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Marche du chrétien — Série B

 

Paul Fuzier

Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest

 

Table des matières abrégée :

1     La Lèpre comme image du mal moral, selon Lévitique 13

2     Je viens bientôt ; tiens ferme ce que tu as. Apoc. 3:11

3     Les quatre exhortations de 2 Timothée 4:5

4     Sur les dangers de la sentimentalité

5     Justice et paix

6     Psaume 16:1 — Garde-moi, ô Dieu, car Je me confie en Toi

7     La sagesse d’en haut — Jacques 3:17

8     Les objectifs réels de nos vies

9     L’amour vrai. Quelques remarques sur 1 Jean 3

10      L’amour de l’argent : Une racine de toutes sortes de maux (1 Tim. 6:10)

11      Obéissance, dépendance, soumission

12      Fais-moi connaître le chemin où j’ai à marcher. Ps. 143:8

13      La patience de notre Seigneur Jésus Christ est salut. 2 Pierre 3:15

14      Choisir

 

Table des matières détaillée :

1     La Lèpre comme image du mal moral, selon Lévitique 13

1.1      La lèpre, mal moral chez un individu. Lév. 13:1-46

1.2      La lèpre dans nos habitudes de vie. Lév. 13:47-59

2     Je viens bientôt ; tiens ferme ce que tu as. Apoc. 3:11

2.1      Centième anniversaire

2.2      Origine de l’autorité morale

2.3      Un objectif : avoir le caractère philadelphien

2.4      Tenir ferme à cause des dangers, — même sans avoir commis de faute

2.5      Plusieurs types de combat

2.6      Combat pour la foi, Jude 3

2.7      Tromperies de l’ennemi

2.8      Pas de double langage

2.9      On combat pour ce qui a du prix

2.10    Nécessité d’une bonne conscience. Préparation morale

2.11    Un héritage précieux

2.12    Danger d’une connaissance superficielle de la vérité

2.13    Danger d’un abandon graduel

2.14    Sommaire de toutes les exhortations à tenir ferme

3     Les quatre exhortations de 2 Timothée 4:5

3.1      Dernières paroles de l’apôtre Paul. Une course achevée. 2 Tim. 4:6-8

3.2      Ressources qui demeurent, le solide fondement de Dieu demeure

3.3      Principales exhortations

3.4      Le sain enseignement n’est plus supporté. 2 Tim. 4:3-4

3.5      2 Timothée 4:5

3.5.1      Sobriété. Clarté d’esprit résultant de l’absence de fausses influences

3.5.2      Endure les souffrances

3.5.3      Fais l’œuvre d’un évangéliste

3.5.4      Accomplis pleinement ton service

3.6      Nourris de la Personne du Seigneur

4     Sur les dangers de la sentimentalité

4.1      Qu’est-ce qui guide les affections de famille ?

4.2      Affections déréglées. Col. 3:5

4.3      Manque de fermeté

4.4      Deutéronome 13:6-11

4.5      1 Corinthiens 5:9-11

4.6      Prédication de l’évangile

4.7      Pierre instrument du diable

4.8      Conclusion

5     Justice et paix

5.1      La justice et la paix basées sur le pardon de Dieu

5.2      Le Roi de paix

5.3      Pas de paix dans le monde actuel

5.4      Le croyant peut goûter la paix

5.5      Péchés pardonnés, et les droits de la justice divine maintenus

5.6      Les différentes dispensations

5.7      Sentiers de justice. Ps. 23:3

5.8      Danger de négliger la sainteté

5.9      Luc 1:75, 79

5.10    Jean 17:25

6     Psaume 16:1 — Garde-moi, ô Dieu, car Je me confie en Toi

6.1      Un psaume prophétique

6.2      Le Seigneur en prière

6.3      Grand besoin d’être gardés

6.4      Confiance en Dieu, confiance en l’homme

6.5      La dépendance va avec la confiance

7     La sagesse d’en haut — Jacques 3:17

7.1      Besoin de sagesse et d’intelligence

7.2      Sagesse d’en haut, sagesse humaine

7.3      Jacques 1:5-6 — Demander la sagesse

7.4      Jacques 3:13. Des œuvres qui montrent sagesse et intelligence

7.4.1      La douceur

7.4.2      La jalousie amère. La sagesse terrestre, animale, diabolique

7.5      Sept caractères de la sagesse d’en haut

7.5.1      Premièrement pure

7.5.2      Paisible

7.5.3      Modérée, traitable

7.5.4      Pleine de miséricorde et de bons fruits, sans partialité

7.5.5      Sans hypocrisie

7.6      Conclusion

8     Les objectifs réels de nos vies

8.1      Danger des richesses

8.2      Richesses spirituelles

8.3      Sources de déclin

8.4      L’humiliation vraie et sincère se traduit par des actes

8.5      Connaître Christ, la puissance de sa résurrection, la communion de ses souffrances

8.6      Méconnaissance de Dieu et de l’œuvre qu’Il a faite pour Son peuple

8.7      Ressources et jugements gouvernementaux

8.8      Suivre effectivement le Seigneur

9     L’amour vrai. Quelques remarques sur 1 Jean 3

9.1      Amour selon Dieu. Les deux familles : de Dieu et du diable

9.2      Haïr son frère, jusqu’où cela peut aller

9.3      Le croyant doit veiller à ne pas nourrir des sentiments charnels

9.4      1 Jean 3:14-15. Absence d’amour, puis haine

10      L’amour de l’argent : Une racine de toutes sortes de maux (1 Tim. 6:10)

10.1    Un frein à la vie chrétienne

10.2    Dieu mis de côté

10.3    Influence sur le comportement

10.4    L’argent et le service du Seigneur

10.5    L’argent et l’apôtre Paul

10.6    L’argent et le Seigneur sur la terre

10.7    Une source de beaucoup de douleurs

10.8    Genèse 41 à 47 : Joseph, les égyptiens et la famine. S’abandonner à Dieu sans réserve

11      Obéissance, dépendance, soumission

11.1    Fruits précieux de ces vertus. L’obéissance de Christ

11.2    Jugement [spirituel] juste

11.3    Connaissance de la source de l’enseignement : de Dieu

11.4    Communion avec le Père et le Fils

11.4.1     Amour pour tous les hommes, amour de relation, amour de communion

11.4.2     Tenir en honneur le jour du Seigneur

11.4.3     S’occuper des choses excellentes

11.4.4     Tenir ferme

11.4.5     Jouissance de l’amour du Seigneur et approbation donnée à ceux qui sont obéissants

11.5    Joie accomplie

12      Fais-moi connaître le chemin où j’ai à marcher. Ps. 143:8

12.1    Ne pas perdre sa vie ici-bas

12.2    Problème des difficultés et des obstacles

12.2.1     Ceux qui s’obstinent dans un chemin de propre volonté

12.2.2     Apprendre à discerner le chemin

12.3    Besoin de patience

12.4    Ne pas se laisser décourager par les obstacles

12.5    Fausse tranquillité

13      La patience de notre Seigneur Jésus Christ est salut. 2 Pierre 3:15

13.1    2 Pierre 3:6-10

13.2    2 Pierre 3:10-13

13.3    2 Pierre 3:14

13.4    2 Pierre 3:15

14      Choisir

14.1    Le non croyant et le salut

14.2    Le croyant

14.2.1     Les deux natures

14.2.2     Choisis la vie, faire mourir les actions du corps et vivre par l’Esprit

14.2.3     Commandements précis. Le discernement issu de la communion

 

 

1                    La Lèpre comme image du mal moral, selon Lévitique 13

Titre original : La Lèpre. Lévitique 13

ME 1959 p. 57

Parce que Dieu habitait au milieu du camp d’Israël, rien ne devait y subsister qui fût incompatible avec sa présence. « Tout lépreux » devait être mis « hors du camp » : « Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Commande aux fils d’Israël qu’ils mettent hors du camp tout lépreux... Tant homme que femme, vous les mettrez dehors ; vous les mettrez hors du camp, afin qu’ils ne rendent pas impurs leurs camps, au milieu desquels j’habite » (Nomb. 5:1 à 4).

Pour obéir à ce commandement de l’Éternel, il convenait donc de déterminer, de façon certaine, le caractère du mal ; en effet, si aucun lépreux n’avait place dans le camp, par contre nul ne devait en être exclu s’il n’était prouvé d’indubitable manière qu’il avait une plaie de lèpre.

Qui était qualifié pour procéder à l’examen d’un présumé lépreux et prononcer ensuite ? Le sacrificateur seul. Remplissant son service dans le sanctuaire, il avait l’intelligence de ce qui convient à la présence de Dieu et savait ce qui est incompatible avec elle. Par ailleurs, la communion avec Dieu, réalisée dans le sanctuaire, est indispensable pour être gardé, d’abord de ses propres pensées (susceptibles de nous conduire tantôt à des jugements hâtifs, à des exclusions précipitées, tantôt au contraire à tolérer le mal), ensuite de toutes les influences pouvant s’exercer soit pour faire maintenir dans le camp celui qui pourtant est souillé, soit pour faire déclarer lépreux celui que l’on voudrait « hors du camp » bien que, selon Dieu, il y ait sa place. Vivant dans le sanctuaire, le sacrificateur avait donc un jugement moral qui lui permettait de discerner le véritable caractère du mal chez celui qui lui était amené ; mais encore, il possédait un guide sûr : ce que l’Éternel avait dit à Moïse et Aaron. Il lui suffisait donc de connaître les enseignements divins et de les mettre en pratique avec l’intelligence spirituelle que seule peut donner la communion avec le Seigneur.

Comme l’Éternel habitait autrefois au milieu du camp d’Israël, Dieu est aujourd’hui, par son Esprit, présent dans l’Assemblée et il est également vrai que le Saint Esprit habite dans le croyant (1 Cor. 3:16 et 6:19). Par conséquent, aussi bien chez le croyant que dans l’assemblée, rien ne doit être de nature à attrister le Saint Esprit (Éph. 4:30), toute souillure doit être ôtée si elle y a pris place. La souillure du péché, dont la lèpre est l’emblème, est incompatible avec la présence de Celui qui « les yeux trop purs pour voir le mal » (Habak. 1:13).

Puissions-nous habiter le sanctuaire pour comprendre toujours ce qui convient à la présence de Dieu et être ainsi préservés nous-mêmes de toute plaie de lèpre, comme aussi pour être rendus capables de remplir un service de sacrificateurs, ne perdant pas de vue que ce service ne se limite pas à la présentation de « sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ ». Disons même que nous ne réaliserons le caractère de « sainte sacrificature » de 1 Pierre 2:5 que dans la mesure où nous aurons rempli, chaque fois que cela est nécessaire, le service de sacrificateur de Lévitique 13.

Soulignons le fait que si les enseignements de ce chapitre peuvent s’appliquer à une âme encore dans son état de péché, ils nous sont plus spécialement donnés comme concernant directement l’un de ceux qui faisaient partie du camp d’Israël, aujourd’hui de l’assemblée de Dieu. Encore une remarque : une accusation portant sur un fait précis et la dénonciation d’un mal moral, existant ou supposé, sont deux choses différentes ; dans le premier cas, l’accusation doit être prouvée par « deux ou trois témoins » (cf. Nomb. 35:30 ; Deut. 17:2 à 7 et 19:15 ; Matth. 18:16 ; Jean 8:17 ; 2 Cor. 13:1 ; 1 Tim. 5:19 et Héb. 10:28), dans le second, il s’agit de discerner un état en procédant à l’examen, patient et scrupuleux, de certains signes et cela est sans doute beaucoup plus difficile que de recueillir la déposition de « deux ou trois témoins » pour établir le bien-fondé, ou faire apparaître la vanité, d’une accusation. Cela nous fait comprendre l’importance du service de sacrificateur tel qu’il nous est présenté dans le chapitre 13 du Lévitique.

Dans ce chapitre, il est question de la lèpre d’abord dans un homme, ensuite dans ses habitudes.

 

1.1   La lèpre, mal moral chez un individu. Lév. 13:1-46

Le jugement que le sacrificateur sera appelé à formuler au sujet du présumé lépreux qui lui est amené ne doit pas être basé sur ce que l’on a pu lui dire ; « le sacrificateur verra la plaie ». L’examen dont il est question au verset 3 lui permet de faire deux constatations :

a) « Le poil dans la plaie est devenu blanc. » C’est un signe que le mal opère : il produit le dépérissement de ce qui manifestait l’énergie de la vie (comp. Cant. des Cant. 5:11 avec Osée 7:9).

b) « La plaie paraît plus enfoncée que la peau de sa chair. » Il y a donc non pas seulement certaines manifestations extérieures (le poil devenu blanc) mais un mal intérieur que l’œil du sacrificateur a discerné.

Ces deux signes suffisent ; s’ils sont manifestés, « c’est une plaie de lèpre » et le sacrificateur doit déclarer « impur » celui chez lequel il les a vus.

Au verset 4, il s’agit d’un cas différent car on ne voit aucun des deux signes dont il est parlé dans le verset précédent. Cependant, le sacrificateur ne peut se prononcer immédiatement et déclarer pur celui qu’il a examiné, car « la tache dans la peau de sa chair est blanche ». Afin de voir comment évoluera cette « tache », il le fait « enfermer pendant sept jours » ; c’est une situation provisoire, celle d’une personne à l’égard de laquelle aucune décision définitive ne peut encore être prise mais qui, en attendant, doit être tenue à l’écart. La sainteté doit être gardée dans le camp d’Israël, l’Éternel y habite ; or le sacrificateur a vu une tache blanche, peut-être y a-t-il là une plaie de lèpre ? En dehors des indications qu’elle fournira au sacrificateur, cette mise à l’écart répond à un double but : en premier lieu, placer celui qui en est l’objet en dehors de l’influence de tout ce qui pourrait être, pour lui, une occasion de développement du mal ; deuxièmement, empêcher que d’autres soient atteints.

Au terme de ces « sept jours », le sacrificateur constate que « la plaie est demeurée à ses yeux au même état, la plaie ne s’est pas étendue dans la peau » (v. 5). Va-t-il donc déclarer pur celui qui est l’objet de son observation ? Rien ne paraît s’y opposer. Mais — quel souci de ce qui est incompatible avec la présence de Dieu et quelle défiance de soi-même ! — c’est « à ses yeux » que la plaie est demeurée au même état et peut-être a-t-il mal discerné ? Aussi fait-il « enfermer pendant sept autres jours » celui à l’égard duquel il ne peut encore se prononcer (v. 5). Après ce nouveau temps d’attente, il examine une fois de plus : « et voici, la plaie s’efface, et la plaie ne s’est pas étendue dans la peau », aussi « le sacrificateur le déclarera pur » (v. 6). Mais si, par contre, ce nouvel examen permettait de constater que « la dartre s’est beaucoup étendue dans la peau », « alors le sacrificateur le déclarera impur : c’est une lèpre » (v. 7 et 8).

Faisons ici une remarque importante : dans chaque cas où la plaie présente des caractères tels qu’il faut attendre une fois ou même deux fois « sept jours », il n’est question, lors de l’examen qui permettra de prononcer, que d’un seul indice sur lequel se base le sacrificateur pour déclarer qu’il s’agit d’une « plaie de lèpre » : la plaie « s’est étendue » ou encore, « s’est beaucoup étendue ». Citons les passages à l’appui : v. 7 et 8, 22, 27, 35 et 36, 51 (au chap. 14, voir les versets 39 à 41 et 44, 45).

Dans les versets 9 à 11, il s’agit, comme au verset 3, d’un cas ne laissant aucun doute au sacrificateur chargé de l’examiner. « Il y a une tumeur blanche dans la peau », signe d’un mauvais état manifesté en ce que la tumeur « a fait devenir blanc le poil » : il est visible que la tumeur est active, que le mal opère. Enfin, « il y a une trace de chair vive dans la tumeur » : la chair est en pleine activité et Galates 5:19 à 21 nous dit ce que sont « les œuvres de la chair ». Lorsque le sacrificateur a fait ces trois constatations, il n’a pas besoin de «faire enfermer pendant sept jours» celui qu’il a examiné : « c’est une lèpre invétérée dans la peau de sa chair », « alors le sacrificateur le déclarera impur ; il ne le fera pas enfermer, car il est impur ». Le principe qui conduit à attendre patiemment une fois et même deux fois sept jours si c’est nécessaire, n’implique pas que l’on doive tolérer le mal quand il a été clairement mis en évidence.

Le lépreux ne peut être déclaré pur que lorsque « la lèpre couvre toute la peau » (v. 12 et 13). Il n’y a là aucun paradoxe. C’est seulement quand un pécheur a pris sa vraie place devant Dieu, reconnaissant son état et le confessant avec humiliation, qu’il peut être déclaré pur ; tant qu’il estime voir en lui une place non couverte par la lèpre, il n’en a pas fini avec lui-même. Naaman en est un exemple ; lorsqu’il disait : « il promènera sa main sur la place malade et délivrera le lépreux », il n’avait pas encore compris que c’est le corps tout entier qui est malade ! (2 Rois 5:11).

« Et le jour où l’on verra en lui de la chair vive, il sera impur » (v. 14 et 15). Chaque fois que la chair est en action il y a impureté, car elle ne peut faire autre chose que pécher ; « mais si la chair vive change et devient blanche... » (v. 16 et 17) : il ne s’agit en aucune façon d’une amélioration de la vieille nature, chose impossible ; c’est la preuve que la chair ne se manifeste plus, bien qu’elle soit toujours là, Romains 6:11 étant réalisé.

Dans les versets 18 à 28, nous avons deux cas différents d’éruption de lèpre, le premier se référant à une cause intérieure, le second à une cause extérieure. En fait, toutes les plaies de lèpre, quelles qu’elles soient, ne peuvent avoir que l’une ou l’autre de ces deux causes.

a) versets 18 à 23. Il y a eu, dans la peau, « un ulcère » maintenant guéri, mais « à l’endroit de l’ulcère » apparaît « une tumeur blanche, ou une tache blanche roussâtre ». Notre cœur naturel peut se manifester de bien des manières qui montrent que nous n’avons pas su mettre en pratique Romains 6:11 : « Tenez-vous vous-mêmes pour morts au péché, mais pour vivants à Dieu dans le Christ Jésus ». Une manifestation semblable, si passagère qu’elle soit, peut être l’occasion d’une véritable souillure, d’une lèpre. Un exemple : nous éprouvons à l’égard d’un de nos frères un mauvais sentiment, traduit par un acte que Dieu ne pourrait approuver ; bien que cela soit tout à fait occasionnel, ce peut être, si la chose n’a pas été jugée à fond, le point de départ d’une véritable haine (comparer la progression dans les passages suivants : 1 Jean 3:17, 2:9 à 11 et 3:15), alors que pourtant nous croyions avoir tout oublié. Dieu permettra sans doute que l’état de notre cœur soit manifesté afin que le mal puisse être jugé jusqu’à la racine ; nous pensions que l’ulcère était complètement guéri, mais cependant il demeurait « à l’endroit de l’ulcère, une tumeur blanche, ou une tache blanche roussâtre ». — L’intervention du sacrificateur est alors nécessaire et les différents cas dont il a été question dans les versets 3 à 8 nous sont présentés dans les versets 20 à 23.

b) versets 24 à 28. Ici, ce n’est pas un ulcère guéri, c’est « une brûlure de feu », dont la marque est « une tache d’un blanc roussâtre ou blanche ». Tandis que l’ulcère est un mal d’origine intérieure, la brûlure a une cause extérieure. Alors que les versets 18 à 23 nous donnent un enseignement s’appliquant à des sentiments de nos cœurs naturels, susceptibles de provoquer l’éruption d’une plaie de lèpre, le verset 24 nous présente cette même plaie de lèpre comme pouvant survenir à la suite de circonstances par lesquelles nous sommes passés et qui ont donné occasion à la chair de se manifester. « Tout arrive également à tous : un même événement au juste et au méchant... » (Eccl. 9:2) ; des circonstances peuvent survenir dans la vie d’un croyant, semblables à celles qui affectent les incrédules, mais que Dieu permet pour éprouver l’état de nos cœurs. C’est la «brûlure de feu». Ces circonstances, permises ou même ordonnées par Dieu pour nous mettre à l’épreuve, produiront des résultats complètement opposés suivant qu’elles feront agir en nous le nouvel homme ou, au contraire, la chair. Proverbes 30:33 nous parle de ces différents résultats : « Car la pression du lait produit le beurre, et la pression du nez fait sortir le sang, et la pression de la colère excite la querelle ». — Là encore, nous avons les divers cas dont il a déjà été parlé dans les versets 3 à 8.

Faisant suite aux deux sujets développés dans les versets 1 à 17 (les caractères de la lèpre) et 18 à 28 (les causes possibles d’éruption d’une plaie de lèpre), un troisième est présenté dans les versets 29 à 37 : les endroits où la lèpre peut se manifester, « à la tête ou à la barbe ».

La tête est le siège des pensées, la barbe nous parle plutôt de force et de gloire (cf. Ps. 133:2 : « C’est comme l’huile précieuse, répandue sur la tête, qui descendait sur la barbe, la barbe d’Aaron, qui descendait sur le bord de ses vêtements »). Là où précisément devait être vue la dignité du sacrificateur, le mal était en activité ! Comment exercer des fonctions sacerdotales avec « une plaie à la tête ou à la barbe » ? Le cas visé dans le paragraphe qui nous occupe du chapitre 13 du Lévitique est celui d’» un homme ou une femme », par conséquent il est aussi général que possible.

« Et si un homme ou une femme a une plaie à la tête ou à la barbe, le sacrificateur verra la plaie » (v. 29, 30). Deux signes peuvent être décelés : la plaie «paraît plus enfoncée que la peau», ce qui est toujours, dans ce chapitre, l’indice d’un mal intérieur et profond ; ensuite, elle a « en elle du poil jaunâtre et fin ». Dans les cas précédents, nous l’avons vu, l’action du mal était discernée notamment en ce que le poil devenait blanc : ce qui eût dû manifester la puissance de la vie dépérissait. Ici, c’est « du poil jaunâtre » qui apparaît : ce qui porte la marque de la corruption se développe là où l’on devrait voir ce qui dénote la puissance de la vie ; la tête ou la barbe ne sont plus le terrain où croît ce qui est bon, le signe de la force et de la virilité, c’est ce qui est mauvais qui y paraît : « c’est la teigne, c’est une lèpre de la tête ou de la barbe ».

Au verset 31, nous avons un cas différent qui amène le sacrificateur à faire deux constatations : en premier lieu, la plaie de la teigne « ne paraît pas plus enfoncée que la peau », il ne semble donc pas y avoir un mal profond, une action intérieure ; par contre, « elle n’a pas de poil noir » : aucune manifestation du bien ne peut être discernée, rien n’indique la puissance et l’énergie de la vie. En présence de ces deux signes, « le sacrificateur fera enfermer pendant sept jours celui qui a la plaie de la teigne ». Après quoi, il procède à un nouvel examen :

a) « La teigne ne s’est pas étendue. » C’est une observation essentielle car, nous l’avons remarqué, une plaie qui s’étend est toujours une plaie de lèpre.

b) « Elle n’a pas de poil jaunâtre ». Précédemment (v. 31), il n’y avait pas de poil noir, c’est-à-dire que le sacrificateur constatait l’absence de manifestations du bien. Or, si un croyant est en mauvais état, l’absence des fruits de la vie divine est généralement suivie, à brève échéance, de la manifestation du mal. Ici, le sacrificateur constate qu’il n’en est rien : il n’y avait pas de bien, « pas de poil noir », il n’y a cependant pas de mal, « pas de poil jaunâtre ».

c) « La teigne ne paraît pas plus enfoncée que la peau », confirmation de la constatation déjà faite au cours du premier examen (comp. v. 31 et 32).

Un état semblable, caractérisé tout à la fois par l’absence de bien et de mal, n’est pas un état normal ; on ne peut pas dire qu’il soit bon, on ne peut pas dire non plus qu’il soit mauvais. Nous comprenons donc ce qui est prescrit au verset 33 : « le sacrificateur fera enfermer pendant sept autres jours celui qui a la teigne ». Puis, le septième jour, « le sacrificateur verra la teigne » ; ce troisième examen permet de discerner la persistance des signes favorables : et voici, la teigne ne s’est pas étendue dans la peau, et elle ne paraît pas plus enfoncée que la peau », cela suffit alors pour que le sacrificateur déclare pur celui dont il s’est ainsi occupé. Par contre si, le troisième examen ayant conduit le sacrificateur à le déclarer pur, « la teigne s’est beaucoup étendue dans la peau, après sa purification », « le sacrificateur ne cherchera pas de poil jaunâtre », l’état est mauvais : « il est impur » ; la plaie est maintenant manifestée comme une plaie de lèpre, car « la teigne s’est étendue dans la peau » (v. 36). Lorsqu’une plaie s’étend, il n’est pas nécessaire de chercher d’autres indices, à coup sûr c’est une plaie de lèpre. Après la déclaration du sacrificateur faite au verset 34, deux cas peuvent se produire : celui que nous venons de considérer dans les versets 35 et 36, l’extension de la teigne et celui dont il est question au verset 37. Ici, « la teigne est demeurée au même état, à ses yeux », ce qui est déjà un signe favorable, mais il y a davantage encore : du poil noir a poussé. Il y a maintenant une énergie manifeste qui a produit du bien ; aussi, plus de doute possible, « la teigne est guérie : il est pur, et le sacrificateur le déclarera pur ».

Ce paragraphe tout particulièrement nous montre avec quelle patience le sacrificateur devait examiner celui qui était atteint d’une plaie, quels soins il devait apporter à cet examen, combien il avait à se conformer aux prescriptions données par l’Éternel à Moïse et Aaron en vue du maintien de la sainteté dans le camp d’Israël. Puissions-nous saisir la portée de ces enseignements pour ce qui concerne aujourd’hui les actions que nous pouvons avoir à exercer dans l’assemblée !

Que nous ayons à remplir le service si important du sacrificateur, afin que le mal soit jugé, ne doit pas nous conduire à voir du mal partout autour de nous ! N’oublions jamais l’infirmité qui nous caractérise les uns et les autres : il peut y avoir « une simple tache qui a fait éruption dans la peau » ; bien que ce soit une tache « blanche, terne », celui en qui elle se trouve est pur. Un homme a perdu les cheveux de sa tête, les poils de sa barbe, cependant il est pur (v. 38 à 41). Ce sont là des cas dans lesquels il est possible de dire immédiatement : « il est pur », tandis que, dans la première partie de ce chapitre, le sacrificateur ne se prononce tout de suite que lorsqu’il s’agit d’une plaie de lèpre nettement caractérisée et ne déclare pur celui qui lui a été amené qu’après un ou plusieurs examens, consécutifs à des périodes d’attente de « sept jours ». — Mais ces enseignements, s’ils étaient mal compris, pourraient fortifier une autre tendance de nos cœurs, très susceptible de nous faire tomber dans le travers opposé : nous serions portés à nous excuser facilement en mettant en avant l’infirmité qui nous caractérise. Le fait que nous avons des infirmités, qui ne sont pas une plaie de lèpre, ne doit cependant pas nous faire passer à la légère sur nos faiblesses : elles peuvent être à l’origine d’une lèpre et c’est pourquoi nous avons besoin de veiller sans cesse.

Les versets 42 à 44 nous mettent en garde à ce sujet.

La condition du lépreux, sa place, son occupation nous sont indiquées dans les versets 45 et 46 : il n’avait pas de place dans le camp d’Israël où l’Éternel habitait ; il devait demeurer seul, hors du camp et, souillé, proclamait sa misère : Impur ! Impur ! portant tous les signes du deuil et de l’humiliation : vêtements déchirés, tête découverte et barbe couverte -- contraste avec la tenue et la position des sacrificateurs dans le sanctuaire, en la présence du Dieu saint (cf. Nomb. 5:1 à 4 et Lévit. 21:1 à 12).

 

1.2   La lèpre dans nos habitudes de vie. Lév. 13:47-59

Il s’agit ici du mal dans nos circonstances, dans nos habitudes de vie. Nous avons à prendre garde à ce sujet tout autant que pour ce qui est du mal en nous.

Une plaie de lèpre apparaît en un vêtement, «   elle sera montrée au sacrificateur » qui exerce les mêmes investigations que celles dont il est question dans la première partie de ce chapitre :

« Et le sacrificateur verra la plaie, et il fera enfermer pendant sept jours l’objet où est la plaie ; et le septième jour, il verra la plaie ». Nous retrouvons ici le même principe, une plaie qui s’étend est certainement une plaie de lèpre : « si la plaie s’est étendue dans le vêtement... la plaie est une lèpre rongeante : la chose est impure ».

« Alors on brûlera le vêtement... car c’est une lèpre rongeante ; la chose sera brûlée au feu » : en d’autres termes, il faut se séparer, sans faiblesse et sans retour, de tout ce qui peut nous priver de la jouissance de la présence de Dieu dans le lieu où Il habite. Une profession peut-être, certaines habitudes de notre vie, ou bien des relations, ou encore diverses circonstances dans lesquelles nous sommes placés peuvent être de telle nature qu’il convienne de les abandonner résolument, de brûler le vêtement au feu.

Un autre cas pouvait se produire : « la plaie ne s’est pas étendue dans le vêtement ». « Alors le sacrificateur commandera qu’on lave l’objet où est la plaie, et le fera enfermer pendant sept autres jours » ; ce « lavage », c’est l’application de la Parole : il convient de rappeler ses enseignements et de la laisser agir pendant « sept jours ». Peut-être aura-t-elle une action sanctifiante qui nous permettra d’exercer encore une profession, de conserver des habitudes de vie, de maintenir des relations, de continuer à évoluer au travers de circonstances en observant quand même la position de séparation que la Parole définit. Lorsqu’il en est ainsi, « le sacrificateur regarde, et voici, la plaie s’efface après avoir été lavée, alors on l’arrachera du vêtement... » : ce qui était mauvais a été abandonné, sans qu’il ait été nécessaire de laisser profession, habitudes, relations ou circonstances. Tandis que si, malgré la présentation de la Parole, « la plaie n’a pas changé d’aspect », bien qu’elle ne se soit « pas étendue », « la chose est impure, tu la brûleras au feu » : il y a quelque chose de foncièrement mauvais dans la profession, les habitudes, les relations, les circonstances, il faut y renoncer complètement (v. 47 à 56).

Bien que la plaie se soit effacée après avoir été lavée (v. 56), il peut se faire cependant qu’elle réapparaisse dans le vêtement (v. 57). Une vigilance constante est donc nécessaire ; il ne suffit pas d’avoir considéré une fois les enseignements de la Parole, de l’avoir laissée agir, de s’être séparé de ce qu’elle condamne dans notre manière de vivre, il faut veiller afin que le mal ne se manifeste pas à nouveau.

Les enseignements contenus dans ce chapitre nous montrent aussi que ce n’est jamais le lépreux, ou présumé tel, qui doit examiner la plaie. Le sacrificateur seul était qualifié pour le faire et il convenait d’être soumis à son jugement, le recevant de la part de l’Éternel. Peut-être des croyants dans lesquels, ou dans les habitudes desquels, se trouve une plaie, ou « comme une plaie », s’estiment-ils mieux qualifiés que quiconque pour juger de ce qui en est. Dans des cas de ce genre, l’on est peu désireux de se soumettre à l’examen du sacrificateur et si même on l’accepte, n’a-t-on pas ensuite des critiques à formuler : précipitation ou manque de patience, investigation pas assez étendue, temps d’attente trop long, appréciation inexacte, etc..., critiques qui conduisent en fait à contester le jugement de celui qui est qualifié pour prononcer ! Si nous avons en nous, ou dans nos circonstances, une plaie ou « comme une plaie », nous ne sommes pas — nous l’oublions — dans l’état spirituel et moral qui convient pour en juger ; soyons heureux d’avoir les ressources que Dieu nous donne dans la sacrificature et, par son moyen, la connaissance de la pensée divine, l’appréciation du sanctuaire.

Le lépreux avait son habitation en dehors du camp d’Israël ; il était impur (v. 45, 46) ; il ne pouvait être déclaré pur que lorsque la lèpre couvrait toute sa peau, « de la tête aux pieds », image d’une pleine et entière confession du péché (v. 12, 13). Cette confession plaçait le lépreux dans un état de pureté devant Dieu (cf. 14:8), mais deux choses étaient pourtant nécessaires avant qu’il lui fût possible d’habiter à nouveau dans le camp et dans sa tente, c’est-à-dire avant qu’il retrouvât la communion avec Dieu et avec les siens. Ces deux choses nous sont présentées dans la première partie du chapitre 14, elles sont fondées sur le sacrifice de Christ. En dehors de cette base, le sang de Christ, il ne peut y avoir aucune purification de ses péchés pour une âme inconvertie, aucune restauration pour un croyant qui a péché.

« Dieu est lumière et il n’y a en lui aucunes ténèbres... Le sang de Jésus Christ son Fils nous purifie de tout péché... Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité... Je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez pas ; et si quelqu’un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus Christ, le juste ; et lui est la propitiation pour nos péchés... » (1 Jean 1:5, 7, 9 ; 2:1, 2).

 

 

2                    Je viens bientôt ; tiens ferme ce que tu as. Apoc. 3:11

ME 1959 p. 3

2.1   Centième anniversaire

En présentant à nos lecteurs le premier numéro de la centième année du Messager Évangélique, nous rappelons que, lorsque cette œuvre a été entreprise, son but a été défini en ces termes : nous désirons présenter aux brebis du troupeau de Christ une nourriture spirituelle qui, bénie de Dieu, puisse contribuer à leur instruction dans la vérité, à leur édification, à leur consolation ». Pendant tant d’années, le Messager Évangélique, « exposant justement la parole de la vérité », a enseigné avec exactitude les vérités du commencement, dont plusieurs venaient alors d’être remises en lumière. Les générations qui ont été avant nous et ont bénéficié en leur temps de ce solide enseignement ont été fermement établies dans la vérité, dont le prix était connu, beaucoup ayant dû combattre pour « l’acheter ». Par la grâce de Dieu, ce ministère écrit nous a été conservé ; si nous savions mieux puiser dans de telles richesses, nous serions sans aucun doute plus solidement fondés dans la saine doctrine et mieux à même de discerner les pièges de l’adversaire. L’ennemi déploie d’autant plus d’efforts qu’il nous voit souvent, hélas ! hésitants et chancelants.

 

2.2   Origine de l’autorité morale

C’est avec reconnaissance envers Dieu que nous évoquons le souvenir de nos devanciers, rendant grâces pour le précieux héritage que le Seigneur nous a conservé d’eux. Mais ce n’est pas parce que des frères hautement appréciés et respectables nous ont transmis un enseignement, que nous avons à le considérer comme étant celui qu’il faut maintenir aujourd’hui, tenant ferme ce qu’eux ont eu à conquérir, car ce serait là, proprement, recueillir et observer une tradition ; c’est parce que ces conducteurs se sont attachés à la seule vérité scripturaire. Leur autorité découle du fait que le Saint Esprit leur a donné de transmettre avec fidélité « ce qui est dès le commencement », non pas leur commencement mais celui du christianisme ; ils ont été, en vérité, « des hommes fidèles capables d’instruire aussi les autres » (2 Tim. 2:2). C’est pour cela que nous sommes responsables de les écouter, de les suivre : en le faisant, nous écoutons l’enseignement de l’Écriture, nous suivons le Seigneur. Maintenir ce que nous avons reçu d’eux, c’est maintenir non leur propre doctrine mais la doctrine de Christ, non leur vérité mais la vérité de tous les temps. Et nous bénissons d’autant plus Dieu de les avoir suscités et de nous avoir conservé leur si riche ministère écrit !

Au siècle dernier, nos devanciers ont dû lutter et vaincre pour « sortir vers Christ hors du camp » et connaître l’inestimable privilège des « deux ou trois » réunis « au nom du Seigneur », dans la séparation que requiert l’Écriture. La plupart d’entre nous avons été placés là sans lutte aucune, mais ce n’est pas pour autant que tout combat nous est épargné ; celui que nous avons à livrer aujourd’hui n’est pas le même que celui qu’ont connu les générations du Réveil et de la période qui a immédiatement suivi, il est cependant tout aussi difficile car l’ennemi est toujours le même et il est plus actif que jamais. Il s’agit de tenir ferme ce que nous avons. Et nous risquons de faillir dans la pratique, tout en affirmant notre désir sincère de ne céder en rien.

Au début de cette nouvelle année, peut-être le dernier an de grâce, alors que tant de dangers menacent le témoignage et les plus sérieux sont parfois les moins apparents — demandons à notre Dieu qu’Il veuille nous accorder l’énergie nécessaire pour nous réveiller du sommeil spirituel qui nous gagne et à la faveur duquel l’ennemi opère pour essayer de nous ravir le « dépôt » que nous sommes responsables de « garder » !

 

2.3   Un objectif : avoir le caractère philadelphien

« Tiens ferme ce que tu as... » (Apoc. 3:11), telle est l’exhortation adressée à Philadelphie, la seule qui lui soit présentée, et cela suffirait à en souligner l’importance. Elle est effectivement capitale ; la méconnaître conduirait à la perte du témoignage confié et de la récompense promise au fidèle.

Que nous ayons à nous arrêter de manière particulière sur une telle exhortation, la considérant bien comme s’adressant à nous, ne veut pas dire pour autant que nous nous estimions être Philadelphie ! Si nous en avions la prétention, nous ne serions que Laodicée. Mais quoi qu’il en soit de notre état, nous demeurons responsables de manifester les caractères philadelphiens et nous devons nous appliquer, avec tout le secours de la grâce de Dieu opérant en nous, à tendre vers ce but. Nous ne prétendons nullement être Philadelphie, nous devons l’être, gardant la Parole, ne reniant pas le nom du Saint et du Véritable, maintenus dans le sentiment profond d’une faiblesse reconnue et confessée. Dieu veuille nous accorder de sentir toujours plus la responsabilité d’avoir et de garder un esprit philadelphien, laissant au Seigneur le soin de reconnaître ses témoins et son témoignage. Notre privilège est de nous joindre à ceux qu’Il nous fait reconnaître, « ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur » (2 Tim. 2:22), et de rendre témoignage avec eux. De cette position de témoignage découle une responsabilité à laquelle nous avons besoin d’être rendus attentifs.

 

2.4   Tenir ferme à cause des dangers, — même sans avoir commis de faute

Dans la lettre adressée à Philadelphie, comme dans toutes celles qui sont écrites aux autres assemblées dont il est question dans les chapitres 2 et 3 de l’Apocalypse, une promesse est faite au vainqueur ; bien qu’aucun reproche ne soit présenté à cette assemblée, il y a cependant un combat à livrer, une victoire à remporter. Ces deux chapitres nous le montrent, il y a eu et il y aura des combats à livrer durant tout le temps de l’histoire de l’Église responsable dans ce monde ; ils nous enseignent aussi que même si l’état du témoignage ou celui d’une assemblée sont satisfaisants (Smyrne, Philadelphie), il y a pourtant toujours à lutter et à vaincre. Le combat n’est pas aujourd’hui pour la recherche de la vérité mais pour son maintien ; il faut « tenir ferme », c’est ce que le Seigneur nous demande, ce à quoi Il attache un prix particulier.

Une exhortation est toujours donnée en raison d’un danger couru. Si, par exemple, nous sommes invités à veiller c’est parce que nous risquons de nous laisser gagner par le sommeil spirituel ; si nous sommes pressés de « chercher les choses qui sont en haut », c’est parce que nos cœurs sont naturellement occupés de celles qui sont en bas.

Si nous sommes exhortés à « tenir ferme », c’est bien parce que le danger existe que nous ne le fassions pas. L’ennemi déploie tous ses efforts, dans ces derniers temps de l’histoire du témoignage sur la terre, pour amener ceux qui ont le privilège, mais aussi la responsabilité d’en assurer le maintien, à oublier la seule exhortation adressée au témoignage philadelphien.

 

2.5   Plusieurs types de combat

Pour « tenir ferme », il faut lutter, combattre. Cela, qu’il s’agisse du combat de la foi et pour la foi, du combat dans la lice ou du combat d’Éphésiens 6. Le croyant est appelé à livrer le combat « contre les principautés, contre les autorités, contre les dominateurs de ces ténèbres, contre la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes ». Tel est le véritable combat chrétien ; la victoire remportée permet au croyant de jouir de la part qui est la sienne, de sa position «dans les lieux célestes dans le christ Jésus». Seuls peuvent vaincre ceux qui suivent l’exhortation de l’apôtre : « Au reste, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans la puissance de sa force ; revêtez-vous de l’armure complète de Dieu, afin que vous puissiez tenir ferme contre les artifices du diable... C’est pourquoi prenez l’armure complète de Dieu, afin que, au mauvais jour, vous puissiez résister, et, après avoir tout surmonté, tenir ferme. Tenez donc ferme...» (Éph. 6:10 à 18). — Cet enseignement correspond à celui que nous donne, dans l’Ancien Testament, le livre de Josué, le combat dont il y est question étant le type de celui d’Éphésiens 6 : « Fortifie-toi et sois ferme... Seulement fortifie-toi et sois très-ferme...» (Josué 1:6 à 9).

 

2.6   Combat pour la foi, Jude 3

Dans les derniers jours de la chrétienté, dont nous occupe spécialement l’Épître de Jude, il y a de saints combats à livrer « pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints », des combats que l’on est parfois dans la nécessité de soutenir alors que l’on préférerait avoir à s’occuper « de notre commun salut » (Jude 3). L’ennemi voudrait nous en empêcher et il a bien des moyens à sa disposition pour atteindre ce but. Il fera valoir, par exemple, l’importance de ce « commun salut » pour nous inciter à ne nous occuper que de cela, quand pourtant il faudrait combattre. Ou encore, il présentera les combats à livrer comme querelles qu’il faut fuir. Mettant en avant le désir de paix qui est dans le cœur renouvelé, il essaiera alors de nous égarer en nous laissant croire que la paix ne peut être obtenue qu’au prix d’un abandon plus ou moins marqué de la vérité. De la même manière, il nous assure que pour nous aimer les uns les autres, ainsi que nous y sommes exhortés, il faut avoir un esprit suffisamment large et il voudrait nous persuader que maintenir la vérité conduit inéluctablement à manquer d’amour. Or, la paix et l’amour sont, l’un aussi bien que l’autre, inséparables de la vérité.

 

2.7   Tromperies de l’ennemi

Dans son inlassable activité pour affaiblir le témoignage, l’adversaire, menteur et trompeur, se présente comme celui qui voudrait sa prospérité, c’est pourquoi il trouve parfois des instruments involontaires jusque parmi ceux qui en font partie. Que de choses, considérées comme étant pour le bien du témoignage, qui mériteraient d’être examinées de très près et qu’un peu de discernement spirituel nous conduirait, dans bien des cas, à rejeter résolument ! Les buts proposés par l’ennemi sont parfois très louables ; ce qu’il désire, au fond, c’est pouvoir occuper les saints à cela afin de les distraire de responsabilités majeures qui leur incombent pour le maintien du témoignage. Son activité, lorsqu’elle s’exerce de cette manière, est beaucoup plus dangereuse que celle qu’il déploie pour nous offrir tout ce que peut convoiter le cœur naturel : dans ce dernier cas, nous avons plus ou moins conscience de faire le mal, tandis que dans le premier, nous pouvons croire agir avec fidélité.

Alors qu’il faudrait combattre, « tenir ferme », l’adversaire, « se transformant en ange de lumière » (2 Cor. 11:14), essaie de nous en dissuader et vient prêcher la paix, cherchant des instruments pour l’aider dans ce travail. Que quelqu’un se laisse séduire par ses ruses et agisse selon ses desseins, il présentera comme sans importance d’inacceptables concessions ou encore, proposera des abandons semblant n’avoir que peu de portée tandis que la gravité de leurs conséquences ne sera manifestée que plus tard. Sans doute un croyant agissant ainsi sera-t-il considéré par certains comme un homme de paix. C’est un beau titre que celui d’homme de paix, et Dieu veuille qu’il y en ait beaucoup qui le soient en vérité ! Mais il n’en est effectivement pas un, il n’en a que l’apparence trompeuse, celui qui, dépourvu de l’énergie nécessaire pour combattre, est prêt à des concessions qu’il ne faudrait jamais faire et s’engage — y engageant aussi les autres — sur la pente glissante des abandons, au lieu de « tenir ferme ». Peut-être l’honorera-t-on de ce titre d’homme de paix, peut-être même s’en glorifiera-t-il, mais en fait un tel croyant travaille de ses propres mains à l’affaiblissement du témoignage, sinon à sa ruine, alors qu’il est convaincu d’œuvrer pour sa prospérité. Trompé par l’ennemi, il se trompe lui-même et trompe les autres.

 

2.8   Pas de double langage

Il n’est pas de service fidèle sans fermeté. Est- il un véritable esclave de Christ, celui qui cherche à plaire aux hommes ? Attitude coupable que celle qui conduit à parler d’une certaine manière à l’un et de manière différente à l’autre parce qu’on veut être agréable à l’un et à l’autre, ne contrarier personne. C’est en vue de la paix et du bon accord entre frères, dira-t-on pour s’excuser. Quelle erreur ! Il y a là, en fait, un manque de droiture et de fermeté, plus ou moins conscient peut-être, dont les funestes effets seront manifestés tôt ou tard. Essayer de complaire aux hommes, dans l’administration de l’assemblée aussi bien que dans l’enseignement, au lieu de maintenir fermement la vérité de Dieu, n’est pas le propre d’un serviteur fidèle. Jamais l’apôtre ne s’est comporté d’une telle manière : « Car maintenant, est-ce que je m’applique à satisfaire des hommes, ou Dieu ? Ou est-ce que je cherche à complaire à des hommes ? Si je complaisais encore à des hommes, je ne serais pas esclave de Christ » (Gal. 1:10 - voir aussi 1 Thess. 2:3 à 6).

 

2.9   On combat pour ce qui a du prix

Dans la généralité des cas, pour jouir d’une vraie paix il faut d’abord avoir combattu et triomphé. Livrer le combat pour la vérité de Dieu implique, en premier lieu, que la vérité a été saisie, comprise et que l’on en connaît la valeur ; c’est le « demeure dans les choses que tu as apprises et dont tu as été pleinement convaincu » de 2 Timothée 3:14. Car, en effet, on ne combat pas pour ce à quoi on n’attache que peu de prix. Quiconque a « acheté la vérité » sera prêt à combattre pour elle, tandis que ne le fera pas celui qui est disposé à la « vendre » (Prov. 23, 23). Ajoutons que la position prise ne doit jamais être au delà de la vérité saisie, mais toujours y correspondre ; s’il veut être droit devant Dieu, il doit abandonner la position où il se trouve, celui qui se rend compte un jour qu’elle dépasse ce qu’il a compris de la vérité.

 

2.10                   Nécessité d’une bonne conscience. Préparation morale

En second lieu, il est indispensable que le croyant soit dans un bon état moral : pour « combattre le bon combat », Timothée était exhorté par l’apôtre à « garder la foi et une bonne conscience », les deux devant toujours aller de pair ; d’autre part, l’un des caractères du serviteur dans la maison de Dieu est celui-ci : « gardant le mystère de la foi dans une conscience pure » (1 Tim. 1:18, 19 ; 3:9). La vérité reçue doit être mise en pratique ; elle ne saurait demeurer à l’état de simple connaissance mais doit opérer dans le cœur et la conscience. Il faut que chacune des pièces de l’armure soit revêtue, alors seulement le combattant pourra résister à l’adversaire et « après avoir tout surmonté, tenir ferme ». Le prix de la vérité doit être connu par la manifestation des résultats qu’elle produit dans la vie pratique.

Il y a toute une formation nécessaire, une préparation morale, comparable à celle des athlètes combattant dans l’arène (1 Cor. 9:25 - voir aussi 2 Tim. 2:3 à 5). Un athlète a soin de son corps, se soumet à un régime, vit sobrement, s’impose des privations ; une troupe subit également une préparation au combat, et l’une de ses principales forces réside dans l’observation d’une discipline, dans la soumission à l’autorité d’un chef. Ce ne sont que des exemples, que la Parole nous autorise à prendre et qui illustrent la préparation morale qui doit être celle des croyants en vue des combats qu’ils auront tôt ou tard à livrer. Attendre le jour de la bataille pour se préparer, ou encore s’y rendre sans préparation aucune, c’est aller au devant d’une défaite certaine.

Dans les jours actuels, l’exhortation d’Apocalypse 3:11 s’impose à chacun de ceux qui connaissent la valeur et la saveur des privilèges philadelphiens, la promesse du verset 12 étant la part précieuse de « celui qui vaincra ». Le temps est court. « Je viens bientôt » nous assure Celui qui tient les sept étoiles dans sa droite et marche au milieu des sept lampes d’or. Serons-nous manifestés fidèles à sa venue ? Aurons-nous tenu ferme ?

 

2.11                   Un héritage précieux

« Tiens ferme ce que tu as... ». Dieu nous garde de nous glorifier de ce que « nous avons », « car qui est-ce qui met de la différence entre toi et un autre ? Et qu’as-tu, que tu n’aies reçu ? Et si aussi tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Cor. 4:7). Mais l’ayant reçu, nous en sommes responsables. Nos devanciers ont combattu pour recouvrer des vérités précieuses, laissées dans l’ombre pendant des siècles, celles concernant l’Église corps de Christ, le rassemblement des saints autour du Seigneur sur le terrain de l’unité du corps, à sa table, dans la séparation qu’enseigne et requiert 2 Timothée 2:19 à 26, la libre action de l’Esprit de Dieu dans l’assemblée, l’adoration « en esprit et en vérité », le retour du Seigneur pour enlever son Église et tous les saints ayant part à la première résurrection. Ces vérités, d’autres encore qui s’y rattachent, ont-elles été saisies par chacun de ceux qui ont pris place dans le témoignage ? Ont-elles assez de prix pour nos cœurs ?

 

2.12                   Danger d’une connaissance superficielle de la vérité

L’ennemi travaille avec persévérance pour battre en brèche des vérités de pareille valeur et il sait le faire avec ruse, mettant presque toujours en avant un but que l’on peut certes désirer mais qu’il voudrait nous faire atteindre en abandonnant, sinon en bloc tout au moins insensiblement, ce qui constitue l’essentiel du témoignage que nous sommes responsables de maintenir. En nombre de cas, il y réussit d’autant mieux qu’il n’y a chez ceux auxquels il s’adresse qu’une connaissance superficielle de la vérité, des doutes peut- être sur certains points, ce qui conduit généralement à accepter, à la première occasion, des enseignements venant d’autres sources tandis que l’on abandonne le « sain enseignement ». Sommes-nous dans l’état moral et spirituel qui nous permettra de « garder la foi », de « garder le bon dépôt par l’Esprit Saint qui habite en nous », de « combattre pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints », en un mot, de « tenir ferme » ? (1 Tim. 1:18, 19 ; 2 Tim. 1:14 ; Jude 3 ; Apoc. 3:11).

 

2.13                   Danger d’un abandon graduel

Craignons que nos mains languissantes ne soient prêtes, par manque d’énergie spirituelle et de fermeté, à abandonner, le laissant s’effriter, le « dépôt » que nous avons reçu et dont nous sommes responsables. Un relâchement nous amenant à des associations plus ou moins étroites avec des « vases » dont la Parole nous enjoint de nous séparer — ces associations peuvent revêtir des formes multiples et c’est un des plus graves dangers qui nous menacent aujourd’hui — nous conduirait graduellement à l’abandon du terrain sur lequel la grâce de Dieu nous a placés pour y manifester le caractère de « l’assemblée du Dieu vivant, la colonne et le soutien de la vérité » (1 Tim. 3:15). Et si l’ennemi vient nous dire que ce relâchement n’en est pas un, qu’en tout cas il est nécessaire pour que les âmes soient attirées, n’ayons aucune hésitation pour reconnaître la voix de celui que le Seigneur appelle « le père du mensonge » (Jean 8:44). Ce n’est pas avec des principes relâchés, en manifestant une faiblesse coupable, que nous pourrons accomplir le travail de Dieu. Tout au contraire, Dieu encourage et récompense toujours la fermeté, il y en a eu des exemples dans tous les temps, il y en a encore aujourd’hui. Qu’Il nous donne, dans ces jours si difficiles à tant d’égards, assez de force morale et d’énergie spirituelle pour que nous puissions demeurer « fermes, inébranlables, abondant toujours dans l’œuvre du Seigneur » (1. Cor. 15:58 - voir aussi 16:13, 14).

 

2.14                   Sommaire de toutes les exhortations à tenir ferme

En terminant, nous désirons rappeler ce qu’écrivait, il y a déjà une trentaine d’années, l’un de nos devanciers : « Combien nous eussions préféré nous entretenir avec nos chers lecteurs de « notre commun salut » ; mais nous sommes convaincus que l’avertissement de l’apôtre Jude est d’une pressante actualité : « Je me suis trouvé dans la nécessité de vous écrire afin de vous exhorter à combattre pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints » (Jude 3). Le relâchement général, l’affaiblissement spirituel et la conformité au monde qui nous envahissent de plus en plus, ont ouvert la porte aux attaques réitérées de l’adversaire contre le témoignage que le Seigneur nous appelle à rendre aux vérités de l’Assemblée dans ces derniers jours... Frères, prenons garde. Que nos reins soient ceints et nos lampes allumées, et soyons nous-mêmes « semblables à des hommes qui attendent leur Maître » (Luc 12:35, 36). Revêtons-nous de l’armure complète de Dieu, afin que nous puissions « tenir ferme contre les artifices du diable » (Éph. 6:11). À la veille même du moment où nous verrons face à face notre adorable Seigneur et Sauveur, puissions-nous entendre sa voix consolante qui nous dit : « Je viens bientôt ; tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne » (Apoc. 3:11).

 

 

3                    Les quatre exhortations de 2 Timothée 4:5

ME 1959 p. 253

3.1   Dernières paroles de l’apôtre Paul. Une course achevée. 2 Tim. 4:6-8

Lorsqu’il écrivait sa seconde Épître à Timothée, l’apôtre Paul arrivait au terme de sa course, ayant pleinement conscience de l’avoir « achevée ». Dans le verset qui suit celui cité en tête de ces lignes, il considère le moment présent : « Pour moi », dit‑il, « je sers déjà de libation, et le temps de mon départ est arrivé » ; puis, au verset 7, il jette un regard en arrière et peut assurer en vérité, rendant ainsi témoignage à la grâce de Dieu qui l’a soutenu jusqu’au bout : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi ». Celui qui avait vécu comme étant manifesté, constamment, à la pleine lumière du tribunal de Christ — « nous avons été manifestés à Dieu » (2 Cor. 5:11) —, celui qui avait été « imitateur de Christ » pouvait s’arrêter sur le chemin parcouru, avec le sentiment d’avoir rempli le service qui lui avait été confié. Aussi, dans le verset 8, dirige-t-il ses regards vers l’avenir avec une pleine assurance : ce qui lui est réservé, c’est « la couronne de justice ». Le Seigneur, qui la lui donnera, est un « juste juge », Il connaît les pensées et les intentions des cœurs, Il sait quels sont les mobiles qui font agir le serviteur, Il pèse tout ce à quoi le fidèle doit renoncer pour le témoignage, Il mesure tout ce qu’il en coûte au combattant pour lutter et vaincre, Il voit toutes les larmes versées, sympathise à toutes les souffrances endurées et, « dans ce jour-là », Il donnera Lui-même la récompense au serviteur fidèle. À l’apôtre, et aussi « à tous ceux qui aiment son apparition ». Pourrait-on « aimer son apparition » si l’on avait devant soi d’être « couvert de honte, de par lui, à sa venue » (cf. 1 Jean 2:28) ? — Ces versets 6 à 8 — présent, passé, avenir — peuvent être considérés comme les dernières paroles de l’apôtre. Les versets 9 et suivants, de ce chapitre, offrent un caractère particulier, facile à remarquer, bien que tous les détails qui y sont contenus renferment un utile enseignement.

 

3.2   Ressources qui demeurent, le solide fondement de Dieu demeure

Dans ces dernières paroles qu’il lui adresse, l’apôtre semble dire à Timothée : je suis au terme du chemin, voilà ce qu’il a été et voici ce que j’ai maintenant devant moi. Tout à la fois, exemple et encouragement pour celui qui avait désormais à servir et à combattre, alors que déjà les premiers signes de la ruine de l’Église étaient manifestes. Tout au long de sa lettre, l’apôtre présente à « son enfant bien-aimé » les ressources qui demeurent quel que soit le déclin, et tout particulièrement « la volonté de Dieu » et « la promesse de la vie qui est dans le Christ Jésus » ; « la puissance de Dieu, qui nous a sauvés, et nous a appelés d’un saint appel » ; la Parole, dont il est question dans tous les chapitres, arme dont l’apôtre s’est servi et qu’il place maintenant entre les mains de celui qui est appelé, à son tour, à lutter et à vaincre ; le Saint Esprit, Esprit « de puissance, et d’amour, et de conseil » (cf. Aggée 2:5). Si tout paraît ébranlé, « toutefois le solide fondement de Dieu demeure ». Ce qui est de Dieu ne peut être atteint par la ruine et c’est ce qui est consolant et encourageant pour le fidèle dans les temps les plus sombres. Ces ressources, l’apôtre en avait éprouvé la valeur tout au long de son ministère, il pouvait en garantir l’efficacité pour les avoir expérimentées lui-même. À la présentation de ces ressources, suffisantes jusqu’au bout, l’apôtre ajoute tout un ensemble d’exhortations, de directions, communiquées par inspiration divine et également fruit de sa longue expérience chrétienne et d’une vie de communion avec le Seigneur. Combien Timothée, en lisant cette lettre, a dû rendre grâces à Dieu — ne pouvons-nous pas le penser ? — pour les ressources qui lui étaient rappelées, comme aussi pour les exhortations qui lui étaient adressées ! Il sentait sans aucun doute combien il aurait besoin de s’appuyer sur les premières, de suivre les secondes. Mais cette lettre est également pour nous avec tous les enseignements qu’elle contient, tout ce sur quoi la foi peut s’appuyer dans tous les temps, toutes les directions auxquelles le fidèle doit être rendu attentif s’il veut pouvoir, lui aussi, « achever la course ». Sommes-nous assez reconnaissants pour le contenu de cette épître, si utile et si importante dans les jours auxquels nous sommes parvenus ? Et dans quelle mesure retenons-nous ses précieux enseignements ?

 

3.3   Principales exhortations

Ranimer le don de grâce qu’il avait reçu, prendre part aux souffrances de l’évangile, avoir un modèle des saines paroles, garder le bon dépôt, s’étudier à se présenter comme approuvé à Dieu, exposer justement la parole de la vérité, éviter les discours vains et profanes, fuir les convoitises de la jeunesse, poursuivre la justice, la foi, l’amour, la paix avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur, enseigner avec douceur les opposants, se détourner de ceux dont les caractères sont indiqués au début du chapitre 3, demeurer dans les choses apprises, prêcher la parole, insister en temps et hors de temps, convaincre, reprendre, exhorter avec toute longanimité et doctrine, telles sont les principales exhortations ou injonctions adressées par l’apôtre à Timothée tout au long de l’épître et qui ont toute leur valeur aujourd’hui pour nous qui sommes appelés à vivre le christianisme dans ces « temps fâcheux » des « derniers jours », où nous voyons sous nos yeux les différents traits du tableau déjà brossé à l’avance par l’apôtre dans cette épître.

 

3.4   Le sain enseignement n’est plus supporté. 2 Tim. 4:3-4

Il y aura un temps où ils ne supporteront pas le sain enseignement » (2 Tim. 4:3). Ne sommes-nous pas dans ce temps-là ? Non seulement le « sain enseignement » n’est pas reçu, mais encore il n’est pas « supporté » : on ne veut même pas l’entendre, on veut tout autre chose ! Et c’est ainsi, écrit l’apôtre, qu’ils « s’amasseront » des docteurs « selon leurs propres convoitises » détournant leurs oreilles « de la vérité » pour se tourner « vers les fables » (2 Tim. 3:4). C’est ce qui a caractérisé autrefois le peuple d’Israël : ils cherchaient aussi « des docteurs selon leurs propres convoitises » ceux qui disaient « aux voyants : Ne voyez pas, et à ceux qui ont des visions : N’ayez pas pour nous des visions de droiture ; dites-nous des choses douces, voyez des tromperies ; déviez du chemin, détournez-vous du sentier ; ôtez de devant nous le Saint d’Israël » (Ésaïe 30:10, 11). Telle est en effet la parole qui dépeint si fortement l’état moral du peuple : il ne veut pas avoir devant lui « le Saint d’Israël ». Il veut entendre « des choses douces », ce qui plaît au cœur naturel, mais rien de ce qui présente la sainteté de Dieu, du Dieu qui nous dit : « Soyez saints, car moi je suis saint » (cf. 1 Pierre 1:15, 16). Et environ un siècle après, l’Éternel devra dire de ce peuple : « Une chose étonnante et horrible est arrivée dans le pays : les prophètes prophétisent avec mensonge, et les sacrificateurs dominent par leur moyen ; et mon peuple l’aime ainsi » (Jérémie 5:30, 31). Et mon peuple l’aime ainsi ! — Il est remarquable de voir un même état moral au sein du peuple terrestre et parmi la chrétienté parvenue à la fin de son histoire sur la terre.

Comme l’ennemi est habile pour susciter tant de faux docteurs, agréables à entendre, appréciés, encensés même, qui parlent sur l’Écriture mais en évitant soigneusement le tranchant de la Parole pour la chair ! Il y en a pour tous les auditoires, pour tous les niveaux intellectuels : l’un fera valoir son intelligence en traitant de sujets élevés, en dissertant de philosophie chrétienne ; un autre laissera parler son imagination et présentera, plus ou moins romancés, les récits des Écritures ou encore, exposera certaines vérités mais à l’exclusion de celles auxquelles elles devraient être rattachées pour que l’ensemble soit vraiment la vérité de Dieu. Il est facile de faire vibrer les sentiments, de créer un enthousiasme généralement contagieux et que l’on prend pour un vivant et puissant christianisme, fausse apparence tellement séduisante aux yeux de plusieurs ! Tout cela répond aux « convoitises » du cœur naturel et c’est ainsi que les oreilles se détournent de la vérité.

 

3.5   2 Timothée 4:5

Ici se placent les quatre exhortations du verset 5 de 2 Timothée 4, les quatre dernières adressées par l’apôtre à Timothée, ce qui souligne leur importance. Celles que nous trouvons dans les versets 9 et suivants ont un caractère spécial, elles ont trait à la captivité de l’apôtre et à la prochaine venue de Timothée auprès de lui. — Ces quatre exhortations sont précédées du « Mais toi... » que nous trouvons à plusieurs reprises sous la plume de l’apôtre, particulièrement dans cette deuxième Épître. « Mais toi, tu as pleinement compris ma doctrine... » ; « mais toi, demeure dans les choses que tu as apprises et dont tu as été pleinement convaincu... » (2 Tim. 3:10, 14) : en présence de toute la corruption morale et spirituelle qui se développe, en face de tous les hommes méchants et imposteurs, Timothée ne devait être épouvanté en rien ; il avait «pleinement compris» la « doctrine », il était « pleinement convaincu » des choses qu’il avait apprises par le ministère de Paul, c’était « dans ces choses » qu’il devait « demeurer », il ne fallait les abandonner à aucun prix. Là seulement il trouverait ce qui convenait pour résister à toute la puissance du mal. L’exhortation est aussi pour nous maintenant, alors que le sain enseignement n’est pas supporté, tandis que l’on s’amasse des docteurs selon ses propres convoitises, se détournant ainsi de la vérité ; il y a encore un « Mais toi », s’adressant à chaque fidèle comme à Timothée autrefois, et suivi des quatre exhortations sur lesquelles nous désirons nous arrêter.

 

3.5.1       Sobriété. Clarté d’esprit résultant de l’absence de fausses influences

« Sois sobre en toutes choses » — Sobriété en tout, dans le domaine des choses matérielles comme dans celui des choses spirituelles. Cette sobriété est en contraste avec l’imagination dont font preuve les faux docteurs dans la présentation de l’Écriture, avec les efforts qu’ils déploient pour orner la vérité, n’aboutissant ainsi qu’à la travestir, de telle sorte que ceux qui les écoutent « se tournent vers les fables ». Dans ce verset, la sobriété est surtout, fait observer le traducteur (N.T. Pau-Vevey 1872 — note en bas de page), « cette sobre clarté d’esprit résultant de l’absence de fausses influences par le fait que l’on n’est pas mêlé avec ce qui enivre ». Séparé, dégagé de tout ce qui peut être aliment ou stimulant pour la chair, le croyant aura cette « sobre clarté d’esprit » indispensable pour remplir un service fidèle ; au contraire, soumis à de mauvaises influences, mêlé avec ce qui enivre, il sera incapable d’avoir discernement spirituel et jugement sobre. — Cette première des quatre exhortations de 2 Timothée n’est-elle pas d’une importance tout à fait particulière dans les jours auxquels nous sommes ?

« Nous vivons dans un temps où les prédictions de l’apôtre se réalisent pleinement. Nous sommes donc exposés à en subir l’influence et malheureusement nous ne la subissons que trop. La Parole de Dieu est le remède efficace pour lutter contre ce courant d’indépendance et d’erreur... Nous avons à lutter contre le besoin d’entendre des paroles agréables à l’oreille, car il nous expose à chercher nos jouissances en dehors du terrain de la vérité. Ceux qui font ainsi paraissent n’être pas étroits, voudraient prouver que l’on peut s’associer à tout ce qui est bon sur quelque terrain que ce soit. Ils prétendront aussi qu’ils vont entendre prêcher l’Évangile, plus clairement, plus à la portée de chacun, que dans le cercle restreint où l’obéissance à la Parole les aurait placés. Un autre moyen dont l’ennemi se sert efficacement pour faire perdre le goût de la Parole de Dieu et la capacité de la comprendre, ce sont les lectures religieuses diverses qui foisonnent de nos jours... Satan sait se déguiser en ange de lumière et ses serviteurs en ministres de justice. Il sait, distribuer l’erreur en dilutions et la présenter sous des formes très attrayantes, à l’insu même des instruments qu’il emploie, et dans lesquels on ne soupçonnerait ni mauvaise intention, ni mauvaise doctrine. Il ne commence jamais par présenter ouvertement sa pensée. Il prépare le terrain en l’arrosant de bonté, d’amour fraternel large, d’une charité qui admire le bien où qu’il se fasse, d’une indulgence qui se contente d’intentions louables là où les procédés ne seraient pas scripturaires... Le maintien de la vérité et de la sainteté est une condition essentielle du témoignage rendu au Seigneur. L’ennemi fait son possible pour nous faire passer légèrement sur des choses aussi importantes. Tous admettent cependant que la vérité doit être maintenue, mais le désir d’union parmi les chrétiens, l’œuvre de l’évangélisation, l’amour entre tous, la font considérer comme chose secondaire... » (M.E. 1923, p. 324 et suivantes.)

Si nous avons repris les expressions de l’un de nos devanciers, c’est parce qu’il nous paraît difficile de mieux dépeindre les principaux caractères du « temps », dans lequel nous vivons. Qu’un croyant se détourne plus ou moins de la vérité — et, à cet égard, les progrès sont très rapides ! se laissant gagner par les influences qui s’exercent de tant de manières dans la chrétienté, par paroles ou par écrits, il sera inévitablement privé de la sobre clarté d’esprit que donne le sain enseignement. Il est très frappant de constater que, dans de tels cas, le jugement spirituel est toujours faussé. Que Dieu nous accorde la grâce de demeurer « sobres en toutes choses ».

 

3.5.2       Endure les souffrances

« Endure les souffrances ». — Présenter la Parole avec fidélité, rejeter tout ce qui serait susceptible d’altérer le caractère de la vérité, n’ira pas sans susciter de l’opposition de la part de ceux qui préfèrent « s’amasser des docteurs selon leurs propres convoitises ». Il y aura donc des souffrances à endurer, à supporter patiemment. Il faut poursuivre le chemin en dépit de toutes les oppositions, malgré les difficultés rencontrées, confiant dans le Seigneur. Les faux docteurs sont admirés, flattés, encensés, tandis que le serviteur fidèle, « sobre en toutes choses », aura à connaître critiques, moqueries, mépris peut-être, qui seront autant de causes de souffrances pour lui. Il est exhorté à supporter tout cela avec patience. L’apôtre pouvait dire : « C’est pourquoi j’endure tout pour l’amour des élus » (2 Tim. 2:10), faisant sans doute directement allusion aux souffrances qui étaient les siennes en tant que « lié de chaînes comme un malfaiteur », mais ayant aussi devant lui, nous pouvons le penser, l’ensemble des souffrances qu’il endurait dans un service fidèle pour le Seigneur et pour les siens.

Il est encore une autre souffrance à endurer : celle qu’éprouve un serviteur, un croyant fermement attaché au Seigneur et désireux de garder le sain enseignement, lorsqu’il voit tant d’âmes se détourner de la vérité et rechercher des docteurs selon leurs propres convoitises. Est-il possible de ne pas souffrir en considérant les résultats du travail de l’ennemi ? Ce sont là aussi des souffrances qu’il faut supporter patiemment.

 

3.5.3       Fais l’œuvre d’un évangéliste

« Fais l’œuvre d’un évangéliste ». — Le point important, ici, n’est pas de savoir si Timothée avait ou n’avait pas le don d’évangéliste. La pensée de l’apôtre nous paraît être celle-ci : en présence de toute l’activité des docteurs dont il est question au verset 3, Timothée ne devait pas s’engager dans des controverses, suivre sur leur terrain ceux qui, en présentant l’Écriture, déployaient les ressources de leur intelligence naturelle, les facultés de leur imagination — en fait, tout cela est l’activité de la chair, s’exerçant dans le domaine des choses de Dieu. Dans des cas de ce genre, l’on est trop généralement porté à la discussion, espérant par ce moyen faire prévaloir la vérité. L’on n’y parvient pour ainsi dire jamais, précisément parce que, comme nous l’avons vu, le discernement spirituel de ceux qui « détournent leurs oreilles de la vérité », ne supportant plus le sain enseignement, est obscurci par les influences charnelles — celles de la « chair religieuse » auxquelles ils sont soumis. Que faut-il faire alors ? « L’œuvre d’un évangéliste », c’est-à-dire présenter les vérités les plus simples, les vérités élémentaires et fondamentales du christianisme, « enseigner quels sont les premiers rudiments des oracles de Dieu », donner du « lait » (cf. Hébr. 5:12).

Tel est le chemin tracé à un croyant, à un serviteur dans le temps où le sain enseignement n’est pas supporté : d’abord, demeurer en dehors de toutes les influences susceptibles d’obscurcir le discernement spirituel, la clarté d’esprit : « sois sobre en toutes choses » ; ensuite, ne pas se laisser arrêter par la souffrance, soit celle que l’on peut connaître de la part de ceux qui se détournent de la vérité, soit celle que l’on peut éprouver à leur sujet du fait de leur égarement, mais au contraire la supporter avec patience : « endure les souffrances » ; en troisième lieu, et ici il s’agit d’un service actif, présenter les vérités fondamentales de la Parole, le simple et pur Évangile dans le sens le plus étendu du terme (celui que lui donne l’apôtre dans des passages comme Rom. 1:15, 2:16, 16, 25 ; Phil. 1:5 ; 2 Tim. 2:8 par exemple), agir d’une telle manière plutôt que d’engager discussions et controverses. Enfin, l’exhortation à persévérer en cela jusqu’au bout.

 

3.5.4       Accomplis pleinement ton service

« Accomplis pleinement ton service ». —Ce mot « pleinement » revient plusieurs fois sous la plume de l’apôtre, au chapitre 3 d’abord (v. 10 et 14), ensuite au chapitre 4 (v. 5 et 17). C’est : entièrement, complètement, sans rien laisser de côté de ce qui doit être compris, de ce qui doit être fait et de ce qui doit être dit. L’apôtre pouvait assurer les anciens d’Éphèse qu’il n’avait « rien caché des choses qui étaient profitables », qu’il n’avait « mis aucune réserve à leur annoncer tout le conseil de Dieu » ; son seul désir, même si pour cela il devait souffrir la mort du martyre, c’était d’achever sa course, et le service qu’il avait reçu du Seigneur Jésus pour rendre témoignage à l’évangile de la grâce de Dieu » (Actes 20:20, 27, 24) et, tout à la fin de sa course, il pouvait rendre témoignage à la fidélité du Seigneur qui, alors que tous l’avaient abandonné, s’était tenu près de lui, l’avait fortifié, afin que par lui « la prédication fût pleinement accomplie, et que toutes les nations l’entendissent » (2 Tim. 4:17). Quel exemple et quel encouragement pour Timothée ! Et quelle autorité morale avait l’apôtre pour adresser à son « enfant bien-aimé » cette ultime exhortation : « accomplis pleinement ton service » !

Timothée, faible et craintif, aurait pu dire : mais à quoi bon « faire l’œuvre d’un évangéliste », on ne supporte plus le sain enseignement, on se détourne de la vérité, on veut des docteurs selon ses propres convoitises ! Non, aurait répondu l’apôtre, prêche la Parole, présente et enseigne « les premiers rudiments des oracles de Dieu », que rien ne t’arrête, que rien ne te décourage, le Seigneur se tiendra près de toi comme Il s’est tenu près de moi, Il te fortifiera comme Il m’a fortifié, persévère jusqu’au bout sans défaillance, « accomplis pleinement ton service »

Cette dernière exhortation de l’apôtre rappelle l’injonction adressée par l’Éternel à Ézéchiel. Le prophète était envoyé vers un peuple rebelle et au cœur obstiné ; l’Éternel Lui-même dénonce le caractère de ce peuple désobéissant, Il sait bien où Il envoie son serviteur. Mais, quoi qu’il en soit de l’état du peuple, Ézéchiel est invité à présenter la parole de l’Éternel : « Et tu leur diras mes paroles, soit qu’ils écoutent, soit qu’ils n’en fassent rien » (Ézéch. 2:7). Ils n’écouteront pas ? Qu’importe, « accomplis pleinement ton service ». Et c’est encore aujourd’hui la responsabilité du fidèle au sein de la ruine de l’Église, alors que sont manifestés les caractères du temps dont parle l’apôtre dans les versets 3 et 4 de 2 Tim. 4 ; sans faiblesse, sans défaillance, sans découragement — on est si facilement découragé quand on voit les âmes se détourner de la vérité et se tourner vers les fables ! — mais avec le secours du Seigneur, la force que seul Il peut communiquer, « tu leur diras mes paroles, soit qu’ils écoutent, soit qu’ils n’en fassent rien ».

L’injonction adressée par l’Éternel à Ézéchiel nous conduit à rappeler un enseignement dont l’importance doit être soulignée. Ce que Timothée était exhorté à présenter c’était l’évangile, dans le sens étendu du terme, la Parole, la vérité — d’un mot, c’était Christ. Ce qu’Ézéchiel avait à dire, c’était la parole de l’Éternel : « tu leur diras mes paroles », mais pour qu’il puisse faire face à sa responsabilité il devait obéir à ce que l’Éternel lui dit ensuite : « Et toi, fils d’homme, écoute ce que je te dis, ne sois pas rebelle, comme cette maison rebelle ; ouvre ta bouche, et mange ce que je te donne », et encore : « Fils d’homme, toutes mes paroles que je te dirai, reçois-les dans ton cœur, et écoute-les de tes oreilles ; et va, vers ceux de la transportation, vers les fils de ton peuple, et tu leur parleras et tu leur diras : Ainsi dit le Seigneur l’Éternel, — soit qu’ils écoutent, soit qu’ils n’en fassent rien » (Éz. 2:8 ; 3:10, 11). Il fallait que d’abord, Ézéchiel se nourrisse lui-même de ce que l’Éternel lui donnait avant de remplir sa mission ; il ne pourrait s’en acquitter que tout autant que lui-même se serait nourri des paroles écoutées de ses oreilles et reçues dans son cœur.

 

3.6   Nourris de la Personne du Seigneur

C’est dans la mesure où l’âme sera nourrie de la Parole, de Christ Lui-même, que le service pourra être rempli selon la pensée du Seigneur, sans défaillance et sans découragement. Aussi, nous comprenons pourquoi l’apôtre présente la Personne de Christ tout au long de cette seconde Épître à Timothée : la promesse de la vie est « dans le christ Jésus » ; le témoignage, c’est celui « de notre Seigneur » ; la grâce nous a été donnée « dans le christ Jésus avant les temps des siècles » et elle a été « manifestée maintenant par l’apparition de notre Sauveur Jésus Christ, qui a annulé la mort et a fait luire la vie et l’incorruptibilité par l’évangile » ; la foi et l’amour sont « dans le christ Jésus », comme aussi la grâce dans laquelle le fidèle est exhorté à se fortifier ; c’est « le Seigneur » qui seul donne de l’intelligence en toutes choses ; c’est de « Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts » que Timothée, et le croyant avec lui, doit se souvenir ; le salut est « dans le christ Jésus », avec la gloire éternelle ; c’est « avec lui » que nous sommes appelés à vivre et à souffrir, avant de régner « aussi avec lui » ; « Lui demeure fidèle », même si nous sommes incrédules ; « Le Seigneur connaît ceux qui sont siens » et « quiconque prononce le nom du Seigneur » est tenu de se retirer de l’iniquité, afin de poursuivre « la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur » ; c’est « le Seigneur » qui a délivré Paul de toutes les persécutions endurées ; vivre pieusement « dans le christ Jésus » conduit à souffrir ; les saintes lettres peuvent rendre sage à salut par la foi qui est « dans le christ Jésus » ; c’est «le christ Jésus, qui va juger vivants et morts» et c’est « le Seigneur, juste juge » qui donnera la couronne de justice à Paul et aussi à tous ceux qui aiment son apparition ; « le Seigneur » se tient près des siens et les fortifie, les délivre de toute mauvaise œuvre et les conserve pour son royaume céleste ; et c’est « à Lui » qu’appartient la gloire aux siècles des siècles. Enfin, l’apôtre termine par ce souhait : « Le seigneur Jésus Christ soit avec ton esprit » (1:1, 8, 9, 10, 13 ; 2:1, 3, 7, 8, 10, 12, 13, 19, 22 ; 3:11, 12, 15 ; 4:1, 8, 17, 18, 22). Ce n’est là qu’une longue énumération, alors qu’il conviendrait de s’arrêter sur chacun de ces passages ; nous y verrions comment toutes les vérités présentées se lient à la Personne de Christ, ce qu’est Jésus pour le fidèle, les ressources qui sont en Lui et demeurent jusqu’à la fin. Considérons ces divers passages chacun pour ce qui nous concerne, méditons-les ; que cette méditation attache nos cœurs à Celui qui est fidèle et en qui nous avons tout déjà présentement, si sombres que soient les temps, et pour l’éternité ! Et qu’ainsi nous soyons rendus capables de mettre en pratique les quatre dernières exhortations adressées par l’apôtre à Timothée :

« Mais toi, sois sobre en toutes choses, endure les souffrances, fais l’œuvre d’un évangéliste, accomplis pleinement ton service. »

 

 

4                    Sur les dangers de la sentimentalité

ME 1960 p. 286

4.1   Qu’est-ce qui guide les affections de famille ?

Les sentiments que nous éprouvons pour les membres de nos familles ou de la famille de Dieu sont tout à fait légitimes. Et il serait dans un état anormal le croyant qui n’aurait guère d’affection pour ceux auxquels l’unissent les liens du sang ou les liens de la foi en un commun Sauveur et Seigneur. Mais il y a dans l’exercice même de cette affection un piège que nous ne savons pas toujours discerner et que l’ennemi place devant nos pas pour essayer de nous détourner du chemin de l’obéissance à la Parole.

Lorsque nos affections de famille ou notre affection fraternelle ne sont pas gouvernées par la Parole et l’Esprit de Dieu, lorsque nous leur donnons une importance dépassant celle qui convient, lorsqu’en définitive nous nous laissons guider et diriger par elles, nous sommes amenés à agir de telle manière que nous faisons passer ce qui est pour leur satisfaction avant ce qui doit être pour le maintien des droits de Dieu. Nous sommes si facilement portés à tomber dans ce piège — la plupart du temps sans même nous en rendre compte — qu’il est souvent placé devant nous ; nous pensons alors avoir fait ce qui est bien et connaître ainsi l’approbation du Seigneur parce que nous avons manifesté beaucoup d’affection à l’un des nôtres ou à des frères et sœurs en Christ et nous n’avons pas conscience de l’avoir fait au détriment des droits de Dieu et de ce qui convient à sa gloire. Nous avons méconnu le principe posé par le Seigneur Lui-même : « Celui qui aime père ou mère plus que moi, n’est pas digne de moi ; et celui qui aime fils ou fille plus que moi, n’est pas digne de moi » (Matt.10:37). Le Seigneur ne nous demande pas de ne pas aimer père, mère, fils ou fille, mais de l’aimer Lui plus que quiconque et de lui manifester cet amour en gardant sa parole (cf. Jean 14:21 et 23). C’est cela qui doit toujours guider nos actions et non pas les sentiments d’affection que nos cœurs éprouvent. Le Seigneur d’abord, sa parole, ses droits, sa gloire, avant toute autre chose ; tel devrait être le principe directeur, la règle de nos pensées et de nos actes, dans les détails de notre vie aussi bien que dans l’examen des questions les plus importantes.

 

4.2   Affections déréglées. Col. 3:5

Les « affections déréglées » font partie de « nos membres qui sont sur la terre » et que nous sommes exhortés à « mortifier » au même titre que « la fornication, l’impureté, la mauvaise convoitise, et la cupidité, qui est de l’idolâtrie ; à cause desquelles la colère de Dieu vient sur les fils de la désobéissance » (Col. 3:5 à 7). Ces affections sont celles qui ne sont soumises à aucune règle, même pas à celles de la morale humaine, celles qui se portent sur des personnes qui ne devraient pas en être l’objet — et ce n’est évidemment pas le cas si nous parlons d’affections pour les nôtres ou pour les enfants de Dieu. Nous dirions plutôt : affections non réglées, lorsqu’il s’agit de celles qui ne sont pas gouvernées par la Parole et qui, de ce fait, nous conduisent à agir d’une manière qui ne répond pas à la pensée de Dieu. De semblables affections sont à la source de toutes les actions purement sentimentales, très belles en apparence et louables aux yeux des hommes comme aussi aux yeux de tout chrétien peu ou pas spirituel. Dans cette sentimentalité, il y a au fond le désir d’éprouver une satisfaction personnelle, la joie que l’on connaît en témoignant son affection, même si l’on ne doit pas être payé de retour ; ce qui est grave c’est que l’on met cette joie au-dessus de celle que l’on goûte dans un chemin d’obéissance à la Parole, même quand il faut souffrir à cause de la justice et par fidélité au Seigneur dans une manifestation d’amour pour Lui (cf. Matt. 5:10 à 12). Si nous connaissions davantage ces dernières joies, nous hésiterions moins à les faire passer avant les premières lorsque, mis à l’épreuve, nous avons à choisir et à montrer si pour nous les droits du Seigneur ont le pas sur toute autre chose.

 

4.3   Manque de fermeté

Des affections non réglées par la Parole et l’Esprit de Dieu nous conduiront toujours à une certaine faiblesse, jamais à la fermeté qu’un enfant de Dieu devrait manifester sans cesse dans sa marche pratique. Faiblesse coupable chez un Éli par exemple : son affection pour ses fils était telle qu’il était incapable d’agir en vue du maintien des droits de Dieu. Il se borne à une répréhension sans effet alors qu’il lui appartenait d’exercer les actions nécessaires pour mettre fin à un état de choses qui déshonorait l’Éternel. Aussi se trouve-t-il, à son insu, solidaire de la conduite de ses fils et doit-il entendre ces paroles : « Pourquoi foulez-vous aux pieds mon sacrifice et mon offrande, que j’ai commandé de faire dans ma demeure ? Et tu honores tes fils plus que moi... » (1 Sam. 2:29). Quelle en sera la conséquence sous le juste gouvernement de Dieu ? Éli est mis de côté parce qu’infidèle à sa charge et à sa responsabilité : « ses fils se sont avilis » et « il ne les a pas retenus » (1 Sam. 2:35 ; 3:13). Quel enseignement, quel avertissement pour des parents chrétiens ! Ils ne pourront certainement pas élever leurs enfants « dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur » (Éph. 6:4) s’ils les entourent d’une affection non réglée par la Parole de Dieu. De même, lorsque leurs enfants auront grandi, ils seront en danger de leur donner des conseils peu susceptibles de les amener à marcher dans le chemin que Dieu voudrait pour eux.

De vrais fils de Lévi, désireux de montrer qu’avant toutes choses et au-dessus de toute considération ils sont « pour l’Éternel », n’hésiteront pas à faire passer, sans murmures et sans raisonnements, les droits de Dieu, l’obéissance à sa parole, avant les sentiments d’affection qu’ils peuvent éprouver pour un frère, un compagnon ou un intime ami (Ex. 32:26 à 29). C’est là qu’est la bénédiction, ainsi que nous le montre le dernier verset de ce passage. Que de fois, hélas ! nous agissons de manière diamétralement opposée lorsque pourtant il conviendrait de penser avant tout au témoignage du Seigneur ! Voici, par exemple, une action à exercer — discipline ou mise hors de communion — à l’égard d’une personne de notre famille ou d’un frère qui nous est très cher. En combien de cas ne faisons-nous pas passer nos sentiments en premier lieu ! Nous mettrons une certaine opposition, plus ou moins nuancée peut-être, ou bien nous nous abstiendrons, prenant en quelque sorte une position à l’écart qui nuit à la communion et à l’action de l’assemblée. Agir de la sorte, c’est se laisser guider non par la Parole et l’Esprit de Dieu mais par les sentiments de son propre cœur.

 

4.4   Deutéronome 13:6-11

Deutéronome 13:6 à 11 nous présente le cas de quelqu’un — membre de la même famille ou ami — qui cherche « en secret » à détourner les cœurs du seul vrai Dieu et dont l’action aboutirait, si on la laissait s’exercer librement, à briser l’unité du peuple. Le danger est de se laisser entraîner par ses sentiments. Tout au contraire, dans un cas semblable, il faut, d’après Deutéronome 13 mettre à mort le coupable, d’après l’enseignement du Nouveau Testament le placer hors de la communion de l’assemblée, qui doit se purifier de la souillure en ôtant le méchant du milieu d’elle-même (1 Cor. 5:13). Celui qui était lié à un tel homme par des liens de famille ou par ceux de l’amitié devait-il s’opposer ou encore, s’abstenir ? Bien au contraire, il lui est dit : « Ta main sera la première contre lui pour le mettre à mort » (Deut. 13:9). Objectera-t-on qu’il manque ainsi à tous les devoirs de la famille ou de l’amitié ? À l’encontre de ce que l’on pourrait penser, il y satisfait pleinement. Quel est en effet le but de l’action de l’assemblée lorsqu’elle « ôte le méchant » ? Pour ce qui la concerne, la purification du mal ; vis-à-vis de celui qui a péché, une restauration complète. Qui peut désirer davantage la restauration de celui qui, aujourd’hui, doit être exclu de la communion de l’assemblée si ce n’est son frère, son fils ou sa fille, sa femme, son intime ami ? Plus les liens d’affection sont étroits, plus il y aura le désir de voir entièrement restauré celui qui a péché. Voilà pourquoi celui qui lui est uni par des liens de famille ou par ceux de l’amitié, obéira sans hésiter à l’injonction de l’Écriture : « Ta main sera la première contre lui ». Il n’y a là, certes, aucun désir de vengeance c’est en vue du bien et cela convient à la gloire de Dieu au milieu des siens.

Combien peu nous entrons dans ces pensées, n’est-il pas vrai ? Nous préférons la plupart du temps agir sentimentalement, persuadés que nous faisons bien et que le Seigneur nous approuve, méconnaissant ce que l’Écriture nous enseigne qui met chaque chose à sa place : les droits de Dieu d’abord, ensuite l’exercice de l’affection du cœur jointe à un amour vrai et dans l’obéissance à la Parole.

 

4.5   1 Corinthiens 5:9-11

Nous pourrions prendre encore un autre exemple, dans le même courant de pensées et qui est également parmi les plus fréquents. 1 Corinthiens 5:9 à 11 nous donne un enseignement particulièrement clair au sujet de la conduite à tenir vis-à-vis de celui qui a dû être placé hors de la communion de l’assemblée : « Je vous ai écrit dans la lettre, de ne pas avoir de commerce avec des fornicateurs, non pas absolument avec les fornicateurs de ce monde, ou les avares et les ravisseurs, ou les idolâtres, puisqu’ainsi il faudrait que vous sortissiez du monde ; mais, maintenant, je vous ai écrit que, si quelqu’un appelé frère est fornicateur, ou avare, ou idolâtre, ou outrageux, ou ivrogne, ou ravisseur, vous n’ayez pas de commerce avec lui, que vous ne mangiez pas même avec un tel homme ». Un enseignement aussi clair est pourtant si souvent méconnu ! On estime parfois ne pas être tenu d’y obéir parce que l’on est lié par des liens de famille ou d’étroite amitié avec celui que la Parole appelle « le méchant » et avec lequel elle nous enjoint de n’avoir « pas de commerce », c’est-à-dire pas de relation. Et l’on fait ainsi passer les sentiments de son cœur avant l’obéissance à la Parole ! Pense-t-on, de cette manière, aider à la restauration du coupable et lui manifester un amour vrai ? — Ajoutons que des frères exercés quant au bien de l’assemblée, ayant à cœur la restauration de celui qui a dû être retranché, veilleront à ce que 1 Corinthiens 5:9 à 11 ne soit pas perdu de vue. Si besoin est, des remarques seront faites, avec douceur et amour ; elles seront répétées, si la chose est nécessaire, mais si elles devaient se révéler sans aucun effet, des avertissements sérieux pourraient alors attirer l’attention sur la gravité d’une désobéissance à la Parole. Dans un cas extrême, celui qui refuserait de tenir compte des remarques et avertissements pourrait avoir à connaître lui-même l’action de l’assemblée en discipline et son obstination — dont il est écrit qu’elle est « comme une idolâtrie » (1 Sam. 15:23) — serait susceptible, si elle apparaissait irréductible, d’entraîner sa propre mise hors de communion. Tout cela demande, dans la pratique, sagesse et discernement, patience et fermeté tout à la fois.

 

4.6   Prédication de l’évangile

C’est encore oublier l’enseignement de l’Écriture que de faire preuve, à l’occasion de la présentation de l’Évangile, de cette sentimentalité qui n’a guère d’autre résultat que de faire vibrer les sentiments de l’auditoire. Expressions de nature à produire des émotions, développements de pure imagination, récits et images plus ou moins bien choisis, enthousiasmes provoqués, grandiloquence, tout cela, que l’on prend pour de la puissance dans la prédication de l’Évangile, peut sans doute en amener certains à recevoir « aussitôt avec joie » la parole entendue, mais « ils n’ont pas de racine en eux-mêmes » et il ne reste rien à la fin (Marc 4:16, 17).

 

4.7   Pierre instrument du diable

Il y a plus grave encore. Une action sentimentale, même lorsqu’elle est exercée par un croyant plein d’amour pour le Seigneur et désireux de le lui témoigner, même lorsqu’il s’agit non pas d’affection pour des membres de sa propre famille ou pour des frères et sœurs en Christ mais pour le Seigneur Lui-même, peut nous conduire à devenir les instruments de l’adversaire. Pierre en a fait la triste expérience. Le Seigneur avait montré à ses disciples « qu’il fallait qu’il allât à Jérusalem, et qu’il souffrît beaucoup de la part des anciens et des principaux sacrificateurs et des scribes, et qu’il fût mis à mort, et qu’il fût ressuscité le troisième jour ». Pierre ne laisse parler que son cœur : il aime son Maître, il ne veut ni le voir souffrir ni le voir mourir ; et l’expression des sentiments de son cœur va l’amener à dire au Seigneur : « Seigneur, Dieu t’en préserve, cela ne t’arrivera point ! ». Quand le Seigneur avait pourtant montré « qu’il fallait... », Pierre ose affirmer : « cela ne t’arrivera point ». Il est, sans qu’il en ait conscience, le jouet de l’ennemi. Aussi doit-il entendre cette parole de la bouche du Seigneur : « Va arrière de moi, Satan, tu m’es en scandale ; car tes pensées ne sont pas aux choses de Dieu, mais à celles des hommes » (Matt. 16:21 à 23).

 

4.8   Conclusion

Nous pourrions trouver dans les Écritures bien d’autres exemples à l’appui de ce que nous venons de présenter, mais ceux qui ont été cités suffisent à nous montrer combien il est important pour nous de veiller sur nos propres cœurs. Soyons gardés d’agir selon nos sentiments, même les plus légitimes, et de faire passer avant les droits du Seigneur et l’obéissance à la Parole, l’affection que nous éprouvons pour les membres de nos familles ou pour nos frères en Christ. Qu’il nous soit accordé toujours de savoir joindre « à l’affection fraternelle, l’amour » (2 Pierre 1:7).

 

5                    Justice et paix

ME 1960 p.309

5.1   La justice et la paix basées sur le pardon de Dieu

« La justice et la paix se sont entre-baisées » (Ps. 85:10). En citant ce verset, nous pensons généralement à la croix comme étant le fondement de notre paix, l’œuvre expiatoire de Christ ayant satisfait à tous les droits de la justice de Dieu. Mais prophétiquement, en composant ce Psaume, les fils de Coré évoquent le moment où les rachetés d’Israël, délivrés et pardonnés, seront amenés à goûter la bénédiction d’en-haut dans le pays de leurs pères. Ils reconnaîtront alors avoir perdu tout droit à cette bénédiction en raison de leurs infidélités multipliées ; sur quelle justice pourraient-ils donc s’appuyer pour y avoir part, eux qui feront cette confession à l’Éternel : « Et tous nous sommes devenus comme une chose impure, et toutes nos justices, comme un vêtement souillé » (És. 64:6) ? Mais cette confession leur ouvrira le cœur de Celui qui assure un plein pardon au pécheur repentant, de sorte qu’ils lui diront ensuite en vérité : « Tu as pardonné l’iniquité de ton peuple, tu as couvert tous leurs péchés. Tu as retiré tout ton courroux, tu es revenu de l’ardeur de ta colère » (Ps. 85:2, 3). Et ils éprouveront dans leur âme le besoin d’aller au delà de la connaissance du pardon, demandant à jouir d’une heureuse communion avec Dieu. C’est le sens de la prière exprimée dans les versets 4 à 7 du Psaume. Alors, en réponse à cette prière, Dieu « dira paix à son peuple et à ses saints » (v. 8), et c’est en toute justice qu’Il le fera car « la justice regardera des cieux » (v. 11). La justice de l’homme, qui de la terre regarde en haut espérant mériter la bénédiction divine, étant sans valeur aucune, c’est la justice de Dieu qui du ciel regarde vers la terre ; elle est établie dans le ciel même parce que Christ s’y trouve : ayant glorifié Dieu ici-bas, Il a été maintenant glorifié par Dieu auprès de Lui-même. C’est le fondement de toutes les bénédictions à venir d’Israël, comme aussi le fondement de toutes les bénédictions célestes du croyant et de l’Église dans le jour actuel et pour l’éternité.

 

5.2   Le Roi de paix

« La justice regardera des cieux » et Dieu « dira paix à son peuple et à ses saints ». Il pourra être dit en vérité que « la justice et la paix se sont entre-baisées », et le règne millénaire qui sera alors établi sera un règne de justice et de paix. « Voici », dit le prophète, « un roi régnera en justice » (És. 32:1). Ce Roi, c’est Celui dont le nom est : « Merveilleux, Conseiller, Dieu fort, Père du  siècle, Prince de paix. » « Le gouvernement sera sur son épaule » et « à l’accroissement de son empire, et à la paix, il n’y aura pas de fin » (És. 9:6, 7). Il sera tout à la fois roi et sacrificateur, « sacrificateur sur son trône » (Zach. 6:12, 13), vrai Melchisédec, « roi de Salem, sacrificateur du Dieu Très-haut » (Héb. 7:1). Ce passage d’Hébreux 7 nous présente Melchisédec, type de Christ — « assimilé au Fils de Dieu, » — comme roi et sacrificateur et, dans sa royauté, « roi de justice, et puis aussi roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix » (v. 2, 3). — Son gouvernement sera caractérisé par la justice ; le Psaume 101 en définit les principes. Et la justice  établie sur une terre purifiée — purifiée par les jugements, car c’est « lorsque tes jugements sont sur la terre, » est-il écrit, que « les habitants du monde apprennent la justice » (És. 26:9, 10) — la justice, maintenue dans tous les actes du gouvernement de ce monde, la paix régnera. Le cantique dont les paroles nous sont rapportées au chapitre 26 du livre du prophète Ésaïe annonce cette paix : « Éternel, tu établiras la paix pour nous » (v. 12). La paix est la conséquence de l’instauration du règne de la justice et ne saurait être si les règles de la justice étaient violées. — Alors sera accompli ce qu’annonce prophétiquement le Psaume 72 « au sujet de Salomon » : « Ô Dieu ! donne tes jugements au roi, et ta justice au fils du roi. Il jugera ton peuple en justice, et tes affligés avec droiture. Les montagnes porteront la paix au peuple, et les coteaux, — par la justice... En ses jours, le juste fleurira, et il y aura abondance de paix... » (v. 1 à 7).

 

5.3   Pas de paix dans le monde actuel

Présentement, nous sommes dans un monde où les hommes voudraient établir la justice afin d’instaurer la paix sur la terre mais nous y sommes témoins de la vanité de leurs efforts. À l’intérieur d’une nation, ils parviennent à grand’peine à maintenir une certaine justice, cherchant surtout à éviter qu’il y ait de trop criantes injustices ; mais, malgré tout ce qui est fait dans ce but, on n’en finirait pas, en regardant autour de soi avec quelque attention, d’énumérer les injustices qui sont une cause de souffrance, de révolte parfois. Aussi devient-il souvent impossible de maintenir la concorde et la paix au sein d’une nation. Entre nations, la chose est plus difficile encore. On comprend que les hommes, plus d’une fois découragés, soupirent après un peu de justice et désirent ardemment la paix. Et pourtant, aveuglés par « le dieu de ce siècle » (2 Cor. 4:4), ils rejettent Celui qui seul apportera sur la terre justice et paix lorsque, après l’exécution des jugements apocalyptiques, Il établira son royaume en gloire. Alors, effectivement, « l’œuvre de la justice sera la paix, et le travail de la justice, repos et sécurité à toujours. Et mon peuple habitera une demeure de paix et des habitations sûres, et des lieux de repos tranquilles » (És. 32:17, 18).

 

Seigneur !quand sera-ce

Que ces temps heureux

Où luira ta face

Combleront nos vœux ?

Ton épouse crie :

« Viens, Prince de paix,

« Viens, Prince de vie,

« Régner à jamais ! »

 

5.4   Le croyant peut goûter la paix

En attendant ce règne de justice et de paix, le croyant — qui a d’ailleurs une part céleste, infiniment plus élevée que celle dont jouira Israël pendant le règne établi sur la terre — peut déjà, au milieu d’un monde troublé où « jusqu’à la fin il y aura guerre » (Dan. 9:26), goûter la paix. D’abord la paix de la conscience, ensuite la paix du cœur. Là aussi, il ne saurait y avoir de paix sur un autre fondement, que celui de la justice.

 

5.5   Péchés pardonnés, et les droits de la justice divine maintenus

Il n’a pas la conscience en paix celui qui est sous le poids de ses péchés et qui sent plus ou moins sa culpabilité devant Dieu, une culpabilité à laquelle nul ne saurait se soustraire (cf. Rom. 3:19 et 23). À des coupables, Dieu veut faire grâce mais Il ne le peut qu’en maintenant tous les droits de sa justice ; c’est pourquoi, après que la culpabilité de tous les hommes sans aucune exception a été pleinement démontrée, ce n’est pas de la grâce de Dieu qu’il est parlé mais de sa justice : « Mais maintenant, sans loi, la justice de Dieu est manifestée... » (Rom. 3:21). Pour que fussent maintenus les droits de la justice divine, Christ a pris la place des coupables et a subi, à la croix, le jugement que nous avions tous mérité. La justice de Dieu est ainsi satisfaite, et désormais Dieu se montre « juste » en pardonnant au coupable qui se repent, « et justifiant celui qui est de la foi de Jésus » (Rom. 3:21 à 26). C’est par la foi en l’œuvre expiatoire de Christ et non au moyen « d’œuvres accomplies en justice, que nous, nous eussions faites » (Tite 3:4 à 7) — que l’homme pécheur est justifié devant Dieu. Il se présente devant un Dieu juste et saint mais il est lavé dans le sang de Celui qui a été « livré pour nos fautes » et « ressuscité pour notre justification » (Rom. 4:25). Christ a accompli l’œuvre et Dieu l’a acceptée, de sorte qu’il n’est plus question de culpabilité pour celui qui se tient devant Dieu comme étant délivré et racheté par Christ ; Christ est sa justice, il peut donc goûter dans sa conscience une pleine et parfaite paix. Tant qu’une âme n’a pas compris sa culpabilité aux yeux de Dieu et la valeur de l’œuvre de Christ pour l’en délivrer, elle n’a pas l’assurance d’être justifiée et elle n’a aucune paix.

C’est parce que Christ a été « livré pour nos fautes » et « ressuscité pour notre justification » que la foi en Lui, en son œuvre parfaite, nous est « comptée à justice » (Rom. 4:22 à 25). « Ayant donc été justifiés sur le principe de la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre seigneur Jésus Christ » (Rom.5:1). C’est la paix de la conscience, elle ne peut être connue et goûtée par un autre moyen.

 

5.6   Les différentes dispensations

Cela n’affaiblit en rien l’étendue de la merveilleuse grâce de Dieu envers nous. Et l’Écriture met chaque chose à sa place, qui dit : « Là où le péché abondait, la grâce a surabondé, afin que, comme le péché a régné par la mort, ainsi aussi la grâce régnât par la justice pour la vie éternelle par Jésus Christ notre Seigneur » (Rom. 5:20, 21). Dans le temps présent, la grâce règne par la justice et, établi sur ce terrain solide, le croyant goûte la pleine paix de la conscience ; pendant le règne millénaire, « un roi régnera en justice » (És. 32:1) et Il apportera la paix, Lui le vrai Melchisédec, « roi de justice, et puis aussi roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix » (Héb. 7:2) ; enfin, après le règne, quand l’état d’éternité sera établi, lorsqu’il y aura « un nouveau ciel et une nouvelle terre » (Apoc. 21:1 à 8), la justice « habitera », c’est ce que « nous attendons » ainsi que l’écrit l’apôtre Pierre dans sa deuxième Épître (3:13). Ce sera alors la parfaite et éternelle paix que rien ne viendra jamais troubler, dans le lieu où « la mort ne sera plus » et où « il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni peine » (Apoc. 21:4).

 

5.7   Sentiers de justice. Ps. 23:3

Il nous faut Christ comme justice pour avoir la paix de la conscience. Ensuite, dans notre vie de chaque jour, il nous faut marcher dans le sentier de la justice pour avoir la paix du cœur. En dehors de ce chemin, l’âme est plus ou moins tourmentée, suivant que la conscience est plus ou moins délicate et exercée, et il n’y a pas de paix pour le cœur. La brebis qui se laisse conduire par le berger « dans des sentiers de justice » va sans aucune crainte, même si elle doit marcher « par la vallée de l’ombre de la mort » ; et les expressions qui terminent ce beau Psaume 23 nous disent bien de quelle paix profonde elle jouit, jusqu’en « la présence de ses ennemis ». Dans un tel sentier, conduit par Celui qui y a marché lorsqu’Il a été un homme ici-bas, de quoi le croyant doit-il être occupé ? De « toutes les choses qui sont vraies,... vénérables,... justes,... pures,... aimables,... de bonne renommée ». Et l’apôtre ajoute : « Faites ces choses, et le Dieu de paix sera avec vous » (Phil. 4:8, 9). — Et si nous nous écartons de ce sentier de la justice, la discipline d’un Père qui nous aime est là pour nous ramener ; elle est « pour notre profit, afin que nous participions à sa sainteté ». Sans doute « pour le présent » elle « ne semble pas être un sujet de joie, mais de tristesse », cependant « plus tard, elle rend le fruit paisible de la justice à ceux qui sont exercés par elle » (Héb.12:10, 11). Tel est le but en vue duquel la discipline nous est dispensée : nous faire participer à la sainteté de Dieu, notre Père, parce que nous sommes « des fils » (Héb. 12:7, 8) et produire « le fruit paisible de la justice ». Sainteté, paix, justice.

 

5.8   Danger de négliger la sainteté

Nous avons déjà remarqué dans un précédent article (M. É. 1954, p. 235) que la paix et la sainteté sont étroitement liées l’une à l’autre, inséparables l’une de l’autre pourrait-on dire. Il en est de même pour ce qui concerne la justice et la paix, nous venons de le voir. De sorte que vont toujours ensemble justice, sainteté, paix. Nous avons besoin de nous en souvenir constamment dans notre vie pratique car trop souvent guidés par nos sentiments, manquant de discernement spirituel, nous laissant séduire par les apparences, nous sommes portés à passer sur bien des choses pour obtenir ce que nous croyons être la paix selon Dieu et qui n’est en fait qu’une sorte de compromis entre diverses tendances, compromis qui fait plus ou moins bon marché de la justice et de la sainteté pratiques. Il est si doux et si bienfaisant de vivre en paix, l’âme y aspire en général si ardemment que, pour essayer d’y parvenir, l’on est incité à accepter de semblables compromis, accusant même parfois ceux qui désirent maintenir fermement justice et sainteté de troubler la paix — l’accusation n’est d’ailleurs pas d’aujourd’hui (cf. 1 Rois 18:17, 18). Malgré les plus belles apparences, nous n’aurons jamais une vraie paix, la paix selon Dieu, si justice et sainteté pratiques se trouvent sacrifiées en quelque mesure que ce soit ; prétendre établir ainsi la paix, c’est prétendre à un résultat que la Parole nous montre impossible à obtenir. Nous nous trompons sur le caractère de la paix ainsi réalisée : en fait, ce n’est pas autre chose qu’un mauvais accommodement obtenu parce que l’on a sacrifié quelque chose des droits de Dieu.

Nous voudrions citer encore deux passages des Écritures à l’appui de ce que nous venons de présenter.

 

5.9   Luc 1:75, 79

La bouche de Zacharie, en Luc 1:64 à 79, a été ouverte, sa langue déliée, après que sa foi et son obéissance ont été manifestées. Il a pu alors parler, « louant Dieu ». Puis, « rempli de l’Esprit Saint » il prononce une prophétie dans laquelle il rappelle les promesses immuables de Dieu et souligne le but de ses desseins à l’égard de son peuple : Il le délivrera afin d’avoir des cœurs disposés à le servir sans crainte, en sainteté et en justice devant lui ». Tel est le désir de Dieu dans tous les temps : Il veut avoir un peuple qui le serve dans la sainteté et dans la justice. Et Jean devait être un instrument entre ses mains « pour préparer ses voies, pour donner la connaissance du salut à son peuple », ce peuple appelé à servir Dieu « sans crainte, en sainteté et en justice devant lui », afin que leurs pieds fussent conduits « dans le chemin de la paix » (Luc 1:75, 79). Une marche dans le chemin de la paix découle d’un service dans la sainteté et la justice pratiques.

 

5.10                   Jean 17:25

Dans la prière qui nous est rapportée en Jean 17, le Seigneur s’adresse à son Père en faveur des siens. Lui va « passer de ce monde au Père » (Jean 13:1), eux auront à cheminer dans ce monde, un monde ennemi, qui ne connaît pas le Père. « Père juste ; — et le monde ne t’a pas connu... » (Jean 17:25). En marchant dans un sentier de justice, nous ferons l’expérience que ce monde ne nous connaît pas, comme il n’a pas connu Celui qui y a marché avant nous, nous a tracé le chemin et demeure notre Modèle parfait (cf. 1 Jean 3:1) — comme il n’a pas connu non plus le Père, le Père juste ». Il n’a pas connu le Père parce qu’il n’a pas connu l’Envoyé du Père ici-bas. Au milieu d’un tel monde, nous avons besoin d’être gardés, gardés dans une réelle séparation, intérieure d’abord, extérieure aussi ; notre chemin doit être un chemin de sainteté pratique. Aussi, c’est au « Père saint » que Jésus confie les siens : « Père saint, garde-le en ton nom... » (Jean 17:11). Sans doute, l’amour du Père est sans cesse en activité en notre faveur mais c’est un « Père juste », un « Père saint » qui s’occupe de nous. Pour que nous puissions cheminer dans le monde tout en manifestant que nous n’en sommes pas, le sentier qui nous est proposé est celui de la justice et de la sainteté ; les caractères du Père doivent être vus dans ses enfants. Dans la mesure où il en sera ainsi, nous ferons l’expérience que ce monde ne nous connaît pas mais nous ferons des progrès dans cette connaissance que Jésus veut nous donner du nom du Père, du « Père juste », du « Père saint ». Et ainsi seront réalisées les paroles qui terminent la prière du Sauveur : « ....afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux » (Jean 17:26). Nous serons gardés dans la paix parfaite qui découle de la jouissance d’un tel amour et d’une telle Personne. Puissions-nous nous laisser enseigner et conduire, de telle manière qu’une part aussi précieuse soit toujours la nôtre !

 

 

6                    Psaume 16:1 — Garde-moi, ô Dieu, car Je me confie en Toi

Titre original : Sur le premier verset du Psaume 16

ME 1962 p. 225

6.1   Un psaume prophétique

Le Psaume 16 est un psaume de David. Le « doux psalmiste d’Israël » l’a composé conduit par l’Esprit Saint qui, longtemps à l’avance, exprimait prophétiquement les sentiments qui devaient remplir le cœur de Christ, homme ici-bas et serviteur parfait. Que ce psaume nous présente Christ, le chemin de Christ, son service, c’est ce dont nous ne pouvons douter : l’Écriture même nous en assure (Actes 2:25 à 28 et 13:35).

1 Pierre 2:21 nous dit : « Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle, afin que vous suiviez ses traces ». Puissions-nous considérer ce divin modèle afin que nous soyons rendus capables de l’imiter en quelque mesure, suivant ses traces dans un chemin où Dieu pouvait voir briller les perfections infinies du seul homme qui ait été ici-bas pour l’entière satisfaction de son cœur.

 

6.2   Le Seigneur en prière

Il est bien remarquable que le premier verset du psaume 16 soit une prière. N’avons-nous pas là le secret de la marche de Christ comme homme et serviteur sur la terre ? Une telle marche implique un esprit de prière, la recherche de la pensée de Dieu, la connaissance de sa volonté pour y obéir, la jouissance de sa communion. L’Évangile selon Luc, dans lequel le Saint Esprit met tout particulièrement en relief le côté humain de la personne glorieuse du Fils de Dieu, ce qu’Il a été ici-bas comme Fils de l’Homme, nous le montre en prière dans sept circonstances différentes (3:21 ; 5:16 ; 6:12 ; 9:18 et 28 ; 11:1 ; 22:41 à 45) — sans parler de la prière qu’Il a fait monter vers son Père alors qu’Il était sur la croix (23:34). Les trois évangiles selon Matthieu, Marc et Luc nous parlent tous trois du baptême du Sauveur au Jourdain, de l’appel des douze, de la scène de la transfiguration sur la sainte montagne ; dans ces trois circonstances, seul le texte de Luc nous montre le Seigneur priant. C’est donc bien le secret d’une marche fidèle que la réalisation d’une vie de prière et de communion avec Dieu.

 

6.3   Grand besoin d’être gardés

« Garde-moi, ô Dieu ! » (Ps. 16:1). Telle est la requête de l’Homme Christ Jésus cheminant dans un monde où le mal règne et dans lequel l’ennemi exerce sa puissance et déploie ses ruses. Si Lui a éprouvé le besoin d’être gardé par son Dieu, à combien plus forte raison devons-nous l’éprouver nous-mêmes ! En considérant le sentier de l’homme parfait, nous sommes facilement portés à dire, pour essayer d’excuser nos manquements : une telle marche est impossible pour nous ! Lui était le Fils de Dieu, nous ne sommes que de pauvres créatures ! Ne perdons pas de vue cependant que s’Il était le Fils de Dieu et s’Il n’a jamais cessé de l’être, Il est venu ici-bas comme homme et c’est le sentier de l’homme devant Dieu qu’Il a tracé, en perfection sans doute et seul Il pouvait y atteindre, mais avec des ressources qui sont aussi à notre disposition afin que nous puissions « marcher comme lui a marché » (1 Jean 2:6). L’une de ces ressources c’est bien la prière. N’avons-nous pas à répéter sans cesse, non comme une vaine redite mais avec le sentiment profond de notre faiblesse et des dangers auxquels nous sommes exposés, cette prière de notre parfait Modèle : « Garde-moi, ô Dieu ! » ? Si nous avions davantage conscience de ce que nous sommes et du monde dans lequel nous avons à cheminer, nous ne ferions jamais un seul pas sans demander : « Garde-moi, ô Dieu !».

 

6.4   Confiance en Dieu, confiance en l’homme

Le vrai serviteur de l’Éternel, dont nous parlent le psaume 16 et l’évangile selon Marc, était levé longtemps avant le jour et, s’en allant à l’écart, « il priait là » (Marc 1:35). Il vivait une vie de communion avec son Dieu et c’est ainsi que, comme homme, Il apprenait à le connaître. C’est une telle connaissance qui conduit à la confiance, confiance sans laquelle la prière serait impossible ou, en tout cas, ne serait qu’une vaine forme sans puissance. Parce qu’Il peut dire en vérité : « Je me confie en toi », l’Homme parfait demande à son Dieu de le garder : « Garde-moi, ô Dieu ! car je me confie en toi ».

Demanderait-on à être gardé par quelqu’un en qui on ne peut se confier ? Dieu est digne de toute notre confiance, mais est-ce que nous savons assez nous confier en Lui ? Sans doute pas et c’est probablement pour cela que nous ne sommes pas caractérisés par l’esprit de prière qui conduisait l’Homme parfait à dire : « Garde-moi, ô Dieu ! » Notre confiance est plus facilement et plus souvent en l’homme et en des appuis visibles. Si nous manquons ainsi de confiance en Dieu, c’est certainement parce que nous le connaissons trop peu. David dit ailleurs : « Et ceux qui connaissent ton nom se confieront en toi » (Ps. 9:10). Pour se confier en quelqu’un, il faut d’abord le connaître. Dans les choses de cette vie, nul ne met sa confiance en quelqu’un qu’il ne connaît pas, tandis que l’on accordera volontiers une pleine confiance à celui que l’on connaît depuis longtemps comme une personne sûre et dont la fidélité a été maintes fois éprouvée. Cela, il nous arrive souvent de le faire, nous croyants qui avons pourtant lu tant de fois le passage de Jérémie : « Ainsi dit l’Éternel : Maudit l’homme qui se confie en l’homme, et qui fait de la chair son bras, et dont le cœur se retire de l’Éternel ! Et il sera comme un dénué dans le désert, et il ne verra pas quand le bien arrivera, mais il demeurera dans des lieux secs au désert, dans un pays de sel et inhabité » (17:5, 6). Nous ne devons avoir aucune confiance dans la chair (cf. Phil. 3:3, 4), que ce soit la chair en nous ou chez un autre. Une telle confiance nous amènera toujours à d’amères expériences. Par contre : « Béni l’homme qui se confie en l’Éternel, et de qui l’Éternel est la confiance ! Il sera comme un arbre planté près des eaux ; et il étendra ses racines vers le courant ; et il ne s’apercevra pas quand la chaleur viendra ; et sa feuille sera toujours verte ; et dans l’année de la sécheresse il ne craindra pas, et il ne cessera de porter du fruit » (Jér. 17:7, 8). Tel a été Christ ici-bas ! — Si nous n’avons aucune confiance à faire à l’homme, nous sommes heureux cependant de pouvoir manifester une confiance fraternelle à un croyant fidèle, vivant de la vie de Dieu : nous nous confions en lui dans la mesure où nous trouvons chez lui ce qui est du nouvel homme. Nous reconnaissons en lui quelque chose qui est de Dieu et c’est là ce qui produit la confiance. Mais ce que nous pouvons être amenés à goûter ainsi dans nos relations fraternelles, nous devrions le réaliser, et dans une tout autre mesure, dans nos relations avec Dieu. En vérité, nous le connaissons trop peu parce que nous ne vivons pas assez près de Lui, dans une intime communion avec Lui. C’est dans cette communion que s’acquiert la connaissance, et la connaissance conduit à la confiance. Dieu est heureux de cette confiance que les siens mettent en Lui : « Il connaît ceux qui se confient en lui » (Nahum 1:7).

 

6.5   La dépendance va avec la confiance

Le premier verset du psaume 16 est tout à la fois l’expression de la confiance et de la dépendance. Dans la prière, nous manifestons notre confiance en Dieu, nous témoignons aussi que nous dépendons de Lui.

Pas plus qu’on ne voudrait se confier en quelqu’un que l’on ne connaît pas, on n’aimerait dépendre de quelqu’un en qui on ne peut se confier. Il est bien vrai que nous savons trop peu ce qu’est une vie dans la dépendance de Dieu pour toutes les circonstances du chemin et cela parce que nous ne manifestons pas une entière confiance de cœur en Dieu et en Dieu seul. Si cette confiance nous fait défaut, nous l’avons vu, c’est parce que nous ne connaissons pas notre Dieu et Père de cette riche et précieuse connaissance qui ne s’acquiert que dans une vie de communion avec Lui. Puissions-nous considérer de plus près, dans les évangiles comme aussi dans les psaumes, le sentier parcouru par Celui qui est notre parfait Modèle ; et apprenons de Lui, afin que nous reprenions à notre tour, non pas seulement des lèvres, la prière que comme Homme ici-bas Il adressait à son Dieu : « Garde-moi, ô Dieu ! car je me confie en toi ».

Communion, connaissance, confiance, dépendance, les quatre choses sont intimement liées les unes aux autres. Vivons dans la communion avec Dieu, recherchons-la, cultivons-la, c’est ce qui importe par dessus tout, c’est le point de départ ; nous apprendrons alors à le connaître ; le connaissant quelque peu, nous saurons nous confier en Lui et nous confiant en Lui, nous serons heureux de marcher dans sa dépendance. Alors, nous pourrons refléter quelques traits de notre parfait Modèle et dire avec Lui, en toute vérité : « Garde-moi, ô Dieu ! car je me confie en toi ».

 

 

7                    La sagesse d’en haut — Jacques 3:17

ME 1962 p. 281

Notre marche devrait toujours être en harmonie avec l’état de notre âme, avec notre vie intérieure ; c’est un fait sur lequel insiste tout particulièrement l’épître de Jacques. Nous professons le christianisme, cette profession ne doit pas être uniquement une profession extérieure mais aussi une réalité, démontrée par des œuvres. Ces œuvres, œuvres de foi, sont pour notre entourage le seul témoignage d’une foi vivante agissant et opérant dans nos cœurs : « par mes œuvres, je te montrerai ma foi » (Jacques 2:18).

 

7.1   Besoin de sagesse et d’intelligence

Pour tous les détails d’une telle marche, nous avons besoin de sagesse et d’intelligence spirituelle, la sagesse nous étant nécessaire pour mettre en pratique ce que nous avons pu saisir, au moyen de l’intelligence éclairée et guidée par le Saint Esprit, de la pensée de Dieu révélée dans sa Parole. Sagesse et intelligence spirituelle sont liées l’une à l’autre et fréquemment présentées dans les Écritures en relation avec la connaissance de la volonté divine et la marche ici-bas. Cela ne saurait nous surprendre, bien au contraire. Israël est par exemple exhorté, au moment où il allait entrer en Canaan, à garder les commandements de l’Éternel : « Et vous les garderez et les pratiquerez ; car ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples qui entendront tous ces statuts et diront : Quel peuple sage et intelligent que cette grande nation ! » ; à Salomon, l’Éternel assure : « Voici, je t’ai donné un cœur sage et intelligent... Et si tu marches dans mes voies, gardant mes statuts et mes commandements, comme David, ton père, a marché, alors je prolongerai tes jours » (Deut. 4:6 ; 1 Rois 3:12 à 14). Mais retenons surtout pour ce qui nous concerne les exhortations des Épîtres : « Prenez donc garde à marcher soigneusement, non pas comme étant dépourvus de sagesse, mais comme étant sages... C’est pourquoi ne soyez pas sans intelligence, mais comprenez quelle est la volonté du Seigneur » et encore : « nous ne cessons pas de prier et de demander pour vous que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle, pour marcher d’une manière digne du Seigneur pour lui plaire à tous égards, portant du fruit en toute bonne œuvre, et croissant par la connaissance de Dieu » (Éph. 5:15 à 17 ; Col. 1:9, 10). Et nous retrouvons ce lien entre sagesse et intelligence dans l’épître de Jacques : « Qui est sage et intelligent parmi vous ? Que par une bonne conduite il montre ses œuvres avec la douceur de la sagesse » (3:13).

 

7.2   Sagesse d’en haut, sagesse humaine

La sagesse qui est nécessaire, nous le comprenons bien, c’est « la sagesse qui descend d’en haut » (Jacques 3:15, 17). La sagesse humaine ne nous serait d’aucun secours, elle ne pourrait que nous conduire dans un chemin tout différent de celui dans lequel Dieu veut nous voir marcher.

La sagesse de l’homme, qui prétend tout comprendre et tout expliquer, est folie aux yeux de Dieu, ainsi que le déclare l’apôtre au début de sa 1ère Épître aux Corinthiens. Dans les deux premiers chapitres spécialement, il met en relief l’impossibilité dans laquelle l’homme se trouve de comprendre les choses de Dieu ; il se glorifie de sa sagesse, mais « Dieu n’a-t-il pas fait de la sagesse du monde une folie ? ». Il est bien vrai — c’est « dans la sagesse de Dieu » qu’il en est ainsi — que « le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu » ; alors « il a plu à Dieu, par la folie de la prédication, de sauver ceux qui croient » et l’apôtre prêchait ce grand salut, « Christ crucifié... Christ la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu » (1 Cor. 1:20, 21 et 23, 24). Il évangélisait « non point avec sagesse de parole, afin que la croix du Christ ne soit pas rendue vaine », non point « avec excellence de parole ou de sagesse », non point « en paroles persuasives de sagesse, mais en démonstration de l’Esprit et de puissance », afin que la foi des croyants « ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » ; il parlait non point en paroles enseignées de sagesse humaine, mais en paroles enseignées de l’Esprit, communiquant des choses spirituelles par des moyens spirituels » (1 Cor. 1:17 ; 2:1, 4, 5, 13) . Ces chapitres nous disent bien l’appréciation que Dieu fait de la sagesse humaine. Rappelons aussi les paroles de louange que le Seigneur, homme ici-bas, adressait à son Père : « Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux petits enfants » (Matth. 11:25). Le domaine des choses de Dieu est complètement étranger à la sagesse du monde, il lui est fermé sans recours. « L’homme animal — la note, en bas de page de nos Bibles, nous donne le sens de cette expression : l’homme animé seulement par son âme créée, sans l’enseignement et la puissance du Saint Esprit — ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie ; et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2:14). Pour pénétrer dans le domaine des choses de Dieu il faut la simplicité de la foi, le secours de l’Esprit Saint.

Si donc la sagesse humaine ne nous est d’aucune aide, bien au contraire, pour comprendre les choses de Dieu, pour le connaître Lui-même, pourrait-elle nous être utile pour notre marche ici-bas ? Là aussi, et par voie de conséquence, elle ne saurait constituer qu’une entrave. C’est « la sagesse qui descend d’en haut » qui nous est nécessaire, indispensable même, pour que notre vie pratique soit à la hauteur de la position où la grâce de Dieu nous a placés.

 

7.3   Jacques 1:5-6 — Demander la sagesse

Deux passages de l’épître de Jacques nous parlent de la sagesse, l’un dans le 1er chapitre, l’autre dans le chapitre 3. « Et si quelqu’un de vous manque de sagesse, qu’il demande à Dieu, qui donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches, et il lui sera donné ; mais qu’il demande avec foi, ne doutant nullement » (1:5, 6). En combien de circonstances ne manquons-nous pas de sagesse ? Où est la ressource si ce n’est en Dieu seul ? Savons-nous assez nous emparer de la promesse qui est faite à celui qui demande, qui « demande avec foi » ? Et même, savons-nous assez nous tourner vers Dieu et lui demander la sagesse qui nous fait si souvent défaut? Ne nous arrive-t-il pas au contraire de suppléer à ce manque de sagesse par une action exercée suivant nos pensées propres et qui est au fond une action charnelle ?

 

7.4   Jacques 3:13. Des œuvres qui montrent sagesse et intelligence

Au chapitre 3, l’apôtre pose la question : « Qui est sage et intelligent parmi vous ? » et montre ensuite que sagesse et intelligence seront vues dans la conduite du croyant. Une prétention à la sagesse et à l’intelligence ne suffit pas, c’est la conduite qui en donne la preuve : « Que par une bonne conduite il montre ses œuvres avec la douceur de la sagesse (v. 13).

Les œuvres que nous sommes appelés à faire pour rendre témoignage de notre foi, pour montrer qu’elle opère dans nos cœurs, doivent être accomplies tout au long d’un sentier dans lequel il nous convient d’avancer en nous conduisant d’une manière agréable à notre Dieu et Père. La conduite du croyant doit être en toutes choses une « bonne conduite », c’est-à-dire qu’elle ne doit rien comporter qui serait susceptible de déplaire à Dieu. On comprend bien que le service d’un croyant serait entaché de faiblesse, marqué d’impuissance, si les œuvres accomplies se trouvaient associées à une conduite laissant à désirer. Œuvres de foi et bonne conduite doivent toujours aller de pair.

 

7.4.1       La douceur

L’apôtre ajoute : « avec la douceur de la sagesse ». Le mot « douceur » est le même que celui qui est employé dans le verset 21 du 1er chapitre : « recevez avec douceur la parole implantée, qui a la puissance de sauver vos âmes ». La douceur est, dans ces passages, une disposition de notre esprit à recevoir ce qui nous est apporté : recevoir la parole, dans le 1er chapitre — recevoir ce qui peut nous être communiqué par d’autres, au chapitre 3. Nous bien conduire, accomplir des œuvres de foi, nous laisserait croire peut-être que nous avons toujours à donner, à faire, jamais à recevoir. Ce serait un manque de sagesse. De sorte que le verset 13 nous présente un ensemble de trois choses que l’on ne saurait séparer les unes des autres : bonne conduite, accomplissement d’œuvres de foi et douceur d’esprit qui nous fait recevoir avec reconnaissance ce que des frères peuvent être amenés à nous communiquer pour notre profit spirituel et en vue du service que nous pouvons avoir à remplir.

 

7.4.2       La jalousie amère. La sagesse terrestre, animale, diabolique

En contraste avec la « douceur de la sagesse », le verset 14 nous parle d’une « jalousie amère » et d’un « esprit de querelle » qui peuvent tous deux se trouver « dans nos cœurs » sans que pour autant il y ait eu jusqu’alors des manifestations extérieures susceptibles de le révéler. C’est comme la « racine d’amertume » dont il est question dans le chap. 12 de l’Épître aux Hébreux ; elle est cachée dans le cœur mais, peu à peu, « bourgeonne en haut » jusqu’au moment où les fruits venus à maturité apparaissent aux yeux de tous. Ces fruits, ce sont : dans l’épître aux Hébreux, d’abord le trouble apporté dans les relations fraternelles, ensuite la souillure (12:15) — dans l’épître de Jacques, « du désordre et toute espèce de mauvaises actions » (3:16). Avant que ces fruits ne soient produits, lorsque le mal n’est encore qu’intérieur, nous pouvons essayer de le cacher, de le dissimuler à notre entourage, nos paroles peuvent exprimer tout autre chose que ce que nous pensons : « Celui qui hait se déguise par ses lèvres ; mais au dedans de lui il nourrit la fraude » (Prov. 26:24 — voir aussi les versets 23 à 28 et 27:6). Tandis que notre cœur est en mauvais état, laisser croire que nous sommes animés de sentiments selon Dieu, c’est « mentir contre la vérité » (Jacques 3:14). On peut ainsi, pendant un temps, tromper les autres mais, tôt ou tard, ce qui est à l’intérieur, ce qui remplit notre cœur se manifestera extérieurement et pourra être publiquement mis au jour : « la haine se cache-t-elle sous la dissimulation, sa méchanceté sera découverte dans la congrégation » (Prov. 26:26). On est parfois surpris de ces manifestations soudaines et apparemment inexplicables ; nous pouvons être certains qu’elles surviennent parce que l’on n’a pas veillé sur l’état de son cœur, tandis que dans le même temps l’on se glorifiait peut-être d’une apparence extérieure ne correspondant pas à l’état intérieur, mentant ainsi contre la vérité.

Cela, ce n’est certainement pas « la sagesse qui descend d’en haut », c’est une sagesse terrestre, animale, diabolique » (Jacques 3:15). Les hommes de ce monde se croient habiles et très sages lorsqu’ils parviennent à dissimuler adroitement leurs sentiments et à se composer un personnage extérieur tellement différent de ce qu’ils sont vraiment dans le fond de leur cœur. Mais l’Écriture nous dit qu’une telle sagesse est « diabolique » : elle porte en effet le caractère du diable, qui est appelé « le père du mensonge » (Jean 8:44). C’est mentir, « mentir contre la vérité » que de prétendre avoir et d’exprimer des sentiments opposés à ceux qui remplissent le cœur. L’on peut ainsi tromper ses semblables mais on ne trompe pas Celui aux yeux duquel « toutes choses sont nues et découvertes » (Hébr. 4:12, 13). Diabolique, cette sagesse est aussi « terrestre » — par opposition à celle qui « descend d’en haut » — et « animale », dans le sens qui est donné à ce terme en 1 Cor. 2:14 et que nous avons déjà rappelé.

 

7.5   Sept caractères de la sagesse d’en haut

7.5.1       Premièrement pure

Tandis que le verset 16 nous dit quels sont les fruits produits par la sagesse « terrestre, animale, diabolique », le verset 17 nous présente les différents traits de la sagesse « d’en haut ». Elle est « premièrement pure » ; ce qui la caractérise avant toute autre chose, c’est la pureté. Nés de nouveau, nous possédons une nature divine, devant Dieu nous sommes purifiés de tout péché parce que nous sommes lavés dans le sang de Christ ; dans notre marche pratique, nous sommes responsables de manifester cette pureté et cela implique d’abord le jugement du mal en nous — avec la confession du péché qu’il nécessite (cf. 1 Jean 1:6, 7 et 9) — ensuite, la séparation du mal qui est tout autour de nous dans ce monde.

La « sagesse d’en haut » ne peut en aucune manière nous conduire à une association quelconque avec la souillure, ou le péché sous quelque forme qu’il se présente ; elle est « premièrement pure », ne le perdons jamais de vue.

 

7.5.2       Paisible

Ensuite, mais ensuite seulement, elle est « paisible » : elle nous amène à la jouissance d’une vraie paix avec Dieu comme aussi avec ceux qui nous entourent ; si nous avons confessé nos péchés, si nous nous sommes jugés dans la lumière, il n’y aura plus aucune cause de conflit soit entre Dieu et nous, soit entre nous. Nous avons souvent tendance à mettre la paix au premier plan et à oublier que la sagesse d’en haut est pure avant d’être paisible. La sainteté et la paix vont de pair et il est impossible de connaître et de maintenir la paix selon Dieu si le terrain de la sainteté pratique a été abandonné.

 

7.5.3       Modérée, traitable

Pure et paisible, la sagesse d’en haut est aussi « modérée ». La modération par laquelle elle se manifeste nous fait éviter tout excès dans nos appréciations, dans nos paroles, dans nos actes ; elle nous maintient au contraire dans un juste équilibre et nous permet d’observer la mesure qui convient en toutes choses. Un manque de mesure dénote toujours un manque de sagesse.

Quatrième caractère de la sagesse d’en haut : elle est « traitable ». Ce terme est le contraire de celui qui est plus fréquemment employé dans le langage courant : intraitable. Celui qui est intraitable n’accepte pas d’être contredit, il est impossible de le faire revenir sur ce qu’il a décidé, de le faire changer d’opinion et même d’obtenir qu’il rectifie si peu que ce soit son jugement ; c’est un homme obstiné. Tandis que le croyant animé de la sagesse d’en haut est loin de croire que sa pensée est la seule qui ait quelque valeur, que lui ne se trompe pas alors que ceux qui sont d’un avis différent sont tous dans l’erreur ; il est disposé à écouter ce qui lui est dit, à tenir compte d’une appréciation spirituelle, à recevoir ce qui est fondé sur l’Écriture. En cela il manifeste l’un des caractères de la sagesse d’en haut.

 

7.5.4       Pleine de miséricorde et de bons fruits, sans partialité

Le cinquième des caractères indiqués dans ce passage est celui-ci : « pleine de miséricorde et de bons fruits ». Le croyant rempli de la sagesse d’en haut fait preuve de miséricorde à l’égard de tous — il sait combien il a besoin que l’on en ait pour lui — et est semblable à un arbre qui ne produit que de bons fruits, à l’image de Celui qui nous est présenté dans le langage prophétique des Psaumes (112:4 ; 1:1 à 3). Il n’y a rien des mauvais fruits de la chair (cf. Gal. 5:19 à 21 ; Jacques 3:16), rien de la « sagesse terrestre, animale, diabolique », c’est la vie de Dieu qui se manifeste, c’est « le fruit de l’Esprit », qui est produit (cf. Gal. 5:22), ce sont quelques traits de Christ qui sont mis en évidence.

La vraie sagesse est « sans partialité ». Lorsqu’il y a « jalousie amère » et « esprit de querelle », il y a, peut-on dire, toujours de la partialité, ce qui fausse le jugement et amène « du désordre et toute espèce de mauvaises actions ». Faire preuve de partialité conduit la plupart du temps, en dehors d’inévitables disputes, à la manifestation d’un esprit de parti et cela peut aller parfois jusqu’à la formation de véritables partis dans l’assemblée, ce qui est la négation du caractère même de l’assemblée réunie sur le terrain de l’unité du corps et, en outre, la méconnaissance de ce que nous avons à réaliser pour la gloire du Seigneur dans l’assemblée : « unis ensemble dans l’amour » (Col. 2:2). Tout cela est le travail de l’ennemi, opérant avec sa diabolique sagesse et par le moyen d’instruments qu’il trouve quelquefois jusque parmi ceux qui pourtant ont été arrachés à son joug !

 

7.5.5       Sans hypocrisie

Enfin, septième caractère de la sagesse d’en haut : elle est « sans hypocrisie ». L’état extérieur, toute la conduite correspond à l’état intérieur ; on ne ment pas contre la vérité en essayant de se donner une apparence qui n’est pas en harmonie avec ce qui est dans le cœur, ce qui serait pure hypocrisie. « Rejetons donc toute malice et toute fraude, et l’hypocrisie et l’envie... » afin que nous puissions manifester les uns à l’égard des autres un amour « sans hypocrisie »  (1 Pierre 2:1 ; Rom. 12:9).

 

7.6   Conclusion

Que Dieu nous accorde la grâce de mettre en évidence les caractères de la sagesse d’en haut ! Lui seul « donne la sagesse » ; dans le sentiment que nous en manquons si souvent et qu’elle nous est cependant nécessaire pour marcher fidèlement, adressons-nous donc à Lui qui « donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches » (Prov. 2:6 ; Jacques 1:5). Là sont nos ressources. Sachons y puiser abondamment, afin que nous soyons rendus capables de « marcher soigneusement non pas comme étant dépourvus de sagesse, mais comme étant sages... » (Éph. 5:15). Une telle marche est pour la satisfaction du cœur de Dieu, car il est toujours vrai que « un fils sage réjouit son père » (Prov. 10:1 — voir aussi 27:11 et 29:3).

 

 

8        Les objectifs réels de nos vies

Titre original : Que cherchez-vous ? — Jean 1:38

ME 1963 p. 286

Entraînés par le courant de ce monde et conformant trop souvent nos habitudes aux siennes, nous sommes en danger de perdre de vue bien des enseignements de l’Écriture qu’il est donc d’autant plus nécessaire de rappeler à notre mémoire.

 

8.1      Danger des richesses

Plus que jamais nous assistons à un intense déploiement d’activité en vue de la possession des richesses, à une véritable course à la fortune dans laquelle il y a tant de gagnants enviés. Cela nous incite à essayer d’y participer et, peu à peu, nous finissons par nous comporter comme si le grand but de notre vie était d’amasser des biens matériels. Chercher à « devenir riche », désirer ardemment prospérer ici-bas, c’est méconnaître que « la piété avec le contentement est un grand gain » ; c’est dire que nous ne sommes pas « satisfaits », pas « contents de ce que nous avons présentement », que nous ne sommes pas « pleins de confiance » envers Celui qui a dit : « Je ne te laisserai point et je ne t’abandonnerai point » (1 Tim. 6:6 à 8 ; Héb. 13:5, 6). L’argent apporte avec lui, c’est certain, bien des satisfactions, que l’ennemi, inlassable tentateur, s’emploie à faire miroiter à nos yeux afin de faire naître dans nos cœurs « l’amour de l’argent ». Piège dangereux s’il en est un ! « Or ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation et dans un piège, et dans plusieurs désirs insensés et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition ; car c’est une racine de toutes sortes de maux que l’amour de l’argent : ce que quelques-uns ayant ambitionné, ils se sont égarés de la foi et se sont transpercés eux-mêmes de beaucoup de douleurs » (1 Tim. 6:9, 10). « Une racine de toutes sortes de maux... beaucoup de douleurs », ce n’est pas nous qui le disons, mais Celui qui ne se trompe jamais dans l’appréciation des choses et les avertissements qu’Il nous adresse. Une « racine » : ce qui est au point de départ, ce qui portera des fruits dans un avenir plus ou moins proche. Ces fruits : « toutes sortes de maux ». Ce n’est pas l’argent par lui-même qui apporte « toutes sortes de maux », mais « l’amour de l’argent », le désir de « devenir riche », d’accroître ses biens. Celui auquel Dieu a voulu donner une grosse fortune peut très bien n’avoir en aucune manière « l’amour de l’argent », tandis qu’au contraire un homme n’ayant presque rien peut en être rempli. De Balaam il est écrit qu’il « aima le salaire d’iniquité » (2 Pierre 2:15) ; il aimait l’argent ! Nous avons aussi, dans l’Écriture, l’exemple de Guéhazi et celui, plus saisissant encore, de Judas. Chez ces trois hommes nous voyons les tristes fruits de la « racine » dont parle l’apôtre dans sa première épître à Timothée. Qui dira les « maux » et les « douleurs » que sont amenés à connaître des croyants dans le cœur desquels habite « l’amour de l’argent » ? En apparence, ce sont des hommes heureux, enviés, mais qu’en est-il souvent en réalité ?

Dieu peut trouver bon de donner à tel ou tel de ses enfants d’abondantes richesses ; c’est un privilège, avec toutes les responsabilités qu’il entraîne. « Si les biens augmentent, n’y mettez pas votre cœur » (Ps. 62:10) ; tout au contraire, il convient d’administrer avec sagesse ce que Dieu nous confie à chacun. Nous aurons à rendre compte de cette administration, pensons-y ! Ceux qui ont reçu beaucoup ont une beaucoup plus grande responsabilité ; ils doivent retenir l’enseignement de 1 Tim. 6:17 à 19 : « Ordonne à ceux qui sont riches dans le présent siècle, qu’ils ne soient pas hautains et qu’ils ne mettent pas leur confiance dans l’incertitude des richesses, mais dans le Dieu qui nous donne toutes choses richement pour en jouir ; qu’ils fassent du bien ; qu’ils soient riches en bonnes œuvres ; qu’ils soient prompts à donner, libéraux, s’amassant comme trésor un bon fondement pour l’avenir, afin qu’ils saisissent ce qui est vraiment la vie. »

 

8.2      Richesses spirituelles

Dieu nous propose un tout autre but que d’amasser une fortune dans ce monde. Il voudrait nous voir désirer et rechercher activement les vrais biens, les richesses spirituelles. « Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus » (Matt. 6:33). Avons-nous à cœur de rechercher cela avant tout et par-dessus tout ? Morts et ressuscités avec Christ, nous sommes exhortés à « chercher les choses qui sont en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu », à « penser aux choses qui sont en haut, non pas à celles qui sont sur la terre » ; c’est ainsi que nous aurons « des trésors dans le ciel » (Col. 3:1 à 4 ; Matt. 6:19 à 21).

 

8.3      Sources de déclin

La cause initiale de notre extrême faiblesse, du déclin qui s’accentue rapidement, réside sans aucun doute dans l’orientation de nos cœurs et, par suite, de nos activités. Les exhortations de Prov. 4 sont de tous les temps et de toute actualité : « Garde ton cœur plus que tout ce que l’on garde, car de lui sont les issues (ou : les résultats) de la vie ». Voilà pour l’orientation de nos cœurs ; ensuite, les principes qui doivent régler nos activités : « Pèse le chemin de tes pieds, et que toutes tes voies soient bien réglées. N’incline ni à droite ni à gauche ; éloigne ton pied du mal » (v. 23 et 26, 27). Au lieu de rechercher les biens impérissables, tout ce que nous avons en Christ et avec Lui, nous désirons souvent poursuivre l’accumulation de richesses dont un jour il ne restera rien ; et cela, parce que notre cœur est tourné vers ces choses. Quoi d’étonnant alors à ce que notre vie spirituelle, peu ou mal nourrie, s’étiole ? La faiblesse qui en résulte nous conduit à bien des faux-pas dans nos vies individuelles, dans nos maisons et dans la vie des assemblées ; elle nous rend à peu près incapables d’être « fidèles en toutes choses » et, à plus forte raison, d’aider nos frères, de soigner les plaies, d’exercer le service pastoral si nécessaire et tellement négligé, d’opérer lorsque c’est indispensable le jugement du mal, dont en bien des cas nous n’avons plus le discernement. Elle conduit en fait au « chacun faisait ce qui était bon à ses yeux » du temps des Juges.

 

8.4      L’humiliation vraie et sincère se traduit par des actes

Quel est le caractère essentiel — découlant sans doute de l’abandon de Guilgal — de la génération qui a suivi celle des jours de Josué ? « Après eux », est-il dit, « se leva une autre génération qui ne connaissait pas l’Éternel, ni l’œuvre qu’il avait faite pour Israël » (Juges 2:10) : méconnaissance de l’Éternel et de l’œuvre accomplie en faveur de son peuple pour le délivrer du pays d’Égypte et le conduire, au travers du désert, jusqu’en Canaan ! — Sans doute nous connaissons le Seigneur, l’œuvre qu’Il a accomplie pour nous, celle qu’Il accomplit présentement en nous, mais cette connaissance n’est-elle pas trop souvent superficielle ? Nous pouvons pleurer en pensant au déclin, en considérant que tant de fois « nous n’avons pas écouté », mais si ces larmes, telles celles du peuple à Bokim, ne sont pas le fruit d’une humiliation vraie et sincère, traduite par le rejet des idoles, elles ne sont qu’une manifestation extérieure sans réalité, sans résultats pratiques. C’est un travail de Dieu qui doit être opéré dans nos cœurs afin que nos consciences soient atteintes, un travail qui nous fera comprendre le prix qu’a pour le racheté de Christ la connaissance réelle et profonde de sa Personne et de son œuvre.

 

8.5      Connaître Christ, la puissance de sa résurrection, la communion de ses souffrances

L’apôtre Paul désirait « le connaître, Lui, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances » ; l’apôtre Pierre nous dit — dernière exhortation, dernier message de sa part —  « Croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ » ; l’apôtre Jean, pour indiquer ce qui caractérise le plus haut degré de développement spirituel, les deux fois où il s’adresse aux « pères », ne leur dit pas autre chose que : « Vous connaissez celui qui est dès le commencement » (Phil. 3:10 ; 2 Pierre 3:18 ; 1 Jean 2:13, 14). Connaissance de la personne de Christ, Fils éternel, bien-aimé du Père, Homme dépendant et confiant, n’ayant d’autre désir que d’accomplir en toutes choses la volonté de son Dieu et Père, révélant pleinement Celui « qui habite la lumière inaccessible, lequel aucun des hommes n’a vu, ni ne peut voir »(1 Tim. 6:16) ; connaissance du Christ des évangiles, connaissance de Celui qui est maintenant assis à la droite de la Majesté dans les hauts lieux et dont nous sommes exhortés à contempler la gloire à face découverte. Si nous le faisions mieux, nous serions transformés à sa ressemblance (cf. 2 Cor. 3:18). Connaissance enfin de Celui qui a « achevé l’œuvre que le Père lui avait donnée à faire ». Quelle œuvre que celle qui a pleinement glorifié Dieu, œuvre qui est le fondement de notre salut, le fondement sur lequel repose l’accomplissement des conseils de Dieu ! Une œuvre que nous pouvons bien célébrer et exalter, dont nous avons aussi à considérer les résultats pratiques pour ce qui nous concerne : la croix de Christ marque la fin de notre histoire dans la chair, elle nous sépare du monde et de ses principes, elle nous introduit dans une condition nouvelle. Nous sommes morts et ressuscités avec Christ. Mais encore nous pouvons nous rappeler que, si le Seigneur a achevé l’œuvre que le Père lui a donnée à faire, Il demeure le Serviteur parfait, Celui dont le service n’a pas de fin. Souverain Sacrificateur, Avocat auprès du Père, fidèle Berger de ses brebis, quelle œuvre Il accomplit du haut de la gloire en faveur de ceux qui Lui appartiennent et cheminent ici-bas, pèlerins en route vers le ciel.

Quelle connaissance nous est ainsi proposée ! Certes, nous connaissons « en partie » (1 Cor. 13:12) et, ici-bas, nous ne connaîtrons jamais qu’en partie, mais puissions-nous manifester toute diligence pour croître dans la connaissance de Christ et de son œuvre ! C’est le véritable remède à tous nos maux, c’est agir sur la cause afin d’en voir disparaître les funestes effets. Que Christ soit véritablement l’objet de nos cœurs ! Si nous éprouvons quelque attrait que ce soit pour les choses terrestres, c’est, au fond, parce que Christ a moins de prix pour notre cœur.

 

8.6      Méconnaissance de Dieu et de l’œuvre qu’Il a faite pour Son peuple

C’était bien cette méconnaissance de l’Éternel et de l’œuvre qu’Il avait faite pour Israël qui était à l’origine de la condition misérable du peuple dans les jours des Juges. Juge2:11 nous le dit : « Et les fils d’Israël firent ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, et servirent les Baals. » Un cœur qui n’est pas occupé de Christ et de son œuvre, un cœur qui n’est pas occupé du bien se tourne vers le mal, vers les idoles... Que d’idoles dans ce monde, aujourd’hui ! L’argent en est bien une (cf. Col. 3:5 : « la cupidité, qui est de l’idolâtrie » ; Éph. 5:5).

 

8.7      Ressources et jugements gouvernementaux

La suite du chapitre 2 des Juges nous montre que, d’une part, Dieu a des ressources en faveur de cette « génération » infidèle et que, d’autre part, Il doit exercer des jugements gouvernementaux à son égard. Des ressources : Il suscite des juges qui apportent une délivrance partielle, momentanée, après laquelle le cœur du peuple se manifeste toujours aussi rebelle. Des jugements : Sa colère s’embrase contre Israël et il se sert de tel ou tel instrument pour le châtiment de son peuple. N’éprouvons-nous pas encore aujourd’hui ce que le Seigneur fait pour nous, son peuple céleste ? D’une part Il nous parle par le moyen de tel ou tel acte de son juste gouvernement, et il en est de particulièrement sérieux, auxquels nous avons besoin d’être attentifs. D’autre part, Il déploie aussi les ressources de sa grâce envers nous, ne les méprisons pas ! Que l’ensemble de ses dispensations à notre égard nous ramène à la source et produise dans nos cœurs le désir de croître dans la connaissance de Christ et de son œuvre !

 

8.8      Suivre effectivement le Seigneur

Les deux disciples de Jean, attirés par le Seigneur, le suivirent (Jean 1:35 à 37). Nous avons aussi ce même désir ; mais, dans ce chemin, que cherchons-nous ? Nos intérêts ici-bas ou Christ lui-même ? Peut-être pensons-nous parfois : au fond, il ne faut pas s’arrêter à tant de détails, l’essentiel c’est l’attachement au Seigneur. Sans aucun doute. Mais l’attachement au Seigneur doit se traduire dans nos actes, bien plus encore que dans nos paroles, et précisément dans tous les détails de notre vie pratique. Le Seigneur l’a dit Lui-même : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jean 14:23). Puissions-nous répondre, comme autrefois les deux disciples à la question que Jésus leur posait, par cette autre question qui était la meilleure réponse : « Où demeures-tu ? » Il nous conduira dans le lieu où Il habite, dans le sanctuaire ; nous pourrons ainsi « demeurer auprès de Lui » (Jean 1:38 à 40) et « chercher les choses qui sont en haut où le Christ est assis à la droite de Dieu ; penser aux choses qui sont en haut, non pas à celles qui sont sur la terre » (Col. 3:1 à 4). Nous verrons alors combien le chemin est facile, nous pourrons y avancer heureux, allant « de force en force », jouissant de la communion avec le Seigneur et goûtant déjà par la foi ce que nous aurons bientôt en plénitude.

 

 

 

9        L’amour vrai. Quelques remarques sur 1 Jean 3

ME 1965 p.169

9.1      Amour selon Dieu. Les deux familles : de Dieu et du diable

« Voyez de quel amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu ». Si « nous sommes maintenant enfants de Dieu » c’est bien, en effet, parce que « le Père nous a fait don » de sa propre nature (1 Jean 3:1, 2) ; l’amour en est le caractère essentiel, il en est aussi le fruit ; seul celui qui la possède peut aimer d’un amour vrai, amour qui a sa source en Dieu Lui-même. Des personnes inconverties n’ont pas la nature divine, elles ne peuvent donc aimer comme Dieu demande à ses enfants d’aimer ; elles peuvent avoir entre elles d’agréables relations, connaître une étroite intimité, se confier librement l’une à l’autre, se dévouer entièrement l’une pour l’autre, tout cela, si louable que ce puisse être à un certain point de vue, n’est pas et ne peut pas être un amour selon Dieu, car de tels sentiments, si heureusement manifestés qu’ils puissent l’être, ne proviennent pas de la seule nature susceptible de produire un tel fruit. L’apôtre Jean distingue avec toute la netteté possible ces deux classes de personnes : les « enfants de Dieu » et les « enfants du diable » (1 Jean 3:10). Il peut paraître surprenant, inadmissible même pour beaucoup, que les hommes ne puissent être rangés que dans l’une ou l’autre de ces deux familles et qu’une personne inconvertie, très « religieuse » peut-être, ayant une dignité de vie qui force le respect, pleine de « bonnes œuvres » (dans le sens que les hommes donnent à ces termes), soit cependant, selon la mesure divine, « un enfant du diable ». Mais ce n’est pas nous qui le disons, c’est la Parole de Dieu.

 

9.2      Haïr son frère, jusqu’où cela peut aller

Le Seigneur affirmait aux Juifs : « Vous, vous avez pour père le diable, et vous voulez faire les convoitises de votre père. Lui a été meurtrier dès le commencement… » (Jean 8:44) et l’apôtre Jean fait allusion à ces paroles en citant l’exemple de Caïn qui était « du méchant et tua son frère » (1 Jean 3:12). La haine était dans son cœur et ce sentiment du cœur naturel est comme une racine aux fruits extrêmement variés et qui peuvent aller même parfois jusqu’au meurtre : « Quiconque hait son frère est un meurtrier » (1 Jean 3:15). Dans le principe la chose est toujours vraie, si même elle ne se traduit pas toujours de cette manière dans les actes. Il y a tout un ensemble de choses qui peuvent retenir celui qui « hait son frère », ne serait-ce que l’exercice de l’autorité donnée et maintenue par Dieu ; par sa bonté, il y a encore, et cela jusqu’à l’enlèvement de l’Église — la vraie Église, constituée par tous ceux qui sont nés de nouveau durant la période qui va du jour de la Pentecôte au retour du Seigneur — « ce qui retient » et « celui qui retient » (2 Thess. 2:6, 7). De sorte que celui qui « hait son frère » est la plupart du temps, grâces à Dieu, retenu dans la voie du meurtre. Il n’en demeure pas moins vrai que, dans le principe et aux yeux de Dieu, « quiconque hait son frère est un meurtrier ».

 

9.3      Le croyant doit veiller à ne pas nourrir des sentiments charnels

Un croyant trouvera de l’apaisement en lisant la fin de ce verset : « et vous savez qu’aucun meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui » (1 Jean 3:15). Donc, pensera-t-il pour tranquilliser sa conscience, puisque j’ai la vie éternelle cette parole ne peut s’appliquer à moi, je ne saurais être « un meurtrier ». Sans doute, il est bien clair que le verset 15 du chapitre 3 de la première épître de Jean concerne directement un inconverti, mais gardons-nous de négliger l’enseignement que nous pouvons en retirer pour nous croyants : si un incrédule « hait son frère » c’est la vieille nature qui se manifeste ainsi, car chez lui il n’y a que cette nature mauvaise ; nous ne sommes plus « dans la chair » comme l’homme inconverti, mais la chair est toujours en nous et peut aussi se manifester, tout comme chez un inconverti, si nous ne la tenons pas pour morte. Or, les fruits de la chair sont toujours les mêmes, que ce soit chez un incrédule ou chez un croyant. Galates 5:19 à 22 nous dit ce que sont « les œuvres de la chair » ; elles comprennent notamment « les meurtres ». De sorte que nous avons à veiller soigneusement sur l’état de nos cœurs, ne nourrissant pas des sentiments charnels mais au contraire jugeant devant Dieu tout ce qui serait susceptible de nous conduire à accomplir « les œuvres de la chair », tout ce qui est mauvais dans le principe même.

 

9.4      1 Jean 3:14-15. Absence d’amour, puis haine

L’apôtre Jean nous montre dans ces versets 14 et 15 du chapitre 3 de sa première épître un aspect négatif et un aspect positif d’un cœur en mauvais état : il y est question de « celui qui n’aime pas son frère » et ensuite, de « quiconque hait son frère ». Le premier des deux caractérise un état peut-être moins grave que le second puisqu’il semble n’y avoir aucune haine dans le cœur mais seulement le fait de « ne pas aimer » : la vie divine ne se manifeste pas, elle est en quelque sorte inactive, on n’en voit pas les fruits ; celui qui est dans cet état « demeure dans la mort » (alors que « celui qui aime son frère demeure dans la lumière, et il n’y a point en lui d’occasion de chute » — 1 Jean 2:10). Un tel état est sans doute un premier pas vers celui dont il est question au verset 15 : là, ce n’est plus un état passif mais actif, la haine remplit le cœur. Combien nous sommes en danger si nous demeurons sourds au « message » que nous rappelle l’apôtre — c’est le deuxième message de cette épître ; le premier, au verset 5 du premier chapitre, est en rapport avec le fait que « Dieu est lumière » — : « Car c’est ici le message que vous avez entendu dès le commencement, savoir que nous nous aimions l’un l’autre » (1 Jean 3:11). Premier danger : ne pas aimer son frère ; le second, qui nous menace si nous n’avons pas pris garde au premier : le haïr.

Nous vivons dans un monde caractérisé par la haine et cette haine se manifeste spécialement envers les enfants de Dieu ; cela n’est pas pour nous surprendre : « Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait » (1 Jean 3:13). Cette haine se montre sans doute de diverses façons, elle peut fort bien être dissimulée sous des attitudes aimables mais, au fond, elle existe et plus notre témoignage sera fidèle plus elle sera marquée. Les œuvres « justes » d’Abel jugeaient les œuvres « mauvaises » de Caïn et c’est ce qui a conduit ce dernier à tuer son frère (cf. v. 12). Les œuvres « justes » d’un croyant fidèle jugent des œuvres « mauvaises », qu’elles soient accomplies par un incrédule ou par un croyant qui ne marche pas comme il le devrait. Cette haine du monde résulte du fait que « le monde ne nous connaît pas » parce qu’il n’a pas connu Christ (cf. 1 Jean 3:1) et le Seigneur, alors qu’Il était ici-bas, méconnu du monde et haï par lui, a pu dire à ses disciples : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui serait sien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, mais que moi je vous ai choisis du monde, à cause de cela, le monde vous hait. Souvenez-vous de la parole que moi je vous ai dite : L’esclave n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. Mais ils vous feront toutes ces choses à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé » (Jean 15:18 à 21). Mais Il leur a parlé aussi de ces deux domaines aux caractères entièrement opposés : ce qui est « du Père », ce qui est « du monde » (cf. Jean 13:1 ; 1 Jean 2:15 à 17). Si ce dernier est caractérisé par la haine, le premier est marqué par l’amour. Quel rafraîchissement pour le cœur du croyant, éprouvant dans une mesure plus ou moins grande la haine du monde, que de jouir de l’amour qui unit les enfants de Dieu ! Si le monde nous hait, « nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères » (1 Jean 3:14). Quel contraste ! haine du monde, amour des frères… Même contraste entre les versets que nous venons de rappeler de Jean 15 et celui qui les précède : « Je vous commande ces choses, c’est que vous vous aimiez les uns les autres » (v. 17). Réaliser que nous sommes membres d’une même famille et que le Père nous a fait don de sa propre nature, jouir de cet amour dont nous sommes appelés à nous aimer les uns les autres, quelle part précieuse, quel rafraîchissement au milieu de l’aride désert de ce monde ! Et cela nous confirme dans cette certitude de notre foi : « nous sommes passés de la mort à la vie ». De sorte que si nous avons à connaître quelque chose de la haine du monde, nous pouvons jouir avec bonheur de l’amour dont nous devons nous aimer les uns les autres.

Cet amour a sa source en Dieu, il doit être témoigné selon les enseignements de sa Parole et les directions de son Esprit. Pour aimer les enfants de Dieu, il faut d’abord aimer Dieu et pour aimer Dieu il faut garder ses commandements : « Par ceci nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c’est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements ; car c’est ici l’amour de Dieu, que nous gardions ses commandements, et ses commandements ne sont pas pénibles… » (1 Jean 5:2, 3 ; cf. Jean 14:21, 23). — Nous connaissons cet amour parce qu’il nous a été révélé : « Par ceci nous avons connu l’amour, c’est que lui a laissé sa vie pour nous ; et nous, nous devons laisser nos vies pour les frères » (1 Jean 3:16). Tel est notre Modèle : Christ manifestant son amour, l’amour divin, dans le don de sa vie pour nous. Pas plus qu’en Philippiens 2:8, il ne peut s’agir d’imiter Christ dans l’accomplissement de son œuvre expiatoire : seul Il pouvait l’accomplir et elle l’a été une fois pour toutes. Mais l’exhortation est celle-ci : imiter l’obéissance de Christ (Phil. 2), l’amour de Christ (1 Jean 3), obéissance et amour qui n’ont reculé devant rien, même pas la mort. C’est ainsi que « nous devons laisser nos vies pour les frères ». Il est des croyants qui, dans les jours d’autrefois surtout, ont été jusque là ; mais si l’occasion ne nous est jamais offerte (encore que nous puissions nous demander si notre amour serait assez fort pour ne pas la laisser passer…) est-ce à dire que nous n’aurons pas à montrer notre amour pour les frères ? Le verset suivant (v. 17) nous fait voir que cet amour doit s’exercer dans la vie de tous les jours : avec intelligence et discernement spirituel, pourvoir aux besoins de ceux qui sont dans la nécessité, tel est le chemin qui nous est proposé, le chemin de l’amour.

Dire que nous aimons les frères, aimer « de parole » ou « de langage », ne suffit pas. C’est même la chair qui pourrait se montrer en cela. Pierre n’avait-il pas dit au Seigneur : « Je laisserai ma vie pour toi » ? (Jean 13:37). Et certes, il était plein d’amour pour son Maître, mais il se confiait trop en cet amour et il a dû faire l’expérience qu’en notre chair il n’habite point de bien (cf. Rom. 7:18). Aimer en paroles seulement est sans grande valeur, c’est « en action » que nous devons aimer et c’est même encore insuffisant : il faut aussi aimer « en vérité ». Des « actions » peuvent avoir l’apparence de l’amour, mais seulement l’apparence. Que dirait-on si l’on voyait un croyant distribuer en aliments tous ses biens ? Certes, on le louerait, on proclamerait sa générosité et son amour, on assurerait qu’il met en pratique 1 Jean 3:17. Et s’il allait jusqu’à laisser sa vie pour ses frères, jusqu’à livrer son corps ? N’exalterait-on pas sa mémoire et ne le citerait-on pas en exemple d’un amour digne de Celui qui a laissé sa vie pour nous ? Et pourtant l’Écriture nous dit : « Et quand je distribuerais en aliments tous mes biens, et que je livrerais mon corps afin que je fusse brûlé, mais que je n’aie pas l’amour, cela ne me profite de rien » (1 Cor. 13:3). Ce verset nous présente précisément les deux manifestations d’amour dont il est question en 1 Jean 3:17 et 16 et nous montre que les deux choses peuvent être faites avec seulement une apparence d’amour, « l’action » certes, mais sans « la vérité ».

L’apôtre nous montre ensuite ce qui découle de tout ce qui précède : d’abord, « l’assurance envers Dieu », une heureuse confiance, la joie de la communion, caractérisant nos rapports avec Lui ; ensuite, l’exaucement de nos prières : « quoi que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous pratiquons les choses qui sont agréables devant lui » (v. 19 à 22). Le verset 23 nous dit quel est son double commandement : croire au nom de son Fils Jésus Christ et nous aimer l’un l’autre. « Et celui qui garde ses commandements demeure en lui, et lui en cet homme ; et par ceci nous savons qu’il demeure en nous, savoir par l’Esprit qu’il nous a donné » (v. 24).

Le chapitre commence par un don de Dieu et se termine de même : Dieu nous a donné sa propre nature (v. 1) et son Esprit (v. 24). Comment la nature divine en nous peut-elle produire les fruits qu’elle est appelée à porter et que nous sommes responsables de manifester ici-bas ? Par la puissance du Saint Esprit que Dieu nous a donné et qui habite en nous. C’est le secret pour vivre dans ce monde la vie que nous avons à y vivre.

Que la Parole divine touche notre conscience et atteigne notre cœur, que l’Esprit Saint agisse puissamment en nous, afin que nous soyons des « faiseurs d’œuvres » et non des « auditeurs oublieux » !

 

 

10   L’amour de l’argent : Une racine de toutes sortes de maux (1 Tim. 6:10)

ME 1967 p.67

10.1  Un frein à la vie chrétienne

De tout temps « l’amour de l’argent », cette « racine de toutes sortes de maux », a habité bien des cœurs humains. La « convoitise de la chair » tout autant que la « convoitise des yeux » ou « l’orgueil de la vie » (cf. 1 Jean 2:15, 16) peuvent conduire l’homme à cette terrible passion qui risque d’amener un croyant à « perdre sa vie », tandis qu’elle entraînera un incrédule toujours plus loin dans le chemin de la perdition éternelle. Ne semble-t-il pas que dans les jours actuels cette soif des richesses, accrue par le développement du bien-être et la transformation des conditions de vie, soit plus ardente qu’elle n’a jamais été ? L’ennemi se sert à un très haut degré de ces convoitises du cœur naturel pour maintenir bien des inconvertis sous son emprise et pour empêcher tant de croyants de vivre la vie chrétienne qui devrait être la leur, réalisant que le véritable « gain » c’est « la piété avec le contentement » (cf. 1 Tim. 6:6).

 

10.2  Dieu mis de côté

Cet amour de l’argent traduit certains désirs du cœur humain. Dans une large mesure, l’argent permet à son possesseur d’agir à peu près à sa guise ; certes, il y a des limitations mais, sous cette réserve, l’argent donne à l’homme la possibilité d’acquérir ce qu’il veut, de faire ce qui lui plaît. C’est pour cela que beaucoup « veulent devenir riches », ce qui constitue « un piège » dans lequel le croyant risque de tomber (cf. 1 Tim. 6:9). Et si même, sans qu’il y ait eu cette « volonté de devenir riche », Dieu trouve bon de confier des richesses à l’un des siens, elles risquent aussi de lui être en piège quand, faute d’avoir « appris » à l’école divine, il ne « sait » pas être « dans l’abondance » (cf. Phil. 4:11, 12) ; que de fois, hélas ! « l’abondance » a été le point de départ d’un chemin d’éloignement, et combien nous avons à veiller si « les biens augmentent » (cf. Ps. 62:10) ! La puissance de l’argent va plus loin encore : en fait il gouverne le monde, ouvrant la voie à la réalisation de tous les désirs de possession et de domination, à tant de manifestations extérieures de l’ambition, de l’égoïsme et de l’orgueil. Tout cela témoigne de la volonté de l’homme de ne dépendre de qui que ce soit et surtout de n’avoir pas à dépendre de Dieu. Est-il possible que de tels sentiments habitent le cœur d’un racheté ? Hélas ! nos cœurs naturels sont toujours les mêmes et si nous nous laissons gouverner par leurs convoitises nous pourrons être, nous aussi, entraînés par ce même amour de l’argent qui est tout l’opposé de la manifestation de la dépendance de Dieu, de notre confiance en Lui qui a promis de nous donner ce qui nous est nécessaire jour après jour (cf. Matt. 6:24 à 34). Nul croyant n’oserait dire sans doute qu’il veut se passer de Dieu, pourtant n’agit-il pas comme s’il en était ainsi, celui dont la vie n’a au fond qu’un but : chercher à amasser « beaucoup de biens… pour beaucoup d’années », à assurer ce qu’il pense être la sécurité du lendemain avec ses seules ressources, de telle manière qu’il est ainsi conduit à méconnaître la valeur de cette dépendance constante de Dieu, exprimée dans la prière enseignée du Seigneur : « Donne-nous aujourd’hui le pain qu’il nous faut » (cf. Matt. 6:11) ?

 

10.3  Influence sur le comportement

La puissance de l’argent a aussi d’autres conséquences : elle régit pratiquement, en nombre de cas, les rapports des hommes entre eux. Le détenteur de richesses exerce trop souvent une sorte de domination, plus ou moins consciente, plus ou moins marquée, sur ceux qui dépendent de lui à quelque titre que ce soit. Cette influence de l’argent, même si elle n’est pas voulue, peut conduire ceux qui la subissent à un comportement différent de celui qui devrait être le leur : ils en arrivent, contre leur gré parfois, à dépendre d’un homme au lieu de ne dépendre que de Dieu et à agir peut-être en telle circonstance d’une manière que leur conscience, éclairée par la Parole, réprouve.

 

10.4  L’argent et le service du Seigneur

L’influence de l’argent a même des conséquences fâcheuses jusque dans le service du Seigneur. Il peut sembler, de prime abord, que le service sera plus facile et fructueux si l’on dispose de moyens que seul l’argent procure. Il peut sembler aussi que le serviteur pourra faire bien davantage s’il n’est pas dans l’obligation d’employer une partie de son temps à assurer sa subsistance et celle de sa famille, s’il a suffisamment d’argent pour aller et venir sans être arrêté par des préoccupations matérielles. Tout cela paraît évident si l’on se borne à considérer les choses à la manière des hommes. En fait il y a là parfois un piège très dangereux dans lequel le serviteur risque de tomber, ce qui l’amènera à des défaillances dans le service alors qu’il espérait au contraire pouvoir mieux le remplir.

 

10.5  L’argent et l’apôtre Paul

Arrêtons-nous sur quelques enseignements de l’Écriture concernant ce sujet. L’apôtre Paul — dont « le métier était de faire des tentes » — tout en travaillant, n’en servait pas moins le Seigneur avec zèle et avec fruit (cf. Actes 18:3 et suivants). Approchant du terme de sa carrière, il rappelle aux anciens d’Éphèse qu’il a travaillé non pas seulement « pour ses besoins » mais encore « pour les personnes qui étaient avec lui ». Bien plus, il exerçait aussi la bienfaisance (cf. Actes 20:33 à 35). Ainsi donc, Paul a travaillé pour ses propres besoins, pour subvenir aux besoins de ceux qui l’accompagnaient dans ses voyages et, enfin, pour « secourir les faibles ». Est-ce que cela a nui à son service pour le Seigneur ? A-t-il jamais pensé qu’il servirait mieux s’il disposait de plus larges ressources matérielles ? Il suffit de lire Actes 20:17 à 27, 31 ; 1 Cor. 15:10 ; 2 Cor. 11:23 à 33, parmi tant d’autres passages, pour avoir une idée, si imparfaite soit-elle, de la grande activité de l’apôtre et de ses résultats. Sans doute rappelle-t-il aux Corinthiens que « le Seigneur a ordonné à ceux qui annoncent l’évangile, de vivre de l’évangile », mais il ne veut pas user de ce droit (cf. 1 Cor. 9:1 à 23) ; sans doute a-t-il reçu des dons de certaines assemblées (et avec quelle reconnaissance ! cf. Phil. 4:15 à 20), mais ces dons n’étaient pas tant pour lui assurer des moyens d’existence — bien que ce fût parfois le cas (cf. 2 Cor. 11:8) : ils constituaient surtout une marque de communion dans le service, communion de l’assemblée avec l’apôtre et de l’apôtre avec l’assemblée. Une assemblée est-elle en mauvais état, Paul ne peut rien accepter d’elle : il ne veut rien recevoir des Corinthiens, il ne veut en aucune manière leur être à charge : « et je me suis gardé de vous être à charge en quoi que ce soit, et je m’en garderai » (2 Cor. 11:9 — voir aussi 12:14). Quel exemple et quel enseignement pour nous ! Pour remplir son service l’apôtre ne compte pas sur l’argent, sur la puissance de l’argent et les possibilités qu’il procure ; avec une foi vivante, il compte sur le Seigneur qui sait donner Lui-même le temps, les facilités, les forces physiques et morales, les ressources spirituelles indispensables, ouvrir les portes, diriger et fortifier ceux qu’Il envoie, il compte sur le Seigneur seul qui fournit à son serviteur tout ce qui lui est nécessaire, fixant aussi les limitations qui conviennent aussi bien pour celui qui sert que pour ceux qu’il a à servir, limitations qu’il faut respecter car il est toujours vrai qu’on rencontre la puissance de l’adversaire lorsqu’on « renverse une clôture » (Eccl. 10:8). Un débordement d’activité n’est pas toujours le signe du service le plus utile et le plus béni.

 

10.6  L’argent et le Seigneur sur la terre

L’apôtre, laissant de côté la puissance de l’argent, a ainsi réalisé dans son service la puissance de la foi, en fait la puissance de Dieu, et il nous exhorte à être ses imitateurs comme lui-même l’était de Christ. Que dire si nous considérons l’exemple du Serviteur parfait ! A-t-Il jamais eu besoin dans son ministère des ressources que procure l’argent ? A-t-Il jamais été soumis à son influence ou dépendant de sa puissance, Celui qui n’avait pas un lieu où reposer sa tête et qui ne disposait pas de la moindre pièce de monnaie pour payer l’impôt des didrachmes (cf. Matt. 8:20 ; 17:24 à 27) ?

 

10.7  Une source de beaucoup de douleurs

« Vouloir devenir riche », c’est être animé par l’esprit de ce siècle, c’est « tomber dans la tentation et dans un piège, et dans plusieurs désirs insensés et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition » (1 Tim. 6:9). C’est être tenté d’agir d’une façon qui n’est pas toujours très correcte et qui peut même être parfois franchement malhonnête, car on n’est pas avec Dieu dans un tel chemin. Qui dira les « beaucoup de douleurs » dont « se sont transpercés eux-mêmes » tant de croyants dans le cœur desquels habite cet amour de l’argent (cf. 1 Tim. 6:10) ? Qui dira aussi le mal qu’a pu faire, en certaines circonstances, la puissance de l’argent dans le service du Seigneur, en ce qu’il a été alors une entrave au déploiement de la puissance de Dieu répondant à la foi du serviteur ?

Que nul ne se laisse gagner et entraîner par « l’amour de l’argent » ! Il serait en grand danger, une fois arrivé au terme de sa carrière terrestre, de devoir confesser qu’il a perdu sa vie. Bienheureux au contraire celui qui réalise la vraie dépendance de la foi et reçoit de Dieu tout ce qui lui est nécessaire pour répondre à ses besoins matériels, ne mettant pas sa confiance dans les biens qui lui sont dispensés « mais dans le Dieu qui nous donne toutes choses richement pour en jouir » (cf. 1 Tim. 6:17 à 19) !

 

10.8  Genèse 41 à 47 : Joseph, les égyptiens et la famine. S’abandonner à Dieu sans réserve

Nous pouvons retirer un enseignement utile à cet égard de la conduite des Égyptiens durant les années de famine. « Et tout le pays d’Égypte eut faim » ; le Pharaon, vers lequel ils crient alors pour du pain, dit aux Égyptiens : « Allez à Joseph ; faites ce qu’il vous dira » (Gen. 41:55). En Égypte où il n’y avait plus de pain, de même qu’à Cana où il n’y avait plus de vin la ressource est toujours en Celui dont Joseph était un type (cf. Jean 2:5). « Joseph ouvrit tous les lieux de dépôt, et vendit du blé aux Égyptiens » (Gen. 41:56). Mais la famine devint « très intense ; et le pays d’Égypte et le pays de Canaan étaient épuisés à cause de la famine ». Les Égyptiens retournèrent donc vers Joseph, disant : « Donne-nous du pain ; et pourquoi mourrions-nous devant toi, car l’argent manque ? ». Joseph leur avait vendu du blé mais ils n’avaient plus d’argent pour en acheter à nouveau. Que faire ? Joseph leur répondit alors : « Donnez votre bétail, et je vous donnerai du pain contre votre bétail, si l’argent vous manque ». Et ils amenèrent leur bétail à Joseph ; et Joseph leur donna du pain contre des chevaux, et contre des troupeaux de menu bétail, et contre des troupeaux de gros bétail, et contre des ânes : et il les fournit de pain cette année-là contre tous leurs troupeaux (Gen. 47:13 à 17). Les Égyptiens ont donc été dans l’obligation de donner leur argent d’abord, leurs troupeaux ensuite ; ils devaient aller plus loin encore. Le pain épuisé, la famine se poursuivait toujours, de sorte qu’ils vinrent à Joseph une troisième fois pour lui exposer leur détresse : « il ne reste rien devant mon seigneur que nos corps et nos terres ». Mais, réduits à cette extrémité ils sont disposés à se livrer entièrement à lui : « Achète-nous, et nos terres, contre du pain ; et nous serons, nous et nos terres, serviteurs du Pharaon » (ib. 18:19). C’est ce que fit Joseph, qui dit ensuite au peuple : « Voici, je vous ai achetés aujourd’hui, et vos terres, pour le Pharaon. Voici de la semence pour vous : ensemencez la terre ». La délivrance était ainsi assurée et les Égyptiens purent dire à Joseph : « Tu nous as conservé la vie » (ib. 23 à 25). — Les hommes, les croyants eux-mêmes parfois, estiment pouvoir vivre dans l’indépendance de Dieu et grâce à « leur argent » et à « leurs troupeaux » traverser sans grand dommage les périodes les plus difficiles. Mais Dieu peut les conduire à expérimenter la vanité de leurs richesses ; des circonstances surviennent, permises ou envoyées par Lui, qui correspondent à la longue famine du pays d’Égypte, circonstances qui amènent le croyant à comprendre que sa part c’est de dépendre de Dieu, de s’abandonner à Lui entièrement et sans réserve — « nos corps et nos terres » — ce qui lui permettra d’éprouver que Dieu est riche en moyens pour « conserver la vie » des siens, même si leur argent est épuisé. Ce n’est plus un peu de pain que Joseph donne aux Égyptiens quand ils se sont livrés à lui, eux et leurs terres, c’est la semence nécessaire pour ensemencer la terre, de sorte qu’il y aura de la nourriture pour eux, pour ceux qui sont dans leurs maisons et pour leurs petits enfants (cf. Gen. 47:24).

S’abandonner à Dieu, réaliser pratiquement que tout ce dont nous pouvons disposer — « nos jours, nos biens, nos corps, nos cœurs » — est à Lui, tel est le secret d’une complète délivrance ! Cela nous conduit à vivre de foi, à marcher par la foi, éprouvant la puissance infinie de Celui qui peut et veut répondre à tous nos besoins. Quel contraste entre cette heureuse part et les « toutes sortes de maux » qui ont pour racine « l’amour de l’argent » ! Dieu nous préserve de nous transpercer nous-mêmes de « beaucoup de douleurs » !

 

 

11   Obéissance, dépendance, soumission

ME 1969 p. 201

11.1  Fruits précieux de ces vertus. L’obéissance de Christ

L’obéissance, la dépendance, la soumission auxquelles nous sommes maintes fois exhortés dans l’Écriture, portent toujours des fruits précieux dans la vie individuelle et dans la vie de l’assemblée. Là où elles font défaut, il est impossible que la marche soit à la gloire de Dieu. Celui qui, tout au long de son sentier, a pleinement glorifié son Dieu et Père a été l’Homme parfaitement obéissant, dépendant, soumis. Si l’évangile selon Luc met particulièrement en relief sa dépendance et sa soumission, l’évangile selon Jean fait ressortir peut-être plus qu’aucun autre la parfaite obéissance de Celui qui « étant en forme de Dieu, n’a pas regardé comme un objet à ravir d’être égal à Dieu, mais s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes ; et, étant trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » (Phil. 2:6 à 8). Nous bornant à citer quelques passages de cet évangile qui offrent à notre méditation l’obéissance de Christ : 4:34 ; 5:19 et 30 ; 6:38 à 40 ; 7:16 à 18 ; 8:28, 29 ; 10:17, 18 ; 12:49, 50 ; 14:10 et 31 ; 15:10 ; 17:4 ; 18:11, nous nous arrêterons, dans les lignes qui suivent, sur différentes paroles du Seigneur (5:30 ; 7:17, 18 ; 14:23 et 16:24) qui placent devant nous, pour notre exhortation et notre encouragement tout à la fois, quelques-uns des fruits de l’obéissance, de la dépendance et de la soumission, en insistant plus particulièrement sur la communion avec le Père et le Fils.

 

11.2  Jugement [spirituel] juste

Le saint Fils de Dieu, venu ici-bas comme homme, pouvait dire : « Je ne puis rien faire, moi, de moi-même ; je juge selon ce que j’entends, et mon jugement est juste ; car je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jean 5:30). Homme parfait, il a ce discernement qui lui permet d’apprécier toutes choses comme Dieu les apprécie, d’avoir un jugement juste, d’abord parce qu’il apprécie et juge « selon ce qu’il entend », c’est-à-dire selon ce qu’il reçoit de son Dieu, ensuite, parce qu’il n’a pas d’autre volonté que celle de son Dieu et Père : « je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé ».

Nous comprenons pourquoi nous manquons si souvent de discernement, pourquoi notre appréciation des choses est parfois faussée, pourquoi notre jugement n’est pas toujours « juste » : il en est ainsi chaque fois que nous nous laissons guider par nos propres pensées, chaque fois que nous cherchons à faire prévaloir notre volonté personnelle. Dieu veuille produire en nous le désir d’avoir en toutes circonstances un sain discernement des choses et d’en juger justement ; en dehors de la bénédiction que nous en éprouverons chacun pour soi, la vie de l’assemblée s’en trouvera facilitée et ce sera pour la joie de tous. Pour qu’il en soit ainsi, retenons les enseignements que le Seigneur nous donne dans ce verset 30 de Jean 5 : en premier lieu, juger non « d’après ce que nous pensons », « d’après ce que nous avons vu » (tels sont les jugements d’Éliphaz — cf. Job 4:8 ; 5:3 ; 15:17), mais d’après la Parole qui nous fait connaître la pensée de Dieu, la seule qui importe et qui puisse faire autorité ; ensuite, nous conformer à ce qu’elle nous dit, obéir à ses enseignements ; enfin, ne pas chercher à imposer notre volonté propre mais nous soumettre humblement à la volonté de Dieu. Tel est le secret d’un jugement spirituel « juste » !

 

11.3  Connaissance de la source de l’enseignement : de Dieu

Au chapitre 7 de cet évangile, le Seigneur nous dit comment il nous est possible de connaître la source de l’enseignement qui nous est présenté : « Si quelqu’un veut faire Sa volonté, il connaîtra de la doctrine si elle est de Dieu, ou si moi je parle de par moi-même. Celui qui parle de par lui-même cherche sa propre gloire ; mais celui qui cherche la gloire de celui qui l’a envoyé, celui-là est vrai, et il n’y a point d’injustice en lui » (v. 17, 18). Le croyant qui laisse de côté toute volonté propre et veut faire la volonté de Dieu manifeste en cela la soumission de son esprit et il a ainsi la connaissance de la pensée de Dieu telle que sa Parole nous la révèle, il sait quand l’enseignement donné est « de Dieu » et il le reçoit alors avec toute l’autorité qui s’attache à ce qui vient de Lui. Par contre, il saura rejeter l’enseignement présenté par celui qui parle « de son propre fonds », ou « de par lui-même, cherchant sa propre gloire » (Jean 8:44 ; 7:18). Il discerne la source divine de laquelle émane l’enseignement qu’il peut recevoir, il a donc l’assurance qu’en y conformant ses voies il fait la volonté de Dieu : il y a corrélation entre l’enseignement qu’il reçoit et la volonté à laquelle il obéit, l’une et l’autre venant de Dieu.

 

11.4  Communion avec le Père et le Fils

L’obéissance, preuve de l’amour, conduit le croyant à jouir de la communion avec le Père et avec le Fils. Le Père, le Fils viennent alors « demeurer chez lui », selon ce que le Seigneur a dit aux siens : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui » (Jean 14:23).

 

11.4.1    Amour pour tous les hommes, amour de relation, amour de communion

Dieu aime tous les hommes, sans aucune exception, et il a manifesté cet amour dans le don de son Fils : « Car Christ, alors que nous étions encore sans force, au temps convenable, est mort pour des impies… Dieu constate son amour à lui envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous » (Rom. 5:6 à 10 — voir aussi, parmi bien d’autres passages, Jean 3:16 ; Éph. 2:4 à 10). — Mais il aime d’un amour particulier, que nous pourrions appeler un amour de relation, ceux qui, par grâce et par la foi en l’œuvre de Christ, sont devenus ses bien-aimés enfants : « Voyez de quel amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu » (1 Jean 3:1). Il nous a fait don de sa propre nature et nous aime d’un amour dont jamais rien ne pourra nous séparer (cf. Rom. 8:31 à 39). — Plus intime encore est l’amour dont il aime ceux de ses enfants qui montrent leur obéissance, leur dépendance, leur soumission en gardant sa Parole ! C’est de cet amour de communion que parle le Seigneur quand il dit : « mon Père l’aimera ; et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui ». Telle est aussi la portée de l’expression d’Ésaïe 56 : « je leur donnerai dans ma maison et au-dedans de mes murs une place et un nom meilleurs que des fils et des filles » (v. 5). Comment peut-il donc y avoir « une place et un nom meilleurs que des fils et des filles » ? Ne s’agit-il pas de la jouissance de la communion précieuse, intime que Dieu peut et veut avoir avec des enfants marchant fidèlement ? En effet, cette promesse est faite à ceux qui, dit-il, « gardent mes sabbats, et choisissent les choses auxquelles je prends plaisir, et qui tiennent ferme mon alliance » (ib. 4).

 

11.4.2    Tenir en honneur le jour du Seigneur

« Garder mes sabbats » — Ayant fait en six jours « les cieux, et la terre, la mer, et tout ce qui est en eux », Dieu « s’est reposé le septième jour ; c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat, et l’a sanctifié » (Ex. 20:11). Mais le commandement de garder le sabbat — « souviens-toi du jour du sabbat, pour le sanctifier… » (ib. 8 à 10) — n’est pas seulement basé sur l’achèvement de l’œuvre de Dieu en création, il est aussi fondé sur l’accomplissement de son œuvre en rédemption. (Soulignons à cet égard que les gloires de Christ nous sont présentées relativement à la création et à la rédemption : Il est « le premier-né de toute la création » et « le premier-né d’entre les morts » — Col. 1:15 à 18). Le commandement divin au sujet du sabbat est rappelé au peuple par Moïse, au moment où Israël va passer le Jourdain pour entrer dans le pays de la promesse : « Garde le jour du sabbat pour le sanctifier, comme l’Éternel, ton Dieu, te l’a commandé… et tu te souviendras que tu as été serviteur dans le pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’a fait sortir de là à main forte et à bras étendu ; c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a commandé de garder le jour du sabbat » (Deut. 5:12 à 15). Le « c’est pourquoi » du verset 15 lie l’observance du sabbat à la délivrance du pays d’Égypte par le passage de la mer Rouge (cf. Ex. 14) — figure de la rédemption — après que, en type, l’expiation a été faite par le sang de l’agneau pascal (cf. Ex.12). — De nombreux passages de l’Ancien Testament nous montrent quelle importance l’Éternel attachait à la stricte observation du sabbat, imposé « même au temps du labourage et de la moisson » (Ex. 34:21) : même l’urgence d’indispensables travaux à effectuer ne pouvait en aucune manière excuser et justifier la non-observation du sabbat. Et Nombres 15 nous enseigne, à propos de l’homme « qui ramassait du bois le jour du sabbat », qu’enfreindre le repos du septième jour était un grave péché, non pas le « péché par erreur » mais le « péché par fierté », qui était un « outrage » à l’Éternel, constituait le « mépris » de sa parole et entraînait le retranchement du coupable. Ce que l’on devait faire à cet homme « n’ayant pas été clairement indiqué », c’est l’Éternel lui-même qui dit à Moise : « L’homme sera mis à mort ; que toute l’assemblée le lapide avec des pierres hors du camp » (v. 30 à 36). — Des passages tout aussi nombreux nous montrent aussi que l’un des principaux reproches qui est fait au peuple est d’avoir profané le sabbat. Néhémie voit, par exemple, « en Juda des gens qui foulaient aux pressoirs, le jour du sabbat, et qui rentraient des gerbes et les chargeaient sur des ânes… et qui les amenaient à Jérusalem le jour du sabbat » ; alors, dit-il : « je querellai les nobles de Juda, et je leur dis : Qu’est-ce que cette chose mauvaise que vous faites, profanant le jour du sabbat ? N’est-ce pas ainsi qu’ont fait vos pères, de sorte que notre Dieu a fait venir tout ce malheur sur nous et sur cette ville ? et vous voulez ajouter à la colère contre Israël en profanant le sabbat ! » (Néhémie 13:15 à 18). — Et avec quelle insistance l’Éternel, par la bouche du prophète, presse son peuple de respecter le repos du septième jour : « Si tu gardes ton pied de profaner le sabbat, de faire ton plaisir en mon saint jour, si tu appelles le sabbat tes délices, et honorable le saint jour de l’Éternel… alors tu trouveras tes délices en l’Éternel… » (Ésaie 58:13, 14).

Bien qu’aujourd’hui ce ne soit pas le septième jour que nous ayons à observer mais le premier jour de la semaine, le jour du Seigneur, les enseignements donnés autrefois par l’Éternel à son peuple terrestre concernant le sabbat ne s’imposent-ils pas à nous avec plus de force encore qu’ils n’en avaient pour Israël ? Y aurait-il un croyant qui voudrait « faire son plaisir en ce saint jour », ou encore travailler ce jour-là comme il le fait pendant les six autres jours de la semaine, alors que le jour du Seigneur rappelle à son cœur ce que Christ a fait pour lui : sa victoire remportée sur Satan et sur la mort, sa résurrection glorieuse après qu’il a eu « goûté la mort pour tout », traversé les trois heures de l’abandon ? « Garder ses sabbats », pour nous maintenant, c’est respecter et tenir en honneur le jour du Seigneur, un jour qui est le sien, qui doit donc Lui être consacré entièrement, et en particulier dans le rassemblement de nous-mêmes autour de Lui pour les diverses activités à exercer dans les réunions de l’assemblée, un jour qui doit être « préparé » dans nos cœurs tout au long des six jours qui l’ont précédé, durant les « six pas » précédant le sacrifice du taureau et de la bête grasse (cf. 2 Sam. 6:13). Quel prix attache le Seigneur à ce que, dans ce jour qui est le sien, nous l’honorions bien davantage encore que nous ne sommes appelés à le faire tous les jours de notre vie ! Nous montrerons en cela que nous l’aimons, Lui qui nous a aimés le premier. (II est bon d’ajouter que l’observation du premier jour de la semaine n’exclut pas l’activité qui peut être exercée pour le Seigneur : travail d’évangélisation accompli dans le monde, visites chrétiennes, soins de l’hospitalité, entre autres choses. Encore ceci : un médecin, par exemple, pourrait-il refuser de donner les secours nécessaires à un malade dont l’état exigerait une intervention immédiate ? Dans des cas de ce genre, le croyant doit être exercé devant Dieu pour déterminer, en conscience, ce qu’il doit faire sans aucun délai).

 

11.4.3    S’occuper des choses excellentes

« Choisir les choses auxquelles je prends plaisir », ou encore, selon l’expression de l’apôtre : « discerner les choses excellentes » (Phil. 1:10), opérer ce choix que nous pourrons faire seulement dans la mesure où « notre amour abondera encore de plus en plus en connaissance et toute intelligence » (ib. 9) et qui nous conduira à laisser de côté tout ce qui, à proprement parler, n’est peut-être pas un mal, mais qui n’est pas effectivement ce en quoi Dieu « prend plaisir », à nous attacher à ce qui a son entière approbation, ce qui plaît à son cœur et nous permet de jouir d’une étroite communion avec Lui.

 

11.4.4    Tenir ferme

« Tenir ferme mon alliance ». Pour nous, dans l’économie présente : « tenir ferme » ce que nous avons, jusqu’au retour du Seigneur (cf. Apoc. 2:25 ; 3:11), tenir ferme le Chef (cf. Col. 2:19) et ainsi tout l’ensemble des vérités qui nous ont été confiées, elles sont toutes liées à Christ et constituent le « bon dépôt » que nous sommes responsables de garder « par l’Esprit Saint qui habite en nous » (cf. 2 Tim. 1:14).

 

11.4.5    Jouissance de l’amour du Seigneur et approbation donnée à ceux qui sont obéissants

En vérité, que la grâce nous soit accordée de manifester cette sainte énergie, cette fidélité, fruit d’un amour profond pour le Seigneur, amour qui nous conduira à garder son jour, à choisir les choses auxquelles il prend plaisir, à tenir ferme ! Nous aurons alors « dans sa maison » et « au-dedans de ses murs » — séparés du monde sous tous ses caractères — « une place et un nom meilleurs que des fils et des filles », nous jouirons de son amour comme des enfants obéissants et dépendants peuvent jouir de l’amour de leur père, comme eux seuls peuvent en jouir, et nous recevrons de Lui ce « nom éternel, qui ne sera pas retranché » (Ésaïe 56:5), le « caillou blanc, et, sur le caillou, un nouveau nom écrit, que nul ne connaît, sinon celui qui le reçoit » (Apoc. 2:17).

 

11.5  Joie accomplie

Demandons au Seigneur qu’il nous donne de vivre la vie chrétienne qui nous assurera la jouissance d’une aussi précieuse part ! « Demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit accomplie » (Jean 16:24), a dit encore le Seigneur aux siens, avant de les quitter. Dépendance, obéissance, soumission ont leur expression dans la prière. Nous le voyons tout particulièrement dans la vie de l’Homme parfait ici-bas. C’est le secret d’une vraie joie, d’une joie complète.

Obéissance, dépendance, soumission nous permettront donc d’avoir un jugement juste, un sain discernement des choses, de connaître la valeur et la source de l’enseignement présenté, de jouir d’une heureuse communion avec le Père et avec le Fils, de goûter une joie pleine et entière. Puissions-nous trouver là un encouragement à obéir à Dieu, à dépendre de Lui, à nous soumettre à sa volonté !

 

 

12   Fais-moi connaître le chemin où j’ai à marcher. Ps. 143:8

ME 1964 p.225

12.1  Ne pas perdre sa vie ici-bas

Sans doute un croyant peut aller son chemin dans le monde, ne pensant guère qu’à y prospérer matériellement, ne se demandant même pas, lorsqu’il a une décision à prendre, si la voie dans laquelle il va s’engager est selon Dieu et ne prêtant aucune attention aux avertissements plus ou moins clairs qui sont susceptibles de lui être donnés. Dieu peut laisser aller les choses un temps tout au moins, et même parfois peut-être jusqu’au bout de la route… Celui qui a vécu ainsi aura pu amasser de grands biens, connaître une existence facile, il n’en a pas moins perdu sa vie, une vie que Dieu nous donne pour Le glorifier ici-bas, en étant des témoins, des serviteurs, des adorateurs. Dans des cas de ce genre, Dieu intervient généralement, arrêtant, pour son plus grand bien spirituel, le croyant qui a aussi peu en vue les intérêts et la gloire du Seigneur ; les épreuves qu’Il dispense sont parfois très douloureuses, il vaut pourtant la peine de les traverser si elles produisent le fruit pour lequel Dieu les permet.

 

12.2  Problème des difficultés et des obstacles

Mais ces lignes s’adressent surtout à des croyants désireux d’être fidèles au Seigneur et de marcher dans un chemin où ils auront son approbation et sa bénédiction. Un tel désir étant dans le cœur, il y a toutes les circonstances de la vie pratique en présence desquelles il convient d’être conséquent avec ce qui nous anime intérieurement. C’est alors que nous connaissons parfois de sérieuses difficultés. Qui d’entre nous ne les a éprouvées ?

 

12.2.1    Ceux qui s’obstinent dans un chemin de propre volonté

Nous laissons de côté le cas très différent où nous paraissons hésiter alors que nous avons déjà pris une décision sur laquelle nous sommes bien déterminés à ne pas revenir : nous sommes tout disposés à nous engager dans un chemin de propre volonté, nous en avons au fond pleine conscience, mais nous voulons essayer de justifier notre choix aux yeux de notre entourage, peut-être même à nos propres yeux. Nous trouvons alors maintes raisons qui pourraient laisser croire que nous avons pris la bonne direction, tandis qu’en fait c’est dans le chemin de notre volonté propre que nous sommes déjà engagés.

 

12.2.2    Apprendre à discerner le chemin

Nous considérons seulement le cas d’un croyant vraiment désireux de ne faire que la volonté de Dieu mais qui ne voit pas clairement la route à suivre. Sans aucun doute, tant qu’il en est ainsi il convient de prier Celui qui seul peut nous éclairer d’abord, nous guider ensuite. De telles prières restent parfois longtemps sans réponse et celui qui demeure dans l’incertitude en est souvent troublé. Si Dieu ne répond pas aussitôt, c’est qu’Il a sans doute quelque chose à nous apprendre ; par exemple, cette leçon importante : jetant un regard en arrière, nous sommes amenés à reconnaître que nous n’avons pas vécu assez près du Seigneur. Si nous avions mieux réalisé sa présence avec nous, joui de sa communion, nous aurions eu la connaissance de sa pensée au sujet de nos circonstances et le chemin nous serait clairement apparu ; si notre « œil » avait été « simple », c’est-à-dire : si nous n’avions été occupés que d’un seul objet, Christ, notre « corps tout entier » aurait été « plein de lumière », nous aurions vu ce qu’il convenait de faire et de ne pas faire. Juger cet éloignement, confesser nos manquements à cet égard, nous conduira à retrouver la proximité de Celui qui désire nous voir vivre près de Lui, de Lui et pour Lui ; quel précieux résultat produit par un temps d’attente et d’exercice ! N’y a-t-il pas là un réel enrichissement spirituel que l’âme n’aurait pas goûté si la réponse à la prière avait été immédiate, comme nous l’aurions tellement souhaité ? Nous voudrions généralement que le Seigneur nous dise tout aussitôt : le chemin est ici, ou il est là, et nous oublions que s’Il veut nous guider, Il veut aussi nous instruire, nous former, nous avoir près de son cœur. « Je t’instruirai, et je t’enseignerai le chemin où tu dois marcher ; je te conseillerai, ayant mon œil sur toi » (Ps. 32:8). Pour voir les mouvements de son œil, il faut être près de Lui et pour en comprendre la signification, jouir d’une intime communion avec Lui. — Que ce temps d’attente, de perplexité, d’angoisse peut-être, soit aussi un temps de prière, d’exercices secrets avec le Seigneur ; il sera alors profitable et, la patience ayant eu son œuvre parfaite (cf. Jacques 1:4), Celui qui veut nous faire du bien à la fin saura nous enseigner le chemin où Il veut nous voir marcher. Nous pourrons ainsi aller sans crainte, confiants et dépendants.

 

12.3  Besoin de patience

Il peut arriver parfois que nous manquions de patience. Nous n’aimons pas l’attente, l’incertitude, nous nous laissons facilement influencer par ce qui plaît à nos cœurs naturels et nous nous engageons alors, un peu hâtivement, dans un chemin qui nous paraît être celui du Seigneur sans avoir au fond la conviction profonde qu’il en est bien ainsi. Il nous semble que le but poursuivi est selon Dieu, mais ne nous trompons-nous pas ? —Dans un cas semblable, si des difficultés surviennent, nous pouvons à bon droit nous demander si nous n’avons pas fait fausse route et si Dieu ne les permet pas pour nous arrêter tandis qu’il en est temps encore. C’est dans la prière, en recherchant la présence du Seigneur, la communion de ses pensées, que nous pourrons être éclairés. Cet exercice devra être d’autant plus sérieux et profond que nous nous sommes engagés sans que les choses aient été suffisamment mûries. Dieu saura montrer si les difficultés ont été suscitées par Lui pour nous faire revenir en arrière, ou encore permises par Lui pour exercer et éprouver notre foi et nous apprendre en cours de route ce qu’il aurait mieux valu apprendre avant de partir.

 

12.4  Ne pas se laisser décourager par les obstacles

Des obstacles peuvent aussi être placés sur un chemin où nous nous sommes engagés avec l’entière confiance que c’est le chemin du Seigneur et que le but poursuivi est bien selon Lui. Des consciences délicates sont généralement amenées à se dire, dans de tels cas : nous n’avons pas assez prié pour connaître le chemin, nous avons agi sans nous en douter suivant l’inclination de nos propres cœurs, le Seigneur nous arrête ! C’est oublier que nous cheminons dans un monde où nous avons à subir les assauts d’un adversaire déterminé à nous empêcher d’avancer vers le but ; il n’est jamais aussi actif que lorsqu’il voit des croyants en bon état et dans un bon chemin. Il saura alors multiplier les obstacles pour essayer de produire le découragement dans nos âmes et un retour en arrière, ou encore pour nous engager dans une voie d’égarement. Une défaillance dans le discernement spirituel nous fera considérer comme une direction divine ce qui n’est pas autre chose que le travail de l’ennemi pour nous empêcher de continuer dans le vrai chemin. Si Dieu permet que des obstacles soient ainsi placés sur notre route, c’est pour éprouver et fortifier notre foi. Une foi inébranlable compte sur Dieu et sur Lui seul, elle ne se laisse pas décourager par les obstacles quand elle a discerné le vrai chemin, elle y trouve au contraire des occasions nouvelles d’expérimenter la puissance et le secours du Dieu en qui elle met sa confiance. Elle avance sans crainte, avec cette énergie active qui tend vers le but, s’appuyant sur Celui qui est plus grand que tous. Dans un tel chemin, douter et craindre, se laisser arrêter par les difficultés, c’est manquer de confiance en Dieu, manquer de foi. Quand le but poursuivi et les moyens employés sont selon Dieu, qui va essayer d’entraver l’œuvre et de décourager les ouvriers, sinon l’adversaire ? Ayons-en conscience et regardons vers Celui qui répond toujours à l’attente de la foi.

 

12.5  Fausse tranquillité

N’est-ce pas encore une ruse de l’ennemi que de venir nous dire quand nous sommes engagés dans le vrai chemin : il faut demeurer tranquille, attendre que le Seigneur agisse Lui-même ? Demeurer tranquille, attendre, oui, tant que nous n’avons pas discerné le chemin à suivre. Mais quand nous l’avons discerné, lorsque nous voyons clair quant au but à atteindre, demeurer inactif ne serait pas autre chose qu’une paresse coupable. Certes, Dieu peut se passer d’instruments pour atteindre le but qu’Il se propose mais Il veut aussi, dans sa grâce, se servir d’instruments tels que nous pour l’accomplissement de son œuvre. « Toutes choses le servent » (Ps. 119:91). Qu’une sainte énergie nous anime et que Dieu nous donne Lui-même la sagesse et les forces nécessaires pour surmonter les obstacles placés sur le chemin par un ennemi qui s’opposera toujours à ce que Dieu veut opérer pour les siens et par les siens !

 

 

13   La patience de notre Seigneur Jésus Christ est salut. 2 Pierre 3:15

ME 1965 p.3

13.1  2 Pierre 3:6-10

Les années se succèdent, une vient de s’écouler, une autre commence. Mais cette succession ne se continuera pas indéfiniment ainsi que la plupart des hommes le croient. L’Écriture nous dit en effet que « les cieux et la terre de maintenant sont réservés par sa parole pour le feu, gardés pour le jour du jugement et de la destruction des hommes impies » ; elle nous dit encore que, immédiatement après la destruction du « monde d’alors » par le déluge, l’Éternel a fait cette promesse : « Désormais, tant que seront les jours de la terre, les semailles et la moisson, et le froid et le chaud, et l’été et l’hiver, et le jour et la nuit, ne cesseront pas » (2 Pierre 3:6, 7 ; Gen. 8:22). Rien de cela n’a cessé jusqu’à présent parce que « les jours de la terre » durent encore, mais l’expression « tant que seront », employée dans ce verset de Genèse 8, montre bien qu’ils ne dureront pas toujours ; ils prendront fin lorsque viendra « le jour du Seigneur » : « dans ce jour-là, les cieux passeront avec un bruit sifflant, et les éléments, embrasés, seront dissous, et la terre et les œuvres qui sont en elles seront brûlées entièrement » (2 Pierre 3:10).

Si « les jours de la terre » durent encore, c’est en raison de la patience du Seigneur à l’égard des moqueurs, incrédules et impies : « Il est patient envers vous », leur est-il dit, « ne voulant pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance » (2 Pierre 3:9). De sorte qu’elle est tout à fait juste l’expression souvent entendue : une nouvelle année de grâce vient de s’ouvrir. Oui, mais ira-t-elle jusqu’à son terme ? Le Seigneur est patient, il y a pourtant un moment où Il doit exécuter le jugement annoncé. Nous nous sentons donc pressés, au début de ce nouvel an de grâce, d’inviter toute âme qui n’est pas assurée de son salut éternel — et nous pensons spécialement aux enfants de parents chrétiens — à ne pas remettre à demain. C’est aujourd’hui le jour favorable pour « venir à la repentance », pour reconnaître devant Dieu son état de péché et accepter le salut qu’Il peut offrir à tout pécheur repentant, en vertu du sacrifice expiatoire de Christ, un salut par grâce et sur le principe de la foi. Que nul ne méprise « les richesses de sa bonté, et de sa patience, et de sa longue attente, ne connaissant pas que la bonté de Dieu le pousse à la repentance » ! (Rom. 2:4).

 

13.2  2 Pierre 3:10-13

Dans le deuxième paragraphe du chapitre 3 de la seconde épître de Pierre, l’apôtre s’adresse spécialement à nous, croyants. « Les éléments, embrasés, seront dissous, et la terre et les œuvres qui sont en elle seront brûlées entièrement », tel est le terme de toutes les activités qui n’auront eu que le monde et le moi pour objet, de tout ce dont les hommes se glorifient, les croyants eux aussi peut-être ! Cette perspective doit, d’une part, inciter les hommes inconvertis à se tourner vers Dieu et à se repentir, d’autre part, amener les enfants de Dieu à vivre moralement séparés d’un monde qui va être jugé. « Toutes ces choses devant donc se dissoudre, quelles gens devriez-vous être en sainte conduite et en piété… » (2 Pierre 3:11). Nos activités s’exercent-elles à peu près uniquement en vue de la jouissance d’une heureuse condition terrestre, de la recherche des vanités et des futilités d’un monde dont bientôt il ne restera plus rien ? S’il en est ainsi, nous aurons en vérité travaillé « pour le feu » (cf. Jér. 51:58), perdu notre vie ! Tout au contraire, nous sommes exhortés à « attendre et hâter la venue du jour de Dieu, à cause duquel les cieux en feu seront dissous et les éléments embrasés se fondront » (2 Pierre 3:12) : d’une part, vivre dans l’attente de ce jour de bénédiction en vue de l’établissement duquel aura lieu le jugement ; d’autre part, le « hâter » en appliquant aux choses qui sont dans le monde le jugement qui aura lieu pendant « le jour du Seigneur », de telle sorte que pour la foi elles soient déjà comme si elles étaient effectivement détruites. En outre, la foi, portant ce jugement moral sur le monde qui nous entoure, « attend de nouveaux cieux et une nouvelle terre, dans lesquels la justice habite » (2 Pierre 3:13).

 

13.3  2 Pierre 3:14

« C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant ces choses, étudiez-vous à être trouvés sans tache et irréprochables devant lui, en paix » (2 Pierre 3:14). Sans tache, irréprochables, quelle vigilance constante cela implique, quel jugement de soi-même, quelle sainte crainte ! Car ce n’est pas seulement aux yeux des hommes que nous devons réaliser ces choses — et ce serait déjà beaucoup, cependant — mais « devant lui ». L’apôtre ajoute : « en paix », c’est-à-dire dans une condition telle qu’il n’y a aucune cause de conflit avec Dieu, tout étant réglé dans sa lumière — en paix aussi avec nos frères et « s’il est possible, autant que cela dépend de nous… avec tous les hommes » (Rom. 12:18). Nous serons en paix les uns avec les autres si d’abord nous sommes, chacun pour ce qui nous concerne, en paix avec Dieu, « sans tache et irréprochables devant lui ». Si la paix entre nous est troublée, c’est généralement, pour ne pas dire toujours, parce que les uns ou les autres — et, la plupart du temps, les uns et les autres—nous ne sommes pas « trouvés sans tache et irréprochables devant lui ». De sorte que, pour rétablir la paix entre frères, il faut toujours amener les âmes devant Dieu afin que chacun règle avec Lui son propre état.

 

13.4  2 Pierre 3:15

Combien peu nous réalisons ces deux exhortations de 2 Pierre 3:14 : attendre… et nous étudier à être trouvés..! Mais là encore, comme pour les inconvertis pressés par Lui de « venir à la repentance », le Seigneur est patient. « Estimez que la patience de notre Seigneur est salut » (2 Pierre 3:15). Cette expression nous paraît, eu égard à son contexte, concerner directement les croyants, celle du verset 9 s’appliquant aux incrédules. Le Seigneur veut poursuivre son travail en nous, Il le continuera jusqu’au moment où Il nous présentera « saints et irréprochables et irrépréhensibles devant lui », où I1 nous placera « irréprochables devant sa gloire avec abondance de joie » (Col. 1:22 ; Jude 24), nous qui sommes déjà établis dans la position que définit Éphésiens 1:4 : « saints et irréprochables devant lui en amour », position à laquelle devrait toujours correspondre notre marche pratique. Ce travail, c’est le dépouillement de nous-mêmes, la réalisation pratique de notre mort au péché, à la loi, au monde. N’est-ce-pas là l’enseignement si important donné par l’apôtre Paul dans ses épîtres — dans les épîtres aux Romains et aux Galates en particulier — enseignement parfois difficile à comprendre et souvent « tordu » par les « ignorants » et les « mal affermis » ? (2 Pierre 3:15, 16).

Rendons grâces au Seigneur pour sa longue patience envers les âmes qui périssent, comme aussi pour sa patience envers nous ses rachetés ! Il veut nous délivrer — c’est le « salut » de 2 Pierre 3:15 — de nous -mêmes, de tout ce qui nous est un obstacle à la manifestation de la vie divine que nous possédons par grâce. Que cette nouvelle année de sa patience soit mise à profit aussi bien par les incrédules pour venir « aujourd’hui » à Jésus le Sauveur, que par nous croyants afin que nous puissions « être trouvés sans tache et irréprochables devant lui, en paix » !

 

 

14   Choisir

ME 1975 p.29

14.1  Le non croyant et le salut

Un incrédule irait-il à Jésus pour le salut de son âme s’il n’y avait, en premier lieu, l’élection et, ensuite, d’une part, l’ordre que Dieu lui donne de se repentir (Actes 17:30) et, d’autre part, le fait que, dans sa grâce, Dieu « le tire » à lui, selon ce que le Seigneur a dit lorsqu’il était ici-bas : « Nul ne peut venir à moi, à moins que le Père qui m’a envoyé ne le tire » (Jean 6:44) ? Sans doute, un incrédule n’a pas à se préoccuper de savoir s’il est élu ou non ; il est responsable d’obéir à l’ordre de Dieu et de n’opposer aucune résistance à son action quand il « le tire ». Il est responsable de se repentir et d’aller à Jésus, le seul « nom sous le ciel, qui soit donné parmi les hommes, par lequel il nous faille être sauvés » (Actes 4:12). Qu’il ne méconnaisse pas ce que Jésus a dit aussi : « Tout ce que le Père me donne viendra à moi ; et je ne mettrai point dehors celui qui vient à moi », et encore : « Car c’est ici la volonté de mon Père : que quiconque discerne le Fils et croit en lui, ait la vie éternelle » (Jean 6:37, 40). Quiconque vient à Jésus, discernant en lui le Fils de Dieu, croyant en lui, a la vie éternelle ; il est sauvé par la foi en Christ et en son œuvre expiatoire. Il saura alors qu’il était « élu en Christ avant la fondation du monde » (Éph. 1:4). — Si, au contraire, il refuse d’obéir à l’ordre de Dieu, de se laisser « tirer » par lui, il est un désobéissant sur lequel s’appesantira la colère divine : « Qui croit au Fils a la vie éternelle ; mais qui désobéit au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui » (Jean 3:36). L’ordre de Dieu est celui-ci : « Dieu donc, ayant passé par-dessus les temps de l’ignorance, ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent ; parce qu’il a établi un jour auquel il doit juger en justice la terre habitée, par l’homme qu’il a destiné à cela, de quoi il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les morts » (Actes 17:30, 31). L’incrédule n’est donc pas libre de choisir (il prend cette liberté, ou encore on lui dit : il vous faut choisir) entre deux possibilités s’offrant à lui : croire ou ne pas croire ; il est tenu d’obéir à l’ordre que Dieu lui donne.

 

14.2  Le croyant

14.2.1    Les deux natures

Qu’en est-il du croyant ? Il n’est plus « dans la chair », bien que la chair soit toujours en lui, il est « en Christ » (Rom. 8:1 et 8 ; 2 Cor. 5:17) et possède ainsi une nouvelle nature, la nature divine. Durant son cheminement ici-bas, va-t-il agir selon les impulsions de la vieille nature ou suivant les aspirations de la nouvelle ? Tel est, dans le principe, le choix qu’il peut être amené à faire — non pas (insistons encore sur ce point) qu’il est libre de faire, car Dieu ne lui laisse pas la liberté du choix : il lui demande de réaliser pratiquement qu’il est « mort avec Christ », que « ceux qui sont du Christ ont crucifié la chair avec les passions et les convoitises », il le presse de « vivre par l’Esprit », de « marcher aussi par l’Esprit » (Gal. 5:24, 25). Enfants de Dieu, nous sommes tenus de réaliser ce qu’écrit l’apôtre : « Je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi » (ib. 2: 20). Un enfant n’a pas la liberté du choix entre l’obéissance et la désobéissance, il doit obéir et en est responsable.

 

14.2.2    Choisis la vie, faire mourir les actions du corps et vivre par l’Esprit

L’Éternel, par la bouche de Moïse, déclare à son peuple : « J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives... » (Deut. 30:19). Il ne donne pas à Israël la liberté du choix. En effet, choisir la vie et la bénédiction c’est aimer l’Éternel, écouter sa voix et s’attacher à lui (ib. 20), et c’est là ce que l’Éternel veut voir en ceux qui lui appartiennent ; aussi commande-t-il au peuple : « Choisis la vie ». Deux chemins, deux possibilités sont devant lui : la vie et la bénédiction, d’une part ; la mort et la malédiction, d’autre part — mais Dieu lui donne un ordre : « Choisis la vie ».

Ce qui est enjoint à Israël correspond à la mise en garde adressée par l’apôtre aux croyants de Rome : « Si vous vivez selon la chair, vous mourrez ». Mais Dieu arrêtera ceux de ses enfants qui s’égarent dans un tel chemin et saura les amener à réaliser ce que nous lisons ensuite : « Si par l’Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez » (Rom. 8:13). Ce verset présente l’aboutissement des deux chemins : l’un conduit à la vie, l’autre à la mort ; dans le premier se trouve la bénédiction, au second est liée la malédiction dont il est question dans le chapitre 30 du Deutéronome. Cela est bien de nature à nous inciter à obéir à l’ordre de Dieu : « Choisis la vie », à faire « mourir les actions du corps » par la puissance du Saint Esprit opérant en nous et ainsi, à « vivre par l’Esprit », à « marcher aussi par l’Esprit ».

Deux chemins étaient devant Moïse : agissant selon la pensée de Dieu, il a « choisi plutôt d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu, que de jouir pour un temps des délices du péché, estimant l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte ». De même Josué invitant le peuple à choisir qui il voulait servir et déclarant aussitôt : « Mais moi et ma maison, nous servirons l’Éternel » ; son « choix » était fait et c’était bien ce que Dieu voulait pour lui pour sa maison, comme aussi pour Israël. L’auteur du Psaume 119 agissait lui aussi dans l’obéissance à la pensée de Dieu : « J’ai choisi la voie de la fidélité... J’ai choisi tes préceptes » (Héb. 11:25 ; Josué 24:15 ; Ps. 119:30, 173).

 

14.2.3    Commandements précis. Le discernement issu de la communion

En bien des circonstances, le croyant a dans l’Écriture des commandements précis auxquels il doit obéir sans raisonner, des enseignements qui lui font connaitre clairement la pensée et la volonté de Dieu ; en de tels cas, il n’a pas à « choisir », ou plutôt il n’a pas la liberté du choix, il est responsable de faire ce que Dieu désire lui voir faire. Mais parfois le chemin à suivre n’est pas aussi clairement tracé et c’est au travers de bien des exercices que nous sommes appelés à faire un choix entre des choses bonnes et d’autres qui sont excellentes. La communion avec Dieu, le discernement spirituel qui en découle nous permettront de discerner ces dernières. L’apôtre écrivait : « Et je demande ceci dans mes prières, que votre amour abonde encore de plus en plus en connaissance et toute intelligence, pour que vous discerniez les choses excellentes, afin que vous soyez purs et que vous ne bronchiez pas jusqu’au jour de Christ, étant remplis du fruit de la justice, qui est par Jésus Christ à la gloire et à la louange de Dieu » (Phil. 1:9 à 11). Puissions-nous toujours « discerner les choses excellentes » — le début de la prière de l’apôtre nous en donne le secret — les choisir et les accomplir ! — La fin du chapitre 10 de l’évangile selon Luc nous donne une illustration bien connue de l’heureux choix auquel nous sommes appelés. Marthe savait sans doute quelque chose de la fatigue que pouvait éprouver le Seigneur tout au long de son chemin et nous comprenons le louable désir qui était le sien lorsqu’elle « le reçut dans sa maison » ; elle s’empressait à « servir » Celui qu’elle aimait et c’était une chose bonne. Mais il en était une qui était meilleure encore et c’est celle que Marie avait choisie ; en cela elle avait la pleine approbation du Seigneur et une entière communion avec lui ! (Luc 10:38 à 42).