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Méditations sur la Parole de Dieu

 

Matthieu

 

 

Louis Chaudier

 

 

Table des matières :

1      Les exhortations pratiques du sermon sur la montagne — Matthieu 4:23 ; 5:1-16, 33-37, 44-46 ; 6:22, 24 ; 7:1-2, 6-11, 13-16, 21-29

2      Pauvre en esprit — Psaumes 51:17 ; 139:23-24 ; Ésaïe 66:2 ; Matthieu 5:3

3      Deux paradis — Genèse 3:22-24 ; 4:8-22 ; Apocalypse 22:14-15 ; Jean 14:6 ; Matthieu 7:13-14

4      Le brigand sur la croix — Matthieu 11:25-30 ; Luc 23:39-46

5      Avoir affaire avec Dieu — Matthieu 11:29-30 ; Colossiens 1:9-11 ; Galates 5:16-26 ; 2:19

6      Préparé par Dieu, séparé pour Dieu — Matthieu 12:22-50 ; 13:1-9, 18-23, 47-50

7      Le travail du Seigneur Jésus — Matthieu 13:1-9, 18-52

8      Christ, le fondement et le centre — Matthieu 16:13-27 ; 18:17-20 ; Actes 2:42-47 ; 4:32-37 ; 9:31 ; 1 Timothée 3:14-15

9      Se renoncer soi-même — Matthieu 16:21-27 ; Exode 15:22-27

10        L’Assemblée et la séparation — Jérémie 15:16-21 ; Matthieu 18:1-4, 18-20 ; 20:25-28

11    L’autorité de l’Assemblée et le jugement du mal — 1 Corinthiens 11:20-34 ; 5:6-13 ; Matthieu 18:18-20

12    La présence du Saint Esprit — Matthieu 18:19 ; 2 Timothée 1:7, 13 ; 2:14 ; 3:14 ; Apocalypse 3:7-13

13    L'amour — Matthieu 22:34-40 ; Lévitique 19:14-18

14    La mort et la résurrection de Jésus — Luc 24:1-6, 10-16, 28-32, 36-53 ; Matthieu 28:1-10, 16-20 ; Jean 20: 1-5, 10-12, 14-17, 19-23 ; Marc 16:19-20

 

 

 

Le texte de ces méditations a été révisé par Bibliquest dans sa forme, par rapport à diverses éditions papiers précédentes. Les révisions ont été limitées à ce qui était nécessaire à une expression et une compréhension correctes. Le texte reste marqué par son caractère oral, non révisé par l’auteur. Dans certains cas d’expressions au sens discutable, l’imperfection de celles-ci a été laissée de peur d’en perdre une certaine vigueur.

Certains textes ont été repris de l’ouvrage «Méditations sur la vie chrétienne» édité en 1995 par F.R., et sont notés comme tels. Ces textes ont fait l’objet (par F.R.) d’une révision un peu plus poussée.

 

 

1   Les exhortations pratiques du sermon sur la montagne — Matthieu 4:23 ; 5:1-16, 33-37, 44-46 ; 6:22, 24 ; 7:1-2, 6-11, 13-16, 21-29

 

[LC n° 37]

Dimanche 2 mai 1948

 

Dans la fin du chap. 4, nous avons d’abord un résumé de tout le ministère du Seigneur, de tout ce que le Seigneur a fait. Son ministère s’est déroulé en grande partie en Galilée. Le Seigneur ne s’est pas reposé ; il n’a point eu de repos. Il a trouvé le monde dans un tel état, qu’il ne pouvait pas se reposer. La foi ne peut pas se reposer, ici-bas ; ce n’est pas possible. Seul le chrétien qui veut suivre le monde arrive à se reposer. Il se laisse emporter au fil de l’eau ; et alors il se dit : «Oh, après tout, je vais au ciel, je serai avec le Seigneur ; ce n’est pas utile ni nécessaire que je me donne de la peine et que je me fasse du souci». Chers amis, ce chrétien renie son maître.

On a remarqué bien des fois qu’un des caractères les plus profonds et les plus remarquables de la vie de Jésus, c’est qu’il n’a jamais rien fait pour lui-même. Nous, nous faisons beaucoup de choses pour nous, beaucoup. Mais Jésus n’a rien fait pour lui. C’est peut-être le trait le plus frappant de sa vie. Il est venu, et il a vu le monde. De même, nous aussi le voyons, et nous en souffrons. La foi en souffre. Elle ne peut pas ne pas souffrir. Elle souffre de voir que le mal est partout, que tout contriste le Saint Esprit, que le nom du Seigneur est blasphémé, que nous-mêmes ne sommes pas fidèles, parce que nous voudrions toujours être en communion avec le Père et avec le Fils, et que toutes sortes de choses, indépendantes ou dépendantes de nous-mêmes, nous en empêchent. Dans sa vie, le Seigneur a réalisé ceci : ne pas perdre un seul moment la communion avec son Père, et ne pas se reposer un seul moment. Il ne s’est pas reposé un seul instant, et il n’a pas perdu un seul instant la communion avec son Père. La vie de Jésus est notre modèle.

À la fin du chap. 4, il va d’un village à l’autre. Qu’est-ce qu’il rencontre ? Des paralytiques, des démoniaques, ou des gens dans un triste état : vous, moi. Il n’est pas besoin d’être paralytique, ou d’être affligé d’une grave infirmité, pour dire : Je suis dans un triste état, par nature. Si je me regarde un peu à la lumière de la Parole, je dis : Ce n’est pas brillant ; ce n’est pas beau. Voilà ce que Jésus a vu. Il allait au milieu des hommes et lisait dans les coeurs. Nous, nous voyons seulement une action lorsqu’elle s’accomplit. Lui voyait l’origine du moindre geste, de sorte que toutes les mauvaises pensées des hommes étaient sans cesse devant lui, et qu’il a traversé le monde avec ce spectacle continuel devant lui. Personne ne peut imaginer ce que Jésus a souffert (sinon le Père). Nous désirons d’être avec le Seigneur pour repasser un peu son propre chemin et comprendre quelle a été sa patience, sa grâce.

Des foules le suivaient ; mais il ne s’appuyait pas sur les foules. Si elles étaient contentes de se faire guérir, elles devaient dire bientôt : «Ôte, ôte ! crucifie-le» (Jean 19:15). Le Seigneur leur adresse le sermon sur la montagne, résumé en Matthieu en un seul discours, dispersé dans les autres évangiles.

On aurait pu penser que, si Dieu venait dans ce monde, il allait y arriver les mains pleines, et établir immédiatement un état de choses glorieux et heureux. Quand Dieu vient dans ce monde, il y vient pour souffrir. Et, au lieu d’établir un règne ouvert à tout le monde, il dit : «Entrez par la porte étroite… car étroite est la porte, et resserré le chemin qui mène à la vie, et peu nombreux sont ceux qui le trouvent» (7:13-14).

Tout d’abord, dans ce chap. 5, nous trouvons les béatitudes (du mot «bienheureux»). Or, quel signe caractérise tous ces bienheureux et les marque, avant cette joie qui leur est promise ? C’est la souffrance dans ce monde : «Bienheureux ceux qui mènent deuil». Est-ce que nous menons deuil ? Est-ce que nous sommes de ceux qui mènent deuil ? Quand un deuil a frappé une famille, eh bien, tous les membres en sont touchés. Ils ne sont plus les mêmes. Ils portent même un signe extérieur sur eux, par lequel ils rappellent aux autres qu’une brèche a été faite, que leur coeur a été traversé, que leurs affections profondes ont été touchées. On marque cela. Eh bien, le chrétien est un homme qui mène deuil. La terre est pour lui le tombeau de Jésus. «Bienheureux ceux qui mènent deuil, car ils seront consolés». Nous menons deuil aujourd’hui ; nous serons consolés demain. Si nous menons deuil aujourd’hui, nous aurons aujourd’hui une consolation, mais demain nous serons consolés en gloire. Aujourd’hui, nous sommes consolés dans les larmes, en restant dans l’épreuve ; et c’est une leçon assez difficile à apprendre.

Chacun de nous a tendance à dire : Seigneur, change mes circonstances et je serai content. Le Seigneur dit : Non, je ne changerai pas tes circonstances, et je te rendrai content quand même. Le Seigneur changera nos circonstances quand il nous introduira dans sa gloire. Le Seigneur nous console dans notre affliction, au milieu même de notre affliction. Mais notre premier mouvement, c’est de dire : «Seigneur, enlève un peu ce poids que j’ai, cette épreuve ou tel ou tel exercice dans mes circonstances ou dans l’assemblée» ! Le Seigneur répond : «Non, mais je vais te donner ma force en te laissant dans cette difficulté». «Bienheureux ceux qui mènent deuil, car ils seront consolés».

Plusieurs des caractères qui sont donnés là nous font penser au Seigneur lui-même. Dans ce monde, il devrait être visible que le chrétien, lui non plus, n’est pas chez lui, mais se trouve dans un pays étranger.

Dans la rue, quand on rencontre les gens, il ne faut pas croire que tous les gens sont malheureux. Lorsqu’on prêche l’évangile, on a l’air de supposer, parfois, que les gens sont malheureux. Beaucoup, au contraire, sont très heureux. Il y a les délices du péché, dont parle la Parole de Dieu. Ceux-là disent des chrétiens : «Voilà des gens qui toujours se tiennent à l’écart, ont toujours peur de faire leur volonté. Moi, je fais ce que je veux». C’est un plaisir de faire ce qu’on veut, un très grand plaisir. Et c’est une grande peine, de ne pas faire ce qu’on veut. La chair, en effet, souffre toujours, quand il s’agit d’obéir. Mais «bienheureux ceux qui mènent deuil, car ils seront consolés». Que le Seigneur nous donne de trouver des consolations au sein de nos peines, de nos travaux, de nos exercices. Nous devons bien comprendre que les circonstances ne sont jamais idéales, ici-bas.

Les pauvres en esprit sont ceux qui sont humbles, qui ont rencontré Dieu, qui se tiennent devant Lui. On a dit beaucoup de choses sur cette expression, et on en a beaucoup déformé le sens, dans le monde. On s’en est beaucoup moqué (de quelle parole, d’ailleurs, ne s’est-on pas moqué ?). La littérature même s’est emparée d’expressions telles que celle-là. La dureté du coeur de l’homme et son orgueil ne reculent pas devant le fait de porter la main sur la Parole de Dieu. Mais cette parole même se retournera contre eux : «Bienheureux les pauvres en esprit». Vous rencontrez des gens qui sont très fiers d’être instruits, ou intelligents, ou très énergiques, et qui sont très sûrs d’eux-mêmes. Le monde est rempli de cet état d’esprit. «Bienheureux les pauvres en esprit». Que le Seigneur nous donne de réaliser qu’à eux est le royaume de Dieu, à ceux pour qui Dieu est tout. C’est un fait. Dieu est tout, et il le montrera. Nous avons donc, dans notre vie, à lui faire cette place, à laisser Dieu être tout. Et c’est dans la mesure où nous le faisons que nous sommes heureux et que nous avons sa force. «Bienheureux les pauvres en esprit». Ce n’est pas toujours agréable d’entendre des gens qui se vantent sans raison parce qu’ils sont puissants ou qu’ils ont toutes sortes de moyens à leur disposition. Ce n’est pas toujours agréable de supporter sans rien dire, et de rejeter l’état d’esprit qui les caractérise. Voilà encore un sujet de souffrance, pour le temps présent.

Le chrétien qui se met à l’unisson avec le monde perd ses caractères. Lui ne souffre plus. Il y a des chrétiens qui, lassés de souffrir, prennent le ton du monde. Mais ils ne réalisent plus les joies que Dieu donne. Ils en ont d’autres. «Bienheureux…», dit le Seigneur.

Que chacun de nous veille à ne pas se lasser de connaître uniquement les joies que Dieu donne, et à ne pas boire à d’autres coupes qu’à la coupe que le Seigneur lui réserve dans le chemin. «La portion de mon héritage et de ma coupe», dit le Ps. 16:5. L’héritage, c’est la part éternelle. La coupe, c’est la part distribuée le long du pèlerinage, dans le chemin. Est-ce que Dieu est la source de nos joies, chers amis ? Est-ce que, dans la semaine qui vient de s’écouler, nous avons cherché en Dieu, et en Dieu seulement, la source de nos joies ? «Bienheureux les pauvres en esprit».

Quand nous pensons à notre Seigneur Jésus Christ, sa viande était de faire la volonté de son Père qui était dans les cieux. Et l’extrême opposé de Jésus sera l’antichrist, qui ne fera que sa volonté à lui. Il sera l’image parfaite de l’homme absolument indépendant, le contraire des pauvres en esprit, le contraire de celui qui mène deuil. Le Seigneur est le modèle pour la foi.

Je dirais un mot sur la fin du paragraphe. D’abord de ceux qui sont purs de coeur ; ce sont ceux qui n’ont que Dieu pour objet. Nous avons besoin de faire très attention. On peut commencer pur de coeur, et continuer avec un coeur qui n’est plus pur. On peut avoir soi comme objet, ou beaucoup d’autres choses.

Heureux ceux qui ont le coeur pur. Ce n’est pas facile. Et les chrétiens, ici, qui sont les plus âgés savent quels exercices il faut, pour garder un coeur pur. On disait une fois, en parlant de Paul qui gardait un coeur pur : Mais c’est un vieillard ! Mais Paul aimait ce que tout le monde aime par nature. Et ce n’est pas extraordinaire, que quelqu’un aime les choses du monde. Tout le monde aime les choses du monde. Il n’y a pas un homme qui arrive au monde et qui n’aime pas le monde. Son coeur est fait pour le monde, et le monde est fait pour lui.

«Bienheureux ceux qui sont purs de coeur». Chers amis, il faut être exercés pour être purs de coeurs. Il faut prier. Il ne faut pas que notre enseignement, notre christianisme, soient artificiels, que l’enseignement soit de l’air et ne porte pas. Jésus n’a pas dit cela pour que nous retenions des mots. Le Seigneur est mort pour mettre le sceau sur les propres paroles de Dieu. Il a scellé de son propre sang, pour ainsi dire, les vérités divines. Il est sérieux que ce soit le Seigneur qui ait parlé, comme dans toute la Parole de Dieu. Chers amis, nous pouvons poser la question : Dans la semaine passée, est-ce que tout le monde s’est mis à genoux ? Les chrétiens, frères et soeurs, ont-ils su se mettre à genoux pour demander au Seigneur que leur coeur soit gardé pur ? On n’a pas un brevet pour toute la vie, dans le fait d’être converti. La conversion est une chose ; mais il s’agit d’une autre, dans ce verset : «Bienheureux ceux qui ont le coeur pur». Sans doute, il faut d’abord avoir la vie de Dieu. Mais il faut aussi la réalisation pratique de cette pureté du coeur, qui n’a qu’un objet. Qu’est ce qu’il y a dans votre coeur, chers amis ? Ah, si on nous pose la question, nous nous détournons. Ah, le glaive, le fil du glaive de la Parole de Dieu, l’épée aiguë à deux tranchants qui sépare entre les jointures et les moelles, et qui vient me dire : «Tes meilleurs sentiments sont un péché pour Dieu, et ce qu’il y a pour Dieu en toi, ce n’est que ce que Dieu y a mis» ! Le fil de ce glaive, nous voulons tous le détourner ! Quand l’oeil scrutateur de Dieu veut plonger dans notre coeur et nous dit : «M’aimes-tu ? Est-ce que c’est moi que tu aimes ?», nous nous cachons. On peut se cacher aux frères, aux soeurs, mais pas à Dieu.

Nous devrions avoir ce souci, chers amis, d’avoir le coeur dans la présence constante de Dieu, un coeur pour Christ. Que voulez-vous que le Seigneur pense si vous dites : «Seigneur, je t’aime», et que vous aimiez autre chose ?

Ce discours a une portée générale, morale et spirituelle. Mais je me borne à quelques pensées générales, sans envisager le côté dispensationnel. «Bienheureux ceux qui sont purs de coeur» : il nous faut veiller sur notre coeur. Plus loin, nous avons lu : «La lampe du corps, c’est ton oeil». Ton oeil est simple ou ton oeil est méchant. «Si ton oeil est simple, ton corps tout entier sera plein de lumière». Combien il est indispensable que les parents prient pour leurs enfants, pour qu’ils soient convertis et aussi éclairés ! Quelqu’un peut être très consciencieux, et marcher à l’opposé du chemin de Dieu. Bien des gens ont une conscience naturelle en éveil, et restent incrédules. Ils sont très consciencieux et très sérieux, lorsqu’ils font des choses opposées à Dieu. Il ne suffit pas d’être très consciencieux naturellement. Il faut que la conscience soit éclairée. La lampe, c’est l’oeil. Qu’est-ce que je regarde, quel est l’objet que je regarde ? «Si ton oeil est méchant…» : le christianisme pratique trouve là sa pierre de touche, chers amis. C’est très facile, le christianisme théorique. Il y a des millions de chrétiens théoriques, qui n’ont même pas la vie. «Ce ne sont pas ceux qui me diront Seigneur, Seigneur…» (7:21). Judas a fait des miracles, et combien d’autres depuis. «Vous les reconnaîtrez à leur fruit» (7:16). Nous l’avons dit plusieurs fois, le Seigneur nous l’a précisé d’une façon extraordinaire : «Ce n’est pas celui qui dit…».

Je prie encore, et je supplie les frères, de s’arrêter devant les déclarations de Dieu : «Celui qui dit…». Il peut dire et être un menteur. Mais, est-il écrit : «Moi, je sonde les coeurs et les reins».

Nous trouvons ensuite : «Ne jugez pas afin que vous ne soyez pas jugés». On a prétendu que cette parole interdit l’examen d’une situation par les chrétiens. Elle ne dit pas cela. Nous trouvons ailleurs cette parole : «Vous, ne jugez-vous pas ceux qui sont de dedans ?» (1 Cor. 5:12). Nous n’avons pas le droit de juger les motifs de quelqu’un, parce que c’est l’affaire de Dieu. En le faisant, nous prendrions la place de Dieu. Mais nous sommes tous responsables vis-à-vis du Seigneur, et les frères doivent le réaliser, de tout ce qui se voit et de tout ce qui s’entend. Ils ont plus que le droit de juger, dans ce sens-là ; ils en ont le devoir. Un chrétien qui est dehors, marchant avec n’importe quel milieu, il ne nous appartient pas de rien lui dire. Mais quelqu’un qui est dedans, vous, ne le jugez-vous pas ? J’ai donc à me garder d’imputer tel ou tel motif à quelqu’un. Je dis : «Seigneur, tu sais tout ; cette situation ne me paraît pas claire ; quant aux motifs, tu les connais ; mais j’ai le devoir de juger ce qui est dedans quant aux faits». Tout chrétien en a le devoir ; et il en a la capacité, suivant sa spiritualité. C’est de toute importance.

Le Seigneur est fidèle. Il nous montre notre tendance à être des chrétiens théoriques, très contents d’eux-mêmes. S’il s’agit de la connaissance, tout va très bien. Mais le Seigneur nous met à l’épreuve : Tu as bonne opinion de toi ; nous allons nous rencontrer un peu, tous les deux. Et il nous fait passer à l’épreuve. Une épreuve ne suffit pas ; il en envoie tout le long de la vie, beaucoup. Il est fidèle ; il nous aime.

Et que va-t-il dire à ses pauvres disciples ? On pourrait dire : Comment notre Seigneur Jésus Christ a-t-il pu entraîner à sa suite de pauvres gens pour leur dire : «Lâchez tout ce que vous avez ; vous aviez une vie quiète, tranquille, vous étiez comme tout le monde, suivez-moi. En attendant, faites comme moi, portez votre croix. Voilà la croix» ? Il nous dit la même chose, aujourd’hui. Ah, nous la posons bien souvent, la croix, plus d’une fois par semaine ! Et, pendant que nous la posons, nous ne suivons plus Jésus.

Quel bonheur d’avoir le Seigneur. En voilà un qui ne nous a pas trompés, qui nous a appelés et ne nous a pas trompés. Certes, il ne nous ménage pas. Il n’appelle pas bien ce qui est mal, ni esprit ce qui est la chair, jamais. Mais, quand nous sommes dans la détresse et que nous disons : «Seigneur, mais comment pourrai-je sortir de là ?», sa main se tend et nous soulève. Il en vaut la peine, le christianisme vécu avec le Seigneur. Que de fois les saints en ont fait l’expérience.

Est-ce que nous reculons devant cela ? À l’avance, on dit : Ce n’est pas possible ; tout va être contre moi. Le Seigneur nous dit : Tout a été contre moi ; je sais ce que c’est que d’avoir tout le monde contre soi. Notre Seigneur Jésus Christ a eu tous les hommes contre lui, à part quelques fidèles (est-ce que nous serons comme ces fidèles qui le suivaient ?). Et puis, ayant été abandonné, honni, méprisé, bafoué de tous, il a été frappé par Dieu à cause de nos péchés, de la sixième heure à la neuvième heure. Voilà notre Seigneur, celui que Dieu nous a donné, notre modèle. Vous cherchez un grand homme dans ce monde pour le suivre ? Vous en cherchez encore un ? Vous croyez encore à ce mensonge du diable ? Voilà notre vie, notre modèle. C’est Jésus, et Jésus rejeté de la terre, le délaissé, le méprisé des hommes, l’homme aimé de Dieu et de la foi.

«Vous êtes bienheureux quand on vous injuriera». Il y a encore les souffrances pour la justice (5:10-11). On peut souffrir parce qu’on fait ce qui est juste. Un chrétien doit faire ce qui est juste aux yeux des hommes. Mais, de ce fait, souvent les hommes vous en veulent ; et cela arrive parfois même entre chrétiens. Il arrive qu’en désirant faire ou dire ce qui est juste, on se heurte à des chrétiens qui vous en voudront. Cela arrive souvent ; mais c’est la souffrance pour la justice.

Il y a quelque chose de meilleure encore : «Réjouissez-vous lorsqu’on dira du mal de vous en mentant à cause de moi». C’est souffrir pour Christ. C’est non seulement souffrir pour faire ce qui est bien, même aux yeux des hommes ; mais c’est souffrir pour Christ, par affection pour Christ. Dans le résidu juif, auquel ce discours s’adresse en partie, dans un sens, il y aura des croyants qui seront mis à mort, sous le règne de la bête, dans la dernière demi-semaine. Eh bien, ce verset est pour eux, comme pour tous ceux qui auront été mis à mort pour Christ, ceux qui ont été mis à mort dans les siècles passés, ceux de qui on a dit toute sorte de mal. Et nous, quand on dit du mal de nous en mentant à cause de Christ, est-ce que nous nous réjouissons ? Est-ce que nous savons nous réjouir ? Nous devrions dire : Seigneur, je te rends grâce de ce que tu me donnes cette portion. Le Seigneur, chers amis, a connu toutes les joies et toutes les souffrances, sauf celles que nous connaissons, nous, à cause de nos infidélités.

Il nous faut maintenant penser un peu à cette expression : «être le sel de la terre». Le sel a de la saveur. Il garde de la corruption. Mais si le sel a perdu sa saveur, il n’est bon à rien. Quand perd-il sa saveur ? On n’est pas devant un chrétien comme devant un homme du monde. Il y a de la crainte, devant un chrétien fidèle, même dans le monde. Et, dans ce sens-là, les chrétiens préservent de la corruption, incontestablement. Un chrétien fidèle est craint ; l’expérience de tous les jours le montre. Mais si ce chrétien perd cette autorité morale, que seule peut donner la présence de Dieu (on peut chercher à l’imiter, mais rien d’autre ne la donne), qui fait ressortir que l’homme craint Dieu même s’il le hait, il n’est plus bon à rien. Sommes-nous très pressés d’être semblables au monde ?

Aujourd’hui, il faut répéter ces vérités, dans les assemblées. Et on peut supplier que ceux mêmes qui prêchent l’évangile ne s’arrêtent pas à ce seul service, mais rappellent aussi aux jeunes chrétiens que Christ n’est pas seulement le Sauveur, mais aussi la vie des chrétiens, le modèle des chrétiens. Christ n’est pas seulement pour mourir, mais aussi pour vivre ici-bas. Si Christ n’est pas pour vivre ici-bas, vous ne vivrez pas en chrétien, dans ce monde ; il y a trop d’obstacles. Pour vivre en chrétien dans ce monde, il faut que Christ soit la vie de l’âme. C’est à cause d’une lacune de cet ordre qu’on a pu voir de jeunes convertis, mal enseignés sur ce point, mal nourris, se replonger dans le monde et sombrer dans le monde. C’est triste. Ce n’est pas du tout ce que le Seigneur veut, car il est venu pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés.

«Vous êtes, est-il dit encore, la lumière du monde». Où faut-il aller chercher la lumière ? Auprès des conducteurs, des grands chefs des hommes ? Nous les reconnaissons comme des autorités que Dieu a établies, et Dieu lui-même les appelle des dieux, dans l’Ancien Testament, car ils sont des juges qui représentent Dieu. Mais aucun ne le représente, en fait. C’est pourquoi Dieu dit, dans un Psaume : «Dieu juge au milieu des juges» (82:1), parce qu’ils n’ont pas représenté Dieu comme ils auraient dû faire. Il y a beaucoup de lumières, pour le monde, des hommes qui émergent l’un après l’autre, et que Dieu a placés dans le monde. Mais, à côté de tout ce que les prophètes appellent étoiles par exemple, ou même soleil, à côté des autorités humaines, Dieu a placé une lumière à lui. Et cette lumière à lui, ce sont les chrétiens. Dieu a une lumière. Quand Jésus était ici-bas, il était la lumière du monde. Il ne l’est plus, mais il reste la lumière des croyants. Qui est maintenant la lumière du monde ? Les croyants. Est-ce que nous y pensons un peu ?

Quand quelqu’un est angoissé, perplexe sur telle ou telle question touchant le péché, la mort, le jugement, le bien ou le mal, est-ce que les chrétiens sont là comme des lumières fixes auxquelles ces hommes peuvent s’adresser ? «Vous êtes la lumière du monde».

Je m’arrête en terminant sur la conclusion que le Seigneur donne, bien qu’il y ait beaucoup d’autres choses dans ces versets. Dans la conclusion, il nous dit d’abord : «Beaucoup se glisseront parmi vous en vêtements de brebis». C’est le Seigneur qui le dit. «Vous les reconnaîtrez à leurs fruits». C’est triste, cela, chers amis. On aimerait toujours avoir un coeur ouvert a priori, prêt à accepter a priori tout ce qui se dit, tout ce qui se fait. Mais le Seigneur dit : Voilà, il y en a qui se glisseront parmi vous en vêtements de brebis ; vous les reconnaîtrez à leurs fruits… Ce sont, soit de faux chrétiens, soit de faux apôtres. Ce ne sont pas les douces paroles qui témoignent le plus de la vérité intérieure et de l’amour vrai ; mais c’est très souvent le contraire. Lisez, dans l’Ancien Testament, le Psaume 55, qui parle de l’antichist. C’est un des passages peut-être les plus forts de toute l’Écriture, pour montrer cette attitude de quelqu’un qui est faux et qui se présente sous de beaux dehors. C’est, je crois, l’un des passages les plus forts de l’Écriture : «Ses paroles étaient lisses comme le beurre, mais la guerre était dans son coeur ; ses paroles étaient douces comme l’huile, mais elles sont des épées nues». Plusieurs passages analogues se trouvent dans les Psaumes et dans le Nouveau Testament, où nous avons aussi que plusieurs se glissent sous de beaux dehors. La vérité de Dieu se présente ainsi, avec la grâce de Dieu certes, mais avec toute la force de la vérité de Dieu. Le Seigneur Jésus venait, avec cette droiture dans tout ce qu’il disait, dans tout ce qu’il faisait. Cette clarté, mettant toujours en lumière la vérité, était jointe à la grâce d’une façon divine et parfaite.

«Vous les reconnaîtrez à leurs fruits». Nous pouvons avoir une hésitation à leur sujet, avant qu’ils n’aient porté des fruits. Il faut attendre qu’il y ait des fruits. Que de fois on n’a pas su laisser passer quelques saisons, attendre une saison où un homme porte des fruits. Pas de fruits ; ce n’est pas la saison. Attendons les fruits. Que le Seigneur nous donne de retenir toutes ces choses. C’est lui qui le dit. Et il dit, à la fin : Quant à celui qui entend et ne met pas en pratique, tout ce qu’il aura entendu ne sera d’aucun profit pour lui.

Il ne suffit pas d’entendre. Il faut mettre en pratique, ce qui revient à dire qu’il faut saisir par la foi, comme une vérité vivante, les paroles de notre Seigneur Jésus Christ.

Que notre coeur s’appuie sur Lui, et sur Lui seul.

 

2   Pauvre en esprit — Psaumes 51:17 ; 139:23-24 ; Ésaïe 66:2 ; Matthieu 5:3

 

[LC n° 29]

13 août 1970

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 75

 

La prière d’un chrétien en mauvais état n’est sûrement pas écoutée. «Qui détourne son oreille pour ne pas écouter la loi, sa prière même est une abomination» (Prov. 28:9). La Parole est grâce, mais aussi vérité absolue. Si nous n’y prenons pas garde, nous risquons de nous engager dans la voie de la profession sans vie. Nous ne tromperons jamais Dieu. Les frères et les soeurs, qui ont affaire au Seigneur pour eux-mêmes d’abord, dans cette sainte crainte de Dieu, rejetteront tout compromis ; ils seront de vrais serviteurs du Seigneur, même s’ils n’ont pas de service public. Tout frère, toute soeur, qui, dans l’assemblée, tend à affaiblir le poids de la Parole de Dieu sur la conscience des saints, fait du mal à toute l’assemblée. L’attitude qui plaît à Dieu est tout le contraire de la prétention et de la vanité à la recherche des avantages naturels ou mondains. En donnant une place au «moi», nous frustrons Dieu, nous tordons l’Écriture, nous voulons ignorer ce qui nous gêne pour ne retenir que ce qui nous convient. Ne cherchons pas ailleurs la cause du déclin et de la ruine ! Les bonnes habitudes ne suffisent pas pour faire un choix à la gloire de Dieu ou accepter un renoncement par fidélité envers lui.

Ceux qui plaisent à Dieu, nous le voyons dans l’Écriture, ce sont les petits, les pauvres, les humbles. Il est rare qu’un homme riche ne soit pas fier de sa fortune. Jésus dit au jeune homme riche : «Va, vends tout ce que tu as et donne aux pauvres,… et viens, suis-moi, ayant chargé la croix» (Marc 10:21). C’est toujours vrai. La vie d’un chrétien sans renoncement n’est pas la vie d’un chrétien fidèle. Il est difficile d’être un pauvre en esprit, que le Seigneur appelle bienheureux, quand on est puissant ici-bas. Ceux qui auront satisfait leurs intérêts terrestres, sous le couvert d’une piété et d’une fidélité apparentes, en étouffant parfois la voix de leur conscience, sauront un jour que c’était l’ennemi qui les entraînait. Christ nous aidera à tout surmonter, dans la mesure où nous lui serons attachés.

Le psalmiste dit : «Sonde-moi, ô Dieu !» (Ps. 139:23). Au lieu de fuir, il recherche la lumière. «Regarde s’il y a en moi quelque voie de chagrin». Une voie de chagrin ne désigne pas les épreuves de la vie, mais toute tendance susceptible d’entraîner le coeur dans des chemins d’égarement. «Conduis-moi dans la voie éternelle». «Quiconque veut venir après moi, qu’il se renonce soi-même, et qu’il prenne sa croix, et me suive» (Marc 8:34).

Le Seigneur suit de son regard les petits, les pauvres, les affligés, ceux qui ont davantage besoin de lui. Mais le coeur de ceux qui cherchent à satisfaire tous leurs besoins s’endurcit inévitablement. Si le Seigneur s’occupe d’eux, c’est pour se faire entendre d’eux. Il permet des épreuves pour briser l’orgueil, l’égoïsme, la volonté propre. «Bienheureux les pauvres en esprit» (Matt. 5:3). Qui sont-ils ? Des gens qui ne sont pas intelligents, peu doués, ou marqués par quelque infirmité mentale ? Non, ce sont des croyants, peut-être de la plus haute valeur humaine, mais que le Seigneur rend petits à leurs propres yeux. Ils ont le sentiment de leur néant, de leur petitesse.

Recherchons le Seigneur et marchons dans l’humilité ! Le seul moyen d’être humble, c’est d’avoir Christ dans son coeur. Demandons-lui qu’il nous accorde ce bonheur, cette joie, cette force, pour toute notre carrière !

 

3   Deux paradis — Genèse 3:22-24 ; 4:8-22 ; Apocalypse 22:14-15 ; Jean 14:6 ; Matthieu 7:13-14

 

[LC n° 1]

26 avril 1964

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 9

 

Les premiers chapitres de la Genèse sont d’un extrême intérêt. Les hommes sont bien embarrassés avec des passages comme ceux-là. Il n’y a pas eu de témoin. Il y en a eu pour ce qui concerne la vie de Jésus, par exemple, quoique, en dehors d’une explication et d’une compréhension spirituelles des choses, il ne faille pas nous attendre à un témoignage profitable. Mais pour la création, il n’y a pas de témoin parce qu’il ne pouvait pas y en avoir. Le seul témoin est Celui qui parle. Il laisse tomber ses paroles comme des oracles avec une simplicité qui ne fait que confirmer leur autorité absolue. Il connaît tout à fond parce qu’il a lui-même tout créé. L’Écriture donne au chrétien des réponses sûres aux besoins de son esprit, de son coeur et de sa conscience ; seul il connaît l’explication véritable de cette énigme que constitue le monde dans son état actuel.

L’homme est un être étrange : il a des besoins très élevés, il connaît le bien et le mal et il ne peut pas éliminer de son esprit cette connaissance mystérieuse. C’est sa caractéristique essentielle, bien plus noble que son aptitude à penser ; en cela, il ressemble à Dieu. Il connaît le bien et le mal d’une façon intrinsèque, sans qu’une loi lui impose la distinction entre ce qui est bien et ce qui est mal, même si parfois sa conscience est oblitérée. Il est impossible à l’homme de chasser de son esprit la voix de sa conscience. Cette faculté témoigne qu’il est différent d’une bête. Un enfant très jeune a déjà des réactions qui trahissent l’activité de sa conscience. La lumière entre dans l’homme par la conscience, non par la pensée ou par un effort mental : c’est l’erreur des rationalistes, qui tous aboutissent à une impasse. On ne découvre pas Dieu par la pensée, mais par la conscience. Dieu nous parle d’une façon suffisante, mais très sommaire, des profonds secrets de sa création. En revanche, la Bible toute entière abonde et surabonde en considérations et instructions relatives au bien et au mal. La Parole de Dieu, c’est cela ; c’est ce qui la distingue de tous les livres humains, c’est ce qui la dresse contre tous les livres humains. Si vous parlez à des gens instruits de telle question relative à la création, leurs oreilles s’ouvrent ; ils sont flattés de se considérer comme des dieux capables d’expliquer certains phénomènes de la sphère dans laquelle ils se meuvent et qu’ils estiment être leur propriété. Mais dès que vous touchez la question du péché, vous ne trouvez plus d’oreille pour vous écouter. Or l’Écriture ne parle, au fond, que de cela. On n’aurait pas besoin de la grâce s’il n’y avait pas de péché. La grâce entre en scène parce que le péché l’a précédée. Dieu est trop bon pour nous amuser avec des questions secondaires, comme la création d’un monde qu’il détruira un jour, ou la création de l’homme qu’il détruira aussi dans sa forme actuelle.

La Parole de Dieu est entièrement consacrée aux activités divines à l’égard de la misère qui a fondu sur l’humanité, un des tout premiers jours de la création, en raison d’un péché jugé aujourd’hui dérisoire. Ce n’est pas par convention que les frères le disent, probablement plus et mieux que la plupart des vrais chrétiens d’ailleurs ; s’ils sont vrais devant Dieu, ils le disent par une profonde conviction intérieure : l’homme est un être perdu, et Dieu nous a raconté l’histoire tragique de cette chute. Les moralistes sentent bien qu’il faut regarder cette misère en face, le mensonge, la souffrance, la maladie, la mort. Toutes les couches sociales sont touchées, de l’homme le plus frustre à l’homme le plus raffiné. L’Écriture est claire, il n’y a pas de différence. Le reste est un vernis dont on revêt un matériau perdu. Les frères et les soeurs âgés ont pu l’apprendre en apprenant à se connaître eux-mêmes ; mais je dis cela aux jeunes pour que le monde ne les détourne pas ; ils ont à portée de mains le seul foyer de lumière qui existe dans ce monde couvert de ténèbres.

L’homme est tombé ; Ève a désobéi, Adam l’a suivie. C’est la fin de l’accès à ce paradis d’innocence. Même un enfant n’est pas innocent, dans le sens essentiel du mot ; un enfant ou un homme est innocent à l’égard d’un acte auquel il n’a pas participé. Mais devant Dieu il n’y a pas d’innocence, c’est fini depuis longtemps. Notre conscience nous fait honte du mal que nous ne pouvons pas ne pas faire, même si les hommes se jettent dans les plaisirs ou dans les affaires pour se fuir eux-mêmes.

Le premier couple est chassé hors du paradis. Ce qui est arrivé après cette aube tragique n’est pas moins solennel ; un frère tue son frère. Et pourquoi donc ? «Parce que ses oeuvres étaient mauvaises et que celles de son frère étaient justes» (1 Jean 3:12). Le premier crime a été commis par haine religieuse. Nous sommes descendants d’Adam et Ève ; nous sommes dans le même état moral que Caïn qui a rougi ses mains du sang de son frère. Après la première faute, une seconde : la violence ! Toutes les vagues du mal qui ont suivi celle-là en portent l’image. La jeunesse chrétienne doit veiller à éviter tout contact avec le mal, bien qu’il soit plus difficilement évitable aujourd’hui qu’autrefois.

Caïn est ainsi emporté dans le chemin de la malédiction ; c’est l’histoire du monde. Qu’est-ce que cela peut nous faire qu’il y ait eu, dans l’Égypte ancienne, telle ou telle dynastie, même si certains sont obligés de s’instruire pour faire face à leurs charges professionnelles ? Mais que nos premiers parents soient responsables du meurtre commis par un de leurs enfants, c’est une leçon morale de la plus haute valeur, permanente, universelle et définitive pour l’humanité. Si nous maintenons ce fait biblique que l’humanité ne peut pas être améliorée, ne nous attendons pas à pouvoir partager cette conviction avec tout le monde, même pas avec les personnes convenables et de qualité, même pas avec toutes les personnes véritablement chrétiennes. Certaines d’entre elles n’ont pas abandonné l’espoir d’effacer les traces des crimes de l’homme écrites sur le frontispice de l’humanité par le doigt de Dieu. Le chrétien apprend, dans l’expérience de sa vie, l’exactitude de l’affirmation de Paul, homme de haute valeur morale avant sa conversion et croyant d’élite après sa conversion : «Je sais qu’en moi, c’est-à-dire en ma chair, il n’habite point de bien» (Rom. 7:18). Il n’est pas nécessaire de marcher sur les traces de Caïn pour arriver à cette conviction. Nous pouvons apprendre cette leçon avec Dieu, et la leçon est encore plus profonde ; nous n’avons pas besoin de l’apprendre avec Satan. À l’école de Dieu, nous apprenons à nous mettre d’accord avec lui. Les frères, avec toute la lumière qu’ils ont reçue sur ces sujets fondamentaux, devraient être les plus humbles de tous les hommes et glorifier Dieu plus que tous les hommes, étant d’accord avec Dieu contre eux-mêmes. Toute prétention est une offense à Dieu parce qu’elle dément les déclarations divines, comme si l’homme avait le droit de lever la tête après tout ce qu’il a fait.

L’origine de la création intéresse les savants ; laissons-leur cela, il faut bien qu’ils fassent quelque chose. Il faut bien qu’un homme ait un objet ; pour l’un, les affaires ; pour l’autre, les arts ; pour l’autre encore, les sciences, ou la philosophie. Le travail en soi est une chose excellente et la paresse est condamnable. Mais la soif inextinguible de l’homme est la démonstration publique et permanente qu’il a perdu Dieu. S’il avait Dieu, il serait tranquille. Au jardin d’Éden, il n’y a pas eu de savants, ni d’artistes, ni de philosophes. Un frère disait : «La perfection pour une créature, c’est de jouir de son Créateur». Au ciel, nous ne ferons pas autre chose, nous n’aurons pas d’autres désirs. Nous serons plongés dans l’amour de Dieu comme dans un océan sans fond ni rivage. Un vase, même fêlé, plongé dans l’océan, reste toujours plein.

L’histoire morale de l’homme, avec toutes ses misères et ses aspirations, avec ses besoins et ses capacités, nous montre qu’il a été fait à l’image et à la ressemblance de Dieu. Si nous frappons un homme, nous commettons un crime de lèse-déité. Après le déluge, le gouvernement de la terre est donné à Noé : le sang de l’homme doit être vengé ; une bête qui avait tué un homme devait être mise à mort. Nous n’avons pas à abaisser l’homme ni à l’élever.

L’homme a, pour ainsi dire, été chassé deux fois : Adam et Ève du jardin d’Éden d’abord, puis Caïn devenu vagabond loin de la présence de Dieu. Nous voyons, dans la descendance de Caïn, la naissance de diverses activités de notre monde. Apparaissent ceux qui habitent sous des tentes, les nomades qui gardent leur bétail ; ceux qui manient la harpe et la flûte, qui s’expriment par les arts ; ceux qui forgent l’airain et le fer, adonnés à la science et à la technique. Ces activités, qui se sont développées au cours des siècles d’une façon si remarquable, prouvent que l’homme, ayant perdu Dieu deux fois, s’est dépensé fébrilement à satisfaire ses aspirations sans Dieu. Ces activités, auxquelles d’ailleurs nous participons nécessairement à notre époque où l’homme fait tant de prouesses, qui ne dépassent pourtant guère celles de cette époque primitive où il y avait si peu de ressources, démontrent les aptitudes intellectuelles de cette créature qui a perdu Dieu et qui, d’une génération à l’autre, erre à droite et à gauche sans trouver un lieu de repos. Des hommes très brillants auront peiné toute leur vie en laissant espérer l’aurore d’un jour meilleur. Or tout cela est condamné : nous ne pouvons pas faire Dieu menteur. Toute page de l’Écriture est signée de Celui qui ne peut mentir ou se démentir, l’alpha et l’oméga, qui était avant quoi que ce soit fût et qui sera quand tout aura disparu sous sa forme actuelle. Que Dieu nous élève à ses propres hauteurs !

Un paradis s’est fermé à jamais, celui des deux arbres. Un autre paradis s’est ouvert, celui d’un seul arbre. «Bienheureux ceux qui lavent leurs robes, afin qu’ils aient droit à l’arbre de vie» (Apoc. 22:14), qui est dans le paradis de Dieu. La fin de l’Écriture fait contraste avec le commencement. Le désastre du commencement fait place à la grâce souveraine et victorieuse. Il n’y a plus l’arbre de la connaissance du bien et du mal, celui de l’homme responsable. Adam, mis à l’épreuve, est tombé, et le chemin de l’arbre de vie est devenu inaccessible. Alors Dieu est intervenu en grâce souveraine, sans nous demander notre avis. Il y a désormais deux domaines, celui de la gloire de Dieu, de la bénédiction absolue dans la présence de Dieu, et celui des ténèbres du dehors. L’oeuvre de Christ ouvre un autre monde défini par le paradis de Dieu où il n’y a plus que l’arbre de vie, et l’arbre de vie, c’est Christ. La question de la responsabilité de l’homme a été résolue par Christ à la croix. Dieu, ayant été glorifié par le sacrifice de Christ, peut, en justice et en grâce, ouvrir toutes grandes les portes d’un monde nouveau ; quiconque peut y entrer en lavant sa robe. Chacun est individuellement responsable devant Dieu : ajouter foi à ce que Dieu lui offre, ou demeurer sous sa propre responsabilité. Il y a la porte étroite et la porte large. Peu nombreux sont ceux qui suivent le chemin resserré, nombreux sont ceux qui suivent le chemin spacieux. Mépriser la grâce, c’est outrager Dieu. «Moi, je suis le chemin, et la vérité, et la vie ; nul ne vient au Père que par moi» (Jean 14:6), dit Jésus. Ce n’est pas en pensant qu’on trouve Dieu, ni en faisant de bonnes oeuvres, ni en étant un honnête homme. Le seul chemin pour accéder à la connaissance de Dieu, c’est celui de la foi en Christ qui est le chemin du paradis de Dieu, et ce chemin passe par la croix.

 

4   Le brigand sur la croix — Matthieu 11:25-30 ; Luc 23:39-46

 

[LC n° 38]

3 février 1957

 

Chacun a remarqué que l’évangile de Luc, tout en suivant le plan général des deux premiers évangiles, en diffère sensiblement. Par exemple, la partie centrale (et essentiellement morale) de Luc, les paraboles (dont la plus connue est celle du fils prodigue), ne se trouve pas ailleurs. Il y a d’autres choses qui ne se trouvent que dans Luc. Le Saint Esprit nous présente, dans Luc, les faits moraux, et la bénédiction morale présente apportée par le Seigneur, avec des révélations morales projetant une vive lumière sur l’état de l’homme. C’est dans Luc seulement qu’on trouve, après la parabole des outres et du vin nouveau, une remarque finale, trait vif de lumière morale révélatrice de l’état du coeur de l’homme : «il n’y a personne qui ait bu du vieux, qui veuille aussitôt du nouveau ; car il dit : Le vieux est meilleur» (Luc 5:39). Ce trait nous dépeint l’inéluctable tendance du coeur de l’homme à préférer ses propres pensées, à se préférer lui-même, à ce que Dieu lui apporte d’entièrement nouveau, d’essentiellement différent. Cette déclaration du Saint Esprit est applicable à des positions religieuses. Mais, dans Luc, nous trouvons surtout le côté moral des faits (bien que tout se tienne).

Nous savons, hélas, par notre propre expérience, avec quelle ténacité notre coeur naturel se tourne vers ce qu’il a toujours aimé, et se détourne de ce qu’il a toujours, également, invariablement haï ! Ce que notre coeur naturel a toujours aimé, c’est lui-même ; et ce qu’il a toujours haï, c’est Dieu. Ces traits brillants de lumière morale que nous trouvons dans Luc donnent à la vérité éternelle des expressions beaucoup plus fortes, beaucoup plus puissantes que tous les développements qu’on pourrait imaginer. Nous trouvons aussi, dans Luc, ce récit merveilleux, tant de fois lu et tant de fois médité, de cette pauvre femme du chapitre 7, qui dépeint exactement la façon dont une âme, sous l’effet du travail divin, arrive à la connaissance du Seigneur. Cette scène, qui fait ressortir la confession muette mais combien touchante de cette femme, nous donne par là une instruction profonde quant aux indices sûrs du travail de Dieu dans une âme qui a trouvé le Seigneur Jésus.

Chacun, d’ailleurs, peut trouver du profit à rechercher, dans la lecture de l’évangile de Luc, ce qui le distingue des autres évangiles, en particulier dans la scène de la croix. Il en est parlé dans Luc avec des détails qu’on ne trouve dans aucun des trois autres évangiles. Seul Luc rapporte un fait d’une immense importance, en nous parlant des deux hommes qui ont été les compagnons de Jésus quand le Seigneur connaissait l’opprobre et l’outrage, dans ce spectacle qui s’offrait à tout l’univers, à tous les hommes, au cours des siècles — et, ne l’oublions pas non plus, aux anges.

Partout où il a passé, notre Seigneur Jésus Christ a manifesté ce qu’on ne trouve et qu’on ne peut trouver qu’en lui. À chacun des pas qu’il fait, nous voyons toujours jaillir des rayons de grâce et de lumière, qui montrent que celui qui passe, là où il passe, est toujours supérieur à tout ce qu’il rencontre.

La croix a abaissé Jésus comme rien d’autre ne pouvait l’abaisser. Il a accepté cet abaissement. Il a accepté la honte sans nom d’être présenté comme il l’a été sur la croix, d’être présenté comme le dernier, à la dernière place. Du point de vue de l’homme, c’était la dernière place. Il l’a prise. Il savait ce que c’était que de prendre la dernière place. Il n’a disputé la place à personne, et personne ne pouvait lui disputer la sienne ; car les hommes ne se précipitent pas vers la seule place qui soit toujours vide, la dernière.

Notre Seigneur Jésus Christ est le même partout où il passe, que ce soit dans la crèche, que ce soit dans sa vie d’homme obscur — car il a été cela, un homme ignoré, un homme obscur (nous pouvons nous demander où était sa demeure), un homme inconnu, un homme dont le secret de la vie était connu de lui seul, et qui trouvait à faire la volonté de Dieu des délices ininterrompues —  où qu’il soit. Et il est le seul merveilleux, le seul qui puisse éblouir les yeux de la foi.

Arrêtons-nous sur cette scène de la croix qui est placée devant nous. Nous avons tous fait tout notre possible pour que Jésus soit accablé par une honte telle qu’il refuse de l’accepter, tous fait notre possible pour qu’il refuse d’accepter la croix. On a fait tout ce qu’on a pu pour cela. Et nous sommes tous coupables de cette réjection de Christ, tous. C’était une épreuve à laquelle il était soumis, que d’avoir à rencontrer la honte, la honte publique, la honte qu’il était obligé de confesser, mais à laquelle le coup le plus dur allait se rajouter, celui dont Dieu lui-même devait le frapper. Combien il est nécessaire que, dans toutes nos réunions, et nos méditations aussi, nous ne perdions pas de vue ce fait essentiel : la mort de Jésus sur la croix, et les conditions dans lesquelles cette mort s’est réalisée.

Nous sommes tous très fiers, très vaniteux, très susceptibles, quand il s’agit de notre réputation. Et combien d’hommes, par souci pour leur réputation, iront en enfer ! Ils auront préféré leur réputation à l’approbation de Dieu. Il n’y a rien sur quoi l’homme soit plus difficile que sur sa réputation. «C’est pourquoi mon peuple se tourne de ce côté-là, et on lui verse l’eau à pleins bords», dit le psaume 73 (v. 10), psaume prophétique et historique en même temps, qui montre que ceux qui flattent la réputation du peuple de Dieu (ou de tout homme) ont facilement l’oreille et le coeur de ceux qu’ils flattent.

Ah, la flatterie, comme nous l’aimons ! Nous l’aimons tellement que, lorsque personne ne nous flatte, nous nous flattons nous-mêmes, dans le temple secret de nos coeurs. Cela n’est-il pas vrai, chers amis ? Il y a là une emprise indéfinissable du mal sur le coeur naturel, et à laquelle chacun est sensible. D’ailleurs, la société humaine, la société en chute, est fondée sur cela.

Chers amis, frères et soeurs, chers rachetés du Seigneur, que Dieu nous soit en aide, pour détruire dans nos propres coeurs ce mal intérieur qui nous égare et nous emporte loin de Dieu. Mais nous qui connaissons le Seigneur Jésus, dont nous pouvons dire qu’il est notre Sauveur et notre libérateur — Sauveur dans le sens de libérateur, de substitut, car il a porté nos péchés en son corps sur le bois, mais aussi dans le sens de libérateur, de rédempteur qui délivre — sachons que la première de toutes les puissances dont nous avons à être délivrés, c’est celle-là : l’emprise sur nous-mêmes de notre propre moi.

Quelle merveille que la croix par laquelle vient cette délivrance ! Aussi ne demandons pas la réalisation de la délivrance de soi-même à un inconverti, et ne la demandons guère à un jeune chrétien. Mais nous, qui avons des années de vie chrétienne, ne l’avons-nous pas un peu apprise ? Autrement, c’est bien dommage et bien triste.

Il n’y a rien de plus subtil que le moi, chers amis. Mais ne jetons la pierre à personne, car c’est un mal universel, et qui fait que, lorsqu’on ne veille pas, lorsqu’on ne jouit pas du Seigneur, lorsqu’on ne cultive pas des rapports avec Dieu et avec le Seigneur, et qu’ainsi le coeur est vide de Christ, voilà qu’il se remplit à flot de ce qui est de la terre.

Quel bonheur d’avoir la Parole qui jette sa lumière divine, absolue, implacable, sur notre coeur, pour nous bénir.

Mais notre Seigneur Jésus Christ n’a pas pensé à sa réputation. Il n’avait pas cela devant lui. Souvenons-nous qu’on lui disait en face : «Ne disons-nous pas bien que tu es un samaritain» (Jean 8:48), et qu’on disait de lui : «il a un démon et il est fou, pourquoi l’écoutez-vous ?», et encore : «il chasse les démons par Béelzébul, le chef des démons» (Luc 11:15). Pensons un peu à cela, nous qui sommes si susceptibles. Celui qui désire défendre la gloire du Seigneur saura d’ailleurs, mis à l’épreuve, combien cette épreuve est dure.

Remarquons qu’il était bien facile d’insulter le Seigneur. C’était un charpentier. «Charpentier» et «fils de charpentier» : on trouve ces deux qualificatifs, dans l’Écriture.

Quelle merveille que la vie de notre Seigneur Jésus Christ ! Comme Jésus met tout à sa place, non pas dans les faits, mais quant aux vérités morales. Et il veut mettre de l’ordre dans notre coeur. Quelle merveille de grâce, chers amis ! C’est merveilleux, cela ! Nous pouvons bien dire, à l’exemple du brigand repenti : Ah, mon Maître, mon Sauveur, celui dont je me glorifie, c’est lui qui est là, sur la croix ; voilà celui dont je me réclame, celui qui pour moi est plus que tout le monde entier ! Mais soyons gardés de le dire sous l’effet d’une exaltation, ou parce que d’autres le disent !

Ce brigand sur la croix est un homme peu ordinaire ! Lequel d’entre nous n’envierait pas de faire ce qu’il a fait par la foi, quand il était cloué sur la croix, devant tout le monde ! Quelle leçon pour nous, qui aimons tellement à paraître et à avoir une très bonne place, une place chrétienne, ou une bonne place dans ce qu’on appelle l’échelle sociale ! Il confesse le nom du Seigneur quand il n’y avait, extérieurement, aucune raison de le faire. Il ne pouvait espérer des autres aucun secours, et tous se moquaient de Jésus… Eh bien, ce brigand (son nom, nous le saurons un jour ; nous saurons le nom de cet homme) a fait, à ce moment-là, ce que nous pouvons, de tout notre coeur, désirer imiter. Et il est tout seul à l’avoir fait. Autour de lui, dans la foule, tous les éléments sociaux et religieux se trouvaient réunis. Et voilà la merveille de la foi, l’intelligence de la foi, l’énergie de la foi, la certitude de la foi : il ne s’occupe de personne. S’il avait tenu compte du jugement qu’on a rendu sur Jésus, il aurait dit : Jésus est condamné par des juges, par des hommes qualifiés extérieurement, des hommes officiels (car le pouvoir civil et le pouvoir religieux ont ensemble condamné le Seigneur). Il aurait pu dire : Moi, je suis moins compétent que tous les juges pour porter un jugement sur Christ. Mais ce témoignage jaillit de son coeur : «Celui-ci n’a rien fait qui ne se dût faire» (23:41). Voilà ce qui sort du fond de son coeur. Il est à l’encontre de tous les autres. Il dit l’inverse de ce que tout le monde a dit !

Avons-nous, parfois, fait comme ce brigand, l’avons-nous imité ? Hélas bien peu, chers amis !

Il y a un autre point qui brille, dans son attitude. Cet homme souffrait de toutes manières, physiquement et aussi moralement, sous le poids de la honte d’être rejeté par la société. Est-ce qu’il pense à ses souffrances ? Non : «celui-ci n’a rien fait qui ne se dût faire». En pensant à lui, il confesse : «Nous recevons justement ce que méritent les choses que nous avons faites» ! Il reprend son compagnon. Merveilleux effet de la grâce, il parle de lui pour dire : Moi, je suis justement condamné !

On passe souvent cette confession sous silence. Mais remarquons la vérité de l’Écriture. On présente le cas du brigand sur la croix comme une merveille de grâce — c’en est une. Mais c’est une merveille de vérité non moins grande. Cet homme, devant tous ceux qui l’ont condamné, au lieu d’être rempli de ressentiment et de haine, et au lieu d’être accablé par ses souffrances, dit : «Nous recevons justement ce que nous méritons». C’est la confession de ce qu’il a fait ! La femme de Luc 7 nous enseigne tout pareillement, car toute son attitude était une confession — muette sans doute, mais combien éloquente. On en trouve d’autres exemples. La confession est un signe qui démontre que Dieu est en train de bouleverser une âme, de fouiller une âme jusqu’au fond. Il la fait parler, et non pas avec un langage de convention ! Ce que dit le brigand glorifie Dieu bien mieux que n’importe quel discours de théologien. Pourquoi ? Parce qu’il accepte sa sentence ; il proclame ce sentiment profond qu’il a manqué, qu’il est un pécheur. En même temps, il déclare que Jésus, qui est là, est juste, bien qu’il soit en apparence plus abaissé même que lui, parce qu’aux insultes des autres se sont encore ajoutées celles des deux brigands, celui-ci avant qu’il fût touché par Dieu, et l’autre. Ce qu’il dit a le cachet et la puissance de la vérité. Quand Dieu fait parler un homme, on sent que c’est Dieu qui le fait parler.

Que Dieu nous donne d’avoir affaire à lui tout le temps, à lui d’abord, et souvent à lui seul !

Quelle scène ! Voilà deux hommes exactement dans la même condition, tous les deux brigands. L’un ne voit pas ; l’autre voit. Il voit, sur la tête de Jésus meurtrie par la couronne d’épines, une autre couronne. «Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras dans ton royaume». «Celui-ci n’a rien fait qui ne se dût faire». Et puis il voit le roi que Dieu a par devers lui. Quelle foi, chers amis !

On nous demande : Vous croyez en Jésus ? Mais vous ne l’avez pas vu ! «Quoique nous ne l’ayons pas vu, nous l’aimons ; et, croyant en lui, quoique maintenant nous ne le voyions pas, nous nous réjouissons d’une joie ineffable et glorieuse» (1 Pierre 1:8).

Le christianisme, et toutes les interventions divines, se moquent de nos pauvres appréciations humaines. Quand Dieu entre en scène, tout ce que l’homme fait, ses jugements, ses traditions, ses conventions, son éducation, tout cela est jeté par terre !

C’est ainsi qu’être converti, cela ne veut pas dire s’être rangé dans sa vie. Il y a beaucoup de personnes qui se sont rangées. D’ailleurs, le seul souci de sa réputation peut faire qu’on se surveille. Il y aura des gens très intègres, honnêtes, braves gens, qui seront dans les ténèbres de dehors. Cela ne veut pas dire qu’il faille devenir un criminel pour être converti, car il y aura aussi des multitudes de criminels dans les ténèbres de dehors. Mais lorsque la foi agit — c’est l’action de la Parole et du Saint Esprit dans l’âme — elle se manifeste aussi bien dans le brigand sur la croix que dans l’homme bien élevé, et dans le jeune homme ou la jeune fille qui a reçu une éducation chrétienne et biblique très scripturaire.

Peut-être que certains ne sont pas satisfaits d’avoir pour compagnon de foi un brigand ! Pourtant, parmi ceux qui ont confessé le Seigneur, c’est un des plus brillants exemples de la foi, du salut et de la façon dont le Seigneur peut être honoré par les siens ! C’était un brigand ! Mais si le Seigneur n’a pas repoussé la compagnie de cet homme et a répondu à cette foi à laquelle il ne peut jamais ne pas répondre, nous, nous pouvons être heureux de compter parmi ceux que nous verrons dans la gloire de Dieu ce brigand, et d’autres, et de plus coupables que tous ceux-là : chacun de nous-mêmes. Comme c’est heureux, chers amis, de nous arrêter devant les sources éternelles de la vérité, de cette vérité que l’activité de notre esprit et de notre coeur voile et obscurcit ! La vérité brille dans l’Écriture, toute nette, absolue, merveilleuse. Qu’on est heureux, chers amis, de lire la Parole ! Jamais on ne s’en lasse ! Dans ce monde, vous ne pouvez pas marcher avec vous-mêmes sans être fatigué en dix minutes. Avec le Seigneur, on ne se fatigue pas. Avec lui, nous goûtons déjà les joies pures, éternelles et toujours nouvelles, qui seront le partage des élus.

«Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis» (23:43). Ce n’est pas, comme on a voulu le dire : Je te dis aujourd’hui : Tu seras avec moi dans le paradis, plus tard. Mais : «Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis». Il est parti dans le paradis de Dieu le même jour que le Seigneur. Est-ce que ce n’est pas merveilleux et glorieux ?

Si Dieu est Dieu, il doit s’occuper de tout le monde. Il ne peut pas choisir un roi plutôt qu’un brigand. Il est écrit, d’ailleurs : «il n’y a pas de différence, car tous ont péché et n’atteignent pas à la gloire de Dieu» (Romains 3:22). Est-ce que, chers amis, nous ne sommes pas parfois aveuglés par les différences établies dans le monde ? Rendons honneur à qui l’honneur — c’est écrit — et sans peine, sans arrière-pensée. Honorons qui nous devons honorer et, d’une façon générale, tous les hommes. Mais, quand il s’agit de la présence de Dieu et du Seigneur, il n’y a pas de différence. Et c’est la grâce du Seigneur seule qui peut répondre aux besoins du pécheur.

Un mot sur le passage que nous avons lu en Matthieu 11. Il rassemble en quelques phrases des déclarations d’une portée et d’une profondeur exceptionnelles. Dans ce chapitre 11, un changement se réalise dans la position du Seigneur. À partir de ce moment-là, il est le Messie rejeté. Eh bien, au lieu d’être accablé par son rejet — pourtant il en souffrait infiniment — il trouve son réconfort et sa joie dans la communion avec son Père : «Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre». C’est le langage du Messie rejeté.

Est-ce que nous, chrétiens, frères et soeurs, nous trouvons, au milieu de nos souffrances, notre réconfort dans la communion avec le Seigneur et avec le Père ? Nous pouvons, il est vrai, être encouragés par la sympathie chrétienne. C’est une fleur qui croît et se développe dans le coeur qui cherche Jésus, qui vit près de Jésus. Mais, avant tout, cherchons les ressources qui sont dans le coeur de Jésus. Alors, au lieu de se fermer, de s’isoler, de se protéger contre ce qu’il ne peut pas ne pas trouver autour de lui dans ce monde, notre coeur s’ouvrira, comme le coeur de Jésus l’a fait : «Je te loue, ô Père». Mais le Seigneur ne s’arrête pas là, et c’est une merveille. Il ajoute, alors même qu’il est méprisé et rejeté : «Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos». Il n’y a pas un coeur semblable à celui de Jésus ! Que le Seigneur nous donne de boire à la source qui en jaillit éternellement.

 

5   Avoir affaire avec Dieu — Matthieu 11:29-30 ; Colossiens 1:9-11 ; Galates 5:16-26 ; 2:19

 

[LC n° 39]

juin 1969

 

Le Seigneur est venu visiter la terre. Il est venu, et a rencontré tout ce qui, moralement, caractérisait l’état de péché, tout cet état de choses qui, depuis ce premier drame, avait considérablement fleuri.

Depuis l’histoire d’Israël, il n’y avait que de la misère. À chaque pas, le Seigneur rencontrait les conséquences du péché. La Parole est toujours aussi belle. Personne ne peut parler comme le Seigneur l’a fait.

«Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos» (Matt. 11:28). Voilà une parole que nous pouvons faire entendre. Et dire que nous pouvons l’avoir d’une façon continue ! S’il n’en est pas ainsi, c’est de notre faute. Les hommes du monde, il n’y a rien, pour eux, qui les rassasie. Le repos de Dieu, c’est le terme final des pensées de Dieu à notre égard. Ce n’est pas le repos de l’homme, mais le repos de Dieu.

Notre activité est toutefois dans le repos. Un croyant qui travaille pour son Maître a de la fatigue. Mais, au fond de son coeur, se trouve le repos. Le repos ne peut se trouver qu’en Dieu.

On l’a souvent dit : Le monde ne peut remplir un cœur. Mais Dieu peut le faire. Est-ce cela que nous recherchons ? Connaissons-nous ce bonheur, chers amis ?

Dieu seul peut dire : «Venez à moi». Nous ne pouvons pas le dire. Nous n’avons pas le droit de détourner les âmes de Dieu seul. Voilà le joug de la liberté. La volonté propre est le premier vice, chez l’homme. L’homme n’a pas le droit d’avoir une volonté propre.

«Venez à moi, et vous trouverez le repos de vos âmes». Le secret du bonheur se trouve dans la dépendance avec le Seigneur.

Vous n’avez jamais vu quelqu’un qui vit dans la communion avec le Seigneur être malheureux. On n’a pas besoin de marcher dans les chemins du monde, pour apprendre ce qu’est le monde.

Notre grande affaire, notre grand problème, pour nous tous, chers amis, c’est de vivre avec le Seigneur, que nous soyons seuls ou que nous soyons ensemble. Nous avons des progrès à faire, sans doute. Avons-nous considéré la vie de cet homme, Hénoc ? Il a marché avec Dieu trois cents ans. Et, à cette époque, il n’était pas facile d’être un témoin.

Un chrétien qui raisonne est toujours en mauvais état. Dans la lumière, on ne raisonne pas. Avec Dieu, on ne raisonne plus.

Que le Seigneur, chers amis, nous donne de nous attacher à lui dans notre coeur. Dans ces conditions, vous n’aurez pas à rebrousser chemin. Jamais vous n’aurez à revenir en arrière. La dépendance est un fardeau léger. Il n’y a rien de si tyrannique que la propre volonté. «Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos».

Nous avons à faire à Dieu. Qu’y a-t-il au-dessus ? Rien. Au ciel, nous n’aurons pas autre chose. Au ciel, nous n’aurons besoin de rien d’autre. Qu’il nous soit donné, chers amis, de ne pas faire des efforts qui échouent. Ce n’est pas bien, cela ! Qu’il nous soit donné de vivre avec lui, pas à pas. C’est un homme heureux, celui-là.

Col. 1:9-11 : Ce sont des exhortations pour chaque croyant. «Remplis de la connaissance de sa volonté». Est-ce que nous connaissons Dieu mieux qu’il y a dix ans ? Alors Dieu est connu de plus près. Il a une plus grande place dans le coeur. Qu’y a-t-il au-dessus ? Rien.

La foi honore Dieu, en croyant la Parole, en croyant Dieu.

Les inconvertis s’occupent de la première création, alors que les croyants s’occupent de la deuxième création.

«Fortifiés en toute force, selon la puissance de sa gloire, pour toute patience et constance, avec joie…». Cela nous arrive, de manquer de force. Si nous étions plus vigilants, cela ne nous arriverait point.

Il y avait un martyr qui disait, un peu avant d’être décapité : «Courage, mes frères, je vois la gloire en Dieu !». Si nous étions plus conscients que toute cette gloire est à nous !

Que voulez-vous qu’on fasse à de tels hommes ? Ils sont invincibles. On ne savait qu’en faire, de ces gens, qui ont brillamment été fidèles jusqu’à la mort. On ne pouvait pas leur ôter Christ dans leur coeur. On ne savait pas qu’en faire. «Toute patience et constance, avec joie» (v. 11) : La foi relevait le tout, «avec joie». Quand vous voyez quelqu’un qui est accablé, et qui est heureux malgré tout dans son coeur, vous dites : Dieu est là. Il ne peut en être autrement. Il y en a certainement, et peut-être dans des milieux que nous n’attendrions pas. Et cela est vrai.

Quelqu’un disait : «Oh, les prisons sont les collèges où le Seigneur fait passer les siens». Et celui qui en parlait en savait quelque chose.

Que le Seigneur nous réveille tous, chers amis ; c’est-à-dire, qu’il devienne plus cher à nos coeurs. On ne se réjouit pas dans les circonstances heureuses (sinon, cela tarit avec notre joie), mais dans le donateur. On se réjouit en lui. On pourra voir cela chez des croyants qui ont été sevrés des choses naturelles de la vie, ce contentement en Dieu seul, parce que Dieu était leur seule ressource. Est-ce du temps gagné, ou du temps perdu ? C’est sûrement du temps gagné. On le verra au tribunal de Christ.

Il y aura trois choses qui nous surprendront, arrivés au ciel. D’abord, de m’y trouver moi-même ; ensuite, d’y voir des personnes que je n’aurais pas pensé y trouver ; et aussi, de ne pas y voir ceux que je m’attendais à y trouver.

Un frère a dit : L’esprit de soumission et de dépendance envers Dieu est supérieur à tout don, même la puissance du témoignage. C’est tout céder, tout accepter. L’état de ce chrétien est supérieur à ce que fait ce chrétien. Et c’est toujours le point le plus délicat, une vie de confiance, d’humilité, de contentement. «Or la piété avec le contentement est un grand gain» (1 Tim. 6:6). Que le Seigneur nous fasse faire des expériences avec lui ! Que nous ne le chassions pas de notre vie. Un christianisme honoré par le monde n’est pas un christianisme honoré par Dieu. Là où il n’y a que Christ, la réponse, c’est la haine. Il n’y a que cela. La pierre de touche, c’est Christ. Parce que Dieu, par Christ, a manifesté la lumière selon Dieu.

Nous avons le secret que les autres cherchent. La vérité, qui la donnera ? Chacun, dans la fosse, tombe. Il n’y a pas de réponses à ces questions, dans ce monde. Tandis qu’avec le Seigneur, nous avons toutes les réponses dont nous avons besoin. Que le Seigneur nous soit en aide, et nous garde bien près de lui.

Le «moi» est un traître. C’est par le Saint Esprit que nous pouvons tenir le «moi» à sa place.

Que le Seigneur nous soit en aide, à tous !

 

6   Préparé par Dieu, séparé pour Dieu — Matthieu 12:22-50 ; 13:1-9, 18-23, 47-50

 

[LC n° 40]

novembre 1947

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 98

 

Dieu avait introduit Israël en Canaan, chassant devant lui les peuples qui y habitaient et dont l’iniquité était parvenue à son comble. Il se servait de l’épée d’Israël pour châtier ces peuples impies. Il continue d’agir ainsi : un peuple est une verge pour un autre peuple ; c’est le gouvernement de Dieu. Mais Israël est tombé dans l’idolâtrie et a fait des choses plus graves que les nations qui habitaient le pays avant lui. Pourtant Dieu avait averti Israël : «Si vous ne dépossédez pas devant vous les habitants du pays, ceux d’entre eux que vous laisserez de reste seront comme des épines à vos yeux et comme des piquants dans vos côtés» (Nomb. 33:55). Mais Israël a dit : «Je suis bien aussi sage que Dieu ; un peu de charité à l’égard de mes voisins et je répondrai bien quand même à ce que Dieu attend de moi». Dieu ne parle jamais pour ne rien dire. Il connaît notre coeur mieux que nous. Entre deux conseils, nous devrions toujours suivre celui de Dieu, même s’il va à l’encontre de nos desseins les plus chers. Dieu ne s’est jamais trompé.

Israël — faute terrible — n’a pas honoré Dieu en gardant sa Parole. Il a fait comme les nations. Il est revenu de la captivité de Babylone débarrassé du démon de l’idolâtrie, certes, mais habité par sept autres esprits plus mauvais que lui : Israël a rejeté son Messie. Les évangiles relatent la dernière expérience que Dieu a faite avec Israël, c’est-à-dire avec l’homme. Non seulement il a envoyé ses prophètes, chaque jour se levant de bonne heure, comme disent plusieurs passages, mais il s’est présenté dans son Fils. La conclusion ? «Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous» (Luc 19:14). Ne jetons pas la pierre à Israël ! Toute l’humanité était représentée à la croix, les Gentils et les Juifs, tout le monde y était. Et nous, nous l’avons rejeté toutes les fois que nous avons renié notre maître et seigneur Jésus Christ ; toutes les fois qu’un objet passe avant Christ dans nos coeurs, nous ne voulons pas de son empire sur nous. Il est très facile de voir les choses de loin, dans le temps et dans l’espace, mais quand nous sommes devant Dieu, nous disons : «Dieu a écrit mon histoire en écrivant celle d’Israël, l’histoire de tous ceux qui ont péché, la mienne». Il faudrait que nous soyons amenés à dire, comme Job : «Maintenant mon oeil t’a vu : c’est pourquoi j’ai horreur de moi, et je me repens dans la poussière et dans la cendre» (Job 42:5-6). Il n’y a rien de si beau ! «Mon oeil t’a vu», c’est fini, j’ai compris. Si nous marchons devant les hommes au lieu de marcher devant Dieu, nous aurons manqué notre vie.

Après la croix, Dieu a prolongé encore l’épreuve d’Israël, en réponse à la prière de Jésus : «Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font» (Luc 23:34). Le Seigneur leur a envoyé un ambassadeur, Étienne. Ils ont tué l’ambassadeur. Alors l’histoire d’Israël est close, Dieu a épuisé l’expérience d’Israël. Dieu pense désormais à Israël en grâce souveraine.

Le péché contre le Saint Esprit : on en a beaucoup parlé ; des âmes ont été troublées. «Il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle, ni dans celui qui est à venir» (Matt. 12:32). Pour les Juifs, il y a trois siècles : avant la loi, la loi, le règne millénaire. Ils savaient que celui-ci serait un règne de bénédiction. Dire que ce péché ne serait pardonné ni dans ce siècle ni dans le règne, cela voulait dire qu’il ne serait jamais pardonné. Le péché contre le Fils de l’homme serait pardonné, le péché contre le Saint Esprit jamais. Le péché contre le Fils de l’homme, c’est son rejet. Après son ascension, il y a eu le don du Saint Esprit. Nous sommes sous cette dispensation ; c’est la période chrétienne. Dieu offre le salut, même après le rejet du Fils de l’homme. Mais dans ce salut par la foi en Jésus et ce don de l’Esprit réside le conseil total de Dieu. Dieu n’a plus rien à offrir à l’homme après cela. N’attendons pas mieux ! Dieu a ouvert et vidé son coeur, de sorte que celui qui rejette le témoignage du salut rendu par le Saint Esprit n’a pas à attendre d’autre grâce de la part de Dieu. Le seul chemin pour arriver à Dieu, c’est Jésus.

Dans Hébreux 6 et 10, le rejet de la grâce et de la vérité place l’âme dans une position sans miséricorde. Or il s’agit de personnes qui ont été influencées extérieurement seulement par la puissance du Saint Esprit. Lorsque le Saint Esprit est venu à la Pentecôte, la maison même a tremblé ; il y a donc de toute évidence des effets de la puissance du Saint Esprit qui ne sont pas des effets vitaux. Être sous l’effet du Saint Esprit ne suppose pas du tout la vie ; le chrétien qui a été scellé du Saint Esprit, chez lequel le Saint Esprit habite, a la vie ; mais les influences extérieures du Saint Esprit sur un homme ne supposent pas du tout que cet homme ait la vie. Balaam, Saül et d’autres ont prophétisé.

Le Seigneur rencontre l’opposition ; les pharisiens se mettent en travers de son chemin. Il y a toujours de l’opposition à la vérité. Si le Seigneur avait cherché à leur faire plaisir, à les flatter, à accommoder la vérité à leur état d’esprit, il n’y aurait pas eu d’opposition. Ils le harcèlent tellement que le Seigneur, plein de grâce, est obligé de leur dire les choses les plus dures : «Vous avez pour père le diable» (Jean 8:44). C’est la condition d’un inconverti, il est «enfant du diable». C’est terrible ! Nous voulons souvent ménager la chair chez d’autres, mais, au fond, c’est pour la ménager en nous ; nous voulons nous ménager nous-mêmes.

S’il ne veille pas, un chrétien peut, après avoir été heureux le dimanche, être dans le monde le lundi, parler comme lui, aimer ce qu’il aime. Et une assemblée ! Elle peut être spirituelle un temps et tout à coup se révéler charnelle, conduite par la chair, par la volonté propre, alors que tout devrait être fait avec dépendance, pour la gloire de Dieu. Le déclin vient par le détail, par les défaites dans les petites choses : on perd la capacité de distinguer entre ce qui est de Dieu et de la chair ; on perd l’approbation de Dieu, la présence de Dieu, on perd tout. Nous voulons être forts ? Restons séparés pour Dieu ! L’expérience est faite : le secret de la force et de la puissance du peuple de Dieu, c’est la séparation du mal, le jugement de soi. Ni le monde ni la chair ne nous ont jamais rien donné, et ont fait beaucoup de mal.

La première parabole de Matthieu 13 est celle du semeur. Le Seigneur Jésus, venu chercher du fruit parmi son peuple et n’en trouvant point, change d’attitude : au lieu de chercher du fruit, il sème. Il y a une semence, la Parole de Dieu, mais quatre terrains, quatre façons de réagir en présence de la Parole de Dieu. L’image s’applique aussi bien à un inconverti qu’aux chrétiens, elle s’applique à nous tous.

Le premier terrain : le long du chemin. Quelques grains tombèrent le long du chemin et les oiseaux des cieux les dévorèrent. Tout le monde passe sur un chemin, le terrain est dur. Si vous êtes très au courant de ce qui se fait dans le monde, jusqu’aux antipodes, en politique, dans les affaires, le monde piétine votre coeur. Si vous ne limitez pas vos activités dans ce monde juste à ce qu’il faut pour faire votre devoir à la gloire de Dieu — et encore en vous sanctifiant après l’avoir fait pour retrouver la face de Dieu — votre coeur sera dur comme un chemin. N’allons pas chercher plus loin la cause de beaucoup de faiblesse, de beaucoup de ravages !

Le second terrain : les endroits rocailleux ; peu de terre, mais le grain lève. Celui qui entend la Parole la reçoit avec joie, mais il ne croit que pour un temps ; quand la persécution survient, il est aussitôt scandalisé. Il ne nous faut pousser personne de force dans le royaume de Dieu. Ne cherchons pas de recrues, mais prions que le Seigneur en suscite ! Vous poussez quelqu’un, et c’est un terrain rocailleux. La Parole est reçue avec joie, la semence lève très vite : voilà un bon élément, un bon départ, une bonne recrue ! Survient la persécution, l’épreuve, le mépris — Dieu est fidèle, il éprouve pour manifester la réalité — alors : «Non, je ne peux pas supporter cela, c’est trop pénible !». Chacun sera salé de feu : nous passons tous par l’épreuve. Dieu veut voir s’il y a de l’or dans la gangue. Ce qui intéresse le Seigneur, c’est l’or. Les démonstrations trop hâtives ne sont pas un bon signe. Un bon signe, c’est quand un homme dit : «Je suis un pécheur».

Le troisième terrain : les épines ; la semence est étouffée, elle ne donne pas de fruit. Il faut bien faire ses affaires, dira-t-on. Faites vos affaires, faites-les jusqu’à la mort ! «J’abattrai mes greniers, et j’en bâtirai de plus grands… Cette nuit même ton âme te sera redemandée» (Luc 12:18, 20). Les hommes manquent de perspective ; ils croient éternel ce qui les concerne ; la folie les aveugle. Qu’il faille travailler, c’est une loi à laquelle on ne se soustrait pas sans dommage. Mais il y a danger. Le travail peut remplir le coeur d’épines.

Le quatrième terrain : la bonne terre. Est-ce un brave homme ? Non, c’est un coeur que Dieu a broyé. Vous voyez des gens très éprouvés dans le monde, mais ils restent avec leur misère, sans Dieu ; quand ils auront assez pleuré, ils se mettront à rire. Voilà l’histoire du monde ! Il faut que ce soit la grâce de Dieu qui brise le coeur et la conscience, prépare le terrain, y jette la semence et la fasse lever. Ce n’est pas seulement valable pour les inconvertis. Notre vie quotidienne dépend de la façon dont nous recevons la Parole de Dieu.

La dernière parabole de ce chapitre est celle de la seine jetée dans la mer. Le filet de l’évangile est jeté dans la masse des peuples. Il a attiré sur la rive toute sorte de poissons, une masse de gens. Les pêcheurs séparent les bons poissons des mauvais. Dans l’Ancien Testament, les bons poissons ont des nageoires et des écailles (Lév. 11:9) : un chrétien doit être moralement séparé du milieu qui l’entoure et ne pas se laisser entraîner par le courant. Ce n’est pas facile de remonter le courant. C’est plus facile de se laisser emporter, vivre comme tout le monde, sans lutte ni fatigue, ni effort, ni larme. Mais porter sa croix, c’est une autre chose, et souvent il faut consentir à être seul. Pour séparer les bons poissons des mauvais, il faut du discernement. Dans l’assemblée en particulier, il faut du discernement pour séparer les chrétiens de nom des vrais chrétiens. C’est une tendance aujourd’hui, et souvent un sujet de lutte, de recevoir tous les croyants de la même manière, sans discrimination et sans nuance. Quand on voit le pouvoir du monde et de la chair sur les chrétiens eux-mêmes, leur volonté propre, leurs passions, leurs convoitises, on se rend compte combien il est difficile que quelqu’un entre dans le royaume de Dieu ; la porte est étroite, ne laissons pas croire qu’elle est large !

Le travail des pêcheurs est un travail présent ; mais, de façon analogue, à la fin du temps actuel et avant son règne glorieux, le Seigneur enverra ses anges pour séparer, parmi les peuples de la terre, les bons d’avec les méchants. Ils enlèveront les méchants pour les juger et les jeter dans la fournaise de feu, et ils laisseront les bons pour jouir du royaume millénaire. Si vous fermez l’oreille aujourd’hui, Dieu vous fermera la bouche demain.

Que Dieu nous donne à tous de nous tenir toujours dans sa présence !

 

7   Le travail du Seigneur Jésus — Matthieu 13:1-9, 18-52

 

[LC n° 41]

20 juin 1954

 

Ce chapitre comporte sept paraboles, dont six sont des paraboles du royaume des cieux, la première n’étant pas proprement présentée comme telle, bien que la semence semée soit «la parole du royaume». Le moment où ces paraboles sont présentées, dans cet évangile, est caractéristique. Elles sont données lorsque, après sa présentation, la présentation qu’il a faite de lui-même à son peuple, le Seigneur Jésus n’a pas été reçu. Nous savons bien qu’on a pu appeler chaque évangile l’histoire de la réjection du Seigneur. C’est un sujet intéressant, pour le lecteur qui désire croître dans la connaissance de la Parole de Dieu. Il est intéressant de noter, au cours de la lecture d’un évangile, le nombre de fois où le Seigneur est l’objet de cette réjection manifestée. Peut-être le rencontre-t-on une quarantaine de fois par évangile, avec des différences suivant les évangiles. Mais la patience du Seigneur Jésus, sa fidélité comme homme — car c’est ce qui a été le principe de toute sa vie, sa fidélité comme homme — ont immédiatement, dès son entrée dans son ministère, suscité contre Lui ce qu’on appellerait aujourd’hui, selon les hommes, la réaction du coeur de l’homme. Et celle-ci s’est manifestée d’une façon croissante, jusqu’à ce que le coeur de l’homme se soit montré dans sa nudité, sans retenue, sans honte — «l’inique ne connaît pas la honte», dit le prophète (Soph. 3:5) — à la croix ou aux abords de la croix. Jusque-là, la retenue naturelle, ou celle que Dieu pouvait produire, ou celle de l’éducation religieuse (car le Seigneur n’est pas venu au milieu de païens, et il y avait autour de lui l’influence de l’éducation religieuse), pouvait constituer un frein. Mais cette haine contre Jésus est allée croissant, jusqu’à ce que la haine ait étouffé la voix de tout sentiment de retenue. Et cela s’est manifesté ouvertement aux abords de la croix. De sorte que nous, les croyants, si nous écoutons la Parole, nous sommes tout à fait et définitivement fixés sur ce que peut produire l’homme. C’est une grave injure que nous faisons au Seigneur, que nous faisons à Dieu, lorsque nos coeurs perdent le sentiment et le souvenir de cet enseignement que nous donnent les abords de la croix à l’égard de ce qu’est l’homme naturel. C’est une grave insulte que nous faisons à Dieu. Dieu a ainsi manifesté notre coeur ; et chacun peut dire pour soi : «il a ouvert mon coeur devant moi ; il a ouvert mon propre coeur devant moi». C’est une pensée, un sentiment, qui est très important pour la vérité, pour la gloire de Dieu, et aussi pour notre profit personnel, un sentiment qu’il est extrêmement utile de porter en soi. Lorsque ce sentiment baisse, c’est que la piété baisse. Et nous sommes alors capables de tomber dans les égarements qui, précisément, correspondent à ce tableau moral de notre coeur qui nous est donné, non pas seulement en déclarations, comme dans l’épître aux Romains, mais en actions. Dans les évangiles, l’homme n’est pas dépeint, vis-à-vis de Jésus, par des déclarations morales. Dieu ne dit pas simplement que l’homme n’a pas fait ce qu’il devait faire et a fait ce qu’il ne devait pas faire. Il ne dit pas simplement : «leurs pieds sont rapides pour verser le sang» (Rom. 3:15). Mais on les voit, aux abords de la croix, et en rapport avec Jésus. On voit des pieds rapides pour verser le sang. On voit leur gosier comme un sépulcre ouvert ; on voit cela. C’est pourquoi il n’y a rien de pareil à l’enseignement que nous donne la description de l’homme dans son activité à l’égard de Jésus.

Une autre raison fait que ce déploiement de ce qu’est l’homme ne s’est produit qu’aux abords de la croix. C’est celle-ci : c’est qu’il était selon les voies de Dieu, selon ses conseils, que le Seigneur, ayant lié l’homme fort, pût accomplir dans ce monde un service de bonté, de charité, de vérité (les deux vont ensemble), mais un service de bonté et de vérité en grâce. Il a accompli ce service après sa tentation au désert, alors qu’il est dit que «le diable le laisse pour un temps» (Luc 4:13).

Il y a eu là, au désert, avant son ministère, une épreuve de Jésus. Il en est sorti vainqueur. Il n’a pas succombé aux tentations qui étaient, dans l’e