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Méditations sur la Parole de Dieu

 

2 Corinthiens

 

 

Louis Chaudier

 

 

Table des matières :

1      Manifester la vie de Dieu — 2 Corinthiens 1:3-5, 8-10 ; 2:12-17 ; 3:1-6, 18 ; 4

2      Un trésor dans des vases de terre — 2 Corinthiens 4 ; 5 ; 6:2-11

3      Désirer ardemment — Jacques 4:2 ; 1 Pierre 2:2-3 ; 1 Corinthiens 12:31, 14:1, 39 ; 1 Timothée 3:1 ; Psaumes 84:2 ; Philippiens 1:23 ; 2 Corinthiens 5:2 ; Luc 22:15

4      Tristesse et joie — 2 Corinthiens 6:9-10 ; 7:9-12 ; Galates 5:22 ; Éphésiens 4:30 ; Hébreux 12:11

5      La manifestation de la vie divine — 2 Corinthiens 10:1, 4-5 ; 11:20-33 ; 12:1-10, 20-21 ; 13:11-13

6      L’épreuve — Exode 15:20-27, 10, 12 ; 17:8, 15-16 ; 2 Corinthiens 12

7      Épreuves et discipline — Psaumes 42:5-6, 11 ; 62:1-2, 5-7, 10-11 ; Hébreux 12:1, 4-6, 9-17 ; 2 Corinthiens 12:7-10

 

 

 

Le texte de ces méditations a été révisé par Bibliquest dans sa forme, par rapport à diverses éditions papiers précédentes. Les révisions ont été limitées à ce qui était nécessaire à une expression et une compréhension correctes. Le texte reste marqué par son caractère oral, non révisé par l’auteur. Dans certains cas d’expressions au sens discutable, l’imperfection de celles-ci a été laissée de peur d’en perdre une certaine vigueur.

Certains textes ont été repris de l’ouvrage «Méditations sur la vie chrétienne» édité en 1995 par F.R., et sont notés comme tels. Ces textes ont fait l’objet (par F.R.) d’une révision un peu plus poussée.

 

 

1   Manifester la vie de Dieu — 2 Corinthiens 1:3-5, 8-10 ; 2:12-17 ; 3:1-6, 18 ; 4

 

[LC n° 88]

8 mai 1949

 

Nous voyons d’abord, dans le commencement de ce que nous avons lu, dans quelles circonstances se trouvait Paul lorsqu’il écrivait cette seconde épître. Ses circonstances extérieures étaient plus difficiles que lorsqu’il écrivait la première. Extérieurement, il est dans des conditions très difficiles ; intérieurement, il est dans des relations plus heureuses, vis-à-vis des Corinthiens. La première épître aux Corinthiens montre que l’apôtre était très chargé, à l’égard de ses chers Corinthiens, parce qu’ils n’étaient pas devant Dieu. Et, quand on n’est pas devant Dieu, chers amis, c’est la porte ouverte à tout ce que l’homme est. J’espère que chacun de nous commence à être un peu fatigué de ce qu’est l’homme. Quand on n’est pas devant Dieu, on est devant l’homme ; et quand on n’est pas devant Dieu, il n’y a aucune sécurité, même pour un chrétien !

Si nous ne sommes pas devant Dieu, nous sommes devant l’homme. Et que de fois ne constate-t-on pas, même parmi les chrétiens et parmi nous, que le souci d’être devant Dieu passe après le souci d’être devant les hommes.

Il n’y a peut-être pas de marque plus sûre de la piété, chez un chrétien, que ce souci de dire et de pratiquer ceci : Dieu d’abord. Deux mots : Dieu d’abord. Dans tout ce que j’ai à faire, Dieu d’abord. Qu’est-ce que Dieu pense de moi ? Qu’est-ce que Dieu a à me dire ? Qu’est-ce que Dieu fera à mon égard ?

Il est bien certain que la pensée de Dieu est plus importante que celle de tous les hommes qui sont dans le monde entier. Ceci n’est pas pour mettre de côté, dans tous les cas, la pensée des chrétiens ; et il arrive fréquemment que Dieu peut nous aider à avoir sa pensée en se servant de ses enfants, très fréquemment. Mais le but à atteindre, et sans lequel rien d’heureux n’est fait, c’est que nous soyons amenés dans la présence de Dieu, et cela à propos de toutes choses.

Il faudra bien finir par être devant Dieu, au tribunal de Christ — l’épître aux Romains dit «tribunal de Dieu», parce que, dans les Romains, tout se rapporte à Dieu, mais c’est la même chose. Tribunal de Dieu, tribunal de Christ, pour qui ? Tout le monde ; nous, les chrétiens, et les non chrétiens. Il y a un moment et un lieu pour cette rencontre inévitable, ce tête-à-tête solennel de tout homme avec Dieu. On aura pu le fuir toute une vie durant ; et les hommes auront pu s’aider les uns les autres à fuir ce tête-à-tête, cette rencontre face à face, toute une vie durant. Ce n’est qu’une ruse puissante de l’adversaire, qui veut entraîner les hommes avec lui dans sa propre fin.

C’est vrai, chers amis, il faudra que tout homme comparaisse devant Dieu. Ce n’est pas ce qu’on dit aujourd’hui, dans cette cité babylonienne. Ce sont des mensonges qu’on proclame à la surface du monde, tout ce par quoi on invite les hommes, de façon directe ou indirecte, à mettre Dieu derrière, au lieu de dire : Dieu d’abord. Et c’est tout ce qui, pour chacun de nous, produit cet effet, de remettre Dieu à demain. Demain, je penserai à Dieu. Aujourd’hui, avons-nous lu dans ce chapitre 6, est le jour favorable, tandis que le diable nous dit demain. Demain, je réglerai mes comptes ; demain, je penserai à Dieu. Dieu dit : Aujourd’hui, c’est le jour favorable, qu’il s’agisse de la vie du chrétien et de l’ordre à y mettre ; aujourd’hui, s’il s’agit de quelqu’un qui, de jour en jour, d’heure en heure, depuis dix, vingt ans, recule cette échéance qui l’effraie, d’avoir à rencontrer Dieu.

Quel bonheur, chers amis, que Dieu parle encore, quelle miséricorde !

Si les chrétiens partent, tout à l’heure, tous ceux qui sont ici (on aime à penser que, si le Seigneur venait maintenant, les bancs resteraient vides), Dieu ne parlerait plus au monde ; ce serait fini.

L’apôtre, donc, était plus heureux dans son coeur dans la seconde épître que dans la première. Eet on le voit d’abord à ce qu’il dit de lui, et puis à ce qu’il dit aux Corinthiens. Il leur dit des choses plus heureuses, et développe davantage les conseils de Dieu, dans la seconde épître, que dans la première. Et, quand on voudrait nous faire dire que l’enseignement qui doit être donné aux chrétiens ne dépend pas de leur état, on ferait mentir ce qu’on trouve continuellement, dans la Parole de Dieu. Si les chrétiens sont en mauvais état et ont besoin d’être exhortés, il faut les exhorter, et il faut les reprendre s’ils en ont besoin, et dans quelque réunion que ce soit. Sinon, c’est les encourager à une situation qui n’est pas bonne.

Extérieurement, par contre, l’apôtre est très chargé, dans la seconde épître.

Nous, nous aimons bien un petit christianisme-promenade à travers ce monde, un christianisme bien tranquille où Dieu nous laisse à peu près faire ce que nous voulons, à condition que nous invoquions le nom du Seigneur. Ce n’est pas le christianisme de Dieu. Nous voyons ce cher apôtre, dans cette seconde épître, très chargé. Il dit : Nous avons été excessivement chargés ; nous avons désespéré de vivre. La mort a failli le frapper, une mort qui lui eût été donnée par le fait qu’il était persécuté. Il prêchait Christ, et on se moquait de lui comme on s’était moqué de Jésus. Ce qui fait que, quand le monde dit du bien d’un chrétien, que le monde et le chrétien sont tout à fait d’accord, il faut bien croire que le chrétien n’a pas bien prêché Christ, ou, s’il l’a prêché, qu’il n’a pas prêché le Christ de Dieu.

Mais, devant cette mort, arme suprême brandie par le monde et les ennemis de Jésus pour frapper l’apôtre, on aurait pu dire : l’apôtre va fléchir ! Il dit : Non ; cette mort qui a failli me frapper, elle me trouvait déjà mort.

Il n’y a certainement pas eu, chers amis, dans tout le témoignage, un homme tel que Paul. Lorsqu’on le menaçait de mort, on trouvait quelqu’un qui était déjà mort ; il portait en lui-même la sentence de mort. Tout ce qui, en lui, était mortel, était tenu pour mort ; tandis qu’en nous, hélas, chers amis, beaucoup de choses qui sont mortelles sont bien vivantes ; voilà la différence. Et plus un chrétien est fidèle, pieux, spirituel, plus il réalise la mort aux éléments de la vie mortelle ; c’est le progrès.

Je dois aujourd’hui, si j’ai fait des progrès, porter la sentence de mort, comme une chose devenue comme un état, sur des éléments de ma vie mortelle qu’autrefois, je laissais vivre ; c’est le progrès.

Chacun de nous peut, devant Dieu, savoir s’il avance ou s’il recule. Voilà notre combat sur tout ce qui est mortel. De tout ce qui est mortel, l’ennemi se sert. Eh bien, on a voulu tuer Paul. On a trouvé un homme qui avait la vie, qui vivait dans le corps ; mais on a trouvé un homme qui était mort pour le monde, et pour tout ce à quoi un homme tient, dans le monde. À tout ce à quoi nous tenons, Paul était mort. Vous voulez me tuer, m’enlever la vie ? Oh, vous m’envoyez avec Jésus ; vous me délivrez, vous me libérez. Le degré de liberté et d’affranchissement atteint par Paul est certainement unique ; et nous, nous avons à faire de grands progrès. Si quelqu’un s’imagine, ici, qu’il est un chrétien arrivé tout à fait au sommet et au point le plus élevé de la maturité chrétienne, qu’il lise ces passages, et la vie de Jésus, qui est infiniment supérieure, bien entendu. Mais, en passant, quel enseignement pour nous ! Nous devons porter la mort, nous appliquer à porter la mort, nous appliquer à nous les coups les plus durs, pas aux autres.

Paul ne disait pas : Je porte dans le corps des autres la mort de Jésus ; «portant toujours, dans le corps», dans le sien, «la mort de Jésus». Je le sais, chers amis, il n’en faudrait pas parler, aujourd’hui, parmi nous, de la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par laquelle le monde nous est crucifié, et nous au monde. Or les paroles de notre Seigneur Jésus Christ, les paroles de ses serviteurs, les paroles inspirées que nous avons, nous enseignent que le secret, dans ce pauvre monde — un monde affreux, un monde ennemi de Dieu, un monde où la colombe, comme autrefois après le déluge, ne saurait où poser le pied, chers amis, ce monde affreusement opposé à Dieu — pour le chrétien, pour ne pas se laisser emporter par le monde, c’est de prendre sa croix tous les jours, de la porter tous les jours ; de porter, comme dit Paul, «tous les jours dans le corps la mort de Jésus» (4:10). Qu’est-ce que cela veut dire : le mourir de Jésus ? Jésus a été crucifié ; le monde le sait bien. Mais on a tourné ce scandale de la croix en des fêtes légères, dont le monde aura à répondre à Dieu, chers amis. Mais le chrétien sait : Jésus a été crucifié, moi aussi ; Jésus est mort, moi aussi, par la grâce de Dieu. Cette délivrance, toujours cherchée, jamais atteinte, par tous les sages de tous les temps, dans le monde, c’est que Dieu me donne d’en finir avec moi, d’en finir avec le monde. Dieu m’a tué en la croix de notre Seigneur Jésus Christ. Moralement, je suis un mort ; et moralement, je puis vivre comme un mort, «portant tous les jours dans le corps la mort de Jésus». Voilà la délivrance.

Je le répète, chers amis (et veuille faire le Seigneur que, jusqu’à la fin du témoignage, même par des enfants s’il le faut, ces vérités soient redites et proclamées parmi nous), le secret de la puissance de la vie chrétienne, c’est la mort, la mise à mort pratique de soi-même, et la réalisation qu’on est mort avec Jésus. C’est une position devant Dieu : Je suis crucifié avec Jésus. Voilà la position ; et il y a la pratique en conséquence.

Paul n’était pas un théoricien. Il n’était pas un théoricien, quand il dit, à la fin du chapitre 3 : «contemplant à face découverte… nous sommes transformés… en Esprit». On voudrait nous faire croire qu’un chrétien en mauvais état a le droit de dire ces versets ; il n’a pas le droit de les dire.

Et, pour établir l’équilibre, nous avons, au chapitre 4, le développement de l’état pratique de Paul : «mais nous avons ce trésor dans des vases de terre».

C’est le tableau de la vie pratique de ce serviteur, heurté de toutes parts, avec des craintes au dedans, et des luttes au dehors, toujours en proie à toutes sortes de difficultés. Le vase était brisé par toutes sortes de chocs que Dieu permettait, afin que la vie de Jésus brille à travers ce vase brisé. Le principe est toujours le même. Il n’y a pas de vie chrétienne en dehors de ce terrain-là.

Si quelqu’un nous prêche un autre christianisme que celui-là… un ange du ciel nous le présenterait, qu’il soit anathème, dit Paul aux Galates. Voilà donc Paul très chargé quant à ses circonstances. Peut-être est-ce ce qui nous ferait le plus peur, les circonstances de Paul ! On n’aime pas la mort ; nous ne l’aimons pas. Quand quelqu’un nous injurie, ou quand nous sentons le mépris, ou qu’on se détourne de nous parce que nous avons affaire à la Parole, lorsque nous disons : «Voilà ce que Dieu dit », nous n’aimons pas cela. C’est une chose que nous n’aimons pas du tout. Nous n’aimons pas la mort ; personne ne l’aime. Eh bien, que nous l’aimions ou que nous ne l’aimions pas, Dieu nous a tous tués, nous qui croyons en la croix de notre Seigneur Jésus Christ. Et il nous dit que notre privilège, le secret de la vie chrétienne, c’est de réaliser que nous sommes des morts. On perd de vue cela, chers amis. Et, si on ne fait pas attention, on se surprend à dire : Tiens, mais ce n’est plus le christianisme de Dieu que je vis ; je suis en train de m’écarter du chemin de Christ ; je n’ai plus mon Sauveur qui a été crucifié, et j’ai oublié de prendre ma croix. Un chrétien sans la croix dans ce monde, mais c’est ce qu’a fait la chrétienté toute entière ! On porte la croix en ornement, ou en guise d’amulette. Voilà comment on se glorifie de la croix de notre Seigneur Jésus Christ. On porte une croix en or, comme un bijou, comme un ornement ! Quelle honte !

«Allez à Guilgal et péchez», dit le prophète (Amos 4:4) ! C’est exactement cela. Guilgal, qui était le lieu de la mort, quand le peuple a mis le pied dans le pays de la promesse, après le Jourdain, est devenu le lieu du péché. «Allez à Guilgal et péchez», dit le prophète. On pourrait le dire à la chrétienté, aujourd’hui, et à nous tous, quand nous tournons le dos à la croix de notre Seigneur Jésus Christ, et que nous refusons de la porter.

Nous trouvons encore, dans l’exemple de ce serviteur, une chose remarquable. Les circonstances extérieures, pour lui, n’étaient pas importantes. Ce qui chargeait le plus Paul, c’était l’état de ses chers enfants dans la foi : Corinthiens, Galates ; et c’est aussi ce qui préoccupait son coeur. Il le dit, dans cette épître ; c’est ce qui le tient assiégé (11:28). C’est comme quelqu’un contre lequel on livre des assauts ; «ce qui me tient assiégé… ma sollicitude pour toutes les assemblées».

Quand les circonstances extérieures sont adverses et qu’on veut le mettre à mort, on trouve un Paul tout prêt à partir. Ce n’est certainement pas facile ; mais si tout ce qui en nous est mortel était tenu pour mort, nous n’aurions aucune peine à partir. Mais, en outre, nous trouvons, dans le commencement de cette épître, quelque chose de tout à fait remarquable. Nous trouvons quelqu’un de très chargé, qui touche aux portes de la mort, et qui peut consoler les autres.

On pense souvent que, pour consoler quelqu’un, avoir la force de consoler quelqu’un, il faut être soi-même avec des circonstances idéales, pour avoir la force de se pencher vers ceux qui sont dans la détresse. Ce n’est pas ce que nous trouvons ici.

Il était consolé d’une telle manière, de la part de Dieu, qu’il était rendu capable de consoler les autres, dans quelque affliction qu’ils fussent. C’est quand nous éprouvons pour nous-mêmes la vertu de la consolation de Dieu, que tout nous manque, que nous sommes harassés, que nous sommes écrasés par les fardeaux que nous portons, et que nous sentons la main de Dieu, la présence de Dieu, que nous avons la force de nous occuper des autres. Nous y penserons sans attendre d’être délivrés de tous nos exercices. Nous pourrons le faire, si Dieu est avec nous et si nous sommes avec Dieu. Alors nous entrerons en sympathie avec les souffrances des autres. C’est la présence de Dieu qui permet de réaliser cette vraie sympathie, qui n’est pas une sympathie naturelle. Celle-ci a sa place et a son prix, dans le champ de la nature. Mais nous sommes ici dans le royaume de Dieu. Consoler les autres dans quelque affliction que ce soit ; pourquoi ? Parce que Dieu console ceux qui sont abaissés, nous en avons fait l’expérience. Quand quelqu’un est abaissé — Dieu permet qu’il soit abaissé — Dieu vient vers lui, et la vie est toute changée. C’est dans cette épître que nous trouvons que Dieu console ceux qui sont abaissés. Dieu résiste aux orgueilleux et donne la grâce aux humbles. C’est un principe invariable.

«Il résiste aux orgueilleux et donne la grâce aux humbles» (1 Pier. 5:5). Il console les humbles, ceux que lui rend tels, et à qui il est alors donné de réaliser la présence de Dieu.

Si nous réalisions parfaitement la présence de Dieu, il n’y aurait aucune difficulté, pour nous ; nous ne craindrions rien ni personne. Certainement, nous en avons fait l’expérience ; mais ce devrait être continuel.

L’apôtre Paul, au chapitre 2, était comme en triomphe, une odeur de mort pour la mort, une odeur de vie pour la vie. Il était comme un des condamnés que les empereurs romains mettaient derrière leur char, et qu’on sacrifiait après la fête. L’apôtre Paul attendait d’être sacrifié. Il était une odeur de mort pour la mort, une odeur de vie pour la vie. Un chrétien est une odeur de mort pour les morts, dans ce monde. Pour tous ceux qui n’ont pas la vie de Dieu, un chrétien a une odeur de mort. On n’aime pas voir un chrétien ; il gêne. Si on sait que c’est un chrétien, et s’il parle du Christ et de sa croix, ou si on sait qu’il aime Jésus, il est de trop partout où il est, dans ce monde. Il gêne. Il y a une puissance contre le chrétien qui ne s’explique que d’une façon : c’est la puissance du diable se servant des hommes pour s’opposer aux chrétiens. Le diable sait très bien la puissance de la croix ; il l’a éprouvée. C’est à la croix que le diable a été vaincu, pas ailleurs. Et, quand nous parlons de la croix de Jésus et de la mort et de la résurrection de Jésus, nous élevons une bannière — «Que toujours la croix de l’Agneau soit ta seule bannière» — que le diable n’aime pas à voir se dresser, dans ce monde (et c’est la seule). Il en tolérera toutes sortes d’autres ; mais celle-là, il ne l’aime pas : «une odeur de mort pour la mort, une odeur de vie pour la vie» (2:16).

Quelqu’un qui a la vie de Dieu trouve son délice à entendre parler de la croix de Jésus. À la croix de Jésus, tous nos ennemis ont été vaincus. À la croix de Jésus, je suis mort et je suis vivant : je suis mort avec Christ, et je suis vivant de l’autre côté. C’est la mort avec Christ ! La croix de Jésus, elle est ma vie, elle est ma mort. C’est à la croix de Jésus que Dieu s’est débarrassé de moi et que Dieu m’a débarrassé de moi, mais que Dieu m’a donné une vie qui est celle de Jésus. C’est par l’oeuvre de la croix de Jésus.

C’est pourquoi, chers amis, nous trouvons toujours que tous les enseignements sont liés à la mort de Christ. Et, si nous nous écartons de la croix de Jésus, d’une façon ou d’une autre, nous aurons un christianisme agréable, bien commode, un christianisme pour tous, pour les morts, mais qui laisse mourir les morts. Tandis que le christianisme de Dieu fait vivre les morts, et leur donne la vie. C’est pourquoi il y a tant de chrétiens de nom qui vont tout droit en enfer.

Une odeur de mort : «Grâces à Dieu qui nous mène toujours de triomphe en triomphe dans le Christ et manifeste par nous l’odeur de sa connaissance en tout lieu» (2:14).

Encore un mot, une autre pensée, sur le chapitre 3, sur ce que doivent être les chrétiens. Nous avons, dans le chapitre 3, cette pensée que l’apôtre exprime par le Saint Esprit : «vous êtes notre lettre… connue et lue de tous les hommes ; car vous êtes manifestés comme étant la lettre de Christ, dressée par notre ministère, écrite non avec de l’encre, mais par l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur les tables de chair du coeur» (v. 3). Voilà une lettre du Christ, et — c’est remarquable — nous trouvons qu’elle est écrite, «dressée par le ministère de Paul et par l’Esprit du Dieu vivant». Le Saint Esprit avait gravé dans le coeur des Corinthiens la personne même de Christ ; et c’est pourquoi les Corinthiens étaient la lettre de recommandation de Paul. Si quelqu’un disait : Mais qui est ce Paul qu’on n’a jamais vu et qu’on ne connaît pas ? Vous voudriez savoir qui est ce Paul ? Eh bien, voyez cette assemblée de Corinthe. Voyez la lettre qui recommande Paul ; c’est l’existence même de cette assemblée de Corinthe. Paul avait travaillé à Corinthe. Le Saint Esprit avait, par son moyen, travaillé dans les coeurs et les consciences. Et si on demandait à Paul une lettre de recommandation, il disait : La voilà, ma lettre ; c’est l’assemblée de Corinthe.

Elle n’était pas en très brillant état, et la lecture était un peu difficile, surtout lors de la première épître. La lecture était un peu difficile, les caractères de la vérité étaient assez indéchiffrables. Il y avait de la boue, à Corinthe, sur le témoignage de l’assemblée de Corinthe. Il y avait de la boue, des choses qui cachaient la clarté du témoignage et diminuaient sa puissance. Alors l’apôtre leur avait écrit la première épître, qui avait clarifié l’état de Corinthe, de sorte que ce qui était, ce qui devait être écrit aux yeux de Dieu, commençait à être plus lisible.

C’est vrai de chacun, d’une assemblée, d’un individu. Voilà un chrétien ; il devrait être une lettre. On devrait dire, en voyant un chrétien : Voilà quelqu’un en qui on peut lire Christ ; on peut lire ce qu’est Dieu, les caractères de Dieu ; voilà ce que c’est. C’est ce que le Seigneur dit : «Vous êtes la lumière du monde» (Matt. 5:14). Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu’en voyant un chrétien, les adversaires doivent lire ce qu’est Dieu. Dieu est invisible ; le chrétien doit le rendre visible par sa conduite. Et il arrive, après qu’un chrétien a marché d’une façon qui rend Dieu visible aux yeux des incrédules, que de la boue se mette sur cette lettre, ce témoignage, ces rayons de lumière, et les empêche de se manifester ; cela arrive fréquemment. Et alors, le Saint Esprit travaille, sanctifie ce chrétien, le purifie. Mais nous devons veiller à ce que notre témoignage, notre lumière, luise ainsi devant les hommes. Le chrétien est laissé dans ce monde pour cela. Si un chrétien parle, vit, marche, comme un homme du monde, c’est qu’une multitude de choses ont caché, obscurci, éteint, le rayonnement qui doit se dégager de la vie du chrétien. Ce chrétien n’est plus bon à rien. «Si le sel a perdu sa saveur, il n’est même pas propre à être jeté au fumier» (Luc 14:34-35) ; c’est le Seigneur qui le dit ; il n’est bon à rien.

Le diable fait tous ses efforts pour jeter de la boue sur le témoignage extérieur du chrétien. Il fait tout ce qu’il peut, car s’il y a une chose que le diable ne peut pas supporter, c’est qu’un chrétien ressemble à Christ. Il fait tout ce qu’il peut pour qu’un chrétien ressemble au premier Adam. Mais qu’un chrétien ressemble à Christ, c’est insupportable au diable. Qu’une assemblée locale soit une assemblée de Dieu, comme une lettre écrite, c’est insupportable au diable. C’est pourquoi les frères et les soeurs doivent prier sans cesse. Tout ce que les frères et les soeurs tolèrent qui encourage l’effort de l’ennemi, en cela, les frères et les soeurs sont serviteurs de l’ennemi. Cela demande une vigilance continuelle. Que chacun de nous s’interroge devant Dieu, et réponde en toute droiture devant Dieu. Depuis un mois seulement, est-ce qu’il a fait des progrès ou non ? Depuis un mois — je ne vais pas chercher depuis des années — est-ce que cet homme a prospéré, ou non ? Est-ce qu’il a cherché Christ avec autant, ou moins, de zèle ? Est-ce qu’il a toléré des choses qu’il n’aurait pas dû tolérer, ou est-ce que Christ lui est devenu plus nécessaire ?

Il ne faut pas vivre dans l’abstrait. Le christianisme est quelque chose de très pratique, puissant, précis ; c’est quelque chose de tous les jours. Nous disons que nous aimons Christ ; quelle place tient-il dans notre vie en plus, en mieux, ou en moins, depuis un mois ?

Je me souviens d’un frère, un homme de Dieu, qui a vécu et fini en homme de Dieu, et qui disait : Il nous faut souvent consulter le baromètre de notre vie spirituelle, souvent. Et c’est le même qui disait : Ne laissez pas la communion avec Dieu s’interrompre. Vous avez essayé de ne pas laisser l’interrompre ? Est-ce une chose facile, de ne pas la laisser s’interrompre ? Un chrétien qui ne jouit pas de la communion avec Dieu est loin de Dieu.

Il pourra couvrir ses défaillances par de très belles paroles, dire : Nous contemplons à face découverte la gloire du Seigneur ; il n’est pas avec Dieu, c’est un menteur !

C’est cela, chers amis, une vigilance continuelle, pour ne pas laisser de boue se mettre sur notre témoignage, et nous aider les uns les autres pour cela. Et je pense avec plus d’insistance encore à l’assemblée, le témoignage de l’assemblée. Les frères et les soeurs devraient avoir à coeur cela, car l’assemblée a un témoignage particulier. Et tout ce qui donne moins de place à Christ, tout ce qui tend à faire du christianisme un ensemble de petites vérités qui laissent dormir chacun dans son coin, chacun avec ses caprices et chacun avec ses désirs, ce n’est pas du tout le christianisme de notre Seigneur Jésus Christ. L’apôtre dit qu’il est fatigué ; cela nous arrive. J’espère que plus d’un d’entre nous sait ce que c’est que la fatigue, non pas celle du travail (c’est loin d’être la plus lourde). L’apôtre est lassé, on le sent très bien ; il est fatigué. Il le dit ; regardez ce tableau du chapitre 4, c’est un tableau de toute beauté : «Nous avons ce trésor (la connaissance de Christ) dans des vases de terre…». La mort opère en nous et la vie en vous ; c’est-à-dire que Paul portait la mort sur ce qui était mortel en lui, et la vie divine avait une telle puissance, qu’elle produisait ses effets chez les autres.

La vie en vous, la mort en nous, n’étaient pas égaux. Il en est ainsi ; aujourd’hui, de plus en plus, chers amis, on recule devant cela.

Je dis encore un mot sur la fin : «le dieu de ce siècle a aveuglé les pensées des incrédules» (4:4). Il y a des incrédules ; nous ne convertirons pas tout le monde. Il y a peut-être un incrédule, dans cette salle ; c’est possible. S’il y en a un, nous lui disons : Le dieu de ce siècle a aveuglé vos pensées. Et quel est le dieu de ce siècle ? C’est le diable. Les pensées que vous avez sont celles que le diable vous donne. Tant que Dieu n’aura pas travaillé en vous pour éclairer votre coeur, pour changer les ténèbres de votre coeur en lumière, le mensonge en vérité et l’état de mort de votre âme en vie éternelle, vous serez dans la main du diable.

Il y a beaucoup d’incrédules, aujourd’hui, chers amis. On prêche l’Évangile, encore aujourd’hui. Et nous vous disons : «Soyez réconciliés avec Dieu» (5:20). À la suite de quoi vient cet appel à la réconciliation ? Après qu’il a été parlé du tribunal de Christ où tout le monde paraîtra, mais pas au même moment ; les inconvertis, pour être jugés et jetés dans l’étang de feu et de soufre, qui est la seconde mort. Il paraît qu’il faudrait presque commencer à n’en plus parler, parmi nous, de l’étang de feu et de soufre, qui est la seconde mort, le feu éternel préparé pour le diable et ses anges ! Eh bien, pour nous en montrer la valeur, le qualificatif éternel attaché à cet état de choses est le même que celui qui est employé pour caractériser Dieu lui-même.

C’est pourquoi nous supplions, sachant que tout le monde est mort par nature, aux yeux de Dieu, qu’il n’y a pas un homme qui ait par lui-même la vie éternelle et qui soit pour Dieu, en naissant dans ce monde. «Nous supplions pour Christ : soyez réconciliés avec Dieu».

Mais, pour supplier pour Christ, il faut soi-même être réconcilié. Ce n’est pas un condamné à mort qui doit parler de délivrance à son camarade condamné à mort !

Si un est mort, tous sont morts. Si Christ est mort, c’est que tous sont morts. Ceux qui croient, maintenant, n’ont pas à vivre pour eux-mêmes, mais pour celui qui pour eux est mort et a été ressuscité.

Encore un mot à propos de cette mort que nous voyons planer dans la vie de l’apôtre. Il se mouvait avec l’ombre de la mort sur lui. Eh bien, nous avons à faire comme lui.

Et, en terminant, j’ai souvent pensé à ce passage de 2 Corinthiens 5 que nous avons lu : «que nous soyons absents ou que nous soyons présents, nous nous appliquons avec ardeur à lui être agréables». Que nous soyons absents du Seigneur, c’est-à-dire que nous soyons sur la terre, ou présents avec le Seigneur, peu importe, nous nous appliquons à lui être agréables. Mais il vaut mieux être absent du corps, et présent avec le Seigneur.

Chers amis, ce n’est peut-être pas toujours, et peut-être pas souvent, que, si on nous prenait à brûle-pourpoint, nous dirions : C’est vrai, Seigneur ; j’aime mieux partir et être avec toi. Il y a peut-être bien des choses à quitter, des choses mortelles, des choses légitimes. On comprend qu’un jeune chrétien entre dans la vie avec diverses perspectives ; mais ce qu’on aimerait voir, ce qui serait désirable — chaque âge a ses conditions — c’est qu’en avançant dans la vie chrétienne, nous nous rendions compte d’une chose, c’est qu’il est préférable d’être absent du corps, et présent avec le Seigneur.

Que notre coeur soit avec Christ là où il est. Que notre coeur devance le moment où nous serons avec lui. Et, si un chrétien âgé est attaché aux choses, même normales et légitimes, avec autant de force qu’un jeune chrétien, eh bien, chers amis, est-ce que c’est ce que le Seigneur aime à voir ? Ou bien est-ce que le Seigneur n’aime pas mieux, quand nous avançons dans la vie chrétienne, nous voir mûrir pour le moment où nous serons avec lui ? Que personne ne dépasse sa mesure de foi ; mais qu’il nous soit donné à tous de croître dans la foi, dans la réalisation de Christ dans notre coeur, dans notre vie.

Et s’il y avait ici une âme pécheresse qui ne connût pas Jésus, qui ne connût pas Dieu, eh bien, «nous supplions pour Christ : soyez réconciliés avec Dieu».

 

2   Un trésor dans des vases de terre — 2 Corinthiens 4 ; 5 ; 6:2-11

 

[LC n° 89]

8 novembre 1953

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 166

 

Dieu a fait briller une lumière dans le coeur des croyants. Lorsque les ténèbres couvraient la terre, «Dieu dit : Que la lumière soit. Et la lumière fut» (Gen. 1:3). D’une façon analogue, mais combien supérieure, Dieu a déchiré les ténèbres qui remplissaient nos coeurs et a fait luire en eux la lumière de sa connaissance dans la face de Christ.

L’homme naturel est entièrement étranger à la vie de Dieu ; il est dans les ténèbres. Les ténèbres, c’est la séparation de la présence de Dieu. L’expression «les ténèbres de dehors» (Matt. 8:12) définit la position de ceux qui seront exclus de la présence de Dieu pour toujours. L’état intérieur de l’homme naturel est caractérisé par les ténèbres : c’est une vérité essentielle. Un homme peut avoir l’esprit rempli des choses de Dieu et être entièrement dans les ténèbres. La lumière entre dans l’homme lorsque, par  la foi, il reçoit le témoignage que Dieu rend au sujet de son Fils par les Écritures. Celui qui a cru a scellé que Dieu est vrai, qu’il ne ment pas ; il met son sceau sur la vérité de Dieu, et la lumière entre dans son âme. C’est un fait inexplicable, un secret connu de tous les vrais chrétiens ; ils ont reçu cette lumière de la connaissance de Dieu brillant dans la face de Christ. Le simple professant, avancé peut-être dans l’étude de la Parole, s’arrête aux mots, comme Nicodème. Pour comprendre les choses de Dieu, il faut être «de Dieu» (Jean 8:47). Personne ne peut comprendre la nouvelle naissance s’il n’est né de nouveau. Un professant dira, comme Nicodème : comment la vérité de Dieu peut-elle luire dans l’âme par la face de Christ ? Le vrai chrétien le sait.

Le fait marquant de la vie d’un vrai chrétien, c’est que, un jour, Dieu a fait luire sa lumière et a dissipé les ténèbres ; Dieu est entré dans son âme. Désormais, rien ne rompra cette relation de l’âme avec Dieu. Celui qui est passé des ténèbres à la lumière n’a peut-être pas acquis une connaissance plus grande des vérités de Dieu, mais il sait qu’il était aveugle, et que maintenant il voit. Des personnes aveugles quant aux choses de Dieu peuvent nourrir l’illusion de voir ; dans cette cécité morale, Dieu est inconnu de l’homme. Être en rapport avec Dieu, c’est un don de Dieu que même un enfant peut recevoir de très bonne heure. Quand Dieu entre dans l’âme d’un enfant, il peut lui faire dire des paroles qui seront à sa gloire aussi bien que celles d’un apôtre.

Il est impossible que Dieu entre dans une âme sans produire des effets, qui sont le sceau de sa présence. Dieu bouleverse un homme entièrement ; Dieu est entré dans l’âme de Paul, très actif, et tout son être, toute sa vie, ont été bouleversés. Avant, c’était Paul qui pensait et agissait ; après, c’était Dieu dans Paul. Voilà le travail de Dieu, le seul qu’il reconnaisse : la réception dans le coeur du témoignage de Dieu, de la vie divine par la foi au nom du Seigneur Jésus, Sauveur personnel du croyant. Ne limitons pas Dieu ; ne disons pas qu’il n’est pas possible qu’il fasse aujourd’hui ce qu’il a fait autrefois. Dieu est toujours le plus fort.

«C’est le Dieu qui a dit que du sein des ténèbres la lumière resplendît,… pour faire luire la connaissance de la gloire de Dieu dans la face de Christ» (2 Cor. 4:6). Nous contemplons la gloire de Dieu dans la face de Christ. Dieu s’est révélé en Christ. Christ est le Dieu véritable et la vie éternelle. Nous contemplerons à jamais la gloire de Dieu déployée en Christ. Moïse, descendant de la montagne, mettait un voile sur son visage (2 Cor. 3:13), car les Israélites ne pouvaient le regarder. Mais nous, nous contemplons à face découverte la gloire de Dieu dans la face de Christ. Les Israélites étaient sous un régime de loi et de grâce (le régime de la loi pure n’a jamais régi le peuple) ; la manifestation, même partielle, de la gloire de Dieu leur était insupportable. Ceux qui veulent plaire à Dieu sur le principe de la propre justice ne peuvent supporter ni la grâce ni la gloire de Dieu, parce qu’ils ne sont pas au large avec Dieu. Seule une conscience purifiée supporte avec tranquillité, mais non pas avec légèreté, l’oeil de Dieu.

La purification de la conscience est faite une fois pour toute devant Dieu par le sang de Jésus, mais l’état pratique de la conscience peut être troublé si quelque chose n’est pas réglé avec Dieu. Cela ne pose pas à nouveau la question du salut éternel, mais la question des rapports immédiats avec Dieu ; et cela n’est pas négligeable. Le sang de Jésus lave des péchés et donne une bonne conscience. Quelqu’un qui ne se sait pas pardonné a de la fraude dans son esprit (Ps. 32:2) ; il n’ose pas venir devant Dieu, parce que Dieu éclaire le coeur et découvre ce qu’il a fait. De deux choses l’une : ou on se tient devant Dieu ou on se cache, comme Adam et Ève. On peut se cacher à soi-même, mais pas à Dieu. Quand quelqu’un sait que Dieu a lu la page où sont inscrits tous les détails de sa vie, et qu’il a lavé cette page par le sang de Jésus, il sait que la page est blanche ; ainsi purifié, il peut regarder Dieu ; il n’y a pas de fraude en lui parce qu’il est pardonné. Le pardon chasse la fraude. Chez un chrétien qui tombe et qui porte du péché non jugé dans sa vie, il y a de la fraude. Il n’ose pas regarder Dieu en face ; il n’aime pas qu’on parle de la conscience, parce que la lumière entre dans l’âme par la conscience. La conscience est le point de contact possible entre Dieu et l’homme. Tout s’efface devant les valeurs morales que la Parole nous fait connaître ; toutes les valeurs morales prennent leur mesure lorsqu’on les rattache à Dieu.

Le chrétien sait que Dieu le voit juste ; il est reçu par Dieu ; il attend la gloire. Dieu le lui dit après avoir bien réglé les comptes. Le chrétien qui cherche la présence de Dieu et dans le coeur duquel luit cette lumière, n’a pas peur de Dieu. Dieu est sa joie : «Tu es mon Dieu ; je te cherche au point du jour» (Ps. 63:1). Une conscience purifiée l’est pour toujours ; mais une bonne conscience, il faut la retrouver par la confession, lorsqu’on a manqué. Tant que vous n’avez pas confessé vos fautes, rien n’est fait. Vous avez passé par-dessus la faute ; une fois ou l’autre, il faudra que Dieu vous prenne à part pour la régler avec vous. Dieu est amour, et, parce qu’il nous aime, il ne veut pas que le mal demeure en nous. Alors, la lumière de Dieu éclaire tous les replis de notre âme, il n’y a plus de ténèbres. «Dieu est lumière et… il n’y a en lui aucunes ténèbres» (1 Jean 1:5). Ce message a été présenté aux hommes par la vie de Jésus, et Dieu en attend la réalisation dans la vie des croyants. Les chrétiens ont pour mission d’être la lumière du monde. Et si la lumière remplit le coeur du chrétien, elle rayonnera autour de lui, sans qu’il s’en rende compte. C’est Dieu dans un homme. Où est Dieu ? disent les incrédules. Il est en tous ceux qui sont de lui ; vous êtes la lettre de Christ, lue et connue de tous les hommes (2 Cor. 3:2). Il n’y a pas de témoignage comparable à celui-ci : faire luire Christ en nous, manifester la vie divine dans tous ses caractères. «Nous avons ce trésor dans des vases de terre» (2 Cor. 4:7). Ce trésor, c’est la connaissance de Dieu en Christ. C’est un trésor éternel, divin ; il doit se montrer maintenant, alors que nous sommes dans des corps mortels, dans des vases de terre. Notre corps est un corps de faiblesse, d’infirmité, marqué par le péché et la souillure. Nous ne pouvons nous appuyer que sur Dieu. Il nous laisse dans ce monde pour montrer ce trésor dans ces vases de terre-là.

Facilement, le chrétien montre le vase de terre, le «moi» ; alors Dieu brise le vase. Cela rappelle la scène de Gédéon avec ses trois cents hommes qui avaient chacun une trompette, un vase et une torche dans le vase. Ils n’ont qu’à constater la victoire que Dieu remporte. Voilà les plus belles victoires, celles où nous ne faisons rien du tout, où nous constatons comment Dieu agit. Les trois cents hommes brisent leur cruche, la lumière des torches proclame que c’est le peuple de Dieu qui combat. Aujourd’hui, le peuple de Dieu ne combat pas un ennemi imaginaire. Combien de fois cet Ennemi nous a fait faire ce que nous ne devions pas faire et dire ce que nous ne devions pas dire ! Un des secrets de la sagesse, c’est de ne pas sous-estimer la force de cet Ennemi, le diable. Et nous avons à rendre témoignage en sa présence, sur son terrain.

Dieu s’attend à ce que nous manifestions la vie de Jésus, la vie éternelle, dans notre chair mortelle au milieu des hommes. Comment ? L’apôtre passait, de la part de Dieu, par des tribulations, des difficultés, des souffrances. Souvent la vie des chrétiens est parsemée de toutes sortes de souffrances, de circonstances qu’on ne rencontre même pas chez les gens du monde : Dieu n’a pas à manifester la vie divine chez un incroyant. Dieu brise le vase, il brise l’énergie naturelle. Lorsque Dieu touche le corps d’un chrétien, il ne veut pas briser son corps, mais le ressort de sa volonté. Il sait ce qu’il fait ; il varie les moyens, mais il veut que le vase ne soit pas un obstacle au rayonnement de la vie divine. Chez un homme actif qui fait tout ce qu’il veut, la vie divine est manifestée en rapport inverse de cette activité. Dieu prenait bien soin de ce vase exceptionnel qu’était l’apôtre Paul : il le brisait de toutes manières, afin que le rayonnement de la vie divine fût éclatant. Dieu brise le vase par des circonstances difficiles. Il brise notre volonté, pour que le nom du Seigneur soit glorifié dans un vase brisé.

Un serviteur du Seigneur disait : «L’histoire de ma vie, c’est l’histoire de mon dépouillement». Dieu poursuit notre dépouillement progressif ; «aucune discipline, pour le présent, ne semble être un sujet de joie, mais de tristesse ; mais plus tard, elle rend le fruit paisible de la justice» (Héb. 12:11). Heureux sommes-nous si, dans le secret de notre âme, nous pouvons bénir Dieu de ce que, d’une façon ou d’une autre, une fois, dix fois, sa main a touché le vase, comme il le fallait, pour le briser. Nous ne le regretterons pas, ni ici-bas, ni au tribunal de Christ. Il est pénible de constater une volonté naturelle intacte chez un chrétien, une volonté qui n’a pas été touchée. Jacob n’a pas boité, avant Peniel ; il a bien fallu qu’il apprenne à boiter. Dans toute l’Écriture, quel est le vrai caractère d’un résidu fidèle ? «Je laisserai au milieu de toi un peuple affligé et abaissé, et ils se confieront au nom de l’Eternel» (Soph. 3:12) ; ils sont en petit nombre, brisés, en présence de toute l’énergie du monde. Quand Dieu brise le vase, il est prêt pour rayonner de la gloire de Christ, du trésor que Dieu y a placé. Le contenu du vase est plus précieux que le vase lui-même.

L’apôtre dit : Dieu me fait passer par toutes sortes de circonstances, et je porte tous les jours en mon corps la mort de Jésus. C’est le secret de la vie chrétienne. Lorsque le vase est brisé, Dieu le remplit. «Quand Jésus remplit un coeur, il déborde de bonheur» ; on chante ce cantique quand on est jeune chrétien, mais parfois, à quarante ans, on ne le chante plus, parce qu’on a laissé le coeur se remplir de toutes sortes d’autres choses.

«C’est pourquoi ne nous lassons point», dit Paul, chez qui l’énergie extérieure dépérissait, mais dont l’homme intérieur, le nouvel homme, était renouvelé de jour en jour ; «portant toujours partout dans le corps la mort de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans le corps». Ce rayonnement, c’est le travail accompli par le Saint Esprit et par la Parole dans un chrétien. Le renoncement est un des grands secrets du progrès chrétien. Renoncer, c’est appliquer la mort en détail ; voici une chose que j’aime, j’y renonce par la puissance de Christ en moi ; je le fais pour Christ ; Christ me deviendra un peu plus cher. Les petits renoncements, c’est le secret pour aimer le Seigneur et être heureux en lui. Souvent nous préférons un chemin plus facile. Que Dieu nous accorde d’être dépouillés de nous-mêmes, de jour en jour, au fur et à mesure que nous sommes brisés. Nous avons, dans nos larmes, dans nos douleurs, dans nos combats, toute la force de Dieu pour nous ; Dieu la donne à celui qui s’attend à lui.

Que Dieu nous donne de luire dans sa lumière sans chercher à faire des exploits, mais en nous appliquant à suivre ce chemin où on est heureux avec le Seigneur et où la foi rayonne, parce que nous avons parlé et vécu avec lui ! Que ce soit la part de chacun, pour la joie de Christ, et la nôtre !

 

 

3   Désirer ardemment — Jacques 4:2 ; 1 Pierre 2:2-3 ; 1 Corinthiens 12:31, 14:1, 39 ; 1 Timothée 3:1 ; Psaumes 84:2 ; Philippiens 1:23 ; 2 Corinthiens 5:2 ; Luc 22:15

 

[LC n° 147]

5 août 1962

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 286

 

«Vous convoitez, et vous n’avez pas ; vous tuez et vous avez d’ardents désirs, et vous ne pouvez obtenir» (Jacq. 4:2). Les désirs de nos coeurs naturels sont ceux de la vieille nature que nous avons tant de peine à considérer comme morte, du vieil homme qui a été crucifié avec Christ. Cette vieille nature est la source de toutes les guerres, entre des frères, dans une famille, au sein d’une assemblée. Elle nous conduit, dans l’exercice même de la prière, à demander mal, non pas pour le développement de notre vie spirituelle, mais pour satisfaire les désirs du coeur naturel. Ainsi, des bénédictions spirituelles nous échappent, parce que notre nouvelle nature n’est pas en activité : «Vous n’avez pas, parce que vous ne demandez pas» (4:2). La vieille nature a d’ardents désirs, posséder des biens matériels ou jouir d’une certaine autorité, par exemple. Ces désirs ne devraient pas exister chez le croyant ; ce sont ceux de la chair. Que Dieu nous en garde et que nous sachions leur imposer silence.

«Désirez ardemment, comme des enfants nouveau-nés, le pur lait intellectuel» (1 Pierre 2:2). Rejetant les produits de la vieille nature, qui sont un obstacle au développement spirituel, nous pourrons croître et prospérer spirituellement. Le pur lait intellectuel est, dans ce passage, la nourriture qui convient à tous les stades du développement du croyant ; en revanche, en 1 Cor. 3:1-2 et en Héb. 5:12-14, il est la nourriture des petits enfants en contraste avec la nourriture solide, avec la viande, qui convient à des croyants déjà avancés dans la vie chrétienne. Le pur lait intellectuel que nous sommes exhortés à désirer ardemment, c’est la Parole qui nous présente Christ, nourriture excellente sans laquelle il n’y a pas de développement spirituel possible. Cette nourriture doit rester pure, non frelatée, non mélangée avec les pensées naturelles de l’homme. Le ministère doit dispenser cette nourriture qui vient de Dieu, qui est le travail de l’Esprit de Dieu, qui est en accord avec la Parole de Dieu. Est-ce que notre coeur brûle du désir de s’emparer de cette nourriture ? Ou bien se nourrit-il de lectures sans utilité pour la vie spirituelle ? Plus un croyant vit près du Seigneur, plus il sera nourri de la nourriture excellente dont il a besoin.

«Si toutefois vous avez goûté que le Seigneur est bon» (1 Pierre 2:3). Voilà pourquoi nous avons si peu cet ardent désir. Nous savons si peu apprécier la fidèle bonté du Seigneur dans toutes les étapes du chemin, dans les jours de joie comme dans les jours de peine. Formant une maison spirituelle, une sainte sacrificature (1 Pierre 2:5), nous pouvons alors nous approcher de Christ comme d’une pierre vivante pour offrir des sacrifices spirituels agréables à Dieu par lui. Nous serons des adorateurs dans la mesure où nous avons désiré ardemment le pur lait intellectuel. Si nous n’avons pas été chaque jour aux pieds du Seigneur, nous viendrons devant lui avec des corbeilles vides le dimanche. Toutes les réunions d’assemblée ont un caractère collectif ; c’est donc l’assemblée toute entière qui adore.

«Désirez avec ardeur les dons de grâce plus grands» (1 Cor. 12:31). «Désirez avec ardeur les dons spirituels, mais surtout de prophétiser» (1 Cor. 14:1). «Désirez avec ardeur de prophétiser» (1 Cor. 14:39). Les instruments que Dieu emploie sont précieux à leur place, mais le secret de la bénédiction dans une assemblée, c’est l’exercice profond de tous les frères, de toutes les soeurs, pour la prospérité spirituelle de l’assemblée, et non pas l’exercice même des dons, si éminents soient-ils. Prophétiser, c’est mettre les âmes en rapport avec Dieu, par la Parole, au moment du besoin. Quelquefois, cinq paroles peuvent suffire pour faire du bien à tous. Désirons-nous ce don avec ardeur, ou manifestons-nous une paresse coupable en laissant la charge aux autres ? Le manque d’un exercice secret avec le Seigneur est la cause de beaucoup de faiblesse. La vie individuelle d’abord, ensuite seulement il peut y avoir accroissement dans l’assemblée.

«Si quelqu’un aspire à la surveillance, il désire une oeuvre bonne» (1 Tim. 3:1). Voilà un désir qui devrait être dans le coeur de quelques frères dans l’assemblée, par amour pour les saints et pour l’assemblée, pour servir les saints et l’assemblée. La charge de l’ancien se rapproche de beaucoup du ministère pastoral, mais le surveillant connaît les circonstances et les besoins personnels, il connaît les brebis du troupeau. Il discerne aussi ce qui peut nuire au bon ordre : il pressent le danger ; il doit avertir, retenir. Mais il lui faut des qualités morales, une autorité morale. Que de maux dont on aurait pu être préservé s’il y avait eu, en temps opportun, l’intervention d’un ancien !

«Mon âme désire, et même elle languit après les parvis de l’Éternel» (Ps. 84:2). Une âme, en route pour la maison, en savoure déjà les félicités. Le pèlerin fait l’expérience de celui qui pouvait dire : «Le fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête» (Matt. 8:20). Cette âme n’a qu’un but en traversant la terre : «Tes autels». Cette âme ne s’attache à rien d’autre ici-bas qu’à la personne dont la Sulamithe pouvait dire : «Toute sa personne est désirable» (Cant. 5:16).

«Ayant le désir de déloger et d’être avec Christ» (Phil. 1:23) ; c’est le désir de l’apôtre Paul. Pourtant, il était prêt à rester, à lutter encore, si cela était avantageux pour les Philippiens. Mais son désir ardent était d’être avec Christ.

«Désirant avec ardeur d’avoir revêtu notre domicile qui est du ciel» (2 Cor. 5:2). Dans le corps, qui est souvent une entrave au développement spirituel, nous gémissons, étant chargés. Ce corps n’est pas à la mesure de la vie divine qui est en lui. Bientôt, nous allons prendre possession de la «maison qui n’est pas faite de main, éternelle, dans les cieux» (2 Cor. 5:1).

«J’ai fort désiré de manger cette pâque avec vous» (Luc 22:15). Devant le désir si fortement exprimé par le Seigneur, pouvons-nous dire : «le désir de notre âme est après ton nom et après ton souvenir» (És. 26:8) ?

Que Dieu produise lui-même en nous ces saints désirs pour la paix de nos âmes, pour notre enrichissement spirituel, pour une vie individuelle plus nourrie de Christ, plus vraie, et aussi pour la prospérité de l’assemblée !

 

4   Tristesse et joie — 2 Corinthiens 6:9-10 ; 7:9-12 ; Galates 5:22 ; Éphésiens 4:30 ; Hébreux 12:11

 

[LC n° 90]

9 mai 1954

 

Je cite aussi de mémoire le passage où se trouvent ces mots : «Mon âme est saisie de tristesse jusqu’à la mort» (Matt. 26:38).

Je rappelle aussi les paroles prononcées par le Seigneur avant de quitter les siens, dont Il sentait que le coeur était brisé à la pensée que Jésus, qu’ils aimaient, allait les laisser tout seuls, aux prises avec un monde dont ils avaient senti la dureté se préciser à l’égard de leur maître bien-aimé. Ce qui fait que Jésus pouvait leur dire : «Vous avez persévéré avec moi dans mes tentations» (Luc 22:28). Le Seigneur leur dit : «Je vous enverrai le consolateur» ; Il l’a envoyé.

Ce sujet précieux de la tristesse et de la joie, dont on vient de nous parler, est bien digne de retenir la méditation de nos coeurs. Pourquoi sommes-nous tristes ? Pourquoi sommes-nous joyeux ? Cela touche à toute la vie pratique, réelle, de notre âme, de notre coeur. La tristesse du coeur, de l’âme, peut avoir son origine dans la conscience ; elle peut aussi avoir son origine ailleurs. Et la Parole répond à tout.

Voilà un coeur qui est brisé par une épreuve, alors que la conscience est bonne. Nous savons tous ce que c’est que de passer par une épreuve sans que la conscience soit chargée. Le coeur est brisé par une tristesse ; «attristés», dit Paul.

Considérons ce genre de tristesse. Il n’est pas un chrétien, pas une famille, pas un corps de chrétien, pas une assemblée — si le Saint Esprit se meut en elle — qui ne connaisse ce genre de tristesse, de peine.

Le Seigneur sait très bien qu’alors, notre coeur est brisé. Et pourtant, en effet, comme cela nous a été rappelé, il nous dit : «Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur» (Phil. 4:4). «Toujours» ; il n’y a pas d’exceptions à cela. Dans ce cas d’épreuve, nous pleurons ; les larmes remplissent le coeur de l’assemblée (lequel d’entre nous n’a pas connu cela, dans sa carrière chrétienne ?). Mais alors, il y a la douceur de la présence divine. Jésus vient dans notre coeur et nous donne de réaliser ce miracle que Lui seul peut faire : nous pleurons et nous nous réjouissons en même temps. «Tu mets mes larmes dans tes vaisseaux, ne sont-elles pas dans ton livre ?» (Ps. 56:8). Est-ce que le Seigneur nous demande d’avoir un coeur insensible et sec ? Pas du tout. Et, s’il fallait s’arrêter sur ce point, il suffirait de dire ce que l’Écriture présente, et ce sur quoi d’autres plus qualifiés que nous aujourd’hui ont insisté : il est dit que Jésus a pleuré ; il n’est jamais dit qu’Il ai ri. C’est un fait. Qu’on discute sur ce point, qu’on l’interprète comme on le veut, c’est un fait absolu, divin, que l’Écriture ne donne jamais une trace d’un fait où Jésus ait ri, ni souri.

Ainsi, le Seigneur peut réaliser en nous cette merveille que, tout en étant affligés (c’est écrit — mais nous ne sommes pas affligés «comme les autres qui n’ont pas d’espérance», 1 Thess. 4), nous avons, en même temps, dans nos âmes, cette joie divine, qui est grave, efficace, et qui console nos coeurs. Elle ne nous empêche pas pour autant de pleurer. Mais que de fois cette présence de Jésus avec les siens, dont le coeur est brisé, demeurera pour eux le souvenir le plus brillant de toute leur carrière terrestre ! Mais il faut le Seigneur ; c’est autre chose que des mots !

Ces tristesses liées aux circonstances, nul n’y échappe. Et combien nous avons besoin du Seigneur pour que, véritablement, nous puissions connaître quelque chose de cette joie, de la consolation divine, qui est une joie au milieu de nos larmes. Le Seigneur n’arrête pas d’un seul coup la souffrance du coeur. Ce n’est pas parce qu’il vient dans notre coeur que la souffrance cesse pour autant ; et la souffrance n’est jamais une chose, en elle-même, agréable. Mais Il est avec nous dans la souffrance et la transforme. Il se montre supérieur à elle. Le coeur est même rendu plus sensible à la douleur, avec lui. Mais il est sensible, aussi, à l’efficacité de la consolation qui est fournie. Que de fois ne l’avons-nous pas éprouvée, dans le secret de notre âme ; et c’est ainsi que l’âme s’enrichit dans la connaissance de Jésus.

Le Seigneur a connu la tristesse dans son âme jusqu’à la mort ; nous savons pourquoi. Au moment même où Il disait : «Mon âme est saisie de tristesse jusqu’à la mort» (Matt. 26:38), sa communion avec le Père était parfaite, puisqu’elle n’a été interrompue que pendant les trois heures de la croix. Son coeur était rempli d’une joie accomplie ; et, en même temps, il sentait, à l’infini, toute l’horreur du péché qui l’entourait, toute l’inimitié des pécheurs contre Dieu, qui lui causait une souffrance qui n’a jamais cessé.

«Attristés, mais toujours joyeux». Voilà l’état remarquable de l’apôtre Paul, imitateur de Christ. «Attristé» : il avait bien peu de sujets de joie, dans les saints ! Voilà aussi pour nous un sujet de souffrance, si nous avons à coeur le bien des saints, du témoignage ! Voilà un sujet de tristesse, de souffrance ! L’apôtre était assiégé nuit et jour par sa sollicitude pour toutes les assemblées de Dieu. Il était attristé, en voyant combien les coeurs n’étaient pas, à l’égard de Jésus, ce qu’ils auraient dû être. Et il était toujours joyeux, veillant à l’état de sa propre âme.

Nous pouvons penser, d’ailleurs, qu’il y a des moments de tristesse dans notre vie qui ont une cause tout à fait en dehors de nous. Supposons que, dans une assemblée, un chrétien marche mal, qu’il y ait là quelque péché, quelque faute inconnue, un chrétien qui est mondain ou qui marche mal. Il y a une tristesse qui en résulte, une souffrance chez tous les autres ; et il est impossible qu’il en soit autrement. Chacun a sa responsabilité à cet égard, sans aucun doute. Il peut y avoir des faits très précis à l’origine de ces tristesses et de ces souffrances.

Dans 2 Cor. 7, que nous avons lu, nous trouvons qu’il y a une tristesse selon Dieu, et une selon le monde. La tristesse selon Dieu, c’est ce qui a été lu tout à l’heure, dans l’épître de Jacques ; c’est une tristesse que le Saint Esprit opère dans la conscience à propos de quelque chose qui doit être réglé et ne l’a pas encore été ; c’est une tristesse liée à la repentance. Quant à la tristesse selon le monde, elle opère la mort. Le monde est triste et fait le mal, mais sans exercices de conscience. Il ne se tourne pas vers Dieu. Quel en est le résultat ? Judas en est un exemple : c’est le remords, le désespoir.

Il y a des causes de tristesse pour lesquelles nous avons un remède précis que l’Écriture nous apporte, soit dans Jacques, soit dans Corinthiens ; c’est bien important. Mais toutes les tristesses n’ont pas ces causes-là !

Dans l’épître aux Hébreux (chap. 12), nous trouvons l’école de Dieu, à laquelle nous passons tous, dans laquelle nous sommes tous, car toute notre vie durant nous sommes à l’école de Dieu. C’est ce que signifie le mot discipline. Discipline veut dire : former. C’est l’ensemble des moyens dont Dieu se sert pour nous former. Le verset nous dit «qu’aucune discipline, pour le présent, ne semble être un sujet de joie, mais de tristesse» (Héb. 12:11). Toutes les épreuves par lesquelles Dieu nous fait passer sont un sujet de souffrance. Nous sommes tous sous la bonne main de Dieu. C’est Lui qui nous éduque, qui fait notre éducation morale et spirituelle ; et il est dit, d’une façon expresse, qu’aucune de ces formations ne semble être, pour le moment, un sujet de joie, mais de tristesse. C’est parce que Dieu nous brise en quelque chose, et ce n’est jamais agréable, d’être brisé. Il brise notre volonté en touchant quelque chose qui s’y rattache. Mais nous voyons que, plus tard, cette discipline, cette formation, ce stage à une école, à une classe de l’école de Dieu, porte un fruit paisible. Ce n’est pas le fruit agité que la chair prétend porter, mais le fruit paisible de la justice pratique : des choses agréables à Dieu. Ce chrétien est plus humble, moins mondain, moins volontaire ; il répand davantage le parfum de la vie de Christ. C’est un fruit paisible, le fruit paisible de la justice pratique. Mais ce fruit est porté par ceux qui sont exercés, qui, au lieu de traverser cet exercice en cherchant à maintenir une joie fausse, acceptent la tristesse que la main de Dieu trouve bon de leur dispenser. C’est pourquoi les versets précédents nous disent qu’il y a deux dangers, dans ces circonstances : être découragé, ce qui est, pour ainsi dire, avoir lâché la main de Dieu ; et, d’autre part, traiter la chose à la légère. Voilà les deux dangers : être découragés, ou bien alors dire : ceci est fortuit ; ceci n’a pas de sens, de signification. Et c’est cela qui est appelé mépriser la discipline. Dans toute notre vie, nous avons à avoir l’oeil spirituel ouvert sur le sens des choses que nous rencontrons, tous les jours, tout le temps.

Enfin, nous avons vu que la puissance pratique et la source de la joie, c’est le Saint Esprit. Il n’y en a pas d’autres. C’était le Saint Esprit qui faisait chanter Paul et Silas, dans la prison. C’est lui qui produit la supériorité sur les circonstances et sur la chair. Dans Galates (passage lu), le fruit de l’Esprit, est-il dit, est «l’amour, la joie, la paix, la longanimité, la bienveillance…» ; il s’oppose aux différents fruits de la chair.

Lorsque l’Esprit est contristé en nous, nous ne sommes pas heureux. Si l’Esprit est contristé au milieu de nous par quelque mal qui est là, inconnu, non manifesté encore, il y a en nous une tristesse qui n’est pas de bonne source. Mais nous n’y pouvons rien, tant que la chose n’est pas réglée.

Combien la vie de notre âme est une chose délicate ! Mais des ressources sont à notre disposition. De sorte que nous devrions être des gens qui, dans ce monde, proclament la gloire de Dieu et, pour reprendre un passage qui a été lu ce matin, être un peuple au milieu duquel un chant de triomphe royal retentit. Nous devrions toujours être cela. Nos larmes, nos épreuves, ce n’est pas, au fond, ce qui nous empêche de bénir Dieu. Ce qui nous empêche de le faire, c’est notre volonté non brisée ; c’est du mal non jugé, le manque de séparation du monde, un manque d’exercice avec Dieu et avec le Seigneur. Autrement, nous réaliserions cette merveille d’être attristés mais toujours joyeux. Nous ne pouvons pas ne pas être tristes, quand nous voyons les pauvres pécheurs qui vont tout droit en enfer, et sans le savoir, et qui, croyant parfois être dans le bon chemin, outragent Dieu ou se séduisent eux-mêmes. Quel sujet de tristesse, si nous étions des chrétiens fidèles ! Tandis que, souvent, nous allons boire le vin qu’ils boivent, c’est-à-dire que nous allons prendre la même coupe qu’eux, ce vin qui était interdit au nazaréen, le vin de la communion avec la joie du monde. Que de fois cela arrive ! Ce n’est pas une joie selon Dieu, cela ; c’est une joie pécheresse, coupable, et qui est cause de tristesse, parmi le peuple de Dieu. Combien nous avons à veiller, chacun pour soi. Et, si nous aimons le Seigneur et si nous aimons les siens, nous veillerons, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour les bien-aimés du Seigneur. «Si un membre souffre, tous les membres souffrent» (1 Cor. 12:26) ; si un membre est glorifié, les autres le sont avec lui. Si un frère est rempli de joie pour le Seigneur, c’est un bénéfice pour le Seigneur et pour les bien-aimés du Seigneur. Si un frère est rempli de la joie du monde, s’il trempe ses lèvres dans la coupe dans laquelle le monde trempe les siennes, ce frère est infidèle au Seigneur, et infidèle à son service envers les saints, absolument infidèle.

Ah, si l’Église avait gardé ce caractère du commencement, elle eût été remplie des manifestations de la gloire de Dieu, et de la joie que Dieu donne à ceux qui se tiennent en sa présence, en communion avec lui !

S’il y avait ici quelqu’un qui soit triste parce que ses circonstances sont pénibles, eh bien, bien-aimés, est-ce que nous savons aller le trouver ? Est-ce que nous savons prier pour lui ? Est-ce que nous savons nous tenir près de lui, pour que Dieu remplisse son coeur de cette joie qui n’arrête pas les larmes, mais qui transforme les larmes amères en des larmes douces ? Faisons-nous cela, chers amis ? Le Seigneur l’a fait. Il vaut mieux aller dans la maison du deuil que dans la maison du rire. Mais est-ce que nous le faisons ? Est-ce que nous pensons à ceux qui ainsi souffrent, dont le coeur est brisé ? Et à l’égard des autres, de quelqu’un qui a besoin de sentir ses misères, de mener deuil et pleurer, il y a aussi un service, au moins la prière. Si nous voyons quelqu’un qui extériorise une joie légère, alors que d’autres sentiments siéraient beaucoup mieux à son âme et à son état, remplissons-nous à son égard le service qui conviendrait devant le Seigneur, au moins par la prière, en demandant pour lui que le sillon de la charrue de Dieu soit tracé dans son coeur, le sillon au fond duquel le Seigneur fait lever son propre blé ? Pensons-nous à lui comme nous avons à le faire, devant Dieu, et accomplissons-nous à son égard ce service délicat auquel l’amour pense, et que l’amour est assez intelligent pour accomplir ? Il y a là un travail persévérant, délicat. Il suffit d’y penser pour sentir, chacun pour soi, qu’on y manque beaucoup. Et quand un frère est dans la tristesse directement par sa faute, eh bien, faisons-nous toujours ce que l’amour du Seigneur nous invite à faire pour que ce frère, qui est peut-être attristé par quelque profond travail de conscience, retrouve avec le Seigneur, avec le Père, cette lumière, cette clarté de la présence de Dieu, qui est le secret de la joie (y en a-t-il une autre part ?) ?

Et veillons-nous ainsi à penser aux épreuves des saints, à ceux qui sont dans le deuil ? Il y a là tout un travail d’amour à remplir, dans le détail, au moins en prière devant Dieu. Il y a évidemment un service pastoral ; mais on n’a pas besoin d’être un pasteur pour penser à son frère et à sa soeur, pour penser à lui en prière devant Dieu. Le plus jeune frère, la plus jeune soeur, a l’occasion d’accomplir ce service pour le Maître et pour ceux qui lui sont si chers.

Et si on voit un frère mondain, est-ce qu’on va lui sauter au cou, comme pour approuver tout ce qu’il fait ? Est-ce qu’on n’a rien à lui dire, à lui montrer ? Est-ce qu’il n’y a pas à l’avertir, d’une façon ou d’une autre ? Car il se prépare de grandes tristesses.

La joie que le Seigneur donne est une joie sainte ; c’est une joie grave, qui remplit le coeur. Nous sommes heureux dans le Seigneur, si nous sommes avec lui. Mais, dans un monde où, on l’a souvent dit, nous avons à serrer nos vêtements autour de nous, nous avons à être des nazaréens, pour être heureux. Le moment vient où notre vigilance cessera, où ce sera la joie pure dont on nous a parlé tout à l’heure : «On ne sera que joyeux», comme il est écrit au sujet de la fête des tabernacles (Deut. 16:15) qui nous parle de la joie éternelle. Nous pourrons alors, mais pas avant, laisser flotter nos vêtements : «mangez, amis, buvez abondamment, bien-aimés» (Cant. 5:1). «En vérité, dit le Seigneur, je vous dis que je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’à ce jour où je le boirai nouveau avec vous dans le royaume de mon Père» (Matt. 26:29).

 

5   La manifestation de la vie divine — 2 Corinthiens 10:1, 4-5 ; 11:20-33 ; 12:1-10, 20-21 ; 13:11-13

 

[LC n° 91]

27 février 1955

 

L’évangile chrétien est plus qu’une doctrine, plus qu’un ensemble de vérités distinctes qu’on ne trouve pas développées de la même façon dans l’Ancien Testament. Il est la représentation à l’âme de la vérité vécue, de la vérité vivante. C’est la présentation de la vie divine manifestée et déployée au milieu de tout ce qui n’est pas elle, dans ce monde. Dans ce monde, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas la vérité. Ce monde n’a pas une parcelle de vie divine, mais bien une vie opposée à la vie divine : «Le monde entier gît dans le méchant» (1 Jean 5:19).

L’évangile nous présente la vie divine manifestée au milieu de ce qui n’est pas la vie divine, et nous montre la façon dont cette vie se comporte, dans quelque circonstance que ce soit. Nous verrons le déploiement de la vie divine dans le ciel ; ce sera la vie divine en gloire. Elle ne sera pas supérieure parce qu’elle sera en gloire ; car c’est sans doute dans ce monde-ci que la gloire de la vie divine atteint son sommet — la gloire morale, cela va sans dire. La gloire du Seigneur a atteint son sommet, son point culminant, dans la vie de Jésus, et surtout dans sa mort sur la croix ; rien n’est glorieux comme la croix. Dans le ciel, la vie divine aura son déploiement dans un lieu approprié à cette vie ; tout sera d’accord avec la vie divine. Dans ce monde-ci, rien n’est d’accord avec la vie divine. Et la supériorité de Dieu, la gloire de Dieu, se sont montrées dans cette question qui s’est posée, lorsque cette vie a été dans ce monde, de savoir laquelle de ces deux forces l’emporterait : la vie divine, ou ce qui n’était pas la vie divine. Le diable a bien cru que c’est lui qui l’emporterait, et qu’il empêcherait la vie divine de rester elle-même, dans ce monde. Le diable a réussi — c’était selon le conseil de Dieu — à conduire l’homme et le monde à rejeter Jésus ; c’est vrai. Mais le diable aurait voulu faire bien plus que cela ; car même le rejet de Jésus, Jésus l’ayant accepté, est une défaite, pour le diable. Son grand effort a été d’essayer d’empêcher la vie divine manifestée en Jésus de se déployer, dans ce monde. C’est le même effort qu’il déploie à l’égard de chacun de nous. Ce qu’il a fait à l’égard de Jésus, il l’a fait ou le fait à l’égard de ceux qui ont suivi ou qui suivent aujourd’hui Jésus. Le diable sait très bien que, même s’il fait tuer un chrétien — comme cela est arrivé et arrive encore — il ne peut rien contre la vie éternelle de ce chrétien ; cela, il le sait. Mais il remporte une victoire lorsqu’il réussit à empêcher la vie divine, qui est dans un chrétien, de se développer, au milieu de ce qui lui est contraire.

À Jésus, qui était la manifestation plénière de la vie divine dans l’homme, le diable a présenté des tentations, des menaces, les oeuvres du monde, les royaumes du monde, pour voir si cette vie divine fléchirait, comme la vie adamique a fléchi, comme le premier Adam innocent a fléchi (et pour un fruit !). Le diable a cherché à faire fléchir cet homme nouveau apparu dans ce monde, et qui était Jésus, et à l’empêcher d’être fidèle à lui-même. Il a fait tous ses efforts ; et il s’est même présenté comme un ange de lumière, ainsi qu’il est écrit au chap. 11 de notre épître.

La vie divine en Jésus est restée égale à elle-même. Qu’on offre à Jésus le monde ou qu’on l’insulte, Jésus restait le même. Qu’on lui offre un trône dans ce monde ou qu’on l’outrage en lui crachant au visage, Jésus restait le même, égal à lui-même. C’est d’une beauté morale incomparable. Voilà pourquoi sa gloire dans ce monde est incomparable. Elle atteignait son apogée quand on lui crachait à la figure, et que cette vie divine, qui était en lui, est allée son chemin. Il est allé son chemin ; et cela a été la gloire de Dieu. Malgré tout, contre tout, à la croix, dans la honte et l’ignominie, malgré la colère, la malice, la ruse et la puissance du diable, la vie divine est restée elle-même, ce qu’elle est de toute éternité, la vie bénie de Dieu. Voilà la vie divine ! Elle s’est montrée supérieure à tout. Remarquons bien que ce n’est pas une supériorité de puissance extérieure, comme il en sera ainsi un jour. La gloire et la supériorité de la vie divine manifestée en grâce ont brillé dans la douceur, dans la patience. C’en était une forme inattendue, pour l’homme. C’était inattendu pour les scribes, les pharisiens, les sadducéens, les hérodiens, les politiciens, ou simplement pour la masse changeante des foules, influençables par leurs conducteurs ! C’était une chose nouvelle que cette patience infinie, voulue, consciente, une patience illimitée, rencontrant des difficultés illimitées, mais que rien ne pouvait faire sortir d’elle-même. Ce n’était pas une patience de résignation ; car Jésus, qui faisait tout pour la gloire de Dieu, sentait absolument l’insulte, le crachat, l’opprobre («l’opprobre m’a brisé le coeur» — Ps. 69:20). Les hommes ne pouvaient pas dire que les coups qu’ils adressaient à Jésus ne portaient pas. Ils portaient ; Jésus le reconnaissait, et c’est encore un des traits de sa beauté morale, qu’il ne «bravait» pas la souffrance. Il ne faisait pas comme s’il ne la sentait pas. Il était l’homme de douleurs ; il avait le visage de l’homme de douleurs. Il ne faisait pas front superbement, comme chacun de nous a tendance à le faire, quand la chair est outragée — elle cherche à braver, à se montrer. Il ne se protégeait en rien, quoi qu’il fut Dieu. Comme homme, il recevait tous les coups, sans jamais employer sa divinité comme un bouclier de protection. Il sentait tout. Si Jésus n’avait pas tout senti et n’avait pas accepté de traverser comme homme ces choses, de les sentir comme homme, il ne serait pas un exemple pour nous, parce que nous pourrions dire : Jésus était Dieu, et sa divinité formait un écran entre lui et la malice de l’homme et du diable. Mais non ; il a tout senti, totalement, parfaitement, divinement. Rien n’est comparable à la vie de Jésus ; rien dans le ciel, rien sur la terre, rien dans le temps, rien dans l’éternité. C’est un spectacle qui est pour l’éternité devant les regards du Père, et devant les nôtres aussi.

L’évangile nous présente donc la vie divine manifestée dans un homme, vrai homme et vrai Dieu. Mais il nous parle aussi de la communication de cette vie. Jésus est ma vie, peut dire le croyant. «Cette vie est dans son Fils» ; la vie éternelle est dans le Fils. «Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie» (1 Jean 5:12) ; la vie qui est en Christ, c’est la nôtre, c’est la vôtre, chers amis croyants.

Cette vie, dit Jean dans sa première épître, nous l’avons contemplée ; nous l’avons entendue, touchée. C’est la vie de Jésus Christ venu en chair. Cette vie est la nôtre.

Un chrétien a, de naissance, la vie du premier Adam. Il sait ce que c’est que d’être un homme méchant. Il sait ce que c’est que la tentation du mensonge, et même, hélas, la chute du mensonge. Il sait tout ce qu’est la vie du premier Adam. Mais le chrétien peut dire : Cette vie, qui est encore en moi, n’est plus ma vie ; Dieu ne la reconnaît pas, moi non plus. Et alors, l’effort pieux et selon Dieu du chrétien, c’est d’être exercé pour qu’on voie la vie qui est la sienne, sa vraie vie, la vie divine, la vie de Jésus, et que l’autre, celle qu’il tient d’Adam, on ne la voie pas. Nous avons lu que la vie divine qui est en nous, chrétiens, nous la possédons — tant que nous ne sommes pas encore revêtus de corps glorieux — dans un vase de terre. Notre corps, un vase de terre, n’est pas encore changé ; et il abrite, pour ainsi dire, deux vies, deux natures : la nature d’Adam, et puis la nouvelle nature. Et notre corps peut être au service de l’une ou de l’autre ; ou il obéit aux ordres de la nature pécheresse héritée d’Adam ; ou bien — et c’est là la vie chrétienne — il est au service de cette vie divine, entièrement nouvelle, pure et parfaite, donnée au croyant pour l’éternité.

Tout homme converti (qui n’a pas seulement l’apparence d’être converti) possède la vie divine, une vie éternelle. Cette vie, personne ne peut l’ôter. Le monde peut faire ce qu’il veut, crucifier tous les chrétiens, les accabler d’outrages, d’injures, leur donner la dernière place (cela ne nous ferait pas de mal, parce que nous oublions volontiers que la dernière place, dans le monde, c’est la nôtre) ; mais il ne peut pas leur ôter cette vie. Est-ce que chacun ici la possède ? Quelqu’un dira : Je ne peux pas savoir si j’ai cette vie ; qui peut me dire si j’ai cette vie ? Dieu vous le dira, et nul autre que Dieu, bien qu’elle se manifeste par des fruits visibles aux yeux des hommes.

La vie du premier homme présente un caractère fondamental, qui est celui-ci : un homme qui n’est pas converti est lui-même son propre dieu ; en lui, le «moi» est tout. Même si ce moi, qui revêt mille visages, se déguise en philanthropie et en dévouement, c’est toujours le «moi». Le diable a dit à nos premiers parents : «vous serez comme Dieu» (Gen. 3:5). C’est cela, l’orgueil de la vie. On est un dieu ; on se croit un dieu ; et on a une énergie intérieure qui est en opposition avec Dieu. Je me crois un dieu, et je n’en veux pas d’autre. Arrière de moi, le Dieu vivant et vrai, je n’en veux pas ! On ne l’exprime pas toujours à ce degré, mais c’est toujours cela. Et tout homme, mis à l’épreuve, d’une façon ou d’une autre, le révèle. Nous l’avons tous révélé ; c’est le signe fondamental de la vie du premier Adam. Tandis que le signe de la vie divine dans l’homme, le trait le plus marquant de la vie de Jésus, dans l’évangile, le plus profond, le plus brillant, le plus étrange pour le monde, c’est l’absence totale d’égoïsme. Jésus n’a rien fait pour lui. Lisez sa vie ; regardez de très près ; lisez entre les lignes (il y a l’infini, entre deux lignes de l’Écriture) : Jésus n’a rien fait pour lui. Cherchez ailleurs un homme qui n’ait rien fait pour lui, ou cherchez un incrédule qui ait vécu autrement qu’en faisant tout pour lui-même ! Toute la famille d’Adam est bien fidèle à elle-même, sur ce point. Elle ne sort pas de ce sentier étroit, étant invariablement fidèle à ce trait. Mais sur Jésus, le diable n’a eu aucune prise : «le chef du monde vient, et il n’a rien en moi» (Jean 14:30).

Chers amis, si nous avons sa vie, est-ce le désir de notre coeur, et notre prière, qu’elle soit vue en nous ? Voilà notre seule raison d’être, dans ce monde ! Notre seule vie, c’est celle-là. Toutes les fois que, hélas, ce n’est pas cette vie qui agit, se développe, se déploie, c’est un péché que nous commettons !

Quand Dieu pèsera toute notre vie, ce qui aura du prix à ses yeux, ce seront les fruits de la vie divine en nous. Car Dieu va passer au feu la vie de chacun de nous. La vie divine sera manifestée selon sa perfection, mais tout le reste sera consumé. Cela va bien loin.

Encore une fois, avons-nous chacun, ici, la vie divine ? Dieu seul se charge de me dire si je l’ai. Mes proches pourraient n’en rien savoir, ou peut-être se tromper. Mais Dieu peut me dire : Tu as la vie, cette vie qui est dans mon Fils ; montre-la.

Une chose que je désire souligner, c’est qu’on ne peut pas séparer la vie divine d’avec la personne de Christ. L’Écriture ne parle pas de la vie divine d’une façon distincte de Christ : «cette vie est dans son Fils» ; cela nous met à l’abri de bien des égarements. Mais je supplie encore que personne ne se séduise en croyant à tort avoir la vie, chers amis ; c’est trop sérieux. On ne peut pas jouer avec la possession de la vie divine ! C’est une question de vie et de mort éternelles ! Perdre sa fortune, à côté de cela, n’est rien ; perdre sa santé, ce n’est rien ; mais perdre son âme ! Que Dieu nous encourage, les uns et les autres, à aider les âmes à avoir affaire à Jésus. Ne les empêchons pas de trouver Jésus, d’avoir affaire à Jésus, de chercher elles-mêmes Jésus pour recevoir de Jésus la vie. Qu’est-ce que nous sommes ? Il n’y a que Jésus qui compte, chers amis !

Eh bien, cette vie divine que Dieu met dans un homme, Dieu s’attend à ce qu’elle se montre. Il en voit bien assez, de vies qui ne sont pas celle-là ! Il voit tout ce qui se passe dans ce monde ! En ce saint premier jour de la semaine, qu’est-ce que Dieu voit, dans ce monde ? Qu’est-ce qu’il entend, quand il lit dans les coeurs ? Il voit feuille après feuille, ligne après ligne, tout ce qui est dans une âme ! «Finissons-en avec l’homme, car quel cas doit-on faire de lui ? Finissons-en avec lui, dont le souffle est dans ses narines» (És. 2:22). Nous sommes peut-être bien fatigués de ce vieil homme ; c’est très bon. C’est une très bonne chose, d’en être fatigué, et non pas du vieil homme qui est dans mon voisin, mais du vieil homme qui est en moi. Si j’en suis fatigué, je demanderai au Seigneur de m’en débarrasser et de m’accorder la grâce de mettre cet homme à sa place, c’est-à-dire dans la mort. Mais c’est un autre sujet.

Dieu nous aide, nous qui sommes croyants, parce que Dieu veut que cette vie divine qu’il nous a donnée brille. Il a mis la vie de son Fils, la vie de Jésus, en chacun de nous qui sommes croyants. Nous avons un corps mortel, mais la vie de Jésus est en lui. Dieu dit : Je veux la voir ; c’est un trésor qui brille, qui rayonne, le trésor de l’amour ; je l’ai mis là, je veux le voir.

Et dans ce que nous avons lu, nous trouvons un exemple de la manifestation de cette vie dans l’apôtre Paul.

Nous parlons souvent de Paul. On ne peut pas dire : C’est un apôtre, et un exemple trop haut pour nous. Ce n’est pas nous qui l’avons mis dans l’Écriture. Dieu est plus sage que nous, et Il nous a tracé la vie d’un homme comme Paul dans l’Écriture. «Jésus était un homme comme nous à part le péché» ; mais Paul était un homme comme nous, ayant les mêmes passions que nous. Son exemple est donc plus près de nous. Rappelons, en disant cela, que le parfait modèle et la source de la vie sont en Jésus.

La vie de Jésus brillait en Paul. Il écrit que les Corinthiens étaient une lettre lue et connue de tous les hommes. Lui aussi était une lettre. Que lisait-on, dans cette lettre, dans sa vie ? Christ ! Dans Paul en prison, on lisait Christ ! Dans Paul enchaîné et rendant témoignage, on voyait Christ ! Dans sa vie de tous les jours, que manifestait-il ? La vie divine. Ah, chers amis, c’est une belle vie que celle de Paul ! Mais il ne fallait pas aller chercher Paul dans un cadre où cette vie aurait été obscurcie. Pour que la vie de Jésus rayonne et brille en lui, Paul était soumis à des difficultés interminables. Il n’y avait pas d’arrêt à celles-ci, point de cesse.

Quand Dieu permet une petite tribulation, ou une plus grande, nous disons : Quand t’arrêteras-tu de me charger ? Paul n’avait jamais un moment de repos, de laisser-aller ; il n’y avait pas de laisser-aller, dans la vie de Paul. Nous ne pouvons pas entrer dans tous les détails de sa vie. Nous trouvons, dans cette seconde épître, des choses extérieures ; mais il y avait des épreuves intérieures. Au commencement de l’épître, il écrit : Quel Dieu j’ai ! Un Dieu de toute consolation (cf. 2 Cor. 1:3). Je le connais ! Il dit ailleurs : Je m’en porte garant ; je l’ai connu dans toutes les situations possibles ; c’est un Dieu fidèle, qui ne vous fera jamais défaut. J’étais désespéré ; Dieu s’est approché de moi et m’a apporté sa consolation, de sorte que si la mort était toute proche, je l’avais moralement traversée. C’était un homme extraordinaire. On ne pouvait rien contre lui ; on ne pouvait pas lui faire peur, ni le faire reculer, ni le rendre malheureux en le persécutant. Plus on le chargeait, plus il était heureux. En sommes-nous là ? Est-ce que nous ne demandons pas au Seigneur de nous donner de bonnes années, bien paisibles et tranquilles ? Et ce sont des années de sommeil ! Mais Dieu ne nous en donne pas beaucoup, parce qu’il ne veut pas nous laisser nous en aller loin de lui.

Paul a toutes sortes de difficultés, même de la part des frères. Il avait de faux frères. Ce n’est pas d’aujourd’hui, qu’il y a de faux chrétiens, dans la chrétienté ; même de faux frères ! Le diable se déguise en ange de lumière. Paul a traversé tout cela ! Il est allé au fond de la mer ; on l’a lapidé ; on l’a couvert de honte. Si nous lisons avec soin les Actes, nous voyons qu’il a dû rester quatre ans en prison, avec tout ce que cela comporte d’humiliation et de souffrance, et qui n’est pas peu de chose. Et pourtant, c’était un homme qui avait reçu une bonne éducation ! Au travers de tout cela, la vie divine brille dans cet homme ! Jésus remplissait son coeur ; quelle joie ! Nous devrions soupirer après cet heureux état. Quelle supériorité à tout ! On l’a battu de verges, quarante coups moins un (trente-neuf), parce qu’on employait des fouets à trois lanières ; et puis le froid, la nudité ! Arrêtons-nous un peu devant ces choses. Ce sont des réalités ; ce n’est pas une abstraction, cela : le froid, la nudité.

Ah, chers amis, nous sommes tellement portés à paraître et à nous parer tant que nous pouvons ! En cela, nous ressemblons à ce monde, qui est dans une déchéance morale affreuse ! Si la vie divine n’est pas apte à faire face à tout ce qui est dans ce monde, le monde est plus fort qu’elle ! Or Jésus a fait face. Et pour lui, c’était la croix. Rappelons-nous cela, non pas de loin, mais en lui demandant de nous donner de le suivre ! Considérons l’ignominie qu’il a rencontrée. La vie divine a rencontré tout cela. Si le Seigneur avait reculé devant la honte de la croix, nous étions perdus. Le diable le savait très bien ; et il a accumulé toutes les difficultés, de Gethsémané à la croix, pour faire reculer le Seigneur.

Il ne nous en faut pas tant, à nous ! Ne sommes-nous pas arrêtés parfois par le seul visage maussade d’un frère, à qui ou devant qui nous disons la vérité, sachant que nous ne pouvons pas plaire à tout le monde et au Seigneur ? Un frère ne peut plaire à tout le monde ; il a à chercher à plaire à Dieu. Celui qui veut plaire à tout le monde, cherche d’abord à se plaire à lui-même. Quelle leçon ! Quelle corde profonde la vérité va toucher, dans nos coeurs. Il n’est pas une fibre que la vérité ne visite, pas une !

Jésus savait que rien ne lui serait épargné. Et Il nous dit : «Le disciple n’est pas plus grand que son maître» (Matt. 10:24).

Nous avons lu que l’apôtre était assiégé tous les jours par sa sollicitude pour toutes les assemblées. Que Dieu veuille nous donner — bien que nous ne soyons pas des apôtres, et que nous ne puissions ni ne devions prétendre à rien — que cette vie divine qui est en nous se montre, dans l’intérêt qu’elle porte aux autres dans la prière, et particulièrement dans la prière pour le rassemblement et pour les familles des saints. Est-ce que nous le réalisons, chers amis (et uniquement pour l’intérêt du Seigneur) ? Si nous ne le réalisons pas, la vie divine, sur ce point-là, n’est pas manifestée ; c’est comme si elle n’était pas.

Nous n’avons pas à chercher des choses exceptionnelles, comme celles que l’apôtre a rencontrées. Mais, si nous étions plus fidèles, nous supporterions beaucoup de choses. Que Dieu nous donne de rester à notre place, et de reconnaître que nous sommes très peu fidèles, comme cela sera un jour révélé.

Chacun, ici, connaît-il la joie de la présence de Jésus ? Chacun connaît-il Jésus, et non pas seulement pour aller au ciel, mais aussi pour vivre, jour après jour, circonstance après circonstance ? Ne pas pouvoir se passer de Jésus, être malheureux dès qu’on n’a plus Jésus avec soi, voilà ce qu’il faut atteindre. L’apôtre nous donne, au chapitre 12, son secret : il se glorifiait dans ses infirmités. Les hommes se glorifient d’eux-mêmes. La chair se vante, se glorifie. Un homme qui a un peu plus d’argent, ou qui est plus cultivé qu’un autre, se croit supérieur. La chair se vante de tout, se sert absolument de tout ; elle est d’une perversité insondable ; et il est bon que nous le sachions, chacun pour soi. Mais l’apôtre ne se glorifie pas de lui-même. Il parle d’un homme en Christ qui a été ravi dans le paradis — lieu de délices. Paul s’est trouvé — il y a quatorze ans, dit-il — au troisième ciel (les Juifs parlaient de trois ciels), et il a entendu là des paroles ineffables, qu’il n’est pas permis à l’homme d’exprimer. Nous n’avons pas été ravis au troisième ciel. Mais il est bien sûr que nous aurons du courage et de la force, dans la mesure où nous vivons avec le Seigneur dans les lieux célestes, dans la mesure où Lui tient dans notre coeur la première place. C’est dans cette mesure-là, dans laquelle nous aurons appris à connaître Jésus d’une façon personnelle, que nous aurons l’intelligence, la grâce, la patience, l’énergie, toutes les ressources nécessaires pour traverser les difficultés et faire face à tout ce qui se présente devant nous. C’est dans ce sens-là qu’on a pu dire que la foi vaut ce qu’elle a coûté. Que Dieu veuille nous exercer à chercher, chacun, la présence du Seigneur.

Une chose est très frappante, dans ce passage : ce n’est pas en apôtre que Paul parle. Ce ne sont pas les révélations que l’apôtre avait reçues qui lui donnaient cette force, ni le fait qu’il était un docteur profond dans les Écritures ; cela ne sert à rien du tout, dans ce domaine. C’est le chrétien qui parle, et qui trouve sa force dans la présence du Seigneur. Paul était un chrétien avant d’être un apôtre et un docteur ; ce qui veut dire, pour nous, qu’avant de remplir quelque service que ce soit et de rendre quelque témoignage que ce soit, nous avons à vivre avec Jésus, à demeurer près du Seigneur, à tirer pratiquement notre vie de Jésus… à être chrétien d’abord. Il nous faut avoir avec le Seigneur ces communications qui n’ont rien à faire avec le mysticisme (car ce n’est pas un mystique qui parle ; Paul pèse les choses et les a bien pesées ; il sait la réalité du fouet, du mépris, du monde, et même de l’incompréhension de certains de ses frères ; il pèse cela, très calmement, devant Dieu ; mais il a une vie secrète avec Lui), ou bien nous contentons-nous de la proclamation des vérités générales ? Les plus pures, les plus saintes, ne nous aideront pas. Ce n’est pas la connaissance de Paul qui brille ici ; c’est Christ en lui. Voilà un homme en Christ. Et c’est cela qui est le secret de sa force ! Que Dieu nous donne de rechercher, chers amis, la communion avec le Seigneur, sa présence dans notre vie. C’est pour les soeurs comme pour les frères. Les soeurs ont-elles la même possibilité ? Tout autant ; et il est probable qu’elles auront été plus d’une fois supérieures à des frères. Que Dieu veuille nous accorder cette grâce ; sans cela, notre vie sera sèche, entièrement détachée de sa source. Et si un ruisseau est détaché de sa source, subsistera-t-il ? Paul faisait très attention à ce que les saints boivent toujours à la source.

Paul descend du troisième ciel et reçoit, à ce moment-là, une écharde, afin qu’il ne s’enorgueillisse pas de ce que Dieu lui a fait connaître. Nous devons prendre garde à cela, nous tous qui savons beaucoup de choses, qui chantons beaucoup de choses, qui professons beaucoup de choses d’une orthodoxie inattaquable. Prenons garde, afin que nous ne nous glorifiions pas de la connaissance que nous avons, aussi bien collectivement qu’individuellement. Au reste, ce qui compte, c’est la place que Christ tient dans notre coeur. Quelle place a-t-il dans mon coeur, dans ma vie ? S’il ne tient pas mon coeur, il ne tient rien dans ma vie.

Dieu donc donna à Paul une écharde dans la chair, un ange de Satan. Satan est là. Dieu s’en sert pour garder son bien-aimé, justement parce qu’il était très fidèle, très bien aimé. L’écharde est là pour tenir la chair de Paul en bride.

C’est un délice, chers amis, d’être brisé, d’avoir un esprit brisé ; et c’est le secret du bonheur.

Ne nous réjouissons pas quand nous voyons quelqu’un qui affirme son énergie ; il a beaucoup de choses à apprendre. Il faudra qu’il passe par la tribulation, par le brisement de la volonté, par toutes sortes de choses. Aidons-le à ce qu’il recherche l’école où on apprend doucement, avec Dieu. Il vaut mieux apprendre avec Dieu qu’avec le diable. Quand on est en communion avec Dieu, et qu’on passe par une difficulté, on est avec Dieu, on apprend avec Dieu ; mais quand on a perdu la communion avec Dieu, on est tourmenté. Et c’est aussi une façon de faire de Dieu, pour briser une âme. Mais l’apôtre était en parfaite communion avec Dieu, quand lui vint son écharde. Il supplie trois fois le Seigneur. Le Seigneur lui répond : «Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans l’infirmité». Voilà une bonne parole ! Voilà comment Dieu faisait briller la vie divine chez Paul. Dieu lui envoyait la malice, la méchanceté des hommes, la prison, le fond de la mer ; Dieu lui envoyait tout cela, pour qu’il soit bien brisé. Puis il lui envoie une écharde, un ange de Satan ; et Paul a continué avec son écharde. Mais, ayant été exercé comme il devait, il reçoit la discipline de la main de son Père, et la parole du Seigneur : «Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans l’infirmité». C’est un homme brisé par la main de Dieu, un vase brisé, et au travers duquel la grâce brille. Mais un homme ou une femme durs, si on ose dire, de l’énergie de la chair, sont imperméables à la grâce. «Ma puissance s’accomplit dans l’infirmité». L’apôtre dit : «Je me réjouis dans les difficultés, dans les persécutions, dans les détresses pour Christ», parce qu’il a appris à se tenir près du Seigneur, et qu’en traversant ces difficultés, il a le Seigneur plus près de son coeur. Est-ce que c’était l’écharde qui lui donnait la force ? Non, il n’y a pas de force dans une écharde. Mais elle le maintenait dans un état tel de brisement et de dépendance, que Dieu pouvait lui donner toute sa force. En soi, l’écharde n’est pas agréable. Elle n’est pas la force ; mais elle nous tient dans une condition où la volonté propre est mise de côté. Nous avons encore en nous le vieil homme. Il veut vivre, ce vieil homme, qui n’a pas droit à la vie dans le royaume de Dieu, et qui veut la première place partout. Et Dieu se sert de l’écharde pour nous débarrasser de cet ennemi mortel qui est en nous, et qui est ainsi tenu à sa place.

Toute la joie, la grâce, la paix, la force, de Dieu, sont à la disposition du croyant. Mais Dieu ne donne pas sa force à la chair ! Un homme manifestant l’énergie de la nature aura Dieu contre lui ; au contraire, le Seigneur regarde à celui qui a un esprit brisé. Il a Dieu pour lui, pour traverser les difficultés, accomplir son service, avoir de la patience, de la sagesse, de l’énergie divine ; il a Dieu pour tout. Que ce soit notre part à tous, quelles que soient les circonstances que nous traversons. Avec Jésus, on est heureux partout ; et, comme disait quelqu’un, avec Lui, il est très difficile d’être malheureux. Que ce soit notre expérience !

 

6   L’épreuve — Exode 15:20-27, 10, 12 ; 17:8, 15-16 ; 2 Corinthiens 12

 

[LC n° 3]

11 février 1968

 

Quand notre christianisme est dans notre tête, cela fait de perpétuels mécontents. Il est rare que nous soyons tout à fait contents. Assurément, nous ne sommes heureux que lorsque nous sommes heureux en Dieu.

Le bonheur qu’on a avec Christ est un bonheur éternel. C’est un bonheur intouchable, permanent. Si nous regardons à la vie extérieure de Paul, personne ne l’envierait. Mais si nous voyions le bonheur dont son coeur était rempli, nous dirions : Voilà une vraie vie !

On aime bien chanter des cantiques, et chanter bien, et chanter fort. Tandis que le vrai chant est celui qui est produit par la harpe de nos coeurs mus par le Saint Esprit. Le peuple chante, car Dieu l’a délivré d’une façon extraordinaire. Mais comment se fait-il que, peu après, le peuple murmure ? Parce qu’il a plus pensé à sa délivrance qu’à Dieu. Lorsque nous nous attachons aux circonstances, le bonheur est très vite parti. Nous sommes des êtres continuellement dépendants, plus dépendants qu’un enfant dans les langes ne l’est envers sa mère, pour toutes choses. Nous ne le croyons pas, cela. Nous nous croyons très forts. Mais rien de tout cela. La qualité de la vie divine, c’est la dépendance. La vie de Christ était complètement dépendante.

Voilà que les eaux ne sont pas bonnes. Et cela fait de suite le découragement. On condamne Dieu. Voilà ainsi comment se passent nos vies, bien souvent. Comment se passe notre semaine, l’histoire de nos âmes, de nos consciences, vis-à-vis de Dieu ? C’est cela qui compte, n’est-ce pas ? Le reste, non. C’est l’histoire de l’âme qui a de la valeur.

En Égypte, on ne chante pas de cantiques. L’Égypte, c’est le monde. Dans le monde, on ne chante pas. Ah, on a des chansons ; mais ce sont les chansons des esclaves. Tandis que Dieu nous apprend le chant de la délivrance.

Quelqu’un qui n’est pas un chrétien n’a rien du christianisme. Il n’a que la couleur d’une âme convertie. Si vous êtes converti, vous ne tremblez pas. Quand nous aimons Dieu, nous aimons les contours très nets. Ce ne sont pas les apparences qu’il faut, mais un changement fondamental de base. Y aura-t-il eu des professants qui n’auront pas la vie ? Sûrement !

Ce qui est toujours à l’origine des murmures, c’est une volonté non brisée. Un croyant peut passer par une épreuve très difficile. S’il passe ces moments-là avec le Seigneur, il a le Seigneur avec lui. Et ainsi, il peut avoir ses heures réjouies en lui. Un croyant qui aurait le Seigneur avec lui, d’une façon complète, pourrait passer sa vie dans l’épreuve, et être heureux quand même. Si le Seigneur n’est pas capable de venir au secours d’un des siens, il n’est pas plus fort que les circonstances — et c’est un blasphème, de le penser. La volonté, dans l’homme, est une grande monstruosité. Les anges mêmes sont étonnés de voir cette volonté dans l’homme.

Il y a des jeunes — et même fort jeunes — auxquels Dieu peut donner un coup très dur, au départ. C’est souvent lorsque le Seigneur veut se servir d’un ouvrier. Pour d’autres, c’est plus tard. Il peut se servir de toutes sortes de choses, pour cela. En trois jours, Paul a été transformé. C’est la discipline du Père. Nous ne devons pas fuir la discipline. Mais il mesure à chacun la discipline, suivant le moment de sa vie, suivant ce qu’il aura compris. Souvent, on constate qu’il ne fait pas passer des jeunes croyants par une dure épreuve, ceux qui n’auraient pas suffisamment de foi pour la supporter, et ainsi risqueraient de tomber.

Il arrive que des jeunes croyants soient éprouvés durement, au départ. Mais Dieu veut visiter notre volonté propre. Pour arriver à ce but, l’amour de Dieu peut même se servir d’une humiliation cuisante, et même d’une faute humiliante. L’Écriture est là pour confirmer ce que nous venons de dire. Voyez Pierre. Son reniement est nommé pour toute l’histoire du christianisme. Il faut qu’il soit visité ; il faut qu’il soit brisé, pour qu’il soit un vase à la gloire du Seigneur. Pour un frère, c’est plus sérieux. Car il peut être appelé à un service public, donc plus dangereux ; car on risquerait de faire passer le service avant le Seigneur, et quantité de choses avant lui. C’est trop pénible. Lorsque nous constatons, chez un jeune, que sa volonté est brisée, il n’est plus le même qu’auparavant. Il a changé. C’est un véritable ornement. C’est une parure morale, qui est un reflet de la vie de Christ dans le croyant. Alors qu’un ornement du monde est une honte, pour un croyant.

Ex. 15:25 : «L’Éternel lui enseigna un bois». Ce bois jeté nous montre la destruction de la volonté propre. De volontaire qu’il est, il devient plus dépendant. Ne nous y trompons pas. S’il y avait ici l’apôtre Paul, il ne lui faudrait pas longtemps pour discerner la vie intérieure de chacun de nous. Et quand un frère est spirituel, il saura bien le discerner.

La vie intérieure de chacun est de toute importance, pour chacun. Le Seigneur détruit la volonté. Ce n’est jamais agréable. Jamais vous ne changerez le visage de la mort. La mort est toujours la mort. Elle n’est jamais attrayante. Jamais vous ne verrez quelqu’un mourir quant à lui-même avec le sourire. Vous n’échapperez pas à la main du Seigneur ; heureusement pour nous.

Le christianisme est incomparable. Si on voulait définir un croyant, la vie divine en lui, c’est Dieu vivant dans cet homme. Le reste, l’ancien Adam, avec sa culture, le vieil homme, c’est fini. On n’a pas de temps à perdre. On y pense, non pas pour s’en nourrir, mais pour s’en débarrasser. La jeunesse chrétienne a cela à apprendre. Elle a besoin d’être visitée (l’amour du monde, hélas, et Satan, ont de la prise sur la chair), afin que tout cela soit appelé à disparaître. Si ce n’est pas fait, un jour ou l’autre, vous aurez à l’apprendre. Le Saint Esprit ne se sert jamais de la chair. Alors que Satan, lui, se sert de la chair qui est en nous.

En avançant, on est frappé de la réalité de ces choses divines. Il n’y a rien de théorique. Tout est vrai.

«Et les eaux devinrent douces» (v. 25). Vous voyez quelqu’un content de lui-même. Cette âme-là, une fois visitée par le Seigneur, vous la voyez, et vous dites : Mais ce chrétien fait des progrès ! Lorsque la jeunesse est exempte de toute épreuve, ce n’est pas une bonne chose, bien qu’on puisse apprendre avec le Seigneur. Mais la chair est indomptable. Et la discipline est là aussi pour limiter les dégâts. Toutes les disciplines auxquelles est soumise la jeunesse sont de toute valeur, que ce soit dans un milieu familial pieux ou dans l’assemblée. Cela est de toute importance et de toute valeur. Celui qui veut éviter la discipline, attention qu’il ne soit pas trouvé devant des circonstances autrement éprouvantes. On ne se moque pas de Dieu. Personne ne peut remplacer le Seigneur. C’est admirable et inexprimable. Paul était beaucoup moins sensible, quant à l’opinion des autres ; Pierre davantage ; Paul non. L’apôtre Paul était un homme supérieur, d’une formation supérieure. Où voyez-vous que quelqu’un ait pu faire dévier le Seigneur de ses voies ? Personne ne l’a pu. Il était débonnaire et doux.

Le point le plus saillant de la vie de l’apôtre n’est pas ce que nous pourrions lui envier. Il a été vu en flagrant délit de faire la guerre à Dieu. Ensuite, ce fut oublié. Il a été pardonné. Cette faute ne pesait plus sur lui. Et puis, cela s’est passé avant sa conversion. Cela nous montre ce qu’un homme peut faire, tout en ayant bonne conscience, quant à la loi. C’était un vase qui devait être préparé.

Que le Seigneur nous accorde de marcher humblement avec lui, ne pensant pas à nous, ni en bien, ni en mal (c’est la véritable humilité), en étant remplis du Seigneur. Et cela se fait sans effort. Le Seigneur se manifestera en nous tout naturellement. Avec Dieu, il n’y a pas de difficultés, nulle part. Si nous avions le Seigneur avec nous et en nous, nous ne craindrions rien ni personne.

Chère jeunesse chrétienne, ces choses vous sont offertes. Le Seigneur vous les offre. Nous avons déjà pensé qu’il serait peut-être bon que cette chère jeunesse chrétienne, comblée comme elle l’est de tant de faveurs et de richesses spirituelles, entourée par ceux qui lui enseignent, afin d’éviter les erreurs, aille faire un stage dans des milieux moins favorisés qu’elle, et où l’erreur, bien souvent, s’y trouve mêlée. Vous pourrez puiser dans les écrits de nos devanciers. Alors, rien ne sera perdu. Que le Seigneur nous accorde de les lire, de les sonder, de les étudier. C’est la vraie gloire, la vraie grandeur. Nous avons des secrets avec le Seigneur. Plusieurs d’entre ces croyants, beaucoup moins favorisés, sont souvent plus fidèles que nous. Et ils nous feront honte, quand tout sera révélé. Nous nous réjouissons à la pensée que le Seigneur mettra un jour, sur leurs fronts, la marque de son approbation. L’écharde est envoyée à Paul, afin qu’il ne s’enorgueillisse pas. C’est quand il redescend qu’il est en danger. C’est une écharde de Satan. Le Seigneur se sert de Satan contre la chair qui est en nous. Paul avait besoin de cette écharde.

La Parole n’est pas un livre d’histoire et de géographie, bien qu’elle contienne ces éléments. Mais ce n’est pas de ces choses qu’elle veut nous entretenir. Et pourtant, c’est ainsi que les hommes s’en servent, afin qu’on ne reçoive pas le coeur de la vérité, la vérité qui sauve.

«Paul, tu as ton écharde. Eh bien, garde-la ! Je t’aiderai avec ton écharde». La puissance de Dieu est pour celui qui est jeté par terre. «Ma grâce te suffit». La puissance de Dieu est pour lui. Un homme détruit, un homme brisé, c’est un homme que Dieu a formé pour recevoir tous les secours divins.

Quand nous voyons un chrétien allant vers le succès, partout où il va, que tout va bien pour lui : mais vous ne trouvez jamais cela, dans l’Écriture ! Le ciel, avec les avantages terrestres, cela a l’air attrayant. Et on trompe la jeunesse avec cela.

L’apôtre dit : «J’ai supplié trois fois le Seigneur». L’infirmité n’est pas le péché. C’est ce par quoi Dieu brise un homme. Bon, bien ; j’ai l’écharde. Eh bien, j’aurai l’écharde ! Si cette écharde me fait connaître ta personne de jour en jour davantage, je me réjouis. Et je prendrais plaisir plutôt dans les infirmités. v. 10 : Le Seigneur nous réjouit dans le brisement qu’il opère en nous. Le Seigneur ne se met jamais à la disposition de la chair. Nous bénirons le Seigneur beaucoup plus pour nos épreuves que pour nos joies. «Je puis toute chose en celui qui me fortifie» (Phil. 4:13). Ceci est écrit dans la Parole, afin que ce soit utile pour tous les temps. Paul avait les mêmes passions que nous. Eh bien, que le Seigneur nous accorde d’être plus heureux en lui ! Quand nous serons à la fin de notre vie, que restera-t-il ? Ce que nous aurons fait par lui, pour lui, avec lui. Le reste sera soufflé, perdu. Ce qu’il recherche, c’est le coeur des siens. Eh bien, qu’il ait le nôtre davantage, à mesure que notre chemin se fait.

 

7   Épreuves et discipline — Psaumes 42:5-6, 11 ; 62:1-2, 5-7, 10-11 ; Hébreux 12:1, 4-6, 9-17 ; 2 Corinthiens 12:7-10

 

[LC n° 28]

9 décembre 1956

 

On trouve, dans les Psaumes, plusieurs autres passages où on voit une âme se parler à elle-même. Et il arrive souvent qu’il en est ainsi, lorsqu’une âme souffre, ou lorsqu’elle est dans une grande joie. C’est ce que nous trouvons, par exemple, dans d’autres Psaumes. «Éveille-toi, mon âme» ; «Éveillez-vous, luth et harpe» (Ps. 57:8). Nous avons tous connu, à cet égard, des moments d’une sorte et de l’autre. Il nous est arrivé à tous ainsi d’être seuls, et de sentir que nous étions seuls avec Dieu et devant Dieu, et de nous parler à nous-mêmes. Ce n’est pas une chose que l’Écriture interdise, puisque des exemples nous en sont donnés. Et, en particulier pour les moments pénibles, que de fois il nous est arrivé à tous de parler ainsi, dans une sorte de soliloque réalisé devant Dieu, et de répandre notre âme devant Dieu, nous-mêmes prêtant l’oreille à ce que nos coeurs exprimaient.

Ce sujet des épreuves et de la discipline (les deux ne sont pas nécessairement liés) est un sujet qui est toujours d’actualité. Aucun moment ne se passe sans qu’il y ait, ici ou là, une âme ou deux qui soit, qu’on le sache ou non, dans ces circonstances, où elles sont dans des exercices, des difficultés et des combats, que nous pouvons ignorer. Nous pouvons bien dire cela de notre passage ici-bas, sans qu’il acquière toujours, à tout moment, l’intensité que nous pouvons connaître à certains moments particulièrement, où nous sommes mis à l’épreuve et où, d’une façon ou d’une autre, nous sommes tenus sous la discipline, dans le meilleur sens du mot — car la discipline est loin d’avoir seulement un sens péjoratif.

Les sujets que nous trouvons dans l’Écriture nous instruisent à cet égard. Nous avons, dans l’épître aux Hébreux, un passage qui traite, entre autres, de la discipline que le Seigneur exerce. Et ne pensons pas qu’il exerce cette discipline seulement par moments. Il l’exerce d’une façon continue. La façon dont il l’exerce varie d’un moment à l’autre. Mais il n’y a pas un moment, dans notre vie chrétienne, où le Seigneur nous perde de vue, chacun de nous. Du moment que quelqu’un est au Seigneur, alors commence pour lui, non pas les travaux de la grâce pour l’amener à cette connaissance, mais les travaux de la grâce pour le préparer pour la joie éternelle avec le Seigneur. On a souvent comparé cela avec la pierre, qui est tirée toute brute de la carrière, et qui est soumise à des travaux nombreux, avant qu’elle ait pris la forme définitive de l’intention de celui qui dirige les travaux, que celui qui dirige tout veut lui donner en vue du dessein final. C’est pourquoi chacun, chaque jour, reçoit, en vue de ce dessein final, telle instruction. Il traverse telle circonstance, pour être formé pour le moment et pour le lieu où nous entrerons bientôt, quand le Seigneur nous y appellera.

Nous oublions trop qu’une fois qu’une âme est convertie, c’est quelque chose qui commence. Sans doute, c’est un passé qui finit. Mais nous pouvons dire que c’est une éternité qui commence, une période nouvelle qui commence, et se terminera dans l’éternité. Ce que nous rencontrons chaque jour est ce que Dieu peut, soit permettre, soit préparer (il ne faut pas croire que tout ce qu’il permet, il l’approuve). Mais il peut se servir de tout pour nous, finalement, comme il l’entend. C’est une chose qu’on a de la peine à apprendre, et que nous apprenons lentement, et à la longue, que Dieu a un dessein à l’égard de tout croyant. Il a un but précis à l’égard de chacun de nous. Il s’occupe de chacun. En apparence, il peut le perdre de vue ; en fait, jamais. En apparence, il peut se désintéresser des circonstances. Nous pouvons croire qu’en apparence, une journée qui s’est passée dans ce qu’on pourrait appeler le calme plat, est une journée pendant laquelle Dieu ne s’est pas occupé de nous. Ce n’est pas le cas. Dans cette journée, Dieu s’est occupé de nous, et a pensé à nous en amour et en vérité, même si — comme c’est très souvent le cas — nous l’ignorons.

Dans Hébreux, nous avons d’abord deux choses qui nous sont signalées, deux dangers différents quant à leurs caractères, à leurs causes. Ces deux dangers, à l’égard de la vie chrétienne et de la marche chrétienne, sont l’un, un fardeau, l’autre, un péché. Et, en méditant sur ces deux expressions, nous ne pouvons pas ne pas être frappés sur ce que, dans leur simplicité, elles embrassent comme profondeur d’expérience et de fait : le fardeau, le péché. Un fardeau pour le coeur ; un péché, fardeau pour la conscience : cela résume tout ce que nous pouvons rencontrer, et qui nous empêche de marcher et de vivre en chrétiens, et qui, pour ainsi dire, peut arrêter notre accroissement. Un fardeau, c’est un souci ; c’est l’épreuve ; c’est le chagrin. C’est ce qui oppresse le coeur, et risquerait d’arrêter le développement de la vie de l’âme, la vie spirituelle. Lequel d’entre nous, lorsqu’il a subi un choc, lorsque, dans son sentier, a surgi, tout à coup ou d’une façon plus ou moins prévisible, une circonstance difficile, n’a pas éprouvé que ce fait, ce fait pénible, cette circonstance douloureuse, s’est placé entre son coeur et le Seigneur ? C’est difficile, de trouver quelqu’un dont l’âme n’a pas été atteinte, de cette façon, par une circonstance de ce genre. Je ne dis pas que l’âme n’a pas été atteinte. Au contraire, il serait anormal qu’elle ne le fût pas. Mais il serait sans doute difficile, et probablement ne trouverait-on personne au monde, pas un chrétien, qui ne doive confesser que telle épreuve, dans sa vie, telle circonstance, a rompu le lien qui, pratiquement, unit l’âme du croyant au Seigneur. C’est là le danger de l’épreuve.

Il y en a au moins un (pour que nous ne pensions pas que ces pensées, ces considérations, soient purement théoriques, et qu’elles ne fassent pas partie de la vie chrétienne), et un homme, un vrai homme, qui a réalisé cela. C’est notre Seigneur Jésus Christ. Les épreuves ne lui ont pas manqué. Les coups qu’il a reçus, la Parole nous en donne, nous en décrit, quelques-uns, mais en bien petit nombre, par rapport à tout ce qu’il a rencontré. Jamais, à aucun moment, dans aucun lien, les épreuves qu’il a rencontrées, et que le Père permettait, jamais une seule n’a réussi à le séparer de la communion parfaite avec son Père. Arrêtons-nous, chers amis, sur cela : Jésus qui — nous le lisons, c’est écrit — est un modèle. Seulement, nous disons bien que Jésus est un modèle ; mais, souvent, nous ne désirons pas le suivre. On peut chercher, dans la vie de Jésus ; on ne trouvera jamais qu’un fait, une circonstance, une insulte, un outrage, la trahison de ses amis, l’ingratitude de la foule tout entière, n’a altéré, d’une part, ses relations avec son Père, et d’autre part, la manifestation de cette perfection vis-à-vis des autres.

Voilà le chemin qui nous est tracé, chers amis. Et je parle avant tout, ici, pour le moment, de ce que nous rencontrons, et qui s’appelle épreuve. Nos coeurs sont sensibles à l’épreuve ; et cette sensibilité à l’épreuve est loin de déplaire à Dieu. La dureté dans l’épreuve serait, au contraire, anormale. Les pleurs dans l’épreuve sont tout à fait à leur place. Et, pour nier cela, il faudrait arracher plus d’une page de l’Écriture.

Eh bien, qu’il nous soit donné, chers amis, d’être enseignés, de la part du Seigneur, à savoir monter les degrés — comme disait quelqu’un — de ce chemin qui nous conduit jusqu’au trône de la grâce, pour avoir du secours au moment opportun (Héb. 4:16). Quand l’épreuve nous assaille, elle se place très souvent entre notre coeur et le Seigneur. Et le travail de la grâce, de la foi, c’est de retrouver le Seigneur se plaçant entre notre coeur et l’épreuve. Nous pouvons prier les uns pour les autres, à cet égard.

Un autre qui a suivi de très près son Maître, c’était un homme pécheur. Il s’appellait l’apôtre Paul. C’était très difficile de le priver des consolations que son âme trouvait dans le Seigneur, et dans le Seigneur tout seul.

Nous avons beaucoup d’appuis, beaucoup plus que nous ne le pensons. Et ces appuis sont tout à fait légitimes. Mais ce ne sont pas des appuis, proprement, pour la vie de nos âmes. Il était très difficile de placer, entre le coeur de l’apôtre et Christ, une circonstance, un outrage, une prison. En prison, voilà un homme qui était plus heureux qu’en dehors de la prison. Le Seigneur nous enseigne ce secret-là, dans la vie. Notre vie est faite de menus détails, souvent aussi de circonstances beaucoup plus marquantes. Et, si nous sommes exercés à chercher le Seigneur jour après jour, dans le déroulement des circonstances habituelles, à le chercher et à le trouver, nous saurons mieux le trouver aussi dans les circonstances exceptionnelles.

Que le Seigneur nous y aide, et encourage les jeunes chrétiens à beaucoup se tourner du côté du Seigneur. David a appris cela. Le lion et l’ours ont été, pour lui, une occasion, tout jeune qu’il était, d’avoir Dieu avec lui, pour faire face à un danger. Cela a marqué tout sa vie. La vie de David a été marquée par ces deux faits initiaux, qui étaient un secret pour lui. Et gardons ces secrets ;  ne les divulguons pas. Cultivons avec le Seigneur ces relations soutenues. Et gardons ce qu’il nous dira, et qui ne sera pas toujours — il s’en faut bien — des choses qui pourront plaire à la chair. Heureux celui qui a commencé avec de telles expériences dans la vie chrétienne. Heureux celui qui est exercé pour continuer de cette manière. Heureux celui à qui il est donné de commencer, à quelque moment que ce soit de sa vie chrétienne. Ce n’est jamais trop tard.

Pour parler du Seigneur dans sa vie d’homme de douleur et de communion continue avec le Père, nous ne pouvons pas passer sous silence qu’il y eut, dans sa vie, un moment, et un seul, où cette joie lui a été retirée. Ce moment, c’est celui qu’il a accepté de rencontrer, de traverser, avec la souffrance qui y était comprise. C’étaient les trois heures d’abandon où — nous avons à le rappeler et à le dire fermement, parce que cela n’est pas toujours reçu — il a perdu la joie de la communion avec son Père. Et il fallait qu’il en fut ainsi. Pour lui, c’était l’épreuve absolue, la souffrance absolue. Il ne pouvait pas compter, en entrant dans ces souffrances, sur la moindre consolation. C’est une chose unique.

Pour nous, quelle que soit notre douleur, nous pouvons nous tourner vers Dieu. Même un chrétien qui a manqué, et même gravement manqué, où voulez-vous qu’il se tourne ? Vers qui faut-il qu’il se tourne ? Y aurait-il toutes les portes fermées, si j’ai manqué, il y a une porte qui n’est jamais fermée, pour un chrétien. Jamais la porte qui le conduit à Dieu n’est fermée. Le péché qu’il a commis interrompt la communion avec Dieu. Mais, s’il n’avait pas la ressource de pouvoir s’adresser à Dieu, et s’il n’avait pas, d’après l’Écriture, l’encouragement que, quel que soit son manquement, il peut crier à Dieu, évidemment, il n’aurait qu’une issue, le désespoir. Il n’aurait que cela. Or ce n’est pas le chemin que nous donne l’Écriture. Pour le chrétien, il y a toujours un chemin.

Et nous arrivons ici à cet autre côté dont parle l’épître aux Hébreux : «le péché qui nous enveloppe si aisément».

Quand nous avons manqué, alors le péché paralyse notre course, et un fardeau la paralyse. Une épreuve la paralyse ; mais un péché aussi.

Le fardeau oppresse le coeur. Et chacun de nous sait que la tendance, dans une épreuve, c’est de se nourrir de sa douleur : «Mon âme refuse d’être consolée», dit le psalmiste ailleurs (Ps. 77:2). Nous avons tous passé par là, à vouloir nous nourrir de notre douleur ; alors que nous avons à l’apporter au Seigneur, qui apporte là la douceur de sa présence. L’épreuve reste. Que de choses qui ne peuvent pas être changées ! L’épreuve reste. Les larmes continuent ; mais leur amertume n’est plus la même. Que le Seigneur nous donne d’en faire l’expérience.

Mais alors, pour le péché, il y a une chose qui est plus grave. C’est que le péché est un poids pour la conscience. N’y a-t-il pas d’issue ? Il y a une issue, là aussi ; il y a un chemin. Nous avons d’abord à rejeter le péché, à fuir le péché. Et c’est une instruction que nous trouvons ailleurs. Et c’est une très grande sagesse, que nous avons à retenir jusqu’à la fin de notre carrière. Le grand secret de la sécurité, ce n’est pas de se débattre avec le péché, de se battre avec lui ; c’est de le fuir. La sagesse, c’est de fuir, fuir le péché le plus loin possible, et tout ce qui risque de contaminer notre âme. Que Dieu nous aide en cela.

Mais, quand nous avons manqué — et lequel d’entre nous n’a pas connu cela — si Dieu n’était pas Dieu, évidemment, nous n’aurions pas de ressource. Mais nous en avons une. Et cette ressource, c’est de nous tourner vers Dieu lui-même. Quel que soit le péché que nous avons commis, le premier offensé, c’est Dieu. Celui qui reçoit le plus d’outrage, c’est Dieu. Tout péché est, avant tout, un péché commis contre Dieu. Eh bien, tournons-nous vers Dieu. Un enfant de Dieu est un enfant de Dieu même s’il est désobéissant. Mais il est un enfant de Dieu à l’égard duquel Dieu établit une relation de réserve. Il n’est jamais dit que Dieu cache sa face de ses enfants, dans quelque état qu’ils soient. Il ne la cache jamais. Pour cacher sa face à un chrétien, même en mauvais état, il faudrait que Dieu cache sa face à Christ, ce qui n’est pas possible. Tel que Jésus est devant Dieu, tels sont les siens. Les siens sont aimés comme Jésus est aimé ; parfaits comme Jésus est parfait. Sa justice est leur justice. C’est à retenir ; c’est le fondement de la vérité.

Mais ce qui s’interpose entre notre âme et Dieu, c’est, quand nous avons un manquement, un nuage. Il n’est pas sur la face de Dieu ; il n’est pas sur la face de Christ. Il n’y a pas de voile — pour employer un mot de l’Ancien et du Nouveau Testaments. Nos péchés ne mettent jamais un voile sur la face de Christ. Dire cela n’est pas conforme à l’Écriture. Mais ils mettent un voile sur notre coeur. Ils mettent de la gêne dans nos rapports avec Dieu. Et nous en faisons bien souvent l’expérience. Si nous n’avions pas Dieu pour nous tourner vers lui quand nous avons manqué, nous pourrions dire : C’est le désespoir ; nous n’avons personne. Ce n’est pas mon frère qui peut enlever ce nuage que mon péché a établi sur mon coeur devant Dieu. Ce n’est pas mon frère, ni tous les frères ensemble. Qu’est-ce que j’ai à faire ? J’ai à confesser mon péché (nous le trouvons en toutes lettres ; ce n’est pas le sujet, ici) à Dieu, à me mettre d’accord avec Dieu. Dieu met son doigt sur mon péché. Je reconnais le mal ; je glorifie Dieu en cela. Je mets le péché de mon côté ; je justifie Dieu. Alors je jouis à nouveau de la face de Dieu.

«Rejetant tout péché», cela veut dire, a priori, qu’il y a une sagesse préventive. Il y a ce que la piété, préventivement, accomplit. Et plus un chrétien vit dans la crainte, plus il se défie, moins il sera porté à jouer à ce qui peut nuire à son âme. Il y a une sorte d’instinct spirituel qui se développe, et nous fait sentir que ceci sera mauvais et cela sera bon, et qui nous apprend (comme dit Héb. 5:14) «les sens exercés à discerner le bien et le mal». On ne pose plus la question : «Quel mal y a-t-il à ceci ou à cela ?». Quand on est exercé, la question est la suivante : «Est-ce que ceci réchauffera mon coeur, réchauffera mes affections pour le Seigneur, ou les refroidira ?».

Nous trouvons ensuite la discipline. Mais que personne ne pense que la discipline a un sens péjoratif. Au contraire, la discipline, ce sont les soins de l’amour à l’égard de ceux que Dieu aime. Nous avons beaucoup de choses à apprendre, dans la vie, et beaucoup de choses à désapprendre. Nous avons beaucoup d’illusions à perdre, et d’abord sur nous-mêmes. C’est un signe très fort, de voir ce progrès dans une âme qui, au lieu de nourrir de bonnes pensées à son sujet, ne s’occupe pas de soi. On l’a souvent dit — et, en prenant de l’âge, nous nous rendons compte que ceux qui nous l’ont appris avaient passé par là — de ne pas s’occuper de soi, sauf pour une seule chose, se juger. Mais, quand on s’est jugé, qu’on est au large avec Dieu, ne pas penser à soi, ni en bien, ni en mal, mais s’occuper de Christ et s’occuper des autres, pour leur être utile. Et, si on a à penser à soi, comme disait un serviteur du Seigneur — et retenons ces paroles, qui sont le fruit de longues expériences d’homme sérieux — penser à soi avec un mépris silencieux. Quel heureux état !

Il est encore écrit que «Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne la grâce aux humbles» (1 Pier. 5:5). Personne ne peut savoir si son frère est orgueilleux ou humble. Il peut avoir l’air de ceci ou l’air de cela, et n’être pas ce qu’il paraît. Mais Dieu le sait. Il ne s’y trompe pas ! C’est Dieu qui résiste aux orgueilleux et qui donne la grâce aux humbles. Il n’a besoin de personne, pour qu’on le renseigne sur l’état intérieur d’un coeur  ou d’un autre. Il se charge de le connaître.

Dans 2 Cor. 12, voilà un beau passage. Que de fois il a pu nous consoler, chers amis, et aussi nous instruire. Voilà un très beau passage. C’est du christianisme pratique, cela. Ce qui n’est pas du christianisme pratique, n’est pas du christianisme de Dieu. Dieu ne parle pas pour qu’on ne tienne pas compte de ce qu’il dit.

Au chap. 12 de 2 Cor., voilà l’apôtre Paul qui nous lève le voile, un peu, sur une certaine tranche de sa vie. Et il nous dit qu’il a eu des révélations exceptionnelles. Ce n’était pas un mystique, dans le mauvais sens du mot. C’était un homme de sens très rassis. Il savait ce qu’il faisait, ce qu’il voyait. Et il savait s’occuper des détails matériels, à l’occasion d’un esclave qui avait quitté son maître. Il savait s’occuper de toutes sortes de questions matérielles, le cas échéant. Ce n’était pas un mystique qui se perdait dans les fruits de son imagination. C’était quelqu’un qui était à la fois de sens rassis et hors de sens : «Car si nous sommes hors de nous-mêmes, c’est pour Dieu ; si nous sommes de sens rassis, c’est pour vous » (2 Cor. 5:13).

L’apôtre Paul nous révèle là qu’il avait une épreuve. Il en parle. Cette épreuve, c’était son écharde. C’était une épreuve, une discipline. On ne pouvait pas dire que l’apôtre Paul avait manqué en cela. Non, il n’avait pas manqué. Il n’a pas mauvaise conscience, quand il  parle ainsi. Cette épreuve a été une épreuve préventive. Mais il n’a pas manqué. Voilà un exemple où la discipline n’a pas un sens péjoratif ; elle n’a pas le sens de châtiment. On assimile souvent discipline à châtiment. Ce sont deux choses distinctes.

L’apôtre Paul, donc, avait eu des révélations ; et il était encore dans la chair. Nous sommes dans la chair. Nous pouvons nous enorgueillir d’être des chrétiens, par rapport à ceux qui ne sont pas convertis. Nous pouvons nous enorgueillir d’être des gens sérieux, par rapport à ceux qui ne le sont pas. On peut s’enorgueillir de tout, être fier de sa piété, se nourrir journellement, aujourd’hui, de la piété dont on a fait preuve hier. On n’en finit jamais ; jamais on n’en peut sortir. Il y a un moyen d’en sortir ; mais ce n’est pas un moyen humain. Aucun n’y échappe. On ne peut pas dire : Le plus pieux, le plus sérieux, est à l’abri de ce danger. Il n’y a pas, dans ce monde, de situation humaine à l’abri de cela. De sorte que, si nous pensons à tel de nos frères qui est en danger de s’élever parce qu’il a ceci que je n’ai pas, autre chose que je n’ai pas, je dois veiller sur moi-même à ne pas m’élever en pensant à ce que je pourrais avoir que lui n’a pas. De sorte que je dois d’abord penser à moi-même, à veiller à avoir mon âme en ordre pour moi-même. Voilà le secret du vrai bonheur, du grand bonheur : veiller à avoir une âme heureuse avec le Seigneur.

Alors on peut s’occuper des autres, quand le Seigneur nous donne de le faire ; penser aux autres, prier pour les autres. On a l’oeil beaucoup plus clairvoyant pour discerner une tendance chez d’autres. Et on prie pour eux, le cas échéant ; on peut servir. Mais, si nous ne sommes pas en bon état, nos services porteront à faux ; et nous oublierons qu’il y a la parabole de la paille et de la poutre, qu’il ne faut jamais perdre de vue. Quel bonheur que nous ayons la Parole de Dieu !

Nous avons là un serviteur, un homme sans doute unique, qui vivait bien près du Seigneur. Nous pouvons être certains de cela. Il a reçu des révélations — c’était un apôtre. Il a reçu des choses qui sont données de Dieu directement. Aucun homme, aujourd’hui, ne reçoit des révélations. La Parole de Dieu est complète. On peut recevoir l’intelligence des Écritures ; c’est sûr. Elle varie d’un chrétien à l’autre, suivant sa piété, ses relations avec Dieu. Mais ce ne sont pas de nouvelles révélations, sauf si on entend par là la révélation, à un chrétien ou à plusieurs, de la pensée déjà révélée dans l’Écriture. L’Écriture n’est pas ouverte aux intelligents, approfondie d’une façon égale, parce que Dieu ne peut pas nous parler en faisant abstraction de notre état moral. L’intelligence, le progrès spirituel, sont toujours fonction de notre état moral pratique. Il suffit d’un bon état moral pour avoir cette intelligence spirituelle. Il ne suffit pas de ne pas être mondain. On peut ne pas être mondain, et ne pas être en bon état. Il suffit d’être en bon état intérieur, où on se juge. «Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne la grâce aux humbles». Non seulement on se garde du monde, mais de soi-même.

Nous avons donc bien à faire, chers amis. Nous avons toujours à faire. Mais c’est la grâce de Dieu qui fait cela. Ce ne sont pas les regards de la loi ; ce n’est pas la condamnation de la loi. Et ne pensons pas que la grâce fasse bon marché, et un meilleur marché, de nos manquements ; bien loin de là. Elle touche des points sur lesquels la loi glissera facilement. Mais la grâce s’occupe de nous, nous supporte, nous relève, nous redresse, nous corrige.

Voilà l’apôtre. Il avait ses révélations. Et, pour qu’il ne s’enorgueillisse pas (la chair de Paul n’était pas meilleure que la nôtre), ne puisse pas penser : Il n’y en a pas deux comme toi (en effet, il n’y en avait pas deux), il a reçu une écharde, un ange de Satan pour le souffleter. C’est très sérieux. Il a prié trois fois pour que l’écharde lui soit enlevée. Voilà une triple prière non exaucée, et de la part d’un homme comme Paul !

Alors le Seigneur, qui connaissait bien son serviteur, dit : Non, Paul ; il faut que tu gardes ton écharde. Qu’était-ce ? On a beaucoup pensé — c’est la curiosité qui s’occupe de cela ; rappelons que la curiosité est toujours charnelle. Peut-être était-ce ce qu’on trouve dans les Galates : il avait une infirmité pour parler ; cela l’humiliait publiquement. Une humiliation publique, on n’aime pas cela. Aucun de nous n’aime cela. Avoir une humiliation publique permanente, devant tout le monde, on n’aime pas cela. On aime, au contraire, ce qui nous met en avant, ce qui orne l’homme. Mais le Seigneur, en apparence, a déshonoré son serviteur.

Voilà un homme qui était humilié par ce qu’il portait. Il n’avait point d’apparence extérieure. Mais «ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans l’infirmité». La puissance de Dieu ne va pas avec l’apparence de l’homme ; retenons cela. L’énergie, la force de l’homme, les capacités de l’homme, quand elles sont au service de la volonté de l’homme, Dieu ne peut pas aller avec cela. C’est constant, dans l’Écriture, Ancien et Nouveau Testaments.

Que le Seigneur encourage les chers jeunes frères à chercher leur force auprès du Seigneur. Nous supplions qu’ils le fassent. Que le Seigneur leur donne de le faire, et d’apprendre ainsi (on l’apprend lentement, sauf quelquefois plus rapidement) que le Seigneur ne donne pas son appui à ce qui est de la chair, la volonté de la chair. On n’y croit pas vite. On est très lent, avant de le croire et avant de l’accepter. Et encore, peut-être faut-il, pour l’avoir bien compris, attendre qu’on en ait fini avec la vie dans ce monde. C’est bien possible.

Chers amis, notre bonheur, c’est Dieu lui-même. Et nous jouissons de Dieu dans la mesure où nous ne nourrissons pas ce que lui n’approuve pas, de nos prétentions. Quelqu’un qui est intelligent, quelqu’un qui a toutes sortes de qualités, ses qualités ne sont pas perdues. Mais elles ne doivent pas être au service du ressort moral intérieur, qui est la volonté de l’homme. Il faut que Dieu brise la volonté. Et il se servira de cet homme intelligent s’il le veut.

Quelle erreur, quel égarement, que tout ce qui est fait, enseigné, loin de la présence de Dieu !

Nous avons Dieu avec nous quand nous ne sommes rien. Quand nous étions jeunes — nous nous en souvenons bien, bien que cela commence à être très loin — nous avons toujours été frappés de ce que nos frères d’alors, dont beaucoup étaient très simples, sachant tout juste lire — tous n’étaient pas ainsi ; il y en avait de très capables, même éminents — nous mettaient en garde, et n’ont jamais cessé de nous mettre en garde, contre le danger qu’il y a, à vouloir mettre en avant la capacité de l’homme. On trouve cette tendance chez l’homme le plus insignifiant. Ne pensons pas que ce soit seulement le lot des hommes les plus capables.

L’apôtre dit : «Je prends plaisir dans les infirmités, dans les outrages, dans les nécessités… dans les détresses pour Christ». Qu’est-ce que les infirmités ? L’apôtre se glorifiait dans son écharde. On n’est pas fier d’avoir une écharde. On n’est pas fier d’avoir quelque chose qui humilie. Cela ne chargeait pas sa conscience. Faisons bien attention ; ce n’était pas le poids d’un manquement. C’était un brisement, qui contribuait à briser la volonté de Paul, à briser le vase dans lequel le trésor était contenu. Et l’apôtre Paul qui, avant sa conversion, était un homme auquel il n’aurait pas fait bon de donner une écharde — nous le comprenons bien — et qui ne devait pas supporter facilement un joug, voilà un homme qui peut dire : «Je me réjouis dans mes peines… pour Christ». Une infirmité, c’est tout ce qui brisait sa volonté, tout ce qui contribuait à le rendre capable de jouir davantage de Christ. Alors il dit : Je me réjouis ; car quand je suis faible et brisé, c’est alors que je suis fort, parce que j’ai Dieu avec moi et pour moi. Nous ne l’aurons pas autrement, chers amis, jamais.

Que le Seigneur nous encourage tous. Ceux qui ont bien des années de vie chrétienne ici, nous savons que nous avons besoin de cela. Nous en avons eu besoin dans la semaine qui vient de passer. Nous en avons besoin une heure après l’autre. Nous avons dû nous humilier bien des fois, et chercher le Seigneur dans le secret, et dire : Je n’ai pas su me contenter de toi ; je n’ai pas su être dépendant, être obéissant ; et je n’ai pas su chercher ta volonté à toi seul, et ta gloire à toi seul.

Mais, chers amis, que cela nous encourage. Et veuille le Seigneur produire cela chez les jeunes. Ce n’est pas un chemin pénible, mais un chemin où on est très heureux, quoique brisé. Un chrétien gardé dans ce chemin-là est beaucoup plus heureux. Nous sommes beaucoup plus heureux qu’il y a trente ans, d’un bonheur plus égal, dont on connaît mieux la source, dont on sait beaucoup mieux ce qui la tarit, ce qui vient nous en priver. Et on se défie davantage de soi — jamais assez. Mais on connaît beaucoup mieux Christ et le Père. On sait beaucoup mieux ce qu’on a. On se laisse beaucoup moins prendre par les apparences. La bonne volonté ne paraît pas mauvaise comme la mauvaise volonté. On ne mettrait pas sur le même plan, dans le monde, la bonne et la mauvaise volonté d’un homme. Mais la bonne et la mauvaise volonté d’un chrétien, c’est la même chose qu’une mauvaise volonté, si ce n’est pas la volonté de Christ.

Que le Seigneur nous donne de ne pas nous décourager.

Notre vie tout entière est une épreuve, une discipline, une formation, une éducation. Que le Seigneur veuille encourager en particulier ceux qui passent par l’épreuve. Il y a des épreuves que nous connaissons, parmi nous. Et il y en a d’autres que nous pouvons connaître, que tous ne connaissent pas, et qui sont de grandes épreuves.

N’oublions jamais que le peuple de Dieu est un peuple qui ne fait pas ses quatre volontés, qui n’est pas exempt de toutes les souffrances qui atteignent les hommes. C’est un peuple auquel nous avons besoin de penser, comme le Seigneur, en grâce, en charité, en intercession soutenue. Nous avons besoin de penser les uns aux autres, pour que le Seigneur se tienne près de chacun, dans le coeur de chacun, dans sa vie de tous les jours. Que le Seigneur nous accorde d’accomplir ce service.