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VOUS NE POUVEZ SERVIR DIEU ET MAMMON

 

 

Matt. 6:24

 

 

Argent et Richesses :

 

 

Philippe Laügt

ME 1984 p. 151

Table des matières :

1     Un grand danger — De mauvais exemples :

1.1      Le riche qui échafaudait des plans d’avenir

1.2      Balaam ou l’amour de l’argent sous couvert de religion

1.3          Guéhazi : un amour de longue date pour l’argent

1.4      Judas : enchaîné par son idole

1.5      Le jeune homme riche

2     Les vraies richesses du croyant, son trésor

2.1      Dans le Nouveau Testament

2.2      Dans l’Ancien Testament

2.3          Abraham et le roi de Sodome

3     La piété avec le contentement

4     Christ le modèle — Les Macédoniens

5     Un coeur large

6     Des administrateurs fidèles

 

1                    Un grand danger — De mauvais exemples :

À ses disciples groupés autour de lui sur la montagne, le Seigneur déclare : «Nul ne peut servir deux maîtres ; car, ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre : vous ne pouvez servir Dieu et Mammon». Il parle de Mammon comme d’une puissance inique, capable de prendre possession du coeur de l’homme, de le plier à sa loi et de devenir son idole. L’homme prétend se servir de l’argent, il se trompe lourdement. C’est Mammon ou plutôt Satan qui, caché derrière l’idole, asservit l’homme.

Les terribles effets d’un tel esclavage ne sont que trop visibles dans ce monde, dominé, depuis la chute, par l’Ennemi. Tout se vend ou s’achète, y compris des âmes d’hommes (Amos 8:6 ; Ézéchiel 27:13 ; Apoc. 18:13). Le Prince de ce monde séduit par des biens périssables, de l’argent ou de l’or, ceux qui habitent sur la terre et les entraîne vers la perdition. Étrangers à la vie de Dieu, ce sont des proies faciles. Dans leur folie, ils s’agitent beaucoup pour satisfaire des convoitises toujours renaissantes, assouvir leur soif de puissance ou se forger des assurances pour l’avenir : «Les biens du riche sont sa ville forte et, comme une haute muraille, dans son imagination» (Prov. 18:11). Pourtant le coeur reste vide, insatisfait, Dieu seul pourrait le remplir. «Celui qui aime l’argent n’est pas rassasié par l’argent, et celui qui aime les richesses ne l’est pas par le revenu» (Eccl. 5:10).

1.1   Le riche qui échafaudait des plans d’avenir

L’homme dont parle le Seigneur dans l’évangile de Luc (12:16-21) était de ceux que le monde respecte et admire : ses champs avaient beaucoup rapporté ! Quel mal y a-t-il, dira-t-on, à être un bon agriculteur ou un habile négociant ? Et pourtant observons les progrès du mal dans ce coeur égoïste et avare. Car il s’agissait bien d’avarice, si aisément nommée prévoyance, et d’égoïsme, cette recherche exclusive et de notre plaisir et de notre intérêt. Face à l’abondance de ses biens, cet homme comblé raisonne en lui-même — car «le rassasiement du riche ne le laisse pas dormir» (Eccl. 5:12) — et le «moi» seul est au centre des plans qu’il échafaude : «J’abattrai mes greniers et j’en bâtirai de plus grands, et j’y assemblerai tous mes produits et mes biens ; et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens assemblés pour beaucoup d’années ; repose-toi, mange, bois, fais grande chère» (Luc 12:18, 19). N’avons-nous jamais raisonné comme lui, cherchant à organiser notre vie d’une manière plus confortable, plus attrayante ?

Beaucoup d’années, voilà tout ce que cet homme est capable d’envisager. Il rejette cette réalité pressante, l’ÉTERNITÉ, dans laquelle il lui faudra pourtant entrer. Il oublie que l’argent est sans valeur pour racheter une âme (Ps. 49:6, 7) ; seul le sang de Christ peut racheter un pécheur (1 Pier. 1:18, 19). Au jour de la colère de Dieu, les richesses ne profitent de rien (Prov. 11:4).

Cet homme avait voulu oublier Dieu, mais Dieu soudain l’arrête : «Insensé ! cette nuit même ton âme te sera redemandée ; et ces choses que tu as préparées, à qui seront-elles ?» Il avait cherché à amasser des trésors pour lui-même, mais il n’était pas riche quant à Dieu (Luc 12:21). En un instant les illusions dont sa vie était tissée sont dissipées ; il a tout perdu. La vanité de ce que le monde adore, ouvertement ou secrètement, se mesure à la lumière de l’éternité.

1.2   Balaam ou l’amour de l’argent sous couvert de religion

L’amour de l’argent se dissimule parfois sous un manteau religieux. C’était le cas pour Balaam, le devin (Jos. 13:22). Il se prétendait en relation avec Dieu, ne craignant pas d’affirmer : «quand Balak me donnerait plein sa maison d’argent et d’or, je ne pourrais transgresser le commandement de l’Éternel, mon Dieu, pour faire une chose petite ou grande» (Nomb. 22:18). En fait ce n’était qu’une manière déguisée de fixer son prix ; il aurait bien voulu maudire Israël, car «il aimait le salaire d’iniquité». Mais Dieu vient à sa rencontre et le contraint à bénir ce peuple qu’il avait choisi (Nomb. 23:8 ; Deut. 7:7, 8). Les yeux de Balaam sont ouverts, mais la cupidité l’entraîne vers sa perte. Pour une récompense, il enseigne à Balak comment jeter une pierre d’achoppement devant les fils d’Israël, afin qu’ils mangent des choses sacrifiées aux idoles et commettent la fornication (Apoc. 2:14). Ce mal est dénoncé tout au long de l’Écriture. Michée déclare : «Ses chefs jugent pour des présents, et ses sacrificateurs enseignent pour un salaire, et ses prophètes devinent pour de l’argent et s’appuient sur l’Éternel» (3:11). L’apôtre Paul met aussi en garde contre ces «hommes corrompus dans leur entendement et privés de la vérité, qui estiment que la piété est une source de gain» (1 Tim. 6:5). Ils feront venir sur eux une prompte destruction (2 Pier. 2:1-3).

1.3   Guéhazi : un amour de longue date pour l’argent

Chez Guéhazi, indigne serviteur d’Élisée, la cupidité n’avait, sans doute, pas eu l’occasion pendant longtemps de se manifester : l’activité du prophète s’exerçait surtout en faveur des pauvres du troupeau. Mais, à la vue des riches présents apportés par Naaman, la convoitise latente surgit. Peu importe à Guéhazi si sa conduite met en péril l’oeuvre de Dieu chez Naaman. Pour justifier, s’il le pouvait, son forfait, il ose se réclamer, lui aussi, de l’Éternel. Après tout, les biens dont il veut s’emparer n’appartiennent-ils pas à un étranger, à un Syrien ? (2 Rois 5:20).

Retenons les paroles d’Élisée, elles sont toujours de saison. «Est-ce le temps de prendre de l’argent, et de prendre des vêtements, et des oliviers et des vignes, et du menu et du gros bétail, et des serviteurs et des servantes ?» (2 Rois 5:26, 27). La fraude n’a pas permis à Guéhazi d’échapper au jugement. La lèpre de Naaman, la conséquence du péché, s’est attachée à lui et à sa semence pour toujours.

1.4   Judas : enchaîné par son idole

L’exemple de Judas est plus solennel encore. Il y avait probablement peu de chose dans la bourse qui lui était confiée. Mais il aimait secrètement l’argent et ce terrible maître l’entraînait irrésistiblement. Quand, six jours avant la Pâque, Marie vient oindre les pieds de Jésus avec une livre de nard de grand prix, Judas aussitôt interroge : «Pourquoi ce parfum n’a-t-il pas été vendu trois cents deniers et donné aux pauvres ?» (Jean 12:5). Il suppute en connaisseur la valeur de ce don, mais il est incapable de comprendre le rafraîchissement que cet acte d’amour apportait au coeur du Seigneur, et les autres disciples, à qui les motifs de Judas paraissent valables, s’indignent à leur tour : «À quoi bon cette perte ?» (Matt. 26:8). Mais la Parole met à nu les motifs réels de cet homme : «Il dit cela, non pas qu’il se souciât des pauvres, mais parce qu’il était voleur, et qu’il avait la bourse et portait ce qu’on y mettait» (Jean 12:6). Il n’est pas besoin de beaucoup posséder pour être un idolâtre, il suffit de convoiter. Cette terrible passion, plus que toute autre, ouvre la porte à Satan. Dans un instant, Judas livrera le Seigneur pour une somme bien moindre. Puis, saisi de remords, le «fils de perdition» ira se pendre.

1.5   Le jeune homme riche

La même idole dominait le coeur de ce jeune homme accouru vers le Seigneur (Marc 10:17-26). Les apparences étaient aimables, il était respectueux de la loi, il avait une bonne moralité ; mais Christ apporte partout la lumière. Il montre le véritable état de ce coeur. Cet homme, hélas, va préférer ses aises, ses richesses, au salut de son âme et au Seigneur lui-même.

2                    Les vraies richesses du croyant, son trésor

2.1   Dans le Nouveau Testament

Si telle est la terrible condition de ceux que Satan tient enchaînés, comment doivent se comporter les enfants de Dieu appelés à vivre dans une atmosphère aussi délétère, tout imprégnée de l’influence de l’argent ? Ils sont encore dans le monde, mais ils ne sont plus du monde. Ils ont été achetés à prix, ils appartiennent à Christ, mort et ressuscité pour eux (1 Cor. 6:20). Leurs bénédictions ne sont plus terrestres et donc fugitives (Prov. 23:4, 5). Elles sont liées à un Christ glorifié, assis dans les lieux célestes, ce sont d’inépuisables trésors, conservés pour l’éternité (Éphés. 1:18 ; 1 Pier. 1:4). Le Seigneur Jésus met les siens en garde : «Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille gâtent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel... car là où est ton trésor, là sera aussi ton coeur» (Matt. 6:19-21). Allons-nous donc chercher à acquérir ici-bas un trésor quelconque, au risque de voir notre coeur s’y laisser prendre ? Et si des biens nous ont été confiés pour un temps, comment convient-il d’en user ?

2.2   Dans l’Ancien Testament

Il est vrai que dans l’Ancien Testament les biens terrestres étaient un signe de la faveur de Dieu. Au point que le fidèle Asaph était plongé dans une grande perplexité devant la prospérité des méchants. Pour comprendre, il lui faudra entrer dans le sanctuaire (Ps. 73:17).

Mais si Dieu accordait aux siens de telles bénédictions temporelles, il poursuivait toujours un but spirituel. Israël, en quittant l’Égypte, avait dépouillé ses habitants (Ex. 3:21, 22 ; 12:35, 36). C’est ainsi que ceux dont l’esprit était libéral, que leur coeur y portait, furent en mesure d’apporter les matériaux nécessaires à la construction du tabernacle (Ex. 35:20-29). Leur bétail aussi pouvait être offert en sacrifice sur l’autel d’airain (Ex. 10:25, 26) ; plus tard, dans le pays de la promesse, Dieu se proposait d’ouvrir son bon trésor en leur faveur (Deut. 28:1-14). Mais chacun dès lors était responsable de Lui offrir de l’abondance de son grenier et de ce qui coulait de son pressoir (Ex. 22:29).

Cette prospérité matérielle n’était pourtant pas sans danger, même si elle venait récompenser la piété (2 Chron. 32:27-29). Même un roi fidèle, comme Ézéchias, s’éleva en faisant admirer ses trésors, et la fin de son règne s’en trouva ternie (És. 39:3-7).

2.3   Abraham et le roi de Sodome

Bien différente avait été l’attitude d’Abraham, l’ami de Dieu. Il vit par la foi, comme un étranger dans ce pays que Dieu lui a pourtant donné en héritage. Il se sait observé par les habitants et comprend qu’il doit se séparer de Lot, pour éviter de donner le spectacle, déshonorant pour la gloire de Dieu, de disputes entre frères. Mais il ne fait pas valoir ses droits et s’en remet à Dieu. Il laisse délibérément son neveu choisir ce qui attire son coeur, la meilleure portion, le pays le plus riche (Gen. 13:10, 11). Aussi Dieu veille sur lui. Melchisédec vient le fortifier à la veille d’une épreuve plus dangereuse encore. Le roi de Sodome, figure frappante du Prince de ce monde, lui propose un séduisant marché : «Donne-moi les personnes (littéralement : les âmes) et prends les biens pour toi» (Gen. 14:21). Combien sont tombés dans ce terrible piège ! Mais Abraham répond : «J’ai levé ma main [= j’ai juré] vers l’Éternel, le Dieu Très haut, possesseur des cieux et de la terre : si depuis un fil jusqu’à une courroie de sandale, oui, si de tout ce qui est à toi, je prends quoi que ce soit» (Gen. 14:22, 23). Sa véritable richesse, Abraham l’a compris, c’est Dieu lui-même (Job 22:24, 25). Et si un chrétien a une appréciation claire de sa position, il suivra assurément le même sentier.

3                    La piété avec le contentement

Il sait qu’aujourd’hui les richesses matérielles NE SONT PLUS la récompense divine, accordée à ceux qui font le bien. Au contraire, elles mettent sérieusement à l’épreuve ceux qui les possèdent, car il est difficile de ne pas se confier, tant soit peu, en elles. Allons-nous garder notre caractère d’étranger dans ce monde qui a rejeté Christ, résister aux séductions de l’Ennemi qui emploie les mêmes moyens qu’avec les incrédules ? Là où le Seigneur, notre Seigneur, n’avait pas un lieu pour reposer sa tête, pourrions-nous chercher à vivre dans les délices de la terre ? Cet or et cet argent rouillés dont parle Jacques (5:3-5), ont-ils encore de l’attrait pour nos coeurs ? Combien de temps passons-nous à poursuivre la satisfaction de besoins artificiels que l’Ennemi a réussi à nous présenter comme indispensables ? «Ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation et dans un piège, et dans plusieurs désirs insensés et pernicieux... c’est une racine de toutes sortes de maux que l’amour de l’argent : ce que quelques-uns ayant ambitionné, ils se sont égarés de la foi et se sont transpercés eux-mêmes de beaucoup de douleurs» (1 Tim. 6:9, 10). L’apôtre nous met en garde, mais il nous indique aussi le remède : «La piété avec le contentement est un grand gain» (1 Tim. 6:6 ; Héb. 13:5). Le chrétien a des biens meilleurs et permanents, ses besoins sur la terre devraient être vite satisfaits : «Ayant la nourriture et de quoi nous couvrir, nous serons satisfaits» (1 Tim. 6:8). Bien des carrières chrétiennes auront été, sinon ruinées, du moins très appauvries par l’amour de l’argent et l’amitié du monde (Jacq. 4:4). L’action sanctifiante de la Parole est étouffée par la tromperie des richesses (Matt. 13:22) et le croyant reste sans fruit pour Dieu. Quelqu’un appelé frère peut devenir un avare, ou même en venir à enseigner ce qui ne convient pas, pour un gain honteux (1 Cor. 5:11 ; Tite 1:11).

Seule une communion constante avec le Seigneur pourra nous garder de si terribles dangers. Si au lieu de chercher nos propres intérêts, nous avons vraiment les siens en vue, il pourvoira à tous nos besoins (Matt. 6:25, 30-32 ; Phil. 4:19). Tout ce qui paraît nous appartenir, nos capacités, notre temps, nos richesses même, est Sa propriété. Le chrétien est donc un économe [= intendant, gérant], il gère les biens de son Maître. Il devrait toujours avoir devant lui le tribunal de Christ et s’appliquer avec ardeur à lui être agréable (2 Cor. 5:9, 10). S’il est fidèle dans les petites choses, qui sans cesse mettent à l’épreuve la réalité du coeur, son Seigneur pourra lui confier les vraies richesses, les trésors du sanctuaire (Luc 16:10-12).

4                    Christ le modèle — Les Macédoniens

Notre modèle, c’est Christ, dans son dévouement complet au Père et son immense amour vis-à-vis de sa créature coupable. «Vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, comment, étant riche, il a vécu dans la pauvreté pour vous, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis» (2 Cor. 8:9). De la gloire éternelle, il a daigné s’anéantir. Il a été ici-bas le Pauvre (Ps. 40:17 ; 41:1) pour que nous puissions partager avec lui ses richesses insondables.

La contemplation de ce merveilleux travail de la grâce de Dieu en Christ sera la source et le motif de notre libéralité. Il en était ainsi pour ces Macédoniens qui s’étaient «donnés premièrement au Seigneur». C’est la première chose qu’il convient de faire, car Il s’est acquis tous les droits sur nous à la croix (2 Cor. 8:5 ; 1 Cor. 6:19, 20). Puis, dépassant les espérances de l’apôtre, ils s’étaient donnés aux saints, par la volonté de Dieu (2 Cor. 8:5). Leurs circonstances étaient pourtant des plus difficiles. À vue humaine, tout se liguait pour les empêcher d’être libéraux. Une profonde pauvreté matérielle s’accompagnait d’une grande épreuve de tribulation (comme à Smyrne : Apoc. 2:8-10). Mais une si grande joie se liait chez eux au privilège de donner (voir aussi 1 Chron. 29:9), qu’ils avaient demandé avec de grandes instances la grâce et la communion de ce service envers les saints. Cette grâce leur avait été accordée et, le moment venu, ils avaient agi avec diligence, selon leur pouvoir et au-delà de leur pouvoir ! (2 Cor. 8:3, 4). Pendant l’année de la sécheresse, ils ne cessaient de porter du fruit (Jér. 17:8). Les épreuves, les privations produisent-elles de tels effets de la grâce dans nos vies ?

5                    Un coeur large

Ne donnons pas à regret ou par contrainte (Deut. 15:18 ; Philémon 14). Dieu aime celui qui donne joyeusement. Ce doit être un fruit spontané de la grâce arrivant à maturité dans un coeur bien disposé. Si nous éprouvons du regret à donner, c’est que nous sommes encore sous la puissance de Mammon. Beaucoup de croyants se plaignent de manquer de joie, de fraîcheur spirituelle. N’est-ce pas parfois par manque de libéralité ? Sous divers prétextes, le coeur et la main restent fermés, nous montrons notre égoïsme foncier (Deut. 15:7-10). Demandons à Dieu un coeur large, comme celui de cette veuve dont parlent Marc 12:41-44 et Luc 21:1-4. Il y avait là plusieurs riches qui jetaient beaucoup et avec ostentation dans le trésor du temple. Cette pauvre femme aurait pu penser : J’ai si peu, qu’est-ce à côté de tout cet argent ?... Mais non, elle a tout donné. Ce n’étaient que deux pites qui font un quadrant... Le Seigneur regardait comment la foule jetait au trésor. Il agit toujours ainsi, rien ne Lui échappe et c’est le «comment» qui lui importe. Pour les hommes, cette veuve agissait d’une manière imprévoyante, incompréhensible. Mais Celui qui sonde les coeurs et les reins donne son estimation, la seule qui vaille, mesurée avec le sicle du sanctuaire (Lév. 27:25). «En vérité, je vous dis que cette pauvre veuve a plus jeté au trésor que tous ceux qui y ont mis ; car tous y ont mis de leur superflu, mais celle-ci y a mis de son indigence, tout ce qu’elle avait, toute sa subsistance». Elle était riche en foi (Jacq. 2:5), elle se confiait entièrement en Dieu, il était tout pour elle.

Où en sommes-nous à cet égard ? Ce n’est pas l’importance de nos dons, mais le sacrifice qu’ils impliquent qui a du prix pour le Seigneur. Soyons attentifs à ne pas le frustrer (Mal. 3:8-10). Il sait ce que nous gardons pour nous-mêmes ; que de fois peut-être Lui avons-nous offert un sacrifice qui ne coûtait rien (2 Sam. 24:24 ; Mal. 1:7, 8) ?

Marie de Béthanie aussi était de ceux qui donnent avec joie. Elle était fortement critiquée, nous l’avons vu, par son entourage, mais quelle joie pour le Seigneur de dire : «Ce qui était en son pouvoir, elle l’a fait» (Marc 14:8) ! Quel encouragement ! Notre adoration, nos dons, notre service recevront de Lui leur véritable appréciation (1 Cor. 4:3-5) et cette pensée suffit au chrétien dévoué (Héb. 13:15, 16). Quelle grâce, s’il peut être dit : «Le Seigneur en a besoin», Lui, le Créateur de toutes choses ! Montrerions-nous moins de promptitude que cette personne dont Jésus pouvait dire : «et aussitôt il les enverra» ? (Matt. 21:1-3). La Parole de Dieu nous donne de tels exemples pour nous stimuler. Les saints à Corinthe étaient beaucoup plus favorisés que ceux de Macédoine. Mais leur libéralité serait-elle à la mesure de leur aisance ? Trop souvent, dans la prospérité, les coeurs se dessèchent trop occupés des choses de la terre. L’apôtre, dirigé par le Seigneur, sent le besoin de mettre à l’épreuve la sincérité de l’amour des Corinthiens : Vous avez été prompts à vouloir, leur dit-il, eh bien, maintenant, achevez aussi de faire (2 Cor. 8:11). Nos bonnes intentions ne peuvent suffire. Il convenait devant Dieu que leur abondance supplée aux besoins des pauvres en Judée, de sorte qu’il y ait égalité. Il convient aussi que celui qui enseigne participe à nos biens temporels. L’ouvrier est digne de son salaire (1 Cor. 9:14 ; 1 Tim. 5:18 ; Gal. 6:6).

«Celui qui sème chichement moissonnera aussi chichement, et celui qui sème libéralement moissonnera aussi libéralement» (2 Cor. 9:6 ; Prov. 11:25). Accumuler les biens que Dieu met à notre disposition, c’est les détourner du but pour lequel il les place entre nos mains. «Ceux qui sont riches» (1 Tim. 6:17-19) sont responsables d’en user selon Dieu, sans s’enorgueillir (Jér. 9:23). Ce n’est pas dans l’argent ou dans les plaisirs de ce monde que l’on peut «saisir ce qui est vraiment la vie», mais dans la connaissance de Dieu et à son service.

6                    Des administrateurs fidèles

Pour être un administrateur fidèle (1 Cor. 4:2), demandons à Dieu du discernement, un esprit de prière. Agir au gré de nos préférences, ce ne serait pas servir le Seigneur. Ceux auxquels l’assemblée confie une responsabilité particulière dans l’administration des dons, ne veilleraient-ils pas avec le plus grand soin à ce qui est honnête devant Dieu, mais aussi devant les hommes ? Dans cette abondance qu’il administrait, avec ses compagnons de service, l’apôtre s’y appliquait (2 Cor. 8:18-24). N’oublions pas que Dieu est puissant pour faire abonder toute grâce envers celui qui donne avec générosité. Il le bénit (Prov. 28:27) et augmente les fruits de sa justice. Il s’agit de la justice pratique, d’une marche fidèle qui est «par Jésus Christ à la gloire et à la louange de Dieu» (2 Cor. 9:10 ; Phil. 1:11). Ceux qui sont au bénéfice de cette libéralité en discernent la vraie source et glorifient Dieu (Matt. 5:16 ; 2 Cor. 9:13). Ainsi «l’administration de cette charge, non seulement comble les besoins des saints, mais aussi abonde par beaucoup d’actions de grâces rendues à Dieu» (2 Cor. 9:12). Paul peut se réjouir d’un tel effet de la grâce et c’est notre part aussi. Ses pensées s’élèvent tout naturellement vers le Dispensateur de tout don parfait. Il s’écrie dans un élan joyeux du coeur : «Grâces à Dieu pour son don inexprimable !» Ainsi le plus simple don du plus simple croyant, s’il est offert en Son nom, est un parfum d’agréable odeur, un sacrifice acceptable pour Dieu, et produit la louange dans le coeur de ceux qui en sont les objets ou les témoins. Ne vaut-il pas la peine pour chacun de cultiver avec soin cette «grâce» de donner ?

Faisons toutes choses dans le sentiment de la présence de Dieu et à la lumière de l’éternité. Quand le Seigneur était ici-bas, ses pieds étaient sur la terre, mais, en esprit, il était toujours dans le ciel. Il avait constamment devant lui les intérêts et la gloire de son Père. Soyons ses imitateurs. Ne nous laissons détourner ni par l’amour de l’argent ni par aucune autre convoitise. Nous disons volontiers que notre bourgeoisie est dans les cieux (Phil. 3:20). Comment alors nous laisserions-nous troubler du trouble de ceux qui ont leur part sur la terre, comment serions-nous absorbés à poursuivre les mêmes buts ? Soyons fidèles dans ce qui est très petit. Ne désirons-nous pas que notre Sauveur et Seigneur nous dise tout à l’heure : «Entre dans la joie de ton Maître» (Matt. 25:21) ?