retour d’Israël — Ésaïe 18

ME 2003 p. 153

3.6.1        Une alliance profane

Le chapitre 18 d’Ésaïe, dont le sujet est le peuple de Dieu, est comme inséré entre les oracles touchant Damas et l’Égypte. Ce passage se relie d’une certaine manière au début du chapitre précédent. Là il est question d’une alliance entre le royaume des dix tribus et la Syrie, ici d’une alliance des Juifs avec les nations — alliance qui, à l’époque, était pour un lointain avenir, mais qui, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, peut être clairement reconnue. De même qu’Ézéchiel 37, ce chapitre évoque la résurrection d’un État pour les Juifs dans leur pays, se réalisant tandis qu’ils sont encore dans l’incrédulité.

Cette prophétie est remarquablement complétée, et en partie expliquée, par une déclaration du prophète Sophonie. Celui-ci résume le résultat final, le rétablissement complet d’Israël dans le pays promis, par cette seule phrase : « D’au-delà des fleuves de l’Éthiopie (ou : de Cush), mes suppliants, la fille de mes dispersés, apporteront mon offrande » (Soph. 3:10 — comp. avec És. 18:1 et début du 7).

Par les mots « Ha ! pays qui fais ombre avec tes ailes, toi qui es au-delà des fleuves de Cush... », un pays est interpellé, mais son nom n’est pas mentionné. S’il est vrai que le nom hébreu de Cush est le plus souvent traduit par Éthiopie, il faut remarquer qu’il peut aussi désigner des territoires se trouvant à l’ouest ou à l’est de la mer Rouge, donc non seulement en Afrique mais aussi en Asie (Gen. 2:13 ; 10:6 et suiv. ; 2 Chron. 21:16 ; Ézéch. 29:10). Par conséquent, les « fleuves de Cush » semblent être le Nil à l’ouest et l’Euphrate à l’est. Ces fleuves constituaient les limites du domaine entourant Israël ; Dieu avait autrefois promis à Abraham de donner à sa descendance le territoire allant « depuis le fleuve d’Égypte jusqu’au grand fleuve, le fleuve Euphrate » (Gen. 15:18).

Manifestement, le pays éloigné qui n’est pas nommé — celui qui fait ombre avec ses ailes — est dans une relation d’amitié avec Israël et le protège. Il envoie « des ambassadeurs sur la mer et dans des vaisseaux de papyrus » (v. 2). Des bateaux faits de papyrus ou de jonc étaient connus comme moyens de transport sur les fleuves d’Égypte et d’Assyrie, mais l’expression paraît devoir être comprise ici dans un sens général : ce pays, protecteur d’Israël, n’a pas de frontière commune avec ce dernier et a une grande puissance maritime.

Israël est l’objet de ses soins. Il n’existe certainement aucun autre peuple sur la terre auquel puisse mieux s’appliquer la description que nous avons ici : « une nation répandue loin et ravagée... un peuple merveilleux dès ce temps et au-delà... une nation qui attend, attend, et qui est foulée aux pieds, de laquelle les rivières ont ravagé le pays » (v. 2). À part Israël, quel peuple a-t-il dû, au cours d’une histoire qui dure depuis des millénaires, souffrir d’une telle manière — et demeure pourtant « merveilleux » et craint de tous, depuis sa naissance ? Quel peuple a-t-il été foulé aux pieds comme les Juifs, et quel pays a-t-il été, comme Israël, si souvent et si horriblement ravagé par des puissances ennemies — comparables à des fleuves puissants (cf. És. 8:7) ?

L’existence même de ce peuple expulsé de son pays et dispersé à tous les vents est un miracle. En même temps, c’est une des preuves les plus claires de la vérité de l’Écriture Sainte. L’aspiration de beaucoup de Juifs à l’existence d’un foyer national a conduit, depuis environ une centaine d’années, à un mouvement de retour sans cesse croissant dans « le pays de beauté », et a trouvé — après les plus grands « ravages » qui ont eu lieu dans l’histoire de ce peuple — son point culminant dans la fondation d’un État d’Israël indépendant, en 1948. Entre tous les pays, ce sont particulièrement les États Unis qui sont venus à l’aide du jeune État. En quelques décennies, celui-ci est devenu un pays remarquablement développé au point de vue industriel et agricole — avec une puissance militaire énorme. Cependant, tous ces succès commerciaux, politiques et militaires se réalisent alors que le peuple se trouve dans l’incrédulité à l’égard du Seigneur Jésus comme Messie d’Israël. « En entendant vous entendrez et vous ne comprendrez pas, et en voyant vous verrez et vous ne connaîtrez pas » (És. 6:9). Encore aujourd’hui, « le voile demeure sur leur cœur » ; il ne sera enlevé que lorsqu’ils se tourneront vers le Seigneur (2 Cor. 3:14-16).

 

3.6.2        Un signal

L’appel qui suit est adressé à tous les habitants du monde : « Quand l’étendard sera élevé sur les montagnes, voyez ; et quand la trompette sonnera, écoutez ! » (v. 3). Le prophète semble passer rapidement par-dessus les événements déjà décrits et attirer l’attention sur la dernière phase du rétablissement du peuple terrestre de Dieu. Déjà au chapitre 11, il avait annoncé que Dieu « élèvera un étendard devant les nations, et rassemblera les exilés d’Israël, et réunira les dispersés de Juda des quatre bouts de la terre » (v. 12). Et au chapitre 27, il parle du son de la trompette qui appellera « ceux qui périssaient dans le pays d’Assyrie, et les exilés du pays d’Égypte », à revenir dans le pays (v. 13). Ces deux signaux divins, l’étendard et la trompette, amèneront toute la terre à regarder et à écouter, et introduiront le retour définitif du peuple.

Mais, jusque-là, il y a encore un chemin douloureux. Tout d’abord, il semblerait que Dieu laisse les choses aller, bien que dans son gouvernement il soit derrière tout ce qui arrive. Il se tient en quelque sorte en arrière et il observe les grands efforts qui sont faits en vue du retour des Juifs dans leur pays sous la protection du pays mentionné dans les versets 1 et 2 : « Je resterai tranquille, et je regarderai de ma demeure, comme une chaleur sereine sur la verdure, comme une nuée de rosée dans la chaleur de la moisson » (v. 4). Il n’a pas encore rétabli les relations avec son peuple, mais il voit tout ce qui se passe dans son pays.

 

3.6.3        Jugement

Tout comme la moisson suit nécessairement la floraison, ainsi le but tant désiré apparaît-il enfin comme près d’être atteint. Mais tous les plans humains vont s’effondrer ; car avant que la fleur devienne un raisin vert qui mûrit et que la moisson arrive, Dieu — tout d’abord par le jugement — renouera ses relations avec son peuple, qui dans son ensemble sera encore infidèle. Cependant ceci ne peut arriver avant que l’assemblée soit enlevée au ciel. L’assemblée de Dieu n’est jamais sur la terre en même temps que son peuple terrestre reconnu comme tel ; ce n’est que lorsque « la plénitude des nations » sera entrée que « tout Israël sera sauvé » (Rom. 11:25, 26).

C’est alors que commencera la soixante-dixième semaine d’années dont a parlé le prophète Daniel, dans laquelle s’effectueront les jugements mesurés de Dieu sur son peuple — pour leur châtiment et leur purification (Dan. 9:24-27). Lui-même retranchera les pousses et les sarments de la propre volonté et de la méchanceté. Le peuple sera livré « aux oiseaux de proie des montagnes et aux bêtes de la terre », c’est-à- dire aux puissantes nations du monde (v. 6). Dans ces jugements qui atteindront le peuple de Dieu rentré dans son pays, les impies seront tués et le résidu croyant sera purifié, ainsi que plusieurs autres passages prophétiques de la Parole nous le montrent (cf. 6:11-13 ; 10:20-23).

 

3.6.4        Un présent

Le dernier verset montre que les événements décrits ici auront lieu effectivement au temps de la fin. « En ce temps-là, un présent sera apporté à l’Éternel des armées ». Ce présent, c’est le peuple, qui est déjà décrit au verset 2 par des mots presque identiques. Quel présent ce sera en effet pour l’Éternel des armées quand son peuple terrestre — si richement béni autrefois et maintenant encore si obstiné — lui sera offert par toutes les nations comme une « offrande » (cf. És. 66:20 ; Soph. 3:10) ! Le peuple lui- même sera pour Dieu un présent, et après le long temps de son aveuglement, il lui apportera aussi l’admirable présent de sa foi dans le Seigneur Jésus comme Messie.

Alors, ce ne sera pas la montagne de Sinaï — le lieu de la loi qui apporte la terreur et la malédiction — mais « la montagne de Sion » — le lieu de la domination royale et de la grâce — qui sera sur la terre le « lieu où est le nom de l’Éternel des armées ». Tandis que nous, croyants du temps de la grâce, serons déjà et pour toujours unis au Fils de Dieu dans la maison de son Père, les voies de Dieu envers son peuple terrestre trouveront en quelque sorte leur couronnement à la montagne de Sion, d’où, pendant mille ans, la domination du Messie se réalisera dans la justice et dans la paix (cf. És. 2:3 ; Ps. 110:2).

 

3.7   L’oracle touchant l’Égypte — Ésaïe 19 et 20

3.7.1        Jugement sur l’Égypte — 19:1-15

Ésaïe doit prononcer cinq annonces de jugements sur l’Égypte, pays voisin d’Israël du côté du sud. L’Éternel Lui-même « porté sur une nuée rapide », viendra sur le pays (v. 1 ; comp Psaume 104:3). Non seulement les hommes, mais aussi leurs idoles tremblent devant Celui qui a déjà une fois exercé le jugement sur eux, lorsqu’Il fit sortir son peuple hors de la fournaise de fer (Exode 12:12). Être informés de Sa présence alarme Ses ennemis, tandis que Ses rachetés s’en réjouissent (comp Matthieu 2:3 ; 8:29 & Jean 20:20).

Au verset 2, Dieu prend Lui-même la parole contre l’Égypte. Tout d’abord, une guerre civile est annoncée, au cours de laquelle chacun combattra l’un contre l’autre (19:2-3). Quant à la mention de royaumes, il s’agit probablement d’une allusion aux nombreuses cités indépendantes avec leur roi propre, selon ce qui existait à l’époque en Égypte. Dieu réduira à néant toute l’intelligence des Égyptiens, de sorte qu’ils chercheront refuge auprès de leurs idoles et des puissances occultes (19:3 ; 8:19).

En ce qui concerne le roi dur et cruel dans la main duquel Dieu livrera les Égyptiens, il peut s’agir d’un despote issu de leurs propres rangs, ou peut-être aussi d’un dominateur étranger, comme le pensent quelques commentateurs, qui voient l’accomplissement de cette prophétie dans l’assujettissement de l’Égypte par les Assyriens au septième siècle avant Jésus Christ. D’après Daniel 11:42-43, nous savons cependant qu’au temps de la fin aussi, l’Assyrien, poursuivra son chemin vers l’Égypte après un premier siège d’Israël, et fera également la conquête de ce pays.

Un autre châtiment de Dieu est l’assèchement du Nil et la famine qui en résulte (19:5). L’eau du Nil, qui est appelé ici « mer » en raison de son immense étendue, était la source principale de la prospérité de l’Égypte et la fierté des Égyptiens (comp. Deut. 11:10 & Ézéc. 29:3). Par les bras d’eau latéraux et les canaux, l’eau chargée de limon fertile était amenée dans les champs au moyen d’un système d’irrigation ingénieux. Lorsque cette source d’eau colossale tarit, les champs deviennent des déserts, on ne peut plus prendre de poissons, il n’y a plus de récolte de lin ni de coton — en bref, toute la vie économique est mise par terre, et les piliers de soutènement de l’état sont anéantis (19:6-10).

Tsoan (ou Tanis) était une ville très ancienne à l’est du delta du Nil (Nomb. 13:23), dans les ruines de laquelle on a retrouvé des tombeaux de Pharaons y ayant résidé. Noph (ou Moph, Memphis ; comp Osée 9:6) dont les ruines se situent au sud du Caire et à l’ouest du Nil, était la ville de résidence des Pharaons, longtemps avant la fondation d’Alexandrie et du Caire. Tsoan et Memphis représentent donc des villes importantes et très anciennes du pays. Leurs princes étaient les détenteurs de la « sagesse des Égyptiens », dans laquelle Moïse fut, lui aussi, instruit à la cour du Pharaon (Actes 7:22). Mais voilà qu’à ceux-ci comme aux conseillers du Pharaon, cette sagesse fait maintenant complètement défaut, alors qu’elle avait pourtant rendu l’Égypte si célèbre. Ils sont devenus insensés et stupides. Ce que l’Éternel des armées a décidé à l’égard de l’Égypte, ils sont incapables de le révéler, ni même de le discerner (19:11-12).

N’éprouvons-nous pas aujourd’hui quelque chose de tout à fait semblable ? Tous les progrès de la science et de la technique ne rendent pas l’humanité capable de discerner ni de comprendre la vérité et la gravité de la Parole de Dieu. Il semble au contraire comme si l’accroissement des connaissances éloignait toujours plus l’humanité du chemin de la vraie connaissance. Combien cela confirme encore aujourd’hui la vérité des paroles de l’apôtre Paul : « La sagesse de ce monde est folie devant Dieu » (1 Cor. 3:19 ; 1:18-25) !

Dans les versets 13 à 15, est exposé le fait que Dieu a fourvoyé les cœurs des sages de l’Égypte. Il a versé un « esprit d’étourdissement » (*), de vertige, de confusion sur le pays. C’est donc Son châtiment. Le peuple est égaré par les conseils erronés, de sorte qu’il est comparable à un homme ivre, qui se vautre dans son propre vomissement, et n’est pas en état de se tenir debout ni de rentrer chez lui. Qu’il soit de haute ou de basse condition, fort ou faible, il n’y a personne en Égypte encore capable de faire quelque chose de sensé (comp. 9:14 et suiv.).

 

(*) note Bibliquest : JND traduit « esprit de persversité » ; la version allemande traduit « esprit d’étourdissement »

 

3.7.2        L’Égypte et le peuple de Dieu — 19:16-25 (six fois « en ce jour-là »

L’expression « en ce jour-là » que l’on trouve six fois dans ce qui suit (voir v. 16, 18, 19, 21, 23, 24) nous transporte au temps futur de la fin (comp. 2:12, 17, 20 & 3:7 & 4:1, 2 & 7:18 etc... ; 10:20 & 11:10, 11 & 12:1 & 17:4 etc...). Comme nous l’avons déjà vu, il ne s’agit pas d’un jour de 24 heures, mais de toute la période future durant laquelle Dieu s’occupera à nouveau directement de la terre, en commençant par des jugements punitifs avant l’apparition du Seigneur, jusqu’à la fin du règne millénaire. Il ressort chaque fois du contexte, de quelle partie de cette longue période il est question.

Ici, il s’agit maintenant de ce que l’Égypte reprendra ses sens dans le futur, avec une conversion décrite en six étapes, dont chacune commence par ces mots : « en ce jour-là ».

 

3.7.2.1                 19:16-17

« En ce jour-là », l’Égypte, tout d’abord, tremblera encore sous le jugement de Dieu qui, non seulement rachètera le résidu de son peuple et le libérera de ce pays, mais qui secouera Sa main en jugement sur elle « dans l’impétuosité de son vent » (11:11,15). Manifestement, beaucoup d’Égyptiens seront conduits sur la voie de reconnaître la relation de Dieu avec son peuple terrestre. Ils verront que, selon son décret, le pays d’Israël appartient aux Juifs, et que c’est Lui-même qui y a ramené son peuple. De ce fait, le pays de Juda sera une terreur pour l’Égypte (19:16-17). Combien les peuples, y compris l’Égypte, sont aujourd’hui encore loin de le reconnaître ! Mais, « lorsque tes jugements sont sur la terre, les habitants du monde apprennent la justice » (26:9). À la lumière de ces paroles, nous pouvons comprendre la description qui suit de la conversion de l’Égypte.

 

3.7.2.2                 19:18

« En ce jour-là », c’est-à-dire sans doute au début du règne millénaire, cinq villes du pays d’Égypte parleront la langue de Canaan, et jureront par le Dieu d’Israël. Seule l’une d’entre elles sera appelée du nom hébreu de Ir-ha-Herès (« ville de destruction » ou, selon une variante ne portant que sur une lettre : Ir-ha-Cherès : « ville du soleil », c’est-à-dire : Héliopolis) ; les autres ne sont pas connues (19:18). En langage symbolique, on trouve décrit ici le résultat de la conversion de l’Égypte à l’Éternel des armées.

 

3.7.2.3                 19:19-20

« En ce jour-là », un autel sera bâti à l’Éternel au milieu de l’Égypte, et une colonne commémorative sera érigée à la frontière en témoignage à l’Éternel (19:19). Certes, dans le règne millénaire, le centre du culte pour toute la terre sera à Jérusalem (2:3 & 56:7), mais la prophétie de Malachie 1:11 trouvera aussi son accomplissement : « Car du soleil levant jusqu’au soleil couchant, mon nom sera grand parmi les nations ; et en tout lieu, l’encens sera brûlé à mon nom, et une offrande pure sera présentée, car mon nom sera grand parmi les nations ». Sous le joug de l’oppresseur (sans doute l’Assyrien), ils crieront à l’Éternel qui leur enverra un Sauveur (19:20). Lorsque tous les jugements punitifs seront passés, il y aura parmi tous les peuples des gens qui, dans leur détresse, se seront tournés avec foi vers le seul vrai Dieu, et auront fait l’expérience de Son salut.

 

3.7.2.4                 19:21-22

« En ce jour-là », les Égyptiens sauvés après leur délivrance, reconnaîtront l’Éternel qui se sera révélé à eux dans Sa sainteté, mais aussi dans Sa grâce et Sa miséricorde, et ils lui apporteront des sacrifices et des offrandes, et également ils Lui voueront des vœux et les accompliront (19:21). Il en sera de même en Israël (Ézéc. 43:18-25 & 45:18-25). La reprise des sacrifices de l’Ancien Testament ne doit pas nous étonner. N’oublions pas qu’il s’agit ici de peuples terrestres, avec des bénédictions terrestres, même si elles ne le sont pas exclusivement. Les sacrifices de l’Ancien Testament attestaient que devant Dieu, il n’y avait pas de rémission sans effusion de sang, et en figure (ou : type) ils renvoyaient au sacrifice du Seigneur Jésus (Héb. 8:4 et suiv. & 9:22) ; dans le règne millénaire, les hommes qui vivront alors sur la terre offriront aussi à nouveau de tels sacrifices en souvenir de l’œuvre accomplie de Christ. Dans le temps présent par contre, nous pouvons par la foi au Seigneur Jésus et par Son œuvre expiatoire de la croix, nous tenir dans la pleine jouissance de toutes les bénédictions spirituelles dans les lieux célestes. Comme sainte sacrificature, tous les rachetés peuvent offrir à Dieu des sacrifices de louanges (« le fruit des lèvres »), c’est-à-dire des sacrifices spirituels , qui lui sont agréables par Jésus Christ (Héb. 13:15 & 1 Pierre 2:5). Tandis qu’un jour les sacrifices dans le règne millénaire prendront fin, notre adoration, que nous pouvons déjà commencer ici-bas, durera dans le ciel pendant toute l’éternité (Apoc. 5) !

Mais avant que les Égyptiens ne se tournent vers Lui, Dieu doit les frapper afin de les guérir ensuite (19:22). Cela se fera par l’invasion de l’Assyrien qui aura lieu après le premier siège de Jérusalem, avant qu’il trouve sa fin sur les montagnes de Juda lors de la deuxième attaque (Daniel 11:42-43).

 

3.7.2.5                 19:23

« En ce jour-là », lorsque l’Égypte sera guérie et l’Assyrie libérée de son tyran, ces deux peuples qui, dans le passé, étaient constamment en guerre l’un contre l’autre, vivront ensemble en paix. Leurs pays serviront alors Dieu ensemble, et entre eux existera une relation durable, un « chemin battu » (19:23 ; comp. Psaume 84:5).

 

3.7.2.6                 19:24-25

« En ce jour-là », Israël sera une « bénédiction au milieu de la terre », et en tant que constituant une partie de l’héritage de l’Éternel des armées, il formera avec l’Égypte, Son peuple, et l’Assyrien, l’ouvrage de Ses mains, une alliance tripartite des peuples bénis (19:24, 25). Alors se réalisera finalement et parfaitement la promesse de bénédiction de Dieu faite à Abraham : « Je te ferai devenir une grande nation, et je te bénirai, et je rendrai ton nom grand, et tu seras une bénédiction ; et je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront ; et en toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Genèse 12:2-3). Même si, au cours de l’histoire du peuple d’Israël, les puissances ennemies ont toujours cherché et cherchent encore à contrecarrer les desseins de Dieu, Il accomplira son serment (comp Genèse 15:7-21).

Même si ce passage a trouvé un accomplissement historique partiel, comme le chapitre 20 le montre, cependant il renvoie sans aucun doute au temps futur et aux bénédictions du Millénium.

 

3.7.3        La confiance en l’Égypte est de la folie — 20:1-6

Le chapitre 20 termine la prophétie relative à l’Égypte avec une illustration des relations de Juda avec l’Égypte et l’Assyrie, qui sont décrites au ch. 19. Dans leur lutte contre l’Assyrien, bien des Juifs espéraient l’aide de l’Égypte, mais en vain. Or l’Assyrie allait justement bientôt frapper l’Égypte et l’Éthiopie, et faire de nombreux prisonniers. Ésaïe est appelé à représenter symboliquement cette situation de manière très expressive. De telles « visualisations prophétiques » par les messagers de Dieu sont décrites également dans d’autres passages de la Parole de Dieu (comp Ézéc. 4:1-8 ; Osée 1:2-9). Elles nous montrent que les prophètes n’étaient pas seulement des canaux de la parole de Dieu, mais que Son message les saisissait dans leur être tout entier.

Le passage contient aussi une date bien précise. En Assyrie régnait le roi Sargon qui n’est mentionné dans la Bible que dans ce seul passage, mais dont l’existence est attestée par des inscriptions de Mésopotamie (722-705 avant Jésus Christ), et qui est connu dans l’histoire du monde sous le nom de Sargon II. C’est environ au milieu de son règne que les villes des philistins, notamment Asdod, se révoltèrent contre lui. Il envoya le Tharthan, son général en chef, pour réprimer la révolte qui était soutenue par les Égyptiens.

À cette époque, où le roi Ézéchias avait commencé entre temps de régner (voir 1:1), Dieu parle à son peuple par Ésaïe. Il doit, sur son ordre, marcher çà et là, nu-pieds et « nu », c’est-à-dire sans vêtement de dessus (20:2 ; comp 1 Samuel 19:24 & Jean 21:7). Avant cette injonction, Ésaïe avait déjà manifestement porté le sac en signe de deuil ou à titre de vêtement de prophète ; c’est ce sac qu’il devait maintenant ôter, de même que ses sandales. Pendant trois années, il va parcourir les rues comme un esclave ou un prisonnier de guerre, afin de montrer aux habitants de Juda ce qui allait arriver à ceux sur lesquels ils s’appuyaient.

À la fin de ces trois ans, Dieu explique le comportement profondément surprenant de son serviteur, qui était comme signe et comme figure. Les Assyriens emmèneraient les Égyptiens et les Éthiopiens en captivité, « nus et nu-pieds et leurs hanches découvertes, à la honte de l’Égypte » (20:3, 4). Au parti qui, à Jérusalem, voulait s’allier à l’Égypte contre l’Assyrie, il était ainsi montré l’inutilité d’une telle alliance. La consternation et la honte chez les Juifs seraient justement le résultat final (20:5).

« Comment échapperons-nous ? » demandent les habitants de la bande côtière d’Israël, au vu de l’absence d’espoir d’avoir secours de la part de l’Égypte et de l’Éthiopie face au roi d’Assyrie (20:6). Cette question ne se pose-t’elle pas aussi aujourd’hui à tout homme qui doit reconnaître que « la délivrance qui vient de l’homme est vaine » ? (Psaume 60:11 & 108:12). Pourtant le Seigneur Jésus offre la vie éternelle à tout pécheur. Ce n’est que pour ceux qui méprisent un si grand salut, qu’il n’y a pas d’espoir (Héb. 2:3).

 

3.8   L’oracle touchant le désert de la mer, Duma et l’Arabie — Ésaïe 21

3.8.1        Jugement sur Babel (ancien nom de Babylone) — 21:1-10

3.8.1.1                 21:1

Le sixième oracle vise le « désert de la mer », ce qui désigne Babel, que les Assyriens appelaient le « pays de la mer » à cause des nombreuses inondations de l’Euphrate ; ils appelaient son souverain le « roi de la mer ». Mais le pays devait devenir un « désert » (21:1 ; comp. Jér. 51:36, 43). L’expression « désert de la mer », ne fait-elle pas aussi allusion aux masses de peuples vivant dans l’iniquité et qui constituaient cette puissance idolâtre, ainsi qu’à leur dénuement et leur désolation spirituels (comp. 17:12 & 57:20 & Apoc. 17:3, 15) ?

 

3.8.1.2                 21:2

Babel est synonyme de la plus grande inimitié qui soit contre le peuple de Dieu (voir ch. 13 et 14). Cet empire mondial caractérisé par l’avidité pour les richesses et la puissance, et par l’idolâtrie, fit la conquête de Jérusalem, et mena le peuple de Dieu en captivité. Mais ce peuple tyrannique devait lui-même, à son tour, être un jour pillé et dévasté par une autre puissance qui surgirait comme une terrible tempête du désert. Les instruments du jugement de Dieu furent les Mèdes et les Perses, qui conquirent Babel en 539 av. J.C. ; Élam était en ce temps-là une province perse dont la capitale était Suse (voir 13:17-22 & Daniel 8:2). Le châtiment des oppresseurs aboutit à la libération des Juifs captifs, et à faire cesser toutes leurs plaintes et gémissements (21:2). L’un des premiers actes officiels de Cyrus, roi de Perse, fut d’appeler les Juifs à retourner dans leur pays et à rebâtir le temple à Jérusalem (Esdras 1).

 

3.8.1.3                 21:3-5

Ésaïe, ce saint homme de Dieu, est profondément bouleversé par la « vision cruelle », par le spectacle prophétique de la chute inattendue de Babel, quoique qu’il s’agît de l’oppresseur de son propre peuple (21:3, 4 ; comp. ch. 15:5 & 16:9). Ce qu’il voit correspond aux faits que Daniel relate et dont il fut le témoin oculaire presque deux cents ans plus tard (Daniel 5). Les tables sont alors prêtes pour le festin de Belshatsar, on mange et on boit, mais ni la sentinelle mise en place, ni la tentative pour se défendre en urgence, ne peuvent empêcher le sort fatal. Enduire les boucliers d’huile servait à faire dévier les coups de l’adversaire (21:5). Mais tout cela intervient trop tard. En cette même nuit, Babel est prise par les Médo-Perses.

 

3.8.1.4                 21:6-8

Au verset 6, le prophète est engagé à placer une sentinelle (comp. Habakuk 2:1). La chute de Babel avait bien sûr une grande importance pour les Juifs. Elle devait être le point de départ de leur libération. La sentinelle qui passe des nuits entières à attendre, voit prophétiquement apparaître une foule immense de cavaliers, deux par deux, ayant chacun un attelage d’ânes et de chameaux, ce qui pourrait faire allusion aux deux nations des Mèdes et des Perses (21:7, 8). D’après ce que nous savons par l’histoire profane, Babel est tombée entre leurs mains pratiquement sans résistance.

 

3.8.1.5                 21:9

La correspondance de la proclamation du verset 9 : « Babylone est tombée, elle est tombée… » avec Apoc. 14:8 et 18:2 n’est évidemment pas le fait du « hasard », mais elle met en évidence le lien étroit entre la prophétie de l’Ancien Testament et celle du Nouveau. Ce n’est qu’au temps de la fin, que cette prophétie trouvera son plein accomplissement. La puissance mondiale constituée par la Babel historique est la personnification de l’idolâtrie, tout comme la Babylone religieuse future ; cette idolâtrie est jugée ici par Dieu de manière provisoire, mais elle le sera plus tard de manière définitive et pour toujours.

 

3.8.1.6                 21:10

Enfin il est question du peuple terrestre de Dieu, ce peuple « battu » [comme le blé] qu’Ésaïe en tant que porte-parole de Dieu, appelle aussi « fils (ou fruit) de mon aire ». L’Éternel des armées (en hébreu : Yahwe Sabaoth), le Dieu d’Israël, achèvera les jugements sur Son peuple, et recueillera le fruit. La prophétie sur Babel montre comment cela atteindra l’instrument employé à corriger Son peuple. Ce qu’Ésaïe annonçait était conforme à ce qu’il avait entendu de Lui (21:10).

 

3.8.2        Jugement sur Édom — 21:11-12

Duma est l’objet du septième oracle de cette série. Ce nom signifie « silence, silence de mort » (comp. Ps. 115:17) ; il est possible que ce soit un anagramme du nom d’Édom (mot obtenu par transposition des lettres), qui annoncerait en même temps le sort futur de ce peuple. Duma était le nom d’un fils d’Ismaël, dont la descendance vivait sans doute dans la même région que les Édomites, et étaient par conséquent considérée comme ne faisant qu’un avec eux (comp. Gen. 25:14). Les Édomites, descendants d’Ésaü, frère de Jacob, se sont souvent manifestés comme des ennemis du peuple de Dieu ; ils habitaient la région de Séhir, au sud-est de la Mer Morte (comp. Gen. 36:8). À cause de leur inimitié, le jugement de Dieu les atteindra aussi (comp. 11:14 & 34:5 et suiv. & 63:1-4 ; Ps. 137:7 ; Jér. 49:7-22 ; Abdias 12).

La vision ne comprend qu’une question ainsi que la réponse faite par le prophète. Séhir est un lieu où tous les avertissements de Dieu ont été manifestement méprisés ; c’est de là que, par deux fois, la sentinelle prophétique est interpellée de manière moqueuse : « Sentinelle, à quoi en est la nuit ? » (21:11) (*). Celle-ci répond avec une sainte gravité : « Le matin vient, et aussi la nuit ». Pour Israël, le peuple de Dieu, il y aura un jour où un « matin sans nuage » va se lever (2 Sam. 23:4), tandis que pour Édom, ce sera la nuit du jugement. Les peuples voisins, Moab et Ammon, bénéficieront d’une restauration après leur châtiment, mais ce ne sera pas le cas d’Édom, qui sera une désolation perpétuelle (Jér. 48:47 & 49:6, 13). Ce que le croyant attend se réalisera aussi bien que la nuit pour les incrédules et les moqueurs, la nuit de la mort en laquelle personne ne peut plus travailler (Jean 9:4). Mais la nuit n’est pas encore arrivée, et pour ceux qui cherchent et s’interrogent réellement, il reste encore une réponse. C’est pourquoi cette prophétie se termine par ces paroles où s’exprime la grâce de Dieu : « Revenez, venez » (21:12). Le temps de la grâce dure encore, ce que confirme le dernier chapitre de la Bible : « Et que celui qui a soif vienne ; que celui qui veut, prenne gratuitement de l’eau de la vie » (Apoc. 22:17).

 

(*) Différents commentateurs comprennent la question comme un appel au secours d’Édom, auquel le prophète répond négativement.

 

3.8.3        Jugement sur l’Arabie — 21:13-17

Le huitième oracle concerne l’Arabie. Théma et Kédar étaient des fils d’Ismaël ; un Dedan est mentionné une fois (comme Shéba) en tant que descendant de Cham, une autre fois, en tant que descendant d’Abraham (Gen. 10:7 & 25:3, 13, 15). Il s’agit de tribus de bédouins arabes faisant de l’élevage et du commerce dans le voisinage d’Édom, c’est-à-dire au nord-ouest de la péninsule arabique (Jér. 25:13 & 27:20). En l’an 715 av. J.C., les Assyriens avec Sargon II à leur tête envahirent l’Arabie, et frappèrent aussi les tribus mentionnées ici.

Mais la prophétie vise un avenir plus lointain. Pendant la grande tribulation, le résidu juif s’enfuira sur les montagnes de Judée (Matt. 24:16), mais trouvera aussi en partie refuge auprès des peuples voisins. Moab, Meshec et Kédar sont mentionnés expressément (16:4 & Ps. 120:5-7). Mais ensuite les Ismaélites prendront part au combat de l’Assyrien contre Jérusalem (Ps. 83:5-9 & És. 8:9-10). C’est pourquoi le jugement de Dieu les atteindra également (Jér. 49:28-33).

Les caravanes des Dedanites seront frappées dans la guerre, et se cacheront dans le désert d’Arabie, où elles souffriront de la faim et de la soif (21:13). Les habitants de Théma viennent au secours des fuyards en apportant de l’eau et du pain (21:14, 15).

Mais Dieu Lui-même a déjà prononcé la sentence : « Encore une année comme les années d’un mercenaire, et toute la gloire de Kédar aura pris fin » (21:16 & 16:14). Sans doute, un petit résidu subsistera, mais la sentence prononcée par l’Éternel, le Dieu d’Israël, est certaine (21:16, 17). Lui-même est et reste fidèle à Son peuple si infidèle, mais avant tout Il demeure fidèle à Lui-même !

 

3.9   L’oracle touchant la vallée de vision — Ésaïe 22

3.9.1        Chute de Jérusalem — 22:1-14

3.9.1.1                 22:1-3

L’objet de ce neuvième oracle est la ville de Jérusalem, comme cela ressort des versets 4 et 9-11. L’expression « la vallée de vision » peut viser Jérusalem elle-même, qui est entourée de montagnes élevées (Ps. 125:2) ; cependant il peut aussi s’agir d’une vallée particulière située dans les environs (Joël 3:12, 14). Les hommes sont montés sur les toits plats de leurs maisons, soit par peur, soit pour mieux apercevoir ce qui se passe (22:1). Les versets 2 et 3 nous transportent dans la « ville », autrefois « pleine de mouvement, bruyante », mais où l’on voit maintenant des tués, qui n’ont pas eu l’honneur de mourir au combat, ainsi que des fuyards qui finalement ont été quand même faits prisonniers.

 

3.9.1.2                 22:4-5

Le même Esprit qui fait voir au prophète les terribles évènements à venir, produit en lui une affliction si profonde au vu de la destruction à venir de la ville bien-aimée (appelée ici la « fille de mon peuple »), qu’il ne veut se laisser consoler par personne (22:4 ; comp. 15:5 & 16:9 & 21:3 ; Lam. 2:11 & 3:48). La conquête de Jérusalem sera pour cette ville un « jour de consternation, d’écrasement et de trouble, de la part du Seigneur, de l’Éternel des armées (en hébreu : Adonaï Yahwe Sabaoth) ». Dieu Lui-même châtiera une dernière fois son peuple qu’Il a tant aimé, et pourtant apostat, afin de l’amener à la conversion (22:5). Ce qui est dit ici de cette ville ne s’est réalisé que partiellement lors de son siège par Sankhérib (702/701 av. J.C.), puis plus tard lors de sa prise par Nebucadnetsar (586 av. J.C.) et Titus (70 ap. J.C.). L’accomplissement définitif n’aura lieu que lors de la première attaque de l’Assyrien du temps de la fin (voir l’introduction au ch. 10:5-34).

 

3.9.1.3                 22:6-8

Élam, royaume ancien au nord-est du golfe persique, et Kir, terre originelle des Syriens, se trouvaient à cette époque sous domination de l’Assyrie, et avec leur armement remarquable, ils sont ici les représentants de l’armée assyrienne (22:6 ; comp. Gen. 10:22 & 14:1 ; 2 Rois 16:9 ; Amos 9:7). Avec leurs chars et leurs cavaliers, ils occupent les vallées fertiles autour de Jérusalem, et concentrent leurs attaques contre les portes de la ville (22:7). Comme au verset 4 à propos de Jérusalem, le peuple de Juda est vu ici sous l’aspect d’une vierge dont on a ôté le voile, de sorte qu’elle est exposée à la honte, sans défense ni protection (22:8).

 

3.9.1.4                 22:9-11

Dans leur détresse, au lieu de se tourner vers leur Dieu, les habitants ont recours à des secours humains et des armes humaines. Salomon avait construit la « maison de la forêt » comme un dépôt d’armes à Jérusalem, et il l’avait nommée « maison de la forêt du Liban », car elle était faite de bois de cèdre (1 Rois 7:2 & 10:17). C’est vers ce lieu que se dirigent maintenant les regards des habitants de la ville. Ils voient en outre les brèches dans les murailles de la ville, et tentent de les réparer avec les pierres de maisons démolies, puis ils construisent des réservoirs d’eau supplémentaires pour la population. C’est ainsi qu’Ézéchias, au temps du siège de Sankhérib, fit aussi détourner l’approvisionnement en eau, et réparer les murailles de la ville (22:9-11 ; 2 Chr. 32:2-7, 30). Des efforts similaires auront lieu également lors du siège futur de Jérusalem, à propos duquel le prophète prend comme point de départ les évènements qui seront alors du passé.

 

3.9.1.5                 22:12-14

Une chose cependant, fait complètement défaut : la pensée que Dieu a fait venir sur Son peuple terrestre la tribulation qui, certes, était depuis longtemps suspendue sur lui (22:11). Mais aucun retour sur soi-même, pas de trace de conversion, pas un cri vers Dieu qui veut pourtant amener son peuple à la repentance et au salut (22:12 ; comp. 2 Cor. 7:10).

Au lieu de ces choses, « l’allégresse et la joie » règnent toujours dans la ville, pourtant serrée de près, et des animaux sont abattus pour festoyer en présence même de la destruction imminente (22:13) ! Juda et Jérusalem ne sont-elles pas plus conscientes que cela ? Cette vie est-elle donc tout ce que nous possédons ? N’y a-t-il ensuite rien à espérer ou rien à craindre ? Est-il possible qu’ils puissent dire en vérité : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ! » ? Paul cite cette parole en 1 Cor. 15:32, pour montrer que ceux qui parlent ainsi ne peuvent être que ceux qui ne croient pas à la résurrection ou à une vie après la mort.

C’est pourquoi cette partie de l’oracle sur la vallée de vision s’achève par la sentence prononcée par Dieu sur un tel endurcissement : « Si jamais cette iniquité vous est pardonnée jusqu’à ce que vous mouriez ! » (22:14). Seule une vraie conversion à Dieu peut sauver le peuple. S’ils ne le font pas, il leur arrivera la même chose qu’aux Juifs, auxquels le Seigneur Jésus dut dire : « Si vous ne croyez pas que c’est moi, vous mourrez dans vos péchés » (Jean 8:24). L’homme ne peut recevoir de Dieu le pardon de ses péchés que dans cette vie-ci, quelle que soit l’époque où il vit.

 

3.9.2        Shebna et Éliakim : Christ et l’Antichrist — Ésaïe 22:15-25

ME 2003 p. 209

 « Et je mettrai la clef de la maison de David sur son épaule ; et il ouvrira, et personne ne fermera ; et il fermera, et personne n’ouvrira » (v. 22).

Le passage qui est devant nous forme une sorte d’appendice à « l’oracle touchant le désert de la mer », qui décrit le jugement de Babylone (21:1-10), ainsi qu’à « l’oracle touchant la vallée de vision » dans lequel est annoncé le jugement sur Jérusalem par l’Assyrien (22:1-14). Plusieurs prophéties de ces chapitres ont déjà trouvé un accomplissement partiel dans le passé ; mais l’ordre dans lequel elles sont données nous amène à conclure qu’il ne s’agit pas ici, en première ligne, d’événements autrefois imminents, mais bien d’événements qui auront leur accomplissement après l’enlèvement des croyants au ciel. En contraste avec ce qui s’est passé autrefois, il y aura d’abord le jugement de Babylone, puis seulement ensuite viendra le châtiment de Jérusalem par la première attaque de l’Assyrien.

Ainsi que nous le savons par d’autres passages de la parole de Dieu, l’Antichrist, le faux roi à Jérusalem, doit être éliminé et être remplacé par Christ, le Roi des rois. Cet événement est représenté ici au moyen de Shebna et d’Éliakim. Par ce qui arrive à ces deux hommes haut placés à la cour du roi Ézéchias, nous avons devant nous une image prophétique pour les derniers jours. On trouve plusieurs fois cela dans l’Ancien Testament, par exemple avec Saül et David, ou avec Haman et Mardochée.

 

3.9.2.1                 Shebna

Shebna est présenté ici comme « intendant » « établi sur la maison » du roi. C’était une position de grande importance, comme le montre l’exemple de Jotham, fils d’Ozias, établi « chef de la maison du roi » et jugeant le peuple du pays (2 Chron. 26:21). Le fait que le nom du père de Shebna ne soit pas mentionné nous incite à penser que cet homme était parvenu à une haute position alors qu’il était d’une descendance très humble ou étrangère. Il n’est rien dit non plus dans la Parole au sujet de l’origine de l’Antichrist. Nous savons que ce sera un Juif qui « n’aura point égard au Dieu de ses pères » (Dan. 11:37), mais il ne nous est donné aucune précision sur son ascendance.

Ésaïe reçoit l’ordre du « Seigneur, l’Éternel des armées », d’aller « auprès de cet intendant, auprès de Shebna » et de lui demander : « Qu’as-tu ici, et qui as- tu ici, que tu te creuses un sépulcre ici ? » (v. 15, 16). Shebna n’avait manifestement aucune relation avec Jérusalem et Juda, la ville et le peuple de Dieu ; mais il voulait se faire un nom et assurer sa mémoire jusque dans un avenir lointain en se faisant creuser un sépulcre coûteux dans un rocher élevé. C’était le symbole d’un orgueil qui, dans un jour futur, aura son paroxysme dans « l’homme de péché », « le fils de perdition » (cf. Dan. 11:36, 37 ; 2 Thess. 2:3, 4). De plus, un sépulcre parle de mort et non de vie.

Toutefois, le Seigneur « enroulera en pelote » avec mépris cet homme orgueilleux, et le « roulera comme une boule dans un pays spacieux ». Lui qui était un opprobre pour la maison de son Seigneur sera renversé de sa haute position et envoyé en exil (v. 19). Là, il devra mourir sans obsèques grandioses et sans sépulcre somptueux. On peut comprendre la portée de cette sentence si on sait la grande importance d’un ensevelissement de classe en ce temps-là (v. 17, 18 ; cf. 14:15-20). Bien plus terrible encore sera la part de l’Antichrist, le faux prophète : il sera pris avec la bête, le chef de l’empire romain, et tous deux seront « jetés vifs dans l’étang de feu embrasé par le soufre » (Apoc. 19:20).

 

3.9.2.2                 Éliakim

À la place de l’infidèle et orgueilleux Shebna, le Seigneur, « en ce jour-là », appellera son serviteur Éliakim, fils de Hilkija (Éliakim signifie : « Dieu rétablit » ; cf. 49:6). Si quelqu’un, jusqu’ici, n’avait pas vu clairement le rapport avec les temps de la fin, ce rapport lui paraîtra dès maintenant de plus en plus clair. Avec l’expression « en ce jour-là », Ésaïe veut presque toujours parler du temps à venir dans lequel Dieu se tournera de nouveau vers son peuple, d’abord en jugement, et finalement en grâce (cf. 2:11, 17, 20 ; 3:7, 18 ; 4:1, 2 ;...). Ensuite, l’Éternel nomme Éliakim « mon serviteur » : il emploie ainsi un nom que nous rencontrons à plusieurs reprises comme titre du Messie dans la seconde grande division du livre (cf. 42:1 ; Matt. 12:18). Enfin, c’est l’Éternel lui-même qui fera approcher cet homme qu’il connaît déjà comme son fidèle serviteur (v. 20 ; cf. 2 Rois 18:18).

En premier lieu, il le revêtira de la tunique et de la ceinture de Shebna, que celui-ci avait portées à tort. Ces vêtements étaient les symboles de la dignité des personnes haut placées et des sacrificateurs (cf. Lév. 8:13). Il est expressément parlé du port de la ceinture ; celle-ci est déjà mentionnée au chapitre 11 (v. 5) comme marque distinctive du Messie (cf. Apoc. 1:13). Ensuite l’Éternel lui confiera le gouvernement exercé jusqu’ici par Shebna (cf. 9:6). Ainsi Éliakim dispensera une protection paternelle aux habitants de Jérusalem et à la maison de Juda (v. 21 ; cf. Gen. 45:8).

Mais cela n’est pas tout. Dieu mettra « la clef de la maison de David sur son épaule ; et il ouvrira, et personne ne fermera ; et il fermera, et personne n’ouvrira » (v. 22). C’est presque avec les mêmes paroles que le Seigneur Jésus se présente dans la lettre prophétique adressée à l’assemblée à Philadelphie (Apoc. 3:7 ; cf. Apoc. 1:18). Ce qui est dit ici d’Éliakim s’applique en fin de compte à Christ qui est « le saint » et « le véritable », aussi bien dans le temps de la grâce que durant le règne millénaire. La « clef (de la maison) de David » est le symbole de son juste pouvoir de décision comme Fils de David dans le règne millénaire, pouvoir auquel personne ne peut résister. Dieu lui a donné toute autorité dans le ciel et sur la terre (Matt. 28:18). Lui seul décide qui peut entrer dans les bénédictions que Dieu a préparées dès la fondation du monde (cf. Matt. 25:31-46).

En même temps, il sera comme « un clou » fixé « dans un lieu sûr » et « un trône de gloire pour la maison de son père », la maison de David (v. 23 ; cf. Jér. 17:12 ; Luc 1:32). Un clou sert à fixer et à soutenir ; c’est une image de l’appui et de la force de Dieu (Esd. 9:8). Éliakim est donc une figure du Messie duquel tout dépendra durant le règne millénaire, même le service de la maison de Dieu, et cela jusqu’aux plus petits vases (v. 24 ; cf. Zach. 10:4). « Les descendants et les rejetons » sont les hommes en relation avec lui qui exerceront le service. La sainteté des ustensiles et des récipients dans le règne millénaire est décrite en Zacharie 14:20 et 21 dans un langage très expressif : « En ce jour-là, il y aura sur les clochettes des chevaux : Sainteté à l’Éternel ; et les chaudières dans la maison de l’Éternel seront comme les bassins devant l’autel. Et toute chaudière dans Jérusalem et en Juda sera une chose sainte, consacrée à l’Éternel des armées ».

 

3.9.2.3                 La fin de l’Antichrist

Après cette brève description de la gloire du Messie, on trouve encore une fois, dans le dernier verset du chapitre, l’annonce du jugement de l’Antichrist. Il a eu l’audace de concentrer toute la gloire et l’honneur sur lui-même. Mais, avec tous ses partisans, il sera détruit, « car l’Éternel a parlé » (v. 25 ; cf. 2 Thess. 2:4 ; Apoc. 19:20, 21).

La double mention du clou aux versets 23 et 25 a conduit certains commentateurs à penser que ce dernier verset concernait aussi Éliakim. Mais ce serait en contradiction avec la belle image de la gloire messianique présentée en cet homme fidèle. Le Christ glorifié ne sera ni ôté, ni brisé, ni ne tombera ! « Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et son royaume, un royaume qui ne sera pas détruit » (Dan. 7:14). Il ne peut s’agir de la même personne, puisque les deux versets 20 et 25 se réaliseront au même moment, « en ce jour-là ».

L’utilisation répétée du mot « clou » — pour désigner aussi bien Éliakim que Shebna — est en rapport avec le fait que l’Antichrist sera un imitateur de Christ. Le grand antagoniste du Messie se présentera avec « toute sorte de miracles et signes et prodiges de mensonges ». Et Jésus Christ était, selon le témoignage de Pierre, un « homme approuvé de Dieu auprès de vous par les miracles et les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous » (2 Thess. 2:9 ; Act. 2:22). L’expression « en ce jour-là » rattache le jugement final de Shebna, comme image de l’Antichrist, à la manifestation simultanée et à l’établissement de Celui dont Éliakim est le type.

 

3.10                      Oracle sur Tyr — Ésaïe 23

La dernière des dix annonces de jugement est proférée à l’encontre de la ville phénicienne de Tyr, en tant que symbole de la puissance commerciale du monde. Cette ville, connue depuis le deuxième siècle avant J.C., était située en partie sur la terre ferme, en partie sur un îlot rocheux auquel Alexandre le Grand fit adjoindre une digue lors de son siège ; celle-ci relie, depuis cette époque, la ville au reste du pays, mais la ville est aujourd’hui un champ de ruines. Les habitants de Tyr étaient connus dans l’antiquité, pour être d’excellents marins et des commerçants influents. Leur orgueil était si grand que le roi de Tyr est représenté, en Éz. 28:11-19, comme un type de Satan. Le Seigneur Jésus mentionne les deux villes voisines de Tyr et de Sidon comme des exemples d’impiété, quoiqu’elles fussent surpassées par Chorazin et de Bethsaïda en ce que ces dernières rejetèrent le Messie d’Israël et ses œuvres ; c’est pourquoi, au jour du jugement, le sort de Tyr et de Sidon sera plus supportable que le leur (Matt. 11:21 et suiv.).

Dans l’antiquité, la ville de Tyr a été à plusieurs reprises l’objet de conquêtes. Parmi les plus connues d’entre elles, on peut citer, d’après l’historien juif Josèphe, les treize années de siège par Nebucadnetsar, roi de Babylone (environ 585-572 avant J.C.) ; ce siège est décrit en détail en Éz. 26 à 28 (voir Éz. 26:7 et 29:18 ; comparer Joël 4:4 et Amos 1:9 et suiv.), ainsi que le siège par Alexandre le Grand en l’an 332 avant J.C. (Zach. 9:2-4). Toutefois, dans les deux cas, la ville ne fut pas détruite. Ésaïe parle bien de l’attaque de Nebucadnetsar, mais, comme c’est le cas la plupart du temps, il regarde au temps de la fin, et décrit les conséquences d’une immense portée de l’effondrement d’une grande puissance économique, comparable à la chute de Babylone en Apoc. 18.

 

3.10.1    Jugement sur Tyr — 23:1-7

3.10.1.1             23:1-3

L’oracle commence avec la complainte sur la destruction de la ville (23:1). Les navires de Tarsis sont les navires-marchands de Tyr (voir 2:16). Tarsis est généralement supposée être en Espagne, là où Jonas avait l’intention de s’enfuir, depuis le port méditerranéen de Japho (Jaffa) « à bord d’un navire allant à Tarsis » (Jonas 1:3) ; mais les navires de Tarsis que Salomon et Josaphat envoyèrent depuis Etsion-Gueber sur la Mer Rouge ne faisaient certainement pas voile vers l’Espagne (1 Rois 9:26-28 ; 10:22 ; 22:49). C’est pourquoi il se pourrait bien que l’appellation navires de Tarsis ait un sens plus général, pour désigner des navires de commerce construits pour des voyages au long cours sur mer, en vue du transport de marchandises de luxe. Ici, à cause de la prise de la ville et du port, les navires sont devenus comme apatrides, car il n’y a plus de maisons ni plus de port où ils pourraient rentrer. Les navires qui reviennent, en reçoivent l’information depuis le pays de Kittim, dont le nom est à considérer, ici, comme désignant les habitants de l’île de Chypre, assez proche (voir Nombres 24:24) ; dans un sens plus large, ce terme vise les pays de l’ensemble des côtes méditerranéennes (Jér. 2:10 ; Ézéc. 27:6).

Les habitants de l’île (ou de la côte : le mot hébreu a les deux sens) sur laquelle Tyr était bâtie, sont invités à garder le silence devant l’énorme catastrophe qui a atteint la ville. Les nombreux marchands de Sidon qui faisaient commerce à Tyr des objets précieux ramenés de leurs lointains voyages, ont disparu (23:2). L’un des plus importants partenaires commerciaux était l’Égypte, dont les parties fertiles proches du Nil (l’hébreu Shikhor signifie « noir, sombre » et désigne ici le Nil ou l’un de ses bras) étaient très cultivées ; les produits étaient acheminés par mer et étaient source de profit, non seulement pour les Tyriens, mais aussi pour beaucoup de peuples (23:3).

 

3.10.1.2             23:4-7

Mais il n’y avait pas que les habitants de Tyr qui étaient appelés à faire silence : la ville voisine de Sidon qui leur était étroitement liée, est aussi rendue honteuse. La mer et « la forteresse de la mer » (ce qui est bien une image de la ville de Tyr, insulaire et solidement fortifiée, comp. 23:14) sont comparées à une femme sans enfants, parce que les habitants de la ville, des marins, ne sont plus là (23:4). La nouvelle de la chute de Tyr atteint durement aussi le pays d’Égypte, dont le commerce maritime s’effondre (23:5 ; comp. 23:3). À cela se rajoute la crainte fondée d’une attaque de Nebucadnetsar contre l’Égypte elle-même, laquelle eut effectivement lieu selon Ézéc. 29:17-20.

 

3.10.2    Le Seigneur juge — 23:8-14

3.10.2.1             23:8-9

La question de l’origine de ce châtiment sur la ville riche et fière, est posée au v. 8 : « Qui a pris ce conseil à l’égard de Tyr...? ». En même temps quelques traits de sa puissance et de son arrogance sont mentionnés, lesquels font clairement apparaître la raison du châtiment. L’appellation « distributrice de couronnes » se rapporte sans doute au fait que, dans les colonies établies par Tyr, comme Carthage, des rois étaient mis en place. L’influence des marchands et des commerçants (mot identique à « Canaan » en hébreu) de Tyr, était devenue comparable à celle des princes et des plus grands de ce monde. Leur orgueil les conduisit à la chute (comp. 2:12, 18 ; Prov. 16:18). Il en a été de même du diable, qui s’est enflé d’orgueil contre Dieu (1 Tim. 3:6), et il en sera encore ainsi de l’Antichrist (2 Thes. 2:4-8). Les croyants du temps actuel sont eux aussi mis en garde contre l’orgueil, car « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne la grâce aux humbles » (Jacq. 4:6). Nul autre que l’Éternel des armées (en hébreu : Yahwe Sabaoth) n’a décrété le jugement sur Tyr et l’a aussi exécuté. Il réduit à néant non seulement la fierté en rapport avec les objets précieux, mais aussi ceux qui les possèdent et ceux qui les vendent (23:9).

 

3.10.2.2             23:10-14

Au v. 10, la colonie de Tarsis, fondée probablement par Tyr (voir 23:1), est considérée comme libérée du joug de ses maîtres. Comme le Nil déborde de ses rives, les habitants peuvent maintenant se déplacer indépendamment de la ville-mère, et jouir de leur liberté. La suprématie sévère et contraignante de Tyr est comparée à une ceinture (comp. Jean 21:18 ; Actes 21:11), et elle a maintenant trouvé sa fin.

Dieu Lui-même exécute son jugement sur Tyr, quelles que soient les personnes ou les instruments dont Il se sert à cet effet. « Il a étendu sa main sur la mer » que cette ville considérait comme son domaine réservé. L’Éternel, et non pas Tyr, commande aux royaumes, et leur a donné la mission de détruire tout le pays des Phéniciens (*) ainsi que ses forteresses (23:11). Sa sentence est celle-ci: « Tu ne t’égayeras plus, vierge déshonorée, fille de Sidon! ». Comme Tyr, Sidon sa proche voisine, était devenue une ville toute à la joie de vivre (comp. 23:7) ; et maintenant, après avoir été conquise par la force par une puissance étrangère, elle est comparée à une vierge à qui on a fait violence, semblable à Babel et à Jérusalem après leur chute (47:1 ; Lam. 2:13). On ne voit plus rien de la magnificence d’autrefois. Comme les habitants de Tyr, ceux de Sidon doivent fuir également, sans doute vers Chypre (en hébreu Kittim ; voir 23:1), l’île voisine, sans pour autant y trouver le repos attendu (23:12).

 

(*) Ici Canaan ne désigne pas tout le pays d’Israël, mais seulement le pays des Phéniciens (la « femme cananéenne » de Matt. 15:22 est appelée en Marc 7:26 « syro-phénicienne ».

 

Maintenant (23:13) le prophète indique le nom de l’instrument choisi par Dieu pour le châtiment. Il s’agit des Chaldéens (en hébreu Kasdim, c’est-à-dire les Babyloniens ; comp. Esdras 5:12), qui jusqu’alors, ne s’étaient pas encore manifestés comme des conquérants du monde, car ils étaient alors sous la domination des Assyriens ; mais, après en avoir secoué le joug, ils se retrouvent en tant qu’assaillants devant Tyr (*).

 

(*) Différents commentateurs rapportent toutefois ce verset soit à la prise de Babylone, soit, par altération du texte biblique, à une conquête de Chypre.

 

Ils dressent leurs tours devant les murs de la ville pour en faire le siège et la conquérir, pour raser ses palais et laisser derrière eux un tas de ruines (23:13). Cette partie de la prophétie se termine aussi rapidement qu’elle a commencé (23:14, comparer à 23:1). L’attaque des Chaldéens sous Nébucadnetsar est décrite en détail en Éz. 26 à 28 (voir spécialement Éz. 26:7 et 29:18). Selon des sources d’information antiques Nébucadnetsar n’a jamais détruit la ville alors que les prophètes Ésaïe et Ézéchiel parlent de destruction. Cette contradiction apparente s’explique par le fait que les différentes destructions qui ont effectivement eu lieu sont combinées prophétiquement dans la conquête faite par Nébucadnetsar.

 

3.10.3    Rétablissement de Tyr — 23:15-18

Mais les conquérants de Tyr viennent aussi à leur fin. La puissance de Babylone fut brisée en l’an 539 av. J.C. par les Médo-Perses. Un temps de soixante dix années, d’égale durée à celui que Juda avait passé à Babylone (Jér. 25:9) est aussi mesuré à Tyr. Les « jours d’un roi » désignent ce laps de temps déterminé par Dieu, pendant lequel Tyr tomberait dans l’oubli (comp. Jér. 25:11). Ensuite, l’Éternel accorderait un rétablissement qui, cependant, ne l’amènerait pas à se tourner vers Lui. D’après l’histoire, on sait que Tyr, après chaque conquête, se rétablit de manière étonnamment rapide, et acquit une nouvelle prospérité économique (Néh. 13:16). Aux yeux de Dieu, le retour à l’ancien mode de vie n’est toutefois qu’un recommencement de la prostitution. Les relations commerciales renouées avec tous les royaumes de la terre entière, ne font qu’apporter un salaire de prostituée (23:15-17 ; comp. Apoc. 18:3).

Le dernier verset (23:18) montre toutefois un retour vers le bien, qui recevra son plein accomplissement dans le règne millénaire. Nous voyons cela en type déjà dans les relations entre Hiram et Salomon (1 Rois 5:1-12). Et aussi, après le retour du résidu à la fin de la captivité de soixante-dix ans, les habitants de Tyr et de Sidon aidèrent à rebâtir le temple à Jérusalem (Esdras 3:7) ; mais rapidement leur appât du gain reprit le dessus (Néh. 13:16). Toutefois, dans l’accomplissement final de cette prophétie, la « fille de Tyr » viendra avec ses présents, et recherchera la faveur du peuple de Dieu, lorsque le Roi désirera la beauté de son épouse terrestre (Ps. 45:12-13). Les richesses de la terre ne seront plus alors sous la domination du péché, et ne serviront plus à satisfaire l’ambition, l’orgueil et la recherche des plaisirs, mais seront pour la gloire du Seigneur (comp. 60:9-14). D’après la loi, les objets rattachés au culte divin dans la tente d’assignation et dans le temple, étaient « saints à l’Éternel » (voir Exode 30:37 ; Lév. 23:20 ; 27:30). Ce qui pour Lui est saint, appartient aussi ensuite aux serviteurs du lieu saint qui « demeurent devant l’Éternel ».

 

4                        L’achèvement — Ésaïe 24 à 27

 

Les ch. 24 à 27 forment un appendice aux dix oracles qui précèdent. Parce qu’ils comprennent une vue d’ensemble sur les évènements futurs, ces chapitres sont parfois appelés « l’Apocalypse d’Ésaïe » :

·         Au ch. 24 se trouve décrit le jugement de Dieu sur Israël et sur toute la création, jugement qui précède le règne millénaire du Messie. Nous y trouvons au v. 13 la vendange comme image du jugement (voir Apoc. 14:18-20 ; 19:15), l’apparition du Seigneur au v. 14 (voir Apoc. 19:11-16), le jugement sur Satan au v. 21 (voir Apoc. 20:1-3) et le Roi sur la montagne de Sion au v. 23 (Apoc. 11:15 ; 14:1) ; et même les Anciens en Apoc. 4 et 5 ont leurs homologues terrestres au v. 23.

·         Dans le cantique de louanges qui suit au ch. 25, il est question au v. 2 de la destruction d’une ville qui ne sera jamais reconstruite (voir Apoc. 18:21) ; à partir du v. 3, les nations glorifieront Dieu (voir Apoc. 15:3 et suiv.) et au v. 8, il est question de l’Éternel qui essuiera toutes les larmes (voir Apoc. 21:4).

·         Au ch. 26, v. 1, un cantique est chanté dans le pays de Juda (voir Apoc. 14:3) ; au v. 9, l’action en jugement du Dieu juste est mise en relief (voir Apoc. 15:4) et au v. 21, l’apparition de Christ en jugement est mentionnée (voir Apoc. 19:11).

·         Au v. 1 du ch. 27, est mentionné le jugement sur Satan (Apoc. 20:2, 10).

 

4.1   Jugement sur toute la création

Dans la première partie de ce ch. 24, le peuple d’Israël se trouve au premier plan, puis la scène s’élargit à la terre tout entière, pour finalement embrasser également les lieux célestes. À la différence des chapitres précédents, aucun instrument humain n’est mentionné pour exécuter le jugement. Dieu seul exerce le jugement «en ce jour-là », c’est-à-dire au temps où Il recommencera à s’occuper de Son peuple terrestre, et cela ira jusqu’à la fin qui sera glorieuse.

 

4.1.1        Le peuple de Dieu — ch. 24:1-12

Le sujet principal des v. 1 à 12 est le jugement exercé sur Juda et Jérusalem. Ceci ressort de la mention des sacrificateurs au v. 2, comme aussi des lois, du statut et de l’alliance au v. 5. Quant à la ville mentionnée aux v. 10 à 12, il s’agit bien de Jérusalem. Conformément à cela, la traduction d’Elberfeld (nouvelle version de Hückeswagen 2003) rend le mot hébreu erez par « pays » dans les quatre premiers versets, mais après la mention des « bouts de la terre » (en hébreu: thevel), elle rend le mot erez par « terre ». Beaucoup de traducteurs de la Bible et de commentateurs ne font pas cette distinction, et rapportent toutes les déclarations de ce chapitre à la terre entière.

 

4.1.1.1                 24:1-3

L’Éternel Lui-même dévaste le pays qu’Il a promis et donné à son peuple (24:1), et le rend vide ; ses habitants sont dispersés. Personne à cet égard ne fait exception, personne n’est épargné ; toutes les classes de la société sont atteintes pareillement (24:2). Car l’Éternel a dit cette parole (24:3).

 

4.1.1.2                 24:4

Mais ce n’est pas seulement le pays d’Israël, mais la terre entière qui est atteinte par la dévastation. Les jugements des sept sceaux, des sept trompettes et des sept coupes de colère en Apoc. 6 à 16, nous font pressentir l’ampleur des catastrophes que le monde traversera à cause de son impiété (24:4 ; comparer Apoc. 6 à 16). Hénoc déjà, à la septième génération après le premier couple humain, avait annoncé prophétiquement ce jugement sur l’impiété des hommes, selon ce qu’écrit Jude pour la fin des jours (Jude 14-15).

 

4.1.1.3                 24:5-6

Les v. 5 et 6 nous apprennent la cause morale des jugements. La terre (ou : le pays) a été profanée (par le sang innocent qui y a été répandu selon Nomb. 35:33 et Ps. 106:38), les habitants ont transgressé les lois données par Dieu, le statut et l’alliance. Le monde n’a pas expréssément reçu les commandements de Dieu, et ne peut donc pas les avoir transgressés (voir Rom. 2:12-16 ; 4:15). C’est pourquoi ces déclarations ne peuvent se rapporter qu’à Israël. En conséquence, « l’alliance éternelle » ne se rapporte pas à l’alliance de Dieu faite avec Noé, mais à l’alliance de promesse conclue avec Abraham, et à l’alliance de la loi donnée plus tard à tout le peuple de sa descendance et fondée sur l’obéissance de ce peuple ; cette alliance était censée subsister à toujours, mais elle fut rompue à cause de la transgression (voir Gen. 17:13 ; Exode 31:16 ; 1 Chr. 16:15-17 ; Jér. 11:10). C’est pourquoi, il n’y a que la nouvelle alliance qui soit une véritable « alliance éternelle », qu’aucune autre ne remplacera jamais, le sang de Christ ayant parfaitement répondu pour l’éternité aux saintes exigences de Dieu (És. 55:3 ; Héb. 13:20).

Comme conséquence de l’impiété des hommes, la malédiction de Dieu atteindra la terre (ou : le pays) et les hommes. Dieu avait menacé son peuple de malédiction s’il ne gardait pas ses commandements (Deut. 28:15 et suiv. ; voir Gen. 3:17). Cette malédiction atteindra alors sa pleine mesure. La répétition de « c’est pourquoi » au v. 6, souligne la relation de cause à effet entre les péchés et le jugement.

Par le jugement, la population sera fortement décimée: « Il ne reste que peu d’hommes ». Le reste indiqué ici est celui dont le Seigneur Jésus dit: « Et si ces jours-là n’eussent été abrégés, nulle chair n’eut été sauvée, mais à cause des élus, ces jours-là seront abrégés » (Matt. 24:22 ; comp. És. 10:22).

 

4.1.1.4                 24:7-9

Toute la joie du monde aura alors une fin (24:7-9). Le vin est une figure de la joie naturelle, qui toutefois ne dégénère que trop facilement en dérèglements et débauche (Juges 9:13 ; Ps. 104:15 ; Éph. 5:18 ; Apoc. 14:8). La musique de distraction, l’une des premières inventions du monde (Gen. 4:21), cessera pour toujours. La joie exubérante sera changée en cris de lamentations. C’est une pensée bien sérieuse aussi pour tout chrétien, que toutes les joies du monde trouveront un jour leur fin sous le jugement de Dieu ! C’est pourquoi nous devrions en être entièrement séparés.

 

4.1.1.5                 24:10-12

Toute vie commune organisée est devenue impossible, et la culture tant vantée s’effondre d’elle-même. La « cité de désolation » (en hébreu : Kiriath tohu) est en ruine, toutes les maisons sont fermées, de sorte qu’il n’est pas possible d’y entrer (24:10). Bien que différents commentateurs la rejettent, l’explication la plus vraisemblable est que la « cité de désolation » est Jérusalem où seule « la désolation reste », car les armées des grandes puissances se concentreront précisément en Judée et à Jérusalem, et s’y rassembleront, lorsque le jugement de Dieu les atteindra (24:11-12).

 

4.1.2        La Terre — ch. 24:13-20

4.1.2.1                 24:13

Si dans la section précédente, il était question en premier lieu du pays, et que l’hébreu erez « pays, terre » avait été traduit en conséquence, le prophète parle maintenant clairement de la terre entière. Mais « au milieu de la terre, parmi les peuples », on voit d’abord un résidu. L’image de la récolte utilisée au v. 13, parle du jugement de Dieu (voir Apoc. 14:14-20). Comme un grappillage est conservé lors de la récolte des olives ou de la vendange, ainsi il sortira du jugement futur, des hommes purifiés qui constitueront un Résidu pour Dieu (24:13 ; voir 17:6).

 

4.1.2.2                 24:14-16

Ce résidu croyant du peuple terrestre de Dieu, dispersé sur toute la terre, est vu maintenant rempli de joie débordante devant la majesté de l’Éternel apparaissant en gloire. Depuis la mer, depuis le levant, oui, de toute l’étendue de la Méditerranée, éclate la louange du Dieu d’Israël ; et des bouts de la terre, on entend le chant à Sa gloire : « Gloire au Juste! » (24:14-16 ; voir Apoc. 15:3 ; 16:5-7). Non seulement son jugement terrible pour les hommes est juste, mais le règne de paix de mille ans qui s’ensuit l’est aussi.

Mais la perspective de la louange future des rachetés ne peut pas chasser la pensée du jugement punitif de Dieu. À nouveau, les entrailles du prophète sont émues au plus profond de lui-même, à la pensée de la détresse qui arrive (24:16 ; voir 15:5 ; 16:9 ; 21:3 ; 22:4). Le changement soudain de la joie en malheur fait penser à Jean, le prophète du Nouveau Testament, qui, en considérant l’histoire de Jérusalem et du peuple terrestre de Dieu, doit manger le petit livre qui, dans sa bouche, était doux comme le miel, mais qui remplissait son ventre d’amertume (Apoc. 10:9-11).

 

4.1.2.3                 24:17

Une vision d’horreur se dresse devant les regards du prophète. Toute la corruption morale des hommes — et finalement, pas seulement celle de la masse du peuple juif — se traduit une fois de plus dans ses paroles : « Les perfides ont agi perfidement, les perfides ont agi avec une insigne perfidie », qu’on peut aussi traduire « les pillards pillent, et ils pillent comme des bandits en train de piller ». Mais la corruption finale de « l’habitant de la terre » est arrivée à son terme (24:17). Dans la Parole de Dieu, l’expression « ceux qui habitent sur la terre » au pluriel désigne des incroyants (Apoc. 3:10). Leur plus haut représentant, « l’homme de péché » sera l’Antichrist (2 Thes. 2:3). Celui qui, au v. 4 du ch. 11, est appelé le « méchant », au ch. 16, v. 4 « l’oppresseur », et qui est vu au ch. 22 sous l’aspect de la personne de Shebna, est aussi mentionné ici, où il est désigné au singulier, comme l’« habitant de la terre ».

 

4.1.2.4                 24:18-20

Pour les impies qui fuient devant le jugement, il n’y a pas de salut (voir Amos 5:19 ; 9:1-4). Quelle que soit la manière dont ils cherchent à échapper, le jugement universel de Dieu qui touche la terre entière les atteindra, car « les fenêtres d’en haut sont ouvertes, et les fondements de la terre sont ébranlés » (24:18 ; voir Gen. 7:11). La terre sera entièrement brisée, dissoute, violemment remuée et elle chancellera comme un homme ivre, elle sera ballottée ça et là comme un hamac [24:20 traduit par « cabane pour la nuit » par JND]. Le langage figuré, très expressif, ne se rapporte pas à la planète en tant que telle, qui ne sera dissoute dans l’embrasement qu’après le règne millénaire (2 Pierre 3:10 ; Apoc. 20:11), mais il se rapporte aux conditions politiques et morales de la terre, tandis qu’aujourd’hui elles sont encore maintenues dans un certain ordre par les autorités instituées par Dieu. Cependant, lorsque la terre sera atteinte par les jugements de Dieu, toute la sécurité et l’ordre auront disparu. Non seulement tout ordre moral sera dissous sous les gouvernements de l’empire romain et d’Israël, dont l’origine sera alors satanique (Apoc. 17:8 ; 2 Thes. 2:9), mais de plus, le jugement de Dieu sur eux aura des conséquences terribles pour la terre entière, lesquelles sont décrites ici de manière impressionnante (24:19-20).

 

4.1.3        Le Seigneur règne — ch. 24:21-23

4.1.3.1                 24:21-22

Mais « en ce jour-là » (voir 19:16), Dieu ne visitera pas seulement « les rois de la terre, sur la terre », mais aussi ceux qui se tiennent derrière eux, « l’armée d’en haut en haut » (24:21 ; voir Matt. 24:29 ; Aggée 2:6 ; Héb. 12:26-29). Ce « en haut » désigne le ciel (voir 57:15 ; Job 16:19 ; Ps. 68:18), et « l’armée » représente les puissances spirituelles de méchanceté qui sont dans les lieux célestes (Éph. 6:12 ; voir Col. 2:15). Au temps de la fin, Satan avec ses anges sera précipité du ciel sur la terre (Apoc. 12:7-12), puis sera lié avant le début du règne millénaire (Apoc. 20:1-3), pour être finalement jeté dans l’étang de feu préparé pour lui et ses anges, là où tous les incroyants trouveront leur part éternelle et terrible (Apoc. 20:10, 11-15 ; Matt. 25:41). Quant aux « rois de la terre, sur la terre », le chef de l’Empire romain et l’Antichrist, le faux roi des Juifs, ils seront jetés vivants dans l’étang de feu par le Seigneur apparaissant en gloire ; cet étang de feu est le lieu des peines éternelles (Apoc. 19:20). Les dirigeants des pays ennemis de Dieu qui restent, seront pareillement jetés dans le feu éternel à l’occasion du jugement des vivants avant le début du règne millénaire ; et après « beaucoup de jours », ils paraîtront devant le grand trône blanc pour recevoir alors leur sentence définitive de condamnation. Tout cela est esquissé ici en quelques mots (24:22).

 

4.1.3.2                 24:23

Dans la Bible, le soleil et la lune sont souvent des symboles des grandes puissances (24:23 ; voir Gen. 37:9 ; Matt. 24:29 ; Apoc. 12:1). Quand le Seigneur règnera, tous les détenteurs du pouvoir dans le monde devront se retirer, car à côté de Lui, le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois, aucune puissance ne peut subsister. Le siège de Sa domination sera la montagne de Sion, la montagne de la grâce, et Jérusalem, la ville du grand Roi (voir 2:1-4). Il aura ses Anciens sur la terre aussi bien qu’au ciel, ceux qui contemplent Sa gloire (voir Matt. 19:28 ; Apoc. 4 et 5).

 

4.2   Le cantique de louange d’Israël — Ésaïe 25

4.2.1        Un cantique de louange — Ésaïe 25:1-5

4.2.1.1                 Ésaïe 25:1

C’est en quelque sorte comme porte-parole du peuple de Dieu délivré, que le prophète ouvre maintenant la bouche en un cantique de louange. Avec les paroles : « Éternel, tu es mon Dieu » (25:1), le résidu reviendra à son Dieu dans la confession, en un jour futur, à la fin du temps de la tribulation (Osée 2:23 ; Zach. 13:9). Dans ce passage, ces paroles sont une confirmation des prophéties du chapitre précédent, relatives à la détresse future qui atteindra Israël et le monde entier. La manière dont le peuple aura été préservé à travers toutes les tribulations constituera un véritable miracle, — non pas à cause de sa propre manière d’agir ; mais selon le conseil de Dieu, sur la base de Sa fidélité et de Sa vérité, il prendra au milieu des peuples la place que Dieu lui a destinée « car les dons de grâce et l’appel de Dieu sont sans repentir » (Rom. 11:25-36).

 

4.2.1.2                 Ésaïe 25:2-3

La ville et le palais de l’orgueil et de l’arrogance de l’homme seront détruits et ne seront plus jamais rebâtis (25:2 ; comp. 2 Cor. 10:4,5). On ne peut manquer de voir l’analogie avec le jugement tombant sur le puissant système commercial de Babylone la grande prostituée en Apoc. 18:21. Ceux d’entre les nations tyranniques qui demeureront de reste après les coups terribles de Dieu, et qui auront pu subsister lors du jugement des vivants devant le Seigneur Jésus dans Sa gloire, ceux-là connaîtront ensuite, dans le règne millénaire, un temps glorieux de bénédiction dans la crainte de Dieu (25:3). Qui sont ces nations ? on peut penser qu’il s’agira en première ligne, des différents peuples de l’Empire romain (comp. Apoc. 13:7).

 

4.2.1.3                 Ésaïe 25:4-5

Durant « l’orage », le faible résidu croyant du peuple juif aura été protégé de manière merveilleuse par un « mur » édifié par Dieu, et il aura trouvé auprès de Lui un refuge contre lequel toutes les attaques des ennemis auront échoué. Il n’est pas dit qui sont ces ennemis. Comme nous le savons par d’autres passages de la Parole de Dieu, les adversaires du résidu les plus acharnés qui interviendront, seront l’Antichrist à l’intérieur du pays, et l’Assyrien à l’extérieur ; ce sont donc eux qui sont à considérer en première ligne dans les images de « l’orage » et de la « chaleur » (comp. 8:7, 8 ; Ps. 71:4 ; Matt. 24:15 et suiv.). Mais l’Éternel s’oppose au « bruit tumultueux des étrangers » et à la certitude de victoire des « terribles », et Il les anéantit (25:4, 5).

 

4.2.2        Dieu est vainqueur — Ésaïe 25:6-12

4.2.2.1                 Ésaïe 25:6

Maintenant que le jugement est passé, le temps de riche bénédiction de Sa domination sur tous les peuples peut commencer. Quand il est dit que l’Éternel des armées (en hébreu : Yahweh Sabaoth) « fera en cette montagne, à tous les peuples, un festin de choses grasses, un festin de vin vieux, de choses grasses moelleuses, de vins vieux bien épurés », il s’agit bien du lieu mentionné à la fin du ch. 24, au v. 23, à savoir la montagne de Sion qui, dans le règne millénaire, sera le centre de l’autorité et de la bénédiction (25:6 ; comp. 2:3 ; 8:18 ; 18:7 ; Joël 3:16 ; Abdias 17 ; Michée 4:7). Le festin, qu’il faut comprendre au sens figuré, nous rappelle le sacrifice de prospérités, en particulier en relation avec les festins faits à l’occasion de l’investiture des rois (comp. 1 Sam. 11:15 ; 2 Sam. 6:18-19 ; Ps. 22:26). La graisse est une figure de ce qu’il y a de meilleur (Lév. 3:16 ; Nomb. 18:12) et par-là de la grandeur de la bénédiction, et le vin parle de la joie accomplie de ceux qui sont bénis (comp. Ps. 104:15). Même si ces riches bénédictions futures ne sont pas exclusivement d’ordre matériel, toutefois elles sont « terrestres », tandis que le croyant du temps présent est déjà béni en Christ de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes (Jean 3:12 ; Éph. 1:3).

 

4.2.2.2                 Ésaïe 25:7

Or « sur cette montagne », Dieu, non seulement donne, mais Il ôte aussi (25:7). Tous les hommes, y compris les Juifs, qui n’ont pas reçu par la foi le Fils de Dieu, après Sa venue en grâce sur la terre et Sa mort pour les pécheurs perdus, sont pour ainsi dire frappés de cécité, selon les voies gouvernementales de Dieu. Depuis longtemps déjà, « Il a livré [les hommes impies] à un esprit réprouvé, pour pratiquer des choses qui ne conviennent pas » (Rom. 1:28). Après le rejet du Messie, un endurcissement partiel est arrivé au peuple d’Israël, et depuis, un voile est étendu sur leurs cœurs, voile qui ne sera ôté que lorsqu’ils reviendront à Lui (Rom. 11:25 ; 2 Cor. 3:14-16). Pareillement, après l’enlèvement des croyants, Dieu endurcira les hommes qui rejettent le Seigneur Jésus dans le temps actuel, et Il leur enverra une « énergie d’erreur » pour qu’ils croient au mensonge (2 Thes. 2:11). Toutefois ce « voile », cette « couverture », Il les enlèvera un jour de dessus les peuples et les nations, de sorte que — comme pour nous déjà maintenant sur un plan spirituel — ils puissent contempler à face découverte la gloire du Seigneur, et admirer le Roi dans Sa beauté (33:17 ; 2 Cor. 3:18).

 

4.2.2.3                 Ésaïe 25:8

Dieu engloutira aussi la mort « pour toujours » (25:8). En 1 Cor. 15:54, Paul applique ces paroles connues à la résurrection des croyants lors de l’enlèvement : « Alors s’accomplira la parole qui est écrite : ‘la mort a été engloutie en victoire’ ». Deux particularités de cette citation sont à remarquer. L’expression utilisée : « en victoire », à la place de « pour toujours », s’appuie sur la signification araméenne du substantif nezach. D’autre part, par l’emploi du verbe grec gi(g)nesthai = « devenir, arriver » au lieu du verbe habituel pleroon = « accomplir », l’apôtre exprime qu’il s’agit seulement d’une réalisation partielle de la prophétie d’Ésaïe. La résurrection lors de l’enlèvement des croyants n’a rien à faire, il faut le dire, avec Israël en tant que peuple (comp. 1 Thes. 4:13-18). Mais, après l’apparition du Seigneur, lors de la deuxième phase de la « première résurrection », les croyants mis à mort pendant la grande tribulation (y compris les croyants juifs) ressusciteront pour régner aussi avec Lui pendant le règne millénaire (Apoc. 20:4). Pendant ces mille ans, personne ne mourra, à moins d’avoir péché publiquement (Ps. 101:8 ; És. 66:24 ; Soph. 3:5), mais pour les croyants du royaume, un changement [transmutation] doive intervenir en vue d’être en condition pour participer à l’état éternel. Enfin, au terme du règne de mille ans, la mort et le hadès seront jetés pour toujours dans l’étang de feu (Apoc. 20:14). Le fait que la mort soit engloutie commence donc lors de l’enlèvement des croyants, et s’achèvera ensuite lorsque Christ siègera sur le grand trône blanc. Pour Israël, cela commence avec l’apparition du Seigneur Jésus en gloire.

Enfin, le Seigneur « essuiera les larmes de dessus tout visage ». Cette prophétie également trouvera son plein accomplissement dans l’état éternel, selon Apoc. 21:4, tandis que pour le peuple terrestre, elle aura sa réalisation dans le règne millénaire, lorsque leur deuil sera changé en joie (És. 61:2-3 ; Jér. 31:13). Dieu ôtera non seulement les conséquences, mais aussi les causes, en particulier l’opprobre dont ils ont souffert sur toute la terre. Pour confirmer cette prophétie, le Saint Esprit ajoute : « Car l’Éternel a parlé ».

 

4.2.2.4                 Ésaïe 25:9-10a

« En ce jour-là », le peuple tout entier vers lequel Dieu se tournera à nouveau en grâce, prononcera ces paroles : « Voici, c’est ici notre Dieu... c’est ici l’Éternel, nous l’avons attendu » (comp. 25:1). Pendant longtemps, le résidu croyant a attendu, mais maintenant est arrivé le jour du salut (voir 12:2), qui apporte avec lui une joie débordante (25:9). La main de l’Éternel reposera alors en puissance et en bonté sur la montagne de Sion (comp. 25:6, 10 et Esd. 7:6 et Néh. 2:8).

 

4.2.2.5                 Ésaïe 25:10b-12

Mais tout près de là, de l’autre côté du Jourdain, le peuple ennemi de Moab sera abaissé jusque dans la poussière : Moab est le type de l’orgueil sans frein de l’homme pécheur (comp. 16:6 ; Jér. 48:29). Dieu le foulera aux pieds comme la paille sur un tas de fumier, c’est-à-dire qu’Il l’amènera à une fin exécrable (25:10, 11). La « forteresse des hautes défenses des murs » est une image des sentiments orgueilleux du cœur : elle sera jetée à bas (25:12). Paul décrit de manière analogue en 2 Cor. 10:4-5, l’orgueil de l’homme au sein de la chrétienté, avec les paroles suivantes : « forteresses, ... raisonnements, ... et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu » ; mais cela aussi aura sa fin. Ces choses sont bien aussi pour nous de sérieux avertissements à l’encontre de toute forme de présomption.

 

ME 2003 p. 262

4.3   Le cantique de la délivrance de Juda — Ésaïe 26

4.3.1        La fidélité et la grâce de Dieu — Ésaïe 26:1-6

4.3.1.1                 Ésaïe 26:1

« En ce jour-là (voir 2:11) sera chanté ce cantique... ». C’est le jour où commencera le glorieux règne de paix sous le gouvernement du Seigneur Jésus. Le résidu du peuple terrestre de Dieu, restauré spirituellement et affranchi, chantera alors un cantique de louange dans le pays de Juda (cf. Apoc. 14:3). À certains égards, ce cantique est une continuation du ch. 25. Il commence par la constatation triomphante : « Nous avons une ville forte : il a mis le salut pour murailles et pour remparts » (26:1). Après avoir été foulée aux pieds pendant des siècles, la Jérusalem terrestre sera « la ville du grand roi », mais en outre cette « ville » sera l’accomplissement de l’espérance qu’Abraham possédait déjà (cf. Héb. 11:10). Quand le salut de Dieu est assimilé à des murailles et à des remparts, la force et la puissance de l’homme n’ont aucune place ; c’est pourquoi la ville de Dieu se trouve en contraste absolu avec la ville en ruine de l’orgueil de l’homme (cf. 26:5 et 25:2).

 

4.3.1.2                 Ésaïe 26:2-3

Les portes de la ville seront ouvertes afin que puissent y entrer d’abord le roi de gloire (Ps. 24:7-10), puis à Sa suite le peuple de Dieu, ce peuple autrefois si injuste et infidèle, mais qui maintenant peut être appelé « la nation juste qui garde la fidélité » (26:2 ; cf. Ps. 118:20). Le résidu sauvé est non seulement béni comme ensemble, mais chacun individuellement s’appuie sur Dieu et est ainsi gardé « dans une paix parfaite » (26:3). Ce principe est aussi valable de nos jours. La joie en rapport avec la bénédiction de Dieu, et avec la communion avec Lui et les uns avec les autres, ne peut durer que si notre vie de foi personnelle est caractérisée par une relation intérieure avec notre Dieu (26:3). C’est pourquoi l’ajout : « car il se confie en toi » est tellement significatif.

 

4.3.1.3                 Ésaïe 26:4-6

Cependant l’exhortation suivante suit immédiatement : « Confiez-vous en l’Éternel, à tout jamais ; car en Jah, Jéhovah, est le rocher des siècles » (26:4). Il est le seul qui ne rendra jamais confus ni ne décevra la confiance mise en lui. Moïse pouvait dire de Lui : « Il est le Rocher, son œuvre est parfaite ; car toutes ses voies sont justice. C’est un Dieu fidèle, et il n’y a pas d’iniquité en lui ; il est juste et droit » (Deut. 32:4). Il est tout à la fois Celui qui ne change pas (Jah, le Même) et le Dieu du peuple qu’Il aime tant (Yahweh ou Jéhovah ; 12:2). Il y a de solides motifs qui justifient cette confiance illimitée dans le Dieu puissant d’Israël : « car il abat ceux qui habitent en haut ; il abaisse la ville haut élevée » (26:5). Il a préparé le chemin afin que son peuple puisse être sauvé et béni.

Dans cette image de l’orgueil (« ceux qui habitent en haut »), il est facile de voir l’Antichrist, « qui s’oppose et s’élève contre tout ce qui est appelé Dieu ou qui est un objet de vénération… que le Seigneur Jésus consumera par le souffle de sa bouche et qu’il anéantira par l’apparition de sa venue » (2 Thes. 2:4, 8). Toutefois l’orgueil caractérise aussi l’Assyrien (10:12) et particulièrement Moab (16:6 ; 25:10-12). Alors que pour l’anéantissement de l’Antichrist et de l’Assyrien, nous ne voyons aucune intervention de l’homme, Moab sera frappé par les Juifs qui seront un instrument dans la main du Messie (11:14). Le verset 6 se rapporte à cela ; par les « affligés » et les « misérables », il faut comprendre les Juifs croyants du résidu.

 

4.3.2        Expériences dans le jugement de Dieu — Ésaïe 26:7-21

4.3.2.1                 Ésaïe 26:7-8

Les chemins des justes sont maintenant aplanis et droits, parce que Dieu les a aplanis, même si cela a été au travers de jugements sévères (26:7). Pendant le temps de la tribulation, les « misérables » et les « affligés » n’ont pas seulement espéré le salut de l’Éternel, mais le désir de leur âme était tourné vers Lui, vers Son nom et vers Son souvenir (26:8). Jour et nuit, leur âme et leur esprit ont soupiré après Lui, et enfin Il a répondu. Ces paroles nous permettent de voir quelque peu l’état de cœur du résidu pendant la grande tribulation. Nous pouvons trouver davantage à ce sujet dans les Psaumes — plus particulièrement dans le deuxième livre (Ps. 42 à 72).

 

4.3.2.2                 Ésaïe 26:9-11

Le résidu croyant a maintenant compris le fait solennel que « les habitants du monde » doivent apprendre à connaître la justice de Dieu par les jugements (26:9). Cela ne veut certainement pas dire que chacun d’entre eux soit justifié, car nous lisons le contraire dans le livre de l’Apocalypse : au lieu de se repentir en présence des justes châtiments de Dieu, les hommes blasphèment (9:20 ; 16:9, 11, 21). L’intention de Dieu, par ces jugements, est de montrer qu’Il est juste et qu’Il agit en justice (cf. Apoc. 15:4). La grâce ne peut pas faire comprendre cette justice aux iniques, à ceux qui persistent dans le mal. L’évangile de la grâce est annoncé depuis bientôt deux mille ans, mais le monde dans son ensemble n’a pas changé. Même dans « le pays de la droiture », le pays promis de Canaan sous le règne futur du Messie, où tout sera ordonné selon Ses pensées, le méchant ne se laissera pas incliner au bien, mais il agira injustement, étant aveugle vis-à-vis de la majesté de l’Éternel (26:10). La conséquence d’une telle conduite, la mort immédiate, est décrite plus loin dans ce livre (65:20 ; 66:24). Bien que les adversaires de Dieu voient Sa main élevée en jugement et en salut pour Son peuple, ils refusent de Le reconnaître. C’est pourquoi ils seront dévorés par le feu du jugement (26:11 ; cf. 2 Thes. 1:8).

 

4.3.2.3                 Ésaïe 26:12-14

Avec une pleine confiance dans le Seigneur, « la nation juste » (26:2) peut dire maintenant : « Éternel, tu établiras la paix pour nous », car ils reconnaissent qu’en fait, tous leurs actes de foi sont Son œuvre (26:12). Sept fois dans ce chapitre, ils s’adressent à Dieu en invoquant l’Éternel (26:8, 11, 12, 13, 15, 16, 17). L’exclamation centrale, celle du verset 13, a la forme : « Éternel, notre Dieu » ; elle révèle la pleine restauration de leur relation avec Dieu. Dans la personne du Fils de Dieu rejeté autrefois par la nation, ils reconnaissent maintenant leur Dieu, l’Éternel, qui s’était révélé à eux par Moïse. S’ils regardent en arrière, ils ne peuvent que confesser leur faillite en conséquence de laquelle ils ont été si longtemps dominés par « d’autres seigneurs » (26:13). Peu de peuples ont connu, comme les Juifs, autant d’oppresseurs étrangers : les Chaldéens, les Perses, les Syriens, les Romains, les dominateurs des pays dans lesquels ils ont été dispersés, et enfin l’Antichrist. Seule la miséricorde de Dieu les a fait revenir pour magnifier et louer son nom. Les dominateurs étrangers ont été éliminés et ne relèveront plus jamais la tête comme tels. C’est là le sens des paroles : « les morts ne vivront pas, les trépassés ne se relèveront pas », car il est évident que, comme tous les humains, ces « seigneurs » ressusciteront un jour corporellement, mais pour le jugement éternel (26:14 ; cf. Jean 5:28-29).

 

4.3.2.4                 Ésaïe 26:15-18

Comme au ch. 9 v. 3, le peuple peut maintenant se réjouir de son grand nombre — bien qu’il ne soit en fait qu’un petit résidu (26:15a ; cf. Zach. 13:8-9 ; Rom. 11:26). Toutefois il ne regarde pas à lui-même, mais à son Dieu qui s’est glorifié en cela. En outre Il a repoussé les frontières du pays qu’Israël n’avait jamais possédé auparavant selon toute l’étendue qui lui avait été promise (26:15b ; Gen. 15:18 ; Juges 1) (*).

 

(*) Ce commentaire correspond à la traduction du v. 15 mise en note par JND [« Tu as reculé tous les bouts (ou frontières) du pays]. JND et WK préfèrent traduire : « Tu l’avais éloignée [la nation] jusqu’à tous les bouts de la terre », ce qui fait alors allusion à la dispersion du peuple sur toute la surface de la terre.

 

Lorsqu’il considère sa conduite passée, le peuple doit confesser qu’il n’est revenu à Dieu que par le pénible chemin de la détresse et du châtiment ; alors il L’a recherché dans la prière (26:16). Aussi longtemps qu’ils se trouvaient spirituellement loin de la face de l’Éternel, tous leurs efforts étaient comme ceux d’une femme enceinte près d’enfanter, qui est dans les douleurs et crie dans ses peines, mais il n’en était rien résulté. « Nous avons comme enfanté du vent ; nous n’avons pas opéré le salut du pays, et les habitants du monde ne sont pas tombés... » (26:17, 18). Mais maintenant, après cette terrible tribulation, le pays et le peuple de Dieu sont sauvés et les « habitants [impies] du monde » sont jugés (cf. 26:11 ; pour l’expression « ceux qui habitent sur la terre », voir Apoc. 3:10 ; 6:10 ; 8:13).

 

4.3.2.5                 Ésaïe 26:19

Avec le verset 19 commence la note finale du cantique : « Tes morts vivront, mes corps morts se relèveront. Réveillez-vous et exultez avec chant de triomphe, vous qui habitez dans la poussière ». Le chapitre précédent contenait une merveilleuse allusion à la première résurrection : la mort engloutie en victoire (25:8) ; ici il s’agit d’une remise en vie d’Israël comme peuple, comme en Éz. 37:1-14 (notamment v. 12) et en Dan. 12:2, où il est aussi question de ceux qui « dorment dans la poussière » (*). Dans ces trois passages, nous avons une description figurée de la reprise des relations de Dieu avec son peuple terrestre, après que pendant longtemps celui-ci ait été « mort » sur le plan national, et qu’il le soit encore actuellement sur le plan spirituel (cf. Ps. 71:20 ; Osée 13:1). Cependant la relation avec Dieu n’est pas rompue ; elle est seulement interrompue, ainsi que le montre l’expression « mes corps morts ». Quand la terre aura jeté dehors « ses trépassés », il viendra un matin sans nuages sur lequel se lèvera le soleil de justice, avec la guérison dans ses ailes (cf. 2 Sam. 23:4 et Mal. 4:2) ; à cette occasion, le résidu du peuple nouvellement réapparu est comparé à « la rosée de l’aurore » (26:19 ; cf. Ps. 110:3 ; Michée 5:7).

 

(*) Il est remarquable que Paul, en 1 Cor. 15:54 ne cite aucun de ces trois passages comme preuve scripturaire de la résurrection, mais seulement És. 25:8 !

 

4.3.2.6                 Ésaïe 26:20-21

Le verset 20 contient la réponse de Dieu au cantique de Juda. Il invite son peuple à se cacher pour un petit moment jusqu’à ce que Son indignation soit passée. De même, Noé a dû chercher refuge dans l’arche, et les Israélites ont dû rester dans leurs maisons pendant la nuit de la Pâque, tandis que le jugement de Dieu s’exerçait sur le monde autour d’eux (Gen. 7:1 ; Ex. 12:22). « Car voici, l’Éternel sort de son lieu pour visiter l’iniquité des habitants de la terre sur eux » (26:21). Quand la détresse de Jacob sera passée, le moment viendra où le Seigneur Jésus apparaîtra en gloire et punira tous ses ennemis sur la terre, à la fois en anéantissant alors toute opposition, mais aussi en exerçant le jugement, quand Il siégera sur le trône de Sa gloire et que toutes les nations de la terre seront assemblées devant Lui (Apoc. 19:11-16 ; Matt. 25:31-46). Tout sera mis en lumière, y compris le sang versé des innocents mis à mort, en particulier celui des martyrs de la grande tribulation ; rien ne restera caché et tous les coupables seront punis. C’est le jugement des vivants, au début du règne de mille ans de justice et de paix.

 

4.4   Châtiment et Délivrance

4.4.1        La puissance de Satan brisée — Ésaïe 27:1

Le premier verset de ce chapitre qui n’est pas facile, constitue la conclusion de la section précédente. L’expression introductive « en ce jour-là » (voir 2:11) nous transporte dans la période située peu de temps après l’apparition du Seigneur Jésus en gloire, lorsqu’Il exercera le jugement sur tous ses ennemis (comp. 26:21). Son épée, dure, grande et forte, est la Parole de Dieu qui, selon Apoc. 19, sort de sa bouche, et avec laquelle Il tuera ses ennemis (Apoc. 19:15, 21). Ici il s’agit spécialement du « léviathan, serpent fuyard et le léviathan, serpent tortueux ; et ... le monstre qui est dans la mer » (26:1). Qui ou quoi se trouve représenté par le léviathan (celui qui est « tortueux » ou celui « qui est fuyard ») ? Il est décrit de manière précise dans le livre de Job (40:20 à 41:25) et au Ps. 104 v.26, comme un animal qui vivait à cette époque (le crocodile, ou peut-être un saurien dont l’espèce s’est éteinte depuis lors ?), tandis que le caractère mentionné de « roi sur tous les fils de l’orgueil » en Job 41:25 (voir la note de la traduction JND) semble indiquer qu’il y a lieu, dans le cas présent, de retenir la signification figurée : le léviathan désigne Satan et les puissances du monde qu’il dirige (*). Avant le commencement du règne millénaire, le Seigneur Jésus non seulement ne se bornera pas à anéantir ces royaumes, mais Il fera aussi lier Satan qui, à la fin du règne, sera jeté pour toujours dans l’étang de feu (Apoc. 20:2, 10).

 

(*) Au Ps. 74 v.14, il est question des têtes du léviathan, ce qui peut être compris comme faisant référence aux sept têtes du dragon et de la bête sortant de la mer (le chef de l’Empire romain). Peut-être faut-il comprendre que, sous la forme des trois animaux présentés ici, il s’agit de l’Assyrie, de Babylone et de l’Égypte, mais dans tous les cas, il y a l’Ennemi rusé qui se tient derrière les puissances du monde. Le « monstre » (en hébreu : tannin) est appelé dans d’autres passages, le « dragon » (Deut. 32:33 ; Néh. 2:13). Sans doute, les Cananéens possédaient aussi dans leur mythologie un « Lotan », monstre à sept têtes qui fut vaincu par Baal ; mais ici, ce n’est pas de mythologie que le passage nous occupe. L’Esprit de Dieu se sert parfois de la manière de parler des peuples païens, dont le prophète Ésaïe et ses lecteurs pouvaient avoir eu connaissance (comp. 13:21 et 14:13).

 

4.4.2        La vigne renouvelée — Ésaïe 27:2-5

« En ce jour-là » (voir 2:11), lorsque tous les jugements sont passés, et que le règne du Seigneur commence, alors aussi le « cantique sur la vigne » du ch. 5 v.1-7 trouvera un prolongement et un accomplissement glorieux. Dans les Saintes Écritures, Israël est plus d’une fois comparé à une vigne (ou à un cep). Dieu avait dû la laisser longtemps à l’état désolé, mais après le retour du peuple à Lui, il sera « une vigne de vin pur » [ou : vin ardent, généreux] qui, pour Sa joie, porte un fruit abondant, et de laquelle Il prend soin, qu’Il arrose continuellement, et qu’Il protège de toutes les influences extérieures (27:2-3).

La colère de Dieu est maintenant apaisée. La détresse et la fureur sont passées, et appartiennent à un temps révolu. Et si même des ennemis s’élevaient contre Lui et contre Son peuple, ils seraient alors comme des ronces et des épines, que le feu du jugement consume (27:4). Il serait préférable pour eux de chercher refuge dans Sa force, et de conclure la paix avec Lui (27:5 ; comp. Ps. 2:12).

 

4.4.3        Israël et ses ennemis — Ésaïe 27:6-11

4.4.3.1                 Ésaïe 27:6

Cette partie est avant tout difficile parce que, dans la plupart des versets, il n’est pas précisé de qui il s’agit, sauf aux v. 6 et 9 où, à la différence du chapitre précédent, Jacob et Israël sont mentionnés. Cependant, à partir de ces indications, nous pouvons en déduire qu’il s’agit ici de Dieu en train de s’occuper de tout Israël et de ses ennemis. Le peuple est maintenant à nouveau réuni dans son pays et va une nouvelle fois prendre racine, fleurir, bourgeonner et remplir de son fruit la surface de la terre (27:6). Jacob l’avait déjà annoncé dans sa bénédiction sur Joseph en parlant de la « branche qui porte du fruit » et de « ses rameaux [qui] poussent par-dessus la muraille » (Gen. 49:22).

 

4.4.3.2                 Ésaïe 27:7-9a

Mais pourquoi Dieu a-t’Il auparavant châtié si sévèrement son peuple ? La réponse à cette question, ou une question semblable fictive, est donnée sous la forme d’une autre question : « L’a-t’Il frappé selon le coup de ceux qui l’ont frappé ? ». Oui, Dieu a certes frappé son peuple, mais pas de la même manière que leurs ennemis. Israël n’est pas la victime d’une « tuerie », c’est-à-dire entièrement exterminé, comme par exemple l’Assyrien (27:7). Le jugement de Dieu sur Israël est d’une toute autre nature que le jugement sur les nations. Il est exercé en vue de la restauration de Son peuple élu qu’Il avait pourtant épousé autrefois, et qu’Il considérait comme Sa femme (comp. Jér. 3:14 ; 31:32). À cause de son endurcissement, Il l’a mis de côté pour un temps (comp. 2:6), mais Il ne l’a pas rejeté pour toujours. La durée limitée du châtiment, aussi bien que la nature de ce châtiment, constituent une preuve du fait qu’ici aussi Il agit comme le « Dieu de mesure » (27:8 ; 2 Cor. 10:13), qui a le bien en vue. Certes, Il doit entrer sévèrement en jugement avec eux, selon les images utilisées : « le vent fort » [« souffle » de Sa bouche, en allemand] et le « vent d’orient » (comp. 11:4 ; Jér. 18:17). Cependant Il ne détruit pas Son peuple, mais Il agit en vue d’expier l’iniquité et la culpabilité (27:9 ; comp. Dan. 9:24). Le jugement mesuré avec précision produira chez le résidu la reconnaissance de son péché, la repentance, et la foi qui sauve, celle dans le Messie reconnu comme leur Rédempteur.

 

4.4.3.3                 Ésaïe 27:9b-11

Le « fruit de ce que son péché est ôté » (27:9) sera complet et se manifestera par la destruction de tous les autels d’idoles. La pierre calcaire, brûlée jusqu’à être désagrégée en chaux, est une figure du jugement exercé (33:12). Les ashères et les colonnes dédiées au soleil, ces horreurs de l’idolâtrie cananéenne qui, au temps d’Ésaïe étaient un grand mal au milieu du peuple d’Israël, ne seront plus jamais réédifiées. Lorsque le peuple d’Israël peut exulter à cette parole : « De moi provient ton fruit », il peut dire alors en même temps : « Qu’ai-je plus à faire avec les idoles ? » (Osée 14:8).

De même qu’au v. 7 le regard avait changé de direction, au v. 10 il se tourne de nouveau vers le passé. Il semble qu’Ésaïe a devant les yeux la prise de Jérusalem. Pour qu’Israël en vienne à se débarrasser de ses idoles, Samarie d’abord puis plus tard Jérusalem, la « ville forte », durent être dévastées et rendues désertes (comp. 2 Rois 17 ; 2 Chr. 36:15 et suiv.) (*). Lorsque les armées ennemies s’en furent allées après avoir accompli leur mission, à savoir la destruction de Jérusalem en l’an 586 avant J-C (comp. 24:10), les animaux qui couraient librement çà et là au milieu des ruines de la cité abandonnée, purent brouter les quelques feuilles qui y poussaient, et les femmes purent ramasser des branches sèches pour le feu de leur foyer (27:11).

 

(*) Comme on le sait, le résidu juif revenu sous Esdras ne s’est plus adonné à l’idolâtrie, mais un autre danger s’est présenté : le zèle pour les « traditions des pères » (comp. Marc 7 ; Gal. 1:14).

 

Comme Daniel aussi dut le confesser dans sa prière de repentance, le peuple de Dieu était devenu déraisonnable, parce qu’il se refusait à revenir de ses iniquités et à acquérir l’intelligence de la vérité de Dieu (Dan. 9:13). Aux yeux de Dieu, son état était si abominable qu’ « il n’y eut plus de remède » (2 Chr. 36:16). Lui qui en avait fait son peuple et l’avait formé (44:2), ne pouvait plus, après tant de soins infructueux qui découlaient avant tout de son amour, lui accorder aucune miséricorde et aucune grâce (*).

 

(*) L’interprétation avancée par plusieurs commentateurs pour la « ville forte », comme symbole de la puissance du monde sans Dieu (comp. 25:2 ; 26:5) se heurte à la difficulté d’être obligé de présenter toutes les déclarations des v. 10 et 11-a, comme étant un langage symbolique, et le « peuple » (en hébreu : ‘am) au singulier dans le v. 11b, comme décrivant les « nations » (alors que, dans la bible hébraïque, elles sont habituellement désignées sous le nom de goyim).

 

4.4.4        Retour d’Israël dans le pays — Ésaïe 27:12-13

Les deux derniers versets de ce chapitre traitent du retour des dix tribus qui, après le schisme du royaume, ont été désormais désignées par le terme « Israël ». Le retour dans leur pays de cette partie du peuple de Dieu, dont l’identification aujourd’hui est encore entièrement dans l’obscurité, aura lieu plus tardivement que le retour des deux tribus. D’après 11:12, elles viendront aussi « des quatre bouts de la terre ». L’Égypte et l’Assyrie sont spécifiquement mentionnées à cette occasion (Osée 11:11 ; Zach. 10:6-11). Mais en contraste avec les deux tribus qui vivront le temps de la tribulation dans leur propre pays, Dieu amènera les dix tribus dans le « désert des peuples » pour les juger, et ne les ramènera qu’après dans leur pays (Éz. 20:30-44). Par la suite elles seront à nouveau réunies aux deux autres tribus et elles serviront leur Dieu sous un roi commun (comp. 11:13 ; Éz. 37:15-28).

 

4.4.4.1                 Ésaïe 27:12

Le v. 12 parle de grain battu « en ce jour-là » (voir 27:1). Il ne semble pas qu’ici cette expression parle de jugement, mais plutôt du côté positif du rassemblement, comme le montre aussi la deuxième partie du verset (comp. Juges 6:11 ; Ruth 2:17). Les membres des dix tribus d’Israël qui sont encore cachées pour nous, l’Éternel les fera sortir, pour ainsi dire, comme le blé mûr hors de son enveloppe, et ensuite Il les ramassera « un à un ». Il est à remarquer à ce sujet que l’indication du lieu : « depuis le courant du fleuve » Euphrate (en hébreu : shibolleth ha-nahar, fleuve) jusqu’au torrent d’Égypte (en hébreu : nachal mizrayim) » montre qu’il s’agit d’un territoire qui se situe à l’intérieur des limites du pays de Canaan promises à Abraham (comp. Gen. 15:16 ; 1 Rois 8:65).

 

4.4.4.2                 Ésaïe 27:13

« En ce jour-là » aussi, la fête des trompettes trouvera son accomplissement prophétique. D’après Lév. 23:24, elle avait lieu le premier jour du septième mois, ce qui indique un nouveau commencement sur une ancienne base, car le septième mois de l’année sainte était bien le premier de l’année civile en Israël. La « grande trompette » dont on sonnera, est aussi mentionnée par le Seigneur Jésus en Matt. 24:31. C’est le signal donné par Dieu que « ceux qui périssaient dans le pays d’Assyrie et les exilés du pays d’Égypte » doivent être à nouveau rassemblés. Le peuple d’Israël revenu adorera alors le Seigneur à Jérusalem dans le temple réédifié « sur la montagne sainte » (comp. 66:20 ; Éz. 40 et suiv.). Ce n’est pas la « dernière trompette » de 1 Cor. 15:52 ou la « trompette de Dieu » de 1 Thes. 4:16, par laquelle les « morts en Christ » et « nous les vivants » seront appelés vers notre Seigneur qui vient bientôt pour nous enlever pour l’éternité dans le ciel, dans la maison du Père.

 

 

5                        Les six « Malheurs » — Ésaïe 28 à 33

Déjà au ch. 5, dans les v. 8 à 23, Ésaïe avait dû proclamer un sextuple « malheur » sur le dérèglement et l’iniquité des conducteurs d’Israël. Dans cette section, suivent encore six annonces de malheur : cinq sur le peuple terrestre de Dieu, et une sur l’Assyrien. Au moyen des jugements qui s’y trouvent annoncés et par la destruction de tous les ennemis, Dieu atteint son but glorieux : le rétablissement de Ses relations avec Son peuple terrestre.

 

5.1   « Malheur » sur Éphraïm

5.1.1        L’avertissement de Dieu — Ésaïe 28:1-13

5.1.1.1                 Ésaïe 28:1

Tout d’abord, c’est à ceux qui font partie du royaume du Nord (c’est-à-dire aux dix tribus menées par Éphraïm ; voir 11:13) qu’est annoncée l’attaque de l’Assyrien. La prise de Samarie ayant eu lieu par Sargon II en l’an 721 av. J-C après trois années de siège, cette prophétie d’Ésaïe a été prononcée et écrite bien peu de temps auparavant. Mais, comme cela ressort de différents versets, cette prophétie passe par-dessus les évènements imminents pour traiter des temps de la fin.

Le premier « malheur » concerne Samarie, la capitale du royaume des dix tribus. La ville est comparée à une « couronne d’orgueil » (comp. Éz. 23:42) dont se glorifiaient les conducteurs d’Éphraïm déraisonnables et adonnés au vin, mais elle est aussi comparée à une « fleur flétrie », c’est-à-dire à ce qui n’est plus qu’un pauvre vestige d’un ancien « bel ornement », qui couronnait autrefois « le sommet de la riche [ou : fertile] vallée », la montagne sur laquelle la ville s’étendait au milieu de riches vallées (28:1 ; comp. 40:6-8).

 

5.1.1.2                 Ésaïe 28:2-4

L’instrument « fort et puissant » — qui n’est pas nommé, comme en 5:25 (et suiv.) et 10:28 (et suiv.) — est l’Assyrien, employé comme une verge dans la main du Seigneur (en hébreu : Adonai), et qui, comme un orage terrible, submergera tout (comp. 28:15, 18 ; 8:7,8 ; 59:19). Comme une figue précoce est avalée avec une grande avidité, ainsi il en adviendra à Israël : le royaume des dix tribus sera détruit ; le figuier et ses fruits, comme aussi la vigne, sont souvent utilisés comme figure du peuple d’Israël (28:2-4 ; comp. Osée 9:10).

 

5.1.1.3                 Ésaïe 28:5-6

La scène change tout-à-coup au v. 5 : « En ce jour-là » (voir 2:11), Dieu qui a été méprisé si longtemps par son peuple, sera pour le résidu croyant, une « couronne de beauté » et un « diadème d’ornement », en contraste saisissant avec la « couronne d’orgueil » de la vanité humaine mentionnée au v. 1. C’est ainsi que sera donnée à connaître au Résidu de Son peuple, la nouvelle relation avec Dieu, au début du règne millénaire. Alors Il sera pour son peuple tout ce dont il aura besoin : l’« esprit de jugement » pour les juges et la « force héroïque » pour les combattants (28:6).

 

5.1.1.4                 Ésaïe 28:7-10

À partir de 28:7, le regard du prophète se porte à nouveau en arrière, mais maintenant il ne se dirige plus sur Éphraïm, mais sur le royaume des deux tribus, Juda, comme cela résulte des mots d’introduction « Mais ceux-ci aussi », et de la mention de Jérusalem au v. 14. Juda a suivi le chemin d’Éphraïm et n’agit pas mieux (comp. Éz. 23). Certes, il y avait encore là des sacrificateurs de Dieu et des prophètes, mais leur comportement abominable par lequel ils profanaient ce qui est saint, est décrit en termes plus vigoureux que celui des conducteurs d’Israël (28:7-8 ; comp. 5:22 ; 29:9-14 ; Michée 3). Lorsque les sacrificateurs dont les lèvres doivent garder la connaissance, et les prophètes, qui doivent être les messagers de l’Éternel (Mal. 2:7 ; Agg. 1:13) défaillent de manière si honteuse, à qui alors Dieu peut-Il encore confier la connaissance et le message ? Peut-être aux petits enfants (28:9) ? Lorsqu’on en est arrivé si loin — et les sacrificateurs et les prophètes ont manifesté un état spirituel plus bas que celui d’enfants en bas âge — alors la Parole venant de la bouche de Dieu n’est plus comprise, sinon comme un joug pesant, comme « commandement sur commandement, commandement sur commandement, prescription sur prescription, prescription sur prescription ; ici un peu, là un peu » (28:10) (*).

 

(*) Plusieurs commentateurs comprennent les v. 9 et 10 comme exprimant de l’inutilité, comme s’ils constituaient des expressions ironiques des sacrificateurs et des prophètes à l’encontre d’Ésaïe.

Note Bibliquest : JND traduit « ligne sur ligne » au lieu de « prescription sur prescription ».

 

5.1.1.5                 Ésaïe 28:11-13

Comme les conducteurs du peuple — et avec eux le peuple tout entier — ne voulaient plus écouter Son message clair et simple, Dieu parlerait désormais « à ce peuple » (comp. 6:9) d’une toute autre manière. Ils seraient amenés à entendre des langues étrangères et incompréhensibles pour eux, celles de leurs ennemis et oppresseurs (28:11). La guerre de l’Assyrien contre Juda au cours du règne d’Ézéchias (2 Rois 18:13 et suiv.) qui prit fin certes par l’intervention de Dieu en grâce et en puissance, peut être considérée, tout au plus, comme un accomplissement partiel de cette prophétie d’Ésaïe, comme un prélude aux évènements des temps de la fin.

Cependant, sur le plan spirituel, cette prophétie a trouvé son accomplissement aux premiers temps du christianisme, par le moyen du don de parler en langues étrangères. Comme l’attitude des Juifs à l’encontre du Seigneur Jésus ressemblait, à bien des égards, au refus délibéré de recevoir le message d’Ésaïe, Dieu, en réponse et en châtiment, mit alors de côté Son peuple terrestre et se tourna vers les nations, dans les langues étrangères desquelles les Juifs durent apprendre ce qu’Il opérait par l’évangile de la grâce. On comprend ainsi que Paul, en 1 Cor. 14:21, cite ce verset partiellement et selon la traduction grecque des Septante qui s’écarte un peu du texte hébraïque.

Bien que le but de tous les efforts de Dieu envers Son peuple fût de dispenser repos et rafraîchissement à celui qui est las, ce peuple ne voulut pas écouter (28:12 ; comp. Jér. 6:16). Dorénavant il devrait subir les conséquences de son obstination. À l’avenir, la parole de l’Éternel leur serait : « commandement sur commandement, commandement sur commandement, prescription sur prescription, prescription sur prescription, ici un peu, là un peu... ». Cette parole ne les conduirait plus vers la lumière qu’ils avaient de plus en plus rejetée, mais elle ferait qu’ils « tomberaient en arrière et seraient brisés et enlacés et pris » (28:13). Cette sentence est la conséquence du rejet de Christ lors de Sa venue dans l’abaissement et en grâce.

 

5.1.2        Une alliance avec la mort — Ésaïe 28:14-22

5.1.2.1                 Ésaïe 28:14-15

Le jugement sur Juda au temps de la fin est maintenant décrit plus en détail. La parole de l’Éternel s’adresse directement à ceux qui « gouvernent ce peuple qui est à Jérusalem » en les qualifiant de moqueurs (comp. Ps. 1:1). Il paraît difficile d’appliquer ces propos au temps d’Ézéchias, qui était un roi craignant Dieu et mettant sa confiance en son Dieu, et non pas dans les hommes. Certes il y avait de son temps un parti qui, en secret, s’appuyait sur l’Égypte (comp. ch. 20 ; 30:1-5 ; 2 Rois 18:21), mais on ne peut pas déduire de la Parole de Dieu que ceux-ci puissent être désignés comme ces « hommes moqueurs, gouvernant ce peuple » qui concluent une « alliance avec la mort » et un « pacte avec le shéol » (*) (28:15). Cependant les Juifs apostats du temps de la fin recevront l’Antichrist comme leur dominateur ; c’est lui qui fera alliance avec la bête qui monte de l’abîme, le chef de l’Empire romain, dont la puissance est d’origine satanique ; en cela, c’est dans le sens le plus vrai du terme qu’il conclura une « alliance avec la mort » et un « pacte avec le shéol » (Dan. 9:27 ; comp. Apoc. 13 ; 17:8). Les Juifs donneront leur approbation à cette alliance, dans l’espoir de se prémunir vis-à-vis du danger menaçant de l’Assyrie, peut-être sans savoir qu’il s’agit d’une alliance avec le monde occulte. Bien sûr, ils n’oseraient guère le dire publiquement. Il en va de même de leur affirmation : « car nous avons fait du mensonge notre abri, et nous nous sommes cachés sous la fausseté » — expressions semblables à celles qui caractérisent l’Antichrist en 2 Thes. 2:9-10 : « miracles de mensonge... et séduction d’injustice ».

 

(*) Le mot hébreu shéol désigne le lieu du séjour des âmes de tous ceux qui sont morts (14:9).

 

L’expression « fléau qui inonde » derrière lequel les Juifs se figurent être en sécurité, vise la puissance militaire de l’Assyrie qui, dans d’autres passages, est comparée à un fleuve puissant qui submerge tout et qui est aussi désignée comme la verge de la colère de Dieu (28:2 ; 8:7,8 ; 10:5). Dans l’expression « fléau qui inonde », on retrouve à la fois les deux images (*). Dans le futur, l’Assyrien frappera encore deux fois le pays (voir l’introduction du ch. 10). Dans ce qui suit, le prophète va plus loin sur ce sujet.

 

(*) note Bibliquest : au sens matériel, le fléau est un instrument agricole pour battre le blé.

 

5.1.2.2                 Ésaïe 28:16-20

Mais auparavant, Il adresse au peuple une merveilleuse parole de consolation de la part du Seigneur Éternel (en hébreu : Adonai Yahweh). On voit toujours chez Ésaïe la lumière de la grâce briller au milieu des ténèbres de l’égarement de l’homme et de son éloignement de Dieu. « Voici, je pose comme fondement en Sion, une pierre, une pierre éprouvée, une précieuse pierre de coin, un sûr fondement ; celui qui se fie à elle [ou : celui qui croit] ne se hâtera pas [par peur] » (28:16). Cette pierre de coin — Christ, certes rejetée par les hommes, mais choisie par Dieu et précieuse à Ses yeux — est introduite entre-temps. Déjà l’Assemblée — alors encore en mystère — est fondée sur Lui (Matt. 16:18 ; Éph. 2:20 ; 1 Pierre 2:4-7), mais, dans l’avenir, le résidu juif trouvera également en Lui paix et sécurité. Dieu mettre alors dans les cœurs de ces Juifs, de manière individuelle, la conviction que l’Antichrist ne peut pas être leur Messie. Ce sont ceux dont il s’agit ici : « celui qui se fie à elle [ou : celui qui croit], ne se hâtera pas [par peur] ». Christ, la pierre de coin en Sion, est le seul salut. Celui qui se confie en Lui ne sera pas confus (comp. Ps. 118:22 ; Rom. 9:33 ; 10:11 ; 1 Pierre 2:6). Il en est de même aujourd’hui, et il en sera ainsi aussi au temps de la grande tribulation. Ensuite commencera, pour le résidu fidèle des Juifs, le temps glorieux du règne millénaire, durant lequel l’injustice qu’ils auront traversée sera finie une fois pour toutes, et où Dieu mettra « le jugement pour cordeau » et « la justice pour plomb » (28:17 ; comp. 32:1).

Mais auparavant, le « fléau qui inonde » aura atteint le pays et le peuple des Juifs. Lors de la première offensive de l’Assyrien contre Jérusalem, les attaques balayeront comme autant de vagues successives, le pays et la ville, et il n’y aura pas d’échappatoire pour les impies. La seule nouvelle d’une attaque imminente déclenchera l’épouvante chez les hommes qui, en dépit de leur alliance réputée si solide, ne trouveront ni paix ni protection, « car le lit est trop court pour qu’on s’y allonge, et la couverture trop étroite quand on s’en enveloppe » (28:17-20).

 

5.1.2.3                 Ésaïe 28:21

De même que jadis, l’Éternel avait battu les Philistins par l’armée du roi David à la montagne de Peratsim et dans la vallée de Gabaon, ainsi Il fera battre Son propre peuple par l’Assyrien (28:21 ; 1 Chr. 14:8-17). Cette œuvre de Dieu est appelée « étrange » et « inaccoutumée », ce qui ne peut viser ni le châtiment du méchant en soi ni le jugement sur son peuple, que pourtant Il aime tant. Il est « l’Éternel, Dieu, miséricordieux et faisant grâce, lent à la colère et grand en bonté et en vérité, gardant la bonté envers des milliers de générations, pardonnant l’iniquité, la transgression et le péché, — mais qui ne tient nullement celui qui en est coupable pour innocent, — qui visite l’iniquité des pères sur les fils, et sur les fils des fils, sur la troisième et sur la quatrième génération (Exode 34:6-7). Et comme toujours, nous voyons que ceux qui sont particulièrement privilégiés sont les premiers à subir les châtiments quand ils pèchent (Éz. 9:16 ; 1 Pierre 4:17). Ce qui est étrange et inaccoutumé, c’est le fait que Dieu emploie comme instruments pour l’exécution de Son jugement, des hommes qui sont des pécheurs encore plus grands que ceux qui sont châtiés. Cependant Ésaïe savait déjà la rétribution que l’Assyrien recevrait, tandis que le prophète Habakuk n’avait besoin que de se placer à son poste d’observation pour apprendre que la méchanceté des Chaldéens, utilisés par Dieu pour réaliser Ses plans, serait punie (10:12 ; Habakuk 1 et 2).

 

5.1.2.4                 Ésaïe 28:22

C’est par un avertissement final que se termine la description des jugements exercés sur Juda par le moyen de l’Assyrien. C’est à tous ceux qui pensent qu’ils n’ont pas à prendre au sérieux la Parole de Dieu, que s’adresse la mise en demeure d’Ésaïe de ne pas se livrer à la moquerie, afin de ne pas aggraver encore le jugement qui menace (comp. 5:18-19 ; 2 Pierre 3:3-7). C’est du Seigneur, l’Éternel des armées (en hébreu : Adonai Yahweh Sabaoth ; voir 28:16) qu’Ésaïe a appris que le jugement est inéluctable. À plusieurs reprises, ce jugement [consomption] sur Juda est qualifié de « décrété », même si, en fin de compte, la terre toute entière en sera atteinte (voir 10:23 ; Dan. 9:26-27 ; 11:36).

 

5.1.3        Une comparaison — Ésaïe 28:23-29

5.1.3.1                 Ésaïe 28:23-26

Les derniers versets de ce chapitre expliquent et éclairent sous forme imagée la sagesse de Dieu dans Ses jugements. Tout d’abord, il est demandé d’y prêter la plus grande attention (28:23). Combien souvent les hommes ont mis en doute la bonté de Dieu de manière légère et superficielle, uniquement parce qu’ils ne connaissent pas Sa Parole et ne comprennent pas Ses pensées. Pourtant la connaissance précise du travail d’agriculteur suffit à montrer que seul un grand nombre d’activités amène au but, celui d’obtenir le fruit désiré. Cela comporte maints travaux bien précis à des moments bien établis ; certains d’entre eux donnent une impression destructive, comme le labourage et le hersage de la terre du champ. Mais ils sont indispensables pour que la semence puisse être déposée dans le sol (28:24). Les différentes manières de semer doivent correspondre au genre de semence répandue, selon qu’il s’agit d’aneth, de cumin, de froment, d’orge ou d’épeautre (céréale qui n’est plus guère utilisée aujourd’hui) (28:25). Dieu qui a créé l’homme, lui a aussi donné l’intelligence pour tout accomplir de manière satisfaisante (28:26).

 

5.1.3.2                 Ésaïe 28:27-29

Mais avec tout cela, le travail du cultivateur est encore bien loin d’être terminé. La récolte a elle aussi ses règles bien précises. Les différents fruits récoltés ne doivent pas être tous traités de la même manière. Les petites céréales telles que l’aneth et le cumin ne peuvent pas être battues avec un gros traîneau ou chariot à battre ou à tranchants, mais elles doivent être battues avec un bâton avec précaution (28:27). De même le blé pour le pain, qui est de haute valeur, ne doit être soumis au battage que durant un temps limité, pour ne pas être écrasé (28:28). Dans tous ces procédés, il est clair qu’il ne s’agit pas d’agriculture moderne mécanisée, mais cela se réfère aux époques où n’existaient pas encore les engins automatisés d’aujourd’hui.

C’est ainsi que la manière dont Dieu agit avec les hommes, spécialement envers les Siens, peut sembler dure et donc incompréhensible, si l’on s’en tient à une observation superficielle. Mais n’oublions pas — et telle est la leçon de ce court passage — que Ses desseins ont toujours pour but final qu’à travers tout, Sa manière d’agir et Son Nom soient en définitive glorifiés, et que la bénédiction pour les hommes soit produite. Semence et récolte sont des images souvent utilisées dans la Parole de Dieu, pour montrer Son travail à l’égard des hommes et avec eux, le fruit pour Lui se trouvant toujours au premier plan, — même si le chemin pour y arriver est accompagné de châtiment. « Cela aussi vient de l’Éternel des armées (en hébreu : Yahweh Sabaoth) : Il se montre merveilleux en conseil et grand en sagesse » (28:29 ; comp. Jér. 32:19 ; Romains 11:33-36).

 

5.2   « Malheur » sur Jérusalem et sur ceux qui méprisent Dieu

5.2.1        Dernière attaque et fin de l’Assyrien — Ésaïe 29:1-8

Le deuxième « malheur » concerne « Ariel », la « cité où David demeura ». Ces deux indications montrent, sans aucun doute, qu’il s’agit de Jérusalem, car David y avait établi autrefois sa résidence (comp. 29:7 ; 2 Sam. 5:6-10). Le nom hébreu Ariel signifie aussi bien « lion de Dieu » (c’est-à-dire héros) que « foyer de Dieu », cette dernière signification désignant d’un côté l’autel de l’holocauste, et étant d’un autre côté une annonce de jugement, car l’Éternel a son feu en Sion, et son four dans Jérusalem (comp. 2 Sam. 23:20 ; Esd. 8:16 ; Éz. 43:15 ; És. 31:9).

 

5.2.1.1                 Ésaïe 29:1

Déjà dans les premiers chapitres de ce livre prophétique, on avait eu une description de l’orgueil, de l’immoralité et de l’idolâtrie qui caractérisaient l’état de Juda à l’époque. Ce sera pire dans l’avenir, sous le règne de l’Antichrist. Le respect extérieur des jours de fête répartis le long de l’année, et que Dieu avait institués autrefois comme étant Ses fêtes, ne peut pas empêcher le malheur annoncé par un cri douloureux (comp. Amos 5:21). Quand on ne peut plus voir que de l’iniquité, alors le jugement du côté de Dieu doit suivre inéluctablement (29:1 ; comp. Lévitique 23 ; Ésaïe 1:10-15 ; Amos 4:4,5).

 

5.2.1.2                 Ésaïe 29:2

Dieu n’est pas seulement Celui qui parle, mais aussi Celui qui agit. Il va enserrer Ariel, le foyer de Dieu et la ville des héros qu’Il aime tant. De quelle manière cet « enserrement » se manifestera, cela n’est pas encore dit ; seules les conséquences sont mentionnées : soupirs et gémissements chez la population. Pour Dieu, Jérusalem sera un foyer de Dieu où brûlera le feu de Son châtiment — et cependant, dans cette sentence de jugement, il y a l’évocation de sacrifices qui Lui sont agréables, qui étaient offerts sur le « foyer de Dieu », et qui un jour, le seront à nouveau (29:2 ; comp. Éz. 43:15-16).

 

5.2.1.3                 Ésaïe 29:3-4

L’ennemi qui n’est pas mentionné pas son nom, c’est l’Assyrien, dont Dieu amènera la puissante armée contre Jérusalem et la laissera prendre position tout autour de la ville pour en faire le siège (29:3). Face à cette menace, les habitants de Jérusalem abandonneront tout leur orgueil, et cesseront de parler fort de toute leur hauteur, mais de la poussière où ils sont enfoncés, ils parleront sourdement [ou : chuchoteront] dans la plus profonde humiliation (29:4 ; comp. 8:19 ; 28:14 et suiv.).

 

5.2.1.4                 Ésaïe 29:5-6

Mais ensuite, survient un retournement de situation. Tout d’un coup, la multitude des étrangers et des puissants ne sera plus qu’« une fine poussière » et de la « balle qui passe ». N’y a-t-il pas là une image frappante du peu de valeur et de la fugacité de la puissance du monde (comp. 17:13 ; 41:2 ; Daniel 2:35) ? Il est ajouté explicitement : « Cela arrivera en un moment, subitement » (29:5). Le motif en est fourni au v. 6. L’Éternel se tournera à nouveau vers Sa ville bien-aimée, et ce sera accompagné de phénomènes naturels puissants, mais aussi d’« une flamme de feu dévorant », figure de son action en sainteté (comp. Exode 24:17 ; Héb. 12:29).

Contrairement à ce qui s’était passé lors de la première attaque de l’Assyrien selon 28:14-22, l’Éternel intervient maintenant, lors de la seconde attaque. Christ apparaîtra dans Sa gloire et anéantira les ennemis (comp. 14:25 ; 31:4-9). Il ne peut s’agir que du roi du nord, l’Assyrien, qui, allié à beaucoup de nations au temps de la fin, environnera Jérusalem, et sera détruit au cours de sa deuxième attaque par le Fils de l’homme à Son apparition (comp. 8:9-10 ; Zach. 12:2-4). L’expédition militaire de Sankérib en 702-701 avant J-C, n’a été qu’un faible avant-goût de l’attaque de l’Assyrien à la fin des temps. On n’érigea pas d’ouvrages de siège, et la mise à mort de 185000 soldats de l’armée assyrienne en une nuit par un ange de l’Éternel, ne fut pas accompagnée de phénomènes naturels (2 Rois 19:32-34). Il ne peut pas davantage être question ici de la destruction de Jérusalem par Nebucadnetsar, roi de Babylone, en l’an 586 avant J-C, ou par le général romain Titus en l’an 70 après J-C. Dans ces deux cas, il n’y a pas eu d’intervention soudaine et miraculeuse de Dieu pour anéantir les ennemis. Ésaïe parle clairement, ici, du temps de la fin.

 

5.2.1.5                 Ésaïe 29:7-8

Comme les personnages d’un songe nocturne se tenant devant l’âme comme s’ils étaient réels, puis disparaissent dans le néant au réveil, de la même manière « la multitude de toutes les nations qui font la guerre à Ariel » disparaissent devant les yeux du peuple de Dieu, qui est ainsi délivré. Dieu les anéantira comme une image de rêve (29:7). Mais les ennemis eux-mêmes aussi, la « multitude de toutes les nations qui font la guerre contre la montagne de Sion » vivent comme dans un rêve. Ils sont semblables à des affamés et des assoiffés, qui rêvent de manger et boire, et qui au réveil, sont amèrement déçus. Tout ce qu’ils s’étaient figuré dans les désirs de leur imagination en rapport avec leur projet de prise de Jérusalem a été réduit à l’état de chimères et d’illusions. (voir « L’assyrien » en rapport avec 10:1-8).

 

5.2.2        Aveuglement spirituel — Ésaïe 29:9-14

Sans transition, le prophète porte maintenant à nouveau son attention sur la condition de la masse du peuple juif, condition qui est bien sûr la raison du jugement décrit dans les versets précédents. Cet état caractérisait le peuple, non seulement au temps d’Ésaïe (comp. ch. 1 et 3 et 5:8-23), mais aussi dans les jours où le Seigneur Jésus était sur la terre. C’est l’endurcissement coupable du cœur contre Dieu et contre Sa manière d’agir, et Lui, de son côté, répond à cet endurcissement par un endurcissement envoyé par Lui (comp. 6:9,10).

 

5.2.2.1                 Ésaïe 29:9

Par les paroles : « Soyez étonnés et soyez stupéfaits », Ésaïe fait sans doute allusion à la réaction de ses auditeurs ayant entendu ses prophéties solennelles sans les prendre à cœur et sans agir en conséquence. Cette volonté consciente de ne pas comprendre est comparée en figure au fait de s’aveugler, ce qui conduit à l’aveuglement. Se détournant pour ainsi dire de ces gens, le prophète poursuit ensuite avec la constatation : « Ils sont enivrés, mais non de vin ; ils chancellent, mais non par la boisson forte » (29:9). Ceci est différent du langage figuré de 28:7, où s’ expriment l’enivrement spirituel et le laisser-aller du peuple par leur propre faute.

 

5.2.2.2                 Ésaïe 29:10

Lorsque l’homme rejette la Parole et les voies de Dieu en grâce, et qu’il s’endurcit contre Lui, il peut arriver un moment (que personne ne connaît sinon Dieu) où Lui-même endurcit le cœur de l’homme. C’est ce qu’on voit chez le Pharaon en Égypte (Exode 7 à 11), et c’est aussi ce qui est arrivé chez les Juifs qui ont refusé le Seigneur Jésus, puis ensuite ont rejeté le témoignage du Saint Esprit par Ses messagers (Rom. 11:25 ; 2 Cor. 3:14-16 ; 1 Pierre 2:7-8). Déjà au ch. 6:9,10, Ésaïe parle de ce que Dieu a agi de cette manière avec Son peuple terrestre. Dieu a versé un esprit de profond sommeil non seulement sur les conducteurs, les prophètes et les voyants, mais sur tout le peuple, et Il a fermé leurs yeux (29:10) (*). Ceux qui n’ont pas voulu recevoir Sa Parole, ne peuvent plus maintenant la recevoir.

 

(*) De nombreux traducteurs et commentateurs lisent la dernière partie du verset 10, de la manière suivante : « …a fermé vos yeux — les prophètes —, et Il a enveloppé d’un voile vos chefs — les voyants ».

 

5.2.2.3                 Ésaïe 29:11-12

Le résultat est bouleversant. La Parole de Dieu n’est plus comprise. Pour les uns (ceux qui sont instruits), les paroles prophétiques de Dieu sont comme des écrits scellés ; pour les autres (ceux qui sont dépourvus d’instruction), elles sont incompréhensibles (29:11,12). Mais Dieu n’a pas donné Sa Parole pour qu’elle ne soit pas comprise. Un croyant sincère peut comprendre Ses pensées, parce qu’il a reçu son Saint Esprit, qui nous conduit dans toute la vérité (Jean 16:13). Mais si nous nous refusons à reconnaître ou recevoir la Parole de Dieu comme telle, — même si ce refus ne concerne que certaines parties —, une incompréhension totale en sera la suite. Ainsi en était-il autrefois, et ainsi en est-il encore aujourd’hui.

Ce refus personnel à l’égard de Dieu et de Sa Parole n’est cependant pas toujours facile à discerner, parce que souvent « une forme de piété » extérieure est maintenue. Mais Lui voit cela, et certes avec horreur. Il met impitoyablement à nu le culte formaliste de son peuple (comp. 29:1). Le même état prévalait chez le peuple juif au temps du Seigneur Jésus qui, en accusant les pharisiens et les scribes de mettre leurs « traditions » au-dessus de la Parole de Dieu, dut justement opposer ces paroles du prophète Ésaïe (Matt. 15:1-9). La chrétienté aujourd’hui, peut-elle se disculper d’une telle accusation ? La bouche et les lèvres peuvent formuler des confessions [de foi ] pieuses, mais qu’en est-il de notre cœur, le siège de notre volonté et de nos décisions ?

 

5.2.2.4                 Ésaïe 29:13

Dans le désert, Israël reçut cette injonction : « Écoute, Israël : L’Éternel, notre Dieu, est un seul Éternel. Et tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme, et de toute ta force » (Deut. 6:4,5). L’appel divin vieux de milliers d’années, ne nous touche-t-il pas encore aujourd’hui : « Mon fils, donne-moi ton cœur, et que tes yeux se plaisent à mes voies » (Prov. 23:26) ? Combien aussi est sérieuse et importante l’exhortation que Barnabas adressait aux croyants d’Antioche de « demeurer attachés au Seigneur de tout leur cœur » (Actes 11:23) ! Ici cependant, Dieu doit constater au sujet de son peuple qu’il « s’approche de moi de sa bouche et qu’ils m’honorent de leurs lèvres, et que leur cœur est éloigné de moi, et que leur crainte de moi est un commandement d’hommes enseigné » (29:13).

 

5.2.2.5                 Ésaïe 29:14

Il voit cette religiosité vide, non seulement avec horreur, mais Il annonce qu’Il va intervenir. Le même Dieu, qui dans son amour et sa miséricorde, a accompli merveille sur merveille envers Son peuple, va maintenant exercer Sa puissance miraculeuse en jugement (Exode 15:11 ; Josué 3:5). S’Il se manifeste de cette manière à l’encontre de son peuple, alors « la sagesse de ses sages périra, et l’intelligence de ses intelligents se cachera » (29:14). Tout le creux et le vide de la sagesse humaine qui croit pouvoir se passer de Dieu, seront manifestés d’un coup.

Lorsque plus tard l’apôtre Paul cite ce verset, il renvoie la prétendue sagesse, autant des scribes Juifs que des philosophes grecs de son temps, à la place qui lui appartient. Toute la sagesse humaine doit céder devant la sagesse de Dieu, qui s’est manifestée de manière adorable en Christ, à la croix (1 Cor. 1:19) !

 

5.2.3        « Malheur » sur le peuple — Ésaïe 29:15-16

5.2.3.1                 Ésaïe 29:15

Dans cette succession de « malheurs », on arrive maintenant au troisième « malheur » qui vise également les membres du peuple terrestre de Dieu (comp. 28:1 ; 29:1). Leurs lèvres peuvent bien tenir des discours pieux, leur cœur est éloigné de Dieu. On forge des plans, qu’on cache loin de l’Éternel, et on agit « dans les ténèbres » (29:15). Sans doute, on peut y voir la « politique secrète » d’un parti à Jérusalem, qui spéculait sur une alliance avec l’Égypte, pour se défendre contre la menace assyrienne (comp. 2 Rois 18:20-21 ; Ésaïe 20:5 ; 30:1-5) ; cependant, d’après Daniel 11:42, l’Égypte jouera encore un rôle au temps de la fin, en relation avec les expéditions militaires de l’Assyrien contre Jérusalem. Mais cet appel à un malheur ne contient-il pas un principe qui va plus loin, et qui est valable de tous les temps ? Jérémie et Ézéchiel eurent affaire de leurs jours à une attitude du peuple tout à fait semblable (Jér. 23:24 ; Éz. 8:12). Quel égarement terrible de l’esprit, de penser que Dieu ne verrait pas à l’intérieur du cœur, ou bien que l’on pourrait se tirer d’affaire sans Lui !

 

5.2.3.2                 Ésaïe 29:16

Une telle attitude n’est certes rien d’autre qu’une « absurdité », c’est-à-dire une totale dénaturation des réalités ! L’homme qui pense ainsi, méconnaît et méprise la distance qui existe entre la créature et le Créateur, distance qui est pourtant infiniment plus grande que la différence entre l’argile et le potier. Il ne viendrait à personne la pensée de mettre au même rang le potier et l’argile. Mais, combien de fois dans le cours de l’histoire, les hommes se sont placés au même rang que Dieu ! Justement aujourd’hui, au siècle de la théorie du big-bang et de l’évolution, quelle triste actualité a cette parole concernant la relation de l’« œuvre » et de l’artisan [la chose faite et celui qui l’a faite] — autrement dit la relation de la créature avec le Créateur, de l’homme avec Dieu — : « Il ne m’a pas faite » (29:16) ! Autant une œuvre d’art ne peut pas déclarer que l’artiste qui l’a faite ne comprend rien à son sujet, autant un homme ne peut pas mépriser son Créateur qui le connaît jusqu’au tréfonds de son cœur et qui ne fait qu’attendre son retour vers Lui !

 

5.2.4        La conversion de Juda — Ésaïe 29:17-24

ME 2003 p. 315

« N’y a-t-il pas encore très peu de temps, et le Liban sera converti en un champ fertile, et le champ fertile sera réputé une forêt ? » (v. 17).

Dans ce passage, le Saint Esprit dirige le regard du prophète vers l’avenir, alors lointain, dans lequel — après tous les jugements et toutes les tribulations qui doivent arriver — viendront les merveilleux « temps du rétablissement de toutes choses ». Presque trois millénaires se sont écoulés depuis lors, et pourtant la vérité des paroles qui introduisent ce passage demeure : « Encore très peu de temps ». Dans une période sombre, Dieu encourage les siens en leur faisant voir son but glorieux. Il est le « Dieu d’espérance » (Rom. 15:13 ; Héb. 10:37). Avant d’accomplir son œuvre rédemptrice à la croix et de monter vers son Père, le Seigneur Jésus a dit aux siens : « Je reviendrai », et ses dernières paroles dans les Saintes Écritures sont : « Je viens bientôt » (Jean 14:3 ; Apoc. 22:7, 12, 20). Les critiques parlent de « l’attente imminente non accomplie » des premiers chrétiens, et les moqueurs mettent de toute manière la venue du Seigneur en doute. Cependant, même s’il s’est déjà écoulé près de deux millénaires depuis qu’elle a été faite, cette promesse demeure l’espérance vivante et bienheureuse des chrétiens, tout comme la venue du Messie était l’espérance des fidèles en Israël — et le sera de nouveau après l’enlèvement de l’Église. Pour nous, êtres humains, le facteur « temps » joue un grand rôle, mais il n’en est pas de même pour le Dieu éternel et immuable. Devant lui, « un jour est... comme mille ans, et mille ans comme un jour » (2 Pierre 3:8).

Déjà par Ésaïe, Dieu avait consolé son peuple en lui disant : « Car encore très peu de temps, et l’indignation sera accomplie, et ma colère, dans leur destruction » (10:25). Là, il était question de la destruction de l’Assyrien ; ici, par contre, il s’agit du temps de bénédiction qui suit, c’est-à-dire du règne millénaire. Le Seigneur Jésus donne à ce temps le nom significatif de « la régénération ». D’une part, les hommes qui, étant les bénis du Père, hériteront du royaume qui leur est préparé dès la fondation du monde, seront alors nés de nouveau ; et d’autre part, la nature sera l’objet d’un renouvellement qui n’a jamais été vu (Matt. 19:28 ; 25:34 ; Jean 3:5 ; És. 11:6-9 ; 14:7 ; 41:18).

Le Liban avec ses hauts cèdres est parfois utilisé par Ésaïe comme image de la grandeur de l’homme et de son orgueil qui le conduit à s’élever lui-même (2:13 ; 10:34 ; 60:13). Il est aussi utilisé, et c’est le cas ici, pour décrire la beauté et la majesté de la nature (33:9 ; 35:2). Cette montagne privée depuis longtemps déjà de son magnifique ornement d’arbres — pensons aux puissants cèdres du Liban d’autrefois — sera transformée en un champ fertile (hébr. Carmel), et le champ fertile sera réputé une forêt. Au chapitre 32, qui nous conduit aussi à jeter un regard dans le règne millénaire, nous trouvons presque les mêmes paroles, sauf que « le Liban » y est remplacé par « le désert » (v. 15). Ici donc, le renouvellement et la restauration du monde végétal dans le règne millénaire sont esquissés.

« Et en ce jour-là les sourds entendront les paroles du livre, et les yeux des aveugles, délivrés de l’obscurité et des ténèbres, verront » (v. 18).

L’expression « en ce jour-là » confirme qu’il est effectivement parlé de ce temps futur (cf. 2:11). Le refus du message que Dieu a adressé à son peuple autrefois a eu pour conséquence un endurcissement qui dure encore aujourd’hui (cf. 6:9-13 ; 29:9-12). Cependant, par la discipline et les jugements sévères qui auront lieu dans des temps futurs, une partie du peuple juif sera amenée à la repentance et à la conversion, et sera ainsi guérie de sa surdité et de sa cécité spirituelles. Ce résidu juif croyant comprendra alors de nouveau la parole de Dieu. En même temps, il reconnaîtra que Jésus, si longtemps méprisé par ce peuple, est le Messie, et qu’il est mort pour eux sur la croix.

« Et les débonnaires augmenteront leur joie en l’Éternel, et les pauvres d’entre les hommes s’égayeront dans le Saint d’Israël » (v. 19).

Qui sont ces « débonnaires » et ces « pauvres d’entre les hommes » qui se réjouiront en l’Éternel ? Ce sont ceux qui composent le résidu juif croyant, et que nous avons déjà vus dans les « misérables » et les « débonnaires de la terre » au chapitre 11, verset 4. Ce sont ceux que le Seigneur Jésus a devant les yeux lorsque, dans le Sermon sur la montagne, il déclare bienheureux les « pauvres en esprit », parce que c’est à eux qu’est le royaume des cieux, et les « débonnaires », parce que c’est eux qui hériteront de la terre (cf. És. 10:21 ; 14:30 ; 26:6 ; 41:17 ; 61:1 ; Matt. 5:3, 5).

« Car l’homme violent ne sera plus, et le moqueur aura pris fin ; et tous ceux qui veillent pour l’iniquité seront retranchés, ceux qui tiennent un homme coupable pour un mot, qui tendent des pièges à ceux qui reprennent à la porte, et qui font fléchir le droit du juste par des choses futiles » (v. 20, 21).

En contraste, l’homme violent et le moqueur ne seront plus, de même que tous ceux qui ont condamné les innocents. Il ne s’agit pas de leur destruction éternelle, mais de la fin de leur activité sur la terre. Dans « l’homme violent », nous pouvons bien voir l’Assyrien et dans le « moqueur », l’Antichrist (*). Tous deux tourmentent — chacun à sa manière — le peuple de Dieu ; et à cause de cela ils recevront, lors du retour du Seigneur Jésus en gloire, leur juste châtiment. En particulier, les adeptes de l’Antichrist en veulent aux croyants du peuple juif. Ils oppriment les justes par de fausses accusations. Dans le discours prophétique qu’il adresse à ses disciples, le Seigneur Jésus décrit le temps — terrible pour le résidu croyant — qui se situe entre l’enlèvement des saints et son apparition. (Voir Marc 13:9-13.)

(*) Le jugement définitif et éternel de l’Antichrist est décrit en Apoc. 19:20 et 20:10.

« C’est pourquoi, ainsi dit à la maison de Jacob l’Éternel qui racheta Abraham : Maintenant Jacob ne sera plus honteux, et maintenant sa face ne sera plus pâle » (v. 22).

Le tableau changera complètement lors de l’apparition du Seigneur. Il se présentera alors à son peuple comme celui qui a racheté Abraham en l’appelant à sortir d’un pays idolâtre et en le justifiant sur le principe de sa foi (cf. Gen. 15:6 ; 48:15 ; Jos. 24:2). Ici le peuple n’est pas appelé Israël, mais « la maison de Jacob » (cf. És. 46:3 ; 48:1). Le nom d’Israël (vainqueur de Dieu) nous montre la hauteur de la bénédiction à laquelle l’Éternel a élevé l’ancêtre du peuple ; en revanche le nom de Jacob (supplanteur) nous rappelle le bas état dans lequel la grâce de Dieu l’a trouvé. Quelle profondeur d’éloignement de son Dieu le peuple a-t-il aussi connue au cours de sa longue histoire, bien que les patriarches Abraham, Isaac et Jacob aient reçu des promesses étendues et merveilleuses ! De même qu’Abraham a été racheté des peuples qui étaient esclaves de l’idolâtrie afin de devenir l’ancêtre du peuple de Dieu, ainsi le résidu sera séparé de la grande partie du peuple qui a sombré dans l’apostasie. Alors, le résidu racheté ne connaîtra plus de honte, ni à cause de ses propres péchés, ni à cause de l’oppression des étrangers (cf. 1:29 ; 29:4 ; Soph. 3:11).

« Car quand il verra ses enfants, l’œuvre de mes mains au milieu de lui, ils sanctifieront mon nom, et ils sanctifieront le Saint de Jacob, et ils craindront le Dieu d’Israël » (v. 23).

Dans l’émerveillement et l’adoration, les enfants de Jacob verront alors l’œuvre des mains de leur Dieu, qui se manifestera aussi bien dans le jugement du mal que dans le renouvellement spirituel du peuple (cf. 10:12 ; 28:21 ; 60:21). Ils sanctifieront le nom de l’Éternel, c’est-à-dire qu’ils honoreront leur Dieu conformément à sa sainteté. En Éz. 36:17-23, nous voyons qu’ils ont fait le contraire, en profanant le nom de leur Dieu par leur désobéissance et leurs péchés, et que, dans les temps futurs, Dieu sanctifiera lui-même de nouveau son nom par le jugement de tout mal. Ce qui nous est dit ici, c’est que, par la foi, des hommes approuveront cette action de Dieu et ainsi ils sanctifieront son nom (cf. 8:13). Les Juifs croyants reconnaîtront et honoreront leur Dieu d’une toute nouvelle manière comme le « Saint de Jacob » et le « Dieu d’Israël », et ils le craindront. Le fait qu’il ne se nomme pas ici le « Saint d’Israël », comme si souvent dans le livre d’Ésaïe, mais le « Saint de Jacob », nous montre de nouveau la grâce infinie avec laquelle il se tourne vers son pauvre peuple égaré.

La grâce de Dieu n’est cependant pas limitée au peuple d’Israël. Quiconque croit au Seigneur Jésus et reçoit « l’évangile de la grâce de Dieu » peut déjà connaître aujourd’hui la grâce et ses richesses (Act. 20:24 ; Éph. 1:7 ; 2:8). Plus nous apprenons à la connaître, plus s’accroît en nous le désir de répondre aussi à sa sainteté et de sanctifier son nom (cf. 1 Pierre 3:15).

Un autre résultat de l’œuvre de l’Éternel est décrit dans le dernier verset du chapitre : « Et ceux qui errent en esprit auront de l’intelligence, et les désobéissants apprendront la bonne doctrine » (v. 24). Le profond sentiment de la bonté et de la grâce du Dieu saint produira un esprit contrit et soumis en ces hommes auparavant égarés et rebelles. La lumière de Dieu chassera les ténèbres spirituelles qui régnaient depuis longtemps, et auxquelles le prophète Ésaïe avait déjà affaire. L’endurcissement du peuple dans son égarement fera place à une heureuse intelligence des pensées de Dieu ; et au lieu des murmures précédents contre ses voies envers eux, il y aura en eux l’humble désir d’apprendre. Ils découvriront alors que les voies de Dieu envers son peuple n’ont eu pour but que sa bénédiction. Tout cela est aujourd’hui encore futur, même si les signes des temps paraissent en indiquer le prochain accomplissement.

 

5.3   « Malheur » sur l’alliance avec l’Égypte ! — Ésaïe 30:1-26

ME 2003 p. 343

Au chapitre 5, Ésaïe avait dû prononcer un sextuple « malheur ! » sur la corruption et l’iniquité des conducteurs d’Israël. Dans les chapitres 28 à 35, on trouve de nouveau six « malheur ! » — cinq sur Israël et un sur l’Assyrie (Cf. És. 28:1 ; 29:1 ; 29:15 ; 30:1 ; 31:1 ; 33:1). Par les jugements qui y sont annoncés et la destruction de tous les ennemis, Dieu atteindra le but glorieux qu’il s’est proposé : le rétablissement de ses relations avec Israël, son peuple terrestre.

 

5.3.1         Des fils rebelles — Ésaïe 30:1-18

Le quatrième malheur est prononcé contre les hommes de Juda qui, peut-être pendant le règne d’Ézéchias, aspiraient à une alliance avec l’Égypte pour se protéger de la menace de l’Assyrien (cf. chap. 20 et 31:1-3).

 

5.3.1.1                 Ésaïe 30:1-5

L’Éternel considère son peuple terrestre, auquel ce « malheur ! » s’adresse, comme des fils rebelles qui refusent toute instruction et qui n’ont aucune intelligence de ce qui leur est bon et utile. Sans l’interroger et sans attendre ses directives, ils projettent en secret de conclure une alliance avec l’Égypte, par laquelle ils espèrent se protéger contre la puissance dominante de l’Assyrien (29:15). Ils cherchent du secours dans le monde pour trouver un abri contre le monde ! Ils ont complètement oublié que Dieu les avait séparés de tous les peuples et avait fait d’eux sa possession — oublié qu’ils ne devaient ni retourner en Égypte, ni conclure une alliance avec les nations païennes qui les entouraient (Ex. 23:32 ; Lév. 20:26 ; Deut. 17:16). L’Éternel n’avait-il pas fait alliance avec eux, ne leur avait-il pas promis et souvent témoigné bénédiction et secours, n’avait-il pas usé de beaucoup de grâce à leur égard ? Mais ils veulent « descendre » en Égypte pour y trouver refuge et protection, au lieu de les trouver auprès de leur Dieu (cf. Gen. 12:10 ; Ps. 57:1). En opposition avec sa volonté, ils accumulent par là péché sur péché, car ils n’interrogent pas sa bouche. C’est un sérieux avertissement pour nous aujourd’hui ; comme eux, nous sommes en danger de faire nos propres plans sans Dieu et de chercher aide et soutien auprès du monde.

L’Égypte, politiquement affaiblie, ne pouvait offrir la protection souhaitée. L’opération se terminera pour Juda dans la honte et l’opprobre. Il est vrai que ses princes et ses messagers arriveront à Tsoan et à Hanès dans la Basse-Égypte (cf. 19:11), mais toutes leurs négociations seront vaines : l’Égypte ne leur sera « ni à aide, ni à utilité, mais à honte et aussi à opprobre ».

 

5.3.1.2                 La sentence de Dieu — Ésaïe 30:6, 7

Pour souligner la sentence accablante de Dieu sur les plans de son peuple rebelle, le prophète prononce ensuite « l’oracle(*) touchant les bêtes du midi ». Celui-ci se réfère à l’Égypte, située au sud d’Israël. Comme les messagers de Juda ne veulent pas venir les mains vides devant les Égyptiens, ils se mettent en marche avec une caravane richement chargée. Mais ils doivent suivre un chemin pénible et dangereux. Ils traversent le désert où les lions et les serpents les guettent. En fait, ils se donnent du mal pour « un peuple qui ne leur sera d’aucun profit ». L’aide des Égyptiens est vaine et inutile. Dieu ne peut désigner ce peuple que par le nom d’« Arrogance » (hébr. Rahab). Véritablement, il ne peut rien faire.

 

(*) ou : « la charge », « le fardeau » ; héb. Massa comme 13:1.

 

5.3.1.3                 La volonté propre et ses conséquences — Ésaïe 30:8-14

Ésaïe doit écrire cette prophétie aussi bien sur une table que dans un livre, d’une part pour la placer clairement devant les yeux de ses contemporains, et d’autre part afin qu’elle demeure « pour le jour à venir, en témoignage à toujours ». Les versets suivants nous indiquent pour quelle raison.

Dieu répète ce qu’il a contre le peuple de Juda, qu’il appelle « un peuple rebelle, des fils menteurs, des fils qui ne veulent pas entendre la loi de l’Éternel ». Ils ne veulent rien savoir des prophéties et des visions des messagers de Dieu, mais leur demandent de leur dire des choses douces et même des tromperies ! Nous avons un exemple de cette attitude dans les prophètes du temps des rois Josaphat et Achab : tous, excepté Michée, annonçaient une issue positive à l’expédition militaire contre les Syriens, qui devait cependant conduire à la mort d’Achab (1 Rois 22:5-28). Et que dit le Nouveau Testament ? — « Car il y aura un temps où ils ne supporteront pas le sain enseignement ; mais, ayant des oreilles qui leur démangent, ils s’amasseront des docteurs selon leurs propres convoitises, et ils détourneront leurs oreilles de la vérité et se tourneront vers les fables » (2 Tim. 4:3, 4). N’en est-il pas ainsi de nos jours, où des chrétiens, même de vrais enfants de Dieu, n’aiment pas être placés devant tout le sérieux de la parole de Dieu ?

Déjà au temps d’Ésaïe, le peuple voulait s’écarter du chemin que Dieu lui montrait par sa Parole et par les prophètes. Il ne voulait même plus que « le Saint d’Israël » soit placé devant ses yeux (cf. 1:4). Il en était arrivé à un point tel que Dieu n’était plus pour lui qu’un élément gênant.

Cependant, quand le peuple rebelle ne veut plus rien savoir du « Saint d’Israël », Dieu se présente à lui précisément sous ce nom (v. 12, 15). L’homme peut changer, Dieu demeure fidèle à lui-même dans sa sainteté inaltérable. Si les hommes de Juda rejettent ses avertissements quant à une alliance avec l’Égypte, et s’ils persévèrent dans leur propre volonté et dans leurs plans tortueux, ils devront porter les conséquences de leur péché. Leur confiance dans la protection de la grande puissance dont ils cherchent l’alliance sera comme « une brèche qui s’écroule, un renflement dans un mur élevé, dont la rupture arrive subitement, tout à coup ». Un plus puissant entrera en scène et tous leurs plans seront entièrement anéantis. Ce sera comme quand on brise un vase de potier, et qu’il ne reste pas même un tesson assez grand pour prendre un charbon ardent ou pour puiser une gorgée d’eau. C’est ce qui est arrivé lors de la destruction de Jérusalem par Nebucadnetsar en l’an 586 av. J.C. et par Titus en l’an 70 ap. J.C. (cf. Jér. 19:11 ; 2 Chron. 36:19 ; Matt. 24:2). Cette sentence trouvera son plein accomplissement lors de la première attaque de l’Assyrien, au temps de la fin (cf. És. 22:1-14 ; 28:18-22 ; Joël 2 ; Zach. 14:1, 2).

 

5.3.1.4                 Un sérieux avertissement — Ésaïe 30:15-18

Encore une fois l’Éternel, le Saint d’Israël, s’adresse à son peuple rebelle qui l’a maintes et maintes fois repoussé. Il leur rappelle comment ils pourraient être sauvés : « en revenant » et en se « tenant en repos », c’est-à-dire en se repentant et en renonçant à leurs propres efforts. Ceci conduirait aussi à « la tranquillité » et à « la confiance », à une attente humble et à une foi simple en l’intervention puissante de Dieu. L’Éternel n’avait-il pas montré bien des fois sa puissance en faveur de son peuple depuis l’anéantissement des Égyptiens à la mer Rouge (cf. Ex. 14:14 ; És. 7:4) ? Toutefois ce peuple persiste à ne pas vouloir écouter la voix de son Dieu.

Au lieu de se confier dans le Puissant de Jacob, il met sa confiance dans des chevaux de combat (cf. 31:1). Mais lorsqu’ils disent : « Nous nous enfuirons sur des chevaux », alors sa réponse retentit : « C’est pourquoi vous vous enfuirez ». Et s’ils veulent monter sur des chevaux rapides, ils doivent apprendre que ceux qui les poursuivent seront encore plus rapides. L’habileté qu’ils croient avoir ne leur sera d’aucune utilité (cf. 2 Rois 25:4, 5). Josué avait pu dire au peuple d’Israël : « Un seul homme d’entre vous en poursuit mille ; car l’Éternel, votre Dieu, est celui qui combat pour vous, comme il vous l’a dit » (Jos. 23:10). Mais à ce peuple désobéissant, Dieu prédit maintenant le contraire : « Un millier fuira à la menace d’un seul ; à la menace de cinq, vous fuirez ». Il ne restera de lui qu’un petit résidu, solitaire comme une perche oubliée au sommet d’une montagne (peut-être une hampe de drapeau), ou comme un étendard abandonné sur une colline. Si saisissante que soit cette image dans sa désolation, nous pouvons cependant déjà y voir une lueur d’espérance, une mention voilée du résidu futur vers lequel Dieu se tournera de nouveau en grâce (cf. Zach. 14:2)

Cette grâce insondable brille d’un vif éclat au verset 18 et clôt ainsi la prophétie adressée à un peuple qui se refuse à écouter son Dieu. Le refus n’entraîne pas seulement le jugement, mais il diffère aussi la manifestation de la grâce. Dieu permet la discipline de son peuple jusqu’à ce qu’elle soit amère, afin que sa grâce puisse triompher à la fin. Mais la condition pour qu’il en soit ainsi est que l’on s’attende à lui avec patience et foi. Soixante-dix ans ont dû s’écouler après la prise de Jérusalem par les Babyloniens ; et depuis le rejet du Seigneur Jésus par son peuple terrestre, Dieu « attend » encore pour user de grâce envers son peuple. Et pourtant il aura de nouveau compassion de lui aux derniers temps. Quel bonheur ce sera pour le résidu croyant, quand Dieu se tournera de nouveau en grâce vers lui après l’achèvement de tous les jugements !

 

5.3.2        La miséricorde envers Sion — Ésaïe 30:19-26

Sans transition aucune vient alors la description d’un état entièrement nouveau. D’autres villes, telles que Babylone et Ninive, ont été détruites et ne seront plus jamais habitées (cf. 13:19-21). Mais Sion, le lieu de la royauté de David et de la grâce de Dieu, sera encore « le lieu où est le nom de l’Éternel des armées », le lieu que le Dieu d’Israël a choisi pour son habitation (És. 18:7 ; 24:23 ; Ps. 87:1-3 ; 132:13, 14). Cette ville sera le centre pour le peuple de Dieu restauré. Les deux noms de Sion et de Jérusalem désignent une seule et même ville. C’est là qu’habitera de nouveau le peuple d’Israël. Après presque deux millénaires de domination étrangère, la ville est depuis quelques années la capitale d’un état juif. Mais combien ce peuple est encore éloigné de la paix qui lui est promise par la parole de Dieu !

La déclaration : « Tu ne pleureras plus » est encore bien loin de son accomplissement (cf. 25:8 ; 61:3). Combien de larmes ont été versées dans cette ville au cours des millénaires, et combien peuvent encore y être versées actuellement (cf. Lam. 1:2) ! Mais les plus grandes afflictions sont encore à venir. Il y aura les gémissements du résidu croyant pendant la dernière tribulation et ses lamentations à l’apparition du Christ comme Messie — Celui que le peuple juif a percé (Zach. 12:10-14 ; Matt. 24:30 ; Apoc. 1:7). Cependant Dieu leur promet déjà maintenant qu’il répondra immédiatement à leurs supplications mêlées de larmes et qu’il usera richement de grâce envers eux (cf. És. 65:24). Alors une joie éternelle remplira leurs cœurs (cf. v. 19).

La même grâce divine est offerte aussi aujourd’hui à chaque homme de ce monde qui, comme la grande pécheresse de Luc 7, vient au Sauveur en sentant le fardeau de ses péchés. Elle est aussi pour chaque enfant de Dieu qui abandonne un mauvais chemin et revient au Seigneur : « La tristesse qui est selon Dieu opère une repentance à salut dont on n’a pas de regret » (2 Cor. 2:7 ; 7:10).

Pour le peuple terrestre de Dieu, le chemin jusque-là passera par de douloureuses épreuves. Cependant Dieu leur témoignera sa miséricorde durant ce temps difficile, comme il l’a toujours fait et le fera, « car ce n’est pas volontiers qu’il afflige et contriste les fils des hommes » (Lam. 3:33). Ainsi il les ramènera pas à pas sur le droit chemin. L’aveuglement gouvernemental qu’il avait lui-même infligé à son peuple aura pris fin (cf. 6:10 ; 29:10). Ceux qui les enseigneront ne se cacheront plus parce qu’on n’accepte ni eux ni leur message (cf. v. 10, 11) ; mais, visibles pour tous, ils montreront le droit chemin. Finalement, le Seigneur Jésus sera lui-même leur Maître parfait, car « qui enseigne comme lui ? » (Job 36:22). Dieu dit au psaume 32 : « Je t’instruirai, et je t’enseignerai le chemin où tu dois marcher ; je te conseillerai, ayant mon œil sur toi » (v. 8). Son conseil, donc, ne peut être discerné que si nos yeux sont aussi dirigés sur lui. Et dès que l’on quitte le droit chemin, la voix du Maître, telle celle d’un bon berger, résonne aux oreilles de ceux qui se sont écartés à droite ou à gauche, en disant : « C’est ici le chemin, marchez-y » (v. 21).

Dans ce processus de guérison spirituelle, ils se sépareront avec détermination de tout ce qui est en contradiction avec la sainteté de Dieu. Les idoles, bien qu’abominables et souillées en elles-mêmes, sont saintes aux yeux de ceux qui les servent. Quand elles seront profanées et détruites, elles seront déclarées « souillées » (cf. 2 Rois 23:8, 10). Quelle que soit la valeur qu’elles puissent paraître avoir, elles seront jetées dehors comme un linge impur. S’il est vrai que les Juifs, après le retour de la captivité babylonienne, ne sont jamais retombés dans les anciennes formes de l’idolâtrie qui avait amené le jugement de Dieu sur eux, néanmoins, durant le règne de l’Antichrist, l’idolâtrie prendra une dimension telle qu’elle n’a encore jamais existé, dans l’adoration de ce faux Messie et de l’image de la bête romaine (Dan. 9:27 ; 2 Thess. 2:4 ; Apoc. 13:14, 15). Le résidu sera totalement exempt de cela.

Dans les versets 23 à 26, Ésaïe montre ce qu’il adviendra du résidu — qui est appelé « tout Israël » dans d’autres passages (cf. Rom. 9:27 ; 11:26) — quand il sera revenu à Dieu. L’expression « en ce jour-là », que nous rencontrons si souvent dans ce livre, indique ici le commencement du règne millénaire (cf. És. 2:11) . En premier lieu sont décrites quelques bénédictions terrestres du peuple, qui jouira alors de l’abondante fertilité du pays. Cette bénédiction fait le plus grand contraste avec la détresse et la misère du temps de la grande tribulation qui précède. En même temps, elle est l’accomplissement des promesses de Dieu à son peuple (cf. Deut. 11:11-15 ; Joël 2:22-27). Les hommes auront une nourriture abondante et savoureuse, et les animaux recevront le meilleur fourrage. La pluie nécessaire pour faire croître la semence tombera au moment opportun, et l’eau jaillira de la terre en ruisseaux et en courants d’eau. Beaucoup de passages des livres prophétiques de l’Ancien Testament parlent de ces bénédictions terrestres. Toutefois, il y aura aussi dans le règne millénaire des bénédictions spirituelles pour Israël et pour les nations (cf. És. 32:15-17).

L’expression « au jour du grand carnage, quand les tours s’écrouleront » (v. 25), peut surprendre à première vue ; elle ne fait cependant que confirmer que le plan de Dieu pour le temps à venir comporte aussi bien sa riche bénédiction pour ceux qui se sont repentis que son terrible jugement sur ses ennemis.

Jusqu’ici, les descriptions doivent être comprises dans un sens littéral et concret, mais au milieu de la phrase, le prophète passe à un langage figuré. Les tours qui s’écroulent (cf. 2:15) évoquent le brisement de l’orgueil et de la puissance militaire, sans doute spécialement de l’Assyrien (et peut-être de l’empire romain).

Mais en même temps, « l’Éternel bandera la brisure de son peuple et guérira la blessure de ses plaies » (cf. Ézéch. 34, 16 ; Osée 6:1). Ces paroles sont aussi à comprendre dans un sens figuré. En raison de sa sainteté, Dieu châtiera son peuple ; mais, dans son amour, il le bandera et le guérira. En ce jour-là, la lumière de la lune sera comme celle du soleil, « et la lumière du soleil sera septuple, comme la lumière de sept jours ». Les luminaires établis par Dieu au commencement pour dominer sur le jour et sur la nuit luiront certainement avec une clarté toute nouvelle sur une création qui est actuellement en travail et soupire sous la servitude de la corruption, et qui, comme nous, attend la révélation des fils de Dieu (Rom. 8:19-23). Toutefois, le sens figuré de cette parole est rendu clair par un passage du chapitre 60 (v. 19, 20). Il y est écrit que, dans le règne de paix, ce ne sera ni le soleil ni la lune qui apporteront la lumière, mais l’Éternel lui-même ; il sera la lumière de son peuple à toujours, et sa gloire. Au sujet de la lumière et de la guérison, le prophète Malachie écrit aussi : « Et pour vous qui craignez mon nom, se lèvera le soleil de justice ; et la guérison sera dans ses ailes » (4:2).

C’est le Seigneur Jésus lui-même. Il a séjourné autrefois dans l’abaissement au milieu de son peuple, et son visage — comme une anticipation de la gloire à venir — a déjà resplendi comme le soleil, alors qu’il était sur la sainte montagne avec quelques-uns de ses disciples (Matt. 17:2 ; 2 Pierre 1:16-19). Il est le vrai Soleil, le Soleil de justice, sous les ailes protectrices duquel son peuple terrestre, si sévèrement châtié, trouvera un jour la guérison !

 

5.3.3        La ruine de l’Assyrien — Ésaïe Ésaïe 30:27-33

5.3.3.1                 Ésaïe 30:27-28

Comme cela a été le cas déjà dans les ch. 8:8 ; 10:12 ; 29:5-7, on trouve encore une fois ici, la description de l’anéantissement final de la puissante armée assyrienne dans le pays d’Israël. Leur écrasement devant Jérusalem lors de la mort de 185000 soldats en une nuit, en l’an 702-701 avant J-C, n’était qu’un petit accomplissement préalable anticipant ce qui aura lieu au temps de la fin (voir 37:36-38, et l’introduction du ch. 10:5-34).

Aux nations qui se sont alliées à Assur, qui vivent loin de Dieu et ne Le connaissent pas, Il se manifestera soudainement et de manière inattendue par un jugement terrible, sous Son nom d’Éternel, se présentant comme le Dieu de l’alliance avec Israël Qui intervient pour Son peuple. C’est bien là la signification de l’expression : « Voici , le nom de l’Éternel vient de loin » (30:27). Sa juste colère, eu égard à la méchanceté des ennemis de son peuple est dépeinte par quatre images différentes.

 

§  (30:27) Il est un feu qui dévore [ou : feu consumant], qui fait monter une énorme fumée (comp. Hébreux 12:29). C’est ainsi que s’exerce Sa sainteté en jugement (comp. 33:14). Les instruments de sa fureur sont ses lèvres et sa langue ; autrement dit, les ennemis sont détruits par Sa Parole.

§  (30:28) Son haleine est comme un torrent qui déborde, avec des masses d’eau devant lesquelles il n’y a pas d’échappatoire (Nahum 1:8). C’est de cette manière que l’Assyrien lui-même se trouvait auparavant présenté (8:7-8 ; 28:15 ; 59:19), mais à présent il doit rencontrer un plus fort que lui.

§  Un van servait autrefois de crible ou de roue à palettes pour vanner, afin de séparer le blé battu d’avec la balle. Par l’action du « crible de la vanité », il sera manifesté que toutes ces nations ne sont que de la balle (comp. Matthieu 3:12). Le jugement de Dieu est donc juste.

§  Un « frein [ou: bride] qui fait errer » parle de Son puissant gouvernement, qui conduit ces peuples à leur perte. Au sujet de Sankhérib, Dieu fit prophétiser par Ésaïe : « Parce que tu es plein de rage contre moi, et que ton insolence est montée à mes oreilles, je mettrai mon anneau à ton nez, et mon frein entre tes lèvres, et je te ferai retourner par le chemin par lequel tu es venu » (37:29). Mais à la fin, Dieu mettra un frein qui fait errer aux machoires des peuples qui se sont alliées à l’armée assyrienne. C’est Lui, non pas eux, qui décidera le cours des événements, et cela ne s’exprime plus que sous la forme d’un jugement définitif (30:28).

 

5.3.3.2                 Ésaïe 30:29

Comme ce qui eut lieu après l’engloutissement de l’armée égyptienne dans la mer Rouge, le peuple de Dieu délivré chantera alors un cantique de louanges (30:29 ; Exode 15). Son cantique et la joie de son cœur qui s’exprimera par lui, seront comparables aux préparatifs d’une fête nocturne, et à la montée à « la montagne de l’Éternel » (ce qui désigne Sion, 27:13 ; 66:20) au son de la flûte. Mais maintenant le peuple restauré ne vient plus devant la face de Dieu comme autrefois, par habitude et avec un cœur endurci (comp. 1:11-15 ; 29:1). Son but est à présent le « rocher d’Israël », un des noms de l’Éternel, que David a employé pour la première fois dans ses dernières paroles (2 Samuel 23:3). Quelle image d’une vraie restauration et d’une joie authentique, anticipant le règne millénaire imminent !

 

5.3.3.3                 Ésaïe 30:30-32

Les ennemis, par contre, entendront la voix majestueuse de l’Éternel, et verront Son bras s’abattant sur eux en jugement (30:30 ; comp. Exode 6:6 ; Psaume 29 ; Luc 1:51). Ce n’est pas par des instruments humains que la puissance militaire de l’Assyrie sera détruite, mais par Dieu Lui-même, à l’aide certainement de phénomènes naturels de grande puissance (comp. 14:25 ; 31:8). La voix de l’Éternel est suffisante pour écraser Assur ! Autrefois, ce peuple puissant avait frappé Juda avec la verge ; maintenant, la même chose lui arrive, mais par la main de Dieu en châtiment (30:31 ; comp. 10:24). Chaque coup mesuré exactement par l’Éternel, sera accompagné du son des tambourins et des harpes. Ainsi, déjà au temps où les Assyriens sont détruits pour toujours, le peuple de Dieu connaîtra une joie comme il n’en avait jamais connue auparavant (30:32).

 

5.3.3.4                 Ésaïe 30:33

Sous une forme figurée, le dernier verset décrit le châtiment éternel du dominateur assyrien : « Car un lieu d’horreur (Topheth) (*) est préparé depuis longtemps » (30:33). Le « roi », pour lequel ce lieu est également préparé, est l’Antichrist, qui est aussi décrit au ch. 57:9, et en Daniel 11:36, par ce nom mystérieux. Le faux Messie — que le peuple apostat recevra comme son roi, et que le Seigneur Jésus anéantira, à Son apparition, par le souffle de Sa bouche, — trouvera sa fin en même temps que le chef de l’empire Romain. Tous deux seront jetés vivants dans l’étang de feu embrasé par le soufre (2 Thes. 2:8 ; Apoc. 19:20). Ce qui arrivera à Assur y sera semblable.

 

(*) Le mot hébreu Tophteh dérivé de Tophet (dont la signification est vraisemblablement « endroit de combustion »), désigne en 2 Chr. 23:10 et Jér. 7:31 (et suiv.) et 19:6,11-14, un lieu situé dans la vallée de Hinnom, où l’on offrait des sacrifices barbares et abominables à la divinité ammonite Moloch. Identifier ce mot ou lui voir une parenté avec le mot similaire tophet (« cracher sur ») de Job 17:6, est incertain. La « vallée de Hinnom » située à Jérusalem (en hébreu : Ge-Hinnom) ou « vallée du fils (ou des fils) de Hinnom, est employée en Jér. 7:32 et 19:6 comme équivalent à « Tophet », et en rapport avec l’avenir, elle est décrite comme la « vallée de la tuerie ». Le terme grec Gehenna (géhenne) dérivé de Ge-Hinnom est un nom utilisé dans le Nouveau Testament pour désigner le lieu des peines éternelles, l’enfer (par exemple Matt. 5: 22-29).

 

5.4   « Malheur » sur la confiance en l’homme — Ésaïe 31

5.4.1        Aucune aide de la part de l’Égypte — Ésaïe 31:1-3

Au ch. 31, qui apparaît comme un bref écho du chapitre précédent, le cinquième « malheur » est prononcé sur ceux qui descendent en Égypte pour avoir du secours (31:1). Au début du ch. 30, le même sujet était traité, mais il ne s’agissait encore que de « desseins » et d’« alliances » ; ici il est question de « secours », de « chevaux, de chars et de cavaliers », c’est-à-dire de la réalisation des desseins (comp. 30:16). C’est sur cette puissance mondiale impressionnante, que sont dirigés les regards pleins d’espoir des juifs incrédules, au lieu de l’être sur l’Éternel, le « Saint d’Israël », qui est pourtant leur seul secours réel (voir 1:4). Quel contraste avec le langage du résidu futur qui, au Psaume 20 v. 7, dit prophétiquement : « Ceux-ci font gloire de leurs chars, et ceux-là de leurs chevaux, mais nous, du nom de l’Éternel, notre Dieu » !

Mais même si, dans ses errements, le peuple peut se croire malin, « cependant, Lui aussi est sage et Il fait venir le malheur et ne retire pas Ses paroles » (31:2 ; comp. Deut. 17:16). Il réduira à néant tous les desseins si sages en apparence ; et au lieu du bien escompté, Il fera venir le malheur (c’est-à-dire Sa colère) sur le pays de Juda et sur ses habitants. Combien de fois Il a appelé Son peuple à la repentance et au retour vers Lui, et a annoncé des châtiments à cause de leur désobéissance ! Toutes Ses paroles s’accompliront ; Lui n’aura besoin de revenir sur aucune d’elles. Aussi bien les Juifs qui font le mal, que les Égyptiens qui les aident, tous feront l’expérience de subir Sa puissance en jugement.

Les Égyptiens, estimés si haut, ne sont en réalité que des hommes — et non pas Dieu (en hébreu : El : « le Fort ») — et leurs chevaux de combat si redoutés, ne sont que chair — non pas esprit (31:3 ; comp. 30:1). On ne pourrait pas exprimer plus nettement le contraste entre l’indigence de toutes les ressources humaines, et la toute-puissance de Dieu ! Et cependant, l’homme naturel est toujours enclin à faire de la chair son bras. Mais l’Éternel n’a besoin que d’étendre la main pour réduire à néant aussi bien celui qui aide, que ceux qui cherchent de l’aide. Pour le peuple de Dieu, le secours véritable ne peut pas provenir d’alliés humains, mais seulement de Lui-même.

 

5.4.2        L’Éternel et l’Assyrien — Ésaïe 31:4-9

5.4.2.1                 Ésaïe 31:4

Ésaïe peut maintenant annoncer à son peuple ce secours, par un oracle particulier de l’Éternel. L’Éternel des armées (en hébreu Yahwe Sabaoth) Lui-même descendra pour engager personnellement le combat contre l’ennemi sur la montagne de Sion, Sa colline tant aimée.

Au verset 4, Il se présente comme un lion. Le lion, caractérisé en Prov. 30:30 comme « le fort parmi les bêtes », est un symbole de force et de courage, auquel Dieu se compare également dans d’autres passages de l’Écriture (Osée 5:14 ; 11:10 ; 13:7). Juda, le fils de Jacob est le premier homme à être qualifié de lion (Gen. 49:9). Dans le Nouveau Testament, le Seigneur Jésus est « le lion qui est de la tribu de Juda » (Apoc. 5:5). Celui qui, lors de sa première venue, est allé comme un agneau à la boucherie, vaincra tous ses ennemis lors de Sa seconde venue sur la terre, comme un lion et comme un jeune lion. Ces ennemis, — que ce soient alors les Juifs apostats (31:6) ou les Assyriens qui s’approchent (31:8) — seront semblables à un groupe de bergers qui, certes, font beaucoup de bruit, mais qui ne prévaudront pas contre Celui qui est le « lion ».

 

5.4.2.2                 Ésaïe 31:5

Mais vis-à-vis de Sa ville bien-aimée et du résidu fidèle de Son peuple, Il n’apparaîtra pas comme un lion qui combat, mais « comme des oiseaux qui déploient leurs ailes ». Déjà, en Deut. 32:11,12, Il s’était comparé à un aigle portant ses petits sur ses ailes, et en Matt. 23:37, le Seigneur Jésus se lamente de ce que, comme une poule qui prend ses poussins sous ses ailes, Il s’est donné de la peine pour les enfants de Jérusalem, mais en vain. Ici nous voyons comment l’Éternel des armées, dans Son amour et Sa miséricorde, protège, sauve, épargne et délivre Jérusalem, comme les oiseaux qui, déployant leurs ailes au-dessus de leur nid, défendent leurs petits contre toute attaque.

 

5.4.2.3                 Ésaïe 31:6

Mais le secours qui vient du côté de Dieu n’est pas suscité par l’énergie de la foi d’Israël, mais uniquement et seulement par Son amour pour ce peuple. C’est la raison pour laquelle l’appel à revenir à Lui suit immédiatement, car c’est de Lui qu’ils s’étaient si profondément détournés déjà à ce moment-là (31:6). L’appel s’adresse d’abord aux contemporains d’Ésaïe (30:15), mais il a une portée qui s’étend bien au-delà.

Cela se déduit de l’annonce de la conversion future du résidu juif en Rom. 9:27, où Paul cite les versets 22 et 23 d’Ésaïe 10, alors que dans ceux-ci le prophète parle du retour du résidu spécialement en relation avec l’oppression par l’Assyrien. Cela est confirmé par l’expression « en ce jour-là » du verset 7. Comme nous l’avons déjà remarqué en considérant 2:11, Ésaïe utilise fréquemment l’expression « ce jour-là », pour désigner la période de temps qui suit l’enlèvement de l’Église, — période au cours de laquelle Dieu s’occupera à nouveau de Son peuple terrestre, à la fois, il est vrai, en jugement comme en grâce et en gloire (comp. en particulier 2:17 ; 4:2 ; 11:10 ; 19:24 ; 27:13). Par conséquent, nous ne devons pas voir ici seulement la destruction de l’armée assyrienne devant Jérusalem en 702-701 avant J-C, lorsque 185000 hommes furent tués en une nuit par l’Ange de l’Éternel (2 Rois 19:35), mais en premier lieu, la destruction finale de l’Assyrien dans l’avenir (voir le ch. 10 : « L‘Assyrien »).

 

5.4.2.4                 Ésaïe 31:7

Le résidu répondra alors à l’appel de son Dieu à revenir à Lui, et aura en horreur ses idoles d’or et d’argent (comp. 30:22). Jusqu’ici, cette prophétie ne s’est pas encore accomplie pleinement dans l’histoire d’Israël et de Juda. Sans doute, les rois fidèles Ézéchias et Josias ont essayé d’amener un retour de tout le peuple, mais ils n’ont réussi que partiellement. À l’inverse, les rois Manassé, Amon, Jéhoïakim, Jéhoïakin et Sédécias ont servi les idoles et ont fait « ce qui était mauvais aux yeux de l’Éternel… jusqu’à ce que la fureur de l’Éternel monta contre son peuple et qu’il n’y eut plus de remède » (2 Chr. 33:2-7, 22 ; 36:5,9,12,16). La conséquence inéluctable fut la déportation du royaume des deux tribus dans la captivité babylonienne de 70 ans. Après leur retour, les Juifs ne retombèrent certes plus dans l’idolâtrie d’avant, mais au temps de la fin, suivant les paroles prophétiques du Seigneur Jésus, « l’abomination de la désolation » sera « établie dans le lieu saint » (Matt. 24:15). Cela désigne l’Antichrist qui se fera adorer comme Dieu dans le temple à Jérusalem, et peut-être aussi l’image, douée de parole, du chef de l’empire Romain, que tous devront alors adorer (Dan. 9:27 ; 12:11 ; 2 Thes. 2:4 ; Apoc. 13:14-15). Alors, le résidu croyant se détournera de tout cela, et reviendra à son Dieu.

 

5.4.2.5                 Ésaïe 31:8

Alors la puissante armée assyrienne tombera dans le pays d’Israël, lorsqu’elle s’avancera pour la seconde attaque contre Jérusalem (31:8). Ce puissant oppresseur viendra certes « comme un fleuve », mais il fuira devant l’épée de Dieu, parce que le souffle de l’Éternel le frappera dans sa fuite (59:19). Ici, l’accent est mis seulement sur le fait que cette chute n’est pas amenée par une intervention humaine, ni même par une contribution humaine, tandis qu’au ch. 14:25, Dieu dit que Lui-même brisera et foulera aux pieds l’Assyrien dans Son pays et sur Ses montagnes, c’est-à-dire dans le pays d’Israël. Quel jugement effrayant que celui qui anéantira cette armée ! Ce ne sont pas les Égyptiens qui ne sont que des hommes et non pas Dieu (31:3), mais c’est Dieu Lui-même qui abattra l’ennemi en l’anéantissant.

 

5.4.2.6                 Ésaïe 31:9

Cependant cela ne concernera pas toute l’Assyrie, mais seulement son armée, laquelle sera totalement et définitivement détruite. Ainsi, s’explique qu’il soit dit que « ses jeunes hommes seront soumis aux travaux forcés » [JND : au tribut], c’est-à-dire qu’ils devront travailler au service d’autrui. En tant que nation, l’Assyrie subsistera durant le règne millénaire, et même en tant qu’allié d’Israël (19:23-25). Mais dans ce qui est décrit ici, celui qui auparavant était le chef si puissant de l’armée, celui que l’on voit ici sur le « rocher », fuira de frayeur et d’épouvante, et ses princes seront terrifiés devant l’« étendard », qui désigne symboliquement ici, comme au ch. 11:10, le Messie victorieux. Cette fuite ne lui servira à rien. L’Éternel a « son feu dans Sion et son four dans Jérusalem » (comp. Mal. 3:19). Le feu exprime la sainteté inaltérable de Dieu — ici en jugement — (comp. 2 Thes. 1:8). Déjà, au ch. 29:1, nous avons vu Jérusalem comme l’« Ariel », le foyer de Dieu. Ici, la ville est délivrée de ses ennemis par le feu du jugement du Dieu saint, et elle est purifiée pour qu’Il y habite.

 

 

 

5.5   Aperçu du règne de paix — Ésaïe 32

5.5.1        Le gouvernement juste de Christ (ou : règne en justice) — Ésaïe 32:1-8

5.5.1.1                 Ésaïe 32:1

Dans le quatrième livre des Psaumes qui décrit les bénédictions du règne millénaire, on lit ceci : « Car le jugement retournera à la justice, et tous ceux qui sont droits de cœur le suivront » (Ps. 94:15). Ces paroles constituent un titre approprié pour le premier paragraphe de ce chapitre, qui interrompt la série de six appels de « malheur » (ch. 28 à 33) par un aperçu sur la domination du Messie pendant le règne millénaire.

Depuis la chute, l’humanité a déjà vécu dans le péché et l’injustice durant des millénaires. Certes, Dieu avait donné une loi à son peuple Israël après la sortie d’Égypte, et l’observation de cette loi aurait normalement dû conduire non seulement à une vie en commun juste, mais aussi à la justice devant Dieu (Deut. 6:25). Mais l’histoire d’Israël ne montre qu’une chose, à savoir qu’en gardant la loi, personne ne peut être justifié devant Dieu (Rom. 3:20).

C’est la raison pour laquelle le Fils de Dieu est venu comme homme sur la terre, pour vivre ici-bas comme le seul qui fût saint et juste (Actes 3:14). Mais sa vie parfaite ne pouvait sauver personne. C’est pourquoi Il dut mourir, Lui le juste, pour nous injustes, afin de nous amener à Dieu (1 Pierre 3:18). Celui qui croit en Lui, est rendu juste devant Dieu, c’est-à-dire pour parler correctement, il est maintenant justice de Dieu en Christ (2 Cor. 5:21).

Dans un monde qui est encore toujours injuste, ceux qui croient au Seigneur Jésus doivent souffrir à cause de la justice (Matt. 5:6-10 ; 1 Pierre 3:14). Mais, lorsque le Fils de l’homme descendra du ciel avec les rachetés, et apparaîtra sur la terre comme le « soleil de justice », alors la justice de Dieu s’approchera des hommes et sera manifestée dans toute sa gloire (Ésaïe 46:13 ; 56:1 ; Mal. 4:2). Il ne connaîtra pas seulement la justice, mais Il jugera aussi en justice d’abord les nations assemblées devant son trône de gloire, et ensuite durant tout son règne qui durera mille ans (Ésaïe 11:4 ; 16:5 ; 51:4-8 ; Matt. 25:31 et suiv. ; Apoc. 20:4-6).

Aux ch. 9:6-7 et 11:1-10 et 16:5, Ésaïe a déjà annoncé la domination royale future d’un descendant du roi David. Jérémie aussi en parle : « Voici, les jours viennent, dit l’Éternel, et je susciterai à David un germe juste, et il régnera en roi et prospèrera, et exercera le jugement et la justice dans le pays » (Jér. 23:5). Ce « germe de David » est le Seigneur Jésus, le Fils de Dieu devenu chair (Matt. 1:1 ; Actes 2:22-36). Pendant son règne, Satan sera lié et sera empêché d’exercer son influence corruptrice sur les hommes (Apoc. 20:1-3). Les hommes seront enfin dans la situation sans entrave de faire ce pour quoi Dieu les a créés : Le servir, Lui (Luc 1:74-75). Il n’y aura plus de tentation ni de séduction venant du dehors, parce que le séducteur sera lié. Mais la nature pécheresse de l’homme demeure inchangée, et elle se manifestera aussi pendant cette période glorieuse. Mais tout péché commis publiquement sera immédiatement et irrévocablement puni (Ps. 101 ; Ésaïe 66:24). Ce n’est qu’après les mille ans, quand le ciel et la terre auront passé, et que l’état éternel de gloire parfaite aura commencé, qu’alors seront suscités de nouveaux cieux et une nouvelle terre dans lesquels la justice habite (2 Pierre 3:13).

Mais, pendant les mille ans, le Seigneur Jésus sera là comme « roi régnant en justice » (32:1). Quant aux princes qui l’accompagnent et « dominent avec droiture », nous pensons d’abord aux disciples auxquels le Seigneur Jésus a attribué le jugement sur les douze tribus d’Israël : « Et moi, je vous confère un royaume comme mon père m’en a conféré un, afin que vous mangiez et que vous buviez à ma table dans mon royaume ; et que vous soyez assis sur des trônes, jugeant les douze tribus d’Israël » (Luc 22:29-30 ; comp. Matt. 19:28). Par le livre du prophète Ézéchiel, nous savons qu’un « prince » gouvernera le peuple d’Israël en tant que représentant terrestre de Christ (Éz. 34:24 ; 37:24 ; 44:3 ; 45:16 ; 46:2-18). Les croyants glorifiés aussi, qui paraîtront avec le Seigneur Jésus, régneront avec Lui (2 Tim. 2:12 ; Apoc. 5:10 ; 20:6).

 

5.5.1.2                 Ésaïe 32:2

L’« homme » du v. 2 est le même que le « roi » du v. 1, à savoir Christ, le Fils de l’homme, que Dieu a ressuscité d’entre les morts et a fait asseoir à sa droite « au-dessus de toute principauté et autorité, et puissance, et domination, et de tout nom qui se nomme, non-seulement dans ce siècle, mais aussi dans celui qui est à venir ; et il a assujetti toutes choses sous ses pieds et l’a donné pour être chef [tête] sur toutes choses à l’assemblée » (Éph. 1:20-22 ; comp. Daniel 7:13, 14, 16, 26, 27 ; Jean 5:27 ; Héb. 2:5-9) (*). Alors que dans le Nouveau Testament la gloire céleste et notre espérance céleste sont au premier plan de ce qui nous est révélé, le sujet de la prophétie dans l’Ancien Testament est la domination et la gloire de Christ sur la terre. Non seulement Il régnera en justice, mais pour tous ceux sur qui pèsent l’oppression, Il sera aussi « comme une protection contre le vent et un abri contre l’orage, comme des ruisseaux d’eau dans un lieu sec, comme l’ombre d’un grand rocher dans un pays aride » (comp. 4:6 ; 25:4 ; 26:4).

 

(*) Bien que les princes mentionnés au v. 1 « dominent avec droiture » (en contraste avec les conducteurs du peuple de l’époque ; comp. 3:14), le substantif hébreu ish (« homme ») au v. 2 a bien trait au roi, et n’est pas à considérer — comme beaucoup de traducteurs et de commentateurs le font — comme une forme pronominale (« chacun »).

 

5.5.1.3                 Ésaïe 32:3-4

L’endurcissement du peuple d’Israël, annoncé en Ésaïe 6:9-10, fera alors place à un entendement éclairé (comp. 29:18 ; 30:21 ; Jean 12:37-41 ; Rom. 11:25 ; 2 Cor. 3:14-16). Les yeux et les oreilles des hommes seront alors de nouveau ouverts à l’action et au message de Dieu. Avec des cœurs renouvelés, ils connaîtront Dieu et sa volonté, et ils annonceront Ses pensées dans un langage clair (32:3-4 ; comp. Jér. 31:33-34).

 

5.5.1.4                 Ésaïe 32:5-8

En ce temps-là ceux qui sont vils (en hébreu : nabal : insensé, homme vil) et les perfides [JND : avares] seront reconnus comme tels, et ne seront plus appelés nobles et gens de qualité. La méchanceté et l’hypocrisie auront leur fin (32:5). La vilainie ou la folie sont sans doute dirigées en premier lieu contre nos semblables, mais en fin de compte, elles le sont bien contre Dieu, l’Éternel (32:6-7 ; comp. Ps. 14:1). En contraste avec eux, les débonnaires et les pauvres sont ceux auxquels est promis le royaume de Dieu ; et un noble est quelqu’un qui ne cherche pas ses propres intérêts, mais ceux de Dieu (32:8 ; Comparer Matt. 5: 3-11 ; Actes 17:11).

 

5.5.2        Un avertissement — Ésaïe 32:9-14

Maintenant, le prophète a de nouveau devant les yeux l’état moral du peuple, qui ressemble à celui qui précède l’apparition de Christ. En particulier, les femmes légères contribuaient beaucoup de son temps au déclin des mœurs en Juda (comp. 3:16 et suiv.). Dans leur sécurité insouciante (mentionnée trois fois dans les v. 9 à 11) elles pensaient sans doute que toutes choses resteraient dans le même état, mais Ésaïe les avertit avec une sainte gravité, d’écouter et de prêter leurs oreilles à ses prédictions concernant un changement radical de leurs conditions de vie (32:9).

 

5.5.2.1                 Ésaïe 32:10-14

L’expression « dans un an et des jours » peut s’appliquer aussi bien au laps de temps allant jusqu’à l’attaque de l’Assyrien en l’an 702-701 avant J-C, qu’à celui allant jusqu’à l’époque alors encore lointaine du temps des jugements futurs (32:10). La même attitude qui régnait à l’époque en Juda, caractérisera aussi les hommes avant l’apparition du Seigneur Jésus : « Quand ils diront : « Paix et sûreté », alors une subite destruction viendra sur eux comme les douleurs sur celle qui est enceinte, et ils n’échapperont point » (1 Thes. 5:3). Leur sécurité superficielle et leur insouciance se changeraient en lamentations, et les champs fertiles deviendraient des déserts avec des épines et des ronces. Le palais royal et Jérusalem, la ville animée, avec ses fortifications, deviendraient l’habitation des animaux domestiques et sauvages (32:11-14) (*). Sans doute, tout cela se produisit réellement mais partiellement lors de l’attaque de l’Assyrien en 702-701 avant J-C, au cours des soixante-dix années de la captivité de Juda (606-537 avant J-C), et après la destruction de Jérusalem en l’an 70 après J-C, mais la description faite ici semble toutefois dépasser le cadre de ces évènements, et faire allusion au temps de la fin.

 

(*) Ophel (mot hébreu signifiant : « colline ») était une partie de la ville située sur le versant sud-est du mont du temple (2 Chr. 27:3 ; 33:14 ; Néh. 3:26-27).

 

5.5.2.2                 Ésaïe 32:14-15

L’expression « pour toujours » du v. 14 n’a pas — comme le montre le verset suivant — le sens d’« éternité » pris dans l’absolu ; le plus souvent dans l’Ancien Testament, le mot « éternité » n’est pas à prendre de manière absolue. L’expression « pour toujours » désigne ici simplement une longue période dont on ne voit pas la fin. Tandis que les incroyants estiment et espèrent que les choses resteront toujours ainsi, et qu’il n’y a pas d’avenir pour le pays et le peuple juif, — et tandis que d’autres, malgré un espoir mêlé d’anxiété, ne prévoient aucune fin à la dévastation, voilà que Dieu, dans Son omniscience et Sa grâce, voit la fin déjà dès le commencement. Cette perspective grandiose est décrite au v. 15.

 

5.5.3        La bénédiction du Millénium — Ésaïe 32:15-20

5.5.3.1                 Ésaïe 32:15 — le Saint Esprit répandu

« …jusqu’à ce que l’Esprit soit répandu d’en haut sur nous » (32:15). Lorsque le résidu du peuple juif se tournera vers son Dieu dans la repentance et dans la foi, et acceptera le Seigneur Jésus comme son Messie, alors Dieu ne leur cachera plus Sa face, mais Il répandra son Esprit Saint sur eux (voir 44:3 ; Éz. 36:27 ; 39:29). Ce sera pour Son peuple croyant, le signe et le sceau de ce qu’Il les reconnaît ; de plus, il en sera de même pour les croyants des nations qui entreront dans le règne de mille ans, car d’après Joël 2:28-29, l’Esprit sera alors répandu non seulement sur le résidu croyant, mais « sur toute chair ».

Lorsque Pierre à Jérusalem au jour de la Pentecôte, a cité les paroles du prophète Joël, il n’a pas parlé d’un accomplissement de la prophétie de l’Ancien Testament, mais il a employé des paroles d’ordre général : « C’est ici ce qui a été dit par le prophète Joël… » (Actes 2:16) ; car le véritable accomplissement n’interviendra que lorsque Israël recevra son Messie avec foi. La venue du Saint Esprit pour former l’Assemblée de Dieu n’était qu’une anticipation partielle de l’accomplissement définitif — il est vrai avec des conséquences d’une immense portée. Tout d’abord, le jour de la Pentecôte, le Saint Esprit ne fut pas répandu « sur toute chair », mais sur le petit nombre de croyants qui se trouvaient assemblés à Jérusalem. En second lieu, l’Ancien Testament ne contient aucune prophétie relative à l’Assemblée, car elle constitue le « mystère du Christ » qui n’a été révélé qu’après Son élévation au ciel et après la venue du Saint Esprit (Éph. 3:3-10). L’accomplissement effectif des prophéties de l’Ancien Testament ayant trait à l’effusion du Saint Esprit sur le résidu croyant des Juifs et sur tous les hommes, est donc encore futur.

 

5.5.3.2                 Ésaïe 32:15-16

Le pays des Juifs qui, jusqu’ici, était un désert, sera alors transformé en un champ fertile (en hébreu : carmel) et le champ fertile est assimilé à la forêt. Déjà, au ch. 29:17, le prophète avait décrit avec des paroles similaires, la régénération de la nature au début du règne millénaire (comp. 35:1). Cependant, la manière dont s’exprime le prophète au v. 16 semble indiquer qu’il s’agit non seulement de la terre, mais aussi des cœurs des hommes : « Et la droiture demeurera dans le désert, et la justice habitera le champ fertile ».

 

5.5.3.3                 Ésaïe 32:17

Partout, le fruit de la droiture sera que la paix, le repos et la sécurité régneront, et ce sera, sans doute « à toujours » (32:17 ; [« en éternité » dans l’original allemand]). Puisque le règne millénaire, comme son nom l’indique, aura une fin, l’expression « à toujours » n’a pas le sens de « en éternité » selon le sens de cette expression dans le Nouveau Testament. D’après Daniel 7:14, « Sa domination est une domination éternelle qui ne passera pas, et son royaume, un royaume qui ne sera pas détruit » ; ce passage permet de déduire la signification du mot « éternel » : le Millénium sera la dernière forme de gouvernement sur la terre, et ne sera remplacé par aucun autre. En outre, nous savons d’après Apoc. 22:5 que le Fils de l’homme exercera effectivement une domination éternelle.

 

5.5.3.4                 Ésaïe 32:18

Ensuite, Dieu appelle de nouveau encore une fois Israël « mon peuple » (32:18 ; voir 6:9). Lorsqu’il se sera revenu à Lui, Il le reconnaîtra comme tel, bien qu’il ait toujours été son peuple et qu’il le soit resté (comp. Osée 2:1 ; Rom. 11:2). Les habitations du peuple seront alors remplies de paix, de sécurité et de repos tranquille (comp. Michée 4:4 ; Zach. 14:11).

 

5.5.3.5                 Ésaïe 32:19

Au v. 19, la contemplation de la scène de paix et de bénédictions est subitement interrompue pour donner lieu à un nouveau coup d’œil en arrière sur la fin de l’Assyrien. « La grêle tombera dans le renversement de la forêt » [JND : sur la forêt]. La forêt est pour nous l’image connue de la puissante armée assyrienne selon 10:18,34, et au ch. 30:30, la grêle est utilisée comme une figure du jugement de Dieu sur cette puissance. Et aussi « la ville sera abaissée dans un lieu bas ». Cette expression orgueilleuse, déjà mentionnée à plusieurs reprises, des talents d’organisation des hommes et de la grandeur humaine, sera détruite (comp. 25:2 et 26:5). Toute la prétendue sagesse et la puissance des hommes incroyants sera entièrement anéantie en ce jour-là.

 

5.5.3.6                 Ésaïe 32:20

Mais ensuite, le regard se porte à nouveau sur l’état béni du peuple terrestre de Dieu durant le règne millénaire. Pour la seconde fois, le mot « bienheureux » lui est adressé. La première fois, c’était pour encourager le résidu croyant dans la tribulation (30:18) ; ici, c’est en raison des bénédictions terrestres et surabondantes à venir ; une troisième béatitude est la part de ceux qui tiennent compte de la Parole de Dieu (56:2). Oui, bienheureux tous ceux « qui possèdent le pays » (Ps. 37:9, 11, 22, 29, 34). Ils pourront semer sans avoir besoin de beaucoup de peine ou de labeur, là où le sol est toujours suffisamment irrigué et par conséquent fertile, et ils n’auront plus à veiller avec inquiétude sur le bétail, pour l’empêcher de ravager le produit des champs (comp. 30:23-25).

 

5.6   Ésaïe 33 — « Malheur » sur l’Assyrien

5.6.1        Le ravageur est ravagé — Ésaïe 33:1-13

5.6.1.1                 Ésaïe 33:1

Le sixième et dernier « malheur » de cette série, s’adresse à l’encontre d’un ravageur [JND : destructeur] qui n’avait jamais été ravagé [JND : détruit] et contre un perfide (ou : ravisseur) qui n’a jamais été dépouillé [JND : contre qui on n’a jamais agi perfidement]. Le « ravageur » est l’Assyrien déjà désigné par ce terme au ch. 16:4 (comp. Jér. 6:22-26 ; Daniel 9:27), tandis que le « ravisseur » qui peut-être se tient derrière lui, est la puissance de Gog qui n’est mentionnée que par Ézéchiel (Éz. 38 et 39). En Éz. 38:17, Dieu adresse une question à Gog, la grande puissance de l’extrême nord [JND : le fond du nord], et cette question montre la relation étroite entre l’Assyrien, le roi du nord, et ce Gog : «N’es-tu pas celui dont j’ai parlé dans les jours d’autrefois par mes serviteurs les prophètes d’Israël qui, en ces jours-là, pendant bien des années, ont prophétisé que je te ferais venir contre eux ? ». Cette question se réfère évidemment aux prophéties des prophètes antérieurs au sujet de l’Assyrien. C’est pourquoi on ne peut pas dire avec certitude, si le « ravageur » et le « ravisseur » sont deux désignations différentes pour le même Assyrien, ou bien si le second fait allusion à Gog. En tout cas, dans la suite du chapitre, l’ennemi semble être l’Assyrien qui, dans beaucoup de prophéties, n’est pas clairement distingué de Gog (*).

 

(*) Bon nombre de commentateurs voient, il est vrai, l’accomplissement de cette prophétie comme concernant uniquement l’attaque de l’Assyrien, déjà mentionnée à plusieurs reprises par Ésaïe, contre Jérusalem au temps d’Ézéchias (2 Rois 18:14 et suiv.). Vu l’ensemble du contexte de notre chapitre (voir avant tout 33:5,6, mais aussi 33:17-24), cet épisode ne peut cependant être considéré que comme un accomplissement partiel.

 

Christ, le roi, est entré dans son règne de justice (32:1). Dieu a atteint Son but avec Son peuple, et maintenant l’instrument qu’Il avait précédemment utilisé pour châtier ce peuple, est aussi anéanti à son tour (33:1 ; comp. 10:5-19). Mis à part la parenthèse historique des ch. 36 à 39, ce grand ennemi d’Israël est mentionné ici pour la dernière fois dans la partie prophétique du livre d’Ésaïe.

 

5.6.1.2                 Ésaïe 33:2

Cette dernière attaque amène avec elle une grande tribulation pour le résidu croyant qui souffre à cause de sa fidélité et de sa foi au Messie qu’il attend, et dans sa détresse il implore l’Éternel (33:2 ; comp. 25:9). Quelle bénédiction de pouvoir, dans la détresse, regarder à l’Éternel avec foi ! Sa réponse de grâce à la fervente supplication, arrive au bon moment, que Lui seul connaît. Même si chaque matin le « fléau qui inonde » peut passer (voir 28:19), ils peuvent chaque matin s’appuyer à nouveau avec foi sur Son bras puissant ! Il est le seul véritable salut (en hébreu : Jeshua), pour son peuple dans la détresse.

Il est frappant de voir le résidu croyant s’exprimer au début et à la fin de ce verset, et être interrompu, entre deux, par quelqu’un d’autre : « Éternel, use de grâce envers nous : nous nous sommes attendus à toi ; sois leur bras tous les matins, et notre salut au temps de la détresse ! ». Sans doute, on peut tout d’abord penser au prophète qui se considère comme l’intercesseur de son peuple si éprouvé ; mais ici nous pouvons y voir de plus une référence à Christ et à la manière dont Il intercède en faveur des siens, et à la manière dont Il s’identifie avec son peuple dans la détresse, comme lorsqu’Il dit au ch. 63:9 : « Dans toutes leurs détresses, Il a été en détresse, et l’Ange de sa face les a sauvés ».

 

5.6.1.3                 Ésaïe 33:3-4

C’est immédiatement que le prophète peut voir la réponse de Dieu et proclamer avec joie : « À la voix du tumulte, les peuples s’enfuirent ; quand tu t’es levé, les nations ont été dispersées (33:3).

La destruction de l’armée assyrienne et de ses nations alliées, que Dieu accomplira tout seul sans concours humain, sera accompagnée d’impressionnants phénomènes naturels (voir 14:25 ; 30:30, 31 ; 31:8). Avec ces évènements, le cours des choses est entièrement retourné ! Le verset qui suit s’adresse aux Assyriens : ceux qu’ils ont longtemps opprimé, se déploieront comme une immense nuée de sauterelles pour ramasser le butin (33:4).

 

5.6.1.4                 Ésaïe 33:5-6

Les versets 5 et 6 dirigent nos regards sur l’Éternel qui sera alors haut élevé (comp. 12:4). Il demeure en haut et dans le lieu saint, mais aussi auprès de celui qui est abattu et d’un esprit contrit (57:15). Parce que son peuple est revenu à Lui, Il peut dorénavant remplir de nouveau Sion de droiture et de justice. Après tous les bouleversements des siècles passés, leurs temps (ou : leurs circonstances, leur sort ; comp. Ps. 31:15) seront de nouveau caractérisés par la stabilité divine. Le changement moral qui a eu lieu se montre aussi en ce que les Juifs ne regardent plus le bien-être matériel comme de la bénédiction, car leur part sera alors la plénitude [JND : trésor] de délivrance ou de salut (en hébreu : jeshua), de sagesse et de connaissance. Ils ont appris que la crainte de l’Éternel est leur véritable trésor.

 

5.6.1.5                 Ésaïe 33:7-8

Puis, le regard du prophète se tourne en arrière vers l’oppression due aux ennemis. À ce propos, le parallèle historique ne peut être considéré — comme si souvent — que comme un accomplissement partiel préalable. Lorsque Sankhérib (en 702/701 avant J-C) fit la conquête de Juda, Ézéchias lui compta 300 talents d’argent et 30 talents d’or pour qu’il s’en aille. Mais Sankhérib rompit l’accord conclu, et envoya de Lakis une grande armée contre Jérusalem (2 Rois 18:13 à 19:37). On comprend bien que « leurs hommes vaillants » (*) et les « messagers de paix », les envoyés d’Ézéchias, aient crié et aient pleuré amèrement devant ce revirement pour le pire, car le roi d’Assyrie « a rompu l’alliance, il a méprisé les villes, il n’a égard à personne » (33:7, 8).

 

(*) Le substantif hébreu er’el, rendu par « homme vaillant », est bien une allusion à Ariel (la désignation utilisée pour Jérusalem en 29:1 et pour « des lions de Dieu, de puissants hommes vaillants » en 2 Samuel 23:20).

 

La signification prophétique ayant trait à l’avenir n’est toutefois pas facile à discerner. Quelques commentateurs y voient l’action impie du chef de l’Empire romain, qui conclura une alliance avec la masse du peuple juif dans la dernière semaine d’années de Daniel, mais qui la rompra après trois ans et demi (comp. 28:14-18 ; Daniel 9:27). Selon une autre interprétation, l’Assyrien aura parmi le peuple juif, des partisans cachés, qu’il a attirés de son côté par ruse, et qui pour cette raison, seront amèrement déçus de ce qu’il ait rompu l’alliance avec eux, lors de sa dernière attaque, (comp. Daniel 8:23-25 ; Nahum 1:11).

 

5.6.1.6                 Ésaïe 33:8-9

L’attaque de l’Assyrien n’amènera pas seulement une grande déception, mais aussi avec elle, d’immenses destructions. Les villes et les voies de communication, mais aussi les régions les plus agréables seront détruites (33:8 et 9). Le Liban, célèbre par ses cèdres, la plaine bien arrosée du Saron, la région de Basan bien connue pour la qualité de son bétail, et le Carmel couvert de forêts, font partie des régions les plus belles et les plus fertiles de tout le pays (comp. 35:2). Ce qui subsistera sera des lieux dépouillés et désertiques.

 

5.6.1.7                 Ésaïe 33:10-13

Cependant le moment va venir où l’Éternel dira : C’est assez ! Lorsque la mesure des péchés de l’Assyrie sera comble, et qu’inversement tout paraîtra perdu pour le peuple de Dieu, l’heure de la délivrance sonnera. Il prononcera Son triple « maintenant » divin, pour annoncer son intervention. Il va se lever, être exalté et élevé (33:10 ; comp. Ps. 12:5 ; 68:1). La vanité de tous les plans des Assyriens en vue de détruire Jérusalem, ne pourrait pas être exprimé de manière plus touchante que par ces paroles : « vous concevrez l’herbe sèche, vous enfanterez le chaume ». Leur souffle bruyant, terrifiant pour les hommes, sera leur propre jugement, car il est comme un feu qui consumera non seulement leurs plans, désormais sans plus de valeur que du foin et du chaume, mais aussi eux-mêmes (33:11). L’armée assyrienne et les peuples qui sont ses alliés, seront réduits à une masse brûlante unique comme quand on cuit la pierre à chaux, et seront brûlés comme des épines coupées et desséchées dans le feu (comp. 9:18). Lorsque le jugement sera achevé, ceux qui sont loin et ceux qui sont près devront entendre ce que Dieu a fait, et reconnaître Sa puissance (33:13).

 

5.6.2        Un coup d’œil sur le Millénium — Ésaïe 33:14-24

5.6.2.1                 Ésaïe 33:14

Le jugement de Dieu n’atteindra pas seulement les ennemis qui assaillent Son peuple de l’extérieur, mais également les nombreux Juifs impies [litt : sans Dieu] qui recevront à ce moment-là leur rétribution pour L’avoir méprisé. Ils sont « les pécheurs en Sion » et « les infâmes » [JND : impies], qui seront terrifiés lors de l’apparition du Seigneur Jésus venant du ciel, et qui demanderont en tremblant : « Qui de nous séjournera dans le feu consumant ? Qui de nous séjournera dans les flammes éternelles ? (33:14 ; comp. Ps. 15 ; 24:3-4). L’apparition du Seigneur Jésus en gloire est une venue « en flammes de feu » (2 Thes. 1:8 ; comp. Mal. 4:1). Le feu dans la Bible, est souvent une figure de la sainteté inaltérable, incorruptible, du Dieu éternel, qui se révèle en jugement (comp. Deut. 4:24 ; Héb. 12:29). Avec une terreur panique, les impies chercheront à fuir devant l’Éternel, mais cela ne leur servira à rien (Zach. 14:5). Son jugement inexorable les atteindra autant que tous les hommes des nations, qui, au temps de la tribulation, n’auront pas reçu l’évangile du royaume avec repentance et foi (5:25).

 

5.6.2.2                 Ésaïe 33:15-16

Comme le montre la réponse du prophète aux questions remplies d’épouvante qui sont posées, seuls pourront subsister en présence de la sainteté divine, ceux qui marchent dans la justice et parlent avec droiture, ceux qui haïssent le gain malhonnête et qui sont intègres, ceux qui ne veulent pas entendre parler de meurtres ni voir ce qui est mal (33:15). Ces signes distinctifs caractérisent les hommes nés de nouveau, et également le résidu croyant du peuple juif. Pour eux, il n’y aura pas de feu du jugement, mais une sécurité parfaite. Dans le temps de paix et de bénédiction qui se lèvera alors, ils habiteront au sens figuré en haut, possédant les forteresses des rochers comme leur refuge et ne manquant de rien (33:16).

 

5.6.2.3                 Ésaïe 33:17, 22 — Voir le Roi dans Sa beauté

Mais leur privilège le plus élevé sera de voir leur roi dans sa beauté (33:17) ! Il est le Même, Celui qu’on a déjà vu aux chapitres 9:6-7 et 11:1-10 et 16:5 comme descendant de David sur son trône, mais en même temps, Il est Celui devant qui, quand Ésaïe le voit, il s’écrie : « Malheur à moi ! Car je suis perdu ; car moi, je suis un homme aux lèvres impures, et je demeure au milieu d’un peuple aux lèvres impures ; car mes yeux ont vu le roi, l’Éternel des armées » (6:5 ; comp. Jean 12:41). Aussi bien comme Dieu éternel que comme Fils de l’homme, Il est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs (comp. 1 Chr. 29:11 ; 1 Tim. 6:15 ; Apoc. 19:16). Cela sera confirmé par l’exclamation triomphante des Juifs croyants, qui ont attendu si ardemment la venue du royaume de Dieu : « L’Éternel est notre roi » (33:22) !

Pour ce qui nous concerne, nous pouvons déjà maintenant voir par la foi notre Seigneur méprisé sur la terre, comme Homme glorifié à la droite de la majesté dans les hauts lieux, et être transformés à Son image par la contemplation de Sa gloire ineffable (2 Cor. 3:18 ; Col. 3:1 ; Héb. 1:3 ; 12:2). Nous le voyons là comme notre Rédempteur et Seigneur, comme notre Avocat et notre Souverain Sacrificateur, comme le chef de l’Assemblée et l’Époux de son épouse. Combien ces gloires sont plus grandes que Sa gloire royale pendant le règne millénaire ! Cependant nous aurons aussi part à cette gloire royale, car quand Il apparaîtra comme juge et dominateur sur le monde, nous l’accompagnerons, de même que Moïse et Élie, lors de son apparition en gloire sur la montagne, apparurent ensemble avec Lui aux trois disciples Pierre, Jacques et Jean, ceux auxquels fut accordé le privilège, dans une préfiguration prophétique, de voir « le Fils de l’homme venant dans son royaume » (Matt. 16:28 à 17:8 ; comp. 2 Pierre 1:16-19). Alors tout œil ne regardera que Lui, et les cœurs de ceux qui Le connaissent, ne seront remplis que de Lui (1 Thes. 3:13 ; 2 Thes. 1:10 ; Apoc. 1:7 ; comp. Matt. 5:8).

Le « pays lointain » (33:17) est le pays promis, dans toute son étendue prophétique, depuis l’Euphrate jusqu’au Nil, tel que le peuple d’Israël n’en a encore jamais pris possession dans son histoire jusqu’à aujourd’hui (voir Gen. 15:18 ; comp. Ésaïe 26:15). Ni Abraham, auquel Dieu l’avait d’abord promis, et qui ne put y séjourner qu’en étranger, ni Moïse qui put le contempler du sommet du Pisga, ne l’ont vu dans toute cette étendue (Deut. 34:1-4).

 

5.6.2.4                 Ésaïe 33:18-19

Dans la rétrospective sur la période passée de la tribulation, le résidu demandera alors : « Où est celui qui enregistre ? Où est celui qui pèse ? Où est celui qui compte les tours ? ». Vraisemblablement, il faut entendre par là les employés des ennemis, pour lesquels le décompte des tours de défense fournissait la base de calcul des « paiements de réparation », c’est-à-dire du tribut imposé aux vaincus, et dont le paiement ponctuel et exact était contrôlé strictement par les vainqueurs (33:18). L’armée arrogante des Assyriens, avec son langage incompréhensible, disparaît pour toujours de la scène par l’effet du jugement de Dieu (33:19).

 

5.6.2.5                 Ésaïe 33:20

Le résidu du peuple de Dieu, une fois délivré, peut maintenant porter ses regards sur Sion, le lieu de la grâce, et sur Jérusalem, la ville du grand Roi (comp. 2:2-4). Là se tiendront à nouveau les assemblées solennelles (des fêtes) auxquelles Dieu prend plaisir (comp. 1:13). La Jérusalem terrestre sera alors un lieu d’habitation tranquille, sans sujets d’inquiétude. Comme la nouvelle Jérusalem descendant du ciel dans le livre de l’Apocalypse (figure de l’Assemblée de Dieu dans l’éternité), cette Jérusalem terrestre est comparée ici à une tente ou une hutte (33:20 ; comp. Apoc. 21:2, 3). Mais tandis qu’une tente ordinaire est toujours à nouveau démontée, puis remontée ailleurs, cette tente-là ne sera plus transportée, ses pieux ne seront jamais arrachés ni non plus ses cordes. Le pieu est, dans plusieurs passages de l’Écriture sainte, une figure du soutien de Dieu (Esdras 9:8 ; Ésaïe 22:23 ; Zach. 10:4). Toute inquiétude, toute marche errante du peuple aura fini pour toujours.

 

5.6.2.6                 Ésaïe 33:21

Le fondement de la stabilité future de la ville, c’est Dieu Lui-même : « Là, l’Éternel est pour nous magnifique » (33:21). Les paroles du Psaume 132:13, 14 auront leur accomplissement : « Car l’Éternel a choisi Sion ; Il l’a désirée pour être son habitation : c’est ici mon repos à perpétuité ; ici j’habiterai, car je l’ai désirée ». Ni l’attaque de Gog peu après le commencement du règne millénaire, ni le dernier assaut de Satan à la fin de ce règne, ne détruiront la paix de Jérusalem (Éz. 38 et 39 ; Apoc. 20:7-10). Jérusalem sera pour toujours ce que son nom signifie : « Fondation de paix ».

Les villes de Babel et de Ninive, mais aussi d’Égypte s’appuyaient sur de grands fleuves qui présentaient de grands avantages en temps de paix, mais qui avaient des inconvénients en temps de guerre (comp. 19:5 ; 27:1 et Nahum 2:7 ; 3:7, 8). Au temps du règne millénaire, Jérusalem sera comme « un lieu de fleuves, de larges rivières » qui n’apportent avec eux que de la bénédiction, mais qui n’offriront aucune possibilité d’attaque à quelque ennemi que ce soit, car « il n’y viendra aucun vaisseau à rames, aucun navire puissant [JND : noble] n’y passera ». On peut sans doute comprendre cette manière de s’exprimer, comme étant une forme imagée, mais n’oublions pas que, pendant le règne millénaire, « des eaux vives sortiront de Jérusalem, la moitié vers la mer orientale (c’est-à-dire la mer Morte) et la moitié vers la mer d’occident (c’est-à-dire la mer Méditerranée) » (Zach. 14:8 ; Éz. 47 ; comp. Ps. 46:5). Tout parle des riches bénédictions accordées aux hommes qui vivront dans ce temps béni.

 

5.6.2.7                 Ésaïe 33:22

Tout danger sera banni pour toujours, grâce à la présence glorieuse de l’Éternel qui est à la fois juge, commandant en chef (ou : conducteur, législateur) et roi d’Israël, et qui sauve Son peuple bien-aimé (33:22). Que le Roi soit en même temps l’Éternel, c’est-à-dire Dieu, et Fils de David, c’est-à-dire Homme, nous l’avons vu déjà dans la description du chapitre 9, v. 6 et 7 : « Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, et le gouvernement sera sur son épaule ; et on appellera son nom : Merveilleux, Conseiller, Dieu fort, Père d’éternité [JND : du siècle], Prince de paix. À l’accroissement de son empire et à la paix, il n’y aura pas de fin, sur le trône de David et dans son royaume, pour l’établir et le soutenir en jugement et en justice, dès maintenant et à toujours ». Il n’y a qu’une seule Personne qui corresponde à ces caractères : le Fils de Dieu qui, comme homme, est mort sur la croix de Golgotha « non seulement pour la nation (c’est-à-dire les Juifs), mais aussi pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés » (Jean 11:52). Lorsqu’Il sera venu chercher Son Assemblée pour la prendre auprès de Lui dans la maison du Père, Il apparaîtra de nouveau sur la terre pour prendre en Israël Sa place comme Roi, titre qui Lui a été refusé lors de sa première venue, deux mille ans auparavant.

 

5.6.2.8                 Ésaïe 33:23

En raison de ce secours puissant, la dernière tentative de l’ennemi en vue de conquérir Jérusalem ne peut pas réussir (*). Au contraire, il est parlé en figure, de faire naufrage. Sa force de combat, anéantie non par la main de l’homme, mais par l’Éternel, est comparée à un bateau de guerre dont les cordages qui tiennent le mât et doivent tendre les toiles, retombent relâchés. Il est désemparé, c’est une épave. Tout le riche butin tombera dans les mains du peuple de Dieu, de sorte qu’il restera quelque chose même pour les boiteux qui arrivent les derniers (33:23 ; comp. Éz. 39:10). Ainsi s’accomplit le dernier des six appels de malheur. Le ravageur est ravagé, le ravisseur est dépouillé [ou : Celui qui détruit est lui-même détruit, celui qui est perfide est pris à son propre piège] (33:1).

 

(*) Comme au verset 1, il n’est pas non plus facile de dire s’il s’agit ici de la dernière attaque de l’Assyrien, ou de celle de Gog, la grande puissance du fond du nord qui se tient derrière l’Assyrien (Éz. 38 et 39).

 

5.6.2.9                 Ésaïe 33:24

Le chapitre se termine avec une courte description de la bénédiction des habitants de Jérusalem et de tout le peuple de Dieu dans le règne millénaire. Il n’y aura plus ni maladie ni faiblesse, et toute la culpabilité du résidu délivré sera pardonnée pour toujours (33:24 ; comp. 57:18-19 ; 58:8 ; Jér. 50:20). Ce n’est pas par sa propre justice ni avec le secours de nations puissantes, mais par l’intervention souveraine et pleine de grâce de Dieu, qu’Israël recevra la prospérité et la paix.

 

 

6                        Ésaïe 34 à 35 — Jugement et bénédiction

Les ch. 34 et 35 constituent la conclusion de la première partie du livre d’Ésaïe, mais spécialement des ch. 28 à 33 qui contiennent le sextuple « malheur ». Ils occupent de ce fait une position similaire à celle des ch. 24 à 27, qui concluaient les dix oracles au sujet des nations des ch. 13 à 23.

On trouve ici la description du dernier jugement sur les nations avoisinantes ainsi que les bénédictions du règne millénaire. Les paroles de Dieu, dans le livre du prophète Malachie, trouvent ici leur confirmation définitive : « J’ai aimé Jacob et j’ai haï Ésaü » (Mal. 1:2,3).

6.1   Jugement sur Édom et ses alliés — Ésaïe 34

6.1.1        Édom

Les Édomites habitaient la montagne de Séhir, au sud-est de la Mer morte ; ils étaient les descendants d’Ésaü, le frère aîné de Jacob (Gen. 36:1). Mais malgré cette parenté si étroite avec Israël, ils faisaient partie de ses ennemis les plus acharnés (Nomb. 20:14-21 ; 1 Rois 11:14). Malgré cela, Israël ne devait pas les haïr, car ils étaient un peuple frère (Deut. 23:8). Mais la sentence de Dieu s’est fait entendre : « Ésaü n’était-il pas le frère de Jacob ? dit l’Éternel ; et j’ai aimé Jacob ; et j’ai haï Ésaü, et j’ai fait de ses montagnes une désolation, et j’ai livré son héritage aux chacals du désert » (Mal. 1:2-3). Malgré toutes ses faiblesses, Jacob était un croyant qui fut instruit par la discipline de Dieu, tandis qu’Ésaü est appelé « profane » qui a méprisé la grâce de Dieu (Héb. 12:16). Bien qu’Ésaü fût l’aîné, Dieu a montré à son sujet de manière exemplaire, que pour Lui, ce n’est pas la chair qui compte, mais la foi, et qu’Il ne choisit pas les choses fortes, mais les choses faibles (voir 1 Cor. 1:26-31 ; 15:46). Ésaü haïssait son frère Jacob, et ses descendants ont haï le peuple d’Israël (Gen. 27:41 ; Lam. 4:21 ; Amos 1:11 ; Abdias 12-14). C’est pourquoi Édom subira le châtiment de Dieu au temps de la fin. Le jugement sur ce peuple impie sera exécuté par le Seigneur Jésus comme Messie, et en cette circonstance, le peuple d’Israël L’accompagnera et L’aidera (És. 11:14 ; Éz. 36:5 ; Amos 9:12 ; Abdias 21). Après cela, Édom deviendra pour toujours un désert (Jér. 49:13 ; Éz. 25:13 ; 32:29 ; 35:9 ; Joël 4:19 ; Abdias ; Malachie 1:3-4).

Le jugement sur Édom sera le dernier avant le commencement du règne millénaire. Tout d’abord, le Seigneur venant du ciel, anéantira l’armée de l’Empire romain et l’Antichrist, puis ensuite les forces assyriennes, et finalement Édom et les peuples voisins ; le règne de paix commencera après Son retour victorieux.

Édom est si souvent mentionné en relation avec les jugements des temps de la fin, qu’il est impossible de le considérer comme un nom symbolique qui représenterait d’autres peuples — que ce soit alors les Assyriens ou l’Empire romain, malgré l’opinion de beaucoup de commentateurs. Le fait que tout un livre prophétique, à savoir Abdias, même s’il est court, soit consacré uniquement au jugement sur Édom, rend tout à fait clair ce que représente ce peuple voisin d’Israël, lors des jugements de la fin (outre les passages déjà cités, voir Ps. 83:6 et suiv. ; 137:7 ; Ésaïe 63:1-4 ; Jér. 49:7-22). En outre, les différents passages des Écritures ne laissent planer aucun doute sur le fait que le jugement n’aura pas lieu dans le pays d’Israël, mais hors de ses limites. C’est pourquoi il ne peut s’agir ni de la chute de l’armée romaine à Armaguédon, ni de celle de l’Assyrien sur les montagnes d’Israël (Apoc. 16:12-16 ; Ésaïe 14:25 ; Daniel 11:45).

 

6.1.2        Édom est anéanti — Ésaïe 34:1-17

6.1.2.1                 Ésaïe 34:1-2

Non seulement Édom, mais aussi les nations, les peuplades, la terre et le monde avec tous ses habitants (voir Ps. 24:1) sont appelés à prêter attention à la venue imminente du jugement de l’Éternel — le dernier jugement avant le commencement du règne de paix (34:1). L’Éternel est en colère à l’égard de toutes les nations, et en fureur contre leurs armées — c’est-à-dire envers tous ceux qui sont de reste après les jugements précédents. Combien grande doit être leur impiété pour qu’Il les voue à une totale destruction et les livre au carnage (34:2) ! Le mot « destruction » signifie proprement « anathème », c’est-à-dire quelque chose qui appartient à Dieu, qui est sanctifié pour Lui. Selon la loi, tout être vivant qui était « voué » [= déclaré anathème], devait être mis à mort (Exode 22:19 ; Lév. 27:28-29). La signification de cet acte est celle-ci : Celui qui s’oppose à Dieu dans sa vie, Dieu lui montre Sa puissance par le châtiment de la mort. Dieu considère Édom en entier comme un « peuple de mon anathème », c’est à dire un « peuple voué à la destruction » (voir 34:5).

 

6.1.2.2                 Ésaïe 34:3-4

Quel spectacle affreux que celui des morts dont le sang coule en bas des montagnes (34:3). Des bouleversements impressionnants s’ensuivront, même si les dernières puissances de cette terre seront anéanties dans les environs immédiats d’Israël (34:4). Les conséquences de l’ouverture du sixième sceau par l’Agneau sont décrites d’une manière analogue (Apoc. 6:12-14). Ce sont des expressions figurées qui décrivent l’anéantissement complet de toute autorité et de tout ordre parmi les hommes.

 

6.1.2.3                 Ésaïe 34:5

Que le jugement d’Édom ne provienne pas des hommes, mais de Dieu, cela ressort de l’expression suivante : « Car mon épée sera enivrée dans les cieux » (34:5). On trouve une image semblable déjà en Deut. 32:41-43, où Moïse, à la fin de son cantique, considérant le jugement qui vient, dit : « Si j’aiguise l’éclair de mon épée et que ma main saisisse le jugement, je rendrai la vengeance à mes adversaires et je récompenserai ceux qui me haïssent. J’enivrerai mes flèches de sang, et mon épée dévorera de la chair ; je les enivrerai du sang des tués et des captifs, de la tête des chefs de l’ennemi. Réjouissez-vous, nations, avec son peuple ; car Il vengera le sang de ses serviteurs, et Il rendra la vengeance à ses adversaires, et Il pardonnera à la terre, à son peuple ». L’épée du jugement de Dieu tombe, pour ainsi dire du ciel, directement sur Édom, le peuple voué à la destruction, qui n’a pas voulu se soumettre à Lui, et qui doit maintenant de cette manière, faire l’expérience de la puissance qu’Il revendique (34:2).

 

6.1.2.4                 Ésaïe 34:6-7

Dans les versets 6 et 7, les habitants d’Édom sont assimilés à des animaux destinés aux sacrifices et à l’abattoir. Les agneaux, les boucs, les béliers, les buffles et les taureaux désignent des hommes, spécialement les conducteurs, qui sont mis à mort par l’épée de l’Éternel. Mais ce n’est pas une fête joyeuse comme au ch. 25:6, mais le sacrifice de l’Éternel à Botsra, la capitale du pays d’Édom, le jour de la vengeance et l’année des récompenses « pour la cause de Sion » (34:8). Quelle lumière ces dernières paroles jettent sur ce qui aura lieu ! Elles montrent que finalement toute la prophétie a pour but la position centrale du peuple terrestre de Dieu et de son Roi, le Seigneur Jésus, dans le règne millénaire. Le conseil de Dieu s’accomplira en plénitude, non seulement en rapport avec l’éternité, mais aussi à l’égard de la création. Toutes Ses promesses à Israël, qui trouvent en Christ leur Oui et leur Amen, seront parfaitement accomplies (Rom. 11:29-36 ; 2 Cor. 1:20).

 

6.1.2.5                 Ésaïe 34:9-10a

Les versets 9 et 10a décrivent le jugement sur Édom, dans des paroles qui rappellent la ruine de Sodome et Gomorrhe, oui, et même le feu éternel de l’enfer « là où leur ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas » (Jér. 49:18 ; Gen. 19:24-28 ; Marc 9:44 ; Apoc. 14:10-11). Toutefois il ne s’agit manifestement pas de la part éternelle des Édomites sous le jugement, mais de l’état du pays d’Édom qui, durant le règne de mille ans, gardera le souvenir vivant du mal qui a été le sien et de son jugement de la part de Dieu. Cela ne nous fait-il pas penser au serpent qui aussi en ce temps futur, après le « rétablissement de toutes choses » (Actes 3:21), continuera à manger la poussière, — et aussi aux marais et aux étangs de la Mer rouge qui resteront salés (És. 65:25 ; Éz. 47:11) ? Les hommes aussi qui, en ce temps-là, pécheront publiquement, recevront immédiatement leur juste châtiment (Ps. 101:8 ; És. 66:24). Tous ces faits indiquent que le règne béni du Seigneur Jésus durant le dernier millénaire de la création actuelle n’atteindra pas encore l’état de perfection qui existera sur la nouvelle terre et dans le nouveau ciel. Dans le millénium, un roi régnera en justice, tandis que, sur la nouvelle terre et dans le nouveau ciel, la justice habitera (És. 32:1 ; 2 Pierre 3:13). Cependant, dans le temps présent, pour ceux qui suivent les traces de Jésus, ils n’y a ni l’un ni l’autre, mais au contraire les souffrances pour la justice (1 Pierre 3:14).

 

6.1.2.6                 Ésaïe 34:10b-11

Dans les versets 10b à 15, Édom est décrit comme un désert inhabitable et sans chemins tracés, dans lesquels seules les bêtes des contrées sauvages trouvent un refuge. La désolation (en hébreu : tohu) et le vide (en hébreu : bohu) sont les conséquences du jugement de Dieu, mesurées par le cordeau et le plomb (34:11). Ces expressions font écho de manière évidente à l’état de la création décrit comme « désolation et vide » (en hébreu : tohu wa bohu ; Gen. 1:2), laquelle cependant n’avait pas été créée pour être vide (És. 45:18 ; comp. Jér. 4:23). Mais ce qui, au commencement de l’histoire du monde, était une conséquence du mal dirigé contre le Dieu saint et juste, est maintenant le résultat de Son jugement mesuré avec précision !

 

6.1.2.7                 Ésaïe 34:12-15

Les princes orgueilleux d’Édom ont disparu de la circulation ; les ruines de leurs palais et de leurs forteresses, dans lesquelles ne croissent plus qu’épines, orties et ronces, sont devenues le repaire de toutes sortes de bêtes sauvages — et de démons et d’esprits mauvais (*) qui, à tous points de vue, sont à leur aise dans ce qui est du chaos (34:12-15 ; comp. Matt. 12:43 ; Marc 5:2-5). Quelle fin épouvantable pour les hommes qui ont méprisé Dieu et Sa grâce !

 

(*) Les boucs sont vraisemblablement des démons sous forme de boucs (comp. És. 13:21-22 ; Lév. 17:7 ; 2 Chron. 11:15). La lilith, mentionnée uniquement dans ce passage, n’est pas à considérer comme une divinité nocturne, mais comme une divinité du vent, babylonienne à l’origine (dans la littérature rabbinique ultérieure, elle est cependant représentée comme une femme démoniaque).

 

6.1.2.8                 Ésaïe 34:16

Les auditeurs et les lecteurs sont maintenant invités à rechercher et à lire dans le « livre de l’Éternel » (34:16). Par ce livre, il faut certes comprendre non pas seulement le message d’Ésaïe consigné par écrit, mais aussi toute la « parole prophétique » contenue dans les Saintes Écritures laquelle sera qualifiée plus tard par Pierre de « lampe qui brille dans un lieu obscur » (2 Pierre 1:19). Pierre lui aussi nous invite à prêter attention à cette Parole, afin que puisse luire la brillante lumière du jour, celle de la connaissance des pensées de Dieu, et, chose plus élevée encore, afin que se lève dans nos cœurs la lumière du Seigneur Jésus venant pour nous comme l’étoile du matin ! Toute la prophétie que le Dieu éternel révèle par Son Esprit, n’a finalement comme but que la glorification de Son Fils, « car l’esprit de prophétie est le témoignage de Jésus » (Apoc. 19:10). Bien des lecteurs peuvent être étonnés et même déconcertés de la grande place occupée par les écrits prophétiques dans la Parole de Dieu, et qu’aussi beaucoup de points particuliers en rapport avec la terre y soient précisés ; selon la sagesse de Dieu, rien ne doit manquer, on ne souffre l’absence de rien !

Le prophète Ésaïe n’est que le canal apportant la parole de Dieu : Sa bouche à Lui a tout commandé et Son Esprit a tout combiné. Tout s’accomplira. La question de savoir comment un peuple historique comme Édom, disparu depuis longtemps de la scène de l’histoire, peut être jugé par Dieu dans l’avenir, — cette question a déjà été abordée lors de l’annonce du jugement sur les Philistins (ch. 14:28-32). À l’occasion de la destruction de Jérusalem par Nebucadnetsar (586 av. J-C) Édom a déjà subi comme un avant-goût de l’accomplissement final de cette prophétie qui attend encore sa réalisation (comp. Mal. 1:4).

 

6.1.2.9                 Ésaïe 34:17

Dieu Lui-même a jeté le sort et a partagé au cordeau le pays d’Édom aux bêtes sauvages et aux démons mentionnés dans les versets 11 à 15. Ils habiteront là jusqu’au moment où il ne sera plus trouvé de place, ni pour la terre, ni pour le ciel, c’est-à-dire jusqu’à la fin de l’ancienne création et ainsi jusqu’à l’avènement de l’éternité (34:17 ; comparer Apoc. 20:11).

 

6.2   La bénédiction du règne de paix — Ésaïe 35

Avec ce chapitre se termine la première grande partie du livre d’Ésaïe. Après l’« intermède » historique des chapitres 36 à 39, la seconde grande partie du livre fait suite avec les chapitres 40 à 66.

ME 2003 p. 372

6.2.1        Le pays d’Israël dans le règne millénaire — Ésaïe 35:1-7

Le glorieux avenir du pays d’Israël est ici en contraste absolu avec la dévastation définitive du territoire d’Édom décrite au chapitre précédent. Après la longue période de discipline et de jugements sévères que doit connaître Israël, le règne millénaire apportera un glorieux renouveau, non seulement au peuple lui-même mais aussi à son pays. Pendant des siècles, le territoire autrefois « ruisselant de lait et de miel » a été une contrée misérable, pleine de marécages et de steppes. En dépit des nombreux travaux de culture et des immenses améliorations réalisés par les Juifs rentrés dans leur pays durant le dernier siècle, le sud du pays se compose encore aujourd’hui, en partie, d’un désert et de régions désertiques. Mais aux « temps du rétablissement de toutes choses », Dieu opérera des bouleversements climatiques et biologiques par lesquels « le désert et la terre aride se réjouiront ; le lieu stérile sera dans l’allégresse, et fleurira comme la rose » (v. 1 ; cf. Act. 3:21).

Cette prédiction, déjà évoquée aux chapitres 14 (v. 7) et 32 (v. 15), ne se rapporte ni au retour du résidu des deux tribus de Juda et Benjamin après la captivité babylonienne, ni à la formation de l’assemblée de Dieu dans la dispensation actuelle. (Nous mentionnons cela parce que plusieurs ont pensé pouvoir appliquer à l’Église toutes les prophéties relatives au peuple d’Israël). Mais cette prédiction s’accomplira littéralement dans le règne millénaire. L’enseignement du Nouveau Testament le confirme. « La création elle- même aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour jouir de la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Car nous savons que toute la création ensemble soupire et est en travail jusqu’à maintenant » (Rom. 8:21, 22). Ce n’est pas dans l’éternité que cette « vive attente » de la création trouvera satisfaction, car alors la création actuelle n’existera plus. Le ciel et la terre auront passé pour faire place à un nouveau ciel et à une nouvelle terre (2 Pierre 3:10-13 ; Apoc. 20:11 ; 21:1). Mais auparavant, pendant « l’administration de la plénitude des temps », c’est- à-dire dans le règne millénaire, Dieu réunira en un toutes choses dans le Christ — celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre (Éph. 1:10). Car Christ a été « établi héritier de toutes choses » (Héb. 1:2). Quant à nous qui croyons en lui maintenant, nous serons aussi glorifiés avec lui, nous hériterons avec lui et nous régnerons avec lui. C’est un privilège qui dépasse de beaucoup les bénédictions du peuple terrestre dans le règne de paix (Rom. 8:17 ; 2 Tim. 2:12). Il est vrai aussi que durant le règne millénaire, Israël sera richement béni non seulement matériellement mais spirituellement (11:1-10 ; 29:17 ; 41:18-20 ; Ézéch. 34:23-31 ; Joël 2:21-32).

Toutefois, dans notre chapitre, il ne s’agit pas d’une bénédiction spirituelle, mais terrestre, matérielle. La terre — et tout particulièrement le pays d’Israël — connaîtra un temps de fertilité encore jamais vu et un changement complet des conditions naturelles ayant eu cours jusqu’alors. Les parties les plus bénies du pays, le Liban, le Carmel et le Saron sont en quelque sorte la mesure de la gloire et de la magnificence qui rempliront le désert (v. 2 ; cf. 33:9 ; 60:13).

À la fin du verset 2, le regard est dirigé sur la source de toute cette gloire et de toute cette magnificence de la nature que verra le peuple terrestre de Dieu : c’est l’Éternel, le Dieu d’Israël. Son apparition en gloire dans la personne de son Fils, le Seigneur Jésus, sera le point de départ du règne millénaire, et pendant ce règne, toute la terre sera remplie de sa gloire (Matt. 25:31 ; Ps. 72:19 ; És. 60:2). Que sera-ce pour les Juifs croyants de voir, après leurs terribles épreuves, la gloire de Christ, leur Messie ardemment désiré, Celui qu’ils ont autrefois rejeté ! Alors ils le reconnaîtront comme ce qu’il est véritablement, le Seigneur, leur Dieu.

Mais d’abord doit avoir lieu pour eux le temps terrible de la grande tribulation. Au verset 3, le prophète leur adresse un encouragement : « Fortifiez les mains lassées, et affermissez les genoux qui chancellent » — paroles que l’écrivain de l’épître aux Hébreux transmet aux croyants qui, déjà au début du christianisme, étaient en danger de perdre courage sous la persécution de la part des ennemis de Christ (Héb. 12:12). Ésaïe poursuit : « Dites à ceux qui ont le cœur timide : Soyez forts, ne craignez pas ; voici votre Dieu : la vengeance vient, la rétribution de Dieu ! Lui-même viendra et vous sauvera » (v. 4). Pour l’Antichrist, l’Assyrien, Édom et ses alliés, l’apparition du Christ en puissance et en gloire sera le signal de leur juste châtiment. Mais pour son peuple si sévèrement châtié, il sera le Sauveur !

Ce temps ne sera pas seulement celui du rétablissement du royaume pour Israël, mais, dans « le siècle à venir », un tout nouvel état de choses se réalisera sur la terre, à tous égards. C’est ce que montrent les expressions employées dans d’autres passages de la Parole — « les temps de rafraîchissement », « le rétablissement de toutes choses », « la régénération » — pour désigner cette glorieuse époque (Matt. 19:28 ; Act. 1:6 ; 3:19, 21). D’immenses changements introduiront et accompagneront le règne de Christ. Les maladies, qui sont une conséquence du péché, n’existeront plus (v. 5 et 6 ; cf. 33:24).

Les nombreuses guérisons opérées par le Seigneur Jésus, lors de sa première venue sur la terre, étaient des preuves de sa mission divine comme roi (cf. És. 53:4 ; Matt. 8:17 ; 11:2-5). Les miracles qu’il a faits, que ses disciples ont faits, et qui ont encore été accomplis dans les premiers temps de l’assemblée, sont appelés dans l’épître aux Hébreux « les miracles du siècle à venir », parce qu’ils sont en fait des signes caractéristiques du règne millénaire (Héb. 6:5). Quand le Seigneur apparaîtra pour la seconde fois, ce ne sera pas seulement quelques-uns mais tous les malades qui seront guéris. Sur toute la terre, il n’y aura plus d’aveugle, de sourd, de paralytique et de muet. Le Seigneur les guérira tous.

La guérison des infirmités corporelles peut sans doute avoir aussi un sens figuré, car il existe aussi une cécité, une surdité, une paralysie et une mutité spirituelles (cf. 6:10 ; 29:10, 18). Telle n’est cependant pas la signification de notre passage, où il est question du rétablissement extérieur de tout ce qui a été gâté par le péché.

C’est aussi ce que montrent les versets 6 et 7, dans lesquels sont indiquées les causes de la fertilité du désert et de la terre aride dont le verset 1 a parlé. Dans les contrées les plus sèches jailliront des sources et des rivières. À la place de régions brûlées par la chaleur, il y aura des étangs et des sources d’eau, de telle sorte que là où gîtaient auparavant les chacals, on verra croître l’herbe et les plantes des marais telles que le roseau et le papyrus (cf. 41:18 ; 43:19).

 

6.2.2        Le peuple d’Israël dans le règne millénaire — Ésaïe 35:8-10

Dans le pays d’Israël, il y aura certainement beaucoup de chemins sur lesquels le peuple racheté pourra marcher dans la liberté et dans la joie. Cependant, il est fait mention ici d’un chemin particulier, appelé « le chemin de la sainteté » ; il est destiné aux Juifs délivrés de leurs péchés et de tous leurs fardeaux (v. 8, 9). Ce nom nous rappelle les « chemins frayés » qui sont dans les cœurs (Ps. 84:5), et la déclaration d’Ésaïe : « Le chemin du juste est la droiture. Toi qui es droit, tu aplanis le sentier du juste » (26:7). Au lieu du chemin tortueux que chacun pour lui-même a suivi jusqu’ici, il y a maintenant un chemin de sainteté que Dieu a préparé pour son peuple. Aucun homme impur à ses yeux n’y passera, et même les insensés qui le suivent ne s’égareront pas. Il ne s’y trouvera aucun danger quelconque.

Ce « chemin de la sainteté » n’est bien sûr pas une route concrète, mais le chemin sur lequel le peuple reviendra à son Dieu — ce peuple autrefois si éloigné de lui mais appelé maintenant « le peuple saint » (v. 10 ; cf. 43:19 ; 49:11 ; 62:10-12). « Et ceux que l’Éternel a délivrés retourneront et viendront à Sion avec des chants de triomphe ; et une joie éternelle sera sur leur tête ». Leur joie ne prendra jamais fin, car après le règne millénaire, ils jouiront de la joie que procurera « l’habitation de Dieu avec les hommes » (cf. Apoc. 21:3).

Le long pèlerinage des fils d’Israël est alors terminé. Ils ont erré comme leur ancêtre Jacob et leurs jours aussi ont été « courts et mauvais », car le temps passé sans communion avec Dieu est sans valeur. Mais maintenant, ils sont arrivés au but qu’avaient toutes les voies de Dieu envers eux. « Le chagrin et le gémissement » qu’ils ont connus pendant de longs siècles, et tout particulièrement au « temps de la détresse pour Jacob », s’enfuiront pour toujours (cf. 51:11).

Cependant, si grande que soit la bénédiction d’Israël et de toute la terre dans le règne millénaire, la part de ceux qui croient au Seigneur Jésus dans le temps actuel, celui de la grâce, est plus élevée encore. En Christ, le Fils du Père, nous avons trouvé le chemin, la vérité et la vie (Jean 14:6). Nous entrerons avec lui dans une demeure céleste, la maison du Père, où il a préparé une place pour chacun des siens, afin que nous soyons là où il est et que nous voyions éternellement sa gloire (Jean 17:24).

 

7                        Ésaïe 36 à 39

7.1   L’attaque et la défaite de l’Assyrien — Ésaïe 36 et 37

ME 2004 p. 18

7.1.1        Introduction

Le livre du prophète Ésaïe se compose de deux parties principales :

— les chapitres 1 à 35, qui ont pour sujet les circonstances extérieures d’Israël et des peuples avoisinants,

— les chapitres 40 à 66, dans lesquels il est davantage question du développement intérieur de l’histoire d’Israël.

Entre ces deux parties, les chapitres 36 à 39 constituent un intermède historique. Ils décrivent trois événements du règne du roi Ézéchias, dans lesquels Ésaïe joue un rôle essentiel comme prophète :

— l’invasion et la défaite de l’Assyrie (ch. 36 et 37),

— la maladie et la guérison d’Ézéchias (ch. 38),

— la visite des ambassadeurs babyloniens et l’annonce de la déportation à Babylone (ch. 39).

Ces chapitres 36 à 39 concordent jusque dans les détails avec le récit de 2 Rois 18 à 20, alors que le second livre des Chroniques contient un récit condensé (32:1-33). Deux différences importantes doivent cependant être mentionnées : au début du chapitre 36, Ésaïe omet la faiblesse de foi d’Ézéchias et sa soumission inutile à Sankhérib, ce que rapporte 2 Rois 18:14-16 ; par contre, au chapitre 38 (v. 9-22), Ésaïe ajoute le « psaume » qu’Ézéchias a écrit après sa guérison miraculeuse.

Le triple exposé du règne d’Ézéchias est exceptionnel dans l’Ancien Testament. L’insertion de ce récit au milieu du livre d’Ésaïe indique clairement qu’il contient un message prophétique. Il y a ainsi une relation entre les chapitres 36 et 37 et la première partie du livre, dans laquelle il est souvent question de l’attaque et de la fin de l’Assyrien. Une partie des prophéties antérieures est ainsi confirmée par des événements historiques, qui eux-mêmes ont un sens prophétique. Le chapitre 38 nous rapporte la guérison d’Ézéchias, le roi qui était assis sur le trône de David, qui a été « malade à la mort » mais qui a été aussi rétabli. Peut- être pouvons-nous y voir une allusion à la résurrection de Christ, mort et ressuscité, qui deviendra, à la fin des temps, le Sauveur de son peuple terrestre. Le chapitre 39, avec le récit de la visite des ambassadeurs de Babylone et l’annonce de ses conséquences, conduit prophétiquement à la deuxième partie du livre, dans laquelle la captivité babylonienne et le retour sous Cyrus roi de Perse sont des faits importants.

Le Saint Esprit relie ainsi des circonstances historiques aux prophéties à venir. Nous trouvons quelque chose de semblable dans l’Apocalypse, le livre prophétique du Nouveau Testament. En effet, dans les épîtres des chapitres 2 et 3, sept assemblées existant en Asie mineure y sont vues comme des images prophétiques du développement de l’Église sur la terre.

 

7.1.2        Le défi du Rab-Shaké — Ésaïe 36:1-20

« La quatorzième année du roi Ézéchias » désigne l’année de sa maladie, après laquelle Dieu lui a accordé encore quinze années. Cette date importante dans la vie d’Ézéchias est donnée au début du chapitre 36, alors que les récits de la maladie elle-même, de la guérison miraculeuse, puis de la visite de l’ambassade babylonienne, ne viennent qu’aux chapitres 38 et 39. L’invasion et la défaite de l’armée assyrienne sous Sankhérib sont présentées ici en premier lieu.

Le prophète avait déjà dû parler plusieurs fois de l’orgueil de l’Assyrien et de sa rage de conquête (cf. 5:26-30 ; 10:5-34 ; 33:1). L’attaque de l’Assyrien futur, préfigurée par la menace de Sankhérib, a déjà été l’objet des prophéties d’Ésaïe (cf. 22:1-14 ; 29:1-9). Nous trouvons ici, comme tableau historique des événements futurs, le récit de l’attaque de l’armée assyrienne et de la délivrance de Dieu en faveur de son peuple.

Selon ses propres annales, Sankhérib a effectué, dans les premières années de son règne, plusieurs expéditions contre les pays avoisinants. Le royaume de Juda a bien tenté de résister à son attaque, avec le soutien de l’Égypte (et peut-être celui de Babylone), mais sans succès (36:6 et 39:1). L’armée assyrienne était venue jusqu’à la côte méditerranéenne et avançait, de la plaine de la ville fortifiée de Lakis (située à environ 40 km au sud ouest de Jérusalem) contre la capitale. Avec une grande armée, le Rab-Shaké — le deuxième commandant en chef de l’armée assyrienne, après le Tharthan — apparaît « près de l’aqueduc de l’étang supérieur, sur la route du champ du foulon », à la place même où Ésaïe avait rencontré le roi Achaz pour lui annoncer la délivrance de l’attaque syrienne (v. 2 ; cf. 7:3). Trois hommes hauts placés lui sont envoyés par Ézéchias comme ambassadeurs : Éliakim, alors préposé sur la maison du roi, Shebna, alors scribe, et Joakh, rédacteur des chroniques (v. 3 ; cf. 22:15-24).

 

7.1.3        Attaques contre Ézéchias

Les trois hommes — et la foule qui se trouve sur la muraille (v. 11) — doivent entendre le Rab-Shaké tenir un discours arrogant et blasphématoire, par lequel il espère saper la confiance d’Ézéchias et du peuple en leur Dieu (v. 4). À ses yeux, « le conseil et la force » ne sont que des paroles vides de sens, car il ne connaît pas Celui sur lequel reposera « l’esprit de conseil et de force », selon la prophétie du chapitre 11 (v. 2).

Puis il se moque de l’Égypte, ce pays sur lequel quelques-uns des Juifs fondaient de grands espoirs — ce qui d’ailleurs avait attiré sur eux les plus sérieux avertissements du prophète (v. 6 ; cf. 30:1-7 ; 31:1-3). Ensuite le Rab-Shaké parle des réformes d’Ézéchias et de sa confiance en Dieu (v. 7 ; cf. 2 Chron. 29-31). Païen sans aucun discernement, il ne fait pas de différence entre l’Éternel, le Dieu d’Israël, et les faux dieux dont Ézéchias a démoli les autels (cf. 10:11).

Il met ensuite en évidence la faiblesse militaire de Juda, particulièrement le manque de chevaux de combat (v. 8). C’était en raison de ce manque que plusieurs des Juifs avaient aspiré à une alliance avec l’Égypte (cf. 30:16 ; 31:1). Enfin, dans son orgueil, il se réclame même de l’Éternel comme étant celui qui l’a mandaté, sans se douter qu’il était effectivement une verge dans la main de Dieu pour frapper Juda, ainsi qu’il le sera de nouveau dans les temps futurs (v. 10 ; cf. 10:5). Là se termine la première partie de la harangue du chef de l’armée assyrienne.

Les trois envoyés du roi Ézéchias prient alors le Rab-Shaké de ne pas parler en langue judaïque (c’est- à-dire hébraïque, la langue du royaume de Juda) mais en syriaque, ou araméen (v. 11). Comme l’hébreu, le syriaque appartient au groupe des langues sémitiques. Il était la langue administrative et diplomatique, mais n’était pas compris de la masse du peuple. La raison de leur demande est, bien sûr, la crainte que les habitants de Jérusalem soient encore plus ébranlés dans leur confiance en Dieu par le discours présomptueux du chef de l’armée assyrienne. Mais c’est précisément le but que celui-ci recherche, ainsi que le montre sa réponse brutale et vulgaire. Celle-ci doit intimider non seulement le peuple qui est sur la muraille, mais aussi les envoyés du roi Ézéchias, et les amener à une capitulation pacifique (v. 12).

 

7.1.4        Séduction du peuple

Toutefois le Rab-Shaké change ensuite sa tactique pour un moment. De l’intimidation, il passe à la persuasion et à la séduction. Criant à haute voix en langue judaïque, il cherche maintenant à persuader le peuple de Juda de ne pas écouter Ézéchias, prétendant qu’il les trompe en leur faisant mettre leur confiance en l’Éternel qui ne pourra pas les délivrer (v. 13-15). Il cherche ainsi à insinuer dans leurs cœurs la méfiance envers leur roi. Il leur présente ce qui les attend en cas de capitulation pacifique : au lieu de subir la misère d’un siège, ils pourraient, dans un premier temps, continuer à vivre aussi bien que jusqu’alors (v. 16). Toutefois, la politique assyrienne pratiquait la déportation des peuples vaincus ; par ce moyen, ils étaient affaiblis et rendus dociles (10:7, 13, 14 ; 2 Rois 17:24). Ce sort redoutable pour le peuple de Juda, le Rab-Shaké l’embellit par des paroles séduisantes : « ...jusqu’à ce que je vienne et que je vous emmène dans un pays comme votre pays, un pays de blé et de moût, un pays de pain et de vignes » (v. 17).

Il termine son discours par des avertissements sans équivoque relativement à la confiance en Ézéchias et en l’Éternel. Avec quel mépris il parle de la puissance de Dieu pour délivrer son peuple (v.18-20) ! Pour lui, le Dieu vivant n’est rien de plus que les faux dieux des nations. Il évoque le sort des villes de Hamath et d’Arpad en Syrie (cf. 10:9). La mention de la Samarie était propre à émouvoir les auditeurs ; à cause de son idolâtrie, ce peuple frère avait été emmené en captivité peu auparavant par les rois d’Assyrie (2 Rois 17:6-23).

Satan, l’adversaire de Dieu, utilise différentes tactiques. Il se présente parfois comme un « ange de lumière » et il fait de ses instruments des « ministres de justice » afin de séduire les cœurs des simples par des discours spécieux. Ou bien il apparaît « comme un lion rugissant... cherchant qui il pourra dévorer » (cf. 2 Cor. 11:13-15 ; 1 Pierre 5:8). De nos jours, précisément comme autrefois par le moyen du Rab-Shaké, il cherche à mettre la foi au seul vrai Dieu au même niveau que les religions de ce monde. Cependant, comme nous allons le voir, on ne se moque pas de Dieu.

 

7.1.5        La réponse — Ésaïe 36:21 à 37:7

Obéissant au commandement d’Ézéchias, les habitants de Jérusalem et les trois envoyés répondent aux paroles blasphématoires du Rab-Shaké par le silence. Ils montrent par là qu’ils demeurent fidèles à leur roi et à sa parole, et qu’ils ne se laissent pas influencer (v. 21). Les envoyés d’Ézéchias reviennent toutefois vers lui avec leurs vêtements déchirés — signe de douleur et d’affliction — et lui rapportent les paroles qu’ils ont entendues (v. 22).

 

7.1.6        La réaction d’Ézéchias

Quand le roi Ézéchias entend ces nouvelles, il déchire aussi ses vêtements et se couvre d’un sac, le vêtement de la détresse, de l’affliction et de l’humiliation (cf. 3:24). En présence de la redoutable menace, il se courbe devant son Dieu et le recherche dans son temple. Il est conscient que lui seul peut aider dans cette situation (37:1). Combien souvent il faut aussi que Dieu nous fasse passer par la détresse et l’humiliation pour nous amener à chercher notre secours auprès de lui !

Ézéchias envoie alors vers Ésaïe deux des témoins des paroles du Rab-Shaké et les anciens des sacrificateurs. Eux aussi sont couverts de sacs (v. 2). Au nom du roi, ils décrivent la situation angoissante du moment. C’est « un jour de détresse, et de châtiment, et d’opprobre » — détresse du côté de l’ennemi qui attaque, châtiment de la part de Dieu sur son peuple, et opprobre jeté sur le nom du Dieu d’Israël par les Assyriens idolâtres. Ce temps d’extrême détresse est comme celui que vivrait une femme, au moment de la naissance d’un enfant, si elle n’a plus aucune force pour enfanter. Sur le plan humain, il n’y a plus de ressources (v. 3 ; cf. Osée 13:13).

Avec crainte, les messagers présentent au prophète de Dieu la demande du roi ; elle est assortie du mot « peut-être » (v. 4). Ézéchias espère que l’Éternel a entendu les paroles du Rab-Shaké par lesquelles il a outragé « le Dieu vivant ». Il parle de lui en disant « ton Dieu » — le Dieu d’Ésaïe — et non « le Saint d’Israël » ou « le Dieu d’Israël », expressions si fréquentes dans ce livre. Il est pourtant hors de doute que l’Éternel a très bien entendu l’insolence de l’Assyrien (cf. v. 29). « Celui qui a planté l’oreille n’entendra-t-il point ? » (Ps. 94:9). Ézéchias doit aussi l’apprendre.

« Fais donc monter une prière pour le résidu qui se trouve encore ». Cette demande finale témoigne de la confiance du roi en Celui qui, déjà dans l’Ancien Testament, s’est révélé comme le « Dieu vivant » (Jos. 3:10 ; Matt. 16:16). Ézéchias connaît la puissance de la prière et il s’identifie avec le faible résidu du peuple de Dieu à Jérusalem, qui n’est pas encore tombé entre les mains de l’ennemi.

 

7.1.7        Le message de Dieu

Ésaïe n’avait pas besoin d’être contraint à la prière ; il avait sans aucun doute imploré son Dieu depuis longtemps. Il avait d’ailleurs déjà reçu la réponse de l’Éternel. En termes concis mais immensément encourageants, il annonce au roi qu’il n’a nullement à craindre les paroles blasphématoires des envoyés du roi d’Assyrie. Dieu lui-même interviendra et anéantira l’ennemi (v. 5-7). Il mettra en lui un esprit, de telle sorte qu’à l’ouïe d’une nouvelle, il retournera dans son pays et y sera mis à mort (*). La nouvelle entendue par Sankhérib concernait sans doute l’expédition guerrière du roi d’Ethiopie Tirhaka (cf. v. 9), et nous voyons l’accomplissement de la prophétie d’Ésaïe dans les versets 36 à 38. C’est là que nous est rapportée l’intervention miraculeuse de Dieu pour sauver son peuple, sans aucune participation de l’homme. De la même manière, le Seigneur Jésus anéantira l’armée assyrienne après son apparition (cf. 14:25 ; 31:8 ; Dan. 11:45).

 

(*) Plusieurs passages des Écritures nous parlent d’un mauvais esprit envoyé par Dieu (ou permis de lui) dans un pécheur endurci (1 Sam. 16:14 ; 1 Rois 22:21-24 ; És. 19:14 ; 29:10).

 

7.1.8        La lettre de Sankhérib — Ésaïe 37:8-13

Le Rab-Shaké est retourné de Jérusalem vers son seigneur, le roi d’Assyrie, qui entre-temps avait attaqué la ville de Libna, près de Lakis (v. 8 ; cf. 36:2). Sans doute le Rab-Shaké attendait-il l’ordre de prendre Jérusalem, la ville rebelle. Cependant, par l’intervention de Dieu, les événements prennent soudain une tout autre tournure. L’agresseur est menacé et mis en déroute par d’autres puissances. Plusieurs fois dans son histoire, le peuple de Dieu a pu faire l’expérience du secours divin de cette manière-là (cf. 2 Chron. 20:22 ; Jér. 51:11). Ici Sankhérib entend dire que Tirhaka, roi d’Éthiopie, qui avait l’Égypte sous sa domination, était sorti pour lui faire la guerre. Il veut alors rentrer le plus tôt possible dans son pays. Mais auparavant, il envoie encore rapidement des messagers à Ézéchias (v. 9).

 

7.1.9        Menaces répétées

Cette fois-ci, les messagers ne sont que les porteurs d’une courte lettre, dont le contenu ressemble aux paroles du Rab-Shaké (v. 10-13). Cependant il y est donné expressément à Ézéchias son titre de « roi de Juda » et on n’y trouve plus de raillerie à l’égard de l’Égypte (cf. 36:6). Ces deux faits laissent entendre que Sankhérib n’est plus aussi sûr de son affaire. Mais les deux messages concordent pleinement par leur mépris du Dieu vivant, en lequel Ézéchias se confie, et par leur arrogance (cf. 36:7, 18-20). La lettre de Sankhérib s’achève aussi sur le rappel de ce qui était arrivé aux régions et aux villes voisines de l’Assyrie : elles avaient été assujetties depuis longtemps par ses prédécesseurs sans que leurs dieux puissent les sauver (v. 11-13 ; cf. 10:9-11).

 

7.1.10    La réponse de Dieu — Ésaïe 37:14-38

Il est bien remarquable de voir la croissance de la foi d’Ézéchias, dans ce temps de détresse. Lors de la première attaque contre Juda, il avait pris l’or qui se trouvait dans le temple de l’Éternel et dans sa propre maison pour apaiser Sankhérib (2 Rois 18:15, 16). Puis, quand la détresse était devenue plus grande, il s’était rendu dans la maison de l’Éternel et avait envoyé des médiateurs à Ésaïe, le prophète.

 

7.1.11    La prière d’Ézéchias

Mais maintenant, Ézéchias prend la lettre de l’ennemi, monte dans la maison de l’Éternel et la déploie devant lui (v. 14). Cette manière d’agir témoigne d’une entière confiance en son Dieu, d’une confiance enfantine. De la même manière, nous pouvons exposer nos requêtes à Dieu par des prières et des supplications (Phil. 4:6). Dans sa prière, Ézéchias reconnaît d’abord la grandeur et la gloire de son Dieu (v. 16). Ensuite, il se remet, lui et son peuple, entièrement entre les mains de l’Éternel des armées, du Dieu d’Israël qui est assis entre les chérubins, du Créateur des cieux et de la terre, du seul vrai Dieu (v. 15 et 16). Sankhérib a effectivement dévasté tous les pays environnants et a brûlé leurs dieux — qui n’étaient que des ouvrages d’homme — mais il outrage maintenant le Dieu vivant. Ézéchias prie Celui qu’il appelle avec confiance « Éternel, notre Dieu », de les sauver de la main de l’ennemi, « afin que tous les royaumes de la terre sachent que toi seul tu es l’Éternel » (v. 17-20).

Ces dernières paroles évoquent l’époque future du règne millénaire, dans laquelle, après la destruction des ennemis, « la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer » (11:9).

 

7.1.12    Le message d’Ésaïe

Dieu ne laisse pas sans réponse celui qui, dans sa détresse, a crié à lui et l’a supplié. Le prophète Ésaïe transmet de la part de Dieu un message d’encouragement au roi dans la détresse, et confirme la fin du roi Sankhérib, comme il l’avait déjà annoncée (cf. v. 6, 7). Il est « l’Éternel, le Dieu d’Israël », qui se place maintenant du côté d’Ézéchias et du peuple de Juda effrayé. Il donne d’abord à Ézéchias la certitude consolante qu’il a entendu sa prière (v. 21). Ensuite il lui fait connaître sa réponse. La première partie de celle-ci (v. 22-29) est une sentence prophétique contre le roi d’Assyrie, alors que la seconde (v. 30-35) est un encouragement adressé à Ézéchias et au peuple de Juda.

En premier lieu est annoncée à l’ennemi sa défaite devant la ville de Dieu. C’est probablement David qui a donné le beau nom de « fille de Sion » à Jérusalem (cf. Ps. 9:14 ; És. 1:8 ; 10:32 ; 16:1 ; 52:2 ; 62:11). Cette ville lui tenait particulièrement à cœur, parce que c’était là le lieu que l’Éternel, dans sa grâce, avait choisi pour son habitation. Ce nom est précédé ici de « vierge », car Jérusalem devait ressortir invaincue et intacte du siège des Assyriens. Pendant que l’ennemi s’en retourne comme il est venu, elle le suit du regard en se moquant et en secouant la tête (v. 22 ; cf. Ps. 22:7).

La raison de cette retraite honteuse est d’emblée indiquée : Sankhérib s’est non seulement moqué du peuple de Dieu, mais il a orgueilleusement bafoué et blasphémé le Saint d’Israël (v. 23 ; cf. 36:20 ; 37:10, 17). Les serviteurs du roi avaient, en son nom, outragé l’Éternel et s’étaient vantés de leurs victoires sur différentes nations. Ici, il est fait mention du Liban avec ses cèdres haut élevés, des régions desséchées qui sont au sud d’Israël et finalement de l’Égypte fertile, que l’Assyrien avait conquis ou voulait encore conquérir. Dans sa présomption, il pense que rien ne peut résister à sa puissance militaire (v. 24 et 25).

Cependant, de la bouche de Celui qu’il a mis au même rang que les faux dieux des pays qu’il a conquis, le roi d’Assyrie doit entendre cette question : « N’as-tu pas entendu que j’ai fait cela dès longtemps, et que je l’ai formé dès les jours d’autrefois ? » (v. 26). Ce n’est pas la grandeur de sa force qui lui a procuré toutes ces victoires, mais Celui dans la main duquel il n’est qu’un instrument. C’est seulement pour cela qu’il a été en mesure de réduire des villes fortes en monceaux de ruines et de détruire sans peine leurs habitants devenus sans force comme l’herbe des champs (v. 27 ; cf. 10:5). Cependant il a abusé de sa puissance d’une manière effroyable ; et surtout, il a manifesté sa rage contre le vrai Dieu avec une insolence démesurée. Mais Celui-ci connaît parfaitement toutes ses pensées et ses voies (v. 28 ; cf. 10:7-11, 13-15). Ainsi, son jugement est prononcé : « Je mettrai mon anneau à ton nez et mon frein entre tes lèvres, et je te ferai retourner par le chemin par lequel tu es venu » (v. 29). Comme un animal récalcitrant (cf. Ps. 32:9), Dieu le refrénera et le ramènera dans son pays (v. 29).

Après avoir prononcé ce jugement contre le roi d’Assyrie — qui d’ailleurs se poursuit dans les versets 33 à 35 — le prophète se tourne vers le peuple de Juda (v. 30). Il promet au roi Ézéchias un signe des soins de la grâce de Dieu envers son peuple éprouvé. Cette année même, les habitants du pays mangeront ce qui s’est semé de soi-même après la dernière récolte, puisqu’ils n’ont pas pu labourer leurs champs à cause du siège. Pour la même raison, ils mangeront aussi l’année suivante ce qui aura crû de soi-même. Mais la troisième année, ils sèmeront de nouveau et récolteront. Non seulement ils mangeront ce qui est nécessaire pour vivre, mais ils pourront même boire du vin, image de la joie (v. 30 ; cf. Ps. 104:15).

Les deux versets suivants décrivent le résultat du déploiement de la bonté de Dieu envers son peuple. Ils se rapportent clairement aux temps de la fin : Dieu détruira l’Assyrien lors de sa dernière attaque et bénira abondamment le résidu de son peuple. Pas plus d’un siècle après que ces paroles ont été prononcées, le peuple de Juda a été emmené en captivité à Babylone, tandis que dans un temps futur, sa délivrance sera telle qu’aucun ennemi ne le mettra en danger. Seulement alors, « ce qui est réchappé et demeuré de reste de la maison de Juda, poussera encore des racines en bas et produira du fruit en haut » (v. 31). Jérusalem et la montagne de Sion seront le point de départ et le centre de la résurrection nationale du résidu (cf. 2:3 ; 4:3 ; 35:10 ; 51:11).

Le résidu croyant de Juda des temps futurs, duquel Ésaïe parle si souvent, a une valeur toute particulière pour Dieu. C’est la partie du peuple terrestre qui reviendra à son Dieu dans la repentance et qu’il pourra reconnaître comme étant son peuple (cf. 10:20-22 ; 11:11-16 ; 28:5 ; 46:3). « La jalousie de l’Éternel des armées fera cela » (v. 32). C’est par la même parole que se termine le passage bien connu qui nous présente Celui qui aura toute autorité durant le royaume millénaire (9:7). Ce n’est pas la jalousie et les efforts de l’homme qui opéreront cela, mais le Dieu tout-puissant, qui domine sur toutes choses et qui ne donne pas sa gloire à un autre (cf. 42:8).

 

7.1.13    La délivrance

Cependant le message de Dieu par le prophète n’est pas encore à son terme. L’Éternel annonce à Ézéchias et à son peuple quelle sera la fin du roi d’Assyrie. Celui-ci ne pourra ni prendre la ville, ni même l’assaillir ou en faire le siège. Il n’entrera pas dans la ville de Dieu, mais s’en retournera par le chemin par lequel il est venu (v. 33, 34). C’est la confirmation expresse des dernières paroles adressées à Sankhérib au verset 29. Dieu lui-même protégera et sauvera Jérusalem. Cependant, ce ne sont pas la fidélité et l’obéissance de son peuple qui en sont le motif, mais sa propre gloire et sa souveraine grâce — et cela, « à cause de David », son serviteur, l’homme selon son cœur, le type du roi qui, un jour, régnera en justice (v. 35).

Le roi Ézéchias n’a pas à attendre longtemps l’exaucement de sa prière et l’accomplissement de la prophétie. « Cette nuit-là », l’Éternel envoie un messager céleste (cf. 2 Rois 19:35). Un seul ange tue une armée de 185 000 soldats (v. 36). Quel tableau de la puissance du Dieu d’Israël ! C’est le même Dieu que nous connaissons comme notre Dieu et Père en Christ. Sa puissance est la même, bien qu’elle se manifeste aujourd’hui en faveur des siens d’une tout autre manière (cf. Éph. 1:19). Battu de cette manière, mais lui-même épargné, le roi de la plus puissante nation de l’époque s’en retourne dans son pays (v. 37). C’est ainsi que s’accomplit la parole de l’Éternel.

Cependant Sankhérib ne profite pas, comme Nebucadnetsar plus tard, de l’enseignement que Dieu lui donne (cf. Dan. 4:34-37). Il demeure un idolâtre jusqu’à sa fin. La mort le surprend alors qu’il se prosterne dans la maison de Nisroc, son dieu. Ses propres fils le frappent là avec l’épée. Ainsi s’accomplit ce qu’Ésaïe, le prophète du seul vrai Dieu, avait prédit (v. 7). L’ennemi est vaincu ; l’époque du cruel Sankhérib est terminée. « Et Ésar-Haddon, son fils, régna à sa place » (v. 38). Après la mort d’Ésar-Haddon, la puissance de l’Assyrie déclina et finalement, Ninive, la capitale de l’Assyrie, succomba aux attaques des Babyloniens et des Mèdes.

La destruction de l’armée assyrienne devant Jérusalem par l’ange de Dieu n’est qu’une ombre de la destruction du roi du nord dans les temps à venir. De même la délivrance et la bénédiction de Juda sous le règne d’Ézéchias ne sont qu’une faible image de la complète délivrance future et de la gloire définitive du peuple de Dieu. L’épisode de la menace de Jérusalem par Sankhérib contient aussi un enseignement prophétique concernant le futur résidu croyant du peuple. Comme Ézéchias s’est confié humblement en l’Éternel, ainsi aussi les Juifs fidèles de ce temps attendront de Dieu seul leur délivrance.

Et pour nous, quel enseignement pratique contiennent ces chapitres ! Pour notre Dieu et Père, il n’y a aucune situation dans laquelle il ne puisse ou ne veuille nous secourir. Parfois il nous laisse passer par les plus grandes difficultés, mais il le fait afin que nous apprenions toujours mieux que notre force est cachée en lui « dans la tranquillité et dans la confiance » (30:15). En cela, le pieux roi Ézéchias est un exemple lumineux pour nous.

 

7.2   Maladie et guérison d’Ézéchias — Ésaïe 38

ME 2004 p. 76

7.2.1        Le verdict divin et la supplication d’Ézéchias — Ésaïe 38:1-3

Les événements décrits dans le chapitre 38 se situent à la même époque que ceux des deux chapitres précédents, quinze ans avant la mort d’Ézéchias (v. 5, 6). Le roi était alors âgé d’environ 39 ans et se trouvait ainsi à la force de l’âge (2 Rois 18:2). Trois ans plus tard est né son fils et successeur Manassé, qui n’avait que douze ans lorsqu’il est monté sur le trône (2 Rois 21:1).

En plus de l’attaque des Assyriens décrite dans les chapitres 36 et 37, une autre épreuve survient : « En ces jours-là, Ézéchias fut malade à la mort » (v. 1). Comme il ne nous est rien dit quant à la cause de cette maladie, qui s’est manifestée sous la forme d’un ulcère, la supposition qu’elle ait été la punition d’un péché est sans fondement. Tout espoir de guérison était réduit à néant par le message que le prophète a dû apporter de la part de l’Éternel : « Donne des ordres pour ta maison, car tu vas mourir et tu ne vivras pas » (v. 1).

Pour les croyants de l’Ancien Testament, auxquels Dieu avait donné des promesses essentiellement terrestres, la mort était encore le « roi des terreurs » (Job 18:14). L’état de l’âme après la mort n’avait rien de désirable pour eux. Il est vrai qu’ils avaient quelque connaissance de la résurrection (Job 19:25-27 ; cf. Dan. 12:2), mais le shéol, le lieu du séjour des morts, était pour eux un endroit d’horreur. Ils ne possédaient aucune révélation relativement à l’état intermédiaire entre la mort et la résurrection. C’est le Seigneur Jésus qui, le premier, a apporté la lumière divine dans cette obscurité (Luc 16:19-31). Depuis la résurrection et l’ascension de notre Rédempteur, nous savons que les âmes des croyants endormis sont « avec Christ » jusqu’à sa venue, ce qui est de beaucoup meilleur (Luc 23:43 ; Phil. 1:23).

La sentence de l’Éternel par le prophète Ésaïe doit avoir été accablante pour Ézéchias. Dieu lui accordait le temps de mettre en ordre ses affaires, mais l’épée était déjà suspendue au-dessus de sa tête. Ce roi pieux n’était pourtant pas totalement sans ressources devant la mort. Conscient du fait que les hommes ne pouvaient pas l’aider, il tourna sa face contre la muraille et pria son Dieu : « Hélas, Éternel ! souviens-toi, je te prie, que j’ai marché devant toi en vérité et avec un cœur parfait, et que j’ai fait ce qui est bon à tes yeux » (v. 3 ; cf. 2 Rois 18:5-7). S’il n’a pas demandé expressément sa guérison, il ressort cependant de ses paroles que, comme roi de Juda, il considérait une mort si précoce, surtout sans héritier du trône, comme une punition de Dieu qu’il n’avait pas méritée. Aussi pouvons-nous bien comprendre son affliction et ses larmes (v. 2, 3).

Mais cet homme de Dieu nous fait aussi penser au Seigneur Jésus, auquel se rapporte la prière prophétique du psaume 102 : « Mon Dieu, ne m’enlève pas à la moitié de mes jours ! » (v. 24). Nous savons qu’il a été « blessé pour nos transgressions » et qu’il a « livré son âme à la mort » (És. 53:5, 12). Mais, « durant les jours de sa chair », il a « offert, avec de grands cris et avec larmes, des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort » et il a « été exaucé à cause de sa piété » (Héb. 5:7). Selon le conseil éternel de Dieu, il est mort pour nos fautes et a été ressuscité pour notre justification, mais en même temps, il a aussi été « exalté... prince et sauveur, afin de donner la repentance à Israël et la rémission des péchés » (Act. 5:31). La guérison d’Ézéchias de sa maladie à la mort doit être ainsi considérée comme type de la résurrection de Christ d’entre les morts.

 

7.2.2        La grâce de Dieu — Ésaïe 38:4-8

Sur le chemin de retour de cette mission difficile, Ésaïe reçoit déjà de Dieu une réponse de grâce à la prière de son serviteur (v. 4 ; cf. 2 Rois 20:4). Dieu ne mentionne pas les bonnes œuvres et le cœur intègre d’Ézéchias, mais il se réfère à son père David. Le Dieu fidèle se souvient d’abord de son engagement envers celui qu’il avait choisi, l’ancêtre des rois qui ont été sur le trône de Jérusalem. C’est à lui, qui est aussi un type du futur roi d’Israël, que Dieu avait fait des promesses ; et il ne les oublie pas (2 Sam. 7:16 ; cf. Luc 1:32 ; Act. 13:34). Il avait aussi entendu la prière d’Ézéchias et vu ses larmes, et il se laisse fléchir en lui accordant quinze années de vie supplémentaires (v. 5).

Dieu exauce encore aujourd’hui les prières des siens. Si, par exemple, nous prions pour le salut éternel de quelqu’un, nous savons que « cela est bon et agréable devant notre Dieu sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim. 2:1-4). Cependant les prières dans lesquelles se manifeste notre propre volonté ne peuvent certes pas lui être agréables. Dans de tels cas, il se peut qu’il nous accorde notre demande et qu’en même temps il nous en fasse subir les conséquences douloureuses (cf. Ps. 106:15). En ce qui concerne notre vie et nos intérêts terrestres, nous ferons bien de prier dans l’esprit dont notre Seigneur nous donne l’exemple : « Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui soit faite » (Luc 22:42). Il est vrai qu’en toutes choses nous pouvons exposer nos requêtes à notre Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces, et compter sur la réponse divine ; mais le fait que nos cœurs et nos pensées puissent jouir de la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, est plus encore que l’accomplissement de nos désirs (Phil. 4:7).

Les pensées de Dieu allaient toutefois plus loin encore. Il voulait non seulement rétablir Ézéchias dans sa santé, mais aussi le protéger, lui et la ville de Jérusalem, de l’attaque des Assyriens (v. 6). Ceci a aussi une portée prophétique : dans l’avenir, Dieu protégera encore une fois son peuple de l’Assyrien. Le Seigneur Jésus lui-même apparaîtra et l’anéantira lors de sa seconde attaque contre Jérusalem.

Dieu avait jadis offert un signe à l’impie Achaz, mais celui-ci l’avait refusé (7:10-12). Comme Gédéon en Juges 6, le pieux Ézéchias demande un signe. Et Dieu lui en accorde un qui sera reconnu jusque dans la Babylone lointaine (v. 7 ; cf. 2 Chron. 32:31). Quelles que puissent être les spéculations des hommes au sujet de ce miracle, il est clair que le retour en arrière de l’ombre ne peut être expliqué d’une manière naturelle. C’est un des nombreux miracles de Dieu, le Créateur, qui nous sont rapportés dans sa Parole (cf. Jos. 10:12-14). Par cette chose exceptionnelle, Dieu confirmait la vérité de sa promesse. Non seulement il conduit les destins des hommes et des puissances terrestres, mais le temps est aussi entre ses mains ; c’est ainsi qu’il peut prolonger le temps de sa grâce en faveur des individus ou des peuples (2 Rois 20:19 ; Gen. 15:16 ; Dan. 7:12).

Jusqu’ici, la vie d’Ézéchias a été une vie de foi, une vie à l’honneur de Dieu. Des années ultérieures, l’Écriture nous rapporte peu de chose, à part la visite de l’ambassade babylonienne et ses conséquences (És. 39 ; 2 Rois 20:12-21 ; 2 Chron. 32:25-33). C’est aussi au cours de cette dernière période qu’est né son fils Manassé, qui est entré dans les annales de Juda comme un roi qui « fit ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel » (2 Rois 21:2).

 

7.2.3        Le cantique d’Ézéchias — Ésaïe 38:9-22

« L’écrit d’Ézéchias, roi de Juda, quand, ayant été malade, il fut rétabli de sa maladie » (v. 9) ne se trouve ni en 2 Rois ni en 2 Chroniques. La mention exclusive qui en est faite dans le livre du prophète Ésaïe montre son caractère prophétique, et cela aussi bien en rapport avec la mort et la résurrection de Christ qu’avec la tribulation et la restauration du résidu de Juda.

Ce cantique présente plusieurs éléments qui rappellent le livre de Job ou les Psaumes. La première partie (v. 10-14) montre toute l’impuissance et la détresse d’Ézéchias face à une mort imminente ; la deuxième (v. 15-20) exprime sa reconnaissance envers Dieu qui lui a rendu la vie.

 

7.2.3.1                 La complainte — Ésaïe 38:10-14

Ainsi que nous l’avons déjà signalé à propos du verset 1, la mort avait une tout autre signification pour les croyants de l’Ancien Testament que pour nous aujourd’hui. Pour Ézéchias, elle était quelque chose d’angoissant. Paul, au contraire, aimait « mieux être absent du corps et être présent avec le Seigneur » (2 Cor. 5:8) ; il avait « le désir de déloger et d’être avec Christ » (Phil. 1:23). Ézéchias, qui pouvait penser avoir atteint le milieu de sa vie, apprenait qu’elle devait brusquement prendre fin. Il voyait déjà ouvertes les portes du « shéol » (*) et devait abandonner toutes ses espérances concernant l’avenir (v. 10). Il ne verrait pas Jah, le Puissant d’Israël, sur la terre qu’il appelle « la terre des vivants » (cf. Job 28:13 ; Ps. 27:13 ; Jér. 11:19 ; Ézéch. 26:20). L’attente de tout Israélite — et non seulement le désir des femmes — n’était-elle pas tournée vers la venue du Messie (Dan. 11:37) ? Ézéchias se voyait ainsi ravir cette espérance par sa mort précoce. Dans le sombre royaume des morts, il ne contemplerait plus un homme vivant (v. 11).

 

(*) Shéol est le nom que l’Ancien Testament donne au séjour des âmes séparées du corps ; cf. 14:9.

 

Ézéchias compare alors son corps à une tente de berger qui est démontée et emportée (v. 12 ; cf. Job 4:21 ; 2 Cor. 5:1 ; 2 Pierre 1:14). Il compare la fin imminente de sa vie à ce que fait le tisserand quand il a achevé une pièce d’étoffe : il coupe les fils qui la relient au métier à tisser. Ézéchias fait monter sa plainte vers Dieu qui, « du jour à la nuit », c’est-à-dire dans un temps très court, en aura fini avec lui (v. 12 ; cf. Job 4:20).

Puis Ézéchias se souvient de la nuit pendant laquelle il a apaisé son âme en élevant les regards vers Dieu (v. 13 ; Ps. 131:2). Cependant la maladie a persisté et les souffrances se sont renforcées. En gémissant, il se tourne vers Dieu qui, comme un lion, a brisé son corps malade, et il répète : « Du jour à la nuit, tu en auras fini avec moi » (cf. Lam. 3:10).

Les souffrances d’Ézéchias n’étaient pas seulement d’ordre physique. Son gémissement sous la main de Dieu, qu’il compare aux cris de l’hirondelle, de la grue et de la colombe, n’est pas seulement l’expression de ses douleurs, mais aussi de la détresse de son âme face à la mort. Angoissé, puis de nouveau confiant, il élève ses yeux vers l’Éternel comme celui qui le sauve de la détresse : « garantis-moi ! » (v. 14 ; cf. Gen. 43:9 ; Job 17:3).

Un garant doit répondre des dettes de quelqu’un, si celui-ci ne peut pas les rembourser. Qui cependant pourrait « se porter garant » devant Dieu de la dette des péchés de l’homme ? Sachant bien que les hommes ne peuvent lui être d’aucun secours à cet égard, Ézéchias implore à juste titre l’Éternel d’être son garant. Aujourd’hui, nous savons que Dieu nous a donné un garant dans la personne de son propre Fils ; par sa mort sur la croix, lui a réglé la dette que nous ne pouvions payer. Christ est notre « garant » pour l’éternité (Héb. 7:22). Ézéchias ne pouvait pas le connaître ; néanmoins il se confiait en son Dieu.

 

7.2.3.2                 La reconnaissance — Ésaïe 38:15-20

Un brusque changement de sentiments introduit la seconde partie du cantique (cf. Ps. 22:22). La confiance d’Ézéchias en Dieu n’a pas été déçue, et pourtant ses paroles semblent traduire l’étonnement : « Que dirai-je ? » Manifestement l’exaucement de sa prière a surpassé son attente. Mais n’en est-il pas souvent de même pour nous ? L’apôtre Paul nous enseigne que notre Dieu et Père « peut faire infiniment plus que tout ce que nous demandons ou pensons » (Éph. 3:20).

Alors Ézéchias élève ses regards vers son Dieu, qui lui a parlé et qui a confirmé ses paroles d’une manière si merveilleuse envers lui. C’est à lui seul qu’il doit non seulement la vie naturelle et la santé, mais aussi la vie spirituelle (v. 16). Il dit : « Voici, au lieu de la paix j’avais amertume sur amertume ; mais toi, tu as aimé mon âme, la retirant de la fosse de destruction, car tu as jeté tous mes péchés derrière ton dos » (v. 17). Il est délivré non seulement de la mort physique, mais de la condamnation éternelle. Sa guérison était pour lui la preuve que Dieu lui avait pardonné tous ses péchés. Comme tous les croyants de cette époque, il ne pouvait pas encore connaître la certitude du salut fondé sur l’œuvre rédemptrice de Christ.

C’est ce que l’on voit aussi dans les paroles qui suivent : « Car ce n’est pas le shéol qui te louera, ni la mort qui te célébrera ; ceux qui descendent dans la fosse ne s’attendent plus à ta vérité. Le vivant, le vivant est celui qui te louera, comme moi aujourd’hui » (v. 18, 19 ; cf. Ps. 6:5 ; 88:10-12). C’est ainsi que pouvaient s’exprimer les croyants qui ne connaissaient pas ce que Dieu nous a révélé concernant ce qui suit la mort. Les croyants de l’Ancien Testament connaissaient bien l’espérance de la résurrection « à la fin des jours » (Dan. 12:13), mais la tombe et le shéol (cf. És. 14:9) avaient pour eux quelque chose d’angoissant. Pour eux, les marques de la faveur de Dieu s’appliquaient en premier lieu à la vie et à la bénédiction sur la terre. L’espérance d’Ézéchias d’avoir une descendance apparaît certainement dans les mots : « Le père fera connaître aux fils ta vérité », la naissance de son fils Manassé n’ayant eu lieu que trois ans plus tard. Mais, hélas ! le témoignage de ce que Dieu avait fait pour son serviteur Ézéchias n’a laissé aucune impression durable chez Manassé, son fils.

Ce psaume atteint son point culminant au verset 20. Ézéchias exprime le désir de rendre sans cesse grâces à l’Éternel pour sa délivrance, et de le louer dans son temple avec les instruments à cordes (cf. 2 Chron. 29:30). Israël a chanté le premier cantique de délivrance sur le rivage de la mer Rouge. Bientôt, la multitude de tous les rachetés entourera le trône de Dieu dans le ciel pour chanter à l’Agneau « un cantique nouveau » qui ne cessera jamais (Ex. 15 ; Apoc. 5:9). Aujourd’hui, c’est le privilège et le devoir de tous les enfants de Dieu d’adorer « le Père en esprit et en vérité ; car aussi le Père en cherche de tels qui l’adorent » (Jean 4:23).

 

Les versets 21 et 22 constituent la fin de ce récit ; on les trouve sous une forme similaire quoique non identique en 2 Rois 20:7-8, entre la prophétie d’Ésaïe et l’annonce du mouvement de recul de l’ombre sur les degrés du cadran. Ici, par contre, leur mention a un autre rôle. Ils forment une sorte d’appendice, et ils expliquent à la fois la maladie d’Ézéchias et sa guérison, et aussi le motif du signe donné par Dieu (*).

 

(*) De nombreux commentateurs supposent cependant qu’il s’agit d’une transposition due à une erreur de copiste, ou bien d’un ajout ultérieur.

 

7.3   Défaillance d’Ézéchias et annonce du jugement — Ésaïe 39

Pour terminer de cette section à caractère historique du livre prophétique d’Ésaïe, celui-ci relate une troisième mise à l’épreuve du roi Ézéchias. Il avait été délivré du roi d’Assyrie et de la mort, le « roi des épouvantements » (ch. 36 à 38), mais, lors de la visite des envoyés du roi de Babylone, « Dieu l’abandonna… pour l’éprouver, afin qu’il connut tout ce qui était dans son cœur » (2 Chron. 32:31). Chronologiquement, cet événement se situe entre la maladie d’Ézéchias et l’attaque de l’Assyrien.

 

7.3.1        La délégation de Babylone — Ésaïe 39:1-2

Le roi Merodac-Baladan (appelé en 2 Rois 20:12 Berodac-Baladan) (*), assura sa domination sur le royaume de Babylone alors encore relativement insignifiant, lors de l’avènement du roi assyrien Sargon II (environ 722-705 av. J-C), et il la conserva douze ans, c’est à dire d’environ 722 à environ 710 av. J-C.. Puis il dut s’enfuir ; mais après la mort de Sargon, il renouvela ses prétentions au trône de Babylone pour un peu de temps (environ 705 à 703 av. J-C). Nous ne savons pas quand eut lieu la visite de la délégation babylonienne auprès d’Ézéchias. Les motifs de cette démarche étaient sans doute sa maladie et sa guérison, tout autant que le signe miraculeux que Dieu lui avait donné en cette circonstance. Mais peut-être que les envoyés vinrent avec le dessein de le gagner en tant que roi de Juda, en vue d’une alliance contre l’Assyrien. À cet effet, la « lettre et le présent » apportés soulignent le caractère officiel de la visite, et révèlent l’intention de disposer favorablement le roi (39:1 ; comparer Prov. 17:8).

 

(*) Le nom de Merodac-Baladan est dérivé du nom de la divinité babylonienne Merodac ou Mard uk (comp. Jér. 50:2), et signifie « Marduk a envoyé un fils » (selon une inscription assyrienne : Marduc-aplu-idinna).

 

Ézéchias « se réjouit de leur venue » (39:2a) ; il se sentit flatté dans sa vanité par cette visite de haut rang. Au lieu d’« aller doucement » (38:15), comme il se l’était proposé lors de sa grave maladie, il se laissa entraîner à rechercher la proximité dangereuse de Babylone, l’incarnation de toutes les idolâtries. Vu du point de vue humain, avoir un allié contre l’Assyrien ne pouvait qu’être utile pour Juda. Mais, vu du côté de Dieu, s’engager dans une telle alliance avec ceux qui haïssaient l’Éternel, c’était le premier pas vers le « joug mal assorti avec les incrédules » (voir 2 Cor. 6:14).

2 Chron. 32:27-30 relate combien Dieu lui avait donné beaucoup de richesses. Oubliant qu’à tous égards il était administrateur de Dieu, et rempli de fierté, il ouvrit aux envoyés de la Babylone païenne les portes de sa maison et des chambres de ses trésors, et leur montra toute sa magnificence. L’argent, l’or, les aromates et l’huile mentionnés ici, ont une profonde signification spirituelle. L’argent, dans les Saintes Écritures, est une image de la rédemption (voir Exode 30:11 et suiv.). L’or parle de la gloire de Dieu (voir Héb. 9:4-5). Les aromates représentent toute l’excellence du Seigneur Jésus (voir Exode 30:34 et suiv.), et l’huile est une figure du Saint Esprit (voir Ésaïe 61:1). Nous avons donc ici devant nous des images des bénédictions spirituelles — de sorte qu’Ézéchias, en montrant ces trésors aux envoyés de Babylone, jetait « des perles devant les pourceaux » (39:2 ; comp. Matt. 7:6). Sa confiance en Babylone et en ses propres richesses, le menèrent à la chute. Aussi bien lors de l’attaque de l’Assyrien qu’à l’occasion de sa maladie, Ézéchias rechercha Dieu dans la prière, mais ici, nous ne lisons rien de semblable.

 

7.3.2        L’annonce faite par Ésaïe — Ésaïe 39:3-8

Ésaïe, le prophète, est envoyé par Dieu vers le roi devenu ainsi infidèle. Il ne prononce pas tout de suite une sentence sur lui, mais il lui pose deux questions destinées à toucher sa conscience : « Qu’ont dit ces hommes, et d’où sont-ils venus vers toi ? ». De manière tout à fait significative, Ézéchias dans sa réponse n’aborde pas la première question, et ne répond qu’à la seconde. Manifestement, il n’a pas osé répéter les paroles des envoyés du roi de Babylone. Dans sa réponse à la seconde question, il montre combien il a été très impressionné par la délégation royale venant d’un pays aussi éloigné (39:3).

Mais Ésaïe ne se relâche pas et pose sa troisième question : « Qu’ont-ils vu dans ta maison ? ». À présent, il devait être clair pour le roi qui avait faibli devant le monde, qu’il avait commis une grave faute, lorsque, ayant eu confiance en sa propre capacité et en sa propre force, il avait jeté ses précieuses « perles devant les pourceaux » en montrant aux envoyés tout ce qui se trouvait dans sa maison et dans ses trésors (39:4). Ézéchias avait failli, car il n’avait pas recherché la proximité de son Dieu.

Maintenant Ésaïe doit faire part à Ézéchias de la réponse de l’Éternel des armées. Elle consiste à annoncer deux jugements (39:5). La première sentence est celle-ci : « Voici, des jours viennent où tout ce qui est dans ta maison, et ce que tes pères ont amassé jusqu’à ce jour, sera porté à Babylone ; il n’en restera rien, dit l’Éternel » (39:6). Comme son père Achaz qui s’était appuyé sur l’Assyrie, avait dû faire l’expérience que précisément, cette puissance attaquerait son pays (2 Rois 16:7 ; Ésaïe 7:17), de la même manière Ézéchias dut entendre que le royaume avec lequel il s’était engagé, emporterait tous les trésors de la maison de David à Babylone.

En second lieu, Ésaïe communique ceci : « Et on prendra de tes fils, qui sortiront de toi, que tu auras engendrés, et ils seront eunuques dans le palais du roi de Babylone » (39:7). La maison de David serait réduite à la servitude ! Dans le livre du prophète Daniel, se trouve décrit l’accomplissement de cette prophétie (Daniel 1:3). Et cependant, selon le conseil de Dieu, de ce tronc d’Isaï et David devenu une souche, doit sortir dans la plénitude du temps « un rejeton » qui se tiendrait là comme une bannière des peuples et dont le repos serait gloire (Ésaïe 11:1-10).

Les deux prophéties d’Ésaïe ne se réfèrent cependant pas au peuple de Juda, mais à la maison royale, dont Ézéchias, représentant responsable, avait failli si honteusement dans cette mise à l’épreuve sérieuse. Ce qui est surprenant dans cette prophétie, c’est que la sanction en discipline annoncée de la part de Dieu, ne soit pas l’attaque alors très proche de l’Assyrien en l’an 702 av. J-C, mais la destruction et le pillage de Jérusalem, dans un temps encore lointain, dans les années 605 à 586 av. J-C, sous Nebucadnetsar et la captivité babylonienne.

Ici, le regard du prophète se tourne déjà, sous la conduite du Saint Esprit, vers ce qui constitue la deuxième grande partie du livre, laquelle commence avec le chapitre 40. Combien cela souligne l’intention divine qui a inséré cette partie historique ! Sans doute, Babylone devait devenir le premier des quatre empires mondiaux qui régneraient dans les « temps des nations ». Après la période de la grâce dans laquelle nous vivons, l’Empire romain reconstitué, quatrième et dernier de cette succession d’empire, sera en liaison avec la Babylone religieuse, et amènera l’histoire de l’humanité apostate à son triste sommet, avant que le Seigneur Jésus réduise à néant tout l’orgueil de l’homme lors de Son apparition en gloire.

Mais nous ne devons pas perdre de vue le fait que la captivité babylonienne n’a pas été la conséquence d’un unique péché de ce roi si fidèle par ailleurs. Le vrai motif a été l’infidélité continuelle des autres rois et de tout le peuple avec ses conducteurs, comme 2 Chron. 36:11-16 le décrit. Le péché d’Ézéchias était sans doute typique de la cause, mais n’était pas le motif véritable du châtiment de la part de l’Éternel. 

Ézéchias reconnaît alors sa grave faute et s’humilie devant la sentence divine : « La parole de l’Éternel que tu as prononcée, est bonne ». Il reconnaît qu’il a agi avec présomption, et non pas en accord avec la grâce qui lui avait été manifestée du coté de Dieu, ni selon sa bonne résolution antérieure, et il se soumet à cette sentence. C’est ce dont témoigne 2 Chron. 32:25-26. Bien que l’Éternel ait accordé à Ézéchias quinze années de vie supplémentaires en réponse à sa prière, il « ne rendit pas en raison du bienfait qu’il avait reçu ; car son cœur s’éleva, et il y eut de la colère contre lui et contre Juda et Jérusalem. Et Ézéchias s’humilia de ce que son cœur s’était élevé, lui et les habitants de Jérusalem ; et la colère de l’Éternel ne vint pas sur eux pendant les jours d’Ézéchias ».

 

8                        Ésaïe 40 à 66 — Deuxième grande Partie : évolution intérieure d’Israël

La première grande partie du livre d’Ésaïe (ch. 1 à 35) contient essentiellement des annonces de jugements sur les nations. Ensuite, la parenthèse historique des ch. 36 à 39 relative à Ézéchias et Ésaïe s’y rattache, comme un élément de transition. Par contre la deuxième grande partie traite de la délivrance et de la restauration d’Israël. Ceci signifie qu’il s’agit spécialement de l’évolution intérieure et de l’histoire du peuple terrestre de Dieu.

Le Messie occupe, dans la deuxième partie, une place toute particulière. Il est vrai qu’Il n’est pas désigné par ce nom (*), mais sa Personne y est mentionnée beaucoup plus souvent que dans la première partie. Il est le vrai Serviteur de l’Éternel, Celui qui a accompli tout Son plaisir. Au milieu de cette seconde partie, se situe le chapitre 53 bien connu : par des paroles qui touchent particulièrement nos cœurs, il décrit l’abaissement, la souffrance et la mort de l’Agneau de Dieu pour nos péchés, mais aussi sa glorification.

 

(*) La seule occurrence de l’hébreu maschiah, « oint », figure au ch. 45:1 et elle concerne Cyrus (comp. toutefois 61:1).

 

En relation étroite avec cela, on trouve un « mot-vedette » (qui revient souvent) particulier à cette deuxième partie du livre d’Ésaïe, à savoir le « rédempteur » (en hébreu : ga’al ou go’el) et toute la notion de rachat, racheter, racheté. On le voit apparaître seulement une fois dans la première partie (35:9) ; par contre, on le trouve vingt-trois fois dans la seconde partie (41:14 ; 43:1,14 ; 44:6,22,23,24 ; 47:4 ; 48:17,20 ; 49:7,26 ; 51:10 ; 52:3,9 ; 54:5,8 ; 59:20 ; 60:16 ; 62:12 ; 63:4,9,16).

L’Éternel, le Saint d’Israël, est le Rédempteur de Son peuple. Un jour, Il accomplira de manière parfaite, les déclarations fournies à l’avance concernant le Rédempteur, — déclarations que l’on trouve insérées dans la Loi, et déjà aussi dans le livre de Ruth sous la forme d’une représentation magnifique avec la personne de Boaz. Selon la loi, celui qui avait droit de rachat était devant trois obligations :

Ø   Il pouvait racheter son parent qui s’était appauvri (Lév. 25:47-49).

Ø   Il pouvait racheter la possession de ce dernier (Lév. 25:25).

Ø   Il devait exercer la vengeance sur un meurtrier (Nomb. 35:19).

 

Toutes ces obligations, le Seigneur Jésus les a remplies sur le plan spirituel à l’égard de ceux qui croient en Lui maintenant. Mais cela vaut aussi dans l’avenir, pour les membres de son peuple terrestre. Il est le Libérateur de l’esclavage du diable (Héb. 2:15), le Rédempteur de l’héritage (ou : possession acquise ; Éph. 1:14), mais Il est aussi le juste Juge (Jean 5:27). Dans le livre d’Ésaïe, Il est vu, avant tout, comme le Rédempteur de Son peuple.

Il existe par conséquent dans la manière d’exposer les choses, ainsi que dans leur contenu, des différences bien marquées entre la première et la seconde partie du livre d’Ésaïe. De telles dissemblances ne doivent cependant pas être attribuées à des auteurs différents, mais aux sujets traités et aux buts de la prophétie d’Ésaïe qui varient.

La deuxième grande partie du livre se subdivise en trois sections, de 9 chapitres chacune. Les deux premières sections se terminent par la sentence ; « Il n’y a pas de paix pour les méchants ! » (48:22 ; 57:21), tandis que la dernière section se termine par la description de la damnation éternelle des impies (66:24).

 

8.1   L’Éternel exauce Son peuple — Ésaïe 40 à 48

Le sujet principal des chapitres 40 à 48 est l’idolâtrie dont Israël, mais particulièrement Juda et Jérusalem, s’étaient rendus coupables. Comme instrument du châtiment de son peuple, Dieu s’est servi de Babylone, dont le royaume est justement, dans la Bible, l’incarnation personnifiée de l’idolâtrie. Cette manière d’agir de Dieu, difficilement compréhensible, constituait un problème pour le prophète Habakuk. Il se plaignait en ces termes : « Pourquoi contemples-tu ceux qui agissent perfidement, et gardes-tu le silence quand le méchant engloutit celui qui est plus juste que lui, » (Habakuk 1:13). Mais Dieu lui montra que les Chaldéens aussi recevraient leur juste châtiment. Ainsi Ésaïe avait déjà dû prédire le jugement qui s’exercerait sur le deuxième grand ennemi du peuple de Dieu : l’Assyrien, « la cognée », qui se glorifiait contre celui qui s’en sert (10:15).

La captivité babylonienne était le châtiment de Dieu à cause de l’idolâtrie de Son peuple. C’est la raison pour laquelle Babylone, la Chaldée et les chaldéens, sont mentionnés à plusieurs reprises dans les chapitres 40 à 48, mais ils ne le sont plus à partir du chapitre 49 (voir 43:14 ; 47:1,5 ; 48:14,20).

En l’an 605 av. J-C, c’est-à-dire sous le règne de Jéhoïakim, puis en 597 av. J-C sous Jéhoïakin, et finalement sous Sédécias en l’an 586 av. J-C, le pays de Juda et la ville de Jérusalem furent pillés trois fois entièrement par l’armée babylonienne. À chaque fois, des parties entières de population furent déportées à Babylone (2 Chron. 36). Lors de la dernière déportation, le temple fut détruit. Tous ces événements arrivèrent une centaine d’années après l’époque d’Ésaïe. Quant au retour du résidu en provenance de Babylone, retour prédit dans ces chapitres, il eut lieu soixante-dix ans plus tard (*).

 

(*) Les 70 ans doivent être comptés à partir du premier pillage de Jérusalem en l’an 605 av. J-C. Le retour eut lieu environ en l’an 536 av. J-C.

 

Avec la destruction de Jérusalem et la déportation de Juda à Babylone, s’achève la période où Dieu reconnaissait Israël comme Son peuple et habitait au milieu d’eux. Le prophète Ézéchiel dut voir la manière dont la gloire de Dieu quitta le temple et la ville de Jérusalem (Éz. 9:3 ; 10:4,18 ; 11:23). L’Éternel ne pouvait plus reconnaître Israël comme son peuple ; celui-ci était devenu Lo-Ammi (« pas mon peuple »), selon ce qu’Osée, contemporain d’Ésaïe, dut faire savoir (Osée 1:9 à 2:3). Dès lors commencèrent « les temps des nations », c’est-à-dire la succession des quatre empires prophétiques : Babylonien, Médo-perse, Grec et Romain, au sujet desquels Daniel a beaucoup prophétisé (Daniel 2 et 7 ; comp. Luc 21:24). Quand le temps fut accompli — pendant la première période du quatrième empire (c’est-à-dire l’empire romain) — Christ, le Fils de Dieu est venu sur la terre et a accompli, selon le conseil éternel de Dieu, l’œuvre du salut à la croix. Aujourd’hui, le message salvateur de la grâce insondable de Dieu s’adresse non seulement à Israël, mais aussi à tous les hommes ! Tous ceux qui croient au Seigneur Jésus constituent maintenant Son assemblée qui, dans l’Ancien Testament était encore un mystère caché.

Lorsqu’Il l’aura prise à Lui dans le ciel, alors Dieu se tournera à nouveau vers son peuple terrestre. Un résidu croyant des Juifs recevra Christ comme son Messie, et jouira dans le règne millénaire des riches bénédictions de Dieu. Mais auparavant, ils devront traverser de sévères tribulations. C’est de cette période, au cours de laquelle ils se tourneront vers leur Dieu, qu’il est question dans les chapitres qui suivent. Ils nous montrent comment l’Éternel s’occupe de son peuple terrestre pour l’amener à la repentance et au retour vers Lui, le Dieu vivant et vrai. Le retour du résidu de la captivité babylonienne sous le règne du roi de Perse Cyrus (Korès) peut être considéré tout au plus comme une faible anticipation [ou : avant-goût] de l’accomplissement définitif des prophéties d’Ésaïe. Comme nous le verrons, le prophète porte ses regards bien au-delà, sur le règne millénaire dont il a déjà parlé plusieurs fois dans la première partie (comp. 9:5,6 ; 11:6-10 ; 35:1-10).

 

 

8.2   La consolation d’Israël — Ésaïe 40

ME 2004 p. 110

8.2.1        La grâce de Dieu — Ésaïe 40:1-11

8.2.1.1                 Consolez, consolez mon peuple — Ésaïe 40:1, 2

Ce chapitre nous amène sans transition dans une période future, dans laquelle les temps des nations, où Israël était « Lo-Ammi », sont révolus (cf. Osée 1:9 — 2:1). Dieu ne l’appelle plus « ce peuple » — comme prenant ses distances de lui (cf. 6:9 ; 8:6,...) — mais le reconnaît de nouveau comme étant son peuple. Il lui envoie ce message : « Consolez, consolez mon peuple... » (hébr. Ammi, cf. 1:3). Le prophète, par conséquent, l’appelle « votre Dieu » (v. 1 ; cf. 66:9). Ainsi, pour son peuple terrestre aussi, Dieu se révélera un jour comme « le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation » (2 Cor. 1:3).

Combien touchantes sont les paroles qui suivent ! « Parlez au cœur de Jérusalem » (cf. Osée 2:14). Même si le peuple, dont le centre est Jérusalem, a marché durant des millénaires dans un chemin de propre volonté, l’amour de l’Éternel envers lui subsiste. Il aime ce peuple « d’un amour éternel », et il aura aussi compassion de lui « avec une bonté éternelle » (54:8 ; Jér. 31:3). Le temps de la tribulation est révolu, la colère est passée et Dieu parle maintenant avec bonté au cœur de Jérusalem.

Trois raisons sont données au fait que Dieu se tourne de nouveau vers Jérusalem, et par elle vers son peuple (v. 2) :

— « son temps de détresse est accompli ». Le temps de la détresse de Jacob — et non seulement la captivité babylonienne ! — a pris fin.

— « son iniquité est acquittée ». Christ l’a prise sur lui à la croix (cf. 53:4-6 ; Lév. 26:41 et suiv.).

— « elle a reçu de la main de l’Éternel le double pour tous ses péchés ». Dans ses voies gouvernementales, Dieu a dû la châtier sévèrement pour ses péchés — particulièrement celui du rejet de Christ — afin qu’elle se tourne vers lui. « Le double » signifie une pleine mesure qui a satisfait à toutes les exigences de Dieu — mais non pas plus que ce qu’elle méritait !

 

8.2.1.2                 Jean le baptiseur — Ésaïe 40:3, 4

Après ces paroles consolantes et encourageantes vient l’annonce du chemin par lequel ce peuple obtiendra la consolation de son Dieu : « La voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin de l’Éternel, aplanissez dans le lieu stérile une route pour notre Dieu. Toute vallée sera relevée, et toute montagne et toute colline seront abaissées ; et ce qui est tortu sera rendu droit, et les lieux raboteux deviendront une plaine unie ». Comme un héraut annonce l’arrivée d’un roi, ainsi « la voix de celui qui crie » invite à préparer le chemin pour le Roi des rois. Dans le Nouveau Testament, ceci est appliqué à Jean le baptiseur dans les quatre évangiles (Matt. 3:3 ; Marc 1:3 ; Luc 3:4-6 ; Jean 1:23).

Si la contrée dans laquelle Jean se trouvait et prêchait était précisément « le désert » qui borde le Jourdain, c’était là aussi l’expression symbolique de l’état spirituel du peuple de Dieu. C’est pourquoi les mots « désert » et « lieu stérile » employés ici se rapportent plus encore à l’état des Juifs qu’à la nature du pays. Ils dépeignent des cœurs déserts et sans fruit pour Dieu, qui ne connaissent que leurs propres chemins tortueux. Dans ces cœurs, « le chemin de l’Éternel » doit être préparé et « une route pour notre Dieu » doit être aplanie (*). L’image des « vallées » qui doivent être « relevées » suggère la fin de tout abattement et de toute affliction (cf. Ps. 23:4) ; les « montagnes » et les « collines » évoquent la présomption et l’orgueil de l’homme (cf. 2:14 ; Zach. 4:7) ; « ce qui est tortu » et les « lieux raboteux » désignent tout ce qui est une déviation par rapport à la volonté de Dieu. Par sa prédication du baptême de la repentance en rémission des péchés, Jean le baptiseur devait engager les Juifs à préparer au Messie un accueil digne de lui (Luc 1:17, 76).

(*) En hébreu le mot traduit par « route » est le même que celui qui est traduit par « chemins frayés », au psaume 84, v. 5.

Mais, aussi bien le messager que le Roi ont été rejetés par le peuple. Le royaume de Dieu en gloire n’a pas pu être établi. Mais les plans de Dieu ont-ils été compromis ? Nullement ! Le rejet de Christ par son peuple et sa mort sur la croix ont ouvert le chemin pour la prédication de l’évangile de la grâce à toutes les nations et pour la fondation de l’assemblée de Dieu sur la terre. Quand celle-ci sera enlevée au ciel, à la fin du temps de la grâce, « l’évangile du royaume » (Matt. 24:14) sera de nouveau prêché — et cela dans un temps de grande détresse — puis le Seigneur Jésus apparaîtra pour la seconde fois sur la terre pour établir son règne millénaire.

 

8.2.1.3                 L’apparition de Christ — Ésaïe 40:5

Lorsque, dans les temps futurs, le résidu croyant des Juifs, au point culminant de la grande tribulation, sera préparé intérieurement pour l’apparition du Seigneur Jésus, alors « la gloire de l’Éternel sera révélée ». Lors du retour de la captivité à Babylone, on était encore bien loin de cela. Lors de sa première venue, le Seigneur Jésus a révélé sa gloire, mais d’une manière qui n’était perceptible que par les croyants : « Nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un fils unique de la part du Père » (Jean 1:14 ; 2:11). Dans le temps présent nous pouvons contempler sa gloire en Esprit : « Or nous tous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur... » (2 Cor. 3:18). Mais quand « la gloire de l’Éternel sera révélée », lors de l’apparition de Christ, alors « toute chair ensemble la verra » (cf. Matt. 24:30 ; Apoc. 1:7). Non seulement ceux qui l’attendent, mais tous les hommes le verront venir dans sa gloire. L’accomplissement de cette prophétie est encore à venir. Et auparavant, le Seigneur Jésus viendra pour prendre tous les siens auprès de lui (1 Thess. 4:13-18).

Beaucoup des prédictions du prophète Ésaie ont déjà eu leur accomplissement. Celle-ci, qui est en même temps une promesse, s’accomplira aussi — même si elle est mise en doute par les moqueurs des derniers temps (2 Pierre 3:3-13). Comme pour montrer que Dieu a prévu les objections de ces incrédules, ce passage se clôt par l’affirmation : « car la bouche de l’Éternel a parlé ».

 

8.2.1.4                 L’homme et la parole de Dieu — Ésaïe 40:6-8

Par « une voix » qui n’est pas nommée, nous entendons la voix de Dieu qui ordonne : « Crie ». Celui qui est interpellé — le prophète lui-même — demande : « Que crierai-je ? » La réponse que Dieu place dans sa bouche met en évidence le grand contraste entre les créatures, d’une part, et le Créateur et sa parole, d’autre part.

« Toute chair est de l’herbe. » C’est là la première constatation. On la trouve aussi dans d’autres passages des Écritures (Job 14:2 ; Ps. 37:2 ; 90:5, 6 ; 103:15, 16). Qu’est-ce qui pourrait, mieux que l’herbe, décrire le néant et le caractère éphémère de l’homme ? — cette herbe qui peut se faner en un seul jour sous les rayons brûlants du soleil, ou être subitement fauchée. « Toute chair » — tous les hommes sans exception sont concernés. « Et toute sa beauté, comme la fleur des champs. » Si belle que puisse être la fleur fraîchement éclose, elle se fane ou disparaît rapidement. « L’herbe est desséchée, la fleur est fanée. » Ainsi passe l’homme et tout ce qu’il a fait. Comme le vent desséchant ôte toute vie aux plantes, de même il suffit que Dieu souffle sur l’homme pour que toute sa gloire et sa grandeur s’évanouissent avec lui. Le « souffle (ou l’esprit) de l’Éternel » non seulement donne la vie, mais aussi exerce le jugement.

« Certes, le peuple est de l’herbe. » Il est question là du peuple terrestre de Dieu ; à cet égard, il est au même niveau que tous les autres hommes. Ce constat humiliant est suivi d’une parole consolante : « mais la parole de notre Dieu demeure à toujours ». De même, le Seigneur Jésus dit : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point » (Matt. 24:35 ; cf. Matt. 5:18).

Dans ce passage, le Saint Esprit veut amener l’homme, qu’il soit païen ou Juif, à reconnaître qu’il n’est rien devant Dieu et qu’il ne peut subsister devant son juste jugement. Mais cette parole de Dieu qui demeure à toujours nous indique aussi le chemin de la repentance et de la vie. La foi en cette Parole vivante est, pour les Juifs, le seul chemin pour accepter le Messie ; elle est aussi, dans le temps actuel de la grâce, le seul chemin pour la vie éternelle. C’est pourquoi, dans sa première épître, Pierre peut citer une grande partie de ce passage en l’appliquant aux Juifs qui avaient cru au Seigneur Jésus (1 Pierre 1:24, 25).

 

8.2.1.5                 La venue du Messie — Ésaïe 40:9-11

Maintenant est introduite Sion, le symbole de la grâce de Dieu en Israël et le centre de la gloire royale. Les noms de Sion et de Jérusalem désignent ici leurs habitants, qui sont appelés à monter sur une haute montagne et à annoncer sans crainte et à forte voix la bonne nouvelle aux autres villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » Sion et Jérusalem, où le Seigneur Jésus apparaîtra, sont le point de départ de cette proclamation, et c’est là aussi, dans le Nouveau Testament, que commence la prédication de la repentance et de la rémission des péchés (Luc 24:47).

Déjà au chapitre 35, Ésaïe avait pu crier au résidu opprimé : « Voici votre Dieu ! » Ici nous avons trois « Voici » en rapport avec l’apparition du Seigneur Jésus en gloire et avec les événements qui lui sont liés. Cette manifestation n’aura pas lieu, comme lors de sa première venue, dans la faiblesse et dans l’humiliation, mais tous les hommes verront sa gloire comme homme et comme Dieu.

Son apparition aura trois caractéristiques :

— Il viendra avec puissance et son bras dominera pour lui (cf. 52:10 ; 2 Pierre 1:16 ; Apoc 19:11-16).

— Il récompensera la fidélité des siens et rétribuera la méchanceté de ses adversaires (cf. 59:18 ; 62:11 ; 66:6 ; Apoc. 22:12).

— Grand pasteur des brebis, il prendra soin de son peuple terrestre comme d’un troupeau et le paîtra en ayant particulièrement égard aux faibles (cf. Ézéch. 34:11-23 ; Michée 7:14 ; Zach. 10:3 ; Héb. 13:20).

Nous avons donc ici la description de l’apparition de Christ pour l’établissement de son royaume. C’est véritablement le tableau de l’espérance et de la consolation d’Israël, son peuple terrestre. Ce que nous y trouvons dépasse de loin tout ce que ce peuple a jamais éprouvé au cours de sa longue histoire. Le retour d’un petit résidu de Juifs sous le règne de Cyrus, roi de Perse, peut tout au plus être considéré comme un petit avant- goût de ces événements, mais certainement pas comme l’accomplissement de cette prophétie.

 

8.2.2        La grandeur de Dieu — Ésaïe 40:12-31

Le Messie, le futur Rédempteur et Roi d’Israël, est en même temps le Dieu éternel. Ésaïe vient justement de l’annoncer lorsqu’il a dit : « Voici votre Dieu ! Voici, le Seigneur l’Éternel viendra avec puissance, et son bras dominera pour lui. Voici, son salaire est avec lui, et sa récompense devant lui » (v. 10). En outre, il a déjà annoncé que le Roi à venir est le Fils de Dieu, même s’il l’a fait en des termes moins clairs que les écrivains du Nouveau Testament, qui ont révélé le mystère de la filiation éternelle du Seigneur Jésus. Le nom d’Emmanuel (Dieu avec nous) devait être donné au Fils de la vierge (És. 7:14 ; cf. Matt. 1:23), et les noms « Merveilleux, Conseiller, Dieu Fort, Père du siècle, Prince de paix » devaient être ceux de l’enfant dont le prophète dit : « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné » (És. 9:5 ; cf. Luc 1:31-35).

Dieu ne nous a dévoilé toute la gloire de son Fils que dans le Nouveau Testament. Il est le Fils éternel, le Créateur qui est devenu homme pour révéler Dieu et pour accomplir l’œuvre de la rédemption en faveur des pécheurs perdus (cf. Jean 1:1-3 ; Col. 1:15, 16 ; Héb. 1:2). Maintenant glorifié dans le ciel, il est le Chef de son assemblée. Mais il exercera un jour, comme Roi des rois et Seigneur des seigneurs, le gouvernement sur Israël, son peuple terrestre, et sur le monde entier.

Sa grandeur et sa gloire comme créateur et comme conservateur de toutes choses sont maintenant présentées dans ce passage. En contraste avec les vaines idoles, il est le Dieu vivant et vrai, qui est au-dessus de tout, et qui n’a pas oublié son peuple dans les temps les plus difficiles.

 

8.2.2.1                 Sa grandeur comme Créateur — Ésaïe 40:12-17

En premier lieu est placée devant nos regards sa grandeur comme Créateur. Il a pour ainsi dire mesuré les eaux des mers et des océans dans le creux de sa main, fixé de ses doigts les limites de l’étendue des cieux, mesuré la poussière de la terre dans un boisseau, pesé les montagnes et les collines dans une balance et ainsi établi leur hauteur. Ces images nous font voir que la création, si immense qu’elle soit pour nous, est toute petite aux yeux du Créateur tout-puissant. Les questions posées au verset 12 mettent en lumière l’inanité de l’homme face à la grandeur de Dieu. La réponse à chacune d’elles est : Dieu.

Une deuxième série de questions apparaît aux versets 13 et 14. Elles rappellent à l’homme la parfaite connaissance de Dieu. Quelle créature pourrait prétendre avoir dirigé l’Esprit de l’Éternel, l’avoir conseillé ou instruit ? Job a dû entendre des questions semblables de la bouche de Dieu, et se trouver sans réponse devant lui (Job 38 à 42). À chacune des questions posées ici, la réponse est incontestablement : personne. Quelle merveille pour nous de pouvoir contempler les desseins de Dieu, dans lesquels personne n’a été son conseiller ! Nous mesurons combien grande est la grâce avec laquelle il s’est penché aussi bien vers Israël, son peuple terrestre, que vers nous, pécheurs perdus d’entre les nations.

Comme troisième témoignage de la grandeur de Dieu, il est fait mention de son élévation au-dessus de tous les peuples de la terre. « Voici, les nations sont réputées comme une goutte d’un seau, et comme la poussière d’une balance ; voici, il enlève les îles comme un atome » (v. 15). La vanité et l’insignifiance de l’homme — et de l’humanité tout entière — aux yeux de Dieu ne pourraient pas être exprimées d’une manière plus forte. Et pourtant Dieu ne les abandonne pas à eux-mêmes et à leur misère, mais il leur offre sa grâce.

« Toutes les nations sont comme un rien devant lui ; elles sont réputées par lui comme moins que le néant et le vide » (v. 17). Il est question ici de l’immense distance entre Dieu et l’homme, infranchissable par celui-ci, et non pas d’un mépris du Créateur pour sa créature. De nombreux passages tant de l’Ancien que du Nouveau Testament attestent que Dieu ne méprise pas les peuples (voir par exemple : Deut. 33:3 et Jean 3:16).

 

8.2.2.2                 Un Dieu incomparable — Ésaïe 40:18-26

La question : « À qui donc comparerez-vous Dieu ? » semble s’adresser à tous les hommes sur la terre et non seulement au peuple d’Israël, vers lequel le prophète se tournera de nouveau à partir du verset 27. Quand il s’agit de Dieu, du Dieu fort (hébr. El), il n’y a point de comparaison possible. Aucune créature ne peut se mesurer avec lui. Contrairement aux nombreuses divinités des nations, qui sont adorées sous forme d’images, il est impossible d’assimiler le Dieu invisible à quelque « ressemblance » matérielle (v. 18 ; cf. Col. 1:15 ; 1 Tim. 6:16). Un homme fortuné peut charger un artisan de lui fondre une idole et de l’ornementer d’or et d’argent ; un pauvre peut aussi se faire sculpter une idole de bois — mais tous deux se trouvent sur un terrible chemin d’égarement qui se termine à la perdition éternelle (v. 19, 20). La description ironique de l’idole, à la fin du verset 20 — « une image taillée qui ne branle pas » — est reprise plus en détail aux chapitres 44 (v. 8-20) et 46 (v. 5-7).

La grandeur de Dieu et sa suprématie n’ont pas été révélées seulement à Israël. Par les quatre questions du verset 21, Ésaïe rappelle à tous les hommes qu’il est possible de comprendre « la fondation de la terre », et cela soit par le récit de la création (ce qui était particulièrement vrai pour les Israélites), soit par l’intelligence (ce qui est vrai pour tous). La contemplation de la nature et la méditation sur l’origine du monde, dans la crainte de Dieu, conduisent à reconnaître un Créateur qui est en dehors et au-dessus de la création (Ps. 19:1-7). Toutefois, depuis longtemps déjà, les hommes se sont détournés du Créateur, dont la « puissance éternelle » et la « divinité » pouvaient pourtant « se discerner par le moyen de l’intelligence, par les choses qui sont faites », « et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible en la ressemblance de l’image d’un homme corruptible et d’oiseaux et de quadrupèdes et de reptiles » (Rom. 1:18-23). Ainsi, avant l’idolâtrie, l’homme s’est détourné délibérément de Dieu. De même les théories scientifiques actuelles relatives à l’origine de l’univers s’allient le plus souvent avec le refus du récit biblique de la création.

La majesté du Dieu créateur est ensuite décrite en trois phrases qui résument tout ce qui a été dit jusque-là au sujet de sa gloire (v. 22, 23) :

— Il « est assis au-dessus du cercle de la terre, et ses habitants sont comme des sauterelles » (v. 22). Nous voyons ici sa place infiniment élevée au-dessus de tout le domaine de la terre, et l’extrême petitesse de l’homme (cf. v. 15).

— Il « étend les cieux comme une toile légère, et... les déploie comme une tente pour y habiter ». L’immense tente que constituent les cieux visibles, et qui n’est qu’une infime partie du cosmos connu aujourd’hui, a été étendue par Dieu comme une toile légère et comme une tente pour y habiter (cf. Ps. 104:2).

— Il « réduit ses chefs à néant » et « fait que les juges de la terre sont comme rien » (v. 23). Dieu n’a pas seulement créé les mondes, mais il conduit aussi leurs destinées. Il peut réduire les plus puissants souverains à néant, quand il le veut. C’est ce qui est arrivé à l’orgueilleux Nebucadnetsar qui a dû se nourrir d’herbe comme un animal, ou au blasphémateur Hérode qui a péri rongé par les vers (cf. Dan. 4:33 ; Act. 12:23) ! Le verset 24 souligne le caractère éphémère des grands de la terre (cf. v. 7). Ils sont comme des plantes qui à peine sorties de la terre sont déjà desséchées ; Dieu souffle sur eux et les emporte comme du chaume.

Une nouvelle fois la question du verset 18 est posée, cette fois-ci par Dieu lui-même : « À qui donc me comparerez-vous et serai-je égalé ? dit le Saint » (v. 25). Il prend ici ce nom caractéristique du livre d’Ésaïe. Ce n’est cependant pas « le Saint d’Israël », mais d’une manière absolue « le Saint », qui est au-dessus de tous (cf. 57:15). C’est ainsi qu’Ésaïe a pu apprendre à le connaître dans une vision, comme celui devant lequel même les séraphins doivent cacher leurs faces, parce que lui seul est parfait et pur — celui qui a les yeux trop purs pour voir le mal (És. 6 ; cf. Hab. 1:13).

Malgré sa grandeur et sa sainteté, il n’abandonne pas l’univers à lui-même ; il contrôle et soutient par sa toute-puissance les milliards d’étoiles qu’il a créées, dont on ne peut contempler à l’œil nu qu’une infime partie. Il connaît chacune d’elle par nom, et quand il les appelle, pas une d’elles ne manque (v. 26 ; cf. Ps. 147:4). Les lois selon lesquelles elles suivent leurs parcours sont le résultat de son décret et non pas du hasard. S’il est le créateur, il est aussi le conservateur de toutes choses et de tous les hommes, spécialement des siens (cf. 1 Tim. 4:10).

 

8.2.2.3                 Ses soins envers Israël — Ésaïe 40:27-31

Maintenant, Dieu s’adresse de nouveau à son peuple terrestre, auquel il a déjà fait entendre des paroles si consolantes dans la première partie du chapitre (v. 1-11). Israël, dans la déception et l’amertume, se lamente : « Ma voie est cachée à l’Éternel, et ma cause a passé inaperçue de mon Dieu » (v. 27). Mais à ce peuple qui se croit abandonné de son Dieu, le prophète demande : Pourquoi parlez- vous ainsi ?

L’Éternel n’avait-il pas envoyé ses prophètes aux dix tribus avant qu’elles aient été emmenées en captivité en Assyrie ? N’avait-il pas fait de même avec les deux tribus avant leur déportation à Babylone ? Son Fils n’a-t-il pas dû dire avec tristesse : « Jérusalem... que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! » (Matt. 23:37) ? Certainement, Dieu n’a pas manqué de sollicitude envers son peuple obstiné, mais celui-ci n’a pas été sensible aux soins de son amour. N’en est-il pas quelquefois de même en ce qui nous concerne ? Nous nous plaignons et nous soupirons, mais nous ne voyons pas tout ce que l’amour de notre Dieu et Père a fait pour nous.