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Marche du chrétien — Série 3
Paul Fuzier
Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest
Table des matières abrégée :
1 La Lèpre comme image du mal moral, selon Lévitique 13
2 Je viens bientôt ; tiens ferme ce que tu as. Apoc. 3:11
3 Les quatre exhortations de 2 Timothée 4:5
4 Sur les dangers de la sentimentalité
6 Psaume 16:1 — Garde-moi, ô Dieu, car Je me confie en Toi
7 La sagesse d’en haut — Jacques 3:17
Table des matières détaillée :
1 La Lèpre comme image du mal moral, selon Lévitique 13
1.1 La lèpre, mal moral chez un individu. Lév. 13:1-46
1.2 La lèpre dans nos habitudes de vie. Lév. 13:47-59
2 Je viens bientôt ; tiens ferme ce que tu as. Apoc. 3:11
2.2 Origine de l’autorité morale
2.3 Un objectif : avoir le caractère philadelphien
2.4 Tenir ferme à cause des dangers, — même sans avoir commis de faute
2.6 Combat pour la foi, Jude 3
2.9 On combat pour ce qui a du prix
2.10 Nécessité d’une bonne conscience. Préparation morale
2.12 Danger d’une connaissance superficielle de la vérité
2.13 Danger d’un abandon graduel
2.14 Sommaire de toutes les exhortations à tenir ferme
3 Les quatre exhortations de 2 Timothée 4:5
3.1 Dernières paroles de l’apôtre Paul. Une course achevée. 2 Tim. 4:6-8
3.2 Ressources qui demeurent, le solide fondement de Dieu demeure
3.4 Le sain enseignement n’est plus supporté. 2 Tim. 4:3-4
3.5.1 Sobriété. Clarté d’esprit résultant de l’absence de fausses influences
3.5.3 Fais l’œuvre d’un évangéliste
3.5.4 Accomplis pleinement ton service
3.6 Nourris de la Personne du Seigneur
4 Sur les dangers de la sentimentalité
4.1 Qu’est-ce qui guide les affections de famille ?
4.2 Affections déréglées. Col. 3:5
4.7 Pierre instrument du diable
5.1 La justice et la paix basées sur le pardon de Dieu
5.3 Pas de paix dans le monde actuel
5.4 Le croyant peut goûter la paix
5.5 Péchés pardonnés, et les droits de la justice divine maintenus
5.6 Les différentes dispensations
5.7 Sentiers de justice. Ps. 23:3
5.8 Danger de négliger la sainteté
6 Psaume 16:1 — Garde-moi, ô Dieu, car Je me confie en Toi
6.3 Grand besoin d’être gardés
6.4 Confiance en Dieu, confiance en l’homme
6.5 La dépendance va avec la confiance
7 La sagesse d’en haut — Jacques 3:17
7.1 Besoin de sagesse et d’intelligence
7.2 Sagesse d’en haut, sagesse humaine
7.3 Jacques 1:5-6 — Demander la sagesse
7.4 Jacques 3:13. Des œuvres qui montrent sagesse et intelligence
7.4.2 La jalousie amère. La sagesse terrestre, animale, diabolique
7.5 Sept caractères de la sagesse d’en haut
7.5.4 Pleine de miséricorde et de bons fruits, sans partialité
Titre original : La Lèpre. Lévitique 13
ME 1959 p. 57
Parce que Dieu habitait au milieu du camp d’Israël, rien ne devait y subsister qui fût incompatible avec sa présence. « Tout lépreux » devait être mis « hors du camp » : « Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Commande aux fils d’Israël qu’ils mettent hors du camp tout lépreux... Tant homme que femme, vous les mettrez dehors ; vous les mettrez hors du camp, afin qu’ils ne rendent pas impurs leurs camps, au milieu desquels j’habite » (Nomb. 5:1 à 4).
Pour obéir à ce commandement de l’Éternel, il convenait donc de déterminer, de façon certaine, le caractère du mal ; en effet, si aucun lépreux n’avait place dans le camp, par contre nul ne devait en être exclu s’il n’était prouvé d’indubitable manière qu’il avait une plaie de lèpre.
Qui était qualifié pour procéder à l’examen d’un présumé lépreux et prononcer ensuite ? Le sacrificateur seul. Remplissant son service dans le sanctuaire, il avait l’intelligence de ce qui convient à la présence de Dieu et savait ce qui est incompatible avec elle. Par ailleurs, la communion avec Dieu, réalisée dans le sanctuaire, est indispensable pour être gardé, d’abord de ses propres pensées (susceptibles de nous conduire tantôt à des jugements hâtifs, à des exclusions précipitées, tantôt au contraire à tolérer le mal), ensuite de toutes les influences pouvant s’exercer soit pour faire maintenir dans le camp celui qui pourtant est souillé, soit pour faire déclarer lépreux celui que l’on voudrait « hors du camp » bien que, selon Dieu, il y ait sa place. Vivant dans le sanctuaire, le sacrificateur avait donc un jugement moral qui lui permettait de discerner le véritable caractère du mal chez celui qui lui était amené ; mais encore, il possédait un guide sûr : ce que l’Éternel avait dit à Moïse et Aaron. Il lui suffisait donc de connaître les enseignements divins et de les mettre en pratique avec l’intelligence spirituelle que seule peut donner la communion avec le Seigneur.
Comme l’Éternel habitait autrefois au milieu du camp d’Israël, Dieu est aujourd’hui, par son Esprit, présent dans l’Assemblée et il est également vrai que le Saint Esprit habite dans le croyant (1 Cor. 3:16 et 6:19). Par conséquent, aussi bien chez le croyant que dans l’assemblée, rien ne doit être de nature à attrister le Saint Esprit (Éph. 4:30), toute souillure doit être ôtée si elle y a pris place. La souillure du péché, dont la lèpre est l’emblème, est incompatible avec la présence de Celui qui « les yeux trop purs pour voir le mal » (Habak. 1:13).
Puissions-nous habiter le sanctuaire pour comprendre toujours ce qui convient à la présence de Dieu et être ainsi préservés nous-mêmes de toute plaie de lèpre, comme aussi pour être rendus capables de remplir un service de sacrificateurs, ne perdant pas de vue que ce service ne se limite pas à la présentation de « sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ ». Disons même que nous ne réaliserons le caractère de « sainte sacrificature » de 1 Pierre 2:5 que dans la mesure où nous aurons rempli, chaque fois que cela est nécessaire, le service de sacrificateur de Lévitique 13.
Soulignons le fait que si les enseignements de ce chapitre peuvent s’appliquer à une âme encore dans son état de péché, ils nous sont plus spécialement donnés comme concernant directement l’un de ceux qui faisaient partie du camp d’Israël, aujourd’hui de l’assemblée de Dieu. Encore une remarque : une accusation portant sur un fait précis et la dénonciation d’un mal moral, existant ou supposé, sont deux choses différentes ; dans le premier cas, l’accusation doit être prouvée par « deux ou trois témoins » (cf. Nomb. 35:30 ; Deut. 17:2 à 7 et 19:15 ; Matth. 18:16 ; Jean 8:17 ; 2 Cor. 13:1 ; 1 Tim. 5:19 et Héb. 10:28), dans le second, il s’agit de discerner un état en procédant à l’examen, patient et scrupuleux, de certains signes et cela est sans doute beaucoup plus difficile que de recueillir la déposition de « deux ou trois témoins » pour établir le bien-fondé, ou faire apparaître la vanité, d’une accusation. Cela nous fait comprendre l’importance du service de sacrificateur tel qu’il nous est présenté dans le chapitre 13 du Lévitique.
Dans ce chapitre, il est question de la lèpre d’abord dans un homme, ensuite dans ses habitudes.
Le jugement que le sacrificateur sera appelé à formuler au sujet du présumé lépreux qui lui est amené ne doit pas être basé sur ce que l’on a pu lui dire ; « le sacrificateur verra la plaie ». L’examen dont il est question au verset 3 lui permet de faire deux constatations :
a) « Le poil dans la plaie est devenu blanc. » C’est un signe que le mal opère : il produit le dépérissement de ce qui manifestait l’énergie de la vie (comp. Cant. des Cant. 5:11 avec Osée 7:9).
b) « La plaie paraît plus enfoncée que la peau de sa chair. » Il y a donc non pas seulement certaines manifestations extérieures (le poil devenu blanc) mais un mal intérieur que l’œil du sacrificateur a discerné.
Ces deux signes suffisent ; s’ils sont manifestés, « c’est une plaie de lèpre » et le sacrificateur doit déclarer « impur » celui chez lequel il les a vus.
Au verset 4, il s’agit d’un cas différent car on ne voit aucun des deux signes dont il est parlé dans le verset précédent. Cependant, le sacrificateur ne peut se prononcer immédiatement et déclarer pur celui qu’il a examiné, car « la tache dans la peau de sa chair est blanche ». Afin de voir comment évoluera cette « tache », il le fait « enfermer pendant sept jours » ; c’est une situation provisoire, celle d’une personne à l’égard de laquelle aucune décision définitive ne peut encore être prise mais qui, en attendant, doit être tenue à l’écart. La sainteté doit être gardée dans le camp d’Israël, l’Éternel y habite ; or le sacrificateur a vu une tache blanche, peut-être y a-t-il là une plaie de lèpre ? En dehors des indications qu’elle fournira au sacrificateur, cette mise à l’écart répond à un double but : en premier lieu, placer celui qui en est l’objet en dehors de l’influence de tout ce qui pourrait être, pour lui, une occasion de développement du mal ; deuxièmement, empêcher que d’autres soient atteints.
Au terme de ces « sept jours », le sacrificateur constate que « la plaie est demeurée à ses yeux au même état, la plaie ne s’est pas étendue dans la peau » (v. 5). Va-t-il donc déclarer pur celui qui est l’objet de son observation ? Rien ne paraît s’y opposer. Mais — quel souci de ce qui est incompatible avec la présence de Dieu et quelle défiance de soi-même ! — c’est « à ses yeux » que la plaie est demeurée au même état et peut-être a-t-il mal discerné ? Aussi fait-il « enfermer pendant sept autres jours » celui à l’égard duquel il ne peut encore se prononcer (v. 5). Après ce nouveau temps d’attente, il examine une fois de plus : « et voici, la plaie s’efface, et la plaie ne s’est pas étendue dans la peau », aussi « le sacrificateur le déclarera pur » (v. 6). Mais si, par contre, ce nouvel examen permettait de constater que « la dartre s’est beaucoup étendue dans la peau », « alors le sacrificateur le déclarera impur : c’est une lèpre » (v. 7 et 8).
Faisons ici une remarque importante : dans chaque cas où la plaie présente des caractères tels qu’il faut attendre une fois ou même deux fois « sept jours », il n’est question, lors de l’examen qui permettra de prononcer, que d’un seul indice sur lequel se base le sacrificateur pour déclarer qu’il s’agit d’une « plaie de lèpre » : la plaie « s’est étendue » ou encore, « s’est beaucoup étendue ». Citons les passages à l’appui : v. 7 et 8, 22, 27, 35 et 36, 51 (au chap. 14, voir les versets 39 à 41 et 44, 45).
Dans les versets 9 à 11, il s’agit, comme au verset 3, d’un cas ne laissant aucun doute au sacrificateur chargé de l’examiner. « Il y a une tumeur blanche dans la peau », signe d’un mauvais état manifesté en ce que la tumeur « a fait devenir blanc le poil » : il est visible que la tumeur est active, que le mal opère. Enfin, « il y a une trace de chair vive dans la tumeur » : la chair est en pleine activité et Galates 5:19 à 21 nous dit ce que sont « les œuvres de la chair ». Lorsque le sacrificateur a fait ces trois constatations, il n’a pas besoin de «faire enfermer pendant sept jours» celui qu’il a examiné : « c’est une lèpre invétérée dans la peau de sa chair », « alors le sacrificateur le déclarera impur ; il ne le fera pas enfermer, car il est impur ». Le principe qui conduit à attendre patiemment une fois et même deux fois sept jours si c’est nécessaire, n’implique pas que l’on doive tolérer le mal quand il a été clairement mis en évidence.
Le lépreux ne peut être déclaré pur que lorsque « la lèpre couvre toute la peau » (v. 12 et 13). Il n’y a là aucun paradoxe. C’est seulement quand un pécheur a pris sa vraie place devant Dieu, reconnaissant son état et le confessant avec humiliation, qu’il peut être déclaré pur ; tant qu’il estime voir en lui une place non couverte par la lèpre, il n’en a pas fini avec lui-même. Naaman en est un exemple ; lorsqu’il disait : « il promènera sa main sur la place malade et délivrera le lépreux », il n’avait pas encore compris que c’est le corps tout entier qui est malade ! (2 Rois 5:11).
« Et le jour où l’on verra en lui de la chair vive, il sera impur » (v. 14 et 15). Chaque fois que la chair est en action il y a impureté, car elle ne peut faire autre chose que pécher ; « mais si la chair vive change et devient blanche... » (v. 16 et 17) : il ne s’agit en aucune façon d’une amélioration de la vieille nature, chose impossible ; c’est la preuve que la chair ne se manifeste plus, bien qu’elle soit toujours là, Romains 6:11 étant réalisé.
Dans les versets 18 à 28, nous avons deux cas différents d’éruption de lèpre, le premier se référant à une cause intérieure, le second à une cause extérieure. En fait, toutes les plaies de lèpre, quelles qu’elles soient, ne peuvent avoir que l’une ou l’autre de ces deux causes.
a) versets 18 à 23. Il y a eu, dans la peau, « un ulcère » maintenant guéri, mais « à l’endroit de l’ulcère » apparaît « une tumeur blanche, ou une tache blanche roussâtre ». Notre cœur naturel peut se manifester de bien des manières qui montrent que nous n’avons pas su mettre en pratique Romains 6:11 : « Tenez-vous vous-mêmes pour morts au péché, mais pour vivants à Dieu dans le Christ Jésus ». Une manifestation semblable, si passagère qu’elle soit, peut être l’occasion d’une véritable souillure, d’une lèpre. Un exemple : nous éprouvons à l’égard d’un de nos frères un mauvais sentiment, traduit par un acte que Dieu ne pourrait approuver ; bien que cela soit tout à fait occasionnel, ce peut être, si la chose n’a pas été jugée à fond, le point de départ d’une véritable haine (comparer la progression dans les passages suivants : 1 Jean 3:17, 2:9 à 11 et 3:15), alors que pourtant nous croyions avoir tout oublié. Dieu permettra sans doute que l’état de notre cœur soit manifesté afin que le mal puisse être jugé jusqu’à la racine ; nous pensions que l’ulcère était complètement guéri, mais cependant il demeurait « à l’endroit de l’ulcère, une tumeur blanche, ou une tache blanche roussâtre ». — L’intervention du sacrificateur est alors nécessaire et les différents cas dont il a été question dans les versets 3 à 8 nous sont présentés dans les versets 20 à 23.
b) versets 24 à 28. Ici, ce n’est pas un ulcère guéri, c’est « une brûlure de feu », dont la marque est « une tache d’un blanc roussâtre ou blanche ». Tandis que l’ulcère est un mal d’origine intérieure, la brûlure a une cause extérieure. Alors que les versets 18 à 23 nous donnent un enseignement s’appliquant à des sentiments de nos cœurs naturels, susceptibles de provoquer l’éruption d’une plaie de lèpre, le verset 24 nous présente cette même plaie de lèpre comme pouvant survenir à la suite de circonstances par lesquelles nous sommes passés et qui ont donné occasion à la chair de se manifester. « Tout arrive également à tous : un même événement au juste et au méchant... » (Eccl. 9:2) ; des circonstances peuvent survenir dans la vie d’un croyant, semblables à celles qui affectent les incrédules, mais que Dieu permet pour éprouver l’état de nos cœurs. C’est la «brûlure de feu». Ces circonstances, permises ou même ordonnées par Dieu pour nous mettre à l’épreuve, produiront des résultats complètement opposés suivant qu’elles feront agir en nous le nouvel homme ou, au contraire, la chair. Proverbes 30:33 nous parle de ces différents résultats : « Car la pression du lait produit le beurre, et la pression du nez fait sortir le sang, et la pression de la colère excite la querelle ». — Là encore, nous avons les divers cas dont il a déjà été parlé dans les versets 3 à 8.
Faisant suite aux deux sujets développés dans les versets 1 à 17 (les caractères de la lèpre) et 18 à 28 (les causes possibles d’éruption d’une plaie de lèpre), un troisième est présenté dans les versets 29 à 37 : les endroits où la lèpre peut se manifester, « à la tête ou à la barbe ».
La tête est le siège des pensées, la barbe nous parle plutôt de force et de gloire (cf. Ps. 133:2 : « C’est comme l’huile précieuse, répandue sur la tête, qui descendait sur la barbe, la barbe d’Aaron, qui descendait sur le bord de ses vêtements »). Là où précisément devait être vue la dignité du sacrificateur, le mal était en activité ! Comment exercer des fonctions sacerdotales avec « une plaie à la tête ou à la barbe » ? Le cas visé dans le paragraphe qui nous occupe du chapitre 13 du Lévitique est celui d’» un homme ou une femme », par conséquent il est aussi général que possible.
« Et si un homme ou une femme a une plaie à la tête ou à la barbe, le sacrificateur verra la plaie » (v. 29, 30). Deux signes peuvent être décelés : la plaie «paraît plus enfoncée que la peau», ce qui est toujours, dans ce chapitre, l’indice d’un mal intérieur et profond ; ensuite, elle a « en elle du poil jaunâtre et fin ». Dans les cas précédents, nous l’avons vu, l’action du mal était discernée notamment en ce que le poil devenait blanc : ce qui eût dû manifester la puissance de la vie dépérissait. Ici, c’est « du poil jaunâtre » qui apparaît : ce qui porte la marque de la corruption se développe là où l’on devrait voir ce qui dénote la puissance de la vie ; la tête ou la barbe ne sont plus le terrain où croît ce qui est bon, le signe de la force et de la virilité, c’est ce qui est mauvais qui y paraît : « c’est la teigne, c’est une lèpre de la tête ou de la barbe ».
Au verset 31, nous avons un cas différent qui amène le sacrificateur à faire deux constatations : en premier lieu, la plaie de la teigne « ne paraît pas plus enfoncée que la peau », il ne semble donc pas y avoir un mal profond, une action intérieure ; par contre, « elle n’a pas de poil noir » : aucune manifestation du bien ne peut être discernée, rien n’indique la puissance et l’énergie de la vie. En présence de ces deux signes, « le sacrificateur fera enfermer pendant sept jours celui qui a la plaie de la teigne ». Après quoi, il procède à un nouvel examen :
a) « La teigne ne s’est pas étendue. » C’est une observation essentielle car, nous l’avons remarqué, une plaie qui s’étend est toujours une plaie de lèpre.
b) « Elle n’a pas de poil jaunâtre ». Précédemment (v. 31), il n’y avait pas de poil noir, c’est-à-dire que le sacrificateur constatait l’absence de manifestations du bien. Or, si un croyant est en mauvais état, l’absence des fruits de la vie divine est généralement suivie, à brève échéance, de la manifestation du mal. Ici, le sacrificateur constate qu’il n’en est rien : il n’y avait pas de bien, « pas de poil noir », il n’y a cependant pas de mal, « pas de poil jaunâtre ».
c) « La teigne ne paraît pas plus enfoncée que la peau », confirmation de la constatation déjà faite au cours du premier examen (comp. v. 31 et 32).
Un état semblable, caractérisé tout à la fois par l’absence de bien et de mal, n’est pas un état normal ; on ne peut pas dire qu’il soit bon, on ne peut pas dire non plus qu’il soit mauvais. Nous comprenons donc ce qui est prescrit au verset 33 : « le sacrificateur fera enfermer pendant sept autres jours celui qui a la teigne ». Puis, le septième jour, « le sacrificateur verra la teigne » ; ce troisième examen permet de discerner la persistance des signes favorables : et voici, la teigne ne s’est pas étendue dans la peau, et elle ne paraît pas plus enfoncée que la peau », cela suffit alors pour que le sacrificateur déclare pur celui dont il s’est ainsi occupé. Par contre si, le troisième examen ayant conduit le sacrificateur à le déclarer pur, « la teigne s’est beaucoup étendue dans la peau, après sa purification », « le sacrificateur ne cherchera pas de poil jaunâtre », l’état est mauvais : « il est impur » ; la plaie est maintenant manifestée comme une plaie de lèpre, car « la teigne s’est étendue dans la peau » (v. 36). Lorsqu’une plaie s’étend, il n’est pas nécessaire de chercher d’autres indices, à coup sûr c’est une plaie de lèpre. Après la déclaration du sacrificateur faite au verset 34, deux cas peuvent se produire : celui que nous venons de considérer dans les versets 35 et 36, l’extension de la teigne et celui dont il est question au verset 37. Ici, « la teigne est demeurée au même état, à ses yeux », ce qui est déjà un signe favorable, mais il y a davantage encore : du poil noir a poussé. Il y a maintenant une énergie manifeste qui a produit du bien ; aussi, plus de doute possible, « la teigne est guérie : il est pur, et le sacrificateur le déclarera pur ».
Ce paragraphe tout particulièrement nous montre avec quelle patience le sacrificateur devait examiner celui qui était atteint d’une plaie, quels soins il devait apporter à cet examen, combien il avait à se conformer aux prescriptions données par l’Éternel à Moïse et Aaron en vue du maintien de la sainteté dans le camp d’Israël. Puissions-nous saisir la portée de ces enseignements pour ce qui concerne aujourd’hui les actions que nous pouvons avoir à exercer dans l’assemblée !
Que nous ayons à remplir le service si important du sacrificateur, afin que le mal soit jugé, ne doit pas nous conduire à voir du mal partout autour de nous ! N’oublions jamais l’infirmité qui nous caractérise les uns et les autres : il peut y avoir « une simple tache qui a fait éruption dans la peau » ; bien que ce soit une tache « blanche, terne », celui en qui elle se trouve est pur. Un homme a perdu les cheveux de sa tête, les poils de sa barbe, cependant il est pur (v. 38 à 41). Ce sont là des cas dans lesquels il est possible de dire immédiatement : « il est pur », tandis que, dans la première partie de ce chapitre, le sacrificateur ne se prononce tout de suite que lorsqu’il s’agit d’une plaie de lèpre nettement caractérisée et ne déclare pur celui qui lui a été amené qu’après un ou plusieurs examens, consécutifs à des périodes d’attente de « sept jours ». — Mais ces enseignements, s’ils étaient mal compris, pourraient fortifier une autre tendance de nos cœurs, très susceptible de nous faire tomber dans le travers opposé : nous serions portés à nous excuser facilement en mettant en avant l’infirmité qui nous caractérise. Le fait que nous avons des infirmités, qui ne sont pas une plaie de lèpre, ne doit cependant pas nous faire passer à la légère sur nos faiblesses : elles peuvent être à l’origine d’une lèpre et c’est pourquoi nous avons besoin de veiller sans cesse.
Les versets 42 à 44 nous mettent en garde à ce sujet.
La condition du lépreux, sa place, son occupation nous sont indiquées dans les versets 45 et 46 : il n’avait pas de place dans le camp d’Israël où l’Éternel habitait ; il devait demeurer seul, hors du camp et, souillé, proclamait sa misère : Impur ! Impur ! portant tous les signes du deuil et de l’humiliation : vêtements déchirés, tête découverte et barbe couverte -- contraste avec la tenue et la position des sacrificateurs dans le sanctuaire, en la présence du Dieu saint (cf. Nomb. 5:1 à 4 et Lévit. 21:1 à 12).
Il s’agit ici du mal dans nos circonstances, dans nos habitudes de vie. Nous avons à prendre garde à ce sujet tout autant que pour ce qui est du mal en nous.
Une plaie de lèpre apparaît en un vêtement, « elle sera montrée au sacrificateur » qui exerce les mêmes investigations que celles dont il est question dans la première partie de ce chapitre :
« Et le sacrificateur verra la plaie, et il fera enfermer pendant sept jours l’objet où est la plaie ; et le septième jour, il verra la plaie ». Nous retrouvons ici le même principe, une plaie qui s’étend est certainement une plaie de lèpre : « si la plaie s’est étendue dans le vêtement... la plaie est une lèpre rongeante : la chose est impure ».
« Alors on brûlera le vêtement... car c’est une lèpre rongeante ; la chose sera brûlée au feu » : en d’autres termes, il faut se séparer, sans faiblesse et sans retour, de tout ce qui peut nous priver de la jouissance de la présence de Dieu dans le lieu où Il habite. Une profession peut-être, certaines habitudes de notre vie, ou bien des relations, ou encore diverses circonstances dans lesquelles nous sommes placés peuvent être de telle nature qu’il convienne de les abandonner résolument, de brûler le vêtement au feu.
Un autre cas pouvait se produire : « la plaie ne s’est pas étendue dans le vêtement ». « Alors le sacrificateur commandera qu’on lave l’objet où est la plaie, et le fera enfermer pendant sept autres jours » ; ce « lavage », c’est l’application de la Parole : il convient de rappeler ses enseignements et de la laisser agir pendant « sept jours ». Peut-être aura-t-elle une action sanctifiante qui nous permettra d’exercer encore une profession, de conserver des habitudes de vie, de maintenir des relations, de continuer à évoluer au travers de circonstances en observant quand même la position de séparation que la Parole définit. Lorsqu’il en est ainsi, « le sacrificateur regarde, et voici, la plaie s’efface après avoir été lavée, alors on l’arrachera du vêtement... » : ce qui était mauvais a été abandonné, sans qu’il ait été nécessaire de laisser profession, habitudes, relations ou circonstances. Tandis que si, malgré la présentation de la Parole, « la plaie n’a pas changé d’aspect », bien qu’elle ne se soit « pas étendue », « la chose est impure, tu la brûleras au feu » : il y a quelque chose de foncièrement mauvais dans la profession, les habitudes, les relations, les circonstances, il faut y renoncer complètement (v. 47 à 56).
Bien que la plaie se soit effacée après avoir été lavée (v. 56), il peut se faire cependant qu’elle réapparaisse dans le vêtement (v. 57). Une vigilance constante est donc nécessaire ; il ne suffit pas d’avoir considéré une fois les enseignements de la Parole, de l’avoir laissée agir, de s’être séparé de ce qu’elle condamne dans notre manière de vivre, il faut veiller afin que le mal ne se manifeste pas à nouveau.
Les enseignements contenus dans ce chapitre nous montrent aussi que ce n’est jamais le lépreux, ou présumé tel, qui doit examiner la plaie. Le sacrificateur seul était qualifié pour le faire et il convenait d’être soumis à son jugement, le recevant de la part de l’Éternel. Peut-être des croyants dans lesquels, ou dans les habitudes desquels, se trouve une plaie, ou « comme une plaie », s’estiment-ils mieux qualifiés que quiconque pour juger de ce qui en est. Dans des cas de ce genre, l’on est peu désireux de se soumettre à l’examen du sacrificateur et si même on l’accepte, n’a-t-on pas ensuite des critiques à formuler : précipitation ou manque de patience, investigation pas assez étendue, temps d’attente trop long, appréciation inexacte, etc..., critiques qui conduisent en fait à contester le jugement de celui qui est qualifié pour prononcer ! Si nous avons en nous, ou dans nos circonstances, une plaie ou « comme une plaie », nous ne sommes pas — nous l’oublions — dans l’état spirituel et moral qui convient pour en juger ; soyons heureux d’avoir les ressources que Dieu nous donne dans la sacrificature et, par son moyen, la connaissance de la pensée divine, l’appréciation du sanctuaire.
Le lépreux avait son habitation en dehors du camp d’Israël ; il était impur (v. 45, 46) ; il ne pouvait être déclaré pur que lorsque la lèpre couvrait toute sa peau, « de la tête aux pieds », image d’une pleine et entière confession du péché (v. 12, 13). Cette confession plaçait le lépreux dans un état de pureté devant Dieu (cf. 14:8), mais deux choses étaient pourtant nécessaires avant qu’il lui fût possible d’habiter à nouveau dans le camp et dans sa tente, c’est-à-dire avant qu’il retrouvât la communion avec Dieu et avec les siens. Ces deux choses nous sont présentées dans la première partie du chapitre 14, elles sont fondées sur le sacrifice de Christ. En dehors de cette base, le sang de Christ, il ne peut y avoir aucune purification de ses péchés pour une âme inconvertie, aucune restauration pour un croyant qui a péché.
« Dieu est lumière et il n’y a en lui aucunes ténèbres... Le sang de Jésus Christ son Fils nous purifie de tout péché... Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité... Je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez pas ; et si quelqu’un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus Christ, le juste ; et lui est la propitiation pour nos péchés... » (1 Jean 1:5, 7, 9 ; 2:1, 2).
ME 1959 p. 3
En présentant à nos lecteurs le premier numéro de la centième année du Messager Évangélique, nous rappelons que, lorsque cette œuvre a été entreprise, son but a été défini en ces termes : nous désirons présenter aux brebis du troupeau de Christ une nourriture spirituelle qui, bénie de Dieu, puisse contribuer à leur instruction dans la vérité, à leur édification, à leur consolation ». Pendant tant d’années, le Messager Évangélique, « exposant justement la parole de la vérité », a enseigné avec exactitude les vérités du commencement, dont plusieurs venaient alors d’être remises en lumière. Les générations qui ont été avant nous et ont bénéficié en leur temps de ce solide enseignement ont été fermement établies dans la vérité, dont le prix était connu, beaucoup ayant dû combattre pour « l’acheter ». Par la grâce de Dieu, ce ministère écrit nous a été conservé ; si nous savions mieux puiser dans de telles richesses, nous serions sans aucun doute plus solidement fondés dans la saine doctrine et mieux à même de discerner les pièges de l’adversaire. L’ennemi déploie d’autant plus d’efforts qu’il nous voit souvent, hélas ! hésitants et chancelants.
C’est avec reconnaissance envers Dieu que nous évoquons le souvenir de nos devanciers, rendant grâces pour le précieux héritage que le Seigneur nous a conservé d’eux. Mais ce n’est pas parce que des frères hautement appréciés et respectables nous ont transmis un enseignement, que nous avons à le considérer comme étant celui qu’il faut maintenir aujourd’hui, tenant ferme ce qu’eux ont eu à conquérir, car ce serait là, proprement, recueillir et observer une tradition ; c’est parce que ces conducteurs se sont attachés à la seule vérité scripturaire. Leur autorité découle du fait que le Saint Esprit leur a donné de transmettre avec fidélité « ce qui est dès le commencement », non pas leur commencement mais celui du christianisme ; ils ont été, en vérité, « des hommes fidèles capables d’instruire aussi les autres » (2 Tim. 2:2). C’est pour cela que nous sommes responsables de les écouter, de les suivre : en le faisant, nous écoutons l’enseignement de l’Écriture, nous suivons le Seigneur. Maintenir ce que nous avons reçu d’eux, c’est maintenir non leur propre doctrine mais la doctrine de Christ, non leur vérité mais la vérité de tous les temps. Et nous bénissons d’autant plus Dieu de les avoir suscités et de nous avoir conservé leur si riche ministère écrit !
Au siècle dernier, nos devanciers ont dû lutter et vaincre pour « sortir vers Christ hors du camp » et connaître l’inestimable privilège des « deux ou trois » réunis « au nom du Seigneur », dans la séparation que requiert l’Écriture. La plupart d’entre nous avons été placés là sans lutte aucune, mais ce n’est pas pour autant que tout combat nous est épargné ; celui que nous avons à livrer aujourd’hui n’est pas le même que celui qu’ont connu les générations du Réveil et de la période qui a immédiatement suivi, il est cependant tout aussi difficile car l’ennemi est toujours le même et il est plus actif que jamais. Il s’agit de tenir ferme ce que nous avons. Et nous risquons de faillir dans la pratique, tout en affirmant notre désir sincère de ne céder en rien.
Au début de cette nouvelle année, peut-être le dernier an de grâce, alors que tant de dangers menacent le témoignage et les plus sérieux sont parfois les moins apparents — demandons à notre Dieu qu’Il veuille nous accorder l’énergie nécessaire pour nous réveiller du sommeil spirituel qui nous gagne et à la faveur duquel l’ennemi opère pour essayer de nous ravir le « dépôt » que nous sommes responsables de « garder » !
« Tiens ferme ce que tu as... » (Apoc. 3:11), telle est l’exhortation adressée à Philadelphie, la seule qui lui soit présentée, et cela suffirait à en souligner l’importance. Elle est effectivement capitale ; la méconnaître conduirait à la perte du témoignage confié et de la récompense promise au fidèle.
Que nous ayons à nous arrêter de manière particulière sur une telle exhortation, la considérant bien comme s’adressant à nous, ne veut pas dire pour autant que nous nous estimions être Philadelphie ! Si nous en avions la prétention, nous ne serions que Laodicée. Mais quoi qu’il en soit de notre état, nous demeurons responsables de manifester les caractères philadelphiens et nous devons nous appliquer, avec tout le secours de la grâce de Dieu opérant en nous, à tendre vers ce but. Nous ne prétendons nullement être Philadelphie, nous devons l’être, gardant la Parole, ne reniant pas le nom du Saint et du Véritable, maintenus dans le sentiment profond d’une faiblesse reconnue et confessée. Dieu veuille nous accorder de sentir toujours plus la responsabilité d’avoir et de garder un esprit philadelphien, laissant au Seigneur le soin de reconnaître ses témoins et son témoignage. Notre privilège est de nous joindre à ceux qu’Il nous fait reconnaître, « ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur » (2 Tim. 2:22), et de rendre témoignage avec eux. De cette position de témoignage découle une responsabilité à laquelle nous avons besoin d’être rendus attentifs.
Dans la lettre adressée à Philadelphie, comme dans toutes celles qui sont écrites aux autres assemblées dont il est question dans les chapitres 2 et 3 de l’Apocalypse, une promesse est faite au vainqueur ; bien qu’aucun reproche ne soit présenté à cette assemblée, il y a cependant un combat à livrer, une victoire à remporter. Ces deux chapitres nous le montrent, il y a eu et il y aura des combats à livrer durant tout le temps de l’histoire de l’Église responsable dans ce monde ; ils nous enseignent aussi que même si l’état du témoignage ou celui d’une assemblée sont satisfaisants (Smyrne, Philadelphie), il y a pourtant toujours à lutter et à vaincre. Le combat n’est pas aujourd’hui pour la recherche de la vérité mais pour son maintien ; il faut « tenir ferme », c’est ce que le Seigneur nous demande, ce à quoi Il attache un prix particulier.
Une exhortation est toujours donnée en raison d’un danger couru. Si, par exemple, nous sommes invités à veiller c’est parce que nous risquons de nous laisser gagner par le sommeil spirituel ; si nous sommes pressés de « chercher les choses qui sont en haut », c’est parce que nos cœurs sont naturellement occupés de celles qui sont en bas.
Si nous sommes exhortés à « tenir ferme », c’est bien parce que le danger existe que nous ne le fassions pas. L’ennemi déploie tous ses efforts, dans ces derniers temps de l’histoire du témoignage sur la terre, pour amener ceux qui ont le privilège, mais aussi la responsabilité d’en assurer le maintien, à oublier la seule exhortation adressée au témoignage philadelphien.
Pour « tenir ferme », il faut lutter, combattre. Cela, qu’il s’agisse du combat de la foi et pour la foi, du combat dans la lice ou du combat d’Éphésiens 6. Le croyant est appelé à livrer le combat « contre les principautés, contre les autorités, contre les dominateurs de ces ténèbres, contre la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes ». Tel est le véritable combat chrétien ; la victoire remportée permet au croyant de jouir de la part qui est la sienne, de sa position «dans les lieux célestes dans le christ Jésus». Seuls peuvent vaincre ceux qui suivent l’exhortation de l’apôtre : « Au reste, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans la puissance de sa force ; revêtez-vous de l’armure complète de Dieu, afin que vous puissiez tenir ferme contre les artifices du diable... C’est pourquoi prenez l’armure complète de Dieu, afin que, au mauvais jour, vous puissiez résister, et, après avoir tout surmonté, tenir ferme. Tenez donc ferme...» (Éph. 6:10 à 18). — Cet enseignement correspond à celui que nous donne, dans l’Ancien Testament, le livre de Josué, le combat dont il y est question étant le type de celui d’Éphésiens 6 : « Fortifie-toi et sois ferme... Seulement fortifie-toi et sois très-ferme...» (Josué 1:6 à 9).
Dans les derniers jours de la chrétienté, dont nous occupe spécialement l’Épître de Jude, il y a de saints combats à livrer « pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints », des combats que l’on est parfois dans la nécessité de soutenir alors que l’on préférerait avoir à s’occuper « de notre commun salut » (Jude 3). L’ennemi voudrait nous en empêcher et il a bien des moyens à sa disposition pour atteindre ce but. Il fera valoir, par exemple, l’importance de ce « commun salut » pour nous inciter à ne nous occuper que de cela, quand pourtant il faudrait combattre. Ou encore, il présentera les combats à livrer comme querelles qu’il faut fuir. Mettant en avant le désir de paix qui est dans le cœur renouvelé, il essaiera alors de nous égarer en nous laissant croire que la paix ne peut être obtenue qu’au prix d’un abandon plus ou moins marqué de la vérité. De la même manière, il nous assure que pour nous aimer les uns les autres, ainsi que nous y sommes exhortés, il faut avoir un esprit suffisamment large et il voudrait nous persuader que maintenir la vérité conduit inéluctablement à manquer d’amour. Or, la paix et l’amour sont, l’un aussi bien que l’autre, inséparables de la vérité.
Dans son inlassable activité pour affaiblir le témoignage, l’adversaire, menteur et trompeur, se présente comme celui qui voudrait sa prospérité, c’est pourquoi il trouve parfois des instruments involontaires jusque parmi ceux qui en font partie. Que de choses, considérées comme étant pour le bien du témoignage, qui mériteraient d’être examinées de très près et qu’un peu de discernement spirituel nous conduirait, dans bien des cas, à rejeter résolument ! Les buts proposés par l’ennemi sont parfois très louables ; ce qu’il désire, au fond, c’est pouvoir occuper les saints à cela afin de les distraire de responsabilités majeures qui leur incombent pour le maintien du témoignage. Son activité, lorsqu’elle s’exerce de cette manière, est beaucoup plus dangereuse que celle qu’il déploie pour nous offrir tout ce que peut convoiter le cœur naturel : dans ce dernier cas, nous avons plus ou moins conscience de faire le mal, tandis que dans le premier, nous pouvons croire agir avec fidélité.
Alors qu’il faudrait combattre, « tenir ferme », l’adversaire, « se transformant en ange de lumière » (2 Cor. 11:14), essaie de nous en dissuader et vient prêcher la paix, cherchant des instruments pour l’aider dans ce travail. Que quelqu’un se laisse séduire par ses ruses et agisse selon ses desseins, il présentera comme sans importance d’inacceptables concessions ou encore, proposera des abandons semblant n’avoir que peu de portée tandis que la gravité de leurs conséquences ne sera manifestée que plus tard. Sans doute un croyant agissant ainsi sera-t-il considéré par certains comme un homme de paix. C’est un beau titre que celui d’homme de paix, et Dieu veuille qu’il y en ait beaucoup qui le soient en vérité ! Mais il n’en est effectivement pas un, il n’en a que l’apparence trompeuse, celui qui, dépourvu de l’énergie nécessaire pour combattre, est prêt à des concessions qu’il ne faudrait jamais faire et s’engage — y engageant aussi les autres — sur la pente glissante des abandons, au lieu de « tenir ferme ». Peut-être l’honorera-t-on de ce titre d’homme de paix, peut-être même s’en glorifiera-t-il, mais en fait un tel croyant travaille de ses propres mains à l’affaiblissement du témoignage, sinon à sa ruine, alors qu’il est convaincu d’œuvrer pour sa prospérité. Trompé par l’ennemi, il se trompe lui-même et trompe les autres.
Il n’est pas de service fidèle sans fermeté. Est- il un véritable esclave de Christ, celui qui cherche à plaire aux hommes ? Attitude coupable que celle qui conduit à parler d’une certaine manière à l’un et de manière différente à l’autre parce qu’on veut être agréable à l’un et à l’autre, ne contrarier personne. C’est en vue de la paix et du bon accord entre frères, dira-t-on pour s’excuser. Quelle erreur ! Il y a là, en fait, un manque de droiture et de fermeté, plus ou moins conscient peut-être, dont les funestes effets seront manifestés tôt ou tard. Essayer de complaire aux hommes, dans l’administration de l’assemblée aussi bien que dans l’enseignement, au lieu de maintenir fermement la vérité de Dieu, n’est pas le propre d’un serviteur fidèle. Jamais l’apôtre ne s’est comporté d’une telle manière : « Car maintenant, est-ce que je m’applique à satisfaire des hommes, ou Dieu ? Ou est-ce que je cherche à complaire à des hommes ? Si je complaisais encore à des hommes, je ne serais pas esclave de Christ » (Gal. 1:10 - voir aussi 1 Thess. 2:3 à 6).
Dans la généralité des cas, pour jouir d’une vraie paix il faut d’abord avoir combattu et triomphé. Livrer le combat pour la vérité de Dieu implique, en premier lieu, que la vérité a été saisie, comprise et que l’on en connaît la valeur ; c’est le « demeure dans les choses que tu as apprises et dont tu as été pleinement convaincu » de 2 Timothée 3:14. Car, en effet, on ne combat pas pour ce à quoi on n’attache que peu de prix. Quiconque a « acheté la vérité » sera prêt à combattre pour elle, tandis que ne le fera pas celui qui est disposé à la « vendre » (Prov. 23, 23). Ajoutons que la position prise ne doit jamais être au delà de la vérité saisie, mais toujours y correspondre ; s’il veut être droit devant Dieu, il doit abandonner la position où il se trouve, celui qui se rend compte un jour qu’elle dépasse ce qu’il a compris de la vérité.
En second lieu, il est indispensable que le croyant soit dans un bon état moral : pour « combattre le bon combat », Timothée était exhorté par l’apôtre à « garder la foi et une bonne conscience », les deux devant toujours aller de pair ; d’autre part, l’un des caractères du serviteur dans la maison de Dieu est celui-ci : « gardant le mystère de la foi dans une conscience pure » (1 Tim. 1:18, 19 ; 3:9). La vérité reçue doit être mise en pratique ; elle ne saurait demeurer à l’état de simple connaissance mais doit opérer dans le cœur et la conscience. Il faut que chacune des pièces de l’armure soit revêtue, alors seulement le combattant pourra résister à l’adversaire et « après avoir tout surmonté, tenir ferme ». Le prix de la vérité doit être connu par la manifestation des résultats qu’elle produit dans la vie pratique.
Il y a toute une formation nécessaire, une préparation morale, comparable à celle des athlètes combattant dans l’arène (1 Cor. 9:25 - voir aussi 2 Tim. 2:3 à 5). Un athlète a soin de son corps, se soumet à un régime, vit sobrement, s’impose des privations ; une troupe subit également une préparation au combat, et l’une de ses principales forces réside dans l’observation d’une discipline, dans la soumission à l’autorité d’un chef. Ce ne sont que des exemples, que la Parole nous autorise à prendre et qui illustrent la préparation morale qui doit être celle des croyants en vue des combats qu’ils auront tôt ou tard à livrer. Attendre le jour de la bataille pour se préparer, ou encore s’y rendre sans préparation aucune, c’est aller au devant d’une défaite certaine.
Dans les jours actuels, l’exhortation d’Apocalypse 3:11 s’impose à chacun de ceux qui connaissent la valeur et la saveur des privilèges philadelphiens, la promesse du verset 12 étant la part précieuse de « celui qui vaincra ». Le temps est court. « Je viens bientôt » nous assure Celui qui tient les sept étoiles dans sa droite et marche au milieu des sept lampes d’or. Serons-nous manifestés fidèles à sa venue ? Aurons-nous tenu ferme ?
« Tiens ferme ce que tu as... ». Dieu nous garde de nous glorifier de ce que « nous avons », « car qui est-ce qui met de la différence entre toi et un autre ? Et qu’as-tu, que tu n’aies reçu ? Et si aussi tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Cor. 4:7). Mais l’ayant reçu, nous en sommes responsables. Nos devanciers ont combattu pour recouvrer des vérités précieuses, laissées dans l’ombre pendant des siècles, celles concernant l’Église corps de Christ, le rassemblement des saints autour du Seigneur sur le terrain de l’unité du corps, à sa table, dans la séparation qu’enseigne et requiert 2 Timothée 2:19 à 26, la libre action de l’Esprit de Dieu dans l’assemblée, l’adoration « en esprit et en vérité », le retour du Seigneur pour enlever son Église et tous les saints ayant part à la première résurrection. Ces vérités, d’autres encore qui s’y rattachent, ont-elles été saisies par chacun de ceux qui ont pris place dans le témoignage ? Ont-elles assez de prix pour nos cœurs ?
L’ennemi travaille avec persévérance pour battre en brèche des vérités de pareille valeur et il sait le faire avec ruse, mettant presque toujours en avant un but que l’on peut certes désirer mais qu’il voudrait nous faire atteindre en abandonnant, sinon en bloc tout au moins insensiblement, ce qui constitue l’essentiel du témoignage que nous sommes responsables de maintenir. En nombre de cas, il y réussit d’autant mieux qu’il n’y a chez ceux auxquels il s’adresse qu’une connaissance superficielle de la vérité, des doutes peut- être sur certains points, ce qui conduit généralement à accepter, à la première occasion, des enseignements venant d’autres sources tandis que l’on abandonne le « sain enseignement ». Sommes-nous dans l’état moral et spirituel qui nous permettra de « garder la foi », de « garder le bon dépôt par l’Esprit Saint qui habite en nous », de « combattre pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints », en un mot, de « tenir ferme » ? (1 Tim. 1:18, 19 ; 2 Tim. 1:14 ; Jude 3 ; Apoc. 3:11).
Craignons que nos mains languissantes ne soient prêtes, par manque d’énergie spirituelle et de fermeté, à abandonner, le laissant s’effriter, le « dépôt » que nous avons reçu et dont nous sommes responsables. Un relâchement nous amenant à des associations plus ou moins étroites avec des « vases » dont la Parole nous enjoint de nous séparer — ces associations peuvent revêtir des formes multiples et c’est un des plus graves dangers qui nous menacent aujourd’hui — nous conduirait graduellement à l’abandon du terrain sur lequel la grâce de Dieu nous a placés pour y manifester le caractère de « l’assemblée du Dieu vivant, la colonne et le soutien de la vérité » (1 Tim. 3:15). Et si l’ennemi vient nous dire que ce relâchement n’en est pas un, qu’en tout cas il est nécessaire pour que les âmes soient attirées, n’ayons aucune hésitation pour reconnaître la voix de celui que le Seigneur appelle « le père du mensonge » (Jean 8:44). Ce n’est pas avec des principes relâchés, en manifestant une faiblesse coupable, que nous pourrons accomplir le travail de Dieu. Tout au contraire, Dieu encourage et récompense toujours la fermeté, il y en a eu des exemples dans tous les temps, il y en a encore aujourd’hui. Qu’Il nous donne, dans ces jours si difficiles à tant d’égards, assez de force morale et d’énergie spirituelle pour que nous puissions demeurer « fermes, inébranlables, abondant toujours dans l’œuvre du Seigneur » (1. Cor. 15:58 - voir aussi 16:13, 14).
En terminant, nous désirons rappeler ce qu’écrivait, il y a déjà une trentaine d’années, l’un de nos devanciers : « Combien nous eussions préféré nous entretenir avec nos chers lecteurs de « notre commun salut » ; mais nous sommes convaincus que l’avertissement de l’apôtre Jude est d’une pressante actualité : « Je me suis trouvé dans la nécessité de vous écrire afin de vous exhorter à combattre pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints » (Jude 3). Le relâchement général, l’affaiblissement spirituel et la conformité au monde qui nous envahissent de plus en plus, ont ouvert la porte aux attaques réitérées de l’adversaire contre le témoignage que le Seigneur nous appelle à rendre aux vérités de l’Assemblée dans ces derniers jours... Frères, prenons garde. Que nos reins soient ceints et nos lampes allumées, et soyons nous-mêmes « semblables à des hommes qui attendent leur Maître » (Luc 12:35, 36). Revêtons-nous de l’armure complète de Dieu, afin que nous puissions « tenir ferme contre les artifices du diable » (Éph. 6:11). À la veille même du moment où nous verrons face à face notre adorable Seigneur et Sauveur, puissions-nous entendre sa voix consolante qui nous dit : « Je viens bientôt ; tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne » (Apoc. 3:11).
ME 1959 p. 253
Lorsqu’il écrivait sa seconde Épître à Timothée, l’apôtre Paul arrivait au terme de sa course, ayant pleinement conscience de l’avoir « achevée ». Dans le verset qui suit celui cité en tête de ces lignes, il considère le moment présent : « Pour moi », dit‑il, « je sers déjà de libation, et le temps de mon départ est arrivé » ; puis, au verset 7, il jette un regard en arrière et peut assurer en vérité, rendant ainsi témoignage à la grâce de Dieu qui l’a soutenu jusqu’au bout : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi ». Celui qui avait vécu comme étant manifesté, constamment, à la pleine lumière du tribunal de Christ — « nous avons été manifestés à Dieu » (2 Cor. 5:11) —, celui qui avait été « imitateur de Christ » pouvait s’arrêter sur le chemin parcouru, avec le sentiment d’avoir rempli le service qui lui avait été confié. Aussi, dans le verset 8, dirige-t-il ses regards vers l’avenir avec une pleine assurance : ce qui lui est réservé, c’est « la couronne de justice ». Le Seigneur, qui la lui donnera, est un « juste juge », Il connaît les pensées et les intentions des cœurs, Il sait quels sont les mobiles qui font agir le serviteur, Il pèse tout ce à quoi le fidèle doit renoncer pour le témoignage, Il mesure tout ce qu’il en coûte au combattant pour lutter et vaincre, Il voit toutes les larmes versées, sympathise à toutes les souffrances endurées et, « dans ce jour-là », Il donnera Lui-même la récompense au serviteur fidèle. À l’apôtre, et aussi « à tous ceux qui aiment son apparition ». Pourrait-on « aimer son apparition » si l’on avait devant soi d’être « couvert de honte, de par lui, à sa venue » (cf. 1 Jean 2:28) ? — Ces versets 6 à 8 — présent, passé, avenir — peuvent être considérés comme les dernières paroles de l’apôtre. Les versets 9 et suivants, de ce chapitre, offrent un caractère particulier, facile à remarquer, bien que tous les détails qui y sont contenus renferment un utile enseignement.
Dans ces dernières paroles qu’il lui adresse, l’apôtre semble dire à Timothée : je suis au terme du chemin, voilà ce qu’il a été et voici ce que j’ai maintenant devant moi. Tout à la fois, exemple et encouragement pour celui qui avait désormais à servir et à combattre, alors que déjà les premiers signes de la ruine de l’Église étaient manifestes. Tout au long de sa lettre, l’apôtre présente à « son enfant bien-aimé » les ressources qui demeurent quel que soit le déclin, et tout particulièrement « la volonté de Dieu » et « la promesse de la vie qui est dans le Christ Jésus » ; « la puissance de Dieu, qui nous a sauvés, et nous a appelés d’un saint appel » ; la Parole, dont il est question dans tous les chapitres, arme dont l’apôtre s’est servi et qu’il place maintenant entre les mains de celui qui est appelé, à son tour, à lutter et à vaincre ; le Saint Esprit, Esprit « de puissance, et d’amour, et de conseil » (cf. Aggée 2:5). Si tout paraît ébranlé, « toutefois le solide fondement de Dieu demeure ». Ce qui est de Dieu ne peut être atteint par la ruine et c’est ce qui est consolant et encourageant pour le fidèle dans les temps les plus sombres. Ces ressources, l’apôtre en avait éprouvé la valeur tout au long de son ministère, il pouvait en garantir l’efficacité pour les avoir expérimentées lui-même. À la présentation de ces ressources, suffisantes jusqu’au bout, l’apôtre ajoute tout un ensemble d’exhortations, de directions, communiquées par inspiration divine et également fruit de sa longue expérience chrétienne et d’une vie de communion avec le Seigneur. Combien Timothée, en lisant cette lettre, a dû rendre grâces à Dieu — ne pouvons-nous pas le penser ? — pour les ressources qui lui étaient rappelées, comme aussi pour les exhortations qui lui étaient adressées ! Il sentait sans aucun doute combien il aurait besoin de s’appuyer sur les premières, de suivre les secondes. Mais cette lettre est également pour nous avec tous les enseignements qu’elle contient, tout ce sur quoi la foi peut s’appuyer dans tous les temps, toutes les directions auxquelles le fidèle doit être rendu attentif s’il veut pouvoir, lui aussi, « achever la course ». Sommes-nous assez reconnaissants pour le contenu de cette épître, si utile et si importante dans les jours auxquels nous sommes parvenus ? Et dans quelle mesure retenons-nous ses précieux enseignements ?
Ranimer le don de grâce qu’il avait reçu, prendre part aux souffrances de l’évangile, avoir un modèle des saines paroles, garder le bon dépôt, s’étudier à se présenter comme approuvé à Dieu, exposer justement la parole de la vérité, éviter les discours vains et profanes, fuir les convoitises de la jeunesse, poursuivre la justice, la foi, l’amour, la paix avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur, enseigner avec douceur les opposants, se détourner de ceux dont les caractères sont indiqués au début du chapitre 3, demeurer dans les choses apprises, prêcher la parole, insister en temps et hors de temps, convaincre, reprendre, exhorter avec toute longanimité et doctrine, telles sont les principales exhortations ou injonctions adressées par l’apôtre à Timothée tout au long de l’épître et qui ont toute leur valeur aujourd’hui pour nous qui sommes appelés à vivre le christianisme dans ces « temps fâcheux » des « derniers jours », où nous voyons sous nos yeux les différents traits du tableau déjà brossé à l’avance par l’apôtre dans cette épître.
Il y aura un temps où ils ne supporteront pas le sain enseignement » (2 Tim. 4:3). Ne sommes-nous pas dans ce temps-là ? Non seulement le « sain enseignement » n’est pas reçu, mais encore il n’est pas « supporté » : on ne veut même pas l’entendre, on veut tout autre chose ! Et c’est ainsi, écrit l’apôtre, qu’ils « s’amasseront » des docteurs « selon leurs propres convoitises » détournant leurs oreilles « de la vérité » pour se tourner « vers les fables » (2 Tim. 3:4). C’est ce qui a caractérisé autrefois le peuple d’Israël : ils cherchaient aussi « des docteurs selon leurs propres convoitises » ceux qui disaient « aux voyants : Ne voyez pas, et à ceux qui ont des visions : N’ayez pas pour nous des visions de droiture ; dites-nous des choses douces, voyez des tromperies ; déviez du chemin, détournez-vous du sentier ; ôtez de devant nous le Saint d’Israël » (Ésaïe 30:10, 11). Telle est en effet la parole qui dépeint si fortement l’état moral du peuple : il ne veut pas avoir devant lui « le Saint d’Israël ». Il veut entendre « des choses douces », ce qui plaît au cœur naturel, mais rien de ce qui présente la sainteté de Dieu, du Dieu qui nous dit : « Soyez saints, car moi je suis saint » (cf. 1 Pierre 1:15, 16). Et environ un siècle après, l’Éternel devra dire de ce peuple : « Une chose étonnante et horrible est arrivée dans le pays : les prophètes prophétisent avec mensonge, et les sacrificateurs dominent par leur moyen ; et mon peuple l’aime ainsi » (Jérémie 5:30, 31). Et mon peuple l’aime ainsi ! — Il est remarquable de voir un même état moral au sein du peuple terrestre et parmi la chrétienté parvenue à la fin de son histoire sur la terre.
Comme l’ennemi est habile pour susciter tant de faux docteurs, agréables à entendre, appréciés, encensés même, qui parlent sur l’Écriture mais en évitant soigneusement le tranchant de la Parole pour la chair ! Il y en a pour tous les auditoires, pour tous les niveaux intellectuels : l’un fera valoir son intelligence en traitant de sujets élevés, en dissertant de philosophie chrétienne ; un autre laissera parler son imagination et présentera, plus ou moins romancés, les récits des Écritures ou encore, exposera certaines vérités mais à l’exclusion de celles auxquelles elles devraient être rattachées pour que l’ensemble soit vraiment la vérité de Dieu. Il est facile de faire vibrer les sentiments, de créer un enthousiasme généralement contagieux et que l’on prend pour un vivant et puissant christianisme, fausse apparence tellement séduisante aux yeux de plusieurs ! Tout cela répond aux « convoitises » du cœur naturel et c’est ainsi que les oreilles se détournent de la vérité.
Ici se placent les quatre exhortations du verset 5 de 2 Timothée 4, les quatre dernières adressées par l’apôtre à Timothée, ce qui souligne leur importance. Celles que nous trouvons dans les versets 9 et suivants ont un caractère spécial, elles ont trait à la captivité de l’apôtre et à la prochaine venue de Timothée auprès de lui. — Ces quatre exhortations sont précédées du « Mais toi... » que nous trouvons à plusieurs reprises sous la plume de l’apôtre, particulièrement dans cette deuxième Épître. « Mais toi, tu as pleinement compris ma doctrine... » ; « mais toi, demeure dans les choses que tu as apprises et dont tu as été pleinement convaincu... » (2 Tim. 3:10, 14) : en présence de toute la corruption morale et spirituelle qui se développe, en face de tous les hommes méchants et imposteurs, Timothée ne devait être épouvanté en rien ; il avait «pleinement compris» la « doctrine », il était « pleinement convaincu » des choses qu’il avait apprises par le ministère de Paul, c’était « dans ces choses » qu’il devait « demeurer », il ne fallait les abandonner à aucun prix. Là seulement il trouverait ce qui convenait pour résister à toute la puissance du mal. L’exhortation est aussi pour nous maintenant, alors que le sain enseignement n’est pas supporté, tandis que l’on s’amasse des docteurs selon ses propres convoitises, se détournant ainsi de la vérité ; il y a encore un « Mais toi », s’adressant à chaque fidèle comme à Timothée autrefois, et suivi des quatre exhortations sur lesquelles nous désirons nous arrêter.
« Sois sobre en toutes choses » — Sobriété en tout, dans le domaine des choses matérielles comme dans celui des choses spirituelles. Cette sobriété est en contraste avec l’imagination dont font preuve les faux docteurs dans la présentation de l’Écriture, avec les efforts qu’ils déploient pour orner la vérité, n’aboutissant ainsi qu’à la travestir, de telle sorte que ceux qui les écoutent « se tournent vers les fables ». Dans ce verset, la sobriété est surtout, fait observer le traducteur (N.T. Pau-Vevey 1872 — note en bas de page), « cette sobre clarté d’esprit résultant de l’absence de fausses influences par le fait que l’on n’est pas mêlé avec ce qui enivre ». Séparé, dégagé de tout ce qui peut être aliment ou stimulant pour la chair, le croyant aura cette « sobre clarté d’esprit » indispensable pour remplir un service fidèle ; au contraire, soumis à de mauvaises influences, mêlé avec ce qui enivre, il sera incapable d’avoir discernement spirituel et jugement sobre. — Cette première des quatre exhortations de 2 Timothée n’est-elle pas d’une importance tout à fait particulière dans les jours auxquels nous sommes ?
« Nous vivons dans un temps où les prédictions de l’apôtre se réalisent pleinement. Nous sommes donc exposés à en subir l’influence et malheureusement nous ne la subissons que trop. La Parole de Dieu est le remède efficace pour lutter contre ce courant d’indépendance et d’erreur... Nous avons à lutter contre le besoin d’entendre des paroles agréables à l’oreille, car il nous expose à chercher nos jouissances en dehors du terrain de la vérité. Ceux qui font ainsi paraissent n’être pas étroits, voudraient prouver que l’on peut s’associer à tout ce qui est bon sur quelque terrain que ce soit. Ils prétendront aussi qu’ils vont entendre prêcher l’Évangile, plus clairement, plus à la portée de chacun, que dans le cercle restreint où l’obéissance à la Parole les aurait placés. Un autre moyen dont l’ennemi se sert efficacement pour faire perdre le goût de la Parole de Dieu et la capacité de la comprendre, ce sont les lectures religieuses diverses qui foisonnent de nos jours... Satan sait se déguiser en ange de lumière et ses serviteurs en ministres de justice. Il sait, distribuer l’erreur en dilutions et la présenter sous des formes très attrayantes, à l’insu même des instruments qu’il emploie, et dans lesquels on ne soupçonnerait ni mauvaise intention, ni mauvaise doctrine. Il ne commence jamais par présenter ouvertement sa pensée. Il prépare le terrain en l’arrosant de bonté, d’amour fraternel large, d’une charité qui admire le bien où qu’il se fasse, d’une indulgence qui se contente d’intentions louables là où les procédés ne seraient pas scripturaires... Le maintien de la vérité et de la sainteté est une condition essentielle du témoignage rendu au Seigneur. L’ennemi fait son possible pour nous faire passer légèrement sur des choses aussi importantes. Tous admettent cependant que la vérité doit être maintenue, mais le désir d’union parmi les chrétiens, l’œuvre de l’évangélisation, l’amour entre tous, la font considérer comme chose secondaire... » (M.E. 1923, p. 324 et suivantes.)
Si nous avons repris les expressions de l’un de nos devanciers, c’est parce qu’il nous paraît difficile de mieux dépeindre les principaux caractères du « temps », dans lequel nous vivons. Qu’un croyant se détourne plus ou moins de la vérité — et, à cet égard, les progrès sont très rapides ! se laissant gagner par les influences qui s’exercent de tant de manières dans la chrétienté, par paroles ou par écrits, il sera inévitablement privé de la sobre clarté d’esprit que donne le sain enseignement. Il est très frappant de constater que, dans de tels cas, le jugement spirituel est toujours faussé. Que Dieu nous accorde la grâce de demeurer « sobres en toutes choses ».
« Endure les souffrances ». — Présenter la Parole avec fidélité, rejeter tout ce qui serait susceptible d’altérer le caractère de la vérité, n’ira pas sans susciter de l’opposition de la part de ceux qui préfèrent « s’amasser des docteurs selon leurs propres convoitises ». Il y aura donc des souffrances à endurer, à supporter patiemment. Il faut poursuivre le chemin en dépit de toutes les oppositions, malgré les difficultés rencontrées, confiant dans le Seigneur. Les faux docteurs sont admirés, flattés, encensés, tandis que le serviteur fidèle, « sobre en toutes choses », aura à connaître critiques, moqueries, mépris peut-être, qui seront autant de causes de souffrances pour lui. Il est exhorté à supporter tout cela avec patience. L’apôtre pouvait dire : « C’est pourquoi j’endure tout pour l’amour des élus » (2 Tim. 2:10), faisant sans doute directement allusion aux souffrances qui étaient les siennes en tant que « lié de chaînes comme un malfaiteur », mais ayant aussi devant lui, nous pouvons le penser, l’ensemble des souffrances qu’il endurait dans un service fidèle pour le Seigneur et pour les siens.
Il est encore une autre souffrance à endurer : celle qu’éprouve un serviteur, un croyant fermement attaché au Seigneur et désireux de garder le sain enseignement, lorsqu’il voit tant d’âmes se détourner de la vérité et rechercher des docteurs selon leurs propres convoitises. Est-il possible de ne pas souffrir en considérant les résultats du travail de l’ennemi ? Ce sont là aussi des souffrances qu’il faut supporter patiemment.
« Fais l’œuvre d’un évangéliste ». — Le point important, ici, n’est pas de savoir si Timothée avait ou n’avait pas le don d’évangéliste. La pensée de l’apôtre nous paraît être celle-ci : en présence de toute l’activité des docteurs dont il est question au verset 3, Timothée ne devait pas s’engager dans des controverses, suivre sur leur terrain ceux qui, en présentant l’Écriture, déployaient les ressources de leur intelligence naturelle, les facultés de leur imagination — en fait, tout cela est l’activité de la chair, s’exerçant dans le domaine des choses de Dieu. Dans des cas de ce genre, l’on est trop généralement porté à la discussion, espérant par ce moyen faire prévaloir la vérité. L’on n’y parvient pour ainsi dire jamais, précisément parce que, comme nous l’avons vu, le discernement spirituel de ceux qui « détournent leurs oreilles de la vérité », ne supportant plus le sain enseignement, est obscurci par les influences charnelles — celles de la « chair religieuse » auxquelles ils sont soumis. Que faut-il faire alors ? « L’œuvre d’un évangéliste », c’est-à-dire présenter les vérités les plus simples, les vérités élémentaires et fondamentales du christianisme, « enseigner quels sont les premiers rudiments des oracles de Dieu », donner du « lait » (cf. Hébr. 5:12).
Tel est le chemin tracé à un croyant, à un serviteur dans le temps où le sain enseignement n’est pas supporté : d’abord, demeurer en dehors de toutes les influences susceptibles d’obscurcir le discernement spirituel, la clarté d’esprit : « sois sobre en toutes choses » ; ensuite, ne pas se laisser arrêter par la souffrance, soit celle que l’on peut connaître de la part de ceux qui se détournent de la vérité, soit celle que l’on peut éprouver à leur sujet du fait de leur égarement, mais au contraire la supporter avec patience : « endure les souffrances » ; en troisième lieu, et ici il s’agit d’un service actif, présenter les vérités fondamentales de la Parole, le simple et pur Évangile dans le sens le plus étendu du terme (celui que lui donne l’apôtre dans des passages comme Rom. 1:15, 2:16, 16, 25 ; Phil. 1:5 ; 2 Tim. 2:8 par exemple), agir d’une telle manière plutôt que d’engager discussions et controverses. Enfin, l’exhortation à persévérer en cela jusqu’au bout.
« Accomplis pleinement ton service ». —Ce mot « pleinement » revient plusieurs fois sous la plume de l’apôtre, au chapitre 3 d’abord (v. 10 et 14), ensuite au chapitre 4 (v. 5 et 17). C’est : entièrement, complètement, sans rien laisser de côté de ce qui doit être compris, de ce qui doit être fait et de ce qui doit être dit. L’apôtre pouvait assurer les anciens d’Éphèse qu’il n’avait « rien caché des choses qui étaient profitables », qu’il n’avait « mis aucune réserve à leur annoncer tout le conseil de Dieu » ; son seul désir, même si pour cela il devait souffrir la mort du martyre, c’était d’achever sa course, et le service qu’il avait reçu du Seigneur Jésus pour rendre témoignage à l’évangile de la grâce de Dieu » (Actes 20:20, 27, 24) et, tout à la fin de sa course, il pouvait rendre témoignage à la fidélité du Seigneur qui, alors que tous l’avaient abandonné, s’était tenu près de lui, l’avait fortifié, afin que par lui « la prédication fût pleinement accomplie, et que toutes les nations l’entendissent » (2 Tim. 4:17). Quel exemple et quel encouragement pour Timothée ! Et quelle autorité morale avait l’apôtre pour adresser à son « enfant bien-aimé » cette ultime exhortation : « accomplis pleinement ton service » !
Timothée, faible et craintif, aurait pu dire : mais à quoi bon « faire l’œuvre d’un évangéliste », on ne supporte plus le sain enseignement, on se détourne de la vérité, on veut des docteurs selon ses propres convoitises ! Non, aurait répondu l’apôtre, prêche la Parole, présente et enseigne « les premiers rudiments des oracles de Dieu », que rien ne t’arrête, que rien ne te décourage, le Seigneur se tiendra près de toi comme Il s’est tenu près de moi, Il te fortifiera comme Il m’a fortifié, persévère jusqu’au bout sans défaillance, « accomplis pleinement ton service »
Cette dernière exhortation de l’apôtre rappelle l’injonction adressée par l’Éternel à Ézéchiel. Le prophète était envoyé vers un peuple rebelle et au cœur obstiné ; l’Éternel Lui-même dénonce le caractère de ce peuple désobéissant, Il sait bien où Il envoie son serviteur. Mais, quoi qu’il en soit de l’état du peuple, Ézéchiel est invité à présenter la parole de l’Éternel : « Et tu leur diras mes paroles, soit qu’ils écoutent, soit qu’ils n’en fassent rien » (Ézéch. 2:7). Ils n’écouteront pas ? Qu’importe, « accomplis pleinement ton service ». Et c’est encore aujourd’hui la responsabilité du fidèle au sein de la ruine de l’Église, alors que sont manifestés les caractères du temps dont parle l’apôtre dans les versets 3 et 4 de 2 Tim. 4 ; sans faiblesse, sans défaillance, sans découragement — on est si facilement découragé quand on voit les âmes se détourner de la vérité et se tourner vers les fables ! — mais avec le secours du Seigneur, la force que seul Il peut communiquer, « tu leur diras mes paroles, soit qu’ils écoutent, soit qu’ils n’en fassent rien ».
L’injonction adressée par l’Éternel à Ézéchiel nous conduit à rappeler un enseignement dont l’importance doit être soulignée. Ce que Timothée était exhorté à présenter c’était l’évangile, dans le sens étendu du terme, la Parole, la vérité — d’un mot, c’était Christ. Ce qu’Ézéchiel avait à dire, c’était la parole de l’Éternel : « tu leur diras mes paroles », mais pour qu’il puisse faire face à sa responsabilité il devait obéir à ce que l’Éternel lui dit ensuite : « Et toi, fils d’homme, écoute ce que je te dis, ne sois pas rebelle, comme cette maison rebelle ; ouvre ta bouche, et mange ce que je te donne », et encore : « Fils d’homme, toutes mes paroles que je te dirai, reçois-les dans ton cœur, et écoute-les de tes oreilles ; et va, vers ceux de la transportation, vers les fils de ton peuple, et tu leur parleras et tu leur diras : Ainsi dit le Seigneur l’Éternel, — soit qu’ils écoutent, soit qu’ils n’en fassent rien » (Éz. 2:8 ; 3:10, 11). Il fallait que d’abord, Ézéchiel se nourrisse lui-même de ce que l’Éternel lui donnait avant de remplir sa mission ; il ne pourrait s’en acquitter que tout autant que lui-même se serait nourri des paroles écoutées de ses oreilles et reçues dans son cœur.
C’est dans la mesure où l’âme sera nourrie de la Parole, de Christ Lui-même, que le service pourra être rempli selon la pensée du Seigneur, sans défaillance et sans découragement. Aussi, nous comprenons pourquoi l’apôtre présente la Personne de Christ tout au long de cette seconde Épître à Timothée : la promesse de la vie est « dans le christ Jésus » ; le témoignage, c’est celui « de notre Seigneur » ; la grâce nous a été donnée « dans le christ Jésus avant les temps des siècles » et elle a été « manifestée maintenant par l’apparition de notre Sauveur Jésus Christ, qui a annulé la mort et a fait luire la vie et l’incorruptibilité par l’évangile » ; la foi et l’amour sont « dans le christ Jésus », comme aussi la grâce dans laquelle le fidèle est exhorté à se fortifier ; c’est « le Seigneur » qui seul donne de l’intelligence en toutes choses ; c’est de « Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts » que Timothée, et le croyant avec lui, doit se souvenir ; le salut est « dans le christ Jésus », avec la gloire éternelle ; c’est « avec lui » que nous sommes appelés à vivre et à souffrir, avant de régner « aussi avec lui » ; « Lui demeure fidèle », même si nous sommes incrédules ; « Le Seigneur connaît ceux qui sont siens » et « quiconque prononce le nom du Seigneur » est tenu de se retirer de l’iniquité, afin de poursuivre « la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur » ; c’est « le Seigneur » qui a délivré Paul de toutes les persécutions endurées ; vivre pieusement « dans le christ Jésus » conduit à souffrir ; les saintes lettres peuvent rendre sage à salut par la foi qui est « dans le christ Jésus » ; c’est «le christ Jésus, qui va juger vivants et morts» et c’est « le Seigneur, juste juge » qui donnera la couronne de justice à Paul et aussi à tous ceux qui aiment son apparition ; « le Seigneur » se tient près des siens et les fortifie, les délivre de toute mauvaise œuvre et les conserve pour son royaume céleste ; et c’est « à Lui » qu’appartient la gloire aux siècles des siècles. Enfin, l’apôtre termine par ce souhait : « Le seigneur Jésus Christ soit avec ton esprit » (1:1, 8, 9, 10, 13 ; 2:1, 3, 7, 8, 10, 12, 13, 19, 22 ; 3:11, 12, 15 ; 4:1, 8, 17, 18, 22). Ce n’est là qu’une longue énumération, alors qu’il conviendrait de s’arrêter sur chacun de ces passages ; nous y verrions comment toutes les vérités présentées se lient à la Personne de Christ, ce qu’est Jésus pour le fidèle, les ressources qui sont en Lui et demeurent jusqu’à la fin. Considérons ces divers passages chacun pour ce qui nous concerne, méditons-les ; que cette méditation attache nos cœurs à Celui qui est fidèle et en qui nous avons tout déjà présentement, si sombres que soient les temps, et pour l’éternité ! Et qu’ainsi nous soyons rendus capables de mettre en pratique les quatre dernières exhortations adressées par l’apôtre à Timothée :
« Mais toi, sois sobre en toutes choses, endure les souffrances, fais l’œuvre d’un évangéliste, accomplis pleinement ton service. »
ME 1960 p. 286
Les sentiments que nous éprouvons pour les membres de nos familles ou de la famille de Dieu sont tout à fait légitimes. Et il serait dans un état anormal le croyant qui n’aurait guère d’affection pour ceux auxquels l’unissent les liens du sang ou les liens de la foi en un commun Sauveur et Seigneur. Mais il y a dans l’exercice même de cette affection un piège que nous ne savons pas toujours discerner et que l’ennemi place devant nos pas pour essayer de nous détourner du chemin de l’obéissance à la Parole.
Lorsque nos affections de famille ou notre affection fraternelle ne sont pas gouvernées par la Parole et l’Esprit de Dieu, lorsque nous leur donnons une importance dépassant celle qui convient, lorsqu’en définitive nous nous laissons guider et diriger par elles, nous sommes amenés à agir de telle manière que nous faisons passer ce qui est pour leur satisfaction avant ce qui doit être pour le maintien des droits de Dieu. Nous sommes si facilement portés à tomber dans ce piège — la plupart du temps sans même nous en rendre compte — qu’il est souvent placé devant nous ; nous pensons alors avoir fait ce qui est bien et connaître ainsi l’approbation du Seigneur parce que nous avons manifesté beaucoup d’affection à l’un des nôtres ou à des frères et sœurs en Christ et nous n’avons pas conscience de l’avoir fait au détriment des droits de Dieu et de ce qui convient à sa gloire. Nous avons méconnu le principe posé par le Seigneur Lui-même : « Celui qui aime père ou mère plus que moi, n’est pas digne de moi ; et celui qui aime fils ou fille plus que moi, n’est pas digne de moi » (Matt.10:37). Le Seigneur ne nous demande pas de ne pas aimer père, mère, fils ou fille, mais de l’aimer Lui plus que quiconque et de lui manifester cet amour en gardant sa parole (cf. Jean 14:21 et 23). C’est cela qui doit toujours guider nos actions et non pas les sentiments d’affection que nos cœurs éprouvent. Le Seigneur d’abord, sa parole, ses droits, sa gloire, avant toute autre chose ; tel devrait être le principe directeur, la règle de nos pensées et de nos actes, dans les détails de notre vie aussi bien que dans l’examen des questions les plus importantes.
Les « affections déréglées » font partie de « nos membres qui sont sur la terre » et que nous sommes exhortés à « mortifier » au même titre que « la fornication, l’impureté, la mauvaise convoitise, et la cupidité, qui est de l’idolâtrie ; à cause desquelles la colère de Dieu vient sur les fils de la désobéissance » (Col. 3:5 à 7). Ces affections sont celles qui ne sont soumises à aucune règle, même pas à celles de la morale humaine, celles qui se portent sur des personnes qui ne devraient pas en être l’objet — et ce n’est évidemment pas le cas si nous parlons d’affections pour les nôtres ou pour les enfants de Dieu. Nous dirions plutôt : affections non réglées, lorsqu’il s’agit de celles qui ne sont pas gouvernées par la Parole et qui, de ce fait, nous conduisent à agir d’une manière qui ne répond pas à la pensée de Dieu. De semblables affections sont à la source de toutes les actions purement sentimentales, très belles en apparence et louables aux yeux des hommes comme aussi aux yeux de tout chrétien peu ou pas spirituel. Dans cette sentimentalité, il y a au fond le désir d’éprouver une satisfaction personnelle, la joie que l’on connaît en témoignant son affection, même si l’on ne doit pas être payé de retour ; ce qui est grave c’est que l’on met cette joie au-dessus de celle que l’on goûte dans un chemin d’obéissance à la Parole, même quand il faut souffrir à cause de la justice et par fidélité au Seigneur dans une manifestation d’amour pour Lui (cf. Matt. 5:10 à 12). Si nous connaissions davantage ces dernières joies, nous hésiterions moins à les faire passer avant les premières lorsque, mis à l’épreuve, nous avons à choisir et à montrer si pour nous les droits du Seigneur ont le pas sur toute autre chose.
Des affections non réglées par la Parole et l’Esprit de Dieu nous conduiront toujours à une certaine faiblesse, jamais à la fermeté qu’un enfant de Dieu devrait manifester sans cesse dans sa marche pratique. Faiblesse coupable chez un Éli par exemple : son affection pour ses fils était telle qu’il était incapable d’agir en vue du maintien des droits de Dieu. Il se borne à une répréhension sans effet alors qu’il lui appartenait d’exercer les actions nécessaires pour mettre fin à un état de choses qui déshonorait l’Éternel. Aussi se trouve-t-il, à son insu, solidaire de la conduite de ses fils et doit-il entendre ces paroles : « Pourquoi foulez-vous aux pieds mon sacrifice et mon offrande, que j’ai commandé de faire dans ma demeure ? Et tu honores tes fils plus que moi... » (1 Sam. 2:29). Quelle en sera la conséquence sous le juste gouvernement de Dieu ? Éli est mis de côté parce qu’infidèle à sa charge et à sa responsabilité : « ses fils se sont avilis » et « il ne les a pas retenus » (1 Sam. 2:35 ; 3:13). Quel enseignement, quel avertissement pour des parents chrétiens ! Ils ne pourront certainement pas élever leurs enfants « dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur » (Éph. 6:4) s’ils les entourent d’une affection non réglée par la Parole de Dieu. De même, lorsque leurs enfants auront grandi, ils seront en danger de leur donner des conseils peu susceptibles de les amener à marcher dans le chemin que Dieu voudrait pour eux.
De vrais fils de Lévi, désireux de montrer qu’avant toutes choses et au-dessus de toute considération ils sont « pour l’Éternel », n’hésiteront pas à faire passer, sans murmures et sans raisonnements, les droits de Dieu, l’obéissance à sa parole, avant les sentiments d’affection qu’ils peuvent éprouver pour un frère, un compagnon ou un intime ami (Ex. 32:26 à 29). C’est là qu’est la bénédiction, ainsi que nous le montre le dernier verset de ce passage. Que de fois, hélas ! nous agissons de manière diamétralement opposée lorsque pourtant il conviendrait de penser avant tout au témoignage du Seigneur ! Voici, par exemple, une action à exercer — discipline ou mise hors de communion — à l’égard d’une personne de notre famille ou d’un frère qui nous est très cher. En combien de cas ne faisons-nous pas passer nos sentiments en premier lieu ! Nous mettrons une certaine opposition, plus ou moins nuancée peut-être, ou bien nous nous abstiendrons, prenant en quelque sorte une position à l’écart qui nuit à la communion et à l’action de l’assemblée. Agir de la sorte, c’est se laisser guider non par la Parole et l’Esprit de Dieu mais par les sentiments de son propre cœur.
Deutéronome 13:6 à 11 nous présente le cas de quelqu’un — membre de la même famille ou ami — qui cherche « en secret » à détourner les cœurs du seul vrai Dieu et dont l’action aboutirait, si on la laissait s’exercer librement, à briser l’unité du peuple. Le danger est de se laisser entraîner par ses sentiments. Tout au contraire, dans un cas semblable, il faut, d’après Deutéronome 13 mettre à mort le coupable, d’après l’enseignement du Nouveau Testament le placer hors de la communion de l’assemblée, qui doit se purifier de la souillure en ôtant le méchant du milieu d’elle-même (1 Cor. 5:13). Celui qui était lié à un tel homme par des liens de famille ou par ceux de l’amitié devait-il s’opposer ou encore, s’abstenir ? Bien au contraire, il lui est dit : « Ta main sera la première contre lui pour le mettre à mort » (Deut. 13:9). Objectera-t-on qu’il manque ainsi à tous les devoirs de la famille ou de l’amitié ? À l’encontre de ce que l’on pourrait penser, il y satisfait pleinement. Quel est en effet le but de l’action de l’assemblée lorsqu’elle « ôte le méchant » ? Pour ce qui la concerne, la purification du mal ; vis-à-vis de celui qui a péché, une restauration complète. Qui peut désirer davantage la restauration de celui qui, aujourd’hui, doit être exclu de la communion de l’assemblée si ce n’est son frère, son fils ou sa fille, sa femme, son intime ami ? Plus les liens d’affection sont étroits, plus il y aura le désir de voir entièrement restauré celui qui a péché. Voilà pourquoi celui qui lui est uni par des liens de famille ou par ceux de l’amitié, obéira sans hésiter à l’injonction de l’Écriture : « Ta main sera la première contre lui ». Il n’y a là, certes, aucun désir de vengeance c’est en vue du bien et cela convient à la gloire de Dieu au milieu des siens.
Combien peu nous entrons dans ces pensées, n’est-il pas vrai ? Nous préférons la plupart du temps agir sentimentalement, persuadés que nous faisons bien et que le Seigneur nous approuve, méconnaissant ce que l’Écriture nous enseigne qui met chaque chose à sa place : les droits de Dieu d’abord, ensuite l’exercice de l’affection du cœur jointe à un amour vrai et dans l’obéissance à la Parole.
Nous pourrions prendre encore un autre exemple, dans le même courant de pensées et qui est également parmi les plus fréquents. 1 Corinthiens 5:9 à 11 nous donne un enseignement particulièrement clair au sujet de la conduite à tenir vis-à-vis de celui qui a dû être placé hors de la communion de l’assemblée : « Je vous ai écrit dans la lettre, de ne pas avoir de commerce avec des fornicateurs, non pas absolument avec les fornicateurs de ce monde, ou les avares et les ravisseurs, ou les idolâtres, puisqu’ainsi il faudrait que vous sortissiez du monde ; mais, maintenant, je vous ai écrit que, si quelqu’un appelé frère est fornicateur, ou avare, ou idolât