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PSAUME 74

 

Paul Fuzier

 

Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest ; ME 1955 p. 38, 59

 

Plan de lecture :

1     Jérusalem détruite — Jours difficiles pour l’Église

2     Ps. 74:1-2a

3     Ps. 74:2b-11

4     Ps. 74:12-17

5     Ps. 74:18-21

6     Ps. 74:22-23

 

1                        Jérusalem détruite — Jours difficiles pour l’Église

Le Psaume 74 fait partie du troisième Livre, dans lequel le peuple d’Israël est représenté par un résidu, « ceux qui sont purs de cœur » (Ps. 73:1 ; cf. Matt. 5:8). Ce résidu éprouve les sentiments dépeints dans ces Psaumes parce qu’il est placé au milieu de circonstances angoissantes : tandis qu’il voit « la prospérité des méchants » (Ps. 73), le temple est détruit (Ps. 74), le fidèle traverse « le temps de la détresse pour Jacob (Ps. 77 ; cf. Jér. 30:7), Jérusalem est mise par les nations « en monceaux de pierres » (Ps. 79), la vigne que Dieu avait plantée est dévastée (Ps. 80). Pourquoi donc une telle ruine ? Dieu répond : « Mon peuple n’a pas écouté ma voix, et Israël n’a pas voulu de moi. Alors je les ai abandonnés à l’obstination de leur cœur : ils ont marché selon leurs conseils » (Ps. 81:11 et 12).

Considérons, pour notre propre instruction, l’histoire d’Israël dans ces jours difficiles de son pèlerinage, alors qu’il connaît les rigueurs du juste gouvernement d’un Dieu dont il n’a pas écouté la voix. Cela a été écrit « pour nous servir d’avertissement », puissions-nous y demeurer attentifs ! Puissions-nous aussi, si aujourd’hui l’Église a manqué à sa responsabilité et failli comme ensemble, imiter la foi de ceux qui, parmi le peuple d’Israël, ont été manifestés fidèles ; leur exemple nous dit comment nous devons nous conduire dans des circonstances analogues. Que d’enseignements à retirer, en particulier, de la méditation du Psaume 74 ! Ce Psaume brosse un sombre tableau mais, au milieu d’une telle scène, tandis que « l’ennemi a tout saccagé dans le lieu saint », combien est admirable la confiance des fidèles, criant à Dieu avec la certitude qu’Il n’oublie aucune de ses promesses et saura les accomplir toutes, chacune en son temps !

 

2                        Ps. 74:1-2a

Le premier verset est une question posée par ce résidu, éprouvant l’ardeur de la colère de Dieu : pourquoi cette colère, pourquoi le peuple est-il rejeté ? Dans des jours d’affliction et d’épreuve, alors que visiblement la main de Dieu est sur les siens, ne convient-il pas de rechercher auprès de Lui les causes de la discipline ? Elle vient de Lui : « Pourquoi, ô Dieu, nous as-tu rejetés pour toujours, et ta colère fume-t-elle contre le troupeau de ta pâture ? ». L’âme, ne s’arrêtant pas aux causes secondes, considère l’intervention de Dieu lui-même, agissant à l’égard de son peuple. Avoir affaire avec Lui, exercés par la discipline, Lui demander pourquoi Il nous la dispense, est de toute importance si nous voulons recueillir le fruit en vue duquel elle nous est envoyée, tandis qu’il n’y aurait aucun profit pour nos âmes si nous la « méprisions » (cf. Héb. 12:11 et 5). Voir Dieu en toutes choses et recevoir instruction de ce qui est toujours le secret de la bénédiction.

Une autre expression de ce verset doit arrêter notre attention. Comme peuple, Israël est rejeté ; cesse-t-il pour autant d’être le peuple de Dieu ? (cf. Rom. 2:1 à 10 et 25 à 29). Ceux sur lesquels doit s’exercer la discipline cessent-ils d’être les objets de son amour ? Jamais. C’est « celui que le Seigneur aime » qu’Il discipline (cf. Héb. 12:6) et ceux contre lesquels fume sa colère n’en demeurent pas moins « le troupeau de sa pâture ». Dans tous les soins variés qu’Il exerce à l’égard de son troupeau, même s’il devait se servir de la houlette ou du bâton pour la discipline, le Berger demeure plein de compassion pour ses faibles brebis, Il s’occupe d’elles, leur dispensant tout ce qui est en rapport avec leur état. Et Celui qui « a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle » ne cesse jamais de l’aimer ; c’est dans son amour qu’Il la sanctifie et la purifie (cf. Éph. 5:25, 26). Pensée consolante et de nature à fortifier notre foi ! Ne doutons jamais de l’amour du Seigneur pour chacun de nous, pour l’Assemblée chère à son cœur !

« Souviens-toi de ton assemblée » s’écrie ensuite le psalmiste (v. 2). Dieu s’est acquis un peuple qu’Il a voulu avoir pour Lui-même, Il l’a racheté « pour être la portion de son héritage ». Par bien des points, ce verset nous rappelle Exode 15, et sans doute les paroles du cantique chanté alors par Moïse et les fils d’Israël devaient-elles être présentes à l’esprit d’Asaph tandis qu’il composait ce Psaume 74. « Tu as conduit par ta bonté ce peuple que tu as racheté ; tu l’as guidé par ta force jusqu’à la demeure de ta sainteté. Les peuples l’ont entendu, ils ont tremblé ; … par la grandeur de ton bras ils sont devenus muets comme une pierre, jusqu’à ce que ton peuple, ô Éternel, ait passé, jusqu’à ce qu’ait passé ce peuple que tu t’es acquis. Tu les introduiras et tu les planteras sur la montagne de ton héritage, le lieu que tu as préparé pour ton habitation, ô Éternel ! le sanctuaire, ô Seigneur ! que tes mains ont établi » (Ex. 15:13 à 17). Quelle valeur ce peuple a-t-il en dehors de celle qui résulte du fait qu’il est le peuple de Dieu ? Aussi, comme dans le cantique d’Exode 15, le psalmiste ramène tout à Dieu : C’est « ton » assemblée, que « tu » as acquise, que « tu » as rachetée pour être la portion de « ton » héritage. Et son intercession rappelle celle de Moïse en Exode 32:11.

 

3                        Ps. 74:2b-11

Ce peuple, Dieu n’a pas seulement voulu l’acquérir pour Lui-même et le racheter, mais encore veut le conduire jusqu’à la « montagne de son héritage ». Il a préparé un lieu pour son habitation, et ce lieu où il a habité, c’est « la montagne de Sion » (Ps. 74:2). Les fils de Coré diront, dans un autre Psaume de ce troisième Livre : « La fondation qu’il a posée est dans les montagnes de sainteté. L’Éternel aime les portes de Sion plus que toutes les demeures de Jacob. Des choses glorieuses sont dites de toi, cité de Dieu » (Ps. 87:1 à 3). La montagne de Sion, c’est la montagne de la grâce royale, c’est aussi la montagne de la sainteté divine (cf. Ps. 2:6). Grâce et sainteté sont les caractères inséparables de ce que Dieu a établi pour être sa demeure, et cela dans tous les temps.

Nous pouvons bien reprendre la prière contenue dans ce deuxième verset du Psaume, en en faisant une application au peuple céleste de Dieu, à l’Assemblée. Cette Assemblée, Dieu se l’est « acquise par le sang de son propre fils » (Actes 20:28), c’est sa maison sur la terre, un lieu où Il habite par son Esprit (cf. Éph. 2:20 à 22), où tout doit être marqué de ce double sceau : la grâce — « Le Seigneur connaît ceux qui sont siens » — et la sainteté — « Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur » (2 Tim. 2:19). Combien peu l’Assemblée a su maintenir pratiquement, dans un juste équilibre, ces deux caractères qui ne devraient jamais être dissociés ! Aussi, dans quel état de ruine se trouve-t-elle aujourd’hui ! Où trouver le secours, si ce n’est en haut ? « Souviens-toi de ton assemblée ». Redisons-le sans cesse ! Soyons semblables aux gardiens établis sur les murailles de Jérusalem, qui ne se taisent jamais, de tout le jour et de toute la nuit, qui font se ressouvenir l’Éternel, ne lui laissant pas de repos, jusqu’à ce qu’Il établisse Jérusalem et qu’Il en fasse un sujet de louange sur la terre ! (cf. Ésaïe 62:6, 7).

Quelles ruines accumulées par l’infidélité du peuple d’Israël, « ruines perpétuelles » semble-t-il, car au lieu de restaurer, on y a toujours ajouté (v. 3). Quelles dévastations opérées par l’ennemi « dans le lieu saint » ; il l’a profané et a « tout saccagé » dans le temple où tout devait dire la gloire de l’Éternel ! (cf. Ps. 29:9). L’âme soupire après le moment où Christ apparaîtra avec puissance, où sera réalisé ce que l’Éternel annonce par la bouche du prophète : « Et l’objet du désir de toutes les nations viendra, et je remplirai cette maison de gloire, dit l’Éternel des armées… la dernière gloire de cette maison sera plus grande que la première, dit l’Éternel des armées, et dans ce lieu, je donnerai la paix, dit l’Éternel des armées » (Aggée 2:7 à 9).

Que dire si nous considérons l’histoire de l’Assemblée de Dieu sur la terre ! Combien nous avons manqué de vigilance, laissant l’ennemi accomplir son travail de destruction, y aidant peut-être inconsciemment ! Et des ruines s’ajoutent à d’autres ruines, sans qu’il soit possible d’espérer retrouver ce qui était au commencement ! Avec quelle douleur nous pouvons jeter un regard sur un tel état de choses, avec quelle humiliation nous répétons : « Élève tes pas vers les ruines perpétuelles » ! Que le Seigneur hâte sa venue et manifeste tous les résultats du travail qu’au milieu de notre propre infidélité sa grâce aura opéré, travail qui lui permettra de se présenter « l’assemblée à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable » ! (Éph. 5:27).

Dans les versets qui suivent, le psalmiste décrit l’activité de l’ennemi qui a « tout saccagé dans le lieu saint » : « Tes adversaires rugissent au milieu des lieux assignés pour ton service » (v. 4). Tel un « lion rugissant », Satan s’est attaqué aussi bien au peuple terrestre qu’au peuple céleste. Que de persécutions, que de scènes de violence se sont déroulées au milieu et jusque dans les lieux consacrés au service divin ! L’ennemi a toujours poursuivi le même but : jeter à bas tout ce qui est de Dieu, que ce soit par la violence ou par la ruse. Lorsqu’il n’a pu réussir dans son dessein en se présentant comme le « lion rugissant », il s’est « transformé en ange de lumière ».

C’est ainsi que l’activité de l’homme a remplacé une activité selon Dieu, l’énergie de la chair se substituant à l’énergie spirituelle : « ils ont mis leurs signes pour signes » (v. 4). Dans un lieu où, la présence du Seigneur réalisée, le mal jugé, le service de Dieu aurait dû être rempli à Sa gloire et pour la bénédiction des saints, le Saint Esprit a été tant de fois contristé, entravé dans son activité, éteint peut-être, que ce qui aurait dû être un signe puissant de la présence de Dieu dans l’assemblée — les dons de l’Esprit, et tout particulièrement le ministère prophétique, selon 1 Cor. 14:22 à 25 — a été souvent remplacé par « leurs signes », une action charnelle tendant à mettre l’homme en avant, à l’exalter, lui faisant prendre la place qui revient à Dieu seul.

Lorsque le temple fut construit, « un homme se faisait connaître quand il élevait la hache dans l’épaisseur de la forêt » (v. 5) : des bûcherons abattaient les arbres dont le bois serait utilisé pour la construction de la maison de Dieu. « Et maintenant, avec des cognées et des marteaux, ils brisent ses sculptures toutes ensemble » (v. 6) : c’est un travail de destruction qui est accompli. Les outils sont employés pour démolir ce que d’autres avaient contribué à édifier.

N’est-ce pas aujourd’hui le même travail de démolition dans l’Église de Dieu ? Des ouvriers ont lutté pour aider à l’édification de la Maison, ils ont « acheté la vérité », suivant l’expression de Prov. 23:23, l’ont présentée aux âmes, et les mêmes vérités, retrouvées au prix de tant de peines et de labeur, sont maintenant battues en brèche ! Si même il n’y a pas opposition déclarée, il y a parfois, cependant, abandon plus ou moins conscient des vérités reçues. Parce qu’on n’a pas « acheté la vérité », on n’en connaît pas la réelle valeur et, de ce fait, on est porté à la vendre. Vendre la vérité, c’est l’abandonner pour recevoir, en échange, ce à quoi on attache plus de prix : par exemple, on ira peut-être jusqu’à sacrifier la vérité dans un désir de paix, ou encore pour s’associer à ceux dont la Parole nous commande de demeurer séparés. On n’est jamais aussi enclin à le faire que lorsque ce qui est reçu en échange est une chose bonne en soi ; séduit par les apparences, on est disposé à tous les sacrifices et cela d’autant plus volontiers que l’ennemi essaie de nous persuader que nous ne sacrifions rien ! — Retenons Proverbes 23:23 : « Achète la vérité, et ne la vends point ».

Briser les sculptures ne suffit pas, les adversaires mettent le feu au sanctuaire de Dieu (v. 7). Tel est le cœur de l’homme, révolté et rempli de haine contre Dieu ! Et ce cœur est toujours le même. Aujourd’hui encore, les efforts de l’ennemi tendent à « profaner par terre la demeure de son nom » ; il voudrait faire disparaître entièrement, aussi complètement que l’on peut détruire un édifice en y mettant le feu, la « demeure de son nom », le témoignage de Dieu dans ce monde, maintenu par les « deux ou trois » réunis au nom du Seigneur.

Dans leur haine contre tout ce qui est de Dieu, les ennemis veulent non seulement détruire le témoignage mais aussi les témoins : « Ils ont dit en leur cœur : Détruisons-les tous ensemble » (v. 8). Les efforts de Satan pour essayer de faire disparaître entièrement le peuple d’Israël n’ont jamais été arrêtés par les insuccès. Et pourtant, au temps du Pharaon, aux jours d’Athalie ou d’Haman (Ex. 1 ; 2 Rois11 ; Esther 3), il semblait qu’il allait parvenir à ses fins. Mais Dieu pouvait-Il oublier son peuple ? (cf. Ésaïe 49:14 à 16).

Après avoir mis le feu au sanctuaire, l’ennemi « brûle tous les lieux assignés pour le service de Dieu dans le pays » ; il essaie d’empêcher les fidèles de se réunir de quelque manière que ce soit, mais Dieu est « plus grand que tous » et saura déjouer les desseins de l’adversaire.

Pas plus qu’il n’a réussi à anéantir le peuple d’Israël, l’ennemi n’a pu détruire l’Assemblée de Dieu, malgré toutes les persécutions des siècles passés et tous les assauts si subtils des jours durant lesquels il se « transforme en ange de lumière » (2 Cor. 11:14). La promesse du Seigneur à l’égard de son Assemblée est certaine : « les portes du hadès ne prévaudront pas contre elle » (Matt. 16:18). Et si même les efforts de l’adversaire contre le témoignage de Dieu se déploient pour essayer de le ruiner, en amenant les témoins à abandonner le dépôt qu’ils ont reçu et sont responsables de garder, Dieu qui jamais ne s’est « laissé sans témoignage » (Actes 14:17), maintiendra ce témoignage jusqu’à la fin. Il saura, si les témoins sont défaillants, en susciter d’autres qui Le glorifieront par leur fidélité.

 

Dans quelle détresse se trouve alors Israël ! Ni « signes » ni « prophète », personne « qui sache jusques à quand » (v. 9). Tout avait disparu de ce qui marquait la position privilégiée du peuple : pouvoir rencontrer l’Éternel dans son temple, posséder les signes de sa faveur et de son habitation au milieu d’eux. De même, l’Église a perdu les signes de sa vocation céleste et de sa relation avec Christ et il n’y a plus dans son sein la puissance spirituelle qui était manifestée dans les premiers jours de son histoire, puissance telle qu’un incrédule, entrant dans l’assemblée, était contraint de tomber sur sa face, rendant hommage à Dieu, « publiant que Dieu est véritablement parmi vous » (1 Cor. 14:22 à 25). Et comme les conducteurs fidèles faisaient défaut alors — « il n’y a personne avec nous qui sache jusques à quand » — ils manquent aussi aujourd’hui, ce qui est sans doute un jugement de Dieu sur Sa maison. Nul ne savait « discerner les temps pour savoir ce que devait faire Israël » (cf. 1 Chr. 12:32), aucun indice n’apparaissait de jours plus favorables. S’il avait eu des conducteurs craignant l’Éternel, « le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent » (Ps. 25:14) — ils auraient eu connaissance du temps où la tribulation d’Israël devait prendre fin et les fidèles auraient repris courage en attendant le jour de la délivrance. Mais personne ne savait « jusques à quand » !

Quoi qu’il en soit, c’est la foi qui s’exprime dans le verset 10. Elle sait que Dieu interviendra, qu’il y a un moment où l’adversaire cessera de dire des outrages, où l’ennemi ne méprisera plus le nom de Dieu et elle attend ce moment avec confiance, soupirant après la fin des jours d’épreuve. « Jusques à quand, ô Dieu ! ». Le fidèle souffre parce que l’adversaire dit des outrages et méprise le nom de Dieu, il souffre pour son Dieu ! Et Dieu supporte outrages et mépris ! C’est un mystère pour le croyant, mais il sait pourtant que ce support de Dieu n’est pas indifférence à l’égard du mal. En son temps, Dieu le jugera. Et l’âme désire ce moment où le jugement sera exécuté parce qu’alors Dieu revendiquera sa gloire ! (v. 11).

Aujourd’hui aussi, nous pouvons bien dire : « Jusques à quand ? ». Les outrages faits à Dieu, le mépris de son Nom, ne peuvent laisser indifférent celui qui a à cœur la gloire du Seigneur dans l’Assemblée. Et, sans pouvoir prononcer les paroles du verset 11, qui ne conviendraient pas dans le jour actuel — non pas jour de jugement, mais jour de grâce, durant lequel cependant nous avons à exercer le jugement du mal dans le rassemblement des saints, expression de l’Assemblée — nous soupirons nous aussi après le moment où Dieu interviendra pour revendiquer sa gloire.

 

4                        Ps. 74:12-17

Après avoir considéré les ruines, dépeint l’activité d’un adversaire déterminé à supprimer témoins et témoignage, exprimé la confiance de la foi et l’attente d’une délivrance que Dieu opérera certainement et dans laquelle Il se glorifiera, le psalmiste, à partir du verset 12 où commence la deuxième division du Psaume, se tourne vers Dieu — les versets 10 et 11 l’y conduisent. Quel repos pour le cœur que de pouvoir élever ses regards au-dessus de tout ce dont il est question dans la première partie du Psaume et de considérer ce que Dieu est, sa puissance, son amour — de réaliser que la cause de ce peuple affligé, c’est la cause de Dieu Lui-même ! Tel est le sujet que va développer Asaph dans la suite du Psaume.

La foi rappelle les délivrances passées et y trouve une source d’encouragement. Le Dieu sur lequel elle compte, c’est « le Dieu d’ancienneté », Celui dont parle Moïse, tandis qu’il « bénit les fils d’Israël, avant sa mort » : « Le Dieu d’ancienneté est ta demeure, et au-dessous de toi sont les bras éternels… Et Israël habitera en sécurité… Tu es bienheureux, Israël ! Qui est comme toi, un peuple sauvé par l’Éternel, le bouclier de ton secours et l’épée de ta gloire ? » (Deut. 33:1 et 27 à 29). Quelles délivrances Il a voulu opérer « au milieu de la terre », tout au long de l’histoire du peuple ! (v. 12). Le Psalmiste va en énumérer quelques-unes dans les versets suivants.

Celle dont il est question au verset 13, c’est Exode 14 qui la raconte et Exode 15 qui la célèbre. Et c’est ainsi que, plus tard, l’adversaire sera détruit : comme Dieu « a brisé les têtes des monstres sur les eaux » (cf. Ésaïe 51:9, 10), « le Dieu de paix brisera bientôt Satan sous nos pieds » (Rom. 16:20). Le souvenir de la délivrance opérée à la mer Rouge, de l’anéantissement du Pharaon et de son armée, sera un précieux encouragement pour le peuple lorsqu’il aura à traverser la grande tribulation.

Le verset 14 est aussi une allusion à cette même délivrance : « Tu as écrasé les têtes du léviathan », dit le psalmiste ; « Ta droite, ô Éternel ! s’est montrée magnifique en force ; ta droite, ô Éternel ! a écrasé l’ennemi », chantèrent Moïse et les fils d’Israël de l’autre côté de la mer Rouge (Ex. 15:6). La destruction du Pharaon, de ses chars et de ses cavaliers, est symbolisée, dans le Psaume, par l’écrasement des « têtes du léviathan ». Dieu les donnait « pour pâture au peuple », en vue d’encourager leur foi : n’exercerait-Il pas la même puissance pour les conduire dans le désert et les introduire dans le pays de la promesse ? Le rappel des délivrances du passé fortifie la foi pour affronter les luttes du désert et de Canaan. Mais « les têtes du léviathan » étaient également données pour pâture « aux bêtes du désert » : ce qui était pour fortifier la foi du peuple était aussi le signe du jugement qui atteindrait ses ennemis, de la même manière qu’il avait détruit le Pharaon et ses armées. Tous ceux qui voudraient s’opposer à lui dans son voyage seraient anéantis, comme l’avaient été ceux qui avaient voulu s’opposer à ce qu’il quittât l’Égypte. À ce moment-là aussi, ce qui avait été délivrance pour Israël avait été jugement pour les Égyptiens : « Et la colonne de nuée partit de devant eux et se tint derrière eux ; et elle vint entre le camp des Égyptiens et le camp d’Israël : et elle fut pour les uns une nuée et des ténèbres, et pour les autres elle éclairait la nuit » (Ex. 14:19, 20).

Pendant son voyage dans le désert, le peuple a été l’objet des soins de l’Éternel, il n’a manqué de rien. Du rocher frappé, l’eau a coulé, c’était le signe que l’Éternel était au milieu d’eux (Ex. 17:1 à 7) ; « ils buvaient d’un rocher spirituel qui les suivait : et le rocher était le Christ » (1 Cor. 10:4). C’est ce que le Psalmiste rappelle quand il écrit : « Tu as fait sortir la source et le torrent ». Et au terme de ce voyage de quarante années, après avoir été l’objet de tant de délivrances, ce peuple a été introduit dans le pays de Canaan ; pour cela, il fallait passer le Jourdain et là encore, Dieu est intervenu : « Tu as séché les grosses rivières » (v. 15). « Les eaux qui descendaient d’en haut s’arrêtèrent… et celles qui descendaient à la mer de la plaine, la mer Salée, s’écoulèrent complètement ; et le peuple passa vis-à-vis de Jéricho » (Josué 3:12 à 17).

Celui qui les a délivrés et qui les délivrera, c’est le Créateur des mondes, Celui qui soutient « toutes choses par la parole de sa puissance » (cf. Héb. 1:2-3) ; le jour succède à la nuit, la lune au soleil, l’été à l’hiver, selon ce qu’Il a établi, et la terre et la mer ont des limites assignées (v. 16, 17).

Quel enseignement pour nous aussi dans ces versets 12 à 17 ! — C’est le rappel de délivrances qui ne sont que l’illustration de délivrances plus merveilleuses encore et qui nous concernent ! Quelle œuvre que celle accomplie à la croix où, par la mort, Christ a triomphé de celui qui avait le pouvoir de la mort et nous tenait sous son empire ! Nourriture précieuse pour notre foi, gage des délivrances futures, mais aussi certitude de la destruction des ennemis, dont le léviathan est ici une figure, qui aujourd’hui s’oppose au peuple de Dieu. Les ressources divines demeurent, l’eau coule sans cesse du Rocher qui a été frappé, et, morts avec Christ — ce que le Jourdain nous présente en type — nous pouvons déjà par la foi réaliser notre position dans les lieux célestes, dont Canaan n’est qu’une image. Tandis qu’ayant une part aussi élevée, nous cheminons encore en bas, dans un monde ennemi, nous sommes heureux de savoir que c’est notre Dieu qui gouverne tout. C’est Lui qui commande au jour et à la nuit, à la lune et au soleil. Et le Dieu qui gouverne ce monde est aussi Celui qui dirige les circonstances de notre vie, qui dispose des jours lumineux et des jours sombres. Tout est de Lui ! Quelle puissance infinie que la sienne : Celui qui a « posé toutes les bornes de la terre », protégeant la terre contre la fureur des flots, ne peut-Il garder les siens à l’abri des attaques et de la violence de l’adversaire ?

 

5                        Ps. 74:18-21

La troisième division du Psaume commence au verset 18. Le véritable caractère des assauts de l’ennemi y est révélé : c’est Dieu Lui-même qui est en cause. Il est outragé et un peuple insensé a méprisé son Nom. Parce qu’il a le souci de la gloire de Dieu, le psalmiste est sensible à ce qui y porte atteinte.

En considérant l’activité de Satan contre le peuple de Dieu, l’Assemblée du Seigneur, avons-nous assez le sentiment que c’est Dieu qui est outragé, le nom du Seigneur méprisé ? En présence de tout ce travail de l’adversaire, soyons jaloux de la gloire du Seigneur dans son Assemblée !

Si le but de l’ennemi est d’outrager Dieu et de jeter du mépris sur son Nom, c’est aux rachetés du Seigneur qu’il s’attaque pour l’atteindre. Quelle faiblesse est la leur, en face de celui qui est représenté ici, symboliquement, par la « bête sauvage » ! Deux expressions la soulignent : « l’âme de la tourterelle » et « la troupe de tes affligés » (v. 19). La plainte de la tourterelle est si faible qu’elle est à peine perceptible. Que de soupirs et de gémissements, à peine perceptibles, montent vers Dieu, du cœur de ceux qui sont en butte à la violence de « la bête sauvage » ! Mais Dieu les entend et « n’oublie pas à jamais » ceux qui lui appartiennent et qui sont si douloureusement éprouvés, que le psalmiste appelle ici : « la troupe de tes affligés ». Troupe nombreuse ! Mais Celui qui ne l’oublie pas connaît tous ceux qui la composent, chacun par son nom. Quelle consolation et quel réconfort pour ceux qui sont dans l’affliction et qui peuvent redire avec confiance : « n’oublie pas à jamais la troupe de tes affligés » !

À la fin du Psaume, les appels se font de plus en plus pressants, ce sont presque des injonctions que nous trouvons dans les versets 20 et 22. « Regarde à l’alliance ! » s’écrie Asaph. Dieu a fait une alliance avec son peuple, Il a promis sans conditions… Pourrait-Il maintenant ne pas accomplir ses promesses ? « Les lieux ténébreux de la terre sont pleins d’habitations de violence » et pourtant, n’a-t-Il pas dit : « Aussi vrai que je suis vivant, toute la terre sera remplie de la gloire de l’Éternel ! » et encore, par la bouche de ses prophètes : « La terre sera pleine de la connaissance de la gloire de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer » ? (Nomb. 14:21 ; Habakuk 2:14 ; Ésaïe 11:9). Sans aucun doute. Mais, s’il y a de telles manifestations de violence dans un monde plongé dans les ténèbres, ce n’est pas parce que Dieu a oublié d’accomplir ses promesses et perdu de vue l’alliance faite avec son peuple. Il interviendra en son temps et l’opprimé ne s’en retournera pas confus, et l’affligé et le pauvre loueront son nom (v. 21 , cf. Ésaïe 51:11).

 

6                        Ps. 74:22-23

Les deux derniers versets constituent la quatrième division et la conclusion du Psaume. Déjà, au verset 18, Asaph a mis en lumière le véritable caractère des assauts de l’adversaire : ils sont dirigés contre Dieu ! Au verset 22, la même pensée est exprimée et l’appel est aussi pressant qu’il peut l’être : « Lève-toi, ô Dieu ! plaide ta cause ». La cause du fidèle, affligé et opprimé, c’est celle de Dieu ! Dieu se souviendra des outrages « que lui fait tous les jours l’insensé », Il n’oubliera pas « la voix de ses adversaires, le tumulte de ceux qui s’élèvent contre lui » et qui « monte continuellement » (v. 22, 23), et, au temps convenable, Il exercera son jugement. Apocalypse 18 nous dit, parlant de Babylone : « Ses péchés se sont amoncelés jusqu’au ciel, et Dieu s’est souvenu de ses iniquités. Ô ciel, réjouis-toi sur elle, et vous les saints et les apôtres et les prophètes ! car Dieu a jugé votre cause en tirant vengeance d’elle… Et en elle a été trouvé le sang des prophètes et des saints, et de tous ceux qui ont été immolés sur la terre » (5:20, 24). La fausse épouse jugée, les noces de l’Agneau seront célébrées dans le ciel. « Réjouissons-nous et tressaillons de joie, et donnons-lui gloire » (Apoc. 19:6-9). Le temps de la souffrance aura alors pris fin à jamais !

Que, dans l’application que nous pouvons en faire à nos circonstances, ce Psaume nous soit en instruction et encouragement ! Bien des choses seraient de nature à nous troubler peut-être ; tout ce que l’ennemi a pu faire, en raison de notre infidélité, nous laisserait croire parfois qu’il va avoir le dessus. N’oublions pas que l’Assemblée est chère au cœur du Seigneur, Il se l’est acquise au prix infini de ses souffrances et de sa mort sur la croix ! Rappelons toutes les délivrances opérées en notre faveur par Celui dont le bras n’est pas raccourci, elles sont le gage des délivrances futures ! Retenons les leçons que nous avons à apprendre au travers des circonstances du chemin et, exercés par la discipline qui nous est dispensée, regardons avec confiance à un Dieu fidèle qui n’oublie pas « la troupe de ses affligés » et répétons la prière du psalmiste : « Lève-toi, ô Dieu ! plaide ta cause » !