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Assemblée — Discipline

 

Paul Fuzier

Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest

 

Table des matières abrégée :

1     Ordre dans l’assemblée

2     Jugement du mal dans l’assemblée

3     Relations interrompues

4     Exclusion et réintégration

5     L’amour couvre une multitude de péchés (1 Pierre 4:8)

6     Que chacun s’éprouve soi-même (1 Cor. 11:28)

7     Couvrir le péché

 

Table des matières détaillée :

1     Ordre dans l’assemblée

1.1      Dieu n’est pas un Dieu de désordre

1.2      Comment « il faut » se conduire

1.3      Surveillance

1.4      Exhorter et réfuter. Parole à propos

1.5      Ne pas se décourager

2     Jugement du mal dans l’assemblée

2.1      Actes 5. Ananias et Sapphira

2.2      La sainteté de Dieu demeure même si l’Esprit n’agit plus aussi radicalement

2.3      Responsabilité de juger le mal : l’individu et l’assemblée

2.4      Discernement du mal

2.5      Résultats de l’exercice du jugement du mal dans l’assemblée

2.5.1      Une grande crainte

2.5.2      Puissance spirituelle

2.5.3      Préservation d’intrusion du mal

2.5.4      Âmes attirées

2.6      Accroissement en nombre et accroissement spirituel

2.7      Résumé d’une marche fidèle

3     Relations interrompues

3.1      La communion de la famille de Dieu

3.2      Jouissance de la communion

3.3      Matthieu 18:15-17

3.4      2 Thessaloniciens 3:14, 15

3.5      1 Corinthiens 5

3.6      Mise en pratique

3.7      Reprise de relations

4     Exclusion et réintégration

4.1      Un sujet mal connu et lourd de conséquences

4.2      Action préventive. L’amour qui cherche à guérir

4.3      Besoin de pasteurs. Responsabilité de l’assemblée

4.4      État d’esprit dans lequel une exclusion est prononcée

4.5      Quelles relations ? Ce que dit l’Écriture

4.6      Service sacerdotal. Reprise de relations

4.7      Démarche initiale de la réintégration

4.8      Confession d’un péché ignoré par d’autres

5     L’amour couvre une multitude de péchés (1 Pierre 4:8)

5.1      Péché couvert : oublié ou confessé ?

5.2      Ramener un pécheur de son égarement (Jacques 5:20)

5.3      Conditions pour pouvoir « ramener » un pécheur

5.3.1      Amour fervent

5.3.2      Prière + service individuel + ministère pastoral + discipline

5.4      Le service individuel de frère à frère

5.5      Service pastoral (Gal. 6:1)

5.6      Disciplines diverses

5.7      Conclusion

6     Que chacun s’éprouve soi-même (1 Cor. 11:28)

6.1      Mémorial précieux et responsabilités

6.2      Danger de profanation

6.3      Danger encouru par tous

6.4      S’éprouver soi-même et seulement alors manger

6.5      Ce qui arrive si le péché est toléré

6.6      Conclusion

7     Couvrir le péché

7.1      Pleine confession du péché

7.2      Passages pertinents

7.3      Proverbes 10:12

7.4      1 Pierre 4:8

7.5      Jacques 5:19

 

 

1        Ordre dans l’assemblée

ME 1959 p. 225

1.1      Dieu n’est pas un Dieu de désordre

L’apôtre Paul avait laissé Tite en Crète afin, lui dit-il, « que tu mettes en bon ordre les choses qui restent à régler, et que, dans chaque ville, tu établisses des anciens, suivant que moi je t’ai ordonné » (Tite 1:5). Des âmes avaient été amenées à la connaissance de la vérité, des assemblées formées, il convenait que l’ordre selon Dieu y fût vu et maintenu. Le témoignage que l’Assemblée est appelée à rendre — et cela est vrai pour chaque assemblée locale — est incompatible avec le désordre : tout désordre ternit le témoignage et peut même aboutir à sa destruction, ce qui est le but poursuivi par l’adversaire. L’ordre selon Dieu est celui qui est enseigné par la Parole de Dieu et c’est l’Esprit de Dieu qui nous donne la sagesse et le discernement nécessaires pour mettre en pratique ses enseignements, la puissance qui convient pour rejeter tout ce qui serait, dans l’assemblée, un élément de désordre. Le rassemblement des saints, le service, les rapports fraternels, la marche pratique de chacun, d’une manière générale tout ce qui concerne la vie de l’assemblée doit manifester les caractères de l’ordre que Dieu désire voir maintenu dans son témoignage afin qu’y brille quelque chose de sa gloire. « Dieu n’est pas un Dieu de désordre (1 Cor. 14:33).

 

1.2      Comment « il faut » se conduire

Timothée et Tite avaient reçu de l’apôtre inspiré des instructions particulières concernant l’assemblée ; le premier devait plus spécialement veiller sur la saine doctrine, le second sur l’ordre de la maison de Dieu. Mais les deux choses sont étroitement liées ; c’est pourquoi, d’une part, Timothée pouvait lire dans la lettre qui lui était adressée : « Je t’écris ces choses... afin que tu saches comment il faut se conduire dans la maison de Dieu, qui est l’assemblée du Dieu vivant, la colonne et le soutien de la vérité » et, d’autre part, Tite était exhorté à « annoncer les choses qui conviennent au sain enseignement » (1 Tim. 3:14, 15 — Tite 2:1). Par conséquent, pour savoir comment « il faut » se conduire dans la maison de Dieu, pour que l’ordre y soit maintenu, il est nécessaire de connaître et de mettre en pratique la saine doctrine, le sain enseignement. Il restera toujours vrai que l’on ne peut agir selon la pensée de Dieu si d’abord on ne la connaît. De là l’importance de l’exercice du ministère dans l’assemblée. Il convient que les âmes soient nourries et fortifiées en étant occupées de Christ — c’est le premier point, il est fondamental et nous l’oublions trop souvent — qu’elles soient instruites, mises en présence des enseignements de la Parole et exhortées à les suivre.

 

1.3      Surveillance

Nombreux sans doute sont ceux qui pensent que là se borne le service à remplir et qui manifestent ensuite quelque surprise lorsque apparaissent et persistent certains désordres. C’est oublier que si l’exercice des dons est nécessaire, celui des charges locales ne l’est pas moins. N’est-ce pas trop souvent perdu de vue ? — Certes, il ne saurait être question de choisir tel ou tel frère pour lui confier une charge d’ancien, puisque — la Parole nous l’enseigne — seul l’apôtre, ou son délégué, avait l’autorité de le faire. Si cette désignation des anciens avait été de la compétence de l’assemblée, ce n’est pas à Tite que l’apôtre aurait demandé de les établir mais bien à l’assemblée elle-même (Tite 1:5). Cependant, il est à désirer que des frères aient à cœur d’aspirer à la surveillance (1 Tim. 3:1), dans l’esprit dans lequel la Parole demande qu’elle soit exercée. De tels frères doivent être connus et estimés « à cause de leur œuvre » (1 Thess. 5:12, 13). Il ne doit y avoir chez eux aucune prétention à exercer une quelconque autorité mais, au contraire, la manifestation des caractères qui nous sont indiqués dans des passages comme 1 Tim. 3:1-7 et Tite 1:6-9 par exemple. C’est ce qui donnera à l’ancien l’autorité morale nécessaire pour remplir sa charge : il doit, d’une part, présenter certaines qualités, avoir une conduite personnelle « irréprochable », et, d’autre part, connaître les Écritures et manifester un réel attachement à la Parole. Les plus belles qualités morales ne peuvent suffire elles pourraient même, si elles n’étaient accompagnées de la connaissance intelligente de la Parole, conduire un ancien à engager un frère ou une sœur à une marche qui ne serait pas selon l’enseignement de l’Écriture.

 

1.4      Exhorter et réfuter. Parole à propos

Tite 1:9 nous montre qu’une double charge incombe à l’ancien : exhorter par un sain enseignement — réfuter les contredisants. Les deux impliquent une profonde connaissance de la vérité de Dieu puisée dans la Parole inspirée. L’exhortation doit toujours être faite « avec toute longanimité et doctrine », qu’il s’agisse de l’exhortation présentée par le ministère (2 Tim. 4:2) ou par l’ancien dans l’exercice de sa charge ; une exhortation qui n’a pas une base scripturaire est sans puissance aucune, c’est de la bonne morale chrétienne peut-être, mais pas autre chose. De même, pour « réfuter les contredisants » il faut présenter la Parole, « épée de l’Esprit », arme dont le Seigneur s’est servi, lors de la tentation au désert, pour repousser l’adversaire et lui fermer la bouche. Les versets 10 et suivants de Tite 1 nous donnent les caractères des « contredisants » et montrent bien qu’ils sont en fait des instruments entre les mains de l’adversaire ; pour leur « fermer la bouche » (v. 11) il faut l’autorité et la puissance de la Parole.

L’ancien doit donc, nous venons de le voir, manifester les vertus qui lui donneront une réelle autorité morale et, d’autre part, connaître les Écritures. Peut-être ne sera-t-il jamais appelé à présenter la Parole dans l’exercice d’un ministère dans l’assemblée — et il en sera ainsi s’il n’a pas reçu un don pour cela — et se limitera-t-il à ce qui correspond exactement à sa charge selon Tite 1:9 : « exhorter par un sain enseignement » et « réfuter les contredisants ». Nous touchons là précisément une des distinctions qui existe entre l’exercice d’un ministère et celui d’une charge d’ancien. Qu’un frère ayant un don de pasteur ou de docteur, parlant comme « oracle de Dieu », présente la Parole dans l’assemblée, chacun est responsable d’écouter et de recevoir ce qui est ainsi donné comme venant de Dieu. Celui qui exerce son ministère pourra faire, de la Parole, une application plus ou moins directe, selon que Dieu le lui donnera, aux circonstances et aux besoins de ceux auxquels il s’adresse, mais là s’arrête son service public. Il est certes à désirer qu’il continue son service, mais alors dans le secret, demandant à Dieu de bénir sa Parole et de produire Lui-même des fruits en chacun de ceux qui l’ont entendue. Tandis que, d’une manière générale, un ancien s’adressera à un frère ou à une sœur dont la marche est de nature à porter atteinte au bon ordre qui doit régner dans l’assemblée de Dieu ; il saura lui présenter les exhortations nécessaires, basées sur le « sain enseignement », toucher son cœur, parler à sa conscience, de telle manière que soit redressé ce qui doit l’être et que l’ordre soit maintenu. L’ancien a connaissance des faits, des circonstances qui motivent son intervention et c’est ce qui l’amène à agir ; un pasteur ou un docteur, exerçant son ministère dans l’assemblée, peut donner, conduit par l’Esprit de Dieu, la parole à propos sans avoir aucune connaissance de l’état de ceux auxquels il s’adresse.

Que des « contredisants » viennent exercer parmi les saints leur activité subversive, se révélant comme « insubordonnés vains discoureurs et séducteurs », sans doute le ministère pourra-t-il s’exercer pour la présentation de la vérité et son application à l’état des âmes, mais c’est aux frères remplissant la charge d’anciens qu’incombe la responsabilité d’intervenir auprès d’eux. C’est aux anciens qu’il appartient, ayant rappelé les enseignements de la Parole, d’en faire l’application pratique dans les circonstances survenues. Cela demande beaucoup de discernement spirituel et implique, par conséquent, une vie de piété, dans la crainte du Seigneur et la jouissance d’une vraie communion avec Lui.

 

1.5      Ne pas se décourager

Ne nous arrive-t-il pas de soupirer parfois, en pensant à telle ou telle circonstance : « Que de désordres, ici et là ! » Nous exprimons sans doute une réelle tristesse en considérant un état de choses qui n’est pas à la gloire de Dieu, mais n’y a-t-il pas dans de telles paroles un certain découragement ? Nous oublions que Dieu nous donne toutes les ressources nécessaires pour que, dans sa maison, soit maintenu l’ordre qui convient. Que d’assemblées peut-être dans lesquelles il ne semble pas y avoir un seul frère remplissant vraiment une charge d’ancien ! Doit-on être surpris si l’on y voit surgir quelque désordre, relâchement dans la marche ou activité de contredisants ?

Que Dieu veuille nous réveiller et nous exercer à cet égard ! Que, dans les assemblées, Il mette Lui-même au cœur de frères fidèles le désir de remplir la si utile charge d’ancien, indispensable, pouvons-nous dire, pour que l’ordre soit maintenu ! Que, pour cela, Il accorde de manifester les qualités et les vertus, enseignées par l’apôtre en 1 Timothée 3 et Tite 1, qui leur donneront l’autorité morale sans laquelle ils failliraient à leur tâche ! Qu’Il leur donne aussi cette connaissance intelligente de la. Parole, nécessaire pour « exhorter par un sain enseignement » et « réfuter les contredisants » ! Qu’enfin, Il les enseigne et les dirige Lui-même pour toute action à exercer, dans l’amour mais avec fermeté, afin qu’un bel ordre soit vu dans l’assemblée et que le nom du Seigneur y soit glorifié en toutes choses !

 

 

2        Jugement du mal dans l’assemblée

ME 1959 p. 197

2.1      Actes 5. Ananias et Sapphira

Les croyants des tout premiers jours de l’Église ne connaissaient pas toutes les vérités aujourd’hui révélées et enseignées — en particulier, celles concernant l’Église corps de Christ, objet des révélations faites à l’apôtre Paul — mais ils vivaient ce qu’ils savaient. Le début du livre des Actes nous donne de ces temps un tableau plein de fraîcheur ; il nous montre aussi comment l’ennemi, variant ses moyens, a essayé de s’opposer au travail de Dieu, s’efforçant de détruire le puissant témoignage rendu par l’assemblée à Jérusalem. C’est ainsi que très rapidement, agissant avec la ruse du serpent, il a fait pénétrer le mal dans l’assemblée. Actes 5 nous dit comment il a opéré pour atteindre ce but, mais aussi comment le mal a été jugé aussitôt. Il est sans doute opportun de rappeler les enseignements qui nous sont donnés là, car nous serions peut-être aujourd’hui pleins d’indulgence pour une semblable manifestation du mal, disposés même parfois, par manque de discernement spirituel ou par faiblesse, à en tolérer de plus graves.

Ananias et Sapphira avaient vendu une possession pour que le produit, apporté aux pieds des apôtres, en fût « distribué à chacun, selon que l’un ou l’autre pouvait en avoir besoin ». La piété des premiers croyants se montrait de plusieurs manières et, entre autres, par des actes comme celui que se proposèrent Ananias et Sapphira (Actes 4:32 à 37). Seulement, désireux d’en imiter d’autres, Ananias et sa femme, tout en cherchant à faire eux aussi une manifestation publique de piété, convinrent entre eux de garder une partie du prix de leur terre. Il n’y avait certes aucune obligation pour eux d’apporter le tout, mais leur péché était celui-ci : ne donnant qu’une partie, ils prétendaient cependant donner le tout. C’était un manque de franchise et de droiture, une hypocrisie et un mensonge. Ce péché est si grave aux yeux de Dieu que le mal est réprimé aussitôt par l’exercice de son gouvernement.

Les apparences de piété ne peuvent tromper Celui qui connaît l’état des cœurs. Elles ne trompent pas non plus un œil spirituel exercé ; il y a chez Pierre un tel discernement que, dès qu’Ananias entre devant lui, il dévoile le mal : « Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, que tu aies menti à l’Esprit Saint, et que tu aies mis de côté une partie du prix de la terre ? ... Tu n’as pas menti aux hommes, mais à Dieu ». Le mal discerné et mis au jour, il est immédiatement jugé : « Et Ananias, entendant ces paroles, tomba et expira ». De même, pour Sapphira (Actes 5:3 à 5 et 7 à 10).

 

2.2      La sainteté de Dieu demeure même si l’Esprit n’agit plus aussi radicalement

Sans doute, dans ces premiers jours de l’histoire de l’Assemblée sur la terre, l’Esprit Saint pouvait agir sans que rien n’entravât son action, et le déploiement de puissance spirituelle était tel que le mal était aussitôt discerné, manifesté et jugé. Aujourd’hui, le Saint Esprit, contristé de tant de manières, ne peut agir au sein de la ruine comme il le faisait dans l’Assemblée fidèle, car il n’est pas possible que Dieu, par une action puissante de son Esprit, mette son sceau sur la ruine de l’Église. Mais la sainteté de Dieu est toujours la même, le mal n’a pas changé de caractère à ses yeux et ceux qui désirent maintenir le témoignage confié à l’assemblée ne sont pas moins responsables que ne l’étaient les premiers croyants — ils le sont beaucoup plus car ils ont reçu bien davantage — de garder pur un domaine où le mal ne doit pas entrer et où, s’il entre, il doit être immédiatement jugé.

 

2.3      Responsabilité de juger le mal : l’individu et l’assemblée

Tout croyant dans le témoignage est responsable de veiller sur sa marche personnelle, de vivre dans le jugement de soi-même, afin de plaire au Seigneur et de n’apporter aucune souillure, de chair ou d’esprit, à la table de Celui qui est le Saint et le Véritable. S’il manque en cela, l’assemblée est responsable d’intervenir, par amour et fidélité envers lui comme aussi et surtout envers le Seigneur, cette intervention s’exerçant par le moyen de disciplines appropriées ; lorsque ces disciplines demeurent inefficaces, l’assemblée doit « ôter le méchant », selon l’enseignement de 1 Corinthiens 5. Si elle faillissait à cet égard, tolérant ainsi le mal dans son sein, son infidélité amènerait le jugement du Seigneur sur le coupable et probablement aussi, d’une manière ou de l’autre, sur elle-même. À Corinthe, le Seigneur avait dû exercer son jugement sur plus d’un coupable. Ce que l’apôtre écrivait à cette assemblée a toute sa valeur encore aujourd’hui (cf. 1 Cor. 1:2) : « C’est pour cela que plusieurs sont faibles et malades parmi vous, et qu’un assez grand nombre dorment. Mais si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés » — jugés par le Seigneur (1 Cor. 11:30, 31). L’on peut sans doute penser que, de nos, jours aussi, des croyants demeurent faibles et malades, d’autres ont été retirés parce que eux ou d’autres n’ont pas pratiqué ce jugement de soi-même auquel nous sommes exhortés, parce qu’ensuite l’assemblée n’a pas fait son devoir envers eux. À propos du jugement exercé par le Seigneur sur une assemblée, on peut citer l’exemple de Thyatire. Que lui est-il reproché ? De tolérer dans son sein un mal doctrinal, de « laisser faire » : « Mais j’ai contre toi, que tu laisses faire... ». Le Seigneur use de patience, Il « donne du temps » pour se repentir, mais s’il n’y a pas repentance et jugement du mal, c’est alors Lui qui exerce son jugement à l’égard de l’assemblée, et tout spécialement de sa partie la plus responsable (Apoc. 2:20 à 23).

 

2.4      Discernement du mal

Demandons à Dieu qu’Il nous donne un sain discernement du mal. Nous ne l’aurons que dans la mesure où nous vivrons près du Seigneur, dans le sanctuaire. Demandons-Lui ensuite qu’Il nous accorde assez d’énergie spirituelle pour opérer le jugement d’un mal discerné.

L’ennemi s’efforce, en tout premier lieu, d’obscurcir notre discernement spirituel et de nous faire considérer comme infirmités à supporter ce qui pourtant devrait être jugé. Il sait aussi comment nous arrêter pour nous empêcher de juger le mal lorsque nous l’avons discerné : il met en avant parfois des liens de famille, des relations personnelles auxquelles on donne plus de valeur qu’au maintien de la sainteté qui convient dans l’assemblée ; ou encore, il voudrait nous laisser croire que la mise au jour du mal risque de troubler les âmes et que le jugement de ce mal entraverait la prospérité du témoignage. L’ennemi prenant soin des âmes et du témoignage ! Combien ses raisonnements sont subtils et dangereux ! Si au lieu d’écouter sa voix nous considérons ce que Dieu nous enseigne dans sa Parole, nous verrons quels sont, en fait, les résultats de l’exercice du jugement du mal dans l’assemblée — en dehors de ceux, essentiels, que constituent, d’une part, la purification de l’assemblée et, d’autre part, la recherche du bien et de la restauration de celui qui a péché. Actes 5 nous présente quatre de ces résultats :

 

2.5      Résultats de l’exercice du jugement du mal dans l’assemblée

2.5.1       Une grande crainte

« Une grande crainte s’empare de toute l’assemblée et de tous ceux qui entendaient parler de ces choses » (v. 5 et 11). Les âmes sont conduites à discerner quelque peu ce qu’est le mal aux yeux de Dieu et à voir quelles en sont les conséquences sous son gouvernement. Chacun est ainsi amené à veiller sur ses voies ; il y a davantage de crainte de Dieu, de sainteté pratique. C’est aussi ce que nous enseigne Deutéronome 21:21 : « Tu ôteras le mal du milieu de toi, et tout Israël l’entendra et craindra ». Et Proverbes 14:16 se trouve vérifié : « Le sage craint, et se retire du mal ». Au contraire, l’absence de jugement du mal risque d’inciter les croyants à imiter de mauvais exemples.

 

2.5.2       Puissance spirituelle

Il y a un grand déploiement de puissance spirituelle, avec tous les fruits qui en découlent (v. 12, 15 et 16). Tandis qu’à l’inverse, la puissance spirituelle est perdue lorsque le mal n’est pas jugé. Une assemblée qui persisterait dans cet état n’en arriverait-elle pas à perdre même son caractère d’assemblée de Dieu ?

 

2.5.3       Préservation d’intrusion du mal

L’assemblée est préservée de l’intrusion d’éléments qui n’ont pas place dans son sein : « d’entre les autres, nul n’osait se joindre à eux » (v. 13). Ces éléments fuient un milieu où ils savent que le mal est jugé, tandis qu’ils viendront volontiers là où il est toléré.

 

2.5.4       Âmes attirées

Des âmes sont attirées, des âmes fidèles qui ont à cœur de faire partie du témoignage et qui, elles, y ont vraiment leur place : « des croyants d’autant plus nombreux se joignaient au Seigneur, une multitude tant d’hommes que de femmes » (v. 14). N’hésiterait-on pas à agir parfois dans l’exercice du jugement du mal, dans la crainte de voir se réduire le nombre de ceux qui sont dans le rassemblement ?

 

2.6      Accroissement en nombre et accroissement spirituel

Remarquons d’ailleurs à ce sujet que, dans un temps de ruine comme celui auquel nous sommes parvenus, ce n’est pas le nombre qu’il faut chercher. Soyons gardés de penser et d’agir comme le monde qui estime, lui, que la puissance d’un groupement est fonction du nombre de ceux qui le composent. On entend dire quelquefois : « notre nombre augmente ; nous avons maintenant une réunion de tant de personnes et nous sommes à l’étroit dans notre local... », toutes choses qui ne peuvent être un sujet de joie et le signe de la bénédiction de Dieu que si accroissement en nombre et accroissement spirituel vont de pair. En est-il toujours ainsi ? Ce qui importe, par dessus tout et avant tout, c’est l’accroissement d’Éphésiens 4:15, 16, « l’accroissement de Dieu » de Colossiens 2:19. Il serait grave et attristant qu’un accroissement numérique, tellement souhaité parfois et qui, aux yeux de certains, est toujours signe de force et de bénédiction, ne résulte que de l’entrée dans le témoignage de ceux « d’entre les autres » dont Actes 5:13 nous dit qu’alors nul n’osait se joindre à eux ». — Ne perdons pas de vue non plus que l’un des caractères du témoignage dans des jours de déclin, c’est qu’il est peu nombreux et sans apparence (Juges 7) et demandons-nous si, en bien des cas, il n’existe pas une tendance à rechercher précisément et le nombre et l’apparence.

 

2.7      Résumé d’une marche fidèle

Dieu veuille accorder aux siens de marcher dans l’obéissance à sa Parole, n’oubliant pas que « la sainteté sied à sa maison » (Ps. 93:5), que par conséquent l’assemblée, « maison de Dieu ... assemblée du Dieu vivant, la colonne et le soutien de la vérité » (1 Tim. 3:15), est un lieu où le mal, s’il y pénètre, doit être jugé. Que puisse être maintenu ainsi un témoignage fidèle, sans prétention aucune, ne recherchant ni le nombre ni l’apparence, mais jaloux des droits et de la gloire du Seigneur et croissant « de l’accroissement de Dieu » ! Pour cela, que les âmes soient occupées du bien, nourries de Christ, réchauffées dans la jouissance de son amour, heureuses dans sa communion, affermies par sa grâce, tenues tout près de Lui « qui a le pouvoir de nous garder sans que nous bronchions, et de nous placer irréprochables devant sa gloire avec abondance de joie » (Jude 24). Alors, malgré la ruine de l’Église, malgré la faiblesse de ceux qui désirent être gardés dans le témoignage que le Seigneur maintiendra jusqu’à son retour, il pourra être dit des assemblées, encore aujourd’hui, ce qui a été dit autrefois, au commencement, des assemblées de la Judée, de la Galilée et de la Samarie : « elles étaient en paix, étant édifiées, et marchant dans la crainte du Seigneur ; et elles croissaient par la consolation du Saint Esprit » (Actes 9:31).

 

Fais-nous marcher dans ta lumière,

Près de toi garde notre cœur,

Et que ton Église en prière

S’égaie en toi, puissant Sauveur !

 

 

 

3        Relations interrompues

ME 1965 p.63

3.1      La communion de la famille de Dieu

Par la foi en Jésus et en son œuvre expiatoire, les enfants de Dieu ont la vie éternelle : « Mais ces choses sont écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie par son nom ». — « Et c’est ici le témoignage : que Dieu nous a donné la vie éternelle ; et cette vie est dans son Fils : celui qui a le Fils a la vie, celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie » (Jean 20:31 ; 1 Jean 5:11, 12). Ayant la vie éternelle — « vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée » lorsque Christ est venu ici-bas — ils ont communion « avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » : ils possèdent une même nature, celle du Dieu qui est amour et lumière ; de là découle la communion qu’ils ont les uns avec les autres (1 Jean 1:2, 3), communion qui est le fondement de leurs relations. Telle est la base essentielle des rapports des croyants entre eux : leur commune part en Christ, la même vie qu’ils possèdent, l’appartenance à une même famille, la connaissance d’un même Dieu et Père révélé en Jésus.

 

3.2      Jouissance de la communion

La jouissance de cette communion dépend de la façon dont nous réalisons la part qui est désormais la nôtre ; elle est étroitement liée à la manière dont nous nous laissons enseigner et diriger par le Saint Esprit qui est, tout à la fois, « l’Esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba, Père ! » et le « seul Esprit » qui nous unit en « un seul corps » (Rom. 8:15 ; 1 Cor. 12:13). Cette communion s’exprime tout particulièrement dans le rassemblement des saints autour du Seigneur, à sa table : nous sommes là comme la famille de Dieu, réunie sous le regard du Père, comme l’assemblée, épouse et corps de Christ, groupée autour de son Chef — plus exactement, comme ce qui en est l’expression sur la terre, si nous ne sommes que quelques-uns dans ce rassemblement qui devrait comprendre tous les enfants de Dieu, membres du corps de Christ ; mais elle ne se limite pas à la jouissance d’un tel privilège, si élevé soit-il, elle doit avoir son prolongement dans toute la vie chrétienne. La communion réalisée dans la marche dépend de l’obéissance (cf. Jean 14:21, 23) et n’est plus seulement le résultat d’une identité de nature ; elle est goûtée avec le Père et avec le Fils, comme aussi avec tous les croyants qui gardent les commandements et la parole du Seigneur. Cela nous permet de comprendre qu’il y a des degrés dans la communion que nous pouvons réaliser les uns avec les autres et cela explique le caractère pratique de nos relations. Plus la communion sera étroite dans une marche fidèle, plus nos relations fraternelles seront heureuses et bénies. Tandis que, vivant dans l’obéissance, nous n’aurons qu’une communion limitée — et par suite des relations distendues — avec celui dont la marche laisse à désirer et risque de jeter du déshonneur sur le nom du Seigneur. Un désaccord de pensées nuit à la communion (cf. Phil. 2:1, 2) et cela se traduit dans les relations.

 

3.3      Matthieu 18:15-17

La Parole nous donne des enseignements au sujet de divers cas dans lesquels il doit y avoir interruption de relations. Cette interruption est liée au fait qu’il n’y a pratiquement plus de communion dans la marche avec celui que l’Écriture nous enjoint de tenir à l’écart. Le premier d’entre eux est celui dont il est question en Matt. 18:15 à 17 : un frère a péché contre un autre. C’est ce dernier qui doit aller trouver le premier, non pour revendiquer ses droits (il n’en est pas question dans le passage) ou pour obtenir réparation, mais afin de « gagner son frère ». Ce n’est pas sans réel exercice devant Dieu qu’une telle démarche peut être faite ; une préparation morale est nécessaire et Dieu seul peut donner les paroles qui toucheront le cœur du frère visité et atteindront sa conscience, l’amenant ainsi à « écouter ». Si cette démarche est sans succès, il convient de la renouveler mais, cette fois, accompagné de « une ou deux personnes ». Un témoignage pourra être, de ce fait, présenté à l’assemblée dans le cas où la deuxième visite serait aussi inopérante que la première ; et si, ensuite, l’assemblée elle-même n’est pas davantage « écoutée », le frère offensé doit, selon l’enseignement de l’Écriture, cesser ses relations avec celui qui l’a offensé : « qu’il te soit comme un homme des nations et comme un publicain ». Il n’a plus communion avec lui ; la communion entre les deux frères se limite au fait qu’ils sont toujours, quoi qu’il en soit, deux enfants de Dieu et qu’il y a par conséquent entre eux identité de nature. Dire alors à ce frère, sous prétexte de grâce mal comprise : vous devez pardonner à celui qui vous a fait du tort et continuer à entretenir des relations avec lui, serait peut-être très charitable en apparence, mais en réalité, ce serait l’inciter à désobéir à la Parole. — Sans doute, une telle situation ne peut se prolonger indéfiniment ; il appartiendra aux frères de l’assemblée locale de s’en occuper, s’en humiliant devant Dieu et le priant de montrer Lui-même comment il convient d’agir en la circonstance. Il y a généralement des avertissements à adresser à celui qui déjà, à trois reprises, a refusé d’écouter, des disciplines à exercer si les avertissements ne sont pas reçus. Lorsque tous les soins d’un amour diligent demeurent inefficaces, celui qui, persistant dans la méconnaissance de ses torts, manifeste ainsi une regrettable obstination, est caractérisé comme « méchant » et doit être « ôté du milieu d’elle-même » par l’assemblée, après qu’elle a « mené deuil » à ce sujet.

 

3.4      2 Thessaloniciens 3:14, 15

Il est un autre cas où les relations doivent aussi être interrompues. C’est celui d’un frère qui marche dans le désordre et ne se soumet pas à l’Écriture (2 Thess. 3:14, 15). Là également, une discipline doit être exercée si les exhortations et les avertissements sont demeurés sans effet. L’assemblée est responsable de le faire ; s’y refuser ou montrer de l’indifférence serait un manque d’amour à l’égard de celui qui est en mauvais état et la méconnaissance de l’ordre qui convient à la gloire du Seigneur dans l’assemblée. Il ne s’agit pas ici de retranchement du coupable — retranchement qui, comme dans le cas précédent, deviendra nécessaire si la discipline reste inefficace — mais d’une action qui a précisément pour but de réveiller la conscience du coupable, de l’amener à se repentir, afin que l’assemblée n’ait pas à l’exclure. Il est toujours appelé un « frère » — et non pas un « homme » comme celui qui a été « ôté » en tant que « méchant » (cf. 2 Cor. 2:6) — mais il doit être « noté », « averti » et les frères et sœurs de l’assemblée sont responsables d’obéir alors à cette parole : « n’ayez pas de commerce avec lui », en d’autres termes : cessez vos relations avec lui. Est-ce là manque d’amour, comme on est parfois tenté de le penser ? Non, car cette discipline est exercée dans un amour vrai, afin que celui qui en est l’objet « ait de la honte », qu’il se sente repris dans sa conscience et soit ainsi amené à reconnaître son état, à le confesser, à s’en humilier, de manière à retrouver la communion avec Dieu et avec l’assemblée. Ce serait véritablement, malgré toutes les apparences contraires, manquer d’amour que de poursuivre des relations avec le coupable. L’assemblée aurait alors le devoir d’avertir celui qui agirait ainsi et d’exercer ensuite à son égard toute discipline appropriée s’il n’écoutait pas.

 

3.5      1 Corinthiens 5

Enfin, 1 Corinthiens 5 nous parle du troisième cas. Là, il s’agit de quelqu’un présentant les caractères du « méchant » ; l’assemblée a « mené deuil » et a dû, avec tristesse et humiliation « ôter le méchant du milieu d’elle-même ». La conduite à tenir à son égard est indiquée dans les versets 9 à 13 : les relations doivent cesser avec celui qui est dans une telle position, position qui correspond à celle du lépreux autrefois, placé « hors du camp » et criant : « Impur ! Impur ! » afin que nul n’ait de contacts avec lui (Nombres 5:1 à 4 ; Lév. 13:45, 46).

 

3.6      Mise en pratique

Ces enseignements sont souvent méconnus et, si même nous les connaissons, il nous semble parfois qu’il n’est pas possible de les mettre en pratique ou encore, que nous aiderons plus efficacement à la restauration du coupable en poursuivant des relations avec lui, à peu près comme s’il ne s’était rien passé. C’est généralement lorsqu’il s’agit de membres de nos familles qu’il nous paraît impossible d’obéir à ces enseignements. Entretenir des relations au mépris des injonctions de 2 Thessaloniciens 3:14, 15 ou 1 Corinthiens 5:9 à 13, c’est faire passer les sentiments que nous éprouvons pour des personnes amies ou de notre parenté avant l’obéissance à la Parole, c’est risquer d’être une entrave à leur restauration, c’est — peut-être inconsciemment — s’élever contre une décision de l’assemblée, contre ce qui a été lié par elle et qui est lié dans le ciel, c’est désobéir à Dieu, à sa Parole. Une telle conduite devrait d’ailleurs provoquer l’intervention des frères ; ils sont responsables d’avertir celui qui en est coupable et, s’il n’écoute pas, l’assemblée aura sans doute à envisager telle ou telle discipline à son égard. Si la chose est tolérée, les frères manquent à leur devoir. L’indifférence à propos de semblables situations est un manque d’amour vrai envers celui qui a été retranché comme aussi envers celui qui maintient des relations avec lui. Le Seigneur donnera chaque fois, si nous sommes exercés devant Lui, la sagesse nécessaire pour agir comme il convient, avec douceur mais aussi avec fermeté. — Peut-être a-t-on supporté si souvent de telles désobéissances qu’il devient ensuite plus difficile d’intervenir. Il en est sans doute ainsi dans bien d’autres cas intéressant la vie de l’assemblée : l’ennemi nous amène à tolérer, par faiblesse, par crainte de certaines réactions, des situations qui nécessiteraient une action appropriée ; une défaillance appelle généralement une autre défaillance et, peu à peu, le mal s’étend et fait de tels progrès qu’on finit par ne plus savoir comment s’y prendre pour le réprimer. On redoute les conséquences possibles de l’action à exercer, oubliant que « la crainte des hommes tend un piège » tandis que celui « qui se confie en l’Éternel est élevé dans une haute retraite » (Prov. 29:25).

Sans doute, il est très douloureux pour nos cœurs d’imposer silence à nos sentiments et de nous soumettre à des enseignements comme ceux de 2 Thessaloniciens 3:14, 15 ou 1 Corinthiens 5:9 à 13 ; aussi sommes-nous aisément disposés à écouter la voix qui vient nous inciter à découvrir toutes sortes de raisons de laisser de côté tel passage de l’Écriture qui nous gêne. Prenons garde ! une voix qui nous suggère de faire ce que défend la Parole ne peut être que celle de l’ennemi. C’est toujours le « Quoi, Dieu a dit… ? » de Genèse 3:1. Certes, il ne convient pas d’accabler celui qui est l’objet d’une discipline de l’assemblée ou qui a été mis hors de communion par elle ; il doit toujours y avoir dans nos cœurs un amour profond pour lui et une vraie souffrance de le voir dans cette position, comme aussi une réelle tristesse de ne pouvoir donner libre cours à nos sentiments d’affection fraternelle. Mais notre attitude à son égard, toute empreinte de cet amour, de cette souffrance, de cette tristesse, ne doit pas être autre que celle que la Parole nous demande d’observer.

 

3.7      Reprise de relations

Peut-être un certain relâchement dans la discipline est-il parfois possible lorsque sont nettement discernés des signes de repentance et de sincère humiliation. Ces manifestations d’un travail intérieur profond seront vues, par exemple, à l’occasion de visites faites par un frère remplissant un service de sacrificateur. De tels contacts sont selon Dieu et diffèrent entièrement des relations que l’on entretiendrait avec celui que la Parole nous invite à tenir à l’écart. Comme le sacrificateur devait, sous l’économie mosaïque, surveiller l’évolution d’une plaie de lèpre (Lév. 13:12 à 17), les frères qualifiés pour remplir un tel service doivent, dans la dépendance de Dieu, s’occuper de ceux qui ont été l’objet de la discipline de l’assemblée ou qui ont été exclus de la communion. Sagesse et intelligence spirituelles leur seront données afin qu’ils sachent quand et comment ils doivent agir. Ceux qui n’interviennent pas directement dans ce service les soutiendront par leurs prières. Tout cela est le vrai chemin de l’amour.

Mais si l’on peut parfois apporter un certain relâchement, avoir quelques relations avec celui à l’égard duquel une discipline a été exercée ou qui a été mis hors de communion, il convient cependant que ces relations soient revêtues d’un caractère de sérieux et de gravité, de telle manière qu’elle puissent aider à la pleine restauration du coupable, déjà commencée. Il convient surtout, ce point est d’une extrême importance, que la chose soit faite non dans l’indépendance mais avec l’accord des frères de l’assemblée locale. Le but recherché, c’est la restauration ; comme il serait grave d’agir à l’encontre du but poursuivi ! Des relations normales ne peuvent être reprises, dans l’entière liberté fraternelle, que lorsque, la restauration étant complète, l’assemblée a « ratifié son amour » envers celui qu’elle avait dû soit discipliner, soit retrancher.

De telles circonstances dans la vie chrétienne, dans la vie de l’assemblée, nous mettent à l’épreuve les uns et les autres : Dieu s’en sert pour manifester l’état de nos cœurs et montrer si nous désirons agir suivant nos propres pensées, si nous nous laissons guider par nos sentiments ou si, au contraire, nous voulons être fidèles et obéir à la Parole quoi qu’il puisse nous en coûter.

« Celui qui a mes commandements, et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime… Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole… »

« Par ceci nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c’est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements ; car c’est ici l’amour de Dieu, que nous gardions ses commandements, et ses commandements ne sont pas pénibles… » (Jean 14:21, 23 ; 1 Jean 5:2, 3).

 

 

 

4        Exclusion et réintégration

ME 1968 p.64

4.1      Un sujet mal connu et lourd de conséquences

La question du retranchement est sans doute, de façon assez générale, l’une des plus mal comprises qui soient, du commencement à la fin — nous voulons dire par là depuis la période de temps qui précède l’exclusion jusqu’à la restauration et à la réintégration. La méconnaissance, si fréquente, des enseignements de la Parole relatifs à cette question est à l’origine de manquements qui ont pour résultat soit de conduire à des exclusions que l’on aurait probablement pu éviter, soit d’entraver certaines restaurations. Nous sommes reconnaissants toutefois de constater les fruits d’un travail que Dieu opère en divers endroits pour ouvrir les yeux de plusieurs sur les conséquences de défaillances coupables et pour remettre à cette occasion en mémoire les enseignements de l’Écriture sur cet important sujet. Cela nous encourage à écrire les pages qui suivent, fruit de réflexions et d’expériences, dans le sentiment qu’elles sont susceptibles de répondre à des besoins actuels.

 

4.2      Action préventive. L’amour qui cherche à guérir

Qu’en est-il en tout premier lieu de la période de temps qui précède l’exclusion ? Nous savons bien que tous les croyants sont membres d’un seul et même corps, mais le réalisons-nous toujours dans la vie pratique et, en particulier, avons-nous sans cesse présente à l’esprit cette pensée : Dieu désire « que les membres aient un égal soin les uns des autres » (1 Cor. 12:25) ? C’est l’une des plus précieuses et des plus utiles manifestations d’amour fraternel que celle qui consiste à rechercher le bien de son frère, à s’occuper de celui chez lequel a été discerné un signe d’affaiblissement spirituel ou que l’on voit s’engager dans un mauvais chemin. Pour s’en occuper avec intelligence et avec fruit, il faut commencer par demander au Seigneur ses directions, car Lui seul peut nous donner la parole à propos et nous guider dans les différentes activités qu’il peut y avoir lieu d’exercer dans ce but. Nous oublions si souvent qu’il y a dans ces activités, inconnues ou mal connues de plusieurs, la manifestation d’un amour vrai qui cherche à aider, à soigner, à guérir. En vérité, confessons-le, nous aimons peu nos frères comme nous devrions les aimer, ou nous les aimons mal, et nous méconnaissons certains caractères de la vie chrétienne, vie en un sens si difficile à vivre ; ce doit être une vie d’exercices continuels, une vie de prières et de communion avec le Seigneur. Si nous le réalisions mieux, nous nous aimerions mieux et nous aurions alors véritablement « un égal soin les uns des autres ».

 

4.3      Besoin de pasteurs. Responsabilité de l’assemblée

Si ce que nous venons d’écrire concerne tous les croyants sans exceptions, il y a également, en dehors de ces soins individuels mais s’y rattachant tout de même, un ministère pastoral que doivent exercer ceux que le Seigneur a qualifiés pour être les pasteurs du troupeau. Certes, le Seigneur, « grand pasteur des brebis » (Héb. 13:20), s’occupe de chacune d’entre elles, selon ce que nous lisons dans des passages bien connus, tels Ézéch. 34:16, Ps. 23 ou Jean 10 ; Chef du corps, de l’Assemblée, Il la purifie et la sanctifie, la nourrit et la chérit (cf. Éph. 5:26, 29). Nous sommes heureux de penser qu’Il ne peut jamais manquer dans ce service d’amour envers les siens ; mais pour l’accomplir Il veut parfois se servir d’instruments et il y a là, pour celui qu’Il se plaît ainsi à employer, un privilège et une responsabilité. Prions beaucoup, individuellement et en assemblée, pour qu’Il suscite, forme, dirige et soutienne des frères capables de remplir ce service pastoral si nécessaire et hélas ! si négligé dans les jours actuels ! Un tel service, assuré avec l’autorité morale que donnent une marche fidèle et l’expérience acquise, pourra amener la guérison là où les soins individuels se sont révélés inefficaces. Mais si les soins pastoraux à leur tour sont sans résultat, l’assemblée a sans doute des responsabilités à exercer, des disciplines à prescrire, dont le but est de toucher une conscience restée jusque là insensible et d’y produire des sentiments de repentance et d’humiliation (cf. par exemple : 2 Thess. 3:14, 15). De telles responsabilités ne sont-elles pas souvent méconnues et par suite, trop rarement exercées ?

Ne pouvons-nous pas dire que si de semblables activités — soins individuels et pastoraux, disciplines d’assemblée — chacune à son moment et à sa place, étaient plus fidèlement remplies nous verrions sans aucun doute beaucoup moins de cas nécessitant un retranchement ? Certes, il arrive parfois que le péché ait été commis et soit manifesté de telle manière que l’assemblée doive agir tout aussitôt, se purifiant du mal en « ôtant le méchant du milieu d’elle-même », selon les enseignements de 1 Corinthiens 5. Il n’y a donc place, dira-t-on, dans de tels cas, pour aucune des activités dont nous venons de parler. Sans doute. Mais ne doit-il pas y avoir alors, pour chacun des membres du corps et en particulier pour ceux qui ont reçu un don de pasteur, un profond sujet d’humiliation : celui qui a commis la faute nécessitant son exclusion en serait-il arrivé là si l’on s’était occupé de lui comme il eût convenu et si, en tout premier lieu, le troupeau avait été nourri, fortifié, spirituellement enrichi ? N’y a-t-il pas une certaine culpabilité qui pèse, à des degrés divers, sur tous les frères et sœurs de l’Assemblée, de l’assemblée locale plus spécialement ? Un amour diligent aurait permis de discerner les premiers symptômes du mal, suscité l’exercice des soins appropriés, et conduit, si nécessaire, à une discipline d’assemblée. Chacun a donc une certaine part de responsabilité lorsqu’est mis au jour le péché commis par l’un des membres du corps.

 

4.4      État d’esprit dans lequel une exclusion est prononcée

Cela nous amène à considérer l’esprit dans lequel il convient d’agir lorsque, le mal étant manifesté, l’assemblée doit prononcer une exclusion. Elle doit « mener deuil » dans le sentiment : 1° de la gravité du péché aux yeux de Dieu ; 2° du déshonneur jeté sur le nom du Seigneur, Chef du corps, de l’Assemblée : 3° de la solidarité de tous les membres du corps, de sorte que le péché commis est à la honte et à l’humiliation de l’ensemble et pas seulement de celui qui en est directement coupable ; 4° de la culpabilité qui pèse, plus ou moins, sur chacun des membres comme ayant manqué dans l’exercice des soins d’amour qui eussent pu maintenir le défaillant dans un état sain. « Mener deuil », ce n’est pas se satisfaire d’une ou deux réunions d’humiliation au cours desquelles sont prononcées des paroles peut-être parfois vite oubliées — réunions qu’il serait regrettable de convoquer seulement pour observer une sorte de rite — c’est réaliser devant Dieu, vraiment et profondément, ce que nous venons de rappeler dans les quatre points précédents. Hélas ! lorsqu’il y a lieu d’ôter le méchant, n’y a-t-il pas parfois dans nos cœurs des sentiments bien différents : une certaine conviction de supériorité qui nous conduirait plutôt à « jeter la pierre » au coupable, peut-être aussi un secret désir d’écarter quelqu’un devenu gênant en raison de sa conduite… ? Au lieu de « mener deuil », ne nous est-il jamais arrivé d’agir guidés par une sorte d’esprit judiciaire ? Et que de manquements attristants dans la forme même de l’action qui amènent fréquemment incompréhension, animosité ou aigreur !

 

4.5      Quelles relations ? Ce que dit l’Écriture

Qu’en est-il ensuite des relations avec la personne exclue ? Dans de trop nombreux cas, on continue à avoir avec elle des rapports normaux, comme si rien ne s’était passé ; on assure même qu’il convient de « l’entourer » afin de la ramener, et que c’est seulement ainsi qu’on lui témoigne de l’amour, comme si jamais l’amour a pu aller de pair avec la désobéissance ! On oublie, ce faisant, que le temps des soins individuels est passé ; on n’a probablement pas su les exercer au moment convenable et l’on voudrait s’y employer, de manière plus ou moins heureuse, au jour où la Parole trace à l’amour vrai un tout autre chemin. C’est ainsi que l’on peut voir, avec tristesse, une personne exclue se mêler aux frères et sœurs, à la sortie d’une réunion par exemple ; on lui serre la main, on l’embrasse, on converse avec elle comme si elle était dans une position normale… Et n’arrive-t-il pas, trop souvent, que les frères de l’assemblée locale, au lieu d’intervenir comme ce serait leur devoir, laissent faire ? Les défaillances si nombreuses que l’on est amené à constater à cet égard ont ce résultat, parmi bien d’autres : trop rares sont les vraies restaurations. Combien il est douloureux de voir des personnes retranchées depuis quelque vingt ou trente ans parfois, qui en sont toujours au même point, avec lesquelles sont maintenus des rapports fraternels mais desquelles nul « sacrificateur » ne s’est probablement occupé ! Tout cela est à notre honte et à notre confusion, manifestant notre manque d’amour et notre peu d’obéissance à la Parole — les deux vont ensemble : c’est l’obéissance qui prouve l’amour, l’obéissance seule !

Que nous enseigne l’Écriture ? Celui qui a été exclu, après que le péché commis a été mis au jour, ou bien après que les soins individuels et pastoraux, les disciplines d’assemblée se sont révélés inefficaces, manifestant seulement la « rébellion » et « l’obstination » du coupable et déterminant ainsi son caractère de « méchant » (cf. 1 Sam. 15:23 : « car la rébellion est comme le péché de divination, et l’obstination comme une idolâtrie et des théraphim »), celui qui a été exclu après que l’assemblée a vraiment « mené deuil », se trouve dehors, dans la position du lépreux hors du camp d’Israël (cf. 1 Cor. 5:2, 9 à 13). Il semble que, dans un premier temps, il soit préférable de laisser celui qui a dû être retranché — retranché non pas du corps de Christ mais de la communion de l’assemblée — seul avec Dieu. Il est resté sourd au langage des frères, insensible aux soins individuels, au service pastoral, à la discipline de l’assemblée ; maintenant c’est Dieu qui le prend à l’écart pour lui parler. Ce « tête-à-tête » avec Dieu est nécessaire en vue de sa restauration, qui voudrait le troubler ? — Il y a, nous n’en doutons pas, une période de temps durant laquelle nul ne doit s’occuper de celui qui a été retranché ; ce n’est pas de la dureté de cœur, c’est la preuve de l’amour selon Dieu. Plusieurs considèrent que les relations de famille doivent avoir le pas sur tout le reste et notamment sur l’obéissance à une injonction aussi précise que celle de 1 Corinthiens 5:11 ; la Parole nous dit tout autre chose dans des passages tels que Matthieu 10:37, Marc 3:33 à 35 parmi bien d’autres. Certes, il est très douloureux pour un cœur qui aime d’observer l’attitude qui nous est demandée, mais si nous avons vraiment le désir d’être fidèles au Seigneur Il nous donnera Lui-même la force d’obéir sans murmures et sans raisonnements.

 

4.6      Service sacerdotal. Reprise de relations

Dans la suite, Dieu peut mettre au cœur de certains frères (plus particulièrement ceux qui sont qualifiés pour remplir un ministère pastoral qui correspond ici, en somme, au service du sacrificateur en Lévitique 13) d’aller examiner l’état de la « plaie ». Une très courte visite suffit parfois pour montrer que l’état est aussi mauvais que lors du retranchement ; dans ce cas, il est indiqué de laisser le lépreux hors du camp, toujours seul avec Dieu. Si, au contraire, ont été discernés des indices d’une œuvre de repentance, un utile service peut être rempli : l’amour à manifester, leur propre responsabilité devant Dieu, doivent conduire les frères qualifiés pour cela à s’occuper de celui qui a été exclu, afin de lui être en aide et de l’amener peu à peu à un profond jugement de soi-même qui produira l’humiliation nécessaire. Hélas ! ce service est trop souvent négligé. De telles défaillances peuvent être une des causes, chez celui qui a été retranché, d’un endurcissement de plus en plus marqué ou, au contraire, de l’accablement dont parle l’apôtre Paul en 2 Corinthiens 2:7.

Tant qu’il n’a pas été réintégré dans la communion de l’assemblée, celui qui a été retranché est « hors du camp », dans la position que définit Lévitique 13:45, 46. Il doit non seulement s’abstenir de tout contact avec les frères et sœurs en communion mais encore avertir ceux qui, dans l’ignorance ou l’oubli de sa position, viendraient à lui — tel le lépreux criant : « Impur ! Impur ! ». Quant à la conduite que sont responsables d’avoir à son égard les frères et sœurs de l’assemblée, elle est clairement tracée par 1 Corinthiens 5:11 et chacun aura à rendre compte à Dieu de ses propres désobéissances. Peut-être une certaine reprise de relations est-elle possible dans des cas particuliers ; elle ne doit jamais avoir lieu cependant sans l’approbation des frères de l’assemblée locale qui, ayant exercé le service du sacrificateur, ont pu discerner les signes d’un travail de restauration et elle doit se limiter, semble-t-il, à une courte période, précédant la réintégration dans la communion de l’assemblée. En outre, ces relations doivent présenter un caractère de sérieux et de gravité, bannir toute légèreté et frivolité.

 

4.7      Démarche initiale de la réintégration

Une autre question mérite aussi d’être examinée : celui qui a été exclu doit-il lui-même demander à être réadmis en communion ? C’est ce qui a lieu assez fréquemment et c’est même parfois devenu tellement courant que beaucoup estiment que c’est bien la personne retranchée qui doit faire le premier pas. Nous agissons souvent par habitude sans nous demander si ce que nous faisons a un fondement scripturaire ; lorsqu’il en est ainsi nous avons tendance à nous écarter de plus en plus de l’enseignement de la Parole car les traditions se transmettent la plupart du temps avec des changements, insignifiants en apparence mais qui insensiblement nous amènent à nous éloigner toujours plus de la voie tracée par l’Écriture. — Nous pourrions envisager la réintégration à l’initiative de celui qui a été exclu si nous avions, dans les chapitres 13 et 14 du Lévitique, un enseignement tel que celui-ci : « quand le lépreux verra que sa plaie est guérie, il ira vers le sacrificateur et demandera à être admis à nouveau dans le camp d’Israël ». Mais la Parole nous enseigne tout autre chose ! Qui est en état de discerner l’état d’une plaie, le lépreux ou le sacrificateur ? Le sacrificateur seul. Et « au jour de sa purification », que fait le lépreux ? Rien. On « l’amène » au sacrificateur (Paul agit en quelque sorte de la même manière : il amène « un tel homme » à l’assemblée de Corinthe — 2 Corinthiens 2:5 à 11) et le sacrificateur « sort hors du camp », « voit » le lépreux et constate sa guérison (cf. Lév. 14). C’est le sacrificateur qui opère, lui seul est qualifié pour le faire. De même, Paul ne dit pas à celui qui avait été exclu par l’assemblée de Corinthe et qu’il estimait désormais restauré : « vous devez maintenant demander à être réintégré », pas plus qu’il n’écrit aux Corinthiens : « attendez qu’un tel homme exprime le désir de retrouver la communion ». Tout au contraire, il exhorte l’assemblée de Corinthe à « ratifier envers lui son amour » : c’est elle qui doit prendre l’initiative de l’action. — Est-il besoin de rappeler à ce sujet que l’apôtre, bien que persuadé que celui qui avait dû être retranché était maintenant restauré, l’appelle toujours « un tel homme » — et non pas : un frère — tant que l’assemblée n’a pas ratifié envers lui son amour et, si disposé qu’il soit à pardonner, il ne le fera que lorsque l’assemblée l’aura fait elle-même. Dire : « je considère telle personne qui a été exclue comme maintenant restaurée et, bien que l’assemblée ne l’ait pas réintégrée, je m’estime cependant autorisé, par le seul fait de sa restauration, à reprendre avec elle des relations fraternelles normales », ne serait-ce pas se croire plus sage que l’apôtre Paul ?

Pourquoi attend-on parfois que celui qui a été exclu demande sa réintégration ? Peut-être parce que le service du sacrificateur n’est pas toujours rempli : si l’on ne « voit » pas l’état de la plaie du lépreux, peut-on être à même de dire si elle est, ou non, guérie ? Cela nous montre qu’une défaillance, une négligence dans le service qui nous incombe peut être génératrice d’une manière d’agir différente de celle enseignée dans la Parole.

 

4.8      Confession d’un péché ignoré par d’autres

Le cas peut se produire d’un croyant, en communion à la table du Seigneur et ayant commis un péché ignoré de tous, qui, se sentant repris dans sa conscience, confesse de lui-même sa faute. Y a-t-il lieu de l’exclure malgré cette confession ? Sans doute, car l’assemblée doit d’une part « mener deuil » au sujet du péché commis, reconnaître avec douleur que si elle avait été en bon état le mal aurait été manifesté tout aussitôt et, d’autre part, se purifier du mal. Mais il semble bien que, dans un cas de ce genre, le service du sacrificateur doive s’exercer sans qu’aucun délai soit nécessaire, de manière à ce que si la restauration est complète, la « plaie » guérie, celui qui a été exclu puisse être réadmis en communion sans attendre davantage ; par contre, si le travail de restauration n’est pas achevé, le service rempli aura pour but d’aider celui qui a encore certaines choses à juger. — Nous recommandons, sur ce point particulier, la lecture d’une lettre de S. P., parue dans le M. E., année 1927, page 236.

 

L’ennemi est sans cesse en activité — et depuis le commencement, Actes 5 nous le montre pour essayer d’introduire le mal dans l’Assemblée. Que le Seigneur nous donne d’être vigilants et de savoir exercer, chacune à son moment, les diverses activités qui conviennent pour maintenir l’Assemblée pure « de toute souillure de chair et d’esprit » (2 Cor. 7:1) et chacun des membres du corps dans l’heureux état où peut être goûtée la communion avec le Seigneur, de laquelle découle celle dont nous sommes appelés à jouir les uns avec les autres !

 

 

5        L’amour couvre une multitude de péchés (1 Pierre 4:8)

ME 1968 p.29

5.1      Péché couvert : oublié ou confessé ?

« L’amour couvre une multitude de péchés ». Cette affirmation ne signifie pas ce que certains voudraient lui faire dire. Il arrive en effet que, un péché commis étant venu à la connaissance de plusieurs, un frère mette en avant ce passage pour assurer qu’il faut oublier la chose. Nul, dira-t-il, ne doit s’en occuper. Ce faisant, il sera persuadé de manifester « un amour fervent » ; et il accusera d’en manquer totalement celui qui estime, à juste titre pourtant, qu’un péché « découvert » doit être « couvert » d’une manière bien différente, propre à produire chez le coupable une profonde conviction de péché et l’amener à une vraie confession qui seule pourra le conduire à une pleine restauration. Il est d’ailleurs assez surprenant que le même croyant qui dira à un incrédule : vous ne pouvez connaître la part heureuse d’un racheté de Christ tant que vous n’aurez pas confessé vos péchés, dise ensuite, lorsqu’il s’agit d’un enfant de Dieu qui a péché et qui n’a ni reconnu ni, à plus forte raison, confessé son péché : n’en parlons surtout pas, ni à lui ni à d’autres, recouvrons tout cela du voile de l’amour !

Or, l’Écriture nous enseigne que le péché ne peut être « couvert » qu’après qu’il a été confessé à Dieu. Le Psaume 32 en particulier est aussi clair que possible à ce sujet : tant que David s’est tu, « ses os ont dépéri » et « sa vigueur s’est changée en une sécheresse d’été », mais dès qu’il a « fait connaître son péché », quand il a « confessé ses transgressions à l’Éternel », Dieu a « pardonné l’iniquité de son péché ». Du moment qu’il « n’a pas couvert son iniquité », il a pu goûter la béatitude dont il parle au début du Psaume : « Bienheureux celui dont la transgression est pardonnée, et dont le péché est couvert » (v. 3 à 5 et 1). Le péché est donc « couvert » une fois confessé, et il ne peut l’être sans cela.

Nous comprenons ainsi la portée de l’affirmation rappelée à l’en-tête de ces lignes : l’amour selon Dieu doit s’exercer à l’égard de celui qui a péché afin de l’amener à la confession qui lui procurera la joie du pardon. C’est de cette manière seulement que l’amour peut « couvrir une multitude de péchés ».

 

5.2      Ramener un pécheur de son égarement (Jacques 5:20)

L’apôtre Jacques écrit à la fin de son épître : « Celui qui aura ramené un pécheur de l’égarement de son chemin, sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés » (5:20). Comment peut-il le « ramener » ? En le conduisant à la pleine conscience de son état de péché et à la confession de cet état. Le contexte (v. 14 à 18) le confirme d’ailleurs. Dans ces versets, nous avons d’abord le cas d’un malade qui fait appel aux anciens de l’assemblée ; si la maladie a été permise par Dieu dans l’exercice de son gouvernement, à la suite de péchés commis, le service des anciens devra avoir pour objet et pour résultat d’amener le malade à les confesser : « et s’il a commis des péchés, il lui sera pardonné », la discipline prendra fin, le malade sera « relevé » (v. 14, 15). Nous avons ensuite la confession de nos fautes « l’un à l’autre » (v. 16), confession faite à un croyant particulièrement connu, en qui l’on a pleine confiance et auquel on peut s’ouvrir sans crainte. Enfin l’apôtre rappelle le cas du peuple d’Israël aux jours d’Élie : le gouvernement de Dieu s’est exercé à la prière d’Élie, mais après la confession de son état (cf. 1 Rois 18:36 à 39) le peuple, toujours à la prière du prophète, a goûté à nouveau la bénédiction divine.

L’apôtre conclut en nous montrant l’importance des soins à exercer à l’égard d’un croyant qui a péché (v. 19), comme aussi le privilège qu’il y a à « ramener un pécheur de l’égarement de son chemin » (v. 20). Le service de l’évangélisation est très précieux : amener une âme à la confession, réelle et profonde, de son péché, à « la repentance envers Dieu » et à « la foi en notre Seigneur Jésus Christ » (cf. Actes 20:21), c’est « sauver cette âme de la mort », de la mort éternelle (remarquons, par parenthèse, que Jacques 5:20 met surtout l’accent sur un service individuel, dont l’importance est trop souvent méconnue). Tout aussi précieux est le service que nous pouvons être conduits à remplir envers un croyant qui a péché. Il peut être accompli, et c’est même souvent ainsi qu’il doit l’être, sans que les choses soient rendues publiques, mais il faut qu’il soit exercé de manière à produire une profonde conviction de péché qui conduira à la confession et à la restauration.

 

5.3      Conditions pour pouvoir « ramener » un pécheur

5.3.1       Amour fervent

Pour cela, il faut véritablement « un amour fervent », comme nous le dit Pierre dans sa première épître (4:8), amour qui doit toujours présider aux relations des membres du corps de Christ les uns avec les autres. C’est bien dans ce courant de pensées que l’apôtre continue, quoiqu’il ne nous parle pas des vérités concernant le corps de Christ, sujet développé dans les écrits de l’apôtre Paul : « Suivant que chacun de vous a reçu quelque don de grâce, employez-le les uns pour les autres, comme bons dispensateurs de la grâce variée de Dieu… » (ib. 10, 11). Dieu désire « qu’il n’y ait point de division dans le corps, mais que les membres aient un égal soin les uns des autres » (1 Cor. 12:25).

 

5.3.2       Prière + service individuel + ministère pastoral + discipline

Cet « égal soin les uns des autres » implique l’exercice de diverses activités ; en dehors de la prière, qui est la plus importante et sans laquelle toutes les autres seraient sans grand fruit, nous pouvons, semble-t-il, en distinguer trois principales : en premier lieu, le service individuel d’un croyant à l’égard d’un autre ; ensuite, le ministère pastoral exercé par ceux que le Seigneur qualifie pour cela ; enfin, la discipline qui incombe à l’assemblée et dont on a dit à juste titre qu’elle était « une prérogative de l’amour », ce qui est généralement si mal compris. Combien il est vrai que ces diverses activités sont trop peu remplies, et si imparfaitement quand elles le sont !

 

5.4      Le service individuel de frère à frère

Pensons-nous assez à la valeur et à l’utilité d’un service individuel ? Sommes-nous assez exercés devant le Seigneur à ce sujet afin qu’il nous donne Lui-même la sagesse et le discernement nécessaires, la parole à propos ? Savons-nous ce que c’est que « parler l’un à l’autre », dans le sens que Malachie 3:16 donne à cette expression ? Quel encouragement à le faire nous avons cependant dans ce passage ! Savons-nous réaliser l’exhortation de Hébreux 3:13 : « Exhortez-vous l’un l’autre chaque jour, aussi longtemps qu’il est dit : Aujourd’hui, afin qu’aucun d’entre vous ne s’endurcisse par la séduction du péché » ? Et si l’adversaire, en raison de notre manque de vigilance, a réussi à nous égarer, connaissons-nous le prix de cette ressource : « Confessez donc vos fautes l’un à l’autre, et priez l’un pour l’autre, en sorte que vous soyez guéris » ? (Jacques 5:16). Sans doute nos cœurs sont-ils heureux de retenir, dans les jours de deuil, l’exhortation de l’apôtre : « Consolez-vous donc l’un l’autre par ces paroles », mais nos consciences sont-elles touchées par celles du chapitre qui suit : « C’est pourquoi exhortez-vous l’un l’autre et édifiez-vous l’un l’autre, chacun en particulier, comme aussi vous le faites » (1 Thes. 4:18 ; 5:11) ? Les Thessaloniciens le faisaient, l’apôtre leur en rend témoignage. Que dirait-il de nous ? Quels soins nous devrions avoir les uns à l’égard des autres ! Seul un amour fervent et sincère — amour pour le Seigneur, amour pour les frères — peut nous conduire à cette sainte et utile activité. Retenons l’exhortation de l’apôtre Pierre dans sa première épître : « Ayant purifié vos âmes par l’obéissance à la vérité, pour que vous ayez une affection fraternelle sans hypocrisie, aimez-vous l’un l’autre ardemment, d’un cœur pur » (1:22). L’obéissance à la Parole « purifiera » notre âme, la débarrassera de toutes les pensées mauvaises issues de la chair, de tous les sentiments que peut faire naître en nous la vieille nature et nous pourrons ainsi avoir entre nous « une affection fraternelle sans hypocrisie » — ses manifestations extérieures correspondant à notre état intérieur — et nous aimer « l’un l’autre » comme doivent s’aimer des enfants de Dieu, « ardemment, d’un cœur pur », les affections du cœur étant pures de tout ce qui ne conviendrait pas. Oui, « prenons garde l’un à l’autre pour nous exciter à l’amour et aux bonnes œuvres » (Héb. 10:24) !

Matthieu 18:15 nous enseigne également au sujet d’un service individuel : celui qui doit être rempli par un frère vis-à-vis d’un autre qui a péché contre lui. Il s’agit bien d’une activité strictement individuelle — « entre toi et lui seul » — exercée afin de toucher la conscience — « va, reprends-le » — de telle manière que le frère qui a péché « écoute » et soit « gagné ». S’il n’écoute pas, une deuxième démarche doit être faite et, cette fois, il ne s’agit plus à proprement parler d’un service individuel puisque « une ou deux personnes » doivent y être associées qui, éventuellement, pourront « établir » les choses devant l’assemblée. Si alors l’assemblée n’est pas plus écoutée que ne l’ont été les frères amenés à intervenir jusque-là, une discipline doit être exercée à l’égard de celui qui a péché et a refusé de reconnaître et de confesser sa faute : c’est une discipline individuelle — « qu’il te soit comme un homme des nations et comme un publicain » — mais qui ne doit être exercée qu’après la constatation de l’inefficacité des soins dont il est question dans les versets 15 et 16 du chapitre et l’intervention de l’assemblée selon ce qui nous est dit au verset 17. Dans des cas semblables, l’enseignement de ce passage est souvent méconnu, et si même il y a un réel désir de l’observer, les actions exercées le sont dans nombre de cas d’une manière qui diffère plus ou moins de ce qui nous est demandé. C’est sans doute là qu’il faut chercher la cause de bien des échecs dans les démarches entreprises, et du maintien de situations qui sont un motif de souffrance dans l’assemblée.

 

5.5      Service pastoral (Gal. 6:1)

C’est encore d’un service individuel, mais pouvant aussi être considéré comme un service pastoral, qu’il est question dans le chapitre 6 de l’épître aux Galates (v. 1). Si quelqu’un « s’est laissé surprendre par quelque faute », il appartient à des frères « spirituels » de « redresser un tel homme dans un esprit de douceur » et non dans un sentiment de supériorité : « prenant garde à toi-même » est-il ajouté, « de peur que toi aussi tu ne sois tenté ». Combien il est attristant que ce service ne soit pas mieux rempli, cela d’autant plus qu’il incombe à des frères « spirituels » qui, par conséquent, du fait même de leur spiritualité, devraient être mieux que d’autres en mesure de répondre à la pensée de Dieu lorsque quelqu’un s’est « laissé surprendre par quelque faute » !

Nous avons dans ces divers passages, et sans doute y en a-t-il d’autres encore, un ensemble d’exhortations que nous devrions avoir à cœur de réaliser et qui constitueraient l’heureuse mise en pratique de 1 Corinthiens 12:25.

Si le service individuel des uns à l’égard des autres est tellement négligé, que dire du service pastoral ? Prions beaucoup, individuellement et en assemblée, pour que le Seigneur suscite, forme et prépare, envoie, dirige et soutienne de vrais pasteurs pour son assemblée ! Il y a des brebis perdues qu’il faut chercher, des brebis égarées qu’il convient de ramener, d’autres qui sont blessées et qui ont besoin d’être bandées, et des brebis malades qu’il est nécessaire de fortifier (cf. Ézéch. 34:16). Certes, Celui qui est le « souverain pasteur des brebis » le fera car c’est un fidèle et bon Berger, mais Il veut, dans sa grâce infinie, employer des serviteurs pour l’accomplissement de ce service pastoral et c’est un précieux privilège qu’Il leur accorde ainsi. Que nul de ceux qu’Il qualifie Lui-même pour ce ministère ne reste en arrière ! Quel exemple nous donne à cet égard celui qui a été évangéliste, prophète et docteur, mais aussi un pasteur, et quel pasteur ! Lorsque l’apôtre Paul — car c’est de lui que nous voulons parler — fait ses adieux aux anciens d’Éphèse, il leur dit notamment ceci : « C’est pourquoi veillez, vous souvenant que, durant trois ans, je n’ai cessé nuit et jour d’avertir chacun de vous avec larmes » (Actes 20:31). Les expressions soulignées nous disent assez avec quel amour, quel intérêt pour chacune des brebis du troupeau, quelle constance et quelle persévérance, quel travail de cœur, l’apôtre exerçait son ministère pastoral ! Puissions-nous être ses imitateurs comme il l’était lui-même de Christ !

 

5.6      Disciplines diverses

Il y a enfin les diverses disciplines que l’assemblée peut être amenée à exercer, notamment celle dont il est question en 2 Thessaloniciens 3:14, 15 : elle concerne celui « qui n’obéit pas », manifestant ainsi sa volonté propre, son obstination. La sagesse de Dieu saura montrer dans quels cas l’assemblée doit intervenir de cette manière. Celui qui est l’objet d’une telle discipline est « noté » et les relations avec lui doivent être interrompues : « n’ayez pas de commerce avec lui ». Cela constitue pour lui un très sérieux avertissement et doit produire en lui un sentiment de « honte » qui le conduira à la repentance, seul vrai chemin de la restauration et de la bénédiction ! Ils apportent une entrave à ce travail de restauration et ils désobéissent à la Parole, ceux qui continuent à avoir des relations avec quelqu’un faisant l’objet d’une semblable discipline, comme aussi d’ailleurs avec celui qui a dû être exclu de la communion. Et c’est leur propre cas qui devrait alors susciter l’exercice d’un service pastoral en premier lieu et d’une discipline appropriée ensuite, si les soins pastoraux se sont révélés inefficaces.

 

5.7      Conclusion

Combien il est vrai que nous manquons beaucoup dans l’accomplissement de ces activités diverses, qu’il s’agisse des soins individuels, du ministère pastoral ou de la discipline ! Cela parce que nous fait défaut un amour réel et profond, un amour selon Dieu pour nos frères. Que le Seigneur produise un tel amour dans nos cœurs et nous amène à peser notre responsabilité, à considérer le privilège qu’il y a pour nous à y faire face ! Le péché, quand il y en a, confessé et jugé ; les plaies, soignées et guéries ; la foi, soutenue et fortifiée, il y aura alors une heureuse communion réalisée avec Dieu et entre frères, comme aussi plus de vie et de prospérité spirituelle dans les assemblées !

 

 

6        Que chacun s’éprouve soi-même (1 Cor. 11:28)

ME 1967 p. 253

6.1      Mémorial précieux et responsabilités

Le Seigneur nous a laissé pour le temps de son absence un mémorial qui nous est précieux parce qu’il nous rappelle ses souffrances et sa mort, mais aussi parce qu’il est précieux à son propre cœur. Il désire que nous y participions, nous ses rachetés auxquels il adresse cette invitation : « Faites ceci en mémoire de moi » (Luc 22:19 ; 1 Cor. 11:24, 25). Que nos cœurs soient toujours plus sensibles à un tel privilège et, en même temps, que nos consciences soient profondément exercées quant aux responsabilités qui s’y rattachent.

 

6.2      Danger de profanation

Nous ne pouvons en effet participer à ce mémorial que si nous sommes dans un bon état moral, sous peine de le profaner. Cette vérité, importante à maintenir pratiquement, nous est présentée déjà, en figure, dans l’Ancien Testament. Aaron et ses fils devaient laver leurs mains et leurs pieds à la cuve d’airain avant de remplir leur service à l’autel : « Quand ils entreront dans la tente d’assignation, ils se laveront avec de l’eau, afin qu’ils ne meurent pas, ou quand ils s’approcheront de l’autel pour faire le service, pour faire fumer le sacrifice fait par feu à l’Éternel. Ils laveront leurs mains et leurs pieds, afin qu’ils ne meurent pas » (cf. Exode 30:17 à 21). « Mourir », dans ces versets, correspond pour nous aujourd’hui à perdre la communion. Toute souillure est un obstacle à la communion ; si nous n’avons pas « lavé nos mains et nos pieds à la cuve d’airain », nous pouvons peut-être prétendre avoir communion avec Dieu, mais, en vérité, Dieu peut-Il alors avoir communion avec nous ? Ne perdons jamais de vue que s’approcher de la table du Seigneur avec un cœur non jugé, une conscience chargée, pour y participer au mémorial qu’Il nous a laissé, c’est y apporter la souillure qui aurait dû être ôtée par le lavage à la cuve d’airain.

 

6.3      Danger encouru par tous

Cet enseignement est pleinement confirmé par celui que nous donnent les Évangiles et les Épîtres. Lors de l’institution de la Cène, le Seigneur déclare à ses disciples : « En vérité, je vous dis que l’un d’entre vous me livrera ». N’était-ce pas pour produire en eux un profond exercice de conscience avant qu’ils ne prennent le pain et la coupe qu’il allait leur présenter ? Il ne dit pas : Judas, mais « l’un d’entre vous », afin que chacun des disciples ait pleinement conscience qu’il était capable de livrer son Maître et soit ainsi amené à se juger lui-même. Oublierons-nous que la chair est toujours en nous, qu’elle est toujours la même et qu’elle nous conduira toujours, si nous la laissons agir, à commettre le péché ? (cf. Matthieu 26:20 à 25 ; Marc 14:17 à 21 — Dans ce dernier passage, lisons tout particulièrement le verset 19 : « Et ils commencèrent à s’attrister, et à lui demander l’un après l’autre : Est-ce moi ?).

 

6.4      S’éprouver soi-même et seulement alors manger

Il revenait à l’apôtre Paul, qui a « reçu du Seigneur ce qu’aussi il nous a enseigné », de nous donner sur ce point les enseignements les plus précis et les plus clairs : « Mais que chacun s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe » (cf. 1 Cor. 11:23 et suivants). « Ainsi », et pas autrement. Le désir du Seigneur est sans aucun doute que chacun de ses rachetés « mange du pain et boive de la coupe », mais jamais « indignement » ! Nous sommes tout disposés à nous saisir du privilège, pensons-nous toujours aux responsabilités qu’il entraîne ? Manger du pain, boire de la coupe, tel est l’heureux privilège du racheté mais il ne peut le faire — c’est sa responsabilité — « qu’ainsi », c’est-à-dire après s’être jugé lui-même, avec sincérité et droiture, dans la lumière de Dieu. Si nous ne pratiquons pas ce jugement de nous-mêmes avant de participer à la Cène, nous aurons à connaître le jugement du Seigneur (cf. 1 Cor. 11:31) : soit par le moyen de l’assemblée si elle est en bon état et à même de faire face à la responsabilité qui lui incombe, soit directement comme ce fut le cas à Corinthe (ib. 30).

Tel est l’enseignement de l’Écriture. Si donc un rassemblement avait dans son sein nombre de frères ou sœurs en mauvais état, un état non jugé, et se révélait sans force pour ôter le mal, affirmerait-on que, malgré cela, il peut connaître les privilèges et les joies de la réunion autour du Seigneur pour la fraction du pain ? Ne serait-ce pas inciter les frères à manger et boire « indignement » et, par conséquent, à « manger et boire un jugement contre eux-mêmes » (ib. 29) ? Ne convient-il pas au contraire de remplir à leur égard un service d’amour susceptible de les amener à prendre conscience de leur véritable état afin de s’en humilier, de le juger devant Dieu, de manière qu’ils connaissent une pleine restauration et retrouvent ainsi la joie de la communion ?

 

6.5      Ce qui arrive si le péché est toléré

Peut-être passons-nous, avons-nous passé trop légèrement sur de semblables circonstances ? Si le Seigneur nous arrête et nous parle, persisterons-nous à agir de la même façon, refuserons-nous d’écouter et de comprendre ce qu’Il veut nous dire ? Et peut-être faut-il chercher dans la coupable légèreté manifestée parfois au sujet de la sainteté de la table du Seigneur le pourquoi de bien des disciplines qui nous atteignent, comme autrefois l’assemblée de Corinthe (ib. 30). Certes, Corinthe a connu un attristant état de désordre mais cette assemblée n’est pas restée insensible aux paroles qui lui ont été adressées et elle a eu la force de juger le mal qui était dans son sein. Nous nous égarerions si nous pensions que l’apôtre encourageait cette assemblée à continuer à célébrer la Cène quel que puisse être son état moral, en nous appuyant pour cela sur l’exhortation du chapitre 5 de sa première épître : « C’est pourquoi célébrons la fête, non avec du vieux levain, ni avec un levain de malice et de méchanceté, mais avec des pains sans levain de sincérité et de vérité » (v. 8). Remarquons en premier lieu que, dans ce verset, l’accent est mis sur l’expression terminale : « avec des pains sans levain de sincérité et de vérité ». Ensuite, la « fête » que, comme les Corinthiens, nous sommes exhortés à célébrer n’est pas ici ce qui correspond à la pâque mais bien à la fête des pains sans levain liée à la pâque (Ex. 12:18). La Cène — le souper, le repas — correspond à la pâque ; pour que nous ne soyons pas en danger de « manger le pain ou boire la coupe du Seigneur indignement » (1 Cor. 11:27), notre vie pratique doit manifester les caractères de la fête des pains sans levain. Le « c’est pourquoi » qui précède « célébrons la fête » montre bien que cette exhortation découle du fait que « notre pâque, Christ, a été sacrifiée ». La mort de Christ a ôté nos péchés, nous a délivrés du péché, pourrions-nous donc vivre dans le péché, tolérer le péché ? Un croyant ne le peut pas (cf. Rom. 6:1, 2), une assemblée pas davantage. D’où l’exhortation du verset 7 : « Ôtez le vieux levain, afin que vous soyez une nouvelle pâte, comme vous êtes sans levain ». Quant à sa position devant Dieu, l’assemblée — le croyant aussi — est « sans levain » ; mais il y a la marche pratique et, à ce point de vue, le mal peut pénétrer dans l’assemblée, de la souillure peut y être apportée. C’est pourquoi l’apôtre écrit à l’assemblée de Corinthe : « Ôtez le vieux levain ». Cette exhortation ne se comprendrait pas si l’on méconnaissait la différence qu’il y a entre la position et la réalisation pratique de la position ; « ôtez le vieux levain » serait en contradiction avec « vous êtes sans levain ». C’est donc toute notre vie pratique qui doit correspondre à ce que nous présente, dans l’Ancien Testament, la fête des pains sans levain. — Soulignons, par parenthèse, la différence qui existe à un certain point de vue entre un croyant et une assemblée : si un croyant a péché il ne perd pas pour autant la vie éternelle qu’il a reçue par la foi en Christ et en son œuvre, même s’il devait déloger n’ayant jamais jugé sa faute — ce qu’il n’a pas jugé ici-bas le sera au tribunal de Christ ; tandis qu’une assemblée qui tolérerait le mal sans le juger peut fort bien en arriver, si elle demeure sourde à tous les appels à la repentance, à perdre son caractère d’assemblée — que de « lampes » ont été ôtées, hélas ! Apocalypse 2:2 à 5 nous dit pour quel motif le Seigneur, à moins que l’assemblée ne se repente, va « ôter la lampe de son lieu ». Et la lampe a été ôtée à Éphèse !

 

6.6      Conclusion

Nous sommes heureux de nous emparer de nos privilèges, nous oublions facilement les responsabilités qui en découlent. Puissions-nous apprécier toujours davantage le privilège qui nous est accordé de pouvoir participer à la Cène du Seigneur, à sa table ; nous l’apprécierons vraiment si nous nous approchons avec des cœurs profondément jugés, n’oubliant pas l’exhortation de l’apôtre : « Mais que chacun s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe ».

 

 

7        Couvrir le péché

ME 1974 p. 113

7.1      Pleine confession du péché

L’ennemi est sans cesse à l’œuvre pour essayer d’amener le croyant à pécher ; par mille moyens, généralement très subtils, il l’incite à la désobéissance et, lorsqu’il est parvenu à ses fins, il s’efforce de le maintenir dans cet état, de l’empêcher de retrouver par la confession, que suit le pardon, la communion avec Dieu. N’arrive-t-il pas qu’il apporte des entraves à la confession du péché en suggérant à ceux qui sont en contact avec le coupable de manifester à son égard une sorte de contrefaçon de l’amour, qui les amène à recouvrir le péché du voile de l’oubli ? Il se sert de la Parole, comme il s’en est servi lorsqu’au désert il tentait l’Homme parfait : ce sont des passages comme 1 Pierre 4:8 ou Jacques 5:19, 20 qu’il met en avant, passages dont le sens est faussé et sur lesquels certains croient pouvoir s’appuyer pour cacher un péché commis. Ce faisant, ils sont persuadés de manifester à l’égard du coupable un « amour fervent ». Combien est rusé et subtil l’ennemi auquel nous avons affaire et combien facilement nous tombons dans ses pièges !

 

7.2      Passages pertinents

La signification de ces passages a été donnée par nos devanciers, rappelée il y a peu de temps (M. É. 1968, p. 29 à 31 ; Voir aussi M. É. 1972, p. 167 et 168 (Réd.)) ; il paraît cependant utile d’y revenir encore. Nous citerons dès le début de cet article :

Prov. 10:12 : « La haine excite les querelles, mais l’amour couvre toutes les transgressions ».

Prov. 17, 9 : « Qui couvre une transgression cherche l’amour, mais celui qui répète une chose divise les intimes amis ».

Jacques 5, 19, 20 : « Mes frères, si quelqu’un parmi vous s’égare de la vérité, et que quelqu’un le ramène, qu’il sache que celui qui aura ramené un pécheur de l’égarement de son chemin, sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés ».

1 Pierre 4:8 : « Mais, avant toutes choses, ayant entre vous un amour fervent, car l’amour couvre une multitude de péchés ».

 

7.3      Proverbes 10:12

À propos du premier de ces passages, l’un de nos conducteurs écrit : « Mais si l’amour est dans le cœur, il « couvre toutes les transgressions ». N’en a-t-il pas été ainsi de l’amour de Christ ? En vertu de son œuvre d’amour, pas une seule de nos iniquités ne subsiste (Ps. 32:1). Et à propos du second : « Qui couvre une transgression cherche l’amour » : l’amour est son but dans l’acte de couvrir le péché, de ne pas le divulguer ; il ne désire pas cacher le péché, mais il veut relever le transgresseur » (H. R., Étude sur les Proverbes) — c’est nous qui soulignons, dans ces citations, deux membres de phrase particulièrement importants.

Il est certain qu’il est toujours regrettable, pour reprendre des expressions employées par l’auteur de cette Étude, de « parler de la transgression, d’en répéter le récit, de la divulguer », mais il serait sans doute plus regrettable encore de laisser dans l’état où il se trouve celui qui l’a commise. Ce serait là tout le contraire de l’amour.

Un amour vrai suggérera les divers moyens à employer pour toucher le cœur, et par là la conscience de celui qui a péché. Celui qui exercera un tel amour n’ira pas çà et là rapportant la faute du coupable, mais il s’emploiera à produire chez lui le sentiment, d’une part, de la gravité du péché aux yeux de Dieu et, d’autre part, de la nécessité de la confession, grâce à laquelle il connaîtra la douceur du pardon : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1:9). C’est alors, et alors seulement, que le péché sera « couvert », dans le sens que donne à ce terme le Ps. 85 : « Tu as pardonné l’iniquité de ton peuple, tu as couvert tous leurs péchés », comme aussi le Ps. 32 : « Bienheureux celui dont la transgression est pardonnée, et dont le péché est couvert !... Je t’ai fait connaître mon péché, et je n’ai pas couvert mon iniquité ; j’ai dit : Je confesserai mes transgressions à l’Éternel ; et toi, tu as pardonné l’iniquité de mon péché » (v. 1 et 5). Dans le premier verset, le péché est « couvert » à la suite de sa confession et parce que, à la croix, Christ en a fait l’expiation ; tandis que, dans le verset 5, le mot « couvert » a le sens de : caché, dissimulé. Tant que David cachait son péché, il était dans l’état que dépeignent les versets 3 et 4 ; après qu’il l’a eu confessé (v. 5), il a connu le pardon et le bonheur dont il est question dans les deux premiers versets du Psaume.

 

7.4      1 Pierre 4:8

À propos du passage cité de la 1ère épître de Pierre, nous lisons dans les Études sur la Parole, de J. N. D. : « Si même il y a des méfaits — des péchés —l’amour s’en occupe, l’offenseur est ramené et restauré par la charité de l’assemblée ; les péchés sont ôtés de devant les yeux de Dieu, ils sont couverts. C’est une citation de Proverbes 10:12 : « La haine excite les querelles, mais l’amour couvre toutes les transgressions ». Nous avons le droit de les pardonner — de laver les pieds de notre frère (comparez Jacq. 5:15 et 1 Jean 5:16) » — là encore, c’est nous qui soulignons. Dans ces deux derniers passages, il s’agit de « la prière de la foi », de « demander » pour celui qui a « péché d’un péché qui ne soit pas à la mort » ; prières, demandes en vue d’amener le coupable à la confession de sa faute (cf. Jacques 5:16), confession qui lui permettra de jouir d’un plein pardon.

Le contexte de 1 Pierre 4:8 permet de penser qu’il s’agit là, plus particulièrement, de péchés commis par l’un à l’égard de l’autre. Ce que nous venons de considérer nous fait comprendre que l’exercice « entre nous » d’un « amour fervent » ne saurait nous conduire à « couvrir une multitude de péchés », dans le sens de les cacher afin que nul ne s’en occupe. Sans doute, répétons-le, il faut éviter de colporter le mal, mais il faut aussi « relever le transgresseur ». Matthieu 18:15 à 17 nous dit bien ce qu’il y a lieu de faire « si ton frère pèche contre toi » : il importe de « gagner son frère » — c’est « relever le transgresseur » — et, en vue de cela, il y a une répréhension à exercer « entre toi et lui seul » (aucune divulgation de la chose, par conséquent) ; puis, si le coupable n’a pas voulu écouter, est prescrite l’intervention de « une ou deux personnes » et enfin, celle de l’assemblée si les dispositions de cœur de l’intéressé n’ont pas changé. Telles sont les diverses activités à exercer, avec un « amour fervent », pour essayer d’amener celui qui a péché à la confession à Dieu sans laquelle il ne saurait y avoir de pardon. — Il est bien évident que l’expression employée, « une multitude de péchés », ne veut pas dire qu’il est certains péchés, voire « une multitude », qui peuvent être cachés par l’exercice d’un amour fervent, tandis que d’autres devraient être, en raison de leur gravité, reconnus, confessés et jugés. Tout péché est grave en ce qu’il porte atteinte à la gloire de Dieu et, pour en assurer l’expiation, il a fallu les souffrances de Christ pendant les trois heures de l’abandon.

 

7.5      Jacques 5:19

Il nous reste à dire un mot, très bref, au sujet de Jacques 5:19 (cas d’un croyant qui s’est égaré de la vérité) et 20 (cas général du pécheur loin de Dieu, dans un chemin d’égarement). Dans un cas comme dans l’autre, celui qui s’égare est sur le chemin qui conduit à la mort (cf. Rom. 8:13 : « Si vous vivez selon la chair, vous mourrez ») ; le ramener, c’est « sauver une âme de la mort » — il en sera toujours ainsi pour le croyant, car il ne peut pas perdre son salut — et on ne peut le ramener qu’en le conduisant à confesser son péché. C’est l’accomplissement d’une œuvre d’amour et c’est seulement ainsi que « l’amour couvre une multitude de péchés ». « Tous ces péchés qui s’étalent dans leur odieuse nature devant les yeux de Dieu, et qui offensent sa gloire et son cœur par leur présence dans son univers, sont couverts. L’âme étant amenée à Dieu par la grâce, tous ses péchés sont pardonnés, ne paraissent plus, sont ôtés de devant la face de Dieu » (Études sur la Parole). — Il se contredirait lui-même celui qui dirait à un incrédule : vous ne pourrez jamais connaître la joie du salut tant que vous n’aurez pas reconnu devant Dieu votre état de péché et confessé vos transgressions — et, par ailleurs à propos du péché commis par un croyant : n’en parlons pas, peu importe qu’il y ait eu ou non confession, manifestons « un amour fervent » en cachant ce péché, car « l’amour couvre une multitude de péchés » ! Parler ainsi à un croyant en faute, ce serait « tordre les Écritures » et manifester un faux amour, en revêtant tout cela de la plus belle apparence.