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Méditations sur la Parole de Dieu

 

Galates

 

 

Louis Chaudier

 

 

Table des matières :

1      Marcher droit — Épître aux Galates

2      Les dangers pour le chrétien : le légalisme, la chair, le monde — Galates 1:1-5, 8, 11-19 ; 2:19-21 ; 3:1-4, 12-13 ; 5:13-26 ; 6:1-4, 7-10, 14-18

3      Crucifier la chair et le monde — Galates 1:1-8, 10 ; 2:11-20 ; 5:16-17, 22-26 ; 6:1-3, 7, 12, 14-18

4        Défaillances — Luc 22:31-34, 54-62 ; Jean 21:15-19 ; Galates 2:6-14 ; 2 Pierre 1:13-14

5      La croix pour le chrétien — Galates 2:20

6      Servir selon Dieu — Galates 4:16 ; 5:1, 11-14, 16-26 ; 6:1-18

7      Le mal dans le vieil homme — Galates 5:11, 16-26 ; 6:7-8, 14 ; Romains 6:4-7, 11-12, 14, 18, 22

8      Combats — Éphésiens 6:10-24 ; Galates 5:16-18 ; Jude 3-4 ; Colossiens 4:12-13

9      Avoir affaire avec Dieu — Matthieu 11:29-30 ; Colossiens 1:9-11 ; Galates 5:16-26 ; 2:19

10    Tristesse et joie — 2 Corinthiens 6:9-10 ; 7:9-12 ; Galates 5:22 ; Éphésiens 4:30 ; Hébreux 12:11

 

 

 

Le texte de ces méditations a été révisé par Bibliquest dans sa forme, par rapport à diverses éditions papiers précédentes. Les révisions ont été limitées à ce qui était nécessaire à une expression et une compréhension correctes. Le texte reste marqué par son caractère oral, non révisé par l’auteur. Dans certains cas d’expressions au sens discutable, l’imperfection de celles-ci a été laissée de peur d’en perdre une certaine vigueur.

Certains textes ont été repris de l’ouvrage «Méditations sur la vie chrétienne» édité en 1995 par F.R., et sont notés comme tels. Ces textes ont fait l’objet (par F.R.) d’une révision un peu plus poussée.

 

 

1   Marcher droit — Épître aux Galates

 

[LC n° 92]

8 janvier 1950

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 174

 

Tout homme qui n’a pas saisi la valeur du sang de Christ reste étranger à l’évangile ; ce n’est pas l’évangile su, ou entendu, ou lu, qui sauve, c’est l’évangile qui est cru.

«Jésus Christ… s’est donné lui-même pour nos péchés, en sorte qu’il nous retirât du présent siècle mauvais» (Gal. 1:4). Il a réglé pour Dieu la question de nos péchés, à nous croyants, et il a réglé notre position vis-à-vis du monde. Ces deux points sont importants. Le premier, c’est le règlement heureux de notre position vis-à-vis de Dieu : tout le monde est responsable à l’égard de Dieu et devra lui rendre compte ; on a trop oublié les droits éternels de Dieu. Le second point, c’est que Jésus, par la même oeuvre accomplie à la croix, nous a retirés du présent siècle mauvais (Gal. 1:4). Le mot siècle est employé ici dans un sens moral. La Parole l’emploie aussi parfois dans un sens dispensationnel ; ainsi, pour Israël, il y a trois siècles : le siècle d’avant la loi, celui de la loi qui dure encore et dans lequel se place la parenthèse de l’Église, et le siècle futur, le règne millénaire. Mais ici, c’est le présent siècle, le monde dans son état moral tel qu’il a été manifesté par le rejet de Jésus ; c’est là que le monde a montré son vrai visage. C’est pourquoi le monde est appelé le présent siècle mauvais. «Le monde entier gît dans le méchant» (1 Jean 5:19) ; il n’y a rien de bon dans le monde. Personne ne serait surpris qu’on dise qu’il n’y a rien de bon chez un condamné à mort ; mais Dieu dit que les gens honorés et honorables du monde font partie du monde qui gît dans le méchant. C’est l’appréciation de Dieu. Si cette pensée n’est pas gravée dans le coeur du croyant par la main même de Dieu, il n’a pas compris sa vraie position dans le monde et devant Dieu. Il nous a retirés du présent siècle mauvais.

Dans l’épître aux Galates, l’apôtre aborde son sujet d’une façon abrupte qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Il dit : «Je m’étonne de ce que vous passez si promptement de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ, à un évangile différent» (Gal. 1:6). Les Galates, instruits par de faux docteurs — il y en a eu beaucoup depuis, et il y en a plus aujourd’hui qu’alors — s’étaient détournés de la croix de Jésus : on nourrissait en eux l’orgueil de la chair en leur faisant croire qu’ils pouvaient acquérir la faveur de Dieu par leurs bonnes actions. Le christianisme naissant, dès les temps apostoliques, a été ravagé par les faux docteurs judaïsants qui faisaient retourner les chrétiens à la loi en faisant croire à l’homme qu’il peut s’élever de lui-même jusqu’à Dieu et qu’il peut produire, de son coeur pervers, un fruit que Dieu accepte. À la croix de notre Seigneur Jésus Christ, Dieu a condamné tout homme à mort, que ce soit l’homme chargé de toutes les laideurs de la corruption, ou l’homme le plus élevé au-dessus des autres, le plus sage ou le plus savant ; s’ils ne sont pas chrétiens, ces hommes occupent le même rang aux yeux de Dieu, en face des exigences de sa gloire ; devant Dieu, les juges sont au même rang que les criminels.

Qu’il nous soit donné d’être séparés du monde, et d’abord dans notre coeur ! Que les parents fournissent à leurs enfants, chaque jour et de façon vivante, la preuve qu’ils ont été arrachés au présent siècle mauvais ! S’ils ont un pied dans le présent siècle et un pied dans le royaume de Dieu, ils ne doivent pas s’étonner si leurs enfants mettent les deux pieds dans le présent siècle mauvais. Le bonheur, dans la vie chrétienne, tient à cette fidélité au Seigneur. Dieu déclare, de la façon la plus nette, quelle est la frontière qui sépare le monde du royaume de Dieu ; lorsque nous faisons planer une équivoque sur le caractère absolu de cette frontière, nous faisons Dieu menteur.

Lorsqu’il s’adresse aux croyants d’autres assemblées, même aux Corinthiens, l’apôtre use de beaucoup plus de douceur qu’envers les Galates, parce que, chez eux, la vie même du peuple de Dieu était remise en question. De même, voyant que Pierre ne marchait pas droit, Paul le reprend en face, parce qu’il risquait d’entraîner le peuple de Dieu dans sa dissimulation (Gal. 2:13-14). D’un côté, Paul dit : ne vous mordez pas et ne vous dévorez pas l’un l’autre (5:15), et d’un autre, il reprend en face un apôtre, et le plus grand des douze. Les deux choses ne doivent pas être confondues ; Dieu ne les confond pas. Pierre aurait pu dire à Paul : qui es-tu, toi, le treizième apôtre, qui n’a pas même vu le Seigneur ? Paul reprend le plus honoré des douze et Pierre reçoit la répréhension ; il le montrera dans la manière dont il parlera plus tard de Paul (2 Pierre 3:15). Paul, quant à son ministère, dépendait uniquement de Dieu. Quelque infime que soit notre service, la dépendance de Dieu doit primer sur tout. Si, dans notre vie ou dans notre service, frères ou soeurs, nous faisons passer quelqu’un avant le Seigneur, nous sommes liés par quelqu’un d’autre que le Seigneur. Paul reprend Pierre devant tous, de la part de Dieu, parce qu’il ne marchait pas droit. Pierre disait oui et non, ou bien ni oui ni non. Le langage de la foi et de la fidélité au Seigneur, c’est oui oui, ou non non. La valeur d’un chrétien, ce n’est pas sa connaissance, ni son dévouement, c’est sa valeur morale aux yeux de Dieu : elle découle du fait qu’il se tient devant Dieu.

Paul était mort à la loi (Gal. 2:19). Le légalisme ne paraît pas être un danger actuel. On voit peu de personnes chargées de ce fardeau. Autrefois, on voyait souvent des personnes qui cherchaient du bien en elles, qui passaient par cette expérience où elles apprenaient : «je sais qu’en moi, c’est-à-dire en ma chair, il n’habite point de bien» (Rom. 7:18) ; aujourd’hui on n’en entend plus parler. Pourquoi ? Je ne sais, le Seigneur le sait. Ignore-t-on l’affranchissement, ou ignore-t-on même qu’on ne le connaît pas ? En tout cas, c’est certain, à mesure que nous avançons vers la fin, que le relâchement gagne partout du terrain ; on ne rencontre plus guère ces solides expériences de soi-même, ces fortes leçons sur soi-même. L’apôtre y avait passé, des chrétiens remarquables y ont passé et, sans aucun doute, si ces leçons ne sont pas apprises, elles manquent dans la vie du chrétien et dans la vie du peuple de Dieu. Après la connaissance de Christ comme Sauveur, rien n’est plus important que la connaissance de soi-même et de sa mort avec Christ.

«Je suis crucifié avec Christ ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi» (Gal. 2:20). C’est la position d’un croyant heureux, celle de Paul. Il était bouillant, énergique, rempli jadis de dévouement et de zèle, mais non selon la connaissance ; il avait persécuté les chrétiens et assisté à la mort d’Étienne. Et maintenant : «je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi». C’est vrai, Christ est dans le croyant et, s’il n’y est pas, ce croyant n’est pas en Christ. Si Christ est en nous, le Seigneur nous dit : montrez Christ ; c’est toute la vie chrétienne. Christ ne nous conduira pas dans le présent siècle mauvais, ni sous la loi, jamais.

Un chrétien occupe la plus basse et la plus haute position : la plus basse parce qu’il est mort quant à sa volonté ; Dieu a tué le vieil homme ; je suis crucifié avec Christ, c’est la valeur permanente de la croix. Voilà pourquoi, quand un chrétien recherche les honneurs du monde, c’est une anomalie. Et personne n’occupe une position plus haute, parce que Christ est en lui, il est lié à un Christ glorieux. Il n’est pas plus moral qu’un autre ; il n’est pas chrétien parce qu’il renonce à une chose du monde, mais parce que Christ est en lui. Et pour qu’un chrétien montre Christ, Dieu le fait passer au crible : c’est sa discipline gouvernementale quotidienne. Dieu ne joue pas avec ces choses, elles lui ont coûté trop cher. Dieu ne nous parle pas pour nous amuser, ni pour nous faire des conférences ; on se contenterait volontiers d’un christianisme où des gens très bien vont écouter des gens très bien. Les prédicateurs que Dieu a envoyés ont souvent laissé leur vie. Si nous ne servons pas dans cet esprit-là, nous ne sommes pas des serviteurs. Toutes les fois que nous aimons le monde, nous contribuons à couvrir d’opprobre le visage du Fils de Dieu. Dieu nous a ouvert son coeur, il veut nous voir entrer dans la profondeur de ses pensées.

«Ô Galates insensés, qui vous a ensorcelés, vous devant les yeux de qui Jésus Christ a été dépeint, crucifié au milieu de vous ?» (3:1). Dieu nous dépeint souvent son Fils crucifié. Et lorsque nous oublions ce tableau de Jésus abreuvé d’opprobre, frappé par la colère de Dieu, portant le jugement de Dieu contre nos péchés, Dieu peut nous dire : ô chrétiens insensés, qui vous a ensorcelés ? La croix tient une grande place dans cette épître, justement parce qu’on voulait l’enlever. Toutes les fois que, pratiquement, je préfère quelque chose à Christ, j’enlève de dessus mon coeur et de dessus ma conscience le poids de la croix de Christ, j’en atténue la valeur, j’anéantis le scandale de la croix. Il ne suffit pas d’être un brave homme ; un chrétien est un homme honnête dans ce monde, mais il y est méprisé et n’en recherche pas les honneurs. C’est un déshonneur pour lui quand on lui offre les honneurs du monde : il n’a pas vécu Christ devant les hommes.

«Le scandale de la croix est anéanti» (5:11). C’est vrai en rapport avec la circoncision, mais c’est vrai aussi de tout ce qui atténue, aux yeux des croyants, le sens et la portée de la croix de Christ. On a anéanti le scandale de la croix de Christ : on a fait de la croix un bijou ; les chrétiens qui portent la croix de Christ comme un bijou auront à en rendre compte à celui qui a été crucifié.

La liberté chrétienne n’est pas la licence (5:13). Il ne faut pas abolir la liberté chrétienne par le légalisme, ni la remplacer par la corruption. Au nom de la liberté chrétienne, on a dit qu’il n’y avait plus ni loi, ni commandement : on sait ce qui en est résulté. L’apôtre rappelle cette «loi royale» : «Par amour, servez-vous l’un l’autre» (5:13). Le chrétien est appelé à laisser sa vie pour ses frères ; il peut faire plus que la loi ; il peut laisser sa vie parfois au sens littéral du mot, mais aussi en priant pour ses frères. Chacun devrait beaucoup parler de ses frères et de ses soeurs à Dieu, remplir sans relâche ce service de l’intercession. Il n’est pas possible de nommer toujours tous les noms, mais on peut les porter fréquemment devant le Seigneur. Prier pour les frères, les voir, s’intéresser à eux, voilà comment on peut laisser sa vie pour eux, et de bien d’autres manières encore.

«La chair convoite contre l’Esprit, et l’Esprit contre la chair» (5:17). Toutes les difficultés de la vie d’un chrétien, ou de celle du peuple de Dieu, se ramènent à un conflit entre la chair et l’Esprit. Dans les conflits entre chrétiens, la chair n’est jamais toute d’un côté et l’Esprit tout de l’autre. Dans ce tableau du chapitre 5, quelles oeuvres la chair ne peut-elle pas produire ! Et l’apôtre écrit à une assemblée chrétienne ! Mais les oeuvres de la chair sont les mêmes chez les croyants que chez les païens. Quand nous n’agissons pas par l’Esprit, nous agissons par la chair. Et le fruit de l’Esprit (v. 22) — il n’y en a qu’un seul — quelle beauté ! La chair a ses joies, des joies malsaines. Mais les joies que Dieu donne, on les a devant Dieu et avec Dieu.

«Portez les charges les uns des autres» (6:2). Ce n’est pas se mordre ou se dévorer l’un l’autre ! Et ainsi on accomplit la loi du Christ. Un frère ou une soeur a une douleur, un chagrin, il a peut-être manqué ; il faut porter cette charge, accomplir le service d’amour que le Seigneur place devant nous. Il y aurait là une activité ininterrompue à accomplir.

«On ne se moque pas de Dieu… ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera» (6:7). On retrouve cette pensée dans Osée 10:12-13. Le gouvernement de Dieu commence par sa propre maison (1 Pierre 4:17). La grâce peut pardonner, mais elle ne rétablit pas ce qui est perdu : on ne se moque pas de Dieu. C’est très solennel ; ne jouons pas avec les choses saintes de Dieu, avec les enseignements que Dieu nous donne. La plus infime exhortation qui vient de Dieu a le caractère de Dieu ; la mépriser, c’est mépriser Dieu.

«Je porte en mon corps les marques du seigneur Jésus» (6:17) ; Paul avait reçu des coups. Cinq fois il avait reçu quarante coups moins un, et il y avait alors des fouets à trois lanières. Paul avait des blessures, on les voyait sur son corps ; ce n’était pas des décorations, celles que le monde aime. Il portait sur lui l’outrage que le monde fait à Jésus, et il avait pour lui la gloire de Dieu. Est-ce que, dans le fond de notre coeur, nous désirons autre chose que vivre et mourir comme ce serviteur du Seigneur ? Au cours de l’histoire de l’Église, on a vu des croyants sacrifier leur vie pour Jésus ; on a vu sur eux les marques du Seigneur Jésus. Nous les verrons dans la gloire du ciel, mais nous ne verrons pas les honneurs dont le monde aura marqué les enfants de Dieu ; ils seront effacés.

Que le Seigneur nous donne de l’aimer et de le suivre en réalité !

 

2   Les dangers pour le chrétien : le légalisme, la chair, le monde — Galates 1:1-5, 8, 11-19 ; 2:19-21 ; 3:1-4, 12-13 ; 5:13-26 ; 6:1-4, 7-10, 14-18

 

[LC n° 93]

26 avril 1953

 

Le début de cette épître nous informe sur l’état dans lequel se trouvaient ces croyants, état qui a donné lieu à l’envoi, par la grâce de Dieu, par l’apôtre, de cette épître. Car les épîtres ont été la réponse de la grâce de Dieu aux circonstances et, on peut le dire, en général, aux dangers, et aussi aux infidélités des saints. Quand nous voyons l’état de choses aujourd’hui, nous pourrions souvent être découragés, ce qui est un sentiment qui n’est pas de Dieu. Le découragement n’est pas de Dieu ; il est de la chair. La chair s’enthousiasme et, le lendemain, elle se décourage. La foi souffre, mais la foi tient ; la chair souffre et lâche ; et, quand elle ne souffre plus, elle reprend de la force, de la puissance en elle-même. Tandis que, toujours, là où elle est véritablement, là où elle agit, la foi souffre, mais elle tient. Et on peut dire que toute la vie du croyant est la mise à l’épreuve de la valeur, de la réalité, de cette foi. Les Galates étaient dans un état difficile. Ils subissaient les assauts de mauvais docteurs, nous le savons bien. Mais nous nous arrêtons surtout à un côté de l’influence néfaste qu’ils subissaient ; ce côté sur lequel nous nous arrêtons le plus souvent, c’est le légalisme, le danger de faire revenir les chrétiens à la loi. C’est un danger réel, et un danger qui existe aujourd’hui, qui existe partout.

Trois dangers sont signalés dans l’épître, trois points qui constituent le fond de toute l’épître : premièrement, le légalisme, la loi ; deuxièmement, la chair ; et en troisième lieu, le monde. Autrement dit, les trois dangers permanents que courent les chrétiens dans tous les temps.

Nous nous arrêtons volontiers sur le premier, le danger de légalisme. Peut-être, dira-t-on, parce qu’il menace davantage ? Le Seigneur le sait. Nous avons vu, à la fin du chapitre 2, que l’apôtre règle cette question du légalisme, de la place de la loi ; et comment la règle-t-il ? Par la mort, comme nous le voyons dans les chapitres 2 et 3. Comment le croyant est-il délivré de la loi ? Par la mort. Qui est mort ? Il y en a deux qui pourraient être morts, au moins, qu’on pourrait supposer devoir mourir : le croyant ou la loi. La loi n’est pas morte ; c’est le croyant qui est mort.

Le second danger, c’est la chair. Comment Dieu nous délivre-t-il de ce danger terrible et qui suit, d’une façon bien plus pressante et bien plus fatale, la plupart du temps, le croyant jusqu’à sa fin ? Comment Dieu nous délivre-t-il de cela ? Par la mort.

Et le troisième danger nous suit également. Il suffit de voir comment nous avons vécu dans la semaine qui a fini hier, pour constater le danger du monde qui nous environne ! Comment Dieu nous délivre-t-il de ce troisième danger ? Par la mort.

Quelle est la grande puissance libératrice que Dieu a dans son arsenal ? La mort. Et quelle est celle dont, justement, nous ne voulons pas ? La mort. C’est la seule puissance libératrice, en tout cas négative, que Dieu ait, et c’est celle-ci que nous ne voulons pas ; c’est de celle-là que la chair ne veut pas.

Je dirai un mot de ces trois points. Dans cette épître, nous voyons que les Galates étaient déjà entraînés. Ils étaient sur la pente glissante. Mais si nous nous arrêtons à ce que nous dit l’épître aux Galates du légalisme, nous n’avons pas toute la pensée de Dieu. Quand nous réduisons au légalisme le sujet de l’épître aux Galates, nous laissons de côté deux autres points aussi importants.

Qu’est-ce qu’un esprit légal ? L’état d’un homme dans le légalisme, qu’est-ce que c’est ?

Le légalisme, ou plus exactement le régime de la loi, a été un régime que Dieu a reconnu, et même plus, institué. Nous n’avons pas à le rejeter, a priori. Dieu a institué ce régime de la loi ; il a mis à l’épreuve l’homme par la loi.

Le principe de la loi, c’est de dire à l’homme : Fais ceci ; fais le bien ; applique-toi ; poursuis le bien, et tu vivras. Voilà la loi. Et l’essence, ou la somme, de la loi, c’est : aime Dieu de tout ton coeur, et ton prochain comme toi-même. Nous courbons la tête. Je pense que nous sommes tous mis bien à notre place par cette simple déclaration de l’essence de la loi : aimer Dieu de tout notre coeur. Plus nous sommes âgés, plus nous le sentons. Jusqu’ici, nous avons aimé mille choses, et la moindre bagatelle que le diable a mise devant nous, à tel ou tel moment, nous l’avons préférée à Dieu Lui-même. C’est triste, mais c’est ainsi. Dieu ne fait pas fond sur votre coeur, ni sur le mien, ni sur le coeur de personne.

On a entendu quelquefois les chrétiens dire : Vous n’avez pas confiance en moi ! Lorsqu’il s’agit simplement de certaines circonstances ou de certaines relations, on peut avoir confiance en quelqu’un, et on devrait avoir confiance. Mais, toujours, la seule confiance qu’on peut avoir dans un chrétien, c’est la confiance qu’on place en Christ qui est dans ce chrétien.

Si je m’appuie sur un chrétien, que ce soit pour m’appuyer sur Christ qui est en lui, selon le passage du chap. 2 : «Je ne vis plus moi, mais Christ vit en moi». Lorsque nous rencontrons un chrétien, nous pourrions, nous aurions le droit de nous dire, dans notre coeur : c’est un chrétien ; je vais donc trouver Christ en lui ; je peux poser ma main sur lui. Est-ce que cela se vérifie, chers amis ? Toutes les fois où cela n’aura pas été vrai et où, au lieu d’avoir trouvé la fermeté du rocher, selon l’image que le Seigneur emploie Lui-même pour Dieu, nous aurons trouvé l’état mouvant, pour ne pas dire davantage, du coeur de l’homme, qu’agitent toutes les influences du dedans et du dehors, cet homme, ce chrétien, pour tout cela, aura à répondre à Dieu, devant tous.

«Je ne vis plus moi, mais Christ vit en moi». Un verset très court, tout à fait court, de la fin du chap. 2 ! L’apôtre dit «je», et non pas «nous», parce que c’était vrai de lui, et ce n’est pas toujours vrai des autres chrétiens. Car il s’agit ici, non pas de l’existence de la présence de Christ dans le chrétien, puisque le Seigneur est aussi bien présent dans un enfant converti récemment que dans le chrétien converti il y a soixante ans (Christ est en lui), mais de la manifestation de cette présence dans le croyant. On lisait vraiment Christ dans l’apôtre Paul.

Oh, chers amis, qu’est-ce qui nous sera redemandé !

Nous voyons tout de suite comment l’épître présente l’Évangile. «Dieu nous a retirés du présent siècle mauvais». Dieu ne nous a pas donné son Fils et la foi en son Fils pour que nous continuions à vivre dans ce siècle mauvais. Il nous en a retirés. C’est une position devant Dieu, aux yeux de Dieu. Tous les croyants, quelle que soit leur marche, sont donc retirés du présent siècle mauvais. Le mot siècle, ici, a un sens moral, qu’il n’a pas partout. Ailleurs, ce mot est aussi employé avec un sens dispensationnel : il y a le siècle à venir, le siècle de la loi… Mais ici, le présent siècle mauvais, c’est le monde dans son état moral mauvais.

Nous avons vu ce matin que le monde entier gît dans le méchant. On peut être frappé de la somme de vérités que contient cette formule lapidaire, extrêmement profonde : «le monde entier gît dans le méchant» (1 Jean 5:19). Où est-ce que je vais poser mon pied, dans le monde ? Dans quel endroit vais-je reposer mon coeur, pour trouver quelque chose de vrai, de pur, un amour vrai ? Nulle part. Le Seigneur n’a trouvé nul lieu où reposer sa tête ; le chrétien n’en trouve non plus nulle part, sauf dans ce qui est de Dieu. Et c’est ce que nous disions tout à l’heure : Je dois m’attendre à pouvoir me reposer sur un chrétien. Dans la mesure où le chrétien est fidèle, il répondra à l’attente d’un autre chrétien.

Mais, chers amis, le rocher, pour chacun de nous, c’est Christ Lui-même !

Il nous a retirés du présent siècle mauvais. Est-ce que quelqu’un est en train d’y retourner, dans ce présent siècle ? Quel est le dessein de notre coeur ? Quelqu’un dira : Je suis bien obligé, par ma profession, d’aller dans tel ou tel milieu ! Il n’est pas toujours sûr qu’un examen réfléchi, fait avant de commencer une carrière, n’eût pas conduit la piété ailleurs. Et on a vu que tel chrétien, lorsque Dieu l’a éclairé, a pu être conduit à abandonner telle ou telle partie de sa vie, pour réaliser davantage, précisément, qu’il est retiré du présent siècle mauvais. Nous n’y pensons pas beaucoup, à cela ! Mais bien des vies chrétiennes ont été marquées par cette puissance de Dieu agissant dans un homme, et lui faisant faire le choix de la foi ! Nous, nous pratiquons un christianisme mort, exactement comme si Dieu était mort, comme si Dieu était plus faible que le monde ! Or, il est écrit : «Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde» (1 Jean 4:4). Hélas, les chrétiens d’aujourd’hui, avec beaucoup de prétention, laissent croire, en montrant ce qu’est la chair, en montrant la puissance de la chair, que Dieu est vaincu par le monde, alors que nous sommes ici-bas pour montrer que Dieu est plus fort que le monde ! C’est un peuple vainqueur que Dieu laisse dans le monde, et non un peuple vaincu !

Le premier point de notre lecture, c’est donc celui de la loi. La loi, le régime de la loi, est un état de choses que Dieu Lui-même a institué, à un moment donné où Il voulait montrer si on pouvait cueillir du bon fruit sur cet arbre qui s’appelle l’homme. C’est comme s’Il disait : On va voir si l’arbre est bon, car on connaît l’arbre à son fruit. Dieu Lui-même a donné cette image de l’arbre, sous diverses formes ; la vigne, par exemple. Et la vigne a ceci de remarquable, que sa seule utilité, c’est de donner du fruit. Le bois n’est bon à rien ; Ézéchiel le dit en toutes lettres (15:1-5). Un autre caractère de la vigne, c’est de donner un fruit très abondant. Une vigne bien cultivée est extrêmement chargée de fruits. Plusieurs fois, dans l’Écriture, nous trouvons cette pensée. Eh bien, Dieu a placé son peuple, sa vigne, sous certaines conditions. Il lui a donné la loi : tu aimeras ton Dieu et ton prochain comme toi-même ; tu ne mentiras pas. Chers amis, «tu ne mentiras pas» ! «Tu n’invoqueras pas le nom de ton Dieu en vain» (Deut. 5:11) ! Ce qui veut dire : tu n’invoqueras pas le nom de ton Dieu pour mentir, comme le dit le prophète : «Ils disent des mensonges au nom de l’Éternel» (Zach. 13:3). Voilà ; c’est une plaie abominable, parmi le peuple de Dieu, aujourd’hui. Il y a mille formes de mensonges, une infinité de formes de mensonges, et la loi dit : «Tu ne mentiras pas».

Est-ce que la grâce efface ce commandement de la loi de Dieu ? Est-ce que la grâce dit : Tu peux mentir, tu mentiras, vous pouvez mentir ? Que Dieu nous garde de tolérer un seul instant une aussi affreuse pensée !

Le résultat du régime de la loi, c’est que la chair est entièrement condamnée. Il n’y a rien de bon en elle.

Eh bien, l’esprit légal, le légalisme, un enseignement légal, veulent recommencer en petit, dans les détails, l’expérience que Dieu a faite entièrement. C’est dire : Dieu n’a pas bien fait l’expérience ; moi, je vais recommencer. Et combien de péchés sont accumulés, dans cet état d’esprit ? Beaucoup, certainement. L’esprit légal, c’est celui de l’homme qui dit : Moi, je peux faire quelque chose ; moi, moi, moi ! Eh bien, Dieu a tué ce moi, dont tous les sages de tous les temps n’ont rien pu faire, qui les a harcelés, harassés, toujours. Et ce moi dont, «dans sa course sauvage», comme on l’a dit, l’homme n’a jamais pu s’évader, ce moi, toujours là, Dieu nous en a débarrassés. Nous ne savons pas bénir Dieu pour tout le travail qu’Il a fait, non seulement pour nous sauver, mais aussi en nous, pour nous délivrer, un travail pour nous et en nous !

L’esprit légal cultive l’homme, s’attend à lui, fait appel aux énergies, aux capacités de l’homme, et veut imposer à l’homme une expérience, des conditions d’action, comme sous la loi. La loi n’a d’ailleurs jamais été donnée toute pure, mais mélangée de grâce. Elle a bien été donnée toute pure, la première fois, quand Moïse descendit, les tables de pierre dans sa main. Mais, heureusement, il les a brisées (quand les fils d’Israël s’étaient fait un veau d’or). C’est que Moïse avait été à l’école de Dieu, deux fois quarante ans ! Comment aurait-il pu avoir une telle patience, pendant les quarante ans du désert ? C’était l’homme le plus doux qui fût, à la surface de la terre ! Rappelons que la plus grande vertu du chrétien, c’est la patience. Quelle est la plus grande preuve de puissance du chrétien ? La patience. Pour être patient, toujours et partout, il faut Dieu. Vous avez des caractères patients parce qu’ils sont indifférents ; qu’il arrive quoi que ce soit aux frères, à l’assemblée, jamais ils ne se mettront en colère, parce que cela ne les empêche pas de dormir. Ce n’est pas la patience de Dieu, cela ; c’est de l’égoïsme. Pour être patient, il faut Dieu, pour être toujours patient. Jamais on n’a pu faire sortir le Seigneur de sa patience ; jamais Il n’a eu un geste d’impatience ! On n’a pas pu le faire agir ainsi. Pourtant, tous les moyens ont été employés, depuis le blasphème le plus affreux jusqu’à la flatterie la plus basse. Le Seigneur a toujours été patient. Est-ce que c’est notre modèle, sur ce point ? Nous disons que c’est notre modèle, et nous disons quelquefois cela en nous mettant en colère ! Ah, chers amis, que de choses nous aurons à revoir, devant Celui qui a marché devant nous, et qui ne nous dit jamais : Il y a un autre chemin que le mien ! Nous aurons des choses à entendre de sa bouche ; et si ce n’est pas ici, ce sera ailleurs, dans un lieu infiniment plus solennel, où les paroles tomberont avec un poids, une autorité, et dans des circonstances, dont nous n’avons même pas la moindre idée. Et ce sera trop tard pour effacer un geste, trop tard pour faire oublier une parole, trop tard pour faire effacer cette colère que nous avons manifestée ! Cela sera pesé et compté dans nos pertes éternelles.

L’esprit légal, le voilà : on cultive l’homme, on veut le soumettre à des règles. Mais il y a des règles, pour le chrétien ! Et, à cet égard, on se méprend souvent sur ce qu’est l’esprit légal ou le légalisme. Nous avons vu les règles. Il y a des règles, «à tous ceux qui marcheront selon cette règle». Nous avons vu aussi le mot «loi» : «ainsi, accomplissez la loi du Christ» (6:2). Il y a donc, pour le chrétien, une loi et des principes ; de sorte qu’il est arrivé plus d’une fois, que la lutte contre l’esprit légal a été une lutte contre les règles les plus saines, et contre les principes fondamentaux et les lois toutes divines qui régissent cette vie nouvelle reçue de Dieu, et qui est la vie de son Fils même.

Que Dieu nous garde ! La loi, d’ailleurs, n’est pas morte du tout ! Voilà un homme qui pèche, un homme qui persévère dans le péché. On peut lui dire : Tu ne mentiras pas. On peut très bien prêcher la loi un peu ; c’est une excellente chose. Voyons la première épître à Timothée. Et l’épître aux Romains nous montre très clairement que la loi n’est pas morte, mais tout à fait vivante. Nous n’avons pas lu, dans le Nouveau Testament, que Dieu ait déchiré les pages de la loi ; elles y sont toujours. Et Dieu nous dit même, dans le Nouveau Testament, que la loi a été accomplie et doit être accomplie, et même plus que la loi !

«Aimer son prochain comme soi-même», quelle question cela pose à notre conscience ! L’essentiel de la loi, c’est «aimer Dieu de tout son coeur et son prochain comme soi-même» ! Notre front se couvre de honte, en pensant à cela. Nous prêchons beaucoup l’amour, chers amis… Que Dieu nous donne de boire à la source de l’amour ; et alors seulement nous pourrons, nous saurons, aimer les autres.

Que de choses le Seigneur aura à revoir, dans les choses qui auront été dites au nom de l’amour chrétien, et pour développer l’amour chrétien ! On ne force pas à aimer. Il faut que chacun boive à la source, et des fleuves couleront de lui envers les autres ! Non, l’amour n’est pas produit par un principe légal ! Au reste, n’est-ce pas cette racine d’égoïsme qui est en nous qui alimente, trop souvent, les activités de l’amour dit chrétien ? Chers amis, cela peut échapper à l’oeil de l’homme, et à l’oeil du plus spirituel, d’autant plus que nous ne pouvons et que nous n’avons pas le droit d’entrer dans le coeur d’un homme et de le sonder. Mais tout cela est connu, retenu, inscrit ; et tout cela sera inscrit comme une perte, au jour où Dieu manifestera les secrets des coeurs «selon mon évangile» (comme le dit Paul) !

Oh, chers amis, quel bonheur, au fond, de dire : Il y aura un moment, il y aura un endroit, où la vérité totale sera connue ! Oh, c’est un repos, un profond repos. Et le croyant qui est exercé peut dire : Eh bien, la vérité en moi sera manifestée ; tant mieux ! Enfin, tant mieux !

Ce n’est pas que nous soyons forcément hypocrites. On peut être sincère, mais sans se connaître, et sans que la chair soit tenue en bride. La sincérité ne suffit pas, aucunement. Bien des personnes ont été sincères en tuant les chrétiens (Jean 16 nous le dit) ; elles pensaient rendre service à Dieu ! Ne comptons pas sur la sincérité de l’homme, même celle du chrétien ; comptons sur Dieu et sur ce qu’Il fait dans un homme. Dieu peut faire que je puisse m’appuyer sur mon frère, en qui Christ est, m’appuyer sur lui en tout temps, en toutes circonstances. Mais si Dieu ne le fait pas, cela ne se trouve pas.

Oh, quel bonheur de connaître Dieu ! Est-ce que tout le monde connaît Dieu, ici ? Chacun connaît-il Dieu ? Chacun peut-il dire : «Je connais Dieu, mon âme connaît Dieu ; mon repos est en Dieu, mon bonheur est en Dieu. Je ne peux pas compter sur moi ; je ne peux pas me confier en moi-même, en aucune manière, mais je connais Dieu. Il me parle, m’aide, me reprend. Lui ne me flatte pas ; Il ne me dit pas que je marche bien quand je marche mal, comme mon frère me le dira peut-être, parce qu’il aura intérêt à me le dire ! Dieu me connaît. Il me dit : Tu mens, tu fais mal ; et Il met le doigt sur le point le plus sensible de mon âme, sur le ressort qui joue dans mon acte» ?. Non, on ne peut pas vivre dans les ténèbres, mentir, et avoir Dieu ; on ne L’a pas ! Si on prétend le contraire, on ajoute à ce qu’on a déjà fait un mensonge, et on fait Dieu menteur !

Le plus grand bonheur, pour un chrétien, il l’éprouve lorsque la lumière de Dieu inonde son âme. Alors on voit clair. Il n’y a pas, pour cet homme, d’occasion de chute ; il marche de jour. Il y a des tentations, des pièges sur le chemin ; et, si le croyant n’a pas Dieu avec lui, il ne voit pas que telle chose est un piège. Il dit : C’est Dieu qui a préparé cela. Le croyant qui a Dieu avec lui comprend que c’est le diable.

Ensuite, nous trouvons que nous sommes morts à la loi. La loi n’est pas morte ; moi, je suis mort, mort à la loi, comme Christ est mort et a porté la malédiction de la loi : «Maudit est quiconque est pendu au bois» (3:13). Le Seigneur Jésus est mort à ma place, sous la malédiction de cette loi qui me maudissait, qui me disait : As-tu aimé ton prochain comme toi-même ? Certainement pas. As-tu aimé Dieu de tout ton coeur ? Certainement pas. N’as-tu jamais menti ? Certainement si. Et elle ne pouvait que maudire. La loi, c’est un glaive qui est là, toujours levé, toujours brandi. Tu ne fais pas ce que je dis ? Je frappe, je tue. Eh bien, je suis mort à la loi. Je suis sur un autre terrain, le terrain de la grâce. Mais le terrain de la grâce n’est pas celui d’une grâce qui serait associée au mensonge, mais de la grâce et de la vérité. On veut souvent nous dire que c’est le terrain de la grâce et du mensonge. Non ; c’est le terrain de la grâce et de la vérité : «La grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ» (Jean 1:17). Si vous ne demeurez pas dans la vérité, vous n’avez pas Dieu. Si vous n’avez que la vérité sans la grâce, vous n’avez pas Dieu non plus.

Nous sommes donc morts à la loi. Et je n’ai rien à demander à l’homme, l’homme sur lequel tout le monde met ses espoirs ! On mettra bientôt ses espoirs sur l’Antichrist. Mais le chrétien dit : Je n’attends pas quelque chose de bon de l’homme, quelque exploit ; je n’attends de lui rien de bon ; cette histoire de l’homme est bien finie. Le christianisme marque la fin de l’histoire de l’homme, le commencement de l’histoire de Christ dans l’homme.

Que Dieu nous accorde, chers amis, un coeur attaché au Seigneur Jésus. Lui ne déçoit pas ; tous les autres déçoivent. Tous les chefs, et les grands et soi-disant nobles de la terre, se parent de toutes les apparences, manteau supplémentaire qui cache la corruption, et c’est tout. Le croyant supporte, mais ne se laisse pas aveugler. Et Dieu supporte beaucoup de choses, en moi et dans le monde. L’amour, la patience, vont tout à fait de pair avec la clairvoyance. Chers amis, que Dieu nous garde de chercher à avoir des apparences, à faire du bruit, à avoir de l’influence. On a dit, il y a longtemps, que notre bien-aimé Seigneur et Sauveur Jésus Christ (notre Sauveur ; est-ce qu’Il est le nôtre à tous, aujourd’hui ? Chacun ici peut-il dire : C’est mon Sauveur ; je l’aime ; sur Lui mon coeur s’appuie en tout temps, quoique ce ne soit pas comme je Le devrais, mais c’est le rocher de mon coeur ? Je sais qu’Il m’a aimé ; je sais ce qu’Il a fait et ce qu’Il fait pour moi ; j’en sais assez pour réaliser qu’Il est mon ami suprême),  notre modèle, n’avait aucune des trois choses après lesquelles tous les hommes courent, pour lesquelles ils passent leur vie, employant toute leur énergie pour les obtenir.

Le pouvoir : un homme qui est au pouvoir, nous avons à le reconnaître. Le Seigneur a reconnu l’autorité de Pilate ; mais Il dit quand même : «Tu n’aurais pas de pouvoir s’il ne t’était donné d’en haut» (Jean 19:11). Eh bien, dans ce monde, le Seigneur n’avait aucun pouvoir. Il avait la dernière place, sans aucun pouvoir, alors que les hommes briguent le pouvoir à toutes les échelles ; c’est leur raison de vivre.

La deuxième chose que le Seigneur n’avait pas, c’est l’argent. Il était un homme entièrement dépouillé, extérieurement. Il n’avait pas d’argent pour payer les impôts. Va, dit-Il à Pierre, jette un hameçon, et le premier poisson qui montera, tu trouveras dans sa bouche un statère que tu donneras pour moi et pour toi.

Troisième chose que le Seigneur n’avait pas et que les hommes recherchent jusqu’à la mort, c’est l’influence. Est-Il notre modèle, de ce côté-là ? Sommes-nous tout à fait heureux de le suivre, de ce côté-là ? Si nous sommes heureux de le suivre, nous aurons le vrai bonheur.

Nous sommes mis à l’épreuve ; et si, par la grâce du Seigneur, nous pouvons Le suivre, alors Il marchera avec nous dans le chemin qu’Il a tracé : «Il marche devant moi, m’encourage à Le suivre, partout avec Jésus, pour mourir et pour vivre» ; que ce soit le voeu de notre coeur, chers amis. Si ce n’en est pas la réalisation, que ce soit un voeu profond, constant, et la prière constante de notre coeur : être partout avec Jésus.

Ensuite, deuxième point de notre lecture, nous avons la chair. C’est un ennemi, et un ennemi terrible, qui a tous les défauts, et beaucoup de prétention. Chacun sait, je pense, que notre premier ennemi, notre constant ennemi, celui qui nous suit partout, qui donne la main au monde, qui donne la main au diable, c’est la chair ; «le corps de la chair», cette puissance de mal qui est comme un corps que nous avons en nous, et dont l’activité a toujours pour source notre volonté propre ! L’épître aux Romains traite ce sujet très à fond. Quelle triste chose nous sommes ! Nous avons vu, en Galates 4, les oeuvres de la chair. C’est dans ce chapitre 5 qu’il est dit : «Puisque nous vivons par l’Esprit, marchons aussi par l’Esprit», et encore : «La chair convoite contre l’Esprit et l’Esprit contre la chair». Ceci est différent de ce que nous trouvons en Romains 7. En Romains 7, c’est une âme qui n’est pas encore au clair et cherche à produire le bien, qui est dans un esprit légal. Elle cherche à produire du bien ; elle n’est pas encore au clair sur ce fait qu’il n’y a aucun bien «en moi». C’est pourquoi la conclusion de cette expérience, c’est : «Je sais qu’en moi, c’est-à-dire en ma chair, il n’habite point de bien» (Rom. 7:18). Il faut un changement d’état intérieur. Tandis qu’en Galates 5, la chair convoite contre l’Esprit, et l’Esprit contre la chair. C’est un état permanent, chez tous les chrétiens. Tous les chrétiens ont l’Esprit, et tous les chrétiens ont la chair ; et l’Esprit et la chair sont opposés l’un à l’autre. Eh bien, qu’est-il dit à propos de cette chair que nous avons ? Ceux qui sont du Christ ont crucifié la chair. Quelle est l’opération de Dieu quant à la chair ? C’est la mort ; il n’y en a pas d’autre. Un homme dans la chair est comme cet homme qui vivait dans les sépulcres ; on lui avait mis bien des fois des fers, pour le tenir. C’est exactement l’image de toutes les éducations dans lesquelles on a voulu enserrer l’humanité, pour l’empêcher de regimber comme elle le fait. Elle rompt tous les liens, et on voit les actes sanglants qu’elle commet, comme il n’y a pas encore dix ans, et qui ont dépassé, peut-être, tout ce qui s’était vu jusque-là. Voilà l’homme ! Quelqu’un dira : C’étaient des gens spécialement violents ; et quand la guerre est déclarée, eh bien, c’est une période particulière. Quoiqu’il en soit, il y a en moi la même puissance de mal, comme en chacun de nous, même chez l’enfant qui est plein de charme, et dans la jeunesse qui, encore, elle aussi, est dans un âge où la vie n’a pas marqué toutes ses empreintes de mal. Il y a une possibilité de mal en puissance qui est la même, chez quelque homme que ce soit.

Rien ne parle mieux que l’Écriture. Eh bien, que trouvons-nous, dans les premières pages de la Bible ? Une famille où ils étaient quatre, le père, la mère et deux fils. Qu’est-ce qui se passe ? L’aîné tue son frère plus jeune aux champs ; et voilà le premier sang versé. Oh, qu’est-ce que l’homme ! Il est capable de tout. Ce n’est pas le meurtrier, qui est capable de tout ; moi, je suis capable de tout. Lisons l’énumération des oeuvres de la chair. Dans sa première épître, Jean nous dit : Celui qui hait son frère est un meurtrier (3:15) ! Et quel mélange de haine ne s’est-il pas trouvé, dans certaines proclamations d’amour ! Si j’ai de la haine dans le coeur, qu’est-ce qui empêche mon bras de s’armer et de frapper ? Simplement la miséricorde de Dieu, qui empêche le germe de devenir un fruit.

Elle n’est pas brillante, l’humanité ! Mais, Dieu soit béni, il doit y avoir, pour tout homme au monde — que Dieu nous accorde à tous, à cet égard, la grâce de veiller — qui a faim et soif de la vérité, un lieu où il puisse la trouver : «l’Assemblée, colonne et soutien de la vérité» (1 Tim. 3:15). Et même, tout homme devrait trouver un refuge dans chaque croyant. Nous devrions être là pour dire à tout homme en détresse, et qui ne sait plus où se tourner : Venez, voyez, je vous conduirai au lieu où vous trouverez le repos que vous cherchez ; je vous montrerai la source qui ne vous décevra pas ; je vous montrerai la source de la grâce et de la vérité ; vous ne vous êtes pas trompé en vous adressant à moi ; je ne l’ai pas en moi-même, cette source, mais je vous la montrerai. C’est ce que nous trouvons en Apocalypse 22:17 : «Que celui qui a soif vienne ; que celui qui veut prenne gratuitement de l’eau de la vie». Voilà ce que l’Église devrait pouvoir dire, à quelque homme que ce soit. Il y a bien de quoi être désolé, dans ce monde ; et on comprend très bien qu’en face de l’état moral du monde, le coeur de l’incrédule n’y tienne pas – son esprit non plus !

En opposition aux oeuvres de la chair, le fruit de l’Esprit est : l’amour, la paix, la joie, la longanimité, la justice, la patience. Voilà ce que le Saint Esprit produit dans le croyant ; non pas dans le vieil homme, mais dans le nouvel homme.

Que le Seigneur remplisse notre coeur, jour après jour ! Qu’il nous accorde de beaucoup avoir affaire à Lui. Fuyons le mensonge, les ténèbres. Cherchons le Seigneur. Que notre coeur en soit rempli. Le moment vient où tout sera mis à sa place, pesé justement, corrigé justement ; tout sera rendu clair. Quel bonheur !

Eh bien, que nous vivions auprès du Seigneur, dans le ciel, dans l’avenir, pour avoir la grâce et la patience, en attendant que nous soyons ravis dans le ciel.

Puis, troisième point, c’est le monde. Comment peut-on être délivré du monde, qui fait tant de mal au chrétien ? On voit quelquefois des chrétiens — serviteurs du Seigneur ou qui pensent l’être — qui ont l’air de vouloir partir à la conquête du monde ; et ils tombent. Pourquoi ? Ils ne se sont pas assis pour calculer la dépense. C’est une chose très solennelle, en effet, de partir à la conquête du monde, de prêcher l’évangile au monde ; très solennelle, parce que le monde est puissant. Et alors, au lieu que ce soit le christianisme ou le chrétien qui gagne du terrain, on voit la main du monde mettre sa marque sur cet homme, comme la marque de la bête, par anticipation. Sa marque est là, la marque du monde. C’est le monde qui est plus fort que le chrétien, et que nous tous, d’une façon ou d’une autre, si nous ne veillons pas. Le monde est un ennemi mortel. Il est bien plus dangereux quand il nous sourit que lorsqu’il persécute. Le monde qui persécute a été souvent un moyen de salut ; le monde qui sourit, qui promet, qui dit : «Avec moi le vrai bonheur !», est un menteur. Ne le croyons pas ; c’est un menteur.

Qu’il nous soit donné de ne pas attendre d’être sur notre lit de mort pour être obligés de dire, avec seulement des regrets et des remords : Le monde m’a menti, jusqu’à la fin.

Paul a été crucifié au monde au commencement de sa course : «le monde m’est crucifié et moi au monde» (6:14). Et quelles sont les marques qu’il portait sur lui ? Les marques du Seigneur Jésus. Quelles étaient ces marques, des marques très glorieuses ? On voit, parmi le peuple de Dieu, des chrétiens désireux que le monde mette sur eux des marques d’honneur et de distinction. Hélas, cela ne devrait jamais se voir, chez un chrétien. C’est l’opprobre de l’Égypte qui, après avoir été enlevé de dessus le chrétien, est remis. Regardons Guilgal ; l’opprobre de l’Égypte était roulé de dessus le peuple de Dieu. Dieu pouvait dire : Voilà enfin mon peuple qui n’a plus sur lui l’opprobre de l’Égypte ; je l’ai ôté.

Nous devrions être désireux de porter ces marques de l’apôtre Paul, les marques du Seigneur Jésus. On lui avait mis les mains dans les chaînes ; on l’avait frappé trois fois de quarante coups moins un (parce que c’était avec un fouet à trois cordes). Eh bien, voilà les marques qui étaient les gloires de Paul.

Et quelles ont été les marques que le Seigneur a emportées, dans le ciel ? Est-ce que nous en désirons d’autres ? Si oui, ne disons pas que nous l’aimons.

 

3   Crucifier la chair et le monde — Galates 1:1-8, 10 ; 2:11-20 ; 5:16-17, 22-26 ; 6:1-3, 7, 12, 14-18

 

[LC n° 94]

4 janvier 1970

 

Au chapitre 6 verset 2, nous avons le mot «loi», et au verset 16, le mot «règle». Voilà des mots qu’on n’aime pas. Et pourtant, ils sont là.

Nous ne pourrons jamais dire que le Seigneur nous aura laissés dans l’équivoque, pour ce qui regarde notre vie chrétienne. Nous aimons savoir que le Seigneur ne nous a laissés aucune équivoque possible sur la question de notre salut. Sommes-nous aussi empressés pour ce qui touche à nos devoirs ? Un christianisme sans devoirs, sans obligations morales, n’est pas un christianisme. L’obéissance est un trait vital de la vie divine dans l’homme. L’obéissance est une loi morale. Ce n’est pas un commandement, mais une loi vitale, organique, tenant à la nature des choses.

La Parole dit : «… qu’il nous retirât du présent siècle mauvais» (1:4). Ce monde est un très grand piège, pour les chrétiens, pour les enfants de chrétiens. Plus d’un a été emporté par l’amour du monde. Peut-être que nous n’avons pas signalé suffisamment, et assez tôt, ce danger.

Ce n’est pas un petit exercice que d’avoir une attitude constante, vis-à-vis de ce monde. Ce qui est brillant, pour un témoignage, c’est la même attitude pendant toute une vie durant. Nous avons la vie de l’apôtre Paul. Vous l’auriez rencontré à la fin de sa vie, étant un vieillard, il était le même qu’au commencement.

Il y a eu des vies qui furent, d’une façon constante, dans un refus à accepter le monde. Dans les familles, il y a beaucoup à faire.

Dans le monde, il y a une quantité d’idoles : les arts, la culture, les sciences, la fortune. La fortune est un grand piège, de nos jours ! Il faut savoir être content de ce que nous avons présentement (Héb. 13:5). Peut-être avons-nous à revoir de quelle manière nous refusons à ces idoles l’entrée dans la maison de Dieu. N’y a-t-il pas des choses à revoir, pour nous tous ?

Les seules valeurs acceptables, dans l’assemblée, ce sont les valeurs spirituelles. C’est seulement cela qui a de la valeur, devant Dieu. Il pourrait y avoir un chrétien ne sachant que très mal parler le français. S’il parle par l’Esprit, ce n’est que cela qui aura de la valeur. Ce n’est pas la qualité de langage. Nous avons à souffler sur cela.

Que le Seigneur nous donne de veiller sur ces choses !

Quant aux valeurs humaines, la Parole touche la chose d’une façon très dure. Elle nous dit que tous ceux qui ne parlent pas selon l’Esprit, parlent selon l’homme animal. Le monde ne voit pas comme cela. C’est pourquoi la vérité divine ne sera jamais populaire. Si l’Évangile devient populaire, c’est que quelque élément étranger à la vie divine s’y est introduit.

Grâces à Dieu, nous avons eu des frères de très grande valeur, et qui ont abandonné les valeurs humaines pour servir leurs frères.

Pour que les vases soient utiles, il faut qu’ils soient brisés. Le vice qui est à la racine, c’est la volonté de l’homme. Voilà le vice fondamental.

«Il nous retirât du présent siècle mauvais». Si on est heureux avec le Seigneur, on n’ira pas au théâtre. Si on a affaire au Seigneur, la séparation est intérieure. Et cela entraîne aussi une séparation extérieure, pas de communion avec le monde. Chacun doit avoir affaire au Seigneur en cela. Combien de frères et soeurs se sont laissés entraîner à ces choses. Et il leur a été difficile de s’en séparer, ensuite.

Montrons aux jeunes que, si nous sommes séparés du monde, nous savons pourquoi. Notre vie n’est pas faite d’essais.

2:11 : Nous voyons ici la fidélité d’un Paul. Pierre avait manqué de droiture ; et Paul a repris Pierre en face. Cela aurait pu démolir la foi. Paul le reprend en face. Pierre l’a reçu. Nous pouvons être appelés à reprendre ceci ou cela. Nous avons à veiller à ne pas laisser tout faire, dans l’assemblée. Ce n’est pas le rôle des jeunes frères, mais des frères et soeurs âgés. Combien il est préférable de prévenir un mal que de le guérir !

Nous avons à veiller à ce que la chair ne s’installe pas. Dès que nous autorisons une déviation vis-à-vis de la vérité, nous ne savons pas jusqu’où cela nous mènera. Nous ne pouvons prévoir les conséquences.

Le frère qui reprend n’a pas forcément de don. Les frères ne devraient pas chercher leur popularité envers les autres. Nous disons facilement au Seigneur : «Je te remets les affaires de l’assemblée». Nous avons à prendre nos responsabilités, et à y faire face.

Satan est en train de ruiner les assemblées.

Paul a fait passer le bien de l’assemblée avant son affection pour Pierre. C’est dans de telles circonstances que nous sommes sondés. Sinon, c’est de la camaraderie. Et la camaraderie n’a pas de place, dans l’assemblée.

Je connais une soeur qui s’est opposée à l’admission de sa fille. La suite a montré qu’elle avait raison.

Que l’assemblée ne soit pas le seul lieu où la chair n’est pas réprimée ! Nous disons facilement au Seigneur : «Je te remets les affaires de l’assemblée». Mais nous avons nous-mêmes à prendre nos responsabilités pour y faire face. Nous avons la responsabilité d’y faire face.

Autrefois, il y avait davantage de frères qui possédaient cette autorité morale. Il n’y en a plus. Mais nous devons prier pour les frères qui sont là.

Un frère qui se retire n’est pas humble. Un frère doit dire ce qu’il doit dire, et autant de fois qu’il doit le dire. Il ne doit pas chercher à imposer sa volonté.

Les frères d’autrefois se montraient soigneux, déclarant ce qu’ils avaient sur leurs consciences, pour ne pas avoir le Seigneur contre eux. Puis ils laissaient le Seigneur agir.

5:17 : «Car la chair convoite contre l’Esprit, et l’Esprit contre la chair». Nous avons l’Esprit, et nous avons la chair. Ces deux puissances sont là, dans le chrétien. L’Esprit a ses pensées, ses activités, son action ; et la chair a ses pensées, ses activités et ses tendances. Ce qui est à retenir, pour chacun de nous, c’est que, jusqu’à notre dernier jour, la chair qui est en nous ne sera pas changée. Chez Paul, après cinquante ans de vie chrétienne, la chair qui se trouvait en lui n’avait pas changé. N’attendez pas d’amélioration de la chair ; il n’y en aura pas. Comment pouvons-nous nous tirer d’affaire ? Il nous faut la tenir pour morte. Elle fait toujours le mal, même si elle veut faire le bien. Toutes les fois qu’elle se montre, elle est condamnée.

v. 22 : «Mais le fruit de l’Esprit est l’amour, la joie, la paix, la longanimité, la bienveillance, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance : contre de telles choses, il n’y a pas de loi». Il nous faut lire et méditer cela. Les fruits de l’Esprit sont l’amour, contraire de l’égoïsme ; la joie, la paix. Quand le Saint Esprit agit en nous, nous sommes heureux. Quand il n’est pas contristé par la chair, nous sommes heureux. Un chrétien qui n’est pas heureux en Christ, il n’est heureux nulle part. Au fond, c’est un être bien misérable. L’amour, la joie, la paix, la longanimité : que de vertus ! C’est un état intérieur vivant, par l’Esprit. Si nous ne cherchons pas à nous entretenir de ces choses, le lundi, nous oublions un peu, et, les jours suivants, un peu plus. Et puis notre force s’affaiblit. Et ainsi, nous avons un christianisme routinier. Qu’est-ce que nous avons à faire ? Retrouver la communion avec le Seigneur. Recherchons les réunions, et le Seigneur lui-même, dans les réunions. Les réunions sont une bonne chose, mais ne sont pas tout. Si vous voulez le monde et Christ, personne, peut-être, ne pourra le savoir ; mais le Seigneur le saura.

Vous ne pouvez pas servir le Seigneur sans le suivre. Vous ne pouvez servir deux maîtres. «Si quelqu’un me sert, qu’il me suive» (Jean 12:26).

Est-ce que notre christianisme est un christianisme des dimanches, ou pour tous les jours de la semaine ? Prions beaucoup. Veillons sur nos coeurs. Et, dans les familles, prions. Il est bien clair que, de nos jours, les difficultés sont très grandes. Mais nous rappelons cela, car il n’y a pas d’autres ressources, pas d’autres remèdes.

Prions les uns pour les autres. Portons les charges les uns des autres. Pensons aux pères de famille.

Chacun, suivant ce que le Seigneur nous donne, nous pouvons nous pencher sur les âmes.

6:1 : «Frères, quand même un homme s’est laissé surprendre par quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez un tel homme dans un esprit de douceur, prenant garde à toi-même, de peur que toi aussi tu ne sois tenté». C’est un cas non grave. C’est une défaillance. «Portez les charges les uns des autres, et ainsi accomplissez la loi du Christ» (v. 2). Voilà une bonne loi. C’est la loi de l’amour.

Aucun d’entre nous n’a de motif pour être satisfait de son christianisme. On est satisfait en Christ. Nous ne sommes rien. Paul dit : «Moi qui suis le moindre de tous les saints» (Éph. 3:8). Voilà une pensée d’humilité que celle-là, en restant le débiteur de tous les autres, sans réclamer, sans rien attendre.

Les religions où on innove, tout cela est pour donner de l’importance à l’homme. Alors que l’assemblée est un ensemble de croyants qui sont des condamnés à morts, et particulièrement au culte. Cette pensée devrait être une réalité : ils sont «morts en Christ».

Le christianisme détruit l’homme. L’homme est entièrement détruit. Il faut dire ces choses. Car on sent, et on sait, qu’on a moins de temps pour lire. Il est nécessaire, dans les réunions, de développer les vérités fondamentales. Notre guide, dans l’assemblée, c’est le Saint Esprit seul. Tout ce qui donne occasion à la chair de se développer, est mauvais. Tout en étant exercés, nous avons à confesser que la chair se montre trop souvent. Mais nous avons à veiller à ce que la chair ne s’installe pas, ne soit pas reconnue.

Le monde est crucifié, pour le croyant fidèle. Le monde est ennemi de Christ, et alors ennemi et crucifié, pour le croyant. Si nous étions plus fidèles, le monde aurait moins d’attrait pour nos coeurs.

Nous avons à aider les jeunes contre le courant de ce monde. Car il y a des descentes qui sont difficiles à remonter.

Que le Seigneur nous donne de méditer cela, de cultiver la communion avec le Seigneur ! La vie chrétienne est faite de détails.

L’état normal est que le Seigneur remplisse notre coeur. Et nous montrons ainsi aux inconvertis que le christianisme n’est pas en doctrine, mais en pratique.

Toutes choses mûrissent. Nous ne savons pas combien de jours vont encore se passer ici-bas, pour nous.

Que de choses ont changé, depuis un demi-siècle !

Que le Seigneur nous accorde la grâce de lui être fidèles, pour sa gloire et le bien des siens.

Regardons à lui pour lui être fidèles, marchant fidèlement vis-à-vis de lui-même, vis-à-vis de l’assemblée, et aussi vis-à-vis des inconvertis qui nous regardent marcher !

 

4   Défaillances — Luc 22:31-34, 54-62 ; Jean 21:15-19 ; Galates 2:6-14 ; 2 Pierre 1:13-14

 

[LC n° 50]

Dimanche après-midi 11 janvier 1948

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 115

 

«Finissez-en avec l’homme, dont le souffle est dans ses narines, car quel cas doit-on faire de lui ?» (És. 2:22). Si cette pensée habite notre coeur, quelle délivrance ! Nos conducteurs sont souvent revenus avec insistance sur cette déclaration fondamentale qu’il n’y a rien de bon dans un homme, rien ; et ils disaient cela sans nuances, mettant sur le même pied les actions d’éclat des hommes et les crimes des plus grands pécheurs. Avaient-ils raison ? Parfaitement ; devant Dieu, parfaitement. Il faut dire et redire cela aujourd’hui ; c’est une vérité qui n’est pas à corriger ; elle devrait marquer de son empreinte l’éducation donnée aux enfants des chrétiens. La mesure suivant laquelle cette vérité est saisie par l’âme marque toute la vie du chrétien. Il vaut mieux partir lentement dans la vie chrétienne, mais partir avec cette connaissance-là de l’homme. On peut être en contact avec les choses de Dieu sans être en contact avec Dieu ; notre propre histoire quotidienne le prouve.

Le Seigneur a arrêté Pierre au milieu de son travail. La présence de Dieu a produit dans cet homme le sentiment de son péché : «Seigneur, retire-toi de moi, car je suis un homme pécheur» (Luc 5:8). C’est ce que Dieu fait qui compte, et il veut nous amener dans sa présence. Prêcher l’évangile, ce n’est pas parler de ses propres sentiments, c’est proclamer que Christ est mort parce que tout le monde est pécheur, que la croix a une vertu intrinsèque — elle montre que tout homme est pécheur — que Dieu a tué l’homme, que la croix est la fin de l’homme et, en même temps, le commencement de l’homme nouveau dans le Christ Jésus. Pour Dieu, il y a deux hommes : le premier Adam et le dernier ; on est rattaché à l’un ou à l’autre.

Après la rencontre initiale avec Dieu, le pécheur, placé devant Dieu, doit y rester. Pierre a appris à connaître le Seigneur ; il doit encore apprendre à se connaître lui-même. Simon aimait son Maître, mais il y avait beaucoup de sentiments naturels en lui et un zèle selon la chair. Lorsque le Seigneur parle de la croix : «Seigneur, Dieu t’en préserve !» (Matt. 16:22), dit-il. Simon, fils de Jonas, était comme nous, il voulait bien tous les avantages de la foi, mais pas les inconvénients ; régner, oui, tout le monde veut bien régner. Mais si Jésus lui montre qu’il sera livré aux principaux sacrificateurs et qu’il sera mis à mort : «Dieu t’en préserve, cela ne t’arrivera point !… Va arrière de moi, Satan» (Matt. 16:22-23). Le Seigneur nous le dit toutes les fois que nous lui disons : «Te suivre, mais pas à ce point-là».

La croix s’approche ; le Seigneur dit à Pierre : «Simon, voici, Satan a demandé à vous avoir pour vous cribler comme le blé ; mais moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas» (Luc 22:31-32). Il avertit Simon : Satan a demandé et Dieu permet. Dieu se sert souvent de Satan pour exercer la discipline, sous quelque forme que ce soit. Il ne faut jamais prendre une discipline à la légère, mais discerner l’intention de Dieu. Il veut dépouiller une âme pour l’enrichir : «Ne méprise pas la discipline !» (Héb. 12:5) : rien dans la vie du chrétien n’est à négliger. Dieu est un Dieu très proche de nous.

«Cribler comme le blé» : ce sont d’abord les pleurs, puis une poignée de bon froment pour le grenier de Dieu. Quand un homme est passé par une discipline, il n’est pas le même après, s’il l’a traversée avec Dieu ; sinon, elle est à recommencer sous une forme ou une autre. Nous sommes en danger de mépriser la valeur de la vie chrétienne. Dieu n’a pas condamné le péché dans la chair pour ressusciter la chair dans les siens, même si nous le souhaiterions souvent. Christ est mort et nous, nous sommes morts ; la foi réalise cela, et elle a la pensée de Dieu. À la croix, Dieu a fait passer la mort sur toute l’humanité, et la foi devance le moment où cette mort sera réalité. Dieu ne cherche plus rien de bon dans l’homme, l’homme est tué : c’est le point de départ de la vie nouvelle du chrétien.

Quel est le but de la discipline ? Dieu veut peu, mais il veut du vrai. Il veut voir son Fils dans les siens, peu d’activité peut-être, peu de signes extérieurs sans doute, mais Christ. Marcher avec le Seigneur, marcher comme lui, est-ce que c’est notre souci chaque jour, même si nous ne le réalisons pas toujours ? Ou bien les soucis de ce siècle, l’amour des choses du monde, ou même l’activité dans les choses de Dieu, nous font-ils perdre de vue l’état de notre âme ? Jamais Dieu ne nous dit de chercher une bonne chose dans un mauvais chemin.

Le Seigneur a prié pour Pierre ; c’est une anticipation du service sacerdotal du Seigneur. Il prie continuellement pour les siens dans la présence de Dieu ; il y a un homme à la droite de Dieu, dans la gloire, qui prie continuellement pour chaque chrétien, afin qu’il ait «du secours au moment opportun» (Héb. 4:16), c’est-à-dire pour qu’il ne pèche pas. C’est un service préventif. Jésus connaît chacun des siens ; il les porte, devant la gloire de Dieu, sur son coeur et sur ses épaules, sans cesse. En même temps, il s’occupe des siens sur la terre pour qu’ils aient communion avec le Père et avec lui dans la gloire. Et il prie avant que Pierre ne le sache, et avant qu’il ne tombe. Pierre a fait comme nous souvent : «Avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort» (Luc 22:33). Que de fois nous chantons ce cantique : «Seigneur, toi qui pour nous t’offris en sacrifice…» ! Et nous affirmons : «Pour moi, vivre c’est Christ» (Phil. 1:21). Le Seigneur dit : «Ah ! Vous chantez ce cantique ; eh bien, on va voir !». Il permet alors une circonstance qui manifeste l’état réel du coeur.

Le Seigneur a été tenté, et nous sommes tous tentés. Mais les tentations auxquelles a été soumises le Seigneur ont montré son inattaquable perfection ; l’Ennemi n’avait rien en lui, «ayant accompli toute tentation» (Luc 4:13). Nous, nous disons : «Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller et en prison et à la mort» (Luc 22:33) ; et l’expérience de Pierre montre si les paroles sont en accord avec l’intérieur du coeur. C’est la vie intérieure qui importe. En voyant les gens passer dans la rue, on en mettrait beaucoup au ciel, mais Dieu ne fait pas comme cela ; il ira plutôt chercher quelqu’un en prison, quelqu’un qui aura dit : «Voilà ce que j’ai fait, j’ai péché, je suis coupable».

Nous connaissons bien ce qui est arrivé à Pierre, et Pierre, c’est nous. Il s’avance plus loin que les autres dans son zèle charnel, et un tel zèle prépare une chute, toujours ; c’est pourquoi il ne faut jamais pousser personne à un service ; nous ne savons pas quelle est la mesure de sa foi, et nous pouvons l’entraîner dans une chute. Il faut prier pour que sa foi augmente ; il faut aller du dedans au dehors. Pierre renie son maître par trois fois. Dans la vie chrétienne, il ne faut pas montrer extérieurement une mesure de foi supérieure à celle qu’on a.

Au moment de la chute, le Seigneur regarde Pierre ; son coeur est fondu, il pleure. Si le Seigneur n’avait pas prié pour lui, c’était le désespoir, comme pour Judas. Nous jouons facilement avec les choses saintes, Dieu ne joue jamais. Mais il n’y a pas de situation sans issue pour le chrétien ; Dieu a les moyens de tirer quelqu’un d’une situation de chute, souvent par la souffrance ; «il ne retire pas ses yeux de dessus le juste» (Job 36:7).

Le Seigneur rencontre Pierre une nouvelle fois, en tête-à-tête, et son coeur retrouve la paix. Trois fois, il le sonde : «Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ?», «m’aimes-tu plus que ne font ceux-ci ?». Pierre ne dit plus : «Je te suivrai en prison et à la mort», mais : «Seigneur, tu connais toutes choses, tu sais que je t’aime» (Jean 21:17). Le Seigneur relève son serviteur et lui confie un service ; mais, avant de bénir Pierre comme il ne l’a jamais été, le Seigneur touche le fond de son coeur. Il veut la vérité, il veut une confession totale. Pierre n’a rien de plus à cacher : peu de paroles, mais tout est réglé.

Plus tard, sous l’influence des Juifs, Pierre a été tenté de ne pas marcher droit. Un homme fidèle, l’apôtre Paul, se lève et dit : «Non, Pierre, ce n’est pas ainsi qu’on marche devant Dieu». Paul aurait pu reculer devant Pierre, qui avait vu le Seigneur, qui était l’un des douze, le plus éminent peut-être. Mais il s’agissait du bien du peuple de Dieu. Quand il vit qu’il ne marchait pas droit, il le reprit devant tous (Gal. 2:14).

  Il n’y a pas de situation individuelle ou collective que Dieu ne connaisse par le menu détail ; un fait qui n’est pas jugé, qui remonte même à dix ans, est toujours présent. Nous voulons la bénédiction de Dieu ? Laissons la Parole sonder notre âme jusqu’au fond ! «Tu veux la vérité dans l’homme intérieur» (Ps. 51:6). Dieu ne panse pas une plaie à la hâte, ni à demi. Aujourd’hui, non seulement on craint de laisser la Parole de Dieu sonder son âme par l’Esprit, mais on n’en sent même plus la nécessité : c’est un des signes les plus sûrs du déclin. Nous pouvons tromper nos frères, nous pouvons arriver à nos fins à force de patience et d’habileté, mais tôt ou tard il y aura un règlement sous le gouvernement de Dieu.

  Que le Seigneur nous accorde à tous de marcher dans la lumière de sa présence !

 

5   La croix pour le chrétien — Galates 2:20

 

[LC n° 95]

21 mai 1961

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 183

 

Nous avons tous besoin de revenir aux sources de la vérité et de la force. Un chrétien a besoin d’être aidé, tous les jours. Demandons au Seigneur la force pour ne pas tomber dans une vie d’habitudes, même excellentes. Le christianisme, c’est une vie ; elle a ses besoins propres. Laissez un nouveau-né quelques jours sans nourriture, et vous le retrouverez mort. Nous avons besoin de nourriture ; elle est en Dieu, dans sa Parole et dans la prière. C’est la vérité qui sanctifie et qui nourrit ; c’est la communion avec le Père et le Fils qui entretient la vie. Il y a mille façons de manquer sa vie, et une seule de la gagner. Comment supporter ce langage : je consacre à Dieu la part de ma vie que je n’ai pu donner ailleurs ? La valeur d’un chrétien est dans l’occupation de son coeur. Si le premier amour n’est plus qu’un souvenir, Dieu peut le faire revivre.

Dans cette épître, on voit davantage Paul comme un homme que comme un apôtre ; il est admirable. Son coeur s’ouvre, il est en bon état. La croix présente deux grands aspects : pour les pécheurs et pour les chrétiens. La vie chrétienne n’est pas une promenade. «Je suis crucifié avec Christ» : c’est un état, la définition d’un bon état chrétien, celui de Paul. C’est plus qu’une position heureuse, c’est un état du coeur.

Une épreuve difficile pour le chrétien, c’est la rencontre de l’amour pour Jésus et de ses sentiments naturels ; le Seigneur réclame la propriété de notre coeur. Il n’est pas disposé à modifier, pour nos jours, les paroles qu’il a prononcées jadis : «Celui qui aime père ou mère plus que moi, n’est pas digne de moi» (Matt. 10:37). Des personnes ont vaincu dans de telles expériences, d’autres ont fléchi. Il faut choisir. Notre éducation chrétienne ne nous suffit pas pour la marche, il nous faut Jésus. Quelqu’un disait : «Je suis plus sûr du secours de Dieu pour demain que de demain lui-même». Jésus est mort sur la croix ; il est crucifié, mais je le suis avec lui. J’ai été identifié avec lui dans la ressemblance de sa mort (Rom. 6:5). Le chrétien qui prend la cène, est identifié à Christ, en communion avec lui. Pour le chrétien, la mort est derrière lui. S’il déloge, la mort n’est plus la mort ; il peut partir heureux. Le chrétien est crucifié avec Christ ; le vieil homme a reçu sa sentence ; le chrétien est libre. Jésus a répondu de ses actes ; Dieu a frappé le «moi» en frappant Christ. J’ai Dieu contre moi si mon vieil homme agit, et pour moi s’il est crucifié : voilà le secret. Le vieil homme aime le monde comme tout homme du monde. Le vieil homme, la chair, la volonté propre ont beaucoup d’énergie pour le mal. Mais il y a Dieu, la vie, la lumière. Quelqu’un disait : «J’aime la croix, comme quelqu’un aime son drapeau». Le nouvel homme ne pèche pas, mais il a besoin de croître, de passer de l’état d’enfant à celui de père ; un père connaît Christ et ne se détourne pas de l’objet de son coeur. Le Saint Esprit vient sceller la vie qui est en Christ ; il en est la puissance. «Marchez par l’Esprit». Dieu nous prend tels que nous sommes ; nous n’avons pas à nous soustraire à notre condition, c’est le christianisme qui descend en nous. La vérité s’applique à ce que nous sommes ; il y a des manquements, des accidents, même chez les meilleurs. Dieu s’occupe encore de nous quand nous avons manqué. Un chrétien peut avoir une marche extérieure normale et être en mauvais état. Nos exercices ne se limitent pas à l’extérieur, c’est un travail intérieur. Nous avons toujours tendance à nous nourrir d’une bonne opinion de nous-mêmes ; Dieu est obligé alors de nous visiter. Il n’y a de salut, de libération quotidienne, qu’en Christ. Le premier danger, le plus grand, est intérieur. Ayons affaire avec Dieu, dans le fond de notre coeur. Nous sommes plus responsables que le monde pour deux raisons : les frères ont plus de connaissances d’une part, et ils ont pris une position d’avant-garde, de séparation d’autre part ; nous en sommes tous responsables.

Le secret de la vie divine, c’est toujours Christ mort sur la croix, et nous morts avec lui. La croix doit être aussi réelle pour nous que si Jésus avait été crucifié hier. Elle est ignominieuse, mais aussi glorieuse ; elle délivre de la puissance du mal. Paix sur l’Israël de Dieu (Gal. 6:16) !

 

6   Servir selon Dieu — Galates 4:16 ; 5:1, 11-14, 16-26 ; 6:1-18

 

[LC n° 96]

 

Dans l’épître aux Galates, le Saint Esprit fait face à un état de choses bien différent de celui qui se trouve dans les épîtres aux Corinthiens. Paul ne pouvait jamais se reposer. Il rencontre une difficulté après une autre. Il en est ainsi pour tout service chrétien, pour ceux qui sont servis comme pour ceux qui servent. Le Seigneur permet ces expériences pour plusieurs raisons. Chez les Corinthiens, il y avait de la corruption morale. Et, quoique ce ne soit pas le cas chez les Galates, l’état de ces derniers était plus grave encore, car il s’agissait d’un mal doctrinal.

Il y a deux caractères fondamentaux du péché : la corruption, et la violence. La corruption est étroitement liée au mensonge, qui est quelque chose d’extrêmement grave. Il reçoit une réprobation sans réserve, de la part de Dieu. Nous devons l’avoir en horreur. Après la corruption vient la violence. Ce caractère est beaucoup plus facile à discerner que la subtilité du mensonge. C’est le deuxième caractère de Satan, qui est le menteur et le meurtrier. Ici donc, il n’y avait pas de mal grossier. Car alors, le monde même peut aider les frères à discerner un tel mal. Mais il s’agit d’un mal doctrinal. Un cas d’inconduite est toujours plus facile à régler qu’une erreur dans la doctrine. Dans la doctrine, il n’y a pas de place pour la conscience naturelle. Pour discerner une faute doctrinale, il faut être spirituel. Aussi, par conséquent, un mal doctrinal peut faire des dégâts considérables. Il est beaucoup plus dangereux qu’un mal moral.

Chaque frère (ou soeur) a le devoir de condamner sans appel tout mal doctrinal, devant Dieu. Un frère (ou une soeur) peut être le seul à avoir vu ce mal, dans une assemblée. Il est responsable de le juger selon Dieu. Dans un tel cas, la responsabilité individuelle prime toutes les autres. S’il n’en était pas ainsi, on ne verrait pas Paul faire face violemment aux Galates, et même à Pierre (Gal. 2:11). Quant au principe, chacun est responsable de faire de même, le cas échéant. Chercher des excuses, ce sont les manières d’Adam. Il y a toujours, auprès de Dieu, la lumière et l’amour, qui permettent à celui qui est fidèle de tenir ferme. Ne jouons pas avec les choses saintes.

La foi est individuelle. Elle se manifeste par des faits. Elle ne s’occupe de personne. Elle a affaire directement avec Dieu. C’est lui agissant directement dans un homme, remplissant son coeur. La chair est paresseuse, égoïste, méchante. Elle vit pour elle-même. Elle se met à l’abri.

La vie nouvelle, la piété, sont toutes différentes. Dans ce domaine, nous avons beaucoup de progrès à faire.

Ne soyons pas de ceux qui prennent les premiers la pierre pour lapider notre prochain, quand il est tombé. Il aurait mieux valu l’avertir avant qu’il ne tombe. Ne soyons pas de ceux qui condamnent au lieu d’aimer. Nous voyons souvent, dans les assemblées, des chrétiens qui se taisent, en voyant leur frère courir vers une chute. Et puis ensuite, ce sont les premiers à s’acharner contre lui.

Paul ne salue pas les Galates. Pourtant, il les aimait. Mais il les aimait dans la vérité. Puis, aussitôt, il leur parle de Pierre qui s’était écarté, qui avait marché dans la même erreur qu’eux. Satan s’est même servi d’un apôtre, pour tenter de faire du christianisme une religion humaine. Entre les Galates et la vérité, Paul choisit la vérité. Un des conducteurs du siècle passé disait : «Servir les frères si je peux, mais Christ à tout prix».

On peut ainsi servir beaucoup, se dépenser beaucoup, sans servir véritablement Christ. Les jeunes auront certainement souvent l’occasion de montrer qu’ils aiment véritablement le Seigneur. Ainsi Paul dit : «Suis-je devenu votre ennemi en vous disant la vérité ?». Il ne retire pas la vérité pour devenir leur ami. Le Seigneur peut permettre de tels dilemmes, pour mettre en évidence si nous aimons quelqu’un ou quelque chose plus que lui. Personne ne connaît vraiment son propre coeur. Le Seigneur, lui, le connaît parfaitement, avec tout ce que nous avons pu y tolérer.

En faisant revenir le christianisme sous la loi, on cherchait à vanter l’homme. On revenait à une religion humaine. Toute religion a pour principe de vanter l’homme. La religion est une vanité, une parure, pour l’homme inconverti. C’est vrai tout particulièrement du judaïsme et du christianisme, qui sont, officiellement, d’origine divine. Les religions disent : Cultivons l’homme ; il peut donner quelque chose de bon. Tandis que le christianisme de Dieu a tué l’homme et ses oeuvres. Le chrétien commence par la mort, c’est-à-dire à la croix. Voilà ce que la chrétienté n’a pas maintenu, et que nos devanciers ont gardé. L’homme et ses meilleures intentions ont été condamnés par la mort de Jésus à la croix. Voilà le scandale de la croix. Si on vante l’homme, si on cultive cet homme par une religion, le scandale de la croix est anéanti.

Le premier Adam a été condamné à la croix par Dieu. Il est mort à la croix, par le sacrifice de Jésus. Quand ce premier Adam lève en nous la tête, quand il veut faire quelque chose, il anéantit le scandale de la croix. Nous serons pleinement libérés de ce vieil homme quand nous serons éternellement avec le Seigneur. En attendant, nous avons à le tenir pour ce qu’il est, un condamné à mort. Seulement, pendant notre vie ici-bas, il est en même temps notre pire ennemi, et notre constant compagnon de voyage.

Christ nous a placés dans la liberté. Cette liberté n’existe pas, dans le monde. Tous les hommes sont des esclaves, liés par leurs passions et par leurs convoitises. Un homme peut abandonner une passion vile pour une passion réputée plus noble. Mais c’est toujours une chaîne qui le lie. Une chaîne dorée, peut-être ; cet homme n’en est pas moins un esclave. Avez-vous goûté cette liberté dans laquelle Christ nous a placés ? Par elle, nous sommes indépendants de la chair, des hommes (non pas des frères). Ce qui nous tient le plus dans l’esclavage, c’est notre «moi». Avez-vous pensé à la puissance de l’égoïsme ? Personne n’y échappe. Les élites se trouvent ici embourbées dans le même bourbier que les hommes les plus bas. «Le monde entier gît dans le méchant» (1 Jean 5:19), c’est-à-dire le diable. «La chose qui m’a le plus frappé, en lisant les évangiles, c’est de découvrir un homme qui n’a jamais rien fait pour lui-même », disait un frère du siècle dernier. Et nous disons, et nous chantons, qu’il est notre modèle. Ne pensez-vous pas que cela doit nous faire plonger le front dans la poussière ? En Christ, nous trouvons ce qu’est l’amour, et son but, la gloire de Dieu. Ne nous contentons pas d’un aspect extérieur. Laissons-nous sonder par la Parole, cette lumière qui éclaire tous les replis de notre coeur, ce miroir impitoyablement vrai, tenu par Dieu. Soyons très exercés à ce sujet. Chaque chrétien court le danger d’être égoïste, orgueilleux, s’il n’est pas extrêmement vigilant. On se recherche soi-même, même dans un service pour le Seigneur, indiscutable à la lumière de la Parole ; et combien plus quand ce service est discutable. Dans ce dernier cas, on peut toujours discerner la tâche rampante, plus ou moins obscure, du «moi». Que le Seigneur nous soit en aide sur ce point, afin que nos conducteurs n’aient pas passé leur vie dans le labeur, et que maintenant nous méconnaissions leur enseignement sur ce point.

On peut être extérieurement impeccable. Mais Dieu regarde au coeur. Qu’il soit plus près de notre coeur que nos frères. Et, s’il doit y avoir louange, c’est lui qui la donnera.

Dans tout service, nous sommes responsables des moyens que nous employons. Il est certain que Dieu peut amener une âme par n’importe quel moyen. Mais nous n’avons ni la liberté, ni le droit, en invoquant ce prétexte, d’employer des moyens humains, charnels, pour amener des âmes au salut. Que les paroles humaines ne devancent pas la Parole de Dieu !

Dieu ne nous a pas confié la responsabilité du monde. Ce dont nous sommes responsables, c’est de notre coeur. Voilà notre champ de travail. Et si nous voulons défricher ce champ-là, nous en aurons pour toute notre carrière. On entend des chrétiens dire : «Ces pauvres hommes qui sont dans les pays sauvages, ne sommes-nous pas responsables d’eux ?». Le Seigneur n’est pas venu pour mettre de l’ordre dans le monde, ni pour le réformer. Le chrétien n’a pas davantage à le faire. Que le Seigneur travaille dans notre coeur ! Lui demandez-vous de faire ce travail, de labourer profondément votre coeur ? Alors, que faites-vous ? La vie divine ne dort pas. Ne dormons donc pas. Commençons par travailler ainsi dans notre propre coeur. Soyons profondément exercés sur ce point-là ! Ce que le Seigneur nous demande tout d’abord, c’est de nous dépouiller de notre égoïsme, de notre orgueil, de notre propre volonté, de notre mondanité religieuse. La mondanité religieuse caractérise les temps actuels. Elle est l’équivalent de ce qu’on voit chez les Galates.

Si nous laissons le Seigneur travailler dans nos coeurs, nous serons beaucoup plus libres.

Pourquoi les chrétiens ne peuvent-ils pas approuver certaines choses ? Parce qu’ils voient que l’homme agit, dans ces choses, même si apparemment elles sont bonnes. Si nous nous trompons dans nos estimations, c’est que notre oeil n’est pas simple. Si notre oeil n’est pas simple, il est méchant. Un oeil simple n’a que Christ comme objet. Mais il y a un progrès, dans l’affranchissement, à réaliser, tous les jours. Nous devons être, sur ce point, extrêmement vigilants.

L’affranchissement libère un chrétien du «moi», de ce «moi» qui peut être tyrannique, dans notre vie, et aussi dans une assemblée. Que le Seigneur nous fasse la grâce de nous garder ! Un homme chargé de chaînes ne peut rien faire. Il en est de même pour un chrétien lié par ses convoitises, par ses tendances. La liberté chrétienne est le secret de la puissance. Et le secret de la liberté se trouve dans l’obéissance au Seigneur.

«Priez le maître de la moisson pour qu’il pousse des ouvriers dans sa moisson» (Matt. 9:38). Il n’est pas dit : «Poussez  des ouvriers dans sa moisson». Personne n’a le droit de faire pression sur qui que ce soit pour lui faire accomplir un service, quel qu’il soit ; encore plus si ce service est difficilement soutenable, à la lumière de la Parole. Nous ne devons agir que dans la dépendance.

Nos devanciers n’ont jamais cherché à attirer des chrétiens. Il ne faut faire pression sur personne. Ne faisons pas de prosélytisme. Le travail qui n’aura pas été fait par le Saint Esprit sera brûlé. En apparence, nous aurons peut-être dépensé toute notre vie pour servir Christ. Et pourtant, il nous dira : «Tu as fait tout ce que je ne t’avais pas commandé». Jamais nous ne serons assez effacés derrière notre Maître. Je suis responsable d’un service vis-à-vis du Seigneur. Mais la seule chose que j’ai à faire, c’est de m’attendre continuellement à lui, d’agir seulement selon lui, en lui. La qualification d’un docteur, d’un pasteur, d’un prophète, ne le dispense nullement d’être dépendant du Seigneur. Vous n’osez pas dire qu’il peut en être autrement. Nous ne pouvons pas braver les Écritures. Le champ n’est pas notre champ, mais celui du Seigneur. C’est lui le Maître. Que Dieu nous donne la lumière nécessaire pour que notre coeur ne s’endurcisse pas, afin que nous lui soyons soumis. Sinon, nous allons à la rébellion.

Un frère peut avoir tous les dons ; il n’en reste pas moins un simple frère. Ne frustrons pas notre Maître, en nous revêtant d’une gloire qui ne nous appartient pas. Ne l’attristons pas, en nous tenant sur un terrain où il ne veut pas nous voir. Tous les chrétiens que le Seigneur a gardés fidèles n’ont pas marché comme des automates, mais en comptant continuellement sur lui, en ayant sans cesse comme but, devant eux, sa gloire, et non la leur. Voilà la vie chrétienne. Elle se joue dans notre coeur.

Bien sûr, il peut y avoir des hauts et des bas, pour un homme qui marche avec Dieu. Mais il y a forcément des progrès. Ces progrès doivent être manifestes à tous. Gardons-nous de la chair. Celui qui sème pour la chair moissonnera de la chair la corruption.

À la lumière de la Parole, les ombres disparaissent.

À l’égard de tous ceux qui marchent selon la règle de la croix de Jésus, paix et miséricorde sur eux, et sur l’Israël de Dieu.

 

7   Le mal dans le vieil homme — Galates 5:11, 16-26 ; 6:7-8, 14 ; Romains 6:4-7, 11-12, 14, 18, 22

 

[LC n° 97]

21 février 1971

 

La grande affaire, pour un chrétien, qu’il soit jeune ou qu’il soit vieux, qu’il commence ou qu’il finisse, c’est qu’il marche avec Dieu. S’il ne marche pas avec Dieu, il marche mal. S’il ne marche pas avec Dieu, il marche de travers. Cela vous gêne ? C’est possible. Mais le christianisme n’est pas pour nous mettre à l’aise.

Nous avons à veiller, chers amis, à ne pas nous habituer à un christianisme routinier, et toujours, et chaque jour. Tout ce qui est dans l’Écriture est pour tous ceux qui l’on entre les mains. Il n’y a rien de si dangereux que de détourner la Parole, lorsqu’elle vient nous déranger dans nos façons de voir. On peut avoir la tête pleine de vérités, sans qu’elles aient d’effets dans nos vies. Et ainsi, nous accroissons notre responsabilité. Si l’étude de la Parole ne vous rapproche pas de Christ, il vaut mieux ne pas l’étudier, ou au moins pas comme vous le faites. Judas était l’un des douze. Et jamais on n’aurait cru que lui aurait été l’instrument, entre les mains de Satan, pour livrer son Maître. Ce fut une douleur supplémentaire, dans la coupe des souffrances de Christ. Satan a emporté Judas. Et ne croyez-vous pas que, depuis, Satan en a emporté beaucoup ? Que le Seigneur nous garde de nous laisser nous endurcir à ce point ! Ce serait la preuve que Dieu est contre nous. Un moment vient où les appels de la grâce s’arrêtent, parce que nous n’avons pas voulu écouter. On ne se moque pas de Dieu. D’ailleurs, on n’est jamais heureux, avec des compromis.

Il ne s’agit pas de disserter sur les vérités. La ressource consiste à les communiquer aux autres. Vous êtes un chrétien. Ne jouez jamais avec la grâce de Dieu. Et dire, à l’occasion : «Ah, mon ami, vous continuez votre chemin comme si vous teniez encore la main du Seigneur ! Prenez garde ! Vous ne savez pas ce qui va vous arriver».

Vous ne serez jamais heureux, en dehors de la présence de Dieu. Que le Seigneur nous encourage à revenir aux sources ! Nous sommes tous responsables de la vie d’assemblée. Paul n’était pas un promeneur.

La distraction est une véritable plaie, pour un chrétien. C’est une véritable maladie mortelle. Le chrétien possède deux natures. Nous ne pouvons pas faire notre chemin sans ce compagnon de malheur qu’est le vieil homme. L’Esprit condamnera toujours la chair, et la chair condamnera toujours l’Esprit. Plus un chrétien progresse, plus il découvrira des manifestations charnelles en lui.

La vie chrétienne est faite d’exercices continuels, et pourrait se solder par des victoires continuelles. Des chrétiens pourraient vous dire : «Vous pouvez aller ici». Mais si vous perdez Christ là, vous direz non ; et ceci, à des chrétiens. Est-ce qu’un tel homme est heureux ? Oui. Il n’y a qu’une bonne part ; il n’y en a pas deux. Bien des choses, dans une vie d’homme ou d’assemblée, sont le fruit de la volonté propre. Et le Seigneur pourrait nous dire : «Si vous aviez été dépendants, je vous aurais conduits».

C’est très dangereux, d’avoir une influence sur quelqu’un. Soyons imitateurs de la foi, non pas de la marche. On pense que le christianisme n’est pas vivant. Mais le christianisme est très vivant, comme aux premiers jours de la Pentecôte. Que Dieu nous garde aux sources. Qu’est-ce que le christianisme ? C’est Christ.

Comment arriver à empêcher les manifestations de la chair ? Comment ? Et pourquoi peut-on faire cela ? Le chrétien a une nouvelle nature, qui est de Dieu. Et, en même temps, il a la vieille nature, source de tous ses maux. Que de choses se cachent dans la pénombre, dans le clair-obscur, qui n’est pas la lumière. Et ainsi, quelqu’un peut s’habituer à mentir.

Judas aimait l’argent. Et pour quelle somme livra-t-il son Maître ? Insignifiante. Mais il avait la convoitise dans son coeur. Et il arrive à faire ce que bien des gens ne voudraient pas faire, trahir un ami. Quand Satan tient quelqu’un, tout mal est possible. C’est pourquoi nous avons à veiller jusqu’à notre dernier souffle. Nous le voyons bien : une journée passée sans lui, et nous sommes malheureux.

On a vu des femmes aller à la mort pour Christ, et très paisiblement. Si le Seigneur demande de faire le pas, il donne aussi la force de le faire. Et c’est pour le bien des autres. Quand Dieu, par son Esprit, a scellé une âme, il ne la reniera jamais ; et cela, en vertu du sang de Christ. Sans cette valeur du sang de Christ, tout le monde est condamné. Tant qu’une âme n’a pas le Saint Esprit, elle n’est pas dans un état chrétien.

Qu’est-ce qui a été mis à mort, et que nous encourageons souvent, en lui favorisant ses activités ? Le «moi». Né à la chute, il peut mener un homme au pire des péchés. Vous savez que le meilleur des hommes peut être amené au pire des crimes.

Nous avons deux natures cohabitant dans un même corps. Et le chrétien est responsable de ses actes. Je suis responsable, moi, un seul être, de deux natures. Le croyant est responsable tel qu’il est. Nous sommes responsables de ce que le «moi» fait, en public ou en cachette. Comment pouvons-nous être au-dessus de tout cela ? L’orgueil est aussi dangereux que la violence. Quelle ressource avons-nous ? Le «moi» est quelque chose que Dieu condamne. Il condamne la source du mal. Dieu a visité cette source, ce vieil homme.

Si le chrétien ne laisse pas agir le «moi», sa conscience n’est pas souillée par sa présence. Nous avons à veiller à ne pas lui laisser produire des fruits. Voilà le secret de la vie chrétienne.

Si nous confessons nos manquements, «Dieu est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité» (1 Jean 1:9), à cause de l’oeuvre de Christ. Rien ne peut être séparé de l’expiation. Nous avons un compagnon de voyage qui ne nous lâchera jamais. «Portant toujours partout dans le corps la mort de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans notre corps» (2 Cor. 4:10). C’est le secret du vrai bonheur. Si nous ne voulons pas apprendre avec Dieu, il nous faudra apprendre à l’école de Satan. Ne nous moquons pas de Dieu !

On a souvent fait du mal à la jeunesse, en parlant devant elle de choses qu’elle n’aurait pas dû savoir ; ce qui est plus d’une fois de la médisance. On peut détruire en elle cet élément vital, qui disparaît de nos jours, qui est la révérence.

Un ancien frère disait : Ce que je trouvais dur, étant jeune, mais qui s’est justifié par la suite, c’est que la curiosité est toujours charnelle.

Quand Jésus rempli un coeur, il déborde de bonheur. Voilà comment nous avons à veiller sur nous-mêmes.

Nos anciens étaient des gens heureux, mais à la conduite très stricte quant à eux-mêmes, prenant garde à ne pas dépasser leur degré de communion.

Quand il y a des divisions, Satan agit. On a oublié les frontières divines entre le bien et le mal. La crainte s’en va, et Satan tient son monde.

Que le Seigneur nous remplisse de crainte et de joie, nous encourageant les uns les autres, cultivant la communion avec lui, chacun pour son compte. Aidons-nous par une parole d’avertissement : «Attention ! Vous êtes sur une pente».

Enfin, que le Seigneur nous soit en aide ! On a toujours l’intelligence nécessaire, quand on a le Seigneur avec nous. On la perd quand on le perd.

 

8   Combats — Éphésiens 6:10-24 ; Galates 5:16-18 ; Jude 3-4 ; Colossiens 4:12-13

 

[LC n° 112]

27 août 1972

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 218

 

Dans l’épître aux Éphésiens, le combat se passe dans les lieux célestes. Satan, l’ennemi des saints, l’accusateur des frères, l’adversaire de l’assemblée, est contre nous. Mais «si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?» (Rom. 8:31). La puissance de Dieu triomphera des efforts de l’ennemi. C’est pourquoi nous sommes exhortés à nous fortifier «dans le Seigneur et dans la puissance de sa force» (Éph. 6:10). Là est le secours.

Les cinq armes défensives subviennent aux insuffisances de notre faiblesse, et les deux armes offensives, la Parole et la prière, représentent la puissance des ressources divines. Les combats se livrent à genoux, et nous verrons un jour la réponse de Dieu à nos combats dans la prière. Dieu reste au-dessus de tout, et bientôt Satan sera brisé sous nos pieds (Rom. 16:20). Notre affaire est de résister et de tenir ferme.

Dans l’épître aux Galates, c’est le combat contre la chair, et notre arme, c’est l’Esprit. On n’a vu que la pleine puissance de l’Esprit en Jésus ; il a toujours été conduit par l’Esprit ; il est le modèle parfait.

Dans l’épître de Jude, nous ne luttons plus contre quelqu’un ou quelque chose, mais pour la vérité. «Combattre pour la foi», c’est lutter pour l’ensemble des vérités chrétiennes confiées à la foi. À la fin de sa vie, Paul a dit : «J’ai gardé la foi» (2 Tim. 4:7). Notre devoir est de tenir ferme ce que le Seigneur nous a confié jusqu’à ce qu’il vienne. Dans le rassemblement, on sent bien que Satan cherche à agir sur les croyants pour élargir le chemin. Nos devanciers étaient plus fidèles que nous ; leurs écrits le montrent. Ils étaient fidèles et humbles ; c’étaient des hommes de Dieu dans toute la force du terme, comme Timothée. Que le Seigneur nous accorde de nous détourner des choses qui nous entourent, pour saisir les choses éternelles qui demeurent. Il y aura une récompense pour le vainqueur, «à celui qui vaincra» (Apoc. 2 et 3).

Enfin, l’exemple d’Épaphras nous encourage : «combattant toujours pour vous par des prières» (Col. 4:12). La prière est l’expression de la dépendance. C’est un combat qu’il nous faudrait connaître davantage, comme Jésus l’a connu : nous le voyons sept fois en prière, dans l’évangile de Luc. Il était l’homme parfaitement dépendant. L’état des assemblées seraient plus heureux s’il y avait davantage de prières à ce sujet. La prière est une force incontestable ; elle fait mouvoir le bras de Dieu. Élie «pria avec instance» (Jacq. 5:17) ; Samuel aussi, toute sa vie, et il a commencé tout jeune. Nous prions parce que nous sentons que nous avons besoin de Dieu. Combattons, comme Épaphras, pour que les saints demeurent «parfaits et bien assurés dans toute la volonté de Dieu» (Col. 4:12).

«Toutes mes sources sont en toi !» (Ps. 87:7).

 

9   Avoir affaire avec Dieu — Matthieu 11:29-30 ; Colossiens 1:9-11 ; Galates 5:16-26 ; 2:19

 

[LC n° 39]

juin 1969

 

Le Seigneur est venu visiter la terre. Il est venu, et a rencontré tout ce qui, moralement, caractérisait l’état de péché, tout cet état de choses qui, depuis ce premier drame, avait considérablement fleuri.

Depuis l’histoire d’Israël, il n’y avait que de la misère. À chaque pas, le Seigneur rencontrait les conséquences du péché. La Parole est toujours aussi belle. Personne ne peut parler comme le Seigneur l’a fait.

«Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos» (Matt. 11:28). Voilà une parole que nous pouvons faire entendre. Et dire que nous pouvons l’avoir d’une façon continue ! S’il n’en est pas ainsi, c’est de notre faute. Les hommes du monde, il n’y a rien, pour eux, qui les rassasie. Le repos de Dieu, c’est le terme final des pensées de Dieu à notre égard. Ce n’est pas le repos de l’homme, mais le repos de Dieu.

Notre activité est toutefois dans le repos. Un croyant qui travaille pour son Maître a de la fatigue. Mais, au fond de son coeur, se trouve le repos. Le repos ne peut se trouver qu’en Dieu.

On l’a souvent dit : Le monde ne peut remplir un cœur. Mais Dieu peut le faire. Est-ce cela que nous recherchons ? Connaissons-nous ce bonheur, chers amis ?

Dieu seul peut dire : «Venez à moi». Nous ne pouvons pas le dire. Nous n’avons pas le droit de détourner les âmes de Dieu seul. Voilà le joug de la liberté. La volonté propre est le premier vice, chez l’homme. L’homme n’a pas le droit d’avoir une volonté propre.

«Venez à moi, et vous trouverez le repos de vos âmes». Le secret du bonheur se trouve dans la dépendance avec le Seigneur.

Vous n’avez jamais vu quelqu’un qui vit dans la communion avec le Seigneur être malheureux. On n’a pas besoin de marcher dans les chemins du monde, pour apprendre ce qu’est le monde.

Notre grande affaire, notre grand problème, pour nous tous, chers amis, c’est de vivre avec le Seigneur, que nous soyons seuls ou que nous soyons ensemble. Nous avons des progrès à faire, sans doute. Avons-nous considéré la vie de cet homme, Hénoc ? Il a marché avec Dieu trois cents ans. Et, à cette époque, il n’était pas facile d’être un témoin.

Un chrétien qui raisonne est toujours en mauvais état. Dans la lumière, on ne raisonne pas. Avec Dieu, on ne raisonne plus.

Que le Seigneur, chers amis, nous donne de nous attacher à lui dans notre coeur. Dans ces conditions, vous n’aurez pas à rebrousser chemin. Jamais vous n’aurez à revenir en arrière. La dépendance est un fardeau léger. Il n’y a rien de si tyrannique que la propre volonté. «Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos».

Nous avons à faire à Dieu. Qu’y a-t-il au-dessus ? Rien. Au ciel, nous n’aurons pas autre chose. Au ciel, nous n’aurons besoin de rien d’autre. Qu’il nous soit donné, chers amis, de ne pas faire des efforts qui échouent. Ce n’est pas bien, cela ! Qu’il nous soit donné de vivre avec lui, pas à pas. C’est un homme heureux, celui-là.

Col. 1:9-11 : Ce sont des exhortations pour chaque croyant. «Remplis de la connaissance de sa volonté». Est-ce que nous connaissons Dieu mieux qu’il y a dix ans ? Alors Dieu est connu de plus près. Il a une plus grande place dans le coeur. Qu’y a-t-il au-dessus ? Rien.

La foi honore Dieu, en croyant la Parole, en croyant Dieu.

Les inconvertis s’occupent de la première création, alors que les croyants s’occupent de la deuxième création.

«Fortifiés en toute force, selon la puissance de sa gloire, pour toute patience et constance, avec joie…». Cela nous arrive, de manquer de force. Si nous étions plus vigilants, cela ne nous arriverait point.

Il y avait un martyr qui disait, un peu avant d’être décapité : «Courage, mes frères, je vois la gloire en Dieu !». Si nous étions plus conscients que toute cette gloire est à nous !

Que voulez-vous qu’on fasse à de tels hommes ? Ils sont invincibles. On ne savait qu’en faire, de ces gens, qui ont brillamment été fidèles jusqu’à la mort. On ne pouvait pas leur ôter Christ dans leur coeur. On ne savait pas qu’en faire. «Toute patience et constance, avec joie» (v. 11) : La foi relevait le tout, «avec joie». Quand vous voyez quelqu’un qui est accablé, et qui est heureux malgré tout dans son coeur, vous dites : Dieu est là. Il ne peut en être autrement. Il y en a certainement, et peut-être dans des milieux que nous n’attendrions pas. Et cela est vrai.

Quelqu’un disait : «Oh, les prisons sont les collèges où le Seigneur fait passer les siens». Et celui qui en parlait en savait quelque chose.

Que le Seigneur nous réveille tous, chers amis ; c’est-à-dire, qu’il devienne plus cher à nos coeurs. On ne se réjouit pas dans les circonstances heureuses (sinon, cela tarit avec notre joie), mais dans le donateur. On se réjouit en lui. On pourra voir cela chez des croyants qui ont été sevrés des choses naturelles de la vie, ce contentement en Dieu seul, parce que Dieu était leur seule ressource. Est-ce du temps gagné, ou du temps perdu ? C’est sûrement du temps gagné. On le verra au tribunal de Christ.

Il y aura trois choses qui nous surprendront, arrivés au ciel. D’abord, de m’y trouver moi-même ; ensuite, d’y voir des personnes que je n’aurais pas pensé y trouver ; et aussi, de ne pas y voir ceux que je m’attendais à y trouver.

Un frère a dit : L’esprit de soumission et de dépendance envers Dieu est supérieur à tout don, même la puissance du témoignage. C’est tout céder, tout accepter. L’état de ce chrétien est supérieur à ce que fait ce chrétien. Et c’est toujours le point le plus délicat, une vie de confiance, d’humilité, de contentement. «Or la piété avec le contentement est un grand gain» (1 Tim. 6:6). Que le Seigneur nous fasse faire des expériences avec lui ! Que nous ne le chassions pas de notre vie. Un christianisme honoré par le monde n’est pas un christianisme honoré par Dieu. Là où il n’y a que Christ, la réponse, c’est la haine. Il n’y a que cela. La pierre de touche, c’est Christ. Parce que Dieu, par Christ, a manifesté la lumière selon Dieu.

Nous avons le secret que les autres cherchent. La vérité, qui la donnera ? Chacun, dans la fosse, tombe. Il n’y a pas de réponses à ces questions, dans ce monde. Tandis qu’avec le Seigneur, nous avons toutes les réponses dont nous avons besoin. Que le Seigneur nous soit en aide, et nous garde bien près de lui.

Le «moi» est un traître. C’est par le Saint Esprit que nous pouvons tenir le «moi» à sa place.

Que le Seigneur nous soit en aide, à tous !

 

10                  Tristesse et joie — 2 Corinthiens 6:9-10 ; 7:9-12 ; Galates 5:22 ; Éphésiens 4:30 ; Hébreux 12:11

 

[LC n° 90]

9 mai 1954

 

Je cite aussi de mémoire le passage où se trouvent ces mots : «Mon âme est saisie de tristesse jusqu’à la mort» (Matt. 26:38).

Je rappelle aussi les paroles prononcées par le Seigneur avant de quitter les siens, dont Il sentait que le coeur était brisé à la pensée que Jésus, qu’ils aimaient, allait les laisser tout seuls, aux prises avec un monde dont ils avaient senti la dureté se préciser à l’égard de leur maître bien-aimé. Ce qui fait que Jésus pouvait leur dire : «Vous avez persévéré avec moi dans mes tentations» (Luc 22:28). Le Seigneur leur dit : «Je vous enverrai le consolateur» ; Il l’a envoyé.

Ce sujet précieux de la tristesse et de la joie, dont on vient de nous parler, est bien digne de retenir la méditation de nos coeurs. Pourquoi sommes-nous tristes ? Pourquoi sommes-nous joyeux ? Cela touche à toute la vie pratique, réelle, de notre âme, de notre coeur. La tristesse du coeur, de l’âme, peut avoir son origine dans la conscience ; elle peut aussi avoir son origine ailleurs. Et la Parole répond à tout.

Voilà un coeur qui est brisé par une épreuve, alors que la conscience est bonne. Nous savons tous ce que c’est que de passer par une épreuve sans que la conscience soit chargée. Le coeur est brisé par une tristesse ; «attristés», dit Paul.

Considérons ce genre de tristesse. Il n’est pas un chrétien, pas une famille, pas un corps de chrétien, pas une assemblée — si le Saint Esprit se meut en elle — qui ne connaisse ce genre de tristesse, de peine.

Le Seigneur sait très bien qu’alors, notre coeur est brisé. Et pourtant, en effet, comme cela nous a été rappelé, il nous dit : «Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur» (Phil. 4:4). «Toujours» ; il n’y a pas d’exceptions à cela. Dans ce cas d’épreuve, nous pleurons ; les larmes remplissent le coeur de l’assemblée (lequel d’entre nous n’a pas connu cela, dans sa carrière chrétienne ?). Mais alors, il y a la douceur de la présence divine. Jésus vient dans notre coeur et nous donne de réaliser ce miracle que Lui seul peut faire : nous pleurons et nous nous réjouissons en même temps. «Tu mets mes larmes dans tes vaisseaux, ne sont-elles pas dans ton livre ?» (Ps. 56:8). Est-ce que le Seigneur nous demande d’avoir un coeur insensible et sec ? Pas du tout. Et, s’il fallait s’arrêter sur ce point, il suffirait de dire ce que l’Écriture présente, et ce sur quoi d’autres plus qualifiés que nous aujourd’hui ont insisté : il est dit que Jésus a pleuré ; il n’est jamais dit qu’Il ai ri. C’est un fait. Qu’on discute sur ce point, qu’on l’interprète comme on le veut, c’est un fait absolu, divin, que l’Écriture ne donne jamais une trace d’un fait où Jésus ait ri, ni souri.

Ainsi, le Seigneur peut réaliser en nous cette merveille que, tout en étant affligés (c’est écrit — mais nous ne sommes pas affligés «comme les autres qui n’ont pas d’espérance», 1 Thess. 4), nous avons, en même temps, dans nos âmes, cette joie divine, qui est grave, efficace, et qui console nos coeurs. Elle ne nous empêche pas pour autant de pleurer. Mais que de fois cette présence de Jésus avec les siens, dont le coeur est brisé, demeurera pour eux le souvenir le plus brillant de toute leur carrière terrestre ! Mais il faut le Seigneur ; c’est autre chose que des mots !

Ces tristesses liées aux circonstances, nul n’y échappe. Et combien nous avons besoin du Seigneur pour que, véritablement, nous puissions connaître quelque chose de cette joie, de la consolation divine, qui est une joie au milieu de nos larmes. Le Seigneur n’arrête pas d’un seul coup la souffrance du coeur. Ce n’est pas parce qu’il vient dans notre coeur que la souffrance cesse pour autant ; et la souffrance n’est jamais une chose, en elle-même, agréable. Mais Il est avec nous dans la souffrance et la transforme. Il se montre supérieur à elle. Le coeur est même rendu plus sensible à la douleur, avec lui. Mais il est sensible, aussi, à l’efficacité de la consolation qui est fournie. Que de fois ne l’avons-nous pas éprouvée, dans le secret de notre âme ; et c’est ainsi que l’âme s’enrichit dans la connaissance de Jésus.

Le Seigneur a connu la tristesse dans son âme jusqu’à la mort ; nous savons pourquoi. Au moment même où Il disait : «Mon âme est saisie de tristesse jusqu’à la mort» (Matt. 26:38), sa communion avec le Père était parfaite, puisqu’elle n’a été interrompue que pendant les trois heures de la croix. Son coeur était rempli d’une joie accomplie ; et, en même temps, il sentait, à l’infini, toute l’horreur du péché qui l’entourait, toute l’inimitié des pécheurs contre Dieu, qui lui causait une souffrance qui n’a jamais cessé.

«Attristés, mais toujours joyeux». Voilà l’état remarquable de l’apôtre Paul, imitateur de Christ. «Attristé» : il avait bien peu de sujets de joie, dans les saints ! Voilà aussi pour nous un sujet de souffrance, si nous avons à coeur le bien des saints, du témoignage ! Voilà un sujet de tristesse, de souffrance ! L’apôtre était assiégé nuit et jour par sa sollicitude pour toutes les assemblées de Dieu. Il était attristé, en voyant combien les coeurs n’étaient pas, à l’égard de Jésus, ce qu’ils auraient dû être. Et il était toujours joyeux, veillant à l’état de sa propre âme.

Nous pouvons penser, d’ailleurs, qu’il y a des moments de tristesse dans notre vie qui ont une cause tout à fait en dehors de nous. Supposons que, dans une assemblée, un chrétien marche mal, qu’il y ait là quelque péché, quelque faute inconnue, un chrétien qui est mondain ou qui marche mal. Il y a une tristesse qui en résulte, une souffrance chez tous les autres ; et il est impossible qu’il en soit autrement. Chacun a sa responsabilité à cet égard, sans aucun doute. Il peut y avoir des faits très précis à l’origine de ces tristesses et de ces souffrances.

Dans 2 Cor. 7, que nous avons lu, nous trouvons qu’il y a une tristesse selon Dieu, et une selon le monde. La tristesse selon Dieu, c’est ce qui a été lu tout à l’heure, dans l’épître de Jacques ; c’est une tristesse que le Saint Esprit opère dans la conscience à propos de quelque chose qui doit être réglé et ne l’a pas encore été ; c’est une tristesse liée à la repentance. Quant à la tristesse selon le monde, elle opère la mort. Le monde est triste et fait le mal, mais sans exercices de conscience. Il ne se tourne pas vers Dieu. Quel en est le résultat ? Judas en est un exemple : c’est le remords, le désespoir.

Il y a des causes de tristesse pour lesquelles nous avons un remède précis que l’Écriture nous apporte, soit dans Jacques, soit dans Corinthiens ; c’est bien important. Mais toutes les tristesses n’ont pas ces causes-là !

Dans l’épître aux Hébreux (chap. 12), nous trouvons l’école de Dieu, à laquelle nous passons tous, dans laquelle nous sommes tous, car toute notre vie durant nous sommes à l’école de Dieu. C’est ce que signifie le mot discipline. Discipline veut dire : former. C’est l’ensemble des moyens dont Dieu se sert pour nous former. Le verset nous dit «qu’aucune discipline, pour le présent, ne semble être un sujet de joie, mais de tristesse» (Héb. 12:11). Toutes les épreuves par lesquelles Dieu nous fait passer sont un sujet de souffrance. Nous sommes tous sous la bonne main de Dieu. C’est Lui qui nous éduque, qui fait notre éducation morale et spirituelle ; et il est dit, d’une façon expresse, qu’aucune de ces formations ne semble être, pour le moment, un sujet de joie, mais de tristesse. C’est parce que Dieu nous brise en quelque chose, et ce n’est jamais agréable, d’être brisé. Il brise notre volonté en touchant quelque chose qui s’y rattache. Mais nous voyons que, plus tard, cette discipline, cette formation, ce stage à une école, à une classe de l’école de Dieu, porte un fruit paisible. Ce n’est pas le fruit agité que la chair prétend porter, mais le fruit paisible de la justice pratique : des choses agréables à Dieu. Ce chrétien est plus humble, moins mondain, moins volontaire ; il répand davantage le parfum de la vie de Christ. C’est un fruit paisible, le fruit paisible de la justice pratique. Mais ce fruit est porté par ceux qui sont exercés, qui, au lieu de traverser cet exercice en cherchant à maintenir une joie fausse, acceptent la tristesse que la main de Dieu trouve bon de leur dispenser. C’est pourquoi les versets précédents nous disent qu’il y a deux dangers, dans ces circonstances : être découragé, ce qui est, pour ainsi dire, avoir lâché la main de Dieu ; et, d’autre part, traiter la chose à la légère. Voilà les deux dangers : être découragés, ou bien alors dire : ceci est fortuit ; ceci n’a pas de sens, de signification. Et c’est cela qui est appelé mépriser la discipline. Dans toute notre vie, nous avons à avoir l’oeil spirituel ouvert sur le sens des choses que nous rencontrons, tous les jours, tout le temps.

Enfin, nous avons vu que la puissance pratique et la source de la joie, c’est le Saint Esprit. Il n’y en a pas d’autres. C’était le Saint Esprit qui faisait chanter Paul et Silas, dans la prison. C’est lui qui produit la supériorité sur les circonstances et sur la chair. Dans Galates (passage lu), le fruit de l’Esprit, est-il dit, est «l’amour, la joie, la paix, la longanimité, la bienveillance…» ; il s’oppose aux différents fruits de la chair.

Lorsque l’Esprit est contristé en nous, nous ne sommes pas heureux. Si l’Esprit est contristé au milieu de nous par quelque mal qui est là, inconnu, non manifesté encore, il y a en nous une tristesse qui n’est pas de bonne source. Mais nous n’y pouvons rien, tant que la chose n’est pas réglée.

Combien la vie de notre âme est une chose délicate ! Mais des ressources sont à notre disposition. De sorte que nous devrions être des gens qui, dans ce monde, proclament la gloire de Dieu et, pour reprendre un passage qui a été lu ce matin, être un peuple au milieu duquel un chant de triomphe royal retentit. Nous devrions toujours être cela. Nos larmes, nos épreuves, ce n’est pas, au fond, ce qui nous empêche de bénir Dieu. Ce qui nous empêche de le faire, c’est notre volonté non brisée ; c’est du mal non jugé, le manque de séparation du monde, un manque d’exercice avec Dieu et avec le Seigneur. Autrement, nous réaliserions cette merveille d’être attristés mais toujours joyeux. Nous ne pouvons pas ne pas être tristes, quand nous voyons les pauvres pécheurs qui vont tout droit en enfer, et sans le savoir, et qui, croyant parfois être dans le bon chemin, outragent Dieu ou se séduisent eux-mêmes. Quel sujet de tristesse, si nous étions des chrétiens fidèles ! Tandis que, souvent, nous allons boire le vin qu’ils boivent, c’est-à-dire que nous allons prendre la même coupe qu’eux, ce vin qui était interdit au nazaréen, le vin de la communion avec la joie du monde. Que de fois cela arrive ! Ce n’est pas une joie selon Dieu, cela ; c’est une joie pécheresse, coupable, et qui est cause de tristesse, parmi le peuple de Dieu. Combien nous avons à veiller, chacun pour soi. Et, si nous aimons le Seigneur et si nous aimons les siens, nous veillerons, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour les bien-aimés du Seigneur. «Si un membre souffre, tous les membres souffrent» (1 Cor. 12:26) ; si un membre est glorifié, les autres le sont avec lui. Si un frère est rempli de joie pour le Seigneur, c’est un bénéfice pour le Seigneur et pour les bien-aimés du Seigneur. Si un frère est rempli de la joie du monde, s’il trempe ses lèvres dans la coupe dans laquelle le monde trempe les siennes, ce frère est infidèle au Seigneur, et infidèle à son service envers les saints, absolument infidèle.

Ah, si l’Église avait gardé ce caractère du commencement, elle eût été remplie des manifestations de la gloire de Dieu, et de la joie que Dieu donne à ceux qui se tiennent en sa présence, en communion avec lui !

S’il y avait ici quelqu’un qui soit triste parce que ses circonstances sont pénibles, eh bien, bien-aimés, est-ce que nous savons aller le trouver ? Est-ce que nous savons prier pour lui ? Est-ce que nous savons nous tenir près de lui, pour que Dieu remplisse son coeur de cette joie qui n’arrête pas les larmes, mais qui transforme les larmes amères en des larmes douces ? Faisons-nous cela, chers amis ? Le Seigneur l’a fait. Il vaut mieux aller dans la maison du deuil que dans la maison du rire. Mais est-ce que nous le faisons ? Est-ce que nous pensons à ceux qui ainsi souffrent, dont le coeur est brisé ? Et à l’égard des autres, de quelqu’un qui a besoin de sentir ses misères, de mener deuil et pleurer, il y a aussi un service, au moins la prière. Si nous voyons quelqu’un qui extériorise une joie légère, alors que d’autres sentiments siéraient beaucoup mieux à son âme et à son état, remplissons-nous à son égard le service qui conviendrait devant le Seigneur, au moins par la prière, en demandant pour lui que le sillon de la charrue de Dieu soit tracé dans son coeur, le sillon au fond duquel le Seigneur fait lever son propre blé ? Pensons-nous à lui comme nous avons à le faire, devant Dieu, et accomplissons-nous à son égard ce service délicat auquel l’amour pense, et que l’amour est assez intelligent pour accomplir ? Il y a là un travail persévérant, délicat. Il suffit d’y penser pour sentir, chacun pour soi, qu’on y manque beaucoup. Et quand un frère est dans la tristesse directement par sa faute, eh bien, faisons-nous toujours ce que l’amour du Seigneur nous invite à faire pour que ce frère, qui est peut-être attristé par quelque profond travail de conscience, retrouve avec le Seigneur, avec le Père, cette lumière, cette clarté de la présence de Dieu, qui est le secret de la joie (y en a-t-il une autre part ?) ?

Et veillons-nous ainsi à penser aux épreuves des saints, à ceux qui sont dans le deuil ? Il y a là tout un travail d’amour à remplir, dans le détail, au moins en prière devant Dieu. Il y a évidemment un service pastoral ; mais on n’a pas besoin d’être un pasteur pour penser à son frère et à sa soeur, pour penser à lui en prière devant Dieu. Le plus jeune frère, la plus jeune soeur, a l’occasion d’accomplir ce service pour le Maître et pour ceux qui lui sont si chers.

Et si on voit un frère mondain, est-ce qu’on va lui sauter au cou, comme pour approuver tout ce qu’il fait ? Est-ce qu’on n’a rien à lui dire, à lui montrer ? Est-ce qu’il n’y a pas à l’avertir, d’une façon ou d’une autre ? Car il se prépare de grandes tristesses.

La joie que le Seigneur donne est une joie sainte ; c’est une joie grave, qui remplit le coeur. Nous sommes heureux dans le Seigneur, si nous sommes avec lui. Mais, dans un monde où, on l’a souvent dit, nous avons à serrer nos vêtements autour de nous, nous avons à être des nazaréens, pour être heureux. Le moment vient où notre vigilance cessera, où ce sera la joie pure dont on nous a parlé tout à l’heure : «On ne sera que joyeux», comme il est écrit au sujet de la fête des tabernacles (Deut. 16:15) qui nous parle de la joie éternelle. Nous pourrons alors, mais pas avant, laisser flotter nos vêtements : «mangez, amis, buvez abondamment, bien-aimés» (Cant. 5:1). «En vérité, dit le Seigneur, je vous dis que je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’à ce jour où je le boirai nouveau avec vous dans le royaume de mon Père» (Matt. 26:29).