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MORIJA — Genèse 22

En la montagne de l’Éternel il y sera pourvu (Gen. 22:14)

 

 

Philippe Laügt

ME 1989 p. 315-322

 

Plan de lecture :

1     Formation d’Abraham à l’école de Dieu

2     Appel de Dieu à offrir Isaac

3     Avant le sacrifice (la croix)

3.1      Avec les jeunes hommes

3.2      Le père et le fils seuls ensemble

4     Le sacrifice

5     Bénédictions surabondantes

 

« Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, et va-t’en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste... » (Gen. 22:2).

Dans cette scène pleine de grandeur, couronnement d’une vie de fidélité et de foi, Abraham occupe une place centrale, et cette épreuve extrême sera la pierre de touche de sa foi (1 Pierre 1:7). Mais auparavant, comme chaque croyant, il a été formé à l’école de Dieu.

 

1                        Formation d’Abraham à l’école de Dieu

Le récit commence par ces mots : « Il arriva, après ces choses, que Dieu éprouva Abraham ». Quelles étaient donc ces choses ? La réponse est d’une grande portée pratique. Avant qu’Abraham puisse être conduit par Dieu lui-même au sommet de sa vie de foi, deux choses devaient être confessées et abandonnées.

Il fallait extirper de son cœur une vieille racine qui n’avait pas été entièrement jugée. En Genèse 12:11-20, par crainte de l’homme, Abraham avait fait passer Saraï pour sa sœur. Vingt ans après, cette racine reste prête à bourgeonner. Elle n’attend que des circonstances favorables. L’occasion se présente lors d’un séjour dangereux à Guérar (ch. 20). Dieu permet qu’Abraham soit repris par un homme des nations, et cette fois le patriarche reconnaît devant le roi des Philistins ce reste d’incrédulité qui jusqu’ici était un piège pour lui (Prov. 29:25). Mais remarquons que malgré cette nouvelle défaillance d’Abraham, Dieu fait ressortir devant Abimélec la dignité morale dont il a lui-même revêtu son serviteur. « Il est prophète, et il priera pour toi » (Gen. 20:7). Dieu attache plus de prix au caractère qu’il a donné à l’un des siens qu’à toute l’amabilité dont peut se parer la nature humaine.

Il est de toute importance que nous soyons amenés à juger sans complaisance, devant un Dieu de lumière et de sainteté, les racines de mal cachées depuis fort longtemps peut-être dans notre cœur. Sinon elles entravent tout vrai progrès spirituel et, le moment venu, produisent à nouveau de mauvais fruits.

Abraham avait aussi quelque chose à juger dans sa maison. C’est Sara qui vient lui dire : « Chasse cette servante et son fils ». Il s’agit d’Agar et d’Ismaël. « Car le fils de cette servante n’héritera pas avec mon fils, avec Isaac » (Gen. 21:10). « Cela fut très mauvais aux yeux d’Abraham » à cause de l’enfant et à cause de la servante. Mais ici c’est Sara qui malgré l’apparence a la pensée de Dieu ! Le dépouillement de la chair est un exercice très douloureux. C’est un sevrage difficile pour les affections du patriarche, lui qui, peu de temps auparavant, demandait à Dieu : « Qu’Ismaël vive devant toi ! » (Gen. 17:18). Mais il était impossible que cet enfant « né selon la chair » demeure dans la maison d’Abraham. Toutefois l’Éternel fait une précieuse promesse à son serviteur, une promesse qu’il serre désormais dans son cœur : « En Isaac te sera appelée une semence » (Gen. 21:12).

Alors, de bon matin, Abraham se lève, prend du pain et une outre d’eau, et renvoie la servante et son fils.

Désormais tout semble devoir se dérouler paisiblement dans la vie de ce patriarche. Il est moralement élevé. Son cœur et sa maison sont purifiés. Abimélec lui-même vient reconnaître : « Dieu est avec toi en tout ce que tu fais » (Gen. 21:22). Isaac, le don de Dieu, lui reste et il est le porteur des promesses faites par ce Dieu qui « n’est pas un homme, pour mentir, ni un fils d’homme, pour se repentir : aura-t-il dit, et ne fera-t-il pas ? aura-t-il parlé, et ne l’accomplira-t-il pas ? » (Nomb. 23:19).

 

2                        Appel de Dieu à offrir Isaac

Mais soudain Dieu l’appelle : « Abraham ! ». Il lui rappelle tout ce qu’Isaac est pour son cœur et lui demande de l’offrir lui-même en sacrifice. Les qualificatifs successifs employés par Dieu au sujet d’Isaac sondent certainement son serviteur au plus profond de son être. Ne montrent-ils pas aussi un peu en type ce que Dieu a éprouvé en offrant le Fils de son amour, lui le centre de ses pensées, en qui tous ses conseils ont leur accomplissement (Matt. 3:17 ; Marc 12:6 ; Jean 3:35) ?

Pour le patriarche, toute ressource humaine en vue de l’accomplissement des promesses sera ainsi mise de côté. Mais Dieu est le centre de la vie et de la bénédiction, et si les moyens qu’il a lui-même donnés disparaissent, il s’est réservé le domaine de l’impossible.

Éprouvé au plus haut degré dans ses affections, Abraham se soumet à ce commandement véritablement inexplicable, car il était incompatible à la fois avec les sentiments naturels et avec les promesses divines. Il connaît son Dieu (Dan. 11:32). Il estime, dans sa foi, que ce Dieu tout puissant (Gen. 17:1), ce Dieu d’éternité (Gen. 21:33) auquel il a cru avant la naissance d’Isaac, peut ressusciter ce fils obéissant et soumis et assurer ainsi l’accomplissement des promesses (Héb. 11:19).

 

3                        Avant le sacrifice (la croix)

3.1   Avec les jeunes hommes

La scène de Morija ne saurait dépeindre tous les aspects de la croix. Mais un tel sacrifice est si élevé qu’il devient un type précieux de la mort et de la résurrection du Fils unique et bien-aimé de Dieu, que Dieu dans son amour insondable a offert pour sa créature perdue.

Prompt à obéir, sans une plainte, comme il y en avait eu lorsqu’il renvoyait Ismaël, Abraham se lève de bon matin (Ps. 119:60). Mais cette fois ce n’est pas pour envoyer un fils au désert, mais pour l’offrir lui-même en holocauste sur la montagne que Dieu avait choisie. Déjà Isaac est mis à part pour le sacrifice. Ainsi aussi l’Agneau de Dieu, manifesté à la fin des temps pour ôter le péché de devant Dieu par l’effusion de son sang, a été préconnu dès avant la fondation du monde (1 Pierre 1:18-20).

Abraham a déjà fendu le bois pour l’holocauste. Il part, sans prendre conseil ni de la chair ni du sang, accompagné seulement de deux serviteurs. Ils seront témoins, comme les deux brigands à la croix, d’une partie de la scène. Dans cette situation qui la touche de si près, Sara ne paraît pas. Une épée pourtant transperce aussi sa propre âme (Luc 2:35).

Trois jours de marche s’écoulent lentement ; l’épreuve est longue et douloureuse (Ps. 73:14). Le patriarche aurait eu du temps pour s’en retourner, mais son cœur est ferme, se confiant en l’Éternel (Ps. 112:7).

Mais voici qu’il aperçoit le lieu de loin, et dans sa détermination, car il a Dieu pour objet, il dit à ses jeunes hommes : « Restez ici, vous, avec l’âne » (Gen. 22:5). Pour la dernière étape, il doit rester seul avec Isaac. À la croix, à l’heure du sacrifice suprême, le Père et le Fils aussi seront absolument seuls. Aucun œil humain ne sera admis à contempler cette scène. Depuis la sixième heure et jusqu’à la neuvième heure, il y aura des ténèbres sur tout le pays (Matt. 27:45).

« Moi et l’enfant nous irons jusque-là, et nous adorerons » (Gen. 22:5), déclare le patriarche. Adorer en immolant son enfant ? Voilà qui dépasse de beaucoup l’entendement humain. La foi seule peut triompher, appuyée sur la certitude de la résurrection. Elle brille chez Abraham ; il va bien au-delà des choses visibles quand il déclare : « et nous reviendrons vers vous ». Malgré la mort, il s’attache à la puissance de Dieu. La naissance d’Isaac avait été miraculeuse, sa vie pouvait l’être aussi.

Sans doute les serviteurs voient-ils encore le patriarche mettre sur l’épaule d’Isaac, jeune homme capable de porter un fardeau, le bois nécessaire pour le sacrifice ? Plus tard aussi, le peuple verra Jésus sortir, portant sa croix (Jean 19:17). La lumière jetée par le Nouveau Testament sur chaque détail de ce tableau rappelle sans cesse à nos cœurs l’œuvre accomplie au Calvaire.

 

3.2   Le père et le fils seuls ensemble

Abraham prend ensuite dans sa main le feu et le couteau, symbole du jugement divin. Et l’instant d’après, le père et le fils s’éloignent ensemble (Gen. 22:6 et 8), montant à Morija. Quelle évocation de la merveilleuse unité de pensée du Père et du Fils dans l’œuvre de la rédemption (Jean 10:30 ; 8:29). Le conseil de paix était entre eux deux (Zach. 6:13).

Mais Isaac pose une question à son père : « Voici le feu et le bois ; mais où est l’agneau pour l’holocauste ? » (Gen. 22:7). Cette question ne recevra vraiment sa réponse que dans le Nouveau Testament (Jean 1:29, 36). Les paroles d’Abraham ne montrent pas de détresse dans son cœur ; la foi qui l’a soutenu jusqu’ici, le soutient encore (Ps. 62:1, 5, 6). Elle n’est pas affaiblie par l’épreuve, si douloureuse soit-elle. « Mon fils, Dieu se pourvoira de l’agneau pour l’holocauste » (Gen. 22:8), parole prophétique qui annonce la croix. Dieu seul, en effet, pouvait donner l’Agneau qui serait pour Lui d’abord. Il n’est question ici que de l’holocauste, qui doit fumer tout entier en odeur agréable pour Dieu. Mais plus loin la Parole nous révèle que cet Agneau sera en même temps le sacrifice pour le péché, réponse parfaite et définitive aux exigences de la justice et de la sainteté divines.

Parvenu « au lieu que Dieu lui avait dit » (Gen. 22:9), le patriarche bâtit là son autel, arrange le bois, et, moment bien douloureux pour son cœur, lie lui-même son fils et le met sur l’autel, sur le bois. Avec une sainte révérence, nous pensons à celui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous (Rom. 8:32). Hérode, Ponce Pilate, avec les nations et les peuples d’Israël assemblés contre le Seigneur, n’ont pu que faire les choses que la main de Dieu et son conseil avaient à l’avance déterminé devoir être faites (Actes 4:27, 28).

 

4                        Le sacrifice

Jusqu’ici Isaac ignorait les intentions de son père. Mais maintenant il n’offre aucune résistance et devient un beau type du Fils, dans sa soumission parfaite jusqu’à la mort et la mort de la croix (Jean 10:17, 18). Christ partageait, dès l’éternité passée, les desseins de l’amour divin. Il déclare : « Voici, je viens — il est écrit de moi dans le rouleau du livre — pour faire, ô Dieu, ta volonté » (Héb. 10:7). Aux approches de la croix, son âme est troublée : « Que dirai-je ? Père, délivre-moi de cette heure ; mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure » (Jean 12:27). Au jardin de Gethsémané, celui qui ne pouvait désirer être séparé de Dieu étant fait péché pour nous, est placé devant les conséquences terrifiantes de son obéissance. Dans son angoisse profonde, il prie : « Père, si tu voulais faire passer cette coupe loin de moi ». Mais aussitôt, dans son acceptation parfaite, ils ajoute : « Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui soit faite » (Luc 22:42).

Abraham saisit le couteau pour égorger son fils (Gen. 22:10). Dans un instant, le feu consumera l’holocauste. Pour Dieu, le sacrifice est consommé. À la dernière seconde, il sort de son silence. L’Ange de l’Éternel appelle de façon pressante : « Abraham ! Abraham ! ». Une fois encore (Gen. 22:1, 7, 11) l’homme de Dieu est prêt à répondre : « Me voici ».

Alors l’Ange lui dit : « N’étends pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais rien » (Gen. 22:12). Isaac est rendu à son père, tout comme s’il avait été ressuscité d’entre les morts (Héb. 11:19).

À Golgotha, Dieu ne sortira pas de son silence. Aucune voix venue du ciel ne se fera entendre en réponse au cri du suprême affligé : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », et cela malgré les terribles sarcasmes : « Laissez, voyons si Élie vient pour le faire descendre » (Matt. 27:46 ; Marc 15:36). Avec une profonde reconnaissance, nous pouvons dire que Dieu s’est réservé le dernier pas. Personne ne pouvait arrêter son bras, comme Il le fit pour Abraham (Job 9:12 ; Dan. 4:35). L’Écriture s’est accomplie : « Épée, réveille-toi contre mon berger, contre l’homme qui est mon compagnon, dit l’Éternel des armées ; frappe le berger... » (Zach. 13:7). Le prix que le Bien-aimé avait pour son cœur ne transparaît-il pas aussi dans ces paroles qu’il adresse ensuite à son serviteur : « Maintenant je sais que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique » (Gen. 22:12) et plus loin : « Parce que tu as fait cette chose-là, et que tu n’as pas refusé ton fils, ton unique... » (Gen. 22:16). « Maintenant, je sais... » Dieu connaissait déjà l’obéissance, la confiance et la dépendance de son serviteur (Gen. 18:19). Mais cette épreuve, la plus dure qu’il ait connue, a été un triomphe pour sa foi. Il est inscrit à jamais dans le Livre, pour servir d’exemple à tous ceux qui marchent sur les traces de cette foi qu’a eue leur père Abraham (Rom. 4:12).

Abraham lève ses yeux et voit derrière lui un bélier retenu à un buisson par les cornes. Dans ce bélier, la foi discerne la puissance de l’amour manifesté par Celui qui a accepté d’être notre substitut sous le jugement de Dieu (És. 53:5 ; Éph. 5:2). Qu’il nous soit accordé de lever aussi les yeux pour voir les merveilles que Dieu a accomplies en notre faveur.

 

5                        Bénédictions surabondantes

L’épreuve achevée, Abraham, avec joie et assurance, appelle ce lieu : « Jéhovah-Jiré, comme on dit aujourd’hui : En la montagne de l’Éternel il y sera pourvu » (Gen. 22:14). Dieu lui confirme ses promesses et les élargit encore (comp. Gen. 22:18 ; 12:3 avec Gal. 3:16). Sa postérité ne sera pas seulement comme les étoiles dans les cieux et le sable sur le bord de la mer, mais sa semence, Christ, sera pour la bénédiction de toutes les nations.

Le récit typique laisse pour ainsi dire Isaac sur la montagne, il préfigure l’ascension de Christ. Il n’est plus parlé du fils dans ce chapitre, après que le père l’ait lié sur l’autel. Abraham seul est vu, allant avec ses serviteurs à Beër-Shéba.

Qu’à notre Dieu monte l’adoration et la reconnaissance de nos cœurs pour son don inexprimable ! Restons dans la contemplation de ce mystère : « Il plut à l’Éternel de le meurtrir, il l’a soumis à la souffrance » (És. 53:10) ; « en sorte que, par la grâce de Dieu, il goûtât la mort pour tout » (Héb. 2:9).

 

Venu pour honorer le Père,

Jusqu’à la mort tu le servis,

En toi seul il put se complaire,

Son Bien-Aimé, humble et soumis ;

 

Nous t’offrons, Seigneur, notre hommage,

Contemplant un tel dévouement,

Nous exalterons d’âge en âge

Ce suprême renoncement.

 

Cant. 223