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LES ACTES DES APÔTRES

 

 

Darby J.N.

Commentaire biblique publié en français dans ME 1877 et 1878,
et en anglais dans Collected writings, vol. 25 p. 319-450.

Quand le texte français est obscur, le texte anglais est en général nettement plus clair. Cependant la traduction n’a pas été refaite

 

Table des matières :

1     Chapitre 1

2     Chapitre 2

3     Chapitre 3

4     Chapitre 4

5     Chapitre 5

6     Chapitres 6 et 7

7     Chapitre 8

8     Chapitre 9

9     Chapitre 10

10      Chapitre 11

11      Chapitre 12

12      Chapitre 13

13      Chapitre 14

14      Chapitre 15

15      Chapitre 16

16      Chapitre 17

17      Chapitre 18

18      Chapitre 19

19      Chapitre 20

20      Chapitre 21

21      Chapitre 22

22      Chapitre 23

23      Chapitre 24

24      Chapitre 25

25      Chapitre 26

26      Chapitre 27

27      Chapitre 28

 

 

Les Actes des apôtres sont une continuation de l’évangile de Luc ; ils ont été écrits par le même évangéliste. Les discours, soit de Pierre, soit de Paul, que nous y trouvons, ont leur source dans la mission céleste dont il est fait mention à la fin de Luc. Il n’est pas nécessaire, je l’espère, de dire que le tout est écrit par l’inspiration de l’Esprit saint, chacun des évangélistes ayant été employé de Dieu pour nous présenter un aspect différent de l’histoire du Seigneur. Ainsi Matthieu, par exemple, nous présente beaucoup plus que les autres la dispensation de Dieu, et le Seigneur comme Emmanuel au milieu d’Israël sur la terre. D’autre part, en Luc, après les deux premiers chapitres, nous trouvons le Fils de l’homme et les voies de Dieu selon la grâce, ainsi que les bénédictions du temps présent. Matthieu ne rapporte pas l’ascension du Seigneur, et la mission donnée aux apôtres dans son évangile vient d’un Jésus ressuscité, et s’adresse aux Gentils, comme si le résidu des Juifs était déjà reçu en grâce.

En Luc, le Seigneur va monter au ciel, et il y monte en parlant à ses disciples et en les bénissant d’une bénédiction céleste. Dans cet évangile la mission s’adresse à tous, premièrement aux Juifs, puis aux Gentils, les disciples devant commencer par Jérusalem. Cette œuvre, — l’accomplissement de cette mission, — nous est racontée dans le livre des Actes.

Suivons maintenant le cours de cette histoire qui est essentiellement le récit de l’activité des apôtres Pierre et Paul : le premier agissant parmi les Juifs et dans la fondation de l’Église à Jérusalem, l’autre s’en allant parmi les Gentils, bien qu’il s’adresse toujours premièrement aux Juifs. Pierre, l’un des douze disciples, avait suivi le Seigneur sur la terre jusqu’à la nuée qui le reçut et qui le ravit à leur vue ; Paul, ennemi déclaré du nom de Christ, et converti par la grâce souveraine, lorsqu’il était occupé à détruire ce nom, si cela était possible, n’avait vu le Seigneur que dans la gloire : il s’en va vers les Gentils pour les appeler à la foi, témoignage merveilleux de la grâce souveraine de Dieu, et d’une gloire qui rendait un témoignage magnifique à l’œuvre parfaite et acceptée de Christ, gloire à laquelle la foi en Lui et en son œuvre conduisait les croyants. Ces deux grands apôtres posaient le même fondement du salut annoncé en ce seul Sauveur et cette seule œuvre par laquelle nous sommes sauvés.

Le grand fait, duquel dépend tout le récit, c’est la descente de l’Esprit Saint. Sans doute, comme dans toute la Bible, on retrouve ici aussi la responsabilité de l’homme et les voies de Dieu à travers les actes et la faiblesse de l’homme ; mais, ce qui occupe la première place, c’est ce fait d’une importance capitale : la présence sur la terre de l’Esprit Saint, envoyé par le Père et par le Fils de l’homme glorifié, et demeurant dans les fidèles et dans la maison de Dieu. C’est seulement lorsque Dieu a accompli la rédemption, qu’il vient habiter au milieu des hommes. Dieu n’a pas habité avec Adam dans son état d’innocence, ni avec Abraham, ni avec personne, jusqu’à ce qu’il eût fait sortir Israël hors d’Égypte, et qu’il l’eût délivré des mains du roi d’Égypte, dont il avait été l’esclave ; alors Dieu vint habiter au milieu d’eux dans la nuée, et le tabernacle fut rempli de sa gloire.

De même, aussitôt que le Fils de l’homme est monté au ciel pour s’asseoir à la droite de Dieu, ayant accompli l’œuvre de la rédemption, le Saint Esprit — le Consolateur — descend du ciel selon la promesse du Seigneur, et le baptême du Saint Esprit a lieu. Envoyé par le Père, l’Esprit crie « Abba, Père ! » dans les cœurs qui l’ont reçu. Envoyé par le Fils de l’homme de la part du Père, il révèle la gloire de cet Homme dans le ciel ; en outre, il forme le corps de Christ, liant les membres à la tête, de manière que « celui qui est uni au Seigneur est un seul esprit » ; habitant dans le croyant, et de plus dans la congrégation universelle des croyants, de façon qu’ils sont ensemble « l’habitation de Dieu ». Il est évident que cette vérité est d’une immense importance ; car la liberté spirituelle de l’enfant de Dieu, l’unité de l’assemblée de Dieu, l’union des enfants de Dieu, tout dépend de la présence de l’Esprit, comme le tout est fondé sur l’œuvre que le Sauveur a accomplie sur la croix. De plus, cette vérité nous fait sentir l’état de l’église extérieure, là où elle habite, car elle a contristé cet Esprit ; elle a été, a fait, tout le contraire de ce que l’Esprit lui aurait fait faire, tellement que le jugement de Dieu est prêt à fondre sur elle.

Puisque j’ai parlé de la descente de l’Esprit Saint, il est nécessaire de faire comprendre que je ne parle pas de la « nouvelle naissance », bien que ce soit le même Esprit qui l’opère, mais de la venue de l’Esprit, personnellement, quand le Fils de l’homme est monté au ciel. L’Esprit Saint a opéré divinement après la fondation du monde ; il se mouvait sur la surface des eaux ; il a inspiré les prophètes ; il a été l’instrument immédiat de tout ce que Dieu a fait sur la terre et dans les cieux ; mais il est seulement venu ici-bas quand le Fils de l’homme est monté pour s’asseoir à la droite de Dieu (Jean 7:37-39) ; et nous le recevons seulement quand nous avons cru (Éph. 1:13 ; Gal. 4:6). Cette vérité apparaît clairement ailleurs aussi : nous sommes scellés une fois que nous avons cru, — cru spécialement à la valeur du sang de Christ. Lavés dans ce sang précieux, nous sommes propres pour être l’habitation de l’Esprit de Dieu : « Ne savez-vous pas », dit l’apôtre Paul, « que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, et que vous avez de Dieu » (1 Cor. 6:19). Le lépreux, guéri et purifié sous la loi, était premièrement lavé dans l’eau, puis aspergé de sang, puis oint d’huile (Lévitique 14:8, 9, 14-18), figure bien claire de notre purification par le moyen de la parole de Dieu lorsque nous sommes convertis et nés de nouveau, puis de l’aspersion du sang de Christ, et finalement de l’onction de l’Esprit Saint, par lequel nous sommes scellés pour le jour de la rédemption finale. De plus, tous les dons, dont l’exercice a lieu dans l’Église, sont la manifestation de l’Esprit Saint qui y opère (1 Cor. 12). Mais ici, dans le livre des Actes, on ne trouve pas l’exposition des opérations de l’Esprit, mais le fait même de sa venue pour agir.

 

1                    Chapitre 1

Abordons maintenant l’examen de l’histoire elle-même. Elle commence par la grande vérité de laquelle nous avons parlé : les disciples devaient attendre à Jérusalem le baptême de l’Esprit Saint. Nous y trouvons en même temps, au verset 2, la preuve d’une autre vérité précieuse, qui ressort du fait que le Seigneur, après sa résurrection, donne des ordres à ses disciples par l’Esprit-Saint. Nous ne perdrons donc pas l’Esprit Saint, lorsque nous serons ressuscités, — vérité simple, peut-être, mais qui fait sentir combien sera grande notre capacité pour le bonheur quand nous aurons été introduits dans cet état. Ici-bas, une grande partie de notre force spirituelle est employée à nous faire marcher avec intégrité, malgré la chair et les tentations de l’ennemi ; mais alors, ni la chair, ni l’ennemi n’existeront plus. Toute la puissance de l’Esprit en nous, s’emploiera à nous rendre capables de jouir de la félicité infinie dans laquelle nous nous trouverons. Nous jouirons selon les forces de l’Esprit, comme Christ a donné des ordres à ses disciples par le Saint Esprit après sa résurrection.

Remarquons aussi l’intimité du Seigneur ressuscité avec ses disciples : « Il leur parlait des choses qui regardent le royaume de Dieu » (v. 3). Christ est maintenant glorifié, mais son cœur, rempli d’amour divin, n’est pas changé, ne s’est pas éloigné des siens. Quand il apparaît à Paul, il dit : « Je suis Jésus le Nazaréen que tu persécutes ». Il parle à Ananias avec autorité et vérité, mais comme à un ami ; il lui ouvre son cœur à l’égard de Saul, quand il l’envoie pour lui parler. Il n’avait pas honte d’appeler les disciples ses « amis » sur la terre ; il n’a pas honte de nous traiter comme des amis, maintenant. Immense bénédiction ! de sentir que le Seigneur de gloire est près de nous, qu’il nous tient pour amis et pour bien-aimés, et qu’il peut aussi compatir à nos infirmités.

Les disciples tenaient encore, nous le voyons au verset 6, au règne visible du Seigneur en Israël ; leur cœur était encore juif. Ils croyaient bien que Christ était vraiment ressuscité, mais ils attendaient que leurs espérances de la restauration d’Israël comme nation fussent accomplies par le Sauveur, maintenant qu’il était sorti du sépulcre. Le Seigneur ne leur dit pas que le royaume ne serait pas rétabli pour Israël ; au contraire, il leur fait comprendre qu’il ne leur appartenait pas de connaître les temps que le Père avait « réservés à sa propre autorité ». Le royaume sera rétabli pour Israël, mais le temps n’est pas révélé. Le Fils de l’homme viendra au moment où on ne l’attendra pas. Il est assis à la droite du Père, jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour le marchepied de ses pieds. En attendant, il rassemble ses cohéritiers, ceux qui sont contents de souffrir avec lui, et qui, ravis dans la gloire, régneront avec lui. Le moment du retour du Sauveur n’est donc pas révélé, et ne fut pas révélé à ses disciples ; mais le Seigneur leur dit que, dans peu de jours, ils recevraient la vertu de l’Esprit Saint qui viendrait sur eux, et qu’ils lui seraient témoins à Jérusalem, dans la Judée, dans la Samarie, et jusqu’à l’extrémité de la terre (v. 7-8).

En disant ces choses, il fut élevé, eux le voyant, et une nuée le reçut et l’emporta de devant leurs yeux (v. 9). Ils devaient être, jusqu’au bout de la terre, les témoins oculaires de sa gloire céleste. Le Saint Esprit fut envoyé ensuite par lui (Jean 15:26, 27). Nous verrons plus tard que Saul a vu le Seigneur dans sa gloire céleste pour la première fois, ce dont il devait être spécialement le témoin. Maintenant le Saint Esprit a rendu un témoignage à cette gloire, comme nous le verrons dans les discours des Actes, et comme on peut le voir dans les épîtres de Pierre, et ailleurs.

Mais ici, on trouve, avant la venue du Saint Esprit, un témoignage bien remarquable rendu par des anges. Les disciples avaient les yeux fixés au ciel pendant que Jésus s’en allait ; cela était bien naturel. Le Sauveur qu’ils aimaient, qui leur avait été rendu ressuscité, les abandonnait de nouveau, au moins extérieurement, — il est vrai pour s’en aller dans le ciel, — ce qui aurait dû fortifier leur foi. Il avait laissé une promesse de la puissance de l’Esprit qui pourtant n’était pas encore venu ; et ainsi la conscience et la direction de cette puissance qui révélait toute la vérité, leur manquaient. Jésus s’en était allé. Et eux que feraient-ils ? Il fallait attendre.

Comme ils avaient les yeux fixés au ciel, voici deux hommes, — hommes en apparence, mais en réalité des anges, — se trouvèrent près d’eux, leur demandèrent pourquoi ils regardaient vers le ciel, et leur firent la révélation de son retour. C’est là un fait bien remarquable, car le Seigneur, après le dernier souper, avait fait comprendre à ses disciples qu’il s’en allait auprès du Père ; et la première consolation (Jean 14) qu’il leur avait donnée, c’est qu’il reviendrait pour les prendre auprès de lui dans la maison du Père, où il allait leur préparer une place ; après quoi il leur avait parlé de la présence du Consolateur qui viendrait en eux. Dans l’évangile de Jean, le Seigneur parle de sa venue pour introduire les siens auprès de lui dans la maison du Père ; ici, dans les Actes, de son apparition en gloire, quand il reviendra du lieu où il est allé. Dans l’évangile de Jean, il parle lui-même du privilège spécial des siens selon l’affection personnelle qu’il avait pour eux : il voulait les consoler, son cœur en avait besoin ; il voulait les avoir près de lui dans la même gloire, et afin qu’ils vissent sa gloire, mais spécialement afin que là où il était, ils y fussent eux aussi. Ici, les anges parlent de son retour en gloire alors qu’il reviendra de la même manière que les disciples l’avaient vu s’en aller.

Voilà quelle était la principale consolation des disciples, une fois privés de la présence du Sauveur. Puis un autre Consolateur serait donné pour demeurer avec eux éternellement. Mais qu’il s’agisse de la déclaration du Seigneur lui-même dans son amour, ou bien de la révélation faite par les anges, nous voyons que la première chose dans le cœur du Sauveur et dans les révélations de Dieu, c’est que Jésus reviendra. C’est un don immense que celui de l’Esprit pendant l’absence du Seigneur et pour toujours, et c’est une chose infiniment glorieuse que l’état dans lequel la rédemption a placé l’assemblée de Dieu ici-bas ; mais l’espérance de l’Église et le comble de sa joie sera de voir le Sauveur comme il est, d’être toujours avec lui, semblables à lui, de voir Celui qui nous a aimés et lavés de nos péchés dans son propre sang, de le voir face à face et d’être toujours avec lui ! Oui, c’est une immense bénédiction, — une bénédiction trop grande pour nous, si elle n’était pas le fruit d’une chose plus grande encore : la croix et les souffrances du Fils de Dieu. Une fois que ce Sauveur béni a souffert, que lui, le Fils de Dieu, a été fait péché pour nous, et qu’il est mort comme un homme sur la croix, rien n’est trop grand, car ce sera seulement le fruit du travail de son âme. Il en sera rassasié ; son amour sera satisfait de notre félicité et de notre présence auprès de Lui. Voyez Sophonie 3:17, où l’amour et la gloire sont inférieurs à ce dont il est question ici : « Le Seigneur ton Dieu est au milieu de toi ; le Puissant te délivrera ; il se réjouira à cause de toi, d’une grande joie ; il se taira à cause de son amour et il s’égayera à cause de toi avec chants de triomphe ». Le Père se reposera dans son amour, et dans l’accomplissement de tous ses conseils pour la gloire de son Fils, montrant en même temps dans tous les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, par sa bonté envers nous dans le Christ Jésus. Telle est notre attente !

Les disciples s’en retournent à Jérusalem, et là ils habitent ensemble dans une chambre haute. Nous lisons qu’ils persévéraient d’un commun accord dans les supplications et dans les prières avec les femmes et avec Marie, mère de Jésus, et ses frères (v. 12-14). Mais l’effet de la promesse du Père ne se trouve qu’au second chapitre. Tout ce que nous avons à la fin de ce premier chapitre se rapporte à une position judaïque, c’est-à-dire à la condition des disciples avant la venue de l’Esprit ; les disciples possédaient toutefois une intelligence qui avait été ouverte par le Seigneur pour comprendre la Parole. Ils n’avaient pas la puissance de l’Esprit, mais ils avaient l’intelligence de la Parole, car leur état était en relation avec Christ ressuscité ; ils étaient illuminés de la lumière divine qui leur avait été communiquée après sa résurrection.

Les versets qui nous occupent ici s’accordent parfaitement avec les versets 44-48 du chapitre 24 de Luc. Puis vient, dans Luc, la promesse de l’Esprit, dont l’accomplissement se trouve au chapitre 2 de notre livre. L’énergie active et bien connue de Pierre se sert de la connaissance qui lui a été donnée par le Seigneur, et il applique le Psaume 109 à Judas, dont un autre, dit le Psaume, devait prendre la charge. Ils jetèrent le sort, selon l’habitude juive, remettant la décision entre les mains de Dieu ; et le sort tomba sur Matthias, qui fût ainsi choisi et ajouté aux onze apôtres. Les versets 18, 19, forment une parenthèse. Le « chemin d’un sabbat », dont il est question plus haut, le « sort » qui est jeté, et toutes les circonstances, montrent clairement l’état actuel des disciples, et la pensée de l’Esprit saint dans cet intervalle de temps. Ils agissent avec l’intelligence de la parole de l’Ancien Testament, mais l’Esprit n’était pas encore venu ; et il est important pour nous de comprendre la différence qui en résulte. L’Esprit donnait déjà l’intelligence (1 Cor. 2:14), mais cela n’est pas en soi-même la puissance.

Le Seigneur est fidèle pour conduire les siens dans le chemin de la vérité ; sa grâce est suffisante ; sa force s’accomplit dans notre faiblesse, et il nous donne toujours la force nécessaire pour accomplir sa volonté, mais la puissance de l’Esprit est encore autre chose. Maintenant nous sommes spécialement appelés à garder la Parole du Seigneur quoique nous soyons faibles (voir ce qui est dit à l’église de Philadelphie, Apocalypse 3). Il est impossible que Christ nous fasse défaut dans le chemin de l’obéissance, et sa force nous suffit. Fidèles à sa parole, pendant que nous l’attendons dans la faiblesse, nous serons des colonnes du temple de son Dieu quand viendra l’heure de la gloire. Toutefois l’Esprit Saint habite dans les fidèles scellés de l’Esprit par le Père selon sa promesse.

 

2                    Chapitre 2

Le grand événement duquel nous avons parlé, se présente maintenant à notre attention : le fait immense de la venue de l’Esprit-Saint pour demeurer avec les disciples de Jésus, en chacun d’eux, et au milieu d’eux tous ensemble. C’est ainsi que, dans la première épître aux Corinthiens, chapitre 3:16, l’Église, comme assemblée universelle, nous est présentée comme étant le temple de Dieu ; puis, au chapitre 6:19, c’est le corps du fidèle qui est ce temple. Tous ceux qui, attachés à Jésus, se trouvaient habituellement réunis ensemble, s’étaient ainsi rassemblés le jour de la Pentecôte. Nous avons vu, chapitre 1:14, qu’ils persévéraient dans les prières, en attendant le Consolateur promis selon les paroles de Jésus.

Tout à coup il se fit un son comme d’un vent impétueux soufflant et remplissant toute la maison où ils étaient assis, comme jadis la nuée avait rempli le tabernacle tellement que les sacrificateurs n’y pouvaient entrer (1 Rois 8:11). Maintenant les hommes eux-mêmes étaient le tabernacle, où Dieu ne dédaignait pas de venir habiter, le sang de Jésus les ayant purifiés et rendus propres à être l’habitation de Dieu par l’Esprit (en esprit), Éph. 2:22. Merveilleuse vérité, fruit de la rédemption accomplie, et connaissance bénie de ce fait glorieux qu’un Homme, bien plus qu’un homme, est assis à la droite de Dieu ! (Jean 7:39). Combien sont beaux ce fait divin, cette vérité ! Tel est donc l’effet de la mort et du sang de Christ, de notre réconciliation, telle est notre purification par cette mort et ce sang, qu’au lieu de tenir dehors les sacrificateurs par sa présence, Dieu fait de nous son habitation en grâce. Quel contraste entre la loi et l’évangile !

Mais en outre, on trouve dans ce fait un merveilleux témoignage de la grâce de Dieu. La présence du Saint Esprit dépendait de ce que l’homme Jésus était assis à la droite de Dieu, démonstration et fruit de l’accomplissement de l’œuvre de la rédemption. Or, ceci ne pouvait se limiter au peuple juif. La présence de l’Esprit était en elle-même un témoignage de l’accomplissement de cette œuvre, et les arrhes de notre héritage. Christ étant mort pour tous et monté dans la gloire, on devait annoncer à tous l’évangile de sa gloire. Pour le moment, la patience de Dieu agissait en grâce parmi les Juifs, le peuple de la promesse ; mais l’évangile qui était prêché était pour le monde entier.

Lorsque à la tour de Babel, le jugement de Dieu tomba sur les hommes, Dieu les dispersa et confondit leur langage ; puis il prit Abraham, le séparant de son pays et de sa famille, afin d’avoir une race, puis un peuple, pour lui-même. Pendant bien des années Dieu supporta l’iniquité et l’infidélité de ce peuple, envoyant les prophètes, jusqu’à ce qu’il ne se trouvât plus de remède ; à la fin, il envoya son Fils, mais ils l’ont rejeté et crucifié, comme nous le savons. Alors Israël, la nation, est mis de côté, jusqu’à ce que la grâce souveraine de Dieu, après que l’Église, la plénitude des Gentils, aura été recueillie, renoue des relations avec ce peuple sur le pied de la nouvelle alliance et de la présence du Messie sur la terre.

En attendant, Dieu rassemble les cohéritiers de Christ, l’assemblée céleste. Ainsi, pour un moment, l’Esprit a opéré au milieu des Juifs pour rassembler tous ceux d’entre ce peuple qui avaient des oreilles pour entendre, tandis qu’ils étaient épargnés, comme nation par l’intercession de Christ sur la croix (voyez Luc 23:34), jusqu’à ce qu’ils eussent rejeté un Christ glorifié, de la même manière qu’ils avaient mis à mort un Christ venu dans l’humiliation. Mais ce même Esprit montrait que le Dieu de grâce voulait outrepasser les limites du peuple choisi, et surmonter le jugement de Babel en parlant à tous les peuples dans leur propre langue. Admirable témoignage de grâce envers le monde !

Les barrières restent, mais Dieu les surmonte et passe par-dessus pour annoncer la grâce du Sauveur et du salut pour le monde entier. Nous voyons également ce don spécial de l’Esprit-Saint toutes les fois que Dieu intervient de nouveau comme à Samarie et dans le cas de Corneille. De fait, il n’était pas possible qu’un Sauveur glorifié fut seulement le Sauveur juif. L’histoire du peuple juif était finie, sauf la grâce, quand ils eurent rejeté le Sauveur, et la rédemption éternelle de Dieu ne pouvait être pour les Juifs seulement.

Le caractère que prend, visiblement, le Saint Esprit, correspond à cette œuvre. Quand il descendit sur Christ, l’Esprit était semblable à une colombe, symbole de douceur, de tranquillité paisible et pleine de grâce, qui convenait à celui duquel il est écrit : « Il ne contestera pas, et ne criera pas et personne n’entendra sa voix dans les rues il ne brisera pas le roseau froissé, et il n’éteindra pas le lumignon qui fume, jusqu’à ce qu’il ait produit en victoire le jugement » (Matthieu 12:19-20). Mais aux disciples il est dit : « C’est pourquoi toutes les choses que vous avez dites dans les ténèbres seront entendues dans la lumière, et ce dont vous avez parlé à l’oreille dans les chambres sera publié sur les toits » (Luc 12:3).

L’Esprit vient donc comme un vent impétueux remplissant toute la maison, et comme des langues de feu divisées. La division était le symbole des diverses langues ; le feu, la puissance pénétrante de la parole de Dieu qui juge les pensées et les intentions des cœurs. Il paraît que non seulement les apôtres, mais tous les cent-vingt ont été investis de cette puissance ; ils étaient tous ensemble, et l’explication de la prophétie de Joël, donnée par Pierre, confirme le fait (voir chap. 1:14, 15 ; chap. 2:1, 17). Ils furent tous remplis du Saint Esprit, et ils commencèrent à parler des langues étrangères, selon que l’Esprit leur donnait de s’énoncer (v. 4). Or il se trouvait précisément à Jérusalem des hommes de tous les pays, et le bruit de ce qui s’était passé les rassembla. Cette grande foule était étonnée d’entendre parler chacun dans sa propre langue, et ils s’entretenaient ensemble et disaient : « Voici, tous ceux-ci qui parlent, ne sont-ils pas des Galiléens ? Et comment les entendons-nous, chacun dans son propre langage ? » Ils s’étonnaient disant : « Que veut dire ceci ? » Et d’autres se moquant disaient : « Ils sont pleins de vin doux ». C’étaient particulièrement les Juifs, toujours portés à l’incrédulité.

Pierre leur répond, s’adressant certainement à eux dans leur langue maternelle, et leur fait comprendre que c’était ce qu’avait dit Joël, lorsqu’il annonçait ce qui devait arriver dans les derniers jours. Il semble bien, quand on lit Joël (et je n’en doute pas), que l’Esprit saint sera de nouveau répandu, quand Israël sera rétabli dans son pays. Ce sera alors la pluie de la dernière saison. Il faut remarquer que le verset 30 du chapitre 2 de Joël vient, dans l’ordre, avant les versets précédents. Les choses qui y sont mentionnées arrivent avant que le jour terrible du Seigneur vienne : mais les bénédictions sont après ce jour. Pierre dit d’une manière générale : « dans les derniers jours » ; et il parle du jugement comme encore à venir, ce qui était en effet le cas.

Mais le point important dans son discours, c’est qu’il présente aux consciences des Juifs leur position actuelle, car, quelle que soit sa grâce, Dieu a toujours été clair et positif dans ses déclarations et quand il expose les péchés de ceux dans lesquels la grâce opère. Ils avaient outragé et crucifié celui que Dieu avait ensuite placé à sa droite, son propre Fils : telle était, en somme, leur position. Ils l’avaient mis à mort, et Dieu l’avait ressuscité, après qu’il avait été approuvé auprès d’eux par la puissance manifestée dans ses œuvres (v. 22-24). Affreuse position ! Condition terrible, non seulement des Juifs, mais des hommes ! Le Messie d’Israël, fondement de toutes leurs espérances, ils l’avaient rejeté ; le Fils de Dieu, ils l’avaient mis à mort ; la rupture semblait donc irréparable entre eux et Dieu. En effet, du côté des hommes, elle était irréparable.

Tout était perdu. Dieu avait été en Christ réconciliant le monde avec Lui-même, et les hommes l’avaient rejeté. Le péché était là, la transgression contre la loi était déjà accomplie — cependant Dieu était venu en grâce ; mais l’homme n’avait pas voulu de Lui ! Maintenant il s’en était allé au ciel ; mais, son nom en soit éternellement béni ! les conseils de Dieu n’étaient pas anéantis. Bien longtemps après, ils seront accomplis. La grâce avait vaincu : là où l’homme avait manifesté son inimitié contre Dieu, Dieu avait manifesté son amour envers les hommes et accompli l’œuvre par laquelle il sauvait ceux qui croyaient en Christ. « Ayant été livré par le conseil défini et par la préconnaissance de Dieu, vous l’avez cloué à une croix, et l’avez fait périr par la main d’hommes iniques » (v. 23).

Dieu a employé l’iniquité et l’inimitié des hommes pour accomplir l’œuvre de la rédemption. L’inimitié de l’homme et l’amour de Dieu se sont rencontrés dans le même fait, sur la croix, avec la manifestation de cette glorieuse vérité que son amour dépasse et surmonte l’inimitié de l’homme. Malheur à celui qui méprise et rejette cette grâce immense, cette œuvre seule efficace pour le salut !

Pierre déclare que Celui que les Juifs ont crucifié, Dieu l’a ressuscité d’entre les morts (v. 24), — témoignage assuré que sa justice était satisfaite. À cause de l’œuvre que le Sauveur a accomplie, Dieu l’a élevé à sa droite, glorifiant celui qui l’a glorifié (Jean 13:31, 32 ; 17:4, 5), — témoignage de la valeur de son œuvre, de ce qu’il a mérité par elle, et de la gloire qu’il nous a acquise (je ne parle pas de sa séance à la droite du Père, qui est son propre privilège comme Fils unique). Ensuite, ce même Jésus, ayant reçu du Père l’Esprit promis, l’avait envoyé, ce dont les auditeurs de Pierre voyaient et entendaient l’effet ; et il devait être assis dans le ciel jusqu’à ce que tous ses ennemis fussent mis pour le marchepied de ses pieds.

Remarquez ici ce que nous avons déjà observé, c’est que Christ, élevé comme homme à la droite de Dieu, a reçu de nouveau l’Esprit Saint pour le donner aux croyants (v. 33, 34). Dieu, comme nous l’avons déjà fait remarquer, ne demeure avec les hommes qu’en conséquence de la rédemption. Il ne demeurait pas avec Adam innocent ; il n’a pas demeuré avec Abraham ; mais, aussitôt qu’Israël est délivré, de la servitude d’Égypte par le moyen d’une rédemption, bien que celle-ci fût extérieure, Dieu vient habiter dans la nuée au milieu du peuple, et sa gloire remplit le tabernacle (Exode 29:46, et 40:34-38). Ainsi encore, d’une manière moins visible, mais beaucoup plus précieuse, la rédemption éternelle étant accomplie, Dieu habite, en la personne de l’Esprit Saint, au milieu de son peuple : Christ étant glorifié comme homme, témoignage de l’accomplissement et du plein effet de cette glorieuse rédemption, reçoit l’Esprit promis par le Père, et le répand dans les siens.

L’Esprit les unit à lui-même, individuellement, et leur donne la conscience d’être fils du Père ; il est la puissance qui opère dans les croyants pour glorifier Christ désormais, et qui opère pour accomplir les conseils de Dieu dans son assemblée, jusqu’à ce qu’elle soit ravie pour être avec Jésus et comme lui dans la gloire. Le croyant et l’assemblée universelle (1 Cor. 3 et 6 ; Éph. 2:22), sont l’un et l’autre un temple où habite l’Esprit Saint. La grâce a vaincu ; et Dieu demeure là où l’œuvre et le sang de Christ ont rendu cette habitation possible, dans un monde qui l’a rejeté.

La maison d’Israël (et plus tard le monde des Gentils), Pierre le leur fait sentir, devait reconnaître à ce signe, d’une manière certaine, que Dieu avait fait « Seigneur et Christ » l’homme Jésus, qu’Israël avait rejeté (v. 36).

« Que ferons-nous, frères ? » demandent ceux qui, après avoir entendu le témoignage de l’apôtre, ont le cœur saisi de componction et sentent leur horrible position pour avoir rejeté le Christ. Mais aussitôt que ce fruit de l’opération de l’Esprit se trouve dans leur cœur, la réponse est facile à faire. L’œuvre du salut était accomplie ; Christ avait été donné pour leurs péchés ; la purification était déjà faite ; ils n’avaient qu’à se repentir et à reconnaître le Sauveur, pour avoir la rémission de leurs péchés. Alors, ayant été baptisés en son nom (Jésus étant ainsi reconnu dans sa mort pour les sauver), ils reçurent le Saint Esprit. De plus, la promesse était pour eux et pour leurs enfants, et pour tous ceux qui étaient loin, autant que le Seigneur Dieu en appellerait.

Tous ceux donc qui reçurent de bonne volonté la parole, furent baptisés, et trois mille personnes furent ajoutées. Il faut distinguer ici entre l’opération de la grâce et de l’Esprit Saint dans le cœur pour faire recevoir Christ, et le don de l’Esprit lorsque nous avons reconnu Christ comme Sauveur, et comme moyen pour la rémission de nos péchés. L’Esprit opère en nous ; il nous fait sentir nos péchés, le besoin d’un Sauveur et du sang de Christ ; mais, après avoir cru à son œuvre sur la croix, nous sommes scellés de Dieu par le don du Saint Esprit (le Saint Esprit donné) qui vient habiter en nous. Nous voyons la même chose dans le fils prodigue, au chapitre 15 de Luc. L’œuvre de Dieu s’est faite dans le pays lointain, et le prodigue s’en retourne vers son père ne sachant comment il sera reçu. L’œuvre était faite en lui : il se repentait, il confessait ses péchés, il parlait d’être un mercenaire dans la maison de son père. Il n’était pas encore revêtu de la plus belle robe ; il n’avait ni l’anneau à son doigt, ni les souliers à ses pieds. C’est dans ses haillons qu’il rencontre son père ; seulement du moment où le père s’était jeté à son cou en le baisant, il n’ose plus lui parler d’être mercenaire ; ce n’était plus le moment, quoiqu’il confesse ses péchés. Le prodigue n’était pas encore propre à entrer dans la maison ; les haillons ne convenaient pas à la maison de Dieu ; mais il fut vêtu de la plus belle robe, de Christ lui-même (robe qui ne fit jamais partie de ce que son père lui avait donné, et qui n’appartenait pas à Adam innocent) ; dès lors il est propre pour entrer dans la maison avec tout l’honneur que le père pouvait placer sur lui ; il a la conscience d’être reconnu fils, et d’avoir la faveur de son père.

Il en est de même pour l’âme. Le Saint Esprit opère en nous, produit des besoins, nous communique la vie, et fait que nous sommes nés de Dieu ; alors, convaincus de péché, nous trouvons Christ, le Sauveur, et par lui, la rémission de nos péchés pour toujours ; alors Dieu nous scelle du Saint Esprit. « Parce que vous êtes fils », dit l’apôtre, « Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, criant : Abba, Père » (Gal. 4:6). Là se trouve la vraie liberté, et l’amour de Dieu est versé dans nos cœurs (2 Cor. 3:17 ; Rom. 5:5). Nos corps sont devenus les temples du Saint Esprit (1 Cor. 6:19).

Il est donc très important de distinguer l’opération du Saint Esprit qui produit la foi, qui donne puissance à la Parole dans le cœur et dans la conscience ; et l’habitation du Saint Esprit en nous, conséquence et sceau de notre foi. C’est une chose de bâtir une maison, et une autre chose d’y habiter quand elle est bâtie. Mais quels ne devrions-nous pas être en sainteté de consécration, puisque nous sommes « nés de Dieu » et que, dans nos corps, le Saint Esprit habite comme dans un temple ! Les fruits de sa présence se manifestent d’une manière admirable. Ce n’est pas ici la puissance qui porte la parole de Dieu aux consciences dans le monde entier, annonçant Christ, la grâce et le salut ; mais c’est la puissance sur soi-même, qui détruit l’amour propre, qui est active dans l’amour, faisant penser aux autres plus qu’à soi-même.

Qu’il est beau le tableau que nous donne ici la Parole des effets moraux de cette habitation de l’Esprit dans le cœur ! Ces effets sont de deux sortes : la piété, l’affection fraternelle, avec l’amour pratique au milieu des disciples. L’Esprit signale d’abord la persévérance dans la vérité et dans la communion des apôtres : les saints restaient attachés à ceux qui avaient été les canaux du témoignage de Dieu à leurs cœurs, de vrais ambassadeurs de Dieu. C’était la vraie unité, opérée par la puissance du Saint Esprit, de laquelle les apôtres étaient les vases, et qui se réalisait dans la commémoration continuelle de la mort de Christ ; qui était en outre l’expression d’une unité plus vaste, celle de tout le corps de Christ : ils rompaient le pain ensemble, et ils persévéraient aussi dans les prières. Belle réalisation et expression de l’unité de l’Esprit, abolissant sous ce rapport toutes les différences, puisque par la puissance de l’Esprit tous les cœurs étaient élevés au-dessus de toutes les circonstances, et des choses de ce bas monde ! Les cœurs n’étaient plus ici-bas, mais avec Christ à la droite de Dieu dans le ciel.

Ceux qui croyaient par la parole des apôtres, étaient un dans le Père et dans le Fils, selon Jean 17:21. L’effet même de cette puissance qui dominait tous les sentiments humains, se produisait dans le monde autour d’eux, — une sainte crainte remplissait tous les cœurs. Le monde reconnaissait le déploiement d’une puissance qui n’était pas de ce monde, mais qui élevait les cœurs au-dessus des motifs qui le gouvernent. La présence de Dieu au milieu des disciples était sentie partout, et se manifestait aussi par les miracles et les signes merveilleux opérés par les mains des apôtres. Dieu se trouvait là présent dans la personne du Saint Esprit, selon la promesse de Jésus.

En second lieu, l’amour pratique se réalisait pleinement. Les croyants étaient, tous ensemble, comme des frères, la famille de Dieu ; tous les membres de la famille participaient aux biens du Père, les uns comme les autres ; nul ne disait : ceci est à moi. Si l’un avait plus que l’autre, il possédait le privilège de l’amour, savoir de donner à celui qui avait besoin. Mais cela n’était pas forcé ; ce n’était point un droit de celui qui était dans le besoin, autrement ce n’eût pas été le fruit de l’amour. « Quand tu la possédais » dit Pierre (Actes 5:4), « n’était-elle pas à toi ? Et vendue, n’était-elle pas en ton pouvoir ? » Non, c’était l’amour sentant qu’il doit, selon l’amour divin, ne pas laisser un frère, enfant de Dieu comme lui-même, dans le besoin. C’était la libre activité de l’amour, produite par l’opération puissante de l’Esprit de Dieu. Aussitôt qu’on veut rendre cela obligatoire, la chose a perdu toute sa valeur, toute sa nature. Ôter à autrui, ce n’est pas donner : c’est l’amour de soi-même. L’amour divin pense aux autres ; il donne de bonne volonté. La pensée de rendre cet amour obligatoire montre que l’amour n’existe pas.

Mais revenons à notre sujet, à ce tableau magnifique de l’état de l’assemblée primitive des chrétiens, de l’assemblée de Dieu, comme Dieu lui-même l’a fondée au commencement. Penser aux autres et non à soi-même, — l’amour divin accompli dans des cœurs humains… quelle chose merveilleuse ! Il est bien possible que cela ne puisse pas se réaliser actuellement à la lettre ; les chrétiens sont dispersés partout ; il n’y a plus les apôtres aux pieds desquels on puisse placer des dons et des possessions (voir Actes 4:32 et suivants) ; mais le vrai chrétien peut parfaitement bien agir d’après les principes qui remplissaient les cœurs de ces membres bénis de Christ, que nous avons ici devant nous. La parole de Dieu suppose l’existence des riches et des pauvres (1 Tim. 6:17-19) ; mais cela ne m’empêchera pas d’user de tout ce que je possède comme économe de Dieu, dans l’amour, pour le bien des membres de Christ. Il reste toujours vrai que l’homme doit avoir soin de sa famille ; mais ce qu’il peut faire par amour, le chrétien fidèle est obligé de le faire ; et ce qu’il possède des biens de la terre, ce qui lui a été confié par Dieu, il doit s’en servir pour le bien de tous et spécialement pour la famille de Dieu.

Mais l’amour fraternel n’est pas tout. Les cœurs sont liés ensemble dans le culte et dans l’adoration de Dieu. Dans ce temps-là les Gentils n’étaient pas encore introduits dans l’assemblée, et les disciples, comme Juifs, suivaient toujours leurs anciennes habitudes. La patience de Dieu supportait encore le système judaïque, tandis qu’il rassemblait du milieu du peuple ceux qui devaient être sauvés. Dieu était prêt d’ôter le judaïsme de dessus la terre et de transférer dans l’assemblée chrétienne le résidu des Juifs, que la grâce ajoutait à la foi. Les fidèles unissaient encore le culte juif et le culte chrétien ; ils montaient journellement, d’un commun accord, au temple pour adorer l’Éternel, en même temps qu’ils rompaient le pain dans leurs maisons, prenant la cène tous les jours avec une pleine confiance dans l’amour de Dieu ; de plus, ils prenaient leurs repas avec joie et simplicité de cœur, louant toujours Dieu et étant agréables à tout le peuple.

Les fruits du Saint Esprit et la manifestation de sa puissance attiraient souvent les cœurs du peuple ; et ainsi Dieu ouvrait une porte à la Parole, et les cœurs de quelques-uns étaient véritablement convertis. Car, quoique le témoignage soit accepté, cela ne veut pas dire pourtant que les âmes soient converties. La foule qui suivait et saluait Jésus à son entrée dans Jérusalem, a crié plus tard : « Crucifie-le, crucifie-le ! » Mais cette faveur générale qui entourait l’assemblée, arrêtait pour un moment l’opposition, et ceux qui avaient des oreilles pour entendre croissaient dans la connaissance de la vérité. La vérité n’est vraiment reçue que par la grâce ; mais les fruits de l’Esprit opèrent puissamment sur le cœur naturel : chacun peut comprendre l’amour et l’oubli de soi-même ; et Dieu se sert de cela pour répandre le témoignage de l’Évangile.

Ce que nous étudions ici est présenté en type d’une manière admirable dans les sonnettes et les grenades qui ornaient la robe d’Aaron, quand il entrait dans le lieu saint (Ex. 28:33-35) ; seulement Aaron perdit le droit d’entrer, de cette manière, dans les lieux saints, par le péché de ses fils ; mais je parle de ce qui était ordonné avant que ceux-ci eussent péché.

 

3                    Chapitre 3

Le troisième chapitre des Actes des apôtres est remarquable dans les voies de Dieu. On n’y trouve pas, comme dans le second chapitre, la déclaration d’une introduction immédiate dans la bénédiction, de la rémission des péchés pour ceux qui se repentaient et confessaient le nom de Jésus, et du don du Saint Esprit ; mais Pierre y montre, comme dans tous ses discours, que la mort de Christ était l’effet des pensées de Dieu, bien qu’il fût mort par les mains des iniques, mais il en parle plutôt comme accomplissement des prophéties que comme fruit des conseils de Dieu. En commençant par la proclamation de l’évangile l’Esprit descend jusqu’aux voies de Dieu envers Israël. Le Seigneur, intercédant sur la croix pour le peuple, avait dit : « Père, pardonne-leur : car ils ne savent ce qu’ils font ». Il fut exaucé et le jugement de Dieu fut suspendu, afin que la repentance fût présentée encore une fois au peuple.

Dieu savait bien que les Juifs, durs de cœur, n’accepteraient pas la voix miséricordieuse de sa longue patience ; il avait conjuré et exhorté ceux qui avaient des oreilles pour entendre, de se sauver de cette génération perverse (2:40). Mais Dieu ne voulait pas prononcer le jugement sur celle-ci avant d’avoir fait tout ce qui était possible, et avant qu’ils eussent rejeté le témoignage d’un Christ glorifié, comme ils avaient rejeté et crucifié un Christ venu ici-bas dans l’humiliation. Ainsi l’Esprit, par la bouche de Pierre, se fondant sur l’intercession de Christ, propose la repentance au peuple, lui disant que, s’ils se repentaient, Christ reviendrait (v. 19-21). L’apôtre insiste plus particulièrement sur le péché des Juifs, et présente les faits avec une grande puissance à leurs consciences.

Il peut sembler étrange que Pierre parle de la repentance de tout le peuple, et d’épargner le peuple, au moment où l’assemblée chrétienne avait déjà commencé, et lorsque l’apôtre avait averti les âmes d’éviter le jugement qui allait venir sur cette nation qui avait crucifié le Seigneur de gloire. Mais Dieu savait bien que les principaux du peuple rendraient toute sa patience inutile, et qu’ils rejetteraient le témoignage de la gloire de Christ, comme ils avaient mis à mort Christ présenté en grâce. Dieu poursuit ses conseils selon sa propre connaissance, mais selon son gouvernement, il n’exerce le jugement qu’après avoir fait tout ce qui est possible pour épargner les hommes, en les invitant à la repentance.

Ainsi il annonce à Abraham qu’il faut que sa postérité descende en Égypte, parce que l’iniquité des Amoréens n’est pas encore venue à son comble (Gen. 15:16) ; ainsi par la bouche de Jérémie, chapitres 7-14, et dans d’autres passages, il fait précisément ce que Pierre fait ici : il dit clairement, selon la connaissance prophétique qu’il donne à son serviteur, que le peuple et les vases du temple seront transportés à Babylone ; mais en même temps il exhorte le peuple à se repentir, promettant que s’ils le font, ils seront épargnés. Il pose comme principe que lors même qu’il aurait prononcé la condamnation d’un peuple ou d’une ville, si ce peuple ou cette ville se détournait de sa méchanceté, Lui se repentirait du jugement qu’il avait prononcé (Jér. 18:7-11). C’est ainsi que l’apôtre propose au peuple de se repentir, lui annonçant qu’alors le Christ reviendrait.

Nous voyons, au commencement du chapitre, que les apôtres Pierre et Jean, montant au temple, avaient guéri un homme boiteux dès sa naissance qui mendiait à la porte nommée « la Belle ». L’homme ainsi délivré monte avec les apôtres, sautant et louant Dieu, et, naturellement, la foule se rassemble, car cet homme était bien connu.

Pierre saisit cette occasion pour mettre devant les yeux du peuple ce que ce peuple avait fait. Ce n’était pas par sa propre puissance que Pierre avait agi : le Dieu d’Abraham, et d’Isaac et de Jacob, le Dieu de leurs pères, avait ressuscité son serviteur Jésus qu’ils avaient mis à mort (v. 13-15). Horrible chose que cette opposition ouverte ; situation fatale, si la grâce n’eût pas été là entre le peuple et Dieu !

C’est ainsi que Pierre présente toujours la vérité : les Juifs avaient rejeté Christ, mais Dieu l’avait reconnu et glorifié. Ici l’apôtre insiste beaucoup plus particulièrement sur leur péché que dans le chapitre second ; il présente les faits avec une grande force à leurs consciences. Les Juifs avaient trahi le Seigneur, l’avaient renié en présence de Pilate, quand celui-ci était décidé à lui rendre la liberté ; ils avaient renié le Saint et le Juste, réclamé un assassin, et tué le Prince de la vie. Mais Dieu l’avait ressuscité : — encore ici apparaît l’opposition entre le peuple et Dieu. Le nom du Sauveur élevé à la droite de Dieu, avait donné au boiteux une santé parfaite comme ils pouvaient s’en assurer. L’Esprit répond ici en grâce à l’intercession de Jésus, et l’apôtre attribue à l’ignorance, soit des chefs, soit du peuple, le fait terrible d’avoir rejeté le Seigneur.

Ce qui avait été préordonné par Dieu était maintenant accompli, savoir les souffrances de Christ annoncées à l’avance par la bouche de tous les prophètes ; si les Juifs se repentaient, Jésus reviendrait, Dieu l’enverrait du ciel ; les temps de bénédictions qui devaient s’étendre sur la terre par sa présence, viendraient de la part du Seigneur ; mais pour qu’ils pussent être introduits, la repentance des Israélites était absolument nécessaire, et l’est encore. Ceci reste toujours vrai : « Votre maison restera déserte, dans la désolation, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Matt. 23:38).

Lorsque Israël se repentira, il verra le Seigneur ; il reconnaîtra, que Celui qu’il a rejeté était le Seigneur lui-même, et il sera plein de douleur et de honte ; mais il sera pardonné et délivré, et toutes les bénédictions dont les prophètes ont parlé seront accomplies. Jusque-là le ciel cachera Jésus aux yeux des hommes. Mais Pierre présente ici aux Juifs cette repentance et ensuite, s’ils se repentaient, le retour actuel du Seigneur.

Avant que Pierre eût pu terminer son discours, les principaux des Juifs arrivent, s’emparent des apôtres et les jettent en prison. Jésus glorifié est repoussé, comme le fut Jésus dans l’humiliation. Tout est fini pour Israël, quant à sa responsabilité : aussi bien la merveilleuse patience de Dieu, que la grâce qui intercéda pour le peuple bien-aimé, sur la croix. Il n’y a plus rien à faire, il ne reste qu’à exécuter le jugement contre un peuple qui ne veut pas la grâce. C’est, hélas ! l’histoire de l’homme naturel.

Remarquez que Pierre ne leur offre pas ici le don du Saint Esprit comme dans le discours du chapitre précédent (2:38-39), qui commençait l’ordre nouveau des voies de Dieu ; mais l’apôtre parle du retour de Christ lui-même pour accomplir tout ce qu’avaient dit les prophètes. La présence du Saint Esprit caractérise le temps entre la première et la seconde venue de Jésus ; c’est le temps actuel. Pierre ne dit pas que l’Esprit ne soit pas donné après la seconde venue ; mais la présence de Jésus caractérise le temps qui suivra sa seconde venue, comme l’absence du Seigneur caractérise le temps actuel, et c’est ce que démontre la présence d’un autre Consolateur venu en son lieu et place. Ce Consolateur nous révèle un Christ glorifié dans le ciel, et il le rend l’objet d’une foi vivante et nous unit à Lui ; il nous fait comprendre que nous sommes des fils de Dieu, des cohéritiers de Christ, que nous sommes en lui, et lui en nous ; il fait de nous les membres de son corps pendant que nous l’attendons pour qu’il nous prenne auprès de lui ; enfin, par cet Esprit qui nous a été donné, l’amour de Dieu est aussi versé dans nos cœurs.

Bien que Pierre ne parle jamais de l’enlèvement des chrétiens pour être avec Jésus, nous trouvons aux versets 11-13 du chapitre 1 de sa 1re épître, les trois choses dont il est question ici, c’est-à-dire le témoignage des prophètes, celui du Saint Esprit descendu du ciel, et l’accomplissement des promesses apportées à l’apparition de Jésus. Il ne s’agit ni de rassembler les croyants auprès de Jésus, ni de la venue du Saint Esprit ; nous nous trouvons entièrement sur le terrain juif. C’est pour Israël que Dieu avait premièrement suscité son serviteur Jésus ; il l’avait envoyé pour les bénir, ici-bas, dans le monde ; mais ils n’avaient pas voulu le recevoir ; alors la porte de la repentance leur fut ouverte. Mais les principaux s’opposant résistèrent au Saint Esprit de la même manière qu’ils avaient rejeté le Christ sur la terre ; ainsi ils scellèrent leur propre jugement. La sentence finale se trouve dans l’histoire d’Étienne (Chap. 7:51, etc.).

Une autre vérité qui ne manque pas de valeur dans les voles de Dieu, prend place ici, bien qu’elle ne soit pas égale en importance à l’état moral des hommes, état qui les a conduits à rejeter le Seigneur venu en grâce. Cette vérité, c’est que, dès lors, on ne trouve plus le trône et le gouvernement immédiat de Dieu sur la terre. La providence de Dieu veille sur tout ; un petit oiseau même ne peut tomber à terre sans sa volonté ; mais le trône de Dieu n’existe plus sur la terre, et n’existera plus jusqu’à ce que le Seigneur Jésus, fils de David, l’établisse, jusqu’à ce que vienne Celui à qui il appartient. Le trône de Dieu qui était entre les chérubins fut ôté de Jérusalem quand les Juifs furent menés captifs à Babylone ; mais un petit résidu du peuple fut ramené à Jérusalem dans le but de lui présenter son vrai roi, le fils de David, Jésus de Nazareth. Ils n’ont pas voulu le recevoir ; dès lors, le règne de Dieu s’est transformé en royaume des cieux : le roi est dans le ciel, et le royaume est comme le grain de froment qui, une fois semé, germe et croit sans que la main de l’homme s’en occupe (Marc 4:26-29). Christ opère ; sans sa grâce, on ne peut rien faire ; mais il n’apparaît pas. Il est assis sur le trône du Père et il n’occupe pas son propre trône ; il le fera quand il reviendra.

Les trônes sur la terre sont établis par Dieu ; le chrétien reconnaît pleinement, pour s’y soumettre, l’autorité des princes et des gouverneurs comme étant ordonnés de Dieu, mais ce n’est pas là le règne immédiat de Dieu. Depuis la captivité de Babylone jusqu’à la venue de Christ, ce sont les temps des Gentils (Comp. Luc 21:24) ; et Dieu rassemble maintenant les cohéritiers de Christ, qui ne sont pas de ce monde, comme lui n’est pas de ce monde. Ils sont bénis de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes, en Christ ; ils régneront avec lui en gloire, cohéritiers, par la grâce, de l’héritage de Dieu.

Après le salut personnel il y a deux grands sujets dans la Bible : d’abord le gouvernement divin du monde, avec les Juifs, comme centre, sous le règne de Christ ; ensuite la grâce souveraine qui a donné à ceux qui sont heureux de souffrir avec Christ, la gloire dont il jouit comme homme, prédestinés qu’ils sont, « à être conformes à l’image de son Fils, afin qu’il soit premier-né entre plusieurs frères » (Rom. 8:29). Nous jouissons déjà de la relation dont lui-même jouit avec Dieu son Père : « Dis à mes frères : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20:17). Étant déjà fils et héritiers ici-bas, lorsque Jésus reviendra nous jouirons de la joie céleste avec lui, nous régnerons avec lui.

Les Juifs, et avec eux les Gentils, jouiront sur la terre de la paix et des bénédictions qui découleront du règne de Christ. Le chapitre 2 du livre qui nous occupe, bien qu’il n’aille pas plus loin que la présence de l’Esprit ici-bas, parle cependant de la première et céleste position ; le chapitre 3 parle de la seconde. Au chapitre 2 la parole de Dieu porte ses fruits, rassemblant les âmes pour l’assemblée de Dieu, et pour la gloire céleste. Au chapitre 3 l’appel à la repentance est repoussé par les chefs du peuple ; le Seigneur est assis dans le ciel, à la droite de Dieu, jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour marchepied de ses pieds, et l’œuvre de Dieu se continue ici-bas. Le règne de Dieu sur la terre est différé par l’incrédulité des Juifs, et par la présence de l’Esprit, tandis que Christ est dans le ciel pour recueillir les bourgeois du ciel et pour les placer dans une nouvelle, éternelle et céleste relation avec Dieu. Ces faits se trouvent à la base de l’histoire qui nous est racontée dans les Actes des apôtres. Les chapitres qui suivent vont nous révéler les progrès de l’œuvre, ses difficultés et ses principes.

 

4                    Chapitre 4

Ce que nous lisons dans ce chapitre est profondément douloureux, mais rempli d’instruction. L’état d’Israël est effrayant, mais le contraste que présente le tableau des apôtres, et de tous les croyants, est merveilleux : d’un côté l’autorité ecclésiastique, la haine de la vérité et du Seigneur ; de l’autre la présence et la puissance de Dieu ! Les autorités qui comptent avec l’opinion publique se montrent craintives à cause de cela ; et, pour un moment, Dieu les tient en bride par ce moyen, tandis que la puissante présence du Saint Esprit soutient le courage et la foi que Dieu a donnée.

Les sacrificateurs résistent délibérément à l’action du Saint Esprit, tout en reconnaissant que la puissance de Dieu avait été manifestée. Cela n’est-il pas effrayant ? De quelle audace et de quelle malice le cœur de l’homme n’est-il pas capable, quand il est abandonné de Dieu et livré à sa haine contre lui ! « La transgression du méchant me dit au-dedans du cœur qu’il n’y a point de crainte de Dieu devant ses yeux. Car il se flatte en soi-même quand son iniquité se présente pour être haïe » (Ps. 36:1, 2). Horrible et vaine opposition, puisque la parole de Dieu sera accomplie en dépit des hommes. Si nous souffrons (voyez aussi Luc 12:1-12), c’est notre gloire. Notre part se trouve au Ps. 27, puis au Ps. 37 : « Ne t’irrite pas à cause de ceux qui font le mal ; confie-toi en l’Éternel… ; fais tes délices de l’Éternel… ; remets ta voie sur l’Éternel… ; attends-le en silence, laisse la colère et abandonne le courroux ; ne t’irrite pas, au moins pour faire le mal ».

Nous verrons le chemin que les apôtres ont suivi, quel courage ils ont montré, quelle tranquillité, quelle clarté de jugement : ils font parfaitement ce qui convient au serviteur de Dieu, à ceux qui, dans leur témoignage, le représentent sur la terre. Sans doute, il y a en eux une puissance extraordinaire, mais le principe est le même pour nous tous. Aussi la Parole ne restait pas sans effet : le nombre des hommes qui avaient cru fut d’environ cinq mille.

Nous voyons que les principaux sacrificateurs avaient mis les apôtres en prison ; puis, le matin étant venu, ils se rassemblent à Jérusalem, et les font comparaître devant eux. Ils leur demandent par quelle puissance et en quel nom ils avaient fait ce miracle qui avait étonné tout le peuple. Cette vieille histoire se renouvelle toujours : l’autorité officielle est opposée à la puissance de Dieu. Le souverain sacrificateur et les principaux du peuple n’avaient-ils pas aussi demandé au Seigneur par quelle autorité il agissait ? Quelle folie, quelle dureté de cœur, quelle absence de conscience ! Ici, un miracle évident avait été fait par les apôtres : il était connu du peuple, et ils ne pouvaient le nier. Dieu lui-même avait opéré ; mais ces hommes ne veulent pas que cela se répande parmi le peuple. Il ne leur convenait pas que la puissance de Dieu se manifestât en dehors de leur office, parce que, si la puissance de Dieu opérait ainsi, l’office ne pouvait s’attribuer l’autorité à lui-même. Il ne leur appartenait pas assurément de commander à Dieu ; mais en outre, ils étaient opposés à cette puissance qui était de Dieu.

En pareil cas on trouve toujours l’absence de toute conscience. C’est pourquoi, lorsque les principaux du peuple demandent au Seigneur par quelle autorité il agissait, il ne répond pas à leur question, mais, dans sa divine sagesse, il leur demande d’où était le baptême de Jean. Ils raisonnent en eux-mêmes, et, craignant le peuple, n’osent dire qu’il ne soit pas de Dieu, car l’opinion publique aurait été contre eux. Ils sont forcés de reconnaître leur insuffisance : évidemment donc, le Seigneur n’était pas tenu à leur donner raison de l’autorité par laquelle il avait fait ce dont ils venaient d’être les témoins.

Ici, dans le cas des apôtres, il y a quelque chose de plus. Ce que les apôtres avaient fait, était un acte de puissance et non d’autorité ; et les sacrificateurs se trouvaient en opposition ouverte contre Dieu. Ils voulaient, s’ils l’eussent pu, supprimer sa puissance, autrement ils se trouvaient nécessairement humiliés, puisque le miracle avait été fait au nom de Celui qu’ils avaient crucifié. Ils étaient les adversaires de Dieu, adversaires le sachant et le voulant, puisqu’ils avaient reconnu qu’il n’était pas possible de nier le miracle. C’était bien la puissance de Satan, mais c’était le résultat d’une position officielle sans la puissance de Dieu. Toutes les fois que l’homme se trouve là, il ne veut pas que Dieu opère. Quel état d’âme, quelle position épouvantable !

Considérons maintenant un homme illettré et ignorant, mais croyant en Jésus, et plein du Saint Esprit. Pierre annonce ouvertement et avec une franche hardiesse, non seulement que, par le nom de Jésus, cet homme avait été guéri, mais que Jésus était la pierre méprisée par les architectes, devenue la pierre angulaire, et qu’il n’y avait point sous le ciel d’autre nom qui soit donné parmi les hommes par lequel il nous faille être sauvé. La position des chefs et des anciens apparaît clairement, telle que nous venons de la voir. L’homme qui était devant eux avait été guéri par le nom de Celui qu’ils avaient crucifié et que Dieu avait ressuscité d’entre les morts. Mais hélas ! la volonté des hommes n’était pas changée ; ils n’avaient rien à dire contre les faits, car la puissance de Dieu était là et le témoignage ne pouvait être récusé ; mais ils ne voulaient pas le témoignage divin. Ayant conféré, entre eux, « ils leur enjoignirent de ne plus parler ni enseigner, en aucune manière, en ce nom ».

C’était un parti pris contre Dieu et contre son Oint. Ils commandèrent donc aux apôtres, après les avoir appelés, de ne plus jamais parler au nom de Jésus. Pierre, remarquez-le, ne se vante pas ; il n’insiste pas sur ses droits, sur sa liberté ; il ne menace ni les sacrificateurs ni le sanhédrin ; il ne montre aucune volonté propre ; il reste tranquille dans l’obéissance, mais dans l’obéissance à Dieu plutôt qu’à l’homme. Dieu était avec les apôtres ; les autres n’étaient que des hommes. Il fallait obéir à Dieu. Ils en appellent aux sacrificateurs eux-mêmes, leur demandant s’il ne convient pas de faire cela. Ceux-ci les menacent encore, et les laissent aller : les témoins étaient devant eux, glorifiant tous Dieu de ce qui avait été fait (v. 21-22).

Il est bon de remarquer que les apôtres n’attaquent pas les Juifs : ils font leur devoir ; ils annoncent Christ ; ils cherchent les âmes pour le salut ; et lorsque les chefs des Juifs et les anciens s’opposent, ils ont, eux, la conscience qu’ils font la volonté de Dieu, qu’ils sont envoyés de lui, et ils déclarent qu’ils ne peuvent pas ne pas faire sa volonté ; car quand Dieu veut et envoie, il faut obéir. C’est le calme, la tranquillité de celui qui ne pense pas à lui-même et qui n’agit pas par crainte ou par hardiesse humaine. Pierre est rempli du Saint Esprit, et ce qu’il dit et fait provient de Lui. Un tel homme agit parfaitement de la part de Dieu, parce que l’homme lui-même est mis de côté et que Dieu par son Esprit opère en lui. C’est bien l’homme qui se présente parfait dans la position où il se trouve comme homme, mais c’est l’Esprit qui produit la perfection en lui. « Ce n’est pas vous, dit le Seigneur, qui parlez, mais c’est l’Esprit de votre Père qui parle en vous » (Matt. 10:20). Si l’homme agit, il y a de l’imperfection. Dieu agit dans l’homme, et alors l’homme est ce qu’il devrait être. Il en est toujours ainsi.

La misérable position des Juifs ne se comprend que trop. Dieu ne se trouvait plus au milieu du peuple aimé qui avait rejeté son Messie, le Fils de Dieu, Celui dans lequel étaient toutes les promesses de Dieu ; dès lors ils étaient abandonnés : — Dieu se trouvait, par son Esprit, au milieu des chrétiens. Dieu accomplira ses promesses envers Israël, à la fin des temps ; mais alors il s’agira de pure grâce. Dieu est fidèle, quelle que soit l’infidélité de son peuple. La repentance que Pierre a proposée à Israël au chapitre 3, sera opérée dans les cœurs par la grâce, lorsque l’assemblée de Dieu aura été ravie dans le ciel : alors ils verront Celui qu’ils ont percé, et ils seront bénis ; mais, en attendant, ils sont mis à part, gardés à part, jusqu’à ce que la plénitude des Gentils soit entrée. Alors Israël sera sauvé, comme un tout (Rom. 11:26). Maintenant ils résistaient au Saint Esprit, comme ils avaient auparavant rejeté le Messie, tandis que la puissance de l’Esprit et sa présence se montrent au milieu de l’assemblée.

Les apôtres reviennent vers les leurs ; car maintenant il y avait une compagnie, une société, la maison de Dieu, composée encore, il est vrai, de Juifs, mais ayant son existence à part, en dehors des liens nationaux. Là, les apôtres racontent tout ce qui était arrivé. Alors, poussés par l’Esprit saint, d’un seul cœur, ils élèvent leurs voix vers Dieu ; ils reconnaissent l’accomplissement de la prophétie du Ps. 2, qui annonce la réjection du Messie, Fils de Dieu, et la puissance absolue de Dieu, quelle que fût la méchanceté des hommes qui ne faisaient, en dépit d’eux-mêmes, autre chose qu’accomplir le conseil de Dieu. Toutefois les apôtres ne demandent pas que le règne, ce règne dont le Père a réservé le temps à sa propre autorité (1:7), soit établi selon ce qui est dit dans ce Ps. ; mais ils demandent la manifestation de la puissance du Saint Esprit promis, dans ce même lieu, soit par le courage qui leur serait donné pour annoncer la parole, soit dans les actes de puissance accomplis au nom du saint serviteur de Dieu, Jésus son Fils.

Tandis qu’ils prient, la présence de Dieu se manifeste au milieu d’eux, et le lieu où ils étaient réunis est ébranlé. On voit, ici aussi, d’une manière extérieure, la différence qu’il y a entre la nouvelle naissance et la présence de Dieu par l’Esprit. On trouve des preuves bien plus importantes de cette différence, mais j’en parle à ce propos, parce que nous nous trouvons ici en présence d’un signe extérieur impossible à confondre avec l’œuvre de la grâce dans une âme. La prière des apôtres et des leurs est exaucée ; ils sont tous remplis de l’Esprit Saint, et ils annoncent la parole de Dieu avec une grande hardiesse.

Mais ce n’est pas seulement dans le don de parler et dans la foi qui en use, que se montrent la puissance et le résultat du fait que l’on est rempli de l’Esprit. Nous avons vu une œuvre du même caractère que celle-ci décrite au chapitre 2. Ils n’étaient qu’un cœur ! (v. 32). Nul ne tenait à sa propriété, mais il la distribuait à ceux qui en avaient besoin. Les apôtres rendaient avec une grande puissance le témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grande grâce était sur eux tous. Nul, parmi les disciples, n’était dans le besoin. Ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient et mettaient le prix de ce qui avait été vendu aux pieds des apôtres ; et il était distribué à chacun, selon ses besoins. Magnifique témoignage rendu par la puissance de l’amour de Dieu, amour versé dans le cœur par le Saint Esprit dont ils étaient remplis ! Parmi les saints, nous trouvons Barnabas, nommé spécialement ici, parce que nous allons le trouver bientôt occupé à l’œuvre de Dieu, compagnon de Paul, en sorte qu’il est appelé apôtre. Mais Dieu n’oublie pas les autres qui ont agi de même.

Telle est la scène qui se déroule devant nos yeux, au début de l’établissement de l’Église et lorsque l’Esprit, non contristé, produisait tous les effets de sa présence. Belle scène, et qui fait comprendre ce que c’est que d’être rempli du Saint Esprit. L’Esprit habite dans tous les vrais chrétiens ; mais autre chose est d’en être rempli, en sorte qu’il soit la source de tout ce qu’on pense, de tout ce qu’on fait, et que tout ce que produit le cœur qui en est le vase, soit le fruit de sa présence. On ne doute pas, on ne s’arrête pas dans la carrière de l’amour ; on est fidèle à confesser Jésus devant les hommes ; le cœur est délivré de l’amour de soi-même, il aime selon l’amour de Christ ; il y a liberté, vraie liberté. La vie pratique et ses fruits sont les fruits de l’Esprit.

Quel état bienheureux ! Et quelle que soit la ruine de l’Église, cet état appartient en principe à tous les chrétiens ; aujourd’hui les circonstances peuvent empêcher la forme que nous voyons dans les jours apostoliques ; mais l’Esprit de Dieu, pour le fond, est plus puissant que les circonstances.

 

5                    Chapitre 5

Mais la chair reste toujours dans l’homme, bien qu’il soit véritablement chrétien, et elle est prompte à se montrer dans l’assemblée, comme dans le monde. Le désir d’avoir une bonne réputation parmi les hommes peut s’introduire dans le cœur, et le fait que l’on cherche cette réputation parmi les chrétiens n’y change rien : c’est ce qui arriva lorsque l’assemblée de Dieu commençait. L’amour produit la disposition de penser aux autres au lieu de penser à soi-même ; dès lors la chair veut avoir la réputation de donner, sans renoncer à soi-même, pensant secrètement à l’argent pour le garder, et à la bonne réputation pour l’acquérir. Mais ici se montre aussi la grande vérité de la présence du Saint Esprit, sujet dont la révélation nous est donnée particulièrement dans ce livre.

Ananias et Sapphira ont « menti à l’Esprit Saint » (v. 3) ; et là était la gravité de leur péché. Dieu habitait au milieu des siens dans l’assemblée. Mais Ananias, aveuglé dans son cœur et dans sa conscience par l’amour soit de l’argent, soit de la gloire humaine, ne reconnaît pas la présence de Dieu. Un autre personnage encore est à l’œuvre dans ce douloureux événement ; c’est Satan qui suggère à Ananias le moyen de garder son argent tout en gagnant une bonne réputation. Mais le Saint Esprit est là ; la folie de l’homme et la malice de Satan ne servent qu’à faire apparaître la vérité et la puissance de sa présence d’une manière douloureuse, il est vrai, mais qui ne peut laisser aucun doute.

Le péché d’Ananias ayant été révélé d’une manière à laquelle il ne s’attendait pas, Ananias tombe mort par le jugement du Dieu qui était présent. Quel jugement solennel ! Et comment s’étonner que non seulement les chrétiens, mais aussi tous ceux qui étaient là, aient été effrayés par un tel témoignage de la présence de Dieu, qui ne se laisse pas tromper. De plus, ce péché n’était pas non plus une simple faute. Ananias et Sapphira étaient convenus ensemble de tâcher de tromper Dieu, oubliant que Dieu sait toutes choses, et qu’il était là.

Toutefois cet événement, quelque douloureux et solennel qu’il fût, était un témoignage qui prouvait qu’on ne peut se soustraire à la présence de Dieu, à cette grande vérité que Dieu, dans la personne du Saint Esprit, est descendu pour demeurer au milieu de ceux qu’il reconnaît comme siens, et pour toujours, jusqu’à ce qu’ils soient enlevés pour habiter dans la maison du Père. Les apôtres étaient remplis de cette vérité ; en ce temps-là tout était dans sa force. Mais l’assemblée de Dieu a été infidèle, l’Esprit a été contristé ; c’est pourquoi nous ne voyons pas ici les faits qui ailleurs rendaient témoignage à sa présence.

Cependant cette présence n’est et ne peut être nullement invalidée par-là. La parole de Christ demeurera avec vous, et l’Esprit est puissant pour accomplir toujours la volonté de Dieu dans ses enfants, comme il l’était au temps des apôtres, quoiqu’il ne se manifeste pas de la même manière. Il est plus précieux, dit le Seigneur, d’avoir nos noms écrits dans le ciel que de chasser les démons ; et quant à la vraie œuvre de Dieu dans les âmes, et dans toutes ses voies, l’Esprit manifeste sa présence au milieu de l’assemblée et dans les chrétiens qui vivent sous sa dépendance, et ils en sont remplis, comme ils l’ont été aux temps apostoliques. Quelle que soit la stabilité de Dieu, il ne conviendrait pas que l’Esprit se montrât extérieurement dans l’Église en ruine comme dans l’assemblée fidèle, car Dieu semblerait mettre son approbation sur la ruine de l’assemblée. Mais Dieu ne change pas ; sa grâce et sa puissance sont les mêmes ; elles agissent comme toujours pour tout ce qui est nécessaire et convenable à l’état de l’Église ; Dieu fait encore maintenant tout ce qui convient à sa propre gloire et à notre pleine bénédiction. Il agit dans les siens avec la même puissance, selon les circonstances dans lesquelles ils se trouvent.

Beaucoup de signes et d’œuvres merveilleuses furent faites par les mains des apôtres qui se trouvaient habituellement à ce qu’il parait au portique de Salomon, dans le temple. Les grands et les principaux du peuple n’osaient pas se joindre à eux ; mais le peuple, convaincu dans sa simplicité, augmentait le nombre des chrétiens au milieu de la sainte cité. Nous voyons toujours la crainte chez les grands et chez les gouverneurs ecclésiastiques ; ils persécutaient, mais n’osaient se joindre, parce que leur pouvoir eût été compromis. N’est-ce pas ce que dit la Parole ? Pas beaucoup de nobles, pas beaucoup de riches de ce monde ! L’opprobre de Christ s’attache toujours à son nom, lorsqu’il y a de la fidélité.

Cependant la puissance de Dieu se manifestait toujours, tellement qu’à Jérusalem et des villes voisines, on apportait les malades, afin que l’ombre de Pierre tombât au moins sur quelques-uns d’entre eux ; les malades, et ceux qui étaient tourmentés par des esprits immondes, étaient tous guéris. Mais tout cela excite l’envie et la haine des principaux sacrificateurs. Évidemment la puissance et l’autorité divine n’étaient plus en leurs mains, et ils ne voulaient pas qu’elles se trouvassent ailleurs. Ils ne pouvaient pas empêcher Dieu de manifester sa puissance, mais ils pouvaient se rendre maîtres des personnes qui l’exerçaient, au moins quand Dieu le permettait. Ils mettent donc les mains sur les apôtres et les jettent dans la prison publique. Le traitement que subissent ainsi les apôtres ne sert qu’à fournir une occasion à une autre manifestation de la main et de la puissance de Dieu (v. 17 et suivants). Lorsque Dieu agit, les forces des hommes sont vaines. Nous avons déjà vu, nous verrons encore la puissance intérieure du Saint Esprit : mais ici, nous voyons les anges, serviteurs de Dieu en faveur des hommes qui annoncent la bonne nouvelle du salut par Christ. Je ne doute pas que les anges ne servent toujours, selon la volonté de Dieu, tous les enfants de Dieu qui marchent dans le chemin de cette volonté, comme il est dit au premier chapitre de l’épître aux Hébreux (v. 14) ; mais ici, ils interviennent d’une manière visible. L’ange ouvre les portes de la prison, mène les apôtres dehors, et leur dit de s’en aller et d’annoncer dans le temple toutes les paroles de la vie, ce qu’ils font déjà au point du jour.

Le souverain sacrificateur et ceux qui étaient avec lui, assemblent alors le grand conseil des Juifs, et envoient des huissiers, leur ordonnant d’amener les apôtres. Les huissiers vont à la prison, la trouvent fermée en toute sûreté, avec les gardes devant les portes ; mais, l’ayant ouverte, ils n’y trouvent personne. Les sacrificateurs embarrassés ne savent que penser. Qui peut faire la guerre à Dieu et ne pas se trouver en perplexité ? Satan peut faire beaucoup ; il peut persécuter, exercer une grande influence sur les âmes qui ne croient pas ; mais, là où se trouve l’action de la puissance de Dieu, il ne peut la surmonter. La confiance se trouve du côté des serviteurs de Dieu ; tandis que, dans le fond de leur cœur, les adversaires sont craintifs et dans l’anxiété (voir Phil. 1:23 ; Jos. 2:9 ; 1 Pierre 3:6). Satan avait les sadducéens pour résister à l’œuvre des apôtres qui prêchaient la résurrection, et les pharisiens pour s’opposer à Christ qui prêchait la vraie justice.

L’œuvre de Dieu se poursuit cependant à travers les souffrances. Dieu laisse souffrir les siens ; il leur donne de souffrir pour le nom de Christ, mais il accomplit ses conseils malgré l’homme. Les huissiers amènent les apôtres sans violence, craignant la foule et ayant peur d’être lapidés (v. 26). Les apôtres comparaissent devant le conseil, et le souverain sacrificateur leur reproche d’avoir prêché Jésus, malgré la défense, et de vouloir ainsi faire venir le sang de Jésus sur leurs têtes. On voit que la conscience des juges n’était pas tranquille. Ils étaient évidemment responsables du sang de Christ ; lorsqu’un homme est poussé par Satan à commettre un crime, il ne craint pas de l’exécuter, mais une fois commis, Satan l’abandonne à lui-même ; le péché pèse sur sa conscience ; Satan ne peut alléger son fardeau et souvent le pousse même au désespoir, comme il l’a fait avec Judas.

La réponse de Pierre et des apôtres est très courte et décisive, car leurs auditeurs savaient déjà ce que Pierre avait à leur dire. « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous avez fait mourir, le pendant au bois. C’est lui que Dieu a exalté par sa droite pour être Prince et Sauveur, afin de donner la repentance à Israël, et la rémission des péchés ; et nous lui sommes témoins de ces choses, ainsi que l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent » (v. 29-32). En entendant ces paroles, ils frémissaient de rage et tenaient conseil pour faire mourir les apôtres.

Mais ici apparaît encore la main de Dieu ; et comme Dieu s’était servi miraculeusement de l’ange pour faire sortir Pierre de la prison, il emploie maintenant l’homme, dans sa providence, pour arrêter la main et la malice des anciens et du souverain sacrificateur. La prudence humaine du pharisien Gamaliel, homme très estimé, fait sentir par divers exemples le péril qu’il y a de se trouver en conflit avec Dieu. Les pharisiens étaient toujours opposés aux sadducéens, et le sacrificateur était de la secte des sadducéens ; de manière que le pharisien pouvait facilement user de sa sagesse humaine et s’accréditer ainsi ; et Dieu de cette manière pouvait garder ses serviteurs des mains iniques de leurs ennemis.

Le conseil de Gamaliel est accepté, mais sans aucune crainte de Dieu (v. 40). La volonté n’est pas changée ; l’inimitié contre le témoignage de Dieu reste dans toute sa force, seulement le sanhédrin craint de se compromettre et ne sait que faire. Après avoir battu les apôtres, on leur défend de parler au nom de Jésus. Inimitié sans force, sans conscience, et sans connaissance, de juges aveuglés par l’incrédulité et résistant en vain à la puissance de Dieu ! Les apôtres se retirent, se réjouissant d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Christ ils continuent leur œuvre, enseignant et prêchant Jésus Christ, dans le temple et dans les maisons.

 

6                    Chapitres 6 et 7

Mais la chair se montre chez les chrétiens, et cela d’autant plus que le nombre en est plus grand. On voit alors un fait nouveau se produire : la puissance de la foi et des fruits de l’Esprit s’affaiblissent dans la multitude. L’amour disparaît, et, comme cela a toujours lieu, avec l’amour disparaît la confiance ; mais en même temps la force de l’Esprit qui se trouve dans les apôtres, fait face à la difficulté, et celle-ci devient en outre l’occasion d’assurer plus de régularité au ministère journalier de l’assemblée. La prédication de la parole est séparée du soin des pauvres. À cette occasion, les apôtres ont voulu que le peuple choisît ceux qui prendraient soin des veuves. Nous verrons plus tard que l’apôtre Paul choisit lui-même, avec Barnabas, les anciens ; mais quand il s’agit, comme ici, d’argent, ni les disciples, ni Paul, ne veulent prendre part à la chose, ni mêler le service divin de la Parole avec l’administration de l’argent fourni par les fidèles (voir 1 Cor. 8).

Les douze ne voulaient s’occuper que de la Parole, et Paul ne voulait pas se charger de l’argent pour les pauvres de Jérusalem, si des frères, nommés à cet effet, n’allaient pas avec lui. Mais la puissance de l’Esprit suffisait pour dominer les circonstances, quoique la chair se montrât. Dans le cas d’Ananias et de Sapphira, cette puissance et la présence de l’Esprit se montrèrent en jugeant l’hypocrisie ; ici, elle se montre et, cherchant la paix de l’assemblée, en produisant l’ordre et le bien là où se manifestait le danger de la désunion au milieu des disciples.

Nous trouvons encore ici un autre principe concernant le Saint Esprit, principe facile à comprendre, mais souvent oublié ; je veux parler de la pleine liberté de l’Esprit, comme elle est décrite en 1 Cor. 12 : « Il distribue à chacun en particulier comme il lui plaît ». Jusqu’ici nous avons vu l’activité des apôtres établis dans leurs charges par le Seigneur lui-même, si nous en exceptons Matthias. Maintenant nous trouvons sept hommes pleins du Saint Esprit et de sagesse, choisis par les frères pour servir aux tables où ils distribuaient les secours journaliers aux veuves qui étaient dans le besoin ; deux d’entre eux, dont l’un était Étienne, étaient particulièrement employés par le Saint Esprit pour annoncer l’évangile. À leur propos nous pouvons lire et comprendre 1 Timothée 3:13 : « Ceux qui ont bien servi, acquièrent, un bon degré pour eux et une grande hardiesse dans la foi qui est dans le Christ Jésus ».

Étienne était déjà un homme plein du Saint Esprit et de foi ; maintenant nous voyons son don se développer : il opère des signes et des miracles ; les adversaires même ne peuvent résister à la puissance et à la sagesse avec lesquelles il parle. Le Saint Esprit agit librement ici, comme au chapitre 8, dans Philippe qui, plus tard, a dû aussi laisser son office pour s’occuper de l’évangélisation, parce qu’il était descendu dans une ville de la Samarie. Il était le dispensateur de la parole par la libre action du Saint Esprit et non des tables. C’est ici une nouvelle phase de l’œuvre de la grâce et de l’Esprit ; nous en trouverons encore d’autres preuves. Le principe est très important en lui-même ; sa vérité et sa force s’étendent jusqu’à nos jours. Ni Étienne, ni Philippe ne sont envoyés par les apôtres ; mais ils sont envoyés immédiatement de Dieu. La force du Saint Esprit les pousse à travailler, et aussi la consécration à Christ, et l’amour des âmes.

Il semble aussi qu’Étienne en avait plus dit que Pierre et qu’il avait parlé plus ouvertement que lui. Pierre a toujours témoigné qu’Israël était en opposition ouverte contre Dieu, puisqu’ils avaient crucifié Celui que Dieu avait élevé à sa droite. Nous ne savons comment Étienne avait parlé ; mais ses discours le firent accuser d’avoir déclaré que Jésus détruirait Jérusalem et changerait les coutumes que Moïse avait établies (6:13-14), ce qui arriva en effet. Comme Pierre, il prêchait toujours Jésus et sa gloire, mais plus que celui-ci, il avertissait le peuple des conséquences de leurs pêchés. Pierre avait posé la vérité fondamentale qui montrait l’état des Juifs devant Dieu ; Étienne, partant d’un point moins élevé et plus familier, annonce la conséquence du fait qu’ils ne s’étaient pas repentis. Ces témoignages étaient l’un et l’autre pleinement de Dieu et inspirés, mais ils étaient divers dans leurs caractères.

Les accusations contre Étienne ayant été rapportées au conseil des anciens, Étienne fut arrêté, et amené devant le souverain sacrificateur avec tout le sanhédrin, et devant ses accusateurs. Il ne restait à ces hommes que l’inimitié contre Dieu et le pouvoir de donner la mort, puisque Dieu leur permettait d’accomplir leur dessein. Mais l’occasion produit la magnifique défense d’Étienne, qui détermine d’une manière précise la position des Juifs, et clôt l’histoire de l’humanité, de l’homme devant Dieu jusque-là. Avant le déluge, Dieu suscite un témoignage, mais n’établit aucune institution. Nous trouvons un Abel, peut-être un Adam, un Enoch, un Noé, des hommes pieux ; mais aucun d’eux n’est chef d’une race selon Dieu. Après le déluge, Dieu commence à établir dans un nouveau monde des institutions pour le gouvernement du monde, pour la bénédiction de l’homme et pour déployer la vérité ainsi que ses voies.

Au premier homme aucune promesse ne fut faite. Dans le jugement prononcé, sur Satan (Gen. 3:14-15), on trouve une prophétie de l’œuvre finale de Christ, par la grâce, objet de la foi d’Adam et de la nôtre aussi, « l’évangile éternel » ; mais Dieu ne fait aucune promesse au premier homme. Après le déluge, Dieu commence à développer ses voies ; il établit en Noé le gouvernement pour réprimer la violence (Gen. 9) ; puis, l’homme étant tombé dans l’idolâtrie (Josué 24), étant non seulement méchant, mais bien plus, ayant mis les démons à la place de Dieu comme princes du monde, Dieu appelle Abraham pour être à lui, et pour devenir chef d’une race qu’il reconnaîtrait sur la terre comme sienne, soit selon la chair, soit selon l’Esprit : dès lors sont établis les grands principes de l’élection, de l’appel, et des promesses.

Dieu donne ensuite la loi du Sinaï, par laquelle l’homme est mis à l’épreuve d’une manière encore plus positive. Puis, après un temps de longue patience pendant lequel Dieu envoie des prophètes pour ramener à l’obéissance de la loi le peuple élu selon la chair, et pour soutenir la foi de quelques fidèles par la promesse du Messie, Dieu envoie son Fils unique, son bien-aimé, disant, comme dans la parabole : « Ils respecteront mon Fils ». Nous savons ce qui arriva. L’histoire de l’homme finit sur la croix : non seulement il avait péché et violé la loi, mais il avait rejeté la grâce lors de la venue du Sauveur.

Il y a plus encore : les Juifs rejettent maintenant le témoignage qui leur parle d’un Sauveur glorifié, témoignage envoyé en vertu de l’intercession du Sauveur sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ». Comme nous l’avons déjà fait remarquer, Dieu avait répondu à cette intercession par le témoignage de Pierre et des apôtres, le Saint Esprit annonçant un Sauveur glorifié, Celui que les Juifs avaient rejeté ; mais ils refusent aussi ce témoignage du Saint Esprit par la bouche des apôtres.

Nous avons ici une espèce de réquisitoire, une exposition de l’état des Juifs, et leur histoire depuis Abraham jusqu’à ce jour. C’est l’histoire de l’homme depuis le temps où Dieu a commencé ses voies avec lui, donnant d’abord les promesses, soit à Israël, soit à Christ, la vraie semence, puis donnant la loi, les prophètes et finalement Christ lui-même. Pendant tout ce temps l’Esprit avait agi, mais spécialement depuis la glorification de Christ dans le ciel. Étienne raconte cette histoire, — la grâce dans l’appel d’Abraham, ce qui est arrivé à Joseph, puis à Moïse dans lequel l’Esprit agissait, et qui fut rejeté par Israël ; puis la loi violée dès le commencement par l’adoration du veau d’or ; ensuite les prophètes, puis Christ lui-même, et enfin le témoignage du Saint Esprit. Les Juifs avaient violé la loi, persécuté et mis à mort les prophètes qui avaient parlé du Juste ; ils avaient livré et crucifié celui-ci ; de plus, ils résistaient au Saint Esprit comme leurs pères l’avaient toujours fait.

Toutes les voies de Dieu passent devant nos yeux ; la loi, les prophètes, Christ, le Saint Esprit. En tout cela, le peuple s’est trouvé ennemi de Dieu ; en même temps ils se confiaient dans le temple, duquel Dieu avait dit par le prophète que le Très-Haut n’habite pas dans des temples faits par la main des hommes. Telle est l’histoire d’Israël, l’histoire de l’homme. La conscience est endurcie, la volonté n’est pas changée dans le sanhédrin ; elle ne fait que montrer la haine et l’opposition au témoignage de l’Esprit ; elle pousse les cœurs à résister et à mettre à mort le témoin lui-même. Ils ne pouvaient répondre. Étienne avait rappelé leur histoire dont ils se vantaient ; et quelle histoire ! L’homme résiste toujours au témoignage de l’Esprit ; la haine se jette avec violence sur le témoin.

D’autre part nous voyons, — fruit de la rédemption, — l’homme, le chrétien, rempli du Saint Esprit, manifesté ici, sans doute, d’une manière spéciale ; mais ce qui était vision pour Étienne est objet de foi pour nous. Remarquez premièrement la tranquillité parfaite du serviteur de Christ : il raconte avec une admirable simplicité une histoire connue de tous, mais une histoire qui portait avec elle la condamnation des Juifs. Il n’y avait pas moyen de raisonner, ils ne pouvaient récuser les faits. Puis Étienne se met tranquillement à genoux, au milieu des pierres qui tombaient sur lui, et il prie pour ses ennemis. Quelle puissance morale ! Comme elle domine entièrement toutes les circonstances, et montre l’homme de Dieu en présence de la fureur de l’adversaire.

Examinons maintenant non seulement le caractère du témoignage d’Étienne en face de ses adversaires, mais son propre état. Il nous présente l’exemple d’un homme plein de l’Esprit, tandis que ses adversaires nous offrent celui d’hommes qui résistent à l’Esprit. Le ciel est ouvert devant Étienne, et celui-ci, capable de tenir ses yeux fixés sur le ciel, — pierre de touche de l’état de son âme, — voit le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. Il voyait bien la gloire de Dieu, mais il n’en parle pas ; la chose nouvelle et bénie était que l’Homme, dans la personne du Fils de Dieu, était là dans le ciel, à la droite de Dieu.

Je pense que Jésus n’était pas assis, parce que, jusqu’à ce que les Juifs eussent rejeté le témoignage de sa gloire, le Sauveur attendait pour venir, selon le discours de Pierre (voir 3:19-21). Une fois Étienne tué, ce témoignage est clos ; avec cette seule âme dans le ciel, le rassemblement des esprits des rachetés commence, et continuera jusqu’à ce que le Seigneur vienne pour réunir les corps et les esprits des siens, et les placer dans la gloire céleste. Ainsi nous lisons dans l’épître aux Hébreux que Jésus s’est assis à la droite de Dieu, attendant jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour le marchepied de ses pieds. Il est assis maintenant sur le trône du Père et pas encore sur le sien propre. C’est là ce qui réveille la haine et la fureur des Juifs ! Ils crient au blasphème, et lapident le témoin de Dieu et de la gloire de Jésus.

Pour Étienne, le ciel est ouvert ; il voit Jésus dans la gloire divine : c’est ce qui forme son âme d’une manière admirable à la ressemblance de Jésus. Comme Lui a prié pour ses ennemis, Étienne prie aussi pour ses ennemis ; et comme le Seigneur Jésus a remis son esprit à son Père, ainsi Étienne dit : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit ». Non seulement il pardonne à ses ennemis, mais il s’agenouille tranquillement pour le faire. La vue de Jésus transforme le cœur à sa ressemblance. Ce qui était une vision pour Étienne est pour nous l’objet de la foi rendu d’autant plus clair par ce qui lui est arrivé.

 

7                    Chapitre 8

Un fait important nous est présenté ici, fait qui rend la signification de cette histoire plus claire encore : Saul était là, et prenait part à la mort d’Étienne. Nous l’avons vu, cette mort était la fin de l’histoire de l’inimitié du cœur humain contre Dieu, après que Dieu avait tout fait pour l’éprouver et aussi pour le ramener : l’inimitié incorrigible de l’homme a été manifestée ainsi que sa fin devant Dieu. Il n’y avait plus d’espoir de trouver quelque bien dans l’homme, puisque Dieu lui-même avait essayé tous les moyens : le jugement au déluge, la loi, les prophètes, son propre Fils, et enfin le témoignage du Saint Esprit. Tout avait été inutile ! Plus Dieu agissait, plus l’inimitié se manifestait !

C’est ici que Paul apparaît pour la première fois : il ne lui suffit pas de prendre part à la mort d’Étienne ; il s’en va dans une ville étrangère pour saisir les chrétiens et les conduire liés à Jérusalem. Il est l’apôtre de l’inimitié de l’homme contre Christ ; mais si l’histoire de l’homme était finie, l’histoire de la grâce souveraine de Dieu commençait. L’esprit du premier martyr s’en va auprès de Jésus. Il faut que le nombre entier soit complet, avant que Jésus vienne pour les réunir à leurs corps.

C’est ici que se place la première persécution générale : elle est, entre les mains de Dieu, un moyen pour répandre la semence de l’évangile. Elle est aussi une preuve de la libre activité du Saint Esprit qui se sert de tout ce qu’il veut choisir. Un autre fait important mérite ici notre attention : tandis que tous les chrétiens sont dispersés par la persécution, les apôtres restent à Jérusalem (v. 1). La mission spéciale de Matthieu 10:23, n’a pas été accomplie ; elle le sera plus tard par la puissance de Dieu, je n’en doute pas, mais elle ne l’est pas au moment auquel nous reporte notre chapitre. C’est la multitude des chrétiens dispersés par la persécution qui prêchent l’évangile dans la Palestine, et plus tard parmi les Gentils (voir v. 4, et 11:19 et suiv.).

Saul persécutait l’assemblée avec un zèle impitoyable, et les chrétiens quittaient la ville de Jérusalem. Ce n’est pas le sage dessein de l’homme, ni le zèle spirituel des apôtres, mais c’est la fureur de l’ennemi qui, selon la sagesse de Dieu, répand premièrement l’évangile hors des portes de Jérusalem. L’esprit d’Étienne a été reçu au ciel ; l’évangile de la grâce est porté dans les contrées voisines par l’inimitié des hommes et par la providence de Dieu qui se sert d’eux, poussant ceux qui étaient dispersés à communiquer par amour le don qu’ils possédaient. Qu’est-ce que l’homme ? — et quelle est la sagesse et la grâce de Dieu !

Nous trouvons ici un autre exemple déjà signalé plus haut, de la libre activité de l’Esprit, dans la personne de Philippe, l’un des sept qui avaient été choisis pour prendre soin des veuves (Chap. 6:1-6). Son service envers les veuves est fini ; mais il a acquis un bon degré et une grande liberté dans la foi qui est dans le Christ Jésus. Parti de Jérusalem, il descend en Samarie, où, par la force de sa parole et par les miracles qu’il lui est donné de faire, le peuple est délivré d’un terrible instrument de Satan, de Simon qui exerçait l’art de la magie et qui était regardé comme la grande puissance de Dieu. Simon lui-même, convaincu de la puissance qui accompagnait Philippe, est baptisé (v. 13) ; dès lors il se tenait continuellement auprès de Philippe et était étonné, voyant les miracles qui se faisaient.

Les miracles ont exercé cette influence sur son esprit ; ce n’est pas la semence de Dieu, la parole divine, qui est entrée dans son cœur. Croire par le moyen des miracles seuls, ce n’est pas la foi opérée par l’Esprit de Dieu, bien que Dieu opère les miracles et les prodiges pour confirmer sa parole. On voit à la fin du deuxième chapitre de l’évangile de Jean que Jésus ne se fiait pas à ceux qui avaient cru de cette manière, contemplant les miracles qu’il faisait. Quand l’Esprit de Dieu agit, il produit dans l’âme des besoins auxquels Jésus seul peut satisfaire. C’est ainsi que Nicodème fut sous l’influence des miracles, quand il se rendit auprès de Jésus. À d’autres la conviction de la raison suffit, et ils restent chez eux.

Pour Simon, son seul désir est de posséder la puissance de conférer à d’autres, par l’imposition de ses mains, le pouvoir de faire des miracles et des prodiges. Il voudrait acheter cette puissance avec de l’argent, montrant ainsi qu’il n’y avait aucune œuvre de Dieu dans son âme. — « Tu n’as ni part, ni portion dans cette affaire » (v. 21). Simon était dans un fiel d’amertume et dans un lien d’iniquité ; son cœur n’était pas droit devant Dieu. Son péché réveille l’indignation de Pierre et non sa compassion. « Que ton argent périsse avec toi ! » Mais le cœur de Simon n’est pas encore touché de componction, il demande seulement que rien ne vienne sur lui des choses qui ont été dites, et non que sa pensée soit pardonnée, ni que l’état de son cœur soit changé.

Plusieurs points qu’il est bon de faire remarquer se présentent encore ici à nous. D’abord la différence entre l’opération de l’Esprit et l’acte d’être scellé est très clairement mise en évidence. Le peuple de Samarie avait cru, il avait été baptisé (v. 12), mais il n’avait pas reçu le Saint Esprit ; l’Esprit n’était pas encore descendu sur eux (v. 16). L’Esprit avait opéré par la Parole dans les cœurs ; les hommes et les femmes avaient été convertis ; ils étaient nés de nouveau ; ils avaient confessé le nom de Jésus ; mais ils n’étaient pas encore scellés. Il appartenait d’une manière spéciale aux apôtres d’imposer les mains et de conférer le don de l’Esprit. Nous lisons (Actes 19:6) que Paul l’a conféré ; il était vraiment apôtre. Ailleurs nous voyons qu’Ananias avait été envoyé avec une mission spéciale du Seigneur lui-même à cet égard, afin que Paul reçut l’Esprit. L’Esprit vient bien aussi sans l’imposition des mains comme il est arrivé pour les cent vingt, pour Corneille (Ch. 2 et 10) ; mais nul n’avait  le pouvoir de le conférer sauf les apôtres. Il est dit : « Par l’imposition des mains des apôtres » (v. 18).

L’Esprit peut venir aussi sur un homme, sans une opération intérieure qui donne la vie. Le Seigneur n’agit pas ainsi habituellement, mais la chose est possible et les exemples ne manquent pas dans l’Ancien Testament, comme dans le cas de Balaam, du roi Saül, et d’autres, où la question de la conversion n’est pas soulevée. Il est possible, en pareil cas, que les hommes soient convertis, il se peut aussi que non ; et cela montre qu’il s’agit de quelque chose de bien différent. Le Nouveau Testament ne nous en offre pas d’exemple, mais la chose y est supposée (voyez 1 Cor. 13 ; Héb. 6) ; et le pouvoir de faire des miracles, sans qu’il soit question du Saint Esprit et sans la conversion et la vie, est clairement présenté par le Seigneur lui-même (Matt. 7:22-23), qui ne nie pas le fait, mais déclare qu’il ne connaît pas celui qui a fait ces miracles (voir Deut. 13). Judas, en tout cas, a été envoyé pour en faire (voir Matt. 10).

Après ce nouveau caractère de l’autorité apostolique, nous voyons la libre activité de l’Esprit largement développée en Philippe. Il est l’instrument pour communiquer l’évangile à un pays éloigné (v. 26 et suiv.), par un prosélyte, venu à Jérusalem pour adorer le vrai Dieu, homme dans le cœur duquel la parole de Dieu avait une pleine autorité. Il est admirable de voir la promptitude de l’obéissance de Philippe, et comme il se laisse conduire par la volonté de Dieu. Il est l’objet de toute l’attention de la ville de Samarie — une belle œuvre s’y faisait par son moyen. « Va-t-en, dit l’Esprit, sur le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza, qui est désert ». L’Esprit ne lui dit pas ce qu’il aura à y faire. Philippe va immédiatement, et trouve là le trésorier de la reine d’Éthiopie. L’Esprit, lui dit : « Approche-toi et te joins à ce chariot » ; il accourt aussitôt.

Le trésorier lisait la parole de Dieu, mais la clef de la foi en Jésus lui manquait. Philippe monte sur le chariot, et lui annonce cette foi. Tout était ordonné de Dieu. L’eunuque lisait le passage du prophète qui se rapportait directement aux souffrances du Seigneur, et Dieu lui envoie, par la puissance de l’Esprit, l’explication du passage par la bouche de Philippe. L’eunuque, dont le cœur était préparé par la grâce, et qui avait déjà foi à la Parole, devient chrétien. Il est baptisé par Philippe et il poursuit son voyage tout joyeux. Il est remarquable que le nom du christianisme soit demeuré jusqu’à aujourd’hui dans ce pays-là, très corrompu, il est vrai, mais sous la forme que cet homme lui avait imprimée : ils font profession de croire en Christ, mais ils pratiquent la circoncision (le verset 37 des versions de Martin et d’Osterwald n’est pas authentique). L’Esprit du Seigneur ravit Philippe, et, par la puissance miraculeuse de Dieu, il se trouva à Azot, car le temps et l’espace ne sont rien pour Dieu. Depuis Azot, Philippe évangélise toutes les villes jusqu’à Césarée. Plus tard nous le trouvons établi avec sa famille dans cette ville. Il avait gagné le beau nom d’évangéliste (21:8).

 

8                    Chapitre 9

Nous avons parcouru l’histoire de la libre activité de l’Esprit en Étienne, en Philippe, et dans ceux qui furent dispersés par la persécution. Nous arrivons maintenant à l’histoire profondément intéressante de Saul et de sa conversion. L’histoire d’Étienne nous a montré que l’homme était arrivé au point extrême de son iniquité, non seulement en ce qu’il avait crucifié le Seigneur, mais en ce qu’il avait encore refusé l’offre de la grâce et du retour du Sauveur fondés sur l’intercession de Jésus sur la croix. Là nous avons trouvé Saul pour la première fois ; mais Saul n’était pas encore satisfait de cette haine sourde qu’il nourrissait dans son âme. Plein d’énergie, il persécute les disciples, ne respirant que menace et meurtre ; il demande des lettres au souverain sacrificateur pour les synagogues de Damas, afin que, s’il trouvait des disciples, il les amenât liés à Jérusalem.

Saul est l’apôtre de sa propre volonté, de la haine contre Christ, et de la persécution des siens. Le Seigneur permettait cela pour faire de lui le témoin et l’apôtre de la grâce souveraine qui lui a ouvert les yeux, qui l’a converti et pardonné. La grâce souveraine vient à la rencontre de cet ardent ennemi de la vérité et de la grâce, dont la fureur cherchait, comme il le dit lui-même, à détruire le christianisme, et à bannir le nom de Christ de la face de la terre. Tandis qu’il est occupé de cela, le Seigneur l’arrêtant en chemin, se révèle à son âme ainsi qu’à ses yeux, afin qu’il devienne le témoin oculaire de sa gloire. Une lumière du ciel brille comme un éclair autour de lui ; puis une voix lui dit : « Saul, Saul ! pourquoi me persécutes-tu ? »

Deux vérités très importantes sont contenues dans cette scène remarquable. La gloire du Seigneur s’y est révélée : Saul n’avait pas connu les douze, ni vu le Seigneur ; il ne l’avait pas suivi lorsqu’il était présent dans la chair. Les douze apôtres l’ont connu dans les jours de sa chair ; l’ont vu disparaître dans la nuée ; ont su par la foi qu’il était assis à la droite de Dieu ; mais ils n’ont pu être les témoins oculaires de sa gloire céleste. C’est par-là, au contraire, que Paul commence. Il voit la gloire du Seigneur ; mais il ne sait pas qui c’était. Une chose est certaine pour lui : la gloire du Seigneur lui est apparue, et il a entendu sa voix. Il demande : « Qui es-tu Seigneur ? » Alors le Seigneur répond : « Je suis Jésus que tu persécutes ». Ce n’était pas un homme sur la terre, le Messie, maintenant monté dans le ciel, mais c’était le Seigneur de gloire reconnu encore comme étant Jésus, et même Jésus de Nazareth.

Le point de départ de la doctrine n’est pas le même chez Paul et chez les douze : ils annoncent la même rédemption, le même Sauveur ; mais la révélation donnée aux douze, c’est que l’homme Jésus est monté au ciel, que Dieu l’a élevé ; tandis que la révélation donnée à Saul, c’est que le Seigneur de gloire est Jésus de Nazareth. La gloire céleste est pour lui le point de départ ; puis, et c’est ici le second point auquel j’ai fait allusion, tous les chrétiens sont unis à Lui, membres de son corps. Cette doctrine n’est pas développée ici, mais nous la trouvons dans ces mots : « Pourquoi me persécutes-tu ? » Ce « Moi », est le Seigneur de gloire. « Je suis Jésus que tu persécutes ». Il ne dit pas : Pourquoi persécutes-tu mes disciples ? comme dirait un docteur ou un rabbin.

Tels sont les points fondamentaux de la mission de Paul, cet ennemi du Seigneur de gloire, converti, pardonné, justifié, témoin de la grâce souveraine. L’évangile de la gloire de Dieu dans la face de Jésus Christ, l’évangile de la gloire du Seigneur (voir 2 Cor. 4:3-6 et suiv.) lui est confié, puis la vérité de l’unité des chrétiens avec Christ, tête glorieuse dans le ciel. Pierre, lui, annonce que Dieu a glorifié Celui que les Juifs avaient crucifié, et il invite ces rebelles à venir à Dieu par le sacrifice qu’il avait offert, ajoutant que, pour ceux qui se repentaient, Jésus reviendrait. Paul annonce que ce salut est pour tous les hommes, et que Dieu comme Sauveur ne peut se limiter aux frontières étroites d’Israël, mais qu’il fait maintenant proclamer le salut à la création entière sous le ciel ; puis, que l’assemblée de Dieu est unie à Jésus, étant son corps (voir Col. 1:23-24 ; Éph. 3:8-11 ; 1:20-23 ; 5:29-32, etc.).

Nous verrons que Dieu n’a pas permis qu’il y eût de la désunion ; il a voulu qu’il y eût une seule assemblée. Mais il n’en est pas moins vrai que Paul a été le témoin, d’une part, qu’il n’y avait « aucune différence » devant Lui, que tous, Juifs ou Gentils, étaient perdus, fils de colère les uns comme les autres ; d’autre part, que Jésus, par le don du Saint Esprit, avait uni tous les siens en un seul corps, vérité à laquelle les Juifs, même les Juifs chrétiens, résistèrent toujours et partout, tourmentant l’apôtre dans son travail. Pierre même usa de dissimulation, en sorte que Barnabas et tous les Juifs chrétiens, entraînés par son autorité qui n’était que la peur de l’homme, le suivirent. Aucun des apôtres, dans leurs épîtres, à l’exception de Paul, ne parle de l’assemblée, corps de Christ sur la terre. La gloire de Dieu dans la face de Jésus Christ, la grâce souveraine par laquelle lui, Paul, était un exemple pour tous ceux qui viendraient à croire à l’avenir en Jésus Christ, l’union des croyants avec Christ, chef ou tête dans le ciel, et tout cela fondé sur la croix : tel est l’évangile confié à Paul.

Ceux qui accompagnaient Saul sur le chemin de Damas furent témoins de la réalité de la vision, mais ils n’entendirent pas la révélation confiée à Saul. La lumière brillante resplendit autour d’eux, mais ils ne virent pas le Seigneur, ils entendirent bien une voix, mais non les paroles de Celui qui parlait. Paul fut le témoin de ce qu’il avait vu et entendu ; ses compagnons de voyage purent rendre témoignage que la vision était une chose réelle et non une invention de Paul pour sa propre gloire ; le tout enfin fut confirmé par la mission d’Ananias auquel le Seigneur révéla ce qui était arrivé, en l’envoyant à Saul pour lui ouvrir les yeux, et le recevoir dans l’assemblée chrétienne, par le baptême et par le don du Saint Esprit, car la lumière éblouissante avait aveuglé Saul.

Dieu l’avait ainsi retiré de toute communication avec le monde extérieur, afin qu’il fût uniquement occupé de son âme et de l’état dans lequel il se trouvait. En effet, sa situation était sans pareille. Extérieurement, il était un homme sans fraude, d’une conduite irrépréhensible selon la loi ; il avait une bonne conscience ; il croyait de son devoir de faire beaucoup contre le nom de Jésus, et il le faisait. Les chefs de la religion des pères l’encourageaient, l’envoyaient avec des lettres, et l’appuyaient de toutes manières dans ce dont il s’acquittait avec zèle. La conscience, la justice légale, la religion, tout ce qui formait la vie morale de Saul, avait fait de cet homme un ennemi ardent du Seigneur de gloire ; et maintenant, d’un seul coup, tous les fondements de sa vie morale, qui faisaient de lui l’ennemi du Seigneur, étaient renversés !

Nous avons vu que le péché avait comblé la mesure en ce que les Juifs avaient non seulement crucifié le Seigneur, mais résistaient encore à l’Esprit qui les engageait à se repentir par le témoignage rendu à la gloire de Christ. Saul avait assisté d’une manière active, à cette résistance des Juifs lorsqu’ils lapidaient Étienne. Mais la mort d’Étienne ne lui suffisait pas ; il fallait encore à son zèle persécuteur tous les croyants dans les contrées étrangères. Dans ce chemin, il fait la rencontre du Seigneur dont il cherchait à extirper le nom. Il était donc le chef, le premier des pécheurs ; par ignorance, il est vrai, mais néanmoins volontairement. Où était sa bonne conscience selon l’homme ? et sa justice légale ? et sa religion, dont l’autorité avait été précédemment suprême pour lui ? Tout cela n’avait abouti qu’à faire de lui l’ardent et fougueux ennemi du Seigneur, en la présence duquel il se trouvait maintenant ; mais il était l’objet de sa grâce au moment même où, de tout son pouvoir, il cherchait à détruire sa gloire. Quelle révolution, quel bouleversement dans son cœur ! Qui pourrait décrire ce qui se passa en lui pendant ces trois journées, où il fut sans voir, et ne mangea ni ne but (v. 9).

C’est pourquoi le Seigneur ne lui envoie Ananias que quand cette œuvre de travail moral intérieur est accomplie. Les choses vieilles sont passées, et maintenant tout est nouveau dans l’âme de Saul, dans le fond de ses pensées : tout est de Dieu qui s’était révélé à lui dans la gloire de la face de Jésus Christ. Il n’est plus Juif, quoiqu’il le soit encore extérieurement ; il n’est pas devenu Gentil ; attaché au Seigneur de gloire, Jésus Christ, il ne connaît plus personne selon la chair. Il connaît le Seigneur, il connaît les siens comme unis à Lui, Gentils et Juifs, tous ensemble, étant des pécheurs perdus, des enfants de colère ; mais il connaît la grâce souveraine envers lui-même, grâce qui l’avait appelé et lui avait révélé le Fils de Dieu, et qui lui avait donné la vie éternelle lorsqu’il était occupé à détruire son nom. Tout était grâce, pure et souveraine grâce, grâce qui va jusqu’à faire des chrétiens un seul corps avec Christ dans le ciel, et qui nous le fait savoir. Merveilleuse révélation que nous retrouvons développée dans les épîtres de l’apôtre. L’évangile de la gloire de Christ se comprend facilement, lorsque nous réalisons comment et quand Paul a été converti.

Mais il vaut la peine de considérer quelques-unes des circonstances qui ont accompagné cette conversion de l’apôtre. Le Seigneur envoie un Juif converti, estimé parmi le peuple, pour porter à Paul le témoignage formel de sa grâce et pour le recevoir au milieu de son assemblée, afin que, comme nous l’avons déjà dit, Paul ne pût jamais avoir l’idée, une fois la vision passée, qu’il s’était trompé. Un homme tranquille, Ananias, qui n’était pas sorti de Damas, reçoit une communication du Seigneur qui lui confirme pleinement ce qui est arrivé à Saul ; et, de plus, par le moyen d’une autre révélation, le Seigneur fait que Saul attend Ananias, afin que celui-ci lui impose les mains et qu’il recouvre la vue.

La pleine liberté, on peut dire la familiarité, avec laquelle Ananias parle au Seigneur (avec révérence et avec soumission naturellement), est également digne de remarque, comme aussi celle du Seigneur avec lui. Quand le Seigneur l’appelle, Ananias répond immédiatement : « Me voici » ; et le Seigneur, homme qui s’intéresse aux siens comme à des amis qu’il aime, parle à cœur ouvert à Ananias : il lui indique non seulement la rue et la maison où il trouvera Saul, mais ce qui était nécessaire pour le reconnaître, c’est-à-dire que Saul priait et qu’il avait vu Ananias venir vers lui pour lui imposer les mains et lui rendre la vue ; il lui parle, comme nous disons à un serviteur ce qui est nécessaire afin qu’il s’acquitte de nos instructions, et à un ami ce que nous avons sur le cœur.

Ainsi le Seigneur prenait connaissance de ce que Paul faisait, et il en parle à Ananias ; la réponse de celui-ci montre une confiance entière dans cette bonté du Seigneur ; il se met à converser avec le Seigneur : il avait entendu parler de cet homme venu pour lier ceux qui invoquaient son nom. Le Seigneur ne le reprend pas. Il fallait naturellement qu’Ananias fasse ce que le Seigneur voulait ; mais celui-ci lui explique la chose, et lui communique ses pensées touchant Saul, qui était un vase élu pour porter son nom devant les nations, et les rois, et les fils d’Israël ; il lui montrerait combien de choses il aurait à souffrir pour son nom. En un mot, le Seigneur ouvre son cœur à Ananias ; il le traite avec une entière confiance ; il parle comme Seigneur naturellement, mais confidentiellement ; il dit tout ce qu’il pense à Ananias.

Il est très important que nous nous souvenions que Jésus est toujours homme. S’il n’était pas Dieu, son humanité n’aurait aucune valeur ; mais étant Dieu, le fait qu’il s’intéresse comme homme à nous, à ceux qu’il n’a pas honte d’appeler ses frères, est d’un prix infini. Le Seigneur Jésus peut sentir avec nous, prendre part à toutes nos circonstances, nos épreuves, nos difficultés et nos peines. Il nous aime comme le Père l’a aimé, lui, Homme et Fils sur la terre. Son amour a la perfection divine ; mais il sent comme un homme, homme sur la terre, tenté en toutes choses comme nous, à part le péché ; et, toujours homme, il pense à nous comme celui qui a passé à travers toutes choses avec un amour divin et une sympathie humaine. Non seulement il sait tout comme Dieu, mais il en a fait l’expérience comme homme. Précieuse vérité, grâce immense !

Nous n’avons pas besoin des saints, si même ils pouvaient nous entendre, pour émouvoir favorablement son cœur, pour rendre son amour plus vif, son intérêt plus profond, et sa connaissance de notre condition plus intime. Mais il a fait l’expérience de tout, afin de pouvoir comprendre et sympathiser avec les siens dans toutes les circonstances de la vie de Dieu dans l’homme sur la terre. Combien est grande l’intensité de l’amour du Sauveur ! Comme il est près de nous ! Comme son cœur est intelligent et intime avec nous dans le combat de la foi ! Il sait tout, il sent tout, il est avec nous en toute chose pour nous aider. Que son amour soit béni !

Il est possible qu’il ne se révèle pas à nous dans des visions, mais son cœur n’est pas plus froid pour nous que pour Ananias. Sa sagesse n’est pas diminuée, ni sa volonté affaiblie pour nous aider ; son bras non plus n’est pas raccourci. L’intimité et la confiance de nos cœurs devraient pouvoir tout lui dire ; certainement son oreille est ouverte pour nous écouter.

Ananias, ainsi appelé et encouragé, obéit, se rend avec une confiance parfaite vers celui qui, peu de temps auparavant, prononçait des menaces et des cris de mort contre les chrétiens, et lui impose les mains en disant : « Le Seigneur Jésus qui t’est apparu dans le chemin par où tu venais, m’a envoyé pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli de l’Esprit Saint » (v. 47). Paul recouvre subitement la vue, et se lève ; il est baptisé, il mange et reste quelques jours avec les disciples à Damas. Il prêche Christ dans les synagogues, sans crainte, disant qu’il est le Fils de Dieu. Bien que le lion soit devenu un agneau, il n’a pourtant pas perdu son énergie. Le but qu’il poursuit est différent : il prêche ce qu’il détruisait.

Le sujet de la prédication de Paul est un peu différent de celui de Pierre et répond à la révélation de Christ qui lui avait été faite : Pierre prêchait que ce Jésus rejeté par les Juifs, Dieu l’avait élevé (2:32-36 ; 3:13 ; etc., etc.), et Saul, que Christ est le Fils de Dieu (v. 20).

Mais la force de la prédication de Paul réveille l’animosité des Juifs : ce sont toujours les gens religieux qui s’opposent à la vérité, parce que leur propre importance et les traditions sont compromises. La haine de la chair, particulièrement dans les choses religieuses, ne connaît pas de frein. Les Juifs cherchent à tuer Paul ; la conscience et la religion l’exigent, pensent-ils. Mais Dieu a soin de son serviteur ; leur complot est connu de Paul et comme ils l’attendaient aux portes, jour et nuit, les disciples le prennent de nuit et le descendent par la muraille dans une corbeille ; ainsi il échappe à leurs mains (v. 23-25).

Le verset 26 ne se rapporte pas, je crois, au moment qui suit immédiatement. Seulement nous voyons que, lorsque Paul vient à Jérusalem, les disciples avaient encore peur de lui ; ils ne savaient pas encore tout ce qui était arrivé. Mais le bon Barnabas présente Paul aux apôtres et fait connaître à tous la vérité de sa conversion. Ici encore l’apôtre rend un témoignage fidèle, et de nouveau les hommes religieux cherchent à le faire mourir : pour sa propre mission le temps n’était pas encore venu. Les frères le mènent à Césarée, et il part pour Tarse, sa ville natale.

Maintenant le récit reprend l’histoire de l’œuvre de Pierre. Si Paul a été appelé pour l’évangélisation des nations (cette mission lui ayant été confiée comme une dispensation distincte de Dieu, fondée sur une révélation plus parfaite qui laissait en arrière les Juifs pécheurs par nature comme les Gentils), s’il enseigne qu’il n’y a « aucune différence », puisque « tous ont péché », s’il introduit la nouvelle création et ne connaît plus Christ selon la chair, cependant il ne devait pas y avoir deux assemblées : l’unité de l’Église devait être maintenue. Pierre est employé, après la conversion de Saul, pour appeler le premier Gentil à la connaissance de Christ.

Pierre n’a jamais enseigné que l’Église fut le corps de Christ ; cette vérité n’est point révélée dans l’appel de Corneille. Nous voyons dans ce qui suit, quant aux progrès de l’évangile, que Pierre et les autres Juifs eurent beaucoup de peine à admettre que les Gentils entrassent parmi les chrétiens sans devenir Juifs ou sans être circoncis. Nous trouvons aussi que ceux qui étaient dispersés, Hellénistes ou Juifs demeurant à l’étranger et habitués à maintenir des relations journalières avec les Gentils, parlaient avec ceux-ci de telle manière que la libre action de l’Esprit leur a, par ce moyen, communiqué l’évangile. Paul avait une mission formelle, nouvelle, dans toute la création sous le ciel ; de plus il annonçait ce qu’était l’assemblée, vérité qui n’a été confiée à aucun autre (voir Col. 1). Paul lui-même était devenu membre de l’assemblée, alors que, déjà fondée et établie sur Christ, elle était le corps de Christ et l’habitation de Dieu par l’Esprit ; seulement l’apôtre était le seul qui enseignât cette doctrine.

Il n’est pas sans importance de faire remarquer que le système catholique romain se fonde sur l’autorité de Pierre et en déduit toutes ses prétentions ; mais la doctrine de l’Église n’a jamais été confiée à cet apôtre. Pierre n’était pas l’apôtre de l’incirconcision, mais de la circoncision (Gal. 2) ; plein de puissance pour l’œuvre parmi les Juifs, il laissait aux mains de Paul l’œuvre parmi les Gentils. Pierre ne parle pas du corps de Christ, et, l’instrument que Dieu a choisi pour établir l’Église parmi les Gentils, c’est Paul (1 Cor. 3).

Il n’y a qu’un seul fondement, qui est Christ ; l’évangile du salut est un (1 Cor. 15:11). De plus, Dieu lui-même a fondé l’Assemblée, le jour de la Pentecôte, par le don du Saint Esprit ; mais, comme édificateur humain, Paul est celui que Dieu a employé pour établir l’Église parmi les Gentils et pour expliquer ce qu’est l’Église. Les autres apôtres ne parlent jamais du corps de Christ ni de l’habitation du Saint Esprit sur la terre.

Pierre parcourait donc toute la contrée, et la puissance de Dieu se manifestait en lui. Énée est guéri, Tabitha rendue à la vie. Cependant l’effet du premier miracle est plus grand que celui du second : tous les habitants de Lydde et du Saron, riche pays qui longe la mer, se convertirent au Seigneur, tandis qu’à Joppé plusieurs crurent en Lui, et Pierre y demeura plusieurs jours.

 

9                    Chapitre 10

Pendant que Pierre se trouve à Joppé dans la maison de Simon, Dieu s’occupe des Gentils auxquels Pierre ne pense pas, et auxquels non plus, quand il pensait à eux, il n’était disposé à ouvrir la porte parmi les Juifs croyants. Un ange de Dieu apparaît à Corneille, centurion de la cohorte appelée Italique. Corneille était un homme pieux, fidèle selon la connaissance qu’il possédait, craignant Dieu, et priant continuellement. Il était donc converti ; mais il ne connaissait pas le salut qui avait été annoncé par la grâce en Jésus, et obtenu pour nous sur la croix. Il y a beaucoup de personnes qui, bien qu’elles aient appris beaucoup plus que Corneille et qu’elles portent le nom de chrétiens, n’ont peut-être pas dépassé l’état du centurion. Elles sont comme le prodigue de Luc 15, quand il se fut repenti et se fut levé pour retourner auprès de son père : il était dans un bon chemin, mais il ne savait pas comment il serait reçu par son père. Les personnes dont je parle possèdent peut-être plus de lumières, mais, quant à leurs relations avec Dieu, elles se trouvent dans le même état que ce prodigue de l’évangile.

La conversion de Corneille et son introduction dans l’assemblée chrétienne étaient évidemment d’une grande importance. Les Gentils devaient participer à la grâce et à la bénédiction de l’évangile. Les promesses avaient été données aux Juifs, il n’y en avait aucune pour les Gentils ; mais la révélation de la grâce souveraine de Dieu ne pouvait être limitée à Israël. Dans le gouvernement du monde, Dieu, alors que les hommes l’avaient abandonné et étaient tombés tous ensemble dans l’idolâtrie, pouvait mettre à part un peuple pour lui-même, pour maintenir sur la terre la connaissance d’un seul Dieu unique et pour mettre le cœur de l’homme à l’épreuve, pour montrer ce qu’il était et développer ses voies au milieu des hommes ; mais Dieu, révélé en grâce selon sa nature, ne pouvait en aucune manière être le Dieu d’une seule nation.

Caché derrière le voile, Dieu a pu donner une loi parfaite, des promesses et des prophéties ; mais le voile se déchira à la mort de Christ, et Dieu, révélé pleinement en grâce et en justice, ne pouvait être Dieu des Juifs seulement. De plus, la mort de Christ avait mis de côté les Juifs, comme nation, jusqu’à ce qu’ils se repentissent. Dieu voulait que les Gentils eussent part à la nouvelle bénédiction de la grâce. Tous étaient pécheurs ; Dieu purifiait les uns et les autres par la foi. Il envoie son ange à Corneille, indépendamment des Juifs ; il reconnaît les aumônes et les prières de Corneille comme lui étant agréables ; mais il lui dit d’envoyer des hommes à Joppé, pour faire venir Simon (dont l’ange lui indique la demeure chez un certain Simon corroyeur) qui lui parlerait. Fait tout nouveau et important : Dieu pensait aux Gentils, et voulait les introduire dans l’assemblée, sans qu’ils devinssent Juifs et qu’ils fussent soumis à la loi ! Corneille, homme vraiment pieux, humble et craignant Dieu, obéit de suite à la parole de l’ange ; il appelle deux de ses serviteurs et un soldat pieux, et leur ayant communiqué ce qui lui était arrivé, il les envoie à Joppé pour en faire venir Pierre.

Tandis que les messagers de Corneille sont en route, Dieu prépare le cœur de Pierre pour cette mission, pour laquelle il n’était pas préparé. Dieu voulait avoir les Gentils. Pierre priait sur le toit de la maison où il demeurait. Comme il avait très faim, il désira manger. Pendant qu’on préparait son repas, il lui survint une extase. Il vit comme une grande toile descendant du ciel sur la terre, remplie de quadrupèdes, de bêtes sauvages et de reptiles (animaux qu’il n’était pas permis aux Juifs de manger) ; et une voix lui dit : « Lève-toi, Pierre, tue et mange ». Pierre, fidèle au judaïsme, refuse de manger ; il ne s’était jamais souillé par ce qu’il avait mangé ! Mais la voix lui dit : « Ce que Dieu a purifié, toi, ne le tiens pas pour impur » ; et cela eut lieu jusqu’à trois fois (v. 9-17).

Tandis que Pierre cherchait à découvrir ce qu’était cette vision, les hommes envoyés par Corneille arrivent à la porte et le demandent ; alors l’Esprit dit à Pierre de descendre et d’aller avec eux sans faire de difficulté, « parce que », dit l’Esprit, « c’est moi qui les ai envoyés ». Pierre les loge, et part avec eux le jour suivant, seulement il prend la précaution de se faire accompagner par quelques frères. Arrivé à Césarée, il trouve Corneille qui les attendait, ayant assemblé ses parents et ses intimes amis. Corneille se jette à ses pieds comme devant un messager de Dieu, mais Pierre le relève et lui demande pour quelle raison il l’avait fait venir.

Plusieurs des parents et des amis intimes de Corneille étaient réunis chez lui. Toute incertitude quant au sens de la vision était maintenant dissipée. Pierre se trouve, par l’autorité de Dieu lui-même, dans la société des Gentils, ce qui était défendu à un Juif. Il reconnaît que Dieu ne fait pas acception de personnes, mais que sa volonté est de recevoir les hommes pieux et justes de toutes les nations, et non seulement ceux qui se trouvaient parmi les Juifs. Tandis que Corneille et ses amis écoutent avec une pieuse foi, il raconte la mission de Jésus, comment les Juifs l’avaient crucifié et comment Dieu l’avait ressuscité, ce dont les apôtres étaient témoins puisqu’ils avaient mangé et bu avec lui depuis sa résurrection, preuve qu’il était encore un vrai homme tout en possédant alors un corps spirituel, et qu’il était le même Jésus qu’ils avaient connu vivant sur la terre. À la fin de l’évangile de Luc, qui est la base de tous les discours des Actes, il est remarquable de voir comment Jésus, avec une grâce parfaite, s’efforce de persuader les disciples qu’il était le même Jésus qu’ils avaient connu : c’est là qu’il est raconté qu’il a mangé et bu, pour le prouver (Luc 24:36, etc).

La chose principale restait encore. Corneille était déjà converti, pieux, fidèle, et plein de la crainte de Dieu, selon la lumière qu’il possédait ; mais il ne connaissait pas le salut, l’œuvre du Sauveur et son efficace. Conduit uniquement par la grâce de Dieu, il reçoit avec foi ce que Pierre disait. Celui-ci lui déclare alors, selon le témoignage de tous les prophètes, que celui qui croit en Jésus reçoit la rémission de ses péchés. L’Esprit Saint scelle par sa venue cette vérité reçue avec une foi simple dans les cœurs de Corneille et de ses amis. Voilà donc le Saint Esprit donné aux Gentils sans que ceux-ci deviennent Juifs ou soient circoncis. Dès lors il est impossible de ne pas les recevoir dans l’assemblée chrétienne. Dieu les avait reçus et avait mis son sceau sur eux. Pierre commande qu’ils soient baptisés au nom du Seigneur Jésus.

Nous avons ici quatre points distincts : la conversion de l’âme par la grâce (Corneille était déjà converti, et ses prières et ses aumônes étaient acceptées de Dieu) ; puis le témoignage à Corneille de la rémission de ses péchés, par la foi en Jésus, victime de propitiation pour nous sur la croix ; ensuite, le sceau de Dieu dans le don du Saint Esprit ; et finalement, la réception formelle de Corneille parmi les chrétiens. L’ordre des faits n’est pas celui que nous trouvons ailleurs, Dieu montrant ici que c’était sa volonté que les Gentils fussent reçus ; mais il est important, quoiqu’il en soit, de distinguer les quatre points dont je parle et d’observer le vrai sens de chacun.

 

10               Chapitre 11

La difficulté, pour les Juifs, de recevoir les Gentils était grande : c’était renoncer à tous leurs privilèges, à tout ce qui restait de l’antique gloire d’Israël. Ils reprochent donc à Pierre, lorsqu’il est de retour à Jérusalem, d’avoir mangé avec les Gentils. Pierre raconte tout ce qui est arrivé, et comment Dieu a fait aux nations le même don qu’aux Juifs croyants ; et qui était-il lui, pour pouvoir l’interdire à Dieu ? (v. 17). L’Esprit l’avait envoyé vers les Gentils ; l’Esprit leur avait été donné : c’était l’accomplissement des paroles de Jean-Baptiste. D’autres frères avaient été témoins avec lui du don du Saint Esprit à ceux qui avaient cru d’entre les nations. Les Juifs ne peuvent plus résister à l’évidence de la volonté de Dieu ; la grâce est victorieuse dans leurs cœurs, et ils disent : « Dieu a donc, en effet, donné aux nations la repentance pour la vie ! » (v. 18).

Il est important de bien se rendre compte de la différence qui existe entre la conversion et le salut. Nous en avons déjà dit un mot ; mais il y a tant de négligence ; les chrétiens sont si habitués à se contenter d’un état d’âme inférieur, et si incertains à l’égard du salut, que je dirai encore quelques mots sur ce sujet. Corneille était déjà converti quand l’ange de Dieu entra auprès de lui ; ses prières et ses aumônes étaient agréables à Dieu : l’ange lui dit de faire chercher Pierre qui lui dirait des paroles par lesquelles il serait sauvé (v. 14). Dieu avait opéré dans son âme, mais Corneille ne connaissait pas encore la valeur de l’œuvre accomplie par le Sauveur. Semblable à la femme pécheresse de la ville (Luc 7), il aimait beaucoup le Seigneur, il avait senti sa grande grâce et la profondeur de ses péchés, mais il ne savait pas que tout était pardonné. Le Seigneur le lui dit. Le fils prodigue était converti ; il confessait ses péchés, et avait tourné sa face vers son père ; mais il n’était pas encore vêtu de la plus belle robe. Son père ne s’était pas encore jeté à son cou ; il ne connaissait pas son amour ; il espérait à peine être serviteur dans la maison ; il n’était pas dans un état propre pour y entrer. Tous ces privilèges l’attendaient mais il ne les possédait pas.

Je ne doute pas que celui qui a commencé la bonne œuvre ne l’accomplisse jusqu’au jour de Jésus Christ. Aussi longtemps que l’âme raisonne sur son état pour savoir si elle est sauvée ou convertie, et qu’elle juge d’après son cœur pour savoir ce qui se trouve dans le cœur de Dieu, elle est sous la loi ; le salut, pour elle, dépend de son état, non de l’amour de Dieu et de l’efficacité du sacrifice de Christ. On peut bien dire que 1’âme est vraiment convertie : elle sent le besoin du salut, elle croit que quelques-uns l’ont trouvé, mais elle ne le possède pas, comme Israël n’était pas sorti du pays d’Égypte jusqu’à ce qu’il eût passé la mer. Il faut deux choses, qui sont nécessaires et qu’on ne peut séparer : la foi dans l’œuvre de Christ, et la conscience que cette œuvre est accomplie. Je dis que ces deux choses ne se séparent pas, parce que, lorsque nous croyons, à l’œuvre de Christ et que, par la foi, nous nous confions en cette œuvre, nous sommes scellés du Saint Esprit : nous jouissons de la paix ; l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs ; nous sommes réconciliés avec Dieu, dignes, en Christ, de participer au lot des saints dans la lumière, et nous le savons par le Saint Esprit qui nous a été donné ; nous sommes en esprit dans la maison du Père pour jouir de la nourriture dont se nourrissent ses enfants bien-aimés ; non seulement le cœur est tourné vers Dieu, mais Christ est notre justice, et il apparaît aussi toujours devant la face de Dieu pour nous.

Maintenant (v. 19 et suiv.), avant de lire le récit de la mission de l’apôtre Paul, nous retrouvons la libre action du Saint Esprit dans tous les membres du corps de Christ. Ceux qui avaient été dispersés par la persécution, suscitée contre les chrétiens à l’occasion de la mort d’Étienne, prêchaient partout, mais principalement aux Juifs. Ils ne pensaient pas que la grâce et les pensées de Dieu outrepassaient les limites de son peuple selon la chair. Toutefois quelques-uns de ceux qui étaient en relation journalière avec les Gentils, par le fait de leur habitation dans les pays des Gentils, et spécialement à Antioche, s’occupaient aussi du salut de ceux-ci, leur annonçant le Seigneur Jésus. La main du Seigneur était avec eux, et un grand nombre, ayant cru, se convertirent au Seigneur.

Ainsi, aussitôt que l’unité de l’assemblée eut été assurée par le fait que Pierre fut le moyen d’y admettre Corneille — Pierre se servant,lui le premier, des clefs du royaume pour introduire aussi les Gentils, — nous voyons la libre action de l’Esprit se reproduire : l’évangile se répand parmi les nations, et ceux qui le répandent ne sont ni Pierre ni Paul qui, plus tard, est devenu le grand instrument de Dieu envers les Gentils, mais des fidèles poussés par l’amour de Christ qui régnait dans leurs cœurs pour les âmes, et par le désir que son nom fût glorifié. Il n’est pas question d’ordination ni de consécration humaines : tous avaient été dispersés, excepté les apôtres, et tous, tant qu’ils étaient, prêchaient. La Parole nous parle de dons particuliers, cela est évident ; mais c’était l’amour de Christ et des âmes qui ouvrait les bouches.

Remarquez que la Parole ne rapporte pas seulement le fait, mais nous montre que l’activité de ces hommes est approuvée par le Seigneur. Elle dit : « La main du Seigneur était avec eux » (v. 21). L’évangélisation publique des Gentils a été faite premièrement par de simples chrétiens, poussés par la grâce de Dieu à communiquer à d’autres la bénédiction dont ils jouissaient eux-mêmes, et qui cherchaient à établir l’autorité de Christ sur les hommes et à glorifier son nom. Ce principe important est démontré d’une manière claire et évidente dans cette histoire.

Souvenons-nous que la première dissémination de l’évangile parmi les nations a eu lieu, non par le moyen de prédicateurs officiels, mais par de simples chrétiens, envoyés, non de la part des hommes, mais poussés par l’amour de Christ. Plus tard, sans doute, Paul fut envoyé expressément par le Saint Esprit, et reçut des dons apostoliques, mais ceci encore eut lieu, non de la part des autres apôtres, mais immédiatement par Dieu et par Jésus Christ, par le moyen du Saint Esprit. De plus, l’activité libre des chrétiens devint, par la providence de Dieu, l’occasion de la mission de Paul.

L’assemblée de Jérusalem apprit que les Gentils avaient reçu la foi en Christ (v. 22 et suiv.) ; et ils envoyèrent Barnabas pour qu’il se rendit à Antioche. Celui-ci, y étant arrivé, se réjouit grandement en voyant la grâce de Dieu, et il les fortifiait tous, leur disant de demeurer attachés au Seigneur de tout leur cœur ; car il était un homme de bien et plein de l’Esprit Saint et de foi. Et une grande foule fut ajoutée au Seigneur. Puis Barnabas s’en alla pour chercher Saul, que les frères avaient conduit à Césarée, d’où il s’était rendu à Tarse, sa ville natale. Barnabas, nous l’avons vu, était un homme plein de foi et du Saint Esprit, mais il n’était pas un homme capable de prendre l’initiative, pour fonder et maintenir une œuvre telle que la conversion des Gentils. Ainsi, quoique béni de Dieu, Barnabas n’est pas l’instrument de Dieu pour cette œuvre ; il en avait lui-même la conscience, et c’est pourquoi il cherche avec bonté et simplicité de cœur, sans doute conduit par Dieu, l’instrument élu et appelé de Dieu, celui qu’il avait déjà présenté lui-même, à Jérusalem, aux Juifs qui craignaient leur ancien persécuteur.

La puissance de l’appel de Paul l’avait séparé de tout pour être à Christ seul ; seulement il attendait la mission formelle du Seigneur, nouvelle source de courage, et effet de l’esprit d’humilité et d’obéissance. Une difficulté des temps actuels c’est qu’il n’y a pas un appel net et clair comme celui de Saul ; mais nous avons vu que tous étaient libres d’évangéliser ; que tous aussi étaient appelés à accomplir cette œuvre selon la force de l’amour de Christ opérant dans leurs cœurs ; et que, s’il y a un don spécial, ce don se développera en l’exerçant.

Au reste, nous avons la promesse et le précepte (Jacques 1:5) : « Que si quelqu’un manque de sagesse, qu’il demande à Dieu…, et il lui sera donné » ; et, de fait, ce furent de tels hommes qui les premiers répandirent l’évangile parmi les Gentils. Les dons apostoliques manquent, et c’est une grande perte ; mais autrement c’est un honneur d’être ainsi dépendant de Dieu, et que l’activité soit le fruit de l’état spirituel. Dans ce chemin, nous ferons l’expérience de notre faiblesse, mais aussi de la fidélité immuable de Dieu. Nous avons aussi l’avertissement de Jacques : « Ne soyez pas beaucoup de docteurs » (Jacques 3:1). La parole de Dieu suffit pour tous les temps ; si elle ne nous suffit pas, ce sera pour notre condamnation. Il faut que la grâce de Dieu opère en nous ; souvenons-nous-en !

Nous voyons également la plus grande liberté dans l’exercice du ministère : Barnabas, ici, va chercher Saul ; plus loin, Saul prend Silas et Timothée (15:39 à 16:3), et d’autres hommes ; il voudrait qu’Apollos allât à Corinthe, mais Apollos ne veut pas y aller dans ce moment-là (1 Cor. 16:12). Saul donc et Barnabas exercent leur ministère ensemble (v. 26) : ils se réunirent dans l’assemblée et enseignèrent une grande foule.

C’est ainsi qu’une assemblée chrétienne fut fondée à Antioche, la capitale des Gentils de cette contrée ; c’est aussi de là que le monde grec fut évangélisé. Mais il était important que cette assemblée ne fût pas séparée de celle de Jérusalem ; aussi le récit nous ramène subitement à cette ville. Elle est encore reconnue en amour, et nous verrons que Dieu se sert des efforts entrepris pour obliger les Gentils à se soumettre aux ordonnances de la loi, pour les affranchir et maintenir l’unité, en conservant aussi la liberté. L’union se fortifie par les fruits de l’amour. Un prophète, et il s’en trouvait dans la nouvelle assemblée, annonce qu’il y aurait une grande famine dans tout le monde ; et les disciples décident qu’ils enverront des secours aux frères de la Judée ; c’est aussi ce qu’ils firent par les mains de Barnabas et de Paul (v. 27-30).

 

11               Chapitre 12

L’Esprit nous ramène maintenant à Jérusalem, qu’il ne veut pas oublier, non plus que le témoignage de Dieu qui s’y trouvait. L’Esprit raconte un événement qui démontre le soin que Dieu, dans sa providence, prenait des siens, et spécialement de Pierre, par le moyen des anges, comme il opérait en eux par son Esprit. Il permet que Jacques, frère de Jean, succombe à la méchanceté du roi Hérode, ennemi de l’évangile. Ce meurtre, plaisant aux Juifs, engage le roi à persévérer dans son chemin d’opposition à Dieu. Peu importait la vie des chrétiens, si leur mort pouvait le rendre populaire auprès des Juifs. Il fait saisir Pierre et le met en prison, voulant après la fête de Pâques le présenter au peuple.

Mais les pensées de Dieu étaient différentes de celles du roi et de tout le peuple juif. La nuit qui précédait le jour où Pierre devait être présenté au peuple, l’apôtre dormait dans une parfaite paix, sous les soins de Dieu, bien qu’étroitement gardé par les hommes ; et, pour mieux montrer la main de Dieu dans sa délivrance, il dormait entre deux soldats, lié de deux chaînes ; en outre, des gardes étaient placés devant la porte, gardant la prison. Mais, alors qu’exposés à la violence des hommes, il semble qu’ils nous tiennent fermement dans leurs mains, nous sommes réellement à l’abri entre les mains de Dieu. L’ange réveille Pierre, et à sa voix les chaînes tombent de ses mains.

Les circonstances sont racontées avec détail. Sur l’ordre de l’ange, Pierre met ses sandales et sa robe ; les soins de l’ange pour lui sont minutieux ; et quand après avoir passé les deux gardes, ils arrivent à la porte extérieure, cette porte s’ouvre d’elle-même. L’ange conduit Pierre jusqu’au bout d’une rue et le quitte. Pierre, qui, jusqu’à ce moment, croyait voir une vision, comprend la réalité de ce qui lui arrive ; il reconnaît que Dieu l’a délivré de la main d’Hérode et de l’attente des Juifs (v. 11). Remarquez ici combien les visions ressemblaient à la réalité, puisque Pierre croit que la réalité est une vision. Après avoir réfléchi, Pierre va à la maison de la mère de Marc, lieu probablement bien connu pour les réunions des chrétiens. La mère de Marc était sœur de Barnabas, aussi Marc accompagna Barnabas lorsque ce dernier se sépara de Paul ; mais ensuite Marc est reconnu de nouveau dans l’épître aux Colossiens (4:10-11), et son service, comme très utile pour le ministère de l’apôtre (2 Tim. 4:11). Il est doux de voir comment la grâce, entravée pour quelque temps par la faiblesse qui a été nuisible à l’œuvre, se hâte de reconnaître le frère restauré, désormais dévoué au Seigneur, ainsi que son utilité dans le service.

Pierre ne s’arrête pas (v. 12-17), mais il fait dire à Jacques ce qui était arrivé, et s’en va ailleurs. Il est bon de remarquer ici quelques particularités. La ressource des fidèles est dans la prière : ils se rassemblent pour demander à Dieu la conservation de Pierre, et Dieu les exauce. Ils ne savaient pas comment Dieu le ferait, mais ils se confiaient en lui. On voit qu’il était le recours naturel de leurs cœurs et que ce sentiment était commun à tous. Ils se réunissent pour implorer Dieu dans cette difficulté et dans le péril que court l’apôtre qu’ils aiment. Les prières sont données aux cœurs par le Saint Esprit, comme un refuge dans leur adversité ; et bien qu’ils ne sachent pas comment Dieu répondra, ils sont cependant toujours exaucés selon ses conseils. Pierre est délivré selon leurs désirs, mais voyez combien peu le cœur, quoiqu’il ait par la grâce confiance en Dieu et s’adresse à lui dans ses besoins, croit que sa supplication sera exaucée : ils exposent leur angoisse à Dieu, mais quand l’exaucement arrive, ils ne peuvent croire que ce soit possible.

Pierre est délivré par l’intervention de l’ange, et Hérode est frappé par la justice de Dieu au moment où il s’élève contre lui. Pouvons-nous attendre des interventions pareilles maintenant ? Je ne crois pas qu’il arrive des miracles de nos jours ; les anges ne se montrent plus : ce pouvoir des miracles n’est pas un don qui dût continuer (Éph. 4) jusqu’à la fin ; les dons, appelés miraculeux, ne sont pas mentionnés dans ce chapitre de l’épître aux Éphésiens. Mais je crois pleinement, selon la promesse du Seigneur, que les prières sont exaucées, et que les anges agissent aussi bien maintenant que dans ces premiers temps, en faveur des enfants de Dieu. Quant aux prières, la parole de Dieu est claire. Elle pose cependant pour conditions, que ce que nous demandons soit selon la volonté de Dieu, et que les prières soient faites avec foi : elle dit aussi, que si les paroles de Christ demeurent en nous, nous pouvons demander ce que nous voulons.

Le Seigneur et les apôtres nous exhortent à prier sans cesse et à ne jamais faillir dans la foi et la confiance. Nous faisons bien de présenter nos requêtes à Dieu, dans tous les cas ; mais il ne s’ensuit pas que nous recevrons tout ce que nous demandons ; il en fut ainsi pour Paul, quant à l’écharde dans sa chair : il n’eût pas été bon pour lui que Dieu l’eût exaucé. Mais le résultat de nos prières, c’est que la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera nos cœurs dans le Christ Jésus (Phil. 4). Le trône de Dieu n’est pas troublé par nos soucis, non plus que son cœur, et la paix dans laquelle il demeure opérera toujours effectivement dans nos cœurs, quand nous aurons placé ces inquiétudes sur son trône. La manifestation extérieure de la puissance de Dieu, ce témoignage rendu au commencement à la parole de Dieu (Héb. 2:4), ne se répète pas ; mais les soins de Dieu, ses réponses aux prières, le service précieux des anges, restent toujours aux enfants de Dieu (pour ce qui concerne les anges, voyez Héb. 1:14).

Nous trouvons donc ici les soins de Dieu pour l’assemblée de Jérusalem, mais nous ne verrons plus l’activité de Pierre. Il est reconnu par cette intervention de Dieu ; nous savons aussi qu’il est allé à Antioche (Gal. 2:11), probablement pour l’œuvre du Seigneur, mais l’Écriture ne le dit pas. C’est là qu’il fut infidèle au Seigneur, et qu’il fut repris par Paul. Il a écrit aux Juifs des provinces de l’Asie mineure, mais on ne sait pas s’il s’y est rendu. Il est possible qu’il ait demeuré dans la province de Babylone, mais ce n’est pas certain ; beaucoup de Juifs habitaient cette contrée : il salue, dans sa première épître, les frères de la part des saints qui se trouvaient dans ce pays-là, mais nous ne possédons pas l’histoire de son activité en quelque lieu que ce soit. Il fut le premier qui introduisit les Gentils dans l’assemblée chrétienne publique, pour conserver l’unité. Après cela, les simples chrétiens, dans leur dispersion, disséminèrent la vérité parmi les Gentils. Plus tard, encore, l’unité fut conservée, et la sagesse de Dieu fit déclarer par l’assemblée de Jérusalem que les Gentils n’étaient pas soumis à la loi ; mais, quant à Pierre, on ne retrouve plus son activité, une œuvre divine qui ait son point de départ à Jérusalem. Pierre est pleinement reconnu ici par les soins de l’ange, mais la puissance du Saint Esprit ne se trouve que chez Paul et chez ses compagnons. Antioche est le point de départ, non pas Jérusalem ; quant à Rome, c’est le dernier lieu où l’Église fut établie, et encore n’y fut-elle pas fondée par les apôtres. Avant l’arrivée de Paul, les chrétiens qui étaient allés, comme tant d’autres, dans la capitale du monde, se trouvaient là réunis. Paul leur écrivit avant d’aller à Rome. Que cette église à Rome n’ait pas été établie par Pierre, cela peut se déduire du chapitre 15, où l’apôtre raconte ce qu’il avait fait précédemment. Paul, envoyé d’Antioche par l’Esprit Saint, est l’instrument de Dieu pour annoncer l’évangile parmi les Gentils, et pour enseigner ce que c’est que l’Église, — mystère caché dans les siècles précédents (voir Col. 1:23-27). C’est l’histoire de Paul qui suit, au chapitre treizième.

 

12               Chapitre 13

Barnabas et Saul, ayant accompli leur mission, retournent à Antioche, d’où ils se rendent à Jérusalem avec la collecte pour les pauvres de la Judée. Or il y avait, dans l’assemblée d’Antioche, des docteurs et des prophètes ; et ils servaient le Seigneur et jeûnaient. Tandis qu’ils étaient occupés ainsi, avec des cœurs consacrés au Seigneur, l’Esprit Saint dit (sans doute par la bouche d’un de ces prophètes, appelés ainsi à cause de cela ; mais la chose importante à remarquer c’est que ce fut le Saint Esprit lui-même qui les appela) : « Mettez-moi maintenant à part Barnabas et Saul, pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés ». Et ayant encore jeûné, spécialement sous l’impression de ce que cet appel avait de sérieux, et ayant prié, ils leur imposèrent les mains et les laissèrent aller (v. 3). Cette mission est des plus importantes ! — c’est l’évangile des Gentils, et la révélation de l’assemblée, où Gentils et Juifs tous croyants, sont unis en un corps sur la terre et pour le ciel. Arrêtons-nous un moment sur ce sujet.

Déjà Paul avait été appelé, par la révélation et par l’autorité de Christ, et plus spécialement par la révélation d’un Christ céleste. Saul, nous l’avons déjà fait remarquer, n’avait pas connu Christ sur la terre. Il avait été séparé des Juifs et des Gentils ; il n’appartenait plus religieusement ni aux uns ni aux autres ; il était lié à un Christ céleste et glorieux. Il ne connaissait plus personne selon la chair, pas même le Christ lui-même, c’est-à-dire comme un Juif qui attendait un Christ sur la terre, selon les promesses faites à la nation. Son point de départ, comme témoin appelé de Dieu, était la gloire, Christ dans la gloire divine, le Christ qui souffrait par les mains de ceux qui persécutaient les siens sur la terre. La croix était pour lui la fin de sa vie adamique et judaïque : il était mort au monde, à la chair, à la loi. Il agissait comme apôtre ; comme appartenant à la nouvelle création.

De plus, il ne tirait pas son autorité ni sa mission des apôtres précédents ; sa mission ne part pas de Jérusalem ; il n’attend pas la sanction des apôtres qui s’y trouvaient, ni de l’église de ce lieu. Sa mission venait immédiatement de la part de Dieu et de Christ. Appelé personnellement par Christ, trois ans auparavant, il est maintenant envoyé par le Saint Esprit ; et il part de la ville d’Antioche, ville des Gentils, du sein d’une assemblée où les Gentils avaient été réunis pour la première fois. Il ne forme pas, bien certainement, une autre assemblée : la superstition et l’esprit légal des Juifs ont été sur le point de le faire ; mais Dieu, comme nous le verrons, ne l’a pas permis ; sa mission toutefois était entièrement indépendante, et ne relevait que de l’autorité de Christ seul et de la puissance du Saint Esprit. L’apôtre insiste beaucoup sur ce point dans les deux premiers chapitres de l’épître aux Galates.

Il voulait être absolument indépendant de Pierre et des autres ; non seulement comme envoyé de Dieu même, mais en montrant qu’il était forcé de réprimander fortement Pierre, lequel, par la crainte de ceux qui venaient de Jérusalem, avait été infidèle à la vérité, et à ses propres convictions. Paul était libre à l’égard de tous les hommes, soumis à Christ, et serviteur de tous en amour, — modèle et exemple pour tous les chrétiens, ce que du reste il dit lui-même. Il reconnaissait pleinement la mission de Pierre auprès des Juifs, ainsi que celle des autres apôtres ; il prêchait le même évangile ; mais sa mission lui venait immédiatement de la part de Dieu.

Barnabas et Saul sont non seulement appelés, mais encore envoyés par l’Esprit Saint. Ils descendent donc à Séleucie, et naviguent vers Chypre. Mais ici l’état de l’œuvre se manifeste, un nouvel aspect des choses : les Gentils sont disposés à écouter ; le jugement tombe, pour un temps, sur les Juifs à cause de leur opposition à l’évangile, et particulièrement à la prédication de cet évangile aux Gentils (voir 1 Thes. 2:16). Jusque-là, toute la lumière qui se trouvait dans le monde, avait été dans les mains des Juifs ; mais ayant rejeté la vraie et parfaite lumière du monde, ils étaient maintenant dans les ténèbres et haïssaient la lumière, d’autant plus que la jalousie remplissait leurs cœurs. L’apôtre ne renie nullement leurs privilèges ; à Salamine, il commence à prêcher dans leurs synagogues : il ne rejette pas les Juifs jusqu’à ce que les Juifs rejettent l’évangile.

Jean, surnommé Marc, fils de la femme dans la maison de laquelle les disciples s’étaient rassemblés afin de prier pour Pierre, était aussi avec eux. Les relations des apôtres étaient encore juives, bien que Saul au moins fût libre, tout en aimant profondément sa nation comme peuple de Dieu. Ayant traversé l’île, ils trouvent auprès du gouverneur un Juif, faux prophète. Le gouverneur, homme sage, désirait entendre la parole de Dieu, mais Élymas, le magicien, résistait aux apôtres, cherchant à détourner le proconsul de la foi. Mais si la puissance pernicieuse de l’ennemi était avec le magicien, la puissance de Dieu se trouvait avec les apôtres : ils frappent le magicien de cécité, image remarquable de l’état des Juifs et de la puissance de Dieu, qui se montrait alors dans la propagation de l’évangile. Le proconsul croit, étant saisi par la doctrine du Seigneur.

Saul porte maintenant le nom de Paul, ayant (il n’est pas dit comment) changé son nom juif contre un nom romain. Le moment était convenable. L’apôtre et ses compagnons traversent la mer ; alors Jean, appelé Marc, les quitte (v. 13). Le lien avec Jérusalem était trop fort pour lui ; les difficultés et les périls de l’œuvre des apôtres, trop grands pour sa foi. Barnabas était son cousin ; Chypre, le pays de Barnabas. Hélas ! combien sont nombreux ceux desquels la foi dépend des circonstances ! Ils peuvent marcher quand ils sont environnés de ces circonstances ; mais, quand le chemin demande qu’ils s’appuient sur la pure fidélité de Dieu, ils restent en arrière sur le chemin.

La puissance de l’Esprit de Dieu crée ses instruments, adaptés selon la nature comme vases, mais poussés par l’énergie de l’Esprit et soutenus par sa force au milieu des circonstances quelles qu’elles soient. Nous verrons que Barnabas même ne put continuer à rester toujours avec Paul, et à ne connaître personne selon la chair. Il est doux de se souvenir, comme je l’ai déjà fait remarquer, que Paul reconnaît Marc, à la fin, comme utile pour le ministère (2 Tim. 4:11).

Marc s’en va donc, laissant Barnabas et Paul poursuivre leur chemin dans les pays étrangers où l’évangile était inconnu. Partis de Perge, ils arrivent à une autre Antioche, en Pisidie, où ils entrent dans la synagogue des Juifs. Les chefs de la synagogue leur demandent d’exhorter la congrégation (car le ministère était plus libre parmi les Juifs que dans les églises chrétiennes modernes) ; ils annoncent Jésus ressuscité.

Remarquons quelques points de ce discours. Comme d’ordinaire, il se compose de faits. L’apôtre raconte brièvement l’histoire d’Israël jusqu’à David ; puis il établit les deux points fondamentaux de l’évangile, savoir l’accomplissement des promesses, et la puissante intervention de Dieu dans la résurrection de Christ, par laquelle celui-ci est démontré Fils de Dieu. C’est aussi de la même manière que commence l’épître aux Romains. Tous les discours des Actes dépendent de la mission établie à la fin de l’évangile de Luc : les sujets sont la repentance et la rémission des péchés. Pour Israël le chemin du Seigneur a été préparé par Jean-Baptiste. Alors Dieu a suscité (non pas ressuscité), selon sa promesse, un Sauveur.

Mais ceux de Jérusalem avaient accompli tout ce que les prophètes avaient dit ; ils ne connaissaient ni le Sauveur, ni la voix des prophètes qu’ils avaient accomplie, en condamnant Jésus (v. 26-29). Mais Dieu a ressuscité Jésus, et il a été vu pendant plusieurs jours par ceux qui l’avaient accompagné de Galilée : et ainsi a été accomplie la promesse du Psaume 2, touchant le Fils de Dieu, le roi d’Israël. Quant à la responsabilité d’Israël, le peuple est rejeté, parce qu’il a rejeté Jésus ; mais, de la part de Dieu, toutes les promesses ont été fermement établies dans la résurrection de Jésus, selon Ésaïe 55:3 ; et, quant à sa personne, la prophétie du Psaume 16 est accomplie. Seulement il faut maintenant que les Juifs reçoivent tout par pure grâce. Sur ce fondement s’élève la doctrine de l’évangile : la rémission des péchés est annoncée, et la justification de toutes les choses dont on ne pouvait être justifié par la loi de Moïse. La base de la nouvelle alliance est établie, et le sang de cette alliance est versé, quoique l’alliance elle-même ne soit pas encore établie ; — elle le sera avec Juda et avec Israël, dans les derniers jours, mais fondée sur ce qui est déjà accompli.

Les apôtres exhortent ensuite leurs auditeurs à ne pas négliger le salut qui leur est annoncé. Les vérités fondamentales de l’évangile sont partout les mêmes : la personne de Christ démontré Fils de Dieu par la résurrection, la rémission de tous les péchés aux croyants, la justification par Jésus, et aussi l’accomplissement des promesses faites à Israël, quoique ce peuple fût mis de côté pour un temps. Mais alors, cette justification étant pour les croyants, elle était certainement aussi pour les Gentils.

Avec plusieurs des Juifs, les Gentils aussi demandent que cette parole leur soit prêchée le sabbat suivant. La rumeur de la nouvelle doctrine se répand dans la ville, et il s’en faut peu que tous les habitants ne se rassemblent pour l’entendre. Mais les pauvres Juifs, pleins de jalousie, ne pouvaient supporter d’être surpassés par d’autres en influence religieuse, et que ce ne fût pas leur religion qui opérât sur les Gentils. Pauvre cœur humain, toujours plus fort chez les gens à religion ! Une vérité déjà accréditée, et qui s’accrédite parce qu’elle est reçue par un grand nombre, même de non convertis, et leur fait honneur, encore qu’elle soit la vérité, ne met pas le cœur à l’épreuve. Mais la vérité est toujours la vérité, lors même qu’elle n’est pas encore reçue par d’autres : elle met le cœur à l’épreuve, et il faut la recevoir uniquement parce que Dieu l’a donnée.

Les Juifs donc s’opposent et contredisent. Mais Paul s’enhardit, et, tout en reconnaissant que l’évangile devait être prêché aux Juifs, comme héritiers des promesses, déclare ouvertement qu’il se tourne vers les Gentils, prenant la prophétie remarquable d’Ésaïe comme un commandement du Seigneur. L’Esprit, dans cette prophétie, présente Israël comme celui dans lequel Dieu serait glorifié : mais alors, le Messie avait travaillé en vain, puisque Israël n’était pas rassemblé. C’était peu de chose, toutefois, de ramener les tribus d’Israël ; le Messie serait une lumière pour les Gentils et le salut de Dieu jusqu’aux extrémités de la terre. Se fondant sur cette déclaration de la volonté de Dieu, les apôtres se tournent vers les Gentils.

La pleine et libre grâce envers tous, abandonnant les étroites limites du judaïsme, s’adressait au monde entier. Mais il fallait encore la grâce de Dieu pour faire arriver la vérité jusque dans les cœurs, afin que, mêlée avec la foi dans ceux qui l’entendaient, elle leur communiquât la vie, et cela arriva ainsi. La puissance de Dieu accompagna la parole, et « tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent ». Le résultat fut donc l’opposition des pauvres Juifs, un témoignage à tous jusqu’aux extrémités du monde (excepté à Jérusalem, chap. 15), et l’opération de la grâce dans le cœur pour qu’il accueillît l’évangile.

Déjà lors du premier sabbat, beaucoup de Gentils et de prosélytes avaient suivi Paul et Barnabas. Ceux-ci ne négligèrent pas les brebis du Seigneur, et les exhortèrent avec prière à persévérer dans la grâce de Dieu. Mais les Juifs sont mis de côté par leur propre faute.

Remarquez que l’énergie spirituelle de Paul le met à la tête de l’œuvre : c’était d’abord Barnabas et Paul ; désormais ce sera Paul et Barnabas. L’évangile se répand par eux dans toutes ces contrées ; mais l’opposition des Juifs augmente : ils excitent des femmes religieuses et de qualité, ainsi que les principaux de la ville ; ils suscitent une persécution contre Paul et Barnabas et les chassent de leur territoire ; histoire qui se répète toujours et partout. Dieu qui néanmoins n’abandonne pas les rênes, permet que tous, les adeptes de l’ancienne religion, les femmes religieuses, les principaux, par leur influence, cherchent à chasser l’évangile. Les apôtres secouent la poussière de leurs pieds en témoignage de jugement contre ceux qui rejetaient la grâce et le salut de Dieu, et s’en vont, laissant les disciples remplis de joie et de l’Esprit Saint (v. 51-52).

Tel est le tableau varié de l’œuvre de l’évangile dans le monde, la première manifestation publique de son résultat, lorsque l’évangile est annoncé en présence de l’opposition de l’ancienne religion qui exerce son pouvoir sur les cœurs non convertis, en présence des besoins et de l’incrédulité des hommes ; et telle est la puissance de l’évangile sous la puissance du Saint Esprit, avec ses luttes et ses difficultés. Premièrement annoncé aux Juifs, parce qu’ils avaient les promesses, puis à tous les Gentils, parce que tous les croyants sont justifiés par la foi en Christ (car un Christ mort et ressuscité est pour tous), il trouve l’opposition jalouse des Juifs, de personnes pieuses selon l’ancienne religion, et des principaux de la ville. Le jugement n’est pas exécuté, mais prononcé ; puis nous voyons l’opération de la grâce dans les cœurs, pour conduire à la foi, à la joie, à la présence de l’Esprit dans les croyants ; les incrédules tombant sous le jugement. Chassés d’Antioche, les apôtres poursuivent l’œuvre ailleurs.

 

13               Chapitre 14

À Iconium il y eut un grand nombre de gens qui crurent ; mais les Juifs y renouvelèrent leurs efforts contre l’évangile. Mais comme Dieu opérait avec la Parole, les apôtres y restèrent longtemps, jusqu’à ce que, la ville étant divisée en deux partis et les adversaires voulant les outrager, ils partirent pour Lystre et Derbe où ils prêchèrent l’évangile ainsi que dans les environs. À Lystre, la puissance de Dieu se manifeste par les mains de Paul, pour la guérison d’un impotent qui n’avait jamais marché. Nous voyons dans cette occasion, que la foi de l’homme perclus entrait pour quelque chose dans sa guérison ; en d’autres cas, elle ne parait pas y être entrée pour rien ; la guérison avait lieu par la seule puissance de Dieu, par le moyen de celui qui en était 1’instrument. Le peuple, étonné du miracle dont il venait d’être le témoin, veut que Barnabas soit Jupiter, et Paul, Mercure, parce que c’était lui surtout qui portait la parole. Barnabas (comme Jupiter) est nommé le premier dans ce récit ; Paul après (comme étant Mercure son ministre). Le prêtre de Jupiter veut sacrifier avec la foule. Les apôtres, Barnabas et Paul, émus dans leurs cœurs en voyant les desseins du peuple, bien loin de chercher la gloire pour eux-mêmes, déchirent leurs vêtements et se jettent au milieu de la multitude pour la retenir, annonçant le seul vrai Dieu (non pas ici le salut), Celui qui jusque-là avait laissé toutes les nations marcher dans leurs voies, bien qu’il ne se fût pas laissé sans témoignage, en faisant du bien, en donnant du ciel des pluies et des saisons fertiles, remplissant les cœurs de nourriture et de joie (v. 15-17). Belle description de ce qu’était Dieu, même parmi les Gentils, et de ce qu’il donnait pour être connu d’eux : — je ne dis pas qu’ils l’aient connu, car ils ont préféré les imaginations de leurs propres cœurs et les dieux qui favorisaient leurs passions. Rien n’est plus terrible que l’homme se montrant tel qu’il est, lorsque Dieu, à cause de sa perversité, l’a abandonné à lui-même. On ne peut écrire ce qui se faisait journellement parmi les idolâtres : le résumé nous en est donné dans le premier chapitre de l’épître aux Romains. À Lystre, les apôtres cherchaient à persuader les Gentils de quitter l’idolâtrie et de croire au seul bon et vrai Dieu : ils venaient expressément pour le leur révéler et les amener à sa connaissance et à la foi en lui. Ils réussirent à peine à les empêcher de leur sacrifier.

Mais les Juifs, non-contents d’avoir chassé les apôtres d’Antioche et d’Iconium, poussés par une animosité contre l’évangile, navrante pour le cœur, viennent aussi à Lystre et persuadent le peuple, lequel, ignorant et mobile, veut lapider ceux que peu de temps auparavant, il était prêt à adorer. Paul, plus coupable à leurs yeux, comme étant le plus actif dans l’œuvre, est lapidé et traîné comme mort hors de la ville. Tel est l’homme, tels sont les gens religieux quand ils ne possèdent pas la vérité ; Paul lui-même avait été comme eux ; mais telle aussi est la puissance de l’évangile ; tel est le sort de la vérité quand elle est à l’œuvre dans un monde incrédule.

Il n’était pas dans les pensées de Dieu que son serviteur mourût. Tandis que les disciples étaient réunis autour de lui, Paul se lève et entre dans la ville, et le jour suivant il part avec Barnabas pour Derbe. Ayant été très béni dans cette ville, il continue son voyage et retourne à Lystre, à Iconium, et à Antioche (de Pisidie), d’où il avait été chassé. Les outrages et la violence n’empêchent pas l’œuvre et n’affaiblissent pas le courage des apôtres. Quand le Seigneur le veut, ils se retrouvent en paix dans les mêmes lieux d’où ils avaient été chassés. Il est beau de voir la supériorité paisible de la foi en face de la violence des hommes, et comment Dieu conduit les cœurs. Les apôtres se soumettaient, ou, s’il était possible, ils évitaient la violence qui s’élevait contre eux ; mais si l’œuvre le demandait, Dieu ouvrait les portes, et il ramenait les ouvriers sur la scène.

Une autre partie de l’œuvre apostolique se présente maintenant. Paul et Barnabas continuent à prêcher l’évangile ; mais il était nécessaire d’établir les assemblées et d’y mettre les choses dans un ordre régulier (v. 23). Les apôtres font comprendre aux disciples que Christ n’était pas venu pour mettre la paix sur la terre, qu’ils rencontreraient l’opposition et l’inimitié du monde, et que c’est par de grandes tribulations qu’il convient d’entrer dans le royaume de Dieu. Cet avertissement est pour tous les temps, pour faire comprendre que la persécution n’est pas une chose étrange. « Tous ceux qui veulent vivre pieusement seront persécutés ». Tous les chrétiens, cependant, ne passent pas par ce chemin ; si un chrétien s’accommode avec le monde, il évite la persécution ; mais il perdra ainsi la joie de l’Esprit et la communion avec Dieu ; il sera sauvé comme au travers du feu, « et l’entrée dans le royaume éternel ne lui sera pas largement ouverte ». Si, au contraire, nous marchons avec Dieu, nous ne serons pas stériles dans la connaissance du Seigneur Jésus.

Je dis ceci, parce que, pour plusieurs, le temps d’une persécution ouverte est passé ; mais nous trouverons certainement la persécution de la part du monde et de nos familles, si nous sommes fidèles. Le monde ne peut pas supporter la fidélité. Si le chrétien marche avec lui, il ne gagnera pas à Christ le cœur du monde, mais lui-même s’éloignera de Christ, et il perdra, je ne dis pas la vie, mais ses privilèges spirituels, sa joie et l’approbation du Seigneur ; et son témoignage sera contre le christianisme. Il dira par sa vie que l’amitié du monde n’est pas inimitié contre Dieu. Le chrétien, quand il est avec le monde, n’est heureux d’aucune manière ; sa conscience le reprend quand il est avec des chrétiens spirituels, parce qu’il marche mal et qu’il ne jouit pas de ce dont ils jouissent. Que tous ceux qui sont disposés ou en péril d’être entraînés à se mêler avec les voies et la société du monde, pensent à ces exhortations !

Les apôtres choisissent dans chaque ville des anciens pour les assemblées. L’Écriture ne dit pas un mot ici d’un vote, ou d’un avis des assemblées ; la vraie traduction du verset 23 est simplement que les apôtres leur « choisirent » des anciens. La même expression est employée au verset 19 de la 2ème épître aux Corinthiens, chapitre 8, où les assemblées « choisirent » quelques frères pour accompagner Paul, avec l’argent recueilli pour les pauvres de Jérusalem, puis, dans le chapitre 10 des Actes, verset 41, où le sens du verbe ne peut être l’objet d’un doute quelconque, puisque c’est Dieu qui a choisi les témoins dont il y est question. Les apôtres ont donc choisi des anciens pour les assemblées. L’épître à Tite est encore une preuve que l’autorité apostolique est la source de l’autorité des anciens. Je ne m’arrête pas ici sur cette question ; mais il est important, puisque la traduction qu’on trouve dans quelques versions est fautive, de mettre en lumière la vérité.

Aujourd’hui nous n’avons pas l’autorité apostolique ; et l’élection par l’assemblée est une chose inconnue dans la Parole. L’autorité descendait de Christ à l’apôtre, et de l’apôtre aux anciens. Ce que l’on appelle maintenant un « évêque » est également inconnu dans l’Écriture. Tous les anciens sont appelés évêques, comme on peut le voir en Actes 20:28, et il n’est pas question d’autres évêques dans la Parole ; mais, au commencement, Paul et Barnabas ont choisi des anciens pour chaque assemblée des Gentils, et plus tard, Paul a envoyé Tite pour en établir « dans chaque ville » de l’île de Crête (Tite 1:5 et suiv.).

Il est bien important de se rappeler ici que l’apôtre n’a pas seulement prêché l’évangile pour le salut des âmes, — ce qui était son œuvre principale, — mais qu’il a réuni ceux qui étaient convertis en assemblées, auxquelles il a pu écrire plus tard comme telles. Il les a établies et mises en ordre, fondant l’Église, ou l’assemblée (1 Cor. 12), et, dans chaque ville, une église ou assemblée bien ordonnée. Cette assemblée, dans chaque ville, représentait l’assemblée universelle, de laquelle étaient membres ceux qui la composaient (1 Cor. 12:17), avec la promesse que Jésus se trouverait au milieu d’eux. L’iniquité des hommes chrétiens, ou chrétiens de nom, et l’oubli du retour de Christ (Matt. 24:48-50), ont corrompu la chrétienté, selon les prophéties du Nouveau Testament (voir 2 Tim. 3:1-5 ; Jude 4 ; 1 Jean 2:18, 19 ; Matt. 13:28-30). Tout est désordre, confusion, corruption. Ici, nous étudions dans la Parole l’ordre primitif, tel qu’il avait été établi avant que l’assemblée fût corrompue. Mais Jean nous dit que le dernier temps était arrivé ; Paul, que le mystère d’iniquité opérait déjà (2 Thes. 2:7) ; Pierre, que l’heure était arrivée pour juger la maison de Dieu (1 Pierre 4:17) ; Jude, enfin, que ceux qui seraient jugés à la fin, s’étaient déjà introduits parmi les chrétiens.

Le témoignage est clair comme le jour, si nous avons des oreilles pour écouter ce qui est écrit, savoir que, même dans les temps des apôtres, la corruption de l’assemblée de Dieu avait commencé, et que, quand l’énergie apostolique de Paul serait absente, le mal intérieur et celui du dehors inonderait l’Église comme un déluge. Le chapitre 13 de Matthieu, versets 20-30, nous enseigne que le mal fait dans le royaume de Dieu par le moyen de l’ennemi, ne sera ôté qu’au jugement. Ce mal existe encore, tandis que la patience de Dieu rassemble les siens.

Après avoir prié et jeûné, et avoir été recommandés au Seigneur, ils descendent par la Pisidie au bord de la mer, et ils prêchent à Perge — il ne parait pas qu’ils aient prêché là à leur première visite ; — puis ils se rendent à Antioche. Nous voyons ici la vraie force du fait qui nous est rapporté au chapitre 13:3. Paul et Barnabas avaient été recommandés à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils avaient entreprise ; cela est répété au chapitre 15:39 ; en sorte qu’ils ont été ordonnés deux fois, s’il s’agissait ici d’ordination, et ce seraient des apôtres ordonnés par des laïques. Du reste Paul nie cela formellement (Gal. 1:1) : « Il était apôtre, non de la part des hommes, ni par l’homme ». Ces judaïsants voulaient qu’il le fût, mais lui leur résiste de toutes ses forces : ils voulaient que sa mission vint de l’église de Jérusalem, et ils s’opposaient à lui précisément parce qu’elle n’en venait pas ; mais lui ne voulait pas qu’elle vînt d’ailleurs que de Dieu, et de Jésus Christ.

Paul se rend à Antioche et non à Jérusalem ; il retourne à son point de départ, d’où lui et son compagnon avaient été recommandés à la grâce de Dieu. L’œuvre du Saint Esprit se relie à Antioche, dans sa relation terrestre ; la puissance est toute céleste. À Antioche, les apôtres racontent les grandes choses que Dieu avait faites par eux, et comment il avait ouvert la porte au milieu des Gentils ; puis ils séjournent longtemps dans cette ville avec les disciples.

Dans ce qui précède, nous trouvons l’histoire de la prédication de l’évangile parmi les Gentils par une mission apostolique formelle, les difficultés qu’elle rencontre, la position respective des Gentils et des Juifs, les circonstances à travers lesquelles l’évangile s’est répandu dans le monde, et cela indépendamment du judaïsme, par une œuvre à laquelle Pierre n’a pas pris part. Dieu a opéré puissamment en Pierre parmi les Juifs ; mais, sauf lorsqu’il fut employé pour introduire le premier Gentil, Pierre n’avait pas affaire aux nations. Il était l’apôtre de la circoncision ; avec les autres apôtres il a formellement abandonné entre les mains de Paul et de Barnabas l’œuvre parmi les Gentils (Gal. 2:1-10).

 

14               Chapitre 15

Mais les Juifs — ceux du moins qui faisaient profession d’être chrétiens, — ayant Satan pour aide, cherchaient à soumettre les nations au joug du judaïsme, et à gâter l’œuvre de Dieu au milieu d’eux, s’ils ne pouvaient pas l’empêcher désormais. Ils descendent de la Judée à Antioche, enseignant aux frères qu’il fallait qu’ils fussent circoncis et qu’ils observassent la loi de Moïse pour être sauvés. Le moment était critique : il fallait, selon ces hommes, que les Gentils se soumissent à la loi de Moïse et devinssent Juifs, ou bien qu’il se formât deux assemblées séparées. Paul et Barnabas s’opposent à ces exigences. Mais la question n’est pas résolue à Antioche, Dieu ne l’a pas permis.

On comprend que si les Gentils eussent été déclarés libres par une décision prise à Antioche, et s’ils eussent gardé leur liberté, malgré les Juifs, il y avait péril imminent que deux assemblées se formassent, et que l’unité fût perdue. Toute la force spirituelle et apostolique de Paul ne suffit donc pas pour déterminer les esprits à Antioche et pour amener la décision de la question pendante. Dieu veut que cette question soit tranchée à Jérusalem ; il veut que les chrétiens juifs eux-mêmes, avec les apôtres et les anciens de la nation, ainsi que toute l’assemblée, se prononcent, laissant les Gentils libres, et qu’ainsi la sainte liberté et l’unité soient conservées. On décide donc que Barnabas et Paul, avec quelques autres iraient à Jérusalem pour cette question ; il paraît, d’après l’épître aux Galates (2:2), que Paul eut une révélation spéciale pour se rendre dans cette capitale.

Dieu a permis que ces Juifs sans mission, zélés sans Dieu pour la loi, dont l’autorité, sur les consciences avait pris fin par la foi, aient soulevé cette question, afin qu’elle fût définitivement réglée. Paul et Barnabas racontent tout ce que Dieu a fait avec eux dans leur voyage, la conversion des Gentils, et les frères se réjouissent d’une grande joie. Les cœurs plus simples jouissent ici avec simplicité de la grâce de Dieu (v. 3) : à Jérusalem, il y avait plus de difficultés. Rien n’est plus opposé à la grâce que le pharisaïsme, doctrine qui veut que la justice s’obtienne par les œuvres, et par l’obligation que les ordonnances imposent.

Arrivés à Jérusalem, les apôtres racontent encore toutes les grandes choses que Dieu avait faites avec eux (v. 4). Mais ici la bonté de Dieu, dans sa grâce, décide la question qui avait été suscitée par la dureté légale du cœur, car quelques-uns de la secte des pharisiens qui avaient cru, voulaient que les Gentils fussent circoncis (v. 5). Les apôtres et les anciens se réunissent : il paraît que tous les croyants purent assister à cette réunion, puisque, au verset 12, il est parlé de la multitude ; mais ce sont les apôtres et les anciens qui se réunissent. Après beaucoup de discussion (lorsque les principaux, conduits par la grâce et par l’Esprit Saint, — sans doute pour permettre à tous ceux qui s’en croyaient capables de dire leur opinion, et pour que la voix de Dieu se fit entendre après les pensées des hommes — eurent entendu toutes les pensées qui avaient été émises), Pierre rappelle comment Dieu l’avait choisi pour porter le premier l’évangile aux Gentils, et comment l’Esprit avait été donné à Corneille sans qu’il fût circoncis : Dieu lui-même avait rendu témoignage aux nations par le don du Saint Esprit, de la même manière qu’aux croyants parmi les Juifs, et il n’avait fait aucune différence entre les uns et les autres, purifiant leurs cœurs par la foi. Pierre reconnaît le joug pesant et insupportable des ordonnances, et il insiste pour que les frères ne tentent pas Dieu, en le mettant sur le cou des Gentils. Quant à nous, dit-il, « nous croyons être sauvés de la même manière qu’eux aussi », par la grâce du Seigneur Jésus, et non par les ordonnances.

La multitude se tait, et Barnabas et Paul (*) racontent les signes et les prodiges que Dieu avait faits par eux parmi les nations ou Gentils. Alors Jacques, qui avait la première place à Jérusalem (voyez Actes 12:17 ; 21:18 ; Gal. 2:12), prend la parole pour résumer le jugement de l’assemblée (auquel nul ne s’oppose), et pour donner, avec le secours du Saint Esprit, une forme définitive aux pensées de Dieu, exprimant sa volonté à l’égard des Gentils. Ce qui est remarquable ici, c’est d’abord l’œuvre du Saint Esprit, ainsi que la pleine liberté qui règne, de sorte que toutes les pensées des hommes sont mises en lumière et s’expriment ; ensuite, ce que Dieu a voulu montrer par Pierre dans l’histoire de Corneille, puis ce qu’il avait fait de merveilleux par les mains de Barnabas et de Paul parmi les nations. Voilà ce qui parut bon au Saint Esprit qui avait été donné à Corneille, et qui opérait aussi parmi les Gentils par des signes et des prodiges, par les mains de ceux qu’il avait envoyés.

 

(*) À Jérusalem Barnabas est toujours nommé le premier ; c’est probablement parce qu’il parlait plus que Paul, racontant ce qui avait été fait. Cependant Paul avait plus travaillé qu’aucun autre ; mais il était naturel qu’à Jérusalem Barnabas fût plus en évidence que Paul.

 

Jacques donc qui, comme nous l’avons vu, représentait l’esprit judaïque et dans lequel se résumaient les sentiments de l’assemblée à Jérusalem, mais qui était entièrement sous l’influence du Saint Esprit, exprime le sentiment de cette assemblée et des apôtres de Jérusalem qu’on peut appeler juifs, — le jugement de Dieu sur la question vitale qui s’était élevée : les Gentils ne devaient pas être assujettis à la loi de Moïse. Celle-ci avait déjà, dès les générations anciennes, dans chaque ville, ceux qui l’annonçaient (v. 21) : cela suffisait. Les paroles des prophètes s’accordaient avec ce jugement ; ils disaient qu’il y aurait des Gentils qui s’appelleraient du nom du Seigneur, et c’est en ce sens que le passage est cité ici (v. 16-17).

Ainsi les Gentils étaient libres. Les choses qu’ils devaient observer étaient des devoirs antérieurs à la publication de la loi. L’adoration d’un seul Dieu, la pureté de l’homme, avaient toujours été obligatoires. Noé déjà avait reçu la défense de manger le sang, en témoignage que la vie appartient à Dieu. Ainsi les trois grands principes établis par cette décision : ne pas se souiller avec les idoles, la vie appartient à Dieu seul, la pureté de la vie dans l’homme, — ces principes étaient nécessaires pour les Gentils ; il fallait qu’ils corrigeassent leurs mauvaises coutumes. Ces principes étaient reconnus par la loi, mais ce n’était pas elle qui les avait d’abord établis.

L’assemblée ne vota pas. Tous consentirent sous l’influence du Saint Esprit à ce qui avait été exprimé par Jacques ; tous s’unirent, apôtres, anciens, l’assemblée entière, pour envoyer des hommes choisis parmi eux qui appuyassent de bouche le rapport de Barnabas et de Paul et la décision écrite qu’ils apportaient de Jérusalem. Les apôtres et les anciens se réunirent pour examiner la question qui s’était élevée, mais tous les frères sont associés à eux dans la lettre envoyée aux Gentils. Ainsi ce ne sont pas les Gentils qui se sont maintenus dans la liberté malgré l’assemblée de Jérusalem ; mais, par la sagesse et par la bonté de Dieu, c’est l’assemblée de Jérusalem qui a reconnu la liberté des Gentils quant à la loi ; ainsi l’unité a été maintenue.

Nous pouvons ajouter que ce n’était pas un concile, général ou autre, puisque ce fut l’assemblée à Jérusalem, les apôtres et les anciens de cette ville, qui se réunirent, ainsi que quelques-uns venus d’Antioche de la part des Gentils, pour traiter la question soulevée. Les conciles, appelés généraux pendant bien des siècles, furent convoqués par les empereurs pour terminer les conflits des évêques, d’abord en Orient, et il ne s’y est jamais trouvé plus de six évêques de l’Occident ; plus tard, lorsque l’église grecque s’était séparée de l’église latine et qu’il n’y avait point d’empereur en Occident, les conciles furent réunis par les papes, et l’on n’y trouve pas un seul évêque de l’Orient. Ces papes, sans qu’un seul évêque de l’Orient fût présent, cherchèrent, en profitant des besoins de l’empereur d’Orient menacé par les Turcs, à réunir à Florence l’Orient à l’Occident, au quinzième siècle ; mais ce dessein ne réussit pas.

Nous voyons donc ici que les apôtres et l’assemblée juive, par laquelle Dieu avait commencé l’œuvre, laissent les Gentils libres de la loi : et ainsi l’unité a été conservée. Nous apprenons également comment le Saint Esprit produit l’unité de sentiments dans les questions qui s’élèvent parmi les chrétiens, lorsqu’ils s’attendent au Seigneur. Ainsi la liberté du Saint Esprit est conservée pour les Gentils, et l’unité de l’assemblée universelle est maintenue par la bonté de Dieu. Les Juifs déclarent qu’ils n’ont donné aucune mission à ceux qui avaient troublé les Gentils et bouleversé leurs âmes. Plus tard, après une longue patience de la part de Dieu, les Juifs sont appelés, dans l’épître aux Hébreux, à quitter le judaïsme. La loi et le christianisme ne pouvaient pas s’unir.

Paul et Barnabas ayant été congédiés de Jérusalem, vinrent à Antioche où ils réunirent la multitude et remirent leur lettre ; les frères la lurent et s’en réjouirent (v. 30-31). Ainsi était réglé l’état de l’assemblée universelle en même temps que les relations entre les Juifs et les Gentils : la règle nécessaire pour ceux-ci est établie ; ils devaient pour bien marcher éviter certaines choses.

Judas et Silas demeurent quelque temps avec les disciples à Antioche, les exhortant et jouissant de cette nouvelle communion, qui témoignait de la communion et de l’amour de l’assemblée à Jérusalem pour leurs frères d’entre les Gentils ; puis Judas part, mais Silas, attaché à ses nouveaux frères, reste à Antioche. Paul et Barnabas restent aussi, enseignant les frères et s’occupant d’eux avec plusieurs autres, car la puissance du Saint Esprit opérait au milieu d’eux. La vie avait sa fraîcheur du commencement dans ces jours-là.

Quelque temps après, l’esprit de Paul, actif et plein d’amour, trouvant son œuvre terminée pour le moment à Antioche, se tourne vers les assemblées qu’il avait fondées et il désire connaître leur état. Mais Barnabas disparaît ici de la scène, comme cela a eu lieu pour Pierre précédemment. Ce n’est pas que Barnabas n’ait plus travaillé pour le Seigneur, mais il n’était pas à la hauteur du service de Paul ; éclipsé dans l’œuvre quand il était avec Paul, il disparaît maintenant. C’était un homme bon, rempli du Saint Esprit et de foi, mais non détaché de tout, comme l’était Paul, pour lequel, selon l’appel qu’il avait eu sur le chemin de Damas, Christ glorifié et les siens étaient tout. Paul, ce serviteur remarquable de Dieu, ne connaissait plus personne selon la chair ; et cette consécration était nécessaire pour celui qui devait être le fondateur de l’Église de Dieu. Il avait quitté le judaïsme pour être le serviteur de la dispensation de l’Église (voir 1 Cor. 3:10 ; Éph. 3:1, 2 ; Col. 1:23-25). Cette dispensation avait toujours existé dans les conseils de Dieu ; mais, après le retard accordé par la patience de Dieu jusqu’à la mission précédente de Paul à Antioche, mission qui fut seulement alors mise à exécution, elle est maintenant développée et placée sur son vrai terrain, par l’attachement de Barnabas à des choses qui n’étaient que des objets d’affection naturelle ; car Jean surnommé Marc était fils de la sœur de Barnabas, et l’île de Chypre était le pays natal de Barnabas (Colossiens 4:10 ; Actes 4:36).

Barnabas était bien disposé à accompagner Paul dans son voyage, mais il voulait prendre Marc avec lui, ce qui ne plaisait pas à Paul, parce que Marc les avait abandonnés à Perge dans leur précédent voyage (v. 35-38). Il n’avait pas eu le courage d’affronter les difficultés de l’œuvre hors de Chypre. Paul ne pensait qu’à Dieu ; Marc, aux circonstances ; mais ce n’est pas de cette manière qu’on peut vaincre les difficultés. Il est possible que la chair se soit manifestée chez Paul, mais en tout cas Marc ne pouvait pas se vanter d’avoir raison. Paul ne pense pas à l’administration qui lui avait été confiée, mais à ce qui, selon la foi, convenait à l’œuvre, — le principe de vie et de cœur nécessaire pour accomplir celle-ci. Cette consécration au Seigneur était l’état habituel de son âme ; et cet état était nécessaire pour accomplir l’œuvre. Paul ne savait pas quelles seraient les résultats de l’œuvre, mais il savait ce qui était nécessaire pour produire des résultats : la séparation entre Paul et Barnabas était nécessaire, et Dieu l’a amenée, mais l’irritation ne l’était pas. Au fond, Paul avait raison, et la main de Dieu était avec lui. Même là où le propos du cœur est juste, la chair peut très bien se manifester.

Barnabas se sépare de Paul, et s’en va à Chypre sa patrie, prenant avec lui Marc son neveu, pour l’aider dans l’œuvre du Seigneur ; mais il n’est plus le compagnon de Paul pour l’œuvre à laquelle Dieu l’avait appelé. Nous n’oublions pas l’excellence de Barnabas, vrai serviteur de Jésus, auquel le Saint Esprit lui-même a rendu témoignage ; — seulement il n’était pas propre pour l’œuvre que poursuivait Paul. Un cœur consacré au Seigneur, sans aucun autre attachement, est seul capable de représenter Christ dans un ministère tel qu’était celui de Paul, et au fond pour tout vrai ministère.

L’affection est bonne, mais elle n’est pas une consécration à l’œuvre. Malheur à nous, si nous n’avons pas les affections naturelles, — c’est un signe des derniers temps (2 Tim. 3:3) ; mais l’affection naturelle ne va pas avec une telle œuvre, une œuvre qui demande que l’on ne connaisse personne selon la chair. Cette affection n’est pas la nouvelle création pleinement reconnue de Dieu et manifestée en Christ lui-même ; elle n’est pas la puissance du Saint Esprit, qui seule produit les effets de la grâce dans l’œuvre de Dieu. Le miel est bon et si tu en as trouvé manges-en un peu (Prov. 24:13 ; 25:16, 27), mais on ne peut le mettre dans un sacrifice (Lév. 2:11). Barnabas s’en va donc ; on voit sa volonté. Paul choisit Silas, et après avoir été recommandé par les frères à la grâce de Dieu (ce qui serait une seconde ordination, si c’était de cela qu’il s’agit), ils traversent ensemble la Syrie et la Cilicie fortifiant les assemblées. Remarquons ici qu’il s’était formé beaucoup d’assemblées même là où l’apôtre n’avait pas été, car il avait passé la première fois par l’île de Chypre.

 

15               Chapitre 16

Maintenant, à partir du commencement du chapitre 16 jusqu’à la fin du chapitre 20, nous trouvons le ministère public de Paul parmi les Gentils durant plusieurs années. Quand il a commencé son ministère apostolique (sous la grâce et la direction du Seigneur, chef de l’œuvre), il l’a entrepris étant poussé par son cœur, sous l’influence du Saint Esprit, et en prenant avec lui d’abord Silas, puis d’autres collaborateurs, mais toujours pour être aidé dans une œuvre dans laquelle, par l’autorité du Seigneur et conduit par le Saint Esprit, il tenait la première place. L’activité, les directions et le mouvement partaient de lui, ceux qui l’accompagnaient n’étant que des collaborateurs et sous sa direction ; mais maintenant il est seul comme apôtre des Gentils (Rom. 11:13 ; Éph. 3 ; Rom. 1:13, 15 ; Gal. 2:7, 8).

Nous avons vu que Barnabas a pris un chemin à part. Paul, comme un sage architecte (1 Cor. 3), a posé le fondement ; d’autres travaillaient indépendamment de lui, comme Barnabas, Apollos, etc. Mais Paul avait la révélation du mystère de l’Église, et l’administration de la dispensation parmi les Gentils pour fonder et mettre tout en ordre (1 Cor. 16:1 ; 7:17 ; et beaucoup d’autres passages). Timothée, Tite, Silas, et beaucoup d’autres, nommés dans ces épîtres étaient à l’œuvre sous sa direction, et il les envoyait là où les besoins de l’œuvre le demandaient. Il avait déjà pris avec lui Silas, et maintenant, revenu à Lystre et à Derbe, il choisit Timothée, auquel les frères rendaient un bon témoignage. Il parait que Paul lui a imposé les mains (2 Tim. 1:6), comme étant le jeune homme désigné par la prophétie comme lui-même l’avait été (1 Tim. 1:18) ; puis le témoignage des anciens est ajouté, et ceux-ci lui imposent aussi les mains (1 Tim. 4:14). Il est possible que Paul ait ainsi imposé les mains à Timothée quand il a visité Derbe lors de son premier voyage ; l’Écriture ne nous le dit pas ; toutefois cela fut connu des frères de Lystre et d’Iconium, comme aussi à Derbe : la prophétie a désigné Timothée, et le témoignage de tous, manifesté par l’imposition des mains des anciens l’a approuvé. Paul lui a conféré le don de l’Esprit par l’imposition de ses mains, quoiqu’il ne soit pas dit expressément quand cela est arrivé. Il est bien possible que Timothée fût déjà actif dans ces localités, mais il a été spécialement doué, par cette imposition des mains de l’apôtre, pour l’œuvre à laquelle il fut appelé ensuite.

Il reste encore un fait particulier à remarquer. La confusion était entrée dans la vie pratique des Juifs comme parmi les chrétiens. La mère de Timothée était juive et elle était pieuse ainsi que sa mère (2 Tim. 1) ; le père était grec ; les unions de cette sorte étaient chose défendue chez les Juifs (voir Néh. 13:23-31 ; Esdras 9 et 10). Ces passages nous montrent que, dans des cas comme ceux-là, les fils et les filles étaient profanes et devaient être rejetés et renvoyés ainsi que l’épouse : c’était donc un désordre. Paul, se servant non de la loi, mais des droits de la grâce, pensant aux Juifs dont beaucoup habitaient ces pays, et voulant les gagner, circoncit Timothée. Cela n’était pas conforme au judaïsme, c’était même un acte contraire à ce système, mais Paul a voulu ôter ce qui aurait été une pierre d’achoppement pour les Israélites. Les Juifs en furent satisfaits, bien que peut-être l’acte ne fut pas légal. Il ne l’était certainement pas : et en l’accomplissant, Paul faisait un acte de supériorité sur la loi.

Tous les Juifs savaient que le père de Timothée était Grec, et que, sa mère étant Juive, l’état de Timothée était un scandale pour eux ; l’apôtre ôte le scandale. Il y aurait eu quelque chose à dire si le fils d’un Grec, par lequel sa mère était devenue impure, leur avait annoncé l’évangile. Paul fit en un sens un acte arbitraire, mais le scandale fut ôté, et l’apôtre allait au-devant des préjugés de son peuple. Mais quand les Juifs voulurent le forcer à circoncire Tite, il ne céda pas, même pour un moment (Gal. 2:3-5).

Dans le même temps, comme ils passaient par les villes, ils leur remirent, pour les garder, les ordonnances arrêtées par les apôtres et par les anciens, témoignage perpétuel, pour le cas où les chrétiens juifs auraient voulu soumettre les frères d’entre les Gentils à la loi de Moïse, qu’ils agissaient contre les pensées et l’autorité des apôtres et des anciens, de ceux que le Seigneur avait établis par l’Esprit Saint et qui étaient regardés dans l’église juive même comme une autorité. Les judaïsants n’étaient en aucune manière autorisés par les conducteurs établis, et les lettres qui étaient envoyées de Jérusalem consolèrent et réjouirent les frères Gentils, qui étaient ainsi fortifiés dans la foi. Remarquez que la foi chrétienne était déjà répandue dans tous les pays où Paul a poursuivi son œuvre ; le nombre des assemblées croissait encore chaque jour.

Suivons maintenant l’apôtre dans d’autres contrées. Ici, nous trouvons d’abord une précieuse vérité : Dieu le dirigeait, lui et ses compagnons, dans tout leur chemin, soit directement par l’Esprit soit par d’autres avertissements. Paul a été envoyé pour prêcher l’évangile dans toute la création sous le ciel ; mais ce champ est très vaste et il se travaille sous l’autorité du Seigneur, le « Fils » qui est « sur la maison de Dieu », tel aussi qu’il a été annoncé comme Seigneur et Sauveur aux pauvres pécheurs.

Suivons donc cette mission de l’apôtre en Phrygie et dans le pays de Galatie. Elle avait déjà commencé en Phrygie lors du premier voyage de Paul, mais maintenant elle s’étend pour la première fois dans la grande province de Galatie. Les Galates sont bien vite détournés du bon chemin, sous l’influence des chrétiens judaïsants, gens qui voulaient, comme nous l’avons vu, joindre la loi au christianisme. Nous possédons l’épître écrite par les soins fidèles de l’apôtre pour les délivrer de leur erreur, épître plus sévère qu’aucune autre, parce que ces judaïsants renversaient le fondement divin de la justice et de la vraie sainteté ; plus sévère que celle aux Corinthiens, qui commettaient pourtant des péchés plus horribles que ceux des païens et marchaient dans un affreux désordre. Paul dit aux Corinthiens tout le bien qu’il pouvait, bien qu’il ne les épargne pas quant à leurs actions, mais les reprend très sérieusement ; il ne veut pas non plus les visiter jusqu’à ce qu’ils se soient repentis. Mais aux Galates l’apôtre ne dit rien d’aimable en commençant ; il les reprend dès l’abord et à la fin il ne salue personne. Son cœur est troublé, il ne sait comment s’y prendre (Gal. 4:20) ; il voudrait être avec eux et leur parler selon leurs besoins. Son amour n’est pas affaibli, mais il les engendre de nouveau, afin que Christ soit formé en eux. Nous voyons ici la force de l’amour du bienheureux apôtre. Moïse, abattu, fatigué par l’incrédulité du peuple, demande s’il avait engendré tout ce peuple pour le porter comme un père ; Paul, rempli de l’amour de Christ, veut les engendrer deux fois plutôt que de les perdre : il était leur père en la foi ; — tant est puissant l’amour de Christ dans son cœur !

Ayant traversé la Phrygie et la Galatie, l’Esprit Saint les empêche de prêcher en Asie. Plus tard Paul demeure près de trois ans à Éphèse, capitale de cette province ; et « toute l’Asie » (C’était alors le nom d’une province de l’empire romain) a entendu la parole de Dieu (Chap. 19:10). Arrivés en Mysie, ils essaient d’aller en Bithynie ; mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas (v. 7). Ayant donc passé par la Mysie, ils vinrent en Troade ; et là, Paul eut de nuit une vision. Ce n’était pas la direction précise du Saint Esprit, et c’est à l’intelligence spirituelle de l’apôtre d’en comprendre le sens. Un homme de Macédoine lui apparaît, lui disant : « Passe en Macédoine et aide-nous ». Paul, qui vivait dans les pensées de Dieu, interprète la vision par sa mission et par la connaissance qu’il avait de ces pensées, et des besoins des hommes ; il part donc immédiatement pour la Macédoine.

Nous pouvons remarquer ici, en passant, que, pour la première fois, nous voyons l’écrivain parler à la première personne : « Nous conclûmes », c’est-à-dire que Luc qui a écrit les Actes devient désormais le compagnon de Paul dans son œuvre.

Ici se présente la question suivante : De quelle manière et jusqu’où pouvons-nous attendre la direction de Dieu pour notre œuvre ? La réponse est analogue à celle que nous avons déjà faite quant à l’intervention de Dieu pour nous délivrer dans les dangers : nous ne pouvons pas attendre les interventions visibles et sensibles ; mais nous pouvons attendre avec certitude les soins et la direction de Dieu par son Esprit dans le cœur, si nous marchons avec Lui. « Étant remplis de la connaissance de sa volonté », dit l’apôtre, « en toute sagesse et intelligence spirituelle ». Et, si nous sommes conduits par l’Esprit de Dieu, nous marcherons dans l’humilité (Rom. 8:14 ; Col. 1 ; et aussi Ps. 32:8, 9). Je ne doute pas que si nous marchons avec Dieu et si nous regardons à lui, l’Esprit nous mettra dans le cœur les choses spéciales qu’il veut que nous fassions. Seulement il est important que nous retenions dans nos cœurs la parole de Dieu, afin qu’elle soit une sauvegarde contre notre propre imagination. Autrement le chrétien qui manque d’humilité fera sa propre volonté, la prenant souvent pour le Saint Esprit. Mais je le répète, celui qui s’attend avec humilité au Seigneur, sera conduit par le Seigneur lui-même dans le chemin ; et le Saint Esprit qui demeure en lui, lui suggérera les choses que Dieu veut qu’il fasse : « Mais celui qui est spirituel, discerne toutes choses ; mais lui n’est discerné de personne… ; mais pour nous, nous avons la pensée de Christ » (1 Cor. 2:15-16).

Ici donc, l’apôtre conclut que le Seigneur l’envoyait évangéliser en Macédoine, et il s’y rend. Il s’arrête à Philippes, ville principale de la contrée, et qui était une colonie romaine. Il y commence, comme il le fait toujours, par s’adresser aux Juifs. Ceux-ci, paraît-il, n’y avaient point de synagogue, et en pareil cas, c’était, comme aujourd’hui encore, l’habitude des Juifs de faire le culte sur le bord d’un fleuve, probablement pour les purifications. Paul ne trouve là que quelques femmes ; il s’en contente, et il leur parle de Christ et du salut qui est en lui. Lydie, une prosélyte, qui adorait le vrai Dieu, était parmi ces femmes : elle n’avait pas la connaissance de Christ, mais elle possédait cette piété qui ne néglige pas le culte le jour du sabbat dans un pays lointain, où l’occasion naturelle de le célébrer ne se rencontre pas. Le Seigneur bénit la parole de son serviteur, au moins pour celles de ces femmes dans le cœur desquelles se trouvait cette fidélité ; il ouvre le cœur de Lydie pour qu’elle soit attentive aux choses que Paul disait. Lydie était Gentile, mais amenée à la connaissance du seul vrai Dieu : elle est encore un exemple de la différence qu’il y a entre la conversion et la connaissance du salut qui est en Christ. Il y avait beaucoup de ces prosélytes, — des âmes fatiguées de la folie et de l’iniquité du paganisme, qui était incapable de satisfaire aux besoins de l’âme. Par la grâce, beaucoup de ces hommes s’étaient tournés vers le seul vrai Dieu connu des Juifs, et ils suivaient le culte juif sans se faire circoncire ; ils sont appelés des hommes « qui craignent Dieu », qui « servaient Dieu ». Ils écoutaient l’apôtre plus volontiers que les Juifs, et étaient souvent l’objet de la jalousie de ceux-ci. Lydie était du nombre de ces âmes (voir chap. 17:17 ; 13:16 ; où nous les trouvons désignées par les expressions : « Vous qui craignez Dieu » ; et : « Ceux qui servaient Dieu » ; on les trouve aussi, sans qu’elles soient nommées (chap. 13:1), et explicitement (v. 43), et ailleurs encore). Lydie est baptisée avec toute sa maison, et Paul et ses compagnons entrent chez elle et y demeurent. On peut dire que c’est alors que l’assemblée fut fondée à Philippes.

Or l’ennemi ne veut pas permettre à l’œuvre de faire des progrès sans qu’il s’y oppose de son mieux ; mais il agit avec fraude. Il n’attaque pas l’œuvre ouvertement ; il se donne l’apparence de la favoriser, non pas certainement en reconnaissant Christ comme Seigneur, car alors il n’aurait plus été Satan (l’adversaire), mais en flattant l’apôtre pour être associé, si possible, avec lui, pour s’accréditer par cette union et gâter l’œuvre en même temps. Il fait cela maintenant avec plus de finesse, parce que les chrétiens sont moins sages pour le déjouer. Être soutenu du monde (et Satan en est le prince), semble être un grand secours pour le progrès de l’évangile. L’ennemi se cache ainsi ; il se fait l’ami des serviteurs de Dieu et de l’œuvre ; il se change en ange de lumière.

Les Gabaonites se firent, par la fraude, amis d’Israël, et en conséquence ils n’ont jamais été vaincus, car nous ne vainquons pas nos amis. Ainsi, quand le chrétien ou l’assemblée se mêle avec le monde, la perte est toujours du côté du chrétien, parce que le monde, dans sa nature, est toujours conséquent avec les mobiles qui le font agir. Mais la chair est toujours ici-bas dans le chrétien : il peut, lui, s’approcher du monde, mais le monde ne peut s’approcher de l’Esprit. Si le chrétien se mêle avec le monde, le témoignage est perdu. Le vin mêlé avec de l’eau n’est plus du vin pur, il en a perdu le goût. « L’amitié du monde est inimitié contre Dieu ». Le monde parait aimable quand il s’approche des chrétiens et de leur témoignage, mais il s’approche des chrétiens pour gâter leur témoignage et s’accréditer lui-même ; mais vis-à-vis de Christ, cela lui est impossible.

L’esprit de python peut mentir aux serviteurs de Dieu pour les gagner ; il peut parler de Dieu, du Dieu Très-Haut, et aussi de la voie du salut, mais non de Christ, Seigneur et Sauveur, de l’état de péché et de culpabilité dans lequel l’homme se trouve, dans lequel il est perdu : ce serait confesser que celui qui dit de telles choses est perdu. Ceci est une autre histoire. Quand le monde s’unit aux chrétiens, le témoignage de ceux-ci est perdu et la faute en est toujours aux chrétiens : ils acceptent le monde parce qu’ils ont déjà perdu la vraie spiritualité, l’amour d’un Christ rejeté du monde, l’amour de la sainte gloire de sa croix, cette croix par laquelle sa gloire céleste se traduit dans ce monde.

Mais l’apôtre ne cherche pas à réveiller l’inimitié de Satan ; il n’accepte pas le témoignage de la servante qui avait l’esprit de python, s’en tenant toujours séparé, ni n’agit pour la transformer en opposition ouverte. Il continue tranquillement son chemin. À la fin, il ne peut plus supporter cette voix de l’esprit immonde, trop pénible à son cœur ; il chasse l’esprit par la puissance du Saint Esprit. L’inimitié naturelle du cœur humain se réveille subitement sous l’influence du monde ; et cette influence est plus fatale pour l’homme que la possession du corps et des facultés. Le Seigneur avait chassé Légion avec une parole, mais le monde épouvanté par la manifestation de la puissance divine, chasse Jésus de son territoire.

Ici également, le démon ayant été chassé, les maîtres de la servante, pour des motifs humains auxquels le démon se prêtait, voyant leur gain perdu, suscitent une persécution contre Paul et Silas. Qu’ils fussent les serviteurs du Dieu Très-Haut, on n’y pense plus maintenant. Le dieu des hommes c’est l’argent, le pouvoir, et la gloire humaine. Satan ne veut jamais la puissance de Dieu pour être chassé. Être reconnu, accrédité, en se joignant à l’excellence de la vérité, lui plaît, parce qu’il sait bien que la vraie force est avec le Seigneur, et ainsi ce qui reste de la vérité accrédite de fait son influence, mais alors celle-ci n’est qu’augmentée et non détruite. Satan parlera suffisamment de la vérité pour séduire les chrétiens, s’il était possible, afin que ce qu’il est comme prince du monde ne soit pas moins en lumière. La pure lumière le manifeste. Le christianisme et les chrétiens, moins sages que l’apôtre se sont mêlés de cette manière avec le monde ; et ce qui en est résulté est la chrétienté, siège de la puissance de Satan. L’apôtre n’a pas fait ainsi : mais alors il est bien possible que la persécution se réveille, et c’est ce qui est arrivé ici. Si l’ennemi ne peut s’accréditer avec l’évangile, il s’y opposera.

Les motifs de ceux qui suscitent la persécution étaient purement humains ; l’influence était celle de Satan. Les motifs présentés aux magistrats n’étaient que de faux prétextes. Les maîtres de la servante agissent sur les sentiments d’orgueil et de crainte des magistrats qui voulaient la tranquillité, tranquillité que les ennemis troublaient, et non pas les chrétiens. D’ailleurs l’évangile ne s’opposait pas à l’autorité romaine, maîtresse de la ville qui était une colonie. Les magistrats n’en demandaient pas davantage : la foule s’était soulevée, fière de ses privilèges (v. 22). Les préteurs ayant fait arracher leurs vêtements aux apôtres, commandèrent qu’ils fussent fouettés ; puis ils les firent jeter en prison en commandant au geôlier de les garder sûrement, et celui-ci fit comme il lui était ordonné, et attacha sûrement leurs pieds au poteau, dans la prison intérieure.

Le tumulte fut donc apaisé ; mais les magistrats ne pensaient point à la justice, et ils ne délivrèrent pas les pauvres évangélistes. Mais Dieu n’oublie pas les siens ; il rend un plein témoignage à ses serviteurs. Il permet qu’ils soient punis injustement : c’est leur gloire, et ils ne résistent pas. Dans la prison intérieure, où on les a jetés, ils chantent les louanges de Dieu : et les prisonniers les entendaient. Tout d’un coup il se fait un grand tremblement de terre ; les portes de la prison s’ouvrent et les liens de tous sont détachés. Dieu intervient pour les siens et pour rendre témoignage à sa parole. Quand Dieu permet la persécution, l’iniquité de l’homme peut faire beaucoup, mais elle ne peut retenir, contre la puissance de Dieu, ceux qui sont soumis à sa force. Le geôlier allait se tuer, croyant que les prisonniers s’étaient enfuis ; mais Paul l’en empêche, disant : « Ne te fais point de mal, car nous sommes tous ici ». Mais Dieu a agi par ces événements miraculeux sur l’âme du geôlier : il conduit dehors Paul et Silas et leur dit : « Seigneurs, que faut-il que je fasse pour être sauvé ? » La réponse était simple : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta maison » (v. 31). Puis ils lui annoncèrent la parole du Seigneur ainsi qu’à tous ceux qui étaient dans sa maison ; et il fut baptisé avec les siens. Il soigne les prisonniers, lave leurs plaies, étant plein de joie et de paix avec toute sa maison (v. 34).

La tranquillité étant revenue, les magistrats croyant que tout était terminé, font dire au geôlier de laisser partir Paul et Silas. Mais il s’agissait d’une lutte entre le témoignage de Dieu et la puissance de Satan ; il était nécessaire que les magistrats injustes reconnussent leurs torts et les droits de l’évangile de Dieu. Paul n’a pas voulu éveiller cette lutte, (et c’est un avertissement important pour nous !) mais il poursuit tranquillement son œuvre. Le démon avait voulu se mêler de l’œuvre, il avait voulu s’associer, aux yeux du monde, à ce que faisaient les serviteurs de Dieu ; et il avait provoqué l’apôtre. Il fallait ou recevoir le témoignage du démon, ou unir à lui le nom de Christ, ou bien entrer dans la lutte : Paul chasse donc l’esprit immonde, — et la guerre est ouverte.

Satan est le prince de ce monde ; et le monde soulevé par la manifestation de la puissance de Dieu dans l’œuvre de l’Esprit est plus fort que les serviteurs de Dieu, si Dieu ne le lie pas. Ici Dieu a permis que le monde se manifestât par la violence et l’injustice, soit dans la foule, soit chez les magistrats. Les serviteurs de Dieu se sont soumis à l’injustice ; ils ont été battus, alors que c’étaient les ennemis qui étaient coupables, comme cela est le cas presque toujours (je dis « presque », parce qu’il est possible que les chrétiens manquant de sagesse aient provoqué la lutte, sans motif), et ils ont été jetés dans la prison sans qu’ils aient résisté. Mais la puissance du Saint Esprit et l’état de leurs âmes se montrent ici entièrement supérieurs aux circonstances. Pleins de joie, ils chantent dans la prison et dans les fers et ce témoignage est entendu des prisonniers même. Quand il s’agit du corps, le monde est plus puissant que les chrétiens, si Dieu lui permet d’agir ; mais, pour l’âme, le chrétien est toujours supérieur aux circonstances, s’il sait réaliser la présence de Dieu. Cette présence est la plus grande de toutes les circonstances et domine tout. On peut aussi se réjouir de souffrir, comme on le voit en Actes 5 :41 ; Rom. 5:3.

De plus, Dieu se sert des circonstances, et entre, pour ainsi dire, lui-même dans la lutte ; il ouvre les portes, il détache les liens. Quant au corps, l’homme est impuissant, à moins que Dieu ne trouve bon d’intervenir, et il le fait souvent par sa providence d’une manière manifeste, voire miraculeuse. Tous ici étaient des témoins personnels, ou bien étaient convaincus de ce que Dieu était vainqueur dans la lutte, — quelques-uns peut-être malgré eux. Mais les magistrats avaient pris part au mal avec une grande injustice ; il fallait pour cette raison qu’eux aussi reconnussent leurs torts. Ils voulaient, comme les sages selon le monde, laisser passer l’affaire en silence, maintenant que tout était tranquille. Mais quand Dieu agit et se montre, il fait voir qu’il a ses droits dans ce monde.

Paul et Silas avaient été jetés en prison contre tous les droits de Dieu et des hommes, et les magistrats sont forcés maintenant, par la fermeté de Paul, de reconnaître leurs torts, et de demander aux serviteurs du Seigneur comme une grâce de s’en aller (v. 39). Ils le font promptement, comme cela était convenable ; seulement, étant parfaitement libres, ils entrent dans la maison de Lydie, et ayant vu les frères, ils les exhortèrent et partirent. Quand plus tard Paul a voulu se servir de ses droits, comme citoyen romain, pour empêcher l’injustice, il a perdu la liberté et a été envoyé comme prisonnier à Rome, quoique le Seigneur ait tout dirigé (Actes 25:10-12, 21 ; 26:30-32, etc.). Mais ici, à Philippes, il n’a pas cherché à empêcher l’injustice, il s’y est soumis, et il n’a usé de ce droit que plus tard, quand ce qui était en cause était l’innocence de l’évangile et de sa propre conduite, et que ceux qui étaient en tort étaient les magistrats et non pas lui.

Mais Dieu a sa propre œuvre dans le monde, les bénédictions de la grâce ; et il s’est servi de tout ce qui est arrivé pour la conversion du geôlier, dont les circonstances lui étaient connues et qui agit comme un homme du monde à son poste. Par cette intervention évidente de Dieu, il a été réveillé et convaincu de péché, et il sent le besoin du salut. Aujourd’hui que tous se disent chrétiens, on demande si un homme est un vrai chrétien, réellement converti ; mais alors, tous étaient païens ou Juifs, et ils devenaient chrétiens. Or le christianisme, c’est le salut. La grâce de Dieu a apporté le salut dans le monde par le Fils de Dieu, et son œuvre sur la croix est annoncée par le Saint Esprit. Le besoin du salut se fait sentir quand la conscience est réveillée par le Saint Esprit ; on cherche le salut, comme le fit ici le geôlier. « Que faut-il que je fasse pour être sauvé ? » La réponse est simple et claire : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé ».

L’objet de la foi est la personne du Seigneur Jésus, et la rédemption accomplie par lui : tous les croyants ont part au bénéfice de cette œuvre et ils sont sauvés. Mais maintenant on s’examine, on se scrute, pour savoir si la foi est dans le cœur, si la foi est la vraie foi. Nous passons tous plus ou moins par cet état, mais on n’y trouve jamais la paix. Cela peut être utile pour nous humilier, pour nous faire découvrir qu’en nous n’habite aucun bien. Mais nous ne sommes pas appelés à croire à la foi en nous, mais à croire au Christ Jésus, et Dieu déclare que tous les croyants sont justifiés et qu’ils ont la vie éternelle. Je n’examine pas mes yeux pour m’assurer si je vois ; je vois l’objet qui est devant mes yeux, et je sais que je vois.

On cite ici, bien à tort, 2 Cor. 13:5 ; mais ceux qui font ainsi se trompent eux-mêmes, laissant de côté le vrai principe de ce passage. « Puisque vous cherchez une preuve que Christ parle en moi… examinez vous vous-mêmes et voyez si vous êtes dans la foi ». L’apôtre montre aux Corinthiens la folie de douter qu’il fût un vrai apôtre. Si Christ n’avait pas parlé par lui, comment auraient-ils reçu Christ, puisque c’était lui, Paul, qui avait été le moyen de leur conversion ? C’est pourquoi l’apôtre continue, disant : « Ne reconnaissez-vous pas à l’égard de vous-mêmes que Jésus Christ est en vous ? » Christ a donc parlé par ma bouche. Les preuves de l’apostolat de Paul étaient nombreuses, et il montre ici aux saints à Corinthe leur stupidité, en ce que, s’il n’était pas apôtre, ils n’étaient donc pas chrétiens ; et c’est ce dont pourtant ils ne doutaient pas. Il est bon de nous examiner pour savoir si nous marchons comme des chrétiens ; mais nous examiner pour savoir si nous sommes chrétiens, cela n’est pas selon la Parole.

La foi regarde à Jésus et non à soi-même. Chercher dans l’examen et l’expérience de ce qui se passe dans notre cœur un motif pour croire, nous amènera à voir que nous ne pouvons pas trouver la paix ainsi, ni même la victoire, parce que nous regardons à ce qui est en nous ; mais, quand nous en sommes convaincus, la réponse de Dieu est là : il a donné le salut en Christ ; celui qui croit est justifié. Le Seigneur dit à la pécheresse (Luc 7) : « Tes péchés sont pardonnés ; ta foi t’a sauvée ; va-t-en en paix ». Mais la femme regardait à Jésus et croyait à sa parole ; elle ne regardait pas à l’état de son propre cœur. L’état de son cœur, — la conviction qu’elle ne pouvait trouver la paix et le salut en elle-même, l’a fait regarder vers Jésus, et elle a trouvé la paix. L’évangile, on ne saurait trop le redire, donne pleinement et clairement la réponse de Dieu au besoin du cœur : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé ».

J’apprends par l’expérience que le bien n’habite pas en moi, et que je n’ai pas de force pour vaincre ; alors je cesse de regarder à moi comme si je pouvais devenir meilleur. La chair est toujours là ; la volonté bonne (l’homme étant converti) ; mais la pratique ne répond pas à la volonté (Comp. Rom. 7). On a besoin, non d’une amélioration, mais du salut ; et, celui-ci, nous le possédons en Christ par la foi, ainsi que la paix dans le salut. Nous nous soumettons à la justice de Dieu, ne pouvant pas réussir à accomplir la justice en nous-mêmes. Par l’expérience, nous apprenons ce que nous sommes, et par la foi, que Christ lui-même est notre justice devant Dieu. Cette expérience même est le fruit de l’œuvre de la Parole par l’Esprit dans le cœur ; mais par elle nous apprenons que nous sommes perdus, et, en regardant à Christ, que nous sommes sauvés. « Crois… et tu seras sauvé ». Les bonnes œuvres sont celles qui conviennent à la position dans laquelle nous nous trouvons. Il en est de même dans les relations humaines d’enfant, d’épouse, de serviteur ; il faut être dans ces relations, sinon le devoir n’existe pas. Quand nous sommes sauvés, nous sommes enfants de Dieu, et le devoir d’un enfant existe pour nous ; cela ne peut être avant la conversion. Le devoir de l’homme, créature de Dieu, existait ; mais, sur ce terrain, nous sommes perdus. Le devoir chrétien ne commence que quand nous sommes chrétiens.

Il est remarquable de voir, ici et ailleurs, des maisons entières introduites dans l’assemblée chrétienne.

 

16               Chapitre 17

Souffrir avec patience, chanter dans la tribulation, voilà la puissance ; puis, avec cette même force, nous pouvons, quand nous sommes délivrés, poursuivre l’œuvre du Seigneur avec le même courage. Ainsi nous trouvons l’apôtre, là où, écrivant aux Thessaloniciens, il rappelle son passage à Philippes (1 Thes. 2:2) : « Quoique nous eussions auparavant souffert et que nous eussions été outragés à Philippes, comme vous savez, nous avons eu de la hardiesse en notre Dieu pour vous annoncer l’évangile de Dieu avec beaucoup de combats ». Le récit de Luc nous amène ainsi maintenant à Thessalonique. Dieu conduit à travers les persécutions, comme à travers tout. L’apôtre choisit les lieux où il y avait des synagogues. Il traverse Amphipolis et Apollonie, et s’arrête à Thessalonique, une grande ville, où était la synagogue, et où se trouvent encore aujourd’hui beaucoup de Juifs. Cette parole : « Au Juif premièrement, et puis aussi au Grec », caractérise son œuvre.

Nous trouvons à Philippes la forme de l’opposition de Satan en dehors des Juifs, bien que dans cette ville aussi, Paul eut recherché ces derniers qui, toutefois, n’eurent aucune part au conflit qui s’éleva. L’ennemi avait voulu se joindre à l’œuvre de l’évangile en le falsifiant, pour éviter la destruction de sa propre puissance ; mais il ne peut supporter l’opposition ouverte. Mais, quand l’élément religieux est présent, c’est-à-dire une religion qui se vante de posséder les droits conférés par Dieu aux siens sur la terre, religion dont les adhérents ne se soumettent pas à la vérité, c’est toujours de ces professants que découle la persécution. À Philippes, c’était simplement le monde orgueilleux, méprisant toutes les religions qui parlent du vrai Dieu, — tout, excepté ses propres superstitions, et qui ne cherche qu’à conserver sa tranquillité sous la domination de Satan. C’était le monde qui chassait Paul, comme les Gadaréniens avaient renvoyé Jésus ; il ne peut supporter ni la manifestation de la vérité, ni celle de la puissance de Dieu.

Dans le récit qui suit, nous retrouvons l’élément religieux ennemi de la vérité, — les Juifs jaloux de l’évangile de la grâce, et des Gentils auxquels il était annoncé, bien qu’ils eussent toujours la première place dans l’administration de cet évangile. Pendant trois sabbats, Paul parle avec les Juifs de Thessalonique dans la synagogue, selon son habitude, leur montrant que le Christ a dû souffrir et ressusciter, et que Jésus est ce Christ. Quelques-uns crurent d’entre les Juifs, ainsi qu’une multitude de Gentils qui adoraient Dieu, et que leurs besoins avaient conduits à reconnaître l’unique et vrai Dieu qui s’était révélé ; des femmes aussi, de premier rang. La bénédiction de Dieu ne fait qu’exciter la jalousie des Juifs ; et avec cette inimitié du cœur humain, pour laquelle tous les moyens deviennent légitimes, ils soulèvent la foule, et assaillent la maison de Jason pour en tirer les serviteurs de Dieu et les amener au peuple ; mais ils ne les trouvent pas. Alors ils traînent Jason et quelques frères devant les magistrats de la ville, les accusant d’enseigner des doctrines opposées à l’autorité de César et de dire qu’il y avait un autre roi, Jésus (v. 6-8). Les magistrats furent troublés avec le peuple ; mais ils furent plus sages que ceux de Philippes : ils reçurent caution de Jason et les laissèrent aller. Les principaux coupables, Paul et ses compagnons, ne furent pas trouvés, et furent gardés ainsi à l’écart ; et les frères, la porte pour l’œuvre étant fermée pour le moment, envoyèrent Paul et Silas dans la cité voisine de Bérée (v. 10).

Nous voyons dans la première épître aux Thessaloniciens (2:14), où l’apôtre parle aussi de l’état des Juifs, ainsi que dans la seconde épître (1:4), qu’une violente persécution s’est élevée à Thessalonique après le départ de l’apôtre, et que les croyants ont beaucoup souffert, mais sont demeurés fidèles, de manière que leur foi est devenue célèbre partout. C’est aux saints de Thessalonique que l’apôtre écrivit, d’Athènes et de Corinthe, ses deux premières épîtres (et cela immédiatement après son départ) pour les encourager à persévérer (1 Thes. 3:1). En lisant ces épîtres, et le verset 5 du chapitre 18 des Actes, nous voyons, en effet, que la première épître a été écrite d’Athènes, après que Silas et Timothée, qui étaient demeurés à Bérée, eurent rejoint l’apôtre, et que Timothée (Actes 18:15 ; 1 Thes. 1:1) qu’il avait renvoyé d’Athènes à Thessalonique fût revenu une seconde fois vers lui, rapportant de bonnes nouvelles de l’état des Thessaloniciens. Il parait que Silas et Timothée retournèrent encore à Thessalonique, et rejoignirent l’apôtre après qu’il soit déjà parti d’Athènes et se soit rendu à Corinthe (Actes 18:5), d’où aurait été écrite la seconde épître.

Nous n’avons pas de récit de ce voyage dans les Actes, mais il est une preuve des tendres soins avec lesquels l’apôtre veillait sur les nouveaux convertis pour les établir dans la foi et dans la voie chrétienne. Ces deux épîtres sont remarquables, spécialement la première, par la fraîcheur et l’affection des communications dont elles sont remplies, par le témoignage que l’apôtre pouvait rendre aux saints de Thessalonique, et par l’état de ceux-ci.

Il serait utile d’examiner ce que l’apôtre a enseigné pendant le peu de temps qu’il a passé à Thessalonique. Nous avons très peu, presque rien, des discours de l’apôtre en dehors de la synagogue : à Athènes, il fait une apologie devant le peuple dans l’Aréopage, mais ce n’est pas une prédication. « Il prêchait », lisons-nous (v. 18), « Jésus et la résurrection ». Dans la synagogue, il insiste sur ce que Christ devait souffrir et ressusciter d’entre les morts ; de plus, il annonçait le royaume de Dieu, puisqu’il est accusé d’avoir enseigné qu’il y avait un autre roi, Jésus (Comp. 20:25). Le temps qu’il passa à Thessalonique fut bien court ; mais, pendant ce séjour, il avait enseigné aux disciples la venue du Seigneur : on le voit très clairement en lisant les épîtres. Les disciples avaient appris que Jésus les délivrait de la colère à venir ; la résurrection, l’attente du Fils de Dieu du ciel, le fait qu’il fallait souffrir avec Christ et marcher dans la sainteté, la venue du Seigneur avec tous les saints, en flammes de feu, pour juger ; la vérité que les saints seraient ravis à la rencontre du Seigneur en l’air, que l’homme de péché serait révélé, et que le mystère d’iniquité opérait déjà, mais qu’ils étaient appelés à participer à la gloire de notre Seigneur Jésus Christ ; tous ces sujets remplissent les épîtres qui leur sont adressées. Paul enseignait le salut dans la vérité et dans la foi, par la puissance du Saint Esprit, qui les sanctifiait pour Dieu, tout cela étant par la grâce ; et ils étaient élus pour le salut. Même les particularités des derniers jours leur avaient été communiquées (2 Thes. 2:5).

Ces choses étaient pour les disciples ; seulement la venue du Seigneur pour juger les vivants — ce monde — a été annoncée au monde, et ils sont exhortés à fuir la colère à venir, de laquelle Jésus délivre. Il fallait annoncer les choses connues maintenant de tous ; mais si on parle du salut, la personne de Christ, ainsi que la venue du Seigneur, ont une bien plus grande place dans la doctrine de l’apôtre qu’elles n’en ont de nos jours dans celle des prédicateurs. Il annonçait clairement un salut actuel, par Christ mort pour nous, afin que nous vivions avec Lui. Ce qui était présenté ainsi partout pour le salut est décrit avec beaucoup de simplicité et de clarté dans 1 Cor. 15:1-11. Christ mort pour nos péchés, enseveli, et ressuscité, le troisième jour. Mais ici aussi les faits tiennent une place plus grande que maintenant. Nous parlons de la valeur des faits, et cela est nécessaire ; mais je ne doute pas que plus les faits sont mis en évidence, plus la prédication est puissante.

Tandis que le monde s’occupait de Jason, Paul part pour Bérée, et, avec un courage qui ne s’affaiblit pas, il entre dans la synagogue de cette ville (v. 10) ; ici, la grâce de Dieu vient au-devant de lui, pour disposer les cœurs des Juifs à écouter et à examiner la Parole ; beaucoup d’entre eux crurent. Mais les Juifs poursuivent leur œuvre funeste. Ils viennent de Thessalonique pour exciter le peuple contre Paul et contre les autres.

Il est douloureux de voir l’inimitié continuelle des Juifs contre l’évangile ; mais il en est toujours ainsi, lorsqu’une religion ancienne est mise de côté pour la vérité, que ne veulent pas recevoir ceux qui professent cette religion.

Quelques frères conduisent Paul à Athènes. Il envoie à Silas et à Timothée l’ordre de le rejoindre immédiatement dans cette ville (v. 14-15). Mais les ennemis ne font ainsi qu’aplanir le chemin de l’évangile, selon la volonté de Dieu.

À Athènes, la vue de l’idolâtrie à laquelle cette ville s’adonnait avec ardeur, excite au-dedans de lui l’esprit de l’apôtre. Il discourt dans la synagogue avec les Juifs, et, tous les jours, sur la place publique, avec ceux qui s’y rencontraient. Athènes était une ville célèbre par la gloire des arts et des armes, et par les écoles de philosophie : elle était alors soumise au joug des Romains et elle avait perdu son importance. On y vivait dans la paresse, courant après quelque chose de nouveau ; on y philosophait aussi et on s’y vantait du souvenir de l’ancienne gloire et de la philosophie païenne, surpassée peut-être par Alexandrie et par Tarse (où Paul lui-même avait été instruit), bien que les principaux de la société romaine étudiassent à Athènes. Il n’y eut pas de grands fruits de la prédication dans cette ville vaine et oisive ; mais l’instruction qu’elle nous fournit est précieuse pour nous.

Le discours de Paul à l’Aréopage n’est pas une prédication de l’évangile ; c’est son apologie devant cet antique et autrefois fameux tribunal ; actuellement toutefois bien déchu. Mais le fait que l’apôtre a dû se présenter là, lui a fourni l’occasion de manifester la sagesse et la grâce qu’il possédait par l’Esprit de Dieu.

Paul a prêché dans la synagogue, comme nous l’avons vu à Antioche de Pisidie ; — ici à l’Aréopage, où les habitants et les philosophes d’Athènes se réunissaient, il annonce Jésus et la résurrection, — sa personne, la victoire qu’il a remportée sur la mort, et le témoignage que Dieu a accepté son sacrifice, et encore qu’en Lui nous entrons dans une nouvelle création (dans laquelle Adam ne se trouvait pas, même quand il était dans l’innocence), le monde du second Homme, du dernier Adam.

Je ne dis pas que Paul développe tous ces points ; mais il annonce les grands principes sur lesquels toutes ces vérités sont fondées. Il le fait selon les besoins et la capacité de ses auditeurs ; et nul n’est à cet égard aussi incapable qu’un philosophe et ceux qui sont sous son influence, et qui, comme les Athéniens, marchent dans la vaine illusion d’être quelque chose, quant au contraire ils ne sont rien. La conscience est émoussée. L’intelligence humaine ne connaît pas Dieu. Dieu entre dans la conscience quand il parle pour se faire connaître, et la dureté et l’insensibilité de la conscience sont selon la mesure des prétentions de l’intelligence et des capacités de l’esprit humain. La conscience est comme morte, et l’homme est comme s’il n’avait point de conscience, et il est ainsi incapable de recevoir la vérité pour connaître Dieu. Ces sages croyaient que Jésus et la résurrection étaient des dieux, tant ils étaient loin de la vérité. L’esprit de l’homme et l’activité de son intelligence ne font, quand il s’agit de la moralité et de Dieu, que l’éloigner toujours davantage. Il ne trouve pas de base pour la moralité, et par conséquent aucune règle véritable ; et si Dieu se soumettait à l’intelligence de l’homme, il ne serait plus Dieu en aucune manière. Dieu ne se présente pas à l’homme pour savoir ce qu’Il devrait être. La conscience et la foi reconnaissent la place qui appartient à Dieu, et placent l’homme dans sa vraie relation avec Dieu ; et c’est la Parole qui en est le moyen, la Parole où Dieu se révèle et montre ce qu’est l’homme.

Quelques-uns questionnent l’apôtre, disant : « Que veut dire ce discoureur ? » Le ridicule, et aussi le mépris, sont souvent un moyen dans les mains de l’ennemi, pour détourner les âmes de la vérité, parce que l’homme craint de s’unir à ce que les autres hommes méprisent. La conscience et le courage moral sont les dernières choses qui se trouvent dans le cœur de l’homme : mais la grâce réveille la conscience, et donne la force pour la suivre. Tout ce qu’ils entendaient était nouveau cependant pour les Athéniens, et c’était déjà quelque chose pour des hommes fatigués comme eux du néant de leur vie : ils conduisent Paul à l’Aréopage, autrefois en honneur, pour savoir quelle était cette nouvelle doctrine. Quelle que soit la frivolité de l’opinion des philosophes, ils ne supportent tranquillement ni la vérité, ni Christ. Une opinion humaine en vaut une autre ; mais le témoignage de Dieu agit sur la conscience, et demande le cœur.

Paul, enseigné avec certitude par le Saint Esprit, répond dans l’Aréopage avec une admirable sagesse et avec un amour calme, qui se sert de la seule circonstance à laquelle pouvait s’adapter la vérité qu’il cherchait à communiquer à ces hommes. Son œil observateur avait vu dans la ville le seul petit reste de vérité, par laquelle il pouvait les conduire à reconnaître leur vraie position. Ce n’est pas une simple prédication du salut pour les âmes, que le discours de l’apôtre ; il s’était déjà occupé de cela dans la synagogue et sur la place publique ; mais il expose ici le vrai caractère de la religion des idoles, mais avec une délicatesse parfaite et pour lier ce que l’ennemi n’avait pas pu détruire de la vérité, à une vérité plus positive, au nom de Jésus, et à ce qui touche la conscience.

Le peuple de la ville, fainéant et au fond incrédule, s’était adonné à l’idolâtrie, et, le cercle des dieux étant épuisé, il avait dédié un autel « au dieu inconnu » (v. 22-23). On dit que dans les temps passés, une maladie fatale ayant régné dans la ville, les habitants avaient demandé en vain à tous les dieux d’ôter la plaie, et qu’alors un oracle qu’ils avaient consulté leur avait dit de dédier un autel au dieu inconnu. Mais il n’est pas nécessaire de chercher une source spéciale à ce culte. Au fond de toutes les idolâtries se trouve l’idée de Dieu, corrompue, dont Satan s’est emparé, afin que les hommes adorent les démons ; — mais cette idée ne peut être arrachée du cœur de l’homme. Les incrédules cherchent à la déraciner, mais elle reste toujours au fond du cœur, malgré leurs efforts. Elle est née avec l’homme, et la création rend un témoignage trop clair pour permettre au cœur de l’homme de croire que tout a été fait sans but. Puis la conscience parle trop haut pour qu’il soit possible d’échapper à sa voix. L’homme ne veut pas de Dieu, et il s’efforce d’oublier Dieu ; il se distrait, il raisonne, mais les pensées reviennent, et la possibilité qu’il y ait un Dieu se fait sentir. L’homme s’efforce de chasser cette pensée par tous les moyens possibles, mais elle est toujours là ; la pensée de Dieu nous fait toujours sentir que nous sommes coupables. C’est pour cela que, dans toutes les idolâtries, on trouve un Dieu, négligé, oublié, mais qui existe dans les mythologies, et qui se trouve dans la conscience quand la crainte la réveille. Quand les hommes sont dans l’angoisse, ils disent (ainsi raconte un chrétien des temps païens), non pas : « Ô dieux immortels ! » comme on fait en discourant, mais : « Ô Dieu ! » — témoignage, ajoute-t-il, d’une âme naturellement chrétienne. Ils ont fait de grands dieux et de petits dieux, placé un dieu ou une déesse sur les fontaines, dans les bosquets, et partout où ils voyaient l’œuvre de la nature, mais par delà il restait toujours le sentiment profond qu’il y a un Dieu unique et tout-puissant. Ainsi parmi les brahmines dans l’Inde, en Égypte, parmi les Sabéens, chez les Scandinaves, il existait des dieux sans nombre, mais il y avait un Dieu qu’on n’adorait pas, mais qu’on reconnaissait comme l’Auteur de tous ceux qui l’adoraient. Ce Dieu, auteur de tout, restait dans l’ombre. Dans l’Inde il n’y avait pas un seul temple qui lui fût dédié, mais on enseignait qu’il existe et qu’il est l’auteur de tout. Les Sabéens, les anciens Perses, qui professaient une autre sorte de paganisme, reconnaissaient Ahriman et Ormusd, un dieu méchant et un dieu bon, et adoraient Dieu dans le feu, n’ayant aucune idole : eux aussi admettaient un dieu auteur de ceux-ci ; je dis auteur, parce que l’idée d’une création n’existait pas parmi les païens (voir Héb. 11:3).

L’imagination, sous l’influence de Satan, crée des dieux partout ; toutefois, au fond, l’idée de Dieu existait parmi les païens ; mais ce Dieu, le vrai Dieu, était inconnu ! Quel état misérable : les hommes privés de Dieu, duquel ils avaient un profond besoin ; en même temps qu’ennemis de la vraie connaissance de Dieu, parce que la conscience, qui faisait sentir à l’homme sa responsabilité, ne pouvait supporter la présence de Dieu, parce que le cœur désirait des choses que la conscience placée dans la présence de Dieu condamnait ! Les nations se faisaient des dieux qui aidaient aux hommes à satisfaire leurs désirs charnels. L’homme ne peut se suffire à lui-même : il a perdu Dieu, et il le craint ; son cœur descend à ce qui est plus bas que lui-même. Il cherche, mais en vain, à satisfaire aux besoins de son cœur par le moyen des objets qui le dégradent et qui lui font oublier Dieu, dont la pensée est angoissante pour son cœur.

Dieu, le Dieu inconnu, maintenant se révèle, et l’apôtre, qui s’empare par une heureuse inspiration du sentiment gravé sur l’autel à Athènes, annonce au milieu de l’Aréopage le vrai Dieu que les Athéniens ne connaissaient pas. Ce n’est pas l’évangile qu’il prêche ici, mais ce qui lie le Dieu qu’il avait déjà annoncé dans l’évangile de Jésus et de la résurrection, avec cette vérité reconnue par eux-mêmes, et, en la défendant, il parle aux consciences. Le Dieu inconnu jugera le monde par ce Jésus, de quoi il a donné une preuve certaine en le ressuscitant d’entre les morts (v. 30-31). Il applique cette vérité à leur conscience et à l’idolâtrie au joug de laquelle ils étaient soumis. Ils étaient eux les accusés, par la puissance de l’Esprit en Paul ; ils étaient, devant Dieu, convaincus d’avoir falsifié l’idée de Dieu, et nié sa gloire, la gloire du seul Créateur ; et ils ne l’ont reconnu que par la confession qu’il leur était inconnu.

Voilà ce que fait l’apôtre. Il annonce clairement ce vrai Dieu, qui s’était manifesté dans ses dons, dans la vie qu’il donnait, et dans les choses qui entretenaient cette vie. Il n’est pas loin de chacun de nous, par nos consciences maintenant. Durant les temps d’ignorance, Dieu avait supporté ces égarements de l’homme ; il avait « passé par-dessus », sans les juger. Maintenant il appelait tous les hommes partout à se repentir, parce qu’il avait établi un jour auquel il jugerait le monde, cette « terre habitée », en justice, par l’homme qu’il a destiné pour cela, de quoi il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les morts. De cette manière l’apôtre révèle, avec la puissance de l’Esprit, le seul vrai Dieu Créateur, conservateur de tous ceux dont la conscience avait été perdue dans l’égarement de l’idolâtrie, dans laquelle l’ennemi se raille de l’homme, en se faisant Dieu par le moyen des passions de la créature abusée. Puis il présente le jugement imminent de ce monde par Jésus, homme ressuscité, mais en montrant que la grâce, durant la patience de Dieu, invite tous les hommes à se repentir.

Tel est le discours de l’apôtre à l’Aréopage. Il n’y parle pas de lui-même ; mais il met ses auditeurs en la présence de Dieu, leur rappelant ce que la conscience ne pouvait nier et ce qu’elle aurait dû connaître (Rom. 1:19, 20) ; après cela il révèle ce qui était nouveau, c’est-à-dire cette grande vérité que le jugement s’approchait, le jugement qui devait être exécuté par l’homme établi de Dieu pour cela, duquel il a donné une preuve certaine en le ressuscitant d’entre les morts, démonstration publique de ses voies et de sa puissance, qui mettaient fin aux voies de l’homme sur la terre et détruisaient la puissance de Satan. Les accusateurs de Paul recevaient leur propre sentence. Ils ne disent rien de l’existence de Dieu ; plusieurs se moquent de l’idée de la résurrection.

C’est l’exercice présent de la puissance de Dieu que l’homme ne reçoit pas. Qu’il y ait un Dieu, c’est bien ; mais que ce Dieu fasse quelque chose, qu’il intervienne actuellement, cela l’homme ne le reçoit pas volontairement. La parole puissante de l’apôtre touche cependant quelques cœurs, même parmi ce peuple frivole. La moisson est petite, mais Dieu ne se laisse pas sans témoignage. Quelques-uns se joignent au serviteur de Dieu, croyant l’évangile : le témoignage est rendu et l’apôtre s’en va ailleurs. La philosophie et la frivolité unies, comme elles le sont toujours, ont une haute opinion d’elles-mêmes : elles sont un mauvais terrain pour la grâce ; elles ne méritent pas que Dieu attende longtemps le bon plaisir de la vanité. La grâce peut appeler partout des âmes, mais le jugement et le témoignage sont rendus contre la philosophie et toutes les prétentions des hommes.

 

17               Chapitre 18

Il y eut peu de fruits dans cette ville d’Athènes, savante, mais frivole ; car Dieu a choisi les choses folles, faibles et méprisables de ce monde, pour annuler les choses qui sont, et la sagesse de ce monde est folie devant Dieu… ; le Seigneur connaît les pensées des sages et sait qu’elles sont vaines. L’apôtre poursuit son voyage jusqu’à l’autre centre important de la Grèce ; il va à Corinthe, ville commerçante située dans une position superbe, une ville profondément corrompue, dédiée à Vénus, dont les prêtres se vouaient au vice. Les richesses y abondaient alors, et elle était connue par son faste et sa dissolution.

L’ambassadeur de Dieu parait ici, au milieu de ce faste, comme un pauvre ouvrier du monde ; et nous savons par ses lettres qu’il a refusé de rien recevoir de ces riches Corinthiens, tandis qu’il a reçu avec joie ce que les frères de Philippes lui ont envoyé, ce qui était le fruit de leur amour. Paul eut plus tard un autre motif spécial de ne pas recevoir d’argent des Corinthiens, car de faux docteurs qui voulaient profiter de son œuvre, se faisaient valoir auprès d’eux en prétendant travailler sans rien recevoir ; et Paul voulait ôter à ces méchants tout moyen d’influence ; il voulait qu’ils se trouvassent dans les mêmes circonstances que lui.

Paul arrive donc à Corinthe. Il y trouve deux ouvriers du même métier que lui ; il habite et travaille avec eux ; c’est dans la simplicité de la vie chrétienne que l’œuvre de Dieu commence ainsi. Les Juifs avaient, et ont toujours un métier. Nous pensons volontiers que les apôtres étaient en dehors de toutes les difficultés, parce qu’ils étaient munis de l’autorité divine, et qu’ils étaient libres de toute crainte. Pour nous, qui croyons, ils ont sans doute l’autorité du Seigneur, comme envoyés par lui ; mais les Gentils ne reconnaissaient, ni le Seigneur, ni ses envoyés ; et ceux-ci se trouvaient en présence de la puissance de l’ennemi (du diable). Dieu leur avait confié sa Parole pour la porter au monde qui gisait sous le pouvoir de Satan, et ils possédaient cette Parole dans la faiblesse de la chair. Ils savaient par la foi que le Seigneur serait avec eux, et certes il n’a pas manqué à sa fidélité ; mais c’était la foi qui savait cela ; les envoyés sentaient toutes les difficultés d’une œuvre, qui introduisait la lumière de Dieu et l’autorité de son témoignage dans les ténèbres où l’ennemi régnait sur les esprits des hommes.

De fait, c’est une chose sérieuse de faire et de conduire la guerre de Dieu contre le principe du mal. Il faut comprendre ce que l’on fait, quel est l’ennemi, et quel est Celui que nous représentons dans cette guerre, afin que nous la considérions comme selon les lois d’une guerre de Dieu, afin que Dieu puisse nous soutenir et que la conscience de son appel soit avec nous, et qu’ainsi notre foi et notre confiance en Lui ne soient pas interrompues (2 Cor. 1:12). Voici comment l’apôtre parle de son arrivée au milieu des Corinthiens : « Et moi-même j’ai été parmi vous dans la faiblesse, dans la crainte, et dans un grand tremblement ; et ma parole et ma prédication n’ont pas été en paroles persuasives de sagesse, mais en démonstration de l’Esprit et de puissance » (1 Cor. 2:3). On ne peut mieux faire que de lire les quatre premiers chapitres de la première épître aux Corinthiens, et, pour la question de l’argent, le chapitre 9. Tels furent le témoignage, la vie et les sentiments de l’apôtre, comme nous pouvons les lire dans les chapitres 4, 6 et 10 de la seconde épître aux Corinthiens. Combien encore son témoignage fut profond et réel au chapitre 12 de la même épître, qui nous montre la source de sa puissance dans la faiblesse (voir spécialement le v. 9), car les sentiments personnels de l’apôtre se montrent dans ces épîtres, et on y voit, comme ailleurs, combien il a travaillé : son cœur s’y découvre. Le résultat, dans les souffrances, se montre au chapitre 11 de la seconde épître.

C’est donc avec crainte et un grand tremblement que Paul commence son œuvre dans cette forteresse de Satan. D’abord il discourt dans la synagogue, comme il le fait partout ; s’adressant « au Juif premièrement, puis aussi au Grec ». D’Athènes il avait mandé auprès de lui Timothée, qui l’avait rejoint là (voir Actes 17:15-16 ; 1 Thes. 3:1-2). Maintenant Silas et Timothée reviennent de Macédoine, où l’apôtre avait renvoyé ce dernier, et ils sont à Corinthe avec Paul (Actes 18:5). Leur présence stimule l’esprit de celui-ci, et il rend un témoignage encore plus puissant que Jésus était le Christ. Il avait travaillé fidèlement durant leur absence ; mais la présence d’autres chrétiens donne du courage et de la force à son esprit, selon Dieu. Le sentiment de ce qu’est le christianisme se fortifie dans l’âme, et le triste état des incrédules est plus présent à l’esprit et plus puissant pour le cœur ; mais les droits de Christ tiennent la première place dans le cœur de l’apôtre ; et quand les Juifs s’opposent et blasphèment, il les abandonne, et, secouant ses vêtements, il leur dit : « Que votre sang soit sur votre tête ! moi je suis net : désormais je m’en irai vers les nations » (v. 6).

Étant parti de là, il entra dans la maison d’un Gentil qui adorait le seul vrai Dieu, comme il s’en trouvait beaucoup parmi les nations ; car, comme nous l’avons vu déjà, il y avait au milieu de celles-ci bien des hommes qui étaient fatigués de la folie et de l’iniquité de l’idolâtrie et qui allaient à la synagogue, quoiqu’ils ne fussent pas devenus Juifs. Il paraît que Paul avait quitté la maison d’Aquilas et de Priscille. La maison d’un Gentil qui reconnaissait le seul vrai Dieu, convenait à son œuvre, et, pour lui, son œuvre était tout. Toutefois Paul ne s’éloigne pas de la synagogue, et Crispus, qui en était le chef, croit, ainsi que toute sa maison, soit qu’il eût été converti pendant que Paul rendait témoignage dans la synagogue, soit qu’il l’ait été après que ce dernier l’eut quittée. De plus, le témoignage a maintenant atteint les Corinthiens, et beaucoup d’entre eux croient et sont baptisés. L’œuvre, rejetée par les Juifs, s’établit dans la ville ; car, quelque corrompue qu’elle fût, le Seigneur y avait un grand peuple (v. 8-10).

Le Seigneur, comme nous voyons, encourage Paul, de nuit, dans une vision, disant : « Ne crains point, mais parle, et ne te tais point ». Le Seigneur était avec lui, et trouvait bon de tenir les portes ouvertes. Tout était entre ses mains, et il ne permettait pas que l’ennemi empêchât l’œuvre à cause des hommes malveillants. « Il ouvre et nul ne ferme » ; il veille sur l’œuvre et sur le cœur de ses ouvriers. Il est possible que les communications et les visions n’aient pas lieu aujourd’hui comme alors, mais Dieu n’a pas cessé de diriger ceux qui travaillent fidèlement en son nom, ni de se manifester à leur cœur, et il tient comme alors la clef en sa main ; il ouvre et personne ne peut fermer (Apoc. 3:7, 8). Il est doux de voir qu’en travaillant pour lui, il est avec nous, qu’il parle à nos cœurs, qu’il les dirige, et règle toutes les circonstances pour sa gloire, et selon une divine sagesse.

L’apôtre demeure une année et demie à Corinthe, enseignant la parole de Dieu. Les Juifs, poussés par la folie de leur inimitié contre Christ et l’évangile, cherchent à accuser Paul comme s’il avait commis un crime, parce qu’il prêchait l’évangile : ils l’amènent devant le tribunal du gouverneur Gallion, homme souverainement indifférent à toutes les choses religieuses, et ils accusent l’apôtre d’avoir persuadé à beaucoup de personnes d’adorer Dieu contrairement à la loi. Le proconsul les chasse de devant le tribunal (v. 12-16) : il avait raison ; son office n’était pas de maintenir la loi juive, mais l’ordre et la paix dans le pays. Les accusations des Juifs contre Paul n’étaient que la preuve de la haine sans raison et sans frein de ce pauvre peuple, qui avait rejeté la grâce de Dieu, et se nourrissait d’inimitié contre tous.

La foule prend Sosthène, chef de la synagogue, et tous le battent devant le tribunal, mais Gallion ne se met point en peine de tout cela. Pour lui, la religion juive était une misérable superstition, parce qu’elle séparait le peuple juif de tout le monde ; car le cœur humain n’aime pas la vérité qui condamne la fausseté du monde et de ses voies. Battre le chef de cette religion, ce n’était rien pour lui ; il ne se mettait point en peine de ce que la foule faisait, estimant que Sosthène ne méritait pas autre chose, et il laissait faire. L’incrédulité méprise la superstition et la supporte ; elle hait la vérité, et, si elle le peut, elle la persécute. Les pauvres Juifs réunissaient les deux caractères : la vérité de l’unité de Dieu, et la superstition dans ses ordonnances qui les séparaient de tous les Gentils. Le mépris et la persécution furent les seuls fruits de leur attaque contre l’apôtre.

L’apôtre quitte donc Corinthe avec Priscilla et Aquilas, après un travail richement béni (v. 18 et suiv.). Nous trouvons l’histoire de l’assemblée à Corinthe dans les deux épîtres qui lui furent adressées ; et nous pouvons y apprendre qu’elle est un exemple de l’influence que le monde exerce dans l’assemblée de Dieu. Celle-ci est toujours en danger de suivre le monde ; elle respire son atmosphère, ses manières de penser et de juger des circonstances qui résonnent toujours aux oreilles des chrétiens, et, hélas ! trop souvent dans leurs cœurs. Il est difficile de n’être pas plus ou moins soumis à l’influence de ce qui nous environne de tous côtés : il faut la foi, qui vit dans les choses qui ne se voient pas.

La position du peuple juif se montre d’une manière particulière dans cette histoire ; mais on y apprend aussi la relation de Paul avec ce peuple. On voit l’apôtre jusqu’à ce moment lié aux habitudes juives ; il fait un vœu et se fait raser la tête à Cenchrée. Il se sent obligé dans son cœur de célébrer la fête à Jérusalem, et il l’annonce aux Juifs à Éphèse, comme un motif pour ne pas s’arrêter alors dans leur ville. Il est vraiment Juif, et il agit comme Juif ; et l’Esprit de Dieu raconte ces faits, afin que nous comprenions dans quels liens était encore alors l’esprit de Paul. L’état d’une âme quant aux habitudes religieuses est autre chose que l’énergie de l’Esprit de Dieu dans l’affirmation de la vérité. Nous verrons l’effet de ces liens, fortement prononcé à la fin de la carrière de Paul, soit à l’égard des chrétiens à Jérusalem, soit dans la soumission de Paul aux désirs de ceux-ci.

L’apôtre ne s’arrête pas à Éphèse, où les Juifs étaient disposés à l’entendre, mais il leur exprime son espoir de les revoir. Il laisse derrière lui Priscilla et Aquilas, personnes tranquilles, mais fidèles et consacrées au Seigneur, et il part pour Jérusalem. Il salue l’assemblée, puis il se rend à Antioche, d’où il avait été envoyé par l’Esprit Saint et d’où était parti l’évangile pour les Gentils. À Jérusalem, il ne fit que saluer l’assemblée, parce que nous sommes ici sur le terrain chrétien, et non juif ; à Antioche, il demeure quelque temps. Antioche, en effet, était le point de départ de l’œuvre pour les Gentils mais cette œuvre rassemblait les chrétiens juifs et Gentils, tous ensemble en un corps, Puis, toujours consacré à son œuvre, Paul visite les pays où il avait travaillé précédemment, la Galatie, la Phrygie, fortifiant tous les disciples (v. 23). Non content de la conversion des âmes à Dieu, il n’épargne aucun soin, aucune peine pour les maintenir dans la foi, afin que ceux qui avaient cru, marchent dans les voies du Seigneur. Pour lui, vivre c’était Christ. Les Galates n’avaient pas encore abandonné alors la vérité de la justification, et n’étaient pas tombés là où nous les voyons dans la lettre que l’apôtre leur a adressée.

Enfin Paul arrive à Éphèse.

Ce qui suit se rapporte au fait que l’œuvre à Corinthe est devant nos yeux. Apollos a beaucoup travaillé dans cette ville. Plusieurs, poussés par la chair, voulaient porter son nom (1 Cor. 1:12 et 3). Ils disaient : Nous sommes « d’Apollos ». Nous voyons dans l’épître aux Corinthiens la belle confiance et la délicatesse qui se trouvaient dans ces deux fidèles serviteurs de Dieu, Paul et Apollos (1 Cor. 16:12). Pendant l’absence du premier, soit à Jérusalem, soit en Asie, Apollos arrive à Éphèse. C’était un homme fervent d’esprit, éloquent, et puissant dans les Écritures ; il était instruit dans la voie du Seigneur pour reconnaître que le Christ était venu, mais ne savait pas plus que ce qu’avait enseigné Jean Baptiste, étant rempli toutefois de zèle pour communiquer ce qu’il savait. Il se prit donc à parler avec hardiesse et ouvertement dans la synagogue, sans crainte de ce qui arriverait (v. 26).

Aquilas et Priscilla qui l’entendirent, toujours prêts à accomplir le service du Seigneur, et à exposer leur propre vie dans ce service (Rom. 16:3, 4), prirent Apollos chez eux et lui exposèrent la voie de Dieu plus exactement, lui faisant connaître un Christ mort pour nous, mais plutôt ressuscité après avoir accompli la rédemption, et puis glorifié à la droite de Dieu dans le ciel, le Sauveur du monde. Entièrement indépendant de Paul dans son œuvre et pour ce qui est de la connaissance quant à l’enseignement direct, Apollos était un instrument préparé de Dieu pour arroser ce que Paul avait planté (voir 1 Cor. 3:5-6). Comme il se disposait à aller à Corinthe, les frères d’Éphèse écrivirent aux disciples pour les engager à l’accueillir ; ce qui eut lieu, et ainsi arrivé à Corinthe, il est très utile à ceux qui avaient cru par la grâce — parce que, étant puissant dans les Écritures, il réfutait avec une grande force et publiquement les Juifs, leur démontrant par les Écritures que Jésus était le Christ (v. 27-28).

Quand Dieu agit, il a toujours des instruments propres pour l’œuvre qu’il fait dans sa grâce. Sans doute les Juifs s’opposaient à l’évangile à Corinthe, et cherchaient à détourner les disciples de la foi ; et voici un homme, qui n’avait pas été enseigné par Paul, qui ne l’avait jamais vu, et qui, puissant dans les Écritures que les Juifs acceptaient, démontre la vérité de ce que Paul avait enseigné. Apprenons à avoir confiance en Celui qui nourrit et soigne tendrement l’assemblée, comme un homme le fait pour sa propre chair ! Il ne peut manquer à son amour et à sa fidélité.

 

18               Chapitre 19

Paul travaille maintenant dans un autre centre, dans la capitale de la province d’Asie qui n’était formée alors que d’une partie du sud-ouest de l’Asie mineure, la Carie, la Lycie, etc. L’Esprit avait défendu précédemment à Paul d’annoncer la Parole en Asie, et il l’avait envoyé en Macédoine ; maintenant qu’il séjournait dans la capitale, toute la province entendit la parole de Dieu. Il est toujours bon de s’attendre à Dieu et de suivre ses directions ; son œuvre se fait alors bien mieux, et avec une certitude que les pensées de l’homme ne peuvent nous donner.

Ayant donc traversé la partie supérieure de l’Asie mineure, Paul arrive à Éphèse. Il demeure près de trois ans dans cette ville importante, et la puissance de son ministère s’y montre d’une manière remarquable, comme nous l’apprend le chapitre que nous avons devant nous. Nous ne savons pas comment Apollos a été amené pleinement dans la position chrétienne. Il fut certainement baptisé, et il reçut le Saint Esprit ; mais il ne nous en est rien dit ; seulement ce fut par le moyen d’Aquilas et de Priscilla, par la Parole, qu’il fut instruit dans la voie du Seigneur. Il était indépendant de Paul, et il devait l’être.

Ce chapitre 19 nous présente clairement la puissance apostolique et la différence qu’il y avait entre l’état des disciples de Jean-Baptiste et les chrétiens. L’apôtre s’aperçoit à l’état des disciples qu’il trouve à Éphèse, que quelque chose en eux ne répondait pas à la présence du Saint Esprit qui constitue le caractère distinctif essentiel des chrétiens. Ces disciples croyaient que le Messie était venu, et que Jésus était ce Messie ; mais ils ne l’avaient pas suivi sur la terre ; ils étaient restés avec Jean ; ils n’avaient pas reçu l’Esprit. Jean avait dit que Christ baptiserait de l’Esprit ; et ces quelques disciples ne savaient pas que cet Esprit fût déjà venu, selon la promesse de Dieu et la parole de Jean. Il ne faut pas lire au verset 2 : « S’il y a un Saint Esprit » ; car tous les Juifs savaient bien qu’il y en avait un ; mais ils ne savaient pas si le Saint Esprit, duquel Jean avait parlé, était venu. Les paroles sont les mêmes que celles qui se trouvent en Jean 7:39. Quiconque devenait chrétien par le baptême, recevait l’Esprit. C’était le sceau de la foi.

Paul fait comprendre à ces disciples que Jean enseignait la foi en un Christ à venir, mais maintenant il était venu, et de plus il avait été élevé à la droite de Dieu. Alors ils furent baptisés au nom du Sauveur. Paul leur impose les mains et ils reçoivent le Saint Esprit, qui rend témoignage de sa présence par les dons communiqués à ces disciples : c’est un témoignage très clair rendu à la puissance apostolique de Paul (voir encore Actes 8:14-17). Le Saint Esprit a été donné sans l’imposition des mains, comme il est venu sur les cent-vingt, le jour de la Pentecôte ; puis sur Corneille, et généralement sur les autres. Mais, parmi les hommes, les apôtres seuls avaient le pouvoir de conférer le Saint Esprit, comme les miracles aussi opérés par les vêtements de Paul et par l’ombre de Pierre (Actes 5:15), montrent la puissance qui leur était accordée par Dieu : Dieu voulait rendre témoignage à la parole de sa grâce (Comp. Actes 14:3). Cette vérité apparaît d’une manière encore plus frappante, lorsque quelques-uns, qui prétendaient chasser les démons, voulurent employer le nom de Jésus : la réalité du pouvoir du Seigneur sur celle du démon fut démontrée de la manière la plus claire. Quelques Juifs, en effet, cherchaient à profiter de la puissance du nom de Jésus prêché par Paul, mais sans avoir la foi à sa personne. Mais le démon savait bien à qui il avait à faire ; il connaissait bien Jésus, auquel il n’osait pas résister ; et il savait bien aussi que Paul était son ministre. Cependant telle était la prétention de ces hommes incrédules, qu’ils voulurent exercer l’autorité sur la puissance du démon ! L’homme possédé du démon se leva et s’élança sur eux, de sorte qu’ils s’enfuirent nus et blessés (v. 16).

Ce témoignage rendu à la vérité de la mission de Paul, à la puissance par laquelle il agissait, et à la guerre qui, dans l’homme, se poursuit entre la grâce et le démon, ce n’était pas, et ce n’est pas encore le temps dans lequel le Seigneur manifestera sa puissance et ses droits, en liant l’ennemi. Il veut que la guerre se fasse par la foi de l’homme et par la puissance de l’Esprit qui habite dans le croyant. Mais on voit clairement ici quelle est cette guerre, et quelle est la différence totale entre la possession de la vérité et la possession de l’Esprit, entre la connaissance de certaines vérités traditionnelles, et l’invocation du nom de Jésus sans qu’il y ait la foi dans le cœur. On ne peut surmonter le démon par le nom de Jésus, quand la vraie foi en ce Jésus ne se trouve pas dans le cœur.

Mais le monde apprenant ce qui était arrivé est saisi de crainte ; et cela ne doit pas nous étonner ; tous se sentaient si près de la puissance de Dieu et de celle de Satan, ouvertement manifestées. L’ennemi n’est pas moins dangereux quand il opère secrètement. Une seule parole de Jésus avait chassé une légion de démons, pour qu’ils n’entrassent plus dans l’homme qu’il avait délivré ; mais l’influence tranquille de Satan pousse les Gergéséniens à demander que Jésus s’en aille de leur pays, et il part. La présence de Dieu, quand on s’en approche, effraie plus le cœur que celle de Satan. Tel est l’état des pauvres pécheurs. Mais Satan refoulé est plus à craindre que Satan quand il vient comme un lion cherchant à dévorer. Il est dit : « Résistez au diable et il s’enfuira de vous » mais il faut toutes les armes de Dieu pour être délivré de ses tromperies.

Nous voyons la puissance de l’Esprit de Dieu en Paul de trois manières. Premièrement, l’Esprit est communiqué par l’imposition de ses mains. En second lieu, les miracles les plus merveilleux sont opérés par lui. Et enfin, les démons mêmes sont forcés de reconnaître la puissance de sa parole, de son autorité, quand il se sert du nom de Jésus ; et ils font la différence entre lui et ceux qui, sous de faux prétextes, se servaient de ce nom.

Tous ceux qui demeuraient à Éphèse, Grecs et Juifs, apprirent ces choses, et ils furent remplis de crainte. De plus, les consciences des croyants en furent atteintes, et ils viennent et confessent leurs actions ; même ils apportèrent les livres des arts curieux, par lesquels Éphèse était célèbre, et ils en brûlèrent pour la valeur de cinquante mille pièces d’argent. Quand Dieu se révèle avec puissance, le cœur s’ouvre devant lui, et fait une confession sincère de tout ce que la conscience connaît, et il le fait ouvertement et à la gloire de Dieu. C’est là un effet spécial de la manifestation de la puissance de Dieu. L’homme ne pense plus à lui-même, à sa honte : il est vaincu par la présence de Dieu.

Mais il faut que nous retournions un peu en arrière pour examiner la marche de l’œuvre propre de l’apôtre. Pendant trois mois il discourt dans la synagogue. Il semble que les Juifs n’étaient pas aussi mal disposés à Éphèse qu’ils l’étaient dans d’autres villes, par exemple à Thessalonique, et ailleurs. Ils avaient désiré que l’apôtre restât quelque temps auprès d’eux, quand il s’en était allé à Jérusalem. Cependant le plus grand nombre ne supporta pas longtemps la prédication de l’évangile. Beaucoup étaient endurcis et ne croyaient pas, disant du mal de la vérité et de la profession chrétienne devant la multitude. Alors Paul les quitte ; il sépare les disciples, et continue à prêcher et à discourir sur l’évangile, chaque jour, dans l’école d’un certain homme nommé Tyrannus. Pendant deux ans il s’occupe ainsi, de manière que tous ceux qui habitaient l’Asie, Grecs et Juifs, entendirent la parole du Seigneur Jésus (v. 8-10).

Ainsi l’assemblée chrétienne s’est formée en dehors de la synagogue, les Juifs, contredisant et s’opposant, comme toujours. Leurs tentatives de vouloir se servir du nom de Jésus sans la foi, a tourné à leur honte. La bonté de Dieu les a cherchés, mais leur inimitié contre le nom de Jésus et contre la grâce qui blessait leur orgueil, il ne la pardonne jamais. Dieu transporte alors la bénédiction ailleurs ; et quand les chrétiens, comme Paul fait ici, furent séparés des Juifs, et l’assemblée chrétienne établie à part, la puissance extraordinaire de l’Esprit est manifestée en Paul, témoignage rendu par Dieu à son œuvre et à son assemblée naissante. L’assemblée a été formée ainsi par la puissance divine : Dieu a mis un frein à l’inimitié de l’homme et a confondu l’adversaire pendant deux années, afin que le témoignage de Christ fût pleinement établi dans cette capitale de l’Asie, et fût porté dans tout le pays d’alentour. Tout s’est fait sous la direction de Dieu. Auparavant il n’avait pas été permis à Paul de venir à Éphèse, mais sous la bonne main de Dieu il a pu y travailler maintenant sans empêchement. Il passe deux ou trois semaines à Thessalonique et deux ou trois ans à Éphèse : l’œuvre de Dieu, se fait dans ces deux villes selon sa volonté. Puis lorsque, pour cette fois, l’œuvre de Dieu est finie, au moins en ce qui concerne Paul, alors il se propose de partir (v. 21).

L’ennemi, laissé libre et excité par l’effet immense de la parole de Dieu, soulève un grand tumulte contre Paul et l’évangile (v. 23). Mais c’est en vain qu’on lutte contre Dieu ; la fureur se répand en cris et en tapage. Le vrai caractère de l’opposition, quand Dieu lui permet de se montrer, se manifeste. Le diable agit sur les passions et sur les intérêts égoïstes : des motifs honteux s’élèvent contre l’amour, la grâce, et le salut que Dieu envoie aux hommes perdus. Dieu en soit loué, il était trop tard. C’était l’efficace de sa grâce délivrant du culte des faux dieux, c’est-à-dire des démons, les esclaves d’une superstition diabolique, qui réveillait toute cette fureur. Nous avons vu que, jusqu’à ce que l’œuvre fût terminée, Dieu avait bridé l’ennemi. Démétrius qui faisait un grand profit en fabriquant de petits temples de Diane en argent (parce que cette déesse était célèbre dans le monde païen tout entier, et que son temple était une des sept merveilles du monde) (v. 27), réunit les ouvriers pour s’opposer à la vérité qui détruisait leur métier (v. 25, 26), vérité qui prouvait que les dieux faits de mains d’hommes ne sont pas des dieux. Combien sont profondes les ténèbres dans lesquelles se jette l’homme sans Dieu, par le besoin même d’un Dieu !

Ainsi non seulement le gain des ouvriers était en péril, mais toute l’importance de leur déesse et de leur ville serait détruite ! Ils ne disent pas : « Grande est Diane », mais : « Grande est la Diane des Éphésiens ». La connaissance du vrai Dieu se fait sentir à notre néant, et juge l’état du cœur ; mais il y a une alliance entre une fausse religion et les passions du cœur. Ces passions sont grandes selon la grandeur de notre religion, et de ce que nous adorons. Si la Diane des Éphésiens était grande, les Éphésiens prenaient de l’importance selon son importance ; — mépriser Diane, c’était amoindrir la grandeur de ses adorateurs. Le gain et l’importance étaient deux choses qui allaient avec la déesse : telle a été la source des passions soulevées par quelques paroles habiles de Démétrius ! Telle est la religion du cœur naturel qui a toujours besoin d’un dieu. C’est une religion fausse qui n’agit pas sur la conscience si ce n’est peut-être pour produire la crainte, si ce Dieu est contre nous, mais elle nourrit les passions humaines, et fait alliance avec la malice du cœur contre la vérité.

La foule en fureur se soulève et se précipite tumultueusement au théâtre. Les frères retiennent Saul qui, dans son zèle, voulait y entrer, et quelques Asiarques, chefs des fêtes publiques de l’Asie, amis de Paul, l’avertissent de ne pas s’y présenter, car la violence et le tumulte y régnaient. Dieu a soin de son serviteur, il n’y avait rien à faire là pour lui. Alors la foule s’empare de deux frères, compagnons de Paul. Les pauvres Juifs se montrent encore sans intelligence et, marchant dans les ténèbres de leurs propres erreurs, ils poussent en avant un Juif pour justifier la doctrine de l’unité de Dieu. Mais celui-ci ne fait qu’exciter la colère du peuple, qui crie pendant près de deux heures : « Grande est la Diane des Éphésiens ! » Sans Dieu on ne s’oppose pas d’une manière efficace à la puissance du démon, encore qu’on maintienne la vérité. Ni l’unité de Dieu, ni le nom de Jésus, associé à celui de Paul qui l’annonçait (certainement le vrai Jésus) n’avaient aucune force sans la foi et la vérité dans le cœur. Les pauvres Juifs avaient rejeté le Sauveur, et la force leur manquait entièrement, comme à Samson dépouillé des cheveux de son nazaréat, sans qu’ils s’en aperçussent. Ils croyaient pouvoir présenter avec de bonnes paroles, l’unité de Dieu, maintenant qu’ils étaient ennemis de la nouvelle doctrine. Mais ennemis de la grâce de Dieu, et méprisés par les hommes, ils n’ont rien fait qu’exciter la foule à pousser plus longtemps le cri insensé et passionné de : « Grande est la Diane des Éphésiens ».

Le secrétaire de la ville, ayant apaisé la multitude, leur fait comprendre que l’autorité pouvait les accuser de sédition, et que ces hommes qu’ils avaient saisis et amenés au théâtre (Gaïus et Aristarque) n’avaient fait aucun mal. Puis il congédie l’assemblée tumultueuse et irrégulière qui n’avait fait autre chose que montrer ce qu’est l’homme sous la puissance de Satan, et mû par son propre égoïsme.

En résumé, nous possédons dans ce chapitre un fait qui nous est présenté d’une manière remarquable, savoir le conflit entre l’Esprit de Dieu opérant dans les serviteurs de Jésus, et la force du démon, celui-ci tenu en respect par Dieu pendant tout le temps que Son œuvre se faisait ; puis la triste position des Juifs, toute leur force morale leur étant ôtée, opposés qu’ils étaient à l’évangile. L’assemblée de Dieu étant formée hors de leurs limites, ils n’étaient plus le peuple de Dieu. Ils cherchaient bien à se servir du nom du Seigneur, mais c’était à leur propre confusion ; ils parlaient aussi de l’unité de Dieu qu’ils croyaient, mais ce ne fut que pour faire crier plus fort que jamais : « Grande est la Diane des Éphésiens ! » Jusqu’à ce que le Seigneur vienne, cette lutte continuera ; et si les miracles ont cessé, le soin pour ses serviteurs ne s’affaiblit pas dans le cœur de Jésus : Jésus agit aussi réellement que jamais, et le gouvernement de Dieu dirige toutes choses pour le bien de son œuvre. Il peut permettre que la rage de Satan l’emporte, mais il n’oublie jamais les siens. Il peut permettre qu’on chasse les apôtres à Thessalonique et à Bérée, puis il tient en respect l’ennemi à Corinthe et à Éphèse ; mais il veille toujours sur ses serviteurs ; il tient la porte ouverte où il veut, et il la ferme là où il trouve bon de le faire. Nous pouvons compter sur Lui ! Laissons-nous seulement diriger par celui « qui ouvre et nul ne fermera, et qui ferme et nul n’ouvrira ». Quand nous avons « peu de force », il place devant nous une porte ouverte.

 

19               Chapitre 20

Il semble d’après 2 Cor. 1 et 4, que la persécution fut plus violente et dura plus longtemps que les événements qui sont racontés dans le chapitre 19 des Actes. Mais quoiqu’il en soit, ce qui est arrivé de plus ne nous est pas relaté ; car après l’assemblée tumultueuse au théâtre, Paul réunit les disciples, les embrasse, et part pour la Macédoine. En passant par ces contrées il fortifie les frères, et se rend en Grèce, où il reste trois mois. Il pensait aller de Grèce en Syrie, mais les pauvres Juifs, toujours envieux, ennemis de l’évangile, et de celui qui le prêchait hors de la Judée, Christ étant rejeté, et leur espérance s’étant évanouie, — dressèrent des embûches à l’apôtre. La vérité qu’ils avaient eue était toujours la vérité, mais elle était sans puissance chez eux, maintenant que le Fils de Dieu était venu et que le Père et son amour avaient été manifestés en lui, — révélation qui est la vie éternelle et la rédemption par la justice divine. Ils ne pouvaient supporter la pensée d’être mis de côté à cause de la vérité qu’ils ne voulaient pas recevoir ; c’est pourquoi ils dressent des embûches contre Paul, qui les connaissant, s’en retourna par la Macédoine.

Remarquons dans cette courte histoire sans accidents, que quand Paul a établi l’évangile dans un pays, il n’abandonne pas les croyants en le quittant, mais il y revient avec un affectueux empressement, instruisant les disciples, les consolant, les édifiant, veillant sur les plantes qu’il a plantées par son ministère, afin qu’elles soient gardées, et qu’elles croissent dans la connaissance de Christ. Il ne néglige pas le jardin du Seigneur, sachant bien que l’ivraie peut germer, là où croit la semence du Seigneur, et que l’ennemi peut gâter la récolte si elle n’est pas bien gardée. Il est plus que jamais nécessaire de prendre ces soins maintenant, parce que nous sommes dans les temps périlleux des derniers jours. Je sais bien que l’ennemi ne peut ravir les brebis des mains du bon Berger, mais il peut bien les ravir et les disperser ; elles peuvent être exposées aux effets de toutes sortes de mauvaises doctrines, par lesquelles leur accroissement est empêché et la gloire du Seigneur foulée aux pieds, son témoignage détruit, et le chandelier ôté. Que les ouvriers du Seigneur s’en souviennent.

Paul s’en retourne donc par la Macédoine (v. 3). Cela n’est pas important ; mais au verset 4, il faut lire : « Gaïus et Timothée de Derbe ». On voit que beaucoup de frères se sont attachés à Paul dans son œuvre ; ceux du verset 4 d’abord, qui sont allés en avant, et puis Paul a encore des compagnons parmi lesquels se trouvait Luc, l’auteur du livre des Actes, qui l’accompagnent dans son voyage par mer en Troade où les autres l’attendaient. Il est intéressant de voir ces mouvements des cœurs, poussés par l’évangile que prêchait Paul. Ils étaient tous libres ; quelques-uns travaillaient à part, comme Apollos ; les autres comme compagnons de cette grande figure centrale (grande par sa foi en Christ et parce que l’apôtre avait été envoyé immédiatement par Lui, par la voix du Saint Esprit), occupés et envoyés par lui pour continuer et achever l’œuvre, quand il croyait inutile de se trouver lui-même sur les lieux, devant aller ailleurs, et quand l’occasion de les envoyer se présentait.

Partis de Philippes, Paul et ses compagnons rejoignirent, au bout de cinq jours, les frères qui les attendaient en Troade, où ils demeurèrent ensemble sept jours.

Il s’était formé des assemblées de tous côtés, et une porte avait été ouverte ici, en Troade, à Paul, après qu’il eut traversé la Phrygie et le pays de Galatie et la Mysie ; mais il ne put s’y arrêter longtemps étant inquiet au sujet des Corinthiens, n’ayant pas trouvé Tite qu’il leur avait envoyé (voir 16:8-10 ; 2 Cor. 2:12-13). C’est dans cette même Troade aussi que Luc, qui a écrit les Actes, s’est joint à Paul pour l’accompagner la première fois qu’il est entré en Macédoine. Nous ne savons pas comment s’est formée l’assemblée que Paul trouve maintenant en Troade, mais il y en avait une, et nous pouvons voir un peu l’intérieur de l’assemblée ; non la discipline ou les dons, comme dans la première épître aux Corinthiens, mais l’assemblée dans sa marche ordinaire.

Le premier jour de la semaine, les disciples étaient réunis pour rompre le pain (v. 7 et suiv.). Ils en avaient évidemment l’habitude. C’était le premier jour de la semaine et les disciples étaient réunis ensemble, selon la coutume, pour rompre le pain : la fraction du pain était le principal objet de la réunion, le centre de leur culte. On faisait certainement encore autre chose, on parlait, on enseignait, comme Paul l’a fait, on chantait, mais on était réuni pour rompre le pain. Ce que nous voyons ici en Troade est conforme à ce que nous lisons dans 1 Cor. 11:20, où l’apôtre dit que les Corinthiens n’étaient pas réellement réunis pour la cène du Seigneur, puisque « chacun mangeait par avance son propre souper », ne pensant pas aux autres, mais mangeant et buvant pour satisfaire leur propre convoitise. Cela montre clairement que l’objet de la réunion était la cène du Seigneur. Au commencement, les disciples rompaient le pain chaque jour (Actes 2:42-46). Quand les assemblées furent formées partout, et que le zèle se fut affaibli, on se réunit seulement le premier jour de la semaine, le jour de la résurrection du Seigneur. Ce n’était pas une loi, mais Luc en parle comme d’un usage bien connu parmi tous les chrétiens. Il semble que Paul ait attendu ce jour pour parler aux disciples, probablement parce que c’était le jour où ils se rassemblaient ; cependant cela n’est pas certain. Quoiqu’il en soit, Paul profita de l’occasion pour leur faire, avant de partir, un discours qu’il prolongea jusqu’à minuit. Ils se réunissaient, à ce qu’il semble, le soir.

Le discours fut long, et on n’avait pas encore rompu le pain ; il faisait très chaud, et il y avait beaucoup de flambeaux ; cela joint à la faiblesse humaine, fit qu’un certain Eutyche accablé d’un profond sommeil, pendant que Paul prêchait très longuement, tomba du troisième étage en bas, et fut relevé mort. Paul, naturellement, interrompt son discours ; il descend, se penche sur le jeune homme et déclare que son âme est en lui. La séparation de l’âme et du corps n’avait pas encore eu lieu, sa chute l’avait rendu insensible, et si la puissance de Dieu n’était pas intervenue, il serait resté dans les liens de la mort. Toutefois son âme n’était pas encore hors du corps ; et, par l’Esprit, Paul agit dans son corps de manière à ce que les fonctions de la vie soient renouvelées ; le lien entre l’âme et le corps est rétabli. Dans le cas de l’enfant auquel la vie fut rendue par Élie (1 Rois 17:21-22), l’âme était déjà sortie, et elle revient dans l’enfant. On voit, par ces exemples, comme par tous les autres, que l’âme est entièrement distincte du corps ; et bien que, dans notre état présent, elle agisse par le moyen du corps, l’âme se trouve dans le corps, dans sa demeure ; on voit que la vie dans ce monde est l’activité de l’âme par le moyen des fonctions du corps, l’activité de celui-ci étant restaurée par le sommeil, parce que nous sommes faibles ; on apprend aussi que, quand l’âme quitte le corps, l’homme est définitivement mort, mais que l’action de l’âme dans les fonctions du corps, peut être interrompue, comme cela a lieu partiellement dans le sommeil ; et cette action être rétablie, si l’âme n’a pas abandonné le corps, si Dieu le fait et le permet.

Dans sa partie la plus élevée (l’esprit) l’âme est en relation avec Dieu, hélas ! en inimitié avec lui ; elle ne le veut pas, et elle ne se soumet pas à lui. Par la partie inférieure elle opère dans le corps ; merveilleuse créature ! En relation avec Dieu en haut, avec l’animal en bas, — un mélange de pensées qui cherchent à s’élever jusqu’à Dieu, sans qu’elles le puissent, et de pensées animales, et cela dans un être responsable envers Dieu, selon la nature qu’il a reçue de lui originairement. Quand il est né de Dieu, l’homme reçoit une vie entièrement nouvelle, dans laquelle il est en relation avec Dieu, selon la grâce et la rédemption, une vie mue par l’Esprit qu’elle reçoit d’en haut, et qui fait du corps un instrument pour le service de Dieu. Nous possédons cette vie, et nous savons que, si notre habitation passagère de cette tente est détruite, nous avons un édifice de la part de Dieu, une maison qui n’est pas faite de main, éternelle, dans les cieux. Je dis cela à l’occasion d’Eutyche, parce que de nos jours, plusieurs ont perdu la simplicité de la vérité quant à ce qui regarde l’âme.

L’incident terminé, Paul remonte, et ayant rompu le pain, il parle encore jusqu’à l’aube, ayant grandement à cœur les âmes qu’il voyait peut-être pour la dernière fois. Puis il part, laissant Eutyche vivant à la grande joie des frères.

Paul envoie ses compagnons en avant sur un navire, et il s’en va lui-même à pied, désirant se trouver seul. C’est souvent une chose sage pour nous que de faire ainsi, de nous trouver seul quant aux hommes, mais seul avec Dieu, là où nous pouvons penser à lui, à nous-mêmes devant lui, à l’œuvre, comme lui la voit, et où la responsabilité est sentie dans sa présence au lieu de l’activité devant les hommes. Sans doute, cette activité devrait se développer dans sa présence, afin d’être sainte ; mais toutefois l’activité de l’homme est autre chose que de se placer devant Dieu, tel qu’il est pour nous. Il n’est pas moins vrai que cette communion avec Dieu, comme son serviteur, pour celui qui a ce privilège, donne et fortifie une confiance bénie en lui, dans l’intimité de l’âme avec lui qui est plein de bonté et de grâce.

Paul, ayant été rejoint par ses compagnons à Assos, comme il l’avait ordonné, ils font voile de là tous ensemble et vont à Mitylène, à Chios, et finalement à Milet à mi-chemin d’Éphèse, Paul étant décidé à ne pas s’arrêter, désirant, s’il était possible, être le jour de la Pentecôte à Jérusalem. S’il s’était arrêté à Éphèse, il aurait dû y rester quelque temps, puisqu’il y avait travaillé si longtemps et avec une si grande bénédiction. Il passe donc outre, et envoie de Milet à Éphèse pour faire venir les anciens de l’assemblée, qui était le centre de l’œuvre de ce pays. On voit évidemment que l’esprit de l’apôtre était préoccupé des circonstances dans lesquelles il se trouvait, et de la fin probable de sa carrière. Ces pensées, sans doute, avaient exercé une influence sur lui, quand il a voulu aller seul à pied jusqu’à Assos ; et elles ont été aussi l’occasion de son long discours à Troas.

Ce n’est pas seulement l’imagination qui suggère cette idée ; l’apôtre lui-même, à la fin de l’épître aux Romains, écrite quand il est sur le point de quitter Corinthe (Rom. 15:31-32), exprime sa crainte qu’il ne fût l’objet de la haine des incrédules en Judée ; il veut que les Romains prient pour qu’il soit délivré des mains de ces hommes, espérant ainsi aller vers eux avec joie et pouvoir poursuivre son voyage jusqu’en Espagne. Nous savons qu’il a été arrêté en Palestine, et qu’après avoir passé deux ans en prison à Césarée, il a été envoyé comme prisonnier à Rome, où il demeura également pendant deux ans, et où se termine son histoire, selon l’Écriture. Il est possible qu’il ait été rendu à la liberté ; et je le crois, d’après ce que nous voyons dans les épîtres aux Philippiens et à Philémon (Phil. 1:25, 26 ; Philémon 22). D’après la seconde épître à Timothée aussi, il semblerait qu’il a été délivré de sa captivité et puis repris en Asie. Mais, quant à l’histoire biblique des travaux de l’apôtre, tout est terminé à la fin des Actes, lorsqu’il se trouve prisonnier à Rome. Quant aux pensées de Dieu, telles qu’elles nous sont communiquées dans les Écritures, il est évident que la fin de l’œuvre de l’apôtre était venue ; et il l’a senti : il n’est plus question de l’Espagne, ni de voyage au delà de Rome, mais le Saint Esprit parle de liens et de tribulations, et les pensées de Paul se dirigeaient vers son départ de ce monde.

Les anciens étant venus d’Éphèse et s’étant rendus près de lui (v. 17 et suiv.), Paul parle de son ministère comme d’une chose accomplie. Il avait dit aux Romains, peu de temps auparavant, qu’il n’avait plus de sujet qui l’arrêtât dans ce pays, que son ministère y était accompli (Rom. 15:23). Il repasse maintenant, devant les anciens d’Éphèse, son œuvre en Asie et dans les contrées de l’Asie Mineure ; il nous présente le caractère de cette œuvre et l’effet de son départ : — tout cela rend ce discours très important.

Paul avait servi le Seigneur, dans les larmes et dans les épreuves qui lui étaient arrivées par les embûches des Juifs, dont l’opposition était continuelle et sans conscience. Cela ne l’avait pas empêché de prêcher et d’enseigner en public et dans les maisons tout ce qui pouvait être utile, — la repentance envers Dieu, et la foi en Jésus Christ, vrai état d’une âme amenée à Dieu. Il n’est pas parlé de l’ordre dans lequel ces deux choses se produisent dans le cœur, bien qu’il y ait quelque chose de pratique dans cet ordre, mais du vrai caractère de la repentance et de la foi. La repentance devait être annoncée au nom du Seigneur Jésus (Luc 24:47), c’est-à-dire de manière a ce que le nom du Seigneur Jésus fût reconnu afin que les hommes se repentissent. La repentance était fondée sur le terrain de la grâce et de la vérité qui sont venus en Lui ; mais la vraie repentance se réalise dans la présence de Dieu et elle n’est pas seulement la douleur ou la honte d’avoir mal fait, ni non plus seulement l’œuvre de la conscience naturelle.

L’âme réveillée par la grâce se trouve avec les yeux ouverts dans la présence de Dieu : tout est jugé selon cette présence révélée à l’âme ; toutes choses sont jugées comme elles apparaissent aux yeux de Dieu. La parole de Dieu est l’œil de Dieu dans la conscience ; — et nous sentons que Dieu a tout vu, et les choses nous apparaissent comme elles sont devant Lui. Nous ne nous excusons pas, nous ne désirons pas nous excuser. L’effet est la confession à Dieu d’une conscience qui se trouve dans sa présence (Héb. 4:12, 13), pendant que le cœur renouvelé désire la sainteté, et que l’âme sent sa responsabilité pour tout ce que nous avons fait. Nous justifions Dieu quant à notre condamnation (Luc 7:29), bien qu’il y ait toujours dans ces cas une certaine confiance dans sa bonté, — non la paix, mais la confiance ; parce que Celui qui est devenu lumière pour l’âme est aussi amour, puisqu’il est les deux choses. Quand il se révèle comme lumière pour nous montrer nos péchés, il le fait dans l’amour en Jésus ; et Lui est l’amour. Il ne peut se révéler sans être et lumière et amour pour l’âme, puisqu’il est l’un et l’autre dans sa nature.

Voyez l’histoire de la pécheresse dans Luc 7. La lumière et l’amour de Dieu pénètrent dans son âme ; elle ne savait pas encore ce que c’était que d’être pardonnée, mais son cœur avait confiance en Jésus ; et en même temps sa conscience était profondément convaincue de péché. Voyez aussi le cas de Pierre, dans Luc 5:8 ; celui du fils prodigue, Luc 15:17-19, et celui du brigand sur la croix, Luc 24. Ainsi la repentance est l’effet de la révélation de Dieu à l’âme, qui alors voit son état. Jusqu’à un certain point, l’âme connaît Dieu comme lumière qui manifeste tout (« venez, voyez un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ») ; mais, comme amour, le Seigneur inspirait la confiance, bien que la rémission des péchés ne fût pas encore connue. Cette rémission, l’âme la découvre par la foi dans le Christ Jésus ; elle apprend que non seulement Jésus est le Christ, mais que par lui les péchés sont pardonnés, puisqu’il est mort pour nos péchés ; et si nous recevons la parole de Dieu, nous savons que, pour nous qui croyons en lui, il a porté tous nos péchés en son corps sur le bois. Après avoir fait par lui-même la purification de nos péchés, il s’est assis à la droite de la majesté de Dieu dans le ciel ; parce que, par une seule offrande, il a rendu parfaits pour toujours et sans distinction ceux qui sont sanctifiés par cette offrande.

Mais, bien que la foi en l’œuvre de Christ soit nécessaire pour posséder la paix, la personne du Sauveur reste toujours l’objet de l’affection du cœur, — un Christ qui nous a aimés, qui s’est donné pour nous, un Christ maintenant glorifié à la droite de Dieu, après qu’il a porté nos péchés et qu’il s’est soumis à la mort et à la malédiction pour nous, vivant toujours pour nous maintenant, et qui reviendra lui-même pour nous chercher et nous rendre parfaitement semblables à lui, dans la gloire. Nous croyons en Lui, et non seulement à l’efficacité de sa mort. Il est notre justice devant Dieu, fait tel par Dieu lui-même ; et nous sommes acceptés dans le Bien-aimé, et Jean 17 nous dit que nous sommes aimés par le Père, comme le Fils a été aimé. Si le vrai repentir est dans la présence de Dieu, et regarde à Dieu, la confiance et la paix viennent par le moyen de la foi au Seigneur Jésus Christ. Il a fait la paix par son sang.

Tel était le témoignage de Paul, la vérité de la conscience, la paix, et la connaissance de Dieu par Jésus son Fils, venu en amour, retourné dans le ciel comme homme, après avoir accompli l’œuvre que son Père lui avait donnée à faire. Telle était la grandeur de la vérité et de la révélation, — et bien semblable aussi l’apôtre dans l’accomplissement de son ministère ! Mais ce ministère était près de sa fin. Sans que Paul sût ce qui devait lui arriver, l’Esprit témoignait de ville en ville que des liens et des tribulations l’attendaient ; et l’apôtre avertit les saints qui l’entouraient qu’ils ne reverraient plus son visage. Il en prend occasion de parler de l’effet de son départ. Les brebis de Jésus sont en sûreté dans Ses mains ; il leur a donné la vie éternelle ; elles ne périront pas ; nul ne les ravira de sa main. Mais il a aussi établi un temple, une maison ici-bas, de laquelle l’apôtre, par la grâce, était fondateur, selon la volonté de Dieu, comme un sage architecte (1 Cor. 3:10) ; et, selon une autre image, il a posé un chandelier sur la terre pour éclairer tout autour de lui, et il peut enlever le chandelier.

Il y aura une maison éternelle de Dieu, édifiée par lui-même et par sa puissance souveraine. Christ édifie cette maison, les pierres en sont vivantes, et viennent par la grâce se placer sur cette pierre vivante, qui est Christ lui-même, le Fils du Dieu vivant, et l’édifice croit pour être un temple saint au Seigneur (Matthieu 16:18 ; 1 Pierre 2:4-5 ; Éph. 2:11). Contre cette œuvre du Seigneur, — œuvre accomplie par la grâce dans le cœur, — les portes de l’enfer ne pourront prévaloir, puisqu’elle est le fruit de la puissance du Seigneur Jésus agissant en grâce. Ce temple n’est pas encore entièrement édifié ; il croit. Les âmes y sont introduites par la grâce, et Dieu seul connaît le moment où cette œuvre de la grâce qui forme l’Assemblée, le corps de Christ, sera complète (voir 2 Pierre 3:9).

Mais Dieu a voulu former une Assemblée sur la terre. L’œuvre de Jésus, de laquelle nous avons parlé, se fait ici-bas ; mais outre cela, comme nous l’avons vu, par le ministère de Paul, Dieu a formé une Assemblée, un temple sur la terre, confiant l’édification de ce temple aux mains des hommes, et à leur responsabilité (voir 1 Cor. 3). Cette Assemblée est maintenant l’habitation de Dieu par l’Esprit, Juifs et Gentils étant édifiés ensemble ; elle est fondée selon la volonté de Dieu, mais confiée à la responsabilité de l’homme. « Que chacun considère », dit l’apôtre, « comment il édifie dessus ». « Car personne ne peut poser d’autre fondement que celui qui est posé, lequel est Jésus Christ. Or si quelqu’un édifie sur ce fondement de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume, l’ouvrage de chacun sera manifeste, car le jour le fera connaître ».

Nous trouvons ici trois sortes d’ouvriers — premièrement un vrai chrétien et bon ouvrier, comme Paul ; en second lieu, un vrai chrétien et mauvais ouvrier, sauvé, mais dont l’œuvre sera brûlée ; et enfin, un homme qui cherche à corrompre le temple de Dieu, et à le détruire. L’œuvre de ce dernier périra, et lui avec elle. Tels sont les hérésiarques, ceux qui, poussés par l’ennemi, veulent corrompre la foi.

Il y avait ainsi des ouvriers de trois sortes aux jours de Paul ; mais pendant tout le temps que l’apôtre est resté ici-bas, l’énergie spirituelle qui se trouvait en lui résista au mal et sut le vaincre, comme nous voyons pour l’immoralité qui se trouvait au milieu des Corinthiens, et pour l’oubli de la doctrine de la grâce qui s’introduisait chez les Galates ; mais avec le départ de l’apôtre, cette énergie disparaît. Il avait déjà dit (Phil. 2:21) que tous cherchaient leurs propres intérêts et non ceux de Jésus Christ, et qu’il ne trouvait aucune âme comme celle de Timothée, animée d’un même sentiment avec lui pour avoir une sincère sollicitude à l’égard de ce qui concernait les chrétiens.

Paul donc dit aux anciens, qu’après son départ il entrerait des loups parmi eux, et que, du milieu des fidèles mêmes, il s’élèverait des hommes pervers pour attirer les disciples après eux (v. 29-30). Et toujours, jusqu’au temps où Satan sera lié quand le Seigneur viendra pour le faire, il y aura des combats. Depuis le commencement du monde, la première chose que l’homme a toujours faite, c’est de gâter ce que Dieu a établi de bon : d’abord l’homme lui-même ; puis dans le monde, après le déluge, Noé s’est enivré et son autorité a été perdue. Ensuite Israël a fait le veau d’or, avant que Moïse descendit de la montagne ; Nadab et Abihu ont offert un feu étranger le premier jour après leur consécration, et à cause de cela Aaron n’a jamais pu entrer avec ses vêtements sacerdotaux de gloire dans le sanctuaire intérieur. Salomon aima les femmes étrangères ; son royaume a été divisé. Ainsi aussi l’Assemblée étant établie sur la terre, le mal, bientôt après le départ de l’apôtre, a pris le dessus ; et de cela Paul avertit les anciens d’Éphèse.

Où étaient les autres apôtres ? À Jérusalem ; et Pierre, apôtre de la circoncision, se sépare de l’assemblée qui est dispersée à la destruction de Jérusalem. Les principaux apôtres abandonnent à Paul la prédication de l’évangile chez les Gentils (voir Gal. 2). Le Seigneur lui-même l’avait appelé à cette œuvre et le Saint Esprit l’avait expressément désigné pour cela à Antioche. Il ne confie donc pas son ministère aux autres apôtres ; et il pense encore moins qu’il puisse avoir des hommes qui lui succèdent dans sa charge. Paul ne connaît pas de successeurs, mais il exhorte les anciens qui étaient là à être fidèles et vigilants, et il les recommande à Dieu et à la parole de sa grâce, qui, dit-il, est puissante pour continuer à vous édifier et à vous donner l’héritage avec tous les sanctifiés (v. 32). Christ monté au ciel peut encore donner des évangélistes, des pasteurs, des docteurs, et il les donne ; mais l’office, le soin apostolique personnel, a disparu. « Après mon départ », dit l’apôtre. Et c’est un départ sans succession. Cela est triste, certainement, mais cela est vrai ; et nous l’avons vu déjà pour tout ce que Dieu a établi au milieu des hommes. Sa grâce continue, les soins fidèles de Christ ne peuvent jamais nous faire défaut. L’Esprit a donné ses instructions pour le temps actuel, comme au commencement ; et le Seigneur suffit pour l’état de choses présent : il est fidèle comme pour le passé ; mais l’apôtre ne sait rien d’une succession à son apostolat, quand il parle de son absence. Dieu, et la parole de sa grâce, sont pour lui la ressource du peuple de Dieu. Les chrétiens peuvent se réunir, et Christ sera au milieu d’eux ; ils peuvent profiter des dons qu’il accorde et qu’il a promis. Toutes les directions dont nous avons besoin pour discerner et suivre notre chemin se trouvent dans la Parole ; mais l’apostolat, comme énergie personnelle qui veille sur l’organisation de l’assemblée, s’en est allé sans succession Vérité solennelle, dont il faut tenir compte !

Mais il ne faut jamais oublier que Christ suffit toujours pour son assemblée ; il est fidèle pour en prendre soin ; il ne peut manquer ni de force, ni d’amour, ni de fidélité. Ce que nous avons à faire, c’est de compter, et cela du fond du cœur, sur Lui. La puissance divine se manifeste davantage dans Élie et dans Élisée, que dans tous les prophètes aux temps de Jérusalem, depuis les jours de Moïse même. Le Seigneur donne ce qui est nécessaire pour les siens.

La parole de Dieu confirme tristement, mais abondamment, ce que dit l’apôtre ici. Son témoignage était que non seulement le mal apparaîtrait dans la constitution extérieure de l’Église, mais qu’il continuerait jusqu’à ce que le Seigneur vînt en jugement. Mais examinons ce que dit la parole de Dieu.

Jude déclare qu’il était déjà nécessaire de leur écrire, pour les exhorter à combattre pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints, parce qu’il s’était glissé certains hommes qui tournaient la grâce de notre Dieu en dissolution ; ceux-ci corrompaient l’assemblée, du dedans ; et, chose très remarquable, l’apôtre déclare aussi que ceux-ci étaient ceux (c’est-à-dire la classe de personnes) que le Seigneur trouverait comme objet de son jugement, quand il viendrait avec ses saintes myriades. La corruption, qui avait commencé dès le temps des apôtres, devait continuer jusqu’à la venue du Seigneur ; c’est-à-dire la corruption intérieure. Mais ce n’est pas tout ; le mal s’est développé d’un autre côté, comme nous le voyons dans les épîtres de Jean. Quelques-uns ont abandonné le christianisme ouvertement (1 Jean 2:18). « Petits enfants, c’est la dernière heure ; et comme vous avez entendu que l’antichrist vient, maintenant aussi il y a plusieurs antichrists, par quoi nous connaissons que c’est la dernière heure ; ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ».

Nous voyons ainsi que, quoique Jean ait survécu à Paul bien des années, il est certain qu’il a pris soin des assemblées, au moins dans l’Asie Mineure, demeurant, comme cela est dit, à Éphèse. Mais la dernière heure était venue ; la présence de ces antichrists, et l’apostasie de plusieurs le montraient. Si on demande pourquoi Dieu attend aussi longtemps avant d’exécuter le jugement, la réponse se trouve dans 2 Pierre 3:9: « Le Seigneur ne tarde pas pour ce qui concerne la promesse, comme quelques-uns estiment qu’il y a du retardement ; mais il est patient envers nous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance ». Pour le Seigneur mille ans sont comme un jour. Déjà du temps des Juifs, le jugement avait été prononcé, huit cents ans avant d’être exécuté (Ésaïe 6), alors qu’ils ont finalement rejeté le Fils de Dieu humilié et aussi glorifié.

L’époque de cette chute de l’assemblée sur la terre est déterminée par l’époque de la mort de l’apôtre Paul, selon sa propre expression : « après mon départ ». Sans doute, la corruption est allée en augmentant, et rapidement ; le mystère d’iniquité agissait déjà pendant la vie de l’apôtre, mais sa force spirituelle savait lui résister. Une fois Paul parti, le mal alla toujours en augmentant, sans empêchement, excepté la grâce de Dieu envers chacun individuellement, et les châtiments par lesquels Dieu arrêtait la descente fatale vers la ruine et la corruption. Le témoignage de Dieu, bien que mis sous un boisseau, n’a jamais été interrompu ; et Dieu, de temps en temps, a suscité un témoignage au milieu des ténèbres, témoignage faible peut-être, mais vrai, et il a délivré de grands pays d’une corruption ouverte, aux jours de la réforme. Mais nous avons vu que le mal introduit au temps où écrivait Jude, doit continuer jusqu’au jugement.

Cette solennelle et humiliante vérité est confirmée par d’autres passages. L’assemblée n’est plus restaurée. Non seulement Jean a dit que la dernière heure était venue, mais que la présence des antichrists en était le signe. Or l’antichrist sera détruit par la venue du Seigneur. Paul nous révèle que l’apostasie qui commençait à se montrer au temps de Jean, serait arrivée à son plein développement à la fin des temps, et que l’antichrist même serait manifesté, celui dont la venue serait selon la puissance de Satan et que le Seigneur détruirait quand il viendrait dans sa gloire. Le mystère d’iniquité opérait déjà, pendant que l’apôtre vivait encore, de manière que le progrès du mal serait continu depuis cette époque, jusqu’à ce que le Seigneur fût là, comme le Seigneur dit que les divisions croîtront jusqu’à la moisson.

Nous apprenons donc que la mort de Paul est le moment depuis lequel nous devons compter la prépondérance du mal ; je dis prépondérance, puisque le mal opérait déjà, mais Paul résistait avec la force de l’Esprit. Nous voyons de plus, que ce mal irait en augmentant jusqu’à ce que Christ revînt, et que, dans les derniers jours, des temps difficiles surviendraient, dans lesquels il y aurait la forme de la piété sans sa force. Puis, dans la seconde épître à Timothée, chap. 3, l’apôtre nous présente, comme ici, la parole de Dieu comme ce qui est nécessaire et suffisant pour rendre l’homme de Dieu parfait, et accompli pour toute bonne œuvre. Cette vérité est fortement confirmée par ce que nous lisons dans les chapitres 2 et 3 de l’Apocalypse, où le chrétien qui a des oreilles est appelé à écouter, non ce que dit l’Église, mais ce que l’Esprit dit à l’Église, ces paroles de l’Esprit dans lesquelles nous trouvons le jugement prononcé par Jésus Christ sur l’état de l’Église.

Ajoutons que c’est une chose d’être soumis à la discipline, c’est-à-dire au jugement pratique d’une assemblée, à l’égard des torts qu’on a pu avoir ou d’autre chose, et une autre chose de vouloir que l’autorité de l’assemblée soit la sûreté perpétuelle de la foi, alors que nous sommes appelés à juger de l’état de l’Église, par les paroles de Christ et de l’Esprit. De fait, l’assemblée universelle, la chrétienté, est corrompue et divisée, et elle ne peut, même comme instrument dans les mains de Dieu, assurer le maintien de la vérité. La soumission à la parole de Dieu, elle seule, peut le faire.

Pour montrer jusqu’où l’église primitive s’est éloignée de la vérité, je rappellerai ce qu’enseignait un livre lu dans l’Assemblée, cinquante ans après la mort de Jean, un livre cité comme faisant partie des Écritures inspirées, par un des meilleurs pères de l’église primitive, et estimé comme inspiré par un autre père, moins orthodoxe, il est vrai.

L’auteur du livre, avec la prétention que ce qu’il donnait était une révélation, dit : Un homme possédait une vigne ; il commande à son serviteur d’en tailler les ceps. Le serviteur, très fidèle, fait ce qui lui est confié, mais de plus, par amour pour son maître, il enlève toutes les mauvaises herbes de la vigne. Le maître, très content de son serviteur, confère avec son fils et avec ses amis au sujet de ce qu’il conviendrait de faire pour ce fidèle serviteur ; et l’on décide de le faire héritier avec le fils. Or le maître, c’est Dieu, le fils c’est le Saint Esprit, les amis sont les anges, et le serviteur c’est Christ : et Dieu l’avait placé pour établir le clergé, afin de soutenir les fidèles ; mais il a fait beaucoup plus que ce que Dieu lui avait dit de faire, — il a ôté les péchés. Ainsi ce serait selon une délibération de Dieu avec le Saint Esprit et avec les anges, cohéritiers du Saint Esprit, lequel est fils et héritier de Dieu !

Voilà ce qu’on a lu dans les églises, ce qui a été écrit par le frère du pape Pie et ce qu’on prétend être inspiré de Dieu, et cela cent cinquante ans après la naissance de Christ ! La prétendue sainteté de l’église extérieure n’était pas meilleure, d’après le témoignage de ce même livre qui se lisait dans les églises : ce qui nous est rapporté, comme sainteté, dans les visions d’Hermas, ne peut être transcrit dans ces lignes.

Selon le témoignage de l’apôtre, le mal donc, après son départ, prévaudrait, actif au-dedans et au dehors. Paul ne dit rien de la nomination de successeurs pour les anciens, non plus que d’un successeur pour lui-même. Il insiste sur la fidélité de ceux qui étaient là, et que le Saint Esprit avait fait évêques (car évêque et ancien était un seul et même office) ; il les recommande à Dieu et à la parole de sa grâce qui est suffisante pour les édifier. De fait, la Parole ne donne aucun moyen pour continuer l’organisation de l’assemblée. On se trompe sur cette question. Les chrétiens attendaient la venue du Seigneur ; ils attendaient le Seigneur lui-même (voir la parabole du serviteur Matthieu 24, et celles des vierges, et des talents, Matthieu 25). Mais les apôtres laissent supposer par anticipation que cette venue pourrait être retardée pour longtemps, bien au-delà de la vie de ceux qui existaient alors. Les mêmes vierges qui se sont endormies sont celles qui se sont réveillées ; les serviteurs qui ont reçu les talents, sont les mêmes qui se trouvent à la venue de leur Seigneur. Paul dit : « Nous les vivants qui demeurons » (1 Thes. 4) jusqu’à la venue du Seigneur. On ne savait pas quand aurait lieu cette venue, mais on l’attendait toujours (Luc 12:36, etc.). Ce qui a produit la ruine morale de l’Assemblée, c’est qu’elle a cessé d’attendre le Seigneur, et qu’elle a dit : Mon Seigneur tarde à venir (Matthieu 24:49). Alors ils se mirent à battre ceux qui étaient esclaves avec eux, et à manger et à boire avec les ivrognes. La hiérarchie a été établie, la mondanité a envahi l’assemblée, et celle-ci a fait alliance avec le monde.

L’apôtre (v. 33 et suiv.) rappelle sa fidélité, et comment il avait été en exemple aux anciens, travaillant de ses propres mains, car « c’est plus heureux de donner que de recevoir ». Et ayant dit cela, il s’agenouilla et pria avec tous les anciens. Ceux-ci pleuraient et le couvraient de baisers, étant surtout peinés de la parole qu’il avait dite, qu’ils ne verraient plus son visage. Et ils l’accompagnèrent jusqu’au navire. Solennel départ, terme de l’œuvre publique de l’apôtre : il parle lui-même de cette œuvre comme d’une œuvre achevée, et il annonce que, dorénavant, par suite de son absence, le mal prévaudra dans l’assemblée extérieure de Dieu sur la terre, mais il assure en même temps aux fidèles, que Dieu et la parole de sa grâce suffiront pour les édifier et leur donner un héritage avec tous les sanctifiés. Cela était certain ; la puissance de Christ l’assurait ; mais l’église extérieure, la chrétienté, serait corrompue, ayant abandonné l’attente de la venue du Seigneur.

Paul, nous l’avons vu, enseigne la même vérité en 2 Timothée 3, et Jean nous annonce que la dernière heure était déjà venue. La patience de Dieu continue à accomplir l’œuvre de la grâce ; Christ à donner les dons nécessaires pour la perfection des saints, et pour édifier l’assemblée, bien que notre froideur éteigne beaucoup l’Esprit ; et cela continuera jusqu’à la fin du rassemblement des saints — mais la chrétienté a mûri dans le mal annoncé par les apôtres, mal qui a commencé aux temps des apôtres, et qui était déjà suffisamment mûr au temps de Jean, le dernier des apôtres, puisqu’il dit que c’étaient déjà les derniers temps. Espérons que le cri : « Voici l’Époux, allons à sa rencontre », a déjà commencé à retentir, et que beaucoup de cœurs y répondront, réveillés pour allumer leurs lampes. Que le Seigneur ajoute tous les jours à leur nombre !

 

20               Chapitre 21

De Milet, Paul part pour Jérusalem. Il n’arrive rien d’important dans ce voyage, jusqu’à l’arrivée de l’apôtre à Tyr. Ici, il trouve des disciples qui lui disent de ne pas monter à Jérusalem, et ils le lui disent « par l’Esprit », comme nous avons déjà vu plus haut en passant. Lui dire par l’Esprit de ne pas monter, c’est plus que dire simplement, que des liens et des tribulations l’attendaient. Mais Paul se sentait lié dans son esprit ; et je ne doute pas que la main du Seigneur le conduisait, bien que ce ne fût pas la libre action du Saint Esprit dans son cœur qui le conduisait pour l’œuvre du Seigneur. Il ne faisait pas cette œuvre : il allait à Jérusalem avec l’argent des Grecs, pour les pauvres d’entre les saints qui demeuraient dans cette ville, — œuvre bonne et chrétienne, mais qui n’était pas l’œuvre apostolique de l’évangile. — Paul ne pouvait pas, comme apôtre, rendre témoignage à Jérusalem ; le Seigneur le lui avait dit. Il a bien rendu un témoignage comme prisonnier ; et le Seigneur a été avec lui et l’a envoyé aussi vers ceux qui, comme les rois et les gouverneurs, n’auraient autrement pas entendu l’évangile.

Paul, il est vrai, a marché de loin sur les traces du Seigneur, ayant été rejeté par les Juifs, et livré par eux aux Gentils pour être mis à mort ; mais son œuvre libre, comme apôtre des Gentils, était terminée : c’est ainsi du moins que l’histoire nous en est racontée dans la Parole. Nous avons vu qu’il y a une certaine différence entre : « Ils lui dirent par l’Esprit », et : « l’Esprit Saint dit ». Si l’Esprit lui-même avait dit qu’il ne montât pas, c’eût été, pour Paul, une désobéissance de persévérer dans son projet ; mais il semble qu’ici c’était plutôt un avertissement donné par l’Esprit, pour qu’il ne montât pas à Jérusalem. C’était, sans doute, beaucoup plus que de dire que des liens et de la tribulation l’attendaient ; c’était un avertissement solennel de l’Esprit par la bouche des frères ; c’était bien plus que d’être « lié dans son esprit ». Mais cet avertissement a été négligé par l’apôtre. Paul se sentait comme forcé d’aller à Jérusalem. La providence de Dieu, et aussi sa grâce, se manifestent envers lui dans cette occasion ; mais néanmoins il est conduit par l’état de son âme, par cette providence, comme une victime, non pour prêcher le salut aux âmes perdues, afin qu’elles soient sauvées, mais pour rendre un témoignage au Seigneur en face de la mort. Dans un témoignage pareil, Paul répond pour lui-même, et ainsi pour le Seigneur, mais il ne cherchait pas les âmes. Il ne fait rien qui soit mauvais, mais il n’agit pas dans la puissance du Saint Esprit. Le Seigneur lui-même était son tout ; cela n’était pas changé, et les circonstances de ces dernières années de sa vie, ressemblent à celles dans lesquelles le Seigneur s’est trouvé à Jérusalem ; mais, dans le Seigneur, nous voyons la perfection dans l’homme ; en Paul, la grâce de Dieu avec l’homme, mais l’homme dans son imperfection, bien que fidèle et béni. Le Seigneur va comme un agneau muet devant celui qui le tond ; il n’a pas ouvert sa bouche, il n’a pas répondu à ses accusateurs. Paul, par contre, déclare qu’il était Romain ; il soulève un tumulte dans le conseil, en disant qu’il était pharisien. Qu’il fût Romain et aussi pharisien, comme Juif, cela était vrai, mais où est le témoignage dans ces actes mondains ? Christ a été condamné uniquement pour le témoignage qu’il a rendu à la vérité, à Lui-même, devant les Juifs et devant Pilate, quoique celui-ci l’ait reconnu parfaitement innocent. Paul est rejeté par les Juifs et livré aux Gentils, comme Christ, et condamné par eux bien que pas mis à mort ; mais Christ est condamné pour sa propre perfection divine, par jalousie et par haine contre Dieu manifesté en amour, tandis que Paul est condamné par l’inimitié des Juifs contre les Gentils.

L’apôtre suit le Seigneur, mais il le suit de loin. Honorons de tout notre cœur cet apôtre si fidèle et si béni ; reconnaissons la puissance de l’Esprit dans son œuvre parmi les Gentils. Mais il n’est pas venu à Jérusalem pour chercher les Gentils, ni pour rendre témoignage aux Juifs. Le Seigneur lui avait dit : « Ils ne recevront pas ton témoignage ». Et c’est précisément quand il rappelle aux Juifs ces paroles du Seigneur, que leur fureur éclate. Du reste, Christ était l’objet du témoignage ; et quoique Paul ait fait une bonne confession, il n’était que témoin, un témoin honoré et suivant le Seigneur de loin.

Poursuivons maintenant la triste histoire de la fin de la vie de l’apôtre. À Tyr, lui et ses compagnons jouissent encore de la simplicité et de l’affection chrétienne : accompagnés de tous les frères de Tyr, ils s’en vont ensuite au bord de la mer et là, ils se mettent à genoux sur le rivage, et ils prient ensemble ; puis ils s’embrassent. Paul et ceux qui étaient avec lui montent sur le navire, et les autres retournent chez eux. L’apôtre quitte pour toujours le champ béni par ses fidèles travaux. (Il est bien possible, et même probable, qu’il a été délivré de sa captivité à Rome, et qu’il a recommencé son œuvre, mais nous n’en avons pas le récit dans la Bible). Arrivé a Césarée (v. 8), il descend du navire, et il demeure chez l’évangéliste Philippe, dont nous avons déjà lu l’histoire, au chapitre 8, en Samarie, et avec le trésorier de la reine Candace. Un prophète de Jérusalem vient chez Philippe, annonçant encore une fois que des liens attendaient Paul à Jérusalem. C’est en vain, Paul déclarant qu’il était prêt à mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus. Alors les frères se turent, disant : « Que la volonté du Seigneur soit faite ! » (v. 14).

Il faut distinguer ici entre le service de l’apôtre, dans lequel il était ministre de Dieu même et gardé par le Saint Esprit, alors que ses paroles étaient les paroles de l’Esprit par sa bouche, — et sa marche individuelle, quand il se trouvait dans un milieu où il n’était pas appelé à accomplir l’œuvre à lui confiée. Cette différence faite, remarquez celle qu’il y a entre le chemin du Seigneur et celui de l’apôtre, quelque fidèle qu’il fût. Le Seigneur, quand il apprend que Lazare est malade, reste tranquillement encore deux jours au lieu où il était ; puis, le moment voulu de Dieu étant arrivé, il monte à Jérusalem pour accomplir la volonté de son Père. Les disciples étonnés lui rappellent que la mort l’attend dans cette ville ; ils l’avertissent, disant : « Tu y vas de nouveau ? » Mais la volonté de Dieu était claire pour le Seigneur, et ainsi aussi tout son chemin tracé ; c’est pourquoi il répond : « N’y a-t-il pas douze heures au jour ? Si quelqu’un marche de jour, il ne bronche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ». Tout est calme, tout est vie, tout est dans la lumière du jour divin pour son cœur. Le Sauveur, — l’objet du témoignage, — est parfait en Lui-même. Les apôtres, quelque grands et fidèles qu’ils fussent, n’étaient que des témoins de sa perfection et de sa gloire. En eux-mêmes, quelque merveilleusement qu’ils fussent bénis, ils n’étaient que des hommes comme les autres. Paul a dû blâmer ouvertement Pierre, et se séparer de Barnabas. Ici, conduit par la main de Dieu et fortifié par sa grâce, il est amené, lié dans son esprit à traverser personnellement les circonstances qui mettaient à l’épreuve l’état de son âme, et mettaient fin à sa carrière publique.

Paul monte donc à Jérusalem, averti de ce qui devait arriver ; et n’écoutant pas les divers avertissements de l’Esprit ou y résistant, il est accompagné des frères qui étaient avec lui et d’un ancien disciple Mnason — chez lequel il devait loger. Arrivé à Jérusalem, les disciples le reçurent avec joie (v. 17) ; c’est ici que commence l’histoire de cette soumission aux suggestions des hommes, et aux coutumes des Juifs, qui se termine par sa captivité à Rome. Mais l’apôtre se soumet à ces coutumes et à ces cérémonies juives, non pour attirer les Juifs à l’évangile en travaillant pour le Seigneur, mais il le fait, persuadé par les anciens et par Jacques, pour montrer qu’il est lui-même un bon Juif, fidèle à la loi, et aux coutumes des Juifs. Et c’est précisément cela qui l’a livré aux mains des Juifs hostiles, puis des Gentils. Jésus, au contraire, dans la dignité de sa perfection, étant assis dans le temple pour enseigner la foule, toutes les classes des Juifs viennent pour l’éprouver, mais tous sont jugés ; tous sont réduits au silence par la patience divine du Sauveur, et ils n’osent plus lui faire aucune question. Puis le Seigneur est condamné, comme nous l’avons dit, pour le témoignage qu’il a rendu à la vérité.

Arrivés à Jérusalem, Paul et ses compagnons se réunirent avec les anciens chez Jacques ; et ceux-ci, pour conserver la réputation de leur religion (attachés comme ils l’étaient au judaïsme) auprès des Juifs chrétiens, et lier le christianisme à ce judaïsme, conseillent à Paul de donner satisfaction aux préjugés des Juifs croyants, en se purifiant selon leurs coutumes, et en offrant des sacrifices dans le temple, pour être ainsi un bon Juif à leurs yeux. Paul accepte la proposition, et nous voyons l’étrange spectacle de l’apôtre offrant des sacrifices, comme si tout cela n’avait pas été aboli par la mort du Seigneur. Il ne supporte pas les Juifs qui n’étaient pas délivrés de leurs habitudes, ni ne les gagne. Dieu usait encore de patience envers eux ; mais Paul, selon le vœu des anciens, accède volontairement à accomplir ces cérémonies juives : étant à Jérusalem, après avoir été averti par l’Esprit qu’il ne devait pas y monter, que pouvait-il faire ?

Souvenons-nous que, si nous sommes chassés, pour le nom du Seigneur, d’un lieu où nous étions placés sous l’autorité qui nous gouverne, nous ne devons pas rentrer là pour ne pas nous trouver dans la position de laquelle nous avons été chassés. La relation a été brisée par l’autorité même ; et, si nous l’avons quittée selon la volonté de Dieu, — en y rentrant, nous nous plaçons de nouveau sous l’autorité abandonnée. Or, si elle est opposée à l’autorité du Seigneur Jésus, qui nous avait amenés, après avoir été délivrés de l’autorité que nous avons quittée, nous rétablissons sur nous cette autorité qui était détruite ; il y a ainsi conflit entre l’autorité de Christ sur nous, et l’autorité que nous avions quittée. Il est impossible de bien marcher ainsi. Nous étions libres sous l’autorité de Christ, libres pour faire sa volonté, et nous nous sommes replacés sous l’autorité qui prohibe l’obéissance à Christ. Supposez, par exemple, un fils (ou une fille) qui soit chassé de la maison paternelle pour le nom du Seigneur : par cet acte même, les parents ont renoncé à leur autorité. Si ce fils rentre sous le toit paternel pour y habiter, il se place sous l’autorité paternelle, et que fera-t-il quand ses parents s’opposeront à sa fidélité envers Christ ? Il est sans puissance, et, de plus, il a perdu sa liberté, replaçant sur lui-même cette autorité qui s’oppose à l’autorité de Christ ; il a donc renoncé à cette dernière pour relever celle qui s’oppose à Christ.

Remarquez encore la force des anciennes habitudes. Pour nous, il est clair comme le jour que les sacrifices des Juifs ne sont rien, et que le précieux sacrifice de Christ les a entièrement abolis. Mais ici, nous voyons toute la multitude des chrétiens à Jérusalem zélée pour la loi, offrant des sacrifices ; les principaux d’entre eux conseillant à Paul d’en offrir, et lui se prêtant à leur vœu. Souvenons-nous aussi, que la soumission à ces habitudes a mis fin au témoignage public de Paul. Mais rappelons-nous en même temps toujours, en poursuivant l’histoire de Paul, son œuvre, ses travaux, et la bénédiction qui l’a accompagnée. Dans cette soumission aux cérémonies juives, Paul n’est pas conduit par l’Esprit ; il suit le conseil des anciens, sa position est la leur : ils tenaient fermement à la loi. Paul fait ce qu’ils veulent ; il se joint à quatre hommes qui avaient fait un vœu ; il se rend avec eux au temple pour annoncer les jours de leur purification et l’époque à laquelle l’offrande serait présentée pour chacun d’eux (v. 26).

Mais avant que les sept jours soient accomplis, quelques Juifs d’Asie reconnaissent Paul et excitent le peuple contre lui, criant que c’était ici l’homme qui, partout, enseignait tout le monde contre la loi de Moïse, et que même il avait profané le temple. Toute la ville est en émoi ; il se fait un rassemblement de peuple ; la foule, ayant saisi Paul, se met à l’outrager et à le battre, l’ayant traîné hors du temple, dont aussitôt les portes furent fermées. Pendant ce temps, le chiliarque ayant appris que tout Jérusalem était en confusion, accourt et délivre Paul de la main des Juifs. Tel est, quant aux Juifs, le résultat de l’effort fait par Paul pour s’accommoder aux superstitions d’autrui, et non pour gagner les âmes : pour ne pas offenser les Juifs, il persuadait les chrétiens superstitieux qu’il marchait comme eux, les confirmant, s’il réussissait, dans leurs ténèbres !

Ici nous pensons de nouveau au Seigneur toujours parfait, et nous sentons la différence entre sa marche et celle de Paul. Paul est saisi par les Juifs ameutés ; Christ, quand la troupe de soldats arrive, se livre volontairement, disant : « Qui cherchez-vous ? Je vous ai dit que c’est moi ; si donc vous me cherchez, laissez aller ceux-ci ». Certainement, ce n’est pas pour rabaisser l’ouvrier béni du Seigneur, sans égal dans ses travaux, ravi dans le troisième ciel, que je fais ressortir ici la différence de la marche de Paul et de la marche du Seigneur, mais afin que nous réalisions la perfection unique du Sauveur, témoin de la grâce de Dieu dans son ministère, de la perfection divine dans l’homme, — toujours, mais spécialement dans son dernier séjour à Jérusalem, alors que cette perfection a été éprouvée jusqu’au fond ; elle brillait d’autant plus qu’elle était plus éprouvée, et rien n’a manqué à l’épreuve !

 

21               Chapitre 22

Le chiliarque ayant permis à Paul de parler au peuple, l’apôtre raconte sa conversion, puis ce qui démontrait en Paul sa soumission aux superstitions des chrétiens juifs. C’était l’amabilité, la grâce, et la condescendance envers ses frères juifs, mais ce n’était ni la direction, ni la puissance du Saint Esprit. La position de Paul était fausse, et dans une fausse position on ne peut bien agir ; et, quoique la grâce de Dieu puisse supporter et soutenir celui qui s’y trouve, le Saint Esprit ne peut agir librement dans sa puissance par son moyen. S’il agit dans sa souveraineté, l’instrument est semblable à Samson aveugle, et la force qu’il exerce est la fin de sa carrière et de ses ennemis. On peut voir clairement, dans Paul, l’absence de cette puissance. La grâce du Seigneur était toujours là ; mais ce que Paul a fait dans le temple était l’effet des conseils des anciens, et non la direction de l’Esprit.

Le capitaine donc lui permet de parler au peuple ; et comme il leur parlait dans leur propre langue, ils l’écoutèrent en silence, tandis qu’il racontait l’histoire de sa conversion, de la révélation qu’il avait eue de la gloire de Christ, et aussi celle qu’avait eue Ananias, Juif honorable. Mais quand il en vient au point principal du moment, la fureur du peuple éclate avec une violence, que la présence du capitaine et des soldats ne peut pas contenir : « Je t’enverrai loin vers les nations… » Alors ils élevèrent la voix, disant : « Ôte de la terre un tel homme ». C’était précisément ce que lui avait annoncé le Seigneur (v. 18) : « Ils ne recevront pas ton témoignage à mon égard ». Mais alors que faisait donc Paul à Jérusalem ? La parole qui l’avait éloigné de cette ville pour son œuvre glorieuse, est accomplie pour la ruine de son activité quand il y rentre et qu’il se fait de nouveau Juif, lié par la loi.

Paul est condamné, comme Jésus, pour la vérité de sa mission ; mais, dans son cas, c’est dans une position qui contredit sa mission même. Toutefois les Juifs comblent leur péché, rejetant la grâce envers les Gentils. Mais la parole qui a soulevé le tumulte est devenue l’occasion de l’emprisonnement de Paul par les Romains : elle était la preuve qu’il n’avait rien à faire à Jérusalem comme apôtre. Il aimait beaucoup son peuple ; c’est pour cela qu’il est revenu à Jérusalem, comme lorsque les paroles citées plus haut lui furent dites. Il avait raisonné avec le Seigneur ; il eut voulu rendre témoignage à Jérusalem ; mais le Seigneur lui dit : Non, « je t’enverrai vers les nations ». Paul s’excuse, sans doute, auprès des Juifs ; mais quelle nécessité y avait-il pour lui de dire aux Juifs, à Jérusalem, que le Seigneur l’avait envoyé, s’ils ne devaient pas recevoir son témoignage ? Toutefois ce discours est le point capital de cette histoire, duquel tout dépend.

L’apôtre se justifie aux yeux des Juifs ; il déclare qu’il avait, comme eux-mêmes, persécuté les chrétiens jusqu’à la mort : les sacrificateurs et toute l’assemblée des anciens en étaient témoins. Puis il raconte comment tout avait été changé par l’apparition en gloire du Seigneur, qui lui avait dit être Jésus qu’il persécutait ; car, en persécutant les chrétiens, il persécutait le Seigneur lui-même. Il dit comment Ananias, Juif pieux, lui avait été envoyé. Tout cela fut toléré ; mais quand l’apôtre vient à parler d’une mission aux Gentils, les Juifs entrent en fureur. Ils comblent leur péché : « Nous empêchant », dit-il, « de parler aux nations, pour combler ainsi toujours la mesure de leurs péchés ; mais la colère est venue sur eux au dernier terme » (1 Thes. 2:16).

Il y a trois degrés dans le péché des Juifs : d’abord, ils ont crucifié le Seigneur de gloire : ils étaient coupables des dix mille talents. Mais Christ intercède pour eux sur la croix, et l’Esprit Saint répond à cette prière par la bouche de Pierre, dans le troisième chapitre des Actes, déclarant que s’ils se repentaient de ce péché, Jésus reviendrait. Alors ils ont fermé la bouche à Pierre ; puis ils ont lapidé Étienne qui rendait témoignage à la gloire du Fils de l’homme à la droite de Dieu. Et c’est ici le second degré du péché des Juifs : ils n’ont pas voulu croire à un Sauveur glorifié, quand l’Esprit lui rend témoignage. Tout cela est arrivé au milieu des Juifs. Paul était envoyé aux Gentils, mais les Juifs ne voulaient pas la grâce. Ils auraient bien voulu jouir des promesses faites à Israël, quoiqu’ils eussent rejeté Celui dans lequel s’accomplissaient les promesses ; mais avoir compassion de leur compagnon de service, ils ne voulaient pas même y penser. C’est là le comble ; tout est fini ; alors la dette des dix mille talents pèse sur eux. Jérusalem ne veut pas la grâce pour elle-même, et elle ne veut pas la laisser à d’autres ; le jugement tombera sur elle. La patience de Dieu, sa longue patience, a trouvé sa fin dans des cœurs qui ne veulent pas se soumettre à la grâce parfaite de Dieu. Cependant le jugement de Dieu n’est prononcé qu’à Rome (Actes 28), ce jugement annoncé par le prophète huit cents ans auparavant (Ésaïe 6), mais que Dieu, dans sa patience, n’a exécuté que lorsque le peuple s’opposa formellement à sa grâce.

Le jugement ne pouvait pas ne pas être exécuté. Christ, dans son humiliation, avait agi avec la puissance de Dieu ; puis, Christ ayant été glorifié, le Saint Esprit a été envoyé ici-bas, et Paul a été suscité pour porter l’évangile aux Gentils. Tout ayant été rejeté, il ne reste plus que le jugement. Le mystère de l’union des Juifs et des Gentils en un même corps, fut annoncé par Paul, ce point qui constituait vraiment le progrès de son témoignage. La grâce elle-même a été refusée. Dieu a permis le voyage de Paul à Jérusalem, afin que tout fût terminé. La grâce continue toujours, même pendant la période de sa captivité à Rome ; et le mystère même est pleinement développé par lui dans les épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens ; puis, dans l’épître aux Philippiens, il nous a donné le vrai caractère chrétien, la chute pratique de la dispensation (Phil. 2:21), et la supériorité de la foi sur toutes les circonstances. Dans la seconde épître à Timothée, le chemin du chrétien fidèle au milieu de la ruine est clairement enseigné.

Remarquons encore ici quelques particularités du discours de l’apôtre. Le Seigneur s’appelle encore « Jésus de Nazareth ». Il était pourtant déjà glorifié ; mais cela le fait resplendir d’une lumière plus brillante que celle du soleil : il est toujours cet homme humble et doux, qui a appris les douleurs humaines au milieu des hommes. Lui pense aux autres ; il estime tous les chrétiens comme une partie de Lui-même « Je suis Jésus de Nazareth, que tu persécutes » vérité infiniment précieuse !

Nous trouvons ensuite la même liberté en Paul, que nous avons vue dans Ananias ; il raisonne avec le Seigneur (v. 18-21), disant que plus qu’aucun autre il était propre pour rendre témoignage à Jérusalem, ce qui rend évidente sa sincérité. Nous pouvons découvrir ici encore la sagesse du Seigneur ; c’est un témoignage qu’il rend contre sa présence à Jérusalem. Nous voyons aussi ce que c’est qu’une conscience rendue parfaite par la grâce et par le sang de Christ ! Paul rappelle à Christ tous ses péchés, et sa haine contre le nom du Seigneur, cette haine qui s’était trouvée dans son cœur au commencement ; il lui dit comment il avait persécuté les membres de Christ, et pris part à la mort d’Étienne ; et il présente tout cela au Seigneur comme un motif pour la mission qu’il voulait remplir envers les Juifs. Mais sa conscience était pure maintenant.

Je crois que nous avons parlé d’une légère difficulté que présentent ici ces paroles ; mais je ne veux pas fatiguer mes lecteurs en les répétant. Les compagnons de Paul ont vu la lumière, mais ils n’ont pas entendu la voix de Celui qui parlait avec Paul. Au chapitre 9, ils ont bien entendu la voix, mais ils n’ont vu personne. Ils n’ont pas vu le Seigneur, ils n’ont pas entendu ses paroles, mais ils ont vu une lumière glorieuse, et entendu une voix sans distinguer les paroles. C’est justement cela qu’il fallait : les compagnons de Paul étaient les témoins irrécusables que la vision était vraie et réelle, mais la communication était pour Paul seul. Paul seul a vu le Seigneur (Actes 22:14, 15), parce qu’il devait être enseigné par Lui et rendre témoignage comme témoin oculaire qu’il l’avait vu.

Inquiet de la violence de la foule, le capitaine veut que Paul soit conduit dans la forteresse (v. 23 et suiv.), disant qu’on le mit à la question par le fouet ; mais Paul, déjà étendu avec des courroies, use de ses droits comme citoyen romain. Il n’était pas permis de lier ni de fouetter un citoyen romain. Paul n’est donc pas fouetté ; et le jour suivant, délivré de ses liens, il est conduit devant le sanhédrin, afin qu’on sût de quoi il était accusé. Paul qui, peu de temps auparavant, s’était présenté comme Juif pour se soustraire aux conséquences des préjugés des chrétiens judaïsants, se déclare Romain pour éviter une punition injuste de la part des Gentils. Ce n’était pas un péché ; Paul était bien citoyen romain ; mais où est la puissance de l’Esprit ? — Où, en même temps, est le chrétien qui ne ferait pas de même ?

 

22               Chapitre 23

Conduit devant le conseil, Paul commence par déclarer son innocence. Le souverain sacrificateur commande à ceux qui étaient près de lui de le frapper sur la bouche. C’était là une violence évidente, qui toutefois n’était pas causée par un témoignage rendu à Christ, mais par la justification que l’apôtre faisait de lui-même. Paul répond par un outrage, appelant le souverain sacrificateur : « Paroi blanchie ». Sans doute, le souverain sacrificateur l’avait mérité ; mais on ne retrouve pas ici la douceur de Christ. Paul réprimandé, reconnaît sa faute, mais la manière dont il s’excuse, nous fait sentir l’absence chez lui de puissance et de la connaissance de l’Esprit Saint. « Je ne savais pas », dit-il. L’Esprit Saint ne dit pas ainsi. Tout est vrai ; mais on ne trouve pas ici l’énergie de l’Esprit de Dieu. De plus, Paul est, dans ce moment, non seulement Juif et Romain, mais il est encore pharisien. Il ne regarde plus cela comme une perte, des ordures, mais c’est de nouveau un gain !

Malgré tout, Dieu fait tourner cela à la délivrance de Paul d’entre les mains des Juifs. Ceux-ci, remplis de fureur pour leurs opinions, et de colère les uns contre les autres, se disputent entre eux, et la discussion devenant tumultueuse, le capitaine ordonne aux soldats d’enlever Paul du milieu d’eux, craignant qu’il ne fût mis en pièces. Placé maintenant entre les mains des Gentils, il est conduit par les soldats dans la forteresse. Nous trouvons ici la grâce parfaite de Dieu, qui fait traverser à son fidèle serviteur de douloureuses circonstances, avec la conscience qu’il souffrait pour le témoignage de Dieu. Quant à Jérusalem tout était fini ; et le Seigneur, qui savait que l’apôtre devait aller à Rome, se présente à lui la nuit suivante en disant : « Paul, aie bon courage, car comme tu as rendu témoignage des choses qui me regardent, à Jérusalem, il faut aussi que tu rendes témoignage à Rome ». Quelle grâce ! Le Seigneur encourage son serviteur. Il est possible que sa position ne fût pas l’effet de l’action puissante de l’Esprit ; néanmoins, il aurait été en péril, s’il n’avait pas attiré la haine des Juifs, par sa fidélité.

La croix, la grâce envers les Gentils, avaient fait de lui l’objet de l’inimitié de ce peuple. Il avait confessé le Christ glorieux qui s’était révélé à lui sur le chemin de Damas et déclaré sa mission pour porter le nom du Christ Sauveur parmi les Gentils. Le Seigneur ne lui rappelle pas les fautes qu’il avait commises, mais il se souvient de sa fidélité ; il l’encourage, et lui fait comprendre que, quoiqu’il en soit, il était entre ses mains et protégé par Lui (et cela était d’autant plus nécessaire que Paul était prisonnier et qu’il pouvait se dire : j’ai manqué, je n’ai pas écouté l’avertissement de l’Esprit) ; gardé à Jérusalem, il le ferait arriver sûrement à Rome, où il lui donnerait de lui rendre témoignage. Quelle consolation pour le cœur de son pauvre serviteur ! Quelle grâce de la part du Seigneur ! L’apôtre aurait pu dire : « Mon témoignage est fini, j’en suis moi-même la cause ; ah ! pourquoi n’ai-je pas suivi les conseils de l’Esprit ; la fin de mon œuvre est arrivée, et cela par ma faute ! » Mais le Seigneur se manifeste ; Paul est dans ses mains, et Jésus le reconnaît encore comme témoin de Son nom. Et nous, ne reconnaîtrions-nous pas celui que le Seigneur reconnaît ? Certainement. Il est possible que la force spirituelle du témoignage ne se manifeste pas ; il est possible que l’avertissement qu’il avait reçu eût dû arrêter ses pas, et qu’il eût dû demander au Seigneur ce qu’il devait faire ; mais la main et le cœur du Seigneur étaient avec lui. La grâce est d’autant plus remarquable ici, que la position dans laquelle il s’était placé l’avait privé de la puissance de l’Esprit de Dieu.

La haine des Juifs n’a fait qu’accélérer la délivrance de Paul hors de leurs mains. Plus de quarante Juifs complotant sa mort, le capitaine l’envoie à Césarée, résidence du gouverneur. Dieu a toutes choses à sa disposition ; et ici, pour la première fois, nous entendons dire que l’apôtre avait un neveu et une sœur. Lui ne connaissait plus personne selon la chair, mais Dieu connaît le péril dans lequel il se trouve, et il se sert pour l’en tirer de l’intérêt naturel d’un parent. Paul ne s’occupe ni du jeune homme, ni du danger qu’il court, mais il envoie son neveu au chiliarque et le complot est déjoué.

Mais dans les circonstances où il se trouvait, — et ces circonstances étaient pour Paul les moins élevées dans son histoire, — comme la figure de Paul est grande dans cette scène, si nous le comparons avec ceux qui l’environnaient ! Comme il est grand à côté de ces sacrificateurs sans conscience et sans cœur, dominés par leurs basses passions, et ne cherchant que leur propre importance. Et le chiliarque ? Obligé de mettre un frein aux passions d’un peuple qu’il méprisait, il montre une mondanité pleine de fausseté et de mépris pour les droits d’autrui, en envoyant ainsi Paul vers le gouverneur. Partout, hélas ! les sentiments ordinaires et bas des pauvres mortels ! Dans Paul, bien qu’il soit opprimé et dans une position fausse, brillent l’intégrité et la grandeur d’âme ; nous voyons en lui une âme soutenue par les choses élevées avec lesquelles il avait été en relation, — par la pensée d’un Seigneur glorifié, et duquel il avait reçu une mission pour sauver les pauvres pécheurs. Ses persécuteurs ne pouvaient comprendre ces choses (ce qui prouve que sa position était fausse) ; elles s’épanchaient naturellement d’un cœur qui en était plein. Mais Paul ne fait que jeter les choses saintes aux chiens, et les perles aux pourceaux. Toutefois ces choses grandissent et font briller la figure de l’apôtre dans le cadre dans lequel il nous apparaît ici, où nous le voyons petit et abattu quant aux circonstances, mais élevé entre tout ce qui est grand, par la beauté et la grandeur de sa figure morale.

Paul se trouve placé maintenant entre les mains des Gentils, et quoique le Saint Esprit n’agisse pas librement en lui, la providence de Dieu le garde ; elle dirige tout, pour le témoignage qu’il devait rendre, et Sa faveur est avec lui. L’inimitié implacable des Juifs ne sert qu’à amener l’accomplissement des conseils de Dieu, et à avilir les Juifs aux yeux de quiconque possède un cœur honnête. Paul ne devait plus rester sous leur puissance ; et leur désir de se rendre maîtres de sa personne, le conduit successivement devant Lysias, Félix, Festus et Agrippa, et finalement devant César. Telle était la volonté de Dieu, et aussi le moyen employé par Lui pour présenter l’évangile aux grands et aux gouverneurs. Dieu ne suscite pas, comme on le croit souvent, des hommes du monde pour présenter l’évangile aux grands de la terre ; mais Dieu permet que son serviteur soit prisonnier, afin que l’évangile soit porté à la connaissance des gouverneurs et des rois. « Dieu a choisi », dit l’apôtre, « les choses folles du monde pour couvrir les hommes sages de honte ; et Dieu a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde et les méprisées, et celles qui ne sont point, pour annuler celles qui sont ; en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Cor. 1:27).

Paul conduit par des gardes voyage la nuit, parce que le chiliarque ne se fiait pas aux Juifs ; il porte avec lui une lettre exposant les événements d’une manière favorable pour lui, et annonçant qu’il était Romain, un bon accueil lui étant ainsi préparé auprès du gouverneur.

 

23               Chapitre 24

Les Juifs, toujours remplis d’inimitié, descendent à Césarée pour accuser Paul. L’accusation est ce que l’histoire elle-même suggère, savoir l’action de l’apôtre parmi les Juifs dans les pays en dehors de la Palestine, et sa profanation du temple (v. 5-6). Ses accusateurs s’en réfèrent au chiliarque pour la confirmation de ce qu’ils avançaient. La dignité de la réponse de Paul est manifeste. Il parle au gouverneur avec le respect qui lui est dû, mais avec une entière indépendance, avec simplicité et une bonne conscience, comme un homme innocent. Il n’hésite pas à confesser sa foi chrétienne, que les Juifs appelaient une secte, et déclare particulièrement qu’il croyait à la résurrection. Il nie formellement ce dont on l’accusait, et il demande que ses adversaires en donnent la preuve. La seule chose de laquelle ils pouvaient l’accuser, c’était qu’il avait parlé de la résurrection de manière à susciter un tumulte dans le sanhédrin ; mais cela, ils étaient peu disposés à l’éclaircir : leur violence dans cette circonstance, avait forcé le chiliarque à l’arracher de leurs mains. Félix, habitué aux coutumes juives, voyant qu’il s’agissait du christianisme, qui était devenu une chose publique dans le pays, diffère son jugement jusqu’à ce que Lysias fut descendu de Jérusalem à Césarée (v. 22 et 23). En attendant, Paul eut plus de liberté, et il fut permis à ses amis de venir le voir.

Quelques jours après, Félix, qui semble avoir été absent avec sa femme Drusille, qui était Juive, fait appeler Paul pour l’entendre parler de la foi de Christ, parce que maintenant la nouvelle doctrine se répandait partout, et attirait l’attention de tous. Félix connaissait très bien les doctrines des Juifs, et lui et sa femme voulaient savoir ce qu’était le christianisme dans sa source originelle. Ils mandent Paul dans ce but. Mais Paul, toujours occupé des âmes, et de Christ, parle à la conscience du gouverneur en lui annonçant un jugement à venir. Alors Félix tout effrayé renvoie l’apôtre à une autre fois, lorsqu’il trouverait un moment plus convenable pour l’entendre. Le témoignage divin est rendu ainsi devant le sanhédrin, devant Lysias, et devant le gouverneur. Celui-ci espérait, en outre, que Paul lui donnerait de l’argent pour être mis en liberté ; mais Paul ne consent pas à cette iniquité, et il reste prisonnier. Félix devait partir, et, voulant gagner la faveur des Juifs, il laisse Paul prisonnier (v. 27). Il ne s’inquiétait pas de la justice ; il savait que Paul était innocent, et qu’ainsi il aurait pu le relâcher ; mais l’argent et l’opinion publique étaient plus importants pour lui ; et l’intention de Dieu était que Paul comparût devant d’autres gouverneurs et rois, et devant l’empereur lui-même ; et c’est ce qui est arrivé.

 

24               Chapitre 25

Festus, le nouveau gouverneur, monte, au bout de trois jours, à Jérusalem. Alors le souverain sacrificateur et les principaux d’entre les Juifs comparurent devant lui et portèrent plainte contre Paul, demandant que celui-ci vint à Jérusalem, et lui dressant des embûches pour le tuer en chemin. Mais Festus n’y consent pas ; il leur dit qu’il retournera bientôt à Césarée, qu’ils devaient y aller eux-mêmes pour accuser Paul. Dieu garde encore ici son serviteur par les soins de sa providence. Festus étant descendu à Césarée fait comparaître Paul devant lui ; et voulant gagner la faveur des Juifs qui l’accusaient, il propose à Paul de monter à Jérusalem, chose qu’il avait refusée aux Juifs, à cause de sa propre dignité, et qu’il leur offre maintenant pour gagner la popularité. Les deux années qui s’étaient écoulées n’avaient pas modifié la haine, ni réveillé la conscience des Juifs ; et dans le Romain il n’y avait que des motifs mesquins, — l’amour de lui-même et de sa propre importance.

Paul conserve son intégrité, il est gardé par Dieu ; il nie les choses que ses accusateurs ne pouvaient prouver. Festus, ne recherchant pas la justice, ne veut que se rendre agréable au peuple ; comme nouveau gouverneur, il recherchait la popularité ; il traitait Paul avec injustice, et lui propose d’aller à Jérusalem ; mais Dieu gardait son serviteur. Paul répond avec beaucoup de dignité et de courage, que Festus savait bien qu’il n’avait rien fait de mal, et qu’il n’avait pas le droit de le livrer à ses ennemis. Puis, il en appelle à César, faisant valoir son droit comme Romain. Dieu voulait qu’un témoignage fût rendu à Rome et devant l’empereur lui-même, et il accomplit son dessein par sa providence. Ce ne fut pas la pensée de Festus ni des Juifs, ni le témoignage de l’Esprit en Paul : mais la volonté de Dieu s’accomplit sans la volonté des hommes.

Paul, nous l’avons vu, répond courageusement qu’il n’avait rien fait contre les Juifs et que Festus n’avait pas le droit de le leur livrer ; il en appelle à César en se prévalant de ses droits de Romain, ainsi qu’il l’avait fait précédemment pour son caractère de pharisien. Nous savons qu’il était Romain, qu’il était pharisien ; mais ce ne sont plus les choses folles, les choses faibles, les choses viles et les méprisées, et celles qui ne sont pas, qui réduisent à rien les choses qui sont. Tout n’est pas que mal et ordures. Paul use de ces choses pour éviter la mort et l’injustice ; Dieu s’en sert pour amener l’apôtre à Rome, un témoin de la vérité pour les grands de la terre.

Telle est la cause de la comparution de Paul devant Agrippa, comme aussi de son voyage à Rome. Il en avait appelé à César, il fallait qu’il allât à César ; et telle est la décision de Festus.

Mais, tandis que ces choses se passaient, le roi Agrippa et Bérénice sa femme, arrivèrent à Césarée pour saluer le nouveau gouverneur (v. 13 et suiv.). Celui-ci leur raconta l’histoire de Paul, se donnant (comme nous le voyons partout dans le monde et ici encore) un caractère d’équité et de fidélité aux principes de la justice et de l’honneur ; seulement il parle de l’histoire de la résurrection comme d’une superstition juive. Agrippa qui était un Hérode, et roi de la partie septentrionale de la Palestine, de race édomite, professant la religion juive, et par conséquent au courant des choses et des questions religieuses de ce pays, était désireux de savoir clairement et de bonne source ce que c’était que le christianisme, qui avait soulevé dans son pays un si grand mouvement dans les esprits des hommes. Il demande donc à entendre Paul. Festus accède à son vœu, satisfait lui-même d’avoir un motif positif pour envoyer l’accusé à César, sachant bien qu’il n’était pas coupable. Nous avons la preuve de l’innocence de Paul par le témoignage même du gouverneur dans son discours à Agrippa et à ceux qui assistaient à l’audience : il ne savait pas qu’écrire à l’empereur, et il s’excuse de faire venir Paul devant Agrippa, afin de trouver ce qu’il devait écrire.

 

25               Chapitre 26

Paul prononce alors son apologie : il démontre que, de fait, il se trouvait accusé pour la promesse faite aux pères, et que telle était aussi la raison de l’accusation portée contre lui par les Juifs. « Pourquoi juge-t-on incroyable que Dieu ressuscite les morts ? » Il avait pensé lui-même qu’il fallait faire beaucoup contre le nom de Jésus le Nazaréen ; et il l’avait fait comme eux, étant zélé contre les chrétiens, les persécutant avec fureur jusque dans les villes étrangères. Puis il raconte l’apparition du Seigneur Jésus sur le chemin de Damas, où il allait poursuivre des chrétiens et les traîner en prison et à la mort. La gloire du Seigneur resplendit du ciel et l’arrêta, lui annonçant que c’était Jésus lui-même qu’il persécutait, puisque tous les chrétiens étaient un avec Lui, — parole par laquelle, pour la première fois, l’union des chrétiens avec Jésus (vérité développée plus tard dans sa plénitude par l’apôtre) est annoncée.

La conversion de l’apôtre a été accomplie par deux moyens : d’abord, par la gloire céleste de l’homme Jésus Christ, Seigneur, Paul voyant premièrement la gloire céleste et divine, puis apprenant qu’il était Jésus ; ensuite, par la révélation que tous les chrétiens étaient unis en un seul corps avec Lui. Paul persécutait Jésus lui-même. Il devait être le témoin des choses qu’il avait vues, et de celles par lesquelles Jésus, qui lui était révélé, lui apparaîtrait encore. Il était désormais séparé du peuple juif et des Gentils, vers lesquels dorénavant le Seigneur l’enverrait. Il n’était plus Juif, et il n’était pas devenu Gentil ; il était associé au Seigneur de gloire, envoyé par Lui, témoin de sa gloire, et de la grâce qui avait pris un ennemi furieux pour en faire l’expression et le témoin d’une grâce parfaite qui l’avait converti et sauvé. Sa mission, comme ouvrier de Dieu, était d’ouvrir les yeux de ces Gentils, de les convertir des ténèbres à la lumière, et de la puissance de Satan à Dieu, afin qu’ils reçussent la rémission des péchés, et leur part avec les sanctifiés, — le tout par la foi en Jésus. « Par la foi en moi » (v. 18), s’applique plus spécialement à l’effet de la rémission et à l’héritage, bien que de fait sa portée s’étende à tout le verset. Obéissant à la vision céleste, Paul a ainsi prêché partout la repentance des péchés, en commençant par les Juifs, et il a annoncé à tous de se tourner vers Dieu, en faisant des œuvres convenables à la repentance (v. 19-20). C’est pourquoi les Juifs avaient cherché à le tuer ; mais avec l’aide de Dieu il vivait jusqu’à ce jour, n’annonçant pas autre chose que ce que les prophètes avaient dit devoir arriver savoir les souffrances de Christ, sa résurrection, et qu’il était la lumière pour le peuple et pour les Gentils.

Pour Festus, tout cela n’était que du fanatisme (v. 24). Mais Paul répond à Festus avec une dignité et une convenance parfaites, la meilleure preuve que ce n’était pas de la folie, mais qu’il parlait avec des paroles de vérité et de sens rassis. De fait, pour un Gentil non converti et dont la conscience n’était pas touchée, un témoignage comme celui de l’apôtre était une vraie aberration. Festus sent qu’il s’agit de choses qui lui sont entièrement inconnues ; il voit qu’il ne s’agit pas de crimes ; il ne comprend rien à ce dont il est question. Les formes polies dont il avait usé au premier moment disparaissent, ainsi que ce qui convenait à sa position ; la puissance de ce que Paul avait dit suffit pour le réduire à l’état naturel de son âme. C’est Paul qui maintient la dignité et les convenances, et qui replace Festus dans sa position de gouverneur ; Paul s’adresse à Agrippa, qui connaissait la vérité de ces choses, de sorte qu’il pouvait en parler librement devant lui. Puis, se tournant vers Agrippa, il dit : « Roi Agrippa, — faisant appel à la conscience du roi, — crois-tu aux prophètes ? Je sais que tu y crois ».

Par sa dignité, Paul domine entièrement la scène ; il était au-dessus de toutes les circonstances. Agrippa est rendu confus par cette interpellation de l’apôtre, car il était Juif de profession, mais n’avait rien dans le cœur ; et honteux, à cause de la société au milieu de laquelle il se trouvait, d’être réduit au silence par la parole simple mais puissante de l’apôtre, il cherche à parer les coups et à se railler de Paul, en disant : « Tu me persuaderas bientôt d’être chrétien ! » Mais le grand cœur de Paul, avec amour et dans la conscience d’une immense félicité dans le christianisme, répond : « Plût à Dieu que non seulement toi, mais aussi tous ceux qui m’entendent aujourd’hui, devinssent de toutes manières tel que je suis, hormis ces liens » (v. 29). Belle expression d’une belle âme, pleine de grâce, et par conséquent d’amour pour les autres, et du sentiment d’un bonheur que deux années de captivité avaient augmenté plutôt que de l’affaiblir ! Mais tel qu’il est, le pauvre prisonnier, le Juif méprisé, élevé au-dessus des gouverneurs et des rois par sa proximité avec Dieu, les traite avec déférence et respect, comme c’était son devoir, et comme il pouvait le faire, à la hauteur où il se trouvait moralement au-dessus d’eux, par la foi au Sauveur glorifié. Humble et tranquille, quand l’occasion s’en présente, il révèle la grandeur de ce qui était dans son âme, faisant des vœux d’amour pour les grands qui n’avaient que l’éclat extérieur.

Aux yeux de Festus païen, qui n’appréciait que la grandeur humaine, Paul était un insensé ; et, pour Agrippa, ce n’était qu’ennui et gravité. Ils avaient désiré savoir ce que c’était que le christianisme qui attirait l’attention de tous autour de lui, et qui prétendait venir de Dieu et réclamait la soumission de tous à l’autorité de Dieu ; mais peut-être qu’Agrippa ne s’attendait pas à se trouver personnellement si humilié. Pour Paul, le prisonnier, c’était le salut éternel, et la présence de Dieu qui l’avait sauvé, et les arrhes de la gloire de laquelle il était héritier. Le témoignage est ainsi rendu.

L’effet produit sur le roi Agrippa est évident, non pas qu’il fût converti, — il en était bien éloigné, — mais sa conscience était touchée. Il parle à Festus comme un petit roi à un gouverneur, non comme sentant légèrement, ni comme méprisant la vérité et le christianisme, mais en se mettant en avant pour déclarer que Paul aurait pu être mis en liberté, s’il n’en avait pas appelé à César. Ainsi les deux choses sont établies : l’innocence de Paul, puisqu’Agrippa comprenait bien la vérité de ce qu’il avait exposé, et que son appel à César, était le seul obstacle à sa mise en liberté. La volonté de Dieu était que Paul se rendît à Rome ; mais, quant aux circonstances, Paul aurait pu s’y rendre librement, s’il ne s’était pas servi de ses droits mondains pour obtenir sa liberté.

La main de Dieu toutefois se trouvait en tout cela, puisque celui qui avait dit que Paul aurait pu s’en aller libre, a entendu le témoignage par le moyen de cet appel de l’apôtre à César ; et par sa connaissance des usages du pays, il a pu déclarer avec certitude que le recours de Paul l’empêchait seul d’être délivré. On verra comment la foi de l’apôtre considère l’effet de son activité (Phil. 1:12, 13, 19, et les vers. suiv.) ; et nous savons aussi que les trois épîtres aux Éphésiens, aux Colossiens et aux Philippiens, et celle à Philémon, sont les fruits précieux de son activité à Rome. Mais ce que l’Esprit avait à dire de sa mission aux Gentils est terminé. La belle et bienheureuse figure de l’apôtre reste, mais sa mission est terminée dans l’histoire de Dieu. Nous verrons aussi la condamnation des Juifs clore cette histoire.

 

26               Chapitre 27

Il fut décidé que Paul s’en irait en Italie, et on le remit, avec quelques autres prisonniers, à un centenier nommé Jules, de la cohorte Auguste, qui les fit monter sur un navire qui devait suivre la côte d’Asie. Aristarque accompagne l’apôtre, ce qu’il avait déjà fait dans des précédents voyages. Nous l’avons vu à Éphèse avec Gaïus, qui avait reçu l’apôtre à Corinthe.

Jules use d’humanité envers Paul, et l’autorise, à Sidon, à visiter ses amis. Dieu a pris soin de son serviteur ; il lui accorde les soins prévenants de ce centenier ; du reste, Jules et l’autorité savaient bien que Paul n’était coupable de rien ; ils étaient obligés de l’envoyer à Rome à cause de son appel à César.

Le voyage se poursuit, mais lentement, parce que le vent était contraire, jusqu’à ce qu’on fût arrivé à un lieu appelé Beaux-Ports, dans l’île de Crête, près d’une ville nommée Lasée. On était au mois de novembre, la navigation était périlleuse, et le port ne répondait pas à son nom, étant très exposé aux vents. La sagesse humaine conseillait le départ ; ceux qui conduisaient le navire espéraient, grâce à un vent favorable, pouvoir atteindre un meilleur port, encore connu dans les temps modernes, celui de Phénice, et y passer l’hiver : — les vents soufflaient, l’un doucement mais perfidement, l’autre avec plus de violence, comme cela arrive encore aujourd’hui dans ces parages. On voit ici de nouveau combien l’apôtre vivait près de Dieu, et quelle était son intimité avec Lui, ainsi que toute la beauté de la riche grâce du Seigneur, et comment, par cette communication, Paul domine toute la situation. Il peut avertir, de la part de Dieu, les marins et le patron du navire, de ce qui arriverait. Mais cette révélation étant exprimée d’une manière générale, le centenier se confia davantage au patron et au pilote du navire, qu’à ce que Paul disait. Pour lui, ce n’étaient que des prévisions humaines. Aussi, quand le vent du midi souffla doucement, ils pensèrent être venus à bout de leur dessein de gagner Phénice. Mais c’est Dieu qui tient les vents dans le creux de sa main. Le vent doux et favorable, qui les avait trompés pendant un temps et engagés à partir, ne continue pas, et bientôt un vent orageux nommé Euroclydon, qui souffle de la Grèce et encore plus de l’orient, les pousse malgré eux vers le sud-ouest, les menaçant de les jeter vers les bas-fonds de la Syrte, en Afrique, qui se trouvaient justement devant eux sous le vent. Ils se rendirent avec grande peine maîtres de la chaloupe, qui leur fut du reste tout à fait inutile (v. 30-32). Dieu ne voulait pas que des moyens humains sauvassent le navire et toutes les âmes qui s’y trouvaient, mais que la parole de Paul fût accomplie, et qu’il fût lui-même l’auteur de leur sécurité.

Il est inutile de raconter toutes les particularités du voyage, car ce qui est important pour nous, c’est la position de l’apôtre. Ceux qui montaient le navire firent tout ce qui était possible pour le sauver, et la description de leurs manœuvres est parfaitement exacte, même technique ; mais tout fut en vain. Poussés par la tempête, ils sont jetés sur l’île de Malte. Toute espérance de salut étant maintenant enlevée, Dieu intervient, et par le moyen d’une révélation faite à Paul, il relève le courage des cœurs abattus. L’apôtre rappelle ce qu’il avait dit à Beaux-Ports ; ils auraient dû suivre ses conseils ; ils recueillaient maintenant la peine de les avoir refusés, et de s’être reposés sur la connaissance des marins. Mais il les exhorte à avoir bon courage, car aucun d’eux ne perdrait la vie ; le navire seul périrait. Comme devant les gouverneurs, Paul, serviteur de Dieu, s’était montré moralement supérieur, tel il se montre encore ici, dans les périls propres à produire le découragement au milieu de l’équipage du navire. Dieu gardait Paul ; il fallait qu’il comparût devant César ; et, dans sa grâce, Dieu lui avait donné tous ceux qui naviguaient avec lui.

Le navire étant, comme on pensait, arrivé par la force du vent près de la terre, les matelots jetèrent quatre ancres de la poupe. Puis, tandis que tous attendaient avec impatience que le jour vint, les matelots, ne pensant qu’à eux-mêmes, cherchaient à se sauver dans la chaloupe, sous prétexte d’aller jeter au loin les ancres de la proue. Mais Paul est là, il observe tout, et dirige, on peut le dire, de la part de Dieu, ce qui se fait. Il faut que Dieu les sauve. Paul a acquis maintenant une complète influence sur ceux qui possédaient l’autorité ; la présence de Dieu, et la connaissance divine de ce qui arriverait, qui lui furent accordées, lui avaient acquis leur confiance. Les soldats coupèrent les cordes de la chaloupe, et la laissèrent tomber. Il était convenable que leur salut dépendît de Dieu, et que cela fût reconnu. Si quelques-uns avaient été sauvés par des moyens humains, les autres auraient pu se sauver aussi. Paul déclare que tous seraient perdus si les matelots ne restaient pas dans le navire. Toute l’œuvre devait être l’œuvre de Dieu.

Remarquons ici que, si nous suivons les conseils donnés de Dieu par sa parole, nous éviterons beaucoup de choses fâcheuses. Il peut nous sauver encore malgré elles, mais au travers de pertes et de douleurs. Israël n’a pas voulu monter contre les Amoréens, et à cause de cela il a été forcé de rester trente-huit ans dans le désert. Ici ceux qui conduisaient le navire n’ont pas voulu écouter les paroles de Paul, qui étaient celles de Dieu ; ils ont tout perdu sauf la vie. Cependant le salut est venu, et il est évidemment de Dieu seul, et cela pour l’honneur de son serviteur, dont ils avaient méprisé les conseils. Il est toujours important pour nous de nous assurer de la volonté de Dieu avant d’entrer dans quelque chemin que ce soit ; si nous sommes assurés de la volonté de Dieu, les difficultés ne sont que des difficultés, et le secours de Dieu suffit pour les surmonter ; mais si nous ne sommes pas certains qu’une chose soit la volonté du Seigneur, alors naissent dans le cœur l’incertitude et la faiblesse, parce que la foi pour compter sur l’aide du Seigneur manque, et parce que nous ne sommes pas certains que nous sommes dans le chemin voulu de Dieu.

Paul encourage l’équipage et les engage à manger, la tempête les ayant empêchés depuis quatorze jours de prendre un repas régulier. Il leur dit de la part de Dieu que pas un cheveu de leur tête ne tombera ; il rend grâces, et mange lui-même pour les encourager (v. 33-35). Ainsi tous prirent courage et mangèrent ; et quand ils furent suffisamment nourris, ranimés par l’énergie de celui qui marchait avec Dieu, et avec lequel était le secret de Dieu, ils se mettent à l’ouvrage, et, pour alléger le navire, ils jettent le blé à la mer. Ce n’était pas mal faire ; Dieu peut se servir des moyens et de l’intelligence des hommes pour faire une chose comme celle-là, mais ici, ces moyens n’ont pas servi à grand-chose ; la main de Dieu a tout fait. Le navire est dirigé vers une plage qui avait la mer de deux côtés, où la proue du navire s’échoue, tandis que la poupe se rompait par la violence des vagues.

Mais Dieu est fidèle à sa promesse. Les soldats voulaient tuer les prisonniers, afin qu’ils ne se sauvassent pas ; — le centurion, ému de tout ce qui était arrivé, et dirigé par Dieu, voulant sauver Paul, ne le leur permit pas ; et d’après ses ordres ceux qui savaient nager se jetèrent les premiers à la mer, et les autres sur des débris du navire, et ainsi tous se sauvèrent à terre.

Dieu a ainsi honoré son serviteur. Celui qui gouverne les vents et la mer, a fait passer tous ces hommes à travers la tempête, mais par leur propre faute, pour montrer combien l’apôtre était près de Lui, et il les a tous sauvés et comme donnés à Paul qui brille ici, comme ailleurs, par la force de la foi, par sa belle confiance en Dieu. La sagesse de l’homme n’entre pour rien dans le salut de l’équipage et de tous ceux qui montaient le navire. Il a fallu que tous se résignassent à être sauvés par Dieu ; et ils furent sauvés. Tout effort pour éviter cette nécessité a été rendu vain par la parole de Paul

 

27               Chapitre 28

Dieu glorifie son serviteur dans l’île sur laquelle il s’était sauvé : Paul opère des miracles, et il ne lui arrive aucun mal de la morsure d’un serpent venimeux qui s’était attaché à sa main. Paul s’est constitué lui-même prisonnier par son appel à César, mais Dieu est avec lui. Il fallait qu’il rendit témoignage devant l’empereur. Dieu s’est servi de son voyage à Jérusalem (où, il est vrai, la puissance de l’Esprit ne s’est pas manifestée en Paul) pour le conduire devant César qu’il n’aurait pas pu rencontrer autrement. Dieu, bien loin de l’abandonner, lui montre sa grâce, pleinement, et sa puissance envers lui. J’ai déjà dit que son témoignage public, comme il nous est raconté dans l’Écriture, avait pris fin. Le dernier témoignage est présenté aux Juifs, et leur jugement est scellé ; mais la grâce du Seigneur ne fait pas défaut, elle console et soutient son serviteur dans les circonstances au milieu desquelles il se trouve. La faiblesse de l’homme, il est vrai, se montre aussi en Paul, mais la grâce et la sagesse de Dieu se montrent également.

Il est remarquable que l’église de la ville de Rome n’ait pas eu un apôtre pour fondateur. Il y avait des chrétiens à Rome avant l’arrivée de Paul, mais l’évangile dans sa puissance apostolique, y arrive prisonnier.

Paul continue son voyage sans incidents importants ; il trouve des frères à Pouzzole, où il reste pendant sept jours. De là, il se met en route pour Rome, d’où les frères, ayant appris que Paul arrivait, viennent à sa rencontre. Il est probable que Paul et ses compagnons avaient été obligés de rester à Pouzzole, pendant que le centurion faisait connaître à l’autorité qu’ils étaient arrivés en Italie, et la nouvelle en était ainsi parvenue jusqu’aux frères.

Mais ici nous en revenons aux expériences de l’apôtre : l’amour des frères les pousse à aller à sa rencontre, et lui, les voyant, rend grâces à Dieu et prend courage. Il était donc abattu, je ne dis pas découragé, mais il avait besoin d’être fortifié. Nous trouvons ici, dans l’état expérimental des chrétiens, une différence importante à remarquer : d’un côté, il y a l’état de l’âme en elle-même ; de l’autre, il y a sa force en présence des difficultés et de la puissance de l’ennemi, et dans le travail et l’œuvre qu’exige l’évangile, au milieu d’un monde dont Satan est le prince ; bien que ces deux choses réagissent l’une sur l’autre. Il est possible que nous ayons un profond sentiment de faiblesse, même de crainte au-dedans, et que nous soyons abattus ; mais si nous marchons avec Dieu, si la foi à sa fidélité et à sa bonté ne nous manque pas dans l’œuvre, et si devant les ennemis nous nous oublions nous-mêmes, alors la force de Dieu opère en nous, et agit contre la puissance de l’ennemi et au milieu des incrédules parmi lesquels nous travaillons.

C’est ce qui arriva à Moïse. Il choisit d’être affligé avec le peuple de Dieu qui était dans la servitude, il abandonne la cour de Pharaon, il est fidèle et béni, et reconnu de Dieu dans ce qu’il fait ; mais il va avec la force humaine, et, après avoir tué l’Égyptien, il s’enfuit, craignant la colère du roi. Quarante ans passés dans le désert lui ont ôté cette confiance en sa propre force ; seulement le manque de foi en Dieu s’est mêlé avec le sentiment de sa faiblesse : il n’était pas éloquent, disait-il, ni capable de comparaître devant Pharaon. Mais quand, envoyé par Dieu, il se trouve dans la présence du roi, on ne voit en lui ni la fausse énergie de la chair, ni le sentiment de sa faiblesse. La force de Dieu est avec lui ; comme il est écrit, il représente Dieu devant Pharaon ; soutenu par sa force, il surmonte les obstacles, et délivre le peuple de la servitude.

Paul, lui aussi, quand il a dû travailler au milieu d’une population riche et corrompue, disait (1 Cor. 2:3) : « Et moi-même, j’ai été parmi vous dans la faiblesse, dans la crainte, et dans un grand tremblement ». Sentant les difficultés et la puissance du mal, il compte sur l’aide de Dieu, et l’œuvre se fait avec démonstration de l’Esprit et de puissance. La force du Seigneur opère et s’accomplit dans la faiblesse de l’homme.

Et le Seigneur ? Parfait en toutes choses, il traverse toutes les souffrances, dans son cœur, avec son Père à Gethsémané, avant de boire la coupe ! Il ne buvait pas alors la coupe ; il ne faisait pas alors de fait la propitiation de nos péchés ; mais, comme homme, il regardait tout ce qui était devant lui. Toute la puissance de Satan était là, en effet, pour l’empêcher de marcher jusqu’à la fin dans le chemin de l’obéissance. Son âme est pleine de douleur jusqu’à la mort ; mais il présente toutes choses à son Père ; et quand les ennemis viennent, il est calme comme aux jours de sa vie de service.

Ici-bas, notre sagesse est de présenter tout à Dieu dans les combats qui sont devant nous, dans notre service ; puis Dieu sera avec nous quand le service s’accomplit, il peut se faire que notre faiblesse nous soit sensible, mais la force de Dieu sera avec nous. Paul, plein de cette force quand il se trouve avec les autres, et dans les circonstances les plus difficiles, sent la difficulté de sa propre position, et il est encouragé par la présence et par l’amour des frères.

Il va donc à Rome, où le centenier le remet avec d’autres prisonniers aux mains du capitaine de la garde. Mais Paul jouit des soins et de la protection de Dieu ; on lui permet de prendre un logement avec un soldat qui le gardait. La conduite des Juifs n’a pas détaché du peuple le noble cœur de l’apôtre (je dis noble, parce que c’était un vase d’élite ; voyez Matthieu 25:15) ; il se montre plein de grâce envers son peuple, le peuple de Dieu. Il fait appeler les Juifs ; mais hélas, ce n’est que pour leur faire entendre pour la dernière fois la condamnation prophétique. Quelques-uns d’entre eux croient.

C’est ici la fin des voies de Dieu envers Israël, et la fin des travaux de Paul, prisonnier à Rome. Les menaces de Dieu proférées par la bouche d’Ésaïe huit cents ans auparavant (Ésaïe 6), sont maintenant accomplies. La longue patience de Dieu, le don de son Fils, les nombreux avertissements des prophètes, tout avait été inutile. Dieu avait encore accordé un temps de grâce par l’intercession de Christ sur la croix ; mais les Juifs n’ont pas voulu reconnaître davantage un Christ glorifié, qu’un Christ crucifié. C’est la miséricorde qui a prolongé le témoignage de la grâce jusque dans les pays éloignés de Jérusalem, parmi ceux de la dispersion, après que Jérusalem eût rejeté la bénédiction divine ; mais elle ne produisit aucun effet sur eux, et ainsi le jugement tombe sur le peuple incrédule, jusqu’à ce que vienne le moment où la grâce souveraine de Dieu l’appellera à jouir des privilèges de la nouvelle alliance, et que le Seigneur Jésus vienne, apportant la bénédiction meilleure selon la pure grâce. Mais l’histoire d’Israël, quant à sa responsabilité, est finie désormais, comme aussi celle de l’évangile annoncé dans sa libre puissance. Dieu n’a jamais cessé d’avoir un témoignage sur la terre, et il lui a accordé de la force et du succès selon le bon plaisir de sa volonté ; que son nom en soit béni ; mais l’œuvre de la liberté et de l’énergie apostolique a pris fin.

L’évangile est prisonnier à Rome ! Mais la providence de Dieu veille sur la vérité ; elle maintient son témoignage, et ne permet pas qu’il soit entièrement enseveli. Il est possible que Dieu permette que les ténèbres aient le dessus, ou bien qu’il donne aux siens de l’énergie et des succès ; mais il maintient toujours le témoignage. Il y a des temps fâcheux, dans lesquels l’iniquité et la superstition prévalent, et où la vérité est persécutée ; et d’autres moments dans lesquels Dieu tient la porte ouverte et accorde une entière liberté ! Mais souvent la foi et la fidélité brillent davantage dans les temps fâcheux que dans les temps où tout est facile et tranquille. Élie, qui fut enlevé au ciel sans passer par la mort, ne vivait pas sous le règne de Salomon, et quand il ne savait pas trouver des fidèles en Israël, Dieu soutenait et gardait néanmoins ses sept mille hommes au milieu du peuple incrédule et apostat.

Dieu a trouvé bon de laisser Paul en prison, mais il lui a laissé une porte ouverte pour parler aux âmes. L’apôtre reste pendant deux ans entiers dans la maison qu’il avait louée, prêchant le royaume de Dieu, et enseignant les choses qui regardent Jésus Christ, avec toute hardiesse, sans empêchement.

Telle est la fin émouvante de la carrière publique de l’apôtre des Gentils, fidèle en toutes choses, large de cœur, capable par la grâce de comprendre les conseils magnifiques de Dieu dans leur vaste ensemble, et d’en sentir la perfection et la grandeur ; capable également de s’occuper des circonstances et des relations d’un esclave fugitif avec son maître, et cela avec une affection et une délicatesse sans exemple. Lié au Seigneur d’un cœur qui l’a poussé à tout souffrir pour Lui et pour les âmes qui Lui étaient chères ; courageux jusqu’à ne rien craindre ; doux, affectueux comme une mère pour ses enfants ; énergique et patient, il a tout souffert pour les élus, afin qu’eux aussi obtinssent le salut qui est en Jésus Christ avec la gloire éternelle. Comme vraiment ressuscité avec Christ, il ne connaissait personne selon la chair ; il était séparé des Juifs et des Gentils, et lié à un Christ glorifié, sa force, son espérance et son tout.

S’il s’est trouvé en lui quelque faute, — il était homme et il a montré pleinement son humanité, — c’est qu’il a trop aimé l’ancien peuple de Dieu, ses frères selon la chair. Pour cette faute, il est devenu prisonnier, mais les voies de Dieu ont été selon Sa sagesse, et il nous montre l’effet de son emprisonnement, ou au moins celui d’avoir été lié, au commencement de l’épître aux Philippiens, chapitre 1:12-20. Il est beau de voir, après deux années d’emprisonnement, la foi et le courage de l’apôtre. Il aurait pu avoir des regrets et dire : « Ah ! si tu n’avais pas été à Jérusalem, si tu n’en avais pas appelé à César, tu aurais pu prêcher encore partout, aller en Espagne, etc. ». Mais telle était la volonté de Dieu ; — et Dieu était avec lui dans son affliction ; et Paul, soumis à sa volonté, se place au-dessus des circonstances, rend grâces pour tout, trouve que la sagesse de Dieu est meilleure que la liberté, et travaille là où Dieu l’a placé. La foi et la confiance par la grâce l’élèvent au-dessus de sa position pour être avec Dieu, et pour agir de la part de Dieu avec lequel il se trouvait.

Nous et l’Église, nous devons être pour toujours reconnaissants envers Dieu, du fruit de ce temps où l’apôtre était délivré de son continuel labeur. Ses épîtres aux Philippiens, aux Éphésiens, aux Colossiens et celle à Philémon, ont été écrites à cette époque : — deux d’entre elles sont de profondes dissertations sur les privilèges des chrétiens et de l’assemblée ; une autre est l’expression de l’expérience d’une âme pieuse, et conduite entièrement par le Saint Esprit ; la quatrième enfin nous montre l’affection personnelle de l’apôtre pour une âme qu’il avait gagnée au Seigneur et à la vie éternelle, — un pauvre esclave, il est vrai, mais qu’il appelle « mon enfant que j’ai engendré dans mes liens ». Ces épîtres sont généralement des lettres, dans lesquelles les vérités les plus élevées du christianisme sont exposées, et où nous apprenons ce qui ne se trouve pas ailleurs dans le Nouveau Testament, du moins ainsi développé, car on y trouve les mêmes vérités, au moins en partie, introduites occasionnellement : et ces écrits complètent le cycle de la révélation de Dieu.

La carrière de l’apôtre a été plus remarquable que celle d’aucun autre homme. Quelques-uns ont accompli l’œuvre du Seigneur dans le cercle restreint du judaïsme. Le point de départ pour Paul a été la gloire du Seigneur et cette grande vérité que tous les chrétiens sont reconnus comme étant Lui-même. « Pourquoi me persécutes-tu ? » lui dit le Seigneur. Paul a prêché dans toute la création sous le ciel ce Seigneur glorifié, ainsi que le salut et le règne qui allait venir ; puis il a enseigné et développé ce que c’était que l’Église, pour « compléter la parole de Dieu » : il a fait comprendre la position de l’Église, l’union des chrétiens avec Christ, la présence de l’Esprit dans les croyants et dans l’Église qui devenait ainsi le temple de Dieu sur la terre. La révélation de l’Église, ou autrement dit de l’assemblée, abroge le judaïsme, parce qu’il n’y avait plus ni Juif, ni Gentil, mais des chrétiens unis en un seul corps à Christ. Il était l’administrateur, comme serviteur de Christ, et le fondateur d’une nouvelle dispensation, et il se présentait ainsi comme modèle dans le chemin dans lequel les convertis devaient le suivre.

Aucun apôtre n’a eu la même position. Les douze ont suivi Christ ici-bas, ce que Paul n’a pas fait ; puis ils ont vu le Seigneur monter au ciel, et ils ont cru en un Christ glorifié à la droite de Dieu. Paul, jusqu’alors ennemi violent et acharné de Christ, est converti par la grâce souveraine au milieu de sa course : il commence par la vue du Seigneur glorifié, qui s’est révélé à lui comme Jésus de Nazareth. L’évangile qu’il annonçait, il l’appelle l’évangile de la gloire du Christ. La connaissance et le développement des conseils de Dieu lui sont confiés, et il est ravi au troisième ciel, où il entend ce qui ne se peut rapporter parmi les mortels. Son apostolat fut l’apostolat des Gentils, du monde entier. Appelé par le Seigneur glorifié, et envoyé expressément par l’Esprit Saint, il commence son ministère par les Juifs, peuple aimé de Dieu et qui possédait les promesses ; mais, selon Ésaïe 49, ceux-ci rejettent le témoignage de Dieu, lorsque il se tourne vers les Gentils. Aucun apôtre, excepté Paul, n’a parlé de l’Église, comme corps de Christ et habitation de Dieu par l’Esprit (Col. 1:23-25).

Nous trouvons chez l’apôtre des hauts et des bas qui montrent qu’il est un homme comme nous, des hauts et des bas qui ne se trouvent jamais en Christ, toujours entièrement et uniquement parfait dans toutes les circonstances ; mais s’agit-il d’un homme ayant les mêmes passions que nous, on ne trouve pas l’égal de Paul serviteur de Jésus Christ. Bien qu’il soit prisonnier à Rome, la parole de Dieu n’est pas liée ; Dieu le garde ; demeurant dans le logement qu’il avait loué, il reçoit tous ceux qui cherchaient la vérité, et il enseigne avec une entière liberté l’évangile qui lui était cher. Dans tous les temps, plus ou moins, Dieu a fait publier cet évangile pour donner la vie par la foi, mais l’histoire de cette prédication, commencée avec la merveilleuse puissance du Saint Esprit à Jérusalem, se termine à Rome, où l’évangile gît prisonnier, dans la personne de Paul auquel il avait été confié. Le judaïsme qui a crucifié le Seigneur de gloire, a fait emprisonner l’évangile de la gloire ; mais, malgré les efforts de Satan, Dieu le répand, et spécialement dans ces temps-ci — son nom en soit béni ! Quant à l’Église, il reste lié jusqu’à aujourd’hui. Mais si les prédicateurs n’ont que peu de force, le Seigneur tient la porte ouverte, et personne ne peut la fermer.