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Assemblée — Série 2
Paul Fuzier
Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest
Table des matières abrégée :
1 Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser — Attitude du fidèle en un temps de ruine
2 Éli, Samuel, Anne — 1 Samuel 2 à 4 — Tu honores tes fils plus que moi
3 Le Rassemblement sur le terrain de l’Unité du Corps
4 La présence du Seigneur dans le rassemblement : quelques conséquences pratiques
7 Puissance du témoignage collectif
8 « Et ils ôtèrent du milieu d’eux les dieux étrangers » (Juges 10:16)
9 Différents types de croissance à rechercher, personnellement et collectivement
11 La présence du Seigneur dans le rassemblement autour de Lui
12 Jugement du mal dans l’assemblée
13 Ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur. 2 Tim. 2:19-22
14 La vie d’Étienne comme exemple. Actes 6 et 7
Table des matières détaillée :
1 Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser — Attitude du fidèle en un temps de ruine
1.2 Ce que faisait Anne, fille de Phanuel
1.3 Application actuelle dans une chrétienté en ruine
1.4 … de la tribu d’Aser. La bénédiction de Jacob
2 Éli, Samuel, Anne — 1 Samuel 2 à 4 — Tu honores tes fils plus que moi
2.2 Exhortation aux parents : Éli un exemple à ne pas suivre
2.3 Discipline à ne pas négliger dans la maison de Dieu
2.4 Samuel. Certaines défaillances
2.5 Anne, une mère pieuse et fidèle
3 Le Rassemblement sur le terrain de l’Unité du Corps
3.1 Introduction : Rappeler quelques vérités essentielles
3.2 Ruine, dispersion et unité
3.3 Participation des membres du corps de Christ à la table du Seigneur
3.4 Une responsabilité de l’assemblée pour l’admission
3.5 Quand la communion n’est pas possible
3.6 Un chemin qui reste selon la Parole
4 La présence du Seigneur dans le rassemblement : quelques conséquences pratiques
4.1 Privilège d’être rassemblés autour du Seigneur
4.2 Gravité des absences par négligence
4.3 État convenable pour jouir de la présence du Seigneur
4.3.2 Rôle des dons : nous faire jouir de la présence du Seigneur
4.3.3 La chair qui se met en avant
5.1 Un seul troupeau mais des brebis dispersées
5.3 Communion à la Table du Seigneur. Responsabilité qui s’y rattache
5.4 Tout au long de l’Écriture, Dieu sépare
5.5 Rechercher le lieu où le Seigneur a promis sa présence
5.6 Celui qui n’assemble pas avec moi disperse. Luc 11:23
5.7 Unité proclamée par un résidu dans l’humilité
6.1 Objectifs et moyens de l’ennemi des croyants
6.2 Avertissements de plusieurs apôtres
6.4 Démasquer. Se méfier des apparences
6.5 Préservés par l’onction de la part du Saint
6.6 Réagir quand ils sont découverts
7 Puissance du témoignage collectif
7.1 La puissance n’est pas dans le nombre
7.3 Le témoignage perd sa puissance si la séparation se perd
7.5 L’évangélisation n’a pas à induire au laxisme
8 « Et ils ôtèrent du milieu d’eux les dieux étrangers » (Juges 10:16)
8.1 Des dieux étrangers, puis le châtiment vient
8.2 Crier à Dieu, mais ôter les dieux étrangers
8.4 Dieu intervient malgré tout
9 Différents types de croissance à rechercher, personnellement et collectivement
9.1 Vanité de l’accroissement des possessions terrestres
9.2 Quand on glisse vers la malhonnêteté
9.3 Croissance à rechercher par le chrétien
9.4 Croissance dans les jours de douleur
9.5 Croissance par la Parole de Dieu
10.1 Dieu n’est pas un Dieu de désordre
10.2 Comment « il faut » se conduire
10.4 Exhorter et réfuter. Parole à propos
11 La présence du Seigneur dans le rassemblement autour de Lui
11.1 Trois rassemblements des disciples autour du Seigneur
11.2 Être absent quand le Seigneur rassemble
11.3 Commencer par prier et goûter la présence du Seigneur
11.4 Résultats de la présence du Seigneur réalisée
12 Jugement du mal dans l’assemblée
12.1 Actes 5. Ananias et Sapphira
12.2 La sainteté de Dieu demeure même si l’Esprit n’agit plus aussi radicalement
12.3 Responsabilité de juger le mal : l’individu et l’assemblée
12.5 Résultats de l’exercice du jugement du mal dans l’assemblée
12.5.3 Préservation d’intrusion du mal
12.6 Accroissement en nombre et accroissement spirituel
12.7 Résumé d’une marche fidèle
13 Ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur. 2 Tim. 2:19-22
13.1 Importance du maintien de la vérité
13.2 Nécessité de la séparation de tout mal. 2 Tim. 2:19
13.3 Le cœur pur de 2 Tim. 2:22
13.4 Des cœurs attachés à Christ et prêts à obéir
13.6 Comment discerner ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur ?
13.7 Le cœur pur nécessaire à une vraie affection fraternelle
14 La vie d’Étienne comme exemple. Actes 6 et 7
14.1 Aucune défaillance relatée
14.2 Usage de l’argent des collectes et mode de distribution
14.4 Qualités de ceux qui distribuent l’argent des collectes
14.5 Des qualités trop hautes ?
14.8 Service dans la communion des saints
14.9 Étienne plein de grâce et de puissance
14.10 Étienne : autorité de ses paroles
14.11 Faux témoins. Le visage d’Étienne comme celui d’un ange
14.12 Les yeux attachés sur le ciel
14.13 Plein de l’Esprit Saint et reflet de Christ jusqu’à la mort
Titre original : Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser
ME 1947 p. 257 à 259
Nous avons été souvent encouragés, nos âmes rafraîchies, en considérant le merveilleux tableau qui est placé devant nous dans les chapitres 1 et 2 de l’évangile selon Luc : le Seigneur Jésus venant sur la terre. Dans le premier chapitre, Il va venir ; dans le chapitre deux, Il est là et une multitude de l’armée céleste proclame la gloire du petit enfant couché dans l’humble crèche de Bethléhem. Peu nombreux étaient alors ceux qui l’attendaient, quelques âmes seulement. Le sont-ils davantage aujourd’hui, à la veille de son retour ? Car Il vient. Il l’a promis et ses promesses sont certaines : « Il apparaîtra une seconde fois, sans péché, à salut à ceux qui l’attendent » (Hébreux 9:28).
Parmi ces quelques-uns dont il nous est parlé dans ces deux chapitres, arrêtons notre attention sur Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Si elle avait regardé tout autour d’elle, que de sujets de tristesse et de découragement ! Quelle ruine au milieu du peuple d’Israël, le peuple de Dieu — aboutissement d’une longue histoire d’incrédulité et d’infidélités ! Est-ce là ce qui l’occupe ? Non. Elle ne quitte pas le temple : c’est la présence du Seigneur qu’elle cherche, comme David autrefois (Ps. 27:4). C’est de sa Personne adorable qu’elle veut remplir son cœur. Sans doute, n’était-elle pas indifférente à la ruine d’Israël : c’était probablement l’un des thèmes de ses prières, l’un des motifs de son jeûne. Mais, quoiqu’exercée à cet égard, il n’y a là pour elle aucun sujet de découragement et d’accablement : c’est avec joie qu’elle loue le Seigneur !
Demeure-t-elle seule, à l’écart de tous ? D’autres aussi, à Jérusalem, attendent la délivrance. C’est vers eux qu’elle va. Non seulement elle a réalisé pour elle-même une heureuse part, mais encore elle encourage ceux qui attendent. Peut-être trouvent-ils que l’attente est longue, et y aurait-il des motifs de défaillir en chemin... Elle va ranimer leur énergie, les réconforter, les consoler. Et comment ? En leur parlant de Lui ! En leur présentant la Personne aimée, désirée, après laquelle les cœurs soupirent. Quand elle survint dans le temple, tandis que Siméon tenait entre ses bras « le petit enfant Jésus », Anne « louait le Seigneur et parlait de Lui à tous ceux qui, à Jérusalem, attendaient la délivrance » (Luc 2:38). N’est-ce pas ce qu’elle avait fait habituellement, durant ces jours d’attente ?
C’est aussi la ruine autour de nous. La fin de l’histoire de l’Église est, par tant de côtés, semblable à la fin de l’histoire du peuple d’Israël. Que de sujets de tristesse si nous regardons en bas ! La chrétienté est devenue une « grande maison » (2 Tim. 2:20) au milieu d’un monde qui rejette Christ et va au-devant de jugements effroyables et imminents. Même parmi les enfants de Dieu dans ce qui constitue le témoignage, combien de choses sont de nature à faire couler nos larmes ! Convient-il de nous arrêter, découragés, sentant notre impuissance à redresser ce qui devrait l’être ? De quoi avons-nous à être occupés : est-ce de ce qui est fait ici ou de ce qui n’est pas fait ailleurs ? Souvenons-nous d’Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser.
Exercés devant le Seigneur au sujet de tout ce qui n’est pas selon Lui, autour de nous et en nous, ne quittons pas le temple. Persévérons, nuit et jour — sans cesse — dans le jeûne et la prière. Soyons, chacun, occupé du Seigneur. Que sa Personne remplisse nos cœurs, afin que la louange s’élève — c’est ce qu’Il attend de nous sans cesse (Héb. 13:15). Mais aussi, encourageons-nous les uns les autres, encourageons tous ceux qui attendent, en leur parlant de Celui qui vient. Nous ne pourrons le faire avec fruit que si nos cœurs sont remplis de Lui, car c’est « de l’abondance du cœur que la bouche parle » (Luc 6:45).
En réalisant pratiquement ces choses, nous éprouverons beaucoup de joie en nous-mêmes et nous la répandrons autour de nous. Mais, pensons aussi, pensons surtout à la joie de notre Sauveur et Seigneur ! Il nous est dit qu’Anne était fille de Phanuel, « de la tribu d’Aser ». Pourquoi ce détail ?
Arrivé au soir de sa vie, Jacob avait rassemblé tous ses fils. À chacun d’eux il a quelques paroles à dire, pour leur faire savoir ce qui leur arriverait à la fin des jours (Gen. 49:1). Que dit-il au sujet d’Aser ? « D’Aser viendra le pain excellent et lui, il fournira les délices royales » (v. 20). Paroles prophétiques qui auront leur plein accomplissement dans un temps encore à venir, lorsque la tribu d’Aser fera partie du résidu fidèle. En lui, le Messie trouvera la joie et les délices de son cœur. Mais, déjà, n’avaient-elles pas un accomplissement partiel dans cette scène de Luc 2:36-38 ?
Au milieu d’une scène où il n’y a rien pour Lui, quel bonheur et quel privilège de pouvoir, au moins en quelque mesure, imiter l’exemple d’Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser, pour la joie de nos cœurs, mais aussi pour la joie et la satisfaction du propre cœur de notre Seigneur !
Titre original : Éli, Samuel, Anne — 1 Samuel 2 à 4
ME 1964 p. 309-316
Éli était un homme âgé, riche d’une longue expérience, sacrificateur et juge en Israël, ayant autorité et responsabilité à la fois comme chef de sa propre maison et comme chef de la sacrificature. De quelle manière a-t-il exercé cette autorité et fait face à cette responsabilité dans chacun de ces deux domaines ?
Dans sa maison en premier lieu. — Éli avait deux fils, Hophni et Phinées, dont la conduite est dépeinte en 1 Samuel 2:12 à 17 où il est dit notamment qu’ils étaient « des fils de Bélial » qui « ne connaissaient pas l’Éternel » ; le verset 22 de ce même chapitre signale aussi un grave péché commis par eux. De telle sorte que, tant du point de vue moral que pour ce qui touchait à l’exercice de la sacrificature, leur façon d’agir jetait du déshonneur sur le nom de l’Éternel. Éli « apprit tout ce que ses fils faisaient à l’égard de tout Israël » et ne manqua pas de leur adresser de sévères remontrances, attirant leur attention non seulement sur leur culpabilité propre mais aussi sur le fait qu’ils « entraînaient à la transgression le peuple de l’Éternel » (1 Sam. 2:23 à 25). Cependant son action envers eux s’arrête là ; il les reprend, mais il sera dit de lui — et ce sera le motif du jugement que l’Éternel exercera sur lui et sa maison : « Ses fils se sont avilis et il ne les a pas retenus » (1 Sam. 3:12, 13). Pourquoi cet homme, fidèle en bien des choses, a-t-il ainsi gravement manqué dans l’administration de sa maison ? L’Éternel le lui déclarera par le moyen de l’homme de Dieu qu’Il lui envoie : « Tu honores tes fils plus que moi » (1 Sam. 2:29). Cela le rendait solidaire de leur péché bien que, loin de les approuver, il les eût sérieusement repris. Le jugement, annoncé à Éli par le jeune Samuel, sera exécuté comme l’Éternel l’avait dit (1 Sam. 3:11 à 18 ; 4:10 à 22).
Ce récit, tant de fois rappelé, n’est-il pas de nature à réveiller des parents chrétiens peu attentifs à la responsabilité qui leur incombe devant Dieu au sujet de leurs enfants ? Tout spécialement le père, puisqu’il a de la part de Dieu une autorité et une responsabilité en tant que chef de famille. Dieu veuille garder de toute défaillance ceux qu’Il a placés dans une telle position ! Le père qui se contente de répréhensions, si sévères soient-elles, mais qui « ne retient pas » ses enfants engagés dans une mauvaise voie demeure, quoi qu’il en pense, solidaire du mal commis par eux. « Honorer ses fils plus que Dieu », c’est se laisser diriger par les sentiments que l’on éprouve pour eux, si légitimes qu’ils soient, au lieu de faire passer avant toute autre chose l’obéissance à Dieu et à sa Parole. Il se laisse égarer par cette fâcheuse sentimentalité, il n’aime pas vraiment ses fils, le père qui les « honore plus que Dieu ». Tout ce qui conduit à une faiblesse coupable et à la méconnaissance des droits de Dieu n’est qu’une contrefaçon de l’amour ; ce n’est en définitive qu’un sentiment charnel. Les conséquences de tels errements sont généralement très douloureuses, Éli en a fait la triste expérience : affaiblissement du discernement spirituel, manque d’énergie morale et enfin, le gouvernement de Dieu pouvant aller parfois jusqu’à la mort du corps. Combien tout cela est solennel !
Considérons Éli comme chef de la sacrificature. Nous retrouverons les mêmes manquements, ce qui n’est pas pour nous surprendre car, comment celui qui n’est pas fidèle dans sa maison le serait-il dans la maison de Dieu ? Les deux domaines sont étroitement liés l’un à l’autre, beaucoup plus qu’il ne le semble généralement.
Ceux qui se comportaient selon ce qui nous est dit en 1 Samuel 2:12 à 17 étaient les propres fils d’Éli ! Les sentiments que son cœur de père éprouvait pour eux l’empêchent d’agir comme il l’aurait dû ; il se borne à une réprimande et tolère la persistance d’un état de choses aussi scandaleux. — Aujourd’hui, la sacrificature est exercée par l’ensemble des croyants, frères et sœurs, réunis au nom et autour du Seigneur, comme expression de l’assemblée. L’assemblée a des responsabilités pour tout ce qui touche à la sainteté qui convient à la maison de Dieu et à l’exercice de la « sainte sacrificature » ; une autorité lui est conférée qui a sa source en Celui qui est son Chef et dont la présence doit être effectivement réalisée pour que cette autorité puisse être exercée comme il convient, c’est-à-dire dans la dépendance du Seigneur et dans la crainte de son Nom. Qu’une assemblée s’en tienne à des observations verbales — et à plus forte raison si elle ne les fait même pas — sans exercer ensuite les disciplines appropriées, dans le cas où le coupable, tel les fils d’Éli, n’écouterait pas, elle reste solidaire du péché commis (cf. 1 Samuel 2:29). Il peut arriver qu’une assemblée agisse à la manière d’Éli et que s’applique à elle la parole dite au sacrificateur d’autrefois : « Tu honores tes fils plus que moi » ; des considérations purement sentimentales peuvent la conduire à refuser d’exercer toute discipline ou à manquer d’énergie pour le faire, alors que pourtant elle en discerne plus ou moins la nécessité : les sentiments éprouvés à l’égard de celui qui a manqué, généralement très légitimes, passent dans le cœur de plusieurs avant l’honneur dû à Dieu, le maintien de ses droits et de sa gloire. Non seulement une assemblée ainsi défaillante reste solidaire du péché commis, mais encore elle est marquée par un fléchissement de son niveau spirituel de sorte qu’elle est en grand danger d’aller de faiblesse en faiblesse. Enfin, Dieu exercera peut-être à son égard tel ou tel jugement gouvernemental, pouvant aller jusqu’à « ôter la lampe ». Ne l’a-t-Il pas fait, à son moment, pour Corinthe, Éphèse, Pergame, d’autres encore ?
Samuel qui, dès son plus jeune âge, avait si bien commencé, qui dans la suite a rempli un si utile ministère prophétique, ne s’est-il pas trouvé placé, plus tard, dans des circonstances où il a laissé parler les sentiments de son cœur ? Tout jeune enfant, il servait l’Éternel devant Éli et l’on peut se poser la question : les défaillances d’Éli, fruit de la sentimentalité d’un père à l’égard de ses fils, n’ont-elles pas exercé sur lui une certaine influence dont les conséquences ont été manifestées plus tard ? C’est probable et cela ajoute à la responsabilité d’Éli, comme aussi de tous ceux qui obéissent à leurs sentiments plutôt qu’à la Parole : qu’ils veuillent bien penser à l’exemple qu’ils donnent à leur entourage, surtout à ceux qui, encore jeunes, sont aux premiers pas de la vie chrétienne !
Samuel avait eu à transmettre à Éli le message de l’Éternel annonçant le jugement qu’Il allait exécuter (cf. 1 Sam. 3:11 à 18), il avait donc vu la fin d’une sacrificature. Puis, ayant lui-même établi ses propres fils juges sur Israël, il avait vu ces derniers se conduire de telle manière que le peuple les avait rejetés et avait demandé un roi (cf. 1 Sam. 8:1 à 6). Ce roi, donné par Dieu dans sa colère et ôté dans sa fureur (cf. Osée 13:11), c’est Samuel qui fut appelé à l’oindre, c’est également Samuel qui lui fit savoir qu’il était « rejeté » (cf. 1 Sam. 10:1 ; 15:23, 26). On peut bien comprendre les sentiments qui remplissaient le cœur de Samuel à ce moment-là, mais ne convenait-il pas de leur imposer le silence puisque l’Éternel avait parlé ? Samuel aurait-il dû être « fort attristé » après avoir entendu l’Éternel lui dire : « Je me repens d’avoir établi Saül pour roi ; car il s’est détourné de moi et n’a point exécuté mes paroles », aurait-il dû « mener deuil sur Saül, parce que l’Éternel s’était repenti d’avoir établi Saül roi sur Israël » ? (cf. 1 Sam. 15:10, 11, 35). Et cela, après que le caractère de Saül avait été pleinement manifesté (cf. 15:13 à 16, 20, 21, 30). Samuel laisse fâcheusement parler ses sentiments à l’égard d’un roi rejeté, rejeté parce que coupable d’avoir lui-même « rejeté la parole de l’Éternel » (v. 26) et il oblige l’Éternel à lui poser cette question : « Jusques à quand mèneras-tu deuil sur Saül, vu que moi je l’ai rejeté... ? » (1 Sam. 16:1). Retenons l’enseignement si important qui nous est donné là : la sentimentalité conduit inévitablement à une position qui est en désaccord avec la pensée et les voies de Dieu. En outre, elle nous fait reculer en présence de ce que Dieu nous demande. Lorsqu’en effet l’Éternel commande à Samuel : « Remplis ta corne d’huile, et va : je t’enverrai vers Isaï, le Bethléhémite ; car j’ai vu parmi ses fils un roi pour moi », Samuel répond : « Comment irai-je ? » (1 Sam. 16:1, 2). Davantage encore : lorsqu’enfin Samuel obéit, il manifeste un manque de discernement que l’on n’avait pas vu chez lui précédemment, manque de discernement qui découle de sa sentimentalité. Voyant Eliab, dont il est dit qu’il « suivait Saül » (1 Sam. 17:13, 14), Samuel s’écrie : « Certainement l’oint de l’Éternel est devant lui ». Quelle erreur de jugement ! Il faut que l’Éternel reprenne le prophète, lui disant : « Ne regarde pas son apparence, ni la hauteur de sa taille, car je l’ai rejeté ; car l’Éternel ne regarde pas ce à quoi l’homme regarde, car l’homme regarde à l’apparence extérieure, et l’Éternel regarde au cœur » (1 Sam. 16:6, 7). Les pensées de Samuel étaient à l’opposé des pensées de Dieu !
Éli, Samuel, deux hommes chez lesquels on aurait pensé trouver l’obéissance à la volonté de l’Éternel, tous les sentiments du cœur étant mis à leur véritable place. Hélas ! chez l’un comme chez l’autre, mais chez le premier plus gravement, nous voyons les sentiments prendre le pas sur la simple obéissance à la volonté de Dieu.
C’est plutôt chez Anne, « un vase plus faible » selon l’expression de 1 Pierre 3:7, que nous aurions supposé rencontrer une conduite plus ou moins dirigée par les sentiments maternels. Tout au contraire ! En butte à l’hostilité de Peninna, à l’incompréhension d’Éli, elle n’a de ressource qu’en Dieu. C’est à Lui qu’elle a demandé « un enfant mâle », non pour l’égoïste satisfaction de son cœur de mère mais pour le service et la gloire de l’Éternel : « Je le donnerai à l’Éternel pour tous les jours de sa vie ; et le rasoir ne passera pas sur sa tête » (1 Sam. 1:11). Chez elle — quel exemple à imiter ! — les sentiments qu’une mère peut légitimement éprouver pour son enfant, et surtout pour un enfant ardemment désiré, ne passent pas avant ce qui est dû à Dieu. Ah ! ce n’est pas à Anne qu’il aurait pu être dit : « Tu honores ton fils plus que moi » !
Elle n’a pas pour son fils un amour égoïste, qui au fond ne pense qu’à soi et ne cherche que sa propre satisfaction ; elle manifeste amour et obéissance envers Dieu et c’est ce qui la guide dans les expressions de son amour envers son enfant. C’est à Dieu, à ses intérêts et à son service qu’elle pense en premier lieu ; aussi quoi qu’il en coûte à son cœur de mère, elle se sépare de son fils et le conduit auprès d’Éli, sacrificateur en ces jours-là (cf. 1 Sam. 1:26 à 28). Elle n’en aime pas moins ce fils que Dieu lui a donné, mais elle l’aime véritablement, mettant chaque chose à sa place, Dieu d’abord, son enfant après. N’aimant pas son fils plus que l’Éternel, elle est digne d’être appelée « disciple » (cf. Matt. 10:37) et elle nous enseigne comment il convient d’agir pour éviter les pièges de la sentimentalité, pour faire passer en premier lieu ce qui concerne Dieu et sa gloire, les affections que nous éprouvons très légitimement pour les membres de nos familles prenant la place qu’elles doivent avoir et non le pas sur tout le reste. Le développement spirituel de Samuel, le préparant pour l’exercice d’un ministère prophétique est la riche récompense accordée par Dieu à cette mère pieuse et fidèle.
N’est-il pas surprenant qu’Éli, auprès duquel fut amené et servit le fils de cette mère remarquable entre toutes — que Samuel, lui qui avait une telle mère, n’aient pas su imiter l’exemple d’Anne et aient fait preuve l’un et l’autre d’une regrettable sentimentalité, le premier à l’égard de ses fils, le second vis-à-vis de ses fils comme aussi du roi Saül (cf. 1 Sam. 8:1 à 6 ; 15:35 ; 16:1) ? Cela nous montre combien peu nous savons imiter les meilleurs exemples placés devant nous. N’est-il pas surprenant aussi que Samuel ait subi, semble-t-il, sur le plan des sentiments naturels, l’influence d’Éli au lieu d’agir à la manière d’Anne sa mère ? Cela nous montre que l’on imite plus facilement un mauvais qu’un bon exemple.
Il est pourtant un détail qui nous montre qu’au dernier jour de sa vie Éli avait sans doute jugé la sentimentalité qui l’avait conduit à l’infidélité. Lorsqu’un messager vient lui faire le récit de la bataille, c’est seulement « lorsqu’il mentionne l’arche de Dieu » qu’Éli tomba à la renverse de dessus son siège, ce n’est pas au moment où lui fut annoncée la mort d’Hophni et Phinées. L’Esprit de Dieu souligne ce détail (1 Sam. 4:17, 18) et nous sommes heureux de voir là une preuve de la restauration d’Éli. Les conséquences du péché n’en demeurent pas moins sous le gouvernement de Dieu.
Que Dieu ait compassion de notre grande faiblesse et nous accorde de savoir mieux discerner tout ce à quoi aboutit une sentimentalité qui, en trop de circonstances, est à peu près notre seul guide ! Qu’Il nous préserve de donner aux sentiments les plus légitimes que nous pouvons éprouver la prééminence sur la simple obéissance à sa Parole et aux directions de son Esprit ! Puissions-nous rechercher d"une manière plus habituelle, dans la prière et l’intercession, le secours dont nous avons tellement besoin pour être gardés fidèles !
ME 1943 p. 292 à 300
Nous nous proposons seulement de rappeler, à grands traits, quelques vérités essentielles concernant le rassemblement au nom du Seigneur autour de Sa Table, vérités qui ont été exposées et développées dans maints écrits de nos devanciers. Bien que la plupart d’entre nous les connaissent déjà, il est bon cependant de les rappeler à notre mémoire. L’apôtre Pierre n’écrivait-il pas, dans sa deuxième épître : « Je m’appliquerai à vous faire souvenir toujours de ces choses, quoique vous les connaissiez, et que vous soyez affermis dans la vérité présente » ? (2 Pierre 1:12, et aussi les v. 13 à 15). Peut-être en est-il certains auxquels elles sont peu familières, qui ne savent pas très exactement pourquoi ils sont ici plutôt que là. Dieu veuille les amener à comprendre les principes du rassemblement et à avoir pleinement conscience d’être sur le terrain de la vérité. Qu’Il veuille aussi conduire ceux de Ses enfants qui ne l’ont pas encore fait, à prendre leur place à la Table du Seigneur, dans le témoignage, ayant saisi, au milieu de toutes les erreurs des pensées humaines, quelle est la pensée de Dieu, la seule qu’il importe de connaître et de réaliser. Mais encore, qu’Il éclaire ceux qui Lui appartiennent et qui, désireux cependant d’être fidèles et de marcher dans le chemin de l’obéissance, sont « ballottés et emportés çà et là par tout vent de doctrine dans la tromperie des hommes, dans leur habileté à user de voies détournées pour égarer » (Éph. 4:14). Qu’Il répande ainsi Sa bénédiction suivant les besoins particuliers de chacun, afin que Son Nom soit glorifié dans l’Assemblée. C’est notre prière en écrivant ces lignes.
En considérant l’état de ruine de l’Église, tout chrétien pieux et sincère ne peut qu’être profondément affligé. En tant que confiée à l’homme, l’Église a complètement manqué à sa responsabilité ; les croyants se trouvent ainsi dispersés dans d’innombrables sectes de la chrétienté, au milieu d’une profession sans vie. Une pensée vient aussitôt à l’esprit de beaucoup : pourquoi ne pas les rassembler ou, tout au moins, essayer de le faire ? Ne pourrait-on réaliser l’unité de l’Église, l’unité de tous les vrais croyants dans un seul rassemblement ?
Quelque surprenant que cela puisse paraître à première vue, l’unité de l’Église n’est pas à faire ; elle est faite, elle existe — non pas œuvre de l’homme, mais œuvre de Dieu. Il est vrai que la chrétienté est devenue « une grande maison », dans laquelle il y a des vases « à honneur », d’autres « à déshonneur » ; toutefois « le solide fondement de Dieu demeure » (2 Tim. 2:19, 20). Malgré toutes les apparences, nous avons à le reconnaître, comme Élie reconnaissait — en bâtissant l’autel de douze pierres (1 Rois 18:30-32) — l’unité d’un peuple qui était divisé en deux royaumes ; comme Paul le faisait aussi, alors que le peuple était dans la dispersion (Actes 26:7). Quoique la « Maison » soit telle, il demeure vrai qu’il y a « un seul corps et un seul Esprit » (Éph. 4:4).
Les vrais croyants étant disséminés parmi tant de dénominations chrétiennes, cette unité que nous sommes appelés à reconnaître n’est plus manifestée, si nous regardons autour de nous. Mais elle est proclamée à la Table du Seigneur : « La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas la communion du sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion du corps du Christ ? Car nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous à un seul et même pain » ((1 Cor. 10:16, 17).
Une question se pose alors : qui a sa place à la Table du Seigneur ? Trois portions des Écritures permettent d’y répondre. 1 Cor. 10:16 nous dit que la coupe est « la communion du sang du Christ », le pain « la communion du corps du Christ » ; que ceux qui participent au « seul et même pain » sont « un seul pain, un seul corps ». 1 Cor. 12:13 nous enseigne ensuite que, le Saint Esprit étant descendu sur la terre le jour de la Pentecôte, envoyé par le Père et par le Fils (Jean 14:16, 26 ; 15:26 ; 16:7) pour former l’Église, « nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps » : et Éph. 1:13, que ceux qui ont cru sont scellés du Saint Esprit : « Ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit ». Ceux donc qui ont cru au Nom du Fils unique de Dieu et ont ainsi « la vie par son nom » (Jean 20:31) ont reçu le Saint Esprit qui les amène à jouir de leur relation avec Dieu comme étant Ses enfants (Rom. 8:15, 16). Le Saint Esprit habite en eux, et en eux seulement, car « si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, celui-là n’est pas de lui » (Rom. 8:9). Ils sont groupés en un seul corps dont Christ est la Tête, glorifiée dans le ciel (Éph. 1:20-23 ; Col. 1:18), et c’est à la Table du Seigneur qu’est proclamée cette unité du Corps de Christ, selon 1 Cor. 10:16, 17.
La Table du Seigneur est donc dressée et ne peut être dressée que sur le principe de l’unité du Corps. Peut-elle être appelée la Table du Seigneur, celle à laquelle cette grande vérité de l’unité du Corps n’est pas reconnue ? ou bien celle à laquelle cette vérité, quoique reconnue, est pratiquement reniée ?
Tous les vrais croyants et eux seuls ont leur place à la Table du Seigneur, dressée sur le terrain de l’unité du corps. Quelles conséquences découlent de ce fait ? Tout d’abord, ce serait chose grave que de laisser quelqu’un participer à la Cène, prendre place à la Table du Seigneur sous sa seule responsabilité. Une assemblée où l’on agirait ainsi pourrait-elle être considérée comme une assemblée de Dieu, alors que les enseignements de la Parole y sont laissés de côté sur un point aussi important ? L’Assemblée est responsable de n’admettre en communion à la Table du Seigneur que les vrais croyants, parce qu’elle est « l’assemblée du Dieu vivant, la colonne et le soutien de la vérité » (1 Tim. 3:15). Si elle laissait la chose à la responsabilité de chacun, il y aurait à la Table du Seigneur un mélange de vrais croyants et de simples professants, de sorte que la vérité ne serait plus maintenue et l’Assemblée aurait perdu son caractère de « colonne et soutien de la vérité ». Parce que sa responsabilité est telle, l’Assemblée doit examiner chaque cas particulier dans la crainte et la dépendance de Celui qui est « le Chef du Corps, de l’Assemblée » (Col. 1:18). Si elle réalise cette dépendance, elle sera gardée de toute admission qui serait un faux-pas et il n’y aura à la Table du Seigneur que ceux qui y ont vraiment leur place selon les enseignements de la Parole.
Cependant l’Assemblée n’a plus à le faire, lorsque se présente à elle un croyant porteur d’une lettre de recommandation (Actes 18:27 ; Rom. 16:1, 2 ; 2 Cor. 3:1, 2) parce qu’il est déjà admis à la Table du Seigneur dans une autre localité où la Table est dressée sur le terrain de l’unité du Corps. Il est membre du Corps de Christ, ayant donc place à la Table du Seigneur partout où elle est dressée sur le terrain de l’unité du Corps.
Il y a des chrétiens au sujet desquels il n’y a pas de doute qu’ils sont des enfants de Dieu et qu’une assemblée ne peut cependant recevoir à la Table. Pourquoi ? Parce qu’une assemblée de Dieu ne peut être en communion avec des chrétiens qui admettent de fausses doctrines ou bien qui participent à une table où de semblables doctrines sont tolérées, quand bien même leur marche individuelle serait irréprochable. En les recevant, l’assemblée locale mettrait la Table du Seigneur en communion avec les tables auxquelles participent ces personnes. C’est 1 Cor. 10:18-22 qui nous enseigne à ce sujet. Ce passage pose un principe très important qui a été exprimé en ces termes : la communion est établie à la table à laquelle on participe et, en allant de l’une à l’autre, on les met en communion les unes avec les autres.
L’assemblée a donc une importante responsabilité. La Table est la Table du Seigneur. Deux caractères essentiels doivent y être maintenus : la sainteté et la vérité, car Il est « le Saint, le Véritable » (Apoc. 3:7). Par conséquent, celui qui a commis le mal n’a plus sa place à la Table du Seigneur tant qu’il n’a pas confessé son péché, dans une humiliation vraie et sincère qui le conduira à une pleine restauration. Et cela, qu’il s’agisse d’un mal moral ou d’un mal doctrinal : le premier, c’est « la souillure de la chair », le second, « la souillure de l’esprit » (2 Cor. 7:1). Un croyant coupable d’un mal moral pourrait-il avoir communion avec Celui qui est « le Saint » ; coupable d’un mal doctrinal, avec Celui qui est « le Véritable » ? La Parole l’appelle « le méchant » ; l’assemblée est responsable de l’exclure, la sainteté de la Table du Seigneur l’exige. Ne pas le faire, c’est méconnaître l’enseignement de l’Écriture : « Ôtez le vieux levain, afin que vous soyez une nouvelle pâte, comme vous êtes sans levain ». En Christ, l’assemblée est « sans levain », car le péché a été ôté par Sa mort ; elle doit donc ôter « le vieux levain » qui est l’emblême du mal. L’apôtre ajoute : « Ôtez le méchant du milieu de vous-mêmes » (1 Cor. 5:7, 13). Une assemblée qui perd de vue cette obligation est tout entière souillée ; elle n’est plus « une nouvelle pâte », car elle n’a pas ôté le « vieux levain » ; elle est coupable devant le Seigneur (« J’ai contre toi... » Apoc. 2:14 et 20).
Le « méchant » qui est ainsi exclu ne l’est pas seulement de l’assemblée locale qui a connaissance de son état, mais de toutes les assemblées où la Table est dressée sur le terrain de l’unité du Corps. Chaque assemblée locale doit donc accepter la décision qui a été prise par l’une d’entre elles, au nom du Seigneur, selon Matth. 18:18-20. Celle qui refuserait de le faire quitterait par cela même le terrain de l’unité du Corps ; elle adopterait un principe d’indépendance qui est en opposition avec ce que nous dit l’Écriture.
On est bien d’avis qu’il faut agir lorsqu’il y a un mal moral, mais on est porté à passer facilement sur le mal doctrinal. On dira que ce sont des divergences de vues, que chacun peut avoir son opinion, ou encore que ce sont des questions secondaires. On oublie ainsi qu’une fausse doctrine, surtout quand elle porte atteinte aux gloires du Seigneur, le déshonore autant que « la souillure de la chair ». Les conséquences des fausses doctrines ne sont-elles pas d’ailleurs, très souvent, désastreuses ? Les divisions survenues au sein de la chrétienté n’ont-elles pas là leur origine, pour la plupart ?
Nombreux sont ceux qui souffrent de ces divisions — dont nous avons chacun à nous humilier — et, parmi eux, plusieurs voudraient remédier à cet état de choses par la formation de « groupements » ou encore par des « fusions d’églises ». Ces efforts sont et resteront vains, car c’est bâtir sur le sable. Au milieu d’une telle ruine, quel est le chemin tracé par la Parole ?
La première chose à faire, c’est de se séparer de ceux qui rejettent ou nient en pratique la vérité de l’unité du Corps, et c’est là une responsabilité individuelle : « Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur (2 Tim. 2:19-21). Agir selon ses propres pensées, méconnaître la pensée de Dieu, c’est « l’iniquité ». Cette « iniquité » a entraîné la dispersion des enfants de Dieu en d’innombrables sectes, alors que Christ est mort pour les rassembler en un.
La seconde, c’est de se joindre à « ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur » (Ibid. v. 22), c’est-à-dire d’un cœur soumis à l’enseignement des Écritures, sans aucun mélange avec les pensées de l’homme. Le Seigneur a promis Sa présence au milieu des deux ou trois assemblés en son Nom (Matt. 18:20). Ce passage ne dit pas : « là où deux ou trois se rencontrent », ou encore : « se rassemblent », mais « sont assemblés ». Il y a donc, non pas un arrangement ou une convention humaine pour former une association, mais une énergie qui est en dehors des « deux ou trois », une puissance qui assemble et qui est la puissance de l’Esprit. C’est par l’Esprit que les vrais croyants sont ainsi assemblés, formés en un seul corps, autour de la personne du Seigneur, autour de sa Table, réunis sur le terrain de l’unité du Corps, car « il y a un seul corps et un seul Esprit », « un seul pain, un seul corps » (Éph. 4:4 ; 1 Cor. 10:17).
Il reste encore à répondre à une objection souvent entendue. Il y a cependant, dit-on, des enfants de Dieu dans la plupart des sectes de la chrétienté, dans toutes peut-être. Ne devons-nous pas les aimer ? Est-ce que Philémon, par exemple, n’était pas rempli d’amour « pour tous les saints » ? (Philémon v. 5). Certainement. Mais cet amour ne peut nous conduire à nous joindre à ceux qui s’assemblent sur un terrain où les enseignements de la Parole sont laissés de côté. C’est la Parole de Dieu qui trace le chemin : « Par ceci, nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c’est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements » (1 Jean 5:2). Désobéir à Ses commandements, sortir du chemin qu’Il a tracé, pour nous trouver avec ceux que nous aimons quoiqu’ils n’y marchent pas, ce ne serait pas les aimer comme Dieu nous dit de le faire. Ce serait peut-être de l’amour comme les hommes l’entendent, mais pas selon Dieu. C’est l’obéissance à Dieu qui est la preuve de l’amour des frères.
Dans les temps fâcheux des derniers jours auxquels nous sommes parvenus, l’ennemi multiplie ruses et subtilités pour ruiner le témoignage. Veillons et prions. Que Dieu nous accorde de retenir les enseignements de sa Parole, de demeurer fidèles, de tenir ferme ! Celui que nous attendons nous dit encore : « Je viens bientôt ; tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne » (Apoc. 3, 11).
Titre original : Au sujet de la présence du Seigneur dans le rassemblement
ME 1947 p. 202 à 207
Malgré la faiblesse qui nous caractérise, nous éprouvons la bénédiction assurée à ceux qui se rassemblent au nom du Seigneur (Ps. 133). Dieu agit à notre égard non selon ce que nous sommes mais selon ce qu’Il est Lui, un Dieu fidèle et miséricordieux qui se plaît à bénir. Soyons davantage reconnaissants pour tout ce que le Seigneur nous accorde de savourer quand Il nous groupe autour de Lui. Mais aussi, humilions-nous en pensant à ce que nous perdons lorsque nous jouissons peu de sa présence au milieu de nous. Réaliser sa présence comme nous devrions le faire nous conduira :
· à ne pas abandonner le rassemblement de nous-mêmes (Héb. 10:25) ;
· à nous y rendre dans un état moral qui nous permette de jouir de Lui par-dessus toute autre chose.
Puisqu’il y a de précieuses bénédictions assurées dans le lieu où le Seigneur se trouve, comment peut-il se faire qu’un racheté de Christ manque une seule réunion (sauf cas de force majeure), se privant ainsi lui-même de ce que le Seigneur voulait lui dispenser ? Il y a parfois un effort à faire, des sacrifices à consentir pour assister à une réunion, mais si grands que soient effort et sacrifices peuvent-ils être comparés à tout ce que procure la présence du Seigneur, goûtée dans le rassemblement ? Si nous jouissions mieux de cette présence et de tout ce qu’elle apporte de joie et de paix, y aurait-il un seul absent à une réunion, en dehors de ceux qui sont retenus par des circonstances impérieuses ?
Il y a dans le rassemblement des saints ce qui est pour nous, mais surtout ce qui est pour le Seigneur, et c’est le côté le plus élevé. Y pensons-nous assez ? Au milieu des deux ou trois assemblés à son nom, Il a promis sa présence et Il est fidèle à sa promesse. Lui est là, et tel de ses rachetés n’est pas venu... N’est-ce pas un manque d’égards pour sa Personne, et ne le ressent-Il pas aujourd’hui comme lorsqu’Il était sur la terre (cf. Luc 7:44-45 ; Matt. 11:2-6) ? Celui qui connaît ses brebis nom par nom sait bien quelle est celle d’entre elles qui est restée au loin, quand Il voulait les nourrir toutes dans ses gras pâturages. Et que dire de celle qui a laissé sans réponse la si touchante invitation du premier jour de la semaine : « Faites ceci en mémoire de moi » ? Mais surtout, les réunions de prières seraient-elles pareillement négligées en tant d’endroits si nous réalisions la présence du Seigneur au milieu de nous mieux que nous ne le faisons ? Nos besoins sont tellement grands, nombreux et pressants que l’on pourrait à bon droit être découragé si l’on s’arrêtait à cela. Et nous ne nous sentirions pas conduits à venir en assemblée, dans la présence du Seigneur, pour crier à Lui qui peut seul nous secourir ? Nous gémissons souvent, nous critiquons parfois et nous oublions que la grande ressource dans les difficultés c’est la prière, prière individuelle mais aussi prière de l’Assemblée. « Vous n’avez pas, parce que vous ne demandez pas » (Jacques 4:2). Que de bénédictions nous seraient accordées si nous avions assez d’ardeur et de persévérance pour les demander !
Il est bien vrai que si nous négligeons parfois le rassemblement, c’est parce que nous ne réalisons la présence du Seigneur que dans une faible mesure.
Jacob n’a guère joui de la présence de l’Éternel à Béthel, la première fois qu’il y vint (Genèse 28:10-22) ». « Que ce lieu-ci est terrible ! » dit-il. Il n’était pas dans un état convenable pour en connaître tout le prix, et la lecture du chap. 27 nous permet de comprendre le sentiment qu’il a éprouvé. Il a fallu que Dieu le ramène là, après bien des expériences, et qu’Il le prépare à goûter sa présence dans ce lieu qui était bien « la maison de Dieu », où il a « parlé avec Lui » (Genèse 35:1-15).
Ayant entendu l’injonction divine : « Monte à Béthel ! », Jacob a maintenant compris que la purification est nécessaire pour entrer dans le lieu où Dieu même habite et où Il veut même faire savourer sa communion. N’oublions-nous pas souvent le jugement de nous-mêmes qui doit précéder l’obéissance à la parole divine : « Monte à Béthel » ? N’arrive-t-il pas que nous nous rendions dans le lieu du rassemblement par simple habitude, sans exercice particulier, sans avoir jugé en nous tout ce qui doit l’être ? Aussi, tandis que nous devrions toujours nous réunir pour notre profit, nous nous réunissons parfois à notre détriment, quand ce n’est pas pour être jugés (1 Cor. 11:17 et 34). Le jugement de soi-même est indispensable si nous voulons être heureux et abondamment bénis dans le rassemblement, y savourant la présence du Seigneur et les douceurs de sa communion.
Mais il fallait encore que Jacob enterre Debora, la nourrice de Rebecca, sous le chêne d’Allon-Bacuth. Nous pouvons faire de cela deux applications différentes.
La première est en rapport avec le jugement de nous-mêmes : il ne suffit pas de juger le mal, il faut en extirper la racine. Rebecca avait incité Jacob à tromper Isaac son père, premier pas dans le chemin d’égarement qu’il avait suivi. C’est la nourrice même de Rebecca qui est retirée ! Il faut remonter jusque là dans le jugement du mal en nous.
La seconde est celle-ci : si nous considérons cette scène sous un autre côté, Rebecca est un type de l’Église et l’on a pu voir en Debora, celle qui l’avait nourrie, qui était allée avec elle et Éliézer tout le long du voyage, à la rencontre d’Isaac (Gen. 24:59), une figure des dons (cf. 1 Thess. 2:7). Apprécions toujours plus les dons qui sont en vue de l’édification, désirant avec ardeur des dons spirituels, mais surtout de prophétiser, pour édifier l’assemblée (1 Cor. 14). Il peut y avoir cependant un sérieux danger si les dons sont recherchés de telle façon que cela prive nos âmes de la bénédiction suprême : la présence du Seigneur. Que cherchons-nous dans le rassemblement ? La présence du Seigneur ou les dons pour eux-mêmes ? N’arrive-t-il pas que l’on aille à une réunion parce qu’un frère est de passage dans la localité, alors qu’on ne s’y serait peut-être pas rendu s’il s’était agi d’une réunion d’assemblée pour la prière ou l’étude de la Parole ? N’a-t-on pas accordé ainsi au don une place prééminente et n’a-t-on pas perdu de vue que le Seigneur est toujours là, lorsque l’assemblée est réunie ?
C’est encore une grâce que le Seigneur nous accorde de sentir notre faiblesse. Mais le remède est là : réaliser vraiment dans nos âmes la présence au milieu de nous de Celui qui ne saurait manquer à sa promesse. Si, dans le rassemblement, nos yeux étaient fixés sur Lui seul, combien nous serions nourris, réconfortés et réjouis ! La bénédiction déborderait sur nous « jusqu’à ce qu’il n’y ait plus assez de place ». Le Saint Esprit agirait avec puissance dans l’assemblée et donnerait tout ce qui est nécessaire pour l’édification, l’exhortation et la consolation des saints.
Les dons doivent contribuer à nous faire jouir de la présence du Seigneur. Mais si nous les recherchons pour eux-mêmes de telle façon que nous soyons ainsi amenés à perdre de vue la personne de Celui qui est au milieu de nous, les dons peuvent nous être retirés.
Il peut arriver, hélas ! que l’exercice des dons ne soit que l’activité de la chair sous son caractère le plus dangereux : la chair religieuse. Lorsqu’il en est ainsi, n’est-ce pas parce que la présence du Seigneur n’a pas été réalisée, non plus par ceux qui écoutent mais par celui qui parle ? De cette première cause de faiblesse déroule la deuxième : le manque de dépendance de l’Esprit. C’est alors que la chair se met en avant. Parler « comme oracle de Dieu » (1 Pierre 4:11), cela implique le sentiment de la présence du Seigneur. Ce sentiment nous tient dans une sainte crainte, nous fait trembler avant même d’ouvrir la bouche et nous garde dans la dépendance qui convient. Si, au contraire, nous perdons de vue que le Seigneur est là, nous agirons alors que peut-être il eût fallu nous taire, ou bien nous irons au-delà de ce que l’Esprit avait donné, prononçant « dix mille paroles » qui fatigueront l’assemblée, au lieu des « cinq » qui auraient pu l’édifier. Que de fois nous pourrions être utiles si nous savions nous limiter à ce qui nous a été donné, tandis que nous croyons nécessaire de faire un long discours qui lasse les auditeurs et fait perdre l’édification qu’auraient procurée les « cinq paroles ». Ou encore, on s’engagera dans des interprétations subtiles et hasardeuses qui généralement faussent le sens du passage considéré et enlèvent à la Parole toute sa saveur. L’Esprit est alors contristé, éteint peut-être, de sorte que celui qui avait quelque chose à exprimer pour l’édification de l’assemblée a eu la bouche fermée. Oserions-nous agir ainsi, si nous avions le sentiment que le Seigneur est au milieu de nous ?
Puissions-nous réaliser pratiquement la vérité si connue de Matthieu 18:20. Nous serons alors gardés d’abandonner le rassemblement de nous-mêmes, nous y viendrons dans l’état moral qui convient à la présence du Seigneur, nous jouirons vraiment de cette présence par dessus tout autre chose — il y aura vie et prospérité dans les assemblées.
ME 1947 p. 225 à 233
Le Seigneur est mort « pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés » (Jean 11:52). Il s’agit, dans ce passage, du rassemblement des enfants en une même famille. C’est de la même unité qu’il est question en Jean 17:20 : l’unité du v. 11 est celle des apôtres ; celle du v. 22, l’unité dans la gloire, tandis qu’au v. 20 nous avons l’unité de la famille de Dieu — et non de l’Église comme corps de Christ (il est bien connu que les vérités concernant l’Église, corps de Christ, font partie du ministère particulier de l’apôtre Paul, voir Éph. 3:1-13, entre autres passages. Jean ne s’occupe de ce sujet ni dans son évangile, ni dans ses épîtres). Jean 10 nous parle aussi, dans le même sens, d’un rassemblement en un : le bon Berger a mis sa vie pour ses brebis ; Il a souffert la mort de la croix afin de glorifier le Père et pour avoir « un seul troupeau » (Jean 10:15-17).
Cette unité du troupeau serait effectivement démontrée si toutes les brebis écoutaient la voix du Berger : « et elles écouteront ma voix, et il y aura un seul troupeau ». L’unité de la famille, si elle était manifeste, serait pour le monde un puissant témoignage, le témoignage que le Père a envoyé le Fils ici-bas (Jean 17:20-21). Mais, au lieu d’écouter la voix du Berger, nombreuses sont les brebis du troupeau qui se laissent diriger par des voix étrangères. Elles devraient les fuir et, cependant, elles les « connaissent », perdant de vue que l’un des caractères des brebis est celui-ci : « elles ne connaissent pas la voix des étrangers » (Jean 10:5). Les enfants de Dieu devraient tous être des enfants soumis à l’autorité de leur Père, c’est-à-dire obéissants à la Parole qui nous révèle la volonté de Dieu. Combien, au contraire, agissent selon leurs propres pensées ! De sorte que, le bon Berger ayant donné sa vie afin d’avoir « un seul troupeau », le Seigneur étant mort « pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés », ni l’unité du troupeau, ni celle de la famille ne sont pourtant manifestées. Cette dispersion est l’œuvre de l’ennemi (Jean 10:12) et tout croyant, pieux et sincère, ne peut qu’être affligé en considérant un pareil état de choses.
Pouvons-nous y remédier et comment le faire ? Certains affirment : tous les enfants de Dieu faisant partie de la même famille et étant des brebis du seul troupeau, attachons-nous à cette pensée, faisons abstraction de tout le reste et groupons-nous tous ensemble pour goûter en commun les bénédictions du rassemblement, pour commémorer la mort du Seigneur, réunis autour de sa table. Et on ajoutera peut-être : refuser d’agir ainsi, c’est faire preuve d’un esprit sectaire.
Combien l’ennemi est rusé dans l’œuvre qu’il poursuit inlassablement pour la destruction du témoignage ! Se baser sur le fait que le Seigneur est mort « pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés » et en déduire que nous sommes tenus, à moins de devenir sectaires, de rompre le pain avec tous, sans nous occuper d’autre chose, serait une grave erreur. Une erreur qui conduirait inéluctablement à la ruine de tout témoignage selon la Parole.
Nous l’avons remarqué, Jean 11:52 ne parle pas du rassemblement autour de la Table du Seigneur. Ce passage nous occupe de l’unité de la famille de Dieu, tandis qu’à la Table du Seigneur se rattache l’idée de communion. 1 Cor. 10:14-22 cite trois exemples de communion exprimée dans l’acte de manger :
1) Communion réalisée à la Table du Seigneur. Manger, rompre le pain à la Table du Seigneur (comme d’ailleurs à toute table), c’est s’associer, exprimer la communion avec tous ceux qui s’y trouvent.
2) Israël, mangeant les sacrifices, avait communion avec l’autel.
3) Ceux qui mangeaient, dans les temples païens, des choses sacrifiées aux idoles, s’identifiaient par cela même avec la table et la coupe des démons.
La Cène nous présente le mémorial, la Table du Seigneur la communion. La communion est d’abord celle du sang du Christ : ceux qui sont lavés dans le sang de Christ ont donc seuls le privilège de boire à la coupe. Elle est aussi la communion du corps du Christ : le pain que nous rompons est le symbole du corps de Christ ici-bas, formé de ses membres sur la terre. Participer à la fraction du pain à la Table du Seigneur implique notre union avec Christ comme étant les membres de son corps.
C’est à la Table du Seigneur que la communion est réalisée. Dieu nous appelle « à la communion de son Fils Jésus Christ, notre Seigneur » (1 Cor. 1:9). Pour répondre à cet appel, nous devons manifester fidélité et obéissance au Seigneur, aussi bien dans notre marche individuelle que dans nos associations. Nombres 19:22 établit un principe qu’il serait grave de méconnaître : « Et tout ce que l’homme impur aura touché sera impur ; et celui qui l’aura touché sera impur jusqu’au soir ». Nous retrouvons d’ailleurs le même principe dans d’autres passages : Aggée 2:13-14 ; 2 Jean 10-11 ; 1 Cor. 5:6-7 ; Gal. 5:9. Si donc un enfant de Dieu est « impur » (soit parce qu’il vit dans le péché, soit parce qu’il professe de fausses doctrines, soit encore parce qu’il « touche » quelqu’un coupable de l’un ou l’autre de ces deux maux) toute association avec lui entraîne la même impureté. Cette vérité, d’une importance capitale pour ce qui concerne le rassemblement des enfants de Dieu à la Table du Seigneur, est très mal comprise. Et cependant, refuser de l’admettre, c’est désobéir à la Parole !
Il n’est pas possible, par conséquent, d’affirmer que nous devons recevoir un croyant à la Table du Seigneur sans avoir à nous préoccuper de « l’impureté » qu’il peut y apporter, soit en raison de sa conduite personnelle, soit en raison de ses associations. Désirer, par amour pour ses frères, avoir communion avec tous les enfants de Dieu, sans s’occuper d’autre chose que de savoir s’ils sont nés de nouveau, serait manifester un amour qui n’est pas selon Dieu (1 Jean 5:2) et, ce qui est plus grave encore, oublier que nous ne pouvons associer le nom du Seigneur au mal moral ou doctrinal. Soyons jaloux à cet égard d’une jalousie de Dieu !
Nous comprenons ainsi l’enseignement de 1 Cor. 10:21. Un enfant de Dieu ne peut rompre le pain à la Table du Seigneur et à une autre table. En effet, la communion étant exprimée dans l’acte de manger, elle se trouverait établie entre la Table du Seigneur et une table dressée selon des pensées humaines. « L’impureté » serait apportée à la Table du Seigneur. Ce serait une très grave responsabilité, devant Dieu et à l’égard du Seigneur, pour celui qui le ferait, et l’Assemblée ne peut pas le permettre.
Car l’Assemblée a une responsabilité. Nous avons déjà vu que la Cène et la Table du Seigneur présentent deux pensées différentes : mémorial d’une part, communion d’autre part. Mais aussi, à la Cène se rattache une responsabilité individuelle (1 Cor. 11:28) tandis qu’il y a, en rapport avec la Table du Seigneur, une responsabilité collective (1. Cor. 10:17). L’Assemblée est responsable de maintenir la sainteté de la Table du Seigneur (1 Cor. 5:6-13) et si une assemblée locale manquait à cette responsabilité, se refusant à juger le mal, elle perdrait son caractère d’Assemblée de Dieu. Ni la présence, ni la Table du Seigneur ne se trouvent là où n’est pas maintenue la sainteté qui convient — et cela, bien que des âmes fidèles puissent jouir du Seigneur et se souvenir de Lui en prenant la Cène. Il peut y avoir de la fidélité individuelle au milieu de l’infidélité collective ; mais alors, la responsabilité du fidèle est celle-ci : comprendre ce qu’est la communion et se séparer de ce que la Parole appelle « l’iniquité » (2 Tim. 2:19).
Il y a, en effet, un principe de séparation qui est posé dans les Écritures. En créant les mondes (Gen. 1:3-5), Dieu révélait déjà son caractère : Il est lumière et il n’y a en lui aucunes ténèbres (1 Jean 1:5). Ensuite, l’histoire d’Abraham est celle d’un homme que Dieu a retiré d’un milieu idolâtre, qu’il a appelé à sortir de son pays et de sa parenté, le séparant pour Lui. Abraham est « père de circoncision », c’est-à-dire : celui en qui, le premier, la vraie séparation à et pour Dieu a été publiquement établie (voir note, en bas de page, dans la Bible, version J.N.D. Rom. 4:12). Abraham est devenu la souche d’un peuple, le peuple terrestre de Dieu, mis à part pour Lui : « Je vous ai séparés des peuples pour être à moi » (Lév. 20:26). Aujourd’hui, dans la chrétienté, devenue « une grande maison » dans laquelle il y a des « vases à honneur », d’autres « à déshonneur », la responsabilité individuelle de chaque enfant de Dieu est de se « purifier de ceux-ci » — il le faut, pour être un « vase à honneur » (v. 21) — se séparant ainsi de « l’iniquité », afin de pouvoir être « utile au Maître, préparé pour toute bonne œuvre » (2 Tim. 2:19-21). Très nombreux sont ceux qui estiment la séparation comme un manque d’amour et pensent devoir rester dans le milieu où ils se trouvent — si mauvais soit-il — croyant y être utiles en s’efforçant d’empêcher le développement du mal, ou simplement parce que c’est là « la religion qu’ils ont reçue de leurs parents ». C’est la pensée de l’homme, elle est tout à fait contraire à la pensée de Dieu.
Cette séparation réalisée, il convient de « rechercher le lieu » (Deut. 12:5) dans lequel le Seigneur a promis sa présence. Il n’y avait, en Israël, qu’un seul lieu choisi par l’Éternel pour y faire habiter son nom. Le chap. 12 du Deutéronome souligne le contraste entre « tous les lieux » (v. 2) et « le lieu ». Aujourd’hui, ce seul lieu est celui où « deux ou trois sont assemblés au nom du Seigneur ». C’est là qu’Il se trouve (Matt. 18:20). Son nom rappelle à nos cœurs tout ce qu’Il a été et tout ce qu’Il est, tout ce qu’Il a fait et tout ce qu’Il fait pour les siens. Ayant accompli l’œuvre de notre rédemption, ressuscité, glorifié dans le ciel, Il a envoyé ici-bas le Saint Esprit qui nous unit à Lui comme membres de son Corps. Être assemblés au nom du Seigneur, c’est le reconnaître comme Chef du corps, Seigneur de l’Assemblée, et cela est inséparable d’une entière soumission à son autorité. La Table du Seigneur est dressée sur le terrain de l’unité du corps, vérité qui y est proclamée (1 Cor. 10:17). La Parole de Dieu ne nous parle d’aucun autre corps que du corps de Christ. Par là-même, ne condamne-t-elle pas tout rassemblement, toute table qui, en fait, nie l’unité du corps ? Tel est le seul terrain de rassemblement selon les Écritures. Certains estiment que les enfants de Dieu, assemblés au nom du Seigneur, autour de sa table, comme membres du corps de Christ, ne constituent qu’une secte au milieu de tant d’autres. Mais, le principe d’un tel rassemblement n’est pas un principe sectaire. Bien au contraire, il est établi sur le terrain le plus large qui soit : tous les enfants de Dieu y ont leur place, tous les membres du corps de Christ devraient se trouver là. Un tel rassemblement, on l’a dit très justement, n’est pas le meilleur de tous, il est le seul que la Parole reconnaisse. Combien il est à souhaiter que tous les rachetés de Christ, ayant compris ce qu’est la communion à la Table du Seigneur, réalisent que leur place est là !
Certes, nous serions coupables si nous nous bornions à parler d’une position ecclésiastique de séparation de l’iniquité, tout en marchant pratiquement comme si nous n’étions pas séparés. Nous avons à nous humilier beaucoup à cet égard. Mais le remède à ce mal — trop réel, hélas ! — n’est pas dans l’abandon d’une position de séparation qui est selon l’enseignement des Écritures ; il est dans l’obéissance à 2 Tim. 2:22 : « Fuis les convoitises de la jeunesse, et poursuis la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur ».
Ayant considéré, d’une part, la dispersion de la famille et, d’autre part, les enseignements de la Parole pour ce qui concerne le rassemblement des enfants de Dieu autour de la Table du Seigneur, il nous faut maintenant rappeler ce que le Seigneur a dit : « Celui qui n’assemble pas avec moi disperse » (Luc 11:23). Parole bien propre à toucher la conscience de tant de chers enfants de Dieu qui, animés des meilleures intentions, nous n’en doutons pas, accomplissent cependant une œuvre de dispersion — travail qui est, au fond, celui de l’adversaire ! Œuvrer pour réunir des âmes ailleurs qu’autour de Christ, ailleurs qu’autour de la Table du Seigneur dressée sur le terrain de l’unité du corps, c’est disperser tout en croyant rassembler. C’est empêcher les âmes que l’on a pu grouper, de se joindre à « ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur », sur le seul vrai terrain de rassemblement. Et cela, malgré tout le zèle et le dévouement qui peuvent être manifestés ! Tant il est vrai qu’il convient d’obéir à l’exhortation de 2 Tim. 2:19-21 pour être « utile au maître ». Aux yeux de Dieu, a-t-on dit, il n’y a pas de dispersion plus réelle que le rassemblement de chrétiens sur de faux principes ; c’est plus mauvais que s’ils n’avaient pas été rassemblés du tout. Il y a là, certes, matière à discussion et raisonnement pour le cœur de l’homme, mais le Seigneur déclare : « Celui qui n’assemble pas avec moi disperse ». Est-il besoin d’autre chose pour une âme fidèle ?
On objectera peut-être que l’unité du Corps est aussi peu visible que celle de la famille. C’est vrai. En serait-il ainsi si nous nous soumettions entièrement à l’autorité de la Parole ? Dans les jours les plus sombres, Dieu a toujours eu des témoins, inconnus des hommes parfois, mais bien connus de Lui. Au temps d’Élie, il y en avait sept mille qui n’avaient pas fléchi les genoux devant Baal et le prophète, appelé à rendre un témoignage public, pouvait affirmer l’unité d’Israël dans la pensée de Dieu (quoiqu’elle ne fût pas manifestée) en dressant l’autel de douze pierres (1 Rois 18:31). De même aujourd’hui, dans un jour de ruine, l’unité du Corps, quoique non manifestée dans ce monde, est proclamée à la Table du Seigneur ; le témoignage de Dieu est maintenu — malgré l’extrême faiblesse de ceux qui ont à cœur d’être fidèles — partout où les rachetés de Christ sont assemblés autour de Lui, à sa Table, comme membres de son corps.
Nous édifiant nous-mêmes sur notre très sainte foi (Jude 20), tenons ferme les enseignements que nous avons appris. Sans aucune pensée d’orgueil — car, tout est grâce de la part de notre Dieu et qu’avons-nous que nous ne l’ayons reçu ? — soyons profondément convaincus que nous sommes rassemblés sur le terrain de la vérité et qu’il n’y a pas, selon la Parole, d’autre terrain de rassemblement des enfants de Dieu que celui de l’unité du corps. N’oublions pas que la responsabilité de l’Assemblée est de maintenir la sainteté de la Table du Seigneur et rejetons toute doctrine qui tendrait à ruiner le témoignage que Dieu a voulu maintenir malgré tous les efforts de l’adversaire et qu’Il nous a confié, si indignes que nous en soyons. Souvenons-nous qu’une doctrine qui n’est pas selon la Parole, un faux enseignement trouble et bouleverse (Actes 15:24 ; 2 Thess. 2:2). Mais aussi, présenté avec « de douces paroles et un beau langage », il peut séduire les cœurs des simples (Rom. 16:17-18). Trouble, séduction des cœurs des simples, tel est le double résultat qu’amène toujours une fausse doctrine. Bien au contraire, un enseignement selon Dieu édifie et fortifie les âmes (Actes 15:32 ; 20:32).
ME 1951 p. 253-261
Il y a des enfants de Dieu dans les différentes dénominations chrétiennes ; bien que ne pouvant marcher avec eux, nous les embrassons dans nos pensées et nos affections, d’une façon particulière quand nous sommes réunis autour du Seigneur, à sa Table, rappelant, en rompant le pain, que « nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps » (1 Cor. 10:17). Pourrions-nous ne pas souffrir en voyant de chers rachetés de Christ, égarés dans des systèmes humains, souvent trompés par de faux docteurs, perdre la jouissance de tant de privilèges si précieux que Dieu veut accorder à ses enfants ? Que d’âmes sont ainsi maintenues dans le doute et l’incertitude, l’angoisse même, qui s’épuisent en efforts incessants et toujours vains pour essayer d’obtenir la faveur de Dieu, qui ne sont jamais assurées de leur salut parce qu’on leur laisse croire qu’il repose sur l’accomplissement de bonnes œuvres et qu’il ne saurait être obtenu si l’on n’a pas atteint une certaine perfection, faussant ainsi le sens des Écritures !
Il y a là un travail de l’adversaire qui cherche toujours à empêcher les croyants de jouir de la part que Dieu leur a faite — si même il ne peut arriver à les faire tomber en chemin. Un faux docteur — qu’il en ait conscience ou non, qu’il le veuille ou non — est un instrument entre les mains de l’adversaire qui l’emploie pour s’opposer au travail de Dieu. Ne croyons pas que l’ennemi se sert seulement d’hommes incrédules, opposés à Dieu, pour entraîner les âmes loin de Lui. De telles personnes peuvent avoir beaucoup d’ascendant sur des inconvertis ; elles n’en auront pas toujours sur des croyants. Pour détourner ces derniers du vrai chemin, Satan se sert aussi de croyants qu’il est arrivé à séduire, pour essayer de séduire les autres à leur tour. Ces faux docteurs n’ont pas entièrement abandonné la vérité, car alors aucun des croyants ne se laisserait entraîner, mais quelques vérités se trouvent mêlées à l’erreur et c’est ainsi que l’erreur est reçue ! Combien il est donc nécessaire que nous veillions, individuellement et comme Assemblée, que nous nous gardions de ce qui peut avoir une belle apparence, derrière quoi il y a ce qui n’est pas de Dieu.
Notre adversaire sait revêtir bien des déguisements, présenter les séductions les plus subtiles, afin de nous détourner du sentier que nous avons à suivre. Déjà, il agissait de cette manière au temps des apôtres : l’apôtre Paul mettait en garde les anciens d’Éphèse contre ces « loups redoutables » qui allaient entrer parmi eux et n’épargneraient pas le troupeau, contre ces « hommes » qui se lèveraient d’entre eux-mêmes, annonçant des doctrines perverses pour attirer les disciples après eux (Actes 20:29-30). — L’apôtre Jean dénonçait le même danger : « il y a plusieurs antichrists... ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres... » (1 Jean 2:18-19). L’apôtre Pierre exhortait aussi ceux auxquels il écrivait à prendre garde, « de peur qu’étant entraînés par l’erreur des pervers », ils ne vinssent à déchoir de leur propre fermeté (2 Pierre 3:17). L’apôtre Jude s’était trouvé dans la nécessité d’exhorter « à combattre pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints ; car certains hommes se sont glissés parmi les fidèles, inscrits jadis à l’avance pour ce jugement, des impies, qui changent la grâce de notre Dieu en dissolution, et qui renient notre seul maître et Seigneur, Jésus Christ » (Jude 3-4). — Dieu l’a permis afin que nous ayons dans sa Parole tous les enseignements nécess