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Méditations sur la Parole de Dieu
Jean
Louis Chaudier
Table des matières :
1 Connaître Christ — Jean 1 et 2
3 Affranchissement — Jean 2:19 ; Romains 6:4
4 Face à face avec Jésus — À propos de Jean 3 ; 4 ; 11 ; Luc 10:38-42
5 Manifestations du Saint Esprit dans l’âme — Jean 3
6 Un sens à la vie — Jean 4:1-34
8 Gloire des hommes et gloire de Dieu — Jean 5:44
9 Mort pour le monde et vivant pour Dieu — Jean 6 ; 7:34-37
10 Salut et communion — Jean 6
11 La guérison de l’aveugle-né — Jean 9
12 Marthe et Marie — Luc 10:38-42 ; Jean 11:1-2, 17, 20-26, 28-29, 32-35, 39-44 ; 12:1-3, 7-8
14 Le lavage des pieds — Jean 13:1-30
17 Deux paradis — Genèse 3:22-24 ; 4:8-22 ; Apocalypse 22:14-15 ; Jean 14:6 ; Matthieu 7:13-14
18 Je m’en vais au Père — Jean 14:16 ; 16:7, 28
19 L’envoi du Saint Esprit — Jean 16
20 La présence du Saint Esprit dans le croyant — 1 Corinthiens 6:19-20 ; 2:10-16 ; Jean 16:13-15
21 Le chrétien et le monde — Jean 17:14 ; 1 Jean 2:15
23 Ce qui vient de Dieu — Jean 20:11-16
24 Défaillances — Luc 22:31-34, 54-62 ; Jean 21:15-19 ; Galates 2:6-14 ; 2 Pierre 1:13-14
Le texte de ces méditations a été révisé par Bibliquest dans sa forme, par rapport à diverses éditions papiers précédentes. Les révisions ont été limitées à ce qui était nécessaire à une expression et une compréhension correctes. Le texte reste marqué par son caractère oral, non révisé par l’auteur. Dans certains cas d’expressions au sens discutable, l’imperfection de celles-ci a été laissée de peur d’en perdre une certaine vigueur.
Certains textes ont été repris de l’ouvrage «Méditations sur la vie chrétienne» édité en 1995 par F.R., et sont notés comme tels. Ces textes ont fait l’objet (par F.R.) d’une révision un peu plus poussée.
[LC n° 53]
Dimanche après-midi 5 juin 1948
Cet évangile nous reporte tout de suite à l’existence éternelle de Christ comme Fils auprès du Père. Le Seigneur Jésus est présenté, dans la Parole, comme Fils sous plusieurs titres : 1° le Fils du Père, qui nous parle de sa relation éternelle avec le Père ; 2° le Fils de Dieu, ce qui correspond à sa nature (et il est aussi Fils de Dieu en tant qu’homme né dans ce monde) ; 3° le Fils de l’homme, titre correspondant à un autre caractère de Christ, et qui lui est donné pour remplacer celui de Messie. Le fils de l’homme est un titre que Christ a reçu pour avoir souffert et abandonné ses droits, et même sa vie. Il a reçu ce titre de Fils de l’homme, qui équivaut à une suprématie universelle (Ps. 8). Le Seigneur Jésus rassemble, dans sa personne, toutes les gloires que Dieu voulait lui donner. Elles sont acquises et, pour ainsi dire, regagnées, avec un supplément d’éclat, dans la personne du second homme, le dernier Adam, qui seul glorifie Dieu.
L’histoire de la terre est, au fond, l’histoire de la responsabilité de l’homme, de l’expérience que Dieu a faite de l’homme, de chacun de nous. Cette expérience se solde par un échec total. Et ensuite, Dieu présente ce qui est selon son conseil. Nous trouvons ici le conseil éternel de Dieu.
Si nous voulons avoir l’intelligence de l’Écriture, il nous faut ne jamais perdre de vue cette vérité (c’est une de ces vérités maîtresses, centrales, essentielles, à l’aide desquelles toute la pensée de Dieu dans la Parole est éclairée), à savoir que l’histoire du premier homme est l’histoire de la responsabilité de l’homme, et que le conseil divin relatif à l’homme s’accomplit en Christ. Nous ne serons jamais assez persuadés, individuellement et tous ensemble, que Dieu, à la croix, a mis fin à l’expérience qu’il a faite de l’homme. C’est une conviction que nous pouvons désirer, pour chacun, extrêmement profonde et puissante, cette conviction que Dieu en a fini avec chacun de nous, que Dieu n’a rien trouvé de bon en nous, mais que, l’expérience étant finie, Dieu présente son conseil, c’est-à-dire l’homme Christ Jésus.
Cette personne du Fils de Dieu est présentée dans Jean. Et immédiatement, nous voyons sa gloire qui nous est dévoilée, déployée, au commencement de cet évangile : «Au commencement était la Parole ; et la Parole était auprès de Dieu ; et la Parole était Dieu» (1:1). C’est de toute éternité que la Parole existait ; et, puisque, un peu plus bas, nous lisons : «la Parole devint chair… et nous vîmes sa gloire» (1:14), nous avons le droit de dire que la Parole, c’est Christ, c’est le Fils éternel du Père. Il est aussi écrit que, dès le commencement, la Parole était auprès de Dieu, et qu’elle était Dieu. En très peu de mots, les caractères et la nature du Fils de Dieu nous sont donnés, en quelques phrases très courtes, très fortes. Pour qu’on ne pense pas que la Parole était un dieu inférieur, un dieu dépendant, il est écrit avec soin : «La Parole était auprès de Dieu ; et la Parole était Dieu».
«Elle était au commencement auprès de Dieu» (1:2). Cette phrase réfute tant d’erreurs présentées à l’égard de la personne du Fils. Quant à sa nature, il est Dieu, «la Parole était Dieu». Et quant à son origine, l’ancienneté de son origine, «il était au commencement auprès de Dieu». Voilà en deux versets la présentation de la personne du Fils. Qu’on ne dise pas que Jésus n’est Dieu que depuis qu’il a accompli l’oeuvre de la rédemption, comme certains ont voulu le dire, qu’il n’est pas Dieu de toute éternité. Nous voyons ici, positivement, qu’il est au commencement, de toute éternité. Il y a là, pour arrêter la folle curiosité de l’homme, comme la lame de l’épée, la lame du chérubin qui tournoyait çà et là pour interdire l’accès du jardin d’Éden, une fois que l’homme en a été chassé, la lame de l’épée de la Parole de Dieu qui, d’avance, empêche la pensée de l’homme, l’effort de la pensée de l’homme, l’intelligence de l’homme pécheur, d’accéder à la compréhension et à l’intelligence de ce qu’est la personne du Fils.
Le commencement de cet évangile est d’une beauté, d’une sobriété, d’une grandeur incomparables. Le Saint-Esprit, pour ainsi dire, manie la Parole de Dieu, la présente, pour réfuter d’avance — et Dieu savait pourquoi il fallait le faire — toutes les affirmations hardies de l’homme pécheur, qui n’a pas manqué de s’attaquer à la personne du Fils de Dieu. Parce qu’il est venu comme un homme humble et qu’il a revêtu notre infirmité, l’homme en a profité pour l’injurier, l’abaisser au niveau de l’homme. Le Saint-Esprit fait tournoyer l’épée de la Parole de Dieu, et dit : «Au commencement était la Parole, elle était au commencement auprès de Dieu». Le Fils en qui nous avons cru, Jésus en qui nous avons cru, lui qui est notre vie, ne le laissons pas dépouiller par les hommes de sa gloire éternelle. C’est ce que la Parole de Dieu nous donne, et nous nous abritons derrière les déclarations de la Parole. Le croyant simple, profond, s’abrite derrière ces versets. Il n’a pas besoin de philosopher sur ce qu’est Jésus, d’écouter ce que l’esprit de l’homme, cherchant à sonder le mystère de la personne de Christ, peut lui dire. Nous n’avons pas besoin de lire les livres des incrédules, qui cherchent à percer la pensée de Dieu ; au contraire, fuyons-les. C’est un mystère qui est au-dessus de la portée de l’homme, comme les cieux sont au-dessus de sa main.
«Au commencement était la Parole», Jésus que j’aime, qui est mon Sauveur, ma gloire, qui a été foulé aux pieds, à la face de qui on a craché, dont le sang a coulé sur la croix, que Dieu a frappé.
En deux versets, en quelques phrases, le Saint Esprit nous donne des déclarations sur le Seigneur Jésus, qui non seulement réfutent les mensonges qui devaient venir, mais nous présentent la grandeur du Fils de Dieu. Quelle beauté ! Nous sommes amenés dans l’éternité passée, au moment où il n’y avait pas de temps, et nous sommes élevés jusqu’à Dieu lui-même, lorsque le Fils était auprès du Père, avant que le monde fût. Telle est la personne que le simple croyant connaît. L’intelligent n’y comprend rien. Il y a peut-être aussi, parmi nous, des intelligents, qui cherchent à sonder ce qu’est le Fils de Dieu. Le croyant reçoit les déclarations de l’Esprit.
Qu’il nous soit donné de rester dans la simplicité quant au Christ. «Nul ne connaît le Fils, si ce n’est le Père» (Matt. 11:27). Le mystère de la personne du Fils, le Père seul le connaît. Déjà, dans un homme, l’union de l’âme et du corps est un mystère inscrutable, impénétrable ; il échappe à toute analyse, à toute recherche. À combien plus forte raison lorsqu’il s’agit de la présence dans ce monde de Dieu, le Fils, Jésus qui est Dieu manifesté en chair. Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père ; et il n’est plus rien dit. Il est dit : «Nul ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils voudra le révéler» ; mais la personne du Fils, sa connaissance, est réservée au Père seul.
Les premiers versets disent ce qu’est le Seigneur ; les versets suivants, ce qu’il est devenu : «et la Parole devint chair». Les apôtres, Jean et les autres, ont vu la gloire du Fils, la gloire de Christ, «comme d’un Fils unique de la part du Père, pleine de grâce et de vérité» (1:14). Nous n’avons pas vu Jésus ; mais il est écrit que, «quoique nous ne l’ayons pas vu, nous l’aimons» (1 Pier. 1:8). J’aime à penser que tout le monde, ici, aime Jésus ; non pas des lèvres, car on connaît Jésus par le coeur, par les affections et par la conscience. «Nous vîmes sa gloire… pleine de grâce et de vérité».
Aux versets 29 et suivants, l’oeuvre de Christ nous est présentée avec deux caractères. Le premier : «Voilà l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde» ; et le second : «celui qui baptise de l’Esprit Saint» (vers. 33). Voilà deux aspects de l’oeuvre de Christ.
«Voilà l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde» ; c’est ainsi que Jean le Baptiseur a salué le Seigneur Jésus. Jean le Baptiseur, le Seigneur dit de lui que de tout homme né de femme, il n’y en a pas un de plus grand que lui ; et Jean dit qu’il n’est pas digne de délier la courroie de la sandale du Seigneur Jésus. «Voilà l’Agneau de Dieu» : le Seigneur Jésus a fait l’oeuvre par laquelle le péché sera ôté du monde. Nous ne voyons pas que ce fait soit réalisé. Il y a encore beaucoup de péchés, dans le monde. Nous ne voyons pas qu’effectivement, tout le péché soit ôté du monde ; mais le Seigneur Jésus a accompli l’oeuvre par laquelle le péché sera effectivement ôté. La première conséquence de cette oeuvre est réalisée dans l’âme du croyant : quiconque croit, ses péchés sont ôtés en vertu du sang de Christ. «Sans effusion de sang il n’y a pas de rémission de péché» (Héb. 9:22). Quelqu’un qui ne croit pas au Seigneur, ses péchés restent. De tous les péchés qu’il a accumulés, tous les jours de sa vie, aucun n’est ôté ; tous sont présents devant Dieu. Quelqu’un qui croit est au bénéfice de l’oeuvre de Christ ; le sang de Jésus Christ le lave de tous ses péchés. Pourquoi le sang ? Parce que le sang, c’est la vie. Et il représente l’offrande parfaite de la vie parfaite et sainte de Christ.
Je désire insister sur ceci, que tant qu’une âme n’a pas cru fermement dans son coeur, qu’elle n’a pas reçu Jésus dans son coeur par la foi, que par le Saint Esprit elle ne peut pas dire que Jésus est son Sauveur, ne peut pas crier «Abba, Père», ses péchés restent sur elle ; et les conséquences, nous n’avons pas besoin de les souligner.
Je désire insister sur ceci, que nous avons tous à être, chacun pour son compte, au clair devant Dieu. Est-ce que mes péchés sont sur moi, ou est-ce qu’ils sont ôtés ? Est-ce que le sang de Jésus a ôté mes péchés ? Et le seul moyen pour cela, c’est d’avoir foi en la personne et l’oeuvre du Seigneur.
On peut savoir ces choses, et n’avoir pas la vie. On peut savoir beaucoup de choses sur ce que Jésus a fait, sa personne et son oeuvre, et avoir son péché lié sur soi. Au contraire, on peut savoir très peu de choses sur la personne et l’oeuvre de Christ, mais être lavé de ses péchés. Quelqu’un qui aime Jésus peut avoir peu de connaissance ; mais celui qui aime Jésus est pardonné. La rencontre de Jésus avec la femme pécheresse de Luc 7:37 nous montre que ce qui compte, c’est l’amour pour Christ. «Cette femme a beaucoup aimé, il lui sera beaucoup pardonné». Cette femme, qui ne savait rien sur Christ, Dieu travaillant en elle lui a donné d’aimer le Seigneur. Elle a senti que Dieu était là ; elle a été attachée au Seigneur ; et, croyant en Christ, trouvant Dieu en Christ, elle a trouvé le salut.
Nous l’avons souvent dit : Nous n’avons pas à chercher ce qu’un homme dit, mais la façon dont il aime Christ. Quand on voit une âme qui aime le monde, on peut se demander si elle aime Christ : «nul ne peut servir deux maîtres» (Matt. 6:24).
Il y aura une deuxième réalisation de l’oeuvre de l’Agneau de Dieu : ôter le péché du monde, lorsque la justice régnera, pendant le millenium, au lieu du péché, comme maintenant. Maintenant, les hommes font ce qu’ils veulent, même les chrétiens, ceux qui s’appellent chrétiens, et quelquefois les vrais. Dans le millenium, il y aura un gouvernement et un jugement positif du péché. Il y aura un monde de justice, un monde de paix, la réalisation du fait que Jésus a ôté le péché du monde.
Mais la vraie portée de l’expression, la portée totale, éternelle, est en ceci (elle rejoint l’expression d’Hébreux (9:26) : «il a aboli le péché par son propre sacrifice»), que c’est sur l’oeuvre de la croix que sont fondés les nouveaux cieux et la nouvelle terre, dans lesquels la justice habite. J’espère que tout le monde ici brûle du désir d’être entré dans ces nouveaux cieux et cette nouvelle terre, où la justice habite.
Vous voyez beaucoup de gens qui s’élèvent contre l’injustice ; mais ils ne disent rien contre la suprême injustice, qui a consisté à rejeter le Fils de Dieu quant il est venu. Des gens s’insurgeront contre les voleurs, les criminels ; et ils ne se préoccuperont jamais de l’injustice qu’on a faite en rejetant Jésus. Mais Dieu y pense. Toutes les fois que nous donnons la main à quelqu’un du monde, nous donnons la main à quelqu’un qui est peut-être très sensible aux injustices qu’on lui fait, mais insensible aux injustices qu’on fait à Dieu et à Christ.
Je laisse ceci sur le coeur de chacun. Si quelqu’un peut dire : Je connais celui qui a ôté mon péché, m’a lavé de mon péché, m’a arraché au bourbier de ce monde, au bourbier moral, eh bien, comment le qualifier, s’il vit dans le monde, s’il se plaît avec le monde ? Je dis à un tel chrétien que c’est associer la nature de Dieu avec le péché.
Le deuxième titre de son oeuvre : il baptise de l’Esprit Saint. C’est ce que le Seigneur a fait, en contraste avec le baptême de Jean, qui était un baptême d’eau. Le Seigneur Jésus a baptisé du Saint Esprit. Ayant été exalté à la droite de Dieu comme homme, il a été oint une seconde fois du Saint Esprit. Il a été oint en gloire, comme il a été oint dans son humiliation sur la terre ; et il a envoyé le Saint Esprit. Tous les croyants sont baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps.
La position chrétienne, c’est celle de l’âme scellée du Saint Esprit, qui a reçu le Saint Esprit. Nous sommes baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps. L’unité des vrais croyants qui sont ici ne repose pas sur une affinité de sentiments, une affinité de pensées d’ordre humain ; cette unité est exclusivement constituée par la présence du Saint Esprit, sujet que je présente à la méditation des croyants. Si l’unité ne reposait que sur nos affinités naturelles — déjà, même avec le Saint Esprit, nous avons de la peine à la montrer — que serait-ce ? Ce qu’il y a eu de beau, au commencement, d’incomparablement beau pour le peuple de Dieu, c’est que la puissance du Saint Esprit était telle, qu’elle annulait tout ce qui était de l’homme. Il devrait en être ainsi aujourd’hui. Pauvres, riches, savants, ignorants, toutes différences humaines étaient effacées. Mais cela ne peut être réalisé que par la puissance de l’Esprit ; sinon, nous ne faisons qu’une copie de cette réalisation. Et une copie faite par la chair est, ou de l’inconscience, ou de l’hypocrisie. J’espère que chacun a fait l’expérience qu’il est souvent très heureux avec quelqu’un de très différent de lui. Lorsque le Saint Esprit agit avec puissance, le bonheur de la communion est là. Est-ce cela que nous recherchons, en réalité ? Ou bien ne recherchons-nous que ceux qui sont au-dessus de nous, que ce qui est au-dessus de nous selon l’homme ? Ce n’est pas l’Esprit qui fait faire cela, et méprise ceux qui sont en-dessous de nous. Toutes les fois que le Saint Esprit n’agit pas en nous, nous faisons cette chose-là. Mais quand l’Esprit agit en nous, nous ne nous connaissons pas les uns les autres selon la chair. Que le Seigneur nous donne de réaliser les effets de ce baptême du Saint Esprit, qui est un des résultats de l’oeuvre de Christ.
Quand nous voyons un chrétien qui cherche les choses qui lui plaisent selon la chair, nous pouvons être sûrs qu’il n’est pas conduit pas l’Esprit. Et nous pouvons nous demander ce qu’il en est de nous, tous les jours de la semaine, de notre vie : J’ai poursuivi tout cela ; mais, certainement ce n’est pas le Saint Esprit qui m’a conduit à cela. Je ne parle pas du mal positif, mais de la chair non jugée, dans ses meilleures qualités. Il y a un dépouillement à faire avec le Seigneur. Heureux sommes-nous si nous n’attendons pas d’être au tribunal de Christ pour nous appliquer à nous dépouiller un peu. Il faut espérer que nous faisons l’expérience que l’homme, quel qu’il soit, pauvre ou riche, instruit ou ignorant, on ne peut pas faire fond sur lui : tout homme est menteur (Ps. 116:11) ; «il n’y a pas de juste, non pas même un seul» (Rom. 3:10).
Ah, l’histoire du peuple de Dieu, chers amis, l’histoire des croyants, notre histoire, nous la connaissons un peu ; elle n’est pas belle ! Il n’y a de beau, dans le peuple de Dieu, que ce que Dieu y a produit.
Quelques mots sur les trois jours que nous trouvons dans ces chapitres. La première journée, le rassemblement, le service de Jean ; la seconde journée, le Seigneur ; et puis, en troisième lieu, le millenium. Et c’est de ce chap. 2 que je voudrais dire quelques mots, justement en signalant encore le vers. 40 du chap. 1 : «Seigneur, où demeures-tu ? Venez et voyez». Il y a des personnes, on se demande si elles ont jamais posé cette question au Seigneur : «Où demeures-tu», ou si elles ont jamais écouté la réponse : «Viens et vois».
Il ne suffit pas de poser la question ; mais il faut la poser avec le désir de se soumettre à la réponse. Et ceci, c’est notre histoire, toutes les fois que nous demandons au Seigneur de nous faire avancer, de nous faire croître, et que nous ne faisons pas ce que le Seigneur nous donne comme conseils, comme instructions.
Nous dirons : Où demeures-tu ? Voilà où je demeure. Quel est ton chemin ? Voilà mon chemin. Il faut renoncer à trop de choses ; je ne peux pas le suivre. Il ne fallait pas poser la question ; vous êtes plus responsables après l’avoir posée qu’avant.
Si nous demandons au Seigneur de faire des progrès, écoutons ce qu’il nous dit, et faisons ce qu’il nous dit de faire. Lorsqu’un homme fait des progrès, certainement il est obéissant.
À propos des noces de Cana et des scènes qui suivent, j’aurais quelque chose à dire. Les noces de Cana nous parlent du commencement du millenium, du commencement de ce temps où la terre et les hommes connaîtront la joie de Dieu. Nous désirons ce moment-là. Nous aurons notre part céleste de joie. Les croyants brilleront comme le soleil, dans le royaume de leur Père ; et il y aura ceux qui brilleront dans le royaume du Fils de l’homme. Il y aura les deux royaumes, autrement dit, la partie céleste du royaume et la partie terrestre. La partie terrestre sera loin de manquer de grandeur et de beauté. Il est extrêmement instructif de lire les passages qui nous en parlent. Un roi régnera en justice ; la terre entière connaîtra la paix ; l’enfant étendra sa main sur l’antre de la vipère ; le lion mangera de l’herbe comme le boeuf. Toute la nature célébrera Dieu ; c’est présenté, dans les Psaumes et ailleurs, d’une façon imagée, très belle. Toute la création célébrera son créateur dans la personne du Messie, Messie et Fils de l’homme. Seigneur, quand sera-ce ?
Mais auparavant, des destructions terribles de vies d’hommes auront lieu, des destructions inouïes. Nous ne nous représentons pas ce que les jugements produiront, comme destructions, dans l’humanité. La vie d’un homme sera plus précieuse que l’or fin. Il y aura tribulation pour le peuple juif incrédule, et il y aura tribulation pour toutes les nations. C’est à cette dernière tribulation qu’il est fait allusion, en Apoc. 3:10, à propos de Philadelphie : «Je te garderai de l’heure de l’épreuve». Eh bien, au commencement du règne, nous voyons les six vaisseaux de pierre où il n’y avait pas d’eau. Les vaisseaux étaient pour la purification, et il n’y avait pas d’eau pour la purification ; on n’était pas disposé à se purifier. Cela arrive souvent, qu’il faut que le Seigneur nous dise de mettre de l’eau dans les vaisseaux. Pour connaître la joie (le vin qui vient après), il faut l’eau de la purification. C’est lui qui change cette eau en joie céleste. Ce sera vrai au commencement du règne millénaire ; nous trouvons cela dans les prophètes : «ils se lamenteront, chaque famille à part» (Zach. 12:12). Chacun pleurera à part, dans l’humiliation individuelle, lorsqu’ils verront et comprendront ce qu’ils ont fait au Messie en le crucifiant, lorsque les hommes comprendront ce qu’ils ont fait en rejetant Dieu. Il y aura une lamentation, chacun à part ; et c’est alors qu’on dira : «certainement, lui, a porté nos douleurs» (És. 53:4). C’est avant tout pour le peuple terrestre, bien que les croyants d’aujourd’hui puissent le réaliser, moralement et spirituellement. Le Seigneur produira, par son Esprit, une profonde contrition dans son peuple et chez les hommes. Il y aura deux travaux différents de l’Esprit, et d’abord chez les Juifs, responsables d’avoir crucifié le Messie et d’avoir rejeté la loi (les dix tribus ne sont pas responsables directement de la crucifixion du Messie, mais d’être retournées au paganisme et d’avoir abandonné la loi). Il y aura la tribulation juive, qui n’est pas celle des dix tribus, et celle des dix tribus, quand elles seront en chemin vers le pays, tandis que la tribulation juive sera dans le pays même. Quoi qu’il en soit, au commencement du règne, il y aura une profonde contrition. Mais je ne veux pas parler seulement des Juifs plus tard et de la terre à venir, mais d’un enseignement qui est pour nous, une règle absolue de Dieu. Si nous voulons jouir de la joie de Dieu, elle est inséparable de la confession des péchés et de la séparation pratique du mal. Qu’il y ait de l’eau dans les vaisseaux, et Dieu alors change l’eau en vin ! Que nous sachions appliquer la Parole de Dieu à notre coeur !
J’ai aimé le monde, peut-être dans un détail. Je me suis associé au monde dans un détail. Le Seigneur m’a fait sentir que j’étais infidèle ; personne ne s’en est rendu compte, le Seigneur me l’a dit. Il faut que je juge cela. Aimer le monde en disant qu’on aime Christ, c’est, en détail, de l’apostasie. Les relations avec le monde ont besoin d’être rompues ; et il faut que la Parole nous purifie de tout cela. Et alors, il change l’eau en vin ; c’est la façon de faire de Dieu. Il change l’eau de la confession, de la contrition, en vin. C’est ce qu’il fera, au commencement du millenium. Je désire laisser cet enseignement pratique sur le coeur de chacun de nous. Nous n’aurons pas la joie de Dieu, sans cela.
Je termine en disant un mot sur cette scène du temple. Le Seigneur était débonnaire, mais il prend un fouet de cordes. Qu’est-ce qu’il voit ? On vendait des boeufs, des colombes, pour les sacrifices. Il fallait des animaux, pour offrir les sacrifices ; on en avait fait un commerce, et la maison de Dieu était devenue une caverne de voleurs. Le Seigneur prend un fouet de cordes, alors qu’il est débonnaire et humble de coeur.
Oui, le Seigneur était bon et plein d’amour, quand il a pris le fouet de cordes. C’était en amour pour les siens et pour tout le monde, qu’il a pris le fouet. Chers amis, nous voulons souvent dégager la vérité comme elle nous plaît ; mais que de fois il nous arrive de ne pas vouloir la dégager dans sa totalité. Quand le Seigneur nous dit : Il faut te dépouiller de ceci ou de cela ; nous disons : Non, Seigneur, non ; et on va son propre chemin.
Que le Seigneur, chers amis, nous donne de ne jamais mettre de côté une seule des paroles qu’il nous adresse. Ainsi, la parole qu’il adresse aujourd’hui à un inconverti présent ici, et par laquelle il dit : «Celui qui croit à la vie éternelle ; celui qui ne croit pas, la colère de Dieu demeure sur lui», ne lui sera peut-être plus jamais adressée. Il faut que cette âme se dise : C’est peut-être la dernière fois ; c’est à prendre ou à laisser ; si je la laisse, c’est peut-être fini.
Pour nous, croyants, le Seigneur fait appel à notre coeur, nous dit : Suis-moi ; voici où je demeure ; tu veux m’être fidèle, dépouille-toi de ces choses que tu aimes ; je te ferai voir que la compensation que tu auras est mille fois supérieure. Seigneur, je ne peux pas !
Peut-être le Seigneur ne nous donnera plus jamais cette exhortation. Nous n’écoutons pas aujourd’hui ; c’est peut-être fini, et nous manquons notre vie. Mais il faudra rencontrer le Seigneur. Le Seigneur choisira son moment.
Je désire laisser cela sur nos coeurs, chers amis. Ne jouons pas avec les privilèges qui sont les nôtres, de contempler à face découverte la grandeur de la personne de Christ. Contemplons en déchaussant nos pieds.
L’Agneau de Dieu ôte le péché du monde, et Il baptise du Saint-Esprit. Et puis, en même temps, il veut nous donner la vie. Mais il nous donne la joie dans la pureté et la sainteté, jamais autrement. Et il agit en gouvernement envers les siens.
Que le Seigneur nous donne de retenir ces choses. Il y a peut-être des âmes qui entendent ces choses et suivent les chrétiens depuis vingt, trente, cinquante ans, et en sont au même point. Votre coeur est froid comme de la glace, quand il s’agit de Christ ? Qu’est-ce que vous aimez donc ? Dites-le au Seigneur Jésus.
[LC n° 54]
Marseille — 1 janvier 1966
La création au sein de laquelle nous nous mouvons, de laquelle nous faisons partie, exprime quelque chose de ce qu’est Dieu. Elle-même le déclare. Même pour celui qui se dit athée, cette création contient un témoignage suffisant pour rendre responsable celui qui se prétend athée. Mais cette création, telle qu’elle est, pose d’innombrables questions ; et l’incrédule a beau jeu d’embarrasser même quelquefois le croyant.
L’une de ces questions, redoutable, solennelle, nous pouvons dire terrible, est la présence, au sein de cette création, d’un élément dont beaucoup hésitent, malgré tout, à en attribuer l’existence au Créateur, bien que plusieurs incrédules ou philosophes n’aient pas reculé devant une telle affirmation. Ce fait, cet élément d’une importance majeure, c’est la présence du mal, et ses effets. On ne peut pas nier que, lorsque l’homme a commis une faute et que cette faute est connue, il a honte. La honte est un fait universel. Comment expliquer la souffrance morale que tout le monde connaît, et la souffrance physique ? Beaucoup se détournent du spectacle de cette misère, en se distrayant, en s’occupant de diverses manières. C’est l’histoire de tous ceux qui ne cherchent pas Dieu, ou qui Le cherchent mal. Et on peut manquer sa vie toute entière, dans la recherche mal conduite de la vérité, en se tenant dans un chemin qui n’a pas d’issue. Et tous les chemins sont sans issue, sauf un seul.
Le livre que nous avons entre les mains, et que Dieu a appris à la plupart d’entre nous à vénérer et à aimer, ce livre répand la lumière sur ce monde rempli de mystères. Il nous donne une réponse décisive à nos questions. C’est ce que nous avons trouvé quand nous avons reçu la foi, nous qui étions comme les autres. Même si notre éducation a été fortement marquée par les enseignements chrétiens, tant que nous n’avons pas eu la foi, nous étions comme les pires incrédules, dans la nuit. Que ceci soit bien retenu.
La Parole de Dieu se présente comme la seule source de lumière. Le chrétien la reconnaît comme telle. Et, s’il lui a été donné, avant ou après la connaissance qu’il a faite lui-même de cette lumière-là, de chercher, de considérer les sources qui prétendent être des lumières, il est toujours de plus en plus convaincu que seule la Parole de Dieu donne la lumière, que seule elle apporte à l’âme la vérité. Et quel est le besoin suprême d’un homme ? C’est bien vite dit, et cela se résume en très peu de mots, le besoin de quelque créature humaine que ce soit : c’est la vraie connaissance de Dieu. Toutes les activités divines dont la Parole nous fait le récit, quelles qu’elles soient, n’ont pas d’autre objet que de permettre à Dieu de Se révéler, et de Se révéler, non pas à un Adam marchant dans l’innocence, dans un Éden conservé dans sa condition première (cet état est perdu à jamais), mais de Se révéler au pécheur.
La Parole de Dieu nous présente essentiellement, d’un bout à l’autre, comment Dieu a agi pour rendre possible la révélation de son Être inconnaissable, insondable, son Être infini. Ce qu’Il fait pour se manifester demeure entièrement hors de la perception de qui que ce soit. Dieu a agi, et c’est ce que nous présente l’Écriture. Celui qui connaît Dieu véritablement a tout. Sa connaissance sur des quantités de points de détails peut être plus ou moins grande ; mais il n’y a pas de bénédiction supérieure à celle de la connaissance de Dieu. Quand je connais Dieu, j’ai beaucoup de choses à apprendre sur Lui, sur ce qu’Il a fait ; mais, pour le temps et l’éternité, il n’y a rien, pour une créature humaine, de supérieur à la connaissance de Dieu.
Je le connaîtrai en gloire, dans l’éternité. Je le connaîtrai dans des conditions différentes d’aujourd’hui. Mais c’est le même Dieu, dont la nature s’exprime par deux mots : Il est amour ; Il est lumière. En dehors de Dieu, il n’y a pas d’amour ; en dehors de Dieu, il n’y a pas de vraie lumière.
L’amour d’une mère, l’amour de deux conjoints, ces formes d’amour n’ont rien à voir avec la relation de l’âme avec Dieu. Dieu est amour. L’amour chrétien, c’est l’amour qui est de Dieu ; et l’amour chrétien n’a rien à voir avec l’amour des relations naturelles. Il est différent ; il est supérieur ; il est éternel ; tandis que les relations naturelles, terrestres, cessent, quand le lien se rompt ; et toutes auront cessé, dans les nouveaux cieux et la nouvelle terre.
Nous sommes placés dans une situation de fait : la ruine de l’homme ; et c’est à propos de cette situation que Dieu a agi.
Au jardin d’Éden, Adam et Ève étaient parfaitement heureux, et ont connu la bonté de Dieu. Mais il n’y a pas trace d’une rédemption. Pour qu’il y ait rédemption, il fallait qu’il y ait eût chute. Et c’est la rédemption qui a introduit des éléments entièrement nouveaux, et d’une importance infiniment supérieure, dans les relations de l’âme avec Dieu. De sorte que Dieu a gouverné les choses. La sagesse de Dieu avait conçu, avait préparé et, au temps convenable, Il a racheté. La chute d’Adam et d’Ève qui, en apparence et au premier abord, a apporté une ruine paraissant définitive, et un état de choses qui semblait désespéré, Dieu en a fait le moyen de préparer un état de choses infiniment supérieur.
Nous louons le Dieu Créateur, et nous sommes ceux qui peuvent le faire le mieux. Qui, nous ? Les croyants. Mais ce même Dieu, nous Le louons d’une autre manière, et nous Lui attribuons un autre titre, dont l’expression n’aurait jamais pu sortir des lèvres d’Adam et d’Ève, et ne serait jamais monté à leur coeur : c’est le Dieu Sauveur.
Nous nous occupons essentiellement de la rédemption. Voilà pourquoi les chrétiens, et les frères en particulier, s’occupent si peu de la création. Ils savent qu’elle appartient à Dieu. Ils savent qu’un jour, tout sera en ordre, pour une période brève par rapport à l’éternité. Ils savent qu’il y aura un ordre établi à la gloire de Dieu, et qu’après tant de désordres, la voix entière de la création célébrera le Dieu Créateur. Mais, même alors, elle le célébrera comme un Dieu Sauveur. Mais cet état sera provisoire. La création sera détruite par Dieu Lui-même.
Ce qui s’est passé sur cette terre a une importance éternelle. On peut dire que cette terre n’est qu’un grain de poussière dans l’infini ; mais ne confondons pas les dimensions du théâtre avec l’importance du drame qui s’y joue, drame dans lequel est en question la gloire de Dieu à propos de l’homme, et de l’homme déchu.
Ces pensées-là, nous ne les avons pas inventées, et nous ne les aurions jamais eues. Nous les trouvons dans l’Écriture. Tout ce dont nous avons besoin est révélé. Tout vient d’en haut. La vérité chrétienne est un objet de révélation. Nous sommes ceux qui reçoivent, et Dieu est Celui qui révèle, par son Esprit. Que nous étudiions l’Écriture avec le Seigneur ! Si nous ne le faisons pas avec Lui, nous perdons notre temps. Ne pensons pas que nous pouvons entrer dans la connaissance de ses gloires et de sa grâce, sans son secours, sans l’action de son Esprit en nous.
Nous entrons, par le christianisme, dans le domaine des choses faites par Dieu, dans le domaine de la rédemption.
Nous sommes misérables, parce que nous sommes des pécheurs. Voilà le grand point.
Et tout ce que Dieu fait, depuis la chute, sans arrêt, est relatif à la présence du bien et du mal dans l’homme.
L’homme s’amuse, et le diable l’amuse, l’occupe du soleil, des astres. Il l’occupe de l’infiniment grand et de l’infiniment petit. C’est d’autant plus saisissant, que Satan se sert des choses que Dieu a faites, pour en faire un écran entre l’homme et Dieu. C’est extraordinaire. C’est le comble de la victoire de Satan. Voilà pourquoi, quand un chrétien connaît Dieu et a été amené à la lumière, il peut s’intéresser à ces questions-là. Mais il veille à ne pas s’y engager, parce qu’il sait que tout cela n’est pas l’essentiel.
Tout cela n’apporte rien de définitif, et rien de valable pour l’âme. Dieu travailla à propos du péché, du bien et du mal, qui est dans ce monde. Il s’est révélé ; Il s’est fait connaître. Mais cette révélation de Dieu est dans sa nature, et non pas dans sa puissance créatrice. Les chrétiens professants sont le plus grand nombre. Ils parlent du Dieu Tout-puissant, et ils considèrent volontiers que Dieu doit être satisfait de l’hommage qu’ils Lui rendent, en Lui disant : Dieu Tout-puissant !
Dieu veut que nous ayons affaire à Lui d’une autre manière. Il est le Dieu saint, et nous sommes des pécheurs. Et le christianisme règle ce problème. Dieu s’est fait connaître ainsi. Le christianisme développe la manière dont Dieu s’est fait connaître aux pauvres pécheurs ; et c’est la rédemption.
«Au commencement était la Parole ; et la Parole était auprès de Dieu ; et la Parole était Dieu» (Jean 1:1). Voilà des phrases qu’on ne trouve jamais, dans quelque religion que ce soit. Personne ne peut inventer des phrases pareilles ; il en est de même des évangiles. On a pu dire que, pour inventer les évangiles, il faudrait être comme Jésus. Impossible à une imagination d’homme, même des grands écrivains, des poètes, d’inventer une vie comme celle-là. Pour écrire la vie de Jésus, il faut être cette vie-là ; il faut être cet Être ainsi présenté.
Au commencement, la Parole était Dieu le Fils. Elle était auprès de Dieu, et elle était Dieu. Il n’y a pas plus de temps pour elle que pour Dieu. De toute éternité, le Fils, la Parole, Celui qui devait venir, Dieu le Fils, était auprès de Dieu.
Il est dit plus bas : «La Parole devint chair» (v. 14). C’est l’incarnation.
Là, c’est son existence éternelle. La déité est formée des trois personnes : le Père, le Fils, et le Saint Esprit. Le Père et le Fils sont objets ; le Saint Esprit est agent. C’est Lui qui agit dans l’homme, et Il révèle à l’homme ce qui est relatif au Père et au Fils.
D’une manière particulière, dans le Fils, il y avait la vie qui devait être communiquée aux hommes. La vie était la lumière, pour les hommes. Il est venu ; les ténèbres ne l’ont pas reçu.
Les hommes s’imaginent (et peut-être aussi les chrétiens) qu’ils vont pouvoir établir une relation avec Dieu sur le plan naturel, par des oeuvres, par des religions ; mais c’est impossible. Le paradis est un paradis perdu ; Dieu ne le rétablit pas. Pour que Dieu rétablisse des relations entre Lui et l’homme, il a fallu premièrement l’incarnation, c’est-à-dire la venue de Dieu sous forme d’homme.
Ce n’était pas vrai en Éden. Dieu se promenait dans le jardin et, quand la chute s’est produite, Adam se cache. Nos vêtements proclament eux-mêmes, tous les jours, ce fait solennel.
Ce sont des questions qui, pour un chrétien, conservent un intérêt permanent, parce que la gloire de Dieu et le bonheur de l’homme sont en question.
Il y a une philosophie divine, et le chrétien y trouve une profonde joie ; c’est la philosophie de la sagesse divine. Parmi les hommes, chacun a sa philosophie, et cherche à expliquer, à sa manière, le mystère du monde. La philosophie divine est une source de délices illimités, pour le chrétien, parce qu’elle est la vérité.
Jamais Dieu, dans le jardin d’Éden, n’aurait fait comme Il a fait, en venant au milieu des hommes, après la chute. L’incarnation n’aurait pas eu sa place. Dieu a été manifesté en chair ; c’est l’incarnation. Alors, on pourrait croire que tout va s’arranger, maintenant, si Dieu vient habiter au milieu des hommes. On pourrait croire que cette faillite, cette banqueroute du jardin d’Éden, que tout ce désordre, va être arrangé. Non ; et l’effet premier de cette venue de Jésus ici-bas a été de montrer que la faillite était bien plus grave qu’on ne l’aurait pensé ; elle était désespérée. «Il vint chez soi ; et les siens ne l’ont pas reçu» (1:11). La lumière est venue, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres.
Lequel d’entre nous ici, chers frères, oserait dire que ce n’est pas vrai pour lui, et que, peut-être plus d’une fois par jour, il ne préfère pas, sur tel ou tel point, les ténèbres à la lumière ? Toutes les fois que nous faisons notre volonté propre, nous préférons les ténèbres à la lumière.
Quand nous sommes avec Dieu, nous n’avons pas peur. Si nous sommes en mauvais état, nous avons peur, car notre conscience n’est pas à l’aise. Si nous marchons avec le Seigneur, notre conscience est à l’aise et, étant d’accord avec Dieu, nous sommes assurés de sa bénédiction. Quand nous sommes rebelles, soyons assurés que Dieu ne nous bénira pas. On n’a pas de souci à se faire ; Dieu réglera, en son temps, à sa manière, toutes les situations. Heureux celui qui, en s’adressant à Lui, demande qu’elles soient réglées ; car Dieu aura toujours le dernier mot, même lorsque nous sommes en désaccord avec Lui. On ne gagne pas, à lutter avec Dieu. C’est une défaite sans grandeur qui attend celui qui ose le faire, qu’il s’agisse d’un inconverti ou d’un chrétien.
Voilà donc l’incarnation, ce fait extraordinaire, la venue de Dieu manifesté en chair. On ne pourra pas dire qu’on n’a pas vu Dieu manifesté. Et «les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises». Les hommes préfèrent les ténèbres. C’est la vérité ; le chrétien le sait.
Comme la vie chrétienne est simple ! Comme elle est claire ! Le chemin du chrétien est droit comme un I, et clair comme la lumière du jour. C’est nous qui compliquons la vie chrétienne. Pourquoi ? Parce que nos oeuvres sont mauvaises, parce que nos convoitises sont là, et que nous ne les réprimons pas. La question n’est pas leur présence ; la question est celle de leur action. C’est là que nous manquons. Dieu ne fait pas de reproches parce que nous avons la chair, mais parce que nous la laissons agir.
Le Seigneur est donc venu. N’allons pas jeter la pierre aux Juifs, qui l’ont rejeté ; parce que, nous tous, nous avons tous fait comme eux. Notre coeur naturel est exactement le même. Si la crucifixion s’était produite hier, vendredi, notre coeur se serait montré aussi mauvais. Est-ce que chacun de nous en est convaincu, devant Dieu ?
Cela nous rend humbles, et c’est ce que Dieu veut. C’est une grande qualité, pour un chrétien, d’être humble. C’est ce que Dieu aime.
L’incarnation n’a pas suffi. C’est pourquoi nous trouvons, plus loin : «Voilà l’Agneau de Dieu» (1:29). C’est plus que l’incarnation. C’est un pas plus en avant, dans le déroulement des révélations de Dieu. Jamais, en Éden, on n’aurait parlé d’un agneau ; ce n’était pas nécessaire. Mais maintenant, Jésus est venu. Le Seigneur est montré ici comme rejeté, dès le début. Jean nous le dit tout de suite, et les évangiles nous montrent son rejet.
Voilà une idée toute nouvelle, un fait d’une immense importance. Il n’a pas fallu seulement la venue de Dieu en chair, d’un Dieu qui a parlé, qui est allé au milieu des hommes, qui ne s’est pas tenu à distance des hommes, en leur parlant de loin, mais au milieu de tout le monde. Il faisait ce qu’Il avait à faire. Il disait ce qu’Il avait à dire. Et Il a répandu partout la grâce, la vérité, la lumière.
Vous cherchez un modèle, après cela, parmi les hommes ? Ils pullulent, ceux qui cherchent des modèles ; et, plus encore, il y en a qui osent se présenter comme modèles. Le chrétien est effrayé et attristé, en voyant cela. Ne nous laissons pas éblouir par toutes les prétentions des hommes. Ayons horreur de tout ce qui obscurcit le discernement spirituel. Le discernement spirituel est toujours en rapport avec la gloire du Seigneur. Quand on voit cette chrétienté, qui foule aux pieds la vérité éternelle écrite dans ce livre, on se souvient que, derrière la scène, il y a le personnage directeur, qui mène tout dans ce monde. Et ce personnage, c’est Satan ; et il est dans les lieux célestes.
Voilà donc l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. Voilà donc que Dieu est obligé de pousser plus loin son intervention, et est arrivé au point suprême de cette intervention. C’est l’expiation : «Voilà l’Agneau de Dieu».
Dieu a voulu montrer ce qu’est la puissance de l’amour, et cela, dans la rédemption. Mais il a fallu l’Agneau, qui évoque toujours l’idée d’une victime expiatoire. Cela nous est familier quant au mot ; que cela ne nous soit pas familier quant à la profondeur qui y est renfermée !
À cause de la rédemption, Dieu a pu donner à des pécheurs le droit d’être appelés enfants de Dieu. S’il n’y avait pas eu d’expiation, Dieu ne pouvait donner à personne le droit d’être appelé enfant de Dieu. Pourquoi Dieu n’aurait-Il pas pu nous accorder cette grâce ? Parce qu’un péché, un mensonge, une vanité quelconque, une idole, qui peut être «un rien», manifesté ou enseveli dans le coeur de l’homme, sans que personne ne le sache, cela ne peut pas subsister, devant Dieu. Il faut qu’Il enlève de sa vue l’être qui porte en lui ce qui n’est pas selon sa gloire.
Dieu donc, étant offensé par le péché, ne pouvait pas supporter cela. Et Il devait être glorifié à l’égard des péchés. Voilà pourquoi Jésus est mort ; ou bien, nous devions tous être condamnés. Et ce sera le lot éternel de ceux qui auront rejeté la vérité : l’incarnation, la mort expiatoire de Jésus, la prédication de la grâce qui continue depuis vingt siècles. On en parle, on l’annonce ; et l’Écriture est là pour diffuser, dans le monde entier, ces vérités de Dieu. Alors, pour ceux qui auront rejeté tout ce que Dieu a donné, depuis si longtemps, Dieu emploiera le dernier moyen, qui est celui qu’Il a toujours à portée de sa main, le jugement éternel.
Mais si Dieu avait agi en jugement à l’égard de tous les hommes, Il n’eût jamais été connu dans ce qu’Il est. Il a voulu communiquer à des hommes le bonheur infini, éternel, pur, de la connaissance de Lui-même. Il n’est pas de bonheur qui soit comparable à celui-là.
Nous avons l’Agneau de Dieu, qui a glorifié Dieu à l’égard du mal. Jésus s’est placé devant Dieu comme coupable pour tous les croyants, comme si c’était Lui qui avait commis les péchés de tous les croyants, les nôtres. Il s’est placé sous le jugement de Dieu, de sorte que, maintenant, Dieu peut nous recevoir, sans qu’Il soit déshonoré. Au contraire, Il a été glorifié.
Pour compenser l’outrage, il faut à Dieu l’offrande très sainte du Juste, qui revendique sa gloire et qui met en évidence tous ses droits.
Dieu a gagné, par la rédemption, plus qu’Il n’avait perdu par le péché. Il y a eu un gain en gloire, pour Dieu, par l’oeuvre de la rédemption ; de sorte que, maintenant, Dieu peut ouvrir son coeur. Dieu peut Se faire connaître. Dieu peut appeler aujourd’hui un homme pécheur, inconverti, un très grand pécheur peut-être ; Il peut appeler n’importe qui. Le brigand, sur la croix, sera dans le ciel, alors que tant d’honnêtes gens seront en enfer. Ils se seront cru plus sages que Dieu, et ils auront cru que Dieu se trompait, quand Il disait que tout le monde était pécheur. Ce brigand sera dans le ciel, à la gloire de Dieu et à la gloire de Christ.
Le chrétien connaît Dieu. Il a Dieu dans son coeur, Dieu manifesté en Christ. Pourquoi est-ce que nous tenons tant à Jésus ? Pourquoi toujours Jésus ? Et même, pourquoi Jésus, d’une manière distincte de Dieu ? Parce que Jésus est Dieu manifesté en chair.
«En Lui habite toute la plénitude de la déité corporellement» (Col. 2:9), et «en Lui, toute la plénitude s’est plu à habiter» (Col. 1:19).
Avoir Dieu, connaître Dieu, c’est la source d’un bonheur infini. Futur ? Non, déjà présent. Pour traverser ce monde, avec tout ce qu’il contient, il faut autre chose que des versets qu’on a dans sa mémoire. Il faut autre chose que des conseils que nous nous donnons les uns aux autres. Il faut Dieu dans notre coeur. Si nous l’avions d’une manière permanente, toutes les exhortations seraient inutiles. Celui qui réaliserait cela continuellement n’aurait pas besoin d’être exhorté, au sujet de l’orgueil, de la vanité, du monde. Mais, en fait, les exhortations et la vigilance sont toujours nécessaires.
Ne faisons pas du christianisme un simple énoncé de vérités, toutes parfaites à leur place. Elles sont utiles à rappeler. Ainsi, «n’aimez pas le monde» (1 Jean 2:15). Pourquoi est-ce nécessaire ? Parce que Dieu sait très bien que notre coeur naturel l’aime.
La joie de la communion du saint avec le Père et le Fils est telle, que les peines passent à l’arrière-plan. Quand le chrétien n’a pas cette joie, il n’a rien. Il est dans une fausse position. Il n’a pas le monde et, pratiquement, il n’a pas Dieu. Quand ils sont sortis du chemin de la foi, les chrétiens vont quelquefois plus loin, dans le mal, que les inconvertis.
Quel bonheur de connaître Dieu, de connaître Christ ! Il n’y a rien de plus grand, de plus précieux.
Dieu a voulu nous donner le ciel, déjà, durant notre pèlerinage. Souvent, nous Lui disons : le ciel ? Plus tard. Mais Dieu sait que, si nous choisissons la terre, nous choisissons la misère. Étant données nos tendances naturelles, nous avons besoin du Seigneur, pour être fidèles et heureux ici-bas.
Que personne ne dise que c’est regarder trop haut. C’est Satan qui suggère cela. Il faut regarder tout à fait en haut, pour bien marcher en bas. N’allons pas dire que ce soit quelque chose d’impossible, bien que nous ayons tous des progrès à faire.
Il est bien sûr que vous auriez eu beaucoup de peine à rendre l’apôtre Paul malheureux. Des gens comme cela sont une peste, pour le monde. Leur présence le condamne toujours.
Voilà ce fidèle qui s’appelle Paul. Tout ce qu’il dit est opposé au monde. Il présente la vérité de Dieu ; elle condamne le monde. On le met en prison ; il est aussi heureux en prison que dehors. On le menace de mort ; il n’en est troublé en aucune manière. Devant un roi, lié dans les chaînes, il peut lui dire : «Plût à Dieu que tu fusses comme moi, hormis ces liens» (Act. 26:29). Que chacun de nous réfléchisse à cela, devant le Seigneur.
Si nous réalisions un tel bonheur caché, dont les gens du monde sentent qu’ils ne l’ont pas, croyez-vous que Celui qui est mort sur la croix pour nous ne serait pas mieux honoré, que toute sa vérité ne serait pas mieux mise en valeur ? Croyez-vous que nous ne rendrions pas le Seigneur beaucoup plus heureux, dans les siens ? Sûrement ; et, pour nous-mêmes, nous aurions tout à gagner.
Ce n’est pas la loi. La loi a sa place ailleurs. La chrétien est avec Dieu. Qu’Il nous accorde la grâce de rechercher ces choses. Il ne peut pas ne pas les donner, à la foi qui les Lui demandent.
[LC n° 55]
13 juin 1971
«Vivifié par l’Esprit» (1 Pierre 3:18). Les trois personnes de la Trinité sont à l’oeuvre pour la résurrection du Seigneur, qui s’est offert lui-même à Dieu par l’Esprit éternel (Héb. 9:14). Le Saint Esprit fait briller la perfection de Jésus acceptant de mourir pour les autres. C’est la mort du Saint et du Juste, aussi saint dans sa mort que dans sa vie ; alors que, pour nous, «les gages du péché, c’est la mort» (Rom. 6:23). Le Seigneur n’a pas été revêtu de nos péchés comme d’un manteau, mais a été traité comme le péché, lui qui était sans péché (2 Cor. 5:21). Il était notre substitut sous le jugement de Dieu.
Tout au long de notre vie, nous découvrons des aspects de l’opération du Saint Esprit en nous. «L’amour de Dieu est versé dans nos coeurs par l’Esprit Saint» (Rom. 5:5). C’est Dieu qui le donne ; pour nous, pas d’efforts à faire. C’est une action continue de l’Esprit. Il n’y a rien de plus précieux et de plus élevé, et c’est une source de consolation et de puissance pour les pèlerins que nous sommes. Il n’est pas d’autres sources de puissance contre le mal.
Le sujet de Romains 8 est l’affranchissement. C’est un mot caractéristique du langage des frères. Le chrétien est en butte à deux puissances : la puissance du péché, et la puissance de l’Esprit de vie. On ne devient pas chrétien sans l’opération de l’Esprit de Dieu ; mais l’Esprit est aussi une puissance d’affranchissement. La puissance n’est pas dans la nouvelle nature, mais dans l’Esprit. Tout n’est pas changé, à la conversion. Le vieil homme reste un ennemi implacable. Le péché et la mort sont deux puissances contre lesquelles, seul, je ne puis rien. Dieu a pardonné les péchés Il s’est occupé des fruits, mais aussi de l’arbre qui les a produits. Dieu a condamné le péché dans la chair à la croix ; il a crucifié le vieil homme (Rom. 6:6). Il s’est occupé, et de l’arbre, et de ses fruits, du vieil homme et des actes mauvais qu’il a pu faire. Le moi a été condamné ; et son existence est une anomalie essentielle ; il ne devrait pas exister. L’Écriture nous donne la lumière sur ce point. Un chrétien peut être troublé par une faute, jusqu’à douter même de son salut. Il ne reste qu’une solution : «Par l’Esprit vous faites mourir les actions du corps» (Rom. 8:13). Cela devrait produire une vie sans péché, car le péché est une anomalie, chez le chrétien. Satan s’emploie à ce qu’un péché en entraîne un second. Il faut être sérieux, pour progresser dans la réalisation de l’affranchissement. Le remède préventif au péché, c’est la vie de communion avec Christ. Si quelqu’un est en communion avec Dieu, Satan ne le touche pas ; le vieil homme n’existe plus, pratiquement. Si j’ai péché, je le confesse. Si j’ai péché contre un homme, je dois le reconnaître devant lui. Dieu peut alors ôter ce péché de ma vie, parce que le Seigneur est mort pour cela. Il n’est pas question ici du châtiment gouvernemental, mais de la disposition intérieure du chrétien. Il y a progrès dans l’affranchissement dès que, se connaissant soi-même, on fuit les occasions pour la chair de se manifester. Un chrétien pieux fuit le mal. Il est plus facile d’arracher une herbe qu’une herbe devenue arbre. «Morts au péché… afin que… nous aussi nous marchions en nouveauté de vie» (Rom. 6:2,4) ; nous avons à le réaliser pratiquement. L’homme du monde a Dieu contre lui ; il est malheureux. Ne lui emboîtons pas le pas !
[LC n° 56]
12 août 1962
Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 123
Si nous ne faisons pas la connaissance de Jésus dans ce monde-ci, nous ne la ferons pas dans l’autre monde. L’occasion ne nous est offerte que dans celui-ci. Nous pourrions nous considérer comme désavantagés par rapport à ceux qui ont connu Jésus vivant dans ce monde. Nous ne sommes pourtant nullement frustrés ; nous sommes même beaucoup mieux placés qu’eux pour le connaître, parce que nous avons la Parole de Dieu tout entière et le Saint Esprit pour nous éclairer ; eux n’avaient ni l’un ni l’autre. La dispensation est différente.
Ne soyons pas soucieux avant toute chose du sort de ceux qui sont dans le paganisme ! Pensons premièrement à notre état personnel ; ensuite, Dieu pourra nous donner de penser aux autres. Chacun doit avoir affaire à Dieu comme s’il était le seul sur la terre. Dieu ne nous a pas chargés de gouverner le monde, ni de le sauver. Il peut employer des évangélistes, il en emploie, mais il peut s’en passer. Le travail du bon serviteur consiste à mettre les âmes en contact avec Dieu. Mais le serviteur n’est rien, rien du tout.
Le Seigneur apprend à Nicodème cette vérité de base que «si quelqu’un n’est né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu» (Jean 3:3). Il faut dire cela dans les assemblées, aujourd’hui. Nul ne peut se prévaloir de son ascendance pour posséder le salut, même si cinq ou six générations l’ont précédé dans l’assemblée. Ne nous amusons jamais avec la vérité de Dieu ; n’en faisons pas un jouet pour nos esprits ! Ne cherchons pas à l’adapter à l’erreur par un calcul humain ! La nouvelle naissance, c’est une vie nouvelle. La conversion n’est pas l’amélioration du vieil homme, c’est le don d’une nature nouvelle, divine. Nous devenons participants de la nature divine (2 Pierre 1:4). «L’Esprit lui-même rend témoignage avec notre esprit, que nous sommes enfants de Dieu» (Rom. 8:16). Les frères, qui m’ont enseigné autrefois, m’ont montré le chemin, mais ils ne m’ont pas donné la vie. C’est l’Esprit qui rend témoignage avec notre esprit.
Nicodème vient de nuit à Jésus. Quand une âme est travaillée par le Seigneur, elle sent inconsciemment qu’elle va s’attirer l’inimitié du monde ; un instinct spirituel le fait sentir. La piété aussi sent que, dans ce monde, elle n’est pas chez elle. Elle est dans le domaine de l’ennemi. Le chrétien mondain ne s’en rend plus compte ; il a piétiné les frontières. Mais un chrétien fidèle sait qu’il doit vaincre ou mourir : la lutte avec le monde et avec son prince n’est pas toujours violente, mais permanente et sans merci. Il ne faut pas non plus décourager une âme troublée, une conscience labourée ; aidons-la, mais ne la flattons pas ! Suivons l’exemple du Seigneur ! Voyant Nicodème, n’importe qui se serait dit : «Voilà un personnage considérable ; il faut l’enrôler dans notre groupe !». Tous ceux qui cherchent à faire des recrues pensent à eux, à leur clan. Nicodème, «docteur d’Israël», veut traiter le Seigneur comme son égal, bien que frappé quand même par ses paroles. Ne nous laissons pas non plus troubler par la fanfaronnade de gens plus instruits que nous ! Avec la Parole de Dieu, nous avons la lumière, la vérité, nous avons Dieu lui-même.
Les rencontres avec Jésus sont souvent solitaires, toujours personnelles ; même au milieu de la foule, Jésus remarque une femme qui le touche ; elle a la foi. Un homme est souvent tiré de la foule pour venir à Jésus. Nous ne trouvons pas les mouvements de masse au début de l’Église, sauf en Actes 2:41 : «En ce jour-là furent ajoutées environ trois mille âmes». On reçoit la Parole chacun pour soi. «Afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle» (Jean 3:16), une autre vie, une autre nature.
À une autre occasion, le Seigneur rencontre une femme. Nicodème faisait partie de l’élite sociale, mais pas cette femme. Le Seigneur la prend au milieu de ses occupations. Il ne va pas lui donner des enseignements. Elle est malheureuse, parce qu’elle vit un problème moral. Jésus lui dit : «Je vais te donner de l’eau vive. Si je te donne de cette eau, tu n’auras plus soif à jamais». La soif est l’expression d’un état d’insatisfaction créé par la chute. L’homme n’est jamais content. Lorsqu’il a obtenu un objet désiré, aussitôt il en veut un autre, et il n’étanche pas sa soif. Nous connaissons des joies familiales, sociales, mais elles ne conduisent jamais à un état définitif. Et, par dessus tout, plane l’épouvantable ombre de la mort. Comment peut-on être tranquille avec une telle menace ? Jésus nous offre l’eau vive, celle qu’il fait jaillir dans l’âme du croyant : il n’a plus soif à jamais. La femme lui dit : «Donne-moi cette eau, afin que je n’aie pas soif» (Jean 4:15), comme nous demandons d’avoir le contentement de l’âme dans le désert de ce monde où tout est opposé à la foi. Un frère disait : «C’est le désert partout, mais j’ai une source chez moi». Avec une source, on peut traverser le désert ; mais avec une outre, comme Agar, on ne va pas loin.
Au fond, tout le monde voudrait bien aller au ciel, mais il y a des problèmes à régler. Le Seigneur ne peut pas ouvrir la porte du bonheur à cette femme sans lui avoir dit, en grâce, la vérité. Elle venait au puits en cachette, quand personne n’y était. Mais, après que Jésus lui eût parlé, elle laisse sa cruche et va trouver les gens : «J’ai trouvé un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait». Le chemin du bonheur passe par la conscience. Tout le monde a des problèmes de conscience à régler. Personne n’aimerait que toute sa vie soit produite en public. Pour que Dieu nous bénisse, il faut qu’il voie tout, entre partout, déploie tous les replis de notre vie. Des fautes pèsent parfois lourdement sur la conscience et sont un obstacle pour la réception de la foi. Il faut venir à Jésus et tout lui dire ; il peut tout entendre, même les choses les plus épouvantables. Il les connaît, mais il faut que nous nous mettions d’accord avec lui pour les condamner. Vous n’apprenez rien à Dieu en confessant vos fautes, mais la valeur de la confession, c’est la confirmation de votre accord avec lui quand il vous condamne. La fraude a disparu du coeur. Toute la vie chrétienne se joue au-dedans de l’âme ; l’extérieur, les faits eux-mêmes, ce que vous paraissez, ne comptent pas.
Qu’est-ce que votre vie ? Quelle en est la signification ? Quel est votre passé, votre présent, votre avenir, votre raison d’être ? À quel espoir vous accrochez-vous ? Il n’y a pas d’explications à la vie humaine en dehors de Christ. Christ est la clé de l’énigme de ce monde. En dehors de lui, en dehors de la Parole, la vie n’a pas de signification. Tout est provisoire ; Dieu seul nous donne ce qui est définitif, inaltérable, absolu. Il nous place devant les problèmes éternels, et lui seul en donne la solution dans l’Écriture.
En Luc 10, nous voyons Jésus dans une scène familiale, dans la maison de Béthanie, la seule où il était à l’aise. Un des trois personnages sort de sa place : Marthe fait un reproche au Seigneur, comme s’il ne savait pas ce qu’il avait à faire. «Marthe était distraite par beaucoup de service» (v. 40). Le service ne doit pas passer, dans notre coeur, avant le Maître. «Marie a choisi la bonne part qui ne lui sera pas ôtée» (v. 42). Pour bien servir, il faut bien écouter. Un bon serviteur vit près de Jésus, et il sait ce qu’il doit faire. Pour servir, il faut cultiver la communion avec le Seigneur tous les jours avec un grand soin. Rester tranquille avant d’agir, pour agir en obéissant. Le Seigneur en donne l’exemple en Jean 11. On le harcèle : «Seigneur, Lazare est malade», et il ne bouge pas. Il reste dans la dépendance de son Père, même si tout le monde est contre lui. Il attend, et Lazare meurt. En apparence, il avait eu tort d’attendre. Et quand le moment est venu, il se lève, il part, et, au lieu de guérir un malade, il ressuscite un mort, chose plus extraordinaire encore à la gloire de Dieu.
Il faut suivre le Seigneur, et non pas le précéder. Marie a appris cela aux pieds de Jésus :
— aux pieds de Jésus, pour apprendre de lui ;
— aux pieds de Jésus, pour pleurer dans l’épreuve ;
— aux pieds de Jésus, plus tard, pour répandre le parfum et adorer.
Nous sommes souvent paresseux, égoïstes, enfoncés dans nos propres pensées; c’est vrai : nous manquons de dévouement, mais nous manquons aussi de dépendance. La préoccupation de soi-même, et même la préoccupation du service, peuvent éloigner du Seigneur ; voilà la subtilité de l’ennemi. Aller avec le Seigneur, mais le faire passer, lui, le premier. Quand nous devons rester tranquilles, restons tranquilles ; quand nous servons, servons avec lui ! «Pour moi, vivre c’est Christ», disait l’apôtre Paul. Ce n’est pas prêcher, cela, et il a pourtant prêché toute sa vie. Ceci peut expliquer beaucoup la faiblesse actuelle des frères ; ils manquent de dépendance et de communion avec le Seigneur. Ceux qui entreprennent trouvent les autres paresseux ; mais l’excès des uns ne corrige pas l’excès des autres. L’équilibre, c’est à la fois la dépendance dans le secret, la ferveur dans son coeur et, comme fruit, le dévouement à l’extérieur. Quand nous avons été paresseux onze mois de l’année, ces onze mois sont perdus ; quand nous avons été actifs sans le Seigneur, la perte est la même. Paul, avant sa conversion, dépensait de l’énergie jusqu’à mettre à mort les membres de Christ. Il pouvait dire : «Quant à la justice qui est par la loi, étant sans reproche» (Phil. 3:6). Une fois sa volonté brisée, il a dit : «Que dois-je faire, Seigneur ?» (Actes 22:10) ; il n’avait pas perdu son énergie, mais il la mettait au service de son Maître. Si nous n’apprenons pas avec le Seigneur, il peut permettre qu’on apprenne par le mal ce qu’il y a dans notre coeur : c’est l’école de Satan. Apprenons plutôt avec Dieu !
Que Dieu grave sa Parole dans nos âmes à tous ! Que le débordement d’activité inouï de nos jours ne détourne pas notre attention de l’essentiel ! Le monde est un grand fleuve qui va se jeter dans le cours de l’éternité.
[LC n° 57]
28 février 1971
Considérons les effets et les manifestations de l’Esprit dans l’âme. Le Seigneur est né de l’Esprit. Un chrétien reçoit le Saint Esprit comme personne divine. Le baptême du Saint Esprit concerne les croyants du Nouveau Testament. Dans l’Ancien Testament, le Saint Esprit manifestait sa puissance, au point même de faire parler une ânesse, mais il n’est pas venu demeurer dans les croyants. Il n’est descendu sur la terre comme personne divine qu’après la glorification de Christ.
«Si quelqu’un n’est né d’eau et de l’Esprit» (Jean 3:5) : l’Esprit vivifie, l’eau purifie. Aucune éducation religieuse ne peut donner la vie ; la nouvelle naissance est l’opération divine dans l’âme (Jean 3:3). «À cause du support des péchés précédents» (Rom. 3:25), parce que Dieu avait en vue la croix, les croyants de l’Ancien Testament ont été vivifiés. «Il en sortit du sang et de l’eau» (Jean 19:34) : la vie est dans le sang ; le sang, c’est l’expiation qui a été faite à la croix. Celui qui reçoit la vie divine, c’est un être nouveau qui prend naissance ; il est purifié, et c’est le Saint Esprit qui produit cela. Les saints du millenium seront vivifiés, mais ils ne seront pas scellés ; c’est pourquoi l’expression de Jean 3:8 est un peu vague : «Le vent souffle où il veut, et tu en entends le son ; mais tu ne sais pas d’où il vient, ni où il va». Il n’est pas question de l’Église ici. La nouvelle naissance et le sceau du Saint Esprit peuvent être distincts ou simultanés. On n’est pas membre du corps de Christ sans être scellé, parce que c’est le Saint Esprit qui forme le corps. «Baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps» (1 Cor. 12:13) : c’est une vérité fondamentale pour l’Église.
«Dieu ne donne pas l’Esprit par mesure» (Jean 3:34) : il ne s’agit pas de l’action de l’Esprit, mais de sa personne. Rien, sur la terre, n’est plus cher au Seigneur que son épouse ; rien n’est plus cher au Seigneur qu’une assemblée locale, expression de l’Église tout entière. Et toute l’activité de l’Esprit est de nous présenter les trésors de l’époux, comme Éliézer présentait les trésors d’Isaac à Rebecca. Les affections des saints doivent être orientées dans le sens même des affections de Christ : donner au Seigneur la joie que donne l’épouse à l’époux. Rien n’est plus cher pour Christ que l’affection de l’épouse, et celle-ci a mille manières de la lui montrer, et surtout dans les détails. Que l’évangélisation ne détourne pas les saints de cela !
[LC n° 58]
15 juin 1947
Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 130
Tous les jours, nous faisons l’expérience qu’il n’y a rien dans le monde qui puisse nous satisfaire. Le bonheur doit être retrouvé tous les jours ; nous avons à revenir tous les jours au bonheur que le Seigneur Jésus nous a fait connaître, revenir à lui et à sa Parole.
Une âme qui ne connaît pas Dieu peut connaître beaucoup de choses, elle a peut-être cherché de bien des manières à donner un sens à sa vie, mais elle n’a pas rencontré Dieu. Elle a poursuivi un objet, l’a laissé pour en prendre un autre, pour l’abandonner à son tour et s’attacher à un troisième : une idole en a remplacé une autre, plusieurs même parfois ont cohabité dans le coeur. C’est l’état de l’homme dans ce monde, c’est notre propre histoire. Celui qui est pauvre trouve, dans le cadre où il vit, des objets qui satisfont son coeur pendant un temps : une passion, puis une autre ; il rompt des chaînes pour se laisser lier par d’autres. L’homme cultivé, lui, poursuit la culture, le savoir, ce qui n’est, au fond, qu’un désir d’assouvir la faim et la soif de son âme par une passion, plus noble peut-être, pour parler à la manière des hommes. Le coeur est un temple dans lequel une idole, vile ou moins vile, demeure. Les êtres humains, à tous les degrés de leurs activités, ne vivent pas pour faire telle ou telle chose, mais vivent de telle ou telle chose, qui est au fond leur raison de vivre. Le coeur d’un homme est un désert brûlant, dont rien n’éteint les exigences. Les hommes ne sont pas maîtres d’eux-mêmes ; ils sont les jouets de leurs propres convoitises et de leurs passions. Pour voir le monde ainsi, il faut la lumière de la Parole de Dieu. Ce ne sont pas les penseurs qui nous éclairent, bien qu’il leur arrive d’éclairer le jeu des pensées et des sentiments humains.
Un homme sans Dieu est très difficile à ébranler, parce que ses idoles sont sa vie. Dire à un inconverti de ne pas aimer les plaisirs ! Autant lui dire : «Tuez-vous», parce que la terre seule occupe ses pensées. Les idoles, ce peut être aussi les richesses — «elles se font des ailes, et, comme l’aigle, s’envolent vers les cieux» (Prov. 23:5) — ce peut être la gloire, l’ambition : tout cela, c’est du mensonge. On est content d’être éclairé par la Parole pour ne pas se tromper de chemin et devoir dire un jour : «Je me suis trompé toute ma vie, j’ai vécu, travaillé, bâti dans le faux. Ce que j’ai pensé était faux ; ce que j’ai fait était faux ; tout est à recommencer, mais l’occasion ne m’en est plus offerte. Je vais au ciel, mais j’ai manqué ma vie». Celui qui est chrétien de nom seulement se dira : «J’ai perdu le ciel». Le monde se nourrit de mensonges ; les livres en sont remplis, non pas toujours dans l’exposé des faits, mais dans l’orientation qu’ils donnent au coeur et à l’esprit. Mais Dieu nous donne un lieu qui s’appelle le rassemblement des saints autour de Christ et de sa Parole, où des voix couvrent les mensonges qui font le tour de la terre aujourd’hui. Si un rassemblement porte le caractère d’Assemblée de Dieu, il est «la colonne et le soutien de la vérité» (1 Tim. 3:15).
Dieu peut répondre à tous nos besoins : il n’y a personne à qui Dieu ne puisse répondre pour bénir ; aucun besoin ne le prend au dépourvu. Vous êtes acculés par votre misère et vos péchés, tant mieux ; l’indifférence est l’état le plus terrible de l’homme, de l’âme qui pèche et qui «s’essuie la bouche, et dit : Je n’ai point commis d’iniquité» (Prov. 30:20). Mais nous sommes devant Dieu, dont la gloire suprême est de dire : voilà ton péché, nous allons le regarder de près, et je ferai passer l’iniquité de ton péché. Quand tu ne pourras plus retenir l’aveu de ce que tu es et de ce que tu as fait, je me charge de couvrir ton propre péché. Voilà notre Dieu Sauveur ! C’est l’histoire du salut, c’est l’histoire de toutes les restaurations. Un chrétien ne peut aller très loin sans Dieu, dans le chemin du salut, mais il peut aller très loin dans le mal.
Quand Jésus a passé sur la terre, il n’a pas rencontré des justes, mais des pécheurs : une pauvre Samaritaine, des pharisiens prétentieux, un Nicodème bien intentionné. Les gens, dans ce monde, recherchent les relations les plus hautes et tâchent de les conserver au prix de toutes les concessions possibles, même les plus dégradantes. Jésus est venu dans une crèche, il était charpentier, fils de charpentier. Tout le monde n’est pas charpentier, mais tout le monde peut avoir l’esprit d’un charpentier. Nous magnifions volontiers la providence de Dieu quand elle nous élève et, quand elle nous abaisse, nous lui tournons le dos. Le Seigneur Jésus, «sur toutes choses Dieu béni éternellement» (Rom. 9:5), rencontre une pauvre femme, à laquelle nous n’aurions peut-être même pas voulu adresser la parole. Se pencher, regarder ses plaies, voir leur laideur, avons-nous peur de cela ? C’est une épreuve pour la foi, il faut le faire avec Christ pour le faire comme il faut.
«Il fallait qu’il traversât la Samarie». Jésus arrive à Sichar à midi, en plein jour ; il y avait une femme toute seule : Jésus seul avec une âme qui ne voulait rencontrer personne. Le Seigneur lui parle : «Donne-moi à boire». Il s’adapte à l’état de cette âme, comme nous devrions toujours le faire. Puis, peu à peu, il l’amène là où il veut l’amener : «Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, toi, tu lui eusses demandé, et il t’eût donné de l’eau vive» (Jean 4:10), celle qui apaise, qui désaltère, qui jaillit du coeur de Dieu par le Saint Esprit. Si nous parlions de l’amour de Christ dans la plénitude d’un coeur satisfait, les hommes diraient : voilà quelqu’un qui a quelque chose que je n’ai pas. Mais si notre coeur n’est pas rempli de Christ, il est plein des choses de ce monde ; nous parlons des affaires du monde, et les gens disent : voilà un homme exactement comme nous, et il se dit chrétien ! Un homme n’est pas ce qu’il dit, mais ce qu’il aime. On s’agite beaucoup, comme les faux prophètes du temps d’Élie : ils étaient des centaines, se faisaient des incisions, invoquaient leurs dieux, offraient l’holocauste, mais le feu n’est pas descendu sur l’autel. Des chrétiens qui ont eu des idoles dans le coeur crient à Dieu, et Dieu ne répond pas. Il faut que notre coeur soit rempli de la jouissance de Christ. On n’arrose pas avec un arrosoir vide.
Le Seigneur met le doigt sur un besoin profond que cette femme connaît très bien : elle a bu à cette fontaine bien souvent et elle a toujours soif. C’est l’histoire de toutes les existences. «La femme donc laissa sa cruche» (Jean 4:28). La cruche, c’est le métier, les occupations, les soucis. Mais quelque chose passe avant : trouver Christ. Le travail après, Dieu d’abord ! Le Seigneur dit : «Les soucis de ce siècle et la tromperie des richesses étouffent la parole» (Matt. 13:22). Que répondre à Dieu quand il nous dira : Tu as perdu ta journée ? Ah, mais j’avais mon travail ! Il nous arrive même de perdre une journée en ayant l’air de la dépenser pour Christ.
Le Seigneur parle d’abord à la conscience : «Va, appelle ton mari, et viens ici». Le Seigneur sonde les coeurs et les reins. Tout ce que la Samaritaine a fait, dit, pensé, est comme un livre ouvert devant Christ. Mais elle ne le comprend pas tout de suite : «Je n’ai pas de mari». Ce n’est pas vrai. Le tranchant de l’épée a touché le point sensible. «Tu as bien dit». Un demi-mensonge plus une demi-vérité ne font pas une vérité. Alors le Seigneur lui dit : c’est vrai ; mais «tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari». On sent la plénitude de la déité en Jésus. Dieu est amour ; la femme ne part pas ; Dieu est lumière : il ne lui cache rien. La femme ne voyait pas cela ; mais nous, maintenant, nous nous rassasions des beautés de Christ, de la perfection de Christ, de Dieu en Christ dans cette scène. Seul l’amour de Dieu peut nous donner la force de nous tenir devant lui quand il découvre ce que nous sommes. Dans le monde, lorsqu’un homme révèle à un autre ce qu’il a fait, il préfère disparaître ; la femme reste là. Jésus ne cache rien, mais il parle avec tendresse, sans flatterie non plus. Jouir de Dieu, oui, boire de l’eau vive, oui, mais seulement quand l’état moral sera réglé. Ne fuyons pas cette vérité ! Pourquoi tant de faiblesse dans nos vies personnelles ? Parce que nous reculons devant notre propre examen de conscience devant Dieu. Nous n’avouons qu’à moitié, nous dissimulons l’entière vérité. L’homme s’est modernisé dans ses façons de circuler et de se vêtir, mais, moralement, il est toujours le même.
La Samaritaine cherche alors une échappatoire ; elle invoque une religion pour dire qu’elle n’est pas tout à fait mauvaise : je ne suis pas une païenne parce que j’habite à Samarie ; moi aussi j’ai ma religion ; moi aussi je me réclame de Moïse ; et ce puits-là a été creusé par notre père Jacob. On entend souvent cela : toutes les religions dérivées du christianisme se valent. «Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité». Il s’agit de connaître Dieu, ses droits et sa nature. À cause de son infidélité, l’homme tend à renfermer Dieu dans le cadre de l’homme. Mais nous avons affaire à Dieu selon les droits éternels de sa nature et de sa gloire ; nos privilèges ne les atténuent pas. Dieu n’abaisse jamais le niveau de ses exigences. Est digne de la gloire de Dieu celui qui est recouvert de Christ. Sans la communion avec Dieu — et nous ne pouvons pas avoir communion avec Dieu sur un faux terrain — nous disons : j’adore à Jérusalem, ici et là. Mais Dieu est toujours ce qu’il est, et un homme, où qu’il soit, a toujours affaire à celui dont la nature est immuable éternellement. Il ne faut pas dire : approchez-vous, Dieu s’arrangera bien avec vous ; non, mais : vous êtes un pécheur, voilà votre plaie ; il faut la regarder avec Dieu, et non pas la cacher d’un voile fragile que Dieu déchirera d’un geste. On craignait beaucoup les prophètes de l’Ancien Testament ; quand un prophète arrivait dans un village, on tremblait : «Ta venue est-elle la paix ?» (1 Sam. 16:4). Il avait souvent des choses redoutables à annoncer de la part de Dieu. Enfants de chrétiens, descendants d’une nombreuse lignée de chrétiens, Dieu, aujourd’hui, veut s’occuper de vous selon sa propre nature, comme si vous étiez la seule âme au monde. Il a maintenu toute sa gloire à la croix de notre Seigneur Jésus Christ. Jésus est mort pour dire : Dieu est saint. Jésus est mort pour montrer que Dieu est amour et lumière.
Une révolution est opérée chez cette femme ; elle est allée au puits avec sa cruche, elle s’en va en oubliant sa cruche. Dieu a brisé une chaîne ; cette femme a changé. Et personne ne pose de question à Jésus parce qu’il a parlé à cette femme : quel rayonnement moral, quelle autorité morale ! Plus il s’abaisse, plus la grandeur de sa personne rayonne, alors que les hommes ont besoin de tant de précautions pour maintenir leur réputation. C’est le souci de la plupart des hommes, et plus ils s’élèvent, plus ils s’efforcent de préserver leur réputation.
Quel exemple ! «Ma viande est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son oeuvre». Le Seigneur était toujours là où Dieu voulait qu’il soit, il disait toujours ce que Dieu voulait qu’il dise ; il avait l’approbation de Dieu en tout temps et en tout lieu. L’obéissance, c’est pratiquement la perfection ; mais l’obéissance dans la dépendance est difficile. Que le Seigneur nous donne de nous y appliquer !
[LC n° 59]
Rocheville — 31 décembre 1965
Il y a, dans les écrits de l’apôtre Jean, une source d’instruction, de bénédiction, d’un caractère particulier.
L’évangile de Matthieu nous présente le Messie. C’est pourquoi il y a tant de citations pour démontrer que cet enfant et cet homme, sous un aspect tout à fait inattendu et pas du tout attrayant, était le Messie.
L’évangile de Marc nous présente le parfait Serviteur, un homme qui a toujours travaillé. Il n’a pas pris de repos. Mais le travail du Seigneur n’était pas un travail comme on le voit souvent. C’était un travail parfait. Nous sommes souvent, ou paresseux, ou agités. Ni l’un ni l’autre de ces deux états n’est le bon.
Le Seigneur a eu une vie telle, que cet évangile de Jean nous déclare, à la fin, que le monde entier ne pourrait pas contenir ce qui serait écrit pour dire ce que Jésus a fait. C’est difficile à concevoir, mais c’est écrit. On dirait quelquefois que le Saint Esprit se plaît, se complaît, à affirmer des choses, comme pour jeter un défi à l’incrédulité, comme pour dire à l’orgueil qui est dans le coeur de l’homme : «Ah, vous prétendez pouvoir tout expliquer ? Expliquez un peu ce que je dis ici». Dieu se moque des moqueurs ; et il donne la grâce aux débonnaires, aux humbles.
Dans l’évangile de Marc, c’est donc le Serviteur. Nous le voyons toujours au travail. Et dans l’évangile de Luc, c’est l’Homme, un homme au milieu des hommes, semblable à eux à part le péché.
Dans l’évangile de Jean, c’est le Fils de Dieu, ou Dieu le Fils. Il n’y a pas de naissance à indiquer, pour celui qui est le Fils de Dieu. C’est sa nature éternelle qui est présentée d’emblée, et son rejet.
Étudier les évangiles, ce n’est pas les lire d’une manière hâtive. Les évangiles sont, évidemment, le coeur de la vérité. Et, en particulier dans les écrits de Jean, nous trouvons une beauté, un charme moral et spirituel, qu’on ne trouve pas ailleurs. Une majesté, une grandeur, une gloire, un rayonnement divin, dans un homme, font l’attrait des écrits de Jean, et provoquent l’irritation et l’opposition des incrédules. Pour les hommes, aucun évangile n’est facile à expliquer ; mais l’évangile de Jean moins que tous les autres.
Les écrits de Jean nous présentent les natures, la nature, du Seigneur. Il est Dieu. Les épîtres nous présentent la nature qui est dans le chrétien. Tandis que l’apôtre Paul présente le chrétien dans sa position : un homme justifié, accepté, glorifié, l’apôtre Jean, non. Il présente le chrétien comme un enfant de Dieu, participant de la nature divine, dont Jésus est la vie, et dont la mission, ici-bas, est de manifester ce que Jésus a manifesté, de marcher comme lui a marché.
Soyons attentifs à l’Écriture. Et n’allons pas dire «vivre comme il a vécu», car ce n’est pas vrai.
L’étude de l’Écriture, pour qu’elle soit profitable, doit être faite avec sérieux et persévérance. Une première lecture nous permet de découvrir des vérités, une seconde d’en découvrir de plus cachées, et ainsi de suite ; mais, bien entendu, avec le secours de l’Esprit.
Nous voyons Dieu dans un homme. C’est la déité manifestée ici-bas. Cet évangile donne le récit de plusieurs rencontres individuelles, qui ont chacune une signification propre et profonde.
Ici, le Seigneur se trouve en présence d’une femme bien malheureuse, à laquelle il va parler de l’eau de la vie. C’est toujours l’évangile. Mais, dans l’évangile, il n’y a pas que la justification. L’homme n’est pas seulement coupable ; il n’est pas seulement soui