[ Page principale | Nouveautés | La Bible | la Foi | Plan des sujets | Études AT | Études NT | Index ouvrages | Index auteurs | Index sujets | Centres d'intérêt ]
AMRAM ET JOKÉBED
Paul Fuzier
Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest ; ME 1941 p. 151
Table des matières :
1 Un exemple dont les familles ont besoin
2.2 Lévites dans l’affaire du veau d’or
3 Un engagement de cœur pour Dieu avant même le mariage
4 Joies et difficultés ; l’épreuve de la foi
5 Choix contraires de la foi dans des circonstances apparemment voisines
Ce qui nous est dit d’Amram et Jokébed, dans la première partie du chap. 2 du livre de l’Exode, est bien de nature à nous encourager au milieu des circonstances difficiles que nous devons traverser. Beaucoup de chers enfants de Dieu passent, durant ces jours, par des épreuves qui semblent accrues chaque matin. Puissent-ils considérer — et imiter — l’exemple des parents de Moïse ! Leur foi a été en exercice, Dieu l’avait permis. Mais ce n’est jamais en vain et ceux qui se confient en Lui ne sont pas confus.
Qui étaient Amram et Jokébed ? « Un homme de la maison de Lévi » et « une fille de Lévi ». Leurs noms ne nous sont pas donnés, — il faut aller un peu plus loin pour les connaître (6:20) — nous avons ici, seulement, ce qui les caractérise : ils sont tous deux de la maison de Lévi.
Histoire intéressante et instructive que celle de cette maison ! Elle commence bien mal : dans la ville de Sichem, une fille de Jacob, Dina, a été déshonorée. Avec toute l’énergie de la chair, ses deux frères, Siméon et Lévi, montent dans la ville et la pillent, exercent leur violence contre ses habitants, passant au fil de l’épée Hamor et Sichem son fils. Aussi, dans cette circonstance (Genèse 34:25-31) Jacob, leur père, dût leur dire : « Vous m’avez troublé ». Triste jugement prononcé par un père sur la conduite de ses enfants ! Et, au soir de sa vie, il aura pour eux ces paroles : « Siméon et Lévi sont frères. Leurs glaives ont été des instruments de violence. Mon âme, n’entre pas dans leur conseil secret ; ma gloire, ne t’unis pas à leur assemblée ! — Car dans leur colère, ils ont tué des hommes, et pour leur plaisir ils ont coupé les jarrets du taureau. Maudite soit leur colère, car elle a été violente ; et leur furie, car elle a été cruelle ! » (Genèse 49:5-7). Lévi vécut cent trente sept ans et eut trois fils : Guershon, Kehath et Merari. Amram était l’un des fils de Kehath et Jokébed était sa tante (Exode 6:16-20).
Mais, si l’histoire de la maison de Lévi avait mal débuté — par la violence (un des deux caractères du mal dès le commencement (Genèse 6:11) — les choses devaient changer ensuite. Dieu ne pouvait entrer dans le conseil de violence de Lévi. Mais Il voulait faire entrer Lévi dans son conseil à Lui : œuvre de sa grâce ! Aussi, toute son histoire exalte-t-elle la grâce divine.
Nos pensées se reportent à une autre scène. Au pied du Sinaï, Aaron a fait un veau de fonte devant lequel les Israélites déclarent : « C’est ici ton Dieu, ô Israël, qui t’a fait monter du pays d’Égypte ». Lorsque Moïse descend de la montagne, sa colère s’embrase contre le peuple et, se tenant à la porte du camp, il s’écrie : « À moi, quiconque est pour l’Éternel ! » Que se passe-t-il alors ? Sans aucune hésitation, « tous les fils de Lévi se rassemblèrent vers lui ». À ce moment-là, où la gloire de Dieu était foulée aux pieds, ils se décidèrent pour Christ ! Que fallait-il faire ? Chacun devait tuer son frère, son compagnon, son intime ami. « Et les fils de Lévi firent selon la parole de Moïse » (Exode 32:28). Ce n’est plus l’énergie de la chair, la violence qui est dans le cœur de l’homme et qui conduit à engager une action pour venger son honneur ou celui des siens. Tout au contraire, c’est l’obéissance à la parole ; sans raisonnement, ce qui est ordonné est accompli aussitôt — caractère d’un service fidèle, qui met les droits de Dieu au-dessus de tout le reste.
Désormais, quelle sera la part des fils de Lévi ? Ils seront préposés « sur le tabernacle du témoignage, et sur tous ses ustensiles, et sur tout ce qui lui appartient » (Nombres 1:47-54). L’Éternel les choisit — choix de sa grâce — « à la place de tout premier-né » ; ils sont donnés à Aaron pour son service et le service de toute l’assemblée. D’eux, l’Éternel dira : « Ils sont à moi » (Nombres 3 et 4). Séparés « du milieu des fils d’Israël », ils sont purifiés et consacrés à Dieu (Nombres 8:5-26 ; Deutéronome 10:8-9). Leur nourriture, c’étaient « les sacrifices de l’Éternel, faits par feu » ; ils n’avaient pas d’héritage en Israël, mais « l’Éternel est leur héritage, comme il le leur a dit » (Deutéronome 18:1-2). Rappelons enfin les paroles de Moïse : « Et de Lévi il dit : Tes thummim et tes urim sont à l’homme de ta bonté, que tu as éprouvé à Massa et avec lequel tu as contesté aux eaux de Meriba ; qui dit de son père et de sa mère : Je ne l’ai point vu ; et qui n’a pas reconnu ses frères, et n’a pas connu ses fils. Car ils ont gardé tes paroles et observé ton alliance ; ils enseigneront tes ordonnances à Jacob et ta loi à Israël ; ils mettront l’encens sous tes narines et l’holocauste sur ton autel. Éternel ! bénis sa force ; et que l’œuvre de ses mains te soit agréable ! » (Deutéronome 33:8-11). Quel contraste avec les paroles prononcées par Jacob à l’égard de Siméon et de Lévi ! La part des fils de Lévi, c’était Christ, et Christ seul — l’Éternel de l’Ancien Testament.
Sans doute, quand « un homme de la maison de Lévi alla et prit une fille de Lévi », la portion des Lévites n’était pas encore celle qui nous est présentée dans les passages que nous venons de rappeler. Mais les quelques versets que nous désirons considérer, au début du chapitre 2 du livre de l’Exode, nous montrent que déjà, dans le cœur d’Amram et Jokébed, il y avait cette décision pour Christ, ces traits bénis qui caractérisent la maison de Lévi. Se décider à suivre Christ, vivant pour Lui et avec Lui, cela demande souvent — toujours, pourrait-on presque dire — un long exercice de cœur, et il semble bien qu’il avait eu lieu chez les parents de Moïse. Si quelqu’un veut suivre Christ, dans le chemin de la foi, du service et du témoignage, sans avoir pesé tout ce que cela comporte, il s’expose à être manifesté dans son état réel, avec honte, lorsque survient l’épreuve : le jeune homme dont nous parle l’évangile selon Marc (14:50-52) en est un exemple. Il avait eu pourtant une décision qui pouvait réjouir : il était seul à suivre le Seigneur, alors que tous s’étaient écartés. Mais il n’y avait pas eu l’exercice nécessaire pour suivre un Maître rejeté, dans un chemin où il faudra rencontrer la puissance de l’adversaire. Ce jeune homme était « enveloppé d’une toile de fin lin sur le corps nu » — simple profession (comparer Marc 14:52 et Apoc. 3:18), quoique le cœur ait paru engagé — il n’était pas dans l’état qui convenait, il n’était pas préparé à suivre Christ, ceint pour la marche, pour le service, pour le combat. Chez Amram et Jokébed, au contraire, tout semble avoir été pesé après un travail profond. Lorsque l’épreuve surviendra, elle manifestera leur état : leur foi est en activité et c’est la foi qui les fera agir. « Par la foi, Moïse, étant né, fut caché trois mois par ses parents, parce qu’ils virent que l’enfant était beau (divinement beau (Actes 7:20), ou « beau à Dieu ») et ils ne craignirent pas l’ordonnance du roi » (Hébreux 11:23).
Le premier verset de notre chapitre doit arrêter spécialement l’attention des jeunes croyants, encore à l’entrée de la vie et qui peuvent avoir la pensée, tôt ou tard, d’une union dans les liens du mariage. La Parole nous met en garde contre « le joug mal assorti avec les incrédules » (2 Corinthiens 6:14) et la désobéissance à ce qui nous est enseigné, a été la cause de bien des ruines ! Ici, nous avons un mariage entre deux personnes de la même maison, deux personnes qui ont 1a même histoire, la même part, les mêmes désirs, les mêmes affections pour Christ. Quelle belle union ! quelle union selon Dieu ! Aussi, quelle bénédiction il y aura dans ce foyer : rappelons-nous ce qu’ont été les trois enfants d’Amram et Jokébed !
De quelle manière va commencer la vie commune de cet « homme de la maison de Lévi » et de cette « fille de Lévi » ? D’autres événements ont précédé, sans aucun doute — notamment, la naissance d’Aaron qui avait environ trois ans de plus que Moïse (comparer Nombres 33:39 et Deutéronome 34:7) — mais ici, la première circonstance qui nous est présentée, dans cette vie à deux, c’est une grande joie : « La femme conçut et enfanta un fils » — « la joie qu’elle a de ce qu’un homme est né dans le monde » (Jean 16:21). La joie est de courte durée, ici-bas. Tout aussitôt survient l’épreuve. Un fils est né, moralement « beau à Dieu » : sa mère pourra-t-elle l’élever pour Lui, pour qu’il devienne aussi « un homme de la maison de Lévi » ? pourra-t-elle l’entourer de tendresse et d’affection ? Il y a le commandement du Pharaon : « Tout fils qui naîtra, jetez-le dans le fleuve » (Ex. 1:22). Douloureuse épreuve ! Que faire ? Ah ! il s’agit ici d’une circonstance où « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5:29). Dieu avait confié cet enfant à Amram et Jokébed, Il le voulait pour Lui. Il préparait le Libérateur de son peuple dont Il avait vu l’affliction et entendu le cri. Ses parents pourraient-ils jeter cet enfant dans le fleuve pour obéir à l’ordre du Pharaon ? Non, « ils ne craignirent pas l’ordonnance du roi ». L’épreuve manifeste leur foi et, pour la foi, le chemin est clair ; s’il y a obstacles ou difficultés, tout est remis entre les mains du Dieu tout-puissant. Moïse sera ainsi caché pendant trois mois.
Mais, la confiance en Dieu, l’obéissance de la foi n’ont pas pour résultat de mettre un terme à l’épreuve. Les circonstances vont devenir plus exerçantes encore pour les parents de Moïse. Au bout de trois mois, sa mère « ne pouvait plus le cacher ». Aussi, fit-elle pour lui un coffret de joncs, enduit de bitume et de poix, qu’elle posa parmi les roseaux, sur le bord du fleuve (nous ne disons rien de la signification du « coffret » et du « fleuve », c’est un autre côté que nous considérons en ce moment). Bien que sa sœur se tînt à distance pour regarder l’enfant, Jokébed n’a-t-elle pas dû éprouver craintes et angoisses ? Certainement, elle avait la foi qui lui permettait de rester chez elle, loin de son enfant qu’elle avait confié à Dieu ; mais, quoi qu’il en soit, Dieu sait « de quoi nous sommes formés » : nous craignons bien souvent, malgré que nous ayons tout remis entre ses mains !
L’épreuve était allée en augmentant d’intensité, pour Amram et Jokébed. Elle s’accroît encore ! Quelqu’un descend au fleuve pour se laver ; c’est la fille de celui qui a ordonné : « Tout fils qui naîtra, jetez-le dans le fleuve ». Dieu aurait pu permettre qu’elle n’aperçoive pas le coffret et que, même le voyant, elle ne le prenne pas. Mais « elle vit le coffret au milieu des roseaux et elle envoya sa servante qui le prit ; et elle l’ouvrit et vit l’enfant ». Il semble qu’il n’y a plus alors aucune ressource. Mais à ce moment-là, la foi a été éprouvée, le but que Dieu a poursuivi est atteint. Il a accompli déjà ce qu’Il fera plus tard : « Il purifiera les fils de Lévi, et les affinera comme l’or et comme l’argent » (Malachie 3:3). Alors, Il intervient en délivrance. Jokébed va recouvrer son fils, celui qu’on aurait pu croire perdu. « La fille du Pharaon lui dit : Emporte cet enfant. Et la femme prit l’enfant ».
Pour cette mère, pour ces parents, l’épreuve si douloureuse a pris fin. L’enfant est avec eux ; désormais, plus de craintes à son sujet, plus rien à redouter. Pour eux, le commandement du Pharaon est lettre morte ; il n’y a plus à y penser que pour jouir, avec reconnaissance, de la délivrance accordée, prix de la foi. C’est auprès d’eux que « l’enfant grandit », élevé de telle façon que « étant devenu grand, il refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon » (Hébreux 11:24). Quelle réponse à Exode 2:10 : « Et l’enfant grandit et elle l’amena à la fille du Pharaon, et il fut son fils ». Nous ne savons pas quel âge avait Moïse quand il fut ainsi amené à la fille du Pharaon. Sans doute, était-il très jeune encore ; mais déjà, sur lui, ses parents — sa mère, tout particulièrement — avaient laissé une empreinte ineffaçable. Dans ce tout jeune cœur, la semence avait été déposée ; plus tard, elle allait porter son fruit ! Étant devenu grand, Moïse refusa...
Mais, comment comprendre, chez Amram et Jokébed, ces deux attitudes différentes ? Lorsque l’enfant est né, « ils ne craignirent pas l’ordonnance du roi » ; ils y désobéirent manifestement. Plus tard, au contraire, sa mère conduit Moïse à la fille du Pharaon pour qu’il soit son fils. Dans le premier cas, nous l’avons souligné, il fallait obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Dieu avait donné cet enfant ; ses parents étaient responsables de l’âme qui leur était confiée. Il leur était impossible de se conformer au commandement du Pharaon et de jeter leur fils dans le fleuve. Cela, la foi ne pouvait pas le faire !
Dans le second cas, de quoi s’agissait-il ? Dieu avait accordé la délivrance dans des circonstances dirigées par lui : Jokébed avait reçu l’enfant des mains de la fille du Pharaon et c’est pour elle qu’elle devait l’allaiter. Elle ne pouvait se soustraire à cette obligation, permise par Dieu. Mais sa ressource était d’élever cet enfant pour Dieu, d’en faire « un homme de la maison de Lévi » dont les pensées et les affections seraient tournées vers Christ — c’était aussi sa responsabilité. Y ayant fait face, elle peut amener l’enfant à la fille du Pharaon, après qu’il eût grandi. Cela, la foi pouvait le faire !
La première fois, il fallait « obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » ; la seconde, être « soumis aux autorités » (dans la mesure où la fille du Pharaon représentait « l’autorité »).
Jokébed savait qu’elle pouvait compter sur Dieu pour cet enfant, placé à la cour du roi, et c’est certainement avec prières qu’elle regarde à Lui. Ici encore, sa foi ne sera pas déçue ; ce n’est pas en vain que la semence aura été déposée dans ce cœur, dès le tout jeune âge. Quelle joie a dû être celle de Jokébed et d’Amram, lorsque « Moïse, étant devenu grand, refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon, choisissant plutôt d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu que de jouir pour un temps des délices du péché, estimant l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte, car il regardait à la rémunération » (Hébreux 11:24-26). Pourrions-nous désirer joie plus grande pour ce qui concerne nos enfants ?
Enseignement, encouragement précieux pour des parents chrétiens. Pour qu’il y ait beaucoup de Moïse — refusant... choisissant... estimant... — puisse-t-il y avoir beaucoup d’Amram, beaucoup de Jokébed !