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Le grand Souper — Luc 14:15-33

 

J.N. Darby

ME 1875 p. 421

Table des matières :

1     La grandeur des richesses de Son amour

2     Le dessein d’amour de Dieu

3     L’accueil du fils prodigue par le père

4     Le grand Souper montre le ciel, déjà pour maintenant

5     Les obstacles dressés par Satan

6     Les lieux célestes, pour maintenant

7     L’homme naturel ne comprend rien au grand Souper

8     Une puissance qui dépasse la nature : suivre Christ par amour

 

 

 

 

1                        La grandeur des richesses de Son amour

Le Seigneur nous donne la parabole du Grand Souper en réponse à ces paroles de l’un des convives, qui était à table avec Lui dans la maison d’un des principaux pharisiens, et qui avait dit : « Bienheureux celui qui mangera du pain dans le royaume de Dieu ! » Il nous présente, sous la figure du grand Souper, la grandeur de ce que Dieu a préparé pour nous, et les richesses de son amour ; et c’est un point bien important pour une âme, que de comprendre et de saisir, en quelque mesure au moins, l’infinie bonté de Dieu, et ce que son cœur a préparé pour nous.

 

2                        Le dessein d’amour de Dieu

Dieu avait un dessein d’amour : il voulait nous introduire dans un lieu de félicité merveilleuse. Or il a déjà accompli ce dessein par Celui qui seul pouvait l’accomplir. Tout ce qui reste à faire pour nous, c’est de prendre possession de ce que Dieu a préparé pour nous, et d’en jouir.

Dieu avait dit autrefois à Moïse : « Retire mon peuple hors d’Égypte et introduis-le dans le pays de Canaan ». Dieu avait un dessein à l’égard d’Israël ; et en dépit de toutes les difficultés, de tous les dangers du chemin, de toutes les infidélités du peuple, il a accompli ce dessein : il a tiré Israël hors d’Égypte, et l’a introduit dans le pays de Canaan. Il en est de même pour nous. Dieu ne nous appelle pas seulement hors du monde, mais il veut aussi nous faire entrer dans un lieu de bénédiction ; il veut nous faire jouir d’une maison que le Père a préparée pour nous et à laquelle il nous appelle, — d’une fête à laquelle son amour nous a invités.

Avez-vous compris quelque chose de cet amour de Dieu et de ses desseins ? Il ne s’agit pas seulement de « manger du pain dans le royaume de Dieu ». Un homme, est-il dit, fit un « grand Souper », et Dieu nous montre dans le chapitre suivant comment il y amène ceux qui y ont part. Dans ce chapitre 15, le Seigneur nous parle du cœur du Père, de toutes ses pensées envers nous. En avez-vous compris quelque chose ? Il ne s’agit pas de ce que le prodigue pouvait ressentir, mais le Seigneur nous révèle les sentiments du Père et la réception qu’il a réservée au prodigue. Dieu dit : Je suis un Père qui te recevrai si tu te retournes vers moi, et mon cœur se réjouira en toi. Le Fils de Dieu, lui seul, pouvait nous parler du cœur du Père, lui qui seul le connaissait, — et il nous l’a fait connaître. Lui était le seul aussi qui ait jamais connu l’énormité de notre péché contre Dieu, du péché qui nous a séparé de Dieu ; et il l’a porté. Moi, je ne puis, ni mesurer mon péché, ni satisfaire à la responsabilité qu’il fait peser sur moi ; mais Lui l’a mesuré, et il a satisfait à ma responsabilité. Lui aussi connaissait ce qu’aucun autre homme n’a jamais connu, l’amour qui est dans le cœur du Père ; et cet amour il nous l’a fait connaître.

 

3                        L’accueil du fils prodigue par le père

Dieu donc a des desseins, il fait une fête. Mais avant de parler de cette fête, telle qu’elle nous est présentée dans la parabole du Grand Souper, je voudrais vous dire quelques mots sur le fils prodigue. Il est d’abord reçu et couvert de baisers, ensuite vêtu, ensuite fêté ! Ici, nous apprenons ce qu’est le cœur du Père. Qui nous l’aurait fait connaître ? La philosophie peut-elle nous l’apprendre ? La race des philosophes de nos jours est la plus misérable de toutes, parce que, empruntant au Livre de Dieu, ils en renient l’auteur. Quant aux philosophes d’autrefois, ils n’ont jamais été au-delà de la simple philanthropie, parce qu’ils n’avaient pas ce Livre pour leur révéler l’amour. L’amour prend son plaisir dans celui qu’il sert. Nous le voyons ici dans ce qui nous est dit du Père. D’abord il a compassion du prodigue, il court au-devant de lui, il se jette à son cou et le couvre de baisers. Un baiser est l’expression de l’affection, de la part de celui qui le donne. C’est le cœur de Dieu, dont Satan a fait douter l’homme dans le jardin d’Eden, qui est révélé en premier lieu. L’impression produite par la première rencontre d’une âme avec Dieu, c’est ce que l’Écriture appelle « un baiser », quoique la grâce eût déjà travaillé dans cette âme. Ensuite vient la robe : « Apportez dehors la plus belle robe et l’en revêtez ». La robe, c’est ce qui rend l’homme propre à entrer dans la maison. La grâce est allée au devant de lui, la justice l’introduit : c’est un nouvel homme dans la maison ; car remarquez que dès que le prodigue est revêtu, il se trouve dans la maison du Père, quoiqu’il fût « encore loin » quand le Père l’avait rencontré et avait dit d’apporter la robe. Le Père dit : « Apportez dehors la plus belle robe ». Vous ne dites pas : « Apportez dehors », quand vous êtes dans la maison ; mais il faut que vous soyez dehors pour dire : « Apportez dehors ». Dieu nous a amenés dans la maison ; il nous a rendus « capables de participer au lot des saints dans la lumière ». Il n’y a pas un vrai chrétien sur la terre qui ne soit propre pour le ciel ; mais il n’y en a pas un seul qui soit parfaitement propre pour la terre : le seul Homme parfaitement propre pour la terre, c’était le Seigneur Jésus qui était « le Fils de l’Homme qui est dans le ciel ». Nous sommes laissés ici-bas — des hommes célestes sur la terre ; et ce n’est que lorsque nous avons été amenés dans le ciel que nous pouvons comprendre ce que c’est que d’être propre pour la terre. Quelle place merveilleuse que celle qui nous a été faite !

 

4                        Le grand Souper montre le ciel, déjà pour maintenant

Le grand Souper, remarquez-le bien, la chose est de toute importance, n’est pas plus une fête à venir que la maison du Père du chapitre 15, n’est un ciel à venir. — C’est ce qui nous est présenté en figure dans l’Ancien Testament par « le saint des saints », ou « le lieu très saint ». Vous ne pouvez rendre culte à Dieu que là ; c’est de ce lieu-là qu’il nous a ouvert le chemin ; c’est dans ce lieu-là qu’il nous a donné une place maintenant. Je dis : maintenant, — non pas, plus tard. Nous avons été approchés maintenant, et introduits par Dieu, devant Lui, dans une position qui est entièrement au-delà de la nature.

N’est-ce pas ce que nous dit l’Apôtre au chapitre 2 de la première épître aux Corinthiens ? « Nous parlons la sagesse de Dieu en mystère, la sagesse cachée, laquelle Dieu avait préordonnée avant les siècles pour notre gloire ; qu’aucun des chefs de ce siècle n’a connue (car s’ils l’eussent connue, ils n’eussent pas crucifié le Seigneur de gloire), — mais selon qu’il est écrit : « Ce que l’œil n’a pas vu, et que l’oreille n’a pas ouï, et qui n’est pas monté au cœur de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment », — mais Dieu nous l’a révélée par son Esprit ; car l’Esprit sonde toutes choses, même les choses profondes de Dieu ». Le but de l’Apôtre, ici, était de montrer aux Corinthiens qu’ils étaient au-dessus de la nature. Un homme qui agit au-dessous de sa nature est un monstre. Mais nous sommes ici au-dessus de la nature ; nous sommes à un niveau plus élevé que celui qui est le nôtre naturellement, comme un homme à cheval est élevé au-dessus de son propre niveau et de sa propre puissance. Si vous me dites : Voyez ces belles choses ! Quelle joie pour l’œil de les contempler ! C’est vrai, et il n’y a rien de mauvais à un œil ; cependant « l’œil n’a pas vu ». Si vous dites Écoutez ces sons si doux ! Votre oreille a-t-elle jamais entendu quelque chose de plus charmant ? L’oreille en est toute réjouie ! C’est vrai encore ; et il n’y a rien de mauvais à une oreille ; cependant « l’oreille n’a pas entendu ». Si vous dites : Voyez ces sentiments du cœur si beaux, si vifs, si délicats ! C’est vrai encore ; le cœur sent merveilleusement ; toutefois l’Apôtre dit : « Ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment ! » C’est ce que nous trouvons en Ésaïe : une chose, dit le prophète, que l’homme n’a jamais ouïe, ni entendue, ni imaginée.

Eh bien, maintenant, je vous le demande : Qu’est-ce que le ciel ? Vous n’en savez rien, dites-vous peut-être. Vous pensez que c’est quelque chose de très grand, de très glorieux ; mais vous ne savez pas à quoi il ressemble. Vous n’avez donc pas dépassé Ésaïe, puisque le ciel est une chose inconnue pour vous ; car « ce que Dieu a préparé », n’est pas une chose cachée pour nous : « Dieu nous l’a révélée par son Esprit ». C’est là le grand Souper ; mais aucune de nos facultés naturelles ne peut y entrer.

C’est un point d’une immense importance pour le cœur, que d’entrer dans cette salle de festin. Et comme Dieu, quand il était venu délivrer les enfants d’Israël hors d’Égypte, leur avait parlé du bon et spacieux pays dans lequel il allait les introduire ; ainsi maintenant, Dieu nous dit par son Apôtre, à nous qu’il a rachetés, que toutes ces bonnes choses qu’il a préparées pour les siens, il nous les a révélées par son Esprit. Si vous dites : Nous croyons bien que nous entrerons dans ce lieu de félicité quand le moment sera venu, vous témoignez vous-mêmes que vous n’y avez pas encore trouvé votre place maintenant. Le Juif ne pouvait jamais approcher du propitiatoire, qui restait caché derrière le voile ; il ne pouvait pas entrer dans le lieu très saint ; — mais maintenant, le voile ayant été déchiré, la première chose que le pécheur rencontre, c’est le propitiatoire, et « par le sang de Jésus, par le chemin nouveau et vivant qu’il nous a consacré à travers le voile, c’est-à-dire sa chair, nous avons une pleine liberté pour entrer dans les lieux saints » (ou : « le lieu très saint ») (Hébreux 10:19, 20).

Êtes-vous jamais entré dans les lieux saints ? Votre cœur s’est-il jamais trouvé au milieu de cette scène merveilleuse ? Le chemin qui y mène, c’est « le chemin nouveau et vivant qu’il nous a consacré à travers le voile, c’est-à-dire sa chair ». Et puis, une fois entré, vous mangez du « blé du pays », vous vous nourrissez de Christ assis à la droite du Père dans la gloire. Est-ce là ce que vous faites, ou bien, toutes ces choses sont-elles seulement à venir pour vous ? Votre association avec Lui, là où il est, est-elle seulement à venir ? Il est d’une immense importance de savoir que nous sommes unis à Lui maintenant. C’est ce qui nous rendra supérieurs à toutes choses. Au Psaume 73, nous voyons le prophète abattu, troublé, dans la perplexité ; il ne pouvait pas comprendre les voies de Dieu ; mais quand il est entré dans le sanctuaire, alors il comprend ; tout lui apparaît sous un jour différent : son trouble et son amertume prennent fin. Quelle différence dans les choses, même naturelles, selon le point de vue duquel on les contemple. L’Apôtre dit : « Qui des hommes connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? Ainsi personne ne connaît les choses de Dieu non plus, si ce n’est l’Esprit de Dieu. Mais nous, nous avons reçu, non l’esprit du monde, mais l’Esprit qui est de Dieu, afin que nous connaissions les choses qui nous sont librement données par Dieu » (1 Corinthiens 2:11-12). Dieu, on le voit, a introduit une nouvelle puissance : il nous a révélé ces choses, et nous a donné la capacité pour les comprendre. Il dit : Je puis vous donner une place avec Christ devant moi, et vous en faire jouir par le Saint-Esprit ; déjà tout est prêt, venez au souper. Vous n’avez peut-être jamais joui de ce dont je parle ? Eh bien, il est bon que vous le sentiez. Mais, quoiqu’il en soit, Dieu dit : « Venez, car déjà tout est prêt ». Ce n’est pas à vous de préparer quoi que ce soit.

 

5                        Les obstacles dressés par Satan

Satan a ses artifices pour empêcher les âmes d’entrer et de prendre part à ce Souper. Il vous laissera traverser ce monde assez tranquillement, si vous ne cherchez pas à atteindre le point le plus élevé, le sommet de l’échelle ; mais si c’est le sommet que vous cherchez, il usera de toutes ses ressources pour déjouer votre dessein. Ce n’est pas ce sur quoi vos pieds s’appuient qui vous fait monter plus haut, c’est ce que vos mains peuvent saisir. C’est pourquoi Satan dirige ses traits de ce côté, afin que vous ne puissiez pas faire de progrès. Il vise au point le plus élevé de vérité que vous avez saisi, et c’est ce point que chacun lâchera en premier lieu, quand il commencera à déchoir à quelque égard que ce soit. Toute l’Écriture nous montre que Satan a toujours visé à la vérité la plus haute dont on faisait profession à quelque époque que ce soit. Ainsi, maintenant il y a dans la chrétienté un grand et insidieux moyen par lequel on tient les âmes loin du Souper : On persuade aux chrétiens qu’ils auront leur place dans le ciel quand ils mourront. On les trompe ainsi ; car, s’il est vrai que je serai dans le ciel quand je mourrai, si je suis chrétien, il est vrai aussi que, quant à ma position, je suis dans le ciel maintenant. Mais si vous dites que vous entrerez dans le ciel quand vous mourrez, vous déclarez vous-même que vous n’avez pas encore votre place dans le ciel maintenant et que c’est à la terre que vous appartenez encore. Voilà l’artifice de Satan : Il repousse le ciel en arrière et le place dans l’avenir, et il vous présente la terre comme le lieu de votre habitation. « Le vin est rouge », et quand vous le regardez il vous trompe (Proverbes 23:31, 32).

 

6                        Les lieux célestes, pour maintenant

Dites-moi : « Croyez-vous qu’il y ait un Esprit de Dieu ? Et si l’Esprit est, d’où vient-il, et qu’est-ce qu’il vous révèle ? Où est Jésus ? Dans le ciel, dites-vous. — N’êtes-vous jamais entré là ? Ne vous approchez-vous jamais de Lui ? Le Saint-Esprit me met nécessairement en rapport avec Christ là où il est maintenant. Par l’Esprit, je suis introduit dans les « lieux célestes », et de ces « lieux célestes » je descends sur la terre, pour y agir comme un homme céleste. Christ me communique d’en haut la puissance pour que je marche ainsi, et que toute ma conduite manifeste Sa vie, et soit pour la gloire de Dieu. Si je suis chrétien, je suis un homme céleste sur la terre : « Tel qu’est le Céleste, tels sont les célestes » ; et s’il s’agit de la marche qui me convient, je ne dois rien faire d’autre, que traverser la scène comme Christ y a passé, et non pas simplement en homme.

Lorsque vous dites que nous entrerons dans le ciel plus tard, vous renvoyez le ciel jusqu’à votre mort. N’y êtes-vous donc jamais entré ? N’y demeurez-vous jamais ? Mais vous confondez le ciel avec la vie éternelle. La vie éternelle, que j’ai maintenant par la foi en Christ, me rend capable de jouir des choses de Dieu ; et cette vie, je la possède cachée avec Christ en Dieu, en sorte que, en Christ, je suis introduit dans une scène nouvelle où je puis manger « du blé du pays », là où est la perfection, le repos, le bonheur, Christ lui-même. Je demeure là où je puis jouir de Lui ; et « contemplant à face découverte la gloire du Seigneur », je suis « transformé en la même image de gloire en gloire comme par le Seigneur en Esprit ».

Que personne ici ne dise que c’est trop, Dieu dans sa grâce est entré sur la scène, et par la croix il a mis fin à l’histoire de l’homme dans la chair ; et maintenant, par l’Esprit, il m’associe à son Fils qui est assis à la droite de sa majesté dans les cieux. Christ gagne mon cœur dans l’humiliation ; il le satisfait dans la gloire. Un cœur gagné n’est pas nécessairement un cœur satisfait ; mais je pense que, si un cœur est réellement gagné par Christ, il ne sera jamais satisfait sans Lui ; il lui faut Celui qui l’a gagné. L’absence ne rend pas le cœur « plus heureux », elle nous fait seulement découvrir ce que nous avons gagné dans la présence.

La pensée de Dieu est de nous amener à la meilleure, à la plus glorieuse place. « La reine de Séba fut toute ravie en elle-même », émerveillée qu’elle était de toute la gloire de Salomon et de sa cour. Paul fut ravi dans le troisième ciel ; si c’était dans le corps, ou hors du corps, il ne savait, Dieu le savait ; il savait ce que c’était que d’être en extase. Mais vous, avez-vous jamais été perdu dans les choses de Christ ? Avez vous jamais été « hors de vous-même », ravi en esprit ? Pensez-vous que si ceux qui croient étaient hors d’eux-mêmes pour Dieu, ils seraient si enveloppés et absorbés par les choses d’ici-bas ? Sans doute, j’ai des devoirs et je dois travailler ici-bas ; mais tout ce que je fais, je dois le faire comme un homme qui sort du ciel d’auprès de Dieu pour servir Christ. Il y a une très grande différence entre travailler dans un atelier hors de chez soi, et travailler chez soi. Avez-vous jamais entrevu un rayon du ciel ? Si vous avez vu un rayon de sa gloire, il a rejeté la terre dans l’ombre. Plus vous examinez de près les choses de l’homme, plus vous découvrez leurs défauts : un microscope vous montrera les produits les plus délicats de l’industrie humaine sous un aspect qui vous étonnera. Mais, pour les choses de Dieu, quelles qu’elles soient, plus vous les examinerez, plus elles vous paraîtront admirables et merveilleusement arrangées. Or, Dieu nous a donné une place dans sa propre demeure, dans le ciel, mais l’homme n’a jamais su la saisir. Que de saints, sans aller plus loin, qui n’ont pas saisi la puissance qui peut les tenir séparés du monde. Et il ne s’agit pas seulement de sortir d’Égypte, mais il faut « entrer et posséder le pays ».

 

7                        L’homme naturel ne comprend rien au grand Souper

Vous dites : Qui de nous refuserait le grand Souper ? Mais le Seigneur dit : « Ils commencèrent tous unanimement à s’excuser ».

Remarquez ici que ce n’est pas le péché qui refuse le Souper, mais la nature. La nature a trouvé quelque chose qui la satisfait. Il n’y a de péché, en soi-même, dans aucune des choses par lesquelles les conviés s’excusent les uns après les autres, et refusent l’invitation. Il n’y a aucun mal à posséder un champ, et il n’y a rien qui plaise plus à l’homme que de posséder une pièce de terre. N’est-il pas écrit : « Il a donné la terre aux fils des hommes ? » Il n’y a donc en soi-même aucun mal dans la terre, ni dans la possession de la terre, mais c’est la nature ; et la nature ne comprend rien au grand Souper. Il n’y a pas davantage de mal à avoir acheté cinq couples de bœufs, et à les essayer, quoique l’homme ait fait ainsi un pas en avant : il a d’abord la terre, et puis il veut la cultiver. Le troisième des conviés a épousé une femme ; c’est un autre pas en avant : l’homme veut s’établir et se rendre heureux chez lui. Il n’y a pas de mal à épouser une femme, comme il n’y a pas de mal à avoir un champ, ou à acheter des bœufs. Mais tous unanimement s’excusèrent et refusèrent le Souper. Ce qui constituait le mal, ce n’étaient pas les choses elles-mêmes, mais c’était la place qu’elles occupaient dans le cœur, en sorte que tous méprisèrent Dieu et son Souper.

Alors le Seigneur se tourne vers les pauvres du troupeau, et il envoie dans les rues, dans les ruelles, pour amener les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles d’Israël ; et puis, car il y a encore de la place, il envoie dans les chemins et le long des haies — vers les gentils, — et il dit : « Contrains-les d’entrer, afin que ma maison soit remplie »; car « aucun de ces hommes qui ont été conviés ne goûtera de mon Souper ».

 

8                        Une puissance qui dépasse la nature : suivre Christ par amour

Le Seigneur, se tournant alors vers les foules, montre l’impuissance de la nature et la nécessité de tout sacrifier pour Christ, afin que, dans la nouvelle et glorieuse relation dans laquelle la grâce nous a introduits en Christ, tout, selon la volonté de Dieu, soit en accord avec notre nouvelle position. La grâce que je trouve en Christ, élève et gouverne toutes ces relations terrestres et fait que je glorifie Christ en elles.

L’amour qui est seulement l’amour naturel, est sûr de faillir quand Dieu le met à l’épreuve. Une mère aime son enfant ; mais une mère même, quand son enfant est irrité ou de mauvaise humeur, sera ennuyée et se fâchera. Il faut que la grâce élève et gouverne vos relations naturelles, autrement vous ne serez jamais capable « d’achever la tour », ou « d’aller à la rencontre de l’ennemi ». Il faut une puissance qui dépasse la nature et qui soit supérieure à toutes ses relations. « Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père, et sa mère, et sa femme, et ses enfants, et ses frères, et ses sœurs, et même aussi sa propre vie, il ne peut être mon disciple ».

Le Seigneur, à l’entrée du chemin, montre les difficultés. Il faut que l’âme pèse si elle peut bâtir la tour pour résister aux attaques, et si l’armée avec laquelle elle s’avance pourra combattre l’ennemi et vaincre. La nature et l’obéissance légale sont impuissantes ; il faut avoir Christ devant soi ; il faut suivre Christ.

Le Seigneur ne me sort pas de la position dans laquelle je me trouvais quand il m’a appelé, mais il veut que j’y glorifie Christ, comme son serviteur. La croix de Christ m’affranchit, quand je la porte partout dans mon corps, et que, portant ma croix et me renonçant moi-même, je vais après Lui, comme son esclave sur la terre. Les chrétiens pensent souvent que, s’ils ne font quelque grande œuvre, ils ne servent pas le Seigneur. On les entend dire aussi que Marie avait choisi la meilleure part comme s’il y avait deux bonnes parts ; il n’y a jamais eu qu’une bonne part et Marie avait choisi « la bonne part ». L’autre part était de l’invention du cœur de Marthe, et non pas de Christ. Marthe jugeait d’après ses propres sentiments, qu’un voyageur fatigué avait besoin d’être réconforté ; elle suivait plus ses propres pensées, qu’elle n’avait étudié celles du Seigneur. Mais Marie connaissait le cœur de Jésus, et ainsi elle se tenait assise à ses pieds et écoutait sa parole. C’est là ce qui manque tant dans le service des saints maintenant ; c’est de là que vient pour nous la difficulté de répondre à ce que Paul dit de la manière dont il faut que nous marchions et que nous plaisions à Dieu (voyez 1 Thess. 4:1). Il faut que nous ayons communion avec la pensée de Christ et que nous sachions ce que Lui nous appelle à faire, en sorte que nous ne marchions pas selon nos propres pensées. Ce à quoi nous devons nous appliquer, c’est, « soit présents soit absents, à Lui être agréables » (2 Cor. 5:9).

En terminant, je dirai que plus vous vous placez haut, plus l’homme vous apparaîtra tel qu’il est. Quelque connaissance qu’on puisse avoir des choses de Dieu, quelque familiarisé qu’on puisse être avec elles, on ne se connaît pas jusqu’à ce qu’on soit entré dans le saint des saints, dans la présence même de Dieu. Alors on dit comme Job : « Maintenant mon œil t’a vu, c’est pourquoi j’ai horreur de moi ». Et l’Éternel bénit le dernier état de Job plus que le premier (voyez Job 42:5-6, 12).

Que le Seigneur donne à chacun de ses bien-aimés de se sentir pressé à poursuivre la course, car à chacun de nous il dit comme à Paul : « Aie bon courage », et comme à Josué : « Lève-toi et possède le pays ».