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À L’OMBRE DU TOUT-PUISSANT — Psaume 91

 

 

Philippe Laügt

 

ME 1988 p. 303-310

 

Quand le Seigneur ressuscité se présente aux siens assemblés dans la chambre haute, il leur montre d’abord ses mains et ses pieds, qui gardent le souvenir de ses souffrances. Puis il leur dit : «Il fallait que toutes les choses qui sont écrites de moi dans la loi de Moïse et dans les prophètes, et dans les psaumes, fussent accomplies» (Luc 24:44).

Aujourd’hui aussi, il désire faire brûler nos coeurs pour lui et il ouvre notre intelligence pour entendre les Écritures. Conduits par son Esprit, nous pouvons comprendre le caractère prophétique de nombreux psaumes, qui ont d’abord en vue sa personne et son oeuvre. Il en est ainsi du Psaume 91, ce qui donne à sa méditation un prix tout particulier.

Mais rappelons d’abord que le psaume précédent montre le premier Adam et ses descendants sous les conséquences de la désobéissance. Ceux qui passent s’y adressent à Celui qui demeure. Leurs iniquités ont provoqué la colère divine. Ils consument leurs années comme une pensée (Ps. 90:9) et la mort, salaire du péché, survient inexorable. Toutefois, dans le coeur du fidèle, l’espérance n’est pas absente. Moïse demande à l’Éternel : «Retourne-toi. — Jusques à quand ? — Et repens-toi à l’égard de tes serviteurs... que ton oeuvre apparaisse» (Ps. 90:13, 16). La réponse à cette prière se trouve au Psaume 91. La ruine de l’homme est complète, mais un autre s’est présenté, le dernier Adam, venu pour accomplir l’oeuvre de la rédemption, cette oeuvre glorieuse et magnifique (Ps. 111:3). Le Psaume 91 nous dépeint Son humanité dépendante et Sa confiance continuelle. Quelle gloire morale, à nulle autre semblable ! «Et quelle valeur cette vie parfaite de Jésus ne donne-telle pas à sa mort, à son sang répandu» (J.G.B.).

Comme fréquemment dans les Psaumes, le premier verset nous donne le thème, la note élevée de ce cantique. Une parfaite sécurité est promise à celui qui habite dans la demeure du «Très-Haut». Ce nom divin déjà employé par Melchisédec et par Daniel (Gen. 14:19 ; Daniel 4:2, 17, 24) prendra toute sa signification quand Dieu, manifestant sa souveraineté, apportera la bénédiction à la terre milléniale (Ps. 83:18 ; 97:9). Ce même verset nous présente aussi Dieu comme le «Tout-Puissant», caractère sous lequel il s’est fait connaître à Abraham, pour l’assurer que désormais sa protection et ses bénédictions reposeraient sur lui et sur sa semence (Gen. 17:1 ; 28:3, 4 ; 35:11 ... ).

«J’ai dit de l’Éternel : Il est ma confiance et mon lieu fort ; il est mon Dieu, je me confierai en lui» (Ps. 91:2). L’homme parfait a pu affirmer une telle confiance, dans un élan de foi que sa vie entière met en évidence. Il choisit pour sa forteresse «l’Éternel», le Dieu de l’alliance, celui qui ne change pas. Il met sa confiance en «Élohim», le Dieu créateur, il peut l’appeler «mon Dieu». Dieu se montre ici simultanément sous ses différents caractères. Il ne manque essentiellement que sa révélation comme Père, qui appartient au Nouveau Testament.

Les promesses des versets 3 à 8 auraient dû être la part d’Israël s’il était resté dans le chemin de l’obéissance. Mais l’Esprit Saint reconnaît à Christ le droit de les faire siennes. À maintes reprises, durant sa marche parfaite ici-bas, les hommes ont cherché à le faire mourir. C’était impossible (Jean 7:30 ; 8:20 ; 10:39). Il échappe au filet de l’oiseleur (Matt. 22:15-22), à la destruction en plein midi (Luc 13:31-33) et même aux frayeurs de la nuit, lorsqu’à sa voix, ses adversaires reculent et tombent par terre (Jean 18:3-6). Il est préservé jusqu’au moment où, prenant volontairement la place du pécheur, il va être livré pour nos fautes (Jean 10:18).

Au verset 9, un autre interlocuteur intervient. Ses paroles peuvent être placées dans la bouche du Résidu fidèle pendant la tribulation. Il a trouvé un refuge en l’Éternel et il affirme, en pleine communion avec la pensée de l’Esprit, que le Messie sera gardé car il a mis, lui aussi, sa confiance en l’Éternel. Aucune plaie ne peut s’approcher de sa tente, il n’y a pas de péché en Lui. La maladie et la mort, qui en sont les conséquences, ne peuvent pas l’atteindre. Il se confie en Dieu, et à l’abri de ses ailes, il est sans crainte. Pendant son voyage à travers un monde hostile, une escorte l’entoure, les anges ont reçu des ordres à son sujet.

Satan aussi connaît cette Écriture ! Il sait bien que les promesses de ce psaume concernent le Seigneur. Et quand pour le tenter, au début de son ministère, il le transporte sur le faîte du temple, il ose lui citer ces versets. «Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit : Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet, et ils te porteront sur leurs mains, de peur que tu ne heurtes ton pied contre une pierre» (Matt. 4:6). La citation est volontairement tronquée. L’Ennemi omet : «de te garder dans toutes tes voies». Le diable et ceux qui le suivent sont très dangereux quand ils citent l’Écriture. Une «demi-vérité» (qui n’est autre chose qu’un mensonge) est d’autant plus pernicieuse qu’elle semble revêtue de l’autorité de la Parole de Dieu. Toute aussi dangereuse est l’insistance sur une vérité au détriment d’une autre laissée volontairement dans l’ombre.

Mais toutes les voies de l’Homme parfait étaient réglées par l’obéissance. Quand lui parvient l’appel angoissé des deux soeurs en faveur de Lazare son ami : «Celui que tu aimes est malade», à la surprise des disciples, il demeure encore deux jours au lieu où il était, attendant les directions de son Père. La mort de Lazare et la résurrection qu’il va opérer sont pour la gloire de Dieu (Jean 11:4). De même au désert, comment pourrait-il, à l’instigation de l’Adversaire, sortir du chemin de la dépendance pour user de cette promesse comme il en avait le droit ? Non, il ne tombera pas dans le même péché que les Israélites au désert : «Ils tentèrent l’Éternel, en disant : L’Éternel est-il au milieu de nous, ou n’y est-il pas ?» (Ex. 17:7). La réponse de l’Homme parfait, tirée de l’Écriture : «Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu» (Matt. 4:7 ; Deut. 6:16) déjoue la ruse de Satan qui, bientôt, ayant accompli toute tentation, se retire d’avec lui pour un temps (Luc 4:13). N’ayant pu le séduire, il va chercher pendant tout son ministère à le décourager par les attaques de ses agents. Mais à la croix vont s’accomplir d’autres promesses que Satan s’est bien gardé de citer. Le Seigneur marche sur le lion et sur l’aspic, foule le lionceau et le dragon (Ps. 91:13). Autant de figures du Prince de ce monde, celui qui dans sa force et dans sa ruse persécute les saints (Apoc. 12:13). Par la mort, Jésus a rendu impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort (Héb. 2:14).

À la fin du psaume, Dieu lui-même parle de son Bien-aimé (Ps. 91:14-16). Il répète : parce qu’il a mis son affection sur moi, je le délivrerai, il sera placé en une haute retraite, parce qu’il a connu mon nom (voir aussi v. 9). Dans la détresse, Dieu honorera sa confiance inébranlable en lui répondant «d’entre les cornes des buffles» (Ps. 22:8, 11, 19, 21). Outre le salut et la vie, la suprême récompense réside dans cette promesse maintenant accomplie, qui sera bientôt manifestée publiquement : Je le glorifierai (Jean 13:32 ; Éph. 1:20-22).

Mais les merveilleuses bénédictions de ce psaume sont aussi pour les fidèles de tous les temps. Ils peuvent se reposer sur les mêmes grâces assurées que David (Ps. 27:5 ; És. 55:3). Comme Christ sur la terre, ils soupirent après les parvis de Dieu (Ps. 84:10) et, dans cette attente, ils peuvent loger pendant la nuit de l’absence de leur Seigneur dans la demeure secrète du Très-Haut, où les fidèles cachés sont à l’abri des complots des méchants et des entreprises pernicieuses de l’Ennemi (Ps. 83:3). Mais pour jouir d’une si précieuse protection, il faut, avec humilité et obéissance, rester dans une étroite dépendance de Dieu. Il n’a pas dit qu’il nous garderait dans notre propre chemin, mais dans le sien. Reconnaissons-le, notre insouciance et notre insoumission nous font souvent oublier celui qui rôde autour de nous, cherchant qui il pourra dévorer.

Le terrible arsenal de Satan, décrit dans les versets 3 à 6 de ce psaume, montre en effet combien nous avons besoin d’être constamment entourés d’une haie de protection (Job 1:10 ; 1 Pierre 1:5). L’Ennemi est comparé à un oiseleur, d’autant plus à craindre qu’il est caché. Et l’on sait avec quelle patience, quelle ruse, ce chasseur dresse ses filets et parvient à s’emparer même des oiseaux les plus méfiants (Eccl. 9:12). Il faut une délivrance spéciale de la part de Dieu pour s’écrier, comme le Résidu le fera tout à l’heure : «Notre âme est échappée... le piège s’est rompu» (Ps. 124:7, 8).

Il est parlé ensuite des «frayeurs de la nuit». Des inquiétudes peuvent s’emparer de notre esprit, nous sommes agités, remplis d’un sentiment d’insécurité. Seule l’assurance de la proximité du Seigneur et le précieux recours à la prière peuvent nous apporter cette paix de Dieu qui surpasse toute intelligence. Nos coeurs et nos pensées sont alors «gardés» dans le Christ Jésus (Phil. 4:6, 7). Ces ressources rappellent les «hommes forts» entourant le lit du roi Salomon (Cant. 3:7, 8). Exercés pour la guerre, ils ont une épée, figure de la Parole, «à cause des frayeurs de la nuit». Armons-nous ainsi et nous serons forts.

Ce psaume mentionne aussi «la flèche qui vole de jour». Ce peut être une mauvaise pensée surgie à l’improviste, par manque de vigilance, à l’occasion d’un spectacle dans la rue, d’une conversation douteuse ou d’une lecture qui se révèle malsaine. Tant de choses peuvent exciter notre chair, la mettre en activité. Il ne faut pas nourrir telle pensée involontaire ; mais fermer l’oreille, détourner nos regards, sinon la communion avec le Seigneur va se trouver interrompue. Lui seul est digne d’occuper nos coeurs, de retenir par son amour toutes nos pensées. Par sa présence, il guérit nos langueurs.

«La peste qui marche dans les ténèbres» est sans doute une image de ces mauvaises oeuvres qui se pratiquent de préférence la nuit. Le péché n’aime pas la lumière (Jean 3:19 ; Prov. 7:7-9). Le souvenir des souffrances indicibles que le Seigneur a endurées pendant les trois heures de ténèbres à la croix, quand il portait volontairement nos iniquités devant la justice de Dieu, nous aidera à rejeter le péché, sans faiblesse et avec horreur. Si le mal est au contraire doux dans notre bouche (Job 20:12), quelle proie facile nous sommes pour l’Ennemi et ses agents !

Ce psaume mentionne enfin «la destruction qui dévaste en plein midi». Parfois Satan n’hésite pas à se montrer à découvert. Il monte avec la violence d’un fleuve (És. 59:19). Pensons aux coups répétés qu’il porte soudain à Job. Il aurait voulu l’amener à maudire Dieu, et la femme même de Job était devenue un instrument dans la main de l’Adversaire (Job 2:9). N’oublions jamais, au milieu de si grandes épreuves qui peuvent atteindre notre esprit et notre corps, que la permission accordée à Satan est rigoureusement limitée (Job 1:12 ; 2:6). Le but divin est clairement défini. S’il nous éprouve, s’il nous humilie, c’est pour nous faire du bien à la fin (Deut. 8:16 ; Daniel 4:34-37).

Contre de si grands dangers, pour traverser ces tribulations, Dieu offre son secours tout-puissant à l’homme pieux qui marche sur les traces de l’Homme parfait. Le psaume donne d’autres images de cette protection. Celle d’une forteresse imprenable (Ps. 91:2), ce que le Psaume 28:8 appelle «le lieu fort des délivrances de son Oint». Puis, devant la menace précise de l’oiseleur, Dieu se sert de l’image d’une poule qui, à l’heure du danger, rassemble ses poussins sans défense sous ses ailes (Matt. 23:37 ; Deut. 33:12 ; Ruth 2:12). Il veut bien nous accorder une assistance totale contre les prédateurs (Ps. 5:12). «Là, je savoure en paix sa charité profonde ; là je suis pour toujours à l’abri du danger», peut affirmer le racheté (cantique 203 du recueil Hymnes et Cantiques).

La vérité aussi nous est présentée comme notre sauvegarde. «L’Éternel Dieu est vérité» (Jér. 10:10) et sa Parole est pour nous un bouclier impénétrable, une rondache qui, par ses dimensions, met tout le corps du combattant à l’abri. Sur un tel bouclier viennent s’éteindre les dards enflammés du Méchant (Éph. 6:16). À ses attaques, le Seigneur a toujours répondu : «Il est écrit... Il est encore écrit» (Matt. 4:4, 7, 10). Il nous appartient de nous servir comme Lui de la Parole.

Enfin les anges sont présentés dans ce psaume, «ces esprits administrateurs envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut» (Héb. 1:14). Invisibles, mais puissants en force, ils exécutent la Parole de Dieu, et nous bénéficions de leurs soins diligents.

Bien mieux que les fidèles autrefois, nous pouvons nous approprier toutes ces promesses. Par l’oeuvre de la croix, nous sommes pour toujours étroitement associés à Christ. «Comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde» (1 Jean 4:17). Et à ce titre, nous sommes les objets de ses soins constants. Dans son amour invariable, il prie pour que nous soyons sanctifiés, préservés du mal. «Je ne suis plus dans le monde, et ceux-ci sont dans le monde... Père saint, garde-les» (Jean 17:11). Tandis que nous sommes laissés un court moment encore dans un monde souillé, entourés de dangers, ses merveilleuses ressources sont à la disposition de ceux qui le craignent, qui pensent à son Nom et qu’Il aime à appeler «son trésor particulier» (Mal. 3:16, 17).