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Quelques réflexions à propos de l’épître à Philémon

 

Paul Fuzier

Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest ; ME 1960 p. 67

Table des matières :

1     v. 2: L’assemblée qui se réunit dans ta maison — Local de réunion

2     v. 10 : service volontaire

3     v. 10 : la fin ne justifie pas les moyens

4     v. 13-14 : Des âmes unies dans la jouissance de la communion fraternelle

 

 

C’est une très courte Épître que celle adressée par l’apôtre Paul à Philémon, mais il ne faudrait pas juger de son importance d’après sa brièveté. La Parole est riche, inépuisable, et c’est la plupart du temps en peu de mots qu’elle nous donne des enseignements de très grand intérêt ; cette remarque générale peut s’appliquer en particulier à l’Épître à Philémon. — Sans revenir sur ce qui a déjà été présenté à propos de cette portion des Écritures, nous désirons seulement souligner un ou deux points qu’il peut être utile de considérer en rapport avec des circonstances et besoins actuels.

 

1                        v. 2: L’assemblée qui se réunit dans ta maison — Local de réunion

L’apôtre adresse sa lettre « à Philémon le bien-aimé et notre compagnon d’œuvre, et à la sœur Apphie, et à Archippe notre compagnon d’armes, et à l’assemblée qui se réunit dans ta maison » (v. 2). Certes, les nécessités locales sont telles que, dans un grand nombre de cas, il est opportun d’avoir une salle spéciale pour les réunions de l’assemblée, notamment lorsque le rassemblement est numériquement important et ne peut, de ce fait, trouver place dans la maison de l’un des frères de la localité. Il ne saurait être question d’établir de règle à ce propos, chaque assemblée ayant à faire avec le Seigneur pour déterminer les conditions matérielles dans lesquelles elle doit se réunir. Nous nous bornons à exprimer de simples réflexions personnelles, suggérées tout à la fois par ce que la Parole nous dit dans un passage comme Philémon 2 et par quelques faits d’expérience.

Mais posons la question : dans la chrétienté, chaque dénomination veut avoir son église, son temple, sa chapelle ou son local de réunion. Il semble que c’est là chose absolument indispensable ; n’y aurait-il pas à cet égard dans notre esprit, inconsciemment peut-être, une certaine tendance à nous conformer au monde religieux ? N’irait-on pas jusqu’à dire : pour qu’il y ait un témoignage dans la localité, il faut en premier lieu une salle de réunions ? N’est-ce pas là ce qui conduit parfois à rechercher une salle — dans des conditions qui, en certaines occasions, dépassent les ressources données par Dieu, ce qui devrait rendre très circonspect pour ne pas dire davantage — alors qu’un frère pourrait avoir l’inestimable privilège, comme Philémon autrefois, de recevoir l’assemblée dans sa maison ? — La Parole nous dit : « l’assemblée qui se réunit dans ta maison ». Il y a certainement de nombreux cas particuliers, répétons-le, mais n’en serions-nous pas arrivés insensiblement à ce point que ce qui devrait être considéré comme exceptionnel est devenu la règle, et inversement ? Cela n’a-t-il pas conduit parfois à quelques faux pas ?

Ces remarques sont présentées sans aucun esprit de jugement ou de critique mais, fruit de réflexions, elles n’ont d’autre but que d’inciter le lecteur à réfléchir aussi à de telles questions, qui ne sont pas seulement d’ordre matériel mais qui ont leurs répercussions dans le domaine spirituel et dans une plus large mesure qu’on ne serait porté à le croire à première vue.

N’y a-t-il pas également une certaine tendance à rechercher le nombre et l’apparence, et à s’en glorifier peut-être ? Le nombre rend bien entendu nécessaire un grand local de réunion... Les deux problèmes sont liés. — L’expression de Philémon, « l’assemblée qui se réunit dans ta maison », ne devrait-elle pas nous faire toucher du doigt la différence qu’il y a entre ce qu’elle nous présente et ce que nous voyons en règle générale ? Quelques phrases, tirées d’une lettre de J. N. D (écrite le 19 février 1850 et publiée dans le ME année 1914, page 235), méritent de retenir notre attention et d’être pour nous un sujet de méditations « … Je crois que ces derniers (les enfants de Dieu) ne devraient pas prétendre établir des choses dépassant la force qui nous reste dans l’état où 1’Église se trouve. En général, cette faiblesse fait qu’une très grande réunion est un inconvénient ; mais le manque d’un local assez vaste, si l’on suit en simplicité la direction de Dieu, garantirait les saints de cette difficulté. Du reste, je ne mets point de limites à la puissance de la grâce de Dieu. Mais je n’ai pas d’autres principes que ceux-ci : 1. le devoir et le privilège de se réunir au nom de Jésus, pour trouver la présence du Seigneur, en profitant de tout ce que Dieu donne ; 2. ne pas dépasser la force qui nous reste, dans la prétention de faire des églises. Je crois qu’en certains cas, on a oublié la vraie position des enfants de Dieu. Je crois que le Saint Esprit donne le privilège de s’assembler, quand nous sommes souvent trop faibles pour rassembler ; mais s’il y a de la grâce et de la bénédiction dans la première position, Dieu opérera la seconde jusqu’à un certain point. Les prétentions de rassembler vont quelquefois au-delà de la puissance réelle. S’assembler est toujours un devoir et un privilège des chrétiens. Je crois qu’on devrait en même temps désirer le rassemblement de tous et y tendre autant qu’on le peut. Tout ce que je désire, c’est qu’on ne dépasse pas sa force véritable, mais je ferais tout ce qui est en mon pouvoir dans ce but. Le devoir de tous les chrétiens est d’être réunis ensemble en dehors du monde, et c’est le meilleur moyen de prouver la bénédiction qui se trouve dans cette position. Mais si l’on dépasse sa force réelle, on peut éloigner les âmes quand elles voient le manque de bénédiction.. » (p. 237, 238). Que dirait aujourd’hui l’auteur de cette lettre de « la force qui nous reste » ?

C’est une vérité d’expérience que dans un rassemblement nombreux, étant donné qu’il n’est possible qu’à quelques frères d’agir, il finit par y avoir pratiquement ceux qui ont l’habitude de le faire et ceux qui ont l’habitude de s’abstenir de toute action. Des dons qui s’exerceraient utilement peuvent de la sorte être paralysés et tout le corps en souffre. Bien sûr, il ne devrait pas en être ainsi ! S’il y avait plus de force spirituelle, il y aurait aussi davantage de dépendance de l’Esprit qui pourrait se servir de tous les instruments à sa disposition, chacun à son moment. Mais précisément, nous n’avons pas la force spirituelle nécessaire, il faut le reconnaître humblement. En désirant un rassemblement nombreux, ne risquons-nous pas, bien souvent, de n’avoir qu’une prétention à la force sans beaucoup de réalité ? Demandons-nous s’il ne faut pas voir là, pour reprendre l’expression de J. N. D., une des causes de « l’éloignement des âmes quand elles voient le manque de bénédiction », peut-être aussi une des causes du découragement que manifestent certains, parmi la jeunesse chrétienne en particulier.

On assure qu’il faut une salle de réunions, spéciale et publique, pour que les âmes puissent être attirées et, en tout cas, afin que chacun ait la liberté d’entrer. L’extrait que nous avons cité plus haut répond, en partie au moins, à l’objection. Ajoutons ceci : où trouvons-nous dans l’Écriture ce qui pourrait appuyer cette pensée ? Demandons encore : avec des rassemblements nombreux, dans de vastes locaux, quelle puissance a-t-on gagnée ? Et pensons-nous que Dieu ne peut bénir richement comme témoignage « l’assemblée qui se réunit dans ta maison » ? Le secret de la bénédiction, c’est la fin du chapitre 2 du livre des Actes qui nous le donne ; nous y voyons d’abord l’état des saints, tel qu’il est décrit dans les versets 42 à 47, ensuite la bénédiction dispensée : « Et le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés ». Quel tableau remarquable de l’état d’une assemblée : des frères et des sœurs qui « persévèrent, dans la doctrine et la communion des apôtres, dans la fraction du pain et les prières », qui sont caractérisés par la « crainte » et réalisent une vraie communion les uns avec les autres « louant Dieu, et ayant la faveur de tout le peuple » ! C’est sur un tel état spirituel et moral que Dieu peut mettre le sceau de la bénédiction, assurant Lui-même prospérité et accroissement du témoignage. Nous reviendrons d’ailleurs sur ces versets 42 à 47 d’Actes 2 à l’occasion d’un autre enseignement tiré de l’Épître à Philémon. En terminant sur ce point, disons encore que si, dans un rassemblement devenu très nombreux, la question se pose de savoir s’il n’y aurait pas lieu de dresser la table dans un deuxième local de réunion, l’affaire est à examiner avec beaucoup de soin, dans la dépendance du Seigneur et une grande crainte. Bien des considérations peuvent intervenir dans la vie de l’assemblée, dont il faut tenir le plus grand compte et qui sont susceptibles de peser d’un certain poids dans la décision à prendre. Ce sont des exercices qui demeurent essentiellement du domaine de l’assemblée locale et dans lesquels des frères d’autres assemblées ne peuvent entrer que très difficilement.

 

2                        v. 10 : service volontaire

L’apôtre renvoie à Philémon l’esclave qui s’était enfui de chez lui mais que Paul pouvait maintenant appeler « mon enfant que j’ai engendré dans les liens Onésime » (v. 10). Certes, il aurait voulu le garder auprès de lui à Rome : « Moi, j’aurais voulu le retenir auprès de moi, afin qu’il me servît pour toi dans les liens de l’évangile », cependant il n’en fait rien et renvoie Onésime à Philémon. Que d’instruction en cela !

Il y a d’abord l’enseignement présenté au verset 14 : « mais je n’ai rien voulu faire sans ton avis, afin que le bien que tu fais ne fût pas l’effet de la contrainte, mais qu’il fût volontaire ». L’apôtre, par sa manière d’agir, désire amener Philémon à reproduire quelques caractères de Celui qui a été ici-bas l’esclave volontaire, ayant servi librement et non sous l’effet de la contrainte. Dans le don de Lui-même, couronnement de son service, Il a pu dire, vrai serviteur hébreu : « J’aime mon maître, ma femme et mes enfants, je ne veux pas sortir libre » (Exode 21:5). Parlant de son sacrifice, de sa vie offerte, Il déclare : « Personne ne me l’ôte, mais moi, je la laisse de moi-même » (Jean 10:18). Ce n’est jamais « sous l’effet de la contrainte » que Christ a « fait le bien » et Il est un Modèle pour les siens. Puissions-nous l’imiter et, par notre manière d’agir à leur égard, conduire nos frères à refléter de Lui quelques caractères !

 

3                        v. 10 : la fin ne justifie pas les moyens

Mais il y a un autre enseignement. Ne semble-t-il pas que l’on est de moins en moins préoccupé par le choix des moyens quand il s’agit de servir ? « Vous semblez me reprocher l’emploi de tel ou tel procédé qui ne vous paraît pas selon Dieu, remarquera-t-on. Peut-être, mais dois-je y regarder de si près, du moment que je n’ai qu’un but devant moi, la présentation de l’évangile aux âmes ? Le salut d’une âme est si important et si précieux, pour Dieu que je ne puis vraiment me montrer difficile quant aux moyens à employer.. ». Raisonnement si souvent entendu, hélas ! — Mais l’apôtre a-t-il écrit à Philémon : « Je devrais te renvoyer Onésime, je le sais ; malgré cela, je le garde auprès de moi, car j’ai besoin de lui. Non pas égoïstement mais pour l’évangile ! Je suis prisonnier, il est libre ; il va donc me rendre de précieux services et cela facilitera beaucoup la diffusion de l’évangile dans cette grande ville de Rome où règnent de profondes ténèbres morales et dans laquelle Satan déploie tant d’activité pour la perdition des âmes… » ?

Il y avait des convenances à respecter, l’apôtre s’y soumet. Il fallait que tout fût réglé de ce qui devait l’être entre Philémon et Onésime ; il le fallait notamment pour que ce dernier pût être qualifié pour servir. Car en effet il n’est pas propre au service du Seigneur celui qui a des difficultés à régler avec tel ou tel frère. L’apôtre renvoie donc à son maître l’esclave qui s’était enfui de chez lui. Toute sa lettre met en relief l’activité de l’amour — nous n’y insistons pas, cela a déjà été fait souvent et cet enseignement de l’Épître est bien connu de chacun de nous — mais l’amour selon Dieu est inséparable de la vérité et c’est ce que l’apôtre souligne si fortement dans cette courte Épître.

 

4                        v. 13-14 : Des âmes unies dans la jouissance de la communion fraternelle

Ce qui est important pour le maintien et la prospérité d’un témoignage, c’est que les âmes soient unies dans la jouissance de la communion fraternelle, inséparable de la manifestation d’un amour vrai. L’apôtre, dans toute sa manière d’agir, a cela en vue, beaucoup plus que le désir de garder auprès de lui un Onésime susceptible de le servir dans les liens de l’évangile. Il faut qu’entre Philémon et Onésime tout soit réglé dans l’amour et la vérité. Ainsi, il ne demeurera rien qui serait susceptible de troubler la communion entre Paul, Philémon, Onésime et même « l’assemblée qui se réunit dans ta maison », car la communion de l’assemblée souffre inévitablement de difficultés non réglées entre frères. Les relations dont il est question dans cette Épître sont des relations entre frères (v. 7, 16, 20) et entre frères il doit y avoir communion et amour.

Oui, Paul aurait voulu garder Onésime auprès de lui mais cela eût été susceptible de troubler la communion entre des frères et dans l’assemblée, aussi préfère-t-il renoncer à tout le profit qu’il aurait pu tirer, pour l’évangile, de la présence d’Onésime à Rome. Cet enseignement est très important et il convient d’y insister dans des jours où l’on agit parfois de telle manière que la communion des saints est troublée, mettant en avant pour essayer de se justifier ce que l’on croit être une excuse : le désir de servir, de prêcher l’évangile. C’est perdre de vue que la condition essentielle pour la prospérité du témoignage confié à l’assemblée, comme aussi d’ailleurs du témoignage individuel, c’est le maintien de la communion fraternelle — non pas apparente mais réelle — la jouissance de l’amour fraternel dans la vérité, en bref la manifestation des caractères philadelphiens. Alors, le Seigneur pourra bénir et « ajouter des âmes à l’assemblée ». Nous retrouvons ici l’enseignement déjà rappelé d’Actes 2:42-47.

Pour le service dans les liens de l’évangile, l’apôtre s’en remet entièrement à la puissance et à l’amour de Dieu. Il ne considère pas Dieu comme dépendant des moyens pour la propagation de sa Parole, il sait que Dieu est bien au-dessus des moyens, quels qu’ils soient ; Il peut opérer sans aucun de ceux que nous jugeons souvent préférables ou indispensables, sans instrument même s’Il le trouve bon. Et Il l’a fait tant de fois à sa seule et plus grande gloire !

Retenons l’enseignement qui ressort de ces versets 13 et 14 de l’Épître à Philémon et soyons gardés de toute activité qui serait susceptible de troubler la communion de l’assemblée. Si notre activité, les moyens que nous employons pour l’exercer nuisent la communion, soyons attentifs ! Il y a là, de la part de Dieu, avant que le trouble ne survienne, un sérieux avertissement, un motif puissant de nature à nous inciter à prendre garde. Souvenons-nous de l’exemple de l’apôtre qui a préféré renoncer à garder Onésime auprès de lui pour un service dans les liens de l’évangile, plutôt que de risquer d’apporter quelque entrave à la jouissance de l’amour et de la communion qui doivent être goûtés par des frères et sans lesquels témoignage individuel et témoignage collectif seront sans puissance aucune !