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LES ACTES DES APÔTRES

 

 

Darby J.N.

Commentaire biblique publié en français dans ME 1877 et 1878,
et en anglais dans Collected writings, vol. 25 p. 319-450.

Quand le texte français est obscur, le texte anglais est en général nettement plus clair. Cependant la traduction n’a pas été refaite

 

Table des matières :

1     Chapitre 1

2     Chapitre 2

3     Chapitre 3

4     Chapitre 4

5     Chapitre 5

6     Chapitres 6 et 7

7     Chapitre 8

8     Chapitre 9

9     Chapitre 10

10      Chapitre 11

11      Chapitre 12

12      Chapitre 13

13      Chapitre 14

14      Chapitre 15

15      Chapitre 16

16      Chapitre 17

17      Chapitre 18

18      Chapitre 19

19      Chapitre 20

20      Chapitre 21

21      Chapitre 22

22      Chapitre 23

23      Chapitre 24

24      Chapitre 25

25      Chapitre 26

26      Chapitre 27

27      Chapitre 28

 

 

Les Actes des apôtres sont une continuation de l’évangile de Luc ; ils ont été écrits par le même évangéliste. Les discours, soit de Pierre, soit de Paul, que nous y trouvons, ont leur source dans la mission céleste dont il est fait mention à la fin de Luc. Il n’est pas nécessaire, je l’espère, de dire que le tout est écrit par l’inspiration de l’Esprit saint, chacun des évangélistes ayant été employé de Dieu pour nous présenter un aspect différent de l’histoire du Seigneur. Ainsi Matthieu, par exemple, nous présente beaucoup plus que les autres la dispensation de Dieu, et le Seigneur comme Emmanuel au milieu d’Israël sur la terre. D’autre part, en Luc, après les deux premiers chapitres, nous trouvons le Fils de l’homme et les voies de Dieu selon la grâce, ainsi que les bénédictions du temps présent. Matthieu ne rapporte pas l’ascension du Seigneur, et la mission donnée aux apôtres dans son évangile vient d’un Jésus ressuscité, et s’adresse aux Gentils, comme si le résidu des Juifs était déjà reçu en grâce.

En Luc, le Seigneur va monter au ciel, et il y monte en parlant à ses disciples et en les bénissant d’une bénédiction céleste. Dans cet évangile la mission s’adresse à tous, premièrement aux Juifs, puis aux Gentils, les disciples devant commencer par Jérusalem. Cette œuvre, — l’accomplissement de cette mission, — nous est racontée dans le livre des Actes.

Suivons maintenant le cours de cette histoire qui est essentiellement le récit de l’activité des apôtres Pierre et Paul : le premier agissant parmi les Juifs et dans la fondation de l’Église à Jérusalem, l’autre s’en allant parmi les Gentils, bien qu’il s’adresse toujours premièrement aux Juifs. Pierre, l’un des douze disciples, avait suivi le Seigneur sur la terre jusqu’à la nuée qui le reçut et qui le ravit à leur vue ; Paul, ennemi déclaré du nom de Christ, et converti par la grâce souveraine, lorsqu’il était occupé à détruire ce nom, si cela était possible, n’avait vu le Seigneur que dans la gloire : il s’en va vers les Gentils pour les appeler à la foi, témoignage merveilleux de la grâce souveraine de Dieu, et d’une gloire qui rendait un témoignage magnifique à l’œuvre parfaite et acceptée de Christ, gloire à laquelle la foi en Lui et en son œuvre conduisait les croyants. Ces deux grands apôtres posaient le même fondement du salut annoncé en ce seul Sauveur et cette seule œuvre par laquelle nous sommes sauvés.

Le grand fait, duquel dépend tout le récit, c’est la descente de l’Esprit Saint. Sans doute, comme dans toute la Bible, on retrouve ici aussi la responsabilité de l’homme et les voies de Dieu à travers les actes et la faiblesse de l’homme ; mais, ce qui occupe la première place, c’est ce fait d’une importance capitale : la présence sur la terre de l’Esprit Saint, envoyé par le Père et par le Fils de l’homme glorifié, et demeurant dans les fidèles et dans la maison de Dieu. C’est seulement lorsque Dieu a accompli la rédemption, qu’il vient habiter au milieu des hommes. Dieu n’a pas habité avec Adam dans son état d’innocence, ni avec Abraham, ni avec personne, jusqu’à ce qu’il eût fait sortir Israël hors d’Égypte, et qu’il l’eût délivré des mains du roi d’Égypte, dont il avait été l’esclave ; alors Dieu vint habiter au milieu d’eux dans la nuée, et le tabernacle fut rempli de sa gloire.

De même, aussitôt que le Fils de l’homme est monté au ciel pour s’asseoir à la droite de Dieu, ayant accompli l’œuvre de la rédemption, le Saint Esprit — le Consolateur — descend du ciel selon la promesse du Seigneur, et le baptême du Saint Esprit a lieu. Envoyé par le Père, l’Esprit crie « Abba, Père ! » dans les cœurs qui l’ont reçu. Envoyé par le Fils de l’homme de la part du Père, il révèle la gloire de cet Homme dans le ciel ; en outre, il forme le corps de Christ, liant les membres à la tête, de manière que « celui qui est uni au Seigneur est un seul esprit » ; habitant dans le croyant, et de plus dans la congrégation universelle des croyants, de façon qu’ils sont ensemble « l’habitation de Dieu ». Il est évident que cette vérité est d’une immense importance ; car la liberté spirituelle de l’enfant de Dieu, l’unité de l’assemblée de Dieu, l’union des enfants de Dieu, tout dépend de la présence de l’Esprit, comme le tout est fondé sur l’œuvre que le Sauveur a accomplie sur la croix. De plus, cette vérité nous fait sentir l’état de l’église extérieure, là où elle habite, car elle a contristé cet Esprit ; elle a été, a fait, tout le contraire de ce que l’Esprit lui aurait fait faire, tellement que le jugement de Dieu est prêt à fondre sur elle.

Puisque j’ai parlé de la descente de l’Esprit Saint, il est nécessaire de faire comprendre que je ne parle pas de la « nouvelle naissance », bien que ce soit le même Esprit qui l’opère, mais de la venue de l’Esprit, personnellement, quand le Fils de l’homme est monté au ciel. L’Esprit Saint a opéré divinement après la fondation du monde ; il se mouvait sur la surface des eaux ; il a inspiré les prophètes ; il a été l’instrument immédiat de tout ce que Dieu a fait sur la terre et dans les cieux ; mais il est seulement venu ici-bas quand le Fils de l’homme est monté pour s’asseoir à la droite de Dieu (Jean 7:37-39) ; et nous le recevons seulement quand nous avons cru (Éph. 1:13 ; Gal. 4:6). Cette vérité apparaît clairement ailleurs aussi : nous sommes scellés une fois que nous avons cru, — cru spécialement à la valeur du sang de Christ. Lavés dans ce sang précieux, nous sommes propres pour être l’habitation de l’Esprit de Dieu : « Ne savez-vous pas », dit l’apôtre Paul, « que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, et que vous avez de Dieu » (1 Cor. 6:19). Le lépreux, guéri et purifié sous la loi, était premièrement lavé dans l’eau, puis aspergé de sang, puis oint d’huile (Lévitique 14:8, 9, 14-18), figure bien claire de notre purification par le moyen de la parole de Dieu lorsque nous sommes convertis et nés de nouveau, puis de l’aspersion du sang de Christ, et finalement de l’onction de l’Esprit Saint, par lequel nous sommes scellés pour le jour de la rédemption finale. De plus, tous les dons, dont l’exercice a lieu dans l’Église, sont la manifestation de l’Esprit Saint qui y opère (1 Cor. 12). Mais ici, dans le livre des Actes, on ne trouve pas l’exposition des opérations de l’Esprit, mais le fait même de sa venue pour agir.

 

1                    Chapitre 1

Abordons maintenant l’examen de l’histoire elle-même. Elle commence par la grande vérité de laquelle nous avons parlé : les disciples devaient attendre à Jérusalem le baptême de l’Esprit Saint. Nous y trouvons en même temps, au verset 2, la preuve d’une autre vérité précieuse, qui ressort du fait que le Seigneur, après sa résurrection, donne des ordres à ses disciples par l’Esprit-Saint. Nous ne perdrons donc pas l’Esprit Saint, lorsque nous serons ressuscités, — vérité simple, peut-être, mais qui fait sentir combien sera grande notre capacité pour le bonheur quand nous aurons été introduits dans cet état. Ici-bas, une grande partie de notre force spirituelle est employée à nous faire marcher avec intégrité, malgré la chair et les tentations de l’ennemi ; mais alors, ni la chair, ni l’ennemi n’existeront plus. Toute la puissance de l’Esprit en nous, s’emploiera à nous rendre capables de jouir de la félicité infinie dans laquelle nous nous trouverons. Nous jouirons selon les forces de l’Esprit, comme Christ a donné des ordres à ses disciples par le Saint Esprit après sa résurrection.

Remarquons aussi l’intimité du Seigneur ressuscité avec ses disciples : « Il leur parlait des choses qui regardent le royaume de Dieu » (v. 3). Christ est maintenant glorifié, mais son cœur, rempli d’amour divin, n’est pas changé, ne s’est pas éloigné des siens. Quand il apparaît à Paul, il dit : « Je suis Jésus le Nazaréen que tu persécutes ». Il parle à Ananias avec autorité et vérité, mais comme à un ami ; il lui ouvre son cœur à l’égard de Saul, quand il l’envoie pour lui parler. Il n’avait pas honte d’appeler les disciples ses « amis » sur la terre ; il n’a pas honte de nous traiter comme des amis, maintenant. Immense bénédiction ! de sentir que le Seigneur de gloire est près de nous, qu’il nous tient pour amis et pour bien-aimés, et qu’il peut aussi compatir à nos infirmités.

Les disciples tenaient encore, nous le voyons au verset 6, au règne visible du Seigneur en Israël ; leur cœur était encore juif. Ils croyaient bien que Christ était vraiment ressuscité, mais ils attendaient que leurs espérances de la restauration d’Israël comme nation fussent accomplies par le Sauveur, maintenant qu’il était sorti du sépulcre. Le Seigneur ne leur dit pas que le royaume ne serait pas rétabli pour Israël ; au contraire, il leur fait comprendre qu’il ne leur appartenait pas de connaître les temps que le Père avait « réservés à sa propre autorité ». Le royaume sera rétabli pour Israël, mais le temps n’est pas révélé. Le Fils de l’homme viendra au moment où on ne l’attendra pas. Il est assis à la droite du Père, jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour le marchepied de ses pieds. En attendant, il rassemble ses cohéritiers, ceux qui sont contents de souffrir avec lui, et qui, ravis dans la gloire, régneront avec lui. Le moment du retour du Sauveur n’est donc pas révélé, et ne fut pas révélé à ses disciples ; mais le Seigneur leur dit que, dans peu de jours, ils recevraient la vertu de l’Esprit Saint qui viendrait sur eux, et qu’ils lui seraient témoins à Jérusalem, dans la Judée, dans la Samarie, et jusqu’à l’extrémité de la terre (v. 7-8).

En disant ces choses, il fut élevé, eux le voyant, et une nuée le reçut et l’emporta de devant leurs yeux (v. 9). Ils devaient être, jusqu’au bout de la terre, les témoins oculaires de sa gloire céleste. Le Saint Esprit fut envoyé ensuite par lui (Jean 15:26, 27). Nous verrons plus tard que Saul a vu le Seigneur dans sa gloire céleste pour la première fois, ce dont il devait être spécialement le témoin. Maintenant le Saint Esprit a rendu un témoignage à cette gloire, comme nous le verrons dans les discours des Actes, et comme on peut le voir dans les épîtres de Pierre, et ailleurs.

Mais ici, on trouve, avant la venue du Saint Esprit, un témoignage bien remarquable rendu par des anges. Les disciples avaient les yeux fixés au ciel pendant que Jésus s’en allait ; cela était bien naturel. Le Sauveur qu’ils aimaient, qui leur avait été rendu ressuscité, les abandonnait de nouveau, au moins extérieurement, — il est vrai pour s’en aller dans le ciel, — ce qui aurait dû fortifier leur foi. Il avait laissé une promesse de la puissance de l’Esprit qui pourtant n’était pas encore venu ; et ainsi la conscience et la direction de cette puissance qui révélait toute la vérité, leur manquaient. Jésus s’en était allé. Et eux que feraient-ils ? Il fallait attendre.

Comme ils avaient les yeux fixés au ciel, voici deux hommes, — hommes en apparence, mais en réalité des anges, — se trouvèrent près d’eux, leur demandèrent pourquoi ils regardaient vers le ciel, et leur firent la révélation de son retour. C’est là un fait bien remarquable, car le Seigneur, après le dernier souper, avait fait comprendre à ses disciples qu’il s’en allait auprès du Père ; et la première consolation (Jean 14) qu’il leur avait donnée, c’est qu’il reviendrait pour les prendre auprès de lui dans la maison du Père, où il allait leur préparer une place ; après quoi il leur avait parlé de la présence du Consolateur qui viendrait en eux. Dans l’évangile de Jean, le Seigneur parle de sa venue pour introduire les siens auprès de lui dans la maison du Père ; ici, dans les Actes, de son apparition en gloire, quand il reviendra du lieu où il est allé. Dans l’évangile de Jean, il parle lui-même du privilège spécial des siens selon l’affection personnelle qu’il avait pour eux : il voulait les consoler, son cœur en avait besoin ; il voulait les avoir près de lui dans la même gloire, et afin qu’ils vissent sa gloire, mais spécialement afin que là où il était, ils y fussent eux aussi. Ici, les anges parlent de son retour en gloire alors qu’il reviendra de la même manière que les disciples l’avaient vu s’en aller.

Voilà quelle était la principale consolation des disciples, une fois privés de la présence du Sauveur. Puis un autre Consolateur serait donné pour demeurer avec eux éternellement. Mais qu’il s’agisse de la déclaration du Seigneur lui-même dans son amour, ou bien de la révélation faite par les anges, nous voyons que la première chose dans le cœur du Sauveur et dans les révélations de Dieu, c’est que Jésus reviendra. C’est un don immense que celui de l’Esprit pendant l’absence du Seigneur et pour toujours, et c’est une chose infiniment glorieuse que l’état dans lequel la rédemption a placé l’assemblée de Dieu ici-bas ; mais l’espérance de l’Église et le comble de sa joie sera de voir le Sauveur comme il est, d’être toujours avec lui, semblables à lui, de voir Celui qui nous a aimés et lavés de nos péchés dans son propre sang, de le voir face à face et d’être toujours avec lui ! Oui, c’est une immense bénédiction, — une bénédiction trop grande pour nous, si elle n’était pas le fruit d’une chose plus grande encore : la croix et les souffrances du Fils de Dieu. Une fois que ce Sauveur béni a souffert, que lui, le Fils de Dieu, a été fait péché pour nous, et qu’il est mort comme un homme sur la croix, rien n’est trop grand, car ce sera seulement le fruit du travail de son âme. Il en sera rassasié ; son amour sera satisfait de notre félicité et de notre présence auprès de Lui. Voyez Sophonie 3:17, où l’amour et la gloire sont inférieurs à ce dont il est question ici : « Le Seigneur ton Dieu est au milieu de toi ; le Puissant te délivrera ; il se réjouira à cause de toi, d’une grande joie ; il se taira à cause de son amour et il s’égayera à cause de toi avec chants de triomphe ». Le Père se reposera dans son amour, et dans l’accomplissement de tous ses conseils pour la gloire de son Fils, montrant en même temps dans tous les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, par sa bonté envers nous dans le Christ Jésus. Telle est notre attente !

Les disciples s’en retournent à Jérusalem, et là ils habitent ensemble dans une chambre haute. Nous lisons qu’ils persévéraient d’un commun accord dans les supplications et dans les prières avec les femmes et avec Marie, mère de Jésus, et ses frères (v. 12-14). Mais l’effet de la promesse du Père ne se trouve qu’au second chapitre. Tout ce que nous avons à la fin de ce premier chapitre se rapporte à une position judaïque, c’est-à-dire à la condition des disciples avant la venue de l’Esprit ; les disciples possédaient toutefois une intelligence qui avait été ouverte par le Seigneur pour comprendre la Parole. Ils n’avaient pas la puissance de l’Esprit, mais ils avaient l’intelligence de la Parole, car leur état était en relation avec Christ ressuscité ; ils étaient illuminés de la lumière divine qui leur avait été communiquée après sa résurrection.

Les versets qui nous occupent ici s’accordent parfaitement avec les versets 44-48 du chapitre 24 de Luc. Puis vient, dans Luc, la promesse de l’Esprit, dont l’accomplissement se trouve au chapitre 2 de notre livre. L’énergie active et bien connue de Pierre se sert de la connaissance qui lui a été donnée par le Seigneur, et il applique le Psaume 109 à Judas, dont un autre, dit le Psaume, devait prendre la charge. Ils jetèrent le sort, selon l’habitude juive, remettant la décision entre les mains de Dieu ; et le sort tomba sur Matthias, qui fût ainsi choisi et ajouté aux onze apôtres. Les versets 18, 19, forment une parenthèse. Le « chemin d’un sabbat », dont il est question plus haut, le « sort » qui est jeté, et toutes les circonstances, montrent clairement l’état actuel des disciples, et la pensée de l’Esprit saint dans cet intervalle de temps. Ils agissent avec l’intelligence de la parole de l’Ancien Testament, mais l’Esprit n’était pas encore venu ; et il est important pour nous de comprendre la différence qui en résulte. L’Esprit donnait déjà l’intelligence (1 Cor. 2:14), mais cela n’est pas en soi-même la puissance.

Le Seigneur est fidèle pour conduire les siens dans le chemin de la vérité ; sa grâce est suffisante ; sa force s’accomplit dans notre faiblesse, et il nous donne toujours la force nécessaire pour accomplir sa volonté, mais la puissance de l’Esprit est encore autre chose. Maintenant nous sommes spécialement appelés à garder la Parole du Seigneur quoique nous soyons faibles (voir ce qui est dit à l’église de Philadelphie, Apocalypse 3). Il est impossible que Christ nous fasse défaut dans le chemin de l’obéissance, et sa force nous suffit. Fidèles à sa parole, pendant que nous l’attendons dans la faiblesse, nous serons des colonnes du temple de son Dieu quand viendra l’heure de la gloire. Toutefois l’Esprit Saint habite dans les fidèles scellés de l’Esprit par le Père selon sa promesse.

 

2                    Chapitre 2

Le grand événement duquel nous avons parlé, se présente maintenant à notre attention : le fait immense de la venue de l’Esprit-Saint pour demeurer avec les disciples de Jésus, en chacun d’eux, et au milieu d’eux tous ensemble. C’est ainsi que, dans la première épître aux Corinthiens, chapitre 3:16, l’Église, comme assemblée universelle, nous est présentée comme étant le temple de Dieu ; puis, au chapitre 6:19, c’est le corps du fidèle qui est ce temple. Tous ceux qui, attachés à Jésus, se trouvaient habituellement réunis ensemble, s’étaient ainsi rassemblés le jour de la Pentecôte. Nous avons vu, chapitre 1:14, qu’ils persévéraient dans les prières, en attendant le Consolateur promis selon les paroles de Jésus.

Tout à coup il se fit un son comme d’un vent impétueux soufflant et remplissant toute la maison où ils étaient assis, comme jadis la nuée avait rempli le tabernacle tellement que les sacrificateurs n’y pouvaient entrer (1 Rois 8:11). Maintenant les hommes eux-mêmes étaient le tabernacle, où Dieu ne dédaignait pas de venir habiter, le sang de Jésus les ayant purifiés et rendus propres à être l’habitation de Dieu par l’Esprit (en esprit), Éph. 2:22. Merveilleuse vérité, fruit de la rédemption accomplie, et connaissance bénie de ce fait glorieux qu’un Homme, bien plus qu’un homme, est assis à la droite de Dieu ! (Jean 7:39). Combien sont beaux ce fait divin, cette vérité ! Tel est donc l’effet de la mort et du sang de Christ, de notre réconciliation, telle est notre purification par cette mort et ce sang, qu’au lieu de tenir dehors les sacrificateurs par sa présence, Dieu fait de nous son habitation en grâce. Quel contraste entre la loi et l’évangile !

Mais en outre, on trouve dans ce fait un merveilleux témoignage de la grâce de Dieu. La présence du Saint Esprit dépendait de ce que l’homme Jésus était assis à la droite de Dieu, démonstration et fruit de l’accomplissement de l’œuvre de la rédemption. Or, ceci ne pouvait se limiter au peuple juif. La présence de l’Esprit était en elle-même un témoignage de l’accomplissement de cette œuvre, et les arrhes de notre héritage. Christ étant mort pour tous et monté dans la gloire, on devait annoncer à tous l’évangile de sa gloire. Pour le moment, la patience de Dieu agissait en grâce parmi les Juifs, le peuple de la promesse ; mais l’évangile qui était prêché était pour le monde entier.

Lorsque à la tour de Babel, le jugement de Dieu tomba sur les hommes, Dieu les dispersa et confondit leur langage ; puis il prit Abraham, le séparant de son pays et de sa famille, afin d’avoir une race, puis un peuple, pour lui-même. Pendant bien des années Dieu supporta l’iniquité et l’infidélité de ce peuple, envoyant les prophètes, jusqu’à ce qu’il ne se trouvât plus de remède ; à la fin, il envoya son Fils, mais ils l’ont rejeté et crucifié, comme nous le savons. Alors Israël, la nation, est mis de côté, jusqu’à ce que la grâce souveraine de Dieu, après que l’Église, la plénitude des Gentils, aura été recueillie, renoue des relations avec ce peuple sur le pied de la nouvelle alliance et de la présence du Messie sur la terre.

En attendant, Dieu rassemble les cohéritiers de Christ, l’assemblée céleste. Ainsi, pour un moment, l’Esprit a opéré au milieu des Juifs pour rassembler tous ceux d’entre ce peuple qui avaient des oreilles pour entendre, tandis qu’ils étaient épargnés, comme nation par l’intercession de Christ sur la croix (voyez Luc 23:34), jusqu’à ce qu’ils eussent rejeté un Christ glorifié, de la même manière qu’ils avaient mis à mort un Christ venu dans l’humiliation. Mais ce même Esprit montrait que le Dieu de grâce voulait outrepasser les limites du peuple choisi, et surmonter le jugement de Babel en parlant à tous les peuples dans leur propre langue. Admirable témoignage de grâce envers le monde !

Les barrières restent, mais Dieu les surmonte et passe par-dessus pour annoncer la grâce du Sauveur et du salut pour le monde entier. Nous voyons également ce don spécial de l’Esprit-Saint toutes les fois que Dieu intervient de nouveau comme à Samarie et dans le cas de Corneille. De fait, il n’était pas possible qu’un Sauveur glorifié fut seulement le Sauveur juif. L’histoire du peuple juif était finie, sauf la grâce, quand ils eurent rejeté le Sauveur, et la rédemption éternelle de Dieu ne pouvait être pour les Juifs seulement.

Le caractère que prend, visiblement, le Saint Esprit, correspond à cette œuvre. Quand il descendit sur Christ, l’Esprit était semblable à une colombe, symbole de douceur, de tranquillité paisible et pleine de grâce, qui convenait à celui duquel il est écrit : « Il ne contestera pas, et ne criera pas et personne n’entendra sa voix dans les rues il ne brisera pas le roseau froissé, et il n’éteindra pas le lumignon qui fume, jusqu’à ce qu’il ait produit en victoire le jugement » (Matthieu 12:19-20). Mais aux disciples il est dit : « C’est pourquoi toutes les choses que vous avez dites dans les ténèbres seront entendues dans la lumière, et ce dont vous avez parlé à l’oreille dans les chambres sera publié sur les toits » (Luc 12:3).

L’Esprit vient donc comme un vent impétueux remplissant toute la maison, et comme des langues de feu divisées. La division était le symbole des diverses langues ; le feu, la puissance pénétrante de la parole de Dieu qui juge les pensées et les intentions des cœurs. Il paraît que non seulement les apôtres, mais tous les cent-vingt ont été investis de cette puissance ; ils étaient tous ensemble, et l’explication de la prophétie de Joël, donnée par Pierre, confirme le fait (voir chap. 1:14, 15 ; chap. 2:1, 17). Ils furent tous remplis du Saint Esprit, et ils commencèrent à parler des langues étrangères, selon que l’Esprit leur donnait de s’énoncer (v. 4). Or il se trouvait précisément à Jérusalem des hommes de tous les pays, et le bruit de ce qui s’était passé les rassembla. Cette grande foule était étonnée d’entendre parler chacun dans sa propre langue, et ils s’entretenaient ensemble et disaient : « Voici, tous ceux-ci qui parlent, ne sont-ils pas des Galiléens ? Et comment les entendons-nous, chacun dans son propre langage ? » Ils s’étonnaient disant : « Que veut dire ceci ? » Et d’autres se moquant disaient : « Ils sont pleins de vin doux ». C’étaient particulièrement les Juifs, toujours portés à l’incrédulité.

Pierre leur répond, s’adressant certainement à eux dans leur langue maternelle, et leur fait comprendre que c’était ce qu’avait dit Joël, lorsqu’il annonçait ce qui devait arriver dans les derniers jours. Il semble bien, quand on lit Joël (et je n’en doute pas), que l’Esprit saint sera de nouveau répandu, quand Israël sera rétabli dans son pays. Ce sera alors la pluie de la dernière saison. Il faut remarquer que le verset 30 du chapitre 2 de Joël vient, dans l’ordre, avant les versets précédents. Les choses qui y sont mentionnées arrivent avant que le jour terrible du Seigneur vienne : mais les bénédictions sont après ce jour. Pierre dit d’une manière générale : « dans les derniers jours » ; et il parle du jugement comme encore à venir, ce qui était en effet le cas.

Mais le point important dans son discours, c’est qu’il présente aux consciences des Juifs leur position actuelle, car, quelle que soit sa grâce, Dieu a toujours été clair et positif dans ses déclarations et quand il expose les péchés de ceux dans lesquels la grâce opère. Ils avaient outragé et crucifié celui que Dieu avait ensuite placé à sa droite, son propre Fils : telle était, en somme, leur position. Ils l’avaient mis à mort, et Dieu l’avait ressuscité, après qu’il avait été approuvé auprès d’eux par la puissance manifestée dans ses œuvres (v. 22-24). Affreuse position ! Condition terrible, non seulement des Juifs, mais des hommes ! Le Messie d’Israël, fondement de toutes leurs espérances, ils l’avaient rejeté ; le Fils de Dieu, ils l’avaient mis à mort ; la rupture semblait donc irréparable entre eux et Dieu. En effet, du côté des hommes, elle était irréparable.

Tout était perdu. Dieu avait été en Christ réconciliant le monde avec Lui-même, et les hommes l’avaient rejeté. Le péché était là, la transgression contre la loi était déjà accomplie — cependant Dieu était venu en grâce ; mais l’homme n’avait pas voulu de Lui ! Maintenant il s’en était allé au ciel ; mais, son nom en soit éternellement béni ! les conseils de Dieu n’étaient pas anéantis. Bien longtemps après, ils seront accomplis. La grâce avait vaincu : là où l’homme avait manifesté son inimitié contre Dieu, Dieu avait manifesté son amour envers les hommes et accompli l’œuvre par laquelle il sauvait ceux qui croyaient en Christ. « Ayant été livré par le conseil défini et par la préconnaissance de Dieu, vous l’avez cloué à une croix, et l’avez fait périr par la main d’hommes iniques » (v. 23).

Dieu a employé l’iniquité et l’inimitié des hommes pour accomplir l’œuvre de la rédemption. L’inimitié de l’homme et l’amour de Dieu se sont rencontrés dans le même fait, sur la croix, avec la manifestation de cette glorieuse vérité que son amour dépasse et surmonte l’inimitié de l’homme. Malheur à celui qui méprise et rejette cette grâce immense, cette œuvre seule efficace pour le salut !

Pierre déclare que Celui que les Juifs ont crucifié, Dieu l’a ressuscité d’entre les morts (v. 24), — témoignage assuré que sa justice était satisfaite. À cause de l’œuvre que le Sauveur a accomplie, Dieu l’a élevé à sa droite, glorifiant celui qui l’a glorifié (Jean 13:31, 32 ; 17:4, 5), — témoignage de la valeur de son œuvre, de ce qu’il a mérité par elle, et de la gloire qu’il nous a acquise (je ne parle pas de sa séance à la droite du Père, qui est son propre privilège comme Fils unique). Ensuite, ce même Jésus, ayant reçu du Père l’Esprit promis, l’avait envoyé, ce dont les auditeurs de Pierre voyaient et entendaient l’effet ; et il devait être assis dans le ciel jusqu’à ce que tous ses ennemis fussent mis pour le marchepied de ses pieds.

Remarquez ici ce que nous avons déjà observé, c’est que Christ, élevé comme homme à la droite de Dieu, a reçu de nouveau l’Esprit Saint pour le donner aux croyants (v. 33, 34). Dieu, comme nous l’avons déjà fait remarquer, ne demeure avec les hommes qu’en conséquence de la rédemption. Il ne demeurait pas avec Adam innocent ; il n’a pas demeuré avec Abraham ; mais, aussitôt qu’Israël est délivré, de la servitude d’Égypte par le moyen d’une rédemption, bien que celle-ci fût extérieure, Dieu vient habiter dans la nuée au milieu du peuple, et sa gloire remplit le tabernacle (Exode 29:46, et 40:34-38). Ainsi encore, d’une manière moins visible, mais beaucoup plus précieuse, la rédemption éternelle étant accomplie, Dieu habite, en la personne de l’Esprit Saint, au milieu de son peuple : Christ étant glorifié comme homme, témoignage de l’accomplissement et du plein effet de cette glorieuse rédemption, reçoit l’Esprit promis par le Père, et le répand dans les siens.

L’Esprit les unit à lui-même, individuellement, et leur donne la conscience d’être fils du Père ; il est la puissance qui opère dans les croyants pour glorifier Christ désormais, et qui opère pour accomplir les conseils de Dieu dans son assemblée, jusqu’à ce qu’elle soit ravie pour être avec Jésus et comme lui dans la gloire. Le croyant et l’assemblée universelle (1 Cor. 3 et 6 ; Éph. 2:22), sont l’un et l’autre un temple où habite l’Esprit Saint. La grâce a vaincu ; et Dieu demeure là où l’œuvre et le sang de Christ ont rendu cette habitation possible, dans un monde qui l’a rejeté.

La maison d’Israël (et plus tard le monde des Gentils), Pierre le leur fait sentir, devait reconnaître à ce signe, d’une manière certaine, que Dieu avait fait « Seigneur et Christ » l’homme Jésus, qu’Israël avait rejeté (v. 36).

« Que ferons-nous, frères ? » demandent ceux qui, après avoir entendu le témoignage de l’apôtre, ont le cœur saisi de componction et sentent leur horrible position pour avoir rejeté le Christ. Mais aussitôt que ce fruit de l’opération de l’Esprit se trouve dans leur cœur, la réponse est facile à faire. L’œuvre du salut était accomplie ; Christ avait été donné pour leurs péchés ; la purification était déjà faite ; ils n’avaient qu’à se repentir et à reconnaître le Sauveur, pour avoir la rémission de leurs péchés. Alors, ayant été baptisés en son nom (Jésus étant ainsi reconnu dans sa mort pour les sauver), ils reçurent le Saint Esprit. De plus, la promesse était pour eux et pour leurs enfants, et pour tous ceux qui étaient loin, autant que le Seigneur Dieu en appellerait.

Tous ceux donc qui reçurent de bonne volonté la parole, furent baptisés, et trois mille personnes furent ajoutées. Il faut distinguer ici entre l’opération de la grâce et de l’Esprit Saint dans le cœur pour faire recevoir Christ, et le don de l’Esprit lorsque nous avons reconnu Christ comme Sauveur, et comme moyen pour la rémission de nos péchés. L’Esprit opère en nous ; il nous fait sentir nos péchés, le besoin d’un Sauveur et du sang de Christ ; mais, après avoir cru à son œuvre sur la croix, nous sommes scellés de Dieu par le don du Saint Esprit (le Saint Esprit donné) qui vient habiter en nous. Nous voyons la même chose dans le fils prodigue, au chapitre 15 de Luc. L’œuvre de Dieu s’est faite dans le pays lointain, et le prodigue s’en retourne vers son père ne sachant comment il sera reçu. L’œuvre était faite en lui : il se repentait, il confessait ses péchés, il parlait d’être un mercenaire dans la maison de son père. Il n’était pas encore revêtu de la plus belle robe ; il n’avait ni l’anneau à son doigt, ni les souliers à ses pieds. C’est dans ses haillons qu’il rencontre son père ; seulement du moment où le père s’était jeté à son cou en le baisant, il n’ose plus lui parler d’être mercenaire ; ce n’était plus le moment, quoiqu’il confesse ses péchés. Le prodigue n’était pas encore propre à entrer dans la maison ; les haillons ne convenaient pas à la maison de Dieu ; mais il fut vêtu de la plus belle robe, de Christ lui-même (robe qui ne fit jamais partie de ce que son père lui avait donné, et qui n’appartenait pas à Adam innocent) ; dès lors il est propre pour entrer dans la maison avec tout l’honneur que le père pouvait placer sur lui ; il a la conscience d’être reconnu fils, et d’avoir la faveur de son père.

Il en est de même pour l’âme. Le Saint Esprit opère en nous, produit des besoins, nous communique la vie, et fait que nous sommes nés de Dieu ; alors, convaincus de péché, nous trouvons Christ, le Sauveur, et par lui, la rémission de nos péchés pour toujours ; alors Dieu nous scelle du Saint Esprit. « Parce que vous êtes fils », dit l’apôtre, « Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, criant : Abba, Père » (Gal. 4:6). Là se trouve la vraie liberté, et l’amour de Dieu est versé dans nos cœurs (2 Cor. 3:17 ; Rom. 5:5). Nos corps sont devenus les temples du Saint Esprit (1 Cor. 6:19).

Il est donc très important de distinguer l’opération du Saint Esprit qui produit la foi, qui donne puissance à la Parole dans le cœur et dans la conscience ; et l’habitation du Saint Esprit en nous, conséquence et sceau de notre foi. C’est une chose de bâtir une maison, et une autre chose d’y habiter quand elle est bâtie. Mais quels ne devrions-nous pas être en sainteté de consécration, puisque nous sommes « nés de Dieu » et que, dans nos corps, le Saint Esprit habite comme dans un temple ! Les fruits de sa présence se manifestent d’une manière admirable. Ce n’est pas ici la puissance qui porte la parole de Dieu aux consciences dans le monde entier, annonçant Christ, la grâce et le salut ; mais c’est la puissance sur soi-même, qui détruit l’amour propre, qui est active dans l’amour, faisant penser aux autres plus qu’à soi-même.

Qu’il est beau le tableau que nous donne ici la Parole des effets moraux de cette habitation de l’Esprit dans le cœur ! Ces effets sont de deux sortes : la piété, l’affection fraternelle, avec l’amour pratique au milieu des disciples. L’Esprit signale d’abord la persévérance dans la vérité et dans la communion des apôtres : les saints restaient attachés à ceux qui avaient été les canaux du témoignage de Dieu à leurs cœurs, de vrais ambassadeurs de Dieu. C’était la vraie unité, opérée par la puissance du Saint Esprit, de laquelle les apôtres étaient les vases, et qui se réalisait dans la commémoration continuelle de la mort de Christ ; qui était en outre l’expression d’une unité plus vaste, celle de tout le corps de Christ : ils rompaient le pain ensemble, et ils persévéraient aussi dans les prières. Belle réalisation et expression de l’unité de l’Esprit, abolissant sous ce rapport toutes les différences, puisque par la puissance de l’Esprit tous les cœurs étaient élevés au-dessus de toutes les circonstances, et des choses de ce bas monde ! Les cœurs n’étaient plus ici-bas, mais avec Christ à la droite de Dieu dans le ciel.

Ceux qui croyaient par la parole des apôtres, étaient un dans le Père et dans le Fils, selon Jean 17:21. L’effet même de cette puissance qui dominait tous les sentiments humains, se produisait dans le monde autour d’eux, — une sainte crainte remplissait tous les cœurs. Le monde reconnaissait le déploiement d’une puissance qui n’était pas de ce monde, mais qui élevait les cœurs au-dessus des motifs qui le gouvernent. La présence de Dieu au milieu des disciples était sentie partout, et se manifestait aussi par les miracles et les signes merveilleux opérés par les mains des apôtres. Dieu se trouvait là présent dans la personne du Saint Esprit, selon la promesse de Jésus.

En second lieu, l’amour pratique se réalisait pleinement. Les croyants étaient, tous ensemble, comme des frères, la famille de Dieu ; tous les membres de la famille participaient aux biens du Père, les uns comme les autres ; nul ne disait : ceci est à moi. Si l’un avait plus que l’autre, il possédait le privilège de l’amour, savoir de donner à celui qui avait besoin. Mais cela n’était pas forcé ; ce n’était point un droit de celui qui était dans le besoin, autrement ce n’eût pas été le fruit de l’amour. « Quand tu la possédais » dit Pierre (Actes 5:4), « n’était-elle pas à toi ? Et vendue, n’était-elle pas en ton pouvoir ? » Non, c’était l’amour sentant qu’il doit, selon l’amour divin, ne pas laisser un frère, enfant de Dieu comme lui-même, dans le besoin. C’était la libre activité de l’amour, produite par l’opération puissante de l’Esprit de Dieu. Aussitôt qu’on veut rendre cela obligatoire, la chose a perdu toute sa valeur, toute sa nature. Ôter à autrui, ce n’est pas donner : c’est l’amour de soi-même. L’amour divin pense aux autres ; il donne de bonne volonté. La pensée de rendre cet amour obligatoire montre que l’amour n’existe pas.

Mais revenons à notre sujet, à ce tableau magnifique de l’état de l’assemblée primitive des chrétiens, de l’assemblée de Dieu, comme Dieu lui-même l’a fondée au commencement. Penser aux autres et non à soi-même, — l’amour divin accompli dans des cœurs humains… quelle chose merveilleuse ! Il est bien possible que cela ne puisse pas se réaliser actuellement à la lettre ; les chrétiens sont dispersés partout ; il n’y a plus les apôtres aux pieds desquels on puisse placer des dons et des possessions (voir Actes 4:32 et suivants) ; mais le vrai chrétien peut parfaitement bien agir d’après les principes qui remplissaient les cœurs de ces membres bénis de Christ, que nous avons ici devant nous. La parole de Dieu suppose l’existence des riches et des pauvres (1 Tim. 6:17-19) ; mais cela ne m’empêchera pas d’user de tout ce que je possède comme économe de Dieu, dans l’amour, pour le bien des membres de Christ. Il reste toujours vrai que l’homme doit avoir soin de sa famille ; mais ce qu’il peut faire par amour, le chrétien fidèle est obligé de le faire ; et ce qu’il possède des biens de la terre, ce qui lui a été confié par Dieu, il doit s’en servir pour le bien de tous et spécialement pour la famille de Dieu.

Mais l’amour fraternel n’est pas tout. Les cœurs sont liés ensemble dans le culte et dans l’adoration de Dieu. Dans ce temps-là les Gentils n’étaient pas encore introduits dans l’assemblée, et les disciples, comme Juifs, suivaient toujours leurs anciennes habitudes. La patience de Dieu supportait encore le système judaïque, tandis qu’il rassemblait du milieu du peuple ceux qui devaient être sauvés. Dieu était prêt d’ôter le judaïsme de dessus la terre et de transférer dans l’assemblée chrétienne le résidu des Juifs, que la grâce ajoutait à la foi. Les fidèles unissaient encore le culte juif et le culte chrétien ; ils montaient journellement, d’un commun accord, au temple pour adorer l’Éternel, en même temps qu’ils rompaient le pain dans leurs maisons, prenant la cène tous les jours avec une pleine confiance dans l’amour de Dieu ; de plus, ils prenaient leurs repas avec joie et simplicité de cœur, louant toujours Dieu et étant agréables à tout le peuple.

Les fruits du Saint Esprit et la manifestation de sa puissance attiraient souvent les cœurs du peuple ; et ainsi Dieu ouvrait une porte à la Parole, et les cœurs de quelques-uns étaient véritablement convertis. Car, quoique le témoignage soit accepté, cela ne veut pas dire pourtant que les âmes soient converties. La foule qui suivait et saluait Jésus à son entrée dans Jérusalem, a crié plus tard : « Crucifie-le, crucifie-le ! » Mais cette faveur générale qui entourait l’assemblée, arrêtait pour un moment l’opposition, et ceux qui avaient des oreilles pour entendre croissaient dans la connaissance de la vérité. La vérité n’est vraiment reçue que par la grâce ; mais les fruits de l’Esprit opèrent puissamment sur le cœur naturel : chacun peut comprendre l’amour et l’oubli de soi-même ; et Dieu se sert de cela pour répandre le témoignage de l’Évangile.

Ce que nous étudions ici est présenté en type d’une manière admirable dans les sonnettes et les grenades qui ornaient la robe d’Aaron, quand il entrait dans le lieu saint (Ex. 28:33-35) ; seulement Aaron perdit le droit d’entrer, de cette manière, dans les lieux saints, par le péché de ses fils ; mais je parle de ce qui était ordonné avant que ceux-ci eussent péché.

 

3                    Chapitre 3

Le troisième chapitre des Actes des apôtres est remarquable dans les voies de Dieu. On n’y trouve pas, comme dans le second chapitre, la déclaration d’une introduction immédiate dans la bénédiction, de la rémission des péchés pour ceux qui se repentaient et confessaient le nom de Jésus, et du don du Saint Esprit ; mais Pierre y montre, comme dans tous ses discours, que la mort de Christ était l’effet des pensées de Dieu, bien qu’il fût mort par les mains des iniques, mais il en parle plutôt comme accomplissement des prophéties que comme fruit des conseils de Dieu. En commençant par la proclamation de l’évangile l’Esprit descend jusqu’aux voies de Dieu envers Israël. Le Seigneur, intercédant sur la croix pour le peuple, avait dit : « Père, pardonne-leur : car ils ne savent ce qu’ils font ». Il fut exaucé et le jugement de Dieu fut suspendu, afin que la repentance fût présentée encore une fois au peuple.

Dieu savait bien que les Juifs, durs de cœur, n’accepteraient pas la voix miséricordieuse de sa longue patience ; il avait conjuré et exhorté ceux qui avaient des oreilles pour entendre, de se sauver de cette génération perverse (2:40). Mais Dieu ne voulait pas prononcer le jugement sur celle-ci avant d’avoir fait tout ce qui était possible, et avant qu’ils eussent rejeté le témoignage d’un Christ glorifié, comme ils avaient rejeté et crucifié un Christ venu ici-bas dans l’humiliation. Ainsi l’Esprit, par la bouche de Pierre, se fondant sur l’intercession de Christ, propose la repentance au peuple, lui disant que, s’ils se repentaient, Christ reviendrait (v. 19-21). L’apôtre insiste plus particulièrement sur le péché des Juifs, et présente les faits avec une grande puissance à leurs consciences.

Il peut sembler étrange que Pierre parle de la repentance de tout le peuple, et d’épargner le peuple, au moment où l’assemblée chrétienne avait déjà commencé, et lorsque l’apôtre avait averti les âmes d’éviter le jugement qui allait venir sur cette nation qui avait crucifié le Seigneur de gloire. Mais Dieu savait bien que les principaux du peuple rendraient toute sa patience inutile, et qu’ils rejetteraient le témoignage de la gloire de Christ, comme ils avaient mis à mort Christ présenté en grâce. Dieu poursuit ses conseils selon sa propre connaissance, mais selon son gouvernement, il n’exerce le jugement qu’après avoir fait tout ce qui est possible pour épargner les hommes, en les invitant à la repentance.

Ainsi il annonce à Abraham qu’il faut que sa postérité descende en Égypte, parce que l’iniquité des Amoréens n’est pas encore venue à son comble (Gen. 15:16) ; ainsi par la bouche de Jérémie, chapitres 7-14, et dans d’autres passages, il fait précisément ce que Pierre fait ici : il dit clairement, selon la connaissance prophétique qu’il donne à son serviteur, que le peuple et les vases du temple seront transportés à Babylone ; mais en même temps il exhorte le peuple à se repentir, promettant que s’ils le font, ils seront épargnés. Il pose comme principe que lors même qu’il aurait prononcé la condamnation d’un peuple ou d’une ville, si ce peuple ou cette ville se détournait de sa méchanceté, Lui se repentirait du jugement qu’il avait prononcé (Jér. 18:7-11). C’est ainsi que l’apôtre propose au peuple de se repentir, lui annonçant qu’alors le Christ reviendrait.

Nous voyons, au commencement du chapitre, que les apôtres Pierre et Jean, montant au temple, avaient guéri un homme boiteux dès sa naissance qui mendiait à la porte nommée « la Belle ». L’homme ainsi délivré monte avec les apôtres, sautant et louant Dieu, et, naturellement, la foule se rassemble, car cet homme était bien connu.

Pierre saisit cette occasion pour mettre devant les yeux du peuple ce que ce peuple avait fait. Ce n’était pas par sa propre puissance que Pierre avait agi : le Dieu d’Abraham, et d’Isaac et de Jacob, le Dieu de leurs pères, avait ressuscité son serviteur Jésus qu’ils avaient mis à mort (v. 13-15). Horrible chose que cette opposition ouverte ; situation fatale, si la grâce n’eût pas été là entre le peuple et Dieu !

C’est ainsi que Pierre présente toujours la vérité : les Juifs avaient rejeté Christ, mais Dieu l’avait reconnu et glorifié. Ici l’apôtre insiste beaucoup plus particulièrement sur leur péché que dans le chapitre second ; il présente les faits avec une grande force à leurs consciences. Les Juifs avaient trahi le Seigneur, l’avaient renié en présence de Pilate, quand celui-ci était décidé à lui rendre la liberté ; ils avaient renié le Saint et le Juste, réclamé un assassin, et tué le Prince de la vie. Mais Dieu l’avait ressuscité : — encore ici apparaît l’opposition entre le peuple et Dieu. Le nom du Sauveur élevé à la droite de Dieu, avait donné au boiteux une santé parfaite comme ils pouvaient s’en assurer. L’Esprit répond ici en grâce à l’intercession de Jésus, et l’apôtre attribue à l’ignorance, soit des chefs, soit du peuple, le fait terrible d’avoir rejeté le Seigneur.

Ce qui avait été préordonné par Dieu était maintenant accompli, savoir les souffrances de Christ annoncées à l’avance par la bouche de tous les prophètes ; si les Juifs se repentaient, Jésus reviendrait, Dieu l’enverrait du ciel ; les temps de bénédictions qui devaient s’étendre sur la terre par sa présence, viendraient de la part du Seigneur ; mais pour qu’ils pussent être introduits, la repentance des Israélites était absolument nécessaire, et l’est encore. Ceci reste toujours vrai : « Votre maison restera déserte, dans la désolation, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Matt. 23:38).

Lorsque Israël se repentira, il verra le Seigneur ; il reconnaîtra, que Celui qu’il a rejeté était le Seigneur lui-même, et il sera plein de douleur et de honte ; mais il sera pardonné et délivré, et toutes les bénédictions dont les prophètes ont parlé seront accomplies. Jusque-là le ciel cachera Jésus aux yeux des hommes. Mais Pierre présente ici aux Juifs cette repentance et ensuite, s’ils se repentaient, le retour actuel du Seigneur.

Avant que Pierre eût pu terminer son discours, les principaux des Juifs arrivent, s’emparent des apôtres et les jettent en prison. Jésus glorifié est repoussé, comme le fut Jésus dans l’humiliation. Tout est fini pour Israël, quant à sa responsabilité : aussi bien la merveilleuse patience de Dieu, que la grâce qui intercéda pour le peuple bien-aimé, sur la croix. Il n’y a plus rien à faire, il ne reste qu’à exécuter le jugement contre un peuple qui ne veut pas la grâce. C’est, hélas ! l’histoire de l’homme naturel.

Remarquez que Pierre ne leur offre pas ici le don du Saint Esprit comme dans le discours du chapitre précédent (2:38-39), qui commençait l’ordre nouveau des voies de Dieu ; mais l’apôtre parle du retour de Christ lui-même pour accomplir tout ce qu’avaient dit les prophètes. La présence du Saint Esprit caractérise le temps entre la première et la seconde venue de Jésus ; c’est le temps actuel. Pierre ne dit pas que l’Esprit ne soit pas donné après la seconde venue ; mais la présence de Jésus caractérise le temps qui suivra sa seconde venue, comme l’absence du Seigneur caractérise le temps actuel, et c’est ce que démontre la présence d’un autre Consolateur venu en son lieu et place. Ce Consolateur nous révèle un Christ glorifié dans le ciel, et il le rend l’objet d’une foi vivante et nous unit à Lui ; il nous fait comprendre que nous sommes des fils de Dieu, des cohéritiers de Christ, que nous sommes en lui, et lui en nous ; il fait de nous les membres de son corps pendant que nous l’attendons pour qu’il nous prenne auprès de lui ; enfin, par cet Esprit qui nous a été donné, l’amour de Dieu est aussi versé dans nos cœurs.

Bien que Pierre ne parle jamais de l’enlèvement des chrétiens pour être avec Jésus, nous trouvons aux versets 11-13 du chapitre 1 de sa 1re épître, les trois choses dont il est question ici, c’est-à-dire le témoignage des prophètes, celui du Saint Esprit descendu du ciel, et l’accomplissement des promesses apportées à l’apparition de Jésus. Il ne s’agit ni de rassembler les croyants auprès de Jésus, ni de la venue du Saint Esprit ; nous nous trouvons entièrement sur le terrain juif. C’est pour Israël que Dieu avait premièrement suscité son serviteur Jésus ; il l’avait envoyé pour les bénir, ici-bas, dans le monde ; mais ils n’avaient pas voulu le recevoir ; alors la porte de la repentance leur fut ouverte. Mais les principaux s’opposant résistèrent au Saint Esprit de la même manière qu’ils avaient rejeté le Christ sur la terre ; ainsi ils scellèrent leur propre jugement. La sentence finale se trouve dans l’histoire d’Étienne (Chap. 7:51, etc.).

Une autre vérité qui ne manque pas de valeur dans les voles de Dieu, prend place ici, bien qu’elle ne soit pas égale en importance à l’état moral des hommes, état qui les a conduits à rejeter le Seigneur venu en grâce. Cette vérité, c’est que, dès lors, on ne trouve plus le trône et le gouvernement immédiat de Dieu sur la terre. La providence de Dieu veille sur tout ; un petit oiseau même ne peut tomber à terre sans sa volonté ; mais le trône de Dieu n’existe plus sur la terre, et n’existera plus jusqu’à ce que le Seigneur Jésus, fils de David, l’établisse, jusqu’à ce que vienne Celui à qui il appartient. Le trône de Dieu qui était entre les chérubins fut ôté de Jérusalem quand les Juifs furent menés captifs à Babylone ; mais un petit résidu du peuple fut ramené à Jérusalem dans le but de lui présenter son vrai roi, le fils de David, Jésus de Nazareth. Ils n’ont pas voulu le recevoir ; dès lors, le règne de Dieu s’est transformé en royaume des cieux : le roi est dans le ciel, et le royaume est comme le grain de froment qui, une fois semé, germe et croit sans que la main de l’homme s’en occupe (Marc 4:26-29). Christ opère ; sans sa grâce, on ne peut rien faire ; mais il n’apparaît pas. Il est assis sur le trône du Père et il n’occupe pas son propre trône ; il le fera quand il reviendra.

Les trônes sur la terre sont établis par Dieu ; le chrétien reconnaît pleinement, pour s’y soumettre, l’autorité des princes et des gouverneurs comme étant ordonnés de Dieu, mais ce n’est pas là le règne immédiat de Dieu. Depuis la captivité de Babylone jusqu’à la venue de Christ, ce sont les temps des Gentils (Comp. Luc 21:24) ; et Dieu rassemble maintenant les cohéritiers de Christ, qui ne sont pas de ce monde, comme lui n’est pas de ce monde. Ils sont bénis de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes, en Christ ; ils régneront avec lui en gloire, cohéritiers, par la grâce, de l’héritage de Dieu.

Après le salut personnel il y a deux grands sujets dans la Bible : d’abord le gouvernement divin du monde, avec les Juifs, comme centre, sous le règne de Christ ; ensuite la grâce souveraine qui a donné à ceux qui sont heureux de souffrir avec Christ, la gloire dont il jouit comme homme, prédestinés qu’ils sont, « à être conformes à l’image de son Fils, afin qu’il soit premier-né entre plusieurs frères » (Rom. 8:29). Nous jouissons déjà de la relation dont lui-même jouit avec Dieu son Père : « Dis à mes frères : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20:17). Étant déjà fils et héritiers ici-bas, lorsque Jésus reviendra nous jouirons de la joie céleste avec lui, nous régnerons avec lui.

Les Juifs, et avec eux les Gentils, jouiront sur la terre de la paix et des bénédictions qui découleront du règne de Christ. Le chapitre 2 du livre qui nous occupe, bien qu’il n’aille pas plus loin que la présence de l’Esprit ici-bas, parle cependant de la première et céleste position ; le chapitre 3 parle de la seconde. Au chapitre 2 la parole de Dieu porte ses fruits, rassemblant les âmes pour l’assemblée de Dieu, et pour la gloire céleste. Au chapitre 3 l’appel à la repentance est repoussé par les chefs du peuple ; le Seigneur est assis dans le ciel, à la droite de Dieu, jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour marchepied de ses pieds, et l’œuvre de Dieu se continue ici-bas. Le règne de Dieu sur la terre est différé par l’incrédulité des Juifs, et par la présence de l’Esprit, tandis que Christ est dans le ciel pour recueillir les bourgeois du ciel et pour les placer dans une nouvelle, éternelle et céleste relation avec Dieu. Ces faits se trouvent à la base de l’histoire qui nous est racontée dans les Actes des apôtres. Les chapitres qui suivent vont nous révéler les progrès de l’œuvre, ses difficultés et ses principes.

 

4                    Chapitre 4

Ce que nous lisons dans ce chapitre est profondément douloureux, mais rempli d’instruction. L’état d’Israël est effrayant, mais le contraste que présente le tableau des apôtres, et de tous les croyants, est merveilleux : d’un côté l’autorité ecclésiastique, la haine de la vérité et du Seigneur ; de l’autre la présence et la puissance de Dieu ! Les autorités qui comptent avec l’opinion publique se montrent craintives à cause de cela ; et, pour un moment, Dieu les tient en bride par ce moyen, tandis que la puissante présence du Saint Esprit soutient le courage et la foi que Dieu a donnée.

Les sacrificateurs résistent délibérément à l’action du Saint Esprit, tout en reconnaissant que la puissance de Dieu avait été manifestée. Cela n’est-il pas effrayant ? De quelle audace et de quelle malice le cœur de l’homme n’est-il pas capable, quand il est abandonné de Dieu et livré à sa haine contre lui ! « La transgression du méchant me dit au-dedans du cœur qu’il n’y a point de crainte de Dieu devant ses yeux. Car il se flatte en soi-même quand son iniquité se présente pour être haïe » (Ps. 36:1, 2). Horrible et vaine opposition, puisque la parole de Dieu sera accomplie en dépit des hommes. Si nous souffrons (voyez aussi Luc 12:1-12), c’est notre gloire. Notre part se trouve au Ps. 27, puis au Ps. 37 : « Ne t’irrite pas à cause de ceux qui font le mal ; confie-toi en l’Éternel… ; fais tes délices de l’Éternel… ; remets ta voie sur l’Éternel… ; attends-le en silence, laisse la colère et abandonne le courroux ; ne t’irrite pas, au moins pour faire le mal ».

Nous verrons le chemin que les apôtres ont suivi, quel courage ils ont montré, quelle tranquillité, quelle clarté de jugement : ils font parfaitement ce qui convient au serviteur de Dieu, à ceux qui, dans leur témoignage, le représentent sur la terre. Sans doute, il y a en eux une puissance extraordinaire, mais le principe est le même pour nous tous. Aussi la Parole ne restait pas sans effet : le nombre des hommes qui avaient cru fut d’environ cinq mille.

Nous voyons que les principaux sacrificateurs avaient mis les apôtres en prison ; puis, le matin étant venu, ils se rassemblent à Jérusalem, et les font comparaître devant eux. Ils leur demandent par quelle puissance et en quel nom ils avaient fait ce miracle qui avait étonné tout le peuple. Cette vieille histoire se renouvelle toujours : l’autorité officielle est opposée à la puissance de Dieu. Le souverain sacrificateur et les principaux du peuple n’avaient-ils pas aussi demandé au Seigneur par quelle autorité il agissait ? Quelle folie, quelle dureté de cœur, quelle absence de conscience ! Ici, un miracle évident avait été fait par les apôtres : il était connu du peuple, et ils ne pouvaient le nier. Dieu lui-même avait opéré ; mais ces hommes ne veulent pas que cela se répande parmi le peuple. Il ne leur convenait pas que la puissance de Dieu se manifestât en dehors de leur office, parce que, si la puissance de Dieu opérait ainsi, l’office ne pouvait s’attribuer l’autorité à lui-même. Il ne leur appartenait pas assurément de commander à Dieu ; mais en outre, ils étaient opposés à cette puissance qui était de Dieu.

En pareil cas on trouve toujours l’absence de toute conscience. C’est pourquoi, lorsque les principaux du peuple demandent au Seigneur par quelle autorité il agissait, il ne répond pas à leur question, mais, dans sa divine sagesse, il leur demande d’où était le baptême de Jean. Ils raisonnent en eux-mêmes, et, craignant le peuple, n’osent dire qu’il ne soit pas de Dieu, car l’opinion publique aurait été contre eux. Ils sont forcés de reconnaître leur insuffisance : évidemment donc, le Seigneur n’était pas tenu à leur donner raison de l’autorité par laquelle il avait fait ce dont ils venaient d’être les témoins.

Ici, dans le cas des apôtres, il y a quelque chose de plus. Ce que les apôtres avaient fait, était un acte de puissance et non d’autorité ; et les sacrificateurs se trouvaient en opposition ouverte contre Dieu. Ils voulaient, s’ils l’eussent pu, supprimer sa puissance, autrement ils se trouvaient nécessairement humiliés, puisque le miracle avait été fait au nom de Celui qu’ils avaient crucifié. Ils étaient les adversaires de Dieu, adversaires le sachant et le voulant, puisqu’ils avaient reconnu qu’il n’était pas possible de nier le miracle. C’était bien la puissance de Satan, mais c’était le résultat d’une position officielle sans la puissance de Dieu. Toutes les fois que l’homme se trouve là, il ne veut pas que Dieu opère. Quel état d’âme, quelle position épouvantable !

Considérons maintenant un homme illettré et ignorant, mais croyant en Jésus, et plein du Saint Esprit. Pierre annonce ouvertement et avec une franche hardiesse, non seulement que, par le nom de Jésus, cet homme avait été guéri, mais que Jésus était la pierre méprisée par les architectes, devenue la pierre angulaire, et qu’il n’y avait point sous le ciel d’autre nom qui soit donné parmi les hommes par lequel il nous faille être sauvé. La position des chefs et des anciens apparaît clairement, telle que nous venons de la voir. L’homme qui était devant eux avait été guéri par le nom de Celui qu’ils avaient crucifié et que Dieu avait ressuscité d’entre les morts. Mais hélas ! la volonté des hommes n’était pas changée ; ils n’avaient rien à dire contre les faits, car la puissance de Dieu était là et le témoignage ne pouvait être récusé ; mais ils ne voulaient pas le témoignage divin. Ayant conféré, entre eux, « ils leur enjoignirent de ne plus parler ni enseigner, en aucune manière, en ce nom ».

C’était un parti pris contre Dieu et contre son Oint. Ils commandèrent donc aux apôtres, après les avoir appelés, de ne plus jamais parler au nom de Jésus. Pierre, remarquez-le, ne se vante pas ; il n’insiste pas sur ses droits, sur sa liberté ; il ne menace ni les sacrificateurs ni le sanhédrin ; il ne montre aucune volonté propre ; il reste tranquille dans l’obéissance, mais dans l’obéissance à Dieu plutôt qu’à l’homme. Dieu était avec les apôtres ; les autres n’étaient que des hommes. Il fallait obéir à Dieu. Ils en appellent aux sacrificateurs eux-mêmes, leur demandant s’il ne convient pas de faire cela. Ceux-ci les menacent encore, et les laissent aller : les témoins étaient devant eux, glorifiant tous Dieu de ce qui avait été fait (v. 21-22).

Il est bon de remarquer que les apôtres n’attaquent pas les Juifs : ils font leur devoir ; ils annoncent Christ ; ils cherchent les âmes pour le salut ; et lorsque les chefs des Juifs et les anciens s’opposent, ils ont, eux, la conscience qu’ils font la volonté de Dieu, qu’ils sont envoyés de lui, et ils déclarent qu’ils ne peuvent pas ne pas faire sa volonté ; car quand Dieu veut et envoie, il faut obéir. C’est le calme, la tranquillité de celui qui ne pense pas à lui-même et qui n’agit pas par crainte ou par hardiesse humaine. Pierre est rempli du Saint Esprit, et ce qu’il dit et fait provient de Lui. Un tel homme agit parfaitement de la part de Dieu, parce que l’homme lui-même est mis de côté et que Dieu par son Esprit opère en lui. C’est bien l’homme qui se présente parfait dans la position où il se trouve comme homme, mais c’est l’Esprit qui produit la perfection en lui. « Ce n’est pas vous, dit le Seigneur, qui parlez, mais c’est l’Esprit de votre Père qui parle en vous » (Matt. 10:20). Si l’homme agit, il y a de l’imperfection. Dieu agit dans l’homme, et alors l’homme est ce qu’il devrait être. Il en est toujours ainsi.

La misérable position des Juifs ne se comprend que trop. Dieu ne se trouvait plus au milieu du peuple aimé qui avait rejeté son Messie, le Fils de Dieu, Celui dans lequel étaient toutes les promesses de Dieu ; dès lors ils étaient abandonnés : — Dieu se trouvait, par son Esprit, au milieu des chrétiens. Dieu accomplira ses promesses envers Israël, à la fin des temps ; mais alors il s’agira de pure grâce. Dieu est fidèle, quelle que soit l’infidélité de son peuple. La repentance que Pierre a proposée à Israël au chapitre 3, sera opérée dans les cœurs par la grâce, lorsque l’assemblée de Dieu aura été ravie dans le ciel : alors ils verront Celui qu’ils ont percé, et ils seront bénis ; mais, en attendant, ils sont mis à part, gardés à part, jusqu’à ce que la plénitude des Gentils soit entrée. Alors Israël sera sauvé, comme un tout (Rom. 11:26). Maintenant ils résistaient au Saint Esprit, comme ils avaient auparavant rejeté le Messie, tandis que la puissance de l’Esprit et sa présence se montrent au milieu de l’assemblée.

Les apôtres reviennent vers les leurs ; car maintenant il y avait une compagnie, une société, la maison de Dieu, composée encore, il est vrai, de Juifs, mais ayant son existence à part, en dehors des liens nationaux. Là, les apôtres racontent tout ce qui était arrivé. Alors, poussés par l’Esprit saint, d’un seul cœur, ils élèvent leurs voix vers Dieu ; ils reconnaissent l’accomplissement de la prophétie du Ps. 2, qui annonce la réjection du Messie, Fils de Dieu, et la puissance absolue de Dieu, quelle que fût la méchanceté des hommes qui ne faisaient, en dépit d’eux-mêmes, autre chose qu’accomplir le conseil de Dieu. Toutefois les apôtres ne demandent pas que le règne, ce règne dont le Père a réservé le temps à sa propre autorité (1:7), soit établi selon ce qui est dit dans ce Ps. ; mais ils demandent la manifestation de la puissance du Saint Esprit promis, dans ce même lieu, soit par le courage qui leur serait donné pour annoncer la parole, soit dans les actes de puissance accomplis au nom du saint serviteur de Dieu, Jésus son Fils.

Tandis qu’ils prient, la présence de Dieu se manifeste au milieu d’eux, et le lieu où ils étaient réunis est ébranlé. On voit, ici aussi, d’une manière extérieure, la différence qu’il y a entre la nouvelle naissance et la présence de Dieu par l’Esprit. On trouve des preuves bien plus importantes de cette différence, mais j’en parle à ce propos, parce que nous nous trouvons ici en présence d’un signe extérieur impossible à confondre avec l’œuvre de la grâce dans une âme. La prière des apôtres et des leurs est exaucée ; ils sont tous remplis de l’Esprit Saint, et ils annoncent la parole de Dieu avec une grande hardiesse.

Mais ce n’est pas seulement dans le don de parler et dans la foi qui en use, que se montrent la puissance et le résultat du fait que l’on est rempli de l’Esprit. Nous avons vu une œuvre du même caractère que celle-ci décrite au chapitre 2. Ils n’étaient qu’un cœur ! (v. 32). Nul ne tenait à sa propriété, mais il la distribuait à ceux qui en avaient besoin. Les apôtres rendaient avec une grande puissance le témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grande grâce était sur eux tous. Nul, parmi les disciples, n’était dans le besoin. Ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient et mettaient le prix de ce qui avait été vendu aux pieds des apôtres ; et il était distribué à chacun, selon ses besoins. Magnifique témoignage rendu par la puissance de l’amour de Dieu, amour versé dans le cœur par le Saint Esprit dont ils étaient remplis ! Parmi les saints, nous trouvons Barnabas, nommé spécialement ici, parce que nous allons le trouver bientôt occupé à l’œuvre de Dieu, compagnon de Paul, en sorte qu’il est appelé apôtre. Mais Dieu n’oublie pas les autres qui ont agi de même.

Telle est la scène qui se déroule devant nos yeux, au début de l’établissement de l’Église et lorsque l’Esprit, non contristé, produisait tous les effets de sa présence. Belle scène, et qui fait comprendre ce que c’est que d’être rempli du Saint Esprit. L’Esprit habite dans tous les vrais chrétiens ; mais autre chose est d’en être rempli, en sorte qu’il soit la source de tout ce qu’on pense, de tout ce qu’on fait, et que tout ce que produit le cœur qui en est le vase, soit le fruit de sa présence. On ne doute pas, on ne s’arrête pas dans la carrière de l’amour ; on est fidèle à confesser Jésus devant les hommes ; le cœur est délivré de l’amour de soi-même, il aime selon l’amour de Christ ; il y a liberté, vraie liberté. La vie pratique et ses fruits sont les fruits de l’Esprit.

Quel état bienheureux ! Et quelle que soit la ruine de l’Église, cet état appartient en principe à tous les chrétiens ; aujourd’hui les circonstances peuvent empêcher la forme que nous voyons dans les jours apostoliques ; mais l’Esprit de Dieu, pour le fond, est plus puissant que les circonstances.

 

5                    Chapitre 5

Mais la chair reste toujours dans l’homme, bien qu’il soit véritablement chrétien, et elle est prompte à se montrer dans l’assemblée, comme dans le monde. Le désir d’avoir une bonne réputation parmi les hommes peut s’introduire dans le cœur, et le fait que l’on cherche cette réputation parmi les chrétiens n’y change rien : c’est ce qui arriva lorsque l’assemblée de Dieu commençait. L’amour produit la disposition de penser aux autres au lieu de penser à soi-même ; dès lors la chair veut avoir la réputation de donner, sans renoncer à soi-même, pensant secrètement à l’argent pour le garder, et à la bonne réputation pour l’acquérir. Mais ici se montre aussi la grande vérité de la présence du Saint Esprit, sujet dont la révélation nous est donnée particulièrement dans ce livre.

Ananias et Sapphira ont « menti à l’Esprit Saint » (v. 3) ; et là était la gravité de leur péché. Dieu habitait au milieu des siens dans l’assemblée. Mais Ananias, aveuglé dans son cœur et dans sa conscience par l’amour soit de l’argent, soit de la gloire humaine, ne reconnaît pas la présence de Dieu. Un autre personnage encore est à l’œuvre dans ce douloureux événement ; c’est Satan qui suggère à Ananias le moyen de garder son argent tout en gagnant une bonne réputation. Mais le Saint Esprit est là ; la folie de l’homme et la malice de Satan ne servent qu’à faire apparaître la vérité et la puissance de sa présence d’une manière douloureuse, il est vrai, mais qui ne peut laisser aucun doute.

Le péché d’Ananias ayant été révélé d’une manière à laquelle il ne s’attendait pas, Ananias tombe mort par le jugement du Dieu qui était présent. Quel jugement solennel ! Et comment s’étonner que non seulement les chrétiens, mais aussi tous ceux qui étaient là, aient été effrayés par un tel témoignage de la présence de Dieu, qui ne se laisse pas tromper. De plus, ce péché n’était pas non plus une simple faute. Ananias et Sapphira étaient convenus ensemble de tâcher de tromper Dieu, oubliant que Dieu sait toutes choses, et qu’il était là.

Toutefois cet événement, quelque douloureux et solennel qu’il fût, était un témoignage qui prouvait qu’on ne peut se soustraire à la présence de Dieu, à cette grande vérité que Dieu, dans la personne du Saint Esprit, est descendu pour demeurer au milieu de ceux qu’il reconnaît comme siens, et pour toujours, jusqu’à ce qu’ils soient enlevés pour habiter dans la maison du Père. Les apôtres étaient remplis de cette vérité ; en ce temps-là tout était dans sa force. Mais l’assemblée de Dieu a été infidèle, l’Esprit a été contristé ; c’est pourquoi nous ne voyons pas ici les faits qui ailleurs rendaient témoignage à sa présence.

Cependant cette présence n’est et ne peut être nullement invalidée par-là. La parole de Christ demeurera avec vous, et l’Esprit est puissant pour accomplir toujours la volonté de Dieu dans ses enfants, comme il l’était au temps des apôtres, quoiqu’il ne se manifeste pas de la même manière. Il est plus précieux, dit le Seigneur, d’avoir nos noms écrits dans le ciel que de chasser les démons ; et quant à la vraie œuvre de Dieu dans les âmes, et dans toutes ses voies, l’Esprit manifeste sa présence au milieu de l’assemblée et dans les chrétiens qui vivent sous sa dépendance, et ils en sont remplis, comme ils l’ont été aux temps apostoliques. Quelle que soit la stabilité de Dieu, il ne conviendrait pas que l’Esprit se montrât extérieurement dans l’Église en ruine comme dans l’assemblée fidèle, car Dieu semblerait mettre son approbation sur la ruine de l’assemblée. Mais Dieu ne change pas ; sa grâce et sa puissance sont les mêmes ; elles agissent comme toujours pour tout ce qui est nécessaire et convenable à l’état de l’Église ; Dieu fait encore maintenant tout ce qui convient à sa propre gloire et à notre pleine bénédiction. Il agit dans les siens avec la même puissance, selon les circonstances dans lesquelles ils se trouvent.

Beaucoup de signes et d’œuvres merveilleuses furent faites par les mains des apôtres qui se trouvaient habituellement à ce qu’il parait au portique de Salomon, dans le temple. Les grands et les principaux du peuple n’osaient pas se joindre à eux ; mais le peuple, convaincu dans sa simplicité, augmentait le nombre des chrétiens au milieu de la sainte cité. Nous voyons toujours la crainte chez les grands et chez les gouverneurs ecclésiastiques ; ils persécutaient, mais n’osaient se joindre, parce que leur pouvoir eût été compromis. N’est-ce pas ce que dit la Parole ? Pas beaucoup de nobles, pas beaucoup de riches de ce monde ! L’opprobre de Christ s’attache toujours à son nom, lorsqu’il y a de la fidélité.

Cependant la puissance de Dieu se manifestait toujours, tellement qu’à Jérusalem et des villes voisines, on apportait les malades, afin que l’ombre de Pierre tombât au moins sur quelques-uns d’entre eux ; les malades, et ceux qui étaient tourmentés par des esprits immondes, étaient tous guéris. Mais tout cela excite l’envie et la haine des principaux sacrificateurs. Évidemment la puissance et l’autorité divine n’étaient plus en leurs mains, et ils ne voulaient pas qu’elles se trouvassent ailleurs. Ils ne pouvaient pas empêcher Dieu de manifester sa puissance, mais ils pouvaient se rendre maîtres des personnes qui l’exerçaient, au moins quand Dieu le permettait. Ils mettent donc les mains sur les apôtres et les jettent dans la prison publique. Le traitement que subissent ainsi les apôtres ne sert qu’à fournir une occasion à une autre manifestation de la main et de la puissance de Dieu (v. 17 et suivants). Lorsque Dieu agit, les forces des hommes sont vaines. Nous avons déjà vu, nous verrons encore la puissance intérieure du Saint Esprit : mais ici, nous voyons les anges, serviteurs de Dieu en faveur des hommes qui annoncent la bonne nouvelle du salut par Christ. Je ne doute pas que les anges ne servent toujours, selon la volonté de Dieu, tous les enfants de Dieu qui marchent dans le chemin de cette volonté, comme il est dit au premier chapitre de l’épître aux Hébreux (v. 14) ; mais ici, ils interviennent d’une manière visible. L’ange ouvre les portes de la prison, mène les apôtres dehors, et leur dit de s’en aller et d’annoncer dans le temple toutes les paroles de la vie, ce qu’ils font déjà au point du jour.

Le souverain sacrificateur et ceux qui étaient avec lui, assemblent alors le grand conseil des Juifs, et envoient des huissiers, leur ordonnant d’amener les apôtres. Les huissiers vont à la prison, la trouvent fermée en toute sûreté, avec les gardes devant les portes ; mais, l’ayant ouverte, ils n’y trouvent personne. Les sacrificateurs embarrassés ne savent que penser. Qui peut faire la guerre à Dieu et ne pas se trouver en perplexité ? Satan peut faire beaucoup ; il peut persécuter, exercer une grande influence sur les âmes qui ne croient pas ; mais, là où se trouve l’action de la puissance de Dieu, il ne peut la surmonter. La confiance se trouve du côté des serviteurs de Dieu ; tandis que, dans le fond de leur cœur, les adversaires sont craintifs et dans l’anxiété (voir Phil. 1:23 ; Jos. 2:9 ; 1 Pierre 3:6). Satan avait les sadducéens pour résister à l’œuvre des apôtres qui prêchaient la résurrection, et les pharisiens pour s’opposer à Christ qui prêchait la vraie justice.

L’œuvre de Dieu se poursuit cependant à travers les souffrances. Dieu laisse souffrir les siens ; il leur donne de souffrir pour le nom de Christ, mais il accomplit ses conseils malgré l’homme. Les huissiers amènent les apôtres sans violence, craignant la foule et ayant peur d’être lapidés (v. 26). Les apôtres comparaissent devant le conseil, et le souverain sacrificateur leur reproche d’avoir prêché Jésus, malgré la défense, et de vouloir ainsi faire venir le sang de Jésus sur leurs têtes. On voit que la conscience des juges n’était pas tranquille. Ils étaient évidemment responsables du sang de Christ ; lorsqu’un homme est poussé par Satan à commettre un crime, il ne craint pas de l’exécuter, mais une fois commis, Satan l’abandonne à lui-même ; le péché pèse sur sa conscience ; Satan ne peut alléger son fardeau et souvent le pousse même au désespoir, comme il l’a fait avec Judas.

La réponse de Pierre et des apôtres est très courte et décisive, car leurs auditeurs savaient déjà ce que Pierre avait à leur dire. « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous avez fait mourir, le pendant au bois. C’est lui que Dieu a exalté par sa droite pour être Prince et Sauveur, afin de donner la repentance à Israël, et la rémission des péchés ; et nous lui sommes témoins de ces choses, ainsi que l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent » (v. 29-32). En entendant ces paroles, ils frémissaient de rage et tenaient conseil pour faire mourir les apôtres.

Mais ici apparaît encore la main de Dieu ; et comme Dieu s’était servi miraculeusement de l’ange pour faire sortir Pierre de la prison, il emploie maintenant l’homme, dans sa providence, pour arrêter la main et la malice des anciens et du souverain sacrificateur. La prudence humaine du pharisien Gamaliel, homme très estimé, fait sentir par divers exemples le péril qu’il y a de se trouver en conflit avec Dieu. Les pharisiens étaient toujours opposés aux sadducéens, et le sacrificateur était de la secte des sadducéens ; de manière que le pharisien pouvait facilement user de sa sagesse humaine et s’accréditer ainsi ; et Dieu de cette manière pouvait garder ses serviteurs des mains iniques de leurs ennemis.

Le conseil de Gamaliel est accepté, mais sans aucune crainte de Dieu (v. 40). La volonté n’est pas changée ; l’inimitié contre le témoignage de Dieu reste dans toute sa force, seulement le sanhédrin craint de se compromettre et ne sait que faire. Après avoir battu les apôtres, on leur défend de parler au nom de Jésus. Inimitié sans force, sans conscience, et sans connaissance, de juges aveuglés par l’incrédulité et résistant en vain à la puissance de Dieu ! Les apôtres se retirent, se réjouissant d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Christ ils continuent leur œuvre, enseignant et prêchant Jésus Christ, dans le temple et dans les maisons.

 

6                    Chapitres 6 et 7

Mais la chair se montre chez les chrétiens, et cela d’autant plus que le nombre en est plus grand. On voit alors un fait nouveau se produire : la puissance de la foi et des fruits de l’Esprit s’affaiblissent dans la multitude. L’amour disparaît, et, comme cela a toujours lieu, avec l’amour disparaît la confiance ; mais en même temps la force de l’Esprit qui se trouve dans les apôtres, fait face à la difficulté, et celle-ci devient en outre l’occasion d’assurer plus de régularité au ministère journalier de l’assemblée. La prédication de la parole est séparée du soin des pauvres. À cette occasion, les apôtres ont voulu que le peuple choisît ceux qui prendraient soin des veuves. Nous verrons plus tard que l’apôtre Paul choisit lui-même, avec Barnabas, les anciens ; mais quand il s’agit, comme ici, d’argent, ni les disciples, ni Paul, ne veulent prendre part à la chose, ni mêler le service divin de la Parole avec l’administration de l’argent fourni par les fidèles (voir 1 Cor. 8).

Les douze ne voulaient s’occuper que de la Parole, et Paul ne voulait pas se charger de l’argent pour les pauvres de Jérusalem, si des frères, nommés à cet effet, n’allaient pas avec lui. Mais la puissance de l’Esprit suffisait pour dominer les circonstances, quoique la chair se montrât. Dans le cas d’Ananias et de Sapphira, cette puissance et la présence de l’Esprit se montrèrent en jugeant l’hypocrisie ; ici, elle se montre et, cherchant la paix de l’assemblée, en produisant l’ordre et le bien là où se manifestait le danger de la désunion au milieu des disciples.

Nous trouvons encore ici un autre principe concernant le Saint Esprit, principe facile à comprendre, mais souvent oublié ; je veux parler de la pleine liberté de l’Esprit, comme elle est décrite en 1 Cor. 12 : « Il distribue à chacun en particulier comme il lui plaît ». Jusqu’ici nous avons vu l’activité des apôtres établis dans leurs charges par le Seigneur lui-même, si nous en exceptons Matthias. Maintenant nous trouvons sept hommes pleins du Saint Esprit et de sagesse, choisis par les frères pour servir aux tables où ils distribuaient les secours journaliers aux veuves qui étaient dans le besoin ; deux d’entre eux, dont l’un était Étienne, étaient particulièrement employés par le Saint Esprit pour annoncer l’évangile. À leur propos nous pouvons lire et comprendre 1 Timothée 3:13 : « Ceux qui ont bien servi, acquièrent, un bon degré pour eux et une grande hardiesse dans la foi qui est dans le Christ Jésus ».

Étienne était déjà un homme plein du Saint Esprit et de foi ; maintenant nous voyons son don se développer : il opère des signes et des miracles ; les adversaires même ne peuvent résister à la puissance et à la sagesse avec lesquelles il parle. Le Saint Esprit agit librement ici, comme au chapitre 8, dans Philippe qui, plus tard, a dû aussi laisser son office pour s’occuper de l’évangélisation, parce qu’il était descendu dans une ville de la Samarie. Il était le dispensateur de la parole par la libre action du Saint Esprit et non des tables. C’est ici une nouvelle phase de l’œuvre de la grâce et de l’Esprit ; nous en trouverons encore d’autres preuves. Le principe est très important en lui-même ; sa vérité et sa force s’étendent jusqu’à nos jours. Ni Étienne, ni Philippe ne sont envoyés par les apôtres ; mais ils sont envoyés immédiatement de Dieu. La force du Saint Esprit les pousse à travailler, et aussi la consécration à Christ, et l’amour des âmes.

Il semble aussi qu’Étienne en avait plus dit que Pierre et qu’il avait parlé plus ouvertement que lui. Pierre a toujours témoigné qu’Israël était en opposition ouverte contre Dieu, puisqu’ils avaient crucifié Celui que Dieu avait élevé à sa droite. Nous ne savons comment Étienne avait parlé ; mais ses discours le firent accuser d’avoir déclaré que Jésus détruirait Jérusalem et changerait les coutumes que Moïse avait établies (6:13-14), ce qui arriva en effet. Comme Pierre, il prêchait toujours Jésus et sa gloire, mais plus que celui-ci, il avertissait le peuple des conséquences de leurs pêchés. Pierre avait posé la vérité fondamentale qui montrait l’état des Juifs devant Dieu ; Étienne, partant d’un point moins élevé et plus familier, annonce la conséquence du fait qu’ils ne s’étaient pas repentis. Ces témoignages étaient l’un et l’autre pleinement de Dieu et inspirés, mais ils étaient divers dans leurs caractères.

Les accusations contre Étienne ayant été rapportées au conseil des anciens, Étienne fut arrêté, et amené devant le souverain sacrificateur avec tout le sanhédrin, et devant ses accusateurs. Il ne restait à ces hommes que l’inimitié contre Dieu et le pouvoir de donner la mort, puisque Dieu leur permettait d’accomplir leur dessein. Mais l’occasion produit la magnifique défense d’Étienne, qui détermine d’une manière précise la position des Juifs, et clôt l’histoire de l’humanité, de l’homme devant Dieu jusque-là. Avant le déluge, Dieu suscite un témoignage, mais n’établit aucune institution. Nous trouvons un Abel, peut-être un Adam, un Enoch, un Noé, des hommes pieux ; mais aucun d’eux n’est chef d’une race selon Dieu. Après le déluge, Dieu commence à établir dans un nouveau monde des institutions pour le gouvernement du monde, pour la bénédiction de l’homme et pour déployer la vérité ainsi que ses voies.

Au premier homme aucune promesse ne fut faite. Dans le jugement prononcé, sur Satan (Gen. 3:14-15), on trouve une prophétie de l’œuvre finale de Christ, par la grâce, objet de la foi d’Adam et de la nôtre aussi, « l’évangile éternel » ; mais Dieu ne fait aucune promesse au premier homme. Après le déluge, Dieu commence à développer ses voies ; il établit en Noé le gouvernement pour réprimer la violence (Gen. 9) ; puis, l’homme étant tombé dans l’idolâtrie (Josué 24), étant non seulement méchant, mais bien plus, ayant mis les démons à la place de Dieu comme princes du monde, Dieu appelle Abraham pour être à lui, et pour devenir chef d’une race qu’il reconnaîtrait sur la terre comme sienne, soit selon la chair, soit selon l’Esprit : dès lors sont établis les grands principes de l’élection, de l’appel, et des promesses.

Dieu donne ensuite la loi du Sinaï, par laquelle l’homme est mis à l’épreuve d’une manière encore plus positive. Puis, après un temps de longue patience pendant lequel Dieu envoie des prophètes pour ramener à l’obéissance de la loi le peuple élu selon la chair, et pour soutenir la foi de quelques fidèles par la promesse du Messie, Dieu envoie son Fils unique, son bien-aimé, disant, comme dans la parabole : « Ils respecteront mon Fils ». Nous savons ce qui arriva. L’histoire de l’homme finit sur la croix : non seulement il avait péché et violé la loi, mais il avait rejeté la grâce lors de la venue du Sauveur.

Il y a plus encore : les Juifs rejettent maintenant le témoignage qui leur parle d’un Sauveur glorifié, témoignage envoyé en vertu de l’intercession du Sauveur sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ». Comme nous l’avons déjà fait remarquer, Dieu avait répondu à cette intercession par le témoignage de Pierre et des apôtres, le Saint Esprit annonçant un Sauveur glorifié, Celui que les Juifs avaient rejeté ; mais ils refusent aussi ce témoignage du Saint Esprit par la bouche des apôtres.

Nous avons ici une espèce de réquisitoire, une exposition de l’état des Juifs, et leur histoire depuis Abraham jusqu’à ce jour. C’est l’histoire de l’homme depuis le temps où Dieu a commencé ses voies avec lui, donnant d’abord les promesses, soit à Israël, soit à Christ, la vraie semence, puis donnant la loi, les prophètes et finalement Christ lui-même. Pendant tout ce temps l’Esprit avait agi, mais spécialement depuis la glorification de Christ dans le ciel. Étienne raconte cette histoire, — la grâce dans l’appel d’Abraham, ce qui est arrivé à Joseph, puis à Moïse dans lequel l’Esprit agissait, et qui fut rejeté par Israël ; puis la loi violée dès le commencement par l’adoration du veau d’or ; ensuite les prophètes, puis Christ lui-même, et enfin le témoignage du Saint Esprit. Les Juifs avaient violé la loi, persécuté et mis à mort les prophètes qui avaient parlé du Juste ; ils avaient livré et crucifié celui-ci ; de plus, ils résistaient au Saint Esprit comme leurs pères l’avaient toujours fait.

Toutes les voies de Dieu passent devant nos yeux ; la loi, les prophètes, Christ, le Saint Esprit. En tout cela, le peuple s’est trouvé ennemi de Dieu ; en même temps ils se confiaient dans le temple, duquel Dieu avait dit par le prophète que le Très-Haut n’habite pas dans des temples faits par la main des hommes. Telle est l’histoire d’Israël, l’histoire de l’homme. La conscience est endurcie, la volonté n’est pas changée dans le sanhédrin ; elle ne fait que montrer la haine et l’opposition au témoignage de l’Esprit ; elle pousse les cœurs à résister et à mettre à mort le témoin lui-même. Ils ne pouvaient répondre. Étienne avait rappelé leur histoire dont ils se vantaient ; et quelle histoire ! L’homme résiste toujours au témoignage de l’Esprit ; la haine se jette avec violence sur le témoin.

D’autre part nous voyons, — fruit de la rédemption, — l’homme, le chrétien, rempli du Saint Esprit, manifesté ici, sans doute, d’une manière spéciale ; mais ce qui était vision pour Étienne est objet de foi pour nous. Remarquez premièrement la tranquillité parfaite du serviteur de Christ : il raconte avec une admirable simplicité une histoire connue de tous, mais une histoire qui portait avec elle la condamnation des Juifs. Il n’y avait pas moyen de raisonner, ils ne pouvaient récuser les faits. Puis Étienne se met tranquillement à genoux, au milieu des pierres qui tombaient sur lui, et il prie pour ses ennemis. Quelle puissance morale ! Comme elle domine entièrement toutes les circonstances, et montre l’homme de Dieu en présence de la fureur de l’adversaire.

Examinons maintenant non seulement le caractère du témoignage d’Étienne en face de ses adversaires, mais son propre état. Il nous présente l’exemple d’un homme plein de l’Esprit, tandis que ses adversaires nous offrent celui d’hommes qui résistent à l’Esprit. Le ciel est ouvert devant Étienne, et celui-ci, capable de tenir ses yeux fixés sur le ciel, — pierre de touche de l’état de son âme, — voit le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. Il voyait bien la gloire de Dieu, mais il n’en parle pas ; la chose nouvelle et bénie était que l’Homme, dans la personne du Fils de Dieu, était là dans le ciel, à la droite de Dieu.

Je pense que Jésus n’était pas assis, parce que, jusqu’à ce que les Juifs eussent rejeté le témoignage de sa gloire, le Sauveur attendait pour venir, selon le discours de Pierre (voir 3:19-21). Une fois Étienne tué, ce témoignage est clos ; avec cette seule âme dans le ciel, le rassemblement des esprits des rachetés commence, et continuera jusqu’à ce que le Seigneur vienne pour réunir les corps et les esprits des siens, et les placer dans la gloire céleste. Ainsi nous lisons dans l’épître aux Hébreux que Jésus s’est assis à la droite de Dieu, attendant jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour le marchepied de ses pieds. Il est assis maintenant sur le trône du Père et pas encore sur le sien propre. C’est là ce qui réveille la haine et la fureur des Juifs ! Ils crient au blasphème, et lapident le témoin de Dieu et de la gloire de Jésus.

Pour Étienne, le ciel est ouvert ; il voit Jésus dans la gloire divine : c’est ce qui forme son âme d’une manière admirable à la ressemblance de Jésus. Comme Lui a prié pour ses ennemis, Étienne prie aussi pour ses ennemis ; et comme le Seigneur Jésus a remis son esprit à son Père, ainsi Étienne dit : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit ». Non seulement il pardonne à ses ennemis, mais il s’agenouille tranquillement pour le faire. La vue de Jésus transforme le cœur à sa ressemblance. Ce qui était une vision pour Étienne est pour nous l’objet de la foi rendu d’autant plus clair par ce qui lui est arrivé.

 

7                    Chapitre 8

Un fait important nous est présenté ici, fait qui rend la signification de cette histoire plus claire encore : Saul était là, et prenait part à la mort d’Étienne. Nous l’avons vu, cette mort était la fin de l’histoire de l’inimitié du cœur humain contre Dieu, après que Dieu avait tout fait pour l’éprouver et aussi pour le ramener : l’inimitié incorrigible de l’homme a été manifestée ainsi que sa fin devant Dieu. Il n’y avait plus d’espoir de trouver quelque bien dans l’homme, puisque Dieu lui-même avait essayé tous les moyens : le jugement au déluge, la loi, les prophètes, son propre Fils, et enfin le témoignage du Saint Esprit. Tout avait été inutile ! Plus Dieu agissait, plus l’inimitié se manifestait !

C’est ici que Paul apparaît pour la première fois : il ne lui suffit pas de prendre part à la mort d’Étienne ; il s’en va dans une ville étrangère pour saisir les chrétiens et les conduire liés à Jérusalem. Il est l’apôtre de l’inimitié de l’homme contre Christ ; mais si l’histoire de l’homme était finie, l’histoire de la grâce souveraine de Dieu commençait. L’esprit du premier martyr s’en va auprès de Jésus. Il faut que le nombre entier soit complet, avant que Jésus vienne pour les réunir à leurs corps.

C’est ici que se place la première persécution générale : elle est, entre les mains de Dieu, un moyen pour répandre la semence de l’évangile. Elle est aussi une preuve de la libre activité du Saint Esprit qui se sert de tout ce qu’il veut choisir. Un autre fait important mérite ici notre attention : tandis que tous les chrétiens sont dispersés par la persécution, les apôtres restent à Jérusalem (v. 1). La mission spéciale de Matthieu 10:23, n’a pas été accomplie ; elle le sera plus tard par la puissance de Dieu, je n’en doute pas, mais elle ne l’est pas au moment auquel nous reporte notre chapitre. C’est la multitude des chrétiens dispersés par la persécution qui prêchent l’évangile dans la Palestine, et plus tard parmi les Gentils (voir v. 4, et 11:19 et suiv.).

Saul persécutait l’assemblée avec un zèle impitoyable, et les chrétiens quittaient la ville de Jérusalem. Ce n’est pas le sage dessein de l’homme, ni le zèle spirituel des apôtres, mais c’est la fureur de l’ennemi qui, selon la sagesse de Dieu, répand premièrement l’évangile hors des portes de Jérusalem. L’esprit d’Étienne a été reçu au ciel ; l’évangile de la grâce est porté dans les contrées voisines par l’inimitié des hommes et par la providence de Dieu qui se sert d’eux, poussant ceux qui étaient dispersés à communiquer par amour le don qu’ils possédaient. Qu’est-ce que l’homme ? — et quelle est la sagesse et la grâce de Dieu !

Nous trouvons ici un autre exemple déjà signalé plus haut, de la libre activité de l’Esprit, dans la personne de Philippe, l’un des sept qui avaient été choisis pour prendre soin des veuves (Chap. 6:1-6). Son service envers les veuves est fini ; mais il a acquis un bon degré et une grande liberté dans la foi qui est dans le Christ Jésus. Parti de Jérusalem, il descend en Samarie, où, par la force de sa parole et par les miracles qu’il lui est donné de faire, le peuple est délivré d’un terrible instrument de Satan, de Simon qui exerçait l’art de la magie et qui était regardé comme la grande puissance de Dieu. Simon lui-même, convaincu de la puissance qui accompagnait Philippe, est baptisé (v. 13) ; dès lors il se tenait continuellement auprès de Philippe et était étonné, voyant les miracles qui se faisaient.

Les miracles ont exercé cette influence sur son esprit ; ce n’est pas la semence de Dieu, la parole divine, qui est entrée dans son cœur. Croire par le moyen des miracles seuls, ce n’est pas la foi opérée par l’Esprit de Dieu, bien que Dieu opère les miracles et les prodiges pour confirmer sa parole. On voit à la fin du deuxième chapitre de l’évangile de Jean que Jésus ne se fiait pas à ceux qui avaient cru de cette manière, contemplant les miracles qu’il faisait. Quand l’Esprit de Dieu agit, il produit dans l’âme des besoins auxquels Jésus seul peut satisfaire. C’est ainsi que Nicodème fut sous l’influence des miracles, quand il se rendit auprès de Jésus. À d’autres la conviction de la raison suffit, et ils restent chez eux.

Pour Simon, son seul désir est de posséder la puissance de conférer à d’autres, par l’imposition de ses mains, le pouvoir de faire des miracles et des prodiges. Il voudrait acheter cette puissance avec de l’argent, montrant ainsi qu’il n’y avait aucune œuvre de Dieu dans son âme. — « Tu n’as ni part, ni portion dans cette affaire » (v. 21). Simon était dans un fiel d’amertume et dans un lien d’iniquité ; son cœur n’était pas droit devant Dieu. Son péché réveille l’indignation de Pierre et non sa compassion. « Que ton argent périsse avec toi ! » Mais le cœur de Simon n’est pas encore touché de componction, il demande seulement que rien ne vienne sur lui des choses qui ont été dites, et non que sa pensée soit pardonnée, ni que l’état de son cœur soit changé.

Plusieurs points qu’il est bon de faire remarquer se présentent encore ici à nous. D’abord la différence entre l’opération de l’Esprit et l’acte d’être scellé est très clairement mise en évidence. Le peuple de Samarie avait cru, il avait été baptisé (v. 12), mais il n’avait pas reçu le Saint Esprit ; l’Esprit n’était pas encore descendu sur eux (v. 16). L’Esprit avait opéré par la Parole dans les cœurs ; les hommes et les femmes avaient été convertis ; ils étaient nés de nouveau ; ils avaient confessé le nom de Jésus ; mais ils n’étaient pas encore scellés. Il appartenait d’une manière spéciale aux apôtres d’imposer les mains et de conférer le don de l’Esprit. Nous lisons (Actes 19:6) que Paul l’a conféré ; il était vraiment apôtre. Ailleurs nous voyons qu’Ananias avait été envoyé avec une mission spéciale du Seigneur lui-même à cet égard, afin que Paul reçut l’Esprit. L’Esprit vient bien aussi sans l’imposition des mains comme il est arrivé pour les cent vingt, pour Corneille (Ch. 2 et 10) ; mais nul n’avait  le pouvoir de le conférer sauf les apôtres. Il est dit : « Par l’imposition des mains des apôtres » (v. 18).

L’Esprit peut venir aussi sur un homme, sans une opération intérieure qui donne la vie. Le Seigneur n’agit pas ainsi habituellement, mais la chose est possible et les exemples ne manquent pas dans l’Ancien Testament, comme dans le cas de Balaam, du roi Saül, et d’autres, où la question de la conversion n’est pas soulevée. Il est possible, en pareil cas, que les hommes soient convertis, il se peut aussi que non ; et cela montre qu’il s’agit de quelque chose de bien différent. Le Nouveau Testament ne nous en offre pas d’exemple, mais la chose y est supposée (voyez 1 Cor. 13 ; Héb. 6) ; et le pouvoir de faire des miracles, sans qu’il soit question du Saint Esprit et sans la conversion et la vie, est clairement présenté par le Seigneur lui-même (Matt. 7:22-23), qui ne nie pas le fait, mais déclare qu’il ne connaît pas celui qui a fait ces miracles (voir Deut. 13). Judas, en tout cas, a été envoyé pour en faire (voir Matt. 10).

Après ce nouveau caractère de l’autorité apostolique, nous voyons la libre activité de l’Esprit largement développée en Philippe. Il est l’instrument pour communiquer l’évangile à un pays éloigné (v. 26 et suiv.), par un prosélyte, venu à Jérusalem pour adorer le vrai Dieu, homme dans le cœur duquel la parole de Dieu avait une pleine autorité. Il est admirable de voir la promptitude de l’obéissance de Philippe, et comme il se laisse conduire par la volonté de Dieu. Il est l’objet de toute l’attention de la ville de Samarie — une belle œuvre s’y faisait par son moyen. « Va-t-en, dit l’Esprit, sur le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza, qui est désert ». L’Esprit ne lui dit pas ce qu’il aura à y faire. Philippe va immédiatement, et trouve là le trésorier de la reine d’Éthiopie. L’Esprit, lui dit : « Approche-toi et te joins à ce chariot » ; il accourt aussitôt.

Le trésorier lisait la parole de Dieu, mais la clef de la foi en Jésus lui manquait. Philippe monte sur le chariot, et lui annonce cette foi. Tout était ordonné de Dieu. L’eunuque lisait le passage du prophète qui se rapportait directement aux souffrances du Seigneur, et Dieu lui envoie, par la puissance de l’Esprit, l’explication du passage par la bouche de Philippe. L’eunuque, dont le cœur était préparé par la grâce, et qui avait déjà foi à la Parole, devient chrétien. Il est baptisé par Philippe et il poursuit son voyage tout joyeux. Il est remarquable que le nom du christianisme soit demeuré jusqu’à aujourd’hui dans ce pays-là, très corrompu, il est vrai, mais sous la forme que cet homme lui avait imprimée : ils font profession de croire en Christ, mais ils pratiquent la circoncision (le verset 37 des versions de Martin et d’Osterwald n’est pas authentique). L’Esprit du Seigneur ravit Philippe, et, par la puissance miraculeuse de Dieu, il se trouva à Azot, car le temps et l’espace ne sont rien pour Dieu. Depuis Azot, Philippe évangélise toutes les villes jusqu’à Césarée. Plus tard nous le trouvons établi avec sa famille dans cette ville. Il avait gagné le beau nom d’évangéliste (21:8).

 

8                    Chapitre 9

Nous avons parcouru l’histoire de la libre activité de l’Esprit en Étienne, en Philippe, et dans ceux qui furent dispersés par la persécution. Nous arrivons maintenant à l’histoire profondément intéressante de Saul et de sa conversion. L’histoire d’Étienne nous a montré que l’homme était arrivé au point extrême de son iniquité, non seulement en ce qu’il avait crucifié le Seigneur, mais en ce qu’il avait encore refusé l’offre de la grâce et du retour du Sauveur fondés sur l’intercession de Jésus sur la croix. Là nous avons trouvé Saul pour la première fois ; mais Saul n’était pas encore satisfait de cette haine sourde qu’il nourrissait dans son âme. Plein d’énergie, il persécute les disciples, ne respirant que menace et meurtre ; il demande des lettres au souverain sacrificateur pour les synagogues de Damas, afin que, s’il trouvait des disciples, il les amenât liés à Jérusalem.

Saul est l’apôtre de sa propre volonté, de la haine contre Christ, et de la persécution des siens. Le Seigneur permettait cela pour faire de lui le témoin et l’apôtre de la grâce souveraine qui lui a ouvert les yeux, qui l’a converti et pardonné. La grâce souveraine vient à la rencontre de cet ardent ennemi de la vérité et de la grâce, dont la fureur cherchait, comme il le dit lui-même, à détruire le christianisme, et à bannir le nom de Christ de la face de la terre. Tandis qu’il est occupé de cela, le Seigneur l’arrêtant en chemin, se révèle à son âme ainsi qu’à ses yeux, afin qu’il devienne le témoin oculaire de sa gloire. Une lumière du ciel brille comme un éclair autour de lui ; puis une voix lui dit : « Saul, Saul ! pourquoi me persécutes-tu ? »

Deux vérités très importantes sont contenues dans cette scène remarquable. La gloire du Seigneur s’y est révélée : Saul n’avait pas connu les douze, ni vu le Seigneur ; il ne l’avait pas suivi lorsqu’il était présent dans la chair. Les douze apôtres l’ont connu dans les jours de sa chair ; l’ont vu disparaître dans la nuée ; ont su par la foi qu’il était assis à la droite de Dieu ; mais ils n’ont pu être les témoins oculaires de sa gloire céleste. C’est par-là, au contraire, que Paul commence. Il voit la gloire du Seigneur ; mais il ne sait pas qui c’était. Une chose est certaine pour lui : la gloire du Seigneur lui est apparue, et il a entendu sa voix. Il demande : « Qui es-tu Seigneur ? » Alors le Seigneur répond : « Je suis Jésus que tu persécutes ». Ce n’était pas un homme sur la terre, le Messie, maintenant monté dans le ciel, mais c’était le Seigneur de gloire reconnu encore comme étant Jésus, et même Jésus de Nazareth.

Le point de départ de la doctrine n’est pas le même chez Paul et chez les douze : ils annoncent la même rédemption, le même Sauveur ; mais la révélation donnée aux douze, c’est que l’homme Jésus est monté au ciel, que Dieu l’a élevé ; tandis que la révélation donnée à Saul, c’est que le Seigneur de gloire est Jésus de Nazareth. La gloire céleste est pour lui le point de départ ; puis, et c’est ici le second point auquel j’ai fait allusion, tous les chrétiens sont unis à Lui, membres de son corps. Cette doctrine n’est pas développée ici, mais nous la trouvons dans ces mots : « Pourquoi me persécutes-tu ? » Ce « Moi », est le Seigneur de gloire. « Je suis Jésus que tu persécutes ». Il ne dit pas : Pourquoi persécutes-tu mes disciples ? comme dirait un docteur ou un rabbin.

Tels sont les points fondamentaux de la mission de Paul, cet ennemi du Seigneur de gloire, converti, pardonné, justifié, témoin de la grâce souveraine. L’évangile de la gloire de Dieu dans la face de Jésus Christ, l’évangile de la gloire du Seigneur (voir 2 Cor. 4:3-6 et suiv.) lui est confié, puis la vérité de l’unité des chrétiens avec Christ, tête glorieuse dans le ciel. Pierre, lui, annonce que Dieu a glorifié Celui que les Juifs avaient crucifié, et il invite ces rebelles à venir à Dieu par le sacrifice qu’il avait offert, ajoutant que, pour ceux qui se repentaient, Jésus reviendrait. Paul annonce que ce salut est pour tous les hommes, et que Dieu comme Sauveur ne peut se limiter aux frontières étroites d’Israël, mais qu’il fait maintenant proclamer le salut à la création entière sous le ciel ; puis, que l’assemblée de Dieu est unie à Jésus, étant son corps (voir Col. 1:23-24 ; Éph. 3:8-11 ; 1:20-23 ; 5:29-32, etc.).

Nous verrons que Dieu n’a pas permis qu’il y eût de la désunion ; il a voulu qu’il y eût une seule assemblée. Mais il n’en est pas moins vrai que Paul a été le témoin, d’une part, qu’il n’y avait « aucune différence » devant Lui, que tous, Juifs ou Gentils, étaient perdus, fils de colère les uns comme les autres ; d’autre part, que Jésus, par le don du Saint Esprit, avait uni tous les siens en un seul corps, vérité à laquelle les Juifs, même les Juifs chrétiens, résistèrent toujours et partout, tourmentant l’apôtre dans son travail. Pierre même usa de dissimulation, en sorte que Barnabas et tous les Juifs chrétiens, entraînés par son autorité qui n’était que la peur de l’homme, le suivirent. Aucun des apôtres, dans leurs épîtres, à l’exception de Paul, ne parle de l’assemblée, corps de Christ sur la terre. La gloire de Dieu dans la face de Jésus Christ, la grâce souveraine par laquelle lui, Paul, était un exemple pour tous ceux qui viendraient à croire à l’avenir en Jésus Christ, l’union des croyants avec Christ, chef ou tête dans le ciel, et tout cela fondé sur la croix : tel est l’évangile confié à Paul.

Ceux qui accompagnaient Saul sur le chemin de Damas furent témoins de la réalité de la vision, mais ils n’entendirent pas la révélation confiée à Saul. La lumière brillante resplendit autour d’eux, mais ils ne virent pas le Seigneur, ils entendirent bien une voix, mais non les paroles de Celui qui parlait. Paul fut le témoin de ce qu’il avait vu et entendu ; ses compagnons de voyage purent rendre témoignage que la vision était une chose réelle et non une invention de Paul pour sa propre gloire ; le tout enfin fut confirmé par la mission d’Ananias auquel le Seigneur révéla ce qui était arrivé, en l’envoyant à Saul pour lui ouvrir les yeux, et le recevoir dans l’assemblée chrétienne, par le baptême et par le don du Saint Esprit, car la lumière éblouissante avait aveuglé Saul.

Dieu l’avait ainsi retiré de toute communication avec le monde extérieur, afin qu’il fût uniquement occupé de son âme et de l’état dans lequel il se trouvait. En effet, sa situation était sans pareille. Extérieurement, il était un homme sans fraude, d’une conduite irrépréhensible selon la loi ; il avait une bonne conscience ; il croyait de son devoir de faire beaucoup contre le nom de Jésus, et il le faisait. Les chefs de la religion des pères l’encourageaient, l’envoyaient avec des lettres, et l’appuyaient de toutes manières dans ce dont il s’acquittait avec zèle. La conscience, la justice légale, la religion, tout ce qui formait la vie morale de Saul, avait fait de cet homme un ennemi ardent du Seigneur de gloire ; et maintenant, d’un seul coup, tous les fondements de sa vie morale, qui faisaient de lui l’ennemi du Seigneur, étaient renversés !

Nous avons vu que le péché avait comblé la mesure en ce que les Juifs avaient non seulement crucifié le Seigneur, mais résistaient encore à l’Esprit qui les engageait à se repentir par le témoignage rendu à la gloire de Christ. Saul avait assisté d’une manière active, à cette résistance des Juifs lorsqu’ils lapidaient Étienne. Mais la mort d’Étienne ne lui suffisait pas ; il fallait encore à son zèle persécuteur tous les croyants dans les contrées étrangères. Dans ce chemin, il fait la rencontre du Seigneur dont il cherchait à extirper le nom. Il était donc le chef, le premier des pécheurs ; par ignorance, il est vrai, mais néanmoins volontairement. Où était sa bonne conscience selon l’homme ? et sa justice légale ? et sa religion, dont l’autorité avait été précédemment suprême pour lui ? Tout cela n’avait abouti qu’à faire de lui l’ardent et fougueux ennemi du Seigneur, en la présence duquel il se trouvait maintenant ; mais il était l’objet de sa grâce au moment même où, de tout son pouvoir, il cherchait à détruire sa gloire. Quelle révolution, quel bouleversement dans son cœur ! Qui pourrait décrire ce qui se passa en lui pendant ces trois journées, où il fut sans voir, et ne mangea ni ne but (v. 9).

C’est pourquoi le Seigneur ne lui envoie Ananias que quand cette œuvre de travail moral intérieur est accomplie. Les choses vieilles sont passées, et maintenant tout est nouveau dans l’âme de Saul, dans le fond de ses pensées : tout est de Dieu qui s’était révélé à lui dans la gloire de la face de Jésus Christ. Il n’est plus Juif, quoiqu’il le soit encore extérieurement ; il n’est pas devenu Gentil ; att