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Méditations sur la Parole de Dieu

 

Josué

 

 

Louis Chaudier

 

 

Table des matières :

1      Combats et lieux célestes — Josué 1:1-8 ; 4:19 ; 5:9-15 ; Juges 1:27-35 ; 2:1-5 ; Éphésiens 6:10-18

2      Pâque, mer Rouge, Jourdain, Guigal — Josué 1:1-9 ; 4 ; 5:9-15

3      La conquête du pays de la promesse — Josué 1:1-9 ; 5:2, 9-15 ; 7:1, 5-13, 25-26 ; 8:1, 9-10 ; 9:3-6, 14-16 ; 10:7-8, 11-15, 24-26, 28-43 ; 11:18-19 ; Juges 1:34-36 ; 2:16

4      La Pâque, mer Rouge, Jourdain, Guigal, Bokim — Exode 12:7, 12, 13 ; 14:21-25, 27-29 ; Josué 4:15-19 ; 5:4-7, 9, 13-15 ; 10:15 ; Juges 2:1-5

5      Guilgal, Bokim — Josué 5 ; Juges 2:1-5

5.1    Guilgal

5.2    Bokim

6      Le peuple dans le pays promis — Josué 5:1, 2, 9-15 ; 6:1-3, 6-27

7      Le péché qui entraine la défaite — Josué 7

8      Joies dans le désert — Nombres 11:4-6, 30-31, 33-34 ; 13:24-34 ; 14:1-25, 32-38 ; 21:3-9, 16-18 ; Josué 14:6-15

9      L’école de Dieu — Nombres 13:18 à la fin ; 14 ; Josué 14:6-15

 

 

 

Le texte de ces méditations a été révisé par Bibliquest dans sa forme, par rapport à diverses éditions papiers précédentes. Les révisions ont été limitées à ce qui était nécessaire à une expression et une compréhension correctes. Le texte reste marqué par son caractère oral, non révisé par l’auteur. Dans certains cas d’expressions au sens discutable, l’imperfection de celles-ci a été laissée de peur d’en perdre une certaine vigueur.

Certains textes ont été repris de l’ouvrage «Méditations sur la vie chrétienne» édité en 1995 par F.R., et sont notés comme tels. Ces textes ont fait l’objet (par F.R.) d’une révision un peu plus poussée.

 

 

1   Combats et lieux célestes — Josué 1:1-8 ; 4:19 ; 5:9-15 ; Juges 1:27-35 ; 2:1-5 ; Éphésiens 6:10-18

 

[LC n° 15]

 

Josué, après avoir pris la succession de Moïse, à qui Dieu a, on peut dire, interdit d’entrer dans le pays qu’il a salué de loin, a été appelé par Dieu à remplacer Moïse. Et ce qui caractérise le service de Josué, c’est qu’il a fait entrer le peuple dans le pays de la promesse. Il est en cela un type du Seigneur qui a fait entrer son peuple dans le ciel. Les saints, les croyants, les chrétiens, sont déjà dans le ciel. La plupart ne connaissent pas cette vérité. Ils peuvent jouir des conséquences de cette vérité sans la connaître. Le Saint Esprit peut leur faire goûter les choses du ciel ; mais toutefois, il est bien préférable que les chrétiens connaissent leur vraie position présente devant Dieu. La Parole ne nous a pas été donnée pour rien. Il y a, dans tous les passages de l’Écriture, des instructions qui sont utiles à des degrés divers, et il n’y a pas de passages inutiles, pas un verset inutile. Josué a donc fait entrer le peuple dans le pays. Le Jourdain a été traversé. Trois faits ont marqué le peuple d’Israël, ce peuple qui reste un peuple merveilleux dès ce temps et au-delà, un peuple qui n’a pas eu son pareil sur la terre, qui a été honoré par Dieu comme nul autre ne l’a été. Et il le savait bien ; c’est ce qui l’a rendu tellement hostile au Messie, qui s’est présenté sous une forme qu’il n’attendait pas. Et cette hostilité demeure et demeurera, en tout cas pour le grand nombre.

Josué a donc traversé le Jourdain. À la Pâque, le jugement de Dieu, dans son caractère absolu quant à ses droits, a été mis en évidence. Le peuple a été racheté, car le sang de la victime avait coulé. Et, s’il n’y avait pas eu cela, Dieu, sortant pour juger les Égyptiens, aurait dû juger en même temps son peuple, car il ne valait pas mieux. À la mer Rouge, c’est la destruction de la puissance de la mort vis-à-vis du peuple de Dieu. Le Seigneur a vaincu la mort. Il a ôté à Satan la puissance que celui-ci détenait. Cela paraît étrange, et on comprend que de jeunes chrétiens aient de la peine, quelquefois, à comprendre de telles paroles. Mais, par la suite, Satan s’est acquis sur l’homme des droits, et des droits que Dieu Lui-même ne peut pas discuter. Jusque-là, les hommes se livraient à Satan. Eh bien, Dieu reconnaît à Satan ce droit-là, dans la mesure où il le contrôlera par la suite. Mais le jugement de Dieu sur l’homme est tombé. Il comprend plusieurs parties, en particulier le fait qu’il était sous le pouvoir de Satan, puisqu’il avait choisi de se mettre là. C’est pourquoi aussi, quand le Seigneur est venu, homme fidèle, entreprenant de reprendre entre ses mains la cause de l’homme tombé, il ne pouvait pas ne pas se placer sous toutes les conséquences résultant de la désobéissance du premier Adam. Et il commence par être, au désert, en face de Satan, devant qui Adam et Ève s’étaient trouvés. Le Seigneur devait refaire cette histoire de l’homme, Lui, le dernier Adam, le second homme. Et il a été mis à l’épreuve, au désert. Il a triomphé par l’obéissance, de sorte qu’il a remporté une première victoire sur Satan, qui ne pouvait plus rien sur lui. À cet égard, Dieu ne pouvait rien permettre à Satan à l’égard de cet homme qui venait, dans l’obéissance, de sortir vainqueur de l’épreuve. C’est pourquoi, à partir de ce moment-là, le Seigneur ayant lié l’homme fort, a pillé ses biens. Il aurait pu, à ce moment, si on avait voulu le recevoir, établir la paix sur la terre. Nous savons ce qui est arrivé. Mais pour entreprendre le salut de l’homme, le Seigneur devait défaire Satan, qui détenait le pouvoir de la mort de la part de Dieu, qui lui avait donné cette autorité pour effrayer l’homme. Et la mort était ainsi, non seulement un jugement de la part de Dieu, mais une manifestation de la puissance que Satan s’était acquise sur l’homme en le portant à la désobéissance.

Le Seigneur Jésus, avant son oeuvre de la croix, a d’abord, à Gethsémané, rencontré Satan. Et nous trouvons là une leçon pour nous tous. Satan met à l’épreuve les saints, dans l’ensemble, de deux manières : d’une part, en les tentant par les choses agréables, comme il a fait pour le Seigneur en lui offrant les gloires du monde ; et, d’autre part, en les effrayant, comme il l’a fait au jardin de Gethsémané en faisant peser sur l’âme de Christ les terreurs qui l’attendaient, lorsqu’il s’agissait d’être abandonné de Dieu. Il a fait tout son effort pour que le Seigneur ne s’avance pas devant ce qui était l’épreuve décisive, aussi bien pour Satan que pour la gloire de Dieu. Et c’est pourquoi le Seigneur a connu là une épreuve et une douleur incomparables. Il en est sorti triomphant par la soumission. Il a dit : Père, puisque vraiment c’est ta sainte volonté que je prenne la coupe et que je la boive, que ta volonté soit faite. Mais trois fois, pour ainsi dire, le Seigneur, dans l’effroi de son âme, par avance, a sondé cela jusqu’au fond, pour être bien sûr que c’était la volonté du Père, qu’il prit la coupe pour la vider sur la croix. Ce fut un moment d’une insondable profondeur. Satan n’avait plus rien en Lui, désormais. Le Seigneur s’est avancé à la croix et là, il n’avait plus à faire avec Satan à cet égard, sauf que Satan a ligué les hommes contre lui. Mais le Seigneur s’est offert sur la croix dans l’obéissance, et, pendant les trois heures, il a connu, à l’écart de tous les regards, la rencontre avec Dieu, cette rencontre qui ne pouvait pas se répéter. Pendant ces trois heures éternelles, il a éprouvé ce que c’était que de subir le jugement de Dieu à l’égard du péché.

Il entre dans la mort volontairement. Satan n’avait rien en Lui. Dieu ne pouvait pas permettre que Satan exerçât à son égard quelque pouvoir que ce fût, comme il peut permettre que Satan trouble des âmes, voire des chrétiens, au moment de la mort. C’est un pouvoir que Satan s’est acquis, et Dieu ne peut pas le discuter. C’est un fait extrêmement solennel que cette chute d’Adam et Ève, sous le regard de Dieu. Le jugement est terrible, et Dieu Lui-même ne pouvait pas revenir sur sa parole qu’il avait dite à Adam et Ève : «Tu mourras certainement» (Gen. 2:17) !

Le peuple a donc connu la Pâque, la traversée de la mer Rouge où le pouvoir de Satan a été détruit, et le Jourdain, où c’est le peuple qui a passé au fond des eaux du fleuve. Les eaux sont arrêtées et, l’arche étant là, le peuple est identifié, pour ainsi dire, avec l’arche qui se tenait au fond des eaux de la mort Et cela, c’est l’image du fait que les chrétiens sont morts en Christ. La mort de Christ est la leur, elle est à eux : «Toutes choses sont à vous… soit vie, soit mort» (1 Cor. 3:21-22). La mort de Christ appartient au chrétien. C’est-à-dire que le chrétien peut être troublé, s’il marche mal ; mais autrement, le chrétien, en pensant à la mort, ne la considère pas comme un jugement de Dieu. Il n’y a plus du tout cela ; c’est une chose passée. Il est mort dans la mort de Christ, ressuscité avec Christ et en Christ. Les deux expressions sont dans le Nouveau Testament. C’est très important à retenir, cela, pour le christianisme pratique, pour les conséquences dans le christianisme pratique. Nous savons très bien que, même parmi nous, il y a des évangélistes, peut-être, qui s’en tiennent à la croix et s’arrêtent, et laissent le pécheur, quand il a cru, à la croix. Dieu ne laisse aucun croyant à la croix. Il l’emmène au-delà de la croix, jusqu’au ciel ; pas quand le croyant ira au ciel, mais dès maintenant. Et c’est la pensée essentielle dont je désirais dire quelque chose ce soir : le fait que nous sommes déjà du ciel, dans le ciel. Le peuple, une fois arrivé de l’autre côté du Jourdain, est dans le pays de la promesse. Là, la circoncision est opérée ; et, en réalité, des chrétiens peuvent réaliser cette circoncision, c’est-à-dire la mise de côté du vieil homme, justement parce qu’ils sont dans le ciel en Christ. C’est dans la mesure où nous réalisons notre position en Christ, que nous avons la force pour mettre en pratique cette circoncision, c’est-à-dire mettre de côté le moi, la volonté. Ils n’ont pas fait cela dans le désert. La carrière du chrétien est double, à cet égard : nous sommes à la fois dans le désert et dans les lieux célestes. Le désert, c’est un sujet plus ordinaire, plus courant, et que nous comprenons facilement. Mais la partie céleste de la vie chrétienne est un sujet plus difficile à saisir, et non moins important.

Voilà donc le peuple qui est dans le pays de la promesse, et nous voyons que sa nourriture change. Il n’a plus la manne. La manne, c’est pour le désert. Nous l’avons encore, la manne ; c’est Christ dans sa vie. Un chrétien se nourrit des perfections de Christ homme, et, en s’occupant de Christ parfait, comme on le trouve dans les évangiles, le chrétien est modelé à l’image de son Maître. Car la vie de Christ homme est le modèle de la vie des saints. Il nous a laissé un modèle afin que nous suivions ses traces (1 Pier. 2:21). Le chrétien seul peut marcher sur de telles traces et, en particulier, le chrétien dans la mesure où il connaît les ressources célestes de la vie du croyant. Nous voyons un autre fait, c’est le vieux blé du pays. C’est la nourriture céleste du pays dans lequel ils sont entrés. Le vieux blé du pays représente Christ ressuscité. Et le chrétien, dans sa vie de tous les jours, peut jouir de Christ, en communion avec Lui dans le ciel – donc Christ ressuscité. Ne cherchons pas Christ à Jérusalem. Nous comprenons que même des frères puissent aller y trouver des émotions plus fortes et légitimes pour prendre connaissance des lieux où se déroula la vie de notre cher Sauveur, mais il n’est pas du tout nécessaire de nous livrer à cela. Nous savons que notre Seigneur est dans le ciel, et nous pouvons avoir avec Lui des rapports beaucoup plus réels et beaucoup plus efficaces, que d’aller chercher le souvenir de son passage dans les lieux mêmes où il a marché et souffert. D’ailleurs, soit dit en passant, dans ce lieu-là, où le sang de Christ a été versé, ce n’est pas, pour l’essentiel, le sang qui parle mieux qu’Abel, comme dit l’épître aux Hébreux (10 :24), mais c’est un sang qui crie (Gen. 4:10 ; Nombres 35:31-34). Il n’a pas encore eu de satisfaction. Il n’y a pas eu d’apaisement, quant à la voix de ce sang qui crie, pour le peuple Juif (pas pour les dix tribus : elles n’étaient pas là, il n’y avait que les deux tribus de Juda et Benjamin). Le peuple Juif, et puis le pouvoir civil, le pouvoir Romain en particulier, l’empire romain — on peut dire l’ensemble du monde — étaient représentés à la croix. Mais particulièrement les Juifs et l’empire Romain sont là sous le coup de la culpabilité de ce crime accompli. Ce n’est pas une voix, un sang qui parle mieux qu’Abel, qu’on trouvera là-bas. Ce n’est pas le chemin qu’il faut prendre pour trouver cette voix qui parle mieux qu’Abel, la voix qui est là, prête d’ailleurs à se faire entendre et à manifester ses effets par des circonstances dont ce peuple ne se doute pas. Cette voix, c’est encore celle qui crie : vengeance ! Le Seigneur n’a pas encore eu de satisfaction, à cet égard, et Dieu non plus.

Le peuple est donc là dans le pays de la promesse. Et nous voyons apparaître un personnage un peu mystérieux, qui est le chef de l’armée de l’Éternel. C’est donc un combat. C’est une chose qui mérite notre attention que, dès le début du livre, Dieu dit à Josué : «Tout lieu que foulera la plante de votre pied, je vous l’ai donné» (Jos. 1:3). Cela, c’est aussi pour nous, chers frères et soeurs : tout lieu que notre pied foulera dans les lieux célestes sera à nous. Et il faut conquérir ce que Dieu donne, le pays que Dieu donne. Et nous avons, au cours de notre carrière ici-bas, à conquérir, pour ainsi dire, le ciel que Dieu nous a ouvert. Nous y entrons pour rendre culte. C’est là que nous rendons culte, en vérité. Mais nous y entrons aussi pour autre chose. La vie d’un chrétien a ses sources, en réalité, dans les lieux célestes. Et quand nous jouissons fortement de la communion avec le Seigneur, nous comprenons ce que cela veut dire. Nous savons très bien que le ciel remplit notre coeur, ce ciel que nous ne nous représentons pas effectivement. Mais nous comprenons qu’il soit dit : «Fixant les yeux sur les choses qui ne se voient pas» (2 Cor. 4:18), ou encore : «Contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur en Esprit» (2 Cor. 3:18). Comment ces passages étranges se réalisent-ils ? Par le Saint Esprit, prenant nos coeurs et les tenant en communion avec le Seigneur que nous n’avons jamais vu. Nous ne l’avons jamais vu et nous ne le verrons jamais. Notre carrière sera achevée, d’une manière ou d’une autre, quand nous le verrons. Le Saint Esprit nous lie donc à Celui que nous n’avons pas vu, et en qui nous nous glorifions. Et nos affections sont dans le ciel. Un chrétien céleste, son coeur est au ciel, parce que son trésor est là. Au fond, c’est vrai pour tout chrétien. Seulement, nos coeurs, pratiquement, se promènent aussi bien facilement sur la terre, et cela est justement un fait qui cause beaucoup de dommages à la vie des chrétiens, et aussi à la vie de l’Église.

Nous voyons le chef de l’armée de l’Éternel : «Es-tu pour nous, ou pour nos ennemis ? Et il dit : Non, car c’est comme chef de l’armée de l’Éternel que je suis venu» (Jos. 5:13-14). Lorsqu’il s’agit du christianisme ordinaire, du christianisme réalisé par les chrétiens vus comme pèlerins ici-bas, il y a des éléments qui interviennent (les relations humaines, les valeurs humaines) et qui ont leur place. Mais lorsqu’il s’agit des relations purement spirituelles, des joies proprement spirituelles, les valeurs humaines, même légitimes, disparaissent Et c’est tellement vrai, que nous trouvons dans le Nouveau Testament, dans l’épître aux Galates en particulier, qu’il n’y a ni homme, ni femme. Il n’y a pas de différence de personne. Quand la communion est dans l’assemblée, quand la communion des saints est puissante par le Saint Esprit, nous nous oublions mutuellement, et nous sommes perdus ensemble, les uns et les autres, dans cette communion avec le Seigneur. Il y a là un caractère, dans notre vie chrétienne, qui est tout à fait particulier, et qui devrait la marquer plus fréquemment. Des qualités, qui peuvent être très utiles dans la vie chrétienne ordinaire, dans la vie du pèlerin dans le désert, n’ont plus de place lorsqu’il s’agit des choses d’ailleurs, lorsqu’on parle d’un christianisme céleste. Combien nous avons à reconnaître que nous reculons souvent, et que nous ne savons pas abandonner telle ou telle chose à quoi nous tenons, et qui nous empêche d’avoir une joie plus grande en Christ et dans les choses qui ne se voient pas. Ce n’est pas nécessairement une idole, mais cela peut être les affaires de la vie. Des chrétiens — nous pouvons dire, sans nul doute, Paul et d’autres aussi — ont réalisé, d’une façon intense, cette vie céleste. Paul pouvait dire : «Nous ne connaissons personne selon la chair» (2 Cor. 5:16). Pourtant, dans la pratique, il s’occupait de ses frères et de ses soeurs. Mais son coeur restait lié à Christ dans la gloire et trouvait sa force et sa joie dans cette communion avec Lui, qui lui permettait de surmonter tous les déboires — et il n’en a pas manqué.

Ce qui est arrivé, c’est que le peuple a remporté des victoires, nous le savons. Le livre de Josué est, au fond, dans l’ensemble, un livre qui nous parle de victoires. Je n’entre pas dans les détails des fautes qu’il y a eu, et même des fautes graves, qui auraient pu mettre en danger la vie du peuple. Quand nous passons au livre des Juges, nous trouvons un accent différent. En général, dans le livre de Josué, ce sont ces victoires, et le ton est beau. Mais, dans les Juges, nous trouvons un accent différent, et il est bon que nous méditions cela. Le peuple n’a pas su conquérir ce qui lui avait été assigné, de même que nous, nous sommes bien loin d’être entrés dans la connaissance des choses que nous avons en Christ dans le ciel : la communion avec Lui, la dépendance de Lui, l’amour qu’il donne, le secret de la communion avec Lui, le fait que notre vie est toute céleste (notre vie chrétienne spirituelle est entièrement céleste). Il n’y a rien, sur la terre, qui soit pour notre vie spirituelle, même les liens familiaux les plus chers, quoiqu’indirectement, ils puissent nous aider. Mais, en eux-mêmes, ils n’entrent pas dans notre vie céleste, pas du tout. Et d’ailleurs, on peut le voir fréquemment, dans les familles ; c’est bien vrai. Il y a un élément de la famille qui est nettement plus spirituel que d’autres de la même famille vivant ensemble. Cette nuance peut se trouver dans le lien le plus étroit, qui est celui de mari et femme. On voit fréquemment la mari plus spirituel que sa femme, ou une femme plus spirituelle que son mari ; et cela tient, tout simplement, non pas à la différence du degré de connaissance, mais au fait que le coeur de l’un est beaucoup plus avec Christ dans le ciel. Et cela, quand cela existe et où que cela se réalise, ne peut pas ne pas se manifester. C’est ce qui fait qu’un chrétien le plus ordinaire (pas nécessairement un apôtre ; le christianisme n’est pas que pour les apôtres, et le Seigneur n’est pas monté dans le ciel que pour les apôtres), mais un chrétien qui a ses sources célestes, cela se saura, inévitablement. Son jugement spirituel est bien meilleur, et il a du discernement. Et, en même temps, il a un secret, pour réaliser une vie chrétienne et faire face aux difficultés, inimitable, qu’on ne peut pas copier. C’est un caractère qui est propre à l’individu, dans la mesure où, justement, il est céleste. Et, s’il est spirituel, on le reconnaît bien ; on peut être sûr que ses rapports avec Christ dans le ciel sont entretenus. Que le Seigneur nous donne de penser à cela. Le contraire d’un chrétien spirituel, cela peut être un chrétien charnel, c’est-à-dire que la chair prend une place marquée, évidente ; non pas quant aux choses grossières, mais la chair intervient dans le domaine où elle n’a aucun droit d’entrer. Dans les problèmes de la vie d’un chrétien, dans les problèmes d’un rassemblement, la chair n’a rien à faire. La nature elle-même n’a rien à dire, n’a rien à voir. La nature, ce n’est pas la chair. Si nous étions plus près du Seigneur, c’est-à-dire ayant des rapports plus vrais et soutenus avec le Seigneur dans sa gloire, eh bien, beaucoup de questions difficiles qui surgissent dans les assemblées ne verraient même pas le jour. C’est donc d’une grande importance. Au contraire, si nous sommes simplement des chrétiens terrestres, sans être proprement engagés dans le monde, mais nous contentant d’un christianisme convenable sans qu’il se nourrisse aux sources, eh bien, nous aurons des ennuis, parce que la force spirituelle ne sera plus la même pour réfréner la chair, la volonté, quand elles se manifesteront. Nous pouvons bien nous dire que, si une assemblée avait existé, étant formée d’éléments de la trempe de l’apôtre Paul, frères et soeurs, ils n’auraient pas souvent eu de problèmes, et que la joie céleste des saints, la puissance de l’Esprit dans les saints, aurait rappelé ce qui s’est passé au début lors de la Pentecôte, où, nous le voyons bien, la nature elle-même était éliminée (au début, à la Pentecôte, l’égoïsme avait disparu), et où la manifestation la plus brillante et la plus puissante était justement de cet ordre-là, que l’égoïsme avait entièrement disparu, que le moi était effacé. Pourquoi ? Parce que le Saint Esprit remplissait tous les coeurs et les occupait de Christ. À ce moment–là, ils ne le voyaient plus. Il était monté au ciel. Qu’il nous soit donné de méditer, de reprendre ces textes, de les étudier et d’en tirer profit.

Le son, dans le livre des Juges, a changé. L’infidélité, Dieu ne peut pas fermer les yeux sur cela. Et alors, il dit : Je vous avais promis le pays ; je vous y ai tous fait entrer, tout le peuple ; mais vous n’avez pas écouté ma voix, et vous n’êtes pas restés séparés des peuples ; vous deviez les abattre. Ils devaient entrer et tuer détruire tous les peuples, entièrement. Ils ne l’ont pas fait. La conséquence, c’est que Dieu les laisse aux effets de leur incrédulité, de leur infidélité. Et quand Dieu parle ainsi, alors nous voyons ce fameux verset qui parle de Bokim. L’ange de l’Éternel n’est plus à Guilgal, et il monte à Bokim. Guilgal, c’était là que Dieu manifestait sa présence, parce que Guilgal était le lieu où le peuple, quand il était en bon état, revenait après les victoires remportées. Ils revenaient se retremper à Guilgal, pour retrouver là la puissance que Dieu donne lorsqu’on vient devant Lui pour confesser ce en quoi on a manqué. Guilgal, c’est la circoncision, en pratique l’application de la mort aux manifestations de la chair. Quand le peuple revenait à Guilgal et repartait de Guilgal, il y avait de la force. Et maintenant, c’est terminé. Cette phase dans l’histoire du peuple d’Israël a pris fin. Plus de Guilgal, et c’est Bokim qui prend la place. C’est le lieu des pleurs, où, tout de même, le peuple adore. Quand a commencé «Bokim», pour l’Église ? Qui peut le dire ? Mais peut-être que nous pourrions faire des réflexions utiles en nous demandant si, plus d’une fois, nous n’avons pas, par notre comportement, entraîné, dans une mesure, le changement de Guilgal à Bokim, dans nos vies personnelles, et même dans la vie des rassemblements. Nous pouvons nous le demander, cela.

Et qu’est-ce qui se passe ensuite ? Nous le savons. C’est la période des réveils, comme il s’en est produit dans l’Église. Le peuple crie. C’est son peuple ; Dieu entend, il envoie un sauveur. Le peuple retombe, et ainsi de suite, jusqu’à la fin de cette période. Qu’il nous soit donné de retenir les instructions à l’égard de cela. Dans chaque assemblée locale, revenons à Guilgal, au jugement de la chair, du moi qui se manifeste de tant de manières, chacun de nous étant exercé dans sa propre vie. Et il ne s’agit pas seulement des actes extérieurs, il s’agit d’abord des pensées, des sentiments intérieurs. La pureté, la sainteté, commencent par le dedans ; et si le dedans est en bon état, la marche pratique s’en suivra.

Qu’il nous soit donné d’être exercés pour que les réunions, étant l’objet de prières de la part de chacun, nous permettent de goûter ensemble nos joies célestes. Que nous soyons toujours exercés pour que la chair ne se mêle pas à l’activité de l’Esprit. C’est un exercice permanent, pour tout service. Nous avons, si j’ose dire ainsi, à repartir de zéro chaque fois. Parce que nous avons été encouragés hier ou avant-hier, cela n’est pas une raison pour partir aujourd’hui d’une manière négligente. Il faut toujours revenir à la dépendance et à l’obéissance, qui sont les caractéristiques de la vie chrétienne.

Et alors, je termine en disant un mot sur ce passage d’Éphésiens. On lit fréquemment le passage d’Éphésiens 2 au culte ; c’est une excellente chose. Le culte se rend dans les lieux célestes. Nous sommes assis dans les lieux célestes en Christ ; c’est une position. On demanderait à bien des chrétiens dans la chrétienté ce que cela veut dire, beaucoup d’entre eux diraient : Nous ne pouvons pas comprendre cela, nous ne comprenons pas ce langage ; je sais que je vais au ciel, j’irai au ciel quand je mourrai, quand le Seigneur viendra. Mais qu’est-ce qu’un chrétien dans les lieux célestes, beaucoup ne sauraient pas expliquer ce que cela veut dire. C’est difficile à expliquer à quelqu’un. Ces choses, en général, se comprennent quand on y est. Vous ne pourrez jamais faire comprendre à quelqu’un ce qu’est que d’être né de nouveau ; c’est impossible ! Ce sont des expressions sur lesquelles achoppent les théologiens les plus attentifs. Ils n’arrivent pas à comprendre ; alors ils donnent souvent des explications fantaisistes, pour dire le moins. Quand quelqu’un est né de nouveau, fût-il un enfant de dix ans, il ne peut pas expliquer ce que c’est, mais il sait qu’il l’est. Il a l’assurance divine qu’il appartient à Dieu, même un enfant. De même, être dans les lieux célestes, nous ne pouvons l’expliquer à personne, mais nous pouvons le réaliser, et goûter ce qui correspond à cela. Il s’agit de la réalisation pratique. Évidemment, l’exercice de chacun joue, mais la position est acquise. Nous sommes pour toujours assis dans les lieux célestes en Christ. Que nous ne tirions pas toutes les conséquences de cette position-là, hélas, c’est autre chose ! Comme de beaucoup de choses, nous ne tirons pas toutes les conséquences du fait que nous avons la vie divine en nous. On devrait voir produits d’autres caractères, dans notre comportement, si nous tirions toutes les conséquences des vérités que nous savons. Que Dieu nous donne de faire des progrès, en tout cas. Alors, dans les lieux célestes où nous sommes entrés, où, par le Saint Esprit, nous entrons, il y a là ce fait qui parait évidemment étrange : Satan est là. Satan et ses anges sont là, de même que les Philistins étaient là, dans le pays de la promesse où le peuple avait déjà posé son pied. Il s’agissait pour le peuple de déloger les Philistins. Pour nous, que s’agit-il de faire ? Chasser Satan ? Non, pas du tout ! Mais nous avons là un genre de combat qui est unique dans l’Écriture. C’est un combat contre Satan et ses anges dans les lieux célestes. En quoi consiste ce combat ? En quoi consiste la défaite ? En quoi consiste la victoire ? Dieu permet que Satan soit dans les lieux célestes. Il n’approche pas de la lumière inaccessible, mais il a accès jusqu’au trône des jugements, et il est un accusateur. Cette expression–là, nous la trouvons en Apocalypse 12 : «l’accusateur des frères». Il est notre accusateur, et Dieu le permet. C’est très solennel. Nous glissons sur beaucoup de vérités, qui pourtant sont liées à des faits réels. Dieu permet cela, et emploie Satan. Il l’emploie à l’égard même des saints. Et par exemple, Dieu peut permettre en rapport avec un frère qui s’endurcit dans une voie, Il peut permettre d’abord que Satan se fasse devant Dieu l’accusateur de ce frère. Pourquoi pas ? C’est un pouvoir que Satan exerce tant qu’il ne sera pas chassé du ciel, d’une part, et lié pendant mille ans, d’autre part, et enfin jeté dans l’étang de feu et de soufre qui est préparé pour lui. Satan joue encore un rôle, et Dieu l’emploie. Quelqu’un écrivait à l’égard de Job : «Voyant l’état de Job, Dieu a envoyé Satan labourer ce coeur en friche». C’est solennel, et nous savons ce que Satan a fait, Dieu le permettant et gardant la haute main, la haute direction. Mais, tant que le travail n’était pas fait dans le coeur de Job, Dieu a laissé l’ennemi agir. De même, nous trouvons Satan employé dans les épîtres. L’apôtre menaçait de livrer quelqu’un à Satan afin qu’il apprenne à ne pas blasphémer. Et, quant à quelqu’un de Corinthe, à l’égard duquel se manifestait une lenteur extraordinaire et insolite quant à la mesure disciplinaire à prendre, l’apôtre dit : «S’il faut, je livrerai cet homme à Satan». Il était le seul à avoir, de la part de Dieu, ce pouvoir. Mais Satan est là, et cet homme aurait été livré au pouvoir de Satan, pour que cet homme, dont Dieu a renforcé l’endurcissement, connût des tourments d’âme et tout autant que de corps. Car Satan a un pouvoir étrange, dans la création même. Nous voyons qu’il a déchaîné un peuple contre Job (1:15, 17). Dieu lui en avait donné la liberté. Cela est à considérer. C’est un sujet très solennel, dont les âmes même de beaucoup de chrétiens n’ont pas idée. On a dit que Satan avait un pouvoir sur la création de loin supérieur à celui des hommes. Et on a, pour faire comprendre la chose, donné cet exemple suivant : avec un verre ordinaire qu’on place en face des rayons du soleil, aucun effet n’est produit au-delà du verre ; mais si on prend un verre grossissant, avec le même soleil, dans les mêmes conditions, on peut enflammer un objet. Et c’est à cela qu’on a comparé le pouvoir exceptionnel de Satan dans les éléments de la création, et Dieu se servant de tout cela.

Satan est dans les lieux célestes, et Dieu s’en sert. Il a accès jusqu’au trône du jugement. C’est très solennel, et bon à savoir. Lorsque le chrétien s’endurcit, Dieu peut se servir de Satan pour l’arracher à cet endurcissement. N’oublions pas cela, chers amis… Ce ne sont pas du tout les possessions démoniaques, qui peuvent avoir lieu surtout dans les pays païens. Il ne s’agit pas de cela ; il s’agit ici d’un ennemi auquel les chrétiens ont à faire dans les lieux célestes. Et qu’est ce que Satan cherche à faire à l’égard des chrétiens, des frères, des soeurs ? Il voudrait à tout prix les empêcher d’être célestes. Car il sait très bien que le jour où nos relations avec un Christ céleste seront coupées, nous deviendrons inévitablement des chrétiens mondains, des chrétiens terrestres, dont l’horizon sera borné aux choses de la terre. Et alors, Satan aura remporté une immense victoire. Ceux qui suivraient cette génération-là, manifesteraient probablement, à moins que Dieu n’intervienne, l’incrédulité et l’apostasie, dans laquelle, d’ailleurs, on s’achemine à grands pas.

Eh bien, n’oublions pas que nous combattons dans les lieux célestes. Satan vient parfois nous empêcher de jouir des choses du ciel. Que le Seigneur nous donne d’avoir à faire à Lui, et que nous lui demandions qu’Il nous garde. Rappelons-nous que Satan a toujours de la prise sur la terre, mais qu’il n’en a jamais sur le nouvel homme. Il a de la prise sur le vieil homme ; et voilà pourquoi, pour être à l’abri de ses attaques, nous avons une armure qui est décrite. Et cette armure revient, dans l’ensemble, à ce que notre état moral soit bon, un état moral droit, un bon état. Car, encore une fois, dans les choses chrétiennes, ce qui est d’ordre moral est supérieur, parce que cela se rattache à la nature de Dieu, et non pas à son gouvernement. Dieu est amour ; Dieu est lumière. Toutes les vérités morales se rattachent à cette nature, qui est l’essence même de Dieu.

Que le Seigneur nous donne de lire ces passages. Il faut lire toute la Bible, en particulier les passages qui sont propres à nous édifier, à nous encourager, à nous relever, à nous instruire, à nous faire prendre connaissance des ressources que nous avons pour tous les combats, contre la chair, contre le monde, et aussi contre Satan et ses anges qui sont dans les lieux célestes. Que le Seigneur nous garde, nous instruise dans les assemblées. Nos frères prédécesseurs ont enseigné cela ; ils ont écrit sur cela. Donnons-nous la peine de lire, et même si cela nous parait difficile. Nous faisons, pour entrer dans la connaissance des sciences de l’homme, les efforts nécessaires. Nous savons consacrer des heures et des années à l’étude de ce dont nous pourrons avoir besoin. Pouvons-nous dire cela de l’étude des choses qui nous sont utiles pour le présent, et qui nous permettront d’être plus heureux sur la terre, parce que, sur la terre comme au ciel, on n’est vraiment heureux que quand on a Christ dans son coeur ?

 

2   Pâque, mer Rouge, Jourdain, Guigal — Josué 1:1-9 ; 4 ; 5:9-15

 

[LC n° 16]

Rocheville — 28 décembre 1965

 

Dieu ne nous amuse jamais. Il nous instruit toujours d’une façon morale. Depuis que le péché est entré dans le monde, continuellement le travail de Dieu se fait, à l’égard du mal. Retenez cela, jeunes gens : le travail de Dieu est exclusivement en rapport avec le mal et le bien. L’Écriture nous montre la manière dont le bien a triomphé du mal. Dieu prend l’homme tel qu’il est, et le bénit malgré lui.

Ce qui a de l’intérêt, pour Dieu et pour la foi, ce ne sont pas les découvertes des hommes. Il y a des progrès dans un domaine, et du recul dans beaucoup. Ce que Dieu note, c’est ce qui se passe dans les coeurs des hommes, ce qu’ils disent, ce qu’ils sont. La grande affaire, c’est ce que l’homme fait, quant au bien et quant au mal. Tout le reste disparaîtra. Quand la scène où s’est jouée la question du bien et du mal disparaîtra, les acteurs, eux, ne disparaîtront jamais. Chacun aura sa destinée. Voilà le drame de l’histoire du monde.

Chers frères et soeurs, voyons un peu les choses ainsi. Et, au lieu de nous laisser emporter par l’erreur universelle, que Dieu nous donne d’avoir le regard ouvert sur ce qui est véritablement l’histoire du monde. Nous savons bien que tous les chrétiens du monde ne peuvent pas convertir un homme. Mais ils peuvent prier pour cela, et peuvent être exercés pour que leur façon d’être rappelle à celui-ci que la grande question, c’est celle des rapports de l’homme avec Dieu.

Si un homme finit comme le brigand sur la croix, c’est lui qui est le riche, et tous les autres, couronnés de succès et enivrés par les flatteries de ceux qui les poussent à ce succès, iront dans les ténèbres éternelles. Ce sont les vrais pauvres.

Nous ne sommes pas placés dans le Témoignage pour ne pas être exercés à chercher la vérité. Les chrétiens devraient être, dans ce monde, les témoins que le chrétien est plus fort que Satan.

«Ô Timothée, saisis ce qui est vraiment la vie» (1 Tim. 6:19-20). Il n’y a pas deux choses qui soient vraiment la vie. Il n’y a qu’un chemin qui soit vrai : le chemin de la foi ; non seulement de la foi qui sauve, mais de la foi qui marche, qui triomphe, qui aide les autres. C’est la vraie vie, au lieu que le chrétien soit comme un esclave lié de pesantes chaînes, au point qu’on ne le distingue pas d’un inconverti.

Ici, le peuple d’Israël vient de passer le Jourdain. C’est le troisième fait d’une importance majeure qui caractérise l’histoire du peuple, qui n’est semblable à aucune autre.

Trois grands faits extérieurs ont marqué l’histoire d’Israël.

1°. La Pâque. Le peuple de Dieu ne pouvait pas sortir d’Égypte sans que Dieu règle son propre compte. Il a eu besoin de l’agneau pascal, pour ne pas être frappé. C’est un peuple sur lequel le jugement a passé, étant subi par un autre. Cela est assez familier, mais ne doit pas devenir banal. Il n’y a pas d’accoutumance, dans les choses de Dieu. Il ne doit pas y en avoir.

2°. La traversée de la mer Rouge. C’est aussi la mort. C’est un peuple à l’égard duquel la puissance de Satan est détruite. Cela ne veut pas dire que Satan le laissera tranquille et ne lui fera pas de mal. Mais Satan ne peut effrayer les chrétiens, avec la mort, comme il effraye les inconvertis (Héb. 2:14). Le chrétien sait que la puissance que Satan détient est une puissance, pour lui, détruite.

3°. Le passage du Jourdain. C’est une chose encore presque plus admirable, car nous voyons, dans le récit, que l’arche est là. Elle se tient dans le Jourdain. Les sacrificateurs y entrent. Les eaux du Jourdain reculent. Les sacrificateurs se tiennent là, avec l’arche et, pendant ce temps, le peuple passe. C’est l’image d’une vérité autre que celle de la mer Rouge, une vérité qui risque de devenir un peu désuète parmi nous, un peu oubliée (je ne parle pas du peuple chrétien professant, qui s’attribue les privilèges et les promesses comme s’il en avait le droit).

Ce peuple est un peuple en règle avec Dieu quant au jugement. La puissance de Satan, quant à la mort, ne l’effraie pas. Mais cette vérité dont nous parle le passage du Jourdain a été oubliée, dans la chrétienté, et elle risque d’être oubliée parmi nous. La possession de ce fait est peut-être le point le plus important, quant à la puissance de la vie chrétienne.

Que signifie le fait que les sacrificateurs soient là, pendant que le peuple passe ? C’est que le peuple de Dieu est un peuple mort. C’est une vérité d’une importance incalculable. Le fait que l’arche est restée là, au fond du Jourdain, marque l’identification du croyant avec un Christ mort, puis avec un Christ ressuscité, de l’autre côté de la mort. Combien pensent à cette vérité que lui, le chrétien, est mort ? Dieu ne lui demande pas son avis ; Dieu le voit ainsi. C’est une vérité très pratique, car il est alors de l’autre côté de la mort. Il est mort, mais il est aussi ressuscité.

C’est un des traits caractéristiques du Témoignage des frères. Et les frères ne peuvent en être les continuateurs intelligents et fidèles que dans la mesure où ils sont exercés sur ce point. Tous les vrais chrétiens disent : Jésus est mort pour moi. Mais combien disent : Je suis mort et ressuscité avec Christ ? Quand je dis : Jésus est mort pour moi, je ne vois là que des privilèges. Je suis assuré d’aller au ciel. Mon salut est certain (le salut, c’est tout ce que Dieu fait pour un homme, du moment où Il le prend dans son état de péché jusqu’au moment où Il l’amène dans la gloire). Toutes les vérités ont des conséquences pratiques : Christ est mort ; je suis mort avec Lui. Ce n’est pas toujours agréable, mais Dieu présente cela comme une très bonne nouvelle.

On veut bien prendre ce qui est agréable à la chair, et rejeter ce qui lui déplaît. Tandis que si je reçois cette vérité que je suis mort avec Christ, je n’ai plus le droit d’avoir une volonté propre. Le premier Adam a été condamné à mort, et n’a plus le droit de se montrer. Comment se montre-t-il ? Par l’amour du monde, la volonté propre, des paroles légères, de mauvaises pensées. Vous n’allez pas dire que c’est le nouvel homme qui est la source de cela ?

Le nouvel homme n’a pas besoin d’être exhorté. Mais c’est moi, dans ma condition complexe, qui ai besoin de l’être. J’ai deux natures, mais je suis un seul être. Si le vieil homme se montre, je suis coupable. Cette vérité est sévère, mais puissante. Voilà un chrétien qui a une tendance particulière ; c’est la vieille nature qui est en lui qui le pousse dans ce sens. L’un aimera les richesses, l’autre les honneurs, l’autre les plaisirs, et ce, tout en étant chrétien ! Dieu donne des ressources pour résoudre les problèmes qui, sans Lui, ne pourraient l’être, quant au nouvel homme qui n’aime que Dieu.

Tout le secret de la vie chrétienne est là. Quelquefois, de jeunes chrétiens (vraiment convertis, et qui ont le Saint Esprit) sont torturés, parce qu’ils s’aperçoivent qu’ils ont les mêmes tendances qu’avant. Dieu nous apprend que nous avons besoin d’autre chose que d’être assurés quant au jugement de Dieu. Nous avons besoin d’être délivrés de cette puissance que nous avons tous en nous, qui s’appelle le vieil homme, cette source d’énergie propre que nous avons indépendamment de Dieu. Que l’homme veuille quelque chose, c’est une monstruosité, pour Dieu. C’est une abomination, même s’il prétend vouloir bien faire. Il n’en a pas le droit. La perfection d’un chrétien, c’est de ne rien vouloir, pas même faire le bien, par lui-même. Celui qui entraîne les autres à l’appeler bienfaiteur frustre Dieu, qui est seul digne d’être appelé ainsi.

Il faut condamner l’homme sans la moindre hésitation. Non seulement le chrétien est à l’abri du jugement, mais l’homme en Adam est condamné par Dieu. La racine, le tronc, les branches, les feuilles, les fruits, tout cela a été entièrement condamné à mort. Les frères qui nous ont enseigné ont tiré ces vérités de l’Écriture, au prix d’un labeur considérable. Il n’y a pas de témoignage vrai, dans ce monde, sans cette vérité-là.

Si les chrétiens n’ont pas ces vérités vivantes dans leur âme, l’un ira à droite, vers le monde, celui où on s’amuse, l’autre vers celui où on réussit. Satan a toutes sortes d’appâts qu’il offre à ce vieil homme, et il les offre aux chrétiens, pour en faire des chrétiens vaincus.

La force pratique des chrétiens découle de ces vérités, et elle leur donne de vivre à la gloire du Seigneur. Quelle supériorité serait celle d’un chrétien fidèle, même s’il était, extérieurement, le dernier des hommes ! Le chrétien a un secret. L’incrédule ne peut pas comprendre sa vie. Voyez l’apôtre Paul : on le mettait en prison ; il y était heureux. Impossible de rendre malheureux un chrétien fidèle.

Nos convoitises, tout ce qui nourrit le moi, tout cela est contraire au témoignage du Seigneur. Le peuple de Dieu est un peuple enseveli dans la mort. Nous devrions être exercés à ne présenter devant les hommes que le visage qui manifeste le second homme venu du ciel. Qu’est-ce qui caractérise les traits moraux d’un tel homme ? C’est l’obéissance, la dépendance, la confiance en Dieu, le souci constant de ne rien faire que ce que Dieu veut. Au tombeau de Lazare, Jésus était là. Mais quant on dit à Jésus : «Lazare est mort», Jésus n’a rien fait. Ce n’était pas le moment. Il attend un ordre de son Père. Et alors, le Seigneur, dans cette perfection d’obéissance et de dépendance, a l’occasion d’avoir la gloire, non pas de guérir un malade, mais de ressusciter un mort. Toutes les fois que nous avons à coeur la volonté de Dieu et faisons passer la nôtre derrière, soyons bien assurés que nous recevrons la bénédiction et l’honneur qui viennent de Dieu. Il y a une gloire qui vient de Dieu.

Il ne faut pas croire que nous serons tous identiques, au ciel. Dans la mesure où nous nous serons servis et honorés nous-mêmes ici-bas, dans cette même mesure, nous serons abaissés, à ce moment-là. Celui qui aura cru gagner sa vie la perdra. Il s’agit de la carrière chrétienne. Dans cette carrière, les choses que nous avons cru être un gain, si elles n’ont pas été faites pour le Seigneur, seront une perte. C’était la grande différence entre les chrétiens qui ont eu à coeur le Témoignage et d’autres.

Pour la foi, qui est le Maître, le Chef ? Un, et un seul. Tous les autres sont heureux de n’être que ses esclaves. Retenons cela, que Jésus n’est pas mort seulement pour nous justifier et pour nous laver, mais pour faire de nous un peuple au service de Dieu, un peuple libéré de ses chaînes.

Chers jeunes amis chrétiens, prenez la Parole de Dieu, prenez les écrits des frères qui ont fait leurs preuves, dans des conditions qui n’étaient pas plus faciles qu’aujourd’hui.

«Souvenez-vous de vos conducteurs… et, considérant l’issue de leur conduite, imitez leur foi» (Héb. 13:7).

La chrétienté du jour cherche une issue pour sortir d’un marasme qui s’accroît d’une semaine à l’autre. Mais elle cherche mal, parce qu’elle ne veut pas l’Écriture seule. Car l’Écriture condamne tout ce qui n’est pas de Dieu.

Ici, dans notre chapitre, voilà le peuple qui a traversé le Jourdain. Ce peuple a été mort, et il passe de l’autre côté de la mort. Il est ressuscité. Nous voilà à Guilgal. Nous sommes dans le pays de la promesse. Nous sommes dans les lieux célestes. Quand on entre dans les lieux célestes, on jouit des choses qui y sont. La manne cesse. Pour nous, c’est un peu différent, parce que nous sommes à la fois dans les lieux célestes et dans le désert. Le croyant a la manne, qui est Christ homme, pour le désert, et, en même temps, il a le vieux blé du pays. Il se nourrit d’un Christ glorifié.

On dit que le Seigneur a été présenté, dans son oeuvre, dans trois positions différentes. La Réformation a rappelé la première de ces trois : la croix, le sang qui lave, la justification par la foi. Mais elle n’est guère allée au-delà. Ce n’est qu’une partie du christianisme.

Deux autres vérités ont été remises au jour au siècle dernier : Christ dans la gloire et le chrétien ayant affaire à Lui dans les lieux saints, et Christ revenant chercher l’Église. Ces vérités ont fait le tour du monde. Le Saint Esprit a employé des serviteurs pour remettre ces vérités en évidence. Vous pouvez toujours lire l’Écriture. Si le Saint Esprit ne vous aide pas à le faire, elle est pour vous un livre fermé. Quand Dieu met en évidence la folie de son peuple qui s’est écarté de Lui, il arrive un moment où Il dit : «Engraisse le coeur de ce peuple» (És. 6:10). Cela peut arriver à un chrétien. Dieu peut lui retirer l’intelligence. On ne se moque pas de Dieu.

Soyons sérieux. Cela ne veut pas dire «tristes», car le chrétien est heureux ! L’homme n’est pas heureux, dans ce monde, où tout bonheur est menacé. Tandis qu’un chrétien n’est pas insouciant, mais exercé. Du Seigneur, il n’est jamais dit qu’on l’ait vu rire. Pourtant, Il pouvait dire : «Afin que ma joie soit accomplie en vous» (Jean 15:11). Il nous laisse sa joie, comme sa paix. Prenons le plus possible de la vérité divine ; nous ne le regretterons jamais. Alors, tant d’idoles que nous avons devant nous et dans notre coeur tomberont, l’une après l’autre, sans que nous nous en rendions compte. C’est une question de foi pratique.

Le peuple est donc là, dans le pays de la promesse. À Guilgal s’accomplit la circoncision. Du moment où un homme est un chrétien, il a passé la Pâque, la mer Rouge, le Jourdain. Mais il peut ne pas en avoir conscience, et ne pas en réaliser la puissance. Si l’Église n’était pas en ruine, tous les chrétiens sauraient cela.

Les pierres, à Guilgal, rappellent que la mort a été vaincue. C’est le mémorial de Christ (je ne dis pas que c’est la Cène, bien que cela s’y rattache). Le peuple devait réaliser la circoncision, c’est-à-dire qu’il avait à réaliser, en lui-même et pour lui-même, qu’il avait été enseveli dans la mort de Christ. Cela, c’est la vie chrétienne, que nous pouvons appliquer tous les jours. Nous avons à appliquer la mort de Christ aux tendances de notre volonté propre. Nous avons le privilège de pouvoir le faire. L’arbre entier a été mis à mort, et l’Esprit de Dieu nous demande de faire mourir les actions de la chair. Dieu s’est chargé de mettre la chair à mort, et nous avons à la tenir comme telle. Si nous avons en nous de l’orgueil, par exemple, nous avons à mettre à mort le bourgeon qui est en train de se manifester. Tandis qu’un inconverti peut toujours essayer de le faire ; il ne le peut pas.

On confesse au Seigneur qu’on a une tendance, une mauvaise pensée. On reconnaît que c’est une chose très mauvaise, et Dieu nous rétablit dans sa communion. La mort a donc passé sur nous. Voilà le christianisme pratique. Il repose sur une activité de la foi pour entrer dans la pensée de Dieu, pour faire mourir les tendances par la confession de nos manquements. Et d’abord, nous trouvons un Avocat auprès du Père (1 Jean 2:1).

Mais il y a encore mieux. Nous pouvons demander à Dieu qu’Il nous aide préventivement. Voyons la prière d’Héb. 4:16 : «Approchons-nous… du trône de la grâce, afin que… nous trouvions… du secours au moment opportun». Cette ressource est préventive : demander à Dieu de nous prévenir contre nous-mêmes. Puis, quand nous avons manqué, l’autre ressource est la confession. C’est toute la merveille de l’oeuvre de Dieu envers ses enfants.

Nos pauvres moralistes sont dans l’erreur. Comme il vaut la peine d’être engagés dans ce chemin royal de la vérité divine, tracé par le Seigneur, au milieu d’un monde mauvais ! Avec le Seigneur, un Sauveur mort mais ressuscité, nous avons des rapports vivants, vrais, réels. Nous ne L’avons jamais vu, mais Il est Celui que nous aimons le plus au monde. Ce sont des choses profondes, les seules choses vitales. Nous devons cela à la mort de Christ, à sa résurrection, à sa glorification. Et Il désire que les siens vivent dans les lieux célestes et qu’ils jouissent des choses qui ne se voient pas (et pas seulement au culte, bien que le culte soit l’expression la plus haute de l’adoration).

Est-ce que notre christianisme est un peu orienté de ce côté-là ? Veuille le Seigneur faire qu’il en soit ainsi. Que nous ne disions pas, à la fin de notre carrière : J’ai perdu mon temps. Ce serait triste de dire : Jésus est le meilleur Maître, sans l’avoir réalisé. C’est pourquoi ne forçons personne à exprimer ce qu’il ne réalise pas, bien que chanter un cantique puisse être un moyen d’édification.

Le peuple revenait à Guilgal après une victoire. Une fois, ils ne l’ont pas fait ; ils ont été battus (c’est l’exemple d’Aï — Jos. 7). Dans nos combats spirituels, nous avons à nous souvenir d’appliquer la mort à nos tendances, à notre moi, si nous ne voulons pas que l’ennemi soit plus fort que nous.

Les chutes ne se produisent pas en un jour. Elles sont le fruit d’endurcissements progressifs et, un jour, le chrétien est emporté. Mais il y a parfois un état de sommeil. Nous sommes heureux d’aller au ciel. Nous avons raison. Mais Dieu nous offre le ciel aujourd’hui, dans notre vie, dans ce monde. Et c’est ainsi que nous pouvons L’honorer et montrer que nous L’aimons, en ayant faim et soif des choses du ciel, au lieu d’avoir un tel appétit pour les misérables choses de la terre. Que de fois nous avons chanté : «Ta présence est le bien suprême», sans le réaliser. Quelle grâce de savoir qu’il y a au moins Quelqu’un qui soit toujours vrai et toujours fidèle !

Que la grâce et la paix soient toujours avec nous, pour toute notre carrière chrétienne !

Dieu attache une très grande importance à la carrière d’un chrétien. Qu’il nous accorde d’en faire autant !

 

3   La conquête du pays de la promesse — Josué 1:1-9 ; 5:2, 9-15 ; 7:1, 5-13, 25-26 ; 8:1, 9-10 ; 9:3-6, 14-16 ; 10:7-8, 11-15, 24-26, 28-43 ; 11:18-19 ; Juges 1:34-36 ; 2:16

 

[LC n° 17]

29 novembre 1953

 

Nous savons tous — nous l’avons souvent entendu — que le livre de Josué nous présente ce qui correspond, dans le Nouveau Testament, à l’épître aux Éphésiens, le Jourdain nous représentant la frontière qui sépare le pays de la promesse de ce qui n’est pas le pays de la promesse ; géographiquement, qui sépare le désert du pays de la promesse. Moralement, pour nous aussi, le Jourdain, c’est le fleuve de la mort, que le peuple a traversé pendant que l’arche se tenait au fond du fleuve. L’arche était là, et dresse les eaux du Jourdain. C’est ce que nous avons dans ce livre. Et, pendant que l’arche est là, que les sacrificateurs sont là, leurs pieds sur le fond du Jourdain, le peuple passe. Et, de l’autre côté, c’est le pays de la promesse.

Ceci est une figure de l’entrée dans le pays de la promesse qui, pour les chrétiens, n’est rien moins que le ciel. Par la foi, nous entrons dans le ciel, et nous entrons dans les lieux célestes, par la mort. Nous trouvons cela exactement, dans l’épître aux Éphésiens : «Nous étions morts dans nos fautes et dans nos péchés» (2:1). Alors nous voyons que Dieu nous a fait asseoir dans les lieux célestes dans le Christ Jésus (Éph. 2:6). C’est le livre de Josué. Et le livre de Josué, comme toute l’Écriture, a été écrit comme type des choses qui nous concernent, afin que nous recevions, par ces choses historiques, instruction pour nous-mêmes (1 Cor. 10:11). Ce livre de Josué nous montre un peuple qui est entré dans la mort, et qui est sorti de la mort.

Redisons-le donc, encore une fois, comme il est toujours nécessaire d’y revenir. L’histoire morale de chacun de nous — histoire quotidienne — montre qu’il est indispensable que nous revenions aux grandes lignes de la vérité, et que nous y revenions dans la réalisation des détails de la vie de tous les jours. C’est ce qui fait que la vie chrétienne est à la fois élémentaire, simple, et très grande ; élémentaire et simple, parce qu’elle se relie, dans le cadre dans lequel nous nous trouvons, avec tous les hommes ; très haute et élevée, parce que les motifs, les éléments, qui la nourrissent et la gouvernent, sont d’ordre divin.

Un chrétien, en apparence, extérieurement, pour un oeil humain, ne diffère pas beaucoup d’un autre homme ; sauf que l’oeil humain peut être frappé d’un cachet — et il devrait l’être pour nous tous — moral, formé de bien des caractères plus ou moins fondus, qui doivent distinguer même un chrétien d’un autre homme. Mais la vie ordinaire d’un chrétien est remplie des vicissitudes qui constituent la vie d’un homme, dans ce monde. Quelle est sa grandeur ? Est-ce que la grandeur de notre vie chrétienne réside dans les exploits que nous sommes appelés à accomplir ? Aucunement ; ou, en tout cas, pas des exploits visibles. On peut même dire que le Seigneur a fait des miracles. Alors là, il y avait une manifestation spéciale de puissance. C’était le déploiement de puissance dans un homme, le plus humble des hommes, le plus effacé des hommes, le plus fidèle, dans tout ce qu’il avait à faire. Les disciples aussi ont fait des miracles. Et il y avait un déploiement de puissance divine dans des hommes qui étaient simples : l’un était autrefois un pêcheur ; un autre, un savant appelé apôtre, et, de temps en temps, il faisait des tentes. Il n’y a rien, dans ce qui gouverne un chrétien — et de tout pays qu’il soit — qui lui fasse méconnaître la réalité de la vie courante, les devoirs de la vie courante. Seulement, la grandeur de la vie chrétienne, l’incomparable grandeur, la grandeur qui ne peut pas ne pas se manifester là où il y de la piété, n’est pas dans l’éclat des gestes faits, des actes accomplis, dans le spectacle qu’ils peuvent offrir aux yeux des hommes. Mais elle est dans la profondeur, la pureté et la puissance, des motifs qui les font accomplir.

On a pu même dire — et combien c’est vrai — que le Seigneur, sur la croix, dans sa mort, dans l’accomplissement de sa mort, a offert, dans cet acte suprême, le plus glorieux, le plus merveilleux, et alors le plus efficace, de ce qui a jamais pu être accompli. On a pu dire que, dans l’accomplissement de cette mort volontairement acceptée, dans ce que le Seigneur a fait, il n’y avait pas de trace d’héroïsme. Il n’y a pas trace d’héroïsme, dans la vie chrétienne. Ce n’est pas un élément qui constitue la vie chrétienne. C’est-à-dire que l’héroïsme, c’est l’effort que fait un homme (comme l’enseignent les sages de tous les temps ; ils enseignent les hommes à sortir d’eux-mêmes, par une sorte de sursaut d’énergie, et à se montrer supérieur à ce que l’homme est, et à sortir du niveau médiocre, du niveau humiliant, de l’humanité). Il n’y a pas d’héroïsme, dans la vie chrétienne, aucunement. Il n’y a pas tellement trace de cela. Si nous cherchons cela, c’est la chair qui le cherche.

Qu’est-ce que nous trouvons donc, dans la réalisation de cette vie divine ? Comme nous l’enseigne le Nouveau Testament, et en figure ce que nous avons lu, qu’est-ce qui fait qu’elle est grande, tout en étant simple, élevée, profonde, tout en étant vécue dans le cadre de ce que nous faisons tous les jours, les uns et les autres, pour gagner notre vie ? Qu’est-ce qui fait que la vie chrétienne est une très grande chose, qu’un chrétien, s’il est fidèle, ne peut pas ne pas être revêtu de grandeur ? Ce n’est pas parce qu’il sort de lui-même et que, par un effort exceptionnel et remarquable, il cherche à sortir de lui-même. Mais c’est tout l’inverse. C’est parce que Dieu est en lui. Voilà le secret de toute notre vie chrétienne à tous, nous qui sommes chrétiens. Dieu était en Christ : «Celui qui m’a vu, a vu le Père» (Jean 14:9). Dieu était en Christ. Dieu doit se voir en chaque chrétien. Si Dieu ne se voit pas, aucun effort, aucune éducation chrétienne, aucune influence quelle qu’elle soit, aucun effort pour sortir de soi, ne réussira, pour un chrétien, à faire qu’il manifestera ce que Dieu seul peut manifester en lui. Un chrétien, c’est quelqu’un en qui Dieu est et doit se manifester. Y a-t-il rien de grand comme cela ? C’est incomparable, inimitable. Nous le chantons : «Modèle inimitable…». Mais la vie qui était en Jésus, c’est la nôtre. Et alors, chers amis, quelques mots sur ce que nous avons lu, qui nous donne quelques-unes des conditions pour que ce soit réalisé. Nous le sentons tous — nous le redisons souvent ici. Mais il faut penser que chacun de nous le sente beaucoup plus qu’on ne le lit, parce que c’est la vie de tous les moments. Est-ce que j’ai Dieu avec moi ? Est-ce que je jouis de Dieu avec moi ? Est-ce que Dieu se manifeste en moi ? Je n’ai pas besoin de me sonder, pour cela. Mais voilà la vie chrétienne : Dieu dans un homme.

Et c’est ce que nous avons lu, au moment où le peuple entre dans le pays de la promesse, en traversant le Jourdain, de même que nous sommes entrés dans le Jourdain en traversant la mort. Le passage du Jourdain, c’est le croyant mort avec Jésus. La Pâque, c’est Jésus qui est mort pour le croyant. Au Jourdain, c’est le croyant qui est mort avec Jésus. Et il passe de l’autre côté du Jourdain, image de la résurrection, et même, on peut dire, de l’ascension.

Dieu dit à Josué : Voilà le pays. Il donne les frontières jusqu’à l’Euphrate, jusqu’à l’Égypte. Jamais le peuple n’a eu tout cela. Il n’a pas eu la force de le faire. Voilà ton pays ; voilà les frontières. C’est le premier point. Cela aura lieu plus tard. Mais, deuxième point : Tout lieu que foulera la plante de votre pied sera à vous. Voilà les frontières de votre pays. Mais votre pays, pratiquement, ce pays, n’est à vous que dans la mesure où vous mettez le pied sur lui. Le point que votre pied atteint, c’est le territoire qui est à vous. Celui qui est au-delà de l’endroit où votre pied s’est posé n’est pas à vous. Pratiquement, les choses de Dieu ne sont à nous que lorsque nos coeurs les ont saisies. Et alors, nous trouvons là la différence entre avoir une connaissance extérieure des frontières, et avoir fait la conquête. Il y a une grande différence. On dirait à n’importe lequel d’entre nous, même jeune chrétien : Quels sont les éléments du christianisme et de la doctrine chrétienne ? Il répondra généralement d’une façon très juste. Mais on nous demanderait ensuite : Qu’est-ce que vous en réalisez, de cela ? On demande à quelqu’un : Vous êtes sauvé ? Oui. Vous irez au ciel ? Oui. Et dans quelle mesure réalisez-vous le ciel maintenant ? Voilà l’autre côté, l’autre face. Or, c’est ce côté-là qui intéresse Dieu, le Seigneur, et qui, pratiquement, nous intéresse, parce que c’est cela, pour nous, être chrétien. C’est triste, si nous disons : Je serai chrétien au ciel. Il n’y aura plus de chrétiens, au ciel, dans le sens où nous le sommes sur la terre. Il n’y aura plus de témoins, au ciel. C’est sur la terre qu’il y a des chrétiens témoins, des chrétiens combattants, des chrétiens soldats de Jésus Christ. Dans le ciel, ce sera fini, heureusement. Il n’y aura plus de combats, plus d’adversaires, plus de corruption, plus de ce mensonge qui a ravagé ce pauvre peuple. Au ciel, on est chez soi. Et si on n’est pas chez soi, alors là, nous sommes repris, certainement tous, quand la Parole nous dit : Comment sommes-nous chrétiens pratiquement ? Où est le point que notre pied a atteint ? Sur quel point s’est-il posé ? Peut-être la plupart d’entre nous sommes restés au bord. Le Jourdain est franchi. Et encore, il y en a peut-être beaucoup qui n’ont pas franchi le Jourdain ; qui sait ? Ou bien la Pâque a passé sur eux. Ils le savent, et ils sont dans le désert à la Pâque. Ils ont franchi la mer Rouge, et sont dans le désert.

Le christianisme, c’est quoi ? Du désert, rien que du désert. C’est triste, si on n’a que le désert ; c’est très triste. Voilà pourquoi les gens du monde nous disent : Vous êtes plus malheureux que tous les hommes. L’Égypte est plus heureuse que les gens qui habitent dans le désert, mais moins que ceux qui sont dans Canaan, qui vivent dans un pays ruisselant de lait et de miel. L’Égypte peut faire envie à quelqu’un qui n’est pas sorti du désert, qui n’a rien que le sable. Il y avait les poireaux, les concombres. Mais il y avait le Pharaon. On l’oublie (il y avait le diable ; on l’oublie). Mais si on jouit du pays ruisselant de lait et de miel, si on compte sur lui, l’Égypte ne fait pas envie.

Nous l’avons déjà dit, nous sommes à la fois dans le désert et dans le pays de Canaan ; le désert, parce que tout le monde y connaît les expériences et a à apprendre les leçons du désert ; mais notre coeur peut entrer au ciel. C’est ce que nous sommes invités à faire. Est-ce que nous sommes diligents pour réaliser notre prise de possession du ciel ? Lisons l’épître aux Éphésiens. Est-ce que nous sommes diligents ? Il faut peu de choses, pour que le ciel n’intéresse pas, très peu de choses ; un petit détail, et le ciel est fermé ; un manque de vigilance, et le ciel perd sa saveur. Si on trouve une apparente verdure, dans ce monde, on s’y arrête ; et on s’aperçoit ensuite que c’est le sable. Et les chrétiens sont mécontents. Ils se plaignent de Dieu, de tout le monde, des autres. Dieu dit à Josué : Tout lieu que foulera la plante de ton pied est à toi. Il est probable que nous avons encore des conquêtes à faire. Il y a peut-être des chrétiens qui font de grandes conquêtes, dans ce monde. Et, quand ils entreront là-haut, ils n’auront rien. Tandis que, si un chrétien est exercé par la prière, par la Parole, à vivre avec le Seigneur, il comprend le ciel beaucoup mieux. Des chrétiens disent : Je ne comprends pas bien l’Écriture. On la lit une fois par semaine ! Prenons le moindre livre technique, n’importe lequel, pour exercer n’importe quelle profession. Prenez votre ouvrage, le livre nécessaire pour exercer votre profession. Lisez-le une fois par semaine. Vous verrez comment vous réussirez, dans votre travail ! Contentez-vous de le lire une fois par semaine et à la hâte, et dites : Maintenant, je passe à autre chose.

Le coeur s’engage, les affections s’engagent, dans la mesure toujours croissante où on s’occupe des choses de Dieu. Un livre s’ouvre ; c’est une merveille, les passages dans lesquels on ne trouvait rien. Dieu révèle une profondeur de pensée, une source de bénédiction, de rafraîchissement, de force. On trouve Dieu là où on ne trouvait que des versets, des expressions. On trouve Dieu. On a Dieu, de l’instruction, de la force, de la répréhension.

Chers amis, eh bien, voilà comment il faut prendre possession du pays. Et puis, ce qu’il y a de très intéressant, c’est que tout le monde peut en faire la conquête toute entière. Il n’y a pas de conflit de prise de possession. Tout le monde peut la faire. Est-ce que nous faisons des progrès, dans la connaissance de ce pays d’en-haut ? Est-ce qu’il remplit notre coeur ? Est-ce qu’il nous remplit de joie ? Chers amis, oh, il ne s’agit pas d’une joie dite, de parler de joie ! Il faut l’avoir dans son coeur, dans sa vie, tous les jours, la joie que Dieu donne. Alors on peut faire son travail. Mais on le fait en passant. On travaille ailleurs ; on va ailleurs ; on acquiert ailleurs.

Voilà Josué. C’était pénible pour tous, la mort de Moïse ; un homme comme il n’y en a pas un autre, très doux, plus doux que n’importe lequel de ceux qui étaient sur la surface de la terre (Nomb. 12:3). Il avait appris la douceur, la patience. Il n’en avait pas, au commencement, quand il a tué (Ex. 2:12). Pour partir, il a tué un homme. Moïse est parti. Et alors, Dieu dit : Moïse n’est plus. Et Josué aurait pu être découragé : Qu’est-ce qui va arriver ? Dieu reste. Josué avait été préparé. Les hommes passent ; Dieu reste. Même les serviteurs de Dieu passent ; Dieu reste. Un serviteur disparu, en voilà un autre qui était tout prêt. Dieu n’avait rien dit, pour Josué. On le voyait poindre depuis longtemps. Dieu vient encourager Josué, et vient lui dire : Ne crains pas ; ne crains pas. Est-ce que Dieu vient nous dire : Ne crains pas ? Entendons-nous ? Notre coeur a-t-il une oreille pour entendre ces paroles de Dieu : Ne crains pas ? Qui doit-on craindre ? Dieu. Ne crains pas, dit Dieu. Il y a à craindre vis-à-vis de notre propre coeur, qui nous mène par où nous disons que nous ne voulons pas aller. Mais où nos pieds vont, notre coeur est allé d’abord. Il y a à craindre le diable, qui aura fait du mal, qui fait du mal au peuple chrétien, aujourd’hui ; quel mal !

Mais Dieu dit : Ne crains pas ; j’ai été avec Moïse, je serai avec toi. Attention, la confiance d’un homme de Dieu n’est pas passive, mais active. Et Dieu dit : Ne crains pas ; mais que ce livre de la loi ne s’éloigne pas de ta bouche, et médite-le jour et nuit ; ne t’en écarte ni à droite ni à gauche.

«Médite-le jour et nuit» : nous méditons la Parole de Dieu, chers amis, un peu tous les jours. Nous lisons la Parole de Dieu. Voilà ce que ce passage nous dit : «Médite-la jour et nuit… ne t’en écarte ni à droite ni à gauche… fortifie-toi et sois très-ferme… sois ferme». Comment peut-on être très-ferme, pour un chrétien ? Est-ce un homme qui est ferme, qui est violent, qui affirme avec violence sa volonté ? C’est un pécheur qui fait cela. Quand est-ce qu’on peut être très-ferme, selon Dieu ? Quand on est avec Dieu. Et quand est-ce qu’on est avec Dieu ? Quand on prie, qu’on lit la Parole, qu’on réalise la communion avec Dieu. On est tranquille ; on est très ferme ; on voit clair. Quelqu’un qui n’est pas ferme, d’abord, il peut hésiter. Il peut vaciller, parce qu’il est soumis à toutes sortes de choses. Et il ne voit pas son chemin. Pourquoi ? Parce qu’il y a trois ou quatre voix qui lui parlent en même temps. Alors on n’entend pas. On ne sait pas ce qu’il faut faire. On est tiraillé par trois ou quatre influences. On ne peut être ferme.

Être ferme, c’est entendre la voix de Dieu, écouter sa voix, entendre et écouter ce qu’il dit. «Parce qu’il est à ma droite je ne serai pas ébranlé» (Ps. 16:8). Il faut être ferme avec Dieu de la même façon. J’entends une voix ; je n’entends pas la voix d’un étranger ; j’entends la voix du bon Berger. On n’est pas faible ; on n’hésite pas. Et, d’autre part, on n’a pas peur.

Un chrétien qui n’est pas avec Dieu a peur. Il a peur des autres, des conséquences, de déplaire au monde, de déplaire à tel ou tel. Quand nous marchons avec Dieu, on n’a pas peur. Nous n’hésitons pas ; nous n’avons pas peur.

Je me rappelle un serviteur de Dieu qui savait ce que parler voulait dire, lorsqu’il s’agissait d’être fidèle au Seigneur. Et il savait ce que cela coûtait. Il répondait une fois à quelqu’un : Mais si vous faites ceci, les conséquences, l’avenir ! Il y a un avenir, pour le chrétien : la gloire de Dieu. Une seule chose compte, la gloire de Dieu, dans ce qu’on fait au moment même, et pour toutes les conséquences, l’avenir ; la gloire de Dieu.

Est-ce que nous nous appliquons, chers amis, à nous fortifier, à être fermes, et à être très fermes ? Nous le savons, il faut être énergiques, non pas d’une énergie naturelle. Cette énergie, il faut que Dieu la brise, une fois ou l’autre. Il ne se sert pas de l’intelligence de l’homme. Le cheval n’est pas utile à Dieu (c’est une image) ; les jambes de l’homme non plus. Dieu se sert d’un homme brisé. Oh, qu’il nous tienne brisés ! Dieu ouvre son chemin ; très bien. Il le ferme ; très bien. Un homme ferme est tranquille. Voilà l’homme énergique. L’exemple, le type, du chrétien énergique, c’est Paul. Un homme énergique, ferme, c’est un homme qui a un seul but : suivre Dieu dans ses voies. Si nous voulons plaire à beaucoup d’hommes avant de plaire au Seigneur, nous serons inconstants dans toutes nos voies (Jac. 1:8). Il est ajouté «comme l’eau de la mer». Paul, on pouvait l’avoir connu trente ans avant, et le retrouver après : on trouvait le même homme, mûri davantage. Il aurait eu davantage de marques sur lui, sur ses mains, sur son dos. On m’a outragé beaucoup depuis que je ne l’avais pas vu ; que d’outrages ne m’a-t-on faits ? C’était le même chemin, le même service, le même but devant lui. Que Dieu nous accorde que la fin de notre vie soit le terme d’une marche orientée dans le même but. Que Dieu nous accorde cette grâce et cette gloire pour lui.

Ensuite, ah, chers amis, ce sont de petites choses qui font la vie divine, la vie d’un homme ! Ce sont les petites influences, l’absence de l’influence divine vécue, réalisée, et de la fermeté qu’elle donne, qui font qu’un homme chrétien est soumis à de fortes influences, qui l’emportent.

N’allons pas dire qu’un chrétien mondain est plus heureux qu’un chrétien qui se promène en long et en large dans le pays de la promesse. Ce n’est pas vrai. Il nous arrive d’aller nous promener un peu partout, par le coeur et par la pensée. Qu’est-ce qu’il faut ? Que nous revenions. J’ai perdu du temps, et j’ai été bien malheureux.

La coupe de la joie que Dieu donne est pleine ; elle déborde.

Voilà, ce que Dieu dit à Josué, c’est qu’il y a un gros travail à faire, et immédiatement. Il y a plus qu’un travail ; il y a la guerre. Nous trouvons ensuite que, Dieu ayant parlé à Josué, Josué parle au peuple. Nous savons d’abord qu’avant d’avoir rien fait, il leur parle. Mais, le Jourdain franchi, avant de livrer aucune bataille, avant qu’aucun acte extérieur soit accompli, Dieu fait un travail intérieur. Dieu travaille en nous avant de travailler par nous. Dieu travaille toujours en nous.

Voilà par où commence la guerre. Et qu’est-ce que Dieu fait en nous ? Quel est le travail que Dieu fait en nous, pour que la guerre puisse être entreprise, vis-à-vis de ce qui est les Amoréens, etc. ? Qu’est-ce que Dieu fait ? Quel est le travail ? Qu’est-ce qu’il applique ? La mise de côté de tout ce que le peuple était par nature ; la mise de côté des sentiments, la mort, Guilgal. Rappelons-le, la mort. La mort en soi n’est pas la puissance. On l’a dit ; c’est tout à fait juste. En soi, la mort n’est pas une puissance. Mais elle est la condition pour que la puissance de Dieu soit là. Et où un homme vit avec sa volonté, son énergie naturelle, il n’a pas toujours Dieu pour lui, mais Dieu contre lui. Voilà pourquoi Guilgal. Nous avons vu la circoncision, la mort. Guilgal veut dire roulement : J’ai roulé de dessus toi l’opprobre de l’Égypte. Voilà un peuple qui avait le caractère de l’Égypte. À partir de ce moment-là, c’est un peuple sur lequel la mort a passé. C’est une figure. Nous sommes morts avec Jésus, et pratiquement, pour avoir la puissance de Dieu avec nous, dans notre vie. Un frère, une soeur, un père de famille, dans sa vie de tous les jours (qui n’est pas facile, très éprouvante, pleine de charges, de soucis, d’exercices de conscience et de coeur), a besoin de quoi, pour être chrétien ? Là comme ailleurs, quel est le secret de la force, pour jouir de Dieu, dans l’accomplissement de ce qui est tout à fait ordinaire, et dans lequel Dieu nous laisse ? Premièrement, de la mise de côté de nous-mêmes, de la mort. Guilgal est toujours là. C’est la mise à mort de ce qu’est l’homme naturel dans sa volonté et ses convoitises.

Voilà un guerrier de Dieu. C’est donc un homme qui est d’abord bien mort. Dieu, au lieu de nourrir l’énergie naturelle de l’homme, des chrétiens, la nôtre, commence par la détruire, et nous donne une autre énergie, qui est l’énergie spirituelle du Saint Esprit en nous. Oh, combien c’est vrai, chers amis, et profond ! Nous faisons tous l’expérience que, quand nous voulons même aider Dieu, Dieu est obligé de nous dire : Tu pèches ; tu désobéis. Et plus nous sommes heureux et plus nous sommes forts, plus Dieu nous brise. Et sa puissance s’accomplit ainsi dans notre faiblesse réalisée, et la puissance de Dieu remplit le vase que Dieu a commencé par vider. Cette expression, nous l’avons entendue depuis longtemps par nos devanciers et frères anciens que nous avons connus : vidé de soi-même, vidé de tout, vidé ! On comprend cela, en prenant de l’âge. Et quelle profondeur de vérité morale se trouve dans ce simple mot qui, d’ailleurs, se rattache à la vraie doctrine chrétienne : être vidé de soi. Oh, chers amis, c’est la perfection, la perfection pratique ! Le moi du chrétien, ce moi que Dieu reconnaît, c’est Christ. Le nouveau moi du chrétien, c’est Jésus : «Je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi» (Gal. 2:20). Le chrétien a changé de moi. Non seulement il a la vérité éternelle, pour ainsi dire. Mais il y a ensuite la réalisation quotidienne. Voilà l’application de la mort, Guilgal. Nous l’avons vu ; nous l’avons signalé ; chacun le sait. Et Josué retourna dans le camp à Guilgal. Pour quoi faire ? Pour reprendre contact avec cet état moral de choses où l’homme est mis de côté, et où Dieu se met au service des siens. Quel bonheur ! Que Dieu nous accorde cela !

Ensuite, nous trouvons à Guilgal qu’un homme se présente avec une épée nue dans sa main. Ce n’est pas une épée dans son fourreau, mais nue dans sa main. Une épée nue dans la main d’un homme de guerre, cela ne veut pas dire qu’on va se promener. Cela signifie que des choses sanglantes vont se produire, des combats sanglants vont se livrer, une lutte à mort. C’est vaincre ou mourir, comme on dirait parmi les hommes. On est vainqueur ou on est mort. Évidemment, il n’y a pas de moyen terme. On ne peut pas traiter avec les ennemis qu’on va rencontrer. Il n’y a pas d’alliance possible. On est contre eux jusqu’à la mort. Ou on sera avec eux, mais contre Dieu, jusqu’à la mort. Pas d’alliance possible : c’est ce que le peuple de Dieu a oublié. La fausse charité, qui épargne la chair pour ne pas épargner Dieu, conduit le peuple aux défaites et aux humiliations les plus sanglantes. Qu’est-ce que cela veut dire ? Avec qui ne pouvons-nous pas traiter ? Avec qui est-il impossible que le chrétien traite ? Avec les puissances spirituelles de méchanceté qui sont dans les lieux célestes (Éph. 6:12). Notre lutte n’est pas contre le sang et la chair, mais contre le diable ; et c’est ainsi. Voilà la lutte. On ne traite pas. Et le diable se sert de toutes sortes de choses. Nous n’entendons pas le diable parler. Nous ne voyons pas de démons, comme autrefois on le trouvait. Mais il emploie les mêmes moyens. Alors là, il n’y a pas d’alliance, aucune. Le Seigneur nous conduit à un combat sans merci. Celui qui n’est pas vainqueur est éliminé ; et nous savons ce que cela veut dire. Nous ne traitons pas. Voilà pourquoi nous trouvons ensuite une trahison. Il y a deux trahisons, dans ce que nous trouvons là, ou plutôt une.

La trahison d’Acan est une véritable trahison : l’entrée d’un interdit parmi le peuple de Dieu. Celui qui en est coupable est un traître. Voilà un peuple anathème. Et voilà un peuple qui a le Jourdain derrière lui, et les Cananéens devant lui. Il faut qu’il y ait Dieu à tout prix avec lui, ou c’est un peuple perdu — et de la façon la plus sanglante qui soit. De même avec nous : si nous n’avons pas Dieu avec nous dans la position chrétienne, le témoignage chrétien, nous sommes battus complètement. Nous ne pouvons pas être des chrétiens pour Dieu sans Dieu. Et Dieu est avec nous si Guilgal est réalisé, la mise de côté de nous-mêmes, et s’il n’y a pas d’interdit, comme nous le trouvons pour Acan. Qu’a pris Acan ? Pas grand chose. Il a désobéi à Dieu. Il a pris un manteau, un peu d’or. Il a caché tout cela. Personne ne l’a vu, ni Josué, ni personne. Il a dû le faire avec les siens : ils sont tous lapidés. Ils ont dû faire cela de connivence entre eux. Ils ont été très habiles. Mais un homme les a vus, un. Et Josué apprend cela. Comment ? Dieu le lui dit-il ? Non. Comment l’apprennent-ils ? Par les faits eux-mêmes, par une défaite à une petite ville, Aï, rien du tout ! Et ils sont battus, alors que Jéricho est tombée. Alors Josué, qui était un homme de Dieu et comprenait toutes choses, sait ce que cela voulait dire. Instantanément, il a le sentiment du drame, et que vraiment cette situation est terrible, qu’il y a un fait grave, de première gravité, qui s’est passé dans le camp. Alors nous voyons ceci : Dieu n’est pas avec eux. Il dit, avec raison : Pourquoi nous as-tu fait monter là, si tu ne nous conduis pas ? Pourquoi sommes-nous en défaite ? Oh, qu’ils aillent dans le monde, ceux qui veulent le monde et qui l’aiment ! Qu’ils y restent ! Ils ne peuvent pas avoir le monde avec eux, parmi le peuple de Dieu. On ne peut pas ; on apporte de l’interdit. Pour être le peuple de Dieu, livrer les combats de Dieu, faire face à la puissance du diable, qui veut à tout prix barrer, au peuple de Dieu, la route des joies célestes, il ne faut pas les éléments mondains qui restent là. Il y a ainsi des possibilités chrétiennes, aujourd’hui, à la fin de l’Église chrétienne. Mais, pour le témoignage du Seigneur, il faut des coeurs décidés, fermes, remplis de Jésus, qui cherchent leur joie auprès de Jésus, et des coeurs exercés. Que Dieu nous accorde cela, chers amis.

Acan était un traître. Acan, pour un peu d’or, pour un manteau, n’a pas reculé devant le fait de risquer toute la vie du peuple, puisque Dieu dit : Il y a de l’interdit ; je suis contre vous. Il est davantage contre son peuple, quand il y a de l’interdit, qu’il ne l’est contre le monde. Il se serait mis contre son peuple en laissant les Égyptiens bien tranquilles. Quelle leçon ! Que Dieu nous accorde de ne jamais oublier que le premier des caractères, le plus essentiel des caractères, du peuple de Dieu, c’est la sainteté. C’est le premier, le plus constant, le plus invariable, ce à l’égard de quoi Dieu est le plus exigeant. Il ne change pas. Et quelqu’un qui favorise ce manque de sainteté, de séparation, de jugement et de purification, du peuple, est un traître.

Acan et tous les siens y ont passé.

Nous trouvons ensuite Gabaon, et une autre faute. Mais là, Josué a manqué, comme peut-être aussi il avait manqué pour Aï. Car, en lisant beaucoup l’Écriture, et de près, on y découvre beaucoup de choses. Pour Aï, on voit qu’après l’échec sanglant, Josué inspecte le peuple. Il n’avait pas dû le faire avant. Et il aurait dû le faire de bon matin.

La négligence suit souvent un succès comme celui de Jéricho. C’est la porte ouverte aux défaillances.

Pour les Gabaonites, ils n’ont pas consulté la bouche de l’Éternel. Les Gabaonites viennent, racontent une histoire. On en a tant raconté, depuis, des histoires. Mais, au lieu de consulter l’Éternel, on essaie, pour la paix, sans doute. Voilà, on traite avec eux ; et on donne un serment de paix. Immédiatement, on découvre la supercherie. Et cette faute de Gabaon fut plus grave que celle d’Aï. On a manqué de consulter Dieu. On a traité alliance avec des éléments qui n’étaient pas avec le peuple de Dieu. Celui qui n’est pas avec moi est contre vous. Ceci ne veut pas dire que nous devons souhaiter du mal à qui que ce soit ; absolument pas. Nous souhaitons le bien du pauvre pécheur, du plus grand ennemi du peuple de Dieu. Nous souhaitons son bien. Le Seigneur dit : «Priez pour ceux qui vous persécutent» (Matt. 5:44). Lorsqu’il s’agit du témoignage du Seigneur, de la vérité divine, nous n’avons pas de pacte à signer. Ce n’est pas possible. L’homme, quel qu’il soit, s’il n’est pas pour Dieu, est contre Dieu.

Ce n’est pas la peine de le proclamer, comme nous le disons si souvent au culte, et de faire l’inverse. Un homme, quel qu’il soit, s’il n’a pas la vie de Dieu, est un ennemi de Dieu et des enfants de Dieu. C’est une question, non pas de caractère, mais c’est une question de nature. «Par ceci sont rendus manifestes les enfants de Dieu et les enfants du diable» (1 Jean 3:10). Ce n’est pas nous qui disons cela. Voilà un langage clair.

Et alors, pour le peuple de Dieu, témoignage du Seigneur, pour les combats de Dieu, nous ne pouvons avoir Dieu avec nous que lorsque ce qui est de Dieu est avec nous, et que nous veillons à la mise de côté de soi-même, chacun pour soi. Ceci est vrai pour tous les frères et soeurs.

Dieu encourage encore Josué, plus loin. Voilà des rois : Mettez les pieds sur les cous de ces rois. C’est le peuple qui a Dieu avec lui. Ces rois étaient terribles, pour la chair. Ils avaient peur, ces Israélites, devant toutes ces villes murées jusqu’au ciel. Dieu les réconforte. «Celui qui est avec nous est plus grand». Le diable, les gens du monde, emploient des armes que nous ne pouvons pas employer. Pour nous, la grande arme de l’arsenal que nous avons, c’est la mort. Si nous nous mettons de côté nous-mêmes et réalisons cela, nous sommes heureux, et nous avons Dieu avec nous. Il nous dit : Mettez vos pieds sur le cou de ces rois. «Nous sommes plus que vainqueurs…» (Rom. 8:37-39).

Celui qui est ainsi est plus que vainqueur en celui qui nous a aimés.

Que Dieu nous donne d’être plus que vainqueur à la gloire de celui qui est le grand vainqueur de la mort, et dont le peuple qui suit est un peuple qui devrait chanter, et non pleurer ; chanter la gloire, au lieu d’être un peuple mondain ; avoir des chants dans le désert et dans le pays. La première des choses, chanter à la gloire de Dieu qui a brisé nos chaînes, qui a fait des chrétiens un peuple qui soit libre au monde. La seule liberté qui soit pour l’éternité, c’est la liberté que Dieu donne par l’oeuvre de Jésus, qui non seulement est mort pour nous sur la croix, mais pour nous délivrer de la puissance de la chair, de la puissance du diable. Voilà la vraie liberté que Dieu reconnaît. Qu’il nous donne d’en jouir profondément. Et, qu’étant libres, nos coeurs soient des vases remplis de reconnaissance. Qu’ils fassent retentir le désert de chants à la gloire de Dieu et de celui qui a fait l’oeuvre par laquelle Dieu est glorifié.

Y aurait-il quelqu’un qui gémirait sous quelque esclavage ? Qu’il s’adresse à Dieu, demande à Dieu de le délivrer, de le remplir de joie, de force. Y aurait-il quelqu’un qui ne serait pas converti ? Qu’il s’adresse à Dieu. Dieu donne aussi le salut, encore aujourd’hui.

 

4   La Pâque, mer Rouge, Jourdain, Guigal, Bokim — Exode 12:7, 12, 13 ; 14:21-25, 27-29 ; Josué 4:15-19 ; 5:4-7, 9, 13-15 ; 10:15 ; Juges 2:1-5

 

[LC n° 2]

8 février 1948

 

Le premier passage que nous avons lu concerne la nuit de la pâque : c’est la première rencontre avec Dieu du peuple qui est encore en Égypte ; c’est le premier contact, pour ainsi dire, avec Dieu.

Si Dieu doit arracher son peuple à l’Égypte, c’est-à-dire au monde, et si Dieu doit juger le monde, il ne peut pas ignorer le péché de son propre peuple. Les Israélites qui étaient en Égypte n’étaient pas en meilleur état que les Égyptiens. Si Dieu sortait de sa demeure pour rencontrer le péché, il le voyait tout d’abord dans son propre peuple. Dieu ne peut pas attirer à lui un peuple couvert de péchés. Et c’est pourquoi, avant de le libérer, avant de l’arracher au monde, il règle le sort de ce peuple devant lui ; et, avant d’intervenir pour faire sortir son peuple, il règle la question plus importante des rapports du peuple avec lui, question plus importante que la délivrance vis-à-vis du monde, qui n’est pas la première chose. La première chose, c’est de régler ses rapports avec Dieu. Il est très fréquent qu’on voie l’ordre des choses renversé, même dans l’enseignement, et souvent, on oublie que le premier de nos devoirs, c’est celui qui consiste à avoir affaire à Dieu. C’est avec Dieu que notre situation doit être, avant tout et en tout premier lieu, réglée.

Un homme du monde se soucie peu de Dieu ; un chrétien mondain, pas beaucoup. Plus un chrétien craint Dieu, plus il fait intervenir Dieu en tout premier lieu, les frères après ; le monde après.

Puisque Dieu doit prendre le peuple à lui, il faut qu’il abrite son peuple. Si Dieu est un juge, il commence par l’être pour son propre peuple, si le peuple n’est pas couvert ; c’est pourquoi Dieu lui-même donne l’abri à son peuple en instituant la Pâque.

Il a fallu beaucoup de foi, pour faire la Pâque : Hébreux 11 souligne la foi de Moïse. Comment le sang d’un agneau égorgé, le sang placé sur les poteaux et le linteau de la porte, peut-il arrêter le jugement de Dieu ? «Par la foi, il a fait la pâque» (v. 28).

Est-ce que tout le monde ici est à l’abri du sang de Christ ? Le sang de Christ n’est pas une religion. Le sang de Christ représente le sacrifice expiatoire de Christ, le fait que Christ a porté nos péchés en son corps sur le bois — les péchés de ceux qui croient. La Pâque nous présente donc le fait que Dieu sort de sa demeure pour juger, et il frappe le monde en frappant les premiers-nés du pays d’Égypte. C’est pourquoi le premier-né des fils d’Israël appartenait à Dieu, et les lévites ont remplacé les premiers-nés d’Israël.

La seconde scène qui nous parle de la croix de Christ, c’est celle où nous voyons que la puissance du Pharaon est brisée. Le chef de ce monde poursuit le peuple de Dieu avec toute sa force ; et c’est la traversée de la mer Rouge qui, d’un côté, est la délivrance à travers la mer pour le peuple de Dieu et, de l’autre, est la condamnation pour le monde et pour son chef.

À la croix de Jésus, la puissance du monde et du chef de ce monde a été brisée. Le monde, le chef de ce monde, qui est Satan, ne peuvent plus rien contre le peuple de Dieu. Quelqu’un qui a cru, quelqu’un qui est à Christ, le monde ne peut pas lui ôter ce que Dieu lui a donné. Dieu compte cet homme parmi son peuple. Il y aurait évidemment beaucoup de choses à dire sur toutes ces vérités.

Les eaux ont été un mur à leur droite et à leur gauche, image de la mort qui condamne et qui engloutit sans rémission ce qui est dans le monde. Le monde et les choses qui y sont, les sages, les philosophes, les moralistes, les hommes religieux, tous ceux-là avec leurs chars et leurs cavaliers, sont engloutis par la mer. Il n’y a pas un philosophe, pas un de ceux qui se prétendent immortels, qui ne soit comme ces chars, ces cavaliers de l’armée du Pharaon : mis à l’épreuve par la mort dans la mer, ils sont engloutis, et rien ne reste d’eux.

J’espère qu’il n’y a pas un chrétien ici qui se laisse éblouir par la gloire que le monde rejette sur ses grands hommes. Ce n’est pas si sûr ! Eh bien, les grands hommes de l’Égypte, avec leurs chars et leurs cavaliers, où faut-il les voir ? «Étends ta main», dit l’Éternel à Moïse ; et il a étendu sa main, et les eaux sont repassées ; elles ont englouti l’armée du Pharaon.

Y a-t-il ici un chrétien, chers amis, donc quelqu’un qui a traversé la mer Rouge à sec, avec les eaux de la mer à sa droite et à sa gauche comme un mur, assez infidèle à celui qui l’a délivré de la mort pour se prosterner devant les chars et les cavaliers du Pharaon ?

Le peuple de Dieu est composé, très souvent, par des gens qui n’ont pas beaucoup d’éclat quant aux choses de ce monde. Tant mieux ; et, même s’ils ont de l’éclat quant aux choses de ce monde, Dieu leur apprend à se dépouiller de cet éclat et à se souvenir que la gloire qu’il répand sur eux, c’est la gloire de Dieu lui-même, du Dieu rédempteur, du Dieu plus puissant que la mort. Un chrétien, quel qu’il soit, même un petit enfant converti, c’est quelqu’un qui peut dire : j’ai traversé à sec les eaux de la mer Rouge ; je ne peux pas l’expliquer ; je ne suis pas un savant, je ne suis pas un philosophe, je ne suis pas un moraliste, mon nom ne sera pas sous les coupoles où on honore les grands hommes de ce monde, mais mon nom est écrit dans le livre de vie. Est-ce que cette gloire nous suffit, chers amis, ou non ? Elle suffit à Dieu. Dieu n’en a pas d’autres à nous donner, et cette gloire efface toute autre gloire. Ah, le peuple de Dieu a besoin, chers amis, de revenir, de se remettre en contact avec les vérités de Dieu et la mort, la croix de notre Seigneur Jésus Christ.

Nous voyons là les deux choses en contraste. Le peuple fourmille de femmes, d’enfants, et compte six cent mille hommes de pied. Des petits, il y en avait ; ceux qui avaient été épargnés la nuit de la Pâque, ils étaient là ! Ce n’était pas une armée, c’était un troupeau, le troupeau du berger d’Israël. Ils n’avaient aucune puissance. Ils avaient les Égyptiens derrière, le Pharaon avec toute sa force, et la mer Rouge, devant eux : «Étends ta main».

Chers amis, on sent le besoin de revenir à ce que Dieu nous a donné. Le christianisme, aujourd’hui, de plus en plus, même parmi nous, tend à obscurcir les gloires dont Dieu a couvert son peuple par de fausses gloires de ce monde. Nous trouvons cela partout ; c’est de l’apostasie. Quel est notre titre de gloire ? Nous nous glorifions «dans la croix de notre seigneur Jésus Christ, par laquelle le monde m’est crucifié, et moi au monde» (Gal. 6:14). Voilà ce que dit Paul, et puissions-nous le dire en vérité avec lui.

«Un peuple merveilleux…» (Ésaïe 18:2). Pourquoi ? Était-il plus sympathique qu’un autre ? Les chrétiens authentiques ne sont pas plus sympathiques que d’autres. Qu’est-ce qui fait leur grandeur ? Ce que Dieu leur a donné, et non pas ce qu’ils avaient. «Étends ta main» : quelle parole !

Tous ces petits enfants et ces femmes, tous ces êtres faibles, ont pu voir ce que Dieu a fait. Il a enlevé les roues des chars, et toute l’armée du Pharaon a été engloutie ; c’est fini.

Moralement, c’est ce fait même, la croix de Jésus, qui nous sépare du monde, de l’Égypte. Est-ce que nous sommes contents de cela ? Ou bien est-ce que, dans notre coeur, nous disons : Ah, en Égypte, il y avait des oignons, des concombres, on était mieux que dans le désert ? Le peuple le dira, plus tard. Quand nous sommes mécontents, c’est de Dieu que nous sommes mécontents.

Et puis il y a un troisième fait qui marque l’histoire, le chemin de ce peuple. Après le désert, le peuple n’a pas été fidèle, nous le savons. Et alors, Dieu lui a dit : Tu vas rester quarante ans dans le désert, jusqu’à ce que tous les vaillants hommes, tous ceux qui disent : «Nous allons tous mourir, jamais nous ne pourrons entrer dans le pays ; il y a des géants, dans ce pays ; jamais nous ne pourrons entrer…», tous ceux qui ont eu peur ainsi, tombent ; et vos petits enfants, eux, entreront dans le pays. Josué et Caleb, qui ont eu la foi, ont été tenus de suivre les pérégrinations du peuple infidèle.

Et il en est ainsi aujourd’hui. L’Église a murmuré, comme Israël l’a fait, et tous ceux qui ont de la foi et de la piété sont obligés de suivre le détour très long que Dieu fait prendre à son peuple pour qu’il apprenne à se juger au long du désert.

Au terme du désert, nous voyons le Jourdain ; et, dans le Jourdain, nous voyons le peuple racheté qui entre, cette fois, à la suite de l’arche, l’arche portée par les sacrificateurs. Ils mettent le pied dans le Jourdain, les eaux reculent.

Le Jourdain sépare le désert du pays de la promesse. Le Jourdain, c’est la mort. Immédiatement après le Jourdain, c’est Canaan. Pour nous, il n’y a pas d’intervalle entre la mer Rouge et le Jourdain ; nous sommes à la fois dans le désert et dans le pays de la promesse. Voilà la différence entre Israël et nous. Nous connaissons les difficultés et les peines du désert pour la foi, et, en même t