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Unité des chrétiens — Désunion et querelles

 

Garder l’unité de l’Esprit — Exhortations pratiques

Paul Fuzier

5 articles publiés en 1953 & 1954 dans le Messager Evangélique.
Les subdivision et sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest

 

Table des matières abrégée :

1     Querelles — Proverbes 6:12-19 ; 10:12 ; 13:10 ; 15:18 ; 16:28 ; 26:20 ; 28:25

2     Les cinq exhortations de 2 Corinthiens 13:11

3     Semer pour l’Esprit — Galates  6:7-10

4     Unité de la famille, unité du corps, unité de l’Esprit

5     Soyez remplis de l’Esprit — Éphésiens 5:18

 

 

Table des matières détaillée :

1     Querelles — Proverbes 6:12-19 ; 10:12 ; 13:10 ; 15:18 ; 16:28 ; 26:20 ; 28:25

1.1      Exemples de querelles, selon la Parole — Prov. 6:12-16

1.2      D’où vient la querelle ? — Prov. 13:10

1.3      Qui sème les querelles ? — le rapporteur — Prov. 16:28

1.4      Comment se développent les querelles ?

1.4.1      La haine — Prov. 10:12

1.4.2      La violence — Prov. 15:18

1.4.3      L’orgueil — Prov. 28:25

1.5      Comment s’apaisent les querelles ? — Prov. 10:12 ; 15:18 ; 26:20

2     Les cinq exhortations de 2 Corinthiens 13:11

2.1      À quoi en étaient les Corinthiens

2.2      Les cinq exhortations de 2 Cor. 13:11

2.2.1      Réjouissez-vous

2.2.2      Perfectionnez-vous

2.2.3      Soyez consolés

2.2.4      Ayez un même sentiment

2.2.5      Vivez en paix

2.3      Le Dieu de paix avec nous

3     Semer pour l’Esprit — Galates  6:7-10

3.1      L’état des Galates — Le terrain de la loi

3.2      Servitude de la loi et liberté chrétienne

3.3      Semer pour la chair ou semer pour l’Esprit : Galates 6:7, 8

3.4      Abraham, Isaac et Ismaël

3.5      Semer pour l’Esprit — Faire le bien — Gal. 6:8-9

3.5.1      Christ le modèle

3.5.2      Le temps de la moisson

3.5.3      Le temps de la patience

3.5.4      Le bien caractéristique de la vie de Dieu — La résurrection

3.5.5      Par l’action de l’Esprit

3.6      Faire du bien — Gal. 6:10

4     Unité de la famille, unité du corps, unité de l’Esprit

4.1      Unité de la famille de Dieu, unité du corps de Christ, malgré la dispersion des croyants

4.2      Réalisation pratique actuelle : garder l’unité de l’Esprit

4.3      La famille de Dieu

4.3.1      Ce qui est de Dieu dans la famille de Dieu

4.3.2      La désunion

4.3.3      L’unité de la famille de Dieu est-elle « à garder » ?

4.3.4      Garder l’unité de l’Esprit en rapport avec la famille de Dieu

4.4      Le Corps de Christ

4.4.1      Son fonctionnement selon Éph. 4 et Col. 2

4.4.2      La foi voit l’unité du Corps

4.4.3      Garder l’unité du Corps ou garder l’unité de l’Esprit

4.4.4      Comment garder l’unité de l’Esprit en rapport avec le Corps de Christ

4.4.5      Unité ou union

4.4.6      Le lien de la paix

4.4.7      Apocalypse 2 et 3 — Les sept églises

4.4.8      Reproches faits à ceux qui veulent réaliser ces choses. Souffrance inhérente

5     Soyez remplis de l’Esprit — Éphésiens 5:18

5.1      Marcher dans l’amour, marcher comme enfants de lumière — Comprendre la volonté de Dieu

5.2      Intelligence et connaissance nécessaires

5.3      Engagement de cœur nécessaire

5.4      Ce qui convient à des saints — Connaître le Saint

5.5      La crainte du Seigneur

5.6      Sagesse et intelligence

5.7      Remplis de l’Esprit — Éviter les excitants de la chair

5.8      Imiter le Seigneur

 

 

1                    Querelles — Proverbes 6:12-19 ; 10:12 ; 13:10 ; 15:18 ; 16:28 ; 26:20 ; 28:25

 

Paul Fuzier

ME 1953 p. 37

1.1   Exemples de querelles, selon la Parole — Prov. 6:12-16

« L’Éternel hait ces six choses... », celles accomplies par celui « qui marche, la perversité dans sa bouche... un homme de Bélial, un homme inique » (Prov. 6:16, 12-14). Peut-être est-elle nommée la dernière des six parce quelle est la plus détestable de toutes, celle qui nous révèle cette activité de l’homme inique : « il sème des querelles ».

Si « l’Éternel hait ces six choses », il y en a sept qui sont « en abomination à son âme » et celle qui est citée tout à la fin de la liste, comme si elle était, là encore, la pire des sept, c’est celle qu’accomplit « celui qui sème des querelles entre des frères » (ibid. v. 19).

L’une et l’autre de ces deux énumérations se terminent par les querelles. Semer des querelles, c’est toujours faire le travail de l’ennemi, mais que dire de « celui qui sème des querelles entre des frères », des frères que Dieu veut voir habiter « unis ensemble » ? (Ps. 133:1). Il fait ce qui Lui est « en abomination » ! Peut-être hésiterions-nous à nous servir d’une expression semblable, mais Dieu l’emploie pour porter un jugement moral sur celui qui accomplit une aussi vile besogne. Que cela parle à nos consciences, afin que nous soyons gardés de faire ou dire quoi que ce soit qui pourrait troubler la paix et la communion par l’introduction de germes de querelles entre des frères !

Lorsque « Moïse, étant devenu grand, sortit vers ses frères », type du Seigneur dans son abaissement volontaire, « voici deux hommes hébreux se querellaient ». « Il se montra à eux comme ils se battaient ; et il les engagea à la paix, disant : Vous êtes frères ; pourquoi vous faites-vous tort l’un à l’autre ? » (Exode 2:11-13 ; Actes 7:26). Comme il est triste de voir des frères qui ont même vie et même espérance parce qu’ils ont un même Sauveur et Seigneur, se quereller entre eux au lieu de vivre en paix, « unis ensemble » ! Ce que Moïse avait vu parmi les Hébreux, Paul l’avait appris au sujet des Corinthiens. Eux aussi se faisaient tort l’un à l’autre, bien qu’ils fussent frères, de sorte que l’apôtre doit leur écrire : « C’est donc de toute manière déjà une faute en vous, que vous ayez des procès entre vous. Pourquoi ne supportez-vous pas plutôt des injustices ? Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt faire tort ? Mais vous, vous faites des injustices, et vous faites tort, et cela à vos frères. Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront point du royaume de Dieu ? » (1 Cor. 6:7-9).

Citons deux extraits d’articles écrits sur le même sujet et qui pourraient être relus, dans leur entier, avec grand profit :

« Entre sept choses qui sont une abomination aux yeux de l’Éternel, se trouve, au sommet des sept, « celui qui sème des querelles entre des frères ». Que le Seigneur amène tous les frères à laisser toute question personnelle ou autre qui engendre des disputes, pour ne s’occuper que du Seigneur. Cette occupation nous maintient dans une communion ininterrompue ; elle est utile à notre âme et nous rend utiles à l’âme de nos frères » (ME 1934, p. 115).

« Les difficultés qui surgissent si souvent parmi les enfants de Dieu et les débats auxquels elles donnent lieu, montrent, hélas ! le misérable état où nous sommes ; et cela devrait être pour nous un sujet de constante et profonde humiliation. En pensant à tant de questions qui se soulèvent, qui agitent et troublent, on se demande : quel bien y a-t-il là pour les âmes ? Quel bénéfice pour les pauvres du troupeau, pour les simples et les petits ? Il leur faut Christ, et un Christ complet, tel que la Parole le présente : dans sa grandeur comme Fils de Dieu, dans sa tendre condescendance comme Fils de l’homme, et toujours la même et adorable Personne, « hier, aujourd’hui et éternellement », répondant seul et parfaitement à tous nos besoins » (ME 1890 p. 259).

 

 

Nous avons rappelé le passage bien connu de Proverbes 6. Dans la partie du livre où nous sont donnés les proverbes proprement dits, nous trouvons encore maints enseignements à propos des querelles, enseignements qui nous paraissent répondre à quatre questions.

 

1.2   D’où vient la querelle ? — Prov. 13:10

« Ce n’est que de l’orgueil que vient la querelle, mais la sagesse est avec ceux qui se laissent conseiller » (13:10).

Celui qui est pénétré de sa propre importance et de sa supériorité défend son point de vue avec opiniâtreté et n’accepte jamais de reconnaître qu’il a tort, tellement il est persuadé qu’il ne peut pas avoir tort ! Il ne manifeste rien de cette humilité qui fait estimer son frère supérieur à soi-même ; tout au contraire, il agit « par esprit de parti, ou par vaine gloire » (cf. Phil. 2:3).

Le mot qui a été traduit par esprit de parti » en Phil. 1:17 et 2:3 l’a été par « esprit de querelle » en Jacques 3:14, 16. L’orgueil donne naissance à la querelle et la querelle, à son tour, conduit généralement à la formation de partis. C’est un même esprit qui anime « querelleurs » et « partisans » et, si Dieu n’intervient en grâce, querelles et partis mèneront à la ruine une assemblée locale ! Une assemblée locale où les querelles se sont développées à un point tel qu’elle se trouve divisée en plusieurs partis est un danger de perdre, par cela même, si elle persiste à demeurer dans cet état, son caractère d’assemblée de Dieu : l’unité de l’Esprit n’y est plus « gardée », le « lien de la paix » ayant été brisé (cf. Éph. 4:1-3). L’existence de partis dans l’assemblée, c’est le reniement pratique de la vérité fondamentale de l’unité du Corps.

L’apôtre exhortait les Corinthiens « à parler tous un même langage, et à ce qu’il n’y ait pas de divisions » parmi eux, à être « parfaitement unis dans un même sentiment et dans un même avis car il y avait des « dissensions » dans cette assemblée et cette activité charnelle — envie et querelles, enflure d’orgueil (cf. 1 Cor. 3:3 et 5:2) — y avait provoqué la constitution de partis : « Car, puisqu’il y a parmi vous de l’envie et des querelles, n’êtes-vous pas charnels, et ne marchez-vous pas à la manière des hommes ? Car quand l’un dit : Moi, je suis de Paul ; et l’autre : moi, je suis d’Apollos, n’êtes-vous pas des hommes ? » (ibid. 3:3, 4 ; cf. 1:11-13). Si déjà dans sa première épître, l’apôtre stigmatise cette tendance des Corinthiens à se réclamer d’un chef de parti, dans la seconde, il s’exprime avec plus de force encore : en laissant espérer aux Corinthiens une nouvelle visite, il leur dit ses craintes « qu’il n’y ait des querelles, des jalousies, des colères des intrigues, des médisances, des insinuations, des enflures d’orgueil, des désordres… », et il ajoute : « si je viens encore une fois, je n’épargnerai pas ». Il souhaite ardemment pouvoir user de l’autorité que le Seigneur lui a donnée « pour l’édification », mais si les Corinthiens se refusaient à écouter, ne devrait-il pas s’en servir « pour la destruction » ? (2 Cor. 12:20 ; 13:2, 10).

Chez celui qui agit « par esprit de parti, ou par vaine gloire », il n’y a aucun sentiment d’humilité, bien que, peut-être, il en parle beaucoup. Un tel comportement sera, tôt ou tard, à l’origine de querelles, avec tous les fruits amers qui en découlent ; il est la preuve certaine d’un manque de sagesse, de cette « sagesse qui descend d’en haut », qui est « premièrement pure, ensuite paisible, modérée, traitable, pleine de miséricorde et de bons fruits, sans partialité, sans hypocrisie ». Avoir dans son cœur « une jalousie amère et un esprit de querelle », c’est mentir contre la vérité et cela produit « du désordre et toute espèce de mauvaises actions » (Jacques 3:13-18).

« La sagesse est avec ceux qui se laissent conseiller ». Pour accepter de se laisser conseiller, il faut être animé d’autres sentiments que l’orgueil ! Comprendre que nous sommes sujets à l’erreur, que nos frères sont susceptibles de juger des choses avec plus de discernement que nous n’en avons souvent et que plusieurs d’entre eux peuvent nous faire bénéficier des fruits de leur longue expérience chrétienne, nous amènera à rechercher un utile conseil. Nous ferons alors preuve de sagesse, nous montrerons que ce qui nous anime, c’est « la sagesse d’en haut... premièrement pure, ensuite paisible... ». Si nous agissions toujours dans cet esprit, y aurait-il jamais des querelles entre frères ?

« Quand vient l’orgueil, la honte vient aussi ; mais la sagesse est avec les hommes modestes ». — « Celui qui écoute le conseil est sage ». — « Il y a salut dans le grand nombre des conseillers (Prov. 11:2 ; 12:15 ; 11:14 ; 24:6). Les conseillers qu’il convient d’écouter sont ceux qui nous montrent ce que Dieu enseigne par sa Parole et son Esprit. Pourrait-il y avoir, en effet, un sage conseil qui ne viendrait pas de Dieu ? Qu’il nous soit accordé de dire, en vérité, comme le Psalmiste : « Tes témoignages sont aussi mes délices, les hommes de mon conseil » (Ps. 119:24).

 

1.3   Qui sème les querelles ? — le rapporteur — Prov. 16:28

Outre la réponse déjà considérée (Prov. 6:12-19), nous avons celle de Prov. 16:28 : « L’homme pervers sème les querelles et le rapporteur divise les intimes amis ».

L’homme pervers poursuit le mal et trouve, à le produire, une certaine satisfaction (cf. Prov. 16:27). Pour « récolter » ce fruit, il « sème les querelles » ! Mettre en avant des sujets de discorde, soulever des questions susceptibles de faire éclater des heurts, provoquer des querelles de quelque manière que ce soit, telle est son habituelle occupation et il est souvent « le rapporteur » qui « divise les intimes amis ».

« Les paroles du rapporteur sont comme des friandises, et elles descendent jusqu’au dedans des entrailles » (Prov. 18:8). Ce verset est répété, mot pour mot, au chapitre 26 (v. 22), fait assez rare, dans le livre des Proverbes, pour attirer spécialement notre attention. Dans le chapitre 18, il est question des paroles du sot, conduisant à la dispute (v 6 et 7), dans le chapitre 26, de l’homme querelleur, échauffant les disputes par l’activité qu’il déploie.

Quelle perversité, généralement consciente, dans « les paroles du rapporteur » ! Il présentera les choses sous un jour particulier, de telle sorte que ce qui était bon apparaîtra foncièrement mauvais ; et si même il ne déforme pas les faits rapportés, il révélera, sans aucune hésitation, ce que pourtant il eût mieux valu taire. Le résultat de son travail est la plupart du temps celui-ci : là où il y avait des relations fraternelles, confiantes, et heureuses, surviennent le trouble et la querelle avec toutes leurs tristes et douloureuses conséquences !

Si « les paroles du rapporteur sont comme des friandises », si on éprouve du plaisir à les entendre, c’est parce quelles répondent aux désirs du cœur naturel. Quoi de surprenant alors à ce qu’elles produisent ce qui fait partie des œuvres de la chair » ? (Gal. 5:19-21).

 

1.4   Comment se développent les querelles ?

La querelle « semée », selon l’expression de Prov. 16:28, l’ennemi va s’employer activement à faire lever la semence. Quels moyens utilise-t-il pour cela ?

1.4.1       La haine — Prov. 10:12

« La haine excite les querelles, mais l’amour couvre toutes les transgressions » (Prov. 10:12).

Il est bien vrai que la haine excite les querelles. Un tel sentiment peut se trouver, hélas ! dans le cœur d’un enfant de Dieu. La première épître de Jean nous enseigne que l’amour est le fruit de la nouvelle naissance, tandis qu’il est complètement étranger au vieil homme. Le vieil homme ne peut aimer d’un amour selon Dieu, il ne peut que haïr ; de sorte que si nous ne jugeons pas l’activité de la chair en nous, si nous ne nous tenons pas pour « morts au péché », suivant l’expression de Rom. 6:11, nous pourrons être amenés à éprouver, à l’égard de nos frères eux-mêmes une véritable haine, ferment actif pour favoriser le développement des querelles !

Dans ce verset 12 de Proverbes 10, nous avons le même contraste que dans la première épître de Jean entre l’amour et la haine. Si « la haine excite la querelle », par contre « l’amour couvre toutes les transgressions ». Cela ne veut pas dire que l’amour tolère le mal, car l’amour selon Dieu « a en horreur le mal » (Rom. 12:9) et ne peut le supporter ; seulement, il s’en occupe selon les enseignements de la Parole, dans l’exercice d’un service de sacrificateur. Jamais l’amour ne poussera à colporter, ici ou là, tel ou tel manquement. Bien au contraire, il « couvre toutes les transgressions » et conduit à réaliser Matt. 5:23, 24 ou 18:15 ou encore Gal. 6:1, suivant le cas.

1.4.2       La violence — Prov. 15:18

« L’homme violent excite la querelle, mais celui qui est lent à la colère apaise la dispute » (Prov. 15:18).

L’homme violent nous est présenté en opposition avec celui qui est « lent à la colère ». Quand une querelle a pris naissance, des paroles violentes, fruit de la chair, ne pourront que l’exciter et les choses iront de mal en pis. Celui qui est gardé de répondre à la chair par la chair, qui est « lent à la colère » (la colère fait partie des « œuvres de la chair », tout comme les querelles — cf. Gal. 5:19-24), pourra exercer une action d’apaisement, travailler à ramener la paix, mais s’il n’est pas possible d’agir dans cet esprit, il faut s’en tenir à l’injonction de Proverbes 17:14 : « Le commencement d’une querelle, c’est comme quand on laisse couler des eaux ; avant que la dispute s’échauffe, va-t’en ».

« L’homme colère excite les querelles, et l’homme qui se met en fureur abonde en transgressions » — « La pression de la colère excite la querelle » (Prov. 29:22 ; 30:33).

1.4.3       L’orgueil — Prov. 28:25

« Celui qui a l’âme altière excite la querelle ; mais qui se confie en l’Éternel sera engraissé » (Prov. 28:25).

Ce n’est que de l’orgueil que vient la querelle, avons-nous déjà lu (Prov. 13:10) et c’est encore l’orgueil — « l’âme altière » — qui l’excite. L’orgueil attise la haine de ceux qu’il a blessés, par conséquent la querelle qu’il a fait naître, et les conséquences peuvent être sans remède. « Un frère offensé est plus difficile à gagner qu’une ville forte, et les querelles sont comme les verrous d’un palais » (Prov. 18:19).

Dans le verset 25 de Proverbes 28, l’homme orgueilleux, hautain, est vu en opposition avec celui « qui se confie en l’Éternel ». Se confier en Dieu est l’expression de la dépendance ; c’est reconnaître sa faiblesse et sentir le besoin d’être secouru et dirigé ; c’est le propre de l’humilité et, dans ce chemin, la prospérité est promise par le Dieu dans lequel on ne met pas en vain sa confiance. Tandis qu’il ne peut y avoir aucun enrichissement spirituel pour « celui qui a l’âme altière » et qui « excite la querelle ».

Haine, violence, orgueil, trois manifestations d’activité de la chair !

 

1.5   Comment s’apaisent les querelles ? — Prov. 10:12 ; 15:18 ; 26:20

Nous l’avons vu, « l’amour couvre toutes les transgressions » et « celui qui est lent à la colère apaise la dispute » (Prov. 10:12 et 15:18). Proverbes 26:20 nous dit encore : « Faute de bois, le feu s’éteint, et quand il n’y a plus de rapporteur, la querelle s’apaise ». Que cesse l’activité des « rapporteurs » et la querelle, tout aussitôt, perdra de sa vigueur, puis prendra fin, de la même manière que s’éteint le feu lorsqu’il n’est plus alimenté !

Mais pour apaiser les querelles, une chose est primordiale et nous ne saurions mieux faire, pour en parler, que de rappeler un très sérieux avertissement de J.N.D. contenu dans une de ses lettres datée de juin 1876 (ME 1906 p. 438) : « L’état des âmes est en réalité la chose en question, et jusqu’à ce que tous soient humiliés, la paix ne se fera pas... Que deviendra le témoignage si l’esprit de parti se propage et si l’Esprit de Dieu est ainsi contristé ? X. a son opinion, Y. a la sienne ; l’une et l’autre peut être juste ; je ne prétends pas en juger dans ce moment ; mais quoi qu’il en soit, ce n’est pas l’état des âmes, seule chose importante. L’humiliation au sujet de l’état des choses, voilà ce qui montrerait la grâce. On n’est pas devant Dieu quand même on aurait une opinion juste, et tant qu’on n’y est pas, il n’y a pas de paix ».

Pourrait-on assez souligner l’importance de ces remarques ? N’est-il pas vrai que des querelles survenant entre frères sont toujours l’indice d’un mauvais état d’âme chez les uns et les autres ? N’est-ce pas Dieu qui les permet pour que cet état soit manifesté et puisse être jugé ? Aussi, le point capital n’est pas tant de savoir qui a raison et qui a tort, mais d’amener les âmes « devant Dieu ». Du moment où la chose est réalisée, les querelles sont bien près de prendre fin ; mais, « tant qu’on n’y est pas, il n’y- a pas de paix » !

Recevons de Dieu lui-même ce « conseil » d’un conducteur, nous souvenant que « celui qui écoute le conseil est sage ».

Nous ne voudrions pas terminer sans citer la parole du Seigneur à ses disciples : « Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix entre vous » (Marc 9:51). Les deux choses sont liées l’une à l’autre et la seconde dépend de la première : nous serons en paix entre nous si nous avons du sel en nous, c’est-à-dire si nous réalisons, dans nos cœurs, une vraie séparation du mal. S’il n’y a pas cette séparation intérieure, qui ne peut pas ne pas se manifester extérieurement, les conflits surgiront tôt ou tard.

Dieu désire que « des frères habitent unis ensemble », cela est « bon » et « agréable ». Puissions-nous le réaliser, pour notre joie et pour sa gloire ! C’est notre prière en écrivant ces lignes.

 

 

2                    Les cinq exhortations de 2 Corinthiens 13:11

 

Paul Fuzier

ME 1953 p. 197, 201, 233

2.1   À quoi en étaient les Corinthiens

Au moment où l’apôtre écrivait sa première épître, l’état de l’assemblée de Corinthe laissait fort à désirer. Pour ne rappeler que les faits principaux : des dissensions y étaient survenues, provoquées par l’esprit de parti ; il y avait un mal moral très grave, connu et supporté ; des Corinthiens se rassemblaient « à leur détriment » et prenaient la Cène du Seigneur d’une manière inconvenante ; de faux docteurs sapaient l’autorité de l’apôtre et même renversaient les fondements de la foi chrétienne en affirmant qu’il n’y a pas de résurrection de morts (1:11-13 ; 5 ; 11:17-34 ; 15).

Par la grâce de Dieu, cette lettre produisit, à plusieurs égards, de salutaires effets et Tite, envoyé par l’apôtre qui ne se rendit pas lui-même à Corinthe, put rapporter à Paul des nouvelles qui furent pour lui une précieuse consolation (2 Cor. 7:6-16). Le chapitre 7 de la deuxième épître nous montre les résultats de ce travail de Dieu au sein de cette assemblée : nous n’y voyons, et c’est très remarquable, aucun essai de justification de sa conduite passée mais, au contraire, une vraie humiliation, une « tristesse qui est selon Dieu » et qui « opère une repentance à salut dont on n’a pas de regret ». L’apôtre rend témoignage des fruits manifestés : « Car voici, ce fait même que vous avez été attristés selon Dieu, quel empressement il a produit en vous, mais quelles excuses, mais quelle indignation, mais quelle crainte, mais quel ardent désir, mais quel zèle, mais quelle vengeance : à tous égards, vous avez montré que vous êtes purs dans l’affaire » (ch. 7:10-11). L’assemblée s’était purifiée du mal qui était dans son sein ; elle l’avait fait en obéissance aux enseignements de la première épître et comme fruit d’un travail nécessaire opéré dans les cœurs et les consciences. L’humiliation n’était pas des lèvres seulement, elle était traduite dans les actes. Tout cela constituait la preuve que, bien qu’il y eût encore matière à répréhension, le rassemblement des saints, en un même lieu, à Corinthe, conservait toujours le caractère d’une assemblée de Dieu. C’était bien un domaine où le mal est jugé.

Qu’il y eût encore certains points à régler, cela ressort de la deuxième épître, à la fin de laquelle l’apôtre s’élève contre de faux docteurs, « ouvriers trompeurs, se transformant en apôtres de Christ » et dénonce « des querelles, des jalousies, des colères, des intrigues, des médisances, des insinuations, des enflures d’orgueil, des désordres » (11:13-15 ; 12:20-21). C’est comme un dernier avertissement qu’il adresse, aussi écrit-il : « Si je viens encore une fois, je n’épargnerai pas ». Mais, parce qu’il ne voudrait pas être réduit à cette douloureuse extrémité, il ajoute cependant : « C’est pourquoi j’écris ces choses étant absent, afin que, quand je serai présent, je n’use pas de sévérité selon l’autorité que le Seigneur m’a donnée pour l’édification et non pas pour la destruction » (13:2, 10), et il termine cette lettre par les cinq exhortations sur lesquelles nous désirerions nous arrêter.

 

2.2   Les cinq exhortations de 2 Cor. 13:11

2.2.1       Réjouissez-vous

Si nous avions eu à écrire la conclusion de cette épître, nous n’aurions probablement pas exhorté les Corinthiens à se réjouir, mais plutôt à s’humilier et à pleurer sur leurs misères, tandis que l’apôtre, divinement inspiré, leur dit : « Réjouissez-vous ». Cela ne signifiait certes pas qu’ils pouvaient passer à la légère sur tout ce qu’il venait de leur présenter dans sa lettre : après s’être, à plusieurs reprises, adressé à leur conscience de si sérieuse façon, Paul n’aurait pu terminer son épître en leur laissant supposer que leurs fautes étaient une chose négligeable dont il ne fallait plus s’occuper, de manière à être tout à la joie ! L’humiliation était nécessaire ; ce que les Corinthiens avaient fait, à propos du mal si grave qui était survenu au milieu d’eux, ils devaient aussi le réaliser à l’égard de tout ce dont l’apôtre était encore amené à les blâmer dans sa seconde épître.

Mais si le mal doit être jugé, et jugé jusqu’à la racine, il ne convient pas d’en être constamment occupé. Plus profond et sincère sera le jugement du mal, plus tôt sera connue la joie qui suit l’humiliation et la séparation du péché après sa confession, et plus réelle elle sera. L’humiliation est sans portée pratique si elle n’est accompagnée de la séparation du mal que l’on a été amené à confesser. De même, la confession du péché n’a de valeur que si elle est faite avec humiliation et se traduit par la séparation du mal. Quand ces choses sont réalisées, on n’a plus à s’occuper du mal et la joie de la communion retrouvée est goûtée dans le cœur.

Dans une circonstance, rapportée au chapitre 8 du livre de Néhémie, le peuple d’Israël s’assemble « comme un seul homme » et demande à Esdras « d’apporter le livre de la loi de Moïse, que l’Éternel avait commandée à Israël ». « Tous ceux qui avaient de l’intelligence pour entendre » étant réunis là, Esdras lut « depuis l’aube jusqu’à midi ». Et il est ajouté : « tout le peuple prêtait l’oreille au livre de la loi ». Combien les âmes avaient faim et soif de la Parole et quelle action puissante exerçait sur les cœurs et les consciences, cette parole vivante et opérante ! Tous avaient le sentiment profond que leur marche n’avait pas été conforme aux enseignements du Saint Livre ; aussi, cœurs affligés, esprits contrits tremblant à Sa Parole, ils versaient les larmes de la repentance : « tout le peuple pleurait en entendant les paroles de la loi ». L’humiliation, nécessaire sans doute ; le jugement de nos voies à la lumière de la Parole, indispensable pour marcher d’une manière digne de Dieu, ne communiquent cependant pas la force. Aussi, Néhémie dit au peuple : « Ne vous affligez pas, car la joie de l’Éternel est votre force ». Le mal une fois jugé, il ne faut plus être occupé que du bien et c’est ainsi que nous pouvons jouir de la communion avec Celui dont la « face est un rassasiement de joie » (Ps. 16:11). En Lui seul est la force dont nous avons besoin !

Celui qui a été dans ce monde l’homme des conseils de Dieu, le parfait serviteur de l’Éternel, n’a jamais poursuivi que le bien — chez Lui il ne pouvait y avoir de mal à juger, de sorte qu’Il a pu dire, par la bouche du psalmiste : « Je me suis toujours proposé l’Éternel devant moi ». Il a ainsi pleinement réalisé, comme homme, que la force est en Dieu seul : « parce qu’Il est à ma droite je ne serai pas ébranlé » en même temps que la joie : « C’est pourquoi mon cœur se réjouit, et mon âme s’égaie » (Ps. 16:8, 9).

L’apôtre ne désire pas que les Corinthiens s’arrêtent à l’humiliation et à la confession du péché, il veut qu’il y ait aussi une entière séparation du mal, de façon qu’ils puissent ensuite se réjouir. Nous pouvons penser que, dans cette exhortation, il considère, en fait, déjà accompli le profond travail de conscience auquel il les avait conviés ; il ne doute pas que, comme ils ont suivi les enseignements contenus dans sa première lettre, ils se conformeront aussi à ceux de la seconde. Il compte sur Dieu pour opérer en eux ce travail et, sachant que sa confiance ne sera pas déçue, il peut leur dire : « Réjouissez-vous ».

L’œuvre du Saint Esprit en nous a toujours pour objet final de produire la joie. Dieu, qui est le « Dieu bienheureux » (1 Tim. 1:11), veut faire part aux siens de ce qui Le caractérise Lui-même. Il est par conséquent selon Dieu que le croyant se réjouisse ; c’est même son état normal. Le Saint Esprit l’exhorte à cela et opère en lui pour qu’il en soit rendu capable : dans ce but, il est un Esprit de répréhension lorsque la chose est nécessaire, afin d’ôter ce qui est un obstacle à la joie, de manière à pouvoir librement occuper les cœurs de Christ, source et objet de la joie du racheté.

« Au reste, mes frères, réjouissez-vous dans le Seigneur ; … encore une fois, je vous le dirai : Réjouissez-vous » (Phil. 3:1 et 4:4). Si les Philippiens avaient besoin d’être invités à se réjouir, c’est parce que le désaccord survenu entre deux sœurs de cette assemblée constituait un obstacle à leur joie ; pour lever cet obstacle, le Saint Esprit, par la plume de l`apôtre, leur adresse les exhortations si souvent rappelées du début du chapitre 2 et du chapitre 4 et, tout au long de l’épître, leur présente Christ, Vie, Modèle, But, Force et Joie du croyant.

 

2.2.2       Perfectionnez-vous

On a fait remarquer qu’il y avait là une image prise d’un objet qu’il s’agit de faire fonctionner convenablement, une montre par exemple. Elle ne pourra marcher que si chacun des rouages est bien à sa place. De même dans l’assemblée. Comment une assemblée serait-elle en ordre — condition essentielle de la paix, de la bénédiction et de la joie — si les frères et les sœurs ne se tiennent pas à la place qui leur est assignée par le Seigneur en vue du bien de l’ensemble ?

Vouloir occuper une place qui n’est pas la nôtre constituera une entrave au bon fonctionnement de l’assemblée. Le danger est double : ou bien, chercher à remplir un service au-dessus de notre capacité spirituelle, une tâche pour laquelle nous ne sommes visiblement pas qualifiés ; ou, au contraire, manifester soit timidité, soit paresse spirituelle et, de ce fait, ne pas accomplir ce que le Seigneur voudrait que nous fassions pour son assemblée. Dans un cas comme dans l’autre, le fonctionnement de l’assemblée en souffre : dans le premier, en prenant sa place, nous empêcherons un frère ou une sœur de s’acquitter du service qui lui appartenait et, dans le second, par suite de notre défaillance, nous amènerons peut-être un frère, ou une sœur, à remplir une tâche qui n’était pas la sienne.

Quel désordre il y avait, à cet égard, dans l’assemblée de Corinthe ! Et combien étaient nécessaires, pour elle, les enseignements des chapitres 12 à 14 de la première épître, ainsi que tous ceux de la seconde concernant le ministère. Le sont-ils moins pour nous aujourd’hui ? Dans la deuxième épître, le verset 20 du chapitre 12 nous montre qu’il y avait encore, entre les Corinthiens, animosités, intrigues, insinuations, enflures d’orgueil et désordres. Chaque fois qu’il en est ainsi, il est impossible que l’assemblée locale fonctionne normalement. C’est une perte pour tous, une souffrance pour l’assemblée (et pour toutes les assemblées, car nous sommes un seul corps), un déshonneur pour le Seigneur !

 

2.2.3       Soyez consolés

Il est bien remarquable, si nous considérons l’objet de cette épître et les circonstances dans lesquelles elle a été écrite, qu’elle contienne et se termine par des paroles de consolation et d’encouragement (1:3-7 ; 13:11).

Nous sommes encouragés et consolés si nous avons le sentiment que Dieu approuve notre marche. Au milieu des plus grandes tribulations, l’apôtre goûtait la consolation du Père des miséricordes, parce qu’il savait que son chemin était selon Dieu ; sa conscience était en paix.

Il en est tout autrement si nous nous sentons repris dans notre conscience, si nous avons manqué et avons déshonoré le Seigneur. Nous essaierons peut-être de nous justifier mais, détrompons-nous, nous ne trouverons là aucun encouragement, aucune consolation ! Pourquoi, si souvent, le découragement nous envahit-il, dans des circonstances difficiles ? Parce qu’au lieu de considérer nos voies à la lumière de la Parole de Dieu et devant Celui aux yeux duquel « toutes choses sont nues et découvertes », nous manquons de droiture et nous efforçons de cacher ce que Dieu connaît pourtant si bien et que nous devrions juger devant Lui.

Ce jugement opéré, les circonstances par lesquelles nous passons demeureront peut-être toujours aussi douloureuses et exerçantes, car il est possible que le jugement de nos propres voies soit réalisé sans que, pour autant, une situation difficile s’en trouve éclaircie aussitôt, mais, au lieu d’être accablés, nous serons encouragés et consolés.

Bien que les circonstances de l’assemblée de Corinthe fussent encore un sujet de douleur et d’affliction pour lui, l’apôtre est cependant consolé lorsqu’il apprend qu’il y a eu un travail de Dieu opéré parmi les Corinthiens, ce travail dont il parle au chapitre 7 de la seconde épître. De sorte qu’il peut écrire : « Je suis rempli de consolation ; ma joie surabonde au milieu de toute notre affliction ; car aussi, lorsque nous arrivâmes en Macédoine, notre chair n’eut aucun repos, mais nous fûmes affligés en toute manière : au dehors, des combats ; au-dedans, des craintes. Mais celui qui console ceux qui sont abaissés, Dieu, nous a consolés par la venue de Tite, et non seulement par sa venue, mais aussi par la consolation dont il a été rempli à votre sujet, en nous racontant votre grand désir, vos larmes, votre affection ardente envers moi, de sorte que je me suis grandement réjoui » (v. 4-7 ; voir aussi v. 13). Il y a donc une consolation pour le cœur à la pensée que Dieu opère au sein d’une assemblée où il y a du mal à juger, pour produire une repentance à salut dont on n’a pas de regret.

Lorsque l’apôtre écrit aux Philippiens, il leur dit ce qui pouvait le rendre tout à fait heureux en pensant à une assemblée où il y a des difficultés : voir les frères et les sœurs avec « une même pensée », « un même sentiment », rien ne se faisant « par esprit de parti, ou par vaine gloire », mais « dans l’humilité », chacun estimant l’autre « supérieur à lui-même ». « Si donc il y a quelque consolation en Christ », dit-il, « rendez ma joie accomplie en ceci… » (Phil. 2:1-8).

Laissons agir en nous et dans l’assemblée, le Saint Esprit, divin Consolateur, afin que soit réalisé ce que nous lisons : les assemblées... étaient en paix, étant édifiées, et marchant dans la crainte du Seigneur ; et elles croissaient par la consolation du Saint Esprit » (Actes 9:31).

 

2.2.4       Ayez un même sentiment

Combien cette exhortation était utile, dans une assemblée où l’apôtre craignait fort de trouver « des querelles, des jalousies, des colères, des intrigues, des médisances, des insinuations, des enflures d’orgueil, des désordres » (12:20). Mais n’est-elle pas encore de saison ?

Pour avoir « une même pensée », « un même sentiment », il est nécessaire de penser « à une seule et même chose ». Cette « pensée » qui seule peut unir les cœurs, c’est celle « qui a été aussi dans le christ Jésus » (Phil. 2:1-8). En imitant un tel Modèle, nous serons tout naturellement amenés à avoir « un même sentiment ». C’est le secret de la bénédiction dans les assemblées ! Ne l’oublions pas et que cela nous incite à passer sur bien des choses auxquelles nous donnons une importance qu’elles ne méritent pas. « Je supplie Évodie, et je supplie Syntyche, d’avoir une même pensée dans le Seigneur » (Phil. 4:2). Pourquoi ces deux sœurs n’avaient-elles pas « une même pensée », quel était le sujet de leur désaccord ? Sans doute avait-il une extrême importance à leurs yeux, mais la Parole n’en dit pas un seul mot ! Ce qui nous paraît d’une si grande importance que nous allons, pour cela, jusqu’à troubler la communion et la paix de l’assemblée, n’en a aucune aux yeux de Dieu ! L’apôtre inspiré ne fait même pas mention du différend qui opposait l’une à l’autre ces deux sœurs.

Si vraiment nous pensons à la gloire du Seigneur, si nous désirons qu’elle soit vue en nous et dans l’assemblée, nous éviterons soigneusement ce qui pourrait troubler la paix et la communion fraternelle. Mettons de côté nos propres pensées, nos sentiments personnels et attachons-nous à avoir tous ensemble « une même pensée », celle du Seigneur, « un même sentiment ». Lisons et méditons souvent les huit premiers versets du chapitre 2 de l’épître aux Philippiens et que, nos cœurs étant occupés de Christ dans le chemin d’abaissement qu’Il a suivi, nous soyons rendus capables d’imiter notre divin et parfait Modèle !

« Soyez tous d’un même sentiment, sympathiques, fraternels, compatissants, humbles, ne rendant pas mal pour mal, ou outrage pour outrage, mais au contraire bénissant... ». « Ayant, les uns envers les autres, un même sentiment.. » (1 Pierre 3:8, 9 ; Rom. 12:16).

 

2.2.5       Vivez en paix

Sans doute, il ne s’agit pas de la paix à tout prix, au prix de toutes les concessions, car il faut nous souvenir que « la sagesse d’en haut est premièrement pure, ensuite paisible... ». Mais, dans ce même passage, l’apôtre écrit : « Si vous avez une jalousie amère et un esprit de querelle dans vos cœurs, ne vous glorifiez pas et ne mentez pas contre la vérité. Ce n’est pas là la sagesse qui descend d’en haut... Car où il y a de la jalousie et un esprit de querelle, là il y a du désordre et toute espèce de mauvaises actions » (comparer avec 2 Cor. 12:20). Le croyant est responsable de manifester les fruits de la sagesse d’en haut : la pureté en tout premier lieu, mais aussitôt après, la paix.

« Qui est sage et intelligent parmi vous ? Que par une bonne conduite il montre ses œuvres avec la douceur de la sagesse ». Se dire « sage et intelligent » quand on a dans le cœur « une jalousie amère et un esprit de querelle », c’est se glorifier contre la vérité, c’est une prétention mensongère ! Sagesse et intelligence doivent briller dans leurs manifestations pratiques : les « œuvres » qui sont vues dans « une bonne conduite », « avec la douceur de la sagesse » (Jacques 3:13-18).

Vivre en paix ne dépend pas toujours de nous ; il peut arriver que, désirant ardemment la paix, nous nous heurtions à ceux qui sont « pour la guerre » (Ps. 120:6, 7). Mais dans des cas semblables (et nous généralisons l’application de ces deux versets du Psaume), avons-nous conscience, devant Dieu, d’avoir fait tout ce qui dépend de nous pour la paix ? Romains 12:17, 18 nous dit : « Ne rendant à personne mal pour mal ; vous proposant ce qui est honnête devant tous les hommes ; s’il est possible, autant que cela dépend de vous, vivant en paix avec tous les hommes... ».

Faire tout ce qui dépend de nous pour vivre en paix, avec tous les hommes et, en particulier, dans l’assemblée ! Savoir oublier des paroles un peu vives ou même blessantes, faire un effort pour comprendre nos frères, pour les supporter si c’est nécessaire, mettre de côté nos pensées personnelles, le point de vue que nous avons défendu opiniâtrement, aller peut-être jusqu’à nous mettre de côté nous-mêmes, s’il le faut, dans un but de paix ! Combien le Seigneur est glorifié par celui qui sait agir ainsi !

Remettre toutes choses entre les mains de Celui qui est le seul Sage, c’est là la sagesse et cela conduit à la paix ! Certes, nous ne voulons pas dire qu’il n’y ait pas de saints combats à livrer pour la vérité — nous l’avons rappelé « la sagesse d’en haut est premièrement pure », — mais nous avons parfois tendance à appeler de ce nom des combats dans lesquels ne sont en jeu que des intérêts personnels, des rivalités, des querelles souvent mesquines ! Lorsqu’il en est ainsi, nous n’avons pas fait tout ce qui dépend de nous pour vivre en paix et, peut-être même, avons-nous fait le contraire. Triste résultat pour l’assemblée ! Il ne peut y avoir ni bénédiction, ni joie, ni édification dans une assemblée en guerre ; bien au contraire, il y a de la souffrance pour tous, surtout pour les petits, pour les faibles, pour nos enfants ! Pensons à eux, pensons avant tout au Seigneur, déshonoré par des querelles entre frères !

« Bienheureux ceux qui procurent la paix, car c’est eux qui seront appelés fils de Dieu » (Matth. 5:9). Dans une situation difficile, faire les concessions nécessaires pour que la paix soit maintenue ou rétablie, accepter tous les torts, toutes les humiliations, quand bien même ce serait injustifié et immérité, quel privilège ! Oui, bienheureux ceux qui procurent la paix ! En cela, ils manifestent qu’ils sont fils de Dieu : les fruits de la nouvelle nature prouvent son existence et, par conséquent, la relation vitale avec Dieu.

 

2.3   Le Dieu de paix avec nous

Une bénédiction précieuse découle de la réalisation des cinq exhortations de 2 Cor. 13:11. C’est celle qui termine le verset : « et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous ». Ce n’est pas seulement la jouissance de l’amour de Dieu et le fait d’être gardé dans Sa paix, c’est la présence avec nous, dans le chemin, de Celui auquel l’apôtre donne ici ce double titre : « Dieu d’amour et de paix ».

De même, l’apôtre exhortant les Philippiens à rejeter sur Dieu leurs soucis et à s’occuper des choses vraies, vénérables, justes, pures, aimables et de bonne renommée, leur assure que, s’ils font ces choses, « le Dieu de paix sera avec eux » (Phil. 4:8-9).

« Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, et l’amour de Dieu, et la communion du Saint Esprit, soient avec vous tous ! » (2 Cor. 13:13).

 

 

3                    Semer pour l’Esprit — Galates  6:7-10

 

Paul Fuzier

ME 1953 p. 257

3.1   L’état des Galates — Le terrain de la loi

Après avoir « commencé par l’Esprit », les Galates s’étaient laissé séduire par ceux qui voulaient les contraindre à se soumettre aux prescriptions de la loi mosaïque, de sorte qu’ils étaient en danger « d’achever maintenant par la chair ». Alors qu’ils avaient reçu le Saint Esprit « sur le principe... de l’ouïe de la foi », de faux docteurs venaient leur enseigner que la justice était, non pas sur le seul principe de la foi, mais par l’obéissance à une loi qui s’adresse à l’homme dans la chair ! Prétendre amener à la perfection par la chair — car tel est le sens de l’expression : « achèveriez-vous maintenant par la chair ? » — est une pensée qui ne peut venir que de l’ennemi. Aussi, angoissé à leur sujet, l’apôtre leur pose cette question : « Ô Galates insensés, qui vous a ensorcelés ? » Il montre, dans la suite du chapitre, que la loi a été donnée, non comme moyen de salut, mais pour manifester l’état de culpabilité de l’homme. C’est alors que, la démonstration de son péché ayant été faite, son incapacité à accomplir la loi abondamment prouvée, Dieu est venu jusqu’à lui, déployant sa grâce, envoyant son Fils ici-bas. Et le seul qui ait jamais accompli la loi, qui ait « rendu la loi grande et honorable » (Ésaïe 42:21), a porté « la malédiction de la loi », malédiction qui était prononcée sur celui qui ne pouvait satisfaire à ses exigences : « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous (car il est écrit : « Maudit est quiconque est pendu au bois »), afin que la bénédiction d’Abraham parvint aux nations dans le christ Jésus, afin que nous reçussions par la foi l’Esprit promis ». Incapables d’accomplir des œuvres de loi, c’est par la foi en Lui et en son œuvre expiatoire que nous obtenons le salut « ayant cru », nous avons été « scellés du Saint Esprit de la promesse, qui est les arrhes de notre héritage », de sorte que nous entrons dans la jouissance de tout ce dont Christ est l’héritier. Se placer sur le terrain de la loi, c’est se placer sous la malédiction ; or Christ, tandis qu’Il endurait la mort de la croix, a pris sur Lui cette malédiction, « étant devenu malédiction pour nous » ; par conséquent, nier que nous sommes entièrement délivrés par l’œuvre de la croix équivaudrait à nier la perfection et l’efficace du sacrifice expiatoire de Christ ! (cf. Gal. 3:1-14 ; Éph. 1:13).

 

3.2   Servitude de la loi et liberté chrétienne

Au chapitre 4 de l’épître aux Galates, l’apôtre présente la loi sous un autre aspect : elle place l’homme dans un état de servitude morale qui prive l’âme de la présence de Dieu, tandis qu’au contraire, la grâce nous amène devant Lui dans la position de fils. Sous la loi, l’Israélite était semblable à un enfant « en bas âge », qui ne comprend pas les pensées de son père, si même il les connaît, qui doit hériter de ses biens mais ne peut encore en jouir, car « il est sous des tuteurs et des curateurs » chargés de les administrer « jusqu’à l’époque fixée par le père » pour qu’il en prenne effectivement possession (cf. Gal. 4:1-7). Christ nous a affranchis de cette servitude, du joug de la loi et de celui du péché : Il est mort pour nous et nous sommes morts avec Lui, morts à la loi, au péché, au monde ; Il nous a ainsi placés dans la liberté de la nouvelle nature (cf. Gal. 2:19 ; 5:24 ; 6:14 et 5:1).

Il est nécessaire de bien comprendre ce qu’est cette « liberté », car la chair en nous agit toujours à l’opposé des pensées de Dieu : Dieu a donné la loi pour manifester l’état de l’homme et le convaincre de péché, la chair s’en empare comme d’un moyen pour essayer d’obtenir une justice lui permettant de se tenir devant Dieu ; Dieu place le chrétien dans la liberté et la chair en userait pour pécher tout à son aise ! En somme, l’ennemi cherche toujours à mettre la chair en activité, soit pour essayer d’accomplir la loi comme moyen de justification ou d’amélioration, soit pour user, en en abusant, de la liberté chrétienne. Aussi l’apôtre insiste-t-il sur le fait que cette liberté ne doit pas être « une occasion pour la chair » ; tout au contraire, elle doit conduire à une vie pratique que la loi ne peut pas produire et qui est la marche par l’Esprit : « Marchez par l’Esprit, et vous n’accomplirez point la convoitise de la chair (Gal. 5:13 et 16).

 

3.3   Semer pour la chair ou semer pour l’Esprit : Galates 6:7, 8

Au verset 7 du chapitre 6, l’apôtre revient au principe fondamental de la marche, tel qu’il l’a déjà exposé au chapitre 5 : non pas une loi imposée à une nature qui est incapable de s’y soumettre, mais une puissance, celle de l’Esprit, qui agit dans une vie nouvelle. Prétendre pouvoir associer les deux, la chair et l’Esprit, n’est-ce pas, au fond, « se moquer de Dieu » ? Car, en effet, le sentier de la chair est aussi différent que possible de celui de l’Esprit ; le premier mène à la corruption et à la mort, le second à la vie éternelle (Gal. 6:8 ; cf. Rom. 8:6).

Parce qu’il y a deux sortes de semailles, il y a aussi deux sortes de moissons. Semer « pour sa propre chair » est sans doute un travail qui, au moment où il est fait, n’occasionne guère de souffrances et peut même procurer au cœur naturel bien des joies ! Par exemple, si Moïse avait désiré « jouir pour un temps des délices du péché », il aurait « semé pour sa propre chair » ; mais il a pensé au jour de la moisson — « il regardait à la rémunération » — et « par la foi », il choisit « plutôt d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu, estimant l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte » (Héb. 11:24-26). Si, en « semant pour sa propre chair », l’on jouit « pour un temps des délices du péché », quelle souffrance lors de la moisson ! La « moisson » commence généralement dans la vie présente, en attendant la comparution devant le tribunal du Christ, pour les croyants, ou devant le grand trône blanc, pour les incrédules. Elle est toujours de même nature que la « semence » — « ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera » — et c’est la semence multipliée !

 

3.4   Abraham, Isaac et Ismaël

Abram a semé « pour sa propre chair » quand, à l’instigation de Saraï sa femme, il alla vers Agar, la servante égyptienne. L’Éternel lui avait fait des promesses et certes, il pouvait bien se demander comment elles seraient accomplies car, dix années après, il n’avait pas encore d’enfant. La foi d’Abram chancelle et il met sa confiance dans la chair ! Ce n’était pas, à proprement parler, la convoitise de la chair, mais plutôt l’emploi d’un moyen humain pour aider au travail de Dieu. Que d’activité déployée, encore aujourd’hui, qui ressemble fort à la ressource qu’Abram croyait avoir trouvée pour obtenir l’accomplissement des promesses ! Mais le fils qui va naître, Ismaël, sera-t-il celui dont Dieu se servira pour cela ? C’est absolument impossible, car on ne peut associer la chair et l’Esprit et la chair ne peut être d’aucun secours dans l’œuvre de Dieu. Ismaël doit être mis de côté ! Quelle douleur pour le cœur d’Abraham ! Lorsque Dieu lui annonce la naissance d’Isaac, par lequel les promesses auront leur accomplissement, il s’écrie : « Oh, qu’Ismaël vive devant toi ! » C’est le cœur du père qui parle ! Et sans doute, Dieu l’exauce : Ismaël prospérera, il engendrera douze chefs et deviendra une grande nation, mais il n’y a rien d’autre ! Bien qu’issus de parents chrétiens, des enfants inconvertis peuvent prospérer dans le monde et même y réussir brillamment ; hélas ! ils n’ont aucune part dans la lignée des hommes de foi et leur bénédiction est bien différente de celle d’Isaac, habitant près du puits de Lakhaï-roï (cf. Gen. 25:11) — cela, sans perdre de vue que la grâce de Dieu est puissante pour les ramener d’un chemin d’égarement, mais ce n’est pas le sujet qui nous occupe ici. Il y aura toujours conflit entre la chair et l’Esprit : « celui qui était né selon la chair persécutait celui qui était né selon l’Esprit » (cf. Gal. 5:17 ; 4:29), de sorte que Sara dut dire à Abraham : « Chasse cette servante et son fils ». Abraham souffre profondément ; il avait « semé pour sa propre chair », le temps de la moisson était venu : « et cela fut très mauvais aux yeux d’Abraham, à cause de son fils ». Ses affections de père étaient douloureusement atteintes ; cependant, il dut « chasser la servante et son fils », ce fils qui était aussi le sien ! (cf. Gen. 16 ; 17:15-22 ; 21:1-12 et Gal. 4:21-31).

 

3.5   Semer pour l’Esprit — Faire le bien — Gal. 6:8-9

Semer « pour l’Esprit », c’est « faire le bien », suivant l’expression de Gal. 6:9. De telles semailles impliquent la souffrance, « affliction avec le peuple de Dieu, opprobre du Christ », ce que Moïse avait « choisi », sacrifice d’Isaac sur la montagne de Morija, car « il arriva, après ces choses, que Dieu éprouva Abraham ».

 

3.5.1       Christ le modèle

Contemplons notre divin et parfait Modèle ! Homme ici-bas, « oint de l’Esprit Saint et de puissance », Il passait « de lieu en lieu, faisant du bien » (Actes 10:38). L’Esprit le conduit dans son sentier, où « Il va, en pleurant, portant la semence qu’il répand » (Ps. 126:6). Il a enduré la souffrance comme homme sur la terre et, en cela, Il est, pour nous, un Modèle à imiter : « Si, en faisant le bien, vous souffrez, et que vous l’enduriez, cela est digne de louange devant Dieu, car c’est à cela que vous avez été appelés ; car aussi Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle, afin que vous suiviez ses traces » (1 Pierre 2:20, 21). Suivant les traces de Christ, nous serons de « ceux qui sèment avec larmes » (Ps. 126:5). Manifester les caractères de la vie de Christ, dans la puissance de l’Esprit, travailler pour que des résultats spirituels soient produits, cela entraîne de la souffrance pour notre cœur naturel, car tout ce qui est en lui, comme aussi dans le monde qui nous entoure, est en opposition complète avec la vie de l’Esprit.

 

3.5.2       Le temps de la moisson

Plus tard, il y aura la « moisson » ! Quelle moisson glorieuse pour Celui qui a répandu la semence « en pleurant » : « Il revient avec chant de joie, portant ses gerbes », moisson en vie éternelle, quand « Il verra du fruit du travail de son âme, et sera satisfait » (Ps. 126:6 ; Ésaïe 53:11). Quelle moisson aussi pour ceux qui, aujourd’hui, « sèment avec larmes » : ils « moissonneront avec chant de joie » (Ps. 126:5). Il y aura la manifestation et la rétribution devant le tribunal de Christ (2 Cor. 5:10), mais surtout, le fait que le Seigneur « viendra pour être, dans ce jour-là, glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui auront cru » (2 Thess. 1. 10). Tout proclamera l’excellence du travail que la grâce de Dieu, par la puissance de son Esprit, aura opéré dans les siens ! « Celui qui a commencé en nous une bonne œuvre » l’aura alors achevée (cf. Phil. 1:6). Quelle gloire pour Lui !

 

3.5.3       Le temps de la patience

« Faire le bien » est une des expressions caractéristiques de la première épître de Pierre, où elle est d’ailleurs souvent liée à la souffrance (cf. 2:14, 15, 20 ; 3:6, 11, 17 et 4:19). Dans ce chemin, l’on est parfois découragé (cf. ibid. 4:12-19), mais l’apôtre nous dit : « Ne nous lassons pas en faisant le bien », persévérons, « car, au temps propre, nous moissonnerons, si nous ne défaillons pas » (Gal. 6:9 ; cf. 2 Thess. 3:13). Il y a un temps pour semer, un temps pour moissonner. « Il faut que le laboureur travaille premièrement, pour qu’il jouisse des fruits » (2 Tim. 2:6). Semons « pour l’Esprit », sans nous lasser, bien qu’il n’y ait peut-être pas beaucoup de résultats manifestés. Que voit-on de la semence, après qu’elle a été jetée en terre ? Pas grand’chose, sans doute. Cependant, là encore, le croyant peut « moissonner » déjà sur la terre, voir la promesse de moissons futures, avant-goût de la « moisson » dont nous parle l’apôtre dans les deux passages cités : 2 Cor. 5:10 et 2 Thess. 1:10.

 

3.5.4       Le bien caractéristique de la vie de Dieu — La résurrection

« Faisons le bien ! » C’est le caractère même de la vie que nous possédons et que nous devons manifester : « Bien-aimé, n’imite pas le mal, mais le bien. Celui qui fait le bien est de Dieu ; celui qui fait le mal n’a pas vu Dieu » (3 Jean 11 ; cf. 1 Jean 2:29 ; 3:7 à 12). C’est ce qui nous fait comprendre le caractère de la résurrection d’entre les morts : « L’heure vient en laquelle tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix ; et ils sortiront, ceux qui auront pratiqué le bien en résurrection de vie ». Ont part à cette première résurrection non pas, comme on a voulu le déduire à tort de ce passage, ceux qui espèrent mériter le salut par leurs œuvres, mais « ceux qui auront pratiqué le bien », parce qu’ils sont « de Dieu » (cf. Jean 1:12, 13). Jean 5:28, 29 ajoute : « ... et ceux qui auront fait le mal, en résurrection de jugement » ; ceux que la « résurrection de vie » aura laissé dans le tombeau, parce qu’ils n’étaient pas « de Dieu » n’auront d’autre part que la résurrection de jugement.

« À ceux qui, en persévérant dans les bonnes œuvres, cherchent la gloire et l’honneur et l’incorruptibilité, — la vie éternelle ; mais à ceux qui sont disputeurs et qui désobéissent à la vérité, et obéissent à l’iniquité, — la colère et l’indignation ; tribulation et angoisse sur toute âme d’homme qui fait le mal, ... mais gloire et honneur et paix à tout homme qui fait le bien » (Rom. 2:7 à 10). Si ces expressions, « faire le bien » et « faire le mal », sont employées pour parler respectivement de ceux qui possèdent la vie divine, parce qu’ils sont nés de nouveau, et de ceux qui sont encore « dans la chair », parce qu’inconvertis, c’est sans doute parce que Dieu veut nous faire comprendre par là qu’Il désire trouver, chez ceux qui lui appartiennent, la réalité de la vie — elle est vue dans la pratique du bien — et non pas une simple forme extérieure.

 

3.5.5       Par l’action de l’Esprit

L’Esprit est la puissance de la vie que nous avons reçue par la nouvelle naissance. Pour qu’il y ait de la réalité dans notre christianisme, il convient donc que ce soit l’Esprit de Dieu qui opère en nous ; c’est ainsi que nous pourrons semer « pour l’Esprit », « faire le bien ». Et cela, au travers de toute l’opposition que nous aurons à rencontrer : les tentations sont nombreuses, la chair est en nous et l’adversaire veut sans cesse la mettre en activité, tant de circonstances surviennent, qui sont de nature à nous faire « semer pour notre propre chair » et peut-être aussi, suivant l’expression de Rom. 12:20, avons-nous un « ennemi ». Retenons l’exhortation qui termine ce chapitre : « Ne sois pas surmonté par le mal, mais surmonte le mal par le bien » (Rom. 12:21).

 

3.6   Faire du bien — Gal. 6:10

Après l’exhortation à « faire le bien », nous avons celle du verset qui suit : « faisons du bien » (v. 10). « Faire le bien », c’est ce qui doit résulter du fait que nous avons « revêtu le nouvel homme » et cela constitue « le fruit de l’Esprit » (cf. Col. 3:10 à 15 ; Gal. 5:22). Tel est le sens de l’expression « bonnes œuvres » dans des passages comme Éphés. 2:10 ; Col. 1:10 ; 2 Thess. 2:17 ; 2 Tim. 2:21 ou 3:17. « Faire du bien », cela embrasse tous les actes qui traduisent les sentiments éprouvés par un cœur renouvelé ; c’est le sens de l’expression « bonnes œuvres » en Matt. 5:16 ; 26:10 ; Jean 10:32 ; 1 Tim. 6:18 ; Tite 2:7 et 14 ; 3:8 et 14, ou Hébreux 10:24, par exemple.

« Faisons du bien à tous », nous serons « imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants », imitateurs d’un Dieu qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et envoie sa pluie sur les justes et sur les injustes » (Éph. 5:1, 2 ; Matt. 5:43 à 48). Christ est notre vrai Modèle « marchez dans l’amour, comme aussi le Christ nous a aimés ». En le suivant fidèlement, les regards fixés sur Lui, nous manifesterons les traits de la nouvelle nature dont Dieu nous a fait don (cf. 1 Jean 3:1). « Faire le bien », « faire du bien », c’est semer « pour l’Esprit », c’est aussi aimer. Comme il est « l’Esprit de vérité », l’Esprit de Dieu est aussi « un esprit d’amour » (Jean 14:17 ; 15:26 ; 16:13 ; 2 Tim. 1:7). Conduit, comme homme, par l’Esprit, Christ a « fait du bien » (cf. Actes 10:38 et Jean 10:32), manifestant l’amour dont son cœur était rempli envers tous ! Aimer comme Christ aime, c’est semer « pour l’Esprit », « faire le bien », « faire du bien à tous ».

« Faisons du bien à tous, mais surtout à ceux de la maison de la foi ». Des liens, formés par Dieu, nous unissent à tous ceux de « la maison de la foi » : enfants d’un même Père céleste, nous possédons la même foi, le même Objet de notre foi ! Jésus a « aimé les siens qui étaient dans le monde » et Il les aime « jusqu’à la fin ». Dans son amour pour eux, Il a voulu les servir ; son amour est éternel, aussi son service, sous ses aspects variés, n’aura jamais de fin. Quel Modèle à imiter ! « Je vous ai donné un exemple », nous dit-il, à nous comme autrefois à ses disciples, et Il ajoute : « Si vous savez ces choses, vous êtes bienheureux si vous les faites » (Jean 13:1-17). Soyons de ces bienheureux, qui « savent » et qui « font » !

 

 

4                    Unité de la famille, unité du corps, unité de l’Esprit

 

Paul Fuzier

ME 1953 p. 289 et 313

4.1   Unité de la famille de Dieu, unité du corps de Christ, malgré la dispersion des croyants

Malgré toutes les apparences, bien que la famille de Dieu manifeste une humiliante désunion et en dépit de la dispersion des croyants, membres du Corps de Christ, au sein de multiples dénominations chrétiennes, l’unité de la famille et l’unité du Corps sont aussi indestructibles l’une que l’autre. Et s’il est vrai qu’elles ne sont pas visibles extérieurement, cependant, le Saint Esprit est en activité pour nous faire jouir de notre relation avec le Père, nous amener à goûter la douceur de la communion fraternelle et nous conduire à réaliser que nous sommes « un seul corps ».

C’est de l’unité de la famille qu’il est question en Jean 17:21 : « ... afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi ; afin qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que toi tu m’as envoyé ». Cette unité de la famille de Dieu ne peut pas être détruite : parce qu’ils sont engendrés d’un même père, des frères restent toujours des frères, fussent-ils séparés et quand bien même ils seraient ennemis ! Elle n’est, hélas ! plus manifestée aujourd’hui et nous en portons l’humiliation ; mais, quoi qu’il en soit, les enfants de Dieu qui ont le privilège d’habiter « unis ensemble », bien qu’éprouvant la douleur de voir tant de leurs frères se priver d’une telle faveur, savourent une joie inexprimable : « car c’est là que l’Éternel a commandé la bénédiction » (Ps. 133).

L’unité du Corps, qui n’est pas plus visible, extérieurement, que celle de la famille, est cependant proclamée à la Table du Seigneur par les croyants qui s’y réunissent comme membres du Corps de Christ : « Car nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous à un seul et même pain » (1 Cor. 10:17).

 

4.2   Réalisation pratique actuelle : garder l’unité de l’Esprit

Dans l’état actuel de la chrétienté, comment pouvons-nous réaliser pratiquement que nous sommes une seule famille et un seul corps ? Aujourd’hui, comme dans tous les temps, la chose n’est possible que dans la mesure où est gardée « l’unité de l’Esprit ». Cette unité ne peut être rompue, car il restera toujours vrai que « nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps » (1 Cor. 12:13), mais elle peut fort bien ne pas être « gardée ». Aussi, Éphésiens 4:1 à 3 nous exhorte « à marcher d’une manière digne de l’appel dont nous avons été appelés ; avec toute humilité et douceur, avec longanimité, nous supportant l’un l’autre dans l’amour ; nous appliquant à garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix ». Des frères qui ne « gardent » pas « l’unité de l’Esprit », bien qu’ils puissent goûter certaines joies en commun et la faveur d’un rassemblement, ne pourront ni connaître les joies du Ps. 133, ni se réunir selon 1 Cor. 10:17.

La plupart de nos lecteurs ont à leur disposition maints ouvrages développant les enseignements de la Parole relatifs à l’unité de la famille, à l’unité du Corps et à l’unité de l’Esprit. Le présent article n’a donc pas pour objet de faire un large exposé du sujet défini par son titre, mais seulement de remettre en mémoire quelques vérités essentielles. Notre but serait atteint si cet ensemble pouvait apparaître plus clair à ceux qui, peut-être, ne l’auraient qu’imparfaitement saisi jusqu’à présent.

 

4.3   La famille de Dieu

La famille et le Corps sont composés des mêmes personnes, de tous ceux qui sont « nés de nouveau », « nés d’eau et de l’Esprit » (Jean 3:3, 5), de tous ceux dont Christ Lui-même est la vie. Mais si 1’Écriture emploie ces deux images, il est certain que nous avons, avec la famille et le Corps, deux pensées distinctes.

 

4.3.1       Ce qui est de Dieu dans la famille de Dieu

La famille nous présente principalement le côté de l’amour et des affections : ce sont des liens d’affection qui unissent entre eux les membres d’une famille, lorsque les relations sont selon l’ordre normal des choses, cette affection est alors témoignée et sentie par tous. Enfants de Dieu, ayant reçu la vie divine par la foi en Jésus, « ayant cru », nous avons été « scellés du Saint Esprit » ; nous avons reçu « l’Esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba, Père ! » et nous avons accès auprès du Père « par un seul Esprit » (cf. Jean 1:12, 13 ; 20:31 ; Éph. 1:13 ; Rom. 8:14 à 17 ; Éph. 2:18). Nous sommes aimés par le Père, d’un amour dont Jean 17:23 nous donne la mesure et dont nous pouvons jouir déjà présentement parce que le Seigneur nous fait connaître le nom du Père, sa Personne, son amour, par le Saint Esprit qu’Il a envoyé ici-bas (cf. Jean 17:26 ; 16:7). Le Père nous aime comme Il aime le Fils et le Fils, comme le Père l’aime ; enfants d’une même famille, nous sommes exhortés à nous aimer les uns les autres de ce même amour, amour « versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Jean 17:23 ; 15:9 ; 13:34 ; Rom. 5:5).

 

4.3.2       La désunion

Si nous le réalisions tous, l’unité de la famille serait manifestée. Puisqu’elle ne l’est pas, cela résulte donc, au point de départ, d’un manque d’amour. Il n’a guère duré, le temps où « tous les croyants étaient en un même lieu, et... avaient toutes choses communes », où « la multitude de ceux qui avaient cru étaient un cœur et une âme » ! (cf. Actes 2:42-47 ; 4:32-37). La conséquence à peu près immédiate du manque d’amour, c’est la désobéissance ; le Seigneur Lui-même n’a-t-Il pas dit : « Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles » ? (Jean 14:24). La désobéissance à la volonté du Père conduit, à son tour, à l’absence de communion, car on ne peut jouir de sa communion qu’en gardant sa Parole (cf. Jean 14:21-23). Si ces choses ne sont pas discernées et jugées, le mal fait de rapides progrès et les cœurs sont désunis.

 

4.3.3       L’unité de la famille de Dieu est-elle « à garder » ?

Peut-être quelqu’un pense-t-il que nous allons donc trouver une invitation à garder l’unité de la famille ? Répétons-le, cette unité existe et ne peut être détruite, mais elle n’est manifestée que dans la mesure où « l’unité de l’Esprit » est « gardée ». Exhorter les croyants à garder l’unité de la famille indépendamment de l’unité de l’Esprit, ce serait demander à des enfants qui désirent obéir à leur Père céleste, si imparfaitement que ce soit, de s’associer à des enfants désobéissants. Sans doute, le Père veut que ses enfants s’aiment toujours entre eux, que ceux qui obéissent ne cessent jamais d’aimer leurs frères, même leurs frères engagés dans un chemin de désobéissance ; mais l’amour fraternel ne peut être manifesté autrement que selon l’enseignement de 1 Jean 5:2 : « Par ceci nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c’est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements ». La preuve de l’amour d’un enfant obéissant, à l’égard de celui qui n’obéit pas, n’est donc pas dans une association avec lui dans sa désobéissance, mais dans l’obéissance à la volonté du Père.

 

4.3.4       Garder l’unité de l’Esprit en rapport avec la famille de Dieu

L’exhortation qui nous est donnée n’est pas d’avoir à garder l’unité de la famille au prix d’une désobéissance à la Parole, mais de nous « appliquer à garder l’unité de l’Esprit » (Éph. 4:3). L’Esprit de Dieu ne peut avoir qu’une pensée ; de sorte que si les enfants sont désunis parce qu’ils ont des vues différentes au point de ne plus pouvoir vivre ensemble, c’est à coup sûr en raison de ce que certains d’entre eux ont cessé d’écouter la voix de l’Esprit et se sont laissé guider par leurs propres pensées. On peut avoir de très bonnes pensées, mais si nous les prenons comme règle, au lieu de nous laisser conduire par le Saint Esprit, nous introduisons inévitablement le désordre et la confusion, et l’unité de l’Esprit est perdue. Que chacun essaie de faire prévaloir son sentiment personnel et les querelles s’ensuivent, le « lien de la paix », qui doit serrer en un tous les membres de la famille, est brisé et c’en est fini de garder « l’unité de l’Esprit ».

Dans une famille désunie, il peut y avoir quelques enfants qui souffrent d’un état de choses aussi douloureux et cherchent à y remédier. Nous venons de le voir, ce ne peut être que par l’obéissance à la volonté paternelle. Pour ce qui concerne la famille de Dieu, cette volonté est clairement exprimée dans les Écritures et c’est par le Saint Esprit que nous pouvons la discerner. N’y aurait-il que deux ou trois enfants qui cherchent à connaître la volonté de leur Père céleste pour l’accomplir ensuite, qui pour cela se laissent instruire et diriger par le Saint Esprit, ils auront, pour leur part, retrouvé « l’unité de l’Esprit ».

Les « deux ou trois » qui jouissent d’une telle faveur réaliseront sans doute que la famille n’est pas au complet ; ils en souffriront, entrant avec sympathie dans ce que le cœur paternel éprouve, mais quoi qu’il en soit, ils jouiront de l’amour du Père, amour qui ne peut être vraiment goûté en dehors du chemin de l’obéissance (cf. Jean 14:21-26). Ils manifesteront ainsi un amour selon Dieu à l’égard de leurs frères dont ils doivent rester séparés (cf. 1 Jean 5:2), et ils savoureront, avec ceux auxquels ils peuvent s’unir, la douceur des liens qui unissent entre eux les membres d’une même famille. C’est la communion fraternelle selon 1 Jean 1:3, 4 et Ps. 133, « la communion du saint Esprit » de 2 Cor. 13:13. Ensemble, ils pourront adorer le Père, comme sa famille (ou plutôt, ce qui en est l’expression) réunie sous son regard, car c’est « le Père » qui cherche de « vrais adorateurs », des adorateurs qui « rendent culte par l’Esprit de Dieu » (cf. Jean 4:23, 24 ; Phil. 3:3).

 

4.4   Le Corps de Christ

4.4.1       Son fonctionnement selon Éph. 4 et Col. 2

Avec la figure du Corps, d’autres vérités sont placées devant nous. Le Corps de Christ sur la terre est un organisme vivant, inséparablement uni à la Tête glorifiée dans le ciel, et qui nous est présenté dans son fonctionnement. Le Corps vit et se développe en raison de son union avec la Tête, irais aussi du fait de l’activité de chacun de ses membres ; c’est ce que nous enseigne Éphésiens 4:15-16 « que, étant vrais dans l’amour, nous croissions en toutes choses jusqu’à lui qui est le chef, le Christ ; duquel tout le corps, bien ajusté et lié ensemble par chaque jointure du fournissement, produit, selon l’opération de chaque partie dans sa mesure, l’accroissement du corps pour l’édification de lui-même en amour ». Et Colossiens 2:19 nous exhorte à « tenir ferme le chef, duquel tout le corps, alimenté et bien uni ensemble par des jointures et des liens, croît de l’accroissement de Dieu ». Si même son unité n’est pas visible dans ce monde, il n’en reste pas moins que « le corps est un » (1 Cor. 12:12) ; sa vie et son développement sont entravés si certains membres ne remplissent pas leur fonction, ou la remplissent mal, mais, quoi qu’il en soit, son unité demeure.

 

4.4.2       La foi voit l’unité du Corps

Dieu la voit et nous pouvons la voir également, comme la foi d’un Élie considérait l’unité d’Israël, cependant dispersé, et dressait ainsi les douze pierres pour bâtir l’autel de l’Éternel (1 Rois 18:31, 32). 1 Corinthiens 10:16, 17 ; 12 et 14 nous l’enseignent, c’est comme membres du Corps de Christ que nous pouvons nous rassembler autour de Lui, à la Table du Seigneur — selon Dieu, il n’y a pas d’autre rassemblement que celui-là — rappelant que « nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous à un seul et même pain ». Lorsque l’apôtre écrit : « nous qui sommes plusieurs... », entend-il seulement les « deux ou trois » qui recherchant la volonté du Père pour la faire, assemblés et dirigés par le Saint Esprit, sont réunis là comme membres du Corps de Christ ? Non. Ces « deux ou trois » embrassent dans leurs pensées tous les vrais croyants, membres du seul corps, où qu’ils se trouvent, et sont réunis à la Table du Seigneur comme expression du Corps de Christ, dont ils proclament l’indestructible unité. Réunis dans une localité, ils représentent le Corps de Christ dans ce lieu, comme autrefois les croyants de Corinthe dans cette ville (cf. 1 Cor. 12:27). Sans doute, plusieurs membres du corps, dans cette localité, ne sont pas là où, cependant, serait leur place. Cela porte-t-il atteinte à l’unité du Corps ? Absolument pas. La famille est désunie, ou encore, les relations fraternelles existent, avec un certain degré de communion mais qui ne va pas jusqu’à permettre à ces croyants de se trouver ensemble à la Table du Seigneur, parce que « l’unité de l’Esprit » n’a pas été « gardée » ; cependant « le corps est un » et cette vérité est proclamée à la Table du Seigneur où est la place de tous les membres du Corps, sains dans la foi et sans reproche dans leur marche pratique.

Seulement, du fait de l’absence de plusieurs, le fonctionnement du Corps, dans le rassemblement des croyants comme expression de l’assemblée Corps de Christ, n’est pas ce qu’il devrait être ; il n’y a pas cette harmonie qui caractériserait l’exercice des fonctions de tous les membres du Corps, si chacun occupait la place qui est la sienne et était « utile » à sa place. Peut-être en est-il certains qui ne fonctionnent pas du tout (même parmi ceux qui occupent leur place !) et qui, par conséquent, s’atrophient, ce qui est une cause de souffrance pour tout le Corps et une entrave à son développement ; peut-être en est-il d’autres qui fonctionnent, mais pas à la place où ils devraient être, ignorant ou perdant de vue qu’ils ont une place assignée et un service à remplir dans le Corps, en vue de l’édification de l’assemblée. Du mal, Dieu sait tirer le bien, c’est une de ses prérogatives ; mais notre responsabilité à nous est d’accomplir le service qui nous est échu comme membre du Corps, dans le rassemblement des enfants de Dieu sur le terrain de l’unité du Corps.

 

4.4.3       Garder l’unité du Corps ou garder l’unité de l’Esprit

Pas plus que nous ne sommes exhortés à garder l’unité de la famille indépendamment de l’unité de l’Esprit, nous n’avons d’invitation à garder l’unité du Corps, et cela pour les mêmes raisons : toutes deux existent, mais ne peuvent être maintenues extérieurement que dans la mesure où l’unité de l’Esprit est « gardée ». Chercher à manifester l’unité du Corps en dehors de l’unité de l’Esprit impliquerait une marche commune avec tous les membres du Corps de Christ, quelles que soient leur conduite pratique et la doctrine qu’ils professent. Ce serait méconnaître l’enseignement de 2 Tim. 2:19 : « Toutefois le solide fondement de Dieu demeure, ayant ce sceau : Le Seigneur connaît ceux qui sont siens, et : Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur ». Au milieu de la confusion actuelle, il est encourageant de savoir que le Seigneur connaît tous ceux qui lui appartiennent, membres de la famille et du Corps, où qu’ils se trouvent ; mais cela ne peut, en aucune façon, nous autoriser à marcher avec tous et à nous joindre à eux dans le rassemblement : « Quiconque prononce le nom du Seigneur » est personnellement responsable, devant Lui, de se retirer de l’iniquité. L’iniquité, ou l’injustice, c’est ce qui caractérise la méconnaissance de la volonté de Dieu, exprimée dans sa Parole, et une marche selon ses propres pensées.

 

4.4.4       Comment garder l’unité de l’Esprit en rapport avec le Corps de Christ

L’Esprit est l’Esprit Saint, son service est d’exalter Christ et de séparer le croyant de tout ce qui est opposé à Christ. Marcher dans le mal ou retenir une fausse doctrine, ou encore s’associer à ceux qui le font est incompatible avec la communion de l’Esprit Saint. Si l’unité de l’Esprit est selon la sainteté, elle est aussi selon la vérité : ce n’est pas celle qui résulterait de l’acceptation, par tous les membres d’un groupement d’une même profession de foi, mais celle qui découle de l’acceptation de la vérité de Dieu, comme nous permet de le comprendre Jean 16:13 : « Mais quand celui-là, l’Esprit de vérité, sera venu, il vous conduira dans toute la vérité.. » (cf. 1 Jean  5:6 : « l’Esprit est la vérité »). Pour que l’unité de l’Esprit puisse être « gardée », il faut que chacun se laisse enseigner et conduire par l’Esprit de Dieu ; quand il en est ainsi, toutes les divergences s’effacent, il n’y a qu’une pensée, celle de l’Esprit. Parce que la vérité est une, l’Esprit de Dieu ne peut donner deux enseignements différents : il ne peut pas dire aux uns que l’unité du Corps est proclamée à la Table du Seigneur, selon 1 Cor. 10:17, et aux autres, qu’étant donné l’état de la chrétienté aujourd’hui, cette unité est irréalisable ; il ne peut pas non plus enseigner à certains qu’il est nécessaire de « se retirer de l’iniquité », en obéissance à 2 Tim. 2:19, et à d’autres, que l’on peut être en communion avec tous les croyants, quelle que soit leur conduite ou la doctrine qu’ils retiennent, parce qu’ils sont enfants de Dieu et membres du Corps de Christ. Parce que « l’Esprit est la vérité », son enseignement ne peut différer en rien de celui de la Parole de Dieu, qui est aussi « la vérité », et c’est par le Saint Esprit que nous pouvons entrer dans la connaissance de ce que Dieu veut nous révéler par sa Parole (cf. 1 Jean 5:6 ; Jean 17:17 ; 1 Cor. 2:10-16).

 

4.4.5       Unité ou union

L’unité et l’union sont deux choses différentes. Comme nous l’avons déjà dit, l’unité de la famille, l’unité du Corps ne sont pas à faire, elles existent et ne peuvent être détruites ; tandis que l’union, laissée à la responsabilité des enfants de Dieu, n’a pas été réalisée, sauf un très court moment, tout au début de l’histoire de l’Église, ainsi que nous l’avons vu dans les passages cités d’Actes 2 et 4. Il ne peut y avoir de vraie union, manifestant l’unité de la famille et du Corps, que si Dieu en est le centre ; elle doit donc être réalisée nécessairement, sur un terrain de séparation d’avec le mal. La séparation du mal est le premier élément de l’union selon Dieu. Est-ce bien là l’union que l’on recherche dans le monde, et même dans le monde religieux ? Ne serait-ce pas plutôt celle du bien et du mal, une sorte d’union extérieure sans que l’on se préoccupe de la séparation du mal moral et doctrinal ? De sorte qu’en essayant d’atteindre un but qui semble être une excellente chose en soi, l’on travaille en fait, inconsciemment sans doute, à la ruine d’un témoignage selon Dieu, témoignage rendu à l’unité du Corps, comme aussi d’ailleurs à l’unité de la famille, et qui ne peut l’être que dans la séparation du mal, en obéissance à 2 Tim. 2:19. L’union est une chose tellement précieuse et souhaitable que l’on est parfois disposé à bien des abandons pour essayer d’obtenir au moins une certaine union extérieure : sous prétexte d’amour fraternel, on passerait assez facilement sur le mal moral, plus facilement encore sur le mal doctrinal, et l’on marcherait même en communion avec ceux qui le pratiquent ou le tolèrent ! « Le Seigneur connaît ceux qui sont siens », pensée consolante, mais « qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur ».

 

4.4.6