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Méditations sur la Parole de Dieu

 

Nombres

 

 

Louis Chaudier

 

 

Table des matières :

1      Le Nazaréat — Nombres 6 ; Juges 13:4-5 ; 16:13-31

2      La traversée du désert — Nombres 10:33-36 ; 11:1-9

3      Joies dans le désert — Nombres 11:4-6, 30-31, 33-34 ; 13:24-34 ; 14:1-25, 32-38 ; 21:3-9, 16-18 ; Josué 14:6-15

4      L’école de Dieu — Nombres 13:18 à la fin ; 14 ; Josué 14:6-15

5      Balaam — Nombres 22:1 à 25:4 ; 31:1-4, 7-8, 16

6      Dieu et son peuple — Nombres 22:2, 4, 6, 12, 41 ; 23:1, 3, 5, 7-9, 13, 16, 17, 19-23 ; 24:4-8, 16-18, 23, 25 ; 25:3-5

7      Étapes du voyage, exercices du pèlerinage — Nombres 33

 

 

 

Le texte de ces méditations a été révisé par Bibliquest dans sa forme, par rapport à diverses éditions papiers précédentes. Les révisions ont été limitées à ce qui était nécessaire à une expression et une compréhension correctes. Le texte reste marqué par son caractère oral, non révisé par l’auteur. Dans certains cas d’expressions au sens discutable, l’imperfection de celles-ci a été laissée de peur d’en perdre une certaine vigueur.

Certains textes ont été repris de l’ouvrage «Méditations sur la vie chrétienne» édité en 1995 par F.R., et sont notés comme tels. Ces textes ont fait l’objet (par F.R.) d’une révision un peu plus poussée.

 

 

1   Le Nazaréat — Nombres 6 ; Juges 13:4-5 ; 16:13-31

 

[LC n° 8]

20 novembre 1949

 

Cette position du nazaréen n’était pas, en Israël, celle de tout le monde ; le premier verset de notre chapitre le montre. Mais pour l’Église, elle est la position de tous ceux qui en font partie. L’Église, c’est-à-dire les chrétiens, les vrais chrétiens, a, de la part de Dieu, une position de séparation. C’est ce que veut dire le nazaréat : la séparation. Un chrétien qui n’est pas séparé n’est pas un témoin de la force de Dieu ; il est un témoin de la force de l’ennemi, comme Samson à la fin.

On a posé quelquefois la question : Est-ce que le nazaréat est le lot de quelques croyants chrétiens, ou le lot de tous ? C’est la position pour tous.

Le parfait nazaréen fut Jésus. Il a été mis à part pour Dieu avant sa naissance, toute sa vie ; et on peut dire qu’il est un nazaréen depuis sa mort, car il dit, dans Jean 17:19 : «Je me sépare — ou je me sanctifie — moi-même pour eux». Le Seigneur s’est séparé du monde. Il est à la droite de Dieu et s’est séparé pour les chrétiens. Il veut que nous ayons des relations avec lui séparé du monde. Nos relations ne sont pas avec le monde, mais avec Jésus qui est séparé du monde, hors du monde. On demande : Est-ce qu’un chrétien doit avoir des relations ? Bien sûr, tout homme doit avoir des relations. Il n’y a pas une vie qui ne se manifeste par des relations. Une vie n’est pas un principe mort, mais se manifeste dans des relations. Mais avec qui sont les relations du chrétien ? Avec Christ à la droite de Dieu. Cela surprend un peu. On trouve plusieurs fois, dans l’Écriture : «ce sont des choses étranges», «j’ai écrit les grandes choses de la loi pour mon peuple, et elles sont estimées comme des choses étranges» (Os. 8:12). C’est triste, quand les choses de Dieu sont étranges pour les enfants de Dieu. C’est triste, quand un père parle à son enfant, et qu’il ne comprend pas. C’est une anomalie, une chose anormale. Il y a beaucoup de choses que Dieu nous dit et nous montre, que nous ne comprenons pas. C’est certainement parce que nos relations avec Dieu sont anormales, incorrectes, intermittentes, ou qu’elles ont été interrompues.

Un chrétien a des relations, et il faut qu’il en ait. Mais avec qui ? Voilà la question ! Un chrétien est un nazaréen. L’Église a ce caractère du nazaréen. Qu’elle le veuille ou non, Dieu le lui avait donné. Et ce n’est pas ce que nous pensons sur les choses de Dieu qui est la vérité, mais ce que Dieu a établi au commencement.

Le Seigneur pourrait dire à Sardes (qui est, comme nous le savons, l’assemblée qui représente ce qui est issu de la Réformation) comme il dit à Éphèse : «Souviens-toi d’où tu es déchue» (Apoc. 2:5). Le Seigneur ne jugera pas Sardes d’après l’état de Sardes au moment où il en parle, mais en comparant cet état à ce qu’il lui avait donné au commencement. Le Seigneur ne jugera pas les frères d’aujourd’hui simplement d’après leur état d’aujourd’hui, mais en comparant leur état d’aujourd’hui avec ce qu’il leur a donné il y a un siècle. C’est un principe immuable dans les voies de Dieu. De même Éphèse, qui avait abandonné son premier amour, est jugée, c’est-à-dire appréciée, de la part de Dieu, d’après sa position d’origine, d’après ce que Dieu avait déposé en elle au commencement. Et cela peut entraîner un jugement gouvernemental. C’est vrai de tout le monde, d’un chrétien, d’un frère. Chacun sera jugé, apprécié, d’après ce que le Seigneur a mis dans sa vie au commencement. Dieu ne se trompe pas ; il n’est pas injuste. On comprend bien qu’un pauvre païen qui se meurt quelque part au bout du monde, Dieu ne lui demandera pas ce qu’il demandera à un chrétien ou à un frère en contact avec la Parole tous les jours ou tous les dimanches. Dieu jugera chacun d’après ce qu’il a mis dans la main de chacun. Nous trouvons ce principe continuellement.

Donc, l’Église a une position de nazaréat. L’Église était pour Dieu ; elle remplace Jésus. Tant que nous ne comprenons pas qu’elle remplace Jésus dans ce monde, nous ne comprenons pas sa position. Qu’est-ce qu’on a fait de l’Église ? Un corps qui rivalise avec les grands pouvoirs mondains, et non seulement rivalise, mais les soumet. Nombre de fois, dans l’histoire, l’Église a été un corps qui a imposé sa puissance aux grands pouvoirs mondains. Elle a commis fornication avec les rois de la terre, et cela, en employant les mêmes procédés qu’eux. Ct c’est ce que la Parole appelle «le mystère d’iniquité» (2 Thess. 2:7). C’est une abomination, qui déjà étonne lorsqu’elle se lit dans l’histoire des hommes incrédules ! Eh bien, ce même mal, on l’a vu prendre son développement dans ce qu’on a appelé l’Église.

C’est triste que quelqu’un, frère ou soeur, ou un autre chrétien aussi, ne veuille pas s’engager dans le témoignage du Seigneur, et refuse de prendre le titre de nazaréen. Pour quelle raison refuse-t-il ? Le Seigneur le sait. Pour être plus libre, peut-être, pour être moins serré de près ; mais par quoi ? Y a-t-il une loi qui commande aux frères de ne pas faire ceci ou cela ? Y a-t-il des règlements qui commandent de ne pas faire ceci ou cela ? Dans nombre de cas, pas du tout. Mais quelle est la force impérative qui commande aux frères et soeurs qui aiment le Seigneur tel ou tel chemin ? L’amour pour Christ. La position des chrétiens est une position de nazaréat, de séparation ; on ne saurait trop le dire. Non pas une séparation pharisaïque, mais la séparation par Dieu et pour Dieu, la séparation qui provient du fait que Dieu agit dans quelqu’un. «Mettez-moi maintenant à part Barnabas et Paul», trouvons-nous dans les Actes (13:2). C’était à l’égard de serviteurs que le Saint Esprit disait cela. Mais, de la même façon, le Seigneur dit, appelant quelqu’un, un inconverti : «Cet homme est à moi, maintenant ; je l’arrache à ce monde, je le mets à part». Un chrétien est un homme qui est mis à part.

Le nazaréat qui consiste simplement à être baptisé n’a aucune valeur. On a attribué au baptême une puissance de séparation véritable, autrement dit une puissance qui donne la vie. C’est encore un péché dont il faudra rendre compte à Dieu. La séparation du monde, c’est d’abord la conversion. Mais il y a des gens convertis qui ne veulent pas suivre le Seigneur dans le chemin complet de séparation. Les frères et soeurs ont pris une position de séparation parmi d’autres chrétiens — parmi beaucoup de vrais chrétiens. Eh bien, ils doivent savoir pourquoi ils sont séparés, pourquoi ils sont des nazaréens. Si nous n’en avons pas la conscience intérieure, nous sommes des nazaréens sans fruit, et alors nous serons quelquefois hypocrites. Cela arrive. Nous prenons extérieurement une position qui ne correspond pas à notre état intérieur. Cela peut être de l’inconscience, de l’ignorance, mais aussi de l’hypocrisie.

La séparation pour Dieu peut aller très loin, puisque nous sommes appelés, en principe, à consacrer au Seigneur nos jours, nos biens, nos corps, nos vies. Il est arrivé nombre de fois que le Seigneur a dit à tel chrétien : c’est le moment de laisser ta vie pour moi. Et on a vu que cet homme-là était séparé pour Dieu, non seulement extérieurement, mais aussi intérieurement.

Nous ne pouvons pas tenir de la main droite la bannière de Christ, et de l’autre celle du diable ou du monde ; ce n’est pas possible. Cela ne se voit même pas dans le monde. Vous ne trouvez pas un homme qui aurait une bannière dans la main droite, et invoquerait un chef opposé de l’autre. Cela ne se trouve pas, dans le monde ; mais, hélas, cela se trouve, dans le royaume de Dieu.

Quels étaient ces caractères du nazaréen ? Quels sont les caractères de l’Église et du chrétien ? Il y en a trois.

Le premier caractère, c’est qu’il ne devait pas manger de raisin, de fruit de la vigne, ni les pépins, ni même la peau. C’est très précis.

Ce qui nous fait comprendre la valeur de cette exhortation, c’est la fin du chapitre : «Après cela, le nazaréen boira du vin» (v. 20). Il y a un moment où nous boirons du vin, chers amis, où nous boirons le vin de Dieu. Mais aujourd’hui, ce n’est pas le moment. Pour le moment, nous ne devons pas boire de vin, c’est-à-dire que nous ne devons pas nous mêler à la joie des hommes. Nous ne pouvons pas nous asseoir au banquet des hommes. Nous ne pouvons pas avoir part aux joies et aux fêtes des hommes. Voilà ce que veut dire : «Tu ne boiras pas de vin ni de boisson forte, ni rien qui vienne du raisin».

Voilà pourquoi les chrétiens qui écoutent le Seigneur sont toujours des gens séparés, hier et aujourd’hui. Est-ce agréable ? Non, c’est pénible. Toujours séparés, avec toujours cette lutte constante contre les appels du monde qui nous presse, qui nous tente, qui nous invite ! Nous aussi, nous aimerions pouvoir laisser flotter nos vêtements ! Nous aussi, nous aimerions pouvoir boire à toutes les coupes du monde, goûter la communion avec tous les hommes. C’est une joie réelle que la communion. Pour le moment, notre communion est avec un homme que le monde a rejeté. Voilà la part du chrétien : ni raisin, ni boisson forte.

Si nous sommes exercés sur ce point, nous avons certainement fait l’expérience qu’il nous suffit d’un contact avec les joies du monde pour nous faire perdre la joie de Dieu. Une circonstance que nous aurions pu éviter avec un peu de vertu, au sens de 2 Pierre 1, que nous aurions pu éviter et que nous n’avons pas évitée, nous a fait goûter aux joies, à la communion du monde, et nous a fait perdre la communion avec le Seigneur : nous avons bu des boissons fortes, mangé des pépins de raisin.

Nous pouvons être sûrs que bien des ruines de vies chrétiennes sont arrivées parce que, peu à peu, on a pris l’habitude de garder un contact avec le monde, de boire aux mêmes sources que le monde, de s’asseoir aux banquets du monde ; en petit d’abord, avec crainte pour commencer, et puis avec de plus en plus de facilité. Un chrétien qui est à l’aise dans le monde, chers amis, c’est un chrétien qui est enivré ; il n’a plus son sens. Qu’on ne lui demande pas — il en parlera, mais il n’a pas de qualité pour le faire — de dire ce que sont les choses de Dieu. Il n’est pas en état de parler des choses de Dieu, de donner le sens, la valeur, des instructions divines. Il ne peut pas parler de Jésus. On ne peut avoir communion avec le monde d’un côté, et avec Dieu de l’autre.

C’est de notre vie courante qu’il s’agit, chers amis ! Eh bien, à chacun de nous de voir ce en quoi il a à veiller, dans sa vie, pour être nazaréen : «ni raisin, ni boisson forte».

Plus tard, dans le Cantique des Cantiques, on trouve : «Mangez, amis ; buvez abondamment, bien-aimés» (5:1). Il y aura un moment où les chrétiens, à leur tour, seront à leur aise. Ils ne connaîtront plus cette souffrance et cette peine de lutter pour eux — et pour d’autres — afin que le monde n’entame pas, ne vienne pas entamer, leur nazaréat. À ce moment-là, dans la gloire de Dieu, nous laisserons flotter nos vêtements, nous boirons sans réserve, nous jouirons sans réserve et sans crainte du bonheur que Dieu nous a préparé et que nous connaissons déjà, dans la mesure où nous sommes de vrais nazaréens.

Des chrétiens exercés sur ce point comprendront cela tout de suite. Pour eux, des questions seront résolues tout de suite, des questions qui se soulèvent dans les milieux chrétiens mondains, où on a voulu associer le monde et Christ, ce qui est une abomination aux yeux de Dieu. Un chrétien exercé sent tout de suite : «je perds Christ si je vais là ; si je bois à cette source, je perds Christ. Plutôt la mort que perdre Christ».

Une première pensée, c’est celle-là, et nous voyons que même la mère de Samson ne devait pas prendre de vin et de boisson forte. Attention, parents chrétiens ! Si les parents, père et mère, sont des nazaréens, leurs enfants, selon la fidélité de Dieu, le seront aussi. Mais que de fois, lorsque les enfants ne sont pas des nazaréens et vont boire aux sources du monde, si on y regarde d’un peu près, qu’est-ce qu’on trouve ? Que les pères et les mères avaient eux-mêmes mangé des raisins.

Je ne sais pas s’il y a, dans la vie chrétienne, une plus grande offense pour Dieu que l’amour du monde, que la communion avec le monde. Qu’on ne dise pas que ce n’est pas un sujet de souffrance de fuir cette communion avec le monde. Qu’on ne nous dise pas que la vie du chrétien est une promenade où nous pouvons nous laisser aller ! Nous ne pouvons pas nous laisser aller.

On a entendu quelquefois assimiler la position chrétienne aux joies du règne millénaire où, en chantant et en dansant avec des instruments de musique et un débordement extérieur de joie, le peuple de Dieu manifestera son bonheur. Ce sera juste à ce moment ; ils jouiront des choses de la terre et de la vie, sans réserve. Ils pourront boire du vin au sens propre. Dieu prendra soin des siens, et leur joie sera saine. Mais la joie du chrétien n’est pas celle-là. Elle n’est pas une joie débordante ; elle est intérieure, dans la séparation par Dieu et pour Dieu. C’est pourquoi la joie de Dieu est liée à cette souffrance, qui vient de ce qu’il faut toujours refuser, toujours rester séparés ; et cela même n’est pas une joie.

Voilà donc le premier point. Je pense que chacun de nous prolongera cette méditation sur ce point. Le Seigneur a été le vrai nazaréen. Jean le Baptiseur a été nazaréen, et, à ce sujet, nous voyons que les instructions données ici ont été appliquées.

Un deuxième point : le rasoir ne passera pas sur sa tête.

Pauvre Samson ! Le rasoir ne passera pas sur sa tête, c’est-à-dire que le soin de soi-même ne caractérise pas le nazaréen. Un nazaréen ne prend pas soin de lui. Tous les hommes prennent soin d’eux, pensent à eux, vivent pour eux. Eh bien, le rasoir ne passe pas sur la tête du nazaréen. Il garde ses cheveux longs. Un chrétien, du fait qu’il ne pense pas à lui, est consacré à Dieu. Et, dans ce signe extérieur qui paraissait insignifiant, en réalité, résidait la force de Samson. Delila, à force de tromperie, a arraché le secret de Samson : «Le rasoir n’a pas passé sur ma tête». Samson n’était pas à sa place. Il n’aurait jamais dû aller où il était ; et, parce qu’il y était allé, il était battu d’avance. Il était dans une fausse position. Il était impossible que ce qui lui est arrivé ne lui arrivât pas. Il livre son secret.

Un chrétien a un secret avec Dieu. Il a ce secret du souci de plaire à Dieu, d’une consécration à Dieu. Il y a des degrés en cela, mais c’est un caractère du chrétien, la consécration à Dieu. Le secret de la force du chrétien, c’est cette consécration intérieure et soutenue pour Dieu. Delila a très bien senti quand Samson a eu vidé son coeur. Elle l’a senti ; elle a appelé les Philistins : «Cette fois, nous le tenons». Un chrétien ne doit jamais livrer ses secrets au monde. Un chrétien est une énigme pour le monde, mais ne doit pas expliquer cette énigme. L’Église de Dieu est une énigme pour le monde ; elle ne doit pas livrer son secret. L’Église professante l’a fait et est devenue comme Samson, aveugle. Et le monde s’amuse de l’Église, comme les Philistins se sont amusés de Samson. Le monde rit de l’histoire de l’Église, qui est une histoire terrible, à la suite de la perte de toute vue spirituelle. Le monde en rit ; le monde en parle ; le monde en écrit, se moque de l’Église.

Il arrive que des chrétiens, individuellement, tout à coup, tombent dans le monde et, eux aussi, tournent la meule dans la maison des prisonniers. Ils ont des chaînes d’airain. Samson est aveugle et a des chaînes d’airain. Cet homme, qui a accompli des exploits, qui a emporté les portes d’Hébron sur la montagne quand on avait voulu l’enfermer dans cette ville, les chaînes d’une prison moins forte le retiennent, et il est maintenant prisonnier.

Que de fois le monde n’enchaîne-t-il pas les chrétiens, chers amis ! Est-ce que nous sommes enchaînés ? Est-ce que quelqu’un de nous a une chaîne ? Lourde ou fine, mais forte, une chaîne forgée par l’ennemi, un lien tissé par l’ennemi ? Vous pouvez lire cela, chers amis. Une passion, une relation, n’importe quoi qui n’est pas jugé, c’est une chaîne qui fait que le chrétien est esclave du monde.

Voilà donc un second point qui caractérisait le nazaréat.

Un troisième point : il ne se rendait impur pour aucune personne morte. Toucher un mort, dans l’Ancien Testament, c’était se souiller. C’était très difficile d’être un bon Israélite, ou probablement impossible : on touchait un ossement dans les champs, qui datait de longtemps, et on était impur. Où faudrait-il aller, aujourd’hui, chers amis, dans tout ce vaste cimetière qu’est cette terre, où tant de sang versé crie de la terre à Dieu ? Impossible d’aller nulle part. On touchait un ossement d’homme, on était impur. Pourquoi ? Parce qu’un ossement parlait d’un mort, et la mort parle toujours du péché. S’il y a des morts dans le monde, c’est que le péché est entré. Ce n’est pas normal qu’on meure ! Le diable dit le contraire, le monde aussi ; il le fait proclamer. Tous nos bons philosophes du monde nous disent qu’on ne peut pas faire autrement que de mourir. Et, souvent, nombre d’entre eux sont deux fois morts, comme dit Jude : par nature d’abord, et par apostasie ensuite. Ils se donnent ce titre d’immortels, et ces immortels sont souvent des deux fois morts ; et, si nous pensons au jugement final, des trois fois morts.

Il n’est pas normal que la mort soit dans le monde. C’est pourquoi, quand nous touchons à la mort, nous touchons au péché. Quand il touchait un mort, même quelqu’un des siens — son père, sa mère, sa soeur ou son frère — le nazaréen était impur. Qu’est-ce que cela nous dit ? Que le Seigneur doit avoir sur notre coeur à nous, croyants, les premiers droits. Que de fois nous faisons passer père, mère, frère, ami, avant le Seigneur. Nous nous souillons par infidélité vis-à-vis du Seigneur. Comme celui qui voulait suivre Jésus :

— «Suis-moi».

— «Laisse-moi premièrement ensevelir mon père».

— «Laisse les morts ensevelir leurs morts, mais toi, suis-moi» (Matt. 8:21-22).

Il y a un appel du Seigneur, qu’il fait impérativement. Est-ce que cela veut dire qu’on doive oublier les devoirs envers son père, sa mère, etc. ? Pas du tout. Mais que de chrétiens fidèles, de vrais nazaréens, à de certains moments, ont été mis à l’épreuve, parce que Dieu voulait montrer qu’ils préféraient le Seigneur à un père, une mère, etc. Tandis qu’aujourd’hui, chers amis, regardons un peu cela de près, chacun pour son compte. Regardons cela : les liens de famille, d’amitié, les relations diverses, et puis après, le Seigneur. Cela va très loin. Nous avant le Seigneur, pour faire plaisir à tel ou à tel : c’est là se souiller au contact d’un mort, et perdre son nazaréat !

Donc, quelqu’un qui touchait un mort, même un des siens, était impur. Son nazaréat était fini, et tous les jours qui précédaient étaient comptés pour rien. De même, un chrétien qui était resté séparé et qui se laisse aller à une des choses énumérées dans ce chapitre, n’est plus un nazaréen, et tout ce qui est passé est perdu. C’est très sérieux. On peut avoir été exercé, séparé pendant un an, deux ans, vingt ans ; et, si on se laisse aller à être mondain ou à préférer quelqu’un au Seigneur, ou soi-même, en prenant soin, pour ainsi dire, de sa chevelure, le nazaréat antérieur est compté pour rien. Il s’agit de repartir, de prendre un nouveau départ. C’est pourquoi la vie chrétienne est un exercice continuel.

Ce chapitre 6 des Nombres ne nous donne pas les conséquences de la perte du nazaréat, mais le livre des Juges nous les montre.

Quand on perd son nazaréat, il n’est pas toujours donné de recommencer. Samson n’a jamais recommencé. Sa carrière était finie.

Nous lisons, verset 12 : «les jours de son nazaréat…». Quand on a rendu impur son nazaréat, quand un chrétien a perdu son nazaréat, qu’il a mondanisé ou fait une des choses interdites par le nazaréat, il faut qu’il vienne au Seigneur en confessant ce qu’il a fait ; et, au nom du sacrifice de Christ, du sang de Christ, il peut être rétabli dans son nazaréat. Mais il n’y est pas toujours rétabli ; Samson ne l’a pas été.

Je termine en disant un mot de la fin du nazaréat. C’est le paragraphe des versets 13 à 20, que chacun pourra relire. Il nous parle de la fin du nazaréat.

Chez l’Israélite qui s’était consacré au nazaréat, ce nazaréat prenait fin un certain jour, ou avec sa vie. À ce moment, nous voyons qu’il offre tous les sacrifices : holocauste, sacrifice pour le délit, pour le péché, et sacrifice de prospérité. Il coupe sa chevelure et la met sur le feu. Il offre sa chevelure sur le sacrifice de prospérité et, à partir de ce moment-là, il peut boire du vin. Son nazaréat est fini. Qu’est-ce que cela nous enseigne ? Quand nous aurons fini notre vie terrestre (car notre nazaréat ne finit pas avant notre vie terrestre, à moins qu’il ne cesse par chute ou par péché), notre course, notre service dans ce monde, pour le Seigneur, alors s’ouvrira, pour les siens, le moment du repos dans la gloire, le moment de la communion sans réserve, sans retenue, sans qu’on ait besoin de regarder où on pose son pied. Ici, il faut toujours faire attention où on pose son pied, à une relation qui se prépare, à une connaissance, ou à quelque acte que nous faisons. Il faut toujours que nous considérions devant Dieu ce qui peut s’ensuivre. Quand nous serons dans le ciel en vertu de tout le sacrifice de Christ, sacrifice pour le péché, pour l’holocauste, de prospérité (qui est le signe de la communion), à ce moment-là, nous couperons notre chevelure. Elle sera coupée, et nous la mettrons par-dessus ces sacrifices. C’est-à-dire que notre consécration à Jésus, qui est une consécration éternelle — ce n’est pas seulement pour le temps que nous sommes à Christ, mais pour toujours — sera absorbée dans la communion avec lui. Cette consécration, qui commence ici-bas dans la peine, le labeur, la diligence, la séparation, se poursuivra en gloire dans la communion. Voilà ce que veut dire le fait que la chevelure est coupée et brûlée sur les sacrifices : notre séparation pour Christ finit dans la communion éternelle en gloire. À ce moment-là, le nazaréen boira du vin. «Chantez, amis ; buvez abondamment, bien-aimés» : voilà le jour de notre joie, l’heure de notre joie ! En un sens, le Seigneur pensait à cela, lorsqu’à la Pâque il dit : «Je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce que je le boive nouveau dans le royaume de Dieu» (Marc 14:25).

Il y a une joie pour la terre, celle, proprement, du Cantique des Cantiques. Mais il y aura une joie pour le ciel, et le nazaréat sera absorbé dans une communion éternelle avec le Seigneur. Alors nous serons tout à fait chez nous. Nous ne sommes pas chez nous, ici-bas. Celui qui vit comme chez lui dans ce monde est quelqu’un qui se souille et perd son nazaréat très vite. Ici, il n’y a qu’un chemin très étroit où il faut marcher. Certains disent : ces chrétiens sont trop étroits. Christ a été plus étroit que tout le monde, et il a plus aimé que tout le monde.

Que le Seigneur nous donne de réaliser que nous sommes des nazaréens. Que le Seigneur nous garde de perdre notre nazaréat, comme Samson, et de devenir un jouet pour le monde. On entend des hommes qui s’amusent et qui disent : Voyez ce chrétien ! C’était un chrétien ; vous voyez où il en est ! Les gens du monde le disent partout ; ils se moquent de tous les Samson d’hier et d’aujourd’hui.

Que le Seigneur nous garde près de son coeur pour lui. Qu’il nous donne de réaliser que nous ne buvons pas à la joie des hommes, que nous sommes consacrés à Dieu en ne prenant pas soin de nous satisfaire nous-mêmes, et que nous faisons passer le Seigneur avant qui que ce soit. Que le Seigneur nous accorde cette grâce, chers amis. Mais ne pensons pas qu’à nous ; que le Seigneur nous accorde de lui accorder cette joie, à Lui.

 

2   La traversée du désert — Nombres 10:33-36 ; 11:1-9

 

[LC n° 9]

20 décembre 1948

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 39

 

Ce qui faisait la valeur du peuple, ce n’était pas le nombre des fils d’Israël, ni leur qualité, mais la présence de Dieu avec eux. L’arche était là ; elle allait devant eux : «Et l’arche de l’alliance de l’Éternel alla devant eux, le chemin de trois jours, pour leur chercher un lieu de repos» (Nomb. 10:33). Au milieu d’un «désert grand et terrible» (Deut. 8:15), «dans la désolation des hurlements d’une solitude» (Deut. 32:10), l’arche traçait le chemin qui devait les conduire en Canaan. Ils étaient en voyage, partis d’Égypte pour aller en Canaan, sans provisions, et Dieu prenait soin d’eux. Les chrétiens, eux aussi, sont en voyage, ou, tout au moins, font profession d’accomplir ce voyage ; mais les vrais chrétiens seuls ont le coeur tourné vers Canaan ; ils marchent tous dans la même direction, vers la Canaan céleste. Dieu les connaît ; pas un ne lui échappe, bien qu’extérieurement l’unité du peuple chrétien soit rompue.

L’arche traçait son chemin au peuple, comme le Seigneur le fait aujourd’hui pour les siens. «Lève-toi, Éternel ! et que tes ennemis soient dispersés, et que ceux qui te haïssent s’enfuient devant toi» (Nomb. 10:35). Dieu a des ennemis, et ceux qui le haïssent sont ceux qui haïssent son peuple. Alors Moïse disait : «Reviens, Éternel, aux dix mille milliers d’Israël» (10:36). Et nous, nous disons : «Demeure avec nous, car le soir approche et le jour a baissé» (Luc 24:29).

«Le ramassis de peuple qui était au milieu d’eux s’éprit de convoitise» (Nomb. 11:4). Il était sorti d’Égypte avec le peuple d’Israël et il le fait pécher. Le péché règne par la convoitise. «La corruption qui est dans le monde par la convoitise…» (2 Pierre 1:4). «La convoitise, ayant conçu, enfante le péché ; et le péché, étant consommé, produit la mort» (Jacq. 1:15). Ce ramassis faisait retourner le coeur du peuple en Égypte. Encore aujourd’hui, si on veut nous faire retourner dans le monde et nous faire adopter ses façons de faire et de penser, plût à Dieu que d’aucuns se lèvent pour rappeler que «l’Éternel vous a dit : Vous ne retournerez plus jamais par ce chemin-là» (Deut. 17:16). Que notre coeur soit tourné vers Canaan ; nous y sommes «appelés par la gloire et par la vertu» (2 Pierre 1:3).

 

3   Joies dans le désert — Nombres 11:4-6, 30-31, 33-34 ; 13:24-34 ; 14:1-25, 32-38 ; 21:3-9, 16-18 ; Josué 14:6-15

 

[LC n° 10]

5 janvier 1958

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 41

 

L’histoire du peuple d’Israël a une place dans les annales de l’humanité. On lui fait bien sa place dans les documents de l’histoire humaine : on est bien forcé de le faire. Mais Dieu ne veut pas que nous nous occupions de l’histoire de son peuple à la manière des hommes ; il nous dit, à nous chrétiens, que «ces choses leur arrivèrent comme types» de ce qui nous concerne et «pour nous servir d’avertissement» (1 Cor. 10:11). Elles sont pleines d’instructions.

Deux faits de toute importance ont marqué l’existence et l’histoire de ce peuple : le premier, c’est la nuit de la Pâque, où Dieu lui-même, au lieu de frapper les Israélites, a passé par-dessus eux, parce que le sang était sur les poteaux et le linteau des portes — image de la rédemption, de la délivrance des croyants du jugement de Dieu. Il ne faut pas, quand nous prêchons l’évangile, prêcher un évangile qui chercherait à se faire valoir auprès des hommes. L’évangile de Dieu parle de façon terrible aux hommes ; il leur dit : Ce qui est devant vous, si vous ne vous repentez pas, c’est le jugement de Dieu, et non pas seulement le gouvernement de Dieu en jugement dans ce monde, mais une condamnation éternelle, l’étang de feu et de soufre. L’enfer existe, c’est une réalité. Il ne s’agit pas de prêcher une sorte d’évangile souriant, qui attire le coeur naturel des hommes. Jésus n’a pas fait cela. Sans doute, il ne faut pas présenter un évangile qui repousse, mais un évangile qui unit de façon inséparable la grâce et la vérité.

Le peuple, à la nuit de la Pâque, est une figure du peuple racheté de Dieu, de ceux qui ont cru au sang de Jésus. Puis, c’est le second fait, ce peuple a connu la traversée de la mer Rouge : c’est la destruction du Pharaon, c’est-à-dire du pouvoir de Satan. Mais Satan est encore maître et prince de ce monde, il est encore l’usurpateur. Voilà une chose qui ne sera jamais bien reçue par tous les mondains de la terre. Pour eux, ce monde est le monde de Dieu, celui qu’il a formé, bien que la souffrance, la maladie, la mort, restent une énigme. Non, le monde d’aujourd’hui est le monde du diable. Satan gouverne par les mille tentations qu’il offre tous les jours aux pécheurs, pour les distraire de Dieu et satisfaire leurs convoitises et leurs passions. Voilà la vérité permanente, la vérité éternelle ! Le diable règne en donnant force dans le coeur des hommes à ses innombrables idoles. Et le flot de l’humanité suit son cours pour se jeter dans le malheur éternel. Il n’y aura pas que des grands criminels en enfer ; la grande masse sera constituée par ceux qui auront été entraînés par leurs idoles, en apparence imperceptibles : un peu de mondanité, un peu de plaisir, un peu d’honneur — pas beaucoup, ce n’est pas nécessaire — un peu d’amour-propre, un peu d’amour de l’argent ; un peu tous les jours, quelque chose d’un peu meilleur aujourd’hui qu’hier, demain qu’aujourd’hui (És. 56:12) et, un pas après l’autre, l’âme est emportée à jamais loin de Dieu. Ce sera l’histoire du plus grand nombre des hommes qui seront dans les ténèbres de dehors ; ils n’auront ni tué, ni volé ; toutefois ils porteront sur leurs mains le sang de Jésus, auquel ils n’auront pas voulu croire.

Satan avait le pouvoir de la mort : Dieu le lui avait donné comme châtiment gouvernemental sur l’homme, en conséquence du péché. Mais ce pouvoir lui a été ravi par Celui qui l’a vaincu (Héb. 2:14) ; il est détruit pour les chrétiens. Les chrétiens sont un peuple qui est déjà, moralement, hors de la mort : c’est une merveille ! Les vrais chrétiens, où qu’ils soient, partout dans le monde, sont le peuple de Dieu ; ils ont été délivrés du jugement de Dieu et ils ont été arrachés à la puissance de Satan. Ils sont un peuple en marche pour le ciel, liés à Jésus dans le ciel. Encore sur la terre, dans le désert, ils trouvent leurs joies dans la communion avec leur Sauveur, qui est Jésus dans le ciel. On peut jouir du Seigneur aujourd’hui, comme on a pu en jouir hier, si on cultive la communion avec lui par la prière et la méditation de la Parole. La communion avec le Père et avec son fils Jésus Christ donne des joies qui remplissent l’âme par le Saint Esprit : c’est une réalité incomparable. Qu’est-ce que la joie d’un homme qui a fait fortune, qui a trouvé de l’or, si son or le mène en enfer ?

Les choses que nous n’avons pas vues ont pour notre âme une réalité supérieure à toutes les réalités de ce monde ; nous goûtons les choses qui ne se voient pas, nous allons en jouir pleinement quand nous partirons avec le Seigneur dans des corps glorieux, semblables au sien. Nous serons dans notre vrai domaine, la Canaan des chrétiens. Le pays de la promesse, notre vraie patrie, ce sont les lieux célestes où Christ se trouve. Un chrétien, sur la terre, est un apatride ; il n’a pas un endroit dont il puisse dire : «J’ai trouvé le lieu où je vais m’étendre à l’aise, finir mes jours dans le repos» ; cela n’existe pas. La patrie du chrétien, le lieu de son repos, la source de ses joies, de ses consolations et de ses forces, est en haut, en Christ, qui est assis à la droite de Dieu. Mais en même temps, le chrétien est un pèlerin qui traverse le monde, possèdent la vie divine, nourrie par la Parole et l’Esprit ; il ne trouve pas de joie à porter ses lèvres aux coupes que le monde offre. Pourquoi le chrétien ne va-t-il pas s’amuser avec les gens du monde ? Parce qu’il ne trouve pas là son compte ; ce n’est pas parce qu’on le lui a imposé. Cette attitude vient des exigences de la nature qui est en lui, aussi opposée à la nature du monde que le Père et le monde sont opposés l’un à l’autre. Si nous perdons de vue cela, nous faussons la vérité et nous perdons la force des exhortations que Dieu nous donne. Nous sommes dans le désert ; le monde, c’est le désert ; on souffre, il n’y a pas d’eau, rien pour l’âme du chrétien ; quand il est obligé d’avoir certains contacts, son âme est desséchée. Plus un chrétien a de l’âge, plus il fuit les occasions où il pourrait renouveler cette expérience.

Dans le désert, il y avait, avec Israël, un ramassis de peuple, qui suivait les Israélites sans en faire partie ; il entraîne au murmure les Israélites, dont seul un petit nombre était croyant ; la grande masse n’était que professante. Le peuple, fatigué, dit : «Moi, je n’en peux plus, il n’y a que la manne à manger ; j’en ai assez, il me faut autre chose que la manne. En Égypte, on était beaucoup mieux». On a oublié l’esclavage, les cris jour et nuit, les briques qu’il fallait faire avec rien, la dureté du Pharaon ; on se souvient des poireaux, des concombres, des melons.

Quand nous nous plaignons de l’aridité du désert, de la nourriture spirituelle que Dieu nous donne par son Esprit, nous prenons le caractère du ramassis et d’Israël en chute : «La Parole ne suffit pas, il me faut un peu d’autre chose ; j’étais bien mieux avant, je lisais tout ce que je voulais, je me cultivais, je me plongeais dans toutes les études que je voulais, personne ne me le reprochait ; ah, quel bon temps ! Tandis que maintenant, toujours cette Parole de Dieu, toujours cette Bible ! Il n’y a plus que cela ; vraiment, j’en suis fatigué». Dans le ciel, vous n’aurez pas d’autres choses que celles dont le chrétien jouit maintenant par la foi, et si vous vous ennuyez dans le ciel, cela veut dire que vous n’y entrerez jamais. Nous savons bien qu’il nous faut lire autre chose que la Parole, mais nous parlons ici de la nourriture de notre âme, nourriture spirituelle et morale. Que Dieu nous donne d’y penser !

Lorsque notre coeur est porté à se nourrir des aliments de l’Égypte, c’est-à-dire du monde, il est en mauvais état. Nous avons à veiller avec soin, dans l’accomplissement de nos devoirs professionnels inévitables et impérieux, à toujours retrouver la communion avec le Seigneur et à goûter la Parole de Dieu. Cela ne va pas sans exercice, les chrétiens âgés le savent plus que les jeunes ; ne faisons aucune règle, aucune loi, mais souvenons-nous des besoins permanents de la vie divine qui est en nous ! Uns seule chose les satisfait, la Parole de Dieu qui apporte Christ. Avec le Seigneur, on est toujours heureux ; on pourrait être heureux tout seul avec lui, heureux en prison, heureux sur un lit, heureux dans n’importe quelle circonstance ; l’apôtre Paul était un homme qu’on n’a pas pu rendre malheureux. Il n’y a pas de témoignage équivalent à celui-là. Mais voilà un serviteur du Seigneur très zélé, un évangéliste plein de feu ; Dieu permet que son service cesse ; si cet homme n’a plus sa flamme, sa joie, son service passait avant Christ. Que de choses nous faisons passer avant le Seigneur ! Le Seigneur Jésus, lui, n’a rien fait passer avant Dieu.

Si nous arrivons à quarante, soixante ou quatre-vingts ans en gardant les mêmes erreurs de jugement que lorsque nous en avions quinze, c’est un déshonneur pour Dieu. Rien ne remplace l’expérience et la maturité de l’âme, bien que cette maturité ne soit pas toujours liée à l’âge. Il y a des personnes âgées qui n’ont pas fait de riches expériences, des vieillards qu’on voit mourir comme de petits enfants ; c’est plus fréquent qu’on ne le pense. L’âge n’est pas une garantie ; on peut perdre de bien des manières les années que Dieu nous a données.

Dans les chapitres 13 et 14, douze espions sont envoyés pour reconnaître le pays. Ils reviennent avec une grappe excessivement lourde ; on l’apporte au désert ; on apporte, pour ainsi dire, une garantie de la valeur du pays ruisselant de lait et de miel. Cela est une image des joies, des ressources, que le Saint Esprit prend dans le ciel, où Christ est, pour les communiquer aux croyants dans le désert ; à chacun individuellement, à une famille, à une assemblée, le Saint Esprit communique ses joies, ses consolations ; il fait jouir les croyants du ciel et de Christ qu’ils n’ont pas vu : «Lequel, quoique vous ne l’ayez pas vu, vous aimez ; et, croyant en lui, quoique maintenant vous ne le voyiez pas, vous vous réjouissez d’une joie ineffable et glorieuse» (1 Pierre 1:8). Voilà ce que le Saint Esprit fait ; la grappe d’Eshcol, ce sont les joies du ciel que le Saint Esprit produit dans ce désert. Dix espions sur douze sont rebelles : «Nous ne pourrons jamais y entrer, il y a les géants !». Deux ont le souci de la gloire de Dieu et disent : «C’est un très bon pays, les ennemis mêmes seront notre pain, c’est un pays ruisselant de lait et de miel ; montons hardiment !». Voilà l’image des chrétiens qui désirent jouir des choses qu’ils ne voient pas, avant même d’être entrés au ciel ; voilà l’image de tout vrai témoignage selon le Seigneur. D’autres disent : «Laissez-nous tranquilles avec ces choses que nous n’avons jamais vues ! Je sais que je suis sauvé ; je fais ma vie dans ce monde comme je peux, en évitant de faire du mal». Mais le Saint Esprit peut remplir notre coeur des choses qui sont à nous, que nous possédons déjà et dont il veut nous faire jouir. Le témoignage du Seigneur est un témoignage céleste.

Nous savons ce qui est arrivé : les dix rebelles ont été tués sur le champ. Puis Dieu a dit au peuple : «Vous avez peur pour vos enfants ? C’est vous qui allez mourir, et ce sont vos enfants qui entreront dans le pays». Dieu prend toujours le contre-pied de l’incrédulité. Tout le peuple est mort dans le désert et les petits enfants, qu’on avait condamnés à mort, sont entrés dans le pays.

Dans Josué 14, le Jourdain franchi, Josué et Caleb sont là, les deux seuls adultes rescapés du désert. Caleb qui, espion, avait quarante ans, en a maintenant quatre-vingt-cinq ; il parle le langage de la foi : à quatre-vingt-cinq ans, je suis aussi fort qu’à quarante (Jos. 14:11). La foi est forte, parce que, par elle, on réalise qu’on n’est rien et qu’on tire sa force de Dieu, instant après instant, jour après jour ; quand on a Dieu avec soi, la nuit devient resplendissante comme le jour en plein midi ; la tristesse, le découragement disparaissent ; la grâce apporte de la force, de l’énergie spirituelle.

Qu’il nous soit donné de traverser le désert humblement, jour après jour, comme Josué et Caleb. Ils ont été les deux seuls adultes à pouvoir le faire durant quarante ans ! Maintenant, dans le pays de la promesse, l’un et l’autre sont recouverts des caractères que Dieu donne à ceux qui se sont attendus à lui, un jour après l’autre, pendant les années d’épreuves ! Le Seigneur n’a pas mis à part pour nous le premier jour de la semaine seulement. Il a mis à part tous nos jours. Le dimanche est un jour distingué entre les autres ; mais ne donnons pas un jour seulement au Seigneur pour prendre les six autres pour nous ! Que le Seigneur remplisse tout notre coeur de lui-même tous les jours, l’un après l’autre !

 

4   L’école de Dieu — Nombres 13:18 à la fin ; 14 ; Josué 14:6-15

 

[LC n° 11]

6 octobre 1952

 

Ce livre des Nombres présente d’abord le peuple de Dieu compté par Lui. C’est le dénombrement. Le peuple est mis en ordre par Lui, la présence de Dieu étant au milieu de lui. Ensuite, le livre des Nombres nous présente plusieurs épisodes relatifs à la traversée que ce peuple a faite du désert. La lecture de ce livre est riche d’instructions, pour le peuple de Dieu, qui est aujourd’hui dans une position moralement semblable — de fait très différente, mais spirituellement et moralement semblable. Ce livre est très instructif pour le peuple de Dieu dont nous faisons partie, et qui continue son pèlerinage, la traversée du désert, d’un désert qui est plus réellement désert que le désert de sable à travers lequel Israël faisait son chemin. Le désert moral qui nous environne est absolument, pour la foi, un désert, et il n’est que cela. Plus nous avançons dans ce chemin-là et dans cette vie chrétienne, plus nous sentons que Dieu a raison. Il ne peut pas ne pas avoir raison, mais Il nous met d’accord avec lui. Et c’est un immense progrès lorsque, sur quelque point que ce soit, nous tombons d’accord avec Dieu. Non seulement Il ne peut pas mentir et Il ne peut pas errer, mais le progrès des saints, c’est d’être d’accord avec Dieu, et d’abord, et en particulier, sur le jugement que Dieu porte sur chacun de nous. C’est un immense progrès.

Nous faisons cette traversée. Que nous le voulions ou non, nous, croyants, sommes de ce peuple, qui fournit ce voyage à travers le désert terrible, comme il est qualifié. Et c’est pourquoi les circonstances que le peuple a traversées et connues nous sont utiles. Elles nous servent de type, à nous que les fins des siècles ont atteints (1 Cor. 10:11). Il y a une instruction inépuisable pour nous dans les récits que Dieu nous donne à cet égard.

Nous sommes ici en présence de la situation suivante : le peuple est dans le désert, non pas à la fin des quarante ans, mais au commencement. Il y a déjà eu, avant ces récits, d’autres scènes qui sont loin d’être belles ou à la louange du peuple de Dieu. Ce n’est pas, en soi, un peuple intéressant. Aujourd’hui non plus. Ne pensons pas un instant que ce sont nos qualités, nos vertus morales ou autres, qui ont fait que Dieu a fixé son choix sur nous. C’est sa propre grâce qui a dicté à Dieu ce qu’Il avait à faire. Les qualités morales, ou de quelque ordre que ce soit, de ce qui, aujourd’hui, est le peuple de Dieu, ne le désignent en rien comme peuple qui devait être d’avance élu par Dieu. Dieu le dit à son propre peuple.

Dieu, qui s’occupe de son peuple, le met à l’école. C’est une école — nous aussi, nous sommes à l’école — et Il le fait passer par des circonstances difficiles — ce que nous n’aimons pas, nous n’aimons jamais cela. Il le fait passer par des circonstances très difficiles — c’est l’école de Dieu — pour que le peuple apprenne ce que Dieu est et ce que lui, le peuple de Dieu, est. La gloire de Dieu brille dans ces situations, de deux façons au moins. La première, c’est dans son jugement. Dieu est glorifié quand Il juge, incontestablement. Et l’enfer glorifiera Dieu, parce qu’il mesurera, d’une façon définitive et éternelle, qu’il y a entre le pécheur et Dieu un abîme infranchissable. Le jugement de Dieu est une ressource, pour la gloire de Dieu — ce n’est pas la plus glorieuse, pour Dieu. Un jugement judiciaire, un jugement final, aussi bien que les jugements temporaires, gouvernementaux, sont des moyens par lesquels Dieu déploie sa gloire — d’une façon inférieure, mais réelle. Et c’est vrai de tout être moral. Un père qui juge son enfant a le souci de sa propre gloire, quand il juge son enfant, même si ce n’est pas le moyen le plus élevé pour ce faire. C’est une ressource que Dieu a aujourd’hui. Il a et il aura toujours celle-là, à l’égard de tout homme. La gloire de Dieu sera toujours revendiquée, d’une façon ou d’une autre, à l’égard de l’homme. Si ce n’est pas par la grâce de Dieu reçue à salut ou à instruction, ce sera lorsque Dieu le fera comparaître devant Lui et prononcera son jugement sans appel, qui consacrera à jamais la gloire de Dieu et manifestera que le péché est d’un côté, et Dieu de l’autre. Car notre infidélité revient toujours à ceci, c’est que nous jetons l’équivoque, par notre façon de faire, de vivre, de nous conduire (les chrétiens professants le font de façon complète), sur ce fait absolu, qu’il n’y a pas de communion entre ténèbres et lumière, entre Dieu et le péché. À voir comment les chrétiens vivent, on pourrait se méprendre. Une équivoque pourrait régner sur ce fait, que le mal est toujours séparé de Dieu. Dieu ne peut être associé au mal. Quand nous péchons, d’une façon ou d’une autre, et sous le couvert du nom du Seigneur, en tant que chrétiens, nous jetons l’équivoque sur ce principe absolu, que Dieu est tout entier d’un côté, et le péché tout entier de l’autre. Dieu revendiquera toujours, à l’égard du péché, sa propre gloire. Il n’aura rien laissé passer de tout ce qui se sera fait sous le soleil, de tous les outrages à sa gloire. Il y a un moment où Dieu revendiquera sa gloire d’une façon absolue ; si ce n’est en grâce, ce sera en jugement. Il est bon que nos coeurs soient pénétrés de cette pensée. Toutes les fois que nos coeurs cherchent la gloire de Dieu, ils trouvent la bénédiction ; c’est un des effets de la piété et de la foi.

C’est pourquoi, dans un passage de l’Écriture que nous connaissons bien, il est dit à un homme qui avait péché : «Mon fils, donne gloire à Dieu» (Jos. 7:19). Confesse ton péché, c’est-à-dire, déclare, établis d’une façon publique, que le péché que tu as commis vient de toi, et non de Dieu.

Eh bien, nous trouvons ici cet épisode de la vie du peuple de Dieu, au commencement des quarante ans : il murmure. Ce n’est pas la première fois. Il montre un manque de foi en ce qu’il demande des espions. Il demande qu’on aille explorer le pays. C’est le peuple qui a demandé cela (Deut. 1). Il manque de foi ; il ne prend pas Dieu au mot. Quand nous nous plaignons, d’une façon ou d’une autre, ayons affaire à Dieu, et nous verrons très souvent que nous nous plaignons de Dieu ; au fond, parce que nous sommes en mauvais état. Nous ne sommes pas contents de nous-mêmes ; notre coeur n’est pas heureux : nous nous plaignons. Nous voyons, dans ce chapitre, que le peuple «murmure» et «méprise» ; ces mots se retrouvent plusieurs fois. Et quand nous ne sommes pas contents (que chacun de nous ait affaire au Seigneur, car c’est personnel), très souvent, dans le fond — pour ne pas dire toujours — nous ne sommes pas contents de Dieu, nous nous plaignons de Dieu. Si nous étions heureux avec le Seigneur, nous pourrions souffrir, mais nous ne murmurerions pas. Un chrétien souffre de beaucoup de manières. Plus il est fidèle, à bien des égards, plus il souffre. Mais la communion avec Dieu, le bonheur de la présence de Dieu, la force que Dieu donne, font taire les murmures.

Le peuple a demandé des espions. Il dit : Envoie des espions ; nous voudrions bien avoir des renseignements sur le pays. C’était là une grande offense vis-à-vis de Dieu. Dieu avait dit : Je vous conduirai dans un pays ruisselant de lait et de miel. Mais le peuple dit : Nous voudrions voir le pays. Cela nous arrive ! Nous ne sommes pas toujours contents que Dieu nous dise : Je vous ai préparé un lieu de bonheur. Le ciel est loin de satisfaire toujours notre coeur ! Dieu nous a promis le ciel, la maison du Père, le paradis (ce sont des termes différents : le mot «paradis» est beaucoup plus général, mais Dieu nous a promis le ciel). Et que de fois nous faisons comme le peuple ici, nous ne prenons pas Dieu au mot. Nous ne croyons pas assez que ce que Dieu nous a promis est aussi précieux et heureux qu’Il le dit.

Dans sa condescendance, Dieu permet que des espions soient envoyés. Ces hommes montent : douze, un par tribu. Ils représentent le peuple. C’est pourquoi, ensuite, le châtiment va s’abattre sur tout le peuple. Moïse envoie douze espions. Ils montent, et ils reviennent avec un témoignage évident que le pays est un très bon pays — c’était au temps des premiers raisins. Et la preuve tangible, palpable, c’est cette grappe qu’ils rapportent, et qui est telle, qu’il a fallu deux hommes pour la porter. Ils l’apportent au milieu du peuple, qui a pu se rendre compte de la vérité de ce que Dieu lui-même avait dit à l’égard du pays promis.

La première faute que le peuple a commise, manifestation de ce qui était dans son coeur, c’était l’incrédulité. C’est une très grande faute que cette incrédulité : mettre en doute les déclarations de Dieu. Et cela nous visite ; car, plus d’une fois, et dans bien des domaines, nous sommes incrédules. Sans doute, nous croyons pour le salut. Mais combien de fois sommes-nous incrédules pour ce que Dieu dit. «Si nous sommes incrédules, Lui demeure fidèle, car Il ne peut se renier lui-même» (2 Tim. 2:13).

Les témoins reviennent chargés. Alors nous voyons que le coeur de chacun s’ouvre. Sur douze personnes, dix montrent un certain état, et deux seulement un autre état. Voilà une mise à l’épreuve de l’état du peuple. Cela arrive bien plus souvent que nous ne le pensons. Quand Dieu permet une telle circonstance, dans notre vie de famille ou d’assemblée, souvent le coeur de chacun s’ouvre. On n’avait pas pu lire jusque-là ce qui se passait ; on le lit alors. Ce qu’il y a dans le coeur, on le voit, cela s’exprime. Ils étaient douze, en apparence très intéressés à ce qui touchait au peuple de Dieu, à connaître ce pays de la promesse. Mais, sauf Dieu (et Moïse, peut-être), personne n’aurait su qu’il y avait, dans le coeur de dix d’entre eux, un germe actif d’incrédulité ; on les aurait associés tous les douze. Eh bien, à la suite de la mise à l’épreuve, une profonde différence s’est manifestée, qui a eu de graves conséquences. Il en est ainsi pour chacun de nous, chers amis. Dieu nous fait passer souvent tous par les mêmes expériences, les mêmes épreuves. Et ce qui est l’occasion, pour les uns, d’une victoire, est l’occasion, pour les autres, dans les mêmes circonstances, de manifester — comme il est écrit dans l’épître — un méchant coeur d’incrédulité (Héb. 3:12 — c’est une expression scripturaire).

Nous nous plaignons des mises à l’épreuve ! Mais, par ces faits éprouvants, Dieu met à découvert l’état de chacun. On dira : Mais Dieu n’a pas besoin de cela pour le savoir. Sans aucun doute ; mais cela est manifesté. Dieu a, pour ainsi dire, justifié d’avance la mesure qu’il va prendre, et qu’il annonce en faisant tomber tous les adultes dans le désert pendant quarante ans.

Oh, la vie chrétienne n’est pas une vie à la légère, faite de principes abstraits. C’est une vie de réalités quotidiennes. Eh bien, chers amis, que le Seigneur nous donne d’avoir affaire à Lui, lorsqu’Il nous place dans telle circonstance éprouvante, pour que nous disions : «Seigneur, donne-moi d’être vainqueur par la foi, de montrer la foi, de surmonter l’obstacle par la foi, et de ne pas connaître une humiliante et grave défaite de la chair». Car la chair est toujours battue. La chair s’engage dans le chemin de la foi et est toujours battue. Ces dix-là, c’est la chair qui les gouvernait. Ils étaient, en apparence, comme les autres ; mais la chair les conduisait. On le sait, la chair imite la foi, une fois, peut-être deux ; mais, à un moment donné, la discrimination est faite par la main de Dieu. La discrimination se fera d’ailleurs, un jour, absolue, pour toute la profession chrétienne. La chair imprégnée de christianisme sera démasquée. Si nous voulons aller avec elle, il nous faut aller dans toutes les églises du monde ; il y a de la place ! Il y aura le nombre, mais il n’y aura pas la force de Dieu. Et la discrimination entre toute cette chair chrétienne et ce qui est de Dieu sera inévitablement faite, une fois ou l’autre. En attendant, Dieu nous met à l’épreuve. C’est pourquoi, chez deux chrétiens dans les mêmes circonstances, quelquefois mari et femme — même famille, mêmes circonstances — la foi de la femme brille, celle du mari pas ; ou la chair se montre chez la femme, dans les mêmes circonstances. L’un murmure, et l’autre glorifie le Seigneur. L’un fléchit, l’autre est à la gloire de Dieu, alors que les circonstances sont identiques. Il n’est pas dit que Josué et Caleb ont eu une position plus facile, qu’ils sont tombés sur un endroit plus agréable, plus facile, où il y avait moins de dangers. Ils étaient tous dans une même situation. Mais les uns avaient la foi, les uns allaient avec Dieu. Dieu était avec eux, derrière eux, autour d’eux, et ils voyaient le Seigneur. Et, quand Dieu est là, il peut y avoir tous les fils d’Anak du monde, tout cela est nul. Le monde entier serait-il contre un chrétien qui aurait Dieu avec lui, le monde ne compterait pas. Ils ont glorifié Dieu, Dieu les a honorés. «Ceux qui m’honorent, je les honorerai ; ceux qui me méprisent (mot caractéristique du chapitre) seront en petite estime» (1 Sam. 2:30).

Et quel châtiment atteint l’incrédulité ! Un châtiment tel que, après quarante siècles, nous lisons les noms des dix qui sont là, dans le livre de Dieu ! Et nous voyons tous les adultes qui sont tombés parce qu’ils avaient le même esprit ! Dieu ne s’est pas trompé.

Est-ce que nous cherchons la présence de Dieu en toutes choses, ou bien est-ce que nous comptons les difficultés qui viennent des circonstances, des hommes ou de notre coeur ? Ce ne sont pas les moins subtiles, les moins dangereuses, mais bien les plus perverses, les plus perfides.

Eh bien, Dieu fait face à tout. Dieu est pour les siens, et le reste ne compte pas ! La gloire de Dieu brille pour la foi. Voilà ce qu’ils disent, ces deux hommes, Caleb et Josué. Mais tout le monde a été gagné par le murmure des dix, toute l’assemblée…

Que font Moïse, Aaron, Josué, Caleb ? Ils déchirent leurs vêtements et disent : le pays est un très bon pays (comme nous lisons dans la note) ; et quant aux ennemis, ils seront notre pain. Là où nous vivons avec Dieu, les difficultés mêmes deviennent une sorte d’aliment pour notre âme. Pourquoi ? Parce que nous nous y nourrissons de Christ Lui-même, nous mangeons le pain de Dieu. Dans les exercices liés aux difficultés que nous traversons, si nous les traversons par la foi, nous avons Dieu avec nous. Dieu nous nourrit de Christ, de Lui-même. Il se sert des difficultés pour nous bénir. Est-ce que chacun de nous ici a avancé un peu dans la vie chrétienne ? Nous le pensons. Un peu appris ? Pas beaucoup, sans doute. Peut-être quelqu’un a beaucoup appris ; que Dieu continue à lui apprendre toujours davantage. La connaissance de Dieu est la somme de toutes ces expériences : la connaissance de Dieu en Christ, la connaissance de ce qu’est Jésus, Jésus dans les difficultés, dans l’opposition. Deux seulement des espions montrent la foi. Leurs frères, les dix, entraînent toute l’assemblée, qui est gagnée par cette rébellion ; elle a gagné toute l’assemblée. Quel support que le support de Dieu ! Quand nous murmurons, que nous ne sommes pas contents de quelque chose, interrogeons un peu, dans le secret, le Seigneur. Peut-être qu’Il mettra son doigt sur une corde de notre coeur, et qu’Il nous dira : Voilà pourquoi tu n’es pas content. Il nous le dit parce qu’Il nous aime, parce qu’Il ne veut pas que nous fassions comme les dix et comme tous ces adultes qui sont tombés. C’est facile, de murmurer ! Chers amis, quel triste état. Et cela était dans le désert ! Ils avaient le désert devant eux ! Quand à Josué, Caleb, leur foi ne fléchit pas. Pourquoi ? Est-ce qu’ils valaient mieux que les autres ? Pas du tout. En quoi gît la différence ? En ceci : c’est que, dans le coeur de Josué, de Caleb, Dieu agissait. Ils avaient Dieu devant eux. C’est tout ce qui fait la différence, pratiquement, entre deux chrétiens. Si nous prenons un ensemble de chrétiens, par exemple dans nos assemblées, chacun sait les mêmes choses à peu près au même âge, au point de vue des vérités générales. On ne trouve pas d’hérésies (grâce à Dieu, on ne les supporterait pas encore). Et même, cette connaissance moyenne des vérités générales est peut-être aussi élevée que ce qu’elle était il y a un certain nombre d’années, cinquante ans peut-être ; admettons-le. Mais la différence, où est-elle ? La position moyenne des douze était identique aussi, leur position extérieure, les dangers, ce qu’ils avaient à faire ! Mais la différence entre les deux et les dix, où est-elle ? Dieu est là ou Dieu n’est pas là.

Le secret, pour nous — car tout cela est d’une importance infinie, infiniment profonde pour nous — c’est de chercher le Seigneur. Les difficultés sont très grandes, amères, douloureuses ? Cherchons le Seigneur. Cherchons la face de Dieu. Ne perdons pas notre temps à compter les ennemis (nous pouvons y passer toute notre vie…) ; mais cherchons Dieu, et demandons qu’Il se place entre notre coeur et toutes choses.

Nous sommes souvent bien au-dessous de ces croyants de l’Ancien Testament, des Caleb, des Josué et d’autres, des David, des fils de Coré (dont le nom est assombri par une très triste affaire, par une rébellion terrible). Il y a des fils de Coré, de cette descendance, dont la foi brille, parce qu’ils ont, quand même, trouvé Dieu, et qu’ils ont, quand même, gardé Dieu.

Est-ce que nous cherchons Dieu tout le temps ? Que Dieu nous y aide. Que Dieu soutienne notre foi dans les combats !

Dieu dit : Je vais détruire cette assemblée. Il avait dit auparavant, dans une autre scène : Retirez-vous de là, je vais détruire. Il y a eu des situations où Dieu a failli anéantir son peuple, plusieurs fois. Il veut l’anéantir. Et qu’est-ce que cela fait briller (je le dis en passant) ? Cela fait briller, dans cet exemple comme dans d’autres, la valeur de l’intercession. Moïse, ici, est un intercesseur. Comme il est écrit quelque part : s’il y a un prophète au milieu d’eux, qu’il intercède (Jér. 27:18). Et c’est le même principe que ce qui est dit dans le Nouveau Testament, lorsque nous sommes exhortés à prier les uns pour les autres, et en particulier pour un frère qui n’a pas péché à la mort ; c’est exactement le même principe. «Pour un frère qui a péché à la mort, je ne dis pas qu’il demande» (1 Jean 5:16). Mais autrement, lorsqu’un danger est là, lorsqu’une attaque est là, lorsque le peuple de Dieu vacille dans sa position, nous voyons que la grâce de Dieu — ou alors Dieu jugerait et anéantirait — suscite un Moïse qui intercède, et Dieu épargne son peuple. Sans quoi, il l’anéantirait. Cette intercession de Moïse n’a de valeur et d’efficacité que parce que c’est Dieu qui en est la source. Mais elle nous donne un principe tout à fait universel au long de tous les âges. D’ailleurs, nous trouvons déjà cela en Abraham. L’intercession de Moïse fait que Dieu retient sa main. Il retient sa main, mais frappe quand même ; et Il dit : «Aussi vrai que je suis vivant, dit l’Éternel, si je ne vous fais comme vous avez parlé à mes oreilles» (Nomb. 14:28). Et Dieu s’est glorifié aussi en faisant tomber ces dix : ils moururent de plaie. Quant aux autres, ils mourront pendant les quarante ans. Et ils sont morts, tous ces adultes, des centaines de milliers, qui ont su d’avance qu’ils mourraient dans le désert. Cela a justifié Dieu et la parole de Dieu. Et tous ces petits enfants, dont ils avaient dit : nos petits enfants, qu’est-ce qu’ils deviendront ? Ils entreront dans le pays, mais vous n’entrerez pas avec, vous. Tout l’ordre naturel des choses est renversé, et il est bon qu’il en soit ainsi La gloire de Dieu brille en ce qu’Il fait ce qu’Il veut. Tout Lui appartient, comme dit le Psaume 119 : «Toutes choses te servent». Que nous soyons avec ces «toutes choses» pour servir Dieu. Quel bonheur que d’avoir affaire à Dieu, chers amis. Quand on a affaire à Dieu, on ne voit plus le sable du désert, on ne sent plus qu’il est brûlant. Mais, comme disait quelqu’un : J’ai la source en moi, et un sanctuaire autour de moi. Que ce soit notre heureuse et continuelle force.

Le jugement a passé, à la gloire de Dieu.

Nous avons un enseignement, en ce que Caleb et Josué ont eu à subir, pendant quarante ans, les conséquences de l’infidélité et de l’incrédulité du peuple ; de même que, dans tous les temps, les vrais chrétiens ont eu à subir ce qu’entraîne, pour tous, l’incrédulité de l’Église professante qui est devenue mondaine — nous le savons bien, et nous faisons souvent comme elle. Nous subissons les répercussions de cette infidélité générale de l’Église, et nous n’avons pas à nous en plaindre. Josué, Caleb, ne se plaignent pas. Et nous les retrouvons tous les deux pour terminer, le désert passé, les quarante ans terminés, le Jourdain franchi, dans le pays de la promesse, et tous les deux comme des vainqueurs. Josué a une place à part. Il est un type de Christ, qui ouvre le pays de la promesse au peuple. Mais, comme homme, il a la récompense de sa foi. Et il termine (dernier chapitre de Josué) en disant encore (sa foi n’a pas baissé ; il a vu beaucoup de choses, il a vu les hommes de près, et il a vu et appris qu’on ne peut compter sur personne que sur Dieu ; il l’a appris au départ, dans la suite, et il le sait à l’arrivée ; et sa foi brille ) : Faites ce que vous voudrez, choisissez vos propres dieux, servez-les de tout votre coeur, si vous voulez ; «mais moi et ma maison, nous servirons l’Éternel» (Jos. 24:15). Voilà les dernières paroles, ou à peu près, de cet homme de Dieu. Il n’y a pas d’équivoque. Le désert n’a pas usé son coeur, n’a pas desséché son coeur, n’a pas affaibli sa foi. Au contraire, il compte sur Dieu. Il a compté sur Dieu. Il sait que Dieu seul compte, est précieux, qu’il faut chercher Dieu. Et il nous laisse cela, quand il a fini sa carrière. Il a fini son travail, et le pays s’est reposé de la guerre ; et il dit : «Mais moi et ma maison, nous servirons l’Éternel».

Caleb arrive dans le pays de la promesse, et il parle. On aurait pu croire qu’il n’en pouvait plus. Il s’avance vers Josué et parle, et dit : Il y a quarante-cinq ans que Moïse a parlé de telle et telle manière ; je viens te rappeler ce que Moïse a dit : que tout lieu que foulerait la plante de mon pied est à moi ; je viens aujourd’hui demander la réalisation des promesses que Moïse, c’est-à-dire Dieu, m’a faites. Il en a vu, pendant ces quarante-cinq ans, des hommes et des choses, mais ce n’est pas ce qui a compté pour lui. Au-dessus de tout cela et à travers tout cela, il a vu les gloires de Dieu, Dieu lui-même, ses délivrances. Qu’est-ce qu’il y avait, à Hébron ? Des enfants d’Anak, des géants. Il y avait des géants au départ du chemin de Caleb ; les géants du départ ne l’ont pas arrêté. Il y a des géants à l’arrivée du chemin de Caleb ; ils ne l’arrêtent pas non plus. Pourquoi ? Parce que Dieu était, dans l’un et l’autre cas, dans le coeur de Caleb.

Les géants figurent les ennemis qui veulent nous empêcher de jouir de Dieu, du ciel, et veulent nous faire gémir sur la terre, nous faire nous traîner sur la terre, comme un peuple qui ne serait pas lié à Celui qui peut dire : «Je suis vivant aux siècles des siècles».

Que le Seigneur nourrisse notre foi, la développe pour sa propre gloire, pour Lui qui est le chef et le consommateur de la foi, dans tous ses principes, dans tout ce qu’elle est. Qu’Il la développe et nous fasse connaître une joie profonde au milieu des difficultés, des exercices, des souffrances, qui n’ont pas été épargnés à Josué ni à Caleb. Et que notre joie soit celle de ceux qui se glorifient dans le Seigneur.

 

5   Balaam — Nombres 22:1 à 25:4 ; 31:1-4, 7-8, 16

 

[LC n° 12]

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 49

 

Balaam était un homme pervers : «Ton chemin est pervers devant moi» (Nomb. 22:32). Il voulait paraître désintéressé ; il avait l’air de refuser honneurs et argent, mais l’un et l’autre gouvernaient son coeur. D’ailleurs, Balak connaissait bien son homme, pour l’appeler à son service pour maudire le peuple d’Israël.

Le peuple était dans une position propice à la malédiction de Balaam. Il n’était pas dans un brillant état ; il était très fatigué. Ce n’était pas l’état qu’on trouve en Exode 15, où tout le monde chantait et où «grande fut la foule des femmes qui répandirent la bonne nouvelle» (Ps. 68:11). Marie la prophétesse, et d’autres, unissaient leur voix pour chanter un cantique à la gloire de Dieu. Tel est le commencement : un départ en triomphe après le passage de la mer Rouge. Mais quarante ans de désert ont fatigué le peuple. Dieu a éliminé tous les hommes de guerre ; tous ceux qui étaient forts sont tombés sous le gouvernement de Dieu. Ceux qui, au départ, étaient de petits enfants sont devenus des hommes ; ils sont là, au bord des rives du Jourdain ; le pays promis est de l’autre côté.

L’histoire de ce peuple a été marquée par les interventions merveilleuses de Dieu, mais aussi par de tristes infidélités. Nous sommes les derniers à pouvoir jeter la pierre à ce peuple ; nous aussi, nous terminons la traversée du désert ; derrière nous aussi le sable brûlant, les hurlements d’une solitude. Depuis vingt siècles, l’Église a marqué les étapes de ses défaillances. Combien de manquements individuels, combien de manquements collectifs, sont enregistrés dans le livre de Dieu ! Nous le sentons : nous sommes fatigués, nous ne pouvons prétendre à aucune force. Le déploiement de la puissance de Dieu est beaucoup moins marqué que du temps des apôtres, où des miracles s’accomplissaient. Le peuple était heureux, glorieux, et au milieu de lui, Dieu se plaisait à démontrer sa présence. Aujourd’hui, ces signes ne sont plus ; ceux qui prétendent les retrouver n’ont pas arrêté leurs regards sur ce que l’Église a fait pendant vingt siècles ; ils n’ont pas lu, dans l’Écriture, la façon dont Dieu agit, plein de grâce toujours, de support, de patience, mais aussi de fidélité envers lui-même. Dieu ne peut pas, Dieu se doit à lui-même de ne pas pouvoir se manifester aujourd’hui, comme il l’a fait dans les Actes, à son peuple qui a montré tant d’infidélités envers lui. Nous n’en sommes pas étonnés : c’est la façon de faire de Dieu. Et c’est contre ce peuple d’Israël harassé, à bout de force humainement parlant, quand toutes les conditions sont contre lui, que nous voyons surgir Balak et Balaam.

Le peuple ignorait ce qui se passait à son sujet. Balak représente l’ennemi du peuple, le diable. Il était roi de Moab, et Moab n’était pas un descendant de païen ! Nous trouvons plus d’une fois cela, dans l’histoire du peuple d’Israël, que ses ennemis les plus ardents ont un lien de parenté avec lui. Balak, son ennemi, saisit le meilleur moment : quand le peuple est fatigué, quand il a montré son infidélité, quand il est sur le point d’arriver ; il est sur les rives du Jourdain. L’ennemi surgit et dit : «Le peuple n’entrera pas». L’ennemi se met en travers. On a vu cela à la fin de vrais chrétiens ; l’ennemi s’acharne et dit : «Cet homme n’entrera pas ; je suis là pour le condamner, il n’entrera pas !». Mais qui donc, en définitive, va régler la question ? Le peuple n’ouvre pas la bouche ; on ne l’entend pas. Des hommes de disputaient peut-être sous leurs tentes à ce moment. Mais l’entrée du peuple, sa malédiction ou sa bénédiction, sont réglées entre Dieu et l’ennemi. Et Dieu ne fait pas parler un ange : il force à bénir celui qui veut maudire.

Ces quatre prophéties (c’est sans doute le seul cas dans les Écritures) ne sont pas adressées directement au peuple. Dieu fait parler Balaam sans que le peuple, au moment même, le sache. Et «Dieu n’est pas un homme, pour mentir» (Nomb. 23:19) ; quand il a dit : «J’ai aimé ce peuple et je le bénirai», ce n’était pas un mensonge ! Il n’est pas «un fils d’homme, pour se repentir» (Nomb. 23:19) : s’il a appelé son peuple, il ne change pas. L’Écriture dit plusieurs fois que Dieu s’est repenti, c’est-à-dire qu’il a changé sa façon de faire, dans les détails, quand son peuple se montrait infidèle ; mais il ne se repent pas quant à son dessein final. Nul ne fera changer Dieu de pensée, quand bien même, au cours de l’histoire d’Israël, il a souvent été contraint de changer sa manière d’agir en châtiant son peuple au lieu de le bénir. Israël est resté son peuple, le seul qu’il ait choisi d’entre toutes les familles de la terre. On peut s’acharner contre Israël, mais en vain. Balaam était un homme pervers : il affectait d’être pour Dieu et son coeur était avec le diable. Il n’était pas devant Dieu. Il dit : «Je le verrai, mais pas maintenant ; je le regarderai, mais pas de près» (Nomb. 24:17). Ils ont été légion, les Balaam, les faux prophètes, au milieu du peuple de Dieu, soit du peuple d’Israël soit du peuple chrétien. Beaucoup de personnes ont affecté d’être pour Dieu et de servir son peuple ; au fond, elles étaient ennemies de Dieu, gouvernées par l’amour des honneurs et de l’argent. L’erreur de Balaam est un des trois maux signalés et dépeints dans le livre de l’apostasie, l’épître de Jude (v. 11), avec le chemin de Caïn et la contradiction de Coré.

«J’ai péché, car je ne savais pas que tu te fusses placé à ma rencontre dans le chemin» (Nomb. 22:34). L’effet de cette confession est nul, sans bénédiction. David a dit : «J’ai péché» et le prophète lui dit : «Aussi l’Eternel a fait passer ton péché» (2 Sam. 12:13). Le «j’ai péché» de David était l’effet du travail de Dieu dans le coeur et la conscience. L’âme est devant Dieu et confesse : c’est une bénédiction, c’est ce qu’on trouve dans le Psaume 32. Saül représente la chair religieuse établie dans une position de responsabilité, la chair assise sur un trône. Il dit aussi : «J’ai péché» (1 Sam. 15:24), et il est mort dans son péché. Judas a dit : «J’ai péché en livrant le sang innocent» (Matt. 27:4), et il reste le type même de celui qui est maudit pour l’éternité. Le Pharaon a dit aussi : «Priez pour moi» (Ex. 8:28), «j’ai péché» (Ex. 9:27). Ce sont des exemples de confessions charnelles. Il n’est pas vrai que tous ceux qui ont dit : «J’ai péché» ont trouvé le pardon. Il y a le «j’ai péché» de Balaam et celui de David. David a eu une défaillance ; mais tout au long des livres des Rois et des Chroniques, Dieu dit : «à cause de David mon serviteur, qui a été fidèle en toutes choses». Et les Psaumes de David nous font honte à nous, chrétiens. Que Dieu nous garde de la confession des lèvres qui ne révèle que la crainte du châtiment ! Et qu’il nous accorde de lui ouvrir notre coeur dans une confession que lui-même produit !

«Que mon âme meure de la mort des hommes droits, et que ma fin soit comme la leur» (Nomb. 23:10). Balaam a beau exprimer ce souhait, son âme ne mourra pas de la mort des hommes droits et sa fin ne sera pas comme la leur. Nous avons en Balaam l’exemple de quelqu’un dont Dieu peut se servir, comme de son ânesse, pour exprimer ses propres paroles, mais la puissance et la vie divine sont deux choses distinctes. Il peut y avoir puissance sans vie, comme chez Balaam et son ânesse. La vraie preuve de la vie, la preuve divine, nous est données dans l’Écriture : c’est le fruit, et non pas la puissance.

Ces quatre prophéties de Balaam sont d’une remarquable beauté ; elles nous présentent quatre caractères du peuple de Dieu, et du chrétien en particulier.

«Car du sommet des rochers je le vois, et des hauteurs je le contemple. Voici, c’est un peuple qui habitera seul, et il ne sera pas compté parmi les nations. Qui est-ce qui comptera la poussière de Jacob, et le nombre de la quatrième partie d’Israël ?» (23:9-10) ; il y avait quatre parties dans le camp d’Israël. Le premier caractère que l’Esprit de Dieu développe à propos de son peuple, c’est qu’il habitera seul, et qu’il ne sera pas compté parmi les nations. C’était un peuple tout seul au désert ; il y était plus en sécurité que dans le pays de la promesse. Si nous réalisions le désert, nous serions un peuple seul ; et Dieu dit cela au moment où il va entrer au pays de la promesse. Dès qu’on veut mêler le peuple de Dieu aux peuples du monde, ce peuple est perdu. Les peuples du monde n’y gagnent rien, le peuple de Dieu y perd tout. Dieu le dit, l’expérience le montre toujours. Il en est de même pour un individu : lorsqu’un chrétien se mêle au monde, c’est le monde qui le corrompt, et lui, il perd son témoignage vis-à-vis du monde : c’est un faux témoin. On dit : «Voilà un homme en qui le monde a été plus fort que Dieu».

Il demeure seul ; c’est un peuple séparé. La séparation est un des caractères du peuple de Dieu. C’est plus vrai que jamais, pour chacun de nous. Dans notre vie, nous sommes bien obligés d’avoir affaire à des gens du monde, mais notre coeur n’est pas là. Nous devons être auprès des gens du monde pour les servir, être comme des luminaires pour leur montrer le chemin du salut. Mais nous ne mangeons pas de leurs délices (Ps. 141:4). Le peuple de Dieu est toujours un peuple séparé et s’il se mêle au monde, il est perdu, il est corrompu, lui le premier. Mais si ce peuple réalise qu’il est seul, alors le cri jaillira du coeur même des gens du monde : «Que ma fin soit comme la leur» (Nomb. 23:10) ! Que la fin des siens dans ce monde fasse envie à ceux qui en sont les témoins ! Mais si nous faisons comme les gens du monde, si nous buvons aux mêmes sources qu’eux, si nous mangeons le même pain qu’eux, le témoignage est perdu.

«Il n’a pas aperçu d’iniquité en Jacob, ni n’a vu d’injustice en Israël ; l’Éternel, son Dieu, est avec lui, et un chant de triomphe royal est au milieu de lui» (23:21). Le deuxième caractère du chrétien et du peuple de Dieu, c’est la justice, la justification : c’est un peuple justifié, c’est un peuple racheté. Ainsi, nous sommes un peuple qui est à Dieu et Dieu ne voit aucune iniquité en lui ; mais nous, nous en voyons beaucoup en nous-mêmes, beaucoup de manquements dans le peuple, dans l’Assemblée, beaucoup d’infidélités ; mais Dieu dit à l’ennemi : «C’est un peuple juste, parce que je l’ai rendu tel». Nous savons que nous sommes justifiés et que l’oeil de Dieu se repose avec joie sur les siens et sur son peuple ; et notre justice, c’est Christ. Comme Christ est, tels nous sommes ; si la Parole ne le disait, nous n’oserions pas le dire.

«Que tes tentes sont belles, ô Jacob ! et tes demeures, ô Israël !» (24:5). Le troisième caractère, c’est la beauté du peuple. Nous chantons quelquefois dans un cantique : «Que l’unité de ton Église est belle !». C’est toujours vrai, et pourtant, il y a dans l’Église bien des divisions ; et plus nous sommes engagés dans les intérêts de l’Église du Seigneur, plus nous le savons. Pourtant le fait est là :

«Que l’unité de ton Église est belle !

Seigneur Jésus, qu’elle plaît à tes yeux !

Dans ton amour tu t’es livré pour elle :

Tu veux l’avoir près de toi dans les cieux.»

Et enfin le quatrième caractère : «Je le verrai, mais pas maintenant ; je le regarderai, mais pas de près. Une étoile surgira de Jacob, et un sceptre s’élèvera d’Israël» (24:17). Cette étoile, elle a surgi ; elle avait été annoncée ; elle est apparue : Jésus est venu et une étoile a changé sa trajectoire habituelle pour tracer, à ceux qui étaient attentifs, le chemin vers Bethléhem. Cette étoile reparaîtra plus tard en puissance ; et c’est de puissance qu’il s’agit ici. La quatrième prophétie va jusqu’à la fin, annonçant Dieu au milieu du peuple qui est un peuple séparé (Dieu le voit tel), racheté, justifié, beau aux yeux de Dieu ; au milieu de lui la gloire de Dieu resplendira.

Ces quatre caractères sont vrais à plus forte raison pour le peuple céleste de Dieu. Que Dieu nous donne de glorifier son saint Fils pendant que nous l’entourons, pendant qu’il n’a aucun éclat apparent ! Que nous réalisions que nous sommes un peuple séparé de toutes les autres nations par la croix du Seigneur Jésus ! Que Dieu nous donne de nous réjouir par un chant de triomphe royal à la pensée que, ce soir peut-être, nous entrerons avec le Seigneur dans cette gloire contemplée maintenant par la foi.

 

6   Dieu et son peuple — Nombres 22:2, 4, 6, 12, 41 ; 23:1, 3, 5, 7-9, 13, 16, 17, 19-23 ; 24:4-8, 16-18, 23, 25 ; 25:3-5

 

[LC n° 13]

25 avril 1971

 

L’histoire du peuple d’Israël est une triste histoire, pas bien brillante. La question essentielle, dans tout cela, c’est l’intention de Dieu, sa pensée. C’est la seule différence qui est faite entre l’histoire d’Israël et celle des nations.

Partout où le premier Adam a la liberté d’agir, il fait le mal ; et toujours. Cela était excusable chez Israël, et chez les païens. Mais chez les chrétiens, ils ont des ressources que Moïse n’avait pas.

Dans cette traversée du désert, nous y voyons un grand nombre de contestations. Plus un chrétien est fidèle, moins sa vie est remplie de faits. L’histoire d’un chrétien fidèle est dépouillée de faits. L’histoire de Jacob est remplie de faits, plus ou moins graves. L’histoire d’un croyant fidèle est pauvre en faits. Une marche fidèle se fait sans éclat. Il est bon de le redire. Est-ce que nous ne sommes pas de coeur roide, nous ? Alors, si nous ne le reconnaissons pas, c’est que nous le sommes beaucoup plus que nous ne le pensons.

Ce pauvre Moïse en a vu de rudes ! Un fait douloureux, c’est que Moïse n’est pas entré dans le pays de la promesse. Et pourquoi ? Parce que, à un moment donné, il a perdu patience envers le peuple. Il a perdu le contrôle de lui-même. Eh bien, Dieu a dit : Tu as fait cela ? Tu n’entreras pas dans le pays de la promesse.

Il y a eu bien des faits attristants, dans la vie du peuple d’Israël. Il y a eu la contradiction de Coré. Et tout cela a été sanctionné, d’une manière ou d’une autre ; et parfois, d’une façon très dure. Si Dieu n’avait pas eu de support, personne ne serait entré dans le pays de la promesse. Il y a, d’une part, le gouvernement de Dieu, et, d’autre part, l’accomplissement des desseins de Dieu.

S’il y a, dans nos coeurs ou dans nos affections, des choses qui ne vont pas, le Seigneur visitera cela. Nous n’y échapperons pas. Dieu a châtié Moïse d’une façon très solennelle. «Votre péché vous trouvera» (Nomb. 32:23). La grande question, avec Dieu, est toujours dans la mesure du bien et du mal. Il sonde vos reins et vos coeurs, pour voir si vos motifs sont bons. Ce sont les motifs qui comptent.

Nous sommes exercés, et toujours exercés, parce que nous oublions Dieu. Avec Dieu, notre force serait toujours renouvelée, et chaque matin. Caleb arrive à la fin de sa carrière en très bonne forme. Dieu a dû, si on peut parler ainsi, se contenir plus d’une fois, pour supporter son peuple. Pour Dieu, énoncer une parole et l’accomplir, c’est la même chose.

Dieu est toujours tenu d’agir en rapport avec sa gloire. Dans notre lecture, nous y voyons un personnage mauvais ; et c’est Satan. De même, Dieu peut permettre que les chrétiens soient assaillis par Satan. Dieu emploie aussi Satan. Nous perdons de vue que Satan a des droits ; et Dieu ne peut pas les lui retirer. C’est très solennel. Le monde ne peut pas être compris, si on oublie que Satan est son prince.

À la croix, tout a fléchi. Toute la puissance de Satan a été abolie, devant le Seigneur. Dieu ne peut pas contester, quand Satan accuse. Quand Satan accuse, Dieu ne peut pas dire que ce n’est pas vrai. Et quand Satan accuse qu’un chrétien est en mauvais état, Dieu ne peut pas dire : Ce n’est pas vrai ! Dieu dit : C’est vrai. Dieu emploie Satan, soit pour nous châtier, soit pour autre chose. L’apôtre avait le pouvoir de livrer un homme à Satan (1 Tim. 1:20). Dieu peut permettre qu’un homme soit livré à Satan. Satan cherche à affaiblir une assemblée en introduisant des éléments étrangers. Nous avons donc à prendre garde à l’activité de Satan. Il rôde, cherchant qui il pourra dévorer (1 Pier. 5:8). Et il peut y avoir des conséquences, même jusqu’à des divisions. C’est pourquoi encourageons les jeunes frères et les jeunes soeurs à vivre dans la crainte de Dieu. Ne passons pas à la légère sur ce qui n’est pas droit, au milieu de nous, et rectifions nos voies. Il peut arriver qu’à la fin de la carrière d’un chrétien, Satan le visite. Qui aurait su ce qui se passait chez Ananias et Saphira ? Tout mensonge est un péché, vis-à-vis de Dieu. Si vous cherchez vos intérêts, c’est un très grand péché. Il faut dire au Seigneur : Tu vois Seigneur, cette chose me ferait bien plaisir ; mais si ce n’est pas ta volonté, que ta volonté soit faite. Nous n’avons pas le droit d’avoir une volonté. Notre désir devrait être : «Seigneur, que ta volonté soit faite, même si cela ne me fait pas plaisir !». Et non pas : Je veux faire ma volonté, et ensuite, demander au Seigneur de me bénir.

Avant, dans un temps pas très éloigné, le Seigneur demandait aux siens d’être fidèles jusqu’à la mort. Et nous, à qui le Seigneur nous demande si peu, nous lui refusons ce qui lui ferait plaisir.

Dieu peut se servir de Satan, à la fin de la vie d’un homme. Nous devons demander au Seigneur de ne pas laisser passer quelque chose entre nous et lui. Demandons au Seigneur que nous nous tenions près de lui, aujourd’hui. L’avenir ne nous appartient pas. C’est le présent. «À chaque jour suffit sa peine» (Matt. 6:34).

Le Seigneur a fortement châtié son Église. Mais il la bénira, à la fin. Toutefois, il y aura, pour chacun de nous, un gain ou une perte éternel.

Son peuple doit être un peuple séparé. Il y a peut-être des frères et des soeurs qui trouvent qu’on est trop étroit. Ah, vous trouvez qu’on est plus à l’aise avec le monde ? Les inconvertis viendraient à connaître notre bonheur, ils vous diraient : Vous êtes des insensés ; c’est de la folie, que de venir vers nous chercher du plaisir. Encore une fois, nous récoltons ce que nous semons.

Un chrétien est vu sur deux points : premièrement, il n’y a pas en lui d’iniquité, quand il est vu en Christ ; d’autre part, tout est contrôlé par Dieu. Nous sommes responsables de nos actes. Notre marche est sous son contrôle. Dieu dit : Ce croyant m’appartient ; il a été payé du sang de mon Fils. Le Seigneur dit : Ce croyant est à moi ; je l’ai payé de mon sang. Et ils sont en Christ.

La beauté d’un chrétien, c’est le caractère de Christ en lui : la sainteté, l’humilité, la vérité. La vérité : on parle beaucoup de l’amour, mais de la vérité ? On ne voudra pas dire la vérité à son frère ou à sa soeur, pour ne pas lui faire de la peine. Ce n’est pas l’amour, cela. L’amour, c’est à revoir, chers amis. La flatterie, est-ce qu’elle est bannie de nos coeurs ?

Notre bon Dieu et Père nous a dit la vérité. Si le Seigneur venait maintenant, est-ce que tout le monde partirait ? C’est cela, la grande question. Êtes-vous à Christ, ou non ? Oh, je suis d’une descendance de frères fidèles ; je vais régulièrement aux réunions. Un christianisme d’éducation est un leurre, et un grand danger.

La beauté de l’Église, elle sera belle.

Dans l’Église, nous devrions montrer que la règle, c’est la volonté du Seigneur. Pour l’Église, il n’y a pas d’intervalle de temps. C’est une question d’état du coeur.

Si l’assemblée était restée dans son état normal, tel frère qui est tombé ne serait jamais tombé. Que le Seigneur nous garde des apparences !

Que le Seigneur nous donne de l’avoir, lui, dans notre coeur, comme un fruit mûr que la grâce produit.

 

7   Étapes du voyage, exercices du pèlerinage — Nombres 33

 

[LC n° 14]

17 novembre 1946

 

Le voyage des Israélites illustre tous les exercices actuels du peuple de Dieu sur la terre. Il faut nous arrêter, et ne pas faire de l’histoire, quand nous lisons l’Ancien Testament. Les rationalistes font de l’histoire. Le chrétien trouve Dieu parlant, lorsqu’il nous présente ces récits ; et il est saisi de la crainte de Dieu pour mettre sa confiance en Lui.

Songeons à ces centaines de milliers d’hommes qui ont passé la mer Rouge ! Après un danger, un autre, non moins profond, non moins pressant ! Après la mer Rouge, quarante ans dans le désert,  résultat de la désobéissance et de l’incrédulité du peuple. Mais il a fallu que Dieu porte son peuple quarante ans ! Du sable partout ! Dieu ne nous a pas tout raconté, il s’en faut bien, pas plus qu’il n’a raconté dans le Nouveau Testament tout ce qui concerne les saints.

Dans ce chapitre 33, nous avons le résumé d’une traite des fils d’Israël. Dieu a tenu à jour le livre de marche de son peuple — soyons sûrs qu’il continue à le faire. Il n’est pas une traite, pas une étape, qui ne soit consignée dans le livre de marche du peuple de Dieu ; et il n’y a pas un combat qui ne soit consigné dans le livre des guerres de l’Éternel. C’est le peuple de Dieu ; il s’y intéresse. La gloire de Dieu est engagée à cette traversée. Dieu l’a appelé, Dieu s’en est chargé. Et, quelque rigoureux que doive être son gouvernement, ce peuple arrivera au port. Le gouvernement de Dieu doit attirer notre attention. Tous ces hommes adultes, de fiers guerriers, étaient sortis comme les protecteurs du peuple, en apparence. On aurait dit : Six cent mille hommes peuvent le protéger ! Dieu dit : ces hommes, parce qu’ils ont été incrédules et m’ont méprisé, je vais les jeter par terre dans le désert. Qu’est-ce qui restera, Seigneur, si tu ôtes cette protection de ton peuple ? Je resterai, dit le Seigneur. Ce ne sont pas les six cent mille hommes qui feront traverser le désert. Voilà le gouvernement de Dieu. Dieu dépouille son peuple de son ornement et de sa force. La gloire de Dieu le veut, et Dieu dit : On va voir que la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes. On l’a vu. Vos petits enfants, tous ceux-là qui tètent encore, vous avez dit qu’ils seraient une proie ? Eh bien, vous n’entrerez pas dans le pays, et eux entreront dans le pays de la promesse ! Pourquoi ce gouvernement et ce châtiment solennels, qui sont rapportés de mille manières dans l’histoire du peuple, et rappelés encore aujourd’hui ? Parce que ces hommes, ces guerriers, n’ont pas cru que Dieu était assez fort pour porter ce peuple jusqu’en Canaan. Ne pas croire Dieu, c’est lui faire offense.

Lorsqu’on nous dit aujourd’hui : Le christianisme ne peut pas être réalisé, au vingtième siècle, le christianisme de Paul, c’est s’exprimer exactement comme les hommes du chapitre 13 du livre des Nombres : «il y a les géants, les fils d’Anak ; nous sommes comme des sauterelles à nos propres yeux, et nous sommes comme des sauterelles à leurs yeux à eux aussi» (v. 34). Encore aujourd’hui, on veut revêtir l’Église du Seigneur de la force de l’Égypte. On voudrait lui donner les caractères de la puissance de l’homme et du monde. C’est de l’incrédulité toute pure. Dieu ne fait jamais de la chair son bras. La force, le bras du peuple de Dieu, n’est pas un bras de chair. Appliquons cela, chacun de nous, chers amis, au peuple de Dieu ; et apprenons cette leçon que, si nous nous appuyons sur tout ce qui est de l’homme, son savoir, ses vertus, sa volonté, son énergie, sa puissance, ce sont ces choses qui nous feront tomber dans le désert. Les petits enfants qui tètent, portés par les bras de Dieu, sont plus forts que tous les guerriers. Chers amis, faisons l’application aujourd’hui au peuple de Dieu, à nous-mêmes, de ces leçons profondes, cachées sous ce fait historique. Et que la grâce nous accorde de nous dépouiller de tout ce qui est avantage humain, de tout ce qui est force humaine, de nous en dépouiller dans le secret de nos coeurs, et de dire, comme David lorsqu’on a voulu le revêtir de l’armure de Saül : «Je ne puis marcher avec cela, car je ne l’ai jamais essayé» (1 Sam. 17:39). Ce qu’il nous faut, c’est la puissance de l’Esprit de Dieu. Il la faut aux jeunes croyants ; il la faut aux vieillards ; il la faut au chrétien ignorant ; il la faut au chrétien instruit. Il n’y a que cette puissance qui nous fera entrer dans le pays de la promesse. Ne nous séduisons pas nous-mêmes, et ne nous séduisons pas les uns les autres.

Qu’est-ce que c’est que tomber dans le désert, aujourd’hui ? Cela peut s’appliquer à plusieurs choses. Mais, dans le premier sens, et le plus absolu, c’est la chute de celui qui a la profession chrétienne sans la vie. Le nom du Seigneur est invoqué sur tel ou tel, sur des masses et sur des peuples. On parle de nations christianisées ! Nous ne verrons pas de nations, dans le ciel. Parmi ceux qui les constituent, ceux-là seuls entreront qui avaient dans leur coeur cette foi vivante qui les avait mis en rapport avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ. Les milliers qui tombèrent dans le désert et, depuis vingt siècles bientôt, ceux qui tombent, ils étaient partis ; ils avaient tous leur bannière. Nous avons tous la croix comme bannière. Les Israélites avaient tous été baptisés pour Moïse dans la nuée et dans la mer. Mais celui qui croit au Seigneur Jésus, celui-là seul entrera dans le pays de la promesse. C’est très solennel !

Ce malheureux peuple d’Israël, au cours de ses étapes, en est venu à dire ceci à Moïse : «Nous ne voulons plus de ta manne ; c’est un pain misérable, notre âme en est dégoûtée» (Nomb. 21:5). Chers amis, combien de fois, dans la semaine qui a passé, avons-nous été dégoûtés de la manne que Dieu nous a donnée ? Toutes les fois que Christ perd sa saveur pour notre coeur, nous parlons comme les Israélites. Notre âme est dégoûtée de la manne ; et nous faisons un pas de plus. Il faut au coeur un objet. Si Christ n’est pas cet objet, il faudra autre chose, à savoir ce que le monde nous donnera. Si ce que le ciel nous donne ne rassasie pas notre coeur, nous irons manger ce que l’Égypte ou Babylone nous présente.

Nous avons à nous nourrir d’un Christ mort : «Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle» (Jean 6:54). «À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul» (Jean 12:24), et: «Si je suis élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi-même» (Jean 12:32). Sur le plan humain, Dieu ne connaît pas l’homme. Il n’y a pas de relation possible, sur le plan naturel, entre Dieu et l’homme. Pour que la relation soit établie, il faut la croix. C’est pourquoi, pour avoir Dieu et pour avoir Christ, il faut manger la chair de Christ et boire son sang, c’est-à-dire qu’il faut connaître Jésus mort sur la croix pour nos fautes et ressuscité pour notre justification.

Nous nous nourrissons d’un Christ mort. La manne, c’est un Christ vivant sur la terre. Il fait partie de la nourriture du peuple de Dieu. Mais il faut connaître un Christ mort. Et les soi-disant chrétiens, qui ne veulent pas connaître Christ mort, n’ont ni le Fils ni le Père.

Voilà donc ce peuple qui dit : «Notre âme est dégoûtée de ce pain misérable». Un chrétien qui se jette dans le monde, on peut être sûr que Christ a perdu sa saveur pour lui. On descend facilement cette pente ; on la remonte difficilement. On perd facilement la communion avec Dieu ; on la retrouve difficilement. Il faut un travail profond de coeur et de conscience. Le problème quotidien, pour le chrétien, c’est de garder la communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Tout se ramène à cela. Ce qui me fait perdre la saveur de Christ mort et ressuscité est une chose mauvaise. Tout ce qui m’ôte la joie de Christ est mauvais. Les hommes diront peut-être : Si vous faites cela, vous serez quelqu’un d’étrange. Le Seigneur dit : Si tu fais cela, tu es fidèle. Entre ces deux déclarations, je n’ai pas à hésiter. Jouir de Christ au long des étapes de chaque jour, manger Christ, il n’y a rien d’autre pour le désert. Il n’y a pas d’autre nourriture, pour le désert. N’écoutons pas qui veut nous faire croire qu’il y a un autre viatique pour traverser le désert ; il n’y a rien pour nous, dans le monde. Les tout jeunes croyants, il faut que le Seigneur le leur fasse sentir. À quelle source ont-ils bu ? «Je n’ai pas été désaltéré, la source était amère ou crevassée». Ce sont les expériences du désert. Nous sommes dans le désert pour apprendre cela. Il nous faut apprendre la saveur de la croix dans un monde où tout est souillé.

Y a-t-il quelqu’un qui pense que ce monde est un monde intéressant ? Peut-être y a-t-il quelqu’un de tel ici. Eh bien, qu’il emporte cette parole : «mon âme est dégoûtée de ce pain misérable». Il ne le dira peut-être pas des lèvres, mais son coeur pense exactement de la même manière. Que le Seigneur nous en garde !

Qu’est-ce qui a fait du mal à ce peuple ? C’est le «ramassis». Ce sont des Égyptiens qui sont sortis avec le peuple. Nous les trouvons deux fois mentionnés, dans le Pentateuque : d’abord à la sortie d’Égypte, puis dans les Nombres. Ce ramassis se plaignait. Pourquoi se plaignait-il ? Parce que c’étaient des Égyptiens. Ils aimaient l’Égypte. Leur coeur y était resté, et ils disaient à Israël : «Tu as fait fausse route ; là-bas, au moins, on mangeait ; tu as fait erreur. Qu’as-tu fait d’écouter ce Moïse ?». C’est la même chose aujourd’hui. On nous dit : «Qu’est-ce que vous faites ? Vous vous engagez dans cette voie chrétienne ; jamais vous ne tiendrez». Eh bien, c’est Dieu qui nous a appelés, nous ne pouvons pas dire autrement. Vous voulez du monde dans votre christianisme ? Soyez certains que le monde vous engloutira.

Il nous faut veiller à toutes nos voies avec le plus grand soin. Nous avons dit très souvent que le christianisme est une affaire de détails. C’est vrai. Un homme trouvera dans son champ ce qu’il y a semé l’année précédente. Un grain infime donne un fruit visible et mauvais. Un homme trouve dans sa vie ce qu’il y a semé dix ou vingt ans avant. Il ne l’a pas jugé ; cela a porté son fruit. N’ayons pas peur de prendre Dieu au mot. Entre les déclarations d’hommes du monde et celles de Dieu, il n’y a pas d’hésitations à avoir. C’est Dieu qui m’aime. Il ouvre devant mes pas un chemin qui n’est pas agréable. Mais il vaut mieux être dans ce chemin avec Dieu que dans les avenues du monde sans Dieu.

Que Dieu nous donne d’avoir des oreilles ouvertes pour les leçons que ces passages nous donnent. L’Église achève sa course. Ce sont les dernières étapes les plus difficiles. On est fatigué, depuis si longtemps qu’on est en marche et qu’on combat ! Il y a encore des ennemis. Il n’y a pas que les difficultés naturelles ; il y a Amalek et toutes sortes d’ennemis depuis que nous combattons ! Le Seigneur peut nous dire : Je t’ai aidé hier, je t’aiderai encore aujourd’hui. Il ne nous donne pas la force pour cent jours à venir, mais pour aujourd’hui. Je t’aiderai aujourd’hui ; tous les Amalek ne m’empêcheront pas de t’aider ; je t’aiderai, je te porterai. Voilà la foi. C’est exerçant, mais il vaut la peine d’être exercés. Et quand nous arriverons, et que nous poserons le pied de l’autre côté du rivage, quand nous arriverons en ce lieu que nous avons tant de fois désiré, certainement nous aurons des regrets de n’avoir pas été plus fidèles, d’avoir eu peur de souffrir, d’avoir préféré nos aises et notre chair à l’opprobre du Christ. Moïse a préféré l’opprobre du Christ ; c’est extraordinaire ! L’opprobre de la foi ! Christ a préféré cet opprobre d’une façon parfaite, parce qu’il est le chef et le consommateur de la foi. Mais la foi fait ce que personne ne fait ! Elle est parfois toute seule à le faire. Mais Israël, pauvre peuple insensé de prendre une route pareille en regrettant l’Égypte (Ex. 16:3 ; 17:3 et autres) ! Moïse a préféré avoir l’opprobre du Christ aux honneurs de l’Égypte. Il est allé à la tête du peuple.

Dans le détail, faisons comme Moïse ; renonçons à telle et telle chose sans le dire à personne — «Seigneur ton approbation plutôt que tout ce que le monde présente». Cela, en vérité, c’est s’engager par la foi dans le chemin du Seigneur C’est solennel, mais c’est de toute beauté. La grandeur de la vie chrétienne est là, dans le fait que la foi connaît un chemin qui est tout à fait à l’inverse du chemin du monde. Nous ne consultons pas la majorité, pour savoir comment il faut marcher où Christ a passé. Qu’est-ce que Jésus a fait, où est le sentier de Jésus dans telle circonstance ? Mon Sauveur, qu’est-ce qu’il me montrera ? Comment marcherait-il ? Pour le savoir, il faut regarder ce qu’il a fait, dans la Parole de Dieu, avoir affaire à Jésus. Que les chrétiens eux-mêmes ne nous cachent pas Jésus. Que nous soyons animés des sentiments qui faisaient dire à Marie : «Je cherche mon Seigneur» ; mais que nous sachions où on l’a mis (Jean 20:13) !

Le peuple était dégoûté de ce pain misérable. Encourageons-nous à chercher Christ Prions individuellement dans nos maisons Ne nous contentons pas de marcher, d’emboîter le pas chaque dimanche, de dire : «Après tout, les frères ont raison de nous dire cela, de nous parler du ciel ; il y a six jours que nous n’en avions pas entendu parler». Suivons Christ, et que Jésus soit notre objet, notre joie secrète, notre force. Il en vaut la peine. C’est la seule valeur de la vie — «saisis ce qui est vraiment la vie» (1 Tim. 6:19) ; nous n’avons pas d’autre chose à dire.

Si le chemin paraît un peu étroit, difficile pour certains, qu’ils aient affaire au Seigneur et lui demandent de voir plus clair, d’avoir plus de force, d’être plus dépouillés. Et, ce qu’ils ne pouvaient pas faire hier, le Seigneur leur donnera de le faire aujourd’hui. C’est le progrès et la sanctification : un peu plus de Christ aujourd’hui qu’hier. Est-ce vrai ? Ou bien un peu plus de moi, un peu plus du monde ? Serons-nous couverts aujourd’hui un peu plus par des choses du monde qu’hier, et par ce qui est apprécié par le monde ? C’est de la folie, pour Dieu.

Encore un point ou deux sur le caractère et les avantages de ce peuple. La demande de l’exploration du pays, il semblerait qu’elle vienne de Dieu. Si nous lisons le commencement du Deutéronome, nous voyons qu’elle vient du peuple et est, au fond, la preuve de l’incrédulité. Dieu permet cela, mais cela tourne mal. Quelle est la portée de ce fait, pour nous ? Cela signifie que le Saint Esprit lui-même est venu du ciel et nous apporte les joies du ciel, le bonheur, la gloire du ciel. C’est le Saint Esprit qui nous fait jouir des choses de Dieu. La foi dit : «Ce terrain est bon». Le chrétien professant dit : «Le pays est mauvais». Un chrétien est un homme scellé du Saint Esprit. Il n’y a pas de position chrétienne sans cela. Le Saint Esprit rend témoignage dans ce croyant, qui est enfant de Dieu, que le ciel est à lui, et que le pays est à lui : «Christ est ma joie, ma nourriture, ma force, ma vie». Le chrétien professant qui n’a pas la vie dit : Il n’a pas de saveur ; je me soumets seulement à toutes les habitudes extérieures. Mais ce n’est pas cela qui donnera à un homme appelé chrétien la saveur du ciel et la saveur de Christ ; c’est le Saint Esprit.

Nous avons insisté là-dessus bien des fois. Nous n’insisterons jamais trop sur ceci, que le Saint Esprit est la puissance qui nous fait jouir de Christ. Sinon, il n’y a point de vie, de saveur, de force. Nous lisons la Parole chez nous et, si nous n’avons pas l’Esprit, nous l’étudions comme un livre quelconque. Et si l’Esprit est contristé, ce livre est fermé. Nous avons des mots, des lettres, mais pas la pensée de Dieu. Le ciel n’est pas à nous. Nous sommes dans le désert, et n’entrons pas dans le pays de la promesse.

Celui qui a le Saint Esprit jouit de la Parole de Dieu. On mange dans la Parole de Dieu. C’est un mystère, si vous voulez ; mais il y a beaucoup de choses inexplicables. La vie de Dieu, dans le croyant, est alimentée, développée par la Parole de Dieu appliquée par le Saint Esprit. C’est par le Saint Esprit que Dieu habite en nous, que nous jouissons du ciel. Un fils de chrétien qui n’a pas le Saint Esprit ne peut jouir du ciel. Les parents doivent demander que leurs enfants soient convertis et scellés du Saint Esprit. Il peut y avoir une différence entre les deux choses. Les chrétiens professants n’arrivent pas à comprendre. Caleb et Josué, deux seulement, disent: «Le pays est très bon ; Dieu nous le donnera» ; les dix autres n’y comprennent rien, et c’est toujours la même chose. Les millions de chrétiens qui n’ont pas l’Esprit — chrétiens parce qu’ils ont été baptisés — ne comprendront jamais qu’un homme puisse passer sa vie en ne lisant que sa Bible, ou des choses qui aident à comprendre la Bible. Nous comprenons qu’ils ne comprennent pas. Mais le fait est là. Tandis que le croyant, lui, dit : Voilà mes délices ; c’est la Parole de mon Dieu, ma nourriture, ma force, ma lumière, ma vie. Tout est dans la Parole. Alors, quel bonheur que d’avoir le ciel ouvert, le coeur de Dieu ouvert !

Si un homme ne jouit pas de la Parole de Dieu, il peut se poser deux questions. D’abord, est-ce que j’ai reçu le Saint Esprit ? Puis, est-ce que je n’ai pas contristé le Saint Esprit ? C’est bien plus fréquent qu’on ne le pense. On est très affairé dans la vie. On n’apprécie que ce qu’on voit, que ce qu’on touche, que ce qu’on entend. Le monde visible seul compte, et le monde invisible disparaît. Tandis que, par le Saint Esprit, on traverse toutes choses comme des circonstances. Voilà une circonstance aujourd’hui, une autre demain ; mais je passe, je suis étranger. Le cadre varie, mais je vais mon chemin, je ne varie pas. Je ne suis pas d’ici, ma patrie est ailleurs. L’ancre, je l’ai jetée ailleurs. Voilà la vie du chrétien, et tous les jours. Que ce soit facile, nous ne le disons pas, et d’autant plus difficile qu’on est plus isolé. Des chrétiens pieux sont une force mutuelle, pour réaliser cette vie. Mais il nous faut savoir, dans cette vie, partir seul, marcher tout seul, faire une étape tout seul, n’ayant de secours que dans Christ. Quelquefois, on trouve bien des sujets de découragement. On dit : Est-ce que je ne me trompe pas ? Et le Saint Esprit vient me dire : Le pays dans lequel tu vas entrer est un très bon pays ; incontestablement, tu es sur la bonne voie. La voix de ce témoin divin dans notre âme fait taire toutes les autres voix, annule toutes les autres puissances. Le Saint Esprit rend témoignage à mon esprit ; tout va bien. Je continue mon étape, je marche, je la fournis, et Dieu m’a délivré encore une fois. Si vous comptez sur tous les frères, ce n’est pas la foi qui honore Dieu. Mais Dieu n’honorera pas cette foi-là. Quand vous êtes tout seul, comptez sur Dieu. Dieu dit: Tout va bien ; que Lui dise ceci, voilà qui compte. Même je te ferai voir ma gloire dans le désert ! Josué et Caleb disent : «C’est un très bon pays. Dieu détruira bien toutes les puissances qui y sont», car c’est Satan qui est dans les lieux célestes. Il veut nous barrer le chemin de la joie, des choses d’en-haut. Il veut nous ôter notre joie, parce qu’il sait que, si nous sommes heureux, nous sommes forts. Heureux parce que nos affaires vont bien ? Non, parce que nous avons de la joie dans le Seigneur, et parce que Dieu est avec nous.

Josué et Caleb sont entrés tout seuls. Josué, une fois, n’est pas cité, parce qu’il représente Christ qui fait entrer le peuple à travers le Jourdain. Il nous amènera dans le pays de la promesse. Mais Caleb, on le retrouve, à quatre-vingts ans, dans le pays de la promesse. Il dit : «J’ai marché quarante ans, mais je ne suis pas fatigué». Il dit à Josué : «Tu peux me donner une ville difficile à prendre». Et les géants, qui ne lui avaient pas fait peur à quarante ans, ne lui ont pas davantage fait peur à quatre-vingts. Caleb, sa foi brille jusqu’au bout ! Puissions-nous imiter sa foi. Il n’avait pas le Saint Esprit ; et nous, nous avons le Saint Esprit.

Paul termine sa vie. Devenu un vieillard, est-ce que Paul a fléchi ? Pas le moins du monde. Il dit : «Tous m’ont abandonné… Mais le Seigneur s’est tenu près de moi et m’a fortifié» (2 Tim. 4:16-17). Paul vieillard était plus fort que Paul nouveau converti, parce qu’il pouvait dire «Mon Dieu». Voilà la foi. Elle échappe à toute imitation, à toute analyse, à toute copie. On peut imiter la foi, on ne la copie pas. On ne copie pas les actes de la foi. À certains moments, elle a l’air sage, fait comme tout le monde ; à d’autres, elle a l’air insensée, et fait comme personne. La foi, c’est l’action de l’Esprit dans notre coeur. Elle nous donne la pensée de Dieu.

Que Dieu veuille nous accorder de marcher par la foi. Nous sommes sauvés par la foi. Maintenant, marchons par la foi. Le salut de la course, c’est-à-dire l’entrée dans le pays de la promesse, nous ne le réaliserons que par la foi.

Dans Nombres 9, le peuple d’Israël n’avait pas eu à se soucier de ses étapes. Elles lui étaient tracées d’avance par la gloire de Dieu : la nuée le jour, la colonne de feu la nuit. Elle allait devant lui et lui traçait son étape. La nuée se levait ; le peuple partait. La nuée ne bougeait-elle pas ? Le peuple restait sur place. Il aurait pu y avoir beaucoup de raisons pour partir. Mais la nuée ne bougeait pas ; le peuple ne partait pas. Cela nous parle de la dépendance, l’une des vertus maîtresses de la vie chrétienne : dépendre de Dieu, de Christ.

Je voudrais, Seigneur, faire ce pas. Est-ce que tu es devant moi, au moment où tu vas le faire ? Dans le détail, chaque jour, nous pourrions voir la nuée, si nous avions plus de foi. Et, dans les circonstances importantes de notre vie, combien il est capital d’attendre que la nuée se lève.

Si le peuple partait sans que la nuée se lève, il allait devant des ennuis de toutes sortes. Comment pouvait-il tenir tout seul sans Dieu ? La dépendance est une vertu rare ! C’est l’obéissance, c’est dire : «Seigneur, je ne veux pas faire cela. Que je fasse cela en te suivant et parce que tu me le dis ; je préfère ne pas le faire si tu ne me dis pas de le faire». La dépendance est l’une des conditions de notre force, de notre sécurité. La dépendance est plus rare qu’autrefois, j’en suis persuadé. Dans la vie de chacun de nous, on décide et, après avoir décidé, on dit : Seigneur, bénis-moi ! Mais Dieu ne bénit pas la chair. Il corrige la chair, et il bénit la foi. Il pourra s’y prendre de bien des manières, pour ramener l’âme à son point de départ. Mais partons de ceci, du principe absolu, que Dieu ne bénit pas la chair. Il la corrige, il la mate. La chair n’est jamais un don de Dieu. Eh bien, dépendre de Dieu dans tel ou tel choix, dépendre de Dieu, avoir Dieu avec soi, ne pas bouger, c’est beaucoup mieux que de faire beaucoup de choses sans Dieu !

Que Dieu nous accorde de penser beaucoup à ces choses et, d’une façon croissante, de les vivre.